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Iounyt Dans la mythologie égyptienne, Iounyt est une déesse de la ville d'Erment. Elle est représentée au côté du dieu Montou accompagnée d'une autre déesse, Râttaouy (ou Tenenet). Elles forment toutes deux une paire d'anciennes divinités de la fécondité. À Dendérah, Iounyt est assimilée à la déesse Isis. Durant le règne de la pharaonne Hatchepsout, Iounyt fait partie de l'Ennéade de Thèbes. Iounyt est aussi qualifiée de « faucon femelle au beau visage » ainsi que « la dame du ciel », « celle au visage parfait », « la souveraine des dieux ».
Ir
Irta Dans la mythologie égyptienne, Irta ("celui qui fait la Terre") est le dieu qui créa les huit divinités de l'Ogdoade d'Hermopolis adaptée à la cosmogonie thébaine. Dans cette cosmogonie, Irta est lui-même engendré par Kematef, le serpent primordial.
Institut français de l'environnement Créé en 1991, l'Institut français de l'environnement (IFEN) était un organisme du ministère de l'Écologie habilité à produire des évaluations sur l'environnement. Il est remplacé depuis 2008 par le Service de la donnée et des études statistiques (SDES) rattaché au Commissariat général au développement durable (CGDD) du même ministère de l'Écologie. L'IFEN était aussi le référent et correspondant en France de l'Agence européenne pour l'environnement, notamment chargée de l'évaluation et de l'observation de l'environnement en Europe. Histoire. L'Institut français de l'environnement (IFEN) a été créé par le décret 91-1177 du sous forme d'un établissement public à caractère administratif (EPA) sous tutelle du ministère de l'Écologie, implanté à Orléans. Au , l'IFEN a été transformé en un service à compétence nationale (SCN) rattaché directement au ministre de l’Écologie et du Développement durable, par le décret 2004-936 du . L'établissement public national dénommé « Institut français de l'environnement » voit son fonctionnement modifié par l'arrêté du relatif à l'organisation et au fonctionnement de l'Institut français de l'environnement. Son Conseil d'administration laisse la place à un comité d'orientation et son comité des usagers qui faisait une part assez large à la société civile est supprimé. Les moyens de l'IFEN après avoir augmenté sous le ministère de Dominique Voynet sont restés très modestes au regard de ses missions (70 agents). La modification de son statut a compliqué les conditions d'exécution de ses missions. Le CODOR (Comité d'orientation), qui devait avoir pour rôle de définir le programme de travail de l'IFEN, n'a jamais été nommé. L'IFEN a finalement été supprimé sous cette dénomination par le décret 2008-1232 du , qui a fusionné trois services : l'IFEN, le service statistique de l'équipement et le service statistique de l'énergie. Les missions de l'IFN sont redistribuées au Commissariat général au développement durable et au service de la donnée et des études statistiques du ministère. Le Commissariat général au développement durable conserve toutefois un « bureau de proximité » à Orléans dans les locaux de l'ex-IFEN. L'Union fédérale des consommateurs—Que choisir regrette cette décision qui sous couvert de « réorganisation et rationalisation » a pour résultat de placer « les statistiques et l'observation de l'environnement [...] sous le contrôle du ministre ». L'association conclut que « les données qui fâchent, celles qui mettent en évidence l'échec des politiques menées, et elles sont nombreuses en matière de lutte contre les pollutions, risquent fort de rester sous le boisseau ». Missions. L'Ifen collectait des données environnementales ou d'intérêt environnemental, dont les risques naturels et technologiques, afin de les traiter et de les délivrer sous forme d'une information fiable concernant l'environnement et utile pour les aménageurs et citoyens. Cette fonction d'animation et d'organisation s'exerçait vis-à-vis du réseau des principaux producteurs et utilisateurs de l'information environnementale. Il participait à l'élaboration et à l'administration des éléments nécessaires à la constitution de l'information environnementale et devait réaliser à date régulière (tous les 4 ans) un rapport sur l'état de l'environnement en France. Il réalisait des études tendant à améliorer la connaissance de l'état de l'environnement et de son évolution, notamment par l'élaboration d'indicateurs, de modèles de prévision et d'analyses ou contribuait à leur réalisation. Il participait à l’élaboration et à la mise en œuvre de programmes nationaux, européens et internationaux d’observation et de surveillance. Il développait et harmonisait les méthodes afférentes au traitement des données, à la construction des statistiques, à la synergie entre la statistique et l'information géographique, à l'élaboration et la production des indicateurs environnementaux et d'indicateurs de développement durable dans les domaines de compétences du ministère chargé de l'environnement. Il avait créé un observatoire et réseau métiers et emplois de l'environnement (ORME) et un observatoire des pratiques et représentations sociales de l'environnement (OPRESE). Il avait, entre autres, le rôle de service statistique du ministère chargé de l'environnement au sens de la loi du . Il était le point focal de l'Agence européenne pour l'environnement située à Copenhague. Publications. L'Ifen produisait des documents de quatre pages sur différents sujets environnementaux et les rapports sur l'état de l'environnement (REE) en 1995, 1999, 2002 et 2006. Le SDES a publié les rapports pour les années 2010 et 2014. Il a inauguré une série sur les "Cahiers de l'environnement régional" qui ont été consacrés à la Lorraine, au Centre, au Nord-Pas-de Calais et au Languedoc-Roussillon avec le concours des Directions régionales de l'environnement (DIREN). L'Ifen produisait également des publications sur les indicateurs d'environnement (agriculture-environnement, tourisme-environnement, aménagement du territoire et environnement) et de développement durable (45 indicateurs de développement durable pour la France). Consultations. Le site du service statistique du ministère de la Transition écologique et solidaire (SDES) a enregistré et vues en 2013.
Io (lune) Io, ou Jupiter , est un satellite naturel de Jupiter. Plus spécifiquement, il s'agit de la troisième plus grande lune galiléenne et celle ayant l'orbite la plus proche de la planète Jupiter, possédant un demi-grand axe de et une période de révolution d'environ . Par ailleurs, elle est la quatrième plus grande lune du Système solaire, la plus dense d'entre elles et l'objet astronomique connu contenant la plus faible quantité d'eau. Avec plus de actifs, Io est l'objet le plus géologiquement actif du Système solaire. Cette activité géologique extrême est le résultat d'un réchauffement par effet de marée dû au frottement engendré à l'intérieur de la lune par ses interactions gravitationnelles avec Jupiter et les autres satellites galiléens . Ces volcans produisent des panaches de soufre et de dioxyde de soufre qui s'élèvent à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la surface puis recouvrent les vastes plaines de la lune d'une couche givrée de matériaux. Les panaches, associés aux coulées de lave pouvant s'étendre sur plus de de longueur, produisent de grands changements de surface et la peignent dans diverses nuances de jaune, rouge, blanc, noir et vert. Les matériaux produits par ce volcanisme constituent d'une part l'atmosphère mince et inégale de Io, et produisent d'autre part un grand tore de plasma autour de Jupiter du fait de leur interaction avec la magnétosphère de la planète. Cette surface est également parsemée de plus de qui sont soulevées par des phénomènes tectoniques à la base de la croûte de silicate. Certains de ces sommets sont plus hauts que le mont Everest, bien que le rayon de Io soit plus petit que celui de la Terre et environ égal à celui de la Lune. Contrairement à la plupart des lunes du Système solaire externe, qui sont notamment composées de glace d'eau, Io est composée de roche de silicate entourant un noyau de fer fondu ou de pyrite. Aux , Io joue un rôle important dans le développement de l'astronomie. Observée pour la première fois en par Galilée avec les autres satellites galiléens, cette découverte favorise par exemple l'adoption du modèle copernicien du Système solaire. C'est l'astronome Simon Marius, affirmant avoir découvert l'astre avant Galilée, qui la nomme ainsi, d'après le personnage de la mythologie grecque Io, une prêtresse d'Héra et amante de Zeus. À la fin du , il devient enfin possible de résoudre ses caractéristiques de surface, telles que ses régions polaires rouge foncé et celles équatoriales brillantes. En 1979, les sondes spatiales du programme "Voyager" révèlent son activité géologique et les caractéristiques de sa jeune surface sans cratères d'impact. Ensuite, "Galileo" effectue plusieurs survols rapprochés dans les années 1990 et au début des années 2000, obtenant des données sur sa structure interne, la composition de sa surface et son influence sur la magnétosphère de Jupiter. Depuis, d'autres observations sont faites par les sondes "Cassini-Huygens", "New Horizons" et "Juno", ainsi que depuis la Terre via des télescopes au sol ou le télescope spatial "Hubble". Orbite et rotation. Le demi-grand axe de l'orbite de Io autour de Jupiter est de par rapport au centre de la planète. Cette orbite se situe entre celles de Thébé et d'Europe ; Io est le le plus proche de Jupiter et la plus interne des lunes galiléennes. Sa période de révolution est de . Io est en résonance orbitale 2:1 avec Europe et 4:1 avec Ganymède : quand Europe parcourt une orbite, Io en parcourt deux ; similairement, Io conclut quatre orbites pour une seule de Ganymède . Cette résonance permet de maintenir l'excentricité orbitale de Io () et produit ainsi la principale source de chaleur pour son activité volcanique. Sans cette excentricité forcée, l'orbite de Io deviendrait plus circulaire, conduisant à une activité géologiquement très affaiblie. Comme les autres satellites galiléens Io possède une rotation synchrone : sa période de révolution est la même que sa période de rotation, impliquant que la lune garde toujours la même face pointée vers Jupiter. Cette particularité permet de définir le système des longitudes sur Io : son premier méridien et son équateur se rencontrent au point subjovien. Aussi, le côté de Io faisant toujours face à Jupiter est connu comme l'hémisphère subjovien, tandis que le côté qui fait toujours face à l'extérieur est connu comme l'hémisphère antijovien. Le côté de Io faisant toujours face à la direction dans laquelle Io se déplace sur son orbite est appelé hémisphère avant, tandis que le côté qui fait toujours face à la direction opposée est appelé hémisphère arrière. Depuis la surface de Io, Jupiter sous-tendrait un arc approchant 18,5°, faisant apparaître Jupiter comme ayant environ la taille apparente de la Lune dans le ciel terrestre. Cela correspond à une surface apparente dans le ciel environ plus importante. Caractéristiques physiques. Masse et diamètre. Io est légèrement plus grande que la Lune : son rayon moyen est de et sa masse de . Le satellite possède une forme d'ellipsoïde de révolution, son plus grand axe étant dirigé vers Jupiter, en conséquence de sa rotation sur lui-même. Parmi les lunes galiléennes, Io est plus petite et moins massive que Ganymède et Callisto, mais plus grande et massive qu'Europe. Elle est par ailleurs la quatrième plus grande lune du Système solaire. Structure interne. Composée principalement de silicates et de fer, Io est plus proche par sa composition des planètes telluriques que des autres satellites du Système solaire externe, qui sont quant à eux composés en majeure partie d'un mélange de glace et de silicates. Sa densité est de , faisant de lui le plus dense de tous les satellites naturels du Système solaire, celle-ci étant significativement plus élevée que celle des autres satellites galiléens (Ganymède et Callisto notamment, dont les densités sont d'environ ) ou encore légèrement plus élevée que celle de la Lune (). Les modèles de la masse, du rayon et des coefficients gravitationnels quadripolaires de Io, calculés à partir des mesures de "Voyager" et de "Galileo", suggèrent que son intérieur est différencié entre un noyau de fer ou de pyrite et un manteau puis une croûte riches en silicates. Le noyau métallique représente approximativement 20 % de la masse de Io, avec un rayon qui mesure entre s'il est presque entièrement composé de fer, ou entre s'il est composé d'un mélange de fer et de soufre. Le magnétomètre de "Galileo" ne parvient pas à détecter un champ magnétique intrinsèque à Io, ce qui indique l'absence de convection au sein du noyau pour générer un champ par effet dynamo. La modélisation de la composition intérieure de Io suggère que le manteau est constitué d'au moins 75 % de forstérite, et a une composition en vrac analogue à celle de météorites chronditiques de type L et de type LL, avec une teneur plus élevée en fer par rapport au silicium que la Terre ou la Lune, mais plus basse que Mars. Pour soutenir le flux de chaleur observé sur Io, 10 à 20 % du manteau de Io pourrait être fondu, bien que les régions où un volcanisme à haute température est observé peuvent avoir des fractions de fusion plus élevées. De plus, la réanalyse des données du magnétomètre de "Galileo" en 2009 révèle la présence d'un champ magnétique induit sur Io, impliquant la présence d'un océan de magma à sous sa surface. Cette couche est estimée à d'épaisseur et représenterait environ 10 % du manteau de Io. Il est estimé que la température dans l'océan de magma atteint . La lithosphère de Io, composée de basalte et de soufre déposés par le volcanisme, a une épaisseur comprise entre 12 et . Réchauffement par effet de marée. Contrairement à la Terre et à la Lune, la principale source de chaleur interne de Io provient d'un réchauffement par effet de marée, plutôt que de la désintégration des isotopes radioactifs. Cet échauffement dépend de la résonance orbitale de Io avec Europe et Ganymède, de la distance de Io à Jupiter, de son excentricité orbitale, de la composition de son intérieur et de son état physique. Ainsi, sa résonance avec Europe et Ganymède maintient l'excentricité de Io et empêche les forces de marée de rendre son orbite circulaire. Elle aide également à maintenir la distance de Io à Jupiter, sans quoi la formation de marées sur la planète ferait lentement s'éloigner la lune, comme c'est le cas pour la Lune vis-à-vis de la Terre. Les forces de marée subies par Io sont environ plus fortes que celles que subit la Terre du fait de la Lune. Aussi, la différence verticale dans son renflement de marée entre le moment où Io est à l'apoapside et au périapside de son orbite pourrait mesurer jusqu'à . Le frottement produit à l'intérieur de Io en raison de cette traction variable crée un réchauffement, faisant fondre une quantité importante du manteau et du noyau de Io. La quantité d'énergie produite est jusqu'à supérieure à celle produite uniquement à partir de la désintégration radioactive. Cette chaleur est libérée sous forme d'activité volcanique, générant l'important flux thermique observé de 0,6 à . Les modèles de son orbite suggèrent que la quantité de réchauffement de marée dans Io évoluerait avec le temps. Bien qu'il y ait un consensus scientifique sur le fait que les nombreux volcans de la lune soient une conséquence de cet échauffement par effet de marée, ceux-ci ne se situent cependant pas aux positions prévues par ce modèle. En effet, ils sont décalés de 30 à vers l'est. En 2015, une étude suggère que ce déplacement vers l'est pourrait être causé par l'océan de magma sous la surface qui générerait une chaleur supplémentaire par friction en raison de sa viscosité. D'autres satellites naturels du Système solaire subissent des réchauffements similaires. Cette capacité à générer de la chaleur dans un océan souterrain augmente les chances de vie sur des corps comme Europe ou encore Encelade, une lune de Saturne. Géographie. Surface. Du fait des surfaces connues de la Lune, de Mars et de Mercure, les scientifiques s'attendaient à observer de nombreux cratères d'impact sur les premières images de Io par "Voyager 1" en 1979, leur densité d'apparition sur la surface de la lune aurait alors fourni des indices sur son âge. Cependant, les images renvoyées par la sonde spatiale montrent une surface presque complètement dépourvue de cratères d'impact. Celle-ci est plutôt recouverte de plaines lisses parsemées de hautes montagnes, de fosses de différentes formes et tailles, ainsi que de coulées de lave. "Voyager 1" observe par ailleurs au moins neuf volcans actifs lors de son survol. Contrairement à la plupart des objets célestes observés, la surface de Io est recouverte d'une variété de matériaux colorés à partir de divers composés sulfureux, ce nuancier de couleur amenant parfois la lune à être comparée à une orange pourrie ou à une pizza. L'absence de cratères d'impact indique que la surface de Io est géologiquement jeune : comme pour la surface terrestre, les matériaux volcaniques enfouissent continuellement les cratères au fur et à mesure de leur apparition. En conséquence, l'âge de sa surface serait en moyenne inférieur à un million d'années. L'apparence colorée de Io est le résultat de matériaux déposés par son volcanisme extensif, notamment des silicates tels que du pyroxène, du soufre et du dioxyde de soufre. Le gel de dioxyde de soufre est omniprésent sur la surface de Io, formant de grandes régions couvertes de matériaux blancs ou gris. Le soufre, quant à lui, forme des régions jaunes à jaune-vert. Déposé dans les régions des latitudes moyennes et polaires, le soufre est souvent endommagé par le rayonnement, brisant le cyclooctasoufre normalement stable. Cela a pour conséquence de produire la teinte rouge-brune des régions polaires de Io, déjà observée depuis la fin du . Le volcanisme explosif de Io, prenant souvent la forme de panaches en forme de parapluie, peint la surface avec des matériaux sulfureux et silicatés. Les dépôts de panache sur Io sont souvent colorés en rouge ou en blanc selon la quantité de soufre et de dioxyde de soufre dans le panache. En règle générale, les panaches formés à partir de la lave dégazée contiennent une plus grande quantité de disoufre produisant un dépôt rouge voire, dans les cas extrêmes, un grand anneau rouge dépassant souvent depuis le volcan. Un exemple proéminent d'un tel dépôt de panache est le très large anneau rouge situé autour du volcan Pélé. Ces dépôts rouges sont principalement constitués de soufre (généralement du soufre moléculaire à 3 et ), de dioxyde de soufre et peut-être de chlorure de sulfuryle. En plus des volcans, on trouve à la surface de Io des montagnes non-volcaniques, de nombreux lacs de soufre fondu, des caldeiras profondes de plusieurs kilomètres et des étendues d'écoulements de fluides de basse viscosité de centaines de kilomètres de long, probablement composés d'une certaine forme de soufre fondu ou de silicates. La cartographie et la haute densité de Io suggèrent que Io contient peu voire pas d'eau, bien que de petites poches de glace d'eau ou de minéraux hydratés soient provisoirement identifiés, notamment sur le flanc nord-ouest du Gish Bar Mons. Par ailleurs, Io est le corps connu possédant le moins d'eau du Système solaire. La température à la surface de la lune varie de à en fonction du moment de la journée, pour une température moyenne de . Toponymie. Les caractéristiques à la surface de Io obéissent à une nomenclature stricte de la part de l'Union astronomique internationale. Ainsi, les centres éruptifs actifs, "fluctus" et "paterae" portent notamment le nom de divinités et héros du feu, de la foudre et du soleil dans diverses mythologies, parmi lesquelles Pélé (Hawaï), Prométhée et Héphaïstos (Grèce antique), Loki et Surt (Scandinavie), Marduk (Mésopotamie), Maui (Polynésie), Creidne et Culann (Irlande), Inti (Inca) ou Amaterasu (Japon). Les autres caractéristiques dont les mensae, montes, plana, regiones, tholi et valles portent le nom de lieux associés au mythe de Io ou des personnages et des lieux de la "Divine Comédie" de Dante Alighieri, du fait de la nature volcanique de la surface. Depuis que la surface a été vue pour la première fois de près par "Voyager 1", l'UAI reconnaît pour les caractéristiques de surface et les grands albédos de Io. Géologie. Volcanisme. Io est surtout remarquable pour son volcanisme actif, caractéristique qui autrement n'a été observée que sur la Terre, Triton et Encelade. Par ailleurs, il s'agit de l'objet céleste le plus actif du Système solaire, comptant plus de 400 centres volcaniques actifs et de vastes coulées de lave. Ce volcanisme est une conséquence du réchauffement par effet de marées produit par l'excentricité orbitale de Io. Lors d'une éruption majeure, des coulées de lave de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres de long peuvent être produites, constituées principalement de laves de silicate de basalte aux compositions mafiques ou ultramafiques . Cette hypothèse repose sur des mesures de température des points chauds de Io qui suggèrent des températures d'au moins et certaines aussi hautes que . En tant que sous-produit de cette activité, le soufre, le dioxyde de soufre gazeux et la matière pyroclastique silicate (comme les cendres) sont soufflés jusqu'à dans l'espace , produisant de grands panaches en forme de parapluie, peignant le terrain environnant en rouge (à partir du soufre à chaîne courte) et noirs (à partir des pyroclastiques de silicate), et fournissant de la matière pour l'atmosphère inégale de Io et la vaste magnétosphère de Jupiter. Les matériaux supplémentaires qui pourraient être trouvés dans ces panaches volcaniques comprennent le sodium, le potassium et le chlore. Les plus grands panaches de Io, tels que ceux émis par Pélé, sont créés lorsque du soufre dissous et du dioxyde de soufre gazeux sont libérés par le magma en éruption dans les cratères volcaniques ou les lacs de lave, entraînant souvent avec eux des matériaux pyroclastiques de silicate. Un autre type de panache est produit lorsque des coulées de lave vaporisent le gel de dioxyde de soufre, relâchant du soufre. Ce type de panache forme souvent des dépôts circulaires blancs et brillants constitués de dioxyde de soufre, comme autour du volcan Masubi. La surface de Io est parsemée de dépressions volcaniques appelées "paterae" qui ont généralement des sols plats délimités par des parois abruptes. Ces caractéristiques ressemblent à des caldeiras terrestres, mais il n'est pas certain que leur mécanisme de production soit par le biais d'effondrement au-dessus d'une chambre de lave vidée, comme c'est le cas sur Terre. Une hypothèse suggère que ces caractéristiques soient produites par l'exhumation de sills volcaniques, et que le matériau sus-jacent est soit éjecté, soit intégré au sill. Des exemples de "paterae" à divers stades d'exhumation sont cartographiés à l'aide d'images "Galileo" de la région de Chaac-Camaxtli. Contrairement à des caractéristiques similaires sur Terre et Mars, ces dépressions ne se trouvent généralement pas au sommet des volcans boucliers et sont normalement plus grandes, avec un diamètre moyen de , le plus grand étant Loki Patera avec un diamètre de . Ce dernier est également le volcan le plus puissant de Io, contribuant en moyenne à 10 % de la production de chaleur globale de Io, alternant des périodes d'activités et d'inactivité d'environ 470 jours chacune. Quel que soit le mécanisme de formation, les morphologie et distributions de nombreuses "paterae" suggèrent que ces caractéristiques sont structurellement contrôlées, avec au moins la moitié délimitées par des failles ou des montagnes. Ces caractéristiques sont souvent le site d'éruptions volcaniques, soit des coulées de lave se répandant sur les planchers des "paterae" , soit sous la forme de lacs de lave. Les lacs de lave sur Io ont soit une croûte de lave se retournant continuellement, comme le volcan Pélé, soit une croûte se retournant de manière épisodique, comme pour Loki. Les coulées de lave représentent un autre terrain volcanique majeur sur Io. Le magma érupte depuis les cratères des "paterae" ou à partir de fissures dans les plaines, produisant des coulées de lave similaires à celles observées sur le Kilauea à Hawaï. Les images de la sonde "Galileo" révèlent que bon nombre des principales coulées de lave de Io, comme celles de Prométhée et d'Amirani, sont produites par l'accumulation de petites poussées de coulées de lave au-dessus des coulées plus anciennes. De larges éruptions sont également observées sur Io. Par exemple, le bord d'attaque du flux de Prométhée s'est déplacé de 75 à entre "Voyager 1" en 1979 et les premières observations de "Galileo" en 1996. Aussi, les éruptions volcaniques sont très changeantes : durant les quatre mois séparant l'arrivée des sondes "Voyager 1" et "2", certaines d'entre elles se sont arrêtées et d'autres ont commencé. Montagnes. Io possède de 100 à . Ces structures font en moyenne de hauteur et atteignent un maximum de au sud des Boösaule Montes . Ces montagnes sont étendues et isolées, ne présentant pas de motifs tectoniques globaux apparents, contrairement à celles sur Terre. Pour soutenir leur grande taille, elles doivent être principalement composées de roche silicatée et non de soufre. Même si le volcanisme étendu donne à Io son apparence distinctive, presque toutes ses montagnes sont des structures tectoniques et ne sont pas produites par les volcans. Au lieu de cela, la plupart des montagnes ioniennes se forment à la suite de contraintes de compression à la base de la lithosphère, qui soulèvent et inclinent des morceaux de la croûte de Io par chevauchement. Les contraintes de compression conduisant à la formation des montagnes sont le résultat de la subsidence due à l'enfouissement continu de matériaux volcaniques. La répartition des montagnes sur la lune semble être opposée à celle des structures volcaniques : les montagnes dominent les zones avec moins de volcans et inversement. Cela suggère l'existence de grandes régions dans la lithosphère où la compression et l'extension dominent respectivement. Localement, cependant, les montagnes et les "paterae" sont souvent contiguës, suggérant que le magma remplit les failles formées lors de la formation des montagnes pour atteindre la surface. Les structures s'élevant au-dessus des plaines de Io présentent une variété de morphologies. Les plateaux restent les plus courants, ressemblent à de grandes mesas possédant un sommet plat. D'autres montagnes semblent être des blocs crustaux inclinés , avec une pente faible par rapport à la surface autrefois plate et une pente raide constituée de matériaux autrefois souterrains soulevés par des contraintes de compression. Ces deux types de montagnes présentent souvent des escarpements abrupts le long d'un ou plusieurs versants. Seules quelques montagnes sur Io semblent avoir une origine volcanique. Elles ressemblent à de petits volcans boucliers, avec des pentes abruptes près d'une petite caldeira centrale et des pentes faibles le long de leurs versants. Ces montagnes volcaniques sont souvent plus petites que la moyenne des montagnes sur la lune, mesurant en moyenne seulement 1 à en hauteur et 40 à de largeur. Presque toutes les montagnes semblent être à un stade avancé de dégradation. De grands dépôts de glissements de terrain sont courants à la base des montagnes ioniennes, ce qui suggère que l'instabilité gravitaire est la principale forme de dégradation. Les marges festonnées sont également communes parmi les mesas et les plateaux de Io, probablement causé par la remontée de dioxyde de soufre depuis la croûte de Io et produisant des zones de faiblesse le long des bords des montagnes. Atmosphère. Composition. Io possède une atmosphère extrêmement mince composée principalement de dioxyde de soufre , avec des constituants mineurs tels que le monoxyde de soufre , le chlorure de sodium ainsi que le soufre et l'oxygène atomiques. Ces gaz sont produits majoritairement par le volcanisme actif de la lune via dégazage direct ou par photolyse causée par le rayonnement ultraviolet solaire sur le produisant des cations soufre et oxygène : S, O, S et O. Une pulvérisation cathodique de dépôts de surface par des particules chargées de la magnétosphère de Jupiter se produit également. L'atmosphère est ténue du fait de la gravité trop faible de la lune pour retenir une atmosphère plus dense, son épaisseur atteignant tout de même à son maximum. À la différence des autres satellites galiléens, Io ne possède que peu ou pas d'eau dans son atmosphère et est même l'objet connu du Système solaire possédant le moins d'eau. Cela est probablement une conséquence du fait qu'au début de l'évolution du Système solaire, Jupiter était assez chaude pour chasser les éléments volatils à proximité de Io mais pas assez chaude pour faire de même avec ses autres lunes. Structure. L'atmosphère de Io présente des variations importantes de densité et de température en fonction de l'heure de la journée, de la latitude, de l'activité volcanique et de l'abondance du gel en surface. La pression atmosphérique maximale sur Io se situe entre et (Pa) ou 0,3 à , obtenue sur l'hémisphère le long de l'équateur de l'hémisphère antijovien et en début d'après-midi, lorsque la température du gel de surface culmine. Des pics localisés au niveau des panaches volcaniques sont également observés, avec des pressions de à (5 à ). La pression atmosphérique de Io est la plus basse du côté nocturne de Io, où la pression chute entre et (0,0001 à ). La température atmosphérique de Io augmente depuis la température de la surface, où le dioxyde de soufre est en équilibre avec le gel de surface avec une température moyenne de , jusqu'à à des altitudes plus élevées où, grâce à sa densité plus faible, l'atmosphère est chauffée par le tore de plasma, un anneau de particules ionisées qui partage l'orbite de Io et qui co-oorbite avec la magnétosphère de Jupiter. Le gaz dans l'atmosphère de Io est emporté par la magnétosphère de Jupiter, s'échappant soit vers le nuage neutre qui entoure Io, soit vers son tore de plasma. Environ une tonne de gaz est retirée de l'atmosphère par ce mécanisme chaque seconde, nécessitant qu'elle soit constamment reconstituée. Les panaches volcaniques sont les principales sources de nouvellement, envoyant de dioxyde de soufre dans l'atmosphère de Io en moyenne par seconde, bien que la plupart se condense à la surface. Une autre partie est obtenue par la sublimation du présent sous forme de glace à la surface de la lune par le chauffage dû aux rayonnements solaires. En conséquence, l'atmosphère du côté jour est en grande partie confinée à moins de 40° de l'équateur, où la surface est la plus chaude et où résident les panaches volcaniques les plus actifs. Une atmosphère axée sur la sublimation est également cohérente avec les observations selon lesquelles l'atmosphère de Io est la plus dense sur l'hémisphère antijovien, où le solide est le plus abondant et le plus dense lorsque Io est plus proche du Soleil. Impact des éclipses joviennes. Parce que la densité du dioxyde de soufre dans l'atmosphère est directement liée à la température de surface, celle-ci diminue substantiellement la nuit ou lorsque Io est dans l'ombre de Jupiter, provoquant dans le second cas une baisse d'environ 80 % de la densité de colonne. L'effondrement pendant l'éclipse est quelque peu limité par la formation d'une couche de diffusion de monoxyde de soufre SO dans la partie la plus basse de l'atmosphère, mais la pression atmosphérique de l'atmosphère nocturne de Io est inférieure de deux à quatre ordres de grandeur de celle à son maximum lorsque ensoleillée. Il est supposé que l'atmosphère de Io se fige à la surface lorsqu'elle passe dans l'ombre de Jupiter. La preuve en est un , où la lune apparaît parfois un peu plus brillante, comme si elle était couverte de givre immédiatement après l'éclipse. Après environ , la luminosité revient à la normale, probablement parce que le givre a alors disparu par sublimation. En plus d'être visible par des télescopes au sol, un éclaircissement post-éclipse est trouvé dans des longueurs d'onde proche infrarouge lors de la mission "Cassini". Un soutien supplémentaire à cette idée vient en 2013 lorsque l'Observatoire Gemini mesure directement l'effondrement de la quantité de dioxyde de soufre dans l'atmosphère pendant une éclipe de Jupiter, puis sa reformation après. Les images haute résolution de Io acquises lorsqu'elle subit une éclipse révèlent une lueur semblable à une aurore polaire. Comme sur Terre, cela est dû au rayonnement des particules frappant l'atmosphère, bien que dans ce cas les particules chargées proviennent du champ magnétique de Jupiter plutôt que du vent solaire. Les aurores se produisent généralement près des pôles magnétiques des planètes, mais celles de Io sont les plus brillantes près de son équateur. Io ne possède pas de champ magnétique intrinsèque propre ; par conséquent, les électrons voyageant le long du champ magnétique de Jupiter près de Io ont un impact direct sur l'atmosphère de Io. Les électrons entrent en collision avec son atmosphère, produisant les aurores les plus brillantes là où les lignes de champ sont tangentes à Ion . On observe que les aurores associées à ces points tangents sur Io basculent avec le changement d'orientation du dipôle magnétique incliné du champ de Jupiter. Interaction avec la magnétosphère jovienne. Io joue un rôle important dans la formation de la magnétosphère de Jupiter, la lune traversant les lignes du champ magnétique de Jupiter et générant ainsi un courant électrique de l'ordre du million d'ampères. Bien que ce ne soit pas une grande source d'énergie comparé au réchauffement par effet de marée, ce courant dissipe une puissance de plus de avec un potentiel de . La magnétosphère de Jupiter balaie les gaz et la poussière de la mince atmosphère de Io à un taux d'une tonne par seconde. Sans les ions s'échappant de l'atmosphère ionienne par cette interaction, le champ magnétique de Jupiter serait deux fois plus faible. Io orbite dans une ceinture de rayonnement intense connue sous le nom de tore de Io composée de plasma qui rayonne intensément dans l'ultraviolet, le premier exemple découvert de tore planétaire. Comme le reste du champ magnétique de Jupiter, le tore de plasma est incliné par rapport à l'équateur de Jupiter (et au plan orbital de Io), de sorte que Io est successivement en dessous et au-dessus du noyau du tore de plasma. Le plasma du tore est en co-rotation avec Jupiter, ce qui signifie qu'ils tournent de façon synchrone et partagent la même période de rotation. Autour de Io, à une distance allant jusqu'à six rayons ionniens de sa surface, se trouve un nuage d'atomes neutres de soufre, d'oxygène, de sodium et de potassium. Ces particules proviennent de la haute atmosphère de Io et sont excitées par des collisions avec des ions dans le tore plasma jusqu'à remplir la sphère de Hill de la lune . Certaines de ces particules échappent à l'attraction gravitationnelle de Io et se mettent en orbite autour de Jupiter : elles se propagent depuis Io pour former un nuage neutre en forme de banane qui peut atteindre jusqu'à six rayons joviens depuis Io, soit à l'intérieur de l'orbite de Io et devant elle, soit à l'extérieur de l'orbite de Io et derrière elle. Le processus fournit également des ions sodium dans le tore plasma, ceux-ci étant ensuite éjectés dans des jets s'éloignant de la planète. Par ailleurs, le champ magnétique de Jupiter couple l'atmosphère de Io et le nuage neutre à la haute atmosphère polaire de Jupiter en générant un courant électrique appelé le tube de flux de Io. Ce courant produit des lueurs aurorales dans les régions polaires de Jupiter, connues sous le nom d' (), ainsi que des aurores dans l'atmosphère de Io. Les particules de cette interaction aurorale assombrissent les régions polaires joviennes aux longueurs d'onde visibles. L'empreinte aurorale de Io et son emplacement vis-à-vis de la Terre et de Jupiter a une forte influence sur l'intensité des émissions d'ondes radio joviennes captées sur Terre : lorsque Io est visible, les signaux radio reçus de Jupiter augmentent considérablement. Les lignes du champ magnétique de Jupiter qui dépassent la ionosphère de Io induisent également un courant électrique, qui à son tour crée un champ magnétique induit à l'intérieur de Io. Il est supposé que le champ magnétique induit de Io soit généré dans un océan de magma de silicate partiellement fondu à sous la surface de Io. Des champs induits similaires sont trouvés sur les autres satellites galiléens par la sonde "Galileo", générés quant à eux dans les océans d'eau liquide salés souterrains. Histoire des observations. Découverte. La première observation rapportée des satellites galiléens est faite par Galilée le à l'aide d'une lunette astronomique ayant un grossissement de 20 à l'Université de Padoue. Il s'agit des premiers satellites naturels découverts en orbite autour d'une autre planète que la Terre. Cependant, durant cette observation, Galilée ne parvient pas à distinguer Io et Europe en raison de la faible puissance de sa lunette ; les deux sont donc enregistrés comme un seul point de lumière à cette occasion. Le lendemain, il les voit pour la première fois comme des corps séparés : le est donc considéré comme la date de découverte de Io par l'IAU. La découverte de Io et des autres satellites galiléens est publiée par l'astronome dans son ouvrage en . En 1614, dans son , Simon Marius prétend avoir découvert ces objets fin 1609, quelques semaines avant Galilée. Ce dernier émet un doute sur cette affirmation et rejette le travail de Marius comme du plagiat. Finalement, la paternité de la découverte de Io est attribuée à celui qui a publié en premier son travail, ce qui explique que Galilée soit le seul crédité. En revanche, Simon Marius est le premier à publier des tables astronomiques des mouvements des satellites en 1614. Appellation. Galilée décide en tant que découvreur de nommer ces satellites d'après ses mécènes, la famille Médicis, comme les . Cependant, bien que Simon Marius ne soit pas crédité pour la découverte des satellites galiléens, ce sont les noms qu'il leur a donnés qui restent dans la postérité. Dans sa publication de 1614, , il propose plusieurs noms alternatifs pour la lune la plus proche de Jupiter, y compris et . À partir d'une suggestion de Johannes Kepler en , il conçoit également un schéma de dénomination selon lequel chaque lune est nommée d'après une amante du dieu grec Zeus ou de son équivalent romain, Jupiter. Il nomme ainsi la lune alors la plus intérieure de Jupiter d'après la figure mythologique grecque Io, une mortelle transformée en vache par la jalousie d'Héra. Il commente également : Ces noms ne sont largement adoptés que des siècles plus tard, vers le milieu du . Dans une grande partie de la littérature astronomique antérieure, Io était généralement désigné par sa désignation numérique romaine comme ou comme , appellation qui perd en popularité après la découverte de satellites ayant des orbites plus intérieures comme Amalthée. Io, du Grec ancien "Ἰώ" a deux racines concurrentes en latin : "Īō" et "Īōn." Cette dernière est la base de la forme adjectivale "Ionien". Observations ultérieures au télescope. Pendant les deux siècles et demi suivants, Io demeure un point lumineux non résolu de magnitude 5 à l'opposition dans les télescopes des astronomes. Au cours du , Io et les autres satellites galiléens sont utilisés de diverses façons : aider les marins à déterminer leur longitude, valider la troisième loi de Kepler sur le mouvement des planètes ou encore déterminer le temps nécessaire à la lumière pour voyager entre Jupiter et la Terre. Grâce à des éphémérides produits par Jean-Dominique Cassini, Pierre-Simon de Laplace crée une théorie mathématique pour expliquer la résonance orbitale de Io, Europe et Ganymède. Cette résonance s'est avérée plus tard avoir un effet profond sur les géologies des trois lunes. Les progrès des télescopes à la fin du permettent aux astronomes de résoudre les grandes caractéristiques de la surface de Io. Dans les années 1890, Edward E. Barnard est le premier à observer des variations de la luminosité de Io entre ses régions équatoriales et polaires, en déduisant correctement qu'elles sont dues à des différences de couleur et d'albédo entre ces deux régions, et non pas à une hypothétique forme d'œuf du satellite, comme cela était proposé par William Pickering, ou bien deux objets distincts, comme initialement pensé par Barnard lui-même. Par la suite, les observations confirment la couleur brun-rouge des régions polaires et la couleur jaune-blanc de la bande équatoriale. En 1897, Edward E. Barnard estime le diamètre de Io à , son estimation étant inférieure d'environ 8 % à la valeur connue plus d'un siècle plus tard. Les observations télescopiques du milieu du commencent à mettre en évidence la nature inhabituelle de Io. Les observations spectroscopiques suggèrent que la surface de Io est vierge de glace d'eau, une substance pourtant trouvée en grande quantité sur les autres satellites galiléens. Les mêmes observations indiquent que la surface est dominée par des sels de sodium et de soufre. Les observations radiotélescopiques révèlent l'influence de Io sur la magnétosphère de Jupiter. À partir des années 1970, la majorité des informations sur la lune sont obtenues grâce à l'exploration spatiale. Cependant, à la suite de la destruction planifiée de "Galileo" dans l'atmosphère de Jupiter en , de nouvelles observations du volcanisme de Io viennent de télescopes terrestres. En particulier, l'imagerie par optique adaptative du télescope Keck à Hawaï et l'imagerie du télescope spatial "Hubble" permettent de surveiller les volcans actifs de Io, même sans engin spatial dans le système jovien. Exploration spatiale. "Pioneer". ' et ' sont les premières sondes spatiales à atteindre Io, les et respectivement. Leurs survols et le suivi radio permettent de mieux estimer la masse et la taille de Io suggérant que le satellite possède la densité la plus élevée des satellites galiléens et est ainsi principalement composé de roches silicatées plutôt que de glace d'eau. Les sondes Pioneer révèlent la présence d'une mince atmosphère sur Io, ainsi qu'une ceinture de rayonnements intenses près de son orbite. La caméra de ' prend une seule image correcte de Io, montrant sa région polaire nord. Des prises d'images rapprochées étaient prévues pour le passage de ', mais le fort rayonnement entourant la lune a finalement provoqué la perte de ces observations. "Voyager". Quand les sondes jumelles "Voyager 1" et "Voyager 2" visitent Io en 1979, leur système d'imagerie plus avancé permet d'obtenir des images beaucoup plus détaillées. "" survole Io le à de sa surface. Les images prises montrent une surface jeune et multicolore, vierge de tout cratère d'impact et ponctuée de montagnes plus hautes que l'Everest et de zones ressemblant à des coulées de lave. Après ce survol, l'ingénieur de navigation Linda A. Morabito remarque un panache provenant de la surface sur l'une des images. L'analyse des autres photographies met en évidence neuf panaches dispersés sur la surface, prouvant l'activité volcanique de Io. Cette conclusion est prédite peu avant l'arrivée de ' par Stan J. Peale, Patrick Cassen et R. T. Reynolds : ils calculent que l'intérieur du satellite doit être suffisamment réchauffé par les forces de marée du fait de sa résonance orbitale avec Europe et Ganymède. Les données du survol révèlent que la surface de Io est dominée par des composés de soufre et de dioxyde de soufre. Ces composés prédominent dans l'atmosphère et le tore de plasma centré sur l'orbite de Io, également découvert par '. "" survole Io le à une distance de . Bien qu'elle ne se soit pas autant approchée que "Voyager 1", des comparaisons entre les images prises par les deux engins spatiaux révèlent plusieurs changements de surface survenus au cours des quatre mois d'intervalle entre les survols. Une observation de Io sous forme de croissant par montre que huit des neuf panaches observés en sont toujours actifs en juillet, seul le volcan Pélé ayant cessé son activité. "Galileo". La sonde spatiale "Galileo" arrive dans le système jovien en 1995 après un trajet de six ans depuis la Terre pour suivre les découvertes des deux sondes "Voyager" et les observations au sol prises dans les années intermédiaires. L'emplacement de Io dans l'une des ceintures de rayonnement les plus intenses de Jupiter empêche un survol prolongé du satellite, mais "Galileo" le survole rapidement avant de se placer en orbite autour de Jupiter deux ans, le "". Bien qu'aucune image ne soit prise lors de ce survol rapproché, la rencontre renvoie des résultats significatifs tels que la découverte de son large noyau de fer, similaire à celui trouvé dans les planètes telluriques du Système solaire interne. En dépit du manque d'imagerie rapprochée et des problèmes mécaniques qui limitent considérablement la quantité de données renvoyées, plusieurs découvertes importantes sont faites pendant la mission principale de "Galileo". La sonde observe les effets d'une éruption majeure de Pillan Patera et confirme que les éruptions volcaniques sont composées de magmas silicates avec des compositions mafiques et ultramafiques riches en magnésium. Du dioxyde de soufre et du soufre servant un rôle similaire à l'eau et au dioxyde de carbone sur Terre. Une imagerie distante de Io est acquise presque à chaque révolution de la sonde au cours de la mission principale, révélant un grand nombre de volcans actifs (à la fois grâce aux émissions thermiques du refroidissement du magma à la surface et aux panaches volcaniques), de nombreuses montagnes aux morphologies très variées et plusieurs changements de surface qui s'étaient déroulés à la fois depuis le programme "Voyager" et entre chaque orbite de "Galileo". La mission "Galileo" est prolongée à deux reprises, en 1997 et 2000. Au cours de ces missions prolongées, la sonde survole Io trois fois fin 1999 et début 2000 et trois autres fois fin 2001 et début 2002. Ces survols révèlent les processus géologiques se produisant sur les volcans et les montagnes de Io, excluent l'existence d'un champ magnétique intrinsèque et démontrent l'étendue de l'activité volcanique"". En , la sonde "Cassini-Huygens", en route vers Saturne, observe conjointement le satellite avec "Galileo". Ces observations révèlent un nouveau panache sur Tvashtar Paterae et fournissent des indications sur les aurores de Io. Après la destruction de "Galileo" dans l'atmosphère jovienne en , les nouvelles observations du volcanisme de Io proviennent des télescopes terrestres. En particulier, l'optique adaptative du télescope Keck à Hawaï et les photographies du télescope spatial Hubble permettent de suivre l'évolution des volcans du satellite. "New Horizons". La sonde , en route vers Pluton et la ceinture de Kuiper, survole le système jovien le . Au cours de la rencontre, de nombreuses observations lointaines de Io sont réalisées. Celles-ci révèlent un énorme panache sur Tvashtar Paterae, fournissant les premières observations détaillées du plus grand panache volcanique ionien depuis les observations du panache de Pélé en 1979. photographie également un volcan dans les premiers stades d'une éruption. "Juno". La sonde "Juno" est lancée en 2011 et entre en orbite autour de Jupiter le . Sa mission est principalement axée sur la récolte de données concernant l'intérieur de la planète, son champ magnétique, ses aurores et de son atmosphère polaire. L'orbite de Juno est très inclinée et très excentrique afin de mieux observer les régions polaires de Jupiter et de limiter son exposition aux importantes ceintures de rayonnement internes de la planète. Cette orbite maintient également Juno hors des plans orbitaux de Io et des autres grandes lunes de Jupiter en général. Si l'étude d'Io n'est pas un objectif principal de la mission, des données sont tout de même collectées lorsque le moment est opportun. L'approche la plus proche de Juno vers Io se fait le , à une distance de , bien qu'une paire de survols à une altitude de soit prévue au début de 2024 dans le projet d'extension de mission. Au cours de plusieurs orbites, Juno observe Io à distance à l'aide de JunoCAM, une caméra grand angle à lumière visible pour rechercher des panaches volcaniques, et JIRAM, un spectromètre et un imageur dans le proche infrarouge pour surveiller les émissions thermiques des volcans de Io. Missions futures. Plusieurs missions sont prévues vers le système jovien et pourraient fournir plus d'observations de Io. Le "Jupiter Icy Moon Explorer" ("JUICE") est une mission planifiée de l'Agence spatiale européenne sur le système jovien qui devrait se placer sur l'orbite de Ganymède. Le lancement de "JUICE" est prévu pour 2022, avec une arrivée à Jupiter estimée à . "JUICE" ne survolera pas Io mais utilisera ses instruments, tels qu'une caméra à angle étroit, pour surveiller l'activité volcanique de Io et mesurer sa composition de surface. "Europa Clipper" est une mission prévue de la NASA vers le système jovien, centrée quant à elle sur Europe. Comme "JUICE", Europa Clipper n'effectuera aucun survol de Io, mais une surveillance des volcans à distance est probable. Le lancement de la sonde est prévu pour 2025 avec une arrivée sur Jupiter à la fin des années 2020 ou au début des années 2030 en fonction du lanceur choisi. Le "Io Volcano Observer" (IVO) est une proposition de mission de la NASA dans le cadre du programme Discovery. Mission de plus faible coût, son lancement se déroulerait en 2026 ou 2028. La sonde serait centrée sur l'étude de Io et effectuerait dix survols de la lune depuis une orbite autour de Jupiter à partir du début des années 2030. Dans la culture. Faisant partie des lunes galiléennes, Io a toujours été un décor propice à la science-fiction depuis, entre autres, "The Mad Moon" (1935) de Stanley G. Weinbaum. Du fait de sa taille alors déjà estimée, des spéculations sont par exemple faites sur une possible vie à sa surface dans la première moitié du , comme dans le pulp magazine "Fantastic Adventures". Sa nature étant mieux connue depuis diverses missions d'exploration spatiale, le décor décrit par les œuvres de science-fiction a évolué. Ainsi, dans "Ilium" (2003), roman de Dan Simmons, le tube de flux magnétique de Io est utilisé pour hyper-accélérer des vaisseaux spatiaux dans tout le Système solaire ou encore dans "Le Rêve de Galilée" (2009) et "2312" (2012) de Kim Stanley Robinson, elle est décrite comme un monde volcanique où la lave est omniprésente. Au cinéma, la lune est notamment le décor principal de films comme "Io" (2019) de Jonathan Helpert ou "Outland... Loin de la Terre" (1981) de Peter Hyams. Aussi dans "" (1984) le vaisseau spatial "Discovery One" est en orbite au point de Lagrange entre Jupiter et Io. Du fait de son apparence caractéristique, elle apparaît également dans des niveaux de jeux vidéo tels que "Battlezone (1998), Halo (2001), Warframe (2015) ou encore Destiny 2 (2017)". Toute l'action de (1997) se déroule sur Io, le scénario fantastique du jeu faisant référence à quelques caractéristiques réelles de cette lune, comme son activité volcanique ou le potentiel minier théorique qu'elle renferme.
Instrumental (cas) En linguistique, l’instrumental est un cas grammatical exprimant principalement l'instrument (actant dit "instrument"), le moyen par lequel s'accomplit l'action. En français, la valeur sémantique instrumentale s'exprime généralement par la préposition "avec" : « Il peint "avec un pinceau" », ou des locutions comme "à l'aide de", "au moyen de". Dans d'autres langues, elle s'exprime par une désinence casuelle. En pratique, dans de nombreuses langues, les frontières morphologiques et/ou sémantiques sont floues entre l'instrumental et d'autres cas ou concepts voisins, comme le comitatif (ou "sociatif"). Certaines langues, dépourvues de cas instrumental proprement dit, utilisent l'ablatif (comme en latin) ou le datif (comme en grec ancien). En basque. En basque, l'instrumental se caractérise par le suffixe "-z" ("-az", -"ez") : indéfini "buru-z", singulier "buru-az", pluriel "buru-ez" ; avec la tête (il est aussi appelé "médiatif"). En espéranto. En espéranto, on utilise une préposition ("per", "pere de"...) ou une forme adverbiale : En estonien. En estonien, il se confond avec le comitatif (suffixe "-ga") : "auto" « voiture » → "auto" « en voiture » ou « avec la voiture ». En finnois. En finnois, l'instrumental se confond avec l'adessif (suffixe "-lla/-llä") : "veitsi" « couteau » → "veitsellä" « avec un couteau » ou « sur un couteau ». Le finnois possède aussi un cas ancien, l'instructif (suff. "-in"), qui ne connaît pas de différence entre singulier et pluriel et a produit des expressions maintenant figées: "paljain silmin" « à l'œil nu ». En hongrois. En hongrois, le cas instrumental s'exprime au moyen du suffixe "-val/-vel", dont le "-v-" s'assimile lorsqu'il est suivi d'un mot commençant par une autre consonne. Il correspond en français à la préposition « avec » : On l'utilise également avec certaines postpositions, notamment "együtt" (« ensemble »), "szembe" (« en face », avec idée de déplacement) et "szemben" (« en face », « contrairement à ») : Le hongrois possède également un suffixe "-stul/-stül/-ostul/-astul/-estül/-östül" comme reliquat du comitatif, bien que pas considéré comme un cas d'un point de vue strictement syntaxique. Il convoie une idée d'accompagnement, similaire à celle de l'instrumental, tout en transformant le mot en adverbe : En letton. En letton, le même cas (appelé « instrumentālis ») exprime l'instrument proprement dit ou l'accompagnement (sens comitatif). Le terme à l'instrumental est précédé de la préposition "ar" et prend la forme de l'accusatif au singulier et celle du datif au pluriel : En mongol. En mongol (classique), la déclinaison instrumentale s'applique notamment aux noms (auquel on ajoute le suffixe "-iyer/-iyar", "-bar/-ber", en fonction de l'harmonie vocalique et pronoms. En pandunia. Le pandunia utilise la préposition "sa" pour introduire l’instrument. À noter que dans cette langue, toute préposition existe également sous forme postposée, dans ce cas "su" : En polonais. En polonais, l'instrumental répond aux questions "avec quoi ?" "avec qui ?" L'instrumental est aussi utilisé avec les prédicats, noms qui disent quelque chose du sujet. En russe. En russe, l'instrumental (творительный падеж ) a ses formes propres : mais il peut exprimer plusieurs sens différents : Certaines prépositions se construisent, soit systématiquement, soit dans certains contextes (selon le sens) avec l'instrumental : En sanskrit. L'instrumental est un des sept cas (huit en comptant le vocatif) du sanskrit. Il recouvre un large éventail de notions : En turc. En turc, il existe un cas sociatif qui peut exprimer l'accompagnement comme le moyen :
Internationale Situationniste
Indymedia Indymedia (ou IMC pour "Independent Media Center") est une plateforme américaine de médias alternatifs qui supporte environ 175 médias internet autonomes dans une soixantaine de pays, avec pour objectif d'assurer la liberté de créer et de diffuser de l'information, en publication ouverte avec une modération "a posteriori". La tonalité des informations se situe à gauche voire à l'extrême gauche, toutefois elle varie selon les antennes locales. Indymedia se réclame d'un discours anti-sexiste, anti-fasciste et anti-capitaliste, avec une perspective militante parfois révolutionnaire. Historique. Indymedia a été créé par divers organismes indépendants, alternatifs et militants pour couvrir les contre-manifestations de Seattle en 1999, lors de la réunion de l'OMC et du FMI. Le Centre Médias a permis à des journalistes d'échanger et d'envoyer en temps réel des renseignements, articles, photos, bandes audio et vidéo, "via" son site Internet. En regroupant l'ensemble de ces organisations, le Centre Médias de Seattle a produit une série de cinq documentaires transmis chaque jour par satellite, dans tous les États-Unis, à des points d'accès public. En septembre 2004, le serveur de Londres est obligé, à la suite d'un accord de coopération policière entre le gouvernement britannique et le FBI (pourtant en dehors de sa juridiction), de livrer aux services secrets américains le disque dur qui hébergeait plusieurs sites d'Indymedia (à cause semble-t-il de la publication sur Indymedia Nantes de la photo de deux membres de la police secrète suisse qui tentaient d'infiltrer une manifestation antimondialiste). Certains sites ont été inaccessibles pendant plusieurs jours et un long travail de restauration de leurs archives a dû être lancé. En octobre 2006, Brad Will, un journaliste d'Indymedia New York, qui couvre la révolte de Oaxaca (Mexique) est tué par balle par des hommes qui agiraient à la solde du gouverneur local Ulises Ruiz, selon l'Assemblée populaire des peuples de Oaxaca, information confirmée par le quotidien mexicain "La Jornada". Fin , le site linksunten.indymedia.org, considéré comme « la principale plate-forme internet d'extrême gauche en Allemagne », est interdit par le gouvernement. Cette saisie semble directement liée aux manifestations violentes en marge du sommet du G20, début juillet, à Hambourg. Composition. Independant Media Center, ou Indymedia, se présente comme une plateforme collective internet proposant actuellement à environ 175 médias installés dans diverses villes autour du monde, et gérés par des modérateurs, de proposer des informations en permettant à tout un chacun de publier sa propre information / analyse. Controverses. En 2010, les sites de Grenoble et de Paris, pratiquant le copwatching, sont accusés par les syndicats de policiers d'être des après la publication d'articles qualifiant les policiers français d' et de et comparant la police nationale à la Milice.
Imre Kertész Imre Kertész (), né le à Budapest et mort le dans la même ville, est un écrivain hongrois, survivant des camps de concentration. Il est lauréat du prix Nobel de littérature en 2002 . Biographie. Imre Kertész est né dans une famille juive modeste, d'un père marchand de bois et d'une mère employée. De son père, il dit que En 1944, à l'âge de 15 ans, il est déporté à Auschwitz, puis transféré à Buchenwald. Cette expérience douloureuse nourrit toute son œuvre, intimement liée à l'exorcisation de ce traumatisme. L'édification d'une patrie littéraire constitue le refuge d'un être qui constate l'absurdité du monde car on lui a un jour . Ses ouvrages ouvrent une réflexion sur les conséquences dévastatrices du totalitarisme et la solitude de l'individu, condamné à la soumission et la souffrance silencieuse. Revenu à Budapest en Hongrie, en 1945, il se retrouve seul, son père est mort et sa belle-mère s'est remariée. Il adhère au Parti communiste, dont il voit vite la dimension oppressive sur les consciences. En 1948, il devient journaliste. Mais le journal dans lequel il travaille devient l'organe officiel du Parti communiste en 1951, et Kertész est licencié. Il travaille alors quelque temps dans une usine, puis au service de presse du Ministère de l'Industrie. Congédié à nouveau en 1953, il se consacre dès lors à l'écriture et à la traduction. La découverte de "L'Étranger" d'Albert Camus lui révèle, à , sa vocation. La philosophie de l'absurde devient un modèle fondateur pour son œuvre. À partir de la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, il écrit des comédies musicales pour gagner sa vie. Il traduit de nombreux auteurs de langue allemande comme Friedrich Nietzsche, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Sigmund Freud, Joseph Roth, Ludwig Wittgenstein et Elias Canetti qui ont une influence sur sa création littéraire. Dans les années 1960, il commence "Être sans destin", récit d'inspiration autobiographique qu'il conçoit comme un . Ce roman sobre, distancié et parfois ironique sur la vie d'un jeune déporté hongrois, constitue le premier opus d'une trilogie sur la survie en camp de concentration. Il évoque notamment le point de vue de la victime dans l'histoire et son conditionnement occasionnel, voire banal, à l'entreprise de déshumanisation menée par l'Allemagne nazie. Cette acceptation passive et ordinaire de l'univers concentrationnaire se distingue du témoignage de Primo Levi dans "Si c'est un homme". L'ouvrage ne paraît qu'en 1975, avec un accueil assez modeste. Une critique littéraire, Eva Haldimann, du journal suisse allemand "Neue Zürcher Zeitung", remarque cependant le récit et une critique est publiée le , ce qui va contribuer à le faire connaître en Europe de l'Ouest. Imre Kertész découvre par hasard la critique dans un journal abandonné dans une piscine de Budapest. Il s'ensuit une correspondance entre la critique littéraire et l'auteur entre 1977 et 2002 qui sera publiée, en 2009, sous le titre : "Briefe an Eva Haldimann". C'est seulement après la réédition en 1985 d"'Être sans destin" que Kertész connaît le succès dans son pays. Il était par ailleurs tenu à l'écart par le régime communiste. Il obtient en 2002 le prix Nobel de littérature, « pour une œuvre qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'histoire ». En 2003, il est élu membre de l'Académie des arts de Berlin et reçoit en 2004 la croix de grand officier de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne ("Großen Bundesverdienstkreuz mit Stern"). En 2011, il publie "Sauvegarde", autoportrait d'un homme à l'hiver de sa vie, vivant simultanément la maladie de Parkinson, la réception de la Médaille Goethe et le cancer de son épouse. Kertész y circonscrit réflexions littéraires, notes, souvenirs et anecdotes sur son parcours, notamment sa fuite vers l'Allemagne et l'antisémitisme dont il a à nouveau fait l'objet en Hongrie après son retour des camps. Son épouse Magda est décédée le . Style. L'esthétique de Kertész ressemble à celle de Franz Kafka et d'autres écrivains de la "Mitteleuropa". Il peut également être rapproché d'Albert Camus et de Samuel Beckett tant pour ses recherches narratives et formelles que pour le thème de l'absurde et du désespoir qui hantent son œuvre. Son expression fonctionne en périodes distinctes et joue du ressassement et de l'ironie mordante, parfois cruelle, mêlés à plusieurs références d'ordre historique, politique, philosophique et artistique. L'auteur se veut un styliste du verbe et combine témoignage autobiographique, délires, ambiguïté, considérations universelles et dimension analytique du langage, héritée de la tradition littéraire austro-allemande dont il est familier. Précise, riche en métaphores et suggestive, son écriture est marquée par le goût des parenthèses juxtaposées avec un aspect très plastique de la phrase au profil raffiné. Œuvres. La traduction française de toutes les œuvres d'Imre Kertész publiées chez Actes Sud est de Charles Zaremba et Natalia Zaremba-Huzsvai.
Interdit Un interdit est une condamnation visant à exclure. Voir aussi :
Idéologie Une idéologie est un système prédéfini d'idées, appelées aussi catégories, à partir desquelles la réalité est analysée, par opposition à une connaissance intuitive de la réalité sensible perçue. De tels systèmes considérés comme idéologiques existent dans les domaines politique, social, économique, culturel et religieux. Une idéologie est souvent la dimension culturelle d'une institution sociale ou d'un système de pouvoir. Une idéologie "dominante" est diffuse et omniprésente, mais généralement invisible pour celle ou celui qui la partage, du fait même que cette idéologie fonde la façon de voir le monde. On peut distinguer dans une idéologie les dimensions : À l'origine, le terme d'idéologie fut créé par Destutt de Tracy pour tenter de fonder une discipline qui étudie les idées pour elles-mêmes (la mémétique, si ses axiomes sont corrects, pourrait être une branche ou dimension de cette étude). Mais ce sens s'est perdu en faveur de la notion de système d'idées doctrinaire. Le terme tend à prendre un sens de plus en plus large, et est parfois employé pour sa seule connotation péjorative en vue de dénigrer une école de pensée adverse, qu'elle soit ou non dogmatique. Origines. Étymologie. Du grec ancien "ἰδέα" ("idea"), « idée », et de "λόγος" ("logos"), « science, discours ». L'idéologie est donc, étymologiquement, un discours sur les idées. En grec ancien, le nom "ἰδέα" apparenté au verbe ἰ"δεῖν", « voir », suggèrerait plutôt le sens d'« image ». L'idéologie est communément interprétée comme : Terme. Logique (du grec ancien : λόγος) : c'est à la fois le discours et la rhétorique de l'homme, animal politique selon Aristote ; grâce à la parole et donc à la rhétorique, l'homme n'est plus un animal comme les autres. Dans l'idéologie, il s'agit d'une logique par les mots, d'un discours, c'est-à-dire de rhétorique incluant la logique fallacieuse ; depuis la logique dépasse le langage humain. (voir Langage, Logique et Vérité) Le terme d'idéologie apparaît à la fin du : il fut forgé en 1796 par Destutt de Tracy ("Mémoire sur la faculté de penser"), pour désigner l'étude des idées, de leur caractère, de leur origine et de leurs lois, ainsi que leurs rapports avec les signes qui les expriment. Dans la continuation des Lumières, les idéologues, groupe animé par Destutt de Tracy, (Cabanis, Volney, Garat, Daunou), voulaient instaurer une science des idées. Leur projet était de traiter les idées comme des phénomènes naturels exprimant la relation de l'homme avec son milieu naturel de vie. Dans la lignée du sensualisme de Condillac, qui cherchait déjà l'origine des idées, ils voulaient faire une analyse scientifique de la pensée. L'idéologie est alors considérée comme un système de pensée cohérent et naturel, indépendant de son cadre historique. Cependant, selon Georges Canguilhem, ces idéologues étaient des positivistes avant la lettre, libéraux, anti-théologiens, et anti-métaphysiciens, cherchant à dissiper les mythes et l'obscurantisme. Ils ont cru en Bonaparte comme continuateur de la Révolution française, pour devenir anti-napoléoniens. Et c'est Napoléon qui a renversé leur image, au nom du réalisme politique et social, en les dénonçant eux-mêmes comme des métaphysiciens à la pensée creuse. Cette problématique accompagne tout le , en parallèle au déploiement de la pensée scientifique et à la Révolution industrielle. Ce qui guide les penseurs, c'est la recherche d'un système global et cohérent, qui s'articule autour de l'application des lois scientifiques aux phénomènes sociaux. Dans certains cas, la polarisation se fait entre idéologie scientifique et croyances religieuses. Au , Marx propose de cesser de considérer l'idéologie comme un système neutre et donne un éclairage critique au concept originel de l'idéologie de l'époque : il voit l'utilisation de l'idéologie comme un système d'opinions servant les intérêts de classes sociales (voir Analyse marxiste). Il reprend le concept du renversement du rapport de la connaissance à la chose. L'idéologie désigne désormais un système d'idées issue d'une situation qui méconnaît son véritable rapport au réel. Selon Georges Canguilhem :« La fortune, aujourd'hui, de la notion d'idéologie a des origines non douteuses. Elle tient à la vulgarisation de Karl Marx. Idéologie est un concept épistémologique à fonction polémique, appliqué à ces systèmes de représentations qui s'expriment dans la langue de la politique, de la religion et de la métaphysique. Ces langues se donnent pour l'expression de ce que sont les choses mêmes, alors qu'elles sont des moyens de protection et de défense d'une situation, c'est-à-dire d'un système de rapports des hommes entre eux et des hommes aux choses.»À ce propos, Canguilhem pose la question « Qu'est-ce qu'une idéologie scientifique ? » et de sa pertinence en épistémologie et histoire des sciences. Acceptions actuelles. Une idéologie est un ensemble d'idées sur la structure de la société, sur les forces qui agissent dans la société, sur les sources de conflit qui y sont présentes, et aussi sur les modalités qui permettent de résoudre ces conflits, ensemble d'idées partagées par un groupe, communément appelé parti politique. Une définition dérivée de l'idéologie est celle d'une doctrine politique qui fournit un principe unique à l'explication du réel. Celle-ci est susceptible d'inspirer rapidement un programme d'action et constitue un ensemble cohérent d'idées imposées et parfois acceptées sans réflexion critique et sans discernement. L'idéologie offre des notions beaucoup plus larges que celles des doctrines qui sont la dimension intellectualisée d'une idée imaginée. Les doctrines font appel à la dimension culturelle des « comportements psychologiques » et s'inscrivent dans un processus collectif important : la notion d'idéal remplace alors l'idéologie en encadrant une « société de masses ». L'idéologie peut être vue sous l'angle sociologique : l'idéologie a été définie par Guy Rocher comme un . Un autre auteur, Jean Baechler, donne cependant une définition plus fine et plus complète de l'idéologie. Les analyses épistémologiques amènent une reformulation un peu plus nuancée de l'idéologie : celle-ci, ayant permis la conceptualisation des sciences, est également analysée quant à sa neutralité, sa construction et ses fondements. Et la critique marxiste n'est qu'un angle possible d'étude de ceux-ci. Le philosophe allemand Christian Duncker invoque la nécessité d'« une réflexion critique du concept d'idéologie » (2006). Dans son travail, il tâche d'introduire le concept de l'idéologie dans le premier plan, comme les soucis étroitement reliés de l'épistémologie et de l'histoire. Le terme "idéologie" est défini en termes de système de représentation qui explicitement ou implicitement clame la vérité absolue. Dans le , Hannah Arendt écrit que l'idéologie est consubstantielle au phénomène totalitaire et qu'elle présente plusieurs caractéristiques indissociables. D’une part, elle forme un système d’interprétation définitive du monde, elle affiche une prétention omnisciente et « omni-explicative » de celui-ci, qu’il s’agisse des événements passés ou futurs. D’autre part, elle affirme son caractère irrécusable, infalsifiable. Elle n’est jamais prise en défaut et s’émancipe de la réalité. Une autre caractéristique de l’idéologie est son « logicisme », son aptitude à se doter d’une cohérence interne, à intégrer en permanence la contradiction dans un processus logique. L’idéologie, de ce point de vue, est exactement ce qu’elle prétend être : la logique d’une idée. L'idéologie est une pensée de groupe, le discours, la vision, et la logique s'adresse au groupe les soutenant et à la totalité de la société afin d'y faire adhérer le plus de monde. Autrement dit, l'idéologie est un moyen pour un groupe d'accroître son pouvoir par l'accumulation de force politique, de soutien, au sein de la société. L'idéologie est pourtant une vision tout à fait partiale qui peut se tromper lourdement (voir nazisme), cependant ce qui la définit c'est qu'elle cherche à devenir majoritaire, et par là même elle s'impose suivant un énoncé (discours d'une personne et de son groupe, sa minorité) et avec une logique comme structure la soutenant (voir totalitarisme). C'est la tyrannie de la majorité, mais cette majorité dans l'idéologie est une force majoritaire instrumentalisée : pourtant là où il y a influence d'un groupe sur un autre ou sur la politique de la société, il ne s'agit donc pas à proprement parler de démocratie, mais d'un autre type de gouvernement. Il existe également des cas d'idéologie se voulant sans chef ni organisation (voir anarchisme) : mais par le fait même que cette 'logique d'une vision' refuse le discours imposé verticalement, elle refuse donc la pensée de groupe, et son statut d'idéologie en devient dès lors discutable. Idéologies politiques. Analyse marxiste. Pour Karl Marx, l'idéologie est l'ensemble des idées, des valeurs et des normes servant à légitimer la division en classes de la société. L’idéologie au sens marxiste décrit donc l'idéologie dominante en tant que imposée par la classe dominante. C'est la construction intellectuelle qui expliquerait et justifierait un ordre social existant à partir de raisons naturelles ou religieuses. Cette vision ne serait en réalité qu'un voile destiné à cacher la poursuite d'intérêts matériels égoïstes que la classe dominante utiliserait pour renforcer ou étendre sa domination : ainsi pour renforcer le pouvoir en place, l'idéologie de la classe dominante se présenterait de manière que les intérêts de la classe dominante paraissent être les intérêts de tous. L'idéologie devient une superstructure de la société dont elle émane et qu'elle soutient. Selon Friedrich Engels, « l’idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse. Les forces motrices véritables qui le mettent en mouvement lui restent inconnues, sinon ce ne serait point un processus idéologique ». La critique de Karl Marx de l'idéologie est d'abord une critique de la misère que cette idéologie cache, misère qui réside dans les rapports sociaux à la fois résultat et moteur de cette misère. La première misère est l' "obligation au travail" impliquée dans l'organisation de la société par "Le Capital" dans laquelle toute personne dépourvue d'une part de ce capital se voit dans l'obligation de vendre sa force de travail. Des auteurs comme Habermas, Althusser, , vont développer cette conception critique de l'idéologie. Jean-Paul Sartre définit une idéologie comme « une conception globale du monde », sans en dédouaner le marxisme malgré son appartenance à ce courant. Louis Althusser utilise le concept d'« appareils idéologiques d'État » (scolaire, famille, religion, information, syndical, juridique, culturel et politique), par distinction avec les « appareils répressifs » d'État (armée, gouvernement, administration). Les études de John B. Thompson concernant l'idéologie dans notre société moderne abordent les dimensions culturelles et politiques de l'idéologie en regard de la communication de masse, caractéristique de notre monde contemporain. L'idéologie concerne le comment le « sens » établit et maintient systématiquement des relations asymétriques de pouvoir. Analyse situationniste. L'idéologie a aussi trouvé ses critiques dans l'Internationale situationniste, qui fait de la critique de l'idéologie la condition "sine qua non" des relations de ses membres entre eux : la représentation du monde répondant à celle de soi (« le monde du rêve est le rêve du monde » Raoul Vaneigem) chacun est responsable de l'ensemble d'un projet dans lequel il se retrouve ; en l'occurrence, en finir avec le "spectacle", organisation sociale où « tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation » ("La Société du spectacle", Guy Debord), spectacle qui est ici considéré comme la forme achevée du Capital. Plus clairement, pour l'Internationale situationniste, toute organisation révolutionnaire se doit de critiquer « radicalement toute idéologie en tant que pouvoir séparé des idées et idées du pouvoir séparé ». Idéologie et sciences sociales. Saint-Simon. Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon (1760-1825), lointain cousin du célèbre mémorialiste Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des premiers à récupérer le concept d'idéologie afin d'en faire un système philosophique complet, entièrement fondé sur les sciences, en excluant tout apport des religions, puisqu'il était athée. Il joua un rôle tout particulier dans la diffusion de l'idéologie. Saint-Simon, très influencé par les idéologues, notamment le docteur Jean Burdin, bâtit entre 1801 et 1825 un système global que Pierre Musso qualifie de philosophie des réseaux. Pour Saint-Simon, les relations des individus en société sont, par métaphore avec la physiologie, qui était en plein développement à ce moment, assimilables aux réseaux organiques des êtres humains (réseaux sanguins, système nerveux). Il introduit aussi la notion de capacité du réseau. L'appellation de fut en réalité trompeuse pour un système qui, prenant Isaac Newton comme référence suprême, prétendait remplacer Dieu par la gravitation universelle. Sur le plan spirituel, les sciences se substituent à la religion. Sur le plan temporel, les économistes remplacent les politiques. Le système de gouvernement doit comprendre trois chambres (chambre des inventeurs, chambre de savants, chambre d'exécution composée d'industriels). Saint-Simon introduit la croyance exclusive dans le progrès industriel. Il est l'un des tenants de l'industrialisme, mot qu'il forgea en 1824 dans son "catéchisme des industriels". Son système était très empreint de religiosité. Recherche d'un système cohérent (1825). La préoccupation de la recherche d'un système cohérent que l'on trouvait déjà dans l'école des idéologues, un moment oubliée par les guerres de l'Empire et par la Restauration, ressurgit vers 1825, dans le contexte du début du règne de Charles X. La fin de l'année 1825 et l'année 1826 furent ainsi, en France, un moment de réflexion sur un système philosophique global. On peut considérer que c'est une période charnière dans l'histoire des idées. Les penseurs qui participèrent à cette réflexion furent principalement Auguste Comte, Barthélemy Prosper Enfantin, Charles Fourier… et probablement Lamennais, qui fut engagé dans la réflexion des catholiques. Cette période initia un grand nombre de mouvements de différentes natures : idéologies, utopies, qui donneront naissance par la suite aux grandes théories sur le libéralisme, ainsi qu'aux différentes formes de socialisme. Saint-Simonisme : continuation. À la mort de Saint-Simon (1825), un polytechnicien, Barthélemy Prosper Enfantin reprend sa doctrine. Très intéressé par le système de Saint-Simon, il publie avec Saint-Amand Bazard, l"'Exposition de la doctrine de Saint-Simon" (1829). Ces idées sont ainsi diffusées par le mouvement dit saint-simonien, sous des formes transformées au cours du temps. En 1831, Saint-Amand Bazard se détache du groupe libéral d'Enfantin (schisme) et fonde une branche de sensibilité socialiste, qui influence notamment Marx ; Lazare Hippolyte Carnot, second fils de Lazare Carnot, collabore à l'un des journaux ; Michel Chevalier, saint-simonien de sensibilité libérale, est un proche conseiller de Napoléon III ; les idées saint-simoniennes se développent dans certains cercles de l'école polytechnique. Les idées saint-simoniennes ont ainsi une forte influence en France dans la phase de développement industriel du Second Empire, puis de la République (révolution industrielle). Elles se répandent aussi hors des frontières à travers la colonisation en Afrique et au Moyen-Orient dont Enfantin fut l'initiateur (pour plus de détails, voir l'article sur Barthélemy Prosper Enfantin). C'est ainsi que l'on parle d'une idéologie coloniale française (voir aussi dans l'article cercle Saint-Simon les liens avec la colonisation et la propagation de la langue française). Elles trouvent des applications pratiques dans la construction des chemins de fer (étoile de Belgrand), de routes, de canaux, et encore aujourd'hui dans les réseaux de télécommunications. Positivisme d'Auguste Comte. Auguste Comte fut secrétaire de Saint-Simon de 1817 à 1824. Il quitta Saint-Simon pour fonder son propre mouvement philosophique. L'idéologie de Comte se subdivise en deux parties : Le monde est gouverné par les morts. L'humanité est un Grand-Être, sorte de continuation du culte de l'Être Suprême, dont il est le . Le positivisme aura une influence déterminante à partir du milieu du sur de nombreuses personnalités et dans de nombreux domaines : le positivisme logique, le positivisme juridique, qui se fonde sur le système de politique positive de la phase religieuse, et le néopositivisme. Caractéristiques des premières idéologies. Les idées de Saint-Simon et d'Auguste Comte ont en commun une certaine religiosité et une foi absolue dans le progrès des sociétés humaines par les sciences, la technique, et l'industrie. Tous deux excluent la métaphysique, et remplacent la finalité par l'explication scientifique des phénomènes. Ils ignorent les auteurs classiques de l'antiquité grecque et romaine, qui avaient été redécouverts dès le Moyen Âge et la Renaissance. Ils ne s'appuient ni sur les présocratiques, ni sur la philosophie antique. Idéologie et sciences. La notion d"'idéologie scientifique" peut apparaître de prime abord comme un « monstre logique » puisque la science s'oppose catégoriquement aux idéologies politiques, juridiques, économiques et religieuses. Marx ne cite pas la science au nombre des idéologies, bien que la science dépende de l'activité matérielle des hommes. Canguilhem utilise l'expression pour désigner les discours, à prétention de théorie scientifique, qui apparaissent et disparaissent dans l'évolution historique des connaissances. Il distingue l"idéologie scientifique" (domaine de l'épistémologie) de l"'idéologie des scientifiques", et qui serait plutôt du domaine de la sociologie des sciences. Idéologie des scientifiques. C'est l'ensemble des discours tenus par les scientifiques sur leur méthodes, leur objet, leur place relative dans la culture et la société. Les idéologies "des" scientifiques sont des idéologies philosophiques. Par exemple, au est apparu le scientisme postulant que la connaissance scientifique doit permettre d'échapper à l'ignorance dans tous les domaines et donc d'organiser scientifiquement l'humanité. De même décréter que la science, la technologie sont neutres, peut faire partie intégrante d'une idéologie philosophique (comme d'ailleurs le point de vue opposé : relativisme, voire la réduction de la science à une croyance sociologique déterminée par des intérêts). Canguilhem donne comme exemples de concepts idéologiques de scientifiques au , ceux de "Nature" et d"'Expérience". Idéologie scientifique. Selon Canguilhem, l'idéologie scientifique serait plutôt une idéologie de philosophes à prétention scientifique, ou des scientifiques « présomptifs ou présomptueux », souvent considérés comme des précurseurs. Il donne les exemples de Maupertuis (avec son « atome séminal »), de Buffon (avec sa « molécule organique »), de Charles Bonnet (« échelle des êtres ») et de Diderot (dans "Le Rêve de d'Alembert" pour l'idée d'évolution du vivant) qui sont des idéologies scientifiques dans le domaine des sciences naturelles. L'idéologie scientifique n'est ni une fausse conscience (comme Marx l'entendait de l'idéologie), ni une fausse science, car la fausse science ne rencontre jamais le faux et ne renonce à rien. La fausse science n'a pas d'histoire, alors que toute science passe par un état préscientifique. L'idéologie scientifique est alors « évidemment » :« La méconnaissance des exigences méthodologiques et des possibilités opératoires de la science dans le secteur de l'expérience qu'elle cherche à investir, mais elle n'est pas l'ignorance, ou le mépris ou le refus de la science. »L'idéologie scientifique n'est pas une superstition, car si elle occupe une place usurpée dans l'espace de la connaissance, elle n'est pas dans l'espace des croyances religieuses. L'idéologie scientifique est sur-située (historiquement en amont) par rapport à la science. Elle est aussi dé-portée, car la science constituée se place dans un autre cadre que l'idéologie lui assignait. Canguilhem donne l'exemple de l'atomisme, comme idéologie scientifique jusqu'au . Lorsque la chimie et la physique constituent la connaissance scientifique de l'atome, le mot persiste mais dans un cadre différent de l'atomisme grec, qui n'est plus celui de l'indivisible : « ce que la science trouve n'est pas ce que l'idéologie donnait à chercher ». De même, la théorie de la dégénérescence à la fin du est considérée comme une « idéologie scientifique majeure » dans le domaine de l'hérédité pathologique. Dans l'épistémologie des sciences même, chez Kuhn, le concept de paradigme dominant explique la stagnation et la discontinuité de l'évolution des théories scientifiques. Idéologie et vérité. Histoire des sciences. Canguilhem distingue une histoire des sciences qui s'articule selon une succession de "faits de vérité", et qui dès lors n'a pas à rendre compte des "idéologies scientifiques". Et aussi une histoire des sciences « qui traite une science dans son histoire comme une purification élaborée de "normes de vérification" », et qui doit "a contrario" s'en occuper. L'idéologie et la science devraient être distinguées, mais aussi entrelacées. Distinguées, par exemple pour ne pas projeter ou mettre en continuité des concepts scientifiques modernes avec des concepts antiques ou médiévaux, ou chercher chez Diderot ce qui se trouvera chez Darwin ; entrelacées « pour empêcher de réduire l'histoire d'une science à la platitude d'un historique, c'est-à-dire sans ombres de relief ». Selon Canguilhem, la spécificité de l'idéologie scientifique doit être reconnue en lui faisant une place « sur différents plans de scientificité », sans quoi l'histoire des sciences risquerait d'être une idéologie dans son sens péjoratif de fausse conscience. « À ne vouloir faire que l'histoire de la vérité on fait une histoire illusoire ». Épistémologie. La constatation de l'origine sociologique d'une théorie scientifique n'implique pas qu'elle soit de valeur limitée. Ainsi l'origine religieuse du concept d'énergie n'enlève rien à la valeur scientifique de la notion d'énergie atomique. Des théories scientifiques peuvent être idéologisées, ce qui ne les invalide pas forcément. Des théories scientifiques valables peuvent s'intégrer dans des ensembles idéologiques, et une approche idéologique peut préparer le terrain à une approche scientifique et déclencher des études de valeur scientifiques (par exemple dans le domaine des sciences de l'environnement). Une théorie, parmi d'autres théories concurrentes de valeur comparable, peut être sélectionnée par « choix idéologique », mais ceci ne garantit ni la validité, ni le caractère erroné de la théorie choisie. Selon Joseph Gabel « l'identification scientifique vise à simplifier des réalités compliquées, afin de les mettre à la portée de la science ». Alors que l'identification idéologique simplifie encore plus des réalités parfois simples, « pour gagner, en échange du confort intellectuel ainsi offert, l'adhésion des foules ». Il y aurait une analogie positive de la connaissance qui vise à connaître quelque chose en l"'assimilant à quelque chose de déjà connu", et une analogie négative de l'idéologie qui tend à faire "détester quelque chose en l'assimilant à quelque chose de déjà détesté""." Approches psychologiques. Cette partie est une traduction du . Certaines recherches en psychologie suggèrent que les idéologies reflètent les procédés des besoins et désirs, contrairement à la pensée que les convictions politiques dérivent toujours d’une réflexion indépendante et objective. En 2008, une recherche a suggéré que les idéologies pourraient fonctionner comme des éléments d’interprétation qui se répandent pour répondre aux besoins de comprendre le monde, d’éviter l’angoisse existentielle et de maintenir des relations d’estime entre les personnes. Les auteurs ont conclu que de tels besoins pourraient conduire de façon disproportionnée à l’adoption de systèmes de justification des visions du monde (voir l'étymologie d'idéologie). Les psychologues ont découvert que des traits de personnalité, diverses particularités individuelles, besoins et croyances idéologiques pourraient être liés. Par exemple, une méta-analyse de Jost, Glaser, Kruglanski et Sulloway en 2003 a confronté 88 études originaires de 12 pays différents, comportant plus de sujets et a trouvé que l’angoisse de la mort (présente dans le terrorisme dans les médias, le marketing de la peur ; théorie de la gestion de la peur, les intransigeances/intolérance face à l’ambiguïté, le manque d’ouverture aux nouvelles expériences ("lack of openness to experience"), le fait d’éviter l’incertitude (aversion à l'incertitude), le besoin de se réduire à l’aspect cognitif, le besoin d’une structure identitaire personnelle, et la crainte de perdre sa position ou son estime personnelle, tous contribuent au degré de conservatisme politique chez l’individu. Selon les chercheurs, ces résultats montreraient que les conservateurs en politique mettent l’accent sur la résistance au changement et qu’ils sont mus par des besoins qui visent à réduire la peur et l’incertitude. Selon ainsi que d’autres chercheurs, les individus conservateurs en politique ont tendance à se placer très haut sur l’échelle d'autoritarisme de droite. Il est donc avéré que le conservatisme de droite ou de gauche, défini par une politique et une idéologie rigide et fermée, risque de conduire à choisir une idéologie caractérisée par l’autoritarisme (pouvant aller jusqu'au fascisme ou au totalitarisme), et favorisant donc ses représentants. En rapport dans le domaine psychologique et sociologique : Propagande, langue de bois, sophisme, scientisme, pouvoir (sociologie), organisation sociale, hégémonie, manipulation mentale, norme, valeur (sociologie), biais émotionnel, amalgame (communication), conformisme, obéissance, normalité, statu quo, effet de simple exposition, effet de halo, lieu commun, pensée de groupe, hyperstimulus, et ancrage.
IIIe millénaire Le du calendrier grégorien a commencé le et se terminera le 31 décembre 3000. Il s'étend entre les jours juliens à inclus. La civilisation de l'Égypte antique a connu un avant l'ère chrétienne. Le de la civilisation chinoise commença alors que la ville de Rome était juste fondée, et s'étendit jusqu'au début de l'ère chrétienne. Projection. : Vers l'an 2200, on atteindrait la civilisation de type I d’après l'échelle de Kardachev.
Ier millénaire av. J.-C. | | | | | | Liste de chronologies par périodes | Liste des siècles Le av. J.-C. a débuté le -1000 et s’est achevé le 31 décembre -1 dans le calendrier julien proleptique.
Ier siècle Voir aussi : Liste des siècles, Numération romaine Le commence le et finit le .
Ier siècle av. J.-C. Voir aussi : Liste des siècles, Chiffres romains Le commence le et finit le 31 décembre de l'an 1 av. J.-C.
IIe siècle av. J.-C. Voir aussi : Liste des siècles, Chiffres romains Le commence le et finit le
John McCarthy John McCarthy, né le , à Boston (Massachusetts) et mort le à Stanford (Californie), est le principal pionnier de l'intelligence artificielle avec Marvin Lee Minsky ; il incarne le courant mettant l'accent sur la logique symbolique. À la fin des années 1950, après un doctorat en mathématiques, il a créé avec Fernando Corbató la technique du temps partagé, qui permet à plusieurs utilisateurs d'employer simultanément un même ordinateur. Il est également le créateur du langage LISP, en 1958. Il reçoit le prix Turing en 1971 pour ses travaux en intelligence artificielle. Adolescence et études. John McCarthy est né à Boston, dans le Massachusetts le d'un père immigrant Irlandais, John Patrick, et d'une mère juive lituanienne immigrante, Ida Glatt McCarthy. Il a été contraint de voyager fréquemment, jusqu'à ce que son père trouve un travail à Los Angeles, en Californie. McCarthy a dès son jeune âge montré un intérêt pour les mathématiques. Pendant l'adolescence, il apprend les mathématiques en autodidacte, grâce aux livres de l'Institut technologique de Californie (Caltech). De fait, à son entrée à Caltech, ses connaissances lui permettent de passer les deux premières années de mathématiques. Après l’obtention du diplôme en 1948, McCarthy continue les études à Caltech, pour finalement passer un doctorat de mathématiques à l'université de Princeton, en 1951. À cette époque, McCarthy se marie à Vera Watson, une développeuse et alpiniste, morte en 1978 alors qu'elle tentait l’ascension de l'Annapurna I. Carrière informatique. En 1956, il préside la conférence de Dartmouth, lors de laquelle il présente le principe d'élagage alpha-bêta, un algorithme d'évaluation jouant un rôle majeur dans la programmation en intelligence artificielle, notamment utilisé par la grande majorité des programmes d'échecs. Vers les années 1960, le programme Kotok-McCarthy, dont il est à l'origine, est l'un des plus performants. Il est également l'inventeur en 1958 du langage Lisp. Il quitte le MIT en 1962 pour créer le laboratoire d'intelligence artificielle de l'université Stanford. À partir de 1962, McCarthy est professeur à l'université Stanford, jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite en 2000. Il est aussi l'un des pionniers du cloud computing . Il reçoit le prix Turing en 1971 pour ses travaux en intelligence artificielle. Pendant sa retraite, il écrit une nouvelle de science-fiction, intitulée "Le Robot et le bébé", « pour illustrer en partie ce que les robots domestiques devraient être ».
Japon Le Japon (en japonais : , ', ou ', ) est un pays insulaire de l'Asie de l'Est, situé entre l'océan Pacifique et la mer du Japon, à l'est de la Chine, de la Corée du Sud, de la Corée du Nord et de la Russie, et au nord de Taïwan. Étymologiquement, les kanjis (caractères chinois) qui composent le nom du Japon signifient « pays (, ') d'origine (, ') du Soleil (, "") » ; c'est ainsi que le Japon est désigné comme le « pays du soleil levant ». Le Japon forme, depuis 1945, un archipel dont le nombre d'îles varie, suivant les estimations, de (de plus de ), dont les quatre plus grandes sont Hokkaidō, Honshū, Shikoku et Kyūshū, représentant à elles seules 95 % de la superficie terrestre du pays. L'archipel s'étend sur plus de trois mille kilomètres. La plupart des îles sont montagneuses, parfois volcaniques. Ainsi, le plus haut sommet du Japon, le mont Fuji (), est un volcan dont la dernière éruption a eu lieu en 1707. Le Japon est le onzième pays le plus peuplé du monde, avec plus de d'habitants pour (), dont l'essentiel est concentré sur les étroites plaines littorales du sud de Honshū et du nord de Shikoku et Kyūshū, formant un ensemble pratiquement urbanisé en continu appelé « Mégalopole japonaise » ou . Le Grand Tokyo, qui comprend la capitale Tokyo et plusieurs préfectures environnantes, est la plus grande région métropolitaine du monde, avec plus de d'habitants. La ville a été en 1990. Les recherches archéologiques démontrent que le Japon était peuplé dès la période du Paléolithique supérieur. Les premières mentions écrites du Japon sont de brèves apparitions dans des textes de l'histoire chinoise du . L'histoire du Japon est caractérisée par des périodes de grande influence dans le monde extérieur suivies par de longues périodes d'isolement. Depuis l'adoption de sa constitution en 1947, le Japon a maintenu une monarchie constitutionnelle avec un empereur et un parlement élu, la Diète. Le Japon est la troisième puissance économique du monde pour le PIB nominal et la quatrième pour le PIB à parité de pouvoir d'achat. Ce dynamisme économique s'appuie surtout sur une industrie performante et innovante, portée par de grands groupes d'importance mondiale appelés , tout particulièrement dans les secteurs de la construction automobile (troisième producteur mondial en 2017) ou de l'électronique de pointe. Il est aussi le quatrième pays exportateur et le sixième pays importateur au monde. Acteur majeur du commerce international et puissance épargnante, il a ainsi accumulé une de plus de de yens, le plaçant en première position devant la Chine. C'est un pays développé, avec un niveau de vie très élevé (dix-neuvième IDH le plus élevé en 2021), de faibles inégalités (le troisième IDH ajusté aux inégalités le plus élevé, toujours en 2018) et la plus longue espérance de vie au monde selon les estimations de l'ONU. En 2022, le Japon est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Mais ce tableau idyllique ne doit pas masquer d'importants problèmes qui pèsent sur l'avenir du pays : le Japon souffre d'un des taux de natalité les plus bas du monde, très en dessous du seuil de renouvellement des générations. Le pays est actuellement en déclin démographique. C'est également le pays pour lequel le poids de la dette publique brute est le plus important au monde, cette dernière s'élève en 2017 à 240 % du PIB. Étymologie. En japonais, « Japon » se dit "Nihon" ou "Nippon" (), ou éventuellement dans les documents administratifs "Nipponkoku" ou "Nihonkoku" (), soit « Nation japonaise ». La forme abrégée , le plus souvent en préfixe, sert parfois dans un but qualificatif : ainsi trouve-t-on pour l'adjectif « nippo-chinois » ou « sino-japonais ». Le nom "Japon" est un exonyme, en effet c'est une prononciation chinoise transmise ensuite aux Européens. Le nom veut dire « origine du soleil » ou « là où naît le soleil », ce que l'on traduit souvent par . En effet, signifie « soleil » (ou jour) et signifie « origine » (ou racine). Le drapeau japonais (un disque rouge) évoque d'ailleurs le soleil. C'est lors des premiers échanges commerciaux avec la Chine (traditionnellement par le biais d'une lettre du prince régent Shōtoku) que cette appellation, logique du point de vue du voisin occidental chinois, fut introduite, alors que les Japonais de l'époque désignaient leur pays sous le nom de . D'abord prononcé "Hi-no-moto", il lui fut préféré, à partir de l'époque de Nara () les prononciations "Nihon" ou "Nippon", appellations encore en usage de nos jours. Le nom japonais "Nippon" est utilisé sur les timbres, les billets de banque, et pour les événements sportifs internationaux, alors que "Nihon" est utilisé plus fréquemment dans la vie quotidienne. Une désignation officielle du Japon sous la Constitution de 1889 était "Dai-Nippon Teikoku", sans que cela n'ait rendu caduque la lecture "Nihon". Dans des contextes liés au nationalisme, "Nippon" a tendance à être préféré . "Nihon" se retrouve dans le gentilé, , et le nom de la langue, . Outre "Nihon-jin", employé tout particulièrement pour désigner des citoyens japonais situés au Japon, sont également utilisés les termes de pour les citoyens japonais présents à l'étranger (désigne tant les touristes, les personnes d'affaires ou étudiants ayant quitté l'archipel pour des durées plus ou moins longues, expression notamment fréquente dans les médias lorsqu'ils parlent d'une catastrophe ayant fait des victimes japonaises). , ou , est le mot générique pour les immigrants japonais et leurs descendants dans le monde (dont la principale communauté reste les Nippo-Américains), de toute génération, y compris ceux venus ou revenus vivre ou travailler au Japon mais n'en ayant pas la citoyenneté. est désormais le nom que l'on donne à la période historique allant de 250 à 710. C'est en fait le nom de la première structure impériale connue qui exerçait son pouvoir autour de aux environs du . Aujourd'hui, on trouve toujours le mot "Yamato" dans des expressions telles que . Le terme Japon viendrait très certainement de la prononciation chinoise de ("rìbĕn", prononcé (à peu près « Jipeune ») en mandarin d'aujourd'hui). Marco Polo utilisait le terme de "Cipangu", dérivé du chinois "Zipang" utilisé par les Chinois pour désigner le Japon à cette époque. Histoire. Préhistoire et Antiquité. Le Japon est peuplé depuis le paléolithique. Une présence humaine y est indiquée par l'archéologie sur plusieurs niveaux de fouille depuis plus de ; celle-ci débute par l'arrivée des Aïnous, peuple indigène paléo-sibérien, les premiers habitants de l'archipel japonais. À la faveur du réchauffement climatique suivant la glaciation de Würm, les Aïnous sont restés isolés de l'Eurasie et ont développé une forme de culture fondée sur la chasse, la cueillette et la pêche qui a perduré jusqu'au début du . Les premières vagues migratoires de l'ère moderne auraient débuté à partir du Amaterasu (« Amaterasu-sume-okami » (天照皇大神), « grande déesse impériale illuminant le ciel ») liée à l'Empereur du Japon au travers du sanctuaire shintoïste d'Ise et le kamidana ((神棚), « maison des kamis », "ōmikami" (大御神) signifiant « grande déesse ») ordonne à son petit-fils Ninigi de gouverner la Terre. Le "Kojiki" rapporte que le Japon fut fondé au par le petit-fils de ce dernier, l'empereur Jinmu. Le système d'écriture chinois, ainsi que le bouddhisme furent introduits durant les par les moines bouddhistes chinois et coréens, amorçant une longue période d'influence culturelle chinoise. Les empereurs étaient les dirigeants symboliques, alors que le véritable pouvoir était le plus souvent tenu par les puissants nobles de la Cour, des régents du clan Fujiwara (du au milieu du ) aux shoguns (général en chef des armées, à partir de 1192). L'apogée de l'autorité impériale se situe au début de l'époque de Nara (première partie du ) et à la fin de celle de Heian par le biais du système des empereurs retirés (d'environ 1053 jusqu'à 1085-1092). Moyen Âge et époque d'Edo. Par la suite, à partir de la fin du , la réalité du pouvoir est prise en main par une classe guerrière étrangère à la cour impériale, celle des samouraïs. Ce gouvernement militaire s'accompagne d'importants mouvements de population, source de brassage sociétal et d'essor économique. Les shoguns s'appuient sur des réseaux efficaces d'hommes-liges, les "Gokenin", qui, en échange de leur soutien et de leur fidélité, obtiennent des terres et le gouvernement de provinces ou de châteaux. Se met en place alors un système féodal qui va perdurer jusqu'au . Au cours de la deuxième moitié du et au , durant l'époque Sengoku, le délitement du pouvoir central aboutit à une privatisation des charges publiques et des provinces par leurs gouverneurs, ainsi qu'à une instabilité politique et militaire constante. Le pays se retrouve ainsi divisé entre des domaines de taille variable, dirigés par des clans guerriers rivaux, entretenant les uns contre les autres des intrigues ou des conflits ouverts. Une expression résume cette instabilité : ', soit littéralement « Les plus faibles gouvernent les plus forts », chaque seigneur (ou ') peut être renversé par des rivaux comme par ses propres vassaux, qui eux-mêmes sont menacés par des forces encore plus inférieures qu'eux, tandis que des bandes rebelles (') constituées de paysans, religieux ou petits nobles locaux se créent de véritables petits royaumes indépendants. Une succession de trois ' conquérants entre 1573 et 1603 (époque Azuchi Momoyama) va permettre au Japon de retrouver définitivement une unité politique et d'encadrer l'organisation féodale par le système des "han". Ces trois « unificateurs du Japon » sont successivement : Oda Nobunaga (1573-1582), Toyotomi Hideyoshi (1583-1598) et finalement Tokugawa Ieyasu qui s'impose à la bataille de Sekigahara en 1600 pour fonder en 1603 un gouvernement shogunal qui, depuis sa capitale d'Edo, va diriger l'archipel pendant deux siècles et demi (époque d'Edo). À partir du , des commerçants venus tout d'abord du Portugal (1543), puis des Pays-Bas et d'Angleterre débarquèrent au Japon avec des missionnaires chrétiens. Pendant la première partie du , le "bakufu" (shogunat) Tokugawa craignit que ces missionnaires portugais ne fussent la source de périls analogues à ceux que subirent ses voisins (telles les prémices d'une conquête militaire par les puissances européennes ou un anéantissement) et la religion chrétienne fut formellement interdite en 1635 sous peine de mort accompagnée de torture. Puis, en 1639, le Japon cessa toute relation avec l'étranger, à l'exception de certains contacts restreints avec des marchands chinois et néerlandais à Nagasaki, précisément sur l'île de Dejima. Empire du Japon. Cet isolement volontaire de deux siècles dura jusqu'à ce que les États-Unis, avec le commodore Matthew Perry, forcent le Japon à s'ouvrir à l'Occident par la politique de la canonnière en signant la convention de Kanagawa en 1854 après le pilonnage des ports japonais. Jusque-là, la plupart des Japonais ne connaissaient comme langue occidentale que le néerlandais, et découvrirent avec surprise l'existence d'autres langues, dont l'anglais des Américains. En seulement quelques années, les contacts intensifs avec l'Occident transformèrent profondément la société japonaise. Elle favorisa des échanges fondamentaux et sauva notamment la sériciculture jalon de l'économie française. En 1865, Tokugawa Yoshinobu offre de graines de vers à soie à , en échange de dix juments et dix étalons de race algérienne, d'un costume et d'un bicorne. Après que le Shogunat Tokugawa eut favorisé de paix au Japon, Yoshinobu Tokugawa fut contraint de démissionner et l'empereur fut réinvesti du pouvoir. La restauration Meiji de 1868 mit en œuvre de nombreuses réformes. Le système de type féodal et l'ordre des samouraïs furent officiellement abolis, de nombreuses institutions occidentales furent adoptées (les préfectures furent mises en place) et le pays s'industrialise rapidement. De nouveaux systèmes juridiques et de gouvernement ainsi que d'importantes réformes économiques, sociales et militaires transformèrent l'empire du Japon en une puissance régionale. Ces mutations donnèrent naissance à une forte ambition qui se transforma en guerre contre la Chine (1895) et contre la Russie (1905), dans laquelle le Japon gagna la Corée, Taïwan et d'autres territoires. L'expansionnisme militaire du Japon avait débuté dès le début du avec l'annexion de la Corée en 1910. Il prit de l'ampleur au cours de l'ère Shōwa avec l'invasion de la Mandchourie en 1931 puis des provinces du nord de la Chine. Dans les premières années 1930 le Japon, ainsi que l'Allemagne et l'Italie, parviennent à se réapprovisionner en armement, voyant se développer un important complexe militaro-industriel s'appuyant sur de puissants conglomérats, les "zaibatsu" (Mitsubishi, Mitsui, Sumitomo et Yasuda, notamment). En 1933 le Japon, désormais prêt à réinstaurer un système militaire plus stable, quitte la Société des Nations et se libère de ce fait des contraintes du traité. En 1937, l'empire se lança dans une invasion de la Chine qui débuta avec le bombardement stratégique de Shanghai et de Canton, ce qui entraîna une résolution de blâme de la Société des Nations à l'encontre du Japon mais surtout un écrasement des forces du Kuomintang. Selon les estimations, entre cent cinquante mille et trois cent mille Chinois furent exterminés lors du massacre de Nankin (Nanjing) par l'armée impériale japonaise. L'attaque de Pearl Harbor dans l'archipel d'Hawaï en 1941, visant à détruire une partie de la flotte de guerre américaine, déclencha la guerre du Pacifique et engagea l'empire du Japon dans la Seconde Guerre mondiale au côté de l'Axe. Le Japon agrandit dès lors encore son emprise jusqu'à occuper la Birmanie, la Thaïlande, Hong Kong, Singapour, l'Indonésie, la Nouvelle-Guinée, l'Indochine française et l'essentiel des îles du Pacifique (de 1937 à 1942). Ce gigantesque empire militaire, appelé officiellement Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, était destiné à servir de réservoir de matières premières. L'occupation de ces territoires fut marquée par d'innombrables exactions à l'encontre des populations d'Extrême-Orient, crimes pour lesquels les pays voisins du Japon demandent toujours des excuses ou des réparations aujourd'hui. L'empereur Shōwa procéda finalement à la reddition de l'empire du Japon le après les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki par l'aviation américaine et l'invasion soviétique du Mandchoukouo. Le traité de paix avec la Russie est toujours en négociation, en règlement du problème des îles Kouriles du Sud, occupées par cette dernière depuis la fin du conflit. Période contemporaine. Le Japon, dont plusieurs des villes majeures ont été dévastées par les bombardements, est occupé par les troupes du Commandement suprême des forces alliées, MacArthur. Celui-ci met en place le tribunal de Tokyo pour juger quelques-uns des dirigeants politiques et militaires de l'empire mais exonère tous les membres de la famille impériale ainsi que les membres des unités de recherche bactériologiques. Confiné à l'archipel, le pays demeura sous la tutelle des États-Unis jusqu'en 1951 (traité de San Francisco). Ceux-ci imposèrent une nouvelle constitution, plus démocratique, et fournirent une aide financière qui encouragea le renouveau du Japon. L'économie se rétablit ainsi rapidement et permit le retour de la prospérité dans l'archipel dont les Jeux olympiques de Tokyo et le lancement du Shinkansen en 1964 furent les symboles. Des années 1950 jusqu'aux années 1980, le Japon connaît un apogée culturel et économique et une formidable croissance. Toutefois, ce « miracle économique » prend fin au début des années 1990, date à laquelle la « » éclate, marquant le début de la . Ces années sont aussi marquées par une certaine instabilité politique (avec la première chute d'un gouvernement par une motion de censure en 1993) et plusieurs catastrophes d'origines humaine (attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995) ou naturelle (tremblement de terre de Kōbe, également en 1995). Au début du , bien que sa part soit relativement faible dans les finances de l'État, le Japon occupe, en matière de budget militaire, la cinquième place dans le monde en chiffres absolus, mais l'importance de ce budget ne fait pas pour autant du Japon une grande puissance militaire. La constitution japonaise interdit en effet le maintien d'une armée, le droit de belligérance et le lancement de toute opération militaire en dehors de ses frontières autre que dans le cadre de l'autodéfense. La « force d'autodéfense » japonaise est un corps militaire professionnel disposant de moyens techniques avancés. Avec la guerre d'Irak en 2003, l'interprétation de cette clause pacifiste de la Constitution a été revue pour pouvoir déployer des troupes hors de son territoire dans le cadre d'opérations à caractère strictement non militaire (reconstruction, aide humanitaire…). De la sorte, le Japon espère acquérir un rôle diplomatique plus en rapport avec sa puissance économique. Le , un grave séisme de , suivi d'un tsunami, frappe l'est du Tōhoku autour de Sendai, provoquant la mort de plusieurs milliers de personnes, de très graves dégâts dans toute la partie nord-est de Honshū et l'accident nucléaire de Fukushima. Politique. Le Japon est une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire, régie par la Constitution de 1947. L' n'y occupe plus qu'une place honorifique, étant défini comme le symbole de l'État et de l'unité du peuple japonais dans l'article premier de la loi fondamentale. La constitution attribue la souveraineté, qui revenait auparavant à l'empereur, au peuple japonais, dans le cadre d'une démocratie représentative où l'essentiel du pouvoir politique est détenu par un parlement bicaméral, la . Bien qu'il ne soit pas officiellement établi comme le chef de l'État et qu'il ne dispose d'aucun domaine réservé, l'empereur remplit l'ensemble des fonctions protocolaires d'un chef d'État : accréditation des ambassadeurs étrangers, investiture du Premier ministre et du juge en chef de la Cour suprême, dissolution de la Chambre des représentants sur proposition de ce dernier, ouverture des sessions parlementaires. La population japonaise conserve généralement un fort attachement et une grande déférence à l'égard de l'empereur, dont l' est la fête nationale du Japon. De même, chaque règne correspond à une ère servant à dater les actes officiels et dont le nom devient l'appellation officielle de l'empereur après sa mort. L' depuis le , plus connu internationalement sous son nom de naissance Naruhito, est, selon la tradition, le japonais issu de la lignée Yamato par la déesse Amaterasu, régnant durant l'. Accompagné de serviteurs portant le bicorne (symbole remémorant les liens étroits entre le Shogunat Tokugawa et l'empereur ), l'empereur Naruhito monte en calèche le pour une visite au Naiku, ou sanctuaire intérieur, du sanctuaire d'Ise Jingu afin de rendre compte à Amaterasu-omikami, la légendaire déesse du soleil, de l'achèvement de ses cérémonies d'intronisation. La succession au trône se fait selon la loi de la maison impériale de 1947, par primogéniture masculine au sein des descendants, en ligne masculine exclusivement, de l'empereur Taishō. Les filles nées au sein de la famille impériale la quittent une fois mariées, et ne transmettent donc aucun droit à la succession. Le reste de l'ancienne a été aboli en 1947. La vie politique japonaise est en grande partie dominée par des dynasties, les fils des personnalités politiques leur succédant dans le fief électoral familial. Le phénomène est particulièrement marqué dans le cas du Parti libéral démocrate (PLD) mais se retrouve aussi, à un degré moindre, au Parti démocrate (PDJ). La moitié des députés du PLD pour la mandature 2005-2009 appartiennent à des dynasties politiques, tout comme cinq des six premiers ministres qui se sont succédé depuis 1996. Avec l'argent, le « capital d'influence » – le statut social– sont des éléments clés pour faire carrière en politique. La plupart des premiers ministres japonais présentaient des liens avec l'aristocratie. Séparation des pouvoirs. Le pouvoir exécutif appartient au , responsable devant la Diète, dirigé par le et composé de devant tous être des civils. Le Premier ministre est choisi au sein de la Diète par ses pairs avant d'être nommé par l'empereur. Il a le pouvoir de nommer et de démettre les autres ministres, dont une majorité doit être membre du Parlement, ainsi que celui de dissolution de la Chambre des représentants (formellement prononcée par l'empereur). Tous les membres du cabinet sont responsables devant la Diète. La branche législative, et donc la Diète, se compose tout d'abord d'une chambre basse, la de , dont sont élus par le mode uninominal à un tour et 176 par la proportionnelle régionale. Les représentants sont élus pour quatre ans au suffrage universel (il faut avoir pour voter). La chambre haute, appelée , de , est composée de personnes élues pour une durée de six ans, renouvelée par moitié tous les trois ans. Le suffrage est universel et secret. Le mode de scrutin est également mixte : sont élus par un scrutin majoritaire plurinominal dans le cadre des préfectures, et à la proportionnelle nationale. Les choix exprimés par la majorité absolue de la Chambre des représentants s'imposent à ceux de la Chambre des conseillers pour l'élection du Premier ministre, des votes de confiance ou de censure au gouvernement, ou encore de l'adoption du budget. En revanche, tout autre texte non constitutionnel nécessite, en cas de désaccord entre les deux chambres, une majorité des deux tiers des représentants pour le faire adopter malgré tout. Pour les amendements à la Constitution, une majorité des deux tiers dans les deux chambres est nécessaire, ce qui, à la date du , n'est encore jamais arrivé depuis 1947. Le pouvoir judiciaire repose sur une organisation juridictionnelle composée de quatre niveaux de base : 483 cours de première instance, un tribunal de district comportant une chambre familiale dans chaque préfecture, huit Hautes Cours et une Cour suprême. La est l'autorité judiciaire supérieure, à la fois juridiction de dernier ressort et cour contrôlant la constitutionnalité des décisions et actions des deux autres pouvoirs, dont les collectivités locales et administrations publiques. Elle est composée de quinze juges. Ils sont nommés par le gouvernement puis confirmés par un vote de rétention (qui n'en a jamais infirmé aucun). La cour est dirigée par un nommé par l'empereur sur proposition du Premier ministre. Le Japon pratique la peine de mort. Son usage a augmenté entre 2006 et 2009 : les exécutions ont doublé en un an et les condamnations ont été multipliées par six en quatre ans. Toutefois sous l'administration démocrate au pouvoir de 2009 à 2010, la première ministre de la Justice, Keiko Chiba, et ses successeurs, Satsuki Eda et Hideo Hiraoka, sont tous trois des opposants historiques à la peine capitale. Tous ont malgré tout signé des ordres d'exécution. Forces politiques. La vie politique a longtemps été dominée après la fin de l'occupation américaine par le Parti libéral-démocrate (PLD), qui a fourni l'ensemble des Premiers ministres au pays de 1955 à 1993, de 1996 à 2009 et depuis 2012. Celui-ci, de tendance conservatrice libérale, gouverne seul ou en coalition, notamment avec le Kōmeitō, parti sous influence de la Sōka Gakkai, dont les députés sont majoritairement issus, entre 1999 et 2009 et depuis 2012. Le principal parti d'opposition a longtemps été le Parti socialiste japonais (PSJ) jusqu'à ce que celui-ci souffre de la perte de son électorat traditionnel à la suite de son alliance de 1994 à 1998 avec le PLD dans une grande coalition gouvernementale et sa transformation en 1996 en Parti social-démocrate (PSD). Depuis les années 1990, l'opposition non communiste a été animée par le Parti démocrate du Japon (PDJ), fondé en 1996 et réformé en 1998, composé d'anciens dissidents tant de l'ancien PSJ que du PLD et se positionnant au centre voire au centre gauche de l'échiquier politique japonais avec une idéologie proche de la Troisième voie sociale-libérale. Il est finalement arrivé au pouvoir à l'issue des élections législatives du et son président, Yukio Hatoyama, est devenu le le . Naoto Kan lui succède le , avant de laisser sa place à son tour à Yoshihiko Noda le . Il dirige un gouvernement de coalition bipartite avec le Nouveau Parti du peuple (NPP, centre droit). Toutefois, il perd la majorité dès les élections législatives suivantes du , au profit du retour de la coalition PLD-Kōmeitō. Shinzō Abe, déjà Premier ministre de 2006 à 2007, est ainsi revenu à la tête du gouvernement le . Par la suite, affaiblie, l'opposition au PLD a subi de multiples fusions, scissions et recompositions : le PDJ s'est uni au Parti de la restauration en 2016 pour former le Parti démocrate progressiste (PDP) ; l'aile droite de ce dernier rejoint en 2017 le Parti de l'espoir nouvellement créé par la populaire gouverneur de Tōkyō Yuriko Koike, mouvement qui, après une contre-performance aux élections législatives de 2017, finit par fusionner avec ce qui reste du PDP pour former le Parti démocrate du peuple (PDP toujours) en 2018, parti qui se définit comme centriste réformiste ; l'aile gauche du Parti démocrate progressiste a pour sa part fondé le Parti démocrate constitutionnel (PDC), situé au centre gauche social-libéral et pacifiste, devenu le premier parti de l'opposition parlementaire après les élections législatives de 2017. Étrangers résidents. Plusieurs centaines de milliers de Coréens ont le statut de résidents permanents au Japon depuis plusieurs générations et parmi eux, un grand nombre refuse de prendre la nationalité japonaise pour ne pas devoir renoncer à leur nationalité coréenne ; ils sont donc toujours considérés comme des étrangers sur le plan légal, même si beaucoup d'entre eux utilisent couramment un nom japonais ou ne savent pas parler coréen. Ils bénéficient cependant du statut de « résidents permanents spéciaux » qui leur donne certains avantages par rapport aux autres résidents permanents. Ils ne peuvent toutefois pas voter aux élections japonaises ou accéder à certains postes élevés de la fonction publique sans se faire naturaliser. Il y a cependant un débat sur la possibilité de donner le droit de vote aux élections locales aux résidents permanents, comme c'est le cas depuis 2005 dans certaines régions de Corée du Sud. Il s'agissait de l'une des principales promesses de campagne du PDJ, au pouvoir de à . Relations étrangères et défense. Le Japon entretient d'étroites relations économiques et militaires avec son principal allié, les États-Unis, officialisées par le traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon de 1960. État membre de l'Organisation des Nations unies depuis 1956, le Japon a été un membre non-permanent du Conseil de sécurité pour un total de et l'a été pour la période 2009-2010. Il est également l'une des nations du G4 qui cherchent à devenir des membres permanents au Conseil de sécurité. En tant que membre du G8, de l'APEC, de l'ASEAN plus trois et participant au sommet de l'Asie orientale, le Japon participe activement aux affaires internationales et renforce ses liens diplomatiques avec des partenaires importants dans le monde entier. Le Japon a signé un pacte de sécurité avec l'Australie en et avec l'Inde en . Il est également le troisième plus grand donateur d'aide publique au développement, après les États-Unis et le Royaume-Uni, avec un don de de dollars US en 2004. Le Japon a contribué avec des troupes non-combattantes à la coalition militaire en Irak de 2004 à 2008. Le Japon est engagé dans plusieurs conflits territoriaux avec ses voisins : avec la Russie sur les îles Kouriles, avec la Corée du Sud sur les rochers Liancourt, avec la république populaire de Chine et Taïwan sur les îles Senkaku (conflit territorial des îles Senkaku) et avec la république populaire de Chine sur la ZEE autour d'Okinotori-shima, rendant complexes les relations entre la Chine et le Japon. Le Japon est aussi confronté à un différend avec la Corée du Nord au sujet de son enlèvement de citoyens japonais et sur ses armes nucléaires. À la suite de la contestation des îles Kouriles, le Japon est techniquement toujours en guerre avec la Russie, car aucune solution à la question n'a jamais été signée. L'armée du Japon est restreinte par l'de la Constitution japonaise, qui fait renoncer le Japon à son droit de déclarer la guerre ou à utiliser sa force militaire comme moyen de règlement des différends internationaux. Les forces du Japon sont régies par le ministère de la Défense, et sont composées d'une force terrestre, maritime et aérienne. Les forces qui ont été récemment utilisées dans des opérations de maintien de la paix et pour le déploiement de troupes japonaises en Irak a marqué la première intervention militaire du Japon à l'étranger depuis la Seconde Guerre mondiale. Le pays dispose par ailleurs d'un , qui s'est réuni pour la première fois le pour discuter de la stratégie de sécurité nationale en réponse à l'instauration par la Chine d'une zone d'identification aérienne en mer de Chine orientale. Le Japon est devenu en 2014 observateur associé à la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) lors du sommet de Dili. Depuis , les forces japonaises d'autodéfense peuvent être utilisées en dehors du pays, pour soutenir un allié. Le Japon, un acteur majeur à l'ère de la rivalité sino-américaine ? Compte tenu de ses liens historiques avec Washington, et de son rapprochement plus récent avec Pékin, le Japon pourrait, en confirmant sa légitimité internationale, constituer un pôle de stabilité dans une Asie indo-pacifique sous haute tension. C'est en tout cas l'un de ses objectifs stratégiques majeurs. Étant donné l'importance de l'alliance pour la sécurité du Japon, Tokyo continue de multiplier les signes de bonne volonté pour s'assurer du soutien pérenne de son partenaire. En 2019, l'agenda politique et diplomatique du Japon sera chargé en termes de calendrier et de symboles : l'abdication de l'empereur fin avril précédera le sommet du G20, organisé à Osaka fin juin. À cette occasion, des rencontres importantes sont programmées avec Vladimir Poutine et Xi Jinping, qui devrait être le premier chef d'État chinois à se rendre au Japon depuis dix ans. La stratégie de l'Indo-Pacifique libre et ouvert doit offrir un choix alternatif aux pays de la région pour leur permettre d'élargir leurs options et d'éviter un face-à-face avec la Chine. À rebours des tensions russo-occidentales depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en 2014, le Japon s'est engagé dans une politique de rapprochement et de coopération avec Moscou. L'engagement personnel du Premier ministre interroge en creux le devenir de cette diplomatie proactive après son départ, fin 2021. Le Japon bénéficie, certes, d'un certain nombre d'atouts pour se positionner comme force de proposition sur ces sujets, et, plus largement, jouer un rôle international significatif. Il est aujourd'hui au cœur d'un réseau de partenaires qui le reconnaissent comme une démocratie libérale et un acteur international légitime et bienveillant. La normalisation militaire du Japon, accélérée sous Shinzō Abe, lui donne aujourd'hui des outils pour contribuer davantage à la sécurité et la paix internationale. Réconciliation entre le Japon et la Corée du Sud ? Le Jeudi 16 et vendredi 17 mars 2023, le président Yoon Seok-youl a rendu visite au premier ministre japonais, Fumio Kishida, pour refonder leur relation bilatérale. Depuis son élection à la présidence de la République en mai dernier, le Sud-Coréen s’efforçait de réchauffer les relations entre les deux pays. Pour le dirigeant, les périls régionaux que son pays doit affronter, au premier rang desquels une Corée du Nord et une Chine de plus en plus bellicistes. Depuis son élection, une quarantaine de réunions confidentielles entre diplomates sud-coréens, japonais et américains, ont eu lieu pour préparer les esprits à une réconciliation, doit-elle être principalement le fruit des efforts unilatéraux de la Corée du Sud ?.<br> Satisfecit à Washington après le premier sommet en douze ans réunissant les dirigeants japonais et sud-coréen. Très attentifs à l’amélioration des liens entre leurs deux alliés d’Asie de l'Est, les États-Unis ont salué vendredi 17 mars un « nouveau chapitre » entre Tokyo et Séoul. Géographie. L'État du Japon forme, dans l'Est de l'Asie, un archipel de de plus de sur plus de trois mille kilomètres de long, face à la Russie (îles Kouriles), Taïwan, la Corée et la Chine. Sur les que compte le Japon, environ 430 sont habitées. Quatre de ces îles représentent l'essentiel d'un territoire de (95 % du territoire des de l'arc insulaire). Ces quatre îles forment le bloc centralinsulaire ("Hondo"). Les autres îles de l'archipel sont plus petites, notamment dans la préfecture d'Okinawa. Naha, sur l'île Okinawa Hontō dans les Ryūkyū (archipel Nansei), est située à plus de six cents kilomètres au sud-ouest de Kyūshū. Au sud de Tokyo, l'archipel des Nanpō s'étire sur plus de mille kilomètres jusqu'à Iwo Jima. Au nord, Sakhaline (' en japonais) et les îles Kouriles (', qui s'étendent à plus de mille deux cents kilomètres au nord-est de Hokkaidō), annexées par la Russie quelques jours après la défaite du Japon face aux États-Unis en , sont parfois considérées comme les points extrêmes de l'archipel. Du fait des zones économiques exclusives, le pays revendique un territoire maritime de de , multipliant sa superficie par douze. Le Japon est scindé, d'un point de vue géographique et non pas politique, en huit régions (voire neuf, si la préfecture d'Okinawa n'est pas incluse dans celle de Kyūshū) qui sont du nord au sud : Hokkaidō, Tōhoku, Kantō, Chūbu, Kansai (couramment appelé Kinki), Chūgoku, Shikoku et Kyūshū. La région du Chūbu est parfois décomposée en trois régions : la région du Hokuriku sur la côte nord-ouest, la région du Kōshinetsu à l'est et la région du Tōkai au sud. Les limites de ces dernières ne sont cependant pas fixées avec précision. Subdivisions administratives. Le Japon est subdivisé en quarante-sept préfectures (ou départements), dont une préfecture métropolitaine ou métropole (Tokyo), une préfecture insulaire ou territoire (Hokkaidō), deux préfectures gouvernementales ou gouvernements urbains (Préfecture d'Osaka et Préfecture de Kyoto) et rurales. Deux préfectures ont des subdivisions particulières qui leur sont propres : Hokkaidō qui a tout son territoire divisé en sous-préfectures et Tokyo qui présente elle aussi des circonscriptions administratives particulières à travers les vingt-trois arrondissements spéciaux (qui ont statut de municipalités urbaines sans en avoir toutes les compétences, certaines étant exercées directement par le Gouvernement métropolitain) et les quatre sous-préfectures insulaires du Pacifique. Sinon, toutes les préfectures (ou sous-préfectures) sont organisées en municipalités urbaines (les villes) ou rurales (les bourgs et villages, eux-mêmes regroupés en districts ruraux). Les principales villes du Japon classées par ordre décroissant d'habitants sont (chiffres de 2005) : L'agglomération de Tokyo, englobant entre autres Yokohama, Kawasaki, Chiba et Saitama est, avec plus de d'habitants, l'aire urbaine la plus peuplée du monde. Relief. Les montagnes occupent 71 % du territoire, les piémonts 4 %, les plaines hautes 12 % et les plaines basses 13 %. Seulement un peu plus du cinquième du territoire est habitable () et la plus grande plaine de l'archipel, celle du Kantō, n'atteint pas . Le massif montagneux des Alpes japonaises s'étire du nord au sud sur plus de , le long des principales. Le point culminant du Japon est le célèbre mont Fuji atteignant d'altitude. Il s'agit d'un relief volcanique, toujours actif mais peu menaçant. La rareté des plaines (excepté près des littoraux), très peuplées (plus de par km sur la côte est de Honshū), oblige l'exploitation des collines et des montagnes avec le système des cultures en plateaux (les versants sont recouverts de bassins successifs de taille décroissante avec la hauteur, permettant la culture du riz, du soja). Si les côtes du Japon sont longues () et d'une grande variété, les fleuves sont courts, pentus et violents et se prêtent peu à la navigation. Le Japon exprime avant tout par sa géographie le contraste le plus remarquable qui soit au monde entre un milieu éminemment ingrat qui n'offre à ses habitants qu'une superficie cultivable inférieure à (moins de 24 % de la superficie totale) et la présence de d'habitants (chiffre de 2007). Volcanisme et séismes. Comme le Japon est situé dans une zone de subduction de quatre plaques tectoniques (Pacifique, Nord-américaine, des Philippines et Eurasiatique), de nombreux volcans, comme le mont Unzen, sur l'île de Kyūshū, sont actifs. En 2018, le Japon en compte 111. Des milliers de secousses telluriques d'intensité variable (de sur l'échelle de Richter) sont ressenties dans le Japon tout entier chaque année. Par ailleurs, les puissants et ravageurs tremblements du plancher sous-marin génèrent des raz-de-marée appelés tsunamis. des séismes d'une magnitude égale ou supérieure à dans le monde surviennent au Japon. Le Japon est le pays du monde le mieux préparé aux séismes et aux tsunamis. Il a consacré des milliards d'euros à la rénovation de bâtiments anciens et à l'équipement des nouveaux en amortisseurs de chocs. De hautes digues protègent nombre de villes côtières, et les routes d'évacuation en cas de tsunami sont bien signalées. Habitués à ce genre de catastrophes, les habitants ont pris des précautions systématiques. Ils ont mis en place un système doté d'ordinateurs très performants, système qui peut détecter la formation d'un tsunami, en déduire la hauteur des vagues ainsi que la vitesse de leur propagation et le moment où les vagues atteindront les côtes grâce à l'épicentre et à la magnitude du séisme. Ils transmettent aussi ces données aux pays du Pacifique, même à leurs concurrents, contrairement à la surveillance de l'océan Indien. Les sources naturelles d'eau chaude (appelées "") sont nombreuses et très populaires. Elles ont souvent été aménagées en bains publics, hôtels ou stations thermales pour les séjours de villégiature et retraites de santé. On peut par exemple s'y baigner dans des « baignoires » naturelles de . Quelques séismes aux ont été particulièrement dévastateurs : Climat. L'archipel est très étiré sur l'axe Nord-Sud de la latitude de Québec à celle de Cuba, le Japon possède une gamme climatique étendue. L'île de Hokkaidō et le nord de Honshū connaissent un climat tempéré de type continental (acadien), avec des étés doux et des hivers froids avec de fortes chutes de neige qui tiennent au sol durant plusieurs mois. Tokyo, Nagoya, Kyoto, Osaka et Kobe, à l'est et au centre-ouest de la plus grande île (Honshū), ont un climat de type subtropical humide caractérisé par des hivers relativement doux, avec peu ou pas de neige, et des étés chauds et humides, avec une saison des pluies ("") de début juin à mi-juillet. Le climat de Fukuoka (Hakata), sur l'île de Kyūshū, est relativement tempéré avec des automnes et hivers doux. Cependant l'été est tropical, long, étouffant et ultra-pluvieux (de fin mai à fin septembre) combinant températures élevées — voire torrides — et forte humidité. Enfin, le climat des îles Ryūkyū, dont Okinawa Hontō, à l'extrême-sud de l'archipel nippon (latitude de Taïwan), est de type quasi-tropical, sans gel ni neige, avec des températures minimales hivernales supérieures à . L'archipel japonais connaît une alternance des vents et des courants marins qui influent sur son climat. En hiver, les vents sibériens déferlent sur la mer du Japon et provoquent d'énormes chutes de neige sur la côte occidentale de l'archipel. À l'inverse, la côte orientale est protégée par la chaîne des Alpes japonaises et connaît des hivers secs et ensoleillés, avec des températures tiédies par l'effet du courant chaud Kuroshio au sud-est. En été, le courant froid Oyashio abaisse les températures sur les côtes du nord-ouest. L'archipel japonais est touché par les tempêtes tropicales et les typhons, surtout entre juin et octobre. En 2004, dix cyclones se sont abattus sur le Japon, parmi lesquels Meari qui a fait vingt-deux morts et six disparus. Le bilan matériel de la saison 2004 est catastrophique : au moins de yens ( de dollars américains ou un milliard d'euros) de dégâts. Les typhons les plus violents du au Japon ont dévasté Muroto (typhon Muroto de 1934) (trois mille morts) et la baie d'Ise en 1959 (cinq mille morts). Plus récemment, le typhon #19 (« Hagibis ») a entraîné des pluies et des vents records dans le centre, l’est et le nord du Japon les 12 et 13 octobre 2019. Il a entraîné des inondations, des glissements de terrain et des décès en plusieurs endroits, notamment dans la région de Kanto, autour de Tokyo, dans la région de Chubu et dans la région de Tohoku, à l’est du pays. Le 10 septembre 2020, le typhon Haishen s’est déchainé sur les côtes sud-ouest japonaises. Il a rapidement changé de cap, pour se diriger en direction de la Corée. Rapidement, plus de 1,6 million de personnes ont été évacuées. Au total, 5,6 millions avis d’évacuation ont été distribuées par les autorités nippones. Le 22 septembre 2020, le typhon Dolphin se dirige sur le Japon. Il provoquera alors une mer agitée, du vent et de la pluie dans le sud de Honshu. La ville d’Osaka et ses environs, dans le centre du Japon, sont touchées. La tempête se déplace ensuite vers le nord-est, au-dessus de Tokyo, puis vers Sendai et les régions voisines du nord du Japon plus tard dans la semaine. Biodiversité. De très nombreuses espèces animales et végétales ont été découvertes au Japon ou près de ses côtes, parfois endémiques. Elles ont souvent reçu l'épithète spécifique . En 2019, le Japon comptait plus de d'animaux sauvages, dont l'ours brun, le macaque japonais, le chien viverrin japonais, la petite souris des champs japonaise et la salamandre géante japonaise. Le Japon compte neuf écorégions forestières qui reflètent le climat et la géographie des îles. Elles comprennent des forêts subtropicales humides de feuillus dans les îles Ryūkyū et Bonin, des forêts tempérées de feuillus et mixtes dans les régions au climat doux des îles principales, et des forêts de conifères tempérées dans les parties froides des îles du nord. Un vaste réseau de parcs nationaux a été créé pour protéger des zones importantes pour la flore et la faune, ainsi que 52 sites de zones humides Ramsar. Quatre sites ont été inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO pour leur valeur naturelle exceptionnelle. Environnement. L'histoire environnementale du Japon et les politiques actuelles reflètent un équilibre fragile entre le développement économique et la protection de l'environnement. Dans la rapidité de la croissance économique après la Seconde Guerre mondiale, les politiques d'environnement ont été délaissées par le gouvernement et les entreprises industrielles. Conséquence inévitable, la pollution a fortement sévi au Japon dans les années 1950 et 1960 et a entraîné certains fléaux comme la maladie de Minamata. Avec la montée des préoccupations sur le problème, le gouvernement a introduit de nombreuses lois sur la protection de l'environnement en 1970 et a créé le Ministère de l'Environnement en 1971. Le premier choc pétrolier a également encouragé une utilisation plus efficiente de l'énergie au Japon en raison du manque de ressources naturelles. Les questions environnementales actuellement prioritaires comprennent la pollution de l'air en zones urbaines (les , ou oxydes d'azote, sont des substances toxiques irritantes pour les voies respiratoires), la gestion des déchets, l'eutrophisation de l'eau, la conservation de la nature, la gestion des produits chimiques et la coopération internationale pour la conservation de l'environnement. Dans la première décennie du , le Japon est devenu l'un des leaders mondiaux dans le développement de nouvelles techniques respectueuses de l'environnement. Les véhicules hybrides de Toyota et Honda ont été désignés comme ayant la plus haute économie de carburant et les plus basses émissions de gaz à effet de serre. Ceci est dû à la technique de pointe des systèmes hybrides, aux biocarburants, à l'utilisation de matériel léger et à une meilleure ingénierie. Le Japon prend également en considération les problèmes entourant le changement climatique. En tant que signataire du Protocole de Kyoto, et hôte de la conférence de 1997 qui l'a établi, le Japon est dans l'obligation de réduire ses émissions de dioxyde de carbone et de prendre d'autres mesures liées à la lutte contre le changement climatique. La Cool Biz, présentée par l'ancien Premier ministre Jun'ichirō Koizumi, avait pour cible la réduction de l'utilisation de l'énergie grâce à la réduction de l'utilisation de la climatisation dans les bureaux du gouvernement. Le Japon va forcer l'industrie à faire des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, en vertu de ses obligations liées au Protocole de Kyoto. Le Japon est classé parmi les plus mauvais élèves mondiaux en matière de pêche et de consommation de thon rouge et de chasse à la baleine. Il est mondial de thon rouge de l'Atlantique avec 9 % des captures, ainsi qu'un fort importateur, aboutissant à une consommation locale estimée de 80 % des thons péchés en Méditerranée. Le thon rouge, en particulier le thon gras, est consommé sous forme de sushis, très recherché au Japon malgré la raréfaction de ce poisson. La baleine est chassée dans le cadre d'un programme de recherche scientifique, cependant la viande des baleines ainsi pêchée est ensuite vendue dans les restaurants japonais. Le Japon est à ce sujet soupçonné d'acheter les voix de petits pays (Tanzanie, Kiribati, îles Marshall) à la Commission baleinière internationale, monnayant leur vote contre des aides au développement. Avec la Chine, le Japon bloque également la lutte contre la pêche des requins, responsable de la mort de plus de de squales chaque année. Les autorités japonaises sont critiquées par les associations écologistes, notamment en marge de la conférence de 2019 sur les changements climatiques (COP 25), pour leurs très faibles ambitions en matière de réduction d'émissions de gaz à effet de serre au sein même de l'archipel. En outre, le Japon est devenu le plus grand financier des projets de centrales au charbon dans la planète. Les banques japonaises ont représenté, entre 2017 et 2019, 32 % de la totalité des prêts directs accordés dans le monde aux développeurs de centrales au charbon. Les trois mégabanques du pays - Mizuho, Mitsubishi UFJ Financial Group et Sumitomo Mitsui Financial Group - prennent les trois premières places du palmarès de ces financements, devant l'américaine Citigroup () et la française BNP Paribas (). L'opinion publique reste très peu sensibilisée aux enjeux environnementaux. Les autorités politiques et les élites économiques du pays se refusent à renoncer aux financements de nouvelles centrales au charbon, mettant en avant des arguments géopolitiques ou financiers. Le Japon est classé dans le classement des pays en fonction de leur indice de durabilité environnementale. En 2018, le jour du dépassement (date de l'année à partir de laquelle l'humanité est supposée avoir consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an) du Japon est le . Le Japon est un des pays au monde, avec la Colombie, le Costa Rica et le Mexique, à utiliser les plus fortes concentrations de pesticides. Un tiers des espèces d'insectes recensées au Japon est en risque d'extinction. Le Japon est après les États-Unis le deuxième pays le plus gros consommateur de plastique au monde. Depuis 2019, le pays ne peut plus exporter vers la Chine ses déchets plastiques, celle-ci ayant annoncé ne plus accepter d'être la « poubelle du monde ». 60 % des déchets plastiques sont donc désormais brûlés. Le , le gouvernement japonais propose de fermer les centrales au charbon inefficaces, avec pour but de réduire sa dépendance énergétique au charbon d'ici 2030 et faire des énergies renouvelables une source d’électricité majeure. Démographie. Le Japon comptait d'habitants en 2018. Le faible taux d'immigrants combiné à un taux de natalité bas fait que le Japon est actuellement en « hiver démographique » : le recul de l'âge de la retraite est à l'ordre du jour et des personnes âgées commencent même à être réembauchées pour combler le manque de main-d'œuvre jeune de plus en plus patent. Entre 1980 et 2005, la part des plus de soixante-cinq ans dans la population japonaise a doublé pour dépasser les 20 % en 2006, chiffre qui serait porté à 40 % en 2050. Pour la première fois en 2005 la population a reculé, le pays perdant environ trente mille habitants, avec un taux de fécondité de par femme. Tokyo est passé sous la barre d' par femme avec un taux de 0,98 dans un pays où les structures destinées à accueillir les enfants en bas âge sont rares. Par ailleurs, la mortalité a atteint son second record en 2008 avec environ de décès dans l'année, ce qui s'est traduit par de moins qu'en 2007. En 2012, l'indicateur conjoncturel de fécondité du pays a remonté pour la consécutive après sa valeur la plus basse pour atteindre par femme (1,26 en 2005 ; 1,32 en 2006 ; 1,34 en 2007) : il y a eu de plus qu'en 2007, ce qui s'explique en partie par la bissextilité de l'année 2012. À l'issue de l'année 2013, la population a continué à diminuer avec une baisse de plus de . Sans modification démographique à court terme, le Japon comptera environ d'habitants en 2050. À ce rythme, ils seront moins de soixante millions en 2100. 80 % des Japonais se disent très préoccupés par les conséquences du vieillissement de la population pour leurs retraites, les dépenses de santé et la fiscalité. Selon les prévisions actuelles, un Japonais sur trois sera âgé de plus de en 2035. De plus, la répartition de la population est hétérogène, essentiellement concentrée sur la bande littorale sud du pays alors que l'intérieur du pays et l'île de Hokkaidō sont très peu peuplés. Aujourd'hui, les zones urbaines représentent 80 % de la population. La mégalopole japonaise, qu'on désigne généralement sous le nom de Taiheiyō Belt (« ceinture Pacifique ») et qui s'étire sur mille deux cents kilomètres depuis Tokyo jusqu'au nord de Fukuoka, concentre plus de cent millions d'habitants. Le Japon comptait à la fin 2008, soit 1,74 % de la population totale, avec une augmentation de 50 % sur dix ans. Les Chinois représentent le groupe le plus important (30 %), avec , suivis des Coréens (), Brésiliens (), Philippins () et Péruviens (). Les migrants en situation irrégulière sont très peu nombreux dans le pays. Au début des années 1990, le Japon en recensait mais des politiques de plus en plus répressives sont adoptées au début des années 2000, faisant rapidement chuter leur nombre. Ils ne sont plus qu'environ en 2008, puis en 2020. Les étrangers en situation irrégulière arrêtés par la police sont emprisonnés jusqu’à leur renvoi dans leur pays d’origine. En outre, le séjour illégal est un crime et peut entrainer une condamnation. Plus le séjour est long, plus la condamnation sera lourde. Il arrive que ces expulsions concernent des enfants nés au Japon, même si ceux-ci ont vécu de longues années sur le territoire au point de ne parler que japonais. Enfin, toute condamnation pénale d’un étranger en situation irrégulière entraîne son interdiction d’entrée sur le territoire à vie. Les Japonais sont vraisemblablement issus de vagues d'immigration successives venues de Chine, de Corée et des îles du Pacifique. Économie. Le Japon, qui constitue la plus ancienne composante du pôle est asiatique de la Triade, est qualifié de troisième puissance économique mondiale avec de dollars (US courant) de PIB, selon les chiffres de la Banque mondiale de l'année 2011. Il se situe derrière les États-Unis et la Chine mais devant l'Inde et l'Allemagne. Membre depuis 1964 de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et membre fondateur du Groupe des cinq (G5 informel, devenu G6 de manière officielle en 1975, G7 dès 1976 et finalement G8 en 1997) depuis 1974 et de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) depuis 1989, l'économie japonaise est l'une des plus fortement intégrées à la mondialisation. Avec un indice de développement humain (IDH) de en 2021 (le cette année là parmi l'ensemble des pays de la planète), le Japon est un pays développé à économie de marché (PDEM). Atouts et faiblesses d'une puissance industrielle et commerciale. Les immenses groupes (Toyota, Fujitsu, Nissan, Honda, Mitsubishi, Canon, Panasonic, Sony, Akai, Sharp, Nintendo, Seiko, Bridgestone) édifiés sur cette modeste surface placent le Japon parmi les grandes nations industrielles : première place mondiale pour l'automobile, longtemps leader en électronique, deuxième place pour la construction navale (cargos, porte-conteneurs, pétroliers…). C'est aussi une économie de services très diversifiée et compétitive, particulièrement performante dans les secteurs de pointe. La plupart des conseils en stratégie, géographes, économistes ou sociologues classent Tokyo parmi les cinq principales villes mondiales, aux côtés de New York, Londres, Paris et Hong Kong, en raison de : son poids démographique (aire métropolitaine la plus peuplée au monde), sa bourse (surnommée "Kabutochō" 兜町, la deuxième plus importante de la planète en termes de capitalisation boursière), ses nombreux quartiers d'affaires et commerciaux internationaux (Shinjuku, Shibuya) et son port ( au monde en 2016 pour son trafic annuel en millions d'équivalent vingt pieds, principale plateforme multimodale de la façade japonaise du Pacifique, elle-même septième façade maritime mondiale). Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le pays a subi de lourdes pertes humaines et matérielles, le Japon a progressé à un rythme extraordinaire jusqu'à conquérir le rang de deuxième économie mondiale. C'est ce qu'on a appelé le miracle économique japonais années 1950-1960. Les Jeux olympiques d'été de 1964 à Tokyo ont joué un rôle d'accélérateur à cette forte croissance. Ces progrès sont principalement attribués à la présence initiale d'un capital humain important, à la coopération entre l'État (MITI puis METI) et les entreprises, à une production tournée vers les marchés extérieurs (importantes exportations vers l'Asie et l'Amérique), à une forte éthique du travail, à la maîtrise des techniques de pointe grâce à la recherche, ainsi qu'à la faiblesse relative des dépenses militaires (1 % du produit intérieur brut). L'organisation économique du Japon présente quelques traits propres : Jusqu'à récemment, une part importante des employés de l'industrie disposait d'une garantie d'emploi à vie, mais depuis l'éclatement de la bulle spéculative japonaise, les licenciements et surtout la fermeture de très nombreux sous-traitants ont écorché ce mythe. La crise a provoqué une croissance du chômage (plus de 5 % au début des années 2000, mais redescendu sous les 4 % en 2008) et de la pauvreté, avec la multiplication des sans domicile fixe et des travailleurs précaires ("Freeter", フリーター). L'industrie, secteur prépondérant de l'économie (avec 39 % du produit intérieur brut, contre 25 % aux États-Unis, et 33 % de la population active, contre 25 % en France), est très dépendante des importations de matières premières et d'énergie. En effet, le territoire japonais ne pourvoit qu'à 3 ou 4 % des ressources naturelles dont a besoin le pays. Le secteur agricole, bien moindre, est fortement subventionné, pour des raisons politiques et sociales. Les rendements sont parmi les plus hauts du monde. Toutefois l'autosuffisance alimentaire plafonne à 40 %. Le plus souvent autosuffisant en riz, le Japon importe la moitié de sa consommation des autres céréales : le pays était ainsi premier au palmarès des importateurs mondiaux de céréales au milieu des années 2010. Le Japon est le deuxième exportateur mondial de cuivre au milieu des années 2010, derrière le Chili, leader mondial. La flotte de pêche japonaise est une des plus importantes au monde et réalise presque 15 % des prises totales. Quant à la marine marchande, celle-ci dispose de pour de tonnes de port en lourd (au ), se plaçant ainsi au deuxième rang des nations maritimes (derrière la Grèce) et représentant une part importante (13,87 %) du tonnage total mondial. Il est à noter que 71,00 % du tonnage total japonais est immatriculé au Panama (pavillon de complaisance). Pendant trois décennies, la croissance a été spectaculaire : en moyenne et hors inflation 10 % par an dans les années 1960, 5 % dans les années 1970 et 4 % dans les années 1980. Au cours des années 1970-1980, le capitalisme japonais a délocalisé sa production de type fordiste dans le reste de l'Asie orientale, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Nord. Le but est triple : contourner les quotas de plus en plus nombreux imposés par les différentes barrières protectionnistes américaines ou européennes ; diminuer les coûts de production grâce à une main-d'œuvre meilleur marché et faiblement qualifiée ; conquérir, aussi, les marchés locaux et nationaux grâce à une installation sur place. C'est ainsi que le Japon s'est petit à petit ouvert vers le sud-ouest et l'ouest. Dans les années 1990, la croissance a été nettement plus faible, essentiellement à cause de surinvestissements à la fin des années 1980, des accords du Plaza de 1985, et d'une politique économique d'austérité destinée à purger les excès antérieurs des marchés boursiers et immobiliers. Les efforts du gouvernement pour relancer la croissance auront peu de succès, le pays s'enfonçant dans un long cycle de déflation aux conséquences dévastatrices pour les entreprises les moins compétitives et pour les ménages les plus fragiles. La signature d'accords avec l'Organisation mondiale du commerce a forcé le Japon à réduire ses subventions aux agriculteurs, ouvrant la voie aux riz américain ou vietnamien, sujet sensible dans un pays où cette céréale constitue la base alimentaire quotidienne. La crise économique asiatique de 1997 a eu pour effet d'accentuer cette situation économique tendue. Depuis fin 2002, un mouvement de reprise s'est amorcé, tiré par le rapide développement du voisin chinois, qui est devenu le premier importateur de produits japonais, et, plus récemment, par la demande intérieure (consommation des ménages, chômage en baisse…) et l'assainissement du secteur bancaire. Ceci s'est confirmé début 2006, quand le Japon a pu officiellement annoncer avoir vaincu la déflation persistante depuis le début des [années 2000. Au cours de cette même décennie, malgré un endettement public record (environ 160 % à 170 % du produit intérieur brut), le Japon a réussi à sortir de la crise immobilière. Le ralentissement économique mondial en 2008 apporte cependant à cette économie fortement exportatrice un défi difficile à relever, d'autant plus que sa monnaie forte renchérit le coût des exportations. Mais depuis plusieurs années, la place du pays sur le marché mondial de l'électronique a chuté : leader dans la période de 1970 à 1990, le pays voit ses entreprises en berne depuis le début du millénaire. En une décennie, les dix plus importants groupes perdent un tiers de leur chiffre d'affaires, concurrencés par les Chinois et les Coréens. Le manque de réactivité face aux décisions stratégiques à prendre et le coût de la production industrielle sont mis en avant comme défauts majeurs de ce domaine. À long terme, la surpopulation des zones habitables et le vieillissement de la population sont deux problèmes majeurs. La robotique est une des grandes forces de l'économie japonaise à long terme, à tel point qu'elle est considérée comme le laboratoire de la société post-industrielle. des industriels du monde se trouvent au Japon, soit 57 %. L'emploi au Japon reste un sujet de préoccupation de premier plan. En 2018, 19 % des personnes âgées vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui constitue un record pour un pays industrialisé et oblige une partie d'entre elles à reprendre un emploi. Le gouvernement de Shinzō Abe prévoit de repousser l'âge de la retraite à et entend promouvoir les exosquelettes, sorte de robot accroché au corps qui accompagne et supplée les mouvements d'un individu, pour faire travailler plus longtemps les personnes âgées. En 2017, le taux d'emploi des atteignait au Japon 54,8 % chez les hommes et 35 % chez les femmes. Depuis le , un accord de libre-échange et de partenariat économique (ALEPE) entre la Suisse et le Japon est en vigueur. Depuis 2013, le gouvernement japonais investit dans l'économie africaine, notamment dans les infrastructures. En 2016, lors du Sommet Japon-Afrique de Nairobi, le premier ministre japonais Shinzō Abe poursuit dans cette voie et s'engage à investir trente milliards de dollars supplémentaires sur le continent africain, dont dix milliards seront affectés au développement des infrastructures. Le Japon a de nouveau enregistré en 2019 la plus forte croissance des dividendes versés aux actionnaires à l'échelle mondiale (+ 6,3 % à de dollars). Les dividendes ont augmenté de 173 % au Japon entre 2009 et 2019. Selon l'OCDE, 22 % des salariés japonais travaillent plus de par semaine. Les salariés japonais prennent habituellement peu de vacances (dix-huit jours de congés annuels). Au cours de l'ère Heisei (1989-2019), les conditions de travail des salariés se sont dégradées. L'éclatement de la bulle spéculative du début des années 1990 a eu pour effet d'accentuer la précarité des emplois. Les travailleurs ont connu une réduction de leur rémunération et des primes pour les heures supplémentaires. La proportion des emplois irréguliers (à durée déterminée et peu rémunérés) est passée de 20 % à 40 % en une trentaine d'années. Cette tendance contribue à expliquer la montée des inégalités de revenus au Japon. Le salaire horaire d'un travailleur irrégulier ne représente en effet qu'environ 60 % de celui d'un travailleur régulier. La forte augmentation du nombre de travailleurs précaires tend à tirer les salaires vers le bas. La rémunération horaire dans le secteur privé a ainsi baissé de 9 % entre 1997 et 2017. Le niveau des pensions est également en baisse. De 2004 à 2016, le montant de l'allocation-retraite pour un couple s'est réduit de 5 % en valeur absolue. Infrastructures. Le pays possède l'un des réseaux de transport les plus performants au monde, la quasi-totalité de son territoire étant accessible en transports en commun. Cette facilité à se déplacer a contribué au développement économique et démographique du pays. Au Japon, la voie ferrée est le principal moyen de transport des passagers : le réseau de trains, métros et lignes à grande vitesse ("Shinkansen") est dense et très efficace. Il est complété par des réseaux de bus locaux, en zone urbaine comme en zone rurale. L'infrastructure routière japonaise est bien entretenue et couvre efficacement tout le territoire, jusqu'aux zones montagneuses les plus reculées. Les autoroutes sont nombreuses, bien entretenues, et ponctuées de gigantesques aires de repos appelées '. Ces aires comportent des restaurants, et parfois un accès à Internet gratuit ou des douches. Il y a de plus des projets de dédoublement des grands axes routiers à travers les montagnes (projet nommé '). Le Japon possède par ailleurs la deuxième flotte commerciale maritime du monde (voir le chapitre précédent). Le réseau de transports aériens est très moderne, avec deux compagnies aériennes : et . Le débit moyen en téléchargement est de en , le neuvième plus élevé du monde. Tourisme. En 2017, le Japon obtient le rang mondial et le en Asie en termes d'accueil de touristes internationaux. En 2017, les dix principaux pays d'origine des touristes étaient : Science et technologie. Considéré comme étant l'un des pays les plus avancés au monde, le Japon fait figure de locomotive dans la recherche scientifique, en particulier l'électronique, les machines-outils et la recherche médicale. Près de se partagent un budget de de dollars US alloué à la recherche et au développement, le troisième plus grand au monde. Par exemple, certaines des plus importantes contributions du Japon à la technologie se trouvent dans les domaines de l'électronique (Sony, Panasonic), l'automobile (Toyota, Honda), les machines (Brother), la construction parasismique, la robotique industrielle (SoftBank Robotics), l'optique, la chimie (DIC Corporation), les semi-conducteurs (Tokyo Electron), les algocarburants (Euglena) et les métaux (Nippon Steel). Le Japon est le incontesté en termes de production et d'utilisation de la robotique, et possède plus de la moitié ( sur ) des robots industriels utilisés pour la construction dans le monde. Les sociétés japonaises sont par exemple à l'origine des robots Qrio, ASIMO et Aibo. Le Japon est le plus grand producteur mondial d'automobiles et regroupe six des quinze plus grandes entreprises de construction automobile au monde, et sept des vingt plus importants fabricants de semi-conducteurs en 2007. L'agence d'exploration aérospatiale japonaise (JAXA) est l'agence spatiale du Japon qui fait de la recherche spatiale, de la recherche en aviation et qui développe des fusées et des satellites. C'est une participante à la Station spatiale internationale et le () a été ajouté à la Station spatiale internationale au cours de vols d'assemblage de la navette spatiale américaine en 2008. L'agence a des plans d'exploration de l'espace, tels que le lancement de en 2010, le lancement de la en 2018 et la construction d'une base lunaire en 2030. Le , le Japon a lancé SELENE, une mission lunaire japonaise avec une fusée H-IIA (type H2A2022) de la base de lancement de Tanegashima. SELENE est également connu sous le nom de Kaguya, la princesse lunaire du conte folklorique . Kaguya est la plus grande mission de sonde lunaire depuis le programme Apollo. Sa mission est de recueillir des données sur la Lune, son origine et son évolution. Elle est entrée en orbite lunaire en , volant à une altitude d'environ . Selon le classement datant de 2011 en ce qui a trait aux pays les plus compétitifs au monde en matière de technologies réalisé par le , le Japon se classe au . Selon eux, l'environnement d'affaires, les infrastructures ainsi que l'environnement juridique sont des indicateurs très propices au développement de cette industrie. Cependant, ce sont le soutien public au développement de l'industrie des TIC, la recherche et le développement ainsi que le capital humain, trois indicateurs en baisse, qui font perdre quatre places au pays par rapport au classement de 2009. Cependant, le Japon contribue à environ un cinquième du budget mondial dans le domaine de la recherche et du développement. Éducation et santé. Tout d'abord, les lycées et les universités ont été introduits au Japon en 1872 à la suite de la restauration de Meiji. Depuis 1947, l'enseignement obligatoire au Japon se compose de l'école primaire et secondaire, qui dure neuf ans (à partir de jusqu'à l'âge de ). Au Japon, les services de soins médicaux sont fournis par les gouvernements nationaux et locaux. Le paiement pour les services médicaux est offert par le biais d'une assurance de soins de santé qui assure une relative égalité d'accès, avec des frais fixés par un comité gouvernemental. Les personnes sans assurance peuvent participer à un programme national d'assurance maladie géré par les gouvernements locaux. Depuis 1973, toutes les personnes âgées ont été couvertes par l'assurance parrainée par le gouvernement. Les patients sont libres de choisir les médecins et les établissements de leur choix. Égalité des sexes. Le Japon se situe, en 2019, à la sur dans le rapport du Forum économique mondial sur les inégalités entre les sexes. Il recule en 2020 à la . Selon l'avocate Yukiko Tsunoda, cette situation s'expliquerait en partie par le fait que les principes sexistes sont profondément ancrés dans le système judiciaire et remettent systématiquement en cause les droits des femmes : « lorsque le code pénal a été créé en 1907, le Japon était une société extrêmement patriarcale […] Le viol avait alors été criminalisé dans le but de s'assurer qu'une femme mariée ne porterait d'enfant que de son seul époux et qu'aucun autre homme ne pourrait avoir de rapport avec elle […] C'était une loi de chasteté au seul service d'un mari ou d'un père de famille ». En 2017, le Japon a revu pour la première fois en les lois concernant les agressions sexuelles, pour reconnaître les victimes masculines et rehausser la peine minimale de prison pour viol. Cependant, le fait qu'une victime soit obligée de prouver qu'elle ne pouvait pas résister a été maintenu dans la loi, malgré les protestations des experts. Une femme ayant divorcé ou devenue veuve doit attendre après un peu plus de trois mois avant de disposer du droit de se remarier. Jusqu'en 2016, ce délai était de six mois. L'université de médecine de Tokyo a reconnu, en 2018, avoir manipulé les résultats de son examen d'entrée afin que les filles soient désavantagées. Dans les semaines qui ont suivi, neuf des de médecine du pays ont à leur tour reconnu avoir pratiqué la même politique discriminatoire. Au sujet de la garde des enfants de parents séparés, le pays ne reconnaît ni le droit de visite ni le partage de l'autorité parentale. Le système japonais fonctionne sur des principes hérités de l'ère Meiji (1868-1912). Une nouvelle forme légale de la famille devait alors renforcer son aspect patriarcal. Fondée sur la , elle prévoit qu'en cas de séparation l'un des parents sorte de la famille. Le droit de garde des enfants est attribué à l'un des parents, généralement à celui qui les emmène le premier, sans garantir à l'autre la possibilité de les voir. Dans un contexte où la politique japonaise est traditionnellement une « affaire d'hommes », les femmes ne représentent que 10 % des parlementaires. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Yoshihide Suga ne compte que deux femmes sur vingt-et-un ministres. Les inégalités au travail sont importantes, la culture d'entreprise restant particulièrement sexiste au Japon. L'adoption en 1987 d'une loi sur l’égalité des sexes a permis de faire passer la proportion de femmes exerçant une activité professionnelle de 53 % en 1985 à 64 % en 2016 ; toutefois, seules 44 % d'entre elles ont un emploi stable et à temps plein, la proportion d’emplois précaires ayant tendance à augmenter chaque année. Beaucoup sont confrontées à des discriminations, les dirigeants d'entreprise étant peu enclins à leur confier des responsabilités. La maternité constitue également un frein majeur aux perspectives professionnelles des femmes. Si le congé maternité existe, dans les faits, peu en font usage (17 %), car elles subissent des pressions de leur hiérarchie. Cette situation, combinée au manque de places en crèche, conduit 60 % des salariées à arrêter de travailler après la naissance de leur premier enfant. Culture. La culture japonaise est influencée par celle de la Chine et celle de la Corée. Mais elle en est aussi distincte. Les influences culturelles étrangères se sont historiquement effectuées via la Corée du fait de leur proximité géographique. L'arrivée des Portugais et plus tard des Américains a quelque peu modifié ce système. Langues. La société japonaise est linguistiquement très uniforme avec 98,2 % de la population ayant le japonais pour langue maternelle. Les 1,8 % restant étant constitués principalement de populations d'immigrants venus de Corée (sept cent mille personnes) et de Chine (trois cent cinquante mille personnes), ainsi que de Vietnamiens, de Brésiliens, d'Américains (quatre-vingt mille personnes), d'Européens (quarante-cinq mille personnes). Il existe quelques variations dialectales dans l'archipel Ryūkyū appelées langues ryūkyū. L'aïnou d'Hokkaidō est toujours parlé à l'intérieur de la communauté du peuple autochtone mais reste néanmoins en voie de disparition. L'anglais est la première langue étrangère apprise dès l'école primaire (et souvent, dès la maternelle), et est une langue très répandue comme langue étrangère, surtout chez les plus jeunes. Le chinois mandarin arrive en seconde position, puis le coréen. Religions. Le shintoïsme est la principale religion du Japon, les Japonais sont ainsi traditionnellement animistes avec une pratique chamanique, comme en attestent l'usage de nombreuses amulettes, tant à la maison qu'en voyage. Les autres religions subissent souvent une réappropriation animiste de leurs dieux dans le panthéon personnel ou collectif des Japonais. La plupart des Japonais ne croient ainsi pas en une religion particulière et unique, mais font preuve de syncrétisme, notamment à l'égard du bouddhisme, mais aussi plus généralement à l'égard de l'ensemble des religions. Beaucoup de Japonais pratiquent donc des rites de plusieurs religions au cours de leur vie. Une même personne peut aller invoquer les dieux au sanctuaire shintoïste à l'occasion du Nouvel An et tenter d'attirer leur attention avant les examens d'entrée à l'école ou à l'université. Raisonnant de manière confucianiste, elle souhaitera parfois un mariage à l'occidentale dans une église chrétienne après une cérémonie plus traditionnelle et aura des funérailles dans un temple bouddhiste. Ce syncrétisme se reflète dans les statistiques de pratiques religieuses du ministère des Affaires intérieures et des Communications japonais, qui comptabilisait en 2014 : Le Japon a connu un « siècle chrétien » à la suite de l'arrivée des missionnaires portugais puis celle du jésuite espagnol François Xavier en 1549. La nouvelle religion rencontra rapidement un grand succès dans le sud du pays (notamment dans la région de Nagasaki). Après une relative tolérance initiale, le catholicisme est cependant rapidement persécuté, puis interdit et puni de mort à partir de 1614. Certains chrétiens rentrèrent en clandestinité, devenant des "kakure kirishitan" (« chrétiens cachés »). Le christianisme est ré-autorisée sous l'ère Meiji. Durant l'ère Meiji, l'État instaura à la fois la liberté de culte et pris le contrôle du shintoïsme en faisant une religion privilégiée. Ce shintoïsme d'État fut indissociable du nationalisme nippon qui prônait une élimination pure et simple des apports, pourtant anciens, du bouddhisme. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il fut exigé du peuple japonais de participer aux cérémonies shintoïstes et les activités des autres religions furent fortement limitées. Aujourd'hui, de plus en plus nombreux sont les Japonais, particulièrement au sein de la jeune génération, opposés aux religions à la fois pour ces raisons historiques et en raison du développement de la science. En 2010, le centre islamique du Japon estimait à le nombre de musulmans dans le pays. Seuls 10 % d'entre eux seraient Japonais. Un certain nombre de nouvelles religions ou sectes, dont la Sōka Gakkai et ses six millions de membres, qui se sont établies juste avant ou à la suite de la Seconde Guerre mondiale occupent une place importante au Japon. Arts et littérature. Le Japon a une longue tradition culturelle et artistique forgée par son histoire, sa géographie et sa conception particulière de l'esthétique. Bien qu'il existe diverses formes d'arts primitifs sur l'archipel, comme la poterie de la période Jōmon ou les ', l'art japonais subit très vite l'influence du bouddhisme et de la Chine impériale, dès le . À l'époque de Nara, les temples fleurissent, dont le et le comptent parmi les plus connus, et la religion imprègne fortement la sculpture et la peinture. Ces influences restent vives jusque vers le , que ce soit à travers la sculpture réaliste de Kamakura ou la peinture monochromatique de Muromachi, marquée de la pensée zen. Pour autant, l'originalité de l'art japonais se ressent plus pleinement dans des mouvements plus profanes, comme les rouleaux narratifs (') ou l""', souvent attachés à la vie quotidienne et citadine, ainsi qu'aux divertissements. Les Japonais se sont finalement intéressés à des arts très variés, s'appropriant calligraphie, étoffes (dont le kimono), céramique, laque et forgeage de sabres. Au , le cinéma et les mangas (bandes dessinées japonaises) se répandent et deviennent un fort vecteur d'exportation de la culture japonaise. L'architecture classique est elle aussi tournée vers le bouddhisme, mais aussi le shinto, et s'exprime pleinement à travers temples et sanctuaires. Plusieurs sites sont ainsi inscrits au patrimoine mondial de l'humanité à Nara, Kyoto ou Nikkō. , les maisons de thé adoptent les principes du bouddhisme zen. À partir de l'époque Azuchi Momoyama fleurissent les châteaux japonais, construits en général sur d'imposantes fondations en pierre ; le château de Himeji demeure une structure emblématique de l'époque. L'habitat traditionnel (' et ') est lui aussi en bois. La calligraphie et la littérature se développent également avec l'arrivée de l'écriture chinoise (kanji), au environ. Les thèmes se diversifient alors rapidement, allant des récits mythologiques et historiques (comme le ') à la poésie '. "Le Dit du Genji" (', ), qui raconte de façon intimiste la vie à la cour de Heian, est souvent perçu comme l'un des premiers romans psychologiques. Le bouddhisme zen et les guerres civiles marquent tout comme l'art la littérature médiévale. À l'époque d'Edo apparaissent de nouveaux mouvements littéraires majeurs, notamment les (poèmes brefs et symboliques) et la littérature des ' (des bourgeois), romanesque et parfois même frivole. La même transformation peut être observée dans le théâtre, alors que le nô, religieux et élitiste, cède quelque peu la place au kabuki, qui prend naissance dans les quartiers de plaisirs d'Edo. En marge du théâtre apparaissent d'autres formes originales et souvent humoristiques de l'art japonais, comme les masques, les spectacles de marionnettes ('), les danses folkloriques (notamment l") ou les conteurs (""). Puis, l'industrialisation rapide et l'ouverture au monde occidental à partir de l'ère Meiji, ainsi que les effets sur la société japonaise des bombardements atomiques et de la capitulation à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont largement contribué à forger la littérature moderne japonaise à partir de la fin du . Ces évolutions voient tout particulièrement la naissance et le développement d'un nouveau genre, celui du "shishōsetsu" (« roman personnel ») ou "watakushi shōsetsu" (« roman à la première personne »). Se combinent alors les influences existentialistes des anciens écrits zen et les réalités du monde contemporain en les plaçant dans un contexte où le progrès rapide ne sert qu'à exacerber le sentiment d'aliénation ressenti par l'auteur, pour donner une grande importance aux thèmes du beau, du mythe, de la fantaisie, de la solitude et de la mort. Parmi les auteurs les plus représentatifs de cette littérature moderne, ayant obtenu souvent une reconnaissance internationale, figurent Jun'ichirō Tanizaki, Osamu Dazai, Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968), Yukio Mishima, Kenzaburō Ōe (prix Nobel de littérature en 1994) ou Haruki Murakami. De nos jours, les propriétés les plus précieuses du patrimoine japonais sont classées comme trésors nationaux et protégées par une loi de 1950. Gastronomie. La cuisine japonaise est principalement connue dans le monde entier aux travers des sushis et sashimis. Cette omniprésence mondiale ( dits japonais dans le monde : en Amérique du Nord, en Asie et à travers l'Europe) masque une cuisine complexe qui comprend de nombreuses déclinaisons et spécialités locales. La haute cuisine actuelle japonaise est une cuisine raffinée et codifiée dont les deux incarnations les plus connues sont le repas ' et la collation offerte lors de la cérémonie du thé japonaise (') appelée ". Au quotidien, les Japonais sont ouverts à la diversité de la cuisine mondiale. On peut trouver facilement des restaurants chinois ou coréens, mais aussi italiens, français, ou encore les grandes chaînes de restauration rapide mondiale. Jours fériés. Note : lorsque la date d'un jour férié tombe un dimanche, c'est le lendemain qui est férié. Exemple : le était un dimanche, le a donc été férié. Sport. Le baseball est le sport national du Japon. Le championnat du Japon de baseball a été créé en 1937. Depuis les , c'est le sport le plus populaire dans le pays. L'un des plus célèbres joueurs de baseball japonais est Ichirō Suzuki, qui après avoir gagné la récompense du meilleur joueur japonais en 1994, 1995 et 1996, joue maintenant pour les dans la Ligue majeure de baseball. Avant cela, Sadaharu Oh était le plus connu en dehors du Japon, après avoir frappé plus de coups de circuit au cours de sa carrière au Japon que son contemporain Hank Aaron n'en avait frappé en Amérique. Le football est devenu le deuxième sport le plus populaire du pays. Le Japon a été le lieu de la Coupe intercontinentale de 1981 à 2004 et le coorganisateur de la Coupe du monde de football 2002 avec la Corée du Sud. Son équipe nationale est l'une des plus grandes équipes de football en Asie, ayant remporté la Coupe d'Asie à quatre reprises, un record. La sélection féminine a gagné la Coupe du monde de football féminin 2011 en battant en finale les États-Unis sur le score de 2-2 et 3-1 aux tirs au but. Le golf est aussi populaire au Japon, de même que les formes de course automobile, comme le Super GT et la Formula Nippon. Le a été achevé en 1997 par Honda, qui produit les moteurs de la série, afin d'ajouter une épreuve japonaise au championnat américain de l'. Honda a toujours eu une présence active en et a même remporté plusieurs titres en tant que motoriste avec l'écurie McLaren qui avait pour pilotes entre autres Alain Prost et Ayrton Senna dans les années 1980 et 1990. Le Grand Prix du Japon se déroule sur le circuit de Suzuka depuis 1987 (sauf en 2007 et en 2008). Ce dernier est l'un des seuls circuits au monde à avoir la particularité d'être en huit et non en boucle, un pont enjambant une autre partie de la piste. Auparavant, le Grand Prix s'était déroulé sur le circuit de Fuji en 1976, 1977, 2007 et 2008. Les sports occidentaux ont été introduits au Japon après la restauration de Meiji, et ont commencé à se répandre à travers le système éducatif. Parmi les sports traditionnels, le sumo est probablement le plus populaire. Les arts martiaux tels que le judo, le karaté, l'aïkido et le kendo moderne sont également largement pratiqués et appréciés dans le pays. Le catch est aussi très populaire dans le pays avec plusieurs fédérations comme la , la , la , la , la et la . La neuvième édition de la Coupe du monde de rugby, du au , a été la première organisée dans un pays d'Asie, depuis sa création en 1987. Dix-sept ans après le Mondial de football en 2002, le Japon a de nouveau été au centre du monde sportif, en accueillant une grande compétition internationale. De quoi préparer les instances sportives du pays avant l'organisation des Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Le Japon accueille en 2021 les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. Traditions. Depuis l'an 760, une tradition de pêche en apnée est pratiquée autour de l'archipel par de vieilles villageoises nommées "ama". C'est ainsi que jusqu'au milieu du , ces remarquables plongeuses étaient encore plus de à se jouer des profondeurs de l'océan pour y récolter perles, coquillages et crustacés. , les "ama" ne sont plus au Japon que , dont la moitié se concentre dans la préfecture de Mie, une région peu peuplée, à plus de au sud-ouest de Tokyo. L'une des raisons du déclin de leur pêche est la régression du tapis d'algues marines et de son biotope. Les nouvelles recrues se faisant rares, la moyenne d'âge est en 2011 de . . La station balnéaire de Toba abrite de jeunes pêcheuses qui tiennent lieu d'attraction touristique. Liberté de la presse. Entre 2010 et 2016, le Japon chute de la à la dans les classements annuels établis par Reporters sans frontières en matière de libertés accordées à la presse. Cette situation s'expliquerait notamment par un autoritarisme accru des autorités depuis le retour au pouvoir de Shinzō Abe : selon "The Guardian", plusieurs journalistes auraient perdu leur emploi pour avoir critiqué la politique du gouvernement ; de nombreux manuels scolaires auraient également été censurés s'ils ne correspondaient pas à la vision de l'histoire promue par les autorités. Le vice-Premier ministre japonais, Tarō Asō, avait par ailleurs estimé nécessaire modifier la constitution jusqu'à la rendre fidèle aux valeurs soutenues par le gouvernement. Codes. Le Japon a pour codes :
