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Physique des particules La physique des particules ou la physique subatomique est la branche de la physique qui étudie les constituants élémentaires de la matière et les rayonnements, ainsi que leurs interactions. On l'appelle aussi parfois physique des hautes énergies car de nombreuses particules élémentaires, instables, n'existent pas à l'état naturel et peuvent seulement être détectées lors de collisions à hautes énergies entre particules stables dans les accélérateurs de particules. La découverte du boson de Higgs a permis le consensus et la mise à jour en 2014 du tableau des composants de la matière qui avait été établi en 2005 à l'occasion de l'année mondiale de la physique. Historique. L'idée que la matière se compose de particules élémentaires date au moins du À l'époque, elle reposait au fond sur l'incapacité à maîtriser la notion de continu : voir les paradoxes de Zénon d'Élée. La doctrine philosophique de l'atomisme a été étudiée par les philosophes grecs, tels que Leucippe, Démocrite et Épicure. Bien qu'au , Isaac Newton ait pensé que la matière est composée de particules, c'est John Dalton qui, en 1802, énonça formellement que tout est constitué d'atomes minuscules. Cette hypothèse ne devint réellement scientifique qu'à partir du moment où l'on sut estimer la taille des atomes (1865, Loschmidt ; 1870, Lord Kelvin) En 1869, le premier tableau périodique des éléments de Mendeleïev permit d'affermir le point de vue prévalant durant tout le que la matière était faite d'atomes. Les travaux de Thomson établirent que les atomes sont composés d'électrons légers et de protons massifs. Rutherford établit que les protons sont concentrés dans un noyau compact. Initialement, on pensait que le noyau était seulement constitué de protons et d'électrons confinés (afin d'expliquer la différence entre la charge et le nombre de masse), mais ultérieurement il s'avéra qu'il était constitué de protons et de neutrons. Au , les progrès de la physique nucléaire et de la physique quantique, avec les preuves spectaculaires de la fission nucléaire et de la fusion nucléaire, donnèrent naissance à une industrie capable de produire un atome à partir d'un autre, rendant même possible (mais non rentable économiquement) la transmutation de plomb en or. Tout au long des années 1950 et des années 1960, une variété ahurissante de particules ont été trouvées lors d'expériences de collision : un « zoo de particules » (voir dans l'historique). Cette expression perdit de son attrait après la formulation du modèle standard dans les années 1970, car le grand nombre de ces particules put être conçu comme résultant de combinaisons d'un relativement petit nombre de particules fondamentales, encore que le calcul des propriétés des particules composées en soit encore à ses balbutiements, et que les nombreux paramètres du modèle standard n'aient pas trouvé d'explication satisfaisante pour leurs valeurs. Classement des particules subatomiques. Les particules élémentaires peuvent être classées en différentes sous-catégories en fonction de leurs propriétés. Leptons, hadrons et quarks. Leptons. Les leptons (du Grec leptos, léger, ainsi nommés parce que leurs masses sont relativement petites) sont caractérisés par les propriétés suivantes : Les trois paires, familles ou générations de leptons connues sont : Hadrons. Les hadrons (du grec "", « gros, épais ») sont caractérisés par les propriétés suivantes : Les hadrons ne sont donc pas des particules fondamentales, mais plutôt des états liés de quarks. On en observe plus de 200. Ils peuvent être classés en deux groupes : les baryons, (du grec "barus", lourd) auxquels on associe un nombre quantique spécial (le nombre baryonique), essentiellement constitués de trois quarks, et les mésons, (du grec "", « moyen ») responsables des interactions fortes « résiduelle » entre hadrons, et auxquels on donne le nombre baryonique 0, car ils sont composés d'un quark et d'un antiquark. Voici les hadrons les plus fréquemment observés (baryons de spin 1/2, mésons de spin 0 et baryons de spin 3/2) – sur ces figures, l'axe vertical, orienté vers le bas, donne l'étrangeté S , l'axe horizontal I la composante d'isospin, et l'axe oblique Q la charge électrique ; les particules sont représentées par les cercles roses, et leur(s) symbole(s) figure à côté ; les cercles divisés en deux représentent les deux particules indiquées en regard, qui diffèrent par diverses propriétés, notamment leur masse, non représentées sur ces diagrammes. Enfin, le contenu principal en quarks est indiqué à l'intérieur de chaque cercle : Baryons de spin 1/2. « Octet » de 8 baryons assez semblables. Ceci correspond à des propriétés de symétrie entre les quarks composants, se reflétant notamment sur la différence de masse entre les deux éléments centraux Λ et Σ. Mésons de spin 0. Ce « nonet » de 9 mésons assez semblables se divise en un « octet » de 8 et un « singulet ». Baryons de spin 3/2. Ici, la symétrie entre les membres du décuplet est plus frappante : l'axe de la charge électrique Q correspond bien, à une constante près, au nombre de quarks u, celui de l'étrangeté S au nombre de quarks s, et le troisième axe, non tracé, bissecteur entre les deux précédents, au nombre de quarks d. Quarks. Les quarks sont les particules fondamentales qui forment les particules observées : On compte six types ou saveurs de quarks : "up", "down", "strange", "charm", "top" et "bottom" (ou "truth" et "beauty" pour des raisons historiques). Comme les leptons, ils peuvent être regroupés en doublets qui sont des copies conformes, sauf pour ce qui est de leurs masses. De façon générale, on soupçonne que les familles de quarks et leptons sont reliées ; il en existe trois de chaque. En 2007, il semble que seuls des arguments de symétrie viennent appuyer cette assertion. Gluons. Les gluons sont les particules fondamentales qui assurent la cohésion des hadrons en liant les quarks entre eux : On ne compte que huit gluons, qui interagissent avec tous les types ou saveurs de quarks, mais également entre eux, puisqu'ils sont eux-mêmes colorés. Ceci rend les calculs mathématiquement très compliqués, d'où le fait que les progrès sur l'architecture des particules soient très lents, bien que la théorie soit formellement connue. En raison de l'intensité de l'interaction forte, les quarks et gluons, étant colorés, subissent le confinement de couleur, qui fait que l'on ne peut pas les observer isolément. Seules des combinaisons où toutes les couleurs se compensent (combinaisons "blanches") peuvent constituer des hadrons libres. Existence de trois familles. L'ensemble des particules élémentaires semble pouvoir se décomposer en trois familles (ce nombre de trois est un paramètre fondamental du modèle standard, à ne pas confondre avec le nombre de couleurs portées par les quarks, autre paramètre fondamental) : Bosons et fermions. La mécanique quantique introduit la notion de moment cinétique intrinsèque d'une particule, le spin. Il peut prendre des valeurs qui sont des multiples de formula_36. Il détermine également le type de statistique auquel est soumise la particule. Particules et antiparticules. La notion d'antiparticule fut proposée par Paul Dirac en 1928. Certaines solutions de l'équation qui porte son nom apparaissent comme portant une énergie négative. Dirac interpréta ces solutions ainsi : en fait l'espace vide est l'ensemble de toutes ces solutions. Si l'on apporte suffisamment d'énergie à une partie du vide représentée par une de ces solutions, elle devient une solution d'énergie positive, et laisse sa place vacante. Le trou laissé vacant par cette solution d'énergie positive apparaît comme une particule d'énergie négative, et dont toutes les propriétés (charge électrique, par exemple) sont opposées à celles des solutions normales. C'est ce qu'on appelle une antiparticule. Une antiparticule se caractérise donc par : Par convention, l'antiparticule est désignée par une barre supérieure, ce qui n'est utile que si on ne peut pas la distinguer par sa charge. Par exemple, on pourrait écrire : formula_41 Interactions et champs. La mécanique classique et la théorie quantique des champs ont des approches différentes lorsqu'il s'agit d'écrire les interactions. formula_42 et formula_43 Les états transitoires sont appelés « virtuels », par exemple, un photon virtuel peut avoir une quadri-impulsion telle que formula_44 : si formula_45 est limité, alors l'énergie n'est conservée qu'à des écarts formula_46 près. Interaction électromagnétique. L'interaction électromagnétique se caractérise par les propriétés suivantes : Interaction faible. Les manifestations typiques de l'interaction faible sont : où formula_53 est le changement du nombre quantique d’étrangeté, formula_54 celui de spin isotopique, et formula_55 est la vie moyenne ou durée des interactions. L'interaction forte doit conserver S et I, l'électromagnétique S, mais pas I, et la faible, aucune des deux. D'où la possibilité pour l'une ou pour l'autre de dominer le processus. Les interactions faibles sont alors caractérisées par les propriétés suivantes : Les interactions électromagnétique et faible (électrofaibles) sont unifiées dans le modèle de Glashow-Weinberg-Salam (1967). Mais à basse énergie, la symétrie est brisée et les deux forces apparaissent bien distinctes. Les interactions faibles mettent en jeu un couplage faible g et l’échange des bosons de jauge W et Z. Les réactions faibles sont caractérisées par une amplitude de probabilité de la forme : Amplitude ≈ g/(q – M) où q est le carré de la quadri-impulsion transférée par l’échange du quantum. Dans la limite q → 0, la théorie de Glashow-Weinberg-Salam se ramène à la théorie des interactions faibles de Fermi (1935), où les interactions impliquant quatre particules sont ponctuelles et de force G, la constante de Fermi : formula_57 formula_58. Le modèle de Glashow-Weinberg-Salam a l’avantage sur la théorie de Fermi d’être renormalisable, c'est-à-dire d'avoir un comportement calculable à haute énergie (aux masses des W et Z et au-dessus). C’est aussi un exemple d’unification de forces (faible et e. m.). Interaction électrofaible. L'interaction électrofaible est l'interaction qui unifie l'électromagnétisme et l'interaction faible. Interaction forte. L'interaction forte est fréquente dans les collisions de hadrons à haute énergie. Elle implique, au niveau fondamental, les interactions entre quarks et gluons. On les retrouve par exemple dans la collision formula_59 dont la durée est d’environ . Les interactions fortes sont caractérisées par les propriétés suivantes : Interaction gravitationnelle. Il n’existe pas actuellement une théorie de la gravité quantique satisfaisante du point de vue de la phénoménologie, bien que la théorie des supercordes soit un bon candidat (la gravitation quantique à boucles cependant ne propose pas d'unifier la gravitation avec les autres interactions du modèle standard). En revanche, une théorie quantique gravitationnelle devrait posséder les caractéristiques suivantes : Modèle standard. L'état actuel de la classification des particules élémentaires s'appelle le « modèle standard ». Il décrit les forces fondamentales : fortes, faibles, et électromagnétiques en utilisant des bosons médiateurs connus sous le nom de boson de jauge. Les bosons de jauge sont respectivement les gluons, les bosons W et Z et le photon. Le modèle contient également 12 particules fondamentales qui sont les constituants de la matière : la famille des fermions qui se compose des quarks, des leptons, et leurs antiparticules. Il prévoit aussi l'existence d'un type de boson connu sous le nom de boson de Higgs. Principales interactions avec la matière. Selon leur nature et leur énergie, les particules interagiront différemment avec la matière. Ces interactions sont les suivantes : Particules non chargées. Photons. Contrairement aux particules chargées qui déposent leur énergie de manière continue le long de leur trajectoire, les interactions des photons sont localisées. Lorsqu'ils traversent un milieu, les photons traversent une certaine distance sans être affectés puis déposent brutalement de l'énergie par les interactions suivantes : La probabilité de produire une interaction est constante le long de la trajectoire, et par suite le nombre de photons survivants décroît en série géométrique (exponentielle) le long de la distance parcourue. La fraction des photons qui subsistent après avoir traversé une distance x est e où µ est le coefficient d'absorption, exprimé en . C'est la somme des coefficients d'absorption des différentes interactions pour les divers composants du matériau. L'absorption peut être paramétrée plus commodément par le coefficient d'atténuation massique µ/ρ exprimé en , sensiblement indépendant de la densité ρ du matériau absorbant, et ne dépendant plus que de sa composition. Production et détection des particules. Les études sur les particules ont débuté par l'étude des rayonnements émis par les substances radioactives, et avec des détecteurs de particules portatifs ou de table permettant de détecter plusieurs particules élémentaires à TPN. Pour détecter d'autres particules, il faut modifier le niveau d'énergie. On a eu tout d'abord recours à l'observation des rayons cosmiques, en altitude pour diminuer la dégradation causée par la traversée de l'atmosphère. Ceci a permis d'améliorer substantiellement les détecteurs, car il fallait augmenter leur surface, compte tenu du faible nombre de rayons cosmiques intéressants. On s'est alors tourné vers la construction des accélérateurs de particules, fournissant un faisceau homogène et bien calibré de particules dont on a progressivement su augmenter le niveau d'énergie. Parallèlement, les détecteurs ont progressé, afin d'étudier les interactions des particules ainsi produites. Actuellement, les expériences de physique des particules sont menées par des équipes en collaborations internationales, qui se chargent de la construction des détecteurs spécifiques au genre d'expérimentation souhaité, et les installent auprès d'accélérateurs construits également par des collaborations internationales puissantes. Les principaux sites d'accélérateurs internationaux sont : De nombreux autres accélérateurs de particules existent.
Python
Programmation informatique La programmation, appelée aussi codage dans le domaine informatique, désigne l'ensemble des activités qui permettent l'écriture des programmes informatiques. C'est une étape importante du développement de logiciels (voire de matériel). L'écriture d'un programme se fait dans un langage de programmation. Un logiciel est un ensemble de programmes (qui peuvent être écrits dans des langages de programmation différents) destiné à la réalisation de certaines tâches par un (ou plusieurs) utilisateurs du logiciel. La programmation représente donc ici la rédaction du code source d'un logiciel. On utilise plutôt le terme développement pour dénoter l'ensemble des activités liées à la création d'un logiciel et des programmes qui le composent. Cela inclut la spécification du logiciel, sa conception, puis son implémentation proprement dite au sens de l'écriture des programmes dans un langage de programmation bien défini, ainsi que la vérification de sa correction, etc. Histoire. La première machine programmable (c’est-à-dire machine dont les possibilités changent quand on modifie son programme) est probablement le métier à tisser de Jacquard, qui a été réalisé en 1801. La machine utilisait une suite de cartons perforés. Les trous indiquaient le motif que le métier suivait pour réaliser un tissage ; avec des cartes différentes le métier produisait des tissages différents. Cette innovation a été ensuite améliorée par Herman Hollerith d'IBM pour le développement de la fameuse carte perforée d'IBM. En 1936, la publication de l'article fondateur de la science informatique "On Computable Numbers with an Application to the Entscheidungsproblem" par Alan Turing allait donner le coup d'envoi à la création de l'ordinateur programmable. Il y présente sa machine de Turing, le premier calculateur universel programmable, et invente les concepts et les termes de programmation et de programme. Les premiers programmes d'ordinateur étaient réalisés avec un fer à souder et un grand nombre de tubes à vide (plus tard, des transistors). Les programmes devenant plus complexes, cela est devenu presque impossible, parce qu'une seule erreur rendait le programme entier inutilisable. Avec les progrès des supports de données, il devint possible de charger le programme à partir de cartes perforées, contenant la liste des instructions en code binaire spécifique à un type d'ordinateur particulier. La puissance des ordinateurs augmentant, on les utilisa pour faire les programmes, les programmeurs préférant naturellement rédiger du texte plutôt que des suites de 0 et de 1, à charge pour l'ordinateur d'en faire la traduction lui-même. Avec le temps, de nouveaux langages de programmation sont apparus, faisant de plus en plus abstraction du matériel sur lequel devraient tourner les programmes. Ceci apporte plusieurs facteurs de gain : ces langages sont plus faciles à apprendre, un programmeur peut produire du code plus rapidement, et les programmes produits peuvent tourner sur différents types de machines. Exemple de programme. L'immense majorité des programmes qui s'exécutent sur nos ordinateurs, téléphones et autres outils électroniques sont écrits dans des langages de programmation dits impératifs : les lignes du programme sont exécutées les unes après les autres. Chaque ligne du programme effectue soit une opération simple, soit exécute une fonction qui est elle-même une suite d'opérations simples. Le programme « "Hello World!" » est par tradition le premier programme écrit par tout programmeur, censé illustrer la syntaxe du langage de programmation. Le programme a pour unique fonction d'afficher le texte "Hello World!" dans la console ou dans une fenêtre de l'interface graphique. Voici une version d'un programme « "Hello World!" »: Le programme suivant écrit en langage simplifié et avec des commentaires, demande simplement à l'utilisateur d'entrer au clavier deux nombres entiers, et affiche leur quotient. void main() { // fonction 'main' : c'est toujours ici qu'un programme commence // 'int' signifie integer : nombre entier en anglais int A, B; // on déclare deux variables A et B qui sont des nombres entiers WriteLine("entrez deux entiers : "); // 'WriteLine' permet d'écrire à l'écran A = ReadIntFromKeyboard(); // on attend que l'utilisateur tape un entier au clavier, // et on l'enregistre dans A B = ReadIntFromKeyboard(); // puis on fait la même chose pour B if (B == 0) { // si B est égal à 0 WriteLine("erreur : division par zéro"); } else { // sinon float C = CalculerDivision(A,B); // on exécute la fonction 'CalculerDivision' // que l'on a programmée ci-dessous, // et on enregistre le résultat dans C qui est un 'float' : un nombre à virgule WriteLine("le résultat est : " + C); // on affiche C float CalculerDivision(float U, float V) { // U et V sont les paramètres de notre fonction 'CalculerDivision' : ce sont des nombres à virgules (float). // et celle-ci renvoie un 'float' : un nombre à virgule flottante // dans la fonction 'main', A et B étaient des nombres entiers, // U et V sont des copies des valeurs de A et B, // et qui ont été converties en nombres à virgule (22 deviendrait simplement 22.0000000) float Resultat; Resultat = U / V; // on effectue la division return Resultat; /// on renvoie le résultat Dans ce programme, les principales fonctionnalités de la programmation impérative sont utilisées : des variables de type nombre entier, nombre à virgule, chaîne de caractère, fonction calculant un résultat à partir de paramètres, fonction effectuant une tâche telle qu'afficher un message à l'écran, instruction codice_1 permettant d'exécuter un code ou un autre en fonction de la valeur de telle ou telle variable. Dans un programme informatique typique, on trouvera suivant les langages des boucles codice_2 ou codice_3 qui permettent d'exécuter un morceau de code en boucle ou simplement un certain nombre de fois, des codice_4 pour l'allocation dynamique de données (par exemple des tableaux), et très souvent des éléments de programmation objet permettant de structurer différemment le code et de créer des types de données personnalisés, ou encore des exceptions pour gérer certains cas d'erreurs plus facilement. On remarque que pour effectuer une tâche très simple, le code informatique peut être très laborieux, et encore ici on ne traite pas les erreurs (si l'utilisateur tape un mot au lieu d'un nombre), et l'affichage est minimaliste. C'est pourquoi les langages de programmation n'ont jamais cessé d'évoluer, dans le but d'aider le programmeur qui souhaite réaliser des programmes rapides à s'exécuter, sans dysfonctionnements, et surtout simples à écrire, du moins le plus possible. Phases. Conception. La phase de conception définit le but du programme. Si on fait une rapide analyse fonctionnelle d'un programme, on détermine essentiellement les données qu'il va traiter (données d'entrée), la méthode employée (appelée l'algorithme), et le résultat (données de sortie). Les données d'entrée et de sortie peuvent être de nature très diverse. On peut décrire la méthode employée pour accomplir le but d'un programme à l'aide d'un algorithme. La programmation procédurale et fonctionnelle est basée sur l'algorithmique. On retrouve en général les mêmes fonctionnalités de base. Implémentation. Une fois l'algorithme défini, l'étape suivante est de coder le programme. Le codage dépend de l'architecture sur laquelle va s'exécuter le programme, de compromis temps-mémoire, et d'autres contraintes. Ces contraintes vont déterminer quel langage de programmation utiliser pour « convertir » l'algorithme en code source. Transformation du code source. Le code source n'est (presque) jamais utilisable tel quel. Il est généralement écrit dans un langage "de haut niveau", compréhensible pour l'homme, mais pas pour la machine. Compilation. Certains langages sont ce qu'on appelle des langages compilés. En toute généralité, la compilation est l'opération qui consiste à transformer un langage source en un langage cible. Dans le cas d'un programme, le compilateur va transformer tout le texte représentant le code source du programme, en code compréhensible pour la machine, appelé code machine. Dans le cas de langages dits compilés, ce qui est exécuté est le résultat de la compilation. Une fois effectuée, l'exécutable obtenu peut être utilisé sans le code source. Il faut également noter que le résultat de la compilation n'est pas forcément du code machine correspondant à la machine réelle, mais peut être du code compris par une machine virtuelle (c'est-à-dire un programme simulant une machine), auquel cas on parlera de bytecode. C'est par exemple le cas en Java. L'avantage est que, de cette façon, un programme peut fonctionner sur n'importe quelle machine réelle, du moment que la machine virtuelle existe pour celle-ci. Dans le cas d'une requête SQL, la requête est compilée en une expression utilisant les opérateurs de l'algèbre relationnelle. C'est cette expression qui est évaluée par le système de gestion de bases de données. Interprétation. D'autres langages ne nécessitent pas de phase spéciale de compilation. La méthode employée pour exécuter le programme est alors différente. La phase de compilation est la plupart du temps incluse dans celle d’exécution. On dit de ce programme qu'il interprète le code source. Par exemple, Python ou Perl sont des langages interprétés. Avantages, inconvénients. Les avantages généralement retenus pour l'utilisation de langages « compilés », est qu'ils sont plus rapides à l'exécution que des langages interprétés, car l'interprète doit être lancé à chaque exécution du programme, ce qui mobilise systématiquement les ressources. Traditionnellement, les langages interprétés offrent en revanche une certaine portabilité (la capacité à utiliser le code source sur différentes plates-formes), ainsi qu'une facilité pour l'écriture du code. En effet, il n'est pas nécessaire de passer par la phase de compilation pour tester le code source. Il n'est pas non plus nécessaire de disposer d'un autre programme ("debugger") afin d’ôter les bugs du programme, c'est l’interpréteur qui permet d'afficher directement le contenu des variables du programme. Appellation impropre. Il faut noter qu'on parle abusivement de langages compilés ou interprétés. En effet, le caractère compilé ou interprété ne dépend pas du langage, qui n'est finalement qu'une grammaire et une certaine sémantique. D'ailleurs, certains langages peuvent être utilisés interprétés ou compilés. Par exemple, il est très courant d'utiliser Ruby avec un interprète, mais il existe également des compilateurs pour ce langage. On notera toutefois, qu'il peut être important de préciser comment le code source est exécuté. En effet, rares sont les organismes qui proposent à la fois un compilateur et un interpréteur, les résultats du programme peuvent différer à l'exécution, même si la norme du langage est clairement définie. Néanmoins, l'usage qu'on fait des langages est généralement fixé. Test du programme. C'est l'une des étapes les plus importantes de la création d'un programme. En principe, tout programmeur se doit de vérifier chaque partie d'un programme, de le tester. Il existe différents types de test. On peut citer en particulier : Il convient de noter qu'il est parfois possible de vérifier un programme informatique, c'est-à-dire prouver, de manière plus ou moins automatique, qu'il assure certaines propriétés. Paradigmes. Un paradigme est un style fondamental de programmation, définissant la manière dont les programmes doivent être formulés. Un paradigme est la façon dont sont traitées les solutions aux problèmes et un style fondamental de programmation, définissant la manière dont les programmes doivent être formulés. Chaque paradigme amène sa philosophie de la programmation ; une fois qu'une solution a été imaginée par un programmeur selon un certain paradigme, un langage de programmation qui suit ce paradigme permettra de l'exprimer. Programmation impérative. Le paradigme impératif est le plus répandu, les opérations sont une suite d’instructions exécutées par l'ordinateur pour modifier l'état du programme. Programmation procédurale. La programmation procédurale est un sous-ensemble de la programmation impérative. Elle introduit la notion de "routine" ou "fonction" qui est une sorte de factorisation de code, chaque procédure peut être appelée à n’importe quelle étape du programme. Ce paradigme permet aussi de supprimer les instructions goto Ce paradigme est très répandu, il est présent dans des langages comme le C, le COBOL ou le FORTRAN. Programmation structurée. Apparue dans les années 70, la programmation structurée est un sous-ensemble de la programmation impérative. Elle est née avec les travaux de Nicklaus Wirth pour son Algol W et l'article fondateur de Dijkstra dans "Communications of the ACM", visant à supprimer l’instruction goto. Tous les langages procéduraux peuvent faire de la programmation structurée, mais certains comme le FORTRAN s'y prêtent très mal. Programmation déclarative. En programmation déclarative, le programme est indépendant de l’état de la machine, il s’affranchit donc de tout effet de bord et un appel à une même fonction produira toujours le même résultat. Le programme s’écrit non pas comme une suite d’instruction pour résoudre un problème mais (contrairement à la programmation impérative) comme la solution au problème. Programmation fonctionnelle. La programmation fonctionnelle se base sur plusieurs principes comme : l’immutabilité, les fonctions pures (qui ne dépendent pas de l’état de la machine) et les lambda-calcul. Aujourd’hui, nombreux sont les langages qui offrent une approche fonctionnelle au programmeur. Certains comme LISP ou Scala sont intrinsèquement fonctionnels. D’autres comme JavaScript, Java ou PHP ont ajouté cette possibilité par la suite. Programmation logique. La programmation logique consiste à exprimer les problèmes et les algorithmes sous forme de prédicats à l’aide d'une base de faits, d'une base de règles et d'un moteur d'inférence. Programmation orientée objet. La programmation orientée objet (abrégé POO) consiste en la définition et l'interaction de briques logicielles appelées objets ; ces objets représentes un concept, une idée. Chaque objet contient des "attributs" et des "méthodes" en rapport avec un sujet. Programmation orientée prototype. La programmation orientée prototype est un sous ensemble de la programmation orientée objet. Dans ce paradigme, chaque objet est créé à partir d’un prototype qui est lui-même un objet. Le prototype a donc une existence physique en mémoire et est mutable contrairement aux classes. Le JavaScript, le Lua ou le Self sont des exemples de langages utilisant ce paradigme. Programmation orientée classe. La programmation orientée classe est basée sur la notion de "classes". Une classe est statique, c’est la représentation abstraite de l’objet, c’est à ce niveau que se passe l’héritage. Tout objet est donc l’instance d’une classe. Les langages à classes peuvent être sous forme fonctionnelle (CLOS) comme sous forme impérative (C++, Java), voir les deux (Python, OCaml).
Pays-Bas Les Pays-Bas (en néerlandais : '), en forme longue le Royaume des Pays-Bas ('), parfois appelé Hollande par métonymie, sont un pays transcontinental dont le territoire métropolitain est situé en Europe de l'Ouest (ou, d'après certaines interprétations, en Europe du Nord). Frontaliers de la Belgique au sud et de l'Allemagne à l'est, les Pays-Bas possèdent également une frontière avec la France sur l'île de Saint-Martin (Caraïbes). Les Pays-Bas sont une monarchie constitutionnelle comptant d'habitants en 2023. La ville d'Amsterdam est la capitale du royaume (plus précisément la capitale constitutionnelle), bien que les institutions gouvernementales siègent à La Haye, sur la côte de la mer du Nord. Le roi Guillaume-Alexandre est chef de l'État depuis le . Les Pays-Bas sont administrés en quatre territoires autonomes : Aruba, Curaçao, Saint-Martin et le territoire européen, lui-même divisé en douze provinces, auxquels s'ajoutent trois autres communes à statut spécial, situées dans la partie outre-mer (Bonaire, Saba et Saint-Eustache). Géographiquement, le pays dispose de caractéristiques uniques, possédant l'une des altitudes moyennes les plus faibles au monde (ce qui explique son nom) : environ un quart du territoire en Europe est situé sous le niveau de la mer. 18,41 % de la superficie totale des Pays-Bas est couverte d'eau. Les territoires aujourd'hui rassemblés en tant que Pays-Bas sont, dans leur histoire, relativement indépendants de tout pouvoir royal centralisé, avant le , bien qu'inclus dans le Saint-Empire romain germanique. Alors que Charles Quint affirme une unité nationale en 1549, son fils, Philippe II, voit la révolte des habitants des Pays-Bas contre son autorité lors de la guerre de Quatre-Vingts Ans. La République est alors fondée sur sa défaite. Le nouvel État connaît un « siècle d'or », lorsqu'il constitue un Empire colonial, dont les vestiges sont les territoires caribéens conservés aujourd'hui, portant son rayonnement culturel et artistique à un niveau mondial. Affaibli par les guerres napoléoniennes et la capture de sa flotte navale, le pays devient le royaume de Hollande en 1806 et ne revient pas à un régime républicain lors du départ des Français, en 1815. Il est l'un des premiers États au monde à se doter d'un système parlementaire élu qui n'est pas renversé. À partir de 1848, les Pays-Bas sont gouvernés comme une démocratie parlementaire sous l'influence de Johan Thorbecke, durant le règne de . Avec une longue tradition de tolérance sociale, ils sont généralement vus comme un pays progressiste et novateur, en abolissant la peine de mort en 1870, en légalisant le droit de vote des femmes en 1917 et en décriminalisant, relativement tôt, l'avortement, la prostitution, l'euthanasie, ainsi que certaines drogues. En 1868, le poète français Charles Baudelaire décrit les Pays-Bas comme un lieu , avant d'ajouter : . Restés neutres durant la Première Guerre mondiale et engagés dans le camp des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas signent, en 1945, avec la Belgique et le Luxembourg, le traité économique d'union douanière du Benelux, négocié pendant le conflit par les gouvernements en exil des trois pays à Londres. Par la suite, dans son histoire contemporaine, le pays devient l'un des membres fondateurs de l'ONU, de l'UE, de l'OTAN, de l'OCDE et de l'OMC. Il est actuellement un invité permanent du G20. La construction du plan Delta, système de protection des terres contre la mer, l'une des Sept Merveilles du monde moderne, est achevée en 1997, après de travaux. En 2001, le pays devient le premier au monde à légaliser le mariage homosexuel, tandis que l'année suivante, l'euro est adopté comme monnaie, en remplacement du florin. Figurant dans les années 2010 parmi les États les plus démocratiques et les moins corrompus au monde, les Pays-Bas en sont l'un des pays les plus développés selon le rapport annuel des Nations unies sur l'IDH et l'un des premiers concernant le bonheur des enfants d'après l'UNICEF. Le pays est également parmi les premiers au monde concernant la liberté de la presse selon RSF et l'équilibre entre vies personnelle et professionnelle selon l'OCDE. Selon Oxfam International, il est cependant l'un des paradis fiscaux les plus notables dans le monde. En 2022, les Pays-Bas sont classés en pour l'indice mondial de l'innovation. Toponymie. À l'apogée de l'État bourguignon à la fin de la période médiévale, la partie nord des possessions ducales, dans ce qui est actuellement le territoire belge et néerlandais, est appelée « États de par-deçà » ou « Pays-Bas » pour les distinguer des « États de par-delà » (Bourgogne proprement dite et Franche-Comté). Là est l'origine du terme de la région historique des Pays-Bas, terme qui sera donné au cours des siècles et sous différentes formes et à plusieurs pays sur ce territoire. Le nom du pays fait allusion à son altitude peu élevée et par conséquent à sa lutte permanente contre les eaux. Cependant, pour l'appellation « Hollande », la signification du nom est . Une synecdoque courante parfois pratiquée par les Néerlandais eux-mêmes désigne les Pays-Bas du nom de Hollande, ainsi que les Néerlandais par les Hollandais et parfois la langue néerlandaise par le hollandais. La Hollande "stricto sensu" n'est que l'une des régions des Pays-Bas divisées en deux provinces (Hollande-Septentrionale et Hollande-Méridionale), abritant les grandes villes du pays (Amsterdam, La Haye, Rotterdam), et le hollandais une catégorie de dialectes parlés dans ces provinces. Depuis le , l'appellation officielle est « Pays-Bas » et non « Hollande ». Géographie. Localisation et frontières. Les ressources en charbon n'étaient pas très importantes, et étaient concentrées dans la région du Limbourg, dont les mines étaient exploitées depuis le Moyen Âge. C'est après la période napoléonienne que les ont commencé à être activement exploitées, en concomitance avec la Révolution industrielle. En 1931, ces mines produisaient de tonnes de charbon, extraites par près de . La dernière mine a été fermée en 1973 après un déclin progressif de la production. Climat, paysages et hydrographie. Précocement et largement urbanisé par rapport à la moyenne européenne, le pays préserve cependant en son centre une vaste étendue boisée désignée comme son cœur vert. Cette région est généralement associée au Waterland ( en néerlandais), territoire situé au nord d'Amsterdam, composé essentiellement de lacs et de canaux. Le climat des Pays-Bas européens est tempéré océanique, c'est-à-dire présentant un été souvent frais et un hiver marqué. Les îles dans les Caraïbes sont pour la plupart à climat tropical (Saint-Eustache, Saint-Martin), même si Saba et Curaçao sont plus sèches. Un quart du territoire néerlandais européen se situe sous le niveau de la mer et atteint même plus de en négatif, record en Europe. Or, d'après les scientifiques, les terres de très basse altitude (en dessous de ) pourraient être très vite affectées par la montée des océans. Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat) considère par ailleurs le delta du Rhin comme l'un des plus vulnérables du monde. . Les sols aux Pays-Bas sont très fertiles, donc très importants dans l'économie du pays. Le centre du pays alterne forêts et espaces sablonneux, l'est se compose de landes, tandis que le Limbourg, au sud, a un paysage composé de collines calcaires. Le paysage touristique des champs de tulipes est visible essentiellement dans les environs d'Amsterdam et de La Haye (Westland), les visiteurs internationaux se rendant généralement à Lisse. La lutte contre les eaux est toujours présente : l'aspect du littoral néerlandais est considérablement modifié dans le temps en raison de catastrophes naturelles et de l'intervention humaine, notamment via l'apparition des lacs de bordure. Une perte de terre notable a lieu avec la tempête de 1134, qui crée l'archipel devenu la province de Zélande ("Zeeland" en néerlandais, ) dans le Sud-Ouest. Lors de plusieurs inondations mémorables, dont celle de la Sainte-Lucie, la mer du Nord envahit la partie centrale du pays en absorbant le lac Flevo pour former le Zuiderzee. En 1421, l'inondation de la Sainte-Élisabeth fait céder les digues à plusieurs endroits. Ces dernières ne sont alors plus convenablement entretenues, car le pays est alors en guerre civile (rivalités entre les Hameçons et les Cabillauds). Cette inondation remplace le polder nouvellement asséché par une véritable mer intérieure. Les terres alors submergées sont encore aujourd'hui sous les eaux. Le célèbre parc national De Biesbosch en fait partie. Les parties qui sont regagnées sur les eaux sont l'île de Dordrecht, l'île de Hoeksche Waard et une pointe dans le Nord-Ouest du Brabant-Septentrional. Le pays doit de nouveau faire face au à deux grandes inondations qui causent la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes : à la Saint-Félix en 1530 et à la Toussaint plus tard. Dans la nuit du 31 janvier au, de nombreuses digues des provinces de Zélande, de Hollande-Méridionale et du Brabant-Septentrional ne résistent pas à la combinaison des grandes marées et d'une tempête venant du Nord-Ouest. Sur les îles et sur le continent, de vastes zones du pays sont complètement inondées et un millier de personnes tuées. Pour éviter que de pareilles catastrophes se reproduisent, un ambitieux projet est imaginé et mis en œuvre : le plan Delta, construit entre 1950 et 1997, composé de barrages, d'écluses, de digues, et de barrières pour contrer les montées subites d'eau dans le Sud-Ouest des Pays-Bas, pour protéger de grandes zones de terre contre la mer. Ce projet vient renforcer l'Houtribdijk et l'Afsluitdijk, digues établies en mer du Nord, à la suite des larges inondations subies par le pays en 1916, dans le cadre des travaux du Zuiderzee. Longues d'environ chacune et inaugurées dans les années 1930, la superficie du lac d'eau douce qu'elles créent atteint plus de . L'Office des eaux des Pays-Bas surveille en permanence les nombreux cours d'eau du pays. Dès le , une telle société est mise en place dans le pays pour coordonner les efforts des différents territoires dans la lutte contre les eaux. Avec un budget très important, cette agence découpe les Pays-Bas en 24 districts et a pour objectif la prévention de nouvelles catastrophes (en coordination avec la Rijkswaterstaat, qui gère les infrastructures nationales), et, le cas échéant, la gestion des populations concernées. Les 24 Offices régionaux ordonnent notamment le rehaussement de certaines voies de circulation en campagne pour qu'elles contiennent l'eau en cas de perforation d'une digue, afin que les autorités aient assez de temps pour évacuer les habitants. Cependant, ces dernières investissent en moyenne un milliard d'euros chaque année à l'entretien des systèmes de régulation des eaux et les nouvelles normes de sécurité sur lesquelles sont construites les digues réduisent largement le risque que de nouvelles catastrophes puissent avoir lieu. Les agences de l'eau fonctionnent sous le principe de la démocratie fonctionnelle, leurs membres étant élus dans les zones sur lesquelles elles ont autorité. Le , un tribunal de La Haye impose à l'État de réduire d'ici 2020 de 25 % ses émissions de gaz à effet de serre, par rapport au niveau de 1990. Le juge donne raison à un collectif de citoyens, en estimant que les gaz rejetés nuisent à la santé publique, et que l'État doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la population. Ce jugement est une première mondiale, mais l'État indique qu'il fera appel, tout en réévaluant sa projection de réduction d'émissions de gaz à effet de serre à 16 % d'ici à 2020. En 2018, les États généraux votent une loi obligeant le gouvernement à mettre en œuvre une réduction de 95 % des émissions par rapport au niveau de 1990 d'ici à 2050. Les voitures à essence et au diesel seront également interdites d'ici à 2030. Le mois de juin 2019 est le plus chaud jamais enregistré aux Pays-Bas. Les Pays-Bas, qui bénéficiaient historiquement de pluies régulières, subissent des sécheresses répétées particulièrement depuis 2018. Ils se déclarent en « pénurie d’eau » durant l'été 2022. Environnement. Le jour du dépassement (date de l'année à partir de laquelle l'humanité est supposée avoir consommé l'ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an) des Pays-Bas est le . Les Pays-Bas sont l'un des pays dont la consommation dépasse le plus les capacités de la planète. Le nombre d'insectes volants aux Pays-Bas chute de 75 % depuis les années 1990. Les Pays-Bas sont menacés de disparition à cause de l'élévation du niveau de la mer, bien que leur expérience passée leur permette d'être parmi les mieux équipés pour combattre le phénomène. Réseau européen Natura 2000. Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels de l'Union européenne ayant une grande valeur patrimoniale, par la faune et la flore exceptionnelles qu'ils contiennent. En , les Pays-Bas comptaient dont : La superficie totale est de , ce qui représente 13,3 % de la surface terrestre et marine du territoire des Pays-Bas. Transports. Idéalement situés en Europe, les Pays-Bas ont d'importantes infrastructures de transport. Le port de Rotterdam est le plus grand d'Europe et l'un des plus importants au monde. Les autres ports importants du pays sont le port d'Amsterdam, le port d'Ems et celui de Vlissingen-Oost. L'arrière-pays de ces ports est composé d'un vaste réseau de rivières, canaux et autres voies navigables. La façade maritime joue donc un rôle important dans l'économie néerlandaise. Les fleuves du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut provenant des pays voisins et aboutissant à la mer du Nord, ont fait durant des siècles, et font toujours, des Pays-Bas une plaque tournante pour les transports intérieurs européens. L'aéroport d'Amsterdam-Schiphol, est le plus grand aéroport des Pays-Bas et le troisième européen en nombre de passagers, accueillant chaque année plus de de personnes. L'aéroport d'Eindhoven est, depuis 2006, le plus grand aéroport régional aux Pays-Bas, devant l'aéroport de Rotterdam-La Haye. Ce dernier est cependant l'aéroport officiel pour les réceptions diplomatiques. La KLM Royal Dutch Airlines est la compagnie aérienne nationale ; fondée en 1919, elle est la plus vieille compagnie aérienne du monde encore en activité. Ses avions bleus, surnommés les « "blue birds" », font de nos jours partie de l'identité nationale néerlandaise. Le vélo est un mode de transport très répandu aux Pays-Bas. Au quotidien, en 2011, il est le mode de transport principal le plus employé (31 %) après la voiture (49 %), mais est majoritaire dans les villes. Les autoroutes du pays sont très utilisées et sans péage. La totalité des voies routières atteint une longueur totale d'environ kilomètres. Le réseau ferroviaire atteint une longueur totale de kilomètres et est l'un des plus fréquentés en Europe. Le transporteur national privé, la Nederlandse Spoorwegen (NS), assure les liaisons par rail à travers le pays. Des bus urbains et régionaux sont également largement utilisés par ces transporteurs. Dans le cadre d'un plan européen de voyage à grande vitesse par rail, les Pays-Bas ouvrent la HSL-Zuid en 2009, reliant Amsterdam à la frontière belge. Il s'agit de la seule LGV du pays en activité, que les trains de Thalys, de la High Speed Alliance et d'Eurostar empruntent à destination de la France, de la Belgique, de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Une nouvelle ligne à grande vitesse reliant Amsterdam à la frontière allemande, la HSL-Oost, est en projet, visant à supporter l'activité de la ligne de la Betuwe. Géographie administrative. Territoires autonomes. Le royaume des Pays-Bas est constitué, depuis la dissolution de la fédération des Antilles néerlandaises le , de quatre territoires autonomes : les Pays-Bas, Aruba, Curaçao et Saint-Martin. Territoires d'outre-mer. Le royaume des Pays-Bas comprend trois territoires insulaires dans les Antilles : Aruba, Curaçao et Saint-Martin. Les Antilles néerlandaises annoncent dans les années 2000 vouloir réformer leur statut. Un référendum local aux Antilles approuve le changement qui est inscrit et ratifié dans la Constitution du royaume. Les Antilles commencent leur réforme le : Saint-Martin et Curaçao ont obtenu transitoirement le statut de collectivités reconnues, avant de devenir en des territoires autonomes dans le royaume, comme Aruba. Les autres îles des Antilles néerlandaises, Bonaire, Saba et Saint-Eustache (Pays-Bas caribéens) deviennent des municipalités des Pays-Bas à statut particulier. L'administration de ces trois îles est partagée entre l'Office national des Pays-Bas caribéens (en néerlandais, "") et l'administration locale. Ces trois îles, au contraire d'Aruba, Curaçao et Saint-Martin, ont le droit de vote aux élections législatives néerlandaises, les États autonomes disposant de leur propre Parlement et gouvernement. Un gouverneur, nommé sur proposition du Premier ministre insulaire, y représente le monarque. Histoire. Préhistoire et Antiquité. Les Pays-Bas actuels sont habités durant la dernière période glaciaire. Par la suite, en évoluant, plusieurs peuples habitent le territoire des actuels Pays-Bas et de la Belgique. Outre les Belgae et les Frisons, les Francs et les Saxons, les Bataves, qui s'établissent sur place, sont par la suite assimilés par les Francs saliens. Jules César conquiert les Pays-Bas autour de l'année , ce qui en fait la frontière nordique de l'Empire romain. Dans la "Guerre des Gaules", Jules César ne fait cependant aucune mention des Bataves. La première référence aux Bataves remonte à l'an ; les Romains construisent les premières villes et introduisent, dans la région, l'écriture. Le Nord des Pays-Bas, qui est en dehors de l'Empire romain et où vivent les Frisons, est également fortement influencé par son puissant voisin méridional. Invasions des peuples germaniques. La frontière romaine du Rhin ne peut plus être maintenue à partir de 250 environ. Les peuples dits barbares s'infiltrent progressivement jusqu'en 406, année durant laquelle un nombre important de germains parvient à envahir la Batavie, la Belgique et les Gaules. La civilisation romaine cède alors la place aux peuples germaniques qui fusionnent avec les habitants pour former trois peuples : les Frisons le long de la côte, seul peuple indigène ayant pu se maintenir, les Saxons dans l'Est et les Francs dans le Sud. Durant la période mérovingienne, Clovis établit le premier royaume franc, qui s'étend jusqu'au Rhin. Après sa mort, les Pays-Bas furent compris dans l'Austrasie. C'est durant cette période que les peuples occupant les Pays-Bas commencèrent à être christianisés, ainsi saint Eloi et saint Lambert convertirent les populations du Sud tandis que les Saxons et les Frisons du Nord résistaient à la christianisation, amorcée par saint Willibrord, et qui ne put être continuée par saint Boniface, celui-ci ayant été assassiné en 754 à Dokkum. La fin du royaume des Frisons survient en 734 sur les rives de la Boarn, lorsque les Frisons sont défaits par les Francs, qui occupent la partie occidentale jusqu'à la Lauwers. Les Francs attaquent l'Est du Lauwers en 785, quand Charlemagne bat Widukind. Saint-Empire romain germanique. En 843, par le traité de Verdun, l'Empire franc est divisé en trois : la Francie occidentale (la France), la Francie médiane (Lotharingie) (allant du centre de l'Italie à la Frise) et la Francie orientale (communément nommée Germanie, noyau du futur Saint-Empire romain germanique). Le territoire des Pays-Bas actuels fait alors partie de la Lotharingie, à l'exception de la rive gauche de l'Escaut (actuelle Flandre zélandaise). Celle-ci disparaît rapidement : les terres néerlandaises contemporaines sont annexées par l'Empire germanique (traités de Meerssen et de Ribemont). La plupart des Pays-Bas est occupée par le Viking jute Rorik de Dorestad aux environs de 840 à 880. La suprématie des Vikings est détruite en 920 quand le roi libère Utrecht. Les Pays-Bas sont alors réintégrés dans le Saint-Empire entre les . Une grande partie de l'ouest des Pays-Bas est à peine habitée entre la fin de la période romaine et autour de 1100. Vers 1000, les fermiers flamands et d'Utrecht commencent à acheter les terres marécageuses, à les assécher et à les cultiver. Ce processus se produit rapidement et le territoire inhabité est occupé en quelques générations. Des fermes indépendantes qui ne font pas partie de villages sont construites, ce qui est alors unique en Europe. Avant cette période, la langue et la culture de la majeure partie des individus habitant dans l'actuelle région de Hollande est frisonne, aujourd'hui culturellement plus présente dans la région de Frise occidentale. La conquête de ces nouvelles terres progressant, la région devient la région de Hollande au . Des villes s'épanouissent, particulièrement dans le comté de Flandre et dans le duché de Brabant. Le Saint-Empire romain germanique ne peut pas maintenir l'unité politique : en plus de l'indépendance croissante des villes, les lois locales transforment les comtés et duchés en royaumes privés. Les divers États féodaux sont dans un état de guerre presque continuel. Bourguignons puis espagnols, les Pays-Bas sous les Habsbourg. Les provinces formant actuellement les Pays-Bas sont progressivement rassemblées, par mariage, achat ou conquête par les ducs de Bourgogne, qui contrôlent aussi, au sud, Anvers, première place boursière mondiale. Cet ensemble de Dix-Sept Provinces passe par héritage à Charles Quint, descendant à la fois des ducs de Bourgogne et des Habsbourg. Marie de Bourgogne, la fille de Charles le Téméraire, épouse l'empereur . La Frise, la région d'Utrecht, la région de Groningue et des Ommelanden, la Drenthe et la Gueldre sont rattachées progressivement au domaine des Habsbourg après des décennies de relations conflictuelles avec le duc de Gueldre. Sous le règne de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d'Espagne, la région fait partie des 17 provinces des Pays-Bas espagnols qui comprend également la Belgique, le Nord-Pas-de-Calais actuel et une partie de la Picardie. Lors des , Érasme, théologien originaire de Rotterdam, publie divers ouvrages humanistes ; ce nouveau mouvement de pensée, qui met l'homme au centre des préoccupations, est rapidement suivi dans l'Europe entière grâce à l'imprimerie, libre dans le pays. Provinces-Unies. En , l'indépendance des Provinces-Unies est consacrée par l'Union d'Utrecht. La république ainsi créée comporte un ensemble de sept provinces comportant chacune un Parlement ainsi qu'un gouverneur. Ces provinces sont indépendantes les unes des autres, et peuvent lever les impôts ainsi que des armées séparément. La jeune république des Provinces-Unies ne sera reconnue qu'en 1596 par la France et en 1648 par l'Espagne. Dans le Sud des Provinces-Unies, les pays de la Généralité (actuelles provinces de Zélande et du Brabant-Septentrional), sous contrôle du gouvernement central, forment alors un espace stratégique entre les Pays-Bas espagnols au sud, la Belgica Regia (qui deviendra les Pays-Bas autrichiens, la future Belgique) et les Pays-Bas protestants et calvinistes au nord conduits par le pouvoir d'Amsterdam. Le cas des Provinces-Unies à la fin du est tout à fait particulier, puisque c'est le jeune stathouder Guillaume d'Orange qui va mener une véritable révolution partie de Bruxelles lors de l'exécution des chefs de la noblesse dressés contre le pouvoir espagnol, aussi appelée la révolte des Gueux. Il en résultera une guerre connue sous le nom de guerre de Quatre-Vingts Ans de 1568 à 1648, conduisant les Néerlandais à l'indépendance de la couronne d'Espagne. Dès lors, les Pays-Bas vont entrer dans la période du « Gouden Eeuw », un âge d'or caractérisé par la prospérité économique et culturelle de la république néerlandaise et par une urbanisation précoce doublée d'un essor démographique soutenu en Hollande et Zélande. Les explorateurs du pays fondent de nombreuses colonies aujourd'hui connues sous d'autres noms, telles que l'Indonésie, l'Afrique du Sud, le Suriname, Taïwan, la Tasmanie ou encore la Nouvelle-Zélande. Avec sa Compagnie néerlandaise des Indes orientales et Compagnie néerlandaise des Indes occidentales qui utilisent la rixdale comme monnaie internationale, l'armada des Pays-Bas est l'une des plus puissantes au monde. Le pays doit cependant parfois céder des territoires aux autres puissances : la Nouvelle-Néerlande (futurs États américains de New York et du New Jersey, perdus à la suite de la signature du traité de Westminster) et la Nouvelle-Hollande d'Australie sont intégrées à l'Empire britannique, la Nouvelle-Hollande brésilienne est rendue aux Portugais, et la Nouvelle-Hollande en Acadie est donnée aux Français après la signature des traités de Nimègue avec le roi Louis XIV. La métropole bénéficie grandement des colonies, principalement sous l'aspect économique : la ville d'Amsterdam atteint un niveau de vie bien supérieur à celui de Paris, de nombreux individus chassés des autres pays d'Europe pour des raisons religieuses s'installent dans le pays, qui porte l'image d'un État riche et tolérant. L'armée néerlandaise teste également, lors de différents conflits, une nouvelle technique de guerre : lors de la troisième guerre anglo-néerlandaise, les autorités font inonder des terrains fermiers autour d'Amsterdam pour empêcher l'avancée des troupes ennemies et ne pas avoir à se battre frontalement avec une armée à la puissance supérieure. Les agriculteurs recevaient une compensation monétaire pendant le temps de leur hébergement dans la capitale. République batave et royaume de Hollande sous tutelle française. Transformé dans un premier temps en république par la révolution batave (menée par les ), de 1795 à 1806, et dans un second temps en royaume de Hollande, de 1806 à 1810, le pays est par la suite intégré dans l'Empire français, sous Napoléon. Ce dernier organise en la capture de la flotte hollandaise au Helder, afin de déstabiliser le pouvoir républicain et finalement placer son frère à la tête du royaume créé en 1806. Royaume uni des Pays-Bas. En 1815, le Luxembourg est élevé au rang de grand-duché. d'Orange, fils du "stathouder" des Provinces-Unies, devient , roi des Pays-Bas et grand-duc de Luxembourg. Guillaume reçoit le Luxembourg à titre personnel, comme compensation pour la perte de ses territoires allemands (Nassau et Fulda). Un nouveau pays est alors fondé lors du congrès de Vienne de 1815, sous le nom de « royaume uni des Pays-Bas ». Il rassemble les actuels territoires du Benelux ainsi que les colonies néerlandaises, dont la plus importante est les Indes orientales néerlandaises, l'actuelle Indonésie. Son premier roi est Guillaume d'Orange-Nassau, l'un des vainqueurs de la bataille de Waterloo. Le royaume a deux capitales : Amsterdam et Bruxelles. En 1830, la Belgique se soulève. Peuplée surtout de catholiques, elle supporte mal le règne du protestant , mais aussi sa politique d'imposition de la langue néerlandaise comme seule langue officielle. La révolution belge aboutit à la création du nouveau royaume de Belgique (région des Pays-Bas méridionaux), qui intègre également le Luxembourg. La convention de Zonhoven en 1833, met fin officiellement au conflit. Le grand-duché reste intégré à la Belgique jusqu'en 1839, date à laquelle sa moitié orientale est érigée en État indépendant, le grand-duché de Luxembourg, membre de la confédération germanique. Ce nouvel État et le royaume des Pays-Bas restent toutefois jusqu'en 1890 en union personnelle, c'est-à-dire partageant le même souverain. Le traité sur le tracé des frontières avec la Belgique date de 1843. Royaume des Pays-Bas. Créé par décret le , le royaume des Pays-Bas prospère économiquement. Il se démocratise peu à peu, sous l'impulsion d'une réécriture de sa Constitution en 1848, menée par Johan Rudolf Thorbecke. Il connaît cependant à la fin du ce qui sera par la suite appelé la , conflit politique opposant les écoles publiques et privées. Les Pays-Bas n’abolissent l’esclavage dans leurs colonies qu’en 1863. En 1879 est créé par le pasteur Abraham Kuyper le premier parti politique néerlandais, le Parti antirévolutionnaire. Étant neutre pendant la Première Guerre mondiale, le pays accueille des réfugiés belges persécutés par le Gouvernement général impérial allemand de Belgique. Cependant, en 1915, ce dernier fait installer une clôture électrique à la frontière entre les deux pays, rendant tout passage impossible. En 1917, tous les hommes de plus de obtiennent le droit de vote, suivis par les femmes en 1919. Seconde Guerre mondiale. Les Pays-Bas sont envahis par l'Allemagne en sans déclaration de guerre préalable. Cette invasion donne lieu à la bataille des Pays-Bas, au cours de laquelle l'armée néerlandaise est vaincue, et la ville de Rotterdam quasiment rasée par les bombardements. La bataille se solde par la capitulation des forces néerlandaises, et le gouvernement dut s'exiler à Londres. Pieter Gerbrandy, opposé à une domination allemande et partageant l'opinion des Britanniques, est provisoirement nommé Premier ministre par la reine Wilhelmine pour remplacer Dirk Jan de Geer, qui avait préconisé la négociation d'une paix séparée. Le pays développe plusieurs réseaux de résistance face à l'occupant allemand et des milliers de citoyens manifestent à travers le pays pour diverses raisons, comme la grève de février 1941 à Amsterdam pour dénoncer les déportations de Juifs néerlandais vers l'Allemagne. Bien que les mouvements alliés visant à libérer le pays (notamment l'opération Market Garden), commencent dès 1944, les Pays-Bas ne sont totalement libres qu'en , après que la population a vécu un hiver de famine tuant près de . L'opération Manna est cependant déclenchée du au pour parachuter des vivres. Les soldats néerlandais venus des colonies ou réfugiés en Grande-Bretagne participent aussi au débarquement puis à la bataille de Normandie, avant de se diriger vers les Pays-Bas à la fin de l'année 1944 pour participer à la libération de leur pays et de la Belgique aux côtés des forces étrangères et des réseaux de résistance. Profitant du conflit, Soekarno proclame l'indépendance de l'Indonésie en 1945, avec le soutien du Japon, qui décrète l'indépendance du territoire après l'avoir envahi en 1941. Il s'ensuit un conflit de quatre ans au terme duquel les Pays-Bas sont conduits à reconnaître l'indépendance indonésienne, élément déclencheur du déclin de la puissance commerciale néerlandaise. À la fin de la Seconde Guerre mondiale sont formellement adoptés les accords de coopération économique du Benelux avec la Belgique et le Luxembourg. Depuis 1945. Sortant du conflit planétaire ruinés, les Pays-Bas proposent le plan Bakker-Schut aux forces Alliées en guise de réparation de guerre, mais le projet consistant en l'annexion d'une partie de l'Allemagne est rejeté. Les États-Unis font alors bénéficier le royaume du plan Marshall. En 1948, les Pays-Bas approuvent le principe d'une autonomie des Antilles néerlandaises, proclamée en 1954 (État fédéral autonome des Antilles néerlandaises). En 1962, la Nouvelle-Guinée néerlandaise, maintenue un temps sous la coupe néerlandaise, rejoint l'Indonésie et devient sa province de Nouvelle-Guinée occidentale ; ceci intervient après une tentative de débarquement indonésien pour garantir son rattachement et éviter une indépendance de ladite province, puis un passage provisoire sous l'égide de l'autorité exécutive temporaire des Nations unies. En 1975, la Guyane néerlandaise, actuel Suriname, prend son indépendance du royaume. L'île d'Aruba se détache des Antilles néerlandaises en 1986 pour former une entité propre du royaume. En 2002, l'euro remplace le florin néerlandais, et, en 2005, le pays rejette par référendum le projet de traité constitutionnel européen. En 2009, la famille royale est la cible d'un attentat le jour de la fête nationale, faisant sept victimes. Le , les Antilles néerlandaises sont dissoutes, faisant de Curaçao et de Saint-Martin des États autonomes propres comme Aruba avant eux. Bonaire, Saba et Saint-Eustache, qui font alors également partie des Antilles néerlandaises, intègrent le pays européen en tant que municipalités à caractère particulier sous le nom de Pays-Bas caribéens ou îles BES. Politique. Chef de l’État. La Constitution ("Grondwet") actuellement en vigueur a été adoptée en 1815, et révisée plusieurs fois depuis : elle fait état que les Pays-Bas sont une monarchie. La famille royale est de confession protestante réformée. Hommes et femmes peuvent accéder au trône. Après les rois (1815-1840), (1840-1849) et (1849-1890), la régente Emma et les reines Wilhelmine (1898-1948), Juliana (1948-1980) et Beatrix (1980-2013), c'est depuis le que le roi Willem-Alexander est le chef de l'État néerlandais. Après lui, le prochain souverain devrait être la princesse Catharina-Amalia, fille aînée du roi Willem-Alexander et princesse d'Orange. Le monarque est garant de l'unité du pays. Constitutionnellement, le roi a un rôle dans le processus législatif : la signature royale auprès de celle d'au moins un ministre est indispensable pour valider toute loi. Le roi est également président du Conseil d'État ("Raad van State"), organe qui conseille le gouvernement sur chaque loi et tribunal suprême en matière de droit administratif. Depuis la reine Wilhelmine, les monarques veillent à ne pas paraître montrer une faveur particulière envers une opinion politique. Autrefois, le pouvoir royal intervenait dans le choix des ministres et du président du Conseil. , il est du rôle du président de la Seconde Chambre des États généraux de désigner un (étudiant les possibilités de formations) puis un formateur, généralement le chef du parti vainqueur aux élections, et ce dernier dirige les négociations avec les partis politiques. Lorsque les négociations sont terminées, le gouvernement nommé par le roi est la formation bâtie par le Premier ministre, le monarque ne validant que les noms qui lui sont soumis. Lorsqu'un gouvernement perd la confiance du Parlement, le Premier ministre doit présenter sa démission au souverain. Le gouvernement peut également demander au Parlement la destitution du monarque s'il le juge inapte à assumer ses fonctions. Pouvoir exécutif. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement, responsable pénal des actions entreprises par le pays. Il est composé de ministres et de secrétaires d'État, les premiers uniquement siégeant au Conseil des ministres. Le gouvernement est présidé par le Premier ministre des Pays-Bas, assisté d'un ou plusieurs vice-Premiers ministres. Depuis 1945, se sont succédé à la tête du gouvernement, Willem Drees, Ruud Lubbers, Wim Kok et Jan Peter Balkenende étant les plus notables. L'actuel Premier ministre, le libéral Mark Rutte, est en fonction depuis le . Il dirige un gouvernement majoritaire à la chambre basse entre le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), l'Appel chrétien-démocrate (CDA), les Démocrates 66 (D'66) et l'Union chrétienne (CU), le cabinet Rutte III. Ses vice-Premiers ministres, Hugo de Jonge, Kajsa Ollongren et Carola Schouten, sont issus des partis avec lesquels il fait alliance. Bien que le Premier ministre soit le premier représentant du pays à l'étranger, il est parfois accompagné du roi. La Seconde Chambre des États généraux étant élue au scrutin proportionnel quasi-intégral, les Pays-Bas sont toujours dirigés par un gouvernement de coalition quoique cela ne soit pas une obligation constitutionnelle. Or, depuis longtemps, le corps électoral n'accorde plus la majorité absolue à un parti pour lui permettre de gouverner seul. Le gouvernement a besoin de l'appui de la Seconde Chambre, mais peut être minoritaire au Sénat. Le Premier ministre a son bureau au Torentje, bâtiment adjacent au Binnenhof, siège du Parlement, en centre-ville de La Haye. Tous les ministères sont également installés dans la ville. Le gouvernement des Pays-Bas ne siège donc pas dans la capitale, Amsterdam. Pouvoir législatif. Les États généraux (en néerlandais "Staten-Generaal") sont le parlement des Pays-Bas. Ils comprennent deux chambres : la plus importante, la Seconde Chambre, également dite Chambre des représentants, est la chambre basse des États généraux. Elle est élue pour quatre ans. Elle comprend élus au suffrage universel direct, au scrutin proportionnel plurinominal. Elle possède des prérogatives plus importantes que la Première Chambre. C'est à la Seconde Chambre que se forment et tombent les coalitions de gouvernement. Les ministres sont également politiquement responsables devant celle-ci. Un ministre ou un gouvernement ne peut pas se maintenir sans le soutien d'une majorité à la Seconde Chambre, celle-ci possédant trois fonctions principales : le contrôle du gouvernement, un rôle de co-législateur (avec le gouvernement et la Première Chambre) et la représentation de la population. La Première Chambre des États généraux, ou le Sénat, est la chambre haute des États généraux. Elle est élue pour quatre ans. Elle comprend élus au suffrage universel indirect par les douze provinces du royaume, et les trois territoires insulaires dans les Antilles. La dissolution de la Seconde Chambre entraîne celle de la Première Chambre. La Première Chambre dispose de moyens de contrôle de l'exécutif communs avec la Seconde Chambre. Le rôle de la chambre haute dans le vote de la loi est restreint par rapport à celui de la chambre basse. Les projets de loi lui sont transmis après approbation par cette dernière. Elle ne peut pas amender le texte, mais seulement l'approuver ou le rejeter. Autorités décentralisées. Le royaume des Pays-Bas est composé de douze provinces et de six territoires insulaires dans les Antilles. Chaque province est gouvernée par un commissaire du Roi nommé par le souverain et par une députation provinciale, élue par ce même corps législatif (les États provinciaux), élu lui-même par le peuple. Comparativement aux provinces du Canada ou aux États des États-Unis, les provinces néerlandaises ne disposent pas de pouvoirs très étendus, bien que chacune d'entre elles possède son Parlement local ; il s’agit de pouvoirs administratifs qui assurent la liaison entre l'État et les communes. L'essentiel des pouvoirs juridiques, politiques et financiers sont exercés par le gouvernement central, et non par les gouvernements provinciaux. Les municipalités, pour leur part, sont dirigées par un conseil élu et un bourgmestre nommé par décret par le souverain en tenant compte de la majorité au conseil municipal et de l'avis de son commissaire dans ladite province. Un bourgmestre est ainsi choisi sur ses capacités à diriger une ville avec ses attributs spécifiques. Les Pays-Bas comptent également une autre strate administrative propre à leur histoire : l'Office des eaux des Pays-Bas est une agence du gouvernement assurant un financement de projets d'infrastructure votés en 24 conseils de districts élus. Ces conseils ont pour but de protéger les terres des problèmes liés à l'eau. Trois îles des Caraïbes (Aruba, Curaçao et Saint-Martin) en sont les États autonomes. Trois autres îles des Caraïbes (Bonaire, Saint-Eustache et Saba) sont des municipalités spéciales dans le pays des Pays-Bas. Les trois États autonomes d'outre-mer (Aruba, Curaçao et Saint-Martin) disposent quant à eux d'un Premier ministre propre, d'un Parlement local et d'un gouvernement insulaire, traitant de questions moins régaliennes que le gouvernement des Pays-Bas, à qui revient les questions de diplomatie et de défense des îles. Politique étrangère. Les Pays-Bas sont membres fondateurs de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), de l'Union européenne (UE) et de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ils appartiennent à l'Union Benelux et sont soumis à la cour de justice Benelux et la cour européenne des droits de l'homme. Jusqu'en 1940, les Pays-Bas suivaient une politique de neutralité, mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils s'engagent à la construction de l'Union européenne et au maintien de la paix à travers le monde. De plus, avec la prise d’indépendance de nombreuses colonies du pays, ce dernier possède encore une grande influence dans les régions en développement grâce à une présence accrue de ses ressortissants. Les Pays-Bas contribuent au budget annuel des Nations unies à hauteur de 1,65 %. Le pays est de longue date engagé dans l'aide au développement et dans la défense des droits de l’homme. En 2014, les fonds du pays pour des missions humanitaires a représenté 0,64 % de son PIB. Les Pays-Bas sont fréquemment invités aux sommets du Groupe des vingt, sans en faire partie, bien que la puissance économique du pays soit parmi les 20 premières mondiales. Institutions européennes et internationales. La Haye est devenue au cours du la . Elle abrite le siège de nombreuses organisations internationales à caractère juridique : Anciennement : Défense. Les Forces armées néerlandaises sont composées de : L'ensemble des forces armées emploie environ en 2009. Il s'agit d'une force volontaire, le service militaire étant suspendu, mais pas aboli. L'armée néerlandaise est aussi composée d'une force de gendarmerie, la maréchaussée royale. Les Pays-Bas dépensent environ 1,17 % de leur PIB en 2014 à l'entretien de leur défense, soit une dotation de . Le pays dispose de missiles nucléaires américains dans le cadre du plan de partage de l'OTAN. Selon l'article de la Constitution, elles ont pour rôle de « défendre le royaume des Pays-Bas et de défendre ses intérêts dans le monde » et de « protéger et promouvoir la primauté du droit international ». Le pays est engagé dans la MINUSMA et la coalition internationale en Irak et en Syrie. Société. Démographie. Au premier , les Pays-Bas comptaient habitants, contre habitants en 2005. La population est en constante augmentation, de manière modeste (0,4 % par an en moyenne), . Avec plus de quatre cents habitants par kilomètre carré, les Pays-Bas font partie des pays les plus densément peuplés d'Europe. La population du pays devrait continuer à augmenter jusqu'en 2070 au moins, si les niveaux d'immigration se poursuivent au niveau actuel. Outre cela, les Pays-Bas ont l'un des taux de criminalité les plus faibles au monde. En 2016, l'État prévoit de fermer neuf prisons d'ici 2020 faute d'occupants des cellules. Langues. Dans l’État autonome des Pays-Bas (un des quatre états autonomes du royaume), le néerlandais est la langue officielle utilisée par les services publics et la majorité des habitants pour communiquer entre eux. Cependant, ce n'est pas la Constitution qui définit la langue officielle des Pays-Bas, mais la "Algemene wet bestuursrecht". Dans la province de la Frise, le frison est reconnu comme "seconde langue officielle" pour un usage régional. Vers la fin du , le limbourgeois est reconnu par l'État comme langue régionale politique et juridique et le bas saxon néerlandais est reconnu comme langue régionale le , mais ces deux langues ne sont pas reconnues comme "officielles". Dans les trois îles aux Antilles faisant part de l'état autonome des Pays-Bas, en plus du néerlandais, le papiamento et l'anglais sont reconnus comme "langues officielles" pour un usage régional. D'autres dialectes provinciaux proches de la langue commune et des langues étrangères sont également utilisées. Selon différentes études, les Néerlandais sont parmi les peuples à couramment parler le plus de langues étrangères, notamment l'anglais, l'allemand et le français. La plupart des habitants parlent couramment l'anglais. Religion. Selon les statistiques néerlandaises basées sur une étude effectuée en 2005, 42 % des Néerlandais (pratiquant ou non pleinement leur religion) se déclaraient sans religion, 29 % catholiques, 19 % protestants, 5 % musulmans et 5 % d'une autre religion. La communauté musulmane regroupe officiellement environ 4,9 % des Néerlandais (majoritairement d'origines turque et marocaine), contre 9,5 % pour l'Église protestante aux Pays-Bas. La communauté juive néerlandaise ne compte plus que de nos jours, bien qu'ayant été importante avant la Shoah. Éducation. Le système éducatif aux Pays-Bas est plus libre que celui de ses grands voisins européens, tels que la France ou le Royaume-Uni. Il est également particulièrement performant, parfois qualifié de meilleur d'Europe avec ceux des pays scandinaves. Les langues étrangères tiennent une place importante dans l'éducation, d'où la bonne maîtrise de langues étrangères dans le pays. Le système éducationnel est scindé en deux entités : une école primaire de six ans puis un choix entre trois types de collèges, plus ou moins longs dans la durée, variant dans les matières enseignées et ouvrant sur différents types d'éducation universitaire. Le pays possède une forte densité d'universités réputées: parmi les cent meilleures universités au niveau mondial, l'on trouve sept universités néerlandaises : l'université de Leyde, l'université de Wageningue, l'université Érasme de Rotterdam, l'université de technologie de Delft, l'université d'Amsterdam et l'université de Groningue souvent fondées au . Médias. Les grands quotidiens néerlandais les plus lus sont "De Telegraaf", "Algemeen Dagblad", "de Volkskrant", "NRC Handelsblad", et "Trouw". "Het Parool" est moins lu, mais possède un important passé historique : il a été créé pendant la Seconde Guerre mondiale comme journal d'opposition. Les journaux gratuits "Spits" et "Metro" distribués dans les gares et les stations de métro sont également très lus. Dans le domaine télévisuel, il existe quatre chaînes publiques, et les principales entreprises qui fournissent la télévision commerciale sont "RTL Nederland" et "SBS6", qui gèrent ensemble sept stations au total. D'autres diffuseurs commerciaux qui ciblent des publics particuliers sont "Nickelodeon", "Comedy Central" et "". Dans le domaine de la radio, il existe également un grand nombre de stations. Le radiodiffuseur public "NPO", la même entreprise que pour le domaine télévisé se compose de sept chaînes. Radio Pays-Bas internationale (RNW) est une chaîne diffusée à l'international pour les ressortissants néerlandais installés dans d'autres pays. "Radio 538", "Sky Radio", et "Qmusic" sont les principaux acteurs sur le marché commercial. Aux Pays-Bas, un grand degré de liberté de la presse prévaut sans contrôles sur les publications dans la presse ou les diffusions de radio, télévision et Internet. La loi dispose que quiconque se rend coupable d'injure, de discrimination, d'incitation à la haine sera mis en accusation si une plainte est déposée, mais toute forme de satire est autorisée et ne peut être réprimée. La loi sur les médias prévoit le pluralisme des médias dans le système de radiodiffusion publique. L'autorité compétente peut aussi fixer des limites d'âge pour l'accès à certains médias. Sport. Aux Pays-Bas, le football est le sport le plus populaire. L'équipe de football nationale néerlandaise a remporté le Championnat d'Europe de football 1988 et termine deuxième lors des Coupes du monde de 1974, 1978 et 2010. Arrivée troisième lors de l'édition 2014, la formation néerlandaise est très réputée dans le monde et considérée comme la meilleure équipe n'ayant jamais remporté le tournoi. Ayant développé le « football total » dans les années 1970, elle compte nombre d'anciens joueurs réputés à avoir été parmi les meilleurs de leur génération : Johan Cruyff, Dennis Bergkamp, Patrick Kluivert, Edwin van der Sar, Marco van Basten, Ruud Gullit, Wesley Sneijder ou encore Arjen Robben sont fréquemment cités. L'actuelle équipe est entraînée par Frank de Boer. Les "Oranjes" jouent à domicile à la Johan Cruyff Arena, le plus grand stade du pays. Les autres sports populaires pratiqués en compétition sont le patinage, la natation et le hockey sur gazon. Le cyclisme est ancré dans la culture néerlandaise, et est pratiqué par toutes les couches sociales régulièrement, du fait de l'absence de relief dans le pays, et de l'importance accordée à l'écologie dans la société. Dès la seconde moitié du , les clubs et les fédérations sportives sont formés. Une figure importante dans l'histoire du sport néerlandais est Pim Mulier, qui met en avant, à la fin du , un grand nombre de sports jusque-là peu connus aux Pays-Bas et professionnalisés. Il a également été l'initiateur du tour des Onze Villes, une épreuve qui attire à chaque édition des milliers de touristes étrangers, de de patin à glace naturelle le long des onze grandes villes frisonnes. Depuis, ce sport s'est énormément développé. La première participation des Pays-Bas aux Jeux olympiques remonte à 1900. Depuis, plus de 300 médailles olympiques ont été gagnées par des Néerlandais, dont environ 100 d'or. La (NSF) est l'organisation sportive de coordination des associations sportives néerlandaises et le représentant officiel du pays auprès du Comité international olympique. Amsterdam a accueilli les Jeux olympiques d'été de 1928, et en 1980, les Jeux paralympiques ont eu lieu à Arnhem. Plus récemment, les Pays-Bas ont coorganisés avec la Belgique le Championnat d'Europe de football 2000. En outre, le pays examine une candidature pour l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2028 à Amsterdam, après l'organisation des Jeux de 1928. Économie. L'économie des Pays-Bas repose, outre le commerce international, sur les grands groupes néerlandais, la plupart anciens monopoles publics (Damen Group, KPN, Groupe ING, Nederlandse Spoorwegen, TNT Express ou PostNL). Statistiques. Pour 2017, la croissance économique du pays est de 3 % du PIB. En 2018, une croissance de 2,9 % est prévue pour un taux de chômage de 3,9 %. Les Pays-Bas sont le du monde en termes de PIB par habitant, avec américains annuels par tête en moyenne. Le pays est en outre la économique mondiale. Cependant, le temps de travail hebdomadaire moyen par habitant n'est que d'environ , et ce pour une productivité plus forte que la moyenne européenne. Principaux secteurs d'activités. Agriculture et agroalimentaire. L'agriculture est très mécanisée et emploie à peine 4 % de la population active. Les Pays-Bas sont le deuxième pays exportateur de produits agricoles du monde, et le cinquième en prenant en compte tous les produits échangés. L'entreprise de distribution et de production agroalimentaire néerlandaise Unilever, quatrième mondiale dans son domaine d'activités, s'occupe souvent du transport et de l'emballage des produits exportés depuis les Pays-Bas. Elle possède également de nombreuses marques à travers le monde : Lipton, Knorr, Ben & Jerry's, Magnum entre autres. La grande activité de l'agriculture néerlandaise reste l'élevage qui occupe près de la moitié des exploitations. En nombre d'exploitations, l'horticulture et le maraîchage occupent le deuxième rang. Le pays a connu l'une des premières bulles spéculatives au monde : la tulipomanie. Les tulipes, mais plus généralement les fleurs, restent un symbole des Pays-Bas, qui en sont le premier exportateur au monde. Cependant, la plupart des fermes néerlandaises élèvent des vaches, les vaches de race Holstein étant elles aussi un emblème du pays. Tourisme. Environ onze millions de touristes se rendent chaque année aux Pays-Bas, généralement dans l'une des deux provinces de la Hollande (Méridionale ou Septentrionale), le reste du pays étant moins couru. Dix milliards d'euros sont dépensés chaque année par ces visiteurs en souvenirs et autres marchandises. Le tourisme est une source importante de revenus pour le pays. Les destinations les plus appréciées sont Amsterdam, Giethoorn, Volendam, Kinderdijk, Rotterdam et La Haye. Les gens se rendant aux Pays-Bas souhaitent généralement voir des canaux, des maisons avec le pignon en façade et les célèbres moulins, s'ils ne s'y rendent pas pour des affaires (Rotterdam, Amsterdam et La Haye disposent de grands quartiers financiers, siège de nombreuses entreprises néerlandaises ou internationales). Ils sont là aussi pour goûter les bières et les fromages typiques du pays. La côte néerlandaise est visitée principalement par les habitants du pays, même s'il n'est pas impossible d'y croiser des étrangers. En sus du néerlandais, les habitants parlent également en grande majorité l'anglais, la plupart comprennent l'allemand, et se débrouillent parfois en français, ce qui rend la communication aisée. Le pays a en outre l'un des plus forts taux de musées au mètre carré au monde. Le pays est également connu pour le tourisme de la drogue. En effet, certains étrangers se rendent aux frontières, où ils achètent du cannabis dans les "coffee shops", chose que les dirigeants voudraient bien faire cesser, c'est-à-dire limiter ce droit aux néerlandais ou fermer les "coffee shops" se situant aux frontières malgré l'apport conséquent de devises que procure au pays l'existence de ce commerce. La ville de Maastricht, située à la frontière belge, teste depuis 2013 la "wietpass", qui n'autorise que les habitants du pays à acheter des substances. Chimie et raffinage. La chimie et le raffinage sont concentrés dans le port de Rotterdam, qui n'en a cependant pas l'exclusivité. Il est un port d'importation via le transit vers l'Europe centrale, et de réexport après traitement des denrées. À moindre échelle, le gisement de gaz de Groningue, plus grand d'Europe, permet également d'alimenter les foyers néerlandais et l'export. Banques et assurances. Les Pays-Bas instaurent durant leur siècle d'or de longues routes commerciales et ouvrent des comptoirs marchands dans différents pays et l'export de nos jours en est hérité. Les grandes banques néerlandaises et leurs réseaux en sont descendants, appuyés par les infrastructures néerlandaises d'interfaces commerciaux. Le gouvernement expérimente depuis 2014 une économie circulaire autour de la Randstad, avec la participation des plus grandes banques néerlandaises. Nouvelles technologies. Le secteur néerlandais des nouvelles technologies est notamment représenté par la marque d'électroménager Philips, basée à Eindhoven et l'Institut néerlandais de recherche spatiale, basé à Utrecht. D'autres plus petites sociétés sont implantées dans les régions urbaines néerlandaises, bénéficiant notamment d'une fiscalité leur permettant un développement rapide. Paradis fiscal. Les Pays-Bas sont régulièrement qualifiés de , en facilitant l'existence de sociétés boîtes aux lettres n'ayant pas d'activité réelle aux Pays-Bas, notamment du fait d'une faille dans le droit néerlandais qui permet à de nombreuses entreprises de pratiquer l'optimisation fiscale. Cette faille permet une double domiciliation d'une entreprise aux Pays-Bas et aux États-Unis, les États-Unis estimant que l'impôt doit être payé aux Pays-Bas et inversement. Ce dispositif sera supprimé le avec l'entrée en vigueur de la directive européenne anti-évasion fiscale. Parmi les entreprises américaines citées pour profiter du système néerlandais et réduire considérablement leur niveau d'imposition figurent Netflix, Starbucks, Caterpillar, General Electric, Heinz, Nike, Tesla et Uber. Selon Gabriel Zucman, des centaines de milliards de dollars de profits ne sont pas taxés. L'ONG Oxfam classe les Pays-Bas après les Bermudes et les Îles Caïmans. Plusieurs lois sont en cours d'examen aux États généraux pour renforcer la législation financière. Le Premier ministre Mark Rutte cherche notamment à supprimer les failles dans le système d'impôts pour que tous les revenus devant être taxés le soient aux taux appropriés. Les lois néerlandaises entendent dès 2019 aller plus loin que ce que la Commission européenne propose en matière de lutte contre l'évasion fiscale. Patrimoine culturel. Architecture. L'architecture tient une place particulière dans ce pays pragmatique constamment menacé par les eaux et où l'ingénieur tend à prendre la primauté sur l'architecte. Cependant, les Pays-Bas ont bel et bien développé à travers les siècles une culture architecturale singulière qui a eu une influence au Danemark et jusqu'en Pologne, sans compter l'architecture coloniale néerlandaise. La plupart des administrations ont conservé leurs locaux construits au , lors du siècle d'or. Presque tous les centres-villes du pays sont composés à une très large majorité d'immeubles historiques. Les villes de Rotterdam et d'Eindhoven, tout comme d'autres plus petites villes bombardées durant la Seconde Guerre mondiale et les communes du Flevoland (polder stabilisé au ) ne possèdent plus d'hyper-centres historiques. Les constructions aux Pays-Bas se font principalement avec le même matériau, une brique locale, ce qui donne un aspect homogène aux villes et campagnes du pays. La Renaissance constitue une période ayant fortement influé sur l'aspect des villes néerlandaises, étant donné que la conception même de l'architecture était amenée à changer. Durant la période gothique (voir l'article gothique brabançon, style dans lequel sont construits quelques monuments néerlandais), la structure des édifices religieux tendait alors à se simplifier (malgré des exceptions tels que la cathédrale d'Utrecht commencée en 1254 ou encore la cathédrale de Bois-le-Duc commencée en 1280), et peu de grandes constructions étaient alors réalisées. L'ornementation tendait également à se réduire, cela étant en grande partie lié à l'emploi presque exclusif de la brique dans l'architecture (voir l'article gothique de brique). C'est à partir de l'époque des ducs de Bourgogne (Pays-Bas bourguignons) qu'une architecture plus monumentale voit le jour, mais, toute de brique, elle ne s'enorgueillit généralement pas de sculptures. Il faut réellement attendre la Renaissance pour que l'activité artistique prenne son essor, et que l'architecture soit l'objet de plus vastes ambitions. La Renaissance ne fut pas toujours bien comprise par les bâtisseurs qui n'en percevaient que le sens ornemental et non pas architectural à proprement parler. Ainsi, un des derniers architectes gothiques, Rombaut Keldermans, se mit à orner ses édifices de conception médiévale d'ornements antiques. C'est durant la Renaissance que s'élèvent le Château de Bréda (vers 1536) et l'ancien Hôtel de ville d'Utrecht (1547). Cependant, malgré ce bouillonnement artistique et intellectuel venu avec la Renaissance, en architecture, une compréhension étroite de cet apport le limita trop souvent à l'inclusion d'arabesques, de grotesques ou de beaux frontispices à l'antique au sein d'une architecture restée fidèle à elle-même. Le protestantisme, d'obédience calviniste, qui gagna les Pays-Bas à partir de la première moitié du eut une influence notable sur l'évolution de l'architecture. En effet, les églises furent dépouillées de tout ornement, les fresques (ou tout décor peint) furent enduites, les vitraux retirés, et les nouvelles constructions, y compris profanes, firent disparaître le décor exubérant qui avait pu s'afficher au début de la Renaissance. Le beau en architecture n'était recherché que par la simplicité, la sincérité des formes et par le jeu subtil des proportions. Les maisons et bureaux d'anciennes compagnies commerciales sont décorées à l'extérieur de sculptures et de reliefs, montrant la puissance du propriétaire initial à ses visiteurs. Les demeures d'Amsterdam sont souvent étroites, mais profondes, avec un jardin partagé à l'arrière. Les pignons à l'avant servaient d'antan à décharger les marchandises arrivant par canal, et de nos jours aux déménagements. Le style néo-classique néerlandais suppose des maisons aux hautes vitres, collées et pas toujours droites, car s'enfonçant dans les eaux. La plupart des châteaux et complexes ayant un cachet sont classés au titre de "Rijksmonument" (Monument d'État). Peinture. La peinture néerlandaise, dite flamande durant l'époque baroque, était principalement matérialisée en les personnes d'Antoon van Dyck, Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, bien qu'ayant tous des styles différents. Au cours du siècle d'or néerlandais, nombre de peintres atteignent la gloire historique : Rembrandt van Rijn, Johannes Vermeer et Frans Hals vont s'imposer comme les grands maîtres de l'école hollandaise du , Pieter de Hooch, Jan van Goyen, Adriaen van Ostade, Willem Claeszoon Heda, les père et fils Van de Velde, Gerrit Berckheyde, Pieter Jansz Saenredam, Jan Steen, Jacob van Ruisdael, Meindert Hobbema suivront. D'autres domaines picturaux sont également servis, par les peintres de l'école caravagesque d'Utrecht par exemple. Plus tard, le pays verra naître le peintre considéré comme le plus grand de tous les temps : Vincent van Gogh. Ses œuvres ont inspiré générations d'artistes, et ses dessins ou toiles ont été vendus à des prix records, mêlant différents styles. Le musée Van Gogh à Amsterdam possède la plupart des réalisations de l'artiste. Au , alors que beaucoup pensaient la peinture néerlandaise appartenir au passé, les peintres Karel Appel, Kees van Dongen, Willem de Kooning, Piet Mondrian ou encore Bram van Velde, renouvellent le genre et proposent une nouvelle vue sur le monde. Paul Gabriël est également largement réputé aux Pays-Bas, car il a peint sur la majorité de ses toiles moulins, polders et champs de fleurs représentatifs du pays. Sont également renommés les carreaux et la faïence de Delft, un art de coloration de la porcelaine au bleu émaillé d'autres couleurs. La plupart des grandes pièces créées par les artisans de Delft sont visibles dans les plus hauts lieux d'Europe, représentant des paysages ou des scènes historiques. Littérature. Les quatre écrivains néerlandais les plus connus sont sans doute Harry Mulisch, Willem Frederik Hermans, Gerard Reve et Hella Haasse. "La Découverte du ciel" par Harry Mulisch, s'il n'est pas le roman le plus connu, est par vote, reconnu comme le meilleur roman néerlandais de tout temps. Le philosophe Baruch Spinoza est en outre considéré comme un grand penseur, influent sur ses contemporains, tout comme le poète Hendrik Marsman. Musique. Les Pays-Bas ont un riche passé de musique classique, la langue néerlandaise ayant été fédératrice dans les arts. Bien que situé près de la Scandinavie, le royaume néerlandais a connu un destin différent concernant sa musique traditionnelle, influencée par l'Allemagne, plus proche. Au , la nederpop était le courant musical principal dans le pays même si d'autres styles étaient écoutés. Parmi de nombreux genres musicaux actuels, les Pays-Bas sont le berceau d'une musique électronique connue sous les termes de hardcore et gabber. Le pays est hôte de plusieurs grands festivals d'envergure mondiale, à savoir le Thunderdome, le Sensation, le Mystery Land et l'Amsterdam Dance Event. Aujourd'hui, le principal mouvement musical électronique néerlandais est la Dirty Dutch House, popularisée par des artistes tels qu'Afrojack, Chuckie ou Glowinthedark. Le pays est mondialement renommé pour sa musique électronique : de nombreux artistes majeurs sont néerlandais, et parmi les plus connus se trouvent Angerfist, Tiësto, Hardwell, Armin van Buuren, Vicetone, Showtek, Blasterjaxx, Nicky Romero, Don Diablo, Oliver Heldens ou encore Martin Garrix. Cinéma. Le plus important festival de cinéma aux Pays-Bas est le Festival international du film de Rotterdam (IFFR), mais le Festival du cinéma néerlandais d'Utrecht est celui le plus suivi dans le pays. Le festival international, l'un des plus populaires en Europe ne juge que les deux premiers longs métrages d'un auteur. Un autre festival d'importance internationale est le Festival international du film documentaire d'Amsterdam (IDFA). Il est considéré comme . Gastronomie. Le petit-déjeuner et le déjeuner néerlandais sont des repas à base de tranches de pain à tartiner avec du fromage, des tranches de viande froide, ou des gourmandises telles que la confiture, le ' (sirop de pomme à tartiner), le ' (beurre d'arachide à tartiner), le "" et "vlokken" (vermicelles au chocolat à tartiner). Pour le dîner, le plat principal est habituellement composé d'une source de protéines (viande, ou poisson), d'un féculent (pommes de terre, riz ou pâtes) et d'un ou plusieurs légumes verts. Le ", une purée de légumes et de pommes de terre, accompagnée de viande, est une spécialité d'hiver. Il en est de même des frites, accompagnées d'une sauce mayonnaise, quoique plus souvent consommées en été. De nombreuses brasseries servent des frites, en plus des croquettes locales, des fricadelles aux différentes sauces, des soufflés au fromage et d'autres apéritifs chauds. Dans ces lieux, mais aussi dans les gares, il existe des distributeurs automatiques de petits repas chauds. Le pays produit de nombreux fromages, tels le gouda, le ' (une forme de ', fromage au cumin), l'édam ou encore le " (dont le Leerdammer). Beaucoup de spécialités néerlandaises sont méconnues internationalement. Assez célèbres sont les ' qui consistent en une dégustation de harengs marinés que l'on tient par la queue avant de les avaler. Les moules et frites sont un plat typiquement néerlandais et belge, la plupart des moules vendues en Belgique venant de Zélande. Les poissons comme la sole ou le haddock sont également très appréciés. Les Pays-Bas sont également un pays de bière, on y trouve l'une des sept fabriques de bières trappistes (La Trappe), les six autres se trouvant en Belgique. Les différentes bières sont "Bavaria", "Grolsch", "Hertog Jan", "Amstel", "Heineken", ou encore "Dommelsch". Le ' (genièvre) est un alcool typique des Pays-Bas, décliné en plusieurs parfums tel le cassis ; sur les marchés de Noël à côté des baraques servant du vin chaud. Les Pays-Bas ont une longue tradition de café, par exemple la marque Jacobs Douwe Egberts est distribuée en Europe. Rarement bu noir, le café est soit servi avec de la crème séparée, soit une recette locale est appliquée. Le thé est aussi apprécié des Néerlandais, en raison de circonstances historiques, et se déguste généralement avec le typique "" (sorte de gâteau aux pommes avec de la cannelle) généralement servi avec de la crème chantilly. Il existe de nombreuses pâtisseries dont la plus emblématique est sûrement le "spéculoos", un petit biscuit croquant à la cannelle. Comme en Allemagne, la cannelle est très présente dans la pâtisserie néerlandaise. Il y a également beaucoup de petits gâteaux secs comme les ' alsaciens. Une spécialité des Pays-Bas est la gaufrette au caramel, la ', qui se fait partout dans le pays et que l'on peut déguster chaude sur les marchés. Les "poffertjes", sortes de blinis saupoudrés de sucre glace, sont également très appréciés, tout comme les bonbons au réglisse "drops". Codes. Les Pays-Bas ont pour codes :
Physique nucléaire La physique nucléaire est la science qui a pour objet l’étude du noyau atomique et des interactions dont il est le siège ; c'est-à-dire l'étude du noyau atomique en tant que tel (élaboration d'un modèle théorique décrivant son état fondamental, ses différents modes d'excitation et de désexcitation), mais aussi de la façon dont il interagit avec des particules élémentaires comme le proton ou les électrons, ou avec d'autres noyaux. La physique nucléaire expérimentale se propose d'étudier des phénomènes très énergétiques (les énergies mises en jeu vont de la fraction de MeV à plusieurs GeV) et très localisés dans l'espace (l'ordre de grandeur des distances est 10 cm). Après un bref rappel historique, cet article se consacre à décrire : Introduction. La matière est constituée de molécules, de cristaux ou d'ions, eux-mêmes constitués d'atomes. Ces atomes sont formés d'un noyau central entouré par un nuage électronique. La physique nucléaire est la science qui s'intéresse à l'ensemble des phénomènes physiques faisant intervenir le noyau atomique. En raison de la taille microscopique de celui-ci, les outils mathématiques utilisés s'inscrivent essentiellement dans le cadre du formalisme de la mécanique quantique. Le noyau atomique est constitué de nucléons, qui se répartissent en protons et en neutrons. Les protons sont des particules qui possèdent une charge électrique élémentaire positive, alors que les neutrons sont des particules neutres. Ils n'ont qu'un moment magnétique, et ne sont donc que peu sensibles au champ électromagnétique, contrairement aux protons. Si l'on assimilait le noyau atomique à une sphère dure, le rayon de cette sphère serait de quelques fermis, 1 fermi valant 10 mètres (1 fermi = 1 femtomètre). Les noyaux possédant la même valeur de Z, c'est-à-dire le même nombre de protons, et n'ayant pas le même nombre de neutrons sont appelés isotopes. Le noyau dans l'Histoire. Jusqu'au tournant du , on a cru que les atomes étaient les constituants ultimes de la matière. La découverte de la radioactivité en 1896 par Henri Becquerel et les études qui suivirent, en particulier par les époux Curie, commencèrent de suggérer que les atomes étaient peut-être eux-mêmes des objets composés. Comment, sinon, la matière pourrait-elle émettre spontanément des particules comme dans le cas de la radioactivité alpha ? C’est en 1911 que Rutherford découvrit que les atomes semblaient effectivement être des objets composés. En analysant la diffusion de particules alpha émises par une source radioactive à travers une feuille d'or, il en vint à conclure que (). Le modèle de Rutherford de l'atome était donc un noyau central possédant une charge électrique entouré par des électrons maintenus en orbite par l'interaction électromagnétique. Il avait déjà été proposé en 1904 par Hantarō Nagaoka. En 1919, Rutherford toujours, découvre l'existence dans le noyau du proton, particule possédant une charge positive élémentaire "e", mais possédant une masse beaucoup plus grande que celle de l'électron (qui lui a une charge électrique élémentaire négative). En 1932, Chadwick met en évidence l'existence du neutron, particule très semblable au proton, hormis le fait qu'il ne possède pas de charge électrique (d'où son nom). À la même époque, Heisenberg propose que le noyau atomique est en fait constitué d'un ensemble de protons et de neutrons. En 1932 Leó Szilárd suppose de possibles réactions nucléaires en chaine donnant de l'énergie thermique. En 1934 Enrico Fermi débute par la notion d'interaction faible ce qui sera la théorie finalisée en 1970 de l'Interaction élémentaire applicable à la cinétique des neutrons, la stabilité du noyau atomique et ce qu'on appelle maintenant la « réaction nucléaire ». Cette physique sort de la physique classique traduisant sans discontinuité des énergies pour entrer dans la physique quantique c'est-à-dire des énergies faibles mais à valeurs discontinues. Structure nucléaire. L'interaction qui maintient la cohésion des nucléons au sein du noyau résulte de l'interaction nucléaire forte qui lie les quarks dans le nucléon. L'interaction nucléaire forte est la plus intense des quatre forces fondamentales de la nature (d'où son nom) ; elle est à très courte portée ce qui assure la forte cohésion des nucléons, on peut les considérer comme des particules élémentaires (ignorer leur structure interne) dans un large domaine d'énergie (jusqu'au GeV). Le résidu de cette interaction se fait sentir à l'extérieur des nucléons : en étant fortement répulsive jusqu'à 1 fermi où elle devient fortement attractive, puis décroit exponentiellement (voir figure pour une configuration de spin particulière). Les protons étant des particules chargées, ils interagissent également via l'interaction coulombienne. Si le nombre de protons dans le noyau est important, cette dernière prend le pas sur l'interaction forte et les noyaux deviennent instables. La quantité d'énergie qui assure la cohésion du noyau est appelée énergie de liaison du noyau. Les réactions nucléaires. Une réaction est dite nucléaire lorsqu'il y a modification de l'état quantique du noyau. Participent alors à la réaction les nucléons constituant le noyau, mais également d'autres particules, tels les électrons e, les positrons e... Les réactions nucléaires peuvent être de plusieurs types. Les plus importantes modifient la composition du noyau et sont donc aussi des transmutations; dans la nature, on observe : Avec l'arrivée des accélérateurs de particules et de noyaux lourds (), de nouveaux types de réactions ont été étudiées : D'autres interactions ne modifient pas la composition du noyau, mais lui transfèrent de l'énergie d'excitation : Applications de la physique nucléaire. Astrophysique. La nucléosynthèse explique la fabrication dans l’Univers des divers noyaux qui le constituent actuellement. Deux processus bien distincts sont cependant nécessaires pour expliquer l'abondance des différents éléments chimiques dans l'univers : Médecine. La médecine nucléaire repose sur l'utilisation de sources radioactives et de l'interaction de ces sources avec les tissus humains. Cette interaction est exploitée à des fins de diagnostic (radiologie par exemple) ou de traitement (radiothérapie). À partir des années 1980 se sont développées les techniques d’imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) qui font appel aux propriétés magnétiques des noyaux. Production d'énergie. La production d'énergie nucléaire peut avoir deux origines : la fission d'un noyau lourd (famille des actinides comme l'uranium) ou la fusion de noyaux légers (de type deutérium, tritium). La production d'énergie peut être : Production d'énergie contrôlée. Actuellement, les industriels ne peuvent exploiter que l'énergie qui provient de la fission des noyaux lourds. L'énergie est ensuite utilisée : L'utilisation de la fusion à des fins de production d'énergie civile n'est pas encore maîtrisée. Sa maîtrise est l'objet du projet international ITER. Agro-alimentaire : stérilisation des aliments. L'irradiation des aliments par des rayonnements ionisants (électrons, rayons ou X) vise à réduire le nombre de micro-organismes qu'ils contiennent. C'est une technique parfois contestée, qui est l'objet de règlements spécifiques, très variables selon les pays (voir article détaillé) Analyse par activation. Le principe est d'irradier un objet, sous flux neutronique, dans le but de créer des produits d'activations qui sont des radioisotopes formés à partir des éléments présents dans la matrice à analyser. Chaque radioisotope émet des raies X/gamma qui lui sont caractéristiques. En fonction de l'intensité des raies émises, il est possible de remonter à la composition initiale, dans des proportions nettement inférieures à celles d'une analyse chimique : alors que le ppm (partie par million) est typiquement la limite basse d'une concentration issue d'une mesure chimique, il est possible d'atteindre, avec l'analyse par activation, des concentrations allant jusqu'à 10. Contrôle non destructif. Les techniques radiologiques pour le contrôle non destructif sont basée sur le même principe que les techniques d'imageries utilisées en médecine, mais les sources de rayonnement sont plus intenses et ont un spectre plus « dur » du fait des épaisseurs et de la nature de la matière (acier...) à traverser.
Physique La physique est la science qui essaie de comprendre, de modéliser et d'expliquer les phénomènes naturels de l'Univers. Elle correspond à l'étude du monde qui nous entoure sous toutes ses formes, des lois de ses variations et de leur évolution. La physique développe des représentations du monde expérimentalement vérifiables dans un domaine de définition donné. Elle produit plusieurs lectures du monde, chacune n'étant considérée comme précise que jusqu'à un certain point. La modélisation des systèmes physiques peut inclure ou non les processus chimiques et biologiques. La physique telle que conceptualisée par Isaac Newton, aujourd’hui dénommée physique classique, butait sur l'explication de phénomènes naturels comme le rayonnement du corps noir (catastrophe ultraviolette) ou les anomalies de l’orbite de la planète Mercure, ce qui posait un réel problème aux physiciens. Les tentatives effectuées pour comprendre et modéliser les phénomènes nouveaux auxquels on accédait à la fin du révisèrent en profondeur le modèle newtonien pour donner naissance à deux nouveaux ensembles de théories physiques. Il existe donc aujourd'hui trois ensembles de théories physiques établies, chacun valide dans le domaine d’applications qui lui est propre (bien que certains physiciens estiment que les branches de la physique ne s'incluent pas nécessairement dans l'un de ces ensembles) : Il n'y a pas de situation physique courante où ces deux dernières théories s'appliquent en même temps. Le problème actuel de la recherche en physique fondamentale est donc de tenter d'unifier ces deux dernières théories (voir Gravité quantique). Les divisions anciennes en vigueur à la fin du : mécanique, calorique, acoustique, optique, électricité, magnétisme sont complétées ou remplacées par : La physique classique est fondée sur des théories antérieures à la relativité et aux quanta. Elle s'applique lorsque : La physique est née avec les expériences répétées de Galilée qui n'accepte, au-delà des principes et des conventions issus des schémas mathématiques, que des résultats mesurables et reproductibles par l'expérience. La méthode choisie permet de confirmer ou d'infirmer les hypothèses fondées sur une théorie donnée. Elle décrit de façon quantitative et modélise les êtres fondamentaux présents dans l'Univers, cherche à décrire le mouvement par les forces qui s'y exercent et leurs effets. Elle développe des théories en utilisant l'outil des mathématiques pour décrire et prévoir l'évolution de systèmes. Terminologie. Le terme "physique" vient du grec / adopté dans le monde gréco-romain, signifiant « connaissance de la nature ». En latin, la "physika" ou "physica" gréco-romaine est étymologiquement ce qui se rapporte à la nature ou précisément le savoir harmonieux et cyclique sur la nature dénommée . Dans un sens général et ancien, la physique désigne la connaissance de la nature qui se perpétue en restant essentiellement la même avec le retour des saisons ou des générations vivantes. L'ouvrage "Physica" d'Aristote (384-322 ) reprend cette terminologie. Le terme ancien est perpétué par la tradition de la philosophie antique. Selon Platon, la physique est l'une des trois parties de l'enseignement de la philosophie, aux côtés de l'éthique et de la logique. Selon son élève Aristote, la philosophie se divise en philosophie théorétique, philosophie pratique et philosophie poétique ; la physique est une des trois parties de la philosophie théorétique, aux côtés des mathématiques et de la théologie. Quand Aristote écrit un livre sur "La Physique", ce qui échappe à la triple catégorisation et ne peut être catalogué dans la physique est dévolu à la métaphysique, c'est-à-dire, au sens étymologique, à ce qui va au-delà de la physique. Au , le mot savant physique est attesté en ancien français sous la double forme "fusique" dès 1130 ou "fisique". Il a un double sens : À la fin du "quattrocento" (), il apparaît en tant qu'adjectif. Loys Garbin le cite dans son vocabulaire latin-français publié à Genève en 1487, où il désigne « ce qui se rapporte à la nature » mais le substantif s'affirme comme "science des choses naturelles". L'adjectif reste d'emploi rare avant le . Le mot physique désigne alors les « connaissances concernant les causes naturelles » , son étude apporte l'expression « philosophie naturelle » selon un corpus universitaire gardé par Isaac Newton, auteur des "principes mathématiques de philosophie naturelle". C'est le sens de René Descartes et de ses élèves Jacques Rohault et Régis. Elle correspond alors aux sciences naturelles ou encore à la philosophie naturelle. Des chaires de philosophie naturelle sont établies dans certaines universités, notamment au Royaume-Uni (Oxford, Édimbourg, etc.). À Paris, on compte par exemple une chaire de philosophie naturelle au collège de Clermont, occupée notamment par Ignace-Gaston Pardies. Maxwell occupe quelque temps une semblable chaire à Édimbourg où l'enseignement reste un fourre-tout indigeste. Au , la physique désigne clairement en français la science expérimentale. La signification ancienne de cette physique ne convient plus aux actuelles sciences dites « exactes » que sont la physique, la chimie et la biologie, cette dernière étant la plus tardive héritière directe des sciences naturelles. Histoire. Époque moderne. Le mot physique prend son sens moderne, plus restreint que le sens originel, au début du avec Galilée. Selon lui, les lois de la nature s'écrivent en langage mathématique. Il découvre plusieurs lois, comme l'inertie et la relativité des vitesses qui contredisent le sens commun. L'élève de Galilée, Evangelista Torricelli, montre que la science ne se contente pas de calculer des trajectoires balistiques, mais elle peut aussi expliquer des phénomènes singuliers qu'on lui soumet et mettre au point des techniques. Les fontainiers de Florence ne parvenaient pas à hisser par une seule puissante pompe aspirante l'eau de l'Arno à des hauteurs dépassant trente-deux pieds, soit une dizaine de mètres. Torricelli, consulté par ses maîtres artisans dépités, constate avec eux le fait troublant, mais en procédant par expérience, il découvre le vide et détermine les capacités maximales d'élévation d'une batterie de pompes. À l'université de Paris, l'aristotélisme fournit un classement des natures et causes des phénomènes observés, et ordonne la Nature de manière rigoureuse dans les cours de philosophie naturelle jusque dans les années 1690, à partir desquelles il est progressivement remplacé par un cartésianisme sophistiqué, notamment grâce à l'ouverture du collège des Quatre-Nations et les cours d'Edme Pourchot. Les pionniers de la modélisation scientifique parmi lesquels le Français Descartes et plusieurs expérimentateurs des Pays-Bas ou d'Angleterre contribuent à diffuser les bases de la physique mathématisée qui atteint son apogée en Angleterre avec Isaac Newton. Dans la première édition du "Dictionnaire de l'Académie française", datant de 1694, le nom « physique » est désigné comme la « science qui a pour objet la connaissance des choses naturelles, ex : "La physique fait partie de la philosophie";"la physique est nécessaire à un médecin" ». L'adjectif « physique » est défini, en outre, comme signifiant « naturel, ex : "l'impossibilité physique s'oppose à l'impossibilité morale" ». Ce n'est que dans sa sixième édition (1832-1835) que le sens moderne de « physique » apparaît, le terme est défini comme la « science qui a pour objet les propriétés accidentelles ou permanentes des corps matériels, lorsqu'on les étudie sans les décomposer chimiquement. ». Enfin dans sa huitième édition (1932-1935), la physique est définie comme la « science qui observe et groupe les phénomènes du monde matériel, en vue de dégager les lois qui les régissent.» "Le Littré" donne des définitions apparemment précises. En tant qu'adjectif, il définit les phénomènes physiques comme « ceux qui ont lieu entre les corps visibles, à des distances appréciables, et qui n'en changent pas les caractères » et les propriétés physiques, comme « qualités naturelles des corps qui sont perceptibles aux sens, telles que l'état solide ou gazeux, la forme, la couleur, l'odeur, la saveur, la densité, etc. ». Les sciences physiques sont définies comme « celles qui étudient les caractères naturels des corps, les forces qui agissent sur eux et les phénomènes qui en résultent ». En tant que nom, la physique est définie comme « science du mouvement et des actions réciproques des corps, en tant que ces actions ne sont pas de composition et de décomposition, ce qui est le propre de la chimie ». La notion actuelle de science en tant qu'« ensemble ou système de connaissances sur une matière » date seulement du . Avant cette époque, le mot « science » signifiait simplement (science et savoir ont la même étymologie) et la notion de scientifique n'existait pas. À l'inverse, le terme désigne dans son sens ancien « l'étude des principes et des causes, ou le système des notions générales sur l'ensemble des choses », les sciences naturelles étaient donc le résultat de la philosophie naturelle (voir l'exemple du titre de la revue ""). L'expression « sciences physiques » désigne actuellement l'ensemble formé par la physique (dans son sens moderne) et la chimie, cette expression prend son sens actuel en France au début du , en même temps que le mot « science » prend le sens d'« ensemble formé par les sciences mathématiques, physiques et naturelles ». Auparavant, l’expression « sciences physiques » était un simple synonyme de l'expression « sciences naturelles ». Physique moderne. La physique moderne connaît une révolution de pensée à l'entrée du avec la découverte de la relativité restreinte, qui change le concept du temps, et l'introduction de la mécanique quantique qui bouleverse la notion de réalité. En 1903, Marie Curie et Pierre Curie partagent avec Henri Becquerel le prix Nobel de physique pour leurs recherches sur les radiations (radioactivité, rayonnement corpusculaire naturel). État actuel. Disciplines. La recherche en physique contemporaine se divise en diverses disciplines qui étudient différents aspects du monde physique. Théories. Bien que la physique s'intéresse à une grande variété de systèmes, certaines théories ne peuvent être rattachées qu'à la physique dans son ensemble et non à l'un de ses domaines. Chacune est supposée juste, dans un certain domaine de validité ou d'applicabilité. Par exemple, la théorie de la mécanique classique décrit fidèlement le mouvement d'un objet, pourvu que Les théories anciennes, comme la mécanique newtonienne, ont évolué engendrant des sujets de recherche originaux, notamment dans l'étude des phénomènes complexes (exemple : la théorie du chaos). Leurs principes fondamentaux constituent la base de toute recherche en physique et tout étudiant en physique, quelle que soit sa spécialité, acquiert les bases de chacune d'entre elles. Méthode. Théorie et expérience. Les physiciens observent, mesurent et modélisent le comportement et les interactions de la matière à travers l'espace et le temps de façon à faire émerger des lois générales quantitatives. Le temps — défini par la durée, l'intervalle et la construction corrélative d'échelles — et l'espace — ensemble des lieux où s'opère le mouvement et où l'être ou l'amas matériel, c'est-à-dire la particule, la molécule ou le grain, le corps de matière… ou encore l'opérateur se positionnent à un instant donné — sont des faits réels constatés, transformés en entités mathématiques abstraites et physiques mesurables pour être intégrées logiquement dans le schéma scientifique. Ce n'est qu'à partir de ces constructions qu'il est possible d'élaborer des notions secondaires à valeurs explicatives. Ainsi l'énergie, une description d'états abstraite, un champ de force ou une dimension fractale peuvent caractériser des « phénomènes physiques » variés. La métrologie est ainsi une branche intermédiaire capitale de la physique. Une théorie ou un modèle — appelé schéma une fois patiemment étayé par de solides expériences et vérifié jusqu'en ses ultimes conséquences logiques — est un ensemble conceptuel formalisé mathématiquement, dans lequel des paramètres physiques qu'on suppose indépendants (charge, énergie et temps, par exemple) sont exprimés sous forme de variables ("q", "E" et "t") et mesurés avec des unités appropriées (coulomb, joule et seconde). La théorie relie ces variables par une ou plusieurs équations (par exemple, E=mc). Ces relations permettent de prédire de façon quantitative le résultat d'expériences. Une expérience est un protocole matériel permettant de mesurer certains phénomènes dont la théorie donne une représentation conceptuelle. Il est illusoire d'isoler une expérience de la théorie associée. Le physicien ne mesure évidemment pas des choses au hasard ; il faut qu'il ait à l'esprit l'univers conceptuel d'une théorie. Aristote n'a jamais pensé calculer le temps que met une pierre lâchée pour atteindre le sol, simplement parce que sa conception du monde sublunaire n'envisageait pas une telle quantification. Cette expérience a dû attendre Galilée pour être faite. Un autre exemple d'expérience dictée nettement par un cadre conceptuel théorique est la découverte des quarks dans le cadre de la physique des particules. Le physicien des particules Gell-Mann a remarqué que les particules soumises à la force forte se répartissaient suivant une structure mathématique élégante, mais que trois positions fondamentales (au sens mathématique de la théorie des représentations) de cette structure n'étaient pas réalisées. Il postula donc l'existence de particules plus fondamentales (au sens physique) que les protons et les neutrons. Des expériences permirent par la suite, en suivant cette théorie, de mettre en évidence leur existence. Inversement, des expériences fines ou nouvelles ne coïncident pas ou se heurtent avec la théorie. Elles peuvent : La recherche. La culture de la recherche en physique présente une différence notable avec celle des autres sciences en ce qui concerne la séparation entre théorie et expérience. Depuis le , la majorité des physiciens sont spécialisés soit en physique théorique, soit en physique expérimentale. En revanche, presque tous les théoriciens renommés en chimie ou en biologie sont également des expérimentateurs. La simulation informatique occupe une place très importante dans la recherche en physique et ce depuis les débuts de l'informatique. Elle permet en effet la résolution approchée de problèmes mathématiques qui ne peuvent pas être traités analytiquement. Beaucoup de théoriciens sont aussi des numériciens. Objectif et limites. Recherche d'un corpus fini et évolution permanente. L'histoire de la physique semble montrer qu'il est illusoire de penser que l'on finira par trouver un corpus fini d'équations qu'on ne pourra jamais contredire par expérience. Chaque théorie acceptée à une époque finit par révéler ses limites, et est intégrée dans une théorie plus large. La théorie newtonienne de la gravitation est valide dans des conditions où les vitesses sont petites et que les masses mises en jeu sont faibles, mais lorsque les vitesses approchent la vitesse de la lumière ou que les masses (ou de façon équivalente en relativité, les énergies) deviennent importantes, elle doit céder la place à la relativité générale. Par ailleurs, celle-ci est incompatible avec la mécanique quantique lorsque l'échelle d'étude est microscopique et dans des conditions d'énergie très grande (par exemple au moment du Big Bang ou au voisinage d'une singularité à l'intérieur d'un trou noir). La physique théorique trouve donc ses limites dans la mesure où son renouveau permanent vient de l'impossibilité d'atteindre un état de connaissance parfait et sans faille du réel. De nombreux philosophes, dont Emmanuel Kant, ont mis en garde contre toute croyance qui viserait à penser que la connaissance humaine des phénomènes peut coïncider avec le réel, s'il existe. La physique ne décrit pas le monde, ses conclusions ne portent pas sur le monde lui-même, mais sur le modèle qu'on déduit des quelques paramètres étudiés. Elle est une science exacte en ce que la base des hypothèses et des paramètres considérés conduisent de façon exacte aux conclusions tirées. La conception moderne de la physique, en particulier depuis la découverte de la mécanique quantique, ne se donne généralement plus comme objectif ultime de déterminer les causes premières des lois physiques, mais seulement d'en expliquer le "comment" dans une approche positiviste. Albert Einstein dit ainsi du travail du physicien que faire de la physique, c'est comme émettre des théories sur le fonctionnement d'une montre sans jamais pouvoir l'ouvrir.. Recherche de la simplification et l'unification des théories. La physique possède une dimension esthétique. En effet, les théoriciens recherchent presque systématiquement à simplifier, unifier et symétriser les théories. Cela se fait par la réduction du nombre de constantes fondamentales (la constante G de la gravitation a intégré sous un même univers gravitationnel les mondes sublunaire et supralunaire), par la réunion de cadres conceptuels auparavant distincts (la théorie de Maxwell a unifié magnétisme et électricité, l'interaction électrofaible a unifié l'électrodynamique quantique avec l'interaction faible et ainsi de suite jusqu’à la construction du modèle standard de la physique des particules). La recherche des symétries dans la théorie, outre le fait que par le théorème de Noether elles produisent spontanément des constantes du mouvement, est des équations et de motivation des physiciens et, depuis le , .. Du point de vue expérimental, la simplification est un principe de pragmatisme. La mise au point d'une expérience requiert la maîtrise d'un grand nombre de paramètres physiques afin de créer des conditions expérimentales précises et reproductibles. La plupart des situations dans la nature se présentent spontanément comme confuses et irrégulières. Ainsi, l'arc-en-ciel, (qui cause un fort étonnement chez le profane), ne peut s'expliquer que par la compréhension de nombreux phénomènes appartenant à des domaines disjoints du corpus physique. Les concepts de la physique sont longs à acquérir, même pour les physiciens. Une préparation du dispositif expérimental permet donc la manifestation d'un phénomène aussi simple et reproductible que possible. Cette exigence expérimentale donne parfois un aspect artificiel à la physique, ce qui peut nuire, malheureusement, à son enseignement auprès du jeune public. Paradoxalement rien ne semble aussi éloigné du cours de la nature qu'une expérience de physique, et pourtant seule la simplification est recherchée. Au cours de l'histoire, des théories complexes et peu élégantes d'un point de vue mathématique peuvent être très efficaces et dominer des théories beaucoup plus simples. L"Almageste" de Ptolémée, fondée sur une figure géométrique simple, le cercle, comportait un grand nombre de constantes dont dépendait la théorie, tout en ayant permis avec peu d'erreur de comprendre le ciel pendant plus de mille ans. Le modèle standard décrivant les particules élémentaires comporte également une trentaine de paramètres arbitraires, et pourtant . Pourtant les physiciens s'accordent à penser que cette théorie sera sublimée et intégrée un jour dans une théorie plus simple et plus élégante, de la même manière que le système ptoléméen a disparu au profit des théories képlérienne, puis newtonienne. Relations avec d'autres domaines. La physique et les autres sciences. La physique moderne est écrite en termes mathématiques, elle a depuis sa naissance eu des relations de couple intense avec les sciences mathématiques. Jusqu'au , les mathématiciens étaient d'ailleurs la plupart du temps physiciens et souvent philosophes naturalistes après la refondation kantienne. De ce fait la physique a très souvent été la source de développements profonds en mathématiques. Par exemple, le calcul infinitésimal a été inventé indépendamment par Leibniz et Newton pour comprendre la dynamique en général, et la gravitation universelle en ce qui concerne le second. Le développement en série de Fourier, qui est devenu une branche à part entière de l'analyse, a été inventé par Joseph Fourier pour comprendre la diffusion de la chaleur. Les sciences physiques sont en relation avec d'autres sciences, en particulier la chimie, science des molécules et des composés chimiques. Ils partagent de nombreux domaines, tels que la mécanique quantique, la thermochimie et l'électromagnétisme. L'étude des bases physiques des systèmes chimique, domaine interdisciplinaire est appelé la chimie physique. Toutefois, les phénomènes chimiques sont suffisamment vastes et variés pour que la chimie reste considérée comme une discipline à part entière. De nombreux autres domaines interdisciplinaires existent en physique. L'astrophysique est à la frontière avec l'astronomie, la biophysique est à l'interface avec la biologie. La physique statistique, les microtechnologies et les nanotechnologies fortement multidisciplinaires comme les MOEMS sont également interdisciplinaires. La physique et la technique. L'histoire de l'humanité montre que la pensée technique s'est développée bien avant les théories physiques. La roue et le levier, le travail des matériaux, en particulier la métallurgie, ont pu être réalisés sans ce qu'on appelle la physique. L'effort de rationalité des penseurs grecs puis arabes, le lent perfectionnement des mathématiques du au , et le moindre poids de la scolastique ont permis les avancées remarquables du . La physique a pu . Les théories physiques ont alors souvent permis le perfectionnement d'outils et de machines, ainsi que leur mise en œuvre. Le voit la multiplication de technologies directement issues de concepts théoriques développés à partir des avancées de la physique de leur époque. Le cas du laser est exemplaire : son invention repose fondamentalement sur la compréhension, par la mécanique quantique, des ondes lumineuses et de la linéarité de leurs équations. La découverte de "l'équation d'équivalence masse énergie" ouvre la voie au développement des bombes A et H, ainsi qu'à l’énergie nucléaire civile. De même l'électronique en tant que science appliquée modifie profondément le visage de nos sociétés modernes à travers la révolution numérique et l'avènement de produits comme le téléviseur, le téléphone portable et les ordinateurs. Elle s'appuie sur l'électromagnétisme, l'électrostatique ou la physique des semi-conducteurs. La technique d'imagerie médicale IRM s'appuie sur la découverte des propriétés quantiques des noyaux atomiques. Physique et société. Physique et genre. Le monde de la physique a longtemps été dominé par des hommes et, au début du , malgré quelques incitations et messages montrant que les filles ont autant leur place que les garçons dans ce domaine, la désaffection des filles pour les études de physique semble persister dans de nombreux pays. En France, les filles sont nombreuses (70 %) à s’engager vers la Classe préparatoire biologie, chimie, physique et sciences de la Terre (BCPST) en restant minoritaires dans les autres préparations scientifiques (Pons, 2007). Leur attrait pour le « bio-véto » reste bien plus marqué que pour la physique, probablement en raison d'une transmission sociale des stéréotypes de genre. En 1989, Archer et Freedman ont montré que du point de vue scolaire, pour les parents et enseignants, les matières telles que la mécanique, la physique, la chimie et les mathématiques étaient encore considérées comme « masculines », pendant que l’anglais, la biologie, la psychologie, le français et la sociologie étaient jugées être des matières « féminines ». En 2022, les biographies de soixante-quinze physiciennes françaises, dont un grand nombre ont reçu les distinctions du CNRS et d'autres institutions prestigieuses, montrent l'étendue de leurs champs de recherche. Ces biographies sont consultables dans Wikipédia. Donna Strickland, physicienne canadienne, est la troisième femme récompensée par le Prix Nobel de physique après Marie Curie en 1903 et Maria Goeppert-Mayer en 1963. Vulgarisation. La vulgarisation en physique cherche à faire comprendre les principes et objets physiques sans utiliser de termes ou concepts non expliqué préalablement. De nombreuses équipes participent régulièrement à des rencontres entre le grand public et les chercheurs, où différents sujets et résultats scientifiques sont expliqués. Elle est devenue en Europe un enjeu sociopolitique important au moment de la révolution française et plus encore avec la révolution industrielle. Les chercheurs en physiques ont aussi une mission de vulgarisation, par exemple ceux du CNRS en France, mais l'essentiel de la vulgarisation se fait progressivement à travers l'école et l'enseignement pour l'acquisition des savoirs de base (qui ont beaucoup évolué depuis deux siècles) puis à travers les médias tout au long de la vie. En complément de la littérature de vulgarisation scientifique et du travail (publications, conférences...) de certaines sociétés savantes puis des expositions universelles ; après que la radio puis la télévision aient participé à cette vulgarisation ; à partir des années 1990, les technologies de l'information et de la communication puis le Web 2.0 ont bouleversé la vulgarisation scientifique (et de la physique en particulier). Aujourd'hui, de nombreux sites internets permettent de trouver toutes les informations utiles, du niveau basique à celui de l'expertise et la visualisation de données a beaucoup progressé. Certains musées se sont spécialisés dans le domaine de la physique, avec par exemple en France le Palais de la découverte Dans la sphère de l'éducation universitaire, Richard Feynman a permis par ses ouvrages de construire "ex nihilo" une expérience empirique de la physique moderne. Voir aussi. Bibliographie. Histoire et ouvrages jalons. La "Physique" d'Aristote n'a rien à voir avec la science moderne appelée « physique ». La taxonomie aristotélicienne, d'essence philosophique, a même été le plus farouche adversaire de la science moderne.
Poutine (cuisine)
Propulsion chimique La propulsion chimique est le mode de propulsion utilisé principalement dans les moteurs-fusées. Elle ne fait aucun prélèvement de matière au milieu, mais consiste à éjecter une fraction de la masse propre du système. Cette masse correspond aux ergols emportés ou au propergol éjecté. Les grandeurs typiques pour les moteurs-fusées sont une impulsion spécifique variant de 200 s à 440 s, pour des poussées s'étageant de 103N à 107N selon la taille du propulseur. Les principales distinctions entre les modes de propulsion chimique résident dans l'état des ergols embarqués. Les plus utilisés sont liquides ou solides.
Pot Pot peut faire référence à : Autres. POTS peut faire référence à :
Prix Hugo Le prix Hugo (', officiellement intitulé ' jusqu'en 1992) est un prix littéraire américain créé en 1953 et décerné chaque année aux meilleures œuvres de science-fiction et de fantasy de l'année écoulée. Le nombre de catégories récompensées a évolué au fil du temps, à mesure que la science-fiction et la fantasy se sont étendues à de nouveaux médias tels que le cinéma et la télévision. Les lauréats sont élus par un collège de fans membres de la et reçoivent leur trophée en forme de fusée lors de la (Worldcon) annuelle. Le nom du prix rend hommage à Hugo Gernsback, fondateur d'un des premiers magazines de science-fiction américains, "", créé en 1926. Le prix Hugo est considéré comme l'une des récompenses les plus prestigieuses pour la science-fiction et la fantasy. Si la compétition est ouverte aux œuvres du monde entier, ce sont cependant presque toujours des œuvres de langue anglaise sorties aux États-Unis qui sont récompensées. En plus des prix Hugo, des prix Retro Hugos sont remis rétrospectivement lors d'une convention se tenant 50, 75 ou après une convention n'ayant pas décerné de prix Hugo. Le prix Astounding du meilleur nouvel écrivain (appelé prix John-Wood-Campbell du meilleur nouvel écrivain jusqu'en 2019) ainsi que, depuis 2018, le prix Lodestar du meilleur livre pour jeunes adultes, sont remis lors de la cérémonie des prix Hugo même s'ils n'en sont pas officiellement partie. Historique. La première convention mondiale de science-fiction, la (), a lieu le à New York. Mais il faut attendre la se tenant à Philadelphie en 1953 pour qu'un prix soit officiellement décerné pour la première fois. Après que la a décidé de ne pas donner de prix en 1954, la remise de prix devient définitivement partie intégrante de la à partir de la organisée à Cleveland en 1955. Si le prix est officiellement nommé , il est surnommé par tous « prix Hugo », en hommage au premier éditeur d'un magazine de science-fiction, Hugo Gernsback. Ce surnom finira par devenir son nom officiel en 1992. Les lauréats sont désignés par un collège de fans de science-fiction et de fantasy avec pour système de vote un scrutin uninominal majoritaire à un tour. Par la suite, de nouvelles règles de vote sont mises en place avec l'instauration de deux tours en 1959 et l'obligation d'être adhérent à la (WSFS) en 1963. Une constitution est adoptée cette même année. En 1967, les catégories meilleur écrivain amateur et meilleur artiste amateurs sont ajoutées, puis l'année suivante la catégorie meilleur roman court. En 1972, le prix du meilleur magazine est remplacé par celui du meilleur éditeur professionnel. En 1980, la catégorie du meilleur livre non-fictif ou apparenté est ajoutée, suivi par celle du meilleur magazine semi-professionnel en 1984. En 1983, les membres de l'Église de Scientologie sont encouragés à voter pour le roman "Terre champ de bataille" par L. Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie. Mais la campagne échoue, le roman ne faisant pas partie des nommés. L'opération est répétée en 1987 pour le roman "Mission Terre" de Hubbard avec cette fois plus de succès, mais il ne reçoit pas le prix. En 1996, le prix Retro Hugo est créé pour récompenser des œuvres publiées 50, 75 ou auparavant, lorsqu'une a eu lieu mais qu'aucun prix Hugo n'y a été décerné. Si les statuts de la autorisent expressément les œuvres de fantasy à concourir pour les prix Hugo, dans les faits, jusque dans les années 2000, la majeure partie des prix ont été remportés par des œuvres de science-fiction. Ainsi, en 2001, lorsque le roman de fantasy "Harry Potter et la Coupe de feu" écrit par J. K. Rowling remporte le prestigieux prix du meilleur roman, une partie de la communauté fait part de son fort mécontentement. Depuis, d'autres œuvres de fantasy ont remporté le prix avec moins de controverses, comme "" par Neil Gaiman en 2002, "Paladin des âmes" par Lois McMaster Bujold en 2004 et "Jonathan Strange et Mr Norrell" par Susanna Clarke en 2005. Une autre controverse éclate en 2004 lorsque le prix de la meilleure présentation dramatique (format court) est donné à une animation de Gollum aux face à des épisodes de séries télévisées plus classiques. En 2003, le prix de la meilleure présentation dramatique est divisé en deux catégories : format long et format court. En 2007, le prix du meilleur éditeur connaît le même sort. En 2009, le prix de la meilleure histoire graphique fait son apparition en tant que catégorie additionnelle avant de devenir permanent en 2012. En 2012, c'est le prix du meilleur podcast amateur qui est créé avant d'être pérennisé dans les années suivantes. En 2015, le prix Hugo se retrouve menacé par les actions de deux groupes américains de l'Alt-Right et extrême droite : les néo-conservateurs Sad Puppies (chiots tristes) et les suprémacistes blancs (chiots enragés). Au terme d'une campagne de votes concertés, ces derniers parviennent à faire intégrer dans les sélections finales de plusieurs catégories des auteurs jugés conformes à leur vision de la science-fiction tels que et . Theodore Beale, alias Vox Day est également bien connu pour son implication dans le Gamergate. Il dirige une collection chez Castalia House, et réussit à placer onze romans dans la liste des sélections finales du prix Hugo de 2014. Cet événement met en lumière un clivage dans les évolutions politiques du monde de la science-fiction, entre une vision traditionnelle conservatrice, incarnée par le militariste et sexiste, et une vision actuelle plus progressiste. Finalement, à la suite d'une très forte mobilisation en réaction à ce qui est appelé le (une augmentation de la participation de près de 60 % par rapport à 2014), aucun des nommés soutenus par les Puppies n'obtient de prix. La manœuvre a pour autant des conséquences sur le nombre de femmes nominées au prix Hugo. Elles constituaient près de 40% en 2011, 2013 et 2013 des nominées, mais en 2014 le pourcentage baisse à 20 % à la suite de ce qui est appelé SadPuppyGate, le pourcentage le plus bas depuis 2009. Afin d'empêcher un petit groupe bien organisé d'influencer les nominations du prix, comme les en 2015, la qui organise le prix Hugo décide de modifier le système de vote. Les nouvelles règles sont proposées en 2015, ratifiées en 2016 et appliquées pour la première fois en 2017. Le nouveau système, surnommé « E Pluribus Hugo », est basé sur le vote alternatif. En 2017, le prix de la meilleure série littéraire est créée comme catégorie additionnelle avant de devenir permanente l'année suivante. En 2021, un prix du meilleur jeu vidéo est décerné. En raison de la pandémie de Covid-19 qui a conduit la majeure partie de la population mondiale à rester chez elle pour empêcher la propagation du virus, les jeux vidéo sont devenus une pratique courante et les organisateurs ont choisi de les reconnaître en 2021 mais sans pour l'instant aller au-delà. Le comité d'organisation va se concerter durant l'année à venir pour décider si une telle catégorie doit être pérénisée. Processus de vote. Sont éligibles au prix Hugo les œuvres de science-fiction, de fantasy et d'horreur publiées pour la première fois dans l'année précédant la cérémonie (c'est-à-dire au cours de l'année 2017 pour la cérémonie de 2018). Elles sont éligibles quels que soient leur langue, leur pays d'origine, leur format (papier ou électronique pour les romans) et leur type de distribution (maison d'édition ou autopublication pour les romans). Cependant, puisqu'une grande majorité des votants est anglophone, les œuvres publiées dans une autre langue sont de nouveau éligibles après leur première traduction en anglais. De la même manière, puisqu'une majorité des votants sont américains, les œuvres publiées à l'étranger sont de nouveau éligibles après leur première publication aux États-Unis, à condition qu'elles n'aient pas déjà été nommées auparavant. Les votants au prix Hugo sont les membres de la (WSFS), la société organisatrice de la . Le fait que l'adhésion, ouverte à tous, soit payante (une quarantaine d'euros en 2016) permet de s'assurer dans une certaine mesure que seuls les véritables amateurs de science-fiction ou de fantasy votent, en limitant l'accès aux personnes extérieures menant des campagnes de votes de connivence. Le processus de nomination est surnommé « E Pluribus Hugo » (De plusieurs, un Hugo). Pour chaque catégorie, les votants proposent une liste de cinq candidats maximum entre janvier et mars. Un seul point est alors divisé équitablement entre les candidats de la liste. Tous les candidats proposés par les votants sont ensuite classés en fonction du nombre de points obtenus. Les deux candidats ayant le moins de points sont comparés : celui qui a été proposé le moins de fois est éliminé de toutes les listes des votants. Le processus est alors répété avec les candidats restants autant de fois nécessaire jusqu'à obtenir six finalistes. Ces derniers, s'ils l'acceptent, sont révélés au public en avril et deviennent les nommés au prix Hugo. Le processus de vote est basé sur le système du vote alternatif avec pour objectif de trouver le candidat qui fait le plus consensus parmi les votants. Pour chaque catégorie, les votants classent les six nommés par ordre de préférence avant juillet. Il est possible de classer « Pas de récompense » si l'on pense que tout ou partie des nommés ne méritent pas de recevoir le prix Hugo. On compte le nombre de fois où chaque nommé est classé premier de la liste. Si l'un d'eux obtient la majorité des voix, il est élu ; sinon, on supprime des listes le nommé qui a recueilli le moins de voix. On rajoute ensuite au précédent comptage le second choix des listes où le nommé éliminé était classé premier. Le processus est répété autant de fois nécessaire jusqu'à ce qu'un nommé obtienne la majorité des voix. Finalement, on vérifie que plus de votants ont placé le nommé arrivé en tête avant « Pas de récompense » que l'inverse pour pouvoir le désigner comme vainqueur. Le même processus est utilisé pour déterminer les places suivantes. Catégories de récompenses. Récompenses actuelles. La décerne chaque année des prix Hugo dans dix-sept catégories. Chaque année, la peut également remettre un prix Hugo additionnel. D'autres récompenses sont décernées lors de la cérémonie des prix Hugo mais ne sont pas considérés comme tels : le prix Astounding du meilleur nouvel écrivain (appelé prix John-Wood-Campbell du meilleur nouvel écrivain jusqu'en 2019) remis chaque année depuis 1973, le prix Lodestar du meilleur livre pour jeunes adultes remis chaque année depuis 2018 même s'il n'a prix son véritable nom qu'en 2019, et le prix spécial (") remis irrégulièrement par le comité d'organisation. Récompenses passées. Plusieurs catégories ont été soit supprimées soit divisées en plusieurs nouvelles catégories : meilleure présentation dramatique (') de 1958 à 2002, meilleur éditeur professionnel (') de 1973 à 2006, meilleur magazine (') de 1953 à 1972, et meilleur travail artistique (') de 1992 à 1996. D'autres catégories n'ont existé que le temps d'une cérémonie : meilleur illustrateur (') en 1953, meilleur artiste de couverture (') en 1953, meilleur fan (') en 1953, meilleur article factuel (') en 1953, meilleur nouvel artiste (') en 1953 et 1956, meilleur écrivain de magazine (') en 1956, meilleur critique littéraire (') en 1956, meilleur magazine professionnel américain (') et meilleur magazine professionnel britannique (') en 1957, meilleur fan (') en 1958, meilleur publicateur (') en 1964 et 1965, meilleure série de tous les temps (') en 1966, et meilleur site web ("") en 2002 et 2005. Liste des cérémonies. Prix Hugo. La cérémonie des prix Hugo se déroule chaque année lors de la convention annuelle de science-fiction . Cette dernière a lieu vers la fin du mois d'août dans une ville des États-Unis différente chaque année. Parfois, la convention se délocalise à l'étranger comme au Royaume-Uni, en Allemagne, au Canada, en Australie, aux Pays-Bas, au Japon, en Finlande, en Irlande ou en Nouvelle-Zélande. Retro Hugo. Les Retro Hugo sont des récompenses remises 50, 75 ou après une lors de laquelle aucun prix Hugo n'a été décerné. La cérémonie des Retro Hugo se déroule lors de la même convention que la cérémonie des prix Hugo de l'année. Trophée. Le trophée représente une fusée stylisée à quatre ailettes posée sur un socle. La fusée est constituée d'un alliage de zinc et d'aluminium, recouvert d'une couche de cuivre, d'une couche de nickel et enfin d'une couche de chrome. Elle est haute de , large de et a une masse de . Son design actuel est l'œuvre de Peter Weston qui a redessiné en 1984 la forme originale créée par Jack McKnight et Ben Jason en 1953. Ces derniers s'étaient inspirés des bouchons de radiateur des voitures américaines. La fusée a été fabriquée selon divers processus au cours des années, mais depuis 1984 elle est réalisée par Peter Weston avec le procédé du moulage en coquille par gravité. Si le design de la fusée est le même depuis 1984, celui du socle varie chaque année. Le comité d'organisation de la décide de sa forme, allant des plus simples formes géométriques aux plus travaillées représentant des scènes de science-fiction. Par exemple, en 1992, la base comporte des pièces d'un portique du centre spatial Kennedy de la NASA, et en 1994, elle contient des pièces d'une fusée spatiale canadienne qui est allée dans l'espace. Palmarès. Années 1930. 1939. Les prix ont été décernés en 2014 dans le cadre des prix Retro Hugo. Années 1940. 1941. Les prix ont été décernés en 2016 dans le cadre des prix Retro Hugo. 1943. Les prix ont été décernés en 2018 dans le cadre des prix Retro Hugo. 1944. Les prix ont été décernés en 2019 dans le cadre des prix Retro Hugo. 1945. Les prix ont été décernés en 2020 dans le cadre des prix Retro Hugo. 1946. Les prix ont été décernés en 1996 dans le cadre des prix Retro Hugo. Années 1950. 1951. Les prix ont été décernés en 2001 dans le cadre des prix Retro Hugo. 1954. Les prix ont été décernés en 2004 dans le cadre des prix Retro Hugo.
Pépin le Bref , dit « le Bref », né en 714 et mort le à Saint-Denis, près de Paris, est roi des Francs de 751 à 768. Issu de la famille noble franque que l'on appellera les Pippinides, maires du palais de père en fils et véritables détenteurs du pouvoir sous les derniers Mérovingiens, il sera le premier maire du palais à être proclamé roi, en renvoyant au monastère le dernier roi mérovingien , créant ainsi une dynastie, les Carolingiens. Il est le fils de Charles Martel et le père de Charlemagne. Biographie. Né peut-être à Jupille (en raison de la présence possible d'une résidence des souverains carolingiens près de Liège où serait mort son grand-père Pépin de Herstal), il est le fils cadet de Charles Martel et de Rotrude. Il semblerait que son surnom, apparu assez tard dans l'historiographie (il est mentionné par le moine de l'abbaye bénédictine de Saint-Gall, Notker le Bègue, vers la fin du et devient général chez tous les auteurs à partir du ), soit dû à sa petite taille, « bref » signifiant « court » à l'époque. Les chroniques de l'époque donnent peu de renseignements sur sa jeunesse. L'hagiographe Alcuin, dans sa "Vita Willibrordi", précise que Pépin est confié aux moines de Saint-Denis. Alors que son frère aîné Carloman accompagne Charles Martel pour participer à ses campagnes militaires, Pépin, même s'il est destiné à recevoir en partage la mairie du royaume franc, est plus dédié à la religion, grâce à ces moines qui l'éduquent dans la piété et lui donnent une certaine érudition. Vers 738, Pépin est envoyé par son père à la cour du roi lombard Liutprand qui devait l'adopter par les armes ; selon Paul Diacre, Liutprand, suivant la coutume de sa nation, lui coupa des boucles de cheveux en signe d'adoption. Maire du palais avec Carloman. Le partage de l'héritage de Charles Martel. En cette période de décadence de la dynastie mérovingienne, les rois légitimes n'ont plus aucune autorité : les vrais dirigeants de l'État sont les maires du palais, en particulier lorsqu'il s'agit d'hommes énergiques, comme Charles Martel. À sa mort, en 741, sa charge de maire du palais est partagée, selon la tradition franque, entre ses deux fils. L'aîné Carloman, devient maire du palais d'Austrasie et obtient l'Alémanie et la Thuringe, Pépin devient maire du palais de Neustrie et garde la Provence et la Bourgogne. Griffon, le troisième fils de Charles Martel, né de Swanahilde, une épouse bavaroise de second rang, n'obtient que quelques comtés. Pépin et Carloman font enfermer Griffon au château de Chèvremont, près de Liège. En 742, les deux frères redéfinissent à Vieux-Poitiers leurs parts respectives et remettent en question les limites traditionnelles des royaumes francs. Pépin et Carloman luttent tout d'abord pour ramener la stabilité aux marges du royaume. Ils doivent faire face à des velléités d'autonomie sinon d'indépendance des Aquitains alliés aux Vascons, des Bavarois et des Alamans. Le duc de Bavière, Odilon, avait épousé malgré leur opposition leur sœur Hiltrude et s'était allié au duc d'Aquitaine . Odilon, malgré l'aide des Saxons, est vaincu sur le Lech en 743. Carloman lui enlève le Nordgau, mais ne le prive pas de son duché. L'Irlandais Virgile, nommé évêque de Salzbourg, s'occupe de surveiller les Bavarois. De son côté, , vaincu en 742 et en 745, doit renoncer à son duché d'Aquitaine et de Vasconie et se retirer à l'île de Ré. Il est remplacé par son fils Waïfre, qui donne encore du fil à retordre à Pépin. À l'est, l'aristocratie des Alamans est massacrée à Cannstatt sur le Neckar en 746. Leur duché est démembré et leur territoire confié à deux comtes francs, Warin et Ruthard. Le soutien à la réforme de l'Église. Ils entament ensuite une réforme de l'Église, avec l'aide de l'évêque Boniface de Mayence ; ce dernier estimait en effet que le clergé était devenu incapable et débauché : Les conciles, assemblées du clergé au cours desquelles étaient prises des décisions d'ordre disciplinaire ou théologique, n'étaient plus réunis depuis longtemps. D'autre part, l'Église franque se plaint d'avoir été spoliée par Charles Martel. Des conciles sont organisés dès les premières années : Cette réforme met en place une nouvelle hiérarchie au sein du clergé franc, à la tête de laquelle on trouve saint Boniface (-), l'évangélisateur de la Germanie, comme dirigeant des différents évêques répartis dans différentes villes du royaume. Les prêtres indignes sont destitués. Pépin décide de restituer les terres accaparées par son père en précaire à la demande du roi selon la "precaria verbo regis". En outre, Pépin soutient les tentatives de saint Boniface pour évangéliser les Germains d'au-delà du Rhin, principalement dans l'espoir que la conversion des turbulents voisins du royaume franc permette de pacifier les frontières et d'en préparer l'annexion future. Dans le cadre de ce soutien, le siège épiscopal de Mayence est érigé en métropole de la nouvelle Église germanique, qui est ainsi rattachée dès sa naissance à l'Église franque. La crise de 743. En 743, Pépin et Carloman libèrent le mérovingien du monastère où il avait été enfermé par Charles Martel, et lui permettent d'occuper le trône dont leur père l'avait évincé. Son retour est motivé par la coalition formée par Griffon, le duc Odilon de Bavière, le duc d'Aquitaine et celui d'Alémanie, Théodebald. Ces derniers réagissent mal à l'élimination politique de Griffon (demi-frère de Pépin et Carloman) et contestent la légitimité des Pippinides. Après plusieurs campagnes militaires et le rétablissement de , Pépin et Carloman trouvent le moyen de les calmer pendant un moment. En 744, Pépin épouse Bertrade de Laon traditionnellement appelée « Berthe au Grand Pied », fille de Caribert, comte de Laon. Elle lui donne plusieurs héritiers dont le futur empereur Charlemagne. L'éviction du dernier mérovingien. En 747, son frère Carloman, choisissant la vie monastique en Italie (au monastère du Mont-Cassin), cède la mairie d'Austrasie à son fils Drogon sous la régence de Pépin. Pépin écarte Drogon et devient alors le seul dirigeant effectif de tout le royaume franc. Dès lors, il va tout faire pour se débarrasser de , le souverain mérovingien dont il dépend officiellement. D'ailleurs, son père, pour prouver l'inutilité des rois mérovingiens, avait laissé vacant le trône après la mort de en 737. Pendant les sept ans qui suivirent, tous les documents officiels furent datés de 737. En 749 ou 750, Pépin envoie une délégation franque auprès du pape Zacharie, pour lui demander l'autorisation de mettre fin au règne décadent des Mérovingiens, et donc de prendre la couronne à la place de . Le pape, qui ne peut plus compter sur l'empereur à Constantinople pour faire barrage aux Lombards et soucieux d'obtenir le soutien du royaume franc en lieu et place, accepte la requête de Pépin en déclarant que « celui qui exerce véritablement le pouvoir porte le titre de roi ». Notifiant son soutien envers le Pippinide, le souverain pontife promulgue une prescription apostolique « afin que l'ordre du monde ne fût pas troublé ». En novembre 751, Pépin dépose , dernier représentant des « rois fainéants », puis se fait élire roi des Francs, au champ de mai à Soissons. En se faisant acclamer par une assemblée d'évêques, de nobles et de leudes (grands du royaume), Pépin devient donc le premier représentant de la dynastie carolingienne. Cette élection se passe, pour une fois, sans effusion de sang. Après avoir été déposé, est tonsuré (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les mérovingiens) et va finir ses jours, enfermé au monastère de Saint-Bertin, près de Saint-Omer. Roi des Francs. Le sacre de 751. Mais si Pépin gagne le titre de roi des Francs par son pouvoir et sa reconnaissance par le pape Zacharie en 750, il n'en a pas la légitimité divine, et la rupture politique avec la dynastie mérovingienne en appelle une nouvelle, religieuse celle-là, qui doit faire consacrer par l'Église la succession naturelle de père en fils. Cette continuité est assurée par le sacre royal, dont l'onction puise son symbole dans celle du baptême de , premier roi franc mérovingien, vers 500, onction qui de ce fait est devenu le sceau d'une alliance particulière entre l'Église et le roi des Francs. L'onction est également une référence aux anciens rois hébreux dans une période alors favorable à l'Ancien Testament. Là, en , à Soissons, après l’élection de Pépin par les Francs réunis, les évêques des Gaules le sacrent au nom de l'Église catholique en lui donnant une onction, marquant son front avec de l'huile, le Saint-Chrême, pour lui transmettre l'Esprit Saint . Par cette onction, peut-être administrée par l'archevêque Boniface de Mayence, le roi des Francs est désormais investi par Dieu d'une mission de protection de l'Église. De plus, le droit divin lui confère une sacralité dont la traduction politique est de « diriger les peuples que Dieu lui confie selon le dogme catholique, au nom de l'Églisе ». Mais cette légitimité a un coût politique, celui de favoriser et d'aider politiquement l'Église et celui qui la dirige, le pape Zacharie, qui avait donné de Rome son assentiment au changement de dynastie. Le soutien à la papauté et la lutte contre les Lombards. Les conséquences de la querelle des images qui se poursuit avec l'empereur d'Orient, , poussent la papauté à s'allier avec le roi des Francs. Le nouveau pape vient, en personne, demander à Pépin son aide militaire contre les Lombards et leur roi Aistulf (aussi écrit Aistulphe ou "Astolf"), qui menacent Rome. En 753, Pépin le Bref envoie Chrodegang de Metz pour conduire dans le royaume des Francs le pape . Le pape Étienne se résout à traverser les Alpes pour solliciter l'aide du roi des Francs (c'est la première fois qu'un pape entreprend pareil voyage), parce qu'il n'a pas d'autre choix. Le protecteur habituel de l'Église, l'empereur byzantin, qui règne à Constantinople sur l'empire romain d'Orient, est en mauvaise posture, et affirme ne pas être en mesure de secourir le pape. Le pape est si satisfait des services de Chrodegang qu'il lui accorde le "pallium" et le titre d'archevêque. Le , au palais de Ponthion, au sud de la Champagne, le roi Pépin vient au-devant du pape et avec déférence, prend la bride de son cheval, reproduisant de la sorte le geste d'allégeance de l'empereur Constantin le Grand à l'égard du pape . À la suite de cet habile acte politique, propose à Pépin une alliance par laquelle il confirmerait par un second sacre, fait par lui-même, la grâce divine sur le roi des Francs et sur ses fils. L'accord définitif se fait le 14 avril, jour de Pâques, à Quierzy, sur les bords de l'Oise, entre Chauny et Noyon. Le pape apporte son appui spirituel à Pépin, et ce dernier s'engage à offrir au Saint-Siège un domaine assez grand pour le mettre à l'abri de toute agression. Un traité est signé, créant les États pontificaux. Il comprend une donation au pape et une contrepartie. La donation, connue sous le nom de donation de Quierzy, attribue au pape l'exarchat de Ravenne, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Mais l'exarchat de Ravenne appartenait à l'Empire romain d'Orient avant l'invasion des Lombards, et la reconquête par Pépin le Bref ; elle ne sera pas reconnue par l'empereur d'Orient et va créer un conflit avec Constantinople. En contrepartie, le pape reconnaît la dynastie carolingienne et approuve la relégation au couvent imposée au dernier roi mérovingien, . Cette donation est confirmée en 774, à Rome, par Charlemagne, fils de Pépin. Le sacre de 754 et la création des États pontificaux. Le dimanche , à l'abbaye royale de Saint-Denis, en personne sacre une nouvelle fois Pépin. Il lui confère les titres de roi des Francs et de patrice des Romains "(Patricius Romanorum)". Les fils et héritiers de Pépin, et Charlemagne, tous deux futurs rois, sont aussi sacrés par la même occasion. Leur mère, Berthe au Grand Pied, reçoit la bénédiction du souverain pontife. Le pape, par cet acte, établit un lien étroit, mais continu, entre l'onction faite aux rois de l'Ancien Testament et celle des rois de la nouvelle dynastie. Ce sacre marque officiellement la fin de la dynastie mérovingienne et l'avènement de la dynastie des Carolingiens au pouvoir. En confirmant la royauté de Pépin le Bref sur les Francs et en lui conférant lui-même l'onction, le pape prend aussi ses distances avec l'empereur qui règne à Byzance. Le Saint-Siège s'en remet désormais pour sa sécurité aux souverains francs. C'est le début d'une longue collaboration, souvent orageuse, avec les Carolingiens et leurs lointains héritiers du Saint-Empire romain germanique. Une autre conséquence de ce sacre est que la légitimité du roi des Francs, désormais de droit divin, ne dépend plus exclusivement des seigneurs francs, électeurs de leur roi. Pépin se considère désormais d'abord roi par "la volonté de Dieu" et le principe de cette royauté de droit divin va durer en France sans interruption pendant onze cents ans. C'est la fondation de la royauté sacrée, où le roi est investi par Dieu et qui durera jusqu'à Philippe le Bel. À compter de son sacre, Pépin ne peut plus repousser la demande du pape. Nouveau « David » et premier roi « très chrétien », « par la grâce de Dieu », il a le devoir de rompre l'alliance qui le lie aux Lombards. L'envoi d'une délégation auprès des Lombards, le , ne suffit pas à calmer leurs revendications. Aussi, en 755, Pépin lance-t-il contre eux une première expédition victorieuse. Mais l'année suivante, les Lombards assiègent Rome. De 756 à 758, Pépin doit lancer trois campagnes (couronnées de succès) pour parvenir à les repousser hors de l'exarchat de Ravenne. À l'issue de ces expéditions, Pépin le Bref confie au pape les territoires conquis, soit vingt-deux villes de l'Italie centrale, dont Ravenne, Pérouse et les provinces d'Émilie et de la Pentapole qui viennent s'ajouter à Rome. Cet ensemble va former le noyau des États pontificaux (voir l'article connexe la donation de Pépin). Néanmoins, après cette victoire, il multiplie les efforts diplomatiques pour tenter de rétablir un semblant de paix entre les Lombards et Rome. La consolidation du royaume. Sous son règne, Pépin remet de l'ordre dans son royaume : Il lutte continuellement pour asseoir son autorité aux frontières, notamment en Germanie, où depuis l'abdication de son frère Carloman en 747, il est confronté à l'opposition de son demi-frère Griffon, fils naturel de Charles Martel qui s'est fait reconnaître duc de Bavière. Vaincu, ce dernier est fait duc du Maine par Pépin, qui lui confie la marche de Bretagne, spécialement créée pour lui. Cette manière de l'éloigner des Bavarois vise à le dissuader de se révolter. Mais la mauvaise volonté de Griffon le conduit à chercher à s'allier aux Lombards. Alors qu'il va franchir les Alpes, il se fait tuer par des hommes de Pépin. Ce dernier entreprend également une réforme monétaire, visant à uniformiser le poids et l'aspect du denier d'argent franc (le 11 juillet 755), par l'édit de Ver-sur-Launette (Oise) autrement connu comme capitulaire de Ver. Mais la marque de l'autorité royale ne figurera systématiquement sur la monnaie qu'à partir de 793, sous Charlemagne. Il instaure la dîme en 756. Enfin, Pépin s'intéresse à la culture et au savoir grecs : entre 758 et 763, il demande au pape des livres écrits en grec, destinés à l'éducation de sa fille, Gisèle, et au monastère de Saint-Denis, centre de la culture carolingienne alors naissante. lui communique des livres liturgiques, des manuels de grammaire, d'orthographe, de géométrie, des œuvres d'Aristote et du Pseudo-Denys. Mort. Pépin, tombé malade à Saintes, décide de se rendre à Saint-Denis en passant d'abord par Poitiers puis par Tours. Arrivé à Saint-Denis, il convoque les grands du royaume et leur fait approuver un partage de celui-ci. Il meurt d'hydropisie peu de temps après, le à l'abbaye de Saint-Denis, après avoir partagé le royaume entre ses deux fils, Charles (futur Charlemagne) et . Pépin est inhumé, face contre terre, sous le porche de l'abbatiale. Pépin et ses fils ont été, avec l’abbé Fulrad, à l’origine de la construction de la troisième église bâtie sur le site de la basilique Saint-Denis. Mais seuls Pépin et la reine Berthe y furent inhumés. Celle-ci mourut en 783 au monastère de Choisy-au-Bac et son corps fut transporté à Saint-Denis pour reposer aux côtés de Pépin. Charlemagne, qui sera inhumé dans la chapelle palatine d’Aix, avait toutefois exprimé en 769 le vœu d’être enterré auprès de ses parents et de son grand-père, à Saint-Denis. Vers 835, l’empereur Louis le Pieux déclara que, selon un "titulus" de l’abbaye, Pépin aurait demandé à être enseveli devant l’entrée de l’église ("ante limina basilicae sacrorum martyrum") en signe d’humilité. Suger répéta l’histoire en expliquant que Pépin avait été enterré comme il le souhaitait « au seuil des portes, prostré et non couché sur le dos, à cause des péchés de son père Charles Martel ». Les pas des fidèles entrant dans l’édifice devaient ainsi piétiner la tombe royale. À la raison donnée par Louis le Pieux et Suger s'ajoutent peut-être les objections soulevées au contre l’inhumation à l’intérieur des églises, objections vaines car la pratique s'imposa. Suger précise que pour construire son massif occidental, il dut détruire l’agrandissement que Charlemagne aurait fait construire pour abriter la tombe de son père Pépin le Bref. Au début du , ordonna de rehausser le niveau du dallage sous le massif occidental de façon à créer deux escaliers d’accès à l’extérieur comme à l’intérieur de l’édifice. À cette occasion, en creusant, on découvrit alors un peu plus à l’est un sarcophage à l’emplacement approximatif désigné par Suger, exactement dans l'axe de l'église et sous l’entrée de l’ancien édifice. Alexandre Lenoir pensa avoir retrouvé la tombe primitive du premier roi carolingien et fit un relevé du sarcophage. Néanmoins, il reconnut qu’il n’avait aucune preuve formelle confirmant son hypothèse. On ne sait ce que devint ce sarcophage. De nouvelles fouilles pourraient permettre d'apporter de nouveaux éléments. Au , les restes supposés de Pépin et de son père Charles furent ramenés sous la croisée du nouveau transept pour y recevoir les gisants qu'on voit encore de nos jours. Entre la translation des cendres royales, ordonnée par et effectuée en deux campagnes durant l’année 1264, et la dédicace des nouveaux tombeaux en 1267, trois ans s’étaient écoulés permettant la commande et la réalisation des monuments funéraires. Ces effigies idéalisées ne sont évidemment pas réalistes et en outre les gisants sont conçus comme des figures en pied malgré leur position horizontale. Chronologie. Au cours de sa campagne de 761, Pepin le Bref ravage l'Auvergne et brûle une partie de sa capitale Arvernis (aujourd'hui Clermont-Ferrand). et doit verser des sommes considérables pour sa réédification afin de ne pas être excommunié. Mariage et descendance. Du mariage de Pépin le Bref avec Bertrade de Laon sont nés :
Paul Héroult Paul Héroult, né le à Thury-Harcourt (Calvados) et mort le à Antibes (Alpes-Maritimes), est un physicien français. Il est l'inventeur de l'électrolyse de l'aluminium et du four à arc électrique pour l'acier. Biographie. Enfance. Paul Héroult est né au faubourg Saint-Bénin de Thury-Harcourt dans le département français du Calvados. Son père (Patrice) et son grand-père étaient tanneurs. Sa mère, Élise Lepetit Desaunay, était la fille du maître du relais de poste d'Harcourt. À l'âge de sept ans, pour éviter la guerre de 1870, ses parents l'envoyèrent chez une parente en Angleterre. Il y apprit l'anglais, langue qui lui sera extrêmement utile dans sa vie professionnelle. À son retour, il est placé au pensionnat à Caen. Le responsable de l'établissement avait une conception « à la dure » de l'éducation des élèves. Il en garde un dégoût de l'enseignement classique. Son père prend la direction d'une tannerie dans la région parisienne. Paul part en pension dans la ville de Gentilly. Paul Héroult lut le traité d'Henri Sainte-Claire Deville sur l'aluminium ("De l'aluminium, ses propriétés, sa fabrication et ses applications", 1859) à l'âge de 15 ans. À cette époque, l'aluminium était aussi cher que l'argent. Il était utilisé, par exemple, pour des objets de luxe, des bijoux, etc. Héroult voulait le rendre moins cher. Ce qu'il réussit à faire en découvrant le procédé de l'électrolyse de l'aluminium en 1886. Une étrange coïncidence fit que la même année, aux États-Unis, Charles Martin Hall inventait le même procédé. Études. Paul Héroult obtient son baccalauréat ès sciences à l'âge de 17 ans. Il est admis en octobre 1881 en classe préparatoire au Lycée Jean-Baptiste-Say. En juillet 1882, il est admis à l'École des mines de Paris (classé douzième sur vingt-six). Il a comme professeur de chimie générale Henry Le Chatelier. À l'examen d'octobre, Paul Héroult n'est que dix-septième sur vingt. Seuls les dix premiers sont reçus. Il échoue. Il prétend que son éviction est la conséquence d'un chahut et notamment d'une éponge lancée en direction du directeur des études. Il s'engage comme volontaire au d'artillerie à Poitiers. Il est libéré en 1884. Invention de l'électrolyse de l'aluminium. Son père meurt en 1885. Les affaires de la tannerie familiale sont mauvaises. Plutôt que de s'attaquer directement aux problèmes de la tannerie, Paul Héroult se lance dans une recherche pour la production d'aluminium. En , il réunit une équipe dont certains membres ont été élèves à l'École des mines avec lui : Louis Merle, Jules Faucher, Lucien Jan-Kerguistel, de Dianous de la Perrotine, Longuet. Louis Merle est le fils de Henry Merle qui créa l'usine de production chimique d'aluminium de Salindres dans le Gard. À l'issue d'un échec causé par une température trop importante, il a l'idée d'ajouter de la cryolithe pour abaisser la température. Puis il entreprend d'ajouter une petite quantité d'oxyde métallique. Après divers avatars, échecs et avec le soutien financier de sa mère, il dépose son brevet le . Le brevet, portant le numéro 175711, s'intitule "Procédé électrolytique pour la production de l'aluminium". Il exprime sa demande de la manière suivante : « Le procédé que je désire breveter pour la préparation de l'aluminium consiste à décomposer de l'alumine, en dissolution dans un bain de cryolithe en fusion, par le courant électrique aboutissant au bain. L'oxygène se rend à l'anode et brûle avec elle. L'électrode positive, c’est-à-dire l'anode, est à remplacer après combustion, mais cette combustion empêche la polarisation et assure, par cela même, la constance dans l'énergie et dans l'action du courant électrique. Le bain sert indéfiniment s'il est alimenté d'alumine. » La même année, le , Charles Martin Hall fait la même découverte. Il déposera son brevet le . Il rencontre Alfred Rangod, alias Pechiney, qui dirige la Compagnie des produits chimiques d'Alais et de la Camargue pour trouver un partenaire. La rencontre est un échec. Il échoue également à trouver des capitaux auprès de la banque Rothschild, à la suite d'une expertise défavorable d'Adolphe Minet. En Suisse. Finalement, Paul Héroult trouve des partenaires en Suisse, Peter Emil Huber-Werdmüller, de la société Oerlikon et Gustave Naville, de la société Escher Wyss. Ils fondent la " Schweizerische Metallurgische Gesellschaft" ou Société métallurgique suisse à Neuhausen am Rheinfall. Paul Héroult en est le directeur technique. En , il se marie avec son amie d'enfance Berthe Belliot. Le , la Schweizerische Metallurgische Gesellschaft fusionne avec la société allemande Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft (AEG). Elles constituent la société "Aluminium Industrie Aktiengesellschaft in Neuhausen" (AIAG), destinée à commercialiser le procédé Héroult. Cette société deviendra par la suite Alusuisse SA. En 1888, il échoue à démontrer aux États-Unis l'antériorité de son brevet. Retour en France. En 1888, est créé en France la "Société électrométallurgique française" (SEMF) dans laquelle Paul Héroult est impliqué bien qu'il ne possède pas d'action. Il recevra des redevances ( plus par kilogramme d'aluminium). La société installe une usine à Froges (département de l'Isère, France), l'Usine de la chute de Froges. Les débuts sont difficiles, mais de nombreuses améliorations comme le piquetage permettent d'obtenir les productions prévues. Le prix de revient de l'aluminium baisse : ( 1890), ( 1890), (1891). En 1892, Héroult crée avec Gustave Munerel une nouvelle usine d'électrolyse à la Praz dans la vallée de la Maurienne dans les Alpes françaises (Savoie). Le site est choisi à cause des cours d'eau qui permettent de produire de l'électricité. En 1895, la SEMF rachète la "Société française de l'alumine pure" qui tente d'exploiter le procédé Bayer pour produire de l'alumine. Il part à l'usine de Gardanne (département des Bouches-du-Rhône, France) pour aider au démarrage. Il rencontrera Karl Josef Bayer à Gardanne qui se montre incapable d'obtenir une production suffisante. Les relations entre les deux hommes sont difficiles. Il fait de nombreuses modifications et améliore sensiblement la production. Sa femme meurt. Il a deux enfants : Paul (4 ans) et Henriette (2 ans). En 1898, il se marie avec Châteaux, qui lui donnera deux filles, Anne-Marie et Élisabeth. Il commence à s'intéresser à la production de l'acier. Sa seconde invention la plus importante est le four à arc électrique pour l'acier en 1900. Le four comporte deux électrodes et deux trous de coulée superposés. Il a l'idée de faire jaillir deux étincelles en monophasé et trois étincelles en triphasé entre les électrodes et le bain. Par effet Joule, la température du bain s'élève. Le four Héroult ne peut remplacer les hauts-fourneaux. C'est en revanche un excellent outil pour l'affinage de la fonte en acier. Le four Héroult remplace progressivement tous les autres fours d'affinage, pour devenir l'unique type de four utilisé pour cette opération. En 1905, Paul Héroult est appelé aux États-Unis pour être nommé ingénieur de plusieurs compagnies, dont notamment la U.S. Steel (contrat provisoire en et définitif le ). Cette dernière est le plus gros groupe producteur d'acier à cette époque. Retour à l'aluminium : la création de Badinville. À la demande d'Adrien Badin, président de l'Aluminium français, Paul Héroult retourne aux États-Unis pour créer la première usine de la "Southern Aluminum Company". Cette société vient d'être créée par Adrien Badin afin de prendre pied en Amérique du Nord. Le site choisi se situe en Caroline du Nord, à côté d'une chute d'eau sur la rivière Yadkin. Une ville nommée Badinville est créée. Le site est une brousse infestée de moustiques et de serpents. Paul Héroult ne supporte pas le climat. Il travaille avec son fils Paul Héroult junior âgé de 21 ans. Fin 1912, sur l'insistance de son fils, Paul Héroult, malade, rentre en France. En 1913, il devient ingénieur-conseil. Il achète un yacht de , le "Samva". Il voyage sur la Méditerranée. Mort. En 1914 au printemps, Paul Héroult est atteint de la fièvre typhoïde qui se complique par des troubles hépatiques. Paul Héroult meurt le à l'âge de 51 ans. La curieuse communauté de destin qui le lie à Hall se poursuit, après être né la même année, avoir fait la même découverte pratiquement en même temps, Hall meurt également la même année. On retrouve d'autres cas similaires comme lorsqu'ils ont lu, à l'âge de 15 ans, un fameux livre d'Henri Sainte-Claire Deville sur l'aluminium. Toutes ces similitudes leur vaut d'être désignés souvent comme les « jumeaux de l'aluminium ». Divers. Paul Héroult est connu pour d'autres inventions, parmi lesquelles la conduite auto-portée (inventée en 1896 à l'usine de la Praz) (située entre Modane et Saint-Michel-de-Maurienne) toujours utilisée pour transporter l'eau du haut des montagnes, au-dessus des rivières jusqu'aux usines hydrauliques, évitant ainsi la construction onéreuse de ponts. Il a travaillé sur des projets d'hydroglisseurs (1904). Il dépose également un brevet expérimental à Chicago sur les prémices du statoréacteur. Il s'agissait d'une roue de bicyclette portant des tuyères sur sa jante. En 1903, il reçoit le titre de docteur "honoris causa" de l'université d'Aix-la-Chapelle. En 1904, il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Datée du , la page Wikipédia France consacrée à Paul Héroult est considérée comme étant l'article français le plus ancien du site. Annexes. Liens externes.
Liste chronologique de poètes Cette liste chronologique de poètes présente des poètes par période chronologique et par langue d'expression. Poètes de l'Antiquité. Il faut envisager que la structure versifiée est antérieure à la structure prosaïque, linéaire ; aussi est-il difficile pour cette période de distinguer le poète du philosophe et de l'historien. Par exemple, la "Pharsale" ou "De rerum natura" ("De la nature des choses") sont respectivement une épopée historique et un traité philosophique, tous deux rédigés en vers latins.
Pays de la Loire Les Pays de la Loire sont une région du Grand Ouest français regroupant les départements de la Loire-Atlantique, de Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sarthe et de la Vendée. La préfecture de région est Nantes. Bordée à l’ouest par le golfe de Gascogne (océan Atlantique), elle est délimitée au nord par les régions Bretagne et Normandie, à l’est par le Centre-Val de Loire avec qui elle partage la région naturelle du Val de Loire et au sud par la Nouvelle-Aquitaine. La région doit son nom au principal fleuve qui la traverse : la Loire. Histoire. Des provinces aux départements. En 1790, les différentes divisions territoriales administratives et religieuses du royaume de France sont remplacées par les départements. Formation de la région. Le , sur la proposition d'Étienne Clémentel, ministre du Commerce et de l'Industrie, le gouvernement institue des « groupements économiques régionaux » ou « régions économiques » fondées sur le périmètre des chambres de commerce. Ces regroupements étaient formés en fonction de la volonté des autorités locales. Le regroupement centré sur la ville de Nantes comportait Le Morbihan et l'Indre-et-Loire en plus des cinq départements de la région actuelle. Le Morbihan avait d'abord été placé dans la région de Rennes mais avait préféré par la suite adhérer à la région de Nantes. En 1941, le gouvernement du Maréchal Pétain regroupe les départements en « régions » placées sous l’autorité d’un préfet régional. Il crée la région d'Angers incluant la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et l'Indre-et-Loire. La Vendée n'en fait pas partie. En 1955, le gouvernement d'Edgar Faure crée les « programmes d'action régionale ». L'arrêté ministériel du vient préciser la composition des régions concernées, dont celle des Pays de la Loire. En 1960, le gouvernement Debré décide la création de circonscriptions d'action régionale et confirme la région Pays de la Loire. Enfin, le , la loi relative à la délimitation des nouvelles régions confirme la région Pays de la Loire dans sa composition actuelle. Politique et administration. Tendances politiques. Région de tradition catholique et rurale, les Pays de la Loire sont traditionnellement dirigés par la droite. Cependant, celle-ci en a perdu pour la première fois le contrôle lors des élections régionales françaises de 2004. La gauche conserve la majorité au conseil régional aux élections régionales françaises de 2010 en élisant le socialiste Jacques Auxiette, maire de la Roche-sur-Yon. La région bascule à droite le avec l'élection de Bruno Retailleau, sénateur et président du groupe LR au sénat. Après la démission de Bruno Retailleau, Christelle Morançais est désignée par Les Républicains pour lui succéder le et élue par les conseillers régionaux le . Elle quitte le groupe LR le . Résultats électoraux récents. Source. Circonscriptions législatives. Les Pays de la Loire comptent au total 30 circonscriptions (soit une moyenne de par circonscription) : Géographie. La région des Pays de la Loire s'étend sur . Elle tire son nom de la Loire qui traverse deux des cinq départements qui la composent avant de se jeter dans l'océan Atlantique. Les derniers affluents du fleuve irriguent la région : le Loir, la Sarthe et la Mayenne qui se rassemblent pour former la Maine à Angers, l'Erdre au nord, le Thouet et la Sèvre Nantaise au sud. Au total, on recense kilomètres de cours d'eau dans la région. Le relief de la région est constitué par des collines de Vendée au sud, au nord de la Sarthe et de la Mayenne par les Coëvrons, les Alpes mancelles, la forêt de Perseigne et les collines du Perche. Le point culminant est le mont des Avaloirs (). Le Sillon de Bretagne, qui est la continuité des landes de Lanvaux du Morbihan, se termine au promontoire de la "butte Sainte-Anne" à Nantes. La plus grande partie de la région est située sur le massif armoricain. Seule la partie est, est sur un bassin sédimentaire : la moitié est du département de Maine-et-Loire et le département de la Sarthe à l'est des hauteurs de Coëvrons, soit les trois quarts de ce département. Cette partie de la région est d'un point de vue topographique très proche de la région centre. La région est bordée par l'océan Atlantique sur une longueur de et possède deux îles importantes : l'île de Noirmoutier et l'île d'Yeu. Les côtes sont alternativement rocheuses et sablonneuses, Côte Sauvage au nord de l'embouchure de la Loire, Côte de Jade entre la Loire et l'île de Noirmoutier, Côte de Lumière en Vendée. Plusieurs marais gagnés sur la mer au cours des siècles ponctuent le littoral : la Brière près de Saint-Nazaire, le marais breton au nord de la Vendée et le marais poitevin au sud. La région est la de France métropolitaine en superficie. Transports. Aléop est le service de transports en commun de la région gérant les bus, cars, trains et bateaux de la région. Destineo est un site web d'information pour les voyageurs de la région. En 2014, le conseil régional des Pays de La Loire en partenariat avec la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), a créé une carte de transport (carte TivA) réservée à tous les jeunes de 15 à 25 ans résidant dans les Pays de La Loire, quel que soit leur statut. Cette carte TivA, coûtait et offrait de réduction sur tous les voyages dans la région. Elle a été remplacée par la carte Mezzo accessible à tous, déclinée en deux versions, une "moins de 26 ans" et une autre "plus de 26 ans". La "moins de 26 ans" coute l'année et la "plus de 26 ans" l'année. Elles offrent toutes les deux -50% sur tous les voyages en transport express régional (TER) et permettent d'avoir trois accompagnateurs à moitié prix les samedis, dimanches, jours fériés et également tout l'été. Avec trois enfants de moins de 12 ans c'est gratuit. Économie. En 2017, la région se classait au rang en France pour la population et le produit intérieur brut. Sa principale force est l’agro-alimentaire. En 2017, ce secteur employait () pour un chiffre d'affaires de d’euros (). Elle se place également au pour la production de viande (51 %), pour le lait (19 %) et dans le travail du grain (20 %) ; du territoire est occupé par l’agriculture. Les Pays de la Loire sont la première région française pour la production de viande bovine, volaille (label rouge), lapin, canard et pour le lait, volaille (simple), porc et pommes de terre. En 2001, les Pays de la Loire étaient la première région de France en surface horticole et en nombre d'emplois dans la filière, dominant ainsi dans la production de plantes en pots fleuries ou à feuillage, de plantes à massif, de plantes vivaces, aromatiques et aquatiques, et de pépinières ornementales ou fruitières. Six cents entreprises travaillent dans ce secteur économique, faisant travailler près de et générant plus de six cents millions d'euros de chiffre d'affaires. Tourisme. La gare de Commequiers, en Vendée, est depuis 1994 le point de départ d'un parcours de vélorail long de permettant de découvrir l'arrière-pays de Saint-Gilles-Croix-de-Vie jusqu'à la commune de Coëx. Énergie. En 2016, la région Pays de la Loire était la française la plus peuplée avec . Sa consommation électrique était de importés à 76 % des régions voisines ce qui en fait une des régions françaises les moins autonomes sur le plan électrique. Cette même année, son parc renouvelable, en constante augmentation depuis une décennie, a permis de couvrir 7,3 % de la consommation électrique régionale. Population et société. Gentilé. Le Petit Larousse 2009, à l'article "Loire (Pays de la)", ne donne pas d'appellation pour ses habitants. Le terme « ligériens » est un néologisme utilisé par les médias, le conseil régional des Pays de la Loire et l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) pour désigner ses habitants mais ce terme est parfois usité pour les habitants du seul département de la Loire-Atlantique. Il est également utilisé pour les habitants du département de la Loire. Héritage linguistique. Plusieurs langues endogènes sont parlées dans la région : Démographie. Au , la population du Pays de la Loire était de , contre en 2010. Les grandes concentrations de population s'organisent autour des sept grands pôles urbains qui dépassent les : Nantes, Angers, Le Mans, La Roche-sur-Yon, Cholet, Saint-Nazaire et Laval. Ces trois premières villes font partie des vingt plus grandes métropoles françaises. La Loire-Atlantique et la Vendée sont les deux départements les plus dynamiques démographiquement depuis ces dernières années. Nantes, Saint-Nazaire et La Roche-sur-Yon ont été les plus florissantes. Angers a considérablement augmenté en vingt ans ( dans son aire urbaine). Le Mans a subi de plein fouet la régression de l'économie industrielle, avec le recul du transport par voie ferrée dès le milieu des années 1970, mais la ville a rebondi et compte maintenant plus de dans son aire urbaine. La nouvelle impulsion est arrivée grâce au TGV en 1989 et à la construction d'autoroutes qui relient les Pays de la Loire à Paris, la Normandie et le Centre. Les résidences secondaires. Ce tableau indique les communes des Pays de la Loire qui comptaient en 2008 plus de 3 000 résidences secondaires. Enseignement. L'Académie de Nantes regroupe cinq inspections académiques représentant chacune un des départements de la région : Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe et Vendée. L'Académie de Nantes emploie plus de dont 86 % d'enseignants. Elle compte plus de et apprentis ainsi que plus de . Religion. Pour les catholiques, les Pays de la Loire relève de la province ecclésiastique de Rennes. Le saint Louis-Marie Grignion de Montfort effectua de nombreuses années de son apostolat au sein du pays. La région recèle aussi plusieurs « pôles » particuliers du catholicisme tels que le centre grégorien qu'est l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, la maison-mère de la communauté Saint-Martin, une des trois répliques du Saint-Sépulcre de Jérusalem ou même un couvent de dominicains traditionalistes. Recherche. Au , les deux INRA (Institut national de la recherche agronomique), l'INRA d'Angers et l'INRA de Nantes ont fusionné pour donner naissance au premier établissement public scientifique des Pays de la Loire : son nom est « INRA d'Angers-Nantes ». Le , la diffusion télévisuelle dans les Pays de la Loire est passée définitivement au numérique ; la diffusion en signal hertzien classique a été arrêtée. Patrimoine. Le patrimoine des Pays de la Loire est hérité des anciennes provinces d'Anjou, du duché de Bretagne, du Maine et du Poitou. Patrimoine culturel. , selon le site de l'Unesco. Une partie de la région est classée au patrimoine mondial (de l'Unesco), selon les "critères (i)" (architecture remarquable), "(ii)" (paysage culturel, développement harmonieux d’interactions entre les hommes et leur environnement sur deux mille ans d’histoire), "(iv)" (nombreux monuments culturels, illustrant à un degré exceptionnel les idéaux de la Renaissance et du siècle des Lumières), sous l'appellation Val de Loire. La zone classée s'étend sur le département de Maine-et-Loire, de Montsoreau jusqu'à Chalonnes-sur-Loire. Ce classement permet la protection du patrimoine culturel du Val de Loire (parcs, châteaux de la Loire et villes), partagé entre les régions Centre-Val de Loire et des Pays de la Loire. La région comprend des châteaux de la Loire majeurs : le château de Montsoreau, seul château de la Loire construit dans le lit de la Loire, le château de Montreuil-Bellay, le château de Saumur, le château de Brissac, le château Le Lude, le château de Baugé, le château de Serrant, le château d'Angers et le château du Plessis-Bourré. Les villes d'Angers, de Fontenay-le-Comte, de Laval, du Mans, de Guérande, de Nantes et de Saumur sont labelisées villes d'art et d'histoire. Les villages de Montsoreau, de Sainte-Suzanne et de Vouvant font partie de l'association des plus beaux villages de France. La région bénéficie d'un patrimoine culturel d'exception avec de nombreux musées et galeries d'art comme la galerie David d'Angers à Angers, le musée de Tessé au Mans, le musée des Sciences de Laval, ou encore le musée Jules-Verne de Nantes. Les musées de la région regroupent un patrimoine d'exception à l'image de la Tenture de l'Apocalypse, le Chant du monde de Jean Lurçat, ou le plus important fonds mondial d’œuvres de Art & Language au Château de Montsoreau-Musée d'art contemporain, rapatrié par Philippe Méaille en . L'élément culturel majeur de la région est l'Orchestre national des Pays de la Loire. Il compte dix mille abonnés et deux centaines de concerts annuels qui rassemblent près de par an. L'Orchestre national des Pays de la Loire est l'un des orchestres rencontrant la plus forte audience en Europe. Il bénéficie du soutien financier du conseil régional des Pays de la Loire, du ministère de la Culture, des cinq préfectures de département ainsi que des cinq conseils généraux de la région. Patrimoine naturel. Le Val de Loire classé au patrimoine mondial (de l'Unesco)) permet la protection des espaces naturels des bords de Loire. La grande variété des biotopes du fleuve et de ses rives : berges et bancs sableux, îlots de gravier recouverts de végétation, berges boisées inondables, digues de protection, terrasses du lit majeur, forêts, accueillent une grande variété d’habitats naturels, dont profitent une flore et une faune riches et abondantes. Le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, situé entre les villes d'Angers et de Tours, est inclus dans le classement "Val de Loire". Le parc naturel régional Normandie-Maine permet la protection de la faune et la flore dans le Sud de la Basse-Normandie et dans le Nord des Pays de la Loire. Il comprend le point culminant de la région, le mont des Avaloirs (). Le « belvédère des Avaloirs » aménagé au sommet du mont offre un panorama sur les environs. Le parc naturel régional de Brière est situé au nord de l'estuaire de la Loire et couvre une vaste zone de marais. Il s'étend sur et abrite de nombreuses espèces animales et végétales. Plusieurs réserves naturelles nationales permettent la protection d'autre site de la région :
Picardie (ancienne région administrative) La Picardie ( ) est une ancienne région administrative française, créée par décret du , regroupant les départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme, dont le chef-lieu était Amiens. Dans le cadre de la réforme territoriale de 2015, la région Picardie a fusionné avec la région Nord-Pas-de-Calais, le . Le nom de la nouvelle région ainsi formée est Hauts-de-France, après avoir été provisoirement "Nord-Pas-de-Calais-Picardie". Le nom et la majeure partie du territoire de cette ancienne région administrative sont issus d'une région culturelle au nord de Paris, à savoir la province de Picardie, correspondant au département de la Somme et à la quasi totalité de l'Oise (sauf Vexin français) et de l'Aisne (sauf une partie de la Brie) suivant les descriptions faites par Jean-Baptiste Nolin, graveur du roi Louis XIV, ou Nicolas de Fer, cartographe royal de Louis XIV. L'ancien gouvernement militaire puis civil de Picardie, qui est administratif, à ne pas confondre avec la notion de province qui est culturelle, est constitué au Bas Moyen Âge, à la fin du (1477-1482), et regroupe pour sa part divers territoires au nord de l'Île-de-France : comté de Boulogne en partie, comté de Ponthieu, comté d'Amiens, comté de Vermandois, comté de Guise (Thiérache) puis Calais après sa reconquête en 1558. On y parlait une langue romane distincte du français, le picard, dont le dialecte le plus vivace est aujourd'hui appelé "ch'ti". Au sortir de la guerre de Cent Ans, le gouvernement militaire de Picardie correspond à la partie méridionale des Pays-Bas bourguignons redevenue française. Ce territoire est érigé sous l'Ancien Régime en une généralité, et, à la veille de la Révolution, forme le cœur de la généralité d'Amiens, qui s'étend de la Manche orientale à la Champagne et de l'Île-de-France à l'Artois et au Hainaut. Étymologie. L’étymologie du mot Picardie est géographique et historique. Le mot apparaît une première fois sous la plume de Nicolas de Bray dans sa "Gestes de Louis VIII" à propos de Philippe Hurepel devenu en 1216 par mariage comte de Boulogne puis en 1218 par apanage comte de Clermont, qualifié d'« honneur de la Picardie ». Ces deux villes en sont effectivement les portes nord et sud. Quelques années plus tard, en 1248, il réapparait sous la plume de Guillaume de Nangis. Le terme devait être entré récemment dans l'usage et était dérivé du mot « picard », popularisé par la révolte des étudiants de 1229. C'est ainsi que Matthieu Paris qualifie en effet dans sa "Chronica Maiora" écrite vraisemblablement entre 1236 et 1248 les étudiants originaires de la région « voisine de la Flandre » dans son récit concernant cette année. Le mot signifie en picard « piocheur », au sens de "laboureur". Les Parisiens appelaient « piocheurs » tous les agriculteurs vivant au nord des zones forestières du Senlisis et du Valois (où les paysans étaient bûcherons), et dans le Nord on appelait « Picards » tous ceux qui ne parlaient pas le flamand : Arras, Boulogne, Calais, Tournai étaient des villes « picardes ». À Paris, le néologisme fit florès parce qu'il associait en un jeu de mots la pique et une province réputée pour sa hardiesse militaire (sa milice s'était illustrée à Bouvines en 1214, quelques années avant l'apparition du mot). Il perdura dans ce sens les siècles suivants à cause du caractère montré par les Picards, du genre « tête de pioche », dans leur attachement aux libertés communales acquises par les villes drapières défendues par une milice bourgeoise. Les étudiants des diocèses de Beauvais, Noyon, Amiens, Laon, Arras, Thérouanne, Cambrai, Tournai ainsi qu'une partie des diocèses de Liège et d'Utrecht formaient à Paris, Orléans et Boulogne la « Nation picarde ». Celle-ci représentait les domaines linguistiques picard et flamand. Histoire. Resserrement des limites à partir de la Renaissance. Les délimitations du gouvernement de Picardie du ne correspondent pas à celles des trois départements composant l'ex Picardie administrative de 1960 (voir Anciennes provinces de France). Seuls la totalité de la Somme, le nord de l'Oise, le nord de l'Aisne (Vermandois, Thiérache) et la partie côtière du Pas-de-Calais, le Boulonnais, constituaient l'ancien gouvernement militaire puis civil à la fin du , dit Gouvernement général de Picardie, mais certaines parties (ex : Laonnois, Noyonnais, Beauvaisis...) avaient peu à peu été détachées au profit du gouvernement d'Île-de-France. À cet ensemble s'ajoutaient quelques communes du département du Nord, certaines étant en bordure du département de la Somme de 1790, d'autres frontalières du département de l'Aisne de 1790. En effet, la majorité de l'Oise (Beauvaisis, Valois, Vexin, ...) faisait partie du domaine royal du roi de France, c'est-à-dire l'Île-de-France. On y trouvait alors le Vexin français au sud-ouest (en opposition au Vexin normand), le Valois (au sud-est), le comté de Clermont (au centre), dans le nord-est de l'Oise et une fraction de l'Aisne relevait de l'évêché de Noyon. Dans l'Aisne, le Soissonnais et le Laonnois appartenaient aussi à la couronne (province d'Ile-de-France) tandis que l'extrême-sud (Brie) dépendait du comté de Champagne. Historique. Le territoire du futur gouvernement de Picardie (constitué à la fin du ) vit au s'imposer par les armes la domination des cités belges (cf. sanctuaire de Ribemont) sur les armoricains refoulés dans ce qui deviendra la Lyonnaise III puis la Normandie. Sur ce territoire, vivaient "des peuples belges de premier plan pendant la guerre des Gaules" (Morins, Ambiens, Suessions, Vermands, Rèmes). Le territoire des futurs Picardie, Artois, Flandre constituait ce qui est désigné par certains auteurs sous le nom de Belgium, cœur de la future province de la Gaule belgique (ou Belgique Seconde), étendue jusqu'à la Meuse, et noyau de l'alliance anti monarchiste avec les Eduens plus ou moins en rivalité pour la suprématie (cf. Diviciac) avec l'état des Suessions associés aux Rèmes, lesquels étaient peut être, compte tenu de l'ancienneté de leur implantation, non des Belges mais des Celtes. La seule cité des Bellovaques, le Beauvaisis, composait en effet au temps de César, si on se réfère à l'effectif militaire, un tiers de la population totale de la future province de Belgique. À la fin de l'Empire ou au début du haut Moyen Âge, les territoires des futurs Picardie-Artois-Flandre font plus ou moins partie (les sources sont ténues) du duché de Dentelin dont le centre se trouvait dans l'actuelle région Nord-Pas-de-Calais. Au traité de Verdun de 843, les comtés de Boulogne, d'Arras, d'Amiens ... sont placés dans le royaume de Francie occidentale. À partir du , sa partie nord est occupée par la Bourgogne (entrevue de Péronne) puis, avec le Comté de Flandre, par l'Espagne. Le premier témoignage du relatif à une langue picarde nous vient de Mathieu Paris. Celui-ci semble avoir toujours vécu au monastère de Saint-Albans, en Angleterre, où il termina sa chronique en 1235. À propos de l’année 1229, il rappelle les actes de violence impliquant des étudiants, qui ont conduit à la première grève de l’université [de Paris]. Il en désigne les responsables comme étant : "« de partibus conterminis Flandriae, quos vulgariter Picardos appellamus » (des régions frontalières de la Flandre, que nous appelons communément Picard)." Nous devons à Barthélemy l'Anglais (franciscain anglais qui étudia à Paris vers 1220-1230), la première mention concernant la géographie relative à une langue picarde dans son "De proprietatibus rerum" qu’il termina vers 1240. Le livre XV (consacré à la géographie) décrit une grande diversité de régions selon l’ordre alphabétique des toponymes. La Picardia y est présentée comme une province de la Gaule belge comprenant les villes de Beauvais, Amiens, Arras, Thérouanne et Tournai, et elle s’étend depuis le Rhin jusqu’à la mer. Elle se subdivise en deux : la haute Picardie qui jouxte la France, et la basse qui touche la Flandre et le Brabant. Il note comme dernière caractéristique que ses habitants parlent un "« idiomatis grossi magis aliarum Galliae nationum »", une langue plus rude que celle des autres nations de France. Il dit que d'après la description des pays par Erodoc (parfois orthographié Erodocus ou Erodoccs) la picardie est "". Au moment du massacre de la Saint-Barthélemy (août-), le gouverneur Longueville y empêche le massacre des protestants. Au début de la guerre de la Ligue, l'exemple de Montmorency-Thoré qui prend Senlis (1589), pousse les nobles picards à s’engager dans l’armée royale, alors que le roi Henri III n’a pratiquement plus de soutiens. La fidélité des Picards à la famille régnante sera notamment récompensée dans le cadre des défilés militaires où le régiment Royal Picardie est en première place. Jusque sous Louis XIV, le gouvernement militaire de Picardie constitue les limites nord du Royaume de France. Le Roi Soleil étendra jusqu'à la Flandre royale les nouvelles frontières du gouvernement militaire de Picardie et d'Artois avec la prise de Lille en 1667. La Picardie, de par sa situation géographique, fut souvent une terre de champs de bataille et le chemin des invasions. Les deux guerres mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945 y laissèrent de nombreuses traces qui constituent désormais un patrimoine historique parcouru par les touristes du monde entier (notamment : australiens et anglais pour la Grande Guerre de 1914-1918). Blasons. La devise de la Picardie est celle de la ville d'Abbeville, « très fidèle », sous entendu « à la France ». La Picardie n'ayant pas été un fief, aucun seigneur de Picardie n'ayant jamais existé, la Picardie n'avait pas au Moyen Âge comme d'autres provinces un blason propre. Les armes du seigneur local le plus puissant du moment ont toutefois occasionnellement été utilisées, et finalement l'or à trois bandes d'azur. Brisure capétienne. En 1118, la maison de Vermandois, soutenue par le roi de France dans sa politique de protection des libertés communales, acquiert, aux dépens du comte de Boves opposé aux libertés d'Amiens, le comté d'Amiénois par mariage et prend ainsi la prééminence dans la région. En 1185, l'ensemble tombe dans le domaine royal de sorte que le blason de Vermandois servira, quelques siècles plus tard, à marquer la possession royale de la région. Son échiqueté d'or et d'azur, qui sont une brisure reprenant le métal et l'émail des capétiens dont elle est une branche cadette, a ainsi été repris à plusieurs occasions pour la Picardie par exemple vers 1610. De fait, ce blason correspond plutôt à la Haute-Picardie. Monnaie anglaise. En 1254, Édouard Plantagenêt épouse l'infante d'Espagne, héritière du comté de Ponthieu. Ce comté, qui inclut celui du Boulonnais, et formera au la Basse Picardie, devient alors la tête de pont des prétentions anglaises, en particulier de souveraineté monétaire, sur le continent et donne son blason apparu sur les monnaies d'Abbeville au , d'or à trois bandes d'azur, à une Picardie revendiquée au cours de la guerre de Cent Ans. C'est probablement, bien qu'aucune documentation ne permet de le confirmer, une autre brisure des lys capétiens adoptée par les héritiers de la fille d'Hugues Capet, Gisèle de Ponthieu. Ce sera le blason qui sera reconnu au gouvernement de Picardie jusqu'à la Révolution tel qu'il apparait dans un armorial publié en 1750. Le , le traité de Brétigny signé quelques mois plus tôt contraint le roi de France à rendre le Ponthieu au roi d'Angleterre. Les habitants d'Abbeville refusèrent cet abandon à un seigneur qui se comportait en étranger. En juin 1369, pour remercier les Abbevillois de cette fidélité, Charles V accorda à la ville d'ajouter à son blason un chef de France, c'est-à-dire d'azur aux lys d'or. Une devise « fidelissima » apparut ultérieurement. C'est ce même chef, en version moderne de trois lys à la place de l'ancien semé, qu'on voit aujourd'hui sur le blason de la région reproduit ci-contre en quartiers opposés aux lionceaux. Sceau universitaire de la Nation picarde. En 1513 la nation picarde de l'université de Paris eut à choisir un nouvel emblème, non plus allégorique mais conforme aux règles de l'héraldique. La « Nation picarde » était une administration de l'université chargée principalement de transporter les courriers des étudiants vers leurs familles restées au pays et les bourses que celles-ci versaient à leurs enfants installés à Paris. C'est à ce titre qu'elle eut à choisir un sceau qui garantissait l'authenticité des plis et des paquets transportés ainsi que ses actes. Elle adopta à cette date cette devise « fidelissima » et ce blason de Ponthieu au chef de France mais comme elle accueillait en son sein, en plus des étudiants francophones de Picardie, huit tribus (c'était le terme employé) d'étudiants venant des diocèses néerlandophones des Pays-Bas et de Frise, elle remplaça, apparemment, car tout cela est déductif, le chef en quartiers et Ponthieu en huit lions. En effet les huit diocèses de Flandre, Brabant, Namur, Limbourg, Hainaut, Luxembourg, Gueldres, Frise (diocèse d'Utrecht, Pays-Bas actuel) ont tous un lion dans leur blason. Le choix de l'argent répond, selon la grammaire héraldique, à l'or des lys de France, de même que la couleur de gueules des lions répond à l'azur de l'écu de France. C'est ce blason qui apparait sur les sceaux de l'Université pour représenter la Picardie à partir du . Le blason dont il est resté une trace en est une altération qui a perdu deux lions de deux diocèses des Provinces-Unies, peut-être à la suite des guerres de Louis XIV. L'écartelé des fleurs de lys et des lions exprime la position frontalière entre la France et les Pays-Bas, position qui valait à la nation picarde d'accueillir des étudiants des deux zones linguistiques. Il représente donc la Picardie étendue à toute la zone picardophone, Boulonnais, Artois, Flandre française (Lille) et Hainaut compris, et à l'actuelle Belgique bilingue. « Non » très militaire aux Anglais. Les nations et les provinces avaient un blason civil de leur seigneur et souvent une bannière militaire. Par exemple la Bourgogne avait en plus de son blason, la croix de Saint André de gueules comme bannière, la Bretagne en plus de son semé de mouchetures d'hermines, la Croix Noire, l'Écosse en plus du lion de gueules, la Croix de Saint André sur champ d'azur, le Pays de Galles, en plus Dragon de gueules, la Croix de Saint David, etc. Dans le gouvernement de Picardie, soit approximativement l'actuelle région et le département du Pas-de-Calais, l'armée était représentée par le régiment de Picardie, qui avait été institué en 1558, à partir d'une légion créée en 1534 par son père. Ce régiment portait, lui, de gueules à la croix d'argent. La croix de l'archange militaire Saint Georges portée par Angleterre est en fait la « Vera Crux » défendue par le bras armé de l'Église, l'empereur, dont elle a la couleur de la pourpre romaine. C'est cette prétention à l'Empire qui la fit adopter à l'imitation de l'empereur romain d'Orient tant par les Plantagenêt que par les Hasbourg. À la bataille de Loyes en 1339, l'armée des Confédérés arbora la même inversion que la croix de Picardie, de gueules à la croix d'argent, face aux troupes impériales des Habsbourg. La Savoie, également jalouse de son indépendance, l'arborant également, la Suisse adopta au moment de sa fondation, en 1815, une croix alésée, c'est-à-dire que l'écu est bordé de sa propre couleur. La croix d'argent traversante sur écu de gueules, apparue de ci de là occasionnellement et en particulier en Savoie, a été adoptée définitivement par cette dernière, abandonnant son écu d'or à l'aigle de sable originel, au début du , ce qui semble lui donner une petite antériorité sur la Picardie, dont le régiment remonte aux bandes du , et vraisemblablement à des traditions relatives aux guerres franco-anglaises de la fin du . Les miliciens bourgeois d'Arras par exemple portaient en ceinture une écharpe rouge. Débat sur les frontières de la Picardie. L'ex région Picardie administrative de 1960 ne correspondait pas au Gouvernement général de la fin du , mais qui avait en réalité été modifié de nombreuses fois depuis sa création au (voir Anciennes provinces de France), ce qui a pendant longtemps alimenté le débat sur les « frontières » de la région. La Picardie incluait à la fin du le Boulonnais et le Ternois, détachés du diocèse de Thérouanne, et ne comprenait plus le Laonnois, le Soissonnais, le Valois (Compiègne et Senlis), le Beauvaisis et le Noyonnais qui avaient été rattachés à l'Île-de-France. Les premiers témoignages écrits, au , concernant cette zone sud-est du département de l'Aisne montrent un français proche, certes par destination, des habitudes de Paris, mais en tout état de cause sans les caractéristiques les plus nettes du picard, cette affirmation est contredite par l'Armorial de La Planche qui nous indique que dans l'usage, en dépit de leur appartenance au Gouvernement de l'Île-de-France, les habitants de Soissons, Laon, Senlis, Noyon, Beauvais ou Compiègne étaient considérés comme picards en raison de leur langage qu'il énonce proche du picard. Une nuance indispensable à apporter pour évaluer correctement les frontières de la Picardie en tant que territoire culturel nous est apportée par la Société académique de Laon dans un Bulletin daté du 1er janvier 1912. Effectivement, si certains pays tels que le Laonnois sont parfois cités comme faisant partie de l'Île-de-France, il s'agit en réalité d'une erreur de confusion des termes. Le document disserte sur le fait que la province n'a pas d'existence officielle. Administrativement, avant la création des départements lors de la Révolution française, la France se divisait en Gouvernement généraux tels que le gouvernement général de Picardie, le gouvernement général d'Île-de-France, le gouvernement général de Champagne etc. Il y avait aussi les généralités qui étaient un type d'entité administrative bien distinct des gouvernements généraux dont elles étaient indépendantes. Pour conclure, la province n'a pas de statut officielle, mais est respectée par tradition, et est représentée par diverses entités administratives. Exemples : généralités et élections pour le judiciaire, diocèses pour le religieux, gouvernement généraux pour le militaire puis pour le civil. Le Laonnois ou le Valois par exemple, étaient dans le gouvernement général d'Île-de-France, mais comme le document de la Société académique de Laon le rappelle, si l'on observe l'Almanach royal, les élections de ces territoires sont citées comme picardes, de même pour le Beauvaisis, le Soissonnais et ainsi de suite. Mathias Robert de Hesseln citait donc la Picardie comme une "province dont la plus grande partie forme un des grands gouvernements généraux militaires du royaume. La Picardie septentrionale est celle qui compose le gouvernement général militaire de Picardie ; et la méridionale fait partie du gouvernement général militaire de l'Île-de-France". Ce dernier nous fait d'ailleurs dans son ouvrage le commentaire suivant sur ce dernier gouvernement : "L'Île-de-France, considérée comme gouvernement général militaire, est beaucoup plus étendue que ne l'est la province ; outre toute l'étendue de l'Île-de-France, il comprend une grande partie de la haute Picardie : à savoir, le Beauvaisis, le Valois, le Soissonnais, le Noyonnais et le Laonnois". Amiens (Somme) et Saint-Quentin (Vermandois/Aisne), sont toujours les plus grandes villes de la région actuelle, comme naguère de la région historique et ont une riche culture picarde. Il est à mentionner que les entités administratives n'étaient pas forcément représentatives des espaces culturels, ainsi on observe sur une carte de 1723 réalisée par Alexis-Hubert Jaillot de la Généralité de Soissons, que l'on nous indique clairement que les élections de Laon, Noyon, Crespy (aujourd'hui Crépy-en-Valois), Clermont et Guise sont issues de la Picardie, la généralité serait donc composée de territoires picards à l'exception de Château-Thierry qui serait issue de la Brie. Une autre carte de 1694 et réalisée par Jean-Baptiste Nolin vient nous indiquer que la Province de Picardie, en tant que territoire culturel donc, est répartie entre plusieurs entités administratives à savoir : On peut noter que sur d'autres cartes du XVIIe siècle, la région de Lille peut aussi être incluse dans les territoires culturellement picards. Cet éclat des territoires de culture picarde dans l'Île de France est expliquée par J.-F. Hardel dans un document de 1941 indiquant qu'au traité d'Arras de 1435, Charles VII fut contraint de léguer une partie de la Picardie correspondant aux villes bordant la Somme, soit Saint-Quentin, Péronne, Amiens ou Abbeville, à son cousin. Ce qui restait alors de ladite Haute-Picardie se trouva rattaché à l'Île de France, ce qui semble expliquer pourquoi des villes comme Beauvais ou Laon étaient juridiquement dans son gouvernement jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Hardel rajoute que plusieurs auteurs stipulaient que Laon et Soissons étaient bien des villes picardes, il cite Meréri ou Hesseln, on peut aussi rajouter Michelet qui disait que son père, originaire de Laon, venait de "l'ardente et colérique Picardie". À la suite de la Révolution française, les gouvernements généraux furent démantelées, et le territoire de la France fut partagé en départements de tailles plus ou moins équivalentes. L'ex région Picardie avait été créée avec le décret du (voir Région française) qui a délimité les circonscriptions régionales. La Picardie regrouperait désormais les départements de l'Aisne, l'Oise ainsi que la Somme. En 2009, le débat est ravivé, à la suite de la publication des travaux du Comité pour la réforme des collectivités locales, qui proposait de réduire le nombre de régions françaises, notamment en favorisant leurs regroupements. L'idée de faire disparaître la région Picardie en tant que telle a alors été soulevée ; le département de l'Oise aurait rejoint l'Île-de-France, la moitié sud étant dans l'Aire d'attraction de Paris, et la Somme aurait intégré la région Nord-Pas-de-Calais. L'Aisne quant à elle, aurait été rattachée soit à la région Champagne-Ardenne, soit au Nord-Pas-de-Calais. À la suite de cette annonce, une partie des élus locaux et de la population s'est mobilisée contre ce projet. D'autres voix de leur côté, prônaient la fusion de l'ensemble de la région Picardie avec le Nord-Pas-de-Calais, évitant ainsi son démantèlement. D'autres encore, se déplaçant à Paris quotidiennement pour aller y travailler, encourageaient ce projet. Finalement en 2014 (dans le cadre de la réforme territoriale), le parlement décide que les régions Picardie et Nord-Pas-de-Calais doivent fusionner dans un nouvel ensemble à cinq départements (sans démantèlement), baptisé Hauts-de-France. Administration. Administration de l'ex région Picardie : Géographie. La région Picardie regroupait administrativement trois départements : Aisne, Oise, Somme. Elle a pour régions limitrophes le Nord-Pas-de-Calais au nord, la Haute-Normandie à l'ouest, l'Île-de-France au sud et la Champagne-Ardenne à l'est. La préfecture est Amiens. La Picardie s'étend aussi en Belgique aux villes de Tournai et Mouscron où l'on parle le picard tournaisien et non le ch'ti, ce dernier étant un des dialectes du picard à proprement parler. Environnement. La Picardie bénéficie d'un riche environnement littoral (dont l'estuaire de la Somme), de quelques grandes forêts, mais, probablement en raison d'une agriculture intensive, elle est la région où le rythme de disparition des espèces végétales, enregistré par les conservatoires botaniques nationaux a été la plus rapide dans les 30 dernières années . Cependant, un vaste programme de plantation de haies et le nombre croissant de domaines utilisant l'agriculture biologique sont en train d'inverser cette tendance. Un réseau de réserves naturelles et de sites protégés est mis en place pour la gestion, restauration et protection de la biodiversité, objectifs confirmés par le Grenelle de l'Environnement. Une aire marine protégée, le Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d'Opale, se situe sur ce territoire. Cette région, bien ventée, fait partie de celles qui ont le plus développé leur parc éolien, avec des retombées fiscales (impôts fonciers, taxe professionnelle) intéressantes pour les communes rurales. Un investissement éolien de 2,8 millions d’euros génère un produit de par an pour la commune qui a fait cet investissement. Culture. On y parle, sauf dans sa partie sud, une langue régionale : le picard. Cette langue, que l'on différencia du « francien » que l'on sait maintenant être une exagération de linguiste d'Île-de-France, connaît son apogée au : elle est parlée alors dans toute la Picardie actuelle (sauf dans les franges sud-est, le Valois, et Sud-Ouest de l'Oise, partie du Vexin, ainsi que le Sud de l'Aisne, Laonnois et Soissonnais hormis l'ancienne forêt de Cuise entre Soissons et l'Oise), dans les départements actuels du Pas-de-Calais, du Nord (sauf le Westhoek), une partie du Hainaut belge (région de Mouscron et de Tournai). La langue picarde a été durant tout le bas Moyen Âge jusqu'à la Renaissance la langue officielle des municipalités et des offices notariés et ecclésiastiques du Nord de la France et des Pays-Bas (Belgique actuelle). C'était une langue écrite mais le développement de l'imprimerie, partant de la littérature, lui a été moins favorable qu'à la langue de la Cour. Elle constituait avec le français, l'anglais, l'allemand et le néerlandais une des langues vulgaires d'enseignement ou du moins d'explication de l'université de Paris en complément du latin, d'où son nom de collège des Quatre Nations (France, Normandie, Picardie incluant les étudiants des Pays-Bas et de Frise, Angleterre renommée Allemagne après la guerre de Cent Ans et regroupant tous les autres étudiants du nord de l'Europe), par opposition aux collèges royaux, comme celui de Robert de Sorbon, ou épiscopaux, par exemple le collège de Tréguier. À partir du début du , le picard perd de sa vivacité au sud de Beauvais, Noyon, Vervins. Il demeure cependant encore très vivace jusque dans les années 1970-1980, même en ville. Aujourd'hui, dans l'usage et en pratique, tous connaissent au moins quelques mots ou expressions en picard, ce malgré : Malgré cela, la langue picarde est l'une des langues régionales de France la mieux maintenue avec locuteurs actifs et un peu plus d' capables de comprendre un ou plusieurs mots de cette langue, telle que le rapporte la mission Cerquiglini en 1999. Les sports issus du jeu de paume sont encore très présents sur les places de Picardie. On peut citer la balle à la main, le ballon au poing, la longue paume et la balle au tamis. Le grand rassemblement de ces sports picards a lieu depuis 200 ans à Amiens au parc de la Hotoie, tous les . Tourisme. En Picardie, la Délégation régionale au Tourisme, les Comités départementaux et régional du Tourisme, ainsi que les offices de tourisme et syndicats d'initiative ont mis en place le label Tourisme et Handicap depuis 2003. En leur apportant la garantie d'un accueil adapté, le label Tourisme et Handicap répond à la demande des personnes à besoins spécifiques qui veulent pouvoir choisir leurs vacances, se distraire, partir seules, en famille ou entre amis, où elles le souhaitent et comme tout le monde. Plus de cent-quarante structures touristiques et de loisirs sont labellisées en Picardie en 2010. La Picardie compte 72 parcs et jardins ouverts au public. Le Comité régional du tourisme a développé une série d'outils pour assurer la promotion de cette filière ainsi qu'un festival.