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Jeux olympiques d'hiver Les Jeux olympiques d'hiver sont un événement sportif international organisé tous les quatre ans. La première édition des jeux olympiques d’hiver a lieu dans la station française de Chamonix en 1924. Les premiers sports sont le ski de fond, le patinage artistique et de vitesse, le hockey sur glace, le combiné nordique, le saut à ski, le bobsleigh, le curling et la patrouille militaire. Les Jeux olympiques d'hiver ont lieu tous les quatre ans de 1924 à 1936. Ils sont ensuite interrompus par la Seconde Guerre mondiale et ont à nouveau lieu tous les quatre ans dès 1948. Les Jeux d'hiver sont organisés la même année que les Jeux d'été jusqu'en 1992. L'organe de direction des Jeux olympiques, le Comité international olympique (CIO), décide à cette date de placer les Jeux olympiques d'hiver et d'été en alternance sur les années paires d'un cycle de quatre ans. Les Jeux d'hiver évoluent depuis leur création. De nouvelles disciplines sont ajoutées et certaines d'entre elles, telles que le ski alpin, le biathlon, la luge, le patinage de vitesse sur piste courte, le ski acrobatique et le snowboard, gagnent une place permanente dans le programme olympique et leurs épreuves se multiplient. D'autres, comme le ski de vitesse, le bandy et le ski joëring sont des sports de démonstration lors d'une édition des Jeux, mais ne deviennent pas des sports olympiques officiels. L'essor de la télévision comme le média global de télécommunication améliore le profil des Jeux. Elle crée un flux de revenus via la vente de droits de diffusion et de publicité qui deviennent lucratifs pour le CIO. Cela permet aux entreprises extérieures, comme les chaînes de télévision et les sponsors, d'exercer une influence. Dans l'histoire des Jeux, le CIO doit répondre à plusieurs critiques tels que les scandales internes, l’utilisation de produits dopants par les athlètes ainsi que le boycott politique de la compétition. Pendant la Guerre froide, des nations utilisent les Jeux d'hiver pour montrer la supériorité revendiquée de leurs systèmes politiques. Depuis 1924, les Jeux d'hiver ont été tenus sur trois continents, mais jamais dans l'hémisphère sud. Les États-Unis les accueillent quatre fois, la France trois fois tandis que l'Autriche, le Canada, l'Italie, le Japon, la Norvège et la Suisse les organisent à deux reprises. En 2014, Sotchi est la première ville russe à accueillir les Jeux d'hiver et en 2018, PyeongChang, en Corée du Sud, est la troisième ville asiatique à les organiser, les Jeux d'hiver restant sur ce continent pour l'édition 2022 à Pékin, qui est la première à organiser des Jeux d'été puis d'hiver. La Norvège est le pays qui totalise le plus de médailles aux Jeux d'hiver, qui après les Jeux de Pékin 2022 où elle remporte 16 titres pour 37 podiums, totalise 405 médailles dont 148 en or. Ses athlètes, Marit Bjørgen en ski de fond et Ole Einar Bjørndalen en biathlon sont les plus couronnés de tous, avec respectivement 15 et 13 médailles, et huit titres chacun. Entre la victoire de Charles Jewtraw en patinage de vitesse 500 m le à Chamonix, premier titre des Jeux d'hiver, et celle de Yuzuru Hanyu le dans la compétition de patinage artistique des Jeux de PyeongChang, 1000 médailles d'or ont été attribuées dans la compétition olympique hivernale. Histoire. Premières années. La première compétition multi-sports internationale de sports d'hiver est celle des Jeux nordiques, qui ont lieu en Suède en 1901. À l'origine organisés par le général Viktor Gustaf Balck, les Jeux nordiques ont aussi lieu en 1903 et en 1905, puis tous les quatre ans jusqu'en 1926. Balck est un des membres fondateurs du comité international olympique (CIO) et un ami proche du rénovateur des Jeux olympiques Pierre de Coubertin. Il demande que des sports d'hiver, notamment le patinage artistique, soient ajoutés au programme olympique, mais cela échoue jusqu'aux Jeux olympiques d'été de 1908 à Londres au Royaume-Uni, les organisateurs des Jeux nordiques craignant cette concurrence. Quatre épreuves de patinage artistique y sont disputées et Ulrich Salchow (10 fois champion du monde) et Madge Syers remportent les titres individuels. Trois ans plus tard, le comte italien Eugenio Brunetta d'Usseaux propose que le CIO organise une semaine de sports d'hiver, incluse dans les Jeux olympiques d'été de 1912 à Stockholm en Suède. Les organisateurs s'opposent à cette idée car ils désirent protéger l'intégrité des Jeux nordiques et sont préoccupés par le manque d'installations pour les sports d'hiver. L'idée est ressuscitée pour les Jeux de 1916, qui devaient se tenir à Berlin en Allemagne. Une semaine de sports d'hiver incluant du patinage de vitesse, du patinage artistique, du hockey sur glace et du ski nordique est prévue, mais les Jeux de 1916 sont annulés après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Les premiers Jeux après la guerre ont lieu à Anvers en Belgique et comprennent du patinage artistique et un tournoi de hockey sur glace. Lors du congrès du CIO ayant lieu l'année suivante, et avec la contribution au débat du prix Nobel de la Paix Philip J. Noel-Baker, il est décidé que la nation organisatrice des Jeux olympiques d'été de 1924, la France, serait l'hôte d'une séparée, sous le patronage du CIO. Chamonix est choisi pour accueillir cette (en réalité 11 jours) d'épreuves. Ces Jeux s'avèrent être un succès, puisque plus de 250 athlètes de 16 nations participent à 16 épreuves et sont suivis par plus de spectateurs. Les athlètes finlandais et norvégiens remportent 28 médailles, ce qui représente plus que l'ensemble des autres nations participantes. En 1925, le CIO décide de créer des Jeux olympiques d'hiver séparés et la semaine internationale des sports d'hiver de 1924 est rétroactivement désignée comme les premiers Jeux d'hiver. Saint-Moritz en Suisse est choisi par le CIO pour accueillir les seconds Jeux olympiques d'hiver en 1928. Les conditions météorologiques variables défient les organisateurs. La cérémonie d'ouverture a lieu dans un blizzard, tandis que les températures élevées sont à déplorer pendant toute la durée des Jeux. À cause de la météo, l'épreuve du en patinage de vitesse doit être abandonnée et officiellement annulée. Le temps n'est pas le seul aspect remarquable des Jeux de 1928, puisque la Norvégienne Sonja Henie marque l'histoire en remportant la compétition de patinage artistique à l'âge de 15 ans. Elle devient la plus jeune championne olympique de l'histoire, une distinction qu'elle conservera pendant 74 ans. Les Jeux olympiques suivants sont les premiers à être organisés à l'extérieur de l'Europe. 17 nations et 252 athlètes y participent. Il y a moins de participants qu'en 1928 à cause de la longueur du voyage de l'Europe à Lake Placid, aux États-Unis, et de son coût élevé pour la plupart des concurrents, qui a peu d'argent au milieu de la Grande Dépression. Les athlètes concourent dans quatorze épreuves réparties en quatre sports. Il n'y a presque pas de chute de neige durant les deux mois précédant les Jeux jusqu'à la mi-janvier, quand la neige tombe assez pour organiser toutes les épreuves le mois suivant. Sonja Henie défend son titre olympique tandis qu'Edward Eagan, champion olympique de boxe en 1920, remporte l'or dans l'épreuve masculine de bobsleigh pour devenir le premier et l'unique olympien à ce jour à avoir remporté des médailles d'or dans les Jeux olympiques d'hiver et d'été. Les villes allemandes de Garmisch et Partenkirchen s'unissent pour organiser l'édition de 1936, qui a eu lieu du 6 au . C'est la dernière fois que les Jeux d'été et d'hiver ont lieu la même année dans le même pays. Le ski alpin fait ses débuts olympiques, mais les professeurs de ski sont privés de compétition, car ils sont considérés comme des professionnels. À cause de cette décision, les skieurs suisses et autrichiens refusent de participer aux Jeux. Seconde Guerre mondiale. La Seconde Guerre mondiale interrompt la célébration des Jeux olympiques d'hiver. Les Jeux de 1940 sont attribués à Sapporo au Japon, mais la décision est annulée en 1938 à cause de l'invasion japonaise de la Chine. Les Jeux sont déplacés à Garmisch-Partenkirchen, mais l'invasion allemande de la Pologne en 1939, qui précipite le début de la Seconde Guerre mondiale en Europe, force l'annulation des Jeux de 1940. En raison de la guerre en cours à ce moment-là, les Jeux de 1944, initialement prévus à Cortina d'Ampezzo en Italie, sont aussi annulés. De 1948 à 1960. Saint-Moritz est sélectionné pour accueillir les premiers Jeux de l'après-guerre en 1948. La neutralité de la Suisse protège la ville durant la Seconde Guerre mondiale et la plupart des sites sont en place depuis les Jeux de 1928, ce qui fait de Saint-Moritz un choix logique pour devenir la première ville à organiser les Jeux à deux reprises. Vingt-huit pays concourent en Suisse, mais les athlètes allemands et japonais ne sont pas invités. Les Jeux sont entachés par la controverse et le vol. Deux équipes américaines de hockey sur glace viennent aux Jeux, affirmant chacune être l'équipe nationale olympique légitime. Le drapeau olympique présenté aux Jeux olympiques d'été de 1920 à Anvers est volé comme son remplaçant. Il y a une parité sans précédent lors de ces Jeux puisque 10 pays remportent des médailles d'or, ce qui est un record. La ville d'Oslo, en Norvège, est invitée à organiser les Jeux olympiques d'hiver de 1952. La flamme olympique est allumée dans le foyer du pionnier du ski Sondre Norheim et le relais de la torche est effectué par 94 participants entièrement sur skis. Le bandy, sport populaire dans les pays nordiques, est présenté en tant que sport de démonstration ; même si seules la Norvège, la Suède et la Finlande envoient des équipes. Les athlètes norvégiens remportent 17 médailles, ce qui dépasse toutes les autres nations. Ils sont menés par Hjalmar Andersen, qui remporte trois médailles d'or en quatre épreuves dans la compétition de patinage de vitesse. N'ayant pas pu accueillir les Jeux en 1944, la ville de Cortina d'Ampezzo est sélectionnée pour organiser les Jeux olympiques d'hiver de 1956. Lors de la cérémonie d'ouverture, le dernier relayeur de la torche, Guido Caroli, entre dans le stade olympique sur des patins à glace. Alors qu'il patine dans le stade, son patin se prend dans un câble et il tombe, éteignant presque la flamme. Il est quand même capable de se relever et d'allumer la vasque. Ce sont les premiers Jeux d'hiver à être télévisés, même si les droits de télévision ne sont vendus qu'à partir des Jeux olympiques d'hiver de 1960 à Squaw Valley. Les Jeux de Cortina sont utilisés pour tester la faisabilité de la retransmission télévisée des grands évènements sportifs. L'Union soviétique fait ses débuts olympiques et a un impact immédiat sur les Jeux, puisqu'elle gagne plus de médailles que les autres nations. Le skieur alpin Chiharu Igaya remporte la première médaille aux Jeux d'hiver pour le Japon et l'Asie en se plaçant à la seconde place du slalom. Le CIO attribue les Jeux de 1960 à Squaw Valley, aux États-Unis. Étant donné le sous-développement de la station, il y a une ruée pour construire des infrastructures et des installations sportives dont une patinoire, une piste pour le patinage de vitesse et un tremplin de saut à ski. Les cérémonies d'ouverture et de clôture sont produites par Walt Disney. Les Jeux de Squaw Valley ont un certain nombre de premières notables : ce sont les premiers Jeux à avoir un village olympique dédié ; c'est la première fois qu'un ordinateur est utilisé (avec la permission d'IBM) pour compiler les résultats ; et c'est la première fois qu'il y a des épreuves féminines de patinage de vitesse. Les épreuves de bobsleigh sont absentes pour la première et unique fois de l'histoire des Jeux d'hiver, car le comité d'organisation juge trop élevé le coût de construction d'une piste de bobsleigh. De 1964 à 1980. La ville autrichienne d'Innsbruck est l'hôte des Jeux d'hiver en 1964. Même s'il s'agit d'une traditionnelle station de sports d'hiver, le beau temps cause une absence de neige durant les Jeux et l'armée autrichienne est demandée pour transporter de la neige et de la glace vers les sites sportifs. La Soviétique Lidia Skoblikova marque l'histoire en remportant les quatre épreuves de patinage de vitesse. Son total de six médailles d'or pendant sa carrière établit un record pour les athlètes des Jeux d'hiver. La luge est pour la première fois présente en 1964, bien que ce sport reçoive une mauvaise publicité quand un concurrent décède lors d'une course d'entraînement pré-olympique. Ayant lieu dans la ville française de Grenoble, les Jeux olympiques d'hiver de 1968 sont les premiers Jeux olympiques à être diffusés en couleur à travers le monde depuis le Stade olympique de Grenoble. 37 nations et athlètes concourent dans 35 épreuves. Après l'Autrichien Toni Sailer en 1956, le Français Jean-Claude Killy devient le deuxième à remporter toutes les épreuves masculines de ski alpin d'une édition des Jeux. Le comité d'organisation vend les droits de télévision pour 2 millions de dollars, soit plus du double que pour les Jeux d'Innsbruck. Les sites, répartis sur de longues distances, nécessitent trois villages des athlètes. Les organisateurs prétendent que c'est obligatoire pour s'adapter aux progrès technologiques. Les critiques contestent ceci en alléguant que cette disposition est nécessaire pour fournir les meilleurs sites possibles aux chaînes de télévision, au détriment des athlètes. Ces jeux sont également l'occasion de voir l'utilisation des premiers tests de féminité sur des athlètes olympiques, ainsi que l'apparition de la première mascotte non officielle de l'histoire des Jeux olympiques, Schuss le skieur. Les Jeux d'hiver de 1972, qui ont lieu à Sapporo au Japon, sont les premiers à être organisés en dehors de l'Amérique du Nord et de l'Europe. La question du professionnalisme est devenue litigieuse durant les Jeux de Sapporo. Trois jours avant les Jeux, le président du CIO Avery Brundage menace d'interdire à un certain nombre de skieurs alpins de participer parce qu'ils ont pris part à un camp de ski à Mammoth Mountain aux États-Unis. Brundage estime en effet que les skieurs ont profité financièrement de leur statut d'athlète et n'étaient donc plus amateurs. Finalement, seul l'Autrichien Karl Schranz, qui gagne plus d'argent que tous les autres skieurs, n'est pas autorisé à concourir. Le Canada n'envoie pas d'équipes aux tournois de hockey sur glace en 1972 et en 1976 pour protester contre l'interdiction d'utiliser des joueurs de leurs ligues professionnelles, alors que les Soviétiques sont autorisés à le faire. Le skieur Francisco Ochoa devient le seul espagnol à remporter une médaille d'or aux Jeux d'hiver en triomphant dans le slalom. Les Jeux olympiques d'hiver de 1976 sont décernés à Denver aux États-Unis, mais en 1972, les électeurs de la ville adoptent un référendum pour refuser d'accueillir les Jeux. La ville d'Innsbruck, qui avait conservé les infrastructures des Jeux de 1964, est choisie pour remplacer Denver. Deux flammes olympiques sont allumées, car c'est la seconde fois que la ville autrichienne accueille les Jeux. Les Jeux de 1976 comprennent la première piste de bobsleigh et de luge combinée près d'Igls. L'Union soviétique remporte sa quatrième médaille d'or consécutive en hockey sur glace. C'est aussi lors de ces Jeux qu’apparaît la première mascotte officielle aux Jeux d'hiver : le bonhomme de neige "Schneemann". En 1980, les Jeux retournent à Lake Placid, qui a déjà accueilli ceux de 1932. Le premier boycott aux Jeux d'hiver survient lors des Jeux de 1980 quand Taïwan refuse de participer après qu'un décret du CIO a obligé le pays à changer son nom et son hymne national. Le CIO tente de s'adapter à la Chine, qui souhaite participer en utilisant le même nom et le même hymne que Taïwan. Le patineur de vitesse américain Eric Heiden bat un record du monde ou olympique lors de chacune des cinq épreuves auxquelles il participe. Hanni Wenzel remporte le slalom et le slalom géant et son pays, le Liechtenstein, devient la plus petite nation à avoir un ou une médaillé d'or olympique. Lors du « Miracle sur glace », l'équipe américaine de hockey sur glace bat les favoris soviétiques et remporte par la suite la médaille d'or. De 1984 à 1998. Les villes de Sapporo, au Japon, et de Göteborg, en Suède, sont favorites pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver de 1984. C'est donc une surprise quand celle de Sarajevo, en Yougoslavie, est sélectionnée pour être l'hôte des Jeux. Ces Jeux sont bien organisés et ne montrent aucune indication de la guerre qui allait bientôt embraser le pays. Un total de 49 nations et participe à 39 épreuves. La nation hôte, la Yougoslavie, remporte sa première médaille olympique aux Jeux d'hiver quand le skieur alpin Jure Franko gagne l'argent dans le slalom géant. L'autre point fort sportif de ces Jeux est la danse libre des danseurs sur glace britanniques Jayne Torvill et Christopher Dean. Leur interprétation du "Boléro" de Ravel permet au couple de remporter la médaille d'or après avoir obtenu à l'unanimité des scores parfaits pour l'impression artistique. En 1988, la ville canadienne de Calgary organise les premiers Jeux d'hiver qui s'étendent sur 16 jours. De nouvelles épreuves sont ajoutées en saut à ski et en patinage de vitesse, tandis que les futurs sports olympiques que sont le curling, le patinage de vitesse sur piste courte et le ski acrobatique font leurs apparitions en tant que sports de démonstration. Pour la première fois, les épreuves de patinage de vitesse ont lieu à l'intérieur, dans le Olympic Oval. La patineuse néerlandaise Yvonne van Gennip remporte trois médailles d'or et établit deux records du monde en battant l'équipe est-allemande, favorite dans chaque course. Son total de médailles est égalé par le sauteur à ski finlandais Matti Nykänen, qui remporte les trois épreuves de son sport. Alberto Tomba, skieur italien, fait ses débuts olympiques en remportant le slalom géant et le slalom. L'Est-allemande Christa Rothenburger gagne l'épreuve du féminin en patinage de vitesse. Sept mois plus tard, elle remporte une médaille d'argent en cyclisme sur piste lors des Jeux d'été à Séoul pour devenir la première et unique athlète à remporter des médailles lors des Jeux d'hiver et des Jeux d'été la même année. Les Jeux de 1992 sont les derniers à avoir lieu la même année que les Jeux d'été. Ils sont organisés à Albertville, en France, bien que seulement 18 épreuves sur 57 aient lieu dans la ville en elle-même. Les autres épreuves sont réparties dans le reste de la Savoie. Les changements politiques de l'époque se reflètent dans les équipes olympiques qui participent aux Jeux en France : ce sont les premiers à avoir lieu depuis la chute du communisme et le démantèlement du mur de Berlin et l'Allemagne participe comme une nation unie pour la première fois depuis les Jeux de 1964. Également, deux des anciennes républiques yougoslaves que sont la Croatie et la Slovénie font leurs débuts comme nations indépendantes, tandis que la plupart des anciennes républiques soviétiques participe encore dans une seule équipe désignée comme l'équipe unifiée, mais les Pays baltes participent comme nation indépendante pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. À 16 ans, le sauteur à ski finlandais Toni Nieminen marque l'histoire en devenant le plus jeune champion olympique masculin lors des Jeux d'hiver. La skieuse néo-zélandaise Annelise Coberger devient la première médaillée de l'hémisphère sud aux Jeux d'hiver en remportant une médaille d'argent dans le slalom féminin. En 1986, le CIO décide de séparer les Jeux d'été et d'hiver et les place en alternance durant les années paires. Ce changement entre en vigueur lors des Jeux de 1994, organisés à Lillehammer en Norvège, qui deviennent les premiers Jeux d'hiver à avoir lieu séparément des Jeux d'été. Après la division de la Tchécoslovaquie en 1993, la République tchèque et la Slovaquie font leurs débuts olympiques. La compétition féminine de patinage artistique retient l'attention des médias quand la patineuse américaine Nancy Kerrigan est blessée le lors d'une agression organisée par l'ex-mari de son adversaire Tonya Harding. Les deux patineuses participent aux Jeux mais la médaille d'or est remportée par Oksana Baiul. Elle devient la première championne olympique ukrainienne. Le patineur de vitesse norvégien Johann Olav Koss remporte trois médailles d'or et établit deux records olympiques et un record du monde. Les Jeux olympiques d'hiver de 1998 ont lieu dans la ville japonaise de Nagano et sont les premiers Jeux à accueillir plus de athlètes. Le tournoi masculin de hockey sur glace est ouvert aux professionnels pour la première fois. Le Canada et les États-Unis, avec leurs nombreux joueurs de la LNH, sont les favoris. Pour la première fois de son histoire, la République tchèque domine la compétition et le pays remporte sa première médaille d'or aux Jeux d'hiver. Le hockey sur glace féminin fait ses débuts et les États-Unis remportent la médaille d'or. Le Norvégien Bjørn Dæhlie remporte trois médailles d'or en ski de fond. Il devient l'athlète le plus décoré de l'histoire des Jeux d'hiver avec douze médailles, dont huit en or. Le skieur alpin autrichien Hermann Maier chute pendant la descente et remporte ensuite le super G et le slalom géant. Une vague de records du monde est battue en patinage de vitesse grâce à l'introduction des patins clap. De 2002 à 2022. Les Jeux olympiques d'hiver ont lieu à Salt Lake City aux États-Unis et accueillent athlètes de 77 nations qui participent à 78 épreuves réparties en 7 sports. L'Allemand Georg Hackl remporte une médaille d'argent en luge, devenant le premier athlète dans l'histoire olympique à remporter des médailles dans la même épreuve individuelle lors de cinq éditions consécutives des Jeux. Le Canada réalise un doublé sans précédent en remportant les médailles d'or des compétitions masculines et féminines en hockey sur glace. Ce pays se brouille avec la Russie lors d'une controverse qui implique le jugement de la compétition de patinage artistique en couple. La paire russe composée de Yelena Berezhnaya et Anton Sikharulidze concourt contre les Canadiens Jamie Salé et David Pelletier pour la médaille d'or. Les Canadiens semblent avoir suffisamment bien patiné pour gagner la compétition, mais les Russes remportent l'or. Les juges votent selon les zones de la Guerre froide : ceux des anciens pays communistes préfèrent la paire russe et ceux des nations démocratiques votent pour les Canadiens. La seule exception est la juge française Marie-Reine Le Gougne qui décerne l'or aux Russes. Une enquête révèle qu'elle a subi des pressions pour donner l'or à la paire russe quelle que soit la façon dont ils patinent ; en retour, la juge russe donnerait des notes favorables aux participants français dans la compétition de danse sur glace. Le CIO décide de décerner aux deux paires la médaille d'or lors d'une seconde cérémonie de médaille qui a eu lieu plus tard dans les Jeux. L'Australien Steven Bradbury devient le premier médaillé d'or de l'hémisphère sud en remportant l'épreuve du en patinage de vitesse sur piste courte. La ville italienne de Turin organise les Jeux olympiques d'hiver de 2006. C'est la seconde fois que l'Italie organise les Jeux olympiques d'hiver, après ceux de 1956. Les athlètes sud-coréens remportent 10 médailles dont 6 en or dans les épreuves de patinage de vitesse sur piste courte. Jin Sun-yu gagne trois médailles d'or tandis que son coéquipier Ahn Hyun-soo obtient trois médailles d'or et une de bronze. Dans le sprint féminin par équipe en ski de fond, la Canadienne Sara Renner casse un de ses bâtons, et en la voyant affronter cette situation, l'entraîneur norvégien Bjørnar Håkensmoen décide de lui en prêter un. Grâce à cette aide, elle peut aider son équipe à gagner une médaille d'argent dans cette épreuve au détriment de l'équipe norvégienne, qui termine à la quatrième place. L'Allemande Claudia Pechstein devient la première patineuse de vitesse à remporter neuf médailles dans sa carrière. En , Pechstein est testée positive pour une et reçoit une suspension de deux ans, dont elle fait appel. Le tribunal arbitral du sport confirme cette suspension, mais un tribunal suisse juge qu'elle peut concourir pour une place dans l'équipe olympique allemande de 2010. Cette décision est portée devant le tribunal fédéral suisse, qui infirme la décision du tribunal de première instance et l'empêche de participer à Vancouver. En 2003, le CIO décerne les Jeux olympiques d'hiver de 2010 à Vancouver, permettant ainsi au Canada d'accueillir ses seconds Jeux olympiques d'hiver après ceux de 1988. Avec une population de plus de 2,5 millions de personnes, c'est la plus grande agglomération à organiser les Jeux d'hiver. Plus de 80 pays et athlètes participent à 86 épreuves. Le décès du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili lors d'un entraînement le jour de la cérémonie d'ouverture endeuille les Jeux. Son décès force les officiels du Centre des sports de glisse de Whistler à changer la piste pour la rendre plus sûre. La Norvégienne Marit Bjørgen remporte cinq médailles au cours des six épreuves féminines de ski de fond. Elle finit les Jeux avec trois médailles d'or, une d'argent et une de bronze. Les Jeux de Vancouver sont marqués par les mauvaises performances des athlètes russes. De leurs premiers Jeux d'hiver en 1956 aux Jeux de 2006, une délégation soviétique ou russe n'avait jamais été en dehors du top cinq du tableau des médailles. En 2010, ils finissent à la sixième place du classement du total des médailles et à la onzième place de celui des médailles d'or. Le président Dmitri Medvedev appelle à la démission des responsables sportifs de haut niveau immédiatement après les Jeux. Le succès des pays asiatiques est en contraste frappant avec les mauvais résultats des athlètes russes. Vancouver marque un point culminant des médailles remportées par ces pays. En 1992, ils remportent quinze médailles, dont trois en or. À Vancouver, le nombre de médailles décernées aux athlètes asiatiques passe à trente-et-un, dont onze en or. La montée des nations asiatiques dans les sports des Jeux d'hiver est due en partie au développement des programmes de sports d'hiver et à l'intérêt pour ces sports dans des pays comme la Corée du Sud, le Japon ou la Chine. Le choix de la ville hôte des Jeux olympiques d'hiver de 2014 est fait le . Sotchi, en Russie, est élue devant les deux autres finalistes : Salzbourg en Autriche et PyeongChang en Corée du Sud. C'est la première fois que la Russie organise les Jeux olympiques d'hiver. Ces Jeux sont les plus chers de l'histoire, été et hiver confondus : ils coûtent environ 50 milliards de dollars américains, soit huit fois plus que ceux de Vancouver quatre ans plus tôt. La majorité des sites et des infrastructures doivent en effet être construits à l'occasion des Jeux, la région étant très peu développée auparavant. Le village olympique et le stade olympique sont situés sur la côte de la mer Noire alors que tous les sites de montagne sont à de Sotchi, dans la région montagneuse connue sous le nom de Krasnaïa Poliana. Au niveau sportif, les Jeux de Sotchi sont marqués par la domination historique des Pays-Bas en patinage de vitesse. Les patineurs néerlandais remportent en effet 23 médailles sur 36 possibles, un record, et réalisent quatre triplés. Le biathlète norvégien Ole Einar Bjørndalen, double médaillé d'or à Sotchi, porte son total à treize médailles olympiques dont huit d'or. Il devient ainsi l'athlète le plus médaillé de l'histoire des Jeux d'hiver en dépassant les douze médailles de son compatriote fondeur Bjørn Dæhlie. Ahn Hyun-soo, appelé Viktor Ahn depuis qu'il représente la Russie après avoir été mis à l'écart par la fédération sud-coréenne, répète sa performance de 2006. Il remporte à nouveau quatre médailles dont trois d'or lors des épreuves de patinage de vitesse sur piste courte. Le , PyeongChang en Corée du Sud est préférée à Munich (Allemagne) et Annecy (France) pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver de 2018. C'est la première fois que le pays organise les Jeux d'hiver, et la deuxième fois que les Jeux olympiques y ont lieu après les Jeux d'été de 1988 à Séoul. Le stade olympique et certains des sites de compétitions se trouvent dans la station d'Alpensia, alors que d'autres épreuves ont lieu dans la ville côtière de Gangneung. Malgré des relations tendues avec le Sud, la Corée du Nord accepte de participer aux Jeux, de défiler avec la Corée du Sud lors de la cérémonie d'ouverture et de présenter une équipe unifiée au tournoi féminin de hockey sur glace. Les mois menant aux Jeux sont également marqués par le scandale du dopage organisé en Russie. Le Comité international olympique suspend le Comité olympique russe de ces Jeux ; des athlètes russes individuels, qui se sont qualifiés et ont pu démontrer qu'ils ont respecté les règles en matière de dopage, peuvent cependant participer aux Jeux en tant qu'« Athlètes olympiques de Russie » (OAR). Plusieurs épreuves font leur apparition aux Jeux olympiques : le big air en snowboard, le double mixte en curling, le mass start en patinage de vitesse et le slalom parallèle par équipes en ski alpin. Les Pays-Bas dominent à nouveau les épreuves de patinage de vitesse : ils remportent sept des dix médailles individuelles. La Norvège est la meilleure nation en ski de fond ; Marit Bjørgen gagne cinq médailles et porte son total à quinze, ce qui est un record pour les Jeux d'hiver. Le Japonais Noriaki Kasai devient quant à lui le premier athlète à participer à huit éditions des Jeux d'hiver et la Tchèque Ester Ledecká, championne olympique en ski alpin et en snowboard, est la première femme à remporter des médailles dans deux disciplines différentes lors des mêmes Jeux d'hiver. La Norvège domine le classement final avec 39 médailles, ce qui est un record pour les Jeux d'hiver, devant l'Allemagne et le Canada. La Corée du Sud bat son record des Jeux d'hiver en remportant 17 médailles. Le , l'organisation des Jeux d'hiver de 2022 est attribuée à Pékin lors de la 128e session du Comité international olympique. La seule autre ville candidate était Almaty au Kazakhstan. Pékin est devenue la première ville à avoir accueilli les Jeux d'été et les Jeux d'hiver. Dans le futur. Milan et Cortina d'Ampezzo sont quant à elles choisies pour organiser les Jeux olympiques d'hiver de 2026 le à Lausanne, lors de la 134e session du Comité international olympique. La seule autre candidature était celle de Stockholm et Åre en Suède. Controverses. Élection de la ville hôte. Le processus d'attribution des Jeux à une ville est scruté après que Salt Lake City a reçu le droit d'accueillir les Jeux de 2002. Peu après l'annonce de la ville hôte, il est découvert que les organisateurs sont engagés dans un schéma de corruption élaboré pour s'attirer les faveurs des responsables du CIO. Des cadeaux et d'autres considérations financières sont donnés à ceux qui évaluent et votent pour la candidature de Salt Lake City. Ces cadeaux incluent un traitement médical pour des proches, une bourse d'études pour le fils d'un membre et une transaction foncière dans l'Utah. Même le président du CIO Juan Antonio Samaranch reçoit deux fusils évalués à . Samaranch défend ce cadeau comme sans importance puisque, en tant que président, il est un membre non-votant. L'enquête subséquente révèle des incohérences dans les candidatures pour chaque Jeux (été et hiver) depuis 1988. Par exemple, les cadeaux reçus par les membres du CIO de la part du comité d'organisation japonais lors de la candidature de Nagano pour les Jeux olympiques d'hiver de 1998 sont décrits par la commission d'enquête comme . Bien que rien de strictement illégal n'ait été fait, le CIO craint que les sponsors perdent foi en l'intégrité du processus et que la marque olympique soit ternie au point que les annonceurs commencent à retirer leur soutien. L'enquête aboutit à l’expulsion de 10 membres du CIO et à la sanction de 10 autres. De nouveaux termes et des limites d'âge sont établis pour les membres du CIO et 15 anciens athlètes olympiques sont ajoutés au comité. Des règles plus strictes pour les futures candidatures sont imposées, avec des plafonds sur la valeur des cadeaux que les membres du CIO pourraient accepter des villes candidates. Dopage. En 1967, le CIO commence à adopter des protocoles de dépistage des produits dopants. Il commence par effectuer des tests au hasard sur des athlètes lors des Jeux olympiques d'hiver de 1968. Le premier athlète des Jeux d'hiver à être testé positif pour une substance interdite est Alois Schloder, un joueur de hockey ouest-allemand, mais son équipe est toujours autorisée à concourir. Durant les années 1970, les tests en dehors des compétitions sont intensifiés, car ils dissuadent les athlètes d'utiliser des produits dopants. Le problème des tests effectués à cette époque est le manque de standardisation des procédures, qui porte atteinte à leur crédibilité. Il faut attendre la fin des années 1980 pour que les fédérations sportives internationales commencent à coordonner leurs efforts pour standardiser les protocoles de dépistage des produits dopants. Le CIO prend les devants dans la lutte contre les stéroïdes lorsqu'il crée une Agence mondiale antidopage (AMA) indépendante en . Cette lutte antidopage se ressent dès les Jeux de 2002 à Salt Lake City où le fondeur espagnol Johann Mühlegg et la fondeuse russe Larisa Lazutina, tous deux multi-médaillés, sont exclus des Jeux et par la suite, perdent leurs médailles en raison de tests antidopage positifs. Les Jeux olympiques d'hiver de 2006 à Turin deviennent notables par un scandale impliquant une tendance émergente du dopage sanguin, l'utilisation de transfusions sanguines ou d'hormones synthétiques comme l'érythropoïétine (EPO) pour améliorer le flux d'oxygène et donc de réduire la fatigue. La police italienne effectue une descente dans la résidence de l'équipe de ski de fond autrichienne pendant les Jeux où ils saisissent des échantillons et des équipements pour le dopage sanguin. Cet évènement suit la suspension avant les Jeux olympiques de 12 fondeurs testés à des niveaux inhabituellement élevés d'hémoglobine, ce qui témoigne d'un dopage sanguin. En novembre et , à la suite de la mise au jour du système institutionnel de dopage en Russie s'étalant de 2011 à 2015 et concernant plus particulièrement les Jeux olympiques d'hiver de 2014 s’étant déroulés à Sotchi en Russie, le Comité international olympique disqualifie quarante-trois sportifs de l'équipe russe ayant concouru à Sotchi et lui retire treize médailles dont quatre en or (chiffres au ). Autre conséquence directe, le Comité olympique russe, et donc la Russie en tant que nation participante, est suspendu des Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang 2018, ses athlètes étant toutefois autorisés à y participer sous drapeau olympique et sous certaines conditions. Commercialisation. Avery Brundage, en tant que président du CIO entre 1952 et 1972, rejette toutes les tentatives de lier les Jeux olympiques à des intérêts commerciaux, car il estime que le mouvement olympique doit être complètement séparé de l'influence financière. Les Jeux olympiques d'hiver de 1960 marquent le début du sponsoring des Jeux par des entreprises. Malgré une résistance ardue de Brundage, la commercialisation des Jeux durant les années 1960 et les revenus générés par le sponsoring des entreprises grossissent les coffres du CIO. Lors des Jeux de Grenoble, Brundage devient tellement préoccupé par la direction des Jeux olympiques d'hiver vers la commercialisation que si elle ne pouvait pas être corrigée, il sentait que les Jeux olympiques d'hiver devraient être abolis. Sa résistance à cette source de revenus signifie que le CIO est incapable de gagner une part de la manne financière qui provient des villes hôtes et n'a aucun contrôle sur la structuration des contrats de sponsoring. Lorsque Brundage part à la retraite, le CIO a 2 millions de dollars en actifs tandis que huit années plus tard, ses comptes passent à 45 millions de dollars. Cela est dû à un changement d'idéologie chez les membres du CIO pour l'expansion des Jeux grâce au sponsoring des sociétés et la vente des droits de télévision. Les préoccupations de Brundage s'avèrent prophétiques. Le CIO facture de plus en plus les droits de télévision à chaque Jeux successifs. De dollars payés par le diffuseur américain CBS en 1960, les droits de diffusion totaux passent à dollars en 1964, 20,73 millions en 1980, 102,68 millions en 1984 et 324,9 millions en 1988. Les recettes sont de 513,49 millions en 1998, de 738 millions en 2002 et de 831 millions en 2006. La diffusion des Jeux de Vancouver en 2010 coûte à NBC 820 millions de dollars. La part des droits pour les États-Unis varie d'environ 80 % du total dans les années 1980 à environ 50 % en 2010. Ces revenus sont destinés actuellement à 49 % au comité d'organisation des Jeux et à 51 % au CIO, au comités nationaux et aux fédérations sportives internationales. Plus les chaînes de télévision paient pour diffuser les Jeux, plus grand est leur pouvoir de persuasion avec le CIO. Par exemple, le lobby de la télévision influence le programme olympique en dictant quand les finales des épreuves doivent avoir lieu afin qu'elles soient diffusées en première partie de soirée pour les téléspectateurs. Il fait pression sur le CIO pour inclure de nouvelles épreuves, comme le snowboard, pour attirer un public plus important devant la télévision. Cela stimule les audiences, qui étaient en lente diminution jusqu'aux Jeux de 2010. En 1986, le CIO décide d'échelonner les Jeux d'hiver et d'été. Au lieu de se tenir dans la même année civile, le comité décide de les alterner tous les deux ans, bien que les Jeux d'hiver et d'été aient encore lieu sur un cycle de quatre ans. Il est décidé que 1992 serait la dernière année durant laquelle se déroulent les Jeux olympiques d'été et d'hiver. Il y a deux raisons à ce changement : la première est le désir du lobby de la télévision de maximiser les recettes publicitaires, car il est difficile de vendre du temps publicitaire pour deux Jeux dans la même année ; la seconde est le désir du CIO de gagner plus de contrôle sur les revenus générés par les Jeux. Il est décidé qu'avec l'échelonnement des Jeux, il serait plus facile pour les sociétés de sponsoriser chaque édition des Jeux olympiques, ce qui permettrait de maximiser les revenus potentiels. Le CIO cherche à négocier directement les contrats de sponsoring afin qu'il ait plus de contrôle sur la olympique. Les premiers Jeux olympiques d'hiver à être organisés dans ce nouveau format sont les Jeux de 1994 à Lillehammer. Politique. Guerre froide. Les Jeux olympiques d'hiver sont une façade idéologique pendant la Guerre froide à partir de la première participation de l'Union soviétique, lors des Jeux d'hiver de 1956. Il ne faut pas longtemps pour que les combattants de la Guerre froide découvrent que les Jeux olympiques pourraient être un outil de propagande puissant. Les politiques soviétiques et américains utilisent les Jeux comme une occasion de prouver la supériorité de leurs systèmes politiques respectifs. Les athlètes soviétiques qui réussissent sont fêtés et honorés. Irina Rodnina, triple championne olympique en patinage artistique, se voit décerner l'Ordre de Lénine après sa victoire aux Jeux olympiques d'hiver de 1976 à Innsbruck. Les athlètes soviétiques qui remportent des médailles d'or peuvent s'attendre à recevoir entre et selon le prestige de leur sport. Un record du monde vaut une somme supplémentaire de . En 1978, le congrès américain réagit à ces mesures en adoptant une loi qui réorganise l'United States Olympic Committee. Il approuve également des récompenses financières aux athlètes médaillés. La Guerre froide crée des tensions entre les pays alliés des deux superpuissances. Les relations tendues entre l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est créent une situation politique difficile pour le CIO. À cause de son rôle dans la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne n'est pas admise à concourir aux Jeux olympiques d'hiver de 1948. En 1950, le CIO reconnaît le comité olympique ouest-allemand et invite l'Allemagne de l'Ouest et de l'Est à participer dans une équipe unifiée aux Jeux olympiques d'hiver de 1952. L'Allemagne de l'Est décline l'invitation et cherche plutôt une légitimé internationale distincte de l'Allemagne de l'Ouest. En 1955, l'Union soviétique reconnaît l'Allemagne de l'Est comme un État souverain, donnant ainsi plus de crédibilité à la campagne de ce pays pour devenir un participant indépendant aux Jeux. Le CIO accepte de tolérer provisoirement le comité national olympique est-allemand à la condition que l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest participent dans une seule équipe : l'équipe unifiée d'Allemagne. La situation devient fragile quand le Mur de Berlin est construit en 1962 et les nations occidentales commencent à refuser les visas des athlètes est-allemands. Le compromis précaire d'une équipe unifiée continue jusqu'aux Jeux de Grenoble en 1968, quand le CIO divise officiellement les équipes et menace de rejeter les candidatures de villes des pays qui refusent des visas d'entrée pour les athlètes est-allemands. Boycott. Les Jeux olympiques d'hiver ne subissent qu'un seul boycott d'une équipe nationale quand Taïwan décide de ne pas participer aux Jeux olympiques d'hiver de 1980, qui ont lieu à Lake Placid. Avant les Jeux, le CIO accepte que la Chine participe aux Jeux olympiques pour la première fois depuis 1952. La Chine reçoit l'autorisation de participer en tant que (RPC) et d'utiliser le drapeau et l'hymne de la RPC. Jusqu'en 1980, l'île de Taïwan concourait sous le nom (RDC) en utilisant le drapeau et l'hymne de la RDC. Le CIO tente de faire participer les deux pays ensemble, mais quand cela s'avère impossible, il demande que Taïwan cesse de s'appeler la . Le CIO renomme l'île "Taipei chinois" et exige qu'elle adopte un drapeau et un hymne différents ; des dispositions que Taïwan n'accepte pas. Malgré de nombreux appels et audiences, la décision du CIO reste inchangée. Quand les athlètes taïwanais arrivent au village olympique avec les cartes d'identité de la république de Chine, ils ne sont pas admis. Ils quittent ensuite les Jeux olympiques en signe de protestation juste avant la cérémonie d'ouverture. Taïwan retourne dans la compétition olympique lors des Jeux d'hiver de 1984 à Sarajevo en tant que Taipei chinois. Le pays accepte de concourir sous un drapeau portant l'emblème de leur comité national olympique et de jouer l'hymne de leur CNO si l'un de leurs athlètes remporte une médaille d'or. L'accord est toujours en vigueur à ce jour. Aspects économiques. Selon le CIO, la ville hôte est chargée d' En raison du coût de l'organisation des Jeux olympiques, la plupart des villes hôtes ne réalisent jamais de profit sur leur investissement. Ce phénomène est connu sous le nom de la « malédiction du vainqueur ». Pendant la phase de sélection de la ville hôte, les villes ont tendance à surestimer la « valeur » des Jeux, c'est-à-dire ce que les Jeux rapportent. Elles prévoient de plus en plus d'investissements et surenchérissent. Le phénomène est caractérisé par des coûts plus élevés que les recettes, une augmentation du budget, en partie dû à l'inflation, à mesure que les Jeux approchent, des subventions publiques supplémentaires et un nombre de visiteurs étrangers moins élevé que prévu. En 1924, un budget commun est établi pour les Jeux d'été à Paris et les Jeux d'hiver à Chamonix. Sur un budget total d'environ 15,5 millions de francs français, les subventions pour les Jeux d'hiver représentent environ francs. Lors des Jeux de 1928 à Saint-Moritz, en Suisse, les dépenses sont de francs suisses, dont la moitié pour les équipements sportifs. Les Jeux se terminent avec un solde négatif de francs à la charge de la commune de Saint-Moritz et du club de ski Alpina St. Moritz. Les Jeux olympiques d'hiver de 1932, à Lake Placid, coûtent environ 1,2 million de dollars américains, dont plus de la moitié sont des subventions de l'État de New York. En 1952, la ville d'Oslo finance entièrement les Jeux. Les dépenses sont de couronnes norvégiennes pour les sites olympiques et couronnes pour le reste. Le solde positif de couronnes est reversé en majeure partie à la ville d'Oslo, ainsi qu'au comité national olympique norvégien. Les Jeux de 1968, à Grenoble, coûtent 1,1 milliard de francs, dont les trois quarts sont financés par l'État français. Les Jeux de 1980 coûtent 179 millions de dollars, et ceux de 1984 coûtent 200 millions de dollars. Les Jeux de 1992, à Albertville, en France, coûtent 4,2 milliards de francs (640 millions d'euros), et se terminent avec un déficit de 280 millions de francs (42,7 millions d'euros). L'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 1998 à Nagano au Japon coûte 12,5 milliards de dollars, alors qu'en comparaison celle des Jeux de Turin de 2006 coûte seulement 3,6 milliards de dollars. Les organisateurs affirment que le coût de l'expansion du service de train à grande vitesse entre Tokyo et Nagano est responsable du prix élevé à payer. Le comité organisateur espère que l'exposition des Jeux Olympiques et l'accès rapide de Nagano à Tokyo soit une aubaine pour l'économie locale pendant des années. L'économie de Nagano connaît une stimulation pendant les deux années suivant les Jeux, mais les effets à long terme ne se concrétisent pas. Les Jeux de 2010 coûtent 1,88 milliard de dollars canadiens, et le budget est respecté grâce aux subventions de la province de Colombie-Britannique et de l'État canadien. Les Jeux de 2014, organisés à Sotchi en Russie, coûtent 50 milliards de dollars américains. Ce sont les Jeux olympiques les plus chers de l'histoire, été et hiver confondus. La possibilité d'une lourde dette, couplée avec des sites sportifs et des infrastructures inutilisés qui encombrent la collectivité locale avec des coûts d'entretien et aucune valeur pratique post-olympique, est un élément dissuasif pour les villes hôtes potentielles.Afin d'atténuer ces préoccupations, le CIO adopte plusieurs initiatives. D'abord, il accepte de financer une partie du budget de la ville hôte pour la tenue des Jeux. Deuxièmement, il limite les pays hôtes admissibles à ceux qui ont les ressources et les infrastructures nécessaires pour accueillir avec succès les Jeux olympiques sans nuire à la région ou la nation. Cela élimine une grande partie du monde en développement. Enfin, les villes candidates pour organiser les Jeux doivent ajouter un à leur proposition. Cela nécessite des villes hôtes potentielles et du CIO de planifier les Jeux avec en vue l'impact économique à long terme et environnemental qu'aura leur organisation dans la région. Diffusion à la télévision. Les premiers Jeux d'hiver à être télévisés sont ceux de Jeux olympiques d'hiver de 1956, à Cortina d'Ampezzo, et des droits de diffusion sont vendus dès 1960. En 1994, les Jeux sont diffusés dans plus de et territoires et pour la première fois en Afrique. Ce nombre monte à 180 pays et territoires en 1998. L'évènement est télévisé pour la première fois en Australie. de téléspectateurs de regardent les Jeux de 2002. de diffusion en direct sont proposées lors des Jeux de 2006. Pour la première fois, on peut suivre les Jeux en haute définition. Le nombre de téléspectateurs en 2010 est d'environ . Les Jeux sont alors diffusés dans plus de et territoires par 235 diffuseurs et chaînes de télévision. Droits de diffusion aux États-Unis. Le montant acquitté par les réseaux de télévisions américaines, s'il demeure moins élevé que pour les jeux olympiques d'été, constitue une source importante de revenus pour la compétition. La première diffusion date de 1960 : CBS avait diffusé quelques extraits des Jeux olympiques de Squaw Valley aux États-Unis. La chaîne s'était acquitté de droits dérisoires s'élevant à . La popularité des jeux olympiques d'hiver à la télévision américaine commence à s'étendre à partir des Jeux olympiques de Grenoble en 1968 grâce à l'importante couverture réalisée par le réseau ABC. Les droits télévisés des jeux olympiques d'hiver explosent à l'occasion de Jeux de Calgary au Canada en 1988. Propulsés par une diffusion horaire favorable aux États-Unis, les droits acquittés par ABC sont multipliés par trois par rapport aux Jeux de 1984 qui se tenaient à Sarajevo. Les deux éditions suivantes qui se tiennent en Europe sont diffusées par CBS, les droits restent sous la barre des d'euros et CBS parvient même à atteindre l'équilibre budgétaire pour les Jeux d'Albertville en 1992. L'inflation des droits de diffusion explose au cours des années 2000-2010 avec deux éditions organisées en Amérique du Nord (Salt Lake City en 2002 puis Vancouver en 2010). La chaîne NBC est le diffuseur exclusif des Jeux olympiques d'hiver aux États-Unis de façon ininterrompue depuis 2002. Prédictions sur le nombre de médailles par pays. Plusieurs études statistiques sont effectuées sur les critères déterminant le nombre de médailles qu'un pays obtient lors des Jeux d'hiver. Par exemple, une étude de Wade Pfau essaie de prévoir le nombre de médailles par pays aux Jeux olympiques d'hiver de 2006, à Turin. Il utilise des critères tels que la population, le PIB par habitant, le fait d'être la nation hôte ou pas et le nombre de médailles aux Jeux précédents et sépare les pays en cinq groupes : les pays de l'ex-URSS, les pays scandinaves, les pays germaniques (Allemagne et Autriche), les pays alpins (Suisse, Italie et France) et les pays nord-américains. Pfau utilise ces critères pour définir une formule. Sa conclusion est que les meilleurs pays sont l'Allemagne, les États-Unis, la Norvège, l'Italie, l'Autriche et le Canada, avec respectivement 35, 31, 24, 20 19 et . Les résultats des Jeux montrent que les deux meilleurs pays sont effectivement l'Allemagne et les États-Unis, mais avec 29 et . En revanche, les pays suivants sont le Canada, l'Autriche et la Russie, qui obtiennent un meilleur résultat que la prédiction avec 24, 23 et . La Norvège, sixième avec , et l'Italie, dixième avec , réalisent un résultat inférieur aux prédictions. Madeleine Andreff et Wladimir Andreff publient en 2011 une étude tentant de prévoir le nombre de médailles par pays aux Jeux olympiques d'hiver de 2014, à Sotchi. Ils définissent une méthode permettant de prévoir le nombre de médailles pour les Jeux d'été dans 70 % des cas et l'adaptent aux Jeux d'hiver. Ils utilisent, comme Pfau, les critères tels de la population, le produit intérieur brut, le fait d'être la nation hôte ou pas et le nombre de médailles aux Jeux précédents et séparent les pays en plusieurs groupes d'après le nombre de stations de sports d'hiver, la couverture neige du pays et le régime politique (capitaliste ou communiste). En analysant les médailles remportées par les différents pays dans l'histoire, ils déterminent une formule prévoyant le nombre de médailles. Les résultats prévoyaient que les meilleurs pays seraient les États-Unis, l'Allemagne, le Canada, la Russie, le pays hôte, et la Norvège, avec respectivement 36, 28, 27, 24 et . Les résultats montrent que, contrairement à ces prédictions, la Russie est la meilleure nation avec . La Norvège, qui est troisième avec , est également meilleure qu'attendu. Les États-Unis (deuxièmes avec ), l'Allemagne (sixième avec ) et le Canada (quatrième avec ) ont en revanche des moins bons résultats qu'annoncé. Sports. L'article 6 du chapitre 1 de l'édition de 2007 de la charte olympique définit les sports d'hiver comme des . Depuis 1992, des nouveaux sports sont ajoutés au programme olympique. Ils incluent le patinage de vitesse sur piste courte, le snowboard et le ski acrobatique. L'ajout de ces épreuves élargit l'attrait des Jeux olympiques d'hiver au-delà de l'Europe et de l'Amérique du Nord. Tandis que les puissances européennes comme la Norvège ou l'Allemagne dominent toujours les sports traditionnels des Jeux d'hiver, des pays comme la Corée du Sud, l'Australie et le Canada connaissent un franc succès dans les nouveaux sports. Les résultats sont plus de parité dans le tableau des médailles par nation, ont davantage d'intérêt pour les Jeux d'hiver et des audiences mondiales télévisées plus élevées. Évolution du nombre d'épreuves par sport. Note : Sur fond bleu, sont mentionnées les épreuves disputées à l'occasion des Jeux olympiques d'été. Sports de démonstration. Les sports de démonstration ont toujours été présentés par les pays hôtes pour mettre en lumière un sport populaire local à l'occasion d'une compétition sans médailles. Ils ont été abandonnés après 1992. La patrouille militaire, un précurseur du biathlon, est un sport olympique dès la première édition en 1924, avant de revenir en démonstration en 1928, 1936 et 1948. L'épreuve de figures spéciales en patinage artistique est seulement constatée lors des Jeux olympiques d'été de 1908. Le bandy, sport populaire dans les pays nordiques et en Russie décrit comme du hockey sur glace avec une balle, est en démonstration lors des Jeux d'Oslo en 1952. L'eisstock, variante allemande du curling, est en démonstration en 1936 en Allemagne et en 1964 en Autriche. L'épreuve de ballet, plus tard connue comme l'acroski, est présente en 1988 et en 1992. Le ski joëring, qui consiste en une course de ski derrière des chevaux ou des chiens, est un sport de démonstration à Saint-Moritz en 1928. Une course de chiens de traîneaux a lieu à Lake Placid en 1932. Le ski de vitesse est en démonstration à Albertville lors des Jeux olympiques d'hiver de 1992. Le pentathlon d'hiver, version hivernale du pentathlon moderne, est présent comme épreuve de démonstration lors des Jeux de 1948 en Suisse. Il est composé de ski de fond, de tir, d'une descente à ski, de l'escrime et d'équitation. C'est sa version déclinée et repensée à deux disciplines (ski de fond et tir) combinées en une seule épreuve, le "biathlon d'hiver", qui s'imposera quelques années plus tard. Liste des Jeux olympiques d'hiver. Villes hôtes. Note : Contrairement aux Jeux olympiques d'été, les Jeux olympiques d'hiver de 1940 et les Jeux olympiques d'hiver de 1944 annulés ne sont pas inclus dans le décompte officiel en chiffres romains des Jeux d'hiver. Tandis que la liste officielle des Jeux d'été compte les olympiades, la liste des Jeux d'hiver ne compte que les Jeux eux-mêmes. Tableaux. Total des médailles olympiques par pays. Ce tableau montre la somme des médailles remportées par les dix premières nations aux Jeux d'hiver depuis 1924, d'après le Comité international olympique. Il a été actualisé après les Jeux olympiques d'hiver de Pékin en 2022 : Sportifs les plus médaillés. Parmi les (dont et ) qui ont participé aux Jeux d'hiver, 22 ont remporté au moins . Parmi ces , c'est la Norvégienne Marit Bjørgen, qui en a remporté le plus (15) devant le biathlète Ole Einar Bjørndalen (13) et Bjørn Dæhlie (12), ce trio comptant aussi le plus grand nombre de médailles d'or (8). Ces trois norvégiens encadrés par la Néerlandaise Ireen Wüst qui compte depuis les Jeux de Pékin 2022 dont , puis en termes de podiums, par l'Italienne Ariana Fontana, en Short track, avec . Liste des athlètes ayant gagné au moins huit médailles aux Jeux d'hiver :
Jeux olympiques d'hiver de 2002 Les Jeux olympiques d'hiver de 2002, officiellement connus comme les Jeux olympiques d'hiver, ont eu lieu à Salt Lake City aux États-Unis du 8 au . Plusieurs fois candidate par le passé, Salt Lake City obtient les Jeux en s'imposant face à Östersund, Sion et Québec. Elle est la troisième ville américaine à accueillir les Jeux olympiques d'hiver après Lake Placid en 1932 et 1980 et Squaw Valley en 1960. L'organisation des Jeux est confiée au « » (SLOC), présidé par Mitt Romney. L'ensemble des sites de compétition se situent dans l'Utah, répartis entre les villes de Salt Lake City, Provo, Ogden et les stations de sports d'hiver de la chaîne Wasatch. Les Jeux rassemblent de , ce qui constitue un record à l'époque pour les Jeux d'hiver. Ils se mesurent dans quinze disciplines qui regroupent un total de officielles, soit dix de plus qu'en 1998. Le skeleton fait son entrée au programme des Jeux, de même que le bobsleigh féminin. Cinq pays participent pour la première fois aux Jeux d'hiver : le Cameroun, Hong Kong, le Népal, le Tadjikistan et la Thaïlande. Les Jeux de Salt Lake City sont marqués par plusieurs scandales. Avant les Jeux, une enquête démontre que la ville et le comité de candidature ont acheté les votes de plusieurs membres du Comité international olympique pour assurer l'attribution des Jeux à Salt Lake City. Un scandale éclate en patinage artistique, où les fédérations russe et française sont accusées d'avoir arrangé les scores des juges pour s'assurer la médaille d'or. Enfin, cinq cas de dopage recensés notamment en ski de fond aboutissent à l'exclusion de plusieurs athlètes dont les médaillés Larisa Lazutina et Johann Mühlegg. L'équipe américaine réalise une performance exceptionnelle en remportant dont , soit qu'à Nagano quatre ans plus tôt. Elle est toutefois devancée au nombre de médailles d'or par la Norvège, qui se hisse en tête du tableau des médailles avec treize titres olympiques, et l'Allemagne qui en compte douze. Le biathlète norvégien Ole Einar Bjørndalen est l'athlète le plus médaillé de ces Jeux : il obtient quatre médailles d'or, soit une dans chaque épreuve qu'il a disputée. C'est également le cas du Finlandais Samppa Lajunen, qui obtient deux médailles d'or individuelles et une par équipe en combiné nordique. La skieuse croate Janica Kostelić impressionne lors des compétitions de ski alpin, au cours desquelles elle gagne quatre médailles dont trois en or. Au total, dix-huit pays obtiennent au moins une médaille d'or, ce qui constitue alors un record aux Jeux d'hiver. Sélection de la ville hôte. Candidature et élection de Salt Lake City. L'idée d'une candidature de Salt Lake City pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver apparaît pour la première fois pour les Jeux de 1972, à la demande de Calvin Rampton, le gouverneur de l'Utah, qui souhaite promouvoir l'industrie du ski de son État, mais la ville s'incline finalement face à sa concurrente japonaise de Sapporo. Lors de la campagne suivante, pour l'attribution des Jeux de 1976, le Comité olympique américain (USOC) choisit finalement Denver pour défendre les chances américaines. La capitale du Colorado remporte ensuite les suffrages du Comité international olympique (CIO), mais doit abandonner l'organisation des Jeux à la suite d'un référendum au cours duquel la population de l'État montre son hostilité à l'égard de la compétition. Le Comité olympique américain se tourne alors vers Salt Lake City pour conserver l'organisation des Jeux, mais le CIO attribue finalement l'édition 1976 à la ville autrichienne d'Innsbruck. Alors que Salt Lake City se met à nouveau sur les rangs pour les éditions 1992 et 1994, le Comité olympique américain choisit à chaque fois la ville d'Anchorage en Alaska pour représenter les chances du pays, sans succès. Pour les Jeux d'hiver de 1998, Salt Lake City est à nouveau candidate, mais s'incline au du scrutin face à la ville de Nagano, qui recueille quarante-six voix, contre quarante-deux pour Salt Lake City. Malgré ces échecs, la ville maintient sa volonté d'accueillir les Jeux et reçoit le soutien de la population. En 1993, un sondage révèle que 73 % des résidents de l'Utah soutiennent les Jeux et que 90 % d'entre eux considèrent que les Jeux donneraient un élan économique à Salt Lake City et à l'Utah. Salt Lake City est à nouveau choisie pour défendre les chances américaines en vue des . Trois autres villes sont candidates : Östersund pour la Suède, Sion pour la Suisse et Québec pour le Canada. Le , à l'occasion de la du Comité international olympique (CIO), qui se déroule à Budapest, en Hongrie, les résultats du vote sont sans appel : un seul tour de scrutin est nécessaire pour désigner Salt Lake City, qui recueille la majorité absolue avec , comme ville-hôte des Jeux. Scandale de l'attribution des Jeux. Le , un journaliste de Salt Lake City révèle l'existence d'une lettre adressée par le vice-président du comité d'organisation des Jeux, Dave Johnson, à la fille d'un membre du CIO, Sonia Essomba. Un chèque d'un montant supérieur à est joint à cette lettre pour financer la scolarité de Sonia Essomba dans une université américaine. En , le scandale de l'attribution des Jeux de Salt Lake City éclate. Le vice-président suisse du CIO, Marc Hodler, révèle que la ville de Salt Lake City a acheté les votes de plusieurs membres de l'institution afin d'obtenir les Jeux d'hiver de 2002. La corruption est rapidement avérée : Salt Lake City a distribué un total de de dollars de pots-de-vin pour soudoyer plusieurs membres du CIO. Quatre membres démissionnent (le Libyen Bashir Attarabulsi, le Finlandais Pirjo Häggman, le Kényan Charles Mukora et le Swazi David Sibandze) tandis que six autres sont exclus (l'Équatorien Agustin Arroyo, le Soudanais Zein El-Abdin Gadir, le Congolais Jean-Claude Ganga, le Malien Lamine Keïta, le Chilien Sergio Santander Fantini et le Samoan Seiuli Paul Wallwork). Les pots-de-vin versés aux membres du CIO sont de diverses natures : argent, bourses universitaires américaines pour les enfants des membres du CIO, soins offerts dans des cliniques renommées, voyages au ski tous frais payés ou encore places pour le Super Bowl. Le système de sélection des villes-hôtes des Jeux olympiques est profondément remanié à la suite de ce scandale. Organisation. Le comité d'organisation (Salt Lake Olympic Committee, SLOC) prend le relais de la candidature dès la fin de avec à sa tête Frank Joklik. À la suite du scandale de l'attribution des Jeux, Frank Joklik démissionne, de même que son vice-président, Dave Johnson. L'homme d'affaires Mitt Romney leur succède à la tête du SLOC. Aspects économiques et financiers. Les revenus générés par le marketing olympique des Jeux de Salt Lake City s'élèvent à de dollars. Ils proviennent essentiellement des droits de retransmission, du programme de parrainage local OPUS, mais également des partenaires olympiques, de la billetterie et de l'octroi de licences. Ces revenus sont directement reversés au Comité d'organisation, à hauteur de 67 % soit de dollars, afin de financer l'organisation des Jeux dont le budget repose entièrement sur les ressources marketing. La part restante est destinée aux divers membres de la famille olympique, le CIO, les comités nationaux, les fédérations sportives, ainsi qu'au financement de plusieurs programmes de solidarité. Le montant des dépenses liées à l'organisation des Jeux s'élève à de dollars, soit . Ce montant dépasse très nettement le montant annoncé au moment de la candidature, estimé à de dollars. Sur ce budget, la part consacrée aux divers aménagements des sites de compétition se monte à de dollars. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, le comité d'organisation renforce son programme de sécurité pour les Jeux. Le plan de sécurité est réexaminé en collaboration avec les agences fédérales de police et de sécurité, les services secrets et les forces armées des États-Unis. Le programme de sécurité des Jeux de Salt Lake représente le plus important de toute l'histoire des Jeux, avec de dollars. Parmi les différentes mesures prises pour éviter les attaques terroristes, l'espace aérien de Salt Lake City est notamment fermé lors des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux. Lors de sa dernière réunion en tant que président du comité d'organisation, à l'issue des Jeux, Mitt Romney assure que l'organisation des Jeux réalise des bénéfices de l'ordre de de dollars. Ce chiffre est contredit par l'économiste du sport Wladimir Andreff, qui avance un déficit de de dollars. Médias. La couverture médiatique des Jeux de Salt Lake City bat des records. Les Jeux sont couverts par des médias, dont de presse écrite et de la télévision et de la radio. La chaîne américaine NBC acquiert les droits de retransmission télévisée pour de dollars, ce qui constitue alors un record dans l'histoire des Jeux d'hiver, ainsi qu'une somme plus importante que ce qu'a déboursé la chaîne pour retransmettre les Jeux d'été d'Atlanta en 1996. Au total, les Jeux sont retransmis dans et les revenus provenant de la diffusion s'élèvent à de dollars. La diffusion des Jeux est assurée par l'organisation International Sports Broadcasting (ISB), diffuseur-hôte, qui produit plus de de direct grâce à . Le travail de production est assuré par mobiles et . Le nombre de téléspectateurs ayant suivi les Jeux est estimé à de personnes à travers le monde. Treize milliards d'heures d'écoute ont été consommées, ce qui représente une moyenne de par téléspectateur. Chaque téléspectateur américain a regardé en moyenne de couverture olympique, ce qui constitue le double par rapport aux Jeux de Nagano et un niveau identique à celui des Jeux d'Atlanta 1996. La chaîne NBC diffuse plus de de programmes et compte de téléspectateurs uniques pendant la période des Jeux, ce qui lui permet de devancer toutes les autres chaînes américaines pendant dix-neuf jours consécutifs en première partie de soirée. Des records d'audience sont établis dans certains pays, comme au Canada lors de la diffusion de la finale du tournoi masculin de hockey sur glace, qui réunit de téléspectateurs, soit la plus forte audience jamais enregistrée dans le pays jusqu'alors, pour une part de marché de 36 %. En Norvège la retransmission de la poursuite masculine de biathlon atteint 91 % de part de marché. Le Centre principal des médias regroupe le Centre principal de presse (CPP) et le Centre International de Radio et Télévision (CIRTV) au sein d'un même bâtiment, le situé dans le centre-ville de Salt Lake City. D'une surface totale de , le Centre principal des médias met à disposition des journalistes répartis en de réunion. Un plan d'attribution des logements est conçu par le comité d'organisation afin d'héberger les journalistes accrédités pour couvrir les Jeux. Vingt hôtels sont sélectionnés, dont la moitié sont situés en centre-ville afin de réduire les temps de transport vers le Centre principal des médias, le plus souvent à pied. Transports. Le département des Transports du comité d'organisation collabore avec l' (UDOT), l' (UTA) et le (WFRC) pour assurer la sécurité et l'efficacité du déplacement des athlètes, des officiels, des médias et des spectateurs. Le travail de planification débuté en aboutit à la conception d'un plan des transports olympiques régissant l'organisation des réseaux, les bus, les trams, les parkings de délestage, la circulation et la gestion de la demande, tout en cherchant à garantir le respect de l'environnement et de la qualité de l'air dans les sites concernés. Dix projets routiers ou autoroutiers pour les Jeux et quatre projets de transport régional non spécifiques aux Jeux ont été définis et réalisés, parmi lesquels la rénovation des autoroutes I-15 et I-80 ou la construction d'une ligne de métro léger nord/sud ainsi qu'une autre desservant l'université de Salt Lake City. Le transport des athlètes et des officiels d'équipes pendant les Jeux est assuré par à , et . L'esplanade des transports du village olympique, située à l'extrémité sud du complexe, est le lieu de départ des différents convois. Le réseau de transport des spectateurs est divisé en trois sous-réseaux interconnectés mais essentiellement autonomes : le transport des spectateurs olympiques dans la vallée de Salt Lake City, géré par l'UTA, le transport des sites de montagne et le Mountain Venue Express, tous deux gérés directement par le comité d'organisation. Ces trois sous-réseaux nécessitent l'utilisation de de métro léger, de l'UTA, empruntés ou loués et de délestage. La gratuité des transports est assurée pour les athlètes, les officiels accrédités et les spectateurs munis d'un billet, à l'exception du Moutain Venue Express, le service d'autocars sur longues distances acheminant les spectateurs du centre de Salt Lake City vers un site de montagne, qui requiert la réservation d'un billet aller-retour d'une valeur de . Vente de billets. La billetterie des Jeux atteint elle aussi un niveau sans précédent : sur les mis en vente par le comité d'organisation, sont vendus, ce qui représente 95 % des billets émis. Il s'agit du meilleur score dans l'histoire olympique, un record qui était jusqu'alors détenu par les Jeux de Sydney avec 94,2 %. Les recettes issues de la vente des billets rapportent ainsi de dollars à l'organisation des Jeux. Les matchs de hockey sur glace enregistrent la plus grande affluence : ils représentent vendus, soit 23,7 % du total. Le ski alpin génère , tandis que le ski de fond () et le patinage artistique () constituent eux aussi une part importante de la vente de billets. Grâce au programme éducatif du comité d'organisation, assistent aux épreuves. Par ailleurs 40 % des billets vendus pour les Jeux le sont à des résidents de l'Utah. Marketing et identité visuelle. En 1997, le Comité olympique américain et le comité d'organisation créent une entité conjointe chargée du marketing, l'« Olympic Properties of the United States » (OPUS). L'emblème des Jeux de Salt Lake City est présenté le par Frank Joklik, le président du SLOC. Il s'agit d'un cristal en forme de flocon de neige, composé de trois sections. La section du haut symbolise la flamme olympique et le courage des athlètes. Celle du centre s'inspire d'un motif de tissage utilisé par les Indiens de l'Ouest américain, tandis que celle du bas représente une cime enneigée. L'emblème des Jeux de Salt Lake City s'inspire du contraste entre les paysages montagneux et les paysages désertiques de l'Utah. Plusieurs opérations de marketing sont menées, comme la mise en vente d'une plaque d'immatriculation officielle des Jeux, proposée aux résidents de l'Utah et dont les bénéfices visent à alimenter un fonds pour permettre aux jeunes d'assister aux Jeux. L'identité visuelle des Jeux est construite autour du feu et de la glace et du thème choisi pour ces Jeux, « Attisez votre feu sacré », qui symbolise la passion des athlètes. Une palette de couleur distincte, inspirée des paysages de l'Utah, est ainsi utilisée dans tous les éléments de la création liés aux Jeux, des bleus froids à des rouges et oranges chauds. Les pictogrammes utilisés pour les sports, les sites et les services s'inspirent des fers à marquer le bétail utilisés dans l'Ouest américain. L'épaisseur du trait et l'inclinaison des pictogrammes rappellent le design de l'emblème. Trois mascottes officielles sont choisies pour ces Jeux : un lièvre, un ours noir et un coyote, respectivement nommés "Powder" (qui signifie « poudre » en français), "Coal" (« charbon ») et "Copper" (« cuivre »). Ces noms, dévoilés le , ont été sélectionnés grâce au vote de , une première dans l'histoire des Jeux, à l'issue d'une campagne intitulée « 3 noms pour les Jeux ». La rapidité du lièvre, la force de l'ours et la capacité du coyote à grimper sur les hauteurs sont une référence directe à la devise olympique « "Citius, Altius, Fortius" », « plus vite, plus haut, plus fort ». Mitt Romney, alors président du comité d'organisation, souligne que ces mascottes Chaque mascotte porte un collier qui figure l'animal qu'elle incarne sous la forme d'un pétroglyphe de style Anasazis ou Culture Fremont, d'après l'inspiration des légendes amérindiennes. En dévoilant les mascottes, le comité d'organisation lance également le compte à rebours avant l'ouverture des Jeux. Une horloge monumentale est installée à proximité du Delta Center de Salt Lake City, lieu d'accueil des compétitions de patinage artistique. Le programme de parrainage local OPUS, qui rassemble six partenaires (Budweiser, AT&T, Bank of America, Qwest, General Motors et Havoline), seize sponsors (dont Seiko, Hallmark, Delta Air Lines ou encore Gateway) et quarante fournisseurs officiels, rapporte à lui seul de dollars, soit la plus grande part des revenus de marketing. Les partenaires internationaux, directement associés au CIO au sein du programme TOP, « The Olympic Partners » contribuent quant à eux à hauteur de de dollars. Enfin, les produits et les monnaies sous licence des Jeux rapportent de dollars. Un jeu vidéo officiel, intitulé "Salt Lake" sort à partir de sur Windows, PlayStation 2 et Game Boy Advance. Nations participantes. Soixante-dix-huit nations envoient une délégation à Salt Lake City, mais seules soixante-dix-sept d'entre elles participent effectivement aux Jeux : l'équipe portoricaine de bobsleigh, présente à la cérémonie d'ouverture lors du défilé des délégations, ne peut participer à son épreuve à cause d'un problème de licence non conforme. Au total, dont et participent aux Jeux. Les femmes représentent 36,93 % des athlètes participants, soit la plus grande part à l'époque depuis la création des Jeux d'hiver en 1924. Cinq nations participent à des Jeux olympiques d'hiver pour la première fois : le Cameroun, Hong Kong, le Népal, le Tadjikistan et la Thaïlande. Sites. Dix sites de compétitions sont retenus par le comité d'organisation, tous situés dans l'Utah. Huit d'entre eux sont déjà achevés et opérationnels avant la sélection de Salt Lake City comme ville hôte des Jeux. Sites de compétitions. Les épreuves de ski alpin sont réparties sur trois sites différents. La station de Snowbasin, l'une des plus anciennes stations américaines, accueille les épreuves de vitesse : la descente, le combiné et le super-G masculins et féminins. Elle peut rassembler jusqu'à . Il s'agit du site le plus éloigné de Salt Lake City puisqu'il se situe à du village olympique, mais son accès est rapide par autoroute. Les épreuves de slalom masculin et féminin, de même que les compétitions de ski acrobatique, sont organisées dans la station de Deer Valley, d'une capacité de . La station de Park City, créée en 1963 et qui accueille habituellement des épreuves de la coupe du monde de ski alpin, reçoit le slalom géant masculin et féminin, de même que les compétitions de snowboard, auxquels peuvent assister. Park City accueille également le Parc olympique de l'Utah, qui regroupe les tremplins de saut à ski et la piste de bobsleigh, luge et skeleton. Cette dernière est construite entre 1994 et 1996. D'une longueur de , elle compte et une pente moyenne de 7,8 % pour un dénivelé total de . C'est l'un des deux sites construits pour les Jeux et son inauguration est effectuée en par le lugeur Robert Pipkins. Les épreuves de biathlon et de ski de fond et les courses de ski de fond du combiné nordique se déroulent sur le site de Soldier Hollow, à proximité du mont Timpanogos, dans le parc régional du Wasatch. Lors de la présentation de la candidature de Salt Lake City, le comité d'organisation a proposé d'organiser ces compétitions sur le terrain de golf de Mountain Dell, à proximité de l'interstate 80, à seize kilomètres à l'est de la ville, mais il a dû y renoncer en raison de l'enneigement trop faible du site. Pour éviter l'impact négatif sur l'environnement qu'engendrerait le transport de neige par camions, le comité d'organisation envisage alors la construction d'un site permanent de ski nordique. Le site de Soldier Hollow est choisi en collaboration avec les associations écologistes et les fédérations sportives concernées. Situé à au sud-est du centre-ville de Salt Lake City, il recouvre une zone de , dépourvue d'arbres. Deux patinoires sont retenues pour accueillir le tournoi de hockey sur glace : l'E Center de Salt Lake City et le Peaks Ice Arena, situé à Provo, qui disposent respectivement de et . Les compétitions de patinage artistique et de patinage de vitesse sur piste courte se tiennent au Delta Center, la plus grande patinoire des Jeux, pouvant accueillir . L'Utah Olympic Oval est retenu pour les épreuves de patinage de vitesse, d'une capacité de . Enfin, le tournoi de curling est organisé au Ice Sheet, situé à Ogden, un complexe qui regroupe jusqu'à . Village olympique. Le village olympique, situé dans le campus de l'université de l'Utah, accueille l'ensemble des officiels et des athlètes pendant la durée des Jeux, soit près de . Il se compose d'une zone résidentielle, constituée de vingt résidences d'appartements et de studios, et d'une zone internationale, destinée aux loisirs, aux services et aux bureaux de l'administration du village. Sa construction nécessite le rattachement d'une partie de la base militaire de Fort Douglas, attenante à l'université, un projet qui aboutit finalement à la fin de l'année 1998. Le choix du campus de l'université comme site d'accueil du village olympique s'explique par sa position centralisée par rapport au centre-ville et aux différents sites de compétition. Déroulement. Relais de la flamme olympique. Longue de , la torche olympique de Salt Lake City, composée de métal argenté, de cuivre et de verre, représente une stalactite décrochée de l'auvent d'un chalet recouvert de neige. Elle est l'œuvre de Scott Given et Matt Manes, du groupe Axiom Design. Le thème des Jeux, « Attisez votre feu sacré », est gravé sur la pointe qui constitue la partie basse de la torche olympique, sur une surface argentée et polie qui symbolise la modernité et la vitesse des athlètes. Le corps nervuré de la torche évoque les paysages escarpés de l'Ouest américain. La torche est surmontée d'une couronne de verre qui entoure la flamme et reflète ainsi le thème des Jeux. Le parcours de la flamme olympique, qui vise à promouvoir les Jeux de Salt Lake City à travers les États-Unis, est confié à la société Alem International Management, qui avait déjà réalisé le parcours de la flamme pour les Jeux d'Atlanta en 1996 et tenu le rôle de consultant pour les Jeux de Nagano en 1998 et Sydney en 2000. La flamme est allumée à Olympie, conformément à la tradition, le . Le premier relayeur est le fondeur grec Lefteris Fafalis. Le parcours de la flamme aux États-Unis est sponsorisé par les entreprises Coca Cola et Chevrolet, qui s'investissent à hauteur de de dollars. Il traverse pendant . La flamme arrive sur le sol américain à Atlanta le . Elle est reçue au Parc du Centenaire par le boxeur Mohamed Ali, qui avait allumé la flamme lors des Jeux de 1996 et la transmet à la patineuse artistique Peggy Fleming, médaillée d'or à Grenoble en 1968. De son arrivée à Atlanta jusqu'à son entrée dans le stade lors de la cérémonie d'ouverture le , la flamme parcourt , portée par . Le comité d'organisation, Coca Cola et Chevrolet ont sélectionné chacun un tiers des porteurs de flamme, selon des critères de sélection variés. Calendrier. Les Jeux olympiques d'hiver de 2002 se déroulent du vendredi 8 au dimanche . Ils s'étendent donc sur dix-sept jours et trois week-ends, comme les éditions précédentes. Soixante-dix-huit épreuves sont au programme, soit dix de plus que lors des Jeux de Nagano en 1998. Le bobsleigh féminin à deux, le skeleton masculin et féminin, le sprint en ski de fond masculin et féminin, la poursuite en biathlon masculin et féminin, le en patinage de vitesse sur piste courte masculin et féminin, ainsi que le sprint en combiné nordique masculin, font ainsi leur entrée au programme des Jeux olympiques d'hiver. Cérémonie d'ouverture. La cérémonie d'ouverture se déroule le au Rice-Eccles Stadium de Salt Lake City, sur le campus de l'Université d'Utah. D'une durée de deux heures, elle est conçue par le producteur Don Mischer. Près de y assistent dans le stade, et le nombre de téléspectateurs est estimé à à travers le monde. Quelques mois seulement après les attentats du 11 septembre 2001, la cérémonie est marquée par l'entrée dans le stade du drapeau américain retrouvé dans les décombres du World Trade Center, porté par des membres de la délégation olympique américaine et des représentants des pompiers et policiers new-yorkais. L'hymne américain est entonné par les du chœur du Tabernacle mormon, accompagnés par l'orchestre symphonique de l'Utah, dirigé par John Williams. Un spectacle de danse sur glace met en scène des centaines de patineurs, dont un enfant de incarnant "L'enfant de lumière", une image reprise à travers la chanson des Jeux, "Allume la flamme en toi". Conformément à la tradition, le président américain George W. Bush déclare l'ouverture officielle des Jeux olympiques d'hiver et le président du CIO Jacques Rogge prononce un discours à l'attention des athlètes et de la nation américaine, dans lequel il les invite à rester . Le serment olympique est prononcé par le skeletoneur américain Jim Shea pour les sportifs et Allen Church pour les juges. À l'issue du défilé des athlètes, le drapeau olympique est apporté dans le stade par des personnalités du monde entier, symbolisant les valeurs de sport, de culture et d'environnement du mouvement olympique : l'astronaute américain John Glenn, l'ancien président de la république polonais Lech Wałęsa, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, la sauteur à ski japonais Kazuyoshi Funaki, la sprinteuse australienne Cathy Freeman, le skieur alpin français Jean-Claude Killy, le cinéaste américain Steven Spielberg, ainsi que Jean-Michel Cousteau, le fils de l'océanographe français Jacques-Yves Cousteau. La vasque olympique est allumée par l'équipe américaine championne olympique de hockey en 1980. C'est la première fois dans l'histoire des Jeux qu'une équipe entière allume la vasque olympique. Structure en acier inoxydable et en verre, la vasque olympique surplombe le Rice-Eccles Stadium. La flamme brûle dans une vasque translucide, tandis que de petits jets d'eau à l'intérieur de la vasque créent l'effet d'un glaçon en train de fondre, rappelant l'identité visuelle des Jeux autour du feu et de la glace. Épreuves. Biathlon. Les compétitions de biathlon se tiennent sur le site de ski nordique de Soldier Hollow. Huit épreuves sont au programme, quatre pour les hommes et quatre pour les femmes : l'individuel, le sprint, la poursuite et le relais. Elles regroupent , dont et , de différents. Le biathlète norvégien Ole Einar Bjørndalen marque les Jeux de son empreinte en remportant la médaille d'or dans chacune des quatre courses qu'il dispute. Seul le patineur de vitesse américain Eric Heiden a fait mieux en remportant cinq médailles d'or lors des Jeux de Lake Placid en 1980. L'Allemagne, avec neuf médailles dont trois en or, est la nation la plus représentée sur les podiums. Ole Einar Bjørndalen réalise une première performance sur l'individuel lors duquel il devance l'Allemand Frank Luck de plus de malgré deux erreurs au tir. Viktor Maigurov, avec sa troisième place, est le seul membre de l'équipe masculine russe à remporter une médaille lors de ces Jeux. Deux jours plus tard, Ole Einar Bjørndalen domine largement le sprint en réalisant un sans faute au tir et le meilleur temps de ski. Lors de la poursuite, il devance le Français Raphaël Poirée de . Il remporte un quatrième titre lors de ces Jeux, le cinquième de sa carrière, lors du relais. L'équipe norvégienne, qui compte également sur Halvard Hanevold, Frode Andresen et Egil Gjelland, devance l'Allemagne et la France. L'équipe féminine allemande est plus en réussite que son homologue masculine. Kati Wilhelm remporte trois médailles en quatre courses, dont deux titres et une médaille d'argent. Elle s'impose notamment sur le sprint devant sa compatriote Uschi Disl, mais est devancée par la Russe Olga Pyleva sur la poursuite en commettant quatre erreurs au tir. Elle obtient une autre médaille d'or sur le relais en compagnie d'Uschi Disl, Katrin Apel et Andrea Henkel. Cette dernière remporte quant à elle le titre olympique sur l'individuel . Bobsleigh. Les compétitions de bobsleigh rassemblent de , dont et . L'Allemagne affiche sa domination puisqu'elle remporte quatre médailles, dont deux en or chez les hommes, en bob à deux et en bob à quatre. Les femmes concourent pour la première fois aux Jeux dans cette discipline. Le bob américain de Jill Bakken et Vonetta Flowers remporte la médaille d'or sur la piste du Parc olympique de l'Utah. Ancienne athlète spécialisée dans le saut en longueur, Vonetta Flowers devient le premier athlète noir à remporter le titre olympique aux Jeux d'hiver. Le podium de l'épreuve féminine est complété par deux équipages allemands. Champion olympique en bob à quatre aux Jeux de Nagano en 1998, l'Allemand Christoph Langen remporte cette fois-ci la médaille d'or en bob à deux, en compagnie de Markus Zimmermann. Les bobs suisses conduits par Steve Anderhub et Martin Annen prennent respectivement les deuxième et troisième places. En bob à quatre, Christoph Langen et son équipage partent à la faute dès la première manche et doivent abandonner la compétition. Le titre revient au second équipage allemand, conduit par André Lange. Les bobs américains pilotés par Todd Hays et Brian Shimer complètent le podium. Combiné nordique. Les épreuves de combiné nordique sont disputées sur deux sites, le Parc olympique de l'Utah pour le saut à ski et Soldier Hollow pour l'épreuve de ski de fond. Elles regroupent de . Avec quatre médailles, la Finlande domine les compétitions, notamment grâce à Samppa Lajunen qui remporte les deux épreuves individuelles. Devancé par son compatriote Jaakko Tallus après le saut lors de la première épreuve individuelle, Samppa Lajunen rattrape son retard en ski de fond pour finalement s'imposer avec près de d'avance. L'Autrichien Felix Gottwald, seulement à l'issue du saut, obtient la médaille de bronze. Jaakko Tallus et Samppa Lajunen, accompagnés de Jari Mantila et Hannu Manninen, prennent la tête de l'épreuve par équipes lors du saut et la conservent lors du relais de ski de fond, devant les Allemands et les Autrichiens. Lors du sprint, Samppa Lajunen obtient son troisième titre olympique. Vainqueur du saut, il conserve neuf secondes d'avance sur l'Allemand Ronny Ackermann. Troisième, Felix Gottwald gagne une deuxième médaille de bronze en individuelle, sa troisième en comptant le relais. Curling. Le Ice Sheet d'Ogden accueille les épreuves de curling. Les tournois masculin et féminin possèdent le même format : ils rassemblent chacun dix équipes, chaque équipe rencontrant les neuf autres lors du premier tour. Les quatre meilleures équipes se qualifient pour les demi-finales. Dans le tournoi masculin, le Canada mené par Kevin Martin finit en tête du premier tour avec huit victoires en neuf matchs. Il affronte en demi-finale la Suède, championne du monde en titre et troisième de ce premier tour, à égalité avec la Suisse. Les Canadiens remportent leur match 6-4 et se qualifient pour la finale. Dans l'autre demi-finale, la Norvège de Pål Trulsen s'impose face à la Suisse avec un seul point d'avance (7-6), au terme d'un match serré. Les Norvégiens créent la surprise en finale, battant le Canada sur le score de 6-5, et remportent la médaille d'or. Dans le match pour la médaille de bronze, la Suisse domine la Suède. La Grande-Bretagne crée la surprise dans le tournoi féminin. L'équipe menée par Rhona Martin se qualifie pour les demi-finales à l'issue d'un jeu décisif, disputé face à l'Allemagne et à la Suède, ces trois nations étant à égalité à la quatrième et dernière place qualificative à l'issue du premier tour. Les Britanniques dominent les Canadiennes en demi-finales. Ces dernières s'étaient pourtant classées en tête à l'issue du premier tour, mais doivent s'incliner au terme d'un match serré (6-5). Dans l'autre demi-finale, la Suisse bat les États-Unis sur le score de 9-4. En finale, la Grande-Bretagne s'impose face à la Suisse (4-3) et remporte sa première médaille d'or dans la discipline depuis la victoire des curleurs masculins aux Jeux olympiques de Chamonix 1924. C'est également le premier titre olympique pour la Grande-Bretagne aux Jeux d'hiver depuis 1984. Hockey sur glace. Les matchs de hockey sur glace sont disputés au E Center de Salt Lake City et au Peaks Ice Arena de Provo. Comme quatre ans plus tôt à Nagano, les Jeux sont marqués par l'arrêt de la Ligue nationale de hockey (LNH), la ligue professionnelle nord-américaine, pendant la durée des Jeux pour permettre aux meilleurs joueurs d'y prendre part. Les tournois masculins et féminins connaissent la même conclusion : la finale voit s'affronter le Canada et les États-Unis, avec à chaque fois la victoire des Canadiens. Le tournoi masculin adopte le même format que lors des derniers Jeux. Les six meilleures équipes du monde (Canada, États-Unis, Suède, Russie, Finlande et Tchéquie) n'entrent dans la compétition qu'au deuxième tour pour que leurs joueurs puissent rester plus longtemps en LNH. Les huit autres équipes engagées disputent un premier tour, réparties en deux groupes, dont le vainqueur se qualifie pour le tour suivant. L'Allemagne et le Biélorussie, premières de leur groupe, sont ainsi qualifiées pour le deuxième tour, qui détermine quels matchs seront joués en quarts de finale. Le Canada, favori de son groupe, ne se classe pourtant que troisième avec une victoire, un nul et une défaite. La Suède remporte ses trois matchs et termine première, devant la Tchéquie, championne olympique en titre. Dans l'autre groupe, les États-Unis devancent la Finlande, la Russie et la Biélorussie. Cette dernière crée l'exploit des quarts de finale : alors qu'elle a perdu ses trois matchs de groupe, elle réussit à battre la Suède par . En demi-finale, les Biélorusses sont toutefois sèchement battus par les Canadiens sur le score de 7-1. Dans l'autre match, les États-Unis dominent la Russie (3-2). Cette dernière gagne la médaille de bronze en s'imposant largement face à la Biélorussie (7-2). En finale, l'Américain Tony Amonte ouvre le score mais les Canadiens se montrent supérieurs. Grâce à leur victoire 5-2, ils remportent leur première médaille d'or en hockey sur glace depuis 1952. Le hockey féminin est présent pour la deuxième fois seulement aux Jeux d'hiver. Le tournoi rassemble huit équipes réparties en deux groupes. Le Canada et les États-Unis se retrouvent en finale en ayant remporté tous leurs matchs, et ce sont les Canadiennes qui gagnent l'or en s'imposant 3-2. Le match pour la médaille de bronze est remporté par la Suède face à la Finlande. Luge. Cent-dix athlètes dont et sont engagés dans les épreuves de luge au cours de ces Jeux. L'Allemagne gagne cinq des neuf médailles décernées, dont deux titres olympiques. Georg Hackl rentre dans l'histoire des Jeux d'hiver. Bien qu'il doive se contenter de la médaille d'argent dans l'épreuve simple hommes, dont il est le triple tenant du titre, il devient le premier athlète à remporter cinq médailles lors de cinq éditions consécutives des Jeux d'hiver. La médaille d'or revient à l'Italien Armin Zöggeler, qui avait obtenu le bronze à Lillehammer en 1994 et l'argent à Nagano en 1998. Chez les femmes, le podium est exclusivement allemand : Sylke Otto devance Barbara Niedernhuber et Silke Kraushaar-Pielach. Dans l'épreuve double hommes, c'est la paire allemande Patric-Fritz Leitner-Alexander Resch qui remporte le titre. Patinage artistique. Les quatre épreuves de patinage artistique rassemblent de , dont et . La Russie obtient cinq des douze médailles mises en Jeux, ce qui en fait la nation la plus médaillée devant les États-Unis, avec trois médailles. Les compétitions de patinage sont marqués par la révélation de l'arrangement entre juges russes et français pour favoriser le couple russe Elena Berejnaïa-Anton Sikharulidze lors de l'épreuve par couples, ce qui aboutit à une réforme du système d'attribution des notes et à l'attribution d'une seconde médaille d'or pour les Canadiens Jamie Salé et David Pelletier. Le couple français composé de Marina Anissina et Gwendal Peizerat remporte le titre dans l'épreuve de danse sur glace. Dans les épreuves individuelles, l'or revient au Russe Aleksey Yagudin chez les hommes et à l'Américaine Sarah Hughes chez les femmes, qui s'impose devant la grande favorite Michelle Kwan, seulement troisième. Patinage de vitesse. L'Utah Olympic Oval accueille les dix épreuves de patinage de vitesse organisées lors de ces Jeux : les , , et masculins et féminins, ainsi que le féminin et le masculin. Cent-soixante-six patineurs sont engagés, dont et , représentant . Trois pays obtiennent chacun huit médailles, l'Allemagne, les États-Unis et les Pays-Bas, qui remportent également trois titres olympiques. L'Allemande Claudia Pechstein gagne deux médailles d'or sur et , de même que le Néerlandais Jochem Uytdehaage, sur et . Ce dernier remporte une autre médaille, en argent, sur le . Une autre patineuse obtient trois médailles lors de ces Jeux, l'Allemande Sabine Völker, en argent sur et , ainsi qu'en bronze sur . Patinage de vitesse sur piste courte. Les compétitions de patinage de vitesse sur piste courte, disputées au Salt Lake Ice Center, rassemblent venus de dont et . Huit épreuves sont organisées : le , le , le et le relais, chez les hommes comme chez les femmes. La Chine remporte sept médailles dont deux en or, devant le Canada, qui compte également deux titres olympiques mais seulement cinq médailles. L'histoire de Steven Bradbury marque les Jeux. Ce patineur australien remporte la médaille d'or du à la surprise générale. Dès le premier tour, il commet plusieurs faux départs, mais gagne néanmoins sa série, peu relevée. En quart de finale, il se classe troisième et avant-dernier, ce qui signifie son élimination, mais les juges estiment que le Canadien Marc Gagnon, favori de l'épreuve, est responsable de la chute du patineur japonais Naoya Tamura dans le dernier virage. Marc Gagnon est disqualifié, ce qui permet à Steven Bradbury d'être repêché pour le tour suivant. Alors qu'ils sont cinq au départ de sa demi-finale, Steven Bradbury parvient à se classer deuxième et à se qualifier pour la finale en bénéficiant de la chute de trois de ses concurrents, dont deux dans le dernier virage. Le scénario se répète lors de la finale : Steven Bradbury est en dernière position, légèrement distancé, mais ses adversaires chutent juste avant la ligne d'arrivée. Le patineur australien gagne le titre olympique et apporte à son pays la première médaille d'or de son histoire aux Jeux d'hiver. Un autre pays obtient son premier titre olympique d'hiver : la Chinoise Yang Yang (A) gagne l'or sur le et le . Elle complète sa collection de médailles avec la deuxième place obtenue dans l'épreuve du relais, remporté par les patineuses coréennes. Le Canadien Marc Gagnon obtient lui aussi deux médailles d'or : la première sur le , devant son coéquipier Jonathan Guilmette, la seconde sur le relais. Saut à ski. Soixante-treize sauteurs venus de sont engagés dans les trois épreuves de saut à ski, disputées sur les tremplins du Parc Olympique de l'Utah. Le jeune sauteur suisse Simon Ammann réalise une performance exceptionnelle : il remporte la médaille d'or dans les deux épreuves individuelles, alors qu'il ne compte aucune victoire, ni aucun podium en Coupe du monde. Lors de sa première participation aux Jeux, à Nagano, il s'était classé seulement sur petit tremplin et sur grand tremplin. À Salt Lake City, il remporte d'abord l'épreuve sur petit tremplin, en devançant les deux grands favoris de l'épreuve, l'Allemand Sven Hannawald et le Polonais Adam Małysz. En tête dès le premier saut, il conserve la première place en se classant deuxième du second saut. Au classement final, il obtient , soit que Sven Hannawald. Sur le grand tremplin, il réalise les deux meilleurs sauts et obtient logiquement un second titre olympique. Adam Małysz est deuxième, devant le Finlandais Matti Hautamäki. Les sauteurs allemands s'imposent dans l'épreuve par équipes au terme d'un concours serré puisqu'ils ne devancent les Finlandais que d'un dixième de point. Skeleton. Le skeleton fait son retour au programme des Jeux, après deux apparitions en 1928 et 1948. Pour cette occasion, , dont et seulement prennent part à la compétition, qui se déroule sur la piste de Park City. Les Américains réalisent le doublé en s'imposant dans l'épreuve masculine et dans l'épreuve féminine. Dans l'épreuve masculine, Jimmy Shea remporte la médaille d'or. Il est le troisième membre de sa famille à participer aux Jeux d'hiver : son grand-père Jack Shea est champion olympique de patinage de vitesse aux Jeux de Lake Placid en 1932 et son père James Shea a participé aux épreuves de ski de fond et de combiné nordique lors des Jeux d'Innsbruck en 1964. Son histoire est particulièrement symbolique : il est choisi par le comité d'organisation pour lire le serment olympique, alors que son grand-père, Jack Shea, est tué dans un accident de la route moins d'un mois avant l'ouverture des Jeux. L'Autrichien Martin Rettl et le Suisse Gregor Stähli complètent le podium. L'Américaine Tristan Gale est la surprise de l'épreuve féminine : alors qu'elle dispute sa toute première saison en Coupe du monde et qu'elle n'a jamais fait mieux qu'une avant l'ouverture des Jeux, elle prend la tête de la compétition après la première descente, puis consolide son avance pour remporter le premier titre olympique de skeleton féminin. Elle devance sa compatriote Lea Ann Parsley, tandis que la Britannique Alex Coomber obtient la médaille de bronze. Ski acrobatique. Les compétitions de ski acrobatique comprennent quatre épreuves à Salt Lake City, le saut et les bosses masculins et féminins. Disputées dans la station de Deer Valley, elles rassemblent de , dont et . Avec trois médailles, les États-Unis sont les plus récompensés, mais ne remportent aucun titre. Les compétitions s'ouvrent avec l'épreuve féminine des bosses. La Norvégienne Kari Traa, médaillée de bronze à Nagano quatre ans plus tôt, en est la grande favorite au regard de sa domination sur la Coupe du monde de la discipline lors des deux saisons qui précèdent les Jeux. Elle prend la tête de la compétition dès le tour de qualification, devant l'Américaine Shannon Bahrke. Les positions restent inchangées au cours de la finale, et Kari Traa obtient la médaille d'or. La skieuse japonaise Tae Satoya, championne olympique en titre, prend cette fois la médaille de bronze. Chez les hommes, le Finlandais Janne Lahtela s'impose devant l'Américain Travis Mayer et le Français Richard Gay. En l'absence de la favorite australienne Jacqui Cooper, blessée quelques jours avant l'ouverture des Jeux, l'épreuve de saut féminin revient à une autre concurrente australienne, Alisa Camplin. Le podium est complété par deux Canadiennes, Veronica Brenner et Deidra Dionne. Chez les hommes, le favori américain Eric Bergoust se place en tête du classement à l'issue du premier tour de la finale, mais chute lors de son dernier saut et doit se contenter de la , tandis que le titre revient au Tchèque Aleš Valenta. Le skieur américain Joe Pack prend la médaille d'argent devant le Biélorusse Alexei Grishin. Ski alpin. Les compétitions de ski alpin se déroulent sur plusieurs sites : la station de Snowbasin pour les épreuves de vitesse (descente et super-G), celle de Deer Valley pour le slalom et celle de Park City pour le slalom géant. Elles rassemblent de , dont et . Avec neuf médailles, dont sept chez les hommes, l'Autriche est la nation la plus médaillée. La skieuse croate Janica Kostelić marque les esprits : elle remporte quatre médailles, dont trois titres olympiques. La descente féminine est la seule épreuve que ne dispute pas la Croate. Elle est remportée par la Française Carole Montillet, qui n'est pourtant pas considérée comme l'une des favorites de la course. Elle devient la première Française championne olympique de descente. Janica Kostelić commence sa moisson de médailles avec le combiné. Elle prend la tête de l'épreuve à l'issue de la manche de slalom, avec plus d'une seconde d'avance sur ses plus proches concurrentes. Troisième de la manche de descente, elle conserve suffisamment d'avance pour remporter la médaille d'or, devant l'Autrichienne Renate Götschl, déjà troisième de la descente. Il s'agit de la première d'or pour la Croatie dans l'histoire des Jeux d'hiver. Devancée de cinq centièmes de seconde par l'Italienne Daniela Ceccarelli lors du super-G, elle gagne néanmoins la médaille d'argent, puis remporte son deuxième titre olympique sur le slalom, sa discipline de prédilection, bien qu'elle soit inquiétée par la Française Laure Pequegnot, deuxième à seulement sept centièmes de seconde. Sa victoire dans le slalom géant, dernière épreuve de ces Jeux, est sans appel puisqu'elle remporte les deux manches. Janica Kostelić est la première skieuse alpine à remporter trois titres lors des mêmes Jeux, une performance que seuls deux hommes ont réussi, Toni Sailer et Jean-Claude Killy. Favori de la descente masculine, Stephan Eberharter doit se contenter de la médaille de bronze, et c'est un autre skieur autrichien, Fritz Strobl, qui s'impose. Triple champion du monde du combiné, le Norvégien Kjetil André Aamodt confirme sa suprématie dans la discipline : quatrième de la descente, cinquième de la première manche de slalom, il remporte la seconde manche et assure ainsi la médaille d'or, devant l'Américain Bode Miller et l'Autrichien Benjamin Raich. Kjetil André Aamodt remporte un second titre olympique en dominant le super-G devant Stephan Eberharter, le favori de l'épreuve, après avoir remporté trois des quatre super-G de Coupe du monde disputés avant les Jeux. Déjà médaillé de bronze et d'argent, Stephan Eberharter obtient toutefois sa première médaille d'or sur le slalom géant. Meilleur temps de la seconde manche, l'Américain Bode Miller obtient sa deuxième médaille d'argent dans ces Jeux. Le slalom est la dernière épreuve de ski alpin disputée à Salt Lake City, la veille de la cérémonie de clôture, au cours de laquelle les skieurs français réalisent un exploit inédit. Troisième du classement de la Coupe du monde de la spécialité, le Français Jean-Pierre Vidal remporte la première manche, puis s'assure la médaille d'or en skiant prudemment lors de la seconde. Son compatriote Sébastien Amiez, seulement huitième de la première manche, réalise le meilleur temps de la seconde, ce qui lui permet de remonter au classement, jusqu'à la deuxième marche d'un podium complété par le Britannique Alain Baxter. Alors que ce dernier est contrôlé positif lors d'un test antidopage, la médaille de bronze revient finalement à Benjamin Raich. Ski de fond. Les douze épreuves de ski de fond au programme des Jeux de Salt Lake City sont disputées sur le site de Soldier Hollow par un total de de , dont et . La compétition est marquée par les affaires de dopage. Le fondeur espagnol Johann Mühlegg, qui avait remporté le libre et la poursuite, est disqualifié lors de sa victoire dans le classique. Ses deux premiers titres ne lui sont retirés qu'après de longues procédures. De même, les Russes Larisa Lazutina et Olga Danilova sont exclues, Larisa Lazutina perdant son titre sur le classique et ses médailles d'argent du classique et libre. Avec un total de onze médailles, dont cinq en or, la Norvège est la nation la plus médaillée, devant l'Italie qui compte six podiums dont deux titres olympiques. Quatre athlètes obtiennent trois médailles lors de ces Jeux. Chez les femmes, elles sont trois à réussir la performance inhabituelle de remporter une médaille de chaque métal : l'or, l'argent et le bronze. Il s'agit de l'Italienne Stefania Belmondo, de la Russe Julija Tchepalova et de la Norvégienne Bente Skari. Chez les hommes, le fondeur norvégien Frode Estil obtient lui aussi trois médailles, dont deux en or. Il remporte le titre olympique de la poursuite à égalité avec son compatriote Thomas Alsgaard après la disqualification de Johann Mühlegg, et l'or dans le relais. Les fondeurs estoniens apportent à leur pays leurs premières médailles olympiques d'hiver. Andrus Veerpalu est en or sur le classique et en argent sur le tandis que Jaak Mae est en bronze sur le classique. Snowboard. La station de Park City accueille les compétitions de snowboard. Quatre épreuves sont programmées : le half-pipe et le slalom géant parallèle masculins et féminins. Elles rassemblent de , dont et . Avec cinq médailles dont deux en or, les États-Unis sont les plus récompensés de ce sport, devant la France, qui remporte trois médailles dont un titre olympique, toutes remportées par des athlètes féminines. Les Françaises dominent notamment l'épreuve de slalom géant parallèle : Isabelle Blanc s'impose en finale devant sa compatriote Karine Ruby, championne olympique en titre. La médaille de bronze revient à l'Italienne Lidia Trettel. C'est la première fois que deux Françaises réussissent cet exploit aux Jeux d'hiver depuis les sœurs Marielle et Christine Goitschel en 1964. Chez les hommes, le Suisse Philipp Schoch, pourtant passé proche de l'élimination lors des tours de qualification, parvient jusqu'en finale et s'impose face à l'un des favoris de l'épreuve, le Suédois Richard Richardsson. L'Américain Chris Klug obtient la médaille de bronze en devançant le Français Nicolas Huet, champion du monde en titre. La domination des snowboardeurs américains est totale en half-pipe : ils remportent notamment les trois médailles dans l'épreuve masculine. Ross Powers, déjà médaillé de bronze à Nagano quatre années plus tôt, gagne cette fois l'or, devant Danny Kass et Jarret Thomas. Chez les femmes, l'Américaine Kelly Clark s'impose devant la Française Doriane Vidal et la Suissesse Fabienne Reuteler. Cérémonies de remise des médailles. L'Esplanade de remise des médailles est un espace créé au centre de Salt Lake City pour accueillir chaque soir les cérémonies de remise des médailles. Sa capacité est de , dont . Elle occupe un îlot urbain mis à disposition par l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours en échange de la gratuité pour tous des cérémonies. Chaque spectateur doit néanmoins se munir d'un billet pour éviter une affluence trop importante mettant en péril la sécurité du lieu. L'espace s'articule autour d'une scène et d'une arche, l'arche d'Hoberman, un « rideau » mobile de de diamètre qui découvre chaque soir une reproduction de la vasque olympique. Chaque cérémonie s'accompagne de concerts et de spectacles musicaux, retransmis à la télévision par la chaîne NBC. Plusieurs éléments musicaux ont été enregistrés à New York. Le thème musical officiel des Jeux, « Call of the champions », accompagne l'entrée des athlètes médaillés et la chanson pop officielle « Light the fire within » accompagne leur sortie. Le thème musical officiel du parcours de la flamme olympique, « Carry the flame », est joué pendant le feu d'artifice qui marque la fin de chaque cérémonie. Plusieurs artistes renommés se produisent sur l'Esplanade de remise des médailles au cours des Jeux, à l'image d'Alanis Morissette, de Sheryl Crow, des Foo Fighters ou de Nelly Furtado. Les médailles décernées aux athlètes sont l'œuvre de Scott Given, de l'atelier Axiom Design. D'un diamètre de , elles ont la forme de galets de rivières semblables à ceux que l'on trouve dans les cours d'eau de l'Utah. Chaque médaille est unique et finie à la main, mais elles présentent toutes le même graphisme. Sur l'avers, un athlète surgit des flammes une torche à la main, pour symboliser la détermination de l'esprit humain et la puissance d'inspiration. Le thème des Jeux, « Attisez votre feu sacré », est gravé à côté de l'athlète. C'est la première fois dans l'histoire des Jeux d'hiver qu'un comité d'organisation inscrit sa devise sur une médaille. Sur le revers de la médaille, la déesse grecque de la victoire, Niké, est représenté tenant une petite feuille d'olivier, symbolisant la couronne remise aux vainqueurs des Jeux antiques. Le nom de la discipline est également inscrit sur le revers. La médaille est reliée à son ruban par le chiffre romain « XIX », rappelant les Jeux d'hiver. Cérémonie de clôture. La cérémonie de clôture se déroule le dimanche , dans le même lieu que la cérémonie d'ouverture, le Rice-Eccles Stadium, en présence du vice-président américain Dick Cheney. Les athlètes entrent dans le stade sans ordre particulier, puis l'hymne américain est interprété par le groupe américain NSYNC. Le spectacle sur glace réunit plusieurs anciens champions de patinage artistique, comme Scott Hamilton et Katarina Witt, qui dansent sur la musique jouée par le groupe Kiss. D'autres artistes se produisent lors du spectacle, à l'image de Christina Aguilera, Willie Nelson et Bon Jovi. Le maire de Salt Lake City Rocky Anderson remet le drapeau olympique à son homologue turinois, Sergio Chiamparino, dont la ville accueille l'édition suivante des Jeux d'hiver. La culture italienne est présentée au cours d'un court spectacle, mettant notamment en scène la chanteuse Irene Grandi. La cérémonie de clôture s'achève sur un spectacle pyrotechnique. Tableau des médailles. Vingt-quatre pays obtiennent au moins une médaille lors de ces Jeux, dont dix-huit remportent au moins une médaille d'or, ce qui constitue alors le record des Jeux d'hiver. Les États-Unis réalisent une performance exceptionnelle : avec , ils battent très largement leur record de médailles obtenues lors d'une édition des Jeux d'hiver. Ce nombre est surtout en très forte progression par rapport à l'édition précédente : les athlètes américains n'avaient remporté que à Nagano, soit qu'à Salt Lake City. La Norvège se place en tête du tableau des médailles, pour la première fois depuis 1968, avec ses d'or. Elle obtient par ailleurs d'argent et de bronze, pour un total de , identique à son bilan des Jeux de Nagano. L'Allemagne est la nation la plus médaillée de ces Jeux avec un total de , mais ne se classe que au tableau des médailles car elle ne compte que d'or, soit une de moins que la Norvège. La France bat son record des Jeux d'hiver avec et se classe au . Le Japon, qui avait obtenu dix médailles à Nagano, n'en compte que deux à Salt Lake City, dont aucune en or, son plus faible total depuis les Jeux de Calgary 1988. Il recule ainsi au . La Chine, l'Australie, l'Estonie et la Croatie remportent leurs premières médailles d'or aux Jeux d'hiver. Ces deux dernières nations n'avaient d'ailleurs jamais remporté la moindre médaille. Sportifs les plus médaillés. Le biathlète norvégien Ole Einar Bjørndalen réalise une performance exceptionnelle au cours de ces Jeux, en remportant quatre médailles d'or dans les quatre épreuves qu'il dispute. La skieuse croate Janica Kostelić remporte elle aussi quatre médailles, mais seulement trois en or. Le Finlandais Samppa Lajunen survole les épreuves de combiné nordique, en remportant deux médailles d'or en individuel et une autre par équipes. Parmi les les plus médaillés, la Norvège est la mieux représentée avec trois athlètes, tandis que l'Allemagne et l'Autriche en comptent deux. Affaires et controverses. Cas de dopage. Trois cas de dopage dans le ski de fond sont révélés le , lors de la dernière journée des Jeux. Le fondeur espagnol d'origine allemande Johann Mühlegg est contrôlé positif à la darbépoétine alfa, une hormone apparentée à l'EPO, le à l'issue de sa victoire sur le classique. Son titre lui est immédiatement retiré, mais le règlement lui permet de conserver ses deux autres médailles d'or. Il est finalement déchu après un jugement du Tribunal arbitral du sport (TAS) en . Les fondeuses russes Olga Danilova et Larisa Lazutina sont elles aussi convaincues de dopage. La victoire de Lazutina sur le classique lui est retirée, au profit de l'Italienne Gabriella Paruzzi, mais les deux Russes conservent leurs médailles acquises précédemment, comme Johann Mühlegg, avant qu'elles n'en soient déchues après plusieurs mois de procédure. Le skieur alpin britannique Alain Baxter, qui avait apporté la première médaille dans l'histoire du ski britannique en prenant la troisième place du slalom, est lui aussi exclu des Jeux après être contrôlé positif à la metamphétamine. La présence de cette substance est due à l'utilisation d'un inhalateur Vicks qu'Alain Baxter avait acheté aux États-Unis, ignorant ce qu'il contenait, ce qui le conduit à faire appel devant la tribunal arbitral du sport. Dans son jugement, le TAS précise qu'Alain Baxter est , mais confirme la décision du Comité international olympique de lui retirer sa médaille. Une pétition est lancée en 2014 au Royaume-Uni, à l'occasion des Jeux de Sotchi pour demander la restitution de la médaille d'Alain Baxter, sans succès. Un cinquième cas de dopage marque ces Jeux avec le contrôle positif à la nandrolone du hockeyeur biélorusse , ce qui en fait l'édition des Jeux d'hiver la plus touchée par les affaires de dopage dans l'histoire. Scandale dans le patinage artistique. Un scandale éclate après la victoire serrée du couple russe Elena Berejnaïa-Anton Sikharulidze devant les Canadiens Jamie Salé-David Pelletier dans l'épreuve de couples, par seulement contre 4. Le public conteste immédiatement ce résultat, de même que la presse nord-américaine, qui juge que les Canadiens étaient techniquement et artistiquement supérieurs aux Russes. Au cours d'une réunion au lendemain de l'épreuve, la juge française Marie-Reine Le Gougne reconnaît avoir favorisé les Russes par son vote, sous la pression du président de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet. Ces révélations confirment les rumeurs d'un arrangement entre les fédérations russe et française, en vue de favoriser la victoire du couple russe dans l'épreuve par couples en échange de celle des Français Gwendal Peizerat et Marina Anissina dans l'épreuve de danse sur glace. Jacques Rogge, président du CIO, demande à Ottavio Cinquanta, président de l'International Skating Union, de revoir le jugement avec les différents membres de sa fédération. Il est alors décidé d'attribuer une seconde médaille d'or, décernée à Jamie Salé et David Pelletier. Furieux de la décision d'attribuer une seconde médaille d'or, les Russes menacent de boycotter la cérémonie de clôture et reçoivent le soutien de leur président Vladimir Poutine. Les conséquences de cette affaire sont multiples : Marie-Reine Le Gougne et Didier Gailhaguet sont bannis pendant trois ans des compétitions de glace, tandis qu'un nouveau système de notation est mis en place pour les épreuves de patinage artistique. Réactions et retombées. Malgré les différentes affaires, les Jeux de Salt Lake City sont considérés comme un succès. Les conditions météorologiques sont favorables et l'organisation de chacune des épreuves est saluée. La réussite de l'équipe américaine, qui bat très largement son record de médailles, soulève l'enthousiasme du public. L'édition 2002 des Jeux olympiques d'hiver est également une réussite commerciale sans précédent, avec des revenus générés par le marketing dépassant les deux milliards de dollars. Jacques Rogge, le président du CIO, souligne que Le développement des sites sportifs pour les Jeux permet à l'Utah de bénéficier d'installations de sports d'hiver de haut niveau, destinées à accueillir d'autres compétitions internationales ainsi que de nombreux touristes. Le comité d'organisation met en place, avec l'aide du Comité olympique américain et du CIO, une dotation de de dollars pour l' (UAF), une organisation chargée de l'entretien des sites de compétition. L'objectif visé par la mise en place de ce fonds est de maintenir la qualité des sites sans que le coût lié à ces travaux ne soit reporté sur les contribuables de l'Utah. Entre 2002 et 2014, soixante épreuves de Coupe du monde et sept Championnats du monde de différents sports sont organisés dans l'Utah. L'apport économique des Jeux est positif pour la région de Salt Lake City. Près de ont été créés à l'approche des Jeux. Le nombre de skieurs dans l'Utah augmente de 42 % entre 2002 et 2011 et les dépenses directes de ces touristes passent de à de dollars par an sur la même période. La capacité hôtelière des différentes stations de ski s'est elle aussi accrue et la tenue des Jeux a permis la rénovation de plusieurs secteurs du réseau autoroutier.
Go (jeu) Le go, également appelé jeu de go, appelé en japonais , ou dans certaines expressions ; en chinois "wéiqí" (); et en coréen "baduk" (바둑), est un jeu de société originaire de Chine. Il oppose deux adversaires qui placent à tour de rôle des pierres, respectivement noires et blanches, sur les intersections d'un tablier quadrillé appelé "goban" en japonais ( en chinois). Le but est de contrôler le plan de jeu en y construisant des « territoires ». Les pierres encerclées deviennent des « prisonniers », le gagnant étant le joueur ayant totalisé le plus de territoires et de prisonniers. Il s'agit du plus ancien jeu de stratégie combinatoire abstrait connu, probablement créé en Chine pendant la période des Printemps et Automnes. D’abord réservé aux classes dirigeantes, le go jouit d'une grande popularité en Chine, en Corée et au Japon. Dans le reste du monde, où sa découverte est récente, sa notoriété est croissante. Son succès tient autant à la simplicité de ses règles qu'à sa grande richesse combinatoire et sa profondeur stratégique. Le go sous sa forme actuelle a vu le jour au au Japon, puis cette forme a été réintroduite en Chine et en Corée. C'est depuis le Japon que le jeu est arrivé en Occident, et c'est pourquoi la terminologie du jeu utilisée en Occident est principalement japonaise plutôt que chinoise ou coréenne ; de même, le nom du jeu (« go ») utilisé en Occident est le nom courant utilisé en japonais ("Igo" appartient au style élevé, et la lecture "ki" est réservée à certaines expressions figées, par exemple "Nihon Ki-in", Association japonaise du jeu de go). Histoire du go. La très longue histoire du go s'est déroulée pour une grande part dans des mondes clos et séparés : probablement créé en Chine pendant la période des Printemps et Automnes (771-453 ), il arriva en Corée puis au Japon au avec l'apport de la culture chinoise par les moines bouddhistes chán. Les contacts avec l'Occident au , après l'ouverture militaire forcée du Japon par les navires noirs des États-Unis puis le Royaume-Uni en 1854, lui permirent enfin, avec le japonisme, d'arriver en Occident. C'est seulement depuis la fin du que le go commence à s'unifier sur le plan mondial. Un jeu chinois. Légendes des origines. Sur le plan historique, bien que le "wéiqí" soit très ancien, les datations qui lui attribuent plus de d'histoire ne reposent que sur des récits légendaires que rien ne vient étayer – mais que beaucoup ont pris pour argent comptant. Seule certitude, le jeu fut inventé en Chine, bien avant notre ère. Son attribution à l'un ou l'autre des empereurs légendaires Yao ou Shun, chacun l'ayant utilisé pour l'éducation de son fils, n'a aucun fondement historique, pas plus d'ailleurs qu'une autre légende qui en attribue l'invention à un vassal nommé U, qui l'aurait imaginé pour distraire son suzerain sous le règne de Jie Gui, au Certains chercheurs voient dans l'art divinatoire chinois du "Yi Jing" de nombreuses analogies avec le "wéiqí", qui pourrait en être le vecteur matériel. Premières attestations. On trouve les premières références écrites à un jeu qui pourrait être le go dans les "Annales des Printemps et Automnes" (entre 722 et 481 ). Plus tard, Confucius (551-479 ) mentionne le go dans ses "Entretiens". Le jeu connaît un très fort développement avec l'apparition d'un système de classement des joueurs, d'instituts de go et de fonctionnaires. Les livres se multiplient : recueils de parties, écrits théoriques, listes de joueurs Des conseils stratégiques précis sont donnés dès le début de notre ère ; les premiers traités de go sont écrits à la fin de la dynastie Han (début du ). Le go est alors ajouté aux trois « arts sacrés » (peinture, musique et calligraphie) pratiqués par l'empereur et ses courtisans, pour devenir l'un des « quatre arts du lettré ». Il conserve ce statut jusqu'à la fin du . Dès la fin des Han et jusqu'à la restauration de l'empire par les Sui en 589, les classes dirigeantes sombrent dans le désœuvrement et se tournent vers le taoïsme et le go. Arrivée du jeu au Japon. Le "wéiqí" arrive en Corée au et atteint enfin l'archipel nippon, où il est vite adopté par l'aristocratie locale, très influencée par la Chine. Selon la tradition, c'est en 735 que le go fut introduit au Japon, mais on trouve des interdictions déjà édictées plusieurs dizaines d'années plus tôt. Par un décret de l'impératrice Jitō promulgué en 701, l'aristocratie s'arroge le droit d'y jouer. Les moines bouddhistes, auxquels on interdit la musique et les jeux de hasard, obtiennent le droit de jouer au go, qui n'est pas considéré comme un jeu de hasard. Réservé à l'élite sociale, le go ne s'est cependant pas démocratisé au Japon avant le . La pratique du go se généralisera parmi les samouraïs comme entraînement à la stratégie militaire. À Kyoto, les moines nichirens (secte bouddhiste japonaise) seront les fondateurs de la maison Hon'inbō, la première grande école de go, qui demeurera ouverte jusqu'en 1940. Au , une simple modification de règles va transformer profondément la pratique du jeu. On abolit la règle du "zuozi" qui consiste à placer une pierre dans chacun des quatre "hoshi" de coin du "goban" et on commence désormais la partie avec un "goban" entièrement vide. Le "zuozi" restera en vigueur en Chine jusqu'au début du , avant la réintroduction dans le pays de la règle japonaise, qui est la norme internationale aujourd'hui. Au Japon, le go est désormais libre pour les explorations théoriques sans entrave qui déboucheront sur le développement des "joseki" et des "fuseki". Âge d'or du go. Dans la seconde moitié du , le go fait l'objet d'un grand intérêt de la part des seigneurs qui se disputent le pouvoir. En 1578, le "daimyo" Oda Nobunaga invite à Edo le moine Nikkai, un joueur réputé, pour l'affronter. Impressionné par la force de Nikkai, il lui accorde le titre de "Meijin" (« homme brillant ») qui deviendra par la suite l'un des grades les plus prestigieux du monde du go. Nikkai est nommé instructeur d'Oda Nobunaga. Quelques années plus tard, en 1582, celui-ci assiste à une partie dans laquelle apparaît un triple ko. Le soir même, l'un de ses compagnons d'arme se révolte, provoquant le "seppuku" (le suicide rituel) d'Oda Nobunaga. Depuis, le triple ko est considéré comme un présage néfaste. En 1590, Toyotomi Hideyoshi organisa le premier tournoi officiel pour désigner le plus fort joueur du pays. Hon'inbō Sansa – tel est le nouveau nom de Nikkai – remporte ce premier titre. Les autres joueurs sont alors classés par rangs, selon le système nouvellement créé des "dan". Avec l'unification du Japon par Tokugawa Ieyasu en 1603, le go, soutenu par les militaires et le shogunat Tokugawa, entre dans sa période classique et connaît un développement ininterrompu, qui dure plus de deux siècles et demi. Grâce à la protection du shogun, le go acquiert un statut officiel et devient une institution gouvernementale. Le meilleur joueur du pays se voit promu au rang de "go-dokoro", une sorte de « ministre du go » qui a la haute main sur toute l'administration du go professionnel. Trois nouvelles grandes écoles voient le jour, Hayashi, Inoue et Yasui, qui disputeront la prééminence à la prestigieuse Hon'inbō, dans un système nobiliaire connu sous le nom de . Elles s'affrontent pour se partager les prébendes et les postes de fonctionnaires richement dotés. Un tournoi annuel ("o-shiro-go") oppose les deux meilleurs joueurs en présence de l'empereur et du shogun. L'installation de ce système professionnel et la lutte pour les meilleurs titres conduit à une élévation considérable du niveau du jeu japonais, certains joueurs célèbres révolutionnant à eux seuls la théorie du jeu. Ce fut en particulier le cas des deux plus grands joueurs de cette période, Hon'inbō Dōsaku et Hon'inbō Shūsaku, qui furent tous deux nommés Kisei (« saint du go »). En 1868, la restauration Meiji met un terme à cet âge d'or. Avec l'entrée du Japon dans l'ère industrielle, le go perd ses repères féodaux traditionnels et ses mécènes : il sombre dans une crise durable et profonde. Plusieurs tentatives de réorganisation avortent rapidement. En 1879, cependant, est fondée Hōensha, la première organisation qui parvient à fédérer le monde du go. Après de nombreuses vicissitudes, il en émergera la Nihon Ki-in, le . Les premières décisions de ces organisations visent à démocratiser le go. Grâce à la couverture régulière dont il est l'objet dans certains journaux, comme le "Daily Yomiuri", le go devient très populaire. C'est aussi à ce moment que sont publiés les premiers règlements concernant les cadences de jeu : en 1922, le temps total dont dispose chaque joueur est réduit à 16 heures. Il n'était en effet pas rare à l'époque qu'une partie durât une semaine ou plus ; certaines parties furent interrompues jusqu'à 20 fois. Le roman de Kawabata, "Meijin" (en français, "Le Maître ou le Tournoi de go"), met en scène l'ultime partie de Shūsai, dernier des Hon'inbō, jouée contre Kitani Minoru (appelé Otake dans le livre) et qui fut aussi la dernière de ces parties interminables : La partie en question, qui se déroule en 1938, s'étale sur six mois et quatorze séances. La première séance, cérémonie d'inauguration, ne comprit, pour la forme, que les deux premiers coups. La durée des parties sera encore réduite par la suite. Seconde Guerre mondiale. Le go continua son chemin malgré toutes les difficultés inhérentes à la Seconde Guerre mondiale. Une anecdote illustre bien la rage de jouer des professionnels du go. Au printemps 1945, Iwamoto Kaoru devint challenger d'Hashimoto Utaro dans le prestigieux tournoi d’"Honinbō". Jouer à Tokyo étant impensable après les terribles bombardements de mars 1945, il fut décidé que le match se déroulerait durant l'été à Hiroshima. La première partie eut lieu les 23 et 25 juillet 1945, malgré l'interdiction de jouer signifiée aux joueurs par le chef de la police locale, qui craignait pour leur sécurité. Leur maison fut d'ailleurs mitraillée par l'aviation américaine durant la partie. Furieux d'apprendre qu'on avait enfreint ses ordres, le policier leur interdit formellement de rejouer dans la ville. Les adversaires tombèrent d'accord pour disputer la seconde partie du 4 au 6 août à Itsukaichi, dans la banlieue d'Hiroshima. Au troisième jour du match, les joueurs faisaient une pause dans le jardin, lorsqu'ils aperçurent une explosion fulgurante suivie par la formation d'un gigantesque « champignon » et par un coup de vent violent qui brisa les fenêtres et renversa les meubles et la table de jeu. Comme ils en étaient au "yose" (fin de partie après les combats), ils replacèrent la position et terminèrent la partie, qui se finit par une victoire de Hashimoto avec cinq points d'avance. Ce ne fut que plus tard dans la journée, en voyant arriver les rescapés de la première bombe atomique, que les joueurs comprirent la tragédie à laquelle ils avaient miraculeusement échappé. Diffusion en Occident. La découverte du go en Europe fut extrêmement tardive. Ce n'est qu'au qu'apparaissent les premières mentions du go. La première attestation écrite remonte à la traduction, publiée en 1615 à Augsbourg, du récit du séjour en Chine du jésuite Matteo Ricci. Par la suite, les mentions du go se multiplient à travers l'Europe mais toujours assez brièvement dans des récits de voyage. Il faut attendre 1710 pour que Gottfried Wilhelm Leibniz rédige les premières considérations sur le go. Selon Franco Pratesi, les premières descriptions du jeu étaient cependant trop sommaires pour que l'on puisse y jouer correctement. C'est seulement à la fin du que le sinologue anglais Herbert Giles donne la première présentation utilisable des règles du go, ainsi que des conseils aux débutants (notamment celui d'utiliser un "goban" de 11×11). À la même époque, l'Allemand Oskar Korschelt – qui a passé plusieurs années au Japon en tant que dentiste et a eu le Honinbo, Shuo, comme patient – publie plusieurs articles puis un livre ("Das japanisch-chinesisch Spiel ‘Go’ : ein Concurrent des Schach", 1881) qui auront un impact décisif sur la découverte du go : le jeu connaîtra alors ses premiers développements, principalement en Allemagne (en particulier à Leipzig) et en Autriche-Hongrie (à Vienne et Graz). Le premier club est créé en 1895 à Pola par des officiers de la marine austro-hongroise et la première revue, la "Deutsche Go-Zeitung", naît à Vienne en 1909. Par la suite, le go prend racine à Berlin avec quelques joueurs célèbres (Max Lange, un homonyme du joueur d'échecs, Edward Lasker, Emanuel Lasker). En août 1924 se déroule à Munich le premier tournoi allemand. Go moderne. Après la Seconde Guerre mondiale, le go se développe sous l'impulsion de la fédération japonaise ("Nihon Ki-in"). En Chine, où il végétait depuis des siècles, le go, après avoir surmonté la crise de la révolution culturelle, connaît un renouveau spectaculaire depuis les années 1980 et un développement sans précédent. Dans les années 1990, c'est au tour de la Corée d'entrer en scène avec de très forts joueurs, comme Lee Chang-ho, considéré alors comme le meilleur joueur du monde. De fait, à la fin des années 1990, les trois meilleurs joueurs coréens se sont adjugés, à eux seuls, près de 50 % des titres internationaux. Le Japon, qui régnait sans partage sur le monde du go depuis des siècles, voit sa suprématie bousculée et maintenant remise en question tous les ans. À travers le go, les trois pays de l'Asie de l'Est ont trouvé une nouvelle occasion – pacifique – de vider leurs querelles historiques. Dans le reste du monde, l'intérêt pour le go s'est constamment développé, mais à un rythme moins soutenu, souvent au travers des diasporas chinoise, coréenne ou japonaise. Ainsi, en France, le jeu a connu un important développement à partir de 1969, dû presque uniquement à la présence d'un fort joueur amateur coréen, Lim Yoo Jong. Il faudra attendre 1978 pour voir un Européen obtenir un titre professionnel de go et 2000 pour qu'un Occidental obtienne un rang de neuvième dan. En Europe, au milieu des années 2010, le plus fort joueur professionnel est Fan Hui, Chinois arrivé en France en 2000 et naturalisé français en 2013. Aujourd'hui, on compte plus de quarante millions de joueurs, dont un million d'Européens. La parution du manga "Hikaru no go", à la fin des années 1990, a ravivé l'intérêt pour ce jeu, notamment chez les jeunes ; la même période voit l'apparition de serveurs de go dématérialisé en ligne (KGS, OGS et IGS sont sans doute les plus populaires actuellement en Occident), ce qui permet désormais à tous de jouer à toute heure, et d'observer des parties de tous niveaux ; cela entraîne une forte augmentation du nombre des joueurs confirmés et des progrès accélérés. Enfin, en 2016, la victoire inattendue de l'intelligence artificielle AlphaGo sur l'un des meilleurs joueurs mondiaux, le Coréen Lee Sedol, a été suivie par des centaines de millions de joueurs asiatiques, suscitant un regain d'intérêt pour le jeu ; dès 2019, des programmes encore plus forts sont devenus accessibles à tous sur des ordinateurs individuels. Matériel de jeu. Le matériel du go est simple, et il existe des équipements basiques et abordables. Ce jeu a cependant donné lieu à des productions luxueuses très élaborées par le choix des matériaux et le soin accordé aux décorations. "Goban". Une partie de go se déroule sur un tablier, le "goban", sur lequel est tracé un quadrillage de 19 lignes horizontales par 19 lignes verticales, noté 19×19, qui déterminent 361 intersections ("kōten"). Cette taille de plateau est parfois réduite, typiquement à 13×13 ou 9×9, pour jouer des parties rapides ou pour faciliter l'apprentissage des règles du jeu. Il y a aujourd'hui une tendance à valoriser le jeu sur ces petits "goban". Le goban traditionnel est très épais et muni de quatre pieds, formant ainsi une petite table. Pierres. Les deux adversaires placent des jetons noirs et blancs, appelés en japonais et "weiqizi" en chinois (). Dépourvues de toute inscription ou décoration, les pierres ont toutes la même forme, et ne se différencient que par la couleur. Les équipements vendus dans le commerce se limitent généralement à 181 pierres noires et 180 pierres blanches, nombre permettant de recouvrir un "goban" 19×19. Même si en théorie le nombre de coups n'est pas limité, il est très rare en pratique qu'une partie dépasse trois cents coups ; de plus, en cas de besoin, il est le plus souvent possible de procéder à des échanges de prisonniers. Leur forme est généralement celle de lentilles (biconvexes), permettant d'être saisies entre l'index et le majeur, selon la gestuelle traditionnelle japonaise. Mais certaines pierres, comme les pierres "yunzi" (du chinois ), sont de forme plan-convexe. Les pierres traditionnelles de luxe étaient en ardoise pour les pierres noires et en coquillage pour les pierres blanches. Aujourd'hui, le matériau le plus courant est le verre coloré, mais on en trouve en différentes autres matières : plastique, bois, mais aussi jade, agate et autres pierres semi-précieuses. Accessoires. Les pierres sont conservées dans des dont les couvercles peuvent servir à recueillir les prisonniers. Les bols ont également donné lieu à des productions de qualité extrêmement variée, allant du bois précieux au plastique le plus simple. Parfois pour une partie amateur, mais surtout lors des tournois, une pendule permet d'imposer une limite au temps de jeu. Règles du jeu. Principe général. Le but est de répartir le plateau entre les deux joueurs en dessinant des territoires, chaque intersection contenue dans un territoire valant un point. Noir commence en déposant une pierre de sa couleur sur une intersection du plateau. Puis, à tour de rôle, les joueurs posent une nouvelle pierre sur une intersection vide du "goban". Lors d'une partie typique, les joueurs se placent d'abord proches des coins, les territoires étant plus faciles à construire en s'aidant des bords du plateau. Capture. Les pierres adjacentes de même couleur sont dites « connectées » et forment une « chaîne ». Les intersections vides adjacentes à une chaîne sont ses « libertés ». Si un joueur supprime la dernière liberté (voir "atari"), la chaîne encerclée est « capturée ». Cela signifie que la ou les pierres, alors appelées « prisonniers », sont retirées du plateau, et chacune rapporte un point à celui qui les a capturées. La capture proprement dite est généralement rare au cours d'une partie, mais c'est cette possibilité de capture qui guide les joueurs dans leur manière de former leurs territoires, un territoire étant une zone où le joueur adverse ne peut plus jouer sans finir par être capturé. Un groupe de pierres ne peut plus être capturé s'il forme deux « yeux » car il n'est plus possible de lui supprimer toutes ses libertés. Dans certains cas, capturer des pierres provoquerait une configuration identique à une situation précédente, mais la règle du ko l'interdit et la partie ne peut donc pas tourner en boucle. Fin de partie. Lorsqu'un joueur juge que la partie est terminée, il peut passer son tour. La partie s'arrête lorsque les deux joueurs passent consécutivement. À la fin de la partie, les joueurs se mettent d'accord sur les territoires de chacun en identifiant les pierres qui sont impossibles à sauver. On compte un point par intersection libre dans chaque territoire et un point pour chaque prisonnier (pierre prise ou morte). Le vainqueur est celui qui obtient le plus de points. Habituellement, pour faciliter le décompte, les prisonniers sont placés dans le territoire de l'adversaire. "Komi". Noir, qui joue le premier, bénéficie d'un avantage systématique. Pendant des siècles, le go s'est joué sans compensation de ce déséquilibre puis l'avantage de Noir a été évalué à cinq points et demi, sur la base d'études des parties des championnats connus. Blanc s'est donc vu attribuer autant de points supplémentaires dans les parties sans pierre de handicap. C'est cette compensation qu'on appelle le "komi". Depuis quelques années, la tendance est à l'augmentation du "komi" qui est passé à 6,5 points en Corée et au Japon et même 7,5 points en Chine ainsi que dans plusieurs pays occidentaux, dont la France. Dans le cas des parties avec pierres de handicap, le "komi" est réduit à un demi-point. Le demi-point du "komi" rend impossible les parties nulles (appelées "jigo" en japonais). Parties à handicap. Pour permettre à des joueurs de niveaux différents de s'affronter, le joueur le plus fort accorde un avantage au plus faible. Ce dernier, qui joue Noir, bénéficie alors de plusieurs pierres dites « de handicap » posées sur le "goban" au début de la partie. Noir peut ainsi poser de deux à neuf pierres de handicap pour compenser la différence de niveau des deux joueurs. Contrairement à une partie à égalité, dans une partie à handicap, c'est Blanc qui commence à jouer après la pose des pierres noires de handicap. Par convention, les pierres d'avance accordées au joueur le plus faible (noir) sont positionnées sur les "hoshi", intersections conventionnelles marquées par un point un peu plus épais sur le "goban". Cependant, certaines règles permettent à Noir de poser ses pierres de handicap là où il le souhaite. Si la différence de niveau est faible, le handicap peut se limiter à réduire le komi. Décompte du temps. Traditionnellement, dans les grands tournois, le décompte du temps est tenu par un assistant. De nos jours, les amateurs se contentent d'un pendule à double décompte, identique aux pendules d'échecs. Pour la cadence de jeu, le principe le plus répandu consiste à attribuer un temps global pour la partie, puis à faire suivre celui-ci d'une période supplémentaire, le "byo yomi", durant laquelle chaque joueur se voit attribuer un temps limité pour chacun de ses coups, faute de quoi il perd la partie. Vu sa complexité, le décompte du "byo yomi" moderne nécessite l'emploi de pendules électroniques ; ce matériel n'étant pas toujours disponible, des compromis ont été développés, comme le "byo yomi" canadien, dans lequel le joueur doit jouer un certain nombre de coups, douze par exemple, en moins de cinq minutes. En France, pour la plupart des tournois, le temps de jeu réglementaire pour chaque joueur est d'une heure suivie d'un "byo yomi" canadien de 5 minutes pour 15 pierres. Apprentissage et maîtrise du go. Méthode d'initiation. Différentes méthodes se sont développées pour permettre aux débutants de tous âges de découvrir le jeu. Une méthode d'initiation courante et efficace pour le pédagogue est d'expliquer l'essentiel des règles qui est très brièvement : puis de pratiquer directement sur un goban de petite taille, de préférence 6×6 ou 7×7. La petite taille permet de jouer des parties rapidement et d'obtenir des positions simples - faciles à appréhender au début. Le but est de faire découvrir les stratégies (connecter ses pierres/couper les pierres de l'adversaire et faire des territoires avec des pierres « impossibles à capturer ») par la pratique directe du jeu plutôt que par des exposés théoriques pénibles. Ensuite les exceptions aux règles telles que le ko ou le seki et les notions stratégiques plus avancées (techniques de capture, yeux, tsumegos, formes...) peuvent ainsi être amenées progressivement, naturellement et logiquement. Analyse de parties. Il y a une tradition de pédagogie très développée au go. En pratique, à la fin de chaque partie de go, l'usage est de remercier son adversaire lorsque l'on perd tandis que le joueur gagnant a alors pour tâche de commenter la partie pour faire progresser son adversaire. Le fait que l'on puisse jouer des parties avec handicap et qu'il soit possible de jouer pédagogique - méthode qui consiste pour le maître à ne pas jouer les coups les plus forts, mais des coups compréhensibles pour son adversaire qui l'aident à progresser - rendent l'approche du go particulièrement accueillante pour les débutants. Stratégie et tactique. Progresser au go réclame bien davantage que la simple mémorisation des règles du jeu et un bon entraînement. Le développement séculaire du jeu a en effet produit un corpus considérable de positions de référence : "fuseki", "joseki", "tsumego", "yose", etc. ainsi qu'un ensemble d'outils théoriques (tels que la notion d'« influence »). Au Japon, le système, institutionnalisé de très longue date, est figé et sépare drastiquement « professionnels » et « amateurs » : le go professionnel est largement régi par la cooptation et les candidats entrent dans les écoles de go comme "insei" avant de gravir éventuellement les échelons. Dans le reste du monde, le niveau de jeu est très variable selon les pays et les compétitions. Au début du , les joueurs occidentaux capables de rivaliser avec les champions japonais, coréens ou chinois étaient rarissimes. Au Japon et en Chine, les principes stratégiques généraux ont souvent été exprimés sous la forme très accessible de proverbes. En Occident, l'accès à ces informations est compliqué par les difficultés linguistiques : la quasi-totalité de la littérature technique du go est rédigée en japonais, chinois ou coréen, mais des traductions sont éditées depuis la hausse de la popularité du go en Occident. Enfin, des sites internet dédiés au go, tel que les wiki Sensei's Library (en anglais), ou l'Encygopédie (en français), permettent de partager les connaissances théoriques. Compétitions de go. Tournois et championnats. Les compétitions de go sont composées principalement de tournois et de championnats. Des compétitions concernent spécialement les joueurs professionnels et permettent aux participants de gagner des sommes relativement élevées. En Europe, l'organisation des compétitions est à la discrétion des clubs, des fédérations nationales et de la Fédération européenne de go, les prix n'atteignant néanmoins jamais les sommes du circuit professionnel asiatique. Kifu. Le déroulement détaillé des parties de go est conservé sur des "kifu", ce qui permet l'analyse de la partie par les joueurs eux-mêmes à la fin du jeu. Les "kifu" permettent également de connaître précisément la manière dont on pratiquait le go il y a plusieurs siècles. C'est ainsi que l'amateur éclairé peut apprécier aujourd'hui encore le génie de Hon'inbō Dōsaku (1645-1702), de Hon'inbō Shūsaku (1821-1862) ou de Go Seigen (1914-2014), considérés comme trois des plus brillants joueurs de l'histoire du go. Assez différente de la notation algébrique utilisée aux échecs ou même de celle utilisée pour les "kifu" de shōgi, la notation « diagramme » utilisée pour les "kifu" de go demande au néophyte une certaine pratique. Sa maîtrise était indispensable pour aborder les manuels de go ; beaucoup de maîtres expliquent que reproduire correctement un "kifu" (de partie de maitre) sur un "goban" suffit à faire progresser un joueur. Cependant, pour ne pas décourager les amateurs, la pratique s'est répandue de publier les parties sous forme de nombreux diagrammes ne contenant que quelques coups. Par ailleurs, la généralisation d'outils électroniques fait qu'il devient de plus en plus fréquent de voir les joueurs noter leurs parties sur des smartphones, par exemple. Classement des joueurs. Le classement s'effectue différemment selon qu'il s'agit de joueurs amateurs ou de professionnels. Dans la catégorie amateur, les niveaux s'échelonnent de "kyū" (débutant) à "kyū" puis de "dan" à "dan". Le trentième "kyū" étant une valeur indicative, il n'y a théoriquement pas de limite inférieure. Chez les professionnels – on en dénombre près de 400 au Japon –, les classements vont de à "dan". Un niveau de "dan" professionnel correspond environ à un "dan" amateur. Selon d'anciens principes de classification chinois, le niveau de "dan" devrait toujours correspondre au meilleur niveau existant, ou même seulement possible, car il arrivait à l'époque classique que ce titre ne soit pas décerné. C'est pourquoi le titre de était honorifique, et presque une plaisanterie respectueuse, avant de devenir le nom de l'une des plus importantes compétitions professionnelles de go au Japon. Entre amateurs, un niveau d'écart correspond à peu près à une pierre de handicap, ou encore à une probabilité de victoire d'environ deux parties sur trois. Entre joueurs professionnels, c'est environ trois niveaux d'écart (et peut-être même quatre) qui correspondent à une pierre de handicap. En Europe, un classement Elo, commun aux joueurs amateurs et professionnels, est parfois utilisé pour effectuer un classement plus précis. Joueurs célèbres. En août 2013, les joueurs professionnels ayant remporté plus de trois titres internationaux étaient Lee Chang-ho (21), Lee Sedol (16), Cho Hunhyun (11), Gu Li (7), Kong Jie, Yoo Changhyuk, Masaki Takemiya et Norimoto Yoda (6). Les joueurs professionnels ayant remporté des titres internationaux étaient majoritairement de nationalité sud-coréenne (66 titres), chinoise (29 titres) et japonaise (23 titres). Intelligence artificielle. La grande taille du "goban" détermine une combinatoire qui dépasse de très loin les possibilités de calcul des ordinateurs, interdisant toute technique de recherche exhaustive (il y a environ formula_1 configurations légales possibles, et la taille très approximative de l'arbre des possibilités du jeu est de formula_2, le nombre 361!/100! des différentes parties de moins de 260 coups). Cette difficulté est amplifiée par d'autres caractéristiques du jeu : la nature de la condition de victoire, le placement quasiment sans contrainte de chaque pierre, la nature non locale de la règle du "ko", le haut niveau de reconnaissance de formes exigé. Alors que l'ordinateur d'IBM Deep Blue battait le champion du monde d'échecs Garry Kasparov en 1997, les ordinateurs étaient alors limités au niveau de joueurs amateurs faibles lorsqu'il s'agissait de jouer au go. Ainsi en 1997, Janice Kim, "shodan" professionnelle, battait le programme HandTalk malgré un handicap de 25 pierres, tandis que, en 1998, Martin Müller, sixième dan amateur, battait "Many Faces of Go" malgré un handicap de 29 pierres (il serait difficile pour ces joueurs de gagner à ces handicaps face à n'importe quel novice). Mais le monde de l'intelligence artificielle voit en cette difficulté un défi à relever et améliore ses algorithmes. À partir de 2006, la programmation du go fait des progrès importants notamment grâce à la méthode de Monte-Carlo, les programmes parvenant désormais à égaler des joueurs de haut niveau sur un "goban" de taille 9×9 ou à des handicaps raisonnables sur un "goban" de taille 19×19. Ainsi, en 2012, les meilleurs programmes sont parvenus à obtenir un niveau de amateur sur le serveur KGS en partie « lente » et en partie rapide. En 2013, le programme Crazy Stone a réussi à l’emporter sur le professionnel Ishida Yoshio avec quatre pierres de handicap. En octobre 2015, de nouveaux progrès, utilisant en particulier les réseaux neuronaux et l'apprentissage profond, ont permis au programme AlphaGo de la société DeepMind de battre pour la première fois un joueur humain professionnel (Fan Hui, actuel champion d'Europe) sans handicap (5-0 en parties lentes et 3-2 en parties rapides). En mars 2016, lors d'un match médiatisé à Séoul, il affronte Lee Sedol (), un des meilleurs joueurs mondiaux, et gagne 4-1. Ce match fortement symbolique est qualifié d'historique. Un an plus tard AlphaGo bat le numéro 1 mondial Ke Jie ; DeepMind annonce alors qu'AlphaGo ne participera plus à d'autres compétitions et sera remplacé par un outil d'apprentissage pour les joueurs humains ; de nombreux joueurs s'attendent alors à un bouleversement dans le monde du go professionnel. Développée en 2017 en n'utilisant aucune connaissance humaine mais uniquement à partir des règles du jeu et par auto-apprentissage, une nouvelle version, AlphaGo Zero, est encore plus compétente que les précédentes ; en décembre 2017, DeepMind en a publié une version plus polyvalente encore, AlphaZero, capable de jouer également aux échecs et au shōgi à un niveau supérieur à celui des meilleurs humains ou programmes. En 2019, les meilleurs programmes (, Golaxy, etc.), tous développés en s’inspirant des algorithmes d’AlphaGo, rendent de manière consistante deux pierres de handicap aux meilleurs professionnels, ce qui correspondrait à un niveau de dan amateur et de 14 ou dan professionnel ; des programmes plus faibles (mais tout de même de la force des meilleurs professionnels), tels que Katago, tournent sur des ordinateurs personnels et même sur des smartphones, permettant désormais à tous les joueurs de s’entraîner dans des conditions encore inimaginables en 2018. Annexes. Bibliographie. Ouvrages en anglais. Sur le wiki Sensei's Library, environ 200 ouvrages en langue anglaise (traductions du japonais ou du coréen ou ouvrages originaux) sont recensés.
Jordanie La , en forme longue le , est un pays d'Asie occidentale. C'est une monarchie créée en 1946. Son territoire est entouré à l'ouest par les Territoires palestiniens (territoire antique de Judée et de Samarie ) et Israël, le long du Jourdain et de la mer Morte, au sud par l'Arabie saoudite, à l'est par l'Irak et au nord par la Syrie, avec, en outre, un accès sur le golfe d'Aqaba, celui-ci communiquant plus au sud avec la mer Rouge. Si l'arabe est la langue officielle, l'anglais reste répandu dans les domaines éducatifs et médiatiques. Sa capitale et sa plus grande ville est Amman. Bien que la Jordanie soit une monarchie constitutionnelle, le souverain jordanien détient une grande partie des pouvoirs exécutifs et législatifs. Le roi est, depuis le , , et la reine, son épouse Rania. Géographie. La Jordanie est un pays du Proche-Orient, entouré par la Syrie au nord, l'Irak au nord-est, l'Arabie saoudite à l'est et au sud, et enfin Israël et la Cisjordanie à l'ouest. Toutes ces frontières représentent . La Jordanie possède également de littoral le long du golfe d'Aqaba et de la mer Morte. Les principales villes du pays sont Amman ( en 2010), Irbid et Zarka, toutes trois situées dans le Nord-Ouest du pays. La Jordanie est composée principalement d’un plateau désertique aride à l'Est, et d’une région montagneuse à l'Ouest. La vallée du Grand Rift et le Jourdain séparent la Jordanie d'Israël. Le point culminant du pays est le jabal Umm ad Dami (), tandis que la mer Morte en est le point le plus bas. Climat. Le climat est généralement sec et chaud entre avril et novembre, surtout sur la plus grande partie du territoire occupé par le désert d'Arabie à l'Est du pays et dans la vallée du Jourdain à l'extrême Ouest. Cependant, le pays a une saison pluvieuse mais qui reste faible, qui est de décembre à mars, dans le mois d'hiver la région montagneuse de l'Ouest, y compris Amman et Pétra est accompagné par de la neige qui reste tout de même occasionnelle. Le mois où le climat est le plus froid est janvier. Histoire. Beaucoup de civilisations et de royaumes se sont succédé sur le sol jordanien, à cheval entre le croissant fertile et le désert d'Arabie. Certains peuples historiques y ont établi leurs capitales comme les Ammonites, les Édomites, les Moabites. D'autres civilisations ont également dominé cette région, tels les Akkadiens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, ainsi que l'Égypte pharaonienne ou encore la dynastie juive hasmonéenne des Maccabées. La civilisation la plus connue en Jordanie a probablement été la civilisation nabatéenne qui y a laissé de riches vestiges archéologiques comme Pétra. L'alphabet arabe semble être né à Pétra. D'autres civilisations ont également régné en Jordanie comme les Macédoniens, les Romains, les Byzantins et les Ottomans. Dès le , la région a été culturellement musulmane et arabe, à l'exception d'une brève période de domination par les croisés et sous le mandat britannique. Indépendance. Au cours de la Première Guerre mondiale, les Britanniques conquièrent sur l’Empire ottoman une bande de territoire limitée au sud par la ligne Aqaba - Bassorah et au nord par la ligne Acre - Damas - Mossoul. En , lors de la conférence de San Remo, le mandat de la Palestine est attribué aux Britanniques. Les alliés redéfinissent les frontières de la région en la scindant en quatre mandats dont celui de Palestine mandataire qui comprend les territoires situés entre la mer Méditerranée et le désert de Syrie, territoires correspondant aujourd’hui à Israël, et à la Jordanie. En 1923, lors de l’officialisation du Mandat sur la Palestine, et avec la volonté de respecter les promesses formulées envers Hussein ibn Ali et le mouvement sioniste (accords Hussein-Mac Mahon de 1915 et Déclaration Balfour de 1917), les Britanniques scindent la région en deux parties : la Palestine mandataire à l’Ouest du Jourdain incluant un « foyer national juif » et, à l’Est du Jourdain l'« Émirat hachémite de Transjordanie » dit la Palestine Est, exclus des engagements de l'empire britannique en faveur de la colonisation juive. Celui-ci est attribué par les Britanniques à Abdallah bin al-Hussein, déjà présent sur place, afin de le dissuader d'intervenir en Syrie avec ses partisans en 1921 contre les Français qui ont pris le dessus sur son frère lors de la révolte syrienne de 1920. Ces liens privilégiés avec la Grande-Bretagne font suite de l'alliance victorieuse contre les Ottomans conclue entre sa famille et les Britanniques lors de la Première Guerre mondiale. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'armée transjordanienne connue sous le nom de Légion arabe combat en Irak et en Syrie aux côtés des forces britanniques. En 1946, l'émirat acquiert l'indépendance totale et devient le « royaume hachémite de Transjordanie ». Il est admis à l'Organisation des Nations unies en 1955 et rejoint la Ligue arabe. Conflit israélo-arabe et histoire récente. En 1948, le royaume de Transjordanie est un acteur important de la guerre israélo-arabe de 1948 à l'issue de laquelle il occupe les collines de Samarie et le désert de Judée qu'il annexe et rebaptise Cisjordanie (faisant écho à la Transjordanie), de même, il avance dans Jérusalem et prend le contrôle d'une moitié de la ville (l'Est de la ville). Cette annexion est condamnée par la communauté internationale, sauf par la Grande-Bretagne. Les pays arabes ne concèdent à la Jordanie que l'administration du territoire annexé. La Judée et la Samarie ainsi que la moitié de Jérusalem sont occupées par la Jordanie jusqu'en 1967, lors de la guerre des Six Jours. En 1949, pour marquer ses modifications territoriales, le royaume change de nom pour devenir le "« royaume hachémite de Jordanie »" (sans le préfixe « Trans- ») ou plus communément, la Jordanie. Il accueille également sur son territoire plusieurs centaines de milliers de Palestiniens fuyant la guerre. En 1951, le roi Abdallah est tué lors d'un attentat palestinien fomenté par les partisans de Mohammed Amin al-Husseini. Après la crise du canal de Suez, le royaume se rapproche du régime de Nasser. Lors de la guerre des Six Jours en 1967, son armée est vaincue en moins de de combats avec les Israéliens, qui s'emparent de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le royaume accueille qui fuient les combats. La Jordanie ne participera pas activement à la guerre du Kippour de 1973. Après la guerre des Six Jours, le pays perd beaucoup de son prestige aux yeux des Palestiniens qui développent « un État dans l'État ». Ils mènent leur propre lutte contre Israël depuis le territoire jordanien et Israël y répond par des incursions, comme la bataille de Karameh en 1968. Face à la déstabilisation engendrée par les mouvements palestiniens et aux tentatives de putsch contre le pouvoir hachémite, ce dernier lance une répression massive contre les activistes palestiniens en et chasse les groupes armés du pays. En 1974, Hussein renonce à toute revendication sur la Cisjordanie et reconnait l'OLP comme seul représentant légitime du peuple palestinien, afin de calmer les revendications nationalistes palestiniennes au sein même de la Jordanie. 1989 est marquée par la crise économique et une révolte dans le sud du pays, notamment à Ma'an. Un processus de libéralisation politique rapide est entrepris avec la fin de la loi martiale, le rétablissement d'une Assemblée nationale et la participation d'une trentaine de partis à la vie politique, incluant le Front islamique d'action. Le succès des forces islamistes est large lors des premières élections libres en . En revanche, les élections de montrent un recul de l'opposition et des islamistes. En 1994 est signé le traité de paix israélo-jordanien, donnant lieu à des modifications mineures sur les frontières et restant en attente d'un règlement final du conflit israélo-palestinien. Le roi Hussein meurt le . Son fils, Abdallah II, lui succède et poursuit les réformes politiques et économiques du pays commencées dans les années 1990, vers davantage de libéralisme. Dans les années 2000, et malgré les événements affectant la région, le gouvernement jordanien se montre régulièrement soucieux de rester en paix avec ses voisins. Politique. La Jordanie est une monarchie constitutionnelle parlementaire multipartite, où le Premier ministre est le chef du gouvernement. Administration territoriale. Selon l'article du système de divisions administratives par le ministère de l'Intérieur, le pays, administrativement, est divisé en 12 provinces (ou "gouvernorats"), chacune dirigée par un gouverneur nommé par le roi. Ils sont les seules autorités de tous les ministères et les projets de développement dans leurs domaines respectifs. Ces provinces sont divisées en 52 départements. Les gouvernorats sont les suivants : Économie. L'importance de la Jordanie dans l'économie du Moyen-Orient a longtemps été liée à son rôle de transit pour le pétrole d'Irak par l'oléoduc de Mossoul à Haïfa jusqu'en 1948, puis d'Arabie saoudite par l'oléoduc trans-arabe jusqu'en 1983. Au , elle poursuit la politique de modernisation économique entamée par le roi Hussein dès la fin des années 1980 et amplifiée par son successeur, son fils, le roi . Dans un environnement régional particulièrement difficile, les performances de l’économie jordanienne ont été supérieures aux attentes. Parmi les réussites à porter à l’actif des autorités : l’amélioration de la gestion du secteur public, la gestion des privatisations, la création de la zone économique spéciale d’Aqaba soutenue par son port et de zones industrielles spéciales (QIZ). En 2022, la Jordanie est classée en pour l'indice mondial de l'innovation. Ces éléments ont contribué à porter la croissance économique du pays (7,5 % en 2005), qui est également soutenue par la position de refuge que connaît la Jordanie pour les capitaux irakiens, palestiniens ou syriens, ainsi que par l’aide extérieure (principalement américaine). Le royaume a accueilli fin , pour la troisième année consécutive, la réunion du "World Economic Forum" sur les rives de la mer Morte. La Jordanie a un endettement extérieur de de dollars en 2010 et un déficit budgétaire important. Son secteur touristique est sensible aux crises régionales. Une partie non négligeable de la population est pauvre. De plus, la Jordanie n'a pas été touchée par la crise économique de 2008. Elle a seulement connu un ralentissement en 2009, ce qui a permis de relancer l'économie et la baisse des coûts de la matière première et de la production alimentaire de base. Seule conséquence de cette crise, une diminution des exportations. En 2020, le taux de pauvreté s'élève 15,7% selon les chiffres officiels et la dette publique représente plus de 106% du produit intérieur brut. En 2021, le taux de chômage est de 25%. Transport. La Jordanie est classée comme ayant la meilleure infrastructure au monde, selon l'indice de la compétitivité économique de 2010 sur le marché mondial. Ce développement infrastructurel élevé est nécessaire par son rôle de pays de transit pour les biens et services à la Palestine et en Irak. Les Palestiniens utilisent la Jordanie comme pays de transit en raison des restrictions israéliennes et des Irakiens l'utilisent en raison de l'instabilité en Irak Selon les données du ministère jordanien des Travaux publics et du Logement, à compter de 2011, le réseau routier jordanien était composé de de routes principales ; de routes rurales et de routes latérales. Tourisme. Le secteur du tourisme est considéré comme une pierre angulaire de l'économie et constitue une source importante d'emploi, de monnaie dure et de croissance économique. En 2010, il y avait de visiteurs en Jordanie. La majorité des touristes se rendant en Jordanie proviennent de pays européens et arabes. Ressources naturelles. La Jordanie n'a qu'un très faible accès à l'eau. Avec cubes d'eau par personne et par an, cet état est considéré comme confronté à une «rareté de l'eau absolue» selon la classification Falkenmark. Le problème d'accès à l'eau s'est aggravé du fait de l'afflux massif de réfugiés syriens en Jordanie, dont beaucoup sont confrontés à des problèmes d'accès à l'eau potable en raison de la vie dans des colonies informelles. Industrie. Le secteur industriel, bien développé de Jordanie, comprend l'exploitation minière, la fabrication, la construction, et représentaient environ 26% du PIB en 2004 (dont 13,5% pour la fabrication ; 4,6% la construction, ; et 3,1% pour le secteur minier ). Population. Démographie. La population de Jordanie est estimée à en . Environ 98 % de la population sont des Arabes. Avant l'occupation par Israël de la Cisjordanie et d'une moitié de Jérusalem, réunifiée en 1967, environ 70 % de celle-ci étaient Palestiniens. Actuellement, il y a Palestiniens dans le pays et plus de de réfugiés syriens. Les Tcherkesses composent la grande partie des 2 % restants, mais les autres groupes ethniques minoritaires sont les Arméniens, les Tchétchènes, les Turkmènes, les Kurdes et les Bosniaques. Plus de 50 % de la population jordanienne vit à Amman, la capitale du pays. Langues. L'anglais est parlé par la classe aisée, l'élite, l'armée, et les milieux du tourisme. Religions. L'islam est la religion d'État. Selon les estimations officielles, 92 % des habitants sont sunnites et les chrétiens représentent 8 % de la population. Les chrétiens sont surtout grecs-orthodoxes ; cependant, on compte aussi des grecs-catholiques, des orthodoxes coptes, des orthodoxes arméniens, des syriens-orthodoxes et un petit nombre de protestants et de catholiques latins. Le pays abrite aussi en petit nombre des chiites, des druzes et des bahaïstes. Culture. Fêtes et jours fériés. Ces fêtes et jours fériés sont fixés par le calendrier lunaire musulman: Ces fêtes et jours fériés sont fixés par le calendrier grégorien : Sites principaux. Le site de Pétra est inscrit au patrimoine mondial depuis 1985. La Jordanie compte d'autres sites culturels d'importance, comme le site antique de Jerash, les châteaux du désert (de période omeyyade, à l'instar de Qusair Amra), Karak ou encore Madaba. Les sites naturels principaux sont la vallée du Jourdain, la mer Morte, le désert d'Arabie , ainsi que les rives de la mer Rouge et du golfe d'Aqaba.
Jules Verne Jules Verne, né le à Nantes et mort le à Amiens, est un écrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du . Bien qu'il ait d'abord écrit des pièces de théâtre, Verne ne rencontre le succès qu'en 1863 lorsque paraît, chez l'éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886), son premier roman, "Cinq Semaines en ballon". Celui-ci connaît un très grand succès, y compris à l'étranger. À partir des "Aventures du capitaine Hatteras", ses romans entreront dans le cadre des "Voyages extraordinaires", qui comptent et , parfois publiés en feuilleton dans le "Magasin d'éducation et de récréation", revue destinée à la jeunesse, ou dans des périodiques destinés aux adultes comme "Le Temps" ou le "Journal des débats". Les romans de Jules Verne, toujours très documentés, se déroulent généralement au cours de la seconde moitié du . Ils prennent en compte les technologies de l'époque mais aussi d'autres non encore maîtrisées ou plus fantaisistes Outre ses romans, on lui doit de nombreuses pièces de théâtre, des nouvelles, des récits autobiographiques, des poésies, des chansons et des études scientifiques, artistiques et littéraires. Son œuvre a connu de multiples adaptations cinématographiques et télévisuelles depuis l'origine du cinéma ainsi qu'en bande dessinée, au théâtre, à l'opéra, en musique ou en jeu vidéo. L'œuvre de Jules Verne est universelle ; selon l’"Index Translationum", avec un total de , il vient au deuxième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère après Agatha Christie et devant Shakespeare. Il est ainsi, en 2011, l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde. L'année 2005 en France a été déclarée « année Jules Verne », à l'occasion du centenaire de la mort de l'écrivain. Biographie. Jeunesse. Jules Gabriel Verne naît au 4 de la rue Olivier-de-Clisson, à l'angle de la rue Kervégan sur l'île Feydeau à Nantes, au domicile de sa grand-mère maternelle, Sophie Marie Adélaïde-Julienne Allotte de la Fuÿe (née Guillochet de La Perrière). Il est le fils de Pierre Verne, avoué, originaire de Provins, et de Sophie Allote de la Fuÿe, issue d'une famille nantaise de navigateurs et d'armateurs, d'ascendance écossaise. Jules est l'aîné d'une fratrie de cinq enfants, comprenant son frère Paul (1829-1897), qui sera marin, mais aussi écrivain, et trois sœurs, Anne dite Anna (épouse du Crest de Villeneuve), née en 1836, Mathilde (épouse Fleury), née en 1839, et Marie (épouse Guillon, mère de Claude Guillon-Verne), née en 1842. En 1829, les Verne s'installent au quai Jean-Bart (à une centaine de mètres du lieu de naissance de leur fils aîné), où naissent Paul, Anna et Mathilde. En 1840, la famille connaît un nouveau déménagement dans un immeuble imposant au 6, rue Jean-Jacques-Rousseau, proche du port, où naît Marie. En 1834, à l'âge de six ans, il est mis en pension dans une institution tenue par une certaine , veuve putative d'un capitaine de cap-hornier. Il entre avec son frère au collège Saint-Stanislas, un établissement religieux conforme à l'esprit très catholique de son père (d'une façon générale, le lycée Royal n'a pas bonne réputation dans la bourgeoisie nantaise), en . On y trouve quelques traces de ses premiers succès scolaires, dont voici le palmarès : De plus, plusieurs accessits de musique vocale montrent son goût pour cette matière, goût qu'il conservera toute sa vie. De 1844 à 1846, Jules Verne est pensionnaire au "petit séminaire de Saint-Donatien" (bâtiments occupés par l'actuel lycée professionnel Daniel-Brottier à Bouguenais), où il accomplit la quatrième, la troisième et la seconde. Son frère le suit, en pension comme lui. Dans son roman inachevé "Un prêtre en 1839", Jules Verne décrit ce petit séminaire de façon peu élogieuse. Pierre Verne achète à Chantenay, en 1838, une villa pour les vacances, toujours existante au 29 bis, rue des Réformes, face à l'église Saint-Martin de Chantenay (le musée Jules-Verne, situé également à Chantenay, est installé dans un bâtiment sans relation à la famille Verne). Toute la famille aime à se retrouver dans cette maison de campagne. Les vacances de Jules Verne se passent également à Brains (à au sud-ouest de Nantes), dans la propriété que son grand-oncle Prudent Allotte de la Fuÿe a achetée en 1827/1828 au lieu-dit « La Guerche ». Prudent Allotte de la Fuÿe est un ancien armateur, , qui a beaucoup voyagé avant de revenir s'installer au pays natal. Il est maire de Brains de 1828 à 1837. Le jeune garçon aime à faire d'interminables parties de jeu de l'oie avec le vieux bourlingueur. Une légende veut qu'en 1839, à l'âge de onze ans, le petit Jules aurait tenté de s'embarquer sur un long-courrier en partance pour les Indes, en qualité de mousse. Son père l'aurait récupéré "in extremis" à Paimbœuf. Jules Verne aurait avoué avoir voulu partir pour rapporter un collier de corail à sa cousine, Caroline Tronson, dont il était amoureux. Rudement tancé par son père, il aurait promis de ne plus voyager qu'en rêve. Ce n'est qu'une légende enjolivée par l'imagination familiale car, dans ses "Souvenirs d'enfance et de jeunesse", il raconte qu'il est monté à bord d'un voilier, l'a exploré, a tourné le gouvernail, ce en l'absence d'un gardien, ce qui lui vaut la réprobation du capitaine. De 1844 à 1846, Jules et Paul étudient au lycée Royal de Nantes (actuellement lycée Clemenceau). Jules Verne fréquente en compagnie de ses camarades le "Cercle des externes du collège Royal", qui se tient dans la librairie du Père Bodin, place du Pilori. Après avoir terminé les classes de rhétorique et philosophie, il passe les épreuves du baccalauréat à Rennes et reçoit la mention « assez bien », le . En 1847, il est envoyé à Paris par son père, prioritairement pour suivre ses études, mais aussi peut-être parce qu'on voulait ainsi l'éloigner de Nantes. En effet, Caroline Tronson (1826-1902), sa cousine dont il est épris, doit se marier le de la même année avec Émile Dezaunay, un homme de quarante ans originaire de Besançon. Jules Verne en conçoit une amertume profonde au point d'écrire à sa mère, six ans plus tard, lorsque cette dernière lui demande de les accueillir à Paris : . Caroline Tronson, après son mariage avec Dezaunay, aura cinq enfants. Après un court séjour à Paris, où il passe ses examens de première année de droit, il revient à Nantes pour préparer avec l'aide de son père la deuxième année. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Rose Herminie Arnault de La Grossetière, née en 1827, pour laquelle il va éprouver une violente passion. Son premier cahier de poésie contient de nombreuses allusions à la jeune femme, notamment "Acrostiche" ou "La Fille de l'air". L'amour a peut-être été un moment partagé mais aucune source ne vient corroborer la chose. Les parents d'Herminie voient d'un mauvais œil leur fille se marier à un jeune étudiant dont l'avenir n'est pas encore assuré. Ils la destinent à Armand Terrien de la Haye, un riche propriétaire de dix ans son aîné. Le mariage a lieu le . Jules Verne est fou de rage. Il écrit de Paris à sa mère une lettre hallucinante, sans doute composée dans un état de semi-ébriété. Sous couvert d'un songe, il crie sa douleur du mariage d'Herminie en un récit de vengeance de noces maudites : ou . Cet amour avorté va marquer à jamais l'auteur et son œuvre, dans laquelle on trouvera un nombre important de jeunes filles mariées contre leur gré (Gérande dans "Maître Zacharius ou l'Horloger qui avait perdu son âme", Sava dans "Mathias Sandorf", Ellen dans "Une ville flottante", etc.) au point que Christian Chelebourg parle du « complexe d'Herminie » pour les "Voyages extraordinaires". L'écrivain gardera également une rancune à l'encontre de sa ville natale et de la société nantaise, qu'il pourfendra dans certaines poésies, notamment "La Sixième Ville de France" et "Madame C…", une violente diatribe visant sans doute une des commères de la ville. Étudiant à Paris. En , Jules Verne quitte définitivement Nantes pour Paris. Son père l'envoie poursuivre ses études de droit, en espérant qu'il lui succédera un jour. À cette date, il travaille sur un roman qui restera inachevé, et qui sera par erreur publié par les Éditions du Cherche-Midi en 1992 sous le titre "Un prêtre en 1839", mauvaise lecture du manuscrit qui porte "en 1835", des pièces de théâtre dont deux tragédies en vers, "" et "La Conspiration des poudres", et des poèmes. Alors qu'en 1847, il avait été accueilli par sa grand-tante Charuel au 2 de la rue Thérèse, près de la butte Saint-Roch, en 1848, il obtient de son père de pouvoir louer un appartement meublé, qu'il partage avec Édouard Bonamy, un autre étudiant originaire de Nantes, dans un immeuble situé au 24, rue de l'Ancienne-Comédie, donnant sur la place de l'Odéon. Paris vit alors une période révolutionnaire (voir "Révolution française de 1848"). En février, le roi Louis-Philippe a été renversé et s'est enfui ; le , a été établi le gouvernement provisoire de la Deuxième République. Les manifestations se succèdent et le climat social est tendu. En juin, les barricades se dressent de nouveau dans Paris (voir "Journées de Juin") ; le gouvernement envoie le général Cavaignac écraser l'insurrection. Fin juin, quand le futur écrivain arrive dans la capitale, Cavaignac vient de former un gouvernement qui durera jusqu'à la fin de l'année. Verne écrit à ses parents : Le , Jules Verne passe avec succès son examen d'entrée en deuxième année de droit. Lorsqu'Édouard Bonamy quitte Paris pour retourner à Nantes vers la fin de l'année, il obtient une chambre pour lui seul, dans la même maison. Son oncle Chateaubourg l'introduit dans les salons littéraires. Il fréquente celui de , amie de sa mère, et de . Tout en continuant ses études, il écrit de nombreuses pièces qui resteront pour la plupart inédites jusqu'en 1991 avant d'être publiées, pour certaines, de manières confidentielles dans les trois volumes des "Manuscrits nantais" et connaîtront une publication "grand public" en 2006 aux Éditions du Cherche-Midi sous le titre "Jules Verne : Théâtre inédit". Jules Verne dévore les drames de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, d'Alfred de Vigny, les comédies d'Alfred de Musset, mais il avoue une préférence pour deux classiques : Molière et Shakespeare. L'influence la plus fortement exercée à cette époque sur le jeune écrivain est celle de Victor Hugo. Verne raconte à Robert H. Sherard : . Durant cette période, les lettres de Jules Verne à ses parents concernent essentiellement ses dépenses et l'argent dont il a besoin. Cependant, au mois de , un autre événement inquiète le jeune étudiant : . Au même moment, Jules Verne doit se soumettre à la conscription, mais est épargné par le tirage au sort. Il écrit à son père : Ce violent pamphlet contre l'armée n'est pas seulement une réaction de jeunesse. Toute sa vie, Jules Verne professera des idées antimilitaristes, non seulement dans ses lettres, mais aussi dans ses romans où il expose son dégoût de la guerre, à commencer par son premier roman, lorsque le "Victoria" survole deux peuplades aux prises au cours d'un combat sanguinaire : Mais cet antimilitarisme sera entaché par des idées ambiguës après la guerre de 1870 et les événements de la Commune, surtout au moment de l'affaire Dreyfus, et de nombreux héros verniens seront des militaires. Ainsi "Face au drapeau" (1896) incarne-t-il l'état d'esprit militariste et revanchard en France, juste avant que n'éclate l'Affaire Dreyfus, et "L'Invasion de la mer" (1905) montrera un Jules Verne, à la fin de sa vie, militariste, colonialiste et impérialiste. À l'hiver 1851, pressé par son père de devenir avocat, il s'inscrit au barreau de Paris et doit entrer chez le jurisconsulte Paul Championnière, ami de Pierre Verne. Mais, le , alors que Jules Verne n'est pas encore entré à son service, Paul Championnière meurt. Verne n'exercera ainsi jamais. Il déménage et occupe une chambre garnie dans un hôtel proche de Notre-Dame-de-Lorette où il donne quelques leçons, ce que son père désapprouve vivement. Puis, il s'installe au sixième étage du 18, boulevard de Bonne-Nouvelle, sur le palier en face de l'appartement de son ami Aristide Hignard avant de s'installer, en face, au 11, boulevard de Bonne-Nouvelle. Jules Verne souffre déjà de maux de ventre et d'estomac. L' vernienne provient peut-être de troubles gastriques héréditaires, mais surtout d'une précoce boulimie, sans doute pathologique. En 1851, il connaît sa première crise de paralysie faciale. Olivier Dumas précise ces attaques qui frapperont Verne quatre fois dans sa vie : « La paralysie faciale de Jules Verne n'est pas psychosomatique, mais due seulement à une inflammation de l'oreille moyenne dont l'œdème comprime le nerf facial correspondant. » Le médiocre chauffage du logement de l'étudiant explique la fréquence de ses refroidissements. Les causes de cette infirmité restent ignorées de l'écrivain ; « il vit dans la permanente inquiétude d'un dérèglement nerveux, aboutissant à la folie. ». Débuts littéraires. À l'occasion de visites de salon, il entre en contact avec Alexandre Dumas par l'intermédiaire d'un chiromancien célèbre de l'époque, le chevalier Casimir d'Arpentigny. Il se lie d'amitié avec le fils de l'écrivain et lui propose le manuscrit d'une comédie intitulée "Les Pailles rompues". Les deux hommes corrigent la pièce et Dumas fils obtient de son père qu'elle soit jouée au Théâtre-Historique. Nous sommes le , Jules Verne a vingt-deux ans. En 1851, il rencontre Pierre-Michel-François Chevalier dit Pitre-Chevalier (1812-1863). Celui-ci, breton et nantais comme Jules Verne, est directeur et rédacteur en chef de la revue "Musée des familles". Verne lui soumet une nouvelle, "Les Premiers Navires de la marine mexicaine" qui parait dans la revue de Pitre-Chevalier en et qui sera repris, mais remanié, en 1876 chez Hetzel à la suite de "Michel Strogoff" sous le titre "Un drame au Mexique". La même année Pitre-Chevalier accepte une deuxième nouvelle, "Un voyage en ballon", qui, en 1874, prendra comme titre "Un drame dans les airs", chez Hetzel. Sans doute par l'entremise d'Alexandre Dumas fils, en 1852, Verne entre en relation avec les frères Seveste qui viennent de reprendre le Théâtre-Historique après la faillite due aux prodigalités de Dumas père. La nouvelle salle devient le Théâtre-Lyrique. Jules Seveste, le nouveau directeur, engage comme secrétaire Verne, qui ne touche d'abord pas de salaire avant d'être rémunéré à hauteur de . En revanche, il peut faire jouer ses pièces, la plupart écrites en collaboration avec Michel Carré. En , il prend sa décision et refuse la charge d'avoué que son père lui propose. Un an plus tôt, il avait écrit à sa mère : « […] je puis faire un bon littérateur, et ne serais qu'un mauvais avocat, ne voyant dans toutes choses que le côté comique et la forme artistique et ne prenant pas la réalité sérieuse des objets. […] ». Il fréquente la Bibliothèque nationale. Au début de 1851, Verne fait la connaissance du géographe et infatigable voyageur, Jacques Arago, célèbre pour un récit de "Voyage autour du monde" qu'il a fait sur "L'Uranie" avec la mission de Freycinet entre 1817 et 1821, qui continue à parcourir le monde malgré sa cécité et qui publie le récit de ses voyages autour du monde sous le titre "Souvenirs d'un aveugle". Le jeune écrivain retrouve près de lui toutes les sensations de ses premières lectures. Jacques Arago lui ouvre des horizons et l'entraîne vers un genre nouveau de littérature, alors en pleine expansion, le récit de voyage. En 1852, deux autres textes de Verne paraissent dans le "Musée des familles" : "Martin Paz", une longue nouvelle et une comédie-proverbe en un acte, en collaboration avec Pitre-Chevalier "Les Châteaux en Californie". En , il s'éloigne un moment de Paris pour se rendre à La Guerche, où son oncle Prudent offre un grand repas afin de fêter le retour de Paul Verne, le frère de Jules, aspirant auxiliaire dans la marine. Avec son ami Aristide Hignard, Jules Verne fréquente le salon du musicien Talexy qui sera plus tard un des « Onze sans femmes ». Ils se lancent dans l'opérette, ou plutôt l'opéra-comique, au moment où Jacques Offenbach crée un véritable engouement pour ce genre de spectacle. Le , est représenté "Le Colin-maillard" au Théâtre-Lyrique. C'est une période où Jules Verne ne cesse d'écrire. Des nouvelles de cette époque, on peut citer "Pierre-Jean" et "Le Siège de Rome" qui restera inédit jusqu'en 1994. Il travaille aussi sur "Monna Lisa" commencé dès 1851 et qu'il ne finira qu'en 1855. Au cours d'un séjour à Nantes, l'écrivain s'est amouraché de Laurence Janmar. En , le président Janvier de la Motte donne un grand bal travesti. Le jeune écrivain y retrouve celle qu'il convoite. Laurence Janmar, habillée en gitane, se plaint à son amie que son corset, trop riche en baleines, lui meurtrit les côtes. Verne, toujours à l'affût d'un bon mot, soupire alors : « Ah ! que ne puis-je pêcher la baleine sur ces côtes ? ». Laurence Janmar épousera finalement un certain Charles Louis Salomon Duvergé le . Le vendredi , Jules Seveste meurt d'une apoplexie foudroyante. Son successeur, Émile Perrin, tente de retenir Jules Verne, mais ce dernier tient à garder sa liberté. Perrin va jusqu'à lui proposer la direction du Théâtre-Lyrique. « J'ai refusé. Il m'a même offert de diriger le théâtre, moi seul, tout en restant directeur en nom et ayant une part dans les bénéfices ; j'ai refusé encore ; je veux être libre et prouver ce que j'ai fait. » Dans le "Musée", en , un nouveau texte de l'écrivain : "Maître Zacharius ou l'Horloger qui avait perdu son âme", un conte fantastique profondément imprégné de l'influence d'Hoffmann. Zacharius, maître-horloger de Genève, a rendu ses horloges si régulières qu'elles sont devenues parfaites… Mais un jour, elles se dérèglent une à une. Malgré son refus de devenir directeur du "Théâtre-Lyrique", Verne y conserve son poste de secrétaire jusqu'à fin 1855, ce qui lui permet de représenter, le de cette année, un second opéra-comique écrit sur une musique d'Hignard, "Les Compagnons de la Marjolaine" qui connaîtra vingt-quatre représentations. Jules Verne écrit à son père : « J'étudie encore plus que je ne travaille ; car j'aperçois des systèmes nouveaux, j'aspire avec ardeur au moment où j'aurai quitté ce Théâtre-Lyrique qui m'assomme. ». C'est une période d'intense activité créatrice. Les pièces de théâtre s'accumulent. Il peaufine notamment l'une d'entre elles, une comédie en cinq actes en vers, "Les Heureux du jour", qui semble lui tenir particulièrement à cœur. Il écrit plusieurs nouvelles, dont "Le Mariage de M. Anselme des Tilleuls" et "Un hivernage dans les glaces". Cette dernière paraît en 1855 dans le "Musée des familles" et sera reprise mais modifiée par Hetzel en 1874 pour paraître dans le volume de nouvelles "Le Docteur Ox". De tous les manuscrits de Verne avant sa rencontre avec Hetzel, c'est celui qui se rapproche le plus des "Voyages extraordinaires", véritable prélude aux "Aventures du capitaine Hatteras". À cette époque, il est atteint d'une deuxième crise de paralysie faciale. Son ami et médecin Victor Marcé le soigne à l'aide de l'électricité. Il déménage et s'installe au cinquième étage d'un immeuble au 18 boulevard Poissonnière. Jules Verne parle alors de mariage dans presque toutes les lettres à sa mère ; il lui demande de lui trouver une épouse, parfois sur le ton de la plaisanterie : « J'épouse la femme que tu me trouveras ; j'épouse les yeux fermés et la bourse ouverte ; choisis, ma chère mère, c'est sérieux ! » ou « Trouvez-moi une femme bossue et qui ait des rentes . ». Mais on sent bien que l'angoisse de l'avenir le tiraille : « Toutes les jeunes filles que j'honore de mes bontés se marient toutes invariablement dans un temps rapproché ! Voire ! , , , et enfin . ». Après le mariage de Laurence Janmar avec Duvergé, Verne, amoureux éconduit, s'interroge. Pour le consoler, sa mère l'envoie en à Mortagne pour y connaître un bon parti. Il lui répond dans une lettre où il invente une rencontre avec le père de sa future, d'un humour scatologique et agressif. En , Auguste Lelarge, ami de Jules Verne va se marier avec Aimée de Viane. Il demande à l'écrivain d'être son témoin. Celui-ci accepte. Le mariage doit se dérouler le à Amiens, ville de la fiancée. À l'occasion de son séjour, Verne y fait la connaissance de la sœur de la mariée, Honorine, veuve à d'Auguste Morel et mère de deux filles, Louise Valentine (1852-1916) et Suzanne Eugénie Aimée (1853- ?). Mariage et bourse. Honorine du Fraysne de Viane (1830-1910) séduit assez vite Jules Verne. Dans une lettre enthousiaste à sa mère, il lui fait remarquer : « Je ne sais pas, ma chère mère, si tu ne trouveras pas quelque différence entre le style de cette page et celle qui la précède, tu n'es pas habituée à me voir faire ainsi un éloge général de toute une famille, et ta perspicacité naturelle va te faire croire qu'il y a quelque chose là-dessous ! Je crois bien que je suis amoureux de la jeune veuve de vingt-six ans ! Ah ! pourquoi a-t-elle deux enfants ! Je n'ai pas de chance ! » Jules Verne envisage rapidement de se marier mais il lui faut une situation stable, ses revenus littéraires étant alors insuffisants. Avec l'aide de son futur beau-frère, Ferdinand de Viane, il envisage des plans d'investissement en bourse et de se lancer dans une activité d'agent de change. Or, s'il suffit d'obtenir une charge, il faut de l'argent pour l'acquérir. Il demande à son père pour acheter 1/ de cette charge. Son père s'inquiète de cette nouvelle lubie. Jules Verne lui répond : « Je vois bien que tu me prends encore pour un garçon irréfléchi, se montant la tête pour une idée nouvelle, tournant à tous les vents de la fantaisie et ne voulant m'occuper de "change" que par amour du "changement". […] Il est moins question que jamais d'abandonner la littérature ; c'est un art avec lequel je me suis identifié et que je n'abandonnerai jamais ; […] mais tout en m'occupant de mon art, je me sens parfaitement la force, le temps et l'activité de mener une autre affaire. […] Il me faut une position, et une position offrable, même aux gens qui n'admettent pas les gens de lettres ; la première occasion de me marier, je la saisis d'ailleurs ; j'ai par-dessus la tête de la vie de garçon, qui m'est à charge […] cela peut paraître drôle, mais j'ai besoin d'être heureux, ni plus ni moins. ». Et quelques semaines plus tard : « Je n'accepterais d'avoir atteint l'âge de plusieurs de mes amis et d'être à courir comme eux après une pièce de cent sols. Non, certes, cela peut être drôle et faisable à vingt ans, mais pas au-dessus de trente ans. » Pierre Verne finit par céder. Jules se retrouve remisier chez l'agent suisse Fernand Eggly, originaire de Genève, au 72, rue de Provence, à Paris. Auguste Morel n'est décédé que depuis dix mois. À l'époque, le deuil se portait longtemps. Pourtant, les événements se précipitent. Aimée De Viane, par son mariage avec Auguste Lelarge, est devenue la belle-sœur d'Henri Garcet, cousin de Jules Verne. C'est sans doute son ami Charles Maisonneuve qui lui permet d'entrer chez Eggly, étant lui-même remisier chez un confrère. D'ailleurs, il n'est pas certain que Jules Verne ait acheté la part que l'on dit, le remisier étant appointé et non associé. Le futur marié est pris de frénésie, au point de s'occuper de tout durant le mois de . Il ne veut personne de la famille : « Je me charge, mon cher père, de voir ma tante Charuel à cet égard et de la mettre au courant de nos affaires. Quant à l'inviter, je tiens essentiellement à n'en rien faire ! Je dirai que le mariage se célèbre à Amiens ; rien ne me serait plus désagréable que cette invitation. » Le , est signé à Essome, chez Auguste Lelarge, notaire, le contrat de mariage. Le mariage a lieu le . Le matin, ils se retrouvent à la mairie du (actuellement mairie du ). Puis le groupe de treize personnes prend la direction de l'église Saint-Eugène qui venait d'être édifiée dans la nouvelle "rue Sainte-Cécile", à l'emplacement de l'ancien conservatoire de musique. Après la cérémonie religieuse, c'est le déjeuner, treize couverts « à tant par tête », comme l'avait voulu et annoncé Jules Verne lui-même : « J'étais le marié. J'avais un habit blanc, des gants noirs. Je n'y comprenais rien ; je payais tout le monde : employés de la mairie, bedeaux, sacristain, marmiton. On appelait : "Monsieur le marié !" C'était moi ! Dieu merci, il n'y avait que douze spectateurs ! » Le couple et les deux enfants demeurent jusqu'à la mi-avril dans l'appartement du boulevard Poissonnière puis s'installe rue Saint-Martin, dans le quartier du Temple. Comme coulissier, d'après le journaliste Félix Duquesnel, il « réussissait plus de bons mots que d'affaires ». À la même époque, Jules Verne semble avoir eu des maîtresses mais si des noms circulent (telles Estelle Henin (morte en 1865) ou une comédienne roumaine), les faits n'ont jamais formellement été établis. Jules Verne fait la connaissance d'Estelle Hénin en . Marguerite Allotte de La Fuÿe évoque cette femme dans sa biographie de 1928 : . D'après elle, Estelle serait morte en 1885, date reprise par Jean-Jules Verne, qui note qu'elle habitait Asnières. Dans sa thèse sur Jules Verne (1980), Charles-Noël Martin confirme l'existence d'Estelle Duchesne, mais pense qu'elle est morte le . Estelle Hénin épouse Charles Duchesne, clerc de notaire à Cœuvres, le . En 1863, Estelle s'installe à Asnières, cependant que son mari continue de travailler à Cœuvres. Les visites de Jules Verne à la maison des Duchesne à Asnières se situent de 1863 à . Estelle meurt après la naissance de sa fille Marie. Pour certains verniens, Marie Duchesne pourrait être la fille de l'écrivain, mais d'autres contestent la méthode de recherche et les conclusions jugées hâtives de Percereau. Dans cette période, il écrit une nouvelle, "San Carlos", qui conte comment des contrebandiers espagnols se jouent des douaniers français. En 1857, paraît le premier recueil de chansons "Rimes et mélodies", sur une musique d'Hignard, chez l'éditeur Heu qui comprend sept chansons : "Tout simplement", "Les Bras d'une mère", "Les Deux troupeaux", "La Douce attente", "Notre étoile", "Chanson Scandinave" et "Chanson turque". L'année suivante, il connaît sa troisième crise de paralysie faciale. Le , aux Bouffes-Parisiens, se joue la première de "Monsieur de Chimpanzé", opérette en un acte, toujours avec Hignard. Le sujet est curieux, lorsqu'on sait que l'auteur est tout nouveau marié : Isidore, le héros, est obligé de faire le singe pour pouvoir épouser sa belle. Le , Jules Verne écrit à son père : « Alfred Hignard m'offre, ainsi qu'à son frère, un passage gratuit d'aller et retour en Écosse. Je me hâte de saisir aux cheveux ce charmant voyage… » Voyages et paternité. En 1859, il entreprend ainsi un voyage en Angleterre et en Écosse en compagnie d'Aristide Hignard. Il prend des notes et, dès son retour, couche ses impressions sur le papier. Ce récit est le premier travail de Jules Verne proposé à son futur éditeur Hetzel, qui le refuse. Verne s'en inspirera alors pour la rédaction de ses romans écossais. Entre 1860 et 1861, le couple déménage trois fois : de la rue Saint-Martin au 54, boulevard Montmartre, puis au 45, boulevard Magenta, enfin au 18, passage Saulnier. Le , de nouveau grâce à Alfred Hignard, les deux amis, ainsi qu'Émile Lorois, s'embarquent pour la Norvège. L'écrivain ne rentrera que cinq jours après qu'Honorine a accouché d'un garçon, Michel, le . Il continue son métier à la Bourse. Rencontre avec Pierre-Jules Hetzel. Marguerite Allotte de La Fuÿe invente de toutes pièces l'introduction de Verne chez l'éditeur. L'écrivain, découragé, aurait jeté au feu le manuscrit de "Cinq Semaines en ballon", que sa femme aurait retiré des flammes. Vingt-cinq ans plus tard, elle se contredit lors d'une émission radiophonique en créant la légende de l'introduction de Verne chez Hetzel grâce à Nadar. Bernard Frank, dans sa biographie copiée d'Allotte, nous gratifie, lui, d'un dialogue dramatique dans la chambre de l'éditeur. Parménie et Bonnier de la Chapelle pensent, quant à eux, que l’écriture de "Cinq Semaines en ballon", est due aux expériences du "Géant" de Nadar, ce qui s'avère un anachronisme, l'expérience ayant eu lieu six mois après l'écriture du roman () et Verne n'assistant à un vol du "Géant" que le . S'il ne prend pas part au vol, il laisse un article sur l'expérience qu'il publie dans le "Musée des familles" sous le titre "À propos du Géant". Comme l'écrit Volker Dehs, il est possible qu'Hetzel ait rencontré Verne dès 1852 ou 1858, ainsi qu'en témoignent deux invitations écrites par Philippe Gille, datées des mardi et mardi , à un dîner, retrouvées dans les archives Hetzel à la Bibliothèque nationale de France. D'une manière certaine, c'est par une lettre de Verne à Henri d'Alméras qui préparait un article sur l'écrivain pour son "Avant la gloire, leurs débuts", que l'on apprend que la rencontre eut lieu en 1861 : Il s'agit du romancier Alfred de Bréhat. Les "Voyages extraordinaires". En 1861, après avoir proposé le "Voyage en Angleterre et en Écosse" qui est refusé par Pierre-Jules Hetzel, Jules Verne lui soumet un manuscrit nommé "Un voyage en l'air". Hetzel lui demande de le retravailler de manière plus scientifique avec déjà l'idée d'inventer une littérature vulgarisant la science. Jules Verne revient quelques semaines plus tard avec ce qui deviendra son roman "Cinq Semaines en ballon". Celui-ci paraît le et connaît un immense succès, même au-delà des frontières françaises. Le premier tirage est de et du vivant de l'auteur, il s'en vendra . Il signe l'année suivante avec Pierre-Jules Hetzel un contrat aux termes duquel il s'engage à fournir deux volumes par an. En 1865, un nouveau contrat l'engage à trois volumes à l'année. Jules Verne s'engage à fournir des romans notamment pour le "Magasin d'éducation et de récréation", revue destinée à la jeunesse. En fait, il va travailler pendant quarante ans à ses "Voyages extraordinaires" qui compteront et et signera avec son éditeur six contrats consécutifs. Dans la foulée de ce succès, Jules Verne propose à son éditeur un récit qu'il a écrit vers 1860, "Paris au". L'éditeur, en termes violents, refuse absolument ce travail qu'il juge nuisible à sa réputation et va à l'encontre de l'idée qu'il se fait de Verne. Abandonné, le roman ne sera publié finalement qu'en 1994 par Hachette et Le Cherche midi associés. Dès le , Jules Verne est admis comme membre de la "Société des auteurs et compositeurs dramatiques". Le , son ami Nadar l'invite au lancement du ballon "Géant", qui a lieu depuis le Champ-de-Mars à Paris. Le , il fait paraître dans le "Musée des familles" un article relatant l'expérience de Nadar ("À propos du Géant"). Le photographe crée alors avec Gabriel de La Landelle la Société d'encouragement de la locomotion aérienne au moyen du plus lourd que l'air, dont Jules Verne est le censeur. Vers cette époque, il découvre l'univers d'Edgar Poe au travers des traductions de Charles Baudelaire. L'écrivain américain le fascine, au point qu'il lui consacre la seule étude littéraire qu'il ait écrite, parue en avril 1864 dans le "Musée des familles" : "Edgard Poe et ses œuvres". C'est à cette date (1864) qu'il publie le roman "Aventures du capitaine Hatteras", ouvrage qui paraît d'abord dans le "Magasin d'éducation et de récréation" en deux parties : "Les Anglais au Pôle Nord" (publié du au ) et "Le Désert de glace" (du au ) avant d'être édité en volume () sous le titre "Voyages et aventures du Capitaine Hatteras". Il s'agit en réalité du premier titre à porter l'appellation , "Cinq Semaines en ballon", qui quant à lui entre dans la série , ne le prenant que dans ses rééditions à partir de 1866. "Hatteras" est suivi dès par la publication de "Voyage au centre de la Terre" (édition originale in-18 le , puis en grand in-octavo le ). Ces trois premiers romans de Jules Verne sont d'immenses succès. Il peut ainsi abandonner la bourse et déménage à Auteuil au 39, rue La Fontaine dans un logement beaucoup plus vaste où le couple peut recevoir. En 1865, il devient membre de la Société de géographie. Il publie dans le "Bulletin de la Société" divers textes dont "Histoire de la guerre civile américaine (1861-1865)" (1868), un rapport sur l'ouvrage de Louis Cortambert et F. de Tranaltos ou "Les Méridiens et le calendrier" (janvier-). Il décide de louer en une maison au Crotoy. Il s'installe alors dans une dépendance de la propriété Millevoye. Il est en pleine rédaction de sa "Géographie illustrée de la France et de ses colonies" ainsi que de "Vingt Mille Lieues sous les mers". Honorine, Suzanne, Valentine et Michel peuvent ainsi profiter des bains de mer. En , il loue à la propriété même un appartement pour l'été puis, au printemps 1868, une petite villa de deux étages, "La Solitude". Il se fait alors construire un bateau, le "Saint-Michel", une chaloupe de pêche aménagée pour la plaisance. Les plans du bateaux sont établis par le marin Paul Bos (1826-1886). En , il s'installe à l'année dans "La Solitude" et y vit effectivement à partir d'. Le , en compagnie de son frère Paul, il embarque sur le "Great Eastern" à Liverpool pour les États-Unis. Il tirera de sa traversée le roman "Une ville flottante" (1870). Le , il fonde avec Victor Massé, Léo Delibes, Auguste Lelarge, Fournier-Sarlovèze, Bazille, Bertall, Charles Béchenel et Aristide Hignard le Club des « Onze-sans-femmes », un dîner hebdomadaire d'autres célibataires sans métiers définis qui peut aussi se comprendre par comme l'écrit William Butcher : . En il s'installe à Amiens. Il écrit alors à son ami Charles Wallut : . Son père, Pierre Verne, meurt d'une attaque le , à Nantes. Il se rend aux obsèques puis regagne Amiens et se plonge dans l'écriture du "Tour du monde en". Il fréquente la bibliothèque de la Société industrielle où il peut se documenter grâce à son important fonds de revues scientifiques et le , devient membre titulaire de l'Académie des sciences, des lettres et des arts d'Amiens, « à l'unanimité des suffrages ». Contrairement à l'usage, il ne fait alors pas un discours de réception mais lit un passage de son futur roman à paraître "Le Tour du monde en ". En 1875, il en est élu directeur ainsi qu'en 1881 et, à cette occasion, il prononce plusieurs discours de réception, notamment en 1875, pour un de ses amis, le caricaturiste Gédéon Baril, qui signera en 1881 les illustrations de "Dix Heures en chasse" chez Hetzel, nouvelle que Jules Verne a auparavant lue le , en séance publique à l'Académie d'Amiens et qu'Hetzel reprend à la suite du "Rayon vert", dans un texte remanié. Dès , l'Académie française couronne le "Magasin d'Éducation et de Récréation" (Jules Verne, P.-J. Stahl, Jean Macé) par le Prix Montyon. Il recevra le même prix, à titre individuel, en 1872 pour l'ensemble "Cinq Semaines en ballon", "Voyage au centre de la Terre", "Vingt Mille Lieues sous les mers", "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune" et lors de la séance de l'Académie française du , ce sont tous les ouvrages de Jules Verne dans leur ensemble parus chez Hetzel en dehors du "Magasin d’Éducation" qui sont couronnés. À cette occasion, Patin, secrétaire perpétuel de l'Académie, fait l'éloge de Jules Verne : . En 1869, Hetzel pousse Jules Verne a entrer à l'Académie française. Celui-ci lui répond : . Malgré tout, en , Jules Verne fait une première démarche pour postuler. Il écrit à Hetzel : . En vain. En 1883, il tente de nouveau sa chance par l'intermédiaire d'Alexandre Dumas fils, en espérant ainsi les voix de Victorien Sardou, d'Eugène Labiche et de Maxime Du Camp mais il sait qu'il a deux redoutables concurrents : Alphonse Daudet et Edmond About. C'est ce dernier qui sera élu. Après un nouvel échec en 1884, en 1892, alors qu'une place est de nouveau libre, Jules Verne remarque que depuis sa première candidature, ce sont pas moins de trente-sept académiciens qui sont morts et qu'à aucun moment son nom n'a été sérieusement retenu. Il écrit : . Du au parait, dans "Le Temps", "Le Tour du monde en quatre-vingts jours" repris la même année en volume par Hetzel. L'adaptation théâtrale de la pièce en 1874-1875 en collaboration avec Adolphe d'Ennery obtient un prodigieux succès. D'Ennery touche 7 % des recettes, Verne 5 % dont il abandonne la moitié, 1,5 % à Édouard Cadol et 1 % à Émile de Najac. Ce dernier, secrétaire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, avait été chargé de faire une adaptation destinée aux États-Unis à partir de la deuxième version établie par Cadol, version qui n'aboutit pas Jules Verne, membre du Yacht Club de France depuis le , dont il est aussi membre honoraire, fait construire le "Saint-Michel II" par l'architecte Abel Le Marchand le . Celui-ci est mis à l'eau trois mois plus tard, le . Il s'agit d'un cotre de plaisance sur les plans d'une « hirondelle de la Manche ». Jules Verne a sillonné la Manche et l'Atlantique pendant , avant d'acquérir son successeur à l'été 1877. 1876 est aussi le début du travail avec D'Ennery sur l'adaptation théâtrale des "Enfants du capitaine Grant". La même année, il obtient de la justice que son fils mineur Michel, au comportement rebelle, soit placé pour six mois dans une maison de redressement, la colonie pénitentiaire de Mettray. À la fin , Honorine Verne, qui organisait tous les mercredis soir des réunions de jeux et de salon, est victime d'abondantes métrorragies qui manquent la faire mourir. Elle est sauvée par une transfusion de sang, cas rarissime à l'époque mais sera de nouveau reprise en . Elle ne peut ainsi être présente au bal costumé que Jules Verne a organisé, sur le thème du Voyage à la Lune, pour introduire son fils et ses belles-filles dans la bonne société amiénoise. Les invitations ont été lancées le lundi de Pâques . Y est présent, entre autres personnalités, et parmi plus de sept cents invités, son ami Nadar, le modèle de Michel Ardan, héros de ses romans "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune", déguisé en son personnage, sortant d'un obus qu'on avait roulé au milieu des quadrilles. Début 1878, Jules Verne, en parallèle aux finitions de l'adaptation des "Enfants du capitaine Grant", commence celle de "Michel Strogoff" qu'il évoque depuis l'année précédente. De juin à août 1878, il navigue de Lisbonne à Alger sur le "Saint-Michel III", puis, en juillet 1879, en Écosse et en Irlande. Troisième croisière en juin 1881, avec son frère, son neveu Gaston et Robert Godefroy : il visite la mer du Nord, la Hollande, l'Allemagne, puis, par le canal de l'Eider, Kiel et la Baltique jusqu'à Copenhague. Paul Verne écrit le récit de ce dernier voyage qui est publié en 1881 chez Hetzel sous le titre "De Rotterdam à Copenhague", à la suite de "La Jangada", dans une version revue, à la demande de l'éditeur, par Jules Verne. Embarqué de force pour un voyage aux Indes pendant l'été 1879, Michel Verne est mis à la porte par son père en mais continue de vivre à Amiens où son père lui verse une pension. En 1882, Jules Verne déménage du 44, boulevard Longueville, où il réside depuis 1873, pour emménager au 2, rue Charles-Dubois, la fameuse maison à la tour surmontée d'un belvédère, qui présente des similitudes frappantes avec les maisons à tour dans deux de ses romans posthumes, "Le Secret de Wilhelm Storitz" et "La Chasse au météore". Le , il donnera un second bal dans sa nouvelle demeure, bal auquel sa femme peut, cette fois, assister. Il décide en 1884 de faire une grande croisière autour de la Méditerranée. Le "Saint-Michel III" dont le port d'attache était Le Tréport, quitte Nantes le . À son bord, se trouvent Paul Verne, Robert Godefroy, Edgar Raoul-Duval, Michel Verne, Louis-Jules Hetzel et son neveu Maurice (1862-1947), fils de Paul, qui prend des notes. Il compte retrouver sa femme, en visite chez sa fille Valentine et son gendre, en Algérie. Le navire arrive à Vigo le 18, à Lisbonne le 23. Verne passe à Gibraltar le . À son arrivée à Oran, il retrouve Honorine et est reçu par la Société de géographie de la ville. Les journaux lui consacrent de nombreux articles. Le , il est à Bône où le bey de Tunis met à sa disposition un wagon spécial. Retrouvant son navire, il essuie une tempête près de Malte, visite la Sicile, Syracuse, puis Naples et Pompéi. À Anzio, le groupe prend le train pour Rome. Le , Verne est reçu en audience privée par . Curieusement, le lendemain, il rend visite à la loge maçonnique de la ville. Puis il rencontre Louis-Salvador de Habsbourg-Lorraine, avec lequel il établit une relation épistolaire qui durera jusqu'à la mort de l'écrivain. Deux mois après le départ du navire, Verne est de retour à Amiens. Il s'inspire de ce voyage dans la rédaction de "Mathias Sandorf" qui sera publié dans "Le Temps" du au . Dernières années. Le , il se décide à vendre le "Saint-Michel III". L'entretien du yacht devient dispendieux, son fils s'endette et lui coûte cher. Il le cède, à moitié prix, au courtier maritime Martial Noë en . Contrairement à ce que de nombreux biographes ont écrit, il ne vend donc évidemment pas le "Saint-Michel" à cause de l'attentat dont il est victime le . En effet, à cette date, alors qu'il rentre du Cercle de l'Union vers cinq heures, il trouve, après avoir ouvert sa porte de fer, son neveu Gaston armé d'un revolver. Celui-ci tire sur l'écrivain qu'il atteint à la jambe. Gaston, arrêté, est suspecté de folie. Son père, Paul Verne, déclarera que son fils a tiré sur Jules Verne pour attirer l'attention sur celui-ci afin de le faire entrer à l'Académie française. Gaston Verne restera interné jusqu'à sa mort, le . Robert Godefroy envoie un télégramme à la maison Hetzel. Mais Louis-Jules Hetzel est à Monte-Carlo, au chevet de son père qui s'éteint le . La blessure de Jules Verne dont la balle ne pourra jamais être extraite, lui laissera une légère claudication jusqu'à la fin de sa vie. Le , sa mère, Sophie Verne, meurt, il ne peut se rendre aux obsèques, car il marche difficilement et sa guérison n'avance pas. Il revient cependant une dernière fois à Nantes dans le courant de cette même année, afin de régler les problèmes de succession et vendre la maison de campagne de ses parents sise rue des Réformes à Chantenay. Contraint de se sédentariser, il reporte son intérêt vers la vie de la cité. Le , Jules Verne est élu au conseil municipal d'Amiens sur la liste républicaine (gauche modérée) conduite par Frédéric Petit. Il écrit à son ami Charles Wallut : « Mon unique intention est de me rendre utile et de faire aboutir certaines réformes urbaines. ». Il y siégera jusqu'en 1904 et s'y occupera essentiellement des commissions concernant l'instruction, le musée, le théâtre, la culture en général et l'urbanisme. Après le succès d'estime de la pièce "Mathias Sandorf" écrite par Georges Maurens et William Busnach (1887), et malgré l'échec de "Kéraban-le-Têtu", d'Ennery évoquant une adaptation du "Chemin de France" ou de "Nord contre Sud" dont l'en dissuade Jules Verne, il revient au théâtre en 1888 et passe le mois de décembre chez d'Ennery à Antibes, puis le mois d'août 1890 à Villers-sur-Mer pour travailler à l'adaptation des "Tribulations d'un Chinois en Chine", mais il se brouille avec d'Ennery et la pièce ne sera alors jamais montée. En 1890, il devient un membre très actif de l'Alliance française. Jules Verne n'était en aucun cas un républicain de grande conviction ; il est toute sa vie resté monarchiste, mais de tendance orléaniste. D'après un article du "Bulletin de la Société Jules-Verne", il fait partie des signataires d’une proclamation de la nationaliste Ligue de la patrie française, parue le dans le quotidien "Le Soleil", organe des monarchistes, aux côtés, entre autres de Juliette Adam, Ernest Legouvé, Francisque Sarcey (ces derniers de l’entourage libéral d’Hetzel), Auguste Renoir ou encore François Coppée parmi vingt-deux académiciens, qui, tous, préfèrent, en pleine affaire Dreyfus, l’honneur national au respect de l’individu. La Ligue se présente indépendante et située au-dessus des partis, évite de joindre ses voix au dénigrement antisémite explicite, mais réagit à la fondation précédente de la Ligue des droits de l'homme qui défend l’honneur de Dreyfus. Elle sera dissoute en 1904. Le dossier sur le projet de cirque municipal, déjà proposé durant le précédent mandat du maire, lui prend beaucoup de temps. Il s'y investit fortement, malgré les critiques sur la construction en dur d'un tel édifice. Il fait aboutir son projet et, le , prononce le discours d'inauguration. Chevalier de la Légion d'honneur depuis le , Jules Verne est promu au grade d'officier le , non pas pour ses qualités d'écrivain, mais pour son dévouement de conseiller municipal. Il est décoré le suivant par le préfet de la Somme. Le , son frère Paul meurt des suites de troubles cardiaques dont il souffrait depuis longtemps. Verne reste prostré et refuse tout déplacement. Il écrit à son neveu Maurice : Le , il démissionne de la Société de géographie. Jules Verne travaille pendant plusieurs années avec Adolphe d'Ennery à l'adaptation au théâtre du roman. Les deux hommes finissent par se disputer et la collaboration cesse. En 1899, après la mort de D'Ennery, Pierre Decourcelle, neveu de ce dernier, et Ernest Blum sont envisagés pour reprendre avec Jules Verne le projet, mais il ne verra jamais le jour. Jules Verne envisage de transposer l'action en Perse et la pièce prend alors le nom de "Likao". Finalement, c'est Jules Mary qui est choisi pour collaborateur et un traité est signé avec le directeur du théâtre du Châtelet Émile Rochard pour les représentations. Mais Rochard est remplacé par Alexandre Fontanes à la direction du théâtre. Celui-ci fait monter "Les Cinq Sous de Lavarède" de Paul d'Ivoi, qui se déroule au Japon et en Chine. A "Likao", Fontanes préfère aussi faire monter "L'Archipel en feu" de Charles Samson et Georges Maurens, projet qui ne verra non plus jamais le jour. Les différentes étapes manuscrites de l'adaptation des "Tribulations" n'ont jamais été retrouvées. En 1900, Verne quitte l'hôtel particulier qu'il loue rue Charles-Dubois et réintègre la maison dont il est propriétaire depuis au 44 boulevard de Longueville. L'appartement, moins spacieux, lui permet d'y vivre plus facilement. Il y garde ses habitudes : un cabinet de travail et sa bibliothèque attenante. Toujours la même table sur laquelle il écrit depuis trente ans. L'écrivain avoue à un visiteur, Robert Sherard : « La cataracte a eu mon œil droit, mais l'autre est encore assez bon. » En 1902, il sent ses forces intellectuelles diminuer. À une demande du directeur de l'Académie d'Amiens, il répond : « Vous me demandez d'écrire quelque chose pour l'Académie. Oubliez-vous donc qu'à mon âge les mots s'en vont et les idées ne viennent plus. » Il n'écrit pratiquement plus mais confie à Robert H. Sherard qu'il a beaucoup d'avance et que ce n'est pas si grave qu'il doive travailler lentement. En effet, dès 1892, Verne tient une liste des romans écrits et les corrige au fur et à mesure de leur parution. Malgré tout, il accepte la présidence du Groupe espérantophone d'Amiens. Ardent défenseur de cette toute jeune langue internationale, il promet à ses amis d'écrire un roman où il décrira les mérites de l'espéranto. Il commence la rédaction de "Voyage d'études" vers la fin de l'année. Mais, épuisé, il pose sa plume au bout de six chapitres : lorsqu'il entama la rédaction de ce roman en sur la base d'une trame détaillée, Jules Verne avait en effet situé l'action au Congo. La presse, à la suite d'Edmund Dene Morel, se faisant l'écho en juillet et de graves exactions contre les populations indigènes, Jules Verne suspend sa rédaction. Le brouillon sera repris par son fils Michel, mais l'œuvre finale ("L'Étonnante Aventure de la mission Barsac") ne fera pas allusion à l'espéranto. Le diabète, qui attaque son acuité visuelle, l'anéantit petit à petit. Après une sévère atteinte vers la fin de 1904, une nouvelle crise le terrasse, le de l'année suivante. Jules Verne s'éteint le à Amiens, dans sa maison du 44 boulevard Longueville (aujourd'hui boulevard Jules Verne). Ses obsèques, célébrées à l'église Saint-Martin d'Amiens, attirent une foule de plus de cinq mille personnes. Plusieurs discours sont prononcés, notamment celui de Charles Lemire pour la Société de géographie. L'empereur Guillaume II envoie le chargé d'affaires de l'ambassade d'Allemagne présenter ses condoléances à la famille et suivre le cortège. Ce jour-là, aucun délégué du gouvernement français n'était présent aux funérailles. L'écrivain est inhumé au cimetière de la Madeleine à Amiens. Sa tombe en marbre est réalisée en 1907 par le sculpteur Albert Roze. Intitulée « Vers l'Immortalité et l'Éternelle Jeunesse », elle représente l'écrivain (ou l'allégorie de son œuvre) soulevant la pierre brisée de sa sépulture en écartant le linceul qui le drape, le bras tendu vers le ciel. La tombe est vraisemblablement inspirée par la lettre d'Achille Moullart (1830-1899), directeur de l'Académie d'Amiens, qui lors de la réception de Jules Verne à l' Académie avait écrit : . Honorine Verne rejoint son mari, cinq ans après, le . Sept romans de Jules Verne et un recueil de nouvelles paraîtront après sa mort, publiés par son fils Michel Verne, qui prendra la responsabilité de remanier les manuscrits. En 1907, un huitième roman, "L'Agence Thompson and Co.", sera entièrement écrit par Michel, mais paraîtra sous le nom de Jules Verne. Postérité. Les romans de Jules Verne seront fréquemment adaptés au cinéma et à la télévision, leur récit à grand spectacle se prêtant particulièrement aux productions hollywoodiennes. Il en est de même de la bande dessinée. Ses personnages sont des icônes de l'imaginaire populaire (tels Phileas Fogg, le capitaine Nemo ou Michel Strogoff). De nombreux navires portent ou ont porté son nom et de nombreux événements lui sont dédiés, parmi lesquels : Vladimir Poutine affirme en 2005 qu'« il est rare de trouver aujourd'hui en Russie quelqu'un qui, enfant, ne se soit pas passionné pour Jules Verne ou Dumas. » Entre autres, en France, la Société Jules-Verne, fondée en 1935 et le Centre international Jules-Verne, fondé en 1971, regroupent une importante communauté de chercheurs dits Verniens travaillant à la mise en valeur et au développement scientifique des recherches sur Jules Verne. Ces deux organismes publient le "Bulletin de la Société Jules-Verne" et la "Revue Jules Verne". Aux États-Unis existent la North American Jules Verne Society et la revue en ligne "Verniana", bilingue, et en Amérique latine la Sociedad Hispánica Jules Verne qui édite la revue "Mundo Verne". D'autres associations, moins importantes, existent aussi dans différents pays, comme la Pologne ou les Pays-Bas. Deux musées lui sont consacrés, la Maison de Jules Verne à Amiens et le Musée Jules-Verne à Nantes. En 2005, une exposition intitulée "Jules Verne, le roman de la mer" lui est consacrée au Musée national de la Marine à Paris. En 2015, Jules Verne est le vingt-troisième personnage le plus célébré au fronton des publics et établissements privés conventionnés français : pas moins de 230 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, derrière Joseph (880), Jules Ferry (642), Notre-Dame (546), Jacques Prévert (472), Jean Moulin (434). Par ailleurs, une rue parisienne longue de 142 mètres, située entre le 21 rue de l'Orillon et le 98 Faubourg du-Temple, porte son nom, comme la rue la plus fréquentée de Port-Joinville sur l'Île d'Yeu. Au total, Arnaud Wajdzik, journaliste à "Ouest-France" en 2020 ne parvient pas à en faire le décompte. En 2022, le Musée de Nantes organise une exposition autour du cent-cinquantenaire du "Tour du Monde". Adaptations au cinéma. Dès le début du , l'œuvre de Jules Verne a fortement inspiré le cinéma. Avec plus de trois cents adaptations au cinéma et à la télévision réalisées dans le monde, dont une centaine à Hollywood, Jules Verne est le quatrième auteur le plus porté à l'écran, après Shakespeare, Dickens et Conan Doyle. "Le Tour du monde en " est un des romans les plus adaptés. Dès 1913, il l'est en Allemagne par Carl Werner puis en 1919 par Richard Oswald. Un "serial" librement adapté par Reeves Eason et Robert Hill est tourné en 1923 : "Around the World in 18 days" où, à travers douze épisodes William Desmond et Laura La Plante se promènent en dix-jours en utilisant toutes sortes de moyens de locomotion. En 1956, le succès est immense pour "Le Tour du monde en quatre-vingts jours" de Michael Anderson produit par Michael Todd et en 1963, est créée la parodie "The Three Stooges Go Around the World in a Daze". Parmi les nombreuses adaptations du roman, citons encore un téléfilm de Pierre Nivollet en 1975, le documentaire "Autour du monde avec Douglas Fairbanks" (1931), l'adaptation très libre de Frank Coraci "Around the World in 80 Days" en 2004, la mini-série du même nom de Buzz Kulik en 1989 ou encore le dessin-animé nippo-espagnol "La Vuelta al Mundo de Willy Fog" en 1981. Du vivant même de l'auteur, Ferdinand Zecca réalise en 1901 "Les Enfants du capitaine Grant". Ce roman est de nouveau adapté en 1913 par Henry Roussel puis en Russie, en 1936, et David Gutman en réalisent la première version parlante et en 1962 Walt Disney Pictures produit "In Search of the Castaways" réalisé par Robert Stevenson avec Maurice Chevalier qui prête ses traits à Jacques Paganel . Le propre fils de l'écrivain, Michel crée la Société "Le Film Jules Verne" en 1912 et signe en parallèle un contrat avec la société d'édition Éclair Films. Il leur cède les droits d'adaptation de huit romans de son père, prend part au tournage des "Enfants du Capitaine Grant" (1914) et supervise "Les Indes noires" en 1916-1917 avant de résilier son contrat avec Éclair en . Il s'associe alors avec un homme d'affaires, Jules Schreter, pour développer sa société. En 1918-1919, il réalise ainsi : "L'étoile du Sud", "Les 500 millions de la Bégum" et "La Destinée de Jean Morénas". La société "Le Film Jules Verne" est vendue en 1932 au producteur Alexander Korda et à la London Films puis cesse ces activités en 1966. Avec plus ou moins de fidélité aux romans d'origine et plus ou moins de réussite, les projets d'adaptation se multiplient dès la période du cinéma muet, parmi lesquels certains feront date comme ceux de Georges Méliès dont le plus célèbre est "Le Voyage dans la Lune" (1902), comme "Vingt Mille Lieues sous les mers" de Stuart Paton en 1916, comme "Michel Strogoff" de Victor Tourjanski en 1926. Avec le cinéma parlant, l'œuvre de Jules Verne sera une source d'inspiration durable pour le cinéma hollywoodien qui en produira régulièrement des adaptations : "Vingt Mille Lieues sous les mers" de Richard Fleischer (1954), film qui connaîtra une redistribution en 1963 et une autre en 1971, marquera le début d'un cycle d'adaptations verniennes qui durera plus de dix-sept ans dont "Tour du monde en quatre-vingts jours" par Michael Anderson (1956), "Voyage au centre de la Terre" d'Henry Levin (1959), "L'Île mystérieuse" de Cy Endfield (1961), "Cinq Semaines en ballon" d'Irwin Allen (1962), "L'Étoile du sud" de Sidney Hayers et Orson Welles (1969), "Le Phare du bout du monde" de Kevin Billington (1971) et en Espagne "Un capitaine de quinze ans" de Jesús Franco (1974), en France "Les Tribulations d'un Chinois en Chine", adaptation fantaisiste de Philippe de Broca en 1965, en Tchécoslovaquie "Le Château des Carpathes" adaptation encore plus fantaisiste d'Oldřich Lipský en 1981. Parmi tous les réalisateurs qui se sont attachés à transposer l'œuvre du romancier français à l'écran, Karel Zeman occupe une place à part. Pionnier du cinéma d'animation tchèque, Zeman réalise, entre 1955 et 1970, quatre longs métrages inspirés par la lecture des Voyages extraordinaires et les illustrations originales des éditions Hetzel : "Voyage dans la Préhistoire" (1955), "L'Invention diabolique" ou "Les Aventures fantastiques" (1958), "Le Dirigeable volé" (1968) et" L'Arche de monsieur Servadac" (1970). Dans une filiation revendiquée à Georges Méliès et au cinéma muet, Karel Zeman y mêle image réelle, animation et trucage. En 2015, l'influence de Jules Verne se ferait encore sentir, selon l'universitaire américain vernien Brian Taves dans des productions du genre "Ex Machina", "" et surtout "Tomorrowland", qui témoigne de l'esprit d'exploration et de l'idéalisme qui imprègnent l'univers de l'auteur. Adaptations à la télévision. Le Théâtre de la jeunesse a servi lui aussi à faire connaître et à illustrer l'œuvre de Jules Verne. Autres adaptations : En bandes dessinées. Comme pour les arts cinématographiques ou d'animation, les adaptations en bandes dessinées et mangas sont très nombreuses. Déjà à Barcelone à la fin du apparaissent des "aucas" (en catalan), "aleluya" (en espagnol), feuilles d'images monochromes sur papier blanc, vert, brun ou mauve. Ainsi la maison "Sucesor de Antonio Bosch" adapte "Cinq Semaines en ballon", "Voyage au centre de la Terre", "Vingt Mille Lieues sous les mers", "Aventures de trois Russes et de trois Anglais" et "L'Ile mystérieuse", avec des dessins copiant les gravures des éditions in-8 Hetzel. Le même éditeur publie une adaptation de "De la Terre à la Lune" et d' "Autour de la Lune" sous le titre "De la Tierra al Sol pasando por la Luna" dont dix-huit des quarante-huit vignettes sont issues des romans lunaires puis s'en éloignent à partir de la vignette ainsi que le texte, les héros descendant sur la Lune et y rencontrant des voyageurs d'un autre obus. Parmi d'autres aucas : "Los sobrinos del Capitán Grant", tirée de la zarzuela de , "Aventuras de tres Rusos y de tres Ingleses" ou "Veinte mil leguas de viaje submarino". Dès 1905 Winsor McCay crée "Little Nemo". Au début du , l'Imagerie Pellerin publie trois titres de Jules Verne : "Aventures du capitaine Hatteras" (série "Aux armes d'Épinal" ), "Cinq Semaines en ballon" (même série, ) et "Kéraban-le-Têtu" (sans nom de série, ). Il s'agit de planches avec des petits résumés qui accompagnent les vignettes (neuf pour "Hatteras", seize pour "Cinq semaines" et seize pour "Kéraban"). Aux États-Unis, dans la série de bandes dessinées "Classiques illustrés" paraissent à partir de 1946 de très nombreux romans de Jules Verne. Ils connaissent aussi dans la même série des traductions aux Pays-Bas, en Suède, au Danemark et en Grèce. Dans les années 1970, pratiquement tous les romans de Jules Verne sont adaptés en Espagne et de très nombreux en Italie. En France, "Le Journal de Mickey" dans les années 1950 produit quelques adaptations et Hachette publie un intermédiaire entre les images d’Épinal et la bande dessinée avec "Vingt Mille Lieues sous les mers". Autres adaptations marquantes, "Le démon des glaces" de Jacques Tardi (1974), pastiche "L'Ile mystérieuse", "Vingt Mille Lieues sous les mers" et "Les Mémoires d'un aventurier" de François Dimberton (1989-1991). On y voit Jules, Michel et Honorine Verne accueillir à leur bord un des héros lors d'une croisière de Jules Verne. En , les éditions Vaillant publient un album broché hors-série de "Pif Parade" intitulé "Jules Verne en bandes dessinées" dont la couverture parodie les cartonnages Hetzel, adaptation de cinq romans de Jules Verne : "La Maison à vapeur", "Maître du monde", "Le Secret de Wilhelm Storitz", "Sans dessus dessous" et "Les 500 millions de la Bégum". L’emprunt à l’œuvre vernienne la plus criante reste "Les Aventures de Tintin" de Hergé où de nombreuses péripéties et de nombreux personnages sont issus de l'univers vernien. Ainsi, par exemple, les Dupond-t ont-ils les traits des détectives Craig et Fry des "Tribulations d'un Chinois en Chine", Tryphon Tournesol, ceux de Palmyrin Rosette d"'Hector Servadac" ou le docteur Schulze ("L'Étoile mystérieuse") a pour équivalent physique et moral le docteur Schultze des "Cinq cents millions de la Bégum". "Les Enfants du capitaine Grant" et "Vingt Mille Lieues sous les mers" ont de nombreux points communs avec "Le Secret de La Licorne" et "Le Trésor de Rackham le Rouge" ou encore "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune" rappellent "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune". Parmi les adaptations modernes, se distinguent dans la série "Les Cités obscures" de François Schuiten et Benoît Peeters, "La Route d'Armilia" (Casterman, 1988) avec son personnage de Ferdinand Robur Hatteras et des mêmes auteurs. "L'écho des cités: histoire d'un journal" (Casterman, 1993), journal dont le directeur est Michel Ardan. Magic Strip publie aussi en 1986 une version moderne dramatique du "Rayon vert" et Jean-Claude Forest laisse une "", adaptation en science-fiction de "L'Île mystérieuse" (1971). Analyse de l'œuvre. Sources et influences. Énumérer l'ensemble des sources utilisées par Verne ne peut être exhaustif mais il est possible de remarquer qu'en grande partie son œuvre est orientée vers sa propre époque. Dans ses "Souvenirs d'enfance et de jeunesse" Jules Verne évoque quelques influences : Il écrit aussi qu'il admire "Le Robinson suisse" de Johann David Wyss plus que le "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe. À Marie A. Belloc venue l'interviewer, il explique sa méthode de travail : . Belloc observe que ces notes sont rangées dans des casiers en carton. Elles sont conservées à la Bibliothèque municipale d'Amiens (Fonds Piero Gondolo della Riva). Parmi les revues qu'il utilise le plus, "Le Tour du monde", le "journal des voyages" et le "Bulletin de la Société de géographie", se distinguent. Il se documente aussi, entre autres, dans le "Musée des familles", "Le Magasin pittoresque", "La Science illustrée", "L'Univers illustré", la "Revue maritime et coloniale", le Magasin d’éducation et de récréation ou encore dans "La Gazette médicale de Paris". Son œuvre littéraire entre en relation avec de nombreux auteurs comme Victor Hugo, Walter Scott, Charles Dickens, Robert Louis Stevenson, Alexandre Dumas, George Sand, Edgar Allan Poe, Guy de Maupassant, Émile Zola, Charles Baudelaire... pour ses contemporains ou Xavier de Maistre, Chateaubriand, E. T.A. Hoffmann... pour ceux qui l'ont précédé. Dans les domaines qu'il maîtrise moins, en particulier la science, il fait appel à des proches comme Joseph Bertrand ou Henri Garcet pour les mathématiques, Albert Badoureau pour la physique ou à son frère Paul, pour la navigation. Style et structure narrative. Après son travail préalable de recherche sur le sujet qu'il a choisi, Jules Verne établit les principales lignes de son futur roman : . Il dresse alors un plan des chapitres et commence l'écriture d'une première version au crayon . Il lit ensuite le tout et le repasse à l'encre. Il considère que son véritable travail commence avec le premier jeu d'épreuves. Il corrige alors chaque phrase et récrit des chapitres entiers. Les manuscrits de Jules Verne témoignent de l’important travail de corrections, ajouts, réécritures qu'il effectue et des nombreuses critiques et notes de son éditeur. Son but est de devenir un véritable styliste comme il l'écrit lui-même à Hetzel : Dans une lettre à Mario Turiello, Jules Verne précise sa méthode : . Jean-Paul Dekiss étudiant le style de Jules Verne écrit : . Malgré tout, certains auteurs louent le style de Jules Verne, dont Ray Bradbury, Jean Cocteau, Jean-Marie Le Clézio, Michel Serres, Raymond Roussel, Michel Butor, Péter Esterházy et Julien Gracq, Régis Debray. Michel Leiris écrit : . Jules Verne utilise ainsi dans les péripéties de ses romans l'histoire et la géographie, les techniques et les sciences, le tout pour produire de l'imaginaire. Il ne s'arrête pas à l'anecdote et par les connaissances, exploite ses sources pour passer au-delà du réel. . Daniel Compère ajoute : . Thèmes. Derrière une apparente diversité, ce sont les thèmes qui donnent à l'œuvre de Jules Verne une unité profonde. À peine indiqués dans certains ouvrages, dans d'autres, ils deviennent le noyau de l'histoire. Un simple exemple, ce fameux "rayon vert", qui donne son titre au roman de 1882, est déjà évoqué dans des œuvres antérieures et le sera également dans des romans postérieurs. Ces fils d'Ariane assurent la cohésion à l'ensemble des écrits de Verne, toutes formes confondues (nouvelles, théâtre, "Voyages extraordinaires", ébauches, poèmes). Personnages. Les personnages de l’œuvre de Jules Verne ont fait l'objet de plusieurs études. Parmi les principales : Topoï antisémites et racistes. Si Jules Verne a influencé des générations de lecteurs et d'écrivains de science-fiction, son œuvre est marquée par les topoï littéraires de son époque. Des stéréotypes antisémites sont présents dans certaines œuvres, notamment dans "Hector Servadac" : Verne applique ainsi le stéréotype du juif dans la littérature et l'imagerie populaire, dans l'esprit de l'usurier "Gobseck" ou du Nucingen de "La Comédie humaine", du "Marchand de Venise", du "Shylock" de Shakespeare, de ses lectures d'Alphonse Toussenel, des sources qu'il exploite aussi, ou, entre autres, du Victor Hugo des "Burgraves". À la publication d"'Hector Servadac", le grand rabbin de Paris, Zadoc Kahn dénonce l'antisémitisme de Verne. Son parti pris caricatural, correspondant à l'antisémitisme ambiant, avait pourtant déjà été utilisé dans sa nouvelle "Martin Paz" en 1852, sans qu'aucune réserve ne soit alors soulevée. Il retient vraisemblablement la leçon du rabbin et de son éditeur puisque cet aspect-là ne réapparait plus ensuite dans son œuvre. Jean-Paul Dekiss explique : . Un autre fait, touchant à la biographie de Jules Verne, peut expliquer cette caricature antisémite du personnage d'Isac Hakhabut. Au moment de la rédaction du roman, Jules Verne est aux prises avec l'affaire Olschewitz, une famille juive polonaise qui défraie la chronique en déclarant que l'auteur des "Voyages extraordinaires" se nomme en réalité Julius Olschewitz. Cette affaire l'exaspère. Il cherche alors à prouver son origine catholique : « Étant breton, je suis par raison, par raisonnement, par tradition de famille chrétien et catholique romain. » (lettre à Madame Antoine Magnin). On en trouve aussi de nombreux échos dans sa correspondance avec son éditeur. De plus, à la même époque Jules Verne se considérait spolié (à tort) par Jacques Offenbach pour la féerie "Voyage dans la Lune", et (à raison) par Adolphe d'Ennery, pour les droits de l'adaptation du "Tour du monde en ", tous les deux de confession israélite. Par ailleurs, Verne détestait se rendre à Antibes dans la villa de son collaborateur, qui menait une vie assez dissolue aux yeux de l'écrivain. Le manuscrit d"Hector Servadac" contient ainsi des précisions qui ciblent sans ambiguïté D'Ennery, mais qui ont disparu de la version publiée. Verne a d'abord été anti-dreyfusard avant de changer d'avis. Ayant de nombreux membres de sa famille dans l'armée, tel le général Georges Allotte de La Fuÿe, son cousin germain, modèle du personnage d'Hector Servadac, qui a lu et corrigé le roman du même nom, ce soutien peut se comprendre. À Louis-Jules Hetzel il écrit par exemple au sujet de l'affaire Dreyfus : et quelques mois plus tard au lendemain du vote de la Chambre d'une loi dite de dessaisissement attribuant à la Cour de cassation la décision à prendre pour la révision du procès de Dreyfus : . Raymond Poincaré, qui en 1896, avait été l'avocat de Jules Verne et de Louis-Jules Hetzel dans une affaire en diffamation (l'inventeur Eugène Turpin s'étant reconnu dans le personnage de Thomas Roch du roman "Face au drapeau") où l'accusateur fut, à tort, débouté, dreyfusard, protestait contre cette décision qui introduisait l'arbitraire. Progressivement, et les preuves s'accumulant, Jules Verne change d'avis. Michel Verne ardent dreyfusard n'est sans doute pas étranger à ce changement de cap. Au même moment, Jules Verne rédige "Les Frères Kip" dans lequel des innocents sont condamnés au bagne. Jules Verne, bien qu'anti-colonialiste, reprenant les sources qu'il emploie, n'échappe pas aux préjugés de son époque : L'œuvre de Jules Verne, comme celle de la plupart des auteurs de l'époque, marque quelquefois une condescendance voire un parfait mépris envers les « sauvages » ou « naturels » : Cependant, Jean Chesneaux et Olivier Dumas, ont remarqué chacun de leur côté que : Et il est vrai que ce genre de remarque reste occasionnel ; on trouve davantage de personnages de couleur présentés sous un angle positif, à l'instar de Tom, Austin, Bat, Actéon et Hercule dans "Un capitaine de quinze ans" (« […] on pouvait aisément reconnaître en eux de magnifiques échantillons de cette forte race […] »). Il faut ajouter les sauvages de la Papouasie dans "Vingt Mille Lieues sous les mers", à propos desquels le capitaine Nemo, retiré d'une « civilisation » composée de Blancs, s'exclame : « Et d'ailleurs sont-ils pires que les autres ceux que vous appelez les sauvages ? » Il repoussera par des charges électriques inoffensives la menace qu'ils font peser sur son équipage. Il se montrera en revanche sans pitié pour un navire européen (on saura dans "L'Ile mystérieuse" qu'il était britannique) qui a fait périr toute sa famille. On y apprendra aussi que le capitaine Nemo était un Hindou — donc un Asiatique —, qui participa à la Révolte des cipayes en 1857. Enfin, le colonialisme britannique en Océanie est plusieurs fois fustigé dans les "Voyages extraordinaires" : "Les Enfants du capitaine Grant", "La Jangada", "Mistress Branican". De plus, dans ces romans, Jules Verne prend nettement position contre l'esclavage, position qu'il a réaffirmée à plusieurs reprises, notamment à propos de la guerre de Sécession. C'est un militant de cette cause, ayant constamment applaudi à l'abolition de 1848. Dans ce domaine, il est de surcroît sans concession quant aux responsables et profiteurs de l'esclavage. Ainsi, notamment dans "Un capitaine de quinze ans", il s'en prend aux roitelets africains qui s'adonnent à de ravageuses guerres et à de fructueuses captures suivies de mises en esclavage de leurs frères de race, tournant souvent au drame, mais aussi à l'esclavage pratiqué dans les pays musulmans en rappelant : Pour autant, il n'accorde pas aux Noirs l'égalité avec les Blancs : lorsqu'ils ne sont pas des sauvages sans pitié, les Noirs sont des serviteurs, tout dévoués à leur maître, et ne prétendant pas à un autre statut. Ainsi, dans "Deux Ans de vacances", le mousse Moko, du même âge que les autres enfants, est à leur entier service, et ne prend pas part au vote qui désignera le chef de la petite colonie, ni à aucun débat : Jean Chesneaux souligne le fait qu'« aucun roman vernien n'est consacré à l'expansion coloniale française proprement dite », pas plus qu'à la traite atlantique totalement ignorée. « En dépit de l'effort de compréhension envers les luttes contre le pouvoir colonial et de sa sympathie secrète pour les rebelles tels Nana-Sahib, Jules Verne n'en accepte pas moins la domination coloniale comme un fait inéluctable et acquis, mieux, comme un fait historiquement nécessaire. » Mais d'autres chercheurs ont contredit ces propos en prenant entre autres l'exemple du roman "L'Invasion de la mer", traitant du sujet. Œuvres. Romans et nouvelles publiés du vivant de l'auteur. Les dates entre parenthèses indiquent la première publication. Romans posthumes. À la mort de Jules Verne en mars 1905, plusieurs de ses manuscrits sont en attente de publication et certains ont déjà été fournis à l'éditeur. Ces romans et nouvelles ont pour la plupart été remaniés par Michel Verne, fils de l'auteur, avant leur publication. Les versions originales n'ont été publiées que plusieurs décennies plus tard. La date indiquée entre parenthèses est celle de la première publication. La date de rédaction est indiquée entre crochets. Romans et nouvelles inédits publiés à titre posthume. La date entre parenthèses est celle de rédaction supposée du texte. Œuvres théâtrales. Jules Verne est d'abord attiré par le théâtre, mais n'y connaîtra qu’un succès fragile jusqu'à ce que certains des "Voyages extraordinaires" soient portés à la scène. Plusieurs de ses pièces ont été écrites en collaboration. La date est celle de la première représentation. Est aussi mentionnée la date de première publication. Les pièces qui n'ont pas été représentées sont répertoriées dans l'article détaillé Théâtre de Jules Verne. Poèmes et chansons. Cent-quatre-vingt-quatre poésies et chansons de Jules Verne ont été répertoriées jusqu'à présent. La plupart des chansons sont parues dans deux recueils de musique d'Aristide Hignard : "Rimes et Mélodies". Un grand nombre de poésies proviennent de deux cahiers de poésies manuscrites. Ces cahiers ont été édités. Correspondance. De très nombreuses lettres de ou à Jules Verne sont publiées dans le "Bulletin de la Société Jules-Verne" de sa fondation (1935) à aujourd’hui. Parmi ses correspondants : Edmondo De Amicis, Jean Chaffanjon, Alexandre Dumas fils, Adolphe d'Ennery, Félix Fénéon, Théophile Gautier, Philippe Gille, Charles Lemire, Hector Malot, Nadar, Émile Perrin, Mario Turiello, Charles Wallut etc. ainsi que dans les ouvrages : Décoration. Jules Verne est fait Chevalier de la Légion d'honneur en 1870 puis est promu Officier de la Légion d'honneur en 1892. Voir aussi. Bibliographie. Jules Verne, par sa popularité, est le sujet de très nombreuses études biographiques et bibliographiques, de valeurs très inégales, certains biographes n'étant que des compilateurs d'ouvrages précédemment parus, cherchant parfois uniquement le sensationnel plus que la rigueur scientifique, loin de l’exégèse. Pour établir une bibliographie pertinente et rigoureuse, plusieurs recherches ont été publiées :
Jean-Jacques Rousseau Jean-Jacques Rousseau, né le à Genève et mort le à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien genevois. Orphelin de mère très jeune, sa vie est marquée par l'errance. Si ses livres et lettres connaissent à partir de 1749 un fort succès, ils lui valent aussi des conflits avec l'Église catholique et Genève qui l'obligent à changer souvent de résidence et alimentent son sentiment de persécution. Dans le domaine littéraire, Jean-Jacques Rousseau connaît un grand succès avec le roman épistolaire "Julie ou la Nouvelle Héloïse" (1761), un des plus gros tirages du . Cet ouvrage séduit ses lecteurs d'alors par sa peinture préromantique du sentiment amoureux et de la nature. Dans "Les Confessions" (rédigées entre 1765 et 1770, avec publication posthume en 1782 et 1789) et dans "Les Rêveries du promeneur solitaire" (écrites en 1776-78, publiées en 1782), Rousseau se livre à une observation approfondie de ses sentiments intimes. L'élégance de l'écriture de Rousseau provoque une transformation significative de la poésie et de la prose françaises en les libérant des normes rigides venues du Grand Siècle. Dans le domaine philosophique, la lecture en 1749 de la question mise au concours par l'Académie de Dijon : provoque ce qu'on appelle . De là naissent les ouvrages qui inscrivent durablement Rousseau dans le monde de la pensée : le "Discours sur les sciences et les arts" (1750), le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" (1755) et "Du contrat social" (1762). La philosophie politique de Rousseau est bâtie autour de l'idée que l'Homme est naturellement bon et que la société le corrompt. Par « naturellement bon », Rousseau entend que l'être humain à l'état de nature a peu de désirs, de sorte qu'il est plus farouche que méchant. Ce sont les interactions avec les autres individus qui rendent les êtres humains et conduisent à l'accroissement des inégalités. Pour retrouver une bonté naturelle, l'homme doit avoir recours à l'artifice du contrat social et être gouverné par des lois découlant de la volonté générale exprimée par le peuple. Pour Rousseau, contrairement à ce que pense par exemple Diderot, la volonté générale n'est pas universelle, elle est propre à un État, à un corps politique particulier. Rousseau est le premier à conférer la souveraineté au peuple. En cela, on peut dire que c'est un des penseurs de la démocratie (et notamment de la démocratie directe) même s'il est favorable à ce qu'il nomme l'aristocratie élective ou le gouvernement tempéré dans le domaine du pouvoir exécutif. Rousseau est critique par rapport à la pensée politique et philosophique développée par Hobbes et Locke. Pour lui, les systèmes politiques basés sur l'interdépendance économique et sur l'intérêt conduisent à l'inégalité, à l'égoïsme et finalement à la société bourgeoise (un terme qu'il est un des premiers à employer). Toutefois, s'il est critique de la philosophie des Lumières, il s'agit d'une critique interne. En effet, il ne veut revenir ni à Aristote, ni à l'ancien républicanisme ou à la moralité chrétienne. La philosophie politique de Rousseau exerce une influence considérable lors de la période révolutionnaire durant laquelle son livre le "Contrat social" est . À plus long terme, Rousseau marque le mouvement républicain français ainsi que la philosophie allemande. Par exemple, l'impératif catégorique de Kant est imprégné par l'idée rousseauiste de volonté générale. Durant une partie du , une controverse opposera ceux qui estiment que Rousseau est en quelque sorte le père des totalitarismes et ceux qui l'en exonèrent. Selon Claude Lévi-Strauss, Rousseau est le premier véritable fondateur de l'anthropologie, notamment car ce dernier aurait par son universalisme posé « en termes presque modernes » le problème du passage de la nature à la culture. L'historien Léon Poliakov ajoute que Rousseau invitait ses contemporains à faire des voyages dans les pays lointains, afin d'y « étudier, non toujours des pierres et des plantes, mais une fois les hommes et les mœurs ». Son corps est transféré au Panthéon de Paris en 1794. Biographie. Famille et enfance. Raymond Trousson, dans la biographie qu'il consacre à Jean-Jacques Rousseau, indique que la famille est originaire de Montlhéry, près d'Étampes, au sud de Paris. Le quadrisaïeul (arrière-arrière-arrière-grand-père) de Jean-Jacques, Didier Rousseau, quitte cette ville pour fuir la persécution religieuse contre les protestants. Il s'installe à Genève en 1549 où il ouvre une auberge. Le petit-fils de ce dernier, Jean Rousseau, tout comme son fils David Rousseau (1641-1738), le grand-père de Rousseau, exercent le métier d'horloger, profession alors respectée et lucrative. Jean-Jacques Rousseau est né le au domicile de ses parents situé Grand-Rue dans la ville haute de Genève. Il est le fils d'Isaac Rousseau (Genève, 1672 - Nyon, 1747), horloger comme son père et son grand-père, et de Suzanne Bernard (Genève, 1673 - Genève, 1712), elle-même fille d'un horloger nommé Jacques Bernard. Ses deux parents ont le statut de citoyens. Ils se marient en 1704, après qu'une première union a réuni les deux familles, le frère de Suzanne, Gabriel Bernard, ayant épousé la sœur d'Isaac, Théodora Rousseau, en 1699. Un premier garçon, François, naît le , puis Isaac laisse femme et nouveau-né à Genève pour aller exercer son métier d'horloger à Constantinople. Il y reste six ans et revient au foyer en 1711, le temps d'avoir un deuxième enfant avec sa femme, qui meurt de fièvre puerpérale le , neuf jours après la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Celui-ci passe son enfance élevé par son père et une sœur de celui-ci dans la maison de la Grand-Rue où il est né. Cette enfance est marquée par des lectures précoces de romans en compagnie de son père et le deuil continuel de sa mère. À la suite d'une altercation avec un compatriote, Isaac Rousseau se réfugie à Nyon dans le pays de Vaud, le , pour échapper à la justice. Il ne revient jamais à Genève, mais conserve quelques contacts avec ses fils, notamment Jean-Jacques qui fait régulièrement le voyage à Nyon et à qui il communique sa passion pour les livres. Il confie sa progéniture à son double beau-frère Gabriel Bernard, employé aux fortifications qui vit dans le quartier genevois de Saint-Gervais. Celui-ci le confie en pension au pasteur Lambercier à Bossey au pied du Salève, au sud de Genève, où il passe deux ans (1722-1724) en compagnie de son cousin Abraham Bernard. Son frère, François, quitte le domicile très tôt et l'on perd sa trace en Allemagne, dans la région de Fribourg-en-Brisgau. Son oncle le place en apprentissage chez un greffier, puis, devant le manque de motivation de l'enfant, chez un maître graveur, Abel Ducommun. Le contrat d'apprentissage est signé le pour une durée de cinq ans. Jean-Jacques, qui avait connu jusque-là une enfance heureuse, ou tout au moins paisible, est alors confronté à une rude discipline. Trois ans plus tard, le , rentrant tardivement d'une promenade à l'extérieur de la ville et trouvant les portes de Genève fermées, il décide de fuir, par crainte d'être à nouveau battu par son maître, non sans avoir fait ses adieux à son cousin Abraham. Madame de Warens et la conversion au catholicisme. Après quelques journées d'errance, il se réfugie par nécessité alimentaire auprès du curé de Confignon, Benoît de Pontverre. Celui-ci l'envoie chez une Vaudoise de Vevey, la baronne Françoise-Louise de Warens, récemment convertie au catholicisme, et qui s'occupe des candidats à la conversion. Rousseau s'éprend de celle qui sera plus tard sa tutrice et sa maîtresse. La baronne l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes de Spirito Santo où il arrive le . Même s'il prétend dans ses "Confessions" avoir longuement résisté à sa conversion au catholicisme (il est baptisé le ), il semble s'en accommoder assez vite. Il réside quelques mois à Turin en semi-oisif, vivotant grâce à quelques emplois de laquais-secrétaire et recevant conseils et subsides de la part d'aristocrates et d'abbés auxquels il inspire quelque compassion. C’est lors de son emploi auprès de la comtesse de Vercellis que survient l’épisode du larcin (vol du ruban rose appartenant à la nièce de ) dont il fait lâchement retomber la faute sur une jeune cuisinière, Marion, qui est, de ce fait, renvoyée. Désespérant de pouvoir s'élever de sa condition, Rousseau décourage ses protecteurs et reprend, le cœur léger, le chemin d'Annecy pour retrouver la baronne de Warens en . Adolescent timide et sensible, il est à la recherche d'une affection féminine qu'il trouve auprès de la baronne. Il est son , il la nomme , et devient son factotum. Comme il s'intéresse à la musique, elle l'encourage à se placer auprès d'un maître de chapelle, , en . Mais lors d'un voyage à Lyon, Rousseau, affolé, abandonne en pleine rue Le Maître frappé d'une crise d'épilepsie. Il erre ensuite une année en Suisse, puis il donne ses premières leçons de musique à Neuchâtel en . En , il rencontre à Boudry un faux archimandrite dont il devient l'interprète jusqu'à ce que l'escroc soit assez rapidement démasqué. En , il retourne auprès de , qui vit désormais à Chambéry. Il rencontre chez elle Claude Anet, sorte de valet-secrétaire, mais qui est aussi amant de la maîtresse de maison. est à l'origine d'une grande partie de son éducation sentimentale et amoureuse. Le ménage à trois fonctionne tant bien que mal jusqu'au décès de Claude Anet d'une pneumonie le . et Jean-Jacques s'installent pendant l'été et l'automne aux Charmettes. Pendant ces quelques années, idylliques et insouciantes selon ses "Confessions", Rousseau s'adonne à la lecture en puisant dans l'importante bibliothèque de avec laquelle il va se fabriquer « un magasin d'idées ». Grand marcheur, il décrit le bonheur d'être dans la nature, le plaisir lié à la flânerie et la rêverie, au point d'être qualifié de dromomane. Il travaille aux services administratifs du cadastre du duché de Savoie, puis comme maître de musique auprès des jeunes filles de la bourgeoisie et de la noblesse chambériennes. Mais sa santé est fragile. « Maman » l'envoie en septembre 1737 consulter un professeur de Montpellier, le docteur Fizes, sur son polype au cœur. C'est au cours de ce voyage qu'il fait la connaissance de Madame de Larnage, âgée de vingt ans de plus que lui, mère de dix enfants, sa vraie initiatrice à l'amour physique. De retour à Chambéry, il a la surprise de trouver auprès de Madame de Warens un nouveau converti et amant, Jean Samuel Rodolphe Wintzenried, et le ménage à trois reprend. En 1739, il écrit son premier recueil de poèmes, "Le Verger de Madame la baronne de Warens", poésie grandiloquente éditée en 1739 à Lyon ou Grenoble. Premiers contacts avec le monde des Lumières françaises. Rousseau entre dans l'orbite de deux figures importantes des Lumières, Condillac et D'Alembert, lorsqu'en 1740, il trouve un emploi de précepteur auprès des deux fils du prévôt général de Lyon, . Ce dernier est le frère aîné de Gabriel Bonnot de Mably et d'Étienne Bonnot de Condillac qui feront tous deux une carrière littéraire. Rousseau compose pour le plus jeune des deux fils un "Mémoire présenté à M. de Mably sur l'éducation de Monsieur son fils". Ayant ainsi l'occasion de fréquenter la bonne société lyonnaise, il s'y gagne quelques amitiés, notamment celle de Charles Borde qui l'introduira dans la capitale. Chambéry est proche et il peut rendre quelques visites à , mais les liens sont distendus. Après une année difficile auprès de ses jeunes élèves, Rousseau s'accorde avec pour mettre fin au contrat. Après quelque temps de réflexion, il décide alors de tenter sa chance à Paris. À Paris, grâce à une lettre d'introduction auprès de , il est présenté à Réaumur, qui lui permet de soumettre à l'Académie des sciences un mémoire présentant son système de notation musicale. Celui-ci prévoit la suppression de la portée et de la remplacer par un système chiffré. Les académiciens ne sont pas convaincus par le projet qui, selon eux, ne serait pas nouveau, l'inventeur étant le père Souhaitty. Rousseau s'obstine, améliore son projet et le fait publier à ses frais, sans rencontrer le succès espéré, sous le titre de "Dissertation sur la musique moderne". À cette époque, il se lie d'amitié avec Denis Diderot, tout aussi méconnu que lui, et reçoit les conseils du père Castel. Il fréquente le salon de Madame de Beserval, et de Madame Dupin qu'il tente vainement de séduire. Elle lui confie durant quelque temps l'éducation de son fils Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux, en 1743. En juillet 1743, Rousseau est engagé comme secrétaire de Pierre-François, comte de Montaigu, qui vient d'être nommé ambassadeur à Venise. Sa connaissance de l'italien et son zèle le rendent indispensable auprès d'un ambassadeur incompétent. Il apprécie la vie animée de Venise : spectacles, prostituées et par-dessus tout la musique italienne. Mais l'importance qu'il se donne le rend arrogant et Montaigu le congédie au bout d'un an. Il est de retour à Paris le 1744. Cette courte expérience lui a néanmoins permis d'observer le fonctionnement du régime vénitien et c'est à ce moment, alors qu'il a , que s'éveille son intérêt pour la politique. Il conçoit alors le projet d'un grand ouvrage qui s'intitulerait "Les Institutions politiques" mais qui deviendra le fameux "Du contrat social". Il y travaille de temps à autre pendant plusieurs années. Il s'installe alors à l', rue des Cordiers, où il se met en ménage avec une jeune lingère, Marie-Thérèse Le Vasseur, en 1745. Cette dernière lui apporte l'affection qui lui manque. Il l'épouse civilement à Bourgoin-Jallieu le . Jean-Jacques doit alors supporter non seulement une femme bavarde mais aussi la famille de celle-ci. Entre 1747 et 1751 naîtront cinq enfants que Jean-Jacques Rousseau, peut-être sur l'insistance de la mère de Marie-Thérèse, fait placer aux Enfants-Trouvés, l'assistance publique de l'époque. Il explique d'abord qu'il n'a pas les moyens d'entretenir une famille, puis au des "Confessions", il écrit qu'il a livré ses enfants à l'éducation publique en considérant cela comme un acte de citoyen, de père, et d'admirateur de la République idéale de Platon. Au livre suivant des "Confessions", il écrit également qu'il fit ce choix principalement pour soustraire ses enfants à l'emprise de sa belle-famille, qu'il jugeait néfaste. Cette décision lui sera reprochée plus tard par Voltaire, alors qu'il se pose en pédagogue dans son livre "Émile", et aussi par ceux qu'il appelle la (l'entourage de D'Holbach, Grimm, Diderot, etc.). Cependant, certains de ses amis, dont Madame d'Épinay avant qu'elle se brouille avec lui, avaient proposé d'adopter ces enfants. En mai 1743, il commence la composition d'un ballet héroïque, "Les Muses galantes", dont des extraits sont présentés à Venise en 1744. En 1745, Rameau qui écoute des morceaux des "Muses galantes" chez un fermier général juge que . Pour la victoire de Fontenoy, il contribue à la création de la comédie-ballet du duo Voltaire-Rameau, les "Fêtes de Ramire", basée sur "La Princesse de Navarre" de Voltaire accompagnée de la musique de Rameau. Il gagne sa vie en exerçant les fonctions de secrétaire, puis de précepteur chez les Dupin de 1745 à 1751. Le cercle de ses fréquentations compte dès lors Dupin de Francueil, sa maîtresse Louise d'Épinay, Condillac, D'Alembert, Grimm et surtout Denis Diderot. En 1749, Diderot l'invite à participer au grand projet de l"'Encyclopédie" en lui confiant les articles sur la musique. Célébrité et tourments. Premières grandes œuvres. En 1749, l'Académie de Dijon met au concours la question Encouragé par Diderot, Rousseau participe au concours. Son "Discours sur les sciences et les arts" (dit "Premier Discours") qui soutient que le progrès est synonyme de corruption, obtient le premier prix, en . L'ouvrage est publié l'année suivante et son auteur acquiert immédiatement une célébrité internationale. Ce discours suscite de nombreuses réactions ; pas moins de ou réfutations paraissent en deux ans, parmi lesquelles celles de Charles Borde, l'abbé Raynal, jusqu'à Stanislas Leszczynski ou Frédéric II, ce qui permet à Rousseau d'affiner son argumentation dans ses réponses et lui apporte une notoriété grandissante. Il abandonne alors ses emplois de secrétaire et précepteur pour se rendre indépendant, et vit grâce à ses travaux de transcription de partitions musicales ; il adopte une attitude physique et vestimentaire plus en harmonie avec les idées développées dans le "Discours". Mais ce sont ces idées qui vont l'éloigner progressivement de Diderot et des philosophes de l"'Encyclopédie". Le , son intermède en un acte, "Le Devin du village", est représenté devant le roi Louis XV et la Pompadour, à Fontainebleau. L'opéra est un succès, mais Rousseau se dérobe le lendemain à la présentation au roi, refusant de ce fait la pension qui aurait pu lui être accordée. Il fait jouer immédiatement après sa pièce "Narcisse", à laquelle Marivaux avait apporté quelques retouches. Cette année 1752 voit le début de la querelle des Bouffons. Rousseau y prend part auprès des encyclopédistes en rédigeant sa "Lettre sur la musique française", dans laquelle il affirme la primauté de la musique italienne sur la musique française, celle de la mélodie sur l'harmonie, écorchant au passage Jean-Philippe Rameau. En 1754, l'Académie de Dijon lance un autre concours auquel il répond par son "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" (également appelé "Second Discours"), qui achève de le rendre célèbre. Rousseau y défend la thèse selon laquelle l'homme est naturellement bon et dénonce l'injustice de la société. L'œuvre suscite, comme le "Premier Discours", une vive polémique de la part notamment de Voltaire, Charles Bonnet, Castel et Fréron. Sans attendre le résultat du concours, il décide de se ressourcer à Genève, non sans rendre au passage une visite à sa vieille amie, . Célèbre et admiré, il est bien accueilli. Dans le domaine des idées, Rousseau s'éloigne des encyclopédistes athées qui croient au progrès, alors que lui prône la vertu et l'amour de la nature. Il reste fondamentalement croyant, mais abjure le catholicisme et réintègre le protestantisme, redevenant par là citoyen de Genève. Toutefois, il ne reste que quelques mois dans la cité. Le , il est de nouveau à Paris. Grandes œuvres et intégration sociale. Rousseau ne s’adresse plus seulement à la société bourgeoise comme les artistes de cour ou les érudits des siècles précédents. Il n'a de cesse de s’adresser à un autre public, différent de celui de la haute société qui hante les salons littéraires. Progressivement, sa célébrité devient selon ses propres termes, cette célébrité qu’il a cherchée comme une arme sociale se retourne contre lui, et il entre dans une paranoïa, confronté à la personnalité publique qu’est devenu « Jean-Jacques », celui que les gens veulent voir, rencontrer et dont des portraits circulent. En , Madame d'Épinay met à sa disposition l'Ermitage, une maisonnette située à l'orée de la forêt de Montmorency. Il s'y installe avec Thérèse Levasseur et la mère de celle-ci puis commence à rédiger son roman "Julie ou la Nouvelle Héloïse" et son "Dictionnaire de la musique". Il entreprend aussi, à la demande de , la mise en forme des œuvres de l'abbé de Saint-Pierre. Au début de 1757, Diderot envoie à Rousseau son drame "Le Fils naturel", dans lequel se trouve la phrase . Rousseau prend cette réplique pour un désaveu de ses choix et il s'ensuit une première dispute entre les amis. Au cours de l'été, Diderot éprouve des difficultés pour faire paraître l"'Encyclopédie" à Paris. Ses amis Grimm et Saint-Lambert sont enrôlés dans la guerre de Sept Ans. Ils confient au vertueux Rousseau leurs maîtresses respectives, et . Jean-Jacques tombe amoureux de cette dernière, entraînant une idylle vraisemblablement platonique, mais, du fait de maladresses et d'indiscrétions, les rumeurs vont bon train jusqu'aux oreilles de l'amant. Rousseau en accuse successivement ses amis Diderot, Grimm et qui vont définitivement lui tourner le dos. lui signifie son congé, et il doit quitter l'Ermitage en décembre. Il part s'installer à Montmorency où il loue la maison qui deviendra son musée en 1898. Dans sa "Lettre à M. d'Alembert" (1758) il s'oppose à l'idée que défendait ce dernier selon laquelle Genève aurait intérêt à construire un théâtre, en arguant du fait que cela affaiblirait l'attachement des citoyens à la vie de la cité. Isolé à Montmorency et atteint de la maladie de la pierre, il devient bourru et misanthrope. Il gagne toutefois l'amitié et la protection du maréchal de Luxembourg et de sa deuxième épouse. Il reste cependant très jaloux de son indépendance, ce qui lui laisse le temps d'exercer une intense activité littéraire. Il achève son roman "Julie ou la Nouvelle Héloïse", qui obtient un immense succès, et travaille à ses essais "Émile ou De l'éducation" et "Du contrat social". Les trois ouvrages paraissent en 1761 et 1762, grâce à la complaisance de Malesherbes, alors directeur de la Librairie. Dans "La Profession de foi du vicaire savoyard", placée au cœur de "l'Émile", Rousseau réfute autant l'athéisme et le matérialisme des Encyclopédistes que l'intolérance dogmatique du parti dévot. Dans "Le Contrat Social", le fondement de la société politique repose sur la souveraineté du peuple et l'égalité civique devant la loi, expression de la volonté générale. Ce dernier ouvrage inspirera l'idéologie pré-révolutionnaire. Si l"'Émile" et le "Contrat social" marquent le sommet de la pensée de Rousseau, ils isolent cependant leur auteur. En effet, le Parlement de Paris et les autorités de Genève estiment qu'ils sont religieusement hétérodoxes et les condamnent. Menacé de prise de corps par la Grande Chambre du Parlement de Paris en , il doit fuir seul la France, avec l'aide du maréchal de Luxembourg ; Thérèse le rejoindra plus tard. Il évite Genève et se réfugie à Yverdon chez son ami Daniël Roguin. Si sa condamnation à Paris est surtout due à des motifs religieux, c'est le contenu politique du "Contrat Social" qui lui vaut la haine de Genève. Berne suit Genève et prend un décret d'expulsion. Rousseau doit quitter Yverdon et se rend à Môtiers auprès de Madame Boy de la Tour. Môtiers est situé dans la principauté de Neuchâtel qui relève de l'autorité du roi de Prusse Frédéric II. Ce dernier accepte d'accorder l'hospitalité au proscrit. Face aux religions et à Voltaire. Les malheurs de Rousseau n'ont pas attendri les philosophes et ceux-ci continuent à l'accabler, notamment Voltaire et D'Alembert. Physiquement, la maladie de la pierre le fait souffrir et il doit être régulièrement sondé. C'est alors qu'il adopte un long vêtement arménien, plus commode pour cacher son affection. Il se remet à écrire un mélodrame, "Pygmalion" puis une suite à "L'Émile", "Émile et Sophie, ou les solitaires" qui restera inachevée. "L'Émile" est mis à l'Index en et Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, lance l'anathème contre les idées professées par "Le Vicaire savoyard". Rousseau y répond par une "Lettre à Christophe de Beaumont" qui paraîtra en , libelle dirigé contre l'Église romaine. Toutefois son ton volontairement ne calme pas les ardeurs des pasteurs protestants de Genève qui mènent une lutte sourde contre les amis de Jean-Jacques, qui cherchent vainement à le réhabiliter. Fatigué, Rousseau va finir par renoncer le à la citoyenneté genevoise. Entretemps il se passionne pour la botanique et fait publier son "Dictionnaire de la musique", fruit de seize années de travail. Le conflit devient politique avec la publication des "Lettres de la campagne" de Jean Robert Tronchin, procureur général auprès du Petit Conseil de Genève, auquel Rousseau réplique par ses "Lettres de la montagne", dans lesquelles il prend position en faveur du Conseil général, représentant le peuple souverain, contre le droit de veto du Petit Conseil. Les lettres sont publiées en , mais sont brûlées à La Haye et Paris, interdites à Berne. C'est le moment que choisit Voltaire pour publier anonymement "Le Sentiment des citoyens" où il révèle publiquement l'abandon des enfants de Rousseau. Le pasteur de Môtiers, Montmollin, qui avait accueilli Jean-Jacques lors de son arrivée, cherche alors à l'excommunier avec le soutien de la « Vénérable Classe de ses confrères de Neuchâtel ». Mais Rousseau est protégé par un rescrit de Frédéric II. Il passe toutefois pour un séditieux et la population rameutée par Montmollin devient si menaçante que, le , Jean-Jacques se réfugie provisoirement dans l'île Saint-Pierre sur le lac de Bienne, d'où le gouvernement bernois l'expulse le . Avant de partir, Jean-Jacques Rousseau confie à son ami Du Peyrou une malle contenant tous les papiers qu'il possédait (manuscrits, brouillons, lettres et copies de lettres). Années d'errance. Rousseau, dès lors, vit dans la hantise d'un complot dirigé contre lui et décide de commencer son œuvre autobiographique en forme de justification. Il gagne Paris où il séjourne en novembre et au Temple qui bénéficie de l'exterritorialité. Rousseau est également sous la protection du prince de Conti qui lui permet de recevoir des visiteurs de marque. À l'invitation de David Hume, attaché à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris, il gagne l'Angleterre le . Thérèse le rejoint plus tard. Durant son séjour en Angleterre son instabilité mentale croît et il se persuade que David Hume est au centre d'un complot contre lui. C'est à cette époque que circule dans les salons parisiens une fausse lettre du roi de Prusse adressée à Rousseau. Elle est bien tournée mais peu charitable à son égard. L'auteur est Horace Walpole, mais Rousseau l'attribue dans un premier temps à D'Alembert, puis soupçonne Hume de tremper dans le complot. Hume a fréquenté à Paris les Encyclopédistes qui ont pu le mettre en garde contre Rousseau. Ce dernier, hypersensible et soupçonneux, se sent persécuté. Après six mois de séjour en Angleterre, la rupture est complète entre les deux philosophes, chacun se justifiant par des écrits publics, ce qui génère un véritable scandale dans les Cours européennes. Les ennemis de Rousseau, au premier rang desquels Voltaire, jubilent, alors que ses amis, qui l'ont poussé à confier son destin à Hume, sont consternés par la tournure des évènements. Durant son séjour anglais, il réside du au chez Richard Davenport qui a mis à la disposition du citoyen de Genève sa propriété de Wootton Hall dans le Staffordshire. C'est là qu'il écrit les premiers chapitres des "Confessions". La façon dont il traite dans ses écrits Diderot, Friedrich Melchior Grimm, atteste de sa paranoïa. En , toujours sous la menace d'une condamnation par le Parlement, Rousseau regagne la France sous le nom d'emprunt de Jean-Joseph Renou, nom de jeune fille de la mère de Thérèse. Pendant un an, il est hébergé par le prince de Conti au château de Trye, près de Gisors dans l'Oise. Le séjour est particulièrement angoissant pour Rousseau qui en vient à soupçonner ses amis, y compris le fidèle DuPeyrou venu lui rendre visite. Le , il quitte Trye et va errer quelque temps en Dauphiné autour de Grenoble. Thérèse le rejoint à Bourgoin où le et, pour la première fois, il la présente au maire de la ville comme sa femme. Il reprend son nom et s'installe à la ferme Monquin à Maubec. Il décide de quitter le Dauphiné le , séjourne quelques semaines à Lyon, et arrive à Paris le où il loge à l'hôtel Saint-Esprit, rue Plâtrière. À Paris, il survit grâce à ses travaux de copiste de partitions de musique. Il organise des lectures de la première partie des "Confessions" dans des salons privés devant des auditoires silencieux et gênés face à cette âme mise à nu. Ses anciens amis craignant des révélations, fait interdire ces lectures par Antoine de Sartine, alors lieutenant général de police. Dans les "Considérations sur le gouvernement de Pologne" qu'il rédige alors, il condamne la politique russe de démantèlement de la Pologne. Cette prise de position accroît sa marginalité, la plupart des philosophes des Lumières françaises admirant alors Catherine II. Il poursuit l'écriture des "Confessions" et entame la rédaction des "Dialogues, Rousseau juge de Jean-Jacques". Ne pouvant les publier sans susciter de nouvelles persécutions, il tente de déposer le manuscrit sur l'autel de Notre-Dame, mais la grille fermée l'empêche d'y accéder. En désespoir de cause, il va jusqu'à distribuer aux passants des billets justifiant sa position. C'est aussi l'époque où il herborise, activité qu'il partage avec Malesherbes, ce qui rapproche les deux hommes. Il écrit à l'adresse de Delessert, sous forme de lettres, un cours de botanique destiné à sa fille Madelon, les "Lettres sur la botanique". "Les Rêveries du promeneur solitaire", ouvrage inachevé, sont rédigées au cours de ses deux dernières années, entre 1776 et 1778. Ces dernières œuvres ne seront publiées qu'après sa mort. À cette date, il entretient aussi une correspondance avec le compositeur d'opéra Gluck. Décès. En 1778, le marquis de Girardin lui offre l'hospitalité, dans un pavillon de son domaine du château d'Ermenonville, près de Paris ; c'est là que l'écrivain philosophe meurt subitement le , de ce qui semble avoir été un accident vasculaire cérébral. Certains ont avancé l'hypothèse d'un suicide, créant une controverse sur les circonstances de la mort du philosophe. Le lendemain de sa mort, le sculpteur Jean-Antoine Houdon moule son masque mortuaire. Le , le marquis René-Louis de Girardin fait inhumer le corps dans l'île des Peupliers de la propriété. La tombe érigée à la hâte par le marquis de Girardin est remplacée en 1780 par le monument funéraire actuel dessiné par Hubert Robert, exécuté par J.-P. Lesueur : un sarcophage sculpté, sur ses quatre côtés, de bas-reliefs représentant une femme donnant le sein et lisant l"'Émile", ainsi que plusieurs allégories de la liberté, de la musique, de l'éloquence, de la nature et de la vérité. Sur le fronton, un cartouche d'où pend une guirlande de palmes porte la devise de Rousseau « » (« consacrer sa vie à la vérité »). La face nord porte l'épitaphe « ici repose l'homme de la Nature et de la Vérité ». Le philosophe est rapidement l'objet d'un culte, et sa tombe est assidûment visitée. Son itinéraire intellectuel. La grande sensibilité de Rousseau marque profondément son œuvre et explique, en partie, les brouilles qui ont jalonné sa vie. David Hume disait de lui : . Bertrand Russell ajoutait : . La philosophie de Rousseau dans son contexte. Rousseau n'a pas suivi de cours de philosophie. Autodidacte, ce sont ses lectures, notamment celle de ses immédiats prédécesseurs : Descartes, Locke, Malebranche, Leibniz, la "Logique de Port-Royal" et les jusnaturalistes, qui lui ont permis de devenir philosophe. Dès la première œuvre qui le rend célèbre, le "Discours sur les sciences et les arts", Rousseau se revendique comme n'étant pas un philosophe de profession et exprime sa méfiance envers certains de ceux qui se disent philosophes. Il écrit à ce propos : Trois aspects de la pensée de Rousseau sont particulièrement à relever : Dans ses écrits politiques, Rousseau se place dans la continuité de Bodin qu'il interprète à l'aide de . Pour lui, Grotius et Pufendorf ainsi que Locke ont commis l'erreur de penser que les passions étaient naturelles alors qu'elles ne sont que les produits de l'histoire. Pour Rousseau, la nécessaire satisfaction des besoins primaires (nourriture, abri, etc.) qui imprègne si fortement l'histoire des hommes, tend à les isoler. Elle ne les rapproche pas, comme chez Pufendorf, pas plus qu'elle n'attise leur discorde comme chez Hobbes. Prenant position contre Grotius et Hobbes selon qui la liberté peut s'aliéner parce que la vie est première, Rousseau soutient dans "Du contrat social", que la liberté est inaliénable car vie et liberté sont synonymes. De même, alors que chez Hobbes, le peuple est constitué grâce à la terreur qu'exerce sur lui le pouvoir, chez Rousseau, le peuple se constitue grâce à un pacte social qui fonde son unité politique. À la différence de ce que pensent Locke, Spinoza ou Hobbes, pour Rousseau, une fois le pacte passé, l'être humain perd tout droit naturel. Il s'oppose sur ce point, à l'école du droit naturel de Pufendorf, Grotius, Burlamaqui, Jean Barbeyrac, qui conçoivent . Ce que cherche Rousseau, ce n'est pas le droit des sociétés civiles, mais le droit de l'État. L', les deux premiers discours et les Lumières. L"illumination de Vincennes" et le "Discours sur les sciences et les arts". En 1749, lors d'une visite à Diderot, alors emprisonné à Vincennes, Rousseau lit dans le "Mercure de France" que l'Académie de Dijon a lancé un concours sur la question suivante : Cette lecture provoque chez lui ce qu'on nomme usuellement l', événement qui va profondément changer le cours de sa vie : . Dans le texte qu'il écrit pour ce concours, Rousseau s'oppose à Montesquieu, Voltaire et Hume qui voient la modernité et le perfectionnement des arts et des sciences comme extrêmement positifs. Le citoyen de Genève fait débuter le rétablissement des arts , c'est-à-dire à la chute de l'Empire byzantin, . Rousseau, influencé par la pensée des classiques anciens, tels Tite-Live, Tacite ou Plutarque, . Ses modèles parmi les Anciens sont Sparte et la République romaine, du temps où elle était avant de devenir, sous l'Empire, . L'anti-modèle est constitué par la Cité d'Athènes au siècle de Périclès qu'il trouve trop mercantile, trop portée sur la littérature et les arts, toutes choses qui, selon lui, poussent à la corruption des mœurs. La pensée de Rousseau s'articule autour de trois axes : la distinction entre les sciences et arts utiles et ceux qu'il estime inutiles, l'importance accordée au génie, l'opposition au luxe qui corrompt la vertu. Concernant le premier point, Rousseau donne aux arts et aux sciences une origine peu flatteuse : . Toutefois, il distingue les sciences et arts utiles, ceux qui portent sur les choses et qui ont trait aux métiers, au travail manuel des hommes (au , en France, le travail manuel est méprisé) d'avec les sciences et arts abstraits seulement motivés par la recherche du succès mondain. L'important, chez Rousseau, c'est la vertu, dont les principes sont et dont on apprend les lois en écoutant . En concordance avec sa conception du lien entre art ou science et vertu, Rousseau distingue entre le génie, qui ne se laisse pas corrompre par le monde, et le mondain. S'adressant à Voltaire, il écrit : . De façon générale, il estime que les génies (Bacon, Descartes, Newton) ont su se focaliser sur l'essentiel et ont contribué à l'amélioration de l'entendement humain : . Rousseau voit une antinomie entre le luxe, qu'il associe au commerce et à l'argent, et la vertu : . Pour Rousseau, le luxe conduit au développement des inégalités et à la dépravation des mœurs. Sur ce point, il est en opposition avec le courant majeur de son siècle représenté par des gens comme Mandeville ou Voltaire qui, dans le "Mondain", plaide en faveur du superflu, ou encore par les physiocrates ou par David Hume qui voit dans le luxe un aiguillon à l'activité économique. Le citoyen de Genève, conscient de cette opposition, note : "Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes". En 1755, Rousseau publie le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes". Pour Jean Starobinski, Rousseau dans cet ouvrage . Rousseau imagine ce qu'aurait pu être l'humanité quand l'Homme était bon : c'est l'état de nature qui n'a peut-être jamais existé. C'est ce qu'on nomme une histoire conjecturale basée sur une conjecture c'est-à-dire sur une hypothèse. À partir de cette base, il explique comment l'Homme naturellement bon est devenu mauvais. Selon lui la Chute n'est pas due à Dieu (il le suppose bon), ni à la nature de l'Homme, mais au processus historique lui-même, et aux institutions politiques et économiques qui ont émergé au cours de ce processus. Chez Rousseau, le mal désigne à la fois les tourments de l'esprit qui préoccupaient tant les stoïciens mais également ce que les Modernes nomment l'aliénation, c'est-à-dire l'extrême attention que les Hommes portent au regard des autres. Attention qui les détourne de leur moi profond, de leur nature. Rousseau termine son discours en définissant, d'une part, sa vision de l'égalité où l'inégalité des conditions doit être proportionnée à l'inégalité des talents, et en constatant, d'autre part, que l'Homme ne peut pas revenir en arrière, que l'état de nature est définitivement perdu. Changement de vie (1756-1759). Durant cette période, Rousseau ressent la nécessité de changer de vie et de suivre le précepte qu'il fait figurer désormais dans de nombreux textes . Tout d'abord, il change de tenue. . Par ailleurs, il quitte la ville pour s'installer à la campagne, d'abord à l'Ermitage en forêt de Montmorency, puis dans la maison du Petit Mont-Louis. Enfin, il refuse les places et les rentes qu'on lui offre. Pour rester libre, il gagne sa vie en exerçant le métier de copiste de musique. Il rompt, également, le lien fort qui existait entre lui et Diderot depuis 1742. Pour Jean Starobinski, la pauvreté ostentatoire de Rousseau a une double visée. C'est d'abord une destinée à alerter les consciences, à accuser l'inégalité sociale alors très forte. Par ailleurs, elle est une manifestation de la fidélité de Rousseau à son origine sociale. Toujours selon cet auteur, Rousseau a eu le génie de se conformer à un principe très à la Plutarque, qu'il énonce ainsi dans une lettre adressée à son père alors qu'il n'a que dix-neuf ans : . "Le Contrat social" et "l'Émile". Les ouvrages "Du contrat social" et "Émile ou De l'éducation" sont tous deux parus en 1762. Ils sont presque immédiatement condamnés. En France, la condamnation émane à la fois du Parlement (Ancien Régime) et de la faculté de théologie. À Genève, elle est l'œuvre du Petit Conseil. Ces condamnations auront des conséquences lourdes pour Rousseau dans la mesure où elles le contraignent à une vie d'errance. Si la Révolution française contribue à faire du "Contrat social" son œuvre la plus estimée en France, la tradition allemande lui préfère le "Second Discours" et l"'Émile". "Du contrat social". Au départ, Rousseau veut écrire un livre intitulé "Institutions politiques". Puis, il abandonne ce projet parce qu'il l'estime déjà traité par Montesquieu. Il entreprend alors d'écrire un livre tourné vers la nature des choses et qui soit par là à même de fonder le droit politique. Comparant le livre de Montesquieu et le sien, il écrit dans "Émile", . Le "Contrat social" vise en effet à fonder à la fois le droit politique et l'État. Selon Mairet, ce qui donne à cet ouvrage son statut unique c'est qu'à la manière de Platon, il . La notion de "Contrat social" ne doit pas s'entendre comme désignant un contrat formel entre individus mais comme l'expression de l'idée selon laquelle, . Dans "Du contrat social" Rousseau cherche à répondre à ce qu'il pense être la question fondamentale de la politique à savoir : comment réconcilier la liberté des citoyens avec l'autorité de l'État fondée sur la notion de souveraineté qu'il reprend à Bodin. Pour Gilles Mairet, la nouveauté radicale du "Contrat social" vient de ce qu'il affirme à la fois que le peuple est souverain et que la république est une démocratie. Dans cet ouvrage, Rousseau veut absolument éviter que les êtres humains soient soumis à l'arbitraire des chefs, c'est pourquoi, comme il l'indique dans une lettre du adressée à Mirabeau, son but est de . Rousseau veut allier idéalisme politique et réalisme anthropologique. Il écrit à ce propos : . Le "Contrat social" comporte quatre livres. Les deux premiers sont consacrés à la théorie de la souveraineté et les deux derniers à la théorie du gouvernement. "Émile, ou De l’éducation". Cet ouvrage commencé en 1758 et publié en 1762 en même temps que le "Contrat social" est à la fois un des plus importants traités d'éducation et un des plus influents. L'ouvrage s'inscrit dans la lignée de "La République" de Platon et des "Aventures de Télémaque" de Fénelon, qui mêlent politique et éducation (Rousseau cite particulièrement le dialogue de Platon, le présentant comme un ouvrage d'éducation qu'on aurait eu tort de juger selon le titre). Peu de choses disposent Rousseau à écrire un ouvrage sur l'éducation. S'il a été précepteur des enfants de Mably (le frère de Condillac et de l'Abbé de Mably), l'expérience semble n'avoir pas été très concluante. Par ailleurs, comme Voltaire ne manquera pas de le faire savoir, Rousseau a abandonné ses cinq enfants, nés entre 1746-1747 et 1751-1752, à l'hospice des enfants trouvés, bien qu'il incite à être parent (les femmes à faire des enfants et les pères à s'occuper de l'éducation de leurs enfants) L'ouvrage repose sur la conception fondamentale de Rousseau selon laquelle l'Homme est né bon mais la société l'a corrompu. Ainsi pose-t-il comme . Rousseau divise l'éducation des êtres humains en cinq phases correspondant aux cinq livres de l'Émile. Le livre I traite des nouveau-nés, le livre II des enfants de 2 à 10/12 ans, le livre III des 12 à 15/16 ans, le livre IV de la puberté dominée par des conflits entre raison et passions, tout en abordant aussi des questions de métaphysique ou de religion dans une section connue sous le titre de "La Profession de foi du vicaire savoyard" et qui a été publiée à part. Enfin le livre V traite du jeune adulte au moment où il s'initie à la politique et prend une compagne. En lien avec sa conception de la personne humaine, l'éducation doit d'abord être "négative" c'est-à-dire qu'on ne doit pas commencer par instruire car par là on risque de pervertir la nature humaine : . Il reproche justement à John Locke, dans ses "Pensées sur l'éducation" (1693), de vouloir trop tôt considérer l'enfant comme un être raisonnable et de vouloir utiliser l'éducation pour transformer l'enfant en homme, plutôt que de laisser l'enfant être un enfant, en attendant qu'il grandisse et devienne adulte de manière naturelle. Pour Rousseau, c'est seulement au moment de la puberté que l'éducation doit donner une formation morale et permettre à l'adolescent d'intégrer le monde social. Rousseau et la religion. Trois groupes de textes sont à prendre en compte pour comprendre le rapport de Rousseau à la religion : La foi chrétienne de Rousseau est une sorte de déisme rationaliste, héritée de Bernard Lamy et de Nicolas Malebranche : il y a un dieu parce que la nature et l'univers sont ordonnés. Rousseau n'est pas matérialiste (voir la "Lettre à Franquières"), mais il n'est ni un protestant orthodoxe, ni un catholique romain. Pourtant, il se dit , y compris dans sa lettre du à Paul Moultou, lequel semble désireux de renoncer à sa foi, et qu'il exhorte à ne pas « suivre la mode ». En particulier, Rousseau ne croit pas au péché originel, une doctrine qui incrimine la nature humaine et qu'il a longuement combattue. Il parle avec ironie de ce péché « pour lequel nous sommes punis très justement des fautes que nous n’avons pas commises » (Mémoire à M. de Mably). S'il rejette cette doctrine, c'est pour des raisons théologiques, car il voit dans les implications de ce dogme une conception dure et inhumaine, qui « obscurcit beaucoup la justice et la bonté de l'Être suprême » ; mais c'est aussi parce que, se sentant bon, il ne peut concevoir d'être affecté par une tare secrète. Cette position l'amènera à forger la fiction d'un « état de nature », extra-moral et extra-historique, pour écarter tous les faits de l'histoire. Rousseau vu par lui-même. En guise d'autobiographie, Rousseau a écrit trois ouvrages : "Les Confessions", "Rousseau juge de Jean-Jacques", et les "Rêveries du promeneur solitaire", ouvrage qu'il n'achèvera pas. La rédaction des "Confessions" s'échelonne de 1763 ou 1764 à 1770. Si Rousseau présente dans cet ouvrage ses fautes passées, tel l'épisode du ruban volé, les "Confessions" sont moins des confessions au sens d'augustinien, qu'une sorte d'autoportrait à la Montaigne. L'objet du livre . Il écrit "Rousseau juge de Jean-Jacques" durant la période allant de 1772 à 1776. L'ouvrage paraît partiellement en 1780 et suscite un certain malaise car Rousseau y dénonce un complot qui serait mené contre lui par Grimm, Voltaire, D'Alembert et David Hume. Dans cet écrit, Rousseau dialogue avec Jean-Jacques qui représente le Rousseau tel que le voient ses ennemis et un troisième personnage appelé qui représente l'opinion publique, c'est-à-dire quelqu'un qui n'a ni rencontré Rousseau, ni lu ses livres. C'est ce personnage qu'il veut convaincre. "Les Rêveries du promeneur solitaire" sont écrites entre 1776 et 1778, jusqu'à la mort de Rousseau. Si dans ce livre, la vie est , des contradictions sont visibles entre son projet politique qui vise à intégrer le citoyen dans la vie politique et l'inclination profonde de Rousseau. Il écrit . Le statut de ces textes pose un problème. Pour Alexis Philonenko, la philosophie de Rousseau . Au contraire, pour Géraldine Lepan, ces œuvres . L'objectif serait toujours le même : . Nature humaine et histoire conjecturale chez Rousseau. Histoire conjecturale. Selon George Armstrong Kelly, Rousseau aborde le puzzle de l'histoire de la façon la plus antithétique qui soit : l'aspect moral. Pour Rousseau, l'histoire est à la fois un recueil d'exemples et une succession d'états des facultés humaines qui évoluent en fonction des défis du temps. L'histoire, pour le citoyen de Genève, n'est jamais un point de départ, mais au contraire le moyen d'étendre une tension qui lui est propre à l'humanité vue comme un tout. Le philosophe n'utilise pas les données pour s'interroger sur leur sens, il les utilise pour appuyer ses propres convictions. Dans l"'Émile", Rousseau défend l'idée que nos impressions sur le passé doivent être utilisées à des fins éducatives, et non pour cultiver un savoir théorique. Sur ce point, il se démarque de Jean le Rond D'Alembert qui avait une vue plus objective de l'histoire qu'il voyait comme devant donner à la postérité un spectacle dépassionné des vices et des vertus. Au contraire, Rousseau écrit dans son "Histoire de Lacédémone" : Pour Jean Starobinski, d'une certaine façon, l'histoire conjecturale chez Rousseau vise à proposer une histoire alternative à celle du christianisme. Cet auteur note que, dans le "Second Discours", . De sorte que l'état de nature peut être vu comme une reconstruction imaginaire qui se substitue au mythe biblique du jardin d'Éden dans le Livre de la Genèse. Au début du , l'expulsion des hommes du paradis terrestre avait inspiré au théologien chrétien Augustin d'Hippone la doctrine du péché originel. Même s'il rejetait celle-ci, Rousseau y réfère explicitement dans la note 9 du "Second Discours". Pour Victor Goldschmidt, Rousseau radicalise la méthode conjecturale utilisée par ses contemporains en considérant comme un fait certain que l'état de nature ait existé. Son principal problème est d'expliquer le passage de cet état naturel à la société civile par des causes purement naturelles à partir de conjectures physiques (santé et égalité biologique), métaphysiques (la perfectibilité et une liberté purement virtuelle) et morales (l'amour de soi, la pitié et l'amour). De l'état de nature à la société civile ou politique. Comme Thomas Hobbes et John Locke et d'autres penseurs de l'époque, mais à l'inverse de Platon, Aristote, Augustin d'Hippone, Nicolas Machiavel et d'autres, le point de départ de la philosophie de Rousseau est l'état de nature. Mais Rousseau ne considère pas les hommes qui de son temps vivaient en tribus en Amérique comme étant à l'état de nature : pour lui, ils sont à un stade plus avancé. Pour penser l'être humain à l'état naturel, il faut remonter plus loin et imaginer quelque chose qui n'a peut-être jamais existé. Rousseau écrit qu'il va considérer l'être humain , ce faisant écrit-il . Selon Victor Goldschmidt, il y a d'abord un passage de l'état naturel à la société naturelle qu'il nomme aussi sans uniquement parce que . Par contre le passage de la société naturelle à la société civile s'explique par plusieurs impulsions étrangères. Tout d'abord, le développement des techniques agricoles et métallurgiques entraîne l'appropriation et la division des tâches. Par ailleurs, des phénomènes naturels extraordinaires tels que les éruptions volcaniques viennent changer l'environnement physique des hommes. Tous ces bouleversements entraînent une exacerbation des passions humaines. Alors, pour éviter le pire, l'homme doit prendre une décision non naturelle et passer un contrat social. Pour Jean Starobinski, le passage de l'état de nature à la société civile d'avant le contrat social s'effectue en quatre phases : À l'issue de ce processus, l'établissement d'un contrat social permet de sortir de l'état de guerre et de réaliser une société civile marquée par l'inégalité. Jean Starobinski écrit à ce propos : . Dans "Du contrat social", Rousseau cherche à sortir de ce premier contrat social inégalitaire à travers le concept de volonté générale qui permettra, selon l'expression de Christopher Bertam, . Bref pour Rousseau l'État est le moyen de sortir du mal que constitue la société. Pour Victor Goldschmidt, il ne faut pas trop insister sur l'opposition entre le contrat du "Discours" et celui du "Contrat Social" car chez les deux l'inégalité est présente. Victor Goldschmidt note dans "Anthropologie et Politique" (779-780) que Rousseau . Amour-propre et pitié ou la fin de l'homme naturellement bon. Rousseau répète à plusieurs reprises que l'idée selon laquelle l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt, domine sa pensée. La question qui vient alors à l'esprit est la suivante : comment le mal peut-il jaillir dans une société composée d'hommes bons ? L'adjectif ne signifie pas qu'à l'origine les hommes soient naturellement vertueux et bienfaisants mais, selon John Scott, qu'en l'homme , et ce serait cet équilibre qui ferait l'homme , car précisément c'est la . Rousseau avance que pour permettre la préservation de l'espèce, les créatures sont dotées de deux instincts, l'amour de soi et la pitié. L'amour de soi leur permet de satisfaire leurs besoins biologiques, tandis que la pitié les conduit à prendre soin des autres. Notons que, si la pitié est dans le "Second discours", un instinct indépendant, dans l"Émile" et dans l"'Essai sur l'origine des langues", elle n'est considérée que comme un prolongement de l'amour de soi vu comme l'origine de toutes les passions. La chute, ou le mal, s'introduit chez l'homme avec l'apparition de l'amour-propre, apparition d'ailleurs liée à la compétition sexuelle pour attirer un(e) partenaire. Rousseau écrit dans la note 15 du "Discours sur l'origine des inégalités" : L'amour de soi-même est un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui, dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu. L'Amour-propre n'est qu'un sentiment relatif, factice, né dans la société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la véritable source de l'honneur. En résumé, l'amour-propre pousse les êtres humains à se comparer, à chercher à être supérieurs aux autres, ce qui engendre des conflits. Toutefois, si on regarde la façon dont il traite la question en partant de l"Émile", il est possible de noter que l'amour-propre est à la fois l'instrument de la chute de l'homme et de la rédemption. En effet, dans ce livre, l'amour-propre est la forme que prend l'amour de soi dans un environnement social. Si, chez Rousseau, l'amour-propre est toujours vu comme dangereux, il est possible de contenir ce mal grâce à l'éducation et grâce à une bonne organisation sociale, comme on les trouve exposées respectivement dans l"Émile" et le "Contrat social". Même si l'amour-propre prend sa source dans la compétition sexuelle, il ne révèle son plein potentiel de dangerosité que lorsqu'il est combiné à l'interdépendance économique qui se développe lorsque les individus vivent en société. En effet, dans ce cas, les êtres humains vont à la fois chercher les biens matériels et la reconnaissance, ce qui les conduit à entretenir des relations sociales marquées par la subordination de certains et par le désir d'atteindre ses fins quels que soient les moyens employés. De sorte que sont menacées à la fois la liberté des êtres humains et leur estime de soi. Passions, raison et perfectibilité. À la différence d'Aristote, mais comme d'ailleurs Thomas Hobbes et John Locke, pour Rousseau, la raison est subordonnée aux passions et notamment à l'amour-propre. Par ailleurs les passions et la raison évoluent, ont une dynamique propre. Au départ, à l'état de nature, l'être humain n'a que peu de passions et de raison. Rousseau note, concernant les hommes en l'état de nature (qu'il appelle les ) qu'ils . La dynamique des passions et de la raison qui conduit à leur évolution est explicitée par Rousseau dans le passage suivant : Pour Rousseau, le trait dominant de l'homme, ce n'est pas la raison mais la perfectibilité. Parlant de la différence être humain et animal, Rousseau écrit . Si Rousseau est un des premiers, voire le premier, à utiliser le mot perfectibilité, pour lui, le mot n'a pas qu'un aspect positif. Il a, au contraire, le plus souvent un aspect négatif. En effet, pour le citoyen de Genève, la perfectibilité est seulement la capacité de changer, capacité qui conduit le plus souvent à la corruption. Vertu et conscience. Selon Georges Armstrong Kelly, . Pour Rousseau, la vérité morale est l'élément unificateur de toute réalité. Les connaissances ne sont que de fausses lumières, de simples projections de l'amour-propre, si elles ne sont pas enracinées, comme chez lui, dans une certitude intérieure. Dans le cas contraire, la raison peut être corrompue par les passions et se transformer en raisonnements faux qui flattent l'amour-propre. Si la raison peut permettre d'accéder à la vérité, seule la conscience, qui impose l'amour de la justice et de la moralité de façon quasi esthétique, peut la faire aimer. Le problème, pour lui, est que la conscience basée sur une appréciation rationnelle d'un ordre tracé par un Dieu bienveillant est chose rare dans un monde dominé par l'amour-propre. Philosophie politique. Rousseau expose principalement sa philosophie politique dans le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes", le "Discours sur l'économie politique", "Du contrat social" ainsi que dans les "Considérations sur le gouvernement de la Pologne". La philosophie politique de Rousseau se situe dans la perspective dite contractualiste des philosophes britanniques des . Au demeurant, son "Discours sur l'inégalité" est parfois considéré comme un dialogue avec l'œuvre de Thomas Hobbes. Pour Christopher Bertram, le cœur de la doctrine politique de Rousseau tient dans l'affirmation . Volonté générale. Volonté et généralité. La volonté générale est le concept clé de la philosophie politique de Rousseau. Mais cette expression est faite de deux termes dont il convient de préciser le sens, si l'on veut bien comprendre la pensée du citoyen de Genève. La volonté, chez Rousseau, comme chez tous les « volontaristes » venant après le livre "Du libre arbitre" d'Augustin d'Hippone doit être libre pour avoir une valeur morale. La liberté s'entend d'abord comme la non soumission à l'autorité d'autres hommes comme c'est le cas du pouvoir paternel ou du pouvoir du plus fort. Toutefois, Rousseau doute que la volonté seule puisse conduire les hommes à la morale. Selon lui, les hommes ont besoin soit de grands législateurs comme Moïse, Numa Pompilius (Rome) ou Lycurgue (Sparte), soit d'éducateurs pour que la volonté s'oriente vers le bien tout en restant libre. Pour Rousseau, dire que la volonté est générale signifie qu'elle se situe quelque part entre le particulier et l'universel comme chez Pascal, Malebranche, Fénelon ou Bayle. Selon Patrick Riley, cette vision du serait . Sur ce point Rousseau s'oppose à Diderot qui, dans l'article de l"'Encyclopédie", développe l'idée qu'il existe à la fois une volonté générale du genre humain et une morale universelle, ce qui le conduit à penser le général en termes universels. Rousseau, dont les modèles sont Rome, Sparte ou encore Genève, insiste, au contraire, sur l'importance des particularismes nationaux. Rousseau n'est pas le premier à accoler les deux mots et et à utiliser l'expression de : avant lui, Arnauld, Pascal, Malebranche, Fénelon, Bayle ou Leibniz l'avaient également utilisée. Mais ils l'utilisaient pour désigner la volonté générale de Dieu, alors que pour Rousseau, il s'agit de la volonté générale des citoyens. Bref, le philosophe laïcise et démocratise l'expression. Interprétations de la notion de volonté générale. Pour Christopher Bertram, la volonté générale chez Rousseau est une notion ambiguë qui peut être interprétée de deux façons : dans une conception démocratique, elle est ce que les citoyens ont décidé ; dans une conception plus tournée vers la transcendance, elle est l'incarnation de l'intérêt général des citoyens obtenu en faisant abstraction des intérêts particuliers. La première interprétation s'appuie principalement sur le du de "Du contrat social" où Rousseau insiste sur les procédures de délibération pour atteindre l'intérêt général. Il est possible d'unifier ces deux vues en supposant que, pour Rousseau, dans de bonnes conditions et avec de bonnes procédures, les citoyens feront en sorte que la volonté générale issue de la délibération corresponde à la volonté générale transcendante. Mais, pour le citoyen de Genève, cette identité n'est pas assurée. Il écrit à ce propos : Estimant que la qualité de la délibération des citoyens, dès lors qu'ils sont suffisamment informés, est mise en danger par les effets de la rhétorique et la simple communication des citoyens entre eux, il affirme que la démocratie athénienne était en réalité . Droit et loi chez Rousseau. La Loi et le droit naturel. Rousseau, dans le "Discours sur l'inégalité", soutient que la loi naturelle peut être comprise de deux façons très différentes. Pour les jurisconsultes romains, la loi naturelle exprime . Pour les jusnaturalistes modernes, la loi est , elle est naturelle au sens où elle poursuit les fins naturelles de l'homme sur lesquelles, selon Rousseau, les philosophes de son temps ne s'accordent guère. Il en ressort que s'il existait une loi naturelle, elle devrait répondre aux deux définitions précédentes, ce qu'il estime impossible. Car si les hommes en l'état de nature agissaient spontanément en vue de l'utilité commune, ce n'est plus le cas de l'homme moderne. De sorte que, selon Gourevitch, quand Rousseau emploie le terme , il ne fait pas référence à ses propres vues mais à celle des jusnaturalistes modernes. Quand il expose ses vues, Rousseau préfère parler de , pour au moins deux raisons : la loi est généralement entendue comme l'expression d'un commandement d'un supérieur à un inférieur, pas le droit ; par ailleurs, le droit peut être appliqué de façon différente en fonction des circonstances. Le problème pour Rousseau est que si l'amour de soi et la pitié poussent les êtres humains à suivre le droit naturel, du fait du développement de l'interdépendance économique entre les hommes, l'amour de soi devient amour-propre et la loi de la nature humaine cesse d'assurer le respect du droit naturel. Ce constat conduit Rousseau à énoncer sa . Droit politique et justice. Rousseau différencie le droit naturel du droit politique. Ce dernier se réfère aux principes ou lois de ce qu'il appelle souvent les . Le droit politique vise dans le cadre d'un État ou d'un corps politique à établir de façon positive une société qui permette aux hommes de vivre bien. Il ne s'agit pas de retourner à l'état de nature mais de pouvoir mener une vie bonne. Pour cela, le droit politique aidé par la raison instrumentale, doit permettre le retour à une certaine forme de justice. Cela conduit Rousseau à distinguer trois types de justice : la , la et la . La première vient de Dieu ; la seconde se réfère à Diderot qui, dans l'article « Droit naturel » de l"'Encyclopédie" (IC, 2), voit le droit et la justice comme un pur acte de raison ; la troisième est celle de Rousseau. Chez lui, l'idée de justice se réfère à un corps politique et ne s'étend pas au monde entier. Rousseau note à cet égard : Corps politique et citoyenneté. Société politique, société civile et droit politique. Selon Rousseau, la société politique n'est pas naturelle et pour lui, l'homme n'est pas un animal politique comme chez Aristote. Le corps politique qui naît de la convention et du consentement des membres permet l'agrégation des ressources ainsi que la mise en commun des forces et des ressources des membres de la société. Pour désigner ce corps politique, Rousseau emploie aussi les termes société bien constituée, , République, . La fin ou le but d'un corps politique, c'est de proposer un moyen de transformer le contrat social inégal de la société civile en . La distinction homme/citoyen. Le droit naturel est bon pour l'homme, le droit politique pour le citoyen. Le citoyen à travers le droit politique s'engage dans un projet visant à améliorer la société. Participer à un vrai contrat social provoque pour Rousseau un changement de perspective qui distingue l'homme du citoyen. En effet, le citoyen doit apprendre à se considérer comme la partie d'un tout, à écouter la voix du devoir, à . Pour unir les citoyens, pour qu'ils forment un tout, Rousseau considère qu'avoir les mêmes habitudes, les mêmes croyances et pratiques est une aide. Le patriotisme est aussi un moyen de souder les citoyens et de faciliter leur acceptation de la volonté générale. Rousseau écrit à ce propos : . Nous savons que, pour Rousseau, les hommes sont animés par deux principes : l'amour propre et la pitié. Chez le citoyen, la pitié doit laisser place à la réciprocité. . Égalité, justice, utilité et corps politique. Chez Rousseau, la notion de justice est liée à la réciprocité. Le problème est que pour qu'il y ait réciprocité, il faut qu'il y ait égalité. Or depuis la fin de l'état de nature, la liberté et l'égalité naturelles se sont évanouies. Il faut donc les reconstituer de façon conventionnelle. Dans son projet de reconstitution de l'égalité et de la liberté, Rousseau ne considère pas l'égalité comme une fin en soi, mais comme le moyen de sécuriser la liberté politique qui ne peut exister qu'entre égaux. Si Rousseau ne s'oppose pas aux inégalités issues des efforts des êtres humains mais aux inégalités non justifiées par la nature, il considère néanmoins que l'égalité est toujours menacée et il voit son inscription dans la durée comme un défi que les hommes doivent relever en permanence. Pour lui, les droits politiques sont basés sur les hommes tels qu'ils sont avec leur amour-propre, leurs intérêts, leurs vues du bien commun, ce qui le conduit à une démarche relativement pragmatique. Il écrit dans "Du contrat social" : La souveraineté du peuple. Chez Rousseau, le peuple entendu au sens politique d'ensemble des citoyens est souverain, cela veut dire que c'est lui qui promulgue ou qui ratifie les lois, c'est de lui que vient la volonté générale. S'il est souverain, toutefois, il ne gouverne pas et n'a pas vocation à gouverner. Il s'agit dès lors de déterminer comment la souveraineté du peuple peut s'exercer. Il existe deux solutions possibles : la démocratie directe ou la démocratie représentative. Rousseau n'est pas très enthousiaste pour la démocratie représentative et lui préfère une forme de démocratie directe calquée sur le modèle antique. Se borner à voter, c'est, selon lui, disposer d'une souveraineté qui n'est qu'intermittente. Il se moque ainsi du système électoral alors en cours en Angleterre, en affirmant que le peuple n'y est libre que le jour des élections, et esclave sitôt que ses représentants sont élus. Sa critique envers l'idée de représentation de la volonté est donc sévère : la souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n'y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Rousseau enchaîne : . Christopher Bertram estime toutefois que si l'interprétation exposée ci-dessus est la plus répandue, il n'est pas évident qu'elle soit correcte et que Rousseau rejette réellement toute forme de représentation comme il le laisse entendre. Même si Rousseau a une vision de la souveraineté différente de celle de Hobbes, tout comme chez ce dernier, les citoyens en s'associant perdent tous leurs droits naturels, en particulier celui du contrôle du pouvoir souverain. Gouvernement. Gouvernement et souveraineté. Le souverain, le peuple chez Rousseau, promulgue les lois qui sont l'expression de la volonté générale. Le gouvernement, par contraste, est un corps plus limité de personnes qui administrent l'État dans le cadre des lois. Il est autorisé à promulguer des décrets d'application des lois dans les cas où cela est nécessaire. Rousseau insiste sur la nécessaire séparation du gouvernement (l'exécutif) et du législatif : le second émet des lois générales tandis que le premier les exécute et les adapte aux cas particuliers. Rousseau craint qu'en mêlant exécutif et législatif, il ne soit porté atteinte à la généralité de la loi. Par ailleurs, le citoyen de Genève insiste sur la tentation du gouvernement d'usurper le pouvoir souverain (législatif). Pour Gourevitch, cette crainte pose la question de savoir et donne à la pensée de Rousseau quelque chose d'insoluble voire de tragique. Trois formes de gouvernement. Rousseau distingue trois sortes de gouvernement : la démocratie pure ou directe, la monarchie et l'aristocratie. L'aristocratie peut revêtir trois formes : l'aristocratie naturelle, élective et héréditaire. La démocratie directe est bonne pour les petits États vertueux où règne l'égalité des rangs. Rousseau n'est pas vraiment un adepte de la monarchie qui favorise, selon lui, l'émergence des courtisans au détriment des gens compétents. Sur le plan financier, si la démocratie directe est soucieuse de ne pas imposer trop d'impôts au peuple, ce n'est pas le cas de la monarchie, qui, selon lui, ne convient qu'aux nations opulentes. Concernant l'aristocratie, le modèle héréditaire lui semble à proscrire ; quant à l'aristocratie naturelle, il ne la tient possible que dans les petits États. Le meilleur mode de gouvernement est donc, selon lui, l'aristocratie élective, qu'il appelle aussi gouvernement tempéré. Parlant de l'aristocratie élective, Rousseau écrit : Religion civile. Rousseau traite de cette question au livre IV chapitre 8 du "Contrat social". Pour lui, les premiers corps politiques ont été formés à la fois par des grands personnages qui leur ont donné leurs lois et par des dieux qui les ont, en quelque sorte, validés en leur donnant leur onction. De sorte que le contrat social acquiert une dimension transcendante qui incite les gens à le suivre par crainte d'une sanction divine. Selon lui, le christianisme a cassé le lien entre la religion et le corps politique car il s'est soucié des hommes, pas des citoyens. Si le christianisme a répandu l'idée de droit naturel, en devenant une force, il a divisé la souveraineté des États. Aussi, le citoyen de Genève considère-t-il que les États chrétiens ne pratiquent pas ce qu'il appelle une saine politique. Pour rétablir l'unité perdue à cause du christianisme, c'est-à-dire l'opposition entre la religion et le corps politique local, pour , Rousseau propose la création d'une religion civile reposant sur un petit nombre de dogmes positifs tels que . Droit international. Selon Rousseau, ce qu'il nomme le droit des nations et que nous appellerions, de nos jours, droit international, est une chimère. En effet, il considère qu'il est difficile de un État souverain. Ses propres projets pour une fédération des États européens et pour un droit de la guerre valable sont demeurés fragmentaires. Notons que Rousseau ne voit pas la guerre comme une opposition d'individus les uns contre les autres, mais comme une lutte entre entités morales où l'État X combat l'État Y. Le but de la guerre n'est pas la mort d'une population mais de briser la volonté générale de l'État ennemi. Rousseau et la botanique. L’œuvre de Jean-Jacques Rousseau sur la botanique comprend de nombreux textes : "Les Lettres (élémentaires) sur la botanique à Madame Delessert" (1771 à 1774), un dictionnaire "Fragments pour un dictionnaire des termes d'usage en botanique" (1770) qui est inachevé , plusieurs manuscrits sur la botanique, de nombreux herbiers et une riche correspondance avec des savants de plusieurs pays européens . Fidèle au célèbre naturaliste suédois Carl von Linné, Rousseau n’en développe pas moins une philosophie naturaliste qui lui est propre. "Je ne connais point d’étude au monde qui s’associe mieux à mes goûts naturels que celle des plantes, et la vie que je mène depuis dix ans à la campagne n’est guère qu’une herborisation continuelle" (Les Confessions - Livre V) . C’est lors de son exil en Suisse en 1762 à Môtiers dans le canton de Neuchâtel, que Jean-Jacques Rousseau se passionne pour la botanique. Il le fait en compagnie du médecin de Neuchâtel Jean-Antoine d’Ivernois, du notable Pierre-Alexandre DuPeyrou, du docteur Frédéric-Samuel Neuhaus et surtout du naturaliste Abraham Gagnebin, un excellent botaniste . Il constitue son premier herbier et il acquiert des ouvrages de botanique pour parfaire ses connaissances autour de l’ouvrage de référence au XVIIIe siècle Systema naturae de Charles von Linné. Dans sa lettre à François-Henri d’Ivernois en 1765, il confie «"Je raffole de la botanique : cela ne fait qu’empirer tous les jours. Je n’ai plus que du foin dans la tête, je vais devenir plante moi-même un de ces matins"» . Chassé de la Suisse, Rousseau s’installe en Angleterre en 1766 dans le petit village de Wootton Hall. Il rencontre la duchesse de Portland, férue de botanique et il poursuit sa collecte des plantes. Il lui enverra par la suite des herbiers portatifs et entretiendra une longue correspondance avec elle . Il correspond notamment avec le botaniste Marc Antoine Louis Claret de la Tourrette, le magistrat et botaniste Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes et l’abbé François Rozier. Ces échanges lui permettent de consolider sa maîtrise de l’identification des plantes . Dans chaque lieu où il s’installe, il n’a de cesse de récolter, d’identifier et de trier, réalisant des herbiers ; notamment à la Grande-Chartreuse (1768), à Maubec (1769), au Mont-Pilat (1769) et à Paris (1770 à 1778). Quelques semaines avant sa mort en 1778, il réalise ses dernières planches d’herbier à Ermenonville en compagnie du fils du marquis René-Louis de Girardin . Les descriptions de Rousseau sont à la fois scientifiques : il met un soin maniaque à décrire les fleurs, les pétales, les pistils, mais elles traduisent également son amour de la nature. Il fait preuve d’une étonnante inventivité lorsqu’il rédige des lexiques de termes botaniques en usage à son époque ou lorsqu’il met au point un ingénieux système de "sténographie" pour les transcrire dans le but de s'adonner plus commodément à l'herborisation . Entre 1771 et 1774, il adresse à Madeleine-Catherine Delessert "Les Lettres (élémentaires) sur la botanique à Madame Delessert". Une série de huit lettres, à la fois simples et méthodiques, sur la botanique, afin qu'elle puisse initier sa fille Madelon, âgée de cinq ans, à la connaissance et à l'amour des fleurs . Pour Rousseau, il s'agit autant d'apprendre ""à bien voir ce que l'enfant regarde", autant que lui enseigner la nomenclature des fleurs"». Ces lettres connaissent au début du XIXe siècle un succès européen, car jusqu'à Rousseau, les livres de botanique étaient écrits par des savants pour des savants . Jean-Jacques Rousseau et l'art. Rousseau et le théâtre. Si Rousseau a écrit une comédie "Narcisse ou l'Amant de lui-même" qui reçut un accueil d'estime lorsqu'elle a été présentée à la Comédie-Française en 1752, il ne croit pas lui-même qu'elle soit un chef-d'œuvre. Parce qu'il connaît un triomphe avec "Le Devin du village", un petit opéra dont Raymond Trousson dit que s'il n'est , il est ravissant . Toutefois, dans ce qui est son écrit le plus célèbre sur le théâtre, la "Lettre à d'Alembert", il est très critique envers cette forme d'art. Cette lettre est d'abord une réponse à l'article de l"Encyclopédie" intitulé "Genève" où D'Alembert plaide pour la création d'un théâtre. Rousseau se sent provoqué car il croit que D'Alembert a été influencé par Voltaire qui possède une propriété près de Genève. Si l'on passe outre ces susceptibilités et que l'on s'en tient aux faits, le projet d'établissement d'un théâtre à Genève voit s'opposer la haute société protestante de la ville favorable au théâtre, et les simples citoyens, que Rousseau soutient. Cette opposition a une signification politique : Rousseau perçoit le théâtre comme un fait social participant à l'aliénation du peuple et à la destruction des mœurs et de la liberté publique. Aussi, dans sa "Lettre à d'Alembert sur les spectacles", Rousseau s'oppose à la thèse soutenue par Cicéron, Corneille, Racine, Voltaire et Diderot selon laquelle un objet esthétique à la fois procure du plaisir et participe de la civilisation en promouvant la vertu et en provoquant une haine du vice. Pour lui, au contraire, comme l'expose Platon au chapitre X de "La République", l'art flatte la partie irrationnelle de l'âme et n'instruit pas. En effet, il estime qu'une pièce doit d'abord plaire et flatter, préoccupations qui annihilent tout travail éducatif. Par ailleurs, Rousseau reproche au théâtre de son temps de donner dans l'art pour l'art, et, par là, de refuser toute finalité sociale. Sa critique du théâtre rejoint aussi celle de ce qu'on appellerait aujourd'hui , la société de cour pouvant être analysée comme une première société du spectacle. Rousseau considère que le théâtre en France s'est développé dans le cadre de la monarchie et symbolise à la fois la prééminence des grandes villes sur les petites villes et celle de l'aristocratie qui s'adonne aux loisirs sur le peuple qui travaille. Pour le citoyen de Genève, le théâtre participe d'institutions politiques qui pervertissent le peuple et le rendent mauvais. D'une façon générale, Rousseau trouve l'art français de son temps trop savant, trop uniformisateur, ou, pour reprendre une expression actuelle, trop pensée unique. Pour lui la culture varie selon les peuples, est particulière, et non uniforme. Aussi estime-t-il que ce qui peut convenir à Paris peut être néfaste à Genève. Rousseau s'oppose aussi à Diderot sur l'importance à accorder au métier de comédien. Diderot, dans le "Paradoxe sur le comédien", apprécie chez les acteurs leur capacité à jouer un rôle tout en restant eux-mêmes. Or, précisément ce que Diderot considère comme le sommet de l'art de l'acteur, de sa virtuosité, Rousseau le perçoit, au contraire, comme le sommet du mensonge et de la duplicité. En fait, pour Rousseau, dans une République, ce n'est pas le théâtre qu'il faut valoriser mais la fête : Rousseau et le roman : "La Nouvelle Héloïse". Dans "Les Confessions", Rousseau soutient qu'il a écrit ce roman pour satisfaire dans la fiction un irrépressible désir d'aimer qu'il n'a pas pu satisfaire dans la réalité. D'une certaine façon, ce roman a une valeur consolatrice. Il écrit aussi ce roman parce qu'il pense qu'une œuvre romanesque permettra à ses idées de toucher un public plus large et plus vaste. Par ailleurs, il estime qu'à la différence du théâtre, auquel il s'est opposé dans la "Lettre à D'Alembert", l'œuvre romanesque est susceptible de rendre la vertu aimable à tous car elle met en scène des personnes ordinaires. La trame du roman se présente ainsi. Saint-Preux, un précepteur, tombe amoureux de son élève Julie d'Étange. L'amour est réciproque mais les contraintes financières et sociales s'opposent à ce mariage. Saint-Preux est pauvre. Aussi, Julie épouse Monsieur de Wolmar, un brave homme riche et athée, de trente ans son aîné. Dans ce roman, Rousseau introduit une séparation entre mariage et amour. Il estime en effet que bien que M. et de Wolmar ne soient pas amoureux, ils doivent rester unis. Il écrit à ce propos : . Alors que chez Léon Tolstoï, grand admirateur de Rousseau, Anna Karénine meurt en s'abandonnant à sa passion et en quittant son mari, les époux Wolmar restent ensemble. Ils fondent la communauté de Clarens où règnent douceur et modération. Malgré tout, à la fin, Julie avoue s'être un peu ennuyée pendant son mariage et ne pas avoir oublié Saint-Preux. Le roman a eu un succès considérable tant au qu'au . La langue et la littérature. L'élégance de l'écriture de Rousseau a conduit à une transformation significative de la poésie et de la prose française. En particulier elle les a aidées à se libérer des normes rigides venues du Grand Siècle : . De nombreux écrivains ont été également influencés par Rousseau, hors de France. C'est le cas en Russie pour Pouchkine et Tolstoï qui a écrit : . En Angleterre, il a influencé Wordsworth, Coleridge, Lord Byron, Shelley, et John Keats en Allemagne, Goethe, Schiller et Herder. Ce dernier considérait Rousseau comme son tandis que Goethe remarquait en 1787 que l'. Rousseau compositeur et critique musical. La musique fut une vocation contrariée de Rousseau. Initié à la pratique musicale par madame de Warens, il en vécut médiocrement durant son séjour à Paris, essentiellement en tant que copiste — activité dont il témoigne en ces termes : . Rousseau est l'auteur d'un opéra-ballet, "Les Muses galantes" et d'un mélodrame intitulé "Pygmalion". Selon François-Joseph Fétis, . Le catalogue des œuvres du philosophe compositeur comprend encore des fragments d'un ballet sur le thème de "Daphnis et Chloé". Les historiens de la musique retiennent "Le Devin du village" (1752), . Selon Paul Pittion, . Ce petit opéra remporte un réel succès : . Le roi propose alors une pension à Rousseau, mais celui-ci refuse. C'est à cette occasion qu'éclate la première dispute avec Diderot, qui le presse plutôt d'accepter l'offre royale. La postérité ne s'est pas montrée favorable envers Rousseau compositeur. Dans ses "Mémoires", Hector Berlioz plaint ce . Dans l'histoire de la musique française, en effet, Rousseau est principalement retenu comme critique et adversaire de Rameau, qui le considère, de son côté, comme un . L'opéra, qui se présente alors comme selon Jean Malignon, devient la cible de diverses querelles, dont la « querelle des Bouffons » où les encyclopédistes poursuivent des buts différents : . Dans sa "Lettre sur la musique française", publiée en 1753, c'est bien l'auteur d"Hippolyte et Aricie" qu'il attaque pour ses théories sur l'harmonie : . Rousseau conclut cette "Lettre" de manière particulièrement tranchante, qui provoqua un tel scandale que les acteurs et les musiciens de l'Opéra brûlèrent son auteur en effigie dans la cour de l'Académie royale de musique : Pour les musicologues modernes, les attaques de Grimm et de Rousseau contre l'art de Rameau . Berlioz en vient à considérer comme un trait de les éloges de Gluck adressés à la musique de Rousseau en présence de Marie-Antoinette. Au début du , Claude Debussy raille encore et ses . Un de ses amis, le critique Louis Laloy écrit : . En 1977, Antoine Goléa considère que les ouvrages de certains compositeurs français, , tout en critiquant l'attitude rétrograde du philosophe : . Considérant l'évolution esthétique de la tragédie lyrique vers l'opéra, Jean Malignon relève néanmoins le rôle de Rousseau critique : , mais qui apporte . En effet, . François-Joseph Fétis offre également un portrait nuancé : . Rousseau est par ailleurs considéré comme un des fondateurs de l'ethnomusicologie quand, dans son "Dictionnaire de musique", il transcrit pour mettre le lecteur . Questionnements contemporains sur l'œuvre de Rousseau. Cohérence de l'œuvre. Si Rousseau soutient que l'unité fondamentale de son œuvre repose sur l'idée que l'homme est naturellement bon, que c'est la société qui le pervertit, il n'en demeure pas moins que jusqu'au début du Rousseau a été lu de façon très dichotomique : d'un côté il est vu comme un et de l'autre comme un homme de contradiction dont le cas relève presque de la pathologie. Encore faut-il préciser qu'il s'agissait des interprétations les plus bienveillantes. Selon Jean Starobinski, ses accusateurs . Ce n'est qu'à partir du début du que ses œuvres politiques ayant été enfin complètement éditées, il est possible de le lire de façon systématique. Si Gustave Lanson est un des premiers à insister sur l'unité de la pensée de Rousseau, c'est à partir de l'analyse de Ernst Cassirer exposée dans son livre "Le problème Jean-Jacques Rousseau" de 1932 que la thèse de l'unité va devenir dominante non sans rencontrer des résistances. Par exemple, contre Cassirer, Victor Basch soutient en 1932 que Rousseau est d'abord un poète et qu'il . Dans son livre "Anthropologie et politique. Les principes du système de Rousseau", Victor Goldschmidt insiste sur la cohérence de la pensée philosophique de Rousseau qui, selon lui, résulterait du fait que le citoyen de Genève affirme qu'une même méthode doit être utilisée pour analyser diverses disciplines, méthode qui tient essentiellement à . Au début du , un auteur comme John Scott estime que s'il y a bien des paradoxes dans l'œuvre de Rousseau, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas unité. En effet, la contradiction peut n'être qu'apparence de contradiction et ne demander qu'à être levée. Cet auteur considère l'œuvre du citoyen de Genève comme un exposé du système de la bonté naturelle de l'homme. Toutefois, dans cette maxime ou cette conjecture, l'adjectif ne signifie pas qu'à l'origine les hommes sont naturellement vertueux et bienfaisants mais, selon John Scott, qu'en l'homme , et ce serait cet équilibre qui ferait l'homme , car précisément c'est la . Rousseau et le féminisme. Rousseau, dans l"Émile ou De l'éducation", livre V, affirme : . À la fin du , la femme de lettres Mary Wollstonecraft, l’une des pionnières du féminisme en Angleterre, dénonce cette conception de Rousseau de la femme comme une imposture intellectuelle consistant à considérer comme nature ce qui est culture, idée qui sera développée plus tard par Simone de Beauvoir dans sa célèbre expression : . Dans son livre de 1792, "A Vindication of the Rights of Woman", traduit par "Défense des droits de la femme", elle critique la vision de la femme qu'a le philosophe de l'éducation, qui dénie aux femmes le droit même à l'éducation. Elle suggère que, sans cette idéologie pernicieuse qui encourage les jeunes femmes à privilégier leur beauté et leur apparence, elles pourraient s'accomplir de manière bien plus féconde. Les épouses seraient de véritables compagnes, exerceraient un métier si elles le souhaitaient : . Dans la "Lettre à d’Alembert sur les spectacles", Rousseau écrit . Obligé de reconnaître que quelques femmes ont du talent, il précise que c’est à et donc que . Cette affirmation relève d'une théorie masculiniste, voire misogyne, mais doit être replacée dans le contexte de l'époque. Rousseau et le totalitarisme du. Dès le , Rousseau fait l'objet de critiques, telle celle de Proudhon pour lequel . Bertrand Russell décrit Rousseau, dans son "Histoire de la philosophie occidentale" (1952), comme , et conclut qu'. Bien que Rousseau ait critiqué à maintes reprises les tyrannies et régimes autoritaires de son temps, défendant la liberté de conscience et d'expression comme bases de la démocratie, au moins trois auteurs (Marejko, Crocker et Talmon) lui ont reproché d'avoir influencé l'émergence du totalitarisme. Précisons d'abord que pour Jan Marejko, cela ne signifie pas que l'on trouve dans les écrits de Rousseau une intention délibérée d'élaborer un système totalitaire. Pour l'universitaire américain Lester G. Crocker, deux éléments de la pensée de Rousseau auraient favorisé le totalitarisme contemporain, à savoir : la tendance autarcique de la pensée de Rousseau ainsi que son insistance sur l'idée d'unité nationale (critiquée en son temps par l'abbé Bergier qui évoquait un ). L'historien israélien Jacob L. Talmon voit également dans la théorie de la volonté générale de Rousseau l'origine de ce qu'il appelle la « démocratie totalitaire ». Leo Strauss s'oppose à cette interprétation car il estime, selon Céline Spector, . Selon Strauss, . En France, le régime de Vichy a été partagé dans son appréciation de Rousseau. Marcel Déat a salué un , socialiste et national. Par les membres plus maurrassiens, le citoyen de Genève a parfois été dépeint comme la figure même du voire, chez Maurras lui-même, comme et . Dans un livre sur Montesquieu publié en 1943, M. Duconseil, un tenant de la « Révolution nationale » de Pétain collaborateur de "L'Action française", écrit : . Dominique Sordet rapproche Rousseau et Léon Blum, et qualifie les idées du philosophe de . Bruno Bernardi souligne que dans le "Contrat social", . Il relève qu' Interprétation de la pensée de Rousseau par Léo Strauss. Rousseau est avec Machiavel, Hobbes et Tocqueville, un des auteurs favoris de Leo Strauss. Pour ce philosophe, le citoyen de Genève marque le début de la deuxième vague de la modernité. La première vague débutant avec Machiavel et Hobbes, tandis que la troisième débute avec Friedrich Nietzsche. Si la première vague a fait de la morale et de la politique un problème technique, Rousseau au contraire, a voulu redonner une place non technique à celle-ci sans toutefois revenir aux classiques. Strauss interprète la notion de volonté générale comme une extension de la volonté particulière, comme une préfiguration de l'impératif catégorique de Kant. La volonté générale, selon lui, serait à la vie bonne en société. Cet auteur insiste sur le Rousseau du "Discours sur les sciences et les arts" qu'il analyse comme voulant s'émanciper d'une conception de la science vue par les Lumières comme un substitut à la religion, comme devant conduire les hommes au bonheur. Selon Strauss, pour Rousseau, Selon Léo Strauss, alors que les lois issues de la volonté générales sont tributaires du législateur et comportent toujours une part de mystère, la philosophie cherche à mettre ce mystère en lumière et donc à lui faire perdre son efficacité propre : . Rousseau vu par Habermas (école de la Théorie critique). Habermas, dans "L'Espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise", considère Rousseau comme un des premiers à avoir pensé au rôle de l'opinion publique. Selon le philosophe allemand, le citoyen de Genève . Il remarque à cet égard que Rousseau se prononce contre les longs débats qu'il voit comme un affaiblissement du lien social. Chez Rousseau, l'opinion publique exerce un certain pouvoir de direction (Habermas rappelle que Rousseau écrit dans "Du contrat social" (livre IV, ch.7) , mais que chez lui, cette opinion publique est en quelque sorte par le législateur qui traduit la volonté générale en loi). Habermas, sur ces points, se démarque de Rousseau en insistant sur l'aspect délibératif de sorte que, chez lui, . Un autre point de désaccord peut être relevé entre Habermas et Rousseau. Alors que le citoyen de Genève insiste sur la notion de patrie et suppose une communauté relativement homogène qui partage le respect des mêmes vertus, la même conception du bien de la communauté, Habermas, qui pense que ces conditions ne peuvent pas être remplies dans le cadre d'une société non-homogène, propose pour le monde du . Influence. La pensée de Rousseau a imprégné tant la Révolution française que le républicanisme de la Troisième République en France. Sur le plan philosophique, si Rousseau a fortement influencé la philosophie allemande, il a été contesté par les libéraux et certains marxistes tandis qu'il est apprécié du courant urbaphobe. Rousseau, la Révolution française et la tradition républicaine. Influence sur la Révolution française. Le royaliste Charles Maurras voit en Rousseau l'inspirateur de la Révolution, et la source intellectuelle de tous les maux de la France : Je hais dans Rousseau le mal qu'il a fait à la France et au genre humain, le désordre qu'il a apporté en tout et, spécialement, dans l'esprit, le goût, les idées, les mœurs et la politique de mon pays. Il est facile de concevoir qu'il ait dû apporter le même désordre sur le plan religieux. Maurras reprend là une tradition contre-révolutionnaire initiée par Edmund Burke, Joseph de Maistre auteur d'un "Examen d'un écrit de J.-J. Rousseau sur l'inégalité des conditions parmi les hommes", publié de façon posthume sous le titre "Contre Rousseau", et Louis de Bonald. Les universitaires qui se sont penchés sur la question ont une approche plus nuancée et plus documentée. Pour George Armstrong Kelly, avant la Révolution, Rousseau est surtout connu comme étant l'auteur de l"Émile" et des "Discours". Ce n'est qu'après le début de la Révolution que ses écrits politiques sont réellement découverts par Sieyès, Marat et d'autres. Ce qui marque les révolutionnaires au tout début, c'est l'idée développée par Rousseau que l'homme s'est éloigné de la nature, ce qui l'a conduit à l'esclavage et à ses suites. C'est aussi l'idée prégnante chez lui que les peuples ont parfois droit, comme Sparte et Rome, à une seconde naissance. C'est ce scénario rousseauiste qui a profondément marqué les Montagnards, notamment Robespierre et Saint-Just. Là où Rousseau voit des maîtres et des esclaves, les tenants de la Révolution française insistent sur la nature cachée, préservée de la dépravation de l'Ancien Régime du peuple français. Pour George Armstrong Kelly, les disciples montagnards de Rousseau, ont transformé la notion très prégnante chez Rousseau de mémoire en volonté de procéder à un recommencement avec de nouveaux héros et une nouvelle cité. Volonté aussi de faire en sorte de retrouver le temps où l'homme était bon. Jean Starobinski illustre quant à lui le en citant son "Jugement sur la Polysynodie. O.C." (1756), III, 638 : Jean Starobinski estime que Plus loin, commentant cette fois le "Contrat social" (1762), il ajoute : Pour Jean Starobinski : . Critique de Arendt sur l'influence de Rousseau sur la Révolution française. La critique d'Arendt concernant Rousseau porte sur deux points. Selon elle, Rousseau, d'une part, identifie souveraineté et pouvoir et, d'autre part, donne à la pitié un rôle politique. Elle insiste fortement sur le second point. Pour elle, c'est la primauté donnée à la question sociale qui a empêché la Révolution d'instituer la liberté. Or cette mise en avant de la pitié vient de Rousseau, le premier à avoir donné de l'importance à cette émotion. Elle écrit à ce propos : . Le problème pour Arendt vient du fait que la pitié n'est pas un sentiment politique constructif, notamment quand, comme les hommes de la Révolution, on la prend pour une vertu et qu'on ne croit pas au précepte de Montesquieu qui veut que même la vertu doit comporter des limites. Pour Arendt, en politique, ce n'est pas la pitié, mais la solidarité qui participe de la raison qui permet d'améliorer les choses. Rousseau et la tradition républicaine en France. Claude Nicolet, dans son ouvrage "L'idée républicaine en France" (1982), un livre qui a contribué au retour en force du républicanisme dans les années 1980, soutient que c'est Rousseau qui a fourni le socle théorique à la notion de république telle qu'elle est entendue en France. Selon cet auteur, l'idée républicaine en France s'est construite autour des concepts de souveraineté et de la théorie de la loi développés par le citoyen de Genève. Nicolet écrit : De façon plus générale Rousseau est considéré avec Kant et le positivisme comme l'une des trois de la doctrine républicaine en France. Il a permis aux républicains de disposer d'une légitimité historique faces aux monarchistes et aux catholiques. Toutefois cet héritage pose le problème de l'interprétation du "Contrat social" qui oppose un Rousseau en faveur d'un gouvernement aristocratique à un Rousseau plus républicain revendiqué par Robespierre. Pour Nicolet, Rousseau ne serait pas un auteur démocratique au sens contemporain comme l'ont cru de Staël et Benjamin Constant, car il conserve au mot république son sens ancien d'État légitime gouverné par des lois, qui doit beaucoup à la "politeia" aristotélicienne. Selon cette interprétation, . Il est à noter que Rousseau est absent du renouveau de la pensée républicaine initié par Quentin Skinner et John Pocock à partir des années 1960-1970. Ce renouveau, qui récuse le dualisme introduit par Isaiah Berlin entre liberté positive et négative, s'inscrit plus dans le sillage de Cicéron que d'Aristote et dans la tradition républicaine de Machiavel. Pour eux la liberté individuelle réside d'abord dans la participation à des institutions politiques. Rousseau et le concept de souveraineté. Dans une étude sur le concept de souveraineté, Jacques Maritain voit dans « le mythe de la "Volonté générale" » exposé dans "Du contrat social" Or, selon le philosophe, ce transfert est hautement problématique : Et Maritain de conclure : De son côté, Alain de Benoist affirme : Influence sur les libéralismes. Dès 1788, Madame de Staël publie ses "Lettres sur l'œuvre et le caractère de J.-J. Rousseau" où elle critique Rousseau. Benjamin Constant, fait de Rousseau un des responsables de la Terreur pour ne pas avoir posé de limite à la souveraineté populaire. Hegel en partant d'une prémisse différente – ne pas avoir mis la volonté générale au service de l'État vu comme possédant quelque chose de divin, mais au service de la société civile – arrive également comme Constant à la conclusion que Rousseau serait responsable de la Terreur. Constant reproche également à Rousseau d'en être resté à la liberté des anciens tournée vers la politique et de n'avoir pas envisagé la liberté des modernes plus orientée vers la sphère individuelle et économique. À la fin du , début du , des libéraux comme Émile Faguet ou Léon Duguit reprocheront à Rousseau d'avoir sacrifié l'individu à l'État. Déjà chez Duguit pointe l'accusation du Rousseau père de la tyrannie. Ce dernier écrit, dans "Souveraineté et liberté" de 1921, que Rousseau est . Cette critique sera reprise au moment de la guerre froide, où Rousseau sera vu par un libéral comme Jacob Leib Talmon comme un des pères du totalitarisme. Friedrich Hayek associe Rousseau au constructivisme. Dans le de "Droit, législation et liberté (chapitre 11, page 178)", il écrit : Selon Christopher Bertram, la philosophie politique libérale de John Rawls, notamment celle de son ouvrage majeur la "Théorie de la justice", présente certaines proximités avec la pensée de Rousseau. En particulier, la façon dont Rawls introduit la notion de position originelle pour mettre l'intérêt personnel au service des principes de justice n'est pas sans rappeler l'argument de Rousseau selon lequel les citoyens devraient être tirés au sort pour sélectionner les lois de façon impartiale. Influence sur la philosophie allemande. Rousseau a influencé Kant qui avait un portrait de lui pour seul ornement de son bureau. On raconte également que la seule exception que ce dernier fit a sa promenade quotidienne rituelle fut le jour où il était trop absorbé par la lecture de l"Émile" qu'il venait de recevoir. Pour Bertram, la notion rousseauiste de volonté générale imprègne la notion d'impératif catégorique notamment dans la troisième formulation que l'on trouve dans Fondements de la métaphysique des mœurs. Toutefois, la pensée de Rousseau s'oppose à l'idée kantienne d'une législation universelle. En effet, le célèbre genevois, dans des travaux préparatoires au contrat social a rejeté l'idée d'une volonté générale de l'humanité. Pour lui, la volonté générale, n'apparait que dans le cadre de l'État. L'influence de Rousseau sur Kant est aussi perceptible dans sa psychologie morale, notamment dans son livre "La Religion dans les limites de la simple raison". La relation entre Rousseau et Hegel est également complexe. Si dans la philosophie du droit, Hegel félicite Rousseau de voir la volonté comme la base de l'État, il se fait une fausse idée de la notion de volonté générale qu'il voit comme recouvrant les volontés contingentes des individus. Enfin, Hegel reprend la notion d'amour propre de Rousseau ainsi que l'idée qu'attendre des autres respect et reconnaissance exacte peut amener à se soumettre à eux. Schopenhauer, quant-à-lui, disait : . Concernant Karl Marx, si les idées d'aliénation et d'exploitation peuvent être vues comme présentant certains liens avec la pensée de Rousseau sur ces sujets, les références à Rousseau dans l'œuvre de Marx sont trop rares, et de trop peu d'importance pour réellement en tirer des conclusions certaines. Rousseau, le socialisme, le marxisme. La pensée politique de Rousseau influence les révolutionnaires de 1830 et de 1848, Blanqui et les Communards de 1871, ainsi que les anarchistes de la fin du . L'économiste libéral Frédéric Bastiat voit en Saint-Simon, Charles Fourier et leurs disciples les . De même, pour le socialiste Jean Jaurès, Rousseau est le précurseur du socialisme. Célestin Bouglé, de son côté, estime que la théorie des lois de Rousseau . La place que Rousseau donne aux antagonismes sociaux issus de la division des tâches et de la propriété privée en fait également un précurseur du marxisme. Pourtant, Marx ne cite que très peu Rousseau. Quand il se réfère à la partie du du livre II du "Contrat social", c'est de façon négative pour noter que c'est . En fait, Karl Marx reproche à Rousseau de ne pas assez tenir compte des rapports sociaux. D'une façon générale la lecture marxiste, notamment dans les années 1960, privilégie la lecture du "Contrat social" par rapport au "Second discours" et est très critique envers la notion de volonté générale. Selon eux, la volonté générale s'oppose à la lecture marxiste en termes de luttes des classes et de conflits politiques. En Italie, Rousseau a été étudié par Galvano Della Volpe, un disciple de Gramsci. Dans un premier temps, en 1945, cet auteur soutient que Rousseau s'oppose au marxisme en tant que continuateur d'une tradition . En 1954, au contraire, il estime qu'il existe à partir de Locke et de Rousseau deux théories de la démocratie . Dans ces conditions, Rousseau aurait pu, selon lui, contribuer à enrichir le marxisme. Le marxisme au début du tel qu'il se développe autour de Toni Negri est très critique envers Rousseau qu'il voit comme un des penseurs de la souveraineté et comme le promoteur d'une vision juridique qui encourage une orientation organisationnelle, voire bureaucratique du pouvoir et de la société. Rousseau et le courant « urbaphobe ». Rousseau est considéré comme l'un des fondateurs du courant « urbaphobe » qui combat la grande ville. Dans l’"Émile", Rousseau décrit son idéal, la ferme isolée vivant en autarcie sous un régime patriarcal : . Rousseau comme fondateur de l'anthropologie. Claude Lévi-Strauss a déclaré que Rousseau Lévi-Strauss souligne d’abord chez Rousseau le projet anthropologique cherchant distinguer l’apport de la nature et de la culture dans le fonctionnement des sociétés humaines . Lévi-Strauss insiste également sur l’injonction à voyager pour mieux comprendre l’être formulée par Rousseau et reprise de façon générale par l’ethnologie. Levi-Strauss cite Rousseau: .Lévi-Strauss remarque également que Rousseau déplorait le peu d’intérêt de ses contemporains pour étudier les cultures et les mœurs, qui préféraient selon lui voyager pour étudier les pierres et les plantes, plutôt que pour étudier les peuples. Pour Lévi-Strauss, l’introspection qui caractérise la pensée de Rousseau est également une de ses influences sur la pensée anthropologique. Selon Lévi-Strauss, puisque l’observateur est son propre instrument d’observation dans l’expérience ethnographique, il doit faire particulièrement faire preuve d’introspection pour écarter ses biais. Lévi-Strauss contraste ainsi la pensée de Rousseau et celle de Descartes, où le second « croit passer directement de l'intériorité d'un homme à l'extériorité du monde, sans voir qu'entre ces deux extrêmes se placent des sociétés, des civilisations, c'est-à-dire des mondes d'hommes ». Hommages et présence de Rousseau dans la culture populaire. Hommage de la France : le transfert au Panthéon. La question de l'hommage de la nation à Rousseau est posée peu de temps après la décision de l'Assemblée du de transformer l'église Sainte-Geneviève en sépulture des grands hommes, à la suite de l'entrée de Voltaire dans ce qui était devenu le Panthéon, le . En , le journaliste et écrivain Pierre-Louis Ginguené rédige une pétition qu'il fait circuler parmi les gens de lettres. Appuyée par , elle est remise par deux députations, l'une de Parisiens, l'autre d'habitants de Montmorency. Les Parisiens exigent une statue, mais aussi le transfert au Panthéon, tandis que les habitants de Montmorency se contenteraient d'un cénotaphe dans le mémorial républicain. Le projet sommeille quelques années. Thérèse veuve Rousseau se présente à la Convention nationale, le , pour réclamer fermement la translation promise. Les événements de la Terreur repoussent encore l'application de la décision. Finalement, la cérémonie est fixée au . L'entrée au Panthéon se fait au son de l'orgue, dans un « recueillement religieux ». Cambacérès, président de la Convention, prononce l'éloge du grand homme : La cérémonie se termine par un "Hymne à Jean-Jacques Rousseau" de Marie-Joseph Chénier sur une musique de Gossec. Le soir, le peuple danse. Une gravure de Geissler représente la "Résurrection de Jean-Jacques Rousseau" où, coiffé de son bonnet d'Arménien, il sortait du tombeau comme un nouveau Christ. Un opéra-comique en un acte de Dalayrac, sur un livret d'Andrieux, intitulé "L'Enfance de Jean-Jacques Rousseau", est créé le et représenté jusqu'en 1796. Les musées rousseauistes. En France. Musée Jean-Jacques Rousseau à Montmorency Le musée Jean-Jacques Rousseau est situé à Montmorency dans le département du Val-d'Oise. En avril 1756, Jean-Jacques Rousseau fuit Paris, "ville de bruit, de fumée et de boue" et il s’installe à Montmorency, au lieu-dit "L’Hermitage" . En décembre 1757, il emménage dans l’actuel musée Jean-Jacques Rousseau au petit Mont-Louis avec Térèse Levasseur . De 1757 à 1762, il écrit dans le «Donjon» qui était son cabinet de travail ses œuvres majeures : Julie ou la Nouvelle Héloïse, la Lettre à d'Alembert sur les spectacles de l'Encyclopédie, Émile, ou De l'éducation et Du contrat social. La condamnation de l’Emile à Paris provoque la fuite de Montmorency du philosophe le 9 juin 1762. Le musée Jean-Jacques Rousseau se compose du petit Mont-Louis, de la maison du philosophe, la Maison des Commères, le «Donjon» et d’un jardin comprenant le cabinet de verdure. On trouve au musée des documents liés à la vie et l’œuvre Rousseau, les collections sont riches d’environ 12 000 pièces. Installée dans une bâtisse du XVIIe siècle la bibliothèque d’études rousseauistes contient environ 30 000 documents. Maison des Charmettes à Chambéry C’est dans le vallon des Charmettes, situé aux abords de Chambéry dans un site naturel préservé que Rousseau connut avec Madame de Warens son premier amour et sa bienfaitrice entre 1736 à 1742. Dans la maison ayant appartenu à Madame de Warens un musée d’ambiance a été créé. Elle a gardé son cachet savoyard et un toit à quatre pans. Au rez-de-chaussée, l’on découvre la salle à manger, le salon de musique et la bibliothèque. À l’étage, les chambres de Madame de Warens et Jean-Jacques ont été reconstituées. Accolé à la maison, l’on trouve un jardin en terrasse à la française d'inspiration XVIIIe siècle, l’espace vert est composé de quatre carrés de plantes. Dès la mort de Rousseau et la Révolution française, la maison des Charmettes est devenue un lieu de pèlerinage. Période de formation et de bonheur, les Charmettes ont permis à Rousseau de devenir lui-même. Elles sont à l’origine de son «magasin d’idées» (Les Confessions, livre VI) et elles sont devenues un lieu de tourisme culturel. Musée Jacquemart-André à Fontaine-Chaalis Le Musée Jacquemart-André à l'abbaye de Challis présente 6000 œuvres d'art, du mobilier, des peintures, des sculptures et des objets décoratifs. Il est situé dans le château construit par Jean Aubert au XVIIIe siècle, à côté des vestiges d'une ancienne abbaye cistercienne du XIIe siècle, au cœur d'un magnifique parc . La galerie Rousseau abrite l'importante collection du marquis René-Louis de Girardin qui accueillit Rousseau en 1778 pour les six dernières semaines de sa vie. L’ensemble est composé de quelque 400 objets d’art, plus de 500 manuscrits (dont l’unique partition autographe connue des Muses galantes), des herbiers, des objets personnels ayant appartenu à Jean-Jacques Rousseau (son encrier, sa canne et son fauteuil), 600 livres de la bibliothèque Rousseau et les bustes de Voltaire et Rousseau par Jean-Antoine Houdon . En Suisse. Le parcours Rousseau à sa maison natale à Genève Le Parcours Rousseau est situé dans la maison natale de l’écrivain au No 40, Grand-Rue dans la Vieille-ville de Genève au cœur de la «Maison Rousseau et Littérature» . Il présente sept niches thématiques (Bonheur, Genève, Sentiment, Liberté, Enfance, Nature et Visages multiples) qui sont conçues comme une promenade confrontant l’œuvre et les idées de Rousseau aux inquiétudes de notre temps . Musée de Môtiers Le musée Rousseau de Môtiers est installé dans la maison occupée par Jean-Jacques Rousseau et Marie-Thérèse Levasseur pendant leurs années d'exil de 1762 à 1765 à Môtiers dans le canton de Neuchâtel. De la bâtisse du XVe siècle, il ne reste que la chambre et la cuisine de Rousseau. Transformée en musée, il présente des aspects peu connus de la vie et de l’œuvre du philosophe, en particulier sur son exil neuchâtelois . Bibliothèques publiques et universitaires de Genève La Bibliothèque de Genève est l'une des principales et des plus anciennes bibliothèques patrimoniales et encyclopédiques de Suisse fondée en 1559 . Elle abrite dans la salle Rousseau les manuscrits les plus rares du philosophe, notamment l’une des premières ébauches de Du Contrat social, dite le manuscrit de Genève. Egalement la première rédaction du Dictionnaire de musique et le manuscrit autographe de la première partie des Confessions (rédigée entre 1764 et 1770) et des Rêveries du promeneur solitaire. Le centre d’iconographie possède également l’une des collections les plus importantes d’iconographique . Bibliothèques publiques et universitaires de Neuchâtel La Bibliothèque publique universitaire est créée à Neuchâtel en 1778. Elle bénéficie notamment des archives de Pierre-Alexandre DuPeyrou, l’ami et protecteur de Rousseau. L’Espace Rousseau possède, avec Genève, la plus belle collection de manuscrits de Rousseau. L'exposition se concentre sur les années neuchâteloises (1762-1765). Les manuscrits présentés sont des correspondances diverses, des textes sur la musique et la botanique, des copies autographes, des brouillons et les manuscrits des Lettres écrites de la Montagne, des Confessions et des Rêveries du promeneur solitaire. En 2011, la collection de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel est entrée, aux côtés de celle de la Bibliothèque de Genève, au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO. Hommages et présence de Rousseau dans la culture populaire. Hommages de Genève. L'Île Rousseau à Genève est nommée en hommage au philosophe des Lumières originaire de cette ville. L'île portait le nom d'Île aux Barques avant de prendre son nouveau nom en 1834. L'année suivante, en 1835, une statue de Rousseau est réalisée sur l'île par le sculpteur James Pradier. Auparavant, des hommages plus discrets sous forme de buste ont orné le parc des Bastions, comme celui réalisé par Jean Jaquet en 1793, puis celui en marbre créé de James Pradier, inauguré le 30 avril 1821, et qui se trouve aujourd'hui au Musée d'art et d'histoire de Genève. Les relations de Rousseau avec sa ville natale ont été tumultueuses : en , ses œuvres "Du contrat social" et "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" sont brûlées par le gouvernement genevois. Cependant, selon le site de la ville de Genève, , ainsi qu'une documentation d'importance. Avec la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, ce sont les deux établissements qui possèdent les œuvres rares de Rousseau en Suisse. La Suisse entre ainsi dans le registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO en 2011. En 1969, un bâtiment d'enseignement post-obligatoire a été ouvert dans le quartier du Bouchet à Genève, portant le nom de Collège Rousseau, en hommage à l'auteur du célèbre ouvrage sur l'éducation intitulé "L'Émile". Genève a célébré le tricentenaire de la naissance de Rousseau en 2012, la manifestation s'appelle « 2012 Rousseau pour tous ». Elle a duré un an et se sont déroulés . 2012 est également l'année où a été créée la "Maison de Rousseau et de la Littérature" à Genève. C'est essentiellement un lieu de rencontres et de débats. Hommages de Neuchâtel. Rousseau a vécu à Môtiers du au . À sa mort, son ami Pierre-Alexandre DuPeyrou recueille ses manuscrits dont les "Rêveries du promeneur solitaire", plus de de Rousseau et environ reçues. Ces archives sont conservées à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel et sont exposées dans l'Espace Jean-Jacques Rousseau.En 2011, la collection de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel est entrée, aux côtés de celle de la Bibliothèque de Genève, au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO . La ville de Neuchâtel abrite aussi, depuis 1956, l'Association des amis de Jean-Jacques Rousseau, association qui est à l'origine du parcours pédestre commenté à travers la Suisse romande dit "via Rousseau". Dans le restaurant de l'île de Saint-Pierre, la chambre à l'étage où il a vécu est restée intacte après son départ et elle est visitable. Nomenclature astronomique. L'astéroïde (2950) Rousseau a été nommé pour lui rendre hommage. En musique. Henri Kling, corniste et compositeur français installé à Genève, composa "Jean-Jacques Rousseau", une cantate pour solistes, chœur mixte et orchestre. Il écrivit également à son sujet.
Jupiter Ace Le Jupiter Ace (aux États-Unis : Ace4000) est un micro-ordinateur basé sur un microprocesseur Zilog Z80, commercialisée par la société britannique Jupiter Cantab en 1983. C'est une machine rudimentaire de type Sinclair ZX80 ou ZX81 disposant de de RAM extensible à . Sa particularité était de se programmer en langage Forthet non en BASIC comme c'était le cas de ses concurrents de l'époque. La compacité et la rapidité d'exécution du langage Forth (deux fois moins de place en mémoire et jusqu'à dix fois plus rapide à exécuter) constituaient un avantage non négligeable avec un ordinateur dont le processeur était cadencé à 3,25 MHz et à une époque où chaque octet de mémoire vive était compté.
Jean-Pierre Chevènement Jean-Pierre Chevènement , né le à Belfort (Territoire de Belfort), est un haut fonctionnaire et homme politique français. Député pendant sept législatures, maire de Belfort durant plus de vingt ans et sénateur de 2008 à 2014, il a par ailleurs longtemps été élu régional de Franche-Comté, dont il a brièvement présidé le conseil régional. Soutien de François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de 1981, il est nommé ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Industrie dans les deux gouvernements dirigés par Pierre Mauroy avant de devenir ministre de l'Education nationale dans le gouvernement Laurent Fabius. Au terme de la première cohabitation, il est nommé ministre de la Défense par Michel Rocard, de 1988 à 1991, puis, sous la troisième cohabitation, ministre de l'Intérieur par Lionel Jospin entre 1997 et l'an 2000. Longtemps membre du Parti socialiste, tenant d'une ligne anti-libérale et souverainiste, il fait campagne contre le traité de Maastricht, en faveur du non lors du référendum de 2005 et dénonce le traité de Lisbonne ratifié par le président Sarkozy en 2007. À l'origine du Mouvement des citoyens (MDC) et du Mouvement républicain et citoyen (MRC), il se présente à l'élection présidentielle de 2002 sur une ligne qualifiée de souverainiste, et recueille 5,33 % des voix. Biographie. Enfance et études. Jean-Pierre Chevènement est le fils de Pierre Chevènement, instituteur, et de Juliette Garessus (1911-2003), institutrice. La famille Chevènement est une famille franc-comtoise d'origine suisse (canton de Fribourg), dont le nom était à l'origine Schwennemann, francisé en Chevènement au . Il est lauréat du concours général en grec et géographie, membre de la Conférence Olivaint (1957-1959), il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (1960) et élève de l'École nationale d'administration (ENA) dans la même promotion (Stendhal, 1963-1965) que Lionel Jospin, Jacques Toubon et Ernest-Antoine Seillière. En 1967, il a publié, sous un pseudonyme, avec son ami et premier collaborateur au Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES, alors courant de la SFIO), Didier Motchane, "L'Énarchie ou les Mandarins de la société bourgeoise", premier livre grand public traitant de l'ENA. Il est aussi diplômé d'allemand de l'université de Vienne (Autriche). Vie privée. Le , il épouse, dans le de Paris, Nisa Grunberg, peintre et sculptrice. Le couple a deux fils : Raphaël (scénariste, réalisateur et journaliste) et Jean-Christophe. Amateur d’échecs, Jean-Pierre Chevènement participe à une partie simultanée contre Boris Spassky et assure la présidence d'honneur du Cercle d'échecs de Belfort. Il est locataire, à partir de 1983, d'un appartement de cinq pièces dans le de Paris, propriété de la Régie immobilière de la ville de Paris. Durant les années 2000, plusieurs articles de presse évoquent sa situation, bien que la légalité de cette location ne soit pas contestée. Jean-Pierre Chevènement refuse de donner suite aux propositions de deux adjoints au maire de Paris, Jean-Yves Mano et Pierre Aidenbaum, qui lui suggèrent de libérer ce logement , soulignant qu'il a déjà accepté une importante augmentation de loyer. Carrière professionnelle. À sa sortie de l'IEP, il est élève officier à l'École militaire de Cherchell avant de devenir attaché, puis conseiller commercial au ministère de l'Économie et des Finances (1965-1973). Jean-Pierre Chevènement est préfet d'Oran (Algérie) par intérim lors du massacre du 5 juillet 1962 commis sur des pieds-noirs et des Algériens pro-français. Il cite le nombre de fourni par ses services, nombre qu’il estime devoir être légèrement minoré, des habitants ayant peut-être gagné le port ou l'aérodrome, et trouvé un départ. Il préfère pour sa part se résoudre à parler de centaines de victimes. Sous-lieutenant, Jean-Pierre Chevènement était alors chef de cabinet adjoint du préfet d'Oran depuis , chargé des liaisons militaires « pour aider l'Algérie à accéder à son indépendance dans l'amitié avec la France » selon le Quotidien d'Oran. Le général Joseph Katz le jugeait trop curieux sur la question des disparus et Jean-Pierre Chevènement écrit avoir . Dans une lettre publiée par "L'Humanité", il dénonce la torture « utilisée par certains éléments de l'armée française ». Après avoir été en poste à Oran, il travaille à l'ambassade de France à Alger, jusqu'en . Il est membre de l'association France-Algérie, qui entend œuvrer à l'amitié entre les deux peuples. Parcours politique. Ascension. Les journalistes Joseph Confavreux et Marine Turchi écrivent à son sujet : . Membre de la SFIO à partir de 1964, il se montre partisan d'une rénovation du socialisme. Dans cet esprit, lors du congrès d'Épinay de 1971 qui fonde le PS, il apporte son soutien à François Mitterrand, qui prend la tête du nouveau parti. Dirigeant le Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (CERES), qui constitue l'aile gauche du PS, il est chargé par Mitterrand d'élaborer le programme du PS et favorise le rapprochement avec le PCF, concrétisé par la signature du Programme commun de gouvernement en 1972. Cependant, son discours, jugé trop radical, ainsi que l'arrivée au sein du PS de Michel Rocard, auquel il s'oppose, entraînent sa mise à l'écart. Il se forge par ailleurs une assise d'élu local en devenant député du Territoire de Belfort en 1973 (réélu en 1978 et 1981), conseiller régional de Franche-Comté (1974-1988), premier adjoint au maire de Belfort et président du conseil de district de l'agglomération belfortaine (1977-1983). À partir de mars 1983, il est constamment élu maire de Belfort ; il devient cependant premier adjoint de sa ville en 1997, lorsque Lionel Jospin demande à ses ministres de choisir entre leurs fonctions gouvernementale et locale. En tant que maire, il développe le tissu universitaire (notamment grâce à ses actions comme ministre de l'Éducation nationale), contribue à la fondation de la communauté d'agglomération belfortaine (grâce à la loi qu'il fait voter en tant que ministre de l'Intérieur), à la rénovation et à la colorisation du centre-ville, ainsi qu'à la promotion du projet de LGV Rhin-Rhône. En 1979, avec le CERES, il soutient François Mitterrand au congrès de Metz, contre Michel Rocard et Pierre Mauroy. François Mitterrand l'emportant, il a la charge de rédiger le programme socialiste en vue de la présidentielle de 1981. La même année, il est élu président du conseil régional de Franche-Comté. Ministre sous la présidence Mitterrand. Le , il est nommé ministre d'État, ministre de la Recherche et de la Technologie. Avec Claude Nicolet comme conseiller officieux. Au conseil des ministres du 2 février 1983, Chevènement fut désavoué par le président Mitterrand qui rappela et qui demanda au gouvernement . C'est à l'issue de ce conseil des ministres que Chévènement lança sa célèbre phrase : . Dans le troisième gouvernement Mauroy formé le 22 mars 1983, Jean-Pierre Chevènement avait été remplacé par Laurent Fabius. Le , il est nommé ministre de l'Éducation nationale, exerçant cette fonction jusqu'en . Il rétablit à cette occasion l'enseignement de l'éducation civique dans le primaire, abandonné depuis 1969. Il marque les esprits en annonçant en 1985 vouloir mener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat. Il est de nouveau élu député du Territoire de Belfort en 1986 et 1988. Ministre de la Défense des gouvernements Rocard I et II, il démissionne le pour protester contre l'engagement de l'armée française dans la guerre en Irak. Il précise au sujet de cette guerre . Il retrouve son siège à l'Assemblée nationale lors d'une élection partielle en 1991, et est réélu en 1993 et 1997. En 1992, il fait campagne contre la ratification du traité de Maastricht, puis, critiquant la « dérive gestionnaire » des socialistes, il quitte le PS en 1993, et transforme le Mouvement des citoyens (MDC), fondé en 1992, en parti politique, dont il prend la présidence. Ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin. Le , il est nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin. La circulaire du , passée un an après l'expulsion de l'église Saint-Bernard, décidée par son prédécesseur, Jean-Louis Debré, aboutit à la régularisation de sur , dont une majorité d'origine africaine (71 %). Dans un contexte de mobilisation du mouvement de l'immigration et d'une partie de la gauche (Verts, PCF), ces derniers critiquent des critères trop stricts de régularisation. À l'inverse, la droite dénonce des régularisations « massives ». Le , Chevènement déclare au Sénat, en réponse à une question de Jean-Pierre Camoin (RPR) : portent son nom : la loi Reseda du , sur le droit des étrangers, et la loi sur l'intercommunalité du . Cette dernière loi sera . Lors des débats sur la loi Reseda, qui visent à assouplir les lois Pasqua-Debré, Chevènement s'oppose à Charles Pasqua qui déclare, en , à propos de la carte de séjour pour les étrangers malades, Le Gisti note qu'un an plus tard, Pasqua réclame la régularisation de tous les sans-papiers. Le , il est opéré de calculs à la vésicule biliaire à l'hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce. Il est alors victime d'un grave accident d'anesthésie dû à une allergie au produit « curarisant » utilisé. Il est plongé dans le coma pendant huit jours, ne sort de l'hôpital que le 22 octobre, et est tenu éloigné de son ministère pendant quatre mois. Il se surnomme alors lui-même le . L'intérim au ministère de l'Intérieur est assuré par Jean-Jack Queyranne. Il est l'un des défenseurs d'une , s'opposant notamment à la garde des Sceaux, Élisabeth Guigou, sur la question de la mise en détention des jeunes délinquants, et mettant en place la police de proximité. Manifestant une position , il exprime aussi ses divergences de vue avec les autres membres du gouvernement à l’occasion du conflit au Kosovo, de la signature de la Charte européenne des langues régionales et au sujet de la Corse. S'exprimant en 2008 au sujet de la reconnaissance du Kosovo, il affirme que : il y voit une faute contre l'histoire, le pays n'ayant jamais été indépendant, une faute contre le droit, la guerre déclenchée en 1999 par l'Otan ayant ignoré les principes du droit international, et une faute contre l'. Il déclare aussi que les Serbes ne devaient pas payer les fautes de Slobodan Milošević et que désarmer l'armée de libération du Kosovo est une obligation. En désaccord avec le plan de Lionel Jospin sur l'avenir de la Corse, Jean-Pierre Chevènement démissionne le , protestant contre ce qu'il appelle les « accords de Matignon » (en référence aux accords de 1988 entre indépendantistes kanaks et loyalistes), qui reconnaissent les mouvements nationalistes corses sans attendre que ceux-ci aient préalablement renoncé à l'utilisation de la violence. Élection présidentielle de 2002. Il retrouve son mandat de député du Territoire de Belfort en 2000, à l'issue d'une élection législative partielle provoquée par la démission de Gilberte Marin-Moskovitz. Candidat à l'élection présidentielle de 2002, il se veut et reçoit le soutien de partisans de la droite (royalistes, anciens partisans de Jean-Marie Le Pen ou souverainistes), de socialistes, ainsi que de proches de l'extrême gauche. Il est soutenu par des résistants comme Lucie et Raymond Aubrac, Robert Chambeiron ou Pierre Marie Gallois et par des intellectuels comme Jean-François Kahn, Régis Debray ou Max Gallo, son directeur de campagne, mais aussi par les jeunes Emmanuel Macron et Florian Philippot. Il se réfère aux valeurs de la République, notamment à la laïcité, et se montre critique envers l'intégration européenne et l'alliance avec les États-Unis. Un temps présenté comme le troisième homme dans les sondages, il recueille 5,33 % des suffrages exprimés, se plaçant en sixième position sur les 16 candidats présents à ce premier tour. Sa candidature est présentée comme un élément explicatif de l'échec dès le premier tour du candidat du PS, Lionel Jospin, étant accusé d'avoir dispersé les voix des électeurs de gauche. En , le MDC se fond au sein du Pôle républicain dans la perspective des élections législatives prévues le mois suivant, lors desquelles Jean-Pierre Chevènement perd son siège de député au profit du candidat de l'UMP, Michel Zumkeller. Le Pôle républicain devient ensuite le Mouvement républicain et citoyen (MRC), dont il est le président de 2008 à 2010 et le président d'honneur de 2003 à 2008 et de 2010 à 2015. Maire et sénateur. En 2004, il fonde l'association pour la Fondation Res Publica, reconnue d'utilité publique par décret l'année suivante. Le MRC s'allie au Parti socialiste et au PCF dans quelques régions lors des élections régionales de 2004, et obtient 15 élus. Jean-Pierre Chevènement enchaîne les débats politiques pour soutenir le « non » au référendum sur le traité établissant une constitution pour l'Europe, lequel est refusé par 54,87 % des suffrages. Deux ans plus tard, en 2007, il s'oppose au traité de Lisbonne, qui apparaît comme un traité « simplifié » de celui de 2004. Il annonce sa candidature à l'élection présidentielle le , avant de se retirer le mois suivant, après un accord politique intervenu entre le MRC et le PS qui accorde la priorité à la relance économique et qui offre la possibilité au MRC d'obtenir des représentants à l'Assemblée nationale à l'occasion des élections législatives à venir. Au cours de la campagne électorale de 2007, Jean-Pierre Chevènement occupe une place active auprès de Ségolène Royal. Aux élections législatives, il ne parvient pas à reprendre son siège de député à Michel Zumkeller. Il démissionne de son mandat de maire au lendemain de cette défaite, mais conserve la présidence de la communauté d'agglomération jusqu'en 2008, cédant son siège à Étienne Butzbach. Jean-Pierre Chevènement est candidat à l'élection sénatoriale du 21 septembre 2008 dans le Territoire de Belfort contre notamment le sortant socialiste, Michel Dreyfus-Schmidt, qui décède le , et le candidat officiel du PS, Yves Ackermann. Il est élu sénateur avec 42 % des voix au second tour. Il siège sur les bancs du groupe RDSE et devient vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat. Lors du congrès de Kremlin-Bicêtre du , il quitte la présidence d'honneur du MRC pour devenir président « effectif » du parti. Il appelle à voter « blanc ou nul » aux élections européennes de 2009, affirmant que , puis, lors des élections régionales de 2010, il passe un accord avec le PS, ce qui permet au MRC d'obtenir 19 élus. Il annonce qu'il se présente à la présidentielle de 2012 le , avant de retirer sa candidature le . Il se rallie ensuite à François Hollande. Il ne se représente pas à l'élection sénatoriale de septembre 2014 dans le Territoire de Belfort, remportée par l'UMP Cédric Perrin. Depuis 2012. Le , Jean-Pierre Chevènement est nommé représentant spécial pour la Russie dans le cadre de la « diplomatie économique » du Quai d'Orsay. À ce titre, il se rend en Russie, en , pour négocier l'apaisement des relations entre Paris et Moscou après les sanctions adoptées par l'Union européenne après le début de la guerre russo-ukrainienne. Le , Jean-Pierre Chevènement est décoré de l'ordre de l'Amitié par le président russe Vladimir Poutine lors d'une cérémonie au Kremlin pour le remercier de ses efforts pour . Jean-Pierre Chevènement déclare : . Jean-Pierre Chevènement quitte le MRC, dont il est jusqu'alors le président d'honneur, le , après avoir sans succès proposé de nouer un dialogue avec Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, classé à droite de l'échiquier politique. Le lendemain, il prône un rassemblement allant de Jean-Luc Mélenchon à Nicolas Dupont-Aignan. Il annonce d'ailleurs sa participation aux universités d'été de Debout la France fin . Il y prononce un discours sur l'Éducation et demande à . En , François Hollande propose son nom pour prendre la tête de la Fondation de l'islam de France (FIF), créée en 2005 par Dominique de Villepin, organisme que le président de la République souhaite relancer. Cette proposition est critiquée par la sénatrice écologiste de Paris Esther Benbassa qui estime que le choix par le gouvernement d'une personnalité politique l'institution et qu'une telle nomination pouvait être perçue comme une des musulmans. Le maire LR de Tourcoing Gérald Darmanin juge que . Pour la sénatrice UDI de l’Orne Nathalie Goulet, . Malgré des propos contestés (appel à la des musulmans, disparition d' à Saint-Denis), il est confirmé comme président de la fondation. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017 qui oppose Marine Le Pen à Emmanuel Macron, Jean-Pierre Chevènement appelle à voter pour le candidat En marche. Une fois président, Emmanuel Macron le maintient à la présidence de la Fondation de l'islam de France ainsi qu'à son poste de « représentant spécial de la France pour la Russie », et les deux hommes se parlent régulièrement. En , l'islamologue Ghaleb Bencheikh lui succède à la présidence de la FIF. Lors de l'élection présidentielle de 2022, il soutient la candidature du président sortant Emmanuel Macron, critique Jean-Luc Mélenchon, estimant que la sixième république qu'il prône est « un retour au régime d’assemblée », et reproche aux autres formations de gauche un « social-libéralisme ». Il voit en Emmanuel Macron un alliage entre « tradition du progrès social » et « culture de l’État », estimant qu'Emmanuel Macron a évolué lors de la pandémie de Covid-19 sur la mondialisation et la politique industrielle, désirant « reprendre le contrôle » en la matière. Refondation républicaine. Fin avril 2022, il lance une nouvelle formation nommée Refondation républicaine, inscrite dans la majorité présidentielle ; il vise l'investiture d'une dizaine de candidats pour les élections législatives. Positionnement politique. Souverainisme. Jean-Pierre Chevènement s’inscrit dans la mouvance souverainiste : il est opposé à la construction de type État fédéraliste de l'Union européenne. Cette réticence s'exprime notamment au travers de ses charges régulières envers le traité de Maastricht (1992). Il regrette ainsi que la France n'ait pas davantage d'indépendance en matière de monnaie, de commerce extérieur, de flux financier ; mais aussi, de manière plus générale, la subordination du droit français au droit de l'Union européenne. Bien que l'idée de construction européenne lui importe, il critique la forme prise par celle-ci. Sa volonté est d'imposer une vision « républicaine » de la nation, basée sur le consentement et l'adhésion. Il propose de réviser les traités européens pour refonder le projet européen « sur des bases nouvelles : la démocratie, les nations ». Il analyse ainsi le mouvement des Gilets jaunes en France : « C'est une crise de la démocratie illustrant la coupure entre les élites et les classes populaires. La révolte des classes populaires vient de loin et s'enracine dans des choix vieux de 30 ans, par exemple l'Acte unique européen ou les pleins pouvoirs de la Commission européenne pour, par exemple, libérer les mouvements de capitaux ». Il est également opposé à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, y voyant une menace de subordination de la politique étrangère de la France à celle des États-Unis. Selon Roger Martelli, Jean-Pierre Chevènement assimile le fédéralisme européen au prolongement naturel du modèle allemand, reprenant ainsi les positions de Régis Debray, qui voit par ailleurs l'Allemagne comme une tête de pont de l'« Empire américain ». Jean-Pierre Chevènement estime de plus que l'Allemagne ne peut pas assurer le coût des transferts de solidarité qu'une Europe fédérale exigerait. Économie et finance. Il se montre opposé au capitalisme financier. Il juge que le Parti socialiste s’est conformé au « dogme mondialiste néolibéral », qu’il rejette. Il estime que les politiques mises en place pour sauver l’euro dans le cadre de la crise de la dette sont des politiques d’austérité menant à la récession. Si les réformes appliquées ne permettent pas de sortir l’union monétaire de l'ornière, il se dit alors favorable à ce qu'un glissement d'une monnaie unique à une monnaie commune se mette en place. Il prône une relance salariale couplée à une politique de change visant à faire baisser le cours de l'euro. En cela, sa pensée peut être qualifiée de keynésienne. Il se fait par ailleurs le défenseur d'une politique de protectionnisme « raisonnable » : il reprend le concept de démondialisation marchande et financière visant à réindustrialiser la France. En effet, il est selon lui impossible de conserver des services publics et un système de protection sociale forts sans la solidité d'une base productive. Il est perçu comme un tenant de la ligne « » face à la ligne libérale-libertaire incarnée par Daniel Cohn-Bendit. Le journaliste David Desgouilles le situe comme faisant partie des souverainistes de gauche, mais précise qu'après sa « main tendue » à Pasqua, il est « vite apparu comme un homme de droite, au sein d’une gauche qui n’aime pas qu’on brouille ses repères ». Sujets de société. Il se montre favorable à une politique sécuritaire de gauche « non laxiste », étant par exemple hostile à la légalisation des drogues. Il met cependant en garde contre d'éventuelles dérives liberticides des politiques de sécurité : il a ainsi marqué son opposition au développement des systèmes de vidéosurveillance publique ou à la loi Hadopi. L'école est un sujet important dans le projet de Jean-Pierre Chevènement. Il souhaite mettre l'accent sur la formation des enseignants, l'école primaire et l’enseignement supérieur. L'école publique doit, selon lui, reposer sur les valeurs de transmission et d'autorité du maître vers l'élève, ainsi que du travail et de l'égalité des chances. Il est favorable à une laïcité assez stricte cantonnant la religion uniquement à la sphère privée. Il souhaite une intégration poussée des immigrés, en opposition au communautarisme. Pour cela il préconise que les immigrés soient assimilés culturellement à la population d'origine (langue, traditions), de manière à rendre pérenne l'idée d'une nation une et indivisible. Il est de fait opposé au concept de la discrimination positive. En 2019, il dénonce le « danger certain de fragmentation » de la société française et met en garde contre la possibilité d'une guerre civile. Jacobinisme. Jean-Pierre Chevènement est un jacobin convaincu. Il est opposé à toute idée de régionalisme allant dans le sens de plus de décentralisation et d'autonomie pour les régions françaises. Ses prises de positions contre les idées autonomistes et indépendantistes corses en témoignent. Écologie. Sur le plan écologique, ses préférences vont à une sauvegarde du potentiel nucléaire français, ainsi qu'à la réduction des gaz à effet de serre.
Jean Saint-Josse Jean Saint-Josse, né le à Coarraze (Pyrénées-Atlantiques), est un homme politique français. Après avoir été membre du Rassemblement pour la République (RPR), il cofonde le parti Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), qu'il préside de 1998 à 2008. Sur le plan électif, il est conseiller régional d’Aquitaine de 1992 à 1999 et maire de Coarraze de 1995 à 2020. À la tête de la liste CPNT aux élections européennes de 1999, il est élu député européen, un mandat qu’il conserve jusqu’en 2004. Candidat à l'élection présidentielle de 2002, il obtient 4,23 % des suffrages exprimés. Situation personnelle. Né le à Coarraze, près de Pau, il souhaite devenir journaliste mais doit interrompre ses études après la mort de son frère, reprenant l’entreprise de son père, qui est vendeur de vêtements sur les marchés. Jean Saint-Josse est par la suite directeur commercial de la radio NRJ-Pau, puis responsable d'une petite imprimerie. Marié, il est père de quatre filles. Parcours politique. Débuts. En 1979, il est soutenu par pour lutter contre la de la Commission européenne, qui interdit la chasse aux oiseaux migrateurs pendant les périodes de reproduction et de nidification. En 1982, il est élu à la présidence de la fédération des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques. Après avoir voté pour François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle de 1981, il adhère au RPR et devient attaché parlementaire du député gaulliste des Pyrénées-Atlantiques Jean Gougy en 1986-1987. En 1989, après avoir rendu sa carte du RPR, il participe à la fondation de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) au côté d'André Goustat. En 1992, il est élu conseiller régional d'Aquitaine et vote au référendum sur le traité de Maastricht. Il devient maire de Coarraze (Pyrénées-Atlantiques) en 1995. Député européen. En 1998, il est réélu conseiller régional et prend la présidence de CPNT, succédant à André Goustat. Pendant la campagne des élections européennes de 1999, il dénonce une construction européenne fédéraliste et technocrate. La liste qu’il conduit au niveau national obtient près d’ de voix, soit 6,8 % des suffrages exprimés, faisant jeu égal avec le Parti communiste français et devançant le Front national. Avec cinq autres membres de CPNT, il devient ainsi député européen, un mandat qu’il exerce jusqu'à la fin de la législature, en 2004. Opposé au cumul des mandats, il démissionne dans la foulée du conseil régional d’Aquitaine. Au Parlement européen, il participe à la formation du groupe pour l'Europe des démocraties et des différences (EDD) avec d’autres mouvements eurosceptiques, dont le parti britannique UKIP ; d’après Jean Saint-Josse, . Membre de la commission de l’environnement, il affiche son hostilité aux mesures anti-chasse et obtient la création, le , d’un intergroupe parlementaire . Sur les questions intérieures, il continue principalement d'insister sur tout en faisant savoir qu'il est favorable au Pacs et contre la législation sur le cannabis. Il prône l’abstention au référendum sur le quinquennat présidentiel, qu'il ne considère pas comme une . La liste qu’il conduit aux élections municipales de 2001 à Coarraze l’emporte dès le premier tour, ce qui lui permet d'obtenir un second mandat de maire. Élection présidentielle de 2002. En vue de l’élection présidentielle de 2002, Jean Saint-Josse est désigné candidat de CPNT, qui compte alors plus de . C’est la première fois que le parti présente un candidat à ce type de scrutin. Tandis que le journal de gauche "Libération" classe volontiers Jean Saint-Josse à droite de l’échiquier politique, le politologue Michel Bussi souligne : . Comme aux élections européennes de 1999, Jean Saint-Josse choisit de mener une campagne de proximité, à faible coût et sans stratégie de communication élaborée. Se défendant d’être en relation avec la Fédération nationale des chasseurs, il met l’accent sur un rééquilibrage des politiques d’aménagement du territoire en faveur des zones rurales , sur la nécessité d’unités à taille humaine dans l'agriculture, le domaine scolaire ou les entreprises, promeut le respect des traditions, critique l’action des institutions européennes et défend les artisans et commerçants, ce qui fait dire à "La Dépêche" qu’il est un et qu’il . Se présentant comme un , il critique Les Verts, qui feraient de au détriment de et (mais qu’il rejoint sur l’interdiction des produits alimentaires contenant des OGM alimentaires). Il appelle plus généralement à sanctionner l’ensemble de la gauche plurielle, à qui il reproche le vote de la loi de sur la chasse. Alors que ses réunions publiques rencontrent un important succès, il progresse dans les sondages, qui lui accordaient quelque 2 % des voix au début de la campagne, alors que la presse relève la porosité de son électorat avec celui du candidat d’extrême droite Jean-Marie Le Pen. À l’issue du premier tour, il obtient 4,23 % des suffrages exprimés et un peu plus d’ de voix, se classant en du premier tour, sur un total de . S'il arrive derrière le candidat des Verts, Noël Mamère, il réussit son objectif de dépasser le nombre de voix de son parti aux élections européennes de 1999. Il réalise ses meilleurs scores dans des départements du Sud-Ouest (12,1 % dans les Landes, 10,8 % dans le Gers, 10,1 % dans le Lot) et dans la Somme (12,1 %) ; à l’inverse, ses résultats dans les zones urbaines (0,5 % à Paris) et en outre-mer (0,2 % en Martinique) sont très faibles. Après avoir promis de ne pas donner de consigne de vote en vue du second tour, qui devait voir s’affronter Jacques Chirac et Lionel Jospin, il appelle ses électeurs au face à Jean-Marie Le Pen. En retrait de la scène nationale. Lors des élections législatives de 2002, alors que CPNT obtient 1,7 % au niveau national, il se présente notamment contre François Bayrou, président de l’UDF, dans la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques, où il obtient 9,4 % des voix au premier tour. Candidat aux élections cantonales de 2004 dans le canton de Nay-Est, il se retire à l’issue du premier tour, après être arrivé en deuxième position, derrière le candidat socialiste et légèrement devant le candidat UDF. Il ne brigue pas un second mandat de député européen aux élections européennes qui suivent. En 2005, il appelle à voter au référendum établissant une constitution pour l'Europe. Toujours président de CPNT, il ne se présente pas à l'élection présidentielle de 2007, et dirige la campagne de Frédéric Nihous. En , il annonce qu'il ne brigue pas un troisième mandat de président de CPNT et apporte son soutien à Frédéric Nihous, qui lui succède. Pour justifier sa décision, il invoque une volonté de , mais les médias font par la suite état de pressions de dirigeants du parti souhaitant s’allier avec l’UMP. Il est réélu maire de Coarraze à l'issue des élections municipales de 2008 et devient vice-président de la communauté de communes du Pays de Nay, chargé de l’économie et de l’emploi. Aux élections municipales de 2014, la liste qu’il conduit dans la commune obtient 52,3 % des voix au premier tour. Réélu maire, il passe de la à la vice-présidence de l’intercommunalité, étant dorénavant chargé de l’aménagement de l’espace et du schéma de cohérence territoriale (Scot). En 2019, il fait connaître son désaccord avec la décision de renommer CPNT en Le Mouvement de la ruralité (LMR), évoquant des au sein de la direction du parti. Après à la tête de la ville, il ne brigue pas un nouveau mandat de maire de Coarraze aux élections municipales de 2020. Alors que les élus sortants voient leur mandat prolongé en raison de la pandémie de Covid-19 en France, Jean Saint-Josse annonce le qu'il se met de son mandat de maire pour dénoncer la décision du gouvernement de maintenir le premier tour des élections puis de reporter la désignation des maires par les conseils municipaux élus dès ce tour. Michel Lucante, qui avait mené une liste contre lui aux élections municipales de 2014, lui succède comme maire de Coarraze le .
John Fowles John Robert Fowles, né le à et mort le à Lyme Regis, est un écrivain anglais appartenant au courant postmoderniste. Biographie. Né le à , une ville de l'Essex, il a été formé à et à l'université d'Oxford où il a étudié le français, puis il a enseigné en France et en Grèce. Le succès international de son premier roman, ' (') met fin à sa carrière d'enseignant et il se consacre ensuite à la littérature. Ses romans les plus remarquables sont "Le Mage" (') et "Sarah et le Lieutenant français" ('). "", son œuvre la plus connue hors fiction, est un recueil de réflexions philosophiques. John Fowles termine sa vie à Lyme Regis, dans le Dorset et meurt d'insuffisance cardiaque le . Sa traductrice attitrée en français est Annie Saumont. Style littéraire. Son style d'écriture est souvent décrit comme complexe et riche en détails, avec une forte attention portée aux caractéristiques psychologiques et émotionnelles de ses personnages. Fowles a été reconnu pour sa capacité à mélanger différents genres et styles dans ses œuvres, combinant des éléments de roman gothique, de mystère, de science-fiction et de réalisme. Sa prose est souvent considérée comme dense et exigeante, mais également fascinante et profonde. Carrière d'enseignant. Fowles a passé ses premières années d'une vie adulte en tant qu'enseignant. Sa première année après Oxford a été passé à l’université de Poitiers. À la fin de l’année, il a reçu deux offres: l’une du département français de Winchester, l’autre « d’une école hideuse en Grèce », Fowles a déclaré : "« Bien sûr, j’ai fait fi de tous les préceptes du sens commun et accepté le travail grec. » En 1951, Fowles est devenu maître d’anglais à l'école d'Angsyrios et Korgialenios de Spetses, située sur l'île de Spetses, dans le Péloponnèse. Cela a ouvert une période critique de sa vie, car c’est exactement sur cette île où il a rencontré sa future épouse, Elizabeth Christy, née Whitton, épouse du confrère professeur Roy Christy. Inspiré par ses expériences et ses sentiments, il l'utilisa comme cadre de son roman "The Magus" (1966). Fowles était heureux en Grèce, surtout en dehors de l'école. Il a écrit des poèmes qu'il a publiés plus tard et est devenu proche de ses compatriotes expatriés. Mais en 1953, Fowles et les autres maîtres de l'école sont tous licenciés à cause des tentations d'instaurer des réformes et Fowles rentre en Angleterre.