Poitou-Charentes Poitou-Charentes est une ancienne région administrative de la France métropolitaine. Elle regroupait quatre départements : la Charente (16), la Charente-Maritime (17), les Deux-Sèvres (79) et la Vienne (86), issus des anciennes provinces d'Angoumois, d'Aunis, d'une partie du Poitou (Haut-Poitou) et de Saintonge. Elle avait pour chef-lieu Poitiers, la plus grande ville et unité urbaine de la région. Ses autres villes importantes étaient La Rochelle, Niort, Angoulême, Châtellerault, Saintes, Rochefort et Royan. Située dans le Grand Sud-Ouest français, elle regroupait une population de en 2013, appelés "Picto-Charentais" (du nom du peuple gaulois des Pictons), population répartie sur , soit une densité moyenne de . Il y avait cependant d'importantes disparités entre des territoires agricoles marqués par une certaine déprise démographique, des régions littorales en croissance constante (Aunis, îles de Ré et d'Oléron, Côte de Beauté) et des agglomérations souvent densément peuplées. Cette région marquée par la ruralité était réputée pour ses vignobles (cognac, pineau des Charentes, mais aussi vins du Haut-Poitou), ses produits maraîchers (melons, dont elle était la première région productrice au niveau national) et ses productions laitières (fromages de chèvre et de vache, beurre Charentes-Poitou). Le tourisme, notamment balnéaire, constituait un pan important de l'économie locale, de même que les services. La région comptait deux universités (Poitiers et La Rochelle), quatre pôles universitaires décentralisés (Angoulême, Niort, Royan et Châtellerault), deux écoles supérieures de commerce, sept écoles d'ingénieur et plusieurs pôles de recherche et de transfert de technologie. La région Poitou-Charentes était délimitée par le Centre et les Pays de la Loire au nord, le Limousin à l'est et l'Aquitaine au sud. Sa bordure occidentale s'ouvrait sur l'océan Atlantique et sur l'estuaire de la Gironde, le plus vaste estuaire d'Europe, qui lui offraient une large façade maritime. Dans le cadre de la réforme territoriale de 2014, Poitou-Charentes a fusionné avec les régions Aquitaine et Limousin le janvier 2016 pour former la région Nouvelle-Aquitaine, nom définitif en remplacement du nom provisoire « Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes ». Géographie. Géographie physique. Les bas plateaux formés de roches calcaires d'âge jurassique sont souvent recouverts de dépôts argileux ou siliceux répandus au tertiaire depuis les massifs anciens voisins. Leurs sols sont peu fertiles et portent des forêts et des landes (brandes), ainsi que des cultures ou des prairies sur les argiles à châtaigniers de l'ouest. Ces plateaux sont localement entaillés par les vallées peu encaissées des cours d'eau rejoignant au nord la Loire et au sud la Charente. Dans les plaines de terrains calcaires plus tendres (Crétacé), situées en avant des plateaux précédents, les formes de relief s'adoucissent. Dans le Châtelleraudais et l'Angoumois, le relief de cuestas prédomine et côtoie les plaines voisines comme celles de Neuville et de Matha. Sur le littoral atlantique où la région dispose d'une vaste façade maritime et estuarienne, des zones de marais aménagés, la grande majorité poldérisés au , alternent avec la plaine calcaire de l'Aunis et le plateau gréseux de la Saintonge. De l'embouchure de la Sèvre Niortaise, au nord, jusqu'à celle de la Seudre, au sud, se succèdent le Marais poitevin, le marais de Rochefort et le marais de Brouage. De part et d'autre de l’estuaire de la Seudre jusqu’à l'estuaire de la Gironde s'individualisent les marais de la Seudre et une partie des marais girondins, au sud de Mortagne-sur-Gironde sur la rive droite de l'estuaire. Climat. Le climat est de nature océanique aquitain pour la partie charentaise (sauf Charente limousine à l'extrême est, océanique dégradé), et océanique parisien pour la partie poitevine. Le seuil du Poitou agit comme une relative barrière climatique entre le Poitou au nord et les Charentes au sud, et il y a environ de différence entre les températures moyennes à Poitiers et Cognac ( à Cognac), et entre Cognac et Bordeaux. Les précipitations, réparties sur l'ensemble de l'année, varient environ entre et , le nord-est de la région (nord du département de la Vienne) étant moins arrosé que l'ouest (littoral de la Charente-Maritime et hauteurs des Deux-Sèvres, partie du Massif armoricain). Les hivers sont doux, les étés chauds mais sans excès. La région bénéficie d'un ensoleillement important (plus de 2000 heures par an dans les Charentes). Malgré des pluies réparties sur l'ensemble de l'année, l'évapotranspiration est élevée durant les mois d'été : de mai à septembre. La neige ne dure jamais longtemps, et les gelées sont de courte durée. Le climat de la Charente limousine, partie occidentale du Massif central, est, du fait de l'altitude plus frais et plus humide. L'hiver est plus rude, la neige et les gelées sont fréquentes et plus durable. Végétation. Sur les sols les moins fertiles, forêts et prairies couvrent de grands espaces, souvent bocagers. À l'inverse, les labours dominent dans les plaines découvertes constituant les paysages d'openfield caractéristiques. Dans les Charentes, les « champagnes » parfois vallonnées sont occupées en partie par la viticulture. Environnement et écologie. De par sa position biogéographique, l'écopotentialité de la région est importante. Les zones humides d'importances se sont cependant dégradées depuis le début du . Les marais se différencient selon qu'ils ont été drainés (marais dits « desséchés ») ou non (marais « mouillés »), et suivant leur état de culture ou d'abandon. Le Marais gât regroupe des marais convertis en prairies. Ayant souvent succédé à des marais salants, certains, près du rivage, ont été transformés en parcs à huîtres. Des forêts de pins couvrent de petits secteurs littoraux méridionaux (forêt domaniale de la Coubre) ou de l'intérieur (Double saintongeaise). Le littoral est concerné par la surpêche de certaines espèces : 28 stocks de population de poissons sur 34 sont en mauvais état, voire en très mauvais état dans le golfe de Gascogne. La population de sole commune ("Solea solea") par exemple est surexploitée. La biomasse des géniteurs est en baisse depuis 1993 et les captures portent de plus en plus sur les classes jeunes. L'anguille d'Europe est aussi menacée par une sur-pêche en estuaire et le braconnage des civelles et par la pollution de l'eau. En Poitou-Charentes, cette espèce autrefois parmi les plus communes est depuis peu classée dans la liste rouge des espèces piscicoles menacées. En mai 2011, la région et la DREAL ont commencé à élaborer leur SRCE, avec un site consacré à la Trame verte et bleue régionale. Démographie. Les habitants de Poitou-Charentes étaient appelés les "Picto-Charentais". La population, après un déclin dû à l'exode rural, connaît une augmentation légère mais continue, due pour l'essentiel au solde migratoire. Si jusque dans les années 1990, seuls la Charente-Maritime et la Vienne voyaient leur population augmenter, c'est désormais le cas dans les 4 départements de la région. En 2006, la population de Poitou-Charentes était de , soit de plus qu'au dernier recensement de 1999. Depuis 1999, la région a progressé au rythme de 0,74 %, pourcentage dû essentiellement à l'immigration, l'accroissement naturel étant un des plus faibles du pays. Ainsi en 2006, selon l'Insee, résidant dans la région n'y habitaient pas auparavant, ce qui signifie que près de 10 % de la population résidente s’est installée dans la région depuis moins de (soit 2 points de plus que la moyenne des régions de métropole). Poitou-Charentes est ainsi la française sur ce critère d’attractivité résidentielle. La région occupe d’ailleurs le pour sa part de nouveaux arrivants pour les cadres, les artisans et les commerçants. Une forte proportion (87 %) des nouveaux résidents de la région viennent d'une autre région de France, et viennent de l'étranger, dont 41 % de ressortissants britanniques (la proportion atteignant 61 % en Charente et 50 % en Deux-Sèvres). Parallèlement, toujours selon l'Insee, près de ont quitté la région Poitou-Charentes et habitent dans une autre région française. Au jeu des migrations avec le reste de la France, la région est donc gagnante : le solde des migrations internes est de , soit par an. La région gagne en moyenne 44 personnes par an pour grâce aux échanges avec le reste de la France, ce qui la place au des régions françaises pour son taux de migration interne. Tous les départements n'ont cependant pas le même niveau d'attractivité : ainsi la Charente-Maritime est de loin le département le plus attractif de la région, et enregistre près de personnes du seul fait des migrations avec le reste de la France. Suivent la Vienne, qui attire principalement des étudiants, et les Deux-Sèvres. La Charente présente un solde migratoire avec le reste de la France quasi nul. La population rurale reste majoritaire dans les Deux-Sèvres et en Charente. Globalement dans la région, les agglomérations ont bénéficié de soldes démographiques positifs. Au dernier recensement de 2006, si dans certains cantons les plus ruraux la population continue de diminuer dangereusement (départ des éléments les plus jeunes), dans l'ensemble la population s'accroit même dans les zones rurales. Les nouvelles facilités de communication (TGV, autoroutes A10 et A83) permettent d'aller travailler dans les grandes villes, pas nécessairement celles de la Région (Angers, Tours, Limoges, Bordeaux, Nantes, voire Paris). Le fait nouveau depuis les années 1980, par rapport à la croissance de la banlieue proche lors des années 1960 et 70, est le déplacement de cette croissance en périphérie de plus en plus éloignée. Ce phénomène de rurbanisation ne concerne pas que les quatre principales agglomérations de Poitou-Charentes, il touche également les villes moyennes comme Saintes, Rochefort, Châtellerault, s'étendant dans un rayon qui dépasse les alentour, voire pour les plus grandes agglomérations. Poitou-Charentes était l'une des seules régions dans l'Ouest à ne pas posséder de grande métropole qui tire la région vers le haut (ex : Tours pour le Centre-Val de Loire, Angers et Nantes en Pays de la Loire, Bordeaux pour l'ancienne région Aquitaine). Cela se ressentait fortement au niveau démographique, comme évoqué ci-dessus. Bien que Niort soit la quatrième place financière française derrière Paris, Lyon et Lille, elle reste méconnue notamment par sa qualité de ville moyenne - . Économie. Panorama de l'économie régionale. La viticulture est fortement orientée vers la production de cognac ; le pineau des Charentes est également un débouché important. La fin programmée de l'exception de la double affectation parcellaire des terrains viticoles a poussé la région à promouvoir le vin de pays charentais. Il rencontre un succès très appréciable, compte tenu de la proximité du bordelais. Dans le nord de la région s'étend le vignoble du Haut-Poitou. La maïsiculture irriguée dominante est durement touchée par la sécheresse notamment dans les Deux-Sèvres et en Charente-Maritime. La production d'huîtres à Marennes-Oléron occupe une bonne partie du littoral maritime. Le développement du tourisme est une direction visiblement choisie par les administrations locales, avec le soutien au développement de parc à thèmes (Futuroscope, l'Île aux serpents, la Vallée des singes, etc.). Le parc du Futuroscope près de Poitiers, ainsi que le zoo de La Palmyre près de Royan, représentent à eux deux 50 % des recettes touristiques de la région. Le choix du tourisme est une alternative de compensation importante à la perte d'emplois industriels. Les services sont particulièrement bien représentés avec la présence de sièges de société d'assurance à Niort et de centres d'appel à La Rochelle. Agriculture. Des grands secteurs de l'économie régionale qui ont le plus évolué depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est l'agriculture qui vient en tête. L'abandon de la profession par de nombreux exploitants trop âgés pour cultiver leurs terres ou trop jeunes - et donc en difficulté pour en acquérir de nouvelles - , le regroupement des exploitations entre quelques mains et la mécanisation ont conduit à une spécialisation aux dépens de la polyculture, pourtant de tradition dans nombre de régions du Centre-Ouest. Chaque ferme, souvent de petite dimension, se livrait autrefois à des cultures variées (céréales, plantes fourragères, vigne, arbres fruitiers) et à l'élevage (vaches, porcs, moutons, chèvres, volailles et ânes - baudet du Poitou notamment). Aujourd'hui, une exploitation de 30 à se consacre à la culture de deux ou trois produits : céréales (blé ou maïs), oléagineux (tournesol ou colza), tabac dans quelques terroirs favorisés de la Vienne, vigne en Charente (pour la distillation) et dans quelques secteurs donnant des vins de qualité supérieure (plaine de Neuville), exceptionnellement d'appellation d'origine contrôlée (AOC), comme au nord de la Vienne et des Deux-Sèvres (appartenant aux vignobles du Val de Loire). Suivant les endroits, l'élevage du gros bétail est pratiqué pour la fourniture de lait ou de viande (race bovine parthenaise, originaire de Parthenay), avec recours aux plantes fourragères et de plus en plus aux aliments composés. Les élevages ovins et caprins, le plus souvent en plein air, fournissent agneaux et fromages de chèvre réputés (chabichou). Bon an mal an, la région se situe aux premières places des producteurs français pour le lait de chèvre, le blé, le tournesol, le tabac et les graines de plantes fourragères. Parmi les produits d'appellation d'origine contrôlée ou d'indication géographique protégée enregistrés auprès de l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), Poitou-Charentes produit notamment : Les eaux-de-vie obtenues dans la région d'appellation pour la fabrication du célèbre cognac, après une période de vieillissement dans les chais d'au moins trois ans, sont exportées dans le monde entier par les grandes maisons de négociants. Le pineau des Charentes est l'autre fleuron régional. Pêche. Cette activité, à laquelle se livrent quelques ports du littoral, principalement ceux de la Cotinière et de La Rochelle-La Pallice, ne connaît plus le même succès qu'autrefois. L'ostréiculture est toujours en plein essor dans le bassin de Marennes-Oléron, le premier de France pour les quantités expédiées. La mytiliculture prospère sur le littoral d'Aunis. L'aquaculture, avec l'élevage d'autres coquillages et de poissons, en est encore à ses débuts. Industrie. Les collectes effectuées par les laiteries coopératives ou privées ont donné naissance, depuis un siècle, à une importante production de beurre, de fromages et de produits dérivés (poudre de lait), plaçant l'agroalimentaire à un niveau convenable. L'abattage des bêtes d'élevage n'a, en revanche, pas entraîné une grande industrie de traitement de la viande. D'anciennes industries ont dû se spécialiser pour survivre : la papeterie charentaise fournit aujourd'hui des papiers spéciaux, des scieries traitent des grumes importées pour en faire des panneaux de contreplaqués et d'agglomérés. Les industries extractives sont particulièrement bien représentées, la géologie y permettant une grande variété d'exploitations. Les deux-sèvres, riches en roches dures de type diorite, fournissent les granulats pour la viabilité et le ballast des lignes à grande vitesse. La rareté de ces roches font que ces matériaux descendent jusqu'à Bordeaux ou remontent à Paris. Les roches sédimentaires (calcaire) que l'on trouve en Charente et Charente-Maritime sont exploitées pour en faire de la pierre de taille, des matériaux de terrassement, des charges minérales pour des applications industrielles ou agricoles, ou du ciment. Poitou-Charentes compte 3 cimenteries : Airvault, La Couronne et Bussac-Forêt. On peut y ajouter l'extraction de sables alluvionnaires et de sables marins qui servent à la production de béton. Les industries des matériaux de construction (briques, tuiles, produits réfractaires…), quelques branches de la chimie et surtout les industries mécaniques - allant de l'électrotechnique au matériel de transport (voitures de chemins de fer, TGV, pièces détachées pour automobiles, avions, bateaux de plaisance), en passant par des engins pour la défense nationale - complètent la gamme des activités régionales. La réussite de quelques firmes a intéressé des sociétés étrangères ; certaines ont pris des participations dans leur capital, voire les ont totalement absorbées. Transports et voies de communication. Poitou-Charentes était une région de transit sur l'axe Paris-Bordeaux et Centre-Europe Atlantique, mais également une destination touristique (Royan, marais poitevin, etc.). Son rôle de région de transit l'impliquait notamment dans le développement de la liaison TGV Paris-Bordeaux-Espagne-Toulouse. Poitou-Charentes était traversé du nord au sud par la route nationale 10, voie historique de l'axe Paris-Bordeaux, dédoublée il y a quelques années par l'autoroute A10 dont le tracé a été décalé à l'ouest pour des raisons économiques et touristiques. Privant ainsi le département de la Charente et Angoulême ( du département en nombre d'habitants) de l'autoroute. Depuis l'ouverture de l'A10, la promesse a été faite que la Nationale 10 serait intégralement mise en 2×2 voies rapidement, ce qui n'est toujours pas le cas aujourd'hui (prévue pour 2015). L'autoroute A10 dessert des grandes villes du territoire telles que Châtellerault, Poitiers, Niort, Saintes. L'essentiel du réseau autoroutier est géré par les Autoroutes du Sud de la France (ASF) et une petite partie par Cofiroute. Les ASF décomposent leur réseau dans la région en trois tronçons d'une centaine de kilomètres cumulés chacun : À titre indicatif, en 2005 on a pu relever sur chacun des tronçons : Il y a aussi la ligne TGV Paris-Bordeaux qui dessert Poitiers et Angoulême et la ligne Atlantique La Rochelle-Paris (via Niort, Saint-Maixent-l'École et Poitiers), qui permet de rejoindre la gare de Paris-Montparnasse. Tourisme. Le tourisme régional est largement dominé par le littoral de la Charente-Maritime qui draine la majorité des touristes de la région. La façade atlantique a suscité dès le le développement du tourisme balnéaire, qui est devenu familial au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, attirant à chaque période estivale les habitants des villes du Centre-Ouest et même de toute la France septentrionale. Le domaine insulaire charentais (îles de Ré, d'Oléron et d'Aix) est devenu particulièrement attractif ainsi que les stations balnéaires agréablement aménagées de Royan, Fouras et Châtelaillon-Plage pour ne citer que les plus cotées du littoral charentais. Sur cette côte particulièrement animée en été, La Rochelle fait figure de phare pour toute la région, étant l'une des villes de France les plus visitées aussi bien sur le plan touristique que culturel. Pour retenir les touristes qui affluent majoritairement vers la côte atlantique, la région a fourni de gros efforts pour le développement du tourisme culturel, qu'il soit urbain ou rural. À l'intérieur des terres notamment, la région a mis en valeur des monuments historiques prestigieux, sinon dignes d'intérêt (châteaux et manoirs, églises romanes et abbayes, musées et écomusées…) et des sites géographiques remarquables (vallée de la Charente, Marais poitevin, grottes de l'Angoumois…) qu'il est possible de découvrir le long d'itinéraires touristiques balisés. De même, les villes de l'intérieur de la région comme Poitiers, Rochefort, Saintes, Cognac, Confolens ou Angoulême essaient de retenir ces mêmes touristes grâce à l'excellence de leur patrimoine urbain et historique ou par l'organisation de manifestations culturelles fort originales que sont les nombreux festivals. S'il est vrai qu'un grand nombre de vacanciers, dont beaucoup se dirigent plus au sud, ne font qu'une brève étape en région, à l'image de ceux venant visiter le Futuroscope à Poitiers, il n'en reste pas moins que le littoral charentais a fait de la Charente-Maritime la deuxième destination touristique de France. Histoire. "Articles détaillés pour la période antérieure à la création des départements" : L'histoire de Poitou-Charentes en tant qu'entité administrative commence avec la création des régions, sous le régime de Vichy. La région comprend alors cinq départements, dont la Vendée, correspondant aux Charentes au sud et au Poitou au nord. Supprimées à la Libération, les régions renaissent en 1956 sous la forme de circonscriptions de programmes d'actions régionales. Poitou-Charentes est alors constitué des quatre départements actuels. Cette région, à cheval sur le Sud-Ouest et le Centre-Ouest de la France, a été créée pour combler le vide d'influence entre Tours et Bordeaux, en réunissant d'anciennes provinces : une partie du Poitou, Angoumois, Saintonge et Aunis. Poitiers a été choisie comme préfecture, non à cause d'une prééminence quelconque (elle fait alors la même taille que La Rochelle), mais parce qu'elle avait une université. Politique et administration. Les données de la géographie administrative. La région Poitou-Charentes était formée de quatre départements qui rassemblaient 14 arrondissements administratifs dont 3 dans le département de la Charente, 5 dans celui de la Charente-Maritime, 3 dans celui des Deux-Sèvres et trois également dans celui de la Vienne. Les quatre départements regroupaient 157 cantons et . Conseil régional. Sur le plan politique, la région est devenue une terre de gauche. En 2004, Ségolène Royal fait basculer à gauche le conseil régional dont elle devient présidente, réalisant le meilleur score du Parti socialiste en France aux élections régionales cette année-là. Identité régionale. La région administrative, créée en 1956, regroupe les quatre départements formés à la Révolution française à partir des anciennes provinces du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois. Seule la première a perdu sa partie occidentale, le Bas-Poitou, devenu département de la Vendée (Pays de la Loire). À l'Angoumois a été rattaché le Confolentais limousin, ainsi qu'une partie de la Saintonge, quelques paroisses du Poitou et du Périgord, pour constituer le département de la Charente. Cet ensemble, sans identité historique ni géographique, a été créé pour combler le vide d'influence entre Tours et Bordeaux. Poitiers a été choisie comme préfecture, non à cause d'une prééminence quelconque (elle comptait alors à peu près autant d'habitants que La Rochelle), mais parce qu'elle avait une université. Culture. Principales salles de spectacle et de congrès. Scènes nationales. Les chefs-lieux des quatre départements de la région sont chacun dotés d'une scène nationale. « La Coursive » à La Rochelle : ce lieu comporte trois salles, dont la plus grande, baptisée « Le Grand Théâtre », peut accueillir spectateurs. La Coursive est installée dans l'ancien Couvent des Carmes, construit en 1665, vendu à la Révolution et séparé en deux (une partie devient successivement manufacture de tabac, marché aux poissons et salle des sports et l'autre partie est transformée en entrepôt utilisé par les douanes). En 1979, on décide de construire sur l'emplacement du couvent une Maison de la Culture (seuls la façade et le cloître intérieur seront conservés) ; celle-ci deviendra en 1990, après une nouvelle phase de travaux, « La Coursive », scène nationale de La Rochelle. Le « Moulin du Roc » à Niort : scène nationale construite en 1986, elle comporte deux salles dont la plus grande peut accueillir . Le Théâtre Auditorium de Poitiers « (TAP) » : inauguré en 2008, il comprend un théâtre de , un auditorium de places et un cinéma d'arts et essais. Le théâtre d'Angoulême : l'édifice date de 1870, son aspect extérieur d'origine est préservé mais l'intérieur a été entièrement requalifié en 1997. Il comporte trois salles, dont la plus grande peut accueillir . Patrimoine. Poitou-Charentes se trouve au cœur du sillon ouest-européen d'implantation des mégalithes édifiés entre la fin du et la fin du ; ce sont pour la plupart des dolmens et tumuli, souvent situés en plein champ, mais certains sont parfois visibles en ville, telle la Pierre levée de Poitiers. De nombreux sites du Paléolithique et du Néolithique ont également été découverts dans la région, surtout en Charente : citons les grottes de la Trache et du Quéroy et le site de La Quina. Enfin, les témoignages de la présence romaine dans la région ne manquent pas, parmi les mieux conservés on peut mentionner le théâtre gallo-romain des Bouchauds, les thermes de Chassenon, l'amphithéâtre de Saintes… Les quelque 600 monuments qui jalonnent la région sont autant de témoins d'une architecture née au sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, et plus spécifiquement sur la via Turonensis, qui traverse la région du nord au sud. Ces édifices, de style roman pour la plupart, témoignent d'une architecture fervente, pétrie d'influences, faite d'invention mais aussi de mesure et d'équilibre. On en trouve un grand nombre en Saintonge, considéré comme le fleuron de l'Art roman, où chaque église de village est une œuvre de l'art des campagnes, mais aussi un peu partout dans la région, où les chantiers ont fleuri par centaines aux . Citons les plus importants : l'Abbaye aux Dames de Saintes, la Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême, l'Église Saint-Pierre d'Aulnay, l'Église Saint-Hilaire de Melle et l'Église Notre-Dame-la-Grande de Poitiers. Gastronomie. Le Chardonnay s'harmonise avec les crustacés et les poissons en sauce. Le Sauvignon accompagne aussi bien les fruits de mer que les fromages de chèvre. Le Gamay, léger et fruité, s'accorde avec les cochonnailles et les potées hivernales alors que le Cabernet se sert avec les viandes et les volailles. L'angélique est une plante bisannuelle de la famille des ombellifères pouvant atteindre de hauteur en terrain frais et ensoleillé. La plante fleurit lors de la de végétation. Elle possède des propriétés toniques, stimulantes, digestives et antispasmodique. L'angélique se consomme directement ou s'utilise en pâtisserie pour parfumer la galette au beurre. Surnommée « l'herbe des anges » dans les Deux-Sèvres, l'angélique se consommait autrefois pour le goûter accompagnée d'une tartine de pain. La liqueur d'angélique est un liquide translucide d'un vert dense contenant 40 % d'alcool en volume, très légèrement sirupeux, composé d'angélique de cognac, de sucre (saccharose) et d'eau distillée. La liqueur d'angélique se consomme glacée en digestif aussi bien pure que sur de la glace pilée. Elle est très utilisée dans la préparation de nombreux cocktails, sorbets et desserts. Les céteaux se mangent grillés ou meunières. Les barbarins (petits rougets) cuisent dans du gros sel avant d'être dégustés. La sardine « royan » s'apprécie fraîche ou grillée. Langues. Il y avait trois parlers traditionnels en Poitou-Charentes :
Pas-de-Calais Le Pas-de-Calais () est un département français, qui doit son nom au pas de Calais (sans majuscule à « pas » et sans traits d'union), le détroit qui le sépare de l'Angleterre. La préfecture de ce département est Arras. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 62. Le Pas-de-Calais se caractérise par son territoire contrasté regroupant un patrimoine touristique et naturel important d'une part et des zones très urbanisées d'autre part. Il est l'un des départements les plus peuplés de France, porté par son extrémité Est qui abrite plus de la moitié de sa population sur moins d'un quart de sa surface. S'il ne possède pas de très grande ville, ni de centre urbain polarisant à lui seul tout l'espace départemental, il n'en dispose pas moins d'un réseau équilibré de villes moyennes et secondaires dont les principales sont Calais, Arras, Boulogne-sur-Mer et Lens. Il fut créé par regroupement de l'Artois (alentours d'Arras, Béthune, Lens et Saint-Omer) et d'une partie de l'ancienne Picardie (le littoral), deux territoires qui restent, encore aujourd'hui, assez différents culturellement et économiquement. Jusqu'au , le Pas-de-Calais était rattaché au département du Nord pour former la région Nord-Pas-de-Calais. Aujourd'hui, il constitue avec quatre autres départements, la région Hauts-de-France. Géographie. Localisation. Le Pas-de-Calais est situé dans le nord de la France, dans la région Hauts-de-France. Il est limitrophe des départements du Nord (dont les communes de Mœuvres, Boursies et Doignies sont enclavées dans le Pas-de-Calais) et de la Somme. Sur environ , le littoral de la Côte d'Opale est bordé par la Manche (de la frontière avec la Somme jusqu'à Calais) et la mer du Nord (de Calais jusqu'à la frontière avec le Nord). Le département regroupe les territoires français les plus proches du Royaume-Uni, principalement le cap Gris-Nez situé à seulement des côtes anglaises à vol d'oiseau. Cette façade littorale est l'une des plus riches de France en termes de diversité d'habitats d'intérêt européen. Géologie et relief. Les reliefs sont faibles (entre 0 et 200 mètres d'altitude) mais assez contrastés dans certaines parties du département (le Boulonnais est là où les différences de relief sont les plus marquées). L'altitude moyenne est de . Le point culminant du département se trouve entre Boulogne-sur-Mer et Saint-Omer, dans la commune d'Alquines (à d'altitude). Hydrographie. Plusieurs fleuves et rivières traversent le département, notamment l'Authie, la Canche, la Ternoise, la Liane, la Scarpe, la Lys et l'Aa. Climat. Le climat du Pas-de-Calais est de type océanique. Les amplitudes thermiques sont faibles, les hivers sont doux, les étés sont tempérés grâce à la brise marine et les précipitations sont régulières. Il existe des contrastes climatiques au sein du département : le caractère océanique étant plus marqué sur les côtes que dans les terres, et les reliefs étant les plus arrosés par les précipitations. La moyenne annuelle des températures est d'environ 11 °C dans tout le département. Paysages. Le littoral alterne entre les stations balnéaires à l'architecture typique anglo-normande et les sites naturels (caps, dunes et plages), pour certains protégés par le conservatoire du littoral, avec également des places urbaines et portuaires importantes que sont les agglomérations de Calais et de Boulogne-sur-Mer. Le bassin minier, situé autour de Béthune et Lens et qui se prolonge dans le département du Nord vers Douai et Valenciennes, garde des traces importantes de son passé ouvrier. Le paysage est marqué par les monts de résidus miniers appelés « terrils ». Dans les cités ouvrières sont visibles les « corons », habitats des mineurs reconnaissables à leur forme et leurs briques rouges. La ville d'Arras est connue pour ses deux places baroques et leurs façades qui s'alignent avec leurs pignons à volutes. L'agglomération de Saint-Omer est connue pour son vaste marais, réserve naturelle nationale, classé au titre de la Convention de Ramsar. Le centre et le sud du département sont davantage ruraux et agricoles. Le pays des Sept Vallées, surnommé le « poumon vert du Pas-de-Calais », en est un exemple. Les espaces boisés, dont la part occupée dans la superficie du département est assez faible en comparaison avec le reste du pays, sont principalement répartis dans le Boulonnais et le sud de la Côte d'Opale. Milieux naturels et biodiversité. Syndicat Mixte Eden 62. Eden 62, dépendant du conseil départemental du Pas-de-Calais, est un syndicat mixte qui gère des réserves et des sites naturels à travers le département. Eden 62 emploie 100 personnes, dont 80 gardes-nature. Certaines animations sont organisées par le syndicat "« Les Clubs Eden »" pour sensibiliser les plus jeunes aux grands enjeux de l'environnement par la découverte d'un site. Le Pas-de-Calais compte parmi les départements contenant le plus d'éoliennes, avec par exemple Fruges et ses bientôt 100 éoliennes en partenariat avec Ostwind, faisant de ce parc l'un des plus grands de France. Urbanisme. Habitat. Résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 6,7 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Pas-de-Calais dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Voies de communication et transports. Le département est traversé par plusieurs autoroutes : l'A1 (Paris-Arras-Lille), l'A16 (Paris-Côte d'Opale), l'A21 (bassin minier) et l'A26 (Calais-Arras-Reims). S'y ajoutent plusieurs routes importantes au niveau départemental : la N17 (Arras-Lens), la N42 (Boulogne-Saint-Omer), la N47 (Lens-La Bassée), la D928 (Saint-Omer-Abbeville) et la D939 ou « route de la mer » (Arras-Berck). Le département abrite environ 80 gares desservies par des TER Hauts-de-France. La gare de Calais-Fréthun permet de rejoindre Lille et Paris en TGV ainsi que Londres et Bruxelles en Eurostar. D'autres gares sont desservies par des TGV : les gares de Calais-Ville, Boulogne-Ville, Étaples-Le Touquet et Rang-du-Fliers sur une première ligne et celles d'Arras, Lens et Béthune sur une autre. Le réseau d'autobus Oscar, géré par le conseil départemental du Pas-de-Calais, dessert toutes les communes du département. D'autres réseaux desservent les différentes agglomérations : Artis à Arras, Imag'in à Calais, Marinéo à Boulogne-sur-Mer, Tadao à Lens et Béthune, etc. L'Angleterre est accessible rapidement depuis l'agglomération calaisienne, en bateau ou par le tunnel sous la Manche. Histoire. Création du département. Le Pas-de-Calais est l'un des 83 départements créés à la Révolution française, le , en application de la loi du . Pour créer ce département, le régime révolutionnaire fusionne une partie de la province de Picardie (Boulonnais, Calaisis et une partie du Ponthieu) avec l'Artois (reconquis sur les Pays-Bas du Sud un siècle plus tôt). En 1806, il y avait dans le département ayant pour langue maternelle le flamand, principalement dans les environs de Saint-Omer. Sous , c'est le Boulonnais qui est choisi pour assembler l'armée des côtes de l'Océan, devenue « Grande Armée », pour préparer le débarquement en Angleterre entre 1803 et 1805. La première distribution de la Légion d'honneur a lieu au camp de Boulogne le . Après la victoire des coalisés à la bataille de Waterloo le , le département entier est occupé par les troupes britanniques de à . Première Guerre mondiale. La Première Guerre mondiale est particulièrement dure dans ce département, alors habité par environ un million de personnes. Le front passant à quelques kilomètres à l'est de Lens et d'Arras, de nombreuses batailles marquent le territoire. Les hommes sont en grande partie mobilisés ou doivent travailler à la mine. Une partie de la population doit fuir. En 1918, des « comités de réfugiés » ou « unions de réfugiés » existent dans les zones les moins touchées et non-occupées, associant souvent Belges et Français (par exemple au Portel, à Berck, à Rang-du-Fliers, au et à Saint-Omer). À Boulogne-sur-Mer est créée une "Œuvre du placement gratuit des réfugiés". À Calais, un "Comité des réfugiés du Pas-de-Calais" cohabite avec un "Comité officiel belge de secours aux réfugiés". Leur interlocuteur commun est à la préfecture le service départemental des réfugiés et celui des évacuations, ainsi que la commission départementale des réfugiés (11 membres se réunissant deux fois par semaine à la préfecture, plus une sous-commission de trois membres traitant des urgences). La Croix-Rouge et de nombreuses œuvres charitables les aident. Au printemps 1918, un "Service de reconstitution des régions libérées" tente de préparer le retour des populations et la protection des biens, services et personnes dans les zones où l'ennemi a reculé. Il faut y faire parvenir des matériels, denrées et mobiliers, ce qui nécessite des moyens de transports difficiles à trouver. À la signature de l'Armistice, le Pas-de-Calais est probablement le département le plus dévasté. Plusieurs villes dont Lens sont rasées, les installations minières et les habitats attenants sont dévastés, et "« plus de deux cents communes rurales n'existent plus »" selon André Mabille de Poncheville. Le département est classé avec onze autres en zone rouge et souffre de séquelles physiques, psychiques et environnementales durant des décennies. Seconde Guerre mondiale. Le littoral, un peu épargné par la Première Guerre mondiale, est plus durement touché par la Seconde. Les ports de Calais et Boulogne-sur-Mer sont assiégés par les Allemands en , juste avant l'opération Dynamo à Dunkerque. Les Allemands craignant un débarquement venant d'Angleterre sur les côtes du Pas-de-Calais, de nombreux blockhaus et fortifications sont construits sur le littoral, formant partie du mur de l'Atlantique, mais également dans les terres comme la Coupole d'Helfaut, le blockhaus d'Éperlecques et la forteresse de Mimoyecques. En , différentes opérations de diversion ont lieu dans le Pas-de-Calais visant à couvrir le débarquement de Normandie. Les bombardements sont nombreux et certaines villes sont entièrement détruites. Les habitants vivent dans des caves ou partent se réfugier loin des conflits. Calais est déclarée détruite à 73 %, Boulogne-sur-Mer à 85 %. Cette dernière est la ville de France qui a connu le plus de bombardements aériens. C'est principalement dans le Pas-de-Calais que la grève patriotique des mineurs du Nord-Pas-de-Calais de mai-juin 1941 prive les Allemands de de charbon pendant près de deux semaines, déclenchant une répression terrible. C'est l'un des premiers actes de résistance collective à l'occupation nazie en France, qui se solda par plus d'une centaine d'arrestations, des exécutions et la déportation de . Équipements et services publics. Enseignement. Bien que peuplé de plus d'un million d'habitants, le Pas-de-Calais est resté longtemps dépourvu d'université. En 1991 et en 1992, l'université du Littoral et l'université d'Artois sont venues réparer cette anomalie. Elles présentent la particularité d'être multipolaires et inter-départementales : implantées à Boulogne-sur-Mer, Calais, Dunkerque et Saint-Omer pour l'une et Arras, Béthune, Douai, Lens et Liévin pour l'autre. La création de ces deux ensembles universitaires a accompagné le processus de massification de l'enseignement, sensible également dans le département autant que dans le reste du pays. Selon l'Insee, au travers du recensement général de la population 1999, les évolutions qu'a connues le département sont importantes. Entre 1990 et 1999, la proportion de jeunes scolarisés s'est sensiblement accrue. S'agissant des 16 à 18 ans, le taux de 96 % a pratiquement été atteint tandis que, dans la tranche d'âge située entre 19 et 24 ans révolus, le taux de scolarisation est passé de 32,5 à 46,8 %. Enfin, le nombre des personnes âgées de plus de 25 ans poursuivant des études a sextuplé en neuf ans, et il faut sans doute y voir l'impact de la création des structures universitaires. Le niveau moyen de formation initiale s'élève : les jeunes de 15 à 24 ans sortis de l'école sans diplôme ou avec un niveau certificat d'études primaires ne représentent plus que 7,1 % de leur classe d'âge, contre 24,1 % des personnes âgées de 30 à 39 ans, et 42,2 % des personnes âgées de 40 à 59 ans. Santé. Établissement Public de Santé Mentale du Val de Lys – Artois. Le Pas-de-Calais dispose d'une structure publique spécialisée dans le domaine de la psychiatrie, l"'Établissement Public de Santé Mentale du Val de Lys – Artois". Les secteurs géographiques couverts par cet établissement, situé dans la ville de Saint-Venant, regroupe une population d'environ . La structure médico-psychatrique met à disposition de la population un ensemble de services et d'équipements pour accueillir toute personne nécessitant des soins. L'établissement est réparti en 5 pôles d'activités majeurs dans les Hauts-de-France : Population et société. Gentilé. Les habitants sont appelés les "Pas-de-Calaisiens". Le sobriquet patoisant de « boyaux rouges » leur est également appliqué, principalement aux Artésiens. Démographie. Le Pas-de-Calais est un des départements les plus peuplés et les plus urbanisés de France. Pourtant, il n'a aucune très grande ville : la plus importante, Calais, représente environ "intra-muros", suivie de Boulogne-sur-Mer et d'Arras, quasiment ex-aequo. Le reste du top 10 est exclusivement occupé par des villes du bassin minier à l'est du département, qui s'est beaucoup développé au cours du et pendant la première moitié du . On n'y trouve pas véritablement de grande ville, mais autour des centres comme Lens, Liévin, Béthune, Bruay-la-Buissière et Hénin-Beaumont, une multitude de petites villes sont accolées les unes aux autres, formant une vaste et très dense conurbation qui se prolonge dans le département du Nord, formant un ensemble presque continu de plus de 1,2 million d'habitants. Jusqu'à la première Guerre mondiale, l'activité minière entretient une croissance démographique élevée ( vers 1850, presque 1 million en 1900). Le conflit affecte directement la zone (qui connut l'occupation allemande et fut l'un des principaux champs de bataille), mais la population ré-augmente fortement dès le lendemain de la guerre, pour atteindre . Après la crise économique de 1929, une autre période de décroissance s'amorce, prolongée par la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, la croissance revient avec la reconstruction et la population augmente nettement pendant une vingtaine d'années, de en 1946 à en 1968. Depuis, le nombre d'habitants stagne ( en 1999) : la population reste jeune et les naissances sont largement excédentaires sur les décès, mais le solde migratoire est fortement négatif à cause du déclin des activités minières et des industries liées. Certaines villes qui ne vivaient que des mines ont perdu jusqu'à la moitié de leur population au cours du dernier demi-siècle. Par contraste, la densité de population est bien plus faible dans le centre et le sud du département, parsemés de nombreux petits villages et de quelques petites villes. Autrefois, ce furent des villes comme Aire-sur-la-Lys, jusqu'au , qui s'avéraient les plus denses. Elles conservent malgré tout une population moyenne (l'agglomération d'Aire-sur-la-Lys compte tout de même ). Le Pas-de-Calais est le département qui a le plus grand nombre de communes (890). Toutes ces communes appartiennent à des structures intercommunales (voir la liste des communes). Sports et loisirs. Le Racing Club de Lens est le principal club de football du département. L'Union sportive Boulogne Côte d'Opale évolue aujourd'hui en National après avoir joué en Ligue 1 et en Ligue 2. Sur la Côte d'Opale, on pratique le char à voile, le cerf-volant, le speed sail, le kitesurf ou encore le tennis et le golf. Dans l'arrageois et le boulonnais, les clubs de courses en ligne de canoê et de kayak sont dynamiques. L"'ASL Grand Arras" est le club qui cumule les titres de champion de France depuis 1988, de nombreux athlètes ont brillé ou brillent au niveau international. Le club est engagé dans une dynamique de formation des jeunes, ils sont régulièrement placés sur les podiums européens et mondiaux. En 2012, le Pas-de-Calais a fait office de "base arrière" pour les Jeux olympiques de Londres où de nombreuses délégations sportives françaises et étrangères sont venus pour peaufiner leur préparation avant les Jeux. Le département accueillera et mettra à disposition des équipes sportives ses infrastructures pour la préparation des jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 : un engagement concrétisé par l’obtention du label "Centre de Préparation aux Jeux". Le Pas-de-Calais est traversé par sept sentiers de grande randonnée (GR) et onze sentiers de grande randonnée de pays (GRP). Économie. L'exploitation minière et le textile furent les deux principales activités dans le Pas-de-Calais. Mais maintenant, les deux activités sont arrêtées. L'activité touristique est importante, sur le littoral notamment. Le port de Calais est, avec son homologue de Douvres en Angleterre, l'un des principaux ports de passagers du monde. Le port de Boulogne-sur-Mer, quant à lui, est aujourd'hui le premier port de pêche de France et le premier centre européen de transformation des produits de la mer. Agriculture. L'agriculture est le secteur qui représente le plus d'emplois dans ce département. Ses productions sont : en première position le végétal (blé, maïs, orge, maraichage), en deuxième position le lait de vache , et en troisième position les viandes bovines et porcines. Le Pas-de-Calais a besoin de l'agriculture pour son économie. Tourisme. La Côte d'Opale est le principal lieu touristique du département, avec ses longues plages, ses stations balnéaires (Berck, Le Touquet, Hardelot, Wimereux, Wissant, etc.), ses sites naturels (baie de Canche, baie d'Authie, mont Saint-Frieux, dunes d'Écault, cap Gris-Nez, cap Blanc-Nez, platier d'Oye, etc.) ainsi que le centre national de la mer Nausicaá à Boulogne-sur-Mer, considéré comme « le plus grand aquarium d'Europe » et l'un des sites les plus visités du nord de la France. Le Pas-de-Calais compte de nombreux monuments historiques : églises, cathédrales et basilique (par exemple à Saint-Omer, à Arras et à Boulogne-sur-Mer), châteaux (par exemple à Hardelot, à Boulogne-sur-Mer et à Fresnicourt-le-Dolmen), villes fortifiées, forts et citadelles (par exemple à Montreuil, à Boulogne, à Arras et à Ambleteuse), hôtels de ville (par exemple à Arras et à Calais) et grandes places (par exemple à Béthune, à Aire-sur-la-Lys, la place des Héros et la Grand-Place à Arras). Typiques du nord de la France et de la Belgique, les beffrois d'Arras, de Calais, de Boulogne, de Béthune, d'Aire-sur-la-Lys et d'Hesdin sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005. Un tourisme du souvenir des deux guerres mondiales s'est développé autour du musée de centre d'histoire du Mémorial 14-18 de Souchez, du musée de Mémoire 39-45 de Calais, du mémorial de Vimy, de la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette, de la coupole d'Helfaut et du blockhaus d'Éperlecques. Le tourisme industriel se développe autour de l'ancien bassin minier et de l'entreprise Arc international à Arques. Le département abrite aussi plusieurs musées : le Louvre-Lens, le musée des Beaux-Arts à Arras, Maréis à Étaples-sur-Mer, la maison de la Beurière à Boulogne-sur-Mer, la cité internationale de la dentelle et de la mode et le musée des Beaux-Arts à Calais, le musée de l'hôtel Sandelin à Saint-Omer, le musée de France d'Opale Sud à Berck, le Stade Parc et piscine à Bruay-la-Buissière, etc.
Puy-de-Dôme Le Puy-de-Dôme () est un département du centre de la France situé dans la région administrative Auvergne-Rhône-Alpes. Son nom lui vient du volcan endormi : le puy de Dôme. Il correspond de façon assez éloignée à l'ancien Bas-Pays d'Auvergne, une subdivision administrative de la province d'Auvergne sous l'Ancien Régime. Ses habitants s'appelaient les "Puydomois", appellation entérinée par le conseil général en , puis modifiée, au , à la suite de nombreux courriers reçus au siège du conseil général. L'appellation officielle aujourd'hui, reproduite sur tous les documents, est "Puydômois". L'Insee et la Poste attribuent au département le code 63. Histoire. Le département a été créé à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir d'une partie de la province d'Auvergne. À sa création en 1790, le département devait s'appeler "Mont-d'Or", mais le député de Clermont-Ferrand, Gaultier de Biauzat intervint car il pensait que ce nom attirerait l'attention de l'administration fiscale sur ses concitoyens ; il fut écouté et le département s'appela finalement Puy-de-Dôme. Le département actuel correspond à une partie seulement de l'ancienne subdivision administrative appelée « Basse-Auvergne », à laquelle ressortissaient aussi une partie de l'actuel département de l'Allier (Combrailles, Nord de la Limagne entre Aigueperse et Saint-Pourçain, la ville de Cusset et la Montagne bourbonnaise) et le Brivadois (région de Brioude) actuellement dans la Haute-Loire, sans oublier la frange nord-est du Cantal (jusqu'à la Rhue), comprenant le Cézallier. Au la région Auvergne, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Rhône-Alpes pour devenir la nouvelle région administrative Auvergne-Rhône-Alpes. Géographie. Le Puy-de-Dôme fait partie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il est limitrophe des départements de l'Allier, de la Loire, de la Haute-Loire, du Cantal, de la Corrèze et de la Creuse. Dans le département se trouvent plusieurs chaînes de montagnes : La plaine de la Limagne, vallée de l'Allier et de la Dore, est située au nord et au centre du département. Climat. Par sa position sur le continent et sa topographie accidentée, transversale au flux humide dominant d'ouest, c'est un territoire de vives transitions climatiques, de la montagne à la plaine et de l'océanique au continental, générant diversité et paradoxes. Ainsi, la pluviométrie varie de un à quatre des lieux les plus secs aux plus humides. Les montagnes du Sud-Ouest (Sancy, Cézallier) sont abondamment arrosées et enneigées, tandis que les Limagnes au centre sont protégées par un puissant effet de foehn et voient augmenter la part des orages dans le total des précipitations. À l'est, le foehn s'estompe à l'approche de l'autre barrière formée par les monts de Livradois et Forez. Le Puy-de-Dôme est l'un des départements les plus orageux de France : les orages diurnes sont très fréquents, parfois violents. Ceci s'explique par le relief du département, plateaux, collines, dômes, volcans attirant la foudre. La géologie des plateaux auvergnats, plateaux ferreux et volcaniques du département jouent également un rôle, ainsi que l'influence des masses d'air : air humide et continental de l'Auvergne, air chaud en provenance du sud du Massif central, air frais et légèrement humide en provenance de l'Atlantique. L'écart thermique moyen entre les lieux les plus chauds et les plus froids est de au profit des plaines. Mais en hiver un phénomène d'inversion de températures les rend régulièrement plus froides que les montagnes. Économie. Jusqu'à l'aube de la révolution industrielle, le département était à vocation quasiment purement agricole. Les zones de montagne produisaient du fromage, les coteaux étaient plantés de de vigne à la fin du . La plaine fertile de la Limagne, exploitée depuis près de (découverte de plus de vingt villas gallo-romaines) était majoritairement ensemencée de céréales et accompagnée d'élevage bovin. Agriculture. Si les zones de montagne produisent toujours du fromage, dont cinq bénéficient de la protection AOP (Bleu d'Auvergne, Cantal, Fourme d'Ambert, Salers, et Saint-nectaire), l'élevage s'est diversifié et produit aujourd'hui également de la viande en élevage extensif, salers sur les hauts plateaux du Sancy et broutards charolais destinés à l'exportation dans les collines des Combrailles. À contrario, le vignoble a quasiment disparu. Victime du phylloxera à la fin du , il ne fut pas replanté car ce fut l'époque où de gros industriels en phase de développement très rapide avaient justement besoin de beaucoup de bras. Comme ces vignobles fournissaient seulement du vin de table à bas prix, les paysans vignerons préférèrent aller travailler dans les usines aux revenus beaucoup plus sûrs. Beaucoup de ces coteaux sont encore aujourd'hui des friches à l'abandon. Dans la plaine, les zones de cultures se sont étendues (en remplaçant l'arboriculture et les prairies) et les champs de blé côtoient aujourd'hui ceux de maïs, de tournesol et de colza, à destination de l'alimentation humaine et semences. La fermeture en 2019 de la dernière sucrerie du département, la sucrerie de Bourdon d'Aulnat, a stoppé net la culture séculaire de betteraves sucrières dans le département. La baisse de la consommation du tabac, couplé à la fermeture de l'usine de cigarettes de Riom en 2017, a réduit la culture également séculaire du tabac à l'état de relique (65Ha en 2017 contre plusieurs centaines entre deux guerres). Agroalimentaire. Le secteur agroalimentaire, avec ses petites et moyennes entreprises (PME) ou grosses sociétés dans le domaine des céréales (Limagrain), des eaux minérales, produits laitiers, produits carnés, sylviculture, miels, confitures et fruits confits emploie plus de , appuyés par l'une des plus fortes implantations de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE). Volvic, Limagrain, ou la Société laitière des volcans d'Auvergne sont les sociétés les plus connues. Le secteur des eaux minérales est également représenté par Chateldon, Rozana, Sainte-Marguerite, Châteauneuf, Saint-Diéry, Arvie, Mont-Dore, Aquamark, etc. Finances. La Banque de France, pour produire ses billets, a deux sites dans le Puy-de-Dôme : un situé à Longues (commune de Vic-le-Comte) qui produit le papier spécial (ce site étant la papeterie) et l'autre à Chamalières qui imprime sur le papier fourni par le site de Longues (ce site étant l'imprimerie). De nombreux transports entre les deux sites ont lieu mais qui devraient cesser à l'issue du projet de regroupement des deux sites prévu d'ici 2022 sur le site de Longues, ce qui laissera les bâtiments du site de Chamalières vide de toute production. Industrie. À la fin du et pendant tout le , le Puy-de-Dôme s'est industrialisé. La principale industrie est aujourd'hui le secteur des pneumatiques, représenté par Michelin, leader mondial du secteur, dont le siège social est situé depuis l'origine place des Carmes Déchaux à Clermont-Ferrand. D'autres villes industrielles sont aussi actives dans le département, notamment Issoire, Thiers, et Ambert. Mais le tissu industriel s'est largement diversifié : industrie métallurgique (Aubert et Duval, Alcan), mécaniques (Valeo), industrie agro-alimentaire, avec Limagrain, Socopa, fruits confits, laiteries, technologie des élastomères (Trelleborg Industrie), industrie pharmaceutique (MSD-Chibret). Thermalisme. Le Puy-de-Dôme compte six des dix stations thermales auvergnates (La Bourboule, Châteauneuf-les-Bains, Châtel-Guyon, Mont-Dore, Royat-Chamalières et Saint-Nectaire), dont les plus actives sont Le Mont-Dore et Royat-Chamalières avec près de chacune. La station thermale de La Bourboule dans le Puy-de-Dôme, créée en 1875 à la suite de la découverte des eaux thermales, a été un centre touristique d'importance, notamment autour de 1900, lorsque y venaient chaque année. La fréquentation est aujourd'hui plus faible, mais en renouveau avec en 2015. Tourisme. Le département du Puy-de-Dôme se caractérise tout d'abord par ses 80 volcans, parmi lesquels le puy de Dôme, dont le sommet culmine à plus de , le Grand Sarcouy, le puy Pariou, le puy de Côme et le Puy Clerziou, équipés de sentiers balisés et parfaits pour les randonnées en pleine nature. Le Puy-de-Dôme est le point culminant de la chaîne des Puys. Aussi, depuis 2002, Vulcania, parc européen du volcanisme, a dépassé 5 millions de visiteurs et permet de mieux comprendre l'histoire et le fonctionnement des volcans, avec des films et animations autour des dinosaures, des geysers et mouvements terrestres, mais aussi la création d'une 'Cité des enfants' en partenariat avec la Cité des Sciences de Paris. Le parc régional des volcans d'Auvergne et le relief volcanique offrent aussi de nombreux lacs pour la pêche, le nautisme ou la baignade, tels que le Gour de Tazenat, les lacs Pavin, Chambon, Chauvet, Servières, de Lastioulles, de la Crégut, de la Landie et de Guéry. Le lac d'Aydat quant à lui est plus le lieu de villégiature dominicale des Clermontois en raison de sa proximité avec la préfecture départementale. Mais c'est aussi un lieu de pratique de sports nautiques. On peut également citer les gorges de la Sioule, de Courgoul, de la Monne, de Chouvigny, d'Enval, de Montfermy et d'Avèze, les réserves naturelles de la vallée de Chaudefour, des Sagnes de La Godivelle, les nombreuses cascades, et ses deux parcs naturels régionaux des volcans d'Auvergne et du Livradois-Forez.. Résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 10,2 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes du Puy-de-Dôme dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Culture. Langues régionales. Une grande partie du département appartient à l'aire linguistique de l'occitan sous sa forme auvergnate. Le département du Puy-de-Dôme se nomme "Puèi de Doma" ou "Puèi Domat" en langue occitane. L'extrême sud-est du département quant à lui, autour d'Arlanc, est également de zone nord-occitane mais cette fois-ci de dialecte vivaro-alpin. Les bordures occidentales du département, surtout au nord-ouest, appartiennent quant à elles au dialecte occitan limousin (partie ouest de l'ancien canton de Pionsat). Une partie nord du département se rattache pour sa part aux parlers du Croissant, aire linguistique de transition linguistique entre langue occitane et langue d'oïl et où toutes deux s'y rejoignent et s'y mélangent. Au sein de cette zone c'est une grande partie du canton de Saint-Éloy-les-Mines qui s'apparente au parler de la région montluçonnaise . Quelques communes au nord-est du département sont classées comme de langue francoprovençale selon l"'Atlas sonore des langues régionales". Politique. Département de tradition ouvrière (Michelin à Clermont-Ferrand, la coutellerie à Thiers…), le Puy-de-Dôme est un fief du Parti socialiste. À l'issue des élections municipales de 2020, les principales villes du département (Clermont-Ferrand, Cournon-d'Auvergne, Thiers) sont dirigées par des majorités de gauche alors que seules Issoire et Riom résistent à droite. Les zones rurales ont également plutôt tendance à donner leurs suffrages aux candidats de gauche, à l'exception de l'Ouest du département (circonscription législative de Clermont-Montagne). Sur cinq députés, trois appartiennent à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale et deux à Ensemble !. Lors de l'élection présidentielle française de 2012, François Hollande a réalisé dans le Puy-de-Dôme un score de 60,47 % des voix contre 39,53 % pour Nicolas Sarkozy. Le Puy-de-Dôme est donc un département fortement ancré à gauche. Quelques secteurs échappent à cette prédominance : des cantons ruraux du nord-ouest et de l'ouest du département, des communes de la Limagne (secteur de Lezoux notamment), et de l'ouest de l'agglomération clermontoise : Royat et Chamalières, fief de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing (son fils Louis Giscard d'Estaing est maire actuel de la commune). Le conseil général (puis départemental) du Puy-de-Dôme a été dirigé de 2004 à 2021 par le Clermontois Jean-Yves Gouttebel (membre du Parti socialiste jusqu'à son exclusion le ). Ce dernier avait succédé au Riomois Pierre-Joël Bonté, élu à la région. Le , Lionel Chauvin (Union des républicains et indépendants) est élu président du conseil départemental du Puy-de-Dôme. Le siège de l'instance départementale se situe dans l'hyper-centre de la préfecture, rue Saint-Esprit. Les conseillers généraux siégeaient jadis dans la chapelle des Cordeliers. Divers. La mascotte du département est la loutre. Depuis janvier 2015, le Puy-de-Dôme a sa monnaie locale : la doume.
Pyrénées-Atlantiques Le département des Pyrénées-Atlantiques (), appelé Basses-Pyrénées jusqu'en 1969, est un département français situé à l'extrême sud-ouest du territoire de la France métropolitaine, dans la région Nouvelle-Aquitaine. Il tire son nom de la chaîne montagneuse qui le traverse au sud et de l'océan qui le borde à l'ouest. Il est subdivisé en trois arrondissements et sa préfecture est la ville de Pau. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 64. Culturellement, le département réunit deux régions historiques : le Béarn avec Pau comme chef-lieu du département et le Pays basque français avec Bayonne comme ville principale. Histoire. Le département a été créé sous le nom de département des Basses-Pyrénées à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir de la province du Béarn (incluant la Basse-Navarre), des terres du Labourd et de la Soule (qui relevaient de la province de Gascogne) ainsi que de quelques paroisses du Soubestre rattachées administrativement à la subdélégation de Saint-Sever. Le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule forment les trois provinces du Pays basque français. Navarrenx fut choisie comme premier chef-lieu du département des Basses-Pyrénées (), avant que la ville de Pau ne lui succède, le . On peut noter la présence de deux enclaves des Hautes-Pyrénées regroupant cinq communes dans l'Est du département. Le département prend le nom de Pyrénées-Atlantiques par décret du car les habitants du département trouvaient le terme de Basses-Pyrénées réducteur par rapport au département des Hautes-Pyrénées. Au la région Aquitaine, à laquelle appartenait le département, fusionne avec les régions Poitou-Charentes et Limousin pour devenir la région Nouvelle-Aquitaine. Géographie. Le département des Pyrénées-Atlantiques fait partie de la région Nouvelle-Aquitaine. Il est limitrophe des départements des Landes, du Gers et des Hautes-Pyrénées, ainsi que de l'Espagne (communauté autonome d'Aragon, communauté forale de Navarre, communauté autonome basque). Il est bordé à l'ouest par le golfe de Gascogne ou de Biscaye (côte basque). La chaîne des Pyrénées traverse le département d'est en ouest du col d'Aubisque à l'embouchure de la Bidassoa. Climat. Les Pyrénées-Atlantiques connaissent une variation d'altitude de près de entre les points le plus bas et le plus élevé. On rencontre donc plusieurs types de climat. La température moyenne du département s'abaisse depuis les plaines jusqu'aux sommets les plus élevés, où il peut neiger à toute période. La température dite normale est celle des plaines : elle est exceptionnellement douce. Le climat a plusieurs caractéristiques : Démographie. Il ne semble pas y avoir de nom particulier pour désigner les habitants des Pyrénées-Atlantiques. La partie occidentale est principalement habitée par les Basques et la partie orientale par les Béarnais, qui depuis la Révolution et la création du département partagent le même département. Cependant, de 1790 à 1969, les habitants étaient appelés "Bas-Pyrénéens". Les Pyrénées-Atlantiques ont un taux de fécondité au-dessous de la moyenne française avec 1,7 enfant par femme. Culture. Langues. Le français est la langue officielle, comme dans le reste du territoire français. Les langues autochtones sont au nombre de deux : l'occitan (dialecte gascon/béarnais) et le basque. Gascon/Béarnais. Le gascon, langue occitane, est parlé principalement en Béarn où il prend le nom de béarnais, ainsi que dans plusieurs communes de la communauté d'agglomération du Pays Basque situées sur la limite linguistique : Montory, Lichos, Osserain-Rivareyte, Bergouey-Viellenave, Arancou, Came, Bidache, Sames, Guiche, Urt, Biarritz, Anglet, Bayonne et Boucau. La Bastide-Clairence, commune située dans la province basque de Basse-Navarre, constitue une enclave de langue gasconne en territoire basque. De par leur particularité linguistique, ces communes sont souvent qualifiées de nos jours de "sharnègas" en gascon ou "xarnegu" en basque ("métisses" en français). Le gascon/béarnais est enseigné à ce jour dans l'enseignement public et l'enseignement catholique privé sous contrat d'association via le système de la parité horaire. Des écoles privées associatives, les écoles Calandreta, proposent quant à elles un enseignement immersif. Basque. La langue basque est parlée dans les Pyrénées-Atlantiques dans ses variantes dialectales navarro-labourdine et souletine. On la retrouve principalement dans les trois provinces basques de France que sont le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule, ainsi que dans la commune d'Esquiule rattachée à la communauté de communes du piémont oloronais ainsi qu'au Béarn. La langue basque est enseignée à ce jour dans l'enseignement public et l'enseignement catholique privé sous contrat d'association via les systèmes bilingue et immersif. Des écoles privées associatives, les ikastolas, proposent quant à elles un enseignement immersif total. Le département compte trois villes labellisées : Bayonne, Oloron-Sainte-Marie et Pau ainsi que trois pays d'art et d'histoire : le pays du Béarn des Gaves, le pays des Pyrénées béarnaises et le pays de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure. Autres distinctions. Cinq villages sont classés Les Plus Beaux Villages de France. En Béarn, Navarrenx et au Pays basque, Sare, Ainhoa, Saint-Jean-Pied-de-Port et La Bastide-Clairence. De plus Navarrenx est considérée comme la capitale mondiale de la pêche au saumon. Gastronomie. Le Béarn et le Pays basque français, offrent toutes les spécialités gastronomiques du Sud-Ouest : Le Béarn a développé quelques spécialités : La sauce béarnaise n'a rien de béarnais puisqu'elle a été inventée en région parisienne. Le Pays basque a aussi ses spécialités : Quant au célèbre jambon de Bayonne, il est commun au Béarn et au Pays basque car il est préparé à proximité des marais salants de l'ensemble du bassin hydrographique de l'Adour. Le fromage ossau-iraty bénéficiant d'une appellation d'origine contrôlée, partage aussi cette appartenance commune basco-béarnaise. On notera aussi le célèbre "gâteau russe" repris par Artiguarrède, à Oloron-Sainte-Marie et Pau. Architecture. Les maisons. La vie sociale et politique des Basques s'organise autour de l’"etxe", car seuls les chefs de famille propriétaires d’une maison assistaient aux assemblées du village. C’est l'élément initial d’intégration dans la communauté. L’aîné de la famille héritait de la maison. Comme l’"etxe", la maison basque, la "casa" (ou "ostau") béarnaise est la pierre angulaire de l’identité de la famille. La hiérarchie sociale s'établissait sur la base de la « case » transmise avec l’ensemble des terres à l’aîné. La maison béarnaise est bâtie avec des galets du gave gris dans le mortier. Des tuiles plates ou plus fréquemment des ardoises sont présentes sur les toits. L’une des caractéristiques essentielles de la maison béarnaise est ainsi sa toiture : la pente peut atteindre 50°, ou même plus. Au Pays basque comme dans le Béarn, les maisons varient selon les vallées, selon les aires géographiques. Tourisme. Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du , 13,4 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes des Pyrénées-Atlantiques dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Politique. Certains mouvements politiques locaux de l'ouest du département demandent la partition des Pyrénées-Atlantiques, et donc la séparation administrative en deux départements : le Pays basque français et le Béarn. Administration. Le département comporte une préfecture, Pau, et deux sous-préfectures, Bayonne et Oloron-Sainte-Marie. En ce qui concerne l'intercommunalité, le département compte 9 groupements de communes à fiscalité propre : 7 communautés de communes, plus une dont le siège est situé dans les Hautes-Pyrénées, et 2 communautés d'agglomération (la CA du Pays Basque et la CA Pau Béarn Pyrénées). Jusqu'au , le département avait 26 communautés de communes et 3 communautés d'agglomération : la communauté d'agglomération de Pau-Pyrénées, l'agglomération Côte Basque-Adour et l'agglomération Sud Pays basque.
Pyrénées-Orientales Les Pyrénées-Orientales ( ; ; ) sont un département français situé au sud de la région Occitanie. Sa limite méridionale correspond à la frontière avec l'Espagne (province de Gérone, Catalogne). Son territoire correspond à l'ancienne province du Roussillon agrandi du pays du Fenouillèdes (pays de tradition languedocienne). Sa préfecture est Perpignan. Les autres pays traditionnels du département sont la plaine du Roussillon, la Haute Cerdagne, le Conflent, le Vallespir, les Aspres, les Albères, la Salanque et le Capcir. L'Insee et la Poste lui attribuent le code 66. Il n'y a pas de terme officiel pour désigner les habitants des Pyrénées-Orientales, couramment appelés "Catalans", "Catalanes" ou "Roussillonnais", "Roussillonnaises", bien que ces termes puissent prêter à confusion avec les habitants de la Catalogne et ceux du seul Roussillon. Les Pyrénées-Orientales font à la fois partie du Grand Sud-Ouest français et du Grand Sud-Est français. Géographie. Localisation. Le département des Pyrénées-Orientales fait partie de la région Occitanie. Ses frontières sont constituées de la mer Méditerranée à l'est, l'Espagne (Catalogne, province de Gérone) au sud, du département de l'Aude au nord, de l'Andorre et du département de l'Ariège à l'ouest. Il fait partie des rares départements français (avec les Alpes-Maritimes, les Pyrénées-Atlantiques, l'Aude et la Corse) qui permettent à leurs habitants et aux touristes de profiter à la fois de la montagne et de la mer. Points extrêmes du département des Pyrénées-Orientales : C'est sur le territoire de la commune de Finestret que se trouve le centre géographique des Pyrénées-Orientales, à proximité du Puig des Feixes (). Géologie et relief. La majeure partie du département est située à l'extrémité orientale de la chaîne des Pyrénées. Immédiatement à l'est de cette chaîne se trouvent la plaine du Roussillon et le littoral du Roussillon, qui sont également situés dans le département. Les montagnes pyrénéennes se sont formées lorsque la plaque tectonique ibérique a convergé avec la plaque tectonique eurasienne au cours d'une période s'étendant d'environ 100 à 30 millions d'années Mais la plupart des formations géologiques de la partie montagneuse du département (la partie située dans la zone axiale des Pyrénées, y compris les massifs du Puigmal, du Canigou et des Albères) datent de périodes beaucoup plus anciennes, de 550 à 350 millions d'années environ (Néoprotérozoïque au Carbonifère). Ces formations ont été intensément déformées et métamorphosées pendant l'orogenèse hercynienne (ou varisque), qui a atteint son apogée il y a environ 300 millions d'années. Dans les Fenouillèdes et d'autres zones de la partie nord du département, on trouve des formations géologiques datant d'environ 200 à 100 millions d'années. Lorsqu'à partir de 30 millions d'années environ, une période d'extension et de subsidence tectonique s'est installée, la plaine du Roussillon et le golfe du Lion se sont formés. Un processus similaire à l'intérieur des Pyrénées orientales a conduit à la formation de bassins géologiques en Conflent, Cerdagne et Capcir. Le relief de nombreuses parties du département a été profondément modifié à la suite de conditions climatiques très froides au cours des 2 millions d'années les plus récentes. On observe une érosion par les glaciers notable, par exemple dans les vallées du Carol (Cerdagne) et de la haute Têt. Le point culminant est le pic Carlit (), mais la montagne la plus connue reste le pic du Canigou. Hydrographie. Les Pyrénées-Orientales sont traversées d'ouest en est par trois fleuves parallèles, le Tech, la Têt et l'Agly. C'est également dans les Pyrénées-Orientales que l'Aude prend sa source. Le Sègre et son affluent le Carol prennent leur source en Cerdagne française et s'écoulent naturellement vers l'Espagne pour rejoindre l'Èbre. Climat. Le climat, de type méditerranéen, permet d'avoir des hivers relativement doux, les chutes de neige étant très rares en plaine. Les étés sont chauds. Les vents jouent un grand rôle, en particulier la Tramontane, vent du nord-ouest, qui atteint fréquemment des vitesses supérieures à . Le vent marin (la Marinade) apporte pour sa part grisaille et pluie. Toponymie. En catalan, le département se nomme "Pirineus Orientals", et en occitan "Pirenèus Orientals". Lors de sa création le , le territoire se nomme d'abord "département du Roussillon". Mais ce nom rappelle trop la province de l'Ancien Régime et change donc dès le pour celui de "département des Pyrénées-Orientales". Les catalanistes donnent aux Pyrénées-Orientales le nom de "Catalogne nord" (ou "Catalogne du Nord"), voire de "Catalogne française". Ce premier terme a été inventé dans les années 1930 par Alphonse Mias, militant catalaniste et fondateur de la revue-mouvement Nostra Terra, qui souhaitait rappeler les liens historiques et culturels de cette région avec le reste des territoires catalans. Le choix des noms "Catalogne Nord", "Catalogne du Nord," "Roussillon" ou "Pyrénées-Orientales," traduit plus ou moins l'attachement à une identité catalane. L"'Institut d'Estudis Catalan (IEC)", l'académie normative de la langue catalane dont le siège est à Barcelone a officialisé le toponyme "Catalunya del Nord" en lieu et place de "Catalunya Nord "depuis le 19 juin 2007. Le terme Catalogne Nord a obtenu une première forme de reconnaissance officielle lors de la session du conseil départemental des Pyrénées-Orientales du , où a été approuvée une "Charte en faveur du catalan". Celle-ci déclare en préambule que « La langue catalane, née il y a plus de mille ans, constitue un des piliers de notre identité, du patrimoine et de la richesse du département des Pyrénées-Orientales (Catalunya Nord) ». Le terme "Catalogne Nord", écrit toutefois en catalan et non en français, apparaît ainsi pour la première fois sur un document officiel. Histoire. Le département des Pyrénées-Orientales est créé à la Révolution française en application de la loi du , à partir de la province du Roussillon et d'une partie du Languedoc appelée Fenouillèdes. Le , Jean-Xavier Bureau de Pusy présente à la Constituante un "Rapport sommaire sur la nouvelle division du royaume", assortit d'un "Tableau des départements, suivant l'ordre du travail" dans lequel il propose que « le Roussillon, agrandi par une petite cession du Languedoc », forme un département « termin(ant) la chaîne des Pyrénées ». Il convient de l'exiguïté d'un tel département qui n'aurait que « deux cents lieues (carrées) » de superficie ; mais la justifie par « sa position physique (qui) ne permet pas de l'étendre sans tomber dans une contradiction manifeste avec les motifs qui ont déterminé la division (du royaume) en départements ». « En effet, poursuit-il, le Roussillon, borné au midi par la grande chaîne des Pyrénées, est séparé à l'ouest du pays de Foix, par des montagnes presque incommunicables ; au nord, il est séparé du Languedoc par une autre chaîne de montagnes, et sa limite orientale est bornée part la mer (Méditerranée) ». Le 9 février suivant, l'Assemblée nationale constituante prend un « décret particulier », portant création d'un « département du Roussillon » ayant la ville de Perpignan pour chef-lieu et divisé en trois « districts » ayant respectivement Perpignan, Céret et Prades pour chefs-lieux. Elle le réitère le 26 février suivant, dans son « décret général », "relatif à la division du royaume en quatre-vingt-trois département", dont l'article 65 du titre II crée le département des Pyrénées-Orientales, ayant Perpignan pour chef-lieu et siège de son assemblée, et divisé en trois districts ayant respectivement Perpignan, Céret et Prades pour chefs-lieux. Sanctionné par lettre patente du 3 mars 1790, ce décret général devient la loi des 26 février – 3 mars 1790. Deux dates permettent de mieux comprendre l'histoire de ce département : Malgré la création du département en 1790, les différences se sont maintenues entre les deux entités. Les Catalans utilisent le terme péjoratif de "gavatxos" pour désigner les habitants du Fenouillèdes et de l'Aude. En fait, ce terme est toujours très répandu en Espagne sous les formes "gavatx" (en catalan) et "gabacho" (en castillan). "Gavatx" pourrait être assimilé au mot "Boche" en français . Mais il désigne les Français. Il est encore vivace car la dernière invasion de l'Espagne date des guerres napoléoniennes. Dans la partie catalonophone des Pyrénées-Orientales, ce terme a perdu sa connotation agressive et est devenu moqueur, il est plus assimilable au "franchouillard" usité par les Français, ou au mot "Teuton" que ceux-ci emploient pour désigner les Allemands. La couronne espagnole, désireuse de retrouver son ancienne possession, envahit avec ses troupes le département en avril 1793, mais la France le récupéra treize mois plus tard, avec la guerre du Roussillon. Au , les Pyrénées-Orientales furent l'un des départements les plus républicains de France. François Arago, homme politique et savant né à Estagel, en est le symbole. Au la région Languedoc-Roussillon, à laquelle appartenait le département, fusionne avec la région Midi-Pyrénées pour devenir la nouvelle région administrative Occitanie. Politique et administration. Politique. Actuellement, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales est Hermeline Malherbe-Laurent (PS), la tête du département depuis novembre 2010. Pays. Les Pyrénées-Orientales sont organisées en 4 pays : Économie. L'économie du département repose traditionnellement sur l'agriculture, dominée par l'arboriculture (nombreux vergers de pêchers, d'abricotiers et de cerisiers), le maraîchage (salades, artichauts notamment) et la viticulture. Dans ce domaine, les Pyrénées-Orientales se distinguent par une importante production de VDN (vins doux naturels), avec quatre appellations prestigieuses : Banyuls, Maury, Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes, sans compter le Byrrh, élaboré dans les caves de Thuir. On produit aussi de nombreux vins secs AOC, rouges surtout, dont l'appellation Collioure est sans doute la plus connue. L'élevage, en recul pendant plusieurs décennies, semble trouver une nouvelle vitalité, en particulier celui des bovins (production de viande de veau IGP "Rosée des Pyrénées catalanes" et "Vedell des Pyrénées catalanes"). L'agriculture biologique trouve dans les Pyrénées-Orientales un lieu de prédilection puisque ce sont près de 10 % de la SAU du département qui sont aujourd'hui convertie à ce mode de production respectueux de l'environnement. Il faut cependant préciser qu'à peine plus de , si on excepte les saisonniers, vivent de l'agriculture. Les entreprises industrielles sont peu nombreuses, et ne peuvent constituer une ressource suffisante pour le département, qui connaît un important taux de chômage (plus de 15 % de la population active). La majorité de la population travaille dans le secteur tertiaire (administration, services, distribution, tourisme**). Le recensement de 1999 donnait les chiffres suivants dans la répartition des actifs : Le taux de pauvreté dans le département s'élève à 20,70 % en 2022. Démographie. La ville de Perpignan (122 000 habitants) en regroupe plus d'un quart à elle seule, et plus de la moitié avec sa banlieue. C'est la seule ville importante, et seules les villes de Canet-en-Roussillon, Saint-Estève, Saint-Cyprien, Argelès-sur-Mer, Cabestany et Saint-Laurent-de-la-Salanque dépassent les . Les autres villes importantes sont Rivesaltes, Bompas, Pia, Thuir, Céret, Elne, Le Soler, Prades et Toulouges, comptant chacune entre et . L'arrondissement de Perpignan, avec en , est celui qui compte le plus d'habitants dans le département. En effet, les deux autres, les arrondissements de Céret et de Prades, comptent respectivement et . La répartition par tranches d'âge montre un nombre relativement élevé de personnes âgées de 60 ans et plus (29 % de la population contre 21,3 % pour l'ensemble de la France). Cette vieillesse de la population a pour conséquence un taux de mortalité supérieur à celui des naissances. Pourtant la population est en augmentation constante depuis plusieurs décennies grâce à un solde migratoire nettement positif. Le département attire en particulier des retraités grâce à son climat agréable, ce qui contribue à la fois à l'augmentation de la population et à son vieillissement. Immigration. En 2012, le département comptait immigrés. Langues et culture. La plus grande partie du département est historiquement de culture catalane, sauf dans le Fenouillèdes, au nord, de culture occitane. Le français est la langue communément parlée dans le département, on estime cependant qu'un quart de la population sait parler catalan. D'après Abel Hugo, en 1835, la langue catalane était la seule en usage parmi le peuple du Roussillon. L'État impose historiquement le français comme seule langue d'usage et de scolarisation. En 1700, un édit de Louis XIV interdit l'usage du catalan dans les actes publics à peine de nullité car . Au cours du , beaucoup de Catalans ont encouragé leurs enfants à parler uniquement français. Ils ne leur ont pas toujours transmis la langue catalane de peur qu'elle ne nuise à la maîtrise de la langue nationale. Ce n'est qu'en 1951, avec la loi Deixonne, que l'enseignement du catalan est autorisé à l'école. Néanmoins, la langue catalane reste vivace en comparaison à de nombreuses autres langues régionales. De nombreux rassemblements populaires ("aplecs") ont lieu dans le département, et les danses traditionnelles y sont très appréciées, en particulier la sardane. Tous les ans se tient à Prades, l"'Universitat Catalana d'Estiu" ("Université catalane d'été"). La langue catalane est également enseignée (jusqu'à aujourd'hui sans grand soutien de la part des autorités) dans les écoles primaires, lycées et collèges, à l'université, ainsi que dans des écoles où l'enseignement se fait en langues catalane et française (écoles primaires "la Bressola" et "Arrels", collèges "col·legi Comte Guifré" col.legi Pompeu Fabra la bressola). Durant le , le déclin du catalan est continu (comme pour toutes les autres langues dites régionales). Certains facteurs récents comme la bonne santé économique de la Catalogne du Sud et l'arrivée du TGV Barcelone-Perpignan, pourraient peut-être inverser cette tendance. Le conseil général des Pyrénées-Orientales, en sa session du , approuve la Charte en faveur du catalan. Il s'agit de la première fois qu'une collectivité territoriale prend ce genre de position. Peinture et sculpture. C'est d'abord à Hyacinthe Rigaud, qui venait de Perpignan avant de partir à la cour de Louis XIV, que l'on doit la plus grande renommée de peintres issus du Roussillon. On trouve ses portraits de souverains et de nobles dans tous les musées d'Europe, mais aussi dans le musée éponyme à Perpignan. Aristide Maillol est lui aussi né dans cette région, à Banyuls-sur-mer et y est resté, comme peintre d'abord, puis sculptant sur le thème bien connu de la femme catalane. On peut visiter son atelier-musée à Banyuls, et admirer nombre de ses œuvres dans le département (Perpignan, Banyuls), mais surtout à Paris dans le jardin des Tuileries et au musée Maillol) Plusieurs grands peintres sont venus vivre dans les Pyrénées-Orientales au début du , soit à Céret, soit à Collioure. C'est en grande partie à Collioure, où ont séjourné Henri Matisse et André Derain, qu'est né le fauvisme. Le cubisme s'est quant à lui développé à Céret, fréquenté par Pablo Picasso et Georges Braque à partir de 1911. Céret abrite d'ailleurs aujourd'hui un important musée d'art moderne de Céret, fondé en 1950 par Pierre Brune. Après la guerre d'Espagne et l'arrivée au pouvoir du dictateur Franco, certains artistes républicains espagnols s'installent définitivement dans le département, comme le peintre et sculpteur Manolo Valiente qui devient une personnalité importante de Banyuls-sur-Mer. Salvador Dali s'est aussi inspiré du charme nord-catalan pour créer des œuvres picturales comme "la Gare de Perpignan", dont il dira qu'elle est "le centre cosmique de l'univers". Raoul Dufy ou Georges de Monfreid ont également séjourné dans les Pyrénées Orientales et ont créé des œuvres locales. Le musée Rigaud leur a ainsi consacré des rétrospectives mettant en avant leur séjour dans les Pyrénées Orientales. Le XXe siècle a également vu des peintres locaux comme Martin Vivès, Delfau, Louis Bausil, ou encore Étienne Terrus prendre leur essor. L'art contemporain a aussi ses figures locales de renom, comme Roger Cosme Esteve, Capdeville, en peinture, et Millan Garayalde en sculpture. Cinéma. Les Pyrénées-Orientales sont un lieu privilégié pour les tournages de films, en particulier depuis les années 2000 grâce à la Commission du film Languedoc-Roussillon Cinéma à Montpellier. Depuis les années 1920, une culture cinéphile dense, avec une longue histoire de ciné-clubs et de nombreuses salles de projections à Perpignan. L'Institut Jean-Vigo, est un lieu unique en France, pour la conservation, la formation et l'animation de cette culture cinématographique. Le département accueille également depuis 1981, l'un des plus importants festivals de courts métrages en France les Rencontres internationales du court-métrage Image In Cabestany qui offre à des réalisateurs amateur ou semi-professionnel la possibilité de diffuser leur création. Photographie. Le festival international de photojournalisme Visa pour l'image a lieu chaque année à Perpignan, les expositions sont gratuites et prennent place dans des édifices symboliques de la ville tels que l'hôtel Pams ou le couvent des Minimes. Musique. Musiques populaires. De nombreux artistes sont issus du département, parmi lesquels Cali ou Pascal Comelade, signe d'une scène musicale populaire locale encore riche à ce jour. De plus, le groupe Al chemist est le groupe numéro un du département avec a sa tête depuis 15 ans le chanteur Hugues Di Francesco Musique classique. Pablo Casals ou Déodat de Séverac ont longtemps séjourné dans les Pyrénées-Orientales. Tourisme. Dans les années 1960, le Languedoc-Roussillon a accéléré son développement touristique pour permettre le tourisme de masse. Le tourisme dans les Pyrénées-Orientales s'est beaucoup développé depuis les années 1970. D'une part la proximité qu'offre les Pyrénées avec les nombreux sentiers de randonnée et les stations de ski, et d'autre part de la mer Méditerranée. Le littoral du département est divisé en 2 parties : Au sud-est du département, la Côte Vermeille, rocheuse, attire de nombreux touristes avec les villes de Port-Vendres, Collioure, Banyuls-sur-Mer et Cerbère. Ce sont les villes typiques aux rues étroites, fleuries et colorées. La vigne est cultivée en terrasse sur les versants des Pyrénées plongeant vers la mer . Au nord-est du département, la Côte Catalane sableuse avec les stations balnéaires comme le Canet-en-Roussillon, Argelès-sur-Mer,Saint-Cyprien, Le Barcarès, qui accueillent de nombreux campings(164 en 2016), et de nombreux hôtels, attirés par les longues plages de sable fin. Qui dit tourisme dit attractions touristiques, et pour cela le département est bien équipé ; en effet, il accueille de nombreuses attractions de grimpe aux arbres dans la montagne, de canyoning (naturel et artificiel), ainsi que le plus grand circuit de karting d’Europe : le "Circuit du Roussillon". Les résidences secondaires. Selon le recensement général de la population du janvier 2008, 30,1 % des logements disponibles dans le département étaient des résidences secondaires. Ce tableau indique les principales communes des Pyrénées-Orientales dont les résidences secondaires et occasionnelles dépassent 10 % des logements totaux. Sources : Sports. Le rugby occupe une place importante dans le département. Dans le cadre du rugby à XIII les Dragons Catalans (équipe dont le siège est à Perpignan) évoluent, depuis 2006, dans le championnat de Super League (première division britannique). En guise de témoignage à son engagement pour la discipline, le département reçoit le XIII d'or (catégorie XIII d'honneur) en 2019136. Un nombre certain de clubs du département font également partie de l’élite du Championnat de France. On peut citer , sans prétendre à l'exhaustivité, les clubs de Saint-Estève XIII Catalan et celui de Palau-del-Vidre, situé dans un village d'à peine habitants, qui joue en première division à la fin des années 2010. Le rugby à XV tient également une place majeur dans l'actualité sportive du département, en particulier avec l'USAP, septuple champion de France, évoluant de 1911 à 2014 en Top 14 et en Pro D2 depuis leur relégation.
Portugal Le Portugal, en forme longue la République portugaise, en portugais : , est un pays d'Europe du Sud, membre de l'Union européenne, situé dans l'Ouest de la péninsule Ibérique. Délimité au nord et à l'est par l'Espagne puis au sud et à l'ouest par l'océan Atlantique, il est le pays le plus occidental de l'Europe continentale. Il comprend également les archipels des Açores et de Madère, deux régions autonomes situées dans le nord de l'océan Atlantique, pour une superficie totale de . Membre fondateur de l'OTAN, le Portugal est étroitement lié politiquement et militairement avec l'ensemble des autres pays occidentaux. Il est également membre de l’OCDE, de l'ONU, du conseil de l'Europe et de l’espace Schengen et est l'un des pays fondateurs de la zone euro. Le Portugal entretient en outre d'importantes relations avec l'Espagne et la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, qui sont ses cinq plus importants partenaires commerciaux. Fondé au , le royaume de Portugal devient au l'une des principales puissances d'Europe occidentale, jouant un rôle majeur dans les Grandes découvertes et se constituant un vaste empire colonial en Afrique, en Asie, en Océanie, et en Amérique du Sud. La puissance du pays décline à partir du . La monarchie portugaise est renversée en 1910, à l'issue d'un soulèvement militaire qui contraint le roi Manuel II à l'exil. La Première République portugaise (en portugais : "Primeira República") est le régime politique en vigueur au Portugal entre la fin de la monarchie constitutionnelle marquée par la révolution du et le coup d'État militaire du . Puis, pendant plus de quarante ans, le pays est soumis au régime autoritaire d'António de Oliveira Salazar, jusqu'à la révolution des Œillets de 1974 qui met fin à la dictature et restaure la démocratie dans le pays. L'économie du Portugal a alors connu un essor important. Il devient à la fin du un pays développé selon les standards européens, économiquement prospère, socialement et politiquement stable. En 2011, la dégradation économique mondiale conduit le Portugal à la récession et provoque une crise socio-économique et politique. Le Portugal doit également relever le défi du renouvellement des générations, le pays a en effet la fécondité la plus faible d'Europe et une des plus faibles au monde avec seulement par femme. Durant la dictature de 1926 à 1974 près d'un million et demi de Portugais sont partis travailler en dehors du pays pour fuir la pauvreté de la campagne et les guerres coloniales. Les fortes zones d'émigration portugaise sont le Brésil, les États-Unis, la France, le Luxembourg (14,1 % de la population totale du pays), la Suisse, l'Argentine, le Venezuela, le Canada, ainsi que la principauté d'Andorre. Avec plus de de luso-descendants (descendants portugais) dans le monde, la diaspora portugaise est à l'heure actuelle l'une des principales diasporas européennes et mondiales. Le tourisme, principalement balnéaire, est une ressource très importante, notamment en Algarve et dans la région de Lisbonne. Le climat subtropical de Madère et ses paysages singuliers en font une destination touristique appréciée. Le Portugal est l'un des pays les plus visités d'Europe avec de touristes en 2019. Il est également un grand pays viticole, réputé notamment pour le vin de Porto. Le Portugal est par ailleurs le premier producteur mondial de liège. Le Portugal rayonne enfin grâce aux grands événements qu'il organise. Sa capitale, Lisbonne, a ainsi accueilli l'Exposition universelle sur le thème des océans en 1998. Il s'est également porté candidat, conjointement avec l'Espagne, à l'organisation de la coupe du monde de football 2018 après avoir été l'hôte du championnat d'Europe en 2004. Histoire. Préhistoire, Antiquité pré-romaine et romaine. Les plus anciennes traces de civilisation retrouvées au Portugal datent du Paléolithique : peintures et gravures rupestres des grottes d'Escoural (Alentejo), de Mazouco (Tras-os-Montes) et surtout de Vale de Côa, datées entre 22000 et La majorité de ces traces se trouvent au nord du Tage, témoignant de l'existence de peuples de chasseurs-cueilleurs. Vers , les Ibères peuplent l'intérieur des terres de la péninsule. Ce territoire prend dès lors le nom de « péninsule Ibérique ». Entre 4000 et , le Portugal et la Galice voient se développer une culture mégalithique originale par rapport au reste de la péninsule, caractérisée par son architecture funéraire et rituelle particulière, et par la pratique de l'inhumation collective. On peut encore trouver dans le pays de nombreuses traces monumentales, la plupart dans l'Alentejo : le cromlech d'Almendres près d'Évora, ceux de Vale Maria do Meio ou de Portela de Mogos, ainsi que le dolmen de Zambujeiro. L'âge du bronze voit l'établissement de contacts maritimes entre le littoral atlantique et celui de la Bretagne, et des îles Britanniques alors que le sud de la péninsule entretient des liens commerciaux avec la Méditerranée : des Grecs et des Phéniciens venus de l'actuel Liban, ainsi que leurs descendants carthaginois, y installent de petits comptoirs commerciaux semi-permanents. Le moteur de ce commerce est la richesse de la péninsule en métaux (or, argent, fer et étain), ainsi que le salage du poisson de l'Atlantique, réputé dans le bassin méditerranéen. Durant l'âge du fer, un peuple indo-européen s'établit dans la région. Ils occupent bientôt le centre et l'ouest de la péninsule, vivant regroupés en petits noyaux de population isolés, établis sur les hauteurs avec des habitations circulaires (castros), et pratiquant l'agriculture et l'élevage. Chaque maison (150 environ) est défendue par une enceinte (comme on peut en voir dans la Citânia de Briteiros). On trouve aussi dans ces regroupements un édifice funéraire. Comme ils maîtrisent le fer, le travail de la terre devient plus efficace, les cueillettes augmentent, améliorant par la même les conditions de vie et la démographie. Les Lusitaniens occupent une partie du territoire actuel du Portugal et les provinces espagnoles du León et l'Estrémadure. Ils parlent leur propre langue, et s'étendent peu à peu vers l'Estrémadure. La présence romaine est ancienne et déterminante dans la culture ; les usages et la langue lusitaniens sont fortement latinisés. Le peuplement romain proprement dit commence au après la conclusion de la paix entre les Lusitaniens et Jules César (en 48 ). Les Romains créent un réseau urbain et de transport qui structure le pays jusqu'à nos jours. Il est spécialement destiné à l'exportation maritime vers la Méditerranée des principales productions du pays : métaux, huile d'olive, vin, conserves de poisson. L'occupation par les Suèves précédant l'époque wisigothique est partielle et discrète. Conquête germanique : les royaumes suève et wisigoth. Au début du , des peuples germaniques, les Suèves, les Vandales (Silinges et Hasdingi) et leurs alliés, les Sarmates et les Alains envahissent la péninsule Ibérique où ils forment un royaume sous la direction du roi suève Herméric. Le Royaume suève est un royaume germanique post-romain établi dans les anciennes provinces romaines de Gallaecia et du Nord de la Lusitanie. Vers 410 et au , il devient un royaume officiel, après qu'Herméric eut conclu un traité de paix avec les "Gallaeci" avant de la transmettre à sa mort à Rechila, son fils. Un "fœdus" concédé par Rome légitime par ailleurs sa fondation. Il est le premier royaume du haut Moyen Âge qui frappe monnaie pour signifier son existence. En 448, Rechila meurt, laissant le soin de poursuivre l'expansion à Rechiar. Le Royaume suève, qui essaye à plusieurs reprises d'étendre son territoire, conserve son indépendance jusqu'en 585, lorsqu'il est annexé par les Wisigoths, devenant la sixième province du Royaume wisigoth d'Hispania. Depuis sa défaite contre les Francs à la bataille de Vouillé en 507 et la chute de Toulouse en 508, le Royaume wisigoth s'est replié en Hispanie, avec Tolède pour capitale. Après la soumission du Royaume suève et sa capitale Bracara (aujourd'hui Braga) en 584-585, la péninsule Ibérique est gouvernée par les Wisigoths jusqu'en 711, année de la bataille du Guadalete, véritable tournant dans la conquête du royaume par les troupes musulmanes. Conquête arabo-musulmane et période du Gharb Al-Andalus. La conquête musulmane de l'Hispanie par les Omeyyades se fait à partir du Maghreb. Après avoir battu les Wisigoths en 711, les armées arabo-berbères de Tariq ibn Ziyad occupent en trois mois la majeure partie de la péninsule Ibérique (à l'exception d'un réduit chrétien dans le Nord, qui se constitue en royaume des Asturies). L'occupation se fait sous l'autorité de Moussa Ibn Noçaïr, gouverneur omeyyade de l'Ifriqiya et général des troupes musulmanes. Dans la foulée de la conquête de la péninsule et de la Septimanie, les armées musulmanes remontent en 719 vers Narbonne, débarquent en Sicile en 720, puis en Sardaigne, en Corse et dans les îles Baléares en 724. L'ancienne Lusitanie romaine est alors intégrée dans le vaste empire omeyyade de Damas sous les noms d' ("Marca Inferior") et de Gharb al-Ândalus. Très vite cependant, des tensions apparaissent entre les chefs berbères, arabes et Damas au sujet du partage du butin des vaincus. Et des particularismes liés à l'histoire spécifique de la région émergent. En 750, la péninsule Ibérique passe sous le joug d'Abd al-Rahman, qui crée et donne son indépendance à l'Émirat de Cordoue, élevé au statut de Califat de Cordoue en 929. À la chute du Califat en 1031, l'Hispanie musulmane, qui se fragmente, est partagée entre 23 roitelets indépendants : c'est la période des "Reyes de taïfas" — "muluk at tawaif" en arabe). La plus grande partie de la Lusitanie relève alors de la Taïfa de Badajoz des Aftasies, et de la Taïfa de Séville des Abbadides. Pris dans des jeux d'alliances et des guerres intestines, les gouverneurs de ces taïfas se proclament émirs et lient des relations diplomatiques avec les royaumes chrétiens. D'un point de vie socio-économique et culturel, cette période correspond à un âge d'or musulman en Lusitanie. L'émulation qui se crée entre les différentes taïfas entraîne une mise en valeur soignée du territoire : développement des villes, du commerce, de la navigation, des sciences, de la littérature, et particulièrement de la poésie de cour mozarabe. En revanche politiquement et militairement, les musulmans désunis et parfois en rivalité ont plus de difficultés à contenir l'avancée des chrétiens, qui jouent habilement de leurs dissensions. Cette période de fragmentation prend un terme avec l'avancée des Almoravides venus du Maroc en 1086 lors de la Bataille de Sagrajas, puis des Almohades venus également de Marrakech en 1147 à la suite de la Deuxième période de taïfas. Du , les dynasties berbères almoravides et almohades dominent l'ancienne Lusitanie romaine. D'un point de vue administratif, la Lusitanie musulmane est partagée en deux régions: , ou la « Marche Inférieure », qui correspond approximativement aux actuelles régions Centre, de Lisbonne et du Ribatejo, et le Gharb Al-Andalus, qui correspond aux actuelles régions de l'Alentejo et de l'Algarve. Ces deux grandes régions sont elles-mêmes divisées en différents districts nommés "Kura". À son apogée, Gharb Al-Andalus est constitué de dix kuras, dont chacune possède une capitale. Les principales villes de l'époque sont Beja, Silves, Alcácer do Sal, Santarém, Lisbonne ou Coimbra. L'occupation musulmane se révèle particulièrement structurante au sud du Mondego, et surtout du Tage, dans les territoires directement sous influence andalouse et rechristianisés tardivement (vers 1249). Silves connaît un rayonnement culturel jusqu'au et Mertola joue un rôle économique par les échanges maritimes fluviaux. La population musulmane de la province est constituée d'Arabes, de Berbères et d'Ibères convertis de force ou non à l'islam. Issus de prestigieuses familles, les Arabes sont essentiellement originaires du Yémen. Bien que minoritaires, ils constituent l'élite des armées et de l'administration musulmane. On les retrouve notamment dans les villes de Séville, Beja, Huelva jusqu'aux côtes d'Alentejo. Peu nombreux, et regroupés en fonction de leur tribu d'origine, ils forment un groupe solidaire jusqu'au . Les Berbères originaires des montagnes d'Afrique du Nord sont, quant à eux, essentiellement des nomades. Ils constituent la majorité des occupants venus de l'extérieur. D'abord installés dans le nord, ils sont chassés par le roi des Asturies et viennent s'installer dans le sud du Gharb, où ils surpassent rapidement en nombre les Arabes. Enfin, les Ibériques convertis à l'islam et nommés "muwallads" forment le groupe musulman majoritaire. Au départ, la situation des chrétiens dépend de la manière dont leur ville s'est rendue aux conquérants arabo-berbères. Lorsqu'elle a capitulé pacifiquement comme à Mérida, Beja ou encore Évora, les nobles wisigoths sont autorisés à conserver leurs terres, si bien que certains documents attestent de la présence de très riches propriétaires terriens wisigoths jusqu'au et l'Église, elle aussi, peut conserver ses terres. En revanche si, comme à Séville, la ville s'est révoltée face à l'arrivée musulmane, les Arabes divisent les terrains des nobles et les réattribuent à un grand nombre de personnes comme aux serfs, favorisant ainsi les petites propriétés qui caractérisent par la suite certaines régions du Portugal. Ces derniers, opprimés durant le règne des rois wisigoths, jouissent d'une certaine indépendance dans l'exploitation de ces terres dans la mesure où leurs nouveaux maîtres ne souhaitent pas pratiquer eux-mêmes l'agriculture et donc laissent leurs subordonnés cultiver comme ils le souhaitent. La particularité du Gharb est le fait que la noblesse y a toujours été très indépendante, et cela bien avant l'arrivée arabe. Les nouveaux conquérants, qui comptent plusieurs milliers de personnes (environ ), s'installent d'une façon générale au sud du Mondego, et surtout du Tage, en particulier dans la région de l'Algarve. La période d'Al-Andalus laisse un héritage décisif dans la langue portugaise, mais aussi dans la topographie du Portugal et dans les domaines des arts, de l'urbanisme, de la propriété foncière, des sciences, des techniques et de l'agriculture. Dans ce dernier domaine, les apports essentiels touchent à l'irrigation (connaissance des calculs de pente et de débit d'eau) et à la culture d'espèces nouvelles : les spécificités portugaises sont les fruits (notamment les pommes, les poires et les figues en Algarve), la vigne car la consommation du vin s'est perpétuée chez les Andalous, les céréales dont le riz en Alentejo, les légumes comme l'artichaut. De cette époque subsiste également la tradition décorative des . "Reconquista", formation du royaume de Portugal et expulsion des Maures. Dès le premier quart du , des militaires et des nobles germaniques réfugiés dans le Nord de la péninsule refondent une souveraineté chrétienne, le royaume des Asturies, et se lancent dans une longue guerre d'expansion territoriale vers le sud, la Reconquista, également appelée « Reconquête chrétienne ». Ce mouvement, qui englobe l'ensemble de la péninsule Ibérique, vise à faire repasser les terres ibériques perdues au profit des envahisseurs arabo-berbères sous souveraineté chrétienne.Historiquement, la Reconquista commence avec la bataille de Covadonga (soit 718 ou 722), pendant laquelle l'élite wisigothique, réunie autour du roi Pélage (718-737), vainc une armée islamique et établit son autorité sur un réduit montagneux dans le nord de la péninsule, appelé royaume des Asturies. Sous le règne d' (739-757), les croisés chrétiens des Asturies s'emparent des territoires jusqu'au Douro. Par la suite, la fragmentation du royaume en différentes entités donne naissance aux différents royaumes chrétiens Ibériques. Le royaume de León, héritier direct du royaume des Asturies, est à l'origine subdivisé en cinq provinces : les Asturies, le León, la Galice, le Portugal et la Castille. Chacune est dirigée par un comte. Au fur et à mesure des conquêtes, les terres sont divisées en comtés ou en duchés. En 868, Porto et Braga sont reprises. À partir du , le sud de la Galice forme un comté dynamique autour de sa métropole religieuse, Braga, et de son port, Porto. Il porte le nom de « ' » ou « ' » (pays de '), du nom latin d'un bourg voisin de Porto, Gale devenue Vila Nova de Gaia, (« ' »). En 1095, le pape Urbain II lance la première croisade pour libérer les lieux saints et surtout réagir à la menace que représentent les Turcs récemment convertis à l'islam. Déjà, les réformes grégoriennes appellent à s'unir pour lutter contre toutes les croyances païennes et hérétiques. C'est dans ce cadre qu'en 1095, Alphonse VI de Castille et de León, annexant la Galice et le comté de Portugal, réunifie l'ensemble du León. Marié à Constance de Bourgogne, il fait appel à sa belle-famille bourguignonne pour l'aider à reconquérir la péninsule. Immédiatement, Raymond et Henri de Bourgogne, princes de la famille royale de France, issus d'une noblesse en quête de terre et de prestige, répondent favorablement à l'appel. En remerciement, et pour consolider ses liens avec les autres monarchies, Alphonse VI donne à Raymond sa fille Urraque, ce qui en fait le futur roi de León et de Galice. À Henri, il donne la main de sa fille bâtarde, Thérèse de León et le comté de Portugal en 1093. Dès lors, celui-ci installe sa cour près de Braga, dans la ville de Guimarães, considérée depuis comme « berceau » du Portugal. Installé dans ses domaines, Henri continue à prêter allégeance à Alphonse VI tout en bénéficiant d'une certaine autonomie, et poursuit la reconquête jusqu'au fleuve Mondego. Suivant une vieille coutume germanique, après avoir remporté une victoire éclatante sur les musulmans lors de la bataille d'Ourique, le prince ("princeps") , fils de Henri de Bourgogne, est proclamé premier roi du Portugal par ses troupes sur le champ de bataille. La légende, teintée de mysticisme, veut que le Christ lui soit apparu pendant les combats. La situation est officialisée par le traité de Zamora (1143) par lequel Alphonse reconnaît le royaume de Portugal et son roi Alphonse . Grâce à son habileté politique et militaire, ce dernier a réussi là où d'autres comtés échouent, et gagne son indépendance. Pendant plusieurs siècles, soutenus par les Templiers et les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les souverains portugais poursuivent leur Reconquista vers le Sud jusqu'à ce que les Arabo-andalous qui dominent le sud de l'ancienne Lusitanie romano-barbare soient définitivement battus. Au début du , l'Inquisition catholique, une institution judiciaire chargée de lutter contre l’hérésie, et qui est à l'origine mise en place pour faire face aux mouvements manichéens cathares et albigeois, est étendue à la péninsule Ibérique dans une logique de persécution envers les hérétiques et les musulmans. Cependant, pragmatiques, les souverains portugais pratiquent une politique très tolérante vis-à-vis de leurs communautés juives et mauresques jusqu'au début du règne de Manuel , afin de sauvegarder la paix civile, mais aussi pour des raisons financières et technologiques. Contrairement à ce qui se passe en Castille, l'Inquisition portugaise ne commence à jouer un rôle majeur dans l'expulsion des Maures et la persécution des Juifs au Portugal qu'à partir du . En l'an 1249, les souverains portugais de la dynastie de Bourgogne achèvent leur Reconquista, avec la conquête de la "taïfa" de Silves, puis la conquête de l'Algarve, avec la prise de Faro par . Après la destruction des dernières "taïfas" arabo-berbères de Lusitanie, le Portugal continue à s'investir dans les guerres de Reconquête de ses voisins, qu'il aide occasionnellement, alors que le pays intègre les apports arabo-andalous, et connait une homogénéisation religieuse, culturelle et ethnique progressive très lente, qui s'étend sur plusieurs siècles, au croisement des mondes ibérique, germanique, arabo-berbère et juif. La reconquête achevée, s'ouvre alors la période des Grandes découvertes. Découvertes. Le retour de la paix favorise l'exploration et l'expansion de nouveaux territoires au-delà des mers : c'est le temps des découvertes, grâce à Henri le Navigateur et au roi . Ceuta est conquise par le Portugal en 1415. En 1474, João Vaz Corte-Real et Alvaro Martins Homem auraient découvert le Groenland et Terre-Neuve. Devenu roi, Jean II (1481-1495) centralise le pouvoir et continue de planifier de grandes expéditions. Jean II est le monarque de la Renaissance par excellence : il met fin à certains privilèges, oblige la noblesse à lui prêter serment, se débarrasse des traîtres. Ainsi, le duc Ferdinand II de Bragance, qui conspire avec les Rois catholiques, est arrêté et exécuté en 1483 ; en 1484, c'est le duc de Beja et de Viseu Diogo qu'il assassine lui-même pour les mêmes raisons. Le pouvoir et le domaine royal s'en trouvent agrandis, au prix de la haine de la grande noblesse. Ce ressentiment est d'autant plus vif que le roi privilégie désormais la poursuite des découvertes de nouvelles terres et surtout de la route des Indes. L'Afrique n'est plus l'enjeu ; il s'agit de la contourner. La mission en est confiée à Diogo Cão, qui, en 1481, emporte le premier "" (borne de pierre revêtue des symboles du Portugal plantée dans les terres découvertes). Il remonte le fleuve Congo, débarque au royaume de Kongo, au Gabon, en Angola et en Afrique du Sud enfin, en 1486. Ces coûteuses expéditions ne sont plus royales mais confiées à des commerçants privés : en échange, ces derniers doivent découvrir de côtes par an. Ces commerçants se financent par l'exploitation des terres conquises et par l'établissement de São Jorge da Mina, dans le golfe de Guinée, qui voit converger l'or de la région. Construit en 1482, il vise aussi à interdire aux navires étrangers l'accès aux eaux portugaises. Le traité de Tolède () instaure un partage de l'Atlantique avec la Castille, lui abandonnant les découvertes à l'ouest des Canaries et assurant au Portugal le monopole en Afrique. Madère devient un point d'escale. Le vin, la canne à sucre et l'élevage s'y développent grâce à l'arrivée de migrants et d'esclaves. Le blé des Açores sert à ravitailler le pays. Le Cap-Vert, les îles de São Tomé et de Principe fournissent du sucre et du bétail. Jean II passe une alliance avec le roi du Kongo pour enseigner la religion catholique. Le commerce avec les Africains rapporte aussi de l’ivoire et des fruits tropicaux. C'est ensuite Bartolomeu Dias qui est envoyé en 1487. Il double le cap de Bonne-Espérance (qu'il avait nommé « cap des Tempêtes » avant que le roi ne le rebaptise) le , par hasard, emporté par une tempête. Il atteint l'actuelle Namibie mais une mutinerie l'empêche d'aller plus loin. Dans le but de préparer le voyage vers les Indes, Jean II envoie en 1488 des émissaires par voie de terre. C'est un moyen de recueillir des informations sur les courants dans l’océan Indien, peut-être même de trouver une trace du mythique royaume du prêtre Jean. C'est d'abord Pedro de Montanoio et Pedro de Lisboa qui mènent l'expédition. Ils sont suivis de Pêro da Covilhã et d'Afonso de Paiva, qui apportent de précieux renseignements pour le voyage de Vasco de Gama. Ils partent vers Jérusalem, accèdent au golfe Persique, à Aden à l'embouchure de la mer Rouge. Ils se séparent ensuite. Paiva part vers l'Abyssinie à la recherche du prêtre Jean. Covilhã part vers les Indes. Il passe par Calicut, puis Sofala, Madagascar, revient au Caire où il apprend la mort de son compagnon. Il envoie ses informations au roi et part pour Ormuz. Il parvient à la cour du négus chrétien, s'y marie et y finit ses jours. Grâce à lui, on fait construire des navires spéciaux : la caraque va être remplacée par la caravelle permettant d'emporter plus d'équipage, d'armes et de ravitaillement. Pendant ce temps là, les Rois catholiques prennent Grenade et mettent fin à la reconquête (1492). Cette victoire leur laisse les mains libres pour entreprendre des expéditions. Christophe Colomb embarque en leur nom pour atteindre les Indes par l'ouest. Jean II, à qui il s'adresse auparavant, refuse de financer ce voyage, privilégiant la route découverte par Vasco de Gama et estimant, à juste titre, que Colomb se trompe. En 1493, Christophe Colomb revient d'Amérique et c'est à Lisbonne qu'il débarque en premier. Il annonce au roi que les terres découvertes lui appartiennent en vertu du traité d'Alcaçovas. Jean II les revendique donc auprès du pape . Une bulle papale établit alors une division des terres qui passe à à l'ouest du Cap-Vert. Jean II exige un autre accord : le , Espagnols et Portugais signent le traité de Tordesillas qui fixe la limite à . Ce nouvel accord permet au Brésil, qui n'a pas encore été découvert, d'être portugais tout en abandonnant à l'Espagne les nouvelles terres d'Amérique. C'est le nouveau roi Manuel (1495-1520) qui tire profit de la politique intelligente de Jean II. Celui-ci, très impopulaire auprès de la noblesse, meurt probablement empoisonné en 1495. Vasco de Gama arrive aux Indes le , ouvrant la voie au commerce très fructueux des épices contrôlé jusque-là par les Vénitiens. Son voyage a été minutieusement préparé. Mais, à son arrivée à Calicut, il est mal accueilli par le "Zamorin". En 1499, une deuxième expédition, commandée par Pedro Alvares Cabral est envoyée avec l'objectif de s'imposer, par la force si nécessaire. Le , Cabral aborde au Brésil et en prend possession. Il envoie un messager à Lisbonne et poursuit sa route. Arrivé à Calicut, il reçoit meilleur accueil mais très vite les Portugais doivent affronter la concurrence des Vénitiens, des Turcs et des Égyptiens. C'est la fin des voyages pacifiques. Les Portugais tirent parti des divisions entre les hindous et les musulmans de la région. Une ' est créée à Cochin puis à Cannanore, Sofala, Quiloa et Malacca (1511). Elles sont protégées par des forteresses et une '. On finit par installer une administration et créer un poste de vice-roi des Indes pour maintenir l'ordre dans l’océan Indien : Francisco de Almeida en est le premier, suivi d'Afonso de Albuquerque qui installe de solides forts aux points stratégiques (Malacca, Siam, Goa qui devient la capitale de cet empire, Moluques, Timor, archipel de Socotra, Ormuz) et consolide cet empire naissant. Tout l'océan Indien est bientôt sous contrôle. Amerigo Vespucci fait partie du premier voyage officiel au Brésil (1501). La découverte du Brésil permet aux commerçants portugais de s’approprier le ', un bois de teinture et de construction très recherché. Mais le pays semble peu intéressant au départ jusqu'à ce que la concurrence espagnole et française se fasse sentir. On y envoie des colons, on crée des factoreries. Les Indiens du Brésil, puis de nombreux Africains, sont mis en esclavage pour la culture du sucre. En 1600, le Brésil est le premier producteur mondial de sucre et le principal fournisseur de ressources du Portugal. Au , les ' découvrent également au sud de la colonie des mines d’or et de diamants qui sont exploitées grâce à une même main-d’œuvre servile. Les découvertes se poursuivent par ailleurs : en 1495, Pêro de Barcelos et João Fernandes Lavrador explorent les côtes du Canada et du Groenland (donnant son nom au Labrador). En 1500, Gaspar Corte-Real arrive à Terre-Neuve. En 1513, Jorge Álvares arrive en Chine et Tomé Pires à Pékin. C'est la naissance d'un véritable empire reposant sur les comptoirs. La "Casa da India" à Lisbonne contrôle et vérifie les marchandises importées d'Orient. Les richesses venues des colonies (épices, or, pierres…) affluent pendant les siècles suivants. Jamais le pouvoir royal n'a été aussi grand. Manuel réforme d'ailleurs l'administration avec un nouveau code législatif afin de renforcer encore ce pouvoir (les ordonnances Manuelines de 1521). Mais il sait aussi ménager la noblesse (contrairement à son prédécesseur) qui, grâce aux nouvelles colonies, finit par y trouver son compte. En 1555, le pays est considéré comme le plus riche d'Europe. C'est également une période de croissance démographique. Le Portugal compte environ d'habitants ; tout un peuple vit alors impliqué dans le colonialisme. Beaucoup partent vers les colonies. L'esclavage fait que le travail devient une valeur dévaluée. Il s'agit également d'une période de développement culturel avec le début des grandes constructions influencées par la Renaissance, avec l'installation définitive de l'université à Coimbra. Le style manuélin, gothique propre au pays, se propage sous l'influence de grands architectes (Mateus Fernandes, les frères Diogo et Francisco de Arruda et les Français Diogo Boitaca ou Nicolau de Chanterene). La littérature connaît aussi une époque faste avec les œuvres de João de Barros, Damião de Góis ou Gil Vicente. Union ibérique. En 1578, le roi Sébastien Ier entreprend une expédition au Maroc, mais, le , la bataille des Trois Rois tourne au carnage, avec des milliers de morts et de nombreux prisonniers. Une centaine de rescapés rentrent à Lisbonne. Le roi y trouve la mort et son corps n'est pas retrouvé. C'est un désastre militaire, économique et politique : la défaite marque la fin de la dynastie d'Aviz et d'une époque glorieuse, chantée dans "Les Lusiades" par le poète Luís de Camões, disparu également à cette époque. Quatre siècles d'une indépendance chèrement acquise sont alors remis en cause. Outre la crise politique et économique, c'est une crise morale que connaît le pays : une Couronne endettée, des milliers de morts et des prisonniers dont il faut payer la rançon minent le pays. C'est dans cette atmosphère que vont surgir et prospérer de nombreuses prophéties évoquant le retour du jeune roi : le sébastianisme. Pas moins de quatre imposteurs cherchent à se faire passer pour le roi au cours de cette période, le dernier, un Italien, est pendu en 1619. Le vieux cardinal Henri, dernier fils de Manuel , monte sur le trône le . Il est chargé de se trouver un successeur. De nombreux prétendants existent dont Philippe II d'Espagne, qui apparaît comme le mieux à même d'assurer la conservation de l'Empire portugais en renouvelant ses infrastructures maritimes et surtout en soldant la dette portugaise. Cette solution a les faveurs de la noblesse et du clergé. Le peuple, lui, favorise un Portugais (dom Antoine, prieur de Crato) mais les Cortes n'arrivent pas à trancher. La grande bourgeoisie penche du côté espagnol pour des raisons économiques. Elle entend profiter des marchés offerts par l'Espagne et ses colonies. En 1588, le conflit entre l'Espagne et l'Angleterre aboutit à l'épisode de l'Invincible Armada, à l'occasion duquel le Portugal perd 12 navires. Les premiers accrocs entre Portugais et Castillans surgissent à la fin du règne de Philippe et se poursuivent avec son successeur, Philippe II de Portugal, qui se désintéresse du pays et de l'administration en général. Il délègue ses pouvoirs au vice-roi qui cherche à centraliser le pouvoir et à remettre en cause l'autonomie du Portugal. Le nouveau roi se rend impopulaire en augmentant les impôts, en affichant une certaine tolérance envers les nouveaux chrétiens et en signant une trêve avec la Hollande qui en profite pour conforter sa place dans les colonies portugaises. Un nouveau code législatif est introduit : les Ordonnances Philippines (1603). Philippe IV bafoue les accords sur l'autonomie du pays et alourdit encore la pression fiscale. Des troubles éclatent. Face à la concurrence des Anglais et des Hollandais, les places portugaises tombent une à une : Ormuz en 1622, Bahia en 1624, Arguin en 1633, São Jorge da Mina en 1637. Dès lors, le Portugal se tourne essentiellement vers le Brésil déjà menacé par les Néerlandais et les Français. L'Espagne devient la cause de tous les maux du pays. Des révoltes éclatent et l'unité nationale en sort renforcée. Les opposants soutiennent le duc de Bragance, ils s’emparent du palais royal de Lisbonne le . Le 15 du même mois, Jean devient roi de Portugal sous le nom de Jean IV. Restauration, absolutisme et libéralisme. La restauration de l'indépendance du Portugal est suivie d'une guerre contre l'Espagne qui dure jusqu'en 1668. Avec le traité de Lisbonne, l'Espagne reconnaît définitivement l'indépendance de son voisin. Dans la fin du et dans la première moitié du , débute l'exploration minière du Brésil, où il fut découvert de l'or et des pierres précieuses. Ces richesses servaient aussi pour payer des produits importés, majoritairement d'Angleterre (il n'existait presque pas d'industrie textile dans le royaume portugais et tous les tissus étaient importés d'Angleterre). Le commerce externe se basait sur l'industrie du vin et le développement économique du royaume fut impulsé, déjà dans le règne de , par les efforts du Marquis de Pombal (ministre entre 1750 et 1777), pour inverser la situation avec de grandes réformes mercantilistes. Ce règne fut marqué par un violent séisme qui a dévasté le Portugal (Lisbonne, Madère et l'Algarve), le Maroc, le Royaume-Uni et d'autres pays le . Pour ne pas briser l'alliance avec l'Angleterre, le Portugal a refusé d'adhérer au blocus continental, en conséquence il fut envahi par les armées napoléoniennes en 1807. La cour et la famille royale portugaise se sont réfugiées au Brésil. Lisbonne n'est plus la capitale du Royaume-Uni portugais, celle-ci étant transférée à Rio de Janeiro, où il reste jusqu'en 1821, quand est retourné à Lisbonne pour la première Constitution. Dans l'année suivante, le , son fils Pedro IV s'était proclamé empereur du Brésil. Charles et le prince héritier Louis Philippe de Bragance sont assassinés le . La monarchie se maintient pendant deux ans, sous le règne de Manuel II, mais une révolution l'abolit le à la suite de laquelle le Portugal devient une république. République, Estado Novo et retour à la démocratie. Le général Oscar Carmona est nommé président du Conseil puis devient chef de l'État. Le régime militaire nomme António de Oliveira Salazar, un enseignant de l'université de Coimbra, ministre des Finances, avec pleins pouvoirs budgétaires Salazar consolide le pouvoir autoritaire et introduit en 1933 une nouvelle constitution qui lui donne les pleins pouvoirs. Habile homme d'État, il écarte du pouvoir tous les généraux du coup d'État de 1926 et définit dans un discours l'orientation du régime : « tout pour la nation, rien contre la nation ». Il fonde le parti unique, l'Union nationale. Partis, syndicats et grèves sont interdits. L' (« État Nouveau »), régime à parti unique, nationaliste, proche de l'idéologie du parti fasciste italien (du moins jusqu'en 1945), reste en place pendant plus de quarante ans. Il est neutre pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est en 1940, que le gouvernement portugais organise l'exposition du monde portugais. Présentant le pays comme une nation une et indivisible et pluricontinentale, le régime dictatorial refuse d'enclencher une décolonisation ; les colonies n'existeraient pas. En 1951, il renomme celles-ci en , calmant ainsi les critiques de la communauté internationale. Il abandonne également la dénomination d'. Ces décisions entraînent une série de conflits coloniaux. La première colonie à se révolter est l'Angola en 1961, suivie par la Guinée-Bissau en 1963 et enfin par le Mozambique en 1964. L'Inde profite de cette situation pour annexer Goa, Damao et Diu, les îles Anjidiv, lors de l'opération Vijay en décembre 1961. Entre 1974 et 1975, le Portugal doit donner l'indépendance à toutes ses colonies, seules deux régions n'ont pas pris l'indépendance : Madère et les Açores. Le , les deux premières colonies qui ont pris leur indépendance vis-à-vis du Portugal sont le Cap-Vert et Guinée-Bissau. Sao Tomé-et-Principe suivra ensuite le . Le Timor oriental fut aussi une colonie portugaise jusqu'au 28 novembre de la même année, où il acquiert son indépendance. Mais neuf jours plus tard, l'Indonésie l'annexe militairement, mais perd la bataille grâce à la résistance populaire, aux efforts du Portugal et la pression de l'ONU. Avec un coup d'État militaire, le 25 avril 1974, le gouvernement instauré par Salazar et dirigé par Marcelo Caetano depuis 1968 (Salazar ayant quitté le pouvoir à la suite d'un accident cérébral, dont il meurt deux ans plus tard) est renversé. La foule manifeste dans la capitale portugaise pour soutenir les militaires dirigés par le général António de Spínola. Les jours suivants, les prisonniers politiques sont libérés, la censure de la presse est levée et le secrétaire général du parti socialiste, Mário Soares, rentre de son exil en France. En septembre 1974, le général de Spinola démissionne de la présidence de la République pour protester contre une orientation trop à gauche du gouvernement et du MFA (Mouvement des Forces Armées), très largement pénétré par le PCP (Parti Communiste Portugais) ; il s'ensuit une compétition très forte entre le PCP et le MFA, d'une part et le Parti Socialiste et la Droite modérée, d'autre part pour le contrôle du pouvoir. Le Parti Social-Démocrate allemand, par le biais de la Fondation Friedrich-Ebert apporte une aide financière importante au Parti Socialiste ; le 25 avril 1975, le Parti Socialiste et la Droite modérée remportent les élections pour l'Assemblée constituante, mais le MFA refuse de modifier l'orientation politique favorable au PCP ; l'Église catholique, sous la direction du Patriarche de Lisbonne, mobilise la société civile pour soutenir les adversaires du PCP et du MFA pour permettre à Mario Soarès de devenir Premier ministre ; celui-ci est élu deux fois président de la République, la première fois en 1986 et la seconde en 1991. En 1999, le Portugal adhère à la zone euro, et le 20 décembre de la même année, le gouvernement portugais rend le territoire de Macao à la Chine. Depuis son entrée dans l'Union européenne, le pays a présidé le Conseil européen trois fois et en 2007, la capitale du pays voit la signature du traité de Lisbonne. Spécificités géopolitiques du Portugal. Frontières terrestres internationales actuelles. D'un point de vue juridique, le Portugal est le pays ayant les plus anciennes frontières terrestres internationales d'Europe et du monde encore en vigueur. La "Raia", frontière entre le Portugal continental et la Castille (fondue dans l'Espagne actuelle), date de 1297, avec le Traité d'Alcanizes (plus ancien traité international définissant des frontières encore en vigueur). Dans les siècles suivants, les accords de démarcation entre les souverains portugais et castillans, puis espagnols, concernent l'organisation de communautés locales autonomes dites « "transraianas" » au statut particulier : les villages de Santiago, Rubiás e Meaus, par exemple, dits "Couto Misto". Ils ne modifient pas le tracé de la "Raia". L'Union des couronnes ibériques (1580-1640) n'a pas d'incidence sur le tracé de la frontière luso-castillane, puisque le Portugal maintient son existence en tant qu’État souverain (l'union n'est pas politique mais personnelle, "in persona regis" (en la personne du roi) : les souverains castillans règnent au Portugal sous un nom de règne portugais, avec stricte séparation des administrations, monnaies, armées et empires). Enfin, la ville d'Olivença, administrée par l’État espagnol depuis 1801 et violemment "castillanisée" sous le franquisme, reste un territoire juridiquement portugais, reconnu comme tel par l'Espagne depuis les traités de Cadix (1810) et de Vienne (1817), et soumis à rétrocession (bien que sans cesse repoussée par Madrid). Une partie des travaux publics dans la région est d'ailleurs à la seule charge du Portugal (restauration du pont da Ajuda en 1994-2000). Et un nombre important d'habitants d'Olivença possèdent la nationalité portugaise (à laquelle ils peuvent prétendre au même titre que les Lisboètes, sans que celle-ci puisse leur être légalement refusée). En 2008, Olivença, les villes frontalières ("raianas") portugaises d'Arronches, Campo Maior, Estremoz, Portalegre et Elvas d'un côté, et les villes frontalières espagnoles de La Codosera, Alburquerque et Badajoz de l'autre, sont arrivées à un accord en vue de la création d'une eurorégion mixte incluant Olivença, afin de trouver une solution innovante au problème. Les frontières insulaires du Portugal (anciennes "") datent quant à elles du milieu du : 1419 pour Madère, 1427-1432 pour les Açores, et 1438 pour les îles Selvagens. Le Portugal dans le cadre ibérique. Dans le cadre ibérique, l’État portugais est un reliquat historique, dans le sens où il est le dernier État chrétien né de la Reconquista, et le seul héritier actuel des Espagnes médiévales, les autres nations et royaumes ibériques ayant été absorbés, démembrés et "castillanisés" sous l'autorité de Madrid depuis les décrets de Nueva Planta (1707-1716). État-nation portugais. Le Portugal est communément considéré comme le plus vieil État-nation d'Europe. Indépendant "de facto" depuis la fin des années 1120 (bataille de São Mamede), disposant d'un roi reconnu dans ses frontières dès 1139, l’État portugais, obtient la reconnaissance formelle de son indépendance "de jure" avec le traité de Zamora le 5 octobre 1143. La langue portugaise, marqueur fondamental de la nationalité, apparaît comme langue littéraire différenciée du latin dès 1198, avec la "Cantiga da Ribeirinha", écrite par le troubadour . Une quinzaine d'années plus tard, le testament du roi , daté de 1214, est rédigé dans un portugais compréhensible pour un lusophone du . Ce texte est communément considéré comme le plus ancien document littéraire long en prose rédigé en langue portugaise. À partir de 1255, le portugais est adopté comme langue de registre ("língua de registo") dans la chancellerie royale (Chancelaria Régia), sous le règne du roi . Enfin, en 1385, avec l'arrivée de la dynastie d'Avis, le portugais devient la seule langue officielle du royaume pour les actes juridiques et administratifs (cinquante ans avant les normes de la Chancellerie anglaises et plus de avant l'Ordonnance de Villers-Cotterêts). La précocité et l'homogénéité linguistique du Portugal permettent le développement rapide d'une littérature très riche, qui contribue à l'émergence d'un sentiment national (comme en attestent les chansonniers médiévaux, ou "cancioneiros", encore étudiés de nos jours dans les lycées portugais, avec les "cantigas de amigo", les "cantigas de amor" et les "cantigas de escárnio e maldizer"). La nation portugaise, quant à elle, émerge dès le et se manifeste en tant qu'entité politique autonome de ses souverains vers le milieu du . Dès 1254, les trois ordres du royaume sont associés à la gestion du pouvoir, avec la convocation de la noblesse, du clergé et du peuple aux Cortes de Leiria par le roi . En 1372, le petit peuple, surnommé « "arraia-miúda" », intervient violemment sur la scène politique pour s'opposer au mariage du roi et Éléonore Teles de Menezes, avec des tumultes et une rébellion populaire. Lors de la crise de Succession au Trône de 1383-1385, les trois ordres prennent parti pour et défendent l'indépendance du pays face aux prétentions du roi Jean Ier de Castille. Le peuple (artisans, bourgeoisie et population de Lisbonne), sur-représenté dans le « "partido nacionalista" », prend une part active dans les "" et est le grand bénéficiaire du changement de dynastie. Du point de vue des sources écrites, alors que le concept moderne de nation émerge en Europe occidentale fin -début , avec la Révolution française, la Déclaration des droits de l'homme de 1789 et les guerres napoléoniennes, les chroniques et les textes littéraires portugais mentionnent dès la Renaissance une « nation portugaise », entité collective cohérente politiquement et culturellement, dont l'occurrence est fréquente dans tous les textes classiques du , par exemple dans les épîtres de Diogo do Couto (« "Só a esta nossa nação portuguesa faltou esta glória" »), les chroniques de João de Barros (« "a nação portuguesa […], que mais se apressa de fazer que dizer" »), les textes de Luís de Camões (dans Les Lusiades notamment, Chant V, strophe 97, où Vasco de Gama est l'incarnation de la nation conquérante), et partout dans la "Pérégrination" de Mendes Pinto. Les bases de la culture portugaise actuelle sont d'ailleurs fixées pour l'essentiel aux (bases de la culture culinaire, musicale, littéraire, religieuse, architecturale, de la mythologie nationale, de l'imaginaire collectif...), pendant l'âge d'or du Portugal et son expansion outre-mer. La précocité de l'État-nation portugais et ses conséquences sont l'objet de nombreuses études historiques. Le Portugal et l'océan Atlantique. Reliquat de son immense empire colonial et de sa domination passée des océans, le Portugal, pays aux dimensions modestes, possède aujourd'hui une gigantesque zone économique exclusive, puisqu'il exerce sa souveraineté sur un espace maritime de plus de (soit plus de sa superficie terrestre). Le Portugal, qui occupe la en superficie terrestre, possède la grande zone d'exclusivité maritime du monde, devant l'Inde et la Chine. Celle-ci est en voie d'être agrandie au-delà des actuels, ce qui accroîtrait considérablement ses dimensions et créerait une ZEE continue entre le Portugal continental, les Açores et Madère. Dans le cadre de l'Union européenne, le Portugal est le pays qui possède la plus grande juridiction maritime située dans l'UE (c'est-à-dire en excluant les lointains territoires britanniques d'outre-mer et les territoires français d'outre-mer, situés hors-Union européenne). Conséquence de cet état de fait, 53 % du commerce extérieur de l'Union européenne transite par les eaux portugaises, 60 % du commerce extérieur portugais se fait par voie maritime, et 70 % des importations nationales sont acheminées par la même voie (dont la totalité du pétrole et les 2/3 du gaz portugais). Acteur important dans l'océan Atlantique, l’État portugais s'est compromis à assurer les recherches et sauvetages maritimes ("search and rescue") sur un espace de responsabilité de presque de kilomètres carrés (soit plus de sa surface terrestre). D'un point de vue militaire, l’État portugais affecte une part importante de ses forces navales et aériennes au service des missions de l'OTAN dans l'Atlantique nord, assurant la protection des voies maritimes et aériennes pour le renforcement de la sécurité européenne. D'un point de vue économique, le pays continue à tirer une part importante de ses richesses de la mer, puisque 11 % de son PIB, 12 % de ses emplois, 17 % de ses recettes fiscales et 90 % de ses recettes touristiques sont liés aux océans. La vocation océanique traditionnelle du Portugal est l'objet de nombreuses études dans les milieux universitaires, en histoire, en géographie, en géopolitique et en économie. D'après l'historien Virgilio de Carvalho, une des étapes essentielles de la viabilisation de l’État-nation portugais a été son « atlantisation », aux . Son prédécesseur, l'historien Jaime Cortesão a résumé l'histoire du Portugal dans la formule : « L'histoire portugaise peut se résumer en une série d'efforts pour la mise à profit des possibilités atlantiques du territoire », la réalisation de ces efforts ayant « forgé l'individualité » du Portugal et « influé sur l'histoire de l'humanité ». Division administrative. Les principales divisions administratives portugaises sont les 18 districts du continent et de ses régions autonomes des Açores et de Madère, qui se subdivisent en 308 municipalités et . Les districts constituent la plus importante subdivision du pays. Ils servent de base pour diverses divisions administratives, comme les cercles électoraux. Avant 1976, les deux archipels étaient aussi intégrés dans la structure générale des districts portugais avec toutefois des spécificités administratives tenant compte de leur statut de districts indépendants des îles adjacentes, décret-loi , du qui se traduit par l’existence de trois districts indépendants aux Açores et un pour Madère : Depuis 1976, les Açores et Madère sont devenues des régions autonomes, avec un statut politico-administratif et des agences du gouvernement propres (article , paragraphe 2, de la "Constitution de la République portugaise"). Actuellement, la division administrative se résume par le tableau suivant : Politique et administration. Organisations des pouvoirs. Le Portugal est un État unitaire à régime semi-présidentiel unicaméral fondé sur la Constitution portugaise du (constitution modifiée en 1982, 1989, 1992, 1997, 2001, 2004 et 2005). Les trois principales composantes du pouvoir sont le président de la République et le gouvernement, l'Assemblée de la République, et la justice. La Constitution accorde la division ou la séparation des pouvoirs entre les branches législative, exécutive, et judiciaire. La République portugaise est un État laïc. Le président de la République, élu pour cinq ans, assume un rôle exécutif, qu'il partage avec le Premier ministre. L'actuel président est Marcelo Rebelo de Sousa, élu en . Le pouvoir législatif est détenu par l'Assemblée de la République ("), parlement unicaméral composé de élus pour quatre ans (dont quatre représentent les Portugais de l'étranger). Le gouvernement est dirigé par le Premier ministre, qui, depuis les élections du , est António Costa, secrétaire-général du PS. Le Premier ministre nommé par le président désigne les membres de son gouvernement, qu'il propose au chef de l'État. L'actuel gouvernement est entré en fonction le . Antonio Costa a conservé son poste de Premier Ministre à la suite des élections législatives de début octobre 2019, où son parti, le PS, a obtenu le plus grand nombre de suffrages (36,65%), permettant au pays de disposer ainsi d'une stabilité parlementaire et gouvernementale. Le pouvoir judiciaire est divisé en trois ordres: judiciaire, administratif, et financier. Le Tribunal suprême de justice constitue la plus haute juridiction judiciaire du pays, le Tribunal administratif suprême étant la plus haute juridiction administrative. Tous deux statuent en cassation. Par ailleurs, le Tribunal constitutionnel veille à la conformité des lois avec la Constitution. L'âge minimum requis pour voter est fixé à . Les femmes ont obtenu le droit de vote en 1931 par un décret-loi (), mais seulement les femmes ayant un diplôme de l'enseignement supérieur; enfin toutes les femmes obtiennent le droit de vote en 1945. La peine de mort a été abolie en 1867, la dernière exécution eut lieu en 1849. Dirigeants actuels. Marcelo Rebelo de Sousa, candidat PSD des présidentielles de janvier 2016 est élu au premier tour avec près de 52 % des suffrages exprimés. C'est le qu'il a pris ses fonctions à la suite d'une prestation de serment devant le parlement portugais. Marcelo Rebelo de Sousa succède ainsi au président Aníbal Cavaco Silva élu en 2006 puis réélu en 2011. Dès son arrivée à la tête de l'État portugais, Rebelo de Sousa se retrouve dans une situation de cohabitation avec un chef du gouvernement socialiste soutenu par les communistes et la gauche radicale à la suite des élections du . Son principal rôle sera donc d'assurer la stabilité du gouvernement socialiste en fonction afin d'éviter toutes éventuelles crises politiques ainsi que le respect des engagements économiques et financiers du pays face à l'Union européenne, la Banque centrale européenne, et le Fonds monétaire international. Le , le Parti social-démocrate (PPD/PSD) quatre ans après son retour au pouvoir semble emporter les élections législatives mais sa première place n'est due qu'à l'existence de listes communes avec le CDS (les listes communes perdent plus de 12 % des voix par rapport à 2011- 40,1 % contre 52,5 % pour le total des deux partis) et perd donc la majorité absolue. Pour la première fois en quarante ans, un accord est conclu entre le Parti socialiste (PS) et deux autres formations se réclamant de la gauche radicale, le Bloc de gauche (BE) et la Coalition démocratique unitaire (CDU), majoritaires en nombre de sièges à l'Assemblée de la République. Le 24 novembre suivant, malgré les réticences du chef de l'État, le secrétaire général du PS, António Costa, est désigné Premier ministre. À la suite de l'émergence d'une majorité de gauche au parlement portugais, le socialiste Eduardo Ferro Rodrigues est élu président de l'Assemblée de la République le grâce aux voix des députés socialistes, communistes, écologistes et de la gauche radicale. Conflits territoriaux. Deux conflits territoriaux opposent encore actuellement le Portugal et l'Espagne ; en effet, le Portugal ne reconnaît pas la municipalité d'Olivença comme territoire espagnol. À la suite du traité de Vienne, l'Espagne a manifesté la volonté de faire rétrocession de ses territoires occupés. La constitution portugaise dans son article 5, alinéa 3, rend impossible que ce territoire soit reconnu comme espagnol. Il existe également un conflit non clarifié au sujet de la zone économique exclusive du Portugal dans les eaux territoriales des îles Selvagens (un petit archipel au nord des îles Canaries), sous autorité portugaise. L'Espagne les réclame au motif qu'elles ne se trouvent pas sur une plaque continentale distincte, en accord avec l'article 121 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Indépendance et fusion. D'éphémères mouvements indépendantistes, très minoritaires, ont existé entre 1975 et 1978 aux Açores et à Madère, jusqu'à ce que ces deux archipels obtiennent le statut de région autonome. Ils sont depuis inexistants. ou encore celle de la Galice (région espagnole) et du Portugal. Pour la fusion entre l'Espagne et le Portugal, ce sont surtout les Espagnols qui, plus que les Portugais, sont favorables à une éventuelle union entre les deux pays. Presque la moitié des Espagnols se déclarent favorable au rapprochement des deux nations Un sondage public effectué en 2006 a révélé que 45,6 % des Espagnols sont pour la fusion ; parmi ceux-ci, 43,4 % défendent le nom d’' pour l’hypothétique entité mais 39,4 % sont pour le nom '. Pour 80 % des partisans de l’union, ils souhaitent que la capitale soit Madrid, contre à peine 3,3 % pour Lisbonne. Certains mouvements galiciens minoritaires et dits réintégrationnistes tels l'AGAL, revendiquent une union entre les peuples du Portugal et de Galice en militant pour ré-introduire le galicien comme dialecte de la lusophonie. D'autant que le Portugal et la Galice ont des langues issues de l'ancien galicien, le galaïco-portugais qui de fait a deux variétés modernes : le portugais et le galicien. Quelques projets transfrontaliers existent entre la Galice et le Nord du Portugal, en particulier dans le cadre de l'euro-région de Galice/Nord-Portugal (Galicia - Norte de Portugal, communidade de trabalho). Il est envisagé d'autoriser la réception des chaines de télévision portugaises en Galice, parmi les six présentes, cinq sont en langue castillane ou espagnol et une seule en galicien. Le , le secrétaire exécutif de la CPLP a fait une déclaration dans laquelle il garantit que la Galice, n'étant pas un pays, peut toutefois prétendre à être membre associé de la CPLP, grâce à l'accord du gouvernement espagnol, et qu'il en a informé les autorités galiciennes. Géographie. De Lisbonne, jusqu'à l'Alentejo, le relief est plutôt caractérisé par des plaines. Le Portugal est traversé par plusieurs fleuves, certains prenant leurs sources en Espagne comme le Douro, le Minho, Guadiana et le plus célèbre, le Tage. D'autres fleuves importants naissent, eux, au Portugal comme le Mondego, le Sado et Mira. Le pays compte plusieurs écorégions dont la forêt sclérophylle et semi-caduque ibérique. Le point culminant du Portugal est le Ponta do Pico dans l'île du Pico, c'est un ancien volcan qui est entré trois fois en éruption depuis le , et une incertaine en 1963, la plus probable serait en 1720, il s'élève à . Mais, sur le Portugal continental, le plus haut sommet, la Serra da Estrela, est situé dans le district de Guarda et culmine à . L'archipel des Berlengas est situé à des côtes portugaises, dans l'océan Atlantique. Cet archipel est composé de Berlenga Grande, des îles Estelas et Grande Farilhão. Il est situé à exactement de Cabo Carvoeiro. Les îles de Madère, au contraire des Açores qui sont localisées sur un rift au milieu de l'océan Atlantique, sont situées sur une plaque africaine. Écologie. C'est la troisième plus grande zone exclusive de l'Union européenne et la dix-septième à l'échelle mondiale. Les régions protégées au Portugal incluent un parc national, douze parcs naturels, neuf réserves naturelles, cinq monuments naturels et sept paysages protégés, s'étendant du Parc National de Peneda-Gerês jusqu'au Parc naturel de la Serra da Estrela et à la Réserve naturelle de Paul de Arzila. En ce qui concerne les forêts portugaises, le pin (plus particulièrement le "Pinus pinaster" et le "Pinus pinea"), le châtaignier, le chêne-liège, le chêne vert, le chêne du Portugal, et l'eucalyptus sont très répandus. Le Portugal est une escale importante pour les oiseaux migrateurs, sur les sites du cap Saint-Vincent et de la Serra do Monchique, où des milliers d'oiseaux qui volent de l'Europe vers l'Afrique en automne ou sur la direction opposée peuvent être vus au printemps. En juin 2017, des incendies provoquent la mort de soixante-six personnes, ce qui entraine de vives critiques contre les autorités, accusées de négligence. Conséquence de l'austérité et du faible niveau d'investissement public, le démantèlement des services forestiers, la privatisation des moyens aériens de lutte contre les incendies et l'amputation des budgets de la politique forestière ont été poursuivis durant des années, tant par des gouvernements conservateurs que sociaux-démocrates. Entre 2006 et 2016, les effectifs des gardes forestiers ont été réduits de près d'un tiers. Après la tragédie, le gouvernement entreprend de racheter au secteur privé pour sept millions d'euros le réseau Siresp (système de communication entre secours), jugé largement défaillant. Les plantations d'eucalyptus, essence hautement inflammable, sont montrées du doigt. Cet arbre d’origine australienne constitue l’espèce la plus présente au Portugal, indique la Ligue pour la protection de la nature (LPN). Le pays compte la plus grande densité d’eucalyptus du monde. Ces plantations servent notamment de matière première à l’industrie papetière, en particulier The Navigator Company, l'une des plus puissantes entreprises du pays. D'après la présidente de l’Association des victimes de l’incendie de Pedrógão Grande : « En 2002-2004, le gouvernement de José Manuel Barroso a négocié avec l’entreprise afin d’intensifier son développement économique. Dès lors, les pouvoirs locaux ont délivré les autorisations de planter de l’eucalyptus aux micropropriétaires les yeux fermés. La politique forestière étant fondée sur le profit à court terme, l’arbre a très vite proliféré dans les zones rurales les plus défavorisées. » Principales villes. Lisbonne (qui compte en 2011 pour la ville, pour le Grand Lisbonne et pour la région métropolitaine de Lisbonne) est la capitale du Portugal depuis le , car jusqu'en 1385 la capitale du Portugal fut Coimbra. Porto ( et dans l' Aire métropolitaine de Porto en 2011) est la seconde agglomération du Portugal. Il y a aussi d'autres grandes villes comme Aveiro (considérée comme la Venise portugaise), Braga (la ville des Archevêques), Chaves (ville historique et millénaire), Coimbra (avec son université, la plus vieille du pays et l'une des premières en Europe), Guimarães (Ville Berceau), Évora (Ville musée), Faro, Setúbal ou encore Viseu. Climat. Le climat du Portugal est de type méditerranéen selon la classification de Köppen. D'après cette classification, le climat est caractérisé essentiellement par des étés chauds et secs et des hivers plus ou moins doux. En hiver, les mois les plus « froids » sont janvier et février, mais les températures restent douces. En moyennes, sur la côte océanique portugaise, les températures varient de à l'été et de à l'hiver influencé directement par l'océan Atlantique. L'intérieur des terres possède des variations thermiques plus fortes, avec des températures qui varient de à l'été et de à l'hiver. La neige tombe sur les sommets du pays en hiver. L'aridité est plus marquée dans l'intérieur du pays. Ainsi, pourtant située à d'altitude, la ville de Bragance dans le nord-est du pays présente une moyenne de en janvier, valeur comparable à la basse vallée du Rhône. Le record de chaleur est de . Toujours selon Köppen, le pays connaît deux nuances : Économie. Depuis 1985, le pays est entré dans un processus de modernisation et a rejoint l'Union européenne en 1986. Les gouvernements successifs ont réalisé plusieurs réformes, ont privatisé de nombreuses sociétés contrôlées par l'État et ont libéralisé les espaces-clefs de l'économie, y compris les secteurs des télécommunications et financier. Le pays a développé une économie de type capitaliste de plus en plus fondée sur les services. Le Portugal fait partie des onze États de l'UE fondateurs de l'euro, en 1999. Le pays fait ainsi disparaître l'ancienne monnaie nationale, avec l'application d'une parité de pour un euro. Pendant la majeure partie des années 1990, la croissance économique portugaise est supérieure à la moyenne de celle des pays de l'Union européenne. En partie avec des fonds de l'Union européenne, le pays réalise durant les vingt dernières années d'importants investissements dans ses infrastructures et dispose d'un réseau de voies routières et ferroviaires de qualité. Début 2006, le Portugal souffre d'un taux de chômage de 7,7 %, qui atteint 8,7 % chez les femmes et 16,2 % chez les jeunes de moins de . Néanmoins, deux des régions européennes les moins touchées par le chômage sont portugaises : les Açores et Madère avec un taux de 2,5 %. Les principales exportations portugaises sont le textile, les voitures, les produits manufacturés, des composants informatiques et électroniques et des matériaux de construction. Depuis 1962, l'usine PSA de Mangualde produit des véhicules. En 2010, y ont été produits et elle a la particularité d'être en production majoritairement manuelle. Renault-Nissan y ont débuté au second trimestre de 2011 la construction de véhicules électriques Le commerce extérieur du Portugal se concentre essentiellement dans l'Union européenne. Aujourd'hui, 80 % des exportations portugaises sont à destination des pays de l'Union européenne, 5 % pour l'Amérique du Nord, les pays lusophones représentant 4 % des exportations. Les exportations de biens manufacturés comme le textile, les vêtements, les chaussures, le liège, les machines-outils, les équipements de transports, la pâte à papier, les dérivés du papier et les produits chimiques représentent 70 % des exportations totales. L'Union européenne et le Fonds monétaire international sont venus en aide au Portugal, à hauteur d'un prêt de 78 Milliards d'euros. La crise économique de 2011 a eu pour conséquences : Sous le gouvernement conservateur de Pedro Passos Coelho (2011-2015), le Portugal s'engage dans une « politique d'austérité » visant à réduire le déficit public et redynamiser le secteur privé : réduction du salaire minimum et des pensions de retraites, augmentation les impôts et réduction des aides publiques. Le déficit se maintient néanmoins à 4,4 % du PIB, entrainant des menaces de sanctions de l'Union européenne, tandis que la dette passe de 96,2 % du PIB en 2010 à 128,9 % en 2014. La précarité et la pauvreté augmentent dans le pays. Entre 2006 et 2012, le nombre de salariés percevant le salaire minimum est passé de à , sur une population active d’environ cinq millions de personnes, du fait d'une politique visant à réduire le coût du travail. Après les élections législatives de 2015, le nouveau gouvernement conduit par Antonio Costa (Parti socialiste, Parti communiste et Bloc de gauche) déclare rompre avec la politique menée par le gouvernement précédent : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs ». Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23 % à 22 %. Les retraites et les allocations familiales ont été augmentées, le droit du travail renforcé, les impôts sur les bas salaires réduits, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à par semaine. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7 % en 2019, le plus bas depuis 2004. la croissance du PIB est évaluée à 2,5 % pour 2017. Afin de respecter l’orthodoxie budgétaire imposée par les traités européens, les dépenses publics ont atteint un niveau extrêmement faible (1,97 % du PIB en 2018). Le redressement économique a ainsi servi prioritairement à combler le déficit et la dette. Cette politique de rigueur budgétaire est mise en œuvre par le ministre des Finances Mário Centeno, économiste formé à Harvard et de sensibilité libérale. Plutôt que d’investir dans le secteur public, le gouvernement décide de renflouer les banques privées avec de l'argent public (Novo Banco reçoit en 2019). Cette décision a de nouveau provoqué une contestation de la gauche radicale et des communistes, qui ont accusé le ministre de préférer « assainir » les banques privées plutôt que d’effectuer les investissements nécessaires au pays. En 2019, les universités sont proches de la faillite et le système de santé pâtit du manque de moyens matériels et de personnel. Le gestionnaire public des infrastructures ferroviaires considère que 60 % des lignes de train sont dans un état « mauvais » ou « médiocre ». Le logement social ne représente que 2 % du parc immobilier. La pauvreté repart à la hausse en 2020, avec 18,4 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. La chute de l'activité touristique du fait de la pandémie de Covid-19 et la faiblesse du système de protection sociale en sont les causes. Les entreprises privées sont généralement très endettées. Leurs dettes représentent en 2017 145 % du PIB. En 2022, le Portugal est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Agriculture. Avec un passé majoritairement agricole, et après les évolutions de ces dernières années, l'économie est fondée actuellement sur les services et sur l'industrie, qui représentent respectivement 67,8 % et 28,2 % du secteur économique portugais. L'agriculture portugaise bénéficie d'un climat et d'un relief favorables et de sols fertiles. Les dernières décennies ont permis d'intensifier la modernisation de l'agriculture et de la pêche, bien qu'encore 13 % de la population active y travaille toujours. Les oliviers (qui s'étendent sur ), les vignobles (qui occupent ), le blé (sur ) et le maïs (qui représentent ) sont les principales cultures par la surface cultivée. Les vins (les plus célèbres étant le vin de Porto, le vin de Madère et le "vinho verde") et les huiles portugaises sont appréciés grâce à leur qualité. Le Portugal est également un pays producteur de fruits, notamment les oranges algarviennes, la pêra-rocha de l'Ouest, la cerise du Gardunha et la banane de Madère. Il existe aussi d'autres productions comme l'horticulture, la fromagerie et la floriculture, comme la betterave rouge, le fromage da Serra, l'huile de tournesol et le tabac. Le Portugal produit 52,5 % de la production mondiale de liège, des eucalyptus, du vin, du cuivre… C'est aussi un important importateur de produits alimentaires. Les importations proviennent de l'Union européenne à 76 %, 4 % de l'Amérique du Nord et 1 % des pays lusophones. Le secteur primaire (agriculture) représente 2,8 %, du PIB portugais, le secteur secondaire (industrie) 24,8 % et le secteur tertiaire (services) 72,4 %. Énergie. Le Portugal est certes fortement dépendant de ses importations en matière d'énergie, en particulier pour les combustibles fossiles, mais il a une vision claire à propos des prévisions de ses besoins énergétiques sur plusieurs décennies, traduite par un modèle MARKAL commun avec l'Espagne. Énergies renouvelables. En 2017, le Portugal a consommé 28,1 % d'énergie issue de sources renouvelables contre 28,4 % en 2016, selon des données d'Eurostat publiées en février 2019, soit à de l'objectif national de 31 %. Le Portugal est au deuxième rang des six pays européens dont la consommation d'énergie renouvelable se situe entre 20 et 30 % derrière l'Estonie. Le gouvernement portugais affirmait qu'en 2010 45 % de l'électricité serait produite à partir des sources renouvelables. Le barrage d'Alqueva, dans l'Alentejo (servant à l'irrigation des champs et à produire de l'énergie hydroélectrique) a créé le plus grand lac artificiel d'Europe de l'Ouest et a représenté un des plus grands investissements du pays. Le pays compte de nombreux parcs éoliens, dont le plus grand d'Europe depuis 2008. Tourisme. Le tourisme est un secteur très important, comptant pour 16,6 % du PIB en 2017 contre 14,1 en 1995. L'Algarve, dans le sud du pays, est la principale destination avec de nombreux complexes, clubs et hôtels bordant la côte aux environs d'Albufeira et de Faro. Des milliers de vacanciers convergent toute l'année vers cette région du Portugal, principalement entre avril et septembre. Les Espagnols (49 %) constituent la principale origine des touristes, suivis des Britanniques (14 %). En juin 2020, le Portugal devient le premier pays d'Europe à recevoir le label mondial sur la sécurité et l’hygiène "Safe Travels" délivré par . Transports. Les transports ont constitué une priorité dans les années 1990 en parallèle avec l'utilisation croissante des véhicules automobiles et le processus d'industrialisation. La première autoroute portugaise date de 1944 et reliait Lisbonne au Stade national du Jamor (l'actuelle ). Malgré la construction de nouveaux tronçons dans les années 1960 et 1970, c'est véritablement à la fin des années 1980 que fut commencée la construction d'autoroutes à grande échelle. De nos jours, le réseau d'autoroutes portugaises couvre la presque totalité du territoire, reliant tout le littoral et les principales villes. Le pays compte également les réseaux des "Itinerários Principais" (IP) et des "Itinerários Complementares" (IC) qui peuvent être constitués d'autoroutes, de voies rapides et de routes nationales. Le pays possède de réseaux routiers, dont forment le réseau d'autoroutes du pays. En 2012, le réseau atteint un total de . Les deux principaux noyaux urbains possèdent des systèmes de métro : le métro de Lisbonne et le "Metro Transportes do Sul" pour Lisbonne et le métro de Porto. Le transport ferroviaire de passagers et de marchandises s'effectue sur les de lignes actuellement en service, dont sont électrifiés et environ 900 permettent des vitesses de circulation supérieures à . Le réseau ferroviaire est géré par la REFER ("Rede Ferroviária Nacional", Réseau ferroviaire national), tandis que les transports de passagers et de marchandises relèvent de la responsabilité des "Comboios de Portugal" (Chemins de fer portugais), devenus "Comboios de Portugal" (CP) en 2004. Il s'agit de deux entreprises publiques. En 2006, la CP a transporté de passagers et de tonnes de marchandises. La première ligne de chemin de fer a été créée en 1856 et fut construite avec un écartement des rails de , comme en Espagne. Les appels d'offres pour la construction et l'exploitation d'un réseau ferroviaire à grande vitesse, avec les liaisons Lisbonne-Madrid, Lisbonne-Porto et Porto-Vigo, devaient débuter en 2008 pour la première, et en 2009 pour les deux autres. Les travaux devraient commencer en 2013 pour les liaisons Lisbonne-Madrid et Porto-Vigo et en 2015 pour la liaison Lisbonne-Porto. L'investissement prévu pour ces trois liaisons est de d'euros. Deux autres lignes à grande vitesse sont encore à l’étude : Aveiro-Salamanque et Évora-Faro. Lisbonne occupe une position géographique qui fait d’elle une escale pour de nombreuses compagnies aériennes étrangères. Le projet d'un nouvel aéroport international à Alcochete qui remplacera l'actuel aéroport Humberto Delgado de Lisbonne est actuellement à l'étude. Les principaux aéroports sont ceux de Lisbonne, de Faro, de Porto, de Funchal (île de Madère) et de Ponta Delgada (archipel des Açores). Les ports industriels représentent un enjeu majeur pour l’économie. Cependant, leur compétitivité repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre flexible et sur l’amputation du salaire des travailleurs. D'après le "Syndicat des dockers et de l’activité logistique" : « Au tournant de l’année 2013, le pouvoir a fait voter une loi sur la libéralisation de l’activité portuaire qui visait à fragiliser nos conditions de travail. Cela a provoqué un recours énorme à la sous-traitance. En août 2018, les syndicats ancent un mouvement de grève en solidarité avec les travailleurs du port de Setúbal, à une cinquantaine de kilomètres de Lisbonne, où 90 % des dockers et des logisticiens sont alors recrutés en contrat journalier. Selon eux : « Ces travailleurs précaires n’ont ni congés ni droit à la protection sociale en cas de maladie ou d’accident du travail. Certains peuvent être contractualisés et licenciés deux fois dans une même journée afin d’enchaîner seize heures de travail ». Logement. À la suite de la crise économique de 2008, le Portugal accepte certaines exigences du Fonds monétaire international, de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, telles que la dérégulation du marché immobilier et le développement de l'offre touristique en échange d'une aide économique. En 2012, le gouvernement conservateur de Pedro Passos Coelho modifie la loi sur les locations en faveur des propriétaires, facilitant l’augmentation du loyer à la fin d’un bail et l’expulsion des occupants en cas de rénovation des lieux. Des « visas en or » sont créés en 2012 en faveur des étrangers qui achèteraient des biens immobiliers pour plus de et un statut de résident non habituel offre un régime fiscal avantageux pour les retraités européens qui viendraient s’installer dans le pays et y acquièrent un logement. Depuis fin 2018, Lisbonne est la ville européenne qui compte le plus de résidences Airbnb par habitant. Cette libéralisation du marché locatif a cependant conduit à une augmentation du nombre d'expulsions. Des bâtiments historiques, tels que le palais Santa Helena, ont été vendus à des groupes privés afin d’être transformés en appartements de luxe. D'après la Fédération Internationale de l’Immobilier, « le pays propose de plus en plus de programmes immobiliers de luxe. Il fonde tout sur le golf. Ce qui appelle une clientèle aisée ». Selon les chiffres d’Energias de Portugal (EDP), 75 % des 1,5 million de bâtiments que recense le Portugal, dont plus des deux tiers des habitations, ne répondent pas aux normes minimales en matière d’isolation thermique. En conséquence, 16,4 % des ménages ne sont pas en mesure de se chauffer correctement et 25,2 % souffrent de problèmes préoccupants d’infiltration et d’humidité en raison des problèmes d’isolation chez eux. L'été peut également être particulièrement pénible à supporter pour de nombreuses personnes, leur logement ne pouvant les protéger des fortes chaleurs. Démographie. Les Portugais sont, à l’origine, des Celtibères et majoritairement des Lusitaniens. Les Gallaeci sont d'origine celte. Autres influences importantes : les Romains (la langue portugaise dérive du latin), les Wisigoths, les Suèves et les Arabes ; tous ont peuplé ce qui constitue aujourd'hui le territoire portugais. De moindre influence, citons aussi les Grecs et les Phéniciens-Carthaginois dans le sud du pays, les Vandales (Sillings et Hasdings), les Alains (tous deux expulsés ou partiellement laissant la place aux Wisigoths). La population portugaise est composée de 16,3 % de personnes ayant entre 0 et , 66,1 % entre 15 et et 17,6 % pour les plus de . L'espérance de vie moyenne est de , pour les femmes et pour les hommes. 93,3 % des Portugais, 95,5 % pour les hommes et 91,3 % pour les femmes, savent lire et écrire, le taux d'analphabétisme diminuant au fil des années. La croissance démographique se situe dans les 0,305 %. On compte pour et pour . La population du pays n'est pas donc renouvelée, le taux de fécondité au Portugal n'étant que de . Le Portugal est l'un des pays où le taux de mortalité infantile est le plus bas du monde (). Selon l'ONU, en 2010, 60 % des Portugais résident en milieu urbain et 40 % résident dans le milieu rural. Même si le Portugal est un pays développé, l'assainissement de base n'inclut encore pas tout le territoire, il est particulièrement développé dans les régions de l'Alentejo et de Lisbonne, ainsi que la vallée du Tage où se concentre la plus grande partie de la population bénéficiant d'un accès. À l'heure actuelle, il existe encore un grand nombre d'habitations non reliées à un réseau public d'assainissement (tout-à-l'égout), quelques-unes étant même dépourvues de tout système d'assainissement. L'accès à la santé est garanti pour toute la population, l'accès aux médicaments étant garanti à la quasi-totalité de la population. Près de vivent au Portugal, représentant environ 5 % de la population portugaise, une grande partie en provenance du Brésil (). Vient ensuite l'Ukraine () puis le Cap-Vert (). On trouve aussi d'autres nationalités, venant par exemple de Moldavie, de Roumanie, de Guinée-Bissau, d'Angola, du Timor oriental, de Mozambique, de Sao Tomé-et-Principe et enfin de Russie. Culture. La culture du Portugal trouve ses racines dans la culture latine de la civilisation romaine, avec également un héritage celtibère (mélange de culture celtique pré-romaine et ibérique) et arabo-musulman (en raison de l'occupation islamique de la péninsule Ibérique entre 711 et 1492). Le Portugal, pays de longue histoire qui a connu de nombreuses influences de civilisations étrangères, abrite des bâtiments à l'architecture remarquable, des arts, ameublement et collections littéraires qui sont des miroirs des événements qui ont forgé ce territoire et ses habitants. Les Portugais possèdent de nombreux sites culturels allant des musées jusqu'aux vieilles églises qui témoignent de son héritage culturel. À la suite des grandes découvertes du puis en raison de l'instauration d'un régime dictatorial de 1926 à 1974, beaucoup de Portugais ont été amenés à émigrer dans de nombreux pays du monde principalement pour fuir la misère ainsi que les nombreuses guerres coloniales. Les conséquences de ces nombreux flux migratoires font que l'on compte aujourd'hui plus de de descendants portugais dans le monde, principalement aux États-Unis, au Brésil, en France, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie et en Inde. Par conséquent, de nombreuses personnalités cinématographiques, musicales, sportives et politiques mondialement connues sont issues de cette diaspora et font aujourd'hui la richesse du Portugal dans le monde. Architecture. L'architecture du Portugal est l'architecture qui a existé et qui se pratique sur le territoire du Portugal, c'est-à-dire bien avant la fondation du Portugal en tant que pays au . Le terme s'étend aussi à des bâtiments créés sous l'influence de la culture portugaise ou par des architectes portugais du temps de l'empire colonial portugais. L'architecture portugaise, à l'instar de tous les aspects de la culture portugaise, est marquée par l'Histoire du pays et des peuples qui se sont installés avec leur culture sur le territoire actuel portugais. Parmi eux, les Romains, les Germains, les Arabes, mais aussi l'influence des principaux centres artistiques européens qui a introduit dans le pays les différents styles architecturaux aussi bien roman, gothique, Renaissance, baroque que classique. On peut citer comme principales manifestations de l'architecture portugaise, le style manuélin, version locale du Gothique tardif, et le style pombalin, mélange de baroque tardif et de néoclassicisme qui s'est développé après le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. Architecture des premiers temps. Des exemples précoces d'activités de bâtisseurs au Portugal datent du Néolithique et sont des sites associés à la culture des mégalithes. L'intérieur du pays comporte un grand nombre de dolmens (appelés "antas" ou "dólmens"), de tumulus ("mamoas") et de menhirs. La région de l'Alentejo est particulièrement riche en monuments mégalithiques comme l"Anta Grande do Zambujeiro" situé non loin d'Évora. On trouve des pierres levées, soit isolées, soit disposées en cercle (cromlechs). Le cromlech des Almendres, lui aussi près d'Évora, est le site le plus étendu de la péninsule ibérique, avec près de cent menhirs formant deux ellipses orientées est-ouest. Des villages fortifiés préhistoriques datant du Chalcolithique se trouvent le long du Tage telle le site de Vila Nova de São Pedro près de Cartaxo et le Castro do Zambujal près de Torres Vedras. Ces sites furent occupés environ de 2500 à 1700 et étaient ceints de murs et de tours en pierre, signe d'hostilités à cette époque. À partir du , le Nord-Ouest du Portugal, tout comme la région voisine de la Galice en Espagne, connut le développement de la culture des castros ("cultura castreja"). Cette région était couverte d'habitations fortifiées (appelées "citânias" ou "cividades") qui, pour une grande part, continueront d'exister sous la domination romaine quand la région sera annexée à la province de Gallaecia. Citânia de Sanfins près de Paços de Ferreira, Citânia de Briteiros près de Guimarães ou Cividade de Terroso près de Póvoa de Varzim sont des sites archéologiques notables. Période romaine. L'architecture s'est développée de façon significative avec l'arrivée des Romains au qui appelèrent "Hispanie" la péninsule Ibérique. Les villages et lieux d'implantation conquis furent souvent modernisés selon les modèles romains avec la construction de forum, de rues, de théâtres, de temples, de bains, d'aqueducs et d'autres bâtiments publics. Un réseau efficace de routes et de ponts fut créé pour mettre en relation les villes et les autres zones colonisées. Braga ("Bracara Augusta") fut la capitale de la province de Gallaecia et possède encore des vestiges de bains publics, une fontaine publique (appelée la fontaine de l'Idole) et un théâtre. Évora a la particularité de posséder un temple romain très bien conservé, probablement dédié au culte de l'empereur Auguste. Un pont romain traverse la rivière Tâmega à Chaves ("Aquae Flaviae"). On trouve aussi les vestiges d'un théâtre aux environs de l'Alfama à Lisbonne ("Olissipo"). Les vestiges les mieux conservés de villages romains sont ceux de Conimbriga situés près de Coimbra. Les fouilles ont révélé des murs d'enceinte, des bains, un forum, un aqueduc, un amphithéâtre, des logements pour la classe moyenne ("insulae") de même que des villas luxueuses ("domus") avec une cour centrale décorée de mosaïques. Un autre site de fouilles important de village romain est Miróbriga près de Santiago do Cacém possédant un temple romain bien préservé, des bains, un pont et les vestiges du seul hippodrome romain connu au Portugal. Période post-romane. La domination romaine sur l'Hispanie prit fin avec les invasions germaniques (Suèves et les Wisigoths) à partir du . Très peu de bâtiments ont été conservés de cette période de domination wisigothe (de 580 à 770), surtout à cause des modifications ultérieures ; néanmoins, il subsiste la chapelle de São Frutuoso de Montélios près de Braga qui faisait partie d'un monastère wisigoth construit au . Ce monument présente un plan en forme de croix grecque avec des branches rectangulaires et une coupole centrale ; coupole et branches sont décorées d'arcs en relief. La chapelle révèle une nette influence de l'architecture byzantine comme le mausolée de Galla Placidia à Ravenne. Après 711, lors de la période de domination de la péninsule ibérique par les Maures, beaucoup de chrétiens (les Mozarabes) vivaient sur les territoires maures et avaient le droit de pratiquer leur religion et de construire des églises. Le royaume resté chrétien des Asturies (de 711 à 910), situé au nord de la péninsule, sera le point de départ de la "Reconquista". L'architecture asturienne et l'art mozarabe vont influencer les monuments chrétiens du futur Portugal. Le plus important est sans doute l'église de São Pedro de Lourosa, située près d'Oliveira do Hospital, qui porte gravée l'inscription de 912 comme année de sa construction. Cette église est une basilique avec trois nefs séparées par des arcs outrepassés, un narthex en façade et des fenêtres à meneaux et à arc outrepassé d'influence asturienne sur l'aile centrale. Période mauresque. La conquête de la péninsule Ibérique par les Maures venus du Maghreb en 711 mit fin à la domination wisigothe en Hispanie, renommée Al-Andalus par les nouveaux arrivants. La présence mauresque va profondément influencer l'art et l'architecture sur le territoire portugais, surtout au sud où la Reconquista ne s'achève qu'en 1249. Cependant au Portugal, contrairement à l'Espagne voisine, peu de bâtiments mauresques sont parvenus intacts jusqu'à nos jours. L'habitat traditionnel dans beaucoup de villes et de villages du Portugal a de simples façades blanches qui donnent à l'ensemble une allure du type des villages d'Afrique du Nord. De nombreux villages et quartiers de ville ont gardé le réseau viaire de la période islamique, comme le quartier de l'Alfama à Lisbonne avec ses rues étroites et ses petites maisons et immeubles, qui sont trace du "Coran". Les bâtiments mauresques étaient souvent construits en pisé ("taipa") et adobe, et blanchis à la chaux. Les Maures ont construit des châteaux forts et des fortifications en de nombreuses villes, mais, bien que beaucoup des châteaux médiévaux du Portugal soient originaires de cette période, dans la plupart des cas, ils ont été profondément remaniés après la reconquête chrétienne. Cependant un des mieux préservés est le château de Silves, ancienne capitale de l'Al-Gharb, l'Algarve d'aujourd'hui. Bâti entre les , le château de Silves a conservé ses murailles et ses tours carrées de la période mauresque, ainsi que ses citernes du qui servaient à ravitailler la ville en eau en cas de siège. Le vieux centre de la ville – l"Almedina" – était défendu par des murailles, des tours fortifiées et des portails dont certaines parties existent toujours. Beaucoup de mosquées furent construites sur le territoire portugais durant la période de domination musulmane, mais elles ont toutes été transformées en églises ou cathédrales, et les caractéristiques de l'art islamique sont difficilement identifiables maintenant. Ainsi les cathédrales de Lisbonne, Silves et Faro, par exemple, ont certainement été construites à l'emplacement d'une grande mosquée après la Reconquista. L'église principale de Mértola dans l'Alentejo constitue la seule exception. La mosquée de Mértola a été construite durant la seconde moitié du et reste, même si elle a connu de sévères modifications, la mosquée médiévale portugaise la mieux conservée. À l'intérieur son plan est pratiquement carré avec quatre branches et un total de 12 colonnes supportant des croisées d'ogives manuélines du . Même si le toit a été modifié et quelques ailes supprimées au , l'espace intérieur labyrinthique avec sa "forêt" de piliers est clairement affilié aux autres mosquées d'Espagne et du Maghreb qui lui sont contemporaines. Les murs intérieurs portent encore un mihrab, la niche décorée indiquant la direction de La Mecque. Style manuélin. L'architecture gothique tardive du Portugal se caractérise par l'émergence d'un style somptueux appelé manuélin en l'honneur de Manuel sous le règne duquel la plupart des bâtiments de ce style furent construits ou commencés. Le style manuélin combine des aspects du gothique tardif avec d'autres de la Renaissance, et la décoration montre l'influence de la Renaissance espagnole (plateresques, isabellines), italienne et flamande, mais aussi les emprunts à la tradition islamique grâce à son voyage au Maroc. Les édifices de style manuélin sont aussi souvent décorés de motifs naturalistes typiques de l'époque des Grandes découvertes, tels les motifs en spirale rappelant les cordes utilisées dans la navigation, et aussi les compositions opulentes faites de motifs animaux et végétaux. Le premier bâtiment connu de style manuélin est le monastère de Jésus de Setúbal. L'église du monastère fut construite entre 1490 et 1510 par l'architecte Diogo Boitaca considéré comme l'un des principaux créateurs de ce style. La nef tripartite de cette église conserve la même hauteur sur toute sa largeur, comme une tentative d'unification de l'espace intérieur qui atteindra son apogée dans la nef de l'église santa Maria du monastère des Hiéronymites à Lisbonne, terminée dans les années 1520 par l'architecte João de Castilho. La nef du monastère de Setúbal est supportée par des colonnes torsadées, ce qui est une des caractéristiques du style manuélin et qu'on retrouve d'ailleurs dans la cathédrale de Guarda et les églises paroissiales d'Olivenza, de Freixo de Espada à Cinta et de Montemor-o-Velho entre autres. Les bâtiments manuélins ont aussi habituellement des portails élaborés avec des colonnes torsadées, des niches et des motifs décoratifs empruntant à la Renaissance et au gothique, comme le monastère des Hiéronymites ou le monastère de Santa Cruz à Coimbra. Style pombalin. Le tremblement de terre de Lisbonne de 1755, suivi d'un raz-de-marée et d'un incendie, détruisit en grande partie la ville. et son premier ministre Sebastião José de Carvalho e Melo, marquis de Pombal, demandèrent à des architectes et des ingénieurs de reconstruire les parties endommagées de Lisbonne, dont le quartier de Baixa. Le style pombalin est une architecture utilitaire et laïque marquée par le pragmatisme. Il suit le style dépouillé des ingénieurs militaires avec ses arrangements réguliers et rationnels, mélangé à des détails rococo et une approche néoclassique pour la composition générale. Baixa fut reconstruit par Eugénio dos Santos et Carlos Mardel. Le marquis de Pombal imposa des règles de reconstruction. Des maquettes architecturales servirent de test en simulant autour d'elles un tremblement de terre en faisant juste à côté marcher au pas des troupes, faisant des bâtiments pombalins les premiers exemples de constructions antisismiques. La "praça do Comércio", la rue Augusta et l'avenida da Liberdade sont les exemples par excellence de ce style. La "praça do Comércio" a une composition régulière et rationnelle en accord avec la reconstruction de Baixa. Le style pombalin se retrouve aussi à Vila Real de Santo António, une ville nouvelle dans l'Algarve construite par Reinaldo Manuel dos Santos. Le style est bien visible dans la composition urbaine et surtout dans la place principale. À Porto, sous l'impulsion du gouverneur de la prison João de Almada e Melo, la rue de São João fut reconstruite, de même que la cour des lois Relação, la cour d'appel Gaol et la prison. Les commerçants britanniques introduisirent l'architecture palladienne avec la "praça da Ribeira", la fabrique (1785-1790) et l'hôpital São Antonio (1770). Littérature. Écrite en portugais ou dans d'autres langues, la littérature portugaise est remarquable par la douceur de sa poésie lyrique et l'esprit mordant de sa prose satirique. Du fait de l'expansion maritime du Portugal et de l'émigration massive qui s'est ensuivie, la littérature portugaise comprend l'ensemble des œuvres écrites par des auteurs de nationalité portugaise et affiliés au Portugal, quel que soit leur lieu de naissance en métropole ou dans l'Empire, leur confession ou le lieu où a été rédigée leur œuvre. L'histoire de la littérature portugaise peut être divisée en différentes périodes : La littérature portugaise est l'une des littératures occidentales qui se développent le plus tôt, avec des textes en prose et des chansons. Jusqu'en 1350, les troubadours galaïco-portugais étendent leur influence littéraire à la majeure partie de la péninsule Ibérique. Gil Vicente est l'un des fondateurs des traditions dramatiques portugaise et espagnole. Au fil de leur expansion, partout où ils vont, les Portugais emportent avec eux leur langue et leur patrimoine culturel, qu'ils enrichissent de leurs découvertes. Le résultat de ce phénomène est double. D'une part, la littérature portugaise de la période moderne est une littérature d'envergure mondiale. Elle présente une richesse exceptionnelle. D'autre part, une partie importante de la littérature du Portugal sert aujourd'hui "de facto" de base aux littératures des autres pays lusophones. Incarnation littéraire de la nation conquérante, soldat, poète et homme de théâtre, Luís de Camões laisse une œuvre considérable qui comprend d'innombrables poésies lyriques et l'une des plus importantes œuvres épiques d'Europe occidentale. Son livre le plus connu, Les Lusiades ("Os Lusíadas"), publié en 1572, raconte la genèse et l'épopée collective de la nation portugaise, ainsi que la constitution de son Empire. L'importance de ce poète et de son œuvre sont considérables pour le pays et l'ensemble de la sphère lusophone. La fête nationale portugaise est fixée à la date anniversaire de sa mort. La langue portugaise est couramment appelée « Langue de Camões ». La poésie portugaise des présente un visage singulier, qui alterne entre modèles néoclassiques et contemporains, à l'exemple de l'œuvre de Fernando Pessoa. La littérature portugaise moderne est représentée par les auteurs tels que Camilo Castelo Branco, Almeida Garrett, Eça de Queirós, Sophia de Mello Breyner Andresen et António Lobo Antunes. Particulièrement populaire et distingué, José Saramago s'est vu remettre le prix Nobel de littérature en 1998. Musique. La musique traditionnelle portugaise est variée et très riche. Du folklore avec les danses du "vira" (région du Minho), du "pauliteiros" de Miranda (région Mirandaise), du "corridinho" de l'Algarve ou encore du "bailinho" de Madère. Les instruments typiques sont le "cavaquinho", la cornemuse, l'accordéon, le violon, les tambours, la guitare portugaise (instrument caractéristique du fado) et toute une variété d'instruments à vent et de percussion. Dans la culture populaire existent encore les groupes philharmoniques qui représentent chaque localité et jouent des styles de musique différents, du populaire au classique. Le style de musique portugais le plus connu est le fado, dont l'interprète la plus célèbre fut Amália Rodrigues. D'autres chanteurs comme Alfredo Duarte Marceneiro, Vicente da Câmara, Nuno da Câmara Pereira, Frei Hermano da Câmara, António Pinto Basto et Hermínia Silva se sont distingués en tant que fadistes. Ces dernières années, le fado a vu apparaître de jeunes chanteurs qui ont connu un grand succès, comme Camané, Mariza, Ana Moura, Mafalda Arnauth et Mísia entre autres, ainsi que de jeunes guitaristes comme Bernardo Couto. Récemment, grâce aux Madredeus et à des chanteurs comme Mariza, Cristina Branco ou Dulce Pontes, la musique portugaise a atteint un niveau de reconnaissance international, contribuant à diffuser la langue portugaise dans le monde entier. Citons également Paulo Alexandre et sa chanson "Verde Vinho", vendue à au Portugal, dont paroles et refrain ont fait le tour du monde ainsi que Linda de Suza, Lio et Helena Noguerra qui firent carrière notamment en France et en Belgique. Chez les instrumentistes, on remarque la carrière et les compositions du guitariste Carlos Paredes, le plus connu des maîtres de la guitare portugaise. Comme référence à la chanson de la fin du (surtout de la période pré- et post-révolutionnaire), on trouve entre autres Zeca Alfonso, Sérgio Godinho, Os Trovante. Même si le fado reste le genre le plus connu au-delà des frontières, la « nouvelle » musique portugaise a aussi un rôle important et fait preuve d'une grande originalité. Mafalda Veiga, Pedro Abrunhosa, David Fonseca, Lúcia Moniz, Jorge Palma, Rui Veloso, Aurea, Clã, GNR, Ornatos Violeta, Xutos & Pontapés, Amor Electro, Moonspell, The Gift, Da Weasel, Tiago Bettencourt, Fingertips, Per7ume, Mão Morta, Diogo Piçarra et Primitive Reason font partie des plus connus. D'autres styles de musiques existent au Portugal, comme le Pimba, ce genre musical créé au milieu des années 1990 par le chanteur Emanuel avec sa chanson "Pimba" en 1995 ; pour d'autres, Quim Barreiros serait à l'origine de ce genre musical. Ce style musical emprunte beaucoup à la variété, la pop et avec l'accompagnement de l'accordéon, du synthétiseur et des trompettes. Les plus grands de cette catégorie sont Emanuel, Quim Barreiros, José Malhoa, Luis Manuel et Ruth Marlene. Les styles dance, electro, house et techno apparaissent tout à la fin du . La dance fait son apparition en 1998 au Portugal, avec le groupe Santamaria qui rencontre un franc succès. La house et la techno sont très présents au Portugal avec des DJ tels que Rui da Silva, Mastiksoul, DJ Vibe, Pete Tha Zouk, Pedro Cazanova, Diego Miranda, Robert S (PT), Xinobi, Moullinex, Branko… Depuis une dizaine d'années, les sons Afro et Latino, comme le kuduro, le reggaeton, le kizomba et la zumba sont à la mode. En 2010, le chanteur portugais Lucenzo devient numéro un dans plusieurs pays dans le monde avec son titre Danza Kuduro. Le grand phénomène portugais de l'électro actuelle est le groupe Buraka Som Sistema qui a réussi un mélange de hip-hop, de kuduro et d'electro/dance. Le Portugal participe au concours Eurovision de la chanson depuis 1964 et remporte pour la première fois le festival en 2017 à Kiev, avec Salvador Sobral, qui interprète la chanson "Amar pelos dois", écrite et composée par sa sœur Luísa Sobral. À la suite de cette victoire, le pays organise alors pour la première fois, le Concours Eurovision de la chanson 2018 à Lisbonne, ville choisie pour recevoir le festival. Gastronomie. Chaque région du Portugal possède ses spécialités culinaires spécifiques, s'inspirant souvent des produits locaux. Les aliments de base dans cette cuisine sont la viande (de mouton, de porc et de volaille), diverses espèces de poissons et de coquillages (grande variété d'assiettes de morue ). La caldeirada (une sorte de bouillabaisse) est un plat typique de la municipalité de Peniche : il est composé de poissons, patate, oignons, tomates et de piments. Les fromages les plus populaires sont le fromage da Serra da Estrela et le fromage de Azeitão. Bien sûr, il y a d'autres fromages populaires portugais sous l'appellation d'origine protégée. Le Portugal est un pays fortement vinicole, les vins les plus célèbres sont les vins du Douro, de l'Alentejo et du Dão, les vins verts du Minho, et les liquoreux de Porto, Lourinhã et Madère. Dans les pâtisseries il existe une liste énorme de variétés de recettes traditionnelles, les plus célèbres étant les "pastéis de nata" (le secret de la recette est toujours bien gardé), les "ovos moles" d'Aveiro, les "pastéis de Tentúgal", le pão-de-ló, et encore beaucoup d'autres. Parmi les plats typiques du pays, les plus populaires et qui font partie intégrante de la cuisine portugaise sont le cozido à portuguesa, le bacalhau à Brás ainsi que le bacalhau à Gomes de Sá ou encore le cochon de lait cuit à la mode du Bairrada rojões d'Aveiro et du Minho. La cuisine portugaise a également influencé d'autres gastronomies, comme celle du Japon, avec l'introduction de la friture qui a donné plus tard le "tempura". Sport. Football. Le football est le sport le plus connu, aimé et pratiqué au Portugal. Eusébio est un grand symbole du football portugais et les plus récents phénomènes de popularité sont Cristiano Ronaldo, Luís Figo, Rui Costa, João Vieira Pinto, Pauleta, João Félix, Diogo Jota et Bruno Fernandes, qui font partie des nombreux footballeurs portugais de réputation mondiale. Le Sporting, Porto et Benfica sont les trois plus grands clubs de sport par leur popularité et le nombre de trophées gagnés. Ils ont gagné européens, ils étaient présents dans beaucoup de finales et ont été les compétiteurs réguliers aux dernières étapes de presque chaque saison. La « Seleção » a terminé finaliste de l'Euro 2004 à domicile, le Portugal étant le pays hôte du tournoi européen de football cette année-là. L'équipe a perdu cette année-là en finale 0-1 face à la Grèce. L'équipe a également réussi à atteindre la troisième place lors de la coupe du monde de football 1966 et atteint la quatrième place de la coupe du monde de football 2006. Le Portugal remporte son premier titre majeur lors de l'Euro 2016 face à la France, le pays hôte, grâce à un but de l'attaquant Eder lors des prolongations. Le Portugal est également une grande nation du football de plage puisque l'équipe du Portugal de football de plage compte au total dont deux coupes du monde (en 2001 et 2015), cinq Euro BS League et six Euro BS Cup. Madjer étant l'artisan principal de ces différents titres. L'équipe du Portugal de futsal est également l'une des meilleures équipes mondiales de ce sport. Le Portugal a remporté l’Euro Futsal 2018, en battant en finale l'Espagne. Ricardinho, sacré meilleur joueur du monde à cinq reprises, est le capitaine portugais lors de ce titre. Cyclisme. Le cyclisme portugais a été marqué par plusieurs grands coureurs, à l'image de Joaquim Agostinho qui termina à huit reprises dans les dix meilleurs du Tour de France entre 1969 et 1980 ou Rui Costa, champion du monde en 2013 et triple vainqueur du Tour de Suisse en 2012, 2013 et 2014. Chaque année a lieu le Tour du Portugal. C'est la plus longue épreuve en nombre d'étapes (11) après les trois Grands Tours. Formule 1. Le Portugal a aussi accueilli le Grand Prix automobile. Le Grand Prix automobile du Portugal fut une épreuve du championnat du monde de Formule 1 entre 1958 et 1960, puis de 1984 à 1996 où il se disputa sur le circuit d'Estoril, situé au nord de Lisbonne. Aussi en 2020 et 2021 disputées sur le circuit de l'Autódromo Internacional do Algarve. Ce circuit a également accueilli un temps le Grand prix moto du Portugal. Plusieurs épreuves d'endurance automobile ou des courses de Superbike sont également disputées sur l'Autódromo Internacional do Algarve. Rink hockey. En rink hockey, l'équipe du Portugal est la plus titrée au Monde. C'est un sport très populaire et pratiqué dans tout le pays. Ils sont avec l'Italie et l'Espagne les trois uniques pays à posséder un championnat professionnel dans ce sport. Jeux olympiques. Le Portugal a participé à toutes les éditions des Jeux olympiques d'été depuis 1912 mais n'a participé que huit fois aux Jeux olympiques d'hiver depuis 1952. Les athlètes portugais ont remporté au total aux Jeux olympiques d'été et aucune médaille aux Jeux olympiques d'hiver. Ils ont remporté la plupart de leurs médailles en athlétisme, en voile et en équitation. Religion. L'Église et l'État sont formellement séparés pendant la première République portugaise (1910 à 1926), séparation réitérée dans la constitution portugaise de 1976. Le Portugal est un État séculier. En dehors de la constitution, les deux documents les plus importants concernant la liberté religieuse sont le Concordat du (succédant à ceux de 1940 et de 1886) entre le Portugal et le Saint-Siège et la « Loi de liberté religieuse » de 2001. La majorité des Portugais (environ 84,5 %) est de confession catholique. Le Portugal est divisé en vingt diocèses, regroupés en trois provinces: Braga, Lisbonne et Évora. Ses principales sanctuaires sont le sanctuaire de Notre-Dame de Fátima (avec sa chapelle des apparitions) et le sanctuaire du Christ Roi. Environ la moitié des mariages au Portugal sont des mariages catholiques. Le divorce est autorisé par le Code civil portugais, par consentement mutuel ou sur demande auprès d'un tribunal par un des conjoints. Au Portugal sont également pratiquées d'autres religions issues du christianisme. Il existe actuellement une communauté de et les Témoins de Jéhovah y comptent près de . De plus, en 2009, environ ont assisté à leur célébration annuelle de la Commémoration de la mort du Christ. Les anglicans sont organisés en Église catholique apostolique évangélique lusitanienne, fondée en 1880. La communauté juive reste présente au Portugal malgré le décret du de Manuel qui obligea la communauté juive à choisir entre la conversion ou l'expulsion du pays et le massacre de 1506. La culture juive s'est développée dans la ville de Belmonte où il y a encore une communauté juive et où un musée juif a été ouvert en 2005. En 2006, il existe au Portugal une communauté d'environ . L'islam est présent au Portugal. Selon l’"Instituto Nacional de Estatística", en 1991, il y avait une communauté de dans le pays. La majorité de cette population provient des anciennes régions ultramarine, comme le Maroc, la Guinée-Bissau et le Mozambique. La principale mosquée du pays est la mosquée centrale de Lisbonne. À Mértola, il existe encore une mosquée, mais elle fut convertie en église catholique après la Reconquista. Langues. Langue portugaise. La langue officielle de la République portugaise est le portugais, avec plus de de personnes qui la parlent dans le monde entier en 2008. C'est alors la sixième langue la plus parlée au monde et la troisième langue européenne la plus parlée dans le monde. Elle est officielle au Portugal, au Brésil, en Angola, au Cap-Vert, en Guinée-Bissau, à Macao, au Mozambique, à Sao Tomé-et-Principe et au Timor oriental, mais elle est aussi parlée dans l'ancienne Inde portugaise (Goa, Daman et Diu et Dadra et Nagar Haveli) et dans certains territoires contestés (comme Olivença, en Espagne) ou limitrophes de pays lusophones (comme l'Uruguay avec le Brésil). Le portugais possède aussi un statut officiel dans l'Union européenne, dans l'Union des nations sud-américaines, dans l'Union latine, dans le Mercosur, dans la Communauté de développement d'Afrique australe et dans l'Union africaine. Le portugais est parfois désigné comme la « langue de Camões » (Luís de Camões, auteur de "Os Lusíadas"). D'autres langues du Portugal sont aussi reconnues officiellement : Le Portugal apparaît homogène sur le plan linguistique, car 96 % des habitants ont comme langue maternelle le portugais ; mais il en existe aussi plusieurs variétés dialectales, notamment l'açorien, l'algarvio, l'alentejano, le Minhoto, le beirão, le madérien, le dialecte de la Beira Alta et du Mondego, le dialecte de Castelo Branco et de Portalegre et enfin le dialecte de Trás-os-Montes. Médias. Radio. La radio apparait lors de la première partie du . Les premières émissions sont réalisées en 1932, par la "Emissora Nacional" (Émetteur national), fondée officiellement en 1935, mais existante depuis 1930, lors d'un décret qui a créé la " (direction des Services Radio électriques), autorisant, en simultané, l'acquisition des premiers expéditeurs de Moyenne fréquence et la haute fréquence au Portugal. En 1934, sont réalisées les premières émissions en haute fréquence. Conçue dans un cadre politique interne et externe où les radios nationales jouaient surtout un rôle de véhicule des intérêts du Gouvernement, cette caractéristique s'est accentuée davantage dans le cas portugais en fonction du régime totalitaire qui a perduré jusqu'en 1974. Après ce régime, les postes radiophoniques sont nationalisés et fut ensuite créée la RDP (Radiotelevisão Portuguesa). Son évolution a continué, avec des réorganisations internes et des réformes, en 2004, elle fut appelée la RTP (Radio-télévision du Portugal). Actuellement, la RTP, entreprise publique d'État, comporte trois émetteurs : Antena 1, Antena 2 et Antena 3. Outre celles-ci, il existe d'autres stations de radios privées comme la Radio Renascença, la Rádio Comercial, RFM, MEGA FM, Best Rock FM, Cidade et la Rádio Clube Português. Il existe aussi une centaine de stations locales et régionales. Télévision. La télévision est apparue au Portugal pendant les années 1950. À l'initiative du gouvernement portugais, la RTP SARL est créée le . Les émissions expérimentales de la RTP (ultérieurement, connue comme la RTP1) ont commencé en 1956, à partir de la ", à Lisbonne. Néanmoins, les émissions ne seront effectives qu'à partir de 1957. Devant la nécessité d'organiser la programmation de manière à satisfaire les téléspectateurs, RTP créa en 1968 une nouvelle chaîne : RTP2. En 1975, la RTP fut nationalisée, en la transformant en une société publique. À la fin du , l'État a accordé une licence pour la création de deux chaînes de télévision indépendantes : la SIC en 1992 et la TVI en 1993. À l'heure actuelle RTP1, RTP2, RTP Memoria, SIC et TVI sont les chaînes nationales existantes au Portugal. En effet, à partir de 2016 la chaîne « RTP Memoria » peut être visionnée par toute la population portugaise sans câble. Outre les chaînes nationales, il existe aussi deux chaînes régionales, celle de RTP Açores qui fut créée en 1975 et RTP Madeira qui, quant à elle, fut créée en 1972. RTP, SIC et TVI possèdent des chaînes internationales et aussi par satellite, les chaînes internationales sont TVIi, RTPi et SICi. Au Portugal il est aussi possible de capter d'autres chaînes par câble et via satellite. Avec les évolutions technologiques, il est désormais possible de voir la télévision à travers internet et par téléphone. Dans le cas de la TVI, on peut voir la télévision en direct sur TVI PLAYER Le réseau principal du câble portugais est NOS qui propose de nombreuses chaines thématiques (MTV Portugal, SIC Radical, Sport TV…). Presse. L"Açoriano Oriental" est le journal le plus ancien du Portugal. C'est aussi l'un des dix plus vieux du monde. Il fut fondé le , dans une période qui correspond à un âge d'or du journalisme aux niveaux national et international. Quatre mois avant l'apparition de cette première publication, fut promulguée la première loi de liberté de la presse au Portugal. Depuis cette loi, plusieurs journaux sont apparus au long des années, dont les plus connus sont "O Século", le "Diário de Notícias" et le "Jornal de Notícias". Au Portugal, il existe plusieurs revues, aux sujets variés ; les principaux périodiques portugais sont : Codes. Le Portugal a pour codes :
Politique belge
Démographie du Japon La démographie du Japon se caractérise par un des taux de natalité les plus bas du monde. Le Japon comptait d'habitants fin 2022. Durant l'année 2022 le solde « naturel » négatif atteint . Depuis son pic de d'habitants atteint en 2009, la population du pays a baissé de d'habitants. L'espérance de vie y est la plus élevée au monde puisqu'elle était estimée en 2008 à 85,59 ans pour les femmes et à 78,73 ans pour les hommes mais les naissances y sont très faibles et en baisse. Évolution récente. Le Japon comptait en 2020 avec un des taux de natalité les plus bas du monde. Durant l'année 2016 l'archipel a perdu environ habitants. Cette baisse de la population a atteint un niveau record depuis l'existence en 1968 des statistiques. C'est la sixième année consécutive que le pays voit sa population baisser. Mais la population va encore baisser de près de 300 000 habitants en 2017, cette chute s'accélérant à l'avenir pour faire tomber la population à moins de 85 millions en 2050. En effet, près de 35 % de la population aura plus de 60 ans fin 2018, soit plus de 90 ans fin 2048. A la fin de 2022, le Japon comptait d'habitants. Durant l'année 2022 le solde « naturel » négatif atteint : de décès (+9 %) moins (-5,1 %). Depuis son pic de d'habitants atteint en 2009, la population du pays a baissé de d'habitants. Le solde naturel négatif était de en 2014 et de en 2019. La forte progression des décès peut être attribuée en partie à la pandémie de Covid-19, qui a causé depuis son début par million d'habitants ; la pandémie a également causé une chute du nombre de mariages, qui peut expliquer en partie la baisse des naissances. La baisse du nombre annuel de naissances ayant commencé dès le milieu des années 1970, le nombre de femmes en âge d'avoir des bébés ne cesse de fondre. En 2022, le pays compte près de 13 millions de femmes âgées entre 20 et 39 ans, mais la génération âgée de 0 à 19 ans, qui concevra des bébés dans le futur, ne compte plus que 9,7 millions de filles.. Évolution au cours des derniers siècles. La taille de la population japonaise vers 1600, c'est-à-dire à l'instauration du shogunat Tokugawa, n'est pas connue avec certitude. Elle a été longtemps estimée à 18 millions d'habitants, mais le consensus est aujourd'hui une estimation à environ 12 millions d'habitants. Le shogunat effectue des recensements périodiques tous les 6 ans à partir de 1721, et la plupart ont été conservés. Ces recensements n'incluent pas toutes les catégories de la population (il y manque en particulier les guerriers, les nobles et leurs serviteurs, les enfants, les marginaux "eta" et "hinin"). Il est estimé généralement que le tableau suivant donne donc 80 % de la population japonaise à chaque recensement, ce qui permet d'extrapoler la population totale. Les chiffres présentés ici ne tiennent pas compte de la non-représentation des classes sus-mentionnées : Structure et évolution de la population. La densité de population est élevée avec sur l'ensemble du Japon en 2009 et de en ne considérant que les zones habitables. Plus de 50 % de la population vit sur 2 % du pays (estimation ), 92 % des habitants vivent en zone urbaine. Depuis 2005, la population japonaise a entamé sa décroissance. En 2009, la population a baissé de . Dans le même temps, la population vieillit : le nombre de Japonais de plus de soixante-cinq ans a augmenté de , atteignant 22,7 % de la population, alors que le nombre de jeunes de moins de quatorze ans a baissé de . La décroissance de la population s'accentue, avec des baisses de et en 2012 et 2013, soit environ 0,2 % par an. En 1950, le Japon était le le plus peuplé du monde (derrière la Chine, l'Inde, l'URSS et les États-Unis). Depuis, le pays a perdu six places et se retrouve aujourd'hui . En 2050, le Japon pourrait n'être plus que . Selon une étude du Ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales de janvier 2012, la population japonaise devrait passer sous la barre des d'habitants d'ici 2048, et approcher les en 2060. Recensement national. Une première approche de recensement national le registre des familles, a été mise en place au Japon, en 1872, par le gouvernement de Meiji, premier gouvernement national de l'empire du Japon. Le premier recensement national de la population japonaise a été réalisé en 1920, suivant les directives d'une loi promulguée en 1902. Une enquête démographique a été effectuée tous les cinq ans depuis. La loi sur les statistiques de 1947, révisée en 2007, précise les modalités du processus de rencensement et du traitement des données, et fixe à tous les dix ans la périodicité du recensement à grande échelle. En 2015, le recensement national a été conduit par le bureau des statistiques du ministère des Affaires intérieures et des Communications ; il a mobilisé recenseurs dans tout le pays. Le questionnaire utilisé pour la récolte des informations a aussi été diffusé via Internet, afin d'améliorer le taux de réponses, en diminution du fait, notamment, de la généralisation des dispositifs de contrôle d'accès physique à l'intérieur des habitations collectives. Du recensement de 1920 jusqu'à celui de 2010, les estimations publiées font apparaître un accroisement continu de la population du Japon : de en 1920 à , plus tard. Durant la période de guerre des années 1940, les pertes masculines sont largement compensées par l'augmentation de la population féminine. L'enquête démographique de 2015 dénombre , ce qui correspond à une diminution de 0,75 % de la population, soit une baisse moyenne annuelle de 0,15 % sur cinq années. Le recensement de 2020 confirme cette baisse. En 2015, la préfecture la plus peuplée de l'archipel est celle de Tokyo (, soit 10,6 % de la population japonaise), devant les préfectures de Kanagawa () et d'Osaka (). La moins peuplée est la préfecture de Tottori (). Parmi les , les neuf premières rassemblent 53,9 % de la population du pays. Selon l'Organisation des Nations unies, le Japon est classé, en 2015, au des nations , quant au nombre d'habitants, et au pour la densité de population (). Le recensement de 2020 fait passer le Japon au , derrière le Mexique. Nuptialité. En 2005, parmi les Japonais de plus de 60,8 % des hommes et 57,0 % des femmes étaient mariés. Selon l'article 750 du Code civil de 1947, les époux doivent choisir un nom de famille commun celui du mari ou de la femme ; en pratique, celui de l'homme est choisi quasi systématiquement (97,5 % en 1993). Le taux de premier mariage est en baisse auprès des nouvelles générations, et ce depuis les années 1970 : Cette baisse des mariages explique en partie la baisse de la natalité, d'autant plus que de nombreux trentenaires célibataires continuent de vivre chez leurs parents : 70 % en 2005. Le nombre de mariages en 2016 a été évalué à , une baisse d’environ par rapport à 2015. C'est le chiffre le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec uniquement dix individus mariés (cinq mariages) pour . Natalité. Le taux de fécondité est très bas au Japon : par femme en 2005, 1,37 entre 2007 et 2009 et 1,39 en 2010, ce qui explique la part considérable de la population constituée par les personnes âgées. L'État encourage la natalité en offrant (environ euros) par mois et par enfant jusqu'à l'âge de (cette somme est allouée via la mairie d'arrondissement du lieu de résidence). En 2003, les aides représentaient 1,1 % du PIB japonais. Le nombre estimé de naissances pour 2016 est de , un chiffre en dessous du million pour la première fois depuis 1899. En 2007, de Japonais ont plus de , ce qui pose avec acuité la question du financement des retraites. Face à ce défi, le gouvernement a décidé d'élever progressivement l'âge du départ à la retraite de 60 à 65 ans. L'espérance de vie est l'une des plus élevées au monde, ce qui témoigne d'un haut niveau de développement. En 2009, le nombre de centenaires au Japon a dépassé les , dont , selon les données nationales. En 2010, il atteint les ; il ne cesse d'augmenter depuis 1963. Le Japon n'est pas le seul pays riche d'Asie dans ce cas, puisqu'on compte 1,60 enfant par femme en Chine, 1,2 à Singapour, 1,1 pour la Corée du Sud et 1,03 à Taïwan. 50 % des Japonais ne seraient pas intéressés par le sexe, et 25 % des trouveraient cette pratique ennuyeuse, ceci pourrait en partie expliquer le faible taux de fécondité. En outre une étude montre qu'en 2010, 36,2 % de la population âgée entre 18 et n'avait jamais eu de relation sexuelle ; chez les hommes entre 20 et cette proportion atteint 40,5 %. Mortalité. Les Japonais ont une espérance de vie parmi les plus élevées, en particulier les femmes qui ont la plus longue espérance de vie au monde depuis 1985. En 2016, le nombre de décès est estimé à , le chiffre le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ceci se solde par une diminution générale de la population de , un déclin démographique qui s'accélère. Le Japon a l'un des plus forts taux de suicide au monde : 26 pour , soit en 2007, en 2008, en 2009, en 2011 (- 3,7 %), et seulement en 2012 (- 9,0 %). Bien que l'idée que le Japon soit le pays où l'on se suicide le plus soit répandue et assez tenace, c'est en réalité loin d'être le cas. Ainsi en 2006, le taux de suicide japonais était de 23,6 sur et largement devancé par des pays d'Europe de l'Est, comme la Lituanie (38,8) et la Russie (32,3) par exemple. Le Japon était alors au mondial. Selon les chiffres de la police nationale, trois quarts des suicidés en 2007 étaient des hommes, et 60 % étaient sans emploi, alors que le taux de suicide des seniors était en forte augmentation. Selon le gouvernement, seuls 81 suicides en 2007 étaient dus au surmenage ou au stress ("karō-jisatsu"), qui entrainent plus généralement le "karōshi", mort naturelle par sur-travail. Cependant, la police nationale a comptabilisé en 2007 provoqués par des problèmes au travail. En 2009, se sont suicidées à la suite d'une dépression (21 %), à la suite de difficultés de la vie quotidienne (5 %) et à cause de la perte de leur travail (3 %) . Dans l'ordre décroissant, les mois de mars, avril et mai sont ceux où l'on se suicide le plus, ceci étant vraisemblablement dû au fait que l'exercice fiscal se clôture traditionnellement le 31 mars au Japon. En 2009, on a surtout recensé des suicides de travailleurs en mars, de femmes au foyer en avril/mai et de chômeurs en mai/juin. Peu de suicides ont lieu le week-end, le maximum étant atteint le lundi. En 2008, une étude du gouvernement japonais a révélé que près d'un Japonais sur cinq a sérieusement pensé à se suicider à un moment dans sa vie. En 2010, une nouvelle étude indique que les suicides au Japon coûteraient à l'économie près de de yens par an, soit d'euros. Certains lieux sont réputés pour les nombreux suicides qui s'y produisent, tels que la forêt d'Aokigahara dans la préfecture de Yamanashi près de Tokyo, la falaise de dans la préfecture de Fukui, le à Uji, la falaise dans la préfecture de Wakayama, le cap à Tosashimizu, les chutes de Kegon à Nikkō, ainsi que la ligne Chūō-sen à Tokyo. Migration et composition culturelle. De 1975 à 2015, les recensements quinquennaux mettent en lumière un accroissement de la population étrangère présente sur le sol nippon, passant de (0,58 % de la population totale) à (1,4 % de la population totale). Le Japon comptait à la fin 2009. Les Chinois représentent le groupe le plus important (30 %), avec , suivi des Coréens (), Brésiliens (), Philippins () et Péruviens (). En 2009, vivaient à l'étranger contre en 2008, avec dans l'ordre aux États-Unis, en Chine (hors Taïwan), en Australie, au Brésil, et au Royaume-Uni. La petite minorité indigène des Aïnous d'Hokkaidō a une certaine unicité génétique. Il existe en outre de grandes disparités linguistiques au sein de la société japonaise, avec un nombre élevé de dialectes, voire d'autres langues dans le cas par exemple des Aïnous ou des habitants des îles Ryūkyū (qui n'ont été annexées à l'État japonais que tardivement), ce qui s'explique par le nombre élevé d'îles que compte l'archipel. En 2008, se sont mariés à des étrangers, huit fois plus que quarante ans auparavant ; la même année, ont divorcé. Il y aurait d'enfants binationaux par an au Japon. Autres indicateurs sociaux. Selon les chiffres du ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, le pays comptait en janvier 2009, en déclin régulier depuis 2003 ( alors). se trouvaient à Osaka, contre à Tokyo. En 2004, selon l'OCDE, le Japon avait le quatrième taux de pauvreté le plus élevé de ses trente pays membres, après le Mexique, la Turquie et les États-Unis. Le gouvernement japonais estimait qu'en 2006, 15,7 % des Japonais disposaient de moins de la moitié du revenu médian annuel de l'époque, soit moins de de yens ( euros).