John Rawls John Rawls est un philosophe américain né le à Baltimore et mort le à Lexington. Rawls est l'un des philosophes politiques du les plus étudiés. Professeur dans les universités de Princeton, Oxford, Cornell et Harvard jusqu'en 1995, il a été rendu célèbre par son œuvre majeure, à laquelle il travaillait depuis les années 1960 et qui parut sous le titre "A Theory of Justice" ("Théorie de la justice") en 1971. Rawls élabore sa théorie durant une période marquée par la guerre du Viêt Nam et la lutte pour les droits civiques, où les États-Unis sont traversés par de profonds mouvements culturels et sociaux. Axée sur les notions d'éthique et de justice, son œuvre renoue avec une tradition contractualiste délaissée, et prolonge la réflexion libérale en cherchant à articuler rationnellement liberté individuelle et solidarité sociale. Sa pensée est largement commentée et critiquée dans le monde anglo-saxon. Biographie. John Borden (Bordley) Rawls naît dans une famille aisée de Baltimore, Maryland. Il est le deuxième des cinq enfants de William Lee Rawls et de Anna Abell Stump. Il entre en 1939 à l'université de Princeton, où il commence à s'intéresser à la philosophie, mais est appelé à servir dans l'armée américaine (infanterie) dans le Pacifique et en Nouvelle-Guinée lors de la Seconde Guerre mondiale. Au Japon, il est témoin des dégâts causés par la bombe atomique à Hiroshima. Après cette expérience, il renonce à devenir officier et quitte l'armée. Il retourne à Princeton en 1946 et termine son doctorat de philosophie morale en 1949. Il y enseigne jusqu'en 1952, année à partir de laquelle il est influencé par les idées du théoricien de la politique libérale et historien des idées Isaiah Berlin, de l'université d'Oxford. Il se marie la même année avec Margaret Fox, diplômée de l'université Brown. Ils passent leur premier été ensemble à partager un intérêt commun, celui d'indexer les livres, ils répertorient alors le vocabulaire de Nietzsche, pour un de ses livres ; Rawls crée lui-même l'index de son livre : "Théorie de la justice". Après Oxford, il retourne aux États-Unis et commence à être assistant puis professeur associé à l'université Cornell. Il enseigne ensuite au Massachusetts Institute of Technology (MIT). En 1964, il devient professeur à Harvard, et le reste pendant presque quarante ans. Dès 1995, il est victime de plusieurs crises cardiaques, ce qui pénalise son travail d'écriture. Néanmoins, il achève son livre "The Law of Peoples", dans lequel il cherche à étendre ses analyses à la justice internationale. Rawls meurt en 2002 à l'âge de 81 ans. Il est enterré dans le cimetière de Mount Auburn à Cambridge au Massachusetts. Philosophie. Critique de l’utilitarisme. John Rawls n'est pas un pur produit de la tradition analytique anglo-saxonne. Il est surtout influencé par le contractualisme des libéraux classiques, c'est-à-dire de Locke à Kant. Selon John Rawls, chaque individu tend consciemment à opter pour des décisions collectives qui maximisent l’intérêt général. L’homo œconomicus singulier et égoïste ne se retrouve pas complètement chez Rawls, en effet il considère l'homme comme un être se réalisant personnellement tout en pensant à l'intérêt collectif. En ce sens, l'argumentation théorique rawlsienne s'écarte du concept de la « main invisible » souvent attribué à Smith, selon lequel cette visée collective était naturelle. Cependant, pour Rawls, dans la morale utilitariste, une action peut être considérée comme « bonne » si, et seulement si, elle permet d’accroître et ce, même au prix du sacrifice du bien-être de certains. Avant de devenir le célèbre théoricien d'une conception déontologique de la justice, Rawls a été très marqué par l'utilitarisme qui est, dans le monde anglo-américain, la doctrine morale à laquelle l'on se réfère le plus fréquemment. Dans son article "Two concepts of rule", il défend une version originale d'un « utilitarisme de la règle ». De son côté, Francisco Vergara reproche à Rawls - fortement influencé par le vocabulaire et certaines formes de raisonnement issues de la théorie économique néoclassique - de donner une version biaisée de l'utilitarisme consistant à confondre « bonheur » avec « satisfaction des désirs ». Il remarque, en s'appuyant sur ce que disaient les fondateurs de l'utilitarisme eux-mêmes, que la satisfaction de certains désirs n'apporte pas le bonheur (cf. la drogue) et qu'il existe dans la vie une multitude de situations qui procurent du bonheur sans satisfaire un quelconque désir. Cette distinction est importante, notamment en ce qui concerne l'importance du rôle de l'intervention de la puissance publique. Idée de justice. . En comparant explicitement le principe essentiel de la pensée spéculative à celui du politique, Rawls bâtit une théorie politique fondée sur la recherche de règles de justice. Il cherche à rendre compatible le plus haut niveau de liberté avec la réalisation d'une égalité effective des chances. Alexis de Tocqueville avait déjà souligné les tensions qui pouvaient naître de ce double attelage (liberté/égalité). Il fait ainsi de la justice le principe du politique, comme la vérité est la clef de voûte des systèmes de pensée. La recherche de la justice constitue donc pour lui un axiome absolument incontournable. En effet, de même qu'il serait impossible de spéculer rationnellement sans avoir comme postulat fondamental le principe de vérité, la justice devrait être au fondement de toute réflexion politique, et précéder toute décision : En conséquence, on ne pourrait – en théorie – transformer nos conceptions de la justice sans bouleverser "ipso facto" toute la structure du système politico-social. Deux principes de la justice. Sa théorie de la justice est construite à partir d'une expérience de pensée selon laquelle l'ignorance de notre situation réelle, à la fois biologique et sociale, serait la condition "sine qua non" d'une neutralité nécessaire à l'adoption de règles équitables ("fair"), pour l'organisation des structures fondamentales de la société. Sous ce voile d'ignorance, on serait à même de dégager un consensus capable de fonder une idée raisonnable de la justice. Celui-ci porterait sur deux principes rationnellement appliqués selon un ordre de priorité (le principe 1 prime sur le 2.1 qui lui-même prime sur le 2.2). En 1993, dans "Libéralisme politique", Rawls énonce ainsi ses deux premiers principes de justice : Après la publication de son ouvrage "Théorie de la justice", Rawls devient très rapidement une lecture incontournable dans l'enseignement de la philosophie morale, sociale et politique . Théorie libérale de la justice. John Rawls expose d'abord clairement sa conception de la justice formelle pour ensuite se livrer à un raisonnement plausible de ce que signifie pratiquement une société juste. En premier lieu, c'est avant tout le champ économique qui pose un problème. Rawls ne raisonne pas uniquement en termes de coûts sociaux – dépense qui résulterait d'un égalitarisme trop tolérant pour ses critiques de droite – mais pointe le manque de coopération entre tous les corps de la société qui serait en mesure de garantir un système économique plus social basé sur un travail conjoint de tous les membres de ce même corps afin de lutter contre les inégalités. Le deuxième principe est lié à l"égalité des chances" : celle-ci doit permettre à tout le monde, à capacités égales, un même accès aux diverses fonctions de la société. Rawls ne se limite pas à la vision du nouveau libéralisme qui a employé des termes similaires pour définir sa conception de l'égalité en soulignant que si on laisse se creuser les inégalités, il ne sera jamais possible de venir en aide aux plus défavorisés. Ce qui distingue le nouveau libéralisme de la pensée de Rawls, c'est que ce dernier promeut un libéralisme égalitaire qui repose sur une pensée morale, économique et sociale. S'il n'est pas "juste" de naître dans telle ou telle catégorie sociale, il n'est pas "juste" non plus d'être né avec un faible quotient intellectuel ou avec des capacités physiques défavorables (maladies, invalidités…). Il ne faut donc pas seulement prendre en compte les facteurs "sociaux", mais aussi les facteurs "naturels". John Rawls expose sa pensée à travers " le principe de différence " et l'interprétation de la justice par l'équité. (voir bibliographie). Les notions de justice et d'équité signifient chez Rawls, l'amélioration de la condition sociale des plus désavantagés par l'établissement d'une égalité des conditions et des ressources. Ceci suppose d'élaborer un consensus entre les plus favorisés et les plus défavorisés. Ce "principe de différence" indique qu'il faut assurer cette égalité de chances en supprimant non pas toutes les inégalités, mais juste celles qui ne seraient pas, au moins minimalement, favorables aux plus défavorisés. J. Rawls reprend donc ainsi le principe de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 estimant que des distinctions sont acceptables là où elles sont justifiées par l"'utilité commune" (comme les véhicules prioritaires aux feux de croisement) . Amartya Sen a été particulièrement critique face à John Rawls. S'inspirant des analyses de Montesquieu, il affirme que le droit, loin de se limiter à poser des principes généraux de justice, doit refléter le mouvement des mœurs. Ceci l'a conduit à mettre en avant la notion de capabilité et à critiquer en même temps les critères de la liberté réelle rawlsienne qui ne dépendent que du simple critère financier en oubliant toutes les coercitions culturelles (ou en termes marxistes : superstructurelles) – comme le genre. Libéralisme politique. Rawls s'est ensuite consacré à la question de la stabilité possible (ou non) de sociétés partagées entre les deux conceptions de la justice. Il développe ainsi l'idée d'un « consensus général », soit un accord implicite entre citoyens sur une justice « équitable » entre différents citoyens qui possèdent des vues philosophiques (ou religieuses) différentes. Il introduit ainsi le concept de « raison publique », soit une raison se prêtant à la critique dans le cadre d'un espace public de discussion. La conception politique de la justice que développe Rawls dans "Libéralisme politique" montre que des individus avec des opinions conflictuelles, mais raisonnables et conciliables par compromis, se mettent d'accord pour réguler les structures de base de la société. Ainsi, la conception politique de la justice ne serait rien d'autre qu'un consensus « par recoupement », qu'il abrège en « consensus PR » (""). Rawls modifie aussi les principes de justice de la façon suivante, le premier ayant priorité sur le second : Il confirme et complète ainsi sa théorie libérale de la justice. Exemples. Selon J. Rawls, il découle de ce principe qu'une restriction de la liberté est justifiée dans deux cas seulement: Pour le premier cas, Rawls mentionne les exemples d’une limitation de la liberté de conscience et de pensée de manière compatible avec l’ordre public, la limitation du pouvoir du gouvernement par la majorité, la limitation des libertés des intolérants et la répression de la violence des sectes concurrentes. Pour le second cas, J. Rawls mentionne l’exemple d’une inégalité des libertés civiques : « si certains ont plus de voix que d’autres, la liberté politique est inégale ; il en va de même si les voix de certains pèsent bien plus lourd que celles des autres, ou si une partie de la société est totalement dépourvue du droit de vote. Dans de nombreuses situations historiques, une liberté politique moins grande a dû, peut-être, être justifiée ».
Jaguar (homonymie) Le jaguar est un félin d'Amérique. Jaguar peut également désigner :
Jean-Charles de Borda Jean-Charles, chevalier de Borda, né le à Dax et mort le à Paris, est un mathématicien, physicien, politologue et navigateur français. Il a donné son nom à plusieurs vaisseaux écoles des , sur lesquels étaient embarqués les élèves de l'École navale. Biographie. Jeunesse et débuts. Fils benjamin de Jean-Antoine Borda, seigneur de Labatut, et de Marie-Thérèse de la Croix, Jean-Charles de Borda est issu d'une famille de militaires : Brantôme cite un capitaine Borda qu'il juge digne de passer à la postérité. Son père, dont les deux fils aînés avaient déjà embrassé la carrière des armes, souhaitait que Jean-Charles reprenne la charge d'un oncle, Jacques-François de Borda d'Oro, président au parlement de Bordeaux. Après quelques années passées au collège Henri-IV de La Flèche, le jeune Borda commença l'étude du droit mais, grâce à sa mère et un de ses professeurs, il put fléchir son père et obtenir d'entrer lui aussi dans l'armée. Son goût pour les sciences le portait vers le génie militaire : il fut admis à l’École royale du génie de Mézières. En 1753, à peine âgé de vingt ans, il remit à d'Alembert un mémoire sur une question de géométrie: à la suite de cette communication, Réaumur le recrute comme membre correspondant de l'Académie des sciences. En 1756, il rédige un "Mémoire sur le mouvement des projectiles", produit de ses études en tant qu'ingénieur militaire : ce travail, où il examine le cas d'une résistance de l'air proportionnelle au carré de la vitesse du projectile, lui attire l'éloge de Clairaut et de Bouguer, et lui vaut sa promotion au rang d'adjoint-géomètre de l'Académie. Lorsque son arme exige qu'il quitte la capitale, il sollicite son transfert aux chevau-légers pour pouvoir demeurer à Paris. Carrière militaire. Lorsqu’éclate la guerre de Sept Ans, son régiment est stationné à Dunkerque. Borda est affecté comme aide de camp du général de Maillebois, académicien comme lui, et assiste en cette qualité au combat d'Hastenbeck le 26 juillet 1757. En 1763, Borda est réintégré dans le génie militaire avec dispense de tout examen. Il publie alors plusieurs mémoires sur l'hydraulique et la résistance des fluides, dont un "Mémoire sur l’Écoulement des Fluides par les Orifices des Vases" ("Mém. Ac. Sci.",1766, ), dont on tirera l'équation de Borda–Carnot qui quantifie les pertes de charge dans les écoulements, et un "Mémoire sur les roues hydrauliques" ("Mém. Ac. Sci.", 1767 (1770), ), considéré comme l'une des premières études théoriques des roues hydrauliques, moteur de certains navires mais aussi source d'énergie dans les manufactures. En 1767, Borda entre au service actif de la marine en tant qu'ingénieur du génie maritime. En 1771, il est placé sous les ordres de Verdun de La Crenne à bord de la frégate "la Flore". Ce navire partait pour les îles Canaries, puis les Antilles, avec pour mission d'essayer de nouveaux modèles de montres et chronomètres de marine, au nom de l'Académie des sciences. En 1776, Borda est envoyé aux îles Canaries et chargé d'en déterminer la position avec exactitude ; à cette époque, la plupart des nations d'Europe comptaient les longitudes à partir de l'île de Fer. Entre 1777 et 1778, il participe à la guerre d'indépendance des États-Unis sous les ordres du comte d'Estaing, en qualité de major général. En 1778, Borda publie, en collaboration avec Verdun de La Crenne et Pingré, le "Voyage fait par ordre du roi en 1771 et 1772, en diverses parties de l'Europe et de l'Amérique, pour vérifier l'utilité de plusieurs méthodes et instruments servant à déterminer la latitude et la longitude, etc." Et en 1787, "Description et usage du cercle de réflexion, avec différentes méthodes pour calculer les observations nautiques" (Paris, Didot fils aîné, 1787. In-4 de 87-(1)-33 p, 3 pl.) qui décrit l'utilisation du cercle de réflexion que Borda améliore pour en faire le Cercle répétiteur. En 1781, Borda reçoit le commandement de plusieurs vaisseaux de la flotte militaire française, chargés d'escorter un corps expéditionnaire à destination de la Martinique. Le , il est capturé par les Britanniques. Libéré sur parole, il retourne en France peu de temps après. Il reprend son poste d'ingénieur dans la marine française, où il conçoit des améliorations des systèmes de pompage. Avec Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre, il est chargé par l'Académie des sciences de déterminer la longueur de l'arc de méridien de Dunkerque à Barcelone, et il s'occupe en particulier de tout ce qui se rattache aux expériences de physique. Il invente, pour mesurer la longueur du pendule, un appareil, le pendule de Borda, composé d’une sphère très lourde en platine suspendue par un fil long de 1 m environ, dont le poids n’est qu’une fraction négligeable de celui de la sphère. On lui doit les "Tables trigonométriques décimales" et les "Tables des logarithmes, des sinus, sécantes et tangentes, suivant la division du quart de cercle en 100 degrés", revues, augmentées et publiées par Jean-Baptiste Delambre en 1801. Période révolutionnaire. Borda fut nommé membre d'une commission créée par Condorcet le pour définir un nouveau système de mesures. Il joua un rôle important dans la définition du mètre et son adoption par la Convention nationale le . A partir du , il préside, avec Prieur de la Côte d'Or une nouvelle commission temporaire des poids et mesures créée par le Comité de salut public. Le , il rédige un texte de soutien à Lavoisier, ce qui lui vaut d'être destitué de la commission des poids et mesures le . Craignant le régime de la Terreur, il se réfugie prudemment avec son collègue Charles-Augustin Coulomb dans la région de Blois, abandonnant ses biens à Paris. La méthode Borda. Considérant que « Pour qu’une forme d’élection soit bonne, il faut qu’elle donne aux électeurs le moyen de se prononcer sur le mérite de chaque sujet, comparé successivement aux mérites de chacun de ses concurrents », Borda inventa un système de vote, connu sous le nom de méthode Borda (1781), qui est resté populaire parmi les réformateurs des systèmes électoraux du monde entier, en particulier parmi les promoteurs du jugement majoritaire qui s'inscrit dans la même filiation philosophique. Contemporain de Nicolas de Condorcet, il s'est engagé dans de nombreux débats concernant les mérites respectifs des différents systèmes de vote.
Jupiter Jupiter peut faire référence à :
Joseph Conrad Joseph Conrad, de son vrai nom Józef Teodor Konrad Korzeniowski, né le à Berditchev, en Ukraine, alors province de l'Empire russe, et mort le à Bishopsbourne, est un écrivain polonais et britannique, écrivant en langue anglaise. Biographie. Né en 1857 à Berdytchiv, Józef Korzeniowski est issu du clan Nałęcz de la noblesse polonaise. En 1861, sa famille déménage à Varsovie. En octobre de la même année, son père Apollo Korzeniowski, qui participe aux préparatifs de l'insurrection polonaise contre la Russie tsariste, est arrêté et emprisonné à la citadelle de Varsovie, puis condamné à l'exil à Vologda, puis à Tchernihiv. Sa famille le suit. La mère de Józef meurt de la tuberculose en . Gravement malade lui-même, Apollo Korzeniowski est autorisé à rentrer en Pologne en 1868. Il emménage avec son fils à Lviv, puis l'année suivante à Cracovie, mais il meurt en , laissant Józef orphelin à l'âge de onze ans. Celui-ci est alors confié à son oncle maternel, , qui demeurait à Cracovie, et à qui il devait rester très attaché, entretenant avec lui une correspondance suivie jusqu'à la mort de ce dernier en 1894. Carrière maritime. À la fois pour raisons de santé et parce qu'il est attiré par la carrière maritime, Józef part en 1874 pour Marseille, où il embarque comme mousse sur un voilier. Il fait ainsi pendant près de quatre ans son apprentissage en France pour entrer ensuite dans la marine marchande britannique, où il va demeurer plus de seize ans. Il obtient son brevet de capitaine au long cours le , prend la même année la nationalité britannique, sous le nom de "Joseph Conrad" et commence à écrire. Conrad parle avec une égale facilité le polonais, l’allemand, le français et l’anglais ; mais il décide d’écrire dans la langue de sa nouvelle patrie. En 1887, après un séjour à l'hôpital de Singapour pour une blessure reçue en mer, Conrad embarque comme second sur le "Vidar" et effectue au moins quatre voyages à Bornéo et des séjours à Berau.En 1888, il embarque sur le voilier "Otago" qui est son premier et unique commandement comme capitaine. En 1890, recommandé auprès du capitaine Albert Thys, administrateur de la Compagnie du Commerce et de l'Industrie du Congo, il part travailler comme capitaine de steamer pour la Société du Haut-Congo officiant dans l'État indépendant du Congo. Il est engagé pour trois ans, mais ne réalise qu'un aller-retour en steamer entre Stanley-Pool et Stanleyville avant d'être rapatrié en Europe pour dysenterie. En 1891, après une hospitalisation à Londres et une convalescence à Champel en Suisse, il embarque, le , comme second sur le clipper "Torrens" pour l'Australie. Après un deuxième voyage à Adélaïde et une visite à son oncle en Pologne, il est rayé des rôles du "Torrens" et en embarque sur le vapeur "Adowa" comme second, pour le Canada, avec escale à Rouen. En , l"'Adowa" retourne à Londres où débarque Conrad. C'est la fin de sa carrière maritime. Carrière littéraire. Se consacrant désormais à son travail littéraire, Conrad achève "La Folie Almayer" qui paraît en , écrit "Un paria des îles" publié en . Désespérant de retrouver un commandement, il écrit à un ami « il ne me reste que la littérature comme moyen d'existence » et déclare clairement écrire pour l'argent… La même année, il épouse Jessie George et séjourne en Bretagne de mars à septembre — la vie est moins chère à Lannion et l'Île-Grande qu'à Londres — et y écrit certains de ses textes. De retour en Angleterre, il s'installe à Stanford-le-Hope, Essex, puis, en , à Ivy Walls, Essex (publication du "Nègre du Narcisse"). Son fils Boris naît en 1898 (publication du recueil de nouvelles "Inquiétude"), et en octobre, la famille Conrad s'installe à Pent Farm, Kent, maison louée par l'écrivain Ford Madox Ford.En , après la naissance du deuxième fils, John, les Conrad séjournent à Montpellier, puis à Genève. Il publie le "Miroir de la mer". En , Conrad, qui vient de souffrir d'une grave dépression nerveuse, quitte sa résidence d'Aldington, dans le Kent, où il s'est installé l'année précédente, pour Capel House, ferme isolée près d'Ashford, dans le même comté, pour près de dix ans cette fois. En , il publie "Sous les yeux de l'Occident".En 1919, obligés de quitter Capel House, les Conrad s'installent provisoirement à Spring Grove (publication de "La Flèche d'or"), puis vont habiter à Oswalds où est achevée la rédaction de "La Rescousse". Pour faciliter la rédaction de "l'Attente", Jessie et Joseph Conrad effectuent en un voyage en Corse puis Conrad, seul, une tournée aux États-Unis en 1923 (publication du roman "Le Frère-de-la-Côte"). En 1924, après une crise cardiaque en juillet, Joseph Conrad meurt le à Bishopsbourne. Il est enterré le à Canterbury.C'est en 1925 que paraissent "Derniers Contes" et un roman inachevé, "L'Attente" . Une écriture. En 1895, il publie son premier livre, "La Folie Almayer", où il dépeint la perdition d’un Occidental en Malaisie. Dès lors paraissent régulièrement d’autres livres, toujours plus remarqués par les lettrés. Mais Conrad ne connaît que tardivement le succès commercial, avec "Chance" en 1913, ce dont il eut toujours du mal à comprendre la raison, sans doute la trop grande complexité de son œuvre. Tout au long de sa vie d'auteur, il a affirmé vouloir écrire pour le grand public, et laisse une œuvre considérable, notamment "Le Nègre du Narcisse", "Lord Jim", "Jeunesse", "Au cœur des ténèbres", "Typhon," "Nostromo", "Le Miroir de la mer", "Sous les yeux de l'Occident", "L'Agent secret", "Victoire". Il a été classé parfois comme auteur de « romans de mer », ce qui serait aussi restrictif que pour Herman Melville sous le prétexte que celui-ci est surtout connu pour "Moby Dick". De fait, "Au cœur des ténèbres", "Lord Jim", "Nostromo", "L'Agent secret", "Sous les yeux de l'Occident", "Victoire", de grands, sombres et profonds romans, ne se passent pas, ou peu, en mer... Certains regardent Conrad comme un précurseur de l'existentialisme ; ses personnages sont faillibles, désenchantés, mais ne renoncent jamais à affronter la vie. Conrad parle couramment le français, avec l'accent marseillais, en raison de son séjour dans la cité phocéenne. André Gide est son intercesseur dans le milieu littéraire français et traduit lui-même "Typhon". "Un Anarchiste", une des nouvelles du recueil "A set of six", se passe en Guyane avec, pour personnage principal, un jeune Parisien. Évocation littéraire. Dans son ouvrage biographique "Mon éducation - Un livre des rêves", l'écrivain William S. Burroughs se souvient ou rêve du , et en cite un extrait : . Dans le même rêve, il lit "Jeunesse". Joseph Conrad est également évoqué dans le roman "Martin Eden" de Jack London. Ce dernier y fait allusion en retranscrivant les pensées de son personnage principal, Martin, lequel peine à être publié dans les revues locales : « Il compara sa nouvelle, encore à peine ébauchée, avec celle de plusieurs écrivains de la mer et il en arriva à cette conclusion qu'elle leur était infiniment supérieure. Seul Joseph Conrad, murmura-t-il, pourrait rivaliser avec moi. Et il s'imaginait Conrad lui étreignant la main et lui disant : Bravo, Martin Eden, bravo ! » (chapitre 27). Dans une lettre du 3 août 1915 destinée à Madeleine Pagès, Guillaume Apollinaire évoque Joseph Conrad : « Il y a trois polonais connus dans les lettres aujourd'hui et ils n'écrivent point en polonais. Conrad en Angleterre (il a du talent). Przybyzeswky en Allemagne. Et moi en France. »
Jeu de plateau
Jeux olympiques Les Jeux olympiques (JO), aussi appelés Jeux olympiques modernes, puisqu'ils prolongent la tradition des jeux olympiques de la Grèce antique, sont des événements sportifs internationaux majeurs, regroupant les sports d’été ou d’hiver, auxquels des milliers d’athlètes participent à travers différentes compétitions tous les quatre ans, pour chaque olympiade moderne. Originellement tenus dans le centre religieux d’Olympie, dans la Grèce antique du au , les Jeux sont rénovés par le baron français Pierre de Coubertin en 1894 lorsqu’il fonde le Comité international olympique (CIO). Depuis lors, le CIO est devenu l’organisation gouvernant le mouvement olympique dont la structure et les décisions sont définies par la Charte olympique. Les premiers Jeux olympiques modernes se déroulent en 1896 à Athènes et l'instauration des Jeux olympiques d'hiver date de 1924 à Chamonix. Ils ont lieu la même année tous les quatre ans, souvent dans le même pays sous réserves qu'il possède un territoire montagneux, puis sont décalés de deux ans à partir de 1994. Annulés en 1916, 1940 et 1944 pour cause de guerres mondiales, les Jeux ont vu leur édition de 2020 reportée d'un an en raison de la pandémie de Covid-19. Pendant le , le CIO adapte les Jeux à sa perception des changements économiques, politiques et techniques du monde. Ainsi, les Jeux olympiques sont, comme le voulait Pierre de Coubertin, d'abord réservés aux purs amateurs, le règlement du CIO interdisant la participation de sportifs professionnels. Bien que malmenée par les supercheries (notamment l'amateurisme marron) autour du statut faussement « amateur » de nombreux sportifs, l'exclusion du professionnalisme reste en vigueur jusqu'en 1981. Si le passage de l’amateurisme pur au professionnalisme est dans les faits progressif, le XIe Congrès olympique en 1981 marque une révolution pour l'olympisme, avec l'admission des sportifs officiellement professionnels. Une autre évolution importante concerne la féminisation des épreuves, d'aucune femme en compétition en 1896 et un fort déséquilibre par la suite, jusqu'à une quasi-parité de nos jours. Le CIO adapte aussi les Jeux aux changements sociaux qui se produisent au . Certains de ces ajustements incluent l'instauration des Jeux olympiques d’hiver, des Jeux paralympiques ou encore des Jeux olympiques de la jeunesse et la création de nombreuses épreuves mixtes. En outre, l’importante croissance des médias de masse apporte aux Jeux des sources de financement considérables, entraînant parfois des problèmes de corruption. Actuellement, le mouvement olympique comprend les fédérations sportives internationales, les comités nationaux olympiques et la mise sur pied de comités d'organisation locaux pour chaque édition des Jeux olympiques. La ville hôte est chargée d’organiser les Jeux olympiques de manière qu’ils soient en accord avec la Charte olympique. Le CIO décide aussi des sports présents ou non à chaque édition. La célébration des Jeux inclut de nombreux rituels et des symboles, comme le drapeau olympique et la flamme olympique, le relais de la flamme, ainsi que les cérémonies d’ouverture et de clôture. Les trois meilleurs athlètes ou équipes de chaque compétition reçoivent respectivement une médaille d’or (), d’argent () et de bronze (). Pour les Jeux d'été, la participation est plafonnée à environ 10 500 athlètes et à 28 sports se déclinant en plus de 300 épreuves. Les Jeux olympiques sont devenus si importants que presque chaque nation est représentée. Une telle ampleur a causé de nombreux défis, comme le boycott, le dopage, la corruption et le terrorisme. Tous les deux ans, les Jeux et leur exposition médiatique permettent à des athlètes d'acquérir une notoriété nationale, voire mondiale dans certains cas. Les Jeux sont aussi une excellente occasion pour la ville hôte et le pays d'accueil d'assurer leur promotion sur la scène internationale. Le sportif le plus médaillé des Jeux olympiques, été comme hiver, est le nageur américain Michael Phelps, qui gagne entre 2004 et 2016, vingt-huit médailles dont vingt-trois en or. Aux Jeux d'hiver, la fondeuse norvégienne Marit Bjørgen détient un record de quinze podiums, dont huit médailles d'or. Histoire. Jeux olympiques antiques. De nombreuses légendes entourent l'origine des Jeux olympiques antiques. L'une dit qu'Héraclès construisit le stade olympique ainsi que les bâtiments alentour en l'honneur de son père Zeus, après avoir accompli ses douze travaux. Il aurait également défini la longueur du stade olympique en l'arpentant avec la longueur de son pied en avançant de . Les premiers Jeux olympiques sont réputés pour avoir pris place en 776 sur l'initiative d'Iphitos, roi d'Élide. Cette année marque le début du calendrier olympique, selon lequel les années sont regroupées en olympiades, et l' du calendrier grec adopté en 260 Toutefois, il est probable que les Jeux aient été encore plus anciens, compte tenu de l'abondance des offrandes de l'époque géométrique retrouvées à Olympie. Dès lors, les Jeux gagnèrent en importance dans toute la Grèce antique, mais il existe près de sportives du même type, les agônes. On passe à plus de 500 sous l'Empire romain. Les Jeux olympiques forment, avec les Jeux pythiques, les Jeux néméens, et les Jeux isthmiques, un cycle des jeux sacrés dont l'un revient chaque année. L'athlète qui gagne des prix à ces quatre Jeux panhelléniques est désigné par le titre de . Le programme des compétitions comprend des épreuves hippiques (chars à deux ou quatre chevaux) et des épreuves athlétiques dites de gymnastique (course à pied sur plusieurs distances, lancer du disque, saut en longueur, lancer du javelot, pentathlon, lutte, pugilat et pancrace). Disque, longueur et javelot ne donnent pas de titre olympique, mais font partie des cinq épreuves du pentathlon avec la course du stade et la lutte. Corèbe d'Élis ouvre le palmarès olympique officiel en remportant la course pédestre du stade en 776 Parmi les autres principaux athlètes grecs des Jeux antiques, citons Milon de Crotone (lutte, ), Diagoras de Rhodes (boxe, ), Polydamas de Scoutoussa (pancrace, ), Léonidas de Rhodes (course, ) et Mélancomas de Carie (boxe, au ). À partir de la septième olympiade (752), le champion olympique reçoit une couronne d’olivier sauvage, une branche de palmier et un ruban de laine rouge appelé la tænia. Le Messénien Daikles est le premier champion olympique honoré ainsi. Réservés d'abord aux seuls citoyens grecs masculins et riches, les Jeux entraînent une trêve olympique. Cette dernière n'arrête pas les conflits, mais autorise les athlètes et spectateurs à traverser librement des zones de guerre sans être inquiétés. La portée d'un titre olympique est considérable. Les champions sont d'authentiques héros populaires et sont couverts de cadeaux et d'honneurs à leur retour dans leur cité. Ils sont de plus pleinement professionnels depuis le et peuvent décider de défendre les couleurs d'une autre cité. Ces changements d'allégeance provoquent souvent des troubles, parfois importants, dans la cité « trahie ». On peut ainsi citer le cas de Astylos de Crotone ( olympiques), qui passe de Crotone à Syracuse en 484, provoquant de graves troubles à Crotone. Un serment olympique en quatorze points régit l'organisation des Jeux depuis 338 Le point concerne les cas de tricheries qui sont nombreux et durement sanctionnés. À la suite de l'invasion romaine, les Jeux s'ouvrent aux non-Grecs. Le prestige des Jeux est tel que plusieurs empereurs y prennent part. Sur les conseils de l'évêque Ambroise de Milan, l'empereur interdit les Jeux en 393-394 en raison de leur caractère païen. Cette interdiction ne vise d'ailleurs pas spécifiquement les Jeux olympiques mais de façon générale les Jeux du cirque dont ceux-là sont un événement particulier. Rénovation des Jeux. Les Jeux olympiques connaissent quelques timides tentatives de rénovation entre la fin du , époque à laquelle on découvre les ruines des sites d'Olympie, et la fin du . Citons ainsi l'Olympiade de la République qui se tient à Paris en 1796, 1797 et 1798. Esprit-Paul de Lafont-Pouloti réclame même le rétablissement des Jeux olympiques. Il va jusqu'à présenter un projet à la municipalité parisienne, qui rejette l’idée. Le CIO honora la mémoire de ce visionnaire en 1924. Parmi les autres tentatives, citons les Jeux du petit séminaire du Rondeau à Grenoble à partir de 1832, les Jeux scandinaves (en 1834 et 1836), les festivals olympiques britanniques (depuis 1849) comme les Jeux de Much Wenlock, les Jeux athlétiques disputés à Montréal (Canada) en 1843 et qui sont rebaptisés Jeux olympiques pour les éditions 1844 et 1845 et les jeux olympiques de Zappas à Athènes en 1859 et 1870. L'Allemagne tient également un rôle important dans cette rénovation en étant déterminante en matière de fouilles archéologiques menées par Ernst Curtius sur le site d'Olympie et en devenant, très tôt, favorable à la rénovation. Il faut préciser que la rénovation des Jeux olympiques n'est pas seulement inspirée par les Jeux antiques. L'actualité de cette fin de influence nettement l'esprit de ceux qui vont lancer le nouveau mouvement olympique : la défaite grecque contre les turcs en 1897, celle des Français contre les Allemands en 1870 incitent les gouvernements à réformer l'éducation de leur jeunesse en favorisant le sport et l'éducation physique pour endurcir les corps, fortifier les esprits et préparer cette jeunesse à combattre pour la revanche. C'est cependant la volonté de Pierre de Coubertin de favoriser les interactions culturelles entre les pays et de promouvoir les valeurs éducatives et universelles du pays qui l'oriente vers son projet de rénover les Jeux. De même, l'inspiration puise également ses sources dans des pratiques profondément ancrées dans la culture européenne comme celle des joutes chevaleresques médiévales. Cette tradition nobiliaire explique que les Jeux olympiques attendent de leurs athlètes qu'ils aient l'étoffe d'aristocrates en cultivant le fair-play des gentlemen, les attitudes gestuelles et l'amateurisme éthique (seuls les athlètes issus des classes les plus favorisées pouvant consacrer leur temps à faire du sport, notamment l'escrime, le yachting, le tennis ou l'équitation, épreuves phares des premiers Jeux olympiques) qui se développe en réaction à la professionnalisation du sport par les classes populaires, le « shamateurisme » (de "", « la honte », et d'amateurisme) des sportifs roturiers étant perçu comme une subversion des codes de l'amateurisme. La fédération omnisports française d'athlétisme USFSA fête son cinquième anniversaire le dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris. À cette occasion, Pierre de Coubertin appelle à la rénovation des Jeux olympiques. Deux ans plus tard, du 16 au , se tient également à la Sorbonne le « Congrès pour le rétablissement des Jeux olympiques ». Devant l’absence de réactions à son appel deux ans plus tôt, Pierre de Coubertin parvient à convaincre les représentants britanniques et américains, mais aussi d'autres nations, notamment la Jamaïque, la Nouvelle-Zélande ou la Suède. Plus de représentant douze nations assistent finalement au congrès, qui vote à l’unanimité la rénovation des Jeux olympiques. L'autre décision importante prise à l’occasion de ce Congrès est la condamnation des règlements sportifs de certaines fédérations (britanniques notamment) excluant les ouvriers et les artisans au nom d’un élitisme social qui allait à l’encontre des idéaux égalitaires français. Jeux olympiques modernes. À l'origine, les Jeux sont exclusivement estivaux. Le patinage artistique et le hockey sur glace font ainsi des apparitions au programme olympique avant même la création de Jeux d'hiver, en 1924. Après le succès initial des épreuves à Athènes en 1896, les olympiades de Paris en 1900 (qui virent pour la première fois des femmes participer aux épreuves, Charlotte Cooper étant la première championne olympique) et de Saint Louis en 1904 sont noyées dans les programmes des expositions universelles. Le premier athlète noir à participer, à remporter une médaille et à être champion olympique est l'Haïtien d'origine Constantin Henriquez, en 1900. Les Jeux olympiques intercalaires de 1906 d'Athènes, non reconnus ultérieurement par le CIO, marquèrent un regain d'intérêt du public et des athlètes, avec une participation très internationale alors que 80 % des sportifs ayant pris part aux Jeux de Saint-Louis étaient américains. Les nations européennes avaient en effet renoncé à faire le long et coûteux déplacement outre-Atlantique. De de quatorze nations en 1896, les Jeux passent à représentant lors des Jeux olympiques de Londres en 2012. C'est désormais l'un des événements les plus médiatisés. Les Jeux de Sydney en 2000 réunissent ainsi plus de et diffuseurs. La dimension de l'épreuve est telle que cela pose des problèmes aux villes hôtes, que le ne couvre que partiellement. Les villes hôtes profitent en effet des Jeux pour s'équiper notamment en transports en commun et autres équipements sportifs. À titre d'exemple, le budget estimé des Jeux de Londres en 2012 est de neuf milliards de livres sterling. Sous la tutelle du CIO ont également lieu des jeux régionaux. Les plus anciens sont les Jeux d'Amérique centrale et des Caraïbes, tenus pour la première fois à Mexico en 1926. Localisation des Jeux olympiques modernes Programme sportif. Jeux olympiques antiques. Le programme des compétitions se met progressivement en place. Lors de la première édition des Jeux (776), une seule épreuve est disputée : c'est la course pédestre du stade (environ ). En 724, la course pédestre du double stade ("diaulos") est introduite dans le programme, puis quatre ans plus tard, la première épreuve de fond fait son apparition : le dolichos, soit vingt-quatre stades (environ ). Le pentathlon est introduit au programme olympique en 708 en même temps que la lutte. Le pugilat arrive en 688 et le pancrace en 648 La course d’hoplites (course pédestre en tenue militaire) fait son entrée au programme en 520 Du côté des courses hippiques, les courses de quadriges (quatre chevaux) figurent au programme olympique depuis 680 av. J.C.. Les courses montées se disputent depuis 648 Des épreuves de course et de lutte réservées aux juniors sont ajoutées au programme olympique en 632 Un concours de pentathlon (628) et un autre de pugilat (616) viennent ensuite compléter le programme olympique des juniors. En plus de ce programme sportif, des concours culturels étaient organisés. Platon est ainsi sacré deux fois « olympionique ». Femmes aux Jeux. En ce qui concerne les épreuves, les femmes ne pouvaient pas participer. On retrouve tout de même des noms de femmes dans les palmarès des vainqueurs de courses de chars. Cela tient au fait qu'on n'inscrivait pas le nom du conducteur, mais celui du propriétaire de l'attelage. La nudité des athlètes lors des épreuves est parfois expliquée comme une conséquence de la victoire d'une femme lors d'une olympiade, alors que les participants concouraient encore vêtus. Cette pratique serait donc une solution pour exclure à coup sûr les femmes des épreuves. Mais aucune explication sérieuse sur ce sujet n'a encore été donnée, les Grecs se contentant eux-mêmes d'anecdotes peu convaincantes. Jeux olympiques modernes. Contrairement aux Jeux antiques, le programme olympique moderne est beaucoup moins stable. Chaque édition des Jeux apporte ainsi son lot de nouveautés, nouvelles disciplines et nouvelles catégories. Conservateur et colonialiste convaincu, Pierre de Coubertin n'imagine pas des Jeux olympiques valorisant le corps de l'athlète noir ou celui de la femme mais ses convictions sont initialement peu appliquées car le CIO a le contrôle de la doctrine mais pas de l'organisation des premiers Jeux qui est déléguée à des entrepreneurs de spectacle. Le CIO est devenu progressivement le seul décisionnaire sur l'admission d'une discipline au programme olympique. En 1919, Alice Milliat demande au Comité international olympique d'inclure des épreuves féminines lors des prochains Jeux olympiques, mais sa demande est refusée. Les femmes sont finalement admises aux épreuves athlétiques des Jeux olympiques d'été de 1928 à Amsterdam. Le CIO doit désormais composer avec les Fédérations internationales gérant les disciplines. Le programme des compétitions sportives ne propose pas l'ensemble des disciplines sportives, ni même la totalité des différentes épreuves possibles. Les Jeux d'été comptent , et c'est un plafond que le CIO ne souhaite pas dépasser. Ainsi, nombre de sports sont écartés du programme, comme c'est le cas du baseball et du softball après les Jeux de 2008, tandis que d'autres disciplines souhaitant profiter de la vitrine olympique sont priées d'attendre. Les Jeux mondiaux rassemblent certains de ces sports non-olympiques mais dont les fédérations internationales sont reconnues par le CIO. Jusqu'en 1996, ces sports pouvaient profiter du statut de sport de démonstration. Le nombre des participants aux Jeux olympiques d'hiver est plus modeste avec environ à Turin en 2006. Et du côté du programme, on cherche plutôt à l'étoffer. Certaines disciplines de salle ont été approchées pour passer des JO d'été à ceux d'hiver mais les fédérations internationales concernées ont refusé. Afin de contenir l'expansion, le nombre d'athlètes participants aux Jeux est désormais plafonné à en été et les participants doivent désormais réaliser des minima dans les disciplines chiffrées ou profiter de quotas olympiques gagnés lors des grandes compétitions précédant les Jeux. Pour permettre à toutes les nations de participer, les minima sont à géométrie variable selon les nations et un Comité olympique n'ayant aucun athlète qualifié aux Jeux profite d'invitations, généralement en athlétisme, natation, judo ou haltérophilie pour les Jeux d'été. Les femmes aux Jeux olympiques. Les femmes ne sont acceptées que dans quelques disciplines lors de leurs premiers Jeux Olympiques telles que le golf, l’équitation, le tennis, la voile et le croquet. Elles représentent seulement 2.2% de tous les athlètes olympiques qui y sont présents, des statistiques qui restent stables durant de nombreux Jeux. Depuis les Jeux de 2004 à Athènes, les femmes représentent plus de 40% des athlètes. Ne pouvant pas concourir dans toutes les disciplines, les femmes restent inférieures jusqu’en 2012 où l’épreuve de la boxe féminine fait son entrée dans le programme. Cette édition des Jeux Olympiques est la première où les femmes concourent dans tous les sports. Les côtes d’écoute des épreuves féminines étaient et sont encore à ce jour, en 2022, inférieures à celle des hommes et c’est donc pour promouvoir l’innovation et la plus grande diversité des sexes que le Comité International Olympique ajoute, depuis les Jeux de Tokyo 2020, des épreuves mixtes dans plusieurs disciplines. On en compte 18 lors de ces Jeux, en athlétisme, badminton, judo, natation, sports équestres, tennis, tennis de table, tir, tir à l’arc, triathlon et voile. Comme l'affirme Kit McConnell, le directeur des sports du CIO : « Il n'y a rien de plus égal qu'un homme et une femme qui concourent en tant qu'équipe sur la même aire de compétition en vue de la même performance sportive ». Disciplines, sports et nombre d'épreuves par sport aux Jeux olympiques d'été. Nota Disciplines, sports et nombre d'épreuves par sport aux Jeux d'hiver. NB : Le fond bleu indique les épreuves disputées à l'occasion des Jeux olympiques d'été. Jeux paralympiques. En 1948, Sir Ludwig Guttman, fermement décidé à promouvoir la réhabilitation des soldats de la Seconde Guerre mondiale, organisa une compétition sportive entre différents hôpitaux au même moment que les Jeux olympiques d'été de 1948 à Londres. Cette compétition, connue alors sous le nom de Jeux de Stoke Mandeville, devint annuelle. Durant les douze années suivantes, Guttman et d’autres continuèrent d’utiliser le sport comme thérapie de guérison. Aux Jeux olympiques d'été de 1960 à Rome, Guttman réunit pour concourir dans les « Jeux olympiques parallèles » et devinrent les premiers Jeux paralympiques. Depuis, les Paralympiques ont lieu chaque année olympique et se déroulent dans la même ville que les Jeux olympiques depuis les Jeux de Séoul en 1988. Jeux olympiques de la jeunesse. À partir de 2010, les Jeux olympiques accueillent les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), où les athlètes ont entre 14 et 18 ans. Les JOJ sont créés par Jacques Rogge, président du CIO, en 2001. La décision est approuvée pendant le 119 Congrès du CIO. Les Jeux olympiques de la jeunesse d'été de 2010 se tiennent à Singapour et ceux d’hiver en 2012, à Innsbruck en Autriche. Ces Jeux durent moins longtemps que les Jeux olympiques traditionnels. Ceux d’été durent douze jours et ceux d’hiver, neuf jours. athlètes et 875 officiels vont participer aux JO d’été de 2010, et 970 athlètes et 580 officiels aux JO d’hiver. Les sports au programme coïncident avec ceux des Jeux olympiques traditionnels, cependant le nombre de disciplines et d’épreuves est diminué. Organisation. Comité international olympique. Le CIO est fondé lors du Congrès olympique de 1894 à Paris. Il a pour mission d'organiser les Jeux. Composé de qui se réunissent au moins une fois par an, et élisent un président pour une durée de huit ans. Le mouvement olympique regroupe un grand nombre d’organisations et de fédérations sportives nationales et internationales, de partenaires médiatiques reconnus, d’athlètes, d’officiels, et juges et toutes les personnes et institutions qui sont d’accord pour respecter les règles de la Charte olympique. Organisation de coordination du mouvement olympique, le CIO est responsable du choix de la ville hôte, la négociation des partenaires et des droits de diffusion, de superviser le programme du déroulement des Jeux olympiques, actualiser et approuver le programme sportif. Le CIO reconnaît nationaux, selon des critères différents de ceux définissant un État au sens du droit international. De nombreuses dépendances prennent ainsi part aux Jeux sous leur propre drapeau, tel que les Bermudes, Porto Rico ou Hong Kong, alors qu'elles sont légalement parties intégrante d'un autre État. Depuis 1980, Taïwan participe sous le nom de "Chine de Taipei", la république populaire de Chine refusant sa propre participation si Taïwan était présent sous le nom de "république de Chine". Les Îles Marshall ont quant à elles été reconnues par le CIO le . Le mouvement olympique regroupe trois grands éléments : Le français et l’anglais sont les langues officielles du mouvement olympique. La langue du pays organisateur des Jeux olympiques est aussi utilisée. Toutes les annonces (comme celle du nom du pays lors du défilé des nations pendant la cérémonie d’ouverture) sont déclarées dans ces trois langues, dans cet ordre. Critique. Le CIO a souvent été critiqué car c’est une organisation intraitable, avec plusieurs de ses membres élus à vie. Les directions de Avery Brundage et Juan Antonio Samaranch furent en particulier controversées. Brundage fut président du CIO pendant plus de . Pendant sa présidence, il protégea les Jeux olympiques de toutes implications politiques préjudiciables. Il fut accusé de racisme pour sa gestion du problème de l’apartheid avec la délégation Sud-Africaine et d’antisémitisme. Samaranch fut accusé de népotisme et de corruption. Les liens qu’entretenait Samaranch avec le régime de Franco furent aussi une source de vives critiques. En 1998, on révéla que plusieurs membres du CIO avaient reçu des pots de vin de la part du comité d’organisation de Salt Lake City pour s’assurer que leurs votes iraient en leur faveur. Le CIO entama une enquête qui aboutit à la démission de quatre membres et à l’exclusion de six autres. Le scandale eut aussi pour conséquence la mise en place de réformes pour la sélection des villes organisatrices afin d’éviter ce genre de cas à l’avenir. Un documentaire de la BBC intitulé "Panorama: Buying the Games" diffusé en août 2004, retrace l’enquête qui eut lieu sur les pots de vin lors de la sélection de la ville organisatrice pour les Jeux olympiques d'été de 2012. Le documentaire montra qu’il était possible d’acheter les membres du CIO afin qu’ils votent pour une ville en particulier. Après la défaite de Paris pour les Jeux de 2012, Bertrand Delanoë accusa en particulier Tony Blair, Premier ministre britannique, et le comité londonien (dont Sebastian Coe était à la tête) d’enfreindre les règles des votes. Il cita comme témoin Jacques Chirac. La sélection de Turin pour les Jeux olympiques d'hiver de 2006 fut aussi controversée. Marc Hodler, éminent membre du CIO, et en faveur de la ville concurrente de Sion en Suisse, affirma que certains membres du CIO avaient été achetés par le Comité d’organisation de Turin. Ces accusations menèrent à une enquête et desservirent la candidature de Sion en faveur de Turin. De l'ouverture à la fermeture. Le calendrier olympique, le déroulement des cérémonies et leur symbolique est le résultat d'une évolution. Ainsi, il n'y a pas de cérémonie d'ouverture en 1900 à Paris. Le drapeau olympique dessiné par Coubertin en 1913 apparaît aux Jeux de 1920 tout comme le serment olympique. La flamme olympique, symbolisant le lien entre Jeux antiques et Jeux modernes, est en usage depuis 1928. Depuis 1936 elle effectue un parcours sous forme de relais avant la tenue des Jeux. Cette dernière innovation fut créée par Goebbels. Un hymne olympique existe depuis 1896. Cette pièce de musique grecque est officiellement hymne olympique depuis 1960. Le défilé des athlètes est la plus longue des séquences des cérémonies d'ouverture et de clôture. Le défilé est toujours ouvert par la délégation grecque et le pays qui accueille les Jeux ferme la marche. Entre les cérémonies d'ouverture et de clôtures, deux semaines de compétitions se tiennent sur différents sites, parfois assez éloignés. Les athlètes sont logés dans un village olympique exclusivement réservé aux athlètes et aux entraîneurs. Les journalistes sont regroupés au sein d'un centre médias et ont un accès limité au village olympique des athlètes. L'organisation fait appel à des milliers de volontaires bénévoles afin d'assister les athlètes, les officiels, les journalistes et les spectateurs. L'une des traditions typiques des Jeux est l'échange de Pin's entre délégations et médias. Les volontaires terminent souvent les Jeux couverts de ces épinglettes. La mascotte olympique apparaît officiellement pendant les Jeux d'hiver de 1968 à Grenoble. Depuis, chaque édition crée sa propre mascotte afin de symboliser les valeurs de l'olympisme. La devise latine des Jeux olympiques est, depuis 1894, année du premier congrès olympique : (plus vite, plus haut, plus fort…). C'est Pierre de Coubertin qui proposa cette devise, empruntée à son ami dominicain, l'abbé Henri Didon, ancien vainqueur en 1855 des jeux olympiques du petit séminaire du Rondeau de Grenoble. Le mardi 20 juillet 2021, le CIO s'est réuni à Tokyo à trois jours de la Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de 2020, lors de sa 138e session. Il a alors décidé de marquer une rupture dans l'histoire des Jeux modernes en modifiant la devise qui est désormais : Plus vite, Plus haut, Plus fort - Ensemble (). Les langues en usage pendant les Jeux sont, dans cet ordre, le français, l'anglais et la langue locale. À l'usage, le français recule pourtant clairement devant l'anglais au niveau de la signalisation sur les sites olympiques tandis que l'anglais est privilégié dans les discours des cérémonies d'ouverture et de clôture. C'est pourtant bien en français que débute la cérémonie de remise des médailles, comme le prévoit le protocole olympique. L'extinction de la flamme olympique marque la fin de la parenthèse olympique. Drapeau olympique. Conçu en 1913 par Pierre de Coubertin, il fut présenté officiellement au congrès olympique de Paris en juin 1914. Mais c’est seulement en 1920 aux Jeux d’Anvers qu’on le voit flotter pour la première fois. Le baron Pierre de Coubertin expliquait lui-même : Champions et médaillés. Les équipes ou athlètes qui se classent en première, deuxième ou troisième place dans chaque épreuve reçoivent des médailles. Les vainqueurs de l'épreuve reçoivent des médailles d'or, qui étaient en or massif jusqu'en 1912, puis en argent doré et maintenant en argent plaqué or. Chaque médaille d'or doit toutefois contenir au moins six grammes d'or pur. Les finalistes recevront des médailles d'argent et pour la troisième place les athlètes sont récompensés par une médaille de bronze. Dans les épreuves contestées par un tournoi à élimination directe (comme la boxe), la troisième place ne pourrait être déterminée et les deux perdants des demi-finales reçoivent des médailles de bronze. Aux Jeux olympiques de 1896, seulement les deux premiers ont reçu une médaille, l'argent pour le premier et le cuivre pour le deuxième. Le format actuel de trois médailles a été introduit aux Jeux olympiques de 1904. Depuis 1948, les athlètes classés quatrièmes, cinquièmes et sixièmes ont reçu des certificats dont le nom est aujourd'hui diplôme olympique. En 1984, le diplôme est élargi aux septième et huitième places. Lors des Jeux de 1896 à Athènes, les médaillés ont reçu des diplômes ainsi qu’un rameau d’olivier pour les premiers et une branche de lauriers pour les deuxièmes. Lors des Jeux suivants ayant lieu à Athènes, en 2004, les athlètes médaillés recevaient également une couronne d'olivier en souvenir de ces premiers Jeux. Le CIO ne tient pas de statistiques pour les médailles remportées, mais les comités nationaux olympiques et les médias tiennent des statistiques concernant les médailles et les records pour mesurer les succès des différentes nations participantes. Enjeux économiques et médiatiques. Au départ, le CIO trouvait ses fonds grâce à des sociétés partenaires. C’est lorsque Avery Brundage partit en retraite en 1972 que le CIO commença à explorer le potentiel de la télévision et le marché lucratif de la publicité qui s’offraient à eux. Sous la présidence de Juan Antonio Samaranch, les Jeux commencèrent à s’intéresser aux sponsors internationaux qui cherchaient à associer leurs produits à la marque olympique. Budget. Dans la première moitié du , le CIO avait un petit budget. Président du CIO de 1952 à 1972, Avery Brundage rejeta toutes les tentatives de lier les Jeux aux intérêts commerciaux. Il pensait que le lobby des intérêts des sociétés influencerait les décisions du CIO. Lorsqu’il prit sa retraite, le CIO avait deux millions de dollars d’actifs. Huit ans plus tard, les coffres du CIO atteignirent de dollars. Ce fut d’abord dû au changement d’idéologie qui prôna l’expansion des Jeux grâce aux sponsors de sociétés et la vente des droits audiovisuels. Lorsque Juan Antonio Samaranch fut élu à la tête du CIO en 1980, il désirait rendre le CIO financièrement indépendant. Les Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles restent une étape clé dans l’histoire olympique. Le comité d’organisation de Los Angeles, dirigé par Peter Ueberroth réussit à engranger un surplus de de dollars, résultat sans précédent à l’époque. Le comité d’organisation réussit à créer un tel surplus en partie grâce à la vente des droits exclusifs des sponsors à certaines sociétés. Le CIO cherchait à avoir le contrôle de ces droits. Samaranch prit part à l’élaboration du programme olympique en 1985 afin de créer une marque olympique. Il créa en 1988 le programme TOP ("") : faire partie de ce programme olympique de sponsorship est très exclusif et onéreux. Les frais sont de de dollars pour quatre ans d’adhésion. Les membres du programme olympique reçoivent des droits de publicité exclusifs et l’utilisation du symbole olympique, les anneaux olympiques, dans leurs publications et leurs publicités. Actuellement, les revenus du CIO ont quatre sources : principalement les droits télévisés quatre milliards de dollars sur l'olympiade 2009-2012), le programme de sponsorship TOP un milliard de dollars sur la même période) et dans une moindre mesure la billetterie et les licences pour l'exploitation des produits dérivés. Le CIO garde 10 % de ces revenus et en redistribue 90 % aux comités nationaux olympiques, fédérations sportives internationales et au Comité d'Organisation des Jeux Olympiques (COJO) du pays hôte. Effets de la télévision. Les Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin furent les premiers Jeux à passer à la télévision bien que localement. Les Jeux olympiques d'été de 1956 furent les premiers Jeux à être diffusés internationalement et les Jeux d’hiver suivants virent leurs droits audiovisuels vendus pour la première fois. CBS déboursa pour avoir les droits américains et l’Union européenne de radio-télévision . Les Jeux olympiques d'été de 1964 de Tokyo sont les premiers JO diffusés en direct, grâce notamment au satellite. Durant les décennies suivantes, les Jeux devinrent l’un des terrains idéologiques de la guerre froide. Les grandes puissances manœuvrèrent pour prendre le pouvoir politique et le CIO décida de prendre l’avantage de cet intérêt grâce aux médias. La vente des droits audiovisuels permit au CIO de bien plus exposer au Monde les Jeux olympiques, et ainsi leur donner plus d’intérêt, ce qui eut pour conséquence d’attirer les sponsors qui achetèrent des plages publicitaires. Cela permit au CIO d’augmenter les tarifs de ces droits. Par exemple, CBS déboursa de dollars pour les droits de retransmission des Jeux olympiques d'hiver de 1998 à Nagano, tandis que NBC dépensa pour les droits de retransmission pour tous les Jeux olympiques de 2000 à 2008. Le nombre de téléspectateurs a beaucoup augmenté depuis les années 1960, notamment grâce à l’utilisation de satellite en 1964 et l’apparition de la télévision couleur en 1968. Les coûts pour retransmettre les Jeux étant très élevés, la pression d’internet, plus une concurrence rude au niveau du câble, le lobby de la télévision exigea que le CIO stimule les cotes. À la suite de cela, le CIO fit certains changements dans le programme olympique. Pour les Jeux d’été, les épreuves de gymnastique passèrent de sept à neuf soirées et un gala en fin de compétition fut ajouté. Les programmes de natation et plongeon furent aussi développés. Enfin, le lobby de la télévision américaine réussit à imposer la date de certaines épreuves pour qu’elles soient diffusées en première partie de soirée aux États-Unis. Controverse. La vente de la marque olympique prête à des controverses. Le débat tourne autour du fait que les Jeux ne se distinguent plus des autres compétitions sportives commercialisées. Certaines critiques furent lancées contre le CIO à cause de la saturation du marché pendant les Jeux de 1996 à Atlanta et 2000 à Sydney. Les deux villes étaient envahies par des sociétés et des marchands qui tentaient de vendre des marchandises en rapport avec les Jeux. Une autre critique vient du fait que les Jeux sont financés par la ville organisatrice et le pays. Le CIO ne prend rien en charge et pourtant il contrôle tout et tire profit des symboles olympiques. Le CIO prend aussi un pourcentage de tous les bénéfices des sponsors et des émissions. Les villes organisatrices continuent à rivaliser pour accueillir les Jeux, même si elles ne sont pas sûres de récupérer leurs investissements financiers. La politique de redistribution du CIO soulève également des critiques : depuis les Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles, le comité olympique américain reçoit à lui seul autant que les 201 autres comités nationaux. Cette redistribution s'explique par la prédominance historique des sponsors américains (Coca-Cola, Dow Chemical, Procter & Gamble, General Electric, McDonald's, VISA). Un nouveau contrat signé en 2012, s'appliquant de 2021 à 2040, prévoit que le comité olympique américain ne percevra plus que 7 % des droits télévisés (contre 12,5 % actuellement) et 10 % des revenus de sponsoring (contre 20 %). Une autre critique majeure concerne le gigantisme des infrastructures construites dans l'optique des Jeux par les villes-hôtes. Le cas des Jeux d'Athènes en 2004 et de ceux de Rio en 2016 ont mis en lumière la difficulté pour des pays faisant face à des difficultés économiques de gérer sur le long terme et de trouver une réaffectation à une telle quantité de sites. Le souhait des organisateurs des Jeux olympiques de 2024 à Paris est d'éviter que cela ne se reproduise grâce à un nombre important d'installations olympiques existant déjà. Utilisation de drogues améliorant la performance. Au début du , de nombreux athlètes olympiques ont commencé à utiliser des drogues pour améliorer et augmenter leurs capacités athlétiques. En 1967, le CIO a interdit l'utilisation de drogues améliorant la performance dans la compétition olympique. Lors des Jeux olympiques d'été de 1968 ; le CIO officialise les contrôles antidopage et oblige les femmes à se soumettre à des tests de féminité. En 1989, le CIO met en place les contrôles inopinés. Le premier athlète olympique contrôlé positif pour utilisation de drogues améliorant la performance est Hans-Gunnar Liljenwall, un athlète suédois pratiquant le Pentathlon moderne. Lors des Jeux olympiques d'été de 1968, il perd sa médaille de bronze pour consommation d'alcool. Il est le seul athlète à être contrôlé positif pour une substance interdite aux Jeux olympiques de 1968. Olympisme et politique. Malgré les vœux de Coubertin, les deux Guerres mondiales empêchèrent la tenue du rendez-vous olympique. Les Jeux de 1916 furent ainsi annulés pendant la Première Guerre mondiale, et ceux de 1940 et 1944 pendant la Seconde. La politique s'empare parfois du symbole olympique. D'abord opposé à la tenue des Jeux olympiques en Allemagne, Adolf Hitler utilise cette manifestation à des fins de propagande. C'est également le cas à Moscou en 1980. L'Union soviétique entra pourtant tardivement au sein du mouvement olympique. C'est en 1952 que l'URSS reprendra les compétitions sportives internationales en participant aux Jeux olympiques d'été à Helsinki. Au fil des années, ces Jeux connaîtront un nouvel engouement pour le monde entier car on assistera à une guerre des médailles entre les États-Unis et l'URSS. En 1956, les Jeux de Melbourne sont boycottés par les Pays-Bas, l'Espagne et la Suisse qui manifestent ainsi leur désaccord avec la répression soviétique de l'époque en Hongrie. Lors de ces mêmes Jeux, l'Italie, l'Égypte, l'Irak et le Liban furent absents en raison de la crise de Suez. En 1968, 1972 et 1976, de nombreux pays africains boycottent les Jeux afin de protester contre le régime d'apartheid sud-africain. L'exclusion de la Nouvelle-Zélande est également réclamée, car son équipe de rugby s'était rendue en Afrique du Sud pour y jouer des matches. À Montréal, 21 pays africains et le Guyana manquent à l'appel. Précisons que le Président Senghor (alors Président d'honneur de la Fédération Mondiale des Cités Unies) avait célébré le jumelage symbolique du village olympique avec toutes les villes du monde pour en faire un village de paix et de fraternité, quatre ans après l'assassinat des athlètes Israéliens dans le village olympique de Munich. Il avait souhaité que la politique soit exclue des JO, c'est pourquoi le Sénégal et la Côte d'Ivoire sont restés et ont participé aux JO de Montréal. C'est aussi lors de ces Jeux que pour la première fois des athlètes ont été reçus chez l'habitant et que le soir, ils étaient célébrés par les municipalités du Québec - fait unique dans l'histoire des jeux olympiques. En 1972, lors des Jeux de Munich, un commando de terroristes palestiniens prit en otage onze membres de la délégation israélienne dans le village olympique et les assassina. Depuis ce crime, les polices des pays occidentaux comprennent des sections antiterroristes très pointues. De plus, la sécurité est renforcée autour des grands événements comme les Jeux olympiques. Le village olympique est parfois comparé à un bunker. En 1980, les États-Unis et 64 autres délégations boycottent les Jeux de Moscou en raison de l'intervention soviétique en Afghanistan. La France ou encore le Royaume-Uni ne se sont pas solidarisés avec ce mouvement et se rendent à Moscou avec quatorze autres nations occidentales. Le Comité olympique américain (USOC) tente de passer outre l'ordre de boycott donné par la Maison Blanche. Il faut que le président américain Carter menace les athlètes d'interdiction de sortie de territoire pour faire plier l'USOC. En réplique à ce boycott, l'URSS et quatorze de ses pays satellites boycottent les Jeux de Los Angeles quatre ans plus tard sous prétexte que la sécurité des délégations n'était pas garantie et à cause de l'installation de fusées Pershing américaines en Europe de l’Ouest. Cependant, la Roumanie se distingue du bloc de l'Est en se rendant à Los Angeles. En 1988, Cuba, l'Éthiopie et le Nicaragua boycottent les Jeux de Séoul pour protester contre la mise à l'écart de la Corée du Nord dans l'organisation des Jeux. En 1996, lors des Jeux olympiques d'Atlanta, une bombe explose sur la place principale de la ville, tuant deux personnes et en blessant cent onze. Avant 2008, un mouvement de protestation, mené par Reporters sans frontières, tente de convaincre le plus de pays possible de boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin en 2008 pour protester contre le bafouement des droits de l'homme en république populaire de Chine. Ce mouvement de protestation se manifeste particulièrement durant le passage de la flamme olympique autour du monde et notamment à Paris.
Jeux olympiques de 1900 Les Jeux olympiques de 1900, officiellement nommés Jeux de la olympiade, sont la deuxième édition des Jeux olympiques modernes. Ils ont lieu à Paris en France du 14 mai au dans le cadre de l'Exposition universelle. La décision d'organiser les Jeux de 1900 à Paris est prise lors du congrès olympique qui a lieu en 1894. Une concurrence se développe après les Jeux de 1896 entre d'un côté Pierre de Coubertin, président du Comité international olympique (CIO), qui veut organiser les Jeux de la olympiade à Paris mais qui ne réussit pas à mettre en route son projet, et de l'autre Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition universelle, qui veut organiser des « concours internationaux d'exercices physiques et de sports ». L'instance dirigeant alors le sport en France, l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), penche finalement en pour les concours de l'Exposition plutôt que pour les Jeux de Coubertin. Ce dernier est alors obligé au printemps 1899 d'accepter le compromis que suggère l'USFSA : Ces concours ne sont pas appelés « Jeux olympiques » dans les documents officiels ni sur les affiches de promotion. Ainsi, de nombreux athlètes ignoreront, pour certains jusqu'à leur mort, qu'ils ont disputé des Jeux olympiques. Les concours sportifs attirent mais selon le CIO, 997 athlètes venant de dont s'affrontent dans les épreuves qu'il considère comme olympiques. Les femmes sont présentes aux Jeux olympiques pour la première fois ; la joueuse de tennis britannique Charlotte Cooper est la première championne olympique dans une épreuve individuelle. Le CIO reconnaît 95 épreuves sur un total estimé de 477. Parmi les compétitions reconnues, trois sports (la pelote basque, le cricket et le croquet) et plusieurs épreuves (par exemple le saut en longueur à cheval et la natation avec obstacles) font leur seule apparition de l'histoire au programme olympique. Les compétitions non reconnues incluent des disciplines telles que les concours de ballons, la pêche à la ligne et le tir au canon, ainsi que des épreuves professionnelles, réservées aux Français ou avec handicap et des concours scolaires. Vainqueur du , du haies, du haies et du saut en longueur, l'athlète américain Alvin Kraenzlein remporte le plus d'épreuves reconnues comme olympiques. Après les Jeux de 2020, il est toujours le seul à avoir obtenu quatre titres olympiques individuels en athlétisme la même année. Il devance le tireur suisse Konrad Stäheli (trois titres et une troisième place) et l'athlète américain Ray Ewry qui gagne trois épreuves de sauts sans élan, alors qu'il a perdu l'usage de ses jambes entre 12 et à cause de la poliomyélite. Un Parisien âgé de 7 à est appelé en renfort comme barreur pour le duo néerlandais qui remporte une épreuve d'aviron. On n'a jamais retrouvé le nom du garçon qui est vraisemblablement le plus jeune champion olympique de l'histoire. La France, pays dont provient plus de la moitié des athlètes, domine le tableau des médailles établi "a posteriori" avec 102 médailles dont 27 en or. Elle devance les États-Unis (47 médailles dont 19 en or) et la Grande-Bretagne (30 dont 15 en or). Contexte. Rénovation des Jeux. À l'instigation du baron Pierre de Coubertin, le Congrès olympique est organisé du 16 au dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, à Paris, par l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques. Les deux principaux objets sont l'étude des principes de l'amateurisme et le rétablissement des Jeux olympiques. Coubertin a prévu que les premiers Jeux olympiques modernes auraient lieu à Paris en 1900, en même temps que l'Exposition universelle, mais les délégués estiment que six ans seraient une trop longue attente. Des Jeux sont donc prévus en 1896. Sur proposition du représentant de la Grèce Dimítrios Vikélas, la compétition est organisée à Athènes. Cela figure au point XIII de la déclaration sur la réglementation de l'amateurisme et le rétablissement des Jeux olympiques selon lequel le congrès décide . À la fin des Jeux de 1896, en tant que nation à l'origine des Jeux, la Grèce revendique le droit d'organiser les épreuves olympiques tous les quatre ans. Notamment soutenu par les athlètes américains et l'athlète et écrivain britannique George Stuart Robertson, le roi Georges demande au CIO présidé par Pierre de Coubertin qu'Athènes soit la ville hôte permanente des Jeux. Coubertin réussit à convaincre ses collègues du CIO de ne pas soutenir cette proposition. Dans une lettre ouverte adressée au roi, il remercie les Grecs pour l'énergie et l'enthousiasme avec lesquels ils ont organisé la compétition d'Athènes mais confirme que les Jeux suivants auront lieu à Paris en 1900. Les Grecs considèrent ensuite que le baron est . Cependant, la famille royale réalise ensuite que son projet serait impossible à réaliser pour des raisons financières. La défaite face à l'Empire ottoman en 1897 réduit encore la possibilité de Jeux à Athènes en 1900. Deux projets concurrents. Certains dirigeants de la Troisième république estiment que la défaite lors de la guerre franco-allemande de 1870 est liée à la mauvaise condition physique des jeunes Français et l'éducation physique devient obligatoire à l'école primaire en 1882. Le commissaire général de l'Exposition universelle de 1900, Alfred Picard, propose d'y organiser des concours internationaux d'exercices physiques. Il reçoit l'accord du gouvernement pour inclure ces concours sportifs dans le programme de l'Exposition en . L'objectif est d'organiser des compétitions ouvertes au plus grand nombre pour promouvoir la pratique des exercices physiques dans le pays. En , Pierre de Coubertin rencontre Alfred Picard et lui annonce qu'il va proposer en juin de rétablir les Jeux olympiques et d'organiser la première édition à Paris. Il lui propose également de mettre en place une exposition consacrée à l'histoire des sports : Picard ne donne pas de suite à cet entretien. Il crée la commission préparatoire aux Concours internationaux qui se réunit pour la première fois le . Coubertin, qui a organisé les concours scolaires de l'Exposition de 1889, en a été nommé membre mais il ne participe pas aux réunions car il se trouve en Grèce pour préparer les Jeux de 1896. La commission établit un plan général des concours qu'elle publie en . Selon ses mémoires, Coubertin a et s'est . En , après la parution de la classification générale de l'Exposition, il écrit une lettre au ministre du Commerce pour exprimer son inquiétude quant à la place du sport au sein de l’événement et Picard répond que . Coubertin estime que le projet de Picard . Il met donc en place un comité d'organisation pour les Jeux olympiques composé notamment d'aristocrates et connu sous le nom de son président, le vicomte de La Rochefoucauld. L'intention de Coubertin est la suivante : . Le comité annonce à la presse en qu'il s'est formé . Coubertin obtient des promesses de soutien à Paris pour l'organisation et de participations d'athlètes étrangers. Le programme établi par son comité est basé sur celui des Jeux de 1896, avec l'addition de la boxe, du polo et du tir à l'arc et la suppression du tir. Publié en , il est jugé par Picard. En novembre, l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), dont Coubertin est le secrétaire général en titre, décide de ne pas soutenir le comité La Rochefoucauld qui mais de se tenir à disposition de l'Exposition universelle pour contribuer à l'organisation de ses concours sportifs. En , les Concours internationaux physiques et de sports sont annoncés dans le "Journal officiel" avec une trentaine de disciplines qui seront disputées pour la plupart dans le bois de Vincennes et l'organisation des jeux athlétiques est attribuée à l'USFSA. Daniel Mérillon, ancien député et président de l'Union française des sociétés de tir, est nommé délégué général pour les concours sportifs de l'Exposition universelle en . Coubertin tente de collaborer avec lui pour organiser les Jeux olympiques mais Picard, qui les qualifie d', s'y oppose fermement. Avec ces difficultés et à la suite de , le vicomte de La Rochefoucauld et les autres membres du comité annoncent leur démission. Isolé, Coubertin est obligé au printemps 1899 d'accepter le compromis que suggère l'USFSA : Malgré une organisation qu'il considère comme insuffisante () et qui provoque l'inquiétude à l'étranger, Coubertin apporte ensuite son soutien aux concours de l'Exposition en tant que président du CIO : il écrit des articles dans les journaux étrangers, envoie des circulaires à ses collègues du CIO et fait également la promotion des concours lors d'un voyage en Europe du Nord. Alors qu'il souhaitait profiter de l'organisation simultanée de l'Exposition universelle et des Jeux olympiques pour augmenter l'impact de ces derniers, Coubertin doit finalement reconnaître des concours sportifs étalés sur cinq mois, ouverts aux professionnels et aux femmes, mais qui sont éclipsés par l'Exposition et qui ne sont pas nommés « Jeux olympiques » ni dans les documents officiels ni sur les affiches de promotion. Organisation. Comité d'organisation. Daniel Mérillon, ancien député et président de l'Union française des sociétés de tir, est nommé délégué général aux Concours d'exercices physiques et de sports. Il est assisté de cinq délégués adjoints. Les concours sportifs sont organisés par une commission supérieure d'une trentaine de membres présidée par Octave Gréard et par douze comités comptant au total environ chargés d'établir le programme des épreuves faisant partie de leurs sections respectives. Environ des jurys dont sont également nommés. L'organisation des épreuves est déléguée par contrats aux fédérations sportives des sports concernés. Pierre de Coubertin, président du CIO, fait partie des vice-présidents de la section « Jeux athlétiques ». Les buts des concours sportifs sont notamment d' et de . En plus de leur rôle dans l'éducation et la promotion du sport, le commissaire général de l'Exposition Alfred Picard souhaite donner un caractère scientifique aux concours sportifs. Il demande donc la création du comité d'hygiène et de physiologie, dirigé par le médecin Étienne-Jules Marey et composé d'une cinquantaine de chercheurs. Constituant la section XIII du programme général, ce comité a notamment pour objectif de déterminer les effets des différents sports sur le corps, observer leurs mécanismes et découvrir les raisons des performances exceptionnelles des meilleurs athlètes. Aspects économiques. Les dépenses des différents comités d'organisation pour les concours sportifs s'élèvent à dont pour les prix distribués aux participants. Sur cette somme, sont des subventions de l'Exposition universelle. Les recettes provenant des billets d'entrée revenant à l'Exposition sont très inférieures aux prévisions : elles sont de . Les autres frais pris en charge par l'Exposition s'élèvent à (dont pour la construction du vélodrome et pour le parc d'aérostation). Les dépenses de l'Exposition pour l'organisation des concours sportifs atteignent donc environ . En ajoutant les que la ville de Paris a payé pour le vélodrome aux dépenses des comités d'organisation et de l'Exposition, les concours sportifs coûtent environ de francs au total. Les attribués aux comités d'organisation des concours sportifs représentent environ 1 % du budget global de l'Exposition universelle. Cette somme est équivalente à environ d'euros de 2006. Promotion. Aucune affiche n'est conçue pour promouvoir l'ensemble des concours sportifs de l'Exposition universelle mais des affiches sont créées pour les différents sports. Elles ne font cependant pas référence aux Jeux olympiques, qui sont presque inconnus du public en 1900. Une affiche qui annonce les concours d'escrime, dessinée par Jean de Paleologu, est retenue "a posteriori" comme l'affiche officielle des Jeux de 1900. Elle représente une escrimeuse alors qu'aucune femme ne participe aux concours d'escrime. Il existe d'autres affiches pour l'athlétisme, l'aviron et la gymnastique. Le terme « olympique » n'apparaît pas non plus dans les documents officiels. Les compétitions sont regroupées sous le nom « Concours internationaux physiques et de sports ». Beaucoup d'athlètes ne savent pas que les épreuves auxquelles ils participent font partie des Jeux olympiques. Le , "La Vie au grand air" annonce dans un numéro de 30 pages le programme complet des concours sportifs de l'Exposition et indique les moyens de transport disponibles pour se rendre sur les sites des compétitions depuis Paris. Le magazine publie ensuite régulièrement des résumés et des photographies des épreuves. Participants. Sportifs. Les concours sportifs de l'Exposition universelle attirent au total dont . Cependant, en listant les épreuves qu'il considère comme olympiques dans son livre "", l'historien américain Bill Mallon recense connus sur un total estimé de (dont ). Sur ces connus, 743 sont français. Selon le Comité international olympique, 997 athlètes (dont ) participent aux Jeux olympiques de 1900. Cela représente une forte augmentation par rapport aux Jeux olympiques de 1896 qui comptent d'après les chiffres du CIO. Selon les décisions prises lors du congrès olympique, les participants aux Jeux olympiques sont amateurs à l'exception des escrimeurs. Participation des femmes. Les femmes participent pour la première fois aux Jeux olympiques en 1900. Des épreuves féminines de golf et de tennis sont organisées et quelques femmes participent à des épreuves mixtes en voile, en croquet et en équitation. La comtesse Hélène de Pourtalès, qui a les nationalités suisse et américaine, remporte une course de voile avec son mari Hermann le . Le Comité international olympique ainsi que plusieurs historiens la considèrent comme la première participante aux Jeux et la première championne olympique de l'histoire. Bill Mallon, en s'appuyant sur les recherches de Ian Buchanan, relève cependant que sa participation n'est pas bien documentée et qu'elle n'est peut-être que propriétaire du bateau sans prendre part à la course du . Dans un article écrit en 1995, Mallon considère que Jeanne Filleul-Brohy et Marie Ohier, qui participent aux épreuves de croquet à partir du , sont les premières participantes olympiques auxquelles il faut rajouter , une participante aux mêmes épreuves de croquet, qui a été identifiée comme femme par les historiens des Jeux olympiques après la diffusion de cet article. C'est donc Charlotte Cooper, vainqueur du tournoi féminin de tennis en juillet, qui serait la première championne olympique. Cooper est dans tous les cas la première championne olympique dans une épreuve individuelle. Pierre de Coubertin n'est pas favorable à l'arrivée des femmes aux Jeux olympiques. En 1928, il écrit : Le développement du sport féminin fait également réagir d'autres personnalités : le poète Sully Prudhomme écrit qu'il a et l'écrivain Émile Zola se dit . Pays participants. Sans en donner la liste, le Comité international olympique indique que 24 nations ont pris part aux Jeux olympiques de 1900. Bill Mallon compte participants aux épreuves olympiques alors qu'André Drevon, auteur du livre "Les Jeux olympiques oubliés : Paris 1900", liste ayant pris part aux concours sportifs de l'Exposition universelle. Selon le CIO, les athlètes des Jeux olympiques de 1896 venaient de différents. Les recensés par Bill Mallon sont les suivants (le nombre indiqué entre parenthèses correspond au nombre d'athlètes engagés connus pour chaque pays) : Les deux pays supplémentaires indiqués par André Drevon sont le Portugal (participant aux épreuves de sauvetage qui ne sont pas reconnues comme olympiques par Mallon) et la Nouvelle-Zélande (présente aux épreuves de natation selon Drevon mais pas d'après Mallon). Des athlètes de deux autres pays participent aux épreuves olympiques en 1900. Adolphe Klingelhoeffer, né en France, représente ce pays lors des épreuves d'athlétisme mais il est de nationalité brésilienne au moment des Jeux. Francisco Henríquez de Zubiría, également né en France mais détenteur de la nationalité colombienne en 1900, fait partie de l'équipe française de tir à la corde. Des sportifs venant de nations n'ayant pas encore leur indépendance en 1900 représentent un autre pays : des gymnastes algériens concourent pour France, des Irlandais font partie des équipes britanniques dans plusieurs sports et l'escrimeur croate Milan Neralić représente l'Autriche. Programme. Les compétitions sont réparties pendant la durée de l'Exposition sur la période allant du au . Le programme suivant, qualifié de , est adopté par la commission supérieure des exercices physiques et des sports lors de sa séance du : Plusieurs compétitions proposées dans la section I sont écartées : le patinage peu pratiqué à Paris, l'haltérophilie , la marche qui et la boxe, la canne et la lutte à cause de leur dangerosité et leur . Quatre concours ne sont pas organisés faute de participants : le hockey, la crosse, la balle au tamis et la courte paume. Le tournoi de baseball n'a pas lieu non plus mais un match est joué entre deux équipes américaines. Il est mentionné dans le rapport de la délégation américaine mais pas dans le rapport des concours sportifs de l'Exposition. Selon André Drevon, environ 477 épreuves sont disputées au total dans 34 disciplines dont trois réservées aux Français (concours scolaires, exercices militaires et tir au canon). Sept autres disciplines ne réunissent que des concurrents français et certaines épreuves des disciplines restantes sont réservées au Français. Le Comité international olympique indique 95 épreuves mais la liste des résultats olympiques disponible sur son site indique 85 épreuves pour un total de 89 podiums (deux finales pour le quatre avec barreur en aviron, deux courses pour trois catégories en voile). Le CIO n'a en fait jamais pris de décision formelle pour déterminer lesquelles des épreuves de 1900 il reconnaît comme olympiques. Dans son livre "", Bill Mallon a donc listé les épreuves qu'il considère comme olympiques en utilisant cinq critères : les épreuves doivent être internationales, sans handicap, ouvertes à tout le monde (sans limite d'âge ni réservées aux débutants par exemple), sans véhicule motorisé et réservées aux amateurs (à l'exception de l'escrime). En appliquant ces critères, il retient 89 épreuves pour un total de 95 podiums (deux finales pour le quatre avec barreur en aviron, deux courses pour cinq catégories en voile). Le CIO et Bill Mallon reconnaissent tous deux 19 sports et 20 disciplines, dont trois font leur seule apparition aux Jeux olympiques : la pelote basque, le cricket et le croquet. L'aviron, qui fait sa première apparition en tant que sport olympique lors de cette édition, fut le seul nouveau sport à avoir été présent depuis à chacune des éditions qui ont suivie jusqu'à nos jours. Récompenses. Des prix d'une valeur totale de sont remis aux participants des concours sportifs de l'Exposition. Des objets d'art sont généralement remis aux meilleurs sportifs amateurs et des prix en espèces aux professionnels. Des médailles et plaquettes sont également distribuées, notamment la plaquette des Sports en vermeil, en argent ou en bronze gravée par Frédéric de Vernon. Un côté de cette plaquette représente un athlète sur un podium brandissant une branche de laurier avec à l'arrière-plan l'acropole d'Athènes, et l'autre côté une déesse ailée tenant des branches de laurier avec à l'arrière-plan des monuments de l'Exposition universelle. Sites. Le centre-ville de Paris ne suffit pas pour accueillir la totalité de l'Exposition universelle. Un deuxième ensemble est donc prévu dans le bois de Vincennes, avec notamment les pavillons de l'Automobile et du Cycle et les sites des épreuves sportives. Il est desservi par la première ligne du métro de Paris qui ouvre en . La seule installation sportive déjà présente à cet endroit est un vieux vélodrome qui est choisi pour les concours de tir à l'arc. L'aménagement des sites nécessaires pour y accueillir tous les concours sportifs . Le projet est donc modifié et les compétitions sont réparties dans la région parisienne, et ailleurs en France pour le golf et la voile. De nombreuses épreuves ont tout de même lieu dans le bois de Vincennes. Le cyclisme étant un des sports les plus populaires à l'époque, un nouveau stade vélodrome d'une capacité de y est bâti pour un coût de répartis à parts égales entre l'Exposition et la ville de Paris qui cherchait à en construire un. Il accueille les compétitions de cyclisme, de gymnastique, de cricket, de football et de rugby. Les concours d'automobilisme, de tir au canon, de colombophilie, de sauvetage et de ballons sont également disputés au bois de Vincennes, notamment autour du lac Daumesnil. Les épreuves d'athlétisme ont lieu à la Croix-Catelan dans le bois de Boulogne, sur les terrains du Racing Club de France. Deux tribunes de sont installées autour des couloirs tracés à la chaux sur la pelouse. Pendant les épreuves de lancer, les athlètes sont gênés par les arbres qui bordent le site. Les matchs de tir à la corde, de polo et de croquet et le tir aux pigeons ont également lieu au bois de Boulogne. Quelques épreuves sont organisées au centre-ville de Paris : les concours hippiques ont lieu sur la place de Breteuil où un hippodrome provisoire est construit, les concours d'escrime sont répartis entre la salle des fêtes de l'Exposition au Champ-de-Mars et le jardin des Tuileries, la longue paume est disputée au jardin du Luxembourg et les concours militaires sur la place du Carrousel. Les sports nautiques sont répartis le long de la Seine : la pêche à la ligne sur l'Île aux Cygnes, l'aviron, la natation, le water-polo et le sauvetage sur l'eau entre Asnières et Courbevoie, les courses de bateaux à moteur à Argenteuil et la voile à Meulan. Pour les bateaux de plus de 10 tonneaux, les régates ont lieu en mer au large du Havre. Le tournoi de tennis a lieu sur les terrains de la Société de sports de l'île de Puteaux, et celui de pelote basque sur le terrain de la Société du Jeu de pelote à Neuilly-sur-Seine. Les concours de tir ont lieu au camp de Satory, à Versailles, sur un terrain mis à disposition par l'armée. Enfin, les tournois de golf sont organisés sur le terrain de Compiègne, dans l'Oise, car il n'y en a aucun plus proche de Paris. Les sites des compétitions qui se sont déroulées à Paris et dans sa proche banlieue sont indiqués sur la carte suivante. Cinq sites se trouvent en dehors de la carte : Argenteuil (courses de bateaux à moteur), Satory (tir), le golf de Compiègne, Meulan et Le Havre (voile). Déroulement. Les concours sportifs de l'Exposition universelle s'étendent du au . Aucune cérémonie d'ouverture ou de clôture n'est organisée pour les épreuves, mais les concours sportifs sont mentionnés par le ministre Alexandre Millerand lors de la cérémonie de clôture de l'Exposition. Épreuves. Athlétisme. Les épreuves d'athlétisme sont les seules qui sont promues en tant qu'épreuves olympiques à l'étranger. Appelées « Championnats du monde » dans le rapport officiel, elles ont lieu le juillet, le et le pour les professionnels et sur cinq journées entre le 14 et le pour les amateurs. Elles sont disputées à la Croix-Catelan dans le bois de Boulogne, sur les terrains du Racing Club de France. Les courses ont lieu sur une piste en herbe de parsemée de trous et de bosses. Le comité d'organisation estime que jusqu'à , dont beaucoup d'Américains, assistent aux épreuves. Au total, plus de 700 athlètes dont environ (la moitié sont américains) participent aux compétitions. Les amateurs disputent 24 épreuves sans handicap et 12 avec handicap et les professionnels s'affrontent dans dix épreuves (sept courses, le saut en hauteur et en longueur et le lancer du poids). En recensant les participants aux épreuves amateurs sans handicap, considérées comme olympiques, Bill Mallon en compte 115 venant de . Les compétitions amateurs sont largement dominées par les Américains. Alvin Kraenzlein, champion amateur des États-Unis dans trois épreuves en 1899 et détenteur du record du monde du saut en longueur, participe à huit épreuves en trois jours. Il remporte le en , avec un dixième d'avance sur son compatriote Walter Tewksbury. Lors des séries du haies, il bat le record du monde avec un temps de puis gagne la finale en devant ses compatriotes John McLean et Frederick Moloney. Il remporte également le haies devant Norman Pritchard (Inde britannique) et Walter Tewksbury. Kraenzlein est le seul à franchir facilement les haies ; il est considéré comme l'inventeur de la technique de franchissement moderne. Le , les qualifications du saut en longueur sont remportées par l'Américain Meyer Prinstein grâce à un saut de . La finale est prévue le dimanche et plusieurs universités américaines affiliées au méthodisme qui interdisent à leurs athlètes de concourir le dimanche demandent aux organisateurs de la déplacer. Après le refus des Français, les athlètes américains se mettent d'accord pour ne pas se présenter à la finale. Prinstein, qui est de confession juive, accepte également. Alvin Kraenzlein participe cependant à la finale et bat d'un centimètre le saut de Prinstein ; il obtient donc une quatrième victoire. Bien qu'il n'ait pas participé à la finale, les organisateurs attribuent la deuxième place à Prinstein qui se sent trahi par son compatriote. Le lendemain, Prinstein gagne l'épreuve du triple saut devant le champion olympique en titre James Connolly. Après les Jeux de 2016, Alvin Kraenzlein est toujours le seul sportif ayant remporté quatre titres individuels en athlétisme en une édition des Jeux. Le grand favori du est l'Américain Arthur Duffey qui a battu ses principaux rivaux Frank Jarvis et Walter Tewksbury lors d'une course organisée une semaine plus tôt. Bien qu'ils n'aient jamais couru sur une piste en herbe auparavant, Jarvis et Tewksbury égalent le record du monde qui est de pendant les séries alors que Duffey semble s'être économisé. Lors de la finale, Duffey a déjà une forte avance à mi-parcours mais, probablement victime d'une entorse, il s'effondre peu après et laisse Jarvis gagner devant Tewksbury alors que l'Australien Stan Rowley obtient la troisième place. Bien que les Américains ne soient pas habitués à participer à cette épreuve, Tewksbury remporte le haies devant le Français Henri Tauzin qui était invaincu jusque-là. Également deuxième du et troisième du haies, Tewksbury obtient sa cinquième médaille en gagnant le devant Norman Pritchard. Encouragé par les spectateurs français qui confondent son uniforme bleu et blanc de l'université Columbia avec celui du Racing Club de France, l'Américain Maxie Long remporte le alors que trois de ses compatriotes ne participent pas à la finale, qui a lieu un dimanche, pour des raisons religieuses. L'Américain Ray Ewry, victime de la poliomyélite, a perdu l'usage de ses jambes entre 12 et . À Paris, alors qu'il a , il remporte pourtant les trois premiers des huit titres olympiques de sa carrière. Il gagne d'abord l'épreuve du saut en hauteur sans élan en battant le record du monde grâce à un saut de , devant son compatriote Irving Baxter qui est en partie d'origine sioux. Il remporte ensuite le saut en longueur sans élan en franchissant , également devant Baxter. Enfin, il atteint lors du triple saut sans élan toujours devant Baxter. Après cette performance, le public parisien le surnomme « l'homme caoutchouc ». Le concours du saut à la perche a lieu dans la confusion : trois des meilleurs sauteurs américains ne veulent pas que l'épreuve ait lieu un dimanche. Deux d'entre eux, Charles Dvorak et Bascom Johnson, se présentent tout de même au concours mais ils repartent car on leur dit qu'il est reporté. Les officiels changent ensuite d'avis et l'épreuve a lieu sans eux mais en présence de Baxter, encore présent après avoir remporté le saut en hauteur. Baxter gagne le saut à la perche devant son compatriote Meredith Colket. Les Américains protestent et deux autres concours sont organisés mais les résultats finaux ne sont pas modifiés. Irving Baxter compte donc au total cinq médailles. Les Britanniques dominent les courses de demi-fond et de fond : Alfred Tysoe remporte le en alors que l'Américain David Hall, qui a couru en lors des qualifications, termine au troisième rang et Charles Bennett bat le record du monde en terminant le en devant le Français Henri Deloge et l'Américain John Bray. George Orton, paralysé jusqu'à l'âge de après être tombé d'un arbre, remporte le steeple après avoir terminé au troisième rang du haies. Il est le premier médaillé olympique canadien. Le Britannique Sidney Robinson et le Français Jean Chastanié qui ont mené la plupart de la course terminent deuxième et troisième. Le Britannique John Rimmer gagne le steeple devant ses compatriotes Charles Bennett et Sidney Robinson après avoir mené du début à la fin. Le par équipes, auquel les Américains ne participent pas car la course a lieu un dimanche, est remporté par les Britanniques devant les Français. L'Australien Stan Rowley, trois fois médaillé de bronze en sprint, participe avec les Britanniques à qui il manquait un athlète mais son résultat n'est pas pris en compte car seuls les quatre meilleurs temps de chaque équipe sont comptabilisés. Le Hongrois Rudolf Bauer remporte le lancer du disque devant le Bohémien František Janda-Suk et l'Américain Richard Sheldon. La zone d’atterrissage des disques se trouve entre deux rangées d'arbres, ce qui augmente la difficulté de l'épreuve. Lors du lancer du marteau, c'est un chêne situé dans la zone de lancement qui perturbe les athlètes. Détenteur du record du monde, l'Américain John Flanagan doit attendre son quatrième essai pour se placer au premier rang devant deux compatriotes. Les Américains réalisent également un triplé lors du lancer du poids. Le départ et l'arrivée du marathon se situent à la Croix-Catelan et le parcours, d'une longueur de , suit les fortifications de Paris ce qui lui vaut le surnom de . Les concurrents prennent le départ en milieu d'après-midi par une température de . À certains endroits, ils doivent trouver leur chemin parmi les automobiles, les cyclistes, les tramways, les carrioles des artisans, les passants et les troupeaux de moutons et de vaches conduits vers les abattoirs de la Villette. Les cinq concurrents français ont reconnu le parcours mais le Suédois Ernst Fast, qui fait partie des favoris, est mal aiguillé par un policier à la porte de Passy alors qu'il est en tête et prend du retard. Un autre des favoris, le Français Georges Touquet-Daunis, s'arrête dans un café après et annonce après quelques bières qu'il ne repartira pas à cause de la chaleur. Seuls sept des treize concurrents terminent la course. Le marathon est remporté en par le Luxembourgeois courant pour la France Michel Théato, devant le Français Émile Champion et Ernst Fast. Les Britanniques et les Américains accusent Théato d'avoir pris des raccourcis et d'avoir été escorté. Aviron. En aviron, une journée de régates populaires sur la Marne est d'abord organisée le pour les rameurs dits « de promenade ou indépendants ». Elle compte et réunit . Les compétitions ont ensuite lieu les samedi 25 et dimanche sur la Seine, dans le bassin d'Asnières-Courbevoie. Neuf épreuves sont au programme : une course à un rameur senior, les courses à deux, quatre et huit rameurs juniors et seniors, une course à quatre rameurs seniors secondaire et une course à quatre rameurs pour débutants. Les épreuves éliminatoires ont lieu le samedi et le dimanche matin et les finales, pour lesquelles la navigation sur la Seine est interrompue, le dimanche après-midi. La longueur du parcours est de . Pour les quatre épreuves seniors considérées comme des épreuves olympiques, Bill Mallon recense venant de huit pays. Les épreuves sont très populaires auprès du public. Le Français Hermann Barrelet remporte facilement la finale individuelle devant son compatriote André Gaudin et le Britannique Saint-George Ashe. Lors des séries de l'épreuve à deux avec barreur, les favoris néerlandais François Brandt et Roelof Klein sont surpris de terminer avec huit secondes de retard sur les Français Lucien Martinet et René Waleff. Cela s'explique par le fait que le barreur des Néerlandais, Hermanus Brockmann, est un adulte de alors que ceux des équipages français sont des enfants plus légers. Ils décident de faire de même et, lors de la finale, leur barreur est un enfant de qui n'a pas été engagé par les équipes françaises à cause de son poids trop élevé. Son âge est estimé entre 7 et . Les Néerlandais partent rapidement et, bien qu'ils se fassent rattraper vers la fin, remportent l'épreuve avec une avance de sur Martinet et Waleff. Le nom du garçon parisien n'a jamais été retrouvé mais il est vraisemblablement le plus jeune champion olympique de l'histoire. La finale de l'épreuve à quatre avec barreur doit réunir les vainqueurs des trois séries éliminatoires et le deuxième de la série 3 mais quand les officiels remarquent que les perdants des séries 2 et 3 ont des meilleurs temps que les premiers de la série 1, ils décident d'organiser une série supplémentaire. Elle est cependant annulée car les organisateurs n'arrivent pas à contacter tous les équipages et ils décident que la finale réunirait les trois vainqueurs et les trois perdants les plus rapides. Les vainqueurs des séries refusent d'y participer car le parcours est préparé pour seulement quatre bateaux. La finale est remportée par le Cercle de l'Aviron Roubaix devant l'Union Nautique de Lyon et l'équipage allemand Favorite Hammonia. Comme le résultat n'est pas satisfaisant, une deuxième finale est organisée pour les vainqueurs des séries. Le Germania Ruder Club la gagne devant Minerva Amsterdam et le club allemand Ludwigshafener Ruder Verein. Les deux finales sont considérées comme des finales olympiques. Le huit du Vesper Boat Club de Philadelphie, champion des États-Unis en 1900, est le seul équipage non-européen des compétitions d'aviron. Il remporte facilement sa course devant le Royal Club Nautique de Gand et Minerva Amsterdam. Cricket. Le cricket fait partie du programme des Jeux olympiques de 1896 mais l'épreuve est annulée à cause du manque de participants. En 1900, trois matchs sont prévus : France – Belgique, France – Pays-Bas et France – Grande-Bretagne. Seul le troisième a lieu car les Néerlandais ne trouvent pas suffisamment de joueurs et les Belges n'envoient pas d'équipe. Ce match, le seul de l'histoire du cricket aux Jeux olympiques, a lieu les 19 et au vélodrome de Vincennes. La Grande-Bretagne est représentée par les Devon & Somerset Wanderers et la France par douze joueurs sélectionnés parmi deux clubs membres de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques qui sont pour la plupart des Britanniques expatriés en France. C'est pour ce motif qu'en 2021 le CIO décernera finalement la médaille d'argent remportée par l'équipe de France à l'Équipe mixte. Ce sport peu populaire en France et décrit par "La Vie au grand air" comme attire très peu de spectateurs. Les scores sont les suivants : et pour la Grande-Bretagne ; 78 et 26 pour la France. Les Britanniques gagnent donc très largement avec une avance de 158 courses. Croquet. Les compétitions de croquet ont lieu les week-ends entre le et le sur la pelouse de Madrid dans le bois de Boulogne. Ce programme dissuade les joueurs provinciaux et étrangers de participer au concours ; une douzaine de Parisiens seulement (dont trois femmes) y prennent part. Un amateur anglais, probablement le seul spectateur payant, fait le déplacement depuis Nice pour assister à la première journée. C'est la seule apparition de ce sport aux Jeux olympiques mais le roque, une variante du croquet, fait partie du programme en 1904. Quatre épreuves sont disputées : le championnat simple à une boule par point, le championnat simple par camps (deux boules contre deux boules), le championnat double et le handicap simple à deux boules. Les trois premières sont considérées comme olympiques. L'épreuve à une boule se joue sur plusieurs tours à élimination ; elle est remportée par Gaston Aumoitte devant Georges Johin et Chrétien Waydelich. Chrétien Waydelich gagne le concours à deux boules devant Maurice Vignerot, vainqueur de l'épreuve avec handicap, et Jacques Sautereau. Seuls les noms des vainqueurs du championnat double sont connus : il s'agit des deux premiers de l'épreuve à une boule, Gaston Aumoitte et Georges Johin. Cyclisme. Les épreuves cyclistes, appelées « courses vélocipédiques », ont lieu dans le vélodrome de Vincennes entre le 9 et le . Les courses professionnelles de ce sport très populaire à l'époque comprennent le , le , le , le () et le Bol d'or couru sur . Maurice Garin, futur vainqueur du premier Tour de France en 1903, termine troisième du Bol d'or. Trois courses sont réservées aux amateurs et donc considérées comme olympiques : la vitesse individuelle, la course aux points et les . Selon Bill Mallon, 72 cyclistes (dont 59 Français) venant de six pays y prennent part. La vitesse se court en quatre tours de compétition sur une distance de . Le Français Albert Taillandier gagne la finale avec un temps de devant son compatriote Fernand Sanz et l'Américain John Henry Lake, deuxième lors des Championnats du monde de cyclisme sur piste 1900 qui ont eu lieu à Paris en août. La course aux points a une longueur de ; des points sont attribués aux trois premiers à chaque tour. L'Italien Enrico Brusoni gagne cinq des dix sprints et remporte la course en avec , devant l'Allemand Karl Duill et le Français Louis Trousselier ( chacun). Trousselier est notamment le futur vainqueur du Tour de France 1905. Louis Bastien, champion du monde sur et grand favori du , remporte facilement la course en . Il devance le Britannique Lloyd Hildebrand et Auguste Daumain. Escrime. Selon les règles décidées lors du Congrès olympique en 1894, l'escrime est la seule discipline olympique à laquelle les professionnels peuvent participer. Les sept épreuves organisées à Paris sont donc considérées comme olympiques : une épreuve amateur et une pour les professeurs dans chaque arme (fleuret, épée et sabre), et une finale à l'épée entre les meilleurs professeurs et amateurs. L'escrime est un des sports les plus populaires en France à l'époque et c'est la discipline olympique qui réunit le plus d'athlètes en 1900 : venant de . Les concours de fleuret ouvrent le programme des concours sportifs le . Ils sont disputés dans la salle des fêtes de l'Exposition sur le Champ-de-Mars. Lors du tournoi amateur, des séries permettent de qualifier 8 des 54 escrimeurs pour la finale lors de laquelle chacun d'entre eux affronte les sept autres. Le capitaine Émile Coste remporte la compétition avec six victoires, devant Henri Masson (cinq) et Marcel Boulenger (quatre). Pendant le tour final du tournoi des maîtres, Lucien Mérignac et Alphonse Kirchhoffer ont chacun six victoires ; ils disputent donc un match de barrage remporté par Mérignac. Jean-Baptiste Mimiague termine au troisième rang. Les concours d'épée ont lieu en plein air, sur la terrasse du Jeu de paume au jardin des Tuileries, ou dans des tentes les jours de pluie. Après les séries éliminatoires, les trois meilleurs de chacune des trois demi-finales disputent une poule finale. Ramón Fonst, un Cubain de 16 ans qui a grandi en France, la termine à égalité avec Louis Perrée (deux touches chacun). Après une touche invalidée par le jury de chaque côté, Fonst contre une attaque de Perrée et remporte le barrage. La troisième place revient à Léon Sée. Albert Ayat, le professeur de Fonst, remporte le concours des maîtres devant Gilbert Bougnol et Henri Laurent. Les quatre meilleurs amateurs et les quatre meilleurs maîtres s'affrontent ensuite dans une poule finale. Albert Ayat obtient la première place devant son élève Ramón Fonst et Léon Sée. Finalement, les concours au sabre ont lieu dans la salle des fêtes de l'Exposition. Vingt-trois escrimeurs dont treize étrangers prennent part au concours amateur. Le comte Georges de La Falaise remporte la compétition en gagnant six de ses sept matchs du tour final, devant Léon Thiébaut qui en gagne cinq. L'Autrichien Siegfried Flesch termine au troisième rang. Deux Italiens obtiennent les deux premières places du tournoi des maîtres : Antonio Conte, professeur à Paris, et Italo Santelli qui enseigne à Budapest. L'Autrichien Milan Neralić est troisième. Équitation. Les concours hippiques sont organisés du au par la Société hippique française sur la place de Breteuil à Paris. Cinq épreuves sont organisées : le saut d'obstacles, le saut en hauteur et le saut en longueur reconnus par le CIO ainsi que l'attelage à quatre chevaux et le prix international de selle, non reconnus par le CIO mais considérés comme olympiques par Bill Mallon et David Wallechinsky. Selon Mallon, 48 athlètes (dont une femme) venant de huit pays participent aux épreuves. La Grande-Bretagne n'est pas représentée car ses cavaliers sont impliqués dans la seconde guerre des Boers. L'épreuve de saut d'obstacles a lieu sur un parcours de composé de 22 obstacles dont un double saut, un triple saut et une rivière large de . Trois cavaliers effectuent un parcours sans faute et sont départagés au temps : l'officier de lancier belge Aimé Haegeman et son cheval Benton II remportent le concours, alors que le Belge Georges van der Poele et son cheval Windsor Squire sont deuxièmes et le lieutenant instructeur de cavalerie français Louis de Champsavin et sa jument Terpsichore troisièmes. Les épreuves du saut en longueur et du saut en hauteur apparaissent pour la première et la dernière fois aux Jeux olympiques. Le saut en longueur (ou saut en largeur) se fait par-dessus une rivière. L'officier belge Constant van Langhendonck et sa jument Extra Dry remportent le premier prix grâce à un saut de . Le comte italien Gian Giorgio Trissino et son cheval Oreste atteignent et le Français Camille de La Forgue de Bellegarde sur Tolla franchit tandis que les autres cavaliers ne dépassent pas . Lors du saut en hauteur, deux cavaliers franchissent la barre de et se partagent la première place : le Français Dominique Gardères et son cheval Canella et Gian Giorgio Trissino sur Oreste. Le Belge Georges van der Poele, qui franchit avec son cheval Ludlow, obtient la troisième place. Le prix international de selle, où les chevaux passent devant le jury à différentes allures et sont jugés sur leur apparence et leur démarche, est remporté par le prince Louis-Napoléon Murat et son pur-sang anglais Général. Le deuxième prix est attribué au comte Henry de Robien et à sa jument Ritournelle, alors que le marquis Robert de Montesquiou et son poney Grey Leg obtiennent le troisième prix. Le concours d'attelage consiste en une présentation de voitures attelées à quatre chevaux. Les premiers prix sont remis à trois équipages ayant un niveau très proche : dans l'ordre ceux du Belge Georges Nagelmackers et des Français Léon Thome et Jean de Neuflize. Football. Quatre matchs de football, sport appelé à l'époque « football association », sont prévus sur la pelouse du vélodrome de Vincennes : une équipe française doit affronter successivement une équipe suisse, une équipe belge, une équipe allemande et une équipe anglaise. Seuls deux matchs ont finalement lieu car les Suisses et les Allemands n'envoient pas d'équipe à Paris. L'Union des sociétés françaises de sports athlétiques choisit le Club français, champion de Paris, pour représenter la France. Elle affronte devant 500 spectateurs l'Upton Park Football Club qui représente la Grande-Bretagne. Les Britanniques remportent la partie par quatre buts à zéro, dont deux marqués par J. Nicholas avant sa sortie pour une entorse à la cheville. La Belgique est représentée par une sélection d'étudiants venant de différentes universités du pays et la plupart d'entre eux se rencontrent pour la première fois. Le Club français bat la sélection belge sur le score de 6-2 devant . Aucun classement concernant les matchs de football n'apparaît dans le rapport des concours sportifs de l'Exposition. Un podium olympique est cependant établi plus tard : l'équipe britannique est considérée comme championne devant le Club français et la sélection belge (qui compte également un joueur britannique). Golf. Les épreuves de golf sont organisées au golf de Compiègne dans l'Oise car il n'y a pas de terrain plus proche de Paris. Les spectateurs viennent pour la plupart de l'étranger. Trois épreuves sont au programme : le tournoi masculin d'amateurs (appelé « Grand prix de l'Exposition de 1900 »), le tournoi féminin (« Prix de la ville de Compiègne ») et le « Handicap d'amateurs » pour les hommes, non reconnu comme olympique. Le tournoi masculin a lieu le et réunit douze golfeurs. L'Américain Charles Sands, du club de Saint Andrews à Yonkers (New York), termine les deux manches en 167 coups et remporte la compétition. Il participe également à l'épreuve olympique de tennis. L'Écossais Walter Rutherford du club de Jedburgh est deuxième avec 168 coups et l'Anglais David Robertson membre du club de Troon prend la troisième place avec 175 coups. Le lendemain, le tournoi féminin réunit dix participantes. L'Américaine Margaret Abbott du club de Chicago gagne le concours en terminant le parcours de neuf trous en 47 coups. Elle est venue à Paris en 1899 avec sa mère Mary Abbott, qui termine septième du tournoi, pour étudier l'art. Plus tard, elle explique sa victoire par le fait que . Elle meurt en 1955 sans savoir qu'elle a remporté le tournoi olympique, ni qu'elle est la première championne olympique américaine de l'histoire. Elle restera la seule médaillée d'or de son sport jusqu'au retour du tournoi féminin de golf au programme olympique à Rio en 2016. Pauline Whittier, une Américaine de Boston qui étudie à Saint-Moritz en Suisse, est deuxième avec un score de 49 coups. La troisième place revient à Daria Pratt (53 coups), une Américaine membre du club de Dinard en Bretagne. Gymnastique. Au cœur de l'éducation sportive de la Troisième République, la gymnastique est, selon Jules Ferry, . Les concours sont disputés au vélodrome de Vincennes. La vingt-sixième fête fédérale de l'Union des sociétés de gymnastique de France réunit les 3 et . Un défilé des gymnastes a lieu le dans le vélodrome. Le Championnat international a lieu les 29 et et le concours de l'Association des sociétés de gymnastique de la Seine est organisé le . Le Championnat international compte dont 108 Français. Il se dispute sur 16 épreuves : la barre horizontale, les barres parallèles, les anneaux, le cheval d'arçon et l'exercice au sol (à chaque fois un exercice imposé et un exercice libre) ainsi que le saut de cheval, le saut en hauteur, le saut en longueur, le saut à la perche, la montée à la corde et le lever de pierre. Chaque épreuve peut rapporter , ce qui donne un maximum de . Le Français Gustave Sandras remporte le concours avec devant ses compatriotes Noël Bas (295) et Lucien Démanet (293). Après les Jeux de 2016, Sandras est toujours le seul Français champion olympique de gymnastique dans le concours général individuel. Natation. Les épreuves de natation sont organisées sur la Seine entre Courbevoie et Asnières. Elles attirent au total venus de dont . Parmi eux on compte suédois effectuant des démonstrations et 24 professionnels participant à la seule course qui leur est réservée, un . Les sept autres épreuves sont réservées aux amateurs et reconnues comme olympiques ; Bill Mallon y a recensé connus venant de . Des séries de six nageurs sont organisées et les chronométreurs et juges suivent les concurrents en utilisant des bateaux ou des barques. Jusqu'à assistent aux compétitions. Les concurrents du nage libre obtiennent des temps très rapides pour l'époque car ils nagent dans le sens du courant. L'épreuve est remportée par l'Australien Frederick Lane devant le Hongrois Zoltán von Halmay, qui utilise une nouvelle technique proche du crawl. Lors du par équipes, les participants parcourent la distance en même temps et des points sont attribués à chaque équipe selon le classement de ses cinq nageurs. Les Britanniques de l'Osborne Swimming Club, favoris, sont disqualifiés car ils arrivent en retard. L'équipe berlinoise remporte la compétition devant les Tritons lillois et les Pupilles de Neptune de Lille. Le Britannique John Arthur Jarvis, favori du nage libre, remporte facilement la course avec plus d'une minute d'avance sur l'Autrichien Otto Wahle et Zoltán von Halmay. Il gagne également le nage libre amateurs avec cette fois plus de dix minutes d'avance sur ses poursuivants. Zoltán von Halmay, deuxième, gagne sa troisième médaille et le Français Louis Martin obtient la troisième place. L'Allemand Ernst Hoppenberg remporte le dos devant l'Autrichien Karl Ruberl alors que le favori, le Britannique Robert Crawshaw, ne termine pas la course. Lors du avec obstacles, les nageurs doivent franchir une barre horizontale, passer par-dessus une rangée de bateaux et nager sous une autre rangée de bateaux. Le vainqueur du nage libre, Frederick Lane, traverse l'arrière des bateaux où le passage est plus facile qu'au milieu et s'impose avec une petite avance sur Otto Wahle. Lors de l'épreuve du parcours sous l'eau, les participants doivent plonger et nager le plus loin et le plus longtemps possible en restant sous la surface de l'eau. Deux points sont attribués pour chaque mètre parcouru en ligne droite et un point pour chaque seconde. Deux membres des Tritons de Lille, Charles Devendeville et André Six, obtiennent les premières places avec respectivement 188,4 et . Le Danois Peder Lykkeberg, qui termine au troisième rang, a parcouru une distance plus grande mais a reçu moins de points car son tracé n'était pas rectiligne. Trois de ces sept épreuves (le par équipes, la course d'obstacles et le parcours sous l'eau) font leur seule apparition aux Jeux olympiques. Pelote basque. Les concours de pelote basque, un réservé aux amateurs et un pour les professionnels, sont prévus sur le terrain de la Société du Jeu de pelote à Neuilly-sur-Seine. Une équipe française venant de Cambo (Basses-Pyrénées) et deux équipes madrilènes s'affrontent dans le tournoi professionnel qui attire jusqu'à mille spectateurs. Une équipe française et une équipe espagnole s'inscrivent au tournoi amateur, mais les Français se retirent avant la compétition. Le premier prix est tout de même remis à Francisco Villota, de Madrid, et José de Amézola, de Bilbao. Ils sont reconnus plus tard comme les premiers champions olympiques espagnols. Les Français, Maurice Durquetty et Etchegaray, sont considérés comme les médaillés d'argent. Polo. Les épreuves de polo sont disputées sur le terrain du Bagatelle Polo Club de Paris entre le et le . Plusieurs compétitions internationales sont organisées, les participants étant regroupés selon leur niveau. Cinq équipes participent au grand prix international de l'Exposition reconnu comme le tournoi olympique. Les Foxhunters Hurlingham battent le Compiègne Polo Club en quart de finale (10-0), le Bagatelle Polo Club de Paris en demi-finale (6-4) et le Polo Club Rugby en finale (3-1). L'équipe vainqueur est composée de joueurs britanniques et américains. Les joueurs du Polo Club Rugby, qui perd la finale après une victoire sur le score de 8-0 contre une équipe mexicaine en demi-finale, sont britanniques, américains et français. La troisième place est partagée entre le Bagatelle Polo Club de Paris (France et Grande-Bretagne) et l'équipe mexicaine. Rugby. Trois matchs de rugby à XV, appelé à l'époque « football rugby », sont prévus au vélodrome de Vincennes : France – Allemagne, Grande-Bretagne – Allemagne et France – Grande-Bretagne. La partie entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne n'a cependant pas lieu car les équipes ne peuvent pas rester à Paris pendant les quinze jours nécessaires. L'équipe de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, composée de joueurs venant de différents clubs du pays, représente la France. L'équipe allemande est celle du Fußballclub Frankfurt et les Moseley Wanderers représentent la Grande-Bretagne. Devant payants, la France bat l'Allemagne le sur le score de 27–17. Le journaliste Frantz Reichel joue notamment avec l'équipe française. Le match entre les Français et les Anglais, qui a lieu le , est la dernière compétition des Jeux olympiques de 1900. Il est joué devant dont . Les Anglais, qui arrivent à Paris le matin même après avoir joué à Birmingham la veille, perdent sur le score de 27-8. Selon le palmarès olympique, la France est médaillée d'or et les Anglais et les Allemands médaillés d'argent. Un joueur français d'origine haïtienne, Constantin Henriquez, est le premier participant noir connu aux Jeux olympiques. Tennis. Les tournois de tennis, appelé à l'époque « lawn-tennis », sont organisés sur les terrains de la société de sports de l'île de Puteaux fondée en 1886. Le lieu est défini cinq jours avant le début des compétitions quand les terrains du Cercle du bois de Boulogne choisis initialement sont jugés insuffisants. Quatre tournois amateurs, un tournoi professionnel et six tournois avec handicap ont lieu à partir du . Les joueurs britanniques remportent les quatre tournois amateurs sans handicap qui réunissent venus de quatre pays. Les frères Doherty sont les favoris du simple messieurs : Reginald a gagné Wimbledon de 1897 à 1900 alors que Lawrence fera de même de 1902 à 1906. Ils se retrouvent en demi-finale. Comme ils n'acceptent de s'affronter que lors des tournois majeurs, Reginald déclare forfait et laisse Lawrence accéder à la finale. Ce dernier y bat l'Irlandais Harold Mahony, qui avait battu en demi-finale le Britannique Arthur Norris. Les frères Doherty disputent ensemble le double messieurs. Après avoir éliminé Mahony et Norris en demi-finale, ils gagnent facilement la finale contre une paire composée de l'Américain Basil de Garmendia et du Français Max Decugis sur le score de 6-1, 6-1, 6-0. Lors des demi-finales du simple dames, la Britannique Charlotte Cooper qui a déjà remporté trois fois Wimbledon élimine la championne des États-Unis 1899 Marion Jones alors que Yvonne Prévost, considérée comme la meilleure joueuse française, bat la Bohémienne Hedwig Rosenbaum. Cooper remporte la finale contre Prévost sur le score de 6-1, 6-4 et devient la première femme championne olympique dans une épreuve individuelle. Reginald Doherty et Charlotte Cooper dominent le double mixte, gagnant la finale contre Harold Mahony et Hélène Prévost. Tir. Les épreuves de tir aux armes de guerre (pistolet et carabine) se disputent au camp militaire de Satory, à Versailles. L'Union des sociétés de tir de France y construit les infrastructures nécessaires sur un terrain prêté par l'armée. Le « concours international de tir et concours national » compte 38 épreuves réparties en 24 catégories numérotées (dont 19 ouvertes aux étrangers) et deux catégories supplémentaires. Le nombre de participants atteint , dont français et étrangers. Beaucoup participent à la cible populaire, une épreuve gratuite et ouverte à tous. L'objectif des concours est notamment de juger le niveau moyen des tireurs français. Le concours de ball-trap (tir au fusil de chasse sur pigeons d'argile ou fosse olympique) a lieu au stand de la Société du fusil de chasse de l'île Seguin à Billancourt ; il réunit pour le concours national et 51 pour le concours international. Le concours de tir aux pigeons vivants est organisé au bois de Boulogne par le Cercle du tir aux pigeons. Les inscrits abattent plus de . Neuf épreuves (dont le ball-trap mais pas le tir aux pigeons vivants) sont reconnues par le Comité international olympique ; les Suisses en remportent cinq et les Français trois. Bill Mallon compte olympiques venant de neuf pays différents. C'est la seule fois que certaines des épreuves olympiques de tir comptent également comme Championnats du monde. Trois épreuves de tir au pistolet apparaissent au palmarès olympique. Le tir à feu rapide (60 coups) est dominé par les Français : Maurice Larrouy, Léon Moreaux et Eugène Balme obtiennent les trois premières places. Au tir à (60 coups), le Suisse Karl Conrad Röderer gagne le premier prix grâce à ses sur 600 possibles. Il devance le Français Achille Paroche () et le Suisse Konrad Stäheli (). La Suisse remporte également le tir à par équipe : ses cinq tireurs obtiennent un total de sur . La France est deuxième avec et les Pays-Bas troisièmes avec . Cinq épreuves de tir à la carabine sont considérées comme olympiques. Lors de l'épreuve par équipes du tir à trois positions, les cinq participants de chaque équipe tirent 40 fois couché, 40 fois à genoux et 40 fois à genoux ce qui donne un total de possibles. La Suisse est première avec , devant la Norvège () et la France (). Le Suisse Emil Kellenberger remporte le tir trois positions devant le Danois Anders Peter Nielsen, qui a battu Kellenberger au tir couché mais moins bien réussi le tir debout. Le Norvégien Ole Østmo et le Belge Paul van Asbroeck obtiennent le troisième prix. Des classements pour chaque position sont établis à partir des mêmes résultats. Les scores du tir couché sont serrés : le Français Achille Paroche est premier avec sur 400 possibles alors qu'Anders Peter Nielsen est deuxième avec et le Norvégien Ole Østmo troisième avec . Déjà vainqueur des deux épreuves par équipe et troisième au tir du pistolet à , Konrad Stäheli remporte l'épreuve de tir à la carabine à genoux avec un total de . Emil Kellenberger et Anders Peter Nielsen, qui obtiennent , se partagent la deuxième place. Le Danois Lars Jørgen Madsen remporte le tir debout devant Ole Østmo et le Belge Charles Paumier du Verger. Lors du ball-trap, le Français Roger de Barbarin et le Belge René Guyot atteignent chacun 17 cibles sur 20. Ils disputent donc un barrage qui est remporté par Roger de Barbarin. Le Français Justinien Clary est troisième bien qu'il ait également obtenu . Tir à l'arc. Après une parade officielle qui permet à représentant les compagnies d'arc et d'arbalète de défiler dans Paris le , les épreuves de tir à l'arc ont lieu du au dans l'ancien vélodrome de Vincennes, situé à proximité du nouveau. Cet emplacement a le désavantage d'être exposé au vent. Les concours réunissent dont venus de Belgique et des Pays-Bas. Cependant, seuls 17 d'entre eux sont connus (treize Français et quatre Belges). À l'exception du Championnat du monde qui n'oppose que deux tireurs, le Comité international olympique reconnaît les six épreuves auxquelles des étrangers ont participé, ce qui exclut le Championnat de France, le Championnat des sociétés et le tir à l'arbalète. Les médaillés du tir au chapelet et du tir au cordon doré à sont identiques : le Belge Hubert Van Innis devance les Français Victor Thibault et Frédéric Petit. Le podium du tir au chapelet à dominé par Eugène Mougin est entièrement français, alors que lors du tir au cordon à le Français Henri Hérouin devance Hubert Van Innis et le Français Émile Fisseux. Le concours du tir à la perche, épreuve populaire dans le Nord de la France et en Belgique, consiste à viser des cibles situées au sommet d'un mat. Deux épreuves de ce type sont disputées : le Belge Emmanuel Foulon remporte le concours à la herse et le Français Émile Grumiaux le concours à la pyramide. Finalement, le Championnat du monde oppose les deux meilleurs archers du tir au chapelet et au cordon doré : au tir au berceau (à la cible), Henri Hérouin domine Hubert Van Innis. Cette épreuve considérée comme olympique par Bill Mallon n'est pas reconnue par le CIO. Tir à la corde. L'épreuve de tir à la corde (ou lutte à la corde) est organisée avec les compétitions d'athlétisme à la Croix-Catelan. Deux équipes s'inscrivent : la France, représentée par le Racing Club de France, et les États-Unis. Cependant, les Américains déclarent forfait car trois membres de leur équipe participent au même moment au lancer du marteau. Ils sont remplacés par des athlètes suédois et danois qui décident au dernier moment de former une équipe commune. Les Scandinaves remportent assez facilement les deux manches. À la fin de la journée, les Américains affrontent les Scandinaves hors compétition. Après avoir remporté la première manche, les Américains sont en train de perdre la deuxième quand certains de leurs compatriotes se trouvant dans le public commencent à tirer la corde pour les aider. Les officiels interviennent ensuite pour éviter une bagarre entre les deux équipes. Voile. Deux sites différents sont utilisés pour les compétitions de voile. Les courses pour les bateaux de moins de 10 tonneaux, répartis en cinq catégories, ont lieu sur le plan d'eau du Cercle de la voile de Paris sur la Seine à Meulan. Les courses pour les voiliers plus gros, répartis en deux catégories, sont organisées par la Société des régates du Havre et ont lieu en mer. Les bateaux sont classés selon la jauge Godinet qui est en vigueur depuis 1892. D'après le décompte de Bill Mallon, 97 compétiteurs (dont une femme) sont connus : 75 Français et venant d'Allemagne, des États-Unis, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de Suisse. Pour établir le classement des courses de chaque catégorie, le temps des équipages est ajusté selon le poids de leur bateau. Ce sont donc des courses avec handicap ; l'historien David Wallechinsky ne les considère pas comme olympiques pour cette raison. Les régates de Meulan commencent le par la course ouverte, à laquelle tous les bateaux de moins de 10 tonneaux doivent participer pour pouvoir concourir dans leur catégorie respective les jours suivants. Soixante-cinq voiliers prennent le départ de cette course de . Le vent est si faible qu'aucun bateau n'arrive avant le délai prévu, qui est donc prolongé. Sept bateaux sont classés dont deux sont ensuite disqualifiés pour avoir utilisé un autre moyen de propulsion que leurs voiles. La course est remportée par le bateau "Scotia" du Britannique Lorne Currie devant "Aschenbrödel" de l'Allemand Paul Wiesner et "Turquoise" du Français Émile Michelet. Le vent est suffisant lors des courses suivantes mais les conditions sont tout de même difficiles à cause du grand nombre de bateaux présents dans la Seine au même moment. Deux courses sont organisées pour chacune des cinq catégories. Dans certains cas le Comité international olympique les reconnaît les deux. Les courses pour les bateaux de moins de 0,5 tonneau se font sur huit kilomètres. Tous les participants sont français. La première course est remportée par "Baby" de Pierre Gervais et la seconde par "Fantlet" d'Émile Sacré. La première course des bateaux de , courue sur , est remportée par "Aschenbrödel" qui devance "Scotia" de . Le bateau allemand est cependant disqualifié pour sa jauge trop élevée () et la première place revient aux Britanniques tandis que l'équipage français de "Crabe II", arrivé avec dix minutes de retard, prend la deuxième place. Les équipages français dominent la deuxième course puisque "Carabinier" termine au premier rang devant "Scamasaxe" et "Crabe II". Les courses des bateaux d'un à deux tonneaux se font sur un parcours de . Le bateau suisse "Lerina", sur lequel se trouve la comtesse Hélène de Pourtalès, remporte la première course dont il est le seul participant étranger. Après avoir changé de catégorie, "Aschenbrodel" gagne la deuxième course devant "Lerina". Sur "Olle", le Britannique William Exshaw et ses coéquipiers français remportent les deux courses de deux à trois tonneaux d'une distance de devant le bateau français "Favorite". Ce dernier a remporté la au temps mais a été classé deuxième selon son temps ajusté. Dans la catégorie des trois à dix tonneaux, le bateau français "Fémur" devance le Néerlandais "Mascotte" et le Français "Gitana". Le bateau britannique "Bona Fide", arrivé trop tard pour la première course après son transport par chemin de fer depuis Cannes, remporte facilement la deuxième course devant "Favorite". Au Havre, les courses ont lieu dès le août sur une mer agitée. Le classement de la catégorie de 10 à 20 tonneaux est établi après trois courses de 22 milles marins. La deuxième manche est reportée deux fois au lendemain à cause des conditions trop mauvaises. Le bateau français "Estérel" remporte deux des trois manches et termine premier devant "Quand-Même" et le Britannique "Laurea". À cause du mauvais temps, seuls quatre des 14 équipages inscrits prennent le départ de la course des plus de 20 tonneaux. Elle se joue sur une seule manche de 40 milles marins. Les bateaux britanniques "Cicely", de 96 tonneaux, et "Brynhild", de 153 tonneaux, obtiennent les deux premières places. Le bateau américain "Formosa" dont le spinnaker a été emporté par le vent termine troisième. Le bateau "Souvenance", quatrième, reçoit un prix spécial d'encouragement en tant que premier yacht français. Water-polo. Le tournoi de water-polo, qui figure au programme des concours de natation, a lieu sur la Seine dans le bassin d'Asnières les 11 et . Sept équipes venant de quatre pays y participent, soit au total 58 nageurs. Au premier tour, le Osborne SC de Manchester bat largement les Tritons lillois sur le score de 12-0. La deuxième équipe des Pupilles de Neptune de Lille gagne quant à elle contre le Berliner Swimming Club (3-2) tandis que le Brussels Swimming and Water-Polo Club bat la première équipe des Pupilles de Neptune de Lille (2-0). En demi-finale, le Osborne SC élimine les Pupilles de Neptune de Lille sur le score de 10-1 alors que le Brussels SWC bat la Libellule de Paris par à 1. La finale oppose donc le Osborne SC au Brussels SWC. Les Britanniques sont à nouveau très supérieurs à leurs adversaires et remportent le match sur le score de 7-2 tout en se permettant des passes acrobatiques et des tirs depuis le milieu du terrain. Autres disciplines. Les autres disciplines inscrites aux concours d'exercices physiques et de sports de l'Exposition universelle de 1900 ne sont pas considérées par le CIO comme des compétitions olympiques : l'automobilisme, la colombophilie, les concours de ballons, le jeu de boules, la longue paume, le motonautisme, la pêche à la ligne, le sauvetage et le tir au canon. Les concours d'automobilisme se divisent en deux parties : les épreuves d'endurance et la course de vitesse. Les cinq épreuves d'endurance permettent de tester les véhicules de différentes catégories au niveau du fonctionnement du moteur, de la consommation, de la facilité de la conduite et du confort. Les départs sont donnés sur la piste qui fait le tour du lac Daumesnil dans le bois de Vincennes et les véhicules parcourent ensuite la ville ou la banlieue de Paris sur une distance qui peut atteindre . La course de vitesse Paris-Toulouse-Paris se déroule en trois étapes sur un parcours de . Dix-huit des 55 véhicules au départ atteignent l'arrivée. Alfred Velghe est vainqueur dans la catégorie des voitures avec une moyenne supérieure à . Il conduit une voiture Mors de plus d'une tonne munie de pneumatiques Michelin. Louis et Marcel Renault, qui ont fondé leur société en 1899, remportent la catégorie des voiturettes (voitures de moins de ) au volant de leur dernier modèle avec une moyenne de à l'aller et plus de au retour. Les épreuves de colombophilie sont organisées au parc d'aérostation de Vincennes par la Fédération colombophile de la Seine. Les concours doivent se dérouler tôt le matin pour que les pigeons aient le temps de rentrer avant la nuit mais c'est l'après-midi que le public est le plus nombreux. Deux types d'épreuves sont donc prévus : des lâchers-concours matinaux auxquels participent des sociétés venant de toute la France et des lâchers-spectacles organisés l'après-midi pour satisfaire le public de l'Exposition universelle. Lors des lâchers-spectacles, plusieurs milliers de pigeons sont lâchés en même temps. Comme ils doivent pouvoir rentrer rapidement à leur colombier, ils sont fournis par les sociétés du département de la Seine et de Versailles. Les concours de ballons ont lieu sur entre le et le et sont un événement important de l'Exposition. Les catégories inscrites au programme sont la durée de vol, la distance maximale, l'altitude maximale et la distance minimale (le but est d’atterrir le plus près possible d'un point déterminé à l'avance). Au total, 46 pilotes (tous français) effectuent 156 vols avec 48 ballons différents. En comptant les passagers qui peuvent aider le pilote, (dont quelques femmes) participent aux concours. Le et le , des tempêtes mettent en danger les concurrents du concours de durée. Le , Jacques Balsan remporte le concours d'altitude en atteignant . Lors du concours final, Henry de La Vaulx parvient à poser son ballon près de Kiev en Ukraine (alors dans l'Empire russe) après avoir parcouru en et . Il a donc battu les records du monde de la distance et la durée de vol. Les épreuves de boules sont organisées au boulodrome de Saint-Mandé. Deux tournois sont disputés : la boule lyonnaise et la boule parisienne (ou jeu de berges). Cinquante-quatre quadrettes (), toutes françaises, y participent. Une équipe de Lyon remporte la boule lyonnaise et une équipe de Saint-Mandé la boule parisienne. Le concours de longue paume a lieu au jardin du Luxembourg. Des parties à terrer et des parties à enlever sont disputées par les participants séparés en deux catégories de niveaux. Trois des quatre tournois sont remportés par la Société de longue paume de Paris. Les concours de bateaux à moteur mécanique ont lieu dans la Seine à Argenteuil dans un bassin d'une longueur de . Quarante-neuf concurrents, tous français, participent aux épreuves. Les bateaux sont répartis en quatre catégories selon leur longueur ; une épreuve de vitesse et une épreuve de fond sont disputées dans chaque catégorie. La plupart des embarcations sont des bateaux à vapeur ou à pétrole mais un bateau propulsé par un moteur électrique remporte également une course. Le concours de pêche à la ligne a lieu sur l'île aux Cygnes à Paris, le long de la Seine. Il attire 600 concurrents et en quatre jours. Malgré une pollution accidentelle à cause d'un égout, les participants capturent dont 881 lors de la finale. Élie Lesueur qui vient d'Amiens gagne la coupe car il a pêché le plus gros poisson et Hyacinthe Lalanne reçoit le diplôme de premier du monde pour ses 47 prises. Les épreuves de sauvetage regroupent trois catégories différentes. Le concours de manœuvres de pompes à incendie qui réunit des pompiers de six pays a lieu dans le bois de Vincennes. Ceux de Kansas City (États-Unis) et Porto (Portugal) remportent respectivement les concours internationaux professionnel et amateur. Les des épreuves de sauvetage sur l'eau se mesurent sur la Seine entre Courbevoie et Asnières. Ils doivent par exemple sauver des volontaires et mannequins se trouvant sur un bateau de pêche de 30 tonneaux dont le naufrage est simulé. Environ participent aux concours de premiers secours au vélodrome de Vincennes. L'épreuve la plus populaire est l'exercice réel en cas de guerre : les participants doivent avancer dans un parcours d'obstacles en portant un brancard chargé d'un homme sans le secouer. Les épreuves de tir au canon sont organisées au polygone d'artillerie de Vincennes en collaboration avec la Société de tir au canon de Paris. Le programme est composé de trois parties : le tir individuel, le tir de batteries de campagne et le tir de batteries de siège. L'épreuve individuelle d'une durée de six jours réunit qui doivent manier un canon de . Pour le tir de batteries de campagne, 16 officiers et sous-officiers assistés de tirent avec six canons. Quarante-six batteries sont formées pour cette épreuve. Lors du tir de batteries de siège, un commandant, douze pointeurs et huit assistants sont nécessaires pour manier les quatre canons. Tableau des médailles. Les organisateurs des concours sportifs de l'Exposition universelle ne listent pas les victoires obtenues par les athlètes de chaque pays et n'établissent aucun classement entre les nations participantes. Les médailles olympiques en or, argent et bronze attribuées aux trois premiers de chaque épreuve apparaissent pour la première fois aux Jeux olympiques de 1904. Le tableau des médailles des Jeux olympiques de 1900 a donc été établi rétrospectivement en attribuant des médailles aux trois premiers des épreuves considérées comme olympiques. La France, pays dont provient plus de la moitié des athlètes, domine le classement pour la seule fois de son histoire (si l'on ne compte pas les Jeux intercalaires de 1906) avec 101 médailles dont 26 en or. Les États-Unis sont deuxièmes avec 47 médailles dont 19 en or, la plupart obtenues lors des épreuves d'athlétisme. La Grande-Bretagne est troisième avec 30 médailles dont 15 en or. Les douze médailles remportées ensemble par des athlètes de différents pays sont attribuées à l'équipe mixte. Le tableau suivant a été publié sur le site du CIO mais n'est plus en ligne. Il prend en compte 89 podiums établis dans 85 épreuves différentes (deux finales pour le quatre avec barreur en aviron, deux courses pour trois catégories en voile), ce qui n'est pas conforme au nombre de 95 épreuves indiqué en 2019 sur le site. Depuis juillet 2021, le CIO a confirmé le nouveau tableau officiel des médailles (voir second tableau) où la France figure en première nation toujours mais avec un total de 27 médailles d'or et non pas 26 comme indiqué ci-dessous. Le tableau suivant est celui du site "sports-reference.com", notamment édité par Bill Mallon. Il prend en compte 95 podiums établis dans 89 épreuves différentes (deux finales pour le quatre avec barreur en aviron, deux courses pour cinq catégories en voile). Sportifs les plus médaillés. Comme le tableau des médailles par pays, le classement des sportifs les plus médaillés a été établi rétrospectivement. Il est dominé par les athlètes américains, notamment Alvin Kraenzlein qui a remporté quatre épreuves et Ray Ewry qui en a gagné trois. Le tireur suisse Konrad Stäheli est deuxième avec quatre médailles dont trois d'or. Le classement suivant a été établi par Bill Mallon : Réactions. Les concours sportifs de l'Exposition universelle sont considérés comme un grand succès par les journalistes de l'époque. Le quotidien sportif "Le Vélo" écrit par exemple que . "L'Auto-Vélo" indique quant à lui que . Le magazine sportif "La Vie au grand air" relève cependant régulièrement des problèmes d'organisation tels que des modifications du programme au dernier moment ou des sites peu adaptés aux épreuves. Le , devant les membres du Comité international olympique réunis à Paris, Pierre de Coubertin décrit l'événement comme une . Il remet lors d'un banquet la médaille olympique à Daniel Mérillon, délégué général aux sports pour les concours sportifs de l'Exposition universelle de 1900. Lors de la même soirée l'Italien Eugenio Brunetta d'Usseaux, membre du CIO s'exprimant au nom des représentants étrangers, évoque des et un . Dans ses mémoires publiées en 1931, Pierre de Coubertin est en revanche très critique envers l'organisation des concours sportifs en 1900. Il écrit notamment à propos des Jeux olympiques : et En se basant notamment sur ces mémoires, les historiens du sport, français en particulier, portent généralement un jugement négatif sur les organisateurs qui ont laissé une place modeste aux Jeux olympiques au sein de l'Exposition universelle. Dans son "Histoire du Sport français de 1870 à nos jours" publiée en 1983, Jean-Toussaint Fieschi écrit par exemple : La situation est similaire dans le monde anglo-saxon où les Jeux de 1900 et 1904, tous deux organisés dans le cadre d'une Exposition universelle, sont parfois qualifiés de (« Jeux grotesques » ou semblables à une farce).
Jack Nicholson Jack Nicholson (), né le à Neptune (New Jersey), est un acteur, réalisateur et scénariste américain. Il a joué un grand nombre de rôles principaux ou secondaires, principalement des personnages sombres d'anti-héros, de personnages odieux, d'éternels marginaux, de vagabonds sardoniques, de rebelles contre la société voire de psychopathes dans de nombreux films cultes du cinéma américain, comme "Easy Rider" (1969), "Chinatown" (1974), "Vol au-dessus d'un nid de coucou" (1975), "Shining" (1980), "Batman" (1989), "Mars Attacks!" (1996), "Pour le pire et pour le meilleur" (1997), "Les Infiltrés" (2006), et du cinéma européen comme "" (1975). Avec douze nominations et trois récompenses, il fait partie des acteurs les plus souvent sélectionnés et récompensés aux Oscars du cinéma. En 2018, il est le seul acteur, avec Michael Caine, à avoir été nommé aux Oscars sur cinq décennies consécutives. Biographie. Enfance. Jack Nicholson naît à Neptune dans le New Jersey. Il est le fils d'une "showgirl", June Frances Nicholson dite « June Nilson » (1918-1963) d'origine anglaise, par sa mère, et irlandaise, par son père. Six mois plus tôt, le , June avait épousé à Elkton dans le Maryland, Donald Furcillo, dit Donald Rose, un acteur d'origine italienne. Bien qu'il soit déjà marié, Furcillo offre de prendre soin de l'enfant mais la mère de June insiste pour en avoir la garde et permettre ainsi à sa fille de continuer sa carrière. Le petit Jack est donc élevé par ses grands-parents, John J. Nicholson, étalagiste dans un grand magasin à Asbury Park, et Ethel May Rhoads, coiffeuse, esthéticienne et artiste amatrice à Neptune. C'est seulement en 1974 lors d'un entretien avec un journaliste de "Time Magazine" que Nicholson apprend que ses soi-disant parents étaient en réalité ses grands-parents et que sa « sœur » était sa mère. À cette date, toutes deux sont mortes, et c'est Lorraine, son autre « sœur », en réalité sa tante, qui lui confirme les propos du journaliste. Il déclarera plus tard ne pas savoir qui était son père, que seules June et Ethel (mortes respectivement en 1963 et en 1970) « savaient et elles ne l'ont dit à personne ». Patrick McGilligan, auteur de "Jack's Life", a affirmé quant à lui qu'Eddie King, le manager de June, pouvait être le père biologique. Aucun certificat de naissance n'ayant été retrouvé (juste une déclaration "a posteriori" faite lorsqu'il avait environ 17 ans indiquant Ethel en tant que mère), Jack Nicholson a choisi de ne pas passer de test ADN. Débuts professionnels (années 1960). Après des études à la où il est élu « clown de la classe » en 1954, Nicholson, à 18 ans s'achete une voiture, et traverse seul les U.S.A pour Hollywood ou il commence sa carrière d'abord comme garçon de course pour la M.G.M, puis d'acteur de second rôle, et de scénariste et producteur, travaillant entre autres pour et avec Roger Corman. Cette collaboration inclut sa première apparition dans "The Cry Baby Killer" (1958), où il joue un délinquant juvénile qui panique après avoir tué deux autres adolescents, "La Petite Boutique des horreurs" (1960), dans lequel il joue un petit rôle en tant que patient masochiste d'un dentiste, "Le Corbeau" et "L'Halluciné" (1963), dont il partage la tête d'affiche avec Sandra Knight, qu'il a épousée le avec Harry Dean Stanton comme témoin (le couple divorcera le ). Lorsqu'il arrive pour la première fois à Hollywood, Nicholson est engagé par les studios Hanna-Barbera. Remarquant son talent d'artiste, ils offrent à Nicholson un poste d'animateur qu'il décline. Alors que sa carrière d'acteur semble marquer le pas, Nicholson se résigne à passer derrière la caméra et se met à écrire des scénarios. Naissent ainsi "Thunder Island" de Jack Leewood (1963), "Flight to Fury" (1964) et "L'Ouragan de la vengeance" (1965) de Monte Hellman. Ami de Bert Schneider et de Bob Rafelson, ce dernier lui demande d'écrire son premier film, "Head", un film sur le groupe Les Monkees (1968). Ce sera la première de leurs collaborations, Nicholson jouant par la suite dans cinq des films de Rafelson. Nicholson passe des mois au contact du groupe dont les membres l'apprécient beaucoup. Il se rend sur le plateau de la série télévisée, les rencontre à leurs domiciles afin de s'inspirer de leur univers, toute l'équipe du film étant d'accord pour qu'il ne soit pas qu'une version longue de la série. Même si les films qu'il écrit n'ont pas vraiment de succès, ce travail de scénariste permet à Nicholson de subsister. Il fait aussi une apparition dans deux épisodes de la "sitcom" "The Andy Griffith Show", dans le rôle de Marvin Jenkins, en 1966 et 1967. Route vers la célébrité (1969-1974). En 1967, il écrit le scénario de "The Trip", film psychédélique réalisé par Roger Corman et interprété par Peter Fonda et Dennis Hopper, qui remporte un grand succès en raison de son adéquation avec le mouvement hippie alors à son apogée. Fonda et Hopper lui permettent deux ans plus tard de reprendre sa carrière d'acteur en lui offrant le rôle de George Hanson, un avocat alcoolique, dans le film culte "Easy Rider" (1969), qui lui vaut sa première nomination aux Oscars. Une nomination comme meilleur acteur suit l'année suivante pour son rôle dans "Cinq pièces faciles" (1970), nouvelle collaboration entre Nicholson et le réalisateur Bob Rafelson. Dans ce film, Nicholson incarne un pianiste de concert en rupture de ban avec sa famille. Cette même année, il apparaît dans "Melinda" de Vincente Minnelli, dans le rôle du demi-frère de Daisy Gamble (Barbra Streisand). Il retrouve Rafelson en 1972 pour le film "The King of Marvin Gardens", mais l'œuvre a peu d'impact. En 1972, il se voit proposer le rôle culte de Michael Corleone dans "Le Parrain" de Francis Ford Coppola mais refuse : bien que pressentant le succès du film, il pensait que les personnages italiens devaient être joués par des acteurs italiens. En 1973, il incarne Billy « Badass » Buddusky, un soldat fort en gueule, dans la comédie dramatique "La Dernière Corvée" de Hal Ashby. Le film lui vaut d'être nommé aux Oscars comme meilleur acteur et aussi de remporter le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1973. Après "La Dernière Corvée", les rôles se multiplient pour Nicholson. L'acteur apparaît dans "Tommy", adaptation par Ken Russell de l'opéra-rock du groupe The Who. Au cours de cette période, il tient également le rôle principal dans trois œuvres majeures : "Chinatown" de Roman Polanski et "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Miloš Forman. Le premier est un pastiche de film noir dans lequel l'acteur incarne un détective privé hâbleur enquêtant sur une affaire des plus complexes. Le second est l'adaptation d'un roman de Ken Kesey se déroulant dans un asile psychiatrique. Il y interprète un délinquant entrant en conflit avec une infirmière-chef, incarnée par Louise Fletcher. Dans le polar poétique "" de Michelangelo Antonioni, il joue un journaliste qui prend l'identité d'un homme mort. Le film est tourné en Afrique puis en Europe. Ces films, aujourd'hui considérés comme des classiques, achèvent d'établir la réputation de Nicholson. Icône américaine (années 1970-1990). Non récompensé pour son rôle de détective dans "Chinatown" (film dont il réalisera lui-même une suite quelques années plus tard), Jack Nicholson remporte son premier Oscar du meilleur acteur grâce à son interprétation dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou". Le film reçoit également les 4 autres récompenses principales de la cérémonie à savoir meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice et meilleure adaptation. Par la suite, Jack Nicholson tient un rôle secondaire dans "Le Dernier Nabab", le dernier film que réalisera Elia Kazan et dans lequel il partage la vedette avec Robert de Niro, Tony Curtis, Robert Mitchum et Jeanne Moreau. L'acteur donne aussi la réplique à Marlon Brando dans Missouri Breaks, un western réalisé par Arthur Penn et qui est plutôt mal reçu. Il signe également une deuxième réalisation, "En route vers le sud", un autre western, mais humoristique cette fois-ci. Outre d'en assurer la mise-en-scène, il y incarne un hors-la-loi contraint de se marier. Puis, aux côtés de Shelley Duvall, il tient le rôle principal, celui de l'écrivain Jack Torrance, dans le film d'horreur fantastique "Shining", adaptation par Stanley Kubrick du roman de Stephen King. Comme souvent avec Stanley Kubrick, le tournage est assez éprouvant. Bien que Jack Nicholson ne reçoive aucune nomination aux Oscars pour ce film ("Shining" est ignoré par l'académie et même nommé à la première cérémonie des Razzie Awards), son interprétation est considérée comme l'une des plus marquantes de sa carrière. Kubrick dira de lui : Il reçoit en revanche l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de Garrett Breedlove, un astronaute à la retraite, dans "Tendres Passions" (1983), premier film de James L. Brooks, réalisateur venu de la télévision. Jack Nicholson est prolifique durant les années 1980. Aux côtés de Jessica Lange, il joue le rôle principal d’une nouvelle adaptation de "Le facteur sonne toujours deux fois" que réalise Bob Rafelson sur un scénario de David Mamet. Il tient un rôle secondaire, celui du dramaturge Eugene O’Neill, dans l’ambitieuse fresque historique "Reds" de Warren Beatty. Il incarne aussi un garde frontalier dans le drame social "Police frontière" de Tony Richardson (1982), un truand pas très futé dans "L'Honneur des Prizzi", avant-dernier film de John Huston (1985), un journaliste cavaleur dans "La Brûlure" de Mike Nichols (1986), le diable dans "Les Sorcières d'Eastwick" de George Miller (1987) et un vagabond dans "Ironweed" de Hector Babenco la même année. Ces rôles lui rapportent trois nominations aux Oscars ("Reds, L'Honneur des Prizzi" et "Ironweed"). En 1989, "Batman" de Tim Burton, où Jack Nicholson tient le rôle du Joker, est un succès commercial international. Grâce à une participation aux recettes, "Batman" rapporte à l'acteur environ 60 millions de dollars. L'acteur est pressenti pour reprendre le rôle en 1999 dans le cinquième film de la franchise, "Batman Triumphant", mais Warner Bros. Pictures annulera le projet. Au début des années 1990, Nicholson présente "The Two Jakes", une suite à "Chinatown" dans laquelle il reprend son personnage de détective privé et dont il signe également la mise-en-scène. La gestation du film est laborieuse et, à sa sortie, l'œuvre ne suscite qu'une réaction mitigée. Nicholson est une fois de plus nommé aux Oscars pour son rôle du colonel Nathan R. Jessep dans "Des hommes d'honneur" (1992), un film sur un crime dans une unité de la Marine américaine. Réalisé par Rob Reiner et adaptant une pièce de théâtre d'Aaron Sorkin, qui deviendra par la suite le concepteur de la télé-série "The West wing", "Des hommes d'honneur" contient une scène particulièrement célèbre pendant laquelle Nicholson et sa co-vedette Tom Cruise s'affrontent au cours d'un procès. En 1998, Nicholson reçoit un troisième Oscar du meilleur acteur pour son rôle de Melvin Udall, un auteur névrosé souffrant de trouble obsessionnel compulsif, dans "Pour le pire et pour le meilleur", une comédie sentimentale à nouveau signée par James L. Brooks. Parmi les autres œuvres auxquelles Nicholson participe au cours de cette décennie, on peut noter la comédie satirique "Mars Attacks!", film dans lequel il tient deux rôles et qui lui permet de renouer avec Tim Burton. Il incarne également le personnage principal du film "The pledge", le troisième long-métrage signé Sean Penn. Toutes les prestations de Nicholson n'ont cependant pas été aussi bien reçues. Il a ainsi été nommé aux Razzie Awards du pire acteur pour "Man Trouble" et "Hoffa" en 1992. Retrait progressif (années 2000). Dans "Monsieur Schmidt" (2002), Nicholson interprète un actuaire d'Omaha (Nebraska) qui s'interroge sur sa vie et sur la mort de sa femme. Son calme et son jeu tout en finesse, qui contraste avec nombre de ses rôles précédents, lui vaut une nouvelle nomination à l'Oscar du meilleur acteur. Dans la comédie potache "Self Control" (2003), il joue un thérapeute agressif désigné pour aider le pacifiste convaincu Adam Sandler. La même année, dans "Tout peut arriver" ("Something's Gotta Give"), il joue le rôle d'un playboy qui tombe amoureux de la mère de sa petite amie, toutes deux respectivement incarnées par Diane Keaton et Amanda Peet. En 2006, Nicholson renoue avec les rôles sombres dans le drame policier "Les Infiltrés" ("The Departed"), première collaboration entre Nicholson et Martin Scorsese. Le film est un "remake" de "Infernal Affairs" (2002) de Andrew Lau et Nicholson y tient le rôle de Frank Costello, un parrain sadique de la mafia irlandaise de Boston aux côtés de Matt Damon et Leonardo DiCaprio. Il retrouve ensuite Rob Reiner pour la comédie dramatique "Sans plus attendre" ("The Bucket List") qui lui permet de former un duo avec Morgan Freeman. En 2010, il fait partie de la distribution de la comédie chorale "Comment savoir" ("How Do You Know"), de James L. Brooks, aux côtés de Owen Wilson, de Paul Rudd et de Reese Witherspoon. Il s'agit de sa dernière apparition à l'écran. Retraite (années 2010). En 2013, on annonce dans la presse que Jack Nicholson est en négociation avec Tom Cruise pour jouer dans un film nommé "El Presidente". L'acteur avait, dans un premier temps, refusé le rôle pour le confier à son collègue Robert Downey Jr., qui le lui rendra par la suite. Par ailleurs, Tom Cruise avait annoncé tout faire pour convaincre l'acteur oscarisé de rejoindre le casting, en menaçant même d'abandonner le rôle si Nicholson ne participait pas au projet. Mais il apparaît que Nicholson a juste accepté de lire le scénario du futur projet. Il décline aussi les rôles qui lui sont proposés pour les films "42" (2013) et "Le Juge" (2014). En 2017, il est annoncé pour prendre le rôle-titre du remake américain du film allemand "Toni Erdmann", sortant ainsi de sa retraite cinématographique. Depuis, Jack Nicholson, via son agent, a démenti cette rumeur infondée. Vie privée. Connu pour son incapacité à se fixer, Nicholson a eu cinq enfants de quatre femmes différentes : Compagnon d'Anjelica Huston pendant dix-sept ans (de 1973 à 1989), il entretient des liaisons avec de nombreuses actrices et top models (telle Lara Flynn Boyle, de trente ans sa cadette), ainsi qu'avec Margaret Trudeau. Fan des équipes de basket-ball des New York Yankees et des Lakers de Los Angeles, il a assisté à tous les matchs de ces derniers se déroulant au Forum et au Staples Center pendant vingt-cinq ans (au point qu'il refuse parfois de tourner lors de certaines retransmissions), allant jusqu'à descendre sur le terrain pour se disputer avec des arbitres ou des joueurs adverses. Nicholson a été pendant de nombreuses années le voisin de Marlon Brando et Warren Beatty sur Mulholland Drive à Beverly Hills, ce qui a valu à la rue le surnom de « "Bad Boy Drive" » (litt. « Voie des mauvais garçons »). Après la mort de Brando en 2004, Nicholson a racheté son bungalow, laissé à l'abandon, pour 6,1 millions de dollars avant de le faire démolir, par respect pour la mémoire de l'acteur. Il est aussi un ami proche du réalisateur Roman Polanski, qui l'a dirigé en 1974 dans "Chinatown", le soutenant lors de nombreuses crises personnelles telles que la mort de son épouse, Sharon Tate, tuée par la « famille de Charles Manson » en 1969, ou sa condamnation pour viol sur une mineure, un crime qui s'est déroulé chez Nicholson à Mulholland Drive. Distinctions. AFI Festival de Cannes Oscars BAFTA Golden Globes Autres Voix francophones. En France, Jack Nicholson a été doublé à 27 reprises par Jean-Pierre Moulin de 1973 et le film "La Dernière Corvée" jusqu'au film "Comment savoir" sorti en 2010. Il a également été doublé à trois reprises par Michel Roux dans "Easy Rider", "Cinq pièces faciles" et "La Bonne Fortune" et par Michel Paulin dans "La Mort tragique de Leland Drum", "Chinatown" et "". Dans "The Two Jakes", la suite de "Chinatown", Michel Paulin est remplacé par Serge Sauvion. À titre exceptionnel, Jack Nicholson a été doublé par Philippe Ogouz dans "Le Corbeau", Bernard Murat dans "Le Retour des Anges de l'enfer", Georges Poujouly dans "Psych-Out", Philippe Mareuil dans "Melinda", Bernard Tiphaine dans "Ce plaisir qu'on dit charnel", Jean-Louis Trintignant dans "Shining", Claude Giraud dans "Reds", Patrick Floersheim dans "La Brûlure", Gérard Rinaldi dans "Man Trouble" et par Patrick Messe dans "Mars Attacks!". Patrick Béthune le double dans le doublage de 2005 du film "L'Halluciné" sorti en 1963. Au Québec, Jack Nicholson fut doublé par Vincent Davy puis par Guy Nadon.
Expansionnisme du Japon Shōwa Cet article retrace l'histoire du Japon impérial pendant la première partie de l'ère Shōwa (entre 1926 et 1945) et en décrit l'expansionnisme sur la zone de la « Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». Mis en œuvre dès l'ère Meiji et poursuivi durant l'ère Taishō, l'expansionnisme japonais s'intensifia durant l'ère Shōwa, jusqu'à aboutir à une guerre ouverte dans l'ensemble de l'Asie. La défaite militaire du Japon en 1945 mit un terme à son expansionnisme militaire. Fondements idéologiques. Comme l'a fait remarquer Noémi Godefroy, maîtresse de Conférences à l'Inalco, la politique coloniale mise en place à l'occasion de l'annexion et de la prise de contrôle de l'île de Hokkaidō, notamment à partir des années 1870, disposa d'un « caractère pionnier » dont l’analyse peut dans une certaine mesure s’avérer utile à la compréhension de la politique extérieure japonaise qui suivra la Restauration de Meiji. Plus tard, ulcérés par le traitement accordé à leur nation par les puissances occidentales lors du traité de Versailles et opposés au Traité naval de Washington et au Traité naval de Londres, de nombreux politiciens et militaires japonais comme Ikki Kita, Sadao Araki et Fumimaro Konoe réactualisèrent la doctrine du "hakkō ichi'u" (les huit coins du monde sous un seul toit) et mirent en place une idéologie fondée sur la supériorité de la race nipponne et son droit à dominer l'Asie. Cette idéologie présentait le Japon comme le centre du monde et prenait assise sur l'institution impériale et l'empereur, considéré comme le descendant de la déesse Amaterasu Omikami. Il est à noter que dans le même temps, l'impérialisme japonais s'appuya sur la thèse alors prédominante en anthropologie physique selon laquelle les Japonais partageaient, en tant que peuple asiatique métissé, des origines communes (notamment avec les Coréens), justifiant ainsi une politique annexionniste dans le but de réunir ce qui s'apparentait à « un seul et unique peuple ». Partageant les mêmes vues ultranationalistes que Kita et Shūmei Ōkawa, Nisshō Inoue élabora pour sa part une synthèse d’ultranationalisme et de bouddhisme. Avec la Ketsumeidan, il fut l’instigateur en 1932 d’une série d'assassinats politiques dont celui du premier ministre Tsuyoshi Inukai ouvrant la voie à la mainmise des militaires sur la vie politique. À compter du mois d'août 1940, coïncidant avec le 2600 anniversaire de la fondation mythique de la nation, le concept du "hakkō ichi'u" fut officiellement adopté par le gouvernement Konoe comme devant conduire à l'établissement d'un « nouvel ordre en Asie orientale ». Des pamphlets reprenant ces principes, comme le "Kokutai no hongi" (Les Fondements de la politique nationale), furent distribués gratuitement dans la population et les écoles. La propagande, présente depuis le début de l'ère Shōwa, atteignit son paroxysme avec l'intensification de la « guerre sainte » ("seisen") du Japon contre la Chine et son entrée en guerre contre l'Occident. Chaque soldat déployé sur le front portait sur lui un exemplaire de poche du "Senjinkun" dont la phrase introductive était : . L'étranger devint dès lors un "kichiku" (bête), un être inférieur qui ne pouvait qu'être méprisé. Ce mépris favorisa la violence à l'encontre des populations civiles des pays conquis et des prisonniers, conduisant dans certains cas jusqu'au cannibalisme. Le peuple japonais étant considéré génétiquement supérieur, plusieurs mesures eugénistes furent mises en place par les gouvernements successifs du régime shōwa dans le but de maintenir cette supériorité. Le gouvernement de Fumimaro Konoe promulgua ainsi une "Loi nationale sur l'Eugénisme" qui ordonnait la stérilisation des handicapés mentaux ou des « déviants » et interdisait l'utilisation des moyens contraceptifs. Le gouvernement de Naruhiko Higashikuni instaura quant à lui l'une des dernières mesures eugénistes du régime. Le 19 août 1945, le ministère de l'Intérieur ordonna la création d'un service de prostitution afin . Des clubs de ce type furent rapidement mis en place par Yoshio Kodama et Ryoichi Sasakawa. Structure militaire. Dès le 27 octobre 1937, l'expansion militaire du Japon fut dirigée par le Quartier général impérial ("Daihonei"), une structure indépendante du conseil des ministres et de la Diète du Japon. Le commandant de cette institution était l'empereur Shōwa qui, selon l'article 4 de la constitution adoptée sous l'ère Meiji était « …à la tête de l'Empire, combinant en sa personne les pouvoirs de souveraineté, et exerçant ceux-ci conformément aux dispositions de la présente Constitution ». L'article 11 disposait d'autre part que « L'Empereur possède le commandement suprême de l'Armée et de la Marine ». Pour l'assister dans sa tâche, l'empereur pouvait compter sur le ministre de l'Armée et le ministre de la Marine ainsi que sur deux chefs d'état-major. À ces officiers s'ajoutaient l'inspecteur général de l'entraînement militaire et l'inspecteur général de l'aviation. Les principaux officiers à avoir occupé ces fonctions sont : Le Quartier-général impérial disposait également d'une division de l'information ("Daihonei hōdōbu") qui assurait le contrôle de l'information et la propagande de la guerre, notamment en alimentant les médias écrits et radio. Des journalistes accompagnaient ainsi fréquemment les unités de combat pour rapporter leurs faits d'armes, comme ce fut le cas lors du « concours pour décapiter cent Chinois » qui eut lieu avant le massacre de Nankin. Malgré leurs ambitions, les effectifs des forces armées restent relativement réduit ; si entre 1937 et fin 1941, celle-ci passent de plus de hommes à 2,1 millions d'hommes sous les drapeaux ; une agriculture et une industrie exigeant beaucoup de main-d'œuvre et un système de conscription archaïque font que la mobilisation ne concerne au total entre 1937 et 1945 que 7,4 millions de Japonais pour une population de 70 millions d'habitants (en excluant les colonies). Organismes de développement économique. L'impérialisme Shōwa visait notamment à assurer au Japon le contrôle de pays producteurs de pétrole, de fer, de bois, de caoutchouc, de riz et de soja. C'était aussi un moyen d'offrir des débouchés à une population japonaise qui était en croissance constante depuis 1854. Afin d'assurer le développement économique de l'Empire, le gouvernement Konoe mit en place la Kōa-in, l'Agence de développement de l'Asie orientale, dont le rôle était de structurer l'exploitation des colonies, notamment par le biais d'un système de travaux forcés. Selon un document retrouvé en 2007 par le journaliste Reiji Yoshida, la Kōa-in fournissait des fonds aux trafiquants de drogue en Chine en vue de l'utilisation d'une partie des bénéfices de la vente de l'opium, de l'héroïne et de la morphine au profit des gouvernements d'occupation du Manchukuo, de Nanjing et de Mongolie. Des ententes furent également conclues avec les zaibatsu, notamment Nissan et Mitsubishi, qui participèrent activement à l'effort de guerre en fabriquant des équipements militaires. À compter de 1937, l'empereur institua l'opération Lys d'or, en confiant la supervision à son frère Yasuhito Chichibu et à son cousin, Tsuneyoshi Takeda. Cette opération avait pour but de rassembler les richesses pillées dans les territoires conquis. Chronologie de l'expansion impériale. Royaume de Ryūkyū (1872-1879). Le royaume de Ryūkyū, situé sur l'archipel des Îles Ryūkyū, chapelet d'îles allant de l’île de Kyūshū à l'île de Taïwan. Il est habité par une population parlant des langues japoniques, mais ayant de plus étroites relations avec la Chine qu'avec le Japon. C'est une des premières conquêtes de l'Empire Japonais. Taïwan (1895) et Corée (1910). Taïwan et la Corée furent incorporées à l'Empire dès l'ère Meiji, le sort de la première étant une conséquence de la première guerre sino-japonaise. Cette annexion fut suivie d'une phase d'assimilation sociale et culturelle coïncidant avec le début de l'ère Shōwa. Ainsi, l'enseignement des langues autochtones étant interdit, les citoyens furent contraints de renoncer à leur nom d'origine. Une partie des Coréens fut déportée vers l'archipel nippon afin de travailler dans les usines japonaises (voir Zainichi), et des Coréennes furent utilisées comme « femmes de réconfort » par l'armée impériale japonaise. Les Coréens émigrés au Japon furent également victimes de répressions, le séisme de Kanto, qui toucha Tokyo en 1923, étant notamment le prétexte à des représailles et des massacres contre cette population. Le Japon abandonna la Corée en 1945, à la suite de sa défaite qui signa la fin de la Seconde Guerre mondiale. Îles du Pacifique. Les Îles du Pacifique intègrent les possessions impériales japonaises à l'issue de la Première guerre mondiale à laquelle le Japon participe contre l'Empire allemand au nom de son traité d'alliance avec le Royaume-Uni, et en échange de la domination sur les territoires allemands en Chine et dans le Pacifique Sud. La marine japonaise s'est emparée des possessions allemandes dans les archipels des Mariannes, des Carolines, des îles Marshall et des Palaos en octobre 1914. Après la fin de la Première Guerre mondiale, le protectorat de la Nouvelle-Guinée allemande a été divisé entre les vainqueurs par le traité de Versailles : la partie sud du protectorat a été mandatée pour passer sous administration australienne et l'occupation japonaise de la partie nord du protectorat, constituée des îles micronésiennes au nord de l'équateur, est officiellement reconnue par le traité. Le Japon s'est vu confier un mandat de classe C de la Société des Nations pour gouverner ces îles. Les termes du mandat spécifiaient que les îles devaient être démilitarisées et que le Japon ne devait pas étendre son influence plus loin dans le Pacifique. Le mandat fait l'objet d'un examen annuel par la Commission des mandats permanents de la Société des Nations. Mais dès la fin des années 1920, Tokyo rejetait les demandes de visite officielle ou d'inspection internationale. En 1933, le Japon a notifié son retrait de la Société des Nations, retrait qui est devenu effectif deux ans plus tard. Le Japon a mis en place dans les îles du Pacifique une économie coloniale basée principalement sur la culture de la canne à sucre, confiée au monopole Nanyo Kohatsu Kabushiki Kaisha. Chine. Après sa victoire sur la Chine et l'annexion de Taïwan, le Japon Meiji s'imposa parmi les puissances étrangères qui asseyaient à l'époque leur domination politique et économique sur la Chine. L'empire du Japon tint un rôle important dans la répression de la révolte des Boxers et fut l'une des nations concernées par le Protocole de paix Boxer. Après la guerre russo-japonaise, le Japon s'empara de l'ancienne concession russe dans le Guandong. Le Japon obtint également des concessions à Tianjin et à Hankou. En 1914, entré en guerre aux côtés des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, le Japon occupa les concessions de l'Empire allemand dans le Shandong. En 1915, le gouvernement japonais de Shigenobu Ōkuma présenta au président chinois Yuan Shikai une liste de Vingt et une demandes visant à accroître le poids économique et politique du Japon en Chine, et à faire de la Chine une forme de protectorat. La proposition fut initialement refusée par la Chine, mais le Japon présenta ensuite une version abrégée de treize demandes, assorties d'un ultimatum, que le pouvoir chinois finit par accepter. Les pays occidentaux, et notamment les États-Unis, s'inquiétèrent des visées du Japon en Chine et de ses méthodes diplomatiques : un compromis finit par être trouvé avec les États-Unis concernant le Shandong, où le Japon souhaitait pérenniser sa présence : les visées japonaises sur la province furent accompagnées en 1918 par un accord secret avec le gouvernement chinois, puis entérinées en 1919 à la conférence de paix de Paris et incluses dans le traité de Versailles. Cette validation des visées japonaises déclencha en Chine une réaction nationaliste connue sous le nom de mouvement du 4 Mai. Le gouvernement chinois finit par refuser en juin de signer le traité de Versailles. Durant la période des seigneurs de la guerre, le Japon tira avantage du désordre politique en Chine et appuya certaines factions, comme la clique du Fengtian de Zhang Zuolin. Invasion de la Mandchourie (1931). Entre 1926 et 1945, l'empire du Japon poursuivit sa politique expansionniste initiée avec l'annexion de la Corée en 1910. Ainsi, en 1931, l'armée du Kantogun s'empara de la Mandchourie chinoise. Dès lors, cette région devint un nouvel État sous protection impériale, nommé Mandchoukouo, officiellement gouverné par l'ancien empereur chinois Pu Yi. Le gouvernement japonais y implanta notamment l'unité 731 et mit en place la Kōa-in, qui, avec la collaboration de la Kempeitai, asservit dans des travaux forcés plusieurs millions de civils chinois. Seconde Guerre sino-japonaise. Des heurts eurent lieu en 1932 et 1936, entre les troupes japonaises et chinoises, à Shanghai, autour de la Grande Muraille et en Mongolie-Intérieure. Un traité de paix, signé en 1933, instaura une zone démilitarisée s'étendant de Tianjin à Pékin. Fin 1935, le gouvernement du Hebei proclama son autonomie et entama une politique de collaboration avec les Japonais, permettant à l'Empire de mettre la région sous sa tutelle. En 1936, le Japon commença à soutenir les autonomistes mongols, qui créèrent le gouvernement du Mengjiang. L'invasion de la Chine continentale fut autorisée par l'empereur Shōwa en juillet 1937. Dès le mois d'août, ce dernier autorisa la suspension des dispositions des conventions internationales sur la protection des prisonniers de guerre (comme la Convention de La Haye de 1899) auxquelles le Japon était partie prenante. Les troupes de l'armée impériale remontèrent tout d'abord le Chang Jiang, s'assurant la maîtrise de Shanghai en bombardant la ville, puis de Nankin où elles se livrèrent à un terrible carnage (massacre de Nankin) et enfin de Wuhan au printemps 1939, après y avoir utilisé à maintes reprises les armes chimiques. L'armée japonaise se ravitaille sur le terrain et sa progression est donc accompagnée d'une politique de pillages. En outre, elle procède à la production et au commerce d'opium à grande échelle.. Après des succès initiaux, l'armée japonaise se vit opposer une vive résistance de la part de l'armée nationaliste de Tchang Kaï-chek et par les troupes communistes de Mao Zedong. Confrontée à un territoire trop vaste et incapable de capitaliser sur ses gains, l'armée japonaise se trouva dès lors enlisée et, en dépit de l'utilisation de moyens souvent extrêmes notamment à Wuhan, Guangzhou et Changde (armes chimiques et bactériologiques) ne parvinrent pas à réduire la résistance chinoise. À partir de la fin 1941, l'armée impériale se livra dans le nord de la Chine à une politique de répression de grande ampleur connue sous le nom de Politique des Trois Tout, qui aurait causé la mort d'environ 2,7 millions de civils chinois. Ce n'est qu'avec l'Opération Ichi-Go, lancée en 1944, que les troupes de Hirohito purent connaître un succès relativement durable en prenant une partie des terres sous contrôle de la république de Chine. En mars 1940, les deux gouvernements collaborationnistes mis en place à Pékin en 1937 et à Nankin en 1938 furent fusionnés à Nankin sous le nom de gouvernement national réorganisé de la république de Chine, avec à sa tête l'ancien premier ministre nationaliste Wang Jingwei. Ce gouvernement ne détenait en pratique aucune réelle autonomie et servait essentiellement à des fins de propagande pour démontrer l'efficacité de la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. Il conclut des ententes avec le Japon et le Mandchoukouo et signa le Pacte anti-Komintern en 1941. Indochine française (1940). L'insistance du Quartier-général impérial, désireux de stationner des troupes en Indochine dans le but de prendre à revers les forces nationalistes chinoises, amena le gouvernement de Hanoi à adopter une politique de collaboration avec l'Empire japonais. Le piétinement des pourparlers amorcés dès le mois d'août 1940 entre le gouvernement colonial français et l'état-major entraîna l'occupation brutale de Lang Son et de Dong Dang. Les combats se poursuivirent en dépit d'une entente de collaboration conclue le 22 septembre, et conduisirent au bombardement de Haiphong. Au total, plus de 800 soldats français périrent au cours des combats. Le 26 septembre, le Quartier-général impérial mit finalement terme au conflit. Le gouvernement de Vichy passa en 1941 des accords avec le Japon qui faisaient bénéficier celui-ci de la clause de la nation favorisée et aboutissaient à une intégration de l'Indochine à la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. Inquiets de l'avancée des forces Shōwa en Extrême-Orient, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Hollande imposèrent au Japon à l'été 1941 un embargo sur les produits pétroliers, après avoir signifié un ultimatum officiel demandant le retrait de ces forces de l'Indochine et de la Chine (à l'exclusion du Mandchoukouo). En réaction à cet embargo, Hirohito autorisa l'attaque de Pearl Harbor et le déclenchement de la guerre de la grande Asie orientale. Alliance avec la Thaïlande (1941). Désireux de venger l'affront qui avait été fait au royaume de Siam en 1893 et 1904 lors des traités territoriaux imposés par la France, le gouvernement du premier ministre Plaek Pibulsonggram profita de l'invasion de la France par l'Allemagne et se lança en 1941 dans une série d'attaques contre l'Indochine française, fidèle à Vichy. Les forces navales des deux États s'affrontèrent notamment lors de la bataille de Koh Chang. Aucun des deux camps n'étant en mesure de s'imposer, le litige fut finalement tranché par le Japon, déjà présent dans le nord du territoire et qui avait offert ses services de médiation. Ce dernier, désireux de se ménager un allié en Asie, trancha en faveur de la Thaïlande et lui octroya des territoires du Laos et du Cambodge. Dès lors, la Thaïlande bascula progressivement dans le camp nippon, ce qui entraina des représailles commerciales du Royaume-Uni et des États-Unis qui imposèrent en avril 1941 un embargo sur le pétrole. La Thaïlande tarda cependant à donner au Japon l'autorisation de faire transiter ses forces armées par son territoire, ce qui était nécessaire à l'attaque contre la Malaisie. Le 8 décembre 1941, le Japon décida de passer outre et, afin de pouvoir attaquer la Malaisie, envahit le territoire thaïlandais. Après de brefs heurts entre les troupes thaïlandaises et japonaises, Phibunsongkhram permit aux forces Shōwa de stationner sur son territoire. Convaincu par l'avance des Japonais en Malaisie, il conclut le 21 décembre une alliance militaire qui mena à la déclaration de guerre contre les alliés du 25 janvier 1942. L'armée Shōwa implanta plusieurs dizaines de camps de prisonniers en sol thaïlandais, ces hommes étaient tenus de travailler à la construction de la voie ferrée devant faire le lien entre Bangkok et Rangoon. Environ civils et prisonniers de guerre ont travaillé à ces chantiers. Le taux de mortalité surpassait de loin la moyenne constatée dans les autres camps japonais, qui s'élevait à 27 %. Environ civils et prisonniers de guerre y ont trouvé la mort. Une version édulcorée de leur sort a été présentée dans "Le Pont de la rivière Kwaï". En août 1944, le gouvernement de Phibunsongkhram fut renversé et le régent, Pridi Phanomyong, en profita pour se rapprocher progressivement des alliés et encourager le mouvement de libération Seri Thai dont fut issu le nouveau premier ministre Khuang Abhaiwongse. Entrée dans le conflit mondial. En décembre 1941, l'empire du Japon, allié depuis septembre 1940 à l'Allemagne nazie et au royaume d'Italie dans le cadre de l'Axe Rome-Berlin-Tokyo, déclencha la guerre contre les possessions occidentales en Asie et en Océanie. Pearl Harbor. L'attaque contre la flotte des États-Unis à Pearl Harbor est l'épisode le plus connu du déclenchement des hostilités. Plusieurs autres attaques eurent néanmoins lieu le même jour, dans le cadre d'une offensive multiple et de grande envergure. Malaisie (1941). L'invasion de la Malaisie débuta le même jour que le bombardement de Pearl Harbor, le 8 décembre 1941 (le 7 selon l'autre fuseau). L'armée Shōwa y affronta une coalition de soldats malais, britanniques, indiens et australiens. Les forces alliées furent vaincues en moins de deux mois, subissant près de pertes. Nombre de combattants se réfugièrent à Singapour qui fut prise en deux semaines. Les Britanniques capitulant le 15 février 1942, soldats anglais, indiens, canadiens et australiens rendirent les armes. En guise de représailles, car la reddition étant une provocation pour elle, l'armée Shōwa commit le massacre de Sook Ching, tuant près de civils. Birmanie. La Birmanie fut envahie en janvier 1942. La prise de la capitale Rangoon fut achevée le 7 mars, les alliés se réfugiant dès lors dans le nord du pays, espérant faire la jonction avec les forces chinoises. Le 10 mai, la Thaïlande, alliée du Japon franchit la frontière birmane dans le but de rétablir l'ancien territoire du royaume d'Ayutthaya, capturant Kengtung et refoulant les Chinois au Yunnan. Les progrès rapides de l'armée japonaise génèrent un grand nombre de prisonniers, contraints aux travaux forcés dans des conditions particulièrement éprouvantes : sur les 150 000 prisonniers affectés à la ligne de chemin de fer Taimen (entre la Thaïlande et la Birmanie), 42 000 moururent. Le point tournant survint en août 1943, avec la création du Commandement de l'Asie du Sud-Est, regroupant les alliés sous les ordres de Louis Mountbatten. Dès lors, la coalition sino-américaine, comprenant notamment la Force X et l'unité Galahad, envisage de reprendre la Haute Birmanie, alors que la britannique lorgne du côté de la Birmanie centrale et des villes de Meiktila et Mandalay, l'objectif ultime étant la capitale Rangoon. Après la déroute de l'opération U-Go, l'armée impériale japonaise ne sera plus en mesure de défendre ses conquêtes birmanes et sa résistance s'effondrera au printemps 1945. Philippines (1941). Après une série de raids aériens lancés peu après l'invasion de la Malaisie et le bombardement de Pearl Harbor, les forces impériales débarquèrent aux Philippines le 10 décembre 1941 et amorcèrent des combats avec les alliés philippins et américains, entrainant les batailles de Bataan et de Corregidor. Les troupes alliées furent toutefois rapidement débordées au point où leur commandant, Douglas MacArthur, choisit de fuir en Australie en mars. Le 9 avril, l'occupation de la péninsule de Bataan était complétée avec la reddition de soldats alliés qui furent soumis à la marche de la mort de Bataan. Cette marche forcée qui dura du 9 avril au mai, entraîna la mort de plus de hommes. Les derniers défenseurs, cernés à Corregidor, rendirent finalement les armes le 8 mai après une bataille acharnée. L'occupation shōwa complétée, les forces de résistance se lancèrent dans une guérilla qui dura jusqu'en octobre 1944, date à laquelle elles rejoignirent les troupes américaines et australiennes débarquées à Leyte. Indes orientales néerlandaises. L'attaque sur les Indes orientales néerlandaises, à cheval entre l'Asie du sud-est et l'Océanie, avait pour objectif de s'emparer des importantes ressources naturelles de la colonie. Océanie. Dans le cadre de leur offensive, les troupes japonaises poussèrent leur avance jusqu'en Océanie, leurs attaques visant notamment à couper les voies de communication des forces alliées. Infléchissement de la politique japonaise dans les pays occupés. Face aux difficultés militaires, le Japon tenta d'infléchir sa politique en promouvant la coopération avec les pays occupés, et en suscitant des gouvernements collaborateurs et indépendantistes dans certaines colonies occidentales, jusque-là sous administration militaire japonaise. Pour pallier les pertes, la conscription est imposée aux Coréens et entre 200 000 et 300 000 sont ainsi recrutés. Plus de 200 000 femmes asiatiques (jusqu'à 400 000 selon les estimations) dont la plupart venues de Corée, et pour d'autres de Chine, de Formose et des pays d'Asie du Sud furent enrôlées comme « femmes de réconfort ». Souvent mineures, elles étaient recrutées sous de faux prétextes ou enlevées par les forces d'occupation et rassemblées dans des maisons closes, à la disposition des soldats. La "Conférence de la Grande Asie orientale", les 5 et 6 novembre 1943, réunit des représentants de tous les gouvernements alliés du Japon. Ce fut l'un des principaux outils de propagande de ce changement de politique, qui mettait en avant la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale comme un concept de réorganisation de l'Asie de l'Est sur une base d'auto-suffisance. Cette adaptation du discours politique japonais vint cependant trop tard dans le conflit pour avoir de réels effets. Coup d'arrêt à l'expansionnisme du Japon. En 1945, le Japon était repoussé sur tous les fronts, en Chine, aux Philippines, en Birmanie, en Océanie, tandis que les troupes des États-Unis débarquaient sur son sol. Le , l'Empereur Hirohito annonça la capitulation du pays. La signature des actes officiels de reddition eut lieu le 2 septembre. Le Japon dut rétrocéder la Mandchourie, la Corée et Taïwan, et subir une période d'occupation alliée. Toutefois, si l'armée est supprimée, les États-Unis maintiennent en fonction de nombreux dirigeants, y compris l'empereur. Dans les décennies qui suivent et jusqu'à aujourd'hui, les chaines de télévision traitent rarement des crimes de guerre et la presse ouvre largement ses pages à des auteurs négationnistes.