Proverbe Un proverbe est une formule langagière de portée générale contenant une morale, une expression de sagesse populaire ou une vérité d’expérience que l’on juge utile de rappeler. Il n’est pas attribué à un auteur, (contrairement à la citation ou l’apophtegme) : les proverbes sont souvent très anciens, d'origine populaire et par conséquent de transmission orale. Ils servent d’argument d’autorité. Leur utilisation dans le cadre d’une argumentation peut donc atteindre au sophisme. Certains proverbes en contredisent d’autres, suivant la vertu prônée, par exemple l'audace ou la prudence. Le proverbe n'est pas forcément incisif ou percutant, il peut être banal, mais il est surtout générique / de portée générale. Il est fixe en langue (il forme un bloc autonome) mais peut comporter des variantes. De forme simple et rapide, il est souvent imagé, métaphorique, mais pas toujours. Les proverbes appartiennent au patrimoine linguistique d’un pays. Bien souvent, les différentes cultures ont créé des proverbes similaires, les caractéristiques mises en valeur étant souvent similaires. Se pose alors la question de leur conservation (c’est-à-dire de leur mise par écrit) et avant tout de la collecte de ce savoir diffus, plus rural que citadin et surtout transmis par les anciennes générations. En effet, l'origine folklorique des proverbes est altérée par l'uniformisation des cultures et l'éloignement des sources (à l'image du patois), lié au mouvement d'exodes modernes. Cette disparition progressive donne lieu à des mélanges, amalgames et détournements, souvent involontaires du fait de leur complexité. Nombre de proverbes sont désormais élaborés sous une forme humoristique et sont appelés faux proverbes. On parle alors d'antiparémie car à l'image du slogan, le faux proverbe peut prendre un sens opposé, amoral ou inintelligible. Les proverbes sont étudiés par la parémiologie et l'auteur de recueil de proverbes est appelé « parémiographe ». Divers types de proverbes. Le terme est un terme générique, couvrant des concepts différents. Quelques éléments permettent de les différencier, bien que la frontière séparant les uns des autres ne soit pas véritablement tranchée : Divers emplois du proverbe. Selon Aristote, les registres de l'emploi du proverbe sont variés : il peut être soit témoignage, soit métaphore, soit "gnômé" (formule exprimant une idée générale). Témoignage, il sert de preuve, il s'appuie sur la foi des anciens, des hommes illustres (Aristote, "Rhétorique", I, 15). Métaphore, il désigne autre chose : ("Rhétorique", III, 11). Formule, le proverbe exprime une idée générale, une pensée non figée.
Pérou Le , en forme longue la (en espagnol : et ; en quechua : et ; en aymara : et ), est un pays de l'ouest de l'Amérique du Sud. Il est bordé au nord par l'Équateur et la Colombie, à l'est par le Brésil, au sud-est par la Bolivie, au sud par le Chili, et au sud et à l'ouest par l'océan Pacifique. Le Pérou est un pays mégadivers avec des habitats allant des plaines arides de la région côtière du Pacifique à l'ouest aux sommets des montagnes des Andes s'étendant du nord au sud-est du pays à la forêt tropicale du bassin amazonien à l'est avec le fleuve Amazone. Le Pérou compte 32 millions d'habitants et sa capitale et plus grande ville est Lima. Avec 1,28 million de , le Pérou est le 19 plus grand pays du monde et le troisième d'Amérique du Sud. Le territoire péruvien abritait plusieurs cultures au cours des périodes antique et médiévale et possède l'une des plus longues histoires de civilisation de tous les pays, retraçant son héritage au 10e millénaire avant notre ère. Les cultures et civilisations précoloniales notables incluent la civilisation Caral-Supe (la plus ancienne civilisation des Amériques et considérée comme l'un des berceaux de la civilisation), la culture Nazca, les empires Huari et Tiwanaku, le royaume de Cuzco et l'empire Inca, le plus grand État connu des Amériques précolombiennes qui à son apogée a réussi à s'étendre sur . Son territoire est composé de paysages variés : les vallées, plateaux et hauts sommets des Andes se déploient à l'ouest vers le côte désertique, du nord au au sud-est du pays et à l'est vers l'immense Amazonie. C'est l'un des pays avec la plus grande diversité biologique et le plus de ressources minérales de la planète. Englobe une section de la forêt amazonienne et du Machu Picchu, une ancienne ville inca aux hauteurs des Andes. La région autour du Machu Picchu, y compris la Vallée Sacrée, le Chemin de l'Inca et la ville coloniale de Cuzco, est riche en sites archéologiques. Au siècle suivant, la conquête du Pérou a eu lieu, après quoi le territoire a été configuré comme le Vice-royauté du Pérou de l'Empire espagnol articulé autour de l'exploitation de l'argent et de l'or avec le travail forcé des indigènes et des esclaves africains dans les mines et les fermes. Bien qu'ils aient également laissé un héritage culturel, représenté dans l'art et l'architecture baroques. En 1551, la couronne espagnole fonda officiellement l'Université nationale principale de San Marcos à Lima, la première et la plus ancienne université du Nouveau Monde. Les Réformes bourboniennes du XVIIIe siècle ont donné lieu à divers soulèvements contre l'autorité coloniale, dont le plus grand représentant fut la Révolte de Túpac Amaru II. Il est membre du Forum de coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) et de la Communauté andine des nations (CAN). Le sol est la monnaie nationale péruvienne depuis 1991, en remplacement de l’inti. Le Pérou occupe un rang élevé dans le classement des libertés; c'est un membre actif de l'Alliance du Pacifique, de l'Accord de partenariat transpacifique et de l'Organisation mondiale du commerce; et est considérée comme une puissance moyenne. Le Pérou a une population qui comprend des Mestizos, Amérindiens, Européens, Africains et Asiatiques. La principale langue parlée est l'espagnol, bien qu'un nombre important de péruviens parlent les langues quechuan, aymara, ou d'autres langues indigènes. Ce mélange de traditions culturelles a donné lieu à une grande diversité d'expressions dans des domaines tels que l'art, la cuisine, la littérature et la musique. Nom. Le nom « Pérou » dérive de "Birú", dénomination d’un cacique qui vivait près de la baie de San Miguel (Panama), au début du . Lorsque des aventuriers espagnols les ont parcourus en 1522, les territoires du chef local étaient la partie la plus méridionale du Nouveau Monde. Les indigènes de la zone rapporteront quelques vagues informations sur l’existence d’un riche et lointain royaume. Le nom est rapidement passé dans le langage courant de l’époque pour désigner un territoire légendaire situé tout au sud de l’isthme de Panama. Par la suite, Francisco Pizarro et ses hommes, lors de l’occupation de l’empire inca en 1532, emploieront le nom "Pérou" pour désigner les nouvelles terres conquises. Le plus ancien document juridique attestant la dénomination "Pérou" est la "Capitulation de Toledo" rédigée en 1529. Dans ce texte, le roi Charles Quint concède les territoires à conquérir à Francisco Pizarro avec le titre de . Les premiers documents historiques présentent diverses graphies du mot "Perú" : "Virú", "Berú" ou "Pirú". Durant quelques décennies, ces diverses formes coexistent et sont employées d’une manière interchangeable, parfois dans le même texte. Histoire. Premières civilisations. Les premiers vestiges de présence humaine au Pérou ont été découverts dans la grotte Pikimachay et dateraient pour les couches les plus anciennes de avant notre ère. Les populations sont alors pour la plupart nomades, vivant de la chasse de camélidés et de la cueillette et s’abritant dans des grottes. La culture du maïs a joué un rôle déterminant dans le passage vers un modèle de subsistance fondé sur l’agriculture. La première preuve que le maïs est un aliment de base provient de Paredones, sur la côte nord du Pérou, où les isotopes alimentaires des dents humaines suggèrent que le maïs est passé d'un aliment de sevrage à une consommation de base entre et avant notre ère. Durant la période archaïque tardive, les premiers villages et organisations sociales complexes apparaissent. Ils permettent l’apparition de la plus vieille ville du continent et l’une des plus anciennes du monde : Caral. La cité de Caral, un grand centre urbain doté de pyramides tronquées au sommet, appartenait à un ensemble de sites archéologiques qui aurait abrité la première civilisation américaine : Caral-Supe ou Norte Chico (entre 2627 et 2100 avant notre ère). Lors de fouilles, divers objets ont été exhumés, tels que des figurines anthropomorphiques en argile crue, des flûtes traversières taillées dans des os de pélican ou de condor, ou des cordelettes à nœuds (probablement des quipus). Caractérisées par une nouvelle complexification de l’organisation sociale et des technologies, les cultures de la période dite de « horizon de formation » (2700-200 av. notre ère) développèrent la céramique, le tissage, l’usage de l’or et du cuivre ainsi que la construction de canaux d’irrigation et la culture en terrasse, facteurs déterminants pour l’accroissement du pouvoir étatique. Dans la culture de Chavín (~1800-300 av. notre ère), la vie sociale, économique et rituelle s’organise autour de dieux féroces représentant les grands prédateurs locaux comme le jaguar, le serpent ou le caïman. Le centre cérémoniel, Chavín de Huántar, est un réseau complexe de galeries décorées par d'immenses mégalithes ornés. Sur le plan iconographique, les divinités de la cosmogonie chavín seront présentes dans presque toutes les manifestations artistiques postérieures. Paracas (~800-200 av. notre ère), une culture située sur une péninsule désertique portant le même nom, se distingue par ses textiles de grande valeur esthétique et scientifique. L'effondrement de la culture chavín ira de pair avec l’affirmation de pouvoirs régionaux, caractérisés par un relatif isolement local. Chaque région abrite alors de petites entités politiques qui adoptent leurs propres modèles de développement culturel, n’ouvrant leurs frontières qu’aux échanges commerciaux. À cette période appartiennent notamment la culture nazca (~200 av. notre ère - 600), la culture huari (600-1000) et la culture mochica (~100-700), l’une des plus importantes organisations politiques de l’ancien Pérou. Empire inca. La "Période impériale", aussi appelée "Règne des belligérants", succède au déclin de la civilisation huari, dernière entité politique régionale. Divers états locaux tentent alors de dominer politiquement la région, et parmi ces états nous retrouvons la culture chimú, la culture chanca, la culture chincha et enfin, la plus célèbre, la culture inca. Les origines des Incas se mêlent à la légende. Probablement, ils étaient une tribu guerrière quechua du sud de la Sierra. Entre 1100 et 1300, ils se déplacent peu à peu vers le nord de la région jusqu’à la vallée fertile de Cuzco, occupée alors par des peuples aymaras. L’empire naissant se distinguait par sa condition d’État agraire, au sommet duquel se trouvait l’Inca. Cependant, la véritable expansion des Incas commence en 1438, avec Pachacutec (1438-1471), qui entreprend de conquérir les terres voisines. Durant les 70 dernières années de cette période, le royaume de Cuzco forme un vaste empire qui s’étend sur toutes les Andes. Le génie de Pachacútec se manifesta avant tout dans la législation et l’administration qu’il établit dans l’Incanat. Il aboutit à accomplir l’unité d’un vaste empire grâce à trois mesures principales. Il préserva l’unité géographique de l’empire en développant un gigantesque réseau de routes (le Chemins incas) ; puis il fit son unité linguistique en imposant le runa simi ou quechua comme langue officielle ; enfin, grâce à une organisation centrale absolue, il forma l’unité politique impériale. En même temps, il créa une élite capable de l’assister dans son œuvre : les curacas. Pour faciliter la transmission des ordres et le renseignement sur l’état des provinces, on établit un système de « chasquis » ou « coureurs messagers », qui parcouraient les chemins de l’empire. À la fin du , l’Inca Pachacutec transmet le pouvoir à son fils Tupac Yupanqui († 1493), qui étend l’empire jusqu’à l’actuel territoire équatorien. Sous le règne de son fils, Huayna Capac († 1527), les frontières de l’empire inca sont repoussées jusqu’à la frontière de l’actuelle Colombie. Une guerre de succession éclate entre les deux fils de Huayna Capac, Huascar et Atahualpa. Ce dernier est parvenu à battre les troupes de son frère, au moment où les conquistadors arrivent au Pérou. Conquête et vice-royauté. Lorsque les troupes de Francisco Pizarro arrivèrent en 1531, l’Empire inca était déchiré par une guerre civile. Le , durant la bataille de Cajamarca, Pizarro captura l'empereur Atahualpa et le fit exécuter. Il faudra cependant plus de quarante ans pour briser les dernières tentatives de résistance : le dernier Inca de Vilcabamba, Túpac Amaru, fut capturé et exécuté en 1572. Les Espagnols instituèrent le système de l’"encomienda" : les Amérindiens devaient payer un tribut, dont une partie allait à Séville. Les "encomenderos" étaient chargés également de les christianiser. En tant que gouverneur du Pérou, Pizarro abusa de l"'encomienda" en accordant à ses soldats et compagnons un pouvoir quasi illimité sur les populations indigènes qui furent obligées de travailler sans rétribution dans des mines et des champs. Pizarro fut assassiné en 1541 par une faction menée par Diego de Almagro le jeune, surnommé « el Mozo ». En 1543, le roi Charles Quint, pour réagir aux luttes intestines entre les conquistadores, envoya Blasco Núñez Vela en tant que premier vice-roi. Celui-ci sera à son tour tué par Gonzalo Pizarro, le frère du premier Pizarro. Finalement, un nouveau vice-roi, Pedro de la Gasca, parvint à restaurer l'ordre et exécuta Gonzalo Pizarro après la capture de celui-ci. 39 vice-rois ont succédé à Núñez Vela et ont gouverné la vice-royauté entre 1544 et 1824. Francisco de Toledo (1569-1581) fut celui qui organisa l'État colonial et fonda les « réductions » ou cités d'Indiens regroupant ceux-ci. Au niveau local, les "encomenderos" étaient maintenant sous l'autorité des "curacas". Une pyramide hiérarchique permit ainsi de contrôler toutes les villes et villages. Le recensement sous le dernier Quipucamayoc ou « maître du quipu » indiquait qu'il y avait d'habitants dans l’empire inca. Quarante-cinq années plus tard, le recensement du vice-roi Toledo montrait qu'il en restait . Les villes incas reçurent des noms catholiques et furent reconstruites selon le modèle espagnol. Elles comportaient une place centrale et une église ou cathédrale en face d'un bâtiment officiel. Quelques villes, telles Cuzco, gardèrent leurs fondations d'origine inca. Certains sites incas, tels Huánuco Viejo, furent abandonnés au profit de villes à plus basse altitude. Après l'établissement de la vice-royauté, le Pérou devint l'une des premières sources de la richesse pour l'Espagne. La ville de Lima, fondée par Pizarro le sous le nom de "Ciudad de los Reyes" (« la Ville des Rois »), devint la capitale et une ville puissante qui avait sous sa juridiction toute l'Amérique du Sud à l'exception du Brésil dominé par les Portugais. Au , Lima abritait une université et était la principale place forte de l'Espagne sur le continent américain. Toutes les richesses coloniales passaient par Lima, puis par l'isthme de Panama avant d'arriver à Séville, en Espagne. Au , devant la difficulté de l'administration d'un territoire immense, seront réalisées des réformes dans la structure politique coloniale (« les réformes bourboniennes »). En 1717, la vice-royauté de Grenade fut formée : elle regroupa la Colombie, l'Équateur, le Panama et le Venezuela. En 1776, une nouvelle vice-royauté vit le jour, la vice-royauté du Río de la Plata : elle regroupait l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l'Uruguay. Indépendance. Entre 1780 et 1781, la vice-royauté du Pérou connut la plus violente insurrection de son histoire. Dirigée par , un cacique du Cuzco, l’insurrection était à l’origine une révolte fiscale mais, très vite, se transforma en un mouvement qui revendiquait l’autonomie du territoire par rapport à la Couronne espagnole. Túpac Amaru arriva à réunir une armée de près de , composée majoritairement d’Amérindiens et de métis. Après quelques batailles, la révolte fut écrasée de manière extrêmement violente. Le 18 mai 1781, José Gabriel Túpac Amaru II fut écartelé et décapité à Cuzco mais il devint pendant le une figure importante de la lutte pour l'indépendance et de la liberté. Le processus d’indépendance prit définitivement son élan avec le soulèvement des propriétaires terriens d'origine espagnole. José de San Martín et Simón Bolívar étaient à la tête des troupes rebelles. Après avoir débarqué dans la baie de Paracas, San Martín s'empara de Lima et déclara, le , l'indépendance du Pérou par rapport à l'Espagne. L'émancipation devint effective en décembre 1824 lorsque le général Antonio José de Sucre battit les Espagnols dans la bataille d'Ayacucho (le 9 décembre 1824). Après cette victoire, une scission sépara le pays en un Haut Pérou resté fidèle à Bolivar (maintenant la Bolivie) et un Bas Pérou (le Pérou actuel). Comme le Chili, la Bolivie, le Mexique, ou la Grande-Colombie, : des centaines de techniciens anglais traversent l’océan, avec leurs machines à vapeur, pour les moderniser. Après la guerre Grande Colombie-Pérou (1828-1829), les conflits frontaliers entre le Pérou et l'Équateur débutèrent à partir des années 1830. Quatre guerres éclatèrent entre ces pays entre 1858 et 1995, guerre de 1858-1860 ; guerre de 1941-1942 ; la guerre du Paquisha en 1981 et la guerre du Cenepa en 1995. Malgré la domination d'une oligarchie de propriétaires terriens, l'esclavage des Noirs et le tribut des Indiens furent abolis par le caudillo Ramón Castilla (1845-1851 et 1855-1862). Entre 1840 et 1879, le guano du Pérou, récolté par des compagnies privées ou publiques sur les côtes, généra d’énormes richesses car le pays bénéficia pendant cette période du monopole mondial de ce fertilisant. La vie politique fut alors une alternance de périodes démocratiques, de coups d'État et de dictatures. L'Espagne n'abandonna pas complètement ses ambitions coloniales et fit encore de vaines tentatives comme lors de la guerre hispano-sud-américaine. Après la bataille de Callao, elle reconnut l’indépendance du pays en 1880, établit des relations diplomatiques et signa un traité de paix et d’amitié définitif la même année. La fin de la guerre contre l’Espagne marquait pour le Pérou la consolidation de son indépendance. Entre 1879 et 1883, le Pérou mena aux côtés de la Bolivie la guerre du Pacifique. La guerre éclata lorsque le Chili envahit le port bolivien d’Antofagasta. La Bolivie déclara la guerre au Chili et le Pérou, par un traité réciproque de défense, entra à son tour dans le conflit. Malgré l'infériorité navale, le capitaine du navire "Huascar", Miguel Grau, maintint sous pression la flotte chilienne pendant plusieurs mois. Le "Huascar" fut finalement pris par les Chiliens en octobre 1879. Pendant la campagne terrestre, le Pérou connaîtra quelques victoires mais en 1881, les troupes chiliennes entrèrent dans Lima. La guerre prit fin le 20 octobre 1883 par le traité d'Ancón et fit perdre au pays la région de Tarapacá. En 1924, depuis Mexico, des meneurs de la réforme universitaire au Pérou, contraints à l'exil par le gouvernement, fondent l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (ou APRA), qui exercera une influence majeure sur la vie politique du pays. L'APRA est ainsi en grande partie une expression politique de la réforme universitaire et des luttes ouvrières menées dans les années 1918-1920. Le mouvement puise ses influences auprès de la révolution mexicaine et de la constitution de 1917 qui en est issue, notamment sur les questions de l'agrarisme et de l'indigénisme et, à un degré moindre, de la révolution russe. Proche du marxisme (son dirigeant, Haya de la Torre, déclare en effet que « l'APRA est l'interprétation marxiste de la réalité américaine »), elle s'en éloigne pourtant sur la question de la lutte des classes et sur l'importance donnée à la lutte pour l’unité politique de l’Amérique latine. En 1928 est fondé le parti socialiste péruvien notamment sous l'impulsion de José Carlos Mariátegui, lui-même ancien membre de l'APRA. Le parti crée peu après, en 1929, la confédération générale des travailleurs. L'APRA, gagnant rapidement en popularité, est mise hors la loi en 1933 par le régime d'Oscar R. Benavides, qui restera président jusqu'en 1939. La constitution de 1933 réservait le droit de vote aux citoyens alphabétisés lesquels, en 1960, ne représentaient encore que le tiers de la population adulte. Les Indiens, presque la moitié de la population, restaient des exclus et vivaient de façon misérable. Entre 1932 et 1933 aura lieu la guerre avec la Colombie. En outre, une guerre opposera le Pérou et l'Équateur entre le 5 juillet et le 31 juillet 1941. Durant cette guerre, le Pérou occupera les provinces occidentales de Loja et el Oro. Les États-Unis, le Brésil, l'Argentine et le Chili proposèrent leur médiation et un protocole de paix fut finalement signé. Néanmoins, un nouveau conflit éclatera entre les deux pays un demi-siècle plus tard. À nouveau autorisée en 1945, l'Alliance populaire révolutionnaire américaine soutint le président José Luis Bustamante y Rivero (1945-1948) qui, renversé par le coup d'État militaire du général Manuel A. Odría d'octobre 1948, augura du début d'une dictature. Des élections sont pourtant organisées en 1962 et remportées par le candidat apriste Víctor Raúl Haya de la Torre. Toutefois, un coup d'État militaire dirigé par le général Ricardo Pérez Godoy empêcha le respect de la légalité. La junte organisa à nouveau des élections l'année suivante, élections qui furent remportées par Fernando Belaúnde Terry, fondateur de l'Action populaire, qui demeura en place jusqu'en 1968. Au début des années 1960, alors que près de 70 % des terres sont possédées par 2 % des propriétaires, le Pérou connaît une forte mobilisation paysanne et indigène visant à obtenir une réforme agraire. Les paysans, en grande majorité des travailleurs agricoles indigènes, formèrent alors la base de syndicats ruraux engagés face à la détérioration de leurs conditions de travail et de vie. Les paysans eurent recours à des tactiques allant de l'occupation pacifique des terres à la confrontation violente avec les grands propriétaires et les forces armées. Plusieurs petits mouvements de guérilla se constituent mais sont rapidement écrasés par le gouvernement. Le 3 octobre 1968, le coup d’État réformiste mené par un groupe d’officiers dirigés par le général Juan Velasco Alvarado amène l'armée au pouvoir dans le but d’appliquer une doctrine de « progrès social et de développement intégral », nationaliste et réformiste, influencée par les thèses de la CEPAL sur la dépendance et le sous-développement. Six jours après le "golpe", Velasco procède à la nationalisation de l’"International petroleum corporation" (IPC), la société nord-américaine qui exploitait le pétrole péruvien, puis lance une réforme de l’appareil d’État, une réforme agraire. Il s'agit alors de la plus grande réforme agraire jamais entreprise en Amérique latine : elle abolit le système de "latifunda" et modernise l'agriculture par une redistribution plus équitable des terres (90 % des paysans forment des coopératives ou des sociétés agricoles d'intérêt social). La terre devant être possédée par ceux qui la cultivent, les grands propriétaires sont expropriés. Les seules grandes propriétés permises sont de type coopératif. Entre 1969 et 1976, reçoivent de l'État une terre ayant une surface moyenne de . Le « gouvernement révolutionnaire » projette aussi des investissements massifs dans l'éducation, élève la langue quechua - parlée par près de la moitié de la population mais jusque-là méprisée par les autorités - à un statut équivalent à celui de l'espagnol et instaure l'égalité des droits pour les enfants naturels. Le Pérou souhaite s’affranchir de toute dépendance et mène une politique extérieure tiers-mondiste. Les États-Unis répondent par des pressions commerciales, économiques et diplomatiques. En 1973, le Pérou semble triompher du blocus financier imposé par Washington en négociant un prêt auprès de la "Banque internationale de développement" afin de financer sa politique de développement agricole et minier. Les relations avec le Chili se tendent fortement après le coup d’État du général Pinochet. Le général Edgardo Mercado Jarrin (Premier ministre et commandant en chef de l’armée) et l’amiral Guillermo Faura Gaig (ministre de la marine) échappent tour à tour, à quelques semaines d'intervalle, à des tentatives d'assassinats. En 1975, le général Francisco Morales Bermúdez Cerruti s’empare du pouvoir et rompt avec la politique de son prédécesseur. Son régime participe ponctuellement à l'Opération Condor en collaboration avec d'autres dictatures militaires américaines. Le Sentier lumineux apparaît dans les universités dans les années 1970. Ces étudiants, pour beaucoup d'origines paysannes, retournent ensuite dans leurs communautés et y organisent des comités locaux du parti. L'abandon par l’État de certaines régions rurales favorise l’implantation du parti. En juin 1979, des manifestations pour la gratuité de l’enseignement sont sévèrement réprimées par l’armée : sont tuées selon le bilan officiel mais des estimations non-gouvernementales évoquent plusieurs dizaines de morts. Cet événement entraîne une radicalisation des contestations politiques dans les campagnes et aboutit finalement au déclenchement de la lutte armée. Après le début de celle-ci, les nouvelles recrues du Sentier lumineux sont généralement des paysans peu politisés, plutôt que des militants réellement politisés. En 1980, Fernando Belaúnde Terry retrouve le pouvoir en remportant l'élection présidentielle. Alan García, candidat du parti Alliance populaire révolutionnaire américaine, lui succéda le 28 juillet 1985. C'était la première fois en qu'un président démocratiquement élu remplaçait un autre président démocratiquement élu. En 1990, inquiets des attaques terroristes du Sentier lumineux et des scandales de corruption, les électeurs choisirent Alberto Fujimori. Pour lutter contre l'inflation, Fujimori adopta des mesures d'austérité très sévères. La monnaie fut dévaluée de 200 %, des centaines d'entreprises publiques furent privatisées et supprimés. Il parvint à faire baisser l'inflation de en 1990 à 139 % en 1991 mais la pauvreté ne recula pas. En raison de l'opposition des députés à certaines réformes, Alberto Fujmori dissout le 4 avril 1992 le Congrès, modifie la Constitution, fait incarcérer un certain nombre d'adversaires politiques et prend le contrôle des médias. Sa présidence est fortement marquée par l'autoritarisme, l'usage d'escadrons de la mort pour conduire des opérations anti-guérillas, la répression politique et la corruption. Alberto Fujimori fait démarrer une campagne de stérilisations forcées dans certaines régions rurales du pays. Empreint d'eugénisme, le programme est essentiellement dirigé contre les populations indigènes : et en seront victimes selon un rapport du ministère de la Santé. L'objectif aurait été de juguler la démographie afin de bénéficier d'une aide économique accrue promise par les États-Unis mais également de réduire des populations fortement défavorisées et suspectes de sympathies pour la guérilla du Sentier lumineux. Son bras droit Vladimiro Montesinos entretient des liens étroits avec la CIA. Les services secrets que Montesinos dirige auraient reçu de dollars de l'agence américaine pour soutenir les activités de contre-guérilla du gouvernement. Les ventes d'armes des États-Unis au Pérou ont par ailleurs quadruplé sous la présidence de Fujimori. Les membres de la police et de l'armée impliqués dans des crimes dans le cadre du conflit contre les guérillas sont amnistiés. Alberto Fujimori se fait réélire en 1995. En novembre 2000, destitué pour corruption, Fujimori s'enfuit au Japon. Valentín Paniagua Corazao est nommé pour le remplacer provisoirement et des élections sont organisées en avril 2001. Alejandro Toledo les remporte et devient président le 28 juillet 2001. Des manifestations hostiles au projet de privatisation de deux compagnies d'électricité tournent à l'émeute à Arequipa, deuxième ville du pays, en juin 2002. L'état d'urgence est déclaré par le gouvernement. L'état d'urgence est à nouveau proclamé en mai 2003 alors que le Pérou connaît une vague de protestations sociales. Alan Garcia, déjà président entre 1985 et 1990, revient au pouvoir en 2006. En , une intervention de police contre des indigènes qui bloquent un axe routier conduit à des dizaines de morts. Le Pérou est le deuxième plus grand producteur de cocaïne au monde, après la Colombie. Selon les autorités américaines, la superficie en 2019 des plantations de coca illégales était de . À la fin des années 2010 et au début des années 2020, le Pérou est l'objet d'une certaine instabilité avec plusieurs motions de destitution du président par le parlement, allant en décembre 2022 jusqu'à une dissolution du parlement par le président Pedro Castillo en parallèle d'une nouvelle motion de destitution du président par le parlement. L'arrestation et la destitution de Pedro Castillo entainent un large mouvement de protestation. Les mobilisations touchent particulièrement les zones pauvres du pays, celles-là mêmes qui avaient massivement voté pour Pedro Castillo en 2021. L'état d'urgence, permettant notamment le déploiement de l'armée face aux manifestants et la suspension des garanties constitutionnelles et des droits fondamentaux, est décrété dans tout le pays, bientot suivi d'un couvre-feu dans quinze provinces. En toile de fond de ces mobilisations figure la fracture sociale historique vécue par des populations victimes du mépris, du racisme, et de la discrimination des élites traditionnelles. Fortement exposées à la pauvreté, elles vivent dans des régions où les services publics sont défaillants, sinon absents, alors que les sous-sols regorgent de minerais et de gaz, exploités par des multinationales. À Cuzco, Puno, Ayacucho, Apurimac, les départements les plus pauvres du Pérou, 80 % des électeurs ont soutenu Pedro Castillo, espérant « un contrat social qui bénéficie à tous ». La répression des manifestations fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. Politique. Le Pérou est une république « démocratique, sociale, indépendante et souveraine » ( de la Constitution de 1993). La Constitution de 1993 consacre le principe de la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et fonde un régime présidentiel monocaméral : L’Assemblée constituante de 1822 est la première assemblée constituante péruvienne, instituée par élus proportionnellement selon la population de chaque département. Lors de la première séance, les députés prêtèrent le serment de défendre l’intégrité territoriale du pays et « de le libérer de ses oppresseurs ». L’achèvement de l’Acte constitutionnel fut difficile : la première Constitution fut adoptée le 12 novembre 1823. Les premières constitutions établirent une démocratie nominale et censitaire, où les analphabètes et les femmes n’étaient pas habilités à voter. Le 7 septembre 1955, le Congrès de la République promulgua une loi, qui donnait pour la première fois aux femmes péruviennes le droit de voter et d’être élues. Le Pérou est considéré comme étant le quatrième pays le plus dangereux au monde pour les défenseurs de l'environnement, après le Brésil, le Honduras et les Philippines. Les assassinats de militants écologistes y sont en augmentation ces dernières années. La corruption est très présente dans la vie politique péruvienne. L’affaire Odebrecht est l’affaire la plus médiatisée. de dollars ont été versés par la multinationale brésilienne à quatre présidents péruviens (Alejandro Toledo, 2001-2006 ; Alan Garcia, 2006-2011 ; Ollanta Humala, 2011-2016 ; Pedro Pablo Kuczynski, 2016-2018) pour obtenir des chantiers considérables comme celui de la route interocéanique entre le Pérou et le Brésil. Le pouvoir judiciaire est atteint en 2018 par des révélations concernant un vaste réseau de corruption lié à l’organisation criminelle "Les Cols blancs du port", qui a infiltré les plus hautes sphères de la justice. « Une organisation qui commettait des délits d’extorsion, des assassinats et qui cherchait la protection de l’appareil judiciaire pour garantir son impunité », explique l'avocat Rafael Chanjan, spécialisé sur la lutte contre la corruption. De hautes personnalités sont concernées : le procureur général du Pérou, Pedro Chavarry, des juges, des procureurs, des personnalités politiques (essentiellement liées au parti Force populaire), et des chefs d’entreprises. À la suite de la destitution de Martín Vizcarra et la démission de Manuel Merino, Francisco Sagasti devient Président du Pérou le 17 novembre 2020. Le 28 juillet 2021, Pedro Castillo devient président de la République. Ce dernier a été destitué le 7 décembre 2022. Actuellement, il y a un gouvernement intérim sous la présidence de Dina Boluarte Les élections générales seront avancées à avril 2024. Divisions administratives. Le , le Pérou adopta la Loi organique de gouvernements régionaux ("). Point de départ de la déconcentration d’un pouvoir administratif fortement centralisé, la loi vise à définir les principes régissant les administrations régionales et détermine les compétences entre municipalités, administrations régionales et l’État. Depuis, le pays est divisé en (divisées elles-mêmes en provinces), auxquelles il faut ajouter la province de Lima, entité au statut particulier, distincte du département Lima. Le district est la plus petite division administrative. Chaque district est dirigé par une municipalité, avec à sa tête un maire. Les gouvernements régionaux sont composés d'une présidence régionale, d'un conseil et d'un conseil de coordination : Géographie. Relief : La cordillère des Andes marque et structure les paysages et la géographie du pays. Parmi les volcans importants, on y trouve Misti et Ubinas. Le Huascarán, qui s'élève à , est le point culminant du pays dans la Cordillère occidentale. Climat. Il est tropical à l'est, désertique et sec à l'ouest. Les déserts côtiers sont liés à la présence d'un courant océanique sud-nord, donc froid, qui remonte la côte Pacifique en bloquant l'évaporation et la formation de perturbations pluvieuses (hormis épisodiquement lors d'épisodes El Niño). Dans les Andes (chaîne de montagnes), le climat est tempéré à froid en fonction de l'altitude. Le désert du nord du Pérou abrite aujourd'hui des terres agricoles irriguées et des zones de forêt sèche récemment fortement dégradées par l'agriculture industrielle, l'urbanisation et la production de bois et de charbon de bois. Les écosystèmes arides de ces régions se sont adaptés à des décennies presque sans pluie entrecoupées de courtes phases de pluies torrentielles entraînant un bref reverdissement du désert, la réapparition des oiseaux et de rivières. Ces pluies ont des effets dramatiques sur une population non préparée mais sont source de vie pour le désert. Après l'El Niño de 1997–1998, on a trouvé dans le désert des espèces sauvages proches de plantes domestiquées (tomates, poivrons, courges et pommes de terre) dont les graines pouvaient encore germer après d'enfouissement, ainsi que des plantes cultivées par des paysans sur des sols rendus fertiles par l'eau et les alluvions. La destruction de la forêt sèche a exacerbé l’érosion, les inondations et leurs effets. Divers aménagements du bassin versant (notamment sur les rivières canalisées, barrées et draguées) ne tenant pas compte des crues inhabituelles ont eu un effet comparable ; et des polluants miniers, cynégétiques, routiers, urbains et agricoles (pesticides et engrais) sont dispersés par l'eau puis souvent entraînés jusqu'à l'océan, ce qui inquiète les écologues. Selon B. Fraser dans la revue "Nature" (2018), "" et ses effets en Amérique du Sud ont été sous-estimés car si les scientifiques avaient bien prédit pour l'essentiel le phénomène El Niño de 2015-2016 et même si le volume de précipitations de 2017 est comparable à celui de l'événement El Niño de 1997-1998, les causes en sont différentes et les scientifiques ont encore besoin de mieux comprendre le mécanisme de ces El Niños côtiers atypiques (tels que ceux des années 1920 et 1970) et de leurs liens avec les cycles océaniques ou climatiques au sens large. Un manque de financement a hélas freiné les études ; ainsi, les systèmes de surveillance installés dans des bouées océaniques par des scientifiques péruviens et équatoriens après le passage d'El Niño de 1997 à 1998 ont été vandalisés sans avoir pu être réparés et tout le réseau d'instruments océaniques d'étude de l'atmosphère océanique de la zone intertropicale souffre de détérioration et de restrictions budgétaires. La sur le climat a été accueillie au Pérou. Littoral et intérieur. Le Pérou occupe une surface de et possède de côtes. On peut distinguer trois grandes zones naturelles : Chaque zone est divisée en une sous-zone nord, centrale et sud. Hydrographie. Le versant oriental est principalement drainé par deux cours d'eau, l'Ucayali et le Marañón qui, après s'être rejoints, donnent l'Amazone. Les deux rivières captent la majeure partie des eaux du versant oriental de la Cordillère des Andes, traversent ensuite la selva péruvienne avant de confluer. Sur le versant occidental se trouve le bassin de l'océan Pacifique où viennent se jeter toute une série de petits fleuves descendus des hauteurs de la Cordillère. Parmi ceux-ci, l'un retient particulièrement l'attention, le Río Rímac, considéré comme l'un des fleuves les plus importants du Pérou, non par son débit d'eau ni par la taille de son bassin mais parce qu'il approvisionne en eau et en électricité la métropole de Lima où se concentre plus du tiers de la population du pays ( d'habitants à Lima sur au Pérou). L'approvisionnement en eau de la capitale péruvienne est un des problèmes critiques que les autorités ne sont pas parvenues à résoudre au cours des dernières décennies et chaque jour il devient plus aigu, nécessitant de fréquentes coupures dans la distribution de l'eau. Au sud, un troisième bassin, celui du lac Titicaca, le plus vaste lac d'Amérique du Sud et le plus haut lac navigable au monde, perché entre et d'altitude sur les plus hauts plateaux andins, entre Pérou et Bolivie, draine les eaux de quatre bassins : le lac Titicaca (T), le fleuve Desaguadero (D), le lac Poopó (P) et le salar de Coipasa (S). Ces quatre bassins constituent le système TDPS, qui s'étend sur près de . Sismicité. Le pays est sujet aux tremblements de terre. Il existe une activité volcanique dans la zone volcanique centrale des Andes située au sud du pays. Le Pérou se trouve sur une faille sismique, ce qui provoque chaque année un certain nombre de tremblements de terre dont l’intensité reste faible. Le pays a toutefois subi quelques séismes majeurs ayant provoqué un grand nombre de victimes et des dégâts considérables, comme celui de Yungay en 1970, qui fit entre et . La population est préparée en cas de séisme. Régulièrement dans les écoles et les lieux de travail, des mesures de sécurité sont enseignées et des exercices d’évacuation effectués. Les inondations et glissements de terrain sont cependant principalement dus au phénomène "El Niño". Écologie et ressources naturelles. Le pays est doté de ressources naturelles exceptionnelles dont d'importantes ressources halieutiques (anchois péruvien), cependant instables dans le temps à cause d"El Niño". Le pays dispose de cuivre, d'argent, d'or, de pétrole, de minerai de fer, de charbon et de phosphates. Le Pérou est le troisième pays d'Amérique latine où les niveaux de pollution de l'air sont les plus élevés, après le Mexique et le Chili. Un rapport publié en 2020 par l’Autorité nationale de l’eau (ANA) du Pérou nous révèle que les glaciers du pays ont perdu plus de 50 % de leur surface depuis les années 1960. Biodiversité. Du fait de sa position biogéographique et d'une grande diversité climatique et topographique, il existe au Pérou des milieux très diversifiés (de la plaine à la montagne et du désert à la forêt équatoriale) abritant une faune et une flore extrêmement variées. C'est l’un des dix-sept pays caractérisés par une mégadiversité biologique. <br>Il compte 84 des 117 zones naturelles existantes au monde (72 %), abritant encore endémiques (parmi lesquelles uniques d’oiseaux, de reptiles et différentes de mammifères). Parce que la variété d’étages d'altitude et de températures a obligé agriculteurs et éleveurs andins à utiliser et adapter les espèces convenant le mieux à chaque situation agrobiogéographique, le pays abritait aussi de riches ressources génétiques en matière d'espèces alimentaires et utiles domestiquées, élevées et cultivées. Mais ce patrimoine est en forte et rapide régression. Sur les hauteurs, les lamas côtoient les alpagas et les vigognes. Le chinchilla à queue courte, présent à l’état sauvage autrefois dans les très hautes Andes a sans doute disparu aujourd’hui. Survolant les montagnes, le condor des Andes est un oiseau emblématique du Pérou et de ses montagnes. Mais c’est dans la « "selva" » que la faune est la plus présente avec entre autres les jaguars, les tatous, les caïmans, les capybaras mais aussi des singes ou des milliers d’espèces d’insectes qui vivent dans une végétation luxuriante. La vanille, l’acajou et le caoutchouc participent à cette biodiversité. Parcs nationaux et aires protégées. Le Pérou dispose d'un vaste réseau de parcs nationaux, de réserves naturelles et de lieux historiques nationaux. L'ensemble de ces sites occupe une superficie de , soit 14 % du territoire péruvien. L'INRENA (Institut national de ressources naturelles) gère la plupart des aires protégées. Cependant, un nombre croissant d'entre elles sont administrées par les communautés autochtones et par des associations de protection de la nature. Problèmes environnementaux. Le Pérou est confronté à une crise environnementale complexe. Entre les années 1970 et 2020, le pays a perdu 51 % de la superficie de ses glaciers, et environ la moitié de ses ressources en eau ne répondent pas aux normes de qualité. En outre, près de quatre millions d'hectares du territoire sont désertifiés, souvent à cause d'activités économiques. Économie. Évolution économique récente. L'économie du Pérou connait une croissance régulière. Le taux de croissance du PIB a dépassé la barre des 9 % en 2008, après une croissance de 8,9 % en 2007. Depuis la politique de libéralisation lancée au début des années 1990 par le régime d'Alberto Fujimori, l'économie péruvienne a connu de profonds changements. Des privatisations, pour un total de de dollars, principalement dans les secteurs des télécommunications et de l’énergie, ont été menées entre 1990 et 2000 et il ne subsiste plus aujourd'hui qu'une quinzaine de grandes entreprises publiques. Outre la fin des contrôles de l’État, les différents gouvernements ont établi une politique monétaire restrictive et ont mis en place un environnement fiscal favorable aux investisseurs. Ces privatisations ont généré une immense corruption. Le , la Suisse avait rendu au Pérou de dollars à la suite d'actes de corruption commis dans ce pays sud-américain. Un accord trilatéral avec Lima et le Luxembourg sur la restitution des avoirs d'origine illicite a été signé. Après avoir connu une période d'hyperinflation au cours des années 1980, la monnaie péruvienne connaît, quant à elle, une période de stabilité par rapport au dollar et aux monnaies européennes. Le taux d’inflation moyen s’est stabilisé autour de 3 % et reste depuis plusieurs années dans les limites de la fourchette fixée par la Banque centrale du Pérou (entre 1 % et 3 %). Le taux de dollarisation de l’économie reste toutefois élevé, s’établissant à 60 % des crédits en 2006 au secteur privé contre 82 % en 2000. Parmi les grandes orientations financières figure un axe majeur : la restructuration de la dette publique tant extérieure qu'intérieure. Elle a permis en cinq ans de voir passer la part de la dette intérieure de 22 % à 29 %, traduisant la confiance des marchés dans les obligations d’État. La dette publique globale, à la fin septembre 2007, atteint 31 % du PIB. En termes de compétitivité, le Pérou est considéré en 2008 comme la première économie d'Amérique latine. En 2022, le Pérou est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Les inégalités sociales sont très fortes : 1 % de la population concentre 30 % des richesses, selon les données du World Inequality Report 2022. Si le respect des principes d'orthodoxie financière et l'amélioration de la gestion de la dette ont permis de regagner la confiance des investisseurs, l'économie péruvienne doit cependant toujours affronter deux défis majeurs : Marché du travail. Le chômage est de 5,9 % en 2014 selon les statistiques officielles. Les travailleurs informels représentent, en 2019, 70 % du marché du travail selon l’Institut national des statistiques et de l’informatique (INEI). En 2016, près de trois millions d'enfants et adolescents travaillent dans le secteur informel. Dans le secteur formel, le temps de travail hebdomadaire légal est de . Quant au salaire minimum, il s’établit autour de 1 025 soles (245 euros), un des plus bas de la région. La retraite est quasi inexistante. Industrie minière. L'économie péruvienne dépend fortement des matières premières, qui représentent 60 % des exportations. En 2015, le Pérou est le deuxième producteur mondial d’argent, le troisième de zinc et de cuivre, le sixième d’or, et exploite aussi du gaz et du pétrole. En 2014, le pays comprenait environ d'hectares de concessions minières, soit 20,42 % de la surface du pays. Il est en revanche peu industrialisé. Les grands projets miniers sur lesquels repose le modèle économique péruvien font aussi l'objet de contestations de la part des populations rurales qui profitent peu des retombées économiques mais sont confrontées à la pollution des cours d'eau et des sols, impactant leur agriculture. D'après l'économiste José Oscatégui : « l’État péruvien est faible, parfois complètement absent de certaines provinces. Le Pérou n'a donc pas la capacité de négocier avec les multinationales et de récupérer les impôts qui pourraient alimenter des programmes sociaux. L'industrie minière, pilier de l'économie, illustre bien cette faiblesse. Malgré leur impact très lourd sur l'environnement et leurs profits record, les grands groupes qui exploitent les métaux péruviens sont taxés à hauteur de 30 % de leur bénéfice, comme toute autre entreprise locale. Mais en pratique, avec les exonérations, c'est encore moins, entre 13 et 14% » La moitié des opérateurs miniers du pays a obtenu à l'époque du président Alberto Fujimori des contrats de stabilité, c'est-à-dire une garantie contre tout changement de la politique fiscale du pays. Agriculture. Le Pérou a conservé une agriculture diversifiée, en particulier dans les zones encore boisées : au cours de la décennie 2010, il a confirmé sa huitième place au palmarès des quinze plus grands producteurs mondiaux de café, derrière la Colombie et le Honduras, autre grands exportateurs d'Amérique latine. Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), publié en août 2022, la moitié de la population du Pérou est en situation d’insécurité alimentaire modérée, soit 16,6 millions de personnes, et plus de 20 %, soit 6,8 millions, en situation d’insécurité alimentaire sévère : ils se privent de nourriture durant toute une journée, voire plusieurs journées. Le Pérou est ainsi encore plus touché que des pays en crise comme l’Argentine et le Venezuela. La directrice de la FAO Pérou souligne que «c’est le grand paradoxe d’un pays qui a de quoi nourrir sa population. Le Pérou est un producteur net d’aliments et une des grandes puissances agroexportatrices de la région. » L’insécurité alimentaire est due aux fortes inégalités sociales et aux bas salaires, le salaire minimum péruvien étant l'un des plus faibles d'Amérique du Sud et le secteur informel très étendu. Toujours selon la FAO, les petits paysans souffrent eux-mêmes de la faim. Faiblement rémunérés, ils souffrent également des impacts du changement climatique et font face au problème du narcotrafic sur leurs terres et à l’activité minière qui épuise les sols. Transports et télécommunications. Un réseau routier de plus de relie toutes les régions du pays. La côte péruvienne est traversée du nord au sud par un axe routier majeur et structurant : la route panaméricaine. Nommée aussi "" ou "PE-1", cette route longue de s’étire de la ville de Tumbes jusqu’à Tacna, au sud du pays. Deux autres grands axes longitudinaux sont la route de la Sierra (Piura-Puno, ) et la route de la Selva (Cajamarca-Junín, ). Une vingtaine d’axes transversaux desservent les villes de la Sierra et de l’Amazonie. Les trois axes longitudinaux mentionnés auparavant finissent par un nombre impair ("PE-1", "PE-3" pour la route de la Sierra, "PE-5" pour la route de la Selva), alors que les routes et autoroutes transversales finissent par un nombre pair ("PE-02", "PE-04"…). Bien que la plupart des axes soient interconnectés, leur construction est longue et coûteuse du fait du relief accidenté. Il existe également deux axes routiers reliant les villes du Pérou et du Brésil. D’un total de , l’axe Interocéanique sud (nœud fluvial et terrestre) relie le port de Paita au nord du Pérou au port de Manaus au Brésil. Il vise aussi à l’amélioration de la navigabilité des fleuves du bassin amazonien en unissant l’Atlantique et le Pacifique. La fin de travaux de construction de l’autre axe de transport, l’Interocéanique sud (plus de ), devra relier l’Atlantique (notamment l’État d’Acre) et le Pacifique (Sud du Pérou), exclusivement par voie terrestre. Cela implique également l’amélioration des routes existantes et la construction de nouvelles. Les chemins de fer du Pérou atteignent une longueur totale de , dont de voies appartenant à la société minière Southern-Cooper. L’entreprise Ferrovias Central Andina a pris en charge le réseau central allant du Callao aux Andes Centrales et qui sert surtout au transport de minerais. L’entreprise Ferrocarriles Transandinos administre les réseaux du sud (Cuzco-Matarani) et sud-est (Cuzco-Machu Picchu, consacré au transports de touristes). La Corporation péruvienne d’aéroports (Corpac) administrait, en 2007, régionaux (d’un total de 210 que compte le pays). L’aéroport international Jorge-Chávez, l’un des plus modernes du continent, est de loin le plus important du Pérou. D’autres aéroports importants sont ceux de Cuzco, de Trujillo et d’Arequipa. Le transport fluvial ne concerne que le bassin amazonien, où se trouvent les quatre principaux ports fluviaux : Iquitos, Yurimaguas, Port Maldonado et Pucallpa. Le plus important est celui d’Iquitos (82 % du trafic fluvial total, soit ). D’importantes sommes d’argent ont été injectées dans le secteur des télécommunications ces dernières années. Ces investissements concernent, pour leur grande majorité, l’extension et la densification des réseaux, ainsi que la progression de la couverture des zones rurales. Le taux de pénétration global actuellement est de 80 % dont environ 10 % pour les lignes fixes. Une partie importante des lignes (55 %) se trouve dans la capitale, Lima, et le port de Callao. Le parc total de lignes fixes a atteint plus de deux millions de lignes au . Le nombre de lignes mobiles représente le nombre de lignes fixes. En juin 2009, le parc mobile était estimé à abonnés. Population. Évolution démographique. La population du Pérou est estimée en 2016 à d’habitants, soit près de 5 % de la population de l’Amérique latine. La population a rapidement augmenté depuis les années 1960 : elle s’est multipliée par trois entre 1960 et 2009, passant de à d’habitants. Le taux de croissance démographique actuel cependant peut être considéré comme modéré dans le contexte latino-américain, s’élevant à 14,4 pour mille pour la période 2005-2010, soit un niveau légèrement supérieur à celui de la population latino-américaine estimée en pour mille. La densité reste faible, le Pérou étant, avec par l’un des pays les moins densément peuplés de l’Amérique. Cette densité est d’ailleurs très inégale : assez élevée sur la côte ( par à Lima), elle est infime dans l’Amazonie péruvienne ( par dans le département de Loreto et par dans le département Madre de Dios). Le Pérou s'est ouvert à l'immigration japonaise à la fin du , recherchant surtout des travailleurs agricoles. Cette immigration a perduré jusque dans les années 1930. Elle a dû affronter la vindicte populaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais-Péruviens, soupçonnés d’être restés fidèles à un Japon belliqueux, ont été internés dans des camps aux États-Unis. Leurs biens ont été confisqués au Pérou. Le redressement économique qu’a connu récemment le pays s’est accompagné d’une baisse relativement importante du nombre d’émigrants. Le solde migratoire est passé de -2,2 % pour la période 1990-2000 à -0,3 % pour la période suivante (2000-2010). Le nombre de Péruviens résidant à l’étranger s’élèverait à près de deux millions (2007), soit 7 % de la population. En 2019, trois millions de Péruviens vivent à l’étranger. Ils sont installés principalement aux États-Unis et dans une moindre mesure au Canada ou en Espagne. À l’heure actuelle, la communauté péruvienne figure parmi les dix nationalités les plus représentées aux États-Unis. Selon la constitution de 1993, la langue officielle du Pérou est l’espagnol ; toutefois le quechua, l’aymara et d’autres langues indigènes possèdent un statut de coofficialité dans les parties du territoire, où elles sont prédominantes. Santé. L'indice de fécondité est estimé à par femme] en 2009, soit un niveau légèrement inférieur à la moyenne latino-américaine (). La fécondité reste cependant élevée dans les zones rurales et dans les communautés d'indigènes, alors qu'elle est plus basse dans les villes. L'espérance de vie est, quant à elle, estimée à près de en 2010, ce qui est très semblable à l'espérance de vie mondiale de . Au début des années 1950, près d’un enfant sur huit né au Pérou mourait avant la fin de sa première année. Au cours des décennies suivantes, une chute spectaculaire de la mortalité infantile s'est produite. Le taux est passé de 158,6 pour mille en 1950 à 43 pour mille en 1996 et à 21 pour mille en 2006. Néanmoins, en 2019, la moitié des enfants de moins de trois ans présentent de sérieuses carences alimentaires. Ethnologie. Derrière l’apparente unité, la société péruvienne est profondément diverse. La venue de migrants originaires d'Europe, d'Afrique et d'Asie, lors des différentes périodes historiques, a favorisé le mélange de populations. Dès le , le processus de colonisation est allé de pair avec la mixité des diverses composantes raciales. À cela, il faut ajouter une diminution drastique de la population autochtone au cours des premières décennies de présence espagnole. Décimés par les massacres et les épidémies, le nombre d’Amérindiens au Pérou est passé de onze millions d'habitants en 1500 à un peu plus d'un million un demi-siècle après. Le fait que Lima ait été le siège du vice-roi d'Espagne aurait encore aggravé le sort des Indiens du Pérou. La venue de migrants originaires d'Europe et d'Asie lors des premières années de la République a largement contribué à rendre la société péruvienne encore plus métissée. Entre 1849 et 1874, arrivèrent ainsi au Pérou pour travailler dans les plantations de canne à sucre ou dans les gisements de guano. Selon les estimations, 47 % des Péruviens sont des métis, c'est-à-dire d'origine à la fois amérindienne et européenne, et le pourcentage de population d'origine à prédominance européenne atteindrait 15 % (10 % d'ascendance espagnole (principalement des colons arrivés pendant la colonisation) et 5 % d'autre ascendance européenne (italienne 1,8 %, française 1,5 %, allemande et autrichienne 2 %). Dans certaines régions du Pérou, particulièrement sur la côte, on rencontre parfois de nombreux métis d'ascendance africaine. La proportion de la population indigène (ou personnes à prédominance indigène) fluctuerait entre 30 et 45 % de la population. Cette estimation est particulièrement difficile à faire car l'Institut national de statistique du Pérou se fonde sur des critères linguistiques et non des critères purement « raciaux ». Il fixe ainsi à 15,9 % le pourcentage des Indiens définis sur un critère linguistique. De nos jours, la plupart des Péruviens se considèrent comme des métis, sans qu'il soit possible de tracer des frontières précises entre les différentes catégories. Les indigènes sont majoritaires dans les régions andines du pays (Cuzco, Huancavelica ou Puno). Sur la côte, caractérisée par une forte présence de population métisse ou d’origine européenne, les indigènes sont encore moins nombreux. De fortes minorités, telles les Ashaninkas, les Shipibo-conibos et les Aguarunas, sont présentes dans l’Amazonie ou le piémont amazonien. Les peuples indiens d’Amazonie ont généralement moins perdu leur culture après la conquête espagnole car leurs territoires étaient très difficiles d’accès. Au Pérou, la population autochtone n’est représentée par aucun parti politique contrairement à l'Équateur ou la Bolivie, où les mouvements indigènes occupent une place essentielle dans le paysage politique. Les grandes migrations internes depuis les années 1950 ont favorisé encore plus la mixité de populations. Selon les estimations, le pays avait un taux d’urbanisation de 71 % en 2005. Le rythme de l’urbanisation est variable d’une région à l’autre. À un extrême, on trouve des régions fortement urbanisées (Lima ou Piura), dans lesquelles la part de la population urbaine s’élève à près de 90 %. La majeure partie des migrants a convergé vers la capitale, Lima, qui est devenue une ville métissée, un véritable carrefour de cultures régionales. Aujourd’hui, les médias et les intellectuels péruviens parlent d’une culture métisse. Le développement de l’indigénisme a conduit également à réévaluer le métissage. L’accès à l’éducation est plus faible dans la population indigène, avec seulement 10,2 % d’entre eux poursuivant des études supérieures. Les opportunités sur le marché du travail sont encore plus limitées, avec une surreprésentation dans le secteur agricole et dans les emplois non qualifiés. À eux deux, ces secteurs représentent deux tiers des emplois pour la population indigène contre seulement un tiers pour les non-indigènes. Langues. La langue officielle la plus répandue au Pérou est l’espagnol, appelé aussi castillan qui est aussi la langue maternelle de 80,2 % de la population et la lingua franca de la société péruvienne. Les langues autochtones, dont le quechua (13,2 %) et l’aymara (1,8 %), viennent en deuxième et troisième position La pratique du quechua, langue parlée par 60 % des Péruviens au début du siècle, s'est effrondrée à 13 % en 2017. En arrivant en ville, les paysans andins ont souvent été contraints d'abandonner leur langue maternelle, méprisée par les médias et les services de l'Etat, pour l'espagnol. Villes les plus peuplées. Le Pérou regroupe un ensemble de régions dont la population est de taille très inégale. Cinq régions seulement sur vingt-quatre rassemblent en effet plus de la moitié de la population totale (52 %) : Lima, Piura, La Libertad, Cajamarca et Puno. Lima, avec d’habitants, concentre à elle seule presque un tiers de la population du pays (30,8 %). À l’autre extrême, une dizaine de régions représentent à peine plus de 10 % de la population totale du pays. En 2007, les dix plus grandes villes du Pérou étaient : Ordres et décorations. Ordres nationaux : Ordres ministériels/spécifiques : Religion. La grande majorité des Péruviens (76 %) est catholiques. Plus de 17 % de la population se déclarent cependant de différentes organisations évangéliques, dont l'influence ne cesse de croître depuis les années 1980. En 1993, la nouvelle constitution garantit la liberté de culte, mais souligne : Chaque année au mois d’octobre, la procession du "Seigneur des miracles" (el Señor de los Milagros) attire dans les rues de Lima une foule énorme de fidèles drapés de "morado" (violet). Ils seraient plus d'un million de Péruviens à participer aux festivités du "Cristo Morado". Objet de vénération au Pérou et dans quelques pays d’Amérique latine, le culte au "Christ de Pachacamilla" (autre nom du "Seigneur des miracles") serait la christianisation du dieu Pachacamac. Le culte au Seigneur des miracles est le plus important du Pérou mais d'autres villes rendent aussi culte à leur patron. La fête du "Corpus Christi" mobilise l'ensemble de la ville de Cuzco durant les premiers jours du mois de juin et la "Virgen de la Candelaria" est une festivité importante dans la région de Puno. Le 21 octobre 2016, le Pérou fut consacré au Sacré-Cœur par le président Pedro Pablo Kuczynski. Théologie de la libération. Gustavo Gutiérrez Merino, né à Huánuco en 1928, est considéré comme le pionnier de la théologie de la libération. Le théologien inspire le mouvement en 1972 dans un ouvrage du même nom. Influencé par Bartolomé de las Casas et les différents mouvements sociaux du , il développe et approfondit la vision du Salut chrétien en tant que « choix préférentiel pour les pauvres », vision proclamée par les conférences (1968) et (1979) organisées par le Conseil épiscopal latino-américain. L'enjeu de la théologie de la libération n'étant pas seulement théorique mais aussi politique, elle fait l'objet d'un débat public bien au-delà du cercle des théologiens. Ce courant théologique est devenu influent en Amérique latine et en Afrique mais les théologiens de la libération ont dû affronter une grande opposition du Vatican, en raison de la compromission de cette théologie avec le marxisme. En 2003, le père Gutierrez a reçu le prix Prince des Asturies. Système éducatif. Selon Garcilaso de la Vega, Inca Roca ordonna la création des premiers établissements d'enseignement, les "Yachayhuasi" ou Maisons de Savoir. La direction de ces « écoles » fut confiée aux "amautas", savants en astronomie, qui étaient également capables de lire les "quipus". Les jeunes étaient instruits aux affaires de l'État (les lois, l'administration ou l'histoire) ainsi qu'aux rites et aux préceptes de la religion. Le système éducatif pendant la longue période coloniale était déterminé par le triple impératif de transformer les populations locales en habitants utiles, en chrétiens pieux et surtout en sujets fidèles au roi. Ce sont les différents ordres religieux qui fondèrent les premières écoles : Colegio Mayor de San Pablo (1568) et Colegio Mayor de San Felipe (1575). À un niveau plus élevé, les dominicains fondent en 1551 la première université du Nouveau Monde : l'université nationale principale de San Marcos. Le système éducatif péruvien consiste en quatre niveaux : le "nido" (ou "wawa wasi"), l'éducation primaire, l'éducation secondaire et l'université. Les "nidos" (privé) ou "wawa wasis" (publique), pour les enfants de , ne sont pas obligatoires, bien que la plupart des "niños" les fréquentent. L'éducation primaire est divisée en six niveaux (nommés de premier au sixième "grado de primaria"). Depuis la constitution de 1828, , elle est obligatoire et gratuite. L'éducation secondaire, obligatoire et gratuite aussi, est composée de cinq niveaux (nommés "grados de secundaria"). Les deux dernières années sont surtout consacrées à la préparation des examens pour entrer aux universités, préparation qui a lieu dans des centres d'enseignement nommés "Academias Preuniversitarias" ou "Pre". Enfin, l'éducation universitaire. Le Pérou possède un réseau de ( et ). Contrairement au système universitaire français, les élèves qui souhaitent faire des études à l'université sont dans l'obligation de passer un examen de sélection ("examen de ingreso"). Les études universitaires sont divisées en deux cycles distincts : les "Estudios Generales" et faculté. Les diplômes de fin d'études sont le "Bachillerato" (à ne pas confondre avec le baccalauréat français) et la Licencia (grade académique de licencié). La recherche publique est chapeautée par le Conseil national de la science, de la technologie et de l'innovation technologique (CONCYTEC). Le régime d'Alberto Fujimori a mis en marche dans les années 1990 une libéralisation de l'éducation, avec notamment une loi, en 1996, pour la promotion des investissements privés, censés favoriser « la modernisation du système éducatif ». Le nombre d’universités a triplé dans les vingt années qui ont suivi, mais beaucoup d’établissements, dirigés par des hommes d'affaires, ne présentent aucune garantie académique. Ces universités engrangent des bénéfices exorbitants, tout en délivrant des diplômes sans aucune valeur. En 2014, le gouvernement adopte une loi visant à mieux réguler l'enseignement supérieur privé. Elle comprend la mise en place de huit critères de qualité, parmi lesquels un plan d’études élaboré, un budget alloué pour la recherche, un minimum de professeurs à temps complet, un mécanisme d’insertion professionnelle et des infrastructures adéquates. Cette réforme a toutefois été farouchement combattue par les lobbys des universités privées, qui disposent des relais très actifs au Parlement. Ils obtiennent ainsi son abrogation en 2023. Le Pérou compte également quelques institutions étrangères prestigieuses parmi lesquelles le Markham College, et le lycée franco-péruvien qui appartient à l'AEFE. Néanmoins, le Pérou est le seul des cinq pays d'Amérique latine évalués par l'étude PISA en 2004 (avec l'Argentine, le Brésil, le Chili et le Mexique) où plus de la moitié des jeunes de n'a pas acquis le niveau de connaissance et les compétences en lecture suffisantes afin de poursuivre correctement son éducation. Et cela est davantage inquiétant si l'on considère que des indices montrent que dans l'enseignement supérieur le problème s'accentue en raison de la complexité des processus d'apprentissage. Pour de nombreuses familles pauvres, le travail des enfants est indispensable pour pouvoir financer leur propre scolarisation. L’école publique est gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de mais les uniformes et les fournitures scolaires représentent des postes de budget très lourds pour des foyers modestes. Chaque année, des milliers d’enfants abandonnent l’école pour des raisons économiques. Droits homosexuels. En 2009, le gouvernement péruvien interdit aux personnes homosexuelles de s'engager dans la police pour ne pas porter préjudice à l'image de l'institution. Culture. Musiques et danses. La culture péruvienne comporte de très nombreuses danses et musiques. La musique andine la plus populaire est le "huayno". Dans les villes, la musique la plus populaire est désormais la musique "chicha", fusion entre la "cumbia" et le "huayno". Le Tundiqui et la morenada ont toujours une place importante dans la culture indienne ou afro-américaine La musique péruvienne est très influencée par les traditions espagnoles mais également africaines ("festejo, musica criolla"). La danse nationale est la "marinera". Gastronomie. La cuisine péruvienne est remarquable par sa diversité en raison de la riche géographie du pays, de la disponibilité de ressources variées et de l'alliance de traditions culinaires autochtones à des pratiques gastronomiques d'autres continents. Ainsi, en plus des apports de la culture espagnole, à la fin du , des immigrants venus de la Chine adaptèrent leurs traditions culinaires au goût et aux ressources locales péruviennes. Ainsi naquît la cuisine "chifa" qui compte une grande variété de mets. Les diverses cuisines régionales sont souvent regroupées en trois grandes familles par l’emplacement géographique et les conditions climatiques : Les boissons fraîches telles que la "chicha morada", la "chicha de jora", ou les deux boissons nationales : le "pisco" (alcool de vin) ou l’"Inca Kola" (gazeuse), accompagnées de fruits locaux comme la "cherimoya", la maracuja, la "lucuma" ou le "camu-camu" complètent le menu péruvien. Le chef de file de la cuisine péruvienne est sans doute le célèbre cuisinier Gastón Acurio. La cuisine péruvienne poursuit son évolution multipliant les innovations sans pourtant trahir la tradition, comme le montre bien la nouvelle cuisine andine ou Cocina Novoandina. À partir des années 2000, des boutiques péruviennes puis des boutiques en ligne très diversifiées (mais dont le cœur d'activité reste centré sur la gastronomie) apparaissent en Europe et particulièrement en Espagne, Italie, France. Médias. Dans le pays, la liberté d'expression et la liberté de la presse sont protégés par la Constitution nationale. Selon une étude réalisée en 2022 par l'organisation Reporters sans frontières, le Pérou est le huitième pays d'Amérique latine avec la plus grande liberté de presse. Les communications du pays sont réglementées dans le cadre des fonctions du Ministère des transports et des communications. Les médias de masse les plus utilisés sont la presse écrite, la radio et la télévision. Le premier journal péruvien était la Gaceta de Lima, qui a circulé pour la première fois en 1715. La Gazette officielle El Peruano, fondée le 22 octobre 1825 par Simón Bolívar, est actuellement le journal le plus ancien du pays et d'Amérique. Lima est le siège des principaux et des plus grands journaux à diffusion nationale, parmi lesquels : Diario Correo, El Comercio, El Bocón, Expreso, La Razón, La República, Líbero, Perú 21, Todo Sport et Trome. La première station de radio du pays s'appelait OAX, elle a été inaugurée le 20 juin 1925 par le président d'alors Augusto Leguía. Plusieurs stations AM et FM émettent depuis la capitale péruvienne avec une portée locale, nationale et internationale. Selon une enquête réalisée par la Compañía Peruana de Estudios de Mercado y Opinión Pública S.A.C. en 2017, les stations de radio les plus écoutées à l'échelle nationale sont : Radio Programas del Perú, Moda, Karibeña, Ritmo Romántica, La Zona, Onda Cero, Panamericana, Nueva Q, La Kalle et Radio Felicidad. En 1939, la première émission télévisée expérimentale a été réalisée dans le pays lorsqu'un film et un programme artistique ont été diffusés depuis le Collège national Nuestra Señora de Guadalupe. Puis un autre test a été effectué, cette fois depuis le Gran Hotel Bolívar le 28 mai 1954. Enfin, le 17 janvier 1958, la chaîne d'État commence ses émissions, avec la transmission d'un documentaire. Les chaînes de télévision nationales les plus importantes sont : TV Perú (chaîne de télévision publique), América Televisión, ATV, La Tele, Latina Televisión, Global Televisión, Panamericana Televisión et RBC Televisión. Codes. Le Pérou a pour codes : Voir aussi. Bibliographie. Histoire Géographie Économie et Institutions politiques Culture
Perl (langage) est un langage de programmation créé par Larry Wall en 1987 pour traiter facilement de l'information de type textuel. Ce langage, interprété, s'inspire des structures de contrôle et d'impression du langage C, mais aussi de langages de scripts sed, awk et shell (sh). Il prend en charge les expressions régulières dans sa syntaxe même, permettant ainsi directement des actions sur l'aspect général de séquences de texte. Une association, The Perl Foundation, s'occupe de son devenir, et entre autres de son éventuel passage de la version 5.x à la version 7 — la version 6 initialement envisagée comme le successeur de Perl 5 ayant divergé au point de devenir un langage à part entière nommé Raku. Le statut du langage est celui de logiciel libre, distribué sous double licence : Artistic License et GPL. Origines et mises en œuvre. Le but. Perl se propose d'extraire commodément des informations de fichiers texte et d'en établir des rapports. Il peut remplacer des scripts shell ainsi que des commandes comme sed, awk, grep, cut, test et expr. Traitant des formats d'entrée non obligatoirement structurés, il évite de passer des données d'un processus à l'autre et de rendre ainsi moins lisibles les traitements, auxquels il fournit un cadre unifié. Sa syntaxe s'inspire du C, y ajoute la possibilité d'expressions régulières directement dans le langage, et comporte les principales fonctions des bibliothèques système en C. Il vise aussi la commodité pragmatique pour le programmeur (existence de raccourcis qui le font qualifier de langage « diagonal ») plutôt qu'un souhait esthétique d'architecture stricte (langages « orthogonaux »). Les moyens. Perl, multiplate-forme, est utilisé entre autres pour l'écriture de scripts CGI et le traitement de fichiers de log. Il permet aussi d'ajouter des « » dans un serveur web Apache, grâce à l'extension "mod_perl", à l'instar de PHP ou de servlets Java. On le trouve ou le compile facilement sur la plupart des systèmes d'exploitation, notamment en environnement POSIX : GNU/Linux, * BSD, Mac OS X et Cygwin sous Microsoft Windows avec ActivePerl - dont la version 5.8 permet l'usage de l'Unicode ou de l'interface graphique. Depuis la disponibilité de WSL sous Windows 10, il est aussi utilisable dans une fenêtre bash sous Windows. Depuis 2008 existe Strawberry pour Windows, proche de la distribution Unix originale, avec un compilateur C et disponible en version 32 et 64 bits ainsi qu'en version portable (sans installation). Syntaxe et sémantique. Commentaire. Perl est un langage impératif proche de C et des shells UNIX. Comme en shell, le caractère croisillon (#) introduit un commentaire et le retour à la ligne le termine. Il est également possible d'utiliser POD pour écrire un commentaire sur plusieurs lignes. my $variable = 1; # Je suis un commentaire après une ligne de code =for comment Je suis un commentaire sur plusieurs lignes. =cut La syntaxe de Perl lui permet d'exprimer de manière concise dans le langage même des expressions sans appels de fonctions de bibliothèques, donc de façon plus lisible. Le débutant peut facilement n'utiliser qu'un sous-ensemble du langage. Variables. Perl est typé statiquement de façon simple : le premier caractère d'un identificateur de variable est un caractère non alphanumérique appelé sigil: $a = 42; # Affectation de '42' à la variable 'a' $b = 'réponse : '; # Affectation d'une chaîne de caractère à 'b' print "$b", $a * $a; # Affiche 'réponse : 1764' @a = ('lun', 'mar', 'mer', 'jeu', 'ven', 'sam', 'dim'); # Affecte une liste à la variable tableau 'a' print $a[2]; # Affiche 'mer' (l'indexation commence à zéro) my @b = @a[2, 4]; # @b = ( 'mer', 'ven' ) my @c = @a[2..4]; # @c = ( 'mer', 'jeu', 'ven' ) %a = ( # Création d'une table de hachage clef => valeur John => 'Sheridan', Londo => 'Mollari', Kosh => 'Naranek' print $a{Londo}; # Affiche 'Mollari' Contrairement à Perl 6 le sigil $ est utilisé lors de l'appel d'un élément d'un tableau ou d'un élément de hash. Cela vient du fait qu'on appelle généralement un élément scalaire. Exemple: $a[2]; # Appel d'un élément de tableau/liste $a{John}; # Appel d'un élément de table de hash Les trois types de variables du même nom peuvent coexister: $a = 'rien'; # scalaire contenant la chaine 'rien' @a = 1..5; # tableau contenant les chiffres '1, 2, 3, 4, 5' %a = ( # table de hash contenant 3 paires de clef => valeur John => 'Sheridan', Londo => 'Mollari', Kosh => 'Naranek' Perl accepte des déclarateurs indiquant la portée des variables déclarées : my $toto = 'rien' ; # variable scalaire à portée lexicale local $level += 1; # variable scalaire avec une valeur à portée dynamique our @s = (1, $s, 3.14); # variable tableau globale au module courant Les sigils permettent de reconnaître les noms de variables dans des chaînes de caractères et d'interpréter ces variables. print "la variable toto vaut $toto"; Perl ne requiert pas de constructeurs d'instances. my %a = ( clé1 => [1, 2], clé2 => [3, 4] ); Le module XML::Literal disponible sur le CPAN permet de supporter des littéraux de type XML de manière similaire à l'extension normalisée E4X d'ECMAScript. La version 5.10 et le futur de Perl. Depuis sa version 5.10, le langage inclut des fonctionnalités destinées à l’origine à ce qui devait être le futur Perl 6, comme une structure de contrôle switch et les captures nommées pour l'opérateur match (c'est-à-dire la possibilité de nommer génériquement des éléments traités au vol). La du langage, annoncée en 2001, est disponible depuis . En , « Perl 6 » est finalement renommé Raku pour éviter toute confusion avec Perl 5 et entériner le fait d’avoir deux langages distincts. En , la communauté pilotant Perl décide que la prochaine version majeure de Perl sera finalement nommée Perl 7. L'intégration dans l'existant. Les programmes Perl sont intégralement portables entre GNU/Linux, Mac OS X (ou autre UNIX) et Windows malgré les désignations de fichiers différentes de ces systèmes (Perl remplace au besoin les « / » par des « \ », voire des « \\ »). Perl permet l'usage du moteur d'interfaces graphiques Tk pour effectuer des entrées-sorties. On désigne parfois l'ensemble sous le nom générique "Perl/Tk". L'extension Tk est intégrée à ActivePerl depuis la version 5.8 du langage. Des interfaces graphiques plus commodes que Tk sont aussi proposées par des bibliothèques de CPAN. "TkZinc" apporte un aspect modernisé de Tk. "PerlQt" supporte Qt 3.x. "Gtk2" supporte Gtk 2.x. "wxperl" supporte wxWidgets. wxWidgets a l'avantage de fournir l’apparence native du système de fenêtrage utilisé. Sous Mac OS X, "CamelBones" donne accès à l'API de Cocoa. Le mécanisme. Perl5, bien qu'interprété, ne réanalyse pas ses instructions chaque fois qu'il les exécute. Sans créer un bytecode comme d'autres langages interprétés, il effectue une passe d'assemblage qui traduit les constantes, remplace les variables par des adresses internes et construit un arbre syntaxique (AST, "Abstract Syntax Tree"). Le code source est traduit instruction par instruction en AST, par la suite optimisé. Si des instructions sont situées dans un bloc spécial comme BEGIN ou CHECK, elles sont exécutées dès leur compilation (et donc avant que le reste du code source soit compilé). C'est le cas en particulier des modules chargés par l'instruction use. L'AST, par rapport à un AST usuel, a la particularité de contenir déjà les chemins d'exécution. Lors de la phase d'exécution, l'interpréteur suit donc les chemins présents dans l'AST et exécute les instructions restantes. Perl 5 n'utilise à aucun moment de bytecode. Le projet de compilation en bytecode commencé lors de Perl 5.005 par Malcom Beattie n'a jamais abouti. L'arrivée de Parrot peut cependant offrir une nouvelle solution. L'avenir à moyen terme. Plusieurs fonctionnalités des bibliothèques de Perl 5 seront intégrées dans Perl 6 : ainsi l'analyse syntaxique sera intégrée dans le moteur d'expressions rationnelles. Aujourd'hui, en Perl 5, un analyseur LALR peut s'écrire par le module Parse::Yapp, clone de yacc. Parse::RecDescent est un module qui permet l'écriture d'un analyseur récursif descendant. Exemples de code. Une plaisanterie récurrente présente Perl comme acronyme de 'Pathologically Eclectic Rubbish Lister' ("collectionneur pathologique de déchets variés") en référence à ses caractères spéciaux chargés de sens dans la syntaxe du langage, comme dans l'exemple suivant : $message = "À l'endroit : 'camel'.\n"; print $message; $message =~ s/endroit/envers/; $message =~ s/('\w+')/reverse($1)/e; print $message; exit 0 et sa sortie à l'écran : À l'endroit : 'camel'. À l'envers : 'lemac'. Les troisième et quatrième lignes de cet exemple montrent l'usage d'expressions rationnelles. Hello world. Exemple classique : print "Hello World\n"; # Affiche 'Hello World' suivi d'un retour à la ligne Faux amis. Certains mots ont un sens différent en Perl et dans la littérature informatique usuelle. Ci-après deux exemples : Aspects communautaires. Perl a une base d'utilisateurs vaste, mais de plus en plus concurrencée par celles de PHP, Python, Ruby, Javascript, etc. Le langage est apprécié des administrateurs système mais également des développeurs dans le domaine de la bio-informatique où les programmes font l'objet de remaniements constants. La base CPAN regroupe et met gratuitement à la disposition des utilisateurs de Perl "15,4 millions de lignes de code" sous forme de "modules" Perl et de "synopsis" montrant comment les mettre en œuvre. En France, l'association des "Mongueurs de Perl" promeuvent ce langage, notamment via les Journées Perl. Anecdotes. On écrit généralement le nom de ce langage avec un "P" majuscule pour désigner le langage et un "p" minuscule en parlant de l'interpréteur : « seul perl analyse correctement Perl. » Une conséquence est qu'un système de coloration syntaxique d'un programme Perl devrait utiliser l'interpréteur perl pour être totalement correct. En pratique, des modules pur Perl comme Perl::Tidy et PPI arrivent à comprendre correctement la majeure partie du code courant. Initialement, le concepteur de Perl, Larry Wall, avait prévu de nommer son langage « », d'après une parabole biblique se trouvant relatée dans l'Évangile selon Matthieu (chapitre 13, versets 45 et 46). Il existait déjà un langage de programmation dénommé PEARL — pour la programmation multitâche et temps réel. Wall changea donc l'orthographe en « Perl ». Les significations diverses que l'on trouve de nos jours comme le "" sont simplement des rétroacronymes. "Black Perl" est un poème signé Larry Wall, écrit dans le langage de programmation Perl et dans la langue anglaise.
Pentagone (homonymie)
Prix Nobel de physiologie ou médecine Le prix Nobel de physiologie ou médecine honore annuellement, selon les volontés du testament d'Alfred Nobel, des personnalités du monde médical et de la recherche en biologie dont l'œuvre a rendu de grands services à l'humanité. Le lauréat doit ainsi avoir apporté des savoirs inédits ou des techniques nouvelles dans le domaine. Le prix est attribué par l'assemblée Nobel, composée de cinquante professeurs de l'Institut Karolinska, à partir d'une liste de nominations proposées par le comité Nobel. Ce comité se compose de cinq membres élus pour trois ans par l'Assemblée Nobel. Les nominations sont établies avec l'aide d'autres grands instituts médicaux suédois et étrangers, de cercles de chercheurs, d'éminentes personnalités du monde médical ou encore d'anciens lauréats du prix qui proposent chaque année plusieurs noms éligibles pour le prix. La récompense ne peut être conjointement attribuée à plus de trois personnes. Après la révélation du nom du ou des lauréats début octobre, la médaille et le diplôme de la fondation Nobel lui sont officiellement remis par le roi de Suède, le 10 décembre suivant, jour anniversaire de la mort du fondateur du prix. Depuis 2001, le prix Nobel est doté d'un montant de 10 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d'un million d'euros. Origines et évolution. Héritage d'Alfred Nobel (1833-1896), les prix Nobel devaient être attribués aux individus dont les contributions apportaient « les plus grands bienfaits à l'histoire de l'humanité » dans les domaines de la paix, de la littérature, de la chimie, de la physique, et de la médecine ou de la physiologie. La récompense ne peut être posthume, d'où, de façon occasionnelle, la reconnaissance de contributeurs âgés avant qu'ils ne disparaissent. Débuts. Selon le testament de Nobel, les prix de sciences devaient en principe couronner les travaux de l'année précédente. Dès le début, ce délai est apparu insuffisant pour mesurer clairement la portée d'une découverte. Aussi l'habitude fut prise de décerner les prix sur plusieurs années, voire des décennies. En 1901, le premier prix Nobel de médecine est attribué à Emil von Behring (1854-1917) pour ses travaux sur la sérothérapie (début des années 1890) et en 1905 à Robert Koch (1843-1910) pour ses travaux sur la tuberculose (années 1880). Les premiers prix Nobel de médecine (1901-1914) couronnent seize lauréats : quatre Allemands, trois Français, deux Russes, et un seul pour sept pays. Les cliniciens et les scientifiques (physiologistes) sont d'abord à peu près à part égale, la part des cliniciens ne faisant que diminuer par la suite au cours du . Durant cette période 1901-1914, pour ceux qui ne sont pas choisis, l'attribution du prix Nobel suscite des « grincements » d'ordre personnel ou nationaliste, dans un cadre international de compétition et d'expansion des empires coloniaux. Cependant, le Nobel s'inscrit aussi dans un nouveau processus de communication qui va au delà du milieu médical pour toucher le grand public. La naissance du Nobel correspond au début d'une « ère médiatique » où des avancées médicales spectaculaires se diffusent très rapidement à l'échelle mondiale (radiographie et découvertes sur la rage, la tuberculose, la diphtérie…). Processus. En 1906, les membres des comités Nobel reconnaissent que la plupart des découvertes n'étaient pas le fait d'individus isolés, et le prix de médecine est partagé par deux scientifiques, et depuis 1934 par trois au plus. Ces personnes peuvent être collaboratrices ou concurrentes. Plusieurs sociologues des sciences, comme , ont montré que le processus de nomination relève de réseaux d'influences : les lauréats sont invités à faire des nominations, et seuls les nominés peuvent être candidats. La plupart des lauréats sont des hommes blancs, allemands dans la première moitié du , américains ensuite. Au sein même des pays prédominants, quelques institutions et groupes de recherches dominent le palmarès. Certaines disciplines sont beaucoup plus récompensées que d'autres, et le népotisme apparait comme un facteur important. Ce népotisme peut être familial (cas de Hans Krebs) ou intellectuel (avoir été dans l'équipe d'un lauréat est un avantage pour être nominé). Sur le site officiel de la Fondation Nobel, la base de données des nominations n'est ouverte au public et aux chercheurs qu'après un délai de 50 ans (par exemple, en 2019, la période 1901-1969 est consultable). La récompense ne peut être révoquée, d'où quelques attributions historiques « embarrassantes ». Plusieurs avancées thérapeutiques, d'abord prometteuses, ont été discréditées par la suite, et cela a conduit, dans la deuxième moitié du , à favoriser plutôt les sciences fondamentales (physiologie) aux dépens de la thérapeutique médicale. L'attribution du prix reflète la préoccupation dominante du moment, mais tous les contributeurs majeurs n'ont pas été récompensés. La base de données des nominations Nobel montre que, parmi les contributeurs le plus souvent nominés (première moitié du ) mais jamais honorés, on trouve par exemple Émile Roux (1853-1933), Sigmund Freud (1856-1939), Oswald Avery (1877-1955) et Casimir Funck (1884-1967). Modalités au. Les membres du comité Nobel pour l'attribution du prix en physiologie ou médecine 2021 sont : Nils-Göran Larsson (président), Gunilla Karlsson-Hedestam, Olle Kampe, Per Svenningsson, Christer Hoog. Ils sont élus par l'assemblée Nobel (50 professeurs du Karolinska Institut) pour une durée de trois ans, s'y ajoute le secrétaire de l'Assemblée Nobel Thomas Perlmann, qui est aussi membre de droit et secrétaire du comité Nobel. Ces membres sont assistés par des experts. En 2021, les nominations sont proposées par : Les étapes du processus sont les suivantes : Contributions. En 2019, cent-dix prix Nobel de physiologie ou médecine ont été décernés, depuis 1901, dans quelques thèmes dominants : les méthodes de diagnostics, la microbiologie et l'immunologie, le métabolisme, les neurosciences, la génétique et le domaine des traitements. D'un point de vue conceptuel, la grande majorité des prix s'inscrivent dans une continuité et peu représentent des ruptures majeures (équivalant à un changement de paradigme). Ils s'inscrivent toutefois dans un réductionnisme croissant : l'explication des phénomènes biomédicaux d'abord anatomo-clinique, devient cellulaire, puis moléculaire et enfin ionique. Du fait de ces choix, le prix Nobel n'a pas toujours récompensé des réalisations majeures comme la purification de l'eau, l'éradication de la variole, les frottis dans le dépistage des cancers, méthodes de contraception sûres, etc.. probablement parce que ces réalisations reposaient sur des techniques déjà connues. Diagnostic. Les méthodes de diagnostic couronnées par un prix Nobel de médecine sont : le biomicroscope ou en 1911, par Allvar Gullstrand, le seul ophtamologue à avoir reçu un prix Nobel de médecine ; l'électrocardiogramme en 1924 ; le cathétérisme cardiaque en 1956 ; la tomodensitométrie en 1979. Cependant, plusieurs prix Nobel de physique ou de chimie ont eu des conséquences importantes en médecine. Par exemple, le premier prix Nobel de physique de 1901 est accordé à Wilhelm Röntgen pour sa découverte des rayons X, d'autres récompensent des travaux basés sur la cristallographie aux rayons X permettant d'élucider la structure de biomolécules (Linus Pauling 1954, Dorothy Hodgkin en 1964). Microbiologie. Les travaux primés concernent en parasitologie, le rôle des moustiques dans le paludisme (1902) et son parasite (1907), du pou dans le typhus (1928). Les travaux sur les virus tiennent une place importante dans l'obtention des prix : fièvre jaune (1951), culture du poliovirus (1954), bactériophages (1969), hépatite B (1976), virus lents et prions (1976 et 1997), rôle des virus dans la cancérogenèse (1966 et 1975), VIH et papillomavirus (2008). Le rôle de la bactérie "Helicobacter pylori" dans l'ulcère de l'estomac (2005) représente un changement majeur dans la compréhension de cette maladie, reconnue comme infectieuse, alors qu'elle était traitée comme un désordre physico-chimique lié au stress. Biologie cellulaire. La biologie cellulaire est récompensée dès 1906 par les travaux de Golgi et de Cajal sur la théorie neuronale. L'invention du microscope électronique dans les années 1930 (récompensé par le prix Nobel de physique 1986) a permis d'identifier les organites de la cellule : réticulum endoplasmique, lysosome et mitochondrie, découvertes récompensées par le Nobel de médecine 1974. Immunologie. L'attribution du premier prix Nobel de médecine à la sérothérapie contre la diphtérie (1901), alors que celle-ci causait à cette époque la mort par étouffement de nombreux enfants, a eu l'approbation unanime de la communauté scientifique et du grand public, ce qui a contribué à lancer le prestige du nouveau prix. Des aspects de la théorie de l'immunité sont récompensés en 1908, de même l'anaphylaxie (1913), le mécanismes des anticorps (1919), les groupes sanguins (1930), la tolérance immunitaire (1960), la structure des anticorps (1972), l'histocompatibilité (1980), la théorie clonale (1984), la génétique des anticorps (1987), les lymphocytes T (1996). Métabolisme. Plus d'une dizaine de prix concernent ce domaine : le métabolisme musculaire (1922), la respiration cellulaire (1931), le métabolisme du glycogène (1947), le cycle de Krebs (1953), le métabolisme du cholestérol (1964) notamment. D'autres travaux ont été récompensés par un prix Nobel de chimie : électrophorèse (1948), sur la structure de l'hémoglobine (1962), sur des hormones, vitamines et autres biomolécules. Neurosciences. Les neuroscience sont reconnues dès le début avec le réflexe conditionné de la salivation chez le chien (1904), la structure du système nerveux central (1906). Plusieurs prix concernent les fonctions sensorielles, outre l'œil (1911) déjà cité, la rétine (1967) et le cortex visuel (1981), l'oreille (1914 et 1961), l'odorat (2004). D'autres prix concernent les neurones (1932) et surtout la transmission nerveuse neurochimique (1936, 1944, 1963, 1970) ; les fonctions du cerveau interne (1949), l'asymétrie cérébrale (1981). Dans ce contexte, le prix 1973 apparait comme une curiosité insolite (éthologie et comportement animal), qui aurait joué un « rôle rédempteur » par rapport au prix 1948 sur le DDT (voir section attributions contestées et polémiques). Génétique. Plus que tous les autres domaines, la génétique est la grande avancée en biologie du . Près d'une vingtaine de prix sont décernés, surtout à partir des années 1950, concernant la structure et le fonctionnement biochimique et moléculaire des gènes. Parmi les plus connus : la structure de l'ADN (1962), la théorie de l'opéron (1965), les transposons (1983), la mort cellulaire programmée (2002). Des prix Nobel de Chimie sont également attribués dans ce domaine, comme l'ADN recombinant (1980) et la PCR (1993). Selon Duffin . Traitements. Les prix concernent surtout les découvertes faites sur la physiologie liées aux hormones, vitamines, produits antimicrobiens, et accessoirement la chirurgie, avec la mise au point de traitements associés aux physiopathologies consécutives d'un dysfonctionnement. Dans le domaine des hormones, ont été honorés : la physiologie et la chirurgie de la thyroïde (1909), l'insuline (1923), le rôle de l'hypophyse dans le métabolisme des sucres (1947), hormones corticosurrénales (1947) et médullosurrénales (1950), le traitement hormonal du cancer (1966), les hormones hypothalamiques (1977), les prostaglandines (1982). Ces travaux ont permis de développer produits et traitements. Les travaux sur les vitamines sont récompensés dans la première partie du : les vitamines dans la nutrition (1929), les extraits de foie dans l'anémie (1934) d'où sera isolée plus tard la vitamine B12, le mécanisme de la vitamine C (1937), la vitamine K (1924), le rôle de la vitamine A (1967). En plus des prix Nobel de médecine décernés, plus d'une demi-douzaine de prix Nobel de chimie concernent des recherches (structure, synthèse...) portant sur les vitamines. Pour le traitement des maladies infectieuses, outre la sérothérapie et traitements immunologiques (déjà cités), on trouve la malariathérapie contre la neurosyphilis (1927). Les récompenses pour des produits antimicrobiens commencent avec le Prontosil, un des premiers sulfamides (couronné en 1939), suivi de la pénicilline (1945), et de la streptomycine (1952). En 1988, les travaux portant sur plusieurs médicaments de synthèse issus de la recherche industrielle (industrie pharmaceutique) sont honorés : Bêta-bloquant, 6-mercaptopurine, allopurinol, cimétidine. Malgré le prestige de la chirurgie et des chirurgiens, peu de prix concernent la chirurgie. Outre la chirurgie de la thyroïde (1909) déjà citée, ont été récompensées des avancées faites en chirurgie vasculaire (1912), la lobotomie (1949), la greffe de rein et de moelle osseuse (1990). Prix Nobel de la paix sur des sujets de santé. Trois associations de santé ont reçu le prix Nobel de la paix : Le Comité international de la Croix-Rouge ou son fondateur, quatre fois récompensés (1901, 1917, 1944, 1963 – avec le Croissant Rouge), l'Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (1985) et Médecins sans frontières (1999). John Boyd Orr (1949) et Albert Schweitzer (1952) ainsi que le chimiste Linus Pauling (1962) l'ont reçu à titre individuel. En 2018, le gynécologue Denis Mukwege est co-lauréat avec Nadia Murad du prix Nobel de la paix, pour leur lutte contre l'utilisation « des violences sexuelles en tant qu'arme de guerre ». Attributions contestées et polémiques. À neuf reprises, le prix n'a pas été décerné : à cause des deux guerres mondiales (en 1915-1918 et 1940-1942) ou par absence de consensus (en 1921 et 1925, le prix 1926 a été remis en 1927 – année « double » – où les prix 1926 et 1927 ont été décernés en même temps). Avec le recul du temps, des contributions paraissent injustifiées ou de faible valeur du point de vue scientifique. La personnalité d'un lauréat (comportement personnel, choix politiques ou éthiques...) peut apparaître comme critiquable, voire inacceptable, le climat intellectuel évoluant tout au long du . Le fait que les attributions du Nobel ne sont pas révocables conduit à la présence de cas « embarrassants » ou « d'erreurs » gênantes. C'est le cas de Johannes Fibiger pour le rôle d'un ver nématode nommé "Spirotera carcinoma" (1926) considéré comme cancérogène (inducteur d'un cancer de l'estomac) chez le rat. En 1952, il fut démontré que ces travaux étaient erronés, par confusion avec une carence de vitamine A. Deux contributions problématiques concernent la neuropsychiatrie. Celle de 1927, qui concerne Julius Wagner-Jauregg, pour la malariathérapie (1927) dans la neurosyphilis (et les psychoses), traitement discrédité par la suite ; celle de 1949, pour la lobotomie, récompensant le neurochirurgien Egas Moniz. Il est aussi des cas, où des contributions contestées finissent par être réhabilitées, au moins de façon partielle. Le prix 1903 concerne le traitement de la variole et de maladies de la peau par la lumière, cette piste de recherches fut cependant abandonnée pour reprendre dans les années 1980 (luminothérapie). De même, pour la découverte du DDT couronnée en 1948, dont l'utilisation est critiquée dès les années 1960, et interdite dans plusieurs pays dans les années 1970. Cependant, son utilisation contrôlée est rediscutée au début du . L'attribution du prix 2008, partagé entre Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi (pour la découverte du HIV) et Harald zur Hausen (pour le rôle du papillomavirus), a été l'occasion d'une double polémique. Elle termine la querelle de priorité franco-américaine sur le HIV (le Nobel consacre la priorité française), et elle ouvre des questions quant à l'influence de l'industrie sur le comité Nobel (l'attribution du prix coïncide avec la commercialisation du vaccin contre le papillomavirus). Les idées ou le comportement de lauréats, comme la sympathie pour le nazisme d'Alexis Carrel (prix Nobel 1912) ou la condamnation en 1997 du prix Nobel 1976 Daniel Gajdusek pour abus sexuel sur mineur, ont pu affecter la réputation des lauréats Nobel. Cependant, de façon générale, les lauréats Nobel . Selon Duffin, l'existence du prix Nobel a construit une représentation médiatique de la science comme une compétition, comme une course vers des vérités immuables distinguant une élite scientifique. Alors que la réalité de la recherche scientifique est aussi faite de vicissitudes, revers, exceptions et désordres, le prix Nobel restant lui-même . Lauréats. En 2019, depuis 1901, 110 prix Nobel de médecine et physiologie ont été décernés à 219 lauréats : 39 prix pour un seul, 33 prix partagés entre deux lauréats, et 38 prix pour trois lauréats. Douze lauréats sont des femmes, dont une seule à titre individuel (non partagé), Barbara McClintock en 1983. Le plus jeune lauréat est Frederick Banting en 1923 à l'âge de 32 ans, et le plus âgé Peyton Rous en 1966 à l'âge de 87 ans. Parmi les lauréats en médecine se trouvent deux couples mariés, les Cori (1947) et les Moser (2014) ; Nikolaas Tinbergen (1973) avait un frère lauréat en économie 1969 ; Arthur Kornberg (1959) a eu un fils lauréat en chimie 2006, de même Ulf von Euler (1970) avait un père lauréat en chimie 1929. Un lauréat a été forcé de renoncer au prix pour des raisons politiques, l'allemand Gerhard Domagk en 1939, Adolf Hitler considérant que sa découverte aurait dû rester secrète. Domagk a reçu le prix après la guerre. En 2011, Ralph Steinman décède trois jours avant la remise du prix. Par décision spéciale, le comité Nobel confirme cette nomination, le choix ayant été fait avant sa mort. En ce qui concerne les nommés, on compte plus de cinq mille propositions depuis 1901. Leur identité et les processus de décisions restent secrets pour les cinquante dernières années. Le cas le plus remarquable parmi les nommés (1901-1969) est celui de Sigmund Freud. En 1929, le Comité Nobel a engagé un expert qui a conclu que les travaux de Freud n'avaient pas de valeur scientifique démontrée, et qu'il n'était pas nécessaire de les étudier plus avant. Aussi Freud a été nommé trente-deux fois sans jamais être récompensé. En 1936, Freud a été aussi proposé pour le prix Nobel de littérature par Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915.
Prix Nobel de la paix Le prix Nobel de la paix récompense selon les volontés, définies par le testament, d'Alfred Nobel. Cela comprend la lutte pour la paix, les droits de l'Homme, l'aide humanitaire et la liberté. Le prix de l'année peut être partagé entre deux, voire trois personnalités ou institutions ayant rendu de grands services à l'humanité par la voie diplomatique. Histoire. Le prix Nobel de la paix a été attribué pour la première fois en 1901. Des récompenses ont été décernées en 1917, 1944 et 1945, mais le prix n'a pas été attribué les autres années des deux guerres mondiales. Aucune récompense n'a été décernée les années où aucun candidat n'a pu faire l'unanimité (19 années au total). D'abord occidentale, l'origine des candidats s'est progressivement étendue au monde entier. Au début du , le prix Nobel de la paix a une importance politique, certains prix ayant une valeur de désaveu de gouvernements autoritaires, comme celui d'Aung San Suu Kyi en 1991 vis-à-vis de la junte birmane ou celui de Liu Xiaobo en 2010 à l'égard du gouvernement chinois. Certaines nominations ont eu une résonance particulière comme celle de Theodore Roosevelt en 1906 qui a été fortement contestée car Roosevelt était « militariste ». On peut également citer celle du journaliste allemand antinazi Carl von Ossietzky en 1935 et celle du dalaï-lama en 1989. Dans son ensemble, le prix Nobel est surtout remis à des personnalités historiques de l'action humanitaire, de la lutte contre l'oppression politique ou de la défense de l'égalité devant la loi, reconnue par l'article 7 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme en 1948, puis garantie par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques à son article 26, tels Albert Schweitzer, Martin Luther King et Mère Teresa. Comme l'a décidé Alfred Nobel, les lauréats du prix Nobel de la paix sont choisis par un comité nommé par le parlement norvégien, alors que les lauréats des autres prix sont sélectionnés par l'Institution académique suédoise. Contrairement à ceux-ci, décernés lors d'une cérémonie royale le 10 décembre (date anniversaire de la mort d'Alfred Nobel) à Stockholm, le prix Nobel de la paix est remis à Oslo. La Suède et la Norvège relevaient en 1901 de la même Couronne avant la séparation de ces deux pays en 1905. Un arrangement a été trouvé et la Norvège a hérité du prix Nobel de la paix, doté de 10 millions de couronnes suédoises (un peu plus d'un million d'euros), puis réduit à 8 millions de couronnes suédoises (un peu plus de ). Dans "Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen", Stefan Zweig raconte que Bertha von Suttner aurait influencé la fondation de ce prix en convainquant Alfred Nobel de réparer . Nominations et mode de fonctionnement. Les nominations pour cette distinction sont le fruit de propositions argumentées et détaillées, émises par des membres d'Assemblées nationales ou des Congrès législatifs, des cercles de professeurs en université dans le domaine de la géopolitique, du droit et des sciences politiques, d'anciens lauréats du prix, des magistrats spécialisés dans le droit international et des conseillers spéciaux du Comité norvégien créé spécialement pour cette branche du Nobel. Chaque année, sur plusieurs centaines de propositions, 199 sont gardées avant qu'une série préalable de candidatures ne soit soumise aux jurés du prix qui établissent au printemps une liste finale de cinq noms ou groupe de noms et structures liés par une même action diplomatique. Le ou les lauréats sont élus après débats, discussions et votes clos en octobre. Leur identité est révélée lors d'une conférence de presse officielle dans la vieille ville d'Oslo. Les nominations sont normalement tenues à rester secrètes durant 50 ans. Plusieurs d'entre elles sont désormais connues et médiatisées, notamment celles comprises entre 1901 et 1955. Quand certaines de ces listes ont été révélées à la presse, on a pu découvrir qu'Adolf Hitler avait été un temps nommé en 1939 par Erik Brandt, membre du Parlement suédois, avant que celui-ci ne soit revenu sur sa décision quelques jours plus tard. D'autres propositions de ce genre ont été soumises au Comité telles que Benito Mussolini (en 1935) ou encore Joseph Staline (en 1945 et en 1948). En 2018, l'ancien chef de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, figure parmi les « huit à dix noms » examinés pour siéger au comité Nobel. Critiques et polémiques. Contrairement aux autres prix, rétrospectifs, valorisant l'œuvre d'une vie en sciences ou en littérature, le Nobel de la paix a souvent distingué une action particulière sans que celle-ci soit forcément soumise à l'épreuve du temps : celle d'une personne ou d'une structure qui a résolu un conflit international et élaboré un consensus pacifique. De fait, plusieurs récompenses ont été attribuées sans prendre en compte le passé du lauréat ou sa politique et ses actes intermédiaires souvent en contradiction avec la définition du prix. Ceci a largement remis en doute la crédibilité voire la légitimité de la distinction lorsqu'elle est revenue à des personnalités telles que Theodore Roosevelt, Anouar el-Sadate, Menahem Begin, Shimon Peres, Yitzhak Rabin, Yasser Arafat, Lê Đức Thọ, Henry Kissinger, Eisaku Satō ou Barack Obama : choix aussi sulfureux que controversés. En conséquence, en 2005, le Comité Nobel a affirmé publiquement que le prix ne reviendrait plus qu'à des personnes, groupes ou organismes qui auront engagé leur existence au service des droits de l'Homme, de la promotion du modèle démocratique ainsi que de la défense des voies de la diplomatie. On a pu également reprocher à certains récipiendaires certaines actions semblant contraires aux aspirations du Nobel : à partir de 2017, la presse reproche notamment à Aung San Suu Kyi, récipiendaire du prix en 1991, son inaction et son absence de condamnation du nettoyage ethnique envers les Rohingyas. Néanmoins, au cours des années 2000, le prix a été décerné à un ex-président, un ex-vice-président et un président en exercice des États-Unis (Jimmy Carter, Al Gore et Barack Obama après à peine neuf mois de présidence), alors que ce pays a un fort engagement militaire hors de ses frontières. L'autre critique importante faite aux jurés du Nobel concerne l'omission notable dans ses palmarès d'individus dont les contributions pour la paix ont été unanimement saluées. La liste des grands oubliés comprend notamment le Mahatma Gandhi dont l'éviction a été vivement critiquée, y compris dans les déclarations de plusieurs membres du Comité norvégien. Ce dernier a reconnu avoir nommé le Mahatma Gandhi en 1937, 1938, 1939, 1947 et, finalement, quelques jours avant son assassinat en janvier 1948. Cette année-là, il avait refusé d'attribuer un prix, jugeant qu'« il n'y avait pas de candidat vivant approprié ». L'omission de Gandhi a été publiquement et unanimement regrettée par les membres ultérieurs du Comité norvégien. Plus tard, quand le dalaï-lama a été récompensé en 1989, Egil Aarvik, président du Comité, a déclaré que cette décision était « en partie un hommage à la mémoire du Mahatma Gandhi ». Le dernier et important reproche fait au Nobel concerne l'efficacité et la valeur réelle de cette récompense lorsqu'elle est revenue à des personnalités dont les efforts diplomatiques ont été jugés aussi « vains » que « stériles » à l'instar de l'ancien président américain Jimmy Carter, de l'ex-secrétaire général des Nations unies Kofi Annan ou de l'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique Mohamed el-Baradei. Lauréats. Depuis sa création en 1901, le prix Nobel de la paix a été décerné à 110 personnes et 29 fois à des organisations. Dix-huit femmes ont reçu le prix Nobel de la paix, qui est ainsi le Nobel avec le plus de récipiendaires féminines. Seulement deux lauréats ont reçu plusieurs prix : le Comité international de la Croix-Rouge, trois fois (1917, 1944 et 1963) et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, deux fois (1954 et 1981). Jurés du prix Nobel de la paix. Membres actuels du Comité norvégien : Olav Njølstad est le secrétaire du Comité depuis 2015. Auparavant : Cérémonies particulières. En 1936, le journaliste Carl von Ossietzky lauréat du prix Nobel de la paix de l'année 1935 n'avait pas pu se déplacer. Le gouvernement nazi le maintenait interné dans le camp de concentration de Papenburg. Il décédera quelques mois plus tard des suites de la tuberculose contractée en prison. C'est aussi le cas du Chinois Liu Xiaobo, lauréat 2010, qui emprisonné n'a pas pu se rendre à la cérémonie. Liu Xiaobo est le deuxième prix Nobel de la paix à mourir en captivité après Carl von Ossietzky. Sommets des prix Nobel de la paix. Depuis 1999 et à l'initiative du Comité Gorbatchev, s'est tenu un sommet annuel qui regroupait d'anciens lauréats du prix Nobel de la paix. Les huit premières éditions avaient été accueillies par la ville de Rome. Sommet de Paris (2008). Le neuvième sommet des prix Nobel de la paix s'est tenu à Paris en . Ce choix avait permis de célébrer le anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. De nombreuses personnalités avaient participé à ce sommet dont Walter Veltroni, Mikhail Gorbatchev, Lech Wałęsa, Frederik Willem de Klerk, Íngrid Betancourt. Sommet de Berlin (2009). À l'occasion du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, le sommet 2009 s'est tenu en août dans la capitale allemande. Annie Lennox y sera élue « Femme de la Paix 2009 » en récompense de son engagement en faveur de la lutte contre le sida en Afrique du Sud. Sommet d'Hiroshima (2010). En novembre 2010 lors du sommet d'Hiroshima au Japon, le dalaï-lama et cinq autres lauréats du Nobel de la paix avaient participé au sommet des prix Nobel de la Paix. Ce sommet était consacré cette année au désarmement nucléaire et organisé à Hiroshima, ville détruite par une bombe atomique à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le prix Nobel Liu Xiaobo, emprisonné en Chine, a été représenté à ce sommet par le Chinois Wuer Kaixi, un des leaders étudiants lors des manifestations de la place Tian'anmen en 1989. Ce dernier avait appelé à la libération de Liu Xiaobo. Il avait par ailleurs déclaré « Les militants en faveur de la démocratie et les avocats défenseurs des droits de l'Homme continuent d'être harcelés et emprisonnés en Chine, au moment où nous sommes réunis à Hiroshima ». Sommet de Rome (2014). Le sommet 2014 s'est déroulé à Rome du 12 au . Étaient notamment présents le dalaï lama (Tenzin Gyatso), l'ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev, l'ancien chef du syndicat Solidarnosc et président de Pologne, Lech Wałęsa, Shirin Ebadi (Iran), Leymah Gbowee (Liberia), Tawakkol Karman (Yémen), Betty Williams, Mairead Maguire et David Trimble (Irlande du Nord), José Ramos-Horta (Timor Oriental), Jody Williams (États-Unis). Les lauréats des prix Nobel de la paix avaient signifié, dans un texte commun, leur « profonde inquiétude » devant la menace que font peser « certaines grandes puissances » qui font usage de la force, au risque d'une « nouvelle Guerre froide encore plus dangereuse » ; ils avaient également dénoncé « le fanatisme déguisé en religion » et attiré l'attention sur « des conflits existants ou qui couvent, en particulier en Syrie, Irak, Israël/Palestine, Afghanistan, Sud Soudan et Ukraine » et qui prennent « une tournure de plus en plus dangereuse ».
Politique Notion polysémique, la politique recouvre : Histoire. Anthropologie. Selon Georges Balandier, l'anthropologie politique . Les anthropologues ont distingué quatre systèmes politiques "primitifs", qui se situeraient en dehors de toute logique étatique ou institutionnelle : Aborder la notion d'organisation politique dans des sociétés sans État est en débat dans la discipline. États proche-orientaux. Durant la période d'Obeïd en Mésopotamie (6500 à 3750 ), vont apparaître et se combiner deux faits majeurs. Le phénomène de structuration économique initié au début de l'ère Néolithique atteint un niveau critique, qui entraîne l'émergence d'une nouvelle cellule sociologique, la ville, ainsi que l'avènement d'inégalités sociales. L'invention de l'écriture permet l'administration rationnelle d'un espace donné : . L'avènement conjoint de ce modèle sociologique et de cette technologie intellectuelle contribue à l'émergence d'une structure humaine nouvelle, l'État, et de son corollaire, la politique. À partir de l'an 3000 , les cités-États qui apparaissent en Mésopotamie semblent privilégier des régimes politiques assez proches de la monarchie constitutionnelle, voire de la république. Un poème sumérien étudié en particulier par Samuel Noah Kramer fait ainsi état de la présence de deux assemblées à Uruk, l'une, l'assemblée des anciens, s'apparentant à une sorte de sénat, l'autre à une assemblée du peuple. La légitimité du roi d'Uruk semble dépendre étroitement de ces deux assemblées : il ne déclare en effet la guerre à la cité de Kish qu'après avoir reçu au moins le soutien de l'assemblée du peuple. Qui plus est, l'attribution du pouvoir royal n'est que rarement héréditaire. Le terme sumérien pour désigner le roi, Lugal, consiste en effet en l'association de la racine Lu, homme et gal, grand. Ce qui importe ici avant tout ce sont les qualités morales et nullement l'appartenance héréditaire : Sargon d'Akkad n'obtient ainsi le trône que grâce à ses "vertus royales". Progressivement le pouvoir monarchique se renforce, tout à la fois en puissance (les premières cérémonies de sacre, qui impliquent une légitimité de "droit divin" apparaissent au début du millénaire ) et en étendue (les cités-États sont absorbées par de grands royaumes). Les institutions "démocratiques" et "républicaines", notées par Kramer, tombent de fait en désuétude. Le renforcement de l'autorité monarchique va favoriser, au cours du premier quart du millénaire , la mise en place d'une administration et d'une jurisprudence normalisées, évolution illustrées par les codes d'Ur-Nammu (vers -2100), de Lipit-Ishtar (vers -1930) et d'Hammurabi (vers -1750), ainsi que les Lois d'Eshnunna (vers -1760). Certes ces premiers corpus juridiques n'ont aucune visée exhaustive et s'apparentent plutôt par leur style à des recueils de prescriptions morales. Toutefois le fait qu'ils entendent corriger les traditions orales dans une optique rationnelle représente une rupture importante : . L'affermissement de grands États centralisés et rationalisés induit l'organisation de relations internationales. De la fin du IIe millénaire av. J.-C. à -1100, un espace allant de l'Égypte à Élam, et de l'Arabie au royaume Hittite est régi par un système diplomatique élaboré : le système d'Amarna. Fondé sur un relatif équilibre géopolitique entre quatre ou cinq grandes puissances, ce système dispose de sa lingua franca, l'akkadien, et de ses protocoles propres. Ainsi, les . Les invasions successives des peuples de la mer mettent fin à cette construction politique élaborée. Il semble ainsi que les États proche-orientaux ont forgé la quasi-totalité des formes et structures politiques. Pour autant si le politique est certes un objet bien établi, il ne s'agit en aucun cas d'une pensée ni d'une théorie politique : . Les hommes d'États proche-orientaux se préoccupent avant tout des "politiques", de la gestion des affaires administratives, et fort peu de la "Politique", de l'ordre étatique dans son ensemble — car l'ordre est partie prenante de l'ordre divin dans son ensemble, et ne saurait être contesté, discuté ou simplement considéré. Cité grecque. En dépit des précédents proche-orientaux, l'origine de la politique se confond généralement avec celle de la pensée politique et donc de fait, avec la Cité grecque. Ainsi l'helléniste anglais Moses Finley, a-t-il pu affirmer que la politique . Il s'agit en effet, . Tout au long du , la Grèce apparaît comme une simple continuité périphérique du "système d'Amarna". Comme le note en effet Jean-Pierre Vernant : . De la sorte, le premier État grec connu, le "royaume mycénien", s'apparente par de nombreux traits aux monarchies proche-orientales contemporaines. Il s'agit en effet d'une "royauté bureaucratique", caractérisée par une régulation quasi-maniaque de la vie sociale. De plus, le "roi" ou "anax" possède une autorité essentiellement militaire et religieuse. Aussi, la "politique" à l'ère mycénienne prend ainsi la forme d'une activité essentiellement administrative, inscrite dans un cadre cosmogonique plus large. Effectif à partir du le déclin du monde mycénien va entraîner un redéploiement complet des structures politiques initiales : l'anax disparaît et les potentats locaux, dits "basileus" ne conservent le plus souvent que des prérogatives religieuses. Le reflux de la souveraineté monarchique va favoriser deux forces sociales jusqu'ici quasiment exclues du jeu politique : . Les dissensions fréquentes entre ces deux forces vont rendre nécessaire la mise en place du débat politique ou "agôn", sur une place publique. Le pouvoir cesse dès lors de dépendre d'un centre unique, pour être le produit d'une délibération constante : . Progressivement s'instaure une entité politique d'un genre nouveau : la polis ou cité. Elle se caractérise par trois traits principaux : l'usage du discours rationnel, la publicisation des actes politiques, et la croyance en l'égalité des citoyens devant la loi (ou isonomie). Cette instauration invalide de fait les vieilles coutumes orales, qui régulaient jusqu'alors le jeu politique et social. Plusieurs législateurs, regroupés sous l'appellation générique de "Sept sages" vont promouvoir en conséquence une nouvelle éthique citoyenne, qui témoigne d'une volonté de rationaliser la justice : le criminel n'est ainsi plus jugé coupable vis-à-vis de sa victime, mais de la cité entière. Pendant moral de cette éthique, la « sôphrosunè » ou modération, fait converger l'ensemble des structures sociales vers un « juste milieu ». Solon impose ainsi une égalité géométrique, ou "homoneia", des corps de citoyens, en accord avec les rapports de types musicaux (2/1, 3/2, 4/3) : la première classe de citoyen reçoit ainsi cinq cents mesures de blé, quand la dernière classe n'en reçoit que deux cents. Par la suite les démocrates comme Clisthène généralisent le principe de l'égalité absolue, fondée sur le rapport 1/1 : chaque citoyen devient dès lors l'entité indivisible d'un corps unique : la cité. Afin de garantir ce principe, Clisthènes procède à une réforme profonde de l'espace civique athénien, en regroupant les quatre tribus traditionnelles en dix tribus : purement conventionnelle, cette division administrative achève de rationaliser la cité. Moyen Âge et époque moderne. Au Moyen Âge, le régime politique le plus répandu est celui de la monarchie héréditaire ou élective. Le roi est alors le suzerain de ses vassaux. Dans certains États, le régime prend la forme de la monarchie absolue de droit divin dont l'archétype est, en France, le roi Louis XIV ; la Russie vit jusqu'en 1917 sous le régime de l'autocratie hérité de l'Empire byzantin tandis que la Pologne connaît une forme de république aristocratique, la Liberté dorée, qui s'achève avec les partages de la Pologne. Dans les royaumes barbares du Haut Moyen Âge, le souverain est avant tout un chef de guerre et la fonction royale est pratiquement réservé aux hommes. Au cours du Moyen Âge central, la consolidation du système féodal permet parfois à une femme d'hériter de la souveraineté sur un État ou un fief. Le système successoral tend à privilégier les hommes : les femmes sont exclues de la succession dans certains pays (loi salique en France, Bulle d'or de 1356 dans le Saint-Empire) ou n'y accèdent qu'en l'absence d'héritier masculin (Angleterre, Espagne, Portugal, Russie jusqu'à la fin du ) ; les légistes ne font qu'entériner une vision générale de la femme médiévale comme inférieure à l'homme. Cependant, jusqu'au , il n'est pas rare que la mère d'un souverain mineur ou absent exerce la régence. En France, le pouvoir monarchique prend fin sous une régente, Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III. Fin du - début du. À partir de la fin du et au , dans plusieurs pays occidentaux, la monarchie est remise en cause au bénéfice d'un régime parlementaire plus ou moins élargi qui évoluera vers la démocratie représentative. La Grande-Bretagne est la première à adopter un régime de monarchie constitutionnelle lors de la Glorieuse Révolution de 1688 : la Déclaration des droits ("Bill of Rights") de 1689 limite l'autorité du pouvoir royal tout en garantissant aux habitants un certain nombre de droits politiques et personnels. La guerre d'indépendance des États-Unis, de 1775 à 1783, permet aux colonies britanniques d'Amérique du Nord de devenir la première république démocratique moderne. En France, la Révolution française éclate en 1789. Elle se concrétise dans un premier temps par une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; le pouvoir n'émane plus du monarque par l'intermédiaire de droits divins mais du peuple souverain et trouve sa légitimité dans les « droits naturels, inaliénables et sacrés », que possède tout homme (et toute femme) dès la naissance. Les privilèges accordés à la noblesse sont abolis lors de la nuit du 4 août 1789. Le régime passe à la monarchie constitutionnelle (1791), puis à la république (1792) ; la France oscille entre ces deux formes jusqu'à la victoire des républicains en 1879. En Europe, le congrès de Vienne et la Sainte-Alliance de 1815 rétablissent un équilibre européen fondé sur le modèle monarchique qui évoluera, plus ou mois vite selon les pays, vers une forme constitutionnelle. Le libéralisme politique et économique, modèle largement dominant au Royaume-Uni et aux États-Unis, a plus de mal à s'imposer en France et en Allemagne où la révolution de 1848 est un échec ; les unifications allemande et italienne s'accompagnent de la construction d'un État national monarchique non dépourvu de penchants autoritaires, de même que le monde ibérique, tandis qu'en Russie, après l'échec du mouvement décembriste de 1825, la révolution russe de 1905 n'aboutit qu'à une ébauche inaboutie de régime constitutionnel. Ces deux types de régimes (monarchie constitutionnelle et République) vont se répandre progressivement, avec plus ou moins de succès, dans une majorité d'états. Ainsi, des révolutions constitutionnelles se produisent en Iran en 1905-1911, dans l'Empire ottoman en 1908 et en Chine en 1911-1912. Le est marqué par une plus forte présence des femmes dans la vie politique bien que leur place reste minoritaire dans la plupart des pays. À partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après la Seconde Guerre mondiale, de nouveaux droits sont proclamés. En France, la Constitution de 1946 définit dans son préambule des droits à caractère essentiellement social (droit à obtenir un emploi, droit de grève, droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence). Ces droits sont conservés dans la Constitution de 1958. L'apparition et l'intensification des problèmes écologiques à partir des années 1970 soulèvent la question des droits et devoirs des citoyens en rapport à leur environnement. Les politiques des États commencent à prendre en compte des objectifs de développement durable, croisant les aspects économiques, sociaux, et environnementaux, selon la description donnée au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. L'Union européenne met en place une politique de développement durable. En France, les droits et devoirs liés à l'environnement sont proclamés dans la Charte de l'environnement de 2004, faisant de ce pays le premier État au monde à leur attribuer une valeur constitutionnelle. Selon les Nations unies, la proportion de sièges que les femmes occupent dans les parlements nationaux dépasse pour la première fois 25 % en 2020, les taux étant plus faibles dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à 17,8 %, toutes chambres confondues, de même que dans le Pacifique, hormis en Nouvelle-Zélande. Au , la parité est atteinte dans trois pays : Cuba, aux Émirats arabes unis et au Rwanda. Philosophie. Chine. La pensée politique chinoise émerge, comme en Grèce archaïque dans un contexte de crise. La décomposition des structures politiques traditionnelles suscite en effet dans les deux cas une prise de conscience philosophique et politique. Effectif à partir du , le déclin de l'empire des Zhou, permet aux divers fiefs et seigneuries de s'émanciper et de constituer de multiples royaumes indépendants. Grèce antique. La pensée politique de Socrate se résume à deux apports fondamentaux. Premièrement, le développement d'une méthode critique d'évaluation de la connaissance politique. À la différence de Protagoras, Socrate affirme que la vérité existe. Toutefois, cette vérité n'est pas dogmatique : on ne peut l'atteindre que par l'exercice constant d'un esprit critique. Rétif aux concepts, Socrate s'efforce d'instiller le doute quant à la moralité et l'efficacité des systèmes politiques : . Deuxièmement, la conceptualisation de la morale comme un objet de science. Il y a, selon Socrate, des lois morales universelles, que l'on ne saurait découvrir que par une éducation véritablement philosophique. Rarement innée, la science du gouvernement s'apprend ; si bien que pour Socrate, la Politique apparaît comme un véritable métier. Initialement dérivée des théories socratiques, la philosophie politique de Platon repose sur la question du bien et des facultés de l'âme, question qui touche tant aux conduites humaines individuelles qu'à l'éducation : il n'y a pas, pour Platon, de vertu que l'on pourrait acquérir de manière individuelle, et la philosophie elle-même est une activité de la pensée qui suppose toujours une éducation et des conditions politiques qu'il reste à définir. Pour Platon, la philosophie politique est alors inséparable de la philosophie morale (comme c'est le cas pour toute la philosophie grecque ancienne), si bien que la politique, par le moyen de l'éducation, a pour but de prendre soin de l'âme des citoyens. Pour ces raisons, la politique est la science du bien en général, et elle est donc supérieure à toutes les autres sciences et techniques, c'est pourquoi Platon la désigne comme "technique royale". Par opposition à Socrate qui part du monde des idées, duquel nos âmes viendraient, pour en déduire des applications concrètes, Aristote tendrait à vouloir s'appuyer sur l'observation du réel pour en déduire des principes théoriques. Cette approche aristotélicienne est aussi vraie en politique. Pour Aristote, l'homme est fait pour vivre en communauté politique. Pour lui, la Cité est voulue par la nature et est donc inhérente à tout groupe humain, selon le principe que l'homme est par nature un être destiné à vivre en cité ( / "anthropos phusei politikon zoon"). Dans son œuvre "La Politique", Aristote analyse l'origine et le fonctionnement des différents régimes politiques de son époque, le , pour définir le meilleur d'entre eux, qui doit donner naissance à la Cité idéale. La Philosophie hellénistique va marquer un net retrait par rapport à ces préoccupations politiques. Renaissance et sécularisation. Machiavel incarne une rupture absolue par rapport à la tradition politique chrétienne et, à ce titre, apparaît comme le premier penseur politique moderne. Selon lui, en effet, . Pour Machiavel, trois principes doivent diriger le Politique : la force, le respect des lois, la ruse. Pour Machiavel, le prince n'a pas besoin de faire profession d'homme de bien. Ces conceptions politiques se doublent d'une interprétation théologique également renouvelée. En effet, selon Léo Strauss : . Aussi, pour Machiavel, le prince se doit d'être efficient, autrement dit le prince se doit d'être utile. Ce qui est une révolution pour l'époque car il sous-entend que le prince n'est pas nécessairement utile, que le prince n'est pas une finalité en soi mais que sa place et sa fonction se doivent d'être méritées. La question de l'État de nature et du contrat social s'inscrit dans un contexte particulier de la pensée occidentale. À partir du , s'amorce en effet une contestation des thèses politiques aristotéliciennes, à partir d'un contre-argumentaire humaniste. Pour Aristote en effet : , et , par le simple fait qu'il maîtrise le langage rationnel, et est ainsi apte, plus qu'aucun autre animal à se regrouper en société : . Il s'ensuit que et que — . A contrario, . Dans l'esprit de l'humanisme, la relation entre l'homme et la morale ou la nature n'est en effet pas d'ordre collectif, mais individuel. Dans la mesure où l'homme précède l'État, celui-ci ne saurait être un fait de nature, et n'a pu être instauré qu'à un moment précis de l'histoire humaine, pour répondre à des besoins non moins précis. Une telle position conventionnaliste existait déjà au temps d'Aristote. Outre un certain nombre de sophistes cités par ce dernier et dont l'œuvre n'a pas traversé les temps, tels que Lycophon, Épicure partageait ces conceptions. Pour ce dernier, l'État fut instauré par convention ("Sunkhétai"), afin de permettre aux philosophes de s'adonner à la science, sans redouter l'insécurité des rapports humains : . Le hasard de la transmission des textes a contribué à occulter cette position conventionnaliste, alors relativement fréquente. Réhabilité par Hugo Grotius, qui établit l'existence, dans son "Traité du droit de la guerre et de la paix", d'un droit naturel préexistant aux divers droits politiques, l'État de nature est exposé clairement par Samuel Pufendorf dans le premier livre du "Droit de la nature et des gens". Pour celui-ci, l'État ne fait que confirmer "positivement" un système de droit et de devoir préexistant en l'homme : il existe des lois naturelles, telles que la loi de sociabilité, qui régissent les rapports humains. Toutefois, pour que ces lois naturelles puissent réellement être appliquées, l'intervention d'une autorité politique est nécessaire : . Idéologie. La première mention du terme "idéologie" remonte à 1801, lors de la publication des "Éléments d'idéologie" par Antoine Destutt de Tracy. Toutefois, le sens que Tracy appliquait à ce néologisme n'avait rien de politique : il s'agissait d'une science des idées et des sensations : . Elle ne recouvre en fait son sens actuel qu'à partir de l"'Idéologie Allemande" de Karl Marx, écrit en 1846, mais publié beaucoup plus tard. Libéralisme. Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né d'une opposition à l'absolutisme et au droit divin dans l’Europe des Lumières (), qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur le pouvoir du souverain maître. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut violer. En conséquence, les libéraux veulent limiter les obligations sociales imposées par le pouvoir et plus généralement le système social au profit du libre choix de chaque individu. Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s'oppose à l'assujettissement de l'individu, d'où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu de jouir d'un maximum de liberté, notamment en matière économique. Pour la plupart des libéraux, la dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » n'existe donc pas, puisqu'il s'agit de l'application d’une même doctrine dans des domaines différents. Au sens large, le libéralisme prône une société fondée sur la liberté d'expression des individus dans le respect du droit du pluralisme et du libre échange des idées. Elle doit joindre d'une part dans le domaine économique, l'initiative privée, la libre concurrence et son corollaire l'économie de marché, d'autre part, des pouvoirs politique et économique bien encadrés par la loi et les contre-pouvoirs. Elle valorise donc le mérite comme fondement de la hiérarchie. Cela suppose idéalement un état de droit où sont respectées les minorités jusqu'à la plus petite, l'individu, l'État n'étant que le garant de ce respect et devant rendre des comptes de son action. Cependant en fonction des pays et du contexte politique, le libéralisme pourra se manifester de façon fort diverse, voire opposée. Le "libéral" pourra ainsi être, selon le lieu, voire en fonction des moments, celui qui exige de l'État qu'il brise un traditionalisme religieux ou social oppresseur pour l'individu (caste, statuts, discriminations et privilèges…) ou qu'il intervienne pour donner à chacun une véritable capacité d'action économique (bridée par un monopole, la pauvreté, le manque d'éducation de crédit ou autre), ou inversement celui qui s'oppose à l'intervention du pouvoir. Cela provient notamment de l'ambiguïté du terme entre l'anglais "liberal" qui désigne les progressistes partisans notamment d'un interventionnisme, et "libéral" terme français qui désigne le mouvement philosophique et opposé à l'intervention de l'État hors du régalien. S'ils se réfèrent tous deux aux Lumières, celui du monde anglo-saxon est héritier du libéralisme des années 1920 (comme celui de Beveridge, ou amorcé par John Stuart Mill, notamment dans son ouvrage De la liberté), quand il renvoie en France à l'école autrichienne et au tournant du libéralisme après les années 1970, souvent appelé néo-libéralisme. Les limites à fixer à l'action de l'État, ainsi que les modalités de l'action publique (notamment aux rôles respectifs de l'action administrative et de la loi), seront spécialement sujet à débat au sein même. La plupart des libéraux considèrent que l'action de l'État est nécessaire à la protection des libertés individuelles, dans le cadre de ses fonctions régaliennes, et nombre d'entre eux (comme Adam Smith, Raymond Aron, Karl Popper ou Benedetto Croce) acceptent et même recommandent certaines interventions de l'État dans l'économie, notamment en matière de contrôle et de régulation. À l'opposé, les libertariens (ou anarcho-capitalistes) refusent à l'État toute légitimité dans quelque domaine que ce soit. Socialisme. Le socialisme est un type d'organisation sociale fondé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production, par opposition au capitalisme. Il est l'objectif de divers courants apparus et développés depuis le , et ayant abouti aujourd'hui aux différents courants marxistes et anarchistes, ainsi qu'aux sociaux-démocrates. La répartition des biens et services peut se faire en fonction de la production de chaque individu (collectivisme, travail aux pièces) ou en fonction des besoins de chaque individu (communisme, prise au tas). Les États marxistes ont une économie collectiviste, alors que le communisme est préconisé par les anarchistes. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l’exploitation de l’homme par l’homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classes sociales. Pour leur part, les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert définissent le socialisme comme « une forme de société dont les bases fondamentales sont les suivantes : Fascisme. À l'origine, le fascisme (en italien fascismo) désigne un mouvement politique italien apparu à la fin de la Première Guerre mondiale. Le , Benito Mussolini réunit un certain nombre de dissidents du PSI, et entreprend de former un « Faisceau de combat » ("fascio di combattimento"). Par « Faisceau », Mussolini entendait alors un mouvement spontanéiste, dans la lignée du syndicalisme révolutionnaire italien. Le terme appartenait de fait à un vocabulaire d'extrême-gauche. En concurrence directe avec d'autres organisations révolutionnaires (dont le parti communiste naissant), les Fascii essaient de récupérer une clientèle de droite. Ces tentatives de récupération rassurent la bourgeoisie italienne, qui, à l'issue de la répression des mouvements ouvriers, considère ce mouvement comme un moindre mal. L'idéologie de ce mouvement est délicate à définir : on peut y voir schématiquement une synthèse du nationalisme et du syndicalisme révolutionnaire, mais de multiples contextes et mouvements idéologiques ont en fait préludé à sa création : le renouveau de l'irrationnel, le futurisme, l'antisémitisme… Du fait de sa nature composite, le fascisme a peiné à constituer une doctrine originale et nouvelle : . Les contemporains eux-mêmes étaient sceptiques vis-à-vis d'un programme « attrape-tout », qui capte aussi bien des thématiques marxistes, nationalistes et réactionnaires. Comme le note l'historien Pierre Milza, cette diversité idéologique nous oblige à penser le fascisme comme une pluralité : . Cette pluralité est d'abord spatiale : . Elle est aussi, et surtout, temporelle. Milza identifie ainsi quatre étapes de développement du fascisme : Considéré sous l'angle de ces deux pluralités, le Fascisme devient un concept politique générique, qui, au-delà du régime de Mussolini caractérise le Nazisme de Hitler, la Ligue de Cuza de Codreanu, la Heimwehr autrichienne, le BUF d'Oswald Mosley, le PPF de Jacques Doriot… Il semblerait même que l'on puisse parler, après 1929, d'une internationale fasciste. En 1932, Mussolini affirme ainsi dans un discours tenu à Milan : . Un peu plus tôt, l'un des caciques du régime, Asvero Gravelli, allait jusqu'à déclarer dans sa revue Antieuropa : . C'est dans cet esprit que Mussolini créa les CAUR (Comitati d'Azione per l'Universalità di Roma) en 1933, afin de fédérer les mouvements qui se réclament du fascisme italien. Cette initiative resta lettre morte : foncièrement nationalistes, les fascismes ne sauraient cohabiter. Ce n'est que par l'expansionnisme de quelques États fascistes, que le fascisme put s'imposer internationalement. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les mouvements fascistes cessent de constituer une alternative politique viable. Aussi bien leur compromission dans des crimes contre l'humanité que hypothèque définitivement leur avenir idéologique. Bien que « l'époque du fascisme » soit close, ces mouvements continuent, marginalement, d'exister. Néolibéralisme. le néolibéralisme a pour idéologie de privatiser le secteur public et limiter l'intervention de l’État dans le système économique pour favoriser le profit du secteur privé. Ronald Regan et Margaret Thatcher ont mis en avant ces pratiques durant leur mandat dans les . Les grands axes des thèses néolibérales ont aussi pour objet d'abaisser le coût du travail et de contrôler l'évolution de la masse monétaire pour prévenir les effets inflationnistes. Organisation du pouvoir. Régimes politiques selon la légitimité. Pour s'exercer sans rencontrer d'opposition, le pouvoir politique s'est toujours attaché à justifier de sa légitimité. Celle-ci peut reposer sur : Historiquement, il semble que dans un certain nombre de premières civilisations, le pouvoir politique n'apparaît pas distinct du pouvoir religieux (voir par exemple la Politique dans l'Égypte antique). La confusion du pouvoir politique et religieux, ou la soumission du pouvoir politique au religieux, ou la très grande proximité des deux, s'appelle théocratie. Autres typologies de régimes politiques. La politique consiste d'abord en l'organisation du pouvoir dans la société. On distingue entre plusieurs Systèmes de prise de décision. On distingue traditionnellement entre monarchies et républiques, une distinction institutionnelle finalement jugée peu pertinente de nos jours compte tenu du fait de la diversité des types de monarchie (de la monarchie parlementaire scandinave ou britannique à la théocratie saoudienne) et de types de républiques. Les distinctions actuelles reposent plus sur le degré de démocratie, la démocraticité, caractérisant le régime. On distingue ainsi les régimes démocratiques, autoritaires, ou totalitaires. Pouvoirs politiques. Le pouvoir politique est constitué d'au moins deux fonctions distinctes : À cela s'ajoutent des pouvoirs non directement « politiques » mais qui participent au système politique : Dans la pensée politique démocratique occidentale (née en Grande-Bretagne puis formalisée par le philosophe français Montesquieu), qui sert actuellement, au moins sur le papier, de modèle au niveau international, les pouvoirs doivent être séparés. Dans les démocraties on distingue ainsi entre : Pouvoirs territoriaux. Les modes d'organisation territoriale constituent un autre aspect de l'organisation du pouvoir. À cet égard, on distingue : Classiquement, les États comprennent deux grands types de subdivisions territoriales : Entre les deux, existent parfois des échelons politique ou administratifs tels, en France, le département et les cantons. Au-dessus du cadre national, existent des structures politiques plus ou moins souples « régionales » (telle l'Union européenne) et mondiales (telle l'Organisation des Nations unies). "Politiké" : art et pratique. Vie politique. Les modalités d'accession au pouvoir sont, comme l'organisation du pouvoir, déterminées par les institutions et sont une part du régime politique. Cependant, elles dépassent également la question de l'organisation du pouvoir pour les raisons suivantes : La "politique politicienne" désigne la part du politique qui n'est pas conforme aux principes établis. Ce terme est employé par exemple lorsqu'un politique (individu ou parti) s'occupe de ses affaires, de celles de ses confrères et de celles de son parti, plutôt que de celles de la cité. Mode d'accession au pouvoir. Les différents modes d'accession au pouvoir dépendent de la légitimité du régime en place (lire supra) ainsi que du type de régime (supra). Sur le papier, le système de l'élection, fondé sur le présupposé théorique de la démocratie, s'est imposé au comme le système standard international de désignation des dirigeants. Il existe des exceptions avec en particulier des monarchies (Arabie saoudite, sultanat de Brunei, etc.). Au sein du système démocratique, on distingue notamment entre : Modes d'action politique. Dans les régimes démocratiques, le mode normal d'accession au pouvoir est la participation aux élections. D'autres modes d'expression non violents existent également (manifestations, grèves, Non-violence, Désobéissance civile, Conflit non-violent, boycott, campagnes de presse, cybermouvements, etc.). Le domaine de la politique recouvre cependant également des modes d'actions politique violents : coup d'État, révoltes, Révolution. Certains actes violents sont considérés comme du Terrorisme par ceux contre lesquels ils sont destinés et des actes de Résistance par ceux qui le pratiquent. Partis politiques. Des factions politiques opposées ont toujours existé au sein de tous les régimes, souvent plus fondés sur le soutien à une personnalité du régime (souvent un prince ou un grand seigneur au sein des monarchies). À partir de la Révolution française au moins (mais bien plus tôt en Angleterre avec les tories et whigs), s'est mis en place un modèle fondé sur des partis politiques ou mouvements politiques théoriquement plus soudés par des idées politiques plus que par le soutien à une personnalité. Les systèmes politiques multipartistes se sont répandus à travers le monde, introduisant des notions politiques nouvelles : Les mouvements politiques peuvent être associés dans leur action avec des mouvements sociaux, des associations, etc. L'article 4 de la Constitution de 1958 régit l'organisation des partis politiques en France. Rôle politique des médias. Les médias ont toujours joué un rôle important dans la vie politique, constituant un relais de la vie politique envers le public. L'influence des médias a conduit à appeler la presse le « quatrième pouvoir ». Le pouvoir politique a suivi les évolutions technologiques, utilisant la presse, la radio (les « causeries au coin du feu » de Franklin Delano Roosevelt), le cinéma (les films de propagande des régimes totalitaires), la télévision puis Internet et le marketing direct. En France, l'utilisation de médias touchant directement le grand public, hormis la presse, était considérée au début du avec suspicion par les milieux républicains pour qui le lien direct de la tête de l'exécutif avec le peuple relevait de la tradition bonapartiste. L'utilisation de la radio tout d'abord (l'appel du 18 juin du Général de Gaulle) puis de la télévision par le général de Gaulle a brisé ces tabous. Le développement des médias a conduit à une modification des comportements des hommes politiques, une tendance appelée peoplelisation au début des années 2000. Il s'agit de montrer une autre image (non institutionnelle et plus intime) de l'Homme politique et de mettre en scène sa vie privée afin de créer une image favorable et un lien de proximité avec l'électeur potentiel. En France, on peut tracer ses prémices dans les années 1970 lorsque Valéry Giscard d'Estaing mit sa femme en scène et se fit filmer en train de jouer de l'accordéon. Exercice du pouvoir. La politique menée par un gouvernement recouvre l'ensemble de ses décisions prises à l'échelon politique ou à l'échelon administratif. Cette politique « générale » se subdivise en politiques sectorielles dont les principales sont la politique sociale, la politique économique, la politique étrangère, etc. Un concept qui peut être affiné (politique du logement, politique culturelle, politique agricole). L'action politique s'exerce concrètement à travers l'émission de règles (de niveau politique ou administratif) appliquées ou contrôlées par une administration.
Python (langage) Python (prononcé ) est un langage de programmation interprété, multiparadigme et multiplateformes. Il favorise la programmation impérative structurée, fonctionnelle et orientée objet. Il est doté d'un typage dynamique fort, d'une gestion automatique de la mémoire par ramasse-miettes et d'un système de gestion d'exceptions ; il est ainsi similaire à Perl, Ruby, Scheme, Smalltalk et Tcl. Le langage Python est placé sous une licence libre proche de la licence BSD et fonctionne sur la plupart des plateformes informatiques, des smartphones aux ordinateurs centraux, de Windows à Unix avec notamment GNU/Linux en passant par macOS, ou encore Android, iOS, et peut aussi être traduit en Java ou .NET. Il est conçu pour optimiser la productivité des programmeurs en offrant des outils de haut niveau et une syntaxe simple à utiliser. Il est également apprécié par certains pédagogues qui y trouvent un langage où la syntaxe, clairement séparée des mécanismes de bas niveau, permet une initiation aisée aux concepts de base de la programmation. Utilisation. Python est un langage de programmation qui peut s'utiliser dans de nombreux contextes et s'adapter à tout type d'utilisation grâce à des bibliothèques spécialisées. Il est cependant particulièrement utilisé comme langage de script pour automatiser des tâches simples mais fastidieuses, comme un script qui récupérerait la météo sur Internet ou qui s'intégrerait dans un logiciel de conception assistée par ordinateur afin d'automatiser certains enchaînements d'actions répétitives (voir la section Adoption). On l'utilise également comme langage de développement de prototype lorsqu'on a besoin d'une application fonctionnelle avant de l'optimiser avec un langage de plus bas niveau. Il est particulièrement répandu dans le monde scientifique, et possède de nombreuses bibliothèques optimisées destinées au calcul numérique. Historique. Au CWI. À la fin des années 1980, le programmeur Guido van Rossum participe au développement du langage de programmation ABC au Centrum voor Wiskunde en Informatica (CWI) d'Amsterdam, aux Pays-Bas. Il travaille alors dans l’équipe du système d’exploitation Amoeba dont les appels systèmes sont difficilement interfaçables avec le Bourne shell utilisé comme interface utilisateur. Il estime alors qu’un langage de script inspiré d’ABC pourrait être intéressant comme interpréteur de commandes pour Amoeba. En 1989, profitant d’une semaine de vacances durant les fêtes de Noël, il utilise son ordinateur personnel pour écrire la première version du langage. Fan de la série télévisée "Monty Python's Flying Circus", il décide de baptiser ce projet Python. Il s’est principalement inspiré d’ABC, par exemple pour l’indentation comme syntaxe ou les types de haut niveau mais aussi de Modula-3 pour la gestion des exceptions, du langage C et des outils UNIX. Durant l’année suivante, le langage commence à être adopté par l’équipe du projet Amoeba, Guido poursuivant son développement principalement pendant son temps libre. En , la première version publique, numérotée 0.9.0, est postée sur le forum Usenet alt.sources. La dernière version sortie au CWI est Python 1.2. Au CNRI. En 1995, Van Rossum continue son travail sur Python au à Reston, aux États-Unis, où il sort plusieurs versions du logiciel. À partir d', l'équipe Python travaille au CNRI sur "Grail" un navigateur web utilisant Tk. Il est l'équivalent pour Python du navigateur HotJava, permettant d'exécuter des applets dans un environnement sécurisé. La première version publique, disponible en novembre, est la 0.2. Il entraîne le développement de modules pour la bibliothèque standard comme "rexec", "htmllib" ou "urllib". La version 0.6 sera la dernière de "Grail" ; elle est publiée en . En 1999, le projet "Computer Programming for Everybody" (CP4E) est lancé conjointement entre le CNRI et la DARPA. Il s'agit d'utiliser Python comme un langage d'enseignement de la programmation. Cette initiative conduira à la création de l'environnement de développement IDLE. Cependant, du fait du manque de financement du projet par la DARPA, et du départ de nombreux développeurs Python du CNRI (dont Guido van Rossum), le projet s’éteint en 2000. Python 1.6 est la dernière version sortie au CNRI. À BeOpen. En 2000, l'équipe principale de développement de Python déménage à BeOpen.com pour former l'équipe PythonLabs de BeOpen. Python 2.0 est la seule version sortie à BeOpen.com. Après cette version, Guido Van Rossum et les autres développeurs de PythonLabs rejoignent Digital Creations (à présent connue sous le nom de Zope Corporation). Andrew M. Kuchling publie en un texte nommé "Python Warts", qui synthétise les griefs les plus fréquents exprimés à l'encontre du langage. Ce document aura une influence certaine sur les développements futurs du langage. La "Python Software Foundation". Python 2.1 est une version dérivée de Python 1.6.1 et de Python 2.0. Sa licence est renommée Python Software Foundation License. Tout code, documentation et spécification ajouté, depuis la sortie de Python 2.1 alpha, est détenu par la Python Software Foundation (PSF), une association sans but lucratif fondée en 2001, modelée d'après l"Apache Software Foundation". Afin de réparer certains défauts du langage (par exemple l'orienté objet avec deux types de classes), et pour nettoyer la bibliothèque standard de ses éléments obsolètes et redondants, Python a choisi de casser la compatibilité ascendante dans la nouvelle version majeure, Python 3.0, publié en . Cette version est rapidement suivie par une version 3.1 qui corrige les erreurs de jeunesse de la version 3.0. Caractéristiques. Syntaxe. Python a été conçu pour être un langage lisible. Il vise à être visuellement épuré. Par exemple, il possède moins de constructions syntaxiques que de nombreux langages structurés tels que C, Perl, ou Pascal. Les commentaires sont indiqués par le caractère croisillon (#). Les blocs sont identifiés par l'indentation, au lieu d'accolades comme en C ou C++ ; ou de codice_1 comme en Pascal ou Ruby. Une augmentation de l'indentation marque le début d'un bloc, et une réduction de l'indentation marque la fin du bloc courant. Par convention (actuellement PEP8), l'indentation est habituellement de quatre espaces en Python. Remarque : L'indentation pourrait être modifiée ou supprimée dans la version en C sans modifier son comportement. De même, la fonction Python peut être écrite avec une expression conditionnelle. Cependant, une indentation correcte permet de détecter plus aisément des erreurs en cas d'imbrication de plusieurs blocs et facilite donc l'élimination de ces erreurs. C'est pourquoi il est préférable d'indenter convenablement les programmes en C. La version courte s'écrirait ainsi : Mots-clés du langage. Les mots-clés réservés du langage Python sont fournis dans la liste codice_2 du module codice_3. Les mots-clés de Python 2.7.5 sont les suivants : codice_4, codice_5, codice_6, codice_7, codice_8, codice_9, codice_10, codice_11, codice_12, codice_13, codice_14, codice_15, codice_16, codice_17, codice_18, codice_19, codice_20, codice_21, codice_22, codice_23, codice_24, codice_25, codice_26, codice_27, codice_28, codice_29, codice_30, codice_31, codice_32, codice_33, codice_34. À partir de Python 3.0, codice_28 et codice_15 ne sont plus des mots-clés du langage, mais des fonctions du module codice_37. Sont ajoutés aux mots-clés : codice_38, codice_39, codice_40 et codice_41. Les trois premiers étaient déjà présents dans les versions précédentes, mais ils ne sont plus modifiables (auparavant, l'affectation codice_42 était possible). codice_41 a été introduit par le PEP 3104, et permet, dans une fonction définie à l'intérieur d'une autre fonction, de modifier une variable d'un niveau supérieur de portée. Avant cela, seules les variables locales à la fonction, et globales (niveau module) étaient modifiables. Toutefois, il était possible, et ça l'est toujours sans le mot-clé codice_41, de modifier un objet affecté à une variable d'un niveau de portée supérieur, par exemple une liste avec la méthode codice_45 - c'est évidemment impossible pour un objet immuable. Types de base. Les types de base en Python sont relativement complets et puissants. Il y a, entre autres : Les objets itérables sont parcourus à l'aide d'une boucle codice_17 de la manière suivante : for element in objet_iterable: traiter(element) Pour une chaîne de caractères, l'itération procède caractère par caractère. Il est possible de dériver les classes des types de base pour créer ses propres types. On peut également fabriquer ses propres types d'objets itérables sans hériter des itérables de base en utilisant le protocole d'itération du langage. Programmation fonctionnelle. Python permet de programmer dans un style fonctionnel. Il dispose également des compréhensions de listes, et plus généralement les compréhensions peuvent produire des générateurs, des dictionnaires ou des ensembles. Par exemple, pour construire la liste des carrés des entiers naturels plus petits que 10, on peut utiliser l'expression : liste = [x**2 for x in range(10)] La liste des nombres pairs : liste = [entier for entier in range(10) if entier % 2 == 0] Une table de passage des lettres de l'alphabet vers leur code ASCII : L'ensemble des lettres d'un mot (produit l'ensemble codice_96) : s = "abracadabra" Une compréhension peut comprendre plusieurs boucles et filtres, et il existe une correspondance avec le code réalisant le même calcul à l'aide d'instructions codice_17 et codice_20 : Cependant, une différence notable dans la version sans compréhension est que les variables i et j existent, avec la valeur qu'elles avaient lors de leur dernier tour de boucle. Ce n'est pas le cas pour des constructions par compréhension. Une forme limitée de fonction anonyme est possible : lambda x: x + 2 Les fonctions lambda peuvent être définies en ligne et utilisées comme arguments dans des expressions fonctionnelles : filter(lambda x: x < 5, une_liste) retournera une liste constituée des éléments de une_liste inférieurs à 5. Le même résultat peut être obtenu avec [x for x in une_liste if x < 5] Les lambdas de Python n'admettent que des expressions et ne peuvent être utilisées comme fonctions anonymes généralisées ; mais en Python, toutes les fonctions sont des objets, elles peuvent donc être passées en arguments à d'autres fonctions, et appelées lorsque c'est nécessaire. En effet, une fonction définie avec def peut être créée à l'intérieur d'une autre fonction et on obtient ainsi une définition de fonction dans une variable locale, par exemple : def filtre_inferieur_a_5(une_liste): def mon_filtre(x): # variable locale mon_filtre return x < 5 return filter(mon_filtre, une_liste) Une fonction locale peut modifier l'environnement de la fonction qui l'a créée, grâce au mot-clé codice_41 (voir Fermeture (informatique)) : def accum(pas): total = 0 def ajoute(n): nonlocal total total += n * pas return total return ajoute On peut ainsi créer plusieurs accumulateurs, faisant chacun référence à son propre total. Il est possible d'accéder à l'environnement d'une fonction locale à l'aide de l'attribut codice_100. Programmation objet. Tous les types de base, les fonctions, les instances de classes (les objets « classiques » des langages C++ et Java) et les classes elles-mêmes (qui sont des instances de méta-classes) sont des objets. Une classe se définit avec le mot-clé codice_8. Les classes Python supportent l'héritage multiple ; il n'y a pas de surcharge statique comme en C++, ou de restrictions sur l'héritage comme c'est le cas en Java (une classe implémente plusieurs interfaces et hérite d'une seule classe) mais le mécanisme des arguments optionnels et par mot-clé est plus général et plus flexible. En Python, l'attribut d'un objet peut référencer une variable d'instance ou de classe (le plus souvent une méthode). Il est possible de lire ou de modifier un attribut dynamiquement avec les fonctions : Exemple de deux classes simples : class Personne: def __init__(self, nom, prenom): self.nom = nom self.prenom = prenom def presenter(self): return self.nom + " " + self.prenom class Etudiant(Personne): def __init__(self, niveau, nom, prenom): Personne.__init__(self, nom, prenom) self.niveau = niveau def presenter(self): return self.niveau + " " + Personne.presenter(self) e = Etudiant("Licence INFO", "Dupontel", "Albert") assert e.nom == "Dupontel" Méthodes spéciales et définition des opérateurs. Python fournit un mécanisme élégant et orienté objet pour définir un ensemble prédéfini d'opérateurs : tout objet Python peut se voir doté de méthodes dites spéciales. Ces méthodes, commençant et finissant par deux tirets de soulignement "(underscores)", sont appelées lors de l'utilisation d'un opérateur sur l'objet : codice_104 (méthode codice_105), codice_106 (méthode codice_107), codice_108 (méthode codice_109), codice_110 (méthode codice_111), etc. Des méthodes comme codice_112 et codice_113 permettent de définir la représentation d'un objet dans l'interpréteur interactif et son rendu avec la fonction "print". Les possibilités sont nombreuses et sont décrites dans la documentation du langage. Par exemple on peut définir l'addition de deux vecteurs à deux dimensions avec la classe suivante : class Vector2D: def __init__(self, x, y): # On utilise un tuple pour stocker les coordonnées self.coords = (x, y) def __add__(self, other): # L'instruction a+b sera résolue comme a.__add__(b) # On construit un objet Vector2D à partir des coordonnées propres à l'objet, et à l'autre opérande return Vector2D(self.coords[0]+other.coords[0], self.coords[1]+other.coords[1]) def __repr__(self): # L'affichage de l'objet dans l'interpréteur return "Vector2D(%s, %s)" %self.coords a = Vector2D(1, 2) b = Vector2D(3, 4) print(a + b) # Vector2D(4, 6) Générateurs. Le mot-clef codice_34 utilisé dans une fonction permet de faire de cette fonction un générateur. L'appel de cette fonction renvoie un objet de type "generator", qui peut être utilisé dans une boucle codice_17, par exemple. À chaque appel, le générateur effectue son traitement jusqu'à rencontrer le mot-clé codice_34, renvoie la valeur de l'expression codice_34, et à l'appel suivant, reprend son déroulement juste après le codice_34. Par exemple pour calculer la suite de Fibonacci, on peut écrire : def gen_fibonacci(): """Générateur de la suite de Fibonacci""" a, b = 0, 1 while True: yield a # Renvoie la valeur de "a", résultat de l'itération en cours a, b = b, a + b fi = gen_fibonacci() for i in range(20): print(next(fi)) Le module codice_119 permet de manipuler les générateurs. Par exemple, pour extraire les 10 premiers éléments du générateur précédent : import itertools list(itertools.islice(gen_fibonacci(), 10)) Depuis Python 3.3, il est possible de produire un générateur à partir d'une fonction récursive, grâce à la syntaxe codice_120, apparue dans le PEP 380 et qui « délègue » le calcul à un sous-générateur. L'exemple suivant calcule les permutations des dames correspondant aux solutions du problème des huit dames étendu à un échiquier de taille n × n. def queens(n): a = list(range(n)) up = [True] * (2 * n - 1) down = [True] * (2 * n - 1) def sub(i): for k in range(i, n): j = a[k] p = i + j q = i - j + n - 1 if up[p] and down[q]: if i == n - 1: yield tuple(a) else: up[p] = down[q] = False a[i], a[k] = a[k], a[i] yield from sub(i + 1) up[p] = down[q] = True a[i], a[k] = a[k], a[i] yield from sub(0) sum(1 for a in queens(8)) # Nombre de solutions, renvoie 92 Un générateur peut sembler identique à une fonction qui retourne une liste, mais contrairement à une liste qui contient "tous" ses éléments, un générateur calcule ses éléments "un par un".Ainsi, le test codice_121 va s'effectuer sur la liste calculée en entier, alors que dans codice_122, qui utilise un générateur, le calcul des carrés s'arrête dès que 36 est trouvé. On peut s'en convaincre en remplaçant codice_123 par un appel de fonction réalisant un effet de bord, par exemple un affichage à l'écran. Réflexivité. Grâce à un usage intensif des dictionnaires (conteneur associatif développé avec des tables de hachage), Python permet d'explorer les divers objets du langage (introspection) et dans certains cas de les modifier (intercession). Typage. Le typage n'est pas vérifié à la compilation. Python utilise le duck typing : lors de l’exécution, si une méthode invoquée sur un objet a la même signature qu'une méthode déclarée sur cet objet, alors c'est cette dernière méthode qui est exécutée. De ce fait, invoquer une méthode qui n'existe pas sur un objet va échouer, signifiant que l'objet en question n'est pas du bon type. Malgré l'absence de typage statique, Python est fortement typé, interdisant des opérations ayant peu de sens (par exemple, additionner un nombre à une chaîne de caractères) au lieu de tenter silencieusement de la convertir en une forme qui a du sens. Python propose des fonctions permettant de transformer les variables dans un autre type : points = 3.2 # points est du type float print("Tu as " + points + " points !") # Génère une erreur de typage points = int(points) # points est maintenant du type int (entier), sa valeur est arrondie à l'unité inférieure (ici 3) print("Tu as " + points + " points !") # Génère une erreur de typage points = str(points) # points est maintenant du type str (chaîne de caractères) print("Tu as " + points + " points !") # Plus d'erreur de typage, affiche 'Tu as 3 points !' Python propose aussi un mécanisme de typage statique pour les attributs des classes grâce à l'API "trait" ou au patron de conception "decorators". Annotations. Depuis la version 3.0, Python propose l'annotation des variables dans les fonctions (introduit dans la PEP 3107). Ce qui permet de rendre le code plus lisible sans pour autant faire office de solution de typage statique puisque rien n'oblige à suivre ces annotations. def hello(name: str) -> str: return "Hello {} !".format(name) hello("Alice") # Appel suggéré par les annotations hello(True) # Appel non conforme mais tout à fait fonctionnel En complément, depuis la version 3.5, Python propose le module typing (introduit dans la PEP 484). from typing import List def split_string(string: str) -> List[str]: return string.split(" ") Compilation. Il est possible d'effectuer une analyse statique des modules Python avec des outils comme Pylint , mypy , ou PyChecker. Sans nécessiter une exécution, ces outils repèrent des fautes ou des constructions déconseillées. Par exemple, une classe qui hérite d'une classe abstraite et qui ne redéfinit pas les méthodes abstraites, ou bien des variables utilisées avant d'être déclarées, ou encore des attributs d'instance déclarés en dehors de la méthode codice_124. Il est aussi possible de générer un code intermédiaire (bytecode) Python. Des outils comme PyInstaller ou d'autres plus spécifiques comme cx_Freeze sous Unix, Windows et macOS, py2app sous macOS et py2exe sous Windows permettent de « compiler » un programme Python sous forme d'un exécutable comprenant le programme et un interpréteur Python. Le programme ne tourne pas plus rapidement (il n'est pas compilé sous forme de code machine) mais cela simplifie largement sa distribution, notamment sur des machines où l'interpréteur Python n'est pas installé. Modèle objet. En Python, "tout est objet", dans le sens qu'une variable peut contenir une référence vers tous les éléments manipulés par le langage : nombres, méthodes, modules. Néanmoins, avant la version 2.2, les classes et les instances de classes étaient un type d'objet particulier, ce qui signifiait qu'il était par exemple impossible de dériver sa propre sous-classe de l'objet "list". Méthodes. Le modèle objet de Python est inspiré de celui de Modula-3. Parmi ces emprunts se trouve l'obligation de déclarer l'instance de l'objet courant, conventionnellement nommée "self", comme premier argument des méthodes, et à chaque fois que l'on souhaite accéder à une donnée de cette instance dans le corps de cette méthode. Cette pratique n'est pas naturelle pour des programmeurs venant par exemple de C++ ou Java, la profusion des "self" étant souvent critiquée comme étant une pollution visuelle qui gêne la lecture du code. Les promoteurs du "self" explicite estiment au contraire qu'il évite le recours à des conventions de nommage pour les données membres et qu'il simplifie des tâches comme l'appel à une méthode de la superclasse ou la résolution d'homonymie entre données membres. Python reconnaît trois types de méthodes : Visibilité. Le langage a un support très limité de l'encapsulation. Il n'y a pas, comme en Java par exemple, de contrôle de l'accessibilité par des mots clefs comme codice_129 ou codice_130. La philosophie de Python est de différencier conceptuellement l'encapsulation du masquage d'information. Le masquage d'information vise à prévenir les utilisations frauduleuses, c'est une préoccupation de sécurité informatique. Le module "bastion" de la bibliothèque standard, qui n'est plus maintenu dans les dernières versions du langage, permettait ainsi de contrôler l'accès aux attributs d'un objet dans le cadre d'un environnement d'exécution restreint. L'encapsulation est une problématique de développement logiciel. Le slogan des développeurs Python est "we're all consenting adults here" (nous sommes entre adultes consentants). Ils estiment en effet qu'il suffit d'indiquer, par des conventions d'écriture, les parties publiques des interfaces et que c'est aux utilisateurs des objets de se conformer à ces conventions ou de prendre leurs responsabilités. L'usage est de préfixer par un underscore les membres privés. Le langage permet par ailleurs d'utiliser un double underscore pour éviter les collisions de noms, en préfixant automatiquement le nom de la donnée par celui de la classe où elle est définie. L'utilisation de la fonction codice_131 permet de définir des propriétés qui ont pour but d'intercepter, à l'aide de méthodes, les accès à une donnée membre. Cela rend inutile la définition systématique d'accesseurs et le masquage des données comme il est courant de le faire en C++ par exemple. Héritage. Python supporte l'héritage multiple. Depuis la version 2.3, il utilise l'algorithme C3, issu du langage Dylan, pour résoudre l'ordre de résolution de méthode ("MRO"). Les versions précédentes utilisaient un algorithme de parcours en profondeur qui posait des problèmes dans le cas d'un héritage en diamant. Bibliothèque standard. Python possède une grande bibliothèque standard, fournissant des outils convenant à de nombreuses tâches diverses. Le nombre de modules de la bibliothèque standard peut être augmenté avec des modules spécifiques écrits en C ou en Python. La bibliothèque standard est particulièrement bien conçue pour écrire des applications utilisant Internet, avec un grand nombre de formats et de protocoles standards gérés (tels que MIME et HTTP). Des modules pour créer des interfaces graphiques et manipuler des expressions rationnelles sont également fournis. Python inclut également un framework de tests unitaires (codice_132, anciennement PyUnit avant version 2.1) pour créer des suites de tests exhaustives. Conventions de style. Bien que chaque programmeur puisse adopter ses propres conventions pour l'écriture de code Python, Guido van Rossum a mis un guide à disposition, référencé comme « PEP 8 ». Publié en 2001, il est toujours maintenu pour l'adapter aux évolutions du langage. Google propose également un guide. Interfaces graphiques. Python possède plusieurs modules disponibles pour la création de logiciels avec une interface graphique. Le plus répandu est Tkinter. Ce module convient à beaucoup d'applications et peut être considéré comme suffisant dans la plupart des cas. Néanmoins, d'autres modules ont été créés pour pouvoir lier Python à d'autres bibliothèques logicielles (« "toolkit" »), pour davantage de fonctionnalités, pour une meilleure intégration avec le système d'exploitation utilisé, ou simplement pour pouvoir utiliser Python avec sa bibliothèque préférée. En effet, certains programmeurs trouvent l'utilisation de Tkinter plus pénible que d'autres bibliothèques. Ces autres modules ne font pas partie de la bibliothèque standard et doivent donc être obtenus séparément. Les principaux modules donnant accès aux bibliothèques d'interface graphique sont Tkinter et Pmw (Python megawidgets) pour Tk, wxPython pour wxWidgets, PyGTK pour GTK, PyQt et PySide pour Qt, et enfin FxPy pour le FOX Toolkit. Il existe aussi une adaptation de la bibliothèque SDL : Pygame, un binding de la SFML : PySFML, ainsi qu'une bibliothèque écrite spécialement pour Python : . Il est aussi possible de créer des applications Silverlight en Python sur la plateforme IronPython. La communauté Python. Guido van Rossum est le principal auteur de Python, et son rôle de décideur central permanent de Python est reconnu avec humour par le titre de « Dictateur bienveillant à vie » ("Benevolent Dictator for Life", BDFL). Depuis , Guido van Rossum s'est déclaré en vacances permanentes de son rôle de BDFL. Il a également annulé sa candidature au conseil directeur du langage en . Il est assisté d'une équipe de "core developers" qui ont un accès en écriture au dépôt de CPython et qui se coordonnent sur la liste de diffusion python-dev. Ils travaillent principalement sur le langage et la bibliothèque de base. Ils reçoivent ponctuellement les contributions d'autres développeurs Python via la plateforme de gestion de bug Roundup, qui a remplacé SourceForge. Les utilisateurs ou développeurs de bibliothèques tierces utilisent diverses autres ressources. Le principal média généraliste autour de Python est le forum Usenet anglophone comp.lang.python. Les allusions aux Monty Python sont assez fréquentes. Les didacticiels consacrés à Python utilisent souvent les mots "spam" et "eggs" comme variable métasyntaxique. Il s'agit d'une référence au sketch "Spam" des Monty Python, où deux clients tentent de commander un repas à l'aide d'une carte qui contient du jambon en conserve de marque SPAM dans pratiquement tous les plats. Ce sketch a été aussi pris pour référence pour désigner un courriel non sollicité. Adoption de Python. Plusieurs entreprises ou organismes mentionnent sur leur site officiel qu'ils utilisent Python : Python est aussi le langage de commande d'un grand nombre de logiciels libres : Et commerciaux : Python est utilisé comme langage de programmation dans l'enseignement secondaire et supérieur, notamment en France. Depuis 2013, il y est enseigné à tous les étudiants de classes préparatoires scientifiques dans le cadre du tronc commun (informatique pour tous). Auparavant, l'enseignement d'informatique était limité à une option en MP, l'enseignement se faisant en langage Caml ou Pascal. Cette option existe toujours, mais Pascal a été abandonné à partir de la session 2015 des concours et Caml a, lui, été enlevé au profit de OCaml dans cet enseignement. Les premières épreuves de concours portant sur le langage Python sont également celles de la session 2015. Implémentations du langage. Outre la version de référence, nommée CPython (car écrite en langage C), il existe d'autres systèmes mettant en œuvre le langage Python : Ces autres versions ne bénéficient pas forcément de la totalité de la bibliothèque de fonctions écrites en C pour la version de référence, ni des dernières évolutions du langage. Distributions de Python. Différentes distributions sont disponibles, qui incluent parfois beaucoup de paquets dédiés à un domaine donné : Ce ne sont pas des "implémentations" différentes du langage Python : elles sont basées sur CPython, mais sont livrées avec un certain nombre de bibliothèques préinstallées. Développement. Les PEP. Les propositions d'amélioration de Python (ou PEP : "Python Enhancement Proposal") sont des documents textuels qui ont pour objet d'être la voie d'amélioration de Python et de précéder toutes ses modifications. Un PEP est une proposition d'orientation pour le développement "(process PEP)", une proposition technique "(Standard Track PEP)" ou une simple recommandation ("Informational PEP"). La PEP la plus connue est la PEP 8 pour son guide sur le style de code. Python 3. En 2009, c'est la version 3 de Python, qui remplace de plus en plus la version 2 (le projet était au départ appelé « Python 3000 » ou « Py3K »), sans compatibilité descendante avec la série des versions 2.x, dans le but d'éliminer les faiblesses du langage. La ligne de conduite du projet était de « réduire la redondance de Python par la suppression de méthodes obsolètes ». Python 3.0a1, la première version alpha, avait été publiée le , et il existe un PEP qui détaille les changements prévus, ainsi qu'une page pour orienter les programmeurs dans leur choix de Python 2 ou 3. Les calculatrices destinées aux lycéens (dont Casio, NumWorks, Texas Instruments…) et supportant Python fonctionnent en Python 3. Ces calculatrices peuvent échanger des programmes avec des ordinateurs personnels. Philosophie. Python 3 a été développé avec la même philosophie que dans ses versions antérieures, donc toute référence à la philosophie de Python s'appliquera aussi bien à la version 3. Cependant, le langage avait fini par accumuler nombre de méthodes redondantes. En recherchant à supprimer ce qui est redondant dans le langage et ses modules, Python 3 suit la ligne directrice de Python « Ne devrait subsister qu'une seule méthode à la fois optimale et naturelle pour chaque chose ». Python 3 reste un langage multiparadigme. Les programmeurs auront encore le choix entre l'orientation objet, la programmation structurée, la programmation fonctionnelle et d'autres paradigmes ; Python 3 a pour but d'être utilisé de manière plus naturelle que dans les versions 2.x, bien que son codice_28 nécessite l'emploi de parenthèses contrairement à Python 2. Planning et compatibilité. Python 3.0a1, la première version alpha de Python 3.0, fut publiée le . Les versions 2.x et 3.x de Python seront publiées en parallèle pendant plusieurs cycles de développement, pendant lesquels la série des 2.x subsistera principalement pour la compatibilité, en incluant quelques caractéristiques importées depuis Python 3.x. Le PEP 3000 contient plus d'informations à propos du processus de publication d'une version. Comme Perl 6, Python 3.0 rompt la compatibilité descendante (rétrocompatibilité). L'utilisation de code écrit pour les séries 2.x n'est pas garantie avec Python 3.0. Ce dernier apporte des changements fondamentaux, comme le passage complet à l'Unicode et pour cette raison une nécessaire distinction entre les chaînes de caractère et les objets « bytes ». Le typage dynamique associé à certaines méthodes sur les objets de type dictionnaire rend une transition "parfaite" de Python 2.x vers Python 3.0 très délicat. Un outil nommé « 2to3 » traduit le plus gros des versions 2.x vers les versions 3.x et indique les zones de code demandant des finitions par des commentaires spéciaux et des mises en garde. Dans sa préversion, 2to3 semble réussir franchement à réaliser une traduction correcte. Dans le cadre d'une migration de Python 2.x vers Python 3.x, le PEP 3000 recommande de conserver le code original comme base des modifications et de le "traduire" pour la plateforme 3.x en utilisant 2to3. Python 2.6 fournit un début de compatibilité ascendante, aussi bien qu'un mode « mise en garde » qui devrait faire prendre conscience des problèmes potentiels de transition pour le passage à Python 3. Python pour smartphones. Il existe des versions de Python adaptées pour Android et iPhone en version 2.5 ou 2.6. Disponible en Jailbreak d'iOS sur iOS grâce à "setup tools", et sur Android grâce à SL4A qui donne même une possibilité de faire des petites interfaces graphiques grâce au module "android" et qui permet d'envoyer des SMS, d'allumer la caméra, ou encore de faire vibrer le téléphone. Les quelques lignes suivantes montrent comment faire ça : droid = android.Android() # client lié au serveur local lancé par l'application SL4A # pour contrôler un téléphone distant à l'adresse 192.168.0.5, avec SL4A lancé sur le port 9887 # il suffit de faire : android.Android('192.168.0.5', 9887) droid.vibrate(2.5) # fait vibrer le téléphone (local ou distant) pendant 2.5 secondes Un portage de Python sur les terminaux Blackberry est sorti en , pour le système BlackBerry OS 10. Une version allégée est sortie en , appelée « BlackBerry-Tart », en raison d'un jeu de mots en anglais : « "a "tart" is lighter-weight than a "pie"" », en référence à la traditionnelle « "apple pie" ». Elle est basée sur Python 3.2.2.