Histoire contemporaine du Japon Le nom dhistoire contemporaine du Japon désigne la période ayant suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale (soit depuis le ). La Constitution d'après-guerre a été modifiée, le nouveau texte entrant en application en 1947. Cette période est appelée l' ou le . Après la défaite dans la Seconde Guerre mondiale, le Japon est devenu un état de la démocratie parlementaire. Mais, cette période d'après-guerre se caractérise par l'Alliance américano-japonaise avec par exemple la création de l'United States Forces Japan act (USFJ) (在日米軍 "Zainichi Beigun en japonais)". L'occupation américaine. Démocratisation du pays. Le , l'empereur Hirohito annonce lors d'une allocution radiophonique la capitulation du pays. Le 17, le prince Naruhiko Higashikuni est chargé de former un gouvernement transitoire afin de gérer le pays en attendant l'arrivée des troupes alliées. Le 2 septembre, il signe la reddition du pays, et le 8, Douglas MacArthur qui est responsable de l'administration de l'occupation américaine installe son administration à Tokyo, face au palais impérial. Environ débarquent dans le pays jusqu'à la fin du mois d'octobre de la même année. Dès le 19 septembre, cadres de l'armée dont Hideki Tōjō sont arrêtés, et le 4 octobre, l'occupant se porte garant des libertés civiles des Japonais : près de sont libérés, le droit de vote est accordé aux femmes, son âge légal est fixé à vingt ans ; la liberté syndicale est réinstaurée, et dès la fin de l'année sont adhérentes d'un syndicat. Le système éducatif commence à être réformé dès l'automne 1945, et en 1948 le Rescrit impérial sur l'éducation est aboli. Un nouveau système politique se met en place. Alors que la question de son abdication et celle de son inculpation se posent, l'empereur Hirohito annonce au qu'il renonce à sa nature de « divinité à forme humaine ». Les législatives organisées en avril 1946 débouchent sur un renouvellement profond de la représentation nationale. Une nouvelle constitution est annoncée en , votée le 3 novembre, et entre en vigueur le : si l'empereur garde une place symbolique, le parlement détient l'essentiel du pouvoir, et les droits de l'homme sont garantis. Son article 9 proclame le renoncement du Japon à la guerre. Au début de 1946, environ sont déclarées inéligibles par l'occupant en raison de leurs liens avec le régime précédent. Les procès de Tokyo jugent de à les anciens responsables du régime ; sur , 10 % sont condamnés, dont 984 à des peines capitales. À l'occasion de ces procès, l'opinion publique japonaise prend connaissance des crimes commis par son armée, comme à Nankin ou à Bataan. Dans le domaine économique, le pays est miné par des problèmes de ravitaillement, les infrastructures étant en ruine. Une situation de pénurie persiste jusqu'en 1948. Le crime organisé prospère, tandis que se développe une économie souterraine. Jusqu'à un million de Japonais périssent de sous-alimentation, et l'inflation est endémique jusqu'à la fin de la décennie. Les grands conglomérats que sont les "Zaibatsu" comme Mitsui ou Sumitomo sont dissous en , et fin 1946, une réforme agraire permet à 80 % des paysans d'accéder à la propriété. Fin de l'occupation. Les débuts de la guerre froide en 1946 obligent les États-Unis à revoir leur relation avec le Japon : en Extrême-Orient, la Corée du Nord communiste est créée en 1948, et l'année suivante les communistes achèvent leur conquête de la Chine continentale. La priorité est alors donnée au redressement économique de l'archipel. Après un intermède socialiste assuré par Tetsu Katayama, les libéraux arrivent au pouvoir en 1948 avec Yoshida. En octobre de la même année, l'occupant instaure une nouvelle politique économique dirigée par Joseph Dodge : une politique déflationniste est mise en place, et les libertés publiques sont réduites. En 1950 des purges politiques visant les communistes touchent plus de . L'occupant décide de réarmer en partie le pays, alors que la guerre de Corée vient d'éclater, ce qui relance l'activité de pans entiers de son économie : dès 1951, la production industrielle bondit de 12 %. C'est dans ce climat international tendu, que s'ouvrent les négociations du traité de paix. Malgré l'opposition de gauche qui tente d'obtenir la neutralité du pays, et la droite conservatrice de Hatoyama et Kishi qui envisage de reconstituer une armée sitôt l'indépendance recouvrée, le premier ministre Yoshida accepte les conditions américaines qui prévoient l'instauration de bases militaires permanentes dans le pays. Le , ratifient par écrit le traité de paix avec le Japon. Deux décennies d'évolution rapide (années 1950 et 1960). Modernisation économique. Dans les années 1950, l'économie reste en partie tournée vers les besoins de la reconstruction, et la balance commerciale du pays reste déficitaire jusqu'en 1965, puis devient excédentaire, permettant au pays de stocker des réserves de monnaies étrangères. De 1955 à 1973, la croissance économique est soutenue : le produit national brut est multiplié par 5 grâce à des améliorations technologiques et des disponibilités importantes en capital pour financer les investissements de modernisation. L'industrie crée d'emplois entre 1947 et 1990, et le pays accède au rang de grande puissance économique. Le du pays dépasse celui du Royaume-Uni en 1967, et celui de l'Allemagne de l'Ouest en 1969. La part de l'agriculture dans l'économie poursuit sa décroissance : de 45 % en 1950, elle chute à 18 % en 1970. Ce phénomène s'accompagne d'un dépeuplement de certaines régions, notamment le long de la mer du Japon. Une politique de contrôle des prix (limitation des importations, stockage des excédents), reconduite par les gouvernements successifs, permet de dégager des marges suffisantes pour soutenir la mécanisation de l'agriculture. Mais le développement économique engendre des problèmes de santé publique. Des maladies résultant de pollutions industrielles font leur apparition . La baie de Tokyo est rendue impropre à la pêche en 1962, alors que la capitale est régulièrement le théâtre de phénomènes de smog. En 1970, la pollution de l'air à Tokyo atteint un pic ; l'année suivante, une agence nationale de l'environnement est créée. Un système politique dominé par les conservateurs. Le Japon sort de la période de l'occupation dirigé par le Premier ministre Yoshida qui, avec le soutien du Parti libéral du Japon, détient le pouvoir depuis les élections législatives japonaises de 1949. Entouré de ministres proches comme Eisaku Satō et Hayato Ikeda, il conserve son poste jusqu'en 1954 malgré les nombreuses attaques de Hatoyama, écarté du pouvoir par l'occupant américain en raison de ses responsabilités politiques d'avant-guerre. Hatoyama est élu au poste de Premier ministre en 1954, porteur d'un discours nationaliste réclamant plus d'indépendance vis-à-vis des Américains. Le succès que remporte le parti socialiste aux élections législatives de 1955 pousse les conservateurs, divisés entre plusieurs partis, à se regrouper au sein du Parti libéral-démocrate. Hatoyama réussit à unir au sein d'un même parti des tendances allant du centre gauche à la droite nationaliste, ce qui permet au parti de régner sans partage pendant plusieurs décennies. Les années 1950 sont par ailleurs marquées par de grands mouvement sociaux, et les étudiants regroupés dans le "Zengakuren" émergent comme une des grandes forces politique du moment. Lorsqu' en 1960, le premier ministre Nobusuke Kishi tente de faire passer en force la signature d'un traité de coopération militaire avec les États-Unis, près de se rassemblent pour protester autour du bâtiment de la Diète. Dans les années 1960, s'enchaînent les mandats de Hayato Ikeda de 1960 à 1964 puis de Eisaku Satō de 1964 à 1972. Le premier engage le Parti libéral-démocrate dans une politique favorisant l'économie, visant « haute croissance et doublement des salaires », et remporte assez largement les élections législatives de 1960. Un calme social s'installe alors que la croissance du PIB se maintient à plus de 10 % par an. Son successeur et continuateur conserve le pouvoir pendant plus de sept ans, le record de l'après-guerre. Sur le plan international, si le pays n'est plus formellement sous occupation américaine depuis la signature du traité de San Francisco en 1952, il reste dépendant des États-Unis. Le traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon signé en 1951 garantit à l'ancien occupant l'accès à près de (ports, casernes, bureaux, etc.). Un nouveau traité est signé en 1960 mais n’entraîne que quelques pertes mineures pour l'ancien occupant. Okinawa ne repasse sous souveraineté japonaise qu'en 1972. Cependant, la normalisation des relations avec les pays voisins n'intervient qu'après la signature du traité de San Francisco. Il faut attendre 1956 pour que les relations avec l'URSS se normalisent, 1965 pour rétablir celles avec la Corée du Sud, et 1972 pour un rapprochement avec la Chine populaire. Une société renouvelée. La population japonaise s'accroît régulièrement jusqu'au début des années 1970. Bien que le taux de fécondité diminue de par femme en 1947 à en 1970, l'espérance de vie croît de en 1937 à en 1960 (puis en 1990). La population passe ainsi de à la fin des années 1930 à plus de dans les années 1960. Une urbanisation massive s'organise dans les agglomérations de Tokyo, de Kyoto, et de Nagoya ; en 1970, 72 % de la population mènent une vie citadine. L'éducation progresse aussi. Alors qu'en 1950 seuls 50 % des élèves poursuivent leur scolarité au-delà du collège, ils sont 90 % en 1975. Le nombre d'étudiants à l'université passe de en 1950 à en 1970. Une classe moyenne importante émerge, qui se dote de biens d'équipement en nombre ; vers 1970, environ 90 % des ménages sont équipés de lave-linges, d'aspirateurs, de réfrigérateurs, et de téléviseurs en noir et blanc. Les automobiles en circulation se multiplient, la production évoluant de en 1956 à en 1970. Le peuple japonais a accès à une culture de masse diffusée par la radio et le cinéma, des médias en forte croissance entre 1945 et 1960, avant d'être supplantés par la télévision. À côté de cette culture moderne, un mouvement de préservation des modes d'expressions traditionnels, porté dès avant-guerre par l'écrivain Sōetsu Yanagi, se poursuit ; c'est dans cette optique que la Fondation du Japon voit le jour en 1972. Les thèmes de la guerre et de la défaite hantent la littérature japonaise, les livres de Jun Takami et Osamu Dazai notamment, et, dès les années 1950, des auteurs comme Kawabata et Mishima accèdent à une reconnaissance internationale. Le thème de la bombe atomique, et plus largement de la guerre froide, trouve un écho dans des œuvres de science-fiction, et se prolonge au cinéma avec l’apparition de la figure de Godzilla. Dans le domaine des arts plastiques, le "Gutai", un mouvement d'avant-garde, ouvre un nouveau champ d'exploration artistique et participe à l'épanouissement de l'art contemporain dans le pays. Le cinéma produit aussi bien des films d'époque ("jidai-geki", comme Rashōmon (1950) et Les Sept Samouraïs (1954) de Kurosawa) que des films aux thèmes contemporains ("gendaigeki"). Une Nouvelle Vague japonaise, représentée par le cinéaste Nagisa Ōshima, est aussi active au cours de ces deux décennies. L'« après-après-guerre » (années 1970 et 1980). Des chocs économiques au rebond. L'économie japonaise subit deux chocs économiques successifs au début des années 1970. Confrontés à une forte inflation, les États-Unis en 1971 à la convertibilité du dollar en or. Le yen s'apprécie de 15 %, ce qui pénalise les exportations et la compétitivité des entreprises japonaises. Le premier choc pétrolier de 1973-1974 concourt à ralentir la croissance du pays, et l'oblige à revoir son modèle économique. De nouveaux biens d'équipement (magnétoscopes, appareils photos, chaînes stéréo) prennent une importance grandissante à l'exportation, et assurent une balance commerciale de plus en plus bénéficiaire. Globalement, la croissance annuelle entre 1973 et la fin des années 1980 atteint 5 à 6 %, soit des taux bien supérieurs à ceux d'autres pays développés. La consommation d'énergie quintuple entre 1960 et 1990. Mais la ressource énergétique principale s'épuise rapidement : en 1955, l'exploitation du charbon disponible sur le territoire japonais couvre 79 % des besoins, seulement 17 % en 1990. Après avoir eu recours aux hydrocarbures importés de l'étranger pour pallier le manque de charbon, le pays opte pour l'énergie nucléaire. La première centrale entre en activité en 1966 à Tōkai, et, au début des années 1990, une quarantaine de réacteurs produisent le quart de la production énergétique nationale. La hausse du yen combinée à une balance commerciale très bénéficiaire a plusieurs effets visibles à l'international. Le pouvoir d'achat des Japonais leur permet de se rendre en nombre à l'étranger et de s'adonner à la consommation touristique. De plus, les produits de leurs entreprises, notamment dans le secteur des technologies, inondant certains marchés, éveillent l'intérêt de la jeunesse occidentale pour les productions culturelles du Pays du Soleil levant. Sur la scène internationale, le Japon accède au rang de modèle économique. Cette reconnaissance et sa prospérité l'incitent à augmenter sa participation financière dans de grands organismes internationaux (aide au développement de pays du tiers monde, contributions aux projets de l'Unesco...). En outre, il investit les excédents de sa balance commerciale en achetant en masse des bons du Trésor américain. Scandales politico-financiers et rapprochement avec la Chine. Entre 1972 à 1987, le système politique japonais est sous l'influence d'un seul homme : Kakuei Tanaka. Premier ministre de 1972 à 1974, il s'impose comme « faiseur de roi » les années suivantes, grâce à ses ressources financières et ses réseaux politiques. Il commence sa carrière politique dans la région de Niigata dont il est originaire, et y met en place un système de financement occulte lui permettant de couvrir les dépenses de ses campagnes électorales, ainsi que celles de ses soutiens . En 1974, à la suite d'un scandale politico-financier, il est contraint à la démission. Son influence au sein du reste cependant forte, même après les révélations publiques de son implication dans l'Affaire Lockheed qui éclate en 1976. Le système de factions qu'il a renforcé dans le parti fragilise le pouvoir des premiers ministres qui ne peuvent plus compter sur de fortes majorités : cinq Premiers ministres se succèdent jusqu'en 1982, effectuant des mandats d'au plus deux ans. Le parti lui-même est profondément divisé : en 1979, faute d'un accord interne, il présente deux candidats au poste de Premier ministre. Il devient en outre très impopulaire : les effectifs de sa base militante est divisée par deux la même année. Le parti, et le pays, retrouvent une certaine stabilité politique avec l'arrivée au pouvoir de Yasuhiro Nakasone. Nommé en 1982, il parvient à conserver son poste après les élections législatives de 1983 et de 1986. Il désigne Noboru Takeshita pour lui succéder à la tête du . Ce dernier, grâce à l'appui d'une faction importante du parti, s'installe aux commandes du pays en 1987. Cette même faction va porter au sommet de l'État trois autres de ses membres entre la démission de Takeshita en 1989 et 1992. Au niveau international, le Japon opère un rapprochement diplomatique avec la République populaire de Chine. Jusqu'en 1972, influencé par les Américains, le pays ne reconnaît que Taïwan comme interlocuteur, mais les choses évoluent lorsque les États-Unis, ayant subi un échec lors de la guerre du Viêt Nam, amorcent un début de désengagement en Asie. Le Japon et la Chine signent finalement un traité de paix en 1978, dans lequel une clause met en garde contre la présence « hégémonique » de l' dans la région. Dans le même temps, les relations avec le régime du général sud-coréen Park Chung-hee restent conciliantes, et le gouvernement japonais accepte de couvrir l'enlèvement à Tokyo d'un opposant sud-coréen. Mouvements sociétaux et développement urbain. Les nouvelles religions ou "Shinshūkyō", qui se sont développées au cours des décennies précédentes, connaissent leur apogée au début des années 1970, avant d'être remplacées par d'autres mouvements sectaires plus récents ("shin-shinshūkyō"), qui séduisent une population plus jeune et plus urbaine. Les pratiques religieuses évoluent aussi : en 1984, par exemple, 65 % des Japonais interrogés indiquent ne pas avoir de croyance, quand dans le même temps 81 % d'entre eux visitent les temples les premiers jours de l'année. Au début des années 1970, une nouvelle génération d'écrivains, nés après la Seconde Guerre mondiale, fait irruption sur la scène littéraire nationale. Elle propose des approches artistiques plus diverses que celles conçues par les générations antérieures. Des écrivains comme Kenzaburō Ōe, Kenji Nakagami et Haruki Murakami deviennent des auteurs-phares. Dans le domaine des mangas, le style "gekiga" commence à s'imposer dès la fin des années 1960 et les dessinatrices du Groupe de l'an 24 renouvellent le style des "Shōjo". La baisse continue de la fréquentation des salles de cinéma (d'un milliard d'entrées par an en 1950 à en 1973) remet en cause les investissements des principaux studios du pays. Le réalisateur Akira Kurosawa, par exemple, doit faire appel à des capitaux soviétiques ou américains pour pouvoir financer ses films. Bien que les mouvements de concentration urbaine vers les grandes villes ralentissent, certaines régions comme Hokkaidō ou Kyūshū tirent profit d'un développement régional. Malgré des initiatives étatiques en leur faveur, les autres aires géographiques restent en marge. Dans les grandes villes comme Tokyo, des quartiers de gratte-ciels commencent à être construits. C'est le cas, par exemple, de Nishi Shinjuku où les premiers immeubles de grandes hauteurs apparaissent dans les années 1970. Entrée dans l'Ère Heisei (années 1990). La mort de l'empereur Hirohito et l'accession au trône de son fils Akihito en ouvrent l'Ère Heisei. Ses premières années sont assombries par plusieurs crises majeures. En 1990, éclate la bulle spéculative japonaise, à l'origine de la « décennie perdue », pendant laquelle la situation économique du pays se détériore. En 1995, la gestion par l'État de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo et du séisme de Kōbe soulèvent de vives critiques. L'hégémonie du contestée. À partir de 1989, le Parti libéral-démocrate, qui détient les rênes du pouvoir politique depuis l'après-guerre, se fracture de l'intérieur et enchaîne les défaites électorales. Éclaboussé par plusieurs scandales, il perd sa majorité au sénat lors des . Le Parti socialiste japonais, affaibli par des divisions internes, ne parvient cependant pas à faire fructifier sa victoire. Plusieurs scissions ébranlent alors le , qui se présente divisé aux élections législatives de 1993. Morihiro Hosokawa, chef du Nouveau parti du Japon, réunit autour de lui une coalition et devient en le premier Premier ministre non issu du depuis . Cependant la coalition éclate en , et, après un intérim assuré pendant par Tsutomu Hata, le revient au pouvoir au sein d'une coalition dirigée par les socialistes du Premier ministre Tomiichi Murayama. L'émergence d'une forme de bipartisme est attestée par les observateurs, renforcée par les bons résultats du Parti de la nouvelle frontière aux . Cependant des dissensions idéologiques internes à la coalition, ainsi que la gestion jugée mauvaise par l'opinion du séisme de Kōbe et de l'attentat contre le métro de Tokyo en 1995 font chuter la popularité du gouvernement Murayama. À l'issue des élections législatives de 1996, le remporte contre 156 pour le Nouveau parti pionnier. Ce dernier implose en plusieurs partis les mois suivants. Ryūtarō Hashimoto forme en 1996 un gouvernement dominé par le , mais doit céder sa place à un autre cadre du parti en 1998 : Keizō Obuchi, après une défaite électorale . Yoshirō Mori assure la succession à la mort de ce dernier en 2000. Le porte de nouveau au pouvoir Jun'ichirō Koizumi en 2001. Celui-ci effectue le mandat le plus long depuis Satō, soit cinq ans et cinq mois. Réformateur et bénéficiant d'une certaine popularité, il doit cependant affronter, au sein de son propre parti, un noyau conservateur opposé à ses réformes. Ses successeurs, Shinzō Abe, Yasuo Fukuda puis Tarō Asō, réussissent à maintenir le à la tête de l'État jusqu'à l'élection, en 2009, du leader du Parti démocrate du Japon : Yukio Hatoyama. La seconde période de perte d'hégémonie du commence en 2007. Aux les conservateurs perdent leur majorité, au bénéfice du Parti démocrate du Japon. Deux ans plus tard, Yukio Hatoyama devient le premier des trois Premiers ministres issus du à se succéder à la tête du pays. Mais ni lui, ni Naoto Kan qui lui succède en , ni Yoshihiko Noda qui exerce la fonction de à ne sont en mesure d'inscrire leur mandat dans la durée. Le retour de Shinzō Abe aux affaires en 2012, replace le à la tête du pays. Montée des périls sur la scène internationale. L'évolution du climat international au début des années 1990 relance le débat sur le caractère pacifiste de la constitution japonaise. Le déclenchement de la crise économique, la fin de la guerre froide en Asie, et l'éclatement de la guerre du Golfe obligent le Japon à repenser sa puissance militaire. Pour la première fois, en 1991, il envoie des casques bleus à l'étranger, dans le cadre des accords de Paris sur le Cambodge. Au niveau régional, des antagonismes anciens s'enveniment entre le Japon, la Chine et la Corée du Nord. Cette dernière, lâchée par son allié soviétique, se lance dans une course à l'armement nucléaire, et menace directement le territoire nippon. La Chine, quant à elle, dispute au Japon la souveraineté sur les îles Senkaku. Les tensions avec ces deux pays, mais aussi avec la Corée du Sud, prennent souvent pour cadre des questions mémorielles, notamment durant la guerre des manuels en 2005, et à l'occasion de visites d'officiels japonais au sanctuaire de Yasukuni. Cependant, sous la présidence de George W. Bush, le Japon se démarque à plusieurs reprises de son allié américain en optant pour une politique de conciliation. En 1991, deux ans après les manifestations de la place Tian'anmen, il normalise ses échanges diplomatiques et économiques avec la Chine. En 1998, le premier ministre Obuchi et le président sud-coréen Kim Dae-jung prônent, d'une même voix, une politique d'ouverture envers le voisin nord-coréen, initiative prolongée par deux visites à Pyongyang du Premier ministre Koizumi. La question de la réforme de l'armée japonaise resurgit à maintes reprises dans le débat public. Malgré une opposition populaire forte, plusieurs cadres politiques plaident pour une réforme de la constitution japonaise pour permettre le déploiement des Forces japonaises d'autodéfense dans des missions plus variées à l'étranger. En 2014, le Premier ministre Abe lance un processus de révision constitutionnelle. Dans le même temps, la composition des forces armées évolue. En 2012, le lancement de la construction de deux navires de classe Izumo (utilisables comme de véritables porte-avions), associés à la flotte de destroyers de classe Kongō, et aux transporteurs d'assaut de classe Osumi (lancés dans les années 2000), permet au pays de constituer plusieurs groupes de forces opérationnelles. Marasme économique. L'appréciation du yen face au dollar à partir de la seconde moitié des années 1980 provoque le retour de capitaux au pays, souvent investis dans l'immobilier commercial. Cependant, la Banque du Japon intervient pour juguler la bulle spéculative qui se forme, en relèvant son taux d'escompte à partir de . Dès le cours de la bourse de Tokyo commence à s'effondrer, et, au terme de l'année, la perte s'élève à 39 %. Pour compenser leurs pertes, des entreprises sont contraintes à vendre leurs actifs immobiliers, ce qui a pour effet de faire baisser la valeur de ceux-ci. Les banques sont elles aussi acculées à la vente d'actifs, et l'économie nationale entre en récession. La faillite de deux groupes financiers en 1997, la Hokkaido Takushoku Ginko et , force le gouvernement à injecter de yens dans le système bancaire, mais sans succès jusqu'à ce que des réformes structurelles soient imposées, six ans plus tard, par le gouvernement Koizumi. Sous la pression de ses partenaires commerciaux, désireux d'accéder au marché intérieur japonais, le gouvernement japonais applique plusieurs mesures de déréglementations. Les privatisations d'entreprises, qui avaient commencé dans les années 1980, reprennent lorsque Koizumi prend la direction des affaires du pays. Le taux de chômage double entre 1992 et 2002, passant de 2,2 % à 5,4 %. Il atteint, et parfois dépasse, 10 % dans les catégories comme celles des hommes de moins de ou de plus de . La part de l'emploi précaire (intérim, contrats à durée indéterminée...) augmente et concerne un actif sur quatre au début des années 2000. Cependant, la valeur en dollars des exportations progressent continuement, portée par des secteurs restés compétitifs comme l'automobile et l'électronique, et la balance commerciale demeure excédentaire (autour de par an). Du fait de l'abondance de ses devises (en 2007, le pays détient de devises étrangères), le pays reste le premier créditeur mondial en 2002. Baisse démographique et catastrophes de Fukushima. La population poursuit sa croissance, et atteint un maximum de d'individus en 2004. Cependant cette hausse repose sur un allongement de la durée de vie, le taux de fécondité étant passé sous le taux de renouvellement dès 1974, et la part des plus de passe de 7 à 20 % entre 1970 et 2006. La baisse de la natalité glisse progressivement jusqu'à par femme en 2006, et les projections pour 2100 indiquent que la population japonaise pourrait baisser jusqu'à d'habitants si la tendance ne s'inversait pas. Au début des années 1990, des phénomènes culturels, jusque-là marginaux , deviennent de notoriété publique. Basés sur diverses expressions de la culture populaire japonaise comme le manga, la japanimation et l'univers des jeux vidéo, ils influencent des mouvements artistiques comme "Superflat", et porte le "" japonais à l'étranger : en 2005, le pays se classe deuxième exportateur mondial de biens culturels ( de dollars, en valeur). Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,0, suivi d'un tsunami, frappe l'Est du Tōhoku autour de Sendai, provoquant la mort de plusieurs milliers de personnes, d'importants dégâts dans toute la partie nord-est de Honshū et l'accident nucléaire de Fukushima. Cette triple catastrophe, écologique et technologique, instille le doute dans une opinion publique japonaise déjà accablée par des années de stagnation économique et inquiète de la montée en puissance de son voisin chinois. Entrée dans l'Ère Reiwa (2019-). Naruhito devient le nouveau empereur du japon le après l'abdication de son père.
Jeu de cartes L'expression jeu de cartes désigne à la fois : Dans d'autres domaines, un jeu de cartes peut également désigner un ensemble de cartes géographiques ou un ensemble de cartes perforées pour le traitement mécanographique. Histoire. En Europe, les jeux de cartes ont commencé à être utilisés dans la seconde moitié du XIVe siècle, en provenance des civilisations orientales. Ils nous seraient parvenus via les Mamelouks, ancienne milice égyptienne. Selon plusieurs documents cités dans le livre réalisé par le musée de Cluny et l'encyclopédie Universalis, ce type de jeux a d'ailleurs été décrié dès son arrivée par l'Église, qui était contre les jeux de hasard. Matériel de jeu. La carte à jouer est la base du jeu de cartes. Suivant les régions et les époques, les cartes, figures et couleurs peuvent différer : par exemple, un jeu de cartes français possède des figures nommées avec les symboles de couleur: cœur, carreau, pique, trèfle. Vocabulaire. Il existe un vocabulaire commun aux jeux de cartes. Jeux utilisant des cartes traditionnelles. Il existe plusieurs types de jeux de cartes et on peut y jouer de manières différentes. Jeux de cartes spécifiques. Les jeux de cartes spécifiques utilisent des cartes conçues spécialement pour eux comme "1000 bornes" (1954) et "Uno" (1971). Ils peuvent être la propriété d'un éditeur de jeux de société ou appartenir au domaine public. Pour une liste voir la .
Jacques Derrida Jacques Derrida (de son vrai nom Jackie Derrida) est un philosophe français né le à El Biar (Algérie française) et mort le à Paris. Professeur à l'École normale supérieure entre 1965 et 1984, puis directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, il a créé et développé l'école de pensée autour du déconstructionnisme. Dans la lignée de Heidegger, Derrida remet en question la phénoménologie et la métaphysique traditionnelle et introduit une nouvelle manière de penser les sciences humaines. Le point de départ de son œuvre est une critique de la linguistique et de la place dominante qu'elle occupe dans le champ des sciences humaines. Dans son ouvrage "De la grammatologie" (1967), Derrida montre que le modèle linguistique alors dominant repose sur une contradiction : la langue serait constituée d'une parole orale, dont l'écriture serait la transcription"." La vraie langue (la langue originaire) serait donc la langue orale. Mais la linguistique s'appuie sur la langue écrite pour la structure de la langue, de sorte que l'origine de la langue écrite est la parole vive, mais que l'origine de la parole vive est la langue écrite. Derrida transpose ici dans le domaine de la linguistique le questionnement de l'origine qui était celui d'Edmund Husserl dans "L'Origine de la géométrie" (1954) et introduit la notion de « supplément originaire », ou simplement de « supplément ». Cette contradiction de l'origine, posée d'abord — au niveau de la langue — entre parole et écriture, va ensuite se répercuter dans tous les domaines où Derrida portera son investigation : vers la structure d'un texte et le supplément à l'origine de ce texte, comme la langue dans lequel il fut écrit, vers le principe fondateur et la mort d'une idéologie, vers donner la mort et en accepter la responsabilité (euthanasie), vers l'opposition entre l'accueil et l'hostilité, vers la question politique de l'imposition des normes genrées. Biographie. Enfance algéroise. Jacques Derrida est le troisième fils d’Aimé Derrida, juif d'origine séfarade, et de Georgette Sultana Esther Safar, issue d'une famille juive d'Algérie dont les ancêtres, établis depuis plusieurs générations dans ce pays, avaient reçu la nationalité française lors de la promulgation du décret Crémieux en 1870. Il est cousin du physicien Bernard Derrida. Il grandit en Algérie française et subit les lois de Vichy en 1940, lorsque sa famille est déchue pendant deux ans de la nationalité française. De 1935 à 1941, il va à l'école maternelle et primaire d'El-Biar. Les enfants sont obligés de manifester leur attachement au Maréchal de multiples manières. Derrida, en qualité de juif, doit laisser au deuxième de la classe sa place pour le lever de drapeau. Son frère et sa sœur ont été exclus de l'école pour la même raison. En 1941, il est lui-même exclu du lycée Ben Aknoun et il est inscrit jusqu'en 1943 au lycée Émile-Maupas, mais il ne supporte pas l'atmosphère communautaire. Il retourne au lycée Ben Aknoun en 1944. Derrida connaît ainsi, durant sa jeunesse, une scolarité mouvementée. Il voit les métropolitains comme oppresseurs et normatifs, normalisateurs et moralisateurs. Sportif, il participe à de nombreuses compétitions sportives et rêve de devenir footballeur professionnel. À cette époque, il découvre aussi des philosophes et écrivains comme Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, André Gide et Albert Camus, et commence à rédiger un journal intime. En 1947-1948, en classe de philosophie au lycée Gautier d'Alger, il lit Bergson et Sartre. En 1948, inscrit en lettres supérieures au lycée Bugeaud, il est marqué par la lecture de Kierkegaard et Heidegger. Années de formation en France. En 1949, il s'installe à Paris et s'inscrit en première supérieure au lycée Louis-le-Grand, où il se lie d'amitié avec Pierre Bourdieu, Lucien Bianco, Michel Deguy et Louis Marin. Son professeur de philosophie Étienne Borne trouve que ses dissertations sont « plotiniennes ». Il entre — après deux échecs — à l'École normale supérieure de Paris en 1952. Il y fait la rencontre de Louis Althusser, alors agrégé-préparateur. Derrida milite dans des groupes d'extrême gauche sans adhérer pour autant au communisme. Après avoir obtenu sa licence en lettres à la faculté des lettres de Paris, il part aux Archives Husserl de Louvain en 1953-1954. Il obtient le diplôme d'études supérieures en philosophie avec un mémoire concernant "Le problème de la genèse dans la philosophie de Husserl", influencé par les travaux de Jean Hyppolite, Tran Duc Thao et Jean Cavaillès. Il suit les cours de Michel Foucault. Reçu quatorzième au concours d'agrégation de philosophie de 1956, après un échec en 1955, il part à l'université Harvard comme "special auditor". Il commence la traduction et l'introduction de "L'Origine de la géométrie" de Husserl. Il se marie en juin 1957 avec Marguerite Aucouturier, une psychanalyste qu'il a rencontrée en 1953 par l'intermédiaire de son frère qui étudiait avec lui à l'École normale supérieure. Il effectue son service militaire de 1957 à 1959 (durant la guerre d'Algérie), comme enseignant dans une école d'enfants de troupe près d'Alger. Il rencontre souvent Pierre Bourdieu à Alger. Il condamne la politique coloniale de la France et espère une forme d'indépendance pour l'Algérie où pourraient coexister les Algériens et les Français d'Algérie. En 1959, Derrida est affecté au lycée Montesquieu du Mans en classe de lettres supérieures et est invité à la première décade de Cerisy-la-Salle (cycle de conférences auquel il sera invité quatre fois). Il fait son premier voyage à Prague pour rendre visite à la famille de son épouse. L'année suivante, il devient assistant à la faculté des lettres de Paris. Il y enseignera jusqu'en 1964 (« philosophie générale et logique »). Il publie à cette époque dans les revues "Critique" et "Tel Quel" (où sa première contribution date de 1965), se lie d'amitié avec Philippe Sollers et fréquente Robert Antelme, Pierre Boulez, Jean Genet, Pierre Klossowski, Francis Ponge et Nathalie Sarraute. En 1968, il fait la connaissance de la philosophe Sarah Kofman avec qui il développe une collection (à laquelle contribuent également Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy) et met sur pied le Greph (Groupe de recherche sur l’enseignement philosophique). Débuts en philosophie. En 1963, naît son premier fils avec Marguerite Aucouturier, Pierre. La même année, il donne une conférence sur Michel Foucault, en sa présence, où il critique sa thèse sur la folie à propos de Descartes. Il rencontre Hélène Cixous, avec laquelle il entretient une longue amitié et partage de nombreuses activités à la fois politiques et intellectuelles, comme les commencements de l'université Paris-VIII, le Centre national des lettres (aujourd'hui Centre national du livre) — 1981-1983 —, le Parlement international des écrivains, le Comité anti-apartheid, des colloques, ou encore des séminaires au Collège international de philosophie. Ils partagent certaines publications communes ou croisées, comme "Voiles", avec des dessins d'Ernest Pignon-Ernest, (Galilée, 1998), "Portrait de Jacques Derrida en jeune saint juif" (Galilée, 2001), "H.C. pour la vie, c’est-à-dire…" (Galilée, 2002).En 1964, il obtient un prix d'épistémologie (le prix Jean Cavaillès) pour la traduction et le commentaire de l’"Origine de la géométrie" d'Edmund Husserl. Il est ensuite nommé maître-assistant d'histoire de la philosophie à l'École normale supérieure, sur recommandation d'Althusser et de Jean Hyppolite. Il conservera ce poste pendant vingt ans. Premiers succès et invention de la " déconstruction ". En 1967, il prononce une conférence à la Société française de philosophie sur la différance ["sic"] et publie ses trois premiers livres importants : "De la grammatologie", "L'écriture et la différence", "La voix et le phénomène". Il côtoie régulièrement Edmond Jabès, Gabriel Bounoure ou Maurice Blanchot et s'associe progressivement à Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe et Sarah Kofman. Les éditions Galilée sont fondées à cette époque et deviennent la voix de la déconstruction. En 1967, naît son second fils, Jean. Derrida et sa famille s'installent à Ris-Orangis. Lors des défilés de Mai 1968, Derrida y participe et organise la première assemblée générale à l'École normale supérieure. Il est accueilli avec une grande hospitalité aux États-Unis où il enseigne dans de nombreuses universités, tandis que son travail se heurte à une vive opposition en France. En 1970, son père Aimé meurt d'un cancer à l'âge de . En 1971, après neuf ans d'absence, il revient en Algérie pour y donner cours et conférences. En 1974, il met en place un Groupe de Recherches sur l'Enseignement supérieur philosophique et s'engage contre la Loi Haby. En 1975, il devient professeur invité à l'université Yale puis à l'université Cornell au titre d"'"Andrew Dickson White Professor-at-Large"." En 1977, il signe les Pétitions françaises contre la majorité sexuelle adressée au Parlement, appelant à l’abrogation de plusieurs articles du Code pénal sur la majorité sexuelle et la dépénalisation de toutes relations consenties entre adultes et mineurs de moins de quinze ans (la majorité sexuelle en France) avec René Schérer, Gabriel Matzneff, Tony Duvert, Louis Althusser, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, André Glucksmann, Roland Barthes, Guy Hocquenghem, Jean Danet, Alain Robbe-Grillet, Philippe Sollers et Françoise Dolto. En 1978, Jacques Derrida lance les États généraux de la philosophie à la Sorbonne. Il s'implique de plus en plus dans des actions politiques, domaine qu'il avait apparemment écarté de sa vie professionnelle (il est resté en retrait par rapport aux événements de mai 1968). Ainsi, il soutiendra toute sa vie la cause démocratique en Afrique du Sud. Un de ses ultimes textes, "in articulo mortis", est consacré au sujet de la réconciliation (Commission de la vérité et de la réconciliation). En 1980, Derrida soutient à l'université Paris-I une thèse pour le doctorat d'État sur la base d'un ensemble d'anciens travaux des années 1967 à 1972 en vue de poser sa candidature au poste de professeur laissé vacant par le départ de Paul Ricœur à l'université Paris-Nanterre. Le poste fut néanmoins supprimé par la ministre Alice Saunier-Séïté. En 1981, il fonde avec Jean-Pierre Vernant l'association Jean-Hus, qui soutient les intellectuels tchèques dissidents. Il sera arrêté et brièvement emprisonné à Prague à l'issue d'un séminaire organisé clandestinement. François Mitterrand intervient pour obtenir sa libération. Philosophe de renommée internationale. Il fonde le Collège international de philosophie en 1983 avec François Châtelet, Jean Pierre Faye et Dominique Lecourt. En 1984, toujours maître-assistant, il devient Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. La même année son troisième fils naît, Daniel Agacinski, issu de sa relation hors mariage avec Sylviane Agacinski. Il est "" en philosophie, français et littérature comparée à l'université de Californie à Irvine (États-Unis) à partir de 1986. Il co-préside avec Jacques Bouveresse la « Commission de Philosophie et d'Épistémologie », créée en 1988 par le Ministère de l'Éducation nationale dans le cadre de la « Commission de Réflexion sur les contenus de l'enseignement » et chargée de réfléchir sur les contenus et les méthodes de l'enseignement de la philosophie au lycée et à l'université. La commission produit le rapport qui porte leurs noms en 1989. Le , sa mère meurt. Les derniers mois de sa vie avaient inspiré à Derrida la rédaction d'un texte autobiographique mêlé de réminiscences augustiniennes : "Circonfession". La même année, Pierre Bourdieu et Yves Bonnefoy tentent de faire élire Derrida au Collège de France, mais sa candidature suscite une levée de boucliers et est rejetée. En 1993, il publie les "Spectres de Marx", parfois considéré comme une étape de sa politisation. En 1995, Derrida est membre du comité de soutien de Lionel Jospin qui se présente à l'élection présidentielle. Il refuse de l'être à nouveau en 2002 en raison notamment de son désaccord avec la politique du gouvernement socialiste en matière d'immigration. En 2002, Derrida et René Schérer rendent un hommage à Pierre Bourdieu à l'occasion d'un débat sur la question de l'hospitalité. À partir de 2003, Jacques Derrida, atteint d'un cancer du pancréas, réduit considérablement ses activités. Il meurt le dans un hôpital du 5e arrondissement de Paris , à l'âge de . Il est enterré à Ris-Orangis. Philosophie. « Différance ». Derrida évoque pour la première fois la « différance » lors d'une conférence intitulée "" Genèse et structure " et la phénoménologie" , prononcée à Cerisy-la-Salle en 1959 ; elle devient le titre et l'objet d'une intervention prononcée par Derrida le , publiée dans "Théorie d'ensemble" et dans "Marges de la philosophie". La "différance" n'est pas un concept en soi, mais une intervention graphique qui crée une nuance qui « s'écrit ou se lit, mais [...] ne s'entend pas. » (). C'est pour Derrida un moyen de sonder les rapports entre le sens et l'écriture (). « Il n'y a pas d'écriture purement et rigoureusement phonétique » (). Sous toute écriture dite phonétique, prétendant pouvoir dire le sens idéalement et ainsi se passer de l'écriture au sens courant, celle-ci ayant toujours été secondarisée par la métaphysique, il y a un jeu silencieux (donc non phonétique) de différences (par espacement-temporisation) qui déjà la travaille. Autrement dit, il y a déjà une écriture dans la parole. Il s'agit donc moins, pour Derrida, de reconduire l'opposition entre écriture et parole que de montrer que la seconde inclut (tout en la refoulant) la première. Derrida fait remarquer que le verbe "différer" dit aussi bien "ne pas être identique" que "reporter" ; en revanche, le substantif dérivé, "différence", ne porte pas ce second sens. Ainsi, "différance", propose Derrida « devrait compenser cette déperdition de sens » (), le a « provenant immédiatement du participe présent (différant) et nous rapprochant de l'action en cours du différer, avant même qu'elle ait produit un effet constitué en différent ou en différence. » (). Derrida souligne qu'en français la terminaison en "ance" « reste indécise "entre" l'actif et le passif » () et rappelle ainsi deux motifs que Saussure estimait inséparables et corrélatifs : l’"arbitraire du signe" et son "caractère différentiel". « Il ne peut y avoir d'arbitraire que parce que le système des signes est constitué par des différences, non par le plein des termes. » (). La signification ne s'annonce qu'à partir du fonctionnement d'un réseau d'oppositions et de distinctions ; c'est-à-dire de différences « sans termes positifs » (). Les mots ne sont pas des noyaux compacts. Par conséquent, « le concept signifié n'est jamais présent en lui-même, dans une présence suffisante qui ne renverrait qu'à elle-même. » (). Tout concept s'inscrit nécessairement dans une chaîne, dans un jeu de différences. La différence est « le mouvement de jeu qui "produit" [...] ces différences, ces effets de différence » (). La différence est le mouvement « producteur » des différences : elle est le « processus » par lequel les signifiants se substituent à l'infini, entraînant le besoin d'un idéal qui porterait son sens au langage . Contemporain du structuralisme, Derrida a repensé la différence qui, chez Ferdinand de Saussure ("Cours de linguistique générale"), donne sens aux éléments signifiants par rapport à la répétition de la trace durable de l'institution d'un signifié, comme absence au cœur de la présence. Aussi, la « trace » ne permet pas de remonter à une quelconque origine : les concepts diffèrent, ne sont jamais pleinement en eux-mêmes et sont intriqués malgré leurs apparentes oppositions : il n'y a aucune vérité première externe puisque le supplément constitue l'origine, il n'y a aucune différence transcendantale à poursuivre. Le philosophe Mikel Dufrenne s'oppose aux pensées qui donnent le primat à l'expérience de l'absence pure, en particulier Heidegger, Blanchot et Derrida. C'est en absolutisant l'absence, ou en en faisant le ressort de tout ce que nous croyons trouver de consistant, que la philosophie prête le flanc aux théologies négatives, et donc à la réintroduction d'une forme de religiosité en philosophie. Ainsi la différance est-elle un " concept non conceptualisable ", échappant à toutes les catégories du connaître mais se trouvant à leur source même, à la manière dont le Dieu des mystiques ou l'Un néo-platonicien est ineffable car " au-delà de l'être ". Déconstruction. Derrida a la réputation d'être un écrivain difficile, exigeant pour son lecteur, même pour des philosophes. Son style est dense, il pratique de nombreux jeux de mots et affectionne les allusions. Sa lecture, souvent déconcertante et nécessitant de nombreuses relectures, révèle des ouvertures sur l'avenir de la philosophie. Sa remise en cause d'Husserl et plus largement de la philosophie occidentale le conduit à déconstruire l'approche phénoménologique : pour lui, l'écrit a longtemps été négligé au profit de la parole. Il fait alors la chasse aux impasses méthodologiques. Ce travail prend place dans l'introduction de l"'Origine de la Géométrie". De Platon ("Phèdre") à Rousseau et Lévi-Strauss, il dénonce la primauté traditionnelle de la parole, conçue comme « vie » et « présence », sur l’écriture. Il désigne ce système métaphysique comme "logocentrisme", voire "phallogocentrisme". Il « déconstruit » donc la métaphysique occidentale, fondée sur la détermination de l’être en tant que présence, en mettant à jour les présupposés qui la sous-tendent et les apories auxquelles elle mène. En particulier, il s'agit de découvrir, dans les textes de la tradition, l'articulation binaire de concepts que la métaphysique prétend distinguer dans leur pureté : Chacune de ces oppositions est complice des autres et constitue un ensemble de valeurs qui dépassent le cadre philosophique : cette binarité est proprement politique et dévalorise systématiquement l'un des termes, pensé comme « accident », « parasite », « excrément ». Or, le langage, même oral, ne signifie qu’en impliquant mort ou absence du référent : l'itérabilité qui fonde la possibilité du signe inscrit à même celui-ci la coupure de son « origine », la décontextualisation, l'absence du locuteur. Le sens suppose en son cœur absence de référent et de la conscience, car il se déploie dans l’intervalle qui les sépare, dans la convention linguistique qui rend tout signe par définition détachable de son contexte. Cependant, le travail de la déconstruction assume de ne jamais se libérer pleinement de ce qu’elle démystifie : elle travaille à même les concepts, en joue pour les jouer contre eux-mêmes, cherche à "déplacer" les oppositions sans prétendre les anéantir. Le désir de présence qui habite le désir de sens (que la chose visée soit donnée en tant que telle dans la visée) est contradictoire, puisque le sens n'émerge que dans sa « mortifère » itérabilité. Derrida éprouve un cœur d’opacité au cœur du rationnel, identifié comme défaut nécessaire et originaire de présence, comme écart originaire. Selon le sociologue allemand Norbert Elias, cette déconstruction est simplement une analyse critique. Trace. Du fait que dans la langue, il n'y a que des différences, un jeu de différences (cf. "La différance", in "Marges – de la philosophie", Éditions de Minuit, 1972, (), et non des termes positifs, qui seraient « pleins », pleinement présents à eux-mêmes, sortes de noyaux stables autonomes, Derrida propose d'appeler « trace » ce qui permet le procès de la signification, à savoir le fait pour un élément de la langue de garder « en lui la marque de l'élément passé » et de se laisser « déjà creuser par la marque de son rapport à l'élément futur » (). Illustrant le jeu de la différence, la trace n'est ni l'absence ni la présence : « La trace n'[est] pas une présence mais le simulacre d'une présence qui se disloque, se déplace, se renvoie, n'a proprement pas lieu, l'effacement appartient à sa structure [...] » (). Le présent « devient une fonction dans une structure de renvoi généralisé ». Plus généralement, le concept de trace tel que Derrida l'élabore permet de contester d'une certaine façon (déconstruire) l'autorité du "présent", de la conscience pleine, du "comme tel" (auquel la philosophie a toujours cru et sur lequel elle s'est fondée), l'autorité de l"'essence", du "signifié transcendantal", etc. (). Dissémination. "La dissémination" est un essai paru d'abord en 1969 dans la revue "Critique" et qui a ensuite pris place à la fin d'un ouvrage auquel il a donné son nom, en 1972 aux Éditions du Seuil (Paris), ouvrage composé de trois textes, soit "La pharmacie de Platon", "La double-séance" et "La dissémination". Cet essai () s'appuie notamment sur certains textes de Mallarmé et des romans de Philippe Sollers ("Drame", "Nombres"...) pour développer un « concept » inscrit, comme le dit Derrida dans la « chaîne ouverte de la différance, du " supplément ", de l' " écriture ", du " gramme ", du " pharmakon " [...]. "Dissémination" ne veut rien dire en dernière instance et ne peut se rassembler dans une définition [...]. Si on ne peut résumer la dissémination, la différence séminale, dans sa teneur conceptuelle, c'est que la force et la forme de sa disruption "crèvent" l'horizon sémantique ». On peut dire de la dissémination qu'elle est, qu'elle porte ou permet une « critique » du sémantisme (naïf ou non), une « critique » du thématisme, une « critique » du simple contenu. L'écriture fonctionnerait sous un mode - le mode de la dissémination - qui fait en sorte que le « contenu compris par le lecteur » ne pourra jamais être considéré comme final, total, etc. Ce n'est pas que ce que le lecteur comprend lors de sa lecture est « faux » ou « illusoire », mais plutôt que cette compréhension est contingente, qu'elle ne demeurera pas la même dans l'avenir. Ce qui dure et se transmet dans la lecture n'est pas une forme fixe, mais une chose qui ne doit jamais être enfermée, ni dans une structure qui en limite les possibilités d'interprétation, ni dans un système où toutes les interprétations se valent, où tout sens devient complètement relatif. Don. Derrida a publié deux volumes thématisant le don : "Donner le temps", aux Éditions Galilée en 1991, et "Donner la mort", texte paru d'abord dans le collectif "L'éthique du don", éd. Métailié Transitions en 1992, repris en volume chez Galilée en 1999. On peut ajouter d'autres articles évoquant le don, notamment "Du « sans prix », ou le « juste prix » de la transaction", texte paru dans le collectif "Comment penser l'argent ?", Le Monde Éditions 1992. Résumé en une proposition, le don selon Derrida, pour qu'il y en ait, et s'il y en a, c'est ce qu'on ne peut ni ne doit savoir, cela afin qu'il n'y ait aucune place pour une réappropriation narcissique. Le don est ce qui doit « interrompre le cercle économique du même » ("Donner le temps", " op. cit." ) et c'est pour cela qu'il faudrait, à la limite, ne pas savoir que l'on donne ni ce que l'on donne. Le don a donc un rapport avec le secret. Un don digne de ce nom serait « un don qui n'est pas présent » ("Donner la mort, op. cit". ). Derrida évoque alors le « don de quelque chose qui reste inaccessible, donc non présentable et par conséquent secret. L'événement de ce don lierait l'essence sans essence du don au secret. Car un don, pourrait-on dire, s'il se faisait connaître comme tel au grand jour, un don destiné à la reconnaissance s'annulerait aussitôt. ». Dans "Donner le temps", Derrida tente de définir les rapports entre le don, le sacrifice et l'aumône : « Le sacrifice ne propose son offrande que sous la forme d'une destruction contre laquelle il échange, espère ou escompte un bénéfice, à savoir une plus-value ou du moins un amortissement, protection et sécurité. [...] Dès lors que l'aumône est réglée par de la ritualité institutionnelle, elle n'est plus un don pur – gratuit ou gracieux, purement généreux. Elle devient prescrite, programmée, obligée, autrement dit liée » (). Événement. L'événement est pour Derrida ce qui ne se laisse pas anticiper. « La puissance ou la pulsion d'archivation peut ouvrir à l'avenir, à l'expérience de l'horizon ouvert : anticipation de l'événement à venir et à ce qu'on pourra en garder en l'appelant d'avance. Mais du même coup, cet accroissement, cette intensification de l'anticipation peut aussi bien annuler l'avenir. C'est le paradoxe de l'anticipation. L'anticipation ouvre à l'avenir, mais du même coup, elle le neutralise, elle réduit, elle présentifie, elle transforme en mémoire, en futur antérieur, donc en souvenir, ce qui s'annonce comme à venir demain ». « L’événement, l'autre, c'est aussi ce qu'on ne voit pas venir, ce qu'on attend sans attendre et sans horizon d'attente » L'événement doit crever l'horizon d'attente, il doit me surprendre absolument, ne pouvoir être résorbé d'avance. Sans quoi rien n'arrive vraiment qui soit autre. Mort et deuil. Les « thèmes » de la mort et du deuil sont évoqués dans presque tous les textes de Derrida. Mais c'est surtout dans "Mémoires - pour Paul de Man", "Spectres de Marx", " Apories" et "Chaque fois unique la fin du monde" qu'ils sont le plus thématiquement développés. Dans " Le théâtre de la cruauté et clôture de la représentation ", Derrida évoque la mort à partir de l'horizon de la dialectique : « [la dialectique] est le mouvement indéfini de la finitude, de l'unité de la vie et de la mort, de la différence, de la répétition originaire, c'est-à-dire l'origine de la tragédie comme absence d'origine simple » (). Cette idée d'unité de la vie et de la mort sera développée dans le séminaire de la fin des années 1970 (non encore publié) intitulé : "La vie la mort". Dans "La dissémination" (1971), à partir de la problématique de la trace comme renvoi et répétition qui excède le désir de propre, Derrida explicite un mouvement du texte de Sollers qu'il analyse en notant que celui-ci compose « avec le désir (du propre), [compte] avec les contradictions de ses forces (car le propre limite la disruption, garde contre la mort, mais regarde aussi vers elle ; la propriété absolue, la proximité indifférenciée de soi à soi est un autre nom de la mort [...] » (). Plus précisément, c'est donc dans "Spectres de Marx" (1993) que Derrida développe une série de remarques au sujet de la mort, du travail du deuil (notamment ), de l'impossibilité d'opposer strictement le vivant au non-vivant (). Page 224, on peut lire que « la mort n'est pas au-delà, hors de la vie, sauf à y inscrire l'au-delà au dedans, dans l'essence du vivant. » Plus loin, () est évoquée « la question de la-vie-la-mort », ouvrant à « une dimension du sur-vivre ou de la survivance irréductible et à l'être et à quelque opposition du vivre et du mourir. » Dans "Points de suspension", la question du deuil est abordée ainsi : « [La] portée de l'autre mortel " en moi hors de moi " instruit ou institue mon " moi " ou mon rapport à " moi " dès avant la mort de l'autre [...] Je parle du deuil comme de la tentative, toujours vouée à l'échec, un échec constitutif, justement, pour incorporer, intérioriser, introjecter, subjectiver l'autre en moi. Avant même la mort de l'autre, l'inscription en moi de sa mortalité me constitue. Je suis endeuillé donc je suis – mort de la mort de l'autre, mon rapport à moi est d'abord endeuillé, d'un deuil d'ailleurs impossible ». À la page suivante, Derrida dit encore : « Le deuil serait plus originaire que mon être pour la mort. » Dans "Apories", Derrida tente de démontrer l'insuffisance de l'affirmation de Heidegger selon laquelle seul le "Dasein" a un rapport à la mort "comme telle", à la mort comme possibilité de l'impossibilité de l'existence. Derrida demande () : « comment une possibilité (la plus propre) en tant qu'impossibilité peut encore apparaître en tant que telle sans disparaître aussitôt, sans que le "comme tel" sombre d'avance et sans que sa disparition essentielle fasse perdre au Dasein tout ce qui le distingue [...] de la bête. » Et un peu plus loin () : « les animaux ont un rapport très signifiant à la mort [...] même s'ils n'ont pas rapport à la mort "comme telle" et au " nom " de mort comme tel. [...] Mais l'homme non plus, justement ! ni l'homme en tant que Dasein [...] » [Cf. également les conclusions que Derrida en tire dans les pages suivantes, surtout les pages 134 et 135. Dans "Mémoires pour Paul de Man" on retrouve également la problématique du deuil, dans ses rapports au récit, à la mémoire, etc. Dans "Chaque fois unique la fin du monde", on citera ces deux assertions entre beaucoup d'autres : « la mort commence son œuvre avant la mort » (), « le deuil est le phénomène de la mort et c'est le seul phénomène derrière lequel il n'est rien » (). Critiques et postérité. Phénoménologie. Derrida a consacré ses premiers travaux à la pensée de Husserl : en 1954, encore étudiant de philosophie à l'École normale supérieure, il rédige un « mémoire pour le diplôme d'études supérieures » intitulé : "Le problème de la genèse dans la philosophie de Husserl" (mais qui ne sera publié qu'en 1990, aux PUF). En 1959, il prononce une conférence : « “Genèse et structure” et la phénoménologie », qui sera reprise dans "L'écriture et la différence". En 1962, il écrit une très longue introduction à un écrit tardif de Husserl : "L'Origine de la géométrie". En 1966, il livre une introduction à la pensée de Husserl intitulée : “La phénoménologie et la clôture de la métaphysique” (texte paru en langue grecque, traduction Roxane Argyropoulos), qui ne sera publié en français qu'en 2000 dans la revue "Alter". En 1967, un volume paraît, qui est consacré au problème du signe dans la phénoménologie de Husserl, et qui a pour titre : "La voix et le phénomène", ainsi qu'un essai : “ La forme et le vouloir-dire ”, sous-titré : “ note sur la phénoménologie du langage ”, sur le même sujet, repris en 1972 dans "Marges – de la philosophie". Réception américaine. « Héros culturel » aux États-Unis selon Jean-Louis Hue du "Magazine Littéraire", il a reçu 21 fois un doctorat "Honoris causa", de plusieurs universités. Derrida déclarait avant sa mort au journal "L'Humanité" : « Je n'ai jamais fait de longs séjours aux États-Unis, le plus clair de mon temps ne se passe pas là-bas. Cela dit, la réception de mon travail y a été effectivement plus généreuse, plus attentive, j'y ai rencontré moins de censure, de barrages, de conflits qu'en France. ». Son œuvre constitue l'un des piliers de l’école dites de la « Théorie Française ». Mais un " rationaliste classique " comme Chomsky récuse complètement la pensée de Derrida " On va d'une absurdité à l'autre - stalinisme, existentialisme, structuralisme, Lacan, Derrida - les unes obscènes (le stalinisme) et d'autres simplement infantiles ou ridicules (Lacan et Derrida) " . Derrida bénéficie d'une reconnaissance qui va au-delà du monde universitaire. Par exemple, le film de Woody Allen", Deconstructing Harry" (en 1997, traduit en français par "Harry dans tous ses états"), est une référence directe aux travaux de cet auteur. Cette référence, Derrida la jugera d'ailleurs pauvre et décevante au regard de la complexité de ce « concept ». Philosophie analytique. Derrida est un philosophe rejeté par la très grande partie de la philosophie analytique. Ses premiers travaux de portée internationale sont vivement critiqués. Dans son essai sur le philosophe anglais John L. Austin et sa théorie des actes de langage, Derrida est ainsi accusé d'énoncer des , l'attaque la plus rude étant venue du philosophe américain John Searle, continuateur de la pragmatique d'Austin, qui dit de Derrida que « sur différents points cruciaux, il ne comprend pas la position d'Austin et [...] l'expose incorrectement ». Searle aimait reprendre un trait d'esprit selon lequel Jacques Derrida était le genre de philosophe qui donne une mauvaise réputation au "bullshit" (l'identité de l'auteur originel de la remarque est cependant incertaine). Une lettre ouverte signée par Barry Smith et différents philosophes, parmi lesquels W. V. Quine, fut publiée en 1992 par le quotidien anglais "The Times" pour s'opposer à ce que l'université de Cambridge décerne à Derrida un doctorat "honoris causa". Cette lettre reprocha notamment aux travaux de Derrida « leur inadéquation aux standards de clarté et de rigueur » et mentionne que « beaucoup de philosophes français ne voient en M. Derrida que la cause d'un embarras silencieux ». Sociologie. Concernant la forme, le sociologue allemand Norbert Elias considère que " Derrida manie la langue française d'une manière très idiosyncrasique. Il se soucie peu du fait que la langue a pour fonction première d'être un moyen de communication entre les gens. Il crée sa propre version de la langue française, et laisse au lecteur désireux de s'initier le soin d'apprendre le français derridien. " Concernant le fond, Norbert Elias met en avant le flou du projet derridien : " Derrida se propose de soumettre la philosophie métaphysique à une même entreprise de déconstruction, en laissant ses lecteurs se débrouiller pour deviner s'il entend par là une simple destruction de la métaphysique ou sa destruction suivie d'une nouvelle construction. " Si son projet est bien de déconstruire la philosophie, " force est de constater qu'il a échoué ", selon Elias. " En déconstruisant certaines philosophies métaphysiques anciennes, il n'a fait qu'en construire une nouvelle. " Anthropo-sémiotique. Au , l'évolution technologique conduit des chercheurs issus de diverses disciplines à s'interroger sur la trace sous toutes ses formes (numériques, biologiques, environnementales, etc.). Dans ce contexte, s'appuyant sur l'idée que la trace est "l' " origine absolue du sens en général " (...) "," qu'elle " "est la" différence "qui ouvre l'apparaître et la signification" " tout en ""articulant le vivant et le non-vivant en général" " (cf. Derrida J., "De la grammatologie", p.95), apparaît un courant de l'anthroposémiotique qui place la notion de trace au coeur des interactions entre le monde et l'humain. L'universitaire française qui est à son origine - Béatrice Galinon-Mélénec - propose de définir la trace en tant que conséquence - " conséquence-trace " - ce qui lui permet de proposer une "Ichnologie" applicable au passé, au présent et au futur et une définition de l'humain en tant que "Ichnos-Anthropos." Bien que la terminologie s'inspire du grec ("Ichnos =" trace) et que l'auteure soit influencée par les philosophes dont l'écriture fait l'objet de nombreuses critiques (Derrida, Bourdieu, etc), le style vise à transmettre une pensée qui éclaire les questions que la trace pose à ses contemporains. Derrida et la psychanalyse. Dans un article sur les rapports complexes de Jacques Derrida avec la psychanalyse, Philippe Cabestan rapporte ces propos assez péremptoires du philosophe au cours d'un « dialogue » avec la psychanalyste Élisabeth Roudinesco : . Toutefois, estime Cabestan plus loin dans son article, et à la différence par exemple de celle de Paul Ricoeur , il y a une de Freud chez Jacques Derrida qui . Il s'agit surtout pour lui de . Traduction. Son traducteur en anglais analyse le style derridien : Œuvres. Ouvrages. Jacques Derrida est l'auteur de plus de quatre-vingts livres. Filmographie. Jacques Derrida a fait des apparitions dans deux films : Quelques films lui sont consacrés : Captation audiovisuelle
James Henry Breasted James Henry Breasted (né le à Rockford (Illinois), mort le à New York) est un archéologue américain. Biographie. James Henry Breasted étudie à l'université de Berlin, et prépare une thèse de doctorat sous la direction d'Adolf Erman. Il soutient sa thèse parue à Berlin en 1894, et devient ainsi le premier américain titulaire d'un doctorat en égyptologie. Dans sa thèse, il est le premier à souligner l'importance de l'étude de la révolution monothéiste d'Akhenaton pour la compréhension du monothéisme biblique. Thèse reprise plus tard par Freud dans "L'homme Moïse et la religion monothéiste". Il devient enseignant à l'université de Chicago peu de temps après, et professeur d'égyptologie et d'histoire de l'Orient à l'université de Chicago, après un séjour de cinq ans en Égypte. Il a publié de nombreux ouvrages et articles. Il a conduit des expéditions archéologiques en Égypte, en Mésopotamie, en Palestine, et en Perse. Breasted est à l'origine de la fondation de l'Institut oriental de Chicago, et 1919, et en a assuré la présidence. On attribue à Breasted la création du terme ; ce terme se trouve en effet dans son livre .
Jeu de rôle sur table Le jeu de rôle sur table (de l'anglais ') ou jeu de rôle papier (d'après '), simplement appelé jeu de rôle ou JDR par ses pratiquants, est un jeu de société dans lequel les participants conçoivent ensemble une fiction par l’interprétation de rôles et par la narration, dans le cadre de contraintes de jeu qu’ils s’imposent. Les joueurs de jeu de rôle sont appelés « rôlistes ». Dans sa forme traditionnelle, ce jeu rassemble les joueurs durant la partie autour d'une table, avec communément pour accessoires des dés et feuilles de papier. Il rassemble aussi des joueurs pour des parties sur Internet, et a inspiré d'autres formes de jeux de rôle ludiques tels que le grandeur nature et certains jeux vidéo. Description. Jeu de rôle en tant qu'objet, produit. Les jeux de rôle ont habituellement deux dimensions importantes : les règles du jeu, et la description de l'univers fictionnel, le cadre imaginaire dans lequel se déroulent les parties. Un jeu de rôle est donc essentiellement un texte, le plus souvent accompagné d'illustrations. Un jeu de rôle se présente ainsi traditionnellement sous la forme d'un livre ou d'une gamme de livres contenant les règles et des informations sur l'univers du jeu, mais il est parfois vendu sous la forme de boites contenant divers accessoires supplémentaires (dés, cartes, feuilles de personnages, etc). Il peut aussi être distribué sous forme électronique (livre numérique). Le code Dewey pour la classification en bibliothèques est 793.93. La taille des livres varie grandement. On peut trouver des micro-jeux ; citons par exemple "In medias res" qui tient sur huit pages au format A7 (équivalent d'une page A4), soit environ , , décomposé en une page de titre, cinq pages de règle et deux pages pour l'univers fictionnel. Le site Internet Scriiipt.com a organisé un concours consistant à créer un jeu de rôle en . À l'opposé, les règles de "Donjons et Dragons" se présentent sous la forme de trois livres — "Manuel des joueurs", "Guide du maître" et "Manuel des monstres" — de plusieurs centaines de pages : pour l'édition 3 "(D&D3)", chaque manuel comporte (soit au total), et l'univers fictionnel est développé dans d'autres ouvrages. Un jeu comprend souvent plusieurs ouvrages, le Guide du rôliste galactique utilise d'ailleurs le terme de « gamme ». Dans la très grande majorité des cas, il faut au moins posséder un ouvrage pour pouvoir jouer, ouvrage que l'on appelle « livre de base » (LdB) dans le jargon rôliste. Pour Isabelle Périer, le livre de base doit à la fois être un mode d'emploi didactique, et en même temps un support de rêverie, afin d'être attractif pour le meneur et les joueurs et de faciliter l'immersion. Ce rôle d'immersion peut être assuré par : Un jeu de rôle est donc (en général) un ouvrage à lire. Certaines personnes prennent un plaisir à lire des ouvrages de jeu de rôle sans y jouer, notamment par le fait qu'ils évoquent des univers et des potentiels d'aventures dans lequel l'esprit du lecteur peut vagabonder. Jeu de rôle en tant que pratique : la partie de jeu de rôle. Du point de vue de sa forme, une partie de jeu de rôle consiste essentiellement en des dialogues. Une partie de jeu de rôle est donc essentiellement un groupe de personnes, au minimum deux, sans besoin de matériel spécifique. Pour Ludovic Schurr, un jeu de rôle est la réunion de plusieurs composantes : Dans la pratique, le groupe de joueurs dispose en général de matériel : Comme tous les jeux, il peut se décrire sous la forme d'une procédure. La procédure générale est : Le jeu se termine lorsque l'histoire ainsi créée trouve un aboutissement : conclusion d'une enquête, réalisation ou échec d'une mission, stabilisation d'une situation… Vivien Féasson propose de décomposer le jeu en séquences élémentaires du type : Le support de l'imaginaire est très important. Des dés, du papier et des crayons constituent l'essentiel des accessoires nécessaires pour jouer. Les rôlistes font une interprétation du rôle de leur personnage. Le jeu de rôle se distingue des autres jeux de société car il n'y a généralement ni gagnant ni perdant. Il constitue une forme interactive de conte, basée sur des relations sociales et collaboratives plutôt que sur la compétition. Le but du jeu est simplement le plaisir qu'on éprouve à participer à une histoire, à interpréter un rôle et à faire évoluer son personnage pour le rejouer dans une partie future. Une partie ou séance réunit un groupe de joueurs. La fréquence des séances de jeu est très variable : quotidienne, hebdomadaire, mensuelle… Une séance dure généralement plusieurs heures suivant l'envie et la disponibilité des participants. La tradition "rôliste" veut qu'une bonne partie de jeu se mesure en quatre à huit heures, voire douze heures et plus, agrémentées de pauses ; on peut avoir des parties courtes de l'ordre de deux heures. Tout dépend de la longueur de l'aspect simulationniste des règles et/ou de la capacité des joueurs à rentrer dans l'ambiance. La manière dont est organisée la table dépend de la manière de jouer, et notamment de la responsabilité de chaque joueur. Dans les jeux de rôle dits « classiques » ou « traditionnels », un des joueurs endosse le rôle du meneur de jeu (MJ). Le meneur de jeu détient l'autorité générative et résolutive la plus haute parmi les participants. Dans ce cadre, il a la responsabilité : Dans les jeux dits « à autorité distribuée » ou « à responsabilité distribuée », il n'y a pas de scénario ni de meneur de jeu, ou plutôt chaque joueur a une part de la responsabilité du MJ et de la création de la trame : soit à chaque instant, soit à tour de rôle. On parle parfois de « jeu sans MJ », même si l'expression « jeu à multiple MJ » serait plus exacte, et parfois de « jeu narratif ». Il y a en fait un continuum entre ces deux situations extrêmes. Dans tout jeu de rôle, il y a un partage de l'autorité, de la responsabilité de la narration, mais le degré de partage, de « serré » à « large », varie selon le jeu pratiqué et le groupe de joueurs. Définition. Jeu de rôle en général. Le jeu de rôle, dans sa forme la plus générale, peut être défini comme étant . Joseph Young parle quant à lui de « l'espace imaginaire commun », pour désigner ce qui est commun dans la manière dont chacun des joueurs imagine l'histoire. La définition ne se limite pas aux jeux de rôle sur table et inclut les jeux de rôle grandeur nature, soirées enquête et "murder parties". Pour Olivier Caïra, le jeu de rôle est : Les jeux de rôle sont divers, mais ils suivent tous quelques règles générales : Jeu de rôle classique. Dans les jeux de rôle « classiques », un joueur est appelé « meneur de jeu » (MJ) et a un rôle particulier : Le jeu de rôle « classique » peut ainsi être défini de manière plus restrictive : La Fédération française de jeux de rôle a adopté la définition suivante : Le Guide du rôliste galactique utilise les critères suivants pour savoir si un jeu peut figurer dans leur base de données : il faut être plusieurs pour faire une partie de JdR. Pas forcément plusieurs au même endroit, mais il faut des relations — visuelles, vocales, électroniques, ou autres — entre au moins deux personnes. Ce qui exclut les livres-jeux où l'on est seul avec le livre, entre autres. Le second critère est la base sociale du jeu de rôle : le résultat d'une action est interprété — toujours — par un humain. Cela peut être plus ou moins aidé ou dirigé par les règles et le scénario, mais en fin de compte, c'est toujours un joueur ou groupe de joueurs qui décide des conséquences d'une action. Re-exit les livres-jeux, mais aussi les jeux sur ordinateur (en ligne ou non) quand c'est un logiciel qui détermine les conséquences des actions d'un personnage. À côté de ça, plusieurs critères peuvent intervenir qui sont communs à de nombreux jeux de rôle. Mais tous ne servent pas forcément, on trouve des exceptions. Ce sont : Il ne s'agit pas d'une définition de ce qu'est un jeu de rôle, mais simplement un critère de sélection, sachant qu'il ne leur est pas possible de chroniquer la totalité des jeux. Frontières du domaine « jeu de rôle ». Définir un domaine, c'est tracer ses frontières. Les manières de pratiquer le jeu de rôle étant diverses, on peut donc tenter de définir ce qu'elles ont en commun et quels sont les jeux qui s'en approchent mais qui ne sont "pas" des jeux de rôle. Une partie de jeu de rôle est un dispositif qui met en œuvre Les différentes manières de jouer forment un continuum au sein de ce domaine. Parmi les jeux s'approchant de ce domaine mais n'en faisant pas partie, on peut citer : Forme de littérature orale. Le jeu de rôle consiste généralement à créer oralement une histoire. C'est donc une forme de littérature orale. Jessica Hammer distingue trois niveaux d'autorité : Vivien Féasson note que le jeu de rôle est une activité par essence métafictionnelle : Selon lui, l'un des rôles du meneur de jeu est d'atténuer cette dimension métafictionnelle en cadrant les choix proposés aux autres joueurs, et en leur évitant ainsi d'avoir à réfléchir sur le déroulement même de la fiction. Le meneur de jeu peut ainsi faciliter l'immersion des joueurs. Média. Une partie de jeu de rôle consiste essentiellement en des échanges entre joueurs : échanges verbaux, mais aussi parfois écrits — échanges de petits papiers, écrits reproduisant des éléments de la fiction (éléments intra-diégétiques comme des coupures de journaux ou des lettres) —, graphiques (dessins, illustrations) ou sonores (musique, bruitages, onomatopées). En tant que moyen de diffusion permettant la communication de façon multi-latérale par un échange d'informations, c'est donc un média. Selon Sébastien Delfino, le jeu de rôle est un : Cette dimension médiatique prend de l'importance avec la notion d'intertextualité et de transmédialité : un certain nombre d'œuvres ou d'univers fictionnels sont déclinés selon plusieurs médias : vidéo (film, série télévisée, web série), livres (romans, nouvelles), jeux vidéo, jeux de société, et donc éventuellement jeu de rôle. Par exemple, "Donjons et Dragons" est initialement un jeu de rôle qui s'est décliné en jeux de société, films, série animée, romans, jeux vidéo, livres-jeux. Le jeu de rôle a d'ailleurs un certain nombre de points communs avec d'autres médias : Un certain nombre de jeux de rôle reprennent de manière officielle des œuvres, par une licence. Citons par exemple les premiers : ' (FGU, 1977), ' ( 1978), "" (, 1980), "L'Appel de Cthulhu" (Chaosium, 1981), "James Bond 007" (Victory Games, 1983), le "Jeu de rôle des Terres du Milieu" (ICE, 1984), "Marvel Super Heroes" (TSR, 1984) ou "La Compagnie des glaces" (Jeux Actuels, 1986). Selon Olivier Caïra, c'est précisément l'explosion des loisirs audiovisuels qui a permis de créer des références culturelles partagées par une communauté et qui a donné naissance au jeu de rôle. Le jeu de rôle est donc par essence intertextuel et transmédiatique. Par ailleurs, de nombreux meneurs de jeu adaptent leurs œuvres ou univers fictionnels préférés, ce que l'on pourrait rapprocher de la fanfiction. Le jeu de rôle a des spécificités qui doivent être prises en compte lors du passage d'un média à l'autre. Tout d'abord, contrairement aux médias « figés » — diffusant des fictions, comme les films, séries télévisées, romans —, en jeu de rôle, l'histoire est à écrire. Ensuite, le jeu de rôle est centré essentiellement sur les personnages joueurs. Origines et analogies. Le jeu de rôle, dans sa forme dite « primaire », est souvent mis en œuvre spontanément : ainsi, les enfants dans la cour d'école qui s'interpellent de la sorte — « On dit que tu es le gentil et moi le méchant ! » — pratiquent une forme simple du jeu de rôle. On peut décrire le jeu de rôle comme une réalité virtuelle sans ordinateur. On peut aussi le comparer à une histoire racontée au coin du feu, si chacun des participants raconte son histoire en l'ajoutant à la trame centrale, sans aucun support (dés...) durant la séance. On peut aussi faire l'analogie avec le théâtre d'improvisation, où un juge donne des éléments imposés à des acteurs. Histoire. Du jeu de guerre au jeu de rôle. Les débuts de l'histoire moderne du jeu de rôle se confondent avec l'extrême popularité des jeux de guerre, les jeux de simulation de batailles militaires, de la fin des années 1960. En 1967, David Wesely introduit une variation dans la manière de jouer aux jeux de guerre. Au cours d'une partie de jeu de guerre napoléonien se déroulant dans la ville fictive de Braunstein, dont il est l'arbitre (les deux camps jouent dans des pièces séparées et seul l'arbitre connaît la totalité des positions, pour simuler le brouillard de guerre), il a l'idée de faire jouer d'autres personnes en leur attribuant un rôle : maire, banquier, doyen de l'université. Il renouvelle l'expérience, et Dave Arneson participe à l'un de ces « jeux de "Braunstein" » en tant qu'arbitre. Ce jeu introduit l'identification entre un joueur et un personnage, et est cité par Dave Arneson comme une des inspirations du jeu de rôle. En , en s'inspirant du jeu allemand "Armageddon", un britannique, Hartley Patterson, crée "Midgard", un jeu par correspondance au cours duquel les joueurs, sous la direction d'un arbitre, explorent un monde inconnu en quête de trésors. Le concept est exporté aux États-Unis d'Amérique en 1972 par Thomas Drake sous le nom "Midgard II." Gary Gygax, de son côté, crée en 1971 un nouveau type de jeu de guerre lié à la parution du "Seigneur des anneaux" en 1966 aux États-Unis. Ce jeu de guerre, appelé "Chainmail", met en jeu pour la première fois des créatures fantastiques et de la magie. L'innovation qui doit permettre le passage au jeu de rôle est une règle optionnelle : une section permet le combat « un contre un » (ce que l'on nomme maintenant « échelle subtactique »). En effet, jamais auparavant une figurine n'avait représenté "un" individu, mais plutôt une armée ou une unité de combat. Le joueur peut donc s'y identifier. Le succès de cette innovation auprès des joueurs fait boule de neige. Gary Gygax et Dave Arneson publient en janvier 1974 "Donjons et Dragons", le plus célèbre et le plus ancien des jeux de rôle, proposant aux joueurs d'évoluer dans un monde médiéval-fantastique à la Tolkien en explorant les souterrains du sinistre "Donjon de Blackmoor". Ils créent le concept de jeu de rôle en voulant faire "vivre" leurs soldats en dehors des champs de bataille. Les mille exemplaires artisanaux de cette première édition trouvent rapidement preneurs. Une nouvelle édition, améliorée, voit le jour. D'autres éditeurs de jeux de guerre décident de se mettre à ces nouveaux jeux, dont certains comme "The Chaosium" et "Game Designers Workshop" auront un succès durable. Parmi les jeux notables de cette époque, l'on notera pour le médiéval-fantastique "Tunnels et Trolls" en 1975, "Chivalry and Sorcery" et "RuneQuest" en 1977, mais surtout "AD&D" (TSR), nouvelle édition plus complète de "Donjons et Dragons", qui fédérera l'essentiel des rôlistes jusqu'à la fin des années 1999. Entre 1980 et 1982 paraissent chez Iron Crown Enterprises les livrets du jeu "Rolemaster", où l'accent est mis sur la complexité des mécaniques des règles. En 1975 paraît la première revue consacrée aux jeux de rôle : "", dirigée par Lee Gold. Les thèmes se diversifient cependant très rapidement pour s'orienter notamment vers le western avec "Boot Hill" (TSR, 1975), et la "science-fiction" d'abord avec "Metamorphosis Alpha" (TSR, 1976), transposition de "Donjons et Dragons" dans un gigantesque vaisseau spatial, mais surtout "Traveller" (1977), premier véritable jeu de rôle de "space opera", suivi du jeu "Space Opera (jeu de rôle)" en 1980. Le premier jeu de rôle original en français, de thème médiéval-fantastique, est publié en 1983 : "L'Ultime épreuve". Par la suite, de très nombreux jeux font leur apparition dans tous les pays. Certains abordent la plupart des thèmes chers aux œuvres de fiction tels que le médiéval-fantastique, l'horreur, la science-fiction, le cyberpunk. D'autres s'inspirent plus de l'histoire ou de l'actualité, et quelques-uns proposent des thèmes insolites tels que les "toons", personnages de dessins animés. Donjons et Dragons. Créé dans les années 1970 par les Américains Gary Gygax et Dave Arneson, "Donjons et Dragons" fait partie des tout premiers jeux de rôles publiés, devenant l'un des précurseurs les plus illustres du genre. La première diffusion en France, confidentielle, de la version anglaise du jeu ouvrira la porte à une traduction, brisant ainsi la barrière de la langue et amenant à une popularisation du jeu. Le succès de "Donjons et Dragons" et des autres jeux de rôle est important : de 1974 à 1982, plus de deux millions et demi d'exemplaires sont vendus. En 1988, les ventes montent à d'unités pour ce seul jeu, chiffres jamais atteint par les jeux de guerre à l'origine des jeux de rôle. Dès les années 1980, "Donjons et Dragons", et de manière générale les jeux de rôle, sont vivement critiqués aux États-Unis. Plusieurs affaires de morts d'adolescents sont reliées abusivement au fait qu'ils jouaient à ce jeu. La disparition temporaire de James Dallas Egbert III, un étudiant de l'université du Michigan qui s'était caché dans les tunnels sous l'université (affaire connue sous le nom de "", "l'incident de la conduite de vapeur"), conduit le détective William Dear à mettre en cause le jeu, alors que l'adolescent souffrait notamment de dépression et d'addiction à la drogue. prétend que le jeu a des effets spirituels et psychologiques négatifs. Le jeu subit des attaques de la part de fondamentalistes chrétiens, comme Jack Chick. Cette stigmatisation a été condamnée, et des recherches académiques vont à l'encontre de ces allégations, et des éducateurs ont depuis soutenu que le jeu de rôle est bénéfique pour l'apprentissage de la lecture et de l'arithmétique. Âge d'or. En 1989 est publié "Hurlements", suivi en 1991 de "" et en 1992 de "Nephilim". Ces jeux sont plus axés sur les personnages, leur personnalité et leur interprétation par les joueurs. Ils mettent en avant la notion d'approche « narrative » du jeu, le but étant de bâtir une histoire, la logique est donc de faire primer la narration sur les jets de dés, le tout dans l'intérêt de l'ambiance. "Vampire" se focalise plus sur des conflits d'intérêts entre factions opposées, donnant au jeu une saveur politique en conférant un rôle central aux relations interpersonnelles et intrigues qui en découlent, et donc plus sur l'interprétation du rôle "(roleplaying)" que sur la progression de puissance à la "D&D". Ce concept remporte un vif intérêt, et l'atmosphère développée par "", dite « gothique-punk », se veut résolument « adulte ». Une révolution est en marche et beaucoup de jeux adoptent plus tard la même démarche. En 1995, le jeu de rôle fait son entrée dans le "Livre Guinness des records" avec une partie d'une durée homologuée à 79h 20s, record encore détenu par l'association Stalagmythes de l'ESC Tours. Changement de génération. En 1993 arrivent d'autres loisirs qui modifient le monde des jeux de rôle et de simulation : les jeux de cartes à collectionner (JCC). Le premier est "", un jeu de cartes à thème "médiéval fantastique". En parallèle, le jeu vidéo de rôle (souvent désigné par l'acronyme anglais "RPG") s'élargit pour devenir plus facile d'accès et mettant en avant le principe d'accumulation de puissance (points d'expériences et objets magiques) au détriment du jeu d'acteur (ou "roleplay"). Le public cible des jeux de rôle se détourne de ceux-ci, au point que Wizards of the Coast, le créateur de "Magic", rachète TSR, la plus importante société produisant des jeux de rôle, dont "Donjons et Dragons". Le milieu rôliste subit un ensemble de changement de pratiques durant les années 1990, liés notamment à la croissance d'autres supports tels que les jeux vidéo. Années 2000. Quatre phénomènes majeurs apparaissent dans les années 2000 : la licence ludique libre, la possibilité d'auto-édition par Internet, l'éclosion du narrativisme, et les jeux « à l'ancienne » "()". Dans le domaine du jeu de rôle « classique », l'éditeur Wizards of the Coast crée la licence ludique libre OGL "()", qui permet la réutilisation gratuite du système de jeu "d20 system", décrit dans les ouvrages de "Dungeons & Dragons" éd., sous certaines conditions. Cette ouverture de licence, à l'image du domaine du logiciel libre, crée une dynamique importante : de nombreux éditeurs créent du matériel de jeu — univers fictionnels, scénarios — sans avoir à créer un jeu complet, et le "d20 system" est « copié » pour donner naissance à de nombreux jeux. Plusieurs éditeurs, sans lien avec le "d20 system", choisissent d'éditer leur jeu selon cette licence OGL, par exemple le "D6 System (Open D6)" ou l"EW-System". Parallèlement, le développement de l'Internet permet à des projets amateurs de mûrir. Un certain nombre de projets attirent l'attention d'un public formant une communauté participant au développement et à la popularité de ces jeux ; ceci se concrétise parfois par une publication professionnelle. Le marché des jeux indépendants "(indies)" se développent. Le développement de l'édition numérique, notamment au travers de la plateforme d'impression à la demande DriveThru/Rapidejdr, permet à l'offre de se diversifier considérablement. Cela aboutit à une fragmentation encore plus importante du marché. Enfin, l'Internet fournit également la possibilité d'échanger des idées. Au sein de la communauté indépendante, des nombreux auteurs réfléchissent sur les mécanismes de jeu "()". Ils s'intéressent en particulier aux « attentes créatives » des joueurs "()". Les jeux de rôle issus de cette démarche sont souvent qualifiés de « narratifs » ou « narrativistes ». Ces jeux permettent en général de jouer des sessions courtes, de l'ordre de deux heures, et sans préparation, et convient bien à la première génération de rôlistes, quadra-quinquagénaire, actifs et ayant souvent une vie de famille, qui ne peut plus consacrer autant de temps au jeu. La fin des années 1990 et le début des années 2000 sont marqués par un déclin important des ventes, souvent attribué à deux phénomènes : la concurrence des jeux de cartes à collectionner des jeux vidéo de rôle, captant un public jeune qui se serait tourné auparavant vers les jeux de rôles, et le vieillissement des premières générations de rôlistes qui n'ont plus le temps de jouer. Malgré cela, de nombreux jeux de rôle continuent à être édités, même si le marché reste un marché de niche, avec quelques milliers d'exemplaires vendus par an pour les jeux les plus courus. Le jeu de rôle atteint un point d'équilibre et se cherche un nouveau souffle en essayant de se tourner vers un public plus large ; par exemple, la de "Dungeons & Dragons", parue en 2008, est explicitement conçue pour attirer les joueurs de jeux vidéo. Dans la deuxième moitié des années 2000 apparaissent des « rétro-clones » de "Donjons et Dragons", c'est-à-dire des jeux inspirés, voire reprenant, les premières versions du jeu, en les rationalisant. La commercialisation de ces jeux a été impulsée par la licence OGL, qui a stimulé la créativité autour du jeu "D&D", et a atténué la notion de plagiat. Ce mouvement est appelé "“”", le jeu « à l'ancienne », ou OSR "()". Outre l'aspect nostalgique et le « retour » à des parties de type « porte, monstre, trésor » (PMT), les jeux mettent en avant des règles simples, et une grande liberté des joueurs : si un joueur veut faire quelque chose, il le déclare, et le meneur de jeu accepte le résultat si le joueur est convaincant, ou bien il improvise une règle. Ce dernier point, le « de la maîtrise, pas des règles » "()", ou encore « initiative des joueurs plutôt que capacités des personnages » "()", caractérise pour certains le mouvement "". Années 2010. La fin des années 2000 a vu l'émergence d'un nouveau mode de financement : le financement participatif ou « foulancement » "()". Un certain nombre de jeux de rôle y ont recours, les campagnes financement atteignant des sommes faramineuses : pour "Sea edition" en , le record en France étant de pour la traduction française "L'Appel de Cthulhu" éd. en . Le site Ulule relève qu'à la date du (donc depuis l'ouverture du site fin 2010), différentes avaient souscrit à un projet concernant les jeux de rôle, pour une centaine de projets ayant entre 18 et (pour une médiane de ). Sur la plateforme Ulule, en 2016, la participation moyenne d'un souscripteur pour un jeu de rôle approche les . Le phénomène a soulevé plusieurs polémiques : Par ailleurs, le jeu de rôle a fait son entrée dans le domaine des études universitaires, en particulier dans le domaine de la sociologie (Laurent Trémel et Olivier Caïra en France), de la littérature comparée (Isabelle Périer, Coralie David) et du "game design". Certains utilisent le néologisme « jeuderologie ». Il est l'objet de plusieurs colloques. Au début de l'année 2020, l'éditeur Wizard of the Coast estime que : Chronologie. Évidemment, cet historique n'est pas une chronologie exhaustive (il y a des centaines de règles publiées à ce jour), mais se veut un panorama de premières fois, et donne un aperçu des différents « mondes » (le contexte) de jeu, et des derniers courants de fond qui agitent le jeu de rôle. Limites et interactions du jeu de rôle. Se rassembler. Le jeu de rôle rassemble plusieurs joueurs autour d'une même table. Dans les jeux de rôle classiques, avec scénario et meneur de jeu, des apartés sont possibles entre joueurs ou entre le MJ et un ou plusieurs joueurs. Le jeu de rôle a pris son essor en tant que fiction verbale partagée à la première personne. L’histoire d’un petit groupe de personnages — un par joueur — dont les aventures sont dirigées par le scénario lui-même façonné par le meneur de jeu. Cependant, pour des raisons pratiques — le meneur du jeu gérant l'ensemble de l'univers extérieur aux personnages —, il est nécessaire que les joueurs soient rassemblés la plupart du temps, ce qui conduit à ce que leurs personnages agissent souvent de concert. C'est l'une des principales limites du jeu de rôle classique : les personnages incarnés doivent dès le départ former un groupe ayant des intérêts communs. Cette limitation peut poser des problèmes aux joueurs souhaitant interpréter des personnalités fortes, qui n'ont pas nécessairement leur place dans un groupe, mais cela amène justement un côté intéressant : la gestion des conflits au sein du groupe, pouvant se solder de plusieurs manières (mort ou retrait d'un personnage, changement de point de vue, etc.). Certains jeux nommés "jeux de rôles solos", ou "aventures en solitaire", font polémique au sein des communautés, pour savoir si ces jeux doivent être ou non considérés comme des jeux de rôle. Limite temporelle. Le jeu de rôle se veut ludique et bon enfant. Il se peut aussi qu'il soit immersif dans une certaine mesure. Une partie de jeu de rôle a toujours un début programmé et une fin dans le temps réel : on s'assoit autour d'une table entre amis pour passer un bon moment le temps d'une soirée. L'immersion (plus ou moins importante, suivant les jeux et la personnalité des joueurs et du meneur de jeu) dans le personnage et dans la narration d’une histoire a bien lieu entre ces limites. Richesse du jeu de rôle : les interactions. Une partie de jeu de rôle est donc une interaction entre les participants. Il s'agit de la construction collective d'une histoire imaginaire qui se déroule et prend forme au fur et à mesure de l'avancement de la partie. Il ne s'agit pas de la construction d'un récit ou d'un spectacle, l'objet du jeu de rôle est le plaisir des participants à vivre dans l'instant l'histoire en construction. On distingue classiquement deux sortes d'interactions : Selon les pratiques de jeu de rôle, chacun de ces niveaux peut avoir plus ou moins d'importance. Certains rôlistes s'attachent plus au jeu rationnel en cherchant par exemple à faire progresser les statistiques de leurs personnages ou encore à résoudre une énigme, ce qui peut se faire en excluant totalement l'interprétation du rôle. À l'inverse, l'interprétation du rôle peut revêtir pour d'autres rôlistes une importance considérable, les émotions du personnage étant le seul centre d'intérêt pour le participant. Nombre de rôlistes articulent constamment les deux niveaux pour instaurer une sorte de dialogue entre eux. Le jeu rationnel permet par exemple de construire des situations intéressantes à vivre en "roleplay". À l'inverse, le "roleplay" peut servir à donner de la profondeur au personnage et à rendre plus convaincants les succès du jeu rationnel. Processus créatif. Une partie de jeu de rôle produit une histoire. Cela donne lieu à plusieurs phénomènes : Certains considèrent que tout processus de création d'une fiction passe par une phase de contenu fictionnel malléable avant d'être fixé, les notions de "brainstorm", pour un auteur unique, ou de "maelström" pour un ouvrage collectif, ne sont donc pas propres au jeu de rôle mais sont générales à toute activité de création. Cette notion de processus créatif pose la question de la notion « d'auteur » dans le cadre du jeu de rôle : la narration est une œuvre collective produite par le groupe de joueurs, avec des rôles dissymétriques (meneur de jeu/autres joueurs), et dans laquelle interviennent des éléments narratifs développés par les créateurs du jeu, qui orientent le scénario, avec souvent l'intervention du hasard. Polémique historique : « rôle » avec ou sans "s". Historiquement, la première orthographe fut « jeu de rôle » (sans "s" à rôle), correspondant à l'orthographe utilisée en psychologie. Dans les années 1980, on commença à écrire « jeu de rôles » (avec un "s" à rôle). Actuellement, les deux orthographes sont utilisées ; on peut par exemple lire l'orthographe sans "s" dans la version 3 de "Donjons et Dragons" (2000) et lire l'orthographe avec un "s" dans l'édition 3.5 (2003)… Les tenants du "s" justifient que l'on joue plusieurs rôles. Grammaticalement, le changement n'est pas anodin, en effet, « rôle » étant le complément du nom « jeu » : On peut faire un parallèle avec les expressions « jeu de société » — il y a plusieurs groupes de joueurs (sociétés), mais on ne met pas de « s » car c'est la nature même du jeu (être joué en société, à plusieurs personnes) — et « jeu de cartes » — les cartes sont ici un accessoire de jeu, mais dire que l'on utilise des cartes n'indique pas grand-chose sur la nature du jeu (en solitaire ou à plusieurs, utilisant le hasard, le bluff, la réflexion…). L'académie française a cependant tranché pour l'orthographe sans "s" à "rôle" ; dans la édition de son dictionnaire elle écrit : "Jeu de rôle" : jeu collectif fondé sur la simulation, où chaque participant joue un rôle sous la direction d’un maître de jeu. Jargon. Dès le début, les pratiquants du jeu de rôle, les rôlistes, ont développé un jargon technique à base de franglais, les premiers jeux n'étant disponibles qu'en anglais. Certains termes français, créés dans des clubs, se sont répandus à la faveur des conventions et par les journaux spécialisés. Systèmes de jeu. Dans un sens restreint, le terme « système » ou désigne le « moteur de jeu », c'est-à-dire un ensemble de règles du jeu chargé de traduire les idées des joueurs en actions des personnages et réciproquement, ainsi qu'un univers fictionnel généralement différent du monde réel et plus ou moins élaboré (reposant souvent sur les principes du "worldbuilding"). En pratique, le système ne peut rendre compte de la totalité du monde réel ou imaginaire. Cette insuffisance radicale est une des causes majeures du foisonnement des jeux de rôle, chacun réglant à sa façon cette difficulté par L'évitement : le jeu assume une certaine focalisation sur certains aspects, et adapte l'univers en conséquence. C'est la stratégie la plus générale, ce qui explique qu'il est rare de retrouver le même système dans plusieurs jeux. Les règles sont considérées comme interprétatives, le bon sens des joueurs restant primordial même si on admet une certaine latitude héroïque (permettant par exemple des performances athlétiques significativement au-delà des records mondiaux). Le développement : le jeu assume une certaine incomplétude, et, à l'instar d'un progiciel, il laisse les joueurs lui donner véritablement corps. Ce type de stratégie est apparu dès 1975 avec le système de jeu "Tunnels et Trolls", de Ken St. Andre, conçu pour fournir aux joueurs des règles simples, souples et modulaires (certaines étant même explicitement facultatives ou alternatives), et dans lequel on trouve des orientations pour créer un univers ou de nouvelles espèces. Par la suite, ce type d'approche a plus été utilisé pour la partie "monde", ou un scénario, à charge pour les joueurs d'y coller un système de leur choix (voir, par exemple, la série des Citybooks, de Flying Buffalo). Cependant, plusieurs systèmes véritablement "génériques" ont été créés avec une idée universelle, notamment le système "Basic Role-Playing", extrapolé en 1980 de "RuneQuest" (qui, lui, date de 1978), "GURPS" ("Generic Universal RolePlaying System", de 1986) qui ne fixe que les « règles physiques » inhérentes au système, laissant une totale liberté d'interprétation quant au choix de l'univers du jeu (médiéval, contemporain, anticipation…), ou encore le système des séries "Rolemaster" et "Spacemaster". La fusion : solution radicale et parfois présentée de façon très élégante, elle consiste à faire du système l'univers : il n'y a rien dans l'univers que ce que le système peut traduire. Cela permet au joueur d'assumer sa nature de joueur jusque dans l'univers du jeu. C'est généralement la solution pour les jeux informatiques, elle est plus rare autour de la table. Plus récemment, au sein de la communauté de , le terme « système de jeu » a pris une définition plus large englobant tout ce qui contribue à ce qui se passe autour de la table, y compris les éléments exogènes. Pour lever l'ambiguïté, on parle parfois de « système au sens forgien ». On trouve aussi le terme « système de joueurs » (pour ce qui concerne les participants), là où le « système de jeu » régit les mécaniques pour décrire l'univers de la fiction. Critiques du jeu de rôle. Les produits et la pratique du jeu de rôle ont soulevé de nombreuses critiques, à l'identique d'autres produits culturels tels que les œuvres littéraires ou cinématographiques : « accusation de machisme, violence, racisme, rejet de l'hégémonie culturelle américaine (ou nippone), critique des conceptions de l'homme et de ses motivations, etc. » De plus, les confusions entre les différentes formes de jeux de rôle ludiques et non ludiques, et l'image confuse transmise par les médias n'ont généralement pas favorisé la compréhension auprès du grand public. Le milieu du jeu de rôle est aussi peu capable d'agir en groupe de pression. La pratique du jeu de rôle au sein d'une population est difficile à cerner et très mal représentée auprès des institutions et médias : cette activité de divertissement touche un nombre relativement faible de pratiquants, l'organisation associative est faible (ou dispersée) en raison d'une pratique généralement privée (pas d'infrastructure nécessaire), et le marché de l'édition est trop marginal pour avoir un poids financier (ou publicitaire). Le jeu de rôle n'est ainsi l'objet d'aucune enquête statistique d'envergure, et les fédérations ne représentent qu'une mince portion des joueurs. Les critiques à l'encontre du jeu de rôle (sur table) se sont manifestées principalement durant les années 1990 dans divers pays occidentaux, soutenues par des mouvements de parents ou des mouvements spirituels indépendants. Pour le sociologue Olivier Caïra, le désintérêt ultérieur des critiques s'explique par le caractère très marginal de ces jeux dans la production culturelle, et par le déplacement des critiques vers les jeux vidéo et les musiques électroniques. Jeu sur Internet. À l'identique d'autres jeux de société, la pratique traditionnelle autour d'une table a été adaptée à une pratique sur Internet. Cette pratique est assez marginale, relativement au petit nombre de joueurs (en comparaison des jeux vidéo de rôle) et peu visible dans les médias généralistes ou spécialisés. Par correspondance. Qu'il soit par courrier, par courriel ou par forum, il repose sur le même principe que le jeu classique, sauf qu'au lieu de communiquer directement, les joueurs, chacun à leur tour, décrivent leurs actions par écrit. Le meneur de jeu commence par un texte de lancement, puis attend la réaction ou l'action de chaque personnage avant de poursuivre l'histoire, en tenant compte des interventions de chaque joueur et en fonction du résultat de leurs actions. En général, seul le meneur de jeu effectue les jets de dés qui déterminent la réussite (ou l'échec) de ces actions. Le meneur de jeu en question n'est pas essentiel au bon déroulement du jeu. Par forum. Le jeu de rôle par forum est la forme la plus développée du jeu de rôle par correspondance. Ce succès est dû à l'apparition de formules gratuites de création et d'hébergement de forums tels que Xooit ou Forumactif qui ont démocratisé la création de forums. Ce genre de jeu privilégie la diversité, la plupart des univers des jeux par forum étant des créations originales des créateurs du forum. Cela ne signifie pas pour autant que tous les forums possèdent un univers original. Certains auteurs réutilisent en effet un univers déjà existant, issu de la littérature ("Le Seigneur des anneaux", "Eragon"...), du cinéma ("Star Wars", "la trilogie Matrix"...), des mangas ("Naruto", "Saint Seiya"...), et même de certaines gammes de jouets quand celles-ci possèdent un univers étendu ("Lego Bionicle"). Ces pratiques s'apparentent à la "fanfiction". Ce style de jeu permet généralement une plus grande liberté par rapport au jeu de rôle classique. Certains jeux de rôle par forum s'affranchissent ainsi du besoin d'un maître de jeu et d'un système de règles. Les joueurs évoluent ainsi dans une liberté quasi complète, étant seulement limités par le règlement et le choix de l'univers. Des modérateurs sont généralement présents, mais uniquement pour éviter des abus, à la manière d'un forum plus classique. De la même manière, beaucoup de jeux en ligne multijoueur à priori non destinés à cet usage sont employés comme support roleplay par des communautés qui se rassemblent alors en couplant le jeu avec un forum. On pourra citer des jeux comme World of Warcraft (avec les sites "Ashbringer.fr" ou "Kirin Tor") ou Minecraft (à l'image des communautés "Herobrine.fr" ou "Esperia"), qui permettent nativement une grande liberté d'action pour le joueur évoluant dans l'univers offert. En ligne, à distance ou sur table virtuelle. Le jeu de rôle en ligne s'est développé grâce au protocole IRC (1988) qui permet à plusieurs joueurs de chatter ensemble sur le même canal pour faire du dialogue intradiégétique "(roleplay)" textuel en ligne. IRC permet d'afficher une action par une simple commande textuelle et il est possible d'ajouter d'autres commandes, par exemple pour simuler les lancers de dés. Il existe également des bots IRC qui peuvent servir à simplifier le jeu en gérant les lancers de dés ou à favoriser l'immersion en réagissant comme les PNJs des "MUD" ou encore en décrivant un lieu ou une scène spécifique lors de l'arrivée sur un canal. Cette pratique a évolué avec le développement de la messagerie instantanée à la fin des années 1990. On peut par exemple citer MSN qui grâce à une extension reprend la commande d'action d'IRC et permet l'ajout d'un script de lancer de dés. Le développement de la voix sur IP a rendu possible le jeu par audioconférence ainsi que par visioconférence. Plus proche du jeu de rôle traditionnel cette pratique s'accompagne souvent d'une "table virtuelle" afin de suppléer le chat vocal. Les "tables virtuelles", tels que Rolisteam, Roll20, Let's Role, FoundryVTT ou Fantasy Grounds, permettent à un groupe de joueurs de discuter textuellement, de partager et visualiser des images, de gérer des plans et cartes, et bien entendu d'effectuer des lancers de dés. Les avantages : organisation facilité (temps de transport en moins, pas de nécessité de local, recherche de joueurs sur Internet), enregistrer des parties dans l'état, garder l'historique pour faire un résumé en début de partie prochaine. Les inconvénients : pas de rencontre physique alors que le jeu de rôle est une activité de société et une dispersion de l'attention en raison du multi-fenêtrage et du fait de ne pas être directement observé par les autres joueurs. Début 2017, la plateforme Roll20 revendique deux millions d'utilisateurs. Publications spécialisées. Il existe aussi un grand nombre de fanzines édités par des associations de joueurs. Éditeurs de jeux de rôle. Il existe un grand nombre d'éditeurs de jeux de rôle, dans plusieurs pays. Œuvres autour des jeux de rôle. Un certain nombre d'œuvres sont inspirées des jeux de rôle, soit en reprenant des univers développés spécifiquement dans des jeux de rôle, soit en mettant en scène des jeux de rôle dans l'œuvre. Ces créations sont souvent le fait de personnes elles-mêmes joueuses. Il peut simplement y avoir une inspiration commune entre les œuvres et les univers de jeu, nous nous limiterons donc ici à des œuvres ayant un lien "direct" avec les jeux de rôle. Bandes dessinées. En bande dessinée, nous avons déjà cité la série "Donjon" créée par un groupe d'auteurs dont Lewis Trondheim. On peut également mentionner "Le Donjon de Naheulbeuk" de Pen of Chaos et "Reflets d'Acide" de JBX, qui sont des adaptations des séries audio par les auteurs eux-mêmes. "Le maître de jeu" de E. Corbeyran et G. Charlet (éd. Delcourt), met en scène des rôlistes dans une intrigue mêlant une vengeance sordide et un secret de famille terrible. Les gags de la BD humoristique "Kroc le Bô", personnage de "Casus Belli" créé par Bruno Chevalier et Thierry Ségur, ont été édités chez Delcourt. "Les Irrécupérables", autre BD humoristique qui paraissait dans "Casus Belli", a aussi été éditée à part en un volume. Les "Chroniques de la Lune Noire" sont la mise en dessins des parties de "AD&D" de François Marcela-Froideval, personnalité connue du jeu de rôle français. Les auteurs de "Kroc le Bô" ont également publié la série en trois volumes les "Légendes des Contrées Oubliées" qui trouve son inspiration dans un univers médiéval fantastique original ; cette série a elle-même été adaptée en jeu de rôle à des fins d'initiation. Les écrits de Lovecraft et le jeu de rôle "L'Appel de Cthulhu" ont inspiré "L'Île des morts" de Thomas Mosdi et Guillaume Sorel. Le cycle d'Okko, de Hub, chez Delcourt, s'inspirent du jeu de rôle "Le livre des cinq anneaux". Les tomes de cette série font d'ailleurs directement référence aux cinq éléments fondateurs dans la cosmogonie de l'univers de ce jeu : l'eau, la terre, l'air, le feu et le vide. D'autres bandes dessinées humoristiques mettent en scène directement les rôlistes durant leurs parties de jeu de rôle. De 1984 à 1987 paraît dans le magazine de bande dessinée "Tintin" une bande dessinée "Donjons et Dragons", par Bosse et Darasse, montrant les soirées de jeu d'un groupe de rôlistes ; le titre de la série reprend directement celui de "Donjons et Dragons", le tout premier jeu de rôle. "Les Chevaliers de la Table of the Salon" de J. R. Blackburn, ou bien la série de comics "Dork Tower" de John Kovalic. De façon plus détournée, le jeu de rôle a aussi inspiré les personnages de nombreuses bandes dessinées comme "De Cape et de Crocs" ou "Gorn". Dans un autre style, la bande dessinée "COPS" (éd. Delcourt), se déroule dans l'univers de jeu éponyme. Littérature. Concernant la littérature, outre les romans ayant directement inspiré des jeux de rôle (comme "Le Seigneur des anneaux" ou "La Compagnie des glaces"), il y a aussi un grand nombre de romans qui ont été écrits en conjonction avec des jeux de rôle, des produits dérivés en quelque sorte. Pour les productions américaines, citons "Lancedragon" "(Dragonlance)" d'après la campagne de "Donjons et Dragons" et l'œuvre immense de Raymond Elias Feist (exception faite pour "Faërie") ou encore l'épopée de Drizzt Do'Urden l'elfe noir par Robert Anthony Salvatore. Au Royaume-Uni, il existe d'importantes publications sur le monde de "Warhammer", accompagnant les gammes "Warhammer Fantasy" (de type médieval fantastique) et "Warhammer 40 000" (de type science fiction). En France, des auteurs de "fantasy" tels que Mathieu Gaborit, Fabrice Colin, Charlotte Bousquet et plus récemment Jean-Philippe Jaworski sont ou ont été rôlistes, voire auteurs de jeux de rôle, avant de passer à l'écriture ou conjointement avec leurs activités littéraires. Quelques franchises de jeux de rôle françaises ont aussi été développées sous forme de romans, en particulier "Nephilim" ou "Les Héritiers" (avec le roman éponyme de Fabien Clavel, 2021). Films. On recense en revanche peu de films directement adaptés de jeux de rôle. Le tout premier film mettant en scène le jeu de rôle sur table est le film de cinéma "E.T., l'extra-terrestre" (Steven Spielberg, 1er décembre 1982) ; dans ce film généraliste, on trouve en effet la scène la plus connue présentant des participants à un jeu de rôle : au début du film, le grand frère d'Elliot et ses amis participent à une partie de ce qui semble être "Donjons et Dragons". Vient ensuite le téléfilm "Les Monstres du labyrinthe" ("", Steven Hilliard Stern, 28 décembre 1982) avec Tom Hanks, Wendy Crewson et Chris Makepeace. Ce dernier est tiré du roman éponyme (Rona Jaffe, 1982) ; l'histoire est fondée sur la présentation que faisaient les journaux de la disparition de et son lien supposé avec son activité de joueur ; le téléfilm donne une image délétère du jeu de rôle. La première adaptation directe d'un jeu de rôle est "Donjons et Dragons", film réalisé par Courtney Solomon en 2000 et inspiré du jeu de rôle du même nom, qui reçoit un accueil mitigé de la part des rôlistes en raison de ses nombreux écarts et incohérences par rapport au jeu supposément adapté. On peut également citer "Quintet" de Robert Altman (1979), qui, quinze ans avant la sortie du jeu "Killer" de Steve Jackson Games, décrivait une "murder party" ; même si dans le film, le but est réellement de tuer, le moteur est bien le jeu contrairement à d'autres intrigues policières comme "Dix petits nègres" d'Agatha Christie. Bandes sonores. Une saga sonore diffusée en MP3 et inspirée par leur format des "du peuple" de François Pérusse, le "Donjon de Naheulbeuk", de John Lang, plus connu sous le pseudonyme Pen Of Chaos, reprend de façon humoristique les travers des parties de jeu de rôle à travers les aventures d'un groupe d'aventuriers dans le sinistre donjon précité. "Le Donjon de Naheulbeuk" a également été adapté ou prolongé sur plusieurs autres supports (bande dessinée, romans, figurines) et a par la suite donné naissance à un jeu de rôle du même nom. Dans la même veine, citons "Reflets d'Acide", série assez proche par beaucoup d'aspects mais essentiellement rédigée en alexandrins, dont le scénariste est par ailleurs l'auteur d'un jeu de rôle amateur, "Reflets d'acier". Séries. La première adaptation est "Le Sourire du dragon" (Kevin Paul Coates, Dennis Marks, et Mark Evanier, 1983), une série animée adaptée de "Donjons et Dragons". En cours depuis 2012, la web-série "The Fumble Zone" est consacrée au jeu de rôle. La saison 1, achevée, se compose de treize épisodes. La série "Stranger Things" (2015-) met en scène des parties de "Donjons et Dragons". Les personnages, Mike, Lucas, Dustin, Will et Nancy utilisent les éléments du jeu pour expliquer les événements frappant Hawkins.
Jules César Jules César (en latin : à sa naissance, après sa mort), aussi simplement appelé César, est un général, homme d'État et écrivain romain, né le 12 ou le à Rome et mort le (aux ides de mars) dans la même ville. Son parcours unique, au cœur du dernier siècle de la République romaine , marque le monde romain et l'histoire universelle. Ambitieux, il s'appuie sur le courant réformateur et démagogue ("") qui traverse la cité romaine pour favoriser son ascension politique. Stratège et tacticien, il repousse, à l'aide de ses armées, les frontières de la République romaine jusqu'au Rhin et à l'océan Atlantique en conquérant la Gaule, puis utilise ses légions pour s’emparer du pouvoir au cours de la guerre civile l’opposant à Pompée, son ancien allié, puis aux républicains. Acclamé comme un "imperator" favorisé des dieux, seul maître à Rome après une suite de victoires foudroyantes sur ses adversaires, il entreprend de réformer l’État et de modifier l'organisation de la classe politique dirigeante afin de satisfaire les revendications de la mouvance des ", dont il se revendique. Pour ce faire, il concentre progressivement de nombreux pouvoirs exceptionnels, adossés à une politique de culte de la personnalité inédite reposant sur ses ascendances divines et sa fortune personnelle. Adoré du peuple, pour qui il fait montre de largesses frumentaires, économiques et foncières, il se fait nommer dictateur, d'abord pour dix ans avec des pouvoirs constitutionnels, puis à vie, étant autorisé à porter la toge et la couronne des triomphateurs en permanence. Soupçonné de vouloir instaurer par ces mesures une nouvelle monarchie à Rome, il est assassiné peu après par une conspiration de sénateurs dirigée par Brutus et Cassius. Son héritage est rapidement l'objet d'une nouvelle guerre civile entre ses partisans et successeurs, son fils adoptif par testament, Octave, triomphant de ses adversaires. Jules César est divinisé et Octave, vainqueur de Marc Antoine, achève par sa victoire et par l'élimination des derniers républicains la réforme de la République romaine, qui laisse place au principat et à l'Empire romain en tant que régime de gouvernement de la cité. Son nom devient synonyme de pouvoir et l’un des titres de référence pour nombre de pouvoirs personnels en Europe occidentale. Sa personnalité et son parcours sont l'objet de nombreux récits plus ou moins légendaires au fil du temps, dans les cultures du monde entier ; de même, sont désignées par le terme de « césarisme » les attitudes politiques visant à faire reposer un pouvoir personnel fort sur l'approbation populaire et sur le plébiscite. Sources. L'époque de Jules César est connue grâce à de nombreuses sources historiques, qu'elles soient primaires (littéraires, numismatiques, épigraphiques, archéologiques) ou secondaires, parmi lesquelles on reconstitue les écrits ayant servi à leur composition, dans la discipline historique de la ". Le problème est que César a souvent été vu comme un personnage paradoxal en raison de ses actes et de sa personnalité, de sorte que les contemporains adoptèrent un jugement divisé, ambigu, propice aux réhabilitations et aux fréquents changements de points de vue. Quoique cette période de l'Antiquité soit l'une des plus fournies en sources, le portrait est faussé en fonction de l'idéologie et de la vision que l'on a de lui. Sources primaires. Les sources primaires permettant de connaître la vie de César, ses actions et ses idées sont naturellement en premier lieu les écrits de César lui-même et les trois récits de guerre insérés dans le corpus césarien. À ce premier noyau de source, il faut ajouter d'autres contemporains : l'historien Salluste, bien que ses deux "Lettres à César" soient probablement apocryphes ; les informations issues du prolifique Cicéron sont fondamentales : contemporain du dictateur, tantôt adversaire politique, tantôt allié de circonstance, il fait de nombreuses mentions de ses relations avec César dans sa correspondance privée. Le fameux orateur romain, très commenté et dont la production littéraire est très diversifiée et bien connue, est une source historique de premier intérêt grâce à ses traités et à sa correspondance, bien que les recueils ne respectent pas la chronologie précise. Varron, homme politique et grammairien de la fin de la République romaine, est également une source mais fait vraisemblablement peu profession de ses idées personnelles et ne rallie le camp de César qu'après sa victoire à Pharsale, une fois Pompée éliminé. La "Libertas" que confisque César au profit de son idéal réformateur et de son ambition d'éteindre la guerre civile eut un effet relativement négatif sur bon nombre de commentateurs contemporains, issus de l'aristocratie romaine. Asinius Pollion, dont la chronique est perdue, aurait ainsi changé de camp, se ralliant à Octave. Les mêmes problèmes d'interprétation se posent pour un historien inconnu et dont l'œuvre est perdue, probablement Lucius Aelius Tubero (qui aurait apprécié la stratégie militaire de César mais critiqué sa politique), il est utilisé par Dion Cassius. Tite-Live, surnommé « le pompéien » par Auguste, n'est pas conservé pour l'époque césarienne, seules subsistent des "periochae" très sommaires, tant et si bien que l'attitude et l'orientation idéologique qu'il manifeste à l'égard de César nous est inaccessible, bien qu'il soit probable qu'en tant que proche d'Auguste, le fils adoptif de César, il ait été relativement clément à l'égard du dictateur assassiné, malgré son ambivalence entre monarchisme contraint ou républicain convaincu, selon Ronald Syme. La "periocha" montre néanmoins une opposition franche à César sur certains points. Sources secondaires d'époque impériale. Les sources secondaires quant à elles sont confrontées à plusieurs problèmes, puisque certaines des œuvres faisant état de la vie de Jules César oscillent entre une quête de moralisme et un vrai souci d'analyse historique. Ces sources, surtout contemporaines des débuts de l'Empire, portent en elles la distance avec la défense du régime républicain, désormais aboli et lointain, n'étant plus d'actualité dans le champ des idées politiques. Peu de sources secondaires furent donc hostiles à César, mais il peut y subsister des influences du fait des sources primaires utilisées par les historiens ultérieurs. Tite-Live a été beaucoup lu, notamment par Lucain. Asinius Pollion, contemporain de César a laissé une œuvre, aujourd'hui perdue, qui contenait de nombreuses informations sur les événements. Cet ouvrage a servi de source pour bon nombre d'écrivains postérieurs comme Florus et Suétone. Les propos de Florus, Suétone, Flavius Josèphe, Plutarque, Appien et Dion Cassius sont généralement plutôt favorables à César, bien qu'emprunts d'une forme d'exagération voire de complaisance à l'égard du père adoptif du fondateur de l'Empire. Numismatique, épigraphie et archéologie. Parmi les autres sources contemporaines, on peut naturellement citer la numismatique, surtout utilisée pour la dernière partie de sa carrière pour ce que les émissions monétaires disent de sa communication politique et religieuse. L'épigraphie est beaucoup moins développée qu'à l'époque impériale et est souvent mal attribuée, telle les tables d'Héraclée, probablement plus anciennes que l'époque de Jules César. L'archéologie demeure une source fondamentale pour comprendre notamment les entreprises militaires de César : au cours de ses longues campagnes en Gaule et par la suite, César entreprend de nombreux sièges, campements de marche, établit de nombreuses colonies à travers le monde romain, tant et si bien que de nombreux lieux portent encore la trace de ce passage dans leur toponymie. Les camps romains dits sont nombreux en France bien que plusieurs d'entre eux sont inauthentiques. Parmi les sites archéologiques célèbres sur lesquels la présence de Jules César est attestée, on peut mentionner bien sûr le site de la bataille d'Alésia, ou encore Bibracte et Gergovie. L'archéologie à Rome et en Gaule permet également de mieux cerner César et les constructions qui lui sont attribués, notamment le Forum de César et les Saepta Julia. Biographie. Jeunesse et formation. Origines familiales. Caius Julius Caesar IV est une convention des historiens modernes. L'identité des numéros III (le père de Jules César, sénateur, questeur, préteur et proconsul d'Asie) et II (son grand-père, sénateur et préteur urbain) ne fait pas de doute, ils sont notamment mentionnés par Suétone et Pline l'Ancien et cités dans les Fastes d'Antium. Pour Wilhelm Drumann le numéro I est son arrière-grand-père, qu'il identifie à un historien mentionné par Tite-Live, mais les indices sont ténus. On connaît un autre Caius Julius Caesar dans l'ascendance de Jules César : Caius Julius Caesar Strabo Vopiscus, peut-être son arrière-arrière-grand-oncle. Il y aura sous l'Empire d', dont Auguste, Germanicus et Caligula. Jules César naît vers 100 av. J.-C., il est le fils de Caius Julius Caesar III et d’Aurelia Cotta, femme exemplaire et de grande vertu selon Tacite et Plutarque, également d’origine patricienne puisque issue de la gens Aurelia (trois de ses frères furent consuls). Malgré les sources historiques, la date précise de cette naissance reste incertaine : le 12 juillet 100 ou le 13 juillet 100 ou 102. Jules César est issu d'une "gens" patricienne, les Jules ou Iules ("Iulii"), remontant aux temps les plus anciens de l'histoire de Rome. Le surnom de sa famille, Caesar, qui signifie « celui qui taille », indique qu'un de ses ancêtres s'est distingué à la guerre avec son épée. Sa famille était néanmoins peu en vue au moment de sa naissance. Son père, Caius Julius Caesar III, ne dépasse pas, dans sa carrière politique, le rang de préteur en 92 av. J.-C. et meurt subitement un matin de 85 av. J.-C. en mettant ses chaussures ; César est alors âgé de quinze ans. Son oncle, Sextus Julius Caesar III, obtient le consulat en 91 av. J.-C. mais meurt au siège d’Asculum lors de la Guerre sociale. On considère traditionnellement qu'avant César, les "Iulii" forment en réalité une "gens" patricienne d'importance mineure, qui avait exercé aux siècles précédents quelques consulats mais ne faisait pas partie, au , de la cinquantaine de familles de la "nobilitas" qui fournissent la plupart des consuls et qui ont un contrôle sur les institutions et les magistratures de la cité. Les "Iulii" connurent des revers de fortune, et sont quelque peu désargentés au moment du début de la carrière de Jules César qui grandit dans le quartier de Subure, zone de la ville de Rome de mauvaise réputation. César affirme avoir pour ancêtre Iule (ou Ascagne), fils d'Énée et de Créuse, amené en Italie par son père après la chute de Troie. Ce fondateur d’Albe la Longue est considéré comme le créateur de la vieille gens des Iulii qui, selon l’empereur Claude, se joignit ensuite aux patriciens de Rome. Par ce lignage, César revendiqua, lorsqu'il prononça l’éloge funèbre de sa tante Julia, la femme de Marius, une ascendance remontant à Vénus dont il célébra les vertus et le don de faiseuse de vie par la naissance en faisant ériger le temple de Vénus Genitrix sur son forum. Selon Tacite, en mêlant dévouement maternel et ferme discipline, sa mère Aurelia donna à Caius et ses deux sœurs Julia une éducation exemplaire. Cicéron attribuera à cette éducation familiale et à des études assidues l’élégance du latin de César et la qualité de son éloquence, César ayant en effet écrit au cours de sa vie plusieurs ouvrages théoriques (hélas perdus) sur la grammaire et la rhétorique. Plutarque et Suétone souligneront aussi son art des relations en société tout au long de sa vie : amabilité et politesse envers ses hôtes, prodigalité sans retenue, savoir-vivre et bonne tenue dans les banquets (Caton, qui pourtant le déteste, lui accorde qu’il est le seul ambitieux qui ne s’enivre pas), conversation brillante et cultivée. Ces qualités de séduction seront ses premiers atouts dans la vie publique romaine, qu'il commence à partir de 84 av. J.-C., alors qu'il a . Jeunesse de César. La jeunesse de Jules César s'inscrit dans un contexte de violentes luttes politiques qui opposent à Rome les "optimates" aux "populares". Les premiers maintiennent une ligne conservatrice et aristocratique qui place le sénat romain au cœur de la République. Les seconds veulent satisfaire les revendications sociales et accorder plus de place politique aux Italiens et aux provinciaux, en intégrant à la citoyenneté de nouvelles élites, en redistribuant les terres publiques accumulées dans les mains de quelques grandes familles au cours des conquêtes, et en donnant plus de pouvoir aux membres de l'ordre équestre. Jules César grandit ainsi au milieu de troubles sanglants (première guerre civile) : combats de rue à Rome en 88 av. J.-C. entre les partisans de Caius Marius, chef des "populares", et ceux de Sylla, puis victoire des légions de Sylla sur les marianistes aux portes de Rome en 82 av. J.-C., suivie d'impitoyables chasses à l'homme contre les proscrits du camp adverse. Son précepteur jusqu'à sa prise de la toge virile est Marcus Antonius Gnipho. Ses relations familiales placent Jules César parmi les "populares" dans le jeu politique romain. Sa tante Julia a été l’épouse du consul Marius et lui-même épouse en 84 av. J.-C. Cornelia Cinna, la fille de Cinna, successeur de Marius à la tête de la mouvance populaire. Malgré ces alliances familiales, Jules César ne semble pas s'être joint aux marianistes les plus extrémistes lors de la guerre civile qu’ils menèrent contre Sylla, peut-être aussi car il est trop jeune pour entrer dans ces affrontements. Il est possible que César ait suivi les modérés qui se rallièrent à Sylla. En 84 av. J.-C. César est choisi (ou est candidat) au sacerdoce de "flamen dialis" (premier prêtre de Jupiter) à la suite du suicide de Lucius Cornelius Merula durant les proscriptions marianistes. Ce poste honorifique lui aurait interdit toute activité guerrière, donc d'entreprendre le "cursus honorum". Sylla exige alors que César divorce de Cornelia Cinna et rompe ainsi ses derniers liens avec les marianistes pour être éligible à ce poste. César refuse et choisit de se cacher, jusqu’à ce que de puissants protecteurs, dont son oncle Lucius Aurelius Cotta, fassent fléchir Sylla et cesser la traque. Sylla lui a entre-temps bloqué sa nomination comme "flamen dialis" et les interdits qui l'accompagnent (ainsi que la dot de sa femme et une partie de son héritage). Prudent, César quitte Rome. Il s'enrôle vers 80 av. J.-C. dans l’armée et rejoint avec le préteur Marcus Minucius Thermus le théâtre d’opérations militaires en Asie, où Lucullus assiège la cité de Mytilène, capitale de Lesbos qui s’est ralliée à Mithridate VI. César reçoit pour mission de demander au roi de Bithynie, Nicomède IV, le renfort de sa flotte. Suétone se fait l'écho d’une rumeur sur la réputation de César, rapportant qu’il aurait eu, au cours de cette ambassade, à deux reprises des relations sexuelles passives avec Nicomède IV, vice le plus méprisable aux yeux des Romains : il aurait servi d'échanson à la cour du roi et aurait partagé sa couche. Cette suspicion, qui sera par la suite une lourde et classique plaisanterie entre ses soldats, plutôt qu'une réalité indémontrable, a longtemps suivi César, y compris jusqu'à son triomphe final, quand ses troupes autorisées à le railler le brocardent du titre de « reine de Bithynie », le qualifiant de mari de toutes les femmes et de femme de tous les maris. Lors de la prise de Mytilène, César accomplit un acte que les historiens ne précisent pas, mais qui lui vaut en récompense une couronne civique, la plus grande décoration militaire, habituellement décernée pour avoir sauvé au combat la vie d'un concitoyen. César sert encore en Cilicie sous les ordres de Servilius Isauricus, puis est démobilisé. À la mort de Sylla en 78 av. J.-C., César demeure quelque temps en Asie. Selon Plutarque, lors de son trajet sur la mer Égée en 75 av. J.-C., il est enlevé par des pirates ciliciens qui le font prisonnier durant sur l'île de Farmakonisi et réclament une rançon de vingt talents d'or. César déclare en valoir cinquante, et promet de revenir exécuter les pirates après sa libération, ce qu'il fait effectivement : après avoir lancé quatre galères logeant armés, il les capture dans leur repaire et les fait crucifier. Puis il perfectionne son éloquence auprès du célèbre rhéteur grec Molon de Rhodes. De retour à Rome, il commence sa vie publique en attaquant en justice le proconsul Cnaeus Cornelius Dolabella qui vient d'achever son mandat en Macédoine et l'accuse de concussion. Malgré les discours de César et les nombreux témoins à charge qu'il cite, la cible a trop de poids politique : Dolabella est acquitté, probablement par solidarité de classe avec ses juges, tous issus du Sénat. César tente une seconde attaque contre Caius Antonius Hybrida, qui faillit réussir. Antonius dut recourir à l'intervention des tribuns de la plèbe pour échapper à une condamnation. Ascension de César. Après cette première séquence politique et militaire visant à l'intégrer dans les milieux aristocratiques du temps, César développe dans un second temps activement ses relations, dépensant beaucoup en réceptions, et entame le parcours politique classique ("cursus honorum") : tribun militaire, questeur en 69 av. J.-C. en Hispanie, puis édile en 65 av. J.-C., il capte la faveur du peuple en rétablissant le pouvoir des tribuns de la plèbe et en relevant les statues de Marius. Chargé de l’organisation des jeux, il emprunte massivement pour en donner de spectaculaires, alignant selon Plutarque le nombre record de 320 paires de gladiateurs. Parallèlement, César poursuit son activité judiciaire, pour des causes qui flattent le courant des "populares". En 64 av. J.-C., il intente des procès contre d’anciens partisans de Sylla, fait condamner Lucius Liscius et Lucius Bellienus, payés pour avoir ramené la tête de proscrits. Mais il échoue contre Catilina, les jurés se refusant à condamner un membre de la vieille famille des "Cornelii". L’année suivante en 63 av. J.-C., avec l’aide du tribun de la plèbe Titus Labienus, César tente un coup juridique extravagant en accusant de haute trahison le vieux sénateur syllanien pour des faits anciens de trente-sept ans : le meurtre du tribun de la plèbe Saturninus. L’affaire est sans précédent depuis le légendaire procès d’Horace. Cicéron assure la défense de Rabirius ("Pro Rabirio"), mais les deux juges désignés par le préteur ne sont autres que César lui-même et son cousin Sextus. Rabirius est condamné, mais fait appel au peuple romain, son jugement devant les comices est reporté puis l’affaire est finalement abandonnée. César se fait élire en 63 au titre de "pontifex maximus" grâce à une campagne financée par Crassus. Il dépense d’importantes sommes d’argent et contracte de nombreuses dettes, afin de remporter les suffrages des comices tributes, contre deux anciens consuls (Servilius Isauricus et Quintus Catulus), plus âgés et expérimentés que lui. Selon l’usage, César s’installe dans la demeure du pontife à la Regia, et exerce la fonction de grand pontife jusqu’à sa mort. Désigné préteur urbain pour l'année suivante au moment de la conjuration de Catilina (63), il ne fait rien, selon Suétone, pour la prévenir. Lors du vote au Sénat sur le sort des complices de Catilina, César s'oppose à leur exécution immédiate qu'il considère illégale. Il propose de répartir les conjurés à travers les prisons des municipes et de confisquer leurs biens, mais son avis est mis en minorité après l'intervention de Caton. L'animosité des sénateurs à son égard est telle que ses amis doivent l'aider à quitter les lieux. Quelques mois plus tard, il est accusé de complicité. Il est contraint de demander de l'aide à Cicéron qui témoigne avoir spontanément apporté des informations sur la conjuration et qui fait emprisonner ses calomniateurs. Envoyé comme propréteur en Bétique (Hispanie) en 60 av. J.-C., il ne peut partir qu’après avoir donné des cautions à ses créanciers. Son départ précipité de Rome est motivé par sa volonté d’échapper à une action judiciaire éventuellement engagée à la fin de sa charge. César mène son premier commandement par une offensive contre les Ibères encore insoumis. Après avoir pacifié la province, il revient à Rome afin d’y défiler en triomphe pour son succès militaire puis de briguer le consulat. Mais les préparatifs du triomphe lui imposent de stationner hors de Rome, tandis qu’il doit y être présent pour poser sa candidature dans les délais. Il demande une dérogation, que Caton fait traîner en palabres. César doit choisir, et renonce à son triomphe pour viser le consulat. Du consul au conquérant des Gaules. Formation du premier triumvirat et premier consulat. L'homme le plus en vue à cette date est Pompée, après sa victoire en Orient contre le roi Mithridate VI. Cette campagne a permis à Rome de s'étendre en Bithynie, au Pont et en Syrie. Pompée revient couvert de gloire avec ses légions mais conformément à la règle, il les licencie après avoir reçu le triomphe, en 61 av. J.-C.. Au faîte de la gloire, Pompée demande des terres pour ses anciens soldats et la confirmation des avantages qu’il a promis pour les cités et princes d’Orient, mais le Sénat refuse. César exploite opportunément la déception de Pompée, le rapproche de Crassus, et forme avec eux le premier triumvirat. Cet accord secret scelle une alliance entre les trois hommes, chacun s’abstenant de réaliser des actions nuisibles à l’un des trois. César renforce peu après cette alliance en mariant sa fille Julia à Pompée. Grâce au financement de sa campagne électorale par Crassus, César est élu consul en 59 av. J.-C., en ralliant notamment à sa cause Lucius Lucceius, un de ses éventuels compétiteurs. Durant son mandat, il ne laisse à son collègue le conservateur Marcus Calpurnius Bibulus qu’une ombre d’autorité. Bibulus et Caton multiplient les actions d’obstruction contre César, mais ils sont chassés du forum lors de la promulgation d’une loi agraire. À la suite de cet incident, Bibulus se retire chez lui jusqu’à la fin de son mandat, laissant le pouvoir à César qui l’exerce seul. Suétone rapporte quelques vers décrivant la situation politique : César peut désormais légiférer comme un tribun, selon l’expression de Plutarque, satisfaire les revendications des "populares", rendre des gages à Pompée et gagner de nouveaux soutiens auprès des chevaliers et des provinciaux : passant outre les protestations des sénateurs Lucullus et Caton, il fait ratifier les initiatives de Pompée qui a réorganisé les principautés du Moyen-Orient sans demander l’avis du Sénat ; il promulgue plusieurs lois agraires : distribution aux vétérans de Pompée de parcelles des terres publiques (l’"ager publicus"), faisant de Capoue une colonie romaine, achat de terres à des particuliers qui sont ensuite distribuées à pauvres. La diminution d’un tiers du fermage dû par les publicains à l’État est une aubaine pour les chevaliers, affairistes et banquiers ("lex de publicanis"). Sa loi contre la concussion ("lex Iulia de repetundis") permet enfin de sanctionner d’amendes les gouverneurs de province qui monnayent leurs interventions ou se livrent à des exactions financières. Enfin, il place le Sénat sous le contrôle de l’opinion publique, en faisant publier les comptes rendus de séance ("Actus senatus"). Cette activité politique va de pair avec une activité mondaine soutenue : Suétone prête à César entre autres maîtresses les épouses de Crassus et Pompée, et, ce qui paraît mieux attesté, Servilia, la demi-sœur de Caton. Plus officiellement, César épouse Calpurnia, fille de Calpurnius Pison, consul désigné pour l’année suivante, ce qui lui assure une future protection politique. César se fait un autre allié en la personne de Clodius Pulcher, qui a pourtant courtisé sa précédente épouse, en satisfaisant une requête qui lui tient à cœur : troquer son rang de patricien pour celui de plébéien et postuler ainsi à l’élection de tribun de la plèbe. César profite de sa popularité pour préparer l’étape suivante de sa carrière : normalement, le Sénat prolonge le mandat d’un consul par le proconsulat d’une province pour un an. César contourne cette règle avec l’aide du tribun de la plèbe Publius Vatinius : celui-ci fait voter par le peuple un plébiscite qui confie à César et pour cinq ans deux provinces, la Gaule cisalpine et l’Illyrie, avec le commandement de trois légions ("lex Vatinia"). Pour sauver une apparence d’autorité, le Sénat lui accorde en plus la Gaule transalpine et une quatrième légion. Homme politique averti, César peut attaquer Cicéron de façon frontale. Ce dernier, privé de ses biens, choisit de s’exiler. César n’a alors plus d’ennemis notables à Rome. Proconsul en Gaule. Dès la fin de son consulat, César gagne rapidement la Gaule, tandis que le préteur Lucius Domitius Ahenobarbus et le tribun de la plèbe Antistius le citent en justice pour répondre à l’accusation d’illégalités commises pendant son mandat. En fin juriste, César fait objecter par les autres tribuns qu’il ne peut être cité en application de la loi Memmia, qui interdit toute poursuite contre un citoyen absent de Rome pour le service de la République. Pour éviter toute autre mise en cause devant la justice, César s’appliqua durant son proconsulat à demeurer dans ses provinces. Il passe ainsi chaque hiver en Gaule cisalpine, où il reçoit partisans, clients et solliciteurs et s’assure chaque année d’avoir parmi les élus à Rome des magistrats qui lui soient favorables. La gestion de ses affaires à Rome même est confiée à son secrétaire Lucius Cornelius Balbus, un chevalier d’origine espagnole, avec qui il échange par précaution des courriers chiffrés. Dès le début de son proconsulat, César engage la conquête de la Gaule en usant du prétexte de la migration des Helvètes en mars 58 av. J.-C. ; menaçant selon lui les alliés de Rome, tels les Éduens, un tel déplacement de population associé à l'élection d'un roi chez les Helvètes apparaît aux yeux du politicien comme une bonne raison de déclencher les hostilités sous couvert de remise en ordre de la région. Cette expédition militaire est donc motivée par ses ambitions politiques, mais aussi par des intérêts économiques qui associent les Romains à certaines nations gauloises clientes de Rome (Éduens, Arvernes, etc.). Tout en menant ses campagnes, César maintient ses relations avec la classe politique romaine : Quintus Tullius Cicero, frère de l'orateur Marcus Tullius Cicero, dit Cicéron, commande ainsi une légion en Belgique ; Publius et Marcus, les fils de Crassus, interviennent en Belgique puis en Aquitaine ; Lucius Munatius Plancus et Marc Antoine seront à Alésia. À Rome, les conservateurs réagissent à la guerre que mène César : son affrontement contre le germain Arioviste, qui a la qualité d’ami du peuple romain, accordée lors du consulat de César, scandalise Caton d'Utique, qui proclame qu’il faut compenser cette trahison de la parole romaine en livrant César aux Germains. Ultérieurement, César se justifia longuement dans ses "Commentaires" en détaillant ses négociations préliminaires avec l’agressif Arioviste, lui faisant même dire que « s’il tuait [César], il ferait une chose agréable à beaucoup de chefs politiques de Rome, ainsi qu’il (Arioviste) l’avait appris par les messages de ceux dont cette mort lui vaudrait l’amitié ». En 56 av. J.-C., Lucius Domitius Ahenobarbus, candidat au consulat soutenu par Caton et par Cicéron, met à son programme électoral la destitution et le remplacement de César au poste de proconsul des Gaules. Toujours obligé de se cantonner en Gaule, César riposte et réunit à Lucques ses deux alliés de circonstance, Crassus et Pompée, ainsi que tous les sénateurs qui les soutiennent. Ils renouvellent tous trois leur accord et définissent un partage des provinces. Ahenobarbus et Caton sont agressés en plein forum et empêchés de faire campagne. Pompée et Crassus profitent de l’appui de César pour remporter les élections et être élus pour un second consulat en 55. Cicéron est alors un des obligés de Pompée, chose que celui-ci lui rappelle vertement par l’intermédiaire de son frère Quintus. Cicéron choisit alors de s’incliner pour ne pas se retrouver isolé et soutient la prorogation du gouvernement de César pour cinq nouvelles années, César est alors sûr de pouvoir terminer sa conquête dans des conditions politiques favorables. À l’issue de leur consulat en 54 av. J.-C., chacun des deux autres membres du triumvirat reçoit le gouvernement d’une province : Crassus part en Asie chercher une gloire militaire qui pourrait égaler celle, immense, de Pompée et celle, croissante, de César. L’Espagne et l’Afrique sont attribuées à Pompée, qui préfère rester à Rome, le centre du pouvoir, et choisit de transférer à des légats la gestion des affaires provinciales. Sur les quatre légions consulaires qui lui sont attribuées, Pompée en prête deux à César, qui a alors besoin de renforts. Pendant son second mandat proconsulaire, à partir de 55 av. J.-C., César traverse la Manche et réalise une première incursion en Bretagne (l’actuelle Grande-Bretagne), terre inconnue et quasi mythique pour les Romains de l’époque. Ultérieurement, il réalise une attaque militaire au-delà du Rhin, y faisant réaliser un pont évoqué dans la Guerres des Gaules sous forme d'analogie avec le titre de "pontifex maximus" (littéralement « celui qui fait le pont (entre les hommes et les dieux) » qu'il détient depuis 63 av. J.-C. Dans le même temps, en 54 av. J.-C., la fille de César, Julia, qui a épousé Pompée pour sceller le premier triumvirat, meurt en couche. Son décès intervient alors au pire moment pour César : les troubles à Rome entre son parti et celui de Pompée s'accentuent et font vaciller l'ordre public ; la rupture entre les deux hommes n'est pas totale, mais le décès de Julia fait qu'elle devient de moins en moins évitable, poussés qu'ils sont tous deux par leurs entourages politiques. Lors de l'élection des édiles de 55, Pompée avait en effet été encerclé par une foule nerveuse de partisans de César et sa toge salie par du sang de manifestants. Un esclave a alors rapporté la toge de Pompée à sa maison. Julia, aimante, s'imaginant que son mari avait été tué, fit une fausse couche. Sa santé en est durablement affaiblie, causant son décès en couches en août 54. Son enfant, un garçon selon certains auteurs, une fille selon d'autres, ne lui survit que quelques jours. César est alors en Bretagne, d'après Sénèque quand il reçoit la nouvelle de la mort de Julia. À partir de l’hiver 54/53, la situation en Gaule se détériore, et des révoltes se multiplient contre la brutalité de la guerre de César, qui n'hésite ni à réduire en esclavage des dizaines de milliers de civils, ni à passer au fil de l'épée de nombreuses communautés vaincues sur le champ de bataille. En 53 av. J.-C., la défaite et la mort de Crassus et de son fils Publius à la bataille de Carrhes contre les Parthes, achève de défaire les derniers liens du triumvirat. César propose à Pompée la main de sa petite-nièce Octavie et demande en mariage la fille de Pompée, mais ces offres d’alliances matrimoniales n’aboutissent pas. Il est désormais patent pour tous que la fin des hostilités en Gaule correspondra au début d'une nouvelle guerre civile. Le début de l’année 52 av. J.-C. est difficile pour César : la révolte en Gaule se généralise sous l’impulsion de l’Arverne Vercingétorix. À Rome, les désordres sont tels que Pompée est nommé consul unique, avec l’assentiment de Caton et des conservateurs. Pompée épouse Cornélie, la jeune veuve de Publius Crassus et la fille du conservateur Metellus Scipion, qu’il prend au milieu de l’année comme collègue au consulat. Pompée est désormais le défenseur du parti des conservateurs. En 52 av. J.-C., Jules César remporte une victoire décisive au siège d’Alésia, où il reçoit la reddition de Vercingétorix. Après un hivernage au cours duquel il rédige vraisemblablement ses "Commentaires sur la Guerre des Gaules", il reprend le chemin de la guerre en 51. Après avoir étouffé les derniers foyers de révolte, César affirme la souveraineté de Rome sur les territoires de la Gaule situés à l’ouest du Rhin. Selon Velleius Paterculus, en neuf campagnes, on n’en trouverait à peine une où César n’aurait pas mérité le triomphe ; il massacra plus de quatre cent mille ennemis et en fit prisonniers un plus grand nombre encore. Pour Plutarque, la conquête de la Gaule est l’une des plus grandes victoires de Rome et place son commandant César au rang des plus illustres généraux romains, tels les Fabius, les Metellus, les Scipions: « En moins de dix ans qu’a duré sa guerre dans les Gaules, il a pris d’assaut plus de huit cents villes, il a soumis trois cents nations différentes, et combattu, en plusieurs batailles rangées, contre trois millions d’ennemis, dont il a tué un million, et fait autant de prisonniers ». Tandis qu’il termine son mandat de proconsul, César prépare son retour à Rome par la conquête de l’opinion romaine : il répond aux critiques sur sa conduite de la guerre par la publication de ses "Commentaires sur la Guerre des Gaules", sobre mais calculateur compte-rendu où il se présente à son avantage, puis en 51 av. J.-C., il annonce la construction d’un magnifique et nouveau forum, financé par le butin des Gaules, sur lequel est érigé le temple dédié à Vénus Genitrix dont il est censé descendre. L’objectif de César est maintenant de se présenter aux élections de 50 av. J.-C. pour un second consulat en 49 av. J.-C., conformément à la loi qui impose un intervalle de dix ans entre chaque consulat. Pour éviter l’attaque en justice que lui a jurée Caton et qui l’empêcherait de faire campagne, il lui faut conserver son mandat de proconsul en Gaule et être candidat malgré son absence de Rome. Mais c'est sans compter sur l'opposition des "optimates" qui cherchent à faire obstruction. Bras de fer politique avec Pompée. À Rome, les conservateurs, désormais ralliés à Pompée, cherchent à tout faire pour empêcher le projet de candidature de César. En 50 av. J.-C., César mène sa politique à distance depuis la Gaule cisalpine où il campe ses troupes depuis la fin de la révolte en Gaule. Depuis le nord de l'Italie, il manœuvre pour faire élire Marc Antoine au poste de tribun de la plèbe pour l’année suivante. Soldant les dettes du tribun de la plèbe Curion, il fait en sorte qu'il lâche Pompée et qu'il passe de son côté. Enfin, César neutralise un des consuls, Lucius Aemilius Paullus, en lui versant les fonds nécessaires à la réfection de la basilique Aemilia sur le forum. Malgré ces dispositions, César échoue à faire élire son lieutenant Servius Sulpicius Galba, candidat au consulat pour 49, qui est battu : les consuls élus sont alors Lucius Cornelius Lentulus Crus et Caius Claudius Marcellus qui lui sont farouchement hostiles. Les conservateurs s’activent eux aussi pour fragiliser la position de César auprès de ses propres fidèles et prennent des contacts avec Titus Labienus, le meilleur lieutenant de César qui s'est illustré à la bataille de Lutèce et à Alésia. À la fin de l’année 50 av. J.-C., les premières passes d’armes restent dans la voie légale et se déroulent au Sénat. Le tribun Curion propose que Pompée et César licencient simultanément leurs troupes ; les consuls s’y opposent. Le Sénat décide que Pompée et César envoient chacun une légion pour préparer la guerre contre les Parthes. Pompée choisit la légion, qu’il a prêtée à César, César renvoie la , et doit se dessaisir ainsi de deux légions (il en conserve néanmoins neuf, dont une l’accompagne en Gaule cisalpine tandis que les autres hivernent en Gaule). Pompée envoie ces deux légions prendre leurs quartiers d’hiver en Italie du sud. En chemin, leurs officiers se livrent à un intense travail de désinformation, affirmant que César est devenu odieux et détesté par ses soldats, et induisent Pompée à le sous-estimer. Toujours par l’intermédiaire de Curion et Marc Antoine, désormais tribun, César tente une nouvelle proposition : il accepte de ne conserver que deux légions et le gouvernement de la Gaule cisalpine et de l’Illyrie, pourvu qu’on accepte sa candidature au consulat. Malgré la recherche d’un compromis par Cicéron, Caton refuse qu’un simple citoyen impose ses conditions à l’État ; le nouveau consul Lentulus s’emporte et fait expulser du Sénat Curion et Marc Antoine. L'historien Velleius Paterculus accusera Curion d'être responsable de cette rupture, tandis que Appien présentera Marc Antoine comme l'initiateur de la dispute. Selon Plutarque, : s’en prendre aux tribuns de la plèbe, les représentants sacro-saints du peuple. Le Sénat décrète que César doit abandonner son poste de gouverneur et revenir à Rome en simple particulier. Vers le sommet de l’État. Guerre civile entre César et Pompée. César peut se présenter comme la victime de l’acharnement des conservateurs et comme le défenseur des tribuns de la plèbe. Prenant l’initiative de l’illégalité, il décide le 11 janvier 49 av. J.-C. de pénétrer en armes en Italie et franchit le Rubicon, rivière marquant la frontière entre l’Italie et la Gaule cisalpine. Plutarque et Suétone mettent en scène ce tournant historique et attribuent à César la citation (), signifiant qu’il tente la destinée. Pour César, il n’y a plus que deux issues : la mort et le déshonneur ou la victoire et le pouvoir. Il mise sur l’audace et la rapidité de ses déplacements militaires et sur l’expérience et la fidélité de ses légions, et se démarque des atrocités de la précédente guerre civile par sa politique de clémence, n’exerçant ni proscriptions ni représailles. César prend le port de Rimini et progresse rapidement vers Rome sans rencontrer de résistance, et ajoute à ses forces les trois légions que Pompée a commencé à lever. Pompée récupère des troupes à Capoue, et se replie sur Brindisi d’où il écrit à tous les gouverneurs de provinces de mobiliser contre César. Les consuls, Caton, Bibulus et même les sénateurs modérés comme Cicéron fuient en hâte, rejoignent Pompée à Brindisi et s’embarquent pour Dyrrachium en Épire. Sans flotte, César ne peut les poursuivre. Pendant les quelques jours qu’il passe à Rome, il rassure les sénateurs restés sur place, offre au peuple une distribution de blé, promet un don de 75 deniers à chaque citoyen et accorde la citoyenneté romaine aux habitants de la Gaule cisalpine. Après ça, le peuple le fera désigner dictateur pendant son absence. Assuré du soutien de l’Italie, il confie la gestion de Rome à Lépide, envoie Curion s’emparer de la Sicile et de la Sardaigne, garantissant le ravitaillement de Rome en blé, libère l’ex-roi juif Aristobule II afin de l’envoyer en Syrie avec deux légions et empêcher Pompée de mobiliser des troupes. Mais les partisans de Pompée empoisonnent Aristobule. C'est alors que César décide de se rendre en Espagne pour mettre hors d'état de nuire les sept légions que Pompée possède encore à l'Ouest, avant même de penser à poursuivre son rival, avec des moyens maritimes qu'il n'a de toute façon pas. N'ayant plus rien à craindre du côté de Rome, César prend la route de la Gaule transalpine et, s'accrochant avec les Ligures de Vintimille au passage, arrive bientôt aux portes de Marseille. La cité grecque refuse de le laisser entrer, affichant une neutralité de façade dans le conflit qui oppose les deux hommes, mais en secret liée à Pompée. César essaye en vain de franchir les remparts de la ville, mais les Massaliotes repoussent si bien ses assauts qu'il préfère poursuivre sa route vers l’Espagne en laissant à trois légions, conduites par Trébonius, le soin de poursuivre le siège, tandis qu'il ordonne à Brutus d'organiser un blocus maritime. Quand l’année 49 se termine, César est maître de l’Italie, des Gaules et des Espagnes, mais ses lieutenants ont subi des revers : Curion s’est fait tuer en Afrique, Gaius Antonius a été fait prisonnier en Illyrie, et son meilleur lieutenant, Titus Labienus, a rejoint le camp de Pompée, qui a levé une armée sur les provinces d’Orient et les royaumes alliés de Rome. La flotte pompéienne contrôle l’Adriatique, prête à débarquer en Italie. L’année suivante, en janvier 48, César est élu consul ; poursuivant sa stratégie fondée sur l’initiative et la rapidité de mouvement, il prend un risque considérable en traversant l’Adriatique pendant l’hiver et surprend Pompée en Épire. Mis en difficulté lors du siège de Dyrrachium où il a enfermé Pompée pendant quatre mois, César doit se replier, attirant Pompée en Thessalie. En août 48, poussé par son entourage, Pompée accepte la bataille rangée. Malgré l’avantage du nombre, il est battu à Pharsale. Cicéron et Brutus se rendent à César, qui les accueille chaleureusement. Caton et Labienus fuient en Afrique, Pompée se réfugie en Asie, puis à Chypre, d’où il gagne l’Égypte, pensant trouver de l’aide chez le jeune pharaon dont il a autrefois protégé le père. César parvient à Alexandrie début octobre 48 où il trouve, horrifié, le corps de Pompée, assassiné sur l’ordre du jeune Ptolémée XIII. César passe l’hiver 48/47 à Alexandrie, et la guerre s’engage alors entre Ptolémée et César. Ce dernier n’a qu’un faible effectif et doit mener un combat difficile ; lors d’un engagement dans l’île de Pharos, il est même obligé de fuir à la nage et d'abandonner son lourd manteau d"'imperator", aussitôt récupéré par son adversaire qui l'érige en trophée. César sort vainqueur de l’affrontement en mars 47, et détrône le jeune souverain au profit de Cléopâtre VII et du plus jeune de ses frères. D’Égypte, César se rend en Asie (juillet/août 47), afin de réprimer Pharnace II, fils de l’ancien roi du Pont Mithridate VI, qui a profité de la guerre civile pour reconquérir des territoires et réaffirmer son autorité. Le cinquième jour de son arrivée, en quatre heures de combat et en une seule bataille (bataille de Zéla), César écrase et détrône Pharnace. À cette occasion, il écrit au Sénat ces mots célèbres : pour exprimer la facilité avec laquelle il est venu à bout de son adversaire. De retour en Italie, César doit faire face à l’insubordination des soldats cantonnés en Campanie. Il les reçoit à Rome, et parvient à les ramener à l’ordre sous la menace de les licencier. Puis, César passe en Afrique fin 47 av. J.-C., où il passe l’hiver. Il détruit à la bataille de Thapsus l’armée républicaine que commandent Metellus Scipion et Caton d'Utique et leur allié le roi numide Juba (février 46) ; Metellus Scipion et Juba meurent dans la bataille, Caton se suicide à Utique pour éviter d’être capturé, Titus Labienus se réfugie en Espagne. L’annexion de la Numidie s’ajoute aux conquêtes de César. Quadruple triomphe de 46. Lorsque César revient à Rome, la paix est revenue, l'Italie n'a pas connu les atrocités des précédentes guerres civiles. Tous les écrivains loueront la clémence de César, qui a accueilli sans restriction les pompéiens qui se rendent et n'a exercé aucune proscription contre la classe politique. César peut annoncer au peuple que l'annexion des Gaules et de la Numidie et le protectorat sur l'Égypte vont permettre d'obtenir du blé et de l'huile en abondance et définitivement résoudre les problèmes de ravitaillement de Rome. En août et septembre 46 av. J.-C., César célèbre par un quadruple triomphe ses victoires sur les Gaules, le Pont, l'Égypte et la Numidie. La durée et le faste des cérémonies, l'énormité du butin éclipsent tous les triomphes précédents. À chaque cérémonie, César vêtu de pourpre parcourt en char la Voie Sacrée, suivi du butin, des captifs, des soldats qui ont toute liberté pour scander les plaisanteries les plus osées sur son compte. Pour monter au Capitole offrir un sacrifice au temple de Jupiter Capitolin, le char de César passe entre deux rangées d’éléphants qui tiennent des flambeaux. César offre au peuple des représentations théâtrales, des courses, des joutes d'athlètes, des spectacles de chasse et de gladiateurs, des reconstitutions de combat terrestre et nautique, cette dernière est la première naumachie montrée à Rome. Des banquets publics réunissent près de . La vente du butin rapporte plus de de sesterces, et l’argent est distribué à flots : les 75 deniers que César a promis sont donnés à chaque citoyen, avec 25 deniers de plus pour compenser le retard, les légionnaires reçoivent chacun, et des lots de terre. Les loyers de moins de à Rome et moins de en Italie sont annulés. La plupart des revendications des "populares" sont maintenant satisfaites, et César entreprend les réformes nécessaires à l'administration du monde romain. Il fait procéder à un recensement, et ajuste à la baisse le nombre d'allocataires des distributions de blé. Il compense cette mesure en installant pauvres et des soldats démobilisés dans de nouvelles colonies dans les provinces, dont Carthage et Corinthe qu'il fait reconstruire. Pouvoir absolu et élimination des derniers pompéiens. La paix ne dure que quelques mois. En 46 av. J.-C., les dernières forces du parti pompéien s’insurgent en Espagne, menées par Pompée le Jeune, fils de Pompée, et Titus Labienus. Consul pour la quatrième fois, César arrive à marches forcées en Espagne en décembre 46. Cette guerre est longue et sans merci, avec des exécutions de part et d’autre. César achève en avril 45 av. J.-C. ses derniers adversaires à Munda, dans la bataille la plus acharnée des guerres civiles. Retardé par une maladie, son jeune neveu Octave le rejoint en Espagne malgré les dangers du trajet, geste que César apprécie hautement. Dans le dernier testament qu’il rédige, il déclare adopter Octave et le désigne comme héritier principal avec comme autre héritier Quintus Pedius, son autre neveu qui a combattu à ses côtés en Espagne. Revenu à Rome en octobre 45, César y célèbre son cinquième triomphe. César commet là une erreur politique que Plutarque soulignera : la règle veut qu’un triomphe honore une victoire sur un peuple ennemi de Rome, ce qui n’est pas le cas dans cette guerre civile. Ni Pompée vainqueur de Sertorius, ni Sylla vainqueur des marianistes n’ont célébré de triomphe. De plus, César accorde deux autres triomphes, à Fabius et son neveu Quintus Pedius. Là encore, c’est une entorse aux usages qui réservent le triomphe au général doté de l’"imperium" et non à ses lieutenants. César, nommé dictateur pour dix ans, est désormais le centre du pouvoir ; il reconstitue les effectifs du Sénat, en radie quelques sénateurs responsables de concussion dans leur province, et y inscrit des Gaulois cisalpins et des Espagnols, une première qui marque le début de la promotion des provinciaux. Il nomme lui-même les magistrats, sauf les tribuns de la plèbe et les édiles plébéiens, encore élus, et désigne des consuls pour quelques jours de charge seulement. Obtenir un titre, un avantage ou une faveur dépend de son approbation. Ainsi, Cicéron par des discours emplis d’adulation où il qualifie la clémence de César de « divine » fait gracier plusieurs de ses amis. Cicéron propose de décerner à César des honneurs, les autres sénateurs suivent en une surenchère de plus en plus excessive. Ainsi César reçoit le nom de "Liberator" et le titre d’"" transmissible à ses descendants, quoiqu’il n’ait plus d’enfant. Il réforme le calendrier, on renomme le mois de "Quintilis" de son nom de famille, Iulius. Pompée a eu l’honneur de porter les emblèmes du triomphe, robe pourpre et couronne de lauriers, lorsque des jeux sont célébrés à Rome. César reçoit le même honneur, mais par décret du Sénat à titre permanent, la couronne lui permettant notamment de cacher sa calvitie qu'il supporte mal car source de nombreuses railleries ; il peut siéger sur un siège plaqué d’or. Il reçoit également un nombre considérable de pouvoirs extraordinaires, comme l'exercice de la "tribunicia potestas", les pouvoirs des tribuns de la plèbe, le droit d'être consul pendant cinq ans et, plus tard, à partir de 44, la fonction de dictateur à vie. Certains privilèges accordés par les sénateurs vont jusqu’à l’extravagance, comme l’autorisation d’avoir commerce avec toutes les femmes qu’il voudra. Pour Dion Cassius, les sénateurs agissent par excès de flatterie, ou par raillerie. Plus préoccupant, selon Plutarque, c’est pour certains une manœuvre destinée à déconsidérer César et le rendre odieux, et se préparer plus de prétextes de l’attaquer un jour. Assassinat et funérailles. Le complot. En nommant lui-même les magistrats supérieurs, César arrête le cycle corrupteur des campagnes électorales ruineuses financées par l’extorsion financière sur les provinces, et soulage la charge de celles-ci ; mais ceci réduit les profits des publicains et remplace la compétition politique par un arbitraire et une flagornerie indigne qui suscitent des oppositions : pour l’année 44 av. J.-C., César désigne Marc Antoine comme consul et Marcus Junius Brutus et Cassius comme préteurs. Selon Plutarque, la déception de Cassius qui espérait le consulat est une des raisons qui l’amènent à comploter. Tous les historiens romains le présentent comme l’instigateur principal du complot. Cassius regroupe peu à peu une coterie d’opposants, d’anciens pompéiens graciés par César, mais également, notent les historiens modernes, des césariens qui ont servi lors de la guerre des Gaules, notamment Decimus Junius Brutus Albinus et plusieurs autres. Ces derniers redoutent vraisemblablement l’expédition militaire que prépare César contre les Parthes qui serait suivie d’un retour par la Scythie et la Germanie. Les comploteurs cherchent en Marcus Junius Brutus le chef symbolique idéal : il porte le nom mythique de Brutus qui chassa Tarquin le Superbe, le dernier roi de Rome. Neveu et admirateur de Caton, Brutus, souvent tenu pour stoïcien mais en réalité bien plus proche de l'Académie, peut de surcroît trouver dans ses convictions philosophiques des raisons d'agir contre un « tyran ». Il a épousé Porcia, fille de Caton et veuve de Bibulus, et par conséquent il est l’héritier moral des derniers républicains. Toutefois, César l’a comblé de faveurs et l’a nommé préteur urbain. Les comploteurs mènent donc une approche psychologique : ils parsèment chaque jour le tribunal que préside Brutus de messages anonymes qui invoquent le Brutus chasseur de roi : « Brutus, tu dors, tu n’es pas le vrai Brutus ! » Ensuite, Cassius convainc Brutus d’agir contre César. Présenter Brutus comme l’inspirateur du complot contre César permet de fédérer d’autres opposants. Les rumeurs de complot parviennent à César, qui les néglige, affirmant en être informé, ou même en plaisante : quand on l'informe que Brutus complote, César rétorque en se pinçant . Le 14 février 44, le Sénat confère à César la dictature perpétuelle. Son pouvoir est désormais sans limite, même l’"intercessio" des tribuns ne peut s’exercer sur son "imperium". Tout espoir d’une abdication comme celle de Sylla et d’un retour à la République d’avant la guerre disparaît. César prend alors des décisions surprenantes : il décrète une amnistie générale, et licencie sa garde personnelle. Autre inconséquence aux yeux des historiens romains, César néglige les présages : avertissements des devins, mise en garde pour la période allant jusqu’aux ides de mars, cauchemar de son épouse Calpurnia la veille des ides. Tout au plus, apprenant les signes néfastes observés sur les victimes offertes en préliminaire de la réunion au Sénat, César se résout à ne prendre aucune décision importante ce jour-là. Mort de César. Les conjurés ont prévu leur attentat aux ides de mars (15 mars de l’an 44 av. J.-C.), au début de la réunion du Sénat dans la Curia Pompeia sur le Champ de Mars. Seul César est visé, Marc Antoine qui accompagne César est attiré à l’écart par de faux solliciteurs, tandis que César est entouré par le groupe des conjurés. Metellus s’assure que César ne porte aucune protection, et tous l’assaillent : il tombe percé de 23 coups de poignard. Le coup ultime vient de Brutus. Les derniers mots de César auraient été pour ce dernier, en grec, et non en latin comme l'affirma l’abbé Lhomond en 1779, « Toi aussi, mon fils ». Depuis toujours sujette à controverse, l'expression « mon fils », traduite du grec , devrait plutôt être entendue comme « mon petit », « mon enfant », traduisant un lien affectif bien plus que familial entre les deux hommes, selon Carcopino. Elle a servi de base à l'idée fausse selon laquelle Brutus aurait été le fils adoptif de César. Pas moins de onze auteurs antiques ont rapporté l’attentat, avec plus ou moins de détails. Si le fait est bien connu, l’analyse de ses causes est délicate. Officiellement, les conjurés ont éliminé César pour l’empêcher de devenir roi et pour sauver la République. L’accusation d’aspirer à la royauté était le procès d’intention quasi rituel des conservateurs romains pour éliminer tout homme politique trop favorable aux revendications populaires. Les écrivains romains ont relevé comme autant d’indices ce qui peut étayer cette suspicion : Selon Plutarque, plusieurs signes auraient présagé la mort de César, comme le cœur manquant d'un animal dont celui-ci fait offrande. Plutarque affirme aussi que César cherche à détruire la République et à devenir roi. Parmi les historiens modernes, Jérôme Carcopino suit cet avis, et Joël Schmidt voit dans cette liste autant de gestes voulus par César pour sonder l’opinion romaine sur l’idée de le couronner roi. D’autres historiens modernes sont plus circonspects dans l’interprétation des éléments cités par Plutarque et Suétone : pour Marcel Le Glay, il est difficile de séparer la réalité et la rumeur, et si César n’a pas voulu lui-même la royauté, certains dans son entourage l’ont voulue, et les Romains l’ont cru ou ont feint de le croire. Christol et Nony rappellent que César « sut toujours donner le change sur ses intentions réelles » et considèrent que ce problème n’est pas soluble. Plus encore, Ronald Syme estime que ce problème « n’a pas à être posé. César fut tué pour ce qu’il était, non pour ce qu’il aurait pu devenir. En revêtant la dictature à vie, il semblait écarter tout espoir de retour à un gouvernement normal et constitutionnel. Le présent était insupportable, l’avenir bouché ». Mais Suétone complique les analyses sur la fin de César en ouvrant une autre piste : César aurait eu la mort qu’il souhaitait. Là encore, Suétone produit ses indices : Des historiens modernes ont développé cette thèse, justifiant l’attitude de César par sa perception d’une maladie qui le diminuait. Néanmoins, les préférences pour une mort brève et imprévue sont après tout banales, et selon Régis Martin, la croyance de César en sa chance protectrice ("Fortuna") et sa certitude que sa perte provoquerait la guerre civile peuvent aussi expliquer sa conduite. Funérailles et testament. César désigna dans son testament trois héritiers, les petits-fils de ses sœurs, à savoir Octave, Lucius Pinarius Scarpus et Quintus Pedius. Il légua les trois quarts de son héritage au premier et le quart restant aux deux autres. Dans la dernière clause de son testament, César adopta Octave, le futur empereur Auguste, et lui donna son nom. Enfin, il légua au peuple romain ses jardins près du Tibre et trois cents sesterces par tête. Le 20 mars, un bûcher est dressé sur le Champ de Mars, près de la tombe de sa fille Julia, et l’on imagine évidemment l’effet dramatique de cette proximité. Le corps de César, couché sur un lit d’ivoire tendu de pourpre et d’or, est d’abord déposé dans une chapelle dorée, édifiée sur le forum, devant la tribune aux harangues. À sa tête, sa toge ensanglantée est exposée sur un trophée. Comme le corps reposait face vers le ciel et ne pouvait être vu, on élève au-dessus de lui une effigie de cire grandeur nature, afin que la foule puisse contempler les vingt-trois blessures (trente-cinq selon d’autres auteurs) qui lui ont été sauvagement infligées au corps et au visage. Pour souligner l’ignominie de ce crime, Marc Antoine fait lire, en guise d’oraison funèbre, la liste des honneurs qui ont été dévolus à César, ainsi que le serment qu’ont prêté les sénateurs de défendre sa vie. On chante des vers parmi lesquels revenaient, pour susciter la compassion, une citation empruntée au "Jugement des Armes" de Pacuvius : « Fallait-il les sauver pour qu’ils devinssent mes meurtriers ? » (compte tenu de la mansuétude dont César a obstinément fait preuve à l’égard de Brutus, c’était particulièrement bien choisi). Chavirée par l’habile et pathétique mise en scène, la foule en colère entasse autour du lit funèbre le bois arraché aux boutiques avoisinantes et tout ce qui lui tombe sous la main pour construire un bûcher d’apothéose, comme elle l’a fait quelques années plus tôt pour les funérailles de Clodius. Les vétérans de ses légions y jettent leurs armes et certaines femmes les bijoux qu’elles portent. Les Juifs, qui n’oublient pas que César leur a permis de relever les murs de Jérusalem abattus par Pompée, se réunissent plusieurs nuits de suite autour de son tombeau pour le pleurer. On raconte que lorsque Caius Matius organisa des jeux funéraires en juillet 44 av. J.-C. à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, la comète de César se mit à briller dans le ciel (apparition également attestée par les astronomes chinois) et l’Etna entra en éruption, faisant de sa mort un bouleversement cosmique. À l’emplacement où il fut incinéré, son petit-neveu et fils adoptif, le futur Auguste, fait ériger un temple. De nos jours, on vient parfois de fort loin pour y déposer quelques fleurs, un poème, une bougie et perpétuer le souvenir de celui qui voulut être « le premier dans Rome ». La plaque commémorative apposée par la ville à l’intention des visiteurs emprunte à Appien son récit de l’événement : Après César. Le complot n’atteint pas ses objectifs, car le consul Marc Antoine a été épargné, à la demande de Brutus, et Lépide stationne avec des troupes à proximité de Rome, tandis qu'Octave, qui se trouve en Épire, est hors d’atteinte. En revanche, l’attentat contre César guide les prétendants à sa succession sur la conduite à tenir : ils font symboliquement rayer la dictature des magistratures romaines, et la remplacent par un triumvirat quinquennal. La politique de clémence a prouvé son danger suicidaire, les triumvirs commencent une vague de proscriptions sanglantes, suivie par quatorze ans de guerre civile, contre les assassins de César, contre Sextus Pompée, puis entre triumvirs. Octave finit par l’emporter en 31 av. J.-C. et recevoir le titre d'Auguste pour devenir le maître unique et absolu de l’Empire romain. Il confirma et continua les réformes entamées par César, organisant un empire pacifié, stabilisé et géré avec plus d’équité. Comme Auguste et la plupart des empereurs à sa suite, Jules César est divinisé après sa mort. Jules César écrivain. Outre sa carrière politique et militaire, Jules César est un passionné de lettres, de grammaire, de rhétorique et de poésie, conformément à l'éducation lettrée particulièrement poussée qu'il a reçue. La plupart des indications proviennent de Suétone. La plupart de ses ouvrages ont été perdus comme la grande majorité de la littérature antique. Commentaires et corpus césarien. Des divers écrits qu'il a composés, il ne reste ainsi que le corpus de ses "Commentaires" ("Commentarii rerum gestarum") : Leurs conditions de rédaction sont mal connues, deux thèses principales s'opposant : d'abord celle d'une rédaction au fur et à mesure, avec une publication chaque année ; ensuite, celle d'une rédaction en une fois, à la fin de chaque guerre, avec une sélection des faits saillants. La nature des œuvres, des commentaires, laisse à penser que la première option se vaut. Les quelques contradictions entre les différents livres plaident de même pour une rédaction échelonnée, même si ces contradictions dans l’œuvre peuvent tout autant plaider pour une rédaction rapide, à la hâte, à la fin de la guerre, pour une publication rapide. La structure en années n'est pas non plus déterminante, puisqu'il s'agit d'une tradition héritée de l'annalistique romaine, ajoutée à la nature même des opérations militaires relatées, qui s'interrompent à la mauvaise saison pendant plusieurs mois. Cette idée de la rédaction annuelle est donc aujourd'hui écartée : certaines informations des premiers livres présupposent la connaissance par César d'événements postérieurs, montrant que l'ensemble a été élaboré en plusieurs fois, mais rédigé au terme de chaque guerre. Certains passages du Livre I faisant référence à l'alliance entre Boïens et Éduens ou à la trahison de Commios ont ainsi été écrits après 52, probablement après Gergovie et Alésia. On suppose donc désormais que les 7 premiers livres ont été écrits à l'automne 52 av. J.-C., au lendemain de la bataille d'Alésia, succès lui assurant une stabilité durable pour sa conquête en mettant un terme définitif à la résistance gauloise organisée : virtuellement achevée, la guerre peut donc être racontée pour préparer son retour à Rome et sa candidature à un deuxième consulat. On peut retenir au crédit de la thèse de la rédaction en 52 le contenu d'une lettre de Caelius à Cicéron, écrite en mai 51, dans laquelle il est dit que seules des rumeurs et des bruits circulent concernant la guerre de César en Gaule. D'autres ouvrages sont aussi attribués à César. On sait cependant qu'ils sont apocryphes, on parle ainsi de « Pseudo-César » ou de « Corpus Césarien » pour désigner ces œuvres. Ces récits sont assurément rédigés par un témoin proche des guerres commentées, en utilisant des informations et un journal de bord personnel, combinés avec les notes de César. Le style est cependant moins aisé, avec une rhétorique médiocre qui semblent indiquer aux philologues que ce n'est pas César qui écrivit ces textes (et que les auteurs n'ont pas cherché à imiter). Certaines hypothèses indiquent toutefois que ces ouvrages auraient été commencés par César, mais qu'ils furent inachevés. Il semblerait selon une hypothèse que ces écrits seraient des suppléments anonymes à l'œuvre de César, qui formeraient un tout continu, les rédacteurs ayant accès à ses archives et sa correspondance, et César aurait eu à long terme le projet de les incorporer. Les auteurs sont inconnus, les styles varient trop pour qu'ils soient de la même main, Suétone croit, selon des rumeurs, qu'il s'agit d'un des généraux de César, Aulus Hirtius ou Caius Oppius. Suétone aurait cependant confondu la continuation du récit et la rédaction d'une préface, et son hypothèse a été récemment décriée. Les auteurs de ces récits ont été témoins oculaires des guerres racontées, Oppius n'y a pas participé, seul Hirtius participa à la guerre d'Alexandrie, qui a l'intention de chroniquer cet épisode, mais le style médiocre fait plus soupçonner un travail inachevé, une ébauche ou un guide de travail (il est possible qu'il ait écrit ce récit mais que celui-ci a ensuite été perdu, et que les textes actuellement connus auraient été insérés en remplacement). On déclare que même pour Suétone, l'attribution est incertaine et l'est toujours. César, historien ? Ces œuvres attribuées à César constituent un modèle du genre des mémoires historiques. Strabon traduit en effet le terme de commentaires par (« mémoires » ou « journal de guerre »). Plutarque parle d'éphémérides. Mais aucun autre terme que « notes personnelles » ne semble suffisamment clair pour traduire l'intention et les modalités de rédaction d'une telle œuvre. L'objectivité et la part d'idéologie qui préside à l'organisation et au contenu de ces œuvres agite encore les débats et travaux des historiens. En effet, ces ouvrages servent la communication politique de César et par conséquent leur exactitude — si ce n'est leur neutralité et leur exhaustivité — peut tout à fait être mise en doute ou questionnée pour tenter de déceler les déformations historiques volontaires laissées par l'homme politique dans son travail d'écrivain. La nature et le but des commentaires césariens a fait longtemps débat : s'agit-il d'une tentative de justification politique et publique ? Comment César concilie-t-il le souci de justification avec celui de la vraisemblance et de l'exactitude des faits ? Quelles sont les déformations volontaires que l'on trouve dans l’œuvre ? Une chose est certaine : nul n'était mieux placé que César pour livrer ce récit, mais nul n'est aussi bien placé que lui pour le tordre à sa guise. Le récit césarien est donc d'une extrême préciosité pour les historiens qui disposent ainsi d'un document de première main de grande qualité littéraire et factuelle, mais aussi d'un aperçu de la stratégie rhétorique d'un chef de guerre cherchant à limiter ses échecs et ses ratés par une discrétion redoublée à leur sujet. Ainsi, il faut différencier les "Mémoires" de ce que seraient par exemple des "Confessions". La question de la véracité historique des œuvres césariennes se pose donc ainsi : César produit-il volontairement des récits obscurs par défaut d'information ? Altère-t-il sciemment la vérité par désir d'apologie personnelle ou en raison de ses ambitions politiques ? Asinius Pollion, rapporté par Suétone, dit des "Commentaires" qu'ils sont écrits à la hâte, avec peu de soin et de respect pour la vérité. César aurait accepté avec peu d'esprit critique le récit rapporté par ses légats et lieutenants. Il aurait été ainsi mal informé et peu sincère. Cependant, Pollion est un fidèle de César, du Rubicon jusqu'à Pharsale, il semblerait que son avis concerne donc avant tout les "Commentaires sur la Guerre civile" (il était lui-même l'auteur d'un ouvrage au sujet et titre similaires) et non la guerre des Gaules. Toujours est-il que César semble avoir disposé pour la rédaction de ses commentaires de sources de première main : témoins directs — dont il faisait partie — et rapports de ses lieutenants et légats en détachement en Gaule sur d'autres théâtres opérationnels que le sien. On estime que ses sources historiques sont bonnes, voire excellentes, tandis que ses sources géographiques sont médiocres : beaucoup des orientations qu'il donne pour relater la topographie et l'espace celtique et breton sont fausses. César se base ainsi probablement sur des cartes mal dressées, trop anciennes ou incomplètes, tant les approximations sur les lieux semblent se multiplier, voire témoigner d'interpolations et de déplacements involontaires dans le récit. On attribue généralement une telle faiblesse géographique à la traduction personnelle, par César, d'un corpus de géographes grecs de moindre qualité dont il a les textes avec lui ; cette traduction aurait été directement versée dans le corps du texte de la guerre des Gaules pour orner le récit d'un cadre descriptif sur la faune et la flore, sur le terrain, afin de donner plus de réalisme à l'environnement des guerres qu'il avait menées. Ce choix relève de la nature de l'œuvre : écrite en quelques mois, de circonstance, sans avoir un accès favorisé à des sources de meilleure qualité depuis ses cantonnements hivernaux au-delà des Alpes. Il en ressort qu'on refuse généralement à César le qualificatif d'historien : colorant volontairement les faits, maître dans l'art des omissions opportunes, muet sur son ambition masquée par la migration des Helvètes pour expliquer le déclenchement du conflit, discret sur les profits financiers qu'il tira de ces années de combat, l'œuvre globale des "Commentaires" apparaît plutôt comme un monument de communication politique que comme une œuvre d'histoire à proprement parler. Autres œuvres. César est reconnu pour sa pratique oratoire et celle de la rhétorique. Il fait au moins deux éloges funèbres ("laudatio"), l'un en -68 pour sa tante Julia (le fait que Suétone cite un extrait indique qu'il a dû être publié) et l'autre pour sa femme. Le discours pour la conjuration de Catilina a été recopié par Salluste mais les discours publiés sont fréquemment remaniés. César écrit aussi en 45 av. J.-C. l"Anticato", réplique au panégyrique que Cicéron a prononcé en faveur de Caton d'Utique, « le dernier républicain » ; l'ouvrage n'est connu que par des fragments. Ses qualités d'orateur ont divisé les contemporains, elles sont vantées par Cicéron ("Brutus"), Quintilien ("Institution oratoire", , 1) et Suétone mais sont critiquées par Tacite ("Dialogue des orateurs", ). César a composé deux discours aux soldats durant la guerre d'Hispanie ("Apud milites") dont Auguste aurait soupçonné qu'ils soient une forgerie, ainsi qu'un discours pour défendre Metellus qui selon Suétone est authentique mais mal retranscrit par les sténographes. Enfin, et plus curieusement, il a rédigé un traité de grammaire "De analogia", en deux tomes, dans lequel il expose des théories grammaticales argumentées sur l'analogie, ainsi qu'un poème intitulé "le Voyage". César est l'auteur de nombreuses poésies dans sa jeunesse, dont ne subsiste, grâce à Suétone, qu'une épigramme considérée comme médiocre, sur Térence. Selon les "Lettres" de Pline le Jeune, leur caractère est léger. Elles sont interdites par Auguste car il semble qu'elles aient été soit contraires à la pudeur soit trop médiocres. César semble également avoir écrit plusieurs essais dans sa jeunesse ("Éloge d'Hercule", une "tragédie d'Œdipe", un "Recueil de mots remarquables", ce dernier étant un volume d'apophtegmes (ou "Dicta Collectanea") ; mais Auguste interdit leur publication après la mort du dictateur, probablement pour les mêmes raisons que les poésies. Selon l'historien Pierre Grimal, ces trois œuvres perdues ont probablement été écrites en grec. Héritage de César. Réformes politiques. Jules César, devenu dictateur, reprend certaines réformes administratives entreprises une génération plus tôt par le précédent dictateur, Sylla. De nouveau, il faut adapter les institutions à l'extension de la puissance romaine qui résulte des conquêtes en Orient et en Gaule, et offrir des charges à ses partisans : Pour l'administration des provinces, César veut éviter les mandats de cinq ans que Pompée et lui-même ont pratiqués ; il limite la durée des charges de gouverneur à un an pour un propréteur et deux ans pour un proconsul. L'organisation des municipes italiens est précisée par une loi-cadre, dont les Tables d'Héraclée furent souvent vues comme une copie, bien que des études modernes proposent une datation largement antérieure à Jules César. Ces réformes seront conservées par Auguste, elles lui permettront de disposer d'une élite nombreuse, nécessaire à l'administration de l'Empire. Réalisations architecturales. L’activité de bâtisseur de César se manifeste plusieurs fois dans sa carrière politique. À chaque fois, ses réalisations, toujours spectaculaires, sont destinées à renforcer son prestige et sa popularité. À la fin de la guerre des Gaules en , César entame sa campagne électorale pour une future candidature au consulat. Pompée a construit le premier théâtre romain en pierre à Rome et une nouvelle curie quelques années auparavant. César lance à son tour un projet de bâtiment public prestigieux : un nouveau forum, au nord de l’ancien, ouvrant son côté est sur l’Argilète. Il est financé par le butin des Gaules, et commence par l’achat des terrains, pour une somme de cent millions de sesterces selon Suétone. Ce Forum Julium suit un plan similaire à celui du forum de Pompéi qui date de la même période : une longue esplanade rectangulaire fermée par une enceinte bordée de portiques, au fond de laquelle s’élève le temple de Vénus. Selon Appien, la dédicace de ce temple aurait fait suite au vœu de César d’élever un temple à Vénus Victorieuse s’il est vainqueur à Pharsale. Devant ce temple, il se fait représenter par une statue équestre. Ce nouveau forum crée ainsi une architecture originale en combinant l’agora hellénistique et le temple romain sur podium, formule qu’adopteront tous les forums impériaux ultérieurs. Maître sans partage de Rome à partir de , César a désormais tous les moyens de sa politique. Il commence par des aménagements de circonstance pour les jeux célébrant son triomphe : agrandissement des extrémités du cirque, construction d’un stade pour les lutteurs sur le Champ de Mars, creusement d’un bassin au bord du Tibre pour une naumachie. Les travaux entrepris sur le vieux forum voient la reconstruction de la curia Hostilia, incendiée en par les partisans de Clodius Pulcher. D’autres projets plus ambitieux sont envisagés : la construction de la plus grande basilique de Rome sur l’emplacement de la vieille basilique Sempronia, l’édification d’un temple de Mars, et d’un second théâtre en pierre. Tous ces chantiers seront suspendus pendant les guerres civiles. Octave devenu Auguste les mènera à leur terme en achevant la grande basilique Julia et le théâtre de Marcellus, et en dédiant un temple de Mars vengeur. Réorganisation de Rome. Pour décongestionner une Rome surpeuplée, César en repousse les limites administratives et élargit le périmètre sacré du pomœrium à un mille romain () des anciennes murailles de la ville. Cette mesure fut à peine suffisante, car Auguste agrandit encore ce périmètre une génération plus tard en créant les quatorze régions de Rome. Toujours pour la gestion de Rome, César fait recenser la population urbaine, selon une méthode inédite et originale : les citoyens ne sont plus convoqués par tribus pour défiler devant les services de recensement. Le recensement est organisé quartier par quartier, et ce sont les propriétaires des immeubles de location qui doivent déclarer leurs locataires. La méthode dut être efficace, car Auguste la reprendra. Sans préciser les résultats de ce dénombrement, Suétone dit qu’il permit de ramener le nombre de bénéficiaires de distributions gratuites de blé instaurées par Clodius Pulcher en 58 av. J.-C. Un ultime projet de loi de César destiné à améliorer quelque peu la circulation dans une agglomération aux rues étroites et encombrées interdit la circulation de jour à tout véhicule à roue, à l’exception des chars de procession lors des cérémonies et des charrettes d’entrepreneurs, nécessaires aux chantiers urbains. Cette loi est votée après la mort de César, et reste en vigueur plusieurs siècles, démontrant sa nécessité. Depuis César, la nuit romaine est réservée au transit des marchandises, au grand dam des dormeurs, et suscitant les récriminations de Martial et Juvénal. Monnaies. Les guerres civiles menées par César lui imposent de forts besoins financiers, pour entretenir de plus en plus de légions, qui se déplacent d’un secteur à l’autre de l’Empire. Il se dote donc à partir de 49 av. J.-C. d’un atelier monétaire qui suit ses déplacements sur les théâtres d’opération, et frappe les espèces monétaires dont il a un besoin croissant. Cette pratique n’est pas nouvelle, le Sénat romain l’a autorisée pour les grands corps expéditionnaires de Lucullus ou de Pompée en Orient, mais César se l’arroge en s’emparant de la réserve de la République. De surcroît, César apporte deux grandes innovations, qui servent sa politique, que ses successeurs Marc Antoine et Octave pérenniseront, et qui s’institutionnaliseront sous l’Empire romain : la frappe de monnaie en or et la figuration de son portrait sur les monnaies. Rome n’a émis de monnaies en or que temporairement, essentiellement aux moments les plus difficiles de la deuxième guerre punique et en puisant dans les réserves de métal précieux thésaurisées par le Sénat. L’émission d’"aurei" renoue donc avec l’idée de puiser dans les réserves pour sauver la République. De plus, la forte valeur de cette monnaie (un aureus pour 25 deniers d’argent ou 100 sesterces) facilite les importantes gratifications aux soldats de César et contribue à leur prestige. Les motifs qui apparaissent sur les monnaies émises par César participent à sa propagande : outre son nom ou son portrait, une première sous la République, figurent principalement les motifs suivants : Réforme du calendrier. Les fonctions de "pontifex maximus" exercées par César comportent la fixation du début de chaque année. César la met à profit pour réformer le calendrier romain, pour que la durée moyenne de l’année soit exactement de , la meilleure approximation connue à l’époque en Occident. Il donne ainsi son nom de famille au calendrier julien. Suétone précise cette modification du calendrier effectuée par César : . Il met ainsi un terme au calendrier traditionnel qui impose de créer chaque année un mois intercalaire pour compléter l'année solaire, comme en atteste par exemple le calendrier des Fastes d'Antium. Titre de Caesar. Le nom de César, pris par Octave comme fils adoptif de Jules César, devint par la suite un titre que portèrent tous les empereurs et les princes romains, quoique étrangers à la famille des Césars. Il est ensuite attribué aux héritiers présomptifs de l’empire, usage qui devint une règle à partir de Dioclétien. Depuis cette époque les empereurs prirent le titre d’Auguste et s’adjoignirent avec le titre de César un prince qui doit leur succéder. Le nom de César a donné le mot « Kaiser » en allemand, ainsi que le mot « Tsar » (ou « Czar ») en russe et en bulgare. Étymologie du nom « César ». L'étymologie du "cognomen" « Caesar » demeure inconnue. Pline l'Ancien avance que le surnom de "Caesar" pourrait venir du fait que César soit né par césarienne ("caesar, aris" : enfant né par incision). Cependant, les césariennes n'existent durant l'Antiquité que sur une femme morte ou sur le point de mourir et la mère de César, Aurelia Cotta, survit longtemps après la naissance de son fils illustre. Selon l'historien Jean-Paul Pundel, il n'existe aucun argument sérieux qui puisse accréditer la thèse de la naissance de Jules César par une césarienne, le récit de Pline relevant de la légende. Une tradition populaire postule que c’est à la suite d’un exploit accompli pendant la première guerre punique par un représentant de la "gens" Julia, qui a vaincu au cours d’un combat un éléphant de l’armée carthaginoise, en lui tranchant les jarrets, qu’on l’aurait honoré du surnom de "Caesor", « trancheur ». Puis le terme punique "késar", « éléphant », donna "caesar", et le sobriquet serait devenu héréditaire. La découverte de monnaies émises au début de la guerre civile, représentant un éléphant piétinant un serpent (ou un carnyx) au-dessus du nom « Caesar », semble étayer cette thèse. Cet ancêtre glorieux serait à placer aux environs de 250 av. J.-C. Mais le premier à porter ce "cognomen" dont l'histoire a gardé la trace est qui a été préteur en 208 av. J.-C. et qui a eu un poste de commandement indéterminé à la bataille de Cannes en 216 av. J.-C.. Enfin, une dernière hypothèse émise par Sextus Pompeius Festus considère que le premier César de la "gens Julia" aurait été surnommé ainsi à cause d’une abondante chevelure, en latin "caesaries". Spartianus, dans la "Vie d’Aelius", fait une synthèse des différentes origines possibles du nom César. Généalogie. Famille. Parents. Le père de Jules César, Caius Julius Caesar III, né vers 135 av. J.-C. et mort en 85, est le fils de Caius Julius Caesar II. Issu d’une famille patricienne comptant plusieurs consuls (Sextus Julius Caesar II et Sextus Julius Caesar III) il exerce au cours de sa vie les fonctions de questeur (99 ou 98), préteur (92) puis gouverneur d’Asie (91). Il meurt brusquement de cause naturelle à Pisae en 85. Sa mère Aurelia Cotta, née en 120 et morte en 54 ou 53, est issue d’une famille plébéienne et consulaire (ses trois frères furent consuls). Pour Tacite et Plutarque, elle incarne la matrone romaine, exemplaire par l’éducation et le dévouement qu’elle porte à ses enfants et à sa famille et en particulier à son fils. Devenue veuve en 85, elle ne se remarie pas et continue d’habiter avec ce dernier. Sœurs. À l’exception de César, Caius Julius Caesar III et Aurelia Cotta ont eu deux autres enfants, deux filles, Julia Caesaris « Maior » (l’ancienne) et Julia Caesaris « Minor » (la jeune). Les informations concernant Julia Caesaris « Maior » sont peu nombreuses. Suétone confirme l’existence de cette dernière car elle aurait selon lui participé à l’accusation de Clodius Pulcher poursuivi pour sacrilège et adultère. Elle a au moins un fils, car différents auteurs mentionnent la part réservée à cet enfant dans le testament de César. Julia Caesaris « Minor » naît en 101 et meurt en 51. Elle épouse Marcus Atius Balbus, originaire d’Aricie, et est la mère de Atia Balba Caesonia et la grand-mère d’Octave, qui sera adopté par César et deviendra l’empereur Auguste. Êpouses. Selon Suétone, Cossutia est la première femme de César, dont il divorce pour épouser Cornelia (la mère de sa fille Julia) pour des motifs politiques : « et quoiqu’on l’eût fiancé, dès son enfance, à Cossutia, d’une simple famille équestre, mais fort riche, il la répudia, pour épouser Cornélie, fille de Cinna, lequel a été quatre fois consul. L’examen des rares sources et la compilation des études sur le sujet mènent à dégager l’hypothèse suivante. César, venant juste de revêtir la toge virile, a épousé Cossutia, issue d’une riche famille de l’ordre équestre, entre juillet 85 et juillet 84 av. J.-C. (sans doute à l’instigation de ses parents et pour des raisons financières, la famille n’étant pas spécialement riche) et en divorça l’année suivante, sous le consulat de Lucius Cornelius Cinna, dont il épousa la fille, Cornelia (un choix plus personnel traduisant une orientation politique qui ne s’est jamais démentie par la suite, César, bien qu’encore très jeune étant devenu le chef de famille à la mort de son père). Plutarque, quant à lui, n’apporte pas une solution satisfaisante, car le récit qu’il fait de la vie de César comporte certaines incohérences : « Au retour de sa questure, il épousa en troisièmes noces Pompeia ; il avait de Cornélia, sa première femme, une fille, qui par la suite fut mariée au grand Pompée ». Le passage comporte une contradiction que Napoléon III avait déjà relevée en son temps. Enfin, si Pompeia Sylla est la troisième femme de César, et Cornélia sa première, Plutarque ne mentionne pas l’identité de sa deuxième épouse. Il semble plus vraisemblable que Cornélia est la deuxième épouse de César et Cossutia sa première. En 68, après avoir exercé les fonctions de questeur en Hispanie, César épouse Pompeia Sylla, car sa deuxième épouse Cornélia est morte l’année précédente. Cinq ans plus tard, en 63, César est élu "pontifex maximus" et décide de divorcer à la suite de relations supposées entre sa femme et un jeune patricien, Clodius Pulcher. Enfin, en 59, il épouse Calpurnia Pisonis avec laquelle il restera lié jusqu’à sa mort en 44. Enfants. Cornelia Cinna lui donne son unique enfant légitime, une fille prénommée Julia, qui naît en 83 ou 82 av. J.-C. et épouse Pompée en 60. Elle meurt en 54. Au cours de son séjour en Égypte, César entretient des relations avec Cléopâtre VII qui accouchera plus tard (vers 47 ou plus probablement vers 44 ) d’un enfant, Ptolémée XV dit "Césarion". Cependant, la paternité de César envers cet enfant est discutée par les historiens et semble déjà être l’objet d’une polémique peu de temps après la mort du dictateur. Césarion est assassiné très jeune (15 ou ) par Octave (futur Auguste), le fils adoptif de César et premier empereur romain. En 46 av. J.-C., César, sans descendance légitime, adopte son petit-neveu Octave par testament qui, selon l’usage romain en cas d’adoption, est désormais appelé Caius Julius Caesar Octavianus (Octavien). Il deviendra plus tard Auguste, premier empereur de Rome. Enfin, César est peut-être le père de Brutus, qu’il aurait eu avec Servilia Caepionis en 85 av. J.-C. En effet, Plutarque rapporte la bienveillance de César envers celui-ci et la croyance qu’il a acquise d’être le père naturel, l’enfant étant né durant la période où il fréquente Servilia Caepionis. Vie amoureuse de César. Amours illustres. César entretient des relations particulières avec Servilia Caepionis, la mère de Brutus, dont la passion pour lui est publiquement connue à Rome et qu'il semble lui-même tout spécialement apprécier. Ainsi, Suétone rapporte les divers présents et avantages qu’il offrit à sa bien-aimée, dont une perle d’une valeur de six millions de sesterces. César a eu des relations amoureuses avec Eunoé, femme de Bogud, roi de Maurétanie. C'est cependant sa liaison avec Cléopâtre VII qui est restée la plus célèbre. Suétone rapporte comment il remonte le Nil avec la reine d'Égypte et la fait venir à Rome où il la comble d’honneurs et de présents. C’est aussi pour lui un bon moyen de tenir sous contrôle l’Égypte, où trois légions sont présentes, et dont la place dans l’approvisionnement en céréales de l’Italie commence à devenir prépondérante. Toujours est-il que Cléopâtre est présente à Rome au moment de l’assassinat de son amant et qu’elle rentre rapidement dans son pays après le meurtre. Réputation amoureuse. Suétone fait état d’une rumeur selon laquelle César, au début de sa carrière, aurait eu avec Nicomède IV, roi de Bithynie, des relations sexuelles où il aurait tenu le rôle passif : l'histoire le suit sa vie durant. Reprise par Cicéron, Caius Memmius et d'autres de ses adversaires politiques, elle lui vaut de la part de Bibulus, son collègue au consulat, le surnom de « reine de Bithynie ». Lors de son triomphe à Rome, après les campagnes en Gaule, ses soldats chantent encore : « César a soumis les Gaules, Nicomède a soumis César ». Lui-même, selon Dion Cassius, rejette l'accusation, jusqu'à la nier sous serment. Deux poèmes de Catulle laissent entendre que César et Mamurra, son ingénieur, auraient été amants ; toutefois leur auteur, nous dit Suétone, s'en est par la suite excusé. Quant à l'allégation, émise par Marc Antoine, selon laquelle Octave aurait obtenu d'être adopté par César au prix de faveurs sexuelles, elle relève pour le même Suétone de la catégorie des « bruits infâmes » les plus facilement démentis. César s'est aussi vu attribuer des conquêtes féminines nombreuses, particulièrement dans les rangs de la haute société romaine : à Servilia Caepionis, Suétone ajoute Postumia, femme de Servius Sulpicius, Lollia, femme d’Aulus Gabinius, et Tertulla, femme de Marcus Crassus ; il évoque également des soupçons concernant Mucia, la femme de Pompée, et Tertia, la propre fille de Servilia. Ce penchant de César pour les amours illicites est lui aussi chanté en vers par ses soldats lors de ses entrées triomphales : , rappelant que la calvitie dont il souffrait est un symbole de virilité. Le mot qui le proclame , que Suétone attribue à Curion l'Ancien, rassemble les deux imputations de « sodomite » et d'« adultère ». Comme le relèvent Florence Dupont et Thierry Éloi, si cette formule, lue avec le regard d'aujourd'hui, explique pour une bonne part la présence de César dans des recensions de « bisexuels célèbres », elle n'a pas le même sens pour ses contemporains, dont les conceptions reposent sur d'autres catégories. La société romaine ne réprouve pas qu'un citoyen ait des partenaires sexuels des deux sexes ; en revanche, elle fait d'un comportement sexuel passif le signe d'une soumission ou d'une infériorité indignes de son statut : une infamie qui, dans le cas de César, est contrebalancée, selon Eva Cantarella, par la réputation de virilité tirée de ses conquêtes, tant féminines que militaires. Cependant les deux allégations symétriques renvoient au fond à la dénonciation d'une même hypersexualité, incontrôlée et dégradante ; Florence Dupont et Thierry Éloi y lisent un lieu commun, un "topos" des discours sur les « tyrans », qui vise plus particulièrement, à propos de César, son aspiration supposée à la royauté. État de santé de César. Selon Plutarque, la santé de César est fragile, ce dernier étant en effet sujet à de fréquents maux de tête et à des attaques d’épilepsie. Cette faiblesse de César et son mauvais état de santé semblent également être attestés par Suétone. Toutefois, Suétone souligne aussi l’endurance de César à la marche ou à la nage lors de ses campagnes. D’autres auteurs font état, quant à eux, de malaises survenus tout à la fin de sa vie. Néanmoins, César n’aurait pas pu commander aussi efficacement ses troupes en Gaule s’il avait été en mauvaise santé. Quelle que soit la maladie l’affectant, il ne semble l’avoir éprouvée que tardivement. Les attestations de son « épilepsie » datent seulement des dernières années de sa vie (à Thapsus et peut-être à Munda). S’il en avait été autrement, Cicéron, qui ne le portait pas dans son cœur, ne se serait sûrement pas privé de l’attaquer sur le sujet, comme il l’a fait à propos d’une prétendue aventure avec le roi Nicomède IV de Bithynie. De plus, le diagnostic des maladies n’obéit pas aux mêmes critères qu’aujourd’hui et des symptômes ressemblant à ceux décrits très imprécisément par Plutarque et Suétone peuvent être dus à de nombreuses autres causes (hypoglycémie, malaise vagal, coup sur la tête, tumeur, hypotension orthostatique, etc.). Œuvres inspirées par la vie de César. Moyen Âge. Jules César fait partie des personnages historiques les plus saillants de la culture mondiale. Sa popularité ne cesse de croître dès le avec la diffusion du motif des "Neuf Preux", neuf grandes figures historiques ou mythiques qui incarnent l'idéal du roi chevalier. De cette tradition subsiste encore aujourd'hui le roi de carreau de nos jeux de cartes. Les "Faits des Romains", au début du , est la première biographie en français entièrement consacrée à César, qui s’inspire des œuvres de César lui-même, Lucain, Suétone et Salluste ; ce texte historique fait aussi appel à des procédés empruntés au roman ou à la chanson de geste, et aura une grande influence sur l’image de César au Moyen Âge. Au début du haut Moyen Âge, Saint Césaire de Terracina, diacre et martyr, à cause de son nom, a remplacé et christianisé le culte païen de Jules César et des empereurs romains ; ceci favorise la naissance de la "Passio S. Caesarii" (Histoire de la vie du saint protecteur des Caesars romains). Saint Julian, associé en Italie à Saint Césaire, montre que le nom de l'église au palais impérial sur le mont Palatin à Rome, a été interprété dans le titre impérial qui a pris naissance avec Jules César. Œuvres contemporaines. Littérature. D’innombrables historiens ont entrepris des biographies de Jules César, on peut citer Jérôme Carcopino, Joël Schmidt, Robert Étienne et Max Gallo parmi les contemporains. Sa vie a été reprise de façon plus romancée par des auteurs tels que Colleen McCullough et Conn Iggulden. Bande dessinée. Dans la bande dessinée, Jules César apparaît dès 1948 dans "Les Aventures d'Alix", de Jacques Martin. Il devient le protecteur d'Alix dans le premier épisode ("Alix l'intrépide") puis en fait son envoyé en Égypte ("Le Sphinx d'or"). On le retrouve ensuite périodiquement dans les aventures suivantes, sans qu'il ne joue jamais un grand rôle. Jules César au faîte du pouvoir est, à partir de 1959, un personnage récurrent de la bande dessinée Astérix, créant une vision humoristique (mais non ridicule) qui sera une constante dans la représentation française grand public de César. Dans un registre plus sérieux mais autant dramatique qu'historique, César apparaît aussi dans la série "Vae victis !", publiée par Simon Rocca (scénario) et Jean-Yves Mitton (au dessin) chez Soleil en 15 tomes entre 1991 et 2006. La seconde moitié de la série retrace la guerre des Gaules. Les années 2010 voient l'adaptation en bande dessinée de "La guerre des Gaules" par Tarek (au scénario) et Vincent Pompetti (au dessin) : le tome 1, "Caius Julius Caesar", paraît chez Tartamudo en 2012. Cinéma. Au cinéma, Jules César apparaît dans de nombreux films sérieux ou comiques. En France, il eut surtout droit à des péplums burlesques : Il apparaît aussi dans les différentes adaptations cinématographiques d’"Astérix" : Les rares apparitions de Jules César dans des péplums non-burlesques en France sont dans les films suivants, qui retracent la guerre des Gaules ; Jules César apparaît aussi dans quelques péplums italiens où il est traité de façon beaucoup plus dramatique et sérieuse, les Italiens s'identifiant aux Romains de la même façon que les Français s'identifient aux Gaulois, d'où le traitement principalement burlesque du personnage en France et plus noble en Italie. En Italie, il apparaît notamment dans les films suivants qui retracent également la guerre des Gaules : Inversement, les réalisateurs anglo-saxons le figurent de façon plus dramatique, notamment dans les nombreuses versions cinématographiques de "" : Télévision. Les séries télévisées mettent tout aussi régulièrement en scène Jules César, la plupart de ses apparitions ont lieu dans des contextes qui se revendiquent davantage du genre historique : Jeux vidéo. Jules César apparaît dans des jeux de stratégie temps réel comme ' ou '. En 2017, Jules César est un des protagonistes principaux de l'histoire d"'Assassin's Creed Origin's". Jules César apparaît également dans la plupart des jeux vidéo adaptés de la bande dessinée "Astérix". Depuis 1991, Jules César apparaît dans plusieurs opus du jeu de stratégie "Civilization". Citations. Plusieurs phrases attribuées à Jules César sont passées à la postérité : Portraits. Sur près de deux cents portraits représentant César, seuls vingt à vingt-cinq sont antiques et seulement trois sont considérés comme une représentation de son vivant : les pièces de monnaie à son effigie (sept types de pièces montrant son portrait vu de profil), le portrait du musée archéologique de Turin découvert à Tusculum en 1825 et un portrait du musée d’Arles découvert en 2007 dans le Rhône, dont l'identification à César ne fait toutefois pas l'unanimité. Les caractéristiques de ces deux derniers portraits, fortement individualisés, les situent entre 50 et 44 av. J.-C., dans les dernières années de vie du dictateur. On distingue dans les deux cas un cou allongé, marqué de plusieurs plis, la pomme d’Adam saillante, de petits yeux enfoncés dans les orbites, des arcades sourcilières étirées, la disposition décalée des oreilles, les rides de vieillesse et d’expression, des joues émaciées avec les pommettes saillantes, la fossette supra-thyroïdienne qui constitue une marque individuelle relativement rare, la calvitie avancée avec deux golfes temporaux creusés et masquée par une mèche de cheveux ramenée en avant par vagues successives, des déformations pathologiques (clinocéphalie et hypertrophie bitemporale un peu plus marquée à gauche, signe de plagiocéphalie) probablement liées à un traumatisme à la naissance, enfin la même organisation des boucles de cheveux sur les tempes. Le dessin de profil est identique dans les deux représentations. Parmi les autres portraits antiques de César, deux sont devenus des représentations « canoniques » célèbres à l’époque augustéenne, quand se mettent en place la propagande et l’image officielle du défunt : celui du musée Chiaramonti au Vatican et celui du Camposanto de Pise. Dans les deux cas, le visage est allongé, anguleux, les joues sont creuses, les lèvres serrées, la frange horizontale qui efface tout souvenir de la calvitie, ce qui fait penser à une œuvre de propagande augustéenne.