Croissant (viennoiserie) Un croissant est une viennoiserie à base d'une pâte levée feuilletée spécifique, la pâte à croissant, qui comporte de la levure et une proportion importante de beurre. Bien que partageant une forme similaire, la recette française du croissant à base de pâte feuilletée est différente de son ancêtre, le kipferl autrichien, dont la texture s'apparente davantage à une brioche. La première recette du croissant moderne a été crée par le chef francais Sylvain Claudius Goy en 1915. Histoire. L'existence du "kipferl", ancêtre du croissant, serait attestée dans les pays de l'Europe de l'Est depuis le , mais sans que l'on en connaisse la recette (salée ou sucrée) et fait dans une pâte à brioche. On daterait son origine à 1683 où, pendant que les Turcs assiègent Vienne, un boulanger prénommé Adam Spiel donne l'alerte au moment d'une attaque ottomane à l'aube qui permet de repousser l'envahisseur. Pour commémorer cette victoire, de petits croissants appelés Hörnchen furent confectionnés par les boulangers de la ville, rappelant ainsi la forme du symbole ottoman. À Paris, les premiers kipferls sont vendus au 92, rue de Richelieu, entre 1837 et 1839, quand les Autrichiens August Zang et Ernest Schwarzer y ouvrent la "Boulangerie viennoise". Leurs versions des "kipferl" (en forme de croissant) et des "kaisersemmel" (pain kaiser ou petit pain de l'empereur) ont vite inspiré une foule d'imitateurs, et le croissant fait de pâte à brioche est déjà cité en 1850 comme un pain habituel. Toutefois, les historiens de la gastronomie et de la cuisine française constatent que la recette actuelle du croissant n'est devenue un symbole culinaire français qu'au , après que les boulangers parisiens eurent remplacé la pâte à brioche du kipferl par une pâte feuilletée levée typiquement française. Cette pâte, qui fait la particularité du croissant, est utilisée dans de nombreuses autres préparations comme la fougasse de Nîmes, le pain au chocolat ou le kouign amann. À partir des années 1950, le croissant est un élément traditionnel du petit-déjeuner en France. Légendes des origines. Une pâtisserie en forme de croissant est probablement traditionnelle en Autriche depuis au moins l'an 1000. Elle serait inspirée de la forme du croissant de lune. Ce serait une pâtisserie faite dans les couvents au moment de Pâques, mais avec une simple pâte levée non feuilletée, proche des "kipferls" actuels. En France, sont mentionnés dans l'inventaire du patrimoine culinaire français réalisé par le Centre national des arts culinaires servis à l'occasion d'un banquet offert par la reine de France en 1549 à Paris. Il se peut que l'intention ait été alors de commémorer l'alliance quelques décennies auparavant de François avec le Grand Turc. Plusieurs légendes circulent sur l'invention du croissant. Une tradition fait de Marie-Antoinette d'Autriche, originaire de Vienne, celle qui aurait officiellement introduit et popularisé en France le croissant à partir de 1770, d'où le nom de "viennoiserie". Ce serait à cette occasion qu'on aurait raconté la légende de l'origine du croissant : lors du siège de Vienne par les Turcs en 1683, alors que les Ottomans voulaient profiter de l'obscurité de la nuit pour creuser un tunnel sous les murs de la ville, les boulangers viennois levés avant l'aube pour préparer leur fournée auraient donné l'alarme. Pour célébrer la victoire des troupes polonaises et autrichiennes sur les troupes ottomanes, les boulangers auraient eu le privilège de façonner une pâtisserie (appelée Hörnchen, « petite Horn », littéralement « petite corne ») ayant la forme qui rappelait l'emblème figurant sur les drapeaux ottomans. Une autre version de la même histoire existe à Budapest lors du siège de Buda en 1686, un boulanger ayant alerté la ville de l'attaque des Turcs. Selon une autre légende viennoise, des centaines de soldats et officiers reçurent après la bataille des présents en récompense de leur courage. Parmi eux, Jerzy Franciszek Kulczycki, un soldat, espion, diplomate, et marchand polonais propriétaire du premier café de Vienne du nom de "Zur blauen Flasche" (« À la Bouteille Bleue »). Il obtint 300 sacs de grains noirs, inconnus à l'époque en Europe, un trésor que les Turcs avaient abandonné pendant leur fuite. Intrigué, Kulczycki fit moudre les grains de café et les proposa aux Viennois, sans succès. Lui vint alors l'idée de servir ce café accompagné d'une pâtisserie. Il commanda auprès d'une boulangerie de la ville une pâtisserie qui, par son originalité, serait capable d'assurer la promotion du café. Se souvenant de la cicatrice encore ouverte de l'invasion turque, il décida de fabriquer des viennoiseries en forme de croissant turc. Usage en français. Le terme « croissant » se retrouve pour la première fois dans un dictionnaire en 1863. Littré le mentionne ainsi : « Petit pain ou petit gâteau qui a la forme d'un croissant » ; Pierre Larousse indique, dans le "", tome cinquième, de 1869, « Petit pain dont la forme est celle d'un croissant : Les croissants se font avec de la farine de première qualité travaillée avec une eau qui contient des œufs battus ». La première recette a été publiée en 1891, mais elle était différente de celle que l'on retrouve aujourd'hui. La première recette d'un croissant feuilleté a été publiée en France pour la première fois en 1905 et ce n'est que dans les années 1920 que cette « viennoiserie » rencontra le succès. Il apparaît pour la première fois dans le "Larousse gastronomique" en 1938. Fabrication. En France, la pâte à croissant est une pâte levée feuilletée comme celle des pains au chocolat. Elle utilise les mêmes principes que la pâte feuilletée normale, à la différence que le pâton dans lequel on plie le beurre contient de la levure de boulanger qui fera gonfler la pâte avant et pendant la cuisson. La pâte levée feuilletée nécessite en général moins de beurre que la pâte feuilletée classique. Si à l'origine, le croissant était fabriqué avec une pâte voisine de celle de la brioche, vers 1900, on constate l'utilisation d'une pâte plus proche de la pâte feuilletée. Le terme de cette tendance est le croissant au beurre, dont la forme droite fait qu'il n'a plus la forme d'un « croissant ». En 1968, d'après Jean-Léon et Jean-Georges Kiger, les huit étapes de fabrication du croissant sont les suivantes : Comme pour le pain, le croissant se cuit idéalement dans un four à sole qui saisit la pâte et lui donne un croustillant qui est la véritable marque de qualité du croissant. Avec les fours ventilés à cuisson minutée, on assiste à une homogénéisation qui, selon le chef Yves Camdeborde, « ne tient plus compte de la quantité de levure ni des différentes farines » et « enlève toute la touche humaine, la personnalité et le savoir-faire, le coup d'œil de l'artisan. » Il y a au total, selon le chef-pâtissier Christophe Felder, « cinquante paramètres à maîtriser pour faire un bon croissant » dont « la qualité de la farine et du beurre utilisée, (...) le temps de fermentation de la pâte, la façon d'incorporer le beurre, de façonner le croissant, la chaleur du four, la durée de cuisson... » Aujourd'hui, la faible rentabilité de ce produit, le manque de temps et de main d'œuvre qualifiée, conduisent certains boulangers et hôteliers à remplacer le beurre par de la margarine, ou à fabriquer leurs croissants avec des pâtes surgelées (le plus souvent à base de margarine), qu'il leur suffit de faire décongeler et de faire lever avant de passer les croissants au four. On estime que plus de 80 % des croissants et viennoiseries achetés dans des boulangeries traditionnelles sont des produits industriels surgelés. Des chaînes de produits surgelés proposent également aux particuliers des sacs de croissants surgelés à cuire. Diététique. Les diététiciens recommandent d'en consommer modérément, en raison de l'importante teneur en lipides du croissant, qui comporte 20 % de matière grasse.
Philosophie politique La philosophie politique est une branche de la philosophie qui étudie les questions relatives au pouvoir politique, à l'État, au gouvernement, à la loi, à la politique, à la paix, à la justice et au bien commun entre autres. Elle est considérée comme une des branches de la philosophie pratique à côté de la philosophie du droit et de la philosophie morale. En tant que recherche philosophique, elle se distingue de celles menées par les sciences humaines et sociales (sociologie, histoire, psychologie, psychologie politique, science politique) en ce que, à la différence de celles-ci qui s'attachent à ce qui existe historiquement et particulièrement, elle est fondée sur la recherche d'un universel, guidée par la question du juste, du meilleur et du légitime. Cette recherche aboutirait-elle à l'impossibilité de son achèvement que cela ne changerait pas la nature de la recherche. De nos jours, la science politique est devenue inséparable de la philosophie politique. Définition. Selon Leo Strauss, toute tentative de définir la philosophie politique suppose de contourner deux erreurs : Historique. L'histoire de la philosophie politique remonte aux premiers écrits politiques connus de l'Inde antique. La Grèce antique et la Rome antique ont été tout particulièrement fécondes dans la formulation de théories politiques, irriguant la philosophie politique des millénaires suivants. Auteurs majeurs en philosophie politique. Article détaillé : Bibliographie de philosophie juridique et politique.
Phylogénie La phylogenèse ou phylogénie, du grec ancien , « tribu, famille, clan » et , « création », est l'étude des liens de parenté (relations phylogénétiques ou phylétiques) entre les êtres vivants et ceux qui ont disparu : La phylogenèse permet de reconstituer l'évolution des organismes vivants. En phylogenèse, on représente couramment les parentés par un arbre phylogénétique. Le nombre de nœuds entre les branches, qui représente autant d'ancêtres communs, indique le degré de parenté entre les individus, les groupes ou les taxons. Plus il y a de nœuds et donc d'ancêtres intermédiaires entre deux êtres vivants, plus leur ancêtre commun est ancien et plus leur parenté actuelle est éloignée. En phylogenèse interspécifique, un arbre (dendrogramme) est élaboré : Présentation. La systématique, ou l'étude de la diversité biologique en vue de sa classification, se concentre, à la lumière des découvertes récentes, sur une classification phylogénétique remplaçant à présent la classification classique. La classification classique établit des groupes ou taxons en fonction d'un simple critère de ressemblance globale. Une classification phylogénétique suppose que l'on regroupe les êtres vivants en fonction de leurs liens de parenté. Tout groupe systématique (ou « taxon ») renferme donc des êtres vivants proches entre eux génétiquement (ce qui n'est pas toujours corrélé à une ressemblance phénotypique globale). Les liens de parenté entre deux membres d'un taxon sont toujours plus étroits que les liens de parenté entre un membre quelconque du groupe et un être vivant extérieur au groupe (il arrive que ce membre extérieur soit pourtant très ressemblant en raison du phénomène de convergence évolutive, il s'agit alors d'analogie entre les espèces, ce qui ne permet pas de les classer). Pour reconstituer les liens de parenté entre êtres vivants, la phylogénie procède selon deux techniques : la phénétique et la cladistique. Il est donc vraiment important de saisir la différence entre analogue (caractère qui se ressemble) et homologue (caractère semblable hérité d'un ancêtre commun et dû à une évolution). Cladistique. La cladistique, dont les bases ont été jetées par Willi Hennig, hiérarchise les caractères comparés. Ne sont en fait regroupés dans un même taxon que les êtres vivants qui partagent des caractères homologues : Les homologies sont en fait vues comme des innovations évolutives partagées : si un caractère homologue est partagé par deux taxons, c'est que les deux taxons l'ont hérité de leur ancêtre commun. Ce caractère homologue est donc apparu dans la lignée menant à cet ancêtre commun. Tout être vivant possédant ce caractère homologue descend donc de cet ancêtre commun tandis que les êtres vivants ne possédant pas ce caractère homologue ne descendent pas de cet ancêtre commun et sont plus éloignés génétiquement. La cladistique repose donc sur l'identification (souvent difficile) de l'homologie des caractères. Elle est pertinente au niveau morphologique (et est le seul moyen de classer les espèces fossiles dont l'ADN est rarement conservé) comme au niveau moléculaire. Les résultats sont représentés dans un arbre phylogénétique, dénommé cladogramme, dans lequel chaque nœud représente un ancêtre commun et où les synapomorphies sont représentées sur les branches dont la longueur est arbitraire. Chacune de ces branches est appelée un clade. Deux taxons sont d'autant plus apparentés qu'ils partagent un ancêtre commun proche dans l'arbre. Ici aussi, donc, les taxons se retrouvent regroupés en fonction de leurs liens de parenté. Phénétique. La phénétique consiste à étudier les relations de similarité ou de dissimilarité globale entre les êtres vivants ; on a longtemps supposé, et ce peut être exact, que le degré de ressemblance est corrélé au degré de parenté. Méthodologiquement, on commence par quantifier la ressemblance entre les êtres vivants à classer. Toutefois, en raison des analogies, les caractères morphologiques ne garantissent pas la parenté : certaines ressemblances entre êtres vivants ou taxons ne peuvent en effet pas être attribuées à une ascendance commune. Elles peuvent découler d'une adaptation analogue : on parle alors de convergence évolutive car deux taxons différents vivant dans des niches écologiques semblables ou sur lesquels la sélection naturelle a eu un impact semblable, pourront avoir des caractères analogues. Les ailes des oiseaux et des chauves-souris sont des caractères analogues en tant qu'adaptations des membres antérieurs au vol ramé, mais sont apparues séparément dans chacune de ces deux lignées, et ne sont donc pas héritées d'un ancêtre ailé commun. Par ailleurs il est très difficile de quantifier numériquement des ressemblances morphologiques : lorsque l'on compare un très grand nombre de caractères, on obtient un taux statistique mais non une certitude sur l'origine des ressemblances. La quantification numérique des ressemblances, appliquée au niveau moléculaire, permet cependant de comparer les taxons et donne d'intéressants indices pour reconstruire les phylogénies. Pour ce faire, l'on compare différents constituants moléculaires du vivant comme l'ADN, l'ARN ou les protéines, qui sont des molécules polymères. Chaque résidu de la molécule (nucléotide pour l'ADN et l'ARN ou acide aminé pour la protéine) est alors considéré comme un caractère. Il est donc possible de comparer les séquences chez plusieurs êtres vivants et de quantifier leur ressemblance par un simple pourcentage que l'on assimile à la « distance génétique » entre les deux taxons auxquels appartiennent les deux êtres vivants. Les résultats sont représentés dans un arbre phylogénétique ou dendrogramme où la longueur des branches dépend de la distance génétique et représente donc le probable degré de parenté entre les taxons étudiés et le probable temps écoulé depuis chaque divergence (« spéciation »). Cette technique se fonde sur le calcul d'un indice de similitude globale (ISG) qui est défini après l'analyse de nombreux caractères (morphologiques, anatomiques, moléculaires…). Toute analyse se fait à partir d'une seule espèce (par exemple en comparant de séquences nucléotidiques spécifiques de plusieurs organismes par rapport à un seul). À partir de cette comparaison, on crée une « matrice de distance génétique » (tableau au nombre d'entrées égal au nombre d'organismes comparés comprenant notre organisme de référence) puis on recherche les plus petites distances (organismes les plus proches pour le critère étudié) afin de constituer un arbre phylogénétique. Il en résulte une probabilité de parenté, avec un degré d'incertitude, qui explique pourquoi les phylogénéticiens ne parlent jamais d'« ancêtre » ou de « descendant », mais de "plus proche parent connu" de telle ou telle espèce. Utilisation conjointe de la phénétique et de la cladistique. Pendant longtemps des discussions, parfois violentes, ont opposé tenants de l'une ou de l'autre technique. Aujourd'hui la phénétique et la cladistique sont souvent utilisées conjointement comme deux méthodes indépendantes. Lorsque leurs résultats sont convergents, on obtient des phylogénies très solides ; dans le cas contraire, on poursuit les études. L'utilisation de la phénétique moléculaire et de la cladistique ainsi que la confrontation des arbres obtenus a été largement permise par les méthodes modernes que sont l'amplification par PCR et le séquençage, alliées à de puissants outils de calcul qui permettent d'automatiser ces méthodes. L'utilisation conjointe de ces deux méthodes a révélé l'existence dans la classification classique de nombreux regroupements artificiels, basés sur des ressemblances de convergence, donc non fondés sur les liens de parenté et qui sont donc à présent considérés comme non pertinents et ne doivent plus être utilisés en taxonomie : c'est, par exemple, le cas des poissons (on parle maintenant de « vertébrés non-tétrapodes »), des batraciens fossiles et actuels (on parle maintenant de « tétrapodes non-amniotes ») ou des reptiles (on parle maintenant séparément de « chéloniens », de « lépidosaures » ou de « crocodiliens », ces derniers étant plus proches des oiseaux que des deux autres groupes). Un autre exemple est l'utilisation du gène 16 s pour les études de phylogénie des procaryotes. Critères de la phylogénie. Le partage entre espèces d'un caractère ou d'un certain nombre de caractères est un indice de l'éventualité d'une origine commune remontant jusqu'à un ancêtre commun, le premier à avoir développé ce caractère ou ensemble de caractères. L'existence de l'ancêtre peut donc être déduite par la méthode cladistique, mais pas son identité, qui reste inconnue à moins que soient trouvés des fossiles à la fois d'individus d'une espèce-ancêtre et d'individus d'une espèce-descendante en ligne directe, ce qui statistiquement est si improbable, que l'on considère cela comme impossible. Par exemple, même si les oiseaux partagent tous un ancêtre commun, la découverte en 1861 d'un fossile comme "Archaeopteryx" (un coelurosaure proche des oiseaux) ne prouve pas que cette espèce-là en particulier soit l'ancêtre de tous les oiseaux actuels, car une découverte future pourrait mettre au jour un coelurosaure fossile plus ancien, ou plus proche des oiseaux qu'Archaeopteryx (c'est pourquoi on parle maintenant d'« avialiens non-aviens » pour ces groupes intermédiaires, expression qui traduit l'absence de certitude d'être en face d'un ancêtre direct des oiseaux modernes). Les rapports d'ancêtre à descendants (la généalogie) ne peuvent être identifiés en tant que tels, que si l'identité même de l'ancêtre et des descendants est préalablement connue. Autrement dit, pour retracer la généalogie, la science de la classification devrait avoir la certitude de connaître toutes les espèces existantes et ayant existé. Comme ce n'est pas le cas, car l'humanité est loin de pouvoir connaître la totalité des espèces vivantes et fossiles, la généalogie, même si elle est réelle, ne peut être précisément retracée, mais seulement reconstituée avec un degré de probabilité que la science tente d'augmenter, en multipliant les études de ces éléments partiels que sont les espèces fossiles et actuelles connues. Cela permet d'évaluer les rapports de parenté entre espèces. Telle est la différence entre une généalogie (« qui est ancêtre de qui ? ») et une phylogénie (« qui est le plus proche parent de qui ? »). Les rapports phylogénétiques entre espèces connues forment ainsi de possibles critères objectifs de classification.
Prix Nobel de chimie Le prix Nobel de chimie est une récompense décernée une fois par an, depuis 1901, par l'Académie royale des sciences de Suède à un scientifique dont l'œuvre et les travaux ont rendu de grands services à l'humanité par une contribution exceptionnelle en chimie. Après la publication du nom du lauréat au début octobre, le prix (une médaille et un diplôme) est officiellement remis par le roi de Suède, le 10 décembre, jour anniversaire de la mort du fondateur du prix. Depuis 2001, il est doté d'un montant de dix millions de couronnes suédoises. Désignation des lauréats. Selon le testament d'Alfred Nobel, le prix doit récompenser . Nobel voulait qu'il soit attribué par l'Académie royale des sciences de Suède, comme pour le prix en physique. L'Académie délègue l'étude des candidatures au Comité Nobel, qui dépend de la fondation Nobel, déterminant la spécificité de chacune des branches à récompenser. Les membres du comité sont au nombre de cinq. Ils sont désignés par cooptation parmi les membres de l'Académie royale pour une période de trois ans. Ceux-ci s'appuient sur différentes figures d'autorité pour établir leurs nominations : chimistes reconnus, cercles d'éminents professeurs en université, associations de chercheurs, anciens lauréats du prix, dirigeants de grands centres nationaux ou internationaux de recherches scientifiques… Des courriers du comité sont envoyés à l'automne afin d'être retournés pour le choix du lauréat de l'année suivante. Il est interdit à chacune des personnes sollicitées de voter pour elle-même. Plusieurs centaines de propositions annuelles, obligatoirement argumentées et détaillées, sont ainsi soumises au comité qui en étudie la fiabilité, la légitimité et la crédibilité. Le comité ne conserve qu'une cinquantaine de candidatures soumises dès le printemps aux autres académiciens qui doivent souscrire à quelques recommandations. La liste finale, statuée par le comité Nobel, comprend cinq noms ou groupes de noms associés à une recherche précise. L'élection du ou des lauréats se fait en octobre au scrutin majoritaire. Tous les membres de l'Académie royale participent au vote. L'identité du ou des récipiendaires est révélée lors d'une conférence de presse officielle. Les nominations et le cadre des délibérations sont normalement tenus au secret pour 50 années avant que les archives de la fondation Nobel soient ouvertes. Les jurés sont obligés de respecter l'instruction du testament de Nobel : « a fait ses preuves avec le temps » pour attribuer le prix. Entre la découverte du scientifique et sa désignation en tant que récipiendaire doit normalement s'écouler une période minimum de vingt ans. Cet ordre est sujet à polémique dans la mesure où les personnalités dans le domaine ne survivent pas tous à l'intervalle donné. D'immenses savants, dont l'œuvre a pourtant complètement modifié l'approche de la discipline, n'ont pas été récompensés, le prix ne pouvant être attribué de manière posthume. Lauréats. Le tableau ci-dessous comprend tous les lauréats du prix Nobel de chimie de 1901 à nos jours. Le prix n'a pas été décerné à huit reprises (1916, 1917, 1919, 1924, 1933, 1940, 1941 et 1942). Nombre de prix par nationalité. Les candidats ayant plusieurs nationalités sont comptés une fois pour chacune de leur nationalité.
Prix Nobel de littérature Le prix Nobel de littérature ("" en suédois) récompense annuellement, depuis 1901, un écrivain ayant rendu de grands services à l'humanité grâce à une œuvre littéraire qui, selon le testament du chimiste suédois Alfred Nobel, « a fait la preuve d'un puissant idéal ». Récompense considérée comme la plus prestigieuse et la plus médiatique au monde, le prix Nobel de littérature met en lumière un auteur et ses travaux. Il lui assure une promotion à l'échelle planétaire, une renommée internationale et une certaine aisance financière. Il n'est pas rare que le prix Nobel prenne une signification politique, ayant parfois valeur de désaveu face à des régimes autoritaires. En effet, plusieurs écrivains exilés, dissidents, contestataires, persécutés ou interdits de publication dans leur pays ont été récompensés, tels Miguel Ángel Asturias, Boris Pasternak, Pablo Neruda, Alexandre Soljenitsyne et Gao Xingjian. Le prix Nobel de littérature honore avant tout les romanciers, essayistes, poètes et dramaturges. Toutefois, la liste des lauréats inclut également cinq philosophes (Rudolf Christoph Eucken, Henri Bergson, Albert Camus et Bertrand Russell) dont Jean-Paul Sartre qui le refusa, un historien (Theodor Mommsen), un homme d'État (Winston Churchill, distingué aussi pour ses discours politiques), une nouvelliste (Alice Munro) et un auteur-compositeur-interprète (Bob Dylan). Nominations et mode de fonctionnement. Chaque fin d'année, le prix Nobel est attribué par l'Académie suédoise. Celle-ci constitue ses nominations avec l'aide d'autres membres d'académies et de sociétés littéraires nationales et étrangères, d'éminents professeurs d'université en littérature, langue et linguistique, d'anciens lauréats du prix ou encore des présidents d'associations d'écrivains, représentant la culture littéraire de leurs pays. L'Académie compose le Comité Nobel (rattaché à la fondation Nobel) avec 5 de ses membres, désignés par cooptation pour 3 ans. Ces 5 académiciens vérifient la pertinence et le critère d'éligibilité des écrivains secrètement nommés pour la récompense. Durant l'automne, un courrier du Comité est expédié à près de 700 adresses afin d'être retourné pour le choix de l'année suivante. Toutes les personnes ou institutions sollicitées proposent en conséquence une liste de plusieurs noms. Il leur est fortement conseillé de détailler, expliquer ou motiver leurs choix bien que le règlement de la fondation Nobel ne l'oblige pas. Il est en revanche formellement interdit aux personnalités démarchées de voter pour elles-mêmes si elles sont éligibles pour le prix. Près de 350 noms sont proposés annuellement aux membres du Comité qui les éliminent à partir du pour ne garder que 15 à 20 candidatures en avril. Cette première sélection est soumise au préalable à tous les membres de l'Académie qui procèdent à des recommandations. Fin mai, le Comité Nobel fixe une liste finale de 5 noms, avalisée par l'ensemble des académiciens qui aura alors à désigner le récipiendaire du prix. Si l'un des auteurs proposés n'est pas publié dans une langue accessible à la majorité du jury, l'Académie peut réclamer une traduction spéciale. De même, si un écrivain nommé est méconnu du Comité mais semble légitime pour le prix, la fondation Nobel dépêche des experts qui éclairent l'Académie sur la portée de l'œuvre du candidat potentiel. Après avoir étudié en détail, durant l'été, les ouvrages des auteurs en lice, les jurés organisent plusieurs discussions. Il arrive souvent que les travaux d'un écrivain, nommé à plusieurs reprises, soient déjà lus. Dans ce cas, l'Académie prend en compte les nouvelles publications de l'auteur sélectionné. En conclusion des débats, début octobre, le jury procède à un vote. La personne qui obtient plus de la moitié des voix est désignée comme lauréate du prix. Les 4 recalés sont réinscrits d'office pour les sélections de l'année suivante. Le jury peut aussi déroger à la règle à la suite d'une décision exceptionnelle comme dans le cas très rare d'attribution d'un prix double ou conjoint. Ce mode de fonctionnement est similaire pour toutes les autres catégories du prix Nobel. L'identité du récipiendaire est révélée par le secrétaire perpétuel de l'Académie, courant octobre, lors d'une conférence de presse dans le bâtiment de Börshuset, situé dans la vieille ville de Stockholm. Le contenu des délibérations et la liste finale des 5 personnalités sont gardés secrets pendant 50 ans. Le nom du vainqueur fait en conséquence l'objet de spéculations au sein des milieux littéraires. Même si le montant de la somme inhérente au prix a évolué au cours de son histoire, il est fixé aujourd'hui à 10 millions de couronnes suédoises, à savoir environ un million d'euros. Chaque personnalité récompensée se voit décerner, par le roi de Suède, la médaille d'or et le diplôme de la fondation Nobel au cours d'une cérémonie de remise des prix, le à Stockholm, date-anniversaire de la mort d'Alfred Nobel. Auparavant, le gagnant doit faire un discours devant les membres de l'Académie suédoise dans lequel il définit son œuvre et ses aspirations artistiques. Depuis sa création, le prix est revenu à 17 femmes et 5 membres de l'Académie suédoise, élus de manière antérieure ou postérieure à la réception de leur récompense. La personnalité la plus âgée à avoir obtenu cette distinction est Doris Lessing (1919-2013), récompensée en 2007 à . Le plus jeune lauréat est Rudyard Kipling (1865-1936), récompensé en 1907 à 41 ans. Histoire controversée. Nombre de critiques, spécialistes et cercles de lecteurs déplorent le fait que la qualité des apports poétique et esthétique d'une œuvre au domaine des Lettres n'est pas le seul critère impartial sur lequel s'axe l'Académie suédoise pour attribuer le prix Nobel. Son histoire est jalonnée de controverses et il entraîne régulièrement des contestations. Premières années. Lors des premières années de l'attribution du prix Nobel, le critère d'« idéalisme », fixé par le testament d'Alfred Nobel est la principale cause de l'oubli d'écrivains et de dramaturges aussi importants que Léon Tolstoï, Anton Tchekhov, Émile Zola, August Strindberg, Jack London, Henry James, Thomas Hardy ou encore Henrik Ibsen dont les œuvres sont jugées trop pessimistes. Selon l'historien de la littérature François Comba, l'Académie suédoise, sous l'influence du secrétaire perpétuel Carl David af Wirsén, rapproche au départ la notion d'« idéalisme » de « patriotisme » et met à l'honneur toute la littérature nationaliste ou régionaliste européenne (Theodor Mommsen, Henryk Sienkiewicz, Frédéric Mistral…). Pendant la Première Guerre mondiale à laquelle la Suède ne participe pas, le comité revendique une ligne de neutralité, récompensant des auteurs de pays non-belligérants (comme le Danemark) ou des écrivains tels que Romain Rolland dont la vision universaliste et optimiste fait consensus. Dans les années 1920, l'Académie change de ligne de conduite et prime des écrivains ouvertement sceptiques et critiques comme Carl Spitteler et Anatole France dont l'œuvre s'accommode mal avec l'idéal exigé par Alfred Nobel. Dans les années 1930, le jury s'ouvre au continent américain et récompense Sinclair Lewis. Aucun écrivain allemand ou autrichien susceptible de gêner Adolf Hitler n'est distingué à l'instar de Bertolt Brecht, Hermann Broch, Joseph Roth, Stefan Zweig ou encore Robert Musil. Pour cette raison, l'écrivain tchécoslovaque Karel Čapek, farouchement opposé au national-socialisme et nommé sept fois pour le prix entre 1932 et 1938, est également écarté. En 1931, la récompense est attribuée à l'ancien secrétaire perpétuel de l'Académie Erik Axel Karlfeldt, décédé en avril. Auparavant, l'auteur avait déjà été proposé par ses collègues mais il aurait refusé le prix en 1919. Il s'agit de la seule fois dans l'histoire des Nobel que la distinction est décernée intentionnellement de manière posthume. Bien que réfugié en France et déchu de sa nationalité soviétique, Ivan Bounine devient le premier écrivain de langue russe à être distingué en 1933 car le comité préfère écarter Maxime Gorki, jugé trop proche de Staline et se ranger à l'avis d'un neveu d'Alfred Nobel dont les faveurs allaient à Bounine. Au cours de la même décennie, la candidature de Sigmund Freud est étudiée et rejetée. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le prix est suspendu de 1940 à 1943 à la demande du gouvernement suédois qui affiche une politique de neutralité dans le conflit. Au milieu des années 1940, alors que le comité a laissé mourir des grands créateurs comme James Joyce, Virginia Woolf et surtout Paul Valéry, mort en 1945 alors qu'il était le favori pour remporter le prix cette année-là, il s'agit de faire du rattrapage et de mettre à l'honneur des écrivains dont le prestige littéraire est mondial : William Faulkner, Hermann Hesse ou encore André Gide. Lors de la Guerre froide, les académiciens donnent le prix à des pays méprisés lors des premières années comme le Guatemala, la Grèce et l'Islande, ce qui préfigure l'ouverture au tiers-monde et à la littérature cosmopolite, qui connaît son apogée avec la récompense décernée à Gabriel García Márquez en 1982. Choix des lauréats dans les années 1950. En 1953, le comité distingue Winston Churchill, unique ancien Chef du gouvernement à recevoir ce prix. Ce dernier lui est décerné . Lors de l'annonce de sa victoire, Churchill est à la fois déçu car il souhaitait obtenir le prix Nobel de la paix et surpris, s'exclamant : . La candidature de Charles de Gaulle est sérieusement étudiée dix ans plus tard, car l'Académie apprécie la qualité littéraire de ses ouvrages. En 1954, 27 écrivains sont pressentis, dont l'Espagnol Ramón Menéndez Pidal, l'Américain Ernest Hemingway, et les Français André Malraux et Albert Camus dont les noms circulent depuis la fin des années 1940. Même si les jurés suédois ont une préférence pour Malraux, celui-ci n'a pas écrit de romans depuis longtemps, ce qui rend son choix impossible. Hemingway, quant à lui, vient d'écrire "Le Vieil Homme et la Mer" deux ans plus tôt. Le cynisme, la sécheresse et la brutalité de son écriture ne s'accordent pas avec l'idéal souhaité par le testament d'Alfred Nobel mais l'écrivain a une forme d'héroïsme qui séduit certains jurés. Il l'emporte. En 1955, 46 noms figurent sur la première liste de pressentis, dont les Français Albert Camus, Henri Bosco, André Malraux, Jules Romains et Georges Duhamel. L'Islandais Halldór Laxness est choisi. En 1956, parmi les 44 écrivains pressentis, il y a 12 Français : Georges Duhamel, Marcel Pagnol, Henry de Montherlant, Henri Bosco, Jean Guitton, Marthe Bibesco, Saint-John Perse, André Malraux, Gabriel Marcel, Albert Camus, Jean Schlumberger et Jules Supervielle. Mais l'Espagnol Ramón Menéndez Pidal obtient le plus de parrainages de personnalités et d'institutions. Pour Anders Österling, secrétaire perpétuel de l'Académie, le choix doit se faire entre lui et Juan Ramón Jiménez : « Il est évident que la zone espagnole a été sérieusement négligée depuis 1922, lorsque le dramaturge Jacinto Benavente a été récompensé. Le choix doit se faire entre lui et Jimenez ». Camus vient alors de publier "La Chute", un récit qui, pour les membres du comité, peut être comparé à "La Peste" pour son impact. Cette nouvelle œuvre renforce indéniablement les mérites d'Albert Camus et ses chances d'obtenir le Nobel, mais le jury préfère attendre un examen approfondi et privilégie les lettres espagnoles, négligées depuis une trentaine d'années. Juan Ramon Jimenez est donc choisi. En 1957, 49 noms sont cités sur les listes dont 12 nouveaux. Cette fois, le choix, unanime, du comité se porte sur Albert Camus. Quelques mois auparavant, le , Anders Österling écrit une critique élogieuse de "L'Exil et le Royaume" dans le quotidien "Stockholms Tidningen". Le , Albert Camus est désigné « pour son importante œuvre littéraire qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ». En 1958, l'attribution du prix à Boris Pasternak déclenche la colère des autorités soviétiques. L'auteur est forcé de décliner la récompense pour s'épargner des sanctions. Le Nobel dans les années 1960 et 1970. Lorsqu'en 2012, la fondation Nobel rend publiques les archives des délibérations vieilles de cinquante ans comme le stipule le règlement, elle révèle que John Steinbeck fut récompensé par défaut. Les quatre autres auteurs retenus dans la sélection finale de 1962 étaient la Danoise Karen Blixen, le Français Jean Anouilh, puis les Britanniques Lawrence Durrell et Robert Graves. Il fut d'emblée décidé que Durell serait écarté. Son œuvre ne faisait pas l'unanimité au sein du jury qui avait déjà évincé sa candidature l'année précédente sur l'insistance d'un membre du comité trouvant que ses livres avaient un , en raison d'une . Blixen mourut un mois avant l'élection du gagnant et Anouilh fut évincé car sa victoire aurait été trop proche de celle Saint-John Perse, le dernier lauréat français. Graves, quant à lui, était connu comme poète bien qu'il ait publié quelques romans. Mais pour Anders Österling, secrétaire perpétuel d'alors, personne dans la poésie anglophone n'égalait le talent d'Ezra Pound, dont il fut décidé qu'il serait privé de la récompense à cause de ses positions politiques. Steinbeck obtint finalement le prix. L'annonce de son couronnement fut mal reçue par la presse suédoise et américaine pour qui il était un auteur du passé. En effet, l'écrivain américain n'avait rien publié de marquant depuis longtemps et ses grands romans ("Les Raisins de la colère", "Des souris et des hommes" et "À l'est d'Éden") étaient derrière lui. Quand il répondit à un journaliste lui demandant s'il méritait la distinction, Steinbeck, lui-même surpris par sa victoire, répondit : . Jamais par la suite, Anouilh, Graves et Durrell ne furent primés. En 1964, Jean-Paul Sartre décline le prix Nobel qui, selon lui, est « beaucoup trop tourné vers l'Occident ». En 1968, le prix est décerné à Yasunari Kawabata sur recommandation d'experts de la littérature japonaise car le jury souhaitait équilibrer son palmarès et s'ouvrir à l'Asie. Le lauréat de l'année 1970 Alexandre Soljenitsyne, dissident soviétique, ne veut pas se rendre à Stockholm de peur de ne pas être autorisé à retourner en Union soviétique où il est assigné à résidence et où son œuvre, mise à l'index, circule clandestinement. Mais après le refus du gouvernement suédois d'honorer Soljenitsyne par une remise du prix avec lecture et discours publics lors d'une cérémonie organisée à l'ambassade de Moscou, l'écrivain est prêt à décliner la récompense et l'argent, rejetant les conditions suédoises qui, selon lui, sont « une insulte au prix Nobel lui-même ». Il ne peut percevoir sa distinction qu'après avoir été déchu de sa nationalité soviétique et exclu d'URSS en 1974. En 1974, Graham Greene, Vladimir Nabokov et Saul Bellow, gardés dans la liste finale, sont donnés favoris. Mais le comité préfère attribuer un prix conjoint aux écrivains suédois Eyvind Johnson et Harry Martinson, tous deux membres de l'Académie et donc jurés du prix Nobel. Bellow est finalement honoré deux ans plus tard en 1976, mais ni Greene ni Nabokov ne seront récompensés. Un prix politique ? La non-attribution du prix est souvent polémique dans la mesure où elle peut avoir valeur de sanction politique, à l'instar de Louis-Ferdinand Céline et d'Ezra Pound, écartés respectivement pour leurs prises de position antisémite et pro-fasciste. Maintes fois retenu sur les listes, Jorge Luis Borges n'aurait, de son côté, jamais été récompensé comme le suppose son biographe Edwin Williamson dans "Jorge Luis Borges, une vie", en raison de ses relations conciliantes, voire troubles, avec les dictatures argentine et chilienne. Josepha Laroche soutient justement la thèse selon laquelle les motivations de l'Académie suédoise dépassent l'évaluation de la qualité littéraire d'une œuvre ou de son apport novateur pour s'inscrire dans une dimension éminemment diplomatique : . François Comba nuance cette affirmation, expliquant que la valeur esthétique et littéraire reste primordiale dans l'attribution du prix même si le critère politique n'est pas évincé : . Cependant, les oublis notables contrastent avec certains choix du comité comme le fait de récompenser Pablo Neruda et Jean-Paul Sartre, proches du communisme, Gabriel García Márquez, proche ami de Fidel Castro ou encore Camilo José Cela, qui a toujours oscillé entre connivence et critique du franquisme, ayant assuré un temps la fonction de censeur littéraire, entre 1943 et 1944, tout en étant lui-même censuré. En août 2006, à la suite du chahut médiatique provoqué par la révélation de l'engagement volontaire au sein de la Waffen-SS en 1944 de Günter Grass (récompensé en 1999), la fondation Nobel intervient face aux sommations de la droite allemande et d'une partie de la presse qui demandent à l'écrivain de rendre sa récompense et la somme d'argent reçue. Le président du comité déclare que « l'attribution des prix est irréversible car aucun prix Nobel n'a été retiré à quiconque par le passé ». En avril 2012, après la publication du poème polémique « "Ce qui doit être dit" » dans lequel l'auteur accuse Israël de menacer la paix mondiale, Peter Englund, secrétaire perpétuel de l'Académie, exclut une nouvelle fois toute sanction vis-à-vis de Grass, rappelant que le prix lui a été attribué pour son mérite littéraire uniquement. Les choix du jury dans le courant des années 2000 ont été soupçonnés, par une partie de la presse, d'être motivés par l'actualité politique, notamment avec le couronnement d'Harold Pinter en 2005 qui concorde avec ses virulentes prises de position contre la guerre d'Irak ou celui d'Orhan Pamuk en 2006 après la reconnaissance publique par ce dernier du génocide arménien et du massacre des Kurdes par la Turquie. Le comité est en effet souvent taxé d'« élitisme » et d'« engagement gauchiste » par une partie de la presse car il met régulièrement à l'honneur des romanciers ou des poètes méconnus du grand public, pour la plupart engagés à gauche, mais le jury a toujours revendiqué son indépendance. Néanmoins, le choix de récompenser Mario Vargas Llosa en 2010 (auteur très engagé à droite et candidat du parti libéral lors de l'élection présidentielle du Pérou en 1990) est à considérer. En 2012, le choix du Chinois Mo Yan entraîne de vives contestations au sein du monde des arts, des lettres et de la culture en raison de la proximité supposée de l'auteur avec les autorités de Pékin et son silence vis-à-vis de la répression des opposants politiques, du non-respect des droits de l'homme et de l'application de la censure en Chine. Parmi ses détracteurs se trouvent l'artiste Ai Weiwei, l'écrivain indo-britannique Salman Rushdie et la romancière germano-roumaine Herta Müller, lauréate du prix en 2009, qui considère ce Nobel comme une « honte », une « catastrophe » et « une claque pour tous ceux qui travaillent au respect de la démocratie et les droits de l’homme ». Des attributions parfois contestées. Plusieurs spécialistes regrettent que la liste des lauréats comporte pléthore d'oublis majeurs. L'Académie reconnaît avoir raté des monuments de la littérature universelle, en raison du décès prématuré de certains écrivains : Marcel Proust, Rainer Maria Rilke et Antonin Artaud (morts tous trois à 51 ans), Vladimir Maïakovski et Paul Celan (qui se sont respectivement donné la mort à 36 et 49 ans) ou encore Federico García Lorca (exécuté sommairement à 38 ans). L'actuel membre du jury Kjell Espmark rappelle par ailleurs que l'essentiel de l'œuvre de Franz Kafka, Fernando Pessoa, Constantin Cavafy et Ossip Mandelstam a été publié après leur mort et qu'en conséquence les jurés n'ont jamais pu en évaluer la portée de leur vivant. Sur cependant quelques choix d'un goût discutable et reconnaît l'indigence de certains résultats, notamment lors de la décennie 1930-1939 : . Les médias notent, de plus, que beaucoup de poètes ont été récompensés, dans un esprit fidèle à celui d'Alfred Nobel, grand amateur de poésie. À l'inverse les écrivains qui privilégient une multitude de petits ouvrages aux grandes sommes semblent défavorisés. Selon le professeur en littérature comparée de Harvard, David Damrosh, Italo Calvino n’a jamais été nobelisé pour cette raison. Toutefois, le prix décerné en 2013 à Alice Munro, qui écrit surtout des nouvelles, semble marquer un changement. En 1989, la romancière Kerstin Ekman « démissionne » de l'Académie suédoise pour cause de non-condamnation, de la part de ses collègues, de la fatwa islamique contre Salman Rushdie, écarté du palmarès. Elle a toujours sa place à l'Académie, mais refuse depuis l'affaire Rushdie de participer aux réunions. L'année de l'attribution surprise du prix à l'homme de théâtre Dario Fo, en 1997, Salman Rushdie et Arthur Miller en lice, faisaient figure de favoris. Mais le jury aurait considéré leur éventuelle victoire comme « beaucoup trop prévisible », émanant d'un choix « trop populaire ». Le choix d'Elfriede Jelinek en 2004 n'a pas seulement divisé la presse, il a également été l'objet de violents débats au sein de l'Académie. Sur l'exemple d'Ekman, le professeur en littérature scandinave Knut Ahnlund quitte sa fonction d'académicien en 2005, jugeant l'honneur fait à l'écrivain autrichien être un . Il n'a plus participé à aucun débat de l'Académie jusqu'à son décès en 2012. Les propos de l'ancien secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise Horace Engdahl, qui justifiait devant l'Associated Press en octobre 2008 la précellence accordée par les jurés aux auteurs européens, ont déclenché un tollé au sein des milieux littéraires outre-Atlantique : L'année suivante, le nouveau secrétaire perpétuel Peter Englund enraye la polémique en expliquant qu' Critiques récentes. La critique la plus insistante concerne la perspective euro-centrée ou occidentalo-centrée du jury et le fait que certaines zones géographiques soient totalement délaissées, faute de rayonnement ou de traductions suffisantes à l'instar de la littérature persane. Les lettres arabes trouveraient, quant à elles, peu d'échos car elles sont souvent contextualisées, référencées et ont un contenu assez social, ce qui suppose qu'elles correspondent mal à l’exigence universaliste du Nobel. Au vu du nombre de lauréats (81 sur 113), l'Europe est sans conteste le continent le plus récompensé par l'Académie. Plusieurs journaux suédois ironisent d'ailleurs sur le fait que la Suède détient plus de prix Nobel que l'Asie (huit prix suédois contre quatre à peine pour le continent asiatique : deux japonais, un indien et un chinois). L'Afrique a attendu très longtemps son premier lauréat, le Nigérian d'expression anglaise Wole Soyinka en 1986. L'ont suivi l'Égyptien arabophone Naguib Mahfouz en 1988, puis les Sud-Africains anglophones Nadine Gordimer et J. M. Coetzee, récompensés respectivement en 1991 et 2003. De même, certains favoris de la presse sont systématiquement évincés, à l'instar de Philip Roth, Amos Oz, Ismaïl Kadaré, Milan Kundera, Adonis, Ko Un, Haruki Murakami et Claudio Magris. Nouvelle Académie et Nobel dit « alternatif » (2018). Dans le sillage du mouvement féministe suscité par le hashtag #MeToo, 18 femmes portent publiquement de graves accusations à l'encontre de Jean-Claude Arnault, époux de l'académicienne Katarina Frostenson dont le prestige, jusque-là, protégeait la réputation du photographe. L'académie, face au scandale médiatique déclenché par ces témoignages accablants, décide de reporter le Nobel de littérature à l'année suivante. Refusant d'avoir à subir le comportement d'un homme, des personnalités suédoises, dont , autrice de "Me too : Så går vi vidare Röster, redskap och råd" (Lava Förlag, 2017), fonde une Nouvelle Académie chargée de décerner un prix littéraire de portée internationale en soulignant, précisément, le rôle crucial de la littérature à l'heure de #MeToo dans un monde qui se polarise. D'après elle, en tant que citoyenne d'un pays démocratique telle que la Suède, il était inadmissible de ne pas décerner de prix. La récipiendaire de ce prix Nobel qualifié d'« alternatif » par la presse est Maryse Condé. Le , quatre jours après l'annonce de la lauréate du prix, dans l'annexe de l'Université Columbia à Paris lors d'une rencontre avec les écrivains africains-américains Ta-Nehisi Coates et Jake Lamar, l'universitaire Maboula Soumahoro prononce un discours dans lequel elle interroge le sens de ce label « alternatif » pour une femme noire écrivaine originaire de la Guadeloupe. Liste des lauréats. En tout, 115 prix Nobel de littérature ont été attribués à 119 lauréats. Le prix n'a pas été décerné 7 années (1914, 1918, 1935, 1940–1943) mais a été décerné à deux lauréats en 1904, 1917, 1966 et 1974. Années 1900 - 1910 - 1920 - 1930 - 1940 - 1950 - 1960 - 1970 - 1980 - 1990 - 2000 - 2010 - 2020 Statistiques. Récompenses par nationalité. En 2022, les prix par nationalité se répartissent ainsi : Récompenses par langue. En 2016, les prix par langue d'écriture se répartissent ainsi : Répartition par domaines linguistiques. En 2022, sur 119 écrivains récompensés par le Prix Nobel, seulement 8 (soit 6,7 %) utilisent des langues appartenant aux domaines linguistiques d'Asie et du Moyen-Orient. Les 111 écrivains restants (soit 93,2 %) utilisent des langues du domaine linguistique européen. Ils se répartissent de la manière suivante : Les écrivains de langue anglaise (toutes origines confondues) représentent à eux seuls plus du quart des lauréats. Liste des lauréates. De à , 17 des 119 Prix ont été attribués à des écrivaines.
PC PC est un sigle qui peut désigner : Sciences et techniques. PC est un sigle qui signifie : PC est un symbole, qui signifie : pC est un symbole, qui signifie : PC est un symbole pour :
Parti communiste français Le Parti communiste français (PCF) est un parti politique français fondé en 1920. Il est issu du congrès de Tours de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) visant à décider de l'adhésion à l'Internationale communiste ; la majorité du congrès ayant décidé de cette adhésion crée alors la Section française de l'Internationale communiste (SFIC), la minorité restant au sein de la SFIO. Le parti devient en 1921 le Parti communiste - SFIC, abrégé en PC-SFIC, puis le PCF en 1943. Dans l’immédiat après-, le parti constitue la première force de gauche en France. Son assise électorale diminue cependant de façon continue à partir des années 1970, notamment en raison de la concurrence du Parti socialiste (PS). À la fin des , le PCF noue une alliance avec le Parti de gauche au sein du Front de gauche. À la suite de la fin de cette alliance, il privilégie une stratégie d'autonomie, avec l'élection de Fabien Roussel comme secrétaire national. En 2022, il participe à la formation de la coalition de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) à l'occasion des élections législatives. Le PCF revendique quelque à jour de cotisation en 2021. L'organe officiel du parti est pendant longtemps le journal "L'Humanité", qui en est désormais structurellement indépendant tout en en restant proche. Histoire. Fondation au congrès de Tours (1920). En , lors du congrès de Tours, la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) se divise en deux. Une majorité des militants socialistes décident de s'affilier à l'Internationale communiste (également connue sous l'appellation Komintern), fondée par Lénine à la suite de la révolution russe. Majoritaires, ils créent un nouveau parti, la Section française de l'Internationale communiste (SFIC), qui deviendra par la suite le Parti communiste français. Le nouveau parti, qui accepte de se soumettre aux conditions explicitement formulées par l'Internationale communiste, se présente comme révolutionnaire, internationaliste et n’exclut pas d’avoir recours à des actions illégales en cas de nécessité. En interne, il prône le centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement. Premières années (1921-1933). Rapidement, le parti est rebaptisé Parti communiste-Section française de l'Internationale communiste (PC-SFIC). Il est distinct du Parti communiste (PC), dissout en , qui est une formation d’inspiration libertaire et anti-parlementariste lancée en 1919, de laquelle émergera le soviétisme-libertaire, et liée aux anarchistes soutenant la révolution russe. Les premières années du PC-SFIC sont marquées par sa stalinisation (ou bolchévisation), ainsi que par un activisme militant, notamment en matière d’antimilitarisme. L'arrestation et l'incarcération de courte durée est très fréquente, tant pour les militants que pour les dirigeants. Aux élections législatives de 1924, le parti obtient 9,8 % des suffrages et . En 1925, les élections de femmes présentées par le PC-SFIC sont annulées, celles-ci ne pouvant voter et se présenter aux élections. Alors que de nombreuses exclusions de membres fondateurs du parti ont lieu, le PC-SFIC suit les directives de l’Internationale communiste en s'opposant à toute entente avec les partis , SFIO comprise. L'autoritarisme et la bureaucratie du parti ont des conséquences très négatives sur les effectifs des militants et provoquent une crise des cadres. Aux élections législatives de 1932, le parti obtient 8,3 % des suffrages, son plus mauvais résultat depuis sa création. Des organisations communistes dissidentes se créent pour défendre un communisme opposé au stalinisme. Le Parti communiste s’engage dans les luttes anticoloniales, une position alors isolée dans le paysage politique français. L’Union intercoloniale, créée en 1922, rassemble des militants originaires des colonies françaises autour de revendications d’égalité politique (droit de vote) et sociale (« À travail égal, salaire égal »). Les communistes appellent ainsi à la fraternisation avec les insurgés marocains lors de la guerre du Rif (1925-1926) et à l’évacuation du Maroc par l’armée française, s'engagent pour l’arrêt des combats et l'indépendance de la Syrie lors de la grande révolte de 1925-1927, et dénoncent les festivités du centenaire de la colonisation de l'Algérie, organisant notamment une campagne de boycott de l'exposition coloniale (1931). En 1930, Maurice Thorez, qui se montre critique envers la direction sortante, prend la tête du PC-SFIC sur demande de Moscou. Certains membres du parti participent à des activités d'espionnage en France au profit de l'URSS, une stratégie qui culmine avec l'éclatement de l'affaire Fantômas. Front populaire et guerre d'Espagne (1934-1939). Après la prise du pouvoir d'Adolf Hitler, l'Internationale communiste recommande une ligne moins sectaire. La lutte pour la direction du parti entre Jacques Doriot et Maurice Thorez aboutit à l'éviction du premier, qui évolue vers l’anticommunisme et crée en 1936 le Parti populaire français. Maurice Thorez s'entoure d'une équipe constituée de Jacques Duclos, Benoît Frachon et du représentant de l'Internationale communiste, Eugen Fried, qui exerce une influence considérable. Les instances dirigeantes sont alors totalement subordonnées à l'IC, elle-même dominée par Staline et les autres dirigeants de l'URSS. L'équipe Thorez-Duclos-Frachon connaîtra une longévité exceptionnelle et dirigera le parti français près de trois décennies. Le parti s'organise autour de dirigeants majoritairement issus de la classe ouvrière, mettant en place des dispositifs de formation et de promotion de cadres d’origine populaire et favorisant la présentation aux élections de candidats ouvriers. Les dirigeants Thorez, Duclos et Frachon ont été respectivement mineur, métallurgiste et ouvrier pâtissier. Le cheminot Pierre Semard a été secrétaire général du parti de 1924 à 1929. Cependant, les ouvriers peu qualifiés sont cantonnés aux postes à faible responsabilité. À la suite de la crise du en France, interprétée par la gauche comme une tentative de coup d'État fasciste, le PC-SFIC change de stratégie, et forme avec la SFIO et les radicaux le Front populaire, qui remporte les élections législatives de 1936. Après avoir obtenu et 15 % des voix, le PC-SFIC soutient le gouvernement Blum, mais n’y participe pas sur ordre de Moscou. La direction du parti appelle ensuite à l'arrêt de la grève générale spontanée à l’issue des accords de Matignon, qui prévoient des mesures sociales ne figurant pas dans le programme électoral du Front populaire. Sur le plan syndical, la CGTU et la CGT se réunifient. De 1936 à 1939, le soutien aux républicains espagnols représente une part importante de l'activité du Parti communiste (SFIC), tant par l'envoi de volontaires dans les Brigades internationales que par la mise sur pied de moyens matériels. Sur le plan sociétal, le PC-SFIC suit le revirement politique stalinien de l'URSS des années 1930 : il rompt avec les avancées féministes post-révolution de 1917, condamne le divorce et l'avortement, et prône le natalisme. Dans ce contexte, Maurice Thorez tend la main aux catholiques. En dépit de son conservatisme moral des années 1930-1960 et alors que les femmes ont peu de fonctions importantes en son sein, le Parti communiste est, tout au long du , le parti le plus « féminin » de France : engagé en faveur du droit de vote des femmes à partir des années 1920, il fait élire en 1946 dix-sept des trente-trois premières femmes députées ; en 1956, on ne compte plus que dix-neuf femmes à l’Assemblée nationale, mais quinze sont communistes. Attitude lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Le , l'URSS signe le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression et de partage de l'Europe centrale avec l'Allemagne nazie. Le PC français approuve officiellement la signature du pacte, ce qui entraîne le départ de certains militants. Lorsque la guerre éclate, l'Union soviétique reste neutre et achève même l'invasion de la Pologne telle que prévue par le pacte. Le gouvernement Daladier estimant que les communistes découragent l'effort de guerre, la presse communiste est interdite le . Le Parti communiste (SFIC) est ensuite interdit par un décret-loi du . Les restés fidèles à la ligne du parti fondent le Groupe ouvrier et paysan français à la Chambre des députés. Ces députés sont toutefois arrêtés le , déchus de leur mandat le , puis condamnés à des peines allant de de prison avec sursis à de prison ferme ainsi qu'à de privation de leurs droits civiques et civils. Certains parlementaires sont déportés en Algérie, puis libérés après le débarquement allié en Afrique du Nord en 1943, tandis que d'autres vivent dans la clandestinité en France ou sont emprisonnés. Le secrétaire général du PC-SFIC, Maurice Thorez, mobilisé, déserte l'armée française en , et se réfugie en Belgique, où est reconstituée la direction du PC-SFIC, désormais clandestin. En , des responsables de haut niveau, suivis de près par Jacques Duclos et Maurice Thorez, demandent aux autorités allemandes l'autorisation de faire reparaître légalement "L'Humanité" ; en dépit des promesses obtenues par les Allemands, l'autorisation n'est pas accordée. Après la Libération, le PCF nie l'existence de pourparlers avec l'occupant concernant la reparution de "L'Humanité". Il les reconnaît par la suite mais l'attribue à l'initiative de simples militants. C'est seulement à partir des années 1980 que le parti admet que ces négociations ont été réalisées sur consigne de la direction du parti. Bien que certains membres du parti l’aient fait avant, et même pour l'un de ses dirigeants, Charles Tillon, la veille de l'appel du 18 juin 1940, le PC-SFIC n'entre officiellement en résistance armée qu'au début de l'été 1941 : les communistes se tournent alors massivement vers le combat militaire contre l'occupant. Malgré ce retard relatif, il se prévaut d'être le premier parti politique français à l'avoir fait. Certains historiens relèvent également que le pacte germano-soviétique constituait également à l'autre bord une source d'embarras et de perplexité pour les collaborateurs pendant la première année d'occupation. Or dès l'annonce de l'invasion de l'URSS, ils exultent face à la clarté binaire de la nouvelle situation. Le communiste Charles Tillon témoigne d'actes croissants de sabotage avant l'attentat du 21 août 1941 : . Parmi les raisons qui auraient fait hésiter les communistes avant l'été 1941 à frapper militairement les armées d'occupation, il y avait le fait que « ce soldat allemand pouvait être un camarade communiste de Hambourg ou un ouvrier de Berlin... Un officier pouvait être un professeur antihitlérien ». En parallèle, des militants ayant quitté le PC-SFIC se montrent favorables à la Collaboration. Ainsi, Marcel Gitton, ancien numéro trois du parti, regroupe d'anciens députés communistes du Groupe ouvrier et paysan et fonde en 1941 le Parti ouvrier et paysan français (POPF), qui milite pour la Collaboration. Gitton est assassiné en par un résistant communiste. Préparé à la Résistance par la pratique de la clandestinité enclenchée sous le gouvernement Daladier, le PC-SFIC engage la lutte contre l'occupant à partir de . Pierre Georges, dit « Colonel Fabien », membre du PCF, réalisera en 1941 ce qui est considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d'occupation. Georges Guingouin joue un rôle important dans la formation du maquis du Limousin. Le Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France, mouvement de la Résistance intérieure française, est créé par le PC-SFIC en 1941. Des dirigeants communistes comme Auguste Havez et Marcel Paul sont actifs dans l'ouest de la France. Des intellectuels communistes participent également à la Résistance, notamment autour de "La Pensée libre", dont plusieurs contributeurs sont exécutés par les Allemands, et des "Lettres françaises". Les résistants communistes français se rapprochent ensuite des autres éléments de la résistance intérieure française comme de la France libre. Le PC-SFIC devient le Parti communiste français (PCF) en 1943. Participation gouvernementale et succès électoraux (1944-1956). À la Libération, le parti se décrit comme le « parti des », chiffre exagéré puisque les historiens estiment à le nombre de fusillés déportés en France. Mais dès la fin de la guerre, les anciens dirigeants de la Résistance sont progressivement écartés de la direction du PCF, ou bien sont exclus du parti. Dans le même temps, le culte de la personnalité du PCF glorifie Staline, dont la popularité se renforce au sein du parti après sa mort. Électoralement, le PCF s'implante fortement dans le monde ouvrier, dans les zones rurales et chez les intellectuels, parmi lesquels l'existentialiste Jean-Paul Sartre. Grâce à une rigoureuse politique de contrôle de sa composition sociale, le Parti communiste est parvenu pendant des décennies à rester un parti majoritairement composé d’ouvriers, y compris à sa tête. Le PCF fait partie des gouvernements français entre 1944 et 1947 : et puis dans le cadre d'un tripartisme avec le MRP et la SFIO : Des personnalités communistes participent par exemple à l'adoption du droit de vote des femmes (Fernand Grenier) ainsi qu'aux grandes lois relatives à la sécurité sociale (Ambroise Croizat). Aux élections constituantes le 21 octobre 1945, le PCF fait une percée en obtenant 26,2 % des suffrages et , devenant le premier parti de France, au détriment d'autres partis de gauche (SFIO, Parti radical, UDSR). Il réalise son meilleur score dans un scrutin législatif lors des élections du 10 novembre 1946 (28,3 % des suffrages et ), redevenant ainsi le premier parti de France. Allié au Rassemblement démocratique africain (RDA), présent dans les colonies françaises d'Afrique, il obtient du Parlement l'interdiction du travail forcé dans les colonies. Aux municipales d'octobre 1947, le PCF arrive en deuxième position avec 30 % des voix. Le 4 , sur fond de guerre froide, les communistes français sont exclus du gouvernement. Jusqu'à la fin de la , le PCF est le seul parti à rester à l'écart du pouvoir. La même année, le Kominform donne pour nouvelle direction stratégique aux différents partis communistes de s'opposer aux politiques gouvernementales : le PCF lance des grèves massives. Aux législatives de 1951, le PCF perd du fait de son isolement et de la nouvelle loi électorale. Maurice Thorez, atteint d'hémiplégie, passe de longs séjours en URSS pour se faire soigner entre 1950 et 1953. Le PCF perd progressivement en popularité et des désaccords idéologiques apparaissent chez les militants: les exclusions sont alors nombreuses, menées principalement par Jacques Duclos. Des personnalités, comme Auguste Lecœur, s'inscrivent dans la remise en cause du stalinisme qui fait suite au rapport Khrouchtchev. Le PCF cache et minimise pendant deux décennies la critique de Staline et le . Le PCF demeure attaché à l'URSS, dont il soutient l'intervention en Hongrie contre l'insurrection de Budapest. Cette position lui aliène de nombreux soutiens, comme Aimé Césaire. Anticolonialiste et antimilitariste, le PCF s'oppose à la guerre d'Indochine et à la guerre d'Algérie. La répression en 1952 d'une manifestation contre le général Matthew Ridgway, dirigeant des forces américaines en Corée, provoque la mort de deux manifestants, et conduit à la perquisition du siège du PCF et à l'arrestation de Jacques Duclos. En 1956, le PCF vote les pouvoirs spéciaux à Guy Mollet, mais celui-ci, contrairement à la volonté du parti, applique une politique dure de répression en Algérie française. Le parti y soutient le Front de libération nationale (FLN). Maintien de son socle électoral et début du rejet du modèle soviétique (1956-1970). Aux législatives de 1958, après le retour du général de Gaulle au pouvoir, le PCF obtient 19 % des voix au premier tour et seulement . Il réoriente sa ligne politique à son congrès de 1959, en estimant qu'il peut exister une alliance de ceux qui s'opposent au « capitalisme monopoliste d'État ». Aux législatives de 1962, le PCF obtient 22 % des suffrages et . La période entre 1964 et 1972, après la mort de Maurice Thorez, apparaît comme une phase de transition. Lors de l'élection présidentielle de 1965, le PCF soutient le candidat unique de la gauche, François Mitterrand. Durant les événements de Mai 68, le PCF est d'abord hostile au mouvement étudiant. Aux élections législatives de 1968, le PCF obtient 20 % des voix et , devançant nettement la FGDS. L'année suivante, le candidat du PCF à la présidentielle, Jacques Duclos, obtient 21,2 % des voix, manquant de peu de se qualifier au second tour. Ce score, considéré comme excellent, confirme la suprématie du PCF au sein de la gauche, qui devance largement les autres candidats. Monopolisant l'opposition, le parti approuve certaines mesures du pouvoir gaulliste : indépendance de l'Algérie (1962), retrait du commandement intégré de l'OTAN (1966), discours de Phnom Penh (1966), politique pro-arabe (1967). En 1968, la répression par l'URSS du Printemps de Prague voit le PCF se démarquer de la politique soviétique : le parti désapprouve l'intervention de l'armée sans pour autant la condamner fermement. Cette ambiguïté l'éloigne d'un certain nombre de militants, en particulier des cercles intellectuels qui lui étaient restés favorables. Par la suite, la parution en France de "L'Archipel du Goulag", d'Alexandre Soljenitsyne, participe au débat sur la situation des pays communistes. Programme commun, prise de distance avec l'URSS et amorce du déclin (1970-1981). Au début des années 1970, Waldeck Rochet quitte la direction du parti pour cause de maladie. Il est remplacé par Georges Marchais, qui affiche pour objectif de faire accéder la gauche au pouvoir. Dans cette optique, il signe en 1972 le Programme commun d'union de la gauche avec le Parti socialiste, tout juste créé. Lors de l'élection présidentielle de 1974, comme en 1965, le PCF apporte son soutien au socialiste François Mitterrand, qui échoue au second tour face à Valéry Giscard d'Estaing. En 1976, le PCF se démarque des dirigeants de l'URSS pour s'orienter vers une ligne de type eurocommuniste, à l'image du Parti communiste italien. Le parti abandonne la référence à la doctrine de la « dictature du prolétariat », affirme son indépendance vis-à-vis de Moscou et son attachement aux libertés publiques. Ce changement survient vingt ans après la publication en URSS du rapport Khrouchtchev, ce qui fera dire à Robert Hue : . Les élections intervenant à partir de 1976 montrent que le PS l'emporte sur le PCF, une situation inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le PCF dirige cependant près de municipalités après les élections municipales de 1977. Peu après, en vue des législatives de 1978, pour lesquelles la gauche est favorite, la direction communiste propose à ses partenaires une actualisation du Programme commun, appelant notamment à renforcer le volet social et le champ des nationalisations. Mais après des mois de négociations, les trois formations actent leur désaccord et décident de se présenter aux élections avec leurs propres programmes. Contre toute attente, la majorité de droite l'emporte finalement. Par la suite, alors qu'il pensait sortir gagnant du Programme commun lors de sa signature en 1972, le PCF ne retrouvera plus la première place à gauche, en partie en raison de l'émergence des classes moyennes et de la croissance des entreprises de services. Il s'ensuit une vague de contestation dans une frange du parti, qui reproche à Georges Marchais d'être responsable de l’échec des négociations sur le Programme commun. En 1979, le soutien apporté par le secrétaire général du PCF à l'intervention soviétique en Afghanistan est interprété comme le signe d'un réalignement du PCF sur la politique soviétique. Le parti continue d'ailleurs à recevoir une aide financière et matérielle importante de la part de l’URSS. Incompatibilité avec la participation gouvernementale et poursuite du déclin (1981-1994). Pendant la campagne présidentielle de 1981, Georges Marchais, désigné candidat du parti, est un temps en passe de dépasser François Mitterrand dans les études d'opinion. Georges Marchais propose notamment le rétablissement de la planification économique, la nationalisation de toutes les grandes entreprises et la hausse du SMIC. Il obtient finalement 15,3 % des voix, dix points derrière Mitterrand, qu'il rallie au second tour mais que de nombreux communistes refusent de soutenir. Aux élections législatives qui suivent la victoire du candidat socialiste, le PCF confirme son déclin : avec 16,1 %, il perd des sièges au profit du PS dans plusieurs de ses fiefs historiques, notamment la Seine-Saint-Denis. Après les élections, le PCF participe au gouvernement de Pierre Mauroy en obtenant quatre portefeuilles ministériels (Transports, Fonction publique, Santé, Formation professionnelle). Après l'échec de sa politique économique keynésienne (trois dévaluations successives, des milliards de francs de fuite de capitaux et une poursuite de l'augmentation du chômage), le gouvernement s'oriente rapidement vers une politique de « rigueur économique », qui laisse sceptiques les communistes et conduisent à leur départ du gouvernement en . Aux élections européennes de 1984, le PCF s'effondre à 11,2 %, se retrouvant talonné par le Front national. Le PCF passe sous la barre des 10 % lors des élections législatives de 1986, avec . Mais Georges Marchais refuse de remettre la ligne du parti en question et continue de soutenir officiellement le régime soviétique. Il propose André Lajoinie comme candidat à l'élection présidentielle de 1988. Le courant rénovateur de Pierre Juquin, qui propose notamment une refonte du PCF sur une ligne eurocommuniste et écologiste, s'oppose à ce choix. Pierre Juquin décide alors de se présenter en candidat dissident : il recueille 2,1 % des voix, ce qui contribue au score historiquement bas obtenu par le candidat du PCF à une élection (6,8 %). Lors des municipales de 1983 et de 1989, le PCF encaisse de lourdes pertes, perdant Nîmes, Amiens, Vierzon, Saint-Quentin, Saint-Étienne et Reims. Certains communistes, tels Charles Fiterman, quittent le PCF pour le PS, considérant que l'idéal communiste est mort. Aux élections européennes de 1989, la liste de Philippe Herzog obtient 7,7 %, quatre points derrière le Front national, un nombre croissant d'électeurs ouvriers se ralliant au parti d'extrême-droite. Les années suivantes, le parti poursuit son déclin et Georges Marchais se résout à quitter sa tête. Rénovation, redressement et participation à la majorité plurielle (1994-2002). Lors de son , en 1994, et après la chute du mur de Berlin en 1989 et de l'URSS en 1991, le PCF abandonne le centralisme démocratique et le mode d'organisation marxiste-léniniste : les militants votent désormais directement pour choisir une motion. Ainsi, les marxistes-léninistes (Maxime Gremetz, André Gerin) se regroupent au sein du courant orthodoxe, tandis que les eurocommunistes (Marcelin Berthelot, Patrick Braouezec) s'organisent au sein d'un courant dit « refondateur ». À l'issue du congrès, Robert Hue devient secrétaire national du parti. La faucille et le marteau sont supprimés sur le logo du PCF. Bien que concurrencé par Arlette Laguiller, Robert Hue obtient 8,6 % des voix à l'élection présidentielle de 1995, ce qui est considéré comme un score honorable. Le secrétaire national engage alors une transformation du parti. Lors de la publication du "Livre noir du communisme", Hue reconnait les crimes du marxisme-léninisme et rompt avec Georges Marchais en déclarant que le bilan de l'URSS est . En 1996, il propose de changer le nom du Parti communiste, mais abandonne face à la pression du courant orthodoxe, qui menace d'une scission. Aux élections législatives de 1997, le PCF participe à la gauche plurielle, une coalition de la gauche parlementaire. Avec 9,9 % des voix, le PCF remonte à : malgré de fortes dissensions internes provoquées par la remise en cause de la ligne passée, la stratégie de Robert Hue paraît payante. Plusieurs ministres entrent alors dans le gouvernement Lionel Jospin. Le ministre Jean-Claude Gayssot porte la loi SRU, qui fixe un objectif de 20 % de logements sociaux dans les villes, et Marie-George Buffet fait progresser la lutte contre le dopage dans le sport. Après avoir donné des résultats économiques satisfaisants, le gouvernement Jospin déçoit une partie de l'électorat communiste. Aux élections intermédiaires, le PCF obtient des résultats oscillants. Dans le même temps, le parti continue à se réformer. En 2000, le conseil national met en place une direction collective entre Marie-George Buffet (secrétaire nationale) et Robert Hue (qui devient président du PCF, une fonction inédite dans l'histoire du parti), et prévoit la désignation de son candidat à l'élection présidentielle par les adhérents. Le parti comprend alors plusieurs courants, même si les tendances ne sont pas reconnues par les statuts : un courant conservateur (« orthodoxe »), surtout implanté dans le Nord de la France, qui revendique le marxisme-léninisme comme doctrine, un courant refondateur, qui prône une réorganisation totale du parti, et le courant majoritaire, derrière Marie-George Buffet, qui prône l'ouverture aux mouvements sociaux et aux autres organisations de gauche tout en n'excluant pas une participation au gouvernement. Chute électorale et ouverture sur la gauche antilibérale (2002-2007). En 2002, le PCF obtient des scores historiquement faibles, divisés par deux à trois par rapport aux élections précédentes. À la présidentielle, Robert Hue obtient seulement 3,4 % des suffrages. Dans les semaines qui suivent, avec 4,8 % des voix aux élections législatives, le parti voit son score divisé par deux et passe de 35 à . Ces résultats s'accompagnent d'une baisse significative du nombre d'adhérents et entraînent la démission de Robert Hue de la présidence du PCF. Alors que Marie-George Buffet reste seule à la tête du parti, la stratégie d'alliances et l'avenir même du parti suscitent le débat : les orthodoxes prônent l'autonomie, les refondateurs la constitution d'un « pôle de radicalité » à la gauche du PS, les « huistes » un « parti communiste nouveau ». Aux élections régionales de 2004, le PCF adopte une stratégie « à la carte » et se redresse légèrement. La stratégie d'ouverture au mouvement social est adoptée aux élections européennes de 2004, mais elle se heurte aux résistances de fédérations locales. Dans le même temps, le PCF participe à la fondation du Parti de la gauche européenne (PGE), parti politique européen regroupant les partis de la gauche de la gauche (communistes ou non). Le PCF prend position en faveur du mariage homosexuel, Marie-George Buffet présentant l'année suivante la première proposition de loi sur le sujet, qui est rejetée. Alors que 494 députés ont voté pour la loi interdisant les signes religieux dans les écoles publiques, la majorité de ceux du PCF font partie des 36 à voter contre, parmi lesquels aussi plusieurs députés de la droite. Lors de la campagne du référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005, le PCF prend activement part à la campagne pour le « non ». Il aide à la création de collectifs unitaires locaux et organise des réunions nationales allant de la LCR à certains socialistes. La victoire du non renforce la position du PCF, qui décide de travailler à un rassemblement de la gauche antilibérale, avec des socialistes, la LCR et des personnalités et forces issues du mouvement social (altermondialistes, syndicalistes, associatifs…). Des « collectifs unitaires » sont lancés. Les collectifs adoptent un programme commun, mais butent sur la question d'une candidature commune à l'élection présidentielle de 2007. Le PCF propose la candidature de Marie-George Buffet, entourée d'un collectif unitaire de porte-paroles, qui se révèle majoritaire dans les votes des collectifs ; mais la majorité des autres composantes s'y oppose et aucun accord n’est trouvé, José Bové se portant également candidat. La candidature de Marie-George Buffet suscite même des divisions au sein du PCF. Finalement, Marie-George Buffet obtient 1,93 % des suffrages, arrivant en septième position, ce qui constitue le pire score de l'histoire du parti. Les deux candidats d'extrême gauche sont aussi en forte baisse par rapport à 2002. Comme la candidate PCF, ils ont critiqué les déclarations de Ségolène Royal souhaitant que tous les Français disposent d’un drapeau de la France et soulignant son attachement à "La Marseillaise". Aux élections législatives qui suivent, le PCF baisse encore par rapport à 2002, n'obtient que 4,3 % des suffrages et perd six députés. Pour la première fois depuis 1958 dans l'impossibilité de former un groupe parlementaire, le PCF décide de former un groupe commun avec Les Verts, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR). Composante du Front de gauche et soutien à Jean-Luc Mélenchon (2007-2018). Le faible résultat de Marie-George Buffet à l'élection présidentielle provoque une forte déception au sein du PCF. Les résultats des municipales et cantonales de 2008 marquent cependant un ralentissement de l'érosion de l'influence du parti, avec des scores similaires à ceux de 2001. Aux élections européennes de 2009, marquées par une forte poussée des écologistes dans toutes les régions, le PCF constitue le « Front de gauche pour changer d'Europe » (dit « Front de gauche ») avec le Parti de gauche (issu du PS), la Gauche unitaire (issue du NPA) et d'autres formations. Les principales figures de l'alliance sont Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon, dirigeant du Parti de gauche. La coalition, qui rassemble 6,5 % des suffrages, se poursuit par la suite, le PCF présentant la plupart de ses listes dans un Front de gauche « élargi » aux élections régionales de 2010. Les deux partis jouent un rôle moteur, aux côtés des huit principaux syndicats, dans le mouvement social contre la réforme des retraites en France de 2010, qui a mobilisé à huit reprises plusieurs millions de salariés dans les secteurs public et privé. L'objet immédiat est de protester contre le relèvement de 60 à 62 ans de l'âge légal de départ à la retraite et de 65 à 67 ans de l'âge auquel un salarié n'est plus pénalisé par le système de décote. Aux élections régionales de 2010, la participation chute de 11 points, tombant pour la première fois à 46,33 %, mais les listes Front de gauche obtiennent 6,95 % dans 17 régions avec 170 000 voix de plus qu'aux européennes. La percée des écologistes, souvent alliés avec le PS, qui obtiennent 12,18 %, fait cependant que le FG obtient seulement 125 élus, dont 95 PCF, ce qui préoccupe les successeurs potentiels de Marie-George Buffet. L'un d'eux déclare dans la presse qu' ne voudra pas faire la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2012 et le député PCF du Rhône, André Gerin, avertit que cette . Finalement, Marie-George Buffet doit quitter en 2010 le poste de secrétaire nationale, étant remplacée par Pierre Laurent. Dans le même temps, plusieurs dirigeants et élus « refondateurs » quittent le parti pour rejoindre la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE). En vue de l'élection présidentielle de 2012, les adhérents du PCF se prononcent à 59 % pour que Jean-Luc Mélenchon les représente au sein du Front de gauche, avec des conditions comme 80 % des sièges pour les communistes aux élections législatives. Le niveau d'intentions de vote est alors inédit depuis 1981 au premier tour d'une élection présidentielle pour le PCF. Jean-Luc Mélenchon termine avec 11,1 %, soit six fois plus que Marie-George Buffet en 2007. Les législatives de 2012 sont plus mitigées, en raison du passage du PS de 212 à 331 députés, dans le sillage de l'élection de François Hollande. Le Front de gauche obtient 6,9 % des voix et , contre 19 dans la législature précédente. Aux élections municipales de 2014 qui suivent, le PCF privilégie parfois des alliances avec le PS ou des accords « larges », en fonction des situations locales, mais les relations entre PS et PCF sont tendues. Le PCF perd plus de 30 % de son effectif sortant à l’issue de ces municipales de 2014, marqué plus globalement par une déroute de la gauche, qui perd 121 villes de plus de 15 000 habitants. En 2015, le mouvement Gauche unitaire (GU) se dissout au sein du parti. En vue de l'élection présidentielle de 2017, alors que la direction du parti s'oppose majoritairement à un nouveau soutien à Jean-Luc Mélenchon, 53,6 % des adhérents se prononcent en sa faveur lors d'une consultation interne. Candidat de La France insoumise soutenu par le PCF, Jean-Luc Mélenchon obtient 19,6 % des suffrages exprimés, arrivant en quatrième position, à 1,7 point de se qualifier pour le second tour. Après l'échec des discussions avec le Parti de gauche, le PCF concourt seul aux élections législatives de 2017. Il totalise 2,7 % des suffrages exprimés, soit le plus faible résultat de son histoire à des élections législatives, tandis que La France insoumise obtient 11,04 % et , soit un total de 13,74 % et pour les deux partis qui avaient soutenu Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, très au-dessus des 6,9 % des voix et , dont 8 communistes, obtenus lors des législatives de 2012. Dans 98 % des circonscriptions où ils concouraient face à des candidats de La France insoumise, les candidats PCF sont surclassés. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine est reconduit à l'Assemblée avec , dont communistes, trois de plus que dans la législature précédente. Reprise d'autonomie et changement inattendu de dirigeant (2018). Lors du vote des militants les 4 et , le texte de la direction du PCF est mis en minorité. Il s'agit d'un événement inédit dans l'histoire du parti. Le , le PCF confirme un changement de direction à sa tête. Pierre Laurent quitte son poste de secrétaire national et Fabien Roussel est proposé comme secrétaire national. Celui-ci est élu secrétaire national du parti le lors du vote délégués au congrès. Ce congrès acte la fin du Front de gauche. Le , Cécile Cukierman et Ian Brossat sont nommés porte-paroles du parti. Déroute aux européennes de 2019. Aux élections européennes de 2019, malgré une campagne jugée dynamique par les analystes politiques, la liste du PCF conduite par Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris Anne Hidalgo, n'obtient que 2,5 % des voix exprimées, se classant en dixième position et n'obtenant ni député européen ni remboursement des frais de campagne. Il s'agit de son score le plus faible en voix, toutes élections confondues. Le score est d'autant plus décevant que les instituts Harris, BVA, Ifop, Elabe Opinionway donnaient des scores supérieurs ou égaux à 3 %. Selon une étude Ipsos, seulement 1 % des ouvriers se sont prononcés pour la liste communiste (contre 40 % pour le RN). Lors des élections municipales de 2020, le PCF perd une douzaine de moyennes et grandes villes hors région parisienne et de nombreux bastions historiques en Île-de-France, entraînant un recul de la « banlieue rouge ». Il gagne cependant globalement des élus au niveau national, notamment grâce à des alliances, bénéficiant de l'affaiblissement du PS depuis la présidentielle, ce qui permet, aux élections sénatoriales qui suivent, au groupe communiste de passer de douze à quatorze membres. Élections départementales et régionales de 2021. Le changement de direction à la tête du PCF qui a vu Pierre Laurent évincé par Fabien Roussel le se traduit rapidement par un changement de cap pour la préparation des élections départementales et régionales de 2021, avec un retour de la problématique des élections de 2010, quand une partie des élus PCF avaient déploré que des alliances avec le Parti de gauche et plus seulement avec le Parti socialiste risquaient de faire perdre des élus.  Malgré cette nouvelle stratégie, à l’issue des élections départementales de 2021, le Parti communiste français perd au profit de la droite sa dernière présidence de conseil départemental, celle du Val-de-Marne, qu’il détenait depuis 1976 : il s’agissait du fief électoral de Georges Marchais et du dernier symbole départemental de la banlieue rouge. Selon le PCF, il est passé de 160 conseillers départementaux PCF contre 155 pour l'ensemble du Front de gauche en 2015 mais ces chiffres sont contestés par l’historien Roger Martelli, qui relève une perte globale de huit conseillers départementaux communistes. Le seul succès incontesté a lieu aux élections régionales, marquées cependant par un taux d'abstention record de 67 %, qui monte à plus de 80 % chez les jeunes : le PCF passe de 29 à , Roger Martelli précisant que cette augmentation est due au fait que . Élection présidentielle de 2022. En , à l'issue d'une consultation interne, le PCF désigne Fabien Roussel comme candidat à l'élection présidentielle de 2022 Les adhérents sont appelés à choisir entre une candidature communiste autonome, prônée par le secrétaire général Fabien Roussel, ou le ralliement à une . Sur 43 888 électeurs inscrits, 21 356 se sont prononcés pour la candidature communiste, soit un peu moins de la moitié. La participation a été de 68,85 % et cette option de la candidature communiste a recueilli 72,47 % des suffrages exprimés. Un autre scrutin pour le choix du candidat accorde à Fabien Roussel soit 82,32 % des électeurs inscrits, contre 1,82 % à Emmanuel Dang Tran et 0,16 % à Grégoire Munck, 15,70 % ne choisissant pas. Classification. Question du réformisme. Le positionnement d'un parti sur l'échiquier politique est toujours un exercice délicat, ses positions pouvant varier au cours du temps, et notamment ses actes au gouvernement ne pas être conformes à ses discours dans l'opposition. Comme l'indique son nom, le Parti communiste français se revendique originellement comme communiste c'est-à-dire comme proposant l'abolition du capitalisme selon une voie révolutionnaire, sur le modèle de la révolution d'Octobre. Toutefois, il semble aujourd'hui avoir abandonné la voie révolutionnaire au profit du réformisme. Malgré certaines grandes grèves générales durant le (en 1936, 1945, ou 1968 notamment), le PCF n'a jamais été en situation d'essayer de prendre le pouvoir. Il a été plusieurs fois membre de gouvernements d'union nationale (gouvernements Charles de Gaulle entre 1944 et 1946, avec notamment la mise en place de la Sécurité sociale par le ministre du Travail Ambroise Croizat ou le statut général des fonctionnaires par le ministre d'État chargé de la Fonction publique Maurice Thorez) et de gouvernements d'union de la gauche ( entre 1981 et 1984 et gouvernement Lionel Jospin entre 1997 et 2002), gouvernements que certains marxistes révolutionnaires qualifièrent de . Le PCF est ainsi ce qui le distingue d'après Philippe Raynaud de qui refuse de participer à de tels gouvernements de coalition et croit en la possibilité d'une révolution. À l'époque où il était premier secrétaire du parti, Robert Hue avait proposé d'assumer ce réformisme et de retirer la référence au communisme du nom du parti. À rebours de cette tendance réformiste, au cours des années 2000, un rapprochement s'est opéré entre le PCF et certaines organisations trotskystes (LCR puis NPA) au sein des collectifs unitaires antilibéraux puis avec la création du Front de gauche incorporant plusieurs scissions du NPA. Ce rapprochement entre les deux familles politiques a été facilité par la disparition des raisons historiques de leurs divisions (stalinisme et soutien du PCF à l'URSS) et l'héritage marxiste en commun. Selon Philippe Raynaud, . La position à adopter vis-à-vis du Parti socialiste reste néanmoins un sujet de vive controverse à l'intérieur du PCF, ce qui justifie pour les organisations trotskistes une méfiance à son égard. En outre, Philippe Raynaud indique qu'il existe une autre fracture, également d'ordre stratégique, entre le PCF et certaines organisations politiques non-trotskistes ayant fait partie des collectifs unitaires. Elle se résume d'après Raynaud dans la phrase de l'économiste marxiste John Holloway : à laquelle adhère une partie de la gauche radicale (altermondialiste notamment). Nationalisme et souverainisme. Pour Nicolas Lebourg, dans les années 1970, le Parti communiste français . Selon "Le Monde", si du début à la moitié des années 1970, le PCF ne songe que peu aux questions d'immigration, et milite même dans le Programme commun pour que les travailleurs immigrés aient les mêmes droits que les travailleurs français, le parti est sujet à des tentations nationalistes dès la fin des années 1970 et durant les années 1980. Ainsi, en 1981, Georges Marchais prône l'arrêt de l'immigration sur le territoire français afin de résoudre le problème du chômage. D'après "Le Monde", cette vision de l'immigration . Selon Jean-Loup Amselle, le PCF de Georges Marchais exalte le via ses campagnes « Produisons français ». À l'occasion de son XXVIIe congrès de 1990, le PCF adopte une résolution indiquant que le parti suit dès lors une . Amselle note une tentative de rapprochement infructueuse avec Alain de Benoist et l'extrême droite en 1992 via Jean-Edern Hallier, Jean-Paul Cruse et Marc Cohen, dans le contexte de la chute du mur de Berlin et de la dislocation de l'URSS. Lors du référendum sur le traité de Maastricht, le PCF défend des positions souverainistes contre l'adoption du traité. Il tient ensuite à se distancier du souverainisme, notamment à l'occasion du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe, afin de ne pas être relégué et de ne pas le couper . En 2020, l'élection de Fabien Roussel au secrétariat national du PCF marque un retour du thème souverainiste au sein du parti. Ainsi, lors de sa campagne pour l'élection présidentielle de 2022, il déclare que les immigrés déboutés du droit d'asile et qu'il a pour premier souci les . Il fait également de la défense de la production française l'un de ses thèmes de campagne. Identité visuelle. La faucille et le marteau disparaissent de l'identité visuelle du parti en 2013, après leur suppression sur les cartes de membre. Lors du congrès d'Ivry de 2018, le PCF change son logo. À ce propos, le sénateur Fabien Gay explique : . En 2019, la faucille et le marteau disparaissent également des timbres de cotisation. Organisation. Dirigeants. Le secrétaire national est le plus haut dirigeant du PCF depuis 1994 (). Auparavant, il s'agissait du secrétaire général (fonction créée en 1924, supprimée en 1928 et rétablie en 1935). Courants. L'organisation en tendances n'existe pas au sein du PCF. À l'origine, ceci était lié à la conception dite « centraliste démocratique » du parti. Cependant, cette interdiction est demeurée après le qui, en 1994, a officiellement rompu avec le centralisme démocratique. Les nouveaux statuts du PCF, issus du , disposent : . Cependant, on peut identifier au sein du PCF des courants ainsi que des groupes politiques, qui s'affirment notamment lors des votes internes (textes d'orientation, élection des directions, consultations internes…) : Il faut dans tous les cas rappeler qu'il n'existe pas de statistique « officielle » concernant le nombre de militants communistes se retrouvant dans ces courants plus ou moins structurés, les adhérents du PCF ne sont très majoritairement pas organisés au sein de courants internes. À l'occasion de la constitution du Front de gauche (2009), puis des listes « Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologiques et citoyennes » (2010) construites autour du Front de gauche, une confrontation de points de vue différents selon les régions et les réalités locales est apparue. Ainsi un débat profond s'est enclenché en interne sur l'opportunité soit de revenir à une alliance « classique » PCF-PS et divers gauche, soit de poursuivre la stratégie du Front de gauche en l'élargissant à d'autres formations politiques, soit de proposer des listes PCF indépendantes. Dans les régions où les fédérations du PCF ont majoritairement opté pour des listes d'union PS-PCF (notamment en Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne et Lorraine), des adhérents du PCF sont entrés en dissidence afin de soutenir la construction de listes unitaires à la gauche du PS. Ces questions de choix stratégiques apparaissent ainsi aujourd'hui au cœur des débats internes du Parti communiste français. Organisations proches. Le Parti communiste français travaille avec des organismes ou associations dont l'action participe à la réalisation de ses objectifs. Ils peuvent être liés organiquement ou historiquement au parti et en sont parfois une émanation directe. On y trouve des mouvements de jeunesse (Mouvement jeunes communistes de France, Union des étudiants communistes), des mouvements féministes (Femmes solidaires), des mouvements sportifs (Fédération sportive et gymnique du travail), des syndicats (Confédération générale du travail, Mouvement de défense des exploitants familiaux, Confédération nationale du logement) et des associations de confrères (Association nationale des élus communistes et républicains, Association républicaine des anciens combattants). Le parti possède également un groupe de réflexions (Fondation Gabriel-Péri), un centre de recherches (Espaces Marx), ou encore une maison d'édition (Les Éditions sociales). Le Parti communiste est aussi en lien avec des associations de mémoire (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) ou des associations internationalistes, humanitaires ou pacifistes (Secours populaire français, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, Association France-Cuba, Association France-Palestine Solidarité, Mouvement de la paix). Résultats électoraux. Élections présidentielles. "N.B. : sous les et Républiques, le président de la République est élu par les députés et les sénateurs réunis en Assemblée nationale. En 1958, il est élu par un collège de quelque grands électeurs. Par la suite, l’élection se tient au suffrage universel direct." Financement. À partir des années 1920, l'URSS aide financièrement et matériellement les divers partis communistes à travers le monde. Durant la guerre froide, par année fiscale, environ de dollars étaient transférés à la demande du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique de la Gosbank (banque d'État soviétique) au PCF ; ce sont des agents du KGB qui livraient les sommes demandées aux dirigeants des partis concernés. Les PC martiniquais, guadeloupéen et réunionnais encaisseront environ de dollars entre 1961 et 1990 reversés par le PCF. Le , alors que la guerre d'Afghanistan va s'engager, le Politburo, à la demande de Boris Ponomarev, dégage, , six millions de dollars pour le PCF pour lui permettre de payer ses dettes. Ainsi cette note des archives du PCUS du , sous l'en-tête : L'aide apportée par le PCUS est aussi matérielle et concerne également les journaux affiliés au PCF. De 1982, année de la première livraison, jusqu'en 1989, la dernière, ceux-ci ont reçu gratuitement de papier. Le , le Politburo approuve, , la livraison de de papier par an pour les années 1987 et 1988. Pour la seule période de 1971 à 1990, le PCF encaisse cinquante millions de dollars (Parti communiste italien : , Parti communiste des États-Unis d'Amérique : ). Le secrétaire général de la CGT Henri Krasucki, membre du bureau politique du PCF, a demandé en au conseil central des syndicats de l'URSS d'accorder à son syndicat une aide urgente de de francs (1 million de roubles convertibles). Cette demande a un caractère strictement confidentiel et seuls les dirigeants de la CGT membres du comité central du PCF ont été informés de cette demande. Cette aide sera accordée en 2 versements en 1985 et 1986 de provenant du "comité du tourisme et d'excursion". En 2018, Jean-Yves Camus souligne que . Siège. Dans "Paris rouge, 1944-1964. Les communistes français dans la capitale", Jean-Pierre Arthur Bernard écrit à propos de la symbolique du siège : . Il s'agit d'abord du siège de la SFIO. Après avoir obtenu la majorité au congrès de Tours, l'appareil militant communiste fidèle à Moscou en fait le siège de la SFIC à la suite de la scission avec les socialistes, qui restent la SFIO. En 1921, la SFIC devient le PC-SFIC. Le nouveau siège est un bâtiment modeste de trois étages surmonté de deux « oreilles » circulaires où est installé une faucille et un marteau. Le bureau politique s'y réunit au moins une fois par semaine et le secrétariat du parti encore plus fréquemment ; le comité central y organise parfois des sections dans la salle de la Rotonde (une ancienne cour intérieure couverte d'une verrière en forme de cercle qui peut abriter environ ) également un temps appelée « salle Robert-Alloyer », du nom d'un membre du parti mort d'un cancer foudroyant. Une librairie est ouverte au rez-de-chaussée, le premier et le deuxième étage sont occupés par les permanents politiques et administratifs (qui travaillent également sous les combles) et le troisième étage accueille les secrétaires du Comité central (à partir de 1931 : Maurice Thorez, Jacques Duclos, Marcel Gitton et André Marty). Au début des années 1930, Albert Vassart gère le bureau de documentation et la commission des cadres mais aucune archive n'y est entreposée (elles sont systématiquement envoyées en URSS pour des raisons de sécurité ; cela restera le cas jusqu'en 1945). L'immeuble sert également de siège au Mouvement jeunes communistes de France, à la Main-d'œuvre immigrée (MOI), à la fédération de la Seine du PC-SFIC (« fédération de Paris-Ville » à partir de 1932) et à la (puis fédération de Paris) des Jeunesses communistes. Des perquisitions y ont lieu en 1929 et en 1934. L'essayiste André Breton évoque le siège dans "Nadja" en 1928 et le poète Louis Aragon lui rend hommage en 1933 dans "Les Enfants rouges" : . Après 1937, le bâtiment reste le siège de la fédération Paris-Ville, redevenue fédération de la Seine après-guerre. Il est mis en location à des entreprises à partir de 2009. À partir de 1936, le PC-SFIC adopte une posture légaliste et soutient le Front populaire. Il cherche alors un nouveau siège, plus grand et plus prestigieux. En 1936, les Jeunes communistes déménagent au 45, rue d'Hauteville et l'année suivante, le PC-SFIC rue Le Peletier, au carrefour Châteaudun. Le nouvel édifice, à la façade majestueuse et qui témoigne d'une volonté du PC-SFIC de ne pas se cacher mais de s'afficher, s'avère cependant rapidement trop petit et une annexe est ajoutée rue Saint-Georges. Pendant l'Occupation de Paris, le siège de la Milice française s’y est installé. Après guerre, le général Joinville est chargé de la sécurité du bâtiment, qui possède une porte en fer forgé, une porte à commande électrique au premier étage pour contrôler les entrées ainsi qu'une garde permanente de cinq ou six hommes qui agit de jour comme de nuit, protection qui arrête l'assaut du contre le bâtiment par des manifestants qui s'étaient regroupés place de l'Étoile en mémoire des morts de l'insurrection de Budapest avant d'enfoncer les portes du siège avec des béliers, de mettre le feu à des journaux et quelques archives, néanmoins arrêtés dans leur tentative de gagner les étages. La psychose d'un complot ou d'un attentat contre le secrétaire général du PCF Maurice Thorez conduit le parti à protéger minutieusement son arrivée et son départ au siège. Le PCF possède également un patrimoine foncier, dont l'hôtel d'Angleterre (Cité Bergère, ) où logent les militants importants venus de province de passage à Paris ainsi que les députés du Rassemblement démocratique africain Modibo Keïta et Ahmed Sékou Touré. Une annexe est située 19 rue Saint-Georges, abritant notamment le centre des sections coloniales, économiques et des relations internationales ainsi que des services financiers, d'intendance et d'édition. Médias/revues. L'organe officiel du parti est pendant longtemps le journal "L'Humanité", qui en est désormais structurellement indépendant tout en en restant très proche. De nombreuses revues lui sont cependant directement affiliées, comme "CommunisteS", "Cause commune", qui se présente comme la « revue d'action politique du PCF », la revue pédagogique "L'École et la Nation", disparue en 1999 et remplacée par les "Carnets rouges", "Progressistes" ou "Économie & Politique". Ses structures de recherches, Espaces Marx et la Fondation Gabriel-Péri, éditent notamment "La Pensée" et "Les Cahiers d'histoire".
PHP "", plus connu sous son sigle (sigle auto-référentiel), est un langage de programmation libre, principalement utilisé pour produire des pages Web dynamiques via un serveur HTTP, mais pouvant également fonctionner comme n'importe quel langage interprété de façon locale. PHP est un langage impératif orienté objet. PHP a permis de créer un grand nombre de sites web célèbres, comme Facebook et Wikipédia. Il est considéré comme une des bases de la création de sites web dits dynamiques mais également des applications web. Présentation. PHP est un langage de script utilisé le plus souvent côté serveur : dans cette architecture, le serveur interprète le code PHP des pages web demandées et génère du code (HTML, XHTML, CSS par exemple) et des données (JPEG, GIF, PNG par exemple) pouvant être interprétés et rendus par un navigateur web. PHP peut également générer d'autres formats comme le WML, le SVG et le PDF. Il a été conçu pour permettre la création d'applications dynamiques, le plus souvent développées pour le Web. PHP est le plus souvent couplé à un serveur Apache bien qu'il puisse être installé sur la plupart des serveurs HTTP tels que IIS ou nginx. Ce couplage permet de récupérer des informations issues d'une base de données, d'un système de fichiers (contenu de fichiers et de l'arborescence) ou plus simplement des données envoyées par le navigateur afin d'être interprétées ou stockées pour une utilisation ultérieure. C'est un langage peu typé et souple et donc facile à apprendre par un débutant mais, de ce fait, des failles de sécurité peuvent rapidement apparaître dans les applications. Pragmatique, PHP ne s'encombre pas de théorie et a tendance à choisir le chemin le plus direct. Néanmoins, le nom des fonctions (ainsi que le passage des arguments) ne respecte pas toujours une logique uniforme, ce qui peut être préjudiciable à l'apprentissage. Son utilisation commence avec le traitement des formulaires puis par l'accès aux bases de données. L'accès aux bases de données est aisé une fois l'installation des modules correspondants effectuée sur le serveur. La force la plus évidente de ce langage est qu'il a permis au fil du temps la résolution aisée de problèmes autrefois compliqués et est devenu par conséquent un composant incontournable des offres d'hébergements. Il est multi-plateforme : autant sur Linux qu'avec Windows il permet aisément de reconduire le même code sur un environnement à peu près semblable (quoiqu'il faille prendre en compte les règles d'arborescences de répertoires, qui peuvent changer). Libre, gratuit, simple d'utilisation et d'installation, ce langage nécessite comme tout langage de programmation une bonne compréhension des principales fonctions usuelles ainsi qu'une connaissance aiguë des problèmes de sécurité liés à ce langage. La version 5.3 a introduit de nombreuses fonctions nouvelles : les espaces de noms (Namespace) — un élément fondamental de l'élaboration d'extensions, de bibliothèques et de frameworks structurés, les fonctions anonymes, les fermetures, etc. En 2018, près de 80 % des sites web utilisent le langage PHP sous ses différentes versions. Le langage PHP fait l'objet, depuis plusieurs années maintenant, de rassemblements nationaux organisés par l'AFUP (l'Association Française des Utilisateurs de PHP), où experts de la programmation et du milieu se retrouvent pour échanger autour du PHP et de ses développeurs. L'association organise ainsi deux évènements majeurs : le « Forum PHP », habituellement en fin d'année, et les « AFUP Day », qui ont lieu au cours du premier semestre, simultanément dans plusieurs villes. Histoire. Le langage PHP a été créé en 1994 par Rasmus Lerdorf pour son site web. C'était à l'origine une bibliothèque logicielle en C dont il se servait pour conserver une trace des visiteurs qui venaient consulter son CV. Au fur et à mesure qu'il ajoutait de nouvelles fonctionnalités, Rasmus a transformé la bibliothèque en une implémentation capable de communiquer avec des bases de données et de créer des applications dynamiques et simples pour le Web. Rasmus a alors décidé, en 1995, de publier son code, pour que tout le monde puisse l'utiliser et en profiter. PHP s'appelait alors PHP/FI (pour Personal Home Page Tools/Form Interpreter"). En 1997, deux étudiants, Andi Gutmans et Zeev Suraski, ont redéveloppé le cœur de PHP/FI. Ce travail a abouti un an plus tard à la version 3 de PHP, devenu alors "PHP: Hypertext Preprocessor". Peu de temps après, Andi Gutmans et Zeev Suraski ont commencé la réécriture du moteur interne de PHP. C’est ce nouveau moteur, appelé "Zend Engine" — le mot "Zend" est la contraction de Zeev" et "Andi" — qui a servi de base à la version 4 de PHP. Utilisation. En 2002, PHP est utilisé par plus de 8 millions de sites Web à travers le monde, en 2007 par plus de 20 millions et en 2013 par plus de 244 millions. De plus, PHP est devenu le langage de programmation web côté serveur le plus utilisé depuis plusieurs années : Enfin en 2010, PHP est le langage dont les logiciels open source sont les plus utilisés dans les entreprises, avec 57 % de taux de pénétration. Versions. Depuis et le nouveau processus de livraison de PHP, le cycle de livraison de PHP se résume à une mise à jour annuelle comportant des changements fonctionnels importants. La durée de vie d'une branche est de 3 ans, laissant trois branches stables et maintenues (cela signifie que lorsqu'une nouvelle version de PHP 5.x sort, la version 5.x-3 n'est plus supportée). Version 8.2. Sortie le 8 décembre 2022, avec : Version 8.1. La version 8.1, sortie le 25 novembre 2021, introduit de nouvelles fonctionnalités comme : Version 8. Sortie le , cette version majeure se démarque principalement par la fonctionnalité de « compilation à la volée » ("Just-in-time compilation") qui permet un gain de vitesse d'exécution de plus de 45 % pour certaines applications Web. D'autres nouveautés sont également introduites comme : Version 7.4. La version 7.4 est sortie le . Elle vise à être maintenue jusqu'en . La version 7.4 se démarque de ses précédentes versions par : Version 7.3. Le , la sortie de la version 7.3 mettait l'accent sur : Version 7.2. Le , la version de PHP 7.2, qui utilise "Zend Engine 2", a introduit une modélisation objet plus performante, une gestion des erreurs fondée sur le modèle des exceptions, ainsi que des fonctionnalités de gestion pour les entreprises. PHP 5 apporte beaucoup de nouveautés, telles que le support de SQLite ainsi que des moyens de manipuler des fichiers et des structures XML basés sur "libxml2" : Version 7 (PHP7). Au vu des orientations différentes prises par le langage de celles prévues par PHP 6, une partie des développeurs propose de nommer la version succédant à PHP 5 « PHP 7 » au lieu de « PHP 6 ». Un vote parmi les développeurs valide cette proposition par 58 voix contre 24. PHP 7.0.0 est sorti en . La nouvelle version propose une optimisation du code et, d'après la société Zend, offre des performances dépassant celles de machines virtuelles comme HHVM. Les benchmarks externes montrent des performances similaires pour HHVM et PHP 7, avec un léger avantage d'HHVM dans la plupart des scénarios. PHP 6 et Unicode. En 2005, le projet de faire de PHP un langage fonctionnant d'origine en Unicode a été lancé par Andrei Zmievski, ceci en s'appuyant sur la bibliothèque International Components for Unicode (ICU) et en utilisant UTF-16 pour représenter les chaînes de caractères dans le moteur. Étant donné que cela représentait un changement majeur tant dans le fonctionnement du langage que dans le code PHP créé par ses utilisateurs, il fut décidé d'intégrer cela dans une nouvelle version 6.0 avec d'autres fonctionnalités importantes alors en développement. Toutefois, le manque de développeurs experts en Unicode ainsi que les problèmes de performance résultant de la conversion des chaînes de et vers UTF-16 (rarement utilisé dans un contexte web), ont conduit au report récurrent de la livraison de cette version. Par conséquent, une version 5.3 fut créée en 2009 intégrant de nombreuses fonctionnalités non liées à Unicode qui était initialement prévues pour la version 6.0, notamment le support des espaces de nommage (namespaces) et des fonctions anonymes. En , le projet 6.0 intégrant unicode fut abandonné et la version 5.4 fut préparée afin d'intégrer la plupart des fonctionnalités non liées à l'unicode encore dans la branche 6.0, telles que les traits ou l'extension des fermetures au modèle objet. Le projet est depuis passé à un cycle de livraison prévisible (annuel) contenant des avancées significatives mais contenues tout en préservant au maximum la rétro-compatibilité avec le code PHP existant (5.4 en 2012, 5.5 en 2013, 5.6 prévue pour l'été 2014). Depuis , l'idée d'une nouvelle version majeure introduisant Unicode mais se basant sur UTF-8 (largement devenu depuis le standard du Web pour l'Unicode) et permettant certains changements pouvant casser la rétro-compatibilité avec du code PHP ancien est de nouveau discutée et les RFC sont maintenant triées selon leur implémentation en 5.x (évolutions ne causant pas ou marginalement de cassure de la rétro-compatibilité) ou dans la future version majeure (évolutions majeures du moteur et évolutions impliquant une non-compatibilité ascendante). À noter. Il est à noter qu'historiquement, PHP disposait d'une configuration par défaut privilégiant la souplesse à la sécurité (par exemple register globals, qui a été activé par défaut jusqu'à PHP 4.2). Cette souplesse a permis à de nombreux développeurs d'apprendre PHP mais le revers de la médaille a été que de nombreuses applications PHP étaient mal sécurisées. Le sujet a bien été pris en main par le PHPGroup qui a mis en place des configurations par défaut mettant l'accent sur la sécurité. Il en résultait une réputation de langage peu sécurisé, . Détail de l'historique complet des versions. <br> Fonctionnement. PHP appartient à la grande famille des descendants du C, dont la syntaxe est très proche. En particulier, sa syntaxe et sa construction ressemblent à celles des langages Java et Perl, à ceci près que du code PHP peut facilement être mélangé avec du code HTML au sein d'un fichier PHP. Dans une utilisation destinée à l'internet, l'exécution du code PHP se déroule ainsi : lorsqu'un visiteur demande à consulter une page de site web, son navigateur envoie une requête au serveur HTTP correspondant. Si la page est identifiée comme un script PHP (généralement grâce à l'extension codice_6), le serveur appelle l'interprète PHP qui va traiter et générer le code final de la page (constitué généralement d'HTML ou de XHTML, mais aussi souvent de feuilles de style en cascade et de JS). Ce contenu est renvoyé au serveur HTTP, qui l'envoie finalement au client. Ce schéma explique ce fonctionnement : Une étape supplémentaire est souvent ajoutée : celle du dialogue entre PHP et la base de données. Classiquement, PHP ouvre une connexion au serveur de SGBD voulu, lui transmet des requêtes et en récupère le résultat, avant de fermer la connexion. L'utilisation de PHP en tant que générateur de pages Web dynamiques est la plus répandue, mais il peut aussi être utilisé comme langage de programmation ou de script en ligne de commande sans utiliser de serveur HTTP ni de navigateur. Il permet alors d'utiliser de nombreuses fonctions du langage C et plusieurs autres sans nécessiter de compilation à chaque changement du code source. Pour réaliser en Linux/UNIX un script PHP exécutable en ligne de commande, il suffit comme en Perl ou en Bash d'insérer dans le code en première ligne le "shebang" : codice_7. Sous un éditeur de développement comme SciTE, même en Windows, une première ligne codice_8 suffit, si le fichier possède un type ".php". Il existe aussi une extension appelée PHP-GTK permettant de créer des applications clientes graphiques sur un ordinateur disposant de la bibliothèque graphique GTK+, ou encore son alternative WinBinder. PHP possède un grand nombre de fonctions permettant des opérations sur le système de fichiers, exécuter des commandes dans le terminal, la gestion des bases de données, des fonctions de tri et hachage, le traitement de chaînes de caractères, la génération et la modification d'images, des algorithmes de compression... Le moteur de Wikipédia, MediaWiki, est écrit en PHP et interagit avec une base MySQL ou PostgreSQL Hello world. Quelques exemples du traditionnel Hello world : <?php echo 'Hello World'; codice_9 étant une structure du langage, il est possible – et même recommandé – de ne pas mettre de parenthèses. Il est aussi possible d'utiliser la version raccourcie : <?= 'Hello World' ?> Résultat affiché : Hello World Balises. Le code PHP doit être inséré entre les balises codice_8 et codice_11 (la balise de fermeture est facultative en fin de fichier). Il y existe d'autres notations pour les balises : Les notations autres que la standard (codice_8 et codice_21 et la notation courte avec affichage (codice_12 et codice_21 sont déconseillées, car elles peuvent être désactivées dans la configuration du serveur (php.ini ou .htaccess) : la portabilité du code est ainsi réduite. Depuis PHP 7, les notations ASP et script ont été supprimées. La notation courte sans affichage reste déconseillée. Instructions. Les instructions sont séparées par des codice_24 (il n'est pas obligatoire après la dernière instruction) et les sauts de ligne ne modifient pas le fonctionnement du programme. Il serait donc possible d'écrire : <?php echo 'Hello World'; echo 'Comment allez-vous ?'; echo 'Il fait beau non ?' ?> Pour des raisons de lisibilité, il est néanmoins recommandé d'écrire une seule instruction par ligne. Il est aussi préférable d'écrire le dernier codice_24. Structures de contrôle. Le code PHP est composé par des appels à des fonctions, dans le but d'attribuer des valeurs à des variables, le tout encadré dans des conditions, des boucles. Exemple : <?php // la fonction strtolower renvoie en minuscules la chaîne de caractères passée en paramètre $lang = strtolower($_POST['lang']); if ($lang === 'fr') { echo 'Vous parlez français !'; } elseif ($lang === 'en') { echo 'You speak English!'; } else { echo 'Je ne vois pas quelle est votre langue !'; Une condition est appliquée quand l'expression entre parenthèses est évaluée à codice_4, et elle ne l'est pas dans le cas de codice_5. Sous forme numérique, codice_28 représente le codice_5, et codice_30 (et tous les autres nombres) représentent le codice_4. Le code précédent pourrait aussi être écrit de cette manière : <?php $lang = strtolower($_POST['lang']); $isLangFr = $lang === 'fr'; $isLangEn = $lang === 'en'; if ($isLangFr) { echo 'Vous parlez français !'; } elseif ($isLangEn) { echo 'You speak English!'; } else { echo 'Je ne vois pas quelle est votre langue !'; Ici on teste l'égalité entre codice_32 et codice_33, mais pas directement dans le codice_34 : le test retourne un boolean (c'est-à-dire soit codice_4, soit codice_5) qui est stocké dans la variable codice_37. On entre ensuite cette variable dans le codice_34 et celui-ci, selon la valeur de la variable, effectuera ou non le traitement. Les blocs codice_34, codice_40 et codice_41 sont généralement délimités par les caractères codice_42 et codice_43, qui peuvent être omis, comme dans les codes précédents, lorsque ces blocs ne contiennent qu'une instruction. Il est également possible d'écrire codice_44 en deux mots, comme en C/C++. Génération de code HTML. On peut générer du code HTML avec le script PHP, par exemple : <?php $nom = 'Albert'; echo '<div>Bonjour ' . $nom . ' !</div>'; Il est également possible d'utiliser une syntaxe alternative pour la structure if/else : <?php $nomsAutorises = [ 'Albert', 'Bertrand' ]; $nomEnCours = 'Eve'; <?php if (in_array($nomEnCours, $nomsAutorises)): ?> <p>Bonjour <?php echo $nomEnCours; ?> !</p> <?php else: ?> <p>Vous n'êtes pas un utilisateur autorisé !</p> <?php endif; ?> Une autre approche consiste à concaténer l'intégralité du code HTML dans une variable et de réaliser un echo de la variable en fin de fichier : <?php $out = "; // On ajoute progressivement tout le code html $out .= '<p>a' . 'b' . 'c</p>'; $out .= '<div class="bottom"><p>d' . 'e' . 'f</p></div>'; // On affiche le contenu echo $out; Dans le cas où l'utilisateur aura préféré l'utilisation de la commande codice_9 à la concaténation, il lui sera possible de capturer le flux en utilisant les fonctions codice_46 et codice_47 : <?php // On place le flux dans un tampon ob_start(); // On fait des affichages echo 'abc' . "\n"; echo 'def' . "\n"; require_once 'fichier.php'; // De nombreux affichages (echo) // On stoppe la mise en tampon, on récupère son contenu et on met le tampon à vide (pour une éventuelle prochaine tamporisation) $out = ob_get_clean(); // On affiche le contenu du tampon echo $out; PHP, tout comme JavaScript, permet aussi de construire un modèle objet de document ("DOM"), ce qui permet de créer ou modifier un document (X)HTML sans écrire de HTML, comme le montre l'exemple suivant : <?php $doctype = DOMImplementation::createDocumentType('html'); $dom = DOMImplementation::createDocument(null, 'html', $doctype); $html = $dom->documentElement; $html->head = $dom->createElement('head'); $html->appendChild($html->head); $html->head->title = $dom->createElement('title'); $html->head->title->nodeValue = 'Exemple de HTML'; $html->head->appendChild($html->head->title); $html->head->charset = $dom->createElement('meta'); $html->head->charset->setAttribute('http-equiv', 'Content-Type'); $html->head->charset->setAttribute('content', 'text/html; charset=utf-8'); $html->head->appendChild($html->head->charset); $html->body = $dom->createElement('body'); $html->appendChild($html->body); $html->body->p = $dom->createElement('p'); $html->body->p->nodeValue = 'Ceci est un paragraphe.'; $html->body->appendChild($html->body->p); $html->body->p->br = $dom->createElement('br'); $html->body->p->appendChild($html->body->p->br); $html->body->p->a = $dom->createElement('a'); $html->body->p->a->nodeValue = 'Ceci est un lien.'; $html->body->p->a->setAttribute('href', 'cible.html'); $html->body->p->appendChild($html->body->p->a); echo $dom->saveHTML(); Qui crée le code HTML suivant : <!DOCTYPE html> <html> <head> <title>Exemple de HTML</title> <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=utf-8"> </head> <body><p>Ceci est un paragraphe.<br><a href="cible.html">Ceci est un lien.</a></p></body> </html> Cette méthode est cependant peu utilisée pour générer un document complet, on l'utilise généralement pour générer un fichier XML. La commande codice_48 est aussi utilisée pour générer un code HTML décrivant les paramètres du serveur ; elle est aussi très utilisée pour tester la bonne exécution du moteur d’exécution PHP. Programmation orientée objet. Comme en C++ et en Java, PHP permet de programmer en orienté objet, en créant des classes contenant des attributs et des méthodes, qui peuvent être instanciées ou utilisées en statique. Toutefois, PHP est un langage à héritage simple, c'est-à-dire qu'une classe ne peut hériter que d'au plus une seule autre classe (sinon il faut utiliser un trait pour simuler l'héritage multiple par composition). Cependant les interfaces peuvent en étendre plusieurs autres. Voici un exemple de création d'une classe : <?php interface EtreVivant // Cette méthode devra être déclarée dans les classes implémentant cette interface. public function isDead(): bool; class Perso implements EtreVivant public const PV_INITIAL = 2000; private int $pv = 0; // Constructeur : celui-ci est appelé lors de l'instanciation de l'objet. // Ce constructeur possède un paramètre optionnel. public function __construct(int $pv = 0) if ($pv < 0 || $pv > 100000000) { $this->pv = self::PV_INITIAL; } else { $this->pv = $pv; // Accesseurs public function getPv(): int return $this->pv; // Implémentation de la méthode de l'interface. public function isDead(): bool return $this->pv === 0; // Création d'une classe enfant de Perso class Magicien extends Perso private int $mana; // Création d'une instance de classe $mage = new Magicien(1000); // Utilisation de l'objet echo 'Votre mage a ' . $mage->getPv() . ' PV.'; // Constantes de classes echo 'Le PV par défaut attribué à un nouveau personnage est de ' . Perso::PV_INITIAL . '.'; // Destruction de l'objet unset($mage); Mascotte. Comme de nombreux projets Open Source, PHP possède une mascotte. Il s'agit de l'éléPHPant, dessiné en 1998 par El Roubio. El Roubio s'est inspiré de la ressemblance des lettres PHP avec un éléphant et du fait que deux des lettres du langage soient déjà présentes dans ce mot, ce qui a permis de créer le néologisme éléPHPant. Toutes les œuvres d'El Roubio sont distribuées sous licence GNU GPL. Une peluche de l"'ÉléPHPant" bleu existe. D'autres versions ont vu le jour ces dernières années (rose, jaune, rouge, violet et orange) sous l'impulsion de sociétés (PHP Architect ou Zend Technologies) ou de groupes utilisateurs comme PHP Women ou PHP Amsterdam. Le site afieldguidetoelephpant.net recense tous les éléphpants existants. Plateformes. Un serveur Web en architecture trois tiers est composé d'un système d'exploitation, un serveur HTTP, un langage serveur et enfin un système de gestion de base de données (SGBD), cela constituant une plate-forme. Dans le cas de PHP comme langage serveur, les combinaisons les plus courantes sont celles d'une plateforme LAMP (pour Linux Apache MySQL PHP) et WAMP (Windows Apache MySQL PHP). Une plate-forme WAMP s'installe généralement par le biais d'un seul logiciel qui intègre Apache, MySQL et PHP, par exemple EasyPHP, VertrigoServ, WampServer ou UwAmp. Il existe le même type de logiciels pour les plates-formes MAMP (Mac OS Apache MySQL PHP), à l'exemple du logiciel MAMP. Il existe d'autres variantes, par exemple les plates-formes LAPP (le M de MySQL est remplacé par le P de PostgreSQL) ou encore le logiciel XAMPP (Apache MySQL Perl PHP ; le X indique que le logiciel est multiplate-forme), un kit de développement multiplate-forme. On peut décliner une grande variété d'acronymes sous cette forme. Des confusions peuvent parfois exister entre la plate-forme en elle-même et le logiciel permettant de l'installer, si elles ont le même nom. Il faut également remarquer que la grande majorité des logiciels « tout en un » sont destinés au développement d'applications Web en local, et non à être installés sur des serveurs Web. Une exception à cette règle est peut-être Zend Server, le serveur distribué par Zend Technologies, qui est prévu pour fonctionner aussi bien en environnement de développement que de production. Accélération. PHP est à la base un langage interprété, ce qui est au détriment de la vitesse d'exécution du code. Sa forte popularité associée à son utilisation sur des sites Web à très fort trafic (Yahoo, Facebook) ont amené un certain nombre de personnes à chercher à améliorer ses performances pour pouvoir servir un plus grand nombre d'utilisateurs de ces sites Web sans nécessiter l'achat de nouveaux serveurs. La réécriture du cœur de PHP, qui a abouti au Zend Engine pour PHP 4 puis au Zend Engine 2 pour PHP 5, est une optimisation. Le Zend Engine compile en interne le code PHP en bytecode exécuté par une machine virtuelle. Les projets open source APC et eAccelerator fonctionnent en mettant le bytecode produit par Zend Engine en cache afin d'éviter à PHP de charger et d'analyser les scripts à chaque requête. À partir de la version 5.5 de PHP, le langage dispose d'un cache d'opcode natif (appelé OpCache) rendant obsolète le module APC. Il existe également des projets pour compiler du code PHP :
Paire torsadée Une paire torsadée est une ligne symétrique formée de deux fils conducteurs enroulés en hélice l’un autour de l’autre. Cette configuration a pour but principal de limiter la sensibilité aux interférences et la diaphonie dans les câbles multipaires. En français, « paire symétrique » est, en téléphonie, synonyme de « paire torsadée ». Les paires torsadées se trouvent en téléphonie, en électroacoustique, en instrumentation et en transmission de données informatiques, domaine où elles ont fait l'objet d'importants développements. Elles s'utilisent aussi dans les câbles de puissance, afin de réduire leurs émissions. Description. La transmission d'un signal électrique est sujette à des interférences électromagnétiques, qu'on réduit en premier lieu par une liaison symétrique avec signalisation différentielle, dans laquelle la différence de tension entre les deux conducteurs transporte l'information. Le récepteur différentiel élimine les perturbations dont l'origine est à quelque distance, qui affectent également les deux conducteurs de la ligne. Lorsque deux paires symétriques courent parallèlement, des liaisons inductives et capacitives se forment entre elles. Le signal de l'une perturbe le signal de l'autre. C'est ce qu'on appelle la diaphonie. La torsion des paires, à un pas différent pour chaque ligne, permet de réduire cet effet. Lorsque la ligne est courte, la diaphonie est de toute façon faible. Lorsque la ligne est longue, les paires se trouvent tantôt en phase, tantôt en opposition de phase, annulant leurs effets. Le nombre moyen de torsades par mètre fait partie de la spécification du câble. Le maintien de la distance entre les fils d'une paire permet de maintenir l'impédance caractéristique de la ligne de transmission, afin de supprimer les réflexions de signaux aux raccords et en bout de ligne. Les contraintes géométriques (épaisseur de l’isolant/diamètre du fil) maintiennent cette impédance autour de : Histoire. Le principe de la paire torsadée apparaît dans les transmissions télégraphiques et téléphoniques dès que celles-ci se font par paires, et non par retour du courant par la terre. En faisant tourner certaines paires d'un quart de tour, d'un poteau à l'autre, on réduit les interférences : ce qui influe sur la ligne entre deux poteaux est affaibli deux poteaux plus loin par une interférence en opposition de phase. En utilisant, plutôt que des fils nus espacés de , des câbles contenant les deux conducteurs plus proches l'un de l'autre, légèrement torsadés, l'influence du champ électromagnétique alentour diminue substantiellement. La technique devient plus nécessaire alors que le multiplexage augmente la bande passante nécessaire, et diminue le niveau du signal. Les câbles contenant des paires torsadées ont été utilisés dans les câbles du réseau téléphonique commuté vers 1920. La gaine extérieure des câbles était en plomb, et l’isolant des fils en papier recouvrant une couche d’émail ou de gomme-laque. La torsion est favorable non seulement à la performance électrique, mais aussi à la résistance mécanique. Si les conducteurs n'étaient pas torsadés, la torsion dans le plan de la paire serait bien plus préjudiciable que dans le sens perpendiculaire, le conducteur extérieur étant soumis à une forte tension mécanique, et le diélectrique entre les deux à une compression. Les améliorations suivantes concernent l'isolation au polyéthylène, qui améliore la symétrie de la paire. Le développement des télécommunications a entraîné des études électriques plus poussées, et le développement de la théorie de la ligne de transmission. L'industrie fabrique pour le téléphone des câbles comportant jusqu'à 25 paires torsadées à des pas différents pour réduire la diaphonie. Les studios d'enregistrement et les stations de radio et de télévision, dont les exigences sont supérieures, étudient l'usage de ces câbles, mais ils restent en tous cas utilisés seulement pour des fréquences allant au plus à quelques dizaines de kilohertz. À la fin des années 1980, la numérisation du signal audio entraîne en premier lieu une amélioration des performances, entraînant un nouvel examen du câble. La transmission du signal numérique demande une élévation des fréquences, atteignant quelques mégahertz. Les câbles à paire torsadée blindé généralement utilisées dans les applications électroacoustiques doivent être plus précisément définies. Il doit répondre à des normes strictes de compatibilité électromagnétique. L'industrie électroacoustique et la radio-télédiffusion définissent la paire torsadée AES/EBU pour la transmission numérique des deux canaux du signal stéréophonique. La transmission numérique à haut débit dans les réseaux informatiques a commencé avec du câble coaxial disponible commercialement pour l'usage en radio et télévision. Les études aboutissant à des optimisations de la paire torsadée ont ensuite permis son utilisation. Au début du , les réseaux utilisent fréquemment du câble catégorie 5 et supérieures, basés sur un assemblage de quatre paires torsadées à des pas calculés pour minimiser les interférences. Ces câbles sont plus souples et plus solides que les câbles coaxiaux, et leurs connecteurs sont moins coûteux. Les types de blindages. Pour limiter les interférences, les paires torsadées sont souvent blindées. Comme le blindage est conducteur, il constitue également un référentiel de masse, ce qui peut amener à des problèmes d'interférences en basse fréquence, en cas de défaut du système de masses de l'alimentation électrique. Le blindage peut être appliqué individuellement aux paires, ou à l’ensemble formé par celles-ci. Lorsque le blindage est appliqué à l’ensemble des paires, on parle d’écrantage. Il existe plusieurs types de paires torsadées : Les câbles basse fréquence audio analogiques mobiles, hors des installations fixes, utilisent généralement un blindage par tresse, donnant un câble plus souple, qui résiste mieux aux torsions répétées et transmet moins les vibrations mécaniques. La norme internationale ISO/IEC 11801 sur les câbles de transmission en télécommunication donne les configurations de câbles composés de paires torsadées. La désignation du câble indique sous forme abrégée sa configuration. L'abréviation "TP" () indique une ou plusieurs paires torsadées, "TQ" () qu'il s'agit d'un Quarte ou "quad". Le lettres qui précèdent, comme l'adjectif en anglais, indiquent le blindage. Celui du câble entier, suivi d'une barre oblique, précède la description des paires. Les catégories de câbles. Les câbles UTP sont classés en catégories selon l’intégrité du signal. Ces différentes catégories sont ratifiées par les autorités de normalisation américaines ANSI/TIA/EIA, Européennes , internationales , ou autres. La norme française définissant le câblage structuré reprend la version européenne, et à la suite de la traduction s'appelle: . Le concept de « qualités de câbles » 1 et 2 utilisées initialement par un distributeur, la première normalisation EIA/TIA 568 de 1990 a commencé la numération officielle à 3. Catégorie 8 La catégorie 8 est testée à et permet un débit allant jusqu'à . Quarte ou "quad". Les applications, en télécommunications, en électroacoustique, en instrumentation, pour lesquelles une immunité aux interférences supérieure est nécessaire, utilisent deux paires torsadées arrangées de telle sorte que les perturbations subsistant sur une des paires s'opposent à celles de l'autre. Dans la disposition , quatre conducteurs tournant en étoile autour d'un axe central forment une double paire. L'autre disposition consiste en une torsade de deux paires torsadées. Conçu à l'origine pour les signaux analogiques en environnement très perturbé, ou avec des contraintes particulières de niveau de bruit de fond, le câble quad sert aussi en transmission numérique.
Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, communément surnommé « prix Nobel d'économie », est une distinction qui récompense chaque année une ou plusieurs personnes pour leur contribution exceptionnelle dans le domaine des sciences économiques. Créé et doté par la Banque de Suède en 1968, à l'occasion de son , le prix est décerné pour la première fois en 1969. C'est le seul prix géré par la Fondation Nobel qui n'a pas été créé par le testament d'Alfred Nobel. Il suit néanmoins les mêmes règles que les prix Nobel, et est également remis par le roi de Suède le . Comme les prix de physique et de chimie, il est décerné par l'Académie royale des sciences de Suède. La dotation monétaire du prix en 2018 s'élève à neuf millions de couronnes suédoises, soit environ neuf cent mille euros. Origine. L'idée d'un nouveau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gouverneur de la Banque de Suède, l'une des plus anciennes banques centrales du monde. Dans le cadre de la préparation du tricentenaire de la Banque, il crée une fondation pour la recherche, la Fondation du jubilé de la Banque de Suède, et propose à son conseiller économique, Assar Lindbeck, ainsi qu'aux économistes et Gunnar Myrdal, de réfléchir à l'élaboration d'un prix. La Banque contacte ensuite la Fondation Nobel, et l'Académie royale des sciences de Suède, qui était déjà responsable de l'attribution des prix de physique et chimie. Certains membres de l'Académie émettent des réserves quant à l'aspect suffisamment scientifique de l'économie, mais Lundberg et surtout Myrdal (qui sont également membres) finissent par convaincre l'Académie entière. Myrdal le regrettera par la suite et exprimera son souhait d'abolir le prix (après l'avoir reçu) en 1974. En , la banque centrale, la Fondation Nobel et l'Académie tombent d'accord sur les règles d'attribution du prix, et le bureau de la Banque centrale décide alors de le fonder officiellement. Ces règles sont codifiées par le gouvernement suédois en . Le premier comité est composé de Bertil Ohlin (président du comité, ), d’Erik Lundberg de la Stockholm School of Economics, d’Ingvar Svennilson de l’université de Stockholm, de Herman Wold de l’université d'Uppsala et de l’université de Göteborg, et d’Assar Lindbeck de l’université de Stockholm. Depuis, le prix est couramment surnommé « prix Nobel d'économie » alors qu'Alfred Nobel disait n'avoir . Attribution du prix. Choix des lauréats. Le processus de sélection du lauréat et le montant du prix attribué sont identiques à ceux des autres prix Nobel. Chaque année, l'Académie royale des sciences de Suède invite des personnalités qualifiées à envoyer leurs nominations. Ces personnes comprennent les membres de l'Académie des sciences, les membres du comité de sélection du prix, les lauréats passés, les professeurs titulaires dans les sujets concernés, en Suède, ainsi qu'au Danemark, en Finlande, en Islande, et en Norvège, les professeurs titulaires de chaires correspondantes dans au moins six universités choisies chaque année par l'Académie ainsi que d'autres chercheurs invités par l'Académie. Deux à trois cents nominations sont envoyées, qui correspondent à une centaine de candidats distincts. Les candidatures sont ensuite évaluées par un comité de cinq à huit membres (dont deux non-économistes), qui soumet son choix au département de sciences sociales de l'Académie pour approbation. L'Académie entière adopte la liste finale début octobre après avoir désigné les lauréats par un vote à la majorité, le résultat étant annoncé le jour même. Comme pour les autres prix « Nobel », un maximum de trois personnes peuvent partager le prix, et elles doivent être vivantes au moment de l'annonce. Dotation. La dotation monétaire du prix est la même que celle des prix Nobel. À l'inverse de ceux-ci, dont la dotation provient des rendements du capital laissé à cet effet par Alfred Nobel, la dotation du prix en sciences économiques est financée par la Banque centrale de Suède. Le montant de la dotation évolue régulièrement en fonction du rendement des placements, et s'élève à neuf millions de couronnes suédoises en 2018, soit environ neuf cent mille euros. Un prix parfois contesté. Bien que ce prix soit la récompense la plus prestigieuse en économie, notamment par sa médiatisation, l'attribution de ce prix fait l'objet de certaines controverses, notamment quant à son appellation de "prix Nobel d'économie", ou quant à l'attribution d'un prix en économie par l’Académie royale des sciences de Suède, Alfred Nobel n'ayant jamais fait mention de son intention de récompenser l'économie. Le choix des lauréats est lui aussi régulièrement critiqué pour avoir été décerné dans sa grande majorité à des économistes dits « orthodoxes » et américains (80 % des récipiendaires). De 1969 à 2016, sur 76 lauréats, 28 sont effectivement rattachés à l’école de Chicago, d'orientation néolibérale, soit 37 % du total. Friedrich Hayek, lauréat en 1974, a déclaré par ailleurs que si on lui avait demandé son avis sur le prix, qu'il aurait « fermement déconseillé » la création de ce prix, « aucun homme ne devant être ainsi désigné comme une référence sur un sujet aussi complexe que l'économie ». L'académie royale des sciences a décidé en 1995 d'étendre le champ d'application du prix, d'une part en modifiant la composition du comité de sélection (deux non-économistes sur les cinq à huit membres), d'autre part en acceptant les candidatures relevant des sciences politiques, de la psychologie, ou de la sociologie, ayant un impact sur l'économie. Ainsi, parmi les lauréats récents, Daniel Kahneman et Robert J. Aumann ne sont pas économistes. Cela faisait suite aux critiques que même si, dans les premières années de son existence, le prix avait récompensé les théoriciens de premier plan des années 1970 et 1980, ce prix manquait peut-être de champ pour justifier la remise annuelle d'un prix supposé récompenser des avancées essentielles. Pour et Gabriel Söderberg, historiens de l'économie, Per Åsbrink aurait été soutenu par les milieux d'affaires et se serait opposé au gouvernement social-démocrate qui entendait utiliser le crédit pour favoriser l’emploi et le logement, et préconisait plutôt de s'orienter vers la lutte contre l'inflation. La création du prix lui aurait permis selon ces auteurs de susciter un intérêt médiatique et ainsi d’accroître son influence au détriment des idées sociales-démocrates. Statistiques. En 2020, en comptant les prix décernés de 1969 à 2020, la répartition des prix à 86 personnes en fonction de la nationalité des lauréats au moment de la récompense met les États-Unis, avec 52 lauréats, en tête, avec 60 % des prix. Suivent le Royaume-Uni avec huit lauréats, la France avec quatre lauréats, la Norvège avec trois lauréats, la Suède, l’Inde et Israël avec deux récipiendaires, puis, avec chacun une récompense, le Canada, l’Allemagne, l’URSS, les Pays-Bas, la Finlande, Chypre et Sainte-Lucie. Le nombre de récompenses, en 2020, s'élevait à 86 : 25 récompenses individuelles, 20 récompenses partagées entre deux lauréats et 7 récompenses partagées entre trois candidats, la dernière datant de 2020 (voir liste détaillée ci-dessous). Les universités d'affiliation des chercheurs au moment de la récompense les plus distinguées sont par ordre d’importance : l’université de Chicago avec dix lauréats, l’université de Princeton, le Massachusetts Institute of Technology avec sept lauréats, l’université Harvard avec six lauréats, l’université de Californie à Berkeley, l’université de Cambridge, l’université Columbia avec chacune quatre lauréats, , l’université Stanford avec chacune trois lauréats, l’université d'Oslo, l’université Yale et l’université de New York avec deux lauréats. Puis "ex æquo" avec un lauréat l’université de Bonn, l’université Carnegie-Mellon de Norvège, l’École nationale supérieure des mines de Paris, l’université de Fribourg-en-Brisgau, l’université George Mason, l’Institut pour la gestion de l'économie nationale de Moscou, la Netherlands School of Economics, l’université d'Oxford, l’université de la Pennsylvanie, l’université de Stockholm, la Stockholm School of Business, l’université Washington à Saint-Louis, l’université de Californie à San Diego, la Carnegie Mellon, l’université de l'Arizona, l’université de Jérusalem, l’université du Maryland et l’université du Minnesota. Elinor Ostrom est en 2009 la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie.
Empire perse L’Empire perse désigne une série d’États qui se sont développés à partir de l’actuel Iran, dont le centre politique et culturel s’est trouvé dans ce qui est convenu d’appeler « la Perse », et qui s’étendirent à partir de là, depuis la Thrace au nord-ouest à l’Inde au sud-est et depuis l’Égypte au sud-ouest à l’Asie centrale au nord-est. « Perse » est un exonyme tiré de l’iranien "Pārs" ou "Fārs" désignant la région du centre-sud de l’actuel Iran. L’apogée de la Perse antique est représenté par l’empire achéménide ("Xšāça"), dont les souverains et sont les plus connus. Au , sous la dynastie sassanide, apparaît le mot "Ērān" ou "Ērānšahr", qui signifie « pays des Aryens », traduit aussi par « pays des Iraniens ». "Ērān", cité dans l’"Avesta", est un terme indo-iranien de la période védique qui signifie « le meilleur » et a été utilisé comme endonyme par les aristocrates Indo-Iraniens (fait très courant historiquement : en celte aussi "kelt" signifie « le meilleur » et en grec "aristocrate" signifie « pouvoir des meilleurs »). "Ērān" a aussi été utilisé par les Indiens antiques pour se référer à la région géographique connue sous le nom d’"Āryāvarta" ou « Aryanie », à cheval sur les actuels Iran et Afghanistan ; c’est aussi l’étymologie de la région appelée "Haryana" en Inde. "Ērān" est la source étymologique du nom de pays Iran et de la désignation des langues iraniennes. À l’étranger, le nom de « Perse » est utilisé pendant encore une décennie après que le chah Reza Pahlavi a changé par décret en 1925 le nom du pays en « État impérial d'Iran » ; la forme monarchique de l’État perdure jusqu’en 1979. Chronologie. La forme monarchique des États « perses » successifs a perduré jusqu’en 1979, soit 2531 années d’existence sans compter la période mède antérieure. Mais en fait le terme « Perse » est, comme son homologue irakien « Mésopotamie », plus géographique qu’historique, tant est grande la diversité des États qui se sont succédé dans ce vaste périmètre. Tous n’ont pas eu une élite « perse », notamment après la conquête de l’Empire achéménide par le macédonien Alexandre le Grand au , par les Parthes dans la seconde moitié du , par les troupes musulmanes au , par Gengis Khan au ou par Tamerlan au . Mais, de même que la langue et la civilisation chinoises ont absorbé tous les conquérants de la Chine, les « Perses », eux aussi, ont « iranisé » leurs conquérants, tout en s’imprégnant de leurs cultures, notamment sur le plan religieux lorsqu’ils ont adopté l’islam au . Ils continuent aujourd’hui à parler persan, et une petite minorité célèbre encore les fêtes zoroastriennes, ancrées dans le patrimoine culturel au fil des siècles. Période archaïque. Au le plateau iranien est peuplé par les "Mādā" dans le nord-ouest et par les "Āryā" au nord-est et dans le Fars. Autour de -750, dans le nord-ouest de l’actuel Iran, Déjocès fonde le premier royaume mède, dont la capitale est Ecbatane. En -612 les Mèdes s’emparent de Ninive, provoquant la chute de l’Empire assyrien. La «Perse» est alors, au sud, une région vassale de l’empire mède, culturellement et linguistiquement proche (les Grecs antiques, d’ailleurs, appelleront longtemps les Perses « Mèdes »). Antiquité. L'histoire de l'Empire perse proprement-dit commence en -552 lorsque la Perse devient un royaume indépendant sous le roi Cyrus II ("Kūruš"). Celui-ci est désormais l'égal des Mèdes, mais il reste leur fidèle allié, et c'est ensemble qu'ils développeront un empire qui s'étendra dans l'Antiquité à tout le Moyen-Orient, de la mer Égée à l'Inde et de l'Égypte à l'Afghanistan. En -538, Cyrus II a, selon la Bible, mis fin à l'exil des Juifs à Babylone, après avoir conquis cette ville. C'est la période où naît Darius ("Dāriyūš", mort en 486 avant notre ère). Après la mort de Cambyse ("Kabūjiya"), le mage Gaumata usurpe le pouvoir en -522, se faisant passer pour Bardiya, frère du défunt ; il est exécuté par des généraux menés par Darius. Durant son règne, une Voie royale pavée sur et pourvue d'auberges civiles ("hānh") et de casernes fortifiées ("adghān") à une journée de marche les unes des autres, est construite de Suse à Sardes. Elle servira durant les « guerres médiques » mais elle n'empêchera pas Darius, trop éloigné de ses bases, d'être battu à Marathon en -490 par une coalition de Grecs. Il meurt quatre ans plus tard et Xerxès Ier ("Xšayāršā") lui succède jusqu'en 465 avant notre ère. En -482 Xerxès fait face à une révolte babylonienne contre la domination perse, et il fait détruire les temples de la ville, notamment l'Esagil. Il se rend ensuite à son tour en Grèce, au cours de la deuxième Guerre médique, accompagné d'une flotte en grande partie fournie par les cités grecques vassales d'Asie mineure, défait la garnison spartiate des Thermopyles et il occupe Athènes. Mais en -480 les Grecs défont sa marine lors de la bataille de Salamine, où plus de 1.000 trières participent à la bataille. Il doit se retirer. Huit ans plus tard. Dans sa pièce "Les Perses", Eschyle présente au public athénien la bataille de Salamine, vue du côté perse. Xerxès est assassiné en -465, mais la dynastie achéménide ("Haxāmanišiya") continue avec son fils Artaxerxès ("Artaxšacā") qui lui succède. En -459 les Grecs, après avoir aidé les Égyptiens, qui se sont à leur tour insurgés contre le pouvoir perse, sont mis en fuite et se barricadent dans une île du delta du Nil. La paix de Callias intervient après dix ans de guerre. Elle se conclut par un traité de Paix entre les cités grecques (dont Athènes) et l'Empire achéménide. Finalement, l'Égypte recouvre son indépendance en -404. En -401, Artaxerxès II défait et tue son frère Cyrus le Jeune à Counaxa. La guerre à l'ouest reprend : Tissapherne ("Ciçafarnā"), satrape perse de Lydie et de Carie en Asie Mineure, est défait en -396 par Agésilas II, roi de Sparte. L'Empire achéménide, Sparte et leurs alliés grecs respectifs signent en -386 la paix d'Antalcidas ou « paix du Roi », reconnaissant les droits d'Artaxerxès sur toute l'Asie et Chypre, les droits d'Athènes sur les îles de Skyros, d'Imbros et de Lemnos, et l'autonomie des îles grecques et des cités ioniennes d'Asie mineure. Plusieurs satrapes de l'Empire perse entrent en révolte contre le pouvoir central en -370, mais ils sont matés. Artaxerxès III meurt, assassiné par son eunuque favori en -338. Le roi perse Darius III Codoman est défait par le macédonien Alexandre le Grand cinq ans plus tard, lors de la bataille d'Issos et sept ans plus tard à celle de Gūgāmalh : c'est le « début de la fin » pour l'Empire achéménide, qui cesse d'exister, lorsque Darius est assassiné par ses propres généraux en -330. L'Empire achéménide devenu l'Empire d'Alexandre le Grand est, après sa mort, partagé entre ses généraux par les accords de Babylone en -323 et par ceux de Triparadisos en -323. En -312 débute le règne de Séleucos, fondateur de la dynastie séleucide en Asie mineure, Mésopotamie, Perse et Syrie : cette dynastie durera jusqu'en -312. Une osmose culturelle irano-hellénique s'y produit. Les Parthes, peuple cavalier iranien de l'est de la mer Caspienne, s'établissent à partir de -247 en Bactriane, puis en Perse et en Mésopotamie. Ils reprennent à leur compte la notion d'« empire perse » pour cinq siècles, et leurs rois arsacides affronteront longuement, sur leur frontière occidentale, l'Empire romain. Ardachîr, un noble perse mazdéen met fin au pouvoir parthe : en 211, il mène campagne contre celui-ci, unifie la Perse en 224, renverse en 226 le dernier arsacide Artaban V et fonde en 227 une nouvelle dynastie perse, celle des Sassanides. Le prophète Mani commence à prêcher sa doctrine religieuse en 242, sous le règne de Chapour Ier ("Šâpur", 241-272). Au cours de ses guerres contre les Romains, Chapour Ier fait prisonnier leur empereur Valérien en 259, mais Rome refuse de verser la rançon et Valérien meurt en captivité. En 297, le sassanide Narses évince le roi Tiridate IV d'Arménie, puis il signe l'année suivante un traité avec les Romains, partageant l'Arménie et la Mésopotamie avec eux, c'est le début de l'Arménie sassanide. Les doctrines de Zarathoustra sont recueillies dans l’"Avesta" en 332, sous le règne de Chapour II (309-379). La guerre avec Rome reprend entre 337 et 350 : elle se déroule principalement en Mésopotamie, Arménie et Asie mineure. En 348, des femmes sont enrôlées dans les services auxiliaires de l'armée. Antiquité tardive. En 350, au début de l'Antiquité tardive, les Huns blancs envahissent la Perse et l'Inde. Contre Rome, Shapur II envahit la Syrie et prend la ville romaine d'Amida après une dure bataille en 359. A son tour, l'empereur romain Julien envahit la Perse et défait les Perses devant les murs de leur capitale, Ctésiphon, en 363. Après un quart de siècle d'affrontements sanglants et épuisants pour les deux camps, le romain Théodose et le perse Shapur III signent en 387 la paix d'Acilisène qui reprend les termes du traité déjà élaboré 90 ans plus tôt. En 399, Yazdgard monte sur le trône de Perse : il est tolérant envers toutes les religions, y compris le christianisme (principalement nestorien en Perse) et entretient de bonnes relations avec les Romains. D'ailleurs Théodose II, empereur romain d'Orient, et le roi Vahram V de Perse consolident la paix par un nouveau traité en paix 422. En 430, les Huns hephtalites, établis en Asie centrale, attaquent la Perse. La paix avec Rome est rompue en 506 en Mésopotamie, puis rétablie. Sur le plan social, Mazdak définit la doctrine du mazdakisme en 516. Sur le plan religieux et culturel, la Perse accueille des juifs chassés d'Alexandrie par les débuts de l'intolérance chrétienne, et les derniers maîtres de la philosophie grecque, chassés d'Athènes par la fermeture en 529 de l'école de philosophie de cette ville. Mais elle réprime durement le mouvement collectiviste de Mazdak en 531, année où Khosro ("Xos’rò") monte sur le trône perse (jusqu'en 579). L'année suivante, face aux envahisseurs venant de la steppe eurasienne (Avars, Khazars, Onoghours, Alains…), l'Empire byzantin alloue à la Perse d'or pour fortifier le Caucase. En 561, l'empereur Justinien signe un nouveau traité avec Khosro , précisant la frontière entre la Perse et l'empire d'Orient à travers la Géorgie, l'Arménie, la Mésopotamie et la Syrie, et versant à la Perse un tribut annuel en échange de la paix pour 50 ans. Mais en 589 Khosro est déposé par une mutinerie militaire et il s'enfuit à Constantinople, pour demander de l'aide. De 590 à 628 règne sur la Perse Khosro II, mais lui aussi est renversé en 591 et c'est l'empereur byzantin Maurice qui le rétablit sur son trône. En retour, Maurice reçoit d'importantes territoires en Arménie. En 600, outre les traditionnelles norias, des moulins à vent sont utilisés en Perse pour l'irrigation. La guerre reprend avec les «Roumis» (Romains d'Orient) en 627 : l'empereur byzantin Héraclius, allié aux Khazars, parvient devant Ninive et anéantit l'armée perse. Le règne de Yazdgard III ("Yazad’karta"), dernier roi sassanide de Perse, dure de 632 à 651. En 632, dans le croissant fertile, le calife Abou Bakr soumet les tribus arabes révoltées. Il progresse vers la Syrie et la Perse en 634. La fin de la Perse pré-islamique intervient en 637 lorsque le Califat islamique anéantit l'armée perse à la bataille d'al-Qadisiyya. Les Perses devenus musulmans seront désormais appelés « Persans » à l'étranger. Moyen Âge. Au Moyen Âge, sur le plan culturel et scientifique, Muvaffak écrit en 975 un traité de pharmacologie ; l'écrivain et savant Omar Khayyam (1048-1131) est connu dans tout le monde musulman. En 1055 les nomades turcs seldjoukides, sunnites, nombreux dans les armées du Califat abbasside, s'emparent de Bagdad. Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, entame en 1251 la conquête de la Perse : la domination mongole durera jusqu'en 1265, sous la dynastie des Ilkhanides à partir de 1256. Aux Ilkhanides succèdent à partir de 1405 les Timourides, dynastie de Timour Lang ("Teymouriān"). L'empire de Tamerlan s'effrite en 1447, laissant les beylicats d'Anatolie et les émirats de Perse, d'Afghanistan, d'Asie centrale et d'Inde du Nord reprendre leur indépendance. En Perse, la dynastie safavide commence en 1502 avec Ismail ; le chiisme devient la religion d'État et l'est resté jusqu'à présent (2022). En 1571 naît Abbas le Grand, chah de Perse, mort en 1629. Sous son règne (1585-1622), la paix est signée avec les Turcs Ottomans à l'ouest en 1590 tandis qu'à l'est les Ouzbeks sont repoussés en 1598 à Herat. Abbas fait d'Ispahan sa capitale et l'orne de monuments, bassins et fontaines. En 1623, il prend Bagdad aux Ottomans. Il meurt en 1629. Période moderne. En 1709 les émirs afghans se soulèvent contre le pouvoir persan et ils forment un État afghan indépendant, qui profite de l'affaiblissement persan pour y imposer en 1722 son contrôle, qui dure jusqu'en 1730. Nader Chah fonde en 1736 la dynastie afcharide qui étend l'influence persane sur l'Inde du nord-ouest (actuel Pakistan) jusqu'en 1747. La Perse occupe aussi durant dix ans (1737-1747) l'Afghanistan, où vivent des populations chiites, les Hezâreh, et des sunnites iranophones, les Hératis et les Tadjiks. Le dari, langue afghane, est aussi très proche du persan. Agha Mohammad Khan fonde la Dynastie Kadjar en 1794 : elle règnera sur la Perse jusqu'en 1925. La première guerre russo-persane de 1804-1813 permet à l'Empire russe d'enlever à la Perse plusieurs territoires dans le Caucase, au Daghestan, en Azerbaïdjan et en Géorgie orientale. À la fin de la seconde guerre russo-persane de 1826-1828, la Russie s'empare encore de l'actuelle Arménie. En 1901 les britanniques achètent une concession de forage pétrolier pour 60 ans en Perse. En 1925 la Perse change son nom officiel en « État impérial d'Iran » qui finira par être internationalement adopté en 1934, l'État restant monarchique jusqu'au renversement du dernier chah Mohammad Reza Pahlavi en mars 1979, huit ans après avoir organisé une fastueuse célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l'empire perse.
PowerBuilder Powerbuilder est un langage de programmation et un environnement de développement intégré initialement développé par PowerSoft, rachetée par Sybase en 1994. SAP a ensuite racheté Sybase en 2010, qui en 2016 a confié son évolution à Appeon. C'est un langage semi-compilé, orienté objet, générant du P-Code pour les applications desktop et du C# pour les API Web REST. Il est utilisé principalement pour des applications de gestion ayant de nombreuses interactions avec une base de données. Il est disponible sous Windows. Bien qu'on parle souvent d'un langage orienté objet, sa structure est très adaptée à la communication entre fenêtre et base de données, au développement orienté objet, et au passage de paramètres. PowerBuilder est interfaçable avec PowerDesigner (ex-PowerAMC), un outil de modélisation orienté objets également propriété de SAP. Les fonctionnalités orientées objet de PowerBuilder sont limitées à certains types d'objets (Fenêtres, UserObjets, menus), à l'exclusion des autres types d'objets, dont les datawindows, Le principe central de Powerbuilder est la standardisation du dialogue avec les bases de données à l'aide de datawindows et la possibilité d'utiliser du langage SQL directement dans le langage PowerScript. DataWindow. Une DataWindow est un composant logiciel qui présente dans une fenêtre les données issues d'une base de données SQL. Ce composant gère automatiquement l'affichage, la création, la modification et la suppression de données dans la table concernée. Ses formes de présentation diverses lui permettent d'être utilisée en liste, en forme libre, en rapport, etc. Obtenir de l'aide. Il existe plusieurs moyens d'obtenir de l'aide. Appeon Community (Anglophone) et PowerBuilder à donf (Francophone). Tests. Il est possible de faire des tests unitaires sur les projets PowerBuilder à l'aide de PBUnit. On peut aussi automatiser les tests de non regression d'une IHM PowerBuilder avec AscentialTest. Automatisation. Il est possible d'automatiser la compilation d'une application PowerBuilder sans utiliser l'environnement graphique via "OrcaScript". "OrcaScript" est un langage script permettant d'interagir avec le compilateur PowerBuilder, et les sources d'une application. En outre, il peut aussi s'interfacer avec tout système de contrôle de version compatible avec PowerBuilder afin par exemple, de récupérer la dernière version de l'application avant de la compiler. Fonctionnalités. Interfaces SGBD. PowerBuilder offre des interfaces natives pour toutes les principales bases de données, ainsi que ODBC et OLE-DB, dans la version Enterprise. Il existe de nombreuses options de connectivité qui permettent de contrôler et d'ajuster les performances, par exemple : SQL embarqué. Le SQL embarqué supporte les commandes SELECT, INSERT, UPDATE, DELETE et les curseurs. Cette option est utilisée lorsque le développeur requiert davantage de contrôle que celui disponible avec la DataWindow. Exemple : UPDATE my_employee SET STATUS = 'A'; IF sqlca.sqlcode<>0 THEN ... SQL Dynamique. Il s'agit d'une forme de SQL paramétré, où l'utilisateur construit une chaîne de caractères qui peut éventuellement comporter des variables de liaison. Le SQL dynamique peut également être utilisé pour créer des curseurs. Intégration avec des logiciels tiers. PowerBuilder supporte les contrôles ActiveX et OCX, visibles et non visibles. Il peut également utiliser OLE Automation en tant que client. Cependant, PowerBuilder ne supporte que la liaison tardive, pas la liaison précoce. Par conséquent, lors de l'utilisation d'OLE Automation, une liste déroulante des actions possibles n'est pas fournie. PowerBuilder peut également agir comme un client ou un serveur DDE, fournissant un mécanisme supplémentaire pour interagir avec d'autres applications. PowerBuilder peut faire des appels d'API Windows et tierces et, en général, fonctionne bien avec des bibliothèques tierces dans des fichiers DLL, mais il ne supporte pas directement les fonctions de callback. Compilation et débuggage. PowerBuilder offre un commutateur d'exécution "/pbdebug" (ou variantes : "-pbdebug", "-pbd", "/debug", "-debug", "-deb"), qui crée un journal. Ce mécanisme permet de retrouver un bug en cours d'exécution, car l'utilisateur envoie simplement ce log au développeur. Une autre fonctionnalité permet d'enregistrer toutes les instructions SQL dans un fichier. PowerBuilder dispose également d'un profilage des performances intégré, d'un debugger intégré, d'une aide contextuelle et d'un groupe de discussion actif. Historique. La première version de PowerBuilder a été publiée par PowerSoft en juillet 1991 avant d'être repris par Sybase en 1994. PowerBuilder entre dans le catalogue SAP après le rachat de Sybase en 2010. En décembre 2013, SAP a annoncé que la nouvelle version passait directement au numéro 15 et a publié une version bêta[12]. Les principales fonctionnalités comprenaient la prise en charge de .NET Framework v4.5, SQL Server 2012, Oracle 12, Windows 8, OData et Dockable Windows. SAP a ensuite publié cette version en tant que version 12.6. Depuis 2016, PowerBuilder est développé par Appeon. Le 31 mai 2019, Appeon a lancé PowerBuilder 2019. Cette version supporte le développement C#. Elle fournit un nouvel IDE C#, des objets d'accès aux données .NET, une solution de migration C#, un client API Web et des thèmes d'interface utilisateur. Le 3 avril 2020, Appeon a lancé PowerBuilder 2019 R2. Cette version inclut le tout premier convertisseur de code PowerScript vers C#, qui peut migrer automatiquement 80 à 95 % de la logique métier et des DataWindows de PowerBuilder vers C#. L'interopérabilité entre PowerScript et les langages de programmation .NET est également désormais prise en charge. De nombreuses fonctionnalités existantes ont également été améliorées. Le 22 janvier 2021, Appeon a lancé PowerBuilder 2019 R3. Cette version fournit une nouvelle technologie révolutionnaire de déploiement d'applications appelée PowerClient, qui automatise en toute sécurité l'installation et la mise à jour des applications clientes via HTTPS. Le développement d'API Web C# a été grandement amélioré avec la programmation asynchrone et la prise en charge des bases de données Amazon Aurora et Azure Cloud. Outre de nombreuses autres nouvelles fonctionnalités, PowerBuilder 2019 R3 est une version de support à long terme (LTS) qui remplace les versions LTS précédentes Communauté. PowerBuilder est connu pour sa base de clients loyaux, et son développement facile. Par conséquent, il y a une variété de groupes de communauté et de ressources pour les développeurs PowerBuilder souhaitant partager leurs techniques et s'assembler. Ceux-ci incluent :
PCI PCI est un sigle, qui peut signifier :
Presse écrite sur papier en Belgique
Pâte à crêpe
Liste d'informaticiens et précurseurs de l'informatique Cette liste regroupe des informaticiens (concepteur, développeur, chercheur en informatique) ainsi que des mathématiciens ou théoriciens dont les travaux ont établi, avant l'invention des ordinateurs, les bases de l'informatique moderne (travaux sur l'algorithmique, la théorie de l'information ou la théorie de la complexité des algorithmes par exemple). Références. + traduction de tout ou partie de l'article en anglais
Population française
Péta Péta (symbole P) est le préfixe du Système international d'unités (SI) qui représente soit un billiard en échelle longue (un million de milliards). Étymologie. Adopté en 1975, il provient du grec πέντε, "cinq", car égal à 1000. Précisions. En informatique. Bien qu'officiellement orthographié "peta", l'usage a consacré l'orthographe "péta", usage reconnu par le BIPM. En informatique, il ne faut pas confondre le pébioctet "Pio" (en anglais PiB, pour ) et le pétaoctet "Po" (en anglais PB, pour ). Le premier représente 1024 = 2 (soit ) octets et le second représente 10 (soit ) octets. À titre d'exemple, en , l'ensemble des fichiers mis à disposition par les utilisateurs des réseaux pair-à-pair représentait quelques dizaines de pétaoctets (une quarantaine à une cinquantaine environ). L'ensemble des flux de données de l'European Synchrotron Radiation Facility est de par an, celui du CERN (Centre Européen d'Études Nucleaires) est de par an. L'ordre de grandeur du contenu des librairies académiques de recherche américaines (USA) est de . Par ailleurs, la barre des () a été franchie par le superordinateur japonais K en novembre 2011. La barre des est ensuite franchie par un superordinateur chinois, le Sunway TaihuLight en 2016. En astronomie. En astronomie, une année-lumière vaut environ .
Pavois Le pavois (du latin "pavensis", « objet de Pavie ») est un grand bouclier de forme ovale ou quadrangulaire, porté par les fantassins et plus particulièrement les arbalétriers, au Moyen Âge. Origine et évolution. L'usage du pavois est principalement attesté chez les Francs dès le : il est utilisé par Clovis en 482 et en 508. Quelques élévations plus précoces sont mentionnées (le césar Julien en 360, élévations légendaires de Mérovée ou Pharamond) mais ces exemples sont isolés et ils empruntent des traditions non pas celtes ou gauloises, mais romaines (élévation des imperatores sur le scutum) ou germaniques. L'élévation sur le pavois confère alors au roi une fonction sociale. Le pavois d'Abraracourcix, personnage de la bande dessinée "Astérix", est donc un anachronisme. On voit se développer cette arme défensive au . À cette époque, l'arbalète avait une bonne portée de tir, mais était très longue à bander ; une minute au moins était nécessaire à un arbalétrier habile pour mettre la corde dans l'encoche et décocher le carreau. Pendant ce temps, il restait exposé aux traits de l'ennemi. Un grand pavois qui pouvait couvrir le corps tout entier s'avérait donc nécessaire. Il ne faut pas confondre le pavois avec l'écu. L'écu était terminé en bas par une pointe, ce que nécessitait le combat à cheval. Le pavois, plus grand, en bois léger, parfois recouvert de cuir ou de lames de fer, couvrait tout le corps. Il mesurait habituellement un mètre de haut et quelquefois plus, sur une largeur de quarante à soixante centimètres. Il est profondément nervé suivant son axe longitudinal, afin de présenter plus de résistance aux chocs et de laisser un espace libre pour passer le bras au besoin, ou pour le fixer au moyen d'un pieu.
Post Office Protocol En informatique, le POP (, littéralement « protocole de bureau de poste »), est un protocole qui permet de récupérer les courriers électroniques situés sur un serveur de messagerie électronique. En dehors d'un paramétrage spécifique, POP se connecte au serveur de messagerie, s'authentifie, récupère le courrier, « peut » effacer le courrier sur le serveur, et se déconnecte. Il est important de savoir, que tout comme IMAP, l'autre protocole de relève de mails, POP permet tout à fait de lire ses courriers électroniques depuis différents appareils, (ordinateurs, smartphones, messagerie web). Il suffit de paramétrer les clients de messagerie pour qu'ils ne suppriment pas les messages après chaque relève. Ce protocole a été réalisé en plusieurs versions; respectivement POP1, POP2 et actuellement POP3. Cette opération transite sur un réseau TCP/IP et utilise le protocole de transfert TCP via le port 110. Ce protocole est défini par la . POP3S (POP3 over SSL), ou POPS) permet de chiffrer la communication avec le serveur au moyen de TLS. Ce protocole est défini par la . Selon cette dernière, l'usage d'un port spécifique pour ces communications chiffrées (initialement TCP 995 avec le chiffrement SSL) est maintenant déconseillé. L'opération inverse, c'est-à-dire la remise de courrier à un serveur afin qu'il soit distribué, s'effectue généralement avec un autre protocole : SMTP. Commandes. Pour récupérer les courriers électroniques, on peut : Voici un exemple de connexion du protocole POP3 sur un interpréteur de commandes : Tout d'abord, il faut se connecter au serveur : Ensuite, il faut s'identifier et s'authentifier : Puis, il est possible d'utiliser l'une des commandes POP3 listées ci-dessous. Exemple de dialogue. Dans cet exemple, le support par le serveur de la commande codice_10 est annoncé par la chaîne codice_17 et codice_18 est l'empreinte MD5 de la chaîne codice_19 : S: <en attente de la connexion TCP sur le port 110> C: <ouverture de la connexion> S: +OK POP3 <1896.697170952@dbc.mtview.ca.us> C: APOP mrose 682949bee6805d9b611b82395e342cad C: STAT C: LIST C: RETR 1 S: <le serveur POP3 envoie le message 1> C: DELE 1 C: RETR 2 S: <le serveur POP3 envoie le message 2> C: DELE 2 C: QUIT C: <fermeture de la connexion> S: <en attente de la prochaine connexion> Certains anciens serveurs POP3 sans codice_10 acceptent un et codice_21 en clair : C: USER mrose C: PASS mrosepass Sur certains serveurs, la commande DELE renvoie Marked for Deletion, et le message n'est réellement supprimé que par la commande QUIT, ce qui permet de se raviser.
Peso Le peso (de l'espagnol : "poids") ($) est le nom de plusieurs monnaies de cours légal dans sept pays d'Amérique (Argentine, Chili, Colombie, Cuba, République dominicaine, Mexique, Uruguay) et aux Philippines, qui ont différentes valeurs. Son origine remonte à la réforme monétaire espagnole de 1497, qui crée entre autres monnaies, la pièce de huit réaux appelée aussi "peso fuerte". Histoire. La monnaie de 8 réaux (la pièce de huit) qui a eu cours partout dans le monde durant l'époque colonial espagnole était appelée par les populations sud-américaines "peso" (« poids » en français). Le peso deviendra par la suite l'unité monétaire de beaucoup de pays, en remplacement du réal colonial. Le « poids » en Espagne est une monnaie de compte fort ordinaire. Dix mille poids d'Espagne valent douze mille ducats. Ils l'appellent peso dit le Dictionnaire de Trévoux (Édition lorraine, Nancy 1738-1742). Unités monétaires actuelles. La gourde (HTG) – la monnaie haïtienne – tire son nom du "peso gordo" ou « piastre forte », la pièce de huit dite « colonnaire » produite de 1732 à 1771. Le peso andin est l'unité de compte de la Communauté andine. Unités monétaires obsolètes. Le peso fut la monnaie de : Nouvelles unités monétaires. Depuis l'indépendance des colonies espagnoles beaucoup de pays ont opté pour leur propre nom de monnaie :
Liste de journaux et magazines Cet article est une liste non exhaustive des publications périodiques de la presse écrite.
Paul Auster Paul Auster, né le à Newark, New Jersey, aux États-Unis, est un écrivain, scénariste et réalisateur américain. Une partie de son œuvre évoque la ville de New York, notamment le quartier de Brooklyn où il vit. D'abord traducteur de poètes français, il écrit des poèmes avant de se tourner vers le roman et à partir des années 1990 de réaliser aussi quelques films. Biographie. Les parents de Paul Auster, juifs, sont nés aux États-Unis, d'une famille venue d'Europe centrale. Très tôt au contact des livres par l'intermédiaire de la bibliothèque d'un oncle traducteur, Paul Auster commence à écrire à l'âge de 12 ans, peu avant de pratiquer le baseball, thème présent dans nombre de ses romans. De 1965 à 1967, il est étudiant à l'université Columbia (littératures française, italienne et anglaise). Il commence à traduire des auteurs français (Jacques Dupin et André du Bouchet) et découvre Paris. Il y retourne en 1967 après avoir échappé à la guerre du Viêt Nam, veut faire du cinéma, mais renonce face à la difficulté du concours d'entrée à l'IDHEC. Il écrit des scénarios pour des films muets qui ne se concrétiseront pas, mais qui serviront plus tard dans "Le Livre des illusions". Commence alors une dizaine d'années de difficultés. Paul Auster écrit des articles pour des revues, débute les premières versions du "Voyage d'Anna Blume" et de "Moon Palace", travaille sur un pétrolier, revient en France pour un séjour de trois ans (1971-1974) où il vit de ses traductions (Mallarmé, Sartre, Simenon), et écrit des poèmes et des pièces de théâtre en un acte. En 1979, alors qu'il vient de divorcer et a tenté en vain de faire publier, sous le pseudonyme de « Paul Benjamin », un roman policier (intitulé : "Fausse Balle"), la mort de son père lui apporte un petit héritage qui le remet à flot et qui lui inspire "L'Invention de la solitude". "L'Art de la faim" est publié en 1982, en 1985 c'est un recueil en prose, "Espaces blancs", suivi bientôt de "Effigies" et "Murales" en 1987, "Fragments du froid" et "Dans la tourmente" en 1988 et "Disparitions" en 1993. Paul Auster commence enfin à être reconnu comme un écrivain majeur. De 1986 (sortie de "Cité de verre") à 1994 ("Mr Vertigo"), il publie des romans majeurs comme "Moon Palace" et "Léviathan". Il revient alors au cinéma, en adaptant avec le réalisateur Wayne Wang sa nouvelle "Le Noël d'Auggie Wren". "Smoke" et "Brooklyn Boogie" sortent en salle en 1995. Paul Auster réalisera lui-même "Lulu on the Bridge" (1997) qui sera mal accueilli par la critique. Vie privée. Il est marié, puis séparé de l'écrivaine Lydia Davis, dont il a eu un fils, le photographe Daniel Auster. Ce dernier est mort le 26 avril 2022 d'overdose à l'héroïne, après avoir été accusé d'homicide involontaire à la suite du décès de sa fille de 10 mois par intoxication à l'héroïne. Il s'est remarié en 1981 avec une autre romancière, Siri Hustvedt. Ils ont une fille, la chanteuse Sophie Auster. En mars 2023, Siri Hustvedt annonce que son mari souffre d'un cancer. Exégèse. L'œuvre de Paul Auster se situe dans le mouvement du post-modernisme. Il est par excellence l'écrivain du hasard et de la contingence. Il traque au quotidien les bifurcations issues d'événements apparemment anodins. C'est ce que racontent "La Musique du hasard", et surtout "Léviathan" dans une exceptionnelle scène centrale. Son style en apparence très dépouillé, travaillé au fil de ses œuvres poétiques, cache une architecture narrative complexe, faite de digressions exagérées, mais toujours pertinentes, d'histoires dans l'histoire et de trompe-l'œil ("Le Noël d'Auggie Wren"). Il décrit aussi la perte, la dépossession, le rapport à l'argent, l'errance (dans "Moon Palace", le personnage principal se nomme symboliquement Marco Stanley Fogg). Il s'interroge aussi sur l'identité, notamment dans la "Trilogie new-yorkaise" où l'un des personnages (qui n'est pas le narrateur) porte son nom, dans "Léviathan", dont le narrateur a ses initiales (Peter Aaron) et rencontre une femme nommée Iris (anagramme du prénom de sa propre épouse Siri), ou dans "La Nuit de l'oracle" et "Dans le scriptorium", dans lequel un personnage porte le nom de Trause (anagramme d'Auster).
Art rupestre du Sahara Les peintures et gravures rupestres du Sahara sont des œuvres en majeure partie néolithiques, réalisées à même la roche dans le désert du Sahara et au Maghreb. Elles représentent notamment les humains de l'époque, et une partie de la faune qui les entourait. L'art rupestre d'Égypte n'est pas lié à celui du Sahara central, mais présente des connexions avec celui du désert Libyque. Description. Leur datation est difficile, mais elles se situent dans leur grande majorité dans le cinquième millénaire avant l'ère commune. Les plus anciennes semblent être des peintures réalisées dans le style dit des "Têtes rondes" classiques (pour lesquelles Henri Lhote a évoqué "l'image que nous nous faisons communément des Martiens" en 1956 dans son livre "À la découverte des fresques du Tassili, p. 77 de l'édition de 1973 -" sans pour autant jamais avoir dit qu'ils étaient des Martien"s)." Ces œuvres ne paraissent pas remonter plus haut que 8000±900 ans avant l'ère commune. Plusieurs autres styles de peintures ou de gravures montrent des animaux domestiques (surtout des bovins), notamment dans la Tasīili-n-Ăjjer, d'où le nom de "style bovidien" donné à ces images. Ce "bovidien" était l'une des catégories chronostylistiques élaborées par Henri Lhote, mais des recherches récentes ont démontré que c'est une notion vide de sens, qui regroupe en réalité des styles très différents, et qui prend des sens divers selon les auteurs. À la lumière des données pariétales, archéologiques, paléoclimatiques et paléoenvironnementales actuellement disponibles, il est préférable d'abandonner cette catégorie, pour lui préférer des dénominations plus précises et mieux localisées, telles que Style d'Iheren, ou Style d'Abañher. Le contraste entre la luxuriance de la faune figurée sur ces images et l'aridité actuelle du désert renforce encore leur attrait historique et artistique. Les gravures et peintures rupestres qui abondent dans le Sahara correspondent à différentes phases chronoculturelles de ce désert. Elles sont d'une grande fragilité. L'Art saharien présente souvent une succession sur les rochers d'images d'animaux, véritables indicateurs de la chronostatigraphie de l'art. Aujourd'hui, ces peintures sont menacées par la fréquentation touristique des sites rupestres du Sahara ainsi que par les dégradations qui en découlent, mais surtout par l'iconoclasme islamiste.