Janus (mythologie) Janus est le dieu romain des commencements et des fins, des choix, du passage et des portes. Il est "bifrons" (« à deux visages ») et représenté (voir illustration) avec une face tournée vers le passé, l'autre sur l'avenir. Il est fêté le . Son mois, "Januarius" (« janvier »), marque le commencement de la fin de l'année dans le calendrier romain. Son temple est situé sur le forum de Rome. Il est rituellement ouvert en temps de guerre et fermé en temps de paix. L'une des collines de Rome, le Janicule, lui est consacrée. C'est un dieu de premier rang dans la hiérarchie religieuse romaine, le seul avec "Jovis - Jupiter" et "Mars - Marspiter" à être qualifié de « Dieu le père », "Januspater". Nom et épithètes. Étymologie. Janus est écrit "Ianus", en latin classique, "Ian", en latin archaïque, dans le Chant des Saliens. L'étymologie de son nom est formée sur la racine *"iā" provenant elle-même de la racine indo-européenne *"ei-"(« aller »), terme abstrait correspondant à la notion de « passer ». Cette étymologie correspond au sens que lui donnait les Anciens. Janus répond au concept de « passage » et il est généralement honoré comme un dieu introducteur. Il est lié au passage du temps ("janitor", le portier). C'était l'interprétation que Ovide et Cicéron lui donnaient déjà : Le linguiste Julius Pokorny souligne aussi la probable assimilation du prénom slave "Jan, Jana" avec le judéo-chrétien "Iohannes" (« Jean »). Il y a peut-être un ancien syncrétisme, la fête de la Saint-Jean d'hiver et d'été correspondant "mutatis mutandis" à celle de Janus en hiver et de sa parèdre Carna en juin. Pokorny rattache, avec un autre suffixe, ce "Ianus" latin à l’allemand "Jahr", l’anglais "year" (« année ») et au grec ὥρα, "hôra" (« heure »). Janus serait à ce titre, un dieu abstrait du temps, équivalent théologico-mythologique du Chronos grec. Deux autres étymologies ont été proposées par les anciens érudits pour expliquer le nom du dieu et sa nature. L'une, proposée par Paul Diacre au , et que la critique moderne juge « purement fantaisiste », est motivée par le sens d'ouverture et propose, pour radical, "hio, hiare, hians" (« ouvrir, béer »), dont "Ianus, Janus" dériverait par la perte de l'aspiration initiale. Il le rapproche du dieu Chaos qui précède la création du monde. Ovide, sans établir un lien étymologique, rapprochait déjà Chaos de Janus : G. Capdeville considère forcé et inutile ce rapprochement avec le Chaos grec, la fonction d’« ouvreur » du dieu Janus étant suffisante pour expliquer sa place au début des temps. L'autre, proposée par Nigidius Figulus, se rapporte aussi à la notion de passage, d'ouverture, et fait de Janus un être dual, équivalent à la fois de Diane et de l'Apollon romain : Cette étymologie a le soutien d'Arthur Bernard Cook qui fait de Janus un dieu du ciel et du jour ("dies" en latin). Elle est celle de "Jupiter, Jovis" et, c'est peut-être un « doublon » dans leur panthéon romain de ce dieu. Néanmoins, la forme "*Dianus" postulée par Nigidius n'est nulle part attestée. Épithètes. Il est "Pater" (« père ») dans "Januspater". Cette épithète cultuelle, réservée comme il est dit plus haut aux seuls Jupiter et Mars, marque son rôle primordial dans le panthéon romain. Il est célébré dans les très anciens chants des Saliens, comme le "deus deorum" (« dieu des dieux »). Deux épithètes cultuelles du dieu sont "Patulcius" (« celui qui ouvre ») et "Clusius" (« celui qui clôt ») Il est "Bifrons" (« à deux fronts, à deux faces ») chez Ovide et "Geminus" (« double, jumeau ») chez Macrobe qui le qualifie aussi de "Quirinus" (« romain »). Il est "Consivius" (« semeur »), ce qui marque le lien avec son rôle d'initiateur, de créateur. Ce très ancien dieu est le seul mentionné, avec Cérès, déesse de la croissance, dans le Chant des Saliens. Il est encore "Junonius" (« junonien »). Macrobe nous explique : Junon, qui préside à l'enfantement et aux cycles menstruels a un rôle apparenté à celui de Janus qui en retour, lui est aussi apparenté. Ils sont particulièrement associés lors du "Tigillum Sororium", le . Janus est dit encore "catus" « avisé », « astucieux au possible » "quantumvis vafer". Représentations. Janus est représenté avec deux visages opposés, l'un tourné vers le passé et l'autre tourné vers le futur. Une statue de Janus marque de ses mains le nombre de trois-cent-soixante-cinq, pour exprimer la mesure de l'année. C'est peut-être, étant donné que le calendrier romain comporte 355 ou 377 jours, la statue de Janus pays où le calendrier compte 365 jours et que Pline hésite à attribuer à Scopas ou à Praxitèle. Culte. Rites. Janus est associé au commencement de l'année, au début du mois, les calendes et à l'aube, le lever du jour. Bien attesté par les formules rituelles, il jouit de la première place dans les invocations et les sacrifices. Prière du Nouvel An. Ovide nous rapporte ce qui est peut-être la prière rituelle au dieu, le jour du Nouvel An : Cette dernière phrase étant à comprendre comme une métaphore poétique : Ce jour-là, un prêtre dépose sur son autel un gâteau de froment mêlé de sel. Le est le jour des étrennes sous forme de dattes et de figues sèches, de miel que les Romains s'offrent alors, accompagnés des vœux de bonne année entre les hommes et de prières adressées aux dieux, plus « efficaces » en ce jour qu'en tout autre : Invocation aux calendes. Janus est invoqué Prière de l'aube. Horace le prie en tant que pendant masculin de Mater Matuta : Georges Dumézil pense que cette habitude en fait une divinité solaire. Autres dévotions. Le , lors des "Agonalia", le "rex sacrorum" sacrifie un bélier sur l'autel du dieu, choix logique car le bélier qui marche en tête du troupeau est la victime naturelle du dieu qui occupe la première place. Le , c'est-à-dire à la fin du mois dédié au dieu de la guerre, Janus est invoqué lors de la déclaration de guerre à un peuple ennemi selon une vieille formule rapportée par Tite-Live, établie du temps de Numa Pompilius où le fétial déclare : Cette formule consacrée nous renseigne indirectement sur le fait que Mars n'est pas encore, à l'époque de la fondation de Rome, un dieu guerrier, sinon il aurait été invoqué lors de toute déclaration solennelle des hostilités. Temples. Le plus ancien temple consacré au dieu Janus, à Rome, se trouve près du Forum romain : Au cours des guerres, les portes du temple de Janus sont ouvertes, des sacrifices et des oracles ont lieu à l'intérieur pour prévoir l'issue des combats. Les portes restent fermées en temps de paix, un événement extrêmement rare dans la société romaine essentiellement guerrière. Macrobe relate un fait légendaire -et inexact : le Viminal et le Janicule sont éloignés l'un de l'autre et éloignés du Forum où se trouve le temple de Numa- pour expliquer cette coutume : Au moment de la guerre avec les Sabins, la première guerre menée par la jeune nation romaine, Rome est une ville ouverte. Rome ne ferme ses portes qu'une fois la paix établie. dit Tite-Live, Ovide propose une autre explication, plus abstraite : Marcel Renard associe Janus à un autre endroit de Rome, le "Tigillum Sororium", la « Poutrelle de la Sœur ». C'est un monument dont l'érection remonte au combat des Horaces et des Curiaces. Le jeune Horace, vainqueur des Curiaces, revient à Rome et tue sa sœur qui, épouse de l'un des Curiaces, se lamente de la perte de son bien-aimé. Condamné pour ce crime, le jeune Horace finit par être acquitté mais, L'anniversaire de cette cérémonie se déroule le , date qui, dans le calendrier romain, marque la fin de la « saison guerrière. » Il s'agit d'un rituel de purification, équivalent à celui qui consiste à faire passer l'ennemi vaincu sous un joug pour lui ôter sa nocivité ou à faire passer les armées victorieuses sous un arc de triomphe pour neutraliser les soldats, les débarrasser de leur force guerrière et les rendre à la vie civile. Tacite nous renseigne sur l'existence d'un temple à Janus, édifié sur le Forum Holitorium par Caius Duilius et restauré par Tibère. Au-delà de la porte du Janicule, en dehors des murs de Rome, on avait élevé douze autels à Janus, un pour chaque mois de l'année. L’Arc de Janus est le temple de "Janus Quadrifrons", « à quatre frontons », ainsi nommé en raison de son architecture carrée. En France, le temple de Janus d'Autun est un temple datant de l'époque gallo-romaine mais il est incertain qu'il soit dédié à ce dieu. Mythologie. Dans la religion romaine, les dieux sont des "puissances" abstraites. Légendes. Janus « nautique » et Saturne. Ovide, dans les "Fastes", met en scène un dialogue entre lui-même et Janus. Il lui demande la raison de sa présence sur l'as romain. Le dieu lui répond : Janus et Saturne sont deux dieux du temps qui passe. Les Saturnales fêtées lors du solstice d'hiver dédiées à Saturne, précèdent de peu le premier janvier, fête du dieu Janus. Qu'en est-il de la surprenante association entre le temps et la nef ? L'as d'airain, l'unité monétaire de Rome, est orné du "Janus bifrons" et d'une proue de navire. Jouer à pile ou face se dit "capita aut navia?" (« têtes ou nef ? »). Le navire n'est pas le seul revers de la pièce (voir illustration) ; et les autres monnaies romaines portent aussi une nef au revers (voir illustration). L'association iconologique entre le dieu et le navire est motivée par le concept de « passage » et de traversée du Tibre et intimement liée à Portunus, le dieu des ports, alors que Janus est celui des portes. Le Janiculum se trouve « au-delà du Tibre » par rapport au Capitole. le Tibre constituait une frontière naturelle de Rome avec l'Étrurie. De là la description ovidienne de Janus comme roi étrusque. Cette association entre Janus et le passage du Tibre, explique l'érection, par Caius Duilius, d'un temple dédié à Janus, après sa victoire navale, la première que remportent les Romains, à la bataille de Mylae. Ce temple a été inauguré le , le jour des "Portunalia", fête de Portunus. Pline note sèchement : Janus et le « torrent de feu ». Ce qu'Ovide relate ci-après semble mêler deux mythes fondateurs de Rome lors de la guerre avec les Sabins, « historicisés » différemment par Tite-Live où : Chez Ovide, cela donne : Cette source volcanique providentielle est appelée "Lautolae" par Varron. Gagé opère un rapprochement entre Janus et la barque primitive (un tronc évidé), le "Tigillum Sororium" (un tronc servant de linteau). Le bois flottant en feu qui donne la victoire définitive -et la paix- est devenu un torrent bouillonnant chez Ovide. Lors des "Portunalia", les Romains brulent des "clavis" (« clés », à l'époque romaine, de simples barres de bois servant à clore la porte). Janus et Carna. Carna est la parèdre de Janus. Célébré le premier janvier, il ouvre l'année et les jours qui s'allongent, célébrée le premier juin, elle ouvre la seconde partie de l'année et les jours qui raccourcissent - de là son association avec Phébus et la lumière d'une part - les jours sont longs en juin - mais avec une grotte et une certaine dissimulation : elle se cache de la lumière ou « cache la lumière » en quelque sorte. Carna est-elle Venilia ? Ovide, dit qu'avec cette nymphe, Janus a une enfant, Canens, qui épouse Picus, fils de Saturne. Mythologiquement, Ovide unit les enfants des deux dieux du temps. Ce mariage est malheureux. Canens meurt sur les rives du Tibre. Interprétations. Commentaires d'auteurs chrétiens. Janus est une déité abstraite associée au passage du temps, aux portes. Sous le nom de "Forculus" – un jeu de mots sur "foris" (« porte ») – il est moqué par Tertullien qui vilipende le panthéon romain : Dans ce passage, la nymphe Carna mentionnée par Ovide devient Cardea, citée parmi les "indigitamenta". Saint Augustin reprend mot pour mot l'attaque tertullienne en critiquant un manque de « logique théologique » : Les dieux latins sont en train de perdre la bataille sous les coups de boutoir des predicateurs chrétiens. Ils propagent la parole du Christ, qui reprend la métaphore traditionnellement associée à l'antique dieu latin des portes et du passage : Commentaires alchimiques. Vers 1600, Maïer interprète le dieu dans un sens concret et alchimique : Au siècle, le bénédictin Pernety écrira à son tour :
Jean-Baptiste Poquelin
John Woo John Woo, de son vrai nom Wu Yu-seng (吴宇森) en mandarin, ou Ng Yu-sum en cantonais, est un réalisateur, producteur et scénariste sino-américain, né le à Canton, en Chine. Dirigeant de la maison de production Lion Rock Productions, il est considéré comme ayant beaucoup influencé le cinéma d'action et est connu pour ses séquences d'action chaotiques, ses « impasses mexicaines », son usage fréquent du ralenti et comme étant le représentant officiel du genre "heroic bloodshed". Il a réalisé plusieurs importants films d'action chinois, tels que "Le Syndicat du crime" (1986), "The Killer" (1989), "Une balle dans la tête" (1992), "À toute épreuve" (1992), et "Les Trois Royaumes" (2008/2009). Durant sa période hollywoodienne, il réalise "Chasse à l'homme" (1993), "Broken Arrow" (1996), "Volte-face" (1997) et "Mission impossible 2" (2000). Il est également le créateur de la série de bandes dessinées "", publiée par . Biographie. John Woo nait à Canton le . En 1951, sa famille, abandonnant tous ses biens, s'installe à Hong Kong. À 9 ans, alors que ses parents sont dans la misère, John entame une scolarité grâce aux subsides de familles catholiques américaines. Très vite, il découvre le cinéma et commence, alors qu'il intègre le "Matteo Ricci College", à réaliser des films expérimentaux en : "Accidentally", "Fast Knot", "The Cruel One". Âgé de , John Woo devient assistant de production aux studios . Deux ans plus tard, en 1971, il rejoint la plus importante compagnie de production de Hong Kong, la Shaw Brothers, et devient l'assistant personnel de l'un des grands réalisateurs de cinéma d'action, Chang Cheh. Deux ans après, il réalise "Les Jeunes Dragons", son premier long métrage. Impressionné par le film, les dirigeants de la Golden Harvest lui offrent la chance de signer un contrat. Suivent alors plusieurs films d'arts martiaux, dont "Shing, le fantastique Mandchou", avec Jackie Chan. La même année, il co-réalise la comédie "Mr Boo détective privé" avec Michael Hui même s'il n'est pas crédité au générique. En 1983, il rejoint la Cinema City, dans laquelle Tsui Hark, le réalisateur de "Il était une fois en Chine" lui permet de tourner "Le Syndicat du crime", son plus grand succès en Chine. Sous la pression des studios, John Woo en tourne rapidement une suite, avant de passer le relais à Tsui Hark pour le troisième et dernier opus. Mais c'est véritablement en 1989 que le talent du cinéaste éclate aux yeux du monde avec ce qui sera plus tard considéré, y compris par lui-même, comme son chef-d'œuvre, "The Killer". Le film rencontre un vif succès dans les différents festivals étrangers où il est présenté et suscite même plus tard l'admiration de réalisateurs tels que Martin Scorsese ou Quentin Tarantino. Un an plus tard sort ce que beaucoup considèrent comme son chef-d'œuvre maudit, "Une balle dans la tête", film très personnel pour Woo mais qui est un échec retentissant au box-office et est un gouffre financier pour les studios. Son dernier film hongkongais, "À toute épreuve", est considéré comme un summum du film de "gunfights". En apparence divertissant, le film présente une vision pour le moins noire et glaçante de Hong Kong à la veille de la rétrocession à la Chine. Il permet en outre à Woo de s'établir définitivement comme le maître du cinéma d'action et lui fournit la plus belle des cartes de visite auprès des studios hollywoodiens, qui l'embauchent un an plus tard. C'est grâce à cette série de films épiques que le réalisateur devient l'un des chefs de file d'un nouveau genre de cinéma d'action à portée métaphysique, le "heroic bloodshed", mettant en scène des héros brisés par la vie, en quête d'une rédemption qu'ils ne trouvent que dans la violence. Décidé depuis longtemps à s'expatrier vers les États-Unis, John Woo s'installe en 1992 à Los Angeles, et ne tarde pas à réaliser son premier film américain, "Chasse à l'homme", avec en vedette Jean-Claude Van Damme. Mais c'est un coup dans l'eau dans la mesure où ses thèmes de prédilection et ses effets de mise en scène sont bridés par les studios. Deux ans plus tard, "Broken Arrow", avec John Travolta, permet au réalisateur de renouer avec une certaine stylisation de la violence, mais c'est avec "Volte-face", brillant face-à-face entre John Travolta et Nicolas Cage, qui s'échangent leurs visages, que le talent du réalisateur refait véritablement surface. Après trois ans de tractations, de préparation et de tournage, John Woo réalise alors avec "Mission impossible 2", suite du film réalisé par Brian De Palma, lui-même inspiré de la célèbre série télévisée. Ses deux films suivants, "Windtalkers : Les Messagers du vent", qui prend pour héros les Indiens Navajos chargés des transmissions au sein de l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, et "Paycheck", adaptation d'un roman de Philip K. Dick avec Ben Affleck, rencontrent tous deux un accueil mitigé et poussent le cinéaste à repartir en Chine. C'est là-bas qu'il renoue avec la gloire en 2008 avec une nouvelle adaptation littéraire, "Les Trois Royaumes", film de tous les records puisqu'il devient à la fois le plus gros budget et le plus gros succès au box-office de l'histoire du cinéma chinois. Il co-réalise ensuite "Le Règne des assassins" avec Michelle Yeoh puis tourne "The Crossing", un film en deux parties qui sortent en 2014 et 2015. Dotée d'une distribution asiatique prestigieuse, cette épopée de quatre heures raconte les histoires parallèles de plusieurs personnages finissant tous par se retrouver passagers sur le "Taiping", un bateau à vapeur qui fait naufrage en 1949 alors qu'il navigue de Chine continentale jusqu'à Taïwan et qui est depuis surnommé le « Titanic chinois ». C'est cependant un échec au box-office et John Woo et son associé sont obligés de dissoudre la "Lion Rock Productions", leur société de production. Il revient en 2017 avec "Manhunt", une reprise d'un film japonais de 1976, dont le projet a été initié dans le but de rendre hommage à l'acteur Ken Takakura, mort en 2014, qu'il cite comme l'une de ses plus grandes influences : . Mais c'est un nouvel échec au box-office. En 2022, il est de retour aux États-Unis pour le film d'action "Silent Night" avec Joel Kinnaman dans le rôle principal. Le film aura la particularité de ne contenir aucun dialogue. En sus de sa carrière de réalisateur et de producteur, John Woo apparaît dans plusieurs de ses films, tenant par exemple le rôle principal de "Rebel From China", mis en scène par Raymond Lee, film sorti en 1990 en Asie.
Joseph E. Stiglitz Joseph E. Stiglitz, né le à Gary (Indiana), est un économiste américain, lauréat du prix Nobel d'économie avec George Akerlof et Michael Spence en 2001 . Il est l’un des fondateurs et des représentants les plus connus de la « nouvelle économie keynésienne ». Il acquiert sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque mondiale, émises peu après son départ de la Banque mondiale en 2000, alors qu’il y est économiste en chef. Parmi les recherches les plus connues de Stiglitz figure la théorie du "screening", qui vise à obtenir de l’information privée de la part d’un agent économique : cette théorie, avec les " d’Akerlof et l’effet signal de Spence, est à la base de l’économie de l’information et de la nouvelle économie keynésienne. Il s’intéresse aussi à l’économie du développement. On lui doit également la théorie du salaire d'efficience. Biographie. Stiglitz est né en 1943 à Gary dans l'Indiana (États-Unis), dans une famille juive. Ses parents étaient Charlotte et Nathaniel Stiglitz. De 1960 à 1963, il étudie à Amherst College. Sa quatrième année d’université se déroule au MIT, où il entreprend ses travaux de recherche. De 1965 à 1966, il continue ses recherches à Chicago avec Hirofumi Uzawa. Il décroche son titre de docteur en 1967 (24 ans) au (MIT) de Boston et une bourse Fulbright de recherche à Cambridge. Stiglitz est nommé professeur à 27 ans et entre, deux ans plus tard, à la Société d’économétrie, le panthéon de la profession. Ainsi commence alors une carrière exceptionnelle, à l’université Yale (1966-1973) d’abord où il est promu professeur ordinaire alors qu’il a à peine 27 ans. On le retrouve ensuite successivement à Stanford (1974-1976), Oxford (1976-1979), Princeton (1979-1988) avec, entre-temps, des séjours à l’Institut d’études du développement de l’université de Nairobi. Entre-temps, il s’impose comme étant un grand théoricien et fait siens des sujets comme les causes et conséquences des inégalités, la persistance du chômage, la fréquence des crises financières. Cependant, Joseph Stiglitz oriente plus son attention vers l’asymétrie d’information. Un thème qui fera de lui un des fondateurs de l’économie de l’information, et c’est à ce titre d’ailleurs qu’il reçoit le « prix Nobel » d’économie en 2001. Stiglitz enseigne actuellement dans la de l’université Columbia ; il est le rédacteur en chef du journal " aux côtés de Bradford DeLong et Aaron Edlin. Il est également membre du de l’. Il a par ailleurs été nommé par Jean-Paul II à l’Académie pontificale des sciences sociales. Après deux divorces, Stiglitz a épousé en troisièmes noces Anya Schiffrin le . Celle-ci est professeur de journalisme à la de l’université Columbia (New York) et dirige le groupe de réflexion (IPD) fondé en 2000 par Joseph Stiglitz. Anya Schiffrin est aussi la codirectrice du programme (IMC) de l’université Columbia. Action politique. Stiglitz a également joué de nombreux rôles politiques. Il a ainsi servi dans l’administration Clinton comme responsable du (trio de conseillers économiques) de 1995 à 1997. Il a par la suite été vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il n’en critiquera pas moins fortement cette institution par la suite, ainsi que le Fonds monétaire international. Il se montre également très critique envers le président George W. Bush, le considérant comme une menace pour la bonne tenue de l’économie mondiale ; pour lui « le président américain serait plus dangereux que les candidats aux élections brésiliennes de 2002. » Selon une étude qu’il a codirigée avec Linda Bilmes (professeur en économie à Harvard), le coût de la guerre en Irak est sous-estimé, elle pourrait coûter entre mille et deux mille milliards de dollars contre une évaluation officielle ("Institut de recherche du congrès") de 251 milliards depuis 2005 et six milliards de dollars par mois depuis. En 2008, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, lui confie une mission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française, conjointement avec Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi. Travaux économiques. Asymétrie d’information. Les travaux les plus célèbres de Stiglitz portèrent sur la façon d’extraire des informations privées d’un agent économique ("screening"). Il obtint le « prix Nobel » d’économie en 2001 pour sa contribution, en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence, à la théorie de l’asymétrie d’information, ayant posé . Avant l’avènement de modèles d’informations imparfaites et asymétriques, les néoclassiques traditionnels prétendaient que les marchés sont efficaces, mais cette efficacité était limitée par certaines défaillances du marché connues et étudiées. Des travaux plus récents réalisés par Stiglitz et d’autres économistes remirent en cause cette affirmation, afin d’avancer que l’efficacité des marchés n’est qu’exception et non commune situation. Stiglitz démontra (en partenariat avec Bruce Greenwald) que Malgré le fait que ces conclusions et la perversité des défaillances du marché ne garantissent pas forcément que l’État intervienne massivement dans l’économie, il est clair que le rayon d’action « optimal » du gouvernement est définitivement plus large que ce qu’il est selon les écoles rattachées aux défaillances du marché. Pour Stiglitz, il n’existe rien de semblable à la main invisible. D’après l’économiste : Dans ses remarques ouvertes à l’issue de la réception du prix de la Banque de Suède, dans l’ "" de l’université de Stockholm, il déclara : Dans une interview de 2007, Stiglitz argumenta davantage : En 2007, Joseph Stiglitz a présenté l’idée selon laquelle une hausse des taux d’intérêt peut entraîner l’augmentation de la proportion d’emprunteurs à risque. Le mécanisme est le suivant : la hausse des taux rendant l’argent plus onéreux, les emprunteurs ont tendance à temporiser. La perspective de bons rendements incite par ailleurs les banquiers à accorder des emprunts lorsque les taux montent : les investisseurs à risque se retrouvent donc proportionnellement plus nombreux. Dans ce cas de figure, la réduction des risques passe par la réduction des prêts accordés, sans distinction. Hypothèse de la rigidité : salaire d’efficience. Stiglitz effectua également une série de recherches concernant la théorie du salaire d’efficience, et contribua à la création de ce qui sera défini comme le « modèle Shapiro-Stiglitz », afin d’expliciter les raisons du chômage qui se manifeste même en situation d’équilibre, et la question relative au manque d’attractivité des salaires pour les chercheurs d’emploi (en l'absence de salaire minimum) de manière que n’importe qui puisse trouver l’emploi lui convenant, et enfin pour savoir si le néoclassicisme peut aider à comprendre le chômage involontaire. La réponse à ces différentes questions fut proposé par l’économiste américain Carl Shapiro et son collègue Stiglitz en 1984. Selon eux, . Deux observations constituent les bases de leur analyse : Selon cette hypothèse, les employeurs peuvent avoir un intérêt à verser un salaire plus élevé que le salaire qui optimiserait leur profit, afin d’attirer et de conserver les meilleurs salariés et de corriger des biais informationnels. Paradoxe de Grossman-Stiglitz. Dans un article publié en 1980 avec Sanford J. Grossman, Stiglitz formule le paradoxe de Grossman et Stiglitz selon lequel les marchés efficients ne peuvent exister ; car si les prix reflétaient l'information disponible, alors il serait inutile pour les acteurs de marché de rassembler des informations pour le battre, et donc, il n'y aurait pas de raison d'échanger sur les marchés et ces derniers s'effondreraient. Finance durable et interdisciplinarité. Du 16 au 19 janvier 2020, il participe au lancement du "Centre de compétences pour la finance durable" (CCSF) de l'université de Zurich. Stimulé par l'urgence climatique, le nouveau centre compte sur l'interdisciplinarité, l'indépendance et le renom de 40 chercheurs, dont Marc Chesney, pour relever le défi et être un leader au niveau mondial. Ses activités comprennent la création de connaissances scientifiques sur la durabilité et le risque, aussi bien que les comportements individuels et collectifs en matière de finance, grâce à l'interdisciplinarité scientifique. Le développement des formations est prévu pour que les décisions soient prises sur la bases de connaissances élargies et à jour. Position sur le libre échange. Dans les années 1990, il écrivait que « les pays riches d'Amérique du Nord et d'Europe devraient éliminer tous les droits de douane et les quotas sur les marchandises en provenance des pays en développement » . Conseil aux pays de la zone euro. Il conseille maintenant, aux pays de la zone euro de contrôler leur balance commerciale par rapport à l'Allemagne, par des certificats d'importations/ exportations (une mesure protectionniste) . En rappelant la théorie keynésienne, il explique que les déficits commerciaux sont néfastes: John Maynard Keynes soulignait que les pays ayant des excédents exercent une « externalité négative » sur leurs partenaires commerciaux et conduisent à une demande globale mondiale faible. Stiglitz écrit ainsi : « l'excédent de l'Allemagne signifie que le reste de l'Europe est déficitaire. Et le fait que ces pays importent plus qu'ils n'exportent contribue à la faiblesse de leurs économies ». Ainsi, il pense que les pays excédentaires s'enrichissent au détriment des pays déficitaires et ne croit pas au principe de l'avantage comparatif (base du libre-échange), qui stipule que le déficit commercial n'a pas d'importance puisque les échanges commerciaux sont mutuellement profitables. De plus, il met en cause l'euro, qui serait à l'origine de ce déficit:« Le système euro signifie que le taux de change de l'Allemagne ne peut pas augmenter par rapport aux autres membres de la zone euro. Si le taux de change augmentait, l'Allemagne aurait plus de difficultés à exporter et son modèle économique, fondé sur des exportations fortes cesserait. En même temps, le reste de l'Europe exporterait plus, le PIB augmenterait et le chômage diminuerait ». Conseil aux États-Unis. Il dénonce les tentatives des États-Unis de protéger ou de recréer les emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier par des mesures protectionnistes. Il conseille aux États-Unis de poursuivre la mondialisation ou le libre-échange (basé sur la théorie de l'avantage comparatif) et de ne pas lutter contre la désindustrialisation par le biais des tarifs douaniers. Il écrit que « l'histoire ne peut pas être inversée » et « le protectionnisme n'aidera pas l'économie dans son ensemble ». « Les emplois seront détruits plus vite qu'ils ne seront créés: il y aura peut-être même moins d'emplois manufacturiers nets ». Il écrit que la classe moyenne américaine est en effet la perdante de la mondialisation et la Chine la gagnante. Il estime que la demande intérieure chinoise est suffisante pour avoir une forte croissance et que le commerce extérieur n'est plus nécessaire. Mais il défend les excédents commerciaux de la Chine au détriment des États-Unis et croit que la Chine « répondra avec force et intelligence » et « frappera les États-Unis où cela fait mal sur les plans économique et politique » s'ils essaient de protéger leur industrie. Implication internationale. Joseph Eugene Stiglitz compte parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association qui souhaite apporter des réponses intelligentes et appropriés qu’attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps. À partir de septembre 2015, il fait partie du comité consultatif sur l'économie (avec notamment Thomas Piketty) qui conseille le nouveau leader du Labour britannique, Jeremy Corbyn. Crise. En 2002, des parlementaires républicains américains, dont les deux futurs candidats à la présidentielle de 2008, John McCain et Ron Paul, dénoncent la politique des GSE () Fannie Mae et Freddie Mac, consistant à cautionner sur demande des Démocrates les crédits immobiliers aux ménages insolvables, ceci malgré le danger de défaillance du système bancaire que cela représente. Les deux organismes à caution publique mandatent Joseph Stiglitz pour répondre à ces attaques. Celui-ci publie un rapport qui conclut à leur quasi absence de risque de défaillance (1 sur à ), affirmant qu'ils disposent de suffisamment de capital. Avec la garantie de l'État, le marché prospère, provoquant la bulle immobilière des années 2000 et émet « des montants épiques de dette hypothécaire ». Adossé aux produits dérivés, il sera directement responsable de la crise des subprimes de 2007. Hugo Chávez. En 2007, Joseph Stiglitz appuie le président vénézuélien Hugo Chávez dans son objectif de création d’une banque de développement des pays du Sud, Banco del Sur. Selon Stiglitz, cette banque de développement offrirait un contrepoids au FMI et à la Banque mondiale. Par ailleurs, Stiglitz soutient le gouvernement vénézuélien pour ses politiques en matière d’éducation et de santé, et pour avoir utilisé les fruits de l’exploitation pétrolière pour mettre en œuvre des politiques sociales profitant, selon lui, aux populations les plus démunies du Venezuela. Or, plusieurs indicateurs laissent penser que son bilan, même sur le plan social, n’est pas aussi positif que Stiglitz le laisse entendre. Par exemple, selon le journal américain "", le pourcentage de ménages sans accès à l’eau potable est passé de 7,2 % à 9,4 % entre 1999 et 2006, et le pourcentage de bébés nés avec une insuffisance pondérale est passé de 8,4 % à 9,1 %. De plus, en puisant sans cesse dans les recettes de la PDVSA (compagnie d’État chargée de l’exploitation pétrolière) et en bridant les autres secteurs économiques, le gouvernement vénézuélien a gravement affaibli sa capacité à faire les investissements en capitaux nécessaires pour performer dans cette industrie, tout en condamnant l’économie vénézuélienne à vivre aujourd’hui la malédiction des ressources naturelles. Conflit avec Kenneth Rogoff et le FMI. À la suite de la publication de "La Grande Désillusion" par Joseph Stiglitz, Kenneth Rogoff, alors économiste en chef du Fonds monétaire international, publie une lettre ouverte répondant aux critiques de son ancien collègue. Rogoff le décrit comme un intellectuel prisonnier de sa tour d’ivoire, incapable d’admettre ses fautes, entretenant une vision dogmatique de l’économie et malhonnête dans sa critique du FMI. Par exemple, il s’attaque à ses prescriptions pour relancer les économies de pays émergents endettés, soit des politiques fiscales et monétaires expansionnistes. Selon Rogoff, ces politiques produiraient un niveau tel d’inflation qu’elles viendraient brider la croissance économique, « affectant la population entière, mais surtout les plus démunis ». Il le compare à Arthur Laffer, expliquant que comme lui, Stiglitz s’inscrit dans une approche à l’économie qu’il qualifie de « "voodoo economics" », soit la croyance en des remèdes simplistes à des problèmes infiniment complexes. Publications. Aux côtés de ses publications académiques, Stiglitz est également l’auteur de "", un ouvrage plus littéraire visant à expliquer les raisons de l’échec de la mise en œuvre du socialisme en Europe de l’Est, par le rôle de l’information imparfaite dans les marchés. Stiglitz y dénonce également les idées fausses quant au "libre marché" théorique dans lequel opère le système capitaliste dans sa forme libérale. En 2002, Stiglitz publia "La Grande Désillusion" (""), où il affirme que le FMI fait passer l’intérêt de son « principal actionnaire », les États-Unis, avant ceux des nations les moins favorisées qu’il a pourtant pour objectif de servir. D’autre part, en prenant comme exemple la crise asiatique de 1997 et la transition russe, Stiglitz soutient que les politiques préconisées par le FMI ont souvent aggravé les problèmes dont il avait à s’occuper, entraînant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté. Ce livre a cependant été critiqué par de nombreux économistes, comme contenant des contre-vérités. Dans cet ouvrage, qui devint un succès de librairie mondial (il a été traduit dans une trentaine de langues), il offre également quelques réflexions et inspirations aux altermondialistes, aux critiques des protestataires de Seattle ou Gênes à l’égard de la mondialisation actuelle. Ainsi en 2004, il a été l’un des invités principaux au Forum social mondial de Bombay (Inde) pour y exposer et débattre sa vision économique. En 2003, dans "Quand le capitalisme perd la tête" (""), c’est en tant qu’ancien membre et président du Conseil économique du président Bill Clinton qu’il revient sur le rôle des décisions d’Alan Greenspan alors à la tête de la Réserve fédérale dans la récession économique de 2000 aux États-Unis. L’auteur concentre ensuite sa réflexion sur les dysfonctionnements de la sphère financière en critiquant la déréglementation incontrôlée du secteur financier et ses conséquences telles l’affaire Enron. En 2007, le réalisateur Jacques Sarasin réalise pour le compte de l’hebdomadaire économique Challenges une série de 5 entretiens intitulés "Où va le monde Monsieur Stiglitz ?" avec les thématiques suivantes : « Où va la mondialisation ? », « L’économie mondiale », « Le système financier mondial », « Mondialisation et environnement », « La mondialisation et les Pays en développement ». En 2010, Stiglitz publie "Le triomphe de la cupidité" (""), une analyse de la crise économique depuis l’éclatement de la bulle des en 2008 aux États-Unis. Il propose ensuite des réponses alternatives à la crise et des solutions durables pour assainir le capitalisme financier. En 2016, il publie "The Euro. How a Common Currency Threatens the Future of Europe", livre dans lequel il s'exprime de manière très négative contre l'euro, monnaie selon lui mal conçue dès le départ. Après d'autres auteurs, il dénonce notamment le traitement réservé à la Grèce lors de la crise de la dette publique grecque, l’absence de mécanismes d’ajustements entre les pays membres et le fait que la Banque centrale européenne ait un mandat centré exclusivement sur la stabilité des prix (maîtrise de l'inflation). Comme solution, il propose de diviser la zone euro en deux et de créer un euro pour l'Europe du Nord et un autre pour l'Europe du Sud. Proposition alternative pour les pays en développement. Tout en n’étant pas altermondialiste, Joseph Stiglitz collabore avec les forums sociaux et partage certaines analyses : il est ainsi partisan d’une taxe (Tobin ou équivalente) sur les transactions financières et pour une régulation de la mondialisation. En Bolivie, il a également approuvé la nationalisation (ou la réappropriation) des hydrocarbures, qu’il a décrite comme un processus de « restitution de biens ». De même, Stiglitz a fondé en 2000 l’« "" » à l’université Columbia, initiative qui s’est donné pour mission d’expliquer aux pays en développement qu’il y a des alternatives aux prescriptions du FMI. L’IPD organise également une formation pour journalistes, afin qu’ils puissent décrypter et analyser les propos émanant du FMI selon leurs propres paramètres. L’IPD travaille en collaboration avec des instituts de recherche, dont certains du « Tiers Monde » et notamment l’ONG fondée par Martin Khor, "Third World Network", accréditée auprès de l’ONU, du courant altermondialiste . Œuvres. Stiglitz a écrit de nombreux livres et articles. La liste suivante n’est pas exhaustive : Distinctions. Outre son prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz a obtenu une multitude de prix et d'honneur de par le monde. Doctorats honoris causa. Il a obtenu plus de 40 doctorats "honoris causa" : Voir aussi. Liens externes.
Joseph Vendryes Joseph Vendryes (prononcer [vɑ̃dʁijɛs]), né le à Paris et mort le dans la même ville, est un linguiste et celtiste français. Biographie. Jeunesse et formation. Joseph Vendryes naît à Paris () le . Son grand-père, Jean-Baptiste Firmin Vendryes (1809-1893) avait pour sa part fait une carrière universitaire ; condisciple à Louis-le-Grand d'Évariste Galois, il avait fait l’École normale supérieure, puis mené une carrière qui l'avait vu finir comme inspecteur d'académie. Il avait correspondu avec Michelet. Joseph Vendryes fréquente le lycée Louis-le-Grand et obtient son baccalauréat ès lettres en 1891. Par la suite, il étudie à la Faculté des lettres de Paris, de 1891 à 1894, année au cours de laquelle il obtient une licence ès lettres. Il est agrégé de grammaire en 1896 et devient boursier d'études en Allemagne (de 1898 à 1899), puis boursier de doctorat à la Faculté des lettres de Paris (de 1900 à 1901). Il accède au statut de docteur ès lettres en 1902. Carrière. Élève d'Antoine Meillet, Joseph Vendryes enseigna à l'École pratique des hautes études, où il occupa la chaire de langues et littératures celtiques. Il enseigna également la linguistique à la faculté des lettres de l'université de Paris à partir de 1907 ainsi qu'à l'École normale supérieure (1920-1936). Doyen de la Faculté des Lettres de Paris de à la fin , il fut un administrateur efficace dans des temps difficiles et son absence d'attitude collaborationniste lui valut d'être arrêté quelque temps par l'Occupant, puis, en , d'être relevé de ses fonctions par le ministre de Vichy. En 1925, ses collègues, élèves et amis lui offrirent un volume de "Mélanges". Une partie de sa bibliothèque, léguée à la bibliothèque de linguistique de l'université de Paris, se trouve désormais à la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS. Il mourut le et fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise ( division). Travaux scientifiques. Vendryes a notamment développé les notions de linguistique idiosynchronique et d'idiolecte. Pour lui, il s'agit de l'étude d'un système de signes, différent selon les groupes sociaux mais propre à chacun de ceux-ci. En prenant en compte l'étude de systèmes linguistiques de groupes de locuteurs, la linguistique s'ancre un peu plus près des pratiques langagières tout en conservant l'idée que la langue en tant que système s'impose à tous comme un héritage culturel et modifiable. En tant que celtologue, il a publié entre autres une "Grammaire du Vieil Irlandais" et un "Lexique étymologique de l'irlandais ancien" qu'il ne put achever. Il s'intéressa en outre à la religion celtique à laquelle il consacra quelques ouvrages. Joseph Vendryes fut codirecteur de la "Revue Celtique" avec Émile Ernault et Marie-Louise Sjoestedt quand celle-ci était dirigée par Joseph Loth. Après le décès de ce dernier le , Joseph Vendryes fonda la revue "Études celtiques". Il fut membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Citation. « Le langage [...] est un acte physiologique en ce qu'il met en œuvre plusieurs organes du corps humain. C'est un acte psychologique en ce qu'il suppose l'activité volontaire de l'esprit. C'est un acte social en ce qu'il répond à un besoin de communication entre les hommes. Enfin, c'est un fait historique, attesté sous des formes très variées [...]. » "Le Langage, introduction linguistique à l'histoire", 1921 (réédition Albin Michel, 1968).
Jiu jitsu
Jacques Audiberti Jacques Audiberti est un écrivain, poète et dramaturge français, né le à Antibes (Alpes-Maritimes) et mort le dans le . Il est auteur d'une œuvre théâtrale importante, mais aussi de romans, d'essais, de poèmes et de critiques cinématographiques. Biographie. Jacques Audiberti naît le , fils unique de Louis Audiberti, maître-maçon à Antibes, et de sa femme, Victorine. De 1905 à 1914, il fait ses études primaires, puis secondaires à Antibes, qu’il est obligé d’interrompre pour raison de santé. Il commence à faire paraître poèmes et chroniques au "Réveil d’Antibes". Edmond Rostand, à qui il a envoyé des poèmes, lui adresse ses encouragements ainsi qu’une photo dédicacée qu’Audiberti conservera longtemps. Il découvre avec émerveillement le cinéma. De 1918 à 1924, il est commis-greffier au tribunal de Commerce où son père a été nommé juge. Audiberti monte à Paris. Recommandé par un condisciple, Émile Condroyer, il entre au "Journal" qu’il quittera l’année suivante pour "Le Petit Parisien" où il couvre les faits divers en banlieue parisienne. Par Benjamin Péret, également journaliste au "Petit Parisien", il approche le mouvement surréaliste sans jamais lui appartenir. Il fréquente beaucoup la Bibliothèque nationale. Deux ans plus tard, il se marie avec une jeune institutrice antillaise, Élisabeth Cécile Amélie Savane (1899-1988), dont les prénoms composeront le titre d’un poème paru en 1936 et qui sera connue comme traductrice de l'anglais sous le nom d'Amélie Audiberti. Elle sera notamment la première traductrice du roman "1984" de George Orwell en 1950. Deux filles naîtront de cette union : Jacqueline et Marie-Louise Audiberti. En 1930 paraît à compte d’auteur, grâce à l’aide financière de son père, un premier recueil de poèmes, "L’Empire et la Trappe". Soutenu par Jean Paulhan, Audiberti collabore à diverses revues et est nommé, en 1935, reporter au "Petit Parisien". Parmi ses connaissances et amis, figurent Jean Cassou, Valery Larbaud, Léon-Paul Fargue. En 1933 débute la correspondance avec Jean Paulhan qui ne s'achèvera qu'en 1965, quelques semaines avant sa mort. "Race des hommes", recueil de poésie publié à la NRF en 1937, reçoit le Prix de poésie de l’Académie Mallarmé en 1938. Audiberti rencontre, à cette occasion Paul Valéry et Jean Cocteau. "Le Petit Parisien" l’envoie en 1939 à la frontière espagnole lors de la déroute de l’armée républicaine : « Je vis la guerre d’Espagne. Je vomis. » Audiberti suit l’exode pour le journal, puis interrompt sa collaboration quand le journal passe sous contrôle allemand. Audiberti donne des critiques cinématographiques. Il poursuit son œuvre poétique et romanesque tout en voyageant : Aurillac, Toulouse, Val-d'Isère. De 1941 à 1943, il travaille au journal "Comœdia" pour lequel il rédige de nombreuses critiques cinématographiques qui donnent une vision du cinéma sous l'occupation. Il se lie d’amitié avec le futur cinéaste Jacques Baratier. Il passe la fin de la guerre à Antibes. Il y traduit les épisodes amoureux de la "Jérusalem Délivrée" sous le titre "Les flèches d'Armide" (1946, nouvelle édition 1993). L’Académie française lui décerne le prix Jean-Reynaud en 1944. De 1946 à 1952 se succèdent : expositions de gouaches ; création de ses pièces de théâtre ; publications de romans ; participation au fascicule de "La Nef" de Lucie Faure, intitulé « L’Amour est à réinventer » aux côtés, entre autres, de Marcelle Auclair, Hervé Bazin, Émile Danoën et Roger Vailland ; etc. Il reçoit des prix. Il rencontre Georges Vitaly, Suzanne Flon, Michel Piccoli, André Barsacq, etc. Avec l’écrivain italien Beniamino Joppolo et le peintre Camille Bryen, il élabore « l’abhumanisme » en 1952. L'année suivante François Truffaut convainc Audiberti d’écrire des billets pour les "Cahiers du cinéma". De 1954 à 1964 il publie des romans et connaît le succès au théâtre. En 1962, la création à la Comédie-Française de "La Fourmi dans le corps" provoque une bataille mémorable entre des abonnés choqués et un public plus « averti » ne cachant pas son adhésion enthousiaste, tandis que son ami Jacques Baratier adapte au cinéma son roman "La Poupée". Audiberti contribue à cette réalisation et en fait le récit dans un article paru dans "Le Nouveau Candide", , en octobre. Audiberti reçoit en 1964 le grand prix national des Lettres pour l’ensemble de son œuvre ainsi que le prix des Critiques. Dès 1960, Marcel Maréchal met en scène avec son accord et son soutien nombre de ses pièces : "L'Opéra du monde, Cavalier seul, La Poupée"… Souffrant d’un cancer, il subit une première opération. Il correspond avec François Mauriac. Jacques Audiberti meurt en 1965, quelques semaines avant la publication de son roman-journal "Dimanche m’attend". Son ami Claude Nougaro lui rend hommage cette même année avec sa "Chanson pour le maçon" (le père d'Audiberti). Il est inhumé dans le caveau de sa belle-famille au cimetière parisien de Pantin (). La ville d'Antibes lui rend hommage avec un lycée portant son nom. Elle a créé le Prix Audiberti en 1979. En 2020, l'association des Amis de Jacques Audiberti crée le « prix Jeune Audiberti », décerné au terme d'un concours d'écriture réservé aux jeunes de moins de 26 ans. Œuvres. Aux éditions Fata Morgana. Jacques Audiberti a, en outre, collaboré à de nombreux périodiques. Voir, pour la liste, la bibliographie fournie par Jean-Yves Guérin dans "Le Théâtre d’Audiberti et le baroque", Paris, Klincksieck, 1976, . Une association des Amis de Jacques Audiberti fut créé en 1973, laquelle publie des cahiers contenant des textes écrits par Audiberti ainsi que des articles le concernant.
Jacques-Yves Cousteau Jacques-Yves Cousteau, né le à Saint-André-de-Cubzac (Gironde) et mort le à , est un officier de la Marine nationale et explorateur océanographique français. Surnommé « le commandant Cousteau », « JYC » ou encore « le Pacha », il est connu pour avoir perfectionné avec Émile Gagnan le principe du scaphandre autonome avec l'invention du détendeur qui porte leurs noms, pièce essentielle à la plongée sous-marine moderne. Les films et documentaires télévisés de ses explorations sous-marines en tant que commandant de la "Calypso" ont rencontré une large audience. Biographie. Jeunesse et début de carrière (1910-1942). Daniel Cousteau, le père de Jacques-Yves, est avocat international et assistant d'un homme d'affaires américain. Sa mère s'appelle Elizabeth Cousteau. Ses parents avaient une pharmacie à Saint-André-de-Cubzac, près de Bordeaux, où elle a tenu à accoucher (bien qu'habitant Paris depuis 1904). C'est pourquoi Jacques-Yves est né à Saint-André-de-Cubzac et y est enterré, comme ses parents. De 1920 à 1923, la famille vit aux États-Unis où le jeune Jacques-Yves découvre en milieu lacustre (dans le Vermont) la nage et l'apnée. À son retour en France, il découvre la mer dans les calanques près de Marseille, où la famille vit désormais. À cette époque, la France compte déjà un explorateur marin et polaire célèbre, dont les aventures font rêver la jeunesse : Jean-Baptiste Charcot, qui navigue à bord de son fameux navire, le "Pourquoi Pas ?" En 1930, après avoir fait ses études préparatoires au collège Stanislas, à Paris, Jacques-Yves Cousteau entre à l'École navale de Brest et embarque sur la "Jeanne d'Arc", navire-école de la Marine. Il devient officier canonnier en 1933. Il se destine à être pilote de l'Aéronautique navale, mais un accident de la route lui impose en 1935 une convalescence forcée à Toulon, convalescence qui prend fin en 1936 avec une affectation sur le cuirassé "Condorcet". C'est à bord de ce bâtiment que Cousteau rencontre pour la première fois Philippe Tailliez, qui lui prête aussitôt des lunettes sous-marines Fernez, ancêtres des actuelles lunettes de natation. Il les utilise au Mourillon et est impressionné par la beauté de la vie sous-marine qui évolue sur le fond rocheux et dans les posidonies. Réalisant que le monde sous-marin couvre plus des deux tiers de la Terre, il décide de consacrer sa vie à l'exploration subaquatique. Il épouse le Simone Melchior, fille d'un ancien contre-amiral de la Marine nationale et cadre d'Air liquide, avec qui il aura deux enfants : Jean-Michel en 1938 et Philippe en 1940. En 1938, Tailliez rencontre lors d'une chasse sous-marine un autre chasseur du nom de Frédéric Dumas, qu'il présente à Cousteau. Ainsi réunis, les trois forment un trio d'amis consacré à la recherche subaquatique, trio que Tailliez baptisera en 1975 du surnom affectueux de « Mousquemers ». Comme les mousquetaires d'Alexandre Dumas, les « Mousquemers » seront eux aussi quatre, avec Léon Vêche qui assurait leur logistique, comme le raconte Cousteau dans son livre "Le Monde du Silence". À plusieurs reprises en 1939 et 1942, ils utilisent déjà les palmes de natation de Louis de Corlieu (initialement inventées pour les sauveteurs en mer), des appareils de prises de vues sous-marines mis au point par Hans Hass, le masque de plongée avec valve de non-retour de Maurice Fernez (alimenté en air de surface par un tuba de caoutchouc), le manodétendeur pour les bouteilles d'air comprimé « Le Prieur » et deux recycleurs fonctionnant à l'oxygène pur. Cousteau appartient alors au service de renseignements de la marine française et à ce titre, est envoyé en mission à Shanghai. En 1940, il est assigné au service de contre-espionnage, à Marseille, et son commandant lui donne toutes facilités pour continuer ses expériences de plongée lorsque son service le lui permet. Faits de guerre (1939-1944). Jacques-Yves Cousteau participa comme tous les marins français aux opérations alliées de à , et notamment, en tant qu'officier canonnier, à l'Opération Vado contre l'Italie. Ayant des amis parmi ses homologues italiens, il rapporte avoir pleuré en service durant le bombardement de Gênes. Mis en congé d'armistice après , comme ses collègues, il ne cesse pas ses activités pour autant et en 1941, à la demande de son voisin François Darlan monte une opération contre les services italiens de renseignement en France. Pour ses faits de guerre, Cousteau a reçu plusieurs décorations militaires dont la croix de guerre 1939-1945 . Ces distinctions lui seront cependant contestées par certains de ses coéquipiers, comme le résistant Dimitri Véliacheff, également décoré, entre-autres pour les mêmes faits, avec qui il opérait près de la frontière franco-italienne, qui était de 10 ans son aîné et son supérieur hiérarchique dans ces opérations de renseignement (dont Jacques-Yves Cousteau revendiquera la paternité après-guerre) : emprisonné et torturé à San Gimignano, Véliacheff reproche à Jacques-Yves Cousteau d'avoir fui devant la menace et abandonné la mission en cours, sans se soucier du sort du reste de l'équipe. Le début de la plongée sous-marine moderne (1942-1946). Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l'armistice de 1940, Jacques-Yves se retrouve en « congé d'armistice ». Avec sa femme et ses enfants, il rencontre à Megève la famille Ichac. Cousteau et Marcel Ichac partagent la même volonté de faire découvrir au grand public des lieux inconnus et inaccessibles : pour le premier, c'est le monde sous-marin ; pour le second, c'est la haute montagne. Les deux voisins décrocheront le premier prix "ex æquo" du Congrès du film documentaire de 1943, pour le premier film sous-marin français : "Par dix-huit mètres de fond". Celui-ci a été tourné en apnée l'année précédente aux Embiez avec Philippe Tailliez (qui en écrit le commentaire) et Frédéric Dumas (qui tient le premier rôle), grâce au boîtier étanche de caméra sous-marine conçu par l'ingénieur mécanicien Léon Vèche, ingénieur des Arts et Métiers et de l'École navale. Marcel Ichac obtient, lui, le prix pour son film "À l'assaut des aiguilles du Diable". En 1943, Cousteau, Tailliez et Dumas tournent "Épaves", avec le soutien de l'entreprise marseillaise de renflouage Marcellin. Si "Par dix-huit mètres de fond" a été tourné en apnée en 1942, "Épaves" est le premier film sous-marin tourné à l'aide de scaphandres autonomes. Les deux prototypes utilisés dans le film sont ceux fournis par la société Air liquide ; ils sont mentionnés au générique sous l'intitulé « scaphandre autonome « Air liquide » système Cousteau ». Le GRS et l"Élie Monnier" (1945-1949). En 1945, Cousteau projette le film "Épaves" au chef d'état-major général de la marine, l'amiral André Lemonnier. Celui-ci charge Tailliez, Cousteau et Dumas de mettre en place le Groupement de Recherches Sous-marines de la Marine nationale à Toulon (GRS), connu depuis 2009 sous le nom « CEllule Plongée Humaine et Intervention Sous la MER » (CEPHISMER). En 1948, entre missions de déminage, d'exploration sous-marine et d'essais technologiques et physiologiques, Cousteau entreprend une première campagne en Méditerranée à bord de l’"Élie-Monnier", aviso base du GRS avec Philippe Tailliez, Frédéric Dumas, Jean Alinat et le cinéaste Marcel Ichac. L'équipe explore aussi l'épave romaine de Mahdia en Tunisie. L'expédition est considérée par Tailliez comme la . Cousteau et Marcel Ichac rapportent de cette expédition le film "Carnet de plongée", présenté lors du Festival de Cannes 1951. En 1957, l'assistant de Marcel Ichac, Jacques Ertaud, réalise sur la galère de Mahdia son film "La Galère engloutie". Cousteau, Tailliez, Dumas et l’"Élie-Monnier" participent ensuite au sauvetage du bathyscaphe du professeur Jacques Piccard, le FNRS II (qui venait d'être perdu en mer à la suite d'une immersion d'essai sans équipage), lors de l'expédition de 1949 à Dakar. À la suite de ce sauvetage, la Marine nationale veut réutiliser la sphère du bathyscaphe pour réaliser le FNRS III, ce qui sera impossible, . Les aventures de cette période sont racontées dans les deux livres, "Le Monde du silence" de Jacques-Yves Cousteau, James Dugan et Frédéric Dumas (en 1953) et "Plongées sans câble" de Philippe Tailliez (en 1954). En 1958, avec Tailliez, Alinat, Morandière, Dumas, Broussard, Lehoux, et Girault, il est diplômé d’honneur de plongée par la nouvelle FFESSM, ainsi nommée depuis 1955, après avoir été créée en 1948 par Jean Flavien Borelli (décédé en 1956) sous le nom de FSPNES. La "Calypso" et les campagnes océanographiques françaises (1949-1972). En 1949, ayant atteint le grade de capitaine de corvette, Cousteau quitte la Marine pour fonder les « Campagnes océanographiques françaises » (COF) en 1950. Depuis 1950, année où "Abenteuer im Roten Meer" (« "Aventures en Mer Rouge" » de Hans Hass) a été primé à la Biennale de Venise, Cousteau a un projet de film sous-marin en couleurs mais il lui faut des moyens et, pour cela, il doit convaincre des mécènes : , à Nice, le millionnaire Loël Guiness lui achète un bateau, la "Calypso", avec lequel il peut parcourir le globe. Il effectue d'abord des fouilles archéologiques sous-marines en Méditerranée, en particulier sur le site du Grand-Congloué en 1952. Son équipage est composé de grands noms de la plongée française : Frédéric Dumas, Albert Falco, André Laban, Claude Wesly, Jacques Ertaud, Pierre Labat, André Galerne. En 1953, Cousteau et Dumas narrent les expériences subaquatiques réalisées depuis le milieu des années 1930 dans un livre, "le Monde du silence". Le film, coréalisé par Cousteau et Louis Malle en 1955, ne reprend pas du livre éponyme les scènes sous-marines qui y sont décrites, celles du film ayant été tournées en Méditerranée, Mer Rouge, Océan Indien et Golfe Persique indépendamment des événements décrits dans le livre. La "Calypso" en devient la base, le lieu secondaire et la vedette discrète. Le documentaire obtient la Palme d'or au Festival de Cannes lors de sa sortie en salles l'année suivante, en 1956. On y voit déjà Cousteau et son équipage porter le bonnet rouge qui, quelques années plus tard, deviendra leur emblème : ce bonnet est un hommage aux anciens scaphandriers « pieds-lourds » à casque qui le portaient sous leur bonnet en caoutchouc pour amortir les coups de tête qu'ils donnaient dans le clapet anti-retour de leur casque pour augmenter le débit d'air ; selon Alain Perrier, sa couleur remonte au temps du bagne de Toulon, lorsque des bagnards ou d'anciens bagnards étaient « désignés volontaires » pour les interventions dangereuses en scaphandre ; en effet le bonnet de bagnard était rouge. En 1957, Jacques-Yves Cousteau est élu à la direction du Musée océanographique de Monaco et est admis à l'Académie nationale des sciences des États-Unis. Dans les années 1960, il dirige au large de Cagnes-sur-Mer et en mer Rouge les expériences Précontinent de plongées en saturation lors d'immersions de longue durée ou d'expériences de vie dans des maisons sous la mer. Le film "Le Monde sans soleil" relate ces aventures et obtiendra l'oscar du meilleur film documentaire en 1965. Entre 1970 et 1972, il prend, grâce à son bathyscaphe, des milliers de photos des fonds marins sur lesquels devaient être posées les conduites du futur gazoduc algérien, Transmed. En 1972 il est nommé Commandeur de la Légion d'honneur au titre du premier ministre. La même année, il remet en ordre le squelette d'une baleine à bosse dépecée en Antarctique par des chasseurs de cétacés, près de la base brésilienne Comandante Ferraz pour rappeler l'extermination des espèces animales au . La Cousteau Society (1973-1990). L'année 1973 voit les "Campagnes océanographiques françaises" laisser place à une société humoristiquement baptisée "Les Requins associés" tandis qu'aux États-Unis est créée la "", ultérieurement basée à Norfolk, en Virginie. En 1975, Cousteau retrouve l'épave du ', navire-jumeau du ', par de fond. Il doit attendre 1976 pour plonger sur l'épave et pénétrer à l'intérieur de celle-ci. Aussi en 1975, en décembre, la Cousteau Society lance une expédition en Antarctique et tourne le troisième et dernier film documentaire à métrage long de Cousteau, "Voyage au bout du monde", que ce dernier coréalise avec son fils Philippe. Alors qu'un drame était survenu lors de l'expédition, le second du bord de la Calypso, Michel Laval, ayant été tué à terre (sur l'île de la Déception) par l'hélice de queue de l'hélicoptère de l'expédition, le tournage se poursuit et le film sort en salles, en France, en . Le , lors d'une mission de la "Calypso" au Portugal, son deuxième fils et successeur désigné, Philippe, avec lequel il coproduit tous ses films depuis 1969, meurt frappé par l'hélice de son hydravion de type Catalina. Cousteau en est profondément affecté. Il appelle par la suite son fils aîné, Jean-Michel, à ses côtés. Cette collaboration dure jusqu'en 1991. En 1981, Jacques-Yves Cousteau se rapproche de la mairie de Norfolk pour construire un « parc océanique » dont la particularité serait de ne contenir ni aquarium, ni animaux vivants. Cette ville abritant la plus grande base navale des États-Unis, la municipalité désire aussi valoriser les activités de la . Cousteau se montre intransigeant sur le concept purement civil du parc et n'accepte pas de le modifier. Le projet se chiffre à vingt-cinq millions de dollars et Cousteau s'engage à hauteur de cinq millions. La ville abandonne la partie en 1987 car elle considère que le commandant tarde à apporter sa contribution. En 1985, le navire océanographique l’"Alcyone" est mis à l'eau à La Rochelle. Le commandant et son fils Jean-Michel concrétisent le projet de parc océanique à Paris dans le Forum des Halles. L'idée est de ne mettre aucun animal en captivité mais de jouer sur la puissance de l'image et du son pour plonger le visiteur au cœur des mers et des océans. Le Parc océanique Cousteau est inauguré en . La conception et la construction ont nécessité de francs français (soit d'euros). Les actionnaires sont des investisseurs publics et privés ainsi que Jacques-Yves Cousteau à hauteur de 10 % et Jean-Michel Cousteau à hauteur de 2 %. L'amortissement comptable du parc est cependant trop lent pour les autres investisseurs qui attendaient plus rapidement des bénéfices plus élevés. Le dépôt de bilan est prononcé le et le parc ferme définitivement ses portes en après avoir tout de même accueilli en deux ans : son site, très convoité, est absorbé par l'agrandissement du multiplexe UGC Ciné Cité Les Halles. Ces années sont riches en récompenses pour Cousteau avec le « » du Programme des Nations unies pour l'environnement reçu en 1977 avec Peter Scott puis le Palmarès mondial des 500 en 1988.Il devient par ailleurs membre de l'Académie du royaume du Maroc. Il devient officier de l'ordre du Mérite maritime en 1980 et lauréat du prix Claude Foussier de l'Académie des sports, pour ses actions de protection de la nature et de la qualité de la vie en 1983. En 1985, le président des États-Unis Ronald Reagan lui décerne la médaille présidentielle de la Liberté et il devient Grand-Croix de l'Ordre national du Mérite. Le , il est élu à l'Académie française et succède à Jean Delay au . Sa réception officielle sous la Coupole a lieu le , la réponse à son discours de réception étant prononcée par Bertrand Poirot-Delpech. Erik Orsenna lui succède le . Les années 1990. Le , Simone Cousteau meurt d'un cancer. Égérie de l'Équipe Cousteau qui l'a surnommé « la bergère », elle a passé plus de temps que son mari à bord de la "Calypso". Cousteau attend sept mois pour se remarier le avec Francine Triplet dont il a déjà deux enfants : Diane Élisabeth en 1979 et Pierre-Yves en 1981. Francine Cousteau prend la tête de la Fondation Cousteau et de la pour poursuivre l'œuvre de son mari ; Jean-Michel Cousteau en fait autant de son côté, ultérieurement suivi par ses descendants et ceux de son frère Philippe. Cette dissociation devient publique en 1996, lorsque Jacques-Yves Cousteau, poursuivant en justice Jean-Michel qui souhaite ouvrir un centre de vacances « Cousteau » dans les îles Fidji, donne des interviews, où il a des mots humiliants pour son fils. En 1992, Jacques-Yves Cousteau est le seul « non-politique » à être invité, à titre d'expert, à la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement à Rio de Janeiro. Il devient alors conseiller régulier de l'ONU et plus tard de la Banque mondiale ainsi que président du Conseil pour les droits des générations futures. Jacques-Yves Cousteau s'éteint le dans le de Paris. Il lègue la totalité et l'exclusivité des droits liés à l'usage de son nom, son image et son œuvre à la ainsi que la mission de continuer son travail. Sa disparition est ressentie jusqu'aux États-Unis et au Canada, où il était l'un des Français les plus populaires. James Cameron par exemple déclare des films de Cousteau : Ses obsèques ont lieu à la cathédrale Notre-Dame de Paris devant un parterre de personnalités de renom, comprenant sa famille pour une fois réunie sinon conciliée, plusieurs de ses pairs académiciens, des anciens de la "Calypso" et de la marine, et des politiques français et étrangers, anciens ou en exercice. Il est inhumé dans le caveau familial à Saint-André-de-Cubzac (Gironde). Sa ville lui rend hommage par l'inauguration d'une « rue du Commandant Cousteau », qui mène à sa maison natale (l'ancienne pharmacie de son grand-père), et la pose d'une plaque commémorative sur celle-ci. En 2008, plus de dix ans après sa disparition, il demeurait la deuxième personnalité ayant le plus marqué les Français, derrière l'abbé Pierre et celui qui . Inventions et innovations. Le scaphandre autonome moderne. Parmi les appareils et technologies que Cousteau et ses amis Dumas et Tailliez essayent entre 1938 et 1942 se trouvent l'appareil avec valve de non-retour de Maurice Fernez (alimenté en air de surface par un tube de caoutchouc), le détendeur « Le Prieur » réglable à la main et deux recycleurs à l'oxygène pur. Ils abandonnent l'utilisation de l'appareil Fernez lorsqu'un jour Dumas subit une rupture du tube flexible d'alimentation en air. L'appareil « Le Prieur » ne correspond pas non plus à leurs attentes car il doit être réglé manuellement pour la libération de l'air comprimé, qui en débit constant représente un gâchis important de la réserve d'air. Quant aux appareils à oxygène pur, Cousteau les fait fabriquer par des armuriers de la Marine, en s'inspirant du recycleur Davis de la . Il les essaye en 1939, chacun d'eux en deux occasions différentes, et lors de chaque essai, ayant atteint respectivement les profondeurs de dix-sept et de quinze mètres, il subit de graves symptômes liés à l'hyperoxie et perd connaissance. Il survit à chaque fois en ayant été assisté par des marins restés en surface pour le secourir en cas de besoin. Ces accidents, qui se soldèrent chacun par des noyades évitées de justesse, lui suffirent pour arrêter les expériences avec l'oxygène. L'élaboration du prototype du premier détendeur moderne commence en décembre 1942, lorsque Cousteau rencontre Émile Gagnan. Ce dernier, ingénieur chez Air liquide, avait obtenu de la société Bernard Piel un détendeur Rouquayrol-Denayrouze et l'avait adapté pour faire fonctionner des gazogènes de voiture car l'occupant allemand réquisitionnait l'essence. Il avait déposé à ce sujet un brevet de détendeur miniaturisé en bakélite. Henri Melchior, son patron, pense alors que ce détendeur peut rendre service à son gendre, Jacques-Yves Cousteau. Il met en contact les deux hommes, qui déposent alors en 1943 le brevet du scaphandre autonome moderne. C'est une amélioration et une modernisation des brevets d'inventions du détendeur de Rouquayrol et Denayrouze au et des bouteilles du début du : les bouteilles d'air comprimé de la société Air liquide sont beaucoup plus sûres et à plus grande capacité en réserve d'air que ne l'est le réservoir en fer de Rouquayrol et de Denayrouze. En 1946, Cousteau et Gagnan créent, au sein d'Air liquide, la société « La Spirotechnique », qui est encore de nos jours la sous-division d'Air liquide destinée à la commercialisation de détendeurs et autres équipements de plongée et siégeant actuellement à Carros, près de Nice. Cette même année, la Spirotechnique commence la commercialisation du premier détendeur moderne mis sur le marché, le « » (« C » pour Cousteau, « G » pour Gagnan et « 45 » pour 1945, année de son brevet). Ouverte ainsi au grand public, la plongée autonome, de loisir ou professionnelle, est progressivement devenue une activité connue de tous. Grâce aux brevets déposés, Cousteau reçoit 5 % du chiffre d'affaires de La Spirotechnique par an. Autres inventions et innovations. En 1946, il améliore le vêtement dit « à volume constant » (dont le principe existait déjà), destiné aux eaux très froides. Le plongeur le gonfle d'air en soufflant directement dans son masque et obtient de la sorte non seulement un système de stabilisation mais aussi un isolement thermique efficace. Ce vêtement est l'ancêtre des actuelles combinaisons étanches. Avec l'aide de Jean Mollard, il crée dans les années 1950 la « soucoupe plongeante ("SP-350") », un véhicule sous-marin à deux places, piloté par Albert Falco et André Laban, et qui peut atteindre une profondeur de . L'expérience réussie est rapidement répétée en 1965 avec deux véhicules qui peuvent atteindre (SP-500). S'inspirant de l'effet Magnus, il crée avec l'ingénieur Lucien Malavard le principe de la turbovoile qui équipe son bateau l"Alcyone". Cousteau et l'environnement. Antécédents. Philippe Tailliez avait déjà une vision environnementaliste de la mer et de la Terre, et sa fréquentation a peu-à-peu modifié la façon de voir de Cousteau, transformant l'officier canonnier en ce que les journalistes décriront plus tard comme un « missionnaire de l’environnement » capable d'« émerveiller le public », même s'il trouvait au départ normal de chasser les animaux marins pour produire des images spectaculaires dans ses films. De plus, les campagnes océanographiques et cinématographiques de Cousteau ayant eu lieu sur plus de 50 ans (1945-1997), il put par lui-même constater la dégradation des milieux "in situ", précisément mesurée par les nombreux scientifiques invités sur la "Calypso" et décrite par Yves Paccalet. Ainsi, il devient progressivement un défenseur de l’environnement et met à profit sa notoriété mondiale, pour promouvoir l’idée de . Actions de protection de l’environnement. En octobre 1960, de déchets représentant de déchets radioactifs doivent être immergés entre la Corse et Antibes par le CEA. Cousteau organise avec le Prince Rainier une campagne de presse qui émeut la population riveraine de la Méditerranée. L'opération est finalement reportée par le gouvernement français le et seulement vingt fûts sont immergés, . La rencontre avec la télévision américaine (ABC, Metromedia, NBC) donne naissance à la série "L'Odyssée sous-marine de l'équipe Cousteau", destinée à donner aux films un style « aventures personnalisées » plutôt que « documentaires didactiques ». À leur sujet, Cousteau explique : . En 1973, il crée aux États-Unis , une entreprise consacrée . En 2011, elle revendique plus de . En 1983, les signataires du traité qui protégeait l'Antarctique depuis 1959, commencent à négocier le droit d'exploiter les ressources minières du continent. En 1988, la convention de Wellington prévoit d'autoriser des zones d'activités minières. Plusieurs ONG, dont , s'opposent à ce projet et Cousteau s'engage également pour cette cause, notamment à la suite du naufrage de l"Exxon Valdez". Il présente une pétition d'environ de signatures au gouvernement français qui refuse, ainsi que l'Australie, de signer la convention. En 1990, avec six enfants venus des six continents, il . En 1991, le protocole de Madrid établit une protection globale de l'environnement en Antarctique pendant au moins cinquante ans. La découverte du monde sous-marin par le grand public. Jacques-Yves Cousteau ne se définissait pas comme un scientifique mais comme un « marin, technicien océanographique et cinématographique ». Il se disait amoureux de la nature, particulièrement de la mer, en reconnaissant que sa vision avait évolué avec son époque, de l'explorateur-chasseur et pêcheur au logisticien pour scientifiques et protecteurs. Avec son grand sourire, et au travers de la télévision, il fit découvrir la vie du « continent bleu » à des millions de spectateurs et téléspectateurs. Son fils Jean-Michel a déclaré à ce sujet : Il reçoit pour ses actions plusieurs prix et est invité au sommet de Rio en 1992. Vers la fin de sa vie, il se consacre à trouver des voies positives pour l’avenir de l’humanité, en écrivant notamment "L'Homme, la Pieuvre et l'Orchidée" en collaboration avec Susan Shiefelbein. Mais il devient pessimiste ; il affirme ainsi à Yves Paccalet : Il reste l'une des grandes figures de la seconde moitié du pour la découverte et l'exploration des mondes sous-marins. Caractère et héritage. Selon les témoignages de ses proches, de ses employés et de ses compagnons, recueillis par ses biographes, Jacques-Yves Cousteau était un homme extrêmement vif et sensible, fougueux et parfois insouciant, véritable « animal d’action » d’une remarquable intelligence, « don redoutable à l’égal de la beauté », mais aussi d’une humeur pouvant être très contrastée, tantôt généreuse, chaleureuse, charmante, aimant ses interlocuteurs, l’humanité, la planète… tantôt sèche, tranchante et méprisante, capable d’étaler devant des journalistes sa colère y compris envers son propre fils Jean-Michel. Soucieux de son image, Cousteau tenta maladroitement de cacher les « zones d’ombres » de sa vie comme le parcours de son frère Pierre-Antoine (un « antisémite de plume », rédacteur en chef du journal collaborationniste "Je suis partout", condamné à mort à la Libération, puis gracié en 1954), ses propres opinions pendant la guerre (celles de toute une génération intoxiquée par la propagande de Vichy), les conditions de tournage des films "Par dix-huit mètres de fond" et "Épaves" réalisés en 1942-1943 sous la surveillance et avec l'accord de la Kriegsmarine, mais aussi, après la guerre, son côté homme d'affaires et prospecteur industriel (campagne de 1954 dans le golfe Persique pour B.P.), sa séparation de son épouse Simone, sa seconde famille avec Francine Triplet ; il ne sut pas concilier ses deux descendances et empêcher qu’elles se déchirent après lui. Malgré ses efforts, ces informations restaient néanmoins accessibles aux investigateurs, donnant du grain à moudre aux « biographes non autorisés ». La politique risquant de faire ressurgir ces « zones d’ombre », Cousteau évite de s'y engager (dans les rangs des écologistes), affirmant qu’il ne doit pas prendre parti car l’environnement est l’affaire de tous. Cette attitude lui vaudra de sévères critiques. Enfin, la médiation scientifique au moyen du livre, de la télévision et du cinéma expose aussi Cousteau aux critiques. On lui a reproché d’avoir des nègres, alors qu’il cita leurs noms et que plus d’un, comme ou Yves Paccalet, lui doivent en partie leur notoriété ; cinéma et télévision exigent de mettre en scène l’équipe de la "Calypso", Cousteau avec son bonnet rouge de scaphandrier (et, au début, sa pipe), André Laban avec son crâne chauve et son violoncelle, Albert Falco, les fils Cousteau… Selon Jacques Constans, ce n’était pas un culte de la personnalité (ou des personnalités) mais, à la demande des commanditaires comme Ted Turner, un moyen d’amener les spectateurs à « adopter » l’équipe : c’est pourquoi, dans beaucoup d’épisodes de "L'Odyssée sous-marine de l'équipe Cousteau", conçus pour passer à la télévision à l’heure du dîner, il y a une scène de repas au carré du bateau. Sur ce point, l’œuvre audio-visuelle de l’équipe Cousteau fut elle aussi contestée : Ainsi, bien des scènes du film "Le Monde du silence" (comme le massacre de requins, la pêche à la dynamite, la lacération de cachalots, la destruction de corail, la mise en danger des tortues marines, le doublage d’un indigène des Maldives ou des Seychelles en « français petit-nègre », ou la scène durant laquelle deux plongeurs pêchent la langouste à 60 mètres de fond : au retour, l'un est envoyé au caisson de décompression pour remontée d’une immersion à grande profondeur sans respect du palier de décompression, et l’autre va manger les langoustes avec le reste de l’équipage) paraissent critiquables aux yeux de l’opinion occidentale actuelle mais n’ont nullement choqué les spectateurs de 1956, les rapports homme-nature étant alors bien plus « innocemment violents » qu’au début du . Après sa disparition, son héritage est victime des divisions internes mais publiques de sa famille (ancienne équipe et descendance de sa première épouse d’un côté, nouvelle équipe et descendance de sa seconde épouse de l’autre) qui génèrent d’une part une bataille juridique et médiatique au sujet de la propriété de l’épave de la "Calypso" et d’autre part la parution de biographies « non autorisées » comme "L’Homme, la Pieuvre et l’Orchidée". Œuvres. Films. Jacques-Yves Cousteau a participé à la réalisation de plus d'une centaine de films et a obtenu plusieurs récompenses internationales : Hommages. Cousteau au cinéma. La vie de Jacques-Yves Cousteau a inspiré au cinéma les films suivants:
Jello Biafra Eric Reed Boucher, connu sous le pseudonyme de Jello Biafra, est un chanteur, homme politique et militant écologiste né le à Boulder, dans le Colorado, aux États-Unis. Il est le fondateur et président du label musical Alternative Tentacles et l'ex-chanteur du groupe punk hardcore Dead Kennedys. Il est membre du Parti vert des États-Unis. Il a été candidat aux primaires du "Green Party" en 2000, et a terminé quatrième aux élections municipales pour la mairie de San Francisco en 1979. Enfance et adolescence. Les parents d'Eric Boucher, Virginia et Stanley, étaient tous deux travailleurs sociaux. Boucher développe rapidement un intérêt pour la politique internationale, un sujet sur lequel ses parents l'encouragèrent à se renseigner. Enfant, il regarde les informations télévisées. Un de ses plus anciens souvenirs d'enfance est l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Jello Biafra prétend être un fan de musique rock depuis 1965, lorsque ses parents sélectionnèrent accidentellement sur leur poste une radio rock. Durant les années 1970, il s'impliqua dans les manifestations contre la guerre du Viêt Nam. Il découvre l'univers punk rock progressivement. Il déclare en 2021 : Carrière musicale. Les années Dead Kennedys. La carrière musicale d'Eric Boucher débute en , comme roadie pour le groupe punk The Ravers (qui changeront plus tard leur nom pour ). À l'automne, il entreprend des études d'histoire à l'Université de Californie à Santa Cruz, mais abandonne après le premier semestre. En , il répond à une annonce passée dans un journal local par le guitariste East Bay Ray et la paire formera Dead Kennedys. Le chanteur se produit au départ sous le pseudonyme de Occupant, mais change rapidement pour Jello Biafra. Le nom de scène d'Eric Boucher renvoie à la marque Jell-O et au nom d'un pays appelé Biafra, qui a brièvement existé après avoir tenté de se séparer du Nigeria en 1966. Après quatre années de combats et une terrible famine, le Biafra a été réuni au Nigéria. Boucher a donc formé son nom de scène en opposant le nom d'une compagnie d'un produit alimentaire de piètre qualité à un autre nom évoquant une grande période de famine. En , ce sera la création du label Alternative Tentacles, grâce auquel les Dead Kennedys lancent leur premier single, "California Uber Alles". Les premières années des Dead Kennedys se déroulent surtout en Californie. Ils visiteront notamment le célèbre Whisky a Go Go. Dans les années 1980, ils sont en tournée de manière plus intensive. Ils se produiront dans la majorité des boîtes punk ou underground importantes aux États-Unis, dont le CBGB à New York. En 1980, ils feront une présence remarquée aux Bay Area Music Awards, alors qu'ils interpréteront pour la seule et unique fois "Pull My Strings", une attaque en règle contre le star-system (« ' ») et une dénonciation du scandale de la "payola", une prime donnée aux stations de radio par les compagnies de disques lorsque leurs artistes étaient entendus en ondes. ' reprend le refrain du classique " du groupe The Knack, où le mot « sharona » est justement remplacé par « payola ». En 1983, Dead Kennedys sera la tête d'affiche du festival Rock Against Reagan, qui s'opposait évidemment au président républicain de l'époque, Ronald Reagan. En 1986, Jello Biafra doit subir un procès à Los Angeles pour avoir distribué du « matériel choquant ». Le litige tire son origine de l'album Frankenchrist. Pourtant, ce qui est en cause n'est pas le titre, ni le contenu du disque, mais plutôt une affiche incluse avec l'album : ' (aussi appelé : ') de l'artiste surréaliste suisse Hans Ruedi Giger. Bien qu'officiellement le procès ait été déclenché par les plaintes d'une famille offusquée qui prétendait que la vue de l'image avait causée du tort à leur enfant, Jello Biafra ainsi que certains observateurs estiment que le procès avait des motivations politiques, en guise d'avertissement aux artistes qui seraient tentés d'enregistrer du matériel controversé. Biafra risquait une amende de et une année d'emprisonnement. Il fonda le " pour payer les frais légaux, une dépense que ni lui ni son label ne pouvaient absorber. À 7 contre 5, le jury acquitte Eric Boucher. Les procureurs tenteront de relancer le procès, ce que le juge refusera. Dead Kennedys se sépare en 1986, durant ce procès. Les premiers albums de spoken word enregistrés par Jello Biafra feront largement état de cette affaire. Il se positionnera fermement contre la censure. Autres projets musicaux. En 1988, Jello Biafra faisait partie du projet Lard avec Al Jourgensen, chanteur de Ministry. Il participe activement a un autre projet parallèle d'Al Jourgensen : "Revolting Cocks", notamment sur l'album "Cocked & Loaded" (2006). Biafra collabore avec les groupes punk canadiens D.O.A. et Nomeansno sur la trame sonore du film ' en 1989 et apparaît sur l'album ' de D.O.A., puis sur "" de Nomeansno l'année suivante. Il fait partie du groupe temporaire No WTO Combo avec Krist Novoselic de Nirvana, ainsi que le guitariste de Soundgarden Kim Thayil en novembre et , durant notamment la fameuse "bataille de Seattle" pendant un rassemblement de l'Organisation mondiale du commerce. En 2005, il forme un combo avec Melvins, '. Ils font une reprise réactualisée de "California über alles" remplaçant le gouverneur de Californie de l'époque Jerry Brown par l'actuel gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger. Ils sortent deux albums sur le label Alternative Tentacles ' et ". Depuis , il coanime avec Jesse Luscious, employé d'Alternative Tentacles et chanteur de The Frist, une série de podcasts téléchargeables sur le site officiel du label. Ces émissions sont appelées « " ». En 2006, il enregistre et participe à l'album de reformation du groupe punk parisien Métal Urbain, "j'irai chier dans ton vomi". Jello Biafra & the Guantanamo School of Medicine. En 2009, Jello Biafra forme Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine en compagnie de Ralph Spight (Victims Family, Freak Accident) et Kimo Ball (Freak Accident) aux guitares, Billy Gould (Faith No More) à la basse et Jon Weiss (Sharkbait) à la batterie. Le groupe réalise l'album "Audacity of Hype". Billy Gould étant sur la route avec Faith No More durant l'été 2009, c'est le frère de Jon Weiss, Andrew (Rollins Band, Ween), qui le remplace sur les dates données en Europe quelques semaines avant la sortie de l'album en octobre. En 2020, le groupe sort son troisième album : "Tea Party Revenge Porn". Jello Biafra souhaite que ce disque sorte avant l'élection présidentielle américaine de novembre 2020. Donald Trump est une des cibles privilégiées de ses textes, mais aussi Vladimir Poutine, l'American way of life, le mouvement Tea Party, l'Alt-right et les réseaux sociaux. Musicalement, le groupe produit un punk hardcore métissé de spoken word, créant un mélange salué par les critiques. Engagement politique. Élections de 1979. En 1979, Jello Biafra se présente comme candidat à la mairie de San Francisco. Pour sa campagne, il utilise un slogan de la marque Jell-O : ' (« Il y a toujours de la place pour Jell-O ») et porte les t-shirts utilisés par les partisans de son adversaire, Quentin Kopp, lors des élections précédentes. Ses partisans sont vus arborant des t-shirts disant : « S'il ne gagne pas, je me tue » (« ' ») ou « Que faire s'il gagne? » (« " »). La plate-forme électorale sera rédigée par Biafra sur une serviette de table, pendant un moment libre lors d'un concert de Pere Ubu. Parmi ses promesses électorales : obliger les hommes d'affaires à aller travailler en portant des masques de clown, et bannir toutes les voitures de la ville. Ce dernier aspect n'était pas si mal perçu par les électeurs, puisque San Francisco faisait face à de sérieux problèmes de pollution atmosphérique à cette époque. Sa candidature prend avant tout les aspects d'un canular et d'une façon de se moquer du processus démocratique, mais plusieurs propositions sont tout ce qu'il y a de plus sérieuses. Biafra propose notamment de légaliser l'occupation des édifices vacants (les squats), ou demander que l'on plébiscite les policiers de quartier. Dans une entrevue télévisée, il estime que sa candidature n'est pas plus ou moins une farce que celles des autres candidats. Jello Biafra termine quatrième sur dix candidats, avec un score représentant 3,5 % des suffrages, soit votes. La démocrate Dianne Feinstein sera élue maire de San Francisco. À noter qu'après l'élection à laquelle Biafra a participé, la ville de San Francisco a voté une résolution interdisant à un citoyen de se porter candidat sous un autre nom que son nom véritable. Au cours de la même campagne de 1979, une drag queen appelée Sister Boom-Boom était également candidate. Spoken word. Après la séparation des Dead Kennedys, Jello Biafra s'est mis à donner des conférences et a enregistrer des albums de '. Sa première conférence fut donnée à l'Université de Californie à Los Angeles en . Il fait des tournées régulièrement et se produit généralement sur les campus, où ses conférences sont accessibles à prix peu élevé. Il a aussi participé en 2000 à une conférence de « ' » (H.O.P.E.), où il s'exprima sur les liens entre le hacking ou le piratage et le militantisme politique. Seattle 1999. Il a participé aux protestations entourant la rencontre de l'Organisation mondiale du commerce, à Seattle, Washington en décembre 1999. Jello Biafra était chanteur pour un groupe formé spécialement pour l'occasion, regroupant aussi le guitariste Kim Thayil, anciennement de Soundgarden, Gina Mainwal de Sweet 75 et l'ancien bassiste de Nirvana, Krist Novoselic. Le groupe temporaire devait se produire dans un club appelé Showbox le , mais les musiciens furent empêchés de franchir la zone sécurisée par la police. Biafra et Novoselic offrirent une performance acoustique le novembre, puis le No WTO Combo donna un concert le . L'album tiré de ce dernier concert, « " », est disponible sur Alternative Tentacles. Green Party. Jello Biafra est un membre et un militant du Parti vert des États-Unis. Il se présente à l'investiture du «Green Party» pour l'élection présidentielle américaine de 2000, avec comme candidat pour la vice-présidence (ce qu'on appelle aux États-Unis, le "ticket" composé du candidat à la présidence et de celui à la vice-présidence) le journaliste et militant afro-américain Mumia Abu-Jamal, qui attendait son exécution dans un pénitencier de la Pennsylvanie et dont la libération est réclamée par des militants depuis de nombreuses années. Ce sera toutefois Ralph Nader qui sera investi par le Parti. Québec 2001. Jello Biafra a participé aux protestations entourant la tenue du Sommet des Amériques à Québec, au Canada en avril 2001. Dans les jours précédents l'ouverture du Sommet, il donne une conférence au Cégep Limoilou et une interview au quotidien Le Soleil. Dead Kennedys vs. Jello Biafra : contentieux et procès. Labels et droits d'auteur. En , est créé label Alternative Tentacles. Tous les albums des Dead Kennedys sont d'ailleurs sortis sur le label Alternative Tentacles, excepté le premier album du groupe, "", distribué via IRS Records aux États-Unis et Cherry Red en Angleterre, avant que Alternative Tentacles n'en reprenne le contrôle ; les disques live réalisés après la séparation du groupe et sans l'autorisation de Biafra sont parus sous d'autres labels. À partir de 1987 et jusqu'à aujourd'hui, Jello Biafra est le seul dirigeant d'Alternative Tentacles. Publicité Levi's et procès. En octobre 1998, les anciens membres de Dead Kennedys poursuivent Jello Biafra qui aurait, selon eux, omis de payer des royalties aux autres membres du groupe au cours des dernières années. Selon Biafra, la plainte découle de son refus d'accepter que le morceau le plus célèbre du groupe, ', soit utilisé dans une publicité de Levi's Dockers. Biafra taxe Levi's de pratiques commerciales injustes et s'oppose aux ateliers de misère (« ' ») de la compagnie. Les trois autres ex-Dead Kennedys, qui prétendent que la poursuite n'a aucun lien avec cet épisode, arguent plutôt que Biafra leur refuse certaines redevances et ne fait pas la promotion des albums du groupe. Biafra réplique en disant que, non seulement il ne doit pas d'argent à ses anciens collègues, mais qu'il ne reçoit lui-même aucune compensation pour les ventes des albums "live" lancés sur d'autres labels indépendants après la séparation du groupe (ce que niera d'ailleurs Decay Music). Jello Biafra se plaint au passage de ce que les notices accompagnant ces albums soient erronées, certaines chansons autrefois créditées à lui seul étant à présent créditées au groupe en entier. Jugement. Les anciens membres de Dead Kennedys, East Bay Ray en tête, auront finalement gain de cause. En 2000, un jury ordonne à Biafra et Alternative Tentacles de verser 200 000 dollars aux plaignants. Après un appel des avocats d'Eric Boucher, la Cour d'appel de Californie maintiendra le jugement en juin 2003. Vie privée. Jello Biafra s'est marié avec Therese Soder, alias Ninotchka, chanteuse du groupe punk The Situations, le . La cérémonie de mariage a été présidée par Bruce Loose, chanteur de Flipper, un autre groupe punk de San Francisco. Loose avait payé pour joindre la Universal Life Church, une « église » américaine qui vend des certificats d'ordination, afin de devenir ministre du culte pour la journée et marier le couple. La cérémonie eut lieu dans un cimetière, et la réception, à laquelle assistèrent des membres de D.O.A., Flipper et Black Flag, se tint aux studios Target Video. Eric Boucher et Therese Soder se sont séparés en 1986, à l'époque du procès qui suivit la sortie de l'album Frankenchrist.
Jean-François Champollion Jean-François Champollion dit Champollion "le Jeune", né le à Figeac (Lot) et mort le à Paris, est un égyptologue français. Premier à déchiffrer les hiéroglyphes, Champollion est considéré comme le père de l'égyptologie. Il disait de lui-même : . C'est aussi l'un des précurseurs de la linguistique historique et comparée. Biographie. Naissance et enfance. Origine familiale. Du côté paternel, Jean-François, dit "le Jeune", appartient à une famille du Valbonnais originaire de Valjouffrey (Isère), village habité par des paysans qui parcouraient les régions comme colporteurs durant l'hiver. Ses grands-parents, Barthélemy Champollion, né en 1694 à Valjouffrey, qui ne savait pas signer, et Marie Géréoud ou Géroux, née en 1709 à Valbonnais, se marient à Valbonnais en 1727. Ils ont cinq enfants dont Jacques, né le à La-Roche-des-Engelas (aujourd'hui hameau de Valbonnais), qui est expulsé de son hameau natal pour des causes peut-être politiques et doit sillonner la France comme colporteur avant de s'installer à Figeac sans doute invité par un cousin, chanoine de la basilique Saint-Sauveur. Il y épouse le Jeanne-Françoise Gualieu, d'une famille de bourgeois de cette ville ; il achète en 1772 une maison et en 1779 une boutique de libraire sur la place Basse ainsi qu'une nouvelle maison qui deviendra le musée Champollion. Il a huit enfants de sa femme : Guillaume, mort à la naissance (), Thérèse née un an après, Pétronille en 1776, Jacques-Joseph le , Jean-Baptiste mort à trois ans et Marie-Jeanne en 1782. Naissance et petite enfance. Une étrange histoire qui court sur la naissance de Champollion nous raconte que sa mère, affectée de rhumatisme au point de l’empêcher de se mouvoir, fut guérie par un paysan qui lui promit, alors qu’elle avait quarante-huit ans, la naissance d’un fils. En effet, Champollion naît un an après ces faits, le à Figeac et est baptisé le soir même. La Révolution fait alors rage à Figeac et le père de Champollion est plutôt dans la mouvance jacobine même s’il est douteux qu’il soit secrétaire de police. Il apprend tout seul à lire dans un missel dès l’âge de cinq ans. Il est élevé principalement par son frère, mais celui-ci part à Grenoble en . Il entre à l’école en novembre de la même année. Il a de très grandes difficultés en mathématiques et en orthographe (elle ne se corrigera que bien plus tard…) ; son très mauvais caractère lui donne beaucoup de difficultés. Il a un précepteur, l’abbé Jean-Joseph Calmels, qui l’ouvre à la culture et lui enseigne des rudiments de latin, de grec ancien et d’histoire naturelle et son grand frère s’occupe encore de lui malgré les distances par une abondante correspondance. Une éducation dirigée par son frère. Le , il quitte Figeac pour Grenoble pour rejoindre son frère Jacques-Joseph qui dirige son éducation. En effet, son frère aîné lui donne lui-même des cours. La tâche étant beaucoup trop lourde, il décide de confier son élève à l'abbé Dussert, pédagogue réputé de Grenoble. Champollion est son élève de novembre 1802 aux vacances d’été de 1804. Il prend ses cours sur les lettres auprès de l’abbé et pour le reste à l’école centrale de Grenoble où son professeur de dessin est Louis-Joseph Jay. L’abbé lui enseigne le latin et le grec, et il aborde l’étude de l'hébreu et acquiert des rudiments d'arabe, de syriaque et de chaldéen, encouragé en cela par l’abbé et son frère, grand admirateur de l'Orient qui lui transmet son goût pour l'archéologie. Il manifeste un réel engouement pour ces études. En , après avoir brillamment passé le concours d’entrée devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau, il entre au Lycée impérial de Grenoble qu’il fréquente jusqu'en , année du décès de sa mère. Il a pour maître l’abbé Claude-Marie Gattel, qui l’aide dans son apprentissage linguistique, et le botaniste Dominique Villars. Se pliant mal à la discipline rigoureuse du lycée, il y est malheureux, même s’il exerce souvent la fonction de « caporal », qui consiste à surveiller les autres élèves, et il est gêné par le peu de moyens dont dispose son frère, à qui il devait tout demander. Les contacts étroits et fréquents avec son frère Jacques-Joseph, nouveau secrétaire de l'Académie delphinale, mettent l'Égypte au centre des préoccupations des deux frères, puisqu'en juin 1804, Jacques-Joseph fait à cette académie une communication sur les inscriptions de la pierre de Rosette et publie deux ans plus tard sa "Lettre sur une inscription grecque du temple de Denderah". L'aversion de Champollion pour le lycée culmine en 1807 lors de « l’affaire Wangelis », du nom de son seul ami de lycée, de qui on le sépare de force. Il y étudie, à côté des mathématiques et du latin, les deux grandes disciplines du Lycée, les langues anciennes, pour lesquelles il se passionne, grâce à de nombreuses lectures fournies par son frère, comme le relate sa correspondance. Il crée aussi une « Académie des Muses » avec d’autres élèves, pour débattre de littérature, et est conduit à commenter un passage de la Genèse en hébreu devant le préfet Joseph Fourier. Il rencontre alors en juin 1805, dom Raphaël de Monachis, moine melchite proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’égyptien ancien. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue, mais il ne peut le faire, Grenoble offrant trop peu de ressources. C’est à cette époque que naît sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens entre autres grâce au livre de Bernard de Montfaucon intitulé "L'Antiquité expliquée et représentée en figures" publié en 1719 qui l'aidera grandement dans son futur travail de traduction. Il écrit en dans une lettre à ses parents : Le , le général de La Salette lit devant le lycée des sciences et des arts de Grenoble un texte de Champollion, les "Remarques sur la fable des Géants d'après les étymologies hébraïques." Champollion travaille beaucoup, rédige quelques opuscules comme un « "Dictionnaire géographique de l’Orient" », un « "Commentaire sur Isaïe" »… Pour continuer ses études, il veut partir pour Paris, les possibilités de recevoir un enseignement très spécialisé étant limitées à Grenoble. Son frère part d’août à septembre 1806 à Paris pour chercher à obtenir l’admission de Jean-François dans un établissement spécialisé. Alors qu'il vient de quitter le lycée et qu'il possède les meilleures armes pour entreprendre une carrière d'orientaliste, Jean-François Champollion présente le à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble un "Essai de description géographique de l’Égypte avant la conquête de Cambyse". La prestation surprend et intéresse tant que six mois plus tard, il est élu membre correspondant de cette académie. Le maire de Grenoble, Charles Renauldon, lui annonce la nouvelle en ces termes : Le , Jean-François se rend à Vif après le mariage de son frère Jacques-Joseph avec Zoé Berriat, qui lui a apporté en dot la maison familiale des Berriat. Le jeune fera par la suite de nombreux séjours au domaine dit « Les Ombrages » pour voir sa famille, travailler dans le calme des champs et se reposer. Études. Le , après soixante-dix heures de voyage en diligence, il arrive enfin dans la capitale pour étudier, entre autres, le copte et l’amharique. Il obtient une bourse, mais vit chichement. En effet, la bourse n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins, et son frère doit lui payer sa chambre et sa nourriture. Il suit les cours de langues orientales au Collège de France, et plus particulièrement ceux d’arabe par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, de persan par Louis Langlès et d’hébreu par Prosper Audran. Il assiste aussi à ceux de l’École des langues orientales dans les mêmes matières et fréquente la Bibliothèque impériale. Il se lie avec Aubin Louis Millin, conservateur du cabinet des antiques qui lui enseigne la numismatique, avec Prosper Audran qui ira même jusqu’à lui confier son cours au Collège de France lors de ses absences, et avec dom Raphaël de Monachis qui lui fait connaître un prêtre égyptien, Geha Cheftitchi, qui lui apprend le copte. Il est si doué qu’en décembre, un homme nommé Id Saouda le prend pour un Arabe. Voici son emploi du temps tel qu’il l’explique à son frère le : Un jour de 1808, sur le chemin du collège de France, un de ses camarades lui annonce que l'archéologue Alexandre Lenoir vient de publier un déchiffrement complet des hiéroglyphes égyptiens. Bien que cette publication soit fantasque, cela décide Champollion à porter une partie de ses études sur le déchiffrement des hiéroglyphes. Il arrive, grâce à l’abbé de Tersan, un collectionneur, à obtenir une copie de la pierre de Rosette, mais préfère étudier d’abord des papyrus en écritures cursives. Il découvre en 1808 le principe de ligatures (regroupement) des signes. Il postule alors, sur des analogies avec l'un des dialectes coptes, l'absence de voyelles dans l'écriture égyptienne et obtient le , comme il l’explique dans une lettre à son frère, ses premières conclusions : Mais il s’attarde sur l’histoire étrusque. Il écrit en effet : . Mais son frère le rappelle à l’ordre : . Il se remet à ses études craignant qu’Étienne Quatremère déchiffre les hiéroglyphes avant lui dans ses "Recherches critiques et historiques sur la langue égyptienne", publiées en . Au printemps 1809, il se met à rédiger une grammaire copte et étudie le texte démotique de la pierre de Rosette. Il fait « table rase » des précédentes tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes : il dit en effet des membres de la Commission d’Égypte que , et se lance dans de grandes diatribes contre les autres chercheurs : . Lors de l’été 1809, il commence une grammaire du « langage thébain-sahidique », celui de la communauté copte de la région de Saïd. Il écrit en effet à son frère en mars ou avril 1809 : Après avoir longuement étudié la Bible, il critique . Il continue de travailler à essayer de déchiffrer le texte démotique de la pierre de Rosette. Mais la tâche n’est pas de tout repos et il bute sur de nombreux obstacles. Sa lettre à son frère du en est un bon exemple : Il aime deux personnes durant cette période. D’abord Pauline Berriat, la sœur de la femme de son frère, d’octobre 1807 à l’automne 1808, puis Louise Deschamps, femme d’un fonctionnaire beaucoup plus âgé qu’elle, de l’automne 1808 jusqu’à son départ pour Grenoble en 1809. Professeur. En , il est nommé, à dix-huit ans, professeur adjoint d'histoire à l'université de Grenoble, grâce à l’influence de Louis de Fontanes, grand maître de l’Université impériale, et son frère professeur de grec et bibliothécaire adjoint de la ville. Il rentre à Grenoble le pour prendre possession de son poste. L’année suivante, ils sont tous deux nommés docteurs ès lettres par décret impérial, ce diplôme correspondant à la charge de professeur. Le , il prononce la leçon inaugurale de son cours où il dénonce la complaisance des historiens face à l’autorité : Les frères Champollion se consacrent aussi à la bibliothèque dont Jacques-Joseph est bibliothécaire et aux "Annales du département de l’Isère", où Jean-François publie des articles sur l’Antiquité. Ils sont familiers de Joseph Fourier et ils animent les soirées de l’hôtel de Lesdiguières au côté des grands grenoblois. Il continue ses travaux égyptologiques, aidé par l’abbé Claude-Marie Gattel qui fut le premier à soutenir, en 1801, que les hiéroglyphes possèdent un « alphabet ». Le , dans une communication à l’Académie delphinale intitulée l’« Écriture des Égyptiens », il décrète que le démotique est une simplification des hiéroglyphes, et à partir de cela prouve que le démotique est une écriture alphabétique de vingt-cinq lettres et les hiéroglyphes une écriture pouvant soit exprimer des sons ou syllabes (phonogrammes) soit des « symboles » ou idées (idéogrammes). Il précise ensuite que , c’est-à-dire qu’à un signe correspondait un son déterminé. Partant de ce postulat, et de l’antériorité du démotique sur les autres écritures, il propose cette hypothèse, qui se révélera erronée : Il est en concurrence avec Étienne Quatremère qui allait publier un "Mémoire historique et géographique sur l’Égypte" s’opposant à l’"Égypte sous les pharaons" que préparait Champollion. Pour contrer Quatremère, il publie la préface de son ouvrage le , mais malgré tout après son concurrent, il remporte néanmoins un grand succès auprès notamment d'Edme François Jomard, directeur de la "Description de l'Égypte". Il continue le déchiffrement et écrit à son ami Antoine-Jean Saint-Martin, le : Cinq mois plus tard, après avoir compté le nombre de signes sur la pierre de Rosette ( grecs pour ), il émet l'idée que les signes peuvent être des idéogrammes (exprimant une idée) et des phonogrammes (exprimant un son, comme pour la transcription de noms étrangers). Il explicite sa théorie : En 1812, il établit une chronologie des écritures, les cursives (hiératique et démotique) étant une version simplifiée et postérieure aux hiéroglyphes. Il découvre aussi que les vases canopes servent à conserver les viscères en découvrant un morceau momifié dans un des vases canopes de la bibliothèque de Grenoble. Il en déduit aussi que si les vases ont des têtes d’animaux, ils sont donc liés au jugement des âmes. À partir de 1812 et jusqu'en 1815, puis de 1818 à 1821, il est professeur d'histoire à l'université de Grenoble. Troubles politiques. Les Champollion vivent bien la Première Restauration et Jacques-Joseph reçoit l’ordre du Lys. Jean-François publie son "Égypte sous les pharaons" en qu’il dédicace à . Il tombe aussi amoureux de Rose "dite Rosine" Blanc, fille d’une riche famille de gantiers. Lors des Cent-Jours, Napoléon, de passage à Grenoble prend Jacques-Joseph comme secrétaire, ce qui permet à Jean-François d’obtenir la possibilité de faire imprimer son futur "Dictionnaire de la langue copte" aux frais du gouvernement. Jacques-Joseph suit Napoléon à Paris où il reçoit la Légion d'honneur tandis que Jean-François, à la direction des "Annales de l’Isère", soutient le régime dans ses orientations libérales, qui culminent dans son article du , où il proclame : . À la chute de Napoléon, son dictionnaire est refusé par l’Académie le . Il est destitué de sa charge de directeur des Annales de l’Isère, placé « sous surveillance immédiate » le , la Faculté de lettres est supprimée le . Enfin, en raison de ses opinions politiques, il doit partir avec son frère en exil à Figeac, le . Champollion, qui fut tantôt bonapartiste, tantôt royaliste et même fervent catholique comme il le déclara avec l'« affaire du Zodiaque de Paris » n'avait d'autre choix que l'exil durant cette période de nombreux changements personnels. À Figeac. Arrivés le à Figeac, les deux frères Champollion s’établissent dans la maison de leur père. Mais celui-ci était devenu alcoolique pendant leur absence, et ses affaires périclitaient. N’ayant rien pu emporter de Grenoble, les deux frères s’y ennuient et Jacques-Joseph tente vainement d’obtenir leur amnistie. Il s’amuse dans les salons de Figeac, écrit des poèmes et des satires politiques. Il soutient son frère, accusé de malversation dans sa charge de bibliothécaire, ce qui lui vaudra d’être destitué. À partir de , ils recherchent le site de l’"oppidum" d’Uxellodunum, qu’ils identifient comme étant l’actuelle Capdenac. Ils implantent, à Figeac, l'École mutuelle de Joseph Lancaster, un système d'enseignement primaire basé sur le monitorat des plus grands qui enseignent aux plus petits et, après leur départ, continuent à soutenir cette initiative. Le , Jacques-Joseph est autorisé à retourner à Grenoble grâce à ses amis parisiens, mais Jean-François doit attendre le . L’aîné part à Paris en avril et le cadet reste à Figeac pour régler les dettes de son père. Il travaille à son dictionnaire copte, fait venir en juillet son matériel de déchiffrement et continue sa tâche. Retour à Grenoble. Il rentre enfin à Grenoble le . Il est accueilli chaleureusement par ses amis libéraux, le climat de répression ayant cessé avec le temps. Il devient « homme de confiance » du préfet François Chopin d’Arnouville, élève le fils aîné de Jacques-Joseph, Ali, âgé de neuf ans, et implante une école d’enseignement mutuel à Grenoble ainsi qu'à Vif, malgré l’opposition du clergé local. Pendant ce temps, son frère se lie d’amitié avec Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Institut de France, mais ne réussit pas à se faire élire membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il était déjà membre correspondant. Jean-François continue aussi son travail de déchiffreur et fait un bilan de son travail dans cette lettre à son frère du : Le , il réintègre sa fonction de bibliothécaire et communique le 24 juillet son mémoire sur "Quelques hiéroglyphes de la Pierre de Rosette" présentant les résultats de ses travaux sur la stèle à l’Académie delphinale, sans grand succès. Il arrive enfin à épouser le à Grenoble Rose Blanc qu’il aimait depuis longtemps malgré l’opposition de son frère. Le renvoi du Gouvernement Decazes voit un retour des ultras à Grenoble. En septembre, il écrit une brochure intitulée "Attention !" contre ces derniers. En 1819, il est persuadé, après l'observation des rouleaux de papyrus du livre des morts, que l'écriture hiératique est une simplification des hiéroglyphes. Le , il prend part à une insurrection à Grenoble où il aurait peut-être même remplacé le drapeau blanc du fort Rabot par un drapeau tricolore. Après s'être caché quelque temps au domaine familial des Ombrages de Vif, il évite grâce à ses amis la cour martiale et est jugé par le tribunal local qui l’acquitte en juin. Mais, chassé de la bibliothèque par le préfet, il préfère quitter Grenoble le . Déchiffrement des hiéroglyphes. Avant Champollion, Ibn Wahshiyya ( et ) avait tenté le déchiffrement des hiéroglyphes. La critique de ses recherches est sévère. À partir de 1821, Champollion déchiffre les premiers cartouches royaux, dont celui de sur la pierre de Rosette, puis celui de Cléopâtre sur la base d'un obélisque et sur un papyrus bilingue. Un ami, l’architecte Jean-Nicolas Huyot, lui ayant envoyé des reproductions de détails issus des temples d'Abou Simbel qui venaient d'être découverts, Champollion y repère dans un cartouche le signe solaire de Râ (Rê), un autre signe qu'il savait être "M" et deux "S" : "RâMSS", donc , ce qui en même temps signifie « Rê l’a mis au monde ». De la même manière, il déchiffre ThôtMS, . Le , il annonce à son frère : « Je tiens mon affaire ! » puis, selon la légende familiale (hagiographie du fils de Jacques-Joseph Champollion, Aimé-Louis), tombe dans .<br> Ce déchiffrement signe l'acte de naissance d'une nouvelle science, l'égyptologie. Le , il écrit la "lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques" dans laquelle il fait part de sa découverte d'un système de déchiffrement des hiéroglyphes : C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. En 1822, il écrit et publie sa "Lettre à M. le rédacteur de la Revue encyclopédique, relative au zodiaque de Dendérah". Le zodiaque avait été amené en France en 1821. Il remet en question la méthode et donc la pertinence de la datation du zodiaque nouvellement avancée par Jean-Baptiste Biot (soit l'an 716 avant notre ère). Pour Champollion (qui ne cherche en aucune manière à dater le zodiaque), il ne faut tout d'abord pas confondre un objet de culte (symbolique) avec un objet astronomique; ensuite il ne faut pas interpréter les signes trop vite car certains ne sont qu'un « système d'écriture » (et il sait de quoi il parle). Il infirme enfin l'interprétation de Biot concernant quatre étoiles supposées identifiées. En 1824, Champollion publie enfin son "Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens" et ouvre ainsi les portes de l'égyptologie scientifique. Ses découvertes suscitent cependant controverses et critiques de la part de ses contemporains, notamment de son ancien maître Silvestre de Sacy, pour qui les "Hieroglyphica" d'Horapollon étaient la "bible" en la matière et qui le décourage en communiquant des informations à son collègue concurrent Thomas Young. Il obtient aussi de nombreux soutiens, comme Wilhelm von Humboldt ou des proches du roi (duc de Blacas, vicomte de La Rochefoucauld). Champollion est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1825 par . En 1824, recommandé, sur l'intervention de son frère Jacques-Joseph, par le duc d'Orléans, il passe plusieurs mois à Turin, où le roi vient d'acquérir la collection égyptienne de l'aventurier Bernardino Drovetti, ex-consul de France à Alexandrie ; il est chargé d'en établir le catalogue. Le , sa fille Zoraïde naît à Grenoble de son union avec Rosine Blanc. Il ne la rencontrera pour la première fois qu'en mai 1824, lors d'un séjour au domaine des Ombrages de Vif. En 1826, il est nommé conservateur chargé des collections égyptiennes au Musée du Louvre. Il convainc le roi d'acheter la collection d'Henry Salt, consul britannique en Égypte. De 1828 à 1829, il réalise enfin son rêve : il part pour une mission scientifique en Égypte, avec son collaborateur et ami Ippolito Rosellini, et y recueille de nombreuses données et objets pour vérifier que son système hiéroglyphique fonctionne bien. Il étudie l'obélisque de Louxor et recommande avec succès d'échanger ce dernier avec celui d'Alexandrie, offert à la France en 1828. C'est lors de cette mission qu'il écrit à son frère :Jeté depuis six mois au milieu des monuments de l'Égypte, je suis effrayé de ce que j'y lis plus couramment encore que je n'osais l'imaginer. J'ai des résultats (ceci entre nous) extrêmement embarrassants sous une foule de rapports et qu'il faudra tenir sous le boisseau. De retour en France en décembre 1829, il doit subir une quarantaine à Toulon dans un lazaret humide et glacé, ce qui aggrave sa goutte, sa tuberculose et probablement une bilharziose contractée en Égypte. Il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres après la chute de , et obtient la chaire d'Antiquité égyptienne au Collège de France. Il y donne sa leçon inaugurale en 1831. Cependant, il meurt à Paris le , à l'âge de quarante et un ans. La cause exacte de sa mort n'est pas connue (probablement du choléra, qui s'abat sur Paris en mars). Il est enterré, selon sa volonté, non loin de son ami Joseph Fourier ( division du cimetière du Père-Lachaise). Le par délibération du conseil municipal de la ville de Figeac est élevé un monument à la mémoire de Jean-François Champollion. Le , des crédits sont votés pour acquérir au nom de l'État les manuscrits, les dessins et les livres de Jean-François Champollion. Hommages. Son nom a été donné, entre autres, à des lycées, collèges et écoles de Dijon, Figeac, Grenoble, Lattes et Vif, ainsi qu'à l'INU (Institut National Universitaire) d'Albi et à celui de Rodez. En 1905, la veuve du sculpteur Bartholdi fait don à la ville de Grenoble de la statue en plâtre, d'une hauteur de deux mètres, de Champollion qui a servi de modèle à la sculpture en marbre du Collège de France à Paris. Conservée à l'abri dans une cave, puis à partir des années 1930 au lycée Champollion à l'occasion de sa nouvelle dénomination, cette statue en plâtre préside depuis 1994 la salle 17 du Musée de Grenoble. En 1970, l'Union astronomique internationale a donné le nom de Champollion à un cratère lunaire en son honneur. En 2022, à l’occasion du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, la Bibliothèque nationale de France organise une exposition intitulée « L'aventure Champollion Dans le secret des hiéroglyphes ». La ville de Figeac organise un événement « Eurêka ! Champollion 2022 » avec des conférences, visites, rencontres, expositions. Le département de l'Isère, quant à lui, organise trois expositions temporaires entre septembre et novembre : « Un chantier déchiffré au musée Champollion », « La correspondance dévoilée entre les frères Champollion » aux Archives départementales de l'Isère et « Égyptomanie ! » au Musée dauphinois. Musées. Un musée consacré à Jean-François Champollion a été créé dans la maison natale du père de l'égyptologie à Figeac dans le Lot. Il est inauguré le en présence du président de la République française François Mitterrand et de Jean Leclant, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Après deux ans de travaux et d'extension, le musée a rouvert en 2007. Outre la vie et l'œuvre du découvreur, le musée retrace l'histoire de l'écriture. L'artiste Pierre di Sciullo crée un "moucharabieh typographique polyglotte", une installation typographique sur l'une des façades qui est entièrement percée de pictogrammes, d'idéogrammes originaires du monde entier. La "Maison Champollion" à Vif dans l'Isère est l'ancienne propriété du frère de l'égyptologue. Cette demeure familiale permet de faire découvrir, entre autres, le cadre de vie des frères Champollion à Vif, leurs études à Grenoble, l'expédition d'Égypte, le déchiffrement des hiéroglyphes, la création du Musée , ainsi que l'expédition franco-toscane en Égypte. Le « domaine des Ombrages » est, depuis 2001, propriété du Conseil départemental de l’Isère. Ouverte temporairement au public en 2004, l'ancienne maison familiale a été fermée pour travaux de 2018 à 2021 et fut, après restructuration complète des espaces, rouverte au public le . Œuvres. La bibliothèque municipale de Grenoble ainsi que les Archives départementales de l'Isère détiennent d'importants fonds de Champollion. L'ensemble des publications originales de Jean-François Champollion figurent dans cette bibliothèque, ainsi que plusieurs manuscrits :
Jacques-Joseph Champollion Jacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac ou Champollion "l'Aîné" (né le à Figeac dans le Lot et mort le à Fontainebleau), est un archéologue français. Il est le frère aîné de Jean-François Champollion. Origine. Du côté paternel, Jacques-Joseph appartient à une famille du Valbonnais originaire de Valjouffrey (Isère), village habité par des paysans qui parcouraient les régions comme colporteurs durant l’hiver. Ses grands-parents, Barthélémy Champollion, né en 1694 à Valjouffrey et Marie Géréoud ou Géroux, née en 1709 à Valbonnais, se marient à Valbonnais en 1727. Ils ont cinq enfants dont Jacques, né le à La-Roche-des-Engelas (aujourd'hui hameau de Valbonnais), qui s’installe à Figeac en 1770. Il y épouse le Jeanne-Françoise Gualieu, d’une famille de bourgeois de cette ville ; il peut acheter en 1772 une maison et en 1779 une boutique de libraire sur la place Basse ainsi qu’une nouvelle maison qui deviendra le musée Champollion. Jacques Champollion a sept enfants de sa femme Jeanne-Françoise Gualieu : Guillaume mort-né le , Thérèse née un an après le , Pétronille le , Jacques-Joseph le , Jean-Baptiste le mort à vingt-trois mois, Marie-Jeanne le et enfin Jean-François le , tous nés à Figeac. Biographie. Après ses études, il est, du printemps 1794 à 1797, commis au bureau de la correspondance générale du district de Figeac. En 1798, il s'installe à Grenoble où ses cousins lui ont trouvé une place de commis dans leur affaire. En 1802, il se lie d'amitié avec le mathématicien Joseph Fourier qui vient d'être nommé préfet du département de l'Isère et prend l'habitude d'accoler le nom de sa ville natale à son patronyme. Jacques-Joseph devient membre de la Société des Sciences et des Arts de Grenoble en et Fourier l'associe à partir de 1804 aux travaux devant aboutir à la Description de l'Égypte. C'est à cette période qu'il révèle l'existence d'une crypte Saint-Oyand du , au-dessous de l'église Saint-Laurent de Grenoble. Le , il épouse Zoé Berriat, fille du président du conseil des avoués de la ville et sœur d'un futur maire de Grenoble, Honoré-Hugues Berriat. Il aura avec elle plusieurs enfants : Joseph Ali, Pierre Jules Isidore, Aimé-Louis, Joséphine Agathe Zoé Césarine, et Paul Alfred. En 1813, il se retire à Valjouffrey dont il est élu maire et se voit nommé membre correspondant de l'Institut de France en 1814. De douze ans l'aîné de Champollion le jeune, il est son précepteur et lui transmet son goût pour l'archéologie. Bien que grand érudit, il reste dans l'ombre pour mieux mettre en valeur son frère cadet. Après la mort prématurée de celui-ci, en 1832, il éditera ses travaux inachevés, auxquels il avait d'ailleurs contribué. Il est enterré au cimetière de Fontainebleau. Sa maison familiale acquise par son mariage avec Zoé est devenue le musée Champollion de Vif. Carrière. Destitué de ses fonctions de bibliothécaire de Grenoble et de professeur à l'université (l'université de Grenoble est supprimée par la Restauration), il est également condamné à l'exil par un ordre en . La rédaction des "Annales des Lagides" en 1819, lui permet un retour en grâce. Destitué de ses fonctions lors de la révolution de 1848, il est toutefois nommé bibliothécaire du château de Fontainebleau à partir de 1849.
Java
Journal interrompu Le Journal interrompu est un livre publié en octobre 2002, au lendemain de la défaite historique de Lionel Jospin à l’élection présidentielle française, par Sylviane Agacinski, épouse de ce candidat défait. L'autrice nous présente ce livre comme un journal intime écrit entre le et le . Sylvianne Agacinski entend ainsi faire partager son expérience de témoin privilégié avec d'autant plus de vérité que le texte n'était pas initialement destiné à la publication (le lecteur suspicieux est bien sûr libre de mettre en doute cette affirmation de l'auteur). Résumé et commentaires. Sylviane Agacinski commence ce livre (tant la préface écrite après la décision de publier que les notes des premiers jours) en justifiant son besoin de tenir un tel cahier par la pression inhabituelle que lui fait ressentir la campagne à venir, ainsi que le besoin de garder une trace de cet événement qui engage l'avenir de son mari et donc aussi le sien. Le livre décrit ensuite au jour le jour, généralement assez sommairement, les activités et réflexions de l'auteur qui y intercale également par endroits des articles destinés à divers journaux. On peut séparer ce journal en deux parties au moins : du 24/01 au 19/04 et du 23/04 au 25/05. La première partie (la campagne électorale) contient quelques remarques assez générales sur la gauche, la campagne ainsi que quelques réflexions personnelles au hasard d'un article lu dans le journal. C'est également dans cette partie qu'on trouve certains des articles publiés par S. Agacinski durant cette période. Le thème du féminisme (très apprécié par la philosophe) est presque plus présent que la politique. Certains jugent cette partie de l'ouvrage de peu d'intérêt d'un point de vue politique. Dans la seconde partie, l'auteur évoque les causes de la défaite de son mari (division de la gauche au premier plan, crise de la démocratie et détournement du débat politique par la droite comme par les médias ayant selon elle bien plus joué que la responsabilité propre - qu'elle ne nie toutefois pas - de son mari) puis commente les réactions (de la gauche, des médias, de la « jeunesse »...) à la suite de ce « coup de tonnerre ». Certains jugent cette partie plus intéressante, car elle évoque des situations prêtant à controverse, ce qui autorise l'auteur à fournir de nombreuses réflexions et critiques. Conclusion. Les jours ayant suivi la publication du "Journal interrompu", celui-ci a été le sujet d'une assez vive polémique (au sein de la gauche principalement), les uns considérant « normal » que S. Agacinski ait souhaité partager son expérience, d'autres voyant là une nouvelle manifestation de « l'arrogance » du couple Jospin, « comme si les Français ne les méritaient pas », certains allant jusqu'à parler d'un nouveau coup bas de Jospin à la gauche qui peine à se relever. Certains lecteurs ont évoqué l'intérêt limité de ce livre, et jugent qu'il n'apporte pas grand-chose qui n'ait pas déjà été dit sur ce premier tour mémorable. Ils regrettent aussi le style parfois « télégraphique » et le caractère très général de ces notes (alors même que certaines remarques auraient pu être un prétexte à une réflexion plus poussée). D'autres protestent qu'il s'agit là d'un journal et non d'un essai « philosophico-politique », et que là réside son intérêt.
JavaScript JavaScript est un langage de programmation de scripts principalement employé dans les pages web interactives et à ce titre est une partie essentielle des applications web. Avec les langages HTML et CSS, JavaScript est au cœur des langages utilisés par les développeurs web. Une grande majorité des sites web l'utilisent, et la majorité des navigateurs web disposent d'un moteur JavaScript pour l'interpréter. JavaScript est aussi employé pour les serveurs Web avec l'utilisation (par exemple) de Node.js ou de Deno. JavaScript a été créé en 1995 par Brendan Eich et intégré au navigateur web Netscape Navigator 2.0. L'implémentation concurrente de JavaScript par Microsoft dans Internet Explorer jusqu'à sa version 9 se nommait JScript, tandis que celle d'Adobe Systems se nommait ActionScript. JavaScript a été standardisé sous le nom d'ECMAScript en par Ecma International dans le standard ECMA-262. La version en vigueur de ce standard depuis juin 2022 est la 13 édition. C'est un langage orienté objet à prototype : les bases du langage et ses principales interfaces sont fournies par des objets. Cependant, à la différence d'un langage orienté objets, les objets de base ne sont pas des instances de classes. En outre, les fonctions sont des objets de première classe. Le langage supporte le paradigme objet, impératif et fonctionnel. JavaScript est le langage possédant le plus large écosystème grâce à son gestionnaire de dépendances npm, avec environ 500 000 paquets en . Histoire. Début. Le langage a été créé en dix jours en mai 1995 pour le compte de la Netscape Communications Corporation par Brendan Eich, qui s'est inspiré de nombreux langages, notamment de Java mais en simplifiant la syntaxe pour les débutants. Brendan Eich a initialement développé un langage de script côté serveur, appelé LiveScript, pour renforcer l'offre commerciale de serveur HTTP. Netscape travaille alors au développement d'une version orientée client de LiveScript. Quelques jours avant sa sortie, Netscape change le nom de LiveScript pour JavaScript. Sun Microsystems et Netscape étaient partenaires, et la machine virtuelle Java de plus en plus populaire. Ce changement de nom servait les intérêts des deux sociétés. Le Netscape et Sun Microsystems annoncent la sortie de JavaScript, décrit comme un complément à Java, dans un communiqué de presse commun. Cette initiative a contribué à créer auprès du public une certaine confusion entre les deux langages, proches syntaxiquement mais pas du tout dans leurs concepts fondamentaux, et qui perdure encore de nos jours. En , Netscape met en œuvre le moteur JavaScript dans son navigateur web Netscape Navigator 2.0. Le succès de ce navigateur contribue à l'adoption rapide de JavaScript dans le développement web orienté client. Microsoft réagit alors en développant JScript, qu'il inclut ensuite dans Internet Explorer 3.0 en pour la sortie de son navigateur. « JavaScript » devient une marque déposée par Sun Microsystems aux États-Unis en . Standardisation. Netscape soumet alors JavaScript à Ecma International pour standardisation. Version 1 : Naissance du standard ECMA-262. Les travaux débutent en et se terminent en , donnant naissance à la du standard ECMA-262 qui spécifie le langage ECMAScript. Le standard est ensuite soumis à l'ISO/CEI et publié en en tant que standard international ISO/CEI 16262. Version 2 : Homogénéisation avec le standard ISO/CEI 16262. Des changements rédactionnels sont apportés au standard ECMA-262 pour le conformer au standard international ISO/CEI 16262, aboutissant à la du standard ECMA-262 en . Version 3 : Améliorations et constitution du langage. La du standard ECMA-262 introduit : Elle est publiée par Ecma International en puis soumise à l'ISO/CEI qui publie le standard international ISO/CEI 16262:2002 en . Après la publication de la s'ensuit une adoption massive par tous les navigateurs Web. Version 4 : L'étape inachevée. Un travail important est entrepris pour développer la du standard ECMA-262, mais il ne sera pas achevé et cette édition ne verra jamais le jour. Cependant une partie du développement effectué sera intégrée à la . Version 5 : Désambiguïsation et nouvelles fonctionnalités. La du standard ECMA-262 clarifie les ambiguïtés de la et introduit les accesseurs, l'introspection, le contrôle des attributs, des fonctions de manipulation de tableaux supplémentaires, le support du format JSON et un mode strict pour la vérification des erreurs. Elle est publiée par Ecma International en puis soumise à l'ISO/CEI qui apporte des corrections mineures et publie le standard international ISO/CEI 16262:2011 en . L'édition 5.1 du standard ECMA-262 reprenant à l'identique le texte du standard international ISO/CEI 16262:2011 est publiée à la même date. Version 6 : Amélioration du support et des fonctionnalités. Bien que le développement de la du standard ECMA-262 ait commencé officiellement en 2009, peu avant la publication de la , sa publication en est en réalité l'aboutissement de 15 ans de travail depuis la publication de la en 1999. Le but de cette est d'apporter un meilleur support pour les applications d'envergure, la création de bibliothèques et l'utilisation d'ECMAScript comme cible de compilation pour d'autres langages. Cette édition introduit notamment les modules, les classes, la portée lexicale au niveau des blocs, les itérateurs et les générateurs, les promesses pour la programmation asynchrone, les patrons de déstructuration, l'optimisation des appels terminaux, de nouvelles structures de données (tableaux associatifs, ensembles, tableaux binaires), le support de caractères Unicode supplémentaires dans les chaînes de caractères et les expressions rationnelles et la possibilité d'étendre les structures de données prédéfinies. De la version 7 à nos jours : une adaptation permanente aux outils du web. La du standard ECMA-262 est la première édition issue du nouveau processus de développement ouvert et du rythme de publication annuel adoptés par le comité Ecma TC39. Un document au format texte est créé à partir de la et est mis en ligne sur GitHub comme base de développement pour cette nouvelle édition. Après la correction de milliers de bugs et d'erreurs rédactionnelles ainsi que l'introduction de l'opérateur d'exponentiation et d'une nouvelle méthode pour les prototypes de tableaux, la est publiée en . L'édition actuelle du standard ECMA-262 est la 13ème édition publiée en juin 2022. Sécurité. JavaScript et la structure DOM des pages HTML/XML ont quelques failles de sécurité. En effet, des scripts malveillants peuvent se cacher dans le code d'une page web et s'exécuter sur l'ordinateur cible de l'utilisateur du Web. Les fournisseurs de navigateurs web tentent de réduire ce risque avec deux restrictions : Les vulnérabilités de JavaScript sont bien souvent des brèches d'au moins l'un de ces deux principes. Certains sous-ensembles du langage Javascript tels que JavaScript—ADsafe ou Secure ECMAScript (SES) fournissent de plus grands niveaux de sécurité, en particulier pour les scripts créés par des tierces parties (notamment les publicités). Caja est un autre logiciel pour inclure et isoler de manière sécurisée du JavaScript et du HTML tierce partie. La Politique de sécurité du contenu est la principale méthode destinée à assurer que seul un script de confiance est exécuté sur une page Web. Meltdown est une vulnérabilité indépendante de Javascript, qui peut notamment être exploitée en Javascript. Concepts de programmation. Le propos de JavaScript est de manipuler de façon simple des objets, au sens informatique, fournis par une application hôte. Par exemple dans un navigateur web, un script écrit en javascript peut être utilisé pour apporter une touche interactive ou dynamique à un applicatif (page ou site web), qui sans cela serait une page statique figée. Le langage Javascript permet par exemple d'écrire des scripts pour afficher ou cacher un paragraphe, une image ou un popup, selon les interactions de l'utilisateur, ou d'informer le serveur du temps passé à lire une page. Hello world. Il est possible dans un script en langage Javascript, d'afficher le texte "hello world" sur la console de debug de l’application. Ceci peut être utilisé par des développeurs en phase de mise au point. : window.console.log('Hello world'); window.console.exp(hello world) // ou global.console.log('Hello world'); window.console.log(hello world) Dans une application hôte d'un navigateur, "console" est une des méthodes de l'objet global "window""." Dans d'autres applications hôtes comme Node.js, l'objet global est "global". Les méthodes de l'objet global étant accessibles sans préfixe, "window" et "global" sont facultatifs. La syntaxe console.log('Hello world'); aura donc exactement le même résultat en plus d'être compatible sur tous les environnements. Utilisation. Le code JavaScript a besoin d'un "objet global" pour y rattacher les déclarations (variables et fonctions) avant d'exécuter des instructions. La situation la plus connue est celle de l'objet "window" obtenu dans le contexte d'une page web. D'autres environnements sont possibles dont celui fourni par Adobe ou l'environnement Node.js (voir plus bas Autres utilisations). Dans une page web. Du code JavaScript peut être intégré directement au sein des pages web, pour y être exécuté sur le poste client. C'est alors le navigateur web qui prend en charge l'exécution de ces programmes appelés scripts. Généralement, JavaScript sert à contrôler les données saisies dans des formulaires HTML, ou à interagir avec le document HTML "via" l'interface Document Object Model, fournie par le navigateur (on parle alors parfois de HTML dynamique ou DHTML). Il est aussi utilisé pour réaliser des applications dynamiques, des transitions, des animations ou manipuler des données réactives, à des fins ergonomiques ou cosmétiques. JavaScript n'est pas limité à la manipulation de documents HTML et peut aussi servir à manipuler des documents SVG, XUL et autres dialectes XML. Incompatibilité. Netscape et Microsoft (avec JScript dans Internet Explorer jusqu'à la version 9) ont développé leur propre variante de ce langage qui chacune supporte presque intégralement la norme ECMAScript mais possède des fonctionnalités supplémentaires et incompatibles, rarement utilisées dans le cadre de la programmation de pages web. Pourtant les scripts JavaScript sont souvent la source de difficultés. Elles sont plus souvent dues à la prise en charge des différentes versions des modèles d'objets (DOM) fournis par les navigateurs, qu'à des problèmes de portabilité du langage (les différentes mises en œuvre respectant relativement bien la norme ECMAScript). Pour vérifier dynamiquement si un objet (dans la version JavaScript utilisée lors de l'interprétation) possède bien une méthode, on utilise souvent une construction du type : if (monObjet.methode && typeof monObjet.methode === 'function') { monObjet.methode(); On vérifie ainsi que "monObjet" a bien une mise en œuvre de "methode" que l'on peut alors utiliser. Le plus souvent, si un navigateur ne gère pas la "methode" de "monObjet", il gère une méthode comparable "methode2", et on peut alors adapter le code JavaScript au navigateur qui l'exécute : if (typeof monObjet.methode === 'function') { monObjet.methode(); } else if (typeof monObjet.methode2 === 'function') { monObjet.methode2(); Une autre méthode consiste à vérifier, côté serveur, le navigateur utilisé par le client et d'envoyer le code correspondant. Cela n'est toutefois pas recommandable, car il est largement préférable de tester directement l'existence, le comportement d'une fonction, d'une propriété plutôt que de faire des présomptions basées sur la détection du navigateur. Ajax. Ajax (de l'anglais ") est un ensemble de techniques découplant l'échange de données entre le navigateur et le serveur web de l'affichage d'une page web, ce qui permet de modifier le contenu des pages web sans les recharger. Grâce à l'objet JavaScript XMLHTTPRequest, cette méthode permet d'effectuer des requêtes HTTP sur le serveur web depuis le navigateur web, et permet également de traiter les réponses HTTP du serveur web pour modifier le contenu de la page web. La réponse était en général au format XML qui tend aujourd'hui à être remplacé par le format JSON qui a l'avantage d'être natif en JavaScript. Le script manipule l'ensemble d'objets DOM qui représente le contenu de la page web. Les technologies XMLHTTPRequest, XML et DOM ont été ajoutées aux navigateurs web entre 1995 et 2005. La méthode Ajax permet de réaliser des applications Internet riches, offrant une maniabilité et un confort supérieur ; c'est un des sujets phares du mouvement Web 2.0. JSON. JSON (") est un format utilisant la notation des objets JavaScript pour transmettre de l'information structurée, d'une façon plus compacte et plus proche des langages de programmation, que XML. Malgré l'existence du DOM et l'introduction récente de E4X (voir ci-dessous) dans la spécification du langage JavaScript, JSON reste le moyen le plus simple d'accéder à des données, puisque chaque flux JSON n'est rien d'autre qu'un objet JavaScript sérialisé. De plus, malgré son lien historique (et technique) avec JavaScript, JSON reste un format de données structurées, et peut être utilisé facilement par tous les langages de programmation. Depuis 2009, les navigateurs commencent à intégrer un support natif du format JSON, ce qui facilite sa manipulation, la sécurité (contre l'évaluation de scripts malveillants inclus dans une chaine JSON), et la rapidité de traitement. Ainsi les navigateurs Firefox et IE l'intègrent respectivement dès les versions 3.5 et 8. Exemple de JSON : "clef1": "valeur", "clef2": 12345, "clef3": true, "clef4": { "clef5": "valeur" La structure est organisée par clef/valeurs. Les clefs doivent être entre guillemets doubles. Les valeurs peuvent être : Un JSON valide ne peut pas comporter de commentaires. Il existe des validateurs de JSON en ligne. Autres utilisations. Sur un serveur web. JavaScript peut également être utilisé comme langage de programmation sur un serveur HTTP à l'image des langages comme PHP, ASP, etc. D'ailleurs le projet CommonJS travaille dans le but de spécifier un écosystème pour JavaScript en dehors du navigateur (par exemple sur le serveur ou pour les applications de bureau natives). Le projet a été lancé par Kevin Dangoor en . Le projet CommonJS n'est pas affilié avec le groupe de l'Ecma International TC39 travaillant sur ECMAScript, mais certains membres du TC39 participent au projet. Historiquement, JavaScript était proposé sur les serveurs de Netscape, par la suite distribués par Sun Microsystems sous les noms iPlanet et Sun ONE, mais JScript peut aussi être utilisé sur les serveurs Internet Information Services de Microsoft. JScript peut d'ailleurs servir pour scripter une plate-forme Microsoft Windows via Windows Scripting Host (WSH). Il existe par ailleurs des projets indépendants et Open Source d'implémentation de serveurs en JavaScript. Parmi eux, on pourra distinguer Node.js, une plateforme polyvalente de développement d'applications réseau se basant sur le moteur JavaScript V8 et les spécifications CommonJS. Autres supports. ActionScript, utilisé dans Adobe Flash, est aussi une mise en œuvre d'ECMAScript. Il permet de manipuler tous les éléments de l'animation, considérés comme des objets. JavaScript peut être utilisé pour scripter d'autres applications Adobe (Photoshop, Illustrator, …), ce qui permet d'avoir des scripts indépendants de la plate-forme (Microsoft Windows, Apple OSX, Linux…). JavaScript est enfin utilisé dans la plate-forme de développement de Mozilla, sur laquelle sont basés plusieurs logiciels comme des navigateurs Web, pour des tâches relatives à l'interface utilisateur et à la communication interne (ex. : les extensions de Firefox et Thunderbird sont installées à base de fichiers XPI utilisant le JavaScript. Voir aussi Prefs.js). Depuis 2004, l'objet "js" de l'environnement de programmation graphique Max/MSP permet d'ouvrir une fenêtre pour programmer en JavaScript, au sein même d'un programme Max/MSP. Les logiciels ImageJ et CaRMetal sont munis de consoles JavaScript, qui leur permettent d'écrire des scripts dans un contexte graphique. Algobox utilise JavaScript pour la syntaxe de ses fonctions. H5P se sert de HTML5 et Javascript pour faciliter la création de contenus interactifs en ligne. JavaScript est aussi utilisé dans un contenu BIFS pour l'exploitation des événements. Pour cela la spécification BIFS fournit un nœud Script pour incorporer de l'ECMAScript. La suite bureautique OpenOffice.org permet d'utiliser JavaScript comme langage de macros. JavaScript est aussi utilisable en shell ou avec les gadgets Vista. Le format graphique vectoriel SVG incorpore le langage ECMAscript pour créer des graphiques interactifs directement exploitable dans un navigateur. Enfin, JavaScript est également utilisé pour dynamiser le QML de la bibliothèque graphique Qt. Particularités du langage. Liaison des identifiants. En JavaScript, "toutes" les expressions (identifiants, littéraux et opérateurs et leurs opérandes) sont de type référence (comme en Python et Ruby, mais à la différence du C++, Java, C#, Swift et OCaml qui possèdent aussi des expressions de type valeur), c'est-à-dire que leur évaluation ne produit pas une donnée directement mais une référence vers une donnée. La référence se nomme le "référent" de l’expression et la donnée le "référé" de l’expression. En JavaScript, l'affectation d'une variable modifie son référent, autrement dit, elle lie la variable à une autre donnée : on parle de changement de liaison de la variable (en anglais "variable rebinding"). var maVariable1 = 0; // lie `maVariable1` à une donnée de valeur 0 var maVariable2 = maVariable1; // lie `maVariable2` à la donnée liée à `maVariable1` maVariable1++; // équivalent à `maVariable1 = maVariable1 + 1;`, relie `maVariable1` à une nouvelle donnée de valeur maVariable1 + 1 (affectation) juin alert(maVariable1); // affiche 1 alert(maVariable2); // affiche 0 var maVariable3 = [1, 2, 3]; // lie `maVariable3` à une donnée de valeur [1, 2, 3] var maVariable4 = maVariable3; // lie `maVariable4` à la donnée liée à `maVariable3` maVariable3 = [4, 5, 6]; // relie `maVariable3` à une nouvelle donnée de valeur [4, 5, 6] (affectation) alert(maVariable3); // affiche [4, 5, 6] alert(maVariable4); // affiche [1, 2, 3] var maVariable5 = [1, 2, 3]; // lie `maVariable5` à une donnée de valeur [1, 2, 3] var maVariable6 = maVariable5; // lie `maVariable6` à la donnée liée à `maVariable5` maVariable5.push(4); // modifie la donnée liée à `maVariable5` et `maVariable6` alert(maVariable5); // affiche [1, 2, 3, 4] alert(maVariable6); // affiche [1, 2, 3, 4] Portée lexicale des variables. La "portée lexicale" d'une variable est la partie d'un programme où la liaison entre son identifiant et sa donnée est valide. En JavaScript, la portée lexicale d'une variable peut être de deux types, selon le mot-clé utilisé pour la déclarer : // 1. Déclaration dans un bloc if (true) { // début du bloc var maVariable1; // déclaration de la variable let maVariable2; // déclaration de la variable const maVariable3; // déclaration de la variable } // fin du bloc mais pas de la portée de maVariable1 alert(maVariable1); // ne soulève pas d'erreur alert(maVariable2); // erreur : la variable est hors de sa portée alert(maVariable3); // erreur : la variable est hors de sa portée // 2. Déclaration dans une fonction function maFunction() { // début de la fonction var maVariable4; // déclaration de la variable let maVariable5; // déclaration de la variable const maVariable6; // déclaration de la variable } // fin de la fonction et de la portée des variables alert(maVariable4); // erreur : la variable est hors de sa portée alert(maVariable5); // erreur : la variable est hors de sa portée alert(maVariable6); // erreur : la variable est hors de sa portée Une variable peut être affectée ou masquée par une fonction enfant de la fonction (ou de l'espace global) où elle est déclarée : var maVariable1 = 0; // définition de la variable parente // 1. Affectation function maFonction1() { // fonction enfant maVariable1 = 1; // affectation de la variable parente alert(maVariable1); // affiche 0 maFonction1(); // affecte la variable parente alert(maVariable1); // affiche 1 // 2. Masquage var maVariable2 = 0; // définition de la variable parente function maFonction2() { // fonction enfant var maVariable2; // déclaration de la variable enfant masquant la variable parente maVariable2 = 1; // affectation de la variable enfant alert(maVariable2); // affiche 0 maFonction2(); alert(maVariable2); // affiche 0 Déclaration des variables. En JavaScript, quel que soit le lieu de la déclaration d'une variable dans sa portée lexicale, la variable est "créée" au début de l'évaluation de sa portée lexicale. Les variables déclarées avec le mot-clé codice_1 sont en plus "pré-initialisées" à la valeur codice_5 lors de leur création, et donc accessibles dès le début de leur portée lexicale. On parle de "remontée de la variable" ("variable hoisting" en anglais) car cela se passe comme si la déclaration de la variable était remontée au début de sa portée lexicale : alert(maVariable); // affiche undefined var maVariable = 0; alert(maVariable); // affiche 0 Les variables déclarées avec le mot-clé codice_2 ou codice_3 (ECMAScript 6) ne sont pas pré-initialisées, et donc inaccessibles avant leur déclaration. Si une variable déclarée avec le mot-clé codice_2 ne possède pas d'initialiseur, elle est initialisée à la valeur codice_5 lors de l'évaluation de la déclaration, sinon elle est initialisée avec l'initialiseur lors de l'évaluation de la déclaration. Si une variable déclarée avec le mot-clé codice_3 ne possède pas d'initialiseur, une erreur est levée lors de l'évaluation de la déclaration, sinon elle est initialisée avec l'initialiseur lors de l'évaluation de la déclaration : // 1. Avec initialiseur alert(maVariable1); // erreur : accès impossible avant l'initialisation alert(maVariable2); // erreur : accès impossible avant l'initialisation let maVariable1 = 5; const maVariable2 = 8; alert(maVariable1); // affiche 5 alert(maVariable2); // affiche 8 // 2. Sans initialiseur alert(maVariable3); // erreur : accès impossible avant l'initialisation alert(maVariable4); // erreur : accès impossible avant l'initialisation let maVariable3; const maVariable4; // erreur : initialisation manquante alert(maVariable3); // affiche undefined alert(maVariable4); // erreur : initialisation manquante De plus, JavaScript autorise la redéclaration de la même variable dans sa portée lexicale, mais uniquement avec le mot-clé codice_1 : var maVariable = 2; var maVariable = 9; Variables globales. En JavaScript, il existe plusieurs façons de déclarer une "variable globale", et certaines interagissent avec l"'objet global" (nommé codice_12 dans les navigateurs) : var maVariable1 = 0; // propriété ou méthode de l'objet global qui ne peut pas être détruite par l'opérateur delete let maVariable2 = 0; // pas une propriété ou méthode de l'objet global const maVariable3 = 0; // pas une propriété ou méthode de l'objet global maVariable4 = 0; // propriété ou méthode de l'objet global qui peut être détruite par l'opérateur delete window.maVariable5 = 0; // propriété ou méthode de l'objet global qui peut être détruite par l'opérateur delete this.maVariable6 = 0; // propriété ou méthode de l'objet global qui peut être détruite par l'opérateur delete Une variable initialisée sans déclaration est traitée comme une variable globale : function maFonction() { maVariable = 5; maFonction(); alert(maVariable); // affiche 5 Fonctions anonymes. Les "fonctions anonymes" sont, comme leur nom l'indique, des fonctions qui ne portent pas de nom : setTimeout(function () { alert('Trois secondes se sont écoulées.'); }, 3000); Celle-ci est donnée en paramètre à la fonction codice_13, qui permet de définir une durée avant d'afficher le message. Fermetures lexicales. Un "environnement lexical" est l'ensemble des variables valides dans une partie du programme. Il est composé de l'environnement lexical "interne" (les variables locales) et d'une référence à l'environnement lexical "externe" (les variables non locales). Une "fermeture lexicale" ("lexical closure" en anglais) est une fonction accompagnée de son environnement lexical externe, c'est-à-dire de l'ensemble des variables non locales qu'elle a capturé, soit par "valeur" (conservation d'une copie de chaque donnée liée aux variables non locales), soit par "référence" (conservation d'une référence à chaque donnée liée aux variables non locales). Comme en JavaScript toutes les variables sont de type référence (cf. la section Liaison des identifiants), JavaScript n'utilise que la capture par référence — ce qui correspond en C++ 11 à la syntaxe codice_14 —, et la durée de vie des variables non locales capturées par une fonction est étendue à la durée de vie de la fonction — ce qui n'est pas le cas en C++ 11, quel que soit le type de capture : function maFonction() { var maVariable = 4; // variable parente return function () { alert(maVariable); var maFermeture = maFonction(); // capture de la variable parente par référence maFermeture(); // affiche 4 Expressions de fonctions immédiatement invoquées. Jusqu'à ECMAScript 6, JavaScript ne proposait pas nativement de portée des variables au niveau des blocs (pas de mots-clé codice_2 ou codice_3), ni de modules. Pour éviter de polluer l'espace global, une méthode consistait à encapsuler son code dans une fonction pour s'appuyer sur la portée des variables qui a lieu au niveau des fonctions en JavaScript, puis à invoquer cette fonction juste après. Pour regrouper les deux étapes (définition de la fonction et invocation) et ne pas ajouter un nom de fonction supplémentaire dans l'espace global, le langage permet les "expressions de fonctions immédiatement invoquées" (EFII ; en anglais "immediately-invoked function expressions", IIFE). Plusieurs syntaxes sont possibles pour ce type d'expression, les plus répandues étant : L'opérateur d'invocation de fonction codice_19 à la fin permet l'exécution immédiate de la fonction. Les parenthèses en gras indiquent à l'analyseur syntaxique qu'elles contiennent une expression, car en JavaScript les parenthèses ne peuvent pas contenir de déclaration. Autrement, dans la plupart des situations, le mot clé codice_20 est traité comme une déclaration de fonction, et pas comme une expression de fonction. Il existe d'autres façons pour forcer une expression de fonction : Dans les contextes où une expression est attendue il n'est pas nécessaire d'utiliser les parenthèses en gras : Une utilisation importante des expressions de fonctions immédiatement invoquées est pour la création de modules. Les modules permettent à la fois de rassembler des propriétés et des méthodes dans un espace de nom et de rendre certains membres privés : var compteur = (function () { var i = 0; // propriété privée return { // méthodes publiques obtenir: function () { alert(i); mettre: function (valeur) { i = valeur; incrementer: function () { alert(++i); }; })(); // module compteur.obtenir(); // affiche 0 compteur.mettre(6); compteur.incrementer(); // affiche 7 compteur.incrementer(); // affiche 8 compteur.incrementer(); // affiche 9 Prototypes. Les "prototypes" sont des objets utilisés lors d'un échec de résolution de nom. Ce mécanisme est un type d'héritage : l'héritage par prototype. En JavaScript, tout objet possède un prototype, accessible via la méthode codice_28 (ou via la propriété historique codice_29 standardisée dans ECMAScript 6 pour assurer la compatibilité entre les navigateurs mais non recommandée). De plus, l'opérateur codice_30 permet de transformer l'invocation d'une fonction constructeur en un objet (instanciation) dont le prototype est égal à la propriété codice_31 de la fonction constructeur : function MonConstructeur() { this.maPropriete1 = 3; var monInstance = new MonConstructeur(); alert(monInstance.maPropriete1); // affiche 3 alert(Object.getPrototypeOf(monInstance) === MonConstructeur.prototype); // affiche true MonConstructeur.prototype.maPropriete2 = 5; alert(monInstance.maPropriete2); // affiche 5 Toute instance de codice_32 (codice_33 ici) possède un prototype égal à codice_34. Lors de l'utilisation d'une propriété ou d'une méthode d'une instance de codice_32 (codice_36 et codice_37 ici), si l'instance ne possède pas la propriété ou la méthode recherchée, la recherche se poursuit dans le prototype de l'instance (codice_34 ici). Si la recherche échoue aussi avec cet objet, la recherche se poursuit dans le prototype de cet objet, et ainsi de suite jusqu'à arriver à la première fonction constructeur. Si la recherche échoue encore, cette première fonction constructeur étant une fonction donc une instance de la fonction constructeur codice_39 du langage, la recherche se poursuit dans son prototype qui est égal à codice_40. Si la recherche échoue à nouveau, codice_40 étant un objet donc une instance de la fonction constructeur codice_42 du langage, la recherche se poursuit dans son prototype qui est égal à codice_43. Si la recherche échoue cette fois, comme le prototype de codice_43 est égal à codice_45, la recherche s'arrête et JavaScript génère une erreur de résolution de nom. Ce mécanisme de recherche parcourt ce qu'on appelle la "chaîne de prototypes". Le code de l'opérateur codice_46 illustre bien ce mécanisme. codice_47 (ou de manière équivalente : codice_48) renvoie codice_49 si codice_50 est une instance de codice_51, c'est-à-dire si codice_52 est trouvé dans le chaîne de prototypes de codice_50, et codice_54 sinon : function instanceOf(f) { var o = this; while (o !== null) { o = Object.getPrototypeOf(o); if (o === f.prototype) { return true; return false; Par ailleurs, la méthode codice_55 introduite dans ECMAScript 5 permet d'éviter d'utiliser directement les fonctions constructeurs, leurs propriétés codice_31 et l'opérateur codice_30, pour ne travailler qu'avec des objets. L'utilisation de cette méthode simplifie grandement la complexité du code et est donc recommandée. La méthode codice_55 est définie par if (typeof Object.create !== 'function') { Object.create = function (o) { F.prototype = o; return new F(); L'exemple précédent peut alors être réécrit var MonObjet = { function initialiser() { this.maPropriete1 = 3; var monInstance = Object.create(MonObjet); monInstance.initialiser(); alert(monInstance.maPropriete1); // affiche 3 MonObjet.maPropriete2 = 5; alert(monInstance.maPropriete2); // affiche 5 Séparation des instructions. En C, chaque instruction se termine par un point-virgule. Cette pratique a fait du point-virgule une obligation dans de nombreux langages inspirés de la syntaxe du C. JavaScript est plus souple, permettant à une fin de ligne de marquer implicitement la fin d'une instruction. Le but est de faciliter l'usage du langage aux personnes inexpérimentées en programmation informatique. Mais cette souplesse introduit des effets inattendus : return true; Le parseur comprend cela comme deux instructions : return; true; Les expressions de fonctions immédiatement invoquées lorsque le programmeur s'appuie sur les fins d'instruction implicites rencontrent également ce genre de problème avec l'usage des parenthèses : maVariable1 = maVariable2 + maVariable3 (function () { // code est traité comme maVariable1 = maVariable2 + maVariable3(function () { /* code */ })(); Les ouvrages de programmation avancés en JavaScript mettent en garde contre les effets inattendus de la déduction automatique de fin d'instruction et conseillent d'écrire un point-virgule à la fin de chaque instruction, ce qui n'empêche pas les surprises lorsqu'on oublie le point-virgule, d'autant plus quand la compression du code impose le retrait des retours chariot.
Jacques Tardi Jacques Tardi, né le à Valence (Drôme), est un auteur de bande dessinée et illustrateur français. Son œuvre, traduite en plusieurs langues, lui a valu une certaine notoriété et une reconnaissance critique au-delà même du monde de la bande dessinée. Lauréat du grand prix de la ville d'Angoulême en 1985 et du prix Saint-Michel, en 1977 et 1979, il a reçu de nombreuses autres récompenses, dont trois autres prix du festival d'Angoulême, deux prix Max et Moritz (Allemagne) et deux prix Eisner (États-Unis). Il est surtout connu pour "Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec", série inspirée par le roman-feuilleton de la Belle Époque, son travail sur la Première Guerre mondiale ("C'était la guerre des tranchées"), et ses adaptations des romans de "Nestor Burma". Biographie. Enfance et études. Né le à Valence, Jacques Tardi passe son enfance dans l'Allemagne d'après guerre avec son père, militaire de carrière. Il fait ses études à l'École des Beaux-Arts de Lyon, puis à l'École des Arts décoratifs de Paris. Il dessine sa première bande dessinée en 1958-1959, après la découverte des albums d'Edgar P. Jacobs : "La Marque verte", en référence au sixième album de Blake et Mortimer, "La Marque Jaune". Carrière. À partir de 1970, Tardi collabore à "Pilote" pour de courts récits écrits par Jean Giraud et Serge de Beketch. Pour ce même magazine, il dessine en 1972 "Rumeurs sur le Rouergue" sur un scénario de Pierre Christin (édité en album broché par Futuropolis en 1976) ainsi que "Adieu Brindavoine". En 1973, il dessine des westerns de Claude Verrien puis, en 1974, "Le Démon des glaces" et "La Véritable Histoire du soldat inconnu". Il collabore ensuite pour plusieurs périodiques : "Libération", "Charlie Mensuel", "L'Écho des savanes", "Ah ! Nana", "Métal Hurlant"... En 1976, Tardi s'associe à Picaret pour "Polonius" et, à la demande de son éditeur Casterman, il commence une série qu'il poursuit pendant de nombreuses années : "Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec". En 1979, il publie le livre "Ici Même" scénarisé par Jean-Claude Forest, prépublié l’année précédente dans "À suivre". En 1982, il commence une autre grande série, celle des adaptations de Nestor Burma de Léo Malet avec "Brouillard au pont de Tolbiac". À la fin des années 1980, il illustre chez Futuropolis, en collaboration avec les éditions Gallimard, trois des principaux romans de Louis-Ferdinand Céline, dont "Voyage au bout de la nuit" . À la fin des années 1990, il crée le feuilleton radiophonique "Le Perroquet des Batignolles" avec Michel Boujut, diffusé en 1997 sur France Inter. En , il publie chez Futuropolis une adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette, "La Position du tireur couché". En 2012, il publie "Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II-B", à partir des souvenirs de la captivité de son père durant la Seconde Guerre mondiale. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 2013, il refuse cette distinction en indiquant ne vouloir « rien recevoir, ni du pouvoir actuel, ni d'aucun autre pouvoir politique quel qu'il soit ». Jacques Tardi est décrit en 2018 comme . Selon Patrick Gaumer, il fait partie des . Engagement militant. Le , il est parmi les signataires de l"Appel des 58" : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence ». En , Jacques Tardi est signataire d’une pétition en collaboration avec des personnalités issues du monde de la culture pour boycotter la saison culturelle croisée "France-Israël", qui selon l'objet de la pétition sert de « vitrine » à l'État d'Israël au détriment du peuple palestinien. En , il cosigne une tribune dans le "Guardian" en soutien des artistes palestiniens ayant appelé à boycotter l’édition 2019 du concours de l’Eurovision qui doit se tenir en Israël. En 2019, il cosigne dans "Mediapart" un appel au boycott de l'Eurovision à Tel Aviv. Il participe régulièrement à des évènements de soutien à la librairie anarchiste "Le Jargon Libre", tenue par son amie Hellyette Bess. Vie privée. Jacques Tardi est marié avec la chanteuse et traductrice Dominique Grange depuis le ; ils ont quatre enfants. Style et thématiques. L'œuvre de Tardi présente des thèmes récurrents comme les faubourgs de Paris, les anars, quelques monstres, des soldats et la guerre, et, partout, la misère, la révolte… De ses choix d'auteurs (adaptés, illustrés comme Céline, Daniel Pennac, Jean Vautrin, Léo Malet…) se dégagent des cohérences affectives, imaginaires, mais aussi politiques. Son style peut sembler proche de la ligne claire de Hergé, mais les ouvrages de Jacques Tardi ont une nette tendance à ridiculiser le concept du « héros », ses personnages peuvent être des antihéros complets, des victimes de la marche du monde sans prise (sauf accidentelle) sur celui-ci, voire de simples témoins refusant d'agir autrement que pour leur propre compte. Première Guerre mondiale. La Première Guerre mondiale est un événement omniprésent dans l'œuvre de Tardi. Toute l'œuvre de Tardi est ponctuée d'albums qui lui sont directement consacrés ("La véritable histoire du soldat inconnu", "Le Trou d'obus", "Où vas-tu petit soldat ?", "C'était la guerre des tranchées"), ou dont l'action se situe en amont ou en aval de cette période ("Adieu Brindavoine", et les aventures d’Adèle Blanc-Sec, lesquelles débutent avant la guerre et reprennent après la guerre). On note toutefois une évolution : les premiers ouvrages utilisent la guerre comme un support, un fond pour raconter une histoire de bande dessinée tandis que les ouvrages plus récents sur ce thème sont plus historiographiques, exposant crûment la chronologie et les faits de la « der des ders ». Son travail sur la Première Guerre mondiale, notamment "C'était la guerre des tranchées" et "Putain de guerre !", est reconnu comme exceptionnel, pour sa qualité artistique, sa force expressive et sa grande rigueur historique (grâce à la collaboration avec l'historien Jean-Pierre Verney). Une exposition de planches originales, au festival d’Angoulême, a d'ailleurs été consacrée à cette partie de l’œuvre de Tardi. Pour finir, certains des détracteurs de son œuvre lui reprochent son aspect . De fait, Tardi dénonce régulièrement, à travers ses personnages, leurs discours et les péripéties auxquelles ils sont mêlés, les notions de patriotisme et de nationalisme, les jugeant responsables de toutes les turpitudes et violences interétatiques du . Seconde Guerre mondiale. La Seconde Guerre mondiale est aussi présente dans l'œuvre de Tardi : en tant que toile de fond dans les albums des années 1980 ("120 rue de la Gare" ou "Une gueule de bois en plomb", par exemple), et comme thème principal dans les récits plus récents (notamment "Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II-B", qui se fonde sur le témoignage du père de l'auteur, officier dans les chars). Paris. À travers ses adaptations des "Nouveaux mystères de Paris" de Léo Malet et la série "Adèle Blanc-sec", Tardi . "Le Cri du peuple" s'inscrit dans le prolongement de ce thème récurrent. Œuvres publiées. Illustrations. Textes illustrés. Sauf précision contraire, les œuvres suivantes sont des romans.
James George Frazer James George Frazer ( - ) est un anthropologue écossais connu pour être le premier à avoir dressé un inventaire planétaire des mythes et des rites. Les 12 volumes de son "Rameau d'or", parus entre 1911 et 1915, décrivent des milliers de faits sociaux et religieux, soit relevés par l'auteur dans ses lectures ou relatés par ses correspondants cosmopolites (diplomates, administrateurs coloniaux, explorateurs, missionnaires). En tentant d'interpréter cette masse de faits sociaux (comportements, croyances...), Frazer fondait l'anthropologie religieuse et la mythologie comparée. Biographie. Frazer a surtout scruté les tabous qui concernent les personnages sacrés : rois et prêtres. On attend d'eux qu'ils harmonisent nature et société. De ce fait, ils sont astreints à des règles strictes, destinées à les protéger pour qu'ils restent en mesure d'assurer la prospérité du groupe. Représentants et sources de l'équilibre communautaire, leur vie – leur « âme » – doit être mise en garde. Il leur sera ainsi interdit d'entrer en contact avec le sol, le sang, un cadavre, le fer ou les nœuds. En retour, le commun des mortels ne pourra porter ni main ni ombre sur eux, ni les regarder, ni même les nommer. Ce qui leur nuit est impur et rejeté, tabou ; eux-mêmes sont saints et intouchables, tabous. Tel est bien le double sens de ce mot qui nous vient de Polynésie : « sacré et interdit ». Après lui, bien d'autres chercheurs réfléchiront sur les pratiques relatées, tels Freud ou Lévi-Strauss. Ils critiqueront et enrichiront la compréhension qu'en a eue Frazer, trop marquée par le préjugé d'une supériorité de la civilisation occidentale sur celles des « sauvages ». Wittgenstein lui reprochera notamment de n'avoir pas compris que l'hypothèse d'évolution n'est pas une vérité historique, mais un outil méthodologique permettant de présenter le rapport entre les différentes sociétés sous un jour éclairant. Pourtant, beaucoup des intuitions de Frazer resteront valides, comme le lien qui unit tabou et totem selon lequel on n'a pas le droit de tuer ni de manger l'animal ou la plante figurant l'ancêtre protecteur. En tout cas, le répertoire qu'il a établi sert toujours de gisement à ceux qui analysent ces « étranges » croyances, rites et codes dont tant de traces persistent dans nos cultures sécularisées. Hommages. Bourdelle fera son buste en Bronze en 1922.