Peine de mort La peine de mort, ou peine capitale, est une peine prévue par la loi consistant à exécuter une personne ayant été reconnue coupable d'une faute qualifiée de « crime capital ». La sentence est prononcée par le pouvoir judiciaire à l'issue d'un procès. En l'absence d'un procès, ou dans les cas où celui-ci n'est pas réalisé par une institution reconnue, on parle d'exécution sommaire, d'acte de vengeance ou de justice privée. La peine de mort est diversement considérée selon les époques et les régions géographiques. Parmi les 197 pays du globe, la peine de mort est prévue dans les textes de loi de 82 pays, et 23 d'entre eux ont procédé à des exécutions en 2014. En 2022, 145 pays sont abolitionnistes, dont 113 pour tous les crimes. La peine de mort est une sanction reconnue bien que réprouvée par les institutions internationales comme l'Organisation des Nations unies (ONU) ou la Cour européenne des droits de l'homme. Les États abolitionnistes sont aujourd'hui majoritaires (145), mais ils ne représentent qu'une minorité de la population mondiale. Parmi les démocraties industrialisées, seules 3 la pratiquent : les États-Unis (27 États sur 50), le Japon et Taïwan. Au plan international, le , l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 62/149 appelant à un moratoire sur les exécutions dans le monde. Cette résolution (comme les autres résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies) n'a pas de valeur contraignante mais peut être vue comme le signe que la majorité des États souhaite remettre en cause la peine de mort. Cependant huit des dix pays les plus peuplés ont voté contre la résolution. Elle a été renouvelée en 2014. Histoire. La peine de mort est l'une des premières sanctions pénales. Elle est présente dans les textes juridiques les plus anciens comme le Code de Hammurabi. Elle représente la « clef de voûte des systèmes répressifs jusqu'au » et reste une loi commune jusqu'au début du où le mouvement abolitionniste commence à prendre de l'ampleur. Des traces de textes juridiques sur la peine de mort ont été retrouvées dans de nombreuses civilisations au cours de l'histoire. Les Mésopotamiens, les Grecs anciens, les Romains et les sociétés médiévales appliquaient la peine de mort. Sanction universellement reconnue et appliquée, elle est remise en cause à partir du , puis abolie dans la majorité des pays du monde. Mais au , la peine de mort perdure dans de nombreux pays et reçoit encore beaucoup de soutiens. Les historiens s'accordent sur l'origine de la peine de mort. Celle-ci représente la punition du groupe envers un individu qui ne respecte pas les règles de vie de sa communauté. Son rôle originel est essentiellement la dissuasion et la mise hors d'état de nuire, ce à une époque où le système carcéral n'est pas développé. La peine de mort est une sanction pénale. L'accusé est condamné en raison du non-respect d'une règle de droit dont il a été convaincu. Cette peine découle du besoin d'organisation du groupe. Avant la naissance du droit et de la justice-institution on ne peut pas parler de peine de mort. Dans ces sociétés primitives ou actuelles, ne connaissant pas l'État de droit, une condamnation à mort peut être considérée au mieux comme une exécution sommaire ou simplement comme un acte de vengeance ou de justice privée. On peut donc considérer que l'origine de la peine de mort est la construction de l'État lui-même. Le mot français "potence" vient d'ailleurs du latin "potentia", qui signifie « puissance » au sens politique du terme. Dans l'ancienne Mésopotamie, vers , le Code de Hammurabi, texte le plus célèbre de la période, promeut la peine de mort selon le principe causal de la loi du talion. Ainsi, un architecte qui aurait réalisé une maison, laquelle se serait effondrée sur ses occupants, causant ainsi la mort du propriétaire, serait puni de mort. Si c'est le fils du propriétaire qui est tué, c'est le fils de l'artisan qui est exécuté. Si c'est un esclave du propriétaire qui est tué, l'artisan doit lui fournir le prix d'un nouvel esclave. Ce texte est emblématique du caractère pénal de la peine de mort, mais aussi du statut des esclaves, qui ne sont que des biens meubles interchangeables. De même tant qu'ils ne sont pas chef de famille les enfants ont un statut juridique proche de l'esclave. Il en est de même pour les femmes, en effet plus tard le Coran cite la loi du Talion en précisant que selon cette loi la perte d'une femme est également compensée par la mise à mort d'une femme, mais dans le même temps il est ajouté une évolution majeure puisque toute peine peut être compensée en valeur (dommages et intérêts), et pas seulement pour l'esclave, à la condition irréfragable que la victime accorde son pardon, c'est-à-dire accepte la compensation pour exécuter la peine. En septembre 2020, un iranien est exécuté après que la famille de la victime a refusé la compensation. Grèce antique. Pour la plupart des philosophes antiques, la peine de mort protège la société et répare le dommage causé. Protagoras (dont la pensée est rapportée par Platon) critique le principe de vengeance, car une fois que le mal est fait, il ne peut être annulé par aucune action. Ainsi, si la peine de mort doit être infligée par la société, c'est uniquement pour protéger cette dernière contre le criminel ou encore dans un but dissuasif : Platon, pour sa part, voit dans la peine de mort un moyen de purification, car les crimes sont une . C'est ainsi que dans "Les Lois", il juge nécessaire l'exécution de l'animal ou la destruction de l'objet ayant causé la mort d'un Homme par accident. Pour les meurtriers, il considère que l'acte d'homicide n'est pas naturel et n'est pas pleinement consenti par le criminel. L'homicide est ainsi une maladie de l'âme, qu'il faut autant que faire se peut rééduquer, et, en dernier ressort, condamner à mort, si aucune réhabilitation n'est possible. Selon Aristote, pour qui le libre arbitre est le propre de l'Homme, le citoyen est responsable de ses actes. Si crime il y a eu, un juge doit définir la peine permettant d'annuler le crime en le compensant. C'est ainsi que des indemnités pécuniaires sont apparues pour les criminels les moins récalcitrants et dont la réhabilitation est jugée possible. Mais pour les autres, la peine de mort est nécessaire selon Aristote. Cette philosophie vise d'une part à protéger la société et d'autre part à compenser en vue d'annuler les conséquences du crime commis. Elle a inspiré le droit pénal occidental jusqu'au , époque où apparurent les premières réflexions sur l'abolition de la peine de mort. Rome antique. Dans la Rome antique, l'application de la peine de mort à l'encontre des citoyens romains était peu courante et jugée exceptionnelle. On lui préférait des peines de substitution allant, selon le crime et le criminel, de la réprimande privée ou publique à l'exil en passant par la confiscation de ses biens, ou la torture, ou encore la prison, et en dernier ressort, la mort. Un débat historique, suivi d'un vote, eut lieu au Sénat pour décider du sort des alliés de Catilina lorsqu'il tenta de prendre le pouvoir en décembre -63. Cicéron, alors consul, argumenta en faveur de la mise à mort des conjurés sans jugement sur décision du Sénat et fut suivi par la majorité des sénateurs ; parmi les voix minoritaires opposées à l'exécution on compte principalement celle de Jules César. Il en allait tout autrement pour les étrangers qui étaient considérés comme inférieurs par rapport au citoyen romain et surtout pour les esclaves, considérés comme un bien meuble ("res in patrimonio"). Précision utile, l'expression « peine capitale » ne se confond pas, en droit romain, avec la peine de mort : si cette dernière en fait partie, sont également des peines capitales l'envoi dans les mines, la perte de liberté ou encore la perte du droit de cité. Pour les Romains, la peine de mort, en plus de protéger la société, devait permettre de satisfaire la victime, ainsi que dans le cas des peines exemplaires, dissuader les criminels. Cet aspect de la philosophie romaine est issu du Grec Callistratos, qui écrivait dans "Digeste" que . Le rôle utilitariste de la peine de mort s'est renforcé durant les deux derniers siècles de la République. L'influence de plus en plus grande du christianisme a eu très peu d'effet sur la peine de mort dans la Rome antique, contrairement au Moyen Âge. Suivant à la lettre le principe chrétien « Tu ne tueras point », l'Empire byzantin marqua une tendance à la suppression de la peine de mort dans beaucoup de cas criminels, ainsi qu'une substitution à la peine de mort par la mutilation qui déclassait le coupable et le condamnait à mener une vie misérable. Moyen Âge. Durant le Moyen Âge, la religion chrétienne prend une importance considérable. Les rois et princes règnent en suivant les conseils de l'Église. Cette dernière est, selon les époques, et surtout selon les crimes commis, plus ou moins réticente à l'application de la peine capitale, car empêchant la rédemption. Le fait que ce soit la justice des hommes qui prononce les peines est également un sujet critique pour l'Église, car cette dernière considère que cette justice est non naturelle, contrairement au droit divin, seul habilité à reprendre ce qu'il avait donné. L'Église ne fait d'ailleurs jamais officiellement entrer la peine de mort dans son droit. Au début du Moyen Âge, selon les régions, on préfère à la peine capitale les rétributions pécuniaires. Le roi franc Clovis a notamment légiféré à ce sujet et codifié une large série de crimes dans la loi salique. Ce prix, "wergild" (ou prix du sang), fixe la somme à payer pour une vie ôtée, ainsi que pour d'autres crimes considérés comme graves. Cette loi a pour objectif d'empêcher les rixes et autres vengeances privées, en vue de garantir la paix. Ce dernier point est la raison d'être de la loi salique. C'est ainsi que le coupable a l'obligation de payer à la victime ou à sa famille une certaine somme, et ces dernières ont l'obligation de l'accepter et d'en rester là. Seuls certains crimes ne peuvent être punis du "wergild" et requièrent la peine de mort, comme les violences contre le roi. Cela s'explique par le fait que le souverain n'a pas de prix, car il n'est pas simplement un homme, mais le représentant de Dieu sur Terre. C'est ainsi que seulement dans quelques cas exceptionnels comme celui-ci, la peine de mort peut être prononcée. Cette limitation de la peine capitale s'applique aux hommes libres, pour les serfs il en est tout autrement. Cette philosophie du droit pénal a fluctué avec le temps, tantôt plus sévère, tantôt plus souple. En France, sous le règne des Carolingiens, le nombre de types de crimes passibles de la peine capitale augmenta, ainsi que la sévérité globale des autres peines. Cela venait du fait que les souverains désiraient instaurer l'ordre dans un empire en pleine décomposition après la mort de Charlemagne. Ici, c'était le côté dissuasif qui primait. On notera aussi la première abolition de la peine de mort en Chine, en 747 sous la dynastie Tang, même si d'autres châtiments corporels étaient en revanche maintenus. Même avant, l'empereur de Chine était la seule personne habilitée à prononcer une condamnation à mort sur l'ensemble du territoire chinois. À la fin de l'Ancien Régime, 115 cas de peines de mort sont répertoriés en France (depuis le vol de mouchoir par un domestique, assimilé à un viol de domicile, en passant par l'acte homosexuel, jusqu'aux meurtres) avec de nombreuses modalités d’application : décapitation à l’épée ou à la hache pour les nobles, pendaison pour les voleurs ; bûcher pour les hérétiques et incendiaires, supplice de la roue pour les bandits et meurtriers condamnés avec circonstances aggravantes, écartèlement pour les parricides et régicides ; bouillage pour les faux-sauniers et faux-monnayeurs. Thomas More considère dans son ouvrage Utopie en 1516 que l’exécution d’un condamné à mort est un gaspillage et qu'il vaut mieux transmuer la peine capitale en esclavage. Philosophie des Lumières. Alors que durant le Moyen Âge l'aspect expiatoire de la peine de mort était pris en compte, ce n'est plus le cas sous les Lumières. Ces dernières définissent la place de l'Homme au sein de la société non plus selon une règle divine, mais comme un contrat établi à la naissance entre le citoyen et la société, c'est le contrat social. À partir de ce moment, la peine capitale doit être vue comme utile à la société par son effet dissuasif, mais aussi comme un moyen de protection de cette dernière vis-à-vis des criminels. Le déterminisme humain de certains philosophes, comme Julien Offray de La Mettrie et Denis Diderot, qui considèrent que puisque l'Homme n'est pas libre de ses actions (qui lui sont dictées par son environnement, sa constitution physique ou encore ses sensations), le seul aspect qui prévaut dans la peine capitale est la protection de la société. À ce sujet, Diderot est plutôt clair : . Montesquieu quant à lui insiste sur la proportionnalité des peines. Thomas Hobbes considère que le contrat social existe pour assurer l'ordre dans la société, garantissant ainsi sa conservation dans le temps. En rompant ce contrat, le criminel menace la société, cette dernière est donc en droit de se protéger en condamnant à mort le coupable. John Locke insiste sur l'aspect dissuasif en écrivant que . La sûreté de l'État prime, par le respect du contrat social : la peine de mort est donc justifiée, y compris chez Kant, qui critique les thèses de Beccaria et la « sensiblerie sympathisante d'une humanité affectée », ainsi que le raisonnement qui fonde « l'illégitimité de la peine de mort sur le fait qu'elle ne peut être contenue dans le contrat social » : pour lui, « tout cela n'est que sophisme et chicane ». Remise en question. Sources du mouvement abolitionniste. Selon certaines sources, le mouvement abolitionniste a été créé en 1757 à Paris, en raison de la cruauté de la torture que subit Robert François Damiens avant son exécution pour l'agression contre Louis XV. La véritable naissance du mouvement abolitionniste coïncide avec la publication de l'œuvre de Cesare Beccaria qui, dans "Des délits et des peines" (1764), tend à contester l'efficacité de la peine de mort. Suivant ses conseils, le grand-duc Léopold de Toscane (futur empereur romain germanique sous le nom de Léopold II) abolit la peine de mort en Toscane, le 30 novembre 1786 ; c'est une première pour un État souverain. Beccaria n'est pas seul, mais il est le premier à exprimer clairement cette opinion. Voltaire, par exemple, le soutient, mais les gouvernements sont longs à convaincre, ce qui fait dire à André Dumas et Michel Taube que « la peine de mort est une loi commune jusqu'au ». Avant même l'expansion de l'abolition réelle, on assiste à une progressive disparition de la sanction capitale succédant à une désuétude pratique de son application. Les crimes susceptibles d'entraîner la peine de mort constituent une liste de plus en plus restreinte. En 1829, la publication du livre de Victor Hugo "Le Dernier Jour d'un condamné" relance le débat. L'abolition de la peine de mort est débattue, puis rejetée par les parlementaires français qui discutent régulièrement de la question depuis 1791, mais ne mettent jamais l'abolition en pratique. Diffusion de l'abolition. Selon le dalaï-lama, la peine de mort avait été strictement interdite au Tibet dès le sous le règne du roi Songtsen Gampo, qui promulgua un code légal des seize vertus morales inspiré des règles de conduites bouddhistes. Le premier pays du monde qui abolit la peine de mort est le grand-duché de Toscane en 1786. Il est suivi par le royaume de Tahiti, en 1824, quand son assemblée législative abolit cette peine, commuée en bannissement. En 1863, le Venezuela l'abolit pour tous les crimes, avec le décret de Garanties et l'inscrit dans la Constitution de 1864. La république de Saint-Marin abolit la peine de mort pour tous les crimes en 1865, après l'avoir abolie pour les crimes de droit commun en 1843. La dernière exécution remonte à 1468. Le Costa Rica l'abolit pour tous les crimes en 1882, alors que les Pays-Bas l'avaient fait deux ans auparavant. Cependant, il faut attendre 1983 pour que le royaume ne procède à l'inscription dans sa Constitution de l'interdiction de son usage. Au Portugal, la peine de mort fut abolie en 1867 pour les droits communs et la dernière exécution date de 1849. Le Tibet du dalaï-lama abolit la peine de mort en 1898. En 1948, l' de la déclaration universelle des droits de l'homme (ONU) énonce que tout individu a droit à la vie, notion qui peut être interprétée comme interdisant la peine de mort. En 1975, Amnesty International a intégré la revendication de l’abolition de la peine de mort dans son mandat. Aux États-Unis, un moratoire sur les exécutions a débuté en 1967 puis s'est terminé en 1977, année où Gary Gilmore fut fusillé en Utah. Au Canada, la peine de mort est abolie officiellement depuis le pour tous les crimes, sauf certains commis par des militaires. L'abolition totale devint effective en 1998. Enfin, la Cour suprême a statué le qu'aucun accusé ne saurait être extradé à l'étranger sans que le Gouvernement n'obtienne des garanties que la peine de mort ne serait ni requise ni appliquée si cet accusé était extradé. En France, le vote de l'abolition date des 18 et . La loi d'abolition a été promulguée le , sous la présidence de François Mitterrand. Depuis le , l'abolition de la peine de mort est inscrite dans la Constitution. Avec l'abolition de la peine de mort, certaines méthodes d'exécution disparaissent complètement de la surface de la terre. En 1974 en Espagne, Salvador Puig i Antich est la dernière personne exécutée par strangulation, à l'aide d'un garrot. En 1977 à Marseille, Hamida Djandoubi est la dernière personne décapitée à l'aide d'une guillotine. En 1983, le protocole numéro 6 de la Convention européenne des droits de l'homme interdit la peine de mort sauf en temps de guerre. Ce protocole a été signé par tous les membres du Conseil de l'Europe, sauf la Russie qui était membre de l'organisation de 1996 à son exclusion en 2022. En 2002, le protocole n° 13 à la Convention européenne des droits de l'homme l'interdit en toutes circonstances, y compris en temps de guerre, la majorité des membres l'a actuellement signé. En 1989, le second protocole additionnel du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ONU) abolit la peine de mort dans les états qui y adhèrent. Le pacte international dans son article 6 limitait déjà le recours à la peine de mort en 1966. Le second protocole permet l'application de la peine de mort en temps de guerre mais il est le premier texte non régional à viser une abolition (même limitée) mais explicite. Depuis 2003, une journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre, a été instituée par la coalition mondiale contre la peine de mort et elle est officiellement soutenue par le Conseil de l'Europe et l'Union européenne. En 2007, lors de sa première intervention officielle, Ban Ki-moon n’avait pas condamné l’exécution de Saddam Hussein. Il estimait alors que la question de la peine capitale restait du ressort de chacun des états membres de l’ONU. Des propos qui avaient provoqué un début de polémique, les Nations unies ayant toujours œuvré pour l’abolition de la peine de mort. La porte-parole du nouveau secrétaire général des Nations unies a précisé le lendemain qu’il était bien en faveur de l’abolition de la peine capitale. À ce titre, l’Italie est à l’origine de la première déclaration appelant à l’abolition de la peine de mort et prévoyant un moratoire dans les pays où elle existe. En 2007 et 2008, cette résolution a été votée par l'assemblée générale des Nations unies, les mouvements abolitionnistes travaillant pour augmenter le nombre de votes en sa faveur. Le chef du gouvernement italien Romano Prodi avait à l'époque affiché une position sans ambigüité. Selon lui, « la peine de mort doit être abolie dans tous les pays et la politique italienne va dans ce sens ». Symbole de cette lutte… le Colisée. Ce monument mythique de Rome est illuminé la nuit à chaque fois qu’un pays a renoncé à la peine de mort ou décidé un moratoire sur les exécutions. La résolution a été renouvelée en 2014. Rétablissement de la peine capitale. Aux États-Unis. Alors que les démocraties occidentales abolissent la peine de mort chacune à son tour, la Cour suprême des États-Unis semble mettre la fédération dans la tendance, en déclarant par cinq voix contre quatre dans l'arrêt "Furman v. Georgia" de 1972 que la peine de mort viole la constitution. Mais seuls deux juges concluent à l'interdiction inconditionnelle de la peine capitale en toutes circonstances. Les trois autres juges condamnent la sentence uniquement pour ce cas particulier. Les juges retiennent la façon arbitraire dont la peine a été prononcée. Durant l'année suivant l'arrêt Furman, plus de la moitié des États fédérés révisent leur législation afin de redéfinir la procédure de la peine de mort, de telle sorte que la condamnation à mort puisse être constitutionnelle. Vers le milieu des années 1970, trente-quatre États se sont dotés de nouveaux statuts et plus de six cents prisonniers ont été condamnés à mort selon les nouvelles lois. Dans l'arrêt "Gregg v. Georgia" de 1976, la Cour déclare que la peine de mort est constitutionnelle mais doit respecter de nombreuses conditions auxquelles les autres peines ne sont pas soumises (possibilité obligatoire de prononcer une peine inférieure, etc.). Il n'y eut aucune exécution pendant dix ans dans tout le pays (de 1967 à 1977). Plus de condamnés ont été exécutés dans trente-quatre États différents depuis la fin de ce « moratoire ». Plus récemment, la peine capitale a été rétablie par référendum dans le Nebraska en 2016, après avoir été abolie par les députés de cet État l'année précédente. De même, après un hiatus de onze ans, les exécutions ont repris dans l'Arkansas à partir du , avant que n'arrivent à péremption les stocks de midazolam, un anesthésiant permettant d'endormir les condamnés. Autres exemples. Si le nombre des démocraties libérales appliquant la peine de mort est faible, nombreuses sont celles qui ont repris les exécutions après avoir cessé d'appliquer la sentence pendant une certaine période. Il est cependant rare que la peine de mort soit rétablie dans les textes après avoir été légalement abolie, bien que des tentatives aient parfois eu lieu. En France, le président Armand Fallières avait mis en place un système de grâce automatique de 1906 à 1908, année où la chambre des députés refusa l'abolition de la peine de mort. Aux Philippines, la peine de mort a été rétablie en 1994 et les exécutions ont également repris alors qu'il n'y en avait plus eu depuis les années 1970 (la peine de mort ayant finalement été ré-abolie en 2006 dans ce pays). En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la peine de mort a été rétablie en 1991 alors qu'elle avait été abolie en 1970, mais aucune exécution n'est appliquée. Elle est à nouveau abolie en 2022. D'autres pays ont rétabli la peine de mort après l'avoir abolie, notamment en Afrique, mais ils n'ont, eux non plus, procédé à aucune exécution. Au Tchad, après une abolition en 2014, la peine de mort a été rétablie en 2015 pour actes de terrorisme, et le pays a depuis fait exécuter dix membres de Boko Haram. Parmi les autres pays ayant connu chacun une, ou parfois plusieurs, périodes sans exécution d'une durée de quatre à vingt-cinq ans, on peut citer le Japon, Taïwan, l'Indonésie, l'Inde, la Thaïlande, le Botswana, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Guatemala. Dans ces pays, des condamnations à mort sont prononcées tous les ans et leur exécution est à la seule initiative du pouvoir exécutif, qui décide alors de rompre le moratoire. Plusieurs îles des Caraïbes connaissent aussi de longues périodes sans exécutions, ce qui peut s'expliquer par leur faible population. Application et modalités d'application. Autres « morts légales ». Il convient de déterminer les limites de ce qui relève de la peine de mort de ce qui n'en relève pas. La peine de mort n'est ni l'euthanasie, ni l'eugénisme, ni la légitime défense, ni la mort civile. L'euthanasie est pleinement consentie par le malade, ou à défaut par ses proches. L'eugénisme, élimination d'individus jugés "indésirables" (handicapés physiques ou mentaux) n'est pas un châtiment résultant d'un crime. La légitime défense est une réponse immédiate à une menace importante encourue. La mort civile vise à considérer l'individu mort sur le plan du droit civil, ouvrir son héritage, tout en le gardant en vie. Crimes capitaux. D'après le droit international public, un crime capital doit être établi en raison des « crimes les plus graves » et dans le cadre d'une procédure respectueuse du droit des accusés. L'ONU interprète ces dispositions de façon active. D'un côté, elle cherche à limiter la peine de mort au seul cas du meurtre. Elle cherche surtout à faire disparaître les causes les plus graves de crimes capitaux : trafic de drogue, fraude fiscale, appartenance religieuse, viol. Cependant, certains pays refusent les recommandations de l'ONU. Crimes contre l'humanité. Le concept de crime contre l’humanité est un concept ancien, mais il apparaît pour la première fois en tant que notion proprement juridique en 1945 dans le statut du Tribunal militaire de Nuremberg, établi par la Charte de Londres. À l’époque, les quatre pays accusateurs (États-Unis, URSS, France et Royaume-Uni) appliquaient chacun la peine de mort, et l’Allemagne l’a abolie en 1949, après la fin des derniers jugements de criminels de guerre. Le Tribunal de Tokyo a également fait usage de la peine de mort contre les criminels de guerre japonais durant la même période. Mais les tribunaux internationaux établis pour des faits commis après la Seconde Guerre mondiale ont renoncé à l’application du châtiment ultime, le premier étant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie institué en 1993. Des années 1940 à 1993, la peine de mort a perdu beaucoup de terrain sur le plan international. Certains pays invoquent ce fait pour refuser d’adhérer au statut de la Cour pénale internationale, même si ce n’est évidemment pas la raison principale. Par ailleurs, d'autres pays comme le Rwanda ont été forcés d'abolir la peine de mort pour accueillir ces tribunaux et pour que les pays abolitionnistes acceptent l’extradition des criminels de guerre présumés. Néanmoins, les crimes contre l’humanité n’ont pas vocation à être jugés uniquement par des juridictions internationales, en témoigne le fait que nombre de codes pénaux, dont le code pénal français, prévoient le génocide et les crimes contre l’humanité comme des infractions à part, notamment pour leur caractère imprescriptible. Parmi ces pays, ceux pour qui la peine de mort est en vigueur, l'appliquent dans le cas de crime contre l’humanité. Après les années 1940, les exécutions de criminels contre l’humanité sont devenues un fait exceptionnel. L’État d’Israël a aboli la peine de mort en 1954, sauf pour certains crimes comme le génocide. En 1962 a eu lieu la seule exécution prononcée par un tribunal depuis cette abolition partielle, celle d’Adolf Eichmann, qui fut haut responsable nazi et responsable de la logistique de la solution finale. Il organisa notamment l'identification de ses victimes et leur déportation vers les camps de concentration. En Irak, le Tribunal spécial irakien a été instauré pour juger des membres les plus importants du parti Baas irakien. Plusieurs criminels ont ainsi été condamnés à mort et pendus, comme Saddam Hussein et Ali Hassan al-Majid. En Arabie saoudite, 81 personnes ont été exécutées en mars 2022, plus grande exécution de masse en décennies. 73 étaient Saoudiens, 7 étaient Yémenis et 1 était syrien. Selon la déclaration officielle, ils auraient été condamnés à de nombreuses accusations criminelles, inclus le meurtre d'hommes innocents, de femmes et d'enfants. Les organisations de défense des droits de l'homme ont accusé le gouvernement saoudien de promulguer une législation restrictive qui limitent la parole religieuse et les croyances politiques, ainsi que de critiquer la demande de la peine de mort. Cependant, l'Arabie saoudite a réfuté des allégations de violations des droits de l'homme, affirmant que ses lois défendent sa sécurité nationale. Homicide volontaire. Aux États-Unis. Aux États-Unis, chaque État prévoit dans sa loi une liste de circonstances aggravantes au meurtre rendant l'accusé passible de mort si au moins l'une d'entre elles est reconnue par le jury. Parmi les circonstances communes à tous les états disposant de la peine de mort, et les plus employées, citons : le meurtre commis au cours d'une autre infraction (viol ou vol en particulier), le meurtre de policier et le meurtre commis en échange d'argent (qui concerne tant le payeur que l'exécutant). En 1980, la Cour suprême a jugé dans l'affaire "Godfrey v. Georgia" que chacune de ces circonstances aggravantes devait être suffisamment précise pour exclure l'arbitraire, interdisant "de facto" la peine de mort pour les « meurtres ordinaires ». Dans les autres pays. Sur les 44 meurtriers exécutés de 2006 à 2012 au Japon, 39 ont tué au moins deux personnes. Contrairement au Japon, les condamnés exécutés pour de multiples meurtres aux États-Unis sont minoritaires. En Indonésie, toutes les personnes exécutées pour meurtre depuis la démocratisation du pays dans les années 1990 avaient au moins commis trois homicides, jusqu'en 2015 où six condamnés ont été exécutés pour des affaires liées au trafic de drogue. En Inde, la Cour suprême a déjà annulé une condamnation pour meurtre commis durant un enlèvement ou encore pour un double meurtre commis avec préméditation, estimant qu'ils n'entraient pas dans la catégorie des crimes pour lesquels la peine de mort devait s'appliquer. Dans la France des années 1970, des centaines de personnes comparaissent chaque année pour un homicide commis dans des circonstances le rendant passible de mort ; dans la pratique son application était réservée aux meurtriers coupables de crimes particulièrement sauvages. Bien que chacun des crimes dont ils ont été accusés n'ait concerné qu'une victime, les trois seuls condamnés à mort exécutés durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing (Christian Ranucci, Jérôme Carrein et Hamida Djandoubi) étaient aggravés, pour les deux premiers, d'accusations de sévices sur une fille en bas âge, et pour le dernier, de tortures accompagnées de viol et d'actes de barbarie sur une femme adulte. En Espagne, les sept dernières personnes exécutées avaient toutes été condamnées à mort pour le meurtre d'un policier, dans des affaires différentes. Au Luxembourg, la peine de mort a été abolie en 1979. Cependant, la dernière exécution a eu lieu en 1949. Peine de mort automatique. . Dans la pratique, le juge émettait une recommandation concernant la grâce que le ministre de l'Intérieur ("The Home Secretary") respectait quasiment toujours. Le système des condamnations à mort automatiques est resté dans plusieurs pays anglo-saxons, notamment au Canada, jusqu'à l'abolition de la peine de mort dans ce pays. Le Royaume-Uni et le Canada conservent tous deux, aujourd'hui, des peines de prison à vie automatiques pour meurtre, la gravité du crime déterminant la durée de la période de sûreté. Singapour est l'un des derniers pays (avec notamment la Malaisie voisine) à conserver les peines de mort automatiques dont il fait un usage draconien. Elle est applicable à tout meurtre. Le président, usant de son droit de grâce, est alors la seule autorité pouvant empêcher l'exécution sans remettre en cause la culpabilité de l'accusé. Charia. Selon la charia en vigueur en Iran ou encore au Soudan, le meurtre est un litige privé. Ainsi l'Iran distingue deux types de peines de mort : le châtiment pour meurtre (si l'accusé a au moins 15 ans) et la punition pour les autres crimes (à partir de 18 ans). Dans le cas du châtiment, les juges sont forcés de prononcer la peine de mort, et cette sentence doit être exécutée si la famille de la victime n'en a pas décidé autrement. Elle peut éventuellement le faire en échange d'une indemnisation de la part du condamné ou de ses proches. Si la famille de la victime décide de l'exécution dans le cas d'une femme tuée par un homme, elle devra verser une indemnisation à la famille du condamné, car selon les traditions islamiques, l'homme s'occupe financièrement de sa famille, et l'absence de revenu à la suite de sa mort doit être compensée. Crimes contre l'État. Les crimes contre l'État sont divers ; si la peine de mort a essentiellement vocation de s'appliquer aux coupables de trahison ou d'espionnage (ex : dévoiler un secret nucléaire), le faux-monnayage, la corruption, ou encore la désertion, peuvent être prévus en tant que crimes capitaux. Dans de nombreux pays occidentaux tels que le Royaume-Uni, l'Italie, le Canada, ou encore l'Espagne, la peine de mort est restée bien qu'inutilisée dans les textes pour trahison ou crimes militaires jusque dans les années 1990, alors même qu'elle avait été abolie pour meurtre plusieurs décennies auparavant. De tous les pays appliquant la peine de mort, presque tous prévoient dans leurs textes la peine de mort pour des crimes contre l'État. Ces lois sont rarement suivies de condamnation à mort, car un procès en espionnage (par exemple) attire souvent au pays espionné les foudres du pays espionnant sur la scène diplomatique, ce dernier affirmant n'avoir rien fait. L'application de la peine de mort peut alors avoir pour effet d'aggraver la situation. Dans les années 1950, Ethel et Julius Rosenberg ont été électrocutés pour le crime d'espionnage au profit de l'Union soviétique. Le couple fut longtemps montré en martyr de la cause communiste et comme des victimes symboliques du maccarthysme. Après la chute du mur de Berlin, les archives secrètes de la CIA dévoilèrent des preuves qui convainquirent les enfants des époux Rosenberg eux-mêmes, qui admettent que leur père avait effectivement donné aux Soviétiques des informations de caractère technique à usage militaire non atomique, mais avant 1945, alors que les États-Unis et l'URSS étaient alliés contre les Nazis, ce qui rend caduc le chef d'accusation de trahison et la responsabilité de la bombe A soviétique. Ils ont fait campagne auprès du Président Obama en 2016 pour faire réhabiliter leur mère Ethel contre qui la seule « preuve » était le témoignage de sa belle-sœur Ruth Greenglass et son frère David Greenglass qui a formellement reconnu avoir menti pour éviter la chaise électrique. De fait, la condamnation des époux Rosenberg relevait d'un chantage pour faire avouer à Julius son activité et le forcer à dénoncer des complices. C'était aussi un moyen de terrifier les militants et sympathisants communistes. Parmi les pays qui sont connus pour effectivement mettre à exécution la peine de mort pour des crimes contre l'État, il y a la Corée du Nord qui exécute régulièrement des opposants politiques et la Chine. Le professeur Wo Weihan, accusé d'espionnage au profit de Taïwan, a été exécuté en novembre 2008, attirant ainsi les foudres de la communauté internationale sur le pays. En février 2011, la Chine a supprimé la peine de mort pour les crimes économiques non violents ; sauf la corruption, manifestement en raison de la forte demande populaire pour une répression impitoyable contre des membres corrompus du parti communiste. L'Iran a essuyé des critiques pour avoir prononcé des condamnations à mort contre d'actifs participants aux protestations postélectorales iraniennes de 2009. Autres crimes. Les autres crimes qui peuvent entraîner une condamnation à mort, que ce soit sur le plan théorique ou pratique, sont divisibles en deux catégories principales : les crimes contre les personnes n'ayant pas entraîné la mort et le trafic de stupéfiants (ce dernier crime affectant tantôt les personnes, l'État et la paix publique). En Iran, en Arabie saoudite, et en Chine, des exécutions pour certains crimes contre les personnes n'ayant pas entraîné la mort sont régulièrement pratiquées, pour viol ou enlèvement par exemple. Aux États-Unis, plusieurs États ont commencé à adopter des lois rendant passible de mort le viol d'un enfant par exemple, lorsqu'il est commis en état de récidive ou lorsque la victime est devenue handicapée, à la suite de ce crime. Deux condamnations à mort ont été prononcées en ce sens dans l'État de Louisiane. En juin 2008, la Cour suprême des États-Unis a jugé par 5 voix contre 4 que l'application de la peine de mort dans ces cas-là constituait une violation de la constitution ("Kennedy v. Louisiana"). L'Inde et les États-Unis disposent de lois prévoyant théoriquement la peine de mort en cas de trafic de drogue, sans en faire aucun usage. Plusieurs pays asiatiques exécutent des trafiquants de drogue, l'Iran, l'Arabie saoudite et la Chine font usage massif de ces lois en vue d'inciter les trafiquants de drogue à aller vendre leurs produits dans d'autres pays. L'Indonésie est de son côté la seule démocratie libérale à appliquer la peine de mort aux trafiquants de drogue sous l'impulsion de l'ancienne présidente Megawati Sukarnoputri, en réaction aux plus de deux millions d'Indonésiens (sur une population de 212 millions d'habitants) qui sont considérés comme dépendants de la drogue, selon des statistiques de la police et d'ONG. L'application de la peine de mort aux trafiquants pose le problème de susciter des tensions avec le pays d'origine du criminel, car il s'agit souvent d'un étranger. Le Français Serge Atlaoui se trouve actuellement dans le couloir de la mort indonésien pour avoir participé à l'entretien de machines à ecstasy. À Singapour, de nombreuses polémiques sont intervenues dans ce pays à la suite de l'exécution d'étrangers pour trafic de drogue. L'application de la peine capitale y est obligatoire dans ce pays pour possession de drogue, à partir de de cannabis, de de cocaïne et de d'héroïne. En 2009, la peine de mort était applicable dans cinq pays, pour le crime de sodomie, et dans au moins deux pays (l'Arabie saoudite et l'Iran) pour le crime d'adultère. En Arabie saoudite, tout acte de sodomie commis par un non-musulman avec un musulman est passible de la lapidation. En juin 2009, l'Iran a annoncé son intention de renoncer à inclure dans son projet de nouveau code pénal l'apostasie comme crime. Procédure pénale relative. Condamnation. Sauf dans les quelques pays où l'application de la peine de mort est automatique (ceux-ci étant l'Iran, Singapour ou encore la Malaisie), l'étape du procès est très importante, car c'est elle qui détermine si l'accusé doit être condamné à mort ou non. Dans trente États américains sur les trente-cinq qui l'appliquent, la condamnation à mort ne peut être prononcée que sur verdict d'un jury de douze personnes. Dans la plupart de ces États la perpétuité réelle est prononcée si le jury ne parvient pas à l'unanimité (c'est le cas au Texas et en Californie), et la peine de mort est donc alors exclue. Pour cette raison, la Cour suprême autorise la récusation de tout juré n'acceptant pas d'envisager tant la condamnation à mort que la condamnation à vie. Ce système a tout de même le mérite de filtrer les condamnations à mort, assurant ainsi que le condamné est bien un criminel sortant suffisamment du lot pour « mériter » d'être exécuté, mais il est relativement arbitraire du fait du tirage au sort des jurés et de l'obligation d'unanimité : des meurtriers pires que bien des condamnés à mort échappent au châtiment suprême du fait de ce système. Les autres pays à appliquer la peine de mort étant essentiellement des pays de droits de tradition civiliste, ce sont les juges professionnels qui décident de la sentence, et à la majorité. En Chine, en Inde, en Indonésie et au Japon, cette décision est dévolue à un panel de trois magistrats. Dans certaines anciennes colonies britanniques ayant abandonné l'usage des condamnations à mort automatiques, comme le Botswana ou certaines îles des Caraïbes, un juge unique décide de la sentence. Dans ces pays où le meurtre est de surcroît passible de la peine de mort en toutes circonstances, l'usage veut que la jurisprudence et les réquisitions du parquet guident le tribunal dans sa décision. Dans la France des années 1970, la peine de mort était prononcée lorsqu’au moins huit des douze membres de la cour d'assises avait répondu « non » à la question des circonstances atténuantes. Neuf voix se prononcèrent en ce sens dans l'affaire Ranucci, contre sept en ce qui concerne Patrick Henry. Au Japon depuis mai 2009 les tribunaux criminels ne se composent plus seulement de trois magistrats, mais aussi de six jurés populaires sur le modèle de la cour d'assises française. Mais les cours d'appel restent composées uniquement de magistrats professionnels. Recours judiciaires. Sur le fond. Un appel sur le fond consiste à juger à nouveau l'accusé selon les mêmes modalités que lors de la condamnation, celui-ci espérant alors obtenir une peine moins sévère. Un tel appel n'est autorisé qu'à une seule reprise et uniquement dans les pays de droit civil (il est par exemple exclu aux États-Unis). C'est que l'on appelle le double degré de juridiction. Lorsque l'accusé n'a pas été condamné à mort en premier ressort, un tel appel peut s'avérer tout à fait périlleux, car il est possible de voir la peine aggravée en appel ; le parquet peut d'ailleurs également faire appel d'une décision de premier ressort s'il estime que la sentence d'emprisonnement à vie ne satisfait pas les intérêts de la société. Il existe des cas connus de re-jugement en appel suivis d'une aggravation en condamnation à mort pour cause de laxisme de la part des tribunaux inférieurs en Chine, au Japon ou encore en Indonésie. Sur la forme. Un recours sur la forme n'implique pas pour les magistrats de juger si un accusé mérite ou non la peine de mort. Il s'agit d'examiner le respect de normes légales ou constitutionnelles, pouvant éventuellement entraîner un nouveau procès ou une annulation de la condamnation. Souvent un tel recours pourra être accordé au motif d'une mauvaise assistance lors du procès, d'un irrespect de la procédure. Les pays de droits civils ne prévoient généralement qu'un recours de forme devant la juridiction suprême du pays : en France, le pourvoi en cassation était le seul recours judiciaire auquel un condamné à mort pouvait prétendre. Le système de "common law" américain, de surcroît fédéral, inclut de très nombreux recours de ce genre, tels que les "Habeas Corpus" ou encore les "post-conviction relief". Le premier de ces recours ("the direct appeal") est formulé automatiquement et indépendamment de la volonté du condamné, généralement devant la cour suprême de l'État. Dans les pays où les critères d'application de la peine de mort sont soumis à la jurisprudence, un recours de forme peut indirectement se transformer en recours sur le fond, la Cour suprême annulant une condamnation à mort qu'elle juge trop sévère, ou, plus rarement, une condamnation à perpétuité qu'elle juge trop clémente. Rôle du pouvoir exécutif. Contrairement à ce qui prévaut pour l'application de la peine d'incarcération à perpétuité, le pouvoir exécutif ne saurait être étranger à celle de la peine de mort, même s'il s'agit d'une sanction judiciaire, ne serait-ce que parce qu'il contrôle le ministère public et que les tribunaux ne prononcent pas de condamnation à mort qui n'aurait été requise par le parquet, sauf dans le cas de condamnation automatique. Mais surtout, une fois le processus judiciaire épuisé, le pouvoir de grâce en vigueur dans tous les pays joue un rôle de dernier rempart : soit l'exécution ne peut avoir lieu que si la commutation a été préalablement refusée (exemple de la France ou du Japon), soit le détenteur du droit de grâce est tenu de statuer avant la date de l'exécution, soit il peut surseoir à l'exécution s'il souhaite prendre plus de temps pour sa décision (cas des gouverneurs américains). Au Royaume-Uni, tout condamné à mort étant gracié s'il n'avait été exécuté dans les quatre-vingt-dix jours suivant sa condamnation, le ministre de l'Intérieur ("The Home Secretary") était donc contraint de prendre une décision rapidement. Le fait de laisser une seule personne, détentrice du pouvoir exécutif, décider de la vie ou de la mort d'un condamné est souvent perçu comme arbitraire ; aussi, dans certains pays, cette autorité reçoit-elle l'avis d'un conseil de professionnels. En France le président de la République prenait sa décision après avis du conseil supérieur de la magistrature ; aux États-Unis, plus d'une vingtaine d'États prévoient, selon plusieurs variantes, que le gouverneur prenne sa décision sur avis contraignant ou non d'un bureau des grâces ("Parole Board"). Au Royaume-Uni, le ministre présidait ce que l'on appelait le "hanging cabinet" qui se composait de hauts-fonctionnaires délibérant avec lui. Au Japon, le ministre de la justice envisage de signer l'ordre d'exécution de la même manière, après l'avis d'administrateurs du ministère. Une exception notable dans l'implication du pouvoir exécutif est la Chine. Ce pays condamnant à mort des milliers de personnes chaque année, le président ne pourrait examiner chaque dossier. L'exécution a donc lieu peu de temps après que la Cour populaire suprême chinoise ait confirmé la condamnation à mort, sa décision est ainsi considérée comme le dernier recours. Ce fait est cependant à relativiser, car, en Chine, il n'y a pas de réelle séparation des pouvoirs. Réduction de la souffrance. Ces méthodes sont utilisées en majorité. Il s'agit premièrement de l'injection létale où le thiopental sodique (ou un autre barbiturique) est utilisé pour faire perdre connaissance au condamné, de manière que celui-ci ne ressente aucune douleur à la suite de l'injection des deux autres produits suivants, destinés à paralyser les mouvements musculaires, puis à provoquer un arrêt cardiaque. Ensuite viennent la pendaison et l'exécution par arme à feu, qui sont les deux méthodes les plus répandues dans les textes de loi ; en 2001, 73 pays prévoyaient l'exécution à l'arme à feu et 58 la pendaison. La mort par pendaison à forte chute provoque une rupture des cervicales, la mort est certes violente mais elle est instantanée. Cette méthode reste en vigueur au Japon, à Singapour ou encore en Inde. L'injection létale est également très répandue : dans la mesure où elle est en vigueur dans toutes les provinces de la Chine, où ce pays procède à l'immense majorité des exécutions, il est probable qu'elle devienne, si elle ne l'est pas déjà, la méthode majeure sur l'ensemble de la planète. Selon les officiels de la Cour suprême, l'injection devrait à terme devenir la seule méthode appliquée en Chine. Adoptée aux États-Unis, elle est également en vigueur au Guatemala, à Taïwan, en Thaïlande et au Viêt Nam. Depuis le mois de mars 2011, des citoyens de différents pays exercent des pressions auprès de la compagnie danoise Lundbeck afin qu'elle cesse d'approvisionner en pentobarbital les États américains qui pratiquent l'injection létale. Ces citoyens invoquent la complicité de cette entreprise dans la pratique inhumaine et cruelle que constitue la peine de mort. Non réduction de la souffrance. Il s'agit de la lapidation, de la pendaison-strangulation (pratiquée en Iran), et de la décapitation au sabre (utilisée en Arabie saoudite). En juin 2008, l'Iran a annoncé son intention de remplacer la lapidation par la pendaison dans tous les cas où elle est encourue ; on ignore si l'annonce sera suivie d'effet. En voie de disparition. La chaise électrique et la chambre à gaz restent en vigueur dans certains États américains, lorsque cela est exigé par le condamné, celui-ci voulant éviter l'injection létale. La chambre à gaz a ainsi été utilisée pour la dernière fois en 1999 ; une électrocution est recensée en moyenne, chaque année, aux États-Unis. Certains états des États-Unis utilisent encore cette méthode, tels que le Tennessee, la Virginie, la Caroline du Sud ou la Floride. Conditions d'application tenant au condamné. Mineurs au moment des faits. Depuis 1989, l'article ) de la Convention internationale des droits de l'enfant adoptée dans le cadre de l'ONU interdit la peine de mort « pour les infractions commises par des personnes âgées de moins de dix-huit ans ». L'interdiction de la sentence de mort pour des personnes de moins de au moment des faits était déjà inscrite notamment dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en son article 6 §5 et dans la Convention américaine relative aux droits de l'homme en son article 4 §5. Elle le sera ensuite notamment dans la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant en son article 5 §3. La Convention internationale des droits de l'enfant est le traité relatif aux droits de l'homme le plus ratifié au monde avec parties, soit plus que les États membres de l'Organisation des Nations unies. Seuls les États-Unis et la Somalie l'ont signé mais pas encore ratifié. Depuis 1990, au moins neuf pays ont exécuté des mineurs au moment des faits. Ce sont la république démocratique du Congo, la république populaire de Chine, l'Iran, le Nigeria, le Pakistan, l'Arabie saoudite, le Yémen, les États-Unis et le Soudan. toutefois, l'Iran est le seul pays au monde où l'on sait que des mineurs au moment de leur crime ont été exécutés en 2008. En Iran, il a été décidé que la peine de mort ne serait appliqué contre un mineur au moment des faits qu'en cas de meurtre lorsqu'aucun arrangement n'a été trouvé avec la famille. La pratique veut que l'exécution n'ait lieu qu'une fois que le condamné a atteint la majorité. La Cour suprême des États-Unis a supprimé en 2005 la peine de mort pour les moins de au moment des faits ("Roper v. Simmons"), par cinq voix contre quatre. La cour a jugé que la peine de mort pour les « mineurs » (le seuil de ne coïncide pas nécessairement avec la majorité légale aux États-Unis) était inconstitutionnelle en violant le de la Constitution qui interdit les châtiments cruels ou inhabituels. Troubles mentaux. Il convient de distinguer l'aliénation du retard mental. L'aliéné mental est incapable de comprendre qu'il va être exécuté ou tout du moins d'en comprendre la signification (qu'il va l'être en vertu d'un crime qu'on l'accuse d'avoir commis). Le retard mental est simplement le fait d'avoir des capacités intellectuelles très faibles par rapport à la moyenne. De façon générale il est admis qu'il est beaucoup plus grave d'exécuter un aliéné mental, l'ONU l'a recommandé 4 ans avant le retard mental et la Cour suprême des États-Unis l'a jugé 16 ans avant ("Ford v. Wainwright" en 1986 pour les aliénés mentaux, "Atkins v. Virginia" en 2002 pour les retardés mentaux). Le fait qu'un aliéné ne peut être exécuté est un principe admis par la plupart des pays. En revanche la question est plus problématique concernant les personnes qui ne sombrent dans la folie qu'occasionnellement mais qui reprennent leurs esprits à d'autres moments. Alors on exigera qu'il soit conscient spécifiquement au moment de l'exécution. Les organisations internationales recommandent au contraire qu'une personne dans une telle situation soit purement et simplement graciée. Le problème du retard mental est que c'est une notion subjective, il peut se mesurer au quotient intellectuel (une limite serait de 70 de QI) ou à la capacité de l'accusé à accéder à un emploi (même s'il est en dessous de cette limite). De ce fait, les organisations de défense des droits de l'homme affirment que les exécutions de personnes retardées continuent aux États-Unis, bien qu'elles soient interdites par la Constitution et les lois de nombreux États. Dans les autres pays, les normes légales et constitutionnelles en la matière sont quasi inexistantes. Les autorités étaient particulièrement attentives à la question des affections mentales au Royaume-Uni lorsque la peine de mort y existait, chaque condamné à mort étant examiné par un panel de trois psychiatres avant son exécution potentielle. C'est ainsi que John Straffen, ayant commis un meurtre alors qu'il était déjà enfermé dans un hôpital psychiatrique à la suite du meurtre de deux fillettes, fut gracié en 1952. En 1955, Ruth Ellis qui avait assassiné son petit ami quelques jours après une violente dispute, fut pendue : de son propre aveu et de l'avis des trois experts, elle avait parfaitement conscience de ce qu'elle faisait. Personnes de sexe féminin. Quelques pays tels que le Guatemala, la Russie ou la Biélorussie interdisent l'usage de la peine de mort contre toute femme. Seuls la Chine, l'Iran, la Jordanie, l'Arabie saoudite, Singapour, le Viêt Nam, les États-Unis et l'Indonésie exécutent régulièrement des personnes de sexe féminin sans aucune différenciation sexuelle apparente. Les femmes ne représentent guère plus d'un pour cent des exécutions mondiales et des condamnations à mort, les circonstances sont souvent jugées inappropriées pour l'application de la peine de mort. Aux États-Unis, les femmes représentent près de 50 des plus de à mort du pays et 12 des plus à avoir été exécutées depuis 1976. Presque toujours, une disposition législative prévoit qu'une femme enceinte ne peut être exécutée, comme le droit international d'ailleurs. Soit sa peine sera commuée (solution prévue en Chine, anciennement en Grande-Bretagne), soit elle pourra théoriquement être exécutée après la grossesse (solution plus fréquente, prévue aux États-Unis, au Japon, en Inde, et anciennement en France). Personnes âgées. Certains États fixent un âge maximal au-delà duquel il n'est plus possible de mettre à exécution une condamnation à mort. Cet âge est de au Guatemala, 65 en Russie et en Biélorussie et de à Taïwan. En Irak, un âge de est également en vigueur, ce qui précipita l'exécution de Saddam Hussein qui était âgé de le jour de sa pendaison. Aux États-Unis aucune législature ni aucun tribunal n'a imposé d'âge maximal à l'application de la peine de mort. Les autorités travaillant d'arrache-pied pour obtenir l'exécution d'un criminel des années après sa condamnation, celles-ci sont indisposées à abandonner au dernier moment au motif de l'âge qu'a atteint l'accusé, d'autant que la méthode d'exécution par injection létale tend à moins interpeler sur l'âge des criminels concernés. Depuis 1976, neuf septuagénaires ont été exécutés aux États-Unis, dont deux étaient âgés de plus de . Au Japon, où la criminalité des personnes âgées se développe fortement, les exécutions de sexagénaires ou de septuagénaires ne constituent pas une rareté. En février 2011, une exemption pour les personnes de plus de a également été adoptée en Chine, sauf en cas de meurtre « d'une cruauté exceptionnelle ». Droit international. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques reconnaît la peine de mort mais précise qu'« aucune disposition ne peut être invoquée pour retarder ou empêcher l'abolition de la peine capitale par un État partie au présent Pacte ». Les pays appliquant la peine de mort rappellent pourtant assez souvent que le pacte les autorise à employer la peine de mort. Ce pacte fixe seulement quatre conditions spécifiques à l'application de la peine de mort : Les organisations de défense de droits de l'homme invoquent cependant le pacte régulièrement contre les états appliquant la peine de mort en citant les articles prohibant les traitements inhumains ou encore le fait que le pacte n'autorise la peine de mort que « pour les crimes les plus graves », définition qui exclurait par exemple le trafic de drogue. Une liste plus précise de ce que devrait entreprendre les pays appliquant la peine de mort a été dressée en 1984 par le Conseil économique et social de l'ONU, liste qu'il a complétée en 1989 : Mais les résolutions du Conseil économique et social ne sont pas plus contraignantes que la résolution de l'assemblée générale appelant à l'abolition pure et simple de la peine de mort. Débat contemporain. Métaphysique. Bien qu'ils ne concernent pas l'intérêt général à proprement parler, les arguments métaphysiques n'en sont pas moins la première motivation de la plupart des partisans comme des opposants à la peine de mort. Rétribution. La rétribution est un argument philosophique qui fut déjà avancé en son temps par Emmanuel Kant dans sa doctrine du Droit de la "Métaphysique des mœurs". Certains partisans de la peine de mort le considèrent comme étant la première justification d'une exécution capitale. La peine doit être pénible en proportion avec le mal que le criminel a délibérément causé pour des motifs souvent abjects (cupidité, satisfaction sexuelle…). Les crimes pour lesquels la peine de mort a vocation à s'appliquer sont si affreux qu'il serait injuste que le meurtrier puisse réintégrer la société ou même rester en vie en prison, alors que la victime se trouve six pieds sous terre. Ses proches en sont privés à jamais et la population est choquée par le crime, tous ont besoin que la justice les soulage. Dans la plupart des pays où la peine de mort est maintenue au , elle n'est exécutée que dans des cas « monstrueux » comme les tueurs en série, les meurtres d'enfants ou encore les crimes où le coupable a fait terriblement souffrir sa victime avant de l'achever. On peut citer à plus forte raison les auteurs de massacres, comme les grands terroristes et les criminels contre l'humanité. Les opposants à la peine de mort ne répondent pas tous de la même manière à cet argument. Si certains considèrent simplement que la perpétuité (réelle ou non) peut satisfaire l'objectif de rétribution même dans ces cas horribles, les plus radicaux considèrent que cet argument est seulement émotionnel et que la rétribution n'a aucune place dans la justice pénale moderne : elle ne vise, selon eux, qu'à satisfaire un certain désir de vengeance (désir jugé incompatible avec les principes de la justice). Droits de l’homme. Le fondement philosophique de l'abolitionnisme est que la peine de mort viole les droits de l'homme. Le droit à la vie est incontestablement le plus fondamental de tous et ne peut être violé d'une façon aussi ostensible. La peine de mort constitue en plus un traitement inhumain : le moment de l'exécution est une torture psychologique, et aussi l'attente entre la condamnation et l'exécution même lorsque celle-ci ne dure « que » quelques semaines. Albert Camus a écrit dans le livre "réflexions sur la peine capitale" : Le tout cumulé fait de la peine de mort : « la négation absolue des droits humains, un meurtre commis par l'État, avec préméditation et de sang-froid » ou encore un « acte de barbarie ». Face à cela, l'argumentation partisane de la peine de mort ne consiste pas tant à nier que la peine de mort supprime certains droits humains du criminel, mais que ces droits ont surtout une portée générale, et peuvent être retirés comme tout autre droit si cela est justifié. Les droits humains auraient simplement pour effet d'encadrer la peine de mort en tant que processus légal, le condamné ne conservant que certains droits plus basiques (droit à un procès équitable, de ne pas être torturé…). Utilité. Effet dissuasif sur le crime. La plupart des partisans de la peine de mort invoquent le fait que, dans la mesure où la mort est plus effrayante que tout autre peine, les criminels potentiels n’en sont que d’autant plus dissuadés de recourir au meurtre, en particulier pour commettre d’autres infractions comme le vol ou le viol. Ils s’appuient statistiquement sur le fait que le taux d'homicide aux États-Unis a baissé alors que les exécutions augmentaient. Les abolitionnistes contestent en déclarant que rien ne prouve que ce soit la hausse des exécutions qui ait permis ce résultat plutôt que d'autres facteurs tels que la hausse du niveau de vie, le renforcement de la répression en général, un plus grand contrôle des armes à feu… Les abolitionnistes affirment que la peine de mort ne peut être dissuasive dans la mesure où les meurtriers soit préméditent leur crime pour échapper aux poursuites, soit ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes. Ils s’appuient statistiquement sur le fait que les États américains (et les pays en général) à ne pas utiliser la peine de mort ont pour la plupart des taux d’homicides plus bas que ceux des autres pays. Pour d'autres le fait que la peine de mort ne soit pas dissuasive s'explique par le fait qu'elle n'est appliquée que dans les pires cas, elle serait dissuasive si tout meurtrier n'avait effectivement aucune chance d'échapper à l'exécution, une option radicale qui favoriserait l'exécution d'innocents et dans les familles des condamnés. Selon les sondages, la grande majorité des criminologues et même une majorité des gens pensent que la peine de mort ne décourage pas plus le meurtre que la prison à vie. Mais certaines études concluent tout de même que la peine de mort a un effet dissuasif. Certains partisans de la peine de mort estiment que dans la mesure où la prévention des meurtres doit être une priorité du système judiciaire, mieux vaut appliquer la peine de mort à moins de n'être certain qu'elle n'empêche absolument aucun meurtre. C'est l'argumentation du prix Nobel d'économie Gary Becker, qui juge que la peine de mort serait pleinement justifiée même s'il fallait exécuter plusieurs meurtriers pour sauver une seule victime. De leur côté, les opposants de la peine de mort estiment qu'il s'agit d'une peine tellement critiquable qu'elle ne serait justifiée que si son caractère dissuasif était incontestable. C'était l'argument de Jean Jaurès à la tribune de l'Assemblée nationale. Moyen de pression sur les criminels. Un argument en faveur de la peine de mort principalement employé par les procureurs américains est son utilité dans le cadre du marchandage de peines. En effet la peine de mort est une menace dont les procureurs se servent contre les accusés pour les forcer à plaider coupable, à dévoiler l'identité de leurs complices ou encore l'emplacement des corps de leurs victimes. Ainsi le tueur en série Gary Ridgway, plaida coupable de et accepta de coopérer avec la police pour permettre de retrouver les victimes disparues en échange d'une condamnation à la prison à vie. En Oregon, le procureur-adjoint Norm Frink déclare qu’alors même que son État n’exécute pas de condamné, les accusés acceptent régulièrement de plaider coupable en échange d’une condamnation à la prison à vie, même en sachant qu’ils resteront en prison jusqu'à leur mort naturelle. Bien que le système de « plaider-coupable » n’existe pas dans la plupart des autres pays, l’argument de la menace ne s’éteint pas lorsqu’il s’agit d’obtenir la coopération du suspect. Patrick Henry et Christian Ranucci ont été accusés tous deux de meurtre d’enfant après enlèvement, mais Henry échappa à la guillotine. En partie grâce aux aveux et aux regrets exprimés lors de son procès par Patrick Henry, sa défense put se consacrer à plaider contre la peine de mort. À l'inverse, l'arrogance de Christian Ranucci à son procès lui a été très défavorable. En Thaïlande, où le meurtre et le trafic de drogue sont tous deux punis de la peine de mort, il est d'usage de la prononcer essentiellement lorsque l'accusé est reconnu coupable après avoir prétendu être innocent durant toute la procédure. Un fait qui incite grandement les prévenus à avouer. En Chine, la loi permet qu'une personne puisse écoper d'une peine moins sévère lorsqu'elle a effectué une confession honnête du crime et a dédommagé les victimes à temps. Les criminels sont donc incités à avouer, mais aussi à indemniser les victimes. Élimination de la récidive. L'idée de base est simple, un meurtrier est souvent une personne violente qui, une fois exécutée ne constitue plus un poids pour la société, elle n'est plus susceptible de commettre d'infractions de toutes sortes. Mais les abolitionnistes invoquent le fait que la plupart des condamnés à l'emprisonnement à perpétuité (ce qui signifie en France, un "temps d'épreuve" de 18 ans conformément à l'article 729 du code de procédure pénale) ne récidivent pas une fois libérés et retrouvent une vie normale. Philippe Maurice a été condamné à mort en 1980 pour le meurtre de deux policiers. En mai 1981, sa condamnation à mort fut commuée en réclusion criminelle à perpétuité par le président François Mitterrand. Il est aujourd'hui libre et devenu docteur en histoire médiévale en prison. Vices. Irrévocabilité. La thématique de l'innocent exécuté est un des arguments centraux des abolitionnistes, qui considèrent l'exécution d'un innocent autant inévitable qu'inacceptable tant que la peine de mort n'est pas abolie. La justice est humaine… comme l'erreur, et comme l'erreur judiciaire. S'il est avéré qu'un condamné à perpétuité est innocent, on peut toujours réparer l'erreur, le libérer et l'indemniser, autrement dit lui permettre de réintégrer sa famille et la société. Ce n'est pas possible s'il a été exécuté. Les partisans de la peine de mort affirment que le problème de l'innocence n'est pas très différent avec la peine de mort : on peut être emprisonné et n'avoir jamais son innocence reconnue (ou seulement après la mort), en ce cas l'erreur est moins grave mais elle n'est pas plus réparable. Plus généralement, ils pointent la rareté de ces cas comme ne justifiant pas l'abolition totale de la peine de mort, mais seulement des mesures permettant d'éviter les erreurs judiciaires (recours juridiques, accès aux tests ADN…). En général, les garanties qui assortissent l'application de la peine de mort sont plus élevées que celles qui encadrent l'application des peines de prison à vie. Arbitraire. Contrairement à une idée reçue, les chances, si on est convaincu de meurtre, d'être condamné à mort aux États-Unis sont plus élevées lorsque l'accusé est caucasien (blanc) ; en effet, les afro-américains représentent 48 % des condamnation pour meurtres et ne représentent pourtant que 34 % des criminels exécutés (les accusations de racisme viennent du fait que les noirs ne sont que 12 % de la population). Les abolitionnistes pointent aussi le fait que les personnes démunies sont surreprésentées dans les couloirs de la mort, ce qui s'expliquerait par la mauvaise qualité des avocats commis d'office. Mais le contre-argument est le même, une personne démunie a plus de chance de commettre, par exemple, un meurtre durant un vol ou durant un enlèvement dans le but d'obtenir une rançon. Ainsi un parlementaire afro-américain du Maryland favorable à la peine de mort car sa sœur avait été assassinée déclarait « La question est la suivante : Y a-t-il plus de gens de couleur dans le couloir de la mort parce que le système est raciste ou est-ce parce qu'ils commettent plus de crimes du fait de leur inégal accès à l'éducation et aux opportunités ? ». Mais le système capital américain est relativement arbitraire du fait du tirage au sort des jurés et de l'obligation d'unanimité pour prononcer une condamnation à mort : des meurtriers pires que bien des condamnés à mort échappent au châtiment suprême du fait de ce système. À ce titre le système américain est parfois qualifié par ses détracteurs de « radar automatique qui ne flasherait que les voitures jaunes ». La grande majorité des condamnés à mort y sont coupables d'un seul meurtre, alors que des centaines de tueurs en série effectuent des peines de prison à vie dans tout le pays. En France, Robert Badinter déclarait dans son célèbre discours : . Les critiques liées à l'aléatoire de la peine sont surtout présentes dans les pays où ce sont les jurés populaires qui décident de la vie ou de la mort. Dans les pays où ce sont les magistrats qui décident de la sentence, des critères assez précis généralement imposés par la jurisprudence de la juridiction suprême du pays sont alors appliqués, mais les partisans de la peine de mort sont alors privés de l'argument de la légitimité populaire du verdict. Longue attente. Bien que le débat sur la peine de mort soit ancien et les arguments guère renouvelés, la question de la longue durée de l'attente dans le couloir de la mort est bien elle un élément nouveau. Même à l'époque où les démocraties européennes ont entrepris d'abolir la peine de mort, cet argument n'était pas valable : au Royaume-Uni, tout condamné à mort était automatiquement gracié s'il n'avait été exécuté dans un délai de 90 jours. En France, un condamné à mort n'était jamais exécuté plus de 1 an après sa condamnation, même en cas d'acceptation du pourvoi en cassation. Cet argument n'est toujours pas valable aujourd'hui dans les pays comme la Chine où la peine de mort est rapidement mise à exécution. Cette longue durée d'incarcération précédant l'exécution (souvent un nombre d'années à deux chiffres) est apparue aux États-Unis du fait du long processus d'appel qui suit la condamnation à mort. En Inde, en Indonésie et au Japon, il est dû aux nombreux moratoires aux inspirations abolitionnistes ayant secoué ces pays, ainsi qu'à un faible taux d'exécution des condamnations en général. Dans ces pays, les autorités refusent de bloquer les exécutions au dernier moment aux motifs de la longueur de l'incarcération, de l'insistance des familles des victimes et du travail des procureurs pour que la justice suive son cours. D'un point de vue objectif, la longue attente dans le couloir de la mort n'est souhaitée par personne, elle cause des dommages tant pour le condamné que pour la famille de la victime. Un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) de 1989 ("Soering c. Royaume-Uni"), juge que si le processus judiciaire de la Virginie aboutissant à la peine capitale est acceptable selon les standards démocratiques de justice, l'attente dans le couloir de la mort elle-même constitue un traitement inhumain et dégradant. Si ce long temps d'attente peut en effet s'avérer un argument supplémentaire contre la peine de mort, lorsque l'objectif d'abolition n'est pas accessible la question est de savoir de quelle manière l'on peut endiguer ce phénomène tout en conservant la peine de mort. Une première solution consiste à commuer automatiquement les condamnations à mort au-delà d'une certaine durée, la deuxième consiste à limiter le processus d'appel. Les abolitionnistes sont les premiers à s'opposer à la deuxième solution craignant une hausse des exécutions. En avril 2009, le procureur général de l'Ohio critiquait lui aussi la trop longue durée du processus judiciaire dans les cas de condamnation à mort, mais juge que cela ne justifie pas l'abolition : « Les mêmes qui font tout pour ralentir le système judiciaire ne peuvent ensuite s'en plaindre. » a-t-il déclaré. Dans plusieurs pays des Caraïbes comme la Jamaïque, la justice a décidé d'imposer une limitation de la durée dans le couloir de la mort à cinq ans. En Ouganda, cette durée a été fixée à trois ans. Une telle décision aux États-Unis aurait pour effet de tout simplement abolir la peine de mort. La Cour suprême des États-Unis ne s'est encore jamais penchée sur la question malgré l'insistance de certains de ses membres les plus progressistes. Au Japon et en Indonésie, la durée d'attente est très inégalitaire (allant de deux ans à plus de vingt ans), les condamnés à être exécutés étant choisis selon la gravité de leur crime plus que selon l'ancienneté de leur condamnation. Depuis ces dernières années où les exécutions se sont multipliées dans ces pays, il est donc bien question d'accélérer la machine judiciaire et de réduire la durée d'attente, mais pas d'accorder la clémence pour cette raison. Politique. Opinion publique comme argument politique. Dans les pays où la peine de mort est appliquée, elle est quasiment toujours soutenue par une très nette majorité de la population et, comme sur tout sujet politique, c'est très logiquement le parti en faveur de laquelle penche l'opinion publique qui s'appuie sur elle. L'opinion publique est alors mise en avant pour appeler les dirigeants politiques opposés à la peine de mort à mettre de côté leurs convictions, ce qu'ils font parfois, mais pour éviter des conséquences électorales néfastes, non empreints de la conviction qu'il faut s'en remettre au peuple. L'opinion publique est aussi un argument pour appeler les dirigeants à laisser le peuple trancher la question lors d'un référendum, solution en revanche rarement retenue. Les abolitionnistes contestent le fait que l’on puisse accorder crédit à une opinion publique qu’ils jugent désinformée et éloignée du problème. Celle-ci aurait besoin d’être « éduquée » pour « être éclairée » et enfin devenir majoritairement contre la peine de mort comme en France où les médias ont diffusé des téléfilms ou des reportages prenant parti contre la peine de mort (comme "" diffusé sur TF1 en 2007, "L’Abolition" diffusé par France 2 en 2009), ou encore en Europe par le biais de la journée européenne contre la peine de mort ou de subventions au bénéfice des associations abolitionnistes. La politiste Laurence Morel observe que dans les États américains, l'abolition de la peine de mort a souvent été refusée, ou la peine de mort réintroduite, par référendum ; cependant, . Tendance internationale. Systématiquement après chaque événement important concernant la peine de mort (exécution, activité législative pour abolir ou rétablir…), l'Union européenne et diverses ONG comme Amnesty International interviennent médiatiquement pour rappeler leur engagement contre la peine de mort, le fait qu’il s’agisse d’une peine en recul voire marginale ou encore les résolutions de l’Assemblée générale de l'ONU qui appelant à un moratoire sur les exécutions en vue de l'abolition de la peine de mort, sont des arguments pour inciter les pays qui exécutent à suivre le chemin de l’abolition. Les pays qui appliquent la peine de mort sont alors mis à l'index, marginalisés… Dans une note verbale, la plupart de ces pays ont rejeté cet argument en s’appuyant sur le fait que plusieurs dizaines de pays ont voté contre la résolution pour affirmer qu'« il n'y a pas de consensus international selon lequel la peine de mort devrait être abolie » et que « aucun camp n'a le droit d'imposer son point de vue à l'autre ». Lorsque cette résolution n'était encore qu'une proposition, le représentant de Singapour avait déclaré que « personne ne détient le monopole de la vérité ». Lorsque le Texas fut critiqué pour avoir mis en œuvre la depuis que cet état a rétabli la peine de mort, le gouverneur Rick Perry a répondu aux condamnations de l'Union Européenne : « Il y a deux cent trente ans, nos ancêtres ont combattu pour se libérer du joug d’un monarque européen et gagner la liberté et l’autodétermination. Les Texans ont décidé il y a longtemps que la peine de mort était un châtiment juste et approprié pour les crimes les plus horribles commis contre nos citoyens. Bien que nous respections nos amis en Europe, saluons leurs investissements dans notre État et apprécions leur intérêt pour nos lois, les Texans arrivent très bien à gouverner leur État ». La résolution de l’ONU n’a aucune valeur contraignante et il est difficile pour l’ONU de donner un réel intérêt aux pays concernés à se plier face à la pression diplomatique. Cependant, la Turquie a aboli la peine de mort dans l’espoir de devenir membre de l’Union européenne et le Rwanda pour permettre au Tribunal pénal international pour le Rwanda et aux pays opposés à la peine capitale de transférer au Rwanda les participants présumés au génocide de 1994 pour qu’ils y soient jugés. Les abolitionnistes militent depuis des années pour que le statut d’observateur des États-Unis et du Japon auprès du Conseil de l’Europe soit suspendu jusqu'à ce qu'ils aient aboli la peine de mort. La Biélorussie a depuis longtemps été refusé dans ledit Conseil en partie en raison du fait qu'elle applique la peine de mort. Traités internationaux. L'argument de la tendance internationale est employé pour inciter les pays appliquant aujourd'hui la peine de mort à y renoncer. Cet argument a d'autant plus de poids dans certains pays ayant aboli la peine de mort car il revêt un aspect juridique : les pays en question ont parfois signé des traités dans lesquels ils s'engagent à ne pas rétablir la peine de mort. Le second protocole facultatif se rapportant au pacte des droits civils et politiques, traité de l'ONU qui interdit la peine de mort, ne contient pas de clause de retrait. Si le pays en question s'aventure quand même à rétablir la peine de mort, alors celui-ci serait considéré comme un État-voyou. Mais cet argument semble se heurter au même problème que celui de la tendance internationale, la sanction pour le pays en question ne pourra être que morale ou symbolique : il n'y aura pas de guerre ni même de sanctions internationales (embargo commercial par exemple) pour empêcher des exécutions capitales. D'autant que les partisans de la peine de mort dans ces pays (le Front national en France par exemple) souhaitent effectuer ce rétablissement par référendum. Enjeux de l'abolitionnisme. Influence de l'opinion publique sur les décisions politiques. L'objectif des organisations de défense de droits de l'homme est de convaincre les hommes politiques qu'ils peuvent moralement et sans risque pour leur carrière se prononcer pour l'abolition de la peine de mort malgré la majorité de l'opinion publique. Ils s'appuient par exemple sur le fait que François Mitterrand fut élu président de la République en 1981 après avoir explicitement déclaré qu'il abolirait la peine de mort, alors que près de 6 Français sur 10 souhaitaient son maintien. Mais il existe des contre-exemples. En 1988, la campagne présidentielle aux États-Unis opposa George H. W. Bush à Michael Dukakis. Lors d'un des débats télévisés, le présentateur Bernard Shaw demande aux deux candidats quelle serait leur position sur la peine de mort concernant un assassin éventuel de leur femme. Dukakis réaffirme alors son opposition à la peine de mort, contrastant avec un Bush plus émouvant et en phase avec l'opinion majoritaire. La côte de Dukakis baissa de 49 % à 42 % à la suite de ce débat, Dukakis ne rattrapa jamais son retard et perdit l'élection. Durant la campagne de 2008, Barack Obama ne prit pas le risque de se prononcer contre la peine de mort et désavoua même une décision de la cour suprême qui interdit son utilisation contre les violeurs pédophiles n'ayant pas donné la mort à leur victime. Cette différence entre les États-Unis et les pays européens s'explique par le fait que les politiciens américains sont assujettis à des mécanismes électoraux beaucoup plus contraignants (élections des représentants tous les deux ans, référendums d'initiative populaire, élection des procureurs et parfois même des juges…). À cela s'ajoute le fait que les républicains sont quasi unanimement pour la peine de mort et que les démocrates sont divisés ; en France, c'est le Parti socialiste qui était uni contre la peine de mort et la droite qui était divisée (Jacques Chirac et Philippe Séguin ont voté l'abolition de la peine de mort). Les républicains n'hésitent pas à attaquer leurs adversaires s'il se déclarent contre la peine de mort, tandis qu'en 1981 en France, Valéry Giscard d'Estaing n'évoqua guère le sujet, pas même lors du débat de l'entre-deux tours. L'on remarque aussi que l'opinion publique n'influence pas les autorités uniquement dans les pays considérés comme des démocraties libérales. En témoigne l'application de la peine de mort en Chine dans les cas de corruption ou de fraude en quantité phénoménale (les manifestations de la place Tian'anmen sont à l'origine un rassemblement contre la corruption). En 2003, c'est à la suite de réactions populaires négatives que les procureurs chinois firent appel de la condamnation à mort assortie du sursis de Liu Yong, un chef mafieux ayant corrompu des dizaines de fonctionnaires pour couvrir ses activités illégales. La cour suprême l'a finalement condamné à mort sans sursis et il fut exécuté le jour même où cette décision a été rendue. Aspect religieux. Si l'aspect religieux sur des sujets tels que la peine de mort peut apparaître comme un moyen de détermination personnelle, il dépasse en réalité cet aspect. Tout d'abord parce que les hommes politiques peuvent se déterminer en raison de leurs convictions religieuses, mais aussi parce que les dignitaires religieux prennent position sur le sujet et influencent tant le public que la classe politique. En 1969, Paul VI supprime la peine de mort de la loi fondamentale du Vatican qui y figurait depuis le Concordat de 1929. L'Église catholique a progressivement pris position contre la peine de mort, en 1995 le pape Jean-Paul II écrivait que la peine de mort n'était justifiée que « lorsque la défense de la société ne peut être possible autrement. Aujourd'hui, cependant, à la suite d'une organisation toujours plus efficiente de l'institution pénale, ces cas sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants ». Aujourd'hui, le Vatican promeut ouvertement l'abolition de la peine de mort et s'est prononcé en faveur de la résolution de l'ONU dans ce sens. Cependant en 2004 le cardinal Ratzinger a précisé que les fidèles n'étaient pas obligés de suivre la position de l'Église : « il peut légitimement y avoir un débat entre catholiques sur l'opportunité de faire la guerre ou d'appliquer la peine capitale ». Dans les pays où l'abolition fait débat, il est globalement admis que les personnalités politiques catholiques présentent une plus forte probabilité d'être contre la peine de mort, ils sont alors susceptibles d'être reçus et honorés par le pape. En 2018 le pape François fait insérer dans l’article 2267 du Catéchisme de l’Église catholique : « C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle et elle s’engage de façon déterminée en vue de son abolition partout dans le monde ». En plus, il a cosigné un livre "Pape François contre la peine de mort" avec des dirigeants non religieux tels que le président de la "Société Internationale de Défense Sociale" Luis Arroyo Zapatero ou l'ancien directeur de l’Unesco Federico Mayor Zaragoza. Quelques religions, comme la convention baptiste du Sud, soutiennent la peine de mort. Il en est de même de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X selon l'abbé Jean-Michel Gleize qui conteste la suppression de la peine de mort par le pape François dans le Catéchisme de l'Église catholique, alors qu'elle est reconnue depuis plus de 2 000 ans tant par de nombreux saints que par de nombreux papes et ajoute, comme troisième argument, entre autres, que "la miséricorde consiste à remettre la faute commise, mais non la peine; le pardon sacramentel est d’ailleurs assorti d’une pénitence". Pour ce qui est du judaïsme, l'État d'Israël n'applique pas la peine de mort. Pour Moïse Maïmonide, un rabbin andalou du , « il est plus satisfaisant d'acquitter des milliers de coupables que de mettre à mort un seul innocent ». Le Dalaï Lama est également opposé à la peine de mort : « les criminels devraient être traités avec amour et compassion, et non pas avec colère ». Bien qu'un certain nombre de pays musulmans ont recours à la peine de mort, certains intellectuels sont favorables à la cessation de cette pratique et considèrent que le droit islamique peut inclure des valeurs humanistes d'inspiration occidentale. Mais cette n'est pas suivie et se trouve même quelquefois critiquée par de nombreux fidèles. . Ainsi le juge Antonin Scalia, membre de la Cour suprême des États-Unis et catholique, estime que la position de son Église sur la question « s'inspire plus de Hegel et Freud que de Saint Thomas et Saint Augustin ». À propos du nouveau catéchisme catholique sur la peine de mort, il dit « je l'ai lu, je l'ai pris en considération, et j'ai finalement décidé que j'étais en désaccord, et donc de l'ignorer ». Alternative. Lorsqu'il proposa l'abolition de la peine de mort, Cesare Beccaria, comme Voltaire, prônait la mise en place d'un « esclavage perpétuel », où les condamnés auraient été assignés à des tâches ingrates au profit de la société. À l'Assemblée nationale, en 1791, le parlementaire Pelletier de Saint-Fargeau proposa de conserver le détenu au cachot durant douze à vingt-quatre ans : « Le condamné sera voué à une entière solitude ; son corps et ses membres porteront des fers ; du pain, de l'eau, de la paille lui fourniront pour sa nourriture et pour son pénible repos l'absolu nécessaire ». Pour remplacer le spectacle très courant à son époque des exécutions publiques, il proposa que le condamné soit régulièrement exposé devant la foule dans sa cage. Au vu du développement du système carcéral de l'époque, ces propositions sont apparues comme assez farfelues, mais elles montrent que l'idée d'une longue peine d'enfermement n'est pas nouvelle. En son temps, Victor Hugo avait lui aussi mis en avant les « travaux forcés à perpétuité », qui s'effectuaient à l'époque dans un bagne, comme alternative à la guillotine. À l'exception du Portugal, tous les pays prévoient aujourd'hui la possibilité, théorique ou appliquée, de conserver incarcérée une personne au-delà de vingt-cinq ans. Dans l'objectif abolitionniste. La question qui se pose généralement quand où on songe à abolir la peine de mort est plutôt de savoir s'il faudra laisser au condamné une possibilité de réintégrer la société. Une peine d'emprisonnement à perpétuité réelle présente un double avantage pour les abolitionnistes : elle rend beaucoup plus convaincante leur argumentation, y compris vis-à-vis de l'opinion publique et son instauration permet d'obtenir une baisse de l'usage de la peine de mort dans les pays où l'objectif d'abolition n'est pas accessible. Ainsi aux États-Unis, le développement de la perpétuité réelle et l'instauration de son application systématique à tout coupable de crime capital a permis ces dernières années une très forte baisse des condamnations à mort, leur nombre a été divisé par trois en dix ans, passant de 317 en 1996 à 114 en 2006. En 2009, l'État du Nouveau-Mexique qui faisait partie des deux seuls à ne pas disposer de la perpétuité réelle dans ses textes l'a instaurée à l'occasion de l'abolition de la peine de mort. Au Texas, où la perpétuité réelle a été adoptée en 2005, le nombre de condamnations est désormais inférieur à celui des exécutions. Appliquant la stratégie issue des États-Unis, des parlementaires japonais ont réclamé l'institution d'une perpétuité réelle. Le ministre de la Justice et le barreau se sont opposés à cette proposition, rappelant qu'il serait périlleux, voire inhumain, de conserver des gens en prison jusqu'à leur mort, et qu'il est déjà très difficile d'être libéré pour un condamné japonais à perpétuité. En somme le développement de la perpétuité réelle aux États-Unis s'explique par le fait qu'ils ont toujours été enclins aux politiques répressives, contrairement au Japon où le système judiciaire où les peines de prison sont les plus courtes (mais elles s'effectuent dans des conditions plus difficiles). Les autres pays non abolitionnistes sont donc assez réticents vis-à-vis de l'instauration d'une perpétuité réelle, dans la mesure où la peine de mort joue déjà le rôle de mise à l'écart définitive de la société. Ainsi en Chine, bien que la loi prévoie que tout coupable de meurtre ne bénéficie jamais de libération conditionnelle, la commutation est accordée lorsque le condamné ne présente plus de risque de récidive. La Chine est également le seul pays du monde à disposer de la « peine de mort avec sursis », le condamné est placé en détention et s'il ne commet aucune infraction durant les deux premières années, sa peine de mort est commuée en perpétuité plutôt que mise à exécution. Ce genre de sanction a le double avantage de permettre tant une baisse des condamnations « fermes » à la peine de mort que de forcer de manière radicale le détenu à rentrer dans le droit chemin. On estime qu'un condamné à perpétuité chinois est libéré le plus souvent en moins de , même lorsqu'il avait été originellement condamné à la peine de mort avec sursis. Solutions adoptées dans les pays européens. En Europe, peu de pays ont adopté la perpétuité réelle, car durant la période où la peine de mort y a été abolie (principalement entre les années 1950 à 1980), celle-ci n'était quasiment pas développée. Toutefois, aux Pays-Bas, une condamnation à perpétuité n'inclut aucune possibilité de libération conditionnelle, la peine de mort ayant été abolie totalement en 1982 dans ce pays mais avait été abolie pour les crimes de droit commun en 1870, les standards de l'époque exigeaient une peine alternative irréprochable. Le Royaume-Uni a également développé depuis 1983 la possibilité pour le juge d'imposer un « whole life tariff », car il s'agit sûrement du pays d'Europe occidentale où l'on trouve le plus fort soutien à un hypothétique rétablissement de la peine de mort. Quelques autres pays européens tels que la Hongrie ou la Pologne ont également adopté une peine de prison à perpétuité réelle ou avec une période de sûreté de durée équivalente, comme 50 ans. En France, le ministre de la justice Robert Badinter se refusa en 1981 à donner une quelconque peine de remplacement à la peine de mort : « la peine de mort est un supplice, et l'on ne remplace pas un supplice par un autre ». Selon lui, la période de sûreté de que prévoyait le droit de l'époque était suffisante pour remplacer la peine de mort. Les dirigeants de droite ne l'entendirent pas de cette oreille et portèrent la durée maximale de la période de sûreté à en 1986. Lors de l'instauration d'un nouveau code pénal en 1992, la gauche ramena la période de sûreté à , sauf pour les meurtres d'enfants doublés de viol ou de torture, pour contenter l'opinion. En 1994, sous le gouvernement Balladur, Pierre Méhaignerie permit de surcroît, à la suite du meurtre de Karine () par le récidiviste Patrick Tissier, la perpétuité incompressible en France pour ces cas. Celle-ci reste révocable au bout de trente ans et n'exclut pas la possibilité d'une libération pour cause de santé à tout moment. Depuis son instauration, seules deux personnes, sexagénaires, y ont été condamnés (Pierre Bodein et Michel Fourniret). En 2011, cette possibilité a été étendue aux meurtres de personnes dépositaires de l'autorité publique commis avec préméditation ou bande organisée. Moratoire. Une demande de moratoire plutôt que d'abolition présente l'avantage d'apparaître moins injonctive, comme c'est le cas pour les résolutions de l'ONU, bien qu'en réalité il s'agisse bien d'une demande d'arrêt du fonctionnement de la peine de mort, avec l'abolition comme formalité juridico-technique à la clé. La question est alors de savoir quelle forme doit prendre un tel moratoire. Il peut concerner comme en Russie les condamnations à mort, qui sont dans ce cas commuées en peine de prison à vie sur le champ. En ce cas, le caractère pédagogique du moratoire est alors contestable, puisque la condamnation à mort perd toute valeur réelle présente ou future. Les pays adoptant un moratoire sous une forme aussi radicale ne sont d'ailleurs généralement guère moins disposés à abolir la peine de mort (ce fut le cas au Canada et Royaume-Uni). De ce fait, les moratoires de ce genre sont rares. Sinon, le moratoire ne peut concerner que les exécutions, comme dans les pays du Maghreb où les criminels concernés restent incarcérés avec une condamnation à mort pendante. Mais un tel moratoire présente le risque de ne pas se solder sur l'abolition de la peine de mort. La plupart des pays faisant partie du cercle restreint des démocraties libérales à appliquer la peine de mort aujourd'hui (États-Unis, Japon, Inde, Indonésie) ont connu ce genre de moratoires, et de nombreux espoirs d'abolition avaient été fondés là-dessus à l'époque (aux États-Unis parce que cela allait dans la tendance occidentale des années 1970, au Japon grâce aux valeurs religieuses). Ces épisodes se sont soldés par une reprise des exécutions. Comme en Russie, un tel moratoire peut être le fait d'une décision législative, mais dans la quasi-totalité des cas il s'agit d'une décision du pouvoir exécutif, pouvant être révoquée par un nouveau gouvernement. Selon les critères définis par Amnesty International, un pays est considéré comme « abolitionniste en pratique » lorsque celui-ci n'a plus pratiqué d'exécution depuis au moins 10 ans. Avenir. L'objectif des abolitionnistes est que la peine de mort disparaisse de la surface de la terre, ils sont d'ailleurs convaincus que cela arrivera tôt ou tard, les partisans de la peine de mort ne pouvant donc que retarder "ce progrès ultime de l'humanité". La statistique appuie assez solidement ce raisonnement : en 1977, seulement 16 pays avaient aboli la peine de mort contre près d’une centaine en 2007 (et 105 fin 2015), chaque année apportant son lot de pays qui rejoignent le monde abolitionniste. Ainsi Jeremy Mercer, un collaborateur de Robert Badinter, déclare « Je suis absolument convaincu que le monde dans sa quasi-totalité aura aboli la peine de mort vers l’an 2050. Il y aura certes toujours quelques états voyous, mais la peine de mort est une aberration qui sera inévitablement éliminée ». Lors du congrès mondial contre la peine de mort de 2010, l'Union Européenne s'est fixé pour objectif la mise en place d'un moratoire universel sur la peine de mort d'ici 2015, « c'est à notre portée » déclarait à l'époque José Luis Rodriguez Zapatero. Le plus souvent, le partisan de la peine de mort n’entre pas dans ce type de réflexions internationalistes ou futuristes, son but est d’avoir la peine de mort ici et maintenant, comme le montre assez bien les commentaires de Rick Perry (voir la section sur la pression internationale). À vrai dire, même certains partisans de la peine de mort font valoir que le maintien de la peine de mort n’est que temporaire, et acceptent l’idée qu’elle ne durera pas. Les Constitutions de la Russie et de la Biélorussie disposent que la peine de mort est applicable « jusqu'à son abolition » ce qui sous-entend clairement que cette abolition doit se produire un jour. C’est également l’argumentation développée par Valéry Giscard d’Estaing lorsqu’il était le président français. Mais les groupes abolitionnistes considèrent que la peine de mort pourrait et devrait être abolie partout et immédiatement. Pour eux, ce raisonnement n’est qu’une excuse pour ne pas le faire. Mais d’autres tendent aussi à critiquer l’absolutisme de la cause abolitionniste, et estiment que la peine de mort peut subsister voire réapparaître pour les mêmes raisons pour lesquelles elle a subsisté jusqu'à aujourd’hui bien que cela puisse paraître un anachronisme : tant qu’il y aura des crimes horribles, les châtiments auront leur popularité. Lorsqu'en 1972, la Cour suprême des États-Unis a jugé la peine de mort inconstitutionnelle dans l'application qui en était faite à l'époque, certains journalistes avaient jugé « improbable » que les États votent ni même puissent appliquer des lois rétablissant la peine de mort. État d'application. Géographie. En 2018, 142 États sur 196 ont aboli ou n'appliquent plus la peine de mort. Mais plus de 60 % de la population humaine vit dans un pays où des exécutions ont lieu dans la mesure où les cinq pays les plus peuplés du monde appliquent la peine de mort (ceux-ci étant la Chine, l'Inde, les États-Unis, l'Indonésie et le Pakistan). Au 23 décembre 2022, 113 pays ont aboli la peine de mort en toutes circonstances, 7 pays l'ont abolie pour les crimes de droit commun, 25 ne l'appliquent plus et 53 pratiquent encore des exécutions. Depuis 2010, Amnesty International se refuse à publier ne serait-ce qu'une estimation du nombre des exécutions en Chine, pays le plus peuplé au monde, considérant que les chiffres habituellement avancés sont loin de correspondre à la réalité. Répartition des exécutions. 20 pays ont procédé à au moins une exécution capitale en 2019 contre 20 en 2018, 23 en 2017, 22 en 2016, 25 en 2015 et 22 en 2014 Les exécutions extrajudiciaires ne sont pas comptabilisées, des pays comme le Brésil, l'Inde, les Philippines et le Venezuela sont accusés de pratiquer les exécutions extrajudiciaires, seules les Philippines reconnaissent ouvertement les pratiquer. Régions non-abolitionnistes. Afrique. En Algérie, la peine de mort est une sanction légale prévue par le code pénal qui n'est plus appliquée depuis 1993. Les tribunaux continuent à prononcer des condamnations à mort, notamment dans les cas de terrorisme, mais les peines ne sont pas exécutées ; l'Algérie pratique de fait un moratoire. Au Botswana, la peine de mort est appliquée régulièrement. En pratique, il s'agit toujours de condamnation à la pendaison pour homicide. Au Maroc, la peine de mort est prévue par le code pénal marocain pour sanctionner les crimes d'homicide aggravé, de torture, de vol à main armée, d’incendie criminel, de trahison, de désertion, et certains types d'attentat concernant le roi ou des membres de sa famille. Asie. Sur les 50 pays d'Asie, la quasi-totalité pratiquent la peine de mort. Selon le site Death Penalty Worldwide, il y a eu en Arabie saoudite au moins 26 exécutions en 2010, au moins 82 en 2011, au moins 79 en 2012, au moins 79 en 2013, au moins 90 en 2014, au moins 158 en 2015, au moins 154 en 2016, au moins 146 en 2017, et au moins 149 en 2018. La peine de mort est une sanction légale applicable et appliquée aux Émirats arabes unis. De nombreux crimes sont passibles de la peine de mort en vertu de la loi émiratie. Les exécutions s'effectuent par arme à feu, par pendaison ou par lapidation en fonction du crime commis. Dans certains cas, elles peuvent être précédées d'un crucifiement. Le , la présidente Gloria Arroyo a signé le décret abolissant la peine de mort aux Philippines, à la suite des votes en ce sens du Parlement. Depuis son élection, la présidente s'était opposée à l'exécution des condamnés à mort et avait commué en prison à perpétuité toutes les nouvelles condamnations. En Iran, selon Amnesty International, au moins 113 personnes ont été exécutées en 2002, 159 en 2004, au moins 94 en 2005 dont au moins quatre mineurs au moment des faits et un qui l'était au moment de son exécution. En 2006, au moins 177 personnes ont été exécutées, dont un mineur et au moins trois condamnés âgés de moins de dix-huit ans au moment des faits. En 2007, au moins 317 personnes ont été exécutées. En 2008, 74 mineurs attendent d'être exécutés dans les prisons iraniennes. Malgré la directive de 2002 demandant aux juges la suspension des lapidations, Amnesty International note que deux personnes auraient été lapidées en 2006 et que d'autres prisonniers étaient toujours sous le coup d'une condamnation à mort par lapidation. En septembre 2006, des défenseurs iraniens des droits humains ont lancé une campagne en vue d'obtenir l'abolition de ce châtiment et de sauver neuf femmes et deux hommes condamnés à mort par lapidation. Trois condamnations auraient été annulées. L'Indonésie a connu deux moratoires sur les exécutions, l'un de 1995 à 2001, année où il eut deux exécutions et l'autre de 2001 à 2005. Depuis les exécutions tendent à se multiplier sous la présidence de Susilo Bambang Yudhoyono. Elle est encourue pour meurtre mais exécutée uniquement contre ceux qui ont tué plusieurs personnes avec une intense barbarie ou une préméditation substantielle. Elle est aussi exécutée pour trafic de drogue sous l'impulsion de l'ancienne présidente Megawati Sukarnoputri en réaction au plus de deux millions d'Indonésiens (sur une population de 212 millions d'habitants) qui sont considérés comme dépendants de la drogue, selon des statistiques de la police et d'ONG. Cependant, à partir de 2008, les exécutions ont cessé, et n'ont repris qu'en 2013. À partir de 1989, un moratoire sur les exécutions avait été pratiqué au Japon par les ministres successifs de la justice. Les exécutions ont cependant repris en 1993. En 2009, une nouvelle ministre opposée à la peine de mort a été nommée par le Parti démocrate du Japon qui venait de gagner les élections, après des décennies de règne de la droite. Mais en juillet 2010, 2 nouvelles exécutions ont eu lieu. 2011 fut la première année sans exécution au Japon depuis 1992. Depuis 2012, le pays est revenu à un niveau soutenu d'exécutions. Avec 4,4 millions d'habitants, Singapour a le taux d'exécutions capitales par habitant le plus élevé au monde avec environ 420 détenus pendus entre 1991 et 2004, selon Amnesty International. La peine de mort y est appliqué pour trafic de drogue dans de nombreux cas. La Chine est le pays qui exécute le plus de prisonniers, bien que ces chiffres soient à mettre en parallèle avec le nombre d'habitants en Chine. Depuis 2007 les jugements en appel automatique sont soumis à un double examen, le premier devant la Haute cour correspondante et le second à la Cour suprême nationale, le gouvernement chinois considère que les examens des affaires seront plus objectifs, car déconnectés du contexte local. On estime que 15 % des condamnations à mort sont ainsi annulées en appel et que les tribunaux prononcent depuis 30 % de condamnations à mort en moins, passant de à ou par an. La peine de mort continue à être mise à exécution pour des crimes non-violents tels que le trafic de drogue ou encore le vol énorme. En divisant par le nombre d'habitants, la Chine exécute 30 fois plus que les États-Unis. De tous les pays appliquant la peine de mort, l'Inde est celui où le taux d'exécution est le plus bas du monde avec seulement deux depuis 1996, pour une population de plus d'un milliard d'habitants. La première exécution depuis 2004 a eu lieu le 21 novembre 2012, lorsque Ajmal Kasab a été exécuté pour le meurtre de 52 personnes dans les attaques de novembre 2008 à Bombay de 2008. Au Bangladesh, la peine de mort est une sanction légale prévue par le code pénal. Les crimes passibles de la peine de morts sont : le meurtre, les infractions liées à la drogue, la sodomie, l'enlèvement, la traite d'enfants à des fins immorales ou illégales, la traite des êtres humains, ... En août 2009, la Thaïlande a procédé aux premières exécutions du pays depuis 2003. En Birmanie, la peine de mort est une sanction légale prévue par le code pénal. Elle est appliquée en 2022 pour la première fois depuis 1988. Depuis le coup d'état de février 2021, les règles du code civil sont suspendues et sont remplacées pas la loi martiale. Au Laos,la peine de mort au Laos est une sanction légale. Les crimes passibles d'exécution comprennent le meurtre ; le terrorisme ; le trafic de drogue ; la possession de drogue ; le vol avec usage de la force ; l'enlèvement ; le fait de gêner un officier dans l'exercice de ses fonctions publiques et causer sa mort ou lui causer une incapacité physique ; le fait de perturber l'industrie, le commerce, l'agriculture ou d'autres activités économiques dans le but de saper l'économie nationale ; la trahison et l'espionnage. Les exécutions sont effectuées par arme à feu sur un peloton d'exécution. En , le gouvernement du Laos a signalé à Amnesty International qu'à la fin de l'année 2008, il y avait 85 personnes présentes dans le couloir de la mort. La dernière exécution connue au Laos a eu lieu en 1989. La peine de mort au Pakistan est une sanction légale. Bien qu'il y ait eu de nombreux amendements à la Constitution, il n'y a toujours pas de disposition interdisant la peine de mort comme moyen de punition. Régions abolitionnistes. Europe. Sur les 49 États indépendants d'Europe qui sont membres de l'ONU ou ont le statut d'observateur au sein des Nations unies : L'abolition de la peine de mort est une condition préalable à l'entrée dans l'Union européenne, qui considère la peine capitale comme une pratique et . Depuis 1999, la Biélorussie est le seul pays européen reconnu à appliquer librement la peine de mort et l'un des 2 seuls non membre du Conseil de l'Europe (l'autre non membre étant la Russie, exclue en 2022), cette pratique est l'une des raisons pour lesquelles sa candidature d'adhésion au Conseil de l'Europe déposée depuis 1993 n'a toujours pas été acceptée (son statut d'observateur ayant été suspendu en 1997). 2009, 2015 et 2020 ont été les trois premières années de l'histoire où l'Europe était totalement exempte d'exécutions. Depuis l'an 2000, les pays européens suivants ont aboli la peine capitale : Ukraine (2000), Malte (2000), Chypre (2002), Turquie (2004), Grèce (2004), Moldavie (2005), Albanie (2007), Lettonie (2012) et la Bosnie-Herzégovine (2019). De tous les pays européens modernes, Saint-Marin, le Portugal et les Pays-Bas ont été les premiers à abolir la peine capitale. En 2012, la Lettonie est devenue le dernier État membre de l'UE à abolir la peine capitale en temps de guerre. Le Conseil de l'Europe (46 membres), interdit le recours à la peine de mort en temps de paix dans l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme tel que modifié par le protocole 6 signé et ratifié par tous. L'ensemble des 46 membres actuels du Conseil sont donc abolitionnistes en temps de paix. La Russie n'a jamais fait pas partie de ce groupe. En 1996, elle s'était engagée à abolir la peine de mort pour pouvoir entrer dans l'organisation mais s'est contentée de suspendre son application. Un moratoire est donc en place et cette dernière n'a plus procédé à une exécution depuis 1999. Mais, du temps où elle était membre de l'organisation, elle n'a pas ratifié l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme tel que modifié par le protocole 6. À la suite de son invasion de l'Ukraine le , elle a été exclue de l'organisation avec effet immédiat le . Dès l'annonce de sa suspension fin précédant son exclusion effective, l'ancien Président et ancien Premier ministre Dmitri Medvedev a soutenu la restauration de la peine de mort en Russie. Cette abolition (quasi totale) de la peine de mort conduit aussi les États membres à refuser les demandes d'extradition provenant de pays pratiquant la peine de mort si la peine de mort risque d'être demandée. En effet, celle-ci devient contraire à l'article 11 de la Convention européenne d'extradition de 1957 signé par la totalité de ses membres, mais aussi contraire à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Le but du Conseil est d'aboutir à une abolition totale de la peine de mort, à cette fin le protocole 13 de la CEDH « relatif à l'abolition de la peine de mort en toutes circonstances » a été ouvert à la signature en 2002. Sur les 46 États du Conseil, 40 États ont déjà signé et ratifié le protocole. Pour terminer, le Conseil de l'Europe et l'Union européenne soutiennent officiellement, le 10 octobre, la « Journée mondiale contre la peine de mort », événement instauré en 2003 par la Coalition mondiale contre la peine de mort. Régions mixtes. Amérique. Les États-Unis, État fédéral de 306 millions d'habitants, ont toujours recours à la peine de mort. Cependant, 23 des 50 États ont officiellement aboli la peine de mort (les derniers en date sont l'État du New Hampshire le 31 mai 2019, l'État du Colorado le 23 mars 2020 et l'État de Virginie le 22 février 2021), et dans les faits, 30 États au total ainsi que la capitale Washington et le gouvernement fédéral n’utilisent plus le châtiment suprême, par la loi ou par un moratoire voté ou "de facto" en raison d’une pénurie de produits d’injection létale. Par ailleurs, le nombre d'exécutions est en baisse ces dernières années (71 en 2002 ; 37 en 2008). De même, le nombre de condamnations à mort a été divisé par 3 en dix ans, passant de 317 en 1996 à 114 en 2006. La chaise électrique n'est quasiment plus utilisée (une exécution par an en moyenne). Le mercredi , la Cour suprême des États-Unis a jugé l'injection létale constitutionnelle, et a mis fin au moratoire sur la peine de mort qui avait commencé le . En 2009, le nombre d'exécutions a été ramené à 52. En 2014, 80 % des exécutions aux États-Unis ont été concentrées dans trois États : Texas, Missouri et Floride. L'espace Caraïbe se compose de plusieurs pays dont beaucoup ont la peine de mort et poussent pour l'appliquer régulièrement ces dernières années. En 1979, peu après la victoire des Sandinistes, la peine de mort est abolie au Nicaragua. Depuis l'abolition en droit de la peine de mort par le Chili en 2001, la peine de mort est abolie de droit ou de fait dans tous les États latino-américains, à l'exception de Cuba et du Guatemala (à Cuba, la "loi 87" en date du prévoit au contraire l'extension de la peine capitale pour les cas graves de trafic de drogues, de corruption de mineurs et de vol à main armée mais aucune exécution n'a eu lieu depuis 2003 et toutes les condamnations à mort ont été commuées). Afrique. En Afrique, la peine de mort est en recul depuis plusieurs années, avec un total de 22 pays abolitionnistes sur 55 en 2020, auxquels s'ajoutent 17 autres qui n'y ont plus recours, tout en la maintenant dans les textes. La peine de mort a été abolie au Sénégal en 2004. Dans l'Union des Comores, la peine de mort n'est pas abolie mais plus appliquée. L’homicide aggravé, la haute trahison et l’espionnage sont des crimes capitaux. La dernière exécution remonte à 1997, la dernière condamnation à mort a été prononcée en 1999. À Madagascar, six personnes ont été condamnées à mort le . Sont passibles de la peine capitale les crimes contre l’État et plusieurs crimes prévus dans le Code pénal. La dernière exécution par fusillade remonte à 1958, alors que le pays était encore sous le régime colonial français. Depuis, une cinquantaine de personnes auraient été condamnées à la peine capitale, mais aucune n'a été appliquée. Malgré les initiatives de plusieurs parlementaires, le parlement a tardé à examiner sa suppression, qui ne sera effective qu'en 2015. Les Seychelles interdisent la peine capitale : l’article 15 de la Constitution de 1993, proclame : « Une règle de droit ne peut permettre à un tribunal d'infliger la peine de mort ». Au Rwanda, la loi abolissant la peine de mort, adoptée par la Chambre des députés début juin 2007 et par le Sénat le 11 juillet suivant, a été publiée au Journal officiel et pris donc effet le 25 juillet 2007. Le , un communiqué du Conseil des ministres du Gabon a annoncé l'abolition en droit de la peine de mort (elle n'est déjà plus pratiquée depuis 1988) ; un vote du parlement devait entériner cette mesure, qui entrera dans les faits le 15 février 2010. À son tour, le , le Togo abolit la peine de mort, alors que la dernière exécution a eu lieu en 1978, le Parlement Togolais a accepté à l'unanimité cette abolition en présence d'une délégation Espagnole incluant le Président du Gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero. Par la suite, la peine de mort a été abolie au Bénin (2012), à Madagascar (2015), au Congo (2015), en Guinée (2017) et au Tchad (2020). En 2021, la Cour suprême du Malawi déclare la peine de mort inconstitutionnelle. La même année, le 23 juillet, l'Assemblée nationale du Sierra Leone, où aucune exécution n'avait eu lieu depuis 1998, abolit la peine de mort en la remplaçant par une peine de prison à perpétuité ou un minimum de 30 ans. La Guinée équatoriale abolit la peine de mort en septembre 2022 et la Zambie en décembre de la même année. Médias. L'art est un moyen d'interpeller le public sur la peine de mort, en essayant de le sensibiliser à la cause abolitionniste, ou tout du moins de l'amener à s'interroger. Cinéma. Le cinéma traite de la peine de mort par le biais de films racontant l'histoire d'un condamné à mort fictif ou ayant existé, par exemple en retraçant l'histoire d'un possible innocent exécuté (exemple du "Pull-over rouge" en 1978). Un film qui retrace l'histoire d'un condamné à mort peut aussi aborder le débat politique sur la peine de mort. Ainsi le film "La Dernière Marche" de Tim Robbins, raconte comment la sœur Helen Prejean a soutenu , jusqu'à son exécution, et montre la difficulté qu'il a à trouver une bonne assistance juridique, la politisation de son exécution, et l'injustice de sa condamnation alors que son complice et meneur a été condamné à la prison à vie. Un autre exemple est celui du film "La Vie de David Gale" sorti en 2003. Si le film "Jugé coupable" raconte l'histoire fictive d'un condamné à mort noir et innocent sur le point d'être exécuté, son réalisateur et acteur principal, Clint Eastwood, est un républicain engagé et s'est explicitement déclaré en faveur de la peine de mort. Dans le même registre, il est flagrant de constater à quel point les exécutions de femmes ont attiré les metteurs en scène : Sophie Scholl, Ruth Ellis, Mata Hari et Barbara Graham ont toutes fait l'objet d'au moins deux longs-métrages. Parmi les films tendant à engager une réflexion qui ne soit pas exclusivement opposée à la peine de mort, l'on peut citer "Juste Cause", roman de John Katzenbach adapté pour le cinéma en 1995. En 2009 au Royaume-Uni, Channel 4 a diffusé le 9 novembre une fiction dans laquelle Gary Glitter deviendrait la première personne exécutée en vertu d'une loi rétablissant la peine de mort pour les pédophiles. Le cinéma a aussi abordé la condition de la personne chargée d’exécuter la peine capitale. En Espagne, Luis García Berlanga a réalisé en 1963 le film "Le bourreau" ("El verdugo") avec Nino Manfredi et José Isbert. En racontant l’histoire d’un jeune homme qui, afin de pouvoir trouver un appartement et se marier, se voit conduit à accepter un poste de bourreau qui le dégoûte, le film contient une critique implicite de la peine de mort dans un pays qui ne l’abolira que quinze ans plus tard, avec la Constitution espagnole de 1978. Littérature. Victor Hugo est l'un des premiers à avoir essayé de sensibiliser à la cause abolitionniste par la voie littéraire, avec son roman "Le Dernier Jour d'un condamné", publié en 1829. Un autre livre de Hugo paru cinq ans plus tard, "Claude Gueux", se fonde en partie sur des faits réels. "Plaidoyer contre la peine de mort" est le discours qu'il prononce à l’Assemblée Constituante le 15 septembre 1848 (cf Wikisource). En 1957, Albert Camus publie l'essai "Réflexions sur la guillotine" qui sera repris dans l'ouvrage "Réflexions sur la peine capitale" avec l'essai Réflexions sur la potence d'Arthur Koestler et une introduction de Jean Bloch-Michel.
PT PT. PT est un sigle qui signifie : PT est un code qui signifie : Pt. Pt est un symbole, qui signifie : Pt ou pt est l'abréviation de : pT. pT (minuscule puis capitale) est un symbole, qui signifie : pt. pt (en minuscules) est un symbole, qui signifie :
Parti des travailleurs (France) Le Parti des travailleurs (PT) est un parti politique français, créé en 1991 et fusionné en 2008 dans le Parti ouvrier indépendant. Représenté officiellement par son secrétaire national Daniel Gluckstein, le Parti des travailleurs possédait une structure nationale fédérale (départements et courants). Son journal était l'hebdomadaire "Informations ouvrières" qui déclarait avoir près de abonnés ; l'Organisation communiste internationaliste (trotskiste lambertiste), qui avait environ adhérents dans les années 1990, est la composante la plus importante du PT. Positions politiques. Issu du Mouvement pour un parti des travailleurs (1985-1991), le Parti des travailleurs . Il était membre de l'Entente internationale des travailleurs et des peuples (EIT) et de l'Alliance européenne des travailleurs. Il existait officiellement, dans le Parti des travailleurs, quatre courants issus du mouvement ouvrier, ces courants n'étant pas des tendances. La majorité des membres du PT n'étaient pas affiliés à un courant. Si le PT revendiquait sa structuration en courant, il ne publiait pas de chiffres permettant de déterminer l'importance relative des différents courants en son sein. Bien souvent les adhérents du PT étaient aussi des syndicalistes dans les organisations issues de la première CGT : CGT actuelle, CGT-FO, FSU. Contrairement à Lutte ouvrière et à la Ligue communiste révolutionnaire, le Parti des travailleurs ne se revendiquait pas explicitement du trotskisme, bien que son courant majoritaire revendiquât cette affiliation. Le dénominateur commun entre ses membres était l'attachement aux quatre points de sa charte (cf. premier point de la partie Chronologie). Les médias français font néanmoins couramment référence au PT comme à un parti trotskiste. L'importance du Parti des travailleurs dans le paysage électoral politique institutionnel français était faible : aucun député, quelques maires, quelques conseillers municipaux, un nombre de votants inférieur à 1 % ( à votes selon les élections). Ainsi, malgré l'influence que certaines enquêtes lui accordaient dans les syndicats ouvriers, le PT, qui s'est présenté à trois reprises à l'élection présidentielle, a obtenu 0,38 % des voix avec Pierre Boussel en 1988, 0,47 % en 2002 avec Daniel Gluckstein et 0,34 % en 2007 avec Gérard Schivardi. Le PT ne vivait que des cotisations de ses militants. Il refusait notamment le financement des partis politiques par l'État en raison de son attachement à l'indépendance financière, condition, selon lui, d'indépendance politique. En conséquence, le PT reversait intégralement l'argent de l'État à un fonds d'aide ouvrière internationale géré par l'Entente internationale des travailleurs et des peuples, qui sert exclusivement à aider des militants, groupes et organisations ouvrières qui combattent, selon leurs termes, la répression des patrons, des gouvernements et des États. Politique. Refus de l'Union européenne. Le Parti des travailleurs s'est opposé à la constitution de l'Union européenne et au traité de Maastricht. Fréquemment accusé de dérives « nationalistes » par ses détracteurs, notamment de la LCR, le PT développe une orientation de défense des « conquêtes sociales et démocratiques constituées dans le cadre national ». Il considère dans son texte fondateur que l'Union européenne est une arme de guerre contre les salariés, les agriculteurs et les jeunes visant, par le développement de la « concurrence libre et non faussée » à casser les statuts publics et les conventions collectives nationales pour unifier le marché du continent européen, principalement au compte des investisseurs « impérialistes ». Le PT se réclame de l'« internationalisme ouvrier » et s'est affilié à l'Entente internationale des travailleurs et des peuples. L'entrisme. Comme le veut la politique trotskiste de dialogue politique interne et externe entre les membres des partis de gauche, l'OCI, ancêtre du courant trotskiste du PT, aurait pratiqué une forme d'entrisme, jusque dans les années 1980. Lionel Jospin a fait partie de ces militants à double carte mais a, par la suite, rompu avec l'organisation trotskiste. Le PT et les syndicats. Dans sa charte constitutive en quatre points, le PT se prononçait pour l'indépendance entre les partis et les syndicats ouvriers. Cela n'empêche pas la présence de nombreux membres du PT (comme du PS, PC et NPA) parmi les militants de la CGT, de FO, de la FSU à des postes de direction plus ou moins importants. Pierre Lambert a lui-même milité au sein de la fédération FO des employés et cadres (FEC) de la Caisse nationale d'assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). La fédération FO de la métallurgie a compté dans ses rangs quelques militants de poids inscrits au PT comme Yvon Rocton, à l'origine de la grève de Sud-Aviation en mai 1968. Le Parti des travailleurs a réfuté les accusations d'entrisme dans les syndicats ouvriers, arguant qu'il ne comprenait pas pourquoi un adhérent du PT qui se syndiquait devait être stigmatisé comme un « entriste », quand les adhérents du PS, du PC, du RPR devaient être vus comme des syndiqués normaux. On peut y noter une certaine malveillance d'ennemis politiques, appuyée sur des enquêtes très partiales.
PCF PCF peut faire référence à :
PS Le sigle PS peut signifier : Code. PS est un code, qui signifie : Symbole. PS est un symbole, qui signifie : Ps est un symbole, qui signifie : pS est un symbole, qui signifie : ps est un symbole, qui signifie :
PRG PRG est un sigle, qui peut signifier : PRG est aussi un code, qui peut désigner :
Photographie La photographie est l'ensemble des techniques, des procédés et des matériels qui permettent d'enregistrer un sujet en image fixe. Par extension, le terme « photographie » désigne aussi le phototype c'est-à-dire . Le terme désigne également la branche des arts graphiques qui utilise cette technique. Étymologie. Le substantif féminin « photographie » ("photography") a été proposé par John Herschel dès et provient de deux racines d'origine grecque : « Photographie » signifie ainsi littéralement « peindre avec la lumière ». Le terme plus court « photo » est très fréquemment utilisé. Dans le cas où l'on parle d'une image photographique, on emploie aussi souvent les termes « image » ou « vue », les termes « tirage » et « agrandissement », étant de moins en moins usité depuis l'avènement de la photographie numérique. En français, « photographie » est attesté dès 1832 dans le "Dictionnaire général de la langue française" de François Raymond, mais comme . Le premier emploi connu de "photographie" comme figure dans les "Carnets" d'Hercule Florence, à la date du . En allemand, le terme est attesté dès le dans le "". Invention de la photographie. Le terme de photographie résulte d'une série de nombreuses innovations technologiques et techniques dans les domaines de l'optique, de la chimie, de la mécanique, de l'électricité, de l'électronique et de l'informatique. Elle se base sur le mécanisme biologique de l'œil humain. Les deux phénomènes nécessaires à l'obtention d'images photographiques étaient pour certains connus depuis longtemps et explicités dans le "Traité d'optique" du mathématicien, philosophe et physicien arabe Alhazen au début du . Les réflexions d'Aristote et les travaux du père de l'optique moderne Ibn al-Haytham, ont permis de mettre la réalité en boîte ; il suffit de percer un « petit trou » (sténopé) dans une chambre noire (en latin : "camera obscura") pour voir apparaître une image inversée dans le fond blanc de la boîte. D'autre part, les alchimistes savaient que la lumière noircissait le chlorure d'argent. Vers 1780, Jacques Charles, plus connu pour son invention de l'aérostat gonflé à l'hydrogène, parvint à figer, mais de façon fugitive, une silhouette obtenue par le procédé de la chambre noire sur du papier imbibé de chlorure d'argent. Thomas Wedgwood (1771-1805) fit des expériences analogues avec le nitrate d'argent ; il en publia un mémoire en 1802. De son côté, John Herschel en 1819 décrit les propriétés de l'hyposulfite de sodium qui deviendra le fixateur. Nicéphore Niépce, un inventeur de Chalon-sur-Saône, associe ces trois procédés pour fixer des images (de qualité moyenne et nécessitant plusieurs jours de pose) sur des plaques d'étain recouvertes de bitume de Judée, sorte de goudron naturel qui possède la propriété de durcir à la lumière (1826 ou 1827) ; la première photographie représente une aile de sa propriété à Saint-Loup-de-Varennes en Saône-et-Loire. Nicéphore meurt en 1833 et Louis Daguerre poursuit l'amélioration du procédé. En découvrant le principe du développement de l'image latente, Daguerre trouve le moyen de raccourcir le temps de pose à quelques dizaines de minutes. En 1839, il promeut son invention auprès du savant et député François Arago, qui lui accorde son soutien. Ainsi, la date conventionnelle de l'invention de la photographie est le , jour de la présentation par Arago à l'Académie des sciences de l'« invention » de Daguerre, le daguerréotype. C'est en fait une amélioration de l'invention de Niepce. En 1861, Thomas Sutton réalise la première photographie couleur. En 1869, Louis Ducos du Hauron et Charles Cros présentent un procédé à l'origine de la trichromie. Catégories de photographie. Il est possible de catégoriser la photographie selon le sujet traité, les conditions de prises de vue, la technique opératoire, la finalité Un mode possible de catégorisation est de distinguer d'une part, les photographies réalisées en extérieur, avec un éclairage naturel ou un éclairage public donné, de celles réalisées en intérieur avec un éclairage artificiel modulable, et d'autre part, les photographies ne comportant pas de présence humaine, de celles en comportant une. Ce mode de classification donne quatre catégories de photographies : La photographie de paysage inclut le paysage urbain, comme le travail réalisé sur Beyrouth à l'issue de la guerre par Gabriele Basilico, René Burri, Robert Frank, Fouad El-Khoury, Raymond Depardon et Josef Kouldelka ; Prise de photographie. Maîtrise de la lumière. On doit distinguer la lumière naturelle de la lumière artificielle. Il y a deux sortes de lumière naturelle : celle en intérieur et celle en extérieur. On peut identifier six sortes de lumière artificielle qui se différencient par la nature de la source, continue (incandescence, tungstène ou LED) ou discontinue (flash électronique) et par la dimension de la source (allant d'une dizaine de cm de diamètre pour les petits projecteurs Fresnel comme les Mizar ou les Magis, à plus de de diamètre comme les du modeleur FP de Broncolor en passant par toute la gamme de modeleurs de Profoto et d'Elinchrom). Comme son nom l'indique, la photographie consiste avant tout à utiliser de la lumière pour enregistrer quelque chose. Ceci suppose d'une part qu'il y ait de la lumière à enregistrer, et d'autre part que cette lumière forme des figures et une image intéressante par ses contrastes : contrastes d'intensités entre noir et blanc, contrastes de couleurs, contrastes de textures, qui par leur disposition restituent le sujet photographié. L'art du photographe consiste avant tout à jouer avec cette lumière, ce qui implique parfois d'organiser l'éclairage pour mieux capturer son sujet. Il ne suffit pas qu'il y ait de la lumière pour pouvoir faire une bonne photographie, encore faut-il qu'elle soit adaptée au sujet que veut capturer le photographe. Une photo en contre-jour conduit par exemple à un fort contraste entre le sujet et le fond, mais les détails du sujet proprement dit seront souvent peu discernables dans les zones sombres : c'est en cela qu'un portrait pris en contre-jour est souvent considéré comme raté (et nécessite l'usage d'un coup de flash pour déboucher le sujet). Mais ce contre-jour peut constituer par lui-même un effet artistique intéressant, pour mettre en évidence une silhouette abstraite. Inversement, le photographe peut choisir de corriger l'exposition pour saturer le fond, et restituer son sujet dans un halo lumineux. De même, l'éclairage direct du soleil crée des zones d'ombre et de lumière, qui peuvent former un fond très contrasté, nuisant à la lisibilité du sujet principal. De ce point de vue, il est possible de représenter un sujet dans un éclairage uniforme ou diffus. Pour éviter ce problème, les studios d'artistes sont de préférence éclairés par des baies ouvrant vers le nord. Sujet et composition. Par rapport au sujet qu'il veut reproduire, le photographe ajoute un élément essentiel de la photographie : le cadre. Le cadre établit avant tout une limite entre ce qui sera reproduit sur l'image et ce qui au contraire devra en être exclu. Contrairement au peintre, qui ajoute des éléments à sa composition, le premier souci du photographe est d'éliminer de son cadrage les éléments inutiles, étrangers à l'idée qu'il veut faire passer, ou qui détourneront l'attention du spectateur : personnage passant dans l'arrière-plan, câble électrique, avion dans le ciel… Selon un proverbe de portraitistes, on doit d'abord s'intéresser au décor avant de regarder le modèle. Le cadre définit ensuite l'espace dans lequel le sujet sera mis en scène. La photographie doit présenter les différentes parties de son sujet d'une manière qui en rende la perception plaisante et aisée. Les lignes de force de l'image se définissent par rapport au cadre : diagonales, règle des tiers Pour une scène donnée, c'est par le cadrage que le photographe peut harmoniser ou non sa composition. Le soin à apporter au cadrage est particulièrement critique dans le cas des diapositives, qui ne peuvent pas être recadrées par la suite. Valeur de plans. Le « sujet » d'une photographie est tout ce qu'il y a dans le cadre. En dehors de cadrages particulièrement « serrés », l'élément principal n'occupe souvent qu'une fraction minime de l'image. Le reste forme le décor, souvent en avant plan ou arrière-plan, parfois dans le même plan que l'élément principal. Une bonne composition doit assurer que le décor met en valeur le sujet d'une manière suffisamment contrastée, et ne distrait pas l’œil par des détails inutiles. Le premier plan, le second plan, et l'arrière-plan définissent souvent des zones dans une photographie. Selon la profondeur de champ, un de ces plan peut être mis en valeur. Le cadrage pour le portrait se décline du plus lointain au plus rapproché en plan large, plan serré, plan italien, plan américain, plan taille, plan buste, gros plan et détail (très gros plan). L'orientation permet d'accentuer les plans, comme un point de vue en contre-plongée ou en plongée. Fonctionnement d'un appareil photographique. Les fonctions essentielles d'un appareil photographique n'ont pas changé depuis les origines, même si le matériel s'est grandement perfectionné. L'élément central de l'appareil est son objectif. Il joue le rôle d'une lentille optique convergente, qui forme derrière elle l'image des objets situés devant elle. L'objectif est caractérisé par sa distance focale, qui est la distance à laquelle se forme l'image des points situés à l'infini. Comme l'indiquent les lois de l'optique géométrique, cette image est d'autant plus grande que la distance focale est grande : toutes choses égales par ailleurs, un objectif de produira donc une image d'un diamètre six fois plus grand qu'un autre de . Héritier de la lentille simple, l'objectif moderne a une conception élaborée conduisant à une formule optique généralement complexe. Derrière l'objectif se trouve une surface sensible, qui a pour fonction d'enregistrer l'image formée. Avec la photographie argentique, cette surface était initialement formée par une plaque de verre portant une émulsion photographique, puis par une pellicule photographique. Cette surface est à présent le plus souvent un capteur photographique, avec la généralisation de la photographie numérique. Une caractéristique essentielle de cette surface est sa sensibilité, c'est-à-dire la quantité de lumière nécessaire pour enregistrer un niveau d'intensité lumineuse donné, typiquement un gris moyen. Plus le capteur est sensible et plus il est possible de prendre des photographies dans des ambiances obscures, ou bien, à condition d'éclairage identique, d'acquérir l'image rapidement. L'autre caractéristique essentielle est la granularité, qui donne la définition à laquelle cette image peut être enregistrée : plus cette définition est grande, plus l'image sera riche en détails et pourra notamment faire l'objet d'un agrandissement. Pour ne recevoir que la lumière qui passe à travers l'objectif, la surface sensible est placée au fond d'une Chambre noire dont l'unique ouverture est occupée par l'objectif. Bien évidemment, avant que la scène ne soit réglée, l'objectif est obturé et ne transmet pas la lumière ; et après la prise de vue il se referme pour ne pas enregistrer d'élément supplémentaire : la prise de vue ne porte que sur un instant défini. C'est le rôle de l'obturateur que de ne permettre l'arrivée de la lumière qu'à un moment donné et pendant une durée déterminée. La lumière émise par l'objet photographié sera focalisée quelque part par l'objectif, c'est-à-dire que toute la lumière émise par un point donné de l'objet se rassemblera sur un même point de l'image, son point conjugué, dont la distance à l'objectif est donnée par la relation de conjugaison. C'est donc à cette distance de focalisation que la surface sensible doit être placée : si elle est située plus près ou plus loin, les rayons lumineux issu du même point de l'objet ne seront plus focalisés, et seront enregistrés sous la forme d'une tache, d'autant plus large que l'on s'éloigne du point focal. Pour réaliser cette mise au point, qui permet de ramener le point focal sur la surface sensible, l'objectif peut être d'autant plus avancé que l'objet photographié est proche. La mise au point étant faite, tous les objets situés sur le plan conjugué du capteur (c'est-à-dire, situés à la distance de mise au point) apparaîtront nets sur la photographie. Lorsque l'objet photographié n'est pas plan, certains de ses points verront leur point conjugué situé au-dessus ou au-dessous de la surface sensible. Leur image sera alors une tache, d'autant plus grande qu'ils seront loin du plan focal, et que l'ouverture de l'objectif sera grande. Tant que cette tache sur l'image finale ne dépasse pas le pouvoir de résolution de l’œil (pour la distance d'observation de l'image), cet étalement sera invisible donc sans conséquence. De ce fait, la zone de netteté ne se limite pas aux seuls points situés à la distance de mise au point, mais autorise une certaine profondeur de champ. S'il est nécessaire d'augmenter cette profondeur de champ, pour un sujet donné, il faudra diminuer le diamètre des taches, donc diminuer l'ouverture de l'objectif en fermant son diaphragme. L'effet du diaphragme étant de réduire les taches en éliminant la lumière qui traverse la périphérie de l'objectif, le flux lumineux qui atteint la surface sensible est d'autant plus faible que le diaphragme sera réduit. Pour obtenir une image correcte, il faudra en conséquence ajuster le temps de pose, qui devra être d'autant plus long que la sensibilité du film est faible, que le diaphragme est fermé, et que le sujet est lui-même faiblement éclairé. Ce dernier réglage est celui de la vitesse d'obturation, qui définit l'intervalle de temps entre le moment où la surface sensible est soumise à la lumière et celui où cette exposition cesse. Ce temps d'exposition peut être corrigé soit en augmentant l'éclairage (par des projecteurs ou des lampes flash), soit (plus rarement) par un filtre à densité neutre s'il faut augmenter le temps de pose. Réglages. Plusieurs réglages sont nécessaires à la réalisation d'une photographie. La justesse de ces réglages conditionne la qualité technique de l'image, notamment sa netteté et son exposition. Les appareils photographiques modernes prennent en charge tous ces réglages à l'aide d'automatismes qui sont souvent débrayables. Usages de la photographie. Dès son invention, l'usage de la photographie est intimement lié à l'évolution de sa technique. Elle est devenue le premier art réellement populaire. Photographie artistique. Aux origines, la photographie fut utilisée par les peintres comme aide pour leurs travaux. Puis, elle devint rapidement un moyen d'expression à part entière, de nombreux artistes la pratiquant parallèlement à d'autres modes d'expression ou s'y consacrant exclusivement. Les peintres appliquaient leur art à diverses formes d'expression, et se spécialisaient dans les scènes de genre, la décoration, la peinture d'histoire ou le portrait ; assez vite les photographes explorèrent diverses voies pour mettre à profit les nouvelles techniques qui s'offraient à eux. Et ces applications se multiplièrent avec les progrès et la facilité d'utilisation qui s'ensuivirent. Si le portrait se développa rapidement dès lors que les durées de pose furent limitées à quelques minutes — on s'aidait pour cela de sièges pourvus d'appuie-tête et d'accoudoirs divers — les autres genres photographiques proliférèrent dès que l'on put utiliser un matériel relativement transportable et commode d'emploi. La nature morte et le portrait s'accommodaient bien des contraintes liées aux premiers procédés utilisés, qui nécessitaient de disposer d'un laboratoire attenant au studio de prise de vue, car les émulsions devaient être préparées juste avant l'exposition à la lumière, et le développement devait suivre immédiatement après. Avant la photographie, c'est la peinture qui avait pour rôle la représentation de la réalité. Mais l'arrivée de la photographie bouleverse le monde de la peinture. Elle perd son rôle de représentation de la réalité et doit alors se réinventer, se diversifier ou bien disparaître. Le conflit du dessin et de la couleur qui remonte à la Renaissance italienne reprend vigueur et s'affirme à nouveau pour rappeler ce qui distingue la peinture des autres arts : La peinture deviendra par la suite de plus en plus autonome et questionnera davantage les spécificités de son médium. Les liens entre peinture et photographie seront toujours très étroits, l'une empruntant à l'autre: les genres picturaux en photographie et les qualités visuelles de la photo en peinture, tel l'hyperréalisme qui instituera la photo elle-même comme le sujet de la peinture… Photographie comme témoin historique. Dans le même temps apparut la possibilité de l'utiliser comme témoignage historique, et se développa la notion de photo reportage. Ainsi, le banquier Albert Kahn tentera de constituer, de 1909 à 1931, "les archives de la planète" en envoyant des photographes dans cinquante pays du monde. Dès les débuts de la photographie, le réformateur social Jacob Riis a vu en celle-ci un moyen de diriger l'attention du public sur la pauvreté et la souffrance. En 1880, il a commencé à prendre en photo les quartiers pauvres de New York à la tombée de la nuit. En guise de flash, il utilisait de la poudre de magnésium qu'il faisait brûler dans une poêle à frire. Par deux fois, il a mis le feu à la maison où il travaillait, et une autre fois à ses vêtements. On dit que ses clichés ont motivé certaines réformes entreprises par Théodore Roosevelt à son arrivée à la Maison-Blanche. D'autre part, la force persuasive d'une série de photographies de paysages prises par William Henry Jackson a amené le congrès américain, en 1872, à faire de Yellowstone le premier parc national du monde. Photographie en recherche. La photographie est également devenue à la fois un outil et un objet de recherche. Guarrigues souligne un parallèle entre la photographie et les sciences sociales : toutes deux montrent « quelque chose de l’homme » tout en révélant « comment l’homme s’informe sur l’homme ». En tant qu’instrument de recherche, Rongeon, en citant Maresca, avance que la photographie devient « une pratique d’observation et de visualisation sur le terrain, [et] permet de capter une réalité donnée pour ensuite la révéler ». La photographie peut également devenir une façon d'organiser la pensée et de raconter des faits sans les paroles, moyennant un protocole systématique, ainsi que le rapporte Laplantine. En tant qu'objet de recherche, l'anthropologie visuelle a contribué à alimenter ces réflexions. Objectivité de la technique. La photographie inaugure une nouvelle ère dans la représentation ; on est à présent capable d'avoir une représentation du réel « objective ». L'homme ne représente plus le réel tel qu'il le voit et tel qu'il le peut mais c'est le « réel » qui impressionne le support (par l'action directe de la lumière (photon) qui est réfléchie, ou émise, de l'objet à la surface sensible). Ainsi, la photographie trouve rapidement son usage dans le reportage, dans l'anthropométrie, inventée par Alphonse Bertillon. On a l'ambition de réaliser un « inventaire du monde ». Toutefois, cette objectivité a ses limites. La photographie argentique permettait déjà de travestir la réalité, d'ajouter ou de retrancher des éléments d'une image par un patient travail de laboratoire (cf : Photomontage). Mais avec l'avènement de la photographie numérique, ces trucages qui n'étaient auparavant accessibles qu'à des connaisseurs, deviennent presque à la portée de tous. Un autre point de vue sur la photographie est que le réel ne peut simplement pas être représenté de façon objective. La personne qui observe doit aussi choisir un point de vue, la distance à l’objet, le cadrage. (Régis Durand, in "Le Regard Pensif" : ; Stanley Cavell : ; ou encore Pascal Bonitzer : ), mais aussi du développement, du tirage (recadrages), des retouches La personne qui photographie interprète à sa façon le réel qui s'offre à elle. Ainsi, en noir et blanc, une ambiance peut être rendue dramatique par certaines techniques alors que la réalité ne l'était pas autant (en augmentant la densité des nuages par exemple). Le simple fait d'attirer l'œil sur un élément, en le photographiant, modifie la perception des spectateurs (récepteurs de l'image) face à la globalité de la scène qui se voit de plus réduite à une ou plusieurs images. Dans cette même idée, le ou la photographe, du fait de sa présence dans la scène observée, a une influence plus ou moins grande sur les personnes photographiées selon Piette. L'idée de Conord, reprise par Rongeon, va dans le même sens : la question de la mise en scène pour une photographie mérite d'être posée, à savoir comme les personnes photographiées cherchent à se faire voir et comment la personne derrière la caméra réagit à cela. S'ajoutent à cela les limites technologiques pour représenter les couleurs, les perspectives, les sujets en mouvement Un appareil photo ne retransmet pas exactement ce que l'observateur voit. Il peut déformer les objets et visages, créer des aberrations chromatiques, faire pencher une église en exagérant la perspective Popularisation de la photographie. Photographie d'amateur. Vers la fin des années 1880, le coût et la complexité de la photographie dissuadaient encore de nombreuses personnes de s'y essayer davantage. Toutefois, quand en 1888 George Eastman lance le Kodak, un appareil photo portatif très maniable et doté d'une pellicule, la voie s'est dégagée pour le photographe amateur. Quand un client avait pris ses photos, il retournait l'appareil entier à l'usine. La pellicule y était traitée, et l'appareil rechargé, puis réexpédié avec des photos développées, le tout à un prix relativement bas. Le slogan n'avait rien d'exagéré. Mais ce n’est pas pour autant que l’amateurisme s’est développé aussi rapidement. Au début du , la photographie était majoritairement exercée par un professionnel, à l’occasion d’évènements importants dans la vie familiale comme le mariage. Les photos réalisées étaient alors des photos de groupes, des membres de la famille. La Première Guerre mondiale a été un élément déclencheur de la démocratisation de la photographie sous plusieurs angles. C’est le plein essor de la photographie individuelle ; chaque conscrit était photographié. Les photos étaient alors utilisées dans l’administration mais cela permettait aussi aux familles d’avoir une image du soldat alors que la situation politique et militaire était instable. Dans le même temps, des photographies des épouses, enfants et nouveau-nés sont de plus en plus réalisées pour être envoyées au soldat, sur le champ de bataille. On observe alors une circulation d’images, qui est rassurante pour la famille et mémorable, pour les soldats ayant survécu. Cependant, si la Première Guerre mondiale a donné une impulsion à la photographie, ce n’est pas pour autant que l’on observe un accroissement immédiat de la photographie dans la société. La première photo de soi arrivait, dans les classes bourgeoises, durant l’enfance (quelquefois à la naissance pour les familles habituées à cette technique) ; dans les classes paysannes plus pauvres, c’était souvent plus tard que cette photo apparaissait, à l’occasion d’un mariage ou d’une communion, ou encore à l’occasion du service militaire pour les hommes. Le hasard joue aussi un rôle dans la progression des portraits familiaux dans le milieu paysan grâce notamment aux photographes professionnels qui proposaient leurs services dans les campagnes. Pour beaucoup, c’est la photo de classe, mise en place en 1920, qui constitue leur première photo. La photographie a donc inauguré une époque où l'on pouvait disposer de son portrait ou de représentations d'objets ou de lieux qui restaient jusque-là réservés à une élite économique, quand il fallait demander à un peintre de réaliser une image. Cela s'est traduit dans un premier temps par certaines photographies qui s'approchaient beaucoup du portrait peint le plus classique. La photographie a permis d’introduire un nouveau concept dans la société : celui de pouvoir voir une personne (son visage, ses traits, son allure générale) sans la connaître ni ne l’avoir vue. C’est le cas notamment des célébrités, qui paraissent dans des journaux, et des défunts parents, que des membres de la famille n’auraient jamais connu que par un de leurs portraits. La notion de souvenir, et parfois de deuil, peut être associée à ces clichés. À partir des années 1960, de nombreux appareils photos, automatiques et bon marché, font leur apparition, entraînant la mise en place d’une nouvelle pratique amateur de la photographie. Il y a toutefois des avis partagés sur cette pratique. Les bourgeois suivent l’élan en réalisant eux-mêmes leurs photographies, par attrait pour la technique et les connaissances. D’autres, les représentants de la classe paysanne notamment, sont plus réfractaires, préférant avoir recours à un photographe professionnel le cas échéant. Malgré cela, l’appareil photo investit de plus en plus les demeures, à l’occasion de cadeaux par exemple. Les thèmes photographiés évoluent également. On passe des photos quasi exclusivement familiales, à des photos de vacances, que l’on consigne bien volontiers dans un album photos. Aujourd’hui, la photo apparaît comme un élément incontournable dans la vie de tous. On la trouve partout dans son quotidien, traitant de sujets divers et variés. Les milliards de clichés (quelque mille deux cent milliards de photographies ont été prises en 2017) pris chaque année indiquent que son succès ne s'est jamais démenti et que les individus y ont pris une part active. Sa popularité s'est accrue grâce aux appareils numériques (le nombre d’appareils photos produits dans le monde a dépassé 100 millions en 2010) qui offrent une haute définition de l'image se mesurant en millions de pixels (mégapixels). Ces appareils sont munis de cartes mémoires pouvant contenir des centaines voire des milliers d'images. On peut en tirer chez soi des épreuves à l'aide d'un ordinateur et d'une imprimante. Smartphones. Bien que la production d'appareils photo ait diminué jusqu'à descendre en dessous de la barre des 20 millions en 2017, la production de smartphones a atteint les 1,5 milliard cette même année. Les smartphones sont aujourd’hui le moyen le plus simple et le plus utilisé pour prendre des photos. Les nouvelles technologies de la communication permettent un partage presque instantané des clichés, faisant de la photo un moyen de communication. L'accès à la capacité de « prendre » une photo est maintenant généralisé. La représentation du monde en a été transformée. Les sociologues étudient les pratiques et les résultats de cette photographie populaire. Le grand public accède à cet « art populaire » et en produit les artefacts. Huitième art. Dans la classification des arts dérivée de celle d'Hegel, la photographie reçoit la huitième place (en concurrence avec la radiodiffusion et la télévision). Ces trois activités sont parfois regroupées en « arts médiatiques ». La photographie est un moyen technique et mécanique de conserver une représentation graphique des moments, des objets ou des personnes. Mais c'est aussi un moyen d'expression plus ou moins abstrait, portant la signature de son auteur, le photographe, et dont l'objectivité est équivalente à n'importe quelle œuvre artistique. Longtemps enfermée dans l'imitation de la peinture (pictorialisme, marines, portraits), la photographie a trouvé sa propre voie artistique avec l'apparition du surréalisme au milieu du . Aujourd'hui, de nombreux artistes exploitent ce medium souvent associé à la « documentation » plus qu'à l'art en tant que tel, les artistes photographes mélangeant parfois de nombreux media différents (peinture, sculpture, maquillage, arts numériques) sur une seule image. La photographie, en tant qu'art, permet ainsi, plus que tout autre medium, d'ancrer la réalité dans une œuvre d'art afin de lui donner une nouvelle dimension. La promotion de la photographie en tant qu'art est souvent difficile en France, des expositions comme celle de Roger Ballen à la Halle Saint Pierre à Paris tendant toutefois à montrer cette facette de la photographie au public du . En France, pour être qualifiée « d'œuvre d'art », une photographie doit être tirée par l'artiste ou sous son contrôle, signée et numérotée dans la limite de 30 exemplaires, tous formats et supports confondus (article 98A de l’Annexe III du Code Général des Impôts). En effet, la législation française distingue le statut d' « artisan photographe » et celui d' « auteur photographe », le premier faisant référence au photographe de reportage ou documentaire, et le second à l'artiste photographe, habilité à vendre des œuvres d'art telles que définies précédemment. Courants artistiques. La photographie elle aussi connaît différents courants artistiques tout comme en peinture, les principaux sont : Bibliographie. Années 1960 Années 1970 Années 1980 Années 1990 Années 2000 Années 2010
Probabilité et statistique
Presse écrite en Argentine La presse en Argentine est représentée par une dizaine de grands quotidiens dont certains sont régionaux, avec des tirages compris entre et . Ils couvrent les principales grandes tendances politiques, de gauche comme de droite (conservateurs). Liberté de la presse. La liberté de la presse est inscrite dans la Constitution depuis 1983.
Pologne La Pologne, en forme longue république de Pologne ( ; '), est un État d'Europe centrale, frontalier avec l'Allemagne à l'ouest, la Tchéquie au sud-ouest, la Slovaquie au sud, l'Ukraine à l'est-sud-est et la Biélorussie à l'est-nord-est, et enfin l'enclave russe de Kaliningrad et la Lituanie au nord-est. Par sa population de d'habitants, la Pologne est le trente-quatrième pays le plus peuplé au monde. Elle est divisée en voïvodies, elles-mêmes subdivisées en districts (') puis en communes (""). C'est une république parlementaire qui a pour monnaie nationale le złoty. Elle est membre de l'Union européenne depuis le , du Conseil de l'Europe, du groupe de Visegrád, de l'Organisation mondiale du commerce et de l'Organisation des Nations unies. De nombreux historiens situent la formation de la Pologne en 966, par . Le royaume de Pologne est fondé en 1025. Il est régi par un roi et une diète. En 1569, une association politique liant ce royaume au grand-duché de Lituanie, par l'union de Lublin, donne naissance à la république des Deux Nations, une monarchie élective. Celle-ci est dissoute entre 1772 et 1795 lorsque le territoire de la Pologne est partagé entre la Prusse, l'Empire russe et l'Autriche. C'est en 1918, après la Première Guerre mondiale, que la Pologne retrouve son indépendance et qu'elle devient une république. Le , à la suite de la signature du Pacte germano-soviétique, son invasion par le Troisième Reich est l'événement déclencheur de la Seconde Guerre mondiale. Deux semaines plus tard, l’allié soviétique de l'Allemagne passe également à l’attaque, prenant ainsi l'armée polonaise en tenaille : la défaite est rapide, accompagnée de pertes importantes, de part et d’autre, en dépit de la brièveté de l’affrontement. Le pays est immédiatement partagé entre les deux assaillants. En 1941, l'Allemagne repousse son ancien allié soviétique jusqu'à Moscou, et occupe seule jusqu'en 1944 l'ensemble du territoire polonais qui est asservi et devient notamment, de même que l'ouest de l'Union soviétique, le lieu de meurtres de masse commis par les nazis, dont l'essentiel de la Shoah. En 1944, un gouvernement provisoire est formé sous le contrôle de l'Union soviétique, qui fait de la Pologne d'après-guerre l'un de ses États satellites ; en 1952, la république de Pologne est rebaptisée « république populaire de Pologne ». En 1989, le gouvernement communiste est tenu en échec lors des premières élections semi-libres ; il doit céder la place : une république parlementaire est restaurée. Dans la décennie et demie qui suit, la Pologne rejoint l'Alliance atlantique puis l'Union européenne. La culture polonaise est riche. Elle possède dix-sept sites classés au patrimoine mondial de l'Unesco et cinquante-quatre sites historiques nationaux sont répertoriés. Histoire. L'histoire de la Pologne commence véritablement au , sous le règne de , duc des Polanes (de la dynastie Piast), qui convertit la Pologne naissante au christianisme en 966, puis, par le couronnement de son fils , le premier roi de Pologne, sacré en 1025. La Pologne devient rapidement au Moyen Âge une puissance régionale, tout en essayant régulièrement de sortir de l'influence du Saint-Empire romain germanique, et de repousser le "". C'est ainsi qu'à partir du , le royaume de Pologne doit lutter contre les chevaliers Teutoniques qui ont colonisé la Prusse et une partie de la Poméranie. Le pays atteint son apogée aux sous la dynastie des Jagellon, après l'union du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie, donnant naissance à la république des Deux Nations, l'un des plus grands pays d'Europe. Cependant, durant le et surtout le , la République est engagée dans de nombreux conflits militaires qui lui font perdre une grande partie de sa superficie, notamment sous le coup de l'expansion de l'Empire russe. À la fin du , après trois partages, le territoire de la république des Deux Nations est divisé entre la Prusse, l'Autriche et l'Empire russe. La Pologne ne recouvre que brièvement son indépendance, de 1918 à 1939, puis est à nouveau envahie par l'Allemagne nazie et l'URSS qui se partagent le pays, précipitant l'Europe dans la Seconde Guerre mondiale et provoquant la mort de près de six millions de Polonais. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS conserve la partie orientale de la Pologne, qui en contrepartie acquiert les territoires de la Poméranie, de la Prusse-Orientale et de la Silésie, régions allemandes depuis plusieurs centaines d'années. Joseph Staline impose la mainmise des Soviétiques sur le pays : la république populaire de Pologne est instituée en 1952, le régime communiste tient jusqu'en 1989. Après avoir retrouvé toute son indépendance, le pays devient membre de l'OTAN en 1999, de l'Union européenne en 2004 et tourne progressivement la page de l'économie planifiée au cours des décennies 1990 et 2000. Dans les années 2010, l'économie polonaise est l'une des plus dynamiques d'Europe. C'est le seul État européen à ne pas avoir connu la récession lors de la crise économique qui frappe les pays développés en 2008. Du au. Fondée au par les Polanes, la Pologne devient au Moyen Âge une puissance incontournable en Europe centrale. Son premier souverain est , fondateur de la dynastie Piast qui règne sur la Pologne de 966 à 1370. La capitale est alors Gniezno, au nord de la Posnanie. Poste avancé de l'Occident catholique romain et cible du "", la poussée germanique vers l'est, elle fait face aux mondes orthodoxe (en Russie, Biélorussie et Ukraine), païen (les Baltes sont tardivement christianisés) et musulman, sous la poussée turco-mongole. Située au carrefour de plusieurs mondes, et dépourvue de frontières naturelles, la Pologne est extrêmement exposée aux invasions. L'invasion de la Horde d'or mongole de 1248 à 1275 ruine le pays. , dernier roi de la dynastie des Piast, unifie la Pologne. En 1386, la reine de Pologne, Hedwige d'Anjou et le grand-duc de Lituanie, Ladislas II Jagellon signent l’accord de l’union de Krewo qui marque le commencement de l'union de Pologne-Lituanie, sous la dynastie lituanienne des Jagellon. La dynastie Jagellon réunit pour une petite période les couronnes de Bohême (1471-1526) et de Hongrie (1490-1526) à celle de Pologne. De la fin du au. La république des Deux Nations ("Rzeczpospolita Obojga Narodów"), extension de l'Union de Pologne-Lituanie, en existence depuis 1386, est concrétisée par la signature, en 1569, du traité de l'Union de Lublin qui unit le royaume de Pologne et le Grand-duché de Lituanie en un seul État. Le royaume couvre alors un territoire qui va de la mer Baltique à la mer Noire et jusqu'aux portes de Moscou. La capitale est alors Cracovie, en Petite-Pologne. La ' est un système politique inédit depuis la Rome antique, où l'aristocratie exerce une sorte de démocratie parlementaire. Le roi est en effet élu par ses pairs. C'est le principe de la monarchie élective. Cette « république » donne le droit de vote à la seule ', mais cette noblesse polonaise représente toutefois presque 15 % de la population et plus encore autour de Varsovie, devenue capitale en 1596. Les nobles obligent le roi à céder de ses prérogatives, notamment en ce qui concerne les impôts, l'armée et la justice. Ainsi, le monarque polonais, à l'époque où les monarchies européennes « s'absolutisent », est au contraire affaibli. La tolérance religieuse est une autre caractéristique majeure de la ". Si la majeure partie des paysans est restée catholique (dans les années 1980, sur 10 sont baptisés), de nombreux nobles se sont convertis au protestantisme, luthéranisme, mais surtout calvinisme. La Pologne a donné abri, en particulier dans la ville de Leszno, aux Frères tchèques qui veulent échapper à la re-catholicisation de la Bohême entreprise par les Habsbourg. Enfin, la " compte alors une très importante population juive (5 à 10 % de la population totale), en particulier dans les villes et surtout dans la partie orientale du pays. Du au. Mais, cette tolérance religieuse se réduit progressivement au , en particulier après 1655, quand la Suède protestante envahit la Pologne et est arrêtée à , devant le sanctuaire marial de , dont le prieur, Augustyn Kordecki, est à la tête de troupes numériquement très inférieures. Le règne de Jean III Sobieski (1674-1696) est marqué par la construction, à partir de 1677, du palais de Wilanów à Varsovie, et par la victoire de ses troupes en 1683, appelées en renfort par les puissances européennes et le Pape pour faire face à une offensive turque de grande ampleur sous les murs de Vienne. Cette victoire militaire a une conséquence politique importante, car les Habsbourg, traditionnels rivaux des Polonais, sont sauvés et partagent plus tard le pays avec la Russie et la Prusse. Cette victoire est aussi à l'origine des croissants, les premières viennoiseries, dont la forme rappelle le symbole du drapeau ottoman. De la fin du au. La "Rzeczpospolita" est peu à peu victime d'un long déclin, du fait de son système politique anarchique, et des nombreuses invasions (suédoises, russes, turques, prussiennes). À la fin du , la Pologne perd son indépendance, les partages de la Pologne se succèdent entre 1772, 1793 et 1795. La première partition de la Pologne, en 1772, conduit à un sursaut civique. Ce sursaut mène en 1791 à la proclamation de la Constitution polonaise du 3 mai 1791, nettement moins « révolutionnaire » que celle de la France, mais, néanmoins perçue comme trop dangereuse pour ses voisins, d'où le deuxième partage, qui provoque une révolte menée par un héros de la guerre d'indépendance américaine, Tadeusz Kościuszko. Cette révolte sert de prétexte au troisième partage, quand le royaume de Pologne est rayé de la carte. Rivalité pour la possession de la Pologne. Tout au long du , exception faite de la fin de la période napoléonienne et du duché de Varsovie, la Pologne est niée comme entité nationale, écartelée, partagée entre la Russie, la Prusse (puis l'Allemagne), et l'Autriche (puis l'Autriche-Hongrie). Cette période est marquée par une succession de révoltes et d'insurrections nationales, notamment : Dans les années 1890 des dizaines de milliers de travailleurs polonais émigrent en Allemagne vers la Ruhr pour s'embaucher dans les mines de charbon. À la fin de la Première Guerre mondiale, certains reviennent en Pologne mais la plus grande partie est embauchée par . Environ eux arrivent ainsi en France au début des années 1920, dont près des deux tiers dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Deuxième République. La Pologne ne recouvre son indépendance qu'en et fonde alors une Deuxième République, dont l'indépendance est reconnue par le petit traité de Versailles en juin 1919. Dès son indépendance, la guerre soviéto-polonaise de 1919-1921 l'oppose à la Russie bolchévique. Comme dans la plupart des pays d'Europe du Centre-Est, à l'exception de la Tchécoslovaquie, les idéaux démocratiques des premiers temps durent peu. Le régime évolue vers une forme semi-autoritaire, notamment sous l'influence du maréchal Józef Piłsudski, qui prend le pouvoir en 1926, tout en conservant des élections libres. Seconde Guerre mondiale. La Pologne est envahie par les forces allemandes et slovaques le (campagne de Pologne), déclenchant la Seconde Guerre mondiale. La Wehrmacht atteint les faubourgs de Varsovie en sept jours grâce à sa stratégie du « » et à sa supériorité technologique (la ville ne capitule cependant que le ). Conformément aux accords secrets du Pacte germano-soviétique signé le , soit une semaine avant le début de l'invasion allemande, l'URSS envahit à son tour la Pologne, à partir du . Au début de la guerre, le président de la République Ignacy Mościcki et le gouvernement polonais pensent obtenir droit de passage en Roumanie, le , après l'invasion soviétique de la Pologne, mais sont internés par les autorités roumaines sous la pression allemande. En vertu de la Constitution polonaise d' qui le prévoit explicitement, le président de la République transmet alors sa charge, le , à un successeur désigné, Władysław Raczkiewicz qui nomme comme Premier ministre le général Władysław Sikorski. Le Gouvernement polonais en exil est constitué et accueilli en France, à Paris, puis Angers. Le président de la République et les divers ministères polonais s'installent au château de Pignerolle (au sud-est d'Angers) ainsi qu'à Angers même, ce dès , qui devient de fait la capitale politique de la Pologne, à titre temporaire. Le gouvernement officiel polonais en exil officie jusqu'à l'invasion de la France par les troupes allemandes en . Refusant l'armistice que l'allié français cherche à imposer aux troupes polonaises reconstituées sur le sol français, les autorités polonaises en exil se réfugient alors à Londres pour continuer le combat. La Pologne en tant qu'État ( en 1939) disparaît donc pour la quatrième fois de son histoire, partagée cette fois-ci entre l'Allemagne nazie () et l'Union soviétique (). Le régime nazi annexe une partie du territoire qu’il contrôle et instaure dans le reste (un quart du territoire de 1939) une administration subordonnée, le « Gouvernement général ». La partie envahie par l'URSS est annexée puis répartie entre ses deux républiques soviétiques : la Biélorussie et l’Ukraine. Dans cette partie orientale, l'armée soviétique est diversement accueillie par les populations locales majoritairement biélorusses, juives et ukrainiennes (devenues polonaises en 1920 à la suite de la paix de Riga) qui craignent les réquisitions et le NKVD, lequel les dresse les unes contre les autres en encourageant la délation. Des deux côtés, les nazis et le NKVD procèdent à l'éradication de l'élite polonaise : côté est, intellectuels, officiers, fonctionnaires, religieux, propriétaires terriens sont déportés en URSS, voire assassinés comme à Katyń ; côté ouest, les nazis entendent ouvertement transformer les Polonais, considérés comme des « sous-hommes », en un « peuple d'esclaves » et plongent le pays dans une terreur totale et meurtrière, responsable de la disparition en six ans de près de 20 % de la population totale. Dès les premiers jours, les élites polonaises sont systématiquement exterminées par les et le SD, entraînant la mort de plus de du clergé, de l'aristocratie, du corps enseignant et universitaire. Les théâtres, les séminaires, les journaux, l'enseignement secondaire et supérieur sont fermés. Deux millions de civils sont raflés et envoyés au travail forcé dans le Reich, où ils subissent mauvais traitements et discriminations systématiques. Tortures, pendaisons de masse et massacres de villages entiers deviennent quotidiens. À partir de l'été 1941, date du déclenchement de l'invasion de l'Union soviétique, par laquelle l'Allemagne rompt avec son allié de 1939, la Pologne devient aussi le terrain principal de la mise en œuvre du génocide des Juifs d'Europe occupée par l'Allemagne nazie. Spoliée, terrorisée et réduite à une grande misère dans des ghettos surpeuplés et affamés (dont le ghetto de Varsovie, rasé après son insurrection du , ou celui de Cracovie), la communauté juive de Pologne, jusque-là la première du monde par l'effectif, est anéantie à 97 %. Les moyens de cette extermination sont les fusillades, les camions à gaz et les chambres à gaz des camps d'extermination de , Sobibór, Treblinka, Maidanek, Chełmno et surtout Auschwitz-Birkenau, où périrent au total un million de Juifs déportés de toute l'Europe, ainsi que et des résistants, notamment polonais catholiques. Durant la guerre et, en particulier, à partir de 1942, les autorités polonaises en exil, alimentées en informations de première main par la Résistance intérieure, fournissent aux gouvernements alliés et aux opinions publiques du monde libre les rapports les plus précoces et les plus précis sur l'extermination en cours des populations juives . En 1943, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) massacre entre et polonais en copiant les méthodes des nazis sur la purification ethnique. En tout, la terreur nazie fait périr trois millions de Polonais catholiques et autant de Polonais juifs. Une puissante résistance, autour de l'Armia Krajowa (AK), parvient à mettre sur pied un véritable État clandestin, disposant de ses ministres, de sa justice, de son administration et de son réseau d'enseignement secret. Du au , l'insurrection de Varsovie est réduite par les nazis au prix de la mort de et de la destruction à 85 % de la capitale polonaise, à laquelle l'Armée rouge, arrêtée aux portes de la ville, n'apporte volontairement aucune aide, favorisant ainsi l’élimination rapide de l'élite non communiste. Comme au , les armées polonaises luttent sur de nombreux fronts, en France en 1940, dans le ciel de Londres pendant le Blitz, ou de l'Afrique du Nord à l'Italie en passant par la Normandie. À partir de 1941, elles constituent par leurs effectifs la alliée lors du conflit aux côtés des soldats soviétiques, américains, britanniques et français, et même la alliée (après la Grande-Bretagne) après la défaite française de 1940 et avant le changement de camp de l’Union soviétique en . Des exilés participent aussi à la Résistance intérieure française, notamment dans l’Organisation polonaise de lutte pour l'indépendance (la POWN) particulièrement active dans le Nord de la France ou au sein du réseau F2, intégralement polonais lors de sa création. Pologne communiste. À la fin du second conflit mondial, la Pologne, pourtant pays allié, perd par rapport à son étendue de 1939 et est déplacée de en moyenne vers l'ouest, laissant ses territoires orientaux (notamment la Polésie et la Galicie orientale) à l'URSS, mais recevant en échange le sud de la Prusse-Orientale, la Poméranie orientale et la Silésie prises au Troisième Reich, et en grande partie vidées de leurs habitants allemands, installés là depuis près de huit siècles. Dans cette nouvelle Pologne qui retrouve "grosso modo" ses frontières du , les Soviétiques imposent le PKWN pro-communiste au pouvoir : le pays devient une république dite « populaire » (mais en fait une dictature à parti unique) membre du Pacte de Varsovie. En , un soulèvement ouvrier à Poznań annonce les manifestations massives d', qui obligent les Soviétiques à accepter l'arrivée au pouvoir de , un communiste réputé réformateur (en partie à tort). Celui-ci est évincé en 1970 au profit de Edward Gierek lors de grèves ouvrières importantes contre la hausse des prix alimentaires. En 1968, après la guerre des Six Jours, le régime tente de faire diversion par une campagne antisémite responsable du départ de la plupart des derniers Juifs de Pologne. En août de la même année, l'armée polonaise est obligée de participer, avec quatre autres pays du « bloc de l'Est » à l'occupation soviétique de la Tchécoslovaquie. Elle s'en retire rapidement, mais l'intervention laisse des traces. Pour protester contre cette occupation, le Polonais Ryszard Siwiec s'immole à Varsovie le . Son suicide reste très longtemps méconnu car le régime parvient à étouffer toute information le concernant. Ce n'est qu'en 1991 que le cinéaste Maciej Drygas peut tourner une très belle reconstitution documentaire sur Siwiec, « Uslysczie moj kryk » (« Entendez mon cri ») diffusée en 2007 par Arte. Dans les années 1970 et 1980, de violentes révoltes éclatent à nouveau dans le pays. Dans ce climat, l'élection sur le trône de Saint-Pierre de l'archevêque de Cracovie, Karol Wojtyła (Jean-Paul II), en , est vécue par les autorités communistes comme une provocation. En 1980 naît le syndicat indépendant (« Solidarité »), dirigé par , d'abord interdit, puis reconnu à contre-cœur par les autorités. Celui-ci regroupe vite plusieurs millions d'ouvriers soutenus par les intellectuels réformateurs. Le général déclare la loi martiale dans la nuit du 12 au : la plupart des meneurs du syndicat sont internés pendant plusieurs mois. La mort de Léonid Brejnev en à Moscou anticipe leur libération ( est d’ailleurs libéré le jour des funérailles de l’ancien maître du Kremlin). Malgré l’instauration de l’état de siège, le pouvoir communiste ne parvient pas à étouffer la fronde syndicale et les revendications populaires, les grèves et les manifestations ne faisant que s'amplifier d'année en année. République. 1989-1995 : L'avènement de la démocratie. En 1989, le général Wojciech Jaruzelski cumule les fonctions de chef de l'État (président du Conseil d’État de la république populaire de Pologne) et de Premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais (le POUP) dans un climat de révolte généralisée. Incapable de réinstaurer une « normalité socialiste », le pouvoir est contraint de tenir des « Tables rondes », réunions entre le gouvernement et le syndicat (de fait reconnu comme un interlocuteur incontournable), qui permettent la tenue d’élections législatives partiellement libres ; celles-ci ont lieu en et consacrent une large victoire aux membres de Solidarność et à leurs alliés. Les termes de l’accord conclu à l’issue des « Tables rondes » prévoyant une candidature unique à la fonction nouvellement créée de président de la République, Wojciech Jaruzelski est le premier à occuper ce poste, mais sa légitimité est quasi nulle : il nomme un tout dernier gouvernement communiste qui tient à peine deux mois avant de se résoudre à appeler Tadeusz Mazowiecki pour former le premier gouvernement non communiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (le ), événement qui provoque, d'abord un exode d'Allemands de l'Est vers la Pologne, et moins de trois mois plus tard la chute du mur de Berlin. Le , la République est proclamée ; des élections présidentielles ont lieu au cours de cette même année, celles-ci sont largement remportées par , mais l’instabilité politique demeure : Mazowiecki démissionne en , remplacé par l’économiste libéral Jan Krzysztof Bielecki, qui démissionne à son tour en de la même année, puis par Jan Olszewski (jusqu’en ). C'est à cette époque qu'est institué entre l'Allemagne, la France et la Pologne le « triangle de Weimar », cadre de rencontres régulières visant alors à permettre de soutenir activement le rapprochement de la Pologne au système de sécurité transatlantique de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (l'OTAN) et de préparer au mieux sa future adhésion à l'Union européenne (l’UE). Ces deux objectifs sont couronnés de succès : la Pologne intègre l'OTAN en 1999 et adhèrera à l'UE le . En 1992 Waldemar Pawlak, le leader du Parti paysan, tente de former un gouvernement. Au terme de de négociations infructueuses, c’est finalement Hanna Suchocka qui prend la tête d'un gouvernement de coalition de centre-droit, devenant la première femme à occuper le poste de chef du gouvernement en Pologne. En 1993, alors que les troupes russes quittent la Pologne, subit une défaite aux élections législatives qui contraint à nommer à nouveau Waldemar Pawlak au poste de président du Conseil des ministres. 1995-2005 : Les deux mandats du président. En 1995, Lech Wałesa se présente à sa propre succession ; il est battu par Aleksander Kwaśniewski, jeune leader du parti social-démocrate refondé sur les ruines de l’ancien parti communiste. Le premier gouvernement du président Kwaśniewski est dirigé par Józef Oleksy, l’ancien ministre des Relations avec les syndicats qui avait participé aux négociations de la « Table ronde ». Soupçonné d’intelligence avec les Soviétiques par le passé, ce dernier démissionne en et laisse la place à . En 1997, à la suite d'élections législatives remportées par la droite, s'ouvre une période de cohabitation : Jerzy Buzek (président du Parlement européen de 2009 à 2012) devient président du Conseil des ministres. Cette année-là voit l'adoption de la Constitution définitive instituant la Troisième République. Kwaśniewski est réélu président de la République en 2000 et cette victoire de la gauche est confirmée aux législatives de l'année suivante ; Leszek Miller est nommé à la tête du gouvernement. En 2003, la Pologne prend part à la guerre d'Irak et les États-Unis lui attribuent le commandement d'une zone d'occupation (l'Armée polonaise reste engagée en Irak jusqu'au ). Le , elle intègre l'Union européenne. Miller remet la démission de son gouvernement à la suite de scandales de corruption à répétition qui le rendent très impopulaire ; Marek Belka lui succède mais ne parvient pas à enrayer le déclin de la gauche dans l'opinion. 2005-2007 : Victoire des conservateurs et des nationaux-catholiques. Le , le maire de Varsovie et candidat du parti conservateur Droit et justice (PiS) à l'élection présidentielle, Lech Kaczyński, est élu président de la République avec 54,0 % contre 46,0 % pour le candidat du parti libéral pro-européen Plate-forme civique (PO), Donald Tusk. La victoire du maire de la capitale, arrivé loin derrière son adversaire au premier tour, est une surprise de taille, tous les sondages donnant Donald Tusk largement vainqueur. Le président élu affirme peu après son élection qu'il va mettre en place son programme, fortement inspiré par l’aile la plus conservatrice de l’Église catholique ; celui-ci est critiqué par de nombreux médias pour sa radicalité, son manque d’ouverture sur les questions de société (farouche opposition à toute avancée en matière de droits LGBT, de droit à l’avortement ou à l’euthanasie, par exemple), son étatisme et son euroscepticisme prononcé. Kazimierz Marcinkiewicz est nommé Premier ministre et forme un gouvernement. Le , le gouvernement polonais voit l'entrée en fonction de plusieurs ministres ultra-conservateurs, tels Roman Giertych, dirigeant de la Ligue des familles polonaises (LPR - Liga Polskich Rodzin), nommé à l'Éducation nationale avec le projet d'insister dans les programmes scolaires sur . Quant à Andrzej Lepper, le chef du parti nationaliste Autodéfense de la république de Pologne, il obtient le poste de vice-président du Conseil des ministres chargé de l'Agriculture. Les ministères du Travail et de la Construction reviennent également à des membres de Samoobrona. Ce cabinet de coalition, négocié par Jarosław Kaczyński, le frère jumeau du président de la République, par ailleurs président du PiS, provoque des manifestations organisées par l'opposition. Le , Jarosław Kaczyński prête serment avec son gouvernement au palais présidentiel de Varsovie, devant son frère. 2007-2015 : Les libéraux au pouvoir. Le , lors d'élections législatives anticipées, le parti libéral Plate-forme civique (PO) de Donald Tusk, parti d'opposition à Lech et Jarosław Kaczyński, remporte 41 % des voix et distance le parti conservateur Droit et justice (PiS) au pouvoir depuis deux ans, qui arrive à la seconde position avec 33 % des suffrages exprimés. Donald Tusk est officiellement désigné Premier ministre (président du Conseil des ministres) le suivant, puis forme un gouvernement de coalition (avec sur 460, la PO ne dispose pas de la majorité absolue) en s'alliant avec le parti paysan centriste PSL de Waldemar Pawlak. Lech Kaczyński meurt dans l'exercice de ses fonctions le dans un accident d'avion près de Smolensk, en Russie, alors qu'il se rendait à la commémoration du massacre de Katyń, commis par les Soviétiques en 1940. Avec lui périssent les membres les plus éminents du gouvernement polonais et de l'opposition, des dignitaires civils et religieux. Le paysage politique du pays est profondément bouleversé à la suite de cette catastrophe et l'élection présidentielle anticipée se déroule dans une atmosphère politique tendue, les et . Bronisław Komorowski, le candidat libéral, l'emporte avec 53,01 % des voix face au frère jumeau du président défunt, le conservateur Jarosław Kaczyński. Il est investi à la présidence de la République le suivant et reconduit Tusk à la tête du gouvernement. Les élections législatives de 2011 confortent la coalition PO (39,2 %) - PSL (8,4 %) au pouvoir, le PiS n'obtenant que 29,9 % des voix, suivi par le tout nouveau « Mouvement Palikot » (parti anti-clérical, social-libéral) avec 10 % et l'Alliance de la gauche démocratique (SLD) avec 8,2 % des voix. La même année, la Pologne prend de à la présidence du Conseil de l'Union européenne. En , la Pologne rejoint l'Agence spatiale européenne et organise avec l'Ukraine le Championnat d'Europe de football 2012. Le pays compte toujours devenir un important acteur régional compte tenu de son importante démographie et de son dynamisme économique ; il joue notamment un rôle important dans la promotion d'initiatives régionales au travers de l'Initiative des trois mers, du partenariat oriental ou plus récemment, du Triangle de Lublin. Retour des conservateurs. L'élection d'Andrzej Duda à la présidence de la République en et la victoire de son parti Droit et justice aux élections législatives d' marquent le retour des conservateurs en Pologne et le triomphe de l'euroscepticisme. En réaction est créé le comité de défense de la démocratie au mois de . Système politique et administratif. Régime politique. La Pologne est dotée d'un régime semi-présidentiel régi par une constitution adoptée en 1997. Le président de la République ("Prezydent Rzeczypospolitej Polskiej"), élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, est le chef de l'État. Il nomme le président du Conseil, les ministres et les autres membres du gouvernement ; en outre, il dispose d'un droit de "veto" qui ne peut être levé par la chambre basse qu'à la majorité qualifiée des trois cinquièmes. S'il est le garant des institutions, le président de la République détient des pouvoirs limités, s'en tenant à faire figure d'autorité politique et morale. Il est toutefois le chef des Forces armées et peut détenir une certaine influence dans la conduite de la politique étrangère de la Pologne. Le président du Conseil des ministres ("Prezes Rady Ministrów"), généralement désigné par le titre de Premier ministre, est le chef du gouvernement du pays. Nommé par le président de la République, tout comme les autres membres du gouvernement, il préside le Conseil des ministres et est le responsable du travail mené par son cabinet devant le Parlement. Chef de l'administration, il peut décider des actes réglementaires et exercer un contrôle régulier et légal des collectivités territoriales. Enfin, il représente le pays à l'étranger, notamment au sein du Conseil européen. Le pouvoir législatif de Pologne est exercé par deux chambres : la Diète ("Sejm"), composée de , et le Sénat ("Senat") qui compte . Leurs membres sont simultanément élus dans le cadre des élections générales, dont la date est fixée par le président de la République. Chargés de discuter et de sanctionner les lois, les parlementaires doivent également voter le budget, mais les députés sont les seuls à disposer du droit de voter la confiance au gouvernement ou de renverser celui-ci, le Sénat ayant un rôle bien plus limité dans la pratique. Enfin, la Constitution de 1997, posant les bases de la , conforte le rôle du Tribunal constitutionnel (créé dès 1986) chargé de contrôler la constitutionnalité des lois ; d'autre part, elle institue un Défenseur des droits, une fonction fondée sur le modèle de l’"Ombudsman" suédois. Elle consacre l'indépendance du pouvoir judiciaire avec la création d'un Conseil national de la Magistrature. Subdivisions administratives. L'organisation territoriale de la Pologne repose, depuis 1999, sur trois niveaux géographiques. Le territoire polonais est divisé en voïvodies, lesquelles sont divisées en "districts" ("powiaty"), et ces derniers sont à leur tour subdivisés en "communes" ("gminy"). Les villes majeures ont, pour la plupart, à la fois le statut de "gmina" et de "powiat". La Pologne est divisée en 16 voïvodies, (dont au statut de district) et . Voïvodies. La Pologne est subdivisée depuis 1999 en 16 régions (à la fois divisions administratives et collectivités territoriales) appelées voïvodies ou voïévodies ("województwa" au pluriel, "województwo" au singulier), qui sont : Ces voïvodies étaient au nombre de 49 entre 1975 et 1999. Relations avec l'Union européenne. Les relations de la Pologne avec l'Union européenne sont caractérisées par les échéances suivantes : Géographie. Le territoire polonais est dominé par la plaine d'Europe du Nord. Les massifs des Carpates et des Sudètes au sud forment une frontière naturelle avec la Tchéquie et la Slovaquie, alors que la mer Baltique constitue une frontière naturelle au nord. À l'ouest, la frontière avec l'Allemagne est fixée sur les fleuves Oder et Nysa. Relief. La Pologne possède de plus de d'altitude. Les Tatras forment le massif le plus élevé de Pologne et de toutes les Carpates. C'est là que se situe le plus haut sommet de Pologne, le Rysy (). Au pied de cette montage se trouve le lac Morskie Oko (« Œil de la mer »), considéré comme l'un des plus beaux lacs du monde. D'autres chaines de montagnes en Pologne sont : Le point le plus bas en Pologne, à deux mètres au-dessous du niveau de la mer, est Raczki Elbląskie, dans le delta de la Vistule, près d'Elbląg. La côte baltique. La côte baltique polonaise est longue de et s'étend de Świnoujście, sur les îles d'Usedom et de Wolin dans l'ouest, à Krynica Morska, sur la presqu'île de la Vistule dans l'est. Dans l'ensemble, la Pologne a un littoral régulier, formé par le mouvement continuel du sable par des courants et des vents d'ouest en est. Ces érosions et dépôts continuels ont sculpté des falaises, dunes et presqu'îles, dont beaucoup se sont déplacées vers les terres pour former des lagunes, telles que le lac de dans le parc national Słowiński. Les plus grandes presqu'îles sont celles de Hel et de la Vistule. La plus grande île baltique polonaise est Wolin. Les plus grandes villes portuaires sont Gdynia, Gdańsk, Szczecin et Świnoujście. Les principales stations balnéaires sont Sopot, Międzyzdroje, Kołobrzeg, Łeba, Władysławowo et Hel. Cours d'eau. La Pologne est parcourue par deux fleuves majeurs qui se jettent dans la mer Baltique. La Vistule, longue de , traverse plusieurs grandes villes polonaises dont Varsovie, la capitale. L'Oder, longue de , délimite quant à elle une partie de la frontière entre l'Allemagne et la Pologne. Le pays compte aussi des rivières de première importance telles que la Warta, un affluent de l'Oder long de , le Bug, un affluent de la Vistule long de . La majorité des cours d'eau de Poméranie et des régions avoisinantes terminent leur course dans la mer Baltique. Des ruisseaux qui prennent source dans les Beskides se déversent dans la mer Noire, soit par l'intermédiaire du Dniestr, soit par l'intermédiaire de l'Orava, puis du Váh, et enfin du Danube. Les cours d'eau polonais sont depuis longtemps utilisés pour la navigation. Au Moyen Âge et au début de l'ère moderne, lorsque la Pologne était le grenier de l'Europe, l'acheminement de céréales et d'autres produits agricoles le long de la Vistule vers Gdańsk puis l'Europe de l'Ouest était alors particulièrement important. Lacs. Avec près de dix mille lacs de plus d'un hectare, la Pologne est l'un des pays au monde qui en compte le plus (en Europe, seule la Finlande possède une plus grande densité de lacs). Les plus grands d'entre eux, couvrant plus de , sont le lac Śniardwy et le lac Mamry en Mazurie, ainsi que le lac Łebsko et le lac Drawsko en Poméranie. Le lac le plus profond (plus de ) est le lac Hancza, situé dans la région des lacs de Wigry, au nord-est du pays, en Podlachie. Les ancêtres des Polonais d'aujourd'hui, les Polanes, construisirent leurs premières forteresses sur des îles entourées par ces lacs : citons les maisons sur pilotis de Biskupin, encore occupées par plus de mille résidents, construites à l'origine par les Lusaciens avant le De même, le prince légendaire Popiel est censé s'être installé à Kruszwica, sur le lac Gopło, et le premier souverain de la Pologne qui soit documenté, le duc Mieszko de Pologne, avait son palais situé sur une île du fleuve Warta, aujourd'hui intégrée à la ville de Poznań. Outre la région des lacs qui couvre tout le nord du pays (Mazurie, Poméranie, Cachoubie, Lubuskie, et Grande-Pologne), on trouve également un grand nombre de lacs de montagne au sud, dans les Tatras (tel le lac Morskie Oko, le plus grand lac de montagne de Pologne). Géologie. La structure géologique de la Pologne résulte de la collision des continents européens et africains durant les soixante derniers millions d'années d'une part, et de l'effet du Quaternaire au nord de l'Europe d'autre part, ces deux phénomènes ayant conduit à la formation des Sudètes et des Carpates. Les plaines du Nord de la Pologne sont des moraines, (ce qui permet aux scientifiques de dire qu'il y avait avant des glaciers dans cette zone du globe, notamment lors de la glaciation de Würm), qui comportent des sols essentiellement composés de sable ou de loam, tandis qu'au Sud, les vallées creusées pendant l'ère glaciaire contiennent souvent du lœss. Les plateaux de la région Cracovie-Częstochowa, qui forment d'ailleurs l'un des plus anciens massifs de la planète, les Piénines, et les Tatras occidentales sont constitués de calcaire, tandis que les Hautes Tatras, les Beskides, et les Monts des Géants sont principalement composés de granite et de basalte. Désert. Le désert de Błędów est situé en Pologne méridionale, dans la voïvodie de Silésie, et s'étend au-dessus de la région de Zagłębie Dąbrowskie. Il a une surface totale de . C'est le seul désert polonais et l'un des cinq seuls déserts naturels en Europe. C'est le désert le plus chaud qui apparaisse à cette latitude. Il fut créé par la fonte d'un glacier, il y a , à la fin de la glaciation würmienne. La structure géologique spécifique a été de grande importance dans sa formation, l'épaisseur de la couche de sable étant d'environ en moyenne et atteignant , ce qui a rendu l'assèchement rapide et profond. Ces dernières années, le désert a commencé à se rétrécir. Le phénomène des mirages y est fréquent. Utilisation des sols. Les forêts couvrent 28 % du territoire polonais. Plus de la moitié des terres sont consacrées à l'agriculture. Tandis que la surface totale sous culture diminue, les champs restants sont cultivés plus intensivement. Plus de 1 % du territoire de la Pologne, (), est protégé par nationaux. À cet égard, la Pologne est au premier rang en Europe. Trois parcs nationaux de plus sont projetés pour la Mazurie, la montagne de Cracovie-Częstochowa et les Beskides orientales. La plupart des parcs nationaux polonais sont situés dans la partie méridionale du pays. En outre, les marécages le long des lacs et des fleuves du centre de la Pologne sont protégés légalement, de même que les secteurs côtiers dans le Nord. On compte également beaucoup de secteurs protégés pour leurs paysages et de nombreuses réserves naturelles. Flore et faune. La Pologne compte nationaux (""), qui couvrent une superficie totale de . La Pologne orientale comporte des régions boisées, comme la forêt vierge de Białowieża, qui n'ont jamais été défrichées par les hommes. De grands secteurs sont également couverts de forêts dans les régions montagneuses, en Mazurie, en Poméranie et en Basse-Silésie. Beaucoup d'animaux qui se sont depuis éteints dans d'autres parties de l'Europe survivent toujours en Pologne, tel le bison d'Europe dans la forêt de Białowieża et en Podlasie. D'autres espèces incluent l'ours brun, dans la forêt de Białowieża, dans les Tatras et dans les Beskides au sud de la voïvodie des Basses-Carpates, le loup gris et le lynx d'Eurasie dans diverses forêts, les élans dans le Nord de la Pologne et le castor en Mazurie, en Poméranie et en Podlasie. Dans les forêts, on rencontre également des gibiers, tels que des cerfs élaphe, des chevreuils et des sangliers. La Pologne est l'endroit de couvée le plus important pour les oiseaux migrateurs européens. Parmi tous les oiseaux migrateurs qui viennent en Europe pour l'été, un quart se reproduisent en Pologne, en particulier dans la région des lacs et dans les zones marécageuses le long de la Biebrza, du Narew et de la Warta, qui font partie de réserves naturelles ou de parcs nationaux. En Mazurie, certains villages recensent davantage de cigognes que d'habitants. Climat. Le climat est de type océanique, au nord et à l'ouest, et devient graduellement plus continental vers le sud et l'est. Les étés sont tièdes, avec des températures moyennes variant entre et . Les hivers sont froids, avec des températures moyennes tournant autour de au nord-ouest et au nord-est. Bien que les précipitations restent régulières tout au long de l'année, l'hiver est plus sec que l'été, surtout à l'est. Pollution. La Pologne est au deuxième rang européen et au neuvième rang mondial pour la production de charbon et de lignite en 2012 (1,8 % de la production mondiale). Afin de remplir ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la Pologne a engagé une politique de développement des énergies renouvelables, en particulier la biomasse et l'énergie éolienne. Une pollution de l'air excessive se produit dans 20 % du pays. Les facteurs en sont : Les régions les plus polluées sont la Haute-Silésie et les grandes villes, particulièrement Cracovie. Économie. La transition de l'économie planifiée vers l'économie de marché fut initiée par le vice-président du Conseil et ministre des Finances Leszek Balcerowicz, considéré comme le père des réformes économiques et le principal architecte de la profonde mutation de la Pologne du début des années 1990. Ce plan, de type thérapie de choc, a permis de maitriser l'hyperinflation qui ruinait l'économie polonaise et d'accélérer le processus de transformation. Après une première phase difficile se caractérisant par un recul du PIB, une forte inflation, une dévaluation de la monnaie, des fermetures d'entreprises et une forte hausse du chômage, cette politique a permis le développement et la modernisation de l'économie polonaise. Elle a abouti au retour de la croissance dès 1993, à une amélioration sensible du niveau de vie de la population, permettant une augmentation de la consommation, une baisse de l'inflation, une stabilisation du złoty, une augmentation des échanges commerciaux et d'importants flux d'investissements directs étrangers. S'étant alignée sur les recommandations du FMI dès 1989, la Pologne bénéficie en 1990 de l’effacement de la moitié de sa dette extérieure par le Club de Paris, qui regroupe les principaux créanciers publics occidentaux. Elle obtient ensuite, en 1994, une réduction similaire de sa dette auprès du Club de Londres, regroupant les créanciers privés. L'embellie de l'économie polonaise due à la « thérapie de choc » s'est poursuivie jusqu'en 1997, avec cette année-là un taux de chômage enregistré passant sous la barre des 10 %. Il est brutalement remonté dans les années 2000, dépassant le seuil des 20 % en 2004, puis diminue continûment depuis 2013 pour atteindre 7 % en 2017. L’industrie polonaise a perdu plus de d’emplois, soit 23 % des emplois du secteur, entre 1991 et 2003. Les emblématiques chantiers navals de Gdańsk, qui employaient à la chute du régime communiste, n’en comptent plus que 200 en 2020. L'économie polonaise est dans les années 2010 l'une des plus dynamiques d'Europe. C'est le seul État européen à ne pas avoir connu de récession lors de la crise économique mondiale de 2008. Le pays a bénéficié de nombreuses aides de l'Union européenne depuis son entrée en 2004. Sur la période 2004-2014, ce sont près de d'euros qui lui ont été alloués et d’euros entre 2014 et 2020. De nombreuses infrastructures ont pu être financées, comme l'autoroute reliant désormais Varsovie à Berlin. La Pologne rattrape ainsi rapidement son retard sur ses voisins européens concernant le maillage du territoire et attire plus facilement les capitaux étrangers. Attirer les investisseurs étrangers est un axe majeur de la politique des gouvernements de Pologne et d'Europe centrale et orientale depuis les années 1990. Pour ce faire, ils offrent des taux d’intérêt élevés et maintiennent des coûts salariaux faibles. Une concurrence s’est développée entre pays et territoires d'Europe centrale pour attirer les capitaux occidentaux. Les politistes Andreas Nölke et Arjan Vliegenthart qualifient les économies d’Europe centrale et orientale d' en raison de l’importance prise par les multinationales étrangères : Les inégalités de développement entre la partie ouest et la partie est du pays se creusent à partir des années 1990. Le PIB moyen des trois régions de l’Est (Podlaskie, Lubelskie et Podkarpackie) est en 2008 inférieur de 30 % à la moyenne nationale. En 2020, la Pologne est la du monde en PIB par habitant, la sixième économie de l'Union européenne et la du monde en PIB. Le taux de chômage s’y élève à 5,5 % en et la croissance économique atteint 4 % en 2019. Le salaire médian brut est de () en et près de de salariés sont en « contrats flexibles », dits « contrats-poubelle » puisque les poussant dans la précarité. En 2022, le pays est classé en pour l'indice mondial de l'innovation. Énergie. Le secteur énergétique polonais se caractérise par la prépondérance massive du charbon, qui en 2015 assurait 51 % de la consommation intérieure totale d'énergie primaire et 81 % de la production d'électricité. Les efforts réalisés depuis la fin de l'ère communiste ont permis de réduire les émissions de dioxyde de carbone par habitant de 19 % entre 1990 et 2015. Elles restent encore élevées, avec de par habitant en 2015 (contre en France, en Allemagne et une moyenne de en Union européenne). La Pologne est dépendante à 30,4 % de sources extérieures en 2015, toutes énergies confondues. Le pays a été jusqu’à la fin 2013 autosuffisant, voire exportateur, avec une consommation de l’ordre de et une production de . Du fait de sa croissance économique importante, la situation a commencé à s’inverser début 2014. Tourisme. Selon les calculs de l'Institut du tourisme, en 2012 le nombre d'arrivées a totalisé , dont de touristes étrangers. La grande majorité des touristes proviennent d'Allemagne, plus grand pays limitrophe de la Pologne, avec en 2010. Les pays de l'Europe et de l'Union européenne figurent donc logiquement aux premières places. Le tourisme contribue à l'économie du pays. Les villes les plus populaires sont Varsovie, Cracovie, Wrocław, Poznań, Szczecin, Świnoujście, Gdańsk, Sopot, Gdynia, Bydgoszcz, Toruń, Lublin, Zamość, Częstochowa, Zakopane, Wieliczka et Oświęcim (camp de concentration d'Auschwitz). La Pologne est le le plus visité dans le monde par les touristes étrangers, selon le classement de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) en 2014. Démographie. La population polonaise compte début 2017. Au moins deux millions de Polonais ont émigré entre 2004, date de l'entrée du pays dans l'Union européenne, et 2016. La diaspora polonaise (voir "infra") compte environ vingt millions d'individus. La Pologne ignore le multiculturalisme. Quelques minorités sont présentes dans le pays (germanophones, Ukrainiens, Juifs, Tatars musulmans), mais peu d’immigrés extra-européens : des commerçants vietnamiens arrivés dans les années 1970 et quelques milliers de ressortissants africains. La xénophobie est parfois attisée par une partie de la classe politique. Principales villes. Le classement est établi sur la base de la population des villes, il diffère si l'on prend en compte les agglomérations. Les plus grandes agglomérations du pays sont l'agglomération industrielle de Haute-Silésie autour de Katowice ( d'habitants), Varsovie (), Łódź (), Cracovie () et la « Tricité » formée par Gdańsk, Sopot et Gdynia (). Les aires métropolitaines de Wrocław, Posnanie, Szczecin, Bydgoszcz–Toruń et Lublin sont également importantes, avec respectivement , , , et . Minorités. Il y a environ possédant un permis de résidence en Pologne en 2020. Ce décompte n'inclut pas les personnes n'ayant pas régularisé leurs séjours ou résidant de manière temporaire ou prolongée sans permis de résidence. En 2019, le nombre total d'étrangers résidant en Pologne était ainsi estimé à plus de deux millions. Ils sont majoritairement originaires d'Ukraine (), de Biélorussie (), d'Europe occidentale (Allemagne, France...), mais aussi d'Extrême-Orient (Viêt Nam, avec environ , soit la en Europe après la France et l'Allemagne). Depuis 2000, plus de se sont installés en Pologne. Diaspora. La diaspora polonaise (Polonia) compte de personnes nées en Pologne ou d'ascendance polonaise. Religions. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, plusieurs religions étaient fortement représentées en Pologne : les minorités substantielles juive, protestante et chrétienne orthodoxe ont coexisté durant plusieurs siècles avec la majorité catholique. En raison de la Shoah, de l'annexion des territoires polonais de l'Est par l'Union soviétique et de la politique communiste d’expulsion des populations allemandes et ukrainiennes après la Seconde Guerre mondiale, la Pologne est devenue primordialement catholique, bien que la religion fût mal tolérée par le pouvoir. En 2011, 87,0 % de la population se déclarait catholique, cohabitant avec 1,3 % d'orthodoxes, 0,4 % de protestants et 0,3 % de Témoins de Jéhovah. Le taux d'observance religieuse, de 40 %, fait de la Pologne l'un des pays les plus religieux en Europe. L'islam est très peu présent en Pologne, les statistiques officielles font état de seulement , essentiellement les Tatars baltiques vivant en Podlachie. L’image de l’Église polonaise s'est dégradée ces dernières années en raison de la récurrence des affaires de pédophilie, de sa proximité avec le gouvernement et des attaques contre le droit à l'avortement et celui des personnes homosexuelles. Selon un sondage réalisé en 2020, seuls 9 % des jeunes Polonais déclarent avoir une image positive de l’Église et la confiance en l’institution a chuté de 18 % depuis 2016 parmi la population. Langues. Le polonais est la langue officielle du pays et est parlé nativement par 97 % de la population, ce qui fait de la Pologne l'un des pays linguistiquement les plus homogènes d'Europe. Les langues étrangères les plus apprises par les jeunes sont, par ordre décroissant, l'anglais (66 % en 2013), l'allemand (27 %), le russe (4 %) et le français (2 %). L'OIF aurait recensé un million de personnes parlant le français dans le pays. Culture. Théâtre polonais. À partir du , une importante production dramaturgique donne ses lettres de noblesse au théâtre polonais, qui continue à s'enrichir aujourd'hui des apports d'une création toujours très active. Musique polonaise. Les premières compositions polonaises remontent au . Il s'agit alors essentiellement de musique sacrée (avec notamment l'hymne religieux Bogurodzica). Au , la musique polonaise acquiert une renommée internationale grâce à Frédéric Chopin, puis Karol Szymanowski, Krzysztof Penderecki, Witold Lutosławski et Henryk Górecki au . La musique pop s'est développée en Pologne sous l'influence des scènes occidentales, malgré le régime communiste. Après 1989, l'activité musicale polonaise n'a cessé de prendre de l'importance avec l'émergence de nombreux festivals et de groupes de tous styles, notamment de rock et de hip hop. La scène metal polonaise, connue en Europe depuis ses débuts, compte de grands noms, tels que Behemoth, Vader ou Graveland. Folklore polonais. Souvent réduit à tort aux simples prestations des ballets "Śląsk" et "Mazowsze", le folklore polonais reste cependant pratiqué assidûment par un grand nombre de Polonais de tous âges et de toutes classes sociales. Ceci est en partie dû à la volonté et au travail exceptionnel d'Oskar Kolberg, qui parcourut la Pologne au afin de répertorier le maximum de mélodies, de poèmes et de danses, région par région ; ce travail de recherche a donné lieu à son chef-d’œuvre de plus de de son vivant, "Lud" (le peuple). Ainsi, de nombreux groupes se sont créés et revendiquent encore aujourd’hui leurs régions d’origine, teintées de mélodies typiques et de pas de danse très caractéristiques de ces régions. Il existe cinq danses nationales, popularisées pour la plupart par Chopin : le "krakowiak" (danse de Cracovie), l’"oberek", la polonaise, le "mazur" et le "kujawiak". L’exemple le plus frappant de cette préservation des traditions folkloriques reste la région de Podhale, près de Zakopane. Cette région montagneuse conserve ses traditions dans la vie quotidienne, dans ses coutumes, mais surtout dans sa musique, grâce au développement touristique et aux "" (tavernes où l’on peut écouter de la musique montagnarde). Enfin, dans le cadre de la "Polonia" (diaspora polonaise), de nombreux groupes étrangers de folklore polonais perpétuent les traditions. Cuisine polonaise. La formation des traits particuliers de la cuisine polonaise a été influencée par les changements historiques. À travers les siècles et au gré des migrations, la cuisine polonaise fut soumise à des influences et changements régionaux. Grâce à cela, on dénombre d'importantes influences orientales (mongoles, puis tatares et turques), russes, allemandes, françaises, italiennes et juives. Les plats les plus populaires en Pologne (qui le sont également dans les pays voisins) sont entre autres : les pierogi, le chou farci, le bigos, les kluski, les soupes (au chou, bortsch, żurek, bouillon, etc.), les plats de choux et de pommes de terre, le pain, les gâteaux, les légumes, les fruits (pommes, poires, différentes baies et groseilles, cerises et merisier), le fromage blanc et différents types de viandes (principalement porc, volaille et bœuf), ainsi que, dans une moindre mesure, les poissons d'eau douce ou de mer. Parmi les desserts figurent la babka, le pain d'épices, le sernik ou le makowiec. Les beignets ou les faworki sont des desserts de la fin de carnaval. Parmi les boissons alcoolisées, l'hydromel, très populaire à une certaine époque, a été remplacée par la vodka, souvent préparée à base de céréales, plus rarement de pommes de terre. La bière à base de houblon est une boisson traditionnelle courante, alors que le vin l'est moins. Le thé noir est également populaire. Jusqu'à une époque récente, il était bu dans des verres, souvent avec une tranche de citron et du sucre. Le thé est arrivé en Pologne depuis l'Angleterre, peu après son apparition en Europe occidentale, grâce aux marchands néerlandais. Cependant, sa propagation est attribuée aux occupants russes au . C'est à ce moment-là que les samovars sont arrivés depuis la Russie où le thé est apparu à la cour du tsar comme cadeau de la Chine, environ avant son apparition en Hollande. Le café est également populaire et est bu couramment depuis le , également par les classes inférieures de la société comme les artisans ou les riches paysans. La cuisine traditionnelle urbaine est notamment présente à Cracovie et Szczecin. Les "obwarzanki", petits pains en forme d'anneaux, sont un symbole de Cracovie. À Szczecin, le pasztecik szczeciński est fait de pâte frite farci de viande, de champignons ou de chou, tandis que le paprykarz szczeciński est une pâte de poisson haché, de riz, d'oignon, de tomate et d'épices. Cinéma. L’histoire du cinéma polonais est presque aussi longue que celle de la cinématographie. Le cinéma polonais a acquis une renommée mondiale, même si les films polonais sont considérés comme étant moins commerciaux que les films en provenance d'autres nations européennes. Le cinéma polonais a traversé les frontières au cours de la Première Guerre mondiale. Des films réalisés à Varsovie ou à Wilno étaient souvent diffusés dans les salles de projection de Berlin. C'est ainsi que la jeune actrice Pola Negri (née Barbara Apolonia Chałupiec), s'est fait connaître en Allemagne et est devenue une grande star du cinéma muet. À partir de 1955, les travaux de l’École polonaise du film ont eu une forte influence sur des mouvements cinématographiques tels que la Nouvelle Vague, le néoréalisme et même le cinéma classique hollywoodien. De plus, des réalisateurs polonais comme Roman Polanski, Krzysztof Kieślowski, Agnieszka Holland, Andrzej Wajda, Andrzej Żuławski ont eu un impact fort sur le développement de la cinématographie. Les films d'Andrzej Wajda, notamment "L'Homme de marbre" (1977) et "L'Homme de fer" (1981), offrent des analyses perspicaces des éléments universels de l'histoire de la Pologne. Ses films ont inspiré plusieurs générations polonaises. Un Oscar d'honneur lui fut attribué pour l'ensemble de sa carrière. Un grand nombre de réalisateurs polonais, comme Agnieszka Holland, Janusz Kamiński, ont travaillé pour des studios américains. Des directeurs de la photographie et compositeurs de musique de film polonais apparaissent également souvent au générique de productions américaines. Les films animés polonais ont une longue tradition et tirent leur inspiration des arts graphiques de la Pologne. Sports. Le sport en Pologne est développé mais peine à être performant et surtout régulier comme en Russie et en Occident. Mais les Polonais récoltent quand même plusieurs résultats probants. L'âge d'or du sport polonais ayant eu lieu pendant la période communiste. Le football n'a jamais eu de titre en Ligue des champions, en Coupe des Vainqueurs de Coupe ou en Coupe de l'UEFA, mais réalisa plusieurs performances qui firent frémir les favoris dans les années 1970 et années 1980|1980. La sélection nationale remporta plus de succès en gagnant un titre olympique et deux médailles d'argent. En Coupe du Monde, la Pologne finit successivement , , entre 1974 et 1982, avant de faire le chant du cygne en huitièmes de finale en 1986. Du au , la Pologne a accueilli le Championnat d'Europe de football, coorganisé avec l'Ukraine. Le volley-ball possède un excellent palmarès puisque la sélection nationale a glané plusieurs podiums et des titres, surtout chez les hommes. L'athlétisme est une valeur sure et les Polonais remportent régulièrement des titres et médailles (une soixantaine en tout dont 24 en or). Robert Korzeniowski est l'athlète le plus titré. Les polonais s'illustrent plus spécifiquement dans les épreuves de lancer du marteau, où ils comptent de nombreux titres olympiques, notamment remportés par Anita Włodarczyk (trois fois championne olympique), Wojciech Nowicki (champion olympique à Tokyo et medaillé de bronze à Rio de Janeiro), Kamila Skolimowska (championne olympique à Sydney) et Szymon Ziółkowski (champion olympique à Sydney). Le saut à ski est également populaire en Pologne (en 2010, 40 % des Polonais ont déclaré s'intéresser à ce sport) et le pays compte parmi les meilleures nations sur la scène internationale, par des athlètes tels qu'Adam Małysz (quatre fois champion du monde, quadruple médaillé olympique, vainqueur de quatre éditions de la Coupe du monde), Kamil Stoch (deux fois champion du monde, trois fois champion olympique, vainqueur de deux éditions de la Coupe du monde), Piotr Żyła (deux fois champion du monde) ou encore Dawid Kubacki (deux fois champion du monde, vainqueur de la Tournée des quatre tremplins 2019-2020). Des sports jusqu'à présent délaissés connaissent aujourd'hui un gain de résultats intéressants. Ainsi du sport automobile, où Robert Kubica a participé à une poignée de saisons de avec un Grand prix gagné au Canada et douze podiums. Le tennis, où jusque là seule une poignée de joueurs et de joueuses ont obtenu des résultats éphémères et épars, voit apparaître les sœurs Radwanska qui brillent dans les années 2010 parmi l'élite mondiale féminine (Agnieszka qui finit en 2012 et Urszula qui finit en 2012) ; Janowicz et Kubot font des résultats relativement honorables chez les hommes dans les années 2010. Le , Iga Świątek remporte Roland Garros à seulement et inaugure un avenir radieux pour le pays dans ce sport. Elle devient la première Polonaise à remporter un titre du grand chelem.
Psychologie La psychologie (du grec , « âme », et , « parole, discours »), est une discipline scientifique qui s'intéresse à l'étude du corpus des connaissances sur les faits psychiques, les comportements et les processus mentaux. La psychologie est la connaissance empirique ou intuitive des sentiments, des idées, des comportements d'une personne et des manières de penser, de sentir, d'agir qui caractérisent un individu ou un groupe. Il est commun de définir aussi la psychologie comme l'étude scientifique des comportements. La psychologie est une discipline qui appartient à la catégorie des sciences humaines. Divisée en de nombreuses branches d'étude dont les théories et les méthodes de recherche varient grandement, la psychologie a des applications nombreuses. Étymologie. Étymologiquement, le mot "psychologie" dérive du latin "psychologia", terme lui-même formé à partir du grec ancien ψυχή ("psukhē" : le souffle, l'esprit, l'âme) et -λογία ("-logia", la science, l'étude, la recherche) par le savant humaniste croate Marko Marulić (1450-1524) et qui semble apparaître pour la première fois dans le titre de "Psichiologia de ratione animae humanae" (fin - début ) dont la trace a été perdue si bien que la première occurrence attestée se trouve chez le juriste et philosophe allemand Johann Thomas Freig (lat. Freigius, 1543-1583). Toutefois, le mot est véritablement popularisé par la Réforme protestante en Allemagne, à travers les écrits de Philippe Melanchthon qui reprend le terme dans ses études bibliques et ses commentaires de la philosophie aristotélicienne. Le terme se retrouve ainsi jusque dans les discours ésotériques, tel la "Psichologie ou traicté de l'apparition des esprits" de Noël Taillepied (1588). La lettre grecque Ψ (psi) est souvent utilisée comme une abréviation du terme psychologie. Objet d'étude et objectifs. L'objet d'étude de la psychologie est un débat non clos depuis des siècles. En effet, selon les auteurs, la psychologie s'est trouvée centrée sur des objets très différents, sans qu'il soit encore possible aujourd'hui de décider quelle est la théorie unitaire qui serait largement acceptée. Ainsi les approches sur cette question extrêmement complexe se partagent-elles traditionnellement entre celles qui considèrent que l'objet de la psychologie est le comportement et sa genèse, les processus de la pensée, les émotions et le caractère ou encore la personnalité et les relations humaines. De plus, les comportements humains sont influencés par des facteurs nombreux et également divers : les stimuli de l'instant présent, l'héritage génétique, le système physiologique, le système cognitif (les connaissances, pensées, souvenirs, etc.), l'environnement social, l'environnement culturel, les expériences passées, les caractéristiques personnelles comme le niveau d'intelligence, la personnalité ou la présence d'une maladie mentale. Les différentes branches de la psychologie se distinguent soit par la méthode utilisée (clinique ou expérimentale), soit par l'activité humaine considérée (travail, mémoire, perception, apprentissage, soin, comportement en groupe, etc.), soit par grand domaine d'investigation (psychologie cognitive, psychopathologie, psychologie sociale, psychologie de l'enfant et du développement, psychophysiologie, psychologie animale). Histoire de la psychologie. Le développement de la psychologie a été influencé par des courants de pensée ou « écoles ». Dans l'ordre chronologique de leur apparition, les principales approches de la psychologie sont l'approche physiologique issue de la médecine et biologie (Gustav Fechner qui tente de comprendre les liens entre sensation et stimuli, Wilhelm Wundt qui fonde le premier laboratoire de psychologie expérimentale au monde, en Allemagne au ) ; l'approche psychodynamique (issue de la psychanalyse avec Sigmund Freud dans les années 1890), le béhaviorisme ou comportementalisme (de John Watson, Ivan Pavlov et Burrhus Frederic Skinner après 1912), l'humanisme (avec Carl Rogers et Abraham Maslow dans les années 1950) et la psychologie cognitive (avec Donald Broadbent, Ulric Neisser, dans les années 1950). Ces approches sont présentées en détail dans les sections suivantes. Sous-disciplines académiques et objets d'étude. Le tableau ci-dessous illustre la diversité de la psychologie, avec différentes approches théoriques (première colonne), des objets d'investigation variés (deuxième colonne), des méthodes de recherches dépendant des questions posées et des théories sous-jacentes (troisième colonne). Les applications de la psychologie sont également nombreuses (quatrième colonne). La dernière colonne du tableau présente des disciplines où la psychologie a historiquement joint une autre discipline académique pour former une discipline indépendante. Ces listes ne correspondent pas à une nomenclature publiée et correspondent aux thèmes retrouvés dans divers manuels de référence. Courants théoriques. Courant psychodynamique. L'approche psychodynamique de la psychologie est inspirée par la psychanalyse, discipline qui a été développée par Sigmund Freud à Vienne vers les années 1900. Son approche se basait sur la méthode de traitement des troubles psychiques qu'il nomma la psychanalyse. Cette méthode d'étude du fonctionnement psychique l'amena à développer des théories sur le développement de l'enfant et de la personnalité qui vont fortement influencer la psychologie, en particulier dans le domaine de la psychopathologie. Plusieurs psychanalystes ont influencé par leurs découvertes les théories de la psychologie de l'enfant. Les observations cliniques de Melanie Klein et Donald Winnicott ont mené à une meilleure compréhension de l'attachement. Les observations de Erik Erikson ont mené à une meilleure compréhension de l'influence sociale et culturelle sur le développement de la personnalité et la recherche de l'identité du moi, ainsi qu'à la mise en évidence de stades de développement psychosocial. Les méthodes psychanalytiques ou psychodynamiques sont fondées sur l'observation clinique. Courant béhavioriste. L'approche béhavioriste fut développée par John B. Watson en 1912 aux États-Unis, se basant sur les recherches animales du physiologiste Ivan Pavlov, considéré comme le découvreur du conditionnement classique. Dans les années 1930, Burrhus F. Skinner développe la théorie du conditionnement instrumental ou opérant dont le postulat est que d'un renforcement augmente la fréquence d'apparition d'un comportement. Albert Bandura étend la théorie béhavioriste en prenant en compte la dimension sociale de l'apprentissage (les modèles et imitations) et la liberté du sujet (choix de ses modèles), dans sa théorie de l'apprentissage social qui devient la théorie sociale cognitive en 1989. L'approche béhavioriste dresse les bases d'une psychologie qui veut développer des modèles scientifiques et a ses origines dans la recherche animale. L'objet d'étude du béhaviorisme est l'apprentissage dans des conditions contrôlées et les méthodes se basent sur des expériences menées en laboratoire de recherche. Courant humaniste. Le courant humaniste en psychologie a commencé à émerger aux États-Unis dans les années 1950. Ses origines viennent de la philosophie. Le courant est fondé dans les années 1960 par Carl Rogers en réaction aux courants psychanalytiques et béhavioristes. Le courant humaniste considère l'humain comme fondamentalement bon, libre et capable d'orienter ses choix pour se réaliser pleinement (« actualisation de soi ») s'il est authentique et congruent avec lui-même. Abraham H. Maslow est un autre chef de file du courant humaniste et est connu pour avoir élaboré dans les années 1970, la théorie de la hiérarchie des besoins décrivant les conditions nécessaires et préalables à l'actualisation de soi. Tout comme l'approche psychodynamique, son principal objet est la thérapie dont l'objectif est d'amener les individus à réaliser leur plein potentiel. Les méthodes de la psychologie humaniste sont cliniques et non directives. Courant cognitiviste. Le courant cognitiviste s'est développé à partir des années 1950 aux États-Unis et au Royaume-Uni. Le courant cognitiviste privilégie l'observation scientifique des comportements. Il est distinct du béhaviorisme en ce qu'il tente de modéliser les processus mentaux comme l'attention, la perception, le raisonnement, la résolution de problème, ou encore la mémoire. Le projet cognitiviste a été de chercher à caractériser l'organisation des processus internes impliqués dans le comportement. Ces évolutions théoriques vont de pair avec des développements expérimentaux qui forment les bases méthodologiques de l'expérimentation en psychologie cognitive. Parmi ceux-ci, le renouvellement de l'approche dite de la chronométrie mentale proposée un siècle plus tôt par le physiologiste néerlandais Franciscus Cornelis Donders selon laquelle la mesure du temps de réaction fournit un indice du temps de traitement d'un stimulus donné. La métaphore qui prévaut en psychologie cognitive est celle du cerveau-ordinateur, à une époque où les progrès en informatique sont pleins de promesses pour l'intelligence artificielle. Selon ce paradigme cognitiviste, l'information ferait l'objet d'un traitement séquentiel ou parallèle en circulant entre les différents processus qui constituent l'esprit humain selon la structure schématique : entrées (perception) formula_1 Traitement cognitif formula_1 Sorties (comportements). D'autres approches conceptuelles se sont développées, par exemple, basée sur les modèles de réseaux de neurones où l'information est distribuée au sein d'un réseau constitué d'un grand nombre d'unité (cf. connexionnisme). Les recherches et méthodes de la psychologie cognitive, d'abord limitées aux expériences de laboratoire, ont été utilisées ensuite par d'autres disciplines, la psychologie du développement, du fonctionnement social, et le traitement de troubles mentaux. Dans le domaine du développement de la cognition, Jean Piaget propose une théorie constructiviste du développement de l'intelligence et Lev Semenovitch Vygotsky propose une théorie socioculturelle du développement cognitif. Méthodes de recherche. Les thèmes de recherche en psychologie sont innombrables du fait du grand nombre d'objets d'étude de la psychologie et de ses applications très variées. Les méthodes de recherche sont par conséquent nombreuses. Certaines méthodes se basent sur des observations, dans des conditions plus ou moins contrôlées. D'autres méthodes se basent sur des méthodes expérimentales aux protocoles stricts et donnant lieu à des analyses statistiques élaborées. Toutes ces méthodes ont des avantages et des limites : certaines sont utiles pour observer la complexité d'un sujet, d'autres pour invalider des hypothèses et modèles théoriques. Les méthodes sont choisies en fonction des objectifs du chercheur. Méthodes expérimentales. Les méthodes de recherche les plus souvent utilisées par les psychologues sont les méthodes expérimentales. Les méthodes expérimentales consistent à situer une question dans une théorie qui fournit un modèle explicatif du phénomène (par exemple, un comportement donné). Des hypothèses expérimentales sont formulées, qui sont des prédictions des comportements basés sur la théorie. Une expérience est menée et les données analysées. Beaucoup de recherches prennent place dans des laboratoires, souvent situés dans les universités, mais d'autres méthodes d'investigation sont également fréquentes. Expérience en laboratoire. L'avantage de la méthode expérimentale dans un laboratoire de psychologie est d'explorer des liens de cause à effet. En isolant des variables indépendantes et mesurant une ou des variables dépendantes, une relation statistique est établie (ou invalidée). Si un effet "y" (variable dépendante) suit une condition "x" (variable indépendante), alors il est probable que la cause "x" ait provoqué l'effet "y". Ce raisonnement n'est pas infaillible et peut conduire à des conclusions erronées si d'autres variables sont ignorées ou inconnues. Un avantage de la méthode expérimentale cependant est sa réplicabilité. Si l'expérience est bien contrôlée, d'autres chercheurs qui mènent la même expérience trouvent les mêmes résultats et peuvent faire progresser la théorie en pratiquant un changement contrôlé des variables lors d'une réplication. Expérience sur le terrain. L'expérience sur le terrain est une expérience dont les variables sont contrôlées par l'expérimentateur, mais qui prend place dans un milieu naturel afin d'en comprendre les effets. L'avantage des expériences de terrain est de recueillir cependant des comportements plus proches des réactions naturelles des participants. Sa validité externe est donc plus forte qu'une expérience de laboratoire. Cependant, sa validité interne risque d'être plus faible : l'expérience est moins bien contrôlée que l'expérience en laboratoire et les comportements observés ne peuvent pas être répétés de nombreuses fois pour chaque participant, comme c'est le cas en laboratoire. Méthodes quasi-expérimentales. Certaines questions ne peuvent pas être traitées en assignant les participants à des groupes de manière aléatoire, pour des raisons naturelles ou éthiques. Par exemple, étudier la différence entre hommes et femmes, ou entre des enfants de parents divorcés ou non. Lorsque les variables indépendantes ne peuvent pas être prises au hasard et que les groupes expérimentaux sont définis par les conditions naturelles, le plan d'expérience est dit quasi-expérimental. Parmi les méthodes quasi-expérimentales, l'expérience naturelle consiste à utiliser un événement naturel pour étudier un phénomène. Par exemple, l'introduction d'une nouvelle technologie dans une communauté, ou l'observation des conséquences d'une catastrophe naturelle affectant une région. L'avantage des plans quasi-expérimentaux est qu'ils permettent d'observer des conditions qu'il ne serait pas éthique de créer artificiellement, comme l'introduction d'un stress élevé et son impact sur la santé, ou l'effet de l'introduction d'une nouvelle technologie sur l'agressivité des enfants. L'inconvénient est que ces conditions naturelles, ou variables indépendantes, sont peu contrôlables. Méthodes de recherche non expérimentales. Étude des corrélations. L'étude des corrélations vise à mesurer les relations entre des variables. Elle permet de mettre en évidence qu'une variable est liée à une autre sur un plan statistique, et de mesurer l'ampleur de la relation. Elle est utile pour étudier certaines variables qui ne sont pas manipulables expérimentalement comme le nombre de cigarettes fumées et les conséquences sur certains marqueurs de santé. Elle est utile pour collecter un grand nombre de variables, par exemple, en collectant des questionnaires sur de grands échantillons. Elle est utile lorsque des variables ne sont pas liées a priori et que l'interprétation des causes à effet ne sera pas ambiguë (par exemple, dans l'étude du rapport entre vieillissement et niveau de bien-être psychologique, s'il est possible que le vieillissement puisse affecter le bien-être, il est impossible que le bien-être puisse provoquer le vieillissement). Si l'étude des corrélations ne permet pas de déterminer l'existence de liens de causalité, elle est en revanche, comme les autres méthodes non expérimentales, une bonne source d'hypothèses de recherche. Elle est à la base de techniques statistiques plus sophistiquées permettant de mieux explorer les liens entre les variables en dégageant notamment des facteurs de manière exploratoire (analyse factorielle), ou en employant des méthodes de régression. Les modèles statistiques reposant sur des corrélations peuvent aussi conduire à combiner les analyses factorielles exploratoires à la méthode de recherche de relations causales (analyses causales ou ")" dans les modèles d'équations structurelles. Observation de terrain, ou naturaliste. L' est l'observation d'individus dans leur environnement familier sans intrusion, sans intervention ni changement des variables dans ce milieu naturel. La méthode a été mise en valeur par l'éthologue Konrad Lorenz qui a étudié ainsi les comportements sociaux des animaux. Chez les humains, l'environnement naturel peut être l'école, le lieu de travail, ou le domicile, par exemple. La méthode présente de nombreuses difficultés techniques. Les observateurs doivent être les plus discrets possibles pour ne pas interférer avec les comportements naturels. Or les personnes qui se savent observées ont des comportements légèrement différents (par exemple des mères se sachant observées dans leurs interactions avec leurs jeunes enfants se montrent plus patientes). La présence d'un expérimentateur intrusif peut provoquer de nombreux biais expérimentaux, comme un effet de désirabilité sociale, l'effet Hawthorn, at autres biais expérimentaux (cf. liste de biais cognitifs). Les données collectées sont nombreuses et complexes. Plusieurs méthodes d'échantillonnage permettent de limiter la collecte d'information pour simplifier la tâche de traitement de données. La vise à ne sélectionner que les actions ou événements qui intéressent les expérimentateurs. La méthode d'échantillonnage temporel consiste à ne traiter que les données de moments prédéterminés (par exemple, si la durée de l'observation porte sur plusieurs jours, ne traiter que les dix premières minutes de chaque heure). La méthode des points consiste à n'observer qu'un participant à la fois (par exemple dans une cour de récréation), puis de passer aux autres participants à tour de rôle d'après un plan déterminé à l'avance. Un autre problème est celui des interprétations des comportements et de leur codage. Par exemple, les intentions ou émotions des participants comme la peur, ou l'agressivité, sont d'interprétation difficile. Pour éviter les interprétations subjectives, les observations de terrain décrivent uniquement les comportements, ou reposent sur des techniques où plusieurs codeurs indépendants analysent les comportements et leurs interprétations font l'objet de discussions en cas de désaccord. Les observations naturalistes, ou de terrain, permettent une bonne description des comportements naturels et complexes ; elle est utile dans les situations où les expérimentations de laboratoire ne sont pas possibles. Leur richesse permet d'émettre de nouvelles hypothèses de recherche. Observation en laboratoire. L'observation en laboratoire est l'observation de personnes dans un milieu artificiel mais sans intervention de l'expérimentateur qui influenceraient les comportements. Elle est une bonne source d'hypothèses de recherche. Étude de cas. L'étude de cas consiste à étudier un seul individu sur une longue durée. Elle est utilisée parfois quand un patient présente une maladie rare pour laquelle un échantillon de plusieurs patients ne pourrait pas être observé. C'est souvent le cas en neuropsychologie, quand un patient présente des lésions cérébrales uniques, à la suite d'un accident, ou de symptômes rares. Des exemples célèbres sont celui de Phinéas Gage ou encore des patients décrits par le neurologue Oliver Sacks dans ses livres de vulgarisation. L'étude de cas est souvent employée en psychologie clinique et dans les disciplines cliniques qui en sont proches (psychanalyse, psychiatrie). Sigmund Freud s'est appuyé sur des études de cas pour développer ses théories psychanalytiques, par exemple, il décrit les détails de la cure psychanalytique d'un patient surnommé l'« homme aux loups ». L'étude de cas est également préconisée par les expérimentalistes. Skinner écrit ainsi en 1966, que mieux vaut observer un seul rat pendant des milliers d'heures, que des milliers de rats pendant une heure chacun. Combinant les deux avantages des études de cas, les études expérimentales menées individuellement sur des patients cérébro-lésés ont mené à des découvertes importantes sur le fonctionnement de processus cognitifs comme la mémoire. Ainsi, le patient HM a participé à des études expérimentales durant des décennies. Entretien. L'entretien ou entrevue avec un participant est une situation dans laquelle le psychologue, expérimentateur ou clinicien, pose des questions directement au participant ou au patient. Les entretiens ont plusieurs désavantages : contrairement aux questionnaires anonymes, ils génèrent un effet de désirabilité qui amène les participants à modifier leurs réponses ; ils n'informent que sur les processus conscients des participants, or les motivations d'un comportement sont en large partie inconscientes ; enfin, la qualité de l'interview dépend des qualités de l'expérimentateur. Les entretiens varient énormément en termes de structure, c'est pourquoi ils sont parfois catégorisés en fonction de leur niveau de structure. Tandis que les entretiens peu structurés sont plus riches dans la diversité des réponses et moins artificiels, les entretiens plus structurés permettent de rendre les réponses des participants plus comparables. L'effet expérimentateur est minimisé, renforçant ainsi la fiabilité de la méthode. Les méthodes plus structurées sont plus faciles à répliquer et à dépouiller. L'entretien non directif laisse le participant ou patient parler de ce qu'il désire avec très peu de directives de la part du psychologue qui pratique l'écoute active. Ce type d'entretien est utilisé en psychothérapie mais aussi dans certains entretiens dits ethnographiques, davantage utilisés en sociologie ou anthropologie. L'entretien semi-structuré laisse le participant parler de certains sujets en détail, et le psychologue a un rôle d'écoute active comme dans l'entretien non directif. Cependant, le psychologue pose des questions générales pour orienter les thèmes de discussion. Cette technique a été utilisée avec succès par le sociologue Elton Mayo dans l'étude des travailleurs de la Hawthorne Works dans les années 1930. Dans l'entretien structuré, ou guidé, l'interviewer pose des questions dans un ordre fixe en suivant un ordre préétabli. Les questions restent ouvertes pour laisser aux participants l'opportunité de répondre de la manière la plus diverse possible (par exemple « comment imaginez-vous… ? »). Dans l'interview suivant une méthode clinique, les questions sont les mêmes pour tous les participants, mais le psychologue adapte certaines de ses questions en fonction des réponses des participants, pour tenter de mieux comprendre leur point de vue ou leur raisonnement. Cette méthode était privilégiée par le psychologue Jean Piaget dans ses recherches sur la pensée chez l'enfant. Il a été critiqué en raison de la complexité des questions parfois posées aux enfants en utilisant cette méthode. L'entretien totalement directif et structuré ne laisse pas de place à l'improvisation et peu de place aux questions ouvertes. Les questions sont données dans un ordre précis et immuable. Les participants doivent y répondre par un choix multiple (« oui », « non », « je ne sais pas », ou par des réponses graduées, de type échelle de Likert). Éthique de la recherche en psychologie. La recherche en psychologie doit adhérer aux règles générales d'éthique de la recherche, aux règles d'éthique de l'expérimentation sur sujets humains, et l'éthique de la psychologie. Les règles éthiques du consentement libre et éclairé, le respect de l'estime de soi, le droit à la confidentialité et à la vie privée, entre autres, doivent être respectées. Lorsque la recherche porte sur des personnes vulnérables, les règles éthiques sont plus strictes. Les chercheurs menant des recherches sur les humains doivent adhérer aux déclarations internationales telles que la Déclaration de Genève et la déclaration d'Helsinki (définissant des règles éthiques internationales pour toute recherche impliquant un humain). L"'American Psychological Association" publie des règles éthiques de conduite pour mener des recherches en psychologie. Diversité des thèmes et applications de la psychologie. Au niveau de la recherche scientifique en France, la psychologie est classée dans le groupe des SHS4 de la nouvelle nomenclature (2010) de la stratégie nationale pour la recherche et l'innovation (SNRI) des Sciences de l'Homme et de la Société (SHS). Psychologie sociale. La psychologie sociale étudie comment les humains sont liés les uns aux autres et à la société dans laquelle ils vivent. L'humain est un animal social. Qu'il soit seul ou en groupe, son comportement et ses pensées sont fortement influencées par les connaissances transmises par la société et par ses interactions dans cette société. Psychologie comparée. La psychologie comparée étudie les espèces non humaines, leurs comportements et leurs particularités biologiques. Elle cherche à comprendre l'humain de manière indirecte en le comparant aux autres espèces animales. Elle permet aussi de mener des expériences qui ne seraient pas possibles sur l'humain pour des raisons éthiques. Biopsychologie et neurosciences. La biopsychologie étudie le comportement humain dans une perspective biologique. Elle s'intéresse aux processus biologiques dans le corps et en particulier dans le cerveau, et leur rapport avec les comportements et pensées. La biopsychologie a pris une importance majeure durant le avec le développement important de la médecine scientifique, de la génétique, des neurosciences, et des méthodes d'imagerie cérébrale. Psychologie clinique et psychopathologie. La psychologie clinique désigne à la fois l'utilisation de la méthode clinique, et l'application de la psychologie dans le domaine de la psychopathologie de l'adulte et de l'enfant. La méthode clinique repose sur des entretiens et sur des analyses de cas individuels. Le psychologue clinicien a pour objectif l'évaluation, l'orientation, le soutien ou la psychothérapie. La psychologie clinique utilise aussi les méthodes qui sont créées par la psychométrie : les tests psychologiques. La psychologie clinique est diversifiée depuis ses débuts qui remontent aux travaux fondateurs de , Pierre Janet et Sigmund Freud, ce dernier avec son travail avec Ida Bauer notamment. Elle est restée diversifiée dans ses techniques et théories, intégrant les apports théoriques et les différentes formes de psychothérapies développés tout au long du : thérapie systémique familiale, gestalt-thérapie, du psychodrame, psychothérapie humaniste, etc. Psychologie cognitive. La psychologie cognitive cherche à modéliser les processus internes impliqués dans la perception, l'attention, la mémoire, la pensée, le raisonnement, le langage. Au fur et à mesure de son histoire, la psychologie cognitive a progressivement influencé d'autres disciplines qui ont adopté certaines approches expérimentales pour comprendre le développement, le fonctionnement social, et même le traitement des psychopathologies. Elizabeth Loftus mène d'abondantes recherches sur la malléabilité des souvenirs. Elle est surtout connue pour son travail pionnier sur l'effet de désinformation sur les souvenirs et les témoignages. Mary Whiton Calkins, première femme présidente de l'Association américaine de psychologie et de l'American Philosophical Association, s'intéresse à la mémoire et, plus tard, au concept du "self""." Elizabeth Loftus mène d'abondantes recherches sur la malléabilité des souvenirs. Elle est surtout connue pour son travail pionnier sur l'effet de désinformation sur les souvenirs et les témoignages. Psychologie développementale. La psychologie du développement, ou développementale, s'intéresse aux changements qui se produisent au cours d'une vie humaine. Historiquement, la discipline s'est surtout intéressée à la relation entre le développement de l'enfant et son impact sur l'adulte. Frances Tustin, par exemple, se concentre sur l'étude de l'autisme chez les enfants et sur son évolution à l'âge adulte<ref name="Houzel/FT">.</ref>. Elle a mis en évidence la grande importance de la période enfantine, socialement, émotionnellement et intellectuellement, sur l'adulte. Eleanor Maccoby est spécialisée dans le domaine de la différences des sexes et du genre, les relations parent-enfant, la psychologie de l'enfant et le développement social du point de vue de l'enfant. Eleanor Gibson s'intéresse à l'apprentissage de la lecture, et la perception de l'apprentissage chez les nourrissons et les tout-petits. Mary Ainsworth joue un rôle important dans la théorie de l'attachement. Grâce à son expérience, la "strange situation" (« situation étrange »), elle met en évidence différents types d'attachements. La discipline s'intéresse aussi au développement durant la vie adulte et au vieillissement. Études, diplômes et formation continue en psychologie. Dans le monde, la psychologie s'étudie principalement dans les universités, et plus rarement en école privée. En France, les études de psychologie peuvent mener à une carrière de psychologue praticien, à la suite de l'obtention d'un Diplôme d'Études Supérieures Spécialisées (DESS) en psychologie. Les études en psychologie peuvent mener à une carrière dans la recherche par la voie du Diplôme d'Études Approfondies (DEA) et la préparation d'une thèse de Doctorat durant trois années après obtention du DEA, soit un total de huit années d'études après le baccalauréat. Aux États-Unis, le psychologue conserve son droit d'exercer la psychologie à condition de présenter des preuves de sa formation continue. Des crédits d'éducation continue (CE) peuvent être obtenus en suivant des programmes validés par l'Association de psychologie américaine APA, conférences, formations ou tests validant la lecture d'articles de mise à niveau. Métiers de la psychologie. Code de déontologie. Dans nombre de pays, les règles de conduite des psychologues professionnels sont régies par un Code de déontologie des psychologues. L'exercice de la psychologie peut être régulé juridiquement et le titre de psychologue peut être protégé par la loi. En France, l'exercice de la psychologie est régulé par un cadre juridique de la santé mentale. Liens avec d'autres disciplines. Sciences cognitives. Certaines disciplines de la psychologie sont également du domaine des sciences cognitives. Les sciences cognitives sont une combinaison de psychologie cognitive, de sciences informatiques, de philosophie, de neurosciences, et de linguistique. Neurosciences. À partir des années 1970, la psychologie cognitive évoluera fortement sous l'influence des neurosciences et des nouvelles méthodes d'étude du cerveau en activité. Avec les progrès de la technologie, l'électroencéphalographie (EEG) permet de mesurer (par Électroencéphalographie quantitative) des potentiels électriques depuis la surface du scalp qui reflètent la dynamique de l'activité globale des neurones. L'analyse de cette dynamique ouvre une voie d'accès à la séquence temporelle des activités nerveuses proposées d'identifier à la séquence d'opérations mentales mises en évidence par d'autres méthodes basées notamment la chronométrie mentale. Durant les années 1980, de nouvelles méthodes d'imagerie cérébrale feront leur apparition avec la tomographie par émission de positons (PET), puis l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) dans les années 1990. Ces techniques permettent de connaître les régions spécifiquement actives lors d'une tâche expérimentale donnée. L'association entre opération mentale se fait donc cette fois non pas sur la dimension temporelle, comme c'est le cas pour l'EEG, mais sur le plan spatial : l'objectif étant d'identifier les bases neurobiologiques des modules postulés par la psychologie cognitive. Mathématiques. Les mathématiciens ont abordé très tôt certains aspects de la psychologie, au titre de la logique ou de l'heuristique. Au on peut citer George Pólya (sur la résolution de problèmes) ou Imre Lakatos (sur la démarche mathématique en général, les idées motrices, l'affrontement des échecs). Informatique. Les sciences cognitives et la psychologie cognitive se sont développées à mesure du développement de méthodes et théories informatiques. Le mathématicien américain Norbert Wiener (1894-1964) a appliqué les statistiques à la communication et a fondé la cybernétique (le contrôle et la communication chez l'animal et la machine). Un des premiers à comparer le cerveau à un ordinateur, il est un pionnier des sciences cognitives modernes. Il a précisé les concepts de « but » et de « rétroaction » : le pilotage d'une activité passe par la détermination de divers buts hiérarchisés. L'activité fournit des informations qui sont constamment comparées aux buts, ce qui constitue la rétroaction et guide l'action (par exemple, pour atteindre un but personnel). Le mathématicien américain d'origine hongroise John von Neumann (1903-1957) s'intéresse à la Physique quantique puis à la Théorie des jeux et à son application à l'économie mathématique. Précurseur de l'intelligence artificielle (IA), il a eu l'idée de coder les programmes et de faire coexister en mémoire données et traitements. Il s'intéressa aussi au traitement de l'information par les organismes biologiques pour définir des applications à des machines artificielles (précurseur du connexionnisme et des neurosciences). Le mathématicien et logicien anglais Alan Turing (1912-1954) 1936, son modèle dit Machine de Turing, qui constitue la base de la théorie des automates. Elle applique une succession de règles dépendant des informations d'entrée et d'un état interne, et fournissant un nouvel état interne et un éventuel résultat, modèle dépassant le behaviorisme. À la question « Une machine peut-elle penser ? » il répond par le test de Turing basé sur une conversation homme-machine. En 1954, il écrit un programme jouant aux échecs. L'économiste américain Herbert Simon (1916-2001), « prix Nobel d'économie » en 1978, initiera le débat sur les limites de la rationalité : contraintes sur la capacité des agents à traiter l’information disponible, évolution de capacités limitées dans un environnement immensément complexe. Avec Allen Newell, l’un des pionniers de l’informatique, ils développeront la question de la résolution de problèmes à travers des procédures (General Problem Solver) et élaboreront la notion de processus cognitif dans un contexte d’IA. Le pionnier de l'intelligence artificielle John McCarthy (<time>1927-2011</time>), avec Marvin Minsky, incarne le courant mettant l'accent sur la logique symbolique. Il est également le créateur du langage LISP, en 1958, inspiré du lambda-calcul d'Alonzo Church. Il reçoit le prix Turing en 1971 pour ses travaux en intelligence artificielle. Épidémiologie et médecine. Vers la fin des années 1990, Ian J. Deary a commencé à entreprendre des recherches liant des données de l'épidémiologie à certaines variables généralement étudiées par la psychologie différentielle, en particulier l'intelligence mais également les traits de personnalité. Il a monté le premier laboratoire d'étude sur le sujet, en Écosse. Principaux débats et controverses. La psychologie est-elle scientifique ? L'expression « "psychologie scientifique" » est apparue sous la plume de Johann Friedrich Herbart (1776-1841) comme une réponse à l'emprise philosophique de l'idéalisme allemand. Longtemps controversée par son origine comme branche de la philosophie, la discipline a acquis le statut de discipline scientifique à part entière au travers d'une série de transformations épistémologiques, méthodologiques, institutionnelles et culturelles, intervenues à la fin du puis tout au long du . L'intérêt nouveau porté à la perception par les psychophysiciens, la mise en œuvre de la méthode expérimentale et d'analyses quantitatives, le rapprochement avec les disciplines médicales de la psychiatrie et de la neurologie, la création de laboratoires de recherche et de facultés universitaires, la structuration d'une communauté scientifique autour de sociétés savantes et de revues scientifiques furent autant de facteurs qui contribuèrent à faire de la psychologie une science émargeant à la fois au rang des sciences dites naturelles qu'à celui des sciences dites humaines. Il reste cependant des arguments contestant à la psychologie son statut scientifique. D'une part, certains auteurs affirment que les méthodes utilisées ne suffisent pas à faire de la psychologie une science, car beaucoup de ses concepts ne sont pas scientifiques, mais pré-scientifiques, dans le sens qu'ils sont trop souvent de forme anthropomorphiques (le vécu de l'individu sert de critère au savoir). Les défenseurs de cette thèse expliquent que la psychologie ne pourra devenir une science que lorsque celle-ci distinguera le vécu de la description scientifique. Cette critique reproche à la psychologie de faire des classifications instinctives et non basées sur des critères objectifs, ou tout du moins explicitées sur des critères qui permettront de donner des groupes homogènes (exemple de la classification émotion/cognition ou de l'intelligence). . Il existe également un autre type de débat autour de la psychologie scientifique, dû au fait que Freud et beaucoup de psychanalystes à sa suite, ont défendu l'idée que la psychologie ne peut pas être réduite à une série de découvertes issues d'expériences et que l'entretien et l'étude de cas sont les meilleures techniques pour accéder à la complexité de la pensée humaine. Des débats intenses ont eu lieu entre les défenseurs de cette position et leurs opposants qui défendaient les méthodes de la psychologie scientifique et souhaitaient donner à la psychologie un statut scientifique. Pierre Janet, Henri Ellenberger, Karl Popper ont été parmi les principaux critiques de la démarche psychanalytique à cet égard. Des tentatives de conciliations ont été marquées par des ouvrages qui font la synthèse des études scientifiques confirmant ou invalidant les principales conclusions de la psychanalyse. Cependant, ces débats continuent, car même si des études valident des hypothèses de base de la psychanalyse, de nombreux psychanalystes restent opposés à la démarche expérimentale. Qu'est-ce que la nature humaine ? L'humain passif ou actif. Les différentes approches de la psychologie reflètent non seulement la diversité des problèmes étudiés et des méthodes d'études en psychologie, mais illustre aussi des différences quant aux conceptions de l'humain. Certaines théories privilégient l'humain comme actif, généralement maître de son comportement et de son développement. C'est le cas des approches de Piaget (équilibre par assimilation et accommodation), Freud (renforcement du Moi), Erikson (construction de son sens d'identité) ou encore de Gibson (exploration de l'environnement). Tandis que des théories incluent aussi à différents degrés des processus passifs : les influences biologiques (Freud, Erikson, l'éthologie), l'expression de module innés (nativisme modulaire), les réponses automatiques aux stimuli (béhaviorisme), ou encore les processus d'apprentissage inconscients (connexionnisme, neurosciences, renforcement des contingences dans la théorie de l'apprentissage). Réaction aux stimuli ou structure interne. Une des grandes distinctions entre les approches tient aussi à l'explication de l'origine des causes comportementales, qui met plus ou moins l'accent sur les causes externes (l'environnement) ou internes. Les associations entre stimuli et réponses sont surtout mises en avant par le béhaviorisme, mais aussi en éthologie (réaction fixes) et traitement de l'information (une entrée engendre une réponse). De nombreuses théories leur opposent que les comportements viennent aussi de processus régis par la structure entière : la structure cognitive (Piaget), les croyances, l'organisation du ça-moi-surmoi (Freud), la base de données (théories du traitement de l'information), et nombre d'autres facteurs internes. Humain rationnel ou irrationnel. Des théories tendent à mettre en valeur l'aspect rationnel de l'humain (Piaget, théories du traitement de l'information), tandis que d'autres insistent sur le fait que leurs besoins compromettent souvent leur pensée rationnelle (Freud, Erikson). D'autres enfin sont neutres dans ce débat car leurs théories prédisent des comportements parfois rationnels et parfois irrationnels. L'éthologie, la psychologie évolutionniste, la psychologie Gibsonienne et d'autres théories prenant en compte l'adaptation à l'environnement prédisent des comportements rationnels ou irrationnels, en fonction du type d'adaptation requis : les comportements seront plutôt rationnels lorsque la pensée scientifique est souhaitable, et plutôt irrationnels dans les relations interpersonnelles où la sensibilité aux émotions est souhaitable. Individuel et collectif. Bien que toutes les théories reconnaissent les interactions entre individus et société, certaines théories privilégient l'impact que les personnes individuelles ont sur la société (conception individualiste), tandis que d’autres préfèrent partir du phénomène social pour comprendre l'individuel (holisme). Inné (nature) ou acquis (culture). Des débats animés ont parfois opposé des conceptions différentes sur le rôle de la nature et de l'inné, d'une part, et l'acquis et l'influence de la culture, d'autre part, sur le comportement humain. Ces débats ont été particulièrement virulents dans le domaine de la psycholinguistique (Noam Chomsky). De grandes controverses ont eu lieu sur les interprétations des différences entre groupes ethniques observées sur les mesures de l'intelligence, qui ont conduit à des théories racistes. Les débats actuels n'opposent plus de manière radicale des théories innéistes aux autres, dans les cercles scientifiques. Les débats portent plutôt sur l'importance respective de l'inné et de l'acquis, et sur la description de leurs mécanismes d'interaction. L'échantillon « WEIRD ». Définition de l'acronyme « WEIRD ». Un échantillon est composé d'un groupe de personnes qui participe à une recherche (Gaspard, 2019). Avec l’ajout de l’acronyme WEIRD, un échantillon WEIRD se traduit par des participants qui sont Blancs, Éduqués, Industrialisés, Riches et Démocrates (Darling, 2017). En d’autres mots, ce sont des participants qui proviennent des pays occidentaux. L'échantillon « WEIRD » en psychologie. L'échantillon WEIRD est largement utilisé dans la recherche psychologique. Cet acronyme a été introduit pour la première fois dans l’article "The weirdest people in the world?" par Joseph Henrich, Steven J. Heine et Ara Norenzayan (Sokolova, 2022, p.145). L’article affirme que « [p]resque toutes les recherches publiées par l'une des principales revues, "Psychological Science", s'appuient sur des échantillons occidentaux » (Rad et al., 2018, p.11401). Plus précisément, « jusqu'à 80 % des participants à l'étude » (Azar, 2010) sont WEIRD, bien que ceux-ci représentent « seulement 12 % de la population mondiale » (Azar, 2010). Les motifs de l'utilisation de l'échantillon « WEIRD ». L’échantillon WEIRD est fréquemment utilisé dû à diverses obstacles que les chercheurs doivent y faire face. L’article, ", a analysé ces obstacles plus en détail. Premièrement, faire des recherches dans des pays non WEIRD est demandant en temps -car les chercheurs doivent établir une certaine confiance avec la population étudiée, qui ne garantit pas toujours que le chercheur pourrait collecter des données sur la population- ainsi que demandant économiquement, car de nombreux chercheurs reposent sur des subventions pour soutenir leurs recherches (Nielsen et al., 2017, p.33). Par conséquent, les chercheurs WEIRD sont moins susceptibles de mener des recherches en dehors de leur pays. Quant aux chercheurs venant des pays non WEIRD, ceux-ci ne sont pas susceptibles de publier dans des « journaux occidentaux », car ils ne parlent pas l’anglais ou ils ne répondent pas aux exigences de publication des pays WEIRD. Ce qui les restreint à « publier que dans des revues locales ou pas du tout » (Nielsen et al., 2017, p.33). L'impact des recherches « WEIRD » sur les recherches scientifiques. L'utilisation de l'échantillon WEIRD dans la recherche scientifique ne tient pas compte des effets culturels et contextuels, de sorte que les données ne sont pas représentatives et ne peuvent pas être généralisées à toutes les populations du monde (Rad et al., 2018, p.11401). En effet, les pays occidentaux, éduqués, industrialisés, riches et démocratiques ont des caractéristiques culturelles, sociales et économiques uniques qui ne sont pas attributives au reste des populations. Alors que les cultures occidentales ont tendance à mettre l'accent sur l'individualisme -l'intérêt de l’individu-, de nombreuses cultures non occidentales mettent l'accent sur le collectivisme -l’intérêt du groupe (Bebko et al., 2019, p.1014). Ces différences culturelles peuvent avoir un impact significatif sur le comportement humain et la cognition. Par exemple, dans l’article ", il est présenté deux études qui ont été faite sur un groupe de femmes américaines possédant des valeurs « européennes » (individualistes) et un groupe de femmes asiatiques possédant des valeurs « asiatiques » (collectivistes). Dans la première étude, il fut démontré que les femmes américaines sont plus susceptibles d'exprimer leurs émotions que les femmes asiatiques et que si les femmes américaines n'expriment pas leurs émotions c'était pour se protéger, car elles ressentaient des émotions négatives élevées qui étaient tout à fait le contraire pour les femmes asiatiques (Butler et al., 2007, p.44). Dans la deuxième étude, il fut démontré que les femmes américaines sont beaucoup plus réactives et que si les femmes américaines n'étaient pas réactives, celles-ci étaient plus susceptibles d'avoir des résultats sociaux négatifs, qui encore une fois était l'inverse pour les femmes asiatiques (Butler et al., 2007, p.44). Ainsi, l'utilisation d'échantillons WEIRD peut perpétuer des opinions préconçues des cultures qui n’ont aucune validité scientifique, mais qui se retrouvent dans les recherches scientifiques, conduisant à une compréhension limitée du comportement et de la cognition humaine. Échantillons « WEIRD » et les implications dans la psychologie. Qu'est-ce que c'est un échantillon « WEIRD »? Le phénomène de l'échantillon « WEIRD » devient de plus en plus évident dans la psychologie avec le plus de recherche qui est faite. Ce phénomène est particulièrement illustré par l’utilisation excessive des échantillons WEIRD dans la psychologie, souvent sociale. Les échantillons « WEIRD » sont caractérisés par les populations occidentales, éduqués, industrialisés, riches et démocrates. L’utilisation prédominante de l'échantillon « WEIRD » est soutenu par le fait que, depuis 2009, environ 96% des échantillons psychologiques venaient des pays industrialisés occidentaux qui représentent seulement 12% de la population mondiale . Plus précisément, le groupe le plus utilisé pour la recherche psychologique sont les étudiants de premier cycle des universités Américains. Le problème avec ceci est quand les psychologues essaient de généraliser leurs résultats d'études « WEIRD » et de faire des déclarations globales sur l'humanité. En réalité, avec plus d'études sur la diversité des populations, ceux dans les sociétés « WEIRD » sont souvent dans les extrémités des distributions normales dans plusieurs mesures, indiquant que les études utilisant ces échantillons ne peuvent pas et ne doivent pas être généralisées à l'ensemble de l'homme. On manque les variations cruciales et nuances quand les échantillons sont limités à populations « WEIRD » et donc limitent les connaissances envers plusieurs phénomènes psychologiques. Avec l’utilisation des échantillons fortement basé sur les étudiants d’université, présent une difficulté pour généralisation en part que la plupart des étudiants de premier cycle sont des jeunes adultes avec un perspective limité de la vie et pouvait être systématiquement différent des non-étudiants envers plusieurs dimensions psychologiques ou comportementaux, en particulier les personnes plus âgées et possédant plus d'expériences de vie. Impact des chercheurs « WEIRD »'. Un autre élément de cette problématique est que la plupart des chercheurs psychologiques font partie d'une population « WEIRD », qui impacte le choix d'échantillons, car la plupart des chercheurs veulent les échantillons autour de lui, ou facile à accéder. À ce même point, les chercheurs « WEIRD » peuvent avoir les préjugés culturels qui influencent le choix des échantillons spécifiques (ex étudiants le leur université, de la même culture) et les choix de sujets qu’ils considèrent comme intéressants. De plus, la plupart des outils et instruments psychologiques (comme les échelles standardisés) pour mesurer les données sont aussi créées par les chercheurs « WEIRD » qui peuvent ne pas convenir à d'autres populations. Impact d'échantillons « WEIRD » sur la psychologie inter-culturelle. Depuis l’article de Henrich et al. en 2010 qui a vraiment mis ce sujet en connaissance pour la première fois et rassemblé le support scientifique, la plupart des scientifiques sociales (psychologues, sociologues, anthropologues) acceptent que la domination des données « WEIRD » est une crise. Ceci implique fortement les psychologues sociaux, car en même temps qu’ils utilisent les échantillons « WEIRD », leurs recherches sont basées sur les modèles expérimentaux conçus spécifiquement pour une culture spécifique qui ne pourraient pas être généralisés à d’autres populations (âges, statuts socio-économiques, etc). Avec l'essor de la psychologie inter-culturelle, il devient de plus en plus évident que la culture a de nombreuses d’implications sur la façon dont les personnes pensent, agissent, interagissent avec le monde, utilisent le langage et plus. Ceci est crucial à prendre en compte lors de l'étude des phénomènes psychologiques, où les données de base consistent des populations « WEIRD » qui peuvent avoir une perspective très limitée envers ces phénomènes ou une interprétation très spécifique reflétant leur culture.   Un exemple spécifique de l’échantillon « WEIRD » et la psychologie inter-culturelle est décrite dans l'étude de Medin et al. (2010). Ils présentent le « désavantage du terrain d’origine », qui démontre le désavantage à la recherche quand ils prennent un groupe culturel particulier comme la norme de recherche (souvent les chercheurs et étudiants de premier cycle des États Unis). Ce phénomène affecte la recherche inter-culturelle fortement envers le niveau que les groupes culturels semblent plus uniformes ou diversifiés, si les croyances et pratiques culturelles d’un groupe semblent normales ou anormales et le processus par lequel les méthodes de recherche sont sélectionnées. Le statut de terrain d’origine rend plus probable la découverte d'une différence culturelle sans fondement dans la réalité. Améliorations suggérées envers la situation. Plusieurs améliorations ont été suggérées à ce point pour être mises en œuvre dans le but d’améliorer le problème d'échantillon « WEIRD ». Une suggestion est que pendant le processus d’évaluation par les pairs, d’avoir les chercheurs qu’apportent des différents modèles culturels et attentes implicites à l'hypothèse. Par ailleurs, d'autres chercheurs suggèrent que les résultats de recherche basés sur des étudiants universitaires devraient être reproduits avec des sujets non étudiants avant la généralisation globale et de mettre l’accent sur la réplication des études en général. Un autre chercheur souligne l’importance de prendre en compte l'interprétation des questions de recherche, comment les différentes cultures voient le monde, qui peuvent mener à exagérer ou manquer des différences psychologiques. Un exemple de ceci est avec l'étude des différences culturelles dans les émotions: il pourrait être problématique de commencer avec les termes émotionnels anglais et d’essayer d’identifier leurs équivalents dans une autre culture, car les équivalents sont possiblement non-existant et ceci peuvent créer un biais immédiate envers ce qu’on souhaite trouver. En général, pour aider avec le problème d'échantillon « WEIRD », les recherches devraient inclure les différentes cultures et pays pour créer un réseau de recherche internationaux et interdisciplinaires où les données sont collectées tout au long du cycle de vie et parmi diverses populations et cultures. Débats autour des questions éthiques. Les débats autour de l'utilisation éthique des connaissances en psychologie sont importants. Les connaissances en psychologie ont été utilisées durant les guerres, pour justifier des actes criminels (racisme), pour monter des campagnes de propagande, ou encore pour aider à développer des techniques de torture et humiliation. La psychologie est utilisée dans le monde commercial pour influencer les consommateurs à leur insu. Elle est utilisée dans la publicité, dans le design des magasins, des étagères, ou encore des paquets et des produits, pour maximiser leurs ventes. Biais en psychologie. Les débats concernant les biais en psychologie portent principalement sur l'ethnocentrisme, les questions de l'objectivité, le racisme, le sexisme. Recherche interculturelle. Biais de l'ethnocentrisme. L’ethnocentrisme est la tendance, souvent involontaire, de baser ses perceptions et sa compréhension d’autres cultures sur sa propre culture (APA, 2023). Le phénomène de l’ethnocentrisme a mené plusieurs psychologues à s’interroger sur l’influence qu’a la culture sur la psychologie des individus. La compréhension des différences culturelles pourrait ainsi permettre de diminuer les biais en psychologie et rendre cette discipline plus inclusive et représentative des différentes populations et cultures (Heine, 2020). Début de la recherche interculturelle. Au début des années 1900, le domaine de la psychologie se concentrait particulièrement sur la psychologie générale, soit l’étude au sens large des principes en lien avec la psychologie, notamment le comportement, la perception, les émotions, la pensée, la mémoire et la personnalité (APA, 2023; Heine 2020). Vers le milieu des années 1900, certains psychologues et anthropologues, tels que Jerome Bruner et , ont commencé à mettre l’emphase sur l’idée que les pratiques et croyances culturelles interagissent avec les processus psychologiques (APA, 2023; Bruner, 1990; Heine, 2020). Les psychologues culturels soutiennent que la psychologie et la culture s’influencent mutuellement et que les processus psychologiques peuvent varier entre cultures (Bruner, 1990; Heine, 2020; Shweder, 1990). Le domaine de la psychologie s’est donc également tourné vers la recherche interculturelle, soit l’étude des manières de pensée et des comportements humains dans plusieurs cultures, afin d’observer les similitudes et les différences qui existent entre diverses populations (APA, 2023). Base de données «WEIRD». La majorité des études en psychologie s’est jusqu’à présent limitée à l’étude de participants venant de sociétés occidentales, qui regroupent principalement les pays d’Europe occidentale (Union Européenne, Royaume-Uni, Norvège, Islande, Suisse) ainsi que les pays façonnés par la culture de l’Europe occidentale (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) (WPR, 2023), ce qui peut représenter un défi pour la compréhension de la psychologie et du comportement humain (Henrich et al., 2010). Les psychologues , et Ara Norenzayan ont notamment désignés ces sociétés sous l’acronyme «WEIRD», qui signifie occidentales, éduquées, industrialisées, riches et démocratiques (en anglais "Western, Educated, Industrialised, Rich and Democratic") (Henrich et al., 2010). Une enquête menée en 2008 auprès des principales revues de psychologie a démontré que 96% des personnes participant aux études en psychologie proviennent de pays occidentaux industrialisés, bien que ces pays représentent 12% de la population mondiale (Arnett, 2008). Une analyse plus récente menée en 2017 a démontré des résultats similaires au niveau des journaux de psychologie développementale, qui mettent l'emphase sur le développement de l'enfant (Nielsen et al., 2017). L’enquête de 2008 souligne également que 70% des participants aux études en psychologie sont des étudiants universitaires de premier cycle en psychologie, résultant en une compréhension de la psychologie qui est incomplète et qui ne représente pas adéquatement l’ensemble des êtres humains (Arnett, 2008). Généralisation et validité externe. L’étude d’échantillons occidentaux mène à un problème de généralisation. La généralisation, également appelée validité externe, représente à quel point les résultats d’une recherche menée dans une petite population peuvent s’appliquer à des populations plus grandes et plus diverses (Heine, 2020; Henrich et al., 2010). Certains psychologues se demandent donc jusqu’à quel point les théories psychologiques élaborées dans des cultures occidentales peuvent s’appliquer aux cultures non-occidentales. Par exemple, vers l’âge de 4-5 ans, les enfants développent une Théorie de l'esprit, c’est-à-dire qu’ils sont capables de comprendre que les personnes qui les entourent possèdent des croyances et des désirs qui leur sont propres. La théorie de l’esprit a été observée dans des cultures occidentales ainsi que dans des cultures non-occidentales et représente un exemple de phénomène psychologique pouvant être généralisé, ou appliqué, à travers différentes cultures (Norenzayan & Heine, 2005). D’un autre côté, une étude de Heine et al. portée en 2001 démontre que la tendance des Américains à s’auto-valoriser, c’est-à-dire à persister dans une tâche suite à une réussite, ne s’applique pas aux Japonais, qui vont plutôt avoir tendance à s’auto-améliorer, c’est-à-dire à persister dans une tâche suite à un échec. Ainsi, les Américains sont motivés par leur succès, tandis que les Japonais sont motivés par leurs échecs, ce qui représente un exemple de variabilité culturelle dans laquelle les évènements qui motivent le comportement des Américains ne s’appliquent pas nécessairement aux Japonais, et vice-versa (Heine et al., 2001). Implications des échantillons «WEIRD» dans la recherche en psychologie. Auparavant, les processus psychologiques étaient considérés comme étant indépendants du contexte dans lequel les personnes se trouvent. Les chercheurs prenaient souvent pour acquis que les façons de mesurer les processus psychologiques lors de la recherche étaient efficaces indépendamment de la situation dans laquelle les participants se trouvent (Heine, 2020). Cependant, lors d’une recherche interculturelle, Kanagawa et al. (2001) ont observé que la façon dont des étudiants collégiaux américains et japonais se décrivent eux-mêmes diffère selon le contexte dans lequel ils se trouvent. Les réponses des Américains semblaient assez similaires dans les quatre différents contextes étudiés, soit en présence d’un professeur, d’un autre étudiant, d’un grand groupe de personnes ou seul. Les participants américains étaient donc relativement peu affectés par le contexte. En revanche, les réponses des Japonais variaient considérablement en fonction de la situation; ils étaient moins critiques sur leur description d’eux-mêmes lorsqu’ils étaient seuls que lorsqu’ils étaient avec d’autres personnes. L’attitude des Japonais envers eux-mêmes semble donc varier en fonction des personnes qui se trouvent avec eux. Ainsi, la recherche en dehors des populations «WEIRD» démontrent que les mêmes questions posées à différents groupes culturels lors d’études en psychologie peuvent donner des résultats qui varient considérablement (Heine, 2020). De plus, Cheung et al. (1996) ont observé que dans certains pays où la psychologie n’est pas encore complètement développée, les tests psychologiques américain sont couramment empruntés et traduits afin de fournir efficacement des techniques d’évaluation de processus psychologiques dans d’autres cultures. Par exemple, le modèle de la personnalité à cinq facteurs, couramment appelé «"Big Five»" ou «OCEAN», est un outil de mesure de la personnalité considéré comme étant valide dans la plupart des cultures (Heine, 2020). Cependant, certaines différences persistent en ce qui concerne les traits de personnalité qui sont applicables dans l’ensemble des cultures. En effet, les modèles et outils de mesure ont pour la plupart été développés en fonction de termes utilisés en anglais, surtout aux États-Unis, et peuvent ne pas avoir d’équivalents dans d’autres langues ou cultures (Cheung, 1996). L'influence des façons de penser occidentales dans les populations non-occidentales a été mise en perspective dans une étude de Ma & Schoeneman portée au Kenya en 1997. Leur étude a contrasté des groupes kenyans indigènes traditionnels, qui ont peu d’exposition aux cultures occidentales, avec des étudiants universitaires kenyans, qui sont eux plus exposés aux cultures occidentales. Les participants ont fourni une description d’eux-mêmes et les résultats obtenus démontrent que les étudiants, étant plus exposés à la culture occidentale indépendante, font référence à des caractéristiques qui les définissent personnellement, tandis que les groupes traditionnels moins exposés aux influences occidentales font plutôt référence à leurs rôles et leurs relations avec les autres. Les différences culturelles qui existent entre les sociétés occidentales et non-occidentales ont donc une influence marquée sur les façons de penser des individus, et ce même s'ils vivent dans la même région du monde (Ma & Schoeneman, 1997). Perspectives de recherches interculturelles. La recherche interculturelle a augmenté depuis la fin des années 1980. En effet, le nombre de recherches incluant des thèmes culturels a doublé de 1986 à 2014, le pourcentage d’articles publiés étant passé de 5% à 10% (Kashima, 2015). Heine (2020) mentionne également que des recherches menées dans des sociétés non-occidentales en utilisant des méthodes différentes pourront permettre de tirer des conclusions plus exactes sur la généralisation des théories psychologiques en dehors des sociétés occidentales.
Paul Verhoeven Paul Verhoeven ( ) est un réalisateur et scénariste néerlandais, né le à Amsterdam. Sa carrière se divise en trois grandes périodes : il obtient d'abord ses premiers succès aux Pays-Bas, puis accepte l'invitation de Hollywood et s'installe aux États-Unis, avant de rentrer en Europe, sur le tard, pour y retrouver la liberté de tourner des films plus personnels. Formé pour l'essentiel durant son service militaire au département audiovisuel de la Marine néerlandaise, pour laquelle il tourne des documentaires promotionnels dès 1964, il réalise ses premiers films aux Pays-Bas. Il obtient rapidement des succès importants avec, notamment, "Turkish Délices" (1973), record d'entrées dans son pays encore aujourd'hui. Mais après le très rude "Spetters" (1980), la censure, de plus en plus forte, le conduit à partir aux États-Unis. Il y découvre un tout autre monde et obtient ses plus grands succès internationaux : "RoboCop" (1987), "Total Recall" (1990), "Basic Instinct" (1992), avant les controversés "Showgirls" (1995) et "Starship Troopers" (1997). Progressivement, le côté dérangeant et provocateur de sa production lui met cependant les studios à dos, tandis que le manque croissant de liberté le décide à rentrer en Europe pour tourner "Black Book" (2006). Regagnant en reconnaissance, il présente en 2016 le film francophone "Elle", qui reçoit de nombreuses récompenses, parmi lesquelles une sélection en compétition officielle à Cannes, ainsi que deux César, dont celui du meilleur film. Toute la filmographie de Verhoeven est traversée par les thèmes du sexe, de la violence et de la religion, qu'il considère comme . En tant que réalisateur, il se pose en observateur froid et lucide, quitte à choquer pour mieux montrer la stricte réalité. Biographie. Enfance et période néerlandaise. 1938-1966 : apprentissage. Paul Verhoeven est né le à Amsterdam, d'un père instituteur et d'une mère au foyer. Très marqué par la Seconde Guerre mondiale, dont il est un témoin direct dans son pays occupé par les Allemands, il garde le souvenir de scènes terribles. Mais il se souvient également d'une enfance joueuse, qui détournait ce décor sordide pour en faire comme une cour de récréation. Après la libération, les films américains se propagent aux Pays-Bas, et son père l'emmène souvent au cinéma. Il fréquente alors le Gymnasium Haganum à La Haye, où il s'oriente vers des cours de physique et de mathématiques. En 1955, toujours à l'initiative de son père, francophile, ses parents l'envoient passer une année en France, au lycée Henri-Martin de Saint-Quentin (Aisne) puis en pension à l'Alliance française Paris Île-de-France. Il y rencontre un professeur de français qui lui fait découvrir les grands classiques du cinéma, dans le cadre de son ciné-club. Il avoue que la naissance de sa vocation de metteur en scène remonte à cette époque ; il veut intégrer l'IDHEC, mais sa démarche est trop tardive et il rentre aux Pays-Bas. Il reprend ses études à l'université de Leyde (') où, fasciné par le surréalisme, et de plus en plus tenté par un mode d'expression plus créatif, il prend quelques cours de peinture, et tourne en parallèle ses premiers courts-métrages. Son premier, "Un lézard de trop" ('), se veut un croisement entre Hiroshima mon amour et le cinéma d'Ingmar Bergman. Le deuxième, "Rien de particulier" ("), s'inspire plutôt de la Nouvelle Vague. Il obtient son diplôme en mathématiques et physique en 1960. En 1964, il effectue son service militaire dans la Marine néerlandaise, où il est chargé de concevoir la forme des projectiles. Mais, toujours plus animé par son attrait pour l'art, il profite de diverses rencontres pour rejoindre le département audiovisuel. Là, il commence à tourner des documentaires, notamment un film pour fêter le tricentenaire de l'institution (", 1965), pour lequel il reçoit un prix au Festival du film militaire de Versailles. Outre de le familiariser avec la technique sur pellicule, l'expérience lui apporte ainsi un début de visibilité. C'est là qu'il décide d'abandonner la carrière de professeur de mathématiques promise à ses camarades. Il dira en riant : . 1966-1975 : premiers succès. À son retour dans le civil en 1966, sa compagne tombe enceinte, et cette brusque paternité l'inquiète pour ses espoirs de carrière au cinéma. En pleine recherche sur lui-même, il se laisse convaincre par un tract reçu dans la rue, et part rejoindre une communauté pentecôtiste. L'expérience est intense, mais il ne tarde pas à y voir une certaine folie, et il y met fin après trois semaines. C'est là qu'il choisit de se . Il développe son goût pour l'hyperréalisme, qu'il fait en quelque sorte son . Il est alors engagé par la télévision du pays, où il met déjà ses thèses en application. Son dernier documentaire, paru en 1967, porte sur Anton Mussert, le chef du parti fasciste local. Désireux de laisser chacun donner son avis, quel que soit son degré de désaccord avec les propos formulés, il interviewe d'anciens SS, qu'on voit ainsi s'exprimer pour la première fois à la télévision, ce qui était interdit jusque-là. Son premier succès vient en 1969 avec la série télévisée "", qui lui permet de faire la connaissance de Rutger Hauer, avec qui il collaborera durant toute sa période néerlandaise. Il rencontre le scénariste Gerard Soeteman et ensemble ils entament une série de films, qui ne cessera là aussi qu'avec le départ du cinéaste pour les États-Unis. Repéré pour ses premiers travaux, Paul Verhoeven est approché par le jeune producteur néerlandais Rob Houwer, familier du nouveau cinéma allemand, pour adapter un roman d'Albert Mol en le transposant dans le quartier rouge d'Amsterdam. Verhoeven et Soeteman se montrent réticents, le script proposé se révélant tendre à une suite de sketchs sans réelle trame narrative, mais ils acceptent quand Houwer leur promet le film qu'ils voudront si celui-ci est une réussite. "Qu'est-ce que je vois ?" (') sort en 1971. Il s'agit d'une comédie légère centrée sur deux prostituées aux visions opposées sur la profession, et où chaque client est tourné en dérision. Ce premier long-métrage, qui réunit diverses vedettes locales du théâtre et de la télévision, remporte un immense succès aux Pays-Bas. Avec entrées dans les salles nationales, il réussit ce qui reste en la quatrième plus grosse performance de leur histoire. Mais Verhoeven avoue ne pas se reconnaître dans le film, et se souvient surtout de n'avoir pas pu en faire ce qu'il souhaitait vraiment. L'expérience le met toutefois en position de force pour son projet suivant, le sulfureux "Turkish Délices" ('). Tiré d'un roman célèbre dans son pays, "Loukoum", de Jan Wolkers, il met en scène une histoire d'amour empreinte de libération sexuelle, sur fond de bourgeoisie hollandaise égoïste et figée. Inspiré de nouveau par la Nouvelle Vague, Verhoeven s'y attaque férocement aux codes de la bienséance et de la religion. Le film sort en 1973, et remporte un plus gros succès encore que son prédécesseur, puisqu'en attirant de spectateurs dans les cinémas néerlandais, il détient toujours en 2016 leur record d'entrées. Le cinéaste continue de bâtir sa renommée avec "Katie Tippel" (1975), où il retrouve le couple principal de "Turkish Délices", Rutger Hauer et Monique van de Ven. Adapté de l'autobiographie de la Néerlandaise Neel Doff, "Jours de famine et de détresse", il raconte l'ascension sociale d'une jeune fille pauvre à la fin du , des années de prostitution à son accès à la haute société. Alors plus gros budget dans l'histoire du cinéma néerlandais, le film marque aussi la première incursion de Verhoeven dans le genre historique. Il enregistre un nouveau bon score au box-office local, avec entrées, lui assurant toujours en 2016 le neuvième meilleur résultat en salles aux Pays-Bas. Le réalisateur admettra néanmoins plus tard regretter la manière dont il a géré l'histoire, considérant qu'il avait alors sans doute manqué de recul, du fait de son jeune âge, de son obsession pour le sexe et du succès de "Turkish Délices". 1976-1985 : accession à l'international. Le premier succès international arrive en 1977 avec "Le Choix du destin" ('), sélectionné notamment pour le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Tourné sous le parrainage de la reine, présente à l'avant-première, et avec l'appui de l'armée néerlandaise, il est basé sur les mémoires d'Erik Hazelhoff Roelfzema, légende de la résistance néerlandaise, et annonce en partie le "Black Book" de 2006. C'est à nouveau le film le plus cher de l'histoire des Pays-Bas. Il met en scène des étudiants de l'Université de Leyde, que Verhoeven a lui-même fréquentée, et apparaît assagi, conçu pour un plus large public qu'à l'accoutumé. Malgré des critiques réservées, "Le Choix du destin" totalise plus d'un million et demi de places vendues aux Pays-Bas, et surtout réussit à attirer l’œil au-delà des frontières du royaume. Le réalisateur raconte avoir été félicité pour ce film par Steven Spielberg, qui lui recommande alors de venir s'installer aux États-Unis, où il rencontrerait moins de difficultés à financer ses projets. Il se fait même approcher par la 20th Century Fox pour diriger ce qui deviendra ', mais le projet est avorté quand le studio découvre son film suivant, le sulfureux "Spetters" (1980). Ce dernier est pour Verhoeven une manière de faire contrepoint avec "Le Choix du destin", articulé autour du milieu intellectuel néerlandais, en montrant cette fois la part ouvrière de la société. Le script s'inspire également d'une pièce représentée à l'époque, "" (dont John Badham tirera le film "C'est ma vie, après tout !" en 1981), qu'appréciait particulièrement le scénariste Gerard Soeteman. Il est enfin possible de voir dans "Spetters" une réponse à "Grease", sorti deux ans plus tôt : John Travolta est à plusieurs reprises cité dans le film, et son titre lui-même signifie à la fois « beaux gosses » et « éclaboussures », au sens de l'huile et de la graisse (« » en anglais) qui jaillissent des mécaniques. Premier film du cinéaste à ne pas être tiré d'un livre, et notamment d'une biographie comme c'était jusque-là souvent le cas, "Spetters" se veut le témoin de la réalité présente, plus particulièrement celle des petits villages de son pays. Prenant pour décor le milieu du moto-cross, un choix motivé par son impact visuel, le film marque le retour de Verhoeven à un cinéma très cru, qui sera perçu comme selon ses dires. Malgré une presse accablante quand il sort, "Spetters" réalise un bon score dans son pays, avec écoulés. Mais le réalisateur racontera combien il a peiné pour s'assurer des subventions de son gouvernement, osant même envoyer une version factice du script pour obtenir l'approbation. En lui mettant ainsi à dos critique et classe dirigeante, l'expérience est douloureuse pour Verhoeven. Les années 1980 marquent à ses yeux un tournant dans le cinéma hollandais, en ce sens que le comité public chargé de le financer, qui allouait jusque-là entre 40 et 60 % des budgets nécessaires, s'est progressivement radicalisé vers la gauche, imposant aux films de . Et il estime qu'à ce titre, son succès auprès du public local jouait nettement en sa défaveur. Pendant le tournage de "Spetters", Verhoeven réalise pour la chaîne KRO un téléfilm de 65 minutes, "C'est fini, c'est fini" (""), en 1979. Le scénario, à nouveau écrit par Soeteman, forme un prolongement au "Choix du destin" : cinq amis anciens résistants, qui se sont promis durant la guerre de venger le meurtre d'un de leurs camarades, se retrouvent trente-cinq ans plus tard devant le coupable, un vétéran des SS devenu handicapé. Verhoeven revient au cinéma en 1983, avec "Le Quatrième Homme" (""), où il semble répondre aux critiques reçues pour "Spetters". Il y adapte un auteur reconnu, le Néerlandais Gerard Reve, et y déploie un symbolisme omniprésent, supposément apprécié des cercles intellectuels. Le cinéaste réussit son pari sur ce point : les retours sont effectivement bien plus flatteurs. Mais le film, dont le thème de la possiblement fantasmée annonce en partie "Basic Instinct" près de dix ans plus tard, est le premier à rester sous la barre du million d'entrées aux Pays-Bas. Verhoeven, qui commence à recevoir de nombreuses propositions d'Hollywood, s'oriente alors progressivement vers le cinéma international. Il se lance dans une grosse production financée par le studio américain Orion Pictures, basée en Espagne et tournée en anglais, "La Chair et le Sang" (1985). Il s'agit d'une vaste fresque d'aventures médiévale, brutale et sans concession. Si le script n'hésite par à céder aux anachronismes, il s'appuie en revanche sur une documentation dense et sérieuse pour dépeindre les rapports humains alors en vigueur. Verhoeven et son scénariste Gerard Soeteman se réfèrent notamment à un essai lu à l'époque de "" : "L’Automne du Moyen Âge", où l’historien Johan Huizinga parle d'une période qui, à l'approche de la Renaissance, sent à la fois . Le tournage est difficile, multipliant les aléas et initiant une brouille durable entre le réalisateur et Rutger Hauer, inquiet pour son image après un tel rôle. Le film sera du reste critiqué pour ses excès à sa sortie, et Verhoeven s'en avoue lui-même peu satisfait, le qualifiant d'. Il trouve en particulier le couple d'Hauer et de la toute jeune Jennifer Jason Leigh mal assorti, mais aussi que les dialogues se ressentent de ses lacunes d'alors dans la langue anglaise. S'il a depuis accédé au rang de chef-d'œuvre pour nombre de spectateurs, "La Chair et le Sang" essuie à sa sortie un nouveau revers au box-office, qui achève de convaincre le cinéaste de suivre le conseil de Spielberg, et vers 1985 il émigre outre-Atlantique. Période américaine. 1985-1989 : arrivée et premier succès presque d'emblée. Aux États-Unis, c'est encore Spielberg qui introduit Verhoeven dans le milieu hollywoodien. Il débute en tournant un épisode de la série télévisée "Le Voyageur", anthologie fantastique alors dans sa troisième saison. Intitulé "La Dernière scène", il s'agit d'un exercice de style, qui ouvre sur une scène de sexe et joue ensuite sur les mises en abyme. Ainsi mieux familiarisé avec la direction d'une équipe américaine, le cinéaste n'en garde pas moins le souvenir de ses difficultés avec la langue anglaise, allant jusqu'à se méprendre sur certains dialogues qu'on lui donnait à lire : En parallèle, il travaille à son premier film outre-Atlantique, "RoboCop" (1987), qui fait figure de test pour sa femme et lui : ils ne resteront aux États-Unis que si l'expérience est un succès. "RoboCop" marque une évolution dans le style de Paul Verhoeven. Pour la première fois, il ne collabore plus avec Gerard Soeteman, mais avec deux scénaristes locaux débutants, Edward Neumeier et Michael Miner. Ces derniers se sont associés au producteur Jon Davison, et au studio indépendant Orion Pictures, pour qui le succès surprise de "Terminator" a ouvert la voie aux films de cyborgs. Ils ont déjà approché différents réalisateurs, comme Alex Cox ou David Cronenberg, mais tous ont refusé. C'est sur une idée de Barbara Boyle, sous-directrice à l'époque d'Orion et qui avait aimé "La Chair et le Sang", qu'ils se tournent vers Paul Verhoeven, lequel confiera avoir d'abord détesté le script proposé. Mais tandis qu'il s'apprête à son tour à décliner l'offre, son épouse lit elle-même le texte, et parvient à le convaincre de mieux l'étudier. C'est ainsi qu'il reprend le script, et réussit petit à petit à en extraire les aspects intéressants. Plus particulièrement, il entrevoit dans le personnage central la figure du Christ, envisageant l'histoire comme une parabole parlant . Il s'est en effet rapproché à l'époque du Jesus Seminar, une communauté pentecôtiste qui envisage Jésus dans son aspect historique, et l'étudie de manière critique. Pour le rôle principal, on lui propose Arnold Schwarzenegger, mais il le juge trop imposant. D'autres noms circulent comme Rutger Hauer, Tom Berenger, Armand Assante ou Michael Ironside, mais c'est finalement Peter Weller qui obtient le rôle, pour . La mise en scène de "RoboCop" s'inspire de l'univers de Fritz Lang, et de l'esthétique tranchée de la peinture géométrique de Piet Mondrian. Le récit est entrecoupé de scènes de propagande télévisuelle, qui visent à marquer une distance au récit. Bien que présentes dans le scénario d'origine, elles apparaissent à l'écran plus nettes, se télescopant brutalement avec la fiction, comme les formes tout en angles droits du peintre néerlandais. Présenté à l'été 1987 aux États-Unis, le film remporte un grand succès, et obtient plusieurs récompenses, notamment le Saturn Award de la meilleure réalisation et celui du meilleur film de science-fiction. Verhoeven confiera beaucoup plus tard qu'il le considère encore comme son film le plus abouti, . Le cinéaste se lance ensuite dans le projet "Dinosaur", pour Disney. Il devait s'agir d'un film muet écrit par Walon Green, scénariste de "La Horde sauvage" et "Le Convoi de la peur", et produit par Jon Davison, déjà à l’œuvre sur "RoboCop". Le studio, inquiet du résultat, préfère mettre un terme au projet. Il renaîtra pourtant douze ans plus tard, sous la forme beaucoup plus familiale d'un film d'animation. 1990-1994 : période faste. Arnold Schwarzenegger, qui a adoré "RoboCop", propose alors au réalisateur d'adapter la nouvelle de Philip K. Dick "Souvenirs à vendre", dont il détient les droits. Le scénario qu'il lui transmet, qui deviendra "Total Recall" (1990), en est déjà à sa . D'abord aux mains de Disney, puis du producteur Dino De Laurentiis, il appartient désormais au studio Carolco Pictures grâce à l'entremise de Schwarzenegger. Avant Verhoeven, plusieurs réalisateurs ont été approchés, comme Richard Rush, Bruce Beresford, et surtout David Cronenberg, qui ne quittera le projet qu'au bout d'un an de travail. Quand vient le tour du Néerlandais, celui-ci, qui n'a jamais lu Dick auparavant, est séduit par l'idée de double réalité, et accepte de rejoindre le tournage. Fidèle à lui-même, il tire le récit vers plus de satire et de critique, et force à l'écran sa violence graphique. Doté d'un budget important de 65 millions de dollars, soit l'équivalent de celui d"'Abyss" (1989), articulé sur plusieurs sites et équipes, et pouvant compter sur une quarantaine de décors, le tournage est difficile et nécessite la présence permanente du cinéaste, qui s'attelle à la tâche énergiquement. Plus encore que "RoboCop", "Total Recall" multiplie les effets spéciaux coûteux, mais toujours au service d'un mélange de divertissement violent et de critique acerbe des dérives de la société contemporaine, plus particulièrement américaine. Verhoeven explique ce second point par le choc ressenti à son arrivée dans cette civilisation, notamment par la vente libre d'armes, ou par la peine de mort en public pratiquée dans certains États. Durant le tournage, il discute avec Schwarzenegger d'un nouveau projet centré sur les croisades, "Crusade", et le propose à Walon Green. Le scénariste en fait une grande fresque historique et religieuse, où il aborde différents thèmes comme les rapprochements entre l'Église et la Seigneurie, les conflits avec le monde musulman, ou la naissance des premiers pogroms à l'encontre des Juifs. L'interprète de "Total Recall" y apparaît en petit escroc qui s'invente un destin mythologique, avant de finalement littéralement le vivre. Inspiré par l'Histoire, et par des livres aussi divers que "Al Muqaddimah" d'Ibn Khaldoun, "La Papesse Jeanne" d'Emmanuel Roïdis ou le classique du "L’Âne d'or ou Les Métamorphoses" d'Apulée, Walon Green compose un récit à la fois symbolique, mystique et politique qui convainc Verhoeven et Schwarzenegger. Le projet ira jusqu'à la pré-production, le cinéaste partant effectuer ses premiers repérages en Espagne, tandis que pour le casting, les noms de John Turturro, Jennifer Connelly et même Irène Jacob et Richard Anconina commençaient à circuler. Mais le producteur Mario Kassar et son studio Carolco mettent le projet entre parenthèses pour se consacrer à "L'Île aux pirates", de Renny Harlin. Le film est un tel échec financier qu'il ne leur est plus possible d'investir les plus de 100 millions de dollars que réclame "Crusade", lequel est alors définitivement enterré. Le succès revient pour Verhoeven avec "Basic Instinct" (1992), à nouveau sous l'impulsion de Mario Kassar. Présenté en ouverture et en compétition au Festival de Cannes, il clôt ce que le cinéaste appelle sa . En effet, ses trois derniers films creusent chacun à sa manière la thématique du double : le policier mi-homme mi-robot de "RoboCop", l'agent double amnésique de "Total Recall", et cette fois une autrice de polar suspectée de meurtre. "Basic Instinct" fait scandale à sa sortie, et déclenche notamment l'ire des ligues féministes et homosexuelles, pour son personnage ambivalent, ses scènes d'amour explicites, et surtout la séquence où Sharon Stone décroise les jambes, nue sous sa jupe. L'actrice a déclaré s'être fait piéger par le réalisateur, qui lui aurait promis que rien n'apparaîtrait à l'écran, mais celui-ci assure avoir reçu son accord, et même avec enthousiasme. Quoi qu'il en soit, le film permet à Sharon Stone d'accéder à la célébrité. À en croire le metteur en scène, elle Durant toute cette période, Verhoeven reçoit beaucoup de propositions qu'il refuse, parmi lesquelles certaines donneront lieu à des classiques comme "Seven" (1995), "Le Silence des agneaux" (1992) ou "L'insoutenable Légèreté de l'être" (1988). Il confiera regretter beaucoup moins le premier que les deux autres, pour lesquels il parle d' de sa part. 1995-2000 : phase de doutes et départ. La fortune cesse brutalement de sourire avec "Showgirls" (1995), une critique des États-Unis à travers Las Vegas, . Le film est un fiasco tant critique que commercial. Verhoeven se voit remettre le Razzie Award du pire réalisateur, en mains propres puisqu'il va lui-même récupérer son prix durant la cérémonie, fait très rare dans l'histoire de cette manifestation. Interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis, "Showgirls" est toutefois le premier film du genre à paraître dans le circuit de salles classique. Il n'en reste pas moins un échec majeur au box-office, suffisant pour ruiner la carrière de son actrice principale Elizabeth Berkley, alors célèbre pour son rôle dans la série "", et préférée à une toute jeune Charlize Theron jugée encore trop peu connue. Vingt ans plus tard, le cinéaste admettra la chance de cette dernière, qui s'épargnait ainsi . "Showgirls" sera toutefois réhabilité par une partie du public quelques années après, inspirant notamment dès 1998 une critique élogieuse de Jacques Rivette, pilier de la Nouvelle Vague, qui dira y voir le de Verhoeven, . Suivront dans les années 2000 les louanges de célébrités américaines comme Quentin Tarantino ou John Waters ; puis c'est au tour de Jean-François Rauger, directeur de programmation à la cinémathèque française et critique au "Monde", et qui dans ses colonnes avait éreinté le film à sa sortie, d'admettre en 2015 s'être . Avec le recul, il regrette son article, qu'il juge trop indécis et peu clairvoyant. Mais si le réalisateur s'amuse de voir ainsi "Showgirls" passer , il admet aussi lui-même être allé sans doute trop loin sur ce tournage, en le prenant trop personnellement, et en négligeant ainsi la ligne de conduite qu'il se fixe habituellement. Verhoeven revient ensuite à la violence crue de ses débuts avec "Starship Troopers" (1997), lancé sous l'égide de Mike Medavoy, alors directeur de TriStar et transfuge d'Orion Pictures, chez qui il avait financé "La Chair et le Sang" et "RoboCop". Il y renoue avec son esprit provocateur et iconoclaste au sein du cinéma hollywoodien. L'idée naît durant la fin du tournage de "RoboCop", lors d'une discussion avec le scénariste Edward Neumeier. Les deux films sont très liés : ils partagent plusieurs membres importants de leurs équipes, et Neumeier ira jusqu'à dire que l'un est en quelque sorte une suite de l'autre. Tiré d'un roman de Robert A. Heinlein, un des piliers de ce qui deviendra l'Initiative de défense stratégique, "Starship Troopers" est immédiatement pensé comme une satire. Il s'attaque au culte du militarisme, décortique les mécanismes de manipulation des masses et force la caricature. Verhoven avoue avoir profité d'une grande liberté durant le tournage, du fait d'un turnover permanent à la tête de TriStar et sa maison mère Sony Pictures. S'inspirant de films de Leni Riefenstahl, comme "Le Triomphe de la volonté", et d'autres documentaires de propagande nazie, il donne à "Starship Troopers" un style outrancier, qui emprunte à l'imagerie fasciste pour mieux la ridiculiser. Une partie de la critique américaine, notamment le "Wall Street Journal", ne perçoit pas l'ironie et prend le message fascisant au premier degré. Le film est mieux accueilli à l'international, et sa critique de l'impérialisme américain finit par être mieux admise aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Tandis que les petits studios qui ont suivi ses premiers films américains ferment les uns après les autres, Verhoeven dirige ensuite "" (2000), surtout par amitié pour les membres de l'équipe de tournage. Il admet néanmoins que la question soulevée par l’accroche (jusqu'où irait-on si on était invisible) et la perspective de travailler avec d'importants effets spéciaux le tentaient aussi. Le film réussit un excellent démarrage, battant aux États-Unis le dernier record pour le mois d'août établi par "Sixième Sens", alors qu'il est classé R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) en pleine période estivale, et termine avec près de 100 millions de dollars de bénéfices. Mais s'il a pu glisser certains détails personnels, comme un hommage à "Fenêtre sur cour" d'Alfred Hitchcock dès la scène d'ouverture, Verhoeven raconte n'avoir pu faire ce qu'il souhaitait, obligé par exemple de ne filmer qu'en intérieur pour éviter d'être accusé de plagier "L'Homme invisible" d'H. G. Wells, ou contraint de couper des scènes jugées trop violentes par ses producteurs. Il avouera même plus tard regretter de n'avoir pas abandonné le projet. De plus en plus enclin à quitter les États-Unis, il travaille encore à une biographie de Victoria Woodhull, , pour laquelle il espère séduire Nicole Kidman, mais il doit encore renoncer faute de financement. Comme à l'époque de "La Chair et le Sang", ces désaveux coïncident avec une rupture dans sa carrière, puisqu'il décide de mettre fin à sa période américaine et de retourner en Europe poursuivre son œuvre. Retour en Europe. 2001-2014 : indépendance retrouvée. Verhoeven participe au Festival du cinéma nordique de Rouen en 2001, puis, en 2002, il revient aux Pays-Bas, d'abord dans l'idée d'adapter "Azazel", le premier tome d'une série de romans écrits par Boris Akounine, un auteur russe très célèbre dans son pays. Il en achète les droits, et reprend contact avec son complice scénariste Gerard Soeteman pour le seconder. Dans le même temps, ils entament une adaptation de "Batavia's Graveyard", de Mike Dash, sur le naufrage d'un navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Mais les deux hommes se consacrent avant tout à relancer un projet envisagé ensemble depuis 1980 : "Black Book" ("Zwartboek"), son premier film néerlandais après 22 ans à tourner aux États-Unis, sort en 2006. Le réalisateur explique son retour sur ses terres natales par les difficultés qu'il aurait rencontrées outre-Atlantique : les bons interprètes rendus inaccessibles par leurs agents, la censure morale à l'encontre de certaines scènes, et l'obligation probable de tourner en anglais, antithétique avec son souhait de conserver les langues originales de ses interprètes. Très grosse production à l'échelle des Pays-Bas, "Black Book" s'inspire de faits réels y ayant eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale(comme "Soldaat van Oranje" quelques années plus tôt), notamment la vie de la résistante Hélène Moszkiewiez. Très sombre, il bat en brèche un certain nombre d'idées reçues sur le conflit, comme l'antisémitisme existant dans la Résistance, ou l'absolution des responsables nazis qui rejoignaient la lutte anticommuniste. "Black Book" remporte un net succès, notamment dans son pays où il attire spectateurs. En 2007, il fait partie du jury de Zhang Yimou lors du Festival de Venise. Il partage ce rôle de membre du jury pour le Lion d'or avec notamment Catherine Breillat, Jane Campion et Alejandro González Iñárritu. Il est alors de nouveau évoqué son souhait d'adapter "Azazel", qui doit prendre la forme d'un thriller historique, avec Dan Stevens et Milla Jovovich dans les rôles principaux. Mais la grossesse de l'actrice met le projet en suspens. C'est aussi à cette période que Verhoeven confie son intention de tourner une suite à "L'Affaire Thomas Crown", à partir du roman "Topkapi, le palais d'Istanbul" d'Eric Ambler. Baptisé "The Topkapi Affair", le film réunirait Pierce Brosnan (déjà présent dans le remake de John McTiernan) et Angelina Jolie. Enfin, le cinéaste s'inspire d'une visite au Jesus Seminar aux États-Unis, et plus généralement de son intérêt pour la religion, pour co-écrire avec Rob van Scheers l'essai "Jésus de Nazareth". Publié en 2008, le livre tente une interprétation réaliste, historique et athée de la vie du Christ. Une adaptation centrée sur ses dix-huit derniers mois est alors envisagée, avec le support de Roger Avary, et Mel Brooks et Chris Hanley à la production, mais elle ne voit pas le jour. Toujours en 2008, le festival International du film Entrevues à Belfort consacre à Verhoeven une rétrospective. Le cinéaste est pressenti un an plus tard pour diriger "The Surrogates", un thriller tiré d'un roman de Kathy Mackel réadapté par les scénaristes Bruce et Roderick Taylor. L'histoire est celle d'un couple contraint de faire appel à une mère porteuse, et qui comprend que celle-ci fera tout pour garder l'enfant. Le projet est finalement abandonné mais Halle Berry, qui devait y jouer, reste en contact avec Verhoeven pour de prochains travaux. En 2010, le réalisateur révèle à la télévision néerlandaise son projet d'adapter, avec son complice de toujours Gerard Soeteman, "La Force des ténèbres", un roman de Louis Couperus paru en 1900, qui traite des rébellions contre le colonialisme et de la naissance de l'islamisme. Mais le film ne verra pas non plus le jour. Sa première réalisation depuis "Black Book" ne vient qu'en septembre 2012, avec la sortie aux Pays-Bas de "Tricked" ("Steekspel"). Initié un an plus tôt avec le concours de la société de production néerlandaise FCCE, il s'appuie sur le projet "Entertainment Experience", une plate-forme d'échange participatif hébergée sur Internet et créée pour l'occasion. À partir d'un script de quatre pages équivalent à cinq minutes de pellicule, écrit par l'actrice Kim van Kooten et posté par Verhoeven, les internautes sont appelés à le développer en apportant leur contribution par nouvelles tranches de cinq minutes. Quelque de propositions seront reçues et étudiées, jusqu'à l'obtention d'un scénario complet. Au total, environ participent, à l'écriture mais aussi au casting, aux bandes-annonces, au choix des musiques Une vingtaine de versions amateurs du film sont proposées, dont l'une, intitulée "", parviendra finalement à sortir dans les salles néerlandaises en mars 2014. S'y ajoutent encore une version réunissant les moments les plus appréciés par les internautes, et une enfin réalisée par Verhoeven lui-même. Celle-ci, d'un peu plus de 50 minutes seulement, sortira finalement en salles précédée d'un documentaire retraçant toute l'aventure. Le film est présenté dans différents festivals, comme Rome ou TriBeCa, et paraît en France, directement en vidéo, le . S'il se dit satisfait par cette expérience, il estime néanmoins que son format n'est pas viable à grande échelle. Les nombreuses contributions reçues se sont en effet vite révélées disparates et souvent excessives, l'obligeant à les retravailler en profondeur pour leur apporter le liant nécessaire et les modérer. Depuis 2015 : France. En 2015, il commence la production d"Elle", une coproduction franco-allemande avec notamment Isabelle Huppert, Virginie Efira et Charles Berling. Verhoeven envisageait d'abord de tourner le film aux États-Unis, mais les difficultés qu'il rencontre à le financer le poussent à élire finalement la France : Soucieux de ne pas privilégier son confort au détriment de l'équipe, il dirige celle-ci entièrement en français. Il prend pour cela des cours intensifs pendant une semaine, à raison de huit heures par jour. "Elle" est l'adaptation par le scénariste David Birke du roman "« Oh… »" de Philippe Djian, publié en 2012 aux Éditions Gallimard. Le cinéaste confesse ne connaître au départ l'auteur que par l'adaptation de son livre "37°2 le matin", qui lui avait rappelé "Turkish Délices". Il estime être resté fidèle dans "Elle" au roman d'origine, malgré la prise de , et se félicite de s'y jouer une fois de plus du politiquement correct. Le film, tourné sous l'égide du producteur franco-tunisien Saïd Ben Saïd, sort en . Il est présenté en compétition officielle au festival de Cannes, 24 ans après l'ouverture de l'édition 1992 avec "Basic Instinct", et reçoit de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère et le César du meilleur film. Le , alors qu'il donne une classe de maître au Festival international du film de Marrakech, l'organisation du Festival de Berlin annonce sa nomination en tant que président du jury des longs métrages, pour remettre l'Ours d'or. Il succède ainsi à la comédienne Meryl Streep. Le succès de "Elle" apporte de nouveaux projets à Paul Verhoeven, notamment une adaptation télévisée du roman "Bel-Ami" de Guy de Maupassant. Un film, centré sur Jean Moulin, , et qui étudiera en jeu au sein du mouvement, est également évoqué. Mais en , il est finalement révélé que son film suivant sera intitulé "Benedetta" et adapté du livre "Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne" (1986) de l'historienne Judith C. Brown. À nouveau porté par le producteur Saïd Ben Saïd et tourné en français, le projet permettra de retrouver Virginie Efira, déjà présente dans "Elle", dans le rôle de Benedetta Carlini, une religieuse catholique italienne du , mystique et lesbienne. Pour avoir entretenu une relation avec une autre sœur, en pleine période de la Contre-Réforme en Italie, Carlini sera tenue à l'écart de tout contact durant quarante ans. Initialement prévu pour le premier trimestre de 2019, "Benedetta" est repoussé une première fois à 2020, pour intégrer la compétition officielle du Festival de Cannes où il est de nouveau sélectionné. L'événement étant reporté à l'année suivante en raison de la pandémie de Covid-19, la sortie du film est encore décalée, cette fois à juillet 2021. Dans le même temps, le projet autour de "Bel-Ami" est confirmé, sous la forme d'une mini-série de huit épisodes en français que Verhoeven réalisera tous, en plus d'être nommé show runner général. Prévu pour l'été 2021, "Bel-Ami" constituera son premier travail pour la télévision depuis son rôle de producteur délégué sur la série issue de "Starship Troopers". Vie privée. Paul Verhoeven réside à Los Angeles depuis 1985, malgré l'arrêt de ses tournages aux États-Unis. En 2016, il n'envisageait toujours pas de quitter le continent américain, même s'il ajoutait alors . Il est marié depuis 1967 avec la Néerlandaise Martine Tours. Ensemble ils ont deux filles, l'une peintre et l'autre scénariste pour la télévision. Analyse. Style. Le cinéma de Paul Verhoeven se démarque d'abord par sa grande précision, et par son souci permanent de vérité. C'est probablement le reflet de ses prédispositions pour la science, qui l'ont conduit à son diplôme en physique et mathématiques, mais aussi des documentaires tournés durant son service pour l'armée. Mais c'est avant tout selon lui la conséquence de son expérience pentecôtiste, le réalisme lui servant d' à la forme de délire qu'il avait fini par ressentir là-bas. Verhoeven mise donc sur un pragmatisme explicite, qui doit être pour lui comme une . Cela est visible dans "Turkish Délices", où les corps sont livrés dans leur intimité la plus crue, comme de pures pièces d'anatomie, et se retrouve dans la scène d'amour chorégraphiée au millimètre près de "Basic Instinct". Même pour un film comme "", le réalisateur affirme que si on admet qu'il est possible d'être invisible, l'histoire est sinon très réaliste. Mais cette justesse n'est pas tant celle des faits proprement dits que du ressenti qu'ils inspirent. Ainsi dans le "La Chair et le Sang", il s'agit moins de raconter les faits de guerre, que les horreurs qu'ils impliquent pour les personnages. Cette conviction profonde coûtera d'ailleurs au cinéaste son amitié avec Rutger Hauer, qui vit mal de devoir incarner l'atroce au motif de l'authenticité. D'autres en revanche adoptent plus facilement sa philosophie. Isabelle Huppert, qui conserve à Verhoeven une très grande estime, déclarait après la sortie de "Elle" que s', il n'en sait pas moins . Paul Verhoeven est ce que le philosophe Gilles Deleuze appelle un naturaliste : il rapporte l'humanité aux puissances qui la gouvernent. La mort, le corps et ses pulsions sont partout dans son œuvre. Mais il admet volontiers employer l'exagération, pour dénoncer ce qui le choque dans la société contemporaine. C'est ce qu'il fait avec "Starship Troopers", et déjà dans une moindre mesure sur "RoboCop" et "Total Recall". Avec ses scénaristes, il prend des éléments qu'il observe, et les détourne d'une manière qu'il qualifie d', afin de les rendre aussi visibles que possible. Mais il se défend d'afficher une position politique affirmée dans sa production. Selon lui, . Il préfère citer comme inspirations les grands peintres flamands et hollandais tels Jérôme Bosch, Pieter Brueghel l'Ancien ou Rembrandt, qui reproduisent la vie sans tabou, . Ce goût pour l'excès tend souvent vers la satire, raillant le libéralisme galopant dans "RoboCop", l’impérialisme américain dans "Starship Troopers" ou le sexe vulgaire dans "Showgirls". L'humour moqueur, caustique et irrévérencieux, est très présent dans l’œuvre du cinéaste. On en trouve même déjà la trace dans la série "", sa première grande expérience de mise en scène. Il aide Verhoeven à imposer une distance au spectateur, un détachement lui permettant de prendre une certaine hauteur sur ce qu'il regarde. C'est aussi dans cette optique qu'il traverse "RoboCop", "Total Recall" et surtout "Starship Troopers" d'incrustations télévisuelles cinglantes, qui lui sont inspirées des carrés très contrastés du peintre néerlandais Piet Mondrian. Ces principes sont pour lui une nécessité. À propos du récent remake de "RoboCop", il lance : . Thèmes. La filmographie de Paul Verhoeven est parcourue de thèmes récurrents, parmi lesquels trois se détachent particulièrement : le sexe, la violence et la religion. Ils sont pour lui . Mais d'autres thématiques apparaissent également tout au long de sa carrière. Le sexe. Le cinéaste voit dans le sexe , qu'il lui semble naturel de porter à l'écran. Selon lui, . Il avoue même lui avoir voué une obsession dans les années de ses premiers longs métrages. On le voit ainsi dès "Qu'est-ce que je vois ?" détourner avec humour le sexe tarifé, puis multiplier les scènes très crues dans "Turkish Délices". Il s'inscrit en cela dans l'éphémère , un mouvement libertaire qui renverse les codes du cinéma néerlandais dans la première moitié des années 1970, tirant le sexe explicite de la pornographie pour l'imposer au circuit de salles classique. Plus tard, le thème reste central dans les nombreuses perversions qu'affiche le très cru "Spetters", puis dans "La Chair et le Sang", où le personnage de Jennifer Jason Leigh est violé par celui de Rutger Hauer. Cela se retrouve encore dans "Basic Instinct", où les jambes décroisées de Sharon Stone sont pour "Libération" un , et de nouveau dans "Elle", avec le viol de son héroïne. Le réalisateur admet le voyeurisme qu'implique sa caméra, et qu'il n'hésite pas à retranscrire. Ainsi les spectacles de lap dance de "Showgirls" se déroulent sous l’œil obscène des clients, et dans "Hollow Man", Sebastian Caine (Kevin Bacon) profite de son invisibilité pour lorgner sa voisine en train de se déshabiller. La violence. Verhoeven avoue prendre le même plaisir à filmer la violence, qui pour lui est avec le sexe l'une des , qu'il est important de ne pas cacher. Il associe souvent les deux à travers le thème du viol, très présent dans son œuvre : il apparaît dans "Katie Tippel", "Spetters", "La Chair et le Sang", "Showgirls" et "Elle", en plus de scènes équivoques fantasmées dans "Le quatrième homme". Profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale dans sa petite enfance, où son quotidien était rempli de , Verhoeven estime en avoir hérité un regard clinique, sombre, qui remonte dans ses phases créatrices. La guerre, et la violence qui l'accompagne, forment souvent le décor de ses films, de ses premiers pas pour la Marine néerlandaise aux évocations de la Résistance dans "Le Choix du destin", "Black Book" et son projet sur Jean Moulin, en passant par le conflit interstellaire de "Starship Troopers". Dans ce dernier, il tente d' la politique menée au Texas par George W. Bush, alors gouverneur, et n'hésite pas à chercher l'inspiration dans les travaux de Leni Riefenstahl, propagandiste officielle du Troisième Reich. La guerre est encore au centre de "La Chair et le Sang", souvent peu vraisemblable mais très stylisée, dans une veine qui rappelle les tableaux de la Renaissance et de la peinture flamande. Outre sous forme de viol ou de guerre, la violence apparaît encore dans des scènes plus ponctuelles, comme la longue fusillade qui abat Murphy dans "RoboCop", le meurtre en ouverture de "Basic Instinct" ou la torture de Rachel dans "Black Book". Cette propension, qui vaut parfois à Verhoeven le surnom de "Hollandais violent" dans les médias francophones (jeu de mots faisant référence au "Hollandais volant", un vaisseau fantôme célèbre dans la culture populaire), n'est en fait pour lui qu'un reflet de l'univers, qu'il juge : Mais les critiques lui reprochent régulièrement son ambivalence à dénoncer la violence tout en la magnifiant, en appelant aux pulsions du spectateur en même temps qu'il les raille. C'est le cas par exemple pour "Robocop", "Starship Troopers", ou encore "Elle", accusé à sa sortie de faire l'apologie du viol. La religion. Le troisième thème, la religion, reste d'abord discret dans sa filmographie, le réalisateur se limitant à dénoncer ses conservatismes, comme dans "Turkish Délices", "Le Choix du destin" ou "Le Quatrième Homme". Dans ce dernier, on peut ainsi voir un homme masser le sexe d’un Jésus en slip sur un crucifix, manière d'opposer audacieusement rigueur chrétienne et culture gay. La religion apparaît aussi de manière plus métaphorique, en particulier dans le Christ ressuscité en filigrane du héros de "RoboCop", ou en arrière-plan, comme dans le personnage de que joue Virginie Efira dans "Elle". Mais elle sera de nouveau au centre de "Benedetta", prévu pour 2021, où on retrouvera Efira, cette fois dans la peau d'une nonne toscane du d'abord promise à la béatification, puis finalement emprisonnée pour homosexualité. Nouvelle manière de questionner la morale, en se jouant des codes et au mépris des tabous. Athée convaincu, le cinéaste voit en effet la religion sous un angle profane, scientifique : Il avoue avoir connu un éphémère début de foi dans ses jeunes années, au cours de son séjour de trois semaines dans une communauté pentecôtiste, et ressentir depuis une curiosité insatiable pour la religion, . Dès son arrivée aux États-Unis en 1985, il se rapproche du Jesus Seminar, une institution qui aborde la figure de Jésus de Nazareth sous un angle historique et critique. Le thème le passionne ; en témoigne le livre qu'il lui consacre en 2008. Lui qui a un temps nourri l'envie d'adapter les biographies de Jeanne d'Arc puis d'Alexandre le Grand, il voit là une nouvelle occasion de raconter une vie hors du commun. C'est en ce sens que parmi les évangiles, il garde une préférence pour celui de Marc, qu'il estime plus simple, plus direct, et surtout rempli de détails absents des autres. Il accepte même l'idée que Jésus ait pu d'une certaine manière, encore incomprise, guérir ses contemporains. Mais il voit surtout en lui un homme à l', dispensateur non pas . Il admire comment il a su imposer sa doctrine contre la loi du talion alors en vigueur. Saluant ses critiques à l'égard de , il en fait une sorte de dont il admire la vision novatrice et les paraboles. Mais il se défend toujours d'être chrétien, et assure même n'être jamais entré dans une église, . Les femmes. Verhoeven, père de deux filles et resté fidèle à son épouse, est, comme il le dit, , précisant que même ses deux chiens sont des femelles. Partisan de la parité, il axe beaucoup de ses intrigues sur des personnages féminins, avec lesquels il s'avoue plus à l'aise. Il raconte ainsi que durant l'écriture de "Black Book", Gerard Soeteman et lui sont restés bloqués près de quinze ans sans pouvoir faire avancer l'histoire, avant de trouver la parade en remplaçant le héros par une héroïne. Dans ses films, il met généralement en scène les femmes dans des situations tragiques les contraignant à user de charme, de courage et d'intelligence pour s'en sortir. Si Olga dans "Turkish Délices" apparaît comme une héroïne étrangement pure (mais néanmoins condamnée), les deux prostituées au centre de "Qu'est-ce que je vois ?" sont les seules épargnées par sa satire féroce des différents protagonistes. La jeune Katie Tippel se prostitue elle aussi pour s'élever dans l'échelle sociale. À partir de "Spetters", ce personnage vire progressivement à la perverse et manipulatrice. On la retrouve dans la fausse ingénue que campe Jennifer Jason Leigh dans "La Chair et le Sang", puis avec les allures d'une femme fatale dans "Basic Instinct", et dans ce que le réalisateur nomme sa , "Le Quatrième Homme". Dans "Showgirls" et "Elle", le personnage central est une femme d'abord bafouée, qui parvient finalement à inverser les rôles. Et dans "Black Book" et "Benedetta", c'est encore sur une héroïne que repose l'intrigue. On peut voir dans ce motif l'influence d'Alfred Hitchcock, mais aussi celle d'Ingmar Bergman, Federico Fellini et sa "dolce vita", ou encore de la Nouvelle Vague des François Truffaut et autres Jean-Luc Godard. Malgré tout, il reste selon lui difficile d'imposer une femme dans un premier rôle. Il cite en exemple son projet avorté sur la vie de la pirate Anne Bonny, pour lequel Nicole Kidman avait pourtant donné son accord, mais que personne n'a voulu financer à hauteur des 50 millions de dollars qu'il réclamait. L'ambiguïté. Estimant que , lequel doit rester , Verhoeven nourrit ses histoires d'une permanente ambiguïté. C'est pour lui simplement le reflet de la vie : chacun s'y construit sa réalité selon son propre angle de vue, sans qu'il soit besoin de fixer une vérité universelle imposée à tous. Il se réfère notamment au message qu'il tire de "Rashōmon" d'Akira Kurosawa : . C'est dans "Total Recall" qu'il pousse le plus loin cette idée, puisqu'il n'y est jamais parfaitement explicité si le personnage d'Arnold Schwarzenegger vit un rêve ou non. Mais ce thème se déploie plus généralement, dans une grande part de sa filmographie, à travers nombre de personnages énigmatiques, souvent tiraillés entre des courants contraires. L'ambiguïté marque déjà les personnages de "Katie Tippel", puis ceux du "Choix du destin" et de "La Chair et le Sang". Plus tard s'ajouteront le policier mi-homme mi-machine de "RoboCop", les héros très lisses de "Starship Troopers", ou encore les héroïnes équivoques de "Basic Instinct", "Showgirls" et "Elle". Et ce même thème sera de nouveau au centre de "Benedetta", tant dans son contexte socioculturel que dans le personnage de son héroïne. Ce caractère complète l'ironie cachée dans la narration, et participe à l'incompréhension suscitée lors de certaines projections. Mais le cinéaste, citant en exemple le compositeur Igor Stravinsky, se refuse à céder aux conventions. Il entend continuer de , en multipliant les hypothèses, en jouant sur les nuances, en manipulant la morale autant que l'intrigue, sans . Science et technologie. Le cinéma de Verhoeven se ressent également directement de sa formation scientifique à travers l'emploi de la technologie, très présente dans son œuvre à partir de "La Chair et le Sang". On y suit notamment un savant faisant figure d'avant-gardiste, à une époque où la science s'oppose aux superstitions et aux religions. Viendront ensuite le héros mi-robot de "RoboCop", les manipulations cérébrales de "Total Recall", le sérum d'invisibilité "", et même les jeux vidéo dont Isabelle Huppert campe une scénariste dans "Elle". Mais la science est encore décelable dans le naturalisme appuyé de "Turkish Délices", où les corps sont montrés dans toute leur crudité biologique, et même aussi dans la précision chorégraphique de "Basic Instinct" dans sa scène d'amour, qui renvoie d'une certaine manière au passé mathématique du cinéaste. Rapport à la critique. Les partis pris de Paul Verhoeven donnent à sa production une teinte amorale et provocante qui type très tôt ses films, et le met régulièrement aux prises avec la controverse, en particulier depuis "Spetters", et sa séquence très brutale de viol homosexuel. Le cinéaste le reconnaît : Pourtant, derrière les scandales et les incompréhensions, son œuvre est aujourd'hui reconnue comme profondément engagée et dénonciatrice, et les avis s'accordent sur ce qu'elle doit rarement être vue au premier degré. De fait, Verhoeven conçoit ses films pour qu'ils se révèlent après plusieurs visionnages, , en l'abordant sous différents angles pour en percevoir toute la richesse. Mais ces choix assumés pour des récits à plusieurs niveaux d'interprétation, où l'ironie confine régulièrement à la subversion, l'ont très souvent mis en difficulté vis-à-vis des producteurs. Après "Spetters", la critique se fait dure et malgré le succès rencontré aux Pays-Bas, les aides financières publiques deviennent rares. Le réalisateur est alors perçu selon ses dires comme . Son départ pour les États-Unis marque une nouvelle liberté, même s'il doit désormais composer avec des scénarios soumis par les studios. Le succès aidant, il parvient à une relative indépendance qui lui permet de laisser aller son inspiration. Mais les échecs de "Starship Troopers" puis "Showgirls" amènent à nouveau la suspicion sur lui, et il réalise "" sous une forte contrainte, qui motivera son retour en Europe. Il s'avoue aujourd'hui satisfait de ce choix, recouvrant sur son continent la liberté de faire ce qu'il souhaite, d'autant qu'avec l'âge, il admet être de plus en plus intéressé par . Dès lors, les critiques à leur tour se font plus compréhensives, et on assiste au cours des années 2010 à une réhabilitation profonde de son œuvre. Qualifié désormais de , il est cité en héritier de Sergio Leone, Sam Peckinpah ou Robert Aldrich. Lors de la sortie d"'Elle", la profession elle-même lui rend hommage, en le couvrant de nombreuses et prestigieuses récompenses. S'il conserve ses détracteurs, en témoigne l'accusation d'apologie du viol par une ligue féministe, il avoue sa joie devant cette reconnaissance, qui marque pour lui comme une renaissance au cinéma. Et celle-ci se poursuit, puisque le Festival de Cannes a d'ores et déjà sélectionné "Benedetta" pour sa cérémonie 2021, son délégué général Thierry Frémaux s'enthousiasmant notamment sur une . Technique. Très présent sur ses tournages, Verhoeven participe à chaque élément de ses films. Il travaille avec tous les membres de son équipe, et se montre très précis dans ses demandes. Ainsi, si aux États-Unis il a dû composer avec des scénarios déjà terminés, il a pour habitude en Europe de participer fortement à leur écriture, bien que, en référence à Alfred Hitchcock, il se refuse à paraître au générique sous ce rôle. Avec son scénariste, il s'appuie généralement sur un roman, mais il s'agit parfois d'une création originale, basée sur un gros travail de documentation qu'ils effectuent eux-mêmes, comme pour "La Chair et le Sang" et "Black Book". L'adaptation se déroule ensuite à ses dires par simple : il souligne ce qui lui paraît et réfléchit ensuite à comment le porter à l'écran. Pour cela, le réalisateur, méticuleux et bon dessinateur, griffonne lui-même ses storyboards. Il les fournit normalement en début de tournage, mais les conditions peuvent le conduire à les tracer en cours de route. Ils lui permettent de suivre les réalisations de son équipe, en s'assurant qu'elles restent en accord avec ses idées. Durant le tournage, le passé scientifique de Verhoeven se manifeste dans son intérêt pour l'évolution des techniques cinématographiques, qu'il essaie régulièrement dans ses propres films. Il emploie par exemple dans "Turkish Délices" une petite caméra Arriflex bas-de-gamme, acceptant une mauvaise prise de son (le film sera doublé en postproduction) au nom de la maniabilité. Son goût pour la technique devient prépondérant aux États-Unis, où les plannings serrés difficilement aménageables l'obligent à gagner en vitesse et en efficacité. Sur le tournage de "RoboCop", il laisse ainsi son chef opérateur Jost Vacano utiliser un système de son invention, qui fixe la caméra à son épaule et lui permet de la manier avec son simple poignet. Mais la généralisation des effets numériques, plus particulièrement dans la science-fiction, limite la portée de tels stratagèmes. En effet les incrustations doivent rester dans le même cadrage que les prises de vue du réalisateur, qui n'est dès lors plus libre de procéder à tous les ajustements qu'il souhaite. Le retour de Verhoeven en Europe lui rend l'autonomie qu'il affectionne, et au début des années 2010, le projet "Tricked" est pour lui une sorte de laboratoire. Au-delà de son principe de base, une écriture collaborative inspirée du financement participatif, c'est aussi l'occasion pour le cinéaste de s'essayer à la toute récente caméra numérique Arri Alexa, lui qui n'avait jusque-là travaillé qu'en argentique. Il expérimente également la prise de vue double et synchronisée : il filme simultanément la même scène avec deux caméras, les plus proches possible l'une de l'autre, mais réglées dans des tailles de plans différentes (larges ou plus serrés), ce afin de pouvoir en jouer ensuite lors du montage. Il perfectionne cette technique sur "Elle", où il la combine avec le port de caméra « à l'épaule », c'est-à-dire sans l'entremise d'un quelconque équipement stabilisateur comme les trépieds ou autres dollies. Cela lui permet d'accroître l'impression d'incertitude et le sentiment d'observation, voire . Collaborateurs récurrents. Verhoeven salue volontiers ses équipes, et n'hésite pas à mettre en valeur le travail de chacun. Il est conscient de ses propres limites, et sait s'effacer quand un autre lui apporte une idée intéressante. Il conçoit le rôle du réalisateur comme celui d'un superviseur, qui doit tirer le meilleur de ses collaborateurs : Cette approche, doublée de la nature locale de ses débuts aux Pays-Bas, l'a conduit à s'entourer régulièrement des mêmes personnes pour ses films. Le départ de ses Pays-Bas pour les États-Unis lui a été à ce titre très difficile : Équipe technique. Scénario. Comme Paul Verhoeven, de deux ans son cadet, Gerard Soeteman a fait ses études à l'université de Leyde. Mais les deux hommes ne s'y sont jamais parlé. Il faut attendre 1969 et la série d'aventures néerlandaise "", dont Soeteman écrit le script, pour qu'ils se rencontrent. Leur collaboration se poursuit alors jusqu'au départ du réalisateur pour les États-Unis. Soeteman signe tous les scénarios de cette période : "Qu'est-ce que je vois ?" (1971), "Turkish Délices" (1973), "Katie Tippel" (1975), "Le Choix du destin" (1977), "Spetters" (1980), "Le Quatrième Homme" (1983) et "La Chair et le Sang" (1985). Il est remplacé pour "RoboCop" (1987) par Michael Miner et Edward Neumeier. Ce dernier retrouvera Verhoeven dix ans plus tard, sur "Starship Troopers". Durant le tournage de ce dernier, ils développent une relation privilégiée : Neumeier, désireux de pouvoir un jour diriger son propre film, accompagne le cinéaste sur le plateau, et leurs échanges permanents les aident à atteindre une liberté d'écriture rare à Hollywood. Entre-temps, le réalisateur collabore avec Joe Eszterhas, scénariste de "Basic Instinct" (1992) puis de "Showgirls" (1995). Leur relation sur les tournages est conflictuelle, mais Verhoeven conserve beaucoup d'estime pour son travail, en particulier sur "Basic Instinct". Peu après la sortie d""', il se disait prêt pour un nouveau projet ensemble, mais reconnaissait que rien n'était à l'étude, et que les deux hommes avaient presque perdu tout contact. Verhoeven continue de travailler en parallèle avec Gerard Soeteman. "Black Book" (2006) est tiré d'un projet commun remontant au milieu des années 1980, qu'ils parviennent à vendre à un studio en 2002, libérant ainsi le cinéaste de sa période américaine et de l'échec de "" (2000). À l'occasion de la sortie de "Elle" (2016), Verhoven annonce que Soeteman l'assiste encore sur son projet d'adaptation télévisuelle du roman "Bel-Ami" de Guy de Maupassant. Depuis son arrivée en France, Verhoeven entreprend une nouvelle collaboration avec le scénariste américain David Birke. C'est lui qui signe "Elle", et il est prévu de le retrouver sur "Benedetta", mais cette fois en association avec le complice de toujours Gerard Soeteman. Montage. Frank J. Urioste entame sa collaboration avec Verhoeven sur "RoboCop" (1987), qui lui vaut une nomination à l'Oscar du meilleur montage. S'ensuivent "Total Recall" (1990), puis "Basic Instinct" (1992) pour lequel il est à nouveau nommé aux Oscars. À propos de son travail sur ce dernier film, Verhoeven ne tarit pas d'éloges sur le traitement des scènes où apparaît Sharon Stone. Le réalisateur, très critique quant à la capacité de l'actrice à maintenir un jeu correct, apprécie la manière dont le monteur est capable de jongler entre plusieurs prises, même pour une scène de quelques secondes. En comparaison, il estime que dans "Casino" (1995) de Martin Scorsese, le montage de Thelma Schoonmaker laisse beaucoup plus voir les différences de jeu de l'actrice suivant les prises. Depuis, il a collaboré avec le néerlandais Job ter Burg sur "Black Book" (2006), "Elle" (2016) et "Benedetta" (2021). Photographie. Jan de Bont étudie le cinéma à Amsterdam où, après s'être intéressé à tous les métiers de la discipline, il choisit de se spécialiser dans la direction photographique. Installé à Los Angeles depuis 1968, il est malgré tout engagé par Verhoeven sur le tournage de son court métrage "Le Lutteur" en 1970. Il reste chef opérateur pour le cinéaste sur ses trois premiers longs métrages, "Qu'est-ce que je vois ?" (1971), "Turkish Délices" (1973) et "Katie Tippel" (1975), puis le retrouve pour "Le Quatrième Homme" (1983), "La Chair et le Sang" (1985) et "Basic Instinct" (1992). Entre-temps, il s'est ouvert les portes d'Hollywood, travaillant sur des projets comme "Leçons très particulières" (1981) d'Alan Myerson, "Cujo" (1982) de Lewis Teague, "Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ?" (1986) du collectif ZAZ, et des productions plus ambitieuses comme "Piège de cristal" (1988) de John McTiernan, "Black Rain" (1989) de Ridley Scott, "À la poursuite d'Octobre rouge" (1990) à nouveau de John McTiernan et "L'Expérience interdite" (1990) de Joel Schumacher. Il se tourne ensuite vers la réalisation, signant lui-même des films comme "Speed" (1994) ou "Twister" (1996) et sa collaboration avec Verhoeven cesse totalement. À leur sujet, Paul Verhoeven évoque une relation d'abord houleuse, notamment sur le tournage de "Katie Tippel" où ils ne cessent de s'invectiver, au point que se développe entre eux une haine sourde que le réalisateur a longtemps crue définitive. Et puis les années aidant, leurs rapports évoluent vers une confiance profonde et instinctive, qui leur permet de prendre rapidement des décisions pendant les tournages. C'est par exemple à de Bont qu'on doit le décor épuré de la salle d'interrogatoire dans "Basic Instinct" ou la lumière évoquant la peinture flamande qui règne sur "La Chair et le Sang". Quand de Bont ne se rend pas disponible, Paul Verhoeven le remplace souvent par l'Allemand Jost Vacano. C'est déjà lui qui gère la photographie sur "Le Choix du destin" (1977) et "Spetters" (1980). Vacano accepte d'accompagner le cinéaste sur le tournage de "RoboCop" (1987), et ainsi de le soutenir et le rassurer dans cette première expérience américaine. Satisfaits, les deux hommes collaborent ensuite pour presque tous les films de cette période : "Total Recall" (1990), "Showgirls" (1995), "Starship Troopers" (1997) et "" (2000). Composition musicale. Paul Verhoeven choisit Basil Poledouris pour composer la bande originale de "La Chair et le Sang" (1985), le préférant à James Horner, qui selon lui n'aime pas le film, et Jerry Goldsmith, alors trop cher. L'ayant probablement repéré par son travail sur "Conan le Barbare" (1982) de John Milius, il apprécie son ascendance latine qui lui semble correspondre à la tonalité du scénario. Il refait appel à lui pour "RoboCop" (1987) et "Starship Troopers" (1997), ces deux films partageant déjà le même scénariste, Edward Neumeier, le même chef opérateur, Jost Vacano, et le même responsable des effets spéciaux, Phil Tippett. Si le cinéaste opte pour Basil Poledouris pour ses films à forte teneur patriotique, il parvient à s'associer à Jerry Goldsmith pour ses productions plus grand public comme "Total Recall" (1990), "Basic Instinct" (1992) et "" (2000). Il collabore ensuite avec la Britannique Anne Dudley pour la musique de "Black Book" (2006), "Elle" (2016) et "Benedetta" (2021). Production. Quasiment tous les films de la période néerlandaise de Paul Verhoeven sont produits par Rob Houwer, un compatriote de son âge, et qui a déjà accompagné la nouvelle vague allemande quand ils se rencontrent. Houwer veut alors produire un film originaire de son pays. Ce sera "Qu'est-ce que je vois ?", et la collaboration entre les deux hommes ne cessera qu'avec l'internationalisation entamée avec "La Chair et le Sang". Aux États-Unis, il travaille principalement avec Mario Kassar, producteur de "Total Recall", "Basic Instinct" et "Showgirls". Mais lorsque celui-ci décale le projet "Crusade" du Néerlandais, lui préférant "L'Île aux pirates" de Renny Harlin, l'échec cuisant de ce dernier film l'oblige à fermer sa société Carolco Pictures, en 1995. En France, Verhoeven entame une collaboration avec Saïd Ben Saïd. Déjà producteur de "Elle", c'est aussi lui qui œuvre sur "Benedetta" et sur la série "Bel-Ami", tous deux attendus pour 2021. Distribution. Rutger Hauer. Verhoeven fait la connaissance de Rutger Hauer sur le tournage de la série néerlandaise "", diffusée en 1969. Ils deviennent proches et collaborent pendant toute la première partie de carrière du réalisateur. Ils tournent ensemble successivement "Turkish Délices" (1973), "Katie Tippel" (1975), "Le Choix du destin" (1977), "Spetters" (1980), puis "La Chair et le Sang" (1985). La seule entorse constitue "Le Quatrième Homme" (1983), qui met en vedette l'acteur Jeroen Krabbé, déjà présent dans des seconds rôles du "Choix du destin" et de "Spetters". Hauer accompagne également Verhoeven lors de sa première visite aux États-Unis, alors que le cinéaste n'y connaît encore personne et maîtrise mal la langue. Les deux hommes se brouillent durant le tournage de "La Chair et le Sang" en raison d'une scène de viol impliquant Hauer, qui estime qu'elle risque de ruiner sa carrière aux États-Unis. Le réalisateur clame pour sa part qu'il n'a fait que retranscrire l'extrême violence qui animait le Moyen Âge. Rutger Hauer poursuit dès lors en solo sa carrière américaine, entamée avec "Les Faucons de la nuit" (1981) de Bruce Malmuth puis "Blade Runner" (1982) de Ridley Scott. Plus tard, tandis que leurs rapports s'améliorent dans la sphère privée, Verhoeven lui propose un rôle de chef de la Résistance dans "Black Book" (2006), mais Hauer le refuse. Monique van de Ven et Renée Soutendijk. Monique van de Ven joue le rôle principal dans deux des premiers longs métrages de Paul Verhoeven : "Turkish Délices" (1973) et "Katie Tippel" (1975). Entre-temps, elle épouse Jan de Bont, directeur de la photographie sur les deux films. Peut-être parce que de Bont se montre de plus en plus réticent à la voir tourner nue, Verhoeven la remplace par Renée Soutendijk dans "Spetters" (1980) et "Le Quatrième Homme" (1983). Il a remarqué l'actrice dans le film néerlandais "Une femme comme Eva" (1979) de Nouchka van Brakel, dont le rôle principal est justement tenu par Monique van de Ven. En 1984, le réalisateur se déclare prêt à travailler à nouveau avec les deux actrices si un projet lui semble leur convenir, mais l'occasion ne se présente pas immédiatement. Pour son film suivant, "La Chair et le Sang" (1985), il donne plutôt sa chance à une jeune débutante américaine, Jennifer Jason Leigh, vue dans "Ça chauffe au lycée Ridgemont" (1982) d'Amy Heckerling. Durant les auditions, il la préfère à Demi Moore, et apprécie particulièrement sa capacité à jouer en nuances. Mais si Verhoeven n'aura pas de nouvelle occasion de travailler avec Leigh, son départ peu après pour les États-Unis met également un point final à sa collaboration avec ses deux premières actrices de prédilection. En France, c'est avec la Belge Virginie Efira qu'il semble aimer collaborer. Avant leur rencontre, l'ancienne présentatrice de M6 devenue actrice se cantonnait à des comédies romantiques relativement mineures. Mais après sa prestation remarquée dans "Elle", Verhoeven lui confirme sa confiance en lui confiant le rôle principal de son film suivant "Benedetta". Sharon Stone. Le réalisateur rencontre Sharon Stone, alors une actrice mineure, durant les auditions de "Total Recall" (1990). Satisfait de sa prestation, il la présente à Arnold Schwarzenegger, instigateur du projet, qui approuve son choix. Verhoeven estime Stone. Il se souvient d'une scène en particulier, où le personnage qu'elle incarne est surpris par son mari alors qu'elle roue de coups une autre femme. Son visage passe alors . C'est cette séquence qui conduit le cinéaste à imposer l'actrice dans son projet suivant, "Basic Instinct" (1992), contre l'avis de Michael Douglas et du producteur Mario Kassar. Sur le tournage, leur relation est toutefois compliquée. Aux dires de Verhoven, Stone oublie régulièrement son texte ou ne parvient pas à maintenir un jeu correct, imposant au réalisateur de multiplier les prises, là où Michael Douglas n'en a généralement besoin que de quelques-unes. Pourtant, il garde malgré tout une réelle estime pour son jeu dans les rôles pernicieux : Pressenti pour réaliser "Basic Instinct 2" (2006), Verhoeven se voit refuser par les studios la présence d'un acteur du niveau de Douglas pour tenir tête à Sharon Stone, qui doit rester la seule vedette du film. Il décide donc de quitter le projet, marquant la fin de sa collaboration avec l'Américaine. Seconds rôles. Pour les rôles secondaires, Verhoeven aime aussi faire appel aux mêmes professionnels à plusieurs reprises. Son compatriote Dolf de Vries joue dans "Turkish Délices" (1973), "Le Choix du destin" (1977), "Le Quatrième Homme" (1983) et "Black Book" (2006). On retrouve dans ce dernier film deux autres Néerlandais familiers du cinéaste : Derek de Lint, également vu dans "Le Choix du destin", et Thom Hoffman, présent dans "Le Quatrième Homme". Le Berlinois Christian Berkel, dont c'est le premier film avec le réalisateur, apparaît ensuite dans "Elle" (2016). Pendant sa période américaine, Paul Verhoeven conserve ses habitudes : Ronny Cox, antagoniste principal dans "RoboCop" (1987), l'est à nouveau dans "Total Recall" (1990). Marshall Bell, Michael Ironside et Dean Norris, trois autres interprètes de "Total Recall", obtiennent ensuite un rôle dans "Starship Troopers" (1997). De même, William Shockley, qui a joué dans "RoboCop", et Jack McGee, vu dans "Basic Instinct" (1992), font partie de la distribution de "Showgirls" (1995). Influence et adaptations. Beaucoup de films de Paul Verhoeven ont fait l'objet de suites, de remakes ou autres adaptations, principalement dans sa période américaine. Aucune ne semble pourtant le convaincre. S'il admet que le cinéma est , il regrette que cette organisation capitaliste tende à sacrifier le créatif pour se concentrer sur l'aspect purement financier. De ce fait, il n'hésite pas à critiquer publiquement les réalisations qu'il inspire. Comme il l'assure avec malice : "RoboCop". Premier film américain de Verhoeven, et toujours sa réalisation préférée, "RoboCop" nourrit d'emblée les envies de suites. Peu de temps après sa sortie, le réalisateur travaille à une suite avec Michael Miner, coscénariste du premier volet. Mais ses idées ne sont pas retenues dans la version finale de 1990, finalement confiée à une tout autre équipe. Le scénario est réécrit par Frank Miller, un transfuge des maisons d'édition DC et Marvel Comics, aidé pour l'occasion de Walon Green. Ce dernier avait déjà collaboré avec Verhoeven sur le projet "Dinosaur", et sera de nouveau présent à l'écriture sur l'abandonné "Crusade". Réalisé par Irvin Kershner, à qui on devait déjà notamment , ce deuxième opus souffre de ses redites et de son côté artificiel, mais conserve en partie l'humour satirique de son prédécesseur. La recette fonctionne honnêtement et le film parvient à un score honorable dans les salles américaines, enregistrant un score légèrement inférieur à l'original. Verhoeven révèlera à l'automne 2016 que la MGM, qui a depuis racheté Orion Pictures, envisageait de reprendre son travail non retenu dans un nouveau projet. Ces deux films ont vu chacun leur sortie s'accompagner d'une novélisation dans la foulée par le scénariste Ed Naha. La trilogie se conclut en 1993 avec "RoboCop 3", toujours sans le concours de Paul Verhoeven, mais avec encore Frank Miller. Fred Dekker, issu de la série "Les Contes de la crypte", lui prête main-forte au scénario et en même temps réalise. Le résultat, qualifié par la presse d', ou encore , essuie un revers notable en salles. Déçu de ces expériences, lassé de voir ses idées finalement dévoyées, Miller se remet vite à la bande dessinée, sans pour autant quitter l'univers de la franchise. Il assure l'écriture du comics "RoboCop versus The Terminator" dès 1992, et laissera en 2013 Steven Grant adapter sa proposition initiale pour "RoboCop 3" dans une nouvelle série pour Boom! Studios. En 2014 paraît un remake de l'original, avec Joel Kinnaman dans le rôle principal. Ce nouveau "RoboCop" n'enregistre que quelques millions d'entrées en plus aux États-Unis que son modèle, pour un budget près de huit fois supérieur. La presse américaine est également très sévère. Selon Verhoeven, c'est en partie dû à son absence cruelle de second degré. Il assume pleinement la légèreté et même l'humour de son propre film, et pense nécessaire de toujours conserver une certaine distance à son sujet. Pourtant José Padilha, choisi pour diriger cette nouvelle mouture, défend ses choix. Qualifiant l'original de , et son réalisateur de , il affirme s'en être délibérément écarté, misant sur un parti pris plus grave et dramatique, là où il est conscient que Verhoeven jouait plutôt sur l'ironie. Quatre séries télévisées verront par ailleurs le jour. La première, diffusée durant l'année 1988 à la télévision américaine, est tournée en animation et s'adresse à la jeunesse. Elle est suivie en 1994, un an après la sortie de "RoboCop 3", par une nouvelle série éponyme, plus familiale et cette fois en prises réelles. L'entreprise bénéficie du parrainage des scénaristes originaux Edward Neumeier et Michael Miner, et c'est eux qui dirigent l'épisode pilote. Ils réutilisent pour cela des éléments qu'ils avaient engagés dans un nouveau scénario autour de la saga, jusqu'ici en vain. Mais la série sera stoppée après une seule saison faute d'audience. Miner et Neumeier s'orientent ensuite vers une autre série animée, ', diffusée entre 1998 et 1999 aux États-Unis, avant qu'une dernière version, "RoboCop 2001" ('), de nouveau en prises réelles, ne voit le jour au Canada en 2001. "RoboCop" inspire enfin depuis sa sortie de nombreux jeux vidéo, comics, jouets basés sur les films et leur univers, et diverses manifestations dans la culture populaire comme les cosplays. En 2013, les habitants de Détroit (où se situe l'action) parviennent même à obtenir, via une campagne kickstarter de quelques jours, l'édification d'une statue de bronze haute d'environ à l'effigie du héros. "Total Recall". Si "Total Recall" est le seul film américain de Verhoeven à n'avoir pas occasionné de suite proprement dite, celle-ci a bien été en projet dès les années 1990. Arnold Schwarzenegger devait reprendre son rôle, et l'histoire était une transposition de la nouvelle "Rapport minoritaire", signée Philip K. Dick, comme son "Souvenirs à vendre" avait inspiré l'original. Le projet est finalement abandonné, et c'est Steven Spielberg qui plus tard s'appuiera dessus pour réaliser "Minority Report" (2002). Un "remake" sort bien en revanche en 2012, sous le titre "". Il s'agit cependant autant d'un "remake" que d'une nouvelle adaptation de la nouvelle de Philip K. Dick. Les producteurs Neal H. Moritz et Toby Jaffe estimaient l'original , bientôt imités par Colin Farrell, acteur principal de la nouvelle mouture. En l'apprenant, Verhoeven traitera cette dernière de simplement , soulignant une fois encore le second degré qu'il avait pris garde d'insuffler à sa propre version, loin du ton grave et austère du nouvel opus. Il est d'ailleurs rejoint par Edward Neumeier, scénariste sur "RoboCop" et "Starship Troopers", qui qualifiera le film de . Réalisé par Len Wiseman, "Mémoires programmées" est un semi échec dans les salles américaines, avec moins de 60 millions de dollars de recettes pour un budget avoisinant les 125 millions de dollars, mais il se rattrape à l'international avec un total de près de 200 millions de dollars de rentrées. Le bilan reste malgré tout loin de celui du premier, qui avait engrangé plus de 260 millions de dollars de recettes au global, pour un budget de 65 millions. En 1999, le "show runner" Art Monterastelli propose brièvement une série télévisée autour de "Souvenirs à vendre", mais aussi du roman "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?", également de Philip K. Dick. Arrêtée après une saison, elle n'a pas de connexion directe avec l'univers de Paul Verhoeven. À l'inverse, la sortie du premier "Total Recall" inspirera bien un jeu vidéo peu de temps après, et un jeu de rôle est même sorti en 2017. En 2012, Schwarzenegger ira jusqu'à titrer ses propres mémoires "Total Recall". "Basic Instinct" et "Showgirls". L'idée d'une suite à "Basic Instinct" vient à son producteur Mario Kassar à la fin des années 1990. De nombreux réalisateurs sont approchés, parmi lesquels David Cronenberg, John McTiernan et Paul Verhoeven lui-même. Tous quittent le projet après un temps, le Néerlandais parce qu'il s'opposait à l'idée de fonder tout le casting sur la seule Sharon Stone, mais aussi parce que la lecture du script l'avait rendu . L'actrice ne s'engage du reste qu'en 2004, après trois ans de différends juridiques avec le producteur et son équipe. Le film sort finalement au printemps 2006, et s'attire immédiatement des critiques cinglantes, que ce soit aux États-Unis, en France ou au Royaume-Uni. En salles, il subit un revers cuisant, avec seulement 38 millions de dollars de recettes, soit six fois moins que le premier opus. "Showgirls" a également inspiré une suite, mais d'une ambition nettement réduite. Intitulée "", elle est centrée sur un personnage secondaire du premier volet, Penny, incarné par l'actrice Rena Riffel. C'est elle qui porte le projet intégralement. Elle reprend son rôle, mais assure également l'écriture, la réalisation, le montage et la production. Elle s'appuie sur un budget minuscule de , mais peut également compter sur le soutien de Paul Verhoeven et de Carolco Pictures. Elle avait proposé au cinéaste néerlandais d'assurer la mise en scène, mais celui-ci, trop durement atteint par l'échec de son propre film, préfèrera refuser. Le film sort en 2011, de manière confidentielle. "Starship Troopers". Comme "RoboCop", "Starship Troopers" inaugure un univers vaste et croissant. Là aussi Verhoeven était tenté de s'engager dans une suite. Si pour lui "Total Recall" et "Basic Instinct" se suffisent à eux-mêmes, celui-ci lui paraît plus propice à un prolongement. L'entreprise est stoppée par les mauvais résultats du film au box-office américain, mais une série télévisée, réalisée en infographie, est bien lancée en 1999, avec Verhoeven en coproducteur exécutif les deux premières années. Trois "direct-to-video" sortent quelques années plus tard : "Starship Troopers : Héros de la Fédération" (2004), écrit par Edward Neumeier et réalisé par Phil Tippett, respectivement scénariste et responsable des effets spéciaux sur le premier opus, mais aussi sur "RoboCop" ; ' (2012), réalisé par Shinji Aramaki à partir d'un scénario de Flint Dille ; et enfin l'animé ' (2017), avec de nouveau Neumeier à l'écriture, et Aramaki à la réalisation. C'est ainsi qu'à l'idée d'un reboot de la franchise plus fidèle au livre, moins violente, mais aussi moins satirique et plus patriotique (une rumeur datant de 2012, mais réhabilitée fin 2016), Paul Verhoeven, déjà critique envers les remakes de "RoboCop" et "Total Recall", se dit très peu confiant à l'égard du résultat. Il souligne la lecture à plusieurs niveaux que lui et son équipe avaient insufflée au film d'origine, et regrette de voir ainsi les studios vouloir . Autres. "" a aussi eu droit à une suite, sortie directement en vidéo en 2006. Verhoeven ne participe pas au projet, et la majeure partie de l'équipe est renouvelée par rapport au premier volet. Aux Pays-Bas, les mémoires d'Erik Hazelhoff Roelfzema, dont est tiré "Le Choix du destin", ont fait l'objet d'une nouvelle adaptation, cette fois pour les planches, sous la forme d'une comédie musicale. La première s'est déroulée le au TheaterHangaar de Valkenburg, à Katwijk, en présence notamment de la reine Beatrix. La pièce, sans lien direct avec Verhoeven, est un énorme succès, avec plus de trois millions de spectateurs et performances jouées à guichets fermés, et une version anglaise montée au Royal Docks Theatre de Londres à partir de 2020. En 2002, il était également évoqué une suite du film au cinéma, produite par Rob Houwer et réalisée par Jean van de Velde, mais le projet n'a jamais abouti. Distinctions. Paul Verhoeven a reçu plusieurs récompenses tout au long de sa carrière : Box-office. Le tableau suivant fournit les données disponibles en termes d'entrées pour les films du cinéaste.
Princesse Mononoké est un film d'animation historique et de "fantasy" japonais de Hayao Miyazaki, sorti le et produit par le studio Ghibli. L'intrigue, qui se déroule à l'époque Muromachi, raconte l'histoire d'Ashitaka, un jeune archer Emishi, entraîné malgré lui au milieu d'une guerre opposant d'un côté San (la "princesse Mononoké") et la forêt fantastique dans laquelle elle a été élevée et de l'autre dame Eboshi et son village des forges, dépendant de l'exploitation des ressources alentour. Son scénario, inscrit dans un univers animiste et empreint de références shintoïstes, conjugue des thématiques multiples portées par des personnages dont toute dimension manichéenne est exclue. En plus de la question du rapport entre l'homme et son environnement, différents thèmes sont en effet abordés dont les ravages de la guerre, la vengeance, l'escalade de la violence et de la haine qui en découle, la condition féminine, la tolérance ou encore la valeur travail. Le film, salué par la critique au Japon et dans le monde entier, confirme définitivement le statut de Hayao Miyazaki comme un maître de l'animation mondiale et attire sur lui l'attention des critiques dans le reste du monde. "Princesse Mononoké" est un très grand succès commercial au Japon où il remporte notamment les prix Mainichi du meilleur film et du meilleur film d'animation en 1997 et le prix de l'Académie japonaise du meilleur film en 1998. Synopsis. L'histoire se déroule dans le Japon médiéval (ère Muromachi). Ashitaka, le prince de la tribu des Emishis, un peuple reclus au nord de Honshū, est frappé d'une malédiction après avoir tué Naggo, un dieu sanglier devenu un démon : son bras est animé d'une force surnaturelle, mais est rongé par l'entité démoniaque. La chamane du village le dit condamné à mourir et lui conseille de quitter le village afin d'aller chercher à l'ouest la cause de la colère de la nature et l'espoir de trouver la raison de sa malédiction. Sur le chemin, Ashitaka sauve Jiko au détour d'un coup de main de la guerre civile qui ravage le pays. Moine vagabond très désireux de lui montrer sa gratitude, ce dernier conseille à Ashitaka de se rendre dans la forêt où vivent les esprits de la forêt, animaux gigantesques et doués de parole. Ashitaka découvre ensuite deux hommes originaires du village des forges, dirigé par Dame Eboshi. Ils ont été blessés lors d'une attaque menée par la déesse louve Moro, qui a elle-même été blessée par Dame Eboshi. Ashitaka aperçoit peu après San, la princesse Mononoké, une humaine élevée par Moro. Ashitaka ramène les deux hommes jusqu'au village des forges et est chaleureusement accueilli par les femmes du village. Il rencontre Dame Eboshi, issue de la noblesse et qui a pourtant décidé de sauver des femmes de leur ancienne condition, à une époque où les droits humains comme animaux n'étaient pas de mise. Femme forte, elle recueille tous les indigents, tels des lépreux à qui elle confie la tâche délicate de maintenir et améliorer l'artillerie du village. En effet, les habitants tirent leur subsistance du sol de la forêt et produisent du fer afin de pouvoir acheter vivres et autres nécessités loin de chez eux, mais ils doivent déforester pour pouvoir accéder aux minerais, ce qui excède et enrage les dieux de la forêt. Les lépreux fabriquent donc des armes à feu pour lutter contre les esprits de la forêt. Ashitaka apprend ainsi que Dame Eboshi, qui a tiré sur Nago, est responsable de la corruption l'ayant transformé en démon. Pendant la nuit, San pénètre dans le village pour tenter de tuer Dame Eboshi, mais Ashitaka s'interpose entre elles deux et les assomme. Il quitte ensuite le village en emportant San, mais est touché par une balle en partant. Quand San se réveille, elle s'apprête à tuer un Ashitaka affaibli, mais est déconcertée quand celui-ci lui dit qu'elle est jolie. Elle se décide ensuite à lui faire confiance quand, après l'avoir déposé sur l’îlot central de l'étang de l'esprit de la forêt, le dieu-cerf soigne la blessure du garçon. Dame Eboshi et les villageois repoussent une attaque des samouraïs du seigneur Asano, qui cherche à s'emparer du village et des armes qui y sont produites. Dame Eboshi rencontre ensuite Jiko, qui travaille en réalité pour l'empereur et a été chargé de lui ramener la tête du dieu-cerf, censée accorder l'immortalité. Tous deux décident de s'allier dans cette tâche. Les sangliers dirigés par Okkoto (le dieu sanglier de l’île du sud) attaquent les forces de Jiko et de Dame Eboshi pour sauver la forêt, mais ils sont décimés. Okkoto est gravement blessé et San l'emmène jusqu'au dieu-cerf pour qu'il le guérisse, mais le vieux sanglier commence déjà à être corrompu et à se transformer en démon, comme Nago. San essaie alors de l'arrêter, aidée par Ashitaka et Moro, alors que Jiko et Dame Eboshi les suivent. Le dieu-cerf arrive et libère Okkoto de sa corruption, le privant, ainsi que Moro, de sa vie. Dame Eboshi le décapite peu après d'une balle d'arquebuse. Cet acte transforme le corps du dieu-cerf en une gigantesque forme visqueuse qui ôte la vie de tout ce qui la touche, humains, animaux et arbres. Moro, dans un dernier sursaut, se venge et arrache un bras à Dame Eboshi. Jiko s'empare alors de la tête du dieu-cerf et l'emporte avec ses hommes, alors que le corps de celui-ci, métamorphosé, submerge rapidement la totalité de la forêt. Après une course-poursuite avec Jiko et ses hommes, Ashitaka et San parviennent à récupérer la tête du dieu-cerf et à la lui restituer. Ce dernier guérit alors la forêt complètement dévastée, ainsi qu'Ashitaka. San, bien que très attachée à Ashitaka, ne peut pardonner aux humains et choisit de rester dans la forêt. Ashitaka décide d'aller vivre au village des forges d'où il pourra souvent aller voir San. Dame Eboshi, en reconnaissance de leurs actions, s'engage à repartir à zéro pour que son village cohabite davantage en harmonie avec la forêt, tandis que Jiko, fataliste, pense à prendre sa retraite. Production. Concept et scénario. Des thèmes et des dessins proches de "Princesse Mononoke" sont présents dans le manga "Shuna no tabi" ("Le Voyage de Shuna", écrit par Hayao Miyazaki en 1983), comme le caractère droit des héros, l'apparence de Yakkuru (qui est un cobe) ou la forêt primitive. C'est une visite dans l'ancienne forêt de Yakushima qui a donné l'inspiration à Miyazaki pour la forme finale du projet, l'histoire et les personnages ayant avant cela changé plusieurs fois lors de l'étape de préparation du film, qui a duré trois ans. À l'origine Hayao Miyazaki avait un autre projet en tête. Il avait écrit un scénario faisant écho au conte de fée La Belle et la Bête et reprenant des éléments du folklore japonais. Mais à la suite de cela, les studios Disney réalisèrent un dessin animé sur le même sujet. Miyasaki renonça donc à ce projet et s'inspira de la bête de son scénario d'origine pour créer deux nouvelles créatures à savoir Totoro et le Chat-bus que l'on retrouve dans le film Mon voisin Totoro. Ne voulant pas faire du recyclage d'idées, le réalisateur japonais décida de retravailler son scénario et de le transformer en un projet bien plus ambitieux, autrement dit Princesse Mononoké. Hayao Miyazaki s'est inspiré du maître de sabre et de calligraphie Akeji Sumiyoshi qui a redécouvert et remis au jour le terme médévial "mononoké" ("l'esprit des choses"). Sa première exposition à Tokyo en 1970 s'intitulait "Mononoké". Décors. Les paysages du film ont été inspirés par les forêts de Yakushima et les montagnes de Shirakami-Sanchi. Personnages. La complexité et la profondeur des personnages les rendent atypiques vis-à-vis des œuvres précédant "Princesse Mononoké". Ils figurent parmi les créations de Hayao Miyazaki ayant la lecture à la fois la plus complexe, la plus sombre et la plus riche. Miyazaki dit d'Ashitaka qu'il ne voulait pas en faire un héros typique : . Le personnage de San est à l'image d'Ashitaka, une princesse atypique. En étant abandonnée par ses parents humains et recueillie par les loups, Miyazaki en fait une héroïne sauvage, presque effrayante puisque sa première apparition est lorsqu'Ashitaka l'aperçoit avec du sang plein le visage. Son nom, qui lui a été donné par sa mère adoptive, signifie "trois" en japonais. Elle s'appelle ainsi car aux yeux de Moro, San est le troisième petit de sa portée. Elle devient importante puisque le héros tombe plus ou moins explicitement amoureux d'elle, mais son dégoût envers les humains donne à réfléchir sur l'état de la conscience écologique de l'homme, et lui donne ainsi une place plus précise dans la réflexion de l’œuvre. Miyazaki a également déclaré que Dame Eboshi devait avoir eu un passé traumatisant, bien que ce ne soit pas mentionné dans l'animé. Elle a une forte personnalité et est sûre d'elle, comme le montre le fait qu'elle laisse Ashitaka vaquer à sa guise dans le village malgré ses motivations peu claires. Elle ne reconnaît également pas de vassalité vis-à-vis de la cour de l'empereur ou des daimyō (en particulier le seigneur Asano) ; et affiche une attitude tranchée, presque belliqueuse mais pragmatique, peu habituelle pour des femmes japonaises d'alors, allant jusqu'au sacrifice des siens ou d'elle-même, pourvu que ses rêves ou ses compromis et surtout son lot d'équité demeurent. En créant le personnage de Jiko Bou, Miyazaki hésitait à en faire un espion de l'empereur, un ninja, un membre d'un groupe religieux ou simplement quelqu'un de bien. Il a finalement décidé de mélanger tous ces éléments pour ce personnage. Animation. La plus grande partie des images de l'histoire ont été dessinées au dessin traditionnel, mais l'infographie a été utilisée pour quelques scènes, notamment celles où le bras d'Ashitaka le possède et les scènes montrant des vers démoniaques, qui mêlent infographie et dessin traditionnel. Miyazaki a personnellement vérifié chacun des cellulos de l'anime et en a redessinés environ . Réception. Accueil critique. Les critiques ont été globalement très positives à l'égard du dessin animé, non seulement au Japon, mais aussi dans le reste du monde, où le film contribue fortement à attirer l'attention sur la qualité de l'animation japonaise. Au Japon, le film est un succès auprès de la critique et vaut à Miyazaki d'être comparé à un Kurosawa moderne. Aux États-Unis, le film recueille 94 % de critiques positives, avec un score moyen de 93/100 et sur la base de 107 critiques collectées, sur le site internet Rotten Tomatoes, et, sur le site Metacritic, il obtient une note de 76/100, sur la base de 29 critiques. En 2008, dix ans après la sortie du film, le magazine "Empire" classe "Princesse Mononoké" à la dans sa liste des cinq cents meilleurs films de tous les temps. En France, les critiques saluent unanimement "Princesse Mononoké". "Le Figaroscope" évoque , "Le Parisien" un événement du cinéma d'animation , "L'Humanité" à la , "Libération" , "Mad Movies" et , "Première" une œuvre magique et . Dans "Télérama", Bernard Génin évoque et , où il voit la confirmation d'un renouveau mondial du cinéma d'animation ; il rapproche le film du théâtre de Shakespeare ("Le Songe d'une nuit d'été" et "Macbeth"), et ne reproche au film que sa longueur et des graphismes qu'il juge . Box office. "Princesse Mononoké" est un très grand succès commercial au Japon et a rapporté plus de de dollars dans le monde entier. Au Japon, le film bat tous les records au box office. En France, "Princesse Mononoké" sort en salles le et réalise . Aux États-Unis, le film cumule au cours de son exploitation en 1999, ce qui n'est pas un succès particulier ; les choix du distributeur américain du film, qui n'en fait la promotion qu'auprès du jeune public, nuisent probablement à sa carrière en salles. Musique du film. La musique du film est signée Joe Hisaishi. Il s'agit de la sixième collaboration entre le réalisateur et le compositeur. Adaptation. Théâtre. Le film est pour la première fois adapté au théâtre par la compagnie en collaboration avec le studio Ghibli. Le projet a été en développement pendant plus d'un an et est sorti en au à Londres. Produits dérivés. Vidéo. Une édition DVD uniquement disponible au Japon est sortie en 2004. Elle reprenait sur 3 DVDs uniquement le making-of du dessin animé scindé en 3 parties.
Palme d'or La Palme d'or est la récompense suprême décernée par le jury officiel du Festival de Cannes. Elle est accordée au meilleur film de la sélection officielle, élu parmi ceux en compétition. Le symbole de la Palme est tiré des armes de la ville de Cannes . Historique. Récompense précédente et création. Initialement envisagée comme « Coupe Lumière », du nom du président d'honneur du « festival du monde libre », pour s'opposer à la coupe Mussolini de la Mostra de Venise, la plus haute récompense du Festival de Cannes s'appelle à l'origine le « Grand Prix du Festival international du Film » et est décernée à un réalisateur sous la forme d'un diplôme et d'un trophée signé d'un artiste contemporain. L'histoire de la Palme d'or commence dans les années 1950. En 1954, à l'initiative de Robert Favre Le Bret, les organisateurs chargent plusieurs joaillers de concevoir une distinction reprenant, comme symbole de victoire, le motif de la feuille de palmier des armes ancestrales de la vieille cité cannoise, elles-mêmes issues du blason abbatial et de la légende de saint Honorat. À l'approche de l'an Mil, le village de Cannes fut cédé à l'abbaye de Lérins dont la palme était l'emblème en référence au palmier sur lequel grimpa le saint pour que la mer puisse nettoyer l'île des serpents qui l'infestaient. Elle rappelle aussi la palme bénie que rapportaient les Cannois en revenant du pèlerinage annuel aux îles de Lérins. Le projet retenu est celui de Lucienne Lazon. Sa feuille de palmier repose sur un socle en terre cuite réalisé par le sculpteur Sébastien. Une fois élaborée, la récompense prend le nom de « "Palme d'or" » en 1955 et revient, pour la première fois, à l'Américain Delbert Mann pour le film "Marty". Le nouveau prix ne fait pas l'unanimité : il est décerné jusqu'en 1963 et le conseil d'administration revient au « Grand Prix du festival » avec la formule diplôme-œuvre d'art. En 1975, la Palme d'or est définitivement réhabilitée mais son appellation n'est officialisée que cinq ans plus tard. Elle devient le logo du festival au cours des années 1980. Sa configuration évolue avec le temps : elle passe notamment d'un socle arrondi à un socle pyramidal en 1984. Elle est ensuite modernisée en 1992 par Thierry de Bourqueney puis en 1997 par Caroline Gruosi-Scheufele, présidente de la joaillerie suisse Chopard qui depuis cette date, a l'exclusivité de sa réalisation ainsi que celle des deux palmettes, remises en prix d'interprétation à deux comédiens. Les autres prix de la compétition officielle sont décernés sous forme de diplômes (papier parchemin enroulé autour d'un ruban rouge). La palme pèse d'or jaune et mesure de long pour de large. Son coût est estimé à un peu plus de . Elle est travaillée à partir d'un lingot d'or de 18 carats (75 % d'or et 25 % d'alliage de cuivre et d'argent), coulé à 760°C dans un moule en plâtre où a été préalablement placée une copie en cire qui fond sous l'effet de la chaleur mais laisse son empreinte. La palme est ensuite limée, ciselée et polie puis fixée avec sa tige légèrement courbée et ses 19 folioles sculptées sur un coussin en cristal d'un kilogramme, taillé en diamant. Pour 2022, le cristal est remplacé par un quartz rose. Le trophée est alors placé dans un écrin en maroquin bleu. Plus de 40 heures de travail sont nécessaires à sa réalisation. La palme est fournie gracieusement par le joaillier qui la garde dans ses coffres jusqu'au dernier moment. Une copie à l'identique est toujours conservée en cas d'accident matériel ou d'attribution "ex-æquo". Le nom de son récipiendaire est annoncé en dernier lors de la proclamation du palmarès. En 2014, Chopard abandonne l'or recyclé habituel et se lance dans la fabrication de la première palme équitable, certifiée Fairmined, en collaborant avec deux coopératives du désert d'Atacama, au Chili, qui exportent l'or vers la Suisse pour la confection de la récompense. En 2017 et en 2022, pour les éditions anniversaires du festival, la palme est incrustée de diamants. Prestige critique et commercial. Considérée comme l'une des distinctions cinématographiques les plus importantes, son attribution comprend des enjeux artistiques, financiers et médiatiques majeurs : gage de qualité pour le public français et international, elle permet à son lauréat d'obtenir une renommée mondiale, de trouver facilement un distributeur et de multiplier par dix, voire par cent le nombre de spectateurs en salles même si ce boom de fréquentation est moins évident dans les années 2000. Cumul avec d'autres prix. Lors du Festival 1988, l'interprétation de Max von Sydow est mentionnée par Ettore Scola, président du jury, pour l'attribution de la Palme à "Pelle le Conquérant" de Bille August. De même, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, les comédiens d"Amour" de Michael Haneke, sont cités par les jurés pour leur contribution fondamentale au film, en 2012. En 2013, Steven Spielberg et son jury obtiennent une dérogation exceptionnelle pour que le prix co-distingue à la fois le réalisateur Abdellatif Kechiche et les deux actrices principales de "" : Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir les films palmés recevoir des nominations puis des récompenses lors de la Cérémonie des Oscars à Hollywood, l'année suivante ("Marty", "Orfeu Negro", "Un homme et une femme", "Le Tambour", "Pelle le Conquérant", "La Leçon de piano", "Le Pianiste", "Amour, Parasite"...) ou dans leurs propres récompenses locales. Faits remarquables. Bien que le festival ne consacre sa compétition qu'aux films de cinéma, certaines palmes étaient initialement destinées à être diffusées à la télévision, en téléfilm ou mini-série. Quelques fois, cette diffusion eut lieu avant la sélection cannoise, car le festival autorise (hors films français) les sorties locales. C'est le cas de "Padre Padrone", "Les Meilleures intentions" ou "Elephant". Deux documentaires ont été consacrés par la récompense suprême, "Le Monde du silence" et "Fahrenheit 9/11". La palme n'est allée pour l'instant qu'à deux réalisatrices : Jane Campion en 1993, pour "La Leçon de piano", et Julia Ducournau en 2021, pour "Titane". À ce jour, neuf metteurs en scène ont réussi à l'obtenir à deux reprises : Francis Ford Coppola, Bille August, Emir Kusturica, Shōhei Imamura, les frères Dardenne, Michael Haneke, Ken Loach et Ruben Östlund. Le réalisateur suédois Alf Sjöberg a également obtenu deux fois la récompense suprême du festival de Cannes, mais il ne s'agissait pas encore de la Palme d'or. En 2018, "Le Livre d'image", réalisé par Jean-Luc Godard, reçoit une Palme d'or spéciale. Palme d'or de l'édition 1939. "Pacific Express" ("Union Pacific") avait été sélectionné dans la compétition de 1939, lors de ce qui aurait dû être la toute première édition du Festival de Cannes, organisée à l'instigation de Jean Zay et présidée par Louis Lumière. La compétition comptait parmi les films français "L'Enfer des anges" de Christian-Jaque, "La Charrette fantôme" de Julien Duvivier, "La Piste du nord" de Jacques Feyder et "L'Homme du Niger" de Jacques de Baroncelli puis, parmi les longs métrages étrangers, "Le Magicien d'Oz" de Victor Fleming, "Au revoir Mr. Chips" de Sam Wood, "Boefje" de Douglas Sirk, "Lénine en 1918" de Mikhaïl Romm et "Les Quatre Plumes blanches" de Zoltan Korda. La déclaration de guerre du Royaume-Uni et de la France à l'Allemagne nazie en septembre 1939, à la suite de l'invasion de la Pologne, provoqua l'annulation immédiate de la manifestation. Le festival ne put avoir lieu qu'en 1946, après le second conflit mondial. Pour le du festival, en 2002, un jury, présidé par l'écrivain Jean d'Ormesson et composé de , Alberto Barbera, Lia van Leer, Ferid Boughedir et Raymond Chirat, eut pour tâche de départager les films sélectionnés en 1939, avec 63 ans de retard. Sept films parmi les 32 de la sélection originelle furent jugés. La Palme d'or fut décernée à l'unanimité et à titre posthume à Cecil B. DeMille pour "Union Pacific". Judy Garland et Michèle Morgan reçurent quant à elles une mention spéciale pour le meilleur espoir féminin, respectivement pour "Le Magicien d'Oz" et "La Piste du nord" . En , le festival "Cannes 1939", organisé à Orléans, est allé plus loin puisqu'il a projeté tous les films prévus pour cette première édition annulée et a décerné un palmarès. Toutefois, la Palme d'or y a été remplacée par un « Grand prix Jean-Zay Cannes 1939 », décerné cette fois à "Monsieur Smith au Sénat", de Frank Capra, également primé pour l’interprétation masculine de James Stewart et par un Prix du jury lycéen. Parité. La néo-zélandaise Jane Campion fut pendant 28 ans la seule femme ayant reçu la palme d'or, pour "La Leçon de piano" en 1993, en la partageant avec le cinéaste chinois Chen Kaige qui l'a obtenue pour "Adieu ma concubine". En 2021, Julia Ducournau devient la deuxième femme couronnée avec "Titane", et la première femme à la remporter seule. Sur la vingtaine de films choisis chaque année, il n'y a jamais eu plus de cinq femmes en compétition, 2022 étant un record absolu avec vingt-un hommes et cinq femmes concourant pour la Palme d'or. Critiques. Étant l'une des récompenses les plus prestigieuses du cinéma, au fil de son histoire, le choix de la Palme fit polémique, au-delà de l'opinion propre des journalistes et des publications. Souvent, ces critiques sont consécutives au verdict du jury, souverain dans ses choix, qui ne récompense pas forcément le favori des festivaliers et de la presse. Ainsi, on reproche souvent que certains réalisateurs sont palmés pour leurs films considérés comme faibles ou mineurs dans leurs filmographies. On constate aussi des critères de décision pas seulement artistiques, mais liés au contexte de l'époque, impulsés par l'actualité politique en cours. Les films concernés sont principalement "L'Homme de fer" (essor de Solidarność en Pologne communiste et du Parti socialiste en France), "Fahrenheit 9/11" (oppostion au président George W. Bush) et "" (adoption en France de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe). Les polémiques viennent aussi du jury. Le règlement veut limiter les potentiels conflits d'intérêts en faisant en sorte qu'aucun juré désigné ne participe à un des films de la compétition. Mais les polémiques sont nombreuses que ce soit sur des présidents du jury « tyranniques » (Kirk Douglas en 1980, Roman Polanski en 1991, Isabelle Adjani en 1997), des connivences par rapport aux collaborations passés (David Lynch en 2002, Isabelle Huppert en 2009), cela concernant quelquefois de simples jurés. Palmarès. Récompenses multiples. Par réalisateur. Neuf réalisateurs ont remporté deux fois la Palme d'or (ou le Grand Prix, selon les périodes concernées) : Par pays. Classement des pays récompensés par le Grand prix du festival (de 1939 à 1954 et de 1964 à 1974) puis la Palme d'or (de 1955 à 1963, et depuis 1975) : Cumuls. La Palme d’or a par moments été accompagnée d’autres prix décernés par le jury officiel. Au début des années 2000, il est décidé que, comme pour l'œuvre récompensée du Grand Prix ou du Prix de la mise en scène, le film lauréat de la Palme d’or ne peut plus obtenir d’autres récompenses. L'attribution d'un prix "ex-æquo" à deux films n'est plus applicable à la palme. Cette dernière ne peut donc revenir désormais qu'à un seul long métrage. Cette limite ne vaut que pour la sélection officielle, les prix décernés par d’autres institutions ou d'autres jurys (comme le Prix FIPRESCI ou le Prix du jury œcuménique) ne sont pas concernés. Box-office français. La Palme d'or peut quelquefois être un gros succès au box-office. Certains films d'auteurs arrivent à dépasser le million de spectateurs, objectif inespéré sans la médiatisation engendrée par Cannes.
Polygone Un polygone, en géométrie euclidienne, est une figure géométrique plane formée d'une ligne brisée (appelée aussi "ligne polygonale") fermée, c'est-à-dire d'une suite cyclique de segments consécutifs. Les segments sont appelés bords ou côtés et les extrémités des côtés sont appelés sommets ou coins du polygone. Un polygone est dit croisé si au moins deux côtés non consécutifs sont sécants, et simple si l'intersection de deux côtés est vide ou réduite à un sommet pour deux côtés consécutifs. La somme des angles d'un polygone simple (convexe ou non) ne dépend que de son nombre de sommets. Dans le cas des polygones simples, on confond souvent le polygone et son intérieur en appelant "polygone" la surface délimitée par la ligne polygonale fermée. La notion de polygone est généralisée : Vocabulaire de base. Un polygone est constitué : Un polygone est en général désigné par la juxtaposition des lettres désignant les sommets, dans l'ordre de la suite. La désignation d'un polygone en toute généralité s'écrit donc AAA···A, constitué de "n" sommets et de "n" segments [A, A], [A, A], …, [A, A] et À chaque sommet distinct de ses deux voisins est associé un "angle interne" : c'est l'angle entre les deux côtés qui aboutissent au sommet. Le périmètre d'un polygone est la somme des longueurs de ses côtés. Ordre d'un polygone. L"'ordre" d'un polygone est le nombre de ses côtés. C'est évidemment aussi le nombre de ses sommets ou celui de ses angles. Côtés prolongés et diagonales. Les droites qui portent les côtés d'un polygone sont appelées les "côtés prolongés" de ce polygone. Une "diagonale" d'un polygone est un segment qui joint deux sommets non consécutifs, c'est-à-dire un segment qui joint deux sommets et qui n'est pas un côté du polygone. Un polygone à "n" côtés possède ainsi formula_4 diagonales. Typologie des polygones. Il existe de nombreuses manières de classer les polygones : en fonction de leur "convexité", de leurs "symétries", de leurs "angles"... Mais on les classe d'abord suivant leur nombre de côtés. Classement suivant le nombre de côtés. Les polygones peuvent être classés entre eux suivant leur ordre. Les polygones d'ordre 1 et 2 sont dits dégénérés : ils correspondent respectivement à un point, et à un segment, et possèdent en particulier de ce fait une aire nulle. Le polygone non dégénéré le plus élémentaire est le triangle. Vient ensuite le quadrilatère, d'ordre 4. À partir de l'ordre 5, chaque nom de polygone est formé d'une racine grecque correspondant à l'ordre du polygone suivie du suffixe "-gone". Pour s'y retrouver dans la dénomination des polygones, il faut retenir que "-kai-" signifie « et » en grec, et que "-conta-" signifie « dizaine ». Par exemple, le mot "triacontakaiheptagone" signifie trois ("tria-") dizaines ("-conta-") et ("-kai-") sept ("-hepta-") unités, et correspond donc à un polygone de trente-sept côtés, « et » étant interprété ici comme « plus ». Au-delà de 12 côtés, la coutume est de parler de "polygone à n côtés". Il existe cependant plusieurs dénominations anciennes pour des nombres « ronds » comme pour un polygone à vingt côtés (icosa-), à cent côtés (hecto-), à mille côtés (chilio-) et à dix mille côtés (myrya-). Les mêmes principes s'appliquent aux polyèdres, où il suffit de remplacer le suffixe "-gone" par le suffixe "-èdre". Classement par convexité. Polygone croisé. Un polygone est dit croisé si au moins deux de ses côtés sont sécants, c'est-à-dire si au moins deux de ses côtés non consécutifs se coupent. C'est le cas du pentagone "ABCDE" ci-contre. Polygone simple. Un polygone est dit "simple" si deux côtés non consécutifs ne se rencontrent pas et deux côtés consécutifs n'ont en commun que l'un de leurs sommets. Un polygone simple est toujours non croisé. Il forme alors une courbe de Jordan, qui délimite une partie bornée du plan, appelée son "intérieur". On appelle aire d'un polygone simple l'aire de son intérieur. Polygone non convexe. Un polygone simple est dit "non convexe" si son intérieur n'est pas convexe, autrement dit si l'une de ses diagonales n'est pas entièrement dans son intérieur. Par exemple, le pentagone simple ACDBE ci-contre est non convexe car les diagonales [B, C] et [C, E] ne sont pas dans l'intérieur du polygone. Le segment ouvert ]B, C[ est même complètement à l'extérieur. L'existence d'une telle « bouche » est une propriété générale des polygones simples non convexes. Polygone convexe. Un polygone est dit "convexe" s'il est simple et si son intérieur est convexe. Ainsi, l'hexagone "MNOPQR" ci-contre est convexe. Classement par symétrie. Notion d'élément de symétrie. Les "symétries d'un polygone" d'ordre "n" sont les isométries du plan euclidien qui permutent à la fois ses "n" sommets et ses "n" côtés. Une telle application affine fixe nécessairement l'isobarycentre "G" des sommets donc ne peut être que de deux types : L'ensemble des symétries de n'importe quelle figure plane est un sous-groupe du groupe des isométries du plan. En effet, lorsqu'on compose deux de ces symétries ou qu'on prend la bijection réciproque de l'une d'elles, le résultat est encore une symétrie de la figure. Les symétries d'un polygone d'ordre "n" forment même un groupe fini, qui est égal, pour un certain diviseur "d" de "n" : Notion de polygone régulier. Un polygone d'ordre "n" est dit régulier s'il est équilatéral (côtés égaux) et équiangle (angles égaux), ou encore s'il est « le plus symétrique possible », c'est-à-dire si son groupe de symétrie est D. Il suffit pour cela que le polygone possède "n" axes de symétrie, ou encore : une rotation d'ordre "n". Lorsqu'on dit « "le" polygone régulier d'ordre "n" », il s'agit de l'« unique » polygone "convexe" de cette famille (on calcule facilement son périmètre et son aire). Les autres sont dits étoilés. Symétrie axiale. Le groupe de symétrie est diédral si et seulement si le polygone admet un axe de symétrie. Plus précisément : Symétrie centrale. Dans un polygone d'ordre "n", pour que l'isobarycentre soit un centre de symétrie — c'est-à-dire pour que le groupe de symétrie C ou D contienne la rotation d'angle π — il faut et il suffit que "d" soit pair, donc il faut que "n" soit pair. Les côtés opposés sont alors parallèles et de même longueur. Les quadrilatères non croisés possédant une symétrie centrale sont les parallélogrammes. Classement par les angles. Polygone équiangle. Un polygone est dit équiangle quand tous ses angles internes sont égaux. Dans un polygone convexe équiangle à "n" côtés, chaque angle interne mesure (1 – 2/"n")×180° (cf. § « Somme des angles » ci-dessous). Angles droits. Un triangle rectangle comporte un angle droit et deux angles aigus. Les quadrilatères convexes à au moins deux angles droits sont les trapèzes rectangles et (constitués de deux triangles rectangles accolés par leur hypoténuse). Les quadrilatères comportant au moins trois angles droits sont les rectangles. Un polygone convexe ne peut présenter plus de quatre angles droits. Autres classements. Polygone inscriptible (dans un cercle). Un polygone est dit "inscriptible" quand tous ses sommets se trouvent sur un même cercle, dit "cercle circonscrit au polygone". Ses côtés sont alors des cordes de ce cercle. Parmi les quadrilatères inscriptibles, on trouve les trapèzes isocèles, les antiparallélogrammes et les cerfs-volants à deux angles droits. Polygone circonscriptible (à un cercle). Un polygone est dit "circonscriptible" quand tous ses côtés sont tangents à un même cercle, dit "cercle inscrit dans le polygone". Les anglophones et les germanophones ont baptisé « polygone tangent » ce type de polygone. Polygone bicentrique. Un polygone à la fois inscriptible et circonscriptible est dit bicentrique. Les triangles et les polygones réguliers sont bicentriques. Voir aussi : « Grand théorème de Poncelet » et « Quadrilatère bicentrique ». Somme des angles. La somme des angles internes d'un polygone "simple" d'ordre "n" ne dépend pas de sa forme. Elle vaut (en radians et en degrés) : formula_5 En effet, cette formule, bien connue pour "n" = 3, se généralise en découpant le polygone en "n" – 2 triangles accolés deux à deux par un côté commun, qui est une diagonale de ce polygone (dans le cas particulier d'un polygone convexe, il suffit de considérer tous les segments joignant un certain sommet à tous les autres). Une autre façon de démontrer cette formule est de remarquer que (pour des angles orientés convenablement) la somme des "n" angles externes est égale à 360° et les angles externe et interne associés à un même sommet ont pour somme 180°. Polygones équivalents (combinatoire). Deux polygones sont dits équivalents s'ils peuvent s'obtenir par rotation ou réflexion l'un de l'autre. Ainsi pour formula_6 il existe formula_7 polygones non équivalents (). Parmi eux certains sont chiraux (formula_8 polygones chiraux pour formula_9 côtés). Le nombre de polygones non équivalents par rotation seulement vaut donc formula_10 ().