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Kanji Les sont des signes issus des caractères chinois dont le rôle est d'écrire une partie de la langue japonaise. Un kanji représente une ou plusieurs « lectures ». Une lecture est, sur le plan phonologique, une more ou une série de mores ; au niveau sémantique, une lecture est un morphème ou un mot que ce kanji permet d'écrire. Les lectures des kanjis dérivent soit de langues chinoises anciennes (morphèmes sinoxéniques), soit de la langue nipponne originelle ("yamato kotoba"), laquelle n'a pas de lien de parenté avec les langues chinoises. La maîtrise des kanjis demande du temps, étant donné notamment le grand nombre de signes utilisés en pratique et le fait qu'une partie importante d'entre eux ont plusieurs lectures à leur disposition. Généralités. Arrivée de l'écriture chinoise au Japon. Au , l'écriture chinoise est unifiée par le premier empereur de Chine, au travers du style petit sceau ; puis, le style des clercs, plus facile à écrire, devient dominant durant l'époque de l'Empire Han (de 206 à 220 ). Les habitants de l’archipel japonais ont vraisemblablement eu leur premiers contacts avec les caractères chinois autour de cette époque . À l'instar des inscriptions gravées sur l'épée d'Inariyama, datant du , des poteries, reliques, monnaies ou tablettes témoignent d'une utilisation des caractères chinois antérieure au Kojiki (712), le plus ancien livre japonais qui nous soit parvenu. En outre, la tradition considère que l'on doit au lettré Wani l'enseignement des caractères chinois auprès de la cour impériale nipponne. Ce dernier, selon les annales officielles Nihon Shoki (720), serait venu du "Kudara" (Baekje), un royaume qui était situé au Sud-Ouest de la péninsule coréenne, en l'an 16 du règne de l'empereur Ōjin . Étymologie du mot « kanji ». Le mot « kanji » est la romanisation du terme japonais (API : ), qui signifie littéralement de l'. Par glissement sémantique, désigne aussi ce qui se rapporte au monde chinois en général. Ainsi, le mot "kanji" peut-il aussi se traduire par « caractère chinois » ou « sinogramme ». Si le terme kanji, en français, ne désigne que les sinogrammes utilisés en japonais, et non, par exemple, en chinois, son sens initial dans la langue nipponne n’a pas cette limitation. Nature et rôle. Les kanjis sont indispensables pour lire et écrire le japonais, où ils sont associés aux kanas (les syllabaires hiragana et katakana) ainsi que, dans une moindre mesure, aux lettres latines (pour les sigles, etc.) et aux chiffres arabes. Ils sont parfois désignés par le vocable , qui est un antonyme de kana. Les caractères chinois sont à l'origine des logogrammes codant en règle générale un mot ou un morphème de la langue chinoise archaïque. Par exemple, le signe est utilisé pour représenter le mot chinois signifiant « cheval ». Les kanjis sont naturellement dotés de ces valeurs sémantiques primitives et de leur dérivés , l'ensemble étant regroupé sous le concept de , c'est-à-dire « sens du caractère ». Ces sens sont consultables à l'aide de dictionnaires. Face à un mot inconnu écrit en kanjis, il arrive qu'il soit possible d'en deviner la signification, au moins approximativement, à travers l'observation des sens de chacun des kanjis le composant. Par exemple, la signification du mot (étymologie) peut être devinée si l'on sait que et signifient respectivement « mot » et « source ». Néanmoins, un tel déchiffrage ne correspond pas à la pratique ordinaire : pour lire et écrire le japonais, le plus important est de connaître les de chaque kanji, lesquelles correspondent à une more du japonais (par exemple "fu", "bu") ou à une série de mores (par exemple "kaze", "kaza", "fū"). À l'instar du caractère présenté ci-contre, un kanji possède une ou plusieurs lectures, lesquelles peuvent avoir en commun un ou des sens ; les liens entre ces sens peuvent être anciens ou ténus. L'origine logographique des kanjis conduit à les opposer aux syllabaires (kanas), puisque ces derniers ne représentent intrinsèquement que des sons dépourvus de valeur sémantique propre. Kanas et kanjis se combinent dans le modèle "kanji kana majiribun" qui, schématiquement, consiste à utiliser les kanjis pour écrire les radicaux, tandis que l'habillage grammatical de la phrase (mots grammaticaux, désinences, etc.) est écrit en kanas. Par exemple, le verbe « parler » (, "hana‧su") voit son radical écrit avec le kanji qui contient les sens de « parole », « parler » ou « rumeur », et sa terminaison avec le hiragana notant la more "su". Avantages des kanjis en pratique. Il est techniquement possible de se passer des kanjis pour écrire la langue nipponne, en écrivant tous les mots en kanas. Toutefois, le japonais a d'ordinaire recours à nombreux kanjis, en raison des multiples avantages qu'ils offrent. Fondamentalement, le lien direct qu'il y a entre le signe et son ou ses sens renforce la capacité des textes japonais à transmettre du sens de manière rapide et intense ; de surcroît, la connaissance de l'étymologie d'une partie importante du vocabulaire japonais est facilitée par la présence des kanjis, ce qui contribue à limiter la dérive du sens des mots. D'autre part, l'alternance de kanjis et de kanas aide à distinguer les mots malgré l'absence quasi-systématique d'espaces au sein des phrases. Par exemple, la phrase « "Shiroi neko o mita" », qui peut se traduire par « J'ai vu un chat blanc. », s'écrira : ou, de manière plus habituelle, . Les kanjis , , et (respectivement « blanc », « chat » et « voir ») portent les principaux sens, tandis que les autres caractères (hiraganas) sont des éléments grammaticaux (terminaison adjectivale , particule et terminaison verbale ). Cet exemple illustre également le fait que les kanjis permettent généralement de réduire le nombre de signes et donc la place prise par le texte. En outre, il existe en japonais de nombreux homophones qui seraient aussi homographes sans le recours à l’écriture en kanjis (un peu comme si « haut » et « eau » avaient la même orthographe en français). Enfin, la polysémie de certains mots se traduit par des choix de kanjis différents en fonction de la nuance exprimée, phénomène connus sous le terme de "dōkun iji". Limites des kanjis en pratique. En pratique, il arrive que certains mots pouvant théoriquement s'écrire avec un ou plusieurs kanjis ne fassent pas appel à ceux-ci, y compris partiellement ; par exemple, le verbe « approcher (sa main) », "kazasu", est généralement écrit et non , parce que le kanji est difficile et mal connu . D'autre part, certains mots grammaticaux ou verbes basiques, bien que pouvant être écrits avec des kanjis simples, sont souvent volontairement écrits en kanas. Par exemple, les directives sur les demandent d'utiliser la forme en kanas plutôt que pour écrire la conjonction "katsu", bien que le kanji figure avec la lecture "ka‧tsu" dans la liste des kanjis officiels. À l'inverse, il est indiqué qu'il faut écrire l'adverbe "amari" plutôt que , bien que la presse écrite privilégie la version en kanas. Quant au verbe "aru" (avoir, se trouver), il s'écrit dans la plupart des contextes en hiraganas () et non sous les formes ou . Il arrive aussi que des mots soient volontairement écrits sans kanjis, avec le souci de ne pas surcharger le texte en sinogrammes par rapport aux kanas : dans certains cas, on préférera maintenir la proportion de kanjis sous une certaine proportion, par exemple trente ou quarante pour cent, avant tout pour des raisons d'esthétique. Un texte contenant une très haute proportion de kanjis sera parfois vu comme difficile à lire. Inclusion des kanjis dans les caractères chinois. En raison des origines communes des signes utilisés au Japon et en Chine et des profondes similitudes qui demeurent aujourd'hui encore sur les plans graphique et sémantique, les kanjis sont classés dans un ensemble plus vaste désigné sous le terme générique de « caractères chinois » ou « sinogrammes ». Néanmoins, il existe certaines spécificités nipponnes, présentées dans la suite de l'article, en termes de sémantique et d'apparence graphique. De plus, l'écriture chinoise a été simplifiée en république populaire de Chine au , rendant les différences plus nettes encore. On trouve aussi une petite proportion de kanjis dits "kokuji", qui ont été forgés au Japon. Par exemple, ("sakaki"), qui désigne l'arbre présenté en offrande dans les rites shintoïstes, est un kanji apparu au Japon ; il provient de la fusion des caractères et d'une variante de , respectivement « arbre » et « divinité ». Ainsi, en l'absence d'une stricte inclusion des kanjis dans l'ensemble formé par les authentiques sinogrammes continentaux, il convient en toute rigueur de considérer les kanjis comme un système singulier et propre à l'écriture japonaise qui s'est progressivement éloigné de son modèle. Nombre de caractères. Il n'existe pas de décompte précis et universellement reconnu permettant de dire combien de kanjis existent. Toutefois, il y a une liste officiellement approuvée par le gouvernement des kanjis dits d'usage courant ("jōyō kanji"), dont l'effectif se limite à . Il existe aussi kanjis supplémentaires (incluant des variantes) qui sont officiellement répertoriés pour former, avec les "jōyō kanji", la liste des kanjis autorisés pour les prénoms ; ces derniers ne sont pas spécifiquement enseignés dans les écoles. Il serait erroné de considerer que tout le monde connaît avec précision la totalité des kanjis officiels, notamment les éléments les plus rares. À l'opposé, une quantité non négligeable de kanjis extérieurs à ces listes officielles, qui sont généralement appelés "hyōgai kanji", ne sont pas inconnus "de facto" du grand public. On peut citer , ou encore . Le jeu de caractères codés JIS X 0213, appartenant aux normes industrielles japonaises (JIS), fut établi en 2000 puis révisé en 2004 et 2012. Il contient plus de considérés comme des kanjis, répartis en quatre niveaux, les deux premiers contenant les signes les plus fréquents. Cependant, nombre de ces kanjis ne sont que très rarement rencontrés. Les dictionnaires dits répertorient les kanjis (variantes incluses), tout en expliquant leurs sens en japonais, de même que les significations de nombreux termes composés de deux kanjis ou davantage. Toutefois, les "kanwa jiten" les plus exhaustifs, comme le qui contient plus de , incluent de nombreux sinogrammes dont l'emploi se limite principalement aux textes dits "kanbun", c'est-à-dire à la littérature chinoise ou japonaise écrite dans la langue chinoise classique. Le nombre de n'est donc pas pertinent pour décrire l'usage contemporain des kanjis, ce périmètre dépassant le strict cadre de la langue japonaise, à fortiori en tant que langue vivante. En comparaison, le dictionnaire publié par la fondation d'utilité publique The Japan Kanji Aptitude Testing Foundation contient environ kanjis (cf. bibliographie), qui appartiennent dans leur grande majorité aux deux premiers niveaux de la norme JIS X 0213. L'examen Kanken organisé par la fondation a pour objet la connaissance de l'ensemble des kanjis présents dans le dictionnaire, si l'on considère sa version la plus ardue, appelée niveau "ikkyū" ; en revanche, l'écrasante majorité des gens qui obtiennent des certifications Kanken, adultes compris, se limitent à des niveaux plus faciles. Cela démontre qu'une partie non négligeable des kanjis de ce dictionnaire n'est connue que par des personnes ayant des connaissances particulièrement poussées en kanjis. Lectures des kanjis. Dépendance au contexte. Comme vu plus haut, en principe, lire les kanjis en japonais revient à connaître les prononciations (les mores) associées à chaque caractère. Toutefois, la majorité des kanjis sont pourvus d'au moins deux lectures, voire nettement plus. Ainsi, certains kanjis d'usage courant peuvent avoir plus d'une dizaine de lectures possibles ; on trouve par exemple le kanji (« vivre », « la vie », etc.) dont les lectures officielles sont "sei, shō, i‧kasu, i‧kiru, i‧keru, u‧mareru, u‧mu, o‧u, ha‧eru, ha‧yasu, ki" et "nama", soit douze lectures officielles. Souvent, donc, déterminer la lecture d'un kanji suppose d'avoir identifié correctement le mot pour lequel il est employé. Il faut pour cela observer un ou plusieurs signes situés à son voisinage, voire juger plus largement en fonction du contexte. Par exemple, , utilisé seul, peut se lire soit "kaze" (le mot « vent »), soit "fū" (le mot « apparence ») ; il est donc nécessaire de deviner, grâce au contexte, la valeur sémantique de pour pouvoir le lire. Au contraire, si le kanji que l'on cherche à lire est utilisé au sein d'un mot composé de plusieurs caractères, il convient d'abord d'identifier globalement le mot , puis d'en déduire les lectures de chaque kanji le composant. Par exemple, face au mot , on ne se soucie pas des sens respectifs de et , sauf à vouloir faire une recherche précise de l'étymologie de ce mot. La paire de caractères est au contraire identifiée comme une seule unité de sens, à savoir le mot japonais "keizai" (qui signifie « économie »), ce qui implique de choisir la lecture "kei" pour le kanji (possédant aussi d'autres lectures apparaissant dans d'autres mots) et la lecture "zai" pour le kanji (même remarque). Cela ne supprime cependant pas toutes les ambigüités pour les lectures des composés, comme avec les mots suivants : Plus marginalement, il existe des mots composés de plusieurs kanjis dont la lecture n'est pas sécable caractère par caractère (cf. lectures "jukujikun"). Par exemple, le mot (figue) se lit "ichijiku", mais il n'est pas possible de découper cette lecture selon les trois caractères , et . Lectures sino-japonaises ("on") et japonaises ("kun"). Dans l'Antiquité, le chinois littéraire ("kanbun") fut étudié et utilisé par les Japonais qui n'avaient pas de système d'écriture propre. Cela donna naissance aux lectures sino-japonaises des kanjis, dites , qui s'affranchirent du cadre strict des textes en chinois, à mesure que le japonais de l'époque s'enrichissait de vocables empruntés au "kanbun". D'autre part, lorsque le concept associé au sinogramme existait en japonais, il put aussi être traduit suivant les mots de la langue japonaise originelle ("yamato kotoba"), la lecture du caractère se faisant dans ce cas « à la japonaise » ; ce sont les . La plupart des kanjis ont de ce fait au moins deux lectures possibles : "on" et "kun". Ce n'est toutefois pas une règle absolue, et l'on trouve des kanjis sans lecture "on" comme ("iwashi", sardine) ; ce dernier est un kanji créé au Japon. À l'inverse, un caractère comme (chrysanthème) n'avait pas d'équivalent dans le vocabulaire japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'une lecture "on", à savoir "kiku". En tendance, on constate que les mots écrits avec un seul kanji font plutôt appel à des lectures "kun", les lectures "on" étant au contraire fréquentes au sein des . Par exemple : Cependant, cette observation est à nuancer car il existe en particulier un grand nombre de "jukugo" n'arborant que des lectures "kun", à l'instar du mot ("kawa‧kami", amont). Du reste, on trouve aussi de nombreux "jukugo" hybrides : par exemple, en cuisine, ("buta‧niku", porc) et ("tori‧niku", volaille) sont lus avec une lecture "kun" du premier kanji et une lecture "on" du second ; on parle de . À l'opposé, on trouve les lectures dites , qui suivent un modèle "on" plus "kun", comme avec le mot ("ban‧gumi", programme). En contraste avec le mandarin où, schématiquement, un sinogramme n'a qu'une unique lecture constituée d'une syllabe, en japonais, non seulement un kanji aura souvent plusieurs lectures possibles, mais de surcroît elles seront fréquemment pluri-syllabiques. On observe ainsi les tendances suivantes : Classification des lectures "on". Certains caractères et vocables ont été importés de Chine à plusieurs reprises, de différentes régions ou à différentes époques ; de ce fait, une partie des kanjis ont plusieurs lectures sino-japonaises (lectures "on") qui correspondent, dans certains cas, à des sens différents. Les dictionnaires distinguent généralement quatre catégories de lecture "on" : "go-on", "kan-on", "tō-on" et "kan'yō-on" (cf. tableau ci-dessous). On notera que les prononciations d'origine n'ont été qu'approximativement rendues dans le système phonétique japonais, très différent de ceux de la Chine, ignorant notamment les tons. De plus, le système phonétique japonais, bien que relativement assez stable, a lui-même connu quelques évolutions à travers les siècles. D'autre part, bien que les "kokuji" soient des caractères proprement japonais, un certain nombre d'entre eux possèdent une lecture "on", créée artificiellement par analogie avec un sinogramme semblable. Par exemple, la lecture "on" affectée au "kokuji" est identique à celle du caractère ("dō"). Enfin, on trouve des mots empruntés qui utilisent des lectures proches des langues chinoises modernes voire contemporaines . Toutefois, ces lectures, lorsqu'elles diffèrent des lectures sino-japonaises des catégories vues plus haut, se sont pas considérées "stricto sensu" comme des lectures "on" ; c'est pourquoi il est recommandé de soit écrire ces mots en katakanas, soit de leur ajouter des "furigana", en dehors des cas les plus connus comme Hong Kong (, "Hon‧kon"). Néanmoins, on notera que la majorité des noms propres chinois sont généralement lus d’après les lectures "on", et non d’après le mandarin : "Mō Taku‧tō" pour Mao Zedong (), "Shin‧kyō" pour Xinjiang (), "Shi‧sen" pour Sichuan (), etc. Vocabulaire sinoxénique. Les lectures "on" (lectures sino-japonaises) des kanjis sont schématiquement des morphèmes, qui, seuls ou combinés avec d'autres, peuvent former des mots. Ces derniers constituent le « vocabulaire sinoxénique » du japonais, aussi connu sous les termes japonais de ou . Exemples de mots sinoxéniques entre un et quatre caractères : En plus du vocabulaire chinois ayant pénétré la langue japonaise par le truchement des kanjis, de nombreux nouveaux mots furent créés au Japon par des combinaisons originales de kanjis (c'est-à-dire inexistantes en chinois de l'époque) prononcés avec leurs lectures "on". C'est pourquoi il n'est pas possible d'assimiler le vocabulaire sinoxénique à du « véritable chinois dans la langue japonaise », dans la mesure où une partie de ce vocabulaire est née au Japon. Une partie de ces ont vu le jour ou se sont répandus entre le et le début du afin de traduire des concepts nouveaux venant de la civilisation occidentale de l'époque. D'autre part, une partie du vocabulaire sinoxénique a vu son orthographe réformée (simplifiée) dans la seconde moitié du . Cette démarche fut facilitée par le fait qu'il existe de nombreux kanjis possédant des lectures "on" en commun. On peut citer les mots ("i‧kō", intention) et ("kus‧saku", forage), qui ont vu leur orthographe standard réformée en et ; en effet, et ont respectivement les mêmes lectures "on" que et . Dans certains cas, la réforme a fait augmenter le nombre des sens associés à un kanji ; par exemple, s'est vu attribuer le sens d'« insinuer » en plus de ses sens historiques, car il remplace (insinuer) dans le mot « satire » ("fū‧shi"), qui s'écrit traditionnellement et de manière réformée. On peut de surcroît remarquer qu'il existe quelques mots sinoxéniques qui sont plus fréquemment écrits en kanas qu'en kanjis, en particulier des petits mots jouant un rôle grammatical. On trouve par exemple (dans l’auxiliaire , "yō‧da") pour lequel la graphie en hiraganas est généralement préférée. Développement des lectures "kun" et des kanas. Les lectures "kun" et les kanas sont des spécificités apparues pour adapter les sinogrammes à la langue japonaise. Le Kojiki (712) est le plus ancien document japonais qui a traversé les âges ; il retrace l'histoire de la nation japonaise, depuis les origines mythologiques jusqu'au règne de l’impératrice Suiko. Il est écrit dans une forme de "kanbun", c'est-à-dire une forme de chinois, mais il comporte aussi des passages (principalement des poèmes) en "yamato kotoba", la langue nipponne primordiale, antérieure aux influences du chinois. Lesdits passages sont écrits phonétiquement avec des sinogrammes dits "man'yōgana", c'est-à-dire que chaque more est écrite avec un sinogramme dont une lecture équivaut à cette more, indépendamment des sens de ce sinogramme. Les "man'yōgana" sont des kanas primitifs. Par exemple, on peut citer le vers du Kojiki ("La branche d'un aulne") qui comporte sept caractères "man'yōgana" pour les sept mores "ha‧ri‧no‧ki‧no‧e‧da". Au , les décrets impériaux sont soit écrits en "kanbun" , soit écrits dans un style proche de la langue japonaise réellement parlée à la cour, dit "senmyōtai" . Contrairement aux poèmes dans le Kojiki qui sont entièrement notés phonétiquement via les "man'yōgana", les "senmyō" sont un mélange de mots en sinogrammes lus « à la japonaise » (c'est-à-dire sans rapport avec les prononciations chinoises) et de "man'yōgana". Par exemple, l'ancien mot japonais "ame", signifiant « ciel », est simplement rendu par le sinogramme transcrivant le mot chinois ayant la même signification, à savoir , au lieu d’être rendu par deux "man'yōgana" codant respectivement "a" et "me". Les éléments grammaticaux (terminaisons, particules, etc.) sont néanmoins laissés en "man'yōgana", et parfois écrits dans une taille plus petite. À l'inverse, les textes en "kanbun" n'étant pas du japonais, des annotations utilisant des "man'yōgana" y sont ajoutées ; ce sont des traductions reliant un mot japonais et un sinogramme . Ces annotations et les transformations de l'ordre des mots constituent une technique de lecture du "kanbun" appelée "kundoku". Initialement, pour un même kanji, un très grand nombre de lectures "kun" avaient émergé, que ce soit via la technique "kundoku" ou via le style "senmyōtai" ; on parle de . Les usages se rationalisèrent progressivement, donnant les lectures "kun" actuelles. Certains mots japonais qui renvoyaient à deux mots chinois distincts sont écrits au moyen de kanjis différents suivant leur contexte d'emploi. Par exemple, le verbe "naosu" (réparer, guérir) s'écrit quand il s'agit de guérir une personne, mais quand il s'agit de réparer un objet ; la lecture "kun" « "nao‧su" » est commune aux kanjis et . On parle en japonais de . D'autre part, certaines lectures "kun", désignées par le terme , présentent des divergences sémantiques par rapport aux significations chinoises. Par exemple, le kanji possède la lecture "kinoko" qui renvoie au sens de « champignon », sens qui n'est pourtant pas associé à ce sinogramme en chinois. Les "man'yōgana" ont évolué et ont donné naissance aux hiraganas, en étant écrits de manière très cursive (cf. tableau ci-contre). Étant donné qu'il existait plusieurs "man'yōgana" par more, il existe plusieurs hiraganas qui se prononcent de la même manière. Toutefois, seul un est canonique ; les autres sont appelés "hentaigana" et leur usage est aujourd'hui devenu obsolète. Par ailleurs, on peut noter que les katakanas sont quant à eux essentiellement des parties (abréviations) de "man'yōgana" utilisés pour le "kundoku" ; ils sont donc eux aussi issus des kanjis. Par exemple, les katakanas "ku" et "mo" sont le résultat des abréviations et . "Okurigana". L'utilisation la plus simple des lectures "kun" consiste à relier un kanji à un mot japonais du vocabulaire "yamato kotoba" ; par exemple, la lecture "kun" de est le mot "me" (œil), la lecture "kun" de est le mot "sakura" (cerisier), etc. Toutefois, nombre de mots (lemmes) issus du "yamato kotoba" sont modifiables par flexions (contrairement au vocabulaire sinoxénique) ; il s'agit typiquement de verbes ou d'adjectifs. Schématiquement, ces lemmes, au lieu d'être rendus par un kanji uniquement, sont transcrits avec un kanji pour leur radical et un ou plusieurs kanas (hiraganas) pour leur terminaison ; ces kanas sont appelés . À titre d'illustration, on peut citer : On peut noter que certains "okurigana" sont facultatifs dans certains mots, voire systématiquement omis. Par exemple, "tetsuzuki" (formalités) peut s'écrire ou ; le mot "hizuke" (date) s'écrit de manière standard et non *. Liens entre lectures et morphèmes. La lecture d'un kanji constitue une unité de signification : soit un morphème (cf. les trois premiers exemples ci-dessous), soit, plus rarement, un mot du "yamato kotoba" formé d'une chaîne de plusieurs morphèmes (cf. l'exemple « "kaminari" »). Malgré la relative simplicité de ce cadre général, la pratique révèle certaines difficultés, du fait notamment que de nombreux morphèmes, sino-japonais pour la plupart, se prononcent de manière identique (cf. le premier exemple ci-dessous). De plus, les morphèmes sino-japonais et les éléments du "yamato kotoba" se partagent généralement les mêmes kanjis, ce qui implique qu'un caractère peut avoir plusieurs lectures : une ou plusieurs lectures "on", une ou plusieurs lectures "kun" (cf. le second exemple ci-dessous). Enfin, de nombreux cas de "dōkun iji" existent, même si les listes officielles de kanjis ont quelque peu restreint les usages (cf. l'exemple « "arai" »). Vocabulaire sinoxénique <br> Vocabulaire "yamato kotoba" Usages irréguliers des lectures. Il existe des mots ou morphèmes en japonais qui ne correspondent pas aux unités de signification que les kanjis, via leurs lectures "on" ou "kun", permettent de représenter. Il s'agit de certains mots du vocabulaire "yamato kotoba" ou des nombreux vocables dit . Une solution « évidente » consiste à se contenter d'une écriture en kanas, sans kanjis ; c'est le cas avec ("hagurakasu") et ("kurippu"), qui n'utilisent jamais de kanjis pour être écrits. Néanmoins, certains autres de ces mots peuvent quand même faire appel pour leur écriture à des kanjis utilisés de manière irrégulière : En outre, certains autres vocables se lisent de manière irrégulière, souvent parce que la prononciation d'origine a quelque peu dérivé avec le temps. On peut citer le nom propre Japon (, "Nippon") qui se lit aussi "Ni‧hon" ; "Ni‧hon" est une lecture irrégulière dans la mesure où le kanji, considéré individuellement, ne possède pas la lecture "ni". Un autre exemple est (« lettre », « caractère ») qui se lit le plus souvent "mo‧ji", une évolution de "mon‧ji". "Jukujikun". Des mots s'écrivent avec une chaîne de plusieurs kanjis « sélectionnés » uniquement pour leur valeur sémantique ; chaque caractère pris individuellement n'a pas de lecture propre, c'est uniquement le mot dans son ensemble qui possède une lecture, appelée . Par exemple, (« wasabi », composé des kanjis « montagne » et « rose trémière ») ne se lit ni *"yama‧aoi" (deux lectures "kun") ni *"san‧ki" (deux lectures "on"), ni aucune combinaison hybride ; il est lu "wasabi" sans aucun lien avec les lectures de et . Les lectures "jukujikun" incluent quelques mots d'origine européenne, dont certains demeurent relativement fréquents de nos jours, comme ("tabako", tabac) . Des mots lus selon des "jukujikun" peuvent apparaître comme partiellement réguliers. Cela se constate, par exemple, avec les mots « fruit » (, "kudamono") et « moustiquaire » (, "kaya") ; le second caractère de compte "mono" parmi ses lectures conventionnelles, tandis que la lecture "kun" du premier caractère de est "ka". Une autre particularité de nombre de mots lus avec des "jukujikun" est qu'il est aussi possible de les lire via des lectures "on" conventionnelles, ce qui, souvent, change le sens ou apporte une nuance différente ; le choix de la lecture est dépendant du contexte (voir les exemples ci-dessous). "Ateji". À l'inverse des "jukujikun", il arrive que l'on emploie des kanjis uniquement pour leur lecture, c'est-à-dire en faisant fi de leurs sens propres et des morphèmes. Cette méthode ainsi que les kanjis dans les mots concernés sont désignés par le terme , littéralement « caractères alloués ». Un exemple d"'ateji" est le mot ("chakasu", tourner en plaisanterie), qui peut être écrit ; les kanjis ("cha") et ("ka") y sont employés pour représenter les mores composant le radical du verbe, sans liens étymologiques directs . Comme souvent en japonais, il existe en pratique une certaine liberté entre soit se contenter d’écrire ces mots seulement en kanas, soit opter pour leur version en kanjis. Le tableau ci-dessous présente quelques autres exemples. Les "ateji" ne se limitent pas aux mots purement japonais, car ils peuvent transcrire des termes issus de langues non sinographiques. Ainsi, de nombreux termes souvent liés au bouddhisme, conformément aux usages chinois, sont des transcriptions phonétiques approximatives en kanjis de mots sanskrits ; elles sont désignées par le terme . Par exemple, le clan indien des Shakya se transcrit ("Sha‧ka"). De même, quelques mots d'origine européenne dont la pénétration dans la langue japonaise est ancienne, peuvent s’écrire phonétiquement en kanjis via des "ateji", même si la plupart de ces mots sont le plus souvent écrits en kanas de nos jours. On peut citer ("kap‧pa", « veste imperméable », du portugais ), ("ga‧su", « gaz », du flamand ), ("kō‧hī", « café », du flamand ), etc. Les mots plus récents, comme ("intānetto", « Internet », de l'anglais), sont toujours représentés en katakanas. On notera qu'un certain nombre d"'ateji" utilisent des lectures qui sont en fait des altérations de lectures conventionnelles voire des emprunts à des usages chinois modernes. Ceci se constate en particulier pour les transcription de noms propres étrangers en kanjis (quoique généralement non usités en japonais contemporain), comme France (, "Fu‧ran‧su") ; le son "fu" est transcrit avec le kanji dont la lecture est "futsu", et le son "su" est transcrit avec le kanji dont la lecture est "sui" (lecture "tō-on"). Les "ateji" (au sens strict) sont aussi appelés « emprunts (aux lectures) », et se divisent entre « emprunts aux lectures "on" » ("shakuon") et les « emprunts aux lectures "kun" » ("shakkun"). Le terme "ateji" peut inclure les "jukujikun" dans son acception la plus large, d'autant que certains mots sont en fait des combinaisons des deux méthodes. Bon nombre de noms propres japonais sont des "ateji" (noms de lieu, noms de famille, etc.). "Furigana". Parfois, on utilise des hiraganas ou katakanas de petite taille au-dessus (écriture horizontale) ou à droite (écriture verticale) des kanjis pour en spécifier la lecture. Ces caractères sont alors appelés "furigana". Les "furigana" sont en particulier utilisés pour indiquer la lecture non officielle (c'est-à-dire absente de la liste des "jōyō kanji") d'un kanji officiel, la lecture d'un caractère non officiel, ou encore la lecture difficile d'un nom propre, d'un "jukujikun", etc. Dans les publications pour un jeune public, un large usage des "furigana" est fait, du fait que les enfants ont généralement des capacités à lire les kanjis plus limitées que les adultes. Dans les textes émis par l'administration publique, les éléments non officiels doivent être, selon les cas, accompagnés de "furigana" ou être remplacés par des kanas. Des kanas situés après le kanji ou le mot en question, entre parenthèses ou dans une police de taille inférieure, peuvent aussi faire office de "furigana". Caractéristiques graphiques. Tracé. Tout kanji se décompose en une somme de « traits » entre lesquels le stylo, pinceau ou crayon est levé au-dessus du support. Même s'il est possible qu'une personne sache, en pratique, lire un kanji sans en connaître par cœur la composition trait par trait, un kanji n'est pleinement considéré comme connu que lorsque l'on est capable de l'écrire de mémoire tout en respectant les caractéristiques canoniques de son tracé, à savoir l'ordre et la forme des traits . Ces éléments sont enseignés dans les écoles primaires et les collèges japonais dans une matière appelée "shosha", anciennement connue sous le terme de "shūji". Les cours de calligraphie ("shodō"), dispensés dans les lycées, abordent les styles cursifs et les grands calligraphes du passé. Toutefois, la pratique de cette discipline ne se limite pas au domaine scolaire, car la calligraphie, à haut niveau, constitue un art à part entière. L'ordre usuel des traits pour le tracé des kanjis est généralement identique à celui de leurs homologues chinois ; il existe néanmoins quelques exceptions (cf. exemple ci-contre avec le sinogramme « rizière », ) si on s'en réfère notamment au « Manuel pour l'instruction de l'ordre des traits » publié par le gouvernement nippon en 1958. En outre, l'ordre des traits peut dépendre du style utilisé. La manière de terminer un trait est une autre caractéristique importante enseignée ; il existe essentiellement trois modes : Néanmoins, dans de nombreux cas, plusieurs écoles coexistent, comme le trait central de (bois) qui, en style régulier manuscrit, peut se terminer soit par un arrêt marqué, soit par un crochet. Les autorités culturelles japonaises ont publié en 2016 des directives rappelant la diversité des tracés au sein du style régulier manuscrit, style qui est historiquement plus variable que le style d'impression "minchōtai", ce dernier n'ayant pas vocation à servir de référence vis-à-vis de l'écriture manuscrite. Enfin, le respect des distances entre les traits ou le respect de leurs tailles relatives est une condition pour écrire les kanjis de manière lisible et harmonieuse. En particulier, les proportions entre les différents éléments constitutifs est un point qui retiendra l'attention du calligraphe. Formes. Dans le contexte de l’étude des kanjis, le terme français de « forme » renvoie généralement aux concepts et . Les "jikei" sont les infinies variations possibles des réalisations concrètes des caractères, à travers leurs représentations manuscrites et leurs glyphes. En opposition, le concept de "jitai" permet de regrouper les signes réels sous des entités abstraites mais dénombrables. Les formes, au sens de "jitai", sont également qualifiées en japonais d'« ossatures ». Par analogie, on trouverait le concept d'ossature d'une lettre permettant de reconnaître cette lettre qu'elle soit imprimée en italique ou non, ou encore dans des polices différentes. Ces entités abstraites sont le moyen de distinguer les kanjis entre eux lors du processus cérébral de la lecture du japonais ; elles sous-tendent également les définitions des jeux de caractères pour l'informatique ainsi que les normes japonaises qui portent sur les kanjis. Par exemple, les formes et ne diffèrent que par un trait horizontal, mais elles correspondent à deux kanjis parfaitement indépendants, signifiant respectivement « arbre » et « livre ». De la même manière, les formes (sol) et (guerrier ou érudit) ne diffèrent que par les longueurs relatives de leurs traits horizontaux, tandis que (millet) ne se distingue de (châtaigne) que par la présence de deux petits traits. À chaque kanji correspond une unique forme ("jitai"), sauf si plusieurs « variantes graphiques » lui sont reconnues. Pour certains kanjis possédant plusieurs variantes, l'identification des formes demeure un exercice sujet à interprétations, avec de possibles divergences selon les époques, les sources ou les standards. On peut noter que le standard Unicode a vu sa granularité affinée au fil des révisions, c'est-à-dire qu'il est devenu possible d'afficher correctement un nombre croissant de variantes en format « texte brut » sans dépendre des paramètres régionaux ou de la police d'écriture. Styles. La notion de , avec d'une part les « styles d'impression » (déterminant notamment les polices) et d'autre part les « styles manuscrits » (historiquement plus anciens), se définit comme un « système de caractéristiques et de styles donnés [qui peut s'observer] lors de la représentation réelle des caractères sur la base de leur ossature ». L'exemple ci-dessous illustre comment les caractéristiques graphiques de deux styles différents ne vont pas jusqu'à modifier les formes (ossatures) des kanjis. Historiquement, les styles sont naturellement d'abord apparus dans le domaine de l’écriture manuscrite en Chine. Aujourd'hui, on trouve principalement les et , ainsi que les . Les styles cursifs sont de nos jours généralement réservés à des activités spécifiques de calligraphie et sont donc mal connus par le grand public. Inversement, le style régulier est le style enseigné primordialement dans le système scolaire nippon, de même qu'il est souvent requis d’écrire dans ce style pour remplir un formulaire. Concernant les styles d'impression, le style dit est le style de référence pour les polices d'impression japonaises ; il se caractérise en particulier par des angles droits, des empattements, ainsi que des traits verticaux généralement plus épais que les traits horizontaux. Ce style provient d'une adaptation du style manuscrit « régulier » aux techniques chinoises d'impression, en particulier à l'impression au bloc de bois qui florit dès l'époque des Song du Nord. Le style se stabilisa à l’époque des Qing avant de reprendre son évolution dans l'archipel nippon avec le développement des modes d'impressions importés d'Occident (typographie) dans la seconde moitié du . D'autre part, on trouve aussi le style qui est un dérivé du "minchōtai" avec moins d'ornements et des traits d'épaisseur uniforme. Enfin, le style , utilisé principalement dans les livres d’école, est plus proche du style régulier manuscrit, afin de rendre la lecture des manuels plus aisée pour les enfants qui apprennent concomitamment à lire et à écrire. Variantes graphiques. L'unicité des formes (ossatures) vue plus haut n'est cependant pas une constante historique, notamment en raison des phénomènes suivants : Ainsi, quand bien même deux caractères seraient d'ossatures différentes, ils peuvent, par leur origine commune, avoir les mêmes sens et les mêmes lectures. Ils sont alors considérés comme appartenant à une même , et sont des au sein de cette classe. Dans le présent article, on confond les notions de « kanji » et de « classe de kanjis » sauf lorsqu'il y a un intérêt didactique à les séparer. Dans les dictionnaires, en principe, on trouve une entrée par classe ; pour une entrée donnée, une est présentée, les formes alternatives étant indiquées à l'intérieur de l'entrée. Si on se limite aux styles d'impression contemporains, la plupart des classes de kanjis n'ont qu'une ou deux forme(s) (une forme simplifiée et sa contrepartie « traditionnelle » le cas échéant). Il existe d'autre part des kanjis qui ont évolué vers des formes (ossatures) identiques ; autrement dit, un caractère peut résulter de la fusion de plusieurs kanjis historiques, comme ("yo") qui inclut les formes contemporaines des kanjis traditionnels (moi) et (avance). Un autre exemple est la paire de kanjis originellement distincts en sens et en lectures () qui, de par leur formes extrêmement similaires, sont considérés dans la norme de 2010 sur les "jōyō kanji" comme des formes (ossatures) interchangeables du même kanji, lu "shika‧ru" ou "shitsu". Formes traditionnelles japonaises. Durant l’ère Meiji, les formes du dictionnaire chinois de référence Kangxi constituaient "de facto" le canon pour la typographie qui connut alors un essor sans précédent. On note toutefois quelques différences entre le Kangxi et les habitudes d'impression au Japon, en raison des trois phénomènes suivants : Ces formes traditionnelles nipponnes sont identifiées sous le terme de "iwayuru kōkijitentai" (ci-dessous « formes quasi-Kangxi »), tandis que, dans les dictionnaires de kanjis, les formes du Kangxi "stricto sensu" sont souvent désignées en japonais par les termes "seiji" et "seijitai", littéralement « caractères (formes) correct(e)s ». Politiques étatiques concernant les kanjis. Premières tentatives de réformes. Avec l'industrialisation du Japon, émergea le débat quant à la nécessité de simplifier l’écriture. Fukuzawa Yukichi, un penseur majeur de la Restauration de Meiji, proposa en 1873 de réduire dans un premier temps le nombre de kanjis, dans l'essai ("De l'enseignement des caractères"). Certaines propositions plus extrêmes furent faites, comme celle de Nishi Amane, en 1874, d’écrire le japonais en lettre latines, mais cette idée ne rencontra que peu de succès. En , une commission gouvernementale () établit une liste de kanjis, appelés , publiée au journal officiel l’année suivante, mais cette décision ne fut pas appliquée notamment en raison des difficultés rencontrées par les autorités à la suite du grand séisme du Kantō de 1923. Une nouvelle tentative cependant fut faite en 1942 de limiter les kanjis avec l'avis rendu par le Conseil de la Langue japonaise () qui préconisa d'adopter une liste de . Toutefois, les oppositions furent nombreuses tandis que les difficultés liées à la guerre s'amoncelaient ; la proposition ne fut pas suivie par le Cabinet. Une réforme qui fut réellement appliquée ne concerne pas les kanjis, mais les hiraganas, dont les formes alternatives ("hentaigana") furent rendues obsolètes dès 1900. Contexte historique d’après-guerre. Le Japon fut occupé par l'armée américaine après la fin de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1945 ; bien que l'empereur et les institutions aient demeuré en place, le gouvernement japonais fut placé sous le contrôle des forces d'occupation commandées par Douglas MacArthur. L'occupant poussa à la réalisation de nombreuses réformes, notamment celle du système d'écriture. La section au sein des forces d'occupation chargée de l'éducation recommanda d'adopter un système d’écriture basé sur l'alphabet latin ; cette recommandation trouve ses sources dans le rapport "", qui est principalement dû au colonel Robert K. Hall. L'opinion selon laquelle l'utilisation des kanjis rendrait pour beaucoup l'apprentissage et la maîtrise de l'écriture japonaise trop difficile était une des justifications mises en avant par les Américains pour expliquer le « manque de démocratie » dont aurait souffert le Japon. L’idée directrice était de mettre un terme à l'utilisation des kanjis, et devant l'impossibilité pratique de mettre en place cette abolition du jour au lendemain, il fut demandé au gouvernement japonais de limiter l'usage des kanjis à une liste restreinte de caractères, avec le dessein d'en diminuer davantage l'effectif, progressivement, dans le futur. Le gouvernement japonais exécuta la réforme voulue par l'occupant, sans toutefois ouvertement promouvoir l'abolition des kanjis, trouvant une forme de compromis entre les positions américaines initiales et les précédentes tentatives infructueuses de limitation du nombre de kanjis . Deux commissions, tour à tour, travaillèrent à la hâte à produire la liste officielle des kanjis. La première commission, particulièrement « ambitieuse », proposa une liste très restreinte de caractères ; elle avait même prévu initialement d’étudier la possibilité d'abolir les kanjis pour les noms propres. La seconde commission (de juin à octobre 1946), dirigée par l'homme de lettres Yūzō Yamamoto, proposa "in fine" une liste de caractères qui fut nommée . Dès novembre 1946, cette liste fut entérinée par le Cabinet. Afin de soutenir la thèse selon laquelle les Japonais souffriraient d'une maîtrise insuffisante de leur écriture, les Américains confièrent à l'officier la responsabilité de faire réaliser une étude de grande ampleur sur l'illettrisme. Cette étude, menée sur personnes montra en 1948 un taux d'illettrisme de seulement 2,1 %, ce qui constitue un niveau très bas pour l'époque, à l'opposé des préjugés initiaux. "Tōyō kanji" (1946). La liste des "tōyō kanji" officiels vit le jour en 1946, mais la réforme n’était pas complète à ce stade. En effet, la liste se borna à définir les kanjis (plus exactement les classes de kanjis) dont l'usage serait autorisé dans les textes officiels, les médias et la société en général ; elle indiqua que les formes et les lectures officielles auraient à être fixées ultérieurement. Les décrets suivants vinrent ainsi en complément : Le degré de coercition de cette réforme fut fort. Le décret de 1946 indique en effet que les mots s’écrivant initialement avec des kanjis hors-liste doivent être remplacés par des synonymes, ou bien écrits en syllabaires sans leurs kanjis ; les "furigana" sont de surcroît proscrits. Les domaines spécialisés furent par ailleurs invités à revoir leur terminologie afin de ne pas devoir recourir à des kanjis hors-liste. Avec ces restrictions, de nombreux mots, notamment des termes sinoxéniques, ne purent donc plus s'écrire entièrement en kanjis ; apparut le phénomène des « écritures mélangées » (par exemple au lieu de l'écriture originale ) qui rendent parfois la lecture difficile. Pour limiter le nombre de ces hybrides, les autorités publièrent un rapport, en 1956, qui encouragea des changements orthographiques consistant à puiser dans les caractères officiels pour remplacer les kanjis hors-liste. Par exemple (rotation) devint , (dommages et intérêts) devint . En outre, en 1948, la législation japonaise sur le registre familial ("koseki") limita aux "tōyō kanji" les kanjis autorisés pour déclarer les nouveau-nés. De fait, un nombre important de kanjis jusqu'alors fréquents pour les prénoms se retrouva exclu des possibilités pour nommer les enfants. Face aux critiques et aux plaintes, le gouvernement autorisa par ordonnance, en 1951, une liste supplémentaire de . Ces kanjis spécifiquement autorisés pour les prénoms sont connus sous le terme de "jinmeiyō kanji" ; leur nombre est allé croissant d'ajouts en ajouts (cf. section dédiée). Formes simplifiées ("shinjitai"). Environ un cinquième des formes des "tōyō kanji" (publiées en 1949) est simplifié par rapport aux formes d'impression traditionnelles jusqu'alors en vigueur (formes quasi-Kangxi). Ces formes furent appelées et leurs contreparties traditionnelles . Les formes anciennes ne furent pas pour autant rendues totalement obsolètes, car le décret n'imposa pas de changer en particulier les noms de famille qui nécessitent ces formes. Les formes « nouvelles » sont en fait pour la plupart des variantes qui sont des « formes abrégées » ayant elles-mêmes une longue tradition notamment dans le domaine de l'écriture manuscrite, même si certaines simplifications opérées, telles devenant ou devenant , dénotent par leurs caractères inédits et contraires aux étymologies. Pour ces derniers, de nouveaux caractères d'imprimerie durent être forgés. "Jōyō kanji" (1981). En dépit de la nature provisoire des "tōyō kanji", ces derniers restèrent en vigueur . En 1981, une nouvelle liste de kanjis officiels vint en remplacement : il s'agit des . Le nombre de kanjis augmenta quelque peu avec au total. Cette liste est décrite comme un « objectif » qui n'a pas pour vocation de réguler les usages dans les domaines scientifiques, artistiques et les autres domaines spécialisés. En outre, l'usage de "furigana" pour indiquer les lectures de kanjis situés en dehors de la liste officielle ne fut plus banni, redonnant ainsi une certaine légitimité à cette pratique ; l'idée de limiter fermement le nombre de kanjis, voire de s'acheminer progressivement vers l'abolition des kanjis fut "de facto" enterrée avec cette réforme. Les des "jōyō kanji" conservent les formes simplifiées ("shinjitai") des "tōyō kanji", tandis qu'une simplification supplémentaire est apportée au kanji , remplacé par ; les formes des 95 kanjis ajoutés par cette réforme sont cohérentes avec les formes simplifiées, le cas échéant (cf. , , etc.). Par ailleurs, quelques remaniements eurent lieu au niveau des lectures : une lecture "kun" est ajoutée au kanji ("aya‧bumu"), la lecture "kun" de ("mekura") est otée, etc. Cette liste fut revue et augmentée en 2010 (cf. section dédiée). Formes standard pour l'impression (2000). En 2000, sont définies les , formes (ossatures) standard pour l'impression de situés en dehors des "jōyō kanji", accompagnées de autorisées ("kan'i kan'yō jitai"). Ces kanjis ont été retenus pour leur relatif haut degré de fréquence d'utilisation, en dépit de leur absence de la liste des "jōyō kanji" de l'époque ; cela signifie que, pour l'essentiel, les kanjis exclus à la fois des "jōyō kanji" et de cette liste complémentaire sont d'une importance relativement négligeable dans le cadre du japonais contemporain (noms propres mis à part). Fait nouveau parmi les réformes du , les formes choisies comme standard sont les formes traditionnelles (formes quasi-Kangxi). En outre, de nombreuses variantes, telles (pour ) ou (pour ) qui suivent pourtant la même logique que les simplifications validées après-guerre ( ; ), n'ont pas été retenues comme variantes autorisées, car elles étaient trop rares chez les éditeurs, en dépit de leur prédominance dans les logiciels grand-public de traitement de texte d'alors. Le jeu de caractères codés JIS X 0213 a connu une profonde révision en 2004 pour refléter les choix de ces formes standard. Liste actuelle des kanjis d'usage courant ("jōyō kanji"). Le développement des ordinateurs personnels et des téléphones mobiles donne accès au grand-public à de nombreux kanjis non officiels, mais fort utiles. En réponse, l'Agence pour les Affaires culturelles a proposé le une révision de la liste des "jōyō kanji" de 1981, laquelle fut promulguée par le Cabinet le de la même année. Ainsi, l'effectif des kanjis officiels passe à , par l'ajout de et le retrait de cinq caractères jugés trop rares. Des ajouts ou suppressions sont également apportés au niveau des lectures. Une forme canonique par kanji (par classe de kanjis) est fixée, soit . Pour les nouveaux kanjis ajoutés en 2010, leur formes canoniques sont dans l'ensemble des formes traditionnelles, dans la lignée de l'avis rendu en 2000. Par exemple, les formes ou sont choisies plutôt que les variantes et . En ce qui concerne l'écriture manuscrite, certaines variantes, en général plus simples que les formes canoniques, sont reconnues voire indiquées comme préférables. La reconnaissance de formes (ossatures) différentes entre l'écriture manuscrite et les caractères pour l'impression constitue une nouveauté par rapport aux réformes précédentes. En outre, les cinq kanjis , , , et ont des variantes tolérées (cf. illustration ci-contre). Autre fait nouveau par rapport aux précédentes directives, le rapport de l'Agence précise qu'en raison de l'usage contemporain généralisé des outils informatiques, l'esprit de cette réforme n'est pas d'exiger la capacité à écrire à la main, de mémoire, tous les kanjis de la liste ; néanmoins, il n'est pas précisé quels seraient les kanjis « difficiles » susceptibles de faire l'objet de cette exemption. Le document officiel notifiant les "jōyō kanji" se compose d'une introduction donnant des explications sur la liste, d'une liste principale , ainsi que d'une liste secondaire, relativement courte, appelée "fuhyō" ; cette dernière régit l’écriture d'une centaine de mots correspondant à des lectures irrégulières ou considérées comme telles, et ne contient que très peu de termes "ateji stricto sensu". Il s'ensuit que, en dehors des noms propres, un grand nombre de mots considérés comme des "ateji" ou des "jukujikun" n'ont pas leur place dans les textes de l'administration, car absents de la liste "fuhyō". Par exemple, le "jukujikun" ("asatte", « après-demain ») n'est pas officiel. Prénoms et kanjis. La plupart des prénoms contemporains des Japonais sont composés de un à trois kanjis ou, plus rarement, de kanas voire d'une combinaison des deux. À la suite de la dernière modification en 2017, au total sont autorisés pour les prénoms des nouveau-nés, parmi lesquels on compte 230 variantes ; c'est-à-dire qu'il y a de kanjis autorisées pour les prénoms, dont tous les "jōyō kanji" ( classes) ainsi que classes ("jinmeiyō kanji"). La majorité des sont des formes anciennes ("kyūjitai") de "jōyō kanji". Parmi les kanjis autorisés, certains caractères ne se prêtent guère, en raison de leur sens, à être employés dans les prénoms, ce qui limite quelque peu le nombre de kanjis disponibles en pratique. Toutefois, pour peu que les caractères soient inclus dans les listes précitées, il est extrêmement rare que des prénoms soient refusés par les fonctionnaires de l’état civil, la jurisprudence n'empêchant en principe que de déclarer un prénom identique à celui du père ou de la mère, ou un prénom constituant une atteinte évidente aux droits de l'enfant. Le choix de la lecture du prénom est libre, c'est-à-dire indépendant des lectures officielles ou conventionnelles du ou des kanjis en question. L’état civil japonais, qui repose sur les registres familiaux ("koseki"), n'enregistre pas les lectures des kanjis des prénoms (et des noms), ce qui fait qu'elles n'ont pas, à ce jour, d’existence légale ; par commodité, les lectures sont néanmoins souvent demandées, par exemple, dans les formulaires ou pour la délivrance des passeports. Une réforme, dont le projet a été officiellement décidé par le Cabinet, devrait entrer en vigueur d'ici au mois de mars 2025 pour inscrire sur les registres familiaux les lectures en katakanas du prénom de chaque personne et du nom de famille, afin de faciliter la gestion des données et afin d'assurer qu'une unique lecture soit fixée par individu. Ladite réforme doit également introduire une certaine dose de règles, comme interdire de choisir certaines lectures allant clairement à l'encontre du bon sens. Dans la pratique, la majorité des prénoms japonais suivent les lectures répertoriées dans les dictionnaires de kanjis, qu'elles soient "kun", "on", ou spécifiques aux prénoms. Ces dernières sont connues sous le terme de ; on peut citer "kazu" pour le kanji , "nori" pour , "mitsu" pour , etc. La multiplicité des kanjis et des lectures fait qu'il existe une grande variété de prénoms au Japon, à tel point que les situations où une personne n'arrive pas à lire le prénom d'une autre sont fréquentes. Cela s'est renforcé depuis les années 1990 et 2000, en raison d'une augmentation des usages non conventionnels, comme des lectures abrégées ou encore inspirées par la langue anglaise ; la « mode » pour ce type de prénoms, désignés par le terme peu valorisant de "kirakira-nēmu", a commencé à refluer après sa médiatisation à partir des années 2010. "Hyōgai kanji". Les kanjis extérieurs aux listes officielles ("jōyō kanji" et kanjis supplémentaires pour les prénoms) sont souvent appelés "hyōgai kanji". Dans la pratique, il n'est pas du tout rare d'utiliser des caractères "hyōgai kanji", en particulier pour écrire des noms propres, des termes techniques ou des mots ou expressions littéraires. Le cas des noms propres mis à part, le recours à ces kanjis dépend de facteurs comme le caractère officiel ou non du document, le public visé, l'existence d'un contexte spécialisé ou de règles liées à une organisation, voire, les habitudes ou choix individuels. Les usages dans presse écrite suivent la liste officielle des "jōyō kanji", avec néanmoins quelques petites différences. Souvent, des "furigana" sont insérés pour préciser comment lire des "hyōgai kanji" ou des noms propres rares, sans que cela soit systématique. La plupart des "hyōgai kanji" qui sont relativement fréquemment rencontrés, en dehors des noms propres, se retrouvent dans la liste des formes standard pour l'impression. Indexation et apprentissage. Catégories étymologiques traditionnelles. Les kanjis forment un vaste ensemble de plusieurs milliers de signes, d'où la nécessité d'avoir des méthodes d'indexation. Les grandes catégories étymologiques des sinogrammes que l'on trouve dans les dictionnaires sont un attribut possible pour classer les kanjis ; ces catégories sont : Clés. La décomposition d'un caractère en plusieurs parties, vu à la section précédente avec les « idéogrammes composés » et les « idéophonogrammes », peut être généralisée en disant que tout kanji est constitué d'une ou de plusieurs parties. Un découpage fréquent consiste à scinder le caractère entre sa partie gauche ("hen") et sa partie droite ("tsukuri"), comme avec les exemples de la table 1, ci-dessous. Les parties élémentaires qui émergent de ces découpages sont parfois qualifiées de « radicaux ». Un kanji se décompose en une somme de radicaux dont l’un d’entre eux est considéré, par convention, comme principal ; ce radical principal est appelé . Les clés permettent de classer les kanjis dans les dictionnaires en format papier, suivant l'ordre des clés, chaque dictionnaire contenant une table où les clés sont rangées dans l'ordre du nombre de leurs traits. Selon les dictionnaires, le nombre de clés et leurs affectations aux kanjis peuvent présenter quelques différences, mais celles-ci demeurent tout à fait mineures ; aussi les principaux ouvrages s'accordent-ils sur un effectif légèrement supérieur à deux-cents clés. Les clés se situent généralement sur l'un des sept emplacements classiques qui incluent les emplacements précités "hen" et "tsukuri" (cf. table 2 ci-dessous). En outre, certaines clés ont plusieurs formes possibles, souvent en fonction de l'emplacement qu'elles occupent. Par exemple, la clé voit sa forme changée en lorsqu'elle est positionnée sur la partie gauche du caractère ("hen"). En japonais, il est courant de désigner par des appellations distinctes chacune de ces variantes. Méthodes non-traditionnelles pour rechercher un caractère. En sus des approches traditionnelles, des linguistes ont proposé de nouvelles méthodes pour rechercher les kanjis, comme la méthode SKIP du chercheur Jack Halpern qui, dans son principe, demande uniquement de compter les traits et d'identifier leur type de disposition parmi un nombre restreint de modèles. Cette approche vise d'abord un public non natif ignorant peu ou prou tout des clés et les lectures. Enfin, les dictionnaires électroniques utilisent les numéros des points de code (dans les standards JIS ou Unicode) comme critère de classement et de recherche ; ils offrent souvent aussi la possibilité de chercher la lecture d'un kanji ou d'un mot à partir de caractères tracés à la main (stylet, souris, etc.). Apprentissage des kanjis. Au Japon, l'apprentissage des kanjis d'usage courant ("jōyō kanji") requiert les neuf années que compte l'instruction obligatoire, tandis que certaines lectures de ces caractères ne sont enseignées qu'au niveau des lycées. En particulier, les considérés comme les plus élémentaires sont étudiés durant les six années de l'enseignement primaire ; ils sont communément appelés "kyōiku kanji". En outre, pour chaque kanji, il convient de mémoriser : De plus, la connaissance des sens ("jigi") ou des étymologies ("jigen") des caractères peut être utile, en raison notamment de la fréquence, parmi les lectures sino-japonaises, des homophonies (par exemple, des dizaines de kanjis sont lus "kō") et des polysémies (par exemple, le kanji , "kō", signifiant, selon les cas, « école », « comparer » ou « officier »). Aussi, la connaissance en profondeur d'un grand nombre de kanjis est-elle une marque de culture et d'érudition. Il existe des examens spécifiques portant sur les kanjis, le plus connu étant le Kanken ; ce dernier permet de mesurer ses compétences selon douze niveaux, allant du niveau d'un élève en première année d'école primaire à celui d'expert. En plus des centres d'examen japonais, il est possible de passer certains niveaux dans quelques grandes villes à l'extérieur du Japon.
Katakana Les sont un des deux syllabaires utilisés en japonais. Comme les hiraganas les katakanas sont des signes correspondant à des mores ("i, ro, ha, ni, ho, he, to, ka, ki, ku, ke, ko", etc.). Ils sont utilisés dans le système d'écriture japonais pour transcrire les mots d'origine étrangère autres que le chinois, les noms propres étrangers (patronymes, toponymes), les noms savants normalisés ou standardisés (日本の学名 ou 和名), des espèces biologiques (animaux, végétaux, champignons et algues) et les onomatopées japonaises. Ils peuvent également servir à mettre en valeur dans un texte des mots qui s'écrivent normalement en kanjis ou en hiraganas, ou à écrire un prénom japonais si l'on ne connaît pas le ou les kanji(s) qui le composent (avant l'ère Taishō, de nombreux prénoms étaient écrits en katakanas, sans doute pour permettre une interprétation plus souple). Utilisation. On écrit en katakana : Certains mots peuvent être écrits en katakanas pour produire un effet particulier, comme en adoucir le sens. Par exemple, , qui signifie « cela ne convient pas » ou « ce n'est pas possible », terme potentiellement offensif, peut être écrit en katakanas pour paraître moins brutal : Tableau des katakanas. Il s'agit d'un tableau de katakanas avec leur romanisation Hepburn et leur transcription API approximative pour leur utilisation en japonais. Les katakanas avec "dakuten" ou "handakuten" suivent le "gojūon kana" sans eux. Les caractères et , et les caractères et , se ressemblent beaucoup à l'impression, à l'exception de l'inclinaison et de la forme du trait. Ces différences d'inclinaison et de forme sont plus importantes lorsqu'elles sont écrites avec un pinceau de calligraphie. Caractères étendus. En utilisant de petites versions des cinq voyelles kanas, de nombreux digrammes ont été conçus, principalement pour représenter les sons dans les mots d'autres langues. Les digrammes sur fond orange sont ceux généralement utilisés pour les mots d'emprunt ou les lieux ou noms étrangers, et ceux sur fond bleu sont utilisés pour des translittérations plus précises de sons étrangers, tous deux suggérés par le Cabinet du Japon - Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie. Les combinaisons de katakana avec des arrière-plans beiges sont suggérées par l'American National Standards Institute et la BSI Group comme utilisations possibles. Ceux avec des arrière-plans violets apparaissent sur la version 1974 du formatage Hyōjun-shiki. Les prononciations sont indiquées en romanisation Hepburn. Orthographe. Les katakanas peuvent s'utiliser pour écrire des mots japonais ; dans ce cas les règles orthographiques sont les mêmes que pour les hiraganas, notamment pour l'allongement des voyelles (トウキョウ = "Toukyou" → "Tōkyō"). Le rōmaji peut masquer certains faits inhérents à l'écriture en kanas. On utilise comme pour les hiraganas les diacritiques ゛ ("dakuten") et ゜ ("handakuten") pour former des syllabes dérivées ou "nigori" (カ "ka" + ゛ → ガ "ga"). Bien que cette écriture ne soit pas bicamérale, elle fait usage de caractères de petit format. Ceux-ci servent à créer des syllabes qu'on ne pourrait pas noter, sinon, directement (que ces syllabes existent ou non en japonais). Le kana qui précède n'a alors pas de valeur syllabique pleine (on les lit sans voyelle). Par exemple, ニャ ne se lit pas "niya" (qu'on écrirait ニヤ) mais "nya". Du fait d'évolutions phonétiques, il faut connaître des équivalences qui ne sont pas forcément évidentes : ainsi, チョ vaut phonologiquement "chi-yo" → "chyo" mais se lit "cho". De plus, le ッ sert comme en hiragana, à noter les consonnes géminées : ベッド se lit donc "beddo", « lit » (de l'anglais "bed") et non "betsudo". Quand les katakana servent à transcrire des mots étrangers ou des onomatopées, ils suivent une série de règles supplémentaires : Exemples de mots étrangers transcrits en katakana : Ordre des traits et sens d'écriture des katakana. Les katakana, tout comme les caractères chinois, et les lettres de l'alphabet ont un ordre et un sens d'écriture défini. L'écriture étant un geste codifié, l'ordre d'écriture des traits prend toute son importance dans la calligraphie japonaise. Origines. Ils ont été formés par isolement d'une partie d'un kanji homophone, notamment la partie du sinogramme qui indique la phonétique chinoise : ce sont donc des formes simplifiées de caractères chinois, de même que les hiragana. Ils ont été créés pour rendre l'écriture du japonais accessible à ceux qui ne connaissaient pas l'écriture chinoise. Apparus peu de temps après les hiragana (à l'époque Heian), ils servaient à l'origine aux étudiants bouddhistes pour noter la prononciation de caractères chinois inconnus.
Karaoké Le est une façon divertissante de chanter, habituellement en suivant les paroles sur un écran. Description. Ce terme est une combinaison des raccourcis "kara" du mot japonais , et "oke" de , ce qui peut signifier que le chanteur n'a pas besoin qu'un orchestre soit présent pour chanter. Les machines à karaoké sont soit un PC adéquat, soit composées d'un mélangeur sonore, d'un ou plusieurs microphones et d'un lecteur de CD+G, VCD, Laserdisc, ou de DVD qui produit de la musique et qui synchronise les paroles qui s'affichent à l'écran (comme pour les sous-titres). Les machines qui utilisent un format vidéo sont désignées dans certains pays par le terme "videoke". Les fonds sonores pour karaoké sont souvent dépourvus de la mélodie elle-même, ne contenant qu'un accompagnement, et de ce fait évitent aux producteurs de payer des droits aux compositeurs (en France il est obligatoire de payer une redevance à la SACEM, en Belgique à la SABAM et au Québec à la SODRAC). Dans d'autres cas, leur mélodie est jouée sur un instrument très simple et à faible volume. Puisque de nombreuses chansons utilisent les mêmes enchaînements d'accords, il peut être difficile de reconnaitre à quelle chanson un fond karaoké est destiné, et il est facile de se tromper de mélodie en chantant. Ces fonds ne sont pas adaptés pour servir par exemple de musique d'ambiance. L'animateur de karaoké est parfois dénommé KJ (Karaoke jockey=karajockey) par similitude avec les DJ (Disc jockey) et VJ (Video jockey). Origines. Aux États-Unis. En 1958, Mitch Miller, "crooner" américain, enregistre des séries d'albums "Sing Along With Mitch", (écrit "Sing Along" ou "Sing-A-Long") où il ne chante pas tout seul, mais avec des chœurs de scouts, des membres du Rotary Club, etc. Ils reprennent des grands classiques du folklore et dix-neuf titres seront classés dans le Top 40 américain. Jim Lowe présente une émission intitulée "SING ALONG" sur CBS. Elle sera présentée ensuite par Mitch Miller lui-même, ("Sing along with Mitch"), le public chante en même temps que Mitch, et les paroles s'affichent à l'écran, une balle rebondit sur les paroles quand il faut les chanter, son petit nom anglais est la "bouncing ball". La "bouncing ball" a probablement été inventée par un technicien ou un artiste des studios des frères Fleischer. Elle a été utilisée pour accompagner des chansons dans des films sonores de publicité ou de divertissement mêlant images filmées et animation dès les années 1920, notamment la série "Sound Car-Tunes". Betty Boop et Irène Bordoni ("C'est mon gigolo") sont parmi les premières à avoir chanté avec la bouncing ball. Également dans ces années 1960, est parue une collection de disques de playback appelée "Music Minus One" (musique moins un), sur lesquels la partie d'instrument soliste ou de chant était supprimée pour permettre aux musiciens et chanteurs de bénéficier d'un accompagnement orchestral à domicile. Au Japon. , un disquaire japonais, remarque que beaucoup de gens chantent les chansons qui passent sur les juke-box, et il a l'idée d'une machine qui jouerait les morceaux sans la voix des interprètes pour que les gens entendent leur propre voix. Il fabrique une machine composée d'un magnétophone huit pistes et d'un microphone, dépose la marque Karaoke et fonde en 1962 la société . En 1971, le musicien Daisuke Inoue conçoit un système de karaoke à Kôbe. Il a reçu le prix Ig Nobel de la paix en 2004 pour cette invention. Daisuke Inoue n'ayant pas breveté sa machine à karaoké, c'est la société japonaise Clarion qui s'est rapidement imposée comme le premier fabricant mondial de machine à karaoké. Popularité en Asie. Le karaoké est ancré dans la société japonaise comme un élément de la culture à part entière et constitue un loisir pratiqué très fréquemment par la jeunesse japonaise mais aussi par les personnes de tous âges. À la différence de la plupart des machines utilisées en Occident qui sont disposées dans des espaces ouverts (bars, cafés), les karaoké au Japon sont généralement des établissements qui disposent de plusieurs salles que les clients réservent de manière privative pour quelques heures ou la nuit entière. On parle alors parfois de . Une fois installées dans leur salle, les personnes peuvent commander à boire et à manger, puis choisir sur un écran tactile les titres qu’elles souhaitent chanter. Les "karaoke box" auraient été inventées en 1986. Le karaoké existe également en Corée du Sud sous le nom de Noraebang et en Chine, sous le nom de KalaOK (). Il est l'un des divertissements préférés des Asiatiques. Un tiers des hongkongais âgés de 16 à vont dans des karaokés au moins une fois par mois. En Chine, aller au karaoké est une étape quasi obligatoire lors de la signature d'un contrat entre hommes d'affaires. Aux Philippines, le karaoké fait partie des divertissements familiaux, avec la location à la journée d'une machine karaoké pour une soirée entre amis, un anniversaire ou encore lors d'une fête de mariage ou de baptême. Les chansons d'amour en tagalog, cebuano et autres langues de l'archipel voisinent avec les succès populaires américains, comme ceux d'Elvis Presley ou Frank Sinatra. Corée du Sud. Le "Noraebang" (de 노래, "chanson" et 방, "pièce") est le pendant coréen du karaoké japonais. Les "Noraebang" pullulent littéralement en Corée, c'est un vrai phénomène culturel. Bon marché et faciles d’accès, ces "Noraebang" occupent souvent les sous-sols de bâtiments dans les rues commerçantes et les quartiers d'habitations. Il y aurait plus de en Corée, dont à Séoul. Les chansons disponibles sont référencées dans un ou plusieurs annuaires où se trouvent les codes à rentrer dans un boîtier pour les lancer sur la machine. Pour suivre les modes et la production toujours plus rapides des maisons de disques coréennes, les "Noraebang" se doivent de tenir régulièrement à jour leurs annuaires afin de ne pas perdre leurs clients les plus branchés. Les paroles défilent sur des écrans télévisés ou sur une toile grâce à un vidéoprojecteur. En fond défilent des images sans grand rapport avec la chanson, souvent des paysages de vacances, de nature, etc. Peu importe, ce qui compte c'est de chanter et de s'amuser. Ce phénomène touche tous les âges et toutes les classes sociales, il n'est pas rare de voir des employés de bureau se rendre avec leurs collègues au "Noraebang". On peut aussi y consommer toutes sortes de boissons et de plats tout en chantant et en encourageant les chanteurs d'un soir. Naissance et développement en France. En France, le karaoké a fait son apparition au début des années 1990. Popularisé par des émissions de télévisions telles que "La machine à chanter", présentée par Daniela Lumbroso puis "La Fureur du samedi soir "d’Arthur. Le karaoké est considéré comme passéiste dans un premier temps car il est pratiqué dans les restaurants et bars interlopes. Puis il parvient à se faire une place dans les clubs parisiens branchés. Pour satisfaire une volonté de plus d'intimité, le concept est affiné. Les "karaoke box" à la japonaise arrivent ainsi en France au début des années 2010 avec un catalogue de titres en français grâce à des acteurs comme BAM Karaoke Box ou Concerto Karaoke Box. Par la suite, la démocratisation du karaoké se fait grâce aux jeux vidéo et aux applications mobiles. Cela contribue à entretenir l'attractivité du karaoké en France. On peut notamment citer le jeu vidéo "SingStar", créé en 2004. Ce dernier connaît immédiatement beaucoup de succès. C'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui car il renouvelle chaque année ses chansons pour s'adapter au mieux à celles du moment. Il en est de même pour les applications mobiles. . Enfin en 2017, arrive en France le concept britannique du "Sing-along" (projection de films musicaux en version karaoké) au Grand Rex. "Mamma Mia" est le premier film projeté ainsi. Karaoké sur ordinateur. Il existe plusieurs types de logiciels de karaoké dont le but est de transformer un ordinateur en machine de karaoké. Certains utilisent le format de fichiers MIDI (fichiers .kar, QuickTime sait les lire depuis la version 3), ou le format de fichiers KFN (combinaison d'un fichier audio, d'une animation vidéo et des paroles, lus par KaraFun). D'autres synchronisent des fichiers texte avec des fichiers MP3 (le format LRC est le plus populaire). Sur Internet, des sociétés se sont spécialisées dans la production et la réalisation de karaoké avec des versions instrumentales de chansons au format MP3. Les fichiers servent de base musicale pour les logiciels spécialisés dans ce domaine. Par extension, d'autres sociétés proposent la création en ligne de playbacks pour instruments permettant de modifier chaque piste individuellement (guitare, batterie, basse). Le logiciel EvilLyrics est capable à partir d'une partie des paroles de retrouver le texte au complet, puis de l'interpréter en karaoké.
Ardéchois à la crème de marrons L'ardéchois à la crème de marrons, est un gâteau parfumé de rhum. Ingrédients. Il est réalisé à base de farine de blé, de levure, de crème de marrons et de rhum. Accord mets/vins. Ce gâteau se consomme avec un vin blanc sec (vin de champagne ou autres) ou un vin doux naturel.
Kagoshima est une ville sur l'île de Kyūshū, au Japon. Surnommée , du fait de sa localisation en baie de Kagoshima (la caldeira d'Aira) et de sa proximité avec le volcan Sakurajima, elle est la capitale de la préfecture de Kagoshima. Géographie. Situation. La ville de Kagoshima est située sur l'île de Kyūshū, dans la préfecture de Kagoshima, à environ , à vol d'oiseau, au sud-ouest de Tokyo, capitale du Japon. Au bord de la baie de Kagoshima, étendue sur une superficie de , la capitale préfectorale est formée d'une large bande de terre le long de la côte est de la péninsule de Satsuma et de la presqu'île de Sakurajima, excroissance volcanique du nord-ouest de la péninsule d'Ōsumi. Démographie. Lors du recensement de 2015, la ville de Kagoshima rassemblait une population de , répartis sur une superficie de (densité de population : ). Histoire. Kagoshima fut la capitale du clan Shimazu. Culture. C'est à Kagoshima qu'est apparue au la céramique japonaise de style "Ryumonji", fondé à partir du savoir-faire de potiers coréens, sous la supervision de la famille Shimazu. Éducation. La ville héberge une université nationale du Japon, l'université de Kagoshima, ainsi que l'université pour femmes . Jumelages. La ville de Kagoshima est jumelée avec les municipalités étrangères suivantes : La ville a aussi établit une relation d'amitié avec la ville chinoise de Changsha, depuis le , et, depuis le , un partenariat avec la ville française de Strasbourg. Symboles municipaux. L'arbre qui symbolise la ville de Kagoshima est le camphrier ; sa fleur symbole est la fleur de laurier rose. Transports. Route. la ville de Kagoshima est desservie par les routes nationales 3, 10, 58, 224, 225, 226 et 328. Aéroport. L'aéroport de Kagoshima a pour code AITA KOJ. Rail. La ville possède un réseau de tramway, qui comporte deux lignes, exploité par le Bureau des Transports de la ville de Kagoshima. La ligne Shinkansen Kyūshū dessert la ville à la gare de Kagoshima-Chūō.
Kyushu
Kobé
Kyoto Kyoto ou est une ville japonaise de la région du Kansai, au centre de Honshū. Elle fut de 794 à 1868 la capitale impériale du Japon, sous le nom de Heian-kyō (« Capitale de la paix et de la tranquillité »). Elle est aujourd'hui, avec ses palais impériaux, ses milliers de sanctuaires shinto et de temples bouddhistes, le cœur culturel et religieux du pays. La ville est aussi la capitale de la préfecture de Kyoto ainsi que l'une des grandes villes de la zone métropolitaine "Keihanshin" (Osaka-Kobe-Kyoto). Sa population est de d'habitants (estimations 2020). Géographie. Situation. Située au centre de l'Ouest de l'île de Honshū, dans la région du Kansai, Kyoto est entourée par des montagnes, avec à l'est le lac Biwa. Seules les montagnes au nord font partie de son découpage administratif, notamment les monts Atago, et Hiei. Démographie. En 2019, la population de Kyoto était estimée à , répartis sur une superficie de , soit une densité de population de . Hydrographie. Trois cours d'eau traversent la ville : le fleuve Uji, qui passe à Osaka, sous le nom de Yodo-gawa, et les rivières Kamo et Katsura. Climat. Le climat de la ville est de type subtropical humide. En hiver les températures y sont relativement douces, avec toutefois de fréquents épisodes de froid humide qui amplifient la sensation de fraîcheur (il neige chaque année à Kyoto). Les étés sont moites et chauds, voire torrides, les nuits y sont particulièrement étouffantes. Du fait de la topographie, la ville est entourée de montagnes. Il est courant au Japon de décrire le climat de Kyoto comme extrême : une chaleur difficilement supportable en été et un froid mordant en hiver. Urbanisme. Morphologie urbaine. La ville a été dessinée selon un motif de grille en accord avec la tradition de géomancie chinoise. Aujourd'hui, les principaux quartiers d'affaires sont situés au sud et au centre de la ville, tandis que le Nord et Arashiyama, à l'ouest, sont des aires à l'atmosphère verdoyante moins peuplées. Arrondissements. Kyoto est divisée en onze arrondissements : Fushimi-ku, Higashiyama-ku, Kamigyō-ku, Kita-ku, Minami-ku, Nakagyō-ku, Nishikyō-ku, Sakyō-ku, Shimogyō-ku, Ukyō-ku et Yamashina-ku. Ce sont des divisions municipales disposant d'un bureau municipal mais elles ne sont pas, comme c'est le cas à Tokyo, dirigées par un conseil. Histoire. Bien que des preuves archéologiques permettent d'affirmer que les premiers hommes, présents sur les îles du Japon, il y a plus de comme chasseurs-cueilleurs, furent ensuite parmi les premiers potiers du monde dès le millénaire av. J.-C., la région de Kyoto ne fut peuplée qu'à partir du par le clan Hata venu de Corée. Au cours du , voulant s'éloigner de l'influence du clergé bouddhiste au sein du gouvernement impérial, l'empereur prit la décision de déplacer la capitale depuis l'actuelle Nara vers une région éloignée de cette influence. La nouvelle ville, Heiankyō ( « la capitale de la Paix ») devint le siège de la cour impériale en 794. Plus tard, la ville fut rebaptisée Kyoto (« la ville capitale »). Elle développa deux quartiers spécifiques : le quartier sud où se situait le palais impérial et la cour ; le quartier où le shogun Yoshimitsu Ashikaga plaça en 1378 sa résidence dans le 'Hana no Gosho' (ou Muromachi-dono, Karasumaru-dono) du quartier de Muromachi. Cela donnera par ailleurs le nom de la Période Muromachi de l'histoire de l'archipel. Le shogun se fit également construire le Pavillon d'Or Kinkaku-ji dans le nord de la ville. Par la suite, la ville fut véritablement dévastée par les armées lors de la guerre d'Onin, abandonnée en grande partie par ses habitants et livrée au pillage de 1467 à 1477. En 1489, le shogun Yoshimasa Ashikaga se fit construire l'une des merveilles architecturales du Japon : le Pavillon d'Argent (Ginkaku-ji) qui voulait rivaliser avec le Pavillon d'Or construit par son grand-père Ashikaga Yoshimitsu. L'avènement du shogunat Tokugawa en 1600 fit perdre à Kyoto son rôle de centre politique et administratif au profit d'Edo, lieu de résidence des shoguns. Toutefois, Kyoto resta la capitale impériale du Japon jusqu'au transfert de la résidence de l'empereur à Edo en 1868, lors de la restauration de Meiji. Après qu'Edo fut rebaptisée Tokyo (signifiant « la capitale de l'Est »), Kyoto fut connue peu de temps sous le nom de Saikyō (« la capitale de l'Ouest »). Épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, Kyoto échappa de peu à la destruction atomique, car la ville figurait en tête des cibles désignées par le comité des objectifs américain. La ville fut finalement rejetée à la suite de l'intervention du secrétaire de la Guerre des États-Unis Henry Lewis Stimson et de conseillers, dont le Français Serge Elisseeff, qui connaissaient la richesse culturelle de la ville, et estimèrent que sa destruction serait un obstacle grave à une réconciliation ultérieure avec le Japon. Les monuments historiques de l'ancienne Kyoto (villes de Kyoto, Uji et Ōtsu) ont été inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 1994. En 1997, Kyoto accueillit la conférence qui donna naissance au Protocole de Kyoto. Économie. Le tourisme constitue une importante part de l'économie de Kyoto. La ville jouit en effet de nombreux héritages culturels, constamment visités par les groupes scolaires japonais et par les touristes étrangers. L'industrie de Kyoto est principalement composée de petites installations, la plupart desquelles est gérée par des artisans traditionnels japonais. Les kimonos de Kyoto sont particulièrement reconnus et la ville demeure le premier centre de fabrication de kimonos japonais. Cependant, de telles entreprises commencent à décliner aujourd'hui, à l'heure où les ventes de biens traditionnels stagnent. La seule grande industrie de Kyoto est celle de l'électronique. La ville accueille en effet les sièges de Nintendo, Omron Corporation, Kyocera (Kyoto Ceramics), Shimadzu, le géant du textile Wacoal Corporation ainsi que le constructeur d'automobiles Mitsubishi Motors. Néanmoins, bien que l'industrie high-tech connaisse une certaine croissance, le déclin de l'industrie traditionnelle n'est pas équilibré. Il en résulte que la production globale de la ville est en relatif déclin en comparaison avec d'autres villes depuis plusieurs années. La pandémie de Covid-19 provoque une chute des revenus issus du secteur touristique et place la ville dans une situation financière précaire. Le maire reconnait en 2021 « la possibilité d’une banqueroute au cours de la décennie qui vient » et annonce des suppressions d'emplois dans l’administration et des coupes dans les aides sociales, en réduisant notamment les financements des soins à domicile. Des analystes notent cependant que les problèmes financiers de Kyoto sont antérieurs à la pandémie. Transport. Kyoto se trouve sur le Tōkaidō, la route historique reliant le Kanto (Tokyo) au Kansai (Kyoto, Osaka et Kobe), (la route devient Gojō, « cinquième rue », dans la ville). Contrairement aux autres grandes villes du Japon, son centre-ville ne contient pas d'autoroutes. Kyoto est desservie par la ligne Shinkansen Tōkaidō (Tokyo-Osaka), gérée par la compagnie JR Central. Les principales compagnies ferroviaires desservant l'agglomération sont JR West, Hankyu, Keihan et Kintetsu. L'aéroport international du Kansai se trouve à par le service « Haruka » de la compagnie JR West. La gare de Kyoto, monumentale, a été inaugurée en 1997 dans sa forme actuelle. Elle fait aussi fonction de centre commercial, hôtel, comporte de nombreux restaurants et propose une vue sur la ville depuis le sommet des onze étages. Un musée ferroviaire, le Kyoto Railway Museum, ouvre ses portes en 2016, remplaçant l'ancien musée inauguré en 1972. Le réseau de transport public comprend deux lignes de métro disposées en croix, coupant la ville dans les sens Nord-Sud et Est-Ouest, de plusieurs lignes de trains urbains privés en partie souterraines (Hankyu, et Keihan), et de nombreuses lignes de bus exploitées par plusieurs compagnies différentes. Kyoto est desservi également par un réseau de tramways composé de deux lignes. Le vélo est un moyen de transport fréquemment utilisé, la ville étant dense et en grande partie plate. Éducation. Kyoto est un des centres universitaires les plus importants du pays, et accueille d'éducation supérieure. L'importante Université de Kyoto constitue une des deux plus prestigieuses universités du Japon et est considérée comme une des meilleures université en Asie et dans le monde par les classements internationaux ; dix de ses chercheurs ont notamment obtenu le Prix Nobel. Cinq autres sont également très renommées : Ritsumeikan et Doshisha, Kyōto Sangyō, Ryūkoku ou encore Bukkyo. Kyoto a également un réseau important d'éducation supérieure appelé le consortium des universités de Kyoto, qui se compose de trois établissements nationaux, cinq publics (préfectoral et municipal), et privées. Il est aussi possible à Kyoto de suivre un cursus scolaire Français (de la maternelle à la Terminale), au sein de l'établissement École française du Kansai conventionné avec l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, permettant la reconnaissance de son Baccalauréat en France. Les étudiants représentent environ 10 % de sa population. En philosophie, Kitarō Nishida (1870-1945) fut le fondateur de l'École de Kyoto, un courant de philosophie japonaise qui a cherché à marier la philosophie occidentale avec la spiritualité issue des traditions extrême-orientales, et poursuivie par de nombreux disciples dont Hajime Tanabe. Patrimoine culturel. Avec ses , ses sanctuaires, ses palais (Kyōto-gosho, palais Heian, palais Ōmiya), ses ponts, ses jardins, son architecture, Kyoto est considérée comme la capitale culturelle du Japon. De nombreux sites patrimoniaux de Kyoto sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, sous le nom « Monuments historiques de l'ancienne Kyoto (villes de Kyoto, Uji et Ōtsu) ». Il est possible de parcourir à Kyoto la , chemin qu'empruntait le philosophe Kitarō Nishida tous les jours, afin de méditer. Kyoto est également connue pour l'abondance de ses délicieuses denrées alimentaires. L'histoire de Kyoto permet la culture d'une grande variété de légumes. La population de Kyoto parle un dialecte appelé le "kyōto-ben", une version du "kansai-ben". Mais il existe aussi des mots typiques de certains quartiers et le "kyōto-ben" est souvent assimilé au dialecte utilisé dans le célèbre quartier de Gion, par les "geiko" (équivalentes aux geishas, mais cette appellation-là est traditionnellement utilisée à Kyoto, ou dans la région Ouest du Japon) et les "maiko", les apprenties des , notamment. De nombreux écrivains ont écrit sur Kyoto, dont en particulier Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature en 1962, dont le livre "Kyôto" (1962; titre original 'Koto', 古都?, littéralement « L' ancienne capitale »), qui se déroule entièrement à Kyoto et dans ses environs, est considéré comme un de ses chefs-d'œuvre. Peinture ancienne. L'art de l'époque Edo (1600-1868) se retrouve sur des paravents dans plusieurs musées de la ville : Événements. Les principaux festivals traditionnels perpétués à Kyoto sont : Personnalités liées à la municipalité. À Kyoto sont nés ou décédés :
Kilo Le morphème kilo, de symbole k, est le préfixe du Système international d'unités (SI) qui représente 10 (mille). Étymologie. Proposé par l'Académie des sciences, le préfixe "kilo" a été officialisé en France par la loi du . Il provient du grec χίλιοι, "mille". Applications. Le kilomètre vaut , le kilovolt Le mot « kilohm » est un exemple d'élision du préfixe comme « mégohm » et « hectare ». Le symbole k qui représente le préfixe "kilo" doit être en minuscule (pour éviter de le confondre avec le K majuscule représentant le kelvin, unité de base SI pour la température). Le K (majuscule) est parfois utilisé soit pour le préfixe "kilo", soit à la place du symbole Ki (voir ci-dessous le cas de l'informatique), ce qui contribue à entretenir la confusion. Ces deux utilisations sont donc à éviter. Le symbole k n'a de sens que lorsqu'il est accolé à un symbole d'unité. Exemples : et par extension : Dans la langue courante, « kilo » est utilisé comme synonyme de kilogramme. Cas de l'informatique. Afin de permettre aux informaticiens de manipuler facilement des préfixes basés sur des puissances de et pour éviter de les confondre avec les préfixes SI qui eux, indiquent des puissances de , la Commission électrotechnique internationale a préconisé dans une norme de 1998 le préfixe binaire kibi (symbole Ki) et demande qu'on utilise le "kibioctet" (symbole Kio) ou le "kibibyte" (KiB) pour représenter (ou bytes). Le symbole Ko (avec un K majuscule) ne doit pas être utilisé, le K majuscule étant le symbole du kelvin mesure de la température sans aucun rapport avec l'informatique.
Kozukue est un quartier japonais de la banlieue de Yokohama. Sa position exacte est : Japon, préfecture de Kanagawa, ville de Yokohama, arrondissement de Kōhoku. Ce petit quartier a comme particularité d'accueillir sur son territoire le stade de football international de Yokohama construit pour la coupe du monde de football 2002 : le Stade International de Yokohama. C'est dans ce stade que se déroula la finale de cette coupe du monde organisée par le Japon et la Corée durant l'été 2002. Le lieu possède aussi une petite forêt de bambous que l'on peut visiter, et qui renferme les ruines d'un château médiéval dont il ne reste que les fondations.
Koto Le est un instrument à cordes pincées utilisé en musique japonaise traditionnelle et comme instrument d'accompagnement dans les arts traditionnels tels que le kabuki et le "bunraku". Originaire de Chine et de Corée, il a été introduit au Japon vers le , principalement à la cour impériale. Par la suite son usage s'est démocratisé. Histoire. Vers le , les kotos désignent un ensemble d'instruments à cordes importés du continent asiatique (Chine et Corée) et apparentés au luth, tel que le "biwa", à la cithare, comme le "sō no koto" ou "sō", et à la harpe, tel que le "kugo". Durant l'époque d'Edo (1603-1868), le "sō no koto", qui s'est imposé parmi les instruments de la musique de cour, devient le seul instrument désigné par le terme « koto » ou "sō". Facture. Le koto, aussi appelé « harpe japonaise », est une longue cithare (en forme de dragon tapi), mesurant environ de long et comptant treize cordes. La caisse est traditionnellement fabriquée en bois de paulownia évidé . Ses cordes sont en fil de soie que l'on pince à l'aide de trois doigts de la main droite (le pouce, l'index et le majeur), prolongés chacun par un onglet ou plectre, en os, en ivoire ou en bambou. Jeu. Un classique du koto est "Sakura sakura", chanson populaire arrangée pour l'instrument au cours de l'ère Meiji (1868-1912) et devenue une référence pour musicien débutant. Parmi les musiciens représentatifs du koto, on distingue les instrumentistes Yatsuhashi Kengyō (1614-1685), puis Michio Miyagi (1894-1956) et Fumiko Yonekawa, née en 1895 et qui avait, en 1983, de pratique. Il existe également des kotos à plus de treize cordes : dix-sept, vingt et une, vingt-cinq, trente ou encore trente-deux. Le koto à dix-sept cordes a été créé par Miyagi au début des années 1920. L'instrumentiste Keiko Nosaka et le compositeur ont inventé les variantes à vingt cordes, en 1969, puis à vingt-cinq cordes. Miyagi a aussi inventé un koto à , mais il n'a jamais existé qu'un seul exemplaire de cet instrument et son usage a été abandonné. Instruments apparentés. Il existe plusieurs instruments similaires appartenant à la famille des kotos :
Keb
Kamikaze Le est d'abord un pilote de l'aéronavale ou de l'armée de l'air japonaise qui effectuait une mission-suicide pendant la guerre du Pacifique. L'appellation fut élargie ensuite à d'autres unités de la marine (vedettes, torpilles humaines, etc) ou de l'armée, par exemple pour les détachements antichar. Il avait pour objectif d'écraser son avion sur un navire de la marine américaine ou de ses alliés. C'était une tactique militaire d'auto-explosion (technique du jibaku) pour remédier au manque d'effectif militaire et de carburant pour avion; elle consistait à faire exploser une charge contre la cible pour l'endommager au maximum. Par extension, en Occident, ce terme sert à désigner quiconque sacrifie sa vie volontairement dans un attentat-suicide. Plus largement encore et de manière métaphorique, il peut désigner une personne qui se sacrifie, ou du moins qui se met délibérément en grand danger à un niveau personnel, professionnel ou autre. Lors de la guerre d'Ukraine, les médias ont employé l'expression « drone kamikaze » pour désigner les aéronefs sans pilotes utilisés par l'armée russe contre certaines villes ukrainiennes. La charge explosive est à demeure dans le drone télécommandé qui s'écrase sur sa cible. Étymologie et emploi. est un mot composé signifiant « vent divin » en japonais. La première occurrence du mot "kamikaze" se trouve dans les "Annales du Japon" ('), où il désigne le vent qui souffle sur la région d'Ise et le sanctuaire d'Amaterasu. On le retrouve ensuite à l'époque d'Edo, notamment dans "L'Histoire du Japon" ('), où il désigne des typhons en partie légendaires qui, en novembre 1274 et en août 1281, auraient mis en déroute la flotte de Kubilai Khan et stoppé les tentatives d'invasions mongoles. Au cours de l'année 1937, l'avion "Kamikaze" piloté par et a fait sensation dans le monde et surtout au Japon pour avoir effectué, avec un Tokyo-Londres en moins de 100 heures, le vol record entre deux continents. De ce fait le mot "kamikaze" a été utilisé au Japon pour de la propagande au début de la Seconde Guerre mondiale, sans lien avec les attaques suicides. Régulièrement utilisé en japonais dans le sens d'« intervention divine », le mot fut repris à l’automne 1944 par la Marine impériale japonaise pour désigner une composée de pilotes devant projeter leur appareil sur des bâtiments ennemis (première sortie de combat le 21/10/1944). Par convention, le terme "kamikaze" désigne toutes les unités aux missions sans retour formées par les armées japonaises entre l’été 1944 et août 1945. Il y eut seulement quelques escadrilles de "kamikaze" qui chacune portèrent un nom symbolique comme , ou . Dans l'armée, la prononciation des deux caractères composant le mot "kamikaze" était , prononciation sino-japonaise (ou "on'yomi"). La prononciation ' fut utilisée en japonais dans les nouvelles cinématographiques dès . Plus naturelle, elle fait écho au sens historique du mot. À partir de 1945, le mot se diffusa tel quel en anglais et dans d'autres langues. Après la Seconde Guerre mondiale, il fut rapidement utilisé dans un sens métaphorique pour qualifier des gens se sacrifiant pour une cause ou prenant des risques inconsidérés. Il désigne plus largement tout assaillant qui meurt délibérément au cours de son attaque. Au Japon en revanche, ce terme désigne exclusivement l'équipe militaire de la Seconde Guerre mondiale et n'est pas utilisé dans le sens occidental d'auteur d'un attentat-suicide. Historique. Prémices. Ce type d'attaques aurait connu des antécédents lors de la guerre de Shanghai en 1932, une bataille qui oppose pendant plusieurs semaines l'armée japonaise et l'armée chinoise et durant laquelle trois jeunes Japonais équipés d'explosifs se seraient fait sauter dans les tranchées chinoises. Les médias japonais s’enflammèrent et ils furent qualifiés de (にくだんou 肉弾). La propagande s'empara du sujet et on publia des livres, un manga pour jeunes enfants, on peignit des tableaux, on commanda des statues de bronze, on organisa un concours de poèmes, on créa une chanson populaire à leur gloire. En réalité, il s’agissait d’une erreur de préparation et non d’un acte héroïque. Cela a été présenté comme étant possiblement la première fois que ce genre de phénomène soit apparu dans l'histoire de l'humanité. Déjà auparavant, des pilotes de toutes nations s'étaient déjà écrasés sur une cible ennemie délibérément en plein combat. Ce geste n'était pas prémédité mais un pilote blessé ou à bord d'un appareil endommagé sans espoir de revenir n'avait plus rien à perdre et voulait dans un geste ultime infliger le plus de dégâts possibles à l'adversaire. Les aviateurs soviétiques utilisèrent abondamment la tactique de l'« abordage volontaire » en plein ciel d'un avion ennemi, à partir de l'attaque allemande surprise en juin 1941. Ils l'appelaient « attaque "taran" », du russe , « bélier ». En 1944, les appareils nippons et leurs pilotes étaient qualitativement et quantitativement inférieurs à ceux des États-Unis. Les formations aériennes japonaises se faisaient souvent décimer par les avions américains avant même d'avoir pu atteindre leurs cibles. Un seul coup au but sur un navire exigeait une grande expérience que peu d'aviateurs japonais possédaient. C'est pourquoi germa l'idée chez certains d'entre eux que puisqu'ils n'avaient que peu de chance de survivre à une attaque, autant que leur mort ne soit pas vaine. Ils proposèrent alors de se jeter volontairement sur le pont des navires US avec leurs appareils armés d'une bombe. Au départ, cette idée fit peu d'écho à l'état-major de la marine impériale. L'élément déclencheur arriva le 1944 en pleine mer des Philippines. Le contre-amiral Arima ôta ses insignes de son uniforme devant ses subordonnés médusés et prit place dans un avion participant à l'attaque. Il jeta son appareil sur le porte-avion et le manqua de peu. Cet acte, bien que sujet à débat, finit de convaincre les plus récalcitrants. Le quartier général impérial, afin de freiner la poussée ennemie, décide de constituer une unité spéciale d'attaque ("Tokkōtai") chargée par son sacrifice d'invoquer les "Kami" pour réitérer le miracle de 1274 (voir la section Étymologie). Engagement. La première apparition officielle des kamikazes a lieu pendant la bataille du golfe de Leyte le . Leurs escadrons furent formés par le vice-amiral Takijiro Onishi. Cette première attaque fut réalisée par cinq « volontaires » commandés par le lieutenant Yukio Seki. Les kamikazes pilotaient des Mitsubishi A6M5 modèle 52 « Zéro » transportant chacun une bombe de . Ils plongèrent délibérément avec leurs appareils sur les navires de la marine américaine et quatre des cinq pilotes engagés réussirent à toucher leurs cibles en infligeant d'importants dommages, notamment au porte-avions d'escorte . Un des Zéros, vraisemblablement piloté par le lieutenant Seki, s'écrasa également sur le pont d'envol du porte-avions d'escorte à . La bombe du chasseur explosa sur le hangar de pont bâbord. Il s'ensuivit un incendie et des explosions secondaires qui, à leur tour, firent sauter des torpilles et la réserve de bombes du navire. Le porte-avions d'escorte coula une demi-heure plus tard, 126 de ses hommes ayant été tués. Forts de ces premiers succès, les Japonais ne reculèrent plus à la mise en place d'attaques suicides à grande échelle. Les unités de kamikazes était composée en majorité d'étudiants volontaires fraîchement appelés sous les drapeaux (ils avaient été épargnés jusque-là, devant constituer l'élite du futur empire). Ces décollaient sans parachute et ne revenaient à leur base qu'en l'absence de navires ennemis. L'appel dans cette unité était à la fois un honneur important et une sentence de mort. Vers la fin de la guerre, l'entraînement était réduit à sept jours (deux jours pour apprendre le décollage, deux pour le pilotage et trois pour les tactiques d'attaque). Avant de partir en mission, le lieutenant Yukio Seki aurait déclaré ceci : . Les plus grosses attaques auront lieu pendant la bataille d'Okinawa, lors des opérations Kikusui mettant en jeu plus de 400 avions-suicides, ainsi que les premiers Ohka. Lors de cette bataille, les kamikazes japonais coulent 20 navires (contre 9 par attaques conventionnelles) et endommagent plus de 200 à des degrés divers. Grande rivale de la marine, l'armée impériale créera elle aussi ses propres unités d'avion suicide sous le nom de Tokobtsu. À plusieurs reprises, des avions japonais se sont également jetés en plein vol sur d'autres avions américains, notamment des bombardiers lourds croisés en chemin. Cérémonial et motivation du kamikaze japonais. Au cérémonial de départ d'une attaque, les militaires vouaient allégeance à Hirohito, l'Empereur du Japon, récitaient un comme poème d'adieu en référence au devoir de sacrifice puis buvaient l'ultime saké en se tournant dans la direction de leur région de naissance. Ils nouaient autour de leur front, par-dessus le casque de vol, un bandeau Hachimaki blanc orné d'un disque rouge, les couleurs du drapeau du Japon "(Hinomaru)." La variante "Kyokujitsuki", drapeau de la marine impériale japonaise avec seize rayons entourant le disque rouge, existait aussi. Cet acte de sacrifice s'accompagnait souvent d'un cri de guerre (comme au temps des samouraïs) pour se donner du courage — le fameux ou plus communément banzai, terme emprunté à la culture chinoise, tant utilisé ensuite au cinéma. Les pilotes n’étaient bien souvent pas des nationalistes fanatiques, mais plus généralement de très jeunes soldats terrorisés. Ainsi le pilote Kikumi Ogawa note-t-il dans son journal : L'état-major militaire et la pression sociale rendaient quasi-impossible le refus de la mission-suicide. Engins kamikazes. Modèles aériens. Les kamikazes utilisaient généralement des Mitsubishi "Zéro" ou tout autre appareil dépassé. En pratique, toutes sortes d'avions ont été utilisées, surtout des bombardiers en piqué ou bombardiers torpilleurs monomoteurs (noms de code alliés : "KATE", "VAL", etc.) plus maniables et rapides que des bombardiers lourds, donc ayant plus de chances d'échapper aux chasseurs d'interception américains. Des modèles particulièrement rudimentaires ont même été créés exprès pour les attaques spéciales, comme le Nakajima Ki-115, particulièrement rustique. On peut aussi citer le Yokosuka D4Y4, bombardier en piqué muni de fusées destinées à améliorer sa vitesse lors du piqué final. La bombe volante pilotée (Yokosuka MXY-7 Ohka) a été conçue spécialement pour les attaques-suicides. Les Japonais ont également utilisé des parachutistes kamikazes, qui la plupart du temps subissaient de lourdes pertes pour des résultats négligeables. On peut néanmoins citer une attaque réussie : celle de l'aérodrome de Yontan. Neuf appareils emportant chacun 14 paras y ont participé. Quatre appareils ont été abattus en chemin, et quatre autres, par la DCA de l'aérodrome. Dix paras ont pu s'échapper du dernier appareil et se sont précipités vers les avions américains. Ils ont détruit 9 appareils et en ont endommagé 26 autres, tout en brûlant de carburant, en tuant deux marines et en faisant 18 blessés. Modèles maritimes. Il existait aussi : Mais les résultats furent décevants pour l'amirauté japonaise. Il est cependant à noter que les pilotes des vedettes rapides et des kaiten n'étaient pas tous prêts à mourir. Ces engins étaient en effet équipés d'une « trappe d'évacuation rapide » censée permettre au pilote d'échapper à la mort. Cependant, elle était en pratique inutilisable à grande vitesse. Après la guerre, l'image des kamikazes au Japon devint ambivalente, à la fois celle d'un passé que le pays voulait abandonner et un pilier de la tradition pour les plus conservateurs. Autres pays. Quel que soit le pays auquel appartient le pilote qui se jette sur sa victime, les attaques-suicides sont le plus souvent menées dans une atmosphère de catastrophe et d'action de la dernière chance devant un ennemi toujours plus nombreux et en apparence invincible. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon ne fut pas le seul pays à prendre ce genre d'initiatives. En , sous le régime nazi, Goering fit appel en dernier recours à des unités aériennes qui devaient s'écraser sur des objectifs alliés lors de l'invasion du Reich. Toutefois, cette action ne fut mise en pratique que de manière très minoritaire par rapport aux frappes massives de l'armée japonaise. De plus, certains pilotes désobéirent à ces ordres, la notion d'honneur n'étant pas comparable avec la vision japonaise. Néanmoins, plus d'une centaine de jeunes pilotes de la Luftwaffe se sont portés volontaires ; seuls six d'entre eux ont survécu. Les opérations suicides depuis des avions étaient menées par l', en allemand: "Selvopofrelsekommando Leonidas," (du nom du roi de Sparte, qui s'est "sacrifié" lors de la bataille des Thermopyles) qui appartenait au Kampfgeschwader 200. Cet escadron était doté de Fieseler Fi 103, une V1 agrandie et équipé d'un poste de pilotage. Cet appareil se rapproche beaucoup de l'Ohka japonaise, puisqu'il était largué depuis un avion et possédait aussi un système de propulsion autonome, le pulsoréacteur de la V1. Les Ohka pouvaient être aussi équipées de systèmes de propulsions: moto-réacteurs, turboréacteurs, moteur-fusée ou planer. La principale différence entre la doctrine nazie et japonaise sur ces appareils suicides est le rapport au sacrifice et au suicide. Beaucoup moins mis en avant en Allemagne, les pilotes avaient donc la possibilité de sauter avant l'impact, bien que cette manœuvre soit pratiquement impossible. Quelques initiatives similaires eurent lieu pendant la Première Guerre mondiale et surtout la Seconde Guerre mondiale : Bilan. Méthodes terrestres. Il n'existe aucun bilan, car elles n'étaient pas, sauf exceptions, le fait d'unités spécifiques. En dehors des charges banzaï suicides qui commencèrent à la bataille d'Attu, leur impact fut limité : par exemple, la mine lunge antichar n'avait permis de détruire aucun char au début 1945. Méthodes aériennes et maritimes anti-navires. Environ furent tués et , presque exclusivement américains, par environ qui réussirent à passer les patrouilles d'avions de chasse, et accessoirement par d'autres attaques-suicides (vedettes, sous-marins de poche). Les pertes américaines se montent à environ 47 navires coulés (3 porte-avions d'escorte, 14 destroyers, 10 navires de transports divers, 14 embarcations de débarquement, 3 dragueurs de mines, 1 chasseur de sous-marin et 2 vedettes PT). Aucun navire d'importance ne fut coulé (les porte-avions d'escorte sont de , après ceux de flotte et les porte-avions légers). Par ailleurs, environ 368 frappes endommagèrent des navires alliés (certains plusieurs fois, ) dont 6 fois des britanniques, 4 fois des australiens et 1 fois un norvégien. Parfois les navires ne furent pas remis en état. Ces pertes, bien que considérables, en particulier pendant la bataille d'Okinawa, n’entravèrent pas la marche des Alliés. Les pertes japonaises furent encore plus considérables : au moins rien que pour les unités kamikazes : Ce total comprend les pertes lors d’entraînement, bombardements américains, etc., mais uniquement des unités kamikazes. Il ne comprend pas les milliers de tués des missions effectuées en soutien par des unités non-kamikaze (escortes, transports, etc). Le total général doit dépasser les dont moins de proprement dit (dont la réussite de la mission impliquait la mort). Matériellement les pertes matérielles des unités kamikazes se chiffrent en milliers d'avions, en centaines de vedettes et sous-marins de poche, une dizaine de sous-marins, le cuirassé "Yamato", un croiseur léger et divers autres navires moins importants. Les pertes des unités non-kamikaze de soutien comprennent des navires transportant du matériel aux Philippines ou à Okinawa notamment les porte-avions "Shinano" (6 "Shin'yō" et 50 Ohka pour les Philippines et Okinawa, coulé, ), "Unryū" (30 Ohka pour les Philippines, coulé, ) et "Ryūhō" (58 Ohka livrés à Taïwan, hors service, 20 tués, 30 blessés). Acception moderne. Le terme « kamikaze » a rapidement pris le sens général d'« auteur d'un attentat-suicide », et il est parfois utilisé encore de nos jours pour désigner un suicidaire-meurtrier, quelqu'un qui cherche sa propre mort et celle d'autres personnes. Cependant, il faut souligner la différence forte entre l'action des kamikazes japonais durant la Seconde Guerre mondiale et celle de divers groupuscules terroristes utilisant les attentats-suicides comme moyen pour parvenir à leurs fins. En effet, si les premiers faisaient partie d'une armée régulière et s'en prenaient à des objectifs militaires, essentiellement les navires de guerre puissamment armés d'une nation ennemie et ce dans le cadre d'un conflit militaire, les seconds ciblent le plus souvent des civils sans défense, en dehors de tout conflit déclaré, ce qui les place clairement en dehors du droit de la guerre. On peut également mettre en évidence le fait que les kamikazes japonais sacrifiaient leur vie pour une cause militaire et patriotique, là où les motifs des groupes terroristes englobent une plus large plage d'idéologies, notamment religieuses. En 2015, un groupe de survivants japonais s'est d'ailleurs plaint publiquement dans les colonnes du "Tokyo Shimbun" de cet usage occidental du terme. Norbert Wiener a déclaré en 1947 qu'il ne travaillerait plus sur les missiles guidés, dont « l'usage ne peut être que de tuer sans distinction des civils, » et dont « le seul effet ne peut être que de répandre la "manière kamikaze" de se battre ». Le drone suicide, également nommé drone kamikaze, est apparu dans les années 2000. Plus anecdotiquement, kamikaze est également le nom d'un cocktail. Voir aussi. Bibliographie. À propos des actions kamikazes françaises de la bataille de France :
KDE KDE (sigle de "Kool Desktop Environment") est un projet de logiciel libre historiquement centré autour d'un environnement de bureau pour systèmes UNIX. Ce projet a évolué en un ensemble de programmes : L'ensemble est utilisé principalement avec les systèmes d'exploitation Linux et BSD. Le projet est également disponible avec un support variable, mais croissant, sous : Mac OS X, quelques autres UNIX (Solaris notamment), ainsi que Windows. Pour sa version 4, l'équipe KDE propose sa version pour Windows "via" un simple installeur. Les exécutables Windows et Plasma devraient donc pouvoir s'ouvrir sur cette plateforme. KDE est inclus dans la plupart des distributions GNU/Linux populaires. Il est l’environnement de bureau par défaut de certaines comme openSUSE, Mageia ou encore Kaspersky Rescue Disk. D'origine allemande (mais ses développeurs sont actuellement répartis sur tout le globe), KDE est traduit en plus de . KDE est avec GNOME la principale alternative libre et grand public aux interfaces des systèmes d'exploitation plus répandus (c'est-à-dire Windows et Mac OS X). Ses logiciels sont généralement publiés sous la licence GNU GPL, et ses bibliothèques sous la GNU LGPL. La mascotte du projet est un dragon vert appelé Konqi. Origine du nom. KDE était le sigle de « "K Desktop Environment" » (« Environnement de bureau K »), le K n'ayant pas vraiment de signification. Aux débuts de KDE, le mot « "Kool" » a été utilisé, mais les développeurs du projet ont renoncé à ce mot. Ils se sont alors contentés de remarquer que dans l'alphabet latin, le K est voisin du L de Linux. Ce nom évoque CDE (pour ""), l'environnement graphique très répandu sur les machines Unix des années 1990. Finalement, la communauté KDE annonce en 2009 que ce terme ne recouvre plus de signification particulière. L'explication donnée est que qualifier KDE d'environnement de bureau est ambigu, obsolète, voire source de confusion : KDE est devenu un écosystème complet bien au-delà d'un environnement de bureau, et pouvant s'exécuter sur de nombreuses plateformes y compris mobiles. Histoire. Le projet KDE a été lancé en octobre 1996 par Matthias Ettrich, qui souhaitait offrir aux utilisateurs de systèmes Unix une interface unifiée, gommant les différences entre les nombreuses boîtes à outils graphiques en usage sous le système X Window. Le choix de la bibliothèque Qt, qui à l'époque n'était pas libre, et dans une moindre mesure l'importance du langage C++ dans le développement de KDE, ont conduit à la création du projet concurrent GNOME en août 1997. L'année suivante, KDE 1.0 est sorti. Cette version contenait une barre des tâches intégrant un lanceur d'applications, un bureau sur lequel déposer des icônes, le gestionnaire de fichiers Kfm et un grand nombre d'utilitaires. KDE 2.0, sorti en 2000, a été l'occasion d'une réécriture presque complète. Cette version introduisait le "shell" graphique Konqueror, et plusieurs technologies destinées à intégrer les applications entre elles, à commencer par KParts et DCOP. La barre des tâches a également été remplacée par le tableau de bord, ou kicker, offrant davantage de fonctionnalités. La version 3.0, publiée en 2002, est une évolution de KDE 2. KDE 3.4, sorti en , poursuit le développement en apportant son lot de corrections de bogues et d'améliorations à tous les niveaux, telles qu'une meilleure prise en charge des différentes versions de CSS par KHTML, de l'accessibilité notamment "via" KTTS pour la synthèse vocale (KTTS est un sous-système de conversion en paroles) ou encore le début de l'utilisation de HAL (couche d'abstraction matérielle) et DBUS pour suivre les recommandations de freedesktop.org. KDE 4, utilisant Qt 4, proposait une refonte du système multimédia, de la gestion des périphériques, de l'interface graphique et de plusieurs autres composants majeurs. Historique des versions majeures. La publication du manifeste de Matthias Ettrich en 1996 marque le point de départ du projet, qui se réalise début 1998, avec la version 1 de KDE, composée d'un éditeur de texte, d'un gestionnaire de fenêtres, d'un explorateur de fichiers, etc. et bien sûr d'un émulateur de terminal pour accéder au Shell. KDE SC4. KDE 4.0 est sorti le . Cette nouvelle version majeure est l'occasion de changements importants, comme : Une grande partie de ces avancées sont rassemblées au sein du projet Appeal. On pouvait trouver d'autres idées pour KDE4 ici. Une version destinée aux développeurs d'applications pour KDE est sortie en . Elle a pour but de permettre à ces derniers de se familiariser avec la nouvelle interface de programmation (API) et porter leurs applications sur cette dernière. Les versions mineures suivantes ont depuis permis à KDE4 de devenir mature et son utilisation est recommandée par ses développeurs pour tous les utilisateurs finaux depuis la version 4.2. Nouvelle organisation des projets KDE. En , KDE redéfinit ses projets ainsi : Le terme KDE définit maintenant la communauté. Applications KDE. Toute application provenant de GNOME (comme GIMP ou Inkscape) ou de tierce partie (comme Mozilla Firefox, LibreOffice ou Éclipse) peut être utilisée sous KDE. Mais la richesse de KDE est la profusion d'applications qui ont été écrites spécialement pour lui, et sont donc particulièrement bien intégrées et légères lorsqu'elles sont utilisées sous KDE (respect des conventions et des particularités de cet environnement et réutilisation des bibliothèques et autres composants déjà présents en mémoire). Parmi les applications spécifiques à KDE, on peut citer : Gestionnaire d'informations personnelles (PIM). Le gestionnaire d'informations personnelles, client de courrier électronique, forums de discussion, lecteur RSS…, nommé Kontact, contient : Suite Calligra. La suite Calligra (2010-), dérivée de KOffice (2000-2011), est le sous-projet le plus important de KDE. Il s'agit d'une suite bureautique composée de nombreux composants, parmi lesquels figurent un traitement de texte (Words - anciennement KWord), un logiciel de traitement d'image (Krita) et un logiciel gérant des bases de données (Kexi). Chaque composant est utilisable également en tant qu'application indépendante. Produire et faire utiliser une suite bureautique est une tâche extrêmement difficile, surtout pour un projet comme Calligra disposant de ressources financières et humaines très limitées. Le secteur de la bureautique est principalement occupé par deux "poids lourds" : La version 2 de KOffice ne dispose pas des mêmes fonctionnalités que ces deux suites logicielles. Pour néanmoins trouver sa niche d'utilisation, le projet KOffice a poursuivi à partir de 2005 la stratégie suivante : Architecture logicielle. KDE est un grand projet. Le travail accompli peut se mesurer en quelques chiffres : Ces chiffres correspondent à l'ampleur de la tâche. Un projet comme OpenOffice.org, "équivalent" à un seul sous-projet de KDE (KOffice) est à lui tout seul légèrement plus gros en nombre de lignes de code. L'explication avancée par le projet KDE est une architecture bien pensée, un aspect rarement remarqué par les utilisateurs, mais qui rend les développeurs productifs. Cette architecture se décompose en plusieurs sous-systèmes : KDE et GNOME. KDE et GNOME ont une approche différente de ce que doit être un environnement de bureau : De manière à faire cohabiter différents environnements, Freedesktop.org a été créé (en 2000) avec pour objectif d'être une zone informelle de collaboration entre eux (mais ouverte aux autres) et visant à harmoniser l'infrastructure commune comme les raccourcis claviers, la détection du matériel, l'échange de données entre applications (comme avec le copier-coller, couper-coller et glisser-déposer), etc. C'est ainsi que depuis plusieurs années les applications KDE fonctionnent sous GNOME et inversement. Il reste néanmoins des choix d'ergonomie différents et des fonctionnalités pas toujours correctement intégrées. Lorsque l'on utilise simultanément des programmes GNOME et KDE, les deux bibliothèques graphiques sont chargées. Aujourd'hui cela pose rarement un problème en ce qui concerne la mémoire vive, mais nuit à l'efficacité du cache sur le microprocesseur. Certains économiseurs d'écran "(screensavers)" conçus au départ pour GNOME ne donnent pas accès à la totalité de leur paramétrage sous KDE pour des raisons d'homonymies de méthodes virtuelles. Anecdote. En 2005, Linus Torvalds fait parler de lui lorsque dans la liste de diffusion de GNOME, il encourage les gens sous GNOME à passer sous KDE. Il écrit dans un autre message que GNOME semble programmé par des « nazis de l'interface ». Ceci fait suite à une dispute sur l'ajout ou non de fonctions avancées dans le logiciel d'impression de GNOME. Cette attaque n'est pas du goût des responsables de KDE et Aaron Seigo (un important développeur de KDE) appelle au calme en disant qu'il est normal et nécessaire que les deux environnements fassent des choix d'interface différents et que le dénigrement d'un bureau ne contribue pas à renforcer l'autre, mais au contraire, lui nuit "via" la polémique que ce genre d'interventions génère inévitablement, alors même que GNOME et KDE ont à travailler ensemble, notamment pour obtenir le soutien des entreprises de développement indépendantes, de meilleurs pilotes, l'amélioration de X11 et un Freedesktop plus fonctionnel. Début 2009, peu avant la sortie de KDE 4.2 et sans pour autant revenir sur ses déclarations précédentes, Linus Torvalds annonce utiliser GNOME sur sa distribution personnelle (Fedora). La raison de ce changement, pour cet utilisateur habitué à KDE, a été la sortie de KDE 4 qui est, selon lui, un désastre dans l'état actuel des choses. Il a cependant admis qu'il a envisagé de tester à nouveau KDE d'ici quelques mois, afin de voir les progrès réalisés. La rupture entre KDE 3 et 4, bien que compréhensible (nécessité de remplacer à terme des icônes statiques par des widgets dynamiques), a été menée, toujours selon lui, de manière trop abrupte et maladroite, là où les développeurs de GNOME en auraient discuté plus ouvertement, et auraient probablement revu leur copie. Distribution. KDE est l'un des environnements de bureau libres les plus utilisés. Il est notamment l'environnement par défaut des distributions Linux Kubuntu, Mageia, openSUSE, Chakra Linux et Calculate Linux. Il est également possible d'installer KDE sur Windows et Mac OS X. Fonction cachée ou easter egg. Il faut taper (), puis taper « life ». Il est alors indiqué « =42 » qui est la réponse à la Grande Question sur la vie, l'univers et le reste. Neon (KDE). est une distribution Linux qui intègre les versions des plus récentes de KDE Plasma, proposant aussi une branche contenant les versions qui ne sont pas encore stabilisées. Neon (KDE) a débuté comme un ensemble de paquets regroupés autour d'Ubuntu, Plasma et Wayland dans le cadre des projets KDE. Bien que ses créateurs se défendent de le présenter comme distribution Linux, on peut l'installer exactement comme si c'en était une. En , la version en cours est la 5.7. PC World fournit sur elle en 2016 un avis très favorable.
Kurt Lewin Kurt Lewin (Kurt Zadek Lewin) (1890-1947) est un psychologue américain d'origine allemande spécialisé dans la psychologie sociale et le comportementalisme, acteur majeur de l'école des relations humaines. Ses travaux ont notamment porté sur la « recherche-action », sur la « théorie du champ » et on lui doit le concept de « dynamique de groupe », concept majeur de la « psychologie industrielle » qui devait devenir plus tard la psychologie du travail. Il est aussi connu pour être un des premiers à considérer la psychologie comme une « science dure » notamment dans ses recherches béhavioristes. Esprit scientifique et humaniste, marqué par la montée du nazisme dans son pays natal, il a consacré toute sa vie à la défense des valeurs de tolérance et de liberté notamment au travers de ses travaux promouvant la démocratie à l’intérieur des groupes humains. Biographie. Son enfance et ses formations. Né le à Mogilno, ville alors allemande (Prusse), Kurt Lewin est issu d'une famille juive de la classe moyenne. Ses parents sont commerçants et il est le deuxième enfant d'une fratrie de quatre enfants. À 19 ans, il s'inscrit en médecine à l'université de Fribourg-en-Brisgau puis s'oriente vers des études de biologie à l'université de Munich, puis à l'université Humboldt de Berlin, où il est l'élève de Carl Stumpf, suit des cours d'Ernst Cassirer. Il est reçu docteur en philosophie à l'Université de Berlin en 1914 en soutenant avec succès une thèse sur "La psychologie du comportement et des émotions". Sa thèse sera complétée par des travaux ultérieurs et publiée simultanément à Londres et à Berlin en 1926. A l'automne 1914, il est volontaire pour aller se battre au front lors de la Première Guerre mondiale. Cette expérience pousse Kurt Lewin à rédiger, en 1917, son premier ouvrage de psychologie. Il se base sur son expérience des tranchées pour démontrer que la perception d'un paysage donné diffère selon que le sujet est un soldat (pour lequel l'ennemi peut surgir à n'importe quel moment) ou un simple promeneur. Il en conclut dès lors que la perception de l'environnement dépend fortement des motivations, des attentes et des caractéristiques de l'individu. Il finit la guerre avec le grade de lieutenant et est récompensé par la croix de fer de services rendus à la nation. De retour du front, où il perd un frère, il étudie la "Gestalt" aux côtés de Max Wertheimer et de Wolfgang Köhler. Il commence à développer son intérêt pour les travaux relatifs à la psychologie industrielle et aux questions agricoles tout comme Maximilien Ringelmann. Sa carrière universitaire en Allemagne (1921 - 1933). À l'automne 1921, il devient assistant professeur à l'Institut de psychologie de l'Université de Berlin. Il est nommé professeur de psychologie à l'université Humboldt de Berlin à l'âge de 36 ans (1926). Au cours de cette période d'après-guerre, Kurt Lewin publie trois articles sur la mesure des phénomènes psychiques. C'est en 1931 qu'il pose l'équation suivante : le comportement (formula_1) est une fonction (formula_2) de la personnalité (formula_3) et de l'environnement (formula_4), soit de manière formalisée : formula_5. En 1933, face à la montée du national-socialisme et l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Kurt Lewin, parce que juif, est sommé de quitter l'Allemagne avec sa famille, moyennant rançon, sous peine d'être incarcéré dans un camp de concentration. Il passe quelques mois en Angleterre, puis émigre aux États-Unis, où il obtient la nationalité américaine en 1940. Cette expulsion, de nature antisémite, est le point de départ de l'intérêt que Kurt Lewin porte à la psychologie sociale. En effet, il s'intéresse désormais davantage à l'interaction au sein d'un groupe (psychosociologie) qu'à l'homme et son environnement (comportementalisme). C'est de ces travaux qu'émerge notamment la théorie de la dynamique de groupe qui analyse l'engagement et le comportement des individus au sein d'un groupe. Sa carrière universitaire aux États-Unis (1934 - 1947). Aux États-Unis, il occupe différents postes d'enseignement, tout d'abord à l'université de Stanford pendant un an, puis sera deux ans professeur de psychologie au sein de l'université Cornell, ensuite invité à occuper la chaire de psychologie de l'enfant à l'université de l'Iowa et à prendre la direction d'un Centre de recherches au département de psychologie de la même université. C'est au cours de cette période que Kurt Lewin publiera deux ouvrages qui contribueront à sa notoriété : "A dynamic theory of personality" (1935) et "Principles of topological psychology" (1936). En 1939, il retourne pour un an à l'Université de Stanford, puis en 1940 devient professeur à l'Université Harvard. C'est dans cette université que fut créée la première chaire de psychologie sociale en 1917 dont le second titulaire sera le fondateur de cette discipline, William McDougall. La méthode employée par Kurt Lewin dans ses études sur la psychologie sociale constitue une rupture avec ses prédécesseurs. Alors que ces derniers cherchaient à découvrir les lois fondamentales qui rendraient intelligibles toute conduite sociale, Kurt Lewin étudie la dynamique de phénomènes de groupes circonscrits aux dimensions concrètes et existentielles dans des contextes précis. La naissance de la dynamique des groupes (1939 - 1947). À partir de 1939, l'orientation des recherches de Kurt Lewin se déplace. S'il continue encore pour un temps à s'intéresser à des problèmes de psychologie individuelle tels que la frustration et la régression ("Experimental on frustration and redression in children", 1937), puis les niveaux d'aspiration ("Intelligence and motivation", 1940 "Level of aspiration", 1944); et d'apprentissage ("Field theory of learning", 1942, "Conduct, knowledge and acceptance of new values", 1945) sa préoccupation dominante devient l'élaboration d'une psychologie des groupes qui soit à la fois dynamique et gestaltiste, c'est-à-dire définie par référence au milieu social dans lequel ils se trouvent ("Authority and frustration", 1944 ; "Resolving social conflicts" ; "Psychological problems in Jewish education" 1946 ; "Field theory in social sciences"). Tout en conservant son poste à Harvard, il fondera en 1945, à la demande du Massachusetts Institute of Technology, un centre de recherches en dynamique des groupes, le "Research center for group dynamics". C'est au MIT qu'il élabore sa théorie de la dynamique des groupes, branche de la psychologie sociale. En 1946, le directeur de la Commission de l'État du Connecticut le contacte afin qu'il aide les pouvoirs publics à lutter contre les préjugés raciaux et religieux au sein de l'État. Son action ayant lieu au sein de l"'American Jewish Commission with the Commission of Community Interrelations". On lui doit la citation « rien n'est plus pratique qu'une bonne théorie ». Pour Lewin, la recherche doit être un tremplin vers de nouvelles perspectives. C'est pourquoi il a toujours refusé les concepts de recherche appliquée et de recherche fondamentale au bénéfice d'une recherche plus novatrice. Son décès et la parution posthume de ses œuvres. Kurt Lewin meurt subitement le 12 février 1947 à sa résidence de Newtonville (Massachusetts), non loin des deux centres universitaires où il travaillait. Après sa mort, les professeurs G. W. Allport de l'Université Harvard et D. Cartwright de l’Université de Michigan, en collaboration avec sa fille Gertrud W. Lewin, publieront deux tomes de ses œuvres. Études sur les minorités psychologiques. Kurt Lewin publiera quatre études sur la psychologie des Juifs. La première, "Psychological problem of a minority group", parait en 1935, la plus importante, "Self-hatred among Jews", en 1941, traite des mécanismes d'autodépréciation observés. Kurt Lewin généralisa ses études à la psychologie des minorités en général dans une étude de 1943, "Cultural Reconstruction". Études sur la dynamique des groupes en milieux professionnels. Kurt Lewin va mettre à jour plus précisément l’avantage productif que recèle, au-delà de la simple reconnaissance, l’autonomie et la participation des travailleurs, en allant ainsi plus loin qu’Elton Mayo. Il réalise pendant la guerre une expérience à la demande de l’armée consistant à trouver la meilleure manière de convaincre les citoyens de consommer des abats afin que la viande puisse être envoyée aux troupes. Dans les groupes de contrôle un nutritionniste faisait un cours sur l’alimentation, la rareté et le patriotisme. Dans les groupes expérimentaux, le même cours était administré, les mères de famille se réunissant ensuite pour discuter de ce qu’elles devaient faire. Le résultat, c’est que les groupes expérimentaux modifièrent beaucoup plus leur comportement que les groupes témoins. Après-guerre, Kurt Lewin, convaincu que le travail doit pouvoir développer la personnalité au lieu de la détruire, lance son projet antérieur d’ « humanisation du système Taylor ». Par ses observations des styles de management sur la cohésion et la performance des groupes professionnels, il démontre que les deux principes fondateurs des démarches participatives sont : les travailleurs appliquent mieux les décisions qu’ils ont contribué à prendre, et ces décisions peuvent être – à certaines conditions – de meilleure qualité que celles prises par les experts extérieurs. Kurt Lewin est directement à l’origine des techniques de dynamique des groupes qui permettent de faire donner le meilleur de chacun des participants d’un groupe, quel que soit son objet, professionnel, éducatif, culturel. Kurt Lewin expérimente le travail en équipes autonomes dans une usine de fabrication de pyjamas. Est confiée à une équipe d’ouvrières la responsabilité de déterminer elles-mêmes leurs objectifs et leurs méthodes de production. Le résultat fut une hausse de la productivité de 20 %, ce résultat fut par la suite confirmé par d’autres expériences similaires. Kurt Lewin démontre donc pour la première fois que les résultats d’une équipe autonome dépassent largement les performances d’une organisation taylorienne. Il appartiendra à Douglas Mac Gregor d’approfondir le « développement organisationnel » de Kurt Lewin avec son ouvrage de référence « The Human Side of Enterprise » (1960) (La dimension humaine de l’entreprise). Études sur le leadership. Inspiré par la Gestalt comme par la physique théorique, Kurt Lewin considère que les relations d'un individu ou d'un groupe à son environnement sont régies par des attractions et répulsions comparables à des champs de force. Au MIT, avec le "Research Center for Group Dynamics," il étudie aussi bien les préjugés raciaux que les styles de leadership. Lewin, dans ses travaux sur l'apprentissage auprès des enfants a établi la théorie du leadership selon laquelle il existerait différents types de leadership ayant chacun des configurations différentes, notamment en lien avec la qualité de la production du produit réalisé et de la satisfaction de son producteur. Ces expériences ont été reprises par la suite par Lippitt et White dont la thèse avait été dirigée par Lewin. Ils ont publié les résultats de leurs recherches dans leur livre "Autocracy and Democracy" (1960). L'expérience sur le leadership de Kurt Lewin consiste à constituer trois groupes d'enfants distincts lors d'activités de loisir au sein d'un centre aéré. L'objectif est de construire des modèles réduits d'avions avec une implication différente de la part des animateurs du groupe. On retrouve trois conditions expérimentales : un groupe « directif », un groupe « participatif » et un groupe « laissez-faire ». Les résultats de cette étude ont montré que le type de leadership pouvait avoir une influence sur le travail produit (qualité des biens manufacturés), mais aussi sur la satisfaction des producteurs (santé mentale au travail). Cette théorie du leadership a été reprise par les psychologues scolaires dans la mise au point d'un modèle schématique de l'éducation des enfants. En effet on distingue trois étapes au cours desquelles l'enfant est éduqué de manière paternaliste (interdiction de sortir le soir à 4 ans), puis de manière participative (possibilité de sortir mais négociée avec les parents), et enfin laissé libre (majorité, libre décision de ses actes).
Karl Popper Karl Raimund Popper, né le à Vienne, en Autriche, et mort le à Londres (Croydon), au Royaume-Uni, est un enseignant et philosophe des sciences du . C'est un penseur anticonformiste qui, dans toutes ses œuvres, a invité à la réflexion, au dialogue et à la confrontation des idées. Il est célèbre pour ses positions épistémologiques, mais il a su porter un regard nouveau en politique et dans les sciences sociales. Il a collaboré à de hautes discussions avec les plus grands scientifiques de son époque. Sa notoriété s'est établie en élaborant un critère de démarcation entre les sciences expérimentales et les autres savoirs. Il a mis l'accent sur l'idée de réfutabilité par l'expérimentation pour caractériser le savoir scientifique. Il a aussi défini l'ouverture à la critique comme un critère adéquat pour désigner le savoir rationnel en général. Il définit ainsi les théories métaphysiques comme des systèmes irréfutables par l'expérimentation mais il admet la possibilité d'en étudier la pertinence et de les confronter entre elles. Professeur à la London School of Economics, il souligne la nécessité de fonder les recherches scientifiques sur des « programmes de recherche métaphysique » et inscrit son travail de recherche dans le cadre de l'épistémologie évolutionniste. Biographie. Famille et éducation. Karl Popper est né à Vienne (alors en Autriche-Hongrie) en 1902 dans une famille d'ascendance juive. Ses parents s'étaient convertis au luthéranisme avant sa naissance et il reçut un baptême luthérien. Le père et la mère de Popper voyaient cette conversion comme une partie de leur assimilation culturelle et non comme un véritable acte de foi. Le père de Karl, Simon Siegmund Carl Popper était un avocat de Bohème et un docteur en droit à l’Université de Vienne ; sa mère Jenny Schiff était d’ascendance silésienne et hongroise. L'oncle de Popper était le philosophe autrichien Josef Popper-Lynkeus. Après s’être installés à Vienne, les Popper connurent une rapide ascension sociale au sein de la vie viennoise : Simon Siegmund Carl devint associé dans le cabinet d’avocats du maire libéral de Vienne, Raimund Grübl et, après la mort de Grübl en 1898, Simon le remplaça à sa tête. Le père de Karl Popper était bibliophile, il possédait de dans sa bibliothèque personnelle et s’intéressait à la philosophie, aux classiques ainsi qu'aux questions sociales et politiques. Popper hérita de lui sa bibliothèque et son goût pour la collection d’ouvrages. Plus tard, il dira que son éducation avait pris place dans une atmosphère . Popper quitta l’école à l’âge de 16 ans et étudia les mathématiques, la physique, la philosophie, la psychologie et l’histoire de la musique en tant qu’élève invité à l’Université de Vienne. En 1919, Popper fut séduit par les thèses marxistes et adhéra par la suite à l’Association des étudiants socialistes . Il devint aussi membre du Parti social-démocrate d'Autriche, à l'époque marxiste. Le , après une bataille de rue, la police tira sur huit de ses camarades du parti, pourtant non-armés. Ensuite il rejeta ce qu’il voyait comme une « pseudo-science » : le matérialisme historique de Marx. Il en abandonna l’idéologie et devint dès lors un partisan du social-libéralisme jusqu’à la fin de sa vie. Pendant un temps, il travailla dans les travaux publics, mais il avait du mal à supporter la pénibilité du travail. En continuant ses études à l’université en tant qu’élève invité, il commença un apprentissage en ébénisterie duquel il sortit en tant que compagnon. Il rêvait à cette époque de créer un établissement pour enfants, pour lequel il pensait que sa capacité de fabriquer des meubles pouvait lui être utile. Après cela, il fit un service volontaire auprès d’une clinique du psychanalyste Alfred Adler pour les enfants. En 1922, il passa sa "matura" (équivalent du Baccalauréat en Autriche) grâce à une école de seconde chance et put enfin rejoindre l’Université en tant qu’étudiant ordinaire. Il passa l’examen pour devenir enseignant en 1924 et commença à travailler comme éducateur dans un foyer pour enfants en difficulté sociale. En 1925, il entra dans le "Pädagogisches Institut" nouvellement créé tout en continuant d’étudier la philosophie et la psychologie. Dans ces années-là, il rencontra Josefine Anna Henninger avec qui il se mariera plus tard. En 1928, il obtient un doctorat en psychologie sous la direction de Karl Bühler avec un mémoire intitulé "Die Methodenfrage der Denkpsychologie" ("Question de méthode en psychologie de la pensée"). En 1929, il put enfin enseigner les mathématiques et la physique au lycée. Il épousa sa collègue Josefine Anna Henninger (1906–1985) en 1930. Craignant la montée du nazisme et l’Anschluss, il commença à écrire le soir et la nuit son premier livre "Die beiden Grundprobleme der Erkenntnistheorie" ("Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance"). Il avait besoin d’en publier un pour obtenir un poste académique dans un pays plus sûr pour les personnes d’ascendance juive comme lui. Néanmoins, ce n’est pas ce manuscrit en deux volumes qu’il publia, mais une version condensée "Logik der Forschung" ("Logique de la découverte scientifique") en 1934. Il y critiquait le psychologisme, le naturalisme, l’inductionisme et l’empirisme logique, et y exposa sa théorie de la réfutation potentielle comme le critère démarquant la science et la non-science. Entre 1935 et 1936, il prit un congé sans solde pour aller en visite d’étude au Royaume-Uni. Parcours académique. Il côtoie le Cercle de Vienne (néopositiviste), qui le fait connaître, mais sans jamais y entrer. Sa pensée est influencée par ses lectures de Frege, Tarski et Carnap. , il a entendu parler du surtout vers 1926-1927, rapporte la philosophe Mélika Ouelbani : . En 1936, il donne des conférences au Royaume-Uni, où il rencontre ses compatriotes Hayek et Gombrich. En 1937, il accepte une proposition de professeur (") à Christchurch en Nouvelle-Zélande, où il reste le temps de la Seconde Guerre mondiale. Début 1946, il revient s'installer à Londres. Sur une proposition de Hayek, il devient professeur à la ". Il y fonde en 1946 le département de logique et de méthodologie des sciences. Il participe également à de nombreux séminaires et conférences dans d'autres universités, notamment américaines. Il est membre de la "". Il prend sa retraite d'enseignant en 1969 et meurt le , sans avoir eu le temps de rédiger la préface de son dernier recueil de conférences "Toute vie est résolution de problèmes". Sa pensée. Philosophie des sciences. Le problème de la démarcation. Dans "Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance" (K. Popper. Ed. Hermann) que sont pour Popper le problème de l'induction (ou « problème de Hume »), et le problème de la démarcation (ou « problème de Kant »), l'auteur précise que puisqu'aucune théorie universelle stricte n'est justifiable à partir d'un principe d'induction sans que cette justification ne sombre dans la régression à l'infini, ceci implique, notamment, qu'aucun énoncé de ce genre ne peut être vérifié sur la base d'un dénombrement d'énoncés particuliers. Il s'ensuit qu'il faut donc considérer l'induction comme un « mythe » dans l'élaboration de toute connaissance objective, et que le passage à un autre mode d'évaluation des théories, devient, par cette voie, logiquement nécessaire : si l'on ne peut évaluer le contenu empirique des énoncés universels stricts de la science, sur la base de leur sous-classe d'énoncés particuliers « permis » par eux, il est par contre possible de les évaluer à partir de tests permettant de confirmer ou d'infirmer l'occurrence d'un seul de leurs énoncés « interdits », ou, comme l'écrit Popper dans "La logique de la découverte scientifique", les « falsificateurs potentiels » des énoncés universels stricts. Pour Popper, le problème fondamental en philosophie des sciences est donc celui de la démarcation : c'est la question de la distinction entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la métaphysique, sachant que pour Popper, son critère de démarcation est avant tout un critère permettant de distinguer deux types d'énoncés : scientifiques et métaphysiques. (D'où, par exemple, son opposition aux thèses du Cercle de Vienne, lesquelles proposaient d'éliminer complètement la métaphysique, « à tous les stades de l'élaboration de la science », alors que Popper défendait l'idée que toute science nécessite, à ses débuts, dans ses engagements ontologiques, des énoncés métaphysiques, lesquels doivent être, soit éliminés « progressivement », soit transformés en énoncés testables). Pour comprendre ce problème, il s'interroge d'abord sur la place de l'induction dans la découverte scientifique : d'après la théorie de l'induction telle que la comprend Karl Popper, toutes les sciences sont basées sur l'observation du monde. Comme cette observation est par nature partielle, la seule approche possible consiste à tirer des lois générales de ces observations (remarquons que c'est l'approche générale et fondamentale de tout organisme vivant qui apprend de son milieu). Si cette démarche permet d'avancer, elle ne garantit en aucun cas la justesse des conclusions. Pour Popper, il faut donc prendre au sérieux l'analyse de Hume qui montre l'invalidité fréquente de l'induction. Plutôt que de parler de « vérification » d'une hypothèse, Popper parlera de « corroboration », c’est-à-dire d'un test ou d'une séries de tests indépendants mais inscrits dans une tradition de recherche qu'une théorie aurait passée avec succès et dont la "logique" consiste toujours à tenter de mettre en échec pour en révéler les potentialités descriptives, explicatives et prédictives. Même par un grand nombre de tests jugés concluants, la corroboration ne permet pas de conclure à la « vérité » (certaine) d'une hypothèse générale (laquelle serait supposée soi-disant "vérifiée" pour toutes les observations "jusqu'à la fin des temps") ou même à sa grande probabilité. Popper arguant à ce sujet sur le fait que le "degré de corroboration" d'une théorie augmente au contraire son degré d'« improbabilité logique » (qu'il distingue d'une improbabilité mathématique) : plus une théorie est corroborée par des tests plus elle « interdit » certains faits particuliers de se produire (voir, à ce propos, le chapitre 10 de son livre "Conjectures et réfutations"). Ce sont ces interdictions potentielles qui, non seulement rendent la théorie de plus en plus logiquement improbable selon Popper, mais en outre qui accroissent "ce que nous dit" la théorie de son domaine d'étude empirique, et par conséquent sur ses potentialités à être de nouveau mise à l'épreuve par d'autres tests. Pour Popper, les énoncés « permis » par une théorie, par exemple les énoncés particuliers sur l'observation d'autres cygnes blancs, énoncés déductibles de la théorie universelle « tous les cygnes sont blancs », ne disent rien sur les réels pouvoirs descriptifs de cette théorie universelle puisqu'ils ne permettent pas d'en dessiner les contours ou les limites ; sachant qu'une description de quelque objet que ce soit consiste, logiquement, en une "discrimination" de cet objet par rapport à tout autre, et donc en la classification par « élimination » ou « interdiction » de toute autre caractéristique observable qui ne serait pas propre à l'objet "et par conséquent de tout autre objet". La corroboration, pour Popper, demeure donc une sorte de « vérité relative aux tests », et n'est jamais identifiable à une vérité absolue, ou un déterminisme absolu. Il ne sert donc à rien, selon Popper, d'accumuler des faits qui s'accordent ou peuvent potentiellement s'accorder avec ce qu'énonce "a priori" une théorie universelle (donc des faits qui ne font que confirmer la théorie mais qui ne la corroborent pas) pour prétendre en identifier les pouvoirs de description. Ou, en d'autres termes, il n'y a que le verre qui entoure l'eau ainsi que tout autre objet qui n'est pas de l'eau (et qui ne peut donc être identique à l'eau) qui puisse permettre de « voir » qu'il y a de l'eau dans ce verre. Nous ne pouvons décrire et même observer l'eau "que par rapport à ce qu'elle n'est pas", (comme tout autre objet d'observation) ou ce qui est exclu (…) par le fait de dire : « toutes les fois que nous serons en présence de telle substance, nous pourrons dire que c'est de l'eau » ; car, si « tout était de l'eau » (sans aucune exclusion possible aussi infinitésimale soit-elle, ce qui reste de toute façon impossible à vérifier eu égard au problème de la précision des mesures), alors, plus rien n'existerait, et une telle situation absurde exclurait même la possibilité qu'un individu puisse observer ou même formuler une telle situation, sachant que « l'eau ne parle pas ». Il est très important de souligner encore que pour Popper, aucune corroboration, ni même aucune réfutation ne peut être "certaine". (Cf. K. Popper, in "Le réalisme et la science". Ed. Hermann), ce qui l'écarte de toute accusation de « réfutationnisme naïf ». La certitude d'une réfutation est impossible parce que les conditions initiales permettant d'échafauder les tests, dépendent, elles aussi, d'énoncés universels, et il est toujours possible de sauver une théorie d'une réfutation, grâce à des stratagèmes "ad hoc". Mais l'argument le plus important reste celui de la précision des théories, problème expliqué par Popper dans "La logique de la découverte scientifique", puis ce même problème insoluble de la précision également démontré par Popper dans "L'univers irrésolu", plaidoyer pour l'indéterminisme. Dans le premier ouvrage, Popper démontre que « toute mesure consiste à déterminer des coïncidences de points. Mais toute détermination de ce type ne peut être exacte que dans certaines limites » lesquelles doivent à leur tour être évaluées par d'autres limites et ainsi de suite sachant que chacune des limites à évaluer ne peut l'être que par un intervalle de deux points et ainsi de suite. Dans le second ouvrage, Popper démontre qu'il est impossible de satisfaire à ce qu'il nomme le « "principe de responsabilité renforcé" » dans un projet de prédiction scientifique, c'est-à-dire d'être « responsable » ou de « rendre compte » avant toute prédiction, de n'importe quel degré de précision dans les mesures possibles à partir desquelles l'on doit calculer aussi le degré de précision des conditions initiales d'une prédiction. Mais ceci, loin d'être un défaut du critère de démarcation aux yeux de Popper, ou même de sa méthodologie en général, représente au contraire la démonstration qu'il y a toujours une possibilité logique pour continuer la voie de la recherche, en imaginant des tests toujours plus sévères et précis. Ce sont donc toujours en dernier ressort, des « décisions méthodologiques » reconnues par une communauté de chercheurs, qui permettent d'accepter ou de rejeter les résultats d'une corroboration ou d'une réfutation scientifique. Ceci est la raison pour laquelle, Popper précise que son critère de démarcation doit être compris comme étant un « critère méthodologique » de démarcation. (cf. Karl Popper in "Le réalisme et la science", Ed. Hermann). En revanche, pour d'autre philosophes, comme Chalmers, Kuhn ou Feyerabend, la faillibilité du critère de Popper montre que le réfutationnisme est totalement incapable de distinguer quelle théorie est la meilleure et qu'il échoue donc aussi à décrire le processus de la découverte scientifique, comme le montre Kuhn au sujet de la révolution copernicienne : la théorie de Copernic était en effet réfutée par les observations de l'époque, elle n'a pourtant pas été rejetée et de ce fait la notion de réfutation ne peut en rendre compte. Dans cette démarche, la théorie doit donc précéder l'observation. Il rejette cette méthode de l'induction et formule ainsi une critique méthodologique, indépendante de notre capacité à modéliser les raisonnements inductifs, l'induction étant un type de raisonnement courant d'un point de vue cognitif (voir à ce propos le théorème de Cox-Jaynes). Il va lui substituer le principe de la réfutabilité empirique (en anglais, "falsifiability"). C'est ce principe qui va devenir le critère de démarcation entre science et non-science proposé par Popper. Il peut être ainsi formulé : « Si on entend par énoncé de base un rapport d'observation, une théorie est dite scientifique si elle permet de diviser en deux sous-classes les énoncés de base : Le critère de réfutabilité de Popper peut être apparenté dans son principe à un test de réfutabilité bayésien, hormis le fait qu'il travaille uniquement en logique discrète (vrai/faux) tandis que les bayésiens font varier les valeurs de vérité sur une plage continue de l'intervalle ]0;1[. Popper explique pourquoi il décide d'utiliser le terme de corroboration plutôt que de probabilité quand on cherche à évaluer le degré de vérité d'une théorie scientifique. Il faut distinguer en effet deux sens du mot probabilité : son usage ordinaire et son usage au sens du calcul des probabilités. En effet, les hypothèses ou théories scientifiques qui décrivent des événements sont d'autant plus fortes qu'elles sont improbables logiquement : "leur probabilité décroit lorsque leur contenu logique augmente". Plus une théorie est probable moins elle explique. Or, en sciences, on cherche des théories avec un haut pouvoir explicatif. C'est pourquoi il faudrait distinguer d'une part, "la probabilité d'une hypothèse en fonction des tests qu'elle a passé" qui est plutôt une corroboration car elle n'obéit pas aux règles du calcul des probabilités, c'est le sens du terme probabilité employé ordinairement quand on veut dire qu'une théorie a été mieux testée, et d'autre part, "la probabilité d'un événement (ou d'une hypothèse) en fonction des chances qu'il a de se produire". Cette distinction avait déjà été faite par Leibniz dans sa célèbre lettre à Conring du . Le principe de réfutabilité de Popper a été critiqué notamment par Imre Lakatos (1922-1974), Paul Feyerabend (1924-1994) ou Jean-Claude Passeron dans son ouvrage "Le Raisonnement sociologique". Réfuter ou falsifier, terminologie. L'accès à l'œuvre épistémologique de Karl Popper est compliqué par l'utilisation du mot falsifier (et ses dérivés) pour traduire l'anglais "falsify" (et ses dérivés). Comme le signale Catherine Bastyns dans sa "Note et remerciements de la traductrice" de la version partielle de "La connaissance objective" publiée en 1978 par les Éditions Complexe : « (Le terme falsifier) construit sur un des termes de l'opposition vrai-faux, (…) avait l'avantage de marquer par son étymologie qu'il s'agissait de démontrer la fausseté, et le désavantage de n'être pas recensé au dictionnaire avec cette signification ». Karl Popper lui a signalé son souhait que « le terme alors en usage (falsifier) soit remplacé par réfuter (et ses dérivés) ». En effet, « si en anglais et en allemand, les termes concernés signifient à la fois réfuter et adultérer, en français par contre le terme falsifier n'a que ce dernier sens. Un point intéressant est que, même en anglais, « "to falsify" » est pour lui le synonyme de « "to refute" ». » Les limites du champ d'application. C'est principalement en prenant appui sur des exemples tirés des sciences dites « dures » (physique, chimie, etc.), que Popper démontre le caractère applicable de son critère. (Cf. K. Popper, in "Le réalisme et la science"). En outre, puisque tout projet scientifique consiste, "in fine", à établir par des tests des explications et des "classifications" toujours plus précises et riches en contenu des phénomènes étudiés, lesquelles sont exprimables sous la forme d'énoncés universels au sens strict, Popper en vient à proposer une unité de la méthode scientifique : Le caractère non scientifique d'une théorie est souvent considéré comme synonyme de « sans intérêt scientifique », ce qui sous-entendrait que la science ne se préoccupe que de ce qui est « scientifique », alors que la science tente de codifier, justement, ce qui ne l'est pas (par exemple, voir histoire des sciences). Ceci finit par desservir l'épistémologie et provoquer le rejet de cette théorie par les défenseurs des domaines attaqués. Pour Popper en revanche, la science est « fille de la métaphysique » et celle-ci peut avoir eu de grands mérites heuristiques. Selon ce critère, l'astrologie, la métaphysique, l'épistémologie, la plupart des sciences humaines ou encore la psychanalyse ne relèvent pas de la science, puisqu'on ne peut en tirer aucun énoncé prédictif testable et qu'en conséquence, aucune expérience ne permet d'en établir (ou non) la réfutation - et donc une confirmation non plus. En pratique cependant, il n'est pas toujours facile de réfuter une théorie qui échoue à expliquer un fait expérimental, en particulier si on ne dispose pas d'une meilleure théorie. Dans certains cas, deux théories contradictoires peuvent cohabiter, car l'une et l'autre sont soutenues par certains faits et contredites par d'autres, faute d'une meilleure théorie capable d'unifier ces théories contradictoires. La physique, qui est pourtant l'exemple type d'une science gouvernée par l'épistémologie de la réfutabilité, en donne un bon exemple, avec l'énigme de la précession de Mercure que la mécanique newtonienne ne parvenait pas à expliquer, et qui a été résolue par la théorie de la relativité générale, elle-même entrant ensuite en conflit avec certaines des expériences qui soutiennent la mécanique quantique. Différents auteurs ont défendu qu'une démarche scientifique devait reposer sur l'induction, hors les mathématiques et la logique. Le cas des sciences humaines. Sur la base d'arguments logiques, Popper soutient une « unité de la méthode scientifique », laquelle implique que la méthode scientifique serait fondamentalement identique quel que soit le projet dans lequel s'insèrent des objectifs de scientificité. En effet, Karl Popper "« ne prétend pas qu'il n'y ait aucune différence d'aucune sorte entre les méthodes des sciences théoriques de la nature et celles de la société (...) mais que les méthodes dans les deux domaines sont fondamentalement les mêmes. »". Les arguments de Popper pour soutenir sa thèse épistémologique sont eux-mêmes dépendants de ses thèses en philosophie de la connaissance car il a toujours défendu l'idée que les problèmes relatifs à l'épistémologie et à la méthode scientifique n'en étaient que des « cas particuliers ». En conséquence, cette « "unité de la méthode scientifique" » dont parle Karl Popper repose sur les arguments suivants : Voici comment Karl Popper formule l'impossibilité d'atteindre la scientificité dans certains contextes d'études : « "Le concept d'unique s'oppose à celui de typique : le typique se laisse apercevoir dans l'homme individuel lorsqu'on le considère d'un point de vue général donné. C'est pourquoi tout changement de point de vue entraîne un changement dans l'aspect typique. Il semble dès lors impossible à une sociologie, une psychologie, quelles qu'elles soient, ou à toute autre espèce de science de venir à bout de l'individuel ; une science sans point de vue général est impossible" ». Les critères de scientificité de Popper posent problème pour les sciences humaines. En effet : Cette position est celle du dualisme méthodologique, selon lequel les méthodes applicables aux sciences de la nature d'une part, et celles applicables aux sciences humaines d'autre part, sont différentes. Elle est l'un des fondements de l'École autrichienne d'économie. Popper quant à lui soutient à la fois l'unité méthodologique de toutes les sciences, et la spécificité des sciences humaines, où un « principe de rationalité » est souvent à l'œuvre. Popper a donc défendu l'unicité du modèle scientifique. Dans une controverse fameuse avec Theodor Adorno, il défend même l'idée que la sociologie comme science sociale, peut se soumettre à la réfutabilité. L'ensemble de ce débat est résumé dans un ouvrage : "De Vienne à Francfort. La querelle allemande des sciences sociales", 1979 (voir à l'intérieur de cet ouvrage la conférence de Popper : « "La logique des sciences sociales" », et la réponse d'Adorno « "Sur la logique des sciences sociales" »). À l'extrême et à des degrés divers, ce problème donne lieu à des controverses autour de domaines tels que la psychanalyse. Karl Popper note en effet que le psychanalyste interprète le refus par un patient de reconnaître les effets de l'inconscient comme un effet de l'inconscient. Il en déduit que la psychanalyse dénie aux affirmations du psychanalyste un caractère réfutable et fonctionne selon la logique totalitaire d'un système qui s'autojustifie plutôt que de répondre aux objections, fussent elles d'un patient. Certains psychanalystes et certains scientifiques n'excluent pas totalement que des développements scientifiques futurs changent cet état des choses, ce qui est la règle selon Popper. La critique de l'historicisme : pour une vision indéterministe du monde. Les deux ouvrages ouvertement politiques de Popper sont "Misère de l'historicisme" et "La Société ouverte et ses ennemis", écrits tous les deux au titre d'effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont pour point focal la critique de l'historicisme et des théories politiques qui en découlent. Dans la préface à l'édition française (Plon, 1955) de Misère de l'historicisme, Karl Popper explique : Le nœud de son argumentation est la preuve strictement logique qu'il est impossible de déterminer le futur, Popper s'étant attaché à défendre l'indéterminisme. Partant du fait que toutes les théories s'appuyant sur une prophétie ou sur un prétendu cours de l'histoire sont invalides, il critique ainsi particulièrement le marxisme qui ramène toute l'histoire connue à la lutte des classes, ce qui n'est qu'une interprétation féconde parmi d'autres, et surtout prétend prédire la chute du capitalisme et la venue nécessaire du communisme via la dictature du prolétariat. L'ouvrage est dédié « À la mémoire des innombrables hommes, femmes et enfants de toutes les convictions, nations ou races, qui furent victimes de la foi communiste ou fasciste en des Lois Inexorables du Destin de l’Histoire. » Ce qui devait initialement constituer des notes de "Misère de l'historicisme" prend petit à petit de la consistance et devient "La Société ouverte et ses ennemis". Dans cet ouvrage, Karl Popper tente de montrer comment ce qu'il appelle l'historicisme a conduit aux totalitarismes. Plus particulièrement, il s'attache à critiquer trois philosophes reconnus : Platon, Hegel et Karl Marx. Il leur reproche l'erreur fondamentale de mettre en place des systèmes philosophiques historicistes, centrés sur une loi « naturelle » d'évolution du monde : la décadence des choses réelles chez Platon, le développement de l'Esprit chez Hegel et la lutte des classes conduisant à la société sans classes chez Marx. Au système historiciste, Popper oppose une philosophie essentiellement fondée sur l'indéterminisme. Cette conception suit celle de son épistémologie, selon laquelle la connaissance progresse par essai-erreur ("trial and error" ce qui se traduit en français par méthode par essais et erreurs) : pour résoudre un problème donné (le problème est toujours premier), on propose plusieurs hypothèses/solutions qu'il s'agit de tester et on élimine celles qui aboutissent à une erreur. Popper tire de cette conception une position politique et idéologique : comme il est impossible de prédire le cours de l'histoire, il faut progresser petit à petit par essai/erreur, d'où une conception « fragmentaire » des sciences sociales ("piecemeal social engineering") dans laquelle rien n'est joué d'avance. Au lieu de prévoir un plan d'ensemble pour réorganiser la société, il s'agit, au contraire, de procéder par petites touches, afin de pouvoir comprendre l'effet de telle ou telle mesure, et d'en corriger les inévitables conséquences inattendues. Popper reste toutefois ambigu sur ce point car il reste « progressiste » au sens où il témoigne d'une foi dans le progrès des sciences. Il pense que les théories successives progressent vers une approximation de plus en plus fine du réel, ce qui a pu provoquer l'accusation de positivisme à son encontre. Philosophie politique. L'œuvre de Popper ne se limite pas à l'épistémologie. Même s'il s'est toujours refusé à se présenter comme un philosophe politique, il n'en reste pas moins qu'il s'est beaucoup attardé sur la politique et notamment sur le fonctionnement de la démocratie. Une vision politique libérale. Les idées politiques de Popper sont fondamentalement sociales-libérales. Libérales, comme en témoigne sa participation à la fondation de la Société du Mont Pèlerin aux côtés de libéraux très engagés comme Ludwig von Mises, Milton Friedman et Friedrich Hayek, et aussi sociales dans son attachement à la lutte contre la pauvreté et l'aide aux défavorisés et aux minorités, telle que le défendit avec force Karl Marx auquel il reconnait cet apport essentiel à la défense des valeurs humaines. Comme le dit Jean Baudoin, dans son livre "La philosophie politique de Karl Popper", Popper définit un cadre intellectuel et procédural dans lequel les groupements humains peuvent progresser dans la liberté et l’égalité sans tomber sous le coup d'une contrainte collective qui l’emporterait sur la responsabilité personnelle. Il propose en effet une vision du monde dans laquelle la liberté de l'homme est fondamentale et doit être protégée. En particulier, dans sa critique du marxisme et de l'historicisme hégélien, il combat une conception du monde dans laquelle l'homme serait impuissant face à la marche de l'histoire. Popper soutient au contraire que les idées influencent le monde et l'histoire, et que l'homme, en particulier les philosophes, ont une importante "responsabilité". Le libéralisme de Popper n'exclut pas l'intervention de l'État, y compris dans le domaine économique. Au contraire, il en fait une condition de l'exercice des libertés des individus, en raison du "paradoxe de la liberté" : Aussi l'État a le devoir de limiter la liberté de telle sorte qu'aucun individu ne doit être amené à être aliéné à un autre : Théorie de la démocratie. Popper ne distingue que deux types de régimes politiques : la démocratie et la tyrannie. Comme à son habitude, Popper n'attribue pas plus d'importance qu'il n'en faut aux mots ; on ne doit comprendre, par ces deux termes, que des repères terminologiques. Ainsi, ce n'est pas par l'étymologie que Popper va définir la démocratie, qui serait alors le « gouvernement du peuple ». En effet Popper fait remarquer que le peuple n'a jamais le pouvoir de gouverner, c'est impossible que tous les citoyens gouvernent en même temps. Par contre le peuple peut avoir le pouvoir de juger, de contrôler et d'évincer ceux qui gouvernent. Ainsi la question « Qui doit gouverner ? » n'est pas importante dans un régime démocratique. Depuis Platon c'était la question primordiale, mais selon Popper elle nous engage dans des réponses essentialistes et dogmatiques. Elle est donc néfaste à la préservation de la démocratie. Popper propose d'en substituer une autre : « Existe-t-il des formes de gouvernement qu'il nous faille rejeter pour des raisons morales ? Et inversement : existe-t-il des formes de gouvernement qui nous permettent de nous débarrasser d'un gouvernement sans violence ? ». C'est la raison d'être d'une démocratie : éviter l'instauration des tyrannies. C'est pourquoi un régime est démocratique s'il donne les moyens aux citoyens de contrôler et de juger les gouvernants. Sera ainsi qualifié de démocratique, un régime dans lequel les dirigeants peuvent être destitués par les dirigés sans effusion de sang. Tout autre gouvernement dans lequel la destitution des dirigeants ne peut passer que par la violence pourra être qualifié de tyrannique. Le problème auquel s'attachera Popper sera alors de penser l'organisation de la démocratie de telle sorte que celle-ci permette au mieux la destitution des dirigeants. C'est pourquoi Popper penche pour les démocraties qui limitent la démocratie directe et le scrutin proportionnel. Son argumentation, qui fait toutefois l'objet de critiques, est de dire qu'avec la démocratie directe, le peuple est responsable devant lui-même, ce qui induirait une contradiction car le peuple ne pourrait se destituer lui-même. Par ailleurs, selon lui, avec le scrutin proportionnel, la plupart des partis sont nécessairement représentés dans les assemblées dans une plus ou moins grande proportion, quoi qu'il arrive lors des élections, et les partis majoritaires sont alors souvent forcés de devoir gouverner avec eux en créant des coalitions, ce qui signifie en clair que certains partis pourraient toujours participer au pouvoir et ne jamais être destitués. C'est pourquoi la préférence de Popper va à la démocratie représentative avec scrutin majoritaire, et ce en raison de ce qu’il pense être les faiblesses de la démocratie directe et du scrutin proportionnel. De plus, il semble marquer une nette préférence pour le bipartisme, où le parti opposant a la charge de critiquer les hypothèses formulées par le parti majoritaire, et inversement. Le système des primaires internes aux partis permet de rajouter une autocritique des hypothèses à l'intérieur même des partis. Théorie de l'évolution. Une épistémologie évolutionniste. Selon Popper, la sélection des hypothèses scientifiques relèverait d'une sélection naturelle identique à celle régissant l'évolution des espèces (voir Charles Darwin). Théorie de la vie et théorie de la connaissance répondraient ainsi d'un même processus de progression par essai et élimination de l'erreur (une position assez proche de celle d'Erwin Schrödinger). C'est pourquoi l'on parle d'épistémologie évolutionniste. En montrant les analogies existant entre l'évolution des espèces et le développement de la connaissance scientifique, Popper « naturalise » ce faisant les principes fondamentaux de son épistémologie : 1. Le rejet de l'induction : Selon Popper, « "la théorie vient avant les faits" » : les hypothèses précèdent et orientent l'observation. De même, lorsqu'ils varient, les organismes vivants créent de nouvelles théories sur le monde, de nouvelles hypothèses, que Popper nomme des « attentes » et qui s'assimilent aux théories scientifiques. Seules seront retenues celles qui correspondent à une réalité de l'environnement, celles que l'expérience, la confrontation au milieu ne réfute pas. Par exemple, en augmentant leur vitesse de déplacement et leur réactivité face au danger, les antilopes ont « théorisé » la nécessité de pouvoir fuir rapidement, notamment pour échapper à leurs prédateurs. Schématiquement, les antilopes actuelles descendent donc de celles qui, par le passé, ont su courir assez vite pour échapper aux lions. Elles ne l'ont bien sûr pas fait de manière consciente (voir Konrad Lorenz et l'imprégnation). C'est à travers les modifications héréditaires, les mutations génétiques, que le vivant « essaie » différentes adaptations à l'environnement, différentes « solutions » - qui génèrent à leur tour de nouveaux problèmes, dans une course au perfectionnement que Popper explique notamment à travers l'hypothèse d'un "dualisme génétique". 2. L'élimination de l'erreur : La sélection naturelle darwinienne et la sélection naturelle des hypothèses sont semblables dans la mesure où toutes deux mènent à l'élimination de l'erreur. "de l'amibe à Einstein, il n'y a qu'un pas". La seule différence résidant entre Albert Einstein et une amibe est ainsi, selon Popper, que le premier est capable d'« extérioriser » son erreur à travers le langage, tandis que la seconde est condamnée à disparaître avec elle. Une erreur de calcul ne sera pas forcément fatale à Einstein. La sélection naturelle ne pose pas que des problèmes de survie. Des pressions électives peuvent exister à différents niveaux de la vie ou du développement d'un organisme. 3. La résolution de problèmes : En procédant par élimination de l'erreur, la démarche scientifique, tout comme l'évolution, permet de résoudre des problèmes qui, la plupart du temps, n'apparaissent tout à fait clairement qu'une fois résolus. Dans le cas des espèces vivantes, par exemple de l'amibe, ces problèmes doivent être « objectifs » puisque cette dernière n'est pas consciente. La résolution de ces problèmes mènent à des niveaux de connaissance et d'évolution supérieurs - en ce qui concerne la biologie à l'émergence de « formes de vie plus hautes ». Ainsi, en se basant sur une série d'analogies visant peut-être à fonder ontologiquement le réfutationnisme, Popper estime que « la science » est une activité biologique, en ce qu'elle ressemble à un processus de sélection naturelle, fût-il conscient et orienté. Ce schéma de sélection naturelle s'articule en trois temps. Soit : Un problème initial amène la production d'hypothèses visant à le résoudre (de P1 à TS). Ces hypothèses sont testées par le moyen de l'expérimentation scientifique (de TS à EE). Enfin, la résolution du problème P1 entraîne l'émergence d'un nouveau problème P2. La logique de la science tout comme celle de la vie répondent, selon Popper, de ce schéma tétradique. Le statut épistémologique de la théorie darwinienne. Popper a soutenu que la théorie de l'évolution darwinienne par sélection naturelle n'était pas véritablement scientifique, car irréfutable et quasi tautologique. En effet, cette théorie énonce que si une espèce survit c'est parce qu'elle est adaptée, et on sait qu'elle est adaptée car on constate sa survie. Il la qualifia ainsi de « programme de recherche métaphysique », ce qui suscita certaines polémiques, parfois très vives. Les créationnistes tentèrent notamment d'utiliser les thèses poppériennes pour discréditer la théorie de l'évolution. Le philosophe finit par rectifier ces interprétations dans une lettre adressée au magazine scientifique "The New Scientist" (Vol 87, 21 aout 1980, page 611). Ultimement, il reconnut à la théorie de la sélection naturelle le statut de science véritable : il l'estimait entre autres capable d'expliquer les multiples processus de « causation vers le bas ». Une position que sa propre métaphysique évolutionniste ne pouvait que renforcer. Métaphysique. Les trois mondes. Au contraire des néo-positivistes du Cercle de Vienne, Popper n'oppose pas la science à la métaphysique. Il a lui-même élaboré une métaphysique mêlant réalisme, indéterminisme et évolutionnisme. Au cœur de cette métaphysique poppérienne, on trouve « "la théorie des Mondes 1, 2 et 3" » : Ces différents « mondes » exercent les uns sur les autres un contrôle plastique, rétroactif. Mais si les deux premiers sont communs aux animaux et aux hommes, le troisième est exclusivement humain car directement lié à l'émergence d'un langage argumentatif. Par ailleurs, le « Monde 3 » possède une autonomie partielle (« "La réalité et l'autonomie partielle du Monde 3" »). Popper : . Popper dit lui-même reprendre à Frege cette idée d'un troisième monde, tout en la modifiant. Les quatre fonctions du langage. Aux trois fonctions du langage distinguées par son ancien professeur viennois Karl Bühler, Popper en ajoute une quatrième : la fonction argumentative. Ces 4 fonctions sont les suivantes : Au développement de ces fonctions du langage est corrélée l'émergence des différents « Mondes » poppériens. En particulier, le « Monde 3 » apparaît avec la quatrième fonction du langage, et se développe à partir de la troisième. Tout comme pour les « Mondes 1, 2 et 3 », Popper estime que les quatre fonctions du langage exercent les unes sur les autres un « contrôle plastique ». Le dualisme néo-cartésien de Karl Popper. Par analogie, Popper affirme pouvoir résoudre le principal problème de la philosophie de l'esprit, celui de la relation corps/âme. L'âme exercerait un « contrôle plastique » sur le corps : par exemple, lorsque je me tiens debout, les muscles de mes jambes sont agités d'infimes et indétectables mouvements musculaires visant à assurer la stabilité. L'âme corrige l'équilibre du corps en éliminant les mouvements non appropriés : elle exerce sur lui un . Ainsi, Popper s'est posé en défenseur du dualisme et plus précisément de l'interactionnisme. Il estimait en outre que l'hypothèse de René Descartes selon laquelle le lieu de cette interaction se situerait dans l'épiphyse (ou glande pinéale) n'est pas si inepte et improbable que les générations postérieures l'ont laissé entendre. Mais selon lui, l'esprit n'est pas une substance immatérielle, mais un , semblable à une force ou à un champ. La théorie des propensions. Pour Karl Popper, même si cette vision du monde (et de l'être humain) à travers les propensions n'est pas sans poser des difficultés au niveau de la méthode expérimentale, (,) elle propose une approche toujours plus réaliste des faits de la Nature laquelle nous obligerait à attribuer une sorte de réalité à de pures possibilités, à des possibilités pondérées. . Selon Popper, le monde devient ainsi un univers de propensions et non plus une machine causale, . Il ajoute que le futur serait aussi ; et que la causalité n'est . Popper en conclut . Selon Popper, même les pommes, ne sont pas des , car, . Enfin, il propose que, .
Kamoutef
Khépri Khépri ("Le soleil en devenir") est une entité de la mythologie égyptienne associée au soleil et symbole de la renaissance. Il est représenté par un homme à tête de scarabée ou comme un scarabée poussant devant lui le disque solaire. Il renaît chaque matin avant de devenir Rê, le soleil à son zénith, puis Atoum, le soleil couchant. Khépri, dont le nom signifie "celui qui vient à l'existence", était adoré à Héliopolis. Aux côtés de Rê et d'Atoum, il forme la triade d'Héliopolis. Son autre nom est Kheprer, qui vient du verbe Kheper et qui signifie devenir. Khépri étant l’aspect divin, le soleil levant. Auguste Mariette au , avait remarqué que les momies de la Dynastie (2040 à 1991 Av. J.-C.) portaient un scarabée comme amulette au doigt de la main gauche. Symboles de Khépri. Khépri vient de "kheperer" qui signifie « scarabée », et du verbe "kheper" « venir de l'existence ». Il est représenté sous la forme d'un scarabée ou d'un homme dont la tête est coiffée d'un scarabée ou dont le visage est remplacé par un scarabée. On connaît aussi des scarabées à tête humaine, à tête de bélier ou de faucon. Aucun attribut particulier ne lui est dévolu en dehors des traditionnels sceptre ouas et croix de vie ânkh. Ses animaux sacrés sont le scarabée, mais aussi le bélier en raison de son lien avec Atoum. Ses éléments sont la terre, l'eau et le feu et sa couleur est le noir, dans ses nuances métallescentes (comme celles des scarabées). Culte. Ses fêtes sont celles organisées en l'honneur de Rê. Ses lieux de culte sont tous les lieux ou l'on vénère Rê. Le principal se situe à Héliopolis, la capitale religieuse du Soleil.
Khnoum Khnoum (en grec ancien , lui-même issu de l'égyptien ancien "H̱nmw" signifiant « le maître de l'eau fraîche ») est le dieu des cataractes et puissance créatrice dans la mythologie égyptienne. Il contrôlait la crue du Nil en ouvrant, à Éléphantine, la caverne de Hâpy dans laquelle se trouvait l'Inondation. Il joue là un rôle majeur dans le quotidien des Égyptiens, préservant le peuple de la famine. Description. Khnoum est un dieu très ancien qui est paradoxalement surtout connu grâce aux textes assez récents () gravés sur les parois du temple d'Esna. Khnoum est le créateur de l'enveloppe corporelle des êtres vivants qu'il forme sur son tour de potier. Selon la tradition, il dépose celui des nouveau-nés dans leur berceau. Khnoum forme ses créations sur son tour de potier avec le limon du Nil, pour leur donner vie et façonner leurs Ka. Il est représenté sous les traits d'un homme à tête de bélier portant les cornes de l'« Ovis longipes palaeoaegyptiacus » ; sa tête est parfois surmontée d'une cruche ; il tient la croix ansée (ânkh) dans la main. Khnoum est parfois directement représenté sous forme de bélier. Khnoum est particulièrement adoré sur l'île Éléphantine et à Esna. Un temple lui est également dédié sur l'île de Philæ. On le retrouve dans une dizaine de villes d'Égypte sous des formes variées. Khnoum, Satis (Satet) et Anoukis (Anket) forment la triade d'Éléphantine. Cultes contemporains. En Bretagne, près des alignements de Carnac, des personnes se disant adeptes du culte de Garum et de Khnoum ont, dans les dernières années du , bâti pendant plusieurs années et de manière illégale un complexe à cinq mètres sous terre de avec un dolmen et deux menhirs en son centre.
Khonsou Khonsou est le dieu de la Lune dans la mythologie égyptienne. À l'origine divinité lunaire dont le nom signifiait « "le voyageur" » et qui luttait contre les forces des ténèbres aux côtés du pharaon, il fut ensuite introduit dans la triade de Thèbes en tant que fils du dieu Amon et de la déesse Mout comme un dieu de juste vengeance. Il est représenté sous la forme d'un jeune homme ou d'un enfant portant une tresse sur le côté, caractéristique des enfants royaux ou divins (voir par exemple Harpocrate), d'une momie ou d'un dieu hiéracocéphale coiffé du disque lunaire sur un croissant de lune. Tardivement, il devient un dieu guérisseur connu sous le nom de « "Khonsou le Conseiller" ». Ir (la vue) lui est parfois associé. La légende de Khonsou et la princesse de Hatti. Durant le , l'Égypte dut livrer une longue guerre contre l'Empire hittite. Le conflit se termina, en -1256, par le mariage de avec la fille du souverain hittite, le roi de Hatti. Ramsès était fasciné par la beauté de sa nouvelle épouse. Il lui conféra le titre de « Nefu-Rê », ou « Grande Épouse Royale ». Toutefois, peu après son arrivée à la cour égyptienne, Ramsès célébrait une fête à Thèbes en l'honneur du dieu Amon lorsqu'un messager arriva de la cour du roi de Hatti. Il apportait de mauvaises nouvelles. Bentresh, la sœur cadette de Nefu-Rê, était gravement malade et les Hittites étaient incapables de la guérir. Le pharaon convoqua ses meilleurs médecins et magiciens pour prendre leur avis sur la nature de la maladie. Puisque ces derniers furent incapables de formuler un diagnostic satisfaisant, le souverain décida d'envoyer son médecin personnel examiner sa belle-sœur. Trois ans plus tard, le médecin était de retour. La princesse, annonça-t-il, était possédée par des esprits malins et seule une intervention divine pourrait la guérir. Ramsès consulta les prêtres du sanctuaire de Khonsou, à Thèbes, et implora leur aide. À leur tour, les prêtres interrogèrent Khonsou, dont la statue accorda son aide. Mais il se présentait un problème théologique. Dans sa fonction de dieu de la Fertilité, Khonsou devait rester à Thèbes. Les prêtres créèrent alors une nouvelle figuration de Khonsou, aux dons d'exorciste. Protégée par de puissantes amulettes (à défaut desquelles le dieu aurait pu prendre ombrage de son alter ego), la statue du nouveau Khonsou prit la route pour la capitale hittite, dans une puissante caravane de chariots. Dix-sept mois plus tard, la statue atteignait sa destination et guérit Bentresh sans coup férir. Le père de Bentresh fut si impressionné par les pouvoirs de la statue qu'il refusa de la laisser repartir et lui fit construire un sanctuaire. La statue divine resta là trois ans et neuf mois jusqu'à ce que le roi de Hatti fît un rêve : Khonsou s'envolait de son sanctuaire sous la forme d'un épervier d'or, fondait sur le roi avant de s'élever dans le ciel et prenait le cap de l'Égypte. Le roi comprit que le moment était venu de rendre la statue, accompagnée d'un tribut à la mesure du service rendu. De retour à Thèbes, la statue apaisa son archétype en lui offrant le trésor hittite (dont elle avait toutefois soustrait quelques pièces de valeur pour dédommager le clergé de son propre sanctuaire déserté à Hatti). Dans la fiction. Dans l'univers Marvel, le super-héros Moon Knight est l'avatar de Khonsou (en anglais : ) et combat le mal en son nom. En 2022, l'acteur américain F. Murray Abraham lui prête sa voix pour la série télévisée "Moon Knight". Dans la série Stargate SG-1, Khonsou est un Tok'ra au service d'Anubis, il est trahi par son Primat et exécuté. Dans la saga "", il serait le dieu qui a permis à la tablette magique du pharaon Ahkmenrah de faire revivre les objets inanimés. Dans le jeu vidéo Shin Megami Tensei V, Khonsou est le représentant des dieux égyptien pour Bethel.