Philosophie La philosophie, du grec ancien φιλοσοφία (composé de φιλεῖν, "philein" : « aimer » ; et de σοφία, "sophia" : « sagesse » ou « savoir »), signifiant littéralement « amour du savoir » et communément « amour de la sagesse », est une démarche qui vise à une compréhension du monde et de la vie par une réflexion rationnelle et critique. C'est une recherche de la vérité qui est guidée par un questionnement sur le monde, la connaissance et l'existence humaine. Elle existe depuis l'Antiquité en Occident et en Orient, à travers la figure du philosophe, non seulement en tant qu'activité rationnelle mais aussi comme mode de vie. L'histoire de la philosophie permet d'appréhender son évolution. Ancrée dès ses origines dans le débat d'idées partagées lors du dialogue, la philosophie peut se concevoir comme une activité de création, de méditation, de définition et d'analyse de concepts tels que le bien, le mal, la beauté, la justice. Elle peut aussi être envisagée comme une quête de vérité, de liberté, de sens, de conscience, bref, une quête du bonheur. Selon un point de vue chrétien, son objectif devrait être tourné vers la contemplation de la vérité et la recherche de la fin dernière et du sens de la vie. Chez Aristote, la sagesse est la science des premiers principes et des premières causes. C'est une définition sur laquelle s’appuieront les aristotéliciens à l'époque médiévale pour fonder la philosophie première. Au sens moderne et pour une partie des philosophes contemporains, la philosophie n’est pas un savoir, ni un ensemble de connaissances, mais une démarche de réflexion sur les savoirs à disposition. Elle est devenue une discipline des sciences humaines. Le champ d'étude de la philosophie peut embrasser un ensemble de disciplines telles que les sciences humaines et sociales, les sciences formelles et les sciences naturelles, auxquelles elle est historiquement liée. La philosophie a engendré des domaines d'études fondamentaux tels la logique, l'éthique (philosophie morale), la métaphysique, et l'épistémologie (philosophie des sciences et théorie de la connaissance). Au cours du temps, ces branches de la philosophie ont vu naître des ramifications comme celles de la philosophie politique, la philosophie du droit, l'esthétique (philosophie de l'art), l’ontologie, la philosophie de l'esprit, l’anthropologie philosophique, ou la philosophie du langage, entre autres. Étymologie. Étymologiquement, le mot français "philosophie" dérive du grec ancien φιλοσοφία, composé de φιλεῖν, « aimer » et σοφία, « la sagesse, le savoir », c'est-à-dire littéralement : "l’amour de la sagesse" ou "l’amour du savoir". Selon le philosophe Roger-Pol Droit, . À noter que le mot φιλοσοφία fait effectivement partie du lexique du grec ancien, où l'on trouve des usages attestés dès l'Antiquité. Il s’agit donc d’une sémantique de construction, comme pour le terme "utopie", néologisme couramment forgé dans la langue française. Les termes φιλόσοφος ("philosophos") et φιλοσοφεῖν ("philosophein") apparaissent en quelques occurrences chez les penseurs présocratiques Héraclite, Antiphon, Gorgias et Pythagore, mais aussi chez d'autres penseurs comme Thucydide ou Hérodote, contemporains de Socrate. En la matière, un écho d’Héraclide du Pont révélerait que le premier penseur grec à s’être qualifié lui-même de « philosophe » aurait été Pythagore. Toutefois, c'est la pratique dans les dialogues de Platon qu'en a fait Socrate, qui a ordonné le type de questionnement et de recherche sur la raison qui a constitué jusqu'à aujourd'hui la philosophie. La philosophie est définie à plusieurs reprises par Platon comme étant en opposition avec le désir "humain" : « "philo-nikos" (amour de la victoire), et "philo-sómatos" (amour du corps) "philo-hèdonos" (amour du plaisir sensationnel) ». Pour lui, elle s'exerce plutôt dans la partie sur-"humaine" des êtres humains, c'est-à-dire dans une pratique intellectuelle pure, et elle est synonyme de φιλομαθία ("philomathia") : « amour de la connaissance ». Par ailleurs, elle est une tendance vers une sagesse et un savoir intangible, et en ce sens elle relève d'un désir permanent : ainsi, Socrate, lors de son procès rapporté dans l"'Apologie de Socrate", affirme ne pas être sage, et également ami de la sagesse. Il aurait considéré plus tard sa condamnation à mort comme une chance ultime de séparation de son âme, qui de par sa constitution intellectuelle propre lui aurait permis de contempler un savoir post-mortem. Dans une optique similaire, Emmanuel Levinas écrit, dans la préface de "Totalité et Infini" : . La philosophie comme mode de vie. La philosophie s’est comprise très tôt comme une manière de vivre et non pas uniquement comme une réflexion théorique. Autrement dit, être philosophe, c’est aussi vivre et agir d’une certaine façon et non pas seulement se confronter à des questions abstraites. L’étymologie du terme « philosophie » indique bien que le philosophe est celui qui tend vers la sagesse, qui cherche à vivre comme il le faut et plus particulièrement qui recherche le bonheur. La philosophie, entendue comme mode de vie, met l'accent sur la mise en application dans sa propre vie des résultats de la réflexion philosophique. L’idée que la philosophie est une manière de vivre a aussi pu amener certains philosophes à imaginer que, pour cette raison, ils devaient guider les autres et les aider à mener correctement leurs existences. La philosophie, d’éthique personnelle, pouvait se faire projet collectif voire politique. Ces ambitions « collectives » de la philosophie prennent différentes formes. Une véritable communauté de vie pouvait se constituer autour d'un philosophe. Ceci explique en partie la naissance dans l’Antiquité d’écoles philosophiques (autour d’Épicure, de Platon ou d’Aristote par exemple). Depuis les présocratiques et surtout à partir de Socrate, toute une tradition a défendu cette conception de la philosophie comme un mode de vie. Citons entre autres les Stoïciens, Platon, Aristote, Épicure, Descartes, Spinoza, Sartre ou Russell. Mais ces derniers sont loin d’exclure l’idée que le philosophe s’intéresse à des problèmes théoriques. La « sagesse », ou plus exactement la "sophia", que souhaite appréhender le philosophe est aussi un savoir et une connaissance. Le philosophe, dans la lignée de la tradition fondée par Socrate, sait comment il doit vivre ; il peut justifier ses choix et son mode de vie. Socrate par exemple, dans les dialogues socratiques de Platon, exige de ses interlocuteurs qu’ils soient à même de donner le "logos" de leur jugement de valeur et de leur choix, c’est-à-dire de les justifier rationnellement. Cette exigence de rationalité peut même amener à donner des fondements authentiquement scientifiques à la philosophie. Bien sûr la définition de la philosophie en tant que "modus vivendi" (mode de vie) ne peut prétendre être suffisante pour définir la philosophie dans son ensemble. Bien des philosophes ont compris la philosophie comme un travail intellectuel et non comme un mode de vie : c'est le cas dans le monde universitaire et de la recherche de nos jours. Il en va tout autrement, en Inde notamment. Le point de vue occidental ne peut s'appliquer aux concepts philosophiques en vigueur dans cette partie du monde, bien qu'il y eût tentative d'assimilation à l'époque romaine, en particulier avec Plotin. L'on sait que lors des conquêtes d'Alexandre le Grand (vers -325), les Grecs furent frappés par l'ascétisme hindou et le dénuement qui en résultait. D'où leur appellation, fausse, de « gymnosophistes » (de "gumno", « nu »). Ces ascètes pratiquaient les préceptes des Upanishads. À cette confrontation d'idées philosophiques intervient l'ethnophilosophie. Maurice Merleau-Ponty dans sa leçon inaugurale au Collège de France, intitulée "Éloge à la philosophie", laisse entrevoir une conception de la philosophie comme mode de vie. Pour Pierre Hadot, dans "La philosophie comme manière de vivre" : « Le vrai philosophe n'est pas celui qui parle, mais celui qui agit [au quotidien] ». « Il y aurait place à nouveau dans notre monde contemporain, pour des "philo-sophes" (sic), au sens étymologique du mot c'est-à-dire des chercheurs de sagesse, qui, ne renouvelleraient pas le discours philosophique, mais chercheraient […] une vie plus consciente, [plus cohérente (dit plus loin)], plus rationnelle, plus ouverte sur les autres et sur l'immensité du monde. […] discours et vie [philosophiques au quotidien] sont inséparables ». « la concentration sur l'instant présent, l'émerveillement devant la présence du monde, le "regard d'en haut" [concept qui lui est familier, et qu'il décline aussi en "point de vue de Sirius"] porté sur les choses, la prise de conscience du mystère de l'existence », « s'efforcer à l'objectivité, à l'impartialité de l'historien et du savant, et aussi se détacher de son Moi pour s'ouvrir à une perspective universelle », « d'ouvrir notre cœur à tous les êtres vivants et à la nature entière dans sa magnificence ». Selon Georges Politzer, la philosophie du matérialisme scientifique, en devenant dialectique, s'identifie à une pratique au quotidien. Un des fondements de cette philosophie est la liaison étroite entre la théorie et la pratique. C'est, pour lui, ce qui sépare le matérialisme des philosophes totalement idéel (domaine de la pensée), non idéaliste autant que faire se peut, du matérialisme marxiste qui est aussi praxique (dans le but de l'action, vie privée ainsi que vies sociale et politique). La philosophie occidentale. Définition. La philosophie contemporaine occidentale, issue d’une tradition multiple, se présente sous des formes variées : tradition herméneutique et postkantienne en Allemagne, philosophie analytique dans les pays anglophones et dans une grande partie de l’Europe, tradition phénoménologique en Europe continentale. Certains remettent fortement en cause la tradition philosophique et ses présupposés telle la philosophie féministe, la déconstruction de Derrida ou de Heidegger. Ces courants forment autant de pratiques différentes et d'opinions divergentes sur la nature de la philosophie, qui interdisent de donner une définition unique acceptable par tous. S'il y a aujourd'hui plusieurs traditions philosophiques, aucune ne peut prétendre résumer l'activité philosophique à elle seule, ni décrire l'activité philosophique de façon consensuelle. Les difficultés à définir la philosophie sont en outre de nature "épistémologique", car il est difficile de délimiter rigoureusement méthodes, thèmes et objets de la philosophie. Historiquement, elle a pu en effet s'inspirer d'autres disciplines (des mathématiques, voire des sciences positives). Pourtant, elle n'a jamais réussi à développer une méthode ou un ensemble de méthodes qui auraient réussi à s'imposer parmi les philosophes (comme la méthode expérimentale s'est imposée en physique et en chimie par exemple). En outre les amalgames entre la philosophie et d'autres disciplines sont de plus favorisés par une tradition de philosophes aux intérêts très divers. Ainsi Aristote aura été aussi bien logicien, que philosophe ou naturaliste. Déterminer le philosophe par sa fonction sociale n'est donc pas aisé. La plupart des activités autrefois appartenant à la discipline sont devenues aujourd'hui autonomes (psychologie, sciences naturelles, etc.), et la part propre de la philosophie s'est réduite. Mais il est également délicat de déterminer l'essence de la philosophie occidentale, soit parce que son statut dans la société est lui-même difficile à cerner, soit qu'elle a été ramenée à d'autres disciplines apparemment proches. Dès l'Antiquité, par exemple, Socrate était confondu dans "Les Nuées" d'Aristophane avec les sophistes, que Platon nous présente pourtant comme ses adversaires dans ses dialogues. Emmanuel Kant ramenait le domaine de la philosophie à quatre questions : « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ? ». Les méthodes de la philosophie occidentale. On peut dans une première approche, délimiter en creux un certain nombre de méthodes et de principes heuristiques qui caractérisent au moins en partie la philosophie. Délimitations négatives de la méthode. D'une part la philosophie ne recourt pas à la méthode expérimentale. La philosophie, en effet, à la différence de la physique, de la chimie ou de la biologie, n'a jamais vraiment intégré le processus d’expérimentation dans son outillage heuristique. Ceci est évident pour la philosophie antique et médiévale qui ne connaissait pas l'expérimentation. Même les grands philosophes qui se sont illustrés comme scientifiques (Descartes, Pascal, Leibniz pour ne citer qu'eux) ont toujours distingué leur travail dans le domaine scientifique et dans le domaine philosophique. Certains philosophes comme Kant ou Wittgenstein ont même vu dans l’absence d’expérimentation en philosophie une caractéristique épistémologique essentielle de cette discipline et ont refusé toute confusion avec les sciences expérimentales. D’autre part la philosophie n'est pas, par essence, une science reposant sur l'observation empirique à la différence de la sociologie ou des sciences politiques par exemple. Il ne faut naturellement pas croire que la philosophie peut ignorer les données empiriques les plus évidentes. Mais traditionnellement la philosophie ne veut pas se limiter à un simple catalogue de faits et entreprend pour cela un vrai travail de théorisation voire de spéculation. Ainsi, par exemple, même si Aristote a recueilli les constitutions des cités grecques de l'époque, il a voulu dans "La Politique" et dans l’"Éthique à Nicomaque" analyser les structures de la cité d'un point de vue théorique. Enfin, la philosophie, à la différence des mathématiques ou de la logique formelle, ne s’est jamais décidée à travailler uniquement au moyen de symboles formels, bien que Leibniz ait pu rêver résoudre les problèmes philosophiques au moyen d’un calcul logique universel. Et si la philosophie analytique contemporaine est impensable sans la logique mathématique, elle utilise encore massivement le langage naturel. Caractéristiques de la méthode de la philosophie. Malgré les difficultés que comporte cette entreprise, il est possible de distinguer certaines grandes caractéristiques positives de la méthode philosophique. La philosophie se comprend comme un travail critique. C'est une de ses définitions les plus courantes. Cette critique n’est cependant jamais purement et simplement négative. Elle a pour but de créer de nouvelles certitudes et de corriger les fausses évidences, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Socrate, par exemple, interrogeait ses contemporains et les sophistes afin de leur montrer leurs contradictions et leur incapacité à justifier ce qui leur semblait évident. Descartes est à l'époque moderne le meilleur représentant de cette conception de la philosophie, car, selon lui, seul un doute radical et général pouvait être le fondement d'une pensée parfaitement rigoureuse et indubitable. La philosophie est souvent caractérisée comme un travail sur les concepts et notions, un travail de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des autres et de les analyser, mais aussi un travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés. Elle a très tôt reconnu les problèmes que posent les ambiguïtés du langage. De nos jours la philosophie analytique donne elle aussi une grande place à ce problème. En outre, à la différence des sciences, la délimitation des méthodes et du domaine de la philosophie fait partie de la philosophie elle-même. Chaque penseur se doit d'indiquer quels problèmes il souhaite éclairer, et quelle sera la méthode la plus adaptée pour résoudre ces problèmes. Il faut en effet bien voir qu'il y a une unité profonde des problèmes philosophiques et de la méthode philosophique. Il ne faut donc pas voir l'instabilité des méthodes et des thèmes philosophiques comme une faiblesse de la discipline, mais plutôt comme un trait caractéristique de sa nature. Ainsi, la philosophie est une sorte de retour critique du savoir sur lui-même, ou plus précisément une critique rationnelle de tous les savoirs (opinions, croyances, art, réflexions scientifiques, etc.), y compris philosophiques - puisque réfléchir sur le rôle de la philosophie c'est entamer une réflexion philosophique. Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments et déductions ce qu’elle avance : elle est volonté de rationalité. C'est même la rupture des présocratiques avec la pensée religieuse (mythologie) de leur époque, et leur rapport aux dieux grecs qui est considérée traditionnellement comme le point marquant de la naissance de la philosophie. Ce souci de démontrer et de livrer une argumentation se retrouve au cours de toute l'histoire de la philosophie. Qu'on songe aux discussions éristiques durant l'Antiquité, à l'intérêt que portent les philosophes à la logique depuis Aristote, mais aussi, au Moyen Âge, au souci de donner à la philosophie la rigueur démonstrative des mathématiques (comme chez Descartes ou Spinoza) ou à l'importance qu'accorde la philosophie analytique de nos jours à la rigueur et à la clarté argumentatives. Malgré cette tendance profonde, la philosophie contemporaine a vu se développer une critique radicale de la raison, que ce soit chez Nietzsche, Heidegger, ou encore Adorno : la rationalité même s'est donc trouvée mise en débat par la philosophie. Les branches de la philosophie occidentale. La philosophie est loin d’être un domaine de connaissances bien délimité au sens où les problèmes auxquels elle se confronte sont d’une extrême variété. Elle étudie de nombreux objets, certains proches, c'est pourquoi sa subdivision en différentes branches est problématique et relève de l'arbitraire. De plus, si des pans entiers de la philosophie sont apparus au , certains domaines se sont détachés très nettement de la philosophie à l'époque moderne. La physique, par exemple, était considérée comme appartenant à la philosophie jusqu’au . Mais le détachement n'est pas toujours aussi net ; ainsi la science politique, considérée comme une ancienne branche de la philosophie devenue autonome, entretient un dialogue permanent avec la philosophie politique (qui n'est donc pas morte). De même, la biologie, qui a longtemps été entravée par son appartenance à la philosophie avec les thèses finalistes, mécanistes, et vitalistes, revient par une porte dérobée. En effet, au début du le développement des biotechnologies a pour corollaire l'apparition d'un nouveau champ d'étude philosophique : la bioéthique. Malgré ces difficultés, les branches suivantes se distinguent aujourd'hui car chacune a un objet propre bien délimité qu'elle soumet à des questionnements spécifiques (et notamment ceux indiqués ici) : Histoire de la philosophie occidentale. Si la philosophie a une longue histoire, il convient de distinguer la pratique de la philosophie de l'étude simple des doctrines passées. Parfois atténuée, voire effacée, cette distinction est pourtant cruciale. Nombre de penseurs en appellent aux philosophies antérieures pour les appuyer, s'en inspirer, ou encore les critiquer : il y a là un appel à l'histoire et à un fond culturel commun, mais ça ne fait pas de la philosophie une discipline historique. La pratique philosophique n'étant pas uniquement une glose sur la philosophie des époques précédentes, il faut la distinguer de l'histoire de la philosophie. "L’histoire de la philosophie" consiste à tenter de reconstruire, de comprendre, d’interpréter, voire de critiquer, les positions et thèses de penseurs comme Platon, Thomas d’Aquin, Hegel, etc. Il s'agit moins d'évaluer la pertinence philosophique ou l'intérêt actuel de ces philosophes que de savoir ce qu'ils ont vraiment dit, et de restituer leurs pensées dans leurs contextes d'apparition. Ce travail d'étude porte également sur des courants philosophiques (le scepticisme antique, le néokantisme), ou des questions débattues au cours de l’histoire (le dualisme de l’âme et du corps, la querelle des universaux) appartiennent elles aussi à l’histoire de la philosophie. Philosophie antique. Période grecque. La philosophie grecque a connu trois grandes périodes : La philosophie grecque se caractérise par le fait qu'elle est dominée par l'éthique, par la question « comment bien vivre ? » et plus particulièrement par celles de la vertu et du bonheur. L'importance de ce thème apparaît évidente à la lecture des dialogues de Platon, des textes d'Aristote, des Stoïciens ou d'Épicure. La conséquence de cette tendance est que la philosophie était comprise comme une façon de vivre et non pas uniquement comme un discours théorique (même si ce dernier ne saurait être ignoré, naturellement) ce qui est particulièrement frappant chez un Socrate, un Diogène ou chez les Stoïciens. Les deux autres grands domaines de la recherche des penseurs antiques sont d'une part la cosmologie et la physique (ce qu'on a longtemps nommé "philosophie naturelle"), d'autre part la théorie de la connaissance parfois liée à la logique. Ainsi, la question fondamentale qui occupait les philosophes présocratiques était la question du principe de toute chose. Au travers d'un mélange d'observations empiriques et de spéculations, ils tentèrent de comprendre la nature et ses phénomènes. Ainsi, le premier philosophe connu, Thalès, tenait l'eau pour le principe de toute chose. Platon dans le "Timée" (livre dont l'influence fut primordiale au cours de l'histoire de la philosophie) cherche lui aussi à expliquer la naissance du monde, et imagine un démiurge qui aurait créé notre univers en reproduisant le Modèle éternel que sont les Idées. Enfin, "la Physique" d'Aristote, tout comme la "lettre à Hérodote" d'Épicure ou la physique stoïcienne montrent le vif intérêt des anciens pour la connaissance de la nature (φυσις, "physis"). La théorie de la connaissance et la logique étaient elles aussi essentielles pour les philosophes de l'Antiquité. Les Sophistes défendent souvent une thèse qu'on peut qualifier de relativiste car elle revient à nier l'existence d'une connaissance objective et universellement valable. « Rien n'est vrai (en soi). Pour chacun la chose apparaît, telle qu'elle apparaît, selon les circonstances et l'environnement ». Tel est le sens de la célèbre formule : la personne humaine est la mesure de toute chose. Platon, à la suite de Socrate qui affirmait l'existence d'une science objective des valeurs et des normes morales, développe une théorie de la connaissance explicitée dans la République et le "Théétète". Platon fait en effet la distinction entre la simple opinion (ou "doxa", empirique et sans fondement) et le véritable savoir philosophique, qui ne peut être acquis que par un long parcours d'apprentissage des mathématiques, de la dialectique et de ce qu'on appelle la théorie des Idées. Épicure, quant à lui, développe toute une théorie empiriste de la connaissance afin de déterminer les critères que doit remplir une connaissance pour être vraie. Enfin, aussi bien Aristote que les Stoïciens ont fondé une logique formelle, sous la forme, respectivement, de la syllogistique et d'une logique des propositions. Rome et l'Antiquité tardive. Les Romains, dominant petit à petit le contour de la mer Méditerranée (la "Mare nostrum"), s'approprient ensuite l'héritage grec des différents courants philosophiques. Certains auteurs romains nous ont légué à travers le temps des principes et concepts de philosophie grecque qui aujourd'hui manquent par faute de textes originaux ou de copies : c'est le cas de Lucrèce (), avec son œuvre poétique "De rerum natura", explicitant l'épicurisme (seules trois lettres d'Épicure nous sont parvenues), malgré le rejet de la poésie par les Épicuriens. Il est en effet probable qu'il ait eu sous les yeux des traités aujourd'hui perdus. Nous devons probablement à Cicéron, philosophe de première importance, d'avoir sauvé le poème de Lucrèce. Premier écrivain ayant rédigé des ouvrages philosophiques en latin, Cicéron ne peut être rattaché à aucune école, faisant preuve d'éclectisme, mais il a toutefois largement contribué à répandre la philosophie stoïcienne et épicurienne dans le monde romain. Les Stoïciens sont représentés par deux grands hommes de pouvoir : Sénèque () et Marc Aurèle (). Le premier de ces deux personnages est célèbre d'une part de sa proximité (qui lui sera fatale) avec l'empereur Néron, d'autre part parce qu'il est considéré comme le représentant plus complet du stoïcisme (bien que s'en émancipant), notamment par l'entremise de ses œuvres, à savoir deux de ses Dialogues ("De Brevitate vitæ", De la brièveté de la vie ; "De Vita beata", Sur la vie heureuse). Le second Stoïcien est Marc Aurèle, empereur romain. Influencé par Épictète, il développe dans son fameux "Pensées à moi-même" les plus hautes valeurs qui doivent relever de l'être humain : sagesse, justice, courage et tempérance. Le néoplatonisme, mouvement fondé par Plotin (), voulait concilier la philosophie de Platon avec des idées conceptuelles de l'Égypte et de l'Inde. Il y eut deux phases concernant le néoplatonisme durant l'Antiquité, et une autre plus locale lors de la Renaissance. De consonance bien plus mystique que les Idées platoniques, Plotin voit la philosophie comme un cheminement de l'âme vers le principe de transcendance du Bien, donnant pour but à ce système, l'union avec le principe premier, originel, Dieu. Augustin d'Hippone, ou saint Augustin (), personnage le plus important pour la propagation du christianisme après saint Paul, laisse une abondante trace écrite qui sera d'une influence décisive sur le devenir de l'Occident, et de ce point de vue, sur de nombreux philosophes et théologiens. Sa pensée, l'augustinisme (nommée ainsi après sa mort), consacre l'idéalisme platonicien. Philosophie médiévale. La philosophie médiévale d'Occident et du Proche-Orient sont issues du même courant. Ce sont les penseurs musulmans et chrétiens, puis entre musulmans eux-mêmes, qui en cherchant des arguments convaincants vont faire appel à la philosophie antique. Du Moyen-Orient, principalement musulman, vont naître plusieurs écoles de pensée et de méthode qui seront reprises plus tard en Occident, alors que les sociétés musulmanes finiront par étouffer les idées originales nées durant cette période. La philosophie médiévale en Occident est caractérisée par la rencontre du Christianisme et de la philosophie. La philosophie médiévale est une philosophie chrétienne, à la fois dans son intention et par ses représentants qui sont presque tous des clercs. Un thème fondamental constant est à partir de là aussi le rapport entre la foi et la raison. Mais ceci ne signifie pas que la pensée se manifeste désormais selon une unité dogmatique. Le conflit des directions philosophiques entre elles d'une part et les condamnations de thèses par les autorités ecclésiastiques d'autre part, montrent bien que la pensée se déploie sur des voies très autonomes et divergentes. Malgré sa grande diversité et sa longue période de développement, elle se manifeste cependant une certaine unité dans la présentation des questions philosophiques : discussion des auteurs du passé, confrontation avec les Saintes Écritures et les textes des Pères de l'Église, afin d'examiner toutes les facettes d'un même problème, dont à la fin l'auteur proposait la résolution. La première période coïncide avec l'Antiquité : la Patristique (du au environ) est caractérisée par les efforts des Pères de l'Église ("patres") pour édifier la doctrine chrétienne à l'aide de la philosophie antique, et de l'assurer ainsi à la fois contre le paganisme et contre la gnose. Le représentant de la philosophie chrétienne le plus important et ayant eu le plus d'influence dans l'Antiquité est saint Augustin. Son œuvre, influencée par le néoplatonisme, est une des principales sources de la pensée médiévale. Après la fin de l'Antiquité, les textes transmis sont, durant des siècles, conservés et recopiés dans les monastères. Pourtant, paradoxalement, la pensée philosophique perd son autonomie et sa force propre. La date symbolique de 529 voit la fermeture de l'École néoplatonicienne d'Athènes ordonnée par Justinien. Les maîtres de l'Académie (Damascios, Simplicios de Cilicie, Priscien de Lydie, Eulamios de Phrygie, Hermias de Phénicie, Diogène de Phénicie, Isidore de Gaza) décident d'aller chercher asile à la cour du roi des Perses à Ctésiphon puis à Harran où se maintient une secte philosophico-religieuse se réclamant du néo-platonisme et de l'hermétisme. La conversion des philosophes de l'École néoplatonicienne d'Alexandrie au christianisme marque la disparition de cette école en 541 La période qui s'ouvre à partir du est appelée généralement la scolastique. L'appellation de Scolastiques ("scola" équivaut à école) désignent ceux qui s'occupent scolairement des sciences, et particulièrement les professeurs qui travaillent dans les écoles des diocèses ou de la cour fondée par Charlemagne, et plus tard, dans les Universités. Mais avec le terme de scolastique, c'est avant tout une méthode qui est évoquée. Les questions sont examinées et résolues rationnellement suivant le pour et le contre. Ce qui caractérise la scolastique, c'est un retour aux textes anciens, leur analyse critique et leur message. Les Universités, fondées à partir du , deviennent le centre de la vie intellectuelle. Le développement du savoir dans les quatre facultés fondamentales suivantes : philosophie ("Septem artes liberales"), théologie, droit, et médecine. Les « "disputationes" » qui ont lieu dans les Universités suivaient le strict schéma de la méthode scolastique. À la fin, sa sclérose formelle, fut le point de départ de la critique qui se réalisa à la Renaissance contre cette forme de philosophie. Les sources antiques auxquelles s'abreuve la scolastique sont avant tout : saint Augustin ; la tradition néoplatonicienne (avec ici les écrits d'un auteur inconnu qui se nomme Denys l'Aréopagite) ; Boèce qui transmet la logique aristotélicienne ; plus tard, l'ensemble des textes d'Aristote. On distingue les périodes suivantes : Philosophie islamique. Les sources de la philosophie islamique proviennent à la fois de l'islam en lui-même (Coran et Sunna) ainsi que de la philosophie grecque, iranienne préislamique et indienne. C'est en cherchant à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter correctement les hadiths, tout en extrapolant sur les questions religieuses qui n'avaient pas été explicitement tranchées dans le Coran, que naît la méthode de l'ijtihad. Avec elle s'ouvrent les premiers débats philosophiques et théologiques en islam, notamment entre les partisans du libre arbitre ou "Qadar" (de l'arabe : "qadara", qui a le pouvoir), et les djabarites (de "djabar" : force, contrainte), partisans du fatalisme. La théologie en islam doit répondre à des interrogations concernant la théodicée, l'eschatologie, l'anthropologie, la théologie négative et la religion comparée. Plusieurs courants philosophiques existent en terre d'islam : La Madhhab motazilite est née d'une opposition aux vues traditionnelles des musulmans partisans du califat. Puis, s'intéressant aux attaques que subissait l'islam de la part des non-musulmans, ces Motazilistes devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'islam lui-même. Le calife Al-Mamun fait du motazilisme la doctrine officielle en 827 et crée la Maison de la sagesse en 832. Très rapidement, la philosophie grecque est introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commence à avoir des représentants parmi eux : ce fut le cas d'Al-Kindi, d'Al-Farabi, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès). Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-fondé de leur foi religieuse ont été recrutés par Hunayn ibn Ishaq, un arabe chrétien qui dirige la maison de la sagesse dans les années 870. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le génie des autres cultures grecque, indienne, perse ont pu produire avant d'entreprendre les commentaires sur ces œuvres. C'est ce travail qui forme les bases de la philosophie musulmane du et . Ceux qui utiliseront cette méthode dite "Ilm-al-Kalâm" basée sur la dialectique grecque seront appelés "mutakalamin". En réponse au motazilisme, Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développe le Kalâm et fonde l'école de pensée acharite qui s'appuie sur cette méthode. Ainsi le kalâm et la falsafa influenceront plusieurs madhhabs. Sous le califat des Abbassides, un certain nombre de penseurs et de scientifiques, et parmi eux de nombreux musulmans non-sunnites ou des non-musulmans (en particulier des lettrés chrétiens syriaques, ceux-ci les ayant auparavant traduits du grec en syriaque, puis en arabe), jouent un rôle dans la transmission à l'Occident des savoirs grec, indien, et d'autres sagesses préislamiques, mésopotamiennes et perses. Trois penseurs spéculatifs, les deux Persans al-Farabi et Avicenne, et l'Arabe al-Kindi, combinent l'aristotélisme et le néoplatonisme avec d'autres courants dans l'Islam. Ils furent considérés par beaucoup comme déviants par rapport à l'orthodoxie religieuse, et certains les jugèrent même comme des philosophes non-musulmans. Les ismaéliens ne sont pas à l'écart de l'influence de la philosophie néoplatonicienne et plusieurs penseurs collaborent pour produire à Basra une encyclopédie : la Ikhwan al-Safa. Le voit l'apothéose de la philosophie pure et le déclin du Kalâm. Cette suprême exaltation de la philosophie doit être attribuée, pour une large part au Persan Al-Ghazali et au Juif Juda Halevi. En émettant des critiques, ils ont produit par réaction un courant favorable à la philosophie par une mise en cause des concepts et en rendant leurs théories plus logiques et plus claires. Ibn Bajjah et Averroès ont produit les plus belles œuvres de la pensée islamique. Averroès clôt le débat par son œuvre d'une grande hardiesse. La fureur des orthodoxes est en effet telle que le débat n'est plus possible. Les orthodoxes s'en prennent sans distinction à tous les philosophes et font brûler les livres. Le débat se poursuivra, mais en Occident, par l'intermédiaire des Juifs. D'aucuns considèrent Ibn Khaldoun comme le dernier grand penseur de ce temps philosophique islamique ; il vécut au . Il fut avec son grand-œuvre "Al-Muqqadima" (en particulier sa brillante introduction) en avance sur son époque et l'inventeur de la sociologie. Philosophie chrétienne. Souvent caricaturée et décriée, la philosophie médiévale s'étend sur la vaste période qui sépare la philosophie antique tardive de la philosophie moderne. Bien loin de se résumer à l'image négative qu'a aujourd'hui la scolastique, elle présente toute une variété de penseurs d'inspirations sensiblement différentes. D'une part le Moyen Âge est une des périodes les plus fécondes en ce qui concerne la logique. Certaines lois logiques ont été connues dès le Moyen Âge (par exemple Pierre d'Espagne connaissait déjà ce qu'on appellera plus tard la loi de De Morgan) avant d'être ensuite oubliées. C'est surtout la philosophie de la logique qui connut un développement important. Les penseurs médiévaux se concentrèrent plus particulièrement sur la célèbre "Querelles des Universaux", dont le point de départ fut une remise en cause de la théorie des Idées platoniciennes. Elle fut animée entre autres par Abélard, Albert le Grand et Guillaume d'Ockham. D'autre part le Moyen Âge fut aussi un âge de redécouverte de la philosophie antique à partir du . La traduction en latin du corpus aristotélicien modifiera ensuite grandement la donne, et contribuera à réaffirmer Aristote comme l'un des philosophes les plus influents de l'histoire. Mais cette redécouverte ne sera possible que par l'intermédiaire des Syriaques de la Mésopotamie et de la Syrie, désireux de s'instruire et souhaitant qu'ils servent à l'exégèse des textes religieux. Les conquérants arabes se virent remettre les ouvrages traduits, ce qui permit le passage des œuvres en Occident. La tradition de commentaire des textes est aussi très présente : le commentaire des "Sentences" de Pierre Lombard sera pour longtemps un exercice canonique de l'époque. Quant aux commentaires d'Aristote par saint Thomas d'Aquin, au , ceux-ci feront longtemps autorité et constitueront un modèle du genre. Enfin, la philosophie médiévale est très liée à l'Église, et les réflexions philosophiques ont souvent un fond religieux et théologique plus ou moins prégnant. Les philosophes du Moyen Âge, qui avaient tous reçu une formation en théologie, se basaient sur les textes bibliques et tentaient souvent de concilier les enseignements de la Bible avec les écrits des philosophes antiques. Cette réconciliation prit la forme d'une subordination de la philosophie à la théologie, ou plutôt d'une complémentarité, les Vérités révélées des Écritures primant sur la « lumière naturelle » de la Raison, l'une n'allant jamais contre l'autre. La grande synthèse de la foi et de la raison, c'est-à-dire d'Aristote, de la théologie et de la Révélation fut réalisée au , notamment par des penseurs comme Thomas d'Aquin. Philosophie juive. Deux réactions eurent lieu chez les Juifs face à la philosophie grecque : alors que les Juifs restés en Judée se rebellaient contre l'hellénisation, d'autres s'installaient en terre grecque, à Alexandrie, et produisaient des penseurs qui, à l'exemple de Philon, n'hésitaient pas à confronter les deux langages. Représentant typique du judaïsme hellénisé d'Alexandrie, Philon ne parle probablement pas l'hébreu. Il rêve de concilier religion et philosophie, révélation et raison : la philosophie est le moyen de défendre et de justifier les vérités révélées du Judaïsme. Celles-ci sont pour lui fixées et déterminées, et la philosophie permet d'en approcher. La Bible hébraïque est pour lui un ouvrage de législation religieuse parsemé de leçons d'éthique, Moïse un précurseur de Solon ou Lycurgue, les commandements bibliques hébraïques inculquent à la personne humaine les fondements du stoïcisme, et accordent son rythme aux rythmes cosmiques et universels. Le Shabbat vise à abolir toute barrière sociale, la casheroute à enseigner la modération et la frugalité. Il fallut l'expansion du monde de l'Islam pour que la philosophie revienne frapper en force aux portes du monde juif. Elle avait désormais un tout autre visage : L'un des penseurs les plus marquants du Judaïsme, Juda Halevi, se leva alors pour combattre la philosophie. Cependant, Juda Halevi ne cessa de se « mouvoir dans l'univers mental de ses adversaires » pour les contrer, alors que son contemporain, Abraham ibn Dawd Halevi tentait d'introduire ses contemporains aux idées Aristote. L'aristotélisme trouva son représentant dans le géant de la philosophie juive, Maïmonide. Il changea littéralement le champ de vision du Judaïsme. Il fut l'« Aigle de la Synagogue », qui écrivit le Commentaire sur la Mishna et le Mishné Torah, le « Prince des Médecins » et surtout un des plus grands érudits que connut le Judaïsme. Auteur du "Guide des Égarés" dont le but est de résoudre la difficulté qui se présente à l’esprit d’un juif croyant, concurremment nourri de réalités philosophiques, Maïmonide a réussi à expliquer les anthropomorphismes bibliques, à dégager la signification spirituelle cachée derrière les significations littérales et à montrer que le spirituel était la sphère du divin. Philosophie dite moderne (1492-1789). Par « philosophie moderne », il faut entendre les courants philosophiques qui se développent au cours de ce que les historiens appellent l'Époque moderne (1492-1789). Globalement, on peut distinguer la philosophie humaniste de la Renaissance et celle des Lumières. L'humanisme (XVe siècle au XVIIe siècle). L’Humanisme est un courant de pensée qui apparaît pendant la Renaissance. Il consiste à valoriser l’Humanité, à la placer au centre de son univers. Dans cette optique, le principe de base de cette théorie est que la personne humaine est en possession de capacités intellectuelles potentiellement illimitées. La quête du savoir et la maîtrise des diverses disciplines sont nécessaires au bon usage de ces facultés. Il prône la vulgarisation de tous les savoirs, même religieux : pour certains humanistes, la parole divine doit être accessible à toute personne, quelles que soient ses origines, sa langue ou sa catégorie sociale. Ainsi, cet Humanisme vise à lutter contre l’ignorance, et à diffuser plus clairement le patrimoine culturel, y compris le message religieux. Cependant l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Les notions de liberté (ce que l'on appelle le « libre arbitre »), de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont de ce fait indissociables de la théorie humaniste classique. L'Humanisme désigne toute pensée qui met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'être humain. La liste des philosophes d'inspiration humaniste comprend aussi bien Pétrarque que Léonard de Vinci, Jean Pic de la Mirandole, Charles de Bovelles, Montaigne, et bien plus tard Thomas Jefferson ou encore Albert Schweitzer ; ceci pour indiquer la longue portée, jusqu'à nos jours, de ce courant philosophique. Les Lumières et l'avènement de la philosophie moderne (XVIIe et XVIIIe siècles). Elle est, d'une part, l'héritière de la pensée antique en bien des points. Descartes, Spinoza, Leibniz ou Hume (pour ne citer qu'eux) . et leur ont notamment emprunté leur vocabulaire. Mais d'autre part, les Modernes ont souvent compris leur propre travail comme une de ce que les philosophes de l'Antiquité avaient déjà accompli, ce qui les conduisit parfois à s'opposer à ces derniers. Cette tentative « d'améliorer » la philosophie antique apparaît clairement dans la philosophie politique, une des grandes caractéristiques de la philosophie moderne étant en effet d'avoir renouvelé celle-ci. Machiavel ou Hobbes ont tous deux voulu fonder la philosophie politique comme science, en la séparant nettement de l'éthique (alors que cette dernière et la politique étaient inséparables chez les trois grands penseurs de l’Antiquité qu'étaient Socrate, Platon et Aristote). En outre, aussi bien Spinoza et Hobbes que Machiavel ont cherché à fonder la philosophie politique sur l'étude de la personne humaine telle qu'elle "est" — et non telle qu'elle "devrait être" comme le faisaient les Anciens. Mais la philosophie moderne, au sens où nous l'avons délimitée, comprend aussi, dès la fin du , la philosophie des Lumières et le libéralisme : Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire entre autres. Le mot « philosophe » y prend le sens nouveau de « membre du parti philosophique » au fur et à mesure que se dessine une philosophie politique qui privilégie la démocratie, la tolérance et la souveraineté du peuple, que ce soit dans le "Traité théologico-politique" de Spinoza, le "contrat social" de Rousseau ou dans les deux "traités du gouvernement civil" de Locke. L'autre grande caractéristique de la philosophie moderne est l'importance qu'y joue la science, même s'il faut remarquer que la philosophie du privilégie plutôt les mathématiques et la physique (mécaniste), alors que les philosophes du se tournent davantage vers la biologie. Les penseurs menaient en effet souvent une carrière de savant, ou nourrissaient en tout cas un vif intérêt pour la science. Leibniz et Descartes, notamment, étaient de grands savants, de même qu'un siècle plus tard Diderot développa des réflexions annonçant le transformisme. Du point de vue de la méthode, la philosophie s'inspire alors soit des mathématiques (tels Descartes et Spinoza), soit de la physique (Hobbes) ; ou bien elle tente de fonder une méthode applicable à tous les domaines du savoir : philosophie, physique, mathématiques, etc., par exemple pour Leibniz. La méthode de la philosophie s'inspire donc souvent de celle des sciences ou des mathématiques. Enfin, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, il est traditionnel de distinguer deux grands courants : le rationalisme (avec Descartes, Leibniz et Spinoza) et l'empirisme (Hume et Locke). De façon très schématique, les rationalistes affirment l'existence d’une connaissance indépendante de l'expérience, purement intellectuelle, universellement valable et indubitable. Les empiristes, eux, affirment que toute connaissance procède de l'induction et de l'expérience sensible. Ce sont souvent aussi des sceptiques (par exemple Hume) qui affirment qu'il n'existe aucune connaissance universellement valable, mais seulement des jugements nés de l'induction et que l'expérience pourra réfuter. Kant défend une position originale dans cette discussion. Il affirme en effet à la fois la nécessité de l'expérience mais aussi des concepts et des formes de la sensibilité "a priori" pour la constitution de la connaissance. Sa thèse combine donc à la fois l'empirisme et le rationalisme. Kant, qui nie à la différence des rationalistes la possibilité d'une connaissance ne reposant pas sur l'expérience, distingue par la suite les choses en soi (connues sans le recours de l'empirie) et les choses pour nous (telles que nous les connaissons). Les premières sont inconnaissables pour nous : Dieu, la liberté et l'âme. Philosophie contemporaine. Le. La philosophie du se divise en des directions si différentes qu'elles ne se laissent pas ramener à un seul et unique concept. Elle comprend la philosophie romantique, l'Idéalisme allemand, le positivisme, la pensée socialiste et matérialiste de Marx, Feuerbach ou Proudhon, le pragmatisme ainsi que nombre de penseurs difficiles à classer tels Schopenhauer, Nietzsche et Kierkegaard ou encore plus tard Chestov. Une partie de la philosophie et surtout de la philosophie allemande se comprend comme un dialogue critique mais aussi constructif avec la pensée kantienne : ce fut le cas de l'Idéalisme allemand, de Schopenhauer et de Nietzsche. Le but avoué étant de reprendre ce qui semblait le plus intéressant dans la philosophie de Kant et de la débarrasser de ce qui semblait être des restes d'une métaphysique dépassée. Les courants philosophiques marqués par l'empirisme ont pris une autre direction comme le positivisme de Comte qui voulait dépasser la pensée métaphysique uniquement au moyen des sciences empiriques c'est-à-dire sans recourir aux explications métaphysiques. En Angleterre Bentham et Mill développèrent l'utilitarisme qui soumettait l'économie et l'éthique à un rigoureux principe de comparaison des avantages et des inconvénients et qui avec l'idée d'un bien-être pour tous (le principe du « plus grand bonheur au plus grand nombre ») joua un rôle fondamental. L'économie et la philosophie politique furent marquées par Marx, Engels ou Proudhon ou encore Hume et Adam Smith. Les deux premiers voulaient modifier profondément les conditions de vie des ouvriers par un bouleversement des structures économiques et politiques de leur époque que les philosophes avaient pour tâche de conceptualiser. Il est en revanche difficile de classer toute une série de philosophes tels Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche. Schopenhauer mettait en avant la puissance et la domination de la volonté sur la raison en s'inspirant des "Upanishads", principes philosophiques constituant pour partie la pensée indienne des "Veda", alors en vogue dans certaines universités européennes. Sa vision du monde pessimiste, profondément marquée par l'expérience de la souffrance, témoigne d'une influence védique et de l'idée bouddhiste de "nirvāna". Nietzsche qui tout comme Schopenhauer accordait une grande importance aux arts, se désignait lui-même comme un immoraliste. Pour lui les valeurs de la morale chrétienne traditionnelle étaient l'expression de faiblesse et d'une pensée décadente. Il analysa les idées de nihilisme, de surhomme, et de l'éternel retour de la répétition sans fin de l'histoire. Kierkegaard était en bien des points un précurseur de l'existentialisme. Il défendait une philosophie imprégnée de religion et représentant un individualisme radical qui dit comment on doit se comporter en tant qu'individu singulier dans les différentes situations concrètes. Le. La philosophie du se caractérise elle aussi par une importante variété de doctrines, dominées globalement par deux grandes familles de pensée : la philosophie analytique et la phénoménologie. La philosophie analytique, philosophie dominante de la seconde moitié de ce siècle, qui prend racines en Allemagne avec Frege, en Autriche avec Moritz Schlick et Rudolf Carnap, au Royaume-Uni avec Russell et Whitehead, et en Pologne avec l'École de Lvov-Varsovie (Tarski, Kotarbiński, Leśniewski, Łukasiewicz), est majoritaire dans l'ensemble des pays anglophones et dans une grande partie de l'Europe (Autriche, Allemagne, Pologne, Suisse, pays scandinaves, etc.). Elle se caractérise par un usage important de la logique mathématique et plus généralement par une grande attention portée au langage comme source d'illusions et de paralogismes. Elle a abouti à une reprise d'ensemble de nombreux problèmes philosophiques traditionnels tels que la nature de l'esprit et ses rapports au corps (voir philosophie de l'esprit), les problèmes relatifs à la nature de l'action (voir philosophie de l'action), l'essence et la fonction du langage naturel et formel (cf. la philosophie du langage et la philosophie de la logique). Ses représentants les plus importants sont Russell, Frege, Whitehead, Wittgenstein, Tarski, Leśniewski, Łukasiewicz, Ajdukiewicz, Davidson, Kenny, Austin, Searle, Ryle, Hintikka, Vuillemin. L'autre grande tradition philosophique du est la phénoménologie, fondée par Husserl, dont les successeurs sont Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Ingarden, Stein, Patočka, Ricœur ou Levinas. Pour Husserl, la phénoménologie est la science des phénomènes, c'est-à-dire la science des « vécus » de la conscience, s'opposant en cela au réalisme naïf (ou « attitude naturelle ») qui prétend faire la science des objets du monde extérieur. Il s'agit d'une science apriorique, ou « eidétique », c'est-à-dire d'une science qui décrit les "essences" des vécus de la conscience. Elle aura ainsi pour objets, entre autres, la connaissance (Husserl), l'imagination (Sartre), la perception (Merleau-Ponty), l'existence humaine (Heidegger), la volonté (Ricœur). Le début du marque également le début de la psychanalyse, fondée par Freud, qui apporte une conception nouvelle de l'homme, contredisant la représentation traditionnelle de la conscience humaine : la psychanalyse fournit en effet un modèle théorique du psychisme humain impliquant la domination de l'inconscient sur la conscience, ainsi qu'une méthode d'investigation de ce dernier. Freud dit lui-même de sa discipline qu'elle constitue la troisième blessure narcissique de l'humanité. Même si Freud était un médecin neurologue, et non un philosophe, les conséquences philosophiques de sa doctrine (notamment sur la question de la liberté et de la responsabilité, et sur la place des pulsions et de la sexualité dans les conduites humaines) sont d'une telle ampleur que la plupart des philosophes du se sont intéressés à ses idées, pour les critiquer ou pour s'en inspirer (comme, en France, Alain, Sartre, Deleuze et Derrida). Sous l'influence des travaux du philosophe allemand Martin Heidegger, s'est développé dans la seconde partie du , surtout en France, la philosophie poststructuraliste et la déconstruction, qui reposent sur la remise en cause des concepts classiques de la métaphysique occidentale, par exemple ceux de « sujet » et « objet », de « sens », de « raison », de « conscience », mais encore sur un dépassement des conceptualités de la première moitié du , psychanalytiques, phénoménologiques, linguistiques, etc. Les principaux représentants de cet « anti-courant » de pensée sont Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari, et Jacques Derrida. Si l'unité de ces pensées pose problème, par leur forme même, qui les empêche de « faire école », les Américains les regardent comme un courant français original auquel ils ont donné le nom de "French theory", et les regroupent plus globalement dans la philosophie postmoderne. Martin Heidegger ouvre aussi la voie à l'herméneutique philosophique, qui a comme tâche de mettre en lumière les anticipations de sens de la compréhension de l'existence du Dasein. L'herméneutique est reprise par l'élève d'Heidegger, Hans-Georg Gadamer, qui s'intéressera plutôt à la compréhension à travers les sillons tracés par l'art, l'histoire et le langage. Du côté de la France, l'herméneutique sera représentée par Paul Ricœur. La philosophie politique du , quant à elle, se caractérise d'une part par l'intérêt qu'elle porte aux phénomènes totalitaires (Voegelin, Arendt, Schmitt, Aron), et d'autre part par l'examen et la discussion des théories du contrat social développées aux , avec notamment la "théorie de la justice" de Rawls (1971), abondamment commentée. L'idée d'absurde est par ailleurs développée par Albert Camus au travers de plusieurs ouvrages dont un essai philosophique : "Le mythe de Sisyphe" ; cette pensée atypique dans la philosophie pose la question du suicide comme question fondamentale avant toute autre et, en écartant cette éventualité, préconise la révolte comme alternative. Les concepts (récursivité, émergence, etc.) issus des sciences (système complexe, neurosciences, biologie, etc.) obligent les différents courants philosophiques à se réactualiser. Exemple : le matérialisme contemporain est devenu évolutionniste, émergentiste… Si la recherche philosophique n'est pas remise en question par l'essor des sciences naturelles et humaines, l'enseignement de la philosophie à l'école, lui, n'est pas épargné. Ainsi, l'UNESCO, qui déclarait en 1954 que « l'enseignement des idées philosophiques a eu dans l'histoire et a encore aujourd'hui une grande importance — que ce soit directement ou indirectement — pour l'institution de la démocratie, pour le renforcement des droits de l'homme et pour la sauvegarde de la paix », constate en 1993 que « l’enseignement de la philosophie est le premier touché par la crise de la raison dans les différents pays d'Europe. Il est assuré, en effet, qu’il faut enseigner les mathématiques, la grammaire, une langue ou une autre, donner une éducation physique. Il n’est, par contre, pas évident qu’il faille enseigner la philosophie ». Ce constat est renforcé par le fait qu'il ne soit obligatoire d'étudier la philosophie au lycée qu'en France, en Italie, en Espagne, et au Portugal. Les philosophies asiatiques. La philosophie chinoise. La philosophie chinoise diffère radicalement de la philosophie grecque, tellement que l'on peut s'interroger sur l'association des termes de l'expression « philosophie chinoise ». Dès l'origine les chemins divergent, se rejoignant seulement au : les formes linguistiques sont très différentes (la linguistique chinoise n'est pas basée sur le "logos", au contraire du grec ancien) ; la pensée chinoise s'appuie plus volontiers sur un esprit de synthèse que sur un esprit d'analyse ; sur la résolution des problèmes que sur la définition des concepts ; sur l'exemplarité que sur la démonstration ; sur la fluidité de l'esprit que sur la solidité des arguments. La pensée chinoise est donc intéressante dans le sens où elle nous permet de découvrir des entrées originales, inconnues pour la philosophie occidentale. Le confucianisme. Le confucianisme est la voie principale de la philosophie chinoise et n'a connu que de rares mises à l'écart. Toute éducation se fondait en premier lieu sur les livres formant le « Canon confucianiste » : dont le "Shi Jing" ou "Livre des Poèmes", le "Yi Jing" ou "Livre des Mutations", les "Annales de Lu", les "Entretiens de Confucius" et le livre de "Mencius". Presque toute la production savante en Chine peut s'interpréter comme une suite de commentaires sur ces œuvres vénérées comme étant l'essence de l'esprit chinois. Presque tous les mouvements de pensée confucianiste se présentaient comme ayant renoué avec la vraie pensée du Sage. Entre les « réalistes » comme Xun Zi et les partisans de son pendant « idéaliste » Mencius, plus tard entre Wang Yangming et Zhu Xi, des tendances ont émergé et débattu de la pensée du maître, enrichissant la philosophie de nouveaux concepts et de nouvelles interprétations. C'est la lignée de Mencius que Zhu Xi va privilégier et ses commentaires seront ceux considérés comme orthodoxes, c'est-à-dire comme références, par les examinateurs impériaux des dynasties Ming et Qing (la dernière). Le néo-confucianisme. Le néo-confucianisme désigne un développement tardif et éloigné du confucianisme, mais possède des racines autres que celle du confucianisme. Il commença son développement sous la dynastie des Song et parvint à sa plus grande expansion sous celle des Ming. On en retrouve des traces dès la dynastie des Tang. Ce courant de pensée eut une grande influence en Orient, particulièrement en Chine, au Japon et en Corée. Zhu Xi est considéré comme le plus grand maître néo-confucianiste des Song, tandis que Wang Yangming est le plus fameux des maîtres professant sous les Ming. Mais il existe des conflits entre les écoles de ces deux penseurs. Le taoïsme. Le taoïsme, une religion, une philosophie ? Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur d’histoire. La catégorie « Taoïsme » est née sous la dynastie Han (200 av. J.-C. à 200), bien après la rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et impériales. "Dào jiā" (道家) ou "dào jiào" (道教), « école taoïste », distingue à l’époque une des écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (500 av. J.-C. à 220 av. J.-C.). École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n'y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues. Durant la période des Trois Royaumes (220-265), les termes "dào jiā" (道家) et "dào jiào" (道教) divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite englobé des croyances et pratiques religieuses d’origine diverse : « le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses […] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes ». Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Les conceptions antiques du "Zhuangzi" ("Tchouang Tseu") et du "Dao De Jing" ("Tao Te King") sont évoquées car ces textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’Occident, avec des thèmes comme le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la nature et de la liberté. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur le "Moyen Âge" chinois (les six dynasties, 200-400). La période permet de révéler des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs. Leur élaboration a commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des commentaires récents, afin que chacun puisse se faire "son" idée du taoïsme comme cela se fit par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices. Le néo-taoïsme. "Xuanxue" 玄學, "Hsuan Hsue" ou néo-taoïsme désigne un courant de pensée philosophique et culturel chinois. Celui-ci s'est créé lors du démantèlement de l'empire Han, au de notre ère. Les philosophes de ce courant ont développé une interprétation métaphysique cohérente du "Dao De Jing", du "Zhuangzi" et du "Yi Jing", dans laquelle le "dao", identifié au "wu" (rien ou vide), est l’origine ontologique de toutes choses. Leurs commentaires et éditions ont vite fait autorité et exercé une influence déterminante sur la façon dont ces ouvrages seront interprétés par les générations ultérieures. Sa composante culturelle essentielle est le "qingtan" (« pure conversation »), sorte de joute oratoire codifiée dont les thèmes, souvent philosophiques, évitaient les sujets brûlants de la politique contemporaine. À cette pratique était associé un style de vie individualiste, hédoniste et anti-conformiste. Les Cent Écoles. Sous cette désignation, on retrouve quantité de doctrines, avec, entre autres : La philosophie japonaise. La philosophie japonaise (en japonais 日本哲学, "Nihon tetsugaku") se situe dans le prolongement de la philosophie chinoise, le plus généralement par l'importation, "via" la Corée, de la culture chinoise durant le Moyen Âge. Le Japon s'est en effet approprié le Bouddhisme et le Confucianisme. La religion traditionnelle nippone, le Shintoïsme, est entrée en dialogue avec ces différentes traditions importées. Pour cette religion il existe des divinités ou esprits, appelés "Kami" 神, qui se retrouvent dans tout objet naturel (chute d'eau, arbre…), phénomène naturel (arc-en-ciel, typhon…), objet sacré… On peut mettre en parallèle les "huacas" incas pour mieux cerner ce que représentent les Kami. Les "budō" 武道 ("bu", la guerre ; "do", la voie) sont des arts martiaux (judo, karaté, aïkido) d'inspiration bouddhiste zen. La philosophie indienne. On définit classiquement deux sortes de philosophies indiennes : les philosophies "āstika" (आस्तिक en devanāgarī), qui suivent les "Veda" (hindouisme…) et les philosophies "nāstika" (नास्तिक) que sont le jaïnisme, le bouddhisme et le "Cārvāka", qui les rejettent. Pour ces dernières, on se reportera aux articles qui les concernent. Les différentes écoles "āstika". On distingue traditionnellement six écoles orthodoxes que sont le Mīmāṃsā, le Nyāya, le Sāṃkhya, le Vaiśeṣika, le Vedānta et le Yoga de Patañjali. Ces écoles sont aussi connues sous le terme sanskrit "darśana" qui signifie « point de vue doctrinal ». Le Nyâya. L'école de "Nyâya" (en sanskrit न्याय, nyāya) de spéculation philosophique est basée sur un texte appelé le Nyâya Sûtra. Il a été composé par "Gautama Aksapada" (à ne pas confondre avec "Siddhârtha Gautama", le fondateur du bouddhisme), vers le ou La contribution importante apportée par cette école est sa méthode. Elle est basée sur un système de logique qui a été plus tard adopté par la plupart des autres écoles indiennes (orthodoxes ou non), de la même manière qu'on peut dire que la science, la religion et la philosophie occidentales sont en grande partie basées sur la logique aristotélicienne. Le Vaiçeshika. Le système de "Vaisheshika" (ou "Vaiçeshika", en sanskrit वैशेषिक, vaiśeṣika), fondé par la sage Kanada, postule un pluralisme atomique. Suivant les préceptes de cette école de pensée, tous les objets de l'univers physique, les substances matérielles, sont réductibles à un certain nombre d'atomes, sauf les cinq substances immatérielles : le temps, l'espace, l'éther ("âkâsha") l'esprit et l'âme. Les atomes constitutifs des substances matérielles sont les atomes de feu, de terre, d'air et d'eau. Le Sāṃkhya. Le Sāṃkhya (sanskrit en devanāgarī : सांख्य) est généralement considéré comme le plus vieux des systèmes philosophiques indiens, il aurait été fondé au par Kapila, ou trois siècles plus tôt, selon A. Daniélou. Il s'agit, historiquement, de la première description connue du modèle complet de l'univers et des constituants de l'homme sous forme de principes, à la fois scientifique et métaphysique. Sa philosophie considère l'univers comme se composant de trois réalités éternelles que sont le principe de l'espace ("âkâsha"), le principe de l'intelligence ("Puruṣa"), le principe de la nature ("Prakriti") et de vingt-deux autres principes. C'est à partir du principe de la nature influencé indirectement par Purusa et ses trois qualités inhérentes que sont sattva, rajas et tamas en déséquilibres que se développe la création entière. Le Vedānta. L'école d"'Uttara Mimamsa" ("nouvelle recherche"), généralement connue sous le nom de Vedānta (en sanskrit वेदअन्त, vedānta), se concentre sur les enseignements philosophiques des Upaniṣad plutôt que sur les injonctions ritualistes des Brâhmanas. Mais il y a plus de cent Upanishads qui ne forment pas un système unifié. Leur systématisation a été entreprise par Badarayana, dans un travail appelé Vedānta Sūtra. La manière obscure dont les aphorismes des textes du Vedānta sont rédigés laisse la porte grande ouverte pour une multitude d'interprétations. Cela a entraîné une prolifération des écoles du Vedānta. Chacune de ces dernières a interprété à sa façon les textes et a produit sa propre série de sous-commentaires — tout en prétendant être seule fidèle à l'original. Les différentes écoles "nāstika". On distingue traditionnellement trois écoles non orthodoxes que sont le jaïnisme, le bouddhisme et le Cārvāka. Le jaïnisme. Le « Jaïnisme » est une philosophie indienne basée sur la non-violence ("ahimsa") ou respect de toute vie (humaine, animale, végétale) et sur la tolérance ("anekantavada") ou reconnaissance de la multiplicité des points de vue. Il implique trois grands principes que sont : Son principal grand maître philosophique et spirituel ou Tirthankara a été Vardhamana dit "Mahavira" (le grand héros) qui a vécu en Inde aux . Le bouddhisme. Le bouddhisme est l’un des grands systèmes de pensée et d’action orientaux, né en Inde au Il est fondé sur les "Trois Joyaux" : les bouddhistes déclarent prendre refuge dans le Bouddha, le fondateur du bouddhisme, dans le Dharma, la doctrine du Bouddha, et dans le Sangha, la communauté des adeptes. À l’origine, le bouddhisme n’est pas vraiment une philosophie ou une religion, mais une « leçon de choses » ("dhamma" en pali, "dharma" en sanskrit), ce terme désignant à la fois la réalité, sa loi, et son exposé. De plus lorsqu’on parle de "dharmas" on désigne diverses lois naturelles particulières. Les quatre nobles vérités qui sont à l’origine du bouddhisme sont : Cependant ces enseignements classiques, et de portées spirituelles plutôt que philosophiques, ne sont que le point de départ de ce qui deviendra une riche pluralité de traditions philosophiques et religieuses. Après tout le bouddhisme avait « conquis » l'ensemble de l’Asie, du Japon jusqu’à l’Afghanistan, intégrant ou s’adaptant à ces différentes cultures. En philosophie particulièrement, tout le spectre des positions et options possibles a, à un moment ou l’autre, été l’objet d’élaborations et de débats. Il a donc connu son « réalisme », son « atomisme », son « nominalisme », etc. L’hindouisme, qui partage un certain arrière-plan philosophique avec le bouddhisme, présente lui aussi une telle variété. Pareillement, et à l’instar de la scolastique occidentale, toute philosophie s’inscrit dans le cadre de la religion. Plus précisément, les philosophies bouddhistes ne perdent jamais de vue les préoccupations sotériologiques. Au terme de ce processus historique, il ne subsiste plus que deux grandes écoles philosophiques, particulièrement dans le bouddhisme dit du mahāyāna, ce sont le "Cittamātra" ("esprit seulement", "rien qu'esprit"), et le "Madhyamaka" ("voie du milieu"). La philosophie perse. Il existe d'antiques relations entre les "Veda" indiennes et les "Avesta" mèdes. Les deux principales familles philosophiques traditionnelles indo-iraniennes étaient déterminées par deux différences fondamentales : dans leurs implications sur la position de l'être humain dans la société et leur vision du rôle des femmes et des hommes dans l'univers. La première charte des droits humains (droits fondamentaux de la personne humaine) par Cyrus II (dit aussi Cyrus le Grand) est vue comme un reflet des questions et pensées exprimées par Zarathoustra, et développées dans les écoles de pensée zoroastriennes. La philosophie africaine. S'il faut dire que l'expression a posé un problème du même acabit que celui constaté avec l'expression « philosophie chinoise », il faut reconnaître que le débat sur la philosophie africaine a beaucoup évolué à la fin du 20ème et au début du 21ème siècle. Le terme de « philosophie africaine » est donc utilisé de différentes manières par différents philosophes. Bien qu'une majorité de philosophes africains étudient dans des domaines tels que la métaphysique, l'épistémologie, la morale et la philosophie politique, une question qui accapare nombre d'entre eux se situe sur la nature de la philosophie africaine elle-même. Un des points centraux du désaccord est sur le terme « africain » : désigne-t-il le contenu de la philosophie ou l'identité des philosophes ? La philosophie africaine puise à la fois dans l'héritage traditionnel du continent, notamment dans l'enseignement de l'Égypte pharaonique, et dans l’héritage de la philosophie occidentale. Place des femmes en philosophie. Bien que les hommes aient généralement dominé le discours philosophique, les femmes philosophes se sont engagées dans cette discipline tout au long de l'histoire. La liste des femmes philosophes à travers l'histoire est vaste. Parmi les exemples anciens, citons Hipparchia (active vers 325 avant J.-C.) et Arété de Cyrène (active aux 5e-4e siècles avant J.-C.). Certaines femmes philosophes ont été acceptées au cours des époques médiévale et moderne, mais aucune n'a fait partie du canon occidental avant les et siècles. Parmi ces dernières on trouve : G. E. M. Anscombe, Hannah Arendt, Bell Hooks, Simone de Beauvoir, Simone Weil et Susanne Langer sont entrées dans le canon. Au début des années 1800, certains collèges et universités du Royaume-Uni et des États-Unis ont commencé à admettre des femmes, produisant ainsi davantage de femmes universitaires. Néanmoins, les rapports du ministère américain de l'éducation des années 1990 indiquent que peu de femmes se retrouvent en philosophie et que la philosophie est l'un des domaines des sciences humaines où la proportion de femmes est la plus faible, les femmes représentant entre 17 % et 30 % du corps enseignant de philosophie selon certaines études. Parmi les philosophes éminentes du siècle on trouve : Judith Butler, Gayatri Chakravorty Spivak, Martha Nussbaum, Onora O'Neill et Nancy Fraser, Julia Kristeva, Nell Noddings, Carol Gilligan, et Donna Harraway.
Philosophe Un philosophe (du grec ancien : "φιλόσοφος", en latin : "philosophos") est une personne qui pratique la philosophie. Dans les sociétés modernes, le terme de a pris un sens professionnel : le philosophe est avant tout un enseignant, ou un chercheur, qui enseigne ou cherche dans un domaine philosophique. Certains philosophes-auteurs étaient ou sont également philosophes-enseignants ; c'est particulièrement fréquent depuis deux siècles, mais c'était également le cas, dans des contextes évidemment très différents, de Platon ou d'Aristote. Concept. Origines. L'origine du mot est inconnue. Au IVe siècle av. J.-C., Héraclide du Pont attribue la création du mot « philosophe » à Pythagore. Ce dernier ne se présentait pas comme un (σοφος, "sophos"), mais comme (φιλόσοφος, "philosophos"). Aétius va dans le sens d'Héraclite du Pont, et écrit que Pythagore . Cette origine pythagoricienne a été acceptée dès l'Antiquité : Cicéron écrit par exemple, dans les "Tusculanes" : . Le terme de traduit alors une forme de modestie : le philosophe ne se considère pas comme un sage, mais comme un apprenti en sagesse, un amateur de connaissances profondes des conséquences de ses actes et paroles, et tend donc à la maîtrise de soi. Platon joue un rôle important dans la popularisation du terme. S'il n'a jamais écrit de dialogue qui définisse le philosophe et la philosophie, il offre aux lecteurs le personnage de Socrate, représentant de la philosophie. Afin de faire ressortir la différence entre la philosophie et la sophistique, Platon écrit des joutes entre Socrate et des sophistes, définis comme des individus qui ne cherchent pas à faire triompher la vérité, mais un point de vue particulier. Il distingue le sage, qui ne peut qu'être une divinité et jamais un homme, de l'amoureux de la sagesse, qu lui est bien humain : ("Phèdre"). Ainsi, le philosophe est celui qui , l'homme qui désire savoir de façon droite, l'amoureux de connaissance, le . Polysémie. La désignation de philosophe est polysémique, et a varié selon les époques. Au sens antique, le philosophe est la personne qui , comme Socrate et Platon, Épicure, Lucrèce ou encore Épictète et Sénèque. Au sens moderne, le philosophe est un intellectuel qui contribue dans une ou plusieurs branches de la philosophie, telles que l'éthique, la logique, la métaphysique, la théorie sociale ou encore la philosophie politique. Certains penseurs ou auteurs rangés au rang des « philosophes » dans les programmes scolaires ne revendiquaient pas cette étiquette ou la rejetaient explicitement, parfois au nom d'une autre discipline, par exemple Freud et Marx. D'autres considéraient leurs activités scientifiques comme philosophiques ou vice-versa, parmi lesquels Pythagore, Aristote, Avicenne, Descartes, Pascal, Leibniz ou Russell. Gilles Deleuze et Félix Guattari, dans "Qu'est-ce que la philosophie ?", définissent le philosophe comme celui qui crée des concepts. Il travaille des idées de manière rigoureuse pour engager une pensée conceptuelle et critique. Il prend ainsi appui sur les concepts légués par les autres philosophes et systèmes de pensée. À ce titre, Aristote, Descartes, Pascal, Leibniz, Spinoza, etc., sont tous philosophes. Les frontières de la philosophe étant floues, les caractéristiques déterminantes du philosophe le sont aussi. Si Bouddha est avant tout une figure religieuse, certains écrits bouddhistes peuvent avoir une teneur philosophique importante ; on parle alors de philosophie bouddhiste. Figures historiques. Philosophes fondateurs. L'histoire de la philosophie en tant que discipline retrace les origines et les causes de l'émergence de modes de pensée philosophiques dans le monde. S'il est difficile de déterminer l'identité d'un premier philosophe, plusieurs auteurs ont tracé une généalogie de la pensée philosophique depuis l'Antiquité. Pour Bertrand Russell, dans son "Histoire de la philosophie occidentale", Pythagore et Thalès figurent parmi les premiers amoureux de la sagesse à avoir déployé une pensée philosophique. Rompant avec les explications purement théologiques de la cosmogonie, ils mènent une enquête sur les causes et la nature des phénomènes. Ces philosophes sont suivis, souvent dans leur propre sillage, par des disciples directs ou indirects, tels que Parménide, Zénon d'Élée, Héraclite d'Éphèse, Anaximandre, et tous ceux désignés comme des présocratiques. Empédocle, Philolaos, Archytas, Leucippe, Anaxagore, et l'imposant Démocrite, complètent la généalogie des plus importants philosophes avant que Platon ne fasse de Socrate la figure tutélaire de la philosophie antique. Figures majeures. Les philosophes présocratiques n'ont toutefois qu'une fécondité limitée par rapport à plusieurs philosophes antiques post-socratiques, qui modèlent les canons de la philosophie et de la démarche philosophique, au moins en Occident, au Moyen-Orient et en Asie mineure. Platon, qui fonde l'Académie, enseigne et diffuse des dialogues qui assurent un enseignement didactique de la philosophie durant les millénaires qui suivent. Alfred North Whitehead a ainsi écrit que . Son disciple, Aristote, fonde le Lycée et élabore une pensée inductive, il fabrique la métaphysique, science des causes de l'être, dont l'ontologie est la science première. . Il connaît également une immense postérité, notamment par le biais de la philosophie chrétienne, et est parfois appelé prince des philosophes. On fait souvent débuter la modernité philosophique avec les travaux de René Descartes, qui révolutionne la philosophie en rompant avec la scolastique (philosophie médiévale), et fonde le rationalisme moderne et le "cogito" (le moi pensant). Emmanuel Kant est aussi considéré comme l'un des plus grands philosophes, du fait du caractère étendu et de la profondeur de ses réflexions. On peut aussi citer Georg Hegel, qui construit le dernier système total en percevant dans l'histoire le mouvement de l'être ("La Raison dans l'histoire"), Karl Marx qui tâche de transformer l'histoire plutôt que de la penser, Nietzsche qui annonce la mort de Dieu et de tous les systèmes, Heidegger qui revient sur l'histoire de la philosophie comme histoire de l'oubli de l'être. Femmes philosophes. Les sont moins bien connues mais présentes tout au long de l'histoire de la philosophie occidentale : Hypatie et Hipparchia sont des philosophes de l'antiquité grecque, Élisabeth de Bohême et Mary Wollstonecraft se sont illustrées pendant la période moderne. Elles sont encore plus présentes au XXe siècle, avec des figures comme Simone de Beauvoir (une des fondatrices de la philosophie féministe), Simone Weil, Hannah Arendt ou G. E. M. Anscombe. Les femmes philosophes sont également présentes dans d'autres traditions philosophiques, comme Maitreyi ou Gargi Vachaknavi pour l'Inde ancienne. Dans cette discipline, les femmes sont peu citées. De nombreuses philosophes sont très actives dans les universités : Marion Bernard, Elsa Dorlin, Aurélie Knüfer et beaucoup d'autres. Histoire. Antiquité. Le philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, (βίος πυθαγορικός). Et il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation. L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le "Lachès" (188 d) parle de . Épictète, dans ses "Entretiens" (, 29, 55-57) y insiste : Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement (θαυμάζειν, "thaumazein", qui signifie aussi "émerveillement") : Ensuite, sur le , il donne le trait caractéristique, dans "La République" (, 376c) : il y a . Et cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, donc des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une perception globales. D'une part, . D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend . Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplative, mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse. Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : . Plus précisément, pour Aristote, le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais seulement au niveau des principes les plus élevés (par exemple la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple la cause motrice, la nécessité) ; profond : il pense des choses difficiles, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir dans le seul but de savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : . Finalement, . Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un « enseignement oral » et par un « mode de vie ». Socrate veut « rendre meilleurs » les hommes ; chez Platon, ; chez Aristote . Fin de l'Antiquité. À la fin de l'Antiquité, depuis le jusqu'à la fin du , le mot « philosophe » prend fréquemment le sens de . Un grand nombre de philosophes se lancent dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune), l'astrologie, la numérologie… Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du " se disent « philosophes » ou « pythagoriciens ». Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera appelé , ou , et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est appelé . Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie : Moyen Âge. Même si l'expression est postérieure au Moyen Âge, la fameuse théorie de la « philosophie servante de la théologie » (") remonte à la fin du , avec Clément d’Alexandrie, dans les "Strômates" (, 5). Cette expression sera reprise par Thomas d'Aquin au , pendant la période dite scolastique. Durant cette période, la théologie avait pris le pas sur la philosophie. Cependant, après l'entrée d'Aristote en théologie, les théologiens se mirent à la réflexion philosophique. Ils se nommèrent eux-mêmes des "philosophantes" (des théologiens philosophants). Le pape Grégoire , par la bulle " (Père des sciences)", exige (""), à plus forte raison les maîtres ès-arts. La question selon laquelle il existerait une fait encore débat. Les options sont contradictoires. Dès son premier livre, en 386, Saint Augustin met le doigt sur le problème de méthode ou de croyance qui se pose à un philosophe chrétien : Il choisit les deux : . Plusieurs combinaisons sont possibles : foi seule (Pierre Damien), intelligence seule (Pierre Abélard), priorité à la foi (Boèce, Thomas d’Aquin), priorité à l’intelligence (Roger Bacon), foi en quête d’intelligence (Augustin, Anselme de Cantorbéry), foi et intelligence en complémentarité, en autonomie (Lanfranc de Pavie) ou peut-être même en contradiction (Averroès, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, selon une tradition qui parle de « double vérité »). Force est de reconnaître que les principaux philosophes du Moyen Âge sont, quant à leur statut, moines, prêtres, papes, et, quant à leur spécialité, théologiens. Philosophes à l'époque des Lumières. Le mouvement philosophique des Lumières voit émerger une nouvelle figure de philosophes, qui réfléchit à l'organisation du monde, notamment dans le domaine politique, et y prend position, souvent en faveur d'une plus grande autonomie politique du sujet pensant. La figure du philosophe est celle décrite par Emmanuel Kant dans "Qu'est-ce que les Lumières ?" : il faut savoir ("sapere aude"). Le philosophe des Lumières croit au progrès, il pratique le libre examen, il conteste la religion révélée. Ainsi, comme l'écrit Yvon Belaval dans "Histoire de la philosophie", . Émergent à cette époque des grandes figures de la philosophie comme Montesquieu, Voltaire, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau, Jean le Rond d'Alembert, Helvétius, d'Holbach ; en Angleterre, Toland et Hume ; en Allemagne : Wolff, Lessing et Kant. Ce dernier fait parfois figure de modèle du philosophe des Lumières. Charles Peirce caractérise "a posteriori" le philosophe à partir de la figure de Kant : . Plusieurs philosophes, œuvrant dans d'autres domaines que la pensée philosophique, ont contribué à l'essor du nouveau monde. Adam Smith est un philosophe moral et économiste qui fait la promotion de la libre entreprise et du modernisme. Ou encore Edmund Burke, un homme politique irlandais, pour qui une réforme devait se baser sur les traditions. Ralph Waldo Emerson, un écrivain américain, aborda le thème de vivre en harmonie avec la nature. Auguste Comte, un français, regardait chaque science pour y faire valoir leur propre méthodologie. Philosophes de l'époque contemporaine. L'époque contemporaine voit émerger une nouvelle figure du philosophe. On trouve notamment, en France, les philosophes enseignants-chercheurs universitaires, tels que Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, Jules Vuillemin, ou encore Jacques Derrida. Luc Ferry retient, parmi les philosophes modernes, plusieurs traits. Il considère que, tout d'abord, les philosophes contemporains ne cherchent plus à . Aussi, les philosophes contemporains ne chercheraient plus tant à construire de nouveaux systèmes qu'à opérer une déconstruction critique des grandes philosophiques qui les ont précédés, dont notamment . Par conséquent, la philosophie deviendrait . Luc Ferry soutient qu'. Enfin, . Profils didactiques. Les philosophes se divisent, quant aux idées, en de nombreuses doctrines : rationalisme/empirisme, spiritualisme/matérialisme, dogmatisme/scepticisme/relativisme. Mais ils se distinguent aussi, au sein du mode de vie philosophique, par leurs profils de penseurs, leurs styles de pédagogues, leurs manières en méthodologie. Culture, société et État. Culture. Jusqu'au au moins, la plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. L'ensemble de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires : biologique, physique, philosophique La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est largement considéré, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuel. Mais ce statut est aussi souvent remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme l'instrumentalisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce que l'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne, de la professionnalisation de cette discipline, de la massification des études et du fait qu'au de très rares philosophes ont développé des sciences. Dans le monde moderne, le philosophe peut paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent parfois être la source unique de la connaissance, d'autre part face aux idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science. L'esprit moderne n'est donc peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Bien plus, aux yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux. La « substitution » de la philosophie par les sciences à l'époque moderne est en quelque sorte un parricide. La pensée philosophique est, en effet, à l'origine de toute pensée rationnelle en Occident. Dans la Grèce antique, modèle de modernité à son époque, les gens faisaient systématiquement appel aux mythes, aux opinions pour expliquer les mystères du monde. Ce n'est qu'avec l'arrachement de conscience que constitue la philosophie, l'effort fait pour se dégager du mythe par les philosophes, que la pensée occidentale a pu accéder à un niveau rationnel de réflexion. Elle a ainsi donné naissance à la pensée rationnelle, logique, qui est le substrat nécessaire à toutes autres sciences ultérieures. Les philosophes encourageaient l'éducation pour établir une société ordonnée sans enlever la liberté du citoyen : « Ce travail toujours difficile, mais toujours agréable est, je pense que, ce qu’avaient à l’esprit les philosophes lorsqu’ils soulignaient l’importance qu’ils accordaient à l’éducation. Ils sentaient que l’éducation est la seule réponse à la question éternellement pressante, à la question politique par excellence, celle de savoir comment concilier un ordre qui ne soit pas oppression avec une liberté qui ne soit pas licence. » Le philosophe peut donc apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que de tels systèmes de consommation font subir aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulevé depuis Platon, ce problème est remarquable au par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie. Société. Dans un essai, Pierre Riffard a isolé quelques caractéristiques du philosophe, à travers les âges, depuis Thalès jusqu'à Jean-Paul Sartre. Politique. Le philosophe est parfois nommé à un poste politique important, et certains deviennent « conseiller du Prince ». Dans la Grèce antique, plusieurs philosophes se sont occupés activement et pratiquement de politique, pas seulement dans leurs livres : Enfin, Du côté des néo-platoniciens, on peut rappeler que : À Byzance, Dans les temps modernes, on voit : Le dernier mot revient à Pascal : Critiques. Pierre Thuillier écrivit contre les philosophes professionnels un pamphlet nommé "Socrate fonctionnaire, essai contre l'enseignement de la philosophie à l'université". Perçu lors de sa sortie comme un suicide professionnel, l'ouvrage rencontra cependant le succès.
Présocratiques Les présocratiques sont des philosophes qui, dans la Grèce antique, ont participé aux origines de la philosophie et ont vécu du milieu du jusqu'au , c'est-à-dire pour la plupart avant Socrate (470-399 av. J.-C.). Certains penseurs considérés comme présocratiques étaient toutefois contemporains de Socrate, comme les atomistes et certains sophistes (voir plus bas : « Critique du mot présocratique »). On considère les Présocratiques comme les fondateurs de plusieurs aspects de la spéculation philosophique détachés de l'autorité de la tradition, notamment comme ayant formulé les bases théoriques pour le passage du mythe à la raison (logos). À la place des légendes expliquant la création du monde ou les phénomènes naturels apparaissent des théories formulées par des penseurs. Il en résulte que le paradigme de l'autorité de la tradition poétique est remplacé par celui des arguments et preuves présentés avec une cohérence logique. Les questions qu'ils ont posées concernent principalement la cosmogonie, en réponse à la question de la genèse du monde, la Cosmologie, en réponse à la question sur la texture et le fonctionnement du monde et l'épistémologie en réponse à la question concernant les possibilités et les limites de la pensée humaine. Leurs réflexions, qui relèvent en grande partie de ce qu'on appela ensuite « philosophie de la nature » (astronomie, origine et reproduction de la vie, etc. — soit ce que les Grecs nommaient "phusis", la nature —), présentent des concepts et une exigence de rationalité (en grec : "logos") qui tranchent avec ce qui constituait la culture commune en Grèce, c'est-à-dire les légendes et les fables ("muthos") de la mythologie, comme celles qu'on trouve chez Homère et Hésiode. Certains Présocratiques ont proposé, en outre, des réflexions d'ordre moral, politique ou métaphysique. Leurs doctrines et leur vie ne sont que partiellement connues. En effet, il ne nous reste souvent d'eux que des fragments et citations transmises par des auteurs ultérieurs. Lorsqu'ils sont évoqués par un philosophe ultérieur, leur pensée peut donc faire l'objet d'une présentation tendancieuse. Originaires pour la plupart des colonies grecques de l'époque situées dans l'actuelle Turquie (Ionie) et l'actuelle Italie (Grande-Grèce), les auteurs présocratiques les plus célèbres sont, chronologiquement, Thalès, Anaximandre, Pythagore, Héraclite, Parménide, Anaxagore, Empédocle, Zénon et Démocrite. Présentation d'ensemble. Une influence profonde. Si l'histoire de la philosophie, suivant en cela l'opinion de Platon et d'Aristote, a fait de Socrate un moment décisif de l'histoire des idées, de sorte qu'il existerait un « avant » et un « après » Socrate, la pensée de ce dernier ne peut pourtant se concevoir sans celle de ses aînés et contemporains. Les présocratiques ont eu, comme Socrate, et après lui, une très grande influence sur la philosophie. Il est donc excessif de considérer Socrate comme l'unique point convergent d'une histoire téléologique de la pensée grecque. Socrate lui-même est le premier à évoquer, dans les "Dialogues de Platon", l'influence que ces penseurs ont exercée sur lui, même s'il a souvent été amené à les critiquer. Platon développe lui-même des théories sur la formation de l'univers ou la vie de l'âme après la mort qui sont notoirement influencées par l'école de Pythagore, et il évoque plusieurs fois la pensée d'Héraclite (dont il adopte la conception du mobilisme de la matière) et celle de Parménide (dont la théorie sur la stabilité de l'être a pu influencer sa théorie des « formes »), ce dernier étant l'éponyme de l'un de ses dialogues de maturité. Quant à Aristote, il emprunte aux présocratiques sa théorie des quatre éléments, et sa conception de l'Être est dans une large mesure une réponse (notamment par le biais de Platon) aux thèses de Parménide. Dans la tradition philosophique moderne, Hegel, Nietzsche, Heidegger, Bachelard, et plus récemment Castoriadis et Marcel Conche, figurent parmi les plus grands commentateurs des Présocratiques, et s'en sont profondément inspirés. Dans la tradition littéraire, leur influence est perceptible chez Friedrich Hölderlin ("La Mort d'Empédocle"), Paul Valéry ("Le cimetière marin", sur Zénon d'Élée), René Char (""Héraclite d'Éphèse", in Recherche de la base et du sommet"), Milan Kundera (prologue de "L'insoutenable légèreté de l'être", sur Parménide). Deux régions et deux directions. Les présocratiques provenaient de toutes les colonies grecques du pourtour méditerranéen — et surtout des colonies, pourrait-on dire. Deux régions cependant se distinguent à l'Est et à l'Ouest : Mais il faut aussi compter avec l'Attique, bien sûr, (Athènes, Thèbes…) et le Péloponnèse (Sparte…), avec la Thrace dans l'extrême Nord (Abdère), avec le Bosphore (Calcédoine, Lampsaque), avec la Crète (Apollonie), etc. Les présocratiques ont donc en commun, "grosso modo", pour une partie d'entre eux les études physiques (écoles ioniennes), et pour une autre partie la spéculation métaphysique sur l'être et le mouvement (écoles d'Italie), ces deux aspirations n'étant pas exclusives l'une de l'autre — Pythagore, pour sa part, conjugue les deux traditions puisque, né à Samos (en Ionie), il ira fonder des cités et des écoles en Grande-Grèce (autour de Crotone). À travers les voyages de certains d'entre eux, en particulier à Athènes, leur pensée se diffusera dans le monde grec, inspirant les premiers grands philosophes (Socrate, Platon, Aristote). Innovations théoriques majeures. Les Présocratiques portent un grand intérêt à l'étude de la nature ("phusis"), ce qui fait qu'Aristote les désigne par le nom de « physiologues » et qu'on les appelle parfois les anciens « physiciens », plutôt que « philosophes ». Ils étaient d'ailleurs en général des savants polyvalents, à la fois géomètres (on connaît encore en cette matière les théorèmes de Thalès et Pythagore), astronomes, et intéressés par les phénomènes biologiques. Leur principal apport est de chercher à expliquer l'origine et la formation du monde, non plus par des mythes ou des fictions, mais par des concepts rigoureux, c'est-à-dire par la raison au détriment de l'imagination, inaugurant ainsi les prémices de la science naturelle. Ils concevaient leur démarche intellectuelle comme une enquête, "Historia", cherchant à comprendre l'origine et le déroulement de la nature en tant que processus ("phusis"). Ce phénomène majeur a été thématisé par certains historiens comme le passage de la civilisation du "muthos" (la fable) au "logos" (la raison), c'est-à-dire des mythes à la science ; à cette époque aussi naissaient l'histoire-géographie avec Hérodote, l'urbanisme avec Hippodamos (tous deux du formula_1~ s.) et d'autres disciplines. Le phénomène se poursuivra dans les siècles suivants avec l'apparition de la philosophie académique (Platon, Aristote) de la médecine (Hippocrate), la physique des fluides (Archimède, ~ s.), etc. On notera cependant que la science présocratique est typiquement spéculative et non expérimentale. Plusieurs traités “Sur la nature” ("Peri phuseôs") étaient des cosmogonies rédigées pour la plupart en vers, ce qui montre que beaucoup restaient encore fidèles à la tradition poétique. Par les fragments et les citations qui nous sont parvenus, on sait que dans ces traités sur la nature, les Ioniens cherchaient un principe (en grec, « "archè" ») pour expliquer la formation du cosmos et l'existence de la vie : pour Thalès, ce sera "l'eau" ; pour Anaximène, "l'air" ; pour Héraclite, "le feu" ; pour Empédocle, ce seront les "quatre éléments" tout à la fois, se combinant entre eux ; pour l'école atomiste de Leucippe, ce seront "les atomes" et le vide. Le principe de l'organisation du monde est ainsi identifié dans les éléments premiers de la matière. Mais d'autres trouveront ce principe ailleurs que dans les éléments physiques : ainsi, pour Anaximandre, le principe est "l'infini" ; pour Pythagore, c'est "le nombre" ; pour Anaxagore, "l'esprit". De plus, la physique ionienne, et à sa suite l'atomisme, rendent compte du changement et du mouvement dans la nature par l'opposition de certaines qualités au sein cette substance primordiale, comme le "chaud" et le "froid", le "sec" et "l'humide", le "dense" et le "rare", "l'amour" et "la haine", le "semblable" et le "dissemblable", etc. Ces oppositions conceptuelles ouvrent un champ théorique pour la science qui rompt avec les traditions mythologiques — même si la mythologie n'est pas totalement reniée par ces penseurs, mais coexiste avec leurs recherches. On peut donc voir, dans le niveau d'abstraction atteint par ces recherches de « physique », l'origine des réflexions plus « métaphysiques » que menèrent les Présocratiques sur la nature de l'être. En effet, Héraclite en vient à dire que c'est la mobilité qui caractérise l'univers, car toutes choses ne cessent de se renverser dans leur contraire (mobilisme). Parménide et les Éléates affirment au contraire que l'être est immobile, absolument identique à lui-même, parce qu'ils refusent l'existence du non-être. Quant à l'École pythagoricienne, s'appuyant sur l'idée que le cosmos obéit à des harmonies numériques, elle cherche à percer les mystères de la nature par l'étude des nombres et sera aussi à l'origine de la musicologie. Les écrits présocratiques. Il y a fragment et fragment, mais il ne s'agit en aucun cas “d'un petit morceau miraculeusement sauvegardé d'un papyrus disparu”, ce ne sont pas des fragments de poterie ! Souvent une seule phrase rapportée mais parfois aussi un opuscule tout entier. D'autre part, ces restes peuvent abonder en nombre chez certains auteurs (Héraclite : 139, Démocrite : 309) et constituer ainsi comme une mosaïque ou plutôt un puzzle… à assembler. On dispose aussi de quelques poèmes longs et denses, en fait discursifs (Empédocle, Parménide) et des équivalents de petits essais (Gorgias). Au total, le volume de “La Pléïade” consacré aux présocratiques, appareil critique inclus, compte 1639 pages et son abrégé, 954 pages ! Tableau chronologique des principaux Présocratiques. Ce tableau permet de calculer une longévité moyenne, soit 73,9 ans. Une valeur si élevée surprend, mais elle confirme celle de 73,8 obtenue indépendamment sur un lot de 29 individus (au lieu de 17 ici). Anomalie, artéfact ou réalité, ceci reste à élucider. La société présocratique. Les écrits présocratiques ont été abondamment transcrits, traduits et commentés, mais les Présocratiques eux-mêmes, en tant que classe sociale ou objet sociologique, n'ont attiré que récemment, semble-t-il, l'attention. On voit alors apparaître soudainement dans l'Occident antique une génération nouvelle de « philosophes », (un mot qui date de l'an ~500, attribué à Pythagore). De ces hommes il n'est dit nulle part qu'aucun fut le fils d'un philosophe ; ils se comptaient par centaines, si l'on inclut les élèves, amis et amateurs, dans la Grèce et ses colonies ; ils pratiquaient des activités nouvelles : lire et écrire (souvent des « Traités de la nature »), échanger ou acheter ces écrits, procéder par « discussions critiques » comme l'a souligné Karl Popper et relations de maître à disciples, enfin organiser des cours, des séminaires et « dîners de travail » si l'on peut désigner ainsi les ancêtres étymologiques de nos symposiums modernes. Un « phénomène présocratique » pour tout dire, dont le déterminisme semble avoir été multicausal : mise au point récente de l'alphabet grec, fabrication et commercialisation du papyrus, conditions de vie d'une classe sociale d'oisifs Au , le débat philosophique se tiendra à Athènes. L'unité politique de la Grèce antique se limite à celle de chaque cité ; unité tragique et sanglante, puisque les cités ne cessèrent de s'affronter. Or, bien qu'originaires de cités différentes, les Présocratiques furent parmi les premiers à prendre conscience de l'unité des peuples grecs, et ils furent souvent des pan-hellénistes : ainsi, le grand homme public que fut Isocrate, bien que non recensé traditionnellement comme présocratique, a connu Socrate, suivi les cours de Gorgias. Il a plaidé pour la conciliation ainsi que pour un front commun devant Philippe de Macédoine et devant le péril perse. Il n'est que trop clair que l'unité complète et durable ne fut jamais réalisée. Critique du mot « présocratique ». Michel Onfray, dans son cours (2002/2003) à l'Université populaire de Caen, fait valoir que le concept même de Présocratiques donne trop d'importance à Platon et à l'idéalisme dans l'histoire de la philosophie, minimisant volontairement l'importance d'autres philosophes et regroupant sous la même dénomination des courants de pensées éloignés. Il résulterait d'une écriture de l'histoire par le platonisme lui-même, "victorieux" — victorieux car en accord philosophique parfait avec certains courants de la scolastique médiévale « toute-puissante » pendant des siècles, dont les penseurs (pour la plupart des clercs) se chargeront de copier les textes antiques et de déterminer leur intérêt pour la doctrine chrétienne, c'est-à-dire en quoi ils apportent des « lumières » pour comprendre plus profondément ladite doctrine. Ainsi, les théories atomistes de Leucippe ou de Démocrite ne relèvent pas d'un courant de pensée antérieur à Socrate ou Platon, mais constituent au contraire une alternative contemporaine à l'idéalisme de Platon, et se retrouvent bien plus tard chez Épicure et Lucrèce. D'évidence, ce qualificatif souffre d'un vice de logique (antinomie, auto-contradiction…) puisqu'il inclut nombre de compagnons ou disciples de Socrate (celui-ci n'ayant laissé comme on sait, aucun écrit). Autrement dit, la période visée inclut le personnage qu'elle est supposée précéder ! De plus, une bonne dizaine de prétendus Présocratiques, tels qu'Archytas et Euclide de Mégare, sont morts après le maître. C'est pourquoi, de longue date, le terme alternatif « Préplatonicien » a été proposé, à commencer par Nietzsche. Mais le terme consacré par l'usage, selon une expression courante, comme il arrive souvent, semble destiné à prévaloir malgré les réticences… Certains affirment que l'essentiel réside dans le repère chronologique fourni par un personnage qu'on considère comme : "À la mort de Socrate ("~399), toutes les notions ["philosophiques"] étaient en place, la pensée prenait une nouvelle tournure… Notes et références. Bibliographie. Fragments et témoignages. Rééd. en deux tomes, par W. Kranz, Zürich, 1951, avec t. III : "Worindex, Namen- und Stellenregister", Zürich, 1952. The Characteristics and Effects of Presocratic Philosophy", Journal of the History of Ideas 12 (1951): 319-345
PACA
Psychologues célèbres
Démographie de la Belgique La Belgique compte ( et ) au , soit une densité de au km². Depuis la fin des années 1990, le rythme d'accroissement de la population tend à s'accroître essentiellement par l'immigration d'étrangers, bien que le solde naturel (entre naissances et décès) se soit accru depuis l'année 2003. Distribution de la population. NOTE : cette section est en cours de mise à jour Selon des chiffres publiés par le Service Public Fédéral Intérieur. Au 1er janvier 2022, 11 569 034 personnes précisément vivaient en Belgique. Le nombre de femmes dépasse celui des hommes en Belgique, respectivement au (50,8 %) et (49,2 %) pour un nombre total d'habitants de à cette date. En Wallonie comme dans la région Bruxelles Capitale le déséquilibre hommes/femmes est un peu plus grand qu'en Flandre avec respectivement un rapport de 48,9 %/51,1 %, 48,9 %/51,1 % et 49,5 %/50,5 %. La ville de Bruxelles est une des rares communes et la seule grande ville qui connaît une majorité d'hommes avec un rapport hommes/femmes. La plus petite commune du pays reste Herstappe avec seulement . "En Région wallonne" Les communes qui comptent le moins d'habitants sont Daverdisse (), Herbeumont (), Martelange () et Fauvillers (). "En Région flamande" Les communes qui comptent le moins d'habitants sont Herstappe (), Messines (), Horebeke (), Espierres-Helchin () et Biévène (). Toutes des communes à facilités linguistiques (sauf Horebeke), et de ce fait non fusionnées avec d'autres communes en 1977. Démographie de la communauté germanophone. La petite Communauté germanophone de Belgique bénéficie de son autonomie au sein de la Région wallonne. Les données démographiques sont rares, mais suffisantes pour se faire une idée de son évolution récente. La natalité jadis florissante dans les années 1950-1960 est aujourd'hui la plus basse parmi les quatre entités démographiques de Belgique. Il existe une similarité des comportements reproductifs au sein de régions culturellement proches. En l'occurrence, les données démographiques de la communauté germanophone de Belgique suivent de près l'évolution de l'Allemagne, à l'instar de l'Autriche et de la Suisse alémanique. Elle diverge d'avec le schéma germanique sur un point : un net rebond de la natalité en 2005. Celui-ci ne s'est cependant pas confirmé en 2006. Au premier , il y avait dans la région, soit 17,87 %. Ces derniers sont en grande majorité des ressortissants allemands (). Histoire. Mouvements de la population depuis 1988. Depuis 2000 et jusque 2010, la population de la Belgique connaît une croissance de plus en plus soutenue. Cela est dû, d'une part à une hausse de la natalité (du moins à partir de 2003-2004), mais surtout à une immigration de plus en plus importante. Celle-ci a triplé entre 1998 et 2008, et le solde migratoire de la Belgique atteint en 2008-2009 pas moins des deux tiers du solde migratoire de la France. Une bonne partie de la hausse de la natalité est due à cette immigration d'étrangers en moyenne fort jeunes. À noter que les chiffres de la population totale du pays et du nombre d'immigrants ne comportent que la population "de droit" et doivent être majorés d'un nombre important de personnes en attente de leur permis de séjour, si bien qu'en , la population "de fait" du pays atteignait , dont quelque dans le registre d'attente. Natalité. Naissances par province de 1980 à 2009. La Belgique connait une dénatalité plus importante en Flandre qu'ailleurs. En effet, en , de 1980 à 2005, la Wallonie a connu une baisse de , contre en Flandre. Quant à Bruxelles, elle affiche un bond de non moins de , soit une augmentation de près de 24 %. Cette hausse est essentiellement le fait de l'arrivée nombreux immigrés dans la ville. Ces derniers sont déjà largement francisés ou en voie de francisation, à l'instar de ce qui se passe au sein des communautés immigrées de France et de Suisse romande (voir "note [1]"). À partir de 2003-2004, on note une importante reprise de la natalité, surtout en Flandre et à Bruxelles, et ce sous l'influence d'une bonne santé économique du pays - avant tout en Flandre -, et surtout d'une immigration massive d'étrangers. Malgré cela, la Flandre ne parvient pas à récupérer le niveau de natalité de 1980. À Bruxelles par contre, la natalité atteint des sommets de plus en plus élevés. De 2002 à 2009, le chiffre des naissances s'accroît ainsi de pas moins de 30 % à Bruxelles, contre 15,4 % en Flandre et seulement 7 % en Wallonie pour atteindre en 2009 les taux suivants par : 17,01 à Bruxelles, 11,10 en Flandre et 11,56 en Wallonie. Note [1] - Le chiffre de 94 % de francophones à Bruxelles n'est pas officiel, ni vérifiable lors de recensements, toute question concernant l'appartenance linguistique ou la connaissance des langues ayant été bannie des recensements officiels dès 1960. Un moyen assez simple de connaître la répartition culturelle à Bruxelles est de compter les cartes d'identité, lesquelles sont obligatoires sauf pour les enfants et libellées soit en français, soit en néerlandais. Les comptages ainsi effectués récemment montrent une proportion de 94-6 en faveur de la langue française. Notons qu'au dernier recensement linguistique effectué en 1947, les francophones n'étaient que moins de 74 %. Espérance de vie (au niveau national et par région) 2013. Selon les tables de mortalité annuelles, en âges révolus. Sur base des données du Registre National. Migration et composition culturelle. Au , la population du pays se composait, en prenant en compte la nationalité de naissance des parents, à 67,9 % de Belges d'origine belge, à 19,7 % de Belges d'origine étrangère (les Belges ayant un ou deux parents de nationalité étrangère ou les Belges dont la première nationalité enregistrée est étrangère) et à 12,4 % de non-Belges. En outre, 14,7 % de la population du pays est d'origine extra-européenne tous âges confondus et 24,7 % chez les moins de 18 ans (dont 15,7 % d'origine africaine). En , la part de Belges d'origine belge passe de 74,3 % à 67,9 %. Il existe de fortes différences entre les régions, du moins entre Bruxelles d'une part et la Wallonie et la Flandre d'autre part. Ainsi, pour la région de Bruxelles-Capitale, la part des personnes de nationalité étrangère s'élève à 35,3 % alors qu'elle se situe à 10,4 % en Wallonie et 9,3 % en Flandre. Bruxelles-Capitale a la plus forte proportion de personnes dont la nationalité d’origine se situe en dehors de la zone UE27: 60,7 % contre 56,9 % en Flandre et 37,4 % en Wallonie. En prenant en compte la nationalité de naissance des parents, 74,3 % de la population de Bruxelles-Capitale est d'origine étrangère et 41,8 % d'origine extra-européenne (dont 28,7 % d'origine africaine). Chez les moins de 18 ans, 88 % sont d’origine étrangère et 57 % d’origine extra-européenne (dont 42,4 % d'origine africaine). Population d'origine étrangère et leurs descendants par pays d'origine. Ces chiffres proviennent de deux études différentes effectuées à deux dates différentes, c'est la raison pour laquelle les chiffres divergent de façon parfois importante selon le pays d'origine. Ils permettent cependant d'avoir des connaissances plus approfondies de l'importance de l'immigration dans la population belge car les statistiques officielles sur la seule nationalité ne permettent pas de quantifier la population de nationalité belge mais ayant une ascendance étrangère. Il s'agit d'estimation réalisées par des centres de recherche en démographie. 89,2 % des habitants d'origine turque ont été naturalisés, tout comme 88,4 % des habitants d'origine marocaine, 75,4 % des Italiens, 56,2 % des Français et 47,8 % des Néerlandais, ces chiffres proviennent du travail mené par Jan Hertogen, dont les méthodes sont toutefois contestées par plusieurs de ses pairs. La population dite « allochtone » compte une myriade de groupes culturels (ethniques) dont les plus importants, d'origines nationales italienne, marocaine, congolaise, turque ou espagnole, dépassent numériquement les germanophones même en tenant compte de la diversité culturelle (ethnique) interne de chacun de ces groupes. Le , le Roi confie au président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, la mission d'informateur. Celui-ci rencontre à cette occasion le des représentants des cultes, d’associations philosophiques et des communautés civiles culturelles minoritaires: la communauté maghrébine, la communauté turque, la communauté juive et la communauté africaine subsaharienne. C'est la première fois dans l'histoire de la Belgique qu'une reconnaissance officielle implicite est accordée à une partie de ce que le Québec désigne sous l'appellation « communautés ethnoculturelles ». Depuis la nouvelle loi de Jean Gol facilitant l'octroi de la nationalité belge par une relaxation des différentes options (naissances, mariages etc.), plus de 1,3 million de migrants sont devenus belges. Étrangers en Belgique. Évolution du solde migratoire. Les mouvements d'immigration et de naturalisation constatés au sein de la population étrangère sont assez importants, proportionnellement à la population du pays. On constate tout d'abord qu'au cours des quinze dernières années, le flux d'immigrants a été constant et tendanciellement haussier, avec un minimum assez élevé de 19.529 en 1997, et un maximum de en 2006. Au total, en quinze ans, ce sont plus de qui sont venus s'ajouter aux dix millions (plus ou moins) de résidents. Ce flux d'immigrants est particulièrement important au niveau de la région de Bruxelles-Capitale où ce mouvement tend à s'accentuer depuis le début des années 2000. La ville reçoit actuellement plus de 40 % de la totalité des immigrants en Belgique, alors qu'elle ne compte que moins de 10 % de la population du pays. À elle seule elle reçoit autant d'immigrants que toute la région flamande six fois plus peuplée. Acquisitions de la nationalité. Le droit belge de la nationalité était fort restrictif jusqu'en 1984, et basé sur le jus sanguinis paterni (on naissait belge si son père était belge). Depuis lors le code de la nationalité a subi par trois fois d'importantes modifications et l'accès à la nationalité belge est aujourd'hui extrêmement libéral. Il s'agit même d'un des droits les plus libéraux en la matière (d'après Bauböck "et al.", 2006). Un exemple est la durée de résidence de seulement trois ans requise pour la procédure de naturalisation. Elle constitue la durée de résidence la plus courte requise en la matière par un État européen. Le tableau ci-dessus montre le nombre des acquisitions de la nationalité ces dernières années. Le pic des années 2000-2001 est lié à une modification du code de la nationalité intervenue en 1999 avec effet rétroactif. Le nombre d'acquisitions de la nationalité a été tel qu'il occulte partiellement le poids réel de l'immigration de certains pays. Ce sont surtout les citoyens originaires de pays extra-européens qui ont bénéficié des nouvelles dispositions légales concernant la naturalisation. Ainsi, au sein des communautés d'origine marocaine, turque et congolaise, respectivement 67, 70 et 64 % des personnes étaient devenues belges en . Pour analyser l'impact de l'immigration dans le pays, on ne peut plus recourir aux statistiques basées sur le nombre d'étrangers. Une meilleure approche est constituée par les statistiques regroupant toutes les personnes nées étrangères, c'est-à-dire l'ensemble des étrangers et des naturalisés. Le résultat de cette situation est, que le nombre de naissances d'enfants étrangers se réduit de plus en plus. Après avoir atteint un maximum de en 1980, ce chiffre est tombé à un plus bas de 7.203 en 2003, pour remonter quelque peu par après. Désormais l'immense majorité des naissances issues de l'immigration sont belges.
PlayStation La est une console de jeux vidéo de cinquième génération, produite par à partir de 1994. La PlayStation originale fut la première machine de la gamme PlayStation, déclinée ensuite en PSone (une version plus petite et plus légère que l'originale). Le , soit près de dix ans après son lancement, Sony annonce avoir distribué de consoles dans le monde et plus de de jeux PlayStation. Histoire. Développement. En 1985, Nintendo avait travaillé sur la conception d'un lecteur supportant des disquettes pour la Famicom, le Famicom Disk System , mais des problèmes survinrent. La nature magnétique réinscriptible de ces disquettes en faisait un support facilement effaçable (provoquant ainsi une baisse sensible de la durabilité), et exposé au danger de la contrefaçon. Par conséquent, lorsque furent mis au point les différents standards de CD-ROM, Nintendo se montre très intéressé et demanda à Sony de l'aider à développer un lecteur de CD-ROM additionnel pour sa future console SNES, sous le nom de SNES-CD. Le choix de Sony par Nintendo fut facilité car ceux-ci étaient déjà en collaboration dans la conception de la SNES. En effet, c'est Ken Kutaragi, futur « père de la Playstation », qui s'était chargé du développement du processeur sonore SPC-700 chez Sony. Nintendo, très satisfait de la qualité de ce processeur et du travail de Kutaragi, intégra cette puce dans sa console SNES. Un accord fut signé en 1988 pour le développement du SNES-CD, et le travail commença. En 1991, le SNES-CD est annoncé par Sony au CES de Las Vegas, au mois de juin. Cependant, lorsque le président de Nintendo Hiroshi Yamauchi relut le contrat original entre Sony et Nintendo, il constata que l'accord passé ne sécurisait pas assez le droit de licence que Nintendo appliquait alors aux éditeurs pour chaque cartouche produite, ainsi que les droits sur la technologie produite. Yamauchi était furieux. En effet, au lieu d'annoncer leur association le jour de la conférence de Nintendo au CES, le directeur de la filiale américaine Howard Lincoln monta sur la scène et révéla qu'ils étaient maintenant en partenariat avec Philips. Howard Lincoln et Minoru Arakawa se rendirent au siège de Philips en Europe, sans en informer Sony, et formèrent une alliance d'une nature totalement différente : une alliance qui donnerait le pouvoir total à Nintendo sur toutes les licences sur les futures machines de Philips. L'annonce du CES fut un véritable choc. Non seulement ce fut une énorme surprise, mais cela fut perçu par beaucoup dans la communauté des affaires japonaises comme une trahison : une compagnie japonaise snobant une autre compagnie japonaise en faveur d'une firme européenne était absolument impensable. Après l'effondrement du projet commun, Sony pensa arrêter les recherches, mais finalement, la compagnie décida de réutiliser tout ce qui avait été développé en commun avec Nintendo pour en faire une console à part entière. Des contacts furent même établis avec Sega aux États-Unis, mais la maison-mère au Japon refusa toute collaboration. Cette décision motiva Nintendo à poursuivre Sony pour rupture de contrat devant la cour fédérale des États-Unis, ainsi que la tentative d'obtenir une interdiction de commercialisation de la PlayStation, avec comme argumentation que Nintendo possédait les droits du nom. Le juge fédéral refusa finalement l'interdiction. Ainsi, en octobre 1991, le premier modèle de la nouvelle Sony PlayStation fut révélé ; en théorie, environ 200 machines de ce type furent seulement produites. Malgré leurs divergences et rancœurs, les deux sociétés espérèrent trouver des intérêts commerciaux et industriels communs. Sony n'était pas forcément prêt à prendre le risque de se lancer seul sur ce marché, et Nintendo ne voulait pas manquer l'occasion de profiter d'un succès potentiel du projet de Sony, de plus sans devoir prendre en charge les coûts de fabrication de cette console. D'autant que le développement du SNES-CD avancait difficilement avec Philips, pour des raisons techniques. À la fin de l'année 1992, Sony et Nintendo essayèrent de trouver un accord pour que la Sony PlayStation puisse conserver son port cartouche pour les jeux SNES, mais encore une fois il ne parvinrent pas à se mettre d'accord sur la répartition des droits. Cependant, Sony réalisa que la technologie de la SNES commençait à montrer ses limites, et que la nouvelle génération de consoles était sur le point de voir le jour : les travaux commencèrent début 1993 pour renouveler le concept de la PlayStation pour cibler la nouvelle génération de logiciels et de matériel. Sony eu alors des discussions avec Commodore afin de racheter la technologie de leur Amiga CD32 (dont le lecteur CD était déjà fabriqué par l'entreprise japonaise), mais elles n'aboutirent pas. Finalement, le port SNES fut retiré, l'espace entre les deux mots fut enlevé, et la PlayStation naquit. Le logo PlayStation fut créé par Manabu Sakamoto, qui a également dessiné le logo des ordinateurs Sony "VAIO". La PlayStation reprend la vibration du Rumble Pak de la Nintendo 64 dans la manette DualShock en 1997. Depuis, toutes les manettes possèdent la vibration. Lancement. La PlayStation est lancée au Japon le , le aux États-Unis, le en Europe, et en Océanie en . En Amérique, Sony profita d'un lancement réussi avec des titres de tous les genres comme "Battle Arena Toshinden", "Twisted Metal", "Warhawk", "Philosoma", "Wipeout" et "Ridge Racer". Presque tous les titres de lancement de Sony et Namco ont donné lieu à des suites. Teiyu Goto, le designer de la manette, expliqua le choix de symboles plutôt que de lettres pour les boutons : Au lancement, la console est proposée à 299 $ aux États-Unis (un prix atteint par son successeur) et 2099 FF (441 € de ) en France. Jeux vidéo. Les titres les plus populaires sur PlayStation sont, "Ridge Racer", "Crash Bandicoot", "Dragon Quest", "Final Fantasy VII", "Driver", "Gran Turismo", "Metal Gear Solid", "Parasite Eve", "Silent Hill", "Spyro the Dragon", "Tony Hawk's Skateboarding", "Tekken", "Tomb Raider", "", "Resident Evil" et "WipEout" (ces quatre derniers jeux sont sortis également sur Sega Saturn). Le record de vente revient au jeu de course "Gran Turismo" avec d'unités distribuées. "Tekken" est le premier jeu PlayStation à dépasser la barre du million d'unités écoulées. Le dernier jeu produit sur la console est "FIFA Football 2005". Au , ont été commercialisés au Japon, en Amérique du Nord et en Europe avec des ventes cumulées de jeux s'élevant à d'unités. Depuis 2006, des jeux PlayStation sont réédités en téléchargement sur PlayStation 3, PlayStation Portable et PlayStation Vita (cf. liste de jeux PSOne téléchargeables). Variantes. Le bloc laser (bloc optique) se situe en haut à gauche sous le couvercle CD, près de l'alimentation. Une première nouvelle version de la partie matérielle de la console est lancée début 1996. Elle fut produite en réponse des plaintes concernant la surchauffe des consoles. Sony a revu légèrement la carte mère de la console : celle-ci passe du modèle PU-7 à PU-8, la firme n'a pas changé les spécifications techniques finales ni esthétiques. Les composants montés en surface sont implantés sur les deux faces de la carte. L'alimentation possède une connectique 7 broches et a tendance à chauffer anormalement tant que celle-ci est reliée au secteur, y compris lorsque la console n'est pas utilisée. À partir des modèles 5000, Sony a retiré les prises Cinch/RCA ainsi que l'alimentation du modulateur RF antenne (prise "RF DC OUT" pour l'accessoire "SCPH-10070"). L'alimentation est différente : simplifiée, elle ne chauffe plus de manière excessive et le brochage vers la carte mère est différent en passant à 5 broches. Le bloc optique est déporté sur la droite au centre du couvercle CD. La console embarque une nouvelle carte mère plus compacte : la PU-18. Aucun changement sur la connectique externe. La carte mère est encore modifiée : PU-20. Les composants sont dorénavant implantés uniquement sur la partie supérieure de la carte mère. Le port parallèle (qui fut rarement utilisé par Sony) a été retiré pour réduire les coûts de production. Nouveau modèle de carte mère toujours plus compacte : PU-23. Dernière version de carte mère produite pour les PlayStation grises, dites "fat". Modèles spéciaux. Le dernier chiffre du numéro de modèle SCPH de chaque console correspond à la version la région (une sorte de zonage). Les pays utilisant le système PAL (Europe, Australie et Nouvelle-Zélande) ont pour code région "2". Donc les consoles vendues en France (et plus généralement en Europe) ont pour numéro de modèle par exemple "SCPH-7502". Les pays dans lesquels on utilise le système NTSC (Japon et Amérique) sont vendues des consoles dont le numéro de modèle se termine par "0" (Japon), "1" (États-Unis) et "3" (Asie). Les textes des boutons "Power" et "Open" sont remplacés par des symboles à partir du modèle SCPH-5502 (et suivantes) pour la région Europe (2). Les modèles NTSC n'ont pas de symboles mais ont toujours conservé les indications "Power" et "Open". L'emplacement du bloc laser (bloc optique) a changé de place sous le couvercle CD. Sur les séries 1000 et 3000 il se situe en haut à gauche, près de l'alimentation. À partir des séries 5000 il est déplacé au centre sur la droite. Version de test. Une autre version était une PlayStation bleue, ou, plus tard, verte (différente des consoles habituelles qui étaient grises), qui était uniquement destinée aux développeurs et à la presse. Contrairement à l'opinion générale, la RAM n'était pas de 4 mégaoctets mais bien des 2 mégaoctets standards. La console incluait un émulateur de CD-ROM connecté à un PC. Il était ainsi possible de faire fonctionner des jeux encore en développement sans l'utilisation d'un code régional (qui seraient rejetés par une PlayStation normale, à l'instar des jeux contrefaits). Certaines de ces consoles furent mises en vente sur des réseaux douteux, à des prix très élevés. Net Yaroze. Une version de la PlayStation nommée Net Yaroze a également été produite. Elle était plus onéreuse que la première PlayStation, noire au lieu du gris habituel, et le plus important est qu'elle était livrée avec des outils et guides qui permettaient de programmer des jeux et applications pour PlayStation sans posséder une suite complète de développeur, qui coûtait bien plus cher (et qui était disponible uniquement pour les développeurs certifiés). La Net Yaroze n'inclut pas les mêmes outils qu'une suite complète : par exemple, les bibliothèques fournies ne permettent pas d'utiliser la fonctionnalité vibreur, le multitap ou le décodeur MPEG. La Net Yaroze est la seule PlayStation commercialisée à ne pas être zonée. PSone. La PSone est une version redessinée de la PlayStation. Elle est environ un tiers plus petite que le premier modèle (38 mm × × contre × × ). Elle est sortie fin septembre 2000 (au prix de 790 FF), peu avant le lancement de la PlayStation 2 (elle servira de PlayStation d'entrée de gamme pendant cette période, et ce jusqu'en 2006). La PSone est entièrement compatible avec les jeux de la PlayStation, elle est fournie avec un pad Dual Shock. Le modèle a été distribué à d'exemplaires. Il existait trois différences entre la PSone et l'originale, la première étant une nouvelle esthétique, la deuxième un changement de l'interface du menu d'accueil, et la troisième l'ajout d'une protection contre les modchips en changeant les circuits internes et en rendant les modchips d'anciennes générations inutilisables. La PSone n'intègre plus le port série original de la PlayStation, qui permettait à plusieurs consoles d'être connectées pour un jeu multijoueur sur plusieurs téléviseurs, ou encore pour un modchip externe. Sony a également sorti un écran LCD et un adaptateur allume-cigare pour utiliser ce modèle en voiture. La production est arrêtée en 2006. Autres versions spéciales. Une version blanche a aussi été produite pour lire les VCD, modèle unique SCPH-5903, distribué qu'en Asie là où les Vidéo-CD sont très populaires. D'autres versions produites en édition spéciale ont été lancées un peu partout dans le monde, comme une console noire pour la sortie du film "Men In Black". Contrefaçon. Les disques PlayStation ont été conçus pour être impossibles à copier avec du matériel conventionnel. Non seulement les disques originaux Sony contenaient des secteurs vides de données qui empêchaient la lecture par les logiciels grand public de l'époque, mais ils étaient également pressés de sorte que les pistes forment des vagues, ce qu'aucun graveur n'est capable de reproduire. Le lecteur CD de la console était capable de détecter ces vagues, dont la fréquence encodait la zone géographique du jeu. La console refusait d'exécuter les CDs sans ces secteurs vierges, et sans les vagues correspondant à la zone géographique de la console. Contrairement aux légendes urbaines – parfois propagées par Sony eux-mêmes –, la couleur noire caractéristique des disques PlayStation n'intervenait pas dans le système anti-piratage. Son rôle était uniquement de garantir à l'acheteur l'authenticité du disque. L'installation d'un modchip permettait aux PlayStation de contourner ces protections et d'accéder à des fonctionnalités avancées. Vers la fin de vie de la console, ces modchips étaient produits en masse, à très bas prix, et ne nécessitaient que 4 à 8 fils à souder, ce qui les rendaient très accessibles au grand public. Ces modifications permettaient de jouer à des copies illégales de jeux gravées sur CD vierge –de plus en plus de logiciels permettant de lire les disques avec des secteurs vierges– mais aussi d'outrepasser complètement toutes les restrictions de la console, permettant par exemple de jouer à des jeux NTSC sur une console PAL et d'exécuter des homebrews. Ce dernier point la rendit particulièrement attractive aux yeux des hackers et des programmeurs amateurs. La popularité de la console, l'arrivée d'Internet, la banalisation des graveurs CD dans les ordinateurs à la fin des années 1990, et la production en masse de modchips à très bas prix, couplées avec leur facilité d'installation, firent de la PlayStation l'une des toutes premières consoles à avoir subi la contrefaçon de jeux en masse. Successeurs. Le premier successeur de la PlayStation est la PlayStation 2, qui est rétrocompatible avec son prédécesseur, dans le sens où elle peut lire presque tous les jeux PlayStation. Cela a été possible en intégrant la majorité des composants de la première PlayStation dans la seconde. Contrairement aux émulateurs sur PC, la PlayStation 2 contient le processeur original de la PlayStation, permettant aux jeux de fonctionner exactement comme sur la première PlayStation. Pour les jeux PlayStation 2, ce processeur, appelé IOP, est utilisé pour les entrées et les sorties (les cartes mémoires, le lecteur de DVD, l'adaptateur réseau, et le disque dur). Comme son prédécesseur, la PlayStation 2 est basée sur des composants fabriqués par Sony. La PlayStation Portable (PSP) est une console portable sortie en décembre 2004 au Japon, en mars 2005 aux États-Unis et en septembre 2005 en Europe. Elle utilise le format UMD. Une partie du catalogue de jeux PlayStation est réédité sur la console en téléchargement sur le PlayStation Network. Depuis fin , un firmware spécial permet aussi aux utilisateurs de convertir leurs jeux PlayStation au format PSP EBOOT. La PlayStation 3 est lancée en novembre 2006 aux États-Unis et au Japon, et le 23 mars 2007 en Europe. La plupart des jeux PlayStation fonctionnent sur les modèles 40 et de la PlayStation 3 (la rétrocompatibilité avec les jeux PlayStation 2 est dépendante du modèle). Les jeux PlayStation et PlayStation 2 restent zonés. À l'instar de la PSP, une partie du catalogue de jeux PlayStation est réédité sur la console en téléchargement sur le PlayStation Network. En 2011, la PlayStation Vita est annoncée, elle succède à la PlayStation Portable. Dotée d'un écran tactile et d'un pavé tactile à l'arrière, de deux sticks analogiques et de composants plus puissants, elle sort en au Japon, et en en Occident. La PlayStation 4 est sortie le aux États-Unis et au Canada, le en Europe et en Australie, et le au Japon. La PlayStation 5 est sortie le aux États-Unis, au Canada, au Mexique, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud et au Japon, puis le en Europe et dans le reste du monde. Qualité de fabrication. Le bloc laser du lecteur de CD intégré aux premières unités produites (notamment la série des 1000 avec le KSM-440AAM) était construit autour d'une structure en plastique qui glissait sur des rails eux aussi en plastique. Avec le temps, la friction provoquée par les déplacements répétés durant les accès au disque rongeait le plastique sur la partie la plus lourde du bloc optique. S'ensuit, au bout de quelques années, voire quelques mois, une inclinaison horizontale souvent inégale du bloc optique. Visuellement, on peut s'apercevoir qu'il penche d'un côté. Le laser ne pointe plus ainsi perpendiculairement sur le CD mais légèrement de biais. Par conséquent les disques ne pouvaient plus être lus correctement. Sony a résolu le problème en changeant le matériau des patins de la partie mobile en contact avec les rails de translation/déplacement (sled) par du silicone/nylon plus robuste. Le corps du bloc optique n'est plus réalisé en plastique lui non plus mais en métal sur modèles suivants, à savoir les KSM-440ACM, ADM, AEM et BAM. Une solution (seulement temporaire) pour résoudre le problème du laser était de mettre la PlayStation dans une position inhabituelle (sur le côté - alimentation vers le bas - ou carrément à l'envers). Cela suffisait au bloc optique pour se réaligner de manière perpendiculaire par rapport au CD, permettant à la console de lire à nouveau les disques. Malheureusement, la friction continuait à endommager le plateau en plastique, et finalement, la PlayStation ne lisait plus les disques sur le long terme. Certaines unités étaient incapables de lire les cinématiques correctement, avec des saccades ("skipping"), voire de charger tout ou partie d'un jeu correctement provoquant des plantages sévères. Dans certains cas, ces problèmes de lecture peuvent aussi survenir lorsque le moyeu central (spindle) est voilé ou mal positionné en hauteur (trop surélevé ou trop enfoncé). Production et ventes. Le lancement en Europe s'accompagne d'une campagne publicitaire qui caricature les associations familiales luttant contre le jeu vidéo. Les publicités mettent en scène un pseudo "Comité anti-PlayStation" et PlayStation France organise également de fausses manifestations dans les rues. 102,49 millions d'exemplaires de PlayStation ont été distribués en . Première console de salon de l'histoire à avoir dépassé la barre symbolique des d'unités, cette performance a été franchie en mai 2004, neuf années et six mois après le lancement de la console. C'est alors un record dans l'histoire de consoles de salon (la PlayStation 2 fera mieux ensuite). La console est commercialisée dans plus de 120 pays et régions à travers le monde. Les chiffres se répartissent comme suit selon les régions : 20.72 millions au Japon (et Asie), 39.67 millions en Amérique du Nord et 39.61 millions en Europe (et autres régions PAL). Au , de PlayStation se sont écoulées à travers le globe contre 7 millions de Saturn, sa principale concurrente de l'époque avec la Nintendo 64.) Au , de PlayStation se sont écoulées à travers le globe contre de Saturn. Au , de PlayStation se sont écoulées à travers le globe contre de Nintendo 64. L'arrêt de la production de la console est annoncé le , à sa onzième année (sa longévité est l'une des plus importantes avec l'Atari 2600 et la NES). Le succès de la PlayStation est aussi une des causes de la fin du support cartouche. Bien qu'elle ne soit pas la première console à utiliser un format de disque optique, ce fut la première à avoir du succès, et s'est retrouvée en face-à-face gagnant contre la dernière console de jeu de salon à utiliser le support cartouche, la Nintendo 64. Nintendo a longtemps attendu avant d'utiliser les supports CD et DVD comme support, en utilisant des arguments comme les temps de chargement plus longs et des problèmes de durabilité, et de contrefaçon. Le bilan des ventes de la PlayStation depuis son lancement : Spécifications techniques. Processeur principal. Chip à architecture MIPS R3000A fabriqué par MIPS Technologies compatible (R3051) 32 bits RISC tournant à 33,8688 MHz. Le chip est fabriqué par LSI Logic avec des technologies appartenant à Silicon Graphics. Le chip contient le ' ("Moteur de transformation géométrique") et le ' ("Moteur de décompression de données"). Il inclut plusieurs fonctions : Moteur de transformation géométrique. Ce coprocesseur est inclus dans le processeur principal. Cela apporte des instructions mathématiques vectorielles utilisées pour les graphismes 3D. Il inclut plusieurs fonctions : Sony a officiellement annoncé le compte des polygones à 1,5 million de polygones bruts par seconde et polygones texturés et éclairés par seconde. Ces chiffres ont été donnés pour une utilisation dans des conditions optimales, et sont donc irréalistes dans des conditions normales. Le processeur géométrique utilise des registres 16 bits à virgule fixe pour la partie calcul vectoriel (1 bit pour le signe, 3 bit pour la partie entière et 12 bits pour la fraction) et des registres 32 bits à virgule fixe pour la partie calcul de couleurs (1 bit pour le signe, 27 bits pour la partie entière et 4 bits pour la partie fractionnaire). Moteur de décompression de données. Ce moteur est intégré dans le processeur. Il est chargé de décompresser les contenus audio et vidéo. Le dispositif peut décoder trois macroblocs encodés en RLE de taille 16×16, et peut faire tourner une TCD ainsi qu'assembler un macrobloc de taille 16×16 en RVB. Les données externes peuvent être transférées via un accès direct à la mémoire. Il est possible de réécrire une matrice en TCD et plusieurs paramètres additionnels, cependant le jeu d'instructions internes MDEC n'a jamais été documenté. Il inclut plusieurs fonctions : Processeur graphique. Cette puce est séparée du processeur et se charge de tous les graphismes en 2D, qui incluent les transformations des polygones 3D. Il inclut plusieurs fonctions : Processeur son. Il inclut plusieurs fonctions : Lecteur CD-ROM. Il inclut plusieurs fonctions :
Portable Document Format Le , communément abrégé en PDF, est un langage de description de page présenté par la société Adobe Systems en 1992 et qui est devenu une norme ISO en 2008. La spécificité du PDF est de préserver la mise en page d’un document telle qu'elle a été définie par son auteur, et cela quels que soient le logiciel, le système d'exploitation et l'ordinateur utilisés pour l’imprimer ou le visualiser. Description. Généralités. Le "" qui se traduit de l'anglais en « format de document portable », généralement abrégé en PDF, est un format de fichier informatique créé par Adobe Systems. L'avantage du format PDF est qu'il préserve les polices de caractères, les images, les objets graphiques et la mise en forme de tout document source, quelles que soient l'application et la plate-forme utilisées pour le lire. Le format PDF peut aussi être interactif. Il est possible (grâce à des logiciels tels Adobe Acrobat Pro, LibreOffice ou Scribus) d'incorporer des champs de textes, des notes, des corrections, des menus déroulants, des choix, des calculs, etc. On parle alors de formulaire PDF. C'est pourquoi ce format est utilisé dans un ensemble large et varié de logiciels, de l'exportation dans les suites bureautiques grand public, aux manipulations par des programmes spécialisés de l'industrie artistique, en passant par la génération de factures électroniques ou documents officiels via Internet. Plus techniquement, les fichiers PDF peuvent être créés avec des options personnalisées, tant aux niveaux de la compression des images et des textes, de la qualité d'impression du fichier, que du verrouillage (interdiction d'impression, de modification…). Le PDF s'est imposé comme format d'échange (consultation d'écran, impression) et d'archivage de documents électroniques, il est devenu un « standard international ». Historique. Le format PDF est né de l'imagination de l'un des fondateurs d'Adobe, John Warnock. C'est à l'origine un projet destiné à répondre aux besoins de fonctionnement interne de sa société. Adobe étant déjà propriétaire et utilisateur du format PostScript, c'est naturellement ce format qui a servi de base au projet. Avant sa première présentation officielle, le nom utilisé pour définir le projet était IPS, pour , et le logiciel destiné à l'exploitation de ce format portait le nom de code Carousel. C'est pour cette raison que le type de fichier Macintosh attribué au format PDF est CARO. Annoncé lors de la conférence du Seybold à San-Jose (Californie) en 1991, le PDF 1.0 a été présenté au Comdex en 1992, où il a remporté le "". Depuis, le format a évolué à plusieurs reprises jusqu'à sa normalisation ISO en 2008. Cette première version gérait déjà les liens, les signets et l'incorporation des polices de caractères, mais ne reconnaissait que l'espace colorimétrique RVB. Ce qui la rendait inutilisable par les professionnels du prépresse. Le prix de la première version d'Acrobat Exchange était élevé et la version Reader coûtait 50 $US. À cause de cette politique tarifaire, Acrobat et le PDF ont d'abord connu une diffusion confidentielle. Qui plus est, il y avait des formats concurrents, comme ' (WordPerfect), ' et même le format PostScript (.ps) d'Adobe. Ensuite, Adobe a révisé le tarif d'Acrobat Exchange (devenu depuis Acrobat Pro) à la baisse et diffusé Acrobat Reader gratuitement. Fonctions notables (innovantes à l'époque) : Le format de fichier PDF a changé plusieurs fois, et continue d'évoluer, parallèlement à la sortie de nouvelles versions d'Adobe Acrobat. Il y a eu neuf versions de PDF et la version correspondante du logiciel : Le format ouvert « ISO 32000-1:2008 PDF » a été publié par l'Organisation internationale de normalisation (ISO) le . PDF est à présent une norme ISO, intitulée « Gestion de documents - - Format de document portable - - Partie 1: PDF 1.7 ». Le , le projet de norme ISO 32000-2 a atteint le stade d'approbation en étant publié par l'ISO en tant que texte final ("FDIS en anglais"), intitulé « Gestion de documents - - Format de document portable - - Partie 2 : PDF 2.0 ». Atouts et limites. Reconstitution à l’identique. Le format PDF préserve la mise en forme du document source parce qu’il intègre dans un seul et même fichier les polices, les images, et autres éléments utilisés pour la création du document. Portabilité. Le PDF est consultable sur de nombreux appareils communicants (ordinateurs, tablettes, smartphones…). Le lecteur diffusé gratuitement par Adobe, nommé Adobe Reader est disponible sur de très nombreuses plates-formes et systèmes d’exploitation : Android, iOS, Windows, MacOS, Linux, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, Sun Solaris Sparc, IBM AIX, HP-UX, OS/2 / Warp… De nombreux autres lecteurs, dont certains sont des logiciels libres, existent également (Xpdf, gv, Foxit…). Interactivité. Le format PDF peut aussi être interactif : il est en effet possible, grâce à des logiciels tels Adobe Acrobat Pro, Scribus ou OpenOffice.org, d’incorporer des champs de textes, des notes, des corrections, des menus déroulants, des choix, des calculs, etc. On parle alors de formulaire PDF, ou de PDF multimédia. Par ailleurs, il existe des lecteurs tiers capable de gérer une partie de ces fonctionnalités avancées, tels par exemple les divers lecteurs basés sur Poppler (Evince, Okular, ...), qui implémentent les formulaires PDF utilisant AcroForms, et en partie ceux utilisant XFA. Il est ainsi possible, par exemple : Son format A4 facilite l’impression (contrairement aux formulaires web difficilement imprimables et archivables). Standard ouvert. Le format PDF a toujours été un standard ouvert et, en 2008, il est devenu une norme sous l’appellation ISO 32000. Gérée par l’ISO (Organisation internationale de normalisation), la norme ISO 32000 est développée dans le but de protéger l’intégrité et la longévité du format PDF, qui constitue un standard ouvert pour plus d’un milliard de fichiers PDF actuellement en circulation. Évolutivité. Plus de 2 000 fournisseurs à travers le monde proposent des solutions basées sur le format PDF : outils de création, modules externes et outils de conseil, de formation et de support. Fiabilité. La technologie PDF est de plus en plus utilisée pour la collecte d’informations, comme en attestent les millions de documents PDF actuellement publiés sur le web et un nombre incalculable de fichiers PDF circulant dans les entreprises et administrations du monde entier. Intégrité des fichiers garantie. Les fichiers PDF sont fidèles aux documents originaux et conservent les informations du fichier source quelle que soit l’application utilisée pour le créer et même lorsque plusieurs formats sont regroupés au sein d’un Porte-document PDF. Les fichiers PDF sont donc orientés "présentation", contrairement aux fichiers HTML et XML qui dissocient fondamentalement le contenu de sa présentation. Sécurité. On peut apposer une signature numérique ou protéger par mot de passe des documents PDF avec de nombreux logiciels. Indexation. Les fonctions de recherche de texte – à la condition qu'on ait utilisé un programme de reconnaissance optique de caractères – dans les documents et métadonnées facilitent l’indexation des documents PDF. Accessibilité. Compatibles avec les technologies d’assistance, les documents PDF facilitent l’accès aux informations électroniques pour les personnes souffrant de handicaps. 3D. Il est possible depuis un logiciel de dessin CAO 3D d'insérer des fenêtres 3D dans les fichiers PDF. Différents outils existent pour ajouter de la 3D : Adobe Acrobat Pro supporte par défaut les formats U3D et PRC. Des sociétés comme Tetra4D proposent des outils d'import/export gérant de nombreux formats. La nouvelle tendance en 2016 consiste à créer des PDF riches et interactifs permettant d'exploiter de manière aussi complète que possible les informations contenues dans les fichiers 3D. Les PDF 3D sont surtout utilisés pour effectuer de la revue de projets et échanger des informations avec les différents intervenants. La lecture de ces fichiers 3D est possible nativement avec Acrobat Reader. Gestion des droits d'auteur. Avec l'acquisition en de Glassbook Reader, une interface de mise en forme du livre basée sur le format PDF, Adobe peut offrir aux éditeurs un système de gestion des droits numériques (DRM), qui permet de limiter la lecture ou la modification du document. À l'image de l'industrie de la musique ou du cinéma, l'industrie du livre s'intéresse à une technologie qui lui permet de diffuser des œuvres soumises au droit d'auteur en ayant la garantie que le fichier ne se diffuserait pas en dehors des ordinateurs « autorisés ». Le premier livre massivement diffusé sur le Glassbook Reader est "Riding the Bullet" de Stephen King, en . Il existe également différents outils de DRM permettant la distribution de fichiers PDF tout en conservant une parfaite maîtrise des droits des utilisateurs des documents (copier-coller, modification, impression) : Fin 2018, on ne parle clairement plus de PDF pour lire des livres. La mode est au eBooks dont le format le plus répandu est l’ePub. Ces formats sont très adaptés aux liseuses électroniques. Format. Versions. La création du format PDF date de 1992. Depuis, le format a évolué à plusieurs reprises jusqu'à sa normalisation. La dernière version en date porte le numéro 1.7. Normalisation. Le format PDF dans sa version 1.7 est normalisé par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) sous la référence ISO 32000-1:2008. La norme a été publiée le . La société Adobe Systems n'est donc plus maîtresse de l'évolution du format qu'elle a créé, dont les spécifications ont cependant toujours été publiques et gratuites. La publication de cette norme est maintenant à la charge de l'Organisation internationale de normalisation, qui la délivre contre 198 CHF. Pour maintenir l'universalité du format, la société Adobe a cependant obtenu de l'ISO de pouvoir diffuser gratuitement sa propre version de cette publication : à condition qu'elle ne soit pas identique à l'original pour que son apparence ne puisse pas prêter à confusion quant à sa provenance. C'est donc une version différente dans la forme mais strictement identique sur le fond que la société Adobe délivre gratuitement au format PDF. Prévue à l'origine pour début 2012, la version ISO 32000-2, alias PDF 2.0, a finalement été publiée en . Des sous-ensembles du format PDF ont également été normalisés par l’ISO, il s'agit des formats PDF/A-1 ("PDF for Archive", référencé par la norme ISO 19005-1), PDF/X ("PDF for eXchange"), PDF/VT ("PDF for Volume Transactional Output"), PDF/E ("PDF for Engineering"), PDF/UA ("PDF for Universal Access") et d'autres sous-ensembles sont actuellement en proposition pour devenir des normes ISO. Format ouvert. PDF est un format ouvert, c’est-à-dire que ses spécifications sont connues et que son créateur Adobe Systems autorise des programmes tiers à réutiliser son format. Bien qu'Adobe détienne un certain nombre de brevets portant sur le format PDF, il accorde une licence gratuite à tous les développeurs pour mettre en œuvre les fonctions de lecture et de création de PDF dans des logiciels tiers. Logiciels manipulant les PDF. Les listes suivantes sont non exhaustives. Affichage. Quelques exemples de logiciels permettant d'afficher un fichier PDF. Création. Ces logiciels créent des fichiers dans différents formats et peuvent exporter dans le format PDF. Liste non exhaustive. Conversion vers le PDF. Ces logiciels permettent de générer des fichiers PDF depuis certains types de formats :
Proton Le proton est une particule subatomique portant une charge électrique élémentaire positive. Les protons sont présents dans les noyaux atomiques, généralement liés à des neutrons par l'interaction forte (la seule exception, mais celle du nucléide le plus abondant de l'univers, est le noyau d'hydrogène ordinaire (protiumH), un simple proton). Le nombre de protons d'un noyau est représenté par son numéro atomique "Z". Le proton n'est pas une particule élémentaire mais une particule composite. Il est composé de trois particules liées par des gluons, deux quarks up et un quark down, ce qui en fait un baryon. Dans le cadre du modèle standard de la physique des particules, et aussi expérimentalement dans l'état actuel de nos connaissances, le proton est également stable à l'état libre, en dehors de tout noyau atomique. Certaines extensions du modèle standard prévoient une (extrêmement faible) instabilité du proton libre. Historique. Le concept d'une particule analogue à l'hydrogène, constituant des autres atomes, s'est graduellement développée au cours du et du début du . Dès 1815, William Prout émet l'hypothèse que tous les atomes sont composés d'atomes d'hydrogène, sur la base d'interprétations des valeurs des masses atomiques ; cette hypothèse se révèle fausse lorsque ces valeurs sont mesurées avec plus de précision. En 1886, Eugen Goldstein découvre les rayons canaux et montre qu'ils sont composés de particules chargées positivement (des ions) produites par des gaz. Cependant, comme les ions produits par différents gaz possèdent des rapports charge/masse différents, ils ne sont pas identifiés comme une simple particule, à la différence de l'électron découvert par Joseph Thomson en 1897. À la suite de la découverte du noyau atomique par Ernest Rutherford en 1911, Antonius van den Broek émet l'hypothèse que la place de chaque élément dans la classification périodique est égale à la charge de son noyau. Cette hypothèse est confirmée expérimentalement par Henry Moseley en 1913. En 1919, Rutherford prouve que le noyau de l'atome d'hydrogène est présent dans les autres noyaux. Il remarque que lorsque des particules alpha sont envoyées dans un gaz d'azote, ses détecteurs de scintillation indiquent la signature de noyaux d'hydrogène. Il détermine ensuite que cet hydrogène ne peut provenir que de l'azote. Ce noyau d'hydrogène est donc présent à l'intérieur d'un autre noyau. Rutherford baptise la particule correspondante du nom de proton, d'après le neutre singulier du mot grec pour « premier », . Caractéristiques physiques. Description. Le proton est un fermion de spin . Il est composé de trois quarks de valence, ce qui en fait un baryon. Les deux quarks up et le quark down du proton sont liés par l'interaction forte, transmise par des gluons, ces gluons échangés entre les quarks et qui, par l’énergie de liaison qu’ils représentent, vont constituer environ 99 % de la masse du proton. En plus de ces trois quarks de valence (qui déterminent les nombres quantiques de la particule) et des gluons, le proton, comme les autres hadrons, est constitué d'une « mer » de paires de quarks-antiquarks virtuels qui apparaissent et disparaissent en permanence. Les nombres quantiques de ces paires virtuelles s'annulent en moyenne, ne contribuant donc pas à ceux du proton. Tout comme le neutron, le proton est un nucléon et peut être lié à d'autres nucléons par la force nucléaire à l'intérieur d'un noyau atomique. Le noyau de l'isotope le plus courant de l'hydrogène est un simple proton. Le noyau des isotopes plus lourds, le deutérium et le tritium contiennent un proton lié à un et deux neutrons, respectivement. Tous les autres noyaux atomiques sont composés de deux protons ou plus et d'un certain nombre de neutrons. Le nombre de protons d'un noyau détermine (par l’intermédiaire des électrons qui lui sont associés) les propriétés chimiques de l'atome et donc quel élément chimique il représente. La masse du proton est égale à environ , soit à peu près ou . La masse du proton est environ celle de l'électron. Sa charge électrique est très exactement égale à une charge élémentaire positive (), soit ; l'électron possède une charge électrique négative, de valeur opposée à celle du proton. La charge électrique du proton est égale à la somme des charges électriques de ses quarks : celle de chaque quark up vaut + et celle du quark down −. Son rayon est d'environ . Dimensions. Étant une particule composite, le proton n'est pas ponctuel. Sa taille peut être définie comme son rayon de charge, c'est-à-dire le rayon quadratique moyen de sa distribution de charge. Pendant plusieurs décennies et jusqu'en 2010, les mesures du rayon de charge du proton, obtenues par des méthodes différentes, sont cohérentes autour de , avec comme meilleure évaluation . En 2010 une nouvelle méthode, impliquant l'hydrogène muonique, fournit une nouvelle valeur très précise, mais incompatible avec les précédentes : . Les années suivantes voient s'accumuler les résultats, obtenus par différentes méthodes, qui se répartissent entre des valeurs hautes (autour de ) et basses (), en principe très précises mais incompatibles, sans qu'on puisse encore les départager fin 2019. Structure. Le proton ne contient pas que les trois quarks dits « de valence » (deux u et un d), dont la masse ne compte que pour quelques % de la masse totale. Il contient aussi de nombreuses particules éphémères, des gluons ainsi que des paires quark-antiquark (quarks « de mer ») provenant de la désintégration des gluons. Chaque paire quark-antiquark est constituée d'un quark u et de son antiparticule, ou bien d'un quark d et de son antiparticule. Les quarks u et d ayant des masses très voisines, les paires des deux sortes devraient être présentes dans des proportions également voisines. En 2021, l'analyse de collisions proton-proton a montré que les antiquarks d sont plus abondants que les antiquarks u (« asymétrie de saveur »). Ce résultat, encore inexpliqué, est sans doute lié au problème de l'asymétrie matière-antimatière. Pression interne. Le proton étant constitué de quarks confinés via la présence de gluons, on peut définir l'équivalent d'une pression ressentie par les quarks. On peut en calculer la distribution, en fonction de la distance au centre, à l'aide de la diffusion Compton d'électrons très énergétiques (DVCS, pour ""). Stabilité. Le proton libre (non lié à d'autres nucléons ou à d'électrons) est une particule stable, dont la désintégration spontanée en d'autres particules n'a jamais été observée. Sa demi-vie a été mesurée comme supérieure à . Sa durée de vie moyenne est au minimum de l'ordre de . En revanche, les protons peuvent se transformer en neutrons, par capture électronique. Ce processus n'est pas spontané, et nécessite un apport d'énergie. La réaction produit un neutron et un neutrino électronique : Le processus est réversible : les neutrons peuvent se transformer en protons par désintégration bêta, une forme de désintégration radioactive. De fait, un neutron libre se désintègre de cette façon avec une durée de vie moyenne d'environ 15 minutes. Chimie. En chimie et biochimie, le terme "proton" se réfère le plus souvent au cation H, dans la mesure où un atome de protium privé de son unique électron se résume à un proton. De cette appellation découlent les expressions courantes en chimie de proticité, solvant protique/solvant aprotique, réaction de protonation/déprotonation, RMN du proton En solution aqueuse, un proton n'est normalement pas distinguable car il s'associe très facilement aux molécules d'eau pour former l'ion oxonium (également, et improprement, appelé ion hydronium) . L'Union internationale de chimie pure et appliquée indique explicitement que le mot "proton" ne doit pas être utilisé pour désigner l'espèce H dans son abondance naturelle. En effet, en plus de protons (H, aussi noté simplement H en l'absence d'ambiguïté), ions correspondant à l'isotope de l'hydrogène appelé protium (H, ou simplement H en l'absence d'ambiguïté), les ions H issus d'hydrogène naturel peuvent être des deutérons (H ou D) ou des tritons (H ou T), correspondant respectivement aux isotopes nommés deutérium (H ou D) et tritium (H ou T).
Période Jomon
PowerMacintosh
PowerMac
PowerBook Les PowerBook sont une série d'ordinateurs portables professionnels d'Apple produits et vendus de 1991 à 2006. De 1999 à 2006, Apple propose une seconde gamme d'ordinateurs portables plus abordable : les iBook. La première tentative d'Apple de faire un ordinateur plus transportable fut le Macintosh Portable, lancé en 1989. Mais malgré ses qualités (écran LCD à matrice active, batterie lui assurant dix heures d'autonomie), le Macintosh Portable ne peut pas être considéré comme un ordinateur vraiment portable (il pesait plus de ). Il connut un échec commercial. Apple révisa sa copie et sortit la gamme PowerBook en 1991. Ce fut le début d'une gamme à grand succès chez Apple, qui n'existe plus depuis le passage aux processeurs intel. Son successeur est désormais le Macbook Pro. Les premiers PowerBook. En octobre 1991, les trois premiers PowerBook sont commercialisés : le PowerBook 100, le PowerBook 140 et le haut de gamme PowerBook 170. Ils causèrent un choc dans l'industrie, avec leur boîtier gris bleuté, leur trackball et la position de leur clavier permettant de reposer ses poignets sur le boîtier. Ce dernier détail était une innovation étonnante par rapport aux PC de l'époque, qui positionnaient le clavier sur l'avant et laissaient un espace libre derrière. Cet agencement sera rapidement généralisé sur tous les ordinateurs portables. Alors que les PowerBook 140 et 170 étaient d'une conception nouvelle, le PowerBook 100 était en fait un Macintosh Portable en beaucoup plus compact. Il sera d'ailleurs le seul PowerBook à embarquer un processeur Motorola 68000, les PowerBook 140 et 170 et les suivants utilisant des processeurs 68030 et 68040. En 1992, Apple lance une nouvelle gamme d'ordinateurs portables, les PowerBook Duo. Ceux-ci étaient des machines hybrides portables/de bureau : très fin et légers, ils embarquaient un minimum d'équipement et ils pouvaient être connectés à un "dock" qui leur fournissait de la mémoire et de l'espace de stockage supplémentaires et une plus large connectique. Ces modèles, commercialisés jusqu'en 1995 n'ont pas connu le succès escompté, mais le principe fut néanmoins repris plus tard par d'autres constructeurs. Les premières séries de PowerBook ont connu un succès immense et représentèrent jusqu'à 40 % des ventes d'ordinateur portable. Chaque nouveau modèle proposait de nouvelles fonctionnalités, comme l'écran couleur par exemple, ce qui permettait aux ventes de se maintenir à un haut niveau. Mais à partir de 1995, les constructeurs concurrents finirent par rattraper les PowerBook en dotant leurs ordinateurs portables des mêmes fonctionnalités, et les parts de marché d'Apple sur le marché des ordinateurs portables commencèrent à décliner. De nombreux nouveaux modèles vinrent compléter progressivement la série PowerBook 100. Le 165c fut le premier Powerbook avec un écran couleur. Le 180 fut très populaire. Le dernier vrai membre de la série 100 fut le PowerBook 150, sorti en 1994. (Le PowerBook 190, sorti en 1995, est d'une conception différente des autres PowerBook 1xx : c'est juste une version allégée, à base de Motorola 68040, du PowerBook 5300.) En mai 1994, Apple introduisit la série PowerBook 500, nom de code "Blackbird". Leur principale différence par rapport aux PowerBook de la série 100 était d'embarquer un processeur Motorola 68040, plus puissant que le 68030. Cette série étaient également la première à être équipée d'un trackpad, nom donné par Apple au touchpad ou pavé tactile. Le dernier représentant de la gamme PowerBook à base de processeurs 680x0 fut le PowerBook 550c, sorti en mai 1995 et seulement au Japon. Les PowerBook PowerPC. En août 1995, Apple lance-le PowerBook 5300. Il était de loin le plus puissant des PowerBook avec son processeur PowerPC 603e cadencé à (le plus puissant des PowerBook jusqu'alors avait un processeur 68040 à ). Malheureusement, il fut touché par de nombreux problèmes et beaucoup durent retourner en SAV. Notamment, la toute nouvelle batterie lithium-ion fit brûler plusieurs PowerBook 5300 et Apple fut contraint à rappeler tous les modèles vendus pour remplacer cette batterie par une batterie au nickel métal, plus sûre (mais qui constituait un énorme retour en arrière). À cette époque, Apple, plongée dans de grosses difficultés financières et sur le point de disparaître, s'était empressée de sortir cette machine, prématurément. Les problèmes avec les PowerBook 5300 valurent à cette époque à Apple la réputation de vendre des produits défectueux. Pour répondre à la débâcle du 5300, Apple lança en 1996 et 1997 trois nouveaux PowerBook : le 1400, le 2400c et le 3400c. Sorti pour remplacer le PowerBook 5300, le 1400 était animé par le même processeur, mais intégrait en plus un lecteur CD-ROM. Le 2400 fut le dernier mini portable Apple et succéda à la gamme PowerBook Duo. Les PowerBook G3. En novembre 1997, simultanément aux Power Macintosh G3, sort le PowerBook G3. Bien que possédant le même boîtier que le PowerBook 3400, il était extrêmement en avance pour l'époque : il était le premier Macintosh à intégrer de la mémoire cache de type backside. Cette mémoire cache combinée au processeur PowerPC G3 faisait que, à , sa puissance était équivalente à un Power Macintosh 9600 à et il était presque aussi rapide que le plus puissant des Power Macintosh G3. En mai 1998, il est remplacé par la série PowerBook G3 "Wall Street" d'une conception totalement nouvelle (le modèle haut de gamme possédait un magnifique écran 14" à matrice passive). Seulement trois mois plus tard, ils sont mis à jour (série PDQ). Puis ils sont remplacés en mai 1999 par une nouvelle gamme ("Lombard"), aux boîtiers plus fins, intégrant une batterie plus endurante et des ports USB (l'iMac était depuis passé par là). Cette succession de nouveaux modèles est à mettre en contraste avec le petit nombre de PowerBook sortis les deux années précédentes. La dernière révision des PowerBook G3 sort en février 2000 et est appelée "Pismo". Elle apporte la connectique Firewire ainsi que les cartes graphiques AGP. Elle pousse le processeur à (sur le modèle le plus performant), ajoute la compatibilité AirPort (réseau sans fil Wi-Fi), le lecteur DVD-ROM et marque l'abandon du SCSI. Les PowerBook G4. Lancé en 2001, le PowerBook G4 disposait d'un design complètement redessiné : finies les courbes et les plastiques du boîtier des précédents PowerBook, le PowerBook G4 est d'un design complètement épuré et totalement en titane, ce qui lui donne un aspect plus professionnel. Il était en outre le premier ordinateur portable à intégrer un écran LCD 15" (au format 3/2). Il était bien plus léger, plus fin et avait une plus grande autonomie (5 heures) que la plupart des portables PC, et ce grâce à la faible consommation et au faible dégagement de chaleur du processeur PowerPC G4. Apple le présentait comme le premier supercalculateur portable au monde. Surnommé le TiBook, le PowerBook Titanium devint un objet de mode. Il fut particulièrement populaire dans le business du loisir, et il ornait de nombreux bureaux à Hollywood. Devant le succès du PowerBook G4, d'autres constructeurs ont depuis adopté pour leurs ordinateurs portables des écrans 15" et des boîtiers couleur métallisée. Tournant initialement à des fréquences de 400 et 500 MHz, les derniers PowerBook Titanium sortis en novembre 2002 atteignaient . Début 2003, Apple lance deux nouveaux PowerBook G4 pour compléter la gamme aux côtés du Titanium 15" : l'un est le premier ordinateur portable au monde à être doté d'un écran 17" panoramique (pour d'épaisseur), l'autre, doté d'un écran 12", est présenté comme l'ordinateur portable le plus compact au monde. Les deux machines sont dans un nouveau boîtier en aluminium anodisé. Contrairement au PowerBook Titanium, celui-ci n'est pas peint, ce qui évite le principal défaut des Titanium : la peinture qui se décolle. Le modèle 17" inclut de nombreuses caractéristiques très haut de gamme, comme le rétroéclairage automatique des touches du clavier et l'ajustement de la luminosité de l'écran en fonction de la luminosité extérieure. L'écran des PowerBook 17" est le même que celui utilisé par les iMac G4 à écran plat (et qui sera réutilisé plus tard pour les iMac G5). Courant 2003, les PowerBook 15" adoptent à leur tour le boîtier aluminium, ainsi que le rétroéclairage du clavier des PowerBook 17". Une mise à jour en apporta, outre une traditionnelle montée en puissance, deux nouvelles fonctionnalités aux PowerBook G4 : un nouveau trackpad avec capacité de défilement (en utilisant deux doigts), et le Sudden Motion Sensor permettant de ranger instantanément les têtes de lecture du disque dur en cas de choc (pour éviter les risques d'endommagement du disque dur et des données qui pourraient en résulter). En octobre 2005 les PowerBook G4 furent réactualisés pour répondre aux critiques sur la qualité moyenne de leurs écrans comparés aux derniers portables PC. Les modèles 15" et 17" adoptèrent une nouvelle dalle de meilleure qualité et offrant une meilleure définition : ×960 pour le 15" (soit plus que l'ancien 17") et × pour le 17" (soit l'équivalent en surface d'affichage d'un écran 20 pouces standard). L'autonomie fut également améliorée (gain d'environ 1 heure pour atteindre 5 à 6 heures). Ils intégrèrent aussi par la même occasion la mémoire DDR2 et des disques dur plus rapides. Le modèle 12 pouces resta inchangé. Dans leur dernière version, les PowerBook G4 existaient en taille 12", 15" et 17" et avaient des processeurs G4 cadencés à 1,5 ou . Avec le passage de sa gamme de portables professionnels au processeur Intel Core Duo, Apple a changé leurs noms en MacBook Pro, supprimant à l'occasion le modèle 12" remplacé par le MacBook Air en 2008.