Ka
Kami Kami est un mot pouvant signifier :
Kenya Le Kenya, en forme longue la république du Kenya (en et , en et ""), est un pays d’Afrique de l'Est. Il est limitrophe du Soudan du Sud au nord-ouest, de l’Éthiopie au nord, de la Somalie à l’est, de l’Ouganda à l’ouest et de la Tanzanie au sud-sud-ouest. Il est baigné par l’océan Indien au sud-est. Étymologie. Son nom provient de celui de son plus haut sommet, le mont Kenya, que les Kamba appellent "Kiinyaa", ce qui signifie « montagne de l'autruche ». Ce dernier nom renvoie à la couleur des pics, qui sont blancs avec la neige et noirs avec les rochers, ressemblant au plumage du mâle. L'orthographe actuelle dérive d'une série d'évolutions depuis que Johann Ludwig Krapf l'a observé en 1849. Déformant le mot "Kiinyaa", il lui attribua le nom de "Kegnia" ( dans la prononciation phonétique en anglais). Voir aussi « Toponymie et étymologie ». Géographie. Traversé par l'équateur, le Kenya se situe dans l’est du continent africain et a pour pays voisins, au nord le Soudan du Sud et l'Éthiopie, à l'est la Somalie, au sud la Tanzanie et à l'ouest l'Ouganda. Il est bordé, à l'est, par l'océan Indien sur et a une superficie de . Son point culminant est le mont Kenya avec tandis que son plus long cours d'eau est le fleuve Tana (). Sa capitale, et plus grande ville, est Nairobi. Topographie. L'altitude croît selon un pendage faible et régulier depuis l'océan Indien, au sud-est, jusqu'à la chaîne des monts Aberdare avant de décroître en direction de l'ouest et du nord. Le pays est traversé par le grand rift oriental qui sépare la plaque nubienne à l'ouest de la plaque somalienne à l'est, et coupe, du sud au nord, le tiers occidental du pays du reste du territoire. La largeur du rift varie entre 45 et . Si sa profondeur maximale est d'environ au gradin oriental bordant le lac Bogoria, il est difficile de le distinguer du désert avoisinant à hauteur du delta de la rivière Turkwel (lac Turkana). Dans ce rift, qui comporte un linéament occidental suivant, grosso modo, le parallèle sud, se logent plusieurs lacs, du sud au nord : Magadi, Naivasha, Elementaita, Nakuru, Bogoria, Baringo, Turkana Comparativement aux lacs du rift occidental, ceux du rift oriental ont une profondeur maximale relativement faible avec un maximum de pour le lac Turkana. Le golfe de Winam constitue la partie ouest du linéament occidental (appelé rift de Kavirondo). Plusieurs volcans éteints bordent ce rift oriental, du sud au nord : les monts Olengarua, Oloolkisailie, Suswa, Longonot, Kipipiri et le mont Lopokino. Les monts Londiani, Eldalat et Tinderet barrent l'entrée du rift Kavirondo tandis que les monts Homa, Nyamaji et la caldeira de Rangwe bordent le gradin sud de ce dernier. Les monts et volcans éteints Kenya et Elgon, désaxés par rapport au rift oriental, sont aussi les deux plus hauts sommets du pays. Les deux principaux déserts sont le désert de Chalbi qui s'étend à l'est du lac Turkana et se prolonge en Éthiopie et le désert de Nyiri à l'est du lac Magadi. La côte est bordée par plusieurs récifs coralliens qui, ensemble, ont une superficie de . Climat. Situé au niveau de l'équateur, le Kenya est soumis à un climat chaud où les températures varient peu au cours de l'année et qui est rythmé par deux saisons des pluies qui tombent dans les mois où le soleil passe au zénith, en particulier en fin de journée. La plus abondante est centrée sur mars et mai, la seconde sur le mois de novembre. Cependant, leur intensité et leur durée varient grandement d'une région à l'autre et le climat du Kenya est très diversifié: au sud-est, le littoral de l'océan Indien bénéficie d'un climat humide de type Aw, selon la classification de Köppen correspondant à un climat de savane. À Mombasa, les températures maximales mensuelles sont comprises entre et pour de précipitations. À l'ouest, la région du lac Victoria est encore plus arrosée avec un climat équatorial (Af) qui permet le développement de la forêt. À l'opposé, les précipitations sont de plus en plus faibles en allant vers le nord ; la savane laisse d'abord la place à un environnement semi-aride et même désertique à l'est du lac Turkana et à proximité de la frontière somalienne. L'altitude joue aussi un rôle : avec elle, les températures diminuent alors que les précipitations ont tendance à augmenter. Ainsi, dans les hauts plateaux du centre, Nairobi () dispose d'un climat tempéré avec des matinées fraîches (10 à ) et des températures maximales oscillant entre 21 et . Avec ses d'altitude, le sommet du mont Kenya atteint l'étage nival, celui des neiges éternelles. Le changement climatique, qui impacte déjà sévèrement le Kenya, devrait à l'avenir accroître encore la fréquence des sécheresses. Alors qu’elles suivaient auparavant un cycle de cinq à sept ans, elles pourraient apparaitre tous les trois ans dorénavant. Celles-ci risquent de favoriser le sous-développement et l’augmentation de la pauvreté. Pollution plastique. La pollution plastique a pris des proportions considérables au Kenya. À elle seule, Nairobi rejette près de de ces déchets chaque jour, selon les données de 2021. Une partie des déchets finit dans les intestins du bétail, à la surface des rivières ou dans les canalisations, provoquant des inondations en période de pluies. Pour réduire cette pollution, les autorités ont interdit en 2017 les sacs de courses à usage unique. Néanmoins, les milieux industriels ont facilement contourné cette interdiction en fabricant des sacs alternatifs prétendument écologiques contenant une part significative de polyéthylène, soit la matière plastique la plus commune. Le directeur de l'ONG kényane Environnemental Compliance Institute explique à ce sujet : « Les industriels sont très innovants lorsqu'il s'agit de contourner les législations environnementales. Ils s'y opposent ou font tout leur possible pour les retarder, en inventant des alternatives. » En outre, de nombreux responsables politiques sont liés au secteur industriel et défendent ses intérêts. Biodiversité. Le Kenya lance à partir de 2021 le premier recensement de sa faune sauvage. Des décennies de braconnage, l’extension de l’habitat humain et le réchauffement climatique ont durement touché la population d’animaux. Ainsi, l’éléphant d’Afrique a vu sa population chuter de plus de 60 % depuis les années 1970 selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Si la surface en forêt diminue légèrement, la surface en forêts primaires a été diminuée de plus de moitié en , de 1990 à 2005, passant de à . On compte au Kenya d'oiseaux connues en 2019 et certaines des plus célebres Reserves Naturelles en Afrique. Histoire. Période précoloniale. La vallée du Grand Rift est souvent désignée comme le « berceau de l'humanité » en raison des nombreux fossiles d'hominidés qui y ont été trouvés. Les plus anciens, des Proconsuls datant du Miocène, ont été découverts sur l'île d'origine volcanique de Rusinga par Louis Leakey. D'autres découvertes indiquent que des hominidés comme "Homo habilis" et "Homo ergaster" vécurent au Kenya il y a d'années (Plaisancien). Des peuples venus du nord, parlant une langue couchitique, arrivèrent dans la région aux alentours de 2000 , créant des cultures telles l'Elmenteitien à l'époque du Néolithique pastoral. À la fin du , arrivèrent, de l'ouest, des peuples bantous. Enfin, à partir de 1500 arrivèrent les peuples de langues nilotiques venus du nord-ouest. Période coloniale. L'histoire coloniale du Kenya débuta dès le avec l'établissement de colonies arabes le long des côtes. Au début du arrivent, dans le sillage de Vasco de Gama, les Portugais dont la domination sera éclipsée par celle des sultans d'Oman en 1698. Cependant, ces colonisations restent confinées à la côte du Zanguebar sans désirs d'exploration vers l'intérieur du continent, le but étant le contrôle de la . À la suite des explorateurs comme Emin Pacha, la colonisation complète du Kenya débuta par ce qui fut un protectorat allemand sur ce qui était auparavant une partie des possessions du sultan de Zanzibar. Les Anglais commencent la colonisation du Kenya entre 1884 et 1886. En 1885, le traité de Berlin confirme les ambitions coloniales des Anglais, qui se voient accorder la zone qui correspondra au futur Kenya. En 1895, elle est cédée par Berlin au Royaume-Uni à la suite de l'arrivée dans l'intérieur des terres, en 1888, de la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est. La famine survenue en 1899 tue, selon les estimations, entre de la région qui deviendra l'ex-province centrale du Kenya. Sur le modèle de l'Afrique du Sud, l’administration coloniale britannique impose en 1915 l'obligation pour tous les noirs de plus de quinze ans de porter en permanence autour du cou un certificat prouvant leur identité et leur emploi. En 1920, le gouverneur fait augmenter l’impôt par tête pour contraindre les Kikuyus à s'engager comme salariés agricoles auprès des colons et ainsi pouvoir payer. Toutefois, quand en 1921 les colons réduisent les salaires des ouvriers indigènes d'un tiers, des manifestations et des grèves se déclenchent. Le 16 mars, sont abattus et les dirigeants des associations nationalistes sont arrêtés puis déportés. Le nouveau protectorat est appelé Afrique orientale britannique. En 1902, les colons blancs sont autorisés à accéder aux hautes plaines fertiles. Ces colons eurent une influence dans le gouvernement avant même qu'il ne soit officiellement déclaré colonie de la Couronne en 1920, mais les Africains furent exclus de participation politique directe jusqu'en 1944. En 1926, un accord entre les gouvernements britannique et italien prévoit le rattachement de la région du Jabaland, jusqu'alors au Kenya, à la Somalie sous colonisation italienne. D'octobre 1952 à décembre 1959, la révolte des Mau Mau combat la loi coloniale britannique. Les décideurs britanniques firent alors participer de plus en plus d’Africains aux processus gouvernementaux, afin de couper les rebelles de leur soutien. Les premières élections directes pour les Africains au Conseil législatif eurent lieu en 1957. La guerre s’achève avec côté africain et dans des camps, dont plus d'un millier seront exécutés et des milliers d'autres torturés. En 2011, après des décennies d'attente, des milliers de documents secrets du ministère des affaires étrangères britannique sont déclassifiés. Ils montrent que les rebelles Mau Mau étaient systématiquement torturés et soumis aux pratiques les plus brutales, les hommes étaient castrés et du sable introduit dans leur anus, les femmes violées après introduction d'eau bouillante dans leur vagin. Les archives du Foreign Office révèlent en outre qu'il ne s'agissait pas d'initiatives de soldats ou d'administrateurs coloniaux mais d'une politique orchestrée depuis Londres. Les Britanniques libèrent Jomo Kenyatta et quelques autres prisonniers politiques en 1961 afin de permettre, dans l'optique de l'indépendance imminente du Kenya, la constitution d'un gouvernement « modéré » favorable à leurs intérêts. Peter Anyang' Nyong'o explique que « quand, en 1954, le gouvernement colonial et le colonat européen reconnurent qu'il fallait mettre fin à l'apartheid au Kenya pour parvenir à un règlement politique de la crise, il était clair que, parmi les Africains, il y avait suffisamment de partisans d'une alliance de classe avec les colons, prêts à partager le pouvoir politique contre les Mau Mau et les autres "nationalistes extrémistes" » Indépendance. Bien que les Britanniques souhaitaient transmettre le pouvoir à un groupe modéré, ce fut le Kenya African National Union (KANU) de Jomo Kenyatta, membre de la tribu des Kikuyus et ancien prisonnier sous la loi martiale, qui forma le premier gouvernement peu après l'indépendance du pays le . D'abord monarchie constitutionnelle, le Kenya devient un an plus tard une république, Kenyatta devenait le premier Président de la République. Le régime met aussitôt fins aux espoirs des indépendantistes radicaux de redistribution des terres : les terres sont rachetés aux colons qui veulent partir et revendus aux Kényans qui en ont les moyens, les capitaux britanniques sont épargnés et les investissements étrangers encouragés. Le choix d'une économie de marché renforce une classe de capitalistes locaux au détriment des anciens rebelles, au sujet desquels Kenyatta déclare : « nous ne laisseront pas des gangsters diriger le Kenya, les Mau Mau étaient une maladie qui a été éradiquée et qu'il nous faut oublier à jamais ». Témoin de cette orientation, le journal conservateur britannique "The Economist" lui consacre en 1965 un article élogieux intitulé « Notre homme au Kenya ». La majorité des Britanniques quittent le Kenya et sont indemnisés par leur propre gouvernement et le gouvernement kényan. des quittent aussi le pays et, grâce à leur ancien passeport britannique, émigrent, pour la plupart, vers le Royaume-Uni. Dès décembre 1963, le Royaume-Uni fait signer au Kenya des accords militaires leurs reconnaissant le droit d'utiliser le Kenya comme base militaire pour d'éventuelles opérations dans la région. Sur le plan politique, Kenyatta instaure un régime à parti unique fondé sur la doctrine "Haraambee" (« Agir ensemble » en swahili). Le président pratique une politique autoritaire et clientéliste pour assurer l'unité nationale. Pourtant, selon l'historien britannique John Lonsdale, Kenyatta perpétue l'héritage colonial qui « institue un État et non une nation ». Son pouvoir repose sur « un féodalisme ethnique [...] avec son contrat inégal de vassalité garanti par un discours normatif de l'ethnicité morale » En 1964 le parti minoritaire, le Kenya African Democratic Union (KADU), coalition de petites tribus craignant la domination des plus grandes, s'auto-dissout et rejoint le KANU. En 1966 est créé le Kenya People's Union (KPU), parti de gauche modeste mais jouant un grand rôle. Il était dirigé par Jaramogi Oginga Odinga, ex vice-président et sage Luo. Après une visite mouvementée de Kenyatta dans la province de Nyanza, le KPU est interdit et son chef emprisonné. À la mort de Kenyatta le , le vice-président Daniel arap Moi devient président par intérim, puis officiellement président le après avoir été élu à la tête du KANU et désigné comme son seul candidat. En l'Assemblée nationale inscrit dans la Constitution le parti unique, mais cette clause est rejetée par le Parlement en . En des élections multipartites donnent au KANU et son chef la majorité des sièges, et Moi est réélu pour un mandat de cinq ans, tandis que les partis d'opposition s'emparent de 45 % environ des sièges parlementaires. Le nombre de partis politiques passa de 11 à 26 à la suite d'une libéralisation en . Après une courte victoire aux élections de , le KANU conserva sa majorité parlementaire, et Moi fut à nouveau élu. Ne pouvant constitutionnellement se représenter en , Moi tenta sans succès de faire de Uhuru Kenyatta, fils du premier président du Kenya, son successeur. Une coalition disparate de partis d'opposition remporte les élections, et son chef, Mwai Kibaki, ancien vice-président de Moi, est élu président à une large majorité : 62,2 % des suffrages devant Uhuru Kenyatta (31,3 %) et trois autres candidats. Cette élection marque ainsi une alternance démocratiquement décidée dans les urnes. Un premier projet de nouvelle constitution est rejeté en 2005 par un référendum. À l'élection présidentielle de décembre 2007, Mwai Kibaki est déclaré vainqueur face au principal opposant, Raila Odinga, contrairement aux tendances observées. Contestée par les observateurs de l'Union européenne qui demande un recomptage des bulletins de vote, cette annonce est immédiatement contestée par le camp d'Odinga et entraîne les plus grandes violences post-électorales survenues au Kenya. Fin , grâce à la médiation de Kofi Annan, l'ancien secrétaire général des Nations unies, un accord de partage du pouvoir entre le président Kibaki et Raila est signé et entériné à l'unanimité par le Parlement le pour résoudre la crise. Il se matérialise par la nomination de Raila Odinga au poste de Premier ministre le suivant. Quatre jours plus tard, il prête serment et un gouvernement de coalition est constitué. Nouvelle constitution en 2010. Le , un référendum valide le texte de réforme de la Constitution, incluant une Charte des droits et libertés chère à Raila, et maintenant soutenue par Kibaki, par une majorité de 72,1 % de Kényans ayant participé au référendum populaire (70 % de votes favorables contre 30 % de défavorables). Cette constitution est promulguée par le président Mwai Kibaki le . Lors de l'élection présidentielle de 2013, Uhuru Kenyatta est déclaré vainqueur dès le premier tour, le avec 50,07 % des suffrages devant Raila Odinga avec 43,31 %. Ce dernier conteste les élections et, conformément à la possibilité donnée par l'article 140.1 de la Constitution, dépose, en date du , une pétition à la Cour suprême pour contester la validité du scrutin présidentiel, arguant d'irrégularités. La Cour rend son jugement le 30 mars suivant en déclarant que et que . Uhuru Kenyatta est investi en tant que quatrième président du Kenya le au centre sportif international Moi de Kasarani (Nairobi). L'organisation État islamique et les chebabs multiplient les attaques au Kenya dans les années 2010, mettant en échec la politique sécuritaire du gouvernement. À ces attaques s'ajoute une instabilité politique interne dans les mois qui précèdent les élections générales d'août 2017. Le président sortant, Uhuru Kenyatta, est finalement réélu et affiche un score électoral de 54,28 % des suffrages exprimés. Son rival Raila Odinga parle à nouveau de fraudes. Des émeutes éclatent avant un appel au calme par Raila Odinga, qui s'en remet une fois encore à la Cour suprême. Celle-ci, à la surprise générale, lui donne cette fois raison et invalide les élections, qui sont réorganisés en . Cette décision montre une consolidation progressive des contre-pouvoirs au Kenya à la suite de la constitution de 2010. À la suite des modifications de la loi électorale avant ce nouveau scrutin, Raila Odinga se retire et appelle au boycott de l'élection. Finalement, le président sortant Uhuru Kenyatta remporte le nouveau scrutin avec 98,26 % des voix, mais la participation le n'est que de 38,8 % des électeurs inscrits, à comparer à 79 % le , date de la première élection présidentielle annulée par la Cour suprême. Société. Démographie. Le Kenya compte tribaux issus de trois ethnies différentes. Le groupe ethnique le plus important est d'origine bantoue (Kikuyu, Luhya, Meru, Embu). À part presque égale, le groupe d'origine nilotique (Maasaï, Luo, Kalenjin, Samburu, Pokot, Turkana). Vient ensuite le groupe d'origine couchitique (Orma, Somali, Borana). Certains groupes, bien que considérés d'origine bantoue, ont une culture mixte (Kamba, Taita, les tribus swahilies formées par les Mijikenda). Le pays compte aussi des minorités indiennes et européennes issues de la colonisation (les premiers ayant été enrôlés par les seconds). Il doit aussi faire face à l'exode de populations victimes des conflits en Somalie ou de la guerre civile au Soudan. Langues. Les langues officielles sont le swahili et l'anglais (article 7.2 de la Constitution). La langue nationale est le swahili (article 7.1 de la Constitution) auquel s'ajoutent 51 dialectes (certains en voie de disparition) protégés et promus par les articles 7.3.a et b de la Constitution. Éducation. Depuis la rentrée scolaire de , le système éducatif kényan est basé sur un cycle de 8-4-4 débutant à l'âge de six ans. Cependant, certaines écoles internationales emploient le système éducatif britannique pour les enfants âgés de deux à dix-huit ans. L'anglais et le swahili sont enseignés, en même temps, à l'école primaire. Ensuite, l'anglais devient la langue de référence pour l'apprentissage. Le pays compte sept universités publiques dont la plus ancienne est l'université de Nairobi ("University of Nairobi"). En 2020 et en raison de covid-19, le gouvernement kényan a pris la décision de suspendre l'année scolaire jusqu'en 2021. Santé. Les défis les plus connus pour la médecine kényane sont la lutte contre le SIDA, le paludisme et les infections dues à l'eau non potable qui contribuent au taux élevé de mortalité infantile. Cependant, depuis une décennie, les affections pneumopathiques sont en nettes augmentations et sont devenues la quatrième cause de mortalité toutes tranches d'âge comprises. L'institut kényan de recherche médicale (KEMRI) estime que, en 2011, 20 % de la mortalité juvénile est due à une pneumonie. La pandémie de SIDA demeure la plus grande menace pour l'état de santé des Kényans, s'ensuivant une population croissante d'enfants orphelins le plus souvent, eux-mêmes atteints par la maladie. Selon les conclusions d'une étude menée en 2001 à la demande du ministère kényan de la Santé, les résultats les plus alarmants ont été récoltés dans l'ancienne province de Nyanza : le pourcentage de femmes enceintes séropositives était de 25 %. Selon une autre étude menée en 2004 par l'Institut des statistiques kényan, le district de Kisumu a le plus haut taux de séropositivité du pays avec 29 % de la population, 22 % des femmes âgées entre et 69,1 % des malades hospitalisés. Le fait que les habitants de cette province ne pratiquent pas la circoncision augmente, selon plusieurs études et les précisions de l'OMS, le risque de contamination d'environ 60 %. Le paludisme, les diarrhées et la fièvre typhoïde constituent les causes les plus importantes de décès chez les enfants de moins de cinq ans, et ce plus particulièrement pendant la saison des pluies et dans les bidonvilles périurbains qui ne bénéficient ni des services d'évacuation des eaux usagées ni de la collecte des déchets. L'étude de 2001 citée ci-avant révèle également que seulement 25 % des enfants dorment sous une moustiquaire. La situation est aggravée par le coût élevé des traitements qui pousse une majorité d'habitants à recourir à une médecine traditionnelle ou à l'automédication. Dans des hôpitaux privés, des patients sont séquestrés jusqu'à ce que les familles parviennent à réunir les sommes réclamées. Culture. Depuis le , la nouvelle constitution a supprimé de la liste des jours fériés le "Moi Day" (10 novembre) et le "Kenyatta Day" est devenu le "Mashujaa Day" (« jour des héros morts pour l'indépendance »). Religions. Selon un recensement de 2019: Camps de réfugiés. Le Kenya héberge sur son territoire divers camps de réfugiés, dont trois sont particulièrement actifs. Dadaab et accueillent principalement des Somaliens, Kakuma accueillant principalement des Sud-Soudanais, des Éthiopiens, des Érythréens, des Burundais, des Rwandais, des Ougandais, des Congolais... Structure de l'État. Depuis l'acceptation par référendum populaire de la réforme de la Constitution en date du , le Kenya est devenu un État où les pouvoirs exécutifs et législatifs sont décentralisés. Seul le procureur général ("Attorney General") est présent dans les trois niveaux de pouvoir (exécutif, législatif et judiciaire). Le président de la République et les membres du gouvernement national sont présents à l'exécutif et au législatif. Le président de la Cour suprême ("Chief Justice") est présent à l'exécutif et au judiciaire. Pouvoir exécutif. Exécutif national. Le président, élu par le peuple pour un mandat de cinq ans, nomme le vice-président et les ministres parmi les élus de l’Assemblée nationale. Il est aussi le ministre de la Défense et le chef de la police et nomme, avec l'approbation de l'Assemblée nationale, le procureur général ("Attorney General") et le président de la Cour suprême ("Chief Justice") ; ces derniers sont élus pour un mandat de dix ans non renouvelable. Le rôle du procureur général est l'assistance juridique et la défense en justice des intérêts de l'État. Le rôle du président de la Cour suprême, en tant que président de la Commission justice ("Judicial Service Commission"), est de veiller à ce que tous les actes commis par les pouvoirs exécutifs et législatifs soient conformes à la Constitution. Jusqu'à l'élection présidentielle du , pour être élu, un candidat doit non seulement remporter la majorité absolue, mais également au moins 25 % des voix dans au moins cinq des huit provinces du pays ainsi qu’avoir été élu député dans une circonscription. À partir de la Constitution de 2010, l'élection se tient tous les cinq ans, le deuxième mardi du mois d'août. Pour être élu, un candidat doit non seulement remporter la majorité absolue, mais également au moins 25 % des voix dans au moins la moitié des comtés. Si l'une des deux conditions n'est pas respectée, un deuxième tour est organisé dans les entre les deux candidats ayant obtenu les meilleurs scores. Un candidat ne peut être élu pour plus de deux mandats. En cas de vacance de la présidence, le vice-président assume les fonctions de président jusqu'au terme du mandat restant à courir. La fonction de Premier ministre, créée le pour sortir le pays des violences post-électorales de 2007-2008, est supprimée depuis le , date de la prestation de serment du premier président élu après les résultats définitifs de l'élection présidentielle du 4 mars 2013. Cette suppression est prévue par la Constitution de 2010. Exécutifs locaux. Juridiquement, les provinces disparaissent le . Le pays est divisé en semi-autonomes ("Counties") par rapport au gouvernement central. Ces entités peuvent lever des impôts ou adopter des règlements locaux (par ex. : urbanisme, police) ainsi que gérer les ressources naturelles, humaines et les infrastructures pour autant que leur décision ne soit pas contraire ni à la Constitution ni aux Lois de l'État. L'autorité exécutive des comtés est responsable des moyens qui lui sont apportés par l'exécutif national. L'autorité exécutive de chaque comté comporte un gouverneur, un vice-gouverneur plus un maximum de dix membres élus pour un mandat de cinq ans. Le gouverneur et le vice-gouverneur sont élus à la majorité relative par le corps électoral du comté, les autres membres sont nommés par le gouverneur avec l'approbation de l'Assemblée locale. Pouvoir législatif. Parlement national. Avant les élections législatives du , le Parlement national comporte une seule chambre qui est l’Assemblée nationale ou "Bunge" composée de , élus pour un mandat de cinq ans, dont 210 sont des élus directs issus des circonscriptions à siège unique, 12 sont nommés par les partis politiques et proportionnellement à leur représentation et deux membres "ex officio", à savoir le président ("Speaker") et le procureur général ("Attorney General"). Le Président actuel est Kenneth Marende. Depuis les élections législatives du , le Parlement national est constitué de deux chambres dont les membres sont élus pour un mandat de cinq ans. Parlements locaux. Chaque comté possède sa propre Assemblée renouvelée tous les cinq ans et composée de : Pouvoir judiciaire. Commission justice. L'indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis des deux autres niveaux de pouvoir est garanti par la Commission justice ("Judicial Service Commission"). Composée de cinq magistrats, du procureur général ("Attorney General"), de deux avocats, d'un membre de la Commission justice et de deux personnes de la société civile, elle est présidée par le président de la Cour suprême qui est, depuis le , David Maraga. Police. C'est en 1887 que le premier policier africain fut engagé par la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est afin de garder et de sécuriser son entrepôt de Mombasa. Depuis la réforme de la police intervenue en 2007, le Kenya compte et 12 bases pour les patrouilles qui sont sous le commandement d'un officier de police provincial ("Provincial Police Officer"). Il existe aussi une unité de la police maritime dépendant directement d'une hiérarchie basée à Kilindi-Mombasa et des unités spéciales de la police des aéroports dans les quatre aéroports internationaux du pays. Organisation administrative. Jusqu'aux élections générales du , l'administration locale était divisée en sept provinces auxquelles s'ajoutait la zone de Nairobi. À la tête de chacune se trouvait un commissaire provincial ("Provincial Commissioner") nommé par le président de la République et secondé par trois assistants commissaires ("Deputy Provincial Commissioners"). Les provinces ("Mkoa") étaient subdivisées en districts ("Wilaya"), eux-mêmes subdivisés en divisions ("Tarafa"). Chaque division était constitué en localités ("Mtaa") et sous-localités ("Kijiji"). La zone de Nairobi était dotée d’un statut spécial et n’était incluse dans aucun district ou province. Le gouvernement supervisait l’administration des districts et des provinces, qui étaient : Depuis les élections générales du , juridiquement, les sept provinces et la région de Nairobi disparaissent le pour faire place aux ayant leur propre administration locale gérée par leur gouverneur. Le président de la République, avec l'accord de l'Assemblée nationale, nomme, dans chaque comté, un commissaire régional (""). Ce fonctionnaire ("Public officer") a pour mission d'être le relais entre le pouvoir central et le pouvoir local. Organisation électorale. Jusqu'aux élections générales du 27 décembre 2007. Élection par scrutin populaire tous les cinq ans, le premier jour ouvrable après le "Boxing Day" : Depuis les élections générales du 4 mars 2013. Élection par scrutin populaire tous les cinq ans, le deuxième mardi du mois d'août : Politique. Après avoir été, pendant près de , un État soumis au régime du parti unique, le Kenya est devenu une république multipartite. Le président est à la fois chef de l’État et chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif national est aux mains du gouvernement tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. Le pouvoir judiciaire est indépendant des deux premiers. Il existe un pouvoir exécutif régional, subordonné au pouvoir national, confié aux gouverneurs de province. Bien que les structures sociales soient héritées de l'Empire britannique, la stratégie politique est portée vers les États-Unis dont le Kenya est le plus fidèle allié en Afrique de l'Est. Ministères. De 42 ministères et secrétariats d’État sous la présidence de Mwai Kibaki, leur nombre est passé à 18 ministères sous la présidence d'Uhuru Kenyatta : Relations diplomatiques. Le Kenya possède des représentations diplomatiques dans afin de couvrir ses relations bilatérales avec 100 pays et sept organisations internationales dans le monde : Ces missions sont appelées "Embassy" (« ambassade »), avec à leur tête un ambassadeur, dans la plupart des pays sauf ceux faisant partie du Commonwealth où elles sont appelées "Hight Commission" (« haut-commissariat »), avec à leur tête un haut-commissaire. Économie. Monnaie. La monnaie nationale est le shilling kényan (KES) = . Elle est émise par la Banque centrale du Kenya.<br> Valeurs monétaires en cour depuis 2003 : Indicateurs économiques. Selon le FMI, en 2010, le PIB nominal est de tandis que le PIB par habitant est de . Le taux de croissance par rapport à l'année précédente est de 2,1 %. Le taux d'inflation est de 4,2 %. Le solde budgétaire est égal à - 6,3 % du PIB et la balance commerciale est en déficit de d'USD. Le pays est classé à l'IPE avec un score de 51,4 sur un maximum de 100. Le Kenya exporte pour USD et importe pour USD en 2011. Cependant les termes d'échanges sont défavorables, car ils ont un déficit de - (calcul exportation - importation). Seulement 41% de la population a accès à un compte bancaire (données de 2021). En 2022, le Kenya est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB en 2009 : Balance commerciale. Parts des principaux clients en 2009 : Parts des principaux fournisseurs en 2009 : Parts des principaux produits exportés en 2009 : Parts des principaux produits importés en 2009 : Secteurs commerciaux. Les exportations de la France vers le Kenya sont de en 2005 (recul de 2,2 % entre 2004 et 2005). Les importations françaises du Kenya sont de en 2005 (croissance de 27,6 %) (mission économique). Consulat (s) de France : Nairobi (ambassade), Mombasa (agence consulaire) Communauté française au Kenya : (2005) Communauté kényane en France : (décembre 2005) Le Kenya est un pays qui a peu ou pas de ressources minérales ; ; un espace physique ne facilitant pas les transports. . En revanche, il dispose de sources d'énergie renouvelable importantes, à travers l'exploitation hydroélectrique du bassin de la Tana et la géothermie récupérant l'énergie du Rift est-africain. L'exploitation de cette dernière sur différents sites, selon un plan lancé dans les années 1980, fournit au pays le quart de sa production électrique en 2015 et le plaçant au mondial. Le Kenya atteint l'autosuffisance pour l'ensemble des denrées alimentaires de base. La première culture vivrière est le maïs, qui couvre 62 % des terres cultivables ( de tonnes en 2005). Le sorgho, les pommes de terre, les haricots, les arachides et le tabac sont également cultivés sur les hauts plateaux, principale région agricole. La canne à sucre, le blé, le manioc, l'ananas, le coton et les noix de cajou sont produits sur les plaines côtières. La principale culture commerciale est le thé ( en 2005), suivie de loin par le café. Le Kenya était troisième au palmarès producteurs mondiaux de thé sur la décennie 2010. C'est par ailleurs le premier producteur mondial de thé noir, et qui a augmenté sa récolte de plus d'un sixième en 2016, grâce à des pluies abondantes. Il a mené ses producteurs africains de thé, qui ont affiché une hausse de 10 % de la récolte à l'échelle du continent, en seulement deux ans. Une industrie des fleurs coupées (production, transformation et vente) s'est développée. Elle fait vivre et rapporte à l'économie nationale deux cents millions de dollars par an, constituant la troisième source d'entrée de devises du pays, après le thé et le tourisme. Ce secteur représente 15 % de ses exportations. Ainsi, le Kenya est devenu le premier fournisseur de roses vers l'Union européenne. Selon le conseil de production des fleurs au Kenya, cette industrie a connu chaque année une forte croissance en volume et en quantité de ses exportations. En 1988, le Kenya a exporté de fleurs coupées exportées, ce chiffre grimpe à en 2006 pour atteindre en 2009. Ce qui représente une multiplication par onze de sa quantité de production en vingt ans. Toutes ces fleurs sont exportées vers la bourse aux fleurs d'Amsterdam : Aalsmeer. Ces fleurs sont ensuite réexpédiées dans les états du monde entier et notamment au sein même de l'Europe L'élevage pour la viande et les produits laitiers est important. En 2005, le Kenya possédait environ douze millions de têtes de bovins, dix millions d'ovins et douze millions de caprins. La pêche, essentiellement pratiquée dans les fleuves et les lacs de l'intérieur, suffit à satisfaire le marché local. Le secteur minier occupe une place très faible dans l'économie kényane (soude, sel, fluor et minerais). D'importants gisements de plomb et d'argent ont cependant été découverts près de Mombasa. Bien qu'en expansion, le secteur industriel occupe une place modeste au sein de l'économie locale : en 2003, il occupait 20 % de la population active et représentait 19,6 % PNB. Il concerne essentiellement l'agroalimentaire, dont la production est destinée à la consommation locale. La production hydroélectrique des barrages de Kiambare et de Turkwell constitue la plus grande richesse industrielle du pays. Le Kenya est lourdement endetté, sa dette extérieure brute représentant près de la moitié de son PNB (47,5 % en 2003). Les devises apportées par le tourisme ( de dollars en 1999) ne suffisent pas à équilibrer la balance des paiements. Le commerce extérieur demeure déficitaire (- 36,4 % en 2003). Les principaux clients sont les pays africains, notamment l’Ouganda, suivis de ceux de l’Union européenne, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne. Les importations proviennent essentiellement du Royaume-Uni, d'Allemagne, des Émirats arabes unis et du Japon (pétrole brut, machines-outils, automobile, fer et acier, produits pharmaceutiques et engrais). Le secteur des services employait 62 % de la population et représentait 64,7 % du PIB, en 2003. Tourisme. Une forme de tourisme durable s'est intéressé aux villages les plus épargnés par le tourisme de masse, perdus dans leurs terres ancestrales, au sein d'une réserve privée, sur les rives de la rivière Uaso Nyiro, entre les zones arides du nord et les monts Aberdares, à la limite nord du plateau de Laikipi Au sein de cette activité un "organisme Ol Malo" a fait le choix d'amener les touristes chez les habitants sur une base strictement non-commerciale et en contribuant à éradiquer une maladie locale provoquant la cécité, en opérant 200 personnes et en installant des structures de soin et d'éducation sanitaire dans le pays. Il a reçu un des grands prix remis lors de l'édition 2006 du salon World Trade Market, à Londres. Diaspora. Les membres de la diaspora kényane, inscrits auprès de leur ambassade en 2011, sont environ . Selon la Banque centrale du Kenya, ils injectent, annuellement, plusieurs millions d'USD dans l'économie interne sous forme de transferts d'argent intrafamiliaux. Environ 50 % proviendraient des États-Unis et du Canada et 27 % de l'Union européenne. Ces montants ne tiennent compte que des transferts effectués au travers des banques ou des sociétés de transfert "cash to cash" tel Western Union. Fortunes. Le classement 2011 du magazine économique Forbes répertorie deux Kényans dans les quarante plus grandes fortunes d'Afrique : Transport. Le seul port international maritime du Kenya est le port Kilindini à Mombasa. Chemin de fer. Le a été inauguré la nouvelle ligne de chemin de fer Mombasa-Nairobi. La ligne de , sur un dénivelé de quelque , a été financée et réalisée en trois ans par la China Road and Bridge Corporation (CRBC). Elle comporte neuf stations et . Le train d'une capacité de , permet de relier la capitale à la ville côtière en quatre heures à une allure de . Elle remplace l'ancienne ligne construite entre 1896 et 1900 par les colons britanniques, avec son Lunatic Express qui mettait entre dix et vingt heures pour relier les deux villes. Corruption et criminalité. Selon l'indice 2010 de perception de la corruption établi par "Transparency International", le Kenya est classé avec un score de sur 10. En 2009, les actes criminels rapportés se répartissent comme suit : Médias. Les sources médiatiques sont variées et leur liberté d'expression est spécifiquement garantie par l'article 34 de la Constitution sous réserve de l'article 33.2 (). Radio et télévision. La "Kenya Broadcasting Corporation" (KBC) est une entreprise publique qui émet en anglais, en swahili et, localement et en radiodiffusion, dans la langue native. Les chaînes de télévision privées les plus importantes sont "Kenya Television Network" (KTN), qui appartient au "Standard Group", et , qui appartient au "Nation Media Group". D'autres chaînes de télévision existent, tels "Citizen TV", K24 ou "Family TV". Il existe des dizaines de chaînes de radiodiffusion privées comme "Easy FM", qui appartient au "Nation Media Group", ou encore "Capital FM" et "Kiss FM" centrées sur la musique, "East FM" qui diffuse en hindi, "Kameme FM" qui diffuse en kikuyu ou "Radio Ramogi" qui diffuse en luo. Certains diffuseurs étrangers émettent aussi en modulation de fréquence comme "BBC News" sur tout le territoire, "Voice of America" à Nairobi ou encore "Radio France internationale" à Mombasa. Presse écrite. La presse écrite est dominée par deux grands groupes : Internet et téléphonie mobile. Depuis l'installation, en 2009, du nouveau câble sous-marin EASSy et le remplacement progressif des câbles en cuivre par des fibres optiques, les internautes peuvent choisir entre 51 fournisseurs d'accès à Internet. Les connexions s'effectuent soit au moyen d'une clé électronique puis en prépayant un volume de bits, soit au moyen d'un modem ADSL. Peu de Kényans possèdent le matériel informatique nécessaire à domicile mais le réseau des Internet cafés est bien implanté, y compris dans les localités de petite taille. En , la commission des communications du Kenya ("Communications Commission of Kenya") estime que 36,3 % de la population utilise un ordinateur muni d'un accès à Internet. L'accès au réseau Internet est principalement réalisé grâce à la téléphonie mobile dont le réseau est disponible dans toutes les unités urbaines ainsi que, à de rares exceptions près , dans les campagnes. La norme de communication utilise la gamme des 900 et des , le GPRS et le 3G. En , la commission des communications du Kenya estime le nombre de téléphones mobiles à et à une proportion de un sur cinq le nombre d'appareils en contrefaçon. 90 % de la population âgée de quinze ans ou plus utilise un téléphone mobile. Quatre opérateurs agréés sont présents sur le territoire depuis la fin de 2008. Au , leur part du marché s'établit comme suit : Les prix des communications sont, comme partout ailleurs dans le monde, assez difficiles à comparer entre les différents opérateurs. En 2011, les tarifs, hors promotions, varient d'un KES pour un SMS national à dix KES pour un SMS international et de deux KES la minute pour un appel national à quarante KES la minute pour un appel international. Le phénomène d’expansion de la téléphonie mobile au Kenya provient du fait que depuis 2005, il est, au point de vue mondial, un pays test pour les innovations de cette technologie de communication. Le service « M-Pesa » est accessible à tous pour le transfert d'argent ("M" est l'initiale de "mobile" (« téléphone mobile ») et "pesa" signifie « argent » en swahili). En , ce service est exploité par environ dix millions d'utilisateurs. En 2011, le montant des transferts d'argent, par ce mode, atteignent de KES. Les fermiers utilisent le service « DrumNet » pour connaitre les prix du marché. Les services de Twitter ou du type « Facebook mobile » de Facebook sont largement utilisés par les jeunes Kényans. En , Safaricom lance son premier portail web mobile donnant accès, aux abonnés, à un service d'information et de divertissement. Depuis le , les titulaires d'un compte « M-Pesa » ont la possibilité de déposer ou de retirer de l'argent, d'obtenir un microcrédit ou de gérer un compte d'épargne via le service « M-Kesho » ("kesho" signifie « demain » en swahili). En , la compagnie (DMTV Kenya) lance la télévision numérique terrestre pour téléphone mobile. Parcs et réserves nationaux. Attraction touristique majeure du Kenya, les parcs et réserves nationaux représentent 8 % de la surface totale du territoire soit . Gérés par le (KWS), ils sont constitués de : La superficie des zones protégées varie de pour le sanctuaire des impalas à pour le parc national de Tsavo East ( si l'on y ajoute les parcs nationaux contigus de Tsavo West et de Chyulu Hills). Cinq de ces zones sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO : Neuf ont été soumises à inscription : Musées et monuments historiques. La mise en valeur du patrimoine culturel constitué par les monuments nationaux et les collections des musées est géré par l'institution publique « musées nationaux du Kenya ». Sport. Athlétisme. L'équipe nationale a récolté douze médailles dont cinq en or aux championnats du monde d'athlétisme 2013 se classant, ainsi, au quatrième rang des médailles obtenues. Après les résultats de ces championnats du monde, l'équipe kényane est classée au niveau mondial avec un total de dont 43 en or. Cependant, ce classement doit être pondéré par le nombre de participations aux championnats depuis 1983 du Kenya qui est de treize sur quatorze ; soit par participation dont 3,31 en or. Aux Jeux olympiques d'été, elle est classée avec dont treize en or. Cependant, ce classement doit être pondéré par le nombre de participations aux Jeux modernes du Kenya qui est de treize sur 27 ; soit par participation dont une en or. L'équipe possède quatre records olympiques chez les hommes ainsi que plusieurs records du monde (toutes disciplines confondues) : L'équipe de course à pied est, depuis des années, l'une des plus performantes du monde en demi-fond et en fond toutes disciplines confondues. (Aux Jeux du Commonwealth par exemple, les Kényans remportent sans discontinuer l'or, l'argent "et" le bronze à l'épreuve masculine du steeple depuis 1998.) Le niveau est tellement élevé que malgré des dizaines de sélectionnés, beaucoup de sportifs font partie d'équipes réserve. Cela favorise le recrutement, et la naturalisation, par d'autres nations d'athlètes comme Wilson Kipketer, qui fut en 1990 le premier, pour le Danemark ou, plus récemment, comme Bernard Lagat pour les États-Unis. L'apparition de la Ligue de diamant de l'IAAF permet d'inverser cette tendance grâce au prix, représenté par un diamant de 4 carats, récompensant les vainqueurs de chaque discipline. En 2008, Pamela Jelimo remporte la Golden League en . En 2010 deux athlètes masculins et trois féminines remportent la Ligue de diamant dans leur spécialité tandis que deux athlètes masculins et deux féminines sont premiers au palmarès de leur spécialité dans l'édition 2011. Wilson Kipketer emporta aussi la Golden League du en 1999 mais il était déjà, à ce moment, devenu danois. Vivian Cheruiyot, quant à elle, a emporté les deux premières éditions de la Ligue de diamant en 5 000 mètres. Boxe. Le boxeur kényan le plus titré est une boxeuse. Conjestina Achieng' a été championne du monde GBU en 2004 et WIBF en 2005. Robert Wangila fut champion olympique aux Jeux de Séoul en 1988. Cricket. L'équipe nationale de cricket possède le statut ODI depuis 1996. Elle est classée au classement mondial de l'ICC du . Football. L'équipe nationale masculine est au classement mondial de la FIFA et au classement CAF du . Elle est surnommée "Harambee Stars". "Harambee" qui signifie « Poussons ensemble » ou « Ho hisse! » en swahili est également la devise du pays et apparaît sur son blason. À domicile, elle évolue au "Nyayo National Stadium". Les clubs les plus connus, et les plus titrés sont, dans l'ordre, le Gor Mahia Football Club et l'AFC Leopards SC, tous deux de Nairobi. Rugby. Si le rugby à XV est un sport mineur au Kenya, l'équipe nationale de rugby à XV est classée au classement World Rugby des équipes nationales de rugby à XV du et joue en mondiale. Le rugby à sept est plus performant au niveau mondial. Son équipe nationale fut classée quatrième lors de la Coupe du monde de rugby à sept 2013. Elle est actuellement au mondial du classement , saison 2017-2018 au . Sport mécanique. Les sports mécaniques sont principalement constitués par le rallye automobile. Nombre de rallyes régionaux sont organisés tout au long de l'année. Le plus célèbre d'entre eux est le "Safari Rally" qui fit partie du championnat du monde des rallyes entre 1973 et 2002. Le Kenya compte quelques pilotes renommés comme Joginder Singh, Shekhar Mehta, ou encore Ian Duncan. Codes pays. Le Kenya a pour codes : Notes et références. Références. Constitution kényane de 2010 KNBS, "Statistical Abstract 2010"
Kalevipoeg Kalevipoeg est l'épopée nationale estonienne écrite en versification allitérative. Elle est formée de . Elle a été compilée à la fin du à partir des récits traditionnels. Histoire. Inspiré par le succès du "Kalevala", Friedrich Faehlmann (1798-1850) commence à compiler des récits populaires estoniens, en allemand. Inachevé à sa mort, le projet est poursuivi en estonien par Friedrich Reinhold Kreutzwald (1803-1882). La première version 1853 () de Kalevipoeg n'a pu être diffusée pour cause de censure. Une seconde version () mise à jour et rallongée sera diffusée par parties de 1857 à 1861 en format bilingue estonien-allemand. La troisième version () paraît sous forme de livre imprimé à Kuopio, en Finlande en 1862. La première traduction française intégrale a été publiée en 2004 chez Gallimard. Structure. En vingt chants, elle relate les aventures de Kalev, de son épouse Linda et de son fils, Kalevipoeg, doté d'une force surhumaine. Au deuxième chant, Linda enterre son époux, Kalev, et érige une sépulture qui forme la colline de Toompea à Tallinn. Inconsolable, ses larmes forment le lac Ülemiste. À la fin d'une vie chargée d'exploits, Kalevipoeg meurt, victime d'une malédiction, mais est ressuscité par les dieux. Il est chargé de veiller aux portes de l'Enfer, pour empêcher le Diable d'en sortir.
Kalevala Le Kalevala est une épopée composée au par Elias Lönnrot, folkloriste et médecin, sur la base de poésies populaires de la mythologie finnoise transmises oralement. Il est considéré comme l'épopée nationale finlandaise et compte parmi les plus importantes œuvres en langue finnoise. Une première version, publiée en 1835, fut suivie en 1849 d'une édition considérablement augmentée qui comprend environ . Le "Kalevala" est une sorte de patchwork, obtenu par l'assemblage de poèmes populaires authentiques recueillis entre 1834 et 1847 dans les campagnes finlandaises, notamment en Carélie. Ce poème représente la pierre angulaire de l'identité nationale finlandaise. Cette épopée a influencé bon nombre d'artistes finlandais et, à travers ses traductions en , est mondialement connue. Du fait de leur origine commune, une partie de la mythologie finnoise est commune avec celle de l'Estonie. Le Kalevala comporte donc des caractéristiques similaires à celles du Kalevipoeg, épopée nationale estonienne, et a inspiré la création de cette dernière en 1861. Contenu du "Kalevala". Vue d'ensemble de l'œuvre. Le "Kalevala" (ce qui signifie Pays de Kaleva, l'accent se portant sur la première syllabe) est un kaléidoscope de récits allant des mythes, des légendes, à d'autres plus héroïques, épiques ou lyriques, et qui sont pour une part indépendants les uns des autres. Le personnage principal est le barde Väinämöinen, magicien qui joue du kantele, l'instrument à cordes finlandais. Il est le fils d'Ilmatar, la déesse de l'Air et la mère de l'Eau. Le "Kalevala" commence avec un récit de création, où le ciel, la Terre, le Soleil et la Lune naissent d'œufs de canard qui sont déposés sur le genou d'Ilmatar. Väinämöinen apparaît dès le premier chant. D'autres personnages importants dans l'épopée sont le forgeron Ilmarinen et le guerrier Lemminkäinen. Ilmarinen a fabriqué le sampo, un objet merveilleux, un moulin, pour Louhi, la maîtresse du pays ennemi de Pohjola (le pays du nord), qui en échange a promis sa fille. Peu après, le sampo est enlevé de Pohjola par les héros de Kalevala et se casse durant cet épisode. Le sampo apporte prospérité et bien-être, même après avoir été brisé. La bataille pour cet objet est un fil rouge de l'épopée. Six chants sont consacrés aux aventures du héros tragique Kullervo, l'esclave vengeur qui viole sa sœur (sans la reconnaître) et finit par se jeter sur sa propre épée. Cet épisode isolé de Kullervo ne faisait pas partie de la version du "Kalevala" de 1835. À côté des récits de héros, le "Kalevala" contient des passages non narratifs, tels que des lignes de conduite pour maris et femmes, et des articles sur le brassage de la bière et le travail du fer. Contenu chant par chant. Avant le chant 1 : Prologue. Le conteur annonce que les vers ancestraux « lui sortent de la bouche », invite son camarade à chanter avec lui, et termine en disant : Que l'on nous serve donc du bon pain de seigle et de la bonne bière d'orge, mais même si on ne nous sert ni bière ni miel mais seulement de l'eau, je chanterai tout de même, "pour égayer la soirée, pour glorifier la journée, pour amuser la nuitée et pour saluer la matinée." Première série sur Väinämöinen. Des chants 1 à 2 : le "Kalevala" commence par les paroles du poète à propos de la création du monde, dans lesquelles est décrit comment le monde est né de l'œuf d'une cane, après qu'Ilmatar l'a brisé. On y apprend aussi qu'Ilmatar enfante Väinämöinen. Des chants 3 à 5 : pour sauver sa vie après une joute orale perdue, Joukahainen promet à Väinämöinen de lui donner sa sœur Aino pour femme. Cependant Aino fuit les avances du vieil homme et se noie. Des chants 6 à 10 : Väinämöinen voyage en Pohjola, avec l'intention de courtiser l'une des filles de Louhi, souveraine des terres du Nord. Entretemps, par vengeance, Joukahainen tue le cheval de Väinämöinen qui tombe à la mer. Là un aigle le rattrape et le porte jusqu'en Pohjola. Pour pouvoir rentrer chez lui, Väinämöinen promet à Louhi qu'Ilmarinen (le Forgeron) lui forgera le Sampo. En récompense, on lui promet la main d'une des filles de Pohjola. Après son retour, Väinämöinen invoque Ilmarinen, qui forge en Pohjola le Sampo. Mais il ne reçoit pas en échange la jeune fille promise. Première série sur Lemminkäinen. Des chants 11 à 15 : Lemminkäinen enlève Kyllikki, sa fiancée, de son île Saari. Il la quitte et voyage en Pohjola, où il demande la main d'une des filles de Louhi en échange de trois tâches. Après avoir tué l'élan de Hiisi (une figure maléfique du Kalevala), et avoir capturé l'étalon de celui-ci, il doit abattre le cygne du fleuve du royaume des morts, le Tuonela. Au bord du fleuve, il rencontre un berger qui le tue, et jette sa dépouille en morceaux dans les eaux. La mère de Lemminkäinen apprend la mort de son fils, repêche les parties de son corps à l'aide d'un râteau, et le ramène à la vie. Deuxième série sur Väinämöinen. Des chants 16 à 25 : Väinämöinen commence la construction d'un navire, pour se rendre jusqu'en Pohjola. Il lui faut pour cette tâche obtenir des formules magiques, qu'il part en vain chercher en Tuonela le pays des morts. Il découvre finalement ces formules dans le ventre d'un géant mort : le magicien Antero Vipunen. Ilmarinen est mis au courant par sa sœur Annikki des plans de Väinämöinen, et part également pour Pohjola. La vierge de Pohjola choisit Ilmarinen, qui réalise les trois prouesses surnaturelles qui lui sont fixées : il laboure un champ grouillant de serpents, capture les ours de Tuoni, le loup de Manala, et le plus gros brochet du fleuve de Tuonela. Enfin Ilmarinen épouse la vierge de Pohjola. Deuxième série sur Lemminkäinen. Des chants 26 à 30 : Lemminkäinen est contrarié, car il n'a pas été invité au mariage. Il part pour Pohjola, dont il tue le seigneur. Il doit donc fuir et se cacher sur une île, où il s'amuse en compagnie des femmes, jusqu'à ce que les maris jaloux le chassent. Il retrouve sa maison incendiée, et repart pour Pohjola afin de se venger. Mais il doit renoncer. Série sur Kullervo. Des chants 31 à 36 : Untamo vainc son frère Kalervo après une dispute et massacre toute sa famille, hormis sa femme enceinte qui enfante Kullervo. Untamo vend Kullervo comme esclave à Ilmarinen. La femme d'Ilmarinen le fait travailler comme berger, et le traite mal. Elle lui envoie ainsi un pain contenant une pierre sur laquelle Kullervo brise son couteau. Pour se venger, Kullervo perd le troupeau de vaches dans un marais. Il ramène à sa place un troupeau de bêtes sauvages et de prédateurs, qui tuent la femme d'Ilmarinen. Kullervo s'enfuit de la maison d'Ilmarinen et retrouve ses parents qu'on croyait morts, mais ne les reconnait pas. Il séduit sans le savoir sa sœur. Lorsque celle-ci l'apprend, elle se jette dans les rapides d'une rivière. Kullervo part vivre dans la maison d'Untamo et cherche à prendre sa revanche. Il y tue tout le monde et rentre chez lui, où tous sont morts. Il se donne alors la mort. Série sur Ilmarinen. Des chants 37 à 38 : Ilmarinen pleure la mort de sa femme, et se forge une nouvelle épouse en or. Mais celle-ci reste froide et Ilmarinen la rejette. Sur ce, il se met à courtiser, en vain, la plus jeune fille de Pohjola. Il l'enlève. Mais cette dernière le trompe et Ilmarinen la change en mouette. Après son retour chez lui, il raconte à Väinämöinen la prospérité que le Sampo accorde aux Hommes de Pohjola. Troisième série sur Väinämöinen. Des chants 39 à 43 : Väinämöinen, Ilmarinen et Lemminkäinen voyagent en Pohjola, dans le but de voler le Sampo. Au cours du voyage, Väinämöinen tue un énorme brochet et fait de sa mâchoire un kantele (instrument de musique traditionnelle). Le son de cet instrument endort les habitants de Pohjola : Väinämöinen et ses compagnons fuient en emportant le Sampo. Une fois réveillé, Louhi se change en un aigle gigantesque et se lance avec son armée à la poursuite des voleurs. Le kantele est perdu dans les flots et le Sampo est brisé durant le combat : une partie sombre au fond des mers, l'autre est rejetée sur les rivages, apportant la prospérité à la Finlande. Des chants 44 à 49 : Louhi envoie maladies et fléaux ravager Kalevala. Elle cache les étoiles et dérobe le feu, que Väinämöinen et Ilmarinen parviennent à récupérer. Série sur Marjatta. Chant 50 : dans ce chant, qui fait écho au Nouveau Testament, il est décrit comment la vierge Marjatta (identifiée à la Vierge Marie des religions abrahamiques) est fécondée par une airelle (une plante). Väinämöinen condamne cet enfant sans père à mort, mais il lui échappe. L'enfant est couronné roi de Carélie. Väinämöinen part en voyage avec son bateau. Épilogue. L'épopée s'achève sur les paroles du poète : La forme du "Kalevala" : langue et style. Jean-Louis Perret a donné dans la préface de sa traduction du Kalevala parue en 1931 et rééditée en 1978 et 2009 de pertinentes explications sur la manière dont Elias Lönnrot a récolté et mis en forme les très nombreux fragments divers et disparates de chants que lui récitaient les bardes caréliens, sur la composition, la langue, le style et la métrique de cette épopée finnoise. Perret y explique comment il a adapté le vers kalévalien en vers octosyllabiques français. (Juliette Monnin-Hornung, "Le Kalevala : ses héros, ses mythes et sa magie", Genève, 2013). Le "Kalevala" est composé de cinquante chants (le mot finnois, "", est souvent traduit par "rune", mais ne correspond pas directement aux signes [runiques] du vieux germanique). Ces chants sont formés par des vers blancs (c'est-à-dire sans rimes, avec un nombre de syllabes variables et une segmentation de l'énoncé libre), un ensemble de qui sont rédigés en un « rythme Kalevala » caractéristique et simple : chaque vers est composé de quatre trochées et est suivi par un deuxième vers, qui paraphrase le premier en ce qui concerne le contenu, en le nuançant ou le renforçant par un effet d'insistance. Il peut ne pas y avoir de rime finale dans le "Kalevala", la rime du début ou l'allitération est utilisée fréquemment. Le finnois s'y prête merveilleusement, car cette langue a seulement un nombre limité de consonnes (entre 11 et 13 selon les méthodes de comptabilisation) avec lesquelles un mot peut commencer. Métrique des vers. Le mètre utilisé dans le "Kalevala" se retrouve très couramment en finnois, de la poésie populaire aux dictions entre autres, et il est aujourd'hui la plupart du temps désigné sous le nom de vers kalévaléens. On retrouve cette métrique chez les Estoniens et chez la majorité des peuples de langue fennique. On considère qu'il a plus de . Depuis la publication du "Kalevala", le mètre kalévaléen occupe une véritable place dans la poésie finlandaise. Le mètre kalévaléen se différencie à divers égard de la métrique des langues indo-européennes. Il s'agit en fait d'une structure simple et régulière : un genre tétramètre à quatre trochées. Chaque trochée est constitué d'une syllabe accentuée (ou longue) et d'une autre non accentuée (ou brève) : chaque vers comprend donc huit syllabes. Les règles de base de la versification kalévaléenne sont les suivantes : Quatre autres règles existent en complément : Les vers se divisent en vers « normaux » ou réguliers dans lesquels la syllabe accentuée d'un mot (en finnois, celle-ci correspond à la première syllabe du mot) et l'accent voulu par la versification coïncident. Mais on trouve aussi des vers irréguliers dans lesquels au moins une syllabe normalement accentuée se trouve en position diminuée (à cause de la versification). Presque la moitié des vers du Kalevala sont irréguliers. Cette attention particulière pour les relations entre les mots même (et leurs accents), et le rythme imposé par la versification, intérêt porté notamment sur ces vers irréguliers où il existe un déséquilibre entre les mots et la versification, est caractéristique de la métrique kalévaléenne. Procédés et figures stylistiques remarquables. Les deux procédés principaux les plus utilisés dans le Kalevala sont les allitérations (répétition de sons consonnes, non vocaliques) et les parallélismes de construction. Tous deux naissent d'une nécessité de la poésie orale : être aisée à retenir, afin de pouvoir être transmise. Cet aspect utilitaire est souvent considéré comme la base historique de la poésie. Le terme d'allitération tel qu'il est utilisé pour décrire la versification particulière du Kalevala et, plus généralement de la poésie finnoise, prend un sens un peu différent de celui que l'on rencontre couramment dans la versification de langue française par exemple. Dans le Kalevala, l'allitération consiste en la répétition d'un même son (ou de mêmes sons, possiblement des voyelles) au début de deux où plusieurs mots d'un vers donné. On distingue d'une part les allitérations dites "faibles", pour lesquelles deux mots au moins commencent par une même consonne (allitération rhétorique) ou bien par une voyelle (qui n'est pas nécessairement identique). D'autre part, il existe des allitérations "fortes", dans lesquelles deux mots au moins commencent soit par la même séquence consonne / voyelle, soit par la même voyelle (assonance en termes de rhétorique). En guise d'exemple dans le texte suivant, on a mis en gras les allitérations fortes, et en italique les allitérations faibles : Cette figure de style revient extrêmement souvent dans le Kalevala : plus de la moitié des vers présente des allitérations fortes, et environ un cinquième des allitérations faibles. On ne retrouve au contraire pas de rimes finales. Le parallélisme peut se présenter sous différentes formes. Généralement, le contenu d'un vers est repris dans le vers suivant, en faisant varier les termes et en apportant des précisions qui éclairent finalement quant au sens. C'est un procédé très répandu, qui hérite de la tradition orale où le barde qui déclamait des poèmes tels que ceux recueillis dans le Kalevala par Lönnrot (le "laulaja") était souvent accompagné d'un compagnon, un genre d'assistant (le "säestäjä") qui répétait, reformulait chaque vers du barde. Les parallélismes rendent aussi compte des anciennes joutes oratoires lors desquelles s'affrontaient deux bardes, répétant des formules analogues l'un après l'autre. Le procédé s'est conservé pour manifester tant l'abondance des connaissances lexicales du "laulaja" que pour souligner son propos, et revient de façon récurrente dans l'ouvrage de Lönnrot qui fait alterner les différentes variantes recensées (même si celles-ci ne proviennent pas de la même source). On retrouve par conséquent ces parallélismes dans le Kalevala de façon encore plus systématique que dans la poésie populaire, ce qui correspond tout à fait au souhait de Lönnrot d'exploiter au maximum le matériel recensé. La correspondance qui lie les vers peut être de l'ordre de la synonymie, de l'analogie (les termes utilisés dans le vers d'origine et sa variation sont semblables), ou bien de celui de l'antithèse (utilisation de termes opposés). Ces rapports sont parfois précisés par des conjonctions, bien que leur usage reste limité en finnois (plus qu'en français notamment ; ainsi les traductions françaises ont tendance à accentuer l'emploi de ces connecteurs logiques). Le parallélisme peut aussi survenir à l'intérieur même du vers, et le terme peut encore être utilisé pour comparer de plus longs passages construits selon le même schéma (narratif, syntaxique - par exemple…). Les trois exemples suivants illustrent différents types de parallélismes : Les traductions du "Kalevala". Dans les traductions du "Kalevala" une grande partie des allitérations, des rythmes pourtant si présent dans la version originale sont condamnées à disparaître. En effet, toutes les langues ne possèdent pas les mêmes ressources (suffixation, accentuation, syllabes longues et brèves) que le finnois. La traduction doit ainsi s'adapter du mieux possible à la typologie rythmique des langues dans lesquelles le "Kalevala" est traduit. Si l'on prend l'exemple de l'allemand, le système finnois fondé sur une alternance complète de syllabes brèves et longues a dû être remplacé dans la traduction allemande par une métrique jouant sur l'accent tonique principal et secondaire (l'allemand ne possédant pas de syllabes longues ou brèves à proprement parler). En illustration un fragment du premier chant (r. 289-295) : La première traduction française du "Kalevala" fut réalisée par Louis Léouzon Le Duc, en prose, et publiée sous le titre "La Finlande" en 1845. C'était la deuxième traduction jamais faite du premier "Kalevala", après celle en suédois. Il existe désormais trois traductions intégrales françaises du « nouveau » "Kalevala". Une traduction en prose de Louis Léouzon le Duc (1867) a été suivie par la traduction métrique de Jean-Louis Perret (1927) et, plus récemment, par celle de Gabriel Rebourcet (1991) qui s'efforce de restituer les archaïsmes linguistiques de l'original. La traduction de Gabriel Rebourcet n'est pas une traduction littérale, mais elle se permet de reterritorialiser l'épopée dans un contexte français : par exemple, le sauna devient une étuve et le kalevala un orgue. Le vocabulaire employé par Rebourcet est très ardu ; il est celui de l'archaïsme français, ce qui pousse le lecteur à se munir d'un dictionnaire de vieux françois, pour parvenir, à chaque phrase, à saisir le sens du texte. Des versions adaptées pour les enfants ont également été rédigées par Edmée Arma (1944), Madeleine Gilard (Éditions La Farandole, 1961) et Anne-Marie Cabrini (Éditions Hatier, 1967). Cette dernière, à partir d'une traduction italienne. Origine et histoire du "Kalevala". Le "Kalevala" remonte à la très ancienne poésie orale finnoise, transmise au cours du temps. L'unification des différents chants en une vaste épopée cohérente date cependant seulement du , et est en fait une œuvre d'Elias Lönnrot. Lönnrot fut en cela influencé par la théorie de Friedrich August Wolf concernant les questions homériques traitant de l'identité d'Homère et de son influence réelle sur la composition de l'Iliade et de l'Odyssée. Pour Friedrich August Wolf, ces deux œuvres, fondamentales pour l'identité hellénique, furent effectivement composées par Homère, mais furent par la suite transmises oralement, développées et modifiées, avant d'être enfin couchées par écrit. Ainsi, Lönnrot était convaincu - hypothèse entretemps réfutée - que les nombreux chants isolés qu'il avait recensés durant ses voyages en Carélie constituaient en réalité un ensemble construit, une épopée, qu'il lui fallait reconstituer. Il assembla alors ces différents fragments, les modifiant au besoin pour la cohérence globale de l'ouvrage qui devint le "Kalevala". 33 % des vers sont repris mot à mot par rapport à ceux recueillis par Lönnrot, 50 % présentent de très légères modifications, 14 % furent réécrits mais de façon analogue à des vers connus, et 3 % furent inventés par l'auteur. Somme toute, on peut considérer le "Kalevala" comme un véritable "magnum opus". Des sources multiples. La poésie populaire finnoise. La majeure partie de la poésie populaire transmise oralement, Lönnrot la trouva dans l'aire d'influence des langues fenniques : Finlande, Estonie, Carélie et Ingrie. On suppose que cette tradition orale est vieille d'environ à , bien qu'elle soit parfois considérée comme plus récente, entre le et le seulement, en ce qui concerne la trame générale et ordonnée des chants recueillis par Lönnrot au . Les runes, ou chants, se fixèrent peu à peu, puis furent chantées avec de très simples mélodies, parfois accompagnées de kantele. Dans les régions où cette tradition orale était encore vivante, la majorité des gens connaissait au moins quelques-uns de ces chants. Il existait de plus des bardes en quelque sorte itinérants, qui parcouraient ces régions et connaissaient par cœur un grand nombre de ces runes. Cette poésie populaire était répandue dans toute la Finlande jusqu'au , mais ces chants considérés comme païens furent par la suite interdits, après la Réforme, par l'Église luthérienne. La tradition s'étiola ainsi petit à petit dans l'Ouest et le centre de la Finlande alors sous domination de la Suède luthérienne. Dans les régions contrôlées par la Russie, l'Est de la Carélie notamment, l'Église orthodoxe était plus tolérante, ce qui permit à la poésie populaire de se maintenir plus longtemps, et elle perdura jusqu'au début du . Aujourd'hui il ne reste que peu de vieilles personnes maitrisant ces chants. La poésie populaire finnoise est divisée en trois branches principales : poésie épique, lyrique et incantations (qui revêtent un aspect plus mystique). L'épopée possède différents rôles. Les plus anciens chants épiques sont des runes abordant des thèmes mythiques, et les mythes créateurs y occupent une place importante (création du monde par exemple). La plupart de ces mythes, tels que celui de la création du fer, trouvent leur origine dans le chamanisme de la période précédant l'installation du christianisme, c'est-à-dire, pour ces régions, avant le . Durant le Moyen Âge apparurent les ballades et les poèmes héroïques, ainsi que, après la conversion de la Finlande, des légendes influencées par les thèmes chrétiens. Plus tard, les épopées s'attachèrent à décrire des événements historiques, comme le meurtre de l'évêque Henri d'Uppsala, qui est, en tant que saint patron, une figure clef de l'identité finlandaise, ou encore les guerres récurrentes entre la Russie et le Royaume de Suède. La poésie lyrique est constituée d'élégies, de chants d'amour, et d'autres célébrant des occasions particulières (la mariage, la chasse au loup), qui étaient chantés dans la vie quotidienne (par exemple pendant les travaux agricoles). Les invocations héritaient de chants magiques antérieurs au christianisme. Par des paroles magiques, chacun essayait d'obtenir des genres de bénédictions : la guérison des maladies, la prospérité, une bonne chasse… Le "Kalevala" mêle ces différentes formes de la poésie traditionnelle, adjoignant à des thèmes épiques des passages lyriques et des runes magiques. Il est difficile de dégager l'historicité du "Kalevala", et plus généralement de la poésie populaire finnoise, qui pourrait nous renseigner sur les coutumes et les traditions des peuples de langue finnoise avant l'immixtion du catholicisme dans la région : le fond primitif a largement été déformé au cours du temps, mais aussi sous l'influence et les apports d'autres cultures, et en particulier la culture scandinave pré-chrétienne. Ainsi, de nombreuses figures et événements relatés dans le "Kalevala" peuvent aisément être rapprochés d'autres que l'on retrouve dans les grands textes fondateurs scandinaves : le personnage de Väinämöinen possède par exemple un certain nombre d'attributs du dieu Odin (la sagesse, la maîtrise de la magie). Toutefois, les thèmes et la vision du monde qu'offrent ces textes diffèrent largement de la majorité des épopées et des mythes indo-européens. La nature prend notamment une importance primordiale, ce qui explique les longues descriptions d'arbres, de paysages, d'animaux, et les procédés stylistiques qui en découlent (utilisation de termes concrets, connecteurs spatiaux, métaphores… visant à créer l'hypotypose). Peu d'autres textes du même genre laissent une si grande place à un monde où l'Homme s'efface temporairement. Au contraire, bien que les textes de cette poésie populaires soient souvent épiques, les épisodes violents, et surtout sanguinaires, tels qu'on en trouve abondamment dans les épopées scandinaves, sont rares : les combats passent essentiellement par la parole, le chant, et de façon conjointe par la magie, omniprésente (car la magie est indissociable de la parole). Une plus grande place est alors faite à d'autres qualités et caractères humains : l'habileté du langage, les passions, l'amour. La collecte du matériau. Déjà au certains chants isolés commencèrent à être recueillis, mais il faut attendre le pour qu'éclose un intérêt véritable, et de surcroit scientifique, pour toute cette poésie traditionnelle. Entre autres, Henrik Gabriel Porthan, humaniste finlandais marquant, recueillit durant sa vie de nombreux chants populaires, et fit paraitre entre 1766 et 1778 "De Poësi Fennica" (« À propos de la poésie finnoise ») qui traitait de ce sujet. K. Gannander se tourna aussi vers ces traditions. Zachris Topelius publia lui aussi un recueil de chants populaires en 1823, à partir de textes collectés dès 1803. L'idée de composer une épopée entière et structurée à partir des textes collectés, sur le modèle de l'Iliade, de l'Odyssée ou encore de la légende des Nibelungen, fut pour la première fois formulée clairement par le fennomane Carl Axel Gottlund en 1817, bien que cette intention se retrouve déjà en 1808 chez August Thieme, poète allemand. Les efforts d'intellectuels tels que le juriste allemand H.R. von Schröter ou le journaliste et philologue Reinhold von Becker s'inscrivent dans la même logique. Ce projet se réalisa finalement avec Elias Lönnrot (1802-1884), philologue, médecin de profession, mais particulièrement intéressé par la langue et le folklore finlandais (il fit son doctorat sur la médecine populaire finlandaise). La vieille tradition orale populaire vivait encore à l'est (en Carélie) et c'est principalement dans cette région qu'il entreprit en tout onze voyages entre 1828 et 1844, pour rassembler le matériel qui allait former la base de son épopée. Il fixa d'ailleurs son cabinet médical à Kajaani, à la frontière de la Carélie. Il consigna alors une vaste base de textes et de runes de divers chanteurs populaires, bardes, mais aussi de vieillards hommes et femmes. C'est le cas d'Arhippa Perttunen qui fournit un nombre considérable de vers et de chants à Lönnrot. Beaucoup des villages que Lönnrot visita se situaient alors (et encore aujourd'hui) en Russie. Certains de ces villages furent d'ailleurs rebaptisés par la suite (en 1963, Uhtua prit le nom de Kalevala). Le travail de recensement minutieux entrepris par Lönnrot s'inscrit en fait dans un programme plus vaste organisé sous la houlette de la Société de littérature finnoise crée en 1831 qui mena des expéditions durant le afin de préserver les traditions orales non seulement des Finnois, mais de très nombreux autres peuples de langues ouraliennes, qui leur étaient donc apparentés. Ce travail fut interrompu en 1917 lorsque éclata la Révolution russe. Rien qu'en finnois, l'abondance de la collecte se monte aux 33 volumes des "Suomen Kansan Vanhat Runnot" (« Poèmes anciens du peuple finnois »), représentant au total environ , auxquels s'ajoutent deux millions et demi d'autres chants, proverbes, fables, contes, devinettes conservés. En parallèle, une partie non négligeable de cet héritage oral est conservé dans les archives de Petrozavodsk, la capitale de la république de Carélie russe. Ce travail global est bien sûr à mettre en relation avec la publication du "Kalevala" de Lönnrot, qui d'une part se fonda sur ces textes consignés, mais qui provoqua aussi un réel engouement du peuple finnois pour sa langue et sa culture, relançant en cela l'intérêt porté à cette poésie orale et traditionnelle. Versions et textes apparentés au "Kalevala". De cette collecte, Lönnrot tira plusieurs œuvres, dont la plus célèbre est effectivement le "Kalevala". Le premier résultat, un genre de proto-"Kalevala" de 1833, nommé "Runokokous Väinämöisestä", ensemble de poèmes sur Väinämöinen, était constitué de . Cet ouvrage marqua un tournant tant dans l'œuvre que dans la vie de Lönnrot : alors qu'auparavant il traitait les textes recueillis d'une façon plutôt scientifique et mettait en avant la recherche dans son travail, les préoccupations artistiques et esthétiques sont ici réellement mises au premier plan. Deux ans plus tard, entre 1835 et 1836, parut le "Kalevala" à proprement parler (en entier "Kalewala taikka Wanhoja Karjalan Runoja kansan muinoisista ajoista", « Kalevala ou Anciens Chants de Carélie à propos de l'histoire passée du peuple finnois »). Cette première version, l’"Ancien Kalevala" de 1835, composée de 32 chants avec lignes versifiées, fut éditée par la Société littéraire finnoise ("Suomalaisen Kirjallisuuden Seura"), dont Lönnrot était l'un des fondateurs. La date à laquelle Lönnrot signe la préface du premier volume, le 28 février, a en Finlande le statut de jour du Kalevala. Au "Kalevala" succédèrent les moins connus "Kanteletar" (1840-1841), aussi le résultat de recherches de terrain en Carélie. En 1849, Lönnrot acheva le "Nouveau Kalevala", qui compte 50 chants et lignes versifiées, et était donc près de deux fois plus important. L'apport personnel de l'auteur Lönnrot dans cette nouvelle version était accentué par rapport à la version originale. Le "Nouveau Kalevala" fait aussi preuve de beaucoup plus de logique interne et est aujourd'hui retenu comme la version de référence. Dans la période entre 1835 et 1849 le "Kalevala" était déjà traduit et Lönnrot avait atteint son but : montrer que, du sein d'une petite nation, une épopée immémoriale, préchrétienne pouvait naître au même titre que l'Odyssée et l'Iliade des Grecs antiques ou le chant des Nibelungen des Germains. Depuis cette époque, une douzaine de versions différentes ont paru en finnois, et de nombreux résumés, adaptations en prose et versions à des fins scolaires ont été publiés. Rayonnement culturel du Kalevala. En tant que symbole national. La place qu'occupe le Kalevala dans la culture finnoise et dans le sentiment national des Finlandais est primordiale, et l'importance qui lui est accordée est supérieure à la plupart des autres épopées nationales. La dimension politique du Kalevala est souvent considérée comme si forte, si considérable, qu'elle aurait presque permis à elle seule l'élévation de la Finlande au rang de nation indépendante. À l'époque de la parution du "Kalevala", et dans un contexte où les idées nationalistes se développaient en Europe, l'identité finnoise était encore en pleine construction, et le "Kalevala" contribua effectivement de façon remarquable à cette évolution. La Finlande ne possédait pas auparavant une culture écrite propre et autonome, les Finlandais, dans la multitude de leurs cultures populaires, ne possédaient pas une œuvre fondatrice capable de rivaliser avec les grandes épopées nationales telles que l'Edda, les Nibelungen ou l'Iliade. C'est le rôle que remplit pleinement le "Kalevala" de Lönnrot, et qui fut encore mis en exergue par l'intérêt qui lui fut porté à l'étranger. Pour répondre au sentiment national finlandais, on voulut compléter et préciser l'histoire lacunaire du pays en tentant d'interpréter certains faits rapportés dans le "Kalevala" à propos de l'histoire lointaine du peuple finnois. Parallèlement, la publication du "Kalevala" renforça l'importance de la langue finnoise, qui n'était pas utilisée auparavant comme une langue littéraire. En 1902 elle devint langue officielle aux côtés du suédois et du russe. Le « réveil national » de la Finlande joua bien sûr un rôle dans l'accession à l'indépendance en 1917 vis-à-vis de la Russie. Le Kalevala dans la Finlande d'aujourd'hui. Encore aujourd'hui, l'influence du "Kalevala" est évidente. Certains passages sont bien connus des Finlandais, qui peuvent ainsi, comme une allusion à l'histoire d'Ilmarinen, se référer à une tâche difficile comme le « labour d'un champ de serpent ». Des prénoms tels que Väinö, Ilmari, Tapio ou Aino sont les diminutifs de noms de personnages du "Kalevala". Beaucoup d'entreprises finlandaises ont choisi des noms en lien avec des thèmes, des objets propres au "Kalevala" : une compagnie d'assurance se nomme ainsi Sampo, une autre Pohjola, et une marque de crème glacée a pour nom Aino. La firme Kalevala Koru, une des entreprises de création de bijoux les plus connues de Finlande, doit directement son nom et son existence à l'épopée : elle est née d'une association de femmes qui, pour financer la construction d'un monument en hommage aux femmes mentionnées dans le "Kalevala", décidèrent de créer et de vendre des bijoux inspirés par l'épopée nationale. De nouveaux quartiers résidentiels, comme "Kaleva" à Tampere et Tapiola à Espoo, furent enfin nommés d'après le Kalevala. Les poèmes du "Kalevala" ont aussi influencé des comptines pour enfants qui survivent encore aujourd'hui tel que "Lennä lennä leppäkerttu" (« Vole vole coccinelle »), "Oli ennen onnimanni" et "Tuu tuu tupakkarulla" (« Fais dodo bébé emmaillotté »). Œuvres inspirées par le "Kalevala". L'épopée a joué un rôle important dans la constitution du sentiment national finlandais. Elle a influencé considérablement beaucoup d'artistes de ce pays. Rudolf Steiner et ses proches intellectuellement, anthroposophiques, appréciaient fortement le "Kalevala". La traduction la plus récente en vers en néerlandais du "Kalevala" est ainsi l'œuvre d'une maison d'édition anthroposophique. Littérature et bande dessinée. Comme œuvre littéraire, le "Kalevala" a aussi exercé une grande influence sur la littérature. L'influence de l'épopée s'étendit bien au-delà du domaine linguistique finnois, par le biais de traductions. Le "Kalevala" en traduction. Le "Kalevala" a été traduit dès le début. La Société de littérature finlandaise a subventionné, aussi pour des raisons politiques, la traduction de l'œuvre en suédois et en allemand : la première langue rendait l'épopée accessible ainsi à l'intelligentsia finlandaise, qui ne connaissait souvent pas le finnois. Le philologue Matthias Alexander Castrén se chargea de la première version en suédois (1841). Son confrère allemand Jacob Grimm en traduisit des parties en allemand. La première traduction complète (et en vers) allemande fut celle d'Anton Schiefner datant de 1852 : elle fut l'une des versions les plus influentes. L'Estonien Kreutzwald lui emprunta l'idée de mettre son "Kalevipoeg" en des vers similaires. La version Schiefner fut revue peu après par Martin Buber et devint le texte de base de la traduction « anthroposophique » néerlandaise de Mies le Nobel (1985). Avant l'allemande, il y eut une version française : c'était la traduction en prose de Louis Léouzon le Duc de 1845 portant le titre "La Finlande". Au apparurent encore des traductions en anglais, en estonien, en hongrois, en russe et en tchèque. Le premier "Kalevala" en néerlandais fut une adaptation pour enfants de 1905. Entretemps, le "Kalevala" a été traduit en 51 langues, dont l'arménien, le swahili, le tamil et l'espéranto. Au plusieurs traductions et adaptations en néerlandais ont été éditées, mais jamais un "Kalevala" en vers traduit du finnois. À ce sujet l'on se doit de mentionner le nom du prêtre Henrik Hartwijk, qui a, il est vrai, traduit le "Kalevala", mais dont la traduction n'a jamais été publiée et est perdue en grande partie. En 1987, le poète latin contemporain Tuomo Pekkanen a traduit le "Kalevala" en vers latins suivant la scansion du texte original. Liste de traductions. Le Kalevala a été traduit en 61 langues dont:
Kyūdō Le est un art martial japonais (budō), issu du tir à l'arc guerrier ("kyūjutsu"). Cette discipline se singularise de sa contrepartie occidentale par les influences mélangées propres à la culture japonaise : le zen, le confucianisme, mais aussi le taoïsme et le shintoïsme. Le "kyūdō" est une des voies martiales japonaises, cherchant le développement de la discipline du corps et du groupe, par la maîtrise des gestes et le respect de l'étiquette . Le pratiquant recherche un mouvement parfait pour pouvoir transcender à la fois l'esprit et le corps. Le principe consiste à percer une feuille de papier servant de cible avec un minimum de tension musculaire et un maximum d'énergie spirituelle, "ki". La gestuelle esthétique résulte d'une chorégraphie codifiée. Atteindre précisément la cible est la conséquence de l'équilibre correct d'un corps et d'un esprit disciplinés et harmonisés. Le second pendant de cette discipline est le développement du tir dans un comportement social entre archers, c'est-à-dire l'étiquette : un tir ne se déroule pas sans qu'un archer ne tienne compte du contexte, de l'environnement et des personnes présentes. Étymologie. Le mot "kyūdō" est composé de deux idéogrammes (kanjis) signifiant : "Kyūdō" se traduit par « la voie de l'arc ». Comme pour tout mot composé de leur langue, les Japonais se servent de vieux vocables chinois plutôt que de leurs prononciations autochtones. "Kyū" (arc) est l'ancien vocable chinois, alors que "yumi" (arc) est le vocable japonais désignant l'arc en général. Son idéogramme est une clé de la composition d'autres idéogrammes (comme un préfixe) et signifie la force. La voie ("dō") ici est la même qui se retrouve dans jūdō, kendō, etc. Elle désigne une discipline et un chemin d'accomplissement. Histoire. On retrouve des vestiges d'arcs vieux de deux mille ans. Utilisé autant pour la chasse que pour la guerre, l'arc est l'unique arme capable de tuer à distance et l'une des armes de prédilection des guerriers japonais ("kyūjutsu") avec le sabre, surtout entre le et le . Il disparaît alors peu à peu au profit du mousquet importé par les Portugais. Cette école de guerre nommée alors "kyūjutsu", se distingue sous un nom d'école : "heikiryū". Bien que cette technique de combat est perpétuée jusqu'à nos jours, en gardant ses gestes millénaires, elle perd néanmoins un certain sens en l'absence de combat avec des arcs. Parallèlement au développement de celle-ci, une autre école de tir à l'arc se développe : l"'Ogasawa-ryū". Cette dernière délaisse complètement l'aspect guerrier de l'arc pour ne retenir que son aspect symbolique et l'utilise dans les rituels. Très proche des prêtres shintos, cette école use des pouvoirs magiques assimilés à l'arc dans la tradition japonaise. Ainsi, on baptise la construction de tout nouvel édifice au Japon par un lancer de flèches purificatrices avant d'installer un arc sur le toit de la maison. De même, lors d'une naissance, on peut demander un tir de purification. On connaît aussi la danse de l'arc des sumos, qui a la même vocation. Depuis la Seconde Guerre mondiale, "kyūdō" est souvent associé au bouddhisme zen, même si toutes les écoles "kyūdō" ne comprennent pas une composante religieuse ou spirituelle. Cette vue populaire est probablement le résultat du livre "Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc" (titre original : "Zen in der Kunst des Bogenschießens", 1948, de l'auteur allemand Eugen Herrigel. Herrigel ne parle qu'un peu japonais et emploie généralement un traducteur pour parler avec son professeur. Sa vue sur le "kyūdō" est en partie due à une mauvaise communication et à son exposition à une forme contemplative de cet art martial. Et cela même si le livre, traduit en japonais en 1956, a depuis un énorme impact sur la perception du "kyūdō" également au Japon. Le terme "kyūdō" fait son apparition dans diverses écoles dès le . Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale à la suite du désarmement imposé par l'occupant américain qu'une fédération japonaise de "kyūdō" (la Zen Nippon Kyudo Renmei) voit le jour. Elle se donne pour objectif de normaliser les enseignements divers donnés par les différentes écoles mais aussi d'établir une pratique commune entre elles et permettre des manifestations communes. Elle définit le "kyudo" moderne issu des cultures traditionnelles du "kyudo" dans lesquelles il puise les éléments essentiels de chaque école. Cette volonté permet au "kyudo" actuel de conserver sa richesse historique et de continuer à développer son raffinement. Cette normalisation est éditée sous forme de livres (volumes) : le "Kyudo kyohon", qui est traduit officiellement en anglais. Une adaptation a été faite en français, "Manuel de kyudo". Ce manuel sert aussi bien au débutant qu'au tireur avancé. Rédigé et amélioré régulièrement par les "sensei"de la fédération japonaise (ANKF), maîtres de la discipline, il est une source et une référence pour la pratique du "kyūdō". Cet ouvrage est accessible auprès des fédérations membres de la fédération internationale (IKYF). Il existe aujourd'hui des fédérations de "kyūdō" aux États-Unis et en Europe, les fédérations européennes sont affiliées au Japon par l'intermédiaire de la Fédération européenne de "kyudo". En 2006 est créée la Fédération internationale de "kyūdō" IKYF (International Kyudo Federation). Dix-sept fédérations de différents pays en sont membres : le Japon, l'Autriche, la Belgique, la Finlande, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Islande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, l'Espagne, la Suisse, la Suède et les États-Unis. La synthétisation du "kyūdō" par la "Zen Nippon Kyudo Renmei" n'est pas créée au détriment des "koryū" (écoles ancestrales). Les traditions des différentes "koryu" sont précieusement entretenues par ceux qui les pratiquent et transmises ainsi parallèlement aux objectifs de développement de la fédération japonaise. Les deux pratiques coexistent sans se nuire. Pratiquants et enseignements. En , il y avait au Japon, dont et d’après les chiffres de la fédération. Le "kyūdō" compte de plus en plus de pratiquants en Europe (adhérents fédérés : ), mais il est encore très restreint, leur nombre restant difficile à évaluer, de nombreux groupes n'étant pas fédérés. Aux États-Unis, leur nombre est encore plus confidentiel (environ 250). On estime qu'il y a autant d'hommes que de femmes qui pratiquent le "kyūdō". L'enseignement est bénévole, sauf dans de rares dojos privés qui perpétuent généralement une école traditionnelle particulière. Au Japon et dans le cadre de la fédération japonaise (ANKF), le "kyūdō" est une pratique universitaire où on obtient une note de fin d'année. Dans la pratique courante, de nombreuses compétitions existent au Japon. Celles-ci tendent aussi à se répandre également ailleurs. L'enseignement traditionnel s'inscrit dans la relation très asiatique du maître et de l'élève ou "sensei"/"kōhai". La transmission n'existe pas en dehors de cette relation. Le maître affermit l'élève dans la juste acquisition des gestes et postures. Il enseigne non pas en démontrant mais en montrant le geste correct, en incarnant le modèle à suivre. Il pourra aussi le cas échéant, intervenir directement sur un pratiquant en corrigeant sa posture. Le seul discours logique revient toujours aux "hassetsu" (gestuelle du tir scindée en huit phases successives) ; bien entendu, des remarques sont aussi formulées, mais jamais professées. Lorsqu’un Européen découvre cet apprentissage, il est confronté à un non dit qui n'a pas de substance. Le caractère de cet apprentissage désoriente les Occidentaux pour qui un apprentissage devrait être contradictoire et mentalement assimilable. La pratique du "kyūdō". La fédération internationale définit le "kyūdō" par deux courts textes anciens : le "Raiki shagi" et le "Shaho kun". Ils traitent entre autres de l'attitude juste pour tirer, de la condition mentale du tireur, de l'archétype dans l'ouverture de l'arc, de la séparation de la flèche et du tireur. Cette définition permet de différencier le "kyūdō" avec d'autres types de tirs qui se feraient aussi avec un arc de "kyūdō". Son expression la plus concrète se matérialise à travers des formes de tirs en groupes appelés "sharei". Dans un "sharei", l'harmonie entre les tireurs, la justesse d'un tireur dans son tir et par rapport aux autres sont mises en évidence. "Hassetsu", les huit étapes du tir. Le tir lui-même se déroule en huit phases distinctes et consécutives appelées « "hassetsu" ». L’archer apprend et suit cette succession très structurée de phases. C'est une vérification d'étapes et de détails pour organiser les mouvements hiérarchisés du tir en incluant le moindre élément. Elles sont nommées par des termes japonais avec une traduction admise pour les francophones : La particularité de la forme de l'arc de "kyudo" induit un mouvement d'ouverture très au-dessus de la tête du tireur. La partie basse de l’arc est courte et forte, elle donne la puissance au tir. La partie haute est longue et plus faible, elle donne la précision au tir. Les deux branches doivent s’équilibrer lors de l’ouverture de l’arc et du départ de la corde. Ces phases doivent être assimilées par le corps du tireur. Elles sont réalisées avec précision et en harmonie avec la respiration de l'archer et lui permettent de faire partir le coup dans les meilleures conditions possibles. Différentes variantes existent dans les détails de l'ouverture. Elles sont issues des différentes origines du "kyūdō". Le tir en "bushake", est issu de la tradition guerrière et le tir en "reishake", est issu, lui, du tir de cour. D’autres différences existent entre l'élévation de l'arc et le début de son ouverture (ouverture latérale ou de face) : "shamen-no-kamae" et "shomen-no-kamae". Mais les fondements dans la répartition des tensions de l'arc pendant son ouverture et le lâché restent les mêmes. "Ashibumi". L'archer se positionne sur la ligne d'où les flèches seront tirées, de profil par rapport à la cible (appelée "mato", ou "makiwara") et tourne sa tête de manière à faire face à la cible. L'arc repose dans la main gauche à hauteur de hanche et les flèches se trouvent dans la main droite, à la même hauteur. Ensuite, l'archer écarte ses pieds de sorte que la distance entre eux soit égale à son allonge ("yazuka"). Après l'accomplissement de l"'ashibumi", l'axe de la cible, la ligne de tir passe devant les orteils de l'archer. "Dozukuri". L'archer équilibre et aligne son bassin avec ses épaules. Les deux parties du corps doivent être parallèles à la ligne imaginaire créée pendant l"'ashibumi". Cette posture est étudiée pour trouver le maximum de stabilité dans les quatre directions : avant, arrière et latéralement. De plus, cette mise en place du corps est nécessaire à l’ouverture maximale de l’arc avant le lâché. "Yugamae". Cette phase se compose de trois parties consistant en la mise en place des flèches sur l'arc, de la corde et de la vérification des autres objets du tir : Le tireur se saisit de la corde et de l'arc avec la flèche et maintient cette saisie jusqu'à la fin du tir. "Uchiokoshi". L'archer soulève l'arc au-dessus de sa tête pour se préparer au tir tout en maintenant une respiration régulière pour se préparer à l'« union » ("kai"). "Hikiwake". L'archer commence à abaisser l'arc vers la gauche tout en écartant ses bras, le mouvement doit dessiner un arc de cercle. Le tireur pousse simultanément l'arc avec son côté gauche et tire sur la corde avec le côté droit jusqu'à ce que la flèche soit au niveau de sa bouche et contre sa joue. La force est dans les coudes. Cette ouverture est aussi balisée avec des points de passage qui sont plus ou moins étudiés suivant les traditions. Ces passages permettent à l'archer de lister au juste moment, les extensions et les tensions : "Kai". "Kai" est l'harmonie, l'unité entre le lieu, le corps, l'esprit, l'arc, la flèche et la cible. Le tireur continue le mouvement commencé dans la phase précédente. L'archer semble faire une pause pour viser, en réalité il maintient l'extension du corps et de l'esprit dans toutes les directions pour créer une unité entre le corps, l'esprit, le cœur, l'arc, la flèche, la cible… La pointe de la flèche doit suivre la ligne établie pendant l"'ashibumi". Par rapport à l’archerie occidentale, la poussée de l’arc se réalise avec l’espace pouce/index, la paume n’intervient pas. Cette extension dynamique doit être suffisamment énergique et efficace pour provoquer le départ de la flèche. Cette phase est étonnamment longue puisque le tireur maintient cette position environ 8 secondes ; certains conservent cette extension plus de 20 secondes afin de faire mûrir suffisamment le "kai". La difficulté est d’apprécier cette durée pour que le tir soit ni prématuré, ni trop tardif. "Hanare". Lorsque l'archer atteint l'union parfaite, la corde se libère de la main droite pour propulser la flèche. La flèche part ou se sépare du tireur grâce à l’extension du corps et à l'accumulation de l'énergie. L'arc produit alors un son, le "tsurune", ce son provient de la corde qui percute une plaquette de bois, constituant de l'arc en son sommet. La flèche touche la cible en produisant un autre son : le "tekichu". Celui-ci est produit par la pointe évasée de la flèche frappant le papier de la cible tendu comme un tambour. La qualité de ces sons révèle la qualité du tir. "Zanshin". Après le départ de la flèche, l'archer la suit du regard, prêt à toute éventualité. Le corps est maintenu dans l'extension du "kai" et en restant en état de concentration. C'est à cet instant, dans cette posture spontanée et aussi grâce au vol de sa flèche, que se révèle la vraie nature du "kyūdōjin" (pratiquant de "kyudo") et apparaissent ses intentions ou motivations profondes. Lorsque la flèche part, l'archer ne peut mentir sur sa posture finale qui résulte des tensions et des sentiments qu'il a mis en jeu dans tout le déroulement de l'ouverture de l'arc. Il doit travailler sa détermination afin d'effacer tout élément qui pourrait ternir ce "zanshin" et le résultat à la cible, c'est-à-dire son mental, son regard "", ses postures "kihon"… Cette étape est suivie d'une seconde phase, le "yudaoshi". Tout en demeurant dans le tir et dans la continuité du "zanshin", l'archer abaisse l'arc pour passer à la flèche suivante en recommençant les "hassetsu". Les différents "sharei". Les archers tirent par groupe. Dans l'apprentissage du "kyudo", on apprend qu'aucun tir ne peut se réaliser sans qu'un archer ne tienne compte de son environnement, des autres personnes et archers présents. C'est seulement lorsqu'il en est pleinement conscient qu'il peut commencer le tir. Suivant un code protocolaire strict (étiquette ou "rei"), les archers se positionnent ensemble sur le pas de tir pour tirer ensuite chacun à leur tour. Ces procédures de tir sont nommées "sharei". Plusieurs "sharei" existent et sont pratiqués suivant le lieu, les circonstances, l'assistance présente, le temps… Chacun des "sharei" est adapté à ces paramètres. S’ils se déroulent en intérieur, les archers utilisent une position intermédiaire assise appelée "kiza" (« tir » en "zasha"). Par contre, cette posture est peu propice pour les tirs extérieurs, ce sera alors un tir debout en "risha". "Mochimato sharei" est le tir étudié dès le début de la pratique afin d'aborder au plus tôt l'aspect du tir en groupe. Les dojos étant adaptés à la pratique du tir par cinq (chiffre bénéfique dans le monde sino-japonais), un groupe de cinq archers entre sur le pas de tir et chaque archer se met successivement face à sa cible. Après avoir ensemble armé une flèche, le premier archer tire seul une flèche pendant que les autres tireurs attendent. Chaque archer tire ainsi ses deux flèches par ordre. Finalement les tireurs sortent au fur et à mesure de l’espace de tir lorsqu’ils n’ont plus de flèche. Ce tir ("itote-gyosha") est présenté couramment pour passer un grade appelé « dan ». Une version à trois archers avec quatre flèches chacun, dans un rythme plus rapide, est pratiqué pour les tournois ("kyogi maai"). "Yawatashi sharei" est le tir de démonstration par excellence. Groupe d'un tireur et de deux assistants ("kaizoe"). Ce tir est celui utilisé pour les ouvertures de démonstrations importantes. Le groupe constitué du tireur et de ses assistants se met en place rituellement dans l'espace du dojo ; le tireur est seul devant la cible unique, le premier assistant est en retrait du tireur et le suit dans ses moindres mouvements afin de venir le seconder pendant le tir. Le deuxième assistant est en position d’attente à la ciblerie et vient retirer la flèche de la cible après chaque jet. Il ramène ensuite les flèches au premier assistant qui les rendra ensuite au tireur. Une fois le tir terminé, les trois acteurs du tir se retirent ensemble du "shajō" (espace de tir). "Hitotsumato sharei" est un autre tir de démonstration. Trois archers se présentent alternativement devant une seule cible, ils effectuent un déplacement triangulaire pour céder la place au tireur suivant. Ce tir est particulièrement apprécié pour son côté animé. D'autres "sharei" tout aussi importants se pratiquent mais sont moins usités, entre autres celui spectaculaire pour l'inauguration d'un dojo (tir en kimono de cours), ou encore celui pratiqué sur une botte de paille à bout portant pendant lequel l'archer lâche un "kiai" au départ de la flèche. Chaque "ryū" ou école conserve ses propres "sharei". Ils sont issus des longues traditions familiales ancestrales. Objectifs du "kyūdō". Dans le manuel de "kyūdō", les "sensei" de la fédération japonaise (ANKF) ont rappelé les buts du "kyūdō". Ils indiquent que le "kyūdō" n'est pas une discipline sans finalité. Ces buts sont : la , la et la . D'autre part, ils ont précisé les objectifs du "kyudo" moderne développés dans le manuel de "kyudo" : ces objectifs sont d'étudier les principes du tir et de cet art, l'application des mouvements basées sur l’étiquette, améliorer le caractère et la noblesse du tir et enfin, tendre vers la perfection de l'être humain. Qualités du pratiquant. Il doit posséder : Il existe trois niveaux d'habileté : Le lieu. Le "kyūdō" se pratique dans un lieu nommé dojo. Celui destiné au "kyūdō", le "kyūdōjō", est constitué de différentes parties qui sont propres : Le "kyūdō" est également pratiqué à courte distance pour l'initiation et l'entraînement, à une longueur d'arc d'une cible de paille appelée "makiwara" (paille roulée). Il existe un "sharei" demandant un tir sur un "makiwara" pour les pratiquants les plus avancés, si bien qu'après avoir étudié une vie, on se retrouve à faire un exercice similaire à celui des débutants… Au Japon, les dojos sont soit municipaux, soit situés dans le cadre scolaire. Le monde occidental n'en compte que quelques-uns construits de manière traditionnelle où la pratique prend une saveur incomparable. En France, le "kyudojo" fédéral de Noisiel dépendant de la Fédération de kyudo traditionnel, de la Ligue Île-de-France et du Comité national de kyudo (CNKyudo), de l'association Kyudo Val-Maubuée, ainsi que de la mairie de Noisiel, est le premier "kyudojo" public en France. Construit sur le modèle des dojos japonais, il comporte deux bâtiments : l'un accueillant les archers et le second la ciblerie située à 28 m. Équipement du "kyūdōjin". L'arc japonais, ("yumi") est certainement le plus grand et le plus étrange au monde avec sa forme particulière. Long de plus de deux mètres, en bambou ou fibre de verre, il est proportionné au pratiquant d'après son allonge ("yasuka") et est asymétrique, c'est-à-dire que sa poignée ne se situe pas au milieu de l'arc mais au tiers inférieur. L'utilisation de l'arc japonais ("yumi") n'est pas limitée au "kyūdō". Il est aussi utilisé dans d'autres disciplines ("yabusame") ou d'autres pratiques (cérémonies shinto). Les flèches ("ya") sont traditionnellement en bambou et empennées de plumes d'oiseaux de proies. Elles vont toujours par paires et sont élaborés de manières différentes : l'une a l'empennage penché vers la droite, et l'autre vers la gauche. Cette astuce évite (théoriquement) de tirer sur la flèche précédente. Les flèches du tir à bout portant ("makiwaraya") sont différentes du tir à longue distance ("matoya"). L'archer utilise un gant ("gake") pour tenir la corde. La corde est alors crochetée à la base du pouce, très rigide. C'est une technique d'origine mongole. Il y a des gants à trois, quatre ou cinq doigts. La tenue de l'archer est composée du kimono traditionnel avec un "hakama", un obi et des "tabi". Toutefois, pendant l'entraînement, la tenue cérémonielle est remplacée par une blouse blanche à manches courtes appelée "keikogi". Le port du kimono entrave l'archer et l'oblige à cultiver des déplacements et postures corrects, le kimono devient un soutien pour la progression de l'archer. Principales traditions. Tir à l'arc monté ("yabusame") Tir à l'arc à pied En plus des principales traditions, il existe de nombreuses écoles plus récentes et souvent plus spirituelles qui sont actives à l'extérieur du Japon. Autres orientations de la pratique, autres formes de "kyūdō". Dans le "kyūdō", d'autres courants existent qui incorporent les éléments d'autres traditions orientales. Bien qu'ils soient marginaux, ils trouvent une écoute attentive. Ils ont des finalités divergentes que celles définies par la majorité. Dans ces autres courants, des différences significatives sont à noter, techniquement, dans les "kihon", dans la manière d'ouvrir l'arc, la tenue des flèches, mais surtout sur le fond. Pour certains, le tir est axé sur la respiration. Pour d'autres, c'est un test de manifestation du "ki" ou encore une détente anti-stress, une méditation en mouvement, un rituel shinto, "kotodama", Shambhala, une thérapie. Cette liste n'est pas exhaustive, le "kyūdō", comme toute discipline, donne naissance à de nombreuses variantes ; les pratiques évoluent au travers des archers qui les font vivre. Certaines écoles restent détachées de toute démarche fédératrice qui baliserait, par exemple, la progression par des dans. C'est le cas de l'école Heki-ryu bishu chikurin-ha de la lignée de Kanjuro Shibhata sensei, facteur d'arc de l'empereur du Japon, organisée en fédération autonome. Quelques dojos privés existent aussi, des chercheurs y enseignent une pratique qu'ils transmettent de génération en génération. Cependant, ces groupements soucieux de conserver leur particularité ont à leur tête les héritiers d'une école qui, généralement, reste en contact avec la fédération japonaise (ANKF) pour conserver et améliorer leurs propres niveaux de pratique. Annexes. Bibliographie. "Kyudo" mentionné :
Kendo Le est la version moderne du , l'escrime au sabre pratiquée autrefois au Japon par les samouraïs. Par version moderne, il faut comprendre que le kendo n'est pas seulement un art martial mais est également un sport de compétition, aujourd'hui largement pratiqué au Japon. Le kendo ne se résume toutefois pas à un simple ensemble de techniques et de tactiques du combat au sabre. Il comprend également un volet spirituel. Le kendo permet à ses pratiquants de développer leur force de caractère et leur détermination. Histoire. remarque en 1983 Donn F. Draeger, l'un des spécialistes des arts martiaux japonais. Après une longue période de guerres et l'unification du pays par le shogun Ieyasu Tokugawa, le Japon entre dans une ère de paix qui durera plus de 260 ans, l'époque d'Edo (1600-1868), au cours de laquelle l'escrime au sabre, le "kenjutsu" (剣術), qui a perdu sa finalité sur les champs de bataille, continue à être enseignée dans le cadre de la formation de la caste dirigeante, celle des bushi (ou samouraï) : le "kenjutsu" est l'un des dix-huit arts martiaux que doit pratiquer le "bushi". De nombreux traités sur le sabre sont publiés à cette époque au Japon tel le "Gorin no shō" de Miyamoto Musashi, le "Heihō kadensho" de Yagyū Munenori ou le "Hagakure" de Yamamoto Jocho. De « sabre pour tuer » ("setsuninto", 殺人刀), le "kenjutsu" évolue vers « sabre pour vivre » ("katsuninken", 活人剣) par l'étude duquel le pratiquant forge sa personnalité. Afin de faciliter la pratique jusque-là limitée à des katas au sabre de bois ("bokken") ou au sabre réel, Naganuma Shiro développe au début du le sabre en bambou ("shinai") et différentes protections ("bogu") afin d'autoriser des frappes réelles pendant les assauts. Parallèlement à l'amélioration du matériel qui prend la forme définitive que nous lui connaissons aujourd'hui peu avant la fin de l'ère Edo, le "kenjutsu" évolue vers sa forme moderne, le kendo. À la Restauration de Meiji (1868), le port du sabre est interdit par décret impérial en 1876, la classe des samouraïs est dissoute et les arts martiaux tombent en désuétude avec l'introduction des techniques militaires occidentales. Les arts martiaux, dont le "kenjutsu", renaissent toutefois dès 1878 dans les écoles de police et la première fédération d'arts martiaux, la Nihon Butokukai est créée à Kyōto au sein du dojo Butokuden en 1895. Jusque-là appelé "kenjutsu", c'est en 1912 qu'il est fait pour la première fois mention du kendo dans la publication des "Nihon Kendo no Kata" ("Kata pour le kendo"). L'Occident découvre le kendo dès le à travers des récits de voyages mais ce n'est qu'en 1899 qu'a lieu la première démonstration de kendo en France à l'occasion de la visite du créateur du judo moderne, Jigoro Kano. La défaite du Japon en 1945 porte un coup sévère aux arts martiaux japonais en général et au kendo en particulier, responsables selon l'occupant américain de véhiculer une idéologie militariste via le bushido. Le kendo sera ainsi interdit après la guerre, mais sa pratique sportive se poursuivra sous le nom de « compétition au "shinai" » jusqu'en 1952 date à laquelle se constitue la Fédération Japonaise de Kendo (Zen Nippon Kendo Renmei). À cette occasion, des maîtres sont dépêchés à l'étranger. C'est ainsi que maître Minoru Mochizuki, alors de kendo, vient en France. Sous le contrôle de ces maîtres japonais, parfois rivaux, la France commence la pratique du kendo dès le début des années 1950 sous l'égide de la Fédération Française d'Aïkido, Taï-Jitsu et Kendo créée en 1958 par Jim Alckeik, Émile Blanc et Robert Ebgui, celle-ci organise le premier championnat de France de kendo en 1959. Au Japon, il fait partie depuis 2012 des disciplines enseignées dans les collèges japonais avec le judo et le sado, mais le nombre de ses pratiquants, 1,2 million de personnes, est jugé en déclin en 2015 . Fédération internationale de kendo (FIK). La Fédération Internationale de Kendo (FIK) a été créée en 1970 par les 17 pays et fédérations fondateurs. En 2006, la FIK comptait 47 membres. Elle a pour but le développement international du kendo et des disciplines associées ("Iaido" et "Jodo"). À ce titre, elle organise les championnats du monde de kendo (World Kendo Championship ou WKC), des stages d'arbitrage, publie des guides et règles pour les compétitions et les passages de grades, dépêche des délégations de professeurs au travers du monde, et des experts pour des séjours plus ou moins longs auprès des fédérations qui en font la demande. Elle organise également des dons de matériel aux fédérations en développement. Les membres de la FIK sont les fédérations nationales (une par pays) ou régionales dans un certain nombre de cas particuliers (Hawaï, Taiwan, Hong-Kong, Macau, Aruba). La plus importante fédération étrangère après le Japon (environ ) est celle de la Corée (environ pratiquants). En Europe, la plus importante fédération de kendo est la fédération française : le Comité National de Kendo (CNK) de la FFJDA (environ pratiquants). Le siège de la FIK se trouve à Tokyo à la Fédération japonaise (ZNKR) et le président en est le président de la ZNKR. La FIK organise une fois tous les 3 ans les championnats du monde de kendo (WKC) alternativement dans un pays membre des zones Amériques, Asie et Europe. Les premiers championnats du monde ont été partagés entre Tokyo et Osaka en 1970. Les WKC se composent d'un championnat individuel et d'un championnat par équipes nationales pour les hommes et pour les femmes. Le championnat par équipe homme est la compétition phare qui clôt les WKC. Les WKC ont eu lieu en à Tokyo et les ont eu lieu à Incheon en Corée en 2018. Paris a accueilli les championnats du monde 2 fois, en 1985 et 1994. Depuis 2006, la FIK est membre de SportAccord (Association of International Sports Federations) et à ce titre s'est doté d'une réglementation antidopage. CNKDR. En France, le kendo est rattaché à la FFJDA (Fédération Française de Judo, Jujitsu, Kendo et D.A.) via le Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées (CNKDR). Notions fondamentales. Généralités. Le kendo est une forme d'escrime au sabre à deux mains où, grâce à l'emploi de matériel adapté (arme en bambou, armure de protection), les assauts sont menés de façon réelle. Il existe également une pratique à deux sabres appelée , héritière de l'école à deux sabres (Hyōhō niten ichi ryū), attribuée à Miyamoto Musashi. Les pratiquants sont appelés ou plus rarement "kendoka". Le kendo est pratiqué aussi bien par les hommes que par les femmes, les entraînements (appelés "keiko", ) étant généralement communs. Des compétitions féminines sont organisées, mais il n'est pas rare de constituer des équipes mixtes lors de championnats. Grâce aux protections et à l'absence de contact physique violent et de chutes, le kendo peut se pratiquer à partir de 5 ou 6 ans et jusqu'à plus de 80 ans. Le kendo se pratique dans un : une salle équipée d'un plancher flottant . Il n'existe pas de catégorie de poids et les pratiquants ne portent aucun signe extérieur de leur grade. "Ki ken tai no itchi". La notion fondamentale du kendo est le ou "kikentai itchi", autrement dit l'unité entre : "Yuko datotsu". Un coup n'est valable en kendo que lorsque le combattant exécute la frappe avec : La frappe valable ("yuko datotsu" (有効打突)) est sanctionnée par un point ("ippon", 一本) en compétition. L'évaluation du "ippon" par les arbitres est un exercice difficile. C'est pourquoi ces derniers sont au nombre de 3 et doivent être eux-mêmes des pratiquants expérimentés de haut niveau. "Kiai". Le "kiai" est un cri obtenu par une forte expiration ventrale. Il permet de libérer les efforts au moment de l'assaut. En kendo, on enseigne aux débutants à crier le nom de la partie visée par la frappe ("kote, men, do") pour développer le "kiai". Au fil de la progression, le cri sera remplacé par un "kiai" plus personnel. Dans les katas, les coups ne sont pas systématiquement accompagnés d'un "kiai", mais le dernier coup est traditionnellement accompagné de « Ya ! » ("uchidachi") et de « To ! » ("shidachi"). "datotsu-bui". En kendo, par convention pour une pratique sportive, seules certaines parties du corps (appelées "datotsu-bui") doivent être touchées pour que le coup soit considéré comme valable. Les quatre "datotsu-bui" sont : la tête ("men"), les poignets ("kote"), les flancs ("dō") et la gorge ("tsuki"). Certaines de ces "datotsu-bui" peuvent comprendre une variante à droite ("migi"), ou à gauche ("hidari"), également valables, sauf en ce qui concerne le "kote" où le seul "datotsu-bui" valable est "migi-kote" sur un partenaire en garde "chudan" ("migi-kote" et "hidari-kote" sont des frappes valables sur un partenaire en garde "jodan"). Gardes. Les combattants se font face en tenant le "shinai" à deux mains (la main droite près de la garde et la main gauche à l'extrémité de la poignée) pointe vers la gorge ou l'œil gauche de l’adversaire. Cette garde fondamentale (appelée "chudan no kamae") permet de frapper en avançant d'un seul pas ("issoku itto"). Il existe également d'autres gardes : Si toutes ces gardes sont étudiées dans les katas, seules les deux premières ("chudan no kamae" et "jodan no kamae") sont utilisées en compétition. Pour la pratique à 2 sabres ("nito"), le combattant tient un "shinai" dans chaque main : un long et un court. Il existe de nombreuses variantes de cette garde selon que le "shinai" long est tenu de la main gauche ou de la main droite, selon la position des "shinai" (au-dessus de la tête ou non) et celle des pieds. En compétition, les pratiquants "nito" sont beaucoup plus rares. Équipement. Armure. Le "kendo-gu" (aussi appelé "bogu") est l'armure protégeant principalement les parties du corps visées et limitant ainsi, tout comme le "shinai", les risques de blessures lors de l'entraînement ou des combats. Il se compose des éléments suivants : Sur la pièce centrale du "tare" est enfilé un sac en tissu appelé "zekken", portant le nom du "kenshi", ainsi que d'autres indications (drapeau national, dojo ou club d'appartenance, etc.). Cette identification est retirée lors des examens de passage de grades. Les parties souples de l'armure sont constituées de pièces de tissu en coton rembourrées, surpiquées et renforcées par des pièces de cuir (le plus souvent en daim) ou en matières synthétiques, le tout de couleur indigo. La grille du "men" ("mengane") est réalisée en métal (duralumin, inox ou titane) ou en céramique. Le "do" est traditionnellement constitué de lattes de bambou recouvertes de cuir et laqué. De nos jours, d'autres matériaux (plastique, fibre de carbone, etc.) sont également employés. La partie supérieure du "do" protégeant la poitrine est en cuir ou en matières synthétiques. Vêtements. Les vêtements traditionnels sont le "hakama" (pantalon-jupe) et le "kendo-gi" (veste). En coton (mais aussi en matières synthétiques), ceux-ci sont généralement de couleur indigo. Les extraits végétaux utilisés pour la teinture ont des propriétés styptiques. Des tenues de couleur blanche sont utilisées pour des raisons économiques (enfants) mais aussi pour symboliser la pureté de l'esprit (cette tenue est le plus souvent portée par certains maîtres, des femmes, des pratiquants du dojo de la police impériale, etc.). En kendo, le grade du pratiquant n'apparaît pas sur ses vêtements. Discipline de l'esprit. Le kendo n'est pas qu'une discipline physique. Sa pratique requiert la maîtrise de « katas » (combats codifiés), et de l'étiquette s'appliquant au dojo. Le kendo est un art qui exige une discipline de l'esprit. Katas. Les katas (aussi appelés "kendō no kata" ou "nihon kendō kata") sont des enchaînements précis de techniques sous une forme entièrement codifiée (y compris les saluts), synthèse de différentes écoles anciennes. Créés en 1912 par un comité d'experts, ils se composent de dix séquences codifiées de combat entre deux partenaires (appelés "uchitachi" et "shitachi"), sept avec le "bokken" ou "bokutō" (sabre long) et trois pour lesquels "shitachi" utilise un "kodachi" (sabre court). Dans la réalisation des katas, l'un des partenaires joue le rôle d'attaquant ("uchitachi") et l'autre conclut l'action ("shitachi"). L'objectif du kata est l'exécution fluide sans faille des techniques et l'accent est mis sur la qualité et l'authenticité de l'exécution. Pour cette raison, les katas se révèlent très pédagogiques pour se perfectionner dans l'exécution des différentes techniques. Il existe également depuis 2001 une série de 9 katas éducatifs appelée « méthode d’entraînement aux techniques fondamentales de kendo avec un "bokutō" », destinée à l'enseignement des techniques de base. L'acquisition de ces katas permet aux débutants d'acquérir les techniques fondamentales, d'avoir un aperçu de techniques plus évoluées mais aussi de se préparer à l'apprentissage des "kendō no kata" (voir plus haut). Au Japon, leur connaissance est requise pour les examens de passage de grades du niveau kyu (avant le premier dan). Étiquette. « Le kendo commence et se termine par un salut. » Cette règle fondamentale enseignée dans tous les dojos souligne l'importance de l'étiquette qui fait totalement partie de la pratique du kendo. Les saluts (en début et fin de cours, en début et fin de combat), la façon de s'aligner dans le dojo, la manière de s'équiper, de tenir le "shinai" hors combat, etc., font l'objet d'un ensemble de conventions dont l'origine remonte à l'époque des samouraïs et dont le détail peut quelquefois varier selon les professeurs et les dojos. L'étiquette exprime le respect et la gratitude envers les autres pratiquants et les professeurs, mais aussi envers le dojo et le matériel. Grades et titres. Hiérarchie. Il existe 2 classements : un pour les débutants, et un pour les pratiquants confirmés. Pour les débutants, les grades vont du au kyu (le plus élevé) ; pour les confirmés, du au dan. Parallèlement aux dans, il existe une échelle de titres d'enseignants : "renshi", "kyoshi" et "hanshi", le titre de "hanshi" (« maître ») étant le plus élevé. Les titres sont délivrés sur examen écrit mais le candidat doit remplir un certain nombre de conditions, dont le grade : au moins pour "renshi", pour "kyoshi" et pour "hanshi". Passage de grade. Les grades sanctionnent la réussite à un examen comprenant un exercice technique, le "kiri-gaeshi", deux combats avec deux candidats différents, et une épreuve de katas où, selon le grade présenté, le candidat devra réaliser une partie ou la totalité des katas de kendo. Le jury est constitué d'examinateurs dont le nombre (4 ou 6) et le grade (minimum ) est fonction du grade présenté. Le grade est octroyé à la majorité des voix du jury. En France, outre un âge minimum de 13 ans et le fait de pouvoir justifier de 3 licences pour le premier dan, la condition principale pour présenter un grade est l'ancienneté dans le grade acquis. Combats et arbitrage. Règles générales. Au terme des règles internationales, les combats ou "shiai" se jouent en trois points maximum ("sanbon shōbu"), sur une durée de cinq minutes à l'intérieur d'une aire de combat ("shiai-jō") de de côté. Le vainqueur est le premier à marquer deux points avant la fin du temps réglementaire, ou celui qui a marqué un point à la fin du temps. En cas d'égalité et en match individuel, une prolongation ("enchō") a lieu, sans limite de temps, jusqu'à ce qu'un des combattants marque un point. Les sorties du "shiai-jō", la perte du "shinai", les comportements violents ou inadaptés, sont sanctionnés par un avertissement ("hansoku"). Deux "hansoku" donnent un point à l'adversaire. Ces règles générales peuvent être adaptées (notamment la durée) selon les formules de compétition et l'âge des compétiteurs. Combat par équipe. En combat par équipe, les match nuls à la fin du temps réglementaire ne donnent pas lieu à prolongation, mais un combat supplémentaire peut avoir lieu entre des représentants des deux équipes à l'issue des combats si les équipes sont à égalité. Arbitrage. En compétition, l'arbitrage est assuré par trois arbitres. L'arbitre tient un drapeau dans chaque main : un drapeau rouge et un drapeau blanc. Chacun des combattants porte attaché au dos un ruban ("tasuki") de couleur rouge pour l'un et blanc pour l'autre. Un des arbitres est l'arbitre principal, ou arbitre central ("shushin"), et les deux autres ("fukushin") l'assistent. Ils forment à eux trois un triangle autour des deux combattants afin qu'il y ait toujours au moins 2 arbitres qui soient en position pour voir les détails du combat. C'est le "shushin" qui donne les ordres de début et de fin des combats, annonce les points et donne les avertissements. Pour qu'un point ("ippon") soit accordé, deux arbitres au moins doivent lever le drapeau de la couleur du combattant qui a marqué le point.
Kaibun Les sont, en japonais, l'équivalent des palindromes en français. Il s'agit donc de phrases qui se lisent de la même façon de droite à gauche que de gauche à droite (phrases symétriques). Le mot "kaibun" signifie « ». Exemples de "kaibun" :
Kilogramme-force Le kilogramme-force (symbole : kgf), aussi appelé kilogramme-poids (symbole : kgp ou kp dans les pays anglo-saxons) est une ancienne unité de force, n'appartenant pas au Système international, qui relie les notions de masse et de poids. Un kilogramme-force représente la force due à la gravité subie par une masse de 1 kilogramme dans un champ gravitationnel de . Pour passer une valeur exprimée en kilogrammes-force vers des newtons (l'unité de force du Système international), il faut multiplier la valeur considérée par l'accélération de la pesanteur, qui vaut, à la surface de la Terre, , soit (N = ). Bien qu'essentiellement supplanté par le newton, le kilogramme-force est parfois encore rencontré dans certains domaines : quincaillerie (charges maximales d'utilisation), tension de rayons de roues de vélo… Il a parfois été remplacé plus usuellement par le décanewton (daN : 1 daN = 10 N), dont la valeur est proche de celle du kilogramme-force.
Katana Le est un sabre (arme blanche courbe à un seul tranchant) de plus de . Par extension, le terme "katana" sert souvent à désigner l'ensemble des sabres japonais ("tachi", "uchigatana", etc.). Symbole de la caste des samouraïs, le "katana" est une arme de taille (dont on utilise le tranchant) et d'estoc (dont on utilise la pointe) à deux mains. Il est porté glissé dans la ceinture, tranchant dirigé vers le haut à la ceinture du côté gauche (vers le bas aussi si le porteur est un cavalier). L'ensemble "wakizashi-katana" s'appelle le "daishō". Historique. La première référence au Katana est trouvée dans le Nihon shoki ("Annales" ou "Chroniques du Japon"), achevé en 720. Ce terme est un mot composé de "kata" (un côté, comprendre un tranchant) et "na", (lame). Cependant, sa production dépasse celle du tachi pendant l'époque de Muromachi (après 1392). Durant certaines périodes pacifiées de l'histoire japonaise, le "katana" avait plus un rôle d'arme d'apparat que d'arme réelle. Description. Le "katana" est un "nihonto" (sabre japonais) courbe qui se porte glissé dans l’obi (ceinture) tranchant vers le haut, à la différence du "tachi", l'épée de cavalerie. Le "katana" a une taille de lame supérieure à deux "shaku" (deux fois ) soit mais cette longueur peut varier selon les périodes et techniques de guerre. Il se manie généralement à deux mains, mais certaines techniques, comme la technique à deux sabres de Miyamoto Musashi, ou des techniques impliquant l'utilisation du fourreau, supposent le maniement à une main. Sa poignée ("tsuka"), suivant le climat politique, variait entre la largeur de deux ou trois mains. La "tsuka" commence par une garde ("tsuba") qui protège la main, et se termine par une extrémité utilisée pour porter des coups ("tsuka-gashira" ou "kashira"). Le poids d'un "katana" standard varie de à . Fabrication. Terminée en biseau, la lame du "katana" est traditionnellement forgée à partir d'un acier brut nommé "tamahagane", transformé en acier composite. Dur pour l'enveloppe, et plus souple pour le cœur, ils sont chacun feuilletés de nombreuses fois, puis intimement soudés l'un à l'autre à la forge. Ensuite, en recouvrant d'un mélange d'argile isolant le dos et les flancs, la lame subit une « trempe sélective », qui créera sa courbure caractéristique et qui conférera à l'arme les qualités combinées de dureté du tranchant ainsi que de résistance aux chocs pour l'ensemble. Le processus complexe de création du "katana" est dû à la mauvaise qualité du minerai disponible au Japon avant l'époque moderne. L'étape suivante est le polissage, effectué par un "togishi" qui affûte la lame en révélant les structures cristallines à l'aide de pierres volcaniques à grain décroissant. Parties. La lame ainsi que la poignée d'un "katana" comportent plusieurs parties qui ont chacune été codifiées précisément ; ceci marque l'importance que la culture japonaise accorde au sabre : Présentation. Lorsque le "katana" est sur son présentoir, "katana kake", il est placé : Le plus souvent, seule la « monture » ou "koshirae" du sabre est exposée ainsi ("tsuka", "tsuba" et "saya", maintenus ensemble par une lame en bois, le "tsunagi"). En effet, la lame est souvent rangée dans une monture de protection hermétique en bois blanc, dite "shirasaya" (« fourreau blanc », qui n'est pas destinée au combat). En temps de paix, le "katana" se pose sur le présentoir, la "tsuka" côté gauche, alors qu'en temps de guerre, la "tsuka" est à droite, ceci afin de permettre une sortie plus rapide du "katana" en cas de danger. Les ciseaux de coiffure sont pensés sur l'art de la fabrication des katana. Dans les arts martiaux. Pour l'entraînement au "katana", on utilise cinq types de sabre d'entraînement : Il existe aussi maintenant des "katana" en matériaux modernes, souples et flexibles, permettant de porter des assauts plus virulents et sans danger, utilisés en "chanbara". Dans la culture populaire. Cinéma. Le "katana" tient une place non négligeable dans le septième art, japonais, bien sûr, avec le "chambara" mais également occidental.
Kikai Kikai peut désigner :
Kunigami Le kunigami est une langue parlée au Japon, dans le centre et le nord de l'île d'Okinawa, ainsi que sur les îles de Iheya, Izena, Iejima et Sesoko. Elle fait partie du groupe des langues ryukyu, apparentées au japonais.
Kébehsénouf Kébehsénouf est la divinité protectrice des intestins des morts. Elle est représentée avec une tête de faucon. C'est l'un des quatre génies funéraires anthropomorphes, appelés les « enfants d'Horus ». Ils avaient pour mission de garder les viscères du corps du défunt. À partir de la fin de la , les bouchons des vases canopes sont modelés à l'image des divinités qui les protègent. Le vase canope qui renferme les intestins protégés par Kébehsénouf, a un couvercle qui représente une tête de faucon. Pour que le pouvoir s’accomplisse et qu'il protège les organes momifiés, ce génie doit être associé à une déesse et à un point cardinal. Pour Kébehsénouf c'est la déesse Serket et l'ouest. Les quatre enfans d'Horus représentés sur les vases canopes :
Kingston (Jamaïque) Kingston est la capitale de la Jamaïque. Elle forme la paroisse de Kingston qui est située dans le comté de Surrey dans le sud-est du pays. C'est l'une des agglomérations des Antilles qui croît le plus rapidement ( habitants pour seulement ). Géographie. Situation. Kingston est entourée par les Blue Mountains, Red Hills, Long Mountain et le port de Kingston. La ville est située sur la plaine de Liguanea, une plaine alluviale située à côté du fleuve Hope. Climat. Kingston possède un climat tropical, caractérisé par une saison des pluies de mai à novembre, qui coïncide avec la saison des ouragans, et une saison sèche de décembre à avril. Histoire. Cette ville a été fondée en 1693 par l'Angleterre après qu'un tremblement de terre a détruit la ville portuaire de Port Royal. La ville devient la capitale administrative de la Jamaïque en 1872 et conserve ce statut lorsque l'île devient indépendante en 1962. Kingston, qui après 1962 devient la capitale de la Jamaïque indépendante, est à l'image de nombreuses villes appartenant à des pays anciennement colonisés : un centre-ville et un quartier nord directement hérités des colons britanniques, et où se concentrent la majeure partie des activités économiques et politiques, faisant le contraste très net et très violent avec la réalité des quartiers défavorisés. Le développement de la ville n'est plus contrôlé et les "shanty towns" (bidonvilles) augmentent en superficie et en population. Kingston n'échappe pas au phénomène de paupérisation des banlieues, et accueille chaque jour de nouveaux habitants que l'exode rural continue à mener dans la capitale depuis le milieu du . Pour ravitailler Kingston, une ligne de chemin de fer a été tracée par les Anglais jusqu'à Montego Bay, sur la côte nord. C'est un réseau insuffisant pour les de Kingston. Kingston abrite le quartier populaire de Trenchtown, quartier d'origine des artistes jamaïcains de renommée mondiale : Bob Marley, qui a démocratisé le style musical du reggae, Peter Tosh ou encore Burning Spear. Elle a en outre donné son nom à la célèbre chanson du groupe UB40 "Kingston town" (reprise de Lord Creator). La ville de Kingston est très marquée, et plus particulièrement dans les quartiers sud, par l'influence rastafari dont le porte-parole fut Bob Marley. Mais ces quartiers sont aussi les plus pauvres et les plus insalubres de la ville. Transports. Kingston est desservi par deux aéroports : Le port de Kingston ("Kingston Harbour") est le septième plus grand port maritime naturel au monde. Jumelages. Kingston est jumelée avec : Sports. Équipes de la ville. Le rugby à XIII se développe dans la ville, puisque deux clubs ont été créés dans la capitale, les Washington boulevard bulls, et les Duhaney Red Sharks. Tous deux disputent le Championnat de Jamaïque de rugby à XIII. Voir aussi. Articles connexes. International Seabed Authority, sise à Kingston
Ligne claire La ligne claire ("" en néerlandais) est un langage graphique issu de l'école belge de bandes dessinées réunie autour d'Hergé, c'est-à-dire le « style Tintin » associé aux dessinateurs du journal du même nom. Le terme "ligne claire" a été forgé en 1977 par le dessinateur néerlandais Joost Swarte, à l'occasion de l'exposition "Tintin" de Rotterdam. Souvent utilisée hâtivement pour désigner un style graphique peu exubérant, l'expression "ligne claire" correspond à des choix précis et rigoureux, mais que peu de dessinateurs sont parvenus à épouser sans y déroger aussitôt. Il s'agit, à la base, d'un dessin caractérisé, après la réalisation des crayonnés, par un trait d'encre noire d'épaisseur constante. Chaque élément forme une cellule isolée par son contour, et reçoit une couleur donnée. Chaque couleur se trouve donc ainsi séparée de sa voisine par un trait. Ligne claire ou style Tintin ? Inspirations ? Ce style n'a pas débuté avec Hergé. Celui-ci s'est en effet inspiré d'œuvres antérieures. Les caractéristiques de base de la ligne claire (trait simple, aplats de couleur) sont liées aux contraintes posées autrefois par les techniques d'impression des périodiques enfantins. La méthode était analogue à celle appliquée pour colorer les dessins des vitraux, des limitations techniques imposant la séparation de chaque couleur. Dans les débuts de la BD, l'impression d'images se faisait par clichage du trait noir, et on appliquait les couleurs en aplats dessinés en se guidant sur le trait, ce qui interdisait les demi-teintes (ce n'est que plus tard qu'apparaitront des dégradés à l'intérieur d'une même surface fermée, avec l'emploi de procédés plus élaborés de sélection couleur par technique photographique). Il n'est donc pas étonnant de trouver des prototypes de ligne claire chez des pionniers de la BD comme Pinchon ("Bécassine"), Winsor McCay ("Little Nemo"), Benjamin Rabier ou André Hellé. C'est probablement l'influence d'Alain Saint-Ogan ("Zig et Puce") qui a été la plus déterminante dans l'approche hergéenne. Le dessin selon Hergé. Les principales caractéristiques du style élaboré par le dessinateur de "Tintin" ont été depuis longtemps définies, notamment par Hergé lui-même : On peut y ajouter d'autres éléments systématisés par Hergé dans le même but d'améliorer la lisibilité du dessin tout en l'allégeant : Enfin, parmi les canons implicites de la ligne claire, se trouve l'emploi systématique de phylactères rectangulaires dont les textes sont écrits en bas de casse, alors que l'école de Marcinelle préfère généralement des bulles arrondies et des dialogues écrits en capitales. Exemples. Cette conception du dessin ne se retrouve pas dans tout le travail de Hergé, mais elle triomphe dans quatre des récits les plus aboutis de la série "Tintin" : E.P. Jacobs, l'autre père. Edgar P. Jacobs s'éloigne quelque peu du graphisme caractéristique des aventures de Tintin, mais a pourtant participé à sa mise au point. Lors de sa collaboration avec Hergé, à partir de 1944, il s'occupe de la révision des premiers albums de Tintin et y opère de profonds changements. Il redessine les décors et y introduit un nouvel équilibre entre réalisme et simplicité. C'est également lui qui assure la mise en couleurs des planches. Le graphisme de "Blake et Mortimer" ne déroge pas fondamentalement aux principes de la ligne claire : E.P. Jacobs est scénariste autant que dessinateur, comme Hergé. Il s'en distingue cependant par l'utilisation de longs et très nombreux récitatifs (souvent un par case). Exemples. Alors que le dessin du "Secret de l'Espadon" ignore parfois les principes énoncés ci-dessus, ces derniers sont par la suite davantage appliqués par Edgar P. Jacobs. Les albums de la série "Blake et Mortimer" les plus significatifs du style ligne claire sont : Avec "Le Piège diabolique" (1960) et plus encore "L'Affaire du collier", Jacobs s'affranchit progressivement de la règle de l'aplat, introduit des dégradés et de riches effets de clair-obscur. La partie médiévale de l'opus, dessinée (hormis Mortimer) par Liliane et Fred Funcken, prend toutefois une tonalité plus décalée. Willy Vandersteen, le versant flamand. Willy Vandersteen représente le versant flamand de la ligne claire. C'est lorsqu'il a commencé à collaborer au Journal de Tintin en 1948 pour y livrer les aventures de Bob et Bobette (celles qui constitueront plus tard la « série bleue ») qu'il a intégré les codes graphiques de l'école de Bruxelles. Il les conservera par la suite, même quand cette collaboration aura cessé. W. Vandersteen et ses continuateurs sont parmi les auteurs les plus représentatifs du mouvement de la ligne claire, et aussi ceux ayant connu le plus le succès, la série Bob et Bobette n'ayant jamais cessé de plaire à un très large public. Bob de Moor, sous influence. En 1949, à vingt-quatre ans, le jeune dessinateur flamand Bob de Moor rejoint l'équipe du "Journal de Tintin". Immédiatement, il côtoie et assiste les principaux dessinateurs du journal, notamment Willy Vandersteen puis, surtout, Hergé. Il devient très vite l'un des piliers des Studios Hergé, et le plus proche collaborateur du père de Tintin. Au fil des ans, Bob de Moor acquiert la capacité d'imiter presque parfaitement le style de Hergé, et son rôle grandit au sein du Studio. Il participe à de nombreux aspects de la création des albums de "Tintin" : repérages, croquis préparatoires, mais aussi coordination des décors et dessins secondaires (en compagnie de Jacques Martin ou de Roger Leloup notamment), et de la mise en couleur. De Moor occupe également le premier rôle dans la conception des produits dérivés Tintin. Dans le même temps, De Moor crée plusieurs séries dans des styles variés, notamment les aventures de Barelli, un reporter dont le monde et l'apparence, au fil des ans, se rapproche de plus en plus de celle de son illustre collègue. Il assiste également Jacques Martin dans la série "Lefranc" et termine "Les Trois Formules du professeur Satō" après la mort de son ami Edgar P. Jacobs. Jacques Martin, l'historien. Le Français Jacques Martin entre au lendemain de la guerre dans l'équipe du "Journal de Tintin". Il devient l'un des plus proches collaborateurs de Hergé, prend part à l'élaboration de plusieurs aventures de Tintin. Dans le même temps, il crée le personnage d'Alix en 1948, puis celui du reporter Lefranc en 1952 (Cf la liste de ces œuvres). Ses premiers albums sont fortement marqués par l'influence d'une ligne claire assez rigide, avec son trait épuré et ses aplats. Dans les années 1960, Jacques Martin s'éloigne de l'école hergéenne, usant sans modération de variations de trait, de l'ombre, et s'approchant d'un style plus réaliste qui atteint son équilibre dans les années 1970, tout particulièrement dans la série des "Alix" et d'autres BD historiques. Jacques Martin suscite lui-même de nombreux émules, en particulier Gilles Chaillet, Jean Pleyers ou André Juillard. La bande dessinée historique franco-belge porte sa marque, à la fois sur le plan du dessin et sur le plan du travail scénaristique, en particulier concernant l'exigence des recherches documentaires. Exemples. Les premiers albums de Jacques Martin sont les plus visiblement influencés par le style de Hergé et l'école dite Tintin. Dans la série "Alix" Dans la série "Lefranc" Et encore. De nombreux dessinateurs du journal de Tintin suivent plus ou moins le style lancé par Hergé. Paul Cuvelier ("Corentin"), Jacques Laudy ("Hassan et Kaddour"), François Craenhals ("Les 4 As") ou Tibet ("Chick Bill") créent ainsi des bandes dessinées au style narratif et au langage graphique proches de ceux de "Tintin", sans toutefois aller jusqu'à l'imitation. Il en est de même pour Gilles Chaillet ("Vasco"), qui a collaboré avec Jacques Martin. Cette influence se ressent aussi dans le réalisme pointilleux d'un Roger Leloup, qui tranche avec la plupart des séries du journal de Spirou dans lequel il publie "Yoko Tsuno". Leloup avait été pendant des années l'un des collaborateurs des Studios Hergé, spécialisé dans le dessin des éléments techniques et mécaniques. Le mouvement de la « ligne claire ». Joost Swarte. Inventeur de l'expression « ligne claire », Joost Swarte s'est fait le chantre du renouveau de ce style tout en réinterprétant ses fondements. Le travail de Swarte dépasse en effet le cadre de la bande dessinée traditionnelle en envahissant le domaine de l'illustration (couvertures de livres et de disques, portfolios, affiches, expositions). Swarte ne cache pas son goût pour l'art moderne et l'abstraction. Pour Swarte, la ligne claire est d'ailleurs une forme d'abstraction graphique, idée souvent évoquée concernant Tintin, mais que Hergé n'a jamais fait sienne. Chez Swarte, les interférences entre bande dessinée et illustration sont manifestes. Son ambition esthétique éloigne souvent Swarte du modèle classique de l'album de bande dessinée. Joost Swarte s'approprie la ligne claire et y mêle des techniques qu'il affectionne. On peut notamment noter l'omniprésence des références géométriques. Swarte aime aussi varier les méthodes de mise en couleur. Il utilise en particulier du papier tramé de différentes teintes, découpé et collé sur les surfaces à remplir. Ever Meulen. Proche de Joost Swarte, Eddy Vermeulen, qui signe Ever Meulen, s'associe très vite au renouveau de la ligne claire. Illustrateur de formation, Ever Meulen ne vient que dans un second temps à la bande dessinée. Influencé par le cubisme et l'art déco, Ever Meulen produit peu d'albums et énormément d'illustrations, affiches, sérigraphies. L'influence du style atome est également beaucoup plus importante chez lui que chez Swarte, les deux styles se chevauchant souvent dans une même illustration. Ted Benoit. Au départ plutôt marqué par un style réaliste très fouillé, résultat d'études de cinéma et de sa collaboration à "L'Écho des savanes", Ted Benoit effectue un virage vers la ligne claire lorsqu'il prend connaissance des recherches initiées par Joost Swarte. Ce changement radical s'exprime dans "Vers la ligne claire", un album qui regroupe plusieurs récits publiés à la fin des années 1970. Ted Benoit approfondit ses recherches en travaillant seul sur le dessin et le scénario de deux albums mettant en scène son anti-héros Ray Banana, dans un style rappelant fortement Tintin. Deux récits également marqués par l'influence du cinéma américain qu'il admire tant, l'ambiance du film noir, les années 1950. Ted Benoit fait également, à l'instar de Joost Swarte et d'Ever Meulen, de fréquentes incursions dans le domaine de l'illustration, en réalisant de nombreuses affiches et sérigraphies. Les éditions Dargaud n'hésitent pas à lui confier la reprise de la série "Blake et Mortimer" d'Edgar P. Jacobs, en compagnie du scénariste Jean Van Hamme. Dès "L'Affaire Francis Blake", Ted Benoit impressionne par sa maîtrise du style jacobsien et son mimétisme minutieux. Puis, "L'Étrange Rendez-vous" est l'occasion pour le dessinateur de retrouver l'ambiance américaine qu'il aime tant, et de s'approprier un peu plus la série. Après ces deux albums, Ted Benoit annonce prendre du recul avec sa carrière de dessinateur de bande dessinée pour se consacrer à l'illustration et à l'écriture. Exemples. Dans la série "Ray Banana" : Dans la série "Blake et Mortimer" Floc'h. Dessinateur apparenté au mouvement de la ligne claire, Floc'h est indissociable du scénariste François Rivière. C'est en effet ensemble que les deux compères élaborent l'album "Le Rendez-vous de Sevenoaks", à l'époque même où Joost Swarte invente le terme de ligne claire, en 1977. Ce récit fantastique qui se déroule à Londres, dans une ambiance jacobsienne, est suivi de plusieurs autres collaborations entre Floc'h et Rivière. À partir de "Blitz", en 1983, Floc'h adopte la technique de l'encrage au pinceau, qui fait évoluer son dessin vers une grande souplesse de trait, tout en l'éloignant des règles initiales du dessin hergéen. Hormis ses collaborations avec Rivière, Floc'h, comme les autres dessinateurs du mouvement de la ligne claire, travaille essentiellement dans l'illustration. Son style séduit le cinéma (affiches et interstices pour Woody Allen et Alain Resnais), la publicité, la presse ("The New Yorker"). Sollicité par Dargaud pour la reprise de la série "Blake et Mortimer", Floc'h ébauche un projet en compagnie de Ted Benoit, puis abandonne, avant que Jean Van Hamme ne prenne les choses en main. Ted Benoit, au style pourtant plus proche de Hergé, réalisera finalement seul le dessin de l'album. Comme Ted Benoit, Floc'h effectue des incursions de plus en plus rares dans la bande dessinée. Yves Chaland. Chaland incarne le côté Spirou du mouvement de la ligne claire. L'inspiration de Chaland se trouve en effet avant tout du côté de Jijé lorsqu'il publie ses premiers albums, qui réunissent le plus souvent des publications plus anciennes (dans "Métal hurlant" notamment), proches du pastiche, comme "Bob Fish", "Adolphus Claar" ou les premiers albums de la série "Freddy Lombard". Chaland est d'ailleurs pressenti un temps pour reprendre "Spirou et Fantasio", mais ses choix rebutent la vision commerciale de Dupuis. Le côté ligne claire du travail de Chaland se ressent un peu plus dans les années 1980, en bande dessinée mais aussi dans son travail d'illustrateur, puisque Chaland également trouve un succès significatif dans ce domaine chez les publicitaires. Le style de Chaland évolue ainsi jusqu'à "F.52", cinquième album de Freddy Lombard et dernier de la série puisque le dessinateur disparaît accidentellement quelques mois plus tard, en . Exemples. Dans la série "Freddy Lombard" : Et encore. Redevenu à la mode dans les années 1980, le style ligne claire influe sur de nombreux jeunes auteurs, qui le réinterprètent souvent de manières fort variées. Theo van den Boogaard crée en 1976, avec le réalisateur Wim T. Schippers le personnage de Léon-la-Terreur, avec un humour particulier naissant du décalage entre la froide rigueur du dessin et le caractère délirant des situations. Jean-Louis Floch, frère de Floc'h, participe un temps au mouvement, notamment avec "En pleine guerre froide" (1984). Quant à Serge Clerc, il mêle ligne claire, style atome et influences Art déco dans quelques albums ("Meurtre dans le phare") et une grande quantité d'illustrations. Il faut également citer d'autres dessinateurs proches du mouvement de la ligne claire, comme Alain Goffin, qui dessine les deux albums de "Thierry Laudacieux" (1982-1984) sur un scénario de François Rivière, ou encore "Plagiat!" (1989), sur un scénario de Benoît Peeters et François Schuiten. Daniel Ceppi ("Le Guêpier" (1977), suivi de nombreux albums des "aventures de Stéphane Clément"). Citons encore les néerlandais Henk Kuijpers (la série "Franka", 1980-1987), Dick Briel ("Les aventures du professeur La Palme" en 1982-1983), et l'auteur d'une planche finalisant Les 3 Formules du professeur Satō dans un n° "Spécial Jacobs" du "Journal de Tintin" : "Le Théâtre du Mystère", en avril 1978, soit 12 ans avant Bob de Moor !), Peter van Dongen (la série "Rampokan", en cours) et Eric Heuvel avec notamment la série Jennifer Jones. La ligne claire a aussi séduit certains auteurs anglo-saxons comme l'Anglais Garen Ewing ("The Rainbow Orchid", en cours) et l'Italien Vittorio Giardino. En raison de sa lisibilité, la ligne claire garde un grand succès dans la BD pour enfants. Le dessinateur Dirk Stallaert propose ainsi dans la série "Nino" un style très proche de Tintin, sur des scénarios de Hector Leemans. La même inspiration est observée chez Yvan Pommaux ("Angelot du Lac"). Collision ironique entre l'école de Bruxelles et celle de Marcinelle, Émile Bravo avec "Spirou, le journal d'un ingénu" (2008) et Olivier Schwartz dans "Le Groom vert-de-gris" (2009) ont eu recours à la ligne claire pour revisiter Spirou et Fantasio dans un environnement graphique qui leur était jusque-là étranger.
Langue construite Une langue construite ou planifiée (ou idéolangue, parfois dénommée langue artificielle, ou conlang pour "" en anglais) est une langue créée par une ou plusieurs personnes dans un temps relativement bref, contrairement aux langues naturelles dont l'élaboration est en grande partie spontanée et sans plan d'ensemble. Il est donc parfois difficile de cloisonner les langues dans ces deux catégories. Généralement, on trouve une grande part d'arbitraire et d'exceptions dans les langues naturelles, ce qui est plus rare parmi les langues construites, puisqu'elles sont généralement consciemment faites pour être accessibles, et donc exemptes d'exceptions. Langues construites utilisées, langues non ou très peu parlées restées imaginaires et langues naturelles pluriséculaires. Contrairement à une représentation fort répandue, toutes les langues naturelles écrites sont dans une certaine mesure des langues mixtes, à la fois naturelles et artificielles — créées avec art — puisqu'elles ont connu des interférences au cours de leur développement. Rabelais écrit au : « C'est erreur de dire que nous ayons langage naturel : les langues sont par institution arbitraire et convention des peuples ». Certaines langues naturelles actuelles ont subi des processus de planification et sont donc en partie artificielles. C'est le cas de l'indonésien, du serbo-croate, de l'hébreu moderne, du norvégien (nynorsk), de l'allemand, du mandarin. Ces langues ne sont pourtant pas considérées aujourd'hui comme des langues artificielles : le terme qui leur est appliqué en sociolinguistique est celui de « langue ausbau ». C'est aussi le cas des langues construites visant à l'intercommunicabilité entre des formes dialectales non mutuellement intelligibles, souvent à cause de la distance, sont qualifiées de « langue-toit » (ou lingua franca) : cas de l'arabe littéraire, du français (principalement formé à partir de la langue d'oïl) ou du romanche. La différence tient donc davantage à un facteur d'échelle : Les motivations et réalisations. On peut distinguer plusieurs sortes de motivations et des degrés extrêmement différents d'utilisation pratique pour les langues construites. Une langue internationale parlée dans 120 pays. La volonté de créer une langue internationale est avant tout un acte politique : L'espéranto occupe une place à part. Avec des locuteurs réguliers disséminés dans 120 pays du monde, c'est une des langues utilisées comme langue de communication internationale de manière auxiliaire, mais, sauf exception rare, sans soutien étatique, médiatique, scolaire, elle est loin derrière bien sûr des langues dominantes comme l'anglais, le français, l'espagnol ou l'arabe. Cependant, contrairement aux langues plurinationales de communication internationale, l'espéranto est la seule langue qui est utilisée exclusivement comme langue véhiculaire. Conçu dès le départ comme langue internationale, l'espéranto bénéficie d'une grammaire et d'un vocabulaire réguliers qui en font l'une des langues les plus rapides à apprendre et à maîtriser. En 1922, 13 pays incluant environ la moitié de la population mondiale, dont la Chine, les Indes et le Japon, recommandent d'utiliser l'espéranto comme langue de travail additionnelle de la Société des Nations, mais une grande puissance (la France de la chambre "bleu-horizon") met son véto. Les régimes totalitaires des années 1930, puis la guerre froide bloquent ensuite son essor diplomatique et scolaire. Internet, le monde de plus en plus multipolaire, l'Europe et l'urgence écologique autorisent un essor de nouveau plus rapide. Le patrimoine littéraire espérantophone est l’un des plus riches et divers parmi les littératures en langues construites : il existe plus de livres en espéranto (œuvres originales et traductions) ainsi que plus de cent revues qui paraissent régulièrement, malgré le fait que l’espéranto n’existe que depuis 1887. En comparaison, l’intégralité de la littérature d’Islande, pays créé au et dénombrant environ habitants, est formée par moins de livres. Les langues très peu ou pas du tout parlées (micro-langues et quasi-langues). La plupart des projets de « langues » construites ne sont jamais devenus des langues parlées et n'ont jamais authentiquement fonctionné. L'application d'un principe théorique. Certaines langues construites, comme le loglan ou le lojban, ont été créées pour illustrer des théories linguistiques telles que l'hypothèse Sapir-Whorf, selon laquelle le langage contribue largement à créer une représentation du monde. Le lojban, par exemple, est une langue pensée pour être le plus logique et précise possible, sans ambigüité. Autre exemple, le láadan, langue qui place le féminin avant le masculin, contrairement à de nombreuses langues naturelles pluriséculaires, comme le français par exemple. Un besoin utilitaire nécessitant une interface de communication. Deux cas de figure se présentent : Une langue de fiction. La création d'une langue imaginaire (comme celle d'une mythologie ou d'une histoire) permet de donner une profondeur à une civilisation. Plusieurs auteurs ont ainsi créé des langues pour les héros de leur œuvre (par exemple les langues elfiques de J. R. R. Tolkien qui avait appris l'espéranto, ou le klingon de Star Trek). Dans le domaine de la BD, les Schtroumpfs ont leur manière de parler, mais il s'agit plus d'un code appliqué à la langue de la bande dessinée que d'une vraie langue (d'autant que dans certains cas, le parler schtroumpf ne véhicule pas assez d'informations pour que les personnages se comprennent). De même, le savant fou Zorglub dans les aventures de Spirou et Fantasio parle avec ses sbires (les zorglhommes) en zorglangue, qui consiste seulement à inverser l'ordre des lettres dans les mots. Dans une œuvre musicale. Le groupe de musique Magma (musique progressive, groupe fondé en 1969) ne chante qu'en kobaïen, langue créée pour l'occasion, ou encore Sigur Rós chante en vonlenska. Adriano Celentano chante en 1973 "Prisencolinensinainciusol" dans une langue inventée, le titre voulant dire « amour universel ». Un autre exemple de langue créée pour les besoins d'une œuvre musicale est le klokobetz, un idiome inventé par le chanteur et guitariste Nosfell dans son premier album "Pomaïe Klokochazia balek". Le plaisir de la création. Une langue peut être créée par des passionnés au même titre que n'importe quelle œuvre d'art. Ainsi, il existe des communautés virtuelles d'idéolinguistes (ou « conlangers » en anglais) qui partagent leur passion de la création. La résolution d'un conflit précis. Lorsque deux camps sont engagés dans une guerre longue, une meilleure compréhension est indispensable, et la création d'une langue locale commune, basée sur les deux cultures en jeu uniquement, permettrait de limiter les influences étrangères. Le russenorsk est un exemple de ce cas de figure. Impostures. En 1702 un dénommé George Psalmanazar fut présenté comme prince de Formose à la haute société anglaise. Il suscita beaucoup d'intérêt pour sa présentation de la langue et des coutumes de son pays. Il publia une "Description historique et géographique de l'île de Formose" qui se révéla être totalement sortie de son imagination. En 1882 le séminariste Jean Parisot (1861-1923) publia une "Grammaire et Vocabulaire de la Langue Taensa" à partir, affirme-t-il, de notes retrouvées dans les archives de son grand-père Jean-Dominique Haumonté. Il parvint à obtenir la cosignature de Lucien Adam (1833-1918), un linguiste réputé, et le Congrès des américanistes consacra plusieurs séances à cette langue. Ce ne sera qu'en 1885 que l'anthropologue Daniel Garrison Brinton démontra que cette prétendue langue des Indiens Taensas était une invention. Historique. Le premier essai vaguement connu de création d'un langage universel nous ramène au . Précurseur dans le domaine de l'expérimentation médicale, Galien construit un système de signes dont il ne reste pour traces que quelques notes historiques. Dix siècles s'écoulent ensuite sans événement notable dans ce domaine jusqu'à ce que l'abbesse Hildegarde de Bingen élabore un système de langue écrite (a-t-elle été parlée ?) par elle seule, "Lingua Ignota". Francis Bacon (1561-1626), savant et philosophe anglais, chancelier d'Angleterre sous Jacques , élabora le schéma d'une langue universelle. René Descartes (1596-1650), philosophe et savant français, écrivit le une lettre à son ami le Père Marin Mersenne : Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), philosophe, mathématicien et savant allemand, élabora le projet d'une caractéristique universelle. Comenius (1592-1670), humaniste tchèque, auteur de "Porte ouverte sur les langues" (1631), est un précurseur de la pédagogie moderne. Une langue commune est nécessaire pour le monde. Elle doit être « entièrement nouvelle » et « plus facile que toutes les langues ». John Wilkins (1614-1672), évêque et scientifique anglais, reprit l'idée de Descartes et élabora une langue analytique que Jorge Luis Borges mentionne à plusieurs reprises. André-Marie Ampère (1775-1836), physicien et mathématicien français, a inventé à 18 ans, Louis-Lazare Zamenhof (1859-1917), médecin ophtalmologiste et linguiste polonais, initiateur (en 1887) de l’espéranto. Léon Tolstoï (1828-1910), un des plus grands écrivains russes : « "J'ai trouvé le volapük très compliqué et, au contraire, l'espéranto très simple. Il est si facile qu'ayant reçu, il y a déjà six ans, une grammaire, un dictionnaire et des articles en cette langue, j'ai pu arriver, au bout de deux petites heures, sinon à l'écrire, du moins à la lire couramment. Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen en consacrant quelque temps à l'étude de l'espéranto sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu'on ne peut pas se refuser à faire cet essai." » — Lettre aux Éditions Posrednik, . Jules Verne (1828-1905), écrivain français. Son livre inédit jusqu'en 1993 traite en 50 pages de l'Espéranto dans le récit "Voyages d'études". « "La clé d'une langue commune, perdue dans la Tour de Babel, peut être seulement construite par l'usage de l'Espéranto." » Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948), avocat, philosophe, ascète et homme politique indien, il fut le principal artisan de l'indépendance de l'Inde, qu'il entreprit d'obtenir du Royaume-Uni par la non-violence active. Ferdinand de Saussure, fondateur de la linguistique, "Cours de linguistique générale" : Antonio Gramsci (1891-1937), le penseur révolutionnaire italien, décrivit l'espéranto comme un « cadavre qui empeste, qui agresse la vie dans son devenir » : . L'utilisation du terme « langue unique » pour l'espéranto, alors que les tenants de cette langue internationale auxiliaire veulent une langue commune et refusent totalement cette notion de langue unique, indique que ce grand intellectuel marxiste, dirigeant du Parti communiste italien, ne connaissait pas l'espéranto. Inazo Nitobe (1862-1933) scientifique, membre de l'Académie impériale du Japon. "Esperanto as an International Language" (1922), rapport réalisé en tant que sous-secrétaire général de la Société des Nations) : . En 1997, le japonais Mizuta Sentarō (水田 扇太郎), crée le "noxilo" ou "noxiro" (, ), comme langage international auxiliaire, prétextant que l’espéranto est trop orienté vers les langues européennes. Il crée un site web pour le promouvoir. Cette langue construite ne semble pourtant pas avoir eu l'effet escompté. En effet les grandes langues asiatiques (chinois, japonais, indonésien, hindi, arabe) sont très différentes les unes des autres et appartiennent à des familles linguistiques totalement distinctes. De plus la langue plurinationale dominante est aujourd'hui l'anglais, y compris en Asie. Environ un millier de projets de langues construites ont été proposés. Mais un seul, l'espéranto, a fonctionné sur une grande échelle depuis plus d'un siècle. La construction d'une langue. Fondamentalement, une langue se construit autour de ces piliers : Types de langues construites. On distingue trois types de langues construites, selon que leur vocabulaire et leur grammaire s'inspirent ou non des langues naturelles : dans le premier cas on parle de langue construite "a posteriori", dans le second cas de langue construite "a priori". Les cas intermédiaires, plus difficiles à analyser, sont ceux des langues dites mixtes. La tendance d'une langue à se rapprocher des langues naturelles se nomme le naturalisme. La tendance inverse est qualifiée de schématisme. Il va de soi que cette classification n'est qu'un outil commode mais sommaire. Dans un même type, différentes langues construites peuvent présenter un plus ou moins haut degré de naturalisme ou de schématisme. Ainsi, dans la catégorie des langues "a posteriori", l'interlingua représente un cas extrême de naturalisme, comme la lingua franca nova (lfn, elefen) ; le novial, l'occidental ou l'ido présentant cette tendance à des degrés moindres. Une langue construite "a posteriori" peut souvent se reconnaître par l'utilisation qu'elle fait de mots provenant d'une ou plusieurs langues naturelles (ainsi en espéranto, "terre" = "tero", "ciel" = "ĉielo", "eau" = "akvo", "feu "= "fajro"), encore que cette utilisation ne soit pas toujours immédiatement transparente (algorithme du lojban…). La langue des oiseaux ou "langue des anges" est un type de langue secrète créée à partir des correspondances phonétiques et analogiques des mots. Sans qu'il soit possible d'en faire une généralité, les langues construites "a posteriori" sont majoritaires et ont vocation à servir de langues auxiliaires internationales, pour des raisons évidentes d'aspect pratique d'apprentissage et d'enrichissement du vocabulaire courant (espéranto, afrihili...). Toutes les langues "a posteriori" n'ont pas pour autant cette prétention et certaines tiennent simplement de l'exercice théorique ou philosophique (brithenig, novlangue…). Selon leurs objectifs, les langues construites "a priori" sont surtout des projets de langues, sans communauté permanente de locuteurs, souvent plus théoriques ou à vocation artistique et fictionnelle — sans exclure cependant la communication internationale (cas par exemple du kotava). Elles possèdent un vocabulaire qui a son ton propre (klingon, langues d'Arda…), et utilisent même parfois des chiffres, des symboles (langage Bliss, pasigraphies…), des notes de musique (Solresol). Les langues construites mixtes représentent pour leur part une catégorie plus vague et de multiples raisons peuvent conduire à y classer une langue. On citera tout d'abord le volapük procédant d'un mélange entre d'une part, une grammaire extrêmement schématique aux éléments souvent "a priori" (pronoms, conjonctions, terminaisons) et d'autre part des racines naturelles majoritairement germaniques considérablement déformées par les idées et la fantaisie du créateur de la langue. Un cas apparemment très différent est celui du bolak qui associe une grammaire relativement naturaliste à des règles phonétiques arbitraires générant mécaniquement des mots tout aussi arbitraires. Ces deux démarches presque inverses donnent naissance à deux langues présentant finalement plus de points communs qu'il peut y sembler dès l'abord. Autres catégories. Pour des besoins pratiques et transversalement à la classification présentée ci-dessus, on distingue différentes autres catégories de langues, bâties sur des critères variés. On distingue ainsi des langues flexionnelles (interlingua), isolantes (glosa), logiques (loglan), fictionnelles (klingon), simplifiées (latino sine flexione), philosophiques (projet de Delormel) Les anglophones distinguent : Exemples de langues construites. La liste qui suit est volontairement limitée à quelques exemples significatifs. Davantage d'esquisses de langues construites imaginaires sont présentes dans la liste de langues construites (classées en nombre de locuteurs, par but) ainsi que dans la page . Langues étatiques ou régionales reconstruites. Contrairement à une croyance assez répandue, y compris chez des linguistes, l'indonésien, langue nationale de la République d'Indonésie, n'est pas une langue construite. C'est une des formes du malais, qui a rapidement évolué depuis l'indépendance (1945), suivant l'évolution de la société indonésienne elle-même. Elle s'est enrichie de mots provenant de différentes langues régionales, notamment du javanais, qui compte le plus grand nombre de locuteurs. Depuis le , du fait de l'essor de la cité de Malacca qui devient le principal port d'Asie du Sud-Est, le malais est en effet la langue véhiculaire dans tout l'archipel. L'importance qu'a prise le malais remonte sans doute plus loin dans le temps, puisqu'on trouve à Java des inscriptions en malais datant du .
C (langage) C est un langage de programmation impératif généraliste, de bas niveau. Inventé au début des années 1970 pour réécrire Unix, C est devenu un des langages les plus utilisés, encore de nos jours. De nombreux langages plus modernes comme C++, C#, Java et PHP ou JavaScript ont repris une syntaxe similaire au C et reprennent en partie sa logique. C offre au développeur une marge de contrôle importante sur la machine (notamment sur la gestion de la mémoire) et est de ce fait utilisé pour réaliser les « fondations » (compilateurs, interpréteurs…) de ces langages plus modernes. Histoire. Le langage C a été inventé au cours de l'année 1972 dans les Laboratoires Bell. Il était développé en même temps qu'Unix par Dennis Ritchie et Ken Thompson. Kenneth Thompson avait développé le prédécesseur direct de C, le langage B, qui est lui-même largement inspiré de BCPL. Dennis Ritchie a fait évoluer le langage B dans une nouvelle version suffisamment différente, en ajoutant notamment les types, pour qu'elle soit appelée C. Bien que C soit directement dérivé de B, Ritchie relève aussi des influences de PL/I, FORTRAN et ALGOL 68. En outre, Ritchie signale que l'équipe était convaincue du bien-fondé de l'idée d'écrire un système d'exploitation dans un langage de plus haut niveau que l'assembleur, un aspect pionnier de Multics, écrit en PL/I. Par la suite, Brian Kernighan aida à populariser le langage C. Il procéda aussi à quelques modifications de dernière minute. En 1978, Kernighan fut le principal auteur du livre décrivant le langage enfin stabilisé ; Ritchie s'était occupé des appendices et des exemples avec Unix. On appelle aussi ce livre « le K&R », et l'on parle de "C traditionnel" ou de "C K&R" lorsqu'on se réfère au langage tel qu'il existait à cette époque. Normalisation. En 1983, l'Institut national américain de normalisation (ANSI) a formé un comité de normalisation (X3J11) du langage qui a abouti en 1989 à la norme dite "ANSI C" ou "C89" (formellement ANSI X3.159-1989). En 1990, cette norme a également été adoptée par l'Organisation internationale de normalisation ("C90, C ISO", formellement ISO/CEI 9899:1990). ANSI C est une évolution du C K&R qui reste extrêmement compatible. Elle reprend quelques idées de C++, notamment la notion de prototype et les qualificateurs de type. Entre 1994 et 1996, le groupe de travail de l'ISO (ISO/CEI JTC1/SC22/WG14) a publié deux correctifs et un amendement à C90 : ISO/CEI 9899/COR1:1994 "Technical Corrigendum 1", ISO/CEI 9899/AMD1:1995 "Intégrité de C" et ISO/CEI 9899/COR1:1996 "Technical Corrigendum 2". Ces changements assez modestes sont parfois appelés C89 avec amendement 1, ou C94 / C95. Trois fichiers d'entêtes ont été ajoutés, dont deux concernant les caractères larges et un autre définissant un certain nombre de macros en rapport avec la norme de caractères ISO 646. En 1999, une nouvelle évolution du langage est normalisée par l'ISO : "C99" (formellement ISO/CEI 9899:1999). Les nouveautés portent notamment sur les tableaux de taille variable, les pointeurs restreints, les nombres complexes, les littéraux composés, les déclarations mélangées avec les instructions, les fonctions "inline", le support avancé des nombres flottants, et la syntaxe de commentaire de C++. La bibliothèque standard du C a été enrichie de six fichiers d'en-tête depuis la précédente norme. En 2011, l'ISO ratifie une nouvelle version du standard : "C11", formellement ISO/CEI 9899:2011. Cette évolution introduit notamment le support de la programmation multi-thread, les expressions à type générique, et un meilleur support d'Unicode. En 2018, l'ISO ratifie une nouvelle version : formellement ISO/IEC 9899:2018, connue aussi comme "C18" ou "C17". Cette évolution s'attache à préciser et corriger les points litigieux, et n'introduit aucune nouveauté fonctionnelle. Une prochaine version, connue sous les noms de code "C23" et "C2x", est en cours de développement. Caractéristiques générales. C est un langage de programmation procédural et généraliste. Il est qualifié de langage de bas niveau dans le sens où chaque instruction du langage est conçue pour être compilée en un nombre d'instructions machine assez prévisible en termes d'occupation mémoire et de charge de calcul. En outre, il propose un éventail de types entiers et flottants conçus pour pouvoir correspondre directement aux types de donnée supportés par le processeur. Enfin, il fait un usage intensif des calculs d'adresse mémoire avec la notion de pointeur. Hormis les types de base, C supporte les types énumérés, composés, et opaques. Il ne propose en revanche aucune opération qui traite directement des objets de plus haut niveau (fichier informatique, chaîne de caractères, liste, table de hachage…). Ces types plus évolués doivent être traités en manipulant des pointeurs et des types composés. De même, le langage ne propose pas en standard la gestion de la programmation orientée objet, ni de système de gestion d'exceptions. Il existe des fonctions standards pour gérer les entrées-sorties et les chaînes de caractères, mais contrairement à d'autres langages, aucun opérateur spécifique pour améliorer l'ergonomie. Ceci rend aisé le remplacement des fonctions standards par des fonctions spécifiquement conçues pour un programme donné. Ces caractéristiques en font un langage privilégié quand on cherche à maîtriser les ressources matérielles utilisées, le langage machine et les données binaires générées par les compilateurs étant relativement prévisibles. Ce langage est donc extrêmement utilisé dans des domaines comme la programmation embarquée sur microcontrôleurs, les calculs intensifs, l'écriture de systèmes d'exploitation et les modules où la rapidité de traitement est importante. Il constitue une bonne alternative au langage d'assemblage dans ces domaines, avec les avantages d'une syntaxe plus expressive et de la portabilité du code source. Le langage C a été inventé pour écrire le système d'exploitation Unix, et reste utilisé pour la programmation système. Ainsi le noyau de grands systèmes d'exploitation comme Windows et Linux sont développés en grande partie en C. En contrepartie, la mise au point de programmes en C, surtout s'ils utilisent des structures de données complexes, est plus difficile qu'avec des langages de plus haut niveau. En effet, dans un souci de performance, le langage C impose à l'utilisateur de programmer certains traitements (libération de la mémoire, vérification de la validité des indices sur les tableaux…) qui sont pris en charge automatiquement dans les langages de haut niveau. Dépouillé des commodités apportées par sa bibliothèque standard, C est un langage simple, et son compilateur l'est également. Cela se ressent au niveau du temps de développement d'un compilateur C pour une nouvelle architecture de processeur : Kernighan et Ritchie estimaient qu'il pouvait être développé en deux mois car Qualités et défauts. C'est un des langages les plus utilisés car : Ses principaux inconvénients sont : Aperçu de la syntaxe. Le programme est proposé en exemple en 1978 dans ' de Brian Kernighan et Dennis Ritchie. Créer un programme affichant « ' » est depuis devenu l'exemple de référence pour présenter les bases d'un nouveau langage. Voici l'exemple original de la de 1978 : main() printf("hello, world\n"); Évolution des pratiques. Le même programme, conforme à la norme ISO et suivant les bonnes pratiques contemporaines : int main(void) printf("hello, world\n"); return 0; Brièveté de la syntaxe. La syntaxe de C a été conçue pour être brève. Historiquement, elle a souvent été opposée à celle de Pascal, langage impératif également créé dans les années 1970. Voici un exemple avec une fonction factorielle : /* En C (norme ISO) */ int factorielle(int n) if (n > 0) return n * factorielle(n - 1); else return 1; function factorielle(n: integer) : integer begin if n > 0 then factorielle := n * factorielle(n - 1) else factorielle := 1 end. Là où Pascal utilise des mots clés codice_24, codice_25, codice_26, codice_27, codice_28, codice_29 et codice_30, C n'utilise que codice_14, codice_27, codice_29 et codice_34, les autres mots clés étant remplacés par des parenthèses et accolades. Langage d'expressions. La brièveté de C ne repose pas que sur la syntaxe. Le grand nombre d'opérateurs disponibles, le fait que la plupart des instructions contiennent une expression, que les expressions produisent presque toujours une valeur, et que les instructions de test se contentent de comparer la valeur de l'expression testée avec zéro, concourent à la brièveté du code source. Voici l'exemple de fonction de copie de chaîne de caractères donné dans "The C Programming Language, edition", : void strcpy(char *s, char *t) while (*s++ = *t++) La boucle codice_35 utilise un style d'écriture classique en C, qui a contribué à lui donner une réputation de langage peu lisible. L'expression codice_36 contient : deux déréférencements de pointeur ; deux incrémentations de pointeur ; une affectation ; et la valeur affectée est comparée avec zéro par le codice_35. Cette boucle n'a pas de corps, car toutes les opérations sont effectuées dans l'expression de test du codice_35. On considère qu'il faut maîtriser ce genre de notation pour maîtriser le C. Pour comparaison, une version n'utilisant pas les opérateurs raccourcis ni la comparaison implicite à zéro donnerait : void strcpy(char *s, char *t) while (*t != '\0') { *s = *t; s = s + 1; t = t + 1; *s = *t; Des sources à l'exécutable. Sources. Un programme écrit en C est généralement réparti en plusieurs fichiers sources compilés séparément. Les fichiers sources C sont des fichiers texte, généralement dans le codage des caractères du système hôte. Ils peuvent être écrits avec un simple éditeur de texte. Il existe de nombreux éditeurs, voire des environnements de développement intégrés (IDE), qui ont des fonctions spécifiques pour supporter l'écriture de sources en C. L'usage est de donner les extensions de nom de fichier codice_39 et codice_40 aux fichiers source C. Les fichiers codice_40 sont appelés "fichiers d'en-tête", de l'anglais "header". Ils sont conçus pour être inclus au début des fichiers source, et contiennent uniquement des déclarations. Lorsqu'un fichier codice_39 ou codice_40 utilise un identificateur déclaré dans un autre fichier codice_40, alors il inclut ce dernier. Le principe généralement appliqué consiste à écrire un fichier codice_40 pour chaque fichier codice_39, et à déclarer dans le fichier codice_40 tout ce qui est exporté par le fichier codice_39. La génération d'un exécutable à partir des fichiers sources se fait en plusieurs étapes, qui sont souvent automatisées à l'aide d'outils comme make, SCons, ou bien des outils spécifiques à un environnement de développement intégré. Les étapes menant des sources au fichier exécutable sont au nombre de quatre : précompilation, compilation, assemblage, édition de liens. Lorsqu'un projet est compilé, seuls les fichiers codice_39 font partie de la liste des fichiers à compiler ; les fichiers codice_40 sont inclus par les directives du préprocesseur contenues dans les fichiers source. Précompilation. Le préprocesseur C exécute des directives contenues dans les fichiers sources. Il les reconnaît au fait qu'elles sont en début de ligne, et commencent toutes avec le caractère croisillon codice_51. Parmi les directives les plus courantes, il y a : Outre l'exécution des directives, le préprocesseur remplace les commentaires par un espace blanc, et procède au remplacement des macros. Pour le reste, le code source est transmis tel quel au compilateur pour la phase suivante. Il faut toutefois que chaque codice_52 dans le code source soit récursivement remplacé par le code source inclus. Ainsi, le compilateur reçoit un seul source du préprocesseur, qui constitue l'unité de compilation. Voici un exemple de fichier source codice_61 faisant un usage classique des directives du préprocesseur : void copyArray(int *, size_t); Les directives codice_56, codice_53 et codice_59 garantissent que le code à l'intérieur n'est compilé qu'une seule fois même s'il est inclus plusieurs fois. La directive codice_65 inclut l'en-tête qui déclare le type codice_66 utilisé plus bas. Compilation. La phase de compilation consiste généralement en la génération du code assembleur. C'est la phase la plus intensive en traitements. Elle est accomplie par le compilateur proprement dit. Pour chaque unité de compilation, on obtient un fichier en langage d'assemblage. Cette étape peut être divisée en sous-étapes : Par abus de langage, on appelle compilation toute la phase de génération d'un fichier exécutable à partir des fichiers sources. Mais c'est seulement une des étapes menant à la création d'un exécutable. Certains compilateurs C fonctionnent à ce niveau en deux phases, la première générant un fichier compilé dans un langage intermédiaire destiné à une machine virtuelle idéale (voir Bytecode ou P-Code) portable d'une plate-forme à l'autre, la seconde convertissant le langage intermédiaire en langage d'assemblage dépendant de la plate-forme cible. D'autres compilateurs C permettent de ne pas générer de langage d'assemblage, mais seulement le fichier compilé en langage intermédiaire, qui sera interprété ou compilé automatiquement en code natif à l'exécution sur la machine cible (par une machine virtuelle qui sera liée au programme final). Assemblage. Cette étape consiste en la génération d'un fichier objet en langage machine pour chaque fichier de code assembleur. Les fichiers objet sont généralement d’extension codice_67 sur Unix, et codice_68 avec les outils de développement pour MS-DOS, Microsoft Windows, VMS, CP/M… Cette phase est parfois regroupée avec la précédente par établissement d'un flux de données interne sans passer par des fichiers en langage intermédiaire ou langage d'assemblage. Dans ce cas, le compilateur génère directement un fichier objet. Pour les compilateurs qui génèrent du code intermédiaire, cette phase d'assemblage peut aussi être totalement supprimée : c'est une machine virtuelle qui interprétera ou compilera ce langage en code machine natif. La machine virtuelle peut être un composant du système d'exploitation ou une bibliothèque partagée. Édition des liens. L'édition des liens est la dernière étape, et a pour but de réunir tous les éléments d'un programme. Les différents fichiers objet sont alors réunis, ainsi que les bibliothèques statiques, pour ne produire qu'un fichier exécutable. Le but de l'édition de liens est de sélectionner les éléments de code utiles présents dans un ensemble de codes compilés et de bibliothèques, et de résoudre les références mutuelles entre ces différents éléments afin de permettre à ceux-ci de se référencer directement à l'exécution du programme. L'édition des liens échoue si des éléments de code référencés manquent. Éléments du langage. Éléments lexicaux. Le jeu de caractères ASCII suffit pour écrire en C. Il est même possible, mais inusité, de se restreindre au jeu de caractères invariants de la norme ISO 646, en utilisant des séquences d'échappement appelées trigrammes. En général, les sources C sont écrits avec le jeu de caractères du système hôte. Il est toutefois possible que le jeu de caractères d'exécution ne soit pas celui du source. Le C est sensible à la casse. Les caractères blancs (espace, tabulation, fin de ligne) peuvent être librement utilisés pour la mise en page, car ils sont équivalents à un seul espace dans la plupart des cas. Mots clés. Le C89 compte clés, dont cinq qui n'existaient pas en K&R C, et qui sont par ordre alphabétique : Ce sont des termes réservés qui ne doivent pas être utilisés autrement. La révision C99 en ajoute cinq : Ces nouveaux mots-clés commencent par une majuscule préfixée d’un "underscore" afin de maximiser la compatibilité avec les codes existants. Des en-têtes de la bibliothèque standard fournissent les alias codice_106 (codice_107), codice_108 et codice_109 (codice_110). La dernière révision, C11, introduit encore sept nouveaux mots-clés avec les mêmes conventions : Les en-têtes standards codice_118, codice_119, codice_120 et codice_121 fournissent respectivement les alias codice_122 et codice_123, codice_124, codice_125, et codice_126. Instructions du préprocesseur. Le préprocesseur du langage C offre les directives suivantes : Types. Le langage C comprend de nombreux types de nombres entiers, occupant plus ou moins de bits. La taille des types n'est que partiellement standardisée : le standard fixe uniquement une taille minimale et une magnitude minimale. Les magnitudes minimales sont compatibles avec d'autres représentations binaires que le complément à deux, bien que cette représentation soit presque toujours utilisée en pratique. Cette souplesse permet au langage d'être efficacement adapté à des processeurs très variés, mais elle complique la portabilité des programmes écrits en C. Chaque type entier a une forme « signée » pouvant représenter des nombres négatifs et positifs, et une forme « non signée » ne pouvant représenter que des nombres naturels. Les formes signées et non signées doivent avoir la même taille. Le type le plus commun est codice_14, il représente le mot machine. Contrairement à de nombreux autres langages, le type codice_72 est un type entier comme un autre, bien qu'il soit généralement utilisé pour représenter les caractères. Sa taille est par définition d'un byte. Les types énumérés se définissent avec le mot clé codice_79. Il existe des types de nombre à virgule flottante, de précision, donc de longueur en bits, variable ; en ordre croissant : C99 a ajouté codice_142, codice_143 et codice_144, représentant les nombres complexes associés. Types élaborés : Le type codice_101 est standardisé par C99. Dans les versions antérieures du langage, il était courant de définir un synonyme : typedef enum boolean {false, true} bool; Le type codice_17 représente le vide, comme une liste de paramètres de fonction vide, ou une fonction ne retournant rien. Le type codice_154 est le pointeur générique : tout pointeur de donnée peut être implicitement converti de et vers codice_154. C'est par exemple le type retourné par la fonction standard codice_156, qui alloue de la mémoire. Ce type ne se prête pas aux opérations nécessitant de connaître la taille du type pointé (arithmétique de pointeurs, déréférencement). Structures. C supporte les types composés avec la notion de "structure". Pour définir une structure, il faut utiliser le mot-clé codice_93 suivi du nom de la structure. Les membres doivent ensuite être déclarés entre accolades. Comme toute déclaration, un point-virgule termine le tout. /* Déclaration de la structure personne */ struct Personne int age; char *nom; Pour accéder aux membres d'une structure, il faut utiliser l'opérateur codice_158. int main() struct Personne p; p.nom = "Albert"; p.age = 46; Les fonctions peuvent recevoir des pointeurs vers des structures. Ils fonctionnent avec la même syntaxe que les pointeurs classiques. Néanmoins, l'opérateur codice_159 doit être utilisé sur le pointeur pour accéder aux champs de la structure. Il est également possible de déréférencer le pointeur pour ne pas utiliser cet opérateur, et toujours utiliser l'opérateur codice_158. void anniversaire(struct Personne * p) p->age++; printf("Joyeux anniversaire %s !", (*p).nom); int main() struct Personne p; p.nom = "Albert"; p.age = 46; anniversaire(&p); Commentaire. Dans les versions de C antérieures à C99, les commentaires devaient commencer par une barre oblique et un astérisque (« /* ») et se terminer par un astérisque et une barre oblique. Presque tous les langages modernes ont repris cette syntaxe pour écrire des commentaires dans le code. Tout ce qui est compris entre ces symboles est du commentaire, saut de ligne compris : /* Ceci est un commentaire sur deux lignes ou plus */ La norme C99 a repris de C++ les commentaires de fin de ligne, introduits par deux barres obliques et se terminant avec la ligne : // Commentaire jusqu'à la fin de la ligne Structures de contrôle. La syntaxe des différentes structures de contrôle existantes en C est largement reprise dans plusieurs autres langages, comme le C++ bien sûr, mais également Java, C#, PHP ou encore JavaScript. Les trois grands types de structures sont présents : Fonctions. Les fonctions en C sont des blocs d'instructions, recevant un ou plusieurs arguments et pouvant retourner une valeur. Si une fonction ne retourne aucune valeur, le mot-clé codice_17 est utilisé. Une fonction peut également ne recevoir aucun argument. Le mot-clé codice_17 est conseillé dans ce cas. // Fonction ne retournant aucune valeur (appelée procédure) void afficher(int a) printf("%d", a); // Fonction retournant un entier int somme(int a, int b) return a + b; // Fonction sans aucun argument int saisir(void) int a; scanf("%d", &a); return a; Prototype. Un prototype consiste à déclarer une fonction et ses paramètres sans les instructions qui la composent. Un prototype se termine par un point-virgule. // Prototype de saisir int saisir(void); // Fonction utilisant saisir int somme(void) int a = saisir(), b = saisir(); return a + b; // Définition de saisir int saisir(void) int a; scanf("%d", &a); return a; Généralement, tous les prototypes sont écrits dans des fichiers ".h", et les fonctions sont définies dans un fichier ".c". Comportements ambigus. La norme du langage C laisse, délibérément, certaines opérations sans spécification précise. Cette propriété du C permet aux compilateurs d'utiliser directement des instructions spécifiques au processeur, d'effectuer des optimisations ou d'ignorer certaines opérations, pour compiler des programmes exécutables courts et efficaces. En contrepartie, c'est parfois la cause de bugs de portabilité des codes source écrits en C. Il existe trois catégories de tels comportements : Comportements définis par l'implémentation. En C, les comportements définis par l'implémentation sont ceux où l'implémentation doit choisir un comportement et s'y tenir. Ce choix peut être libre ou parmi une liste de possibilités données par la norme. Le choix doit être documenté par l'implémentation, afin que le programmeur puisse le connaître et l'utiliser. Un des exemples les plus importants de tel comportement est la taille des types de donnée entiers. La norme C spécifie la taille minimale des types de base, mais pas leur taille exacte. Ainsi, le type codice_14 par exemple, correspondant au mot machine, doit avoir une taille minimale de . Il peut avoir une taille de sur un processeur et une taille de sur un processeur . Un autre exemple est la représentation des entiers signés. Il peut s'agir du complément à deux, du complément à un ou d'un . La vaste majorité des systèmes modernes utilise le complément à deux, qui est par exemple le seul encore supporté par GCC. De vieux systèmes utilisent les autres formats, comme l'IBM 7090 qui utilise le format signe/valeur, le PDP-1 ou l'UNIVAC et ses descendants, dont certains encore utilisés actuellement tels le , qui utilisent le complément à un. Un autre exemple est le décalage à droite d'un entier signé négatif. Typiquement, l'implémentation peut choisir de décaler comme pour un entier non signé ou de propager le bit de poids fort représentant le signe. Comportements non spécifiés. Les comportements non spécifiés sont similaires aux comportements définis par l'implémentation, mais le comportement adopté par l'implémentation n'a pas à être documenté. Il n'a même pas à être le même en toutes circonstances. Néanmoins, le programme reste correct, le programmeur ne peut juste pas compter sur une règle particulière. Par exemple, l'ordre d'évaluation des paramètres lors d'un appel de fonction n'est pas spécifié. Le compilateur peut même choisir d'évaluer dans un ordre différent les paramètres de deux appels à la même fonction, si ça peut aider son optimisation. Comportements indéfinis. La norme C définit certains cas où des constructions syntaxiquement valides ont un comportement indéfini. Selon la norme, tout peut alors arriver : la compilation peut échouer, ou produire un exécutable dont l'exécution sera interrompue, ou qui produira des résultats faux, ou même qui donnera l'apparence de fonctionner sans erreur. Lorsqu'un programme contient un comportement indéfini, c'est le comportement de l'ensemble du programme qui devient indéfini, pas seulement le comportement de l'instruction contenant l'erreur. Ainsi, une instruction erronée peut corrompre des données qui seront traitées bien plus tard, reportant d'autant la manifestation de l'erreur. Et même sans être exécutée, une instruction erronée peut amener le compilateur à réaliser des optimisations sur la base d'hypothèses fausses, produisant un exécutable qui ne fait pas du tout ce qui est prévu. Exemples. On peut signaler la classique division par zéro, ou l'affectation multiple d'une variable dans la même expression avec l'exemple : int i = 4; i = i++; /* Comportement indéfini. */ On pourrait ainsi penser que dans cet exemple codice_176 pourrait valoir 4 ou 5 suivant le choix du compilateur, mais il pourrait tout aussi bien valoir 42 ou l'affectation pourrait arrêter l'exécution, ou le compilateur peut refuser la compilation. Aucune garantie n'existe dès qu'un comportement indéfini existe. Pour ne citer que quelques exemples, le déréférencement d'un pointeur nul, tout accès à un tableau hors de ses limites, l'utilisation d'une variable non initialisée ou encore le débordement d'entiers signés ont tous des comportements indéfinis. Le compilateur peut utiliser le fait qu'une construction est indéfinie dans certains cas pour supposer que ce cas ne se produit jamais et optimiser plus agressivement le code. Si l'exemple ci-dessus peut paraître évident, certains exemples complexes peuvent être bien plus subtils et être source de bugs parfois graves. Par exemple, beaucoup de code contient des vérifications destinées à éviter l'exécution dans des cas hors bornes, qui peut ressembler à ceci : char buffer[BUFLEN]; char *buffer_end = buffer + BUFLEN; unsigned int len; if (buffer + len >= buffer_end || /* vérification de dépassement du buffer */ buffer + len < buffer) /* vérification de débordement si len très large */ return; /* Si pas de débordement, effectue les opérations prévues */ En apparence, ce code est prudent et effectue les vérifications de sécurité nécessaires pour ne pas déborder du buffer alloué. En pratique, les versions récentes de compilateurs tels que GCC, Clang ou Microsoft Visual C++ peuvent supprimer le second test, et rendre possibles des débordements. En effet, la norme précise que l'arithmétique de pointeur sur un objet ne peut donner un pointeur hors de cet objet. Le compilateur peut donc décider que le test est toujours faux et le supprimer. La vérification correcte est la suivante : char buffer[BUFLEN]; unsigned int len; if (len >= BUFLEN) /* vérification de dépassement du buffer */ return; /* Si pas de débordement, effectue les opérations prévues */ En 2008, quand les développeurs de GCC ont modifié le compilateur pour qu'il optimise certaines vérifications de débordement qui reposaient sur des comportements indéfinis, le CERT a émis un avertissement sur l'utilisation des versions récentes de GCC. Ces optimisations sont en fait présentes dans la plupart des compilateurs modernes, le CERT a révisé son avertissement dans ce sens. Certains outils existent pour détecter ces constructions problématiques, et les meilleurs compilateurs en décèlent certaines (il faut parfois activer des options particulières) et peuvent les signaler, mais aucun ne prétend à l'exhaustivité. Bibliothèques logicielles. La bibliothèque standard. La bibliothèque standard normalisée, disponible avec toutes les implémentations, présente la simplicité liée à un langage bas-niveau. Voici une liste de quelques en-têtes déclarant des types et fonctions de la bibliothèque standard : La bibliothèque standard normalisée n'offre aucun support de l'interface graphique, du réseau, des entrées/sorties sur port série ou parallèle, des systèmes temps réel, des processus, ou encore de la gestion avancée des erreurs (comme avec des exceptions structurées). Cela pourrait restreindre d'autant la portabilité pratique des programmes qui ont besoin de faire appel à certaines de ces fonctionnalités, sans l'existence de très nombreuses bibliothèques portables et palliant ce manque ; dans le monde UNIX, ce besoin a aussi fait émerger une autre norme, POSIX.1. Les bibliothèques externes. Le langage C étant un des langages les plus utilisés en programmation, de nombreuses bibliothèques ont été créées pour être utilisées avec le C : glib, etc. Fréquemment, lors de l'invention d'un format de données, une bibliothèque ou un logiciel de référence en C existe pour manipuler le format. C'est le cas pour zlib, libjpeg, libpng, Expat, les décodeurs de référence MPEG, libsocket Exemples. Voici quelques exemples présentant très succinctement quelques propriétés du C. Pour plus d'information, voir le . Allocation mémoire. La structure codice_204 représente un élément d'une liste chaînée de nombres entiers. Les deux fonctions qui suivent (codice_205 et codice_206) servent à ajouter et supprimer un élément de la liste. /* La gestion de la mémoire n'est pas intégrée au langage mais assurée par des fonctions de la bibliothèque standard. */ struct int_list { struct int_list *next; /* pointeur sur l'élément suivant */ int value; /* valeur de l'élément */ * Ajouter un élément à la suite d'un autre. * node : élément après lequel ajouter le nouveau * value : valeur de l'élément à ajouter * Retourne : adresse de l'élément ajouté, ou NULL en cas d'erreur. struct int_list *insert_next(struct int_list *node, int value) { /* Allocation de la mémoire pour un nouvel élément. */ struct int_list *const new_next = malloc(sizeof *new_next); /* Si l'allocation a réussi, alors insérer new_next entre node et node->next. */ if (new_next) { new_next->next = node->next; node->next = new_next; new_next->value = value; return new_next; * Supprimer l'élément suivant un autre. * node : élément dont le suivant est supprimé * Attention : comportement indéterminé s'il n'y a pas d'élément suivant ! void remove_next(struct int_list *node) { struct int_list *const node_to_remove = node->next; /* Retire l'élément suivant de la liste. */ node->next = node->next->next; /* Libère la mémoire occupée par l'élément suivant. */ free(node_to_remove); Dans cet exemple, les deux fonctions essentielles sont codice_156 et codice_208. La première sert à allouer de la mémoire, le paramètre qu'elle reçoit est le nombre de bytes que l'on désire allouer et elle retourne l'adresse du premier byte qui a été alloué, sinon elle retourne NULL. codice_208 sert à libérer la mémoire qui a été allouée par codice_156.