PS2 Le sigle PS2 ou PS/2 peut signifier :
Pharaon Le terme pharaon (de l'égyptien ancien : "per-aâ" « grande maison ») sert à désigner les rois et reines de l'Égypte antique. Les noms de nous sont parvenus grâce à de multiples attestations dont des listes royales compilées par les scribes égyptiens. Ces souverains se sont succédé sur une période de plus de trois millénaires entre 3150 et 30 avant notre ère. Depuis les "Ægyptiaca" de Manéthon, historien et grand-prêtre d'Héliopolis au avant notre ère, cette longue période est divisée en trente dynasties depuis l'unification du royaume par le mythique Narmer-Ménès et jusqu'à la disparition de en 343 avant notre ère, le dernier pharaon d'une Égypte indépendante. Après lui se succèdent deux dynasties étrangères, la des empereurs perses achéménides et la dynastie lagide d'origine macédonienne. L'archéologie a aussi permis de distinguer une dynastie archaïque, antérieure à la première, la dynastie égyptienne zéro. Depuis le , les égyptologues regroupent ces dynasties en des séquences plus longues. Les trois plus importantes sont les « Empires égyptiens ». Chacun d'eux se termine par une période de déliquescence monarchique appelée « période intermédiaire ». À l'Ancien Empire, période de constructions des grandes pyramides de Gizeh, sont attachés les noms célèbres de Khéops, Khéphren et Mykérinos (). À partir d'Ounas (fin de la ) puis sous ses successeurs de la , les chambres funéraires s'ornent des "Textes des pyramides", les plus anciens écrits religieux de l'Humanité. Au Moyen Empire se rattachent les différents et (). Cette période se caractérise par son foisonnement littéraire et notamment par ses "Sagesses" qui encouragent les élites au loyalisme, à l'honnêteté et à la piété. Le Nouvel Empire marque l'apogée de la puissance militaire égyptienne avec la constitution d'une vaste aire d'influence depuis la Nubie au sud et jusqu'en Syrie-Palestine au nord. Cette période est celle des pharaons guerriers , , , et , membres illustres des , et s. L'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernier Lagide, (dit "Césarion"), fils de Jules César et de Cléopâtre. Quelques empereurs romains, tels Trajan à Philæ, ont toutefois accaparé le discours et l'imagerie pharaonique dans le but de s'inscrire dans cette longue tradition monarchique. La monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique basé sur la symbolique de l'union des Deux Terres (Haute et Basse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par les dieux. Lors du couronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'une titulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé ; chaque année à l'occasion du Nouvel An et plus fastueusement lors de la fête jubilaire des trente ans de règne. La personnalité de Pharaon est complexe. À la fois humain et dieu, il est le descendant de l'Ennéade d'Héliopolis, la dynastie des dieux-rois. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par le démiurge. Il le transmit ensuite aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, les "Suivants d'Horus" qui précèdent immédiatement les rois historiques dans les listes royales. Dans les textes initiaux, Pharaon est le faucon Horus sur le trône des vivants, dieu puissant et jeune. Mort, il est Osiris, le dieu régénéré par la momification et le souverain éternel de l'Au-delà. Pharaon est aussi le fils de Rê selon la théologie solaire héliopolitaine et le fils d'Amon selon le mythe thébain de la théogamie. Chef religieux, la première mission de Pharaon est de mettre en œuvre la Maât sur terre, c'est-à-dire d'assurer l'harmonie entre les hommes et les dieux, d'affermir la moralité du peuple, d'assurer la prospérité des familles. Maintenir l'ordre du monde ("Maât") et combattre le mal ("isfet"), c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être matériel des prêtres et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte à un clergé qu'il supervise. Ignorant la séparation des pouvoirs, Pharaon est à la fois le prêtre suprême, l'administrateur principal, le chef des armées et le premier magistrat de l'Égypte antique. À lui seul revient de choisir la politique à mener. Comme pour le culte, il délègue l'exécution de ses décisions gouvernementales à une cohorte de courtisans, de fonctionnaires et de conseillers, le premier d'entre eux étant le vizir. Dans l'entourage royal, les femmes occupent une grande place en tant que mères, épouses ou filles. Quelques-unes, dont Hatchepsout, ont même accédé à la charge pharaonique. Grand polygame, Pharaon dispose de nombreuses concubines, pratique des unions rituelles incestueuses ainsi que des mariages diplomatiques. Ces multiples épouses sont regroupées au sein du harem sous les ordres de la Grande épouse. Ce lieu de vie est régulièrement agité par des conspirations nées de rivalités entre co-épouses jalouses. Dans les cas les plus graves, la vie de Pharaon s'est trouvée menacée, à l'image des fins tragiques de Téti, et . Mort de vieillesse ou assassiné, Pharaon repose momifié dans une somptueuse tombe ; dans un caveau funéraire aménagé dans une pyramide aux Ancien et Moyen Empires, dans un hypogée de la vallée des Rois au Nouvel Empire ou dans une nécropole aménagée dans l'enceinte d'un temple à la Troisième Période intermédiaire et à la Basse époque. À ce jour, la plus célèbre découverte est celle du tombeau de Toutânkhamon réalisée en 1922 par le britannique Howard Carter. Les grands pharaons sont largement passés à la postérité grâce aux écrits égyptiens de l'Antiquité, aux témoignages des historiens et géographes grecs (Hérodote, Diodore, Strabon) et aux chroniques bibliques. Le personnage le plus célèbre est le pharaon de l'Exode, figure archétypale du souverain despotique opposé aux desseins du Dieu de Moïse. Sans preuves tangibles, ce pharaon est fréquemment identifié au glorieux , en particulier dans les films hollywoodiens narrant la sortie des Hébreux hors d'Égypte. Étymologie. Le substantif masculin "pharaon" est un emprunt au latin chrétien ', "-", titre des rois d'Égypte, pris par antonomase comme nom propre de tout roi d'Égypte, lui-même emprunté au grec ancien / ' et celui-ci à l'hébreu biblique / ', à son tour emprunté à l'égyptien ancien ' désignant d'abord la , c'est-à-dire le palais, puis, par métonymie, l'occupant du palais, c'est-à-dire le roi. Place des pharaons dans l'Histoire. L'égyptologie est encore une science jeune née dans la seconde moitié du . Les vérités d'hier sont constamment susceptibles d'être infirmées, infléchies ou enrichies par de nouvelles découvertes archéologiques. Les différentes sources documentaires de la période pharaonique doivent être examinées avec précaution et circonspection. Les plus anciens écrits sont peu nombreux et se confondent avec l'aube de l'Histoire humaine. Chronologie des pharaons. Dynasties pharaoniques. L'Égypte antique a vu se succéder quelque . La reconstitution de leur histoire fait l'objet de nombreuses difficultés. La documentation est vieille de à ; de ce fait, les informations qui nous sont parvenues sont très fragmentaires. Tous les écrits et toutes les données archéologiques disponibles nécessitent de la part des égyptologues un regard critique. De nombreuses discussions restent ouvertes sur l'ordre de succession de certains rois, sur la durée de leur règne ou sur leurs liens de parenté. Certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie. L’"Ægyptiaca" est la plus ancienne chronologie disponible. Elle a été établie au avant notre ère par le prêtre égyptien hellénisé Manéthon de Sebennytos, à qui a demandé de rédiger en grec une histoire de l'Égypte. Cette œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne. De ce travail d'historien, il n'existe désormais plus aucun texte complet. Mais, très apprécié durant l'Antiquité, il est aujourd'hui encore connu par des citations d'écrivains comme Flavius Josèphe, Sextus Julius Africanus ou Eusèbe de Césarée. Ces abrégés fournissent une liste de rois classés en 31 dynasties, regroupées de la période thinite à la Basse époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont plus connus, mais en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui pratiqué en Occident. En effet, les dynasties de Manéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville d'où est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas, de capitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne, des dynasties memphites (Ancien Empire), héracléopolitaines (Première Période intermédiaire), thébaines (Moyen et Nouvel Empire), avarites (période Hyksôs pendant les et s) ou tanites (Nouvel Empire et Troisième Période intermédiaire). Sources égyptiennes. Durant toute la durée de la civilisation égyptienne, les noms royaux ont été consignés dans des listes sur papyrus et sur les murs des temples. Selon toute vraisemblance, les noms recensés dans les temples sont des résumés de documents d'archives à présent perdus. Ces documents sont à utiliser avec précaution car on ne connaît pas les critères de choix ni de classement qui en sont à l'origine. Certains pharaons peu glorieux ou considérés comme non légitimes peuvent ne pas être mentionnés. La "Pierre de Palerme" remonte à la . Un gros fragment en diorite est conservé à Palerme mais d'autres morceaux se trouvent au Musée égyptien du Caire et au Petrie Museum de Londres. Le fragment de Palerme mentionne des souverains prédynastiques et des pharaons jusqu'au milieu de la . La "Liste de Karnak" remonte au règne de () et figure gravée sur trois parois d'une chapelle originellement située dans l'enceinte d'Amon-Rê à Thèbes. Démantelé en 1843, ce monument votif est depuis lors conservé par le Musée du Louvre à Paris. Partiellement détruite, cette liste mentionne une soixantaine de pharaons depuis l'Ancien Empire jusqu'à sa période de rédaction dont quelques obscurs souverains de la Deuxième Période intermédiaire. Chaque pharaon est figuré assis sur un trône et identifié par son nom dans un cartouche royal. La "première table d'Abydos" est toujours sur son lieu d'origine, sculptée dans la "Chambre des ancêtres" du temple funéraire de à Abydos (). Le roi en compagnie de son fils, sont représentés debout en train de rendre hommage à dont les noms se répartissent en deux longues rangées. Une troisième rangée répète tout le long la titulature de Séthi. Les rois de la Deuxième Période intermédiaire sont ignorés, de même pour la pharaonne Hatchepsout et les quatre successeurs amarniens d' (Akhenaton, Toutânkhamon, Smenkhkarê et Aÿ). Très similaire, la "deuxième table d'Abydos" est une liste de cartouches peinte de couleurs vives. Elle a été mise au jour dans les vestiges voisins du temple funéraire de . Les fragments sont exposés au British Museum de Londres. La "table royale de Saqqarah" remonte, elle aussi, à la période ramesside. Elle a été découverte dans les décombres de la chapelle funéraire du scribe royal Tjounroy. Il s'agit d'un motif décoratif montrant le scribe en adoration devant Osiris et une liste de cartouches royaux disposés en deux rangées. Sur les d'origine, 47 sont encore préservés ; depuis Adjib de la à . Là aussi, les pharaons de la Deuxième Période intermédiaire et ceux de la période amarnienne sont ignorés. Cette liste est exposée au Musée égyptien du Caire depuis sa découverte en 1861 par l'équipe d'Auguste Mariette. Le document le plus intéressant mais aussi le plus endommagé est le "Canon royal de Turin" (). Cette liste sur papyrus a été gravement abîmée au durant son transport vers le Musée égyptologique de Turin. Tombée en morceaux, elle se présente maintenant tel un grand puzzle avec des pièces lacunaires. Dans son état originel, le document comptait plus de trois-cents noms en une écriture hiératique très soignée. Pour chaque règne est donné la durée exacte en années, mois et jours. Aperçu historique. Unification politique de l'Égypte. D'après les nombreuses fouilles archéologiques menées depuis le milieu du , il est maintenant assez bien établi qu'à la fin de la (vers 3300 avant notre ère), trois villes de Haute-Égypte, Noubt, Nekhen et Thinis rivalisent de puissance entre elles. À Nekhen, les tombes des élites laissent apparaître une utilisation ininterrompue de la nécropole entre la et les débuts de la . Tout au contraire, à Noubt, les inhumations prestigieuses ne sont pas attestées entre la et la . Par conséquent, il semble que la ville de Noubt ait été soumise militairement ou diplomatiquement par l'une de ses rivales, par Nekhen ou Thinis, durant la dernière phase de la formation de l'État pharaonique. L'adoption de "Hor-Nekheny" (le dieu faucon Horus adoré à Nekhen) en tant que divinité protectrice de la monarchie suggère que ce sont les dirigeants de cette cité qui ont impulsé l'unification politique de la vallée du Nil. La localisation exacte de Thinis reste problématique mais les indications funéraires livrées par sa nécropole sur le site d'Oumm el-Qa'ab à Abydos laissent à penser que Thinis a été la puissance politique dominante en Haute-Égypte à la fin de la , très peu de temps avant l'unification. Il est cependant aussi possible de croire que plusieurs roitelets ont exercé simultanément leur domination, chacun sur son territoire, et chacun se réclamant de la totale maîtrise du titre royal. Cette dernière hypothèse est renforcée par la relative abondance des noms royaux à la fin de la période prédynastique. Il est actuellement impossible de donner le nom du souverain sous lequel le pays a été, pour la première fois, placée sous une autorité unique. L'unification s'est probablement réalisée entre le règne du possesseur de la tombe U-j d'Abydos, peut-être , et le règne de Narmer (vers 3150 avant notre ère). Quoi qu'il en soit, durant cette période l'influence des souverains de Haute-Égypte s'est progressivement étendu au sud jusqu'en Basse-Nubie et au nord jusqu'à la Palestine méridionale (dans les environs de l'actuelle Gaza). Mény, le pharaon fondateur. Selon les listes royales compilées par les Anciens Égyptiens, le fondateur de la et du Royaume égyptien est le pharaon Mény. D'après les écrits laissés par les historiens de culture gréco-romaine tels Manéthon de Sebennytos ou Diodore de Sicile, ce personnage est désigné par le nom hellénisé de Ménès. Selon Hérodote, Ménès est le premier pharaon à résider à Memphis, la capitale égyptienne. Il fonda cette ville en détournant le cours du Nil pour permettre son établissement à la frontière entre la Haute et la Basse-Égypte. Un des débats les plus virulents de l'égyptologie vise à identifier la figure semi-légendaire de Mény/Ménès à un souverain historique. Selon le Belge Philippe Derchain, Mény est un nom inventé a posteriori par les Égyptiens eux-mêmes pour doter les annales royales d'une figure de père fondateur. Le nom de Mény signifierait tout simplement « Quelqu'un » et ce souverain serait par définition un personnage non identifiable. Pour le français Jean Vercoutter, Mény est un roi légendaire qui sous la a été associé aux dieux Min et Amon par rapprochement phonétique. Selon des artéfacts découverts lors de fouilles archéologiques conduites sur la nécropole d'Abydos, on peut conclure que les rois Narmer et Hor-Aha se sont eux-mêmes présentés comme les fondateurs des structures étatiques. Sur une empreinte de sceau, Narmer, le premier roi de la , est aussi désigné par l'épiclèse de "Mén(y)" qui signifie précisément « Celui qui établit / qui fonde (l'État) ». Son successeur Hor-Aha a quant à lui visiblement manifesté le désir de parachever cette œuvre fondatrice. Sur une étiquette en ivoire, sa titulature des "Deux Maîtresses" comporte ainsi le nom de "Mény". Selon la tradition égyptienne seule une demi-douzaine de pharaons a fait œuvre de grand législateur. Parmi ces réformateurs figurent Ménès-Narmer qui, entre autres mesures judiciaires, abandonna les prélèvements fiscaux épisodiques pour les remplacer par des ponctions annuelles. La mise en place du régime pharaonique, dans le dernier quart du quatrième millénaire, résulte de deux facteurs sociaux-économiques principaux. D'une part l'achèvement du processus de néolithisation par l'abandon du nomadisme et de la prédation (pêche, chasse, cueillette) au profit de l'agriculture et de l'élevage sédentaire. D'autre part, le développement du commerce (ivoire, or, poterie) du Soudan à la Palestine a nécessité un contrôle militaire et administratif accru, plus efficace, centralisé et autoritaire sur les lieux de production et le long des axes de circulation pour éviter les pillages et les déperditions. Bâtisseurs de pyramides. L'Ancien Empire (2700 à 2200 avant notre ère) est la plus longue période de stabilité politique connue par l'Égypte antique. Mis à part quelques incursions nomades, l'ordre intérieur n'est troublé par aucune menace extérieure sérieuse. La centralisation de l'État, la création d'une administration efficace amorcée sous les dynasties thinites parviennent à leur pleine maturité sous les pharaons des et s. La prospérité agricole basée sur l'irrigation de la plaine nilotique engendre des ressources fiscales considérables. Il en va de même pour le commerce avec la Nubie et les oasis du désert Libyque. Captées par le trésor royal, ces rentrées sont mises au profit de la famille royale et d'une petite élite nobiliaire qui a la haute main sur le pays. Fort de cette puissance, les conceptions religieuses évoluent vers la divinisation de la fonction pharaonique. Le souverain est considéré comme le successeur et l'incarnation du dieu faucon Horus, puis, à partir de la , également comme le fils de Rê, le brûlant dieu solaire. La maîtrise des techniques de construction et de la sculpture sur pierre permet des développements architecturaux et artistiques considérables. Cette période est surtout connue pour être celle de l'apogée des pyramides. Dans la région memphite, au sein des nécropoles de Gizeh, Dahchour et Saqqarah, il s'est tout d'abord édifiée la pyramide à degré ( de haut) du roi Djéser, puis plus tard, la pyramide rhomboïdale () et la pyramide rouge () de Snéfrou, puis les trois pyramides monumentales de Khéops (), Khéphren () et Mykérinos (). Ces monuments funéraires, ainsi que le Grand Sphinx expriment la puissance des pharaons de cette époque et la position centrale qu'ils occupent dans la société. Cette formidable prospérité ne va toutefois pas se maintenir sous les et s. Sous les effets conjugués de la désertification de la savane égyptienne et des rivalités intestines à la famille royale, le pouvoir pharaonique perd progressivement de sa superbe. Face à lui, les dignitaires locaux affirment, eux, de plus en plus leur pouvoir politique régional. Possible reflet des difficultés nationales, la hauteur et la qualité architecturale des pyramides s'amenuisent ; Ouserkaf et Sahourê (≈ ), Néferirkarê (), Niouserrê (). Malgré leur modestie, les pyramides d'Ounas (), de , et (≈ ) présentent l'avantage majeur de voir consignés sur leurs parois sépulcrales les hymnes et formules magiques des "Textes des pyramides". Ce corpus, très hétérogène, est le plus ancien témoignage mis par écrit de la pensée humaine au sujet de l'au-delà. Là, sont évoqués l'osirianisation posthume du pharaon et la migration de son âme vers les contrées célestes. Du chaos à la renaissance. Après le long règne de , mort nonagénaire, la monarchie pharaonique s'effondre et l'unité du pays disparaît (vers 2200 avant notre ère). Des troubles sociaux, politiques et dynastiques mettent à mal le pays. L'anarchie s'installe. Les pyramides et nécropoles royales sont pillées de leurs richesses et les lieux cultuels attenants sont dévastés par la violence et les incendies. Les statues royales sont brisées et les momies des pharaons jetées dans le fleuve. L'historien ptolémaïque Manéthon illustre cette confusion extrême en affirmant, par exagération, que la voit se succéder soixante-dix rois en soixante-dix jours. La est bien plus certaine. Il s'agit sans doute de descendants de qui depuis Memphis exercent une autorité fantomatique (quelque dix-sept rois en vingt ans). Lors de cette confusion émergent deux pouvoirs pharaoniques distincts. Dans le Nord, à Héracléopolis se mettent en place les souverains successifs des et . Depuis le Sud, la lignée des et de Thèbes () étend son autorité jusqu'à Abydos, zone frontalière où se produisent de nombreuses échauffourées militaires. Progressivement, l'unité nationale se refait par le succès des armes au profit des Thébains. Sous le règne de , la réunification est parachevée et débute l'époque prospère du Moyen Empire (≈ 2033 à 1786 avant notre ère). L'apogée de cette deuxième période faste est atteinte sous la entamée par après l'éviction de , le dernier pharaon de la . Sur quelque deux-cents ans se succèdent sept pharaons, les différents et . À l'extérieur, sous le commandement de , la Nubie est mise au pas et verrouillée par l'édification de forteresses aux points stratégiques. À l'intérieur, l'administration est réformée et placée sous les directives d'un conseil de dignitaires aux ordres de "Tjaty" (vizir) tandis que les nomarques (dirigeants régionaux) sont réduits dans leur autonomie. Les conceptions funéraires royales recommandent toujours l'édification de pyramides. L'usage est de les construire en brique avec un revêtement en pierre calcaire à Dahchour, Licht, Saqqarah, Mazghouna et Hawara (hauteur de cinquante à cent-cinq mètres). Moins résistantes et ultérieurement dépourvues de leur revêtement, ces constructions ne sont actuellement plus que des amas informes érodés par les vents. Le Moyen Empire est l'âge glorieux des classiques égyptiens. La littérature est mise au profit de la royauté. Dans les "sagesses", inlassablement recopiées par des générations d'élèves, la loyauté des notables envers le pharaon est encouragée voire magnifiée et exaltée, tels dans les "instructions de Phtahhotep", de "Kagemni" et d"Amenemhat". Des Hyksôs aux pharaons conquérants. Avec les pharaons de la (les et ), l'institution monarchique perd une deuxième fois de sa superbe. La confusion politique et la division s'installent à nouveau. Progressivement l'entier contrôle du pays est perdu. Dans l'est du delta du Nil, prend place l'obscure puis la lignée des "Héqa-Khasout", les « Princes des pays étrangers » ou Hyksôs des et s. Au cours du Moyen Empire, ces migrants sémites ont acquis une puissance croissante. Vers 1720 avant notre ère, ils mettent Memphis à sac et installent un gouvernement propre à Avaris. En partie égyptianisé, les rois Hyksôs adoptent les symboles de la monarchie pharaonique comme la titulature (les rois Salitis, Yaqoub-Her, Khyan, Apophis, etc.). Leur supériorité militaire repose sur une technique de combat jusqu'alors inconnue des Égyptiens : l'utilisation des attelages à chevaux (charrerie) dans les batailles. Dans le Sud, autour de Thèbes, les princes de la (dont les et ) entretiennent les traditions égyptiennes. Tout d'abord une sorte de paix s'installe entre les deux camps. Les hostilités débutent avec Seqenenrê Tâa mais le Thébain est tué au combat. Ses successeurs Kamosé et Ahmôsis poursuivent cependant la lutte et les Hyksôs sont finalement expulsés après les prises d'Avaris et Sharouhen (vers 1540 avant notre ère). Réunifiée, l'Égypte antique entame sa troisième période de prospérité, le Nouvel Empire. De 1540 à 1070 avant notre ère, soit durant près de cinq-cents ans, trois lignées pharaoniques se font suite : la des et et les et s des et . Durant cette période, le royaume doit constamment veiller sur sa frontière avec le Proche-Orient. Pour protéger les intérêts égyptiens en Syrie-Palestine face au Mittani, au Hatti et aux Hittites, des pharaons tels , et entreprennent de fructueuses campagnes militaires (batailles de Megiddo et de Qadesh) ou conduisent d'intenses tractations diplomatiques. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces pharaons ne se font plus inhumer dans des pyramides mais dans de profonds hypogées creusés dans la montagne thébaine, la célèbre vallée des Rois. La prospérité du trésor royal est entretenue grâce aux importants tributs versés par les peuples soumis. Les constructions gigantesques abondent, ponctuées de hauts obélisques et de statues colossales. Pour preuve, la démesure des temples de Karnak, Louxor, Abydos ou Abou Simbel. Le vrai visage de ces pharaons nous est connu par leurs momies découvertes en 1881 dans la cachette royale de Deir el-Bahari. La richesse de leur trousseau funéraire n'est plus ignorée depuis 1922 avec la découverte du trésor de la tombe de Toutânkhamon. Malgré l'opulence, le Nouvel Empire est ponctué par de sérieuses crises. Face à la surpuissance du clergé d'Amon, la réforme atonienne, balbutiante sous et paroxystique sous Akhenaton se termine par son abandon définitif dans un État largement désorganisé. La monarchie, remise sur pied par Horemheb, et sombre à nouveau après la mort de Mérenptah du fait des rivalités entre ses descendants ; le pouvoir de se voyant contesté dans le sud par Amenmes. Un temps rehaussée par Sethnakht et son fils , la monarchie se liquéfie inexorablement sous les règnes de leurs descendants dans un climat de grande corruption ( à ). Ces pharaons, installés dans le Nord, à Pi-Ramsès, perdent peu à peu toute influence dans le Sud face au pouvoir politique grandissant du clergé d'Amon. Sous le dernier Ramsès, le grand-prêtre Hérihor devient une sorte de pseudo-pharaon. Anarchie libyenne. Le premier millénaire avant notre ère est pour la monarchie égyptienne une ère de déclin qui débute tout d'abord par l'installation de deux lignées rivales (entre 1069 et 945 avant notre ère). Dans le Nord, à Tanis, (Smendès), gendre de , installe la , tandis que dans le Sud, à Thèbes, règnent les prophètes d'Amon. Les liens sont toutefois entretenus par des mariages politiques. Le plus illustre pharaon tanite de ce temps est ainsi , fils du grand-prêtre Pinedjem. Les pratiques funéraires royales des souverains de Tanis sont renseignées par la découverte de plusieurs tombes inviolées, le « trésor de Tanis », effectuée en 1939-1940 et 1946 par une équipe d'égyptologues français dirigée par Pierre Montet. Durant près d'un siècle, entre 945 et 850 avant notre ère, des pharaons de souche libyenne sont au pouvoir (Mâchaouach et Libou). À Bubastis, fonde la . Sous son règne, le royaume égyptien retrouve quelque peu sa puissance à l'extérieur. Il part en campagne en Juda où il assiège Jérusalem puis monte en Israël à la poursuite de Jéroboam. L'activité architecturale est relancée par à Memphis, Thèbes, Bubastis, Éléphantine. Les fils royaux reçoivent en apanage la fonction de Grand prêtre d'Amon ou la fonction de gouverneur d'Héracléopolis. Les rivalités entre ces lignées de princes conduisent malheureusement le royaume vers une période troublée connue sous le nom d’« anarchie libyenne » (850 à 730 avant notre ère). Le pays se trouve partagé entre différents pharaons rivaux (jusqu'à cinq roitelets). La règne en parallèle avec les et s. Le nord est fortement morcelé entre une dizaine de Grand-chefs qui, au mieux, reconnaissent la suzeraineté de l'un des pharaons. Entre 730 et 656 avant notre ère se déroule le conflit pour la réunification sous l'impulsion de la nubienne issue de Napata. Les pharaons nubiens parviennent à annexer le sud mais piétinent dans le nord face aux et s libyennes fortement installées dans le Delta. Sous l'autorité du nubien Chabaka sont érigés de nombreux monuments dans les principaux centres religieux égyptiens : à Memphis, Abydos, Dendérah, Esna et Edfou. Les souverains nubiens, très attachés à leur patrie d'origine, se font inhumer dans de petites pyramides érigées dans la nécropole d'El-Kourrou près de Napata (Soudan actuel). À cette période, l'Assyrie émerge puis se développe comme la grande puissance militaire du Proche-Orient. En 671 avant notre ère, sous le règne du nubien Taharqa, les Assyriens d'Assarhaddon pénètrent en Égypte et prennent Memphis ; en 663 avant notre ère, sous Assurbanipal, ils mettent en déroute l'armée de Tanoutamon et pillent Thèbes de ses riches trésors cultuels. Renaissance saïte. Avec ses obscurs premiers représentants, la de Saïs n'est d'abord qu'une simple autorité régionale qui se doit de coexister avec les derniers membres de la nubienne. Cette situation change dès les débuts du long règne de (664 à 610 avant notre ère). Profitant de l'affaiblissement assyrien, il parvient à réunifier l'Égypte ; d'abord en liquidant les chefferies du Delta avec des mercenaires juifs et grecs (ioniens, cariens et doriens), ensuite en annexant la Thébaïde par la nomination de sa fille Nitocris comme Divine adoratrice d'Amon et le ralliement du grand-prêtre Montouemhat. Avec le retour de la stabilité et de la paix, le pays s'ouvre au commerce méditerranéen avec la Phénicie et les villes grecques. Les vieilles valeurs religieuses sont maintenues. Dans le domaine de l'art, les artistes se glissent dans un moule archaïsant en copiant les œuvres des Ancien et Moyen Empires. Sous , l'Égypte domine pendant trois ans la Palestine après sa victoire à la bataille de Megiddo contre Josias, roi de Juda. La défaite que lui inflige à Karkemish, en 605 avant notre ère, l'oblige à abandonner cette possession. mène une campagne en Nubie en 592 avant notre ère où il descend jusqu'à la troisième cataracte du Nil. Son fils Apriès conduit des interventions en Palestine, notamment pour contrer les Babyloniens. En 570 avant notre ère, il est tué lors d'une guerre civile qui l'oppose au général Amasis. Devenu pharaon, ce dernier règne durant quarante-cinq ans de 571 à 526 avant notre ère. Il est probable que l'ensemble des pharaons saïtes se soient fait inhumer dans leur ville, dans l'enceinte du temple de Neith dont il ne reste aujourd'hui plus grand-chose. Aussi, seuls quelques-uns de leurs ouchebtis sont connus. En 525 avant notre ère, les Perses de envahissent l'Égypte après leur victoire à Péluse face au jeune . Ce dernier est déporté à Suse, la capitale perse. Durant , les Perses prennent en charge l'administration du pays ( achéménide). Profitant de déchirements internes à la famille royale perse, l'égyptien Amyrtée, prince de Saïs, se proclame pharaon en 404 avant notre ère puis étend son autorité jusqu'à Assouan (seul représentant de la ). Son rival parvient au pouvoir (398 à 393 avant notre ère), fonde la et déplace la capitale à Mendès. Après son décès, éclate une crise de succession qui voit Achôris remporter la mise (393 à 380 avant notre ère). Les pharaons (380 à 362 avant notre ère) et (360 à 343 avant notre ère) de la , originaires de Sebennytos, sont les deux derniers plus illustres pharaons de souche égyptienne. Le premier parvient à refouler les Perses mais le second est défait par après s'être fait déborder à Péluse. Il s'enfuit en Nubie où l'on perd sa trace. Selon une légende rapporté par le "Roman d'Alexandre" dans la version du Pseudo-Callisthène, Nectanébo se serait exilé en Macédoine, dans le camp anti-perse. Période ptolémaïque. La seconde domination perse () ne dure qu'une décennie (343 à 332 avant notre ère). Lorsque Alexandre le Grand, roi de Macédoine, dans sa guerre contre les Perses, pénètre en Égypte, le pays est livré sans grands heurts par le satrape Mazakès. Le conquérant se rend, de suite, dans l'oasis de Siwa où un oracle le reconnaît comme fils du dieu Amon et pharaon. Après la mort d'Alexandre en 323 avant notre ère, le diadoque Ptolémée fils de Lagos, s'empare de l'Égypte. Avec lui s'ouvre la période ptolémaïque longue de plus de trois siècles (323 à 30 avant notre ère). Quatorze de ses descendants prennent sa suite sous le nom de (égyptienne). Leurs reines jouent un grand rôle politique dans le cadre de mariages consanguins (les différentes , et ). Le dernier représentant de la lignée est issu de la relation entretenue par avec Jules César. Implantés à Alexandrie, les Ptolémée sont avant tout des rois de culture grecque et leur capitale appartient pleinement à la civilisation hellénistique. Leur politique extérieure est tournée vers le monde méditerranéen. À l'instar des pharaons égyptiens, les trois premiers Ptolémée conquièrent la Palestine et la Syrie. Cependant leur véritable horizon est grec. Ils se constituent ainsi un empire maritime avec l'annexion de la Cyrénaïque, de la Cilicie, de la Carie, de Chypre et d'îles Égéennes. La période n'est pas exempte de révoltes égyptiennes. Sous , les pharaons autochtones Hourounnéfer et Ânkhounéfer en viennent à émanciper la Thébaïde. Dans la capitale, sous les derniers lagides, l'agitation politique est surtout le fait de la famille royale elle-même. La lignée est secouée par innombrables complots, intrigues, trahisons et assassinats. En province, de nombreux temples sont agrandis ou reconstruits dont ceux d'Edfou et Philæ. La faiblesse du gouvernement alexandrin favorise l'autonomie d'un clergé égyptien qui profite régulièrement de larges exemptions fiscales. Après la défaite navale d'Actium en 31 avant notre ère, le suicide de et l'assassinat de en 30 avant notre ère, l'Égypte passe sous domination romaine en devenant une province de l'Empire administrée par un préfet. Symboles de la royauté pharaonique. Le pouvoir de Pharaon vise à maintenir la cohésion d'un double royaume constitué par la Haute et la Basse-Égypte ; chaque partie ayant ses propres symboles héraldiques et ses propres divinités protectrices. Lors du couronnement, sont remis à Pharaon un ensemble d'objets symboliques de la royauté : couronnes, coiffes, sceptres. Ses liens avec la sphère divine se manifestent par l'élaboration d'un nom sacré composé de cinq titres différents. Réunion des Deux-Terres. La pensée égyptienne accorde une grande place au concept de la dualité. Toute réalité s'exprime comme l'union de deux modalités contraires mais appairées. Dans le mythe osirien, Horus et Seth sont les « Deux Combattants » ou les « Deux Compagnons » tandis qu'Isis et Nephtys sont les « Deux Sœurs » ou les « Deux Pleureuses ». La monarchie pharaonique est elle aussi imaginée comme une institution duelle dans laquelle la Haute et Basse-Égypte sont unifiées. En tant que symbole politique de l'unité égyptienne, le pharaon est le « Maître des Deux-Terres » ("neb-taouy") car il est avant tout le personnage dans lequel se manifeste l'union politique des deux parties du pays. Cette unité des Deux Terres est fréquemment évoquée par la scène dite du "Séma-taouy" ou « Réunion des Deux-terres ». Ce motif décoratif figure fréquemment sur les deux flancs latéraux du trône royal. La plante du Sud, le lys blanc et celle du Nord, le papyrus, sont vigoureusement nouées ensemble par Horus et Seth ou par deux Hâpy (esprit de l'inondation) autour du hiéroglyphe de la trachée artère ("séma"), un idéogramme qui évoque les notions d'unité et de réunification. Dès les débuts de l'histoire égyptienne, les déesses Nekhbet et Ouadjet sont les deux déesses tutélaires de la double-monarchie pharaonique. Les deux déesses figurent pour la première fois ensemble sur une étiquette en ébène découverte dans une tombe datée du règne de Hor-Aha (). Cette fonction protectrice leur est ensuite assignée jusqu'à la fin de la royauté pharaonique et même par-delà. Dans le temple d'Esna, Tibère (empereur romain de 14 à 37) est ainsi figuré entre elles deux tel un pharaon couronné du Pschent. "Regalia" pharaoniques. Les attributs du pharaon ou "regalia" pharaoniques sont un ensemble d'objets symboliques de la royauté égyptienne. Dans l’iconographie, les pharaons se distinguent de leurs sujets par des attributs qui sont autant de symboles de leur fonction. Les dieux, détenteurs originels du pouvoir royal, peuvent également porter certains de ces insignes. Pharaon ne paraît jamais tête nue en public eu égard à sa fonction divine. Dès la , la couronne blanche de Haute-Égypte est portée très couramment ; de même que la couronne rouge de Basse-Égypte et la double-couronne "pschent". Cette dernière s'adapte parfois à la coiffe-"némès", un linge plissé et rayé. Plus tardive, la coiffe bleue "khépresh" est assez fréquente sous le Nouvel Empire. Puissant symbole de protection, le serpent-"uræus" ceint immanquablement le front royal en toute occasion. Les sceptres sont d'autres symboles de domination. La crosse-"héqa" et le flagellum-"nekhekh", aux aspects pastoralistes, démontrent que le pharaon est le berger de son peuple, le guidant et le protégeant. Parmi les autres attributs figurent la queue de taureau fixée à l'arrière du pagne (symbole de fécondité et de virilité), la barbe cérémonielle (symbole d'autorité et de sagesse), les écharpes, les sandales et les pagnes. Tous ces insignes sacrés ont conféré à leur détenteur une autorité civile en tant que commandant suprême de l'administration étatique, une autorité militaire en tant chef des armées et une autorité religieuse en tant que représentant terrestre des dieux. Chaque "regalia" est porteuse de sa propre signification symbolique. Chacune d'elles est une puissante amulette magique dont le rôle est de protéger le pharaon de tout danger et d'éloigner loin de lui les forces hostiles qui hantent l'univers (démons invisibles, rebelles égyptiens, pays ennemis). Titulature royale. En Égypte antique comme dans d'autres sociétés anciennes ou primitives, donner un nom à une personne est lourd de signification. Le nom de l'enfant est généralement donné par la mère à la naissance. Il est choisi en fonction des croyances religieuses locales ou est le reflet de préoccupations familiales plus particulières. À partir de l'Ancien Empire, lors du couronnement, chaque nouveau pharaon se voit attribuer une titulature officielle composée de cinq noms successifs. Ces derniers définissent la nature de la personne royale et constituent en même temps une idéologie du pouvoir. Ils se suivent dans un ordre invariable ; le nom d'Horus, le nom de Nebty, le nom d'Horus d'or, le nom de Nesout-bity et le nom de Sa-Rê. Les noms royaux sont tout naturellement imprégnés d'un fort symbolisme politico-religieux car ils visent à intégrer le détenteur de la charge pharaonique dans la sphère du sacré. Au cours du règne, lorsqu'un événement d'importance advient (victoire militaire, célébration d'un jubilé), la titulature peut être amendée afin de l'évoquer. Tout au long de la civilisation, certains concepts sont immanquablement mentionnés dans les titulatures comme la puissance, la compétence, la fécondité, la vitalité ou la justice (Maât). Dans la pensée égyptienne, le nom donne vie à la chose qu'il désigne et le détruire revient à anéantir magiquement son possesseur. D'où l'importance qu'attachent les pharaons aux noms qui les désignent et l'acharnement avec lequel ils ont fait marteler ceux d'un prédécesseur honni. Pour d'exemple, nous donnons à lire ci-dessous la titulature du pharaon , un représentant de la qui a régné entre 595 et 589 avant notre ère : La titulature royale est intimement liée aux statues et aux autres représentations iconographiques de Pharaon. Une statue anonyme est inconcevable car l'absence du nom du détenteur de la charge royale revient à lui dénier l'exercice de la royauté terrestre. Tout comme l'image, le nom est le signe de la présence de Pharaon. Aussi, dans les temples, le nom de Pharaon est omniprésent et figure gravé sur les parois, sur les plafonds, sur les colonnes. Rites de la monarchie. Couronnement. Le sacre (ou couronnement) de Pharaon est un cérémonial complexe formé d'un ensemble de rites destinés à inaugurer un nouveau règne. Il s'agit d'une fête religieuse organisée par les prêtres après les funérailles du roi précédent dans un délai de soixante-dix jours après la mort du roi (délai nécessaire à la momification de la dépouille). La luxuriance de la cérémonie est telle qu'il est jusqu'à présent impossible aux égyptologues de la reconstituer dans ses moindres détails. La documentation disponible (iconographie et textes) insiste sur quelques faits saillants ; sortie du palais, lustration, entrée dans le temple, imposition des couronnes, intronisation, proclamation de la titulature. En tout premier lieu se tient l'avènement qui est la prise de pouvoir effective le lendemain matin après la mort du pharaon précédent. L'avènement peut donc se dérouler à n'importe quel moment de l'année. Ce jour est aussi le début du comput des années de règne. Par contraste, la date du couronnement est mise en relation avec un événement cosmique favorable. Au Moyen Empire, le couronnement se tient le Jour de l'an au début de l'inondation du Nil (fin juin). Au Nouvel Empire, la date coïncide avec la réapparition de la Lune dans le ciel comme l'attestent les textes au sujet d', , , (Akhenaton) et . La cérémonie peut aussi se tenir lors des solstices et des équinoxes. Dans les textes égyptiens, l'acte du couronnement est présenté comme une apparition divine dans le monde : "khâou nesout" « apparition du roi de Haute-Égypte », "khâou bity" « apparition du roi de Basse-Égypte » et "khâou nesout-bity" « apparition du roi de Haute et Basse-Égypte ». Le terme "khâou" « apparition » sert aussi à désigner les couronnes que porte le souverain. Il s'agit d'un dérivé substantivé du verbe "khâi" qui signifie « apparaître, briller ». Ce verbe sert à décrire le lever du soleil au petit matin lorsqu'il étincelle au-dessus de l'horizon. D'emblée, Pharaon est ainsi assimilé à Rê, le dieu solaire. Dans l'écriture hiéroglyphique, "khâi" et "khâou" sont deux notions restituée par l'idéogramme d'une colline surmontée d'une sorte d'auréole en éventail. Cette auréole peut être interprétée comme les premiers rayons du soleil sur la terre. Dans les plus anciennes occurrences cette auréole contient quatre bandes concentriques de couleur différentes (bleu, vert et rouge) ; aussi peut-on y voir une représentation plausible de l'arc-en-ciel. Confirmation du nouvel an. Selon la vision cyclique du temps des anciens Égyptiens, la fin de l'année est une période de danger et de rupture. Durant les cinq jours épagomènes, le pouvoir bénéfique des divinités et de Pharaon, leur héritier, connaît un affaiblissement auquel des rites de régénération doivent remédier. L'essentiel de la liturgie est documenté par un papyrus conservé au Brooklyn Museum. La langue employée remonte au Moyen Empire mais la copie plus tardive date de la Basse époque en suivant une liturgie remaniée au Nouvel Empire. Par allusions, le rite est aussi consigné sur l'embrasure des portes des temples de l'époque ptolémaïque à Karnak, Edfou et Philæ et un hymne d'offrande figure dans le "Livre des Morts" (chapitre 168 A/B). La cérémonie est une reprise de certains gestes cérémoniels d'intronisation. Elle se déroule près et dans la cour de la Maison de vie, sur une quinzaine de jours, avant la venue de la crue du Nil, entre le premier des jours épagomènes et le 9 du mois de Thout. La ville d'origine du rite n'est pas connue, peut-être Héliopolis, mais il s'est diffusé à travers le pays et a été mis en œuvre dans les grands temples provinciaux. À Edfou, la confirmation se tient aussi le premier du mois de Tybi, date anniversaire du couronnement d'Horus, avant l'ensemencement des champs et en lien avec l'investiture annuelle du Faucon sacré. Le pharaon ou à défaut son substitut rituel (le "prêtre-du-roi") subit un long cérémonial de renaissance où le pouvoir monarchique est confirmé par l'assimilation de la personne royale à Rê le dieu solaire d'Héliopolis et à Horus, fils d'Osiris. Dans une première phase, durant le "Cérémonial du Grand Siège", le pharaon est purifié des miasmes de l'année écoulée. Il reçoit des amulettes en faïence (les glyphes "ânkh" et "ouas", vie et puissance) ainsi que des parures régalienne (écharpe, couronnes, pagne). À neuf reprises, Pharaon est oint avec des onguents prophylactiques destinés à repousser les esprits malins (morts en colère, envoyés de Sekhmet, démons massacreurs de Bastet) et toute chose néfaste. Dans une seconde phase, durant les journées des "Rites de l'Adoration d'Horus qui confère l'héritage", se met en place une où le glyphe "iaout" « fonction royale » est dessiné sur la main du roi. Ce même emblème est confectionné en mie de pain mâchée que le roi doit ingérer. Après l'incorporation de la « fonction » dans le corps du roi, l'année passée est symboliquement enterrée sous la forme d'une galette enrobée dans du limon de l'année nouvelle. La confirmation se parachève par la remise de quatre sceaux, deux au nom de Geb et deux au nom de Maât et Neith, placés sous la tête du roi. Ce dernier est couché sur un lit d'apparat durant un sommeil simulé qui évoque la mort. Le matin du jour de l'an, Pharaon se réveille, jeune et renouvelé. Le rituel se poursuit par divers gestes dont le massacre des ennemis par la décapitation symbolique de sept plantes, des offrandes aux dieux souterrains et aux ancêtres royaux que sont les Suivants d'Horus et par le déploiement de neuf oiseaux au-dessus de la tête du roi. Fête-Sed (jubilé). Comme tous les êtres humains, Pharaon est soumis au vieillissement et à l'amoindrissement de ses forces. Cependant, en raison de sa proximité avec les dieux, il peut surmonter ces aspects néfastes grâce à des rituels de régénération dont il a le privilège. Dès les débuts de la monarchie pharaonique, les pharaons ont pris pour habitude de célébrer au bout de trente ans de règne une fête jubilaire dénommée "Heb-Sed" (ou Fête de Sed), ensuite répétée à des intervalles plus rapprochés ; généralement tous les deux-trois ans. Malgré l'importance de la documentation égyptienne, il est très difficile de se faire une idée précise du déroulement de la fête-Sed qui semble s'étendre sur au moins cinq journées consécutives. Sa signification est plus profonde que la simple célébration de la longévité du roi. Dans son essence, il s'agit d'un rituel de régénération dans lequel la puissance magique et la force physique du pharaon en exercice sont renouvelés ainsi que ses relations avec les divinités et avec le peuple. Une partie du jubilé réaffirme le pouvoir séculier du pharaon par un rite de revendication territoriale connue sous le nom de « dédicace du champ ». Au sol, deux bornes délimitent un champ de course orienté sud-nord. Cet espace symbolise les limites territoriales du pays dans lesquelles est exercé le pouvoir pharaonique. À quatre reprises, Pharaon se déplace à grandes foulées entre les deux bornes afin de réaffirmer ses prétentions territoriales sur le pays et sur l'ensemble de la création. Cette course n'est cependant pas le rituel central du jubilé. Dans l'écriture hiéroglyphique, le jubilé s'écrit avec le sigle de la "tjentjat" qui représente deux estrades accolées. Par ce moyen est signifié que l'acte rituélique central est le renouvellement du double couronnement de Pharaon, une fois en tant que roi de Haute-Égypte, une seconde fois en tant que roi de Basse-Égypte. Lors de la fête, Pharaon traverse différents états d'être lors d'un parcours mystique. Chaque étape est symbolisée par le port d'un costume spécifique. Ces différents costumes cérémoniels apparaissent dans ce qu'il est convenu d'appeler les piliers « osiriaques ». Ces éléments décoratifs appartiennent à l'architecture des temples du culte royal édifiés durant les Moyen et Nouvel Empires. Par le moyen de statues colossales (hautes de à ) adossées à des piliers, Pharaon apparaît debout et statique les deux bras croisés sur la poitrine ; par exemple Hatchepsout à Deir el-Bahari et au Ramesséum. Cette attitude n'est pas sans rappeler les figurations du dieu Osiris, surtout lorsque Pharaon est vêtu du suaire mortuaire qui le fait ressembler à une momie. Les textes gravés sur les piliers attestent cependant très clairement le contexte jubilaire : , Idéologie du pouvoir pharaonique. Maât, la référence. L'État pharaonique résulte de la conjonction de plusieurs éléments : à savoir l'autorité unique du pharaon, le territoire délimité de l'Égypte, l'homogénéité culturelle de la population, le centralisme gouvernemental et administratif, la déconcentration régionale des quarante-deux nomes, l'écriture commune des scribes, les structures judiciaires et militaires et d'abondante ressources agricoles et artisanales. La Maât est l'idéologie de référence, la norme qui légitime toutes les institutions et tous les comportements humains. Cette référence s'exerce à tous les niveaux de la hiérarchie sociale de la plus humble à la plus élevée. Le pharaon est un monarque absolu et sacré qui concentre en sa personne les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les dérives despotique et tyrannique lui sont interdites par le jeu de la Maât. La littérature égyptologique désigne généralement cette notion par les concepts de « Vérité-Justice » et d'« harmonie cosmique » mais il faut aussi lui ajouter les notions de la « prospérité » et de la « victoire guerrière ». En résumé, la Maât est un principe de vie ; l'ensemble des conditions qui font apparaître et se renouveler la vie. Son exact contraire est "isefet" manifestation des aspects déchaînés de la vie sociale (vol, mensonge, avidité, cruauté, colère, crise, violence). D'après des textes comme les "Lamentations d'Ipou-Our" et la "Prophétie de Néferti", les périodes de grande crise se caractérisent par l'absence conjointe de la Maât et de Pharaon. Ce dernier est son garant terrestre, celui qui par son discours et ses comportements incite chaque individu à observer des pratiques justes. Tout au long de l'histoire de la monarchie égyptienne, le discours pharaonique se caractérise par l'antinomie entre les concepts de "Maât" et "isefet". Dès les "Textes des pyramides", le pharaon est « celui qui met Maât à la place d’"isefet" » et « celui qui amène la "Maât", qui repousse l’"isefet" ». Selon Bernadette Menu cette assertion résume les deux fonctions essentielles du roi égyptien. En tant que combattant, pharaon repousse "isefet" par la guerre contre les envahisseurs et la chasse contre les bêtes sauvages. Pour réussir cela, il se doit de disposer d'un appareil militaire (troupes, police). Dans son rôle nourricier, le pharaon amène la "Maât" en accomplissant des rites agraires et en garantissant, par sa neutralité, une bonne justice (scribes, juges) ; en particulier au sujet du bornage des champs après l'inondation annuelle. Rassemblement des nomes (provinces). Les civilisations antiques de la Grèce et de Rome ont fondé leurs sociétés politiques sur le concept de la communauté de citoyens libres ("polis" et "civitas"). En Égypte antique, où le phénomène est plus ancien, la fondation des groupes humains ne s'est pas appuyé sur la citoyenneté mais sur le concept du lignage. Le lignage ne repose pas tant sur les liens du sang que sur celui du partage en commun d'un culte spirituel dédié à un ancêtre commun (paternel ou maternel). Chaque lignage dispose de sa propre personnalité juridique qui, comme personne morale non physique, a des droits et des obligations avec un mandat de représentation pour un ensemble de familles évoluant sur un même territoire. Le mandataire du lignage est celui qui exerce l'autorité politique et celui qui officie aux cultes des ancêtres. Il est aussi chargé d'accomplir les rites agricoles de la fertilité car avant de cultiver les champs, il est nécessaire de s'adresser aux ancêtres pour espérer de bonnes récoltes. Durant la Période prédynastique, les lignages villageois se sont progressivement fédérés entre eux pour constituer des aires plus vaste. Ces territoires sont désignés sous le terme égyptien de "sepat" (nome en grec), un mot qui est déterminé dans l'écriture hiéroglyphique par l'image d'un champ irrigué. Ces nomes, d'abord territoires tribaux autonomes, sont devenus, sous les premières dynasties, des divisions régionales administrées par un fonctionnaire : le nomarque dont la charge est d'appliquer la volonté royale et les coutumes traditionnelles des anciens lignages. Tout au long de l'histoire égyptienne, les nomes ont conservé leur légitimité propre basé sur le culte des dieux locaux (Anubis à Cynopolis, Horus à Edfou, Hathor à Dendérah, Seth à Noubt, etc. Pour les Égyptiens, une communauté humaine est avant tout une large famille placée sous la protection d'ancêtres communs ; à savoir, "in fine", les grandes divinités égyptiennes. En période forte (Ancien, Moyen et Nouvel Empires), le pharaon partage le pouvoir avec les dieux des nomes qu'il domine. Cette suprématie royale s'incarne dans le faucon Horus, dieu emblématique de la monarchie et vainqueur de Seth, le semeur de trouble. En période faible (les trois Périodes intermédiaires), la royauté se morcelle entre les dieux des Nomes et leurs représentants (nomarques) dans l'attente d'un nouveau roi fort capable de fédérer l'ensemble du pays. Loyalisme. Parmi les textes légués par l'Égypte antique figure le genre des prophéties où un sage capable de prédire l'avenir s'adresse à Pharaon en des termes pathétiques. Deux textes majeurs sont connus ; les "Lamentations d'Ipou-Our" et la "Prophétie de Néferti". Ils décrivent un royaume égyptien dévasté par d'horribles événements où les voleurs règnent en maître, où tout bonheur est absent et où les cycles naturels sont bouleversés : Le milieu égyptologique considère généralement ces deux textes comme la description des graves troubles politiques et sociaux de la Première Période intermédiaire qui a entre autres vu le pillage des pyramides de l'Ancien Empire. Selon l'égyptologue Miriam Lichtheim les prophéties égyptiennes s'inscrivent plutôt dans une perspective symbolique. Seul un pharaon juste et puissant est capable de mettre fin au chaos. Si le gouvernement de Pharaon est mauvais, s'il n'observe pas la Maât (la loi divine) alors le chaos-"isefet" prend le dessus, le malheur se répand et l'injustice règne en maître. La lecture du "Livre de l'Exode" nous a habitué à voir en Pharaon un être injuste qui gouverne ses sujets par la violence et l'assujetissement. Les sages égyptiens ont cependant eu une perception toute contraire de l'institution pharaonique. Dans le ciel, les forces cosmiques sont incapables de fonctionner sans Rê, le maître des dieux. Sur terre, les Égyptiens ne peuvent prospérer sans Pharaon, le maître des hommes. Toute action humaine doit nécessairement s'insérer dans les structures de l'État pharaonique imaginé comme la transposition terrestre du gouvernement céleste de Rê. Dans ce cadre idéologique, la réussite d'une existence individuelle découle forcément de son loyalisme envers Pharaon ; lui-même étant assimilé aux dieux vivificateurs : Pharaon comme dieu. Selon les concepts de l'idéologie royale, la nature de Pharaon est double : humaine et divine. La notion de la divinité de Pharaon a évolué selon les époques. Sous L'Ancien Empire, Pharaon est par essence un dieu chargé de maintenir en ordre la création. Selon la théologie dominante, il est comme le dieu solaire Rê dont il est le fils. Après les bouleversements politiques de la Première Période intermédiaire, sous le Moyen Empire, Pharaon se rapproche de ses sujets. Il est choisi par Rê et joue le rôle de médiateur. Au Nouvel Empire, Pharaon est le fils charnel du dieu, sa semence. Les liens filiaux entre le roi et les dieux sont mis en avant. À partir de , la divinité de pharaon devient un instrument du pouvoir et la légitimité est, au besoin, prouvée par le mythe de la théogamie ou entérinée par le recours à un oracle dans le temple d'Amon. À toutes les époques la divinité de Pharaon est exploitée à des fins politiques et de propagande. Moins l'accession au trône est justifiée, plus le roi régnant prend la peine de démontrer qu'il a été choisi entre tous et que les dieux l'ont désigné, parfois même dès sa naissance. L'aspect divin de la personnalité de Pharaon s'exprime à travers le concept du "Ka Nesout" ou « Ka du roi ». Le Ka est l'autre corps du roi, son tempérament, son double, son élément immortel. Par son Ka, le pharaon est lié aux dieux et s'intègre dans toute la lignée de ses prédécesseurs royaux. Dans les scènes de la théogamie, le Ka apparaît en même temps que le corps lors de la conception. Cependant Pharaon ne devient divin qu'à partir du moment où il s'unit à son Ka, lorsque sa forme humaine fusionne avec cet élément immortel. Cette fusion se produit lors du couronnement lorsque l'individu prend place sur le trône d'Horus. Pharaon est en effet perçu comme la personnification du Ka d'Horus. C'est la fonction royale qui fait du roi un dieu, c'est-à-dire lorsque le roi s'identifie pleinement à Horus, fils d'Osiris et à Rê, le dieu créateur, dont il est le fils. Le Ka du roi peut être matérialisé de différentes manières. La forme la plus spectaculaire est la statue-colosse haute de plusieurs mètres. Plus que tous les autres pharaons, a usé de ce moyen de propagande ; à Memphis, à Thèbes, à Pi-Ramsès ou à Abou Simbel en les plaçant à l'entrée des temples. Ces colosses sont plus que des objets de décoration. Il s'agit d'objets du culte destiné à la vénération du peuple. Ces statues jouent le rôle d'intercesseur auprès des dieux car elles portent en elles une part de l'essence divine du souverain. Fonctions. Prêtre suprême. Le temple égyptien est un lieu sacré qui accueille sur terre une parcelle de l'éternité divine. Au plus profond du sanctuaire, la statue divine concentre en elle le mystère des forces cosmiques à l'œuvre dans l'univers. À heure fixe, les prêtres prodiguent à la statue des soins domestiques précis. D'une manière théorique, Pharaon est seul autorisé à approcher la statue. Dans les faits, physiquement absent, il est remplacé par les prêtres, ses substituts. Pharaon est toutefois omniprésent par l'image. L'entière décoration des murs est consacrée à sa rencontre avec la divinité. De multiples gestes d'offrande sont accomplis. Boissons, nourritures, parures, onguents et minéraux sont apportés afin d'entretenir les forces divines qui assurent la prospérité au pays. D'après certains textes, Pharaon se place avec ferveur et sincérité sous la dépendance des dieux. Dès la , la statuaire royale le montre dans des attitudes serviles ; à genoux avec des objets rituels dans les mains ou les levant dans un geste d'offrande et d'adoration. Cette soumission a pour corollaire l'obéissance. Pharaon se doit d'appliquer les ordres reçus par les dieux. Ces ordres divins sont très divers ; construire un temple, monter une expédition, ériger une paire d'obélisques, creuser un puits dans le désert, etc. Le rythme biologique des divinités est calqué sur celui des humains avec son alternance de sommeil et de veille, s’ajoute à cela la nécessité de se nourrir. Le rôle de Pharaon est d’entretenir cette vitalité. Toutes les richesses, tous les vêtements, toutes les nourritures qui convergent vers le temple et ses entrepôts sont un devoir contractuel entre les dieux et les humains mais Pharaon en est le seul garant et responsable. En tant que concept référentiel, la Maât permet à Pharaon de maintenir un contact intime avec les forces divines à l'œuvre sur terre depuis le ciel. Dans l'iconographie des temples, l'offrande de la Maât est une scène qui montre Pharaon tendre à une divinité une corbeille sur laquelle est assise Maât. Par ce geste, Pharaon déclenche les cycles divins qui assurent la vie. En offrant la Maât terrestre telle une nourriture, il montre à la divinité à laquelle il s'adresse qu'il est capable d'organiser le bien-être général. En retour de ce don, sans doute le plus précieux de tous, Pharaon obtient des dieux que le système perdure par l'envoi de la Maât cosmique que sont les cycles du temps et des saisons. Nourricier. L'Égypte antique a fondé sa prospérité sur les eaux du Nil. Le régime annuel du fleuve est marqué par deux extrêmes ; la crue et l'étiage qui sans cesse se répètent. Chaque année au mois de juin, la crue est attendue avec fébrilité et impatience. Avec fatalisme, un bon niveau d'inondation est espéré. Les Égyptiens n'ont jamais imaginé que Pharaon était capable de commander (tel un dieu) le phénomène de l'inondation. Son rôle est moindre et se limite à obtenir la bienveillance des divinités ; la régularité et l'abondance des eaux étant assurées par le moyen des offrandes cultuelles. La coopération entre Pharaon et les dieux est une question de survie mutuelle. Au sein des temples, l'approvisionnement des autels dépend de l'inondation et celle-ci n'est accordée qu'à la condition d'un service régulier et généreux. Affilié aux dieux, Pharaon est le garant de la fertilité des terres et de la fécondité des troupeaux d'élevage. Le bien-être général de la population est, entre-autres, assuré par la mise en œuvre de rituels festifs annuels destinés à provoquer la prospérité agricole avant la mise en culture des sols. Lors de la montée des eaux de la crue, Pharaon dirige des rituels où la force fécondante de Hâpy est encouragée par des offrandes jetées dans le fleuve ; pains, gâteaux, fleurs, fruits, statuettes à l'image du dieu. En tant que prêtre suprême, il peut aussi ordonner des sacrifices supplémentaires si la crue est jugée insuffisante. Dès l'Ancien Empire, des famines sont toutefois évoquées. La providence royale est cependant présentée comme le contraire exact des calamités de la famine. En ordonnant l'ouverture des réserves, Pharaon met fin à la pauvreté et telle une puissance surnaturelle assure l'abondance générale. Guerrier. L'imaginaire religieux égyptien est dominé par le mythe du conflit originel entre Rê et le serpent Apophis. Dans cette vision pessimiste d'un univers sans cesse menacé, l'expression courante « le banc de sable d'Apophis » est une métaphore qui sert à désigner la « famine » et d'une manière générale la « détresse ». Or, pour ce peuple antique, à la pensée très globalisante, les crises mythiques, politiques, sociales et individuelles se réfèrent les unes aux autres. Aussi, quand dans le mythe, Rê triomphe d'Apophis alors, sur terre, c'est Pharaon qui triomphe de toute famine, épidémie, rébellion et guerre. Dans cette optique, tout rebelle, envahisseur et pillard est une manifestation du chaos primordial. Chaos que Pharaon se doit d'éradiquer par sa puissance guerrière. La scène du « massacre de l'ennemi » est une représentation du triomphe royal dont la reproduction perdure sur les trois millénaires de la civilisation pharaonique. Pharaon est montré debout, armé d'une massue et tenant par les cheveux un ennemi agenouillé. La massue est brandie bien haut, prête à fracasser le crâne d'un captif apeuré, les bras levés dans un ultime geste défensif. Le char de combat est introduit en Égypte durant la Deuxième Période intermédiaire lorsque le Delta du Nil est sous la domination des Hyksôs. Ces derniers sont chassés hors du royaume par Ahmôsis au début de la . Le char de guerre jouant dès lors un grand rôle au cours des opérations militaires, celui-ci devient le nouveau symbole du pouvoir pharaonique. Le roi est montré debout sur son char et crible de flèches ses ennemis. Les représentations historiques de ce genre sont relativement peu nombreuses jusqu'à mais elles se multiplient sous à Karnak, à Louxor, au Ramesséum et dans les temples nubiens. Symbole de l'oppression égyptienne, l'image de Pharaon sur son char est battue en brèche dans le "Livre de l'Exode" lorsque la charrerie égyptienne est engloutie dans la mer, victime de la puissance du Dieu de Moïse. Législateur. L'Égypte antique est une civilisation qui n'a pas connue de magistrats professionnels. Quel que soit leur rang hiérarchique, les fonctionnaires de Pharaon exercent un pouvoir judiciaire lié à leur fonction. Aucune distinction n'est faite en justice et religion ou entre droit pénal et droit civil. La pratique de la palabre domine et une solution de médiation est tentée afin d'assurer la paix sociale. Pour s'assurer de la véracité des paroles de l'accusé, celui-ci doit prêter serment sur la Vie de Pharaon ou sur la Vie des dieux. Trahir ce serment, c'est s'exposer à la peine de mort. Dans les cas les plus graves, la procédure devient inquisitoriale avec le recours à la torture. Tel est le cas dans l'affaire du "Complot du Harem" où les criminels ont visé la personne de . En dernière instance, le droit de juger revient à Pharaon surtout lorsqu'il est question d'appliquer la peine de mort. Au cours du premier millénaire avant notre ère s'est aussi largement pratiqué le recours juridique aux dieux par le moyen des pratiques oraculaires. L'État égyptien se caractérise par une organisation basée sur un vaste ensemble de lois écrites conservées dans des archives mises sous la responsabilité du vizir ; le plus proche collaborateur du souverain. D'une manière générale, les hymnes apologétiques chargent Pharaon de « raffermir » les lois, de les « parfaire », de les « promulguer » et de les « faire appliquer ». Le fonctionnement effectif de la monarchie est assuré par les lois ("hépou") promulguées au moyen de décrets royaux ("oudjou nesout" ; littéralement, les « ordres du roi »). Ces décrets recouvrent une vaste réalité de décisions tels les annonces d'un nouveau règne, les lettres à des fonctionnaires ou à des courtisans, les arrêtés de nomination ou de destitution, les ordres à l'administration comme l'organisation d'une campagne militaire, d'une expédition minière, de l'élévation d'un obélisque ou de la levée d'un impôt exceptionnel. Le souverain peut aussi décider de favoriser un temple en le dotant de terres, de desservants et de cheptels supplémentaires voire d'ordonner son embellissement, sa rénovation ou sa complète reconstruction. Les décrets concernent aussi l'organisation du culte funéraire de ses proches courtisans par le don d'un sarcophage, d'un mastaba ou d'une fondation agricole destinée à la production des offrandes alimentaires. Il apparaît ainsi que les décrets ont soit une portée générale comme l'amélioration des conditions sanitaires, soit une portée particulière comme l'exemption fiscale d'un seul domaine. La composition des décrets fait appel au discernement royal après discussion et consultation des notables, des courtisans mais aussi par la consultation des écrits d'archives. Famille royale. À l'image des dieux, les pharaons ont brouillé les liens familiaux en pratiquant à l'occasion des unions incestueuses ou rituelles. Grand polygame, Pharaon dispose de nombreuses concubines ; la première de toutes étant la Grande épouse royale. Garante du sang royal, certaines princesses ont endossé la charge monarchique à l'image d'Hatchepsout. Évoluant dans un harem, ces concubines sont parfois des étrangères, filles de rois voisins. Lieu de rivalités intestines, le harem fut parfois secoué par des conspirations visant à éliminer un pharaon sénescent. Pratiques matrimoniales. Inceste royal. Nombre de travaux ethnologiques réalisés depuis la fin du ont mis en avant les fondements structurels des royaumes africains. D'une manière générale, en Afrique, toute société humaine (petites communautés de quelques villages ou vastes royaumes) se caractérise par son organisation lignagère. Symbole d'une unité réalisée à partir de la diversité, le roi africain est l'arbitre suprême de la société qu'il gouverne. Il est un individu isolé car placé en dehors des lignages de l'édifice social. Son pouvoir sacré, magique et religieux s'établit sur une distanciation morale en rupture avec les règles matrimoniales traditionnelles. Aussi, dans plusieurs États africains, au moment de l'intronisation, le roi réalise un acte rituel transgressif ; un inceste avec une sœur ou une tante qui, par son horreur et sa bestialité, le rejette en dehors des lignages. Ce retournement ou ce brouillage des règles matrimoniales se retrouve déjà dans les pratiques royales de l'Égypte pharaonique. Dans les mythes, les unions frère-sœur sont bien attestées de même pour d'autres relations scabreuses ; Shou avec sa sœur Tefnout, Geb avec sa sœur Nout, viol de Tefnout par son fils Geb, relations homosexuelles entre Seth et son neveu Horus. Quant à Osiris et Isis, ils sont les principes de la fertilité et selon Plutarque, ils s'unissent déjà dans le sein maternel de Nout. Dans la famille royale, le mariage frère-sœur est bien documenté, notamment sous l'Ancien Empire et plus particulièrement sous les et s. Cette constatation est tout aussi valable pour les Moyen et Nouvel Empires. Sous la , le roi Toutânkhamon est issu de l'union d'Akhenaton avec sa sœur, une princesse pour nous encore anonyme (momie de la "Jeune Dame"). En âge de se marier, Toutânkhamon épouse sa demi-sœur Ânkhésenamon et conçoit d'elle deux enfants morts-nés. Il faut cependant se garder d'ethnocentrisme car le tabou de l'inceste varie fortement d'une société à l'autre. L'horreur de l'union frère-sœur n'a ainsi pas eu cours en Égypte sous annexion romaine. D'après les recensements de cette époque, ce type d'union est même assez fréquent dans le Fayoum où il représente près d'un tiers des mariages. Cette pratique n'a bien évidemment pas été introduite par les Romains. Pour les époques antérieures, en Égypte, ce type d'union est toléré sans être fréquemment attesté. Certains types d'inceste sont malgré tout réprimés. Les unions parents-enfants sont condamnées de même que les relations maritales ou adultérines entre un individu avec deux consanguins à savoir un homme avec deux sœurs ou inversement une femme avec deux frères (inceste de second type). De ces interdits les pharaons se sont largement affranchis et cela à toutes les époques ; sans doute par rite d'inversion. Sous l'Ancien Empire, il est possible de penser que Khéops ait fait de ses filles ses épouses rituelles ; ces dernières disposant d'un tombeau près de sa pyramide. On sait de manière certaine que a épousé deux sœurs et (inceste de second type). Au Nouvel Empire, il est attesté qu', Akhenaton puis et ont convolé rituellement avec plusieurs de leurs filles. Transmission de la royauté. Après une révolte humaine, le dieu-roi Rê s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux de l'Ennéade la direction du monde, puis à des rois semi-divins et enfin à des monarques humains, les pharaons, qui sont ses fils et représentants sur terre. La légitimité de Pharaon se fonde donc sur une ascendance divine. Selon le "Mythe de la théogamie", chaque fois que le démiurge Amon-Rê désire engendrer un représentant terrestre, il prend l'apparence du pharaon régnant et s'unit charnellement à une humaine qui, de ce fait, devient la reine mère. En Égypte ancienne, il n'existe aucun mot pour désigner l'institution du mariage et aucune cérémonie publique ou privée n'a existé pour les particuliers. Le mariage est un état de fait, une cohabitation d'un homme et d'une femme au sein d'une même maison. Grand polygame, Pharaon dispose d'un grand nombre de concubines. Au sein des temples, ce fait est généralement passé sous silence dans l'iconographie où l'accent est surtout mis sur la relation entre le roi et son épouse principale, cette dernière jouant un rôle rituel d'importance. Au niveau de la famille royale, la règle successorale est la primogéniture illustrée par le mythe d'Osiris et son fils Horus. Dans les faits, de par la grande mortalité infantile, une grande souplesse a prévalu et nombre de princes issus d'un même souverain mais de mères différentes ont ainsi pu se prévaloir du titre de « fils aîné du roi ». Selon toute apparence, les petits-fils royaux dont le père n'a lui-même pas régné sont exclus de la succession. À défaut d'héritier mâle, la transmission s'effectue au plus proche parent par droit d'aînesse, de frère aîné à frère cadet. Si une lignée est épuisée, la transmission peut passer à une autre branche de la famille royale. Une même famille peut ainsi se répartir sur plusieurs dynasties, comme les et s, les et s et probablement aussi les et s. Dans l'idéal, la légitimité de l’héritier de la couronne est garantie, tout à la fois, par l'origine royale du père et de la mère. Contrairement à une idée largement répandue, il n'existe pas de matriarcat et la transmission n'est pas véhiculée par la lignée de la mère. L'épouse n'est que la gardienne de la pureté royale donnée au futur héritier. Si l'héritier est issu d'une épouse secondaire ou d'une concubine, il se doit d'épouser sa demi-sœur née de la Grande épouse royale. Dans ce cas, la continuité de la dynastie passe par l'épouse mais le pouvoir revient à l'époux. C'est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de Pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste. Le mariage avec une princesse du sang royal n'est cependant pas une obligation et nombre de pharaons ont pris des roturières pour Grande épouse. De plus, tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (théogamie) pour les rois de la et pour Hatchepsout, un rêve de l'heureux élu tel au pied du Grand Sphinx ou un oracle rendu par Amon au bénéfice d'Horemheb et d'Alexandre le Grand. Place des femmes. Cinq pharaonnes. Sur les quelque qui ont gouverné l'Égypte durant plus de trois millénaires, on ne connaît que cinq femmes qui ont réussi à accéder à la charge suprême. D'après l'historien Manéthon de Sebennytos ( avant notre ère), le principe juridique qu'une femme puisse devenir pharaon a été accepté par les Égyptiens sous le règne de Ninetjer, le troisième souverain de la ( avant notre ère). À toutes les époques, la suprématie masculine fut affirmée. Aussi, le règne des femmes est souvent associé à la déliquescence du pouvoir monarchique et se présente comme la prolongation d'une dynastie en proie aux difficultés. La pharaonne Nitocris semble n'être qu'un personnage légendaire. Les sources grecques parlent de ce souverain comme d'une femme (Hérodote, Manéthon, Ératosthène) mais le nom grec de Nitokris semble dériver du nom égyptien Nétikerti, un roi de la fin de la mentionné par le "Canon royal de Turin" et assimilable au roi Netjerkarê de la "Table d'Abydos". Aucun autre document archéologique égyptien ne mentionne Nitokris. Selon la tradition grecque, Nitokris aurait régné à la fin de la après l'assassinat de son frère . Au moyen d'une ruse, elle se serait vengée des meurtriers en tuant un grand nombre d'Égyptiens puis, pour éviter des représailles, se serait suicidée. Le personnage de Néférousobek « la beauté de Sobek » est incontestable ; elle est la fille du pharaon et la sœur-épouse d' auquel elle succède. La fin de son règne marque la fin de la et le début de la . Selon le "Canon royal de Turin" son règne se limite à trois années et dix mois. Le Musée du Louvre conserve d'elle une statue fragmentaire, acéphale et se réduisant au buste. Elle porte une robe féminine et, par-dessus, le pagne masculin des pharaons. Sur les épaules, on devine qu'elle porte aussi la coiffe némès. Sa sépulture est une petite pyramide édifiée à Mazghouna. La plus célèbre des cinq pharaonnes est Hatchepsout « Celle qui est à la tête des nobles dames » (). Fille aînée de et épouse de son demi-frère , elle devient après la mort de son époux la régente du très jeune , son beau-fils. La septième année de la régence, elle s'empare du pouvoir, se fait couronner et établit une titulature royale. est, dans les apparences, associé au pouvoir et tous les événements restent datés par rapport à son règne. Hatchepsout conserve le pouvoir jusqu'à sa mort en l'. Son règne n'est pas marqué par des conquêtes mais par nombre de restauration architecturales à Thèbes et en province. Son nom est surtout associé à son temple funéraire de Deir el-Bahari dont les parois relatent, entre autres, l'expédition navale vers le pays de Pount. Considérée comme une usurpatrice par ses successeurs mâles, ses cartouches ont été martelés et son nom écarté des annales royales officielles. Une autre pharaonne, plus hypothétique et dont l'identité n'est pas connue avec certitude, est Ânkh-Khéperourê « Les manifestations de Rê sont vivantes ». Elle appartient à la même qu'Hatchepsout (qui en était le cinquième pharaon), mais elle est plus tardive puisqu'elle en serait le onzième pharaon. On sait en tout cas que c'est probablement une "Reine" qui succède à Akhenaton, le pharaon d'une réforme théologique contestée s'orientant vers le monothéisme. À la mort de celui-ci, elle monte sur le trône pendant une période trouble soumise à la pression de l'offensive des Hittites, l'empire concurrent de l’Égypte de l'époque. Elle aurait régné seulement trois années, entre 1338 et 1335 avant notre ère environ (dates elles aussi controversées). Un débat existe sur la question de savoir qui fut cette pharaonne de transition : était-ce Mérytaton, la fille aînée d'Akhenaton et de Néfertiti, devenue grande épouse royale de son père à la mort de sa mère (c'est l'hypothèse la plus fréquemment retenue) ? Ou bien serait-ce Néfertiti elle-même qui aurait survécu à son royal époux, alors qu'une majorité d'égyptologues pensent qu'elle serait morte avant Akhenaton ? Par ailleurs cette pharaonne aurait peut-être partagé le trône en l' de son règne avec Smenkhkarê, un roi dont l'identité et l'existence sont encore plus hypothétiques que les siennes : serait-il un des fils d' ou d'-Akhenaton et demi-frère de Mérytaton ? Peut-être était-il plutôt Zannanza, prince hittite qu'Ânkh-Khéperourê aurait mandé comme époux à l'empereur hittite , pour rétablir des relations diplomatiques et apaiser le conflit avec l'adversaire ? À moins que cette demande de prince hittite comme nouvel époux d'une pharaonne ou d'une reine n'ait émané un peu plus tard d'Ânkhésenamon, troisième fille d'Akhenaton et alors jeune veuve de son demi-frère le pharaon Toutânkhamon. En tout cas, quelles que fussent leurs identités, ce règne (conjoint ?) est bref : quelques mois tout au plus pour Smenkhkarê, et tout juste trois ans pour Ânkh-Khéperourê qui aurait peu survécu à son éventuel époux. Rappelons que selon l'hypothèse la plus courante, Mérytaton meurt très jeune, à 17 ans, mais on n'a pas encore retrouvé sa tombe ni sa momie ; et c'est Toutânkhamon qui lui succède. Selon une hypothèse récente (2019) de l'égyptologue Valérie Angenot de l'université du Québec, qui s'appuie sur une longue analyse iconographique de nombreuses représentations, ce ne serait pas une seule . Toujours est-il aussi que cette période est marquée par une grande confusion à la fois religieuse, politique, dynastique et militaire. Bien moins fameuse qu'Hatchepsout est la pharaonne Taousert « La Puissante » dont le règne clos la , une quinzaine d'années après la mort de dont elle est une probable petite-fille. Fille de Mérenptah, elle épouse son demi-frère et s'empare du pouvoir après la mort du chétif Siptah. Elle adopte une titulature royale et fonde un temple funéraire à Thèbes. Son nom est écarté des annales et sa tombe est réutilisée par son successeur, le roi Sethnakht de la . Grande épouse royale. En Égypte antique, l'accès d'une femme au pouvoir suprême est un fait hors norme. D'une manière générale, les femmes de la famille royale sont des personnes qui, contrairement aux hommes, n'occupent pas de positions dans la hiérarchie administrative de l'État. De par ses titres, la reine n'est pas un personnage indépendant. Bien au contraire, elle se définit de par ses liens parentaux avec le souverain en tant que "mout nesout" « mère du roi », "sat nesout" « fille du roi » ou "hemet nesout" « épouse du roi ». Grand polygame, Pharaon peut multiplier les mariages mais seule la "hemet nesout ouret" ou « Grande épouse du roi » joue un rôle d'importance dans l'idéologie politico-religieuse de la monarchie. Les héritiers du trône doivent en principe être les fils de la Grande épouse, mais par défaut, ils peuvent être issus d'une épouse secondaire. Dès la , les reines ont joué le rôle de proche conseillère du roi. Certaines ont mis à profit leur compétence politique en tant que reine-mère, régente ou tutrice. Tel est le cas de la reine dont le fils est monté sur le trône à l'âge de six ans (). À partir du Nouvel Empire, en tant que "hemet netjer" « épouse du dieu » ou "djeret netjer" « main du dieu », la reine incarne l'aspect féminin du démiurge Amon-Rê ; le principe qui entretient les ardeurs sexuelles et créatrices du maître de l'univers. Ces reines, en tant qu'incarnation terrestre de la déesse Mout sont venues à porter une perruque arborant une dépouille de vautour (symbole des qualités maternelles). Parmi ces grandes dames, on peut retenir les noms de Tétishéri l'ancêtre des rois de la , d'Ahmès-Néfertary la première des Divines adoratrices, de Tiyi l'épouse d', de la belle Néfertiti l'épouse d'Akhenaton, de Néfertari l'épouse de . Pour cette dernière, son époux lui a consacré le petit temple d'Abou Simbel et une tombe thébaine qui a conservé son admirable décoration murale d'origine. Harem. L'institution de l’"ipet-nesout" « appartement du roi » ou "per khener" « maison de la réclusion » est approximativement traduite par le mot « harem » en référence à la résidence des concubines des sultans musulmans de l'Empire ottoman. En Égypte antique, le harem est une institution parallèle à l'administration royale et indépendante de celle-ci. C'est le lieu de résidence de la Grande épouse royale, des épouses secondaires, des "khékérout nesout" « Ornements du roi » et des "néferout" « les Beautés ». En ce lieu vivent aussi les enfants royaux, les veuves des pharaons défunts ainsi que leurs suivantes et leurs servantes. Ce vaste groupement humain dispose de sa propre structure de gestion assurée par une hiérarchie administrative de scribes, de percepteurs et de gardiens masculins ; le tout sous la mainmise de la Grande épouse. Le harem possède son propre domaine agricole qui lui assure des revenus réguliers et considérables (troupeaux, pâturages, champs, pêcheries, chasses). Durant leurs journées, les femmes pratiquent le filage et le tissage d'une manière industrielle et leurs productions alimentent les temples et la cour royale. Il n'existe pas qu'un seul harem car cette institution se trouve dans les principales villes du royaume ; à Thèbes, à Memphis et à Akhetaton (sous Akhenaton). Il semble aussi avoir existé une structure itinérante placé dans la suite de pharaon et l'accompagnant à chaque instant, même durant les guerres en territoires étrangers. a ainsi été accompagné d'une partie de sa famille durant la bataille de Qadesh. Un des harems le plus considérable a été édifié en Moyenne-Égypte, dans le Fayoum à Mer-Our, l'actuelle Médinet Gourob. Ce lieu fondé par a été très florissant sous et, selon toute apparence, a encore fonctionné sous les ramessides. Le harem égyptien n'est pas qu'un lieu de villégiature royale et une unité économique florissante. Les princes royaux y sont éduqués aux côtés des fils des grands dignitaires locaux et étrangers. Les compagnons d'enfance du futur pharaon sont généralement destinés à de brillantes carrières professionnelles en tant que directeur administratif, commandant militaire, héraut ou échanson. Entre le début de la et la fin de la , le palais et le harem forment ces jeunes gens dans le Kep ; une salle des appartements royaux spécialement réservée à l'instruction. Épouses étrangères. Dès l'Ancien Empire, des princesses étrangères sont devenues les épouses secondaires des rois égyptiens. Sahourê semble ainsi avoir reçu auprès de lui une princesse de Byblos. Inversement, durant le Moyen Empire des Égyptiennes ont été envoyées auprès des dirigeants de cette ville phénicienne. Les unions diplomatiques sont cependant mieux renseignées pour la période du Nouvel Empire. Durant tout le deuxième millénaire avant notre ère, les pharaons successifs ont échangé avec leurs homologues du Moyen-Orient une intense correspondance en akkadien, la langue diplomatique de l'époque ; pour preuve les tablettes cunéiformes découvertes à Amarna en Égypte, à Ougarit dans l'actuelle Syrie et à Hattusa dans l'actuelle Turquie. D'après une tombe commune découverte en 1916 par des pilleurs dans la Vallée des Singes, on sait que a épousé trois cananéennes ; les princesses Manheta, Manouai et Marouti. En son temps, épouse une princesse du Mittani, la fille du roi . Son fils et successeur épouse au moins quatre princesses étrangères de haute lignée. Giloukhepa, fille de l'empereur du Mittani arrive en l'an 10 avec une escorte de et servantes. En l'an 36, elle est suivie par sa nièce Tadukhipa, sœur de l'empereur Tushratta. Il est aussi attesté qu' a épousé une sœur et peut-être une fille du roi de Babylonie. Après la mort d', la princesse Tadukhipa, vu son haut rang devient une épouse secondaire d'Akhenaton. Par la suite, ce dernier a aussi épousé une babylonienne, fille de . Parmi les nombreuses épouses secondaires de figurent des princesses nubiennes du pays de Ouaouat et des princesses asiatiques, filles des rois vassaux. La mariage le plus prestigieux est célébré en la de règne lorsque l'empereur hittite envoie en Égypte sa fille aînée Maâthornéferourê. Pratiques et croyances funéraires. Pyramides d'Égypte. Monuments funéraires. Dans l'imaginaire collectif contemporain, les pyramides sont le symbole de l'Égypte antique. La pyramide est le monument où le corps du pharaon mort est déposé dans un sarcophage afin de le préserver. Là, s'opère une transformation mystique où la dépouille passe de l'immobilité de la mort vers une vie nouvelle auprès des grands dieux du panthéon égyptien. L'origine du tombeau pyramidal remonte à l'Ancien Empire. Durant la période thinite ( et s), chaque pharaon se fait inhumer dans un tombeau surmonté par un mastaba de forme rectangulaire. Sous Djéser, premier roi de la , la superposition de six mastabas de pierre donne la pyramide à degrés. Le passage vers la pyramide à faces lisses est réalisé par étapes sous le règne de Snéfrou () : pyramide à sept degrés à Meïdoum, pyramide rhomboïdale à Dahchour (Sud) et pyramide parfaite à Dahchour (Nord). Ses successeurs, Khéops et Khéphren se font édifier les plus imposantes à Gizeh (147 et de haut). Les pharaons qui suivent se contentent de monuments plus modestes à Gizeh, Saqqarah et Abousir. Les puissants pharaons du Moyen Empire poursuivent la pratique, à Licht notamment. Les pillages de la fin de l'Ancien Empire, ont incité les architectes à doter ces édifices de mesures de sécurités plus compliquées avec des corridors à herses et des impasses. Le pharaon Ahmôsis (fondateur de la ) est le dernier souverain à bénéficier d'une pyramide, grâce à son cénotaphe d'Abydos. Toute pyramide bénéficie d'une substructure intérieure qui comprend des couloirs qui relient une succession de chambres funéraires. Dès la fin de la , l'intérieur se normalise et suit une règle stricte d'une enfilade de trois chambres successives. Chaque pyramide est desservie par un temple haut adossé à son pied et qu'une chaussée couverte relie à un temple bas aménagé en bordure d'un canal en liaison avec le Nil. Généralement de plus petites pyramides sont édifiées autour de celle du pharaon pour recevoir les dépouilles de la mère ou des épouses royales. La mémoire du pharaon défunt est entretenue par l'intermédiaire d'un culte funéraire rendu dans les temples haut et bas par un personnel de prêtres spécialement affecté à cette charge. Ces derniers sont rémunérés par les revenus d'une fondation et sont logés, le temps de leur office, dans des cités dortoirs, les "villes de pyramide". "Textes des pyramides". Les chambres funéraires de la plupart des pyramides sont restées anépigraphes (sans inscriptions). Les pyramides des pharaons Ounas, Téti, , , et Qakarê-Ibi présentent toutefois l'intérêt exceptionnel de voir figurer sur leurs parois les "Textes des pyramides". Ces inscriptions sont les plus anciens textes religieux connu à ce jour et sont à la base de nos connaissances sur les fondements de la religion égyptienne. Les formules magiques et liturgiques qui composent cette collection sont très disparates. Elles témoignent de différents courants de pensée mais toutes se rejoignent dans une préoccupation unique ; assurer à Pharaon une survie éternelle. Les moyens pour parvenir à l'éternité sont multiples. Dans certains passage, le défunt est identifié à Osiris et règne sur les morts dans le sombre royaume de l'Occident. Dans d'autres, influencé par la doctrine des prêtres d'Héliopolis, Pharaon est le dieu solaire Rê qui parcourt glorieusement le ciel dans ses barques diurne et nocturne. Dans l’"Hymne cannibale", la force magique de Pharaon est entretenue par l’absorption du corps des dieux débités en morceaux. À l'occasion de dialogues ésotériques avec un passeur récalcitrant, la traversée d'un canal est assimilé à un voyage vers les contrées de l'Au-delà. Dans d'autres formules, encore, Pharaon désire sortir de sa pyramide et monter vers les étoiles afin de briller éternellement, sans fatigue, dans le ciel nocturne. Le thème majeur de tous ces textes est la montée de Pharaon vers les contrées céleste. Pour ce faire de nombreux moyens d'ascension sont mis à sa disposition, le Pharaon grimpe à une corde ou à une échelle fixée entre ciel et terre, navigue dans des barques mythiques, devient flamme ardente ou fumée d'encens, se transforme en oiseau (faucon, oie, pélican, vautour, etc), en taureau sauvage, en serpent, en insecte, marche, nage, bondit ou pagaye dans des attitudes sportives ; devient nuage, orage, lumière, vent ou air. Nécropole thébaine. Avec les pharaons du Nouvel Empire prend fin la période de construction des pyramides d'Égypte. Durant près de , sous les , et s se met en place une pratique funéraire qui consiste à effectuer une scission géographique entre la tombe et le temple mémoriel (ou Temple des millions d'années). Hypogées de la vallée des Rois. Durant tout le Nouvel Empire, la plupart des pharaons ont été inhumés à l'ouest de Thèbes. Leurs tombes souterraines (hypogées) ont été creusées au sein de la vallée des Rois, un oued situé au nord-est de « La Cime », une colline pyramidale qui culmine à de haut. Les Anciens Égyptiens ont probablement vu dans cette élévation naturelle un symbole du tertre primordial sur lequel s'est éveillé Rê à l'aube des temps. Sur les trente-deux pharaons de cette époque, au moins vingt-six ont fait le choix de ce lieu. La plus ancienne tombe royale connue sur le site est celle de (Tombe), la dernière étant celle qui a été apprêtée pour (Tombe). Vers la fin, la vallée était percée par une soixantaine de tombes royales ou princières ce qui ne manqua pas de poser des problèmes de place et d’empiétement. Le choix du lieu de creusement revenait aux architectes et aux carriers. Ce choix était ensuite approuvé par le vizir et le pharaon. Une fois le lieu choisi, se déroulait un rituel de purification et de fondation par le creusement de quatre à cinq petits puits dans lesquels étaient déposés des offrandes (outils, vases, amulettes). Il n'existe pas deux tombes royales semblable. La taille d'une tombe n'est pas corrélée avec la longueur du règne même si des considérations de temps et de ressources ont pu entrer en jeu. Son plan dépend bien plus des notions théologiques élaborés par les prêtres pour le pharaon défunt car les textes et les scènes pariétales qui y figurent servent à son âme comme des guides sur les chemins de l'au-delà. La vie des ouvriers et artisans chargés de creuser puis décorer ces tombes est relativement bien documentée. Ceci grâce aux vestiges archéologiques de leur lieu d'habitation ; le village de Deir el-Médineh composé de près de soixante-dix maisons regroupées à l'intérieur d'un mur d'enceinte. Temple des millions d'années. Après l'hypogée, le temple des millions d'années est le second élément architectural du culte funéraire des pharaons du Nouvel Empire. Chacun de ces temples a été édifié à la lisière du désert sur la rive occidentale de Thèbes dans une zone que les voyageurs grecs de l'Antiquité ont baptisée "Memnonnia". Elle s'étend au pied de La Cime qui est la colline au sein de laquelle ont été creusées les tombes pharaoniques. S'ils avaient tous été conservés intacts, ces temples auraient constitué une rangée quasi ininterrompue depuis le temple de à Gournah, au nord, jusque vers le temple de à Médinet Habou, au sud, en passant entre autres par les temples de et Hatchepsout à Deir el-Bahari, le Ramesséum (temple de ) et l'Aménophium (temple d'). L'état de conservation de ces édifices est très divers. L'Aménophium, le plus gigantesque, a très tôt disparu : dès la période ramesside. Aujourd'hui, il n'en reste plus que les deux colosses de Memnon. Ceux de et , sont très ruinés et le mieux conservé est celui de . Le rôle des temples des millions d'années est avant tout funéraire. Dans les décors du saint des saints sont évoquées les multiples formes de renaissance de Pharaon sous les aspects d'Osiris et de Rê-Horakhty. Ces lieux servent cependant aussi à commémorer les victoires militaires et tous les hauts-faits royaux car les dieux ont confié à Pharaon la charge de promouvoir l'ordre afin d'asseoir la Maât (harmonie cosmique et sociale). Ces temples sont, en outre, aussi consacrés au dieu Amon car les rois qui y sont honorés le sont en qualité d'invités de cette grande divinité. Chaque année au cours de la Belle fête de la vallée ( de la saison de l'Inondation), les statues d'Amon et de Mout quittaient leurs temples de Karnak et se rendaient en procession dans la nécropole thébaine avec des arrêts dans chaque temple des millions d'années. Tous ces sanctuaires disposaient d'un important personnel de prêtres et de serviteurs et drainaient de considérables ressources en nature entreposées dans des greniers attenants. Momies pharaoniques. Les momies de la plupart des grands pharaons du Nouvel Empire sont parvenues jusqu'à nous. À la fin de la débutent les premiers pillages des tombeaux de la vallée des Rois ; les pilleurs étant avides de s'emparer des bijoux précieux disposés entre les bandelettes des momies ou rangés dans des coffrets funéraires. Le phénomène s'accentue au début de la . Pour préserver les corps, les autorités de cette époque décident d'exhumer les dépouilles royales, de les regrouper puis de les cacher en des lieux secrets. Durant plusieurs millénaires, ces momies sont oubliées de tous. En 1871, les trois frères Mohamed, Ahmed et Soliman Abd el-Rassoul, habitants du village de Gournah, découvrent une de ces cachettes. Durant dix ans, ils profitent de cette aubaine et vendent discrètement des amulettes précieuses à de riches touristes. En 1878, l'égyptologue Gaston Maspero prend connaissance de ce trafic d'antiquités. Le , après enquête de la police, les trois frères révèlent l'emplacement de la cachette située dans les rochers de Deir el-Bahari. Émile Brugsch est le premier scientifique à descendre dans la cachette royale, à l'origine une tombe creusée pour le grand-prêtre . Dans un désordre indescriptible, il constate la présence d'une cinquantaine de momies dont celles des plus illustres pharaons des , , et s ; Seqenenrê Tâa, , , , , , , , , , . Après un très rapide dégagement, les momies sont déposées à Louxor puis acheminées par bateau jusqu'au Caire où elles arrivent à la mi-juillet. Les années suivantes, elles sont étudiées par Gaston Maspero et son équipe du Musée de Boulaq. L'année 1898 est la date de la découverte d'une seconde cache. Après avoir procédé à des sondages de terrain dans la vallée des Rois, l'égyptologue Victor Loret découvre, le 6 mars, l'entrée de la tombe d'. Il y constate la présence de la momie de son propriétaire ainsi que les corps de huit autres pharaons : , , Mérenptah, , Siptah, , , . Dans les mois suivant ces deux découvertes, les momies ont été «débandelettées» et les mieux conservées exposées au public. Elles sont à présent conservées par le Musée égyptien du Caire. Certaines identifications effectuées par Maspero sont maintenant controversées ; celle de n'est ainsi probablement pas la bonne. Trésor funéraire de Toutânkhamon. Le règne du pharaon Toutânkhamon a été court et peu glorieux (fin de la ). Il monte sur le trône, très jeune, à l'âge de neuf ans et meurt précocement avant ses vingt ans. À l'occasion de ses funérailles, il bénéficie à l'instar des autres pharaons d'une tombe dans la vallée des Rois dotée d'un riche matériel funéraire. Dans les années suivantes, son tombeau a été visité par deux fois par les pilleurs de tombe. Mais le jeune souverain n'ayant pu imposer sa renommée à ses contemporains, sa tombe a cependant été très vite oubliée de tous. La redécouverte de ce tombeau quasiment inviolé remonte à novembre 1922 après plusieurs années de fouilles infructueuses conduites par Howard Carter et financées par Lord Carnarvon. Le tombeau se présente comme un modeste hypogée avec un couloir en pente douce qui conduit vers quatre salles souterraines regorgeant de plus d'un millier d’artéfacts : trônes, fauteuils, lits funéraires et lits utilitaires, coffres, malles, boîtes, chars d'apparat et chars utilitaires, vaisselle, statues, statuettes, vêtements, oushebtis, etc.. Entre l'automne 1922 et l'hiver 1927, la sépulture est méticuleusement vidée de son contenu. L'ensemble des objets est à présent conservé par le Musée égyptien du Caire. Dans la chambre funéraire, la momie du pharaon repose dans trois cercueils anthropomorphes de taille croissante. Le tout est déposé dans un sarcophage de pierre de forme rectangulaire, long de sur de large. Ce dernier est lui-même protégé par une succession de trois chapelles en bois doré de taille dégressive, emboîtées les unes dans les autres, la plus grande occupant presque tout l'espace de la chambre funéraire. Sur leurs parois, la décoration évoque des chapitres du "Livre des Morts", du "Livre de l'Amdouat" et du "Livre de la vache du ciel". Nécropole royale de Tanis. Durant la Troisième Période intermédiaire, la ville de Tanis est la grande métropole de Basse-Égypte et le lieu de résidence des pharaons. Elle se présente comme la jumelle septentrionale de Thèbes avec ses grands temples consacrés à Amon, Mout et Khonsou. À cette époque, à la suite d'incessants pillages, la vallée des Rois est abandonnée. Aussi, c'est dans l'enceinte du temple d'Amon de Tanis que l'égyptologue français Pierre Montet, entre 1939 et 1946, a découvert les sépultures des pharaons des et s : , Amenemopet, Siamon, , , , , et . L'inclusion de la nécropole royale dans l'enceinte religieuse constitue une innovation qui caractérise le premier millénaire avant notre ère et l'on retrouve la même situation à Saïs pour les sépultures royales de la . La plupart des sépultures de Tanis ont été découvertes inviolées. La tombe de était intacte. Ce pharaon reposait dans un imposant sarcophage rectangulaire en granit rouge qui refermait un cercueil en granit noir de forme anthropomorphe. Dans ce dernier, la dépouille était placée dans un cercueil en argent massif ; lui aussi anthropomorphe. À cause de l'humidité du Delta du Nil, la momie a été trouvée très dégradée mais sur son visage était placé un masque en or. Il est le plus finement ouvragé de tous ceux découvert à Tanis mais est loin de soutenir la comparaison avec celui de Toutânkhamon, plus ancien. Postérité. Textes antiques. Littérature égyptienne. Un nombre appréciable de contes de l'Égypte antique ont été redécouverts depuis les débuts de l'égyptologie au milieu du . Dans quelques uns de ces récits, Pharaon apparaît comme l'un des personnages. Il s'agit soit d'un souverain fictif ou anonyme soit un monarque historique dont le nom est entré dans la légende. Le "Conte de Sinouhé" daté de la est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de cette littérature. Le personnage principal, Sinouhé, fuit l'Égypte après le meurtre d' lors d'un complot. Après avoir passé plusieurs années en exil chez des nomades, il revient au pays rappelé par qui lui accorde son pardon sur ses errements. Les contes du Papyrus Westcar sont contemporains de cette époque. Le début est perdu, mais dans le reste qui nous est parvenu, le pharaon Khéops se fait narrer de prodigieuses histoires du passé par ses fils Khéphren, Baoufrê et Djédefrê. Le "Conte prophétique" ou "Prophétie de Néferti" a une portée plus politique. Pour tromper son ennui, Snéfrou convoque auprès de lui le sage Néferti pour lui prédire l'avenir du pays. Ce dernier lui décrit une nation bouleversée par les troubles, les invasions et les dissensions. Il rassure toutefois le souverain en annonçant l'avènement d'Amény, un pharaon sauveur ; sans doute . Ce sombre tableau est généralement interprété comme une description de la chaotique Première Période intermédiaire. Dans le "Conte des deux frères" rédigé au milieu de la période ramesside, le héros Bata combat un pharaon anonyme qui a organisé le rapt de sa compagne. De la même époque date le conte du "Prince prédestiné" dont la fin est malheureusement perdue. Un pharaon sans héritier, obtient un fils après une prière adressée aux dieux. Les Sept Hathor révèlent toutefois qu'une malédiction mortelle plane sur le jeune prince. Anxieux, le pharaon enferme l'enfant dans une maison en plein désert. Le prince parvient toutefois à convaincre son père de le laisser partir au loin afin d'accomplir son destin. Chroniques bibliques. Dans la Bible, les annales juives de l'Ancien Testament mentionnent plusieurs pharaons historiques de la Troisième Période intermédiaire et de la Basse époque (première moitié du premier millénaire avant notre ère). Le pharaon libyen () apparaît sous les noms de "Sesaq" ou "Shishak". Dans le "Premier Livre des Rois" (11, 40), il accueille Jéroboam, un serviteur rebelle de Salomon. Après la mort de ce dernier, Jéroboam retourne en Juda mais en conflit avec Roboam, fils de Salomon, il fonde le Royaume d'Israël (ou Samarie). D'après le "Deuxième Livre des Chroniques" (12, 1-16), ce même Sheshonq profite de la désunion juive et monte un raid guerrier contre Roboam, fils de Salomon. Il assiège Jérusalem et parvient à acheter la paix en se faisant livrer les trésors cultuels du temple à l'exception de l'Arche d'alliance. Après ce haut fait, le pharaon s'attaque à Jéroboam, son ancien protégé qui prend la fuite vers la Jordanie. L'archéologie confirme ce raid guerrier car Shesonq s'est arrêté à Megiddo où il fit ériger une stèle commémorative proclamant sa victoire. D'après le "Deuxième Livre des Rois" (17, 1-6), Osée, le dernier roi d'Israël, a tenté de s'allier avec le pharaon So pour affranchir son pays de la tutelle assyrienne. Les documents égyptiens ne mentionnent pas de pharaon So mais il s'agit peut-être d'un diminutif du prénom , en l'occurrence celui d'. Le nom de Taharqa de la apparaît dans le "Deuxième Livre des Rois" (19, 9) et le "Livre d'Isaïe" (37, 9) à propos de sa guerre contre l'Assyrie de Sennachérib. de la est présenté dans le "Deuxième Livre des Rois" (23, 29) et le "Deuxième Livre des Chroniques" (35, 20-25) comme le responsable de la mort de Josias, seizième roi de Juda, lors de la bataille de Megiddo en 609 avant notre ère. Mythes et légendes grecques. Un épisode du mythe d'Héraclès (Hercule) se déroule en Égypte à l'époque du règne de Busiris, un pharaon imaginaire présenté comme le fils de Poséidon. Pour éloigner la famine de son royaume, Busiris sacrifie chaque année à Zeus un étranger de passage. Une année, Busiris capture Héraclès mais ce dernier se libère de ses liens et tue le roi et un grand nombre d'Égyptiens devant l'autel sacrificiel. Au avant notre ère, l'historien grec Hérodote est le premier à prendre du recul face à ce mythe qu'il perçoit comme une sottise, les Égyptiens ne sacrifiant pas les humains ("Euterpe", ). À propos des souverains égyptiens, le même auteur insère, sans trop y croire, des épisodes légendaires aux faits historiques. Il s'attarde longuement à narrer le conte de "Rhampsinite" « Ramsès fils de Neith », un roi possesseur d'un grand trésor mais dévalisé à plusieurs reprises par un astucieux voleur ("Euterpe", ). Hérodote continue en affirmant que ce même "Rhampsinite" descendit vivant dans les Enfers auprès de Deméter et que depuis lors les prêtres égyptiens commémorent cet épisode par une fête annuelle ("Euterpe", ). Le successeur de "Rhampsinite" serait le tyrannique Khéops qui causa la ruine du pays en obligeant à participer à la construction de sa pyramide. Manquant d'argent, Khéops aurait obligé sa propre fille à se prostituer ("Euterpe", -). Khéphren aurait été tout aussi retors, contrairement à Mykérinos plus soucieux de justice ("Euterpe", ). L'historien grec poursuit son exposé en évoquant des souverains plus proches de son époque tels Amyrtée, et Chabaka. Bien plus tardif est le "Roman d'Alexandre" dont la première version connue, celle du Pseudo-Callisthène, remonte aux environs du de notre ère. Au commencement de ce recueil de légendes, le conquérant Alexandre le Grand est présenté comme le fils bâtard du pharaon Nectanébo en exil en Macédoine depuis sa défaite contre les Perses. La reine Olympias, stérile, craint d'être répudiée par son mari . Devenu mage et astrologue, Nectanébo annonce à la reine que le dieu Ammon lui donnera un fils lors d'une rencontre théogamique. Il se fait passer pour le dieu et engendre Alexandre. Très prisé dans l'Europe du Moyen Âge, le roman se voit amputé de cet épisode dans ses versions en Ancien français. Pour les auteurs médiévaux, la bâtardise d'Alexandre n'est qu'une calomnie diabolique visant à salir la réputation d'Olympias. Moïse contre , un mythe moderne. Durant tout le , de nombreux scientifiques (historiens, biblistes, théologiens, s) ou même de simples autodidactes ont tenté de cerner la véracité historique de la sortie hors d'Égypte du peuple hébreu. Dans le "Livre de l'Exode", le nom du souverain égyptien, contemporain de Moïse, n'est pas mentionné. Anonyme, il n'est désigné que par le terme « Pharaon » ou par l'expression équivalente de « roi d'Égypte ». L'identité de ce personnage a été l'objet de nombreuses spéculations de la part de ceux qui se représentent l'Exode comme un événement réel. Les principaux souverains du Nouvel Empire ont tour à tour été mis en avant comme candidat : , , , Akhenaton, Aÿ, , Mérenptah (liste non exhaustive). Pour chacun de ces candidats de nombreux arguments permettent de conclure par la négative. Prenant le contrepied de ces hypothèses, l'égyptologue allemand Rolf Krauss a tenté de démontrer que l'obscur pharaon Amenmes a été à l'origine du personnage de Moïse. Dans la culture populaire, est largement identifié au pharaon de l'Exode et est présenté comme l'adversaire de Moïse et de son Dieu. Dans les faits, aucun document historique ou archéologique (tant égyptien qu'israélite), ne vient corroborer cette thèse. Ce lieu commun est malgré tout entretenu par les moyens de la culture de masse d'origine nord-américaine. Sans doute s'agit-il, consciemment ou non, de donner à Moïse un adversaire prestigieux et ainsi renforcer auprès du grand public sa stature prophétique. En 1923, Cecil B. DeMille réalise pour la Paramount Pictures "Les Dix Commandements", un film muet épique, où Moïse (Theodore Roberts) affronte (Charles de Rochefort). En 1956, ce même réalisateur livre un remake spectaculaire, lui aussi nommé "Les Dix Commandements" où les mêmes adversaires sont respectivement incarnés par Charlton Heston et Yul Brynner. Ce même affrontement est dépeint en 1998 dans "Le Prince d'Égypte", un long-métrage d'animation réalisé par les studios DreamWorks SKG. En 2000-2002, une comédie musicale française écrite par Élie Chouraqui et Pascal Obispo s'inscrit dans la lignée en s'attribuant le titre des "Dix Commandements". En 2014, le film "" réalisé par Ridley Scott pérennise à son tour ce mythe moderne et l'on voit l'acteur Joel Edgerton jouer le rôle du pharaon Ramsès contre le prophète incarné par Christian Bale. Culture populaire. Péplums. Le péplum est un genre cinématographique de fiction historique dont l'action se déroule dans l'Antiquité dans des décors restituant plus ou moins fidèlement l'Empire romain, la Grèce antique ou l'Égypte antique. De nombreux films se sont attachés à faire revivre les pharaons célèbres. Il n'est pas lieu ici de les citer tous. Comme évoqué plus haut, dans les films s'inspirant de la Bible, l'affrontement entre Moïse et Pharaon est régulièrement mise en scène comme dans "Les Dix Commandements" (1956) ou dans "" (2014). L'origine de la présence des juifs en Égypte est quant à elle évoquée dans une production italo-yougoslave de 1960 ; "L'Esclave du pharaon" qui restitue la vie du patriarche Joseph ; un esclave vendu par ses frères devenu le puissant conseiller du pharaon. En 1954, le film américain "L'Égyptien" ("") de Michael Curtiz adapte librement le roman "Sinouhé l'Égyptien" de l'écrivain finlandais Mika Waltari paru en 1945. Fils de médecin, Sinouhé (Edmund Purdom) est recueilli par ses parents alors que nouveau-né il dérivait dans une barque sur le Nil, puis médecin lui-même il officie dans un quartier pauvre de la ville. Bien que de condition modeste, il devient l'ami et le médecin du très pacifique pharaon Akhenaton (Michael Wilding), ainsi qu'avec l'ambitieux et fougueux Horemheb (Victor Mature), général et futur pharaon. En 1955, "La Terre des pharaons" (') de Howard Hawks, tourné en CinemaScope, relate l’épopée de la construction titanesque de la pyramide de Khéops. Ce dernier est joué par le britannique Jack Hawkins et est présenté comme un despote mégalomane. Ce film s'est avéré être un échec commercial et artistique. Avec le recul, il vaut surtout pour quelques-unes de ses reconstitutions tel le long panoramique qui montre l'étendue des carrières où des milliers de figurants travaillent à ériger le tombeau de pharaon. Sorti en 1966, "Le Pharaon" ("") est un péplum polonais réalisé par Jerzy Kawalerowicz, tiré du roman homonyme de Bolesław Prus publié en 1897. L'action se déroule à la fin de la période ramesside dans une Égypte antique en déliquescence. L'action décrit les manipulations des hauts-prêtres conservateurs à l'encontre du nouveau monarque (pharaon fictif joué par Jerzy Zelnik), jugé trop progressiste à leurs yeux, et qu'ils finiront par éliminer en jouant de la crédulité populaire. Le pouvoir communiste de l'époque, en finançant le film, invitait à y voir une métaphore de sa propre situation face à la puissante Église catholique polonaise. Romans historiques. L'Égypte antique et sa culture ont très tôt inspiré les auteurs de fiction. Le "Séthos" de Jean Terrasson (1670-1750) a connu au un réel succès d'édition et a popularisé la notion de « mystères égyptiens ». À partir de la seconde moitié du , avec le développement de l'égyptologie et la redécouverte des pharaons, des romanciers ont imaginé des fictions avec pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire pharaonique. Dans ce genre littéraire, sont généralement mêlés des événements et des personnages réels et fictifs. L'intrigue s'efforce d'apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique et l'auteur s'appuie quelquefois sur une importante documentation. En 1939, l'Égyptien Naguib Mahfouz met sa poésie au service du conte pharaonique "La Malédiction de Râ" qui se déroule sous le règne de Khéops. En 1943, "L'Amante du pharaon" a pour personnage principal la courtisane Rhodopis de laquelle s'éprend le jeune pharaon . En 1974, l'auteure Andrée Chedid publie "Néfertiti et le Rêve d'Akhnaton : Les Mémoires d'un scribe". L'égyptologue et romancier Christian Jacq a quasiment exploité toutes les époques égyptiennes ; "La Reine Soleil" (1988) décrit le couple formé par Toutânkhamon et Ânkhésenpaaton, les cinq tomes de "Ramsès" (1995-1996) constituent une biographie romancée du fougueux , "Le Pharaon noir" (1997) relate les luttes de Piânkhy contre les princes libyens, les trois tomes de "La Reine liberté" (2001-2002) relatent l'expulsion des Hyksôs, en quatre tomes "Les Mystères d'Osiris" (2003-2004) narrent des intrigues sous le règne de , les trois tomes de "Et l'Égypte s'éveilla" (2010-2011) montrent la formation du royaume égyptien sous la conduite de Narmer, tandis que "Imhotep, l'inventeur de l'éternité" (2011) est une biographie fictive du concepteur de la pyramide de Djéser. Il est aussi possible de signaler les ouvrages du romancier Guy Rachet, passionné d'archéologie et d'égyptologie ; en deux tomes "Les Vergers d'Osiris" (1981) montre une action situé à la fin de la période ramesside, les cinq tomes du "Roman des Pyramides" (1997-1998) se déroulent sous la durant les règnes des constructeurs des pyramides de Gizeh (Khéops, Khéphren et Mykérinos) et "Les larmes d'Isis" en trois tomes (2006-2007) sous l'occupation des pharaons Hyksôs.
Capteur photographique Un capteur photographique est un composant électronique photosensible servant à convertir un rayonnement électromagnétique (UV, visible ou IR) en un signal électrique analogique. Ce signal est ensuite amplifié, puis numérisé par un convertisseur analogique-numérique et enfin traité pour obtenir une image numérique. Le capteur est donc le composant de base des appareils photo et des caméras numériques, l'équivalent du film (ou pellicule) en photographie argentique. Le capteur photographique met à profit l'effet photoélectrique, qui permet aux photons incidents d'arracher des électrons à chaque élément actif (photosite) d'une matrice de capteurs élémentaires constitués de photodiodes ou photomos. Il est nettement plus efficace que la pellicule : jusqu'à 99 % (en théorie) et près de 50 % (en pratique) des photons reçus permettent de collecter un électron, contre environ 5 % de photons qui révèlent le grain photosensible de la pellicule, d'où son essor initial en astrophotographie. Deux grandes familles de capteurs sont disponibles : les CCD et les CMOS. Les CCD existent encore sur les marchés des appareils compacts et les appareils à très haute résolution. Les appareils reflex les plus courants quant à eux l'ont délaissé et utilisent majoritairement des capteurs CMOS. Capteur CCD. Le CCD ("Charge-Coupled Device", ou en français « dispositif à transfert de charges ») est le plus simple à fabriquer. Inventé par George E. Smith et Willard Boyle dans les Laboratoires Bell en 1969 (cette invention leur rapporte la moitié du prix Nobel de physique en 2009), il est rapidement adopté pour des applications de pointe (imagerie astronomique) puis popularisé sur les caméras et appareils photo. Principe. Un CCD transforme les photons lumineux qu'il reçoit en paires électron-trou par effet photoélectrique dans le substrat semi-conducteur, puis collecte les électrons dans le puits de potentiel maintenu au niveau de chaque photosite. Le nombre d'électrons collectés est proportionnel à la quantité de lumière reçue. À la fin de l'exposition, les charges sont transférées de photosite en photosite par le jeu de variations de potentiel cycliques appliquées aux grilles (bandes conductrices horizontales, isolées entre elles par une couche de ) jusqu'au registre horizontal (voir animation ci-contre). Au niveau du registre de sortie, la charge totale peut être lue par un suiveur de tension, généralement un unique transistor n-MOS. La charge est stockée sur la grille du transistor, plaçant cette électrode à une tension dépendant de la capacité qui la sépare de la masse. Plus la capacité est faible, plus grand sera le facteur de conversion entre charge et tension, et donc le signal de sortie. Ce signal sera, à l'extérieur du CCD, mesuré par un avant d'être amplifié et numérisé. Le double échantillonnage permet de s'affranchir du bruit de mesure introduit à chaque réinitialisation de la tension de grille du suiveur de tension, après la lecture de chaque pixel. Une mesure est effectuée directement après la réinitialisation, et une autre après le transfert de charge du pixel en cours de lecture, de sorte que l'intensité du pixel soit déterminée par la différence entre ces deux mesures et indépendante de la valeur variable obtenue à la première mesure. Ces électrodes sont isolées par une couche de SiO2, complétée par l'action d'une fine zone dopée « n », le « canal enterré » ("buried channel"), du substrat de type « p ». Trois types de CCD se sont succédé et coexistent toujours. On sait, en 2013, fabriquer des CCD « plein cadre » de 80 mégapixels (surface utile de 53,7 × 40,4 mm). En 2009, il devient possible de fabriquer des CCD interlignes de pour le grand public (surface utile de ). Dans tous les CCD, le bruit (électrons parasites) augmente très fortement avec la température : il double tous les 6 à . C'est pourquoi on doit refroidir les CCD pour l'astrophotographie utilisant de très longs temps de pose. Dans les photoscopes, le temps d'exposition utilisable à température ambiante est de l'ordre de la minute, un photosite se remplissant par le jeu des diverses fuites en 5 à . Couleurs. Les capteurs CCD sont sensibles à l'ensemble du spectre de la lumière visible. Grâce à une matrice de filtres colorés, par exemple un filtre de Bayer, constitué de cellules colorées des couleurs primaires, chaque photosite du capteur ne "voit" qu'une seule couleur : rouge, vert ou bleu. Sur chaque groupe de quatre photosites on trouve un pour le bleu, un pour le rouge et deux pour le vert ; cette répartition correspond à la sensibilité de notre vision. Du fait de la précision requise, les pastilles colorées du filtre sont déposées directement sur le capteur avec une technologie proche de la photolithographie des circuits intégrés, de même que le réseau de micro-lentilles. C'est le logiciel du photoscope qui va recréer les couleurs, en tenant compte des courbes de réponse spectrale pour un résultat final en trichromie ; un des problèmes est de limiter le bruit électronique qui se traduit par des effets de moiré sur les zones de faible lumière par de judicieux compromis lors du traitement d'image (interpolation, filtrage : voir l'article Traitement du signal). Filtres à infrarouges et filtres antialias. Tous les capteurs couleur CCD ont en commun d’être munis d'un filtre infrarouge (souvent plaqué directement à leur surface) ; mais ce filtre remplit simultanément plusieurs fonctions : Sans ce filtre, les taches bleu foncé et rouge foncé seraient trop claires sur le cliché. Les objets chauds (mais non les flammes ou une lampe à souder) seraient eux aussi trop lumineux et présenteraient un aspect irréel. Enfin, toutes les surfaces qui réfléchissent ou émettent des infrarouges ou des ultraviolets seraient rendus par des couleurs inattendues. Avec les matrices Bayer et les autres capteurs à CCD unique, il est nécessaire d'utiliser un filtre anticrénelage, afin de mixer les pixels d'objets voisins, de sensibilité différente aux couleurs. Sans ce filtre, un point ou une ligne de couleur claire pourraient n'être représentés que par une seule couleur. Les filtres antialias évitent en outre que des lignes ou arêtes qui feraient un angle très faible avec les rangées de pixel, prennent un aspect en marches d'escalier. Les filtres anti-alias entraînent une réduction minime de la précision de l'image. Filtres antialias et filtres infrarouges sont souvent associés dans les appareils à CCD. Progrès constants. Des améliorations sont régulièrement apportées aux capteurs CCD de façon à en améliorer la sensibilité en augmentant la surface active : Capteur CMOS. Un capteur CMOS () est composé de photodiodes, à l'instar d'un CCD, où chaque photosite possède son propre convertisseur charge/tension et amplificateur (dans le cas d'un capteur APS). Leur consommation électrique, beaucoup plus faible que celle des capteurs CCD, leur vitesse de lecture et le plus faible coût de production sont les principales raisons de leur grande utilisation. De la même façon que beaucoup de CCD, les capteurs CMOS pour image couleur sont associés à un filtre coloré et un réseau de lentilles, encore plus nécessaire vu la faible surface relative de la photodiode, seule zone sensible. Capteur Foveon. Ce capteur permet la capture des trois couleurs rouge, vert et bleu par un seul photosite, au moyen de trois couches de silicium recouvertes de photosites et disposées en sandwich et filtrées chacune par un filtre bleu, vert ou rouge ; Chacune des couches de photo-récepteurs est précisément espacée relativement aux longueurs d'onde bleue, verte et rouge de la lumière visible. Pour simplifier, nous pourrons dire qu'en recevant un rayon incident, la couche superficielle du silicium arrête le bleu, que la couche médiane arrête le vert et enfin que le rouge est stoppé par la couche inférieure, comme l'illustre la figure ci-contre. Le capteur "X3" a été développé par la société américaine Foveon, rachetée en 2008 par Sigma, qui bénéficie depuis d'un droit d'exploitation exclusif. Contrairement à un photosite de capteur CCD qui capture seulement une couleur primaire (rouge, vert ou bleu), un photosite de capteur "X3" recueille une composante RVB. Ceci nécessite donc beaucoup moins d'électronique de calcul, puisque la couleur est directement obtenue sur le photosite et plus après traitement électronique des couleurs de quatre photosites. C'est un avantage sur le plan du coût de fabrication, mais aussi sur le plan de la qualité. En effet, l'absence de calculs et d'interpolations permet d'espérer des images plus « propres », et permettrait aussi un rythme de prises de vues plus rapide en mode rafale. Historique. Avant le traitement numérique des photos, la lumière était captée par une pellicule photographique. Sur les appareils numériques, ce film a été remplacé par un capteur photographique électronique sensible à la lumière. La qualité d'une photo ou éventuellement d'une vidéo dépend de plusieurs facteurs importants (quantité et qualité de l'optique pour transmettre la lumière, qualité et quantité de lumière reçue sur la surface du capteur photographique électronique. La surface en millimètres carrés et le nombre de cellules photosensibles (photosite) d'un capteur photographique électronique jouent donc un rôle essentiel dans la photographie. Segmentation du marché en fonction de la surface du capteur. Le taille, la définition et les performances des systèmes dépendent des besoins liés à leurs utilisations. Le marché est séparé en différentes catégories : industrie, photographie professionnelle et amateur, audiovisuel, astronomie, surveillance, etc. Dans le domaine de la photographie argentique, le format « 35 mm » est le plus répandu. Aussi appelé « » car la surface utile est de 24 mm de haut sur 36 mm de large (proportions L/H 3/2) avec une diagonale de . Les appareils photographiques reflex numériques utilisent des capteurs qui reproduisent ces dimensions. Standards ou normes les plus courants des capteurs. Avec les appareils photographiques numériques, on retrouve le standard historique de la photographie argentique et de nouveaux concernant la surface des capteurs photographique électronique : Dénomination ou norme de l'industrie et dimension du capteur (liste des plus courants) Nombre de cellules photosensibles par millimètre carré. Il peut être utile pour l'utilisateur d'un appareil photographique, désirant connaître les possibilités dans des conditions difficiles de lumière (faible intensité), de connaître non seulement la taille de la surface du capteur photographique, mais également le nombre de cellules photosensibles (photosite) ou Méga Pixel sur celle-ci. On peut calculer avec ces deux grandeurs la densité des pixels ou des cellules photosensibles du capteur par millimètre carré. Exemple de calculs de la densité des pixels du capteur plein format () Qualité de l'image en fonction de la surface du capteur. Plus le nombre de pixels est élevé, plus la définition d'une photo est bonne, ce qui peut être utile lorsque l'on agrandit une image. Le nombre de cellules photosensibles par millimètre carré du capteur a cependant aussi une influence sur la qualité des images : il n'y a donc pas de lien exclusif entre nombre de pixels et qualité d'image en sortie, et il est généralement inutile de ne comparer deux capteurs que par leur nombre de pixels : la qualité d'une image dépend également de la qualité et de l'intensité de la lumière que le capteur peut recevoir sur chacune de ses cellules photosensibles. Un capteur avec une petite surface mais avec une grande densité de pixels par millimètre carré peut être intéressant au niveau de la production de masse et peut faire baisser le prix sans nécessairement diminuer la qualité de la photo. Voir les limitations techniques décrites ci-dessous. On parle de la sensibilité aux différents rayonnements électromagnétiques et de la plage dynamique du capteur. Exemple d'un capteur 2/3" avec une très bonne densité des pixels par millimètre carré Avec un tel capteur, il est possible de faire de très bonnes photos, pour autant que la quantité et la qualité de la lumière soit également bonnes. Lorsque l'on agrandit une photo avec cet appareil, pour imprimer un poster par exemple, il est probable que les détails ne seront pas visible à cause du bruit. Dans des conditions difficiles, par exemple un concert avec un chanteur à , une lumière faible et un objectif avec une distance focale également faible, la photo du visage du chanteur ne sera pas visible ou très foncée et avec un bruit élevé. En simplifiant, plus la surface d'un capteur est grande et plus la densité des pixels par millimètre carré est faible, plus il captera les différents rayonnements de la lumière avec précision (augmentation de la plage dynamique ). De cette manière on peut avec une surface importante du capteur, dans des conditions de lumière difficile, diminuer le bruit et tout de même obtenir une image de bonne qualité. Performances des capteurs. La résolution maximale d'un capteur est fonction du nombre de photosites qui permettra d'obtenir autant de pixels grâce à une interpolation astucieuse. Selon les performances requises, un capteur CMOS peut être supplanté par un CCD ou inversement ; cependant, les appareils photo grand public tendent à remplacer les capteurs CCD par des capteurs CMOS, de qualité comparable aujourd'hui et à des coûts plus faibles. Le CCD reste utilisé dans certaines applications telles que l'imagerie très haute cadence ou à très bas niveau de lumière, car il génère des images moins bruitées que les CMOS. L'efficacité quantique du capteur est définie par le rapport électrons produits/photons incidents (ce qui est un point commun avec le principe de base de la photographie argentique). Elle est surtout fonction de la taille de la partie active de chaque photosite (c'est-à-dire la surface de capture des photons). La réduction de la surface des photosites influence surtout la dynamique (CCD) et le niveau de bruit (CCD et CMOS) ce qui freine la course aux mégapixels. La dynamique d'un capteur CCD est généralement évaluée par la formule : formula_1 où la dynamique est obtenue en dB (décibels); Vcap représente la tension maximale admissible par le photosite lorsque sa capacité de stockage est au maximum. Vobs représente la tension résiduelle en obscurité totale. Vbruit représente la tension de bruit de lecture. Afin de comparer la sensibilité des capteurs à la sensibilité nominale des films argentiques, la norme internationale ISO définit une sensibilité ISO des systèmes numériques. Caractéristiques des capteurs pour photoscope. Le tableau ci-après donne les dimensions courantes des capteurs CCD ou CMOS utilisés en 2006 dans les appareils photo numériques accessibles. D'autres dimensions sont disponibles, en plus petit (utilisés notamment dans les téléphones cellulaires ou les Camera web) ou en plus grand (appareils photo grand format). Les dimensions sont en mm, la surface en millimètres carrés. Les mégapixels indiqués sont indicatifs des meilleures définitions disponibles dans chaque dimension à mi-2009. Le « rapport », que l'on nomme également « coefficient de multiplication », est le multiplicateur à appliquer à la longueur focale de l'objectif pour obtenir la longueur focale correspondant au même angle de cadrage en . Les capteurs de plus grande définition équipent l'équivalent des moyens formats (6 x 4,5 ou 6 x 6) et atteignent 39 mégapixels (capteur 37 x 49 mm). L'habitude de noter les dimensions en fraction de pouce vient des anciens tubes de prise de vue d'un pouce de diamètre dont la diagonale de la zone sensible était de . Le format indique donc en réalité une fraction (approximative) de cette diagonale et non pas une fraction de pouce. Ainsi, un capteur de 1/1,8’’ a en réalité une diagonale d’environ 16/1,8 mm. Un capteur de 1’’ aurait selon cette convention une diagonale de seulement 16 mm et non pas 25,4 mm comme on pourrait le croire en effectuant la conversion normale des pouces en mm. Production et marché. Sony est le deuxième fabricant mondial de capteurs photo derrière Canon. Prospective. Une piste explorée par plusieurs entreprises ou unités de recherche, dont la spin-off "Chronocam", est de créer une "rétine artificielle" biomimétique fondée sur une seconde génération de capteurs CMOS (complementary metal oxide semi-conductor) pour produire une vision artificielle et mieux extraire de l'information à partir des images. Cette rétine synthétique ne capturerait que les informations changeantes qu'elle mettrait à jour en continu tout en consommant moins d'énergie qu'une caméra classique. Selon Chronocam, la vision serait alors environ 30 fois plus rapide qu'avec les capteurs actuels. En 2017, des applications militaires semblent envisagées dans le domaine de la surveillance et du renseignement.
Peinture (art) La peinture est une forme artistique dont les diverses techniques consistent à appliquer manuellement ou mécaniquement, sur une surface, des couleurs sous forme de pigments mélangés à un liant ou un diluant. Les artistes peintres s'expriment sur des supports tels que la toile, le papier, le bois, etc. Ouvrage de représentation ou d'invention, la peinture peut être naturaliste et figurative, ou abstraite. Elle peut avoir un contenu narratif, descriptif, symbolique, spirituel, ou philosophique. Histoire. Les premières peintures connues à ce jour sont les peintures rupestres. On trouve des peintures rupestres partout dans le monde: en Afrique, en Eurasie, en Australie, comme sur le continent américain - y compris en Océanie. Les plus anciennes du monde, celles de Maros (Célèbes, Indonésie) ont été datées de 40 000 ans. Les plus anciennes d'Europe datent d'environ quarante à trente mille ans avant notre ère et se trouvent dans la grotte de Sainte-Eulalie "("El Castillon, Espagne, datées de 40 800 ans) et dans la grotte Chauvet (France, datées de 32 000 ans). Dessinées avec de l'ocre rouge et un colorant noir, elles sont parfois gravées et représentent surtout des animaux, notamment des chevaux, des rhinocéros, des lions, des buffles et des hommes. Dans les cultures occidentales, la tempera, la peinture à l'huile et l'aquarelle sont les médiums les plus connus, avec des traditions riches et complexes dans le choix des modèles et des thèmes. Dans les pays orientaux, c'est l'encre noire ou colorée qui a toujours prédominé. C'est en [1829 qu'est apparue la première photographie puis, à partir de la seconde moitié du , les procédés photographiques se sont améliorés. Alors que la photographie devenait de plus en plus répandue, la peinture a perdu beaucoup de son rôle historique qui était de présenter un cliché d'une scène observable. C'est dans ce contexte qu'à partir de la fin du sont apparus de nouveaux mouvements artistiques comme l'impressionnisme, le postimpressionnisme, le fauvisme, l'expressionnisme, le cubisme et le dadaïsme, qui ont profondément changé la perception du monde héritée de la Renaissance. L'art moderne et contemporain marquent donc une évolution de la peinture, qui est passée d'un rôle, traditionnellement historique et documentaire, à celui de concept. Techniques picturales. Intensité (ou valeur). Chaque point dans l'espace a une intensité différente des autres points qui peut être représentée en peignant en noir ou en blanc, en passant par toutes les nuances de gris. Dans la pratique, les peintres peuvent représenter des formes en juxtaposant des surfaces d'intensités différentes. Couleurs. La couleur et la tonalité sont l'essence même de la peinture, comme le sont la hauteur et le rythme pour la musique. La couleur est fortement subjective, et a des effets psychologiques et des significations symboliques qui peuvent différer d'une culture à l'autre : le noir est associé au deuil dans les pays occidentaux, alors qu'en Asie, c'est le blanc. Quelques peintres, théoriciens, auteurs et scientifiques, comme Goethe, Kandinsky ou Newton, ont écrit leur propre théorie de la couleur. Dans le langage, le mot désignant une couleur englobe bien souvent des couleurs et des tonalités différentes. Ainsi, le mot «rouge» peut couvrir un large éventail de couleurs. Il n'y a pas un registre formel des différentes couleurs, comme c'est le cas pour les notes de musique, même si le système Pantone est couramment employé dans l'imprimerie ou l'industrie graphique. Pour un peintre, la couleur n'est pas simplement divisée en couleurs primaires et complémentaires (comme le rouge, le bleu, le vert, le brun, etc). En effet, il utilise des pigments lui permettant d'obtenir de grandes variétés de couleurs. Par exemple, le «bleu» pour un peintre, peut être le cyan, l'indigo, le bleu de cobalt, le bleu marine, etc. Rythme. Le rythme est aussi important dans la peinture que dans la musique. Le rythme est une pause dans un ensemble qui permet à la force créatrice d'intervenir et d'ajouter de nouveaux éléments, une forme, une mélodie, une coloration. Esthétique et théorie en peinture. L'esthétique a tenté d'être la « science de la beauté », et elle était une question importante pour des philosophes des comme Kant ou Hegel. Les philosophes classiques comme Platon et Aristote ont également théorisé sur l'art et la peinture en particulier. Platon avait tendance à négliger les peintres, et également les sculpteurs, dans son approche philosophique. Il considérait que la peinture ne pouvait pas représenter la Vérité, mais seulement une copie de la réalité et qu'il s'agissait d'un simple métier, comme la cordonnerie ou la ferronnerie. Au contraire, Léonard de Vinci estimait que « la peinture est une chose intellectuelle » ("la pittura è cosa mentale"). Kant distinguait la beauté et la sublimation, en privilégiant clairement cette dernière. Même si cette approche ne visait pas la peinture en particulier, elle a été reprise par des peintres comme Turner ou Caspar David Friedrich. Hegel a, quant à lui, reconnu l'impossibilité d'atteindre le concept de la beauté universelle et, dans son essai "Leçons sur l'esthétique", il a écrit que la peinture est l'un des trois arts romantiques, avec la poésie et la musique, en raison de son rôle symbolique et sa dimension intellectuelle. Parmi les peintres qui ont écrit des travaux théoriques sur la peinture, il faut citer tout d'abord Léonard de Vinci ("trattato della pittura"), Eugène Delacroix et, au , Salvador Dalí, Paul Klee, Kandinsky. Ce dernier estimait que la peinture avait une valeur spirituelle, et il rattachait les couleurs primaires aux sentiments ou concepts essentiels. L'iconographie s'est également attachée à théoriser la peinture. Cette discipline analyse les symboles visuels dans leur dimension culturelle, religieuse, sociale et philosophique pour parvenir à une meilleure compréhension des œuvres d'art. Mouvements et styles. Les mouvements en peinture désignent des approches techniques ou visuelles communes à différents artistes. Un artiste peintre peut s'inscrire dans un mouvement, soit parce qu'il s'y est consciemment impliqué (Nabis, Dada), soit parce que des historiens d'art l'ont placé dans cette catégorie (Romantisme, Expressionnisme). Principaux thèmes. En peinture, comme dans d'autre formes artistiques, il existe des thèmes récurrents. Le traitement par les peintres de ces thèmes fut longtemps dépendant de la hiérarchie des genres imposée par l'Académie royale de peinture et de sculpture. La copie ou reproduction de tableau. Au Moyen Âge, les peintres reproduisaient souvent des œuvres d'artistes antérieurs. La répétition, par la copie des mêmes motifs, a donné aux œuvres de cette époque un caractère collectif qui dura jusqu'au . Par la suite, les artistes peintres se mirent à reproduire la nature, la copie ne servant plus qu'à l'enseignement de l'art pictural. Elle fut également utilisée par les apprentis afin de reproduire des œuvres sous l'égide de leur maître qui pouvait ainsi les signer de son propre nom. Types de peintures. Par outils. Les peintres utilisent pour étendre les couleurs sur les différents supports à peindre des outils spéciaux, de fabrication industrielle ou artisanale, voire aussi tout simplement leurs doigts et/ou leurs corps, des tissus ou n'importe quel objet qui leur tombe sous la main. Par support. La peinture peut être appliquée sur une multitude de supports et matières :
Paul Eluard
Pierre Schaeffer Pierre Schaeffer, né le à Nancy et mort le aux Milles, près d'Aix-en-Provence, est un ingénieur, chercheur, théoricien, compositeur et écrivain français. Il a également été homme de radio, fondateur et directeur de nombreux services. Il est considéré comme le père de la musique concrète, de la musique acousmatique et de la musique électroacoustique. Biographie et travaux. Radio. Élève au lycée Saint-Sigisbert Saint-Léopold de Nancy, à l'École polytechnique (promotion X1929), puis à l'École supérieure d'électricité (Supélec, promotion 1931), Pierre Schaeffer s'implique fortement dans le scoutisme catholique. Il amorce une carrière d'ingénieur à Strasbourg, avant d'intégrer la direction de la Radio à Paris, en 1936. Tout en tenant une chronique sur la radiodiffusion dans "La Revue musicale", il anime "Radio Jeunesse", avant de prendre la tête de "Jeune France" sous l’égide du ministère de la Jeunesse du gouvernement de Vichy. Grâce à des statuts lui garantissant une certaine indépendance, et avec l’appui d’Emmanuel Mounier, il recrute des membres ayant des convictions pluralistes, voire des gaullistes notoires comme Roger Leenhardt, en écartant les candidats venus de la jeune droite. Après que le secrétariat général à la jeunesse lui a demandé l’éviction de Mounier, en , il est lui même renvoyé en décembre et l'association dissoute en 1942. Il produit des émissions, dont "La coquille à planètes", et crée en 1943 le Studio d'essai de la RTF, avec Jacques Copeau, voué à l'expérimentation radiophonique et qu'il met au service de la Résistance en 1944 : enregistrant les poètes de celle-ci, diffusant des messages interdits et enregistrant la vie des rues de Paris pendant les combats de la Libération. Il poursuit après guerre sa longue carrière d’inventeur : musique concrète, perfectionnement et étude des « machines à communiquer ». Dans un rapport présenté au congrès d’Esprit de , il développe une autocritique, personnelle et collective, sur la régression infantile de nombreux Français qui ont cru en 1940-1941 en refusant le principe de réalité. En 1951, il crée le Groupe de musique concrète qui devient en 1958 le Groupe de recherches musicales. En 1953, chargé de mission au ministère de la France d'outre-mer, Schaeffer crée la société de radiodiffusion de la France d'outre-mer (Sorafom). De retour à Paris en 1961, il fonde cette fois, au sein de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) qui devient l'ORTF en 1964, le Service de la recherche de la RTF, qu'il administre jusqu'en 1975, le Service de la recherche s'intègre alors à l'Institut national de l'audiovisuel. C'est, entre autres, grâce aux travaux de Schaeffer en son sein qu'on sait aujourd'hui que la reconnaissance d'un instrument par son timbre dépend en grande partie de son attaque, et non seulement de la répartition spectrale de sa résonance, comme on le pensait suivant la théorie de Helmholtz répercutée dans l'enseignement musical par Danhauser. Musique. Fils du violoniste et professeur de musique Henri Schaeffer (1881-1963) et de la cantatrice et professeure de musique Sidonie-Lucie Labriet (1884-1979), Schaeffer s'est toujours interrogé sur le phénomène musical. Profitant des installations à sa disposition au studio d’essai, et notamment de l'arrivée du magnétophone, il commence, en 1948, à effectuer des expérimentations au moyen de sons ou de séquences enregistrés sur des disques de vinyle. Il devient ainsi le pionnier de l'introduction de la technologie dans la composition et donne ainsi naissance à ce qu’il appelle « musique concrète ». Entre autres techniques, il utilise le « sillon fermé », où l'aiguille retombe indéfiniment dans le même sillon du disque. Des « objets sonores » en boucle sont ainsi créés, objets qu'il manipule par montage, par variations de vitesse et par diffusion à l'envers. De ces expérimentations naissent notamment l"Étude aux chemins de fer" et la "Symphonie pour un homme seul", pièces qui suscitent à la fois l’attention du milieu musical et les railleries des compositeurs de musique sérielle, avec qui Schaeffer sera souvent en conflit. La notion de musique concrète a souvent été mal interprétée. Ce genre désigne non pas un style ou un type de matériau, mais plutôt une démarche : Il s'agit donc pour le compositeur de manipuler directement la matière sonore au lieu de confier cette tâche à des instrumentistes. Ce faisant, et par conséquent, tous les sons, quels qu'ils soient, sont susceptibles d’être organisés en un discours musical, dont Schaeffer s'ingénie à cerner les contours. Assisté de Pierre Henry, devenu un des grands compositeurs du genre, Schaeffer dévoile ainsi un univers sonore qui abolit les limites de la musique instrumentale. Leur opéra "Orphée 53", présenté au festival de Donaueschingen en 1953, fait d’ailleurs scandale. Schaeffer continue d'explorer ce nouveau genre musical, se concentrant sur des études d'objets sonores. Il cesse de composer en 1960, pour donner davantage de place à ses activités de chercheur. Il assure toutefois, à partir de 1968, et jusqu'en 1980, un séminaire sur la musique expérimentale au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, conjointement avec le GRM et Guy Reibel. Il ne revient à la composition, cette fois avec des sons électroniques, qu'en 1975 avec "Le Triède fertile" composé avec Bernard Durr, et, en 1979, avec "Bilude". Souvent invité comme conférencier, où sa verve polémique suscite souvent les débats, il reçoit plusieurs distinctions honorifiques, dont le grand prix des compositeurs de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) en 1976. Pierre Schaeffer s'est éloigné de l'univers musical dans les années 1980, après avoir critiqué l'avant-garde des années 1950 qui cherchait à rompre avec la tradition. Il s'est exprimé sur ce point avec le pianiste Otavio Henrique Soares Brandão qui a effectué sous sa direction une lecture de son ouvrage "Traité des objets musicaux". Cette lecture vise à la création d'une technique instrumentale innovante qui ne rompe pas avec la tradition. Recherche. L’avènement de la musique concrète conduit Pierre Schaeffer à une réflexion poussée sur le phénomène de la perception musicale. L'essentiel de ses travaux consiste à saisir la nature et la richesse de l'élément sonore, sa substance et sa matérialité, qu'il analyse en utilisant le terme d'« objet sonore ». Ce terme est inspiré de la phénoménologie et désigne une entité sonore détachée de son contexte. L’objet est ainsi apprécié dans ses qualités intrinsèques, sans égard à sa signification ou à son contexte culturel. Plusieurs ouvrages viendront étayer cette démarche. Dans "À la recherche d’une musique concrète", paru en 1952, il raconte la genèse de ce nouveau genre musical dont il tente d’apprivoiser l'immensité du domaine ainsi défriché. Un chapitre, écrit par Abraham Moles, dresse d’ailleurs les prémices d’un solfège de l'objet sonore. Ce solfège, contribution clé de Schaeffer et de ses collaborateurs à la recherche musicale, est décrit en détail dans son ouvrage maître, le "Traité des objets musicaux", vaste somme philosophique, acoustique et musicologique sur les musiques expérimentales. L'objet sonore y est décrit sous toutes ses facettes avec un vocabulaire adapté à ses attributs typologiques et morphologiques. Schaeffer édicte également dans cet ouvrage un axiome qu'il reprendra souvent () : La formule deviendra son cheval de bataille face à l’abstraction de plus en plus poussée des démarches compositionnelles, souvent détachées de tout souci sonore ou musical au profit d’une construction purement intellectuelle. Schaeffer approfondit ses réflexions dans plusieurs essais et articles, notamment dans "La Revue musicale" et lors des séminaires du Conservatoire de musique de Paris ou des multiples conférences auxquels il est convié. Les recherches de Schaeffer ne se cantonnent toutefois pas uniquement au domaine musical. À la demande du directeur de la Radio, il entreprend également une recherche fondamentale sur l'image d'une télévision encore à ses premiers pas. Ainsi naît le "Service de la Recherche". Dans ce service où règne l'imagination la plus florissante, est conçue, en 1968, la série télévisée "Les Shadoks" dont les graphismes simples conviennent parfaitement à l'une des machines inventées : l'Animographe de Jean Dejoux, vers 1966. Une synthèse de ses réflexions sur l’audiovisuel sera publiée dans les deux tomes de "Machines à communiquer" en 1970 et 1972. Écrits. Son œuvre littéraire, au travers de romans, d'essais ou de nouvelles, retrace des passages de sa vie, mais révèle également ses doutes sur la nature humaine et les institutions qu'elle crée. Pierre Schaeffer y consacre la majeure partie de son temps à partir de 1978. Mentionnons "Excusez-moi, je meurs et autres fabulations" et "Prélude, choral et fugue". Vie personnelle. Il épouse Elisabeth Schmitt dont il a une première fille Marie-Claire, réalisatrice mariée au réalisateur Gérard Patris, puis la psychanalyste Jacqueline Schaeffer dont il a une seconde fille, Justine, comédienne et chanteuse. Il est le cousin du peintre orientaliste Jacques Majorelle et l'arrière-petit-fils du décorateur Auguste Majorelle.
Phéniciens Les Phéniciens sont un peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel. Cette dénomination provient des auteurs grecs qui ont écrit à leur sujet. La Phénicie a toujours été divisée entre plusieurs cités, dont les plus importantes étaient Byblos, Sidon (Sayda), Tyr (Sour) et Arwad, et on ne sait pas si celles-ci ont eu conscience d'une identité commune. Les historiens ont repris l'adjectif « phénicien » pour désigner la civilisation qui s'est épanouie dans la région entre 1200 et 300 Les racines de la civilisation phénicienne se trouvent dans les cultures de la façade méditerranéenne du Proche-Orient du Toutes les villes de la future Phénicie existent déjà. Capitales de petits royaumes indépendants mais reliés par une certaine communauté de langue et de croyance, ce sont des cités marchandes importantes, et elles partagent une culture dont les Phéniciens sont les héritiers directs. À la suite des bouleversements qui touchent le Moyen-Orient vers 1200, une nouvelle ère s'ouvre pour elles. Dégagées de la tutelle des anciennes puissances qui les dominaient (Nouvel Empire égyptien, Empire hittite), elles disposent d'une période d'autonomie qui leur permet d'étendre considérablement leurs réseaux commerciaux, puis de se lancer dans un mouvement d'expansion sur les rives de la mer Méditerranée. Les Phéniciens émigrés fondent alors des cités sur différents sites de Chypre, de Sicile, de Sardaigne, de Corse, de la péninsule Ibérique, de Grèce (Turquie actuelle) et d'Afrique du Nord. À partir du , les cités phéniciennes perdent leur autonomie, étant successivement dominées par les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Macédoniens (Lagides et Séleucides), puis les Romains. Elles préservent cependant leur importance commerciale et poursuivent leur expansion. Parallèlement, les implantations phéniciennes de la mer Méditerranée occidentale tombent sous la coupe de la plus puissante d’entre elles, Carthage, phénomène qui aboutit à la création d'une civilisation spécifique, dite « carthaginoise » ou « punique ». Reprenant des éléments des cultures indigènes berbères, Carthage, variante occidentale de la civilisation phénicienne, connaît sa propre évolution. Elle s'effondre néanmoins face à l'expansion romaine au , après les guerres puniques. Mais aussi bien en Phénicie qu'en Afrique du Nord, les cultures locales conservent des aspects particuliers jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Les Phéniciens étaient des navigateurs audacieux, excellents marchands et artisans. Il est difficile d'aller au-delà des témoignages extérieurs sur les Phéniciens, car les sources provenant de Phénicie sont très limitées : très peu de textes écrits, peu de sites fouillés. L'accomplissement le plus connu de la civilisation phénicienne est la mise au point de l'alphabet phénicien, qui est sans doute à l'origine des alphabets les plus répandus dans le monde (l'alphabet grec, duquel s'inspirent les Romains pour créer l'alphabet latin, l'alphabet araméen, entre autres), même s'il ne s'agit pas du premier alphabet. La civilisation phénicienne présente de nombreux points communs avec celles des populations qui l'ont précédée au Levant (que l'on regroupe souvent sous le terme de « Cananéens »), ce qui permet de mieux comprendre certains aspects de leurs institutions politiques et surtout de leurs croyances et pratiques religieuses. Conditions d'étude. Qui étaient les Phéniciens ? Avant la période hellénistique, les Phéniciens ne se sont jamais définis eux-mêmes comme un peuple : durant toute leur histoire, ils ont été divisés entre plusieurs royaumes, et devaient plutôt s'identifier en référence à ceux-ci. Ce sont les textes grecs qui désignent ce peuple par le terme "Phoinikes", et la région où ils vivent comme "Phoinike", la Phénicie, et ce, dès l'époque d'Homère. Aucune explication pleinement satisfaisante de l'origine de ce terme n'a pu être apportée : il a souvent été mis en rapport avec le terme grec "phoinix", le « palmier », ou encore « rouge pourpre », qui pourrait renvoyer à la couleur tannée de la peau des Phéniciens, ou bien à l'une de leurs productions les plus réputées, les tissus teints en pourpre mais aussi à la couleur rouge de la mer sur les côtes de Palestine et de Beyrouth qui indiquerait la présence de fer dans le fond de la mer et la rendrait rouge. Ce qui expliquerait en partie la mer vineuse citée dans Homère, encore que d'autres explications crédibles concerneraient les algues, la couleur de la mer au couchant, ou celle au levant. Les Grecs reconnaissent aux Phéniciens qui viennent commercer en Grèce des talents évidents dans les activités marchandes, la navigation, et la qualité des productions des artisans de leur pays. Les apports des Phéniciens au monde grec (en particulier l'alphabet) se retrouvent dans plusieurs textes et des mythes, en particulier ceux relatifs aux enfants d'Agénor de Tyr : Cadmos fondateur de Thèbes, enlèvement d'Europe. D'autres fois, l'invention de l'arithmétique leur était attribuée. Mais les textes grecs les décrivent souvent en termes négatifs, comme des gens peu scrupuleux, brigands et voleurs. Ces descriptions renvoient à des clichés et en disent au moins autant si ce n'est plus sur ceux qui les écrivent que sur ceux dont elles parlent : les auteurs grecs se confrontent à ces gens venus de l'extérieur et en exposent les différences par rapport à eux-mêmes. Ils forgent leur propre identité grecque face à cet « autre ». Durant l'Antiquité, il n'y a pas, en dehors des textes grecs, un terme équivalent à Phéniciens. Les textes proche-orientaux (notamment la Bible) et égyptiens parlent souvent d'une région appelée « Canaan » et de ses habitants, les « Cananéens », à localiser dans la région levantine. Mais ces termes concernent aussi la Palestine et la partie méridionale de la Syrie, donc beaucoup plus que la Phénicie. Cependant à l'époque hellénistique au moins le terme Canaan peut être un synonyme des termes grecs Phénicie et Phéniciens, comme l'indique un monnayage de Beyrouth daté du ayant une légende en grec "Laodikeia he en Phoinikē", « Laodicée de Phénicie », et en phénicien "lʾdkʾ ʾš bknʿn", « Laodicée de Canaan » (nouveau nom de la ville). Selon Augustin d'Hippone, les villageois d'Afrique du Nord durant Antiquité tardive, parlant la langue phénicienne/punique (), s'identifiaient eux-mêmes ou leur langue comme . Augustin, dans une discussion sur la guérison de la fille d'une Cananéenne du Nouveau Testament, a soutenu que ce nom était le même que le mot . La formulation latine correcte parmi les manuscrits est débattue et le contexte est ambigu. Bien que ce passage ait été avancé pour démontrer que le nom était l'endonyme des Phéniciens, il est possible que le contexte rhétorique des paroles d'Augustin signifie qu'elles ne peuvent pas être invoquées comme preuve historique. Se pose alors la question des critères restant aux historiens pour mieux définir ces Phéniciens qui n'avaient sans doute pas conscience de l'être, ou alors ne l'ont eu qu'à une époque tardive en raison d'influences extérieures grecques et romaines. L'aire géographique est le premier critère évident : les Phéniciens occupent une région côtière, la Phénicie. Comme souvent pour essayer de distinguer les peuples dans l'Antiquité, il y a le critère de la langue : les sites de Phénicie ont livré des inscriptions en alphabet phénicien, rédigées dans une langue ouest-sémitique, le phénicien. Celle-ci se retrouve bien sur les sites de Phénicie, même si on décèle des variantes régionales suivant les différents royaumes, et aussi en dehors. Le fait que la religion et l'art y soient plutôt similaires renforce cette impression d'unité, mais la culture matérielle de la Phénicie présente aussi des variantes régionales. Enfin, l'évolution historique de la région est à prendre en compte. Les cités de Phénicie existent toutes au , et font face à partir de 1200 à des bouleversements qui marquent le début d'une nouvelle ère, ancrés comme eux en grande partie dans le passé cananéen de l'âge du Bronze : l'arrivée des « Peuples de la Mer », en particulier les Philistins qui s'installent au sud de la Phénicie, puis celle des Araméens à l'est, et l'émergence des Israélites au sud. Peu après, le phénomène de l'expansion en Méditerranée ne concerne que les ports de Phénicie. La redécouverte de la civilisation phénicienne. Les sources grecques, romaines ainsi que bibliques ont préservé le souvenir des Phéniciens jusqu'aux érudits de l'Europe du , qui les premiers tentèrent de redécouvrir ce peuple en allant au-delà des sources antiques traditionnelles, par exemple Samuel Bochart. Cela passe d'abord par des récits de voyageurs allés au Levant, qui décrivent les monuments phéniciens encore visibles. La redécouverte d'inscriptions en alphabet phénicien sur divers sites des rives de la mer Méditerranée permet le progrès de la recherche. Une inscription bilingue phénicien-grec sert de base à l'abbé Jean-Jacques Barthélemy pour faire progresser le déchiffrement de cette écriture en 1758. Ses travaux ne sont pas reconnus de son vivant, et c'est le philologue allemand Wilhelm Gesenius qui lui rend justice et lance vraiment l'épigraphie phénicienne par ses publications. Dans cette même période, plusieurs savants (M. Vargas-Machuca, A. Heeren, F.-C. Movers, etc.) entreprennent des études sur les Phéniciens, tentant d'aller au-delà des sources antiques. S'intéressant en particulier à l'influence phénicienne en Méditerranée, ils développent la théorie des Phéniciens jouant le rôle de civilisateurs, transmettant les lumières de l'Orient en Occident. Les études sur l'« Orient » font en effet de considérables progrès durant la première moitié du : expéditions scientifiques en Égypte, redécouverte des sites de l'Assyrie. En 1860, dans un contexte d'une intervention française au Liban pour aider les communautés chrétiennes de la région, le philologue et historien français Ernest Renan est mandaté par pour une mission d'exploration d'un an en Phénicie. Cette mission réalise de nombreux repérages de monuments. Dans ses interprétations, Renan reste marqué par une approche hellénocentrique, et voit l'art phénicien comme celui d'imitateurs incapables de création, opposé à celui des Grecs. La seconde moitié du voit l'essor de l'exploration des différents lieux d'implantation phénicienne en Méditerranée : Carthage d'abord, avec notamment les fouilles entreprises par le père Delattre, mais aussi les sites de Sardaigne, de Sicile, de la péninsule Ibérique, Chypre. Mais à la fin du siècle et au début du suivant, le regard de nombreux chercheurs a évolué par rapport à leurs prédécesseurs qui voyaient l'influence orientale partout : l'identité sémite des Phéniciens est mise en avant, et certains cherchent à minimiser leur rôle, ou à nier l'origine sémite de leurs réalisations les plus influentes. Mais cela est contrebalancé par d'autres travaux : Victor Bérard qui cherche à remettre en avant l'idée d'une influence majeure des Phéniciens dans le monde méditerranéen, et surtout Stéphane Gsell qui publie les huit volumes de son "Histoire ancienne de l'Afrique du Nord", synthèse majeure sur l'histoire carthaginoise. Durant la première moitié du , l'exploration des sites phéniciens et puniques se poursuit. L'étude de la civilisation phénicienne connaît de grands progrès après les années 1960, avec un plus grand effort pour mettre en commun les travaux des épigraphistes et des archéologues. En raison des troubles politiques qui ont lieu au Liban, les fouilles des sites de Phénicie sont rendues difficiles. C'est dans la Méditerranée occidentale que l'exploration des sites archéologiques connaît les progrès les plus remarquables. En 1979 se tient à Rome le premier Congrès international des études phéniciennes et puniques, sous l'impulsion de Sabatino Moscati, cherchant à mettre en commun les travaux des spécialistes des Phéniciens et des Carthaginois venant de différents pays. Depuis, plusieurs expositions ainsi que des ouvrages collectifs permettent de faire régulièrement le point sur les avancées des chercheurs. Les sources disponibles. Les Phéniciens n'ont laissé que peu de témoignages écrits permettant de reconstituer leur histoire. La répartition géographique des inscriptions en phénicien est d'ailleurs largement à l'avantage de l'aire carthaginoise (Tunisie et reste de l'Afrique du Nord, Sicile, Sardaigne, Malte, etc.), tandis que celles provenant de Phénicie constituent un corpus très limité, et que celles provenant du reste de la Méditerranée orientale (Chypre, Syrie, monde égéen) sont guère plus abondantes. Les inscriptions les plus nombreuses sont de type funéraire (surtout dans le monde punique). On en trouve également de type votif (accompagnant des offrandes aux dieux), quelques textes royaux commémoratifs (relatifs surtout à des actes pieux comme la construction de temples). Ces textes sont généralement peu développés, fournissent surtout des informations sur la vie religieuse. La reconstitution de l'histoire phénicienne passe donc par des sources textuelles extérieures, rédigées par des personnes ayant rencontré les Phéniciens. Ce type de source forme un ensemble disparate : on y trouve un récit romancé égyptien comme l’"Histoire d'Ounamon", les inscriptions royales d'Assyrie ou de Babylonie, des textes économiques mésopotamiens, divers passages de la Bible hébraïque, et divers auteurs de langue grecque (Homère, Hérodote, Strabon) ou latine (surtout sur Carthage). Quelques-unes de ces œuvres reposent sur des documents phéniciens disparus qui ont été compilés et résumés, notamment dans les écrits de Flavius Josèphe ou ceux de Philon de Byblos dont le contenu est connu par le biais d'Eusèbe de Césarée. Il s'agit donc généralement de textes biaisés, dans lesquels les Phéniciens sont présentés suivant les représentations que leurs voisins avaient d'eux. Un type de source épigraphique mobilisable pour reconstituer l'histoire et la civilisation des Phéniciens est antérieur au développement de ceux-ci : il s'agit des sources cunéiformes provenant de sites du Proche-Orient du présentant des antécédents de la civilisation phénicienne. Le corpus de textes le plus important est celui provenant du site de Ras Shamra, l'antique Ugarit, l'un des principaux ports de commerce de l'âge du bronze levantin, en Syrie actuelle, qui disparaît avant l'émergence de la civilisation phénicienne. Ils offrent des parallèles très utiles pour l'étude de la religion, des institutions et de l'économie phéniciennes. Les fouilles archéologiques en Phénicie ont été limitées. Les sites phéniciens sont pour la plupart encore occupés de nos jours, et ne peuvent donc faire l'objet de campagnes de fouilles importantes. Seuls quelques secteurs urbains ont pu être mis au jour, notamment à Byblos et Beyrouth. Les nécropoles, situées en marge des villes, ont pu être plus aisément explorées, et des petits sites abandonnés depuis l'Antiquité ont pu faire l'objet de fouilles durables (Tell Kazel, Sarafand/Sarepta, Tell Arqa, Oum el-Amed, etc.). Les fouilles des sites des implantations phéniciennes en Méditerranée sont plus nombreuses, notamment à Chypre mais surtout dans le bassin occidental (Malte, Sicile, Sardaigne, Tunisie, Maroc, péninsule Ibérique). Elles ont permis de faire considérablement progresser la connaissance de la civilisation phénicienne et punique. Les cités de Phénicie et leur histoire. Présentation générale. Cadre géographique et ressources. La Phénicie est une mince bande côtière s'étendant approximativement d'Akko (Acre) au sud jusqu'à Tell Suqas au nord voire El-Mina (c'est discuté). Elle est bordée par la Méditerranée à l'ouest, et des régions montagneuses à l'est, le Djébel Ansariyeh et le Mont-Liban. Les voies de communication terrestres le long du littoral sont en général aisées (même si la montagne borde parfois directement la mer), mais en revanche celles conduisant vers l'intérieur sont gênées par la présence des montagnes, et il faut passer par quelques voies de passage moins élevées, notamment la trouée de Homs qui conduit de la plaine de la Bekaa à la vallée de l'Oronte au nord. L'espace agricole utile des cités phéniciennes est souvent limité, leur arrière-pays plat étant de taille réduite, mais la présence de nombreux cours d'eau coulant depuis les montagnes devait permettre une agriculture assez prospère. Les informations sur les productions agricoles phéniciennes sont limitées, mais il faut admettre qu'elles étaient similaires à celles des autres civilisations du Levant antique : céréales, divers fruits et légumes, avec une place importante pour la vigne et l'olivier, ainsi que du petit bétail. Les cèdres qui poussent dans les montagnes sont également une ressource importante pour les cités phéniciennes. Les principales cités phéniciennes. La fragmentation de l'espace a sans doute joué un rôle dans la fragmentation politique de la Phénicie. Celle-ci était divisée entre un chapelet de petits royaumes indépendants s'égrainant le long de la côte, d'Al-Mina et Arwad au nord à Tyr, Ascalon et Gaza au sud. Ces États sont dominés par une grande ville côtière ou insulaire développée autour d'un ou deux ports très actifs qui sont la base de sa richesse : du nord au sud Arwad, Byblos, Sidon et Tyr. La bande littorale constitue leur arrière-pays agricole, où se trouvent parfois d'autres villes importantes situées dans la mouvance de la capitale (Sarepta, Khaldé, Amrit, etc.), et où les royaumes peuvent quelquefois s'étendre loin. D'autres villes ont pu servir de centre à des entités politiques moins bien connues, comme Beyrouth (qui prend son essor aux périodes perse et surtout hellénistique), Arqa et Sumur (Tell Kazel). L'organisation de l'habitat en Phénicie même reste mal connue, en raison du faible nombre de sites urbains fouillés et du manque de prospection au sol. Cependant, les fouilles récentes, accomplies depuis les années 1990, ont permis quelques progrès dans notre connaissance de la Phénicie. Les cités étaient fondées sur des promontoires rocheux, disposant souvent de deux ports, au nord et au sud ; les îles voisines de la côte étaient également occupées sans doute parce qu'elles étaient plus faciles à défendre, en particulier Tyr et Arwad. Dans le cas des sites continentaux, des villes basses s'étendaient en contrebas des villes hautes juchées sur les hauteurs rocheuses. Durant l'âge du fer, ces sites sont de dimensions modestes : pour Arwad et au mieux pour Tyr (en admettant que les deux îles soient occupées sur toute leur surface), mais 5-6 hectares pour Sidon et Byblos, 4-5 hectares pour Sarepta et 3 au maximum pour Beyrouth. Les seuls monuments connus sont des temples, aucun palais n'ayant été dégagé pour l'époque phénicienne. Les nécropoles s'étendaient en dehors des zones habitées. Quelques quartiers d'habitation ainsi que des installations artisanales ont été dégagés à Beyrouth pour la période de domination perse. Byblos (Gubla dans les textes antiques, l'actuelle Gebeil) est une des plus anciennes des cités du littoral phénicien, disposant d'un grand prestige. Il s'agit d'un centre important, où ont été retrouvés les plus anciens exemples de l'alphabet phénicien, qui pourrait avoir été inventé dans cette cité. Son importance politique et économique s'affaisse progressivement dans le courant du , mais elle garde un prestige religieux et intellectuel. Sidon, l'actuelle Saïda, a sans doute eu une grande importance politique aux débuts de la période phénicienne. Mais elle est très mal connue, les fouilles ayant surtout dégagé des nécropoles situées dans son arrière-pays. C'était une cité artisanale et marchande très active, peut-être même la première à se lancer dans des expéditions lointaines en Méditerranée. Elle était en tout cas bien connue dans le monde égéen. Elle domine d'autres cités phéniciennes importantes comme Sarepta ou Khaldé, et semble très liée avec sa voisine Tyr, avec laquelle elle est unie aux Elle reste par la suite une cité majeure, profitant notamment de ses liens avec les rois perses et grecs pour étendre son territoire. Tyr doit son nom phénicien "Sôr" (aujourd'hui Sour), le « Rocher », à sa localisation sur une île rocheuse lui assurant une protection face aux invasions, avant d'être reliée à la côte par une chaussée érigée lors de son siège par les troupes d'Alexandre le Grand. Cette cité est la plus active dans les échanges internationaux et l'expansion méditerranéenne des Phéniciens durant la première moitié du , et reste très importante par la suite. Situé au nord de la Phénicie, Arwad (Rouad) est tout comme Tyr une cité insulaire, située à de la côte. Elle a étendu son territoire sur le littoral voisin, organisé autour de la ville d'Amrit qui fait face à Arwad. Cette cité étant en général le premier port méditerranéen rencontré par les rois venus de Mésopotamie et de Perse quand ils font route vers la Méditerranée. Comme les autres grandes villes phéniciennes, il s'agit d'un centre commercial très actif. Beyrouth (Bérytos en grec) n'a pas une grande importance durant la majeure partie de la période phénicienne et apparaît peu dans les textes de l'époque. C'est sans doute un site de taille réduite, peut-être la capitale d'un royaume sans grande importance. Son essor commence à partir de la période perse, et s'affirme à la période hellénistique, quand ses marchands sont très actifs, notamment dans le monde égéen. C'est le site phénicien urbain le mieux connu grâce aux fouilles de sauvetage qui y ont eu lieu dans les années 1990, qui ont notamment dégagé une portion de muraille. Organisation politique. L'organisation politique de ces royaumes est mal connue. Ils avaient à leur tête des rois ("mlk") se succédant suivant un principe dynastique. Ils sont surtout connus par leurs inscriptions rapportant leurs activités religieuses (construction de temples) et semblent avoir eu un rôle religieux très affirmé ; Itthobaal de Tyr est ainsi présenté comme « prêtre d'Astarté », de même que les rois Sidoniens de la dynastie d'Eshmunazar. Les rois étaient considérés comme étant les représentants terrestres de la divinité tutélaire de leur royaume, qui les avait élu à leur fonction. Sur les sceaux, ils sont couramment représentés portant un sceptre ("ḥṭr") symbolisant leur fonction. Ils servaient de chef militaire du royaume, mais leur puissance militaire limitée a sans doute réduit l'importance de ce rôle. L'autre grand aspect de la fonction royale est le rôle de juge suprême du royaume, qui devait être exercé suivant les principes de « justice » ("ṣdq") et de « droiture » ("mšr") présents dans plusieurs inscriptions. Ces aspects de la royauté sont similaires à ceux attestés aux périodes précédentes dans la région, notamment à Ugarit. Les dignitaires assistant le souverain dans ses fonctions administratives, militaires et judiciaires sont très mal connus, seuls quelques titres étant attestés dans des textes n'indiquant pas grande chose sur la fonction réelle de leurs détenteurs. Il existait apparemment un conseil des Anciens à Tyr, dont le rôle n'est pas clair. Au début de la période hellénistique (entre 330 et 250) les rois des cités phéniciennes sont destitués par les rois grecs, et ce sont les institutions constituées de magistrats qui prennent seules le relais. Elles s'inscrivent dans la continuité des institutions civiques existant déjà à l'époque monarchique, et s'inspirent sans doute aussi des institutions des cités grecques. Les textes de cette période indiquent les noms de plusieurs titres de magistrats, mais ils sont donnés en phénicien (suffètes, "rab") ou en grec ("archontes", "dikastes"), et il est difficile de faire correspondre les titres connus dans les deux langues. Ces magistrats se retrouvent dans les colonies phéniciennes, en particulier à Carthage, où leurs fonctions sont un peu mieux connues grâce aux descriptions des auteurs grecs et romains, en particulier les suffètes qui constituent l'élite politique. Cette cité était dirigée par deux assemblées ("ʿm") légiférant et délibérant sur les affaires les plus importantes. Origines et premiers développements. Les racines à l'âge du bronze récent. Quand le phénomène phénicien commence à émerger aux environs de 1200 , les villes qui en sont à l'origine ont déjà une histoire longue de plusieurs siècles : Byblos est ainsi un centre commercial très actif qui a dès la seconde moitié du des relations avec l’Égypte et la Syrie intérieure (Ebla). Les informations sur la future Phénicie se font plus précises grâce à l'abondante documentation sur l'âge du bronze récent (v. ), quand la région est placée sous la coupe des Pharaons du Nouvel Empire égyptien. Les historiens désignent cet ensemble culturel par le terme « cananéen », qui se retrouve dans plusieurs textes de l'époque, et qui est vu comme l'ancêtre direct de la civilisation phénicienne. Les Lettres d'Amarna, correspondance diplomatique des rois égyptiens et Akhénaton datée du , contiennent plusieurs missives envoyées par des souverains des futures cités phéniciennes (Tyr, Byblos, Sidon). Les abondantes archives exhumées à Ugarit, datées essentiellement du , permettent de reconstituer la culture de ce royaume côtier qui illustre bien la parenté entre culture cananéenne et phénicienne : importance du commerce maritime, religion présentant des traits similaires à ceux des cités phéniciennes, premières formes d'alphabet, etc. Les textes et objets retrouvés sur ce site montrent également l'existence d'un commerce maritime actif dans la mer Méditerranée orientale, dans lequel les cités côtières du Levant occupent déjà une place majeure, et dont les réseaux ont servi de base à ceux mis en place à l'époque phénicienne. L'existence de ces réseaux se retrouve aussi dans l'épave d'Uluburun, datée de cette période, qui présente des traits similaires à ceux du commerce phénicien postérieur. La prise en compte de ces antécédents permet donc de mieux comprendre la civilisation phénicienne, qui n'est pas apparue . Troubles et reprise à la fin du. Les historiens considèrent que la civilisation phénicienne émerge durant la première phase de l'âge du fer (v. ). Cette période débute par une grande crise qui affecte tout le Proche-Orient et marque la fin de l'âge du bronze récent et de ses principaux empires, les Hittites dont le royaume disparaît purement et simplement, et l’Égypte dont la sphère d'influence au Levant s'effondre. Les sites levantins de cette période présentent pour la plupart des couches de destruction illustrant une période violente. Certains comme Ugarit connaissent alors leur fin définitive. Ces destructions sont couramment attribuées à des envahisseurs venus de l'ouest, ceux qu'un texte égyptien désignent comme les « Peuples de la mer », phénomène encore très mal compris. Cela ouvre en tout cas une période de recomposition politique liée à l'effondrement des grands empires du bronze récent, à l'arrivée de nouveaux peuples et à la constitution de diverses entités politiques et d'ensembles culturels au Proche-Orient : royaumes « Syro-hittites » (ou « Néo-Hittites ») en Anatolie et en Syrie, royaumes Araméens en Syrie, cités des Philistins en Palestine côtière et Phéniciens sur la côte libanaise. La documentation sur les cités phéniciennes dans ces temps obscurs est très limitée, empêchant d'avoir une vision assurée de leur évolution, et notamment de l'impact qu'ont eues sur elles les invasions des Peuples de la mer. Certains spécialistes considèrent que les cités phéniciennes ont moins été touchées par ces attaques que les régions situées à leur nord et à leur sud, qui ont vu plus de destructions et d'installations de nouveaux venus. D'autres au contraire considèrent qu'elles ont bien subi des destructions, mais ont survécu et vite récupéré. En tout état de cause, il est clair que l'impact des nouvelles arrivées a été moins fort qu'au sud où les nouveaux venus Philistins se sont établis en nombre. Il semble que progressivement les cités phéniciennes, en premier lieu Tyr, aient réussi à retourner la situation militaire en leur faveur, réussissant à s'étendre au sud sur des territoires occupés par les Philistins (plaine d'Akko, Tel Dor). Une période d'indépendance et d'expansion. La période des est mieux connue que celle du siècle précédent, même si beaucoup de ces aspects restent obscurs, du fait du peu de sources (quelques inscriptions royales souvent courtes) provenant de Phénicie même. Sa reconstitution provient surtout de sources extérieures et souvent postérieures, les écrits de Flavius Josèphe et les textes bibliques. Elle est marquée par une montée en puissance des cités phéniciennes après la crise de la fin de l'âge du bronze récent, rendue possible par le retrait des grandes puissances. Seule est mentionnée une expédition entreprise vers 1100 par le roi assyrien qui dit recevoir un tribut de Byblos, Sidon et Arwad, qui pourrait en fait relever plutôt de l'échange commercial. L"Histoire d'Ounamon", texte égyptien présentant les péripéties d'un envoyé du temple d'Amon venu chercher du bois à Byblos vers le même période, montre que le roi de cette cité, Zakarbaal, se comporte de façon arrogante face à un représentant des anciens maîtres de sa cité, dont il n'a aucune crainte : les cités phéniciennes sont devenues autonomes et ambitieuses. La trame politique des premiers siècles du ne peut être reconstituée ; en particulier, les rapports entre les différents royaumes phéniciens ne sont pas documentés. Il est au mieux possible de repérer l'existence de quatre royaumes majeurs (Arwad, Byblos, Sidon et Tyr) et de connaître les noms de quelques-uns de leurs rois sans savoir grand-chose sur les événements. Byblos est au une des plus puissantes cités phéniciennes. Pour le début de la période phénicienne, la principale découverte informant sur l'histoire de cette ville est le sarcophage du roi Ahiram mis au jour dans la nécropole, dont la datation est débattue, car l'inscription qui y est inscrite (datée des alentours de 1000 ) serait plus récente que le sarcophage (qui pourrait remonter aux alentours de 1200). Vers le milieu du , une nouvelle dynastie prend le pouvoir, fondée par Yehimilk. Ses successeurs sont connus par des statues qu'ils ont offertes à des pharaons : Abibaal, Elibaal ; le dernier roi connu de cette lignée qui s'éteint vers le début du est Shipitbaal, connu par une inscription de construction dans le temple de la déesse tutélaire de la ville la « Dame de Byblos ». Mais durant les deux premiers siècles du , c'est Tyr qui devient dans des conditions indéterminées la plus puissante des cités phéniciennes, exerçant peut-être une forme d'hégémonie. Des sources extérieures apportent quelques éléments. Flavius Josèphe dans son "Contre Apion" et le "Premier livre des Rois" de la Bible hébraïque rapportent ainsi le souvenir du roi Hiram (969-936 ?), qui aurait apporté son aide matérielle au roi Salomon au moment de la construction du Temple de Jérusalem. Il lui prêta notamment ses bateaux pour aller chercher des produits dans les pays lointains d'Ophir et de Tarshish peut-être la ville actuelle de Tartessos - ce qui donne avant tout à cette alliance un aspect commercial (les routes traversant le royaume d'Israël étant d'un grand intérêt pour les Phéniciens). Il aurait également acheté à son homologue une vingtaine de cités pour 120 talents d'or, dans le pays de Cabul en Galilée. Flavius Josèphe fait également de Hiram un grand bâtisseur, ayant notamment reconstruit le temple du dieu tutélaire de Tyr, Melqart. La réalité derrière ces traditions tardives reste à éclaircir, d'autant qu'au moins quatre rois de Tyr nommés Hiram sont connus. Un autre roi de Tyr présent dans les textes bibliques et de Flavius Josèphe est ( ?), qui a donné sa fille Jézabel en mariage au roi Achab d'Israël. Ayant apparemment régné sur Tyr et Sidon réunis, il aurait initié la fondation de deux colonies au Liban et en Afrique. L'archéologie indique en tout cas une expansion de la culture phénicienne vers le sud à compter du et durant le siècle suivant, dans la plaine d'Acre et jusqu'au Mont Carmel, imputable à la lumière des sources écrites à une expansion territoriale tyrienne. On retrouve de la poterie phénicienne et des techniques architecturales de cette région sur les sites de Tel Dor, Tell Keisan et Tell Abu Hawam (Haifa), des prospections dans la plaine d'Acre ont indiqué un accroissement du peuplement à cette période, et des petits sites fortifiés disposant d'importants moyens de stockage, servant de point d'ancrage de Tyr dans la région, ont été identifiés (Tel Kabri, Horbat Rosh Zayit). La puissance commerciale et la richesse de Tyr connaissent leur apogée à cette période. La fin du voit ce mouvement confirmé par la fondation de colonies tyriennes importantes, en premier lieu Carthage. Les Phéniciens face aux empires orientaux. À partir du , les royaumes phéniciens font face au retour des ambitions des puissances extérieures qui cherchent à les soumettre. Grâce aux sources provenant de celles-ci, la trame historique de la période est bien mieux connue que pour les précédentes. La première phase est marquée par les expéditions des rois assyriens visant essentiellement à prélever un tribut, puis à partir de la seconde moitié du ils commencent à annexer le territoire des cités phéniciennes. Quand l'empire assyrien s'effondre à la fin du , le relais est pris par les souverains de Babylone, qui sont à leur tour supplantés par les rois Perses Achéménides après 539 Cette période ne voit cependant pas de changements fondamentaux dans la société et la culture des cités phéniciennes, qui restent prospères malgré les tributs et les pillages. La période assyrienne. C'est le roi () qui marque le retour des troupes assyriennes sur le littoral levantin, après avoir remporté plusieurs victoires en Syrie intérieure. Il reçoit alors le tribut de Byblos, Sidon et Tyr. Sous son successeur (), les royaumes attaqués de Syrie et du Levant montent une coalition pour enrayer l'expansion assyrienne, qui prend forme en 853 à la bataille de Qarqar, à laquelle participent les rois de Byblos, Arwad et Arqa. Le coup d'arrêt n'est que temporaire pour le roi assyrien, qui réussit à nouveau à prélever des tributs sur les cités du Levant dans les années qui suivent. La prospérité des cités phéniciennes n'est pas brisée par ces défaites ; au contraire, la pression assyrienne et la nécessité de payer un tribut régulier pourrait avoir joué un rôle dans l'essor de la colonisation qui a lieu alors, essentiellement sous l'impulsion du royaume unissant Tyr et Sidon, qui évite la confrontation militaire avec l'Assyrie, durant le règne de Pygmalion (fondation de Carthage). Durant la fin du et la première moitié du , la pression de l'Assyrie retombe en raison de difficultés au centre de ce royaume. L'avènement de () marque le retour des Assyriens avec de nouvelles ambitions : désormais leurs campagnes ne se soldent plus simplement par la livraison de tribut, mais aussi par l'annexion progressive des territoires conquis. C'est le littoral nord de la Phénicie qui passe le premier sous le contrôle assyrien, étant situé au débouché des routes conduisant les troupes assyriennes depuis la Syrie vers la mer. Sumur devient la capitale de la province assyrienne créée à l'occasion ; en raison de sa situation insulaire et de son importance commerciale, Arwad préserve une relative autonomie. Byblos, alors en retrait par rapport aux périodes précédentes, n'est pas annexée mais doit payer un tribut régulier. Tyr et Sidon, alors les deux plus riches cités phéniciennes, sont dans le même cas mais attirent plus l'attention des rois assyriens qui cherchent à limiter leur puissance, bien qu'elles n'aient jusqu'alors pas tenté de s'opposer à leur domination : () reçoit l'allégeance des cités de Chypre dépendant auparavant de Tyr, Sennachérib () enlève Sidon aux rois de Tyr et y place un roi à sa solde. Il n'empêche que celle-ci se révolte sous son successeur Assarhaddon () qui s'en empare et la pille, puis déporte une partie de sa population et y place un gouverneur. Tyr se soulève ensuite avec l'appui de l’Égypte, est à son tour défaite, et son souverain, s'il réussit à préserver son trône, est totalement subordonné au gouverneur assyrien responsable de la région. Plus grave pour la prospérité de la cité, ses navires voient leur droit de circulation limité, étant notamment privés de commercer avec l’Égypte. L'absence de cohésion entre les cités phéniciennes qui préfèrent faire allégeance aux Assyriens quand l'une de leurs voisines se soulève renforce leur impuissance face aux envahisseurs. Mais leur soumission n'est jamais acquise définitivement, Assurbanipal () devant à son tour mater plusieurs révoltes en Phénicie. La période babylonienne. Entre 626 et 609 , l'Assyrie est secouée par une révolte intérieure puis des campagnes lancées par les rois de Babylone et des Mèdes, qui parviennent à détruire son empire. C'est Babylone qui récupère les restes de l'empire assyrien, mais son roi () doit faire face aux tentatives de l’Égypte de reprendre le contrôle du Levant. Les cités-états phéniciennes, prises entre les deux royaumes, choisissent à plusieurs reprises le second contre le premier, sans succès. Tyr résiste pendant treize années à un siège babylonien, avant de se rendre, et ses rois sont désormais choisis par ceux de Babylone, ce qui affaiblit leur autorité interne. Si on suit Flavius Josèphe, entre 564 et 556 il n'y a plus de rois dans cette cité, qui est dirigée par un collège de magistrats, les suffètes. La période achéménide. En 539 , Babylone tombe face à , fondateur de l'empire perse achéménide. Tout en étant intégrées dans la satrapie de Transeuphratène dont la capitale est située à Damas, les villes de Phénicie conservent leur propre gouvernement dans le nouvel empire, et peuvent même tirer avantage de leurs relations avec leurs nouveaux maîtres, d'une manière générale plus souples que les précédents dans leurs relations avec leurs vassaux. Elles disposent d'une autonomie relative tant qu'elles apportent leur tribut et leurs forces navales aux rois perses. Plusieurs rois phéniciens ont ainsi pris part aux expéditions des rois perses, notamment contre l’Égypte et en Grèce durant les Guerres médiques : il en va ainsi des rois d'Arwad, de Tyr et de Sidon, même s'ils ne purent triompher de la marine grecque. Sidon en particulier semble avoir tiré profit de ses bonnes relations avec le pouvoir perse : son roi (v. ) a laissé une inscription sur son sarcophage dans laquelle il rapporte avoir reçu du pouvoir perse les villes de Dor et de Jaffa ainsi que la plaine de Sharon. Le commerce phénicien connaît une nouvelle phase d'expansion, même si désormais les cités coloniales ont pris en main leur propre destinée et disposent de leurs propres réseaux, que ce soit à Chypre (Kition, Idalion, Tamassos) ou dans la Méditerranée occidentale (Carthage, Utique, Cadix). Dans la première moitié , les relations avec les rois Perses deviennent plus tendues, dans un contexte d'affaiblissement de l'influence de ceux-ci sur leurs provinces. Cette tendance s'accompagne d'une influence croissante des Grecs en Phénicie, avec Chypre pour relais. C'est à partir de celle-ci que le roi Évagoras de Salamine () s'empare temporairement de plusieurs cités phéniciennes en 391 Les marchands phéniciens sont alors de plus en plus présents dans le monde grec, et le roi Abd-Ashtart (Straton) de Sidon () est honoré à Athènes comme étant un ami des Grecs. Quelques années après, Sidon se révolte sans succès sous le règne de son roi ( (Tennès), ), et subit une dure répression, se voyant imposer un nouveau souverain. La période hellénistique et la conquête romaine. Les relations houleuses entre les cités phéniciennes et le pouvoir perse expliquent sans doute pourquoi celles-ci font pour la plupart un bon accueil au macédonien Alexandre le Grand quand il arrive dans la région après 333 Les Sidoniens s'emparent eux-mêmes de leur roi pro-perse pour le forcer à se soumettre. Tyr est la seule à embrasser la voie de la résistance, et doit subir un siège lourd ; Alexandre fait ériger une chaussée reliant la côte à l'île, et réussit à prendre la ville. Durant les guerres opposant les Diadoques, les troupes phéniciennes sont mobilisées, notamment en raison de leur puissance navale. Au début du , la Phénicie est coupée en deux entre le royaume séleucide au nord (qui domine Arwad), et le royaume lagide au sud (qui domine Byblos, Beyrouth, Sidon et Tyr). Elles connaissent de grands bouleversements politiques, puisque les monarques de chacune d'entre elles sont progressivement évincés pour être remplacés par des institutions civiques similaires à celles des cités grecques. À la fin du , les cités phéniciennes sont finalement toutes placées sous la coupe des rois séleucides. Bien que les souverains hellénistiques ne fondent sans doute jamais une colonie grecque en Phénicie (à la différence des régions voisines), les cités phéniciennes adoptent des aspects de la culture grecque qui est alors dominante au Proche-Orient. Cela est surtout documenté pour les élites urbaines, reflétant une volonté de faire partie du monde grec : l'usage de l'alphabet grec se répand, la religion reprend des aspects grecs, de même que l'art ; les cités phéniciennes sont les foyers de plusieurs philosophes ou poètes de langue grecque (Zénon de Sidon, Diodore de Tyr) ; des citoyens des cités phéniciennes participent aux concours sportifs aux côtés des cités du monde grec tandis que les cités phéniciennes organisent leurs propres concours dans la plus pure tradition grecque (dédiés à l'Apollon delphique à Sidon). Mais faut-il envisager une véritable « hellénisation » de la Phénicie ? Il y a certes des emprunts, mais ils ont sans doute débuté avant la période hellénistique en raison de l'ancienneté des échanges entre monde grec et phénicien et ne suffisent pas à modifier en profondeur la culture phénicienne. L'influence grecque semble concerner surtout le cercle des élites urbaines (qui étaient en contact avec les élites politiques grecques), tandis qu'elle est limitée sur le site rural d'Oum el-Amed. Au , les guerres civiles qui affectent le royaume séleucide fournissent aux cités phéniciennes l'opportunité de gagner en autonomie. C'est dans ce contexte qu'émerge le royaume des Ituréens, dans la Bekaa autour de la ville de Baalbek, qui parvient à placer Byblos sous sa coupe, avant d'être annexé par les rois Hasmonéens de Judée. Les Romains passent alors maîtres du Proche-Orient, et en 64 les cités de Phénicie sont intégrées dans la province de Syrie. L'emploi de l'alphabet phénicien est alors très limité, et il disparaît au début de notre ère, sans doute en même temps que la langue phénicienne, définitivement supplantée par le grec et l'araméen. Des noms phéniciens sont encore attestés dans des inscriptions grecques des , dernières traces de l'usage de la langue phénicienne au Levant. Marchands, navigateurs et artisans. Durant l'Antiquité, les Phéniciens ont acquis auprès de leurs voisins une solide réputation de marchands, de navigateurs et d'artisans. Les deux premiers aspects ressortent en particulier dans les récits des auteurs grecs et bibliques. Le troisième dans la diffusion et l'influence de l'art phénicien. Comme toujours, ces activités étaient déjà très développées chez les « Cananéens » de l'âge du bronze. Leur nouvel essor à l'époque phénicienne a sans doute à voir avec l'impact des empires (Assyrie, Babylone, Égypte, Perse) sur les cités phéniciennes : le fructueux commerce phénicien tire en partie profit de la demande des centres des empires, les navigateurs sont mobilisés pour des expéditions militaires ou commerciales initiées par les grands rois, tandis que les artisans phéniciens exportent leurs productions vers les grandes cités des empires quand ils n'y travaillent pas directement. De grands navigateurs. Après un premier développement durant l'âge du bronze récent, la navigation à longue distance connaît un essor impressionnant durant la première moitié du , qui aboutit à la mise en réseau progressive des différentes régions bordières de la mer Méditerranée, espace qui est caractérisé à partir de la période classique par sa « connectivité » (la possibilité de mettre en contact les différentes régions bordières), si on suit les propositions de P. Horden et N. Purcell. Les marins phéniciens sont parmi les acteurs majeurs de l'unification progressive de cet espace, qui aboutit sous l'empire romain. La documentation sur la navigation phénicienne est cependant peu abondante et difficile d'accès, et c'est avant tout par les témoignages élogieux de leurs contemporains qu'on leur connaît cette qualité. Les représentations de navires phéniciens restent rares, et les fouilles d'épaves sous-marines sont peu nombreuses et peu indicatives sur l'aspect des navires. Il est du reste assez difficile d'identifier l'origine de l'équipage du bateau. Mais l'analyse de la navigation phénicienne peut se servir des informations sur les autres navigateurs contemporains, en premier lieu Grecs, qui avaient un niveau technique et des pratiques similaires. D'après les représentations et ce que semblent indiquer les fouilles d'épaves, les navires commerciaux de la période phénicienne avaient une coque de forme pansue (les Grecs les qualifiaient de "gauloi", « ronds »). Ils avaient un mât unique portant une voile rectangulaire ou carrée. Le gouvernail consistait en une grande rame à pales asymétriques disposée à l'arrière du navire, sur son côté gauche. L'équipage montant ce type de bateau devait consister en une vingtaine d'hommes au maximum. La taille des navires de transport devait varier en fonction des besoins en cargaison et en distance à parcourir ; les bateaux connus par des épaves de l'âge du fer (dont l'origine n'est pas toujours déterminée) avaient une longueur généralement comprise entre 8 et , mais les plus gros ont peut-être dépassé la vingtaine de mètres. Les bateaux retrouvés dans la baie de Mazarrón () et à Rochelongue () mesuraient ainsi de long et transportaient autour de de métal, tandis que les deux qui ont coulé au large d'Ashkelon () mesuraient environ de long pour une cargaison d'environ de vin (ce qui correspond aux données de l'épave grecque de Kyrénia du ). La navigation consistait surtout en du cabotage (en suivant les côtes sur de courtes distances), mais sur certains trajets la navigation en haute mer devait être privilégiée, en fonction des vents et des courants. Les voyages à longue distance devait concerner des navires de fort tonnage transportant des cargaisons diversifiées ; le cabotage sur de courtes distances entre ports voisins sur de petits navires devait être très important, les cargaisons pouvant ainsi transiter sur de longues distances en étant transbordées à plusieurs reprises, le commerce étant alors surtout redistributif. Différents ports émaillaient donc les routes pratiquées, et servaient de point de relais, de contact et de redistribution des produits entre les différentes régions de la Méditerranée. Les emplacements des comptoirs et colonies phéniciennes étaient donc choisis en priorité en fonction des qualités maritimes des sites, et aussi de la facilité à les défendre. Les grandes cités comme Tyr et Sidon disposaient de deux ports avec de grands bassins. Les installations portuaires de Tyr ont été étudiées par des équipes d'archéologues, qui y ont distingué plusieurs éléments qui se retrouvent sur d'autres ports phéniciens : des petits mouillages naturels, peu profonds, réservés aux bateaux de gabarit limité ; des récifs situés en mer (jusqu'à du rivage) servant de point d'ancrage pour les bateaux plus grands là où il n'y avait pas de port de taille suffisante ; des ports artificiels, comprenant des jetées s'étendant sur plus d'une centaine de mètres sur les ports les plus longs ( pour celle de Tyr construite à l'époque hellénistique) et donc border des eaux suffisamment profondes pour que des grands navires puissent s'y amarrer ; des rampes de mise en eau tirant parti de la présence de plages rocheuses pentues, servant sans doute plutôt pour la construction navale ou pour mettre hors d'eau des bateaux qu'il fallait réparer. Deux grandes routes ont pu être suivies par les navires phéniciens traversant la Méditerranée d'est en ouest : une suivant les côtes du sud par cabotage, et, sans doute plus couramment, une autre remontant depuis la Phénicie vers Chypre puis les côtes de l'Asie Mineure, avant de rejoindre depuis Rhodes la mer Ionienne pour passer entre Malte et la Sicile et accéder au Bassin occidental. Ce trajet est encore plus aisé au retour en raison de la présence de courants favorables en saison estivale. Pour aller plus loin vers l'ouest, le navire devait rejoindre les côtes de Sardaigne puis les Baléares avant de rejoindre l'Andalousie puis le détroit de Gibraltar. Les exploits de certains marins Phéniciens ont été rapportés dans l'Antiquité, mais il est difficile de dire quel crédit accorder à certains de ces récits de grands trajets. Hérodote rapporte ainsi la circumnavigation autour de l'Afrique accomplie par des marins Phéniciens à la demande du pharaon , qui dura trois ans car les marins s'arrêtaient à chaque basse saison, notamment pour faire des cultures servant à leur approvisionnement. Le même auteur relate le périple du Carthaginois Hannon qui aurait été mandaté par sa cité pour aller explorer de nouvelles routes commerciales le long de la côte de l'Afrique occidentale, en y fondant des colonies, et pourrait être allé jusqu'au Sénégal voire au Cameroun. Des monnaies carthaginoises ont été découvertes aux Açores, où des gens de cette cité ont donc pu se rendre. Un autre de ses concitoyens, Himilcon, aurait quant à lui voyagé jusqu'en Bretagne et aux îles Cassitérides (dans les îles britanniques). Les Phéniciens ont également mis à profit leurs talents de marins pour les affaires militaires. Les rois assyriens, perses et grecs les ont mobilisé pour renforcer leurs flottes de guerre. Les galères de combat phéniciennes apparaissent dans les représentations assyriennes de la fin du et du début du , qui montrent également des bateaux ronds de commerce reconvertis en bateaux militaires. Les galères sont ensuite très présentes dans les monnaies des cités phéniciennes à partir du Ces bateaux sont propulsés par des rameurs disposés au pont inférieur, mais aussi par des voiles ; les mâts étaient généralement rangés pendant les combats pour faciliter les manœuvres de proximité, plus faciles si on se limitait à la propulsion par les rameurs. La proue de ces navires se terminait par un éperon en bronze, qui servait pour enfoncer les navires ennemis. À partir de l'époque perse si ce n'est avant, il s'agit de trirèmes, navires à trois rangées de rameurs, puis un peu plus tard de quadrirèmes ; les Carthaginois développent ensuite les quinquérèmes. Des réseaux commerciaux très étendus. Les Phéniciens furent très actifs dans les échanges internationaux, reprenant en cela les réseaux mis en place par leurs prédécesseurs du bronze récent et les étendant. Ils disposent d'une situation privilégiée, leur permettant de mettre en contact la Mésopotamie, la Syrie intérieure, l'Anatolie d'un côté, et de l'autre les pays situés au bord de la mer Méditerranée, en premier lieu l’Égypte. Le rôle majeur des marchands phéniciens (et puniques) à cette époque ressort en particulier des textes bibliques (surtout la prophétie d’Ézéchiel) et chez les auteurs Grecs (Homère, Hérodote). Les fouilles archéologiques fournissent des informations complémentaires, mais les échanges de denrées périssables (vin, huile, tissus) sont seulement identifiables par leurs contenants (amphores, jarres, etc.), tandis que les métaux ont souvent été remployés. Les fouilles d'épaves fournissent des informations précieuses sur les produits et les circuits. L'absence de textes de la pratique provenant des activités des marchands empêche cependant de bien comprendre les modalités exactes de ces échanges. Les aspects les mieux connus du commerce à longue distance des Phéniciens sont la nature et la provenance des produits échangés, les mieux documentés par les textes et l'archéologie : Les produits échangés sur de longue distance étaient donc en général des produits d'une valeur élevée justifiant un transport coûteux. Le développement du commerce maritime présente d'indéniables avantages par rapport au commerce terrestre, le transport de cargaisons lourdes étant moins complexe et coûteux sur mer que sur terre. Les bateaux devaient généralement transporter des produits divers : la cargaison de l'épave de Bajo de la Campana (, Espagne), témoignant du développement d'un commerce régional de cabotage sur la côte est de la péninsule Ibérique, comprenait ainsi de l'ivoire d'éléphant nord-africain, de l'étain et du plomb ibériques, de l'ambre, des amphores de la région de la Malaga, du mobilier en bronze. Par ailleurs, les témoignages de l'époque indiquent que les réseaux des échanges phéniciens ne s'étendaient pas seulement le long des rivages méditerranéens mais aussi vers l'intérieur du Moyen-Orient, et avaient donc un volet terrestre important. Encore à la période hellénistique, les réseaux des marchands phéniciens sont très importants, et connaissent un nouvel essor avec la constitution d'espaces économiques à l'intérieur des royaumes grecs ; les marchands phéniciens se font ainsi plus présents dans le monde égéen, tandis que les monnaies d'Arwad se retrouvent sur un espace allant de la péninsule Ibérique à l'ouest jusqu'à la Bactriane à l'est. L'organisation du commerce phénicien reste mal connue, en l'absence de témoignages provenant du milieu des marchands. Il est probable que les marchands recouraient à des prêts à la grosse aventure et des associations commerciales ("ḥbr") comme le faisaient leurs prédécesseurs d'Ugarit au bronze récent et comme il s'en retrouve dans le monde grec antique. Leurs réseaux s'appuyaient sur des sortes de succursales implantées dans les comptoirs, où la présence de quartiers marchands semble attestée. Les installations commerciales phéniciennes en pays étranger s'appuient également sur les sanctuaires qui servent de point d'ancrage aux expatriés ; les associations cultuelles ("marzeah") jouent ainsi un rôle important dans la cohésion du groupe des marchands phéniciens expatriés, comme cela se voit dans plusieurs cités grecques à l'époque hellénistique. L'évolution majeure qui semble se produire dans les cités phéniciennes est la perte d'influence progressive du pouvoir royal dans les échanges commerciaux, les marchands gagnant une autonomie importante alors qu'auparavant ils jouaient souvent un rôle de serviteur du roi, qui organisait des expéditions commerciales majeures, comme dans le cas d'Hiram à Tyr. Mais ils n'ont sans doute pas perdu totalement cette fonction, et sont également amenés à servir d'informateurs pour leur roi, leur métier reposant sur la collecte d'informations mobilisables par le pouvoir. Les auteurs grecs Homère et Hérodote donnent une image peu flatteuse de ces marchands sans attaches et ayant peu de vertus, souvent présentés comme roublards, trompeurs, voire à la limite de la briganderie et de la piraterie, les sources antiques étant de toute manière rarement bien disposées envers les marchands. Hérodote rapporte aussi une forme d'échange originale pratiquée par les marchands carthaginois sur la rive atlantique de l'Afrique, un troc sans paroles ou commerce silencieux : chacune des deux parties pose ce qu'il souhaite échanger sur une plage alors que l'autre est éloignée, et ne prend la contrepartie que si elle la juge équivalente à son propre apport. Les moyens de paiement évoluent durant le . Durant les premiers siècles, il s'agit surtout d'argent pesé, circulant sous diverses formes, comme des lingots ou des anneaux de poids standardisé. À partir du , les cités phéniciennes commencent à frapper des pièces de monnaie, à l'imitation des cités d'Asie mineure et de Grèce. Un artisanat de qualité diversifié. Aux côtés de ceux des navigateurs et des marchands, les accomplissements des artisans (désignés par le terme générique "ḥrš") phéniciens ont eu une grande reconnaissance dans le monde antique. De nombreux auteurs grecs vantent la grande compétence et l'ingéniosité des artisans phéniciens et puniques, plusieurs passages bibliques également, tandis que les souverains assyriens demandent comme tribut diverses productions artisanales spécifiques de l'artisanat phénicien, comme les tissus teints en pourpre et les objets en ivoire. Ce milieu est cependant moins bien connu que les deux autres, en raison de leur présence élusive dans la documentation : les réalisations les plus prestigieuses des artisans sont bien connues, mais les sources sur le processus économique ayant conduit à leur réalisation est quasiment inconnu, et ne peut être reconstitué convenablement que par la comparaison avec la situation de l'artisanat dans les civilisations voisines. Il est en tout cas manifeste que l'artisanat constituait une activité majeure dans les cités phéniciennes, qui étaient d'importants centres de transformation des matières premières qu'elles importaient des régions voisines. Les artisans étaient probablement regroupés dans des quartiers spécifiques suivant leurs spécialités, notamment parce qu'il fallait concentrer les nuisances liées à leur activité (odeur du murex, feux des céramistes et forgerons) ; un tel quartier artisanal a été identifié à Tyr, avec des ateliers de potiers et de forgerons. Les activités artisanales faisaient l'objet d'une forte demande de la part des élites, le palais et le temple, mais aussi des marchands qui les exportaient, et également des puissances extérieures (notamment l'Assyrie et la Perse) qui prisaient les objets de luxe phéniciens. Pour autant, il ne faut pas forcément imaginer que les artisans phéniciens aient tous été des esclaves ou du moins des dépendants économiques du milieu des élites ; au contraire, il est souvent avancé qu'ils aient connu une émancipation depuis la fin de l'âge du bronze, à laquelle aurait succédé une période de croissance du secteur « privé » de l'économie. Du reste, l'artisanat itinérant est une composante essentielle de ce secteur durant l'Antiquité, facilitant l'autonomie des artisans. Certains artisans phéniciens étaient employés à l'extérieur, comme ceux que Hiram de Tyr mandate à Jérusalem pour aider à la construction du Temple de Salomon, et il y en a également eu dans les capitales mésopotamiennes ou dans le monde égéen. Ils ont également joué un rôle important dans les colonies d'Occident et y ont exporté les savoirs et techniques phéniciens. Ce milieu artisanal spécialisé nécessitait un apprentissage long, sans doute généralement transmis de père en fils, ainsi qu'une bonne connaissance du milieu culturel de l'époque et un certain cosmopolitisme, les produits de luxe phéniciens témoignant d'un mélange d'influences de divers horizons. Une majeure partie des artisans devait cependant se consacrer à la réalisation de produits de la vie courante destinés à toutes les couches sociales de la population, mais ils nous échappent en grande partie. Les activités pratiquées par les artisans phéniciens étaient très variées. Les céramiques étaient les objets les plus courants, et sans doute la principale activité de transformation non alimentaire ; on connaît en particulier les amphores servant au transport de l'huile et du vin. Le travail de la pierre et du bois étaient également essentiels pour les réalisations courantes. Les métallurgies du cuivre, du bronze et du fer occupaient une place importante, notamment pour la réalisation d'objets de la vie courante. Un quartier de métallurgistes travaillant le fer et le cuivre des a été mis au jour à Byrsa (Carthage), disposant notamment de fours équipés de tuyères reliant leur foyer à des soufflets de façon à obtenir une température avoisinant les . Les orfèvres réalisaient divers types de bijoux, d'ornements et de vaisselle en or ou en bronze et autres alliages, parfois en y mêlant des pierres précieuses (cornaline, lapis-lazuli). L'industrie du verre était une caractéristique importante de l'artisanat phénicien, le travail des matières vitreuses s'étant développé depuis l'âge du bronze en Syrie et au Levant, d'autant plus que le silicate de calcium servant à la réalisation de la pâte de verre est abondant dans les sables des plages du Liban. La dernière activité artisanale caractéristique de l'artisanat phénicien est celle de la pourpre, teinture obtenue à partir du murex, mollusque abondant dans le Bassin méditerranéen ; de nombreuses nuances pouvaient être obtenues pour teindre des tissus de qualité, en lin ou en laine. Un lieu de production de teinture du a été mis au jour à Tel Shiqmonah, alors que le site était apparemment sous contrôle phénicien. Enfin, il faut également prendre en compte les activités de transformation des produits agricoles, en premier lieu le pressage des olives pour obtenir de l'huile et la vinification des grappes de raisin, activités majeures de la Méditerranée antique mais mal documentées en Phénicie : une huilerie d'époque hellénistique a été fouillée à Oum el-Amed, un espace de pressage du raisin à Tell el-Burak pour la phase antérieure. Les produits de la pêche à destination alimentaire étaient également transformés artisanalement : salaisons, production de "garum" (très courante en Occident). L'expansion phénicienne en Méditerranée. Origines et traits généraux. L'expansion phénicienne en mer Méditerranée qui aboutit au processus de colonisation est indissociable de leurs entreprises commerciales, qui en sont manifestement à l'origine et ont dû précéder de quelques décennies les implantations. Il est moins évident (mais possible) que le manque de terres et une croissance démographique en Phénicie aient également incité à l'émigration (comme cela est souvent avancé dans le cas de la colonisation grecque). Derrière cela se pose la question de savoir dans quelle mesure il s'agit d'un phénomène de « colonisation » (donc avec une volonté d'appropriation territoriale) ou bien s'il a un caractère avant tout commercial. Il semblerait que, si les motivations commerciales ont bien primé dans les premiers temps de l'expansion phénicienne vers l'ouest, dans un second temps les implantations (ou certaines d'entre elles), en impliquant plus de migrants et en ayant une influence plus forte sur les sociétés locales, prennent un caractère « colonial ». Plus récemment l'usage du terme « colonisation » a été mis en cause, au profit d'autres termes comme « diaspora ». La compréhension du phénomène a évolué avec une prise en compte plus fine de l'impact et de la réception de la venue des Phéniciens dans leurs régions d'implantation, et du constat que les traits phéniciens n'apparaissent souvent sur les sites que graduellement. Ainsi le caractère urbain des fondations n'apparaît pas d'emblée comme on l'attendrait s'il s'agissait de transposer le modèle oriental dans la terre d'arrivée, mais se constitue généralement progressivement. Cette expansion repose sur les réseaux commerciaux existant à l'âge du bronze récent et couvrant au moins une large partie du Bassin oriental. Avec l'effondrement dans le courant du de la plupart des acteurs importants de ces échanges (Égyptiens, Mycéniens, Ugarit), les cités de Phénicie disposent du champ libre pour leurs propres entreprises commerciales à longue distance. En raison du retrait relatif de Byblos et de Sidon dans les dernières décennies du , c'est Tyr qui constitue l'acteur majeur de cette expansion. En l'absence de concurrence, elle reprend peu à peu à son compte les réseaux existants et les repousse de plus en plus loin : son influence se repère surtout à Chypre, mais il semble bien que ses circuits commerciaux soient actif en direction du monde égéen (Crète et Eubée) et également du Bassin occidental (Sardaigne et même péninsule Ibérique) dès le . Dans un second temps, Tyr se forge un véritable empire maritime visant à contrôler les circuits commerciaux méditerranéens, avec la fondation de ses premières colonies : Cition à Chypre vers 850 , Myriandros en Cilicie, puis dans le Bassin occidental les sites majeurs de Carthage, Utique et Gadir (Cadix) dans les dernières années du , et non pas autour de 1100 comme le prétendent certaines traditions antiques sur les deux derniers. Ces fondations ont généré des mythes rapportés par les auteurs Grecs et Latins, en particulier celui de Didon de Carthage, qui semblent reposer sur des récits phéniciens antérieurs, participant à la glorification de l'expansion phénicienne, qui s'impose dès cette période comme un phénomène majeur de l'histoire de la Méditerranée antique. Il faut peut-être considérer à la suite du récit de fondation carthaginois que cette cité serait une spécificité dans la colonisation phénicienne, étant une création aristocratique pensée comme une grande ville nouvelle dès sa fondation et non une implantation à but commercial. Après les premiers succès de cette expérience, de nouvelles colonies sont fondées au siècle suivant : Motyé, Solonte et Palerme en Sicile, à Malte, Sulcis, Tharros et Nora en Sardaigne, peut-être Ibiza sur les îles Baléares, Almuñecar, Toscanos, Cerro del Vilar, etc. en Andalousie, puis au-delà du détroit de Gibraltar à Alcacer do Sal au Portugal. La géographie de ces implantations reflète clairement la volonté commerciale qui est à l'origine de leur fondation, puisqu'elles se situent à proximité de gisements métallurgiques importants (les minerais extraits étant par suite destinés aux artisans phéniciens ou à d'autres régions) ou sur les routes maritimes qui y conduisent. Sans doute conçues dans une certaine mesure comme des répliques des cités de Phénicie, elles sont situées sur des sites côtiers disposant d'un port bien abrité, sur des petites îles ou des promontoires rocheux. Le fait que ce second mouvement d'expansion commerciale et coloniale paraisse coïncider avec les campagnes assyriennes contre les cités de Phénicie a incité à chercher des liens entre ces deux phénomènes : certains migrants pourraient être partis dans des colonies pour échapper à la tutelle assyrienne et au tribut qu'elle imposait, mais la création de cet empire a également pu créer une demande nouvelle pour les produits importés (pour le tribut ou le commerce courant) et stimulé le commerce méditerranéen. Mais ces liens restent incertains. Au , les implantations d'Occident connaissent une croissance importante et acquièrent une grande influence régionale, et entreprennent à leur tour de fonder leurs propres colonies ; cet essor profite en premier lieu à Carthage, qui cherche à contrôler les établissements phéniciens du bassin occidental, ce qui marque le début de son entreprise impériale l'entraînant vers une confrontation avec les Grecs puis les Romains (là où l'approche traditionnelle des Phéniciens était plus coopérative), alors que ses navigateurs poussent leurs entreprises plus loin vers l'ouest sur les côtes atlantiques d'Afrique et d'Europe. Elle ne relâche cependant pas ses liens avec ses racines phéniciennes, les contacts avec les cités de Phénicie (avant tout Tyr) étant permanents pour le reste de son histoire. Les liens entre l'expansion phénicienne et la colonisation grecque vers l'ouest qui lui emboîte rapidement le pas posent plusieurs questions. Leur coïncidence a incité à envisager l'histoire de la Méditerranée de cette période dans une approche plus globalisante de cet espace comme le font les spécialistes des périodes grecques archaïque et classique et de relier les phénomènes aboutissant à tisser des réseaux et à mieux connecter les différentes régions de la Méditerranée, ce qui entraîne des changements divers et potentiellement importants (la « "mediterraneanization" » de I. Morris). La mise en relation des Bassins orientaux et occidentaux participe notamment au développement de différentes cultures autochtones de l'Occident qui ont largement profité de leur ouverture à l'Orient (Étrurie, Tartessos) aux côtés d'implantations coloniales qui sont des sortes d'excroissances du monde oriental, se dotant progressivement des traits originaux. Les rapports entre Phéniciens puis Puniques et les Grecs ont fait l'objet de discussions, et leur relation a souvent été vue comme une sorte de compétition entre les deux. L'expansion de Carthage en Méditerranée occidentale comprend manifestement une stratégie visant à bloquer l'influence des Grecs (Phocéens, puis Syracuse) en direction de la Sardaigne et de la péninsule Ibérique, entraînant de nombreux conflits. Mais d'un autre côté les échanges entre les deux ensembles sont permanents sur toute la période ; les relations ont probablement été pacifiques dès les débuts des deux mouvements coloniaux comme l'attestent les implantations eubéennes d'Italie (Pythécusses, Cumes) où les Phéniciens sont présents, tandis que par la suite l'apparition de la rivalité entre Carthage et Syracuse en Sicile n'y a jamais arrêté les échanges pacifiques. Géographie des implantations phéniciennes. Égypte. L’Égypte est un cas particulier dans la présence phénicienne autour du Bassin méditerranéen. Le Levant et le pays du Nil ont des contacts poussés depuis les débuts de l'âge du bronze, passant notamment par Byblos, un des principaux ports d'entrée de l'influence phénicienne en pays cananéen. À l'époque du Nouvel empire, les cités de Phénicie ont été placées sous la coupe de l’Égypte, et même après l'effondrement de cette emprise les relations se sont poursuivies malgré les difficultés du temps (comme l'atteste l"Histoire d'Ounamon"). Au début de l'époque phénicienne aux , l'influence égyptienne en Phénicie reste marquée, comme cela se voit par la présence de nombreux objets égyptianisants sur les sites phéniciens et les implantations coloniales. Il s'agit au moins de liens commerciaux. C'est sous la dynastie saïte () que les rapports entre les deux régions sont les plus intenses. La présence de marchands phéniciens se développe dans l'emporion de Naucratis, aux côtés de leurs homologues grecs. Des mercenaires phéniciens sont également employés par les pharaons de la période, qui tentent sans succès d'établir une hégémonie égyptienne sur le Levant. Selon Hérodote, aurait mobilisé des navigateurs phéniciens pour accomplir la circumnavigation de l'Afrique. Le même auteur évoque une présence phénicienne importante à Memphis, où il y a un campement réservé aux mercenaires Tyriens et le culte d'une « Aphrodite étrangère », sans doute Astarté. Des graffitis phéniciens retrouvés à Saqqara attestent de cette présence. La présence phénicienne en Égypte se retrouve plus à l'intérieur des terres, jusqu'à Éléphantine. À l'époque ptolémaïque, les descendants de ces Phéniciens implantés en Égypte sont mentionnés comme des « Phénicio-Égyptiens » ("Phoinikaigyptioi"). Les contacts prolongés entre l’Égypte et les cités de Phénicie donc une place particulière dans l'expansion phénicienne : ici il n'y a pas de colonisation mais tout de même des implantations non négligeables au service des pouvoirs étrangers, des échanges commerciaux et culturels constants, la Phénicie étant ici dans une situation de récepteur comme l'atteste la forte influence de l'art égyptien sur l'art phénicien. Chypre. Durant le bronze récent, Chypre (Alashiya) entretient des relations poussées avec le Levant, servant notamment de relais avec le monde égéen. Son importance vient de ses mines de cuivre, métal qu'elle exporte massivement vers l’Égypte et le Proche-Orient. Ces relations ne sont pas perturbées par la crise de la fin de l'âge du bronze, les céramiques phéniciennes étant abondantes dans les sépultures chypriotes du début de l'âge du fer, notamment au site de Kouklia-Palaepahos, qui pourrait être le plus ancien comptoir phénicien outre-mer connu. À partir du milieu l'île fait assurément l'objet d'installations phéniciennes, tout en connaissant aussi une émigration grecque. C'est sans doute vers cette période qu'est fondée Kition, colonie d'origine tyrienne, appelée à être la capitale du plus important royaume de l'île durant les siècles suivants. Deux autres sites importants présentant les traits d'une fondation phénicienne sont Amathonte et Idalion, mais de nombreux sites ont livré des objets d'origine ou d'inspiration phénicienne, notamment des céramiques, y compris les cités grecques de l'île, dont la plus importante est Salamine. Politiquement, l'île est caractérisée par son éclatement entre plusieurs royaumes. Une culture mixte est née de la rencontre entre les traditions chypriotes et celles de Phénicie : elle est caractérisée comme « chypro-phénicienne », qui est surtout connue par des objets d'art présentant une forte influence phénicienne, auxquelles se joignent au fil du temps des inspirations assyriennes, égyptiennes puis grecques, que les artisans adaptent aux habitudes locales. Les divinités phéniciennes sont adorées sur plusieurs sites, et les inscriptions en alphabet phénicien constituent le corpus régional le plus important connu de cette écriture. Cette culture s'épanouit jusqu'au , et laissant définitivement la place à l'hellénisation après la destruction de Kition par en 312 . Monde égéen. Le Proche-Orient a des contacts réguliers avec le monde égéen depuis l'âge du bronze récent au moins, durant la période de la civilisation mycénienne. Ces contacts se poursuivent et se renforcent durant l'âge du fer : au , de la céramique protogéométrique se retrouve au Levant, notamment à Tyr, et de la céramique phénicienne se retrouve en Eubée. La période voit le développement d'un axe commercial entre les deux, passant par les implantations chypriotes de Tyr, et aussi la Crète où l'influence levantine est visible à Kommos, où un temple d'inspiration phénicienne est érigé vers 800 av. J.-C., indiquant une solide implantation de marchands venus de cette région. Ces contacts progressent durant l'époque archaïque qui commence au début du , et se voient notamment dans l'apparition de l'alphabet grec inspiré de celui des Phéniciens, et un art orientalisant fortement inspiré des traditions proche-orientales. Les principaux témoignages de cela sont les nombreux objets en provenance de l'Orient retrouvés sur les sites grecs de ces périodes (vaisselle en métal, sceaux, bijoux avant tout, aussi des céramiques), surtout dans les trésors des sanctuaires égéens (Samos, mont Ida). Homère puis Hérodote évoquent la présence de marchands phéniciens dans le monde égéen archaïque, venus vendre des produits, surtout des tissus, et acheter des métaux extraits à Thasos et au mont Pangée. Des colonies phéniciennes ont peut-être existé dans cette région, mais aucune n'a été mise au jour par l'archéologie. Quelques rares inscriptions attestent également de la présence de Phéniciens. La présence phénicienne en mer Égée semble surtout se développer à la fin de l'époque classique et à l'époque hellénistique, à partir du : les témoignages épigraphiques et littéraires sur la présence de communautés phéniciennes en Grèce sont alors plus abondants. Il s'agit là encore de marchands pour la plupart, mais des artisans sont aussi attestés. Bien que connaissant un processus d'acculturation (leurs inscriptions emploient de plus en plus l'alphabet grec, les mariages mixtes sont courants), ils préservent leur identité phénicienne en constituant des associations cultuelles pratiquant des banquets (les "marzeah") et gardent toujours un lien avec la cité de leurs ancêtres. Carthage et l'Afrique du Nord. C'est sans doute vers la fin du ou le début du qu'il faut situer la fondation des colonies phéniciennes d'Afrique du Nord, même si certaines traditions font remonter leur origine jusqu'aux alentours de 1100 C'est au nord de l'actuelle Tunisie, sur le golfe de Tunis, que sont fondées vers cette époque deux cités phéniciennes majeures : Utique et Carthage ("Qart Hadašt", la « Ville Neuve »). Au Maroc, la fondation la plus ancienne semble être Lixus, sur la côte atlantique. Par la suite, d'autres sites sont créés au voisinage des plus anciennes colonies : la tradition littéraire rapporte que des sites comme Hippone (Algérie), Accola et Hadrumète (Tunisie) et Leptis (Libye) auraient été fondés après Carthage, mais cela n'a pu être prouvé par l'archéologie. Au Maroc, les Phéniciens s'installent sur plusieurs sites de la côte atlantique, notamment à Chellah et sur l'archipel de Mogador (Essaouira) qui est le site phénicien le plus méridional qui soit connu, localisé à proximité de mines de fer ; sur la côte méditerranéenne, les Phéniciens sont sans doute installés à l'actuelle Melilla, Ceuta, l'oued Laoud, etc. Carthage connaît le destin le plus remarquable parmi tous les rejetons occidentaux de la civilisation phénicienne. Dès le , elle commence une expansion qui l'amène à établir son hégémonie sur les autres cités phéniciennes de la Méditerranée occidentale, au moment même où la tutelle des cités de Phénicie ne peut plus s'exercer en raison de leur éloignement et de leurs défaites face aux empires orientaux, tandis que les relations avec les nouvelles colonies grecques de la région (Massalia, Alalia, Syracuse), qui étaient avant leurs comptoirs, deviennent parfois conflictuelles. Des nouvelles cités apparaissent en Tunisie et sur le littoral de l'Afrique du Nord, fondées par les Carthaginois, et apparaît alors la culture « punique » mêlant éléments phéniciens au fonds culturel autochtone. Les cités phéniciennes de Sicile, de Sardaigne puis de l'est de la péninsule Ibérique passent sous la tutelle de Carthage dans le courant du et entrent alors sous l'influence culturelle punique. Des conflits contre les cités grecques, en particulier Syracuse, se produisent à plusieurs reprises dans le courant des . Alors que le dernier affrontement avait vu Carthage prendre l'avantage et établir son hégémonie sur la Méditerranée occidentale (mais jamais un véritable « empire » avec une domination politique directe), elle entre en rivalité à partir de 265 avec la cité de Rome, qui avait été auparavant son alliée contre , roi d'Épire. Les trois conflits qui opposent les deux cités, les « guerres puniques » des historiens romains, se soldent par la défaite et la destruction de Carthage. Mais celle-ci est reconstruite par la suite comme colonie romaine, et l'empreinte de l'héritage phénicien et punique reste forte dans l'Afrique romaine, où des traces de la langue punique, héritières du phénicien, sont encore attestées aux . Sicile, Malte, Sardaigne et péninsule Italique. La Sicile est située à la charnière entre la Méditerranée orientale et la Méditerranée occidentale, ce qui en fait un lieu d'implantation essentiel sur les routes maritimes empruntées par les navigateurs antiques. C'est vers la fin du que les Phéniciens semblent avoir fondé sur la côte occidentale de l'île trois colonies : Panormy, l'actuelle Palerme, Solonte et Motyé, une île de située face à Marsala. Les sites des deux premières étant encore habités de nos jours, seule la troisième a pu faire l'objet de fouilles importantes, qui ont révélé des quartiers commerciaux, artisanaux, résidentiels, des sanctuaires et de nombreuses tombes. Jusqu'à présent, il n'y a pas de traces de fondations phéniciennes sur la côte orientale de la Sicile, alors que Thucydide rapporte que ce peuple y était implanté avant de laisser la place aux colonies grecques (Syracuse, Messine, etc.). Les cités phéniciennes de l'île passent sous le contrôle de Carthage au qui entre ensuite dans une longue rivalité face à Syracuse et ses alliés. Mais les relations entre Phéniciens/Puniques et Grecs en Sicile semblent avoir été essentiellement de nature pacifique, et des échanges commerciaux et culturels ont eu lieu, comme l'attestent les traits grecs de certaines constructions et œuvres d'art exhumées sur des sites phéniciens (la statue de l'« éphèbe de Motyé »). Tout comme la Sicile, l'île de Malte a une position sur les routes maritimes qui a incité les Phéniciens à s'y installer vers la fin du , sans doute au centre de l'île autour des villes de Mdina et Rabat, qui n'ont pu être fouillées, mais dont les environs ont livré plusieurs nécropoles phéniciennes. La baie de Marsaxlokk a également connu une occupation phénicienne, et devait constituer le port principal de Malte à cette période ; le vieux temple mégalithique de Tas-Silġ qui la surplombe y est réaménagé pour en faire un temple à la déesse Astarté. Des sites d'époque phénicienne ont été mis au jour sur l'île de Gozo, notamment à Ras il-Wardija. La Sardaigne fait l'objet d'implantations phéniciennes dès le , notamment dans le village mis au jour à Sant'Imbenia. Il s'agit alors d'une installation limitée dans un site peuplé surtout d'autochtones, destinée à obtenir les minerais extraits sur l'île (cuivre, argent, étain). Au , les premières colonies phéniciennes y sont fondées : Sulcis sur l'île de Sant'Antioco, Monte Sirai, Othoca puis Tharros et Nora. La colonisation se poursuit au siècle suivant avec de nouvelles installation, apparemment sans créer de heurts avec la population indigène : les nouveaux sites sont situés sur la côte en des endroits permettant d'édifier des ports faciles d'accès et donc à l'écart des sites autochtones, et les Phéniciens ne cherchent pas à prendre le contrôle des mines, se contentant de leur commercialisation. À partir du , la situation change avec la conquête militaire de l'île par Carthage puis une nouvelle vague d'immigration, depuis l'Afrique du Nord. Cela se traduit par une évolution culturelle de l'île, qui devient « sardo-punique », ce qui se voit notamment dans le culte religieux et les pratiques funéraires. La péninsule Italique n'a pas connu de fondation de colonies phéniciennes, alors que les Grecs, en premier lieu les Eubéens, s'y implantent au (Pithécusses, Cumes). Il est d'ailleurs probable que de nombreux objets de type phénicien retrouvés sur les sites de la péninsule aient été importés par des marchands grecs. Ils sont attestés en particulier en Italie centrale, où s’épanouissent alors les cités étrusques dont les élites recherchent pour des questions de prestige des objets de type oriental, avec lesquels elles se font enterrer. Des artisans phéniciens sont sans doute installés dans certaines de cités au , car on y trouve des activités de travail de l'ivoire ou d'orfèvrerie similaires à celle du Levant. D'autres objets phéniciens moins luxueux se retrouvent également sur des sites étrusques, comme des céramiques et des amulettes, témoignant de flux d'échanges constants et importants. Par exemple, le port de Pyrgi, dans le royaume de Caere, comprenait un sanctuaire dédié à la déesse phénicienne Astarté, assimilée à la déesse locale Uni, comme l'indiquent les inscriptions en étrusque et phénicien des lamelles d'or de Pyrgi. Tirant profit de ces relations, les Carthaginois et les Étrusques furent à plusieurs reprises alliés face aux cités grecques, à la bataille d'Alalia en 540, et durant les divers conflits entre Carthage et Syracuse. Péninsule Ibérique. Les fouilles archéologiques semblent indiquer que les Phéniciens s'installent sur des sites de la péninsule Ibérique vers la fin du ou le début du , et non pas autour de 1100 comme le prétendent des traditions postérieures rapportées par des auteurs grecs. Leur venue résulte de la présence dans cette région de riches mines de cuivre, d'argent et de plomb, situées en Andalousie La principale fondation phénicienne est là aussi d'origine tyrienne, sur des îles de la baie de Cadix ("Gadir" en phénicien). Le site le mieux connu de cet ensemble est le Site archéologique de Doña Blanca, situé sur le continent sur la rive nord de l'estuaire du Guadalete. Les sites de la baie de Cadix sont situés au contact de la culture qui se développe alors dans la vallée du Guadalquivir et autour de Huelva, que les auteurs antiques désignent sous le nom de Tartessos, où l'influence phénicienne est très forte (art « orientalisant »). La seconde vague de fondations phéniciennes sur la péninsule Ibérique concerne le littoral sud à l'est du détroit de Gibraltar : Toscanos, Almuñecar, Malaga, jusqu'à Guardamar del Segura près d'Alicante. La présence phénicienne est décelable jusqu'en Catalogne, et une colonie était également présente à Ibiza, qui se développa à l'époque punique (nécropole de Puig d'es-Molins, sanctuaires d'Isla Plana et de Cueva d'es-Cuyram). Les marchands de Cadix fondent eux-mêmes leurs propres colonies sur le littoral atlantique, notamment sur les côtes du Portugal (Alcacer do Sol) et du Maroc (Mogador). L'influence carthaginoise se développe progressivement sur la partie occidentale des implantations phéniciennes de la péninsule Ibérique, mais n'atteint l'aire d'influence de Cadix que tardivement, au moment des conquêtes des Barcides du . Des influences différenciées. L'expansion phénicienne dans le Bassin méditerranéen eut un impact sur les sociétés avec lesquels les Phéniciens furent en contact, entraînant parfois de grands changements dans les sociétés concernées. Cela ressort en particulier dans les influences artistiques, que l'on a qualifiées d'« art orientalisant » (avant tout en Grèce ; voir plus bas). D'un niveau technique généralement plus avancé que les populations qu'ils rencontrent en Méditerranée occidentale, avec des organisations politiques plus « complexes », les Phéniciens ont une grande influence culturelle tandis qu'à l'inverse ils ont peu repris aux populations autochtones. Ils ont servi de lien entre le monde proche-oriental et ses traditions pluriséculaires et des sociétés qui souvent avaient des organisations politiques peu développées et ne connaissaient pas l'écriture ou la monnaie. Mais cet impact fut différent suivant les sociétés concernées et leur degré d'organisation avant l'arrivée des Phéniciens. Dans le sud de la péninsule Ibérique, il fut très important : l'« orientalisation » y fut forte, et la culture de Tartessos emprunta beaucoup aux techniques, à l'art et à l'architecture phéniciens durant les alors qu'elle était marquée par un processus de construction étatique et de hiérarchisation sociale pouvant s'inspirer des modèles organisationnels phéniciens. En Sardaigne, l'influence phénicienne semble surtout avoir concerné le milieu des élites, mais l'organisation sociale locale, moins complexe que celle du Sud ibérique, semble avoir été plus déstabilisée que stimulée par ces contacts. En Sicile intérieure, à l'écart des colonies phéniciennes occupant l'espace côtier, l'influence orientale fut négligeable. La situation en Afrique du Nord avant l'expansion carthaginoise du reste obscure. Les conquêtes puniques changent progressivement le paysage culturel des régions dominées, qui sont intégrées directement dans la sphère culturelle punique. Enfin, le cas de la Grèce présente d'autres spécificités : sortant des « Âges obscurs » autour de 800 , développant à l'époque archaïque une société nouvelle avec des formes d'organisation politiques originale et connaissant ses propres expériences coloniales qui l'amène à rencontrer les Phéniciens à l'extérieur, parfois jusqu'au Levant (à El-Mina), elle emprunta aux Phéniciens divers aspects de leur culture qui pouvaient alors lui servir, l'alphabet (avant le milieu du ) et des inspirations artistiques « orientalisantes » (surtout au ). On a aussi proposé que les pratiques de sociabilité des élites phéniciennes aient influencé celles de la Grèce archaïque : le fait de banquetter allongé sur un klinê et le symposion pourraient être des pratiques inspirées par la Phénicie. Du reste, les Phéniciens ne sont sans doute qu'un des vecteurs de cette influence, les Grecs étant depuis longtemps en contact avec le Proche-Orient et recevant des influences d'autres de ses peuples et régions à l'époque archaïque, comme l’Égypte et la Mésopotamie. De plus les études récentes tendent à prendre en considération les échanges culturels sur la Méditerranée de l'âge du fer au sens large, qui peuvent s'être faits dans tous les sens. La religion phénicienne. La documentation sur la religion phénicienne est diversifiée mais insuffisante pour donner un tableau d'ensemble des croyances et pratiques religieuses : peu de sanctuaires ont été mis au jour, et les inscriptions en phénicien donnent des informations limitées sur les croyances et rituels ; la documentation iconographique est plus importante. Il faut donc faire appel à des sources extérieures pour compléter nos connaissances : les textes bibliques fournissent quelques informations, dans divers passages évoquant de manière critique les cultes « cananéens », qui peuvent être rattachés à la Phénicie ; les auteurs de langue grecque d'origine levantine rapportent des informations, notamment l"Histoire phénicienne" de Philon de Byblos ou "Sur la déesse syrienne" de Lucien de Samosate. Les sources sur la religion d'Ugarit sont un apport essentiel, car elles fournissent un état de la religion des peuples côtiers du Levant antérieur à la période phénicienne, éclairant souvent les sources relatives à cette dernière. La religion phénicienne s'ancre en effet dans le cadre des religions des peuples ouest-sémitiques du Proche-Orient (Israël antique, Araméens), qui partagent beaucoup de croyances et de pratiques. Terre de métissages, le Levant antique a de plus une religion qui porte la marque d'influences extérieures (égyptienne, syro-mésopotamienne, plus tard grecque). Il ne s'agit évidemment pas d'un fonds de croyance et de pratiques figés, car il connaît des évolutions durant tout le , certes rarement évidentes à déceler en raison de la pauvreté de la documentation locale. Les divinités. Les Phéniciens, dans la continuité des civilisations levantines antérieures, adoraient une foule de divinités dont ils se disaient les serviteurs, et cherchaient leur bienveillance. L'univers divin phénicien est une nébuleuse dans laquelle les personnalités des divinités sont souvent assez floues, au point qu'il est courant qu'il soit difficile de distinguer deux figures divines aux traits similaires, d'autant plus que les textes montrent souvent des associations de divinités aux noms doubles (Tanit-Astarté, Eshmun-Melqart, etc.). De plus, une divinité peut avoir des personnalités multiples selon les lieux ; le cas le plus caractéristique étant les différentes divinités appelées "Baal", nom signifiant « Seigneur », ainsi que leurs pendants féminins "Baalat" (« Dame »), connues sous une multitude de formes à tel point qu'il est difficile de le considérer comme une divinité unique mais qu'il faut plutôt y voir un ensemble de divinités autonomes. Comme dans les panthéons antérieurs, les divinités étaient souvent liées à des éléments de la nature ou du cosmos : Baal est ainsi souvent vu comme un dieu de l'Orage, traditionnellement la divinité la plus importante des panthéons cananéens, il y a également un « Seigneur du Ciel » (Baal Shamem), tandis que la Lune (Yarih) et le Soleil (Shemesh) sont divinisés. Les dieux peuvent également être rattaché à des lieux ayant un caractère sacré, comme les cours d'eau et les montagnes, à l'exemple du « Seigneur (Baal) du mont Saphon » ou du « Seigneur (Baal) du mont Liban ». D'autres dieux sont liés à des activités et à la vie humaine : Reshef dieu de la guerre et de la peste, Kusor dieu des artisans, Horon dieu protecteur contre les morsures de serpent, ou le dieu-guérisseur Eshmun. Les divinités féminines ont des caractéristiques moins bien connues et sont souvent difficiles à distinguer les unes des autres, sans doute elles sont souvent liées à la fécondité ou l'amour : Astarté surtout, Anat et Tanit sont les plus attestées dans les textes. Les Phéniciens adoraient également des divinités venues d’Égypte, comme Hathor qui était assimilée à la Dame de Byblos. Il n'y avait pas de panthéon phénicien unifié, mais un ensemble de panthéon locaux variant suivant les cités. Les dynasties régnantes ont des divinités tutélaires à qui elles attribuent l'origine de leur pouvoir, se voyant comme les dépositaires d'un mandat divin. Le panthéon de Byblos est ainsi dominé par la « Dame de Byblos » (Baalat Gebal), qui pourrait être une manifestation d'Astarté mais dont l'iconographie la rapproche de la déesse égyptienne Hathor. Les divinités masculines de Byblos sont apparemment moins importantes : le « Seigneur du Ciel » (Baal Shamem), le « Seigneur puissant » (Baal Addir), Reshef et Adonis évoqué par Lucien de Samosate, qui est sans doute une manifestation de Baal. Le panthéon de Sidon est dominé par un couple divin constitué du « Seigneur de Sidon », apparemment ici une divinité de l'Orage, et d'Astarté. Eshmun est également très populaire dans ce royaume, où il dispose de son principal sanctuaire, au point que certains spécialistes voient plutôt en lui la divinité tutélaire sidonienne. Sarepta semble avoir pour divinité majeure Tanit-Astarté, figure associant ces deux déesses. La divinité tutélaire de Tyr est le « Dieu de la Ville », Melqart, figure qui n'apparaît pas dans la documentation antérieure. Sa parèdre est comme souvent une hypostase locale d'Astarté. Les fondations phéniciennes ont à leur tour élaboré leur propre panthéon, constitué de divinités originaires de Phénicie, tout en reprenant souvent des éléments des fonds religieux indigènes et en connaissant quelques évolutions originales. Kition de Chypre est un lieu de culte majeur d'Astarté et de Reshef, mais on y retrouve aussi Melqart, Eshmun et d'autres divinités. En raison du contact avec les cités grecques de l'île, un syncrétisme se produit, identifiant notamment Astarté à Aphrodite et Reshef à Apollon. Ces figures semblent également présenter des traits liés aux traditions chypriotes plus anciennes. Les Phéniciens installés dans le monde égéen ou l’Égypte y pratiquent les cultes phéniciens manifestant leur attachement à leur cité d'origine. En Occident, les divinités phéniciennes connaissent des destins similaires, mais l'influence carthaginoise est un facteur important de l'évolution des panthéons. Les deux divinités majeures de Carthage sont deux figures connues en Phénicie mais qui y sont peu populaire, et dont le succès en Occident est donc surprenant : Baal Hammon et Tanit. L'origine du premier est mal déterminée, mais avec le temps il devient un dieu universel ; la seconde semble jouer le rôle de déesse tutélaire de Carthage. Ces deux divinités ont ensuite connu un grand succès dans les autres implantations d'origine phénicienne de Méditerranée occidentale. Mais on y retrouve aussi les divinités phéniciennes plus courantes comme Astarté, Melqart ou Eshmun. En Sardaigne on trouve le dieu Sid (le "Sardus Pater" des Romains, peut-être d'origine égyptienne). Dans la cité étrusque de Pyrgi, un temple dédié à Astarté est construit, où elle est assimilée à la déesse locale Uni. Les cultes phéniciens perdurent durant la période hellénistique et aux débuts de notre ère, et connaissent des évolutions, liées en partie à l'influence culturelle grecque dans les cités de Phénicie. Les écrivains grecs antérieurs à cette période avaient déjà l'habitude d'interpréter les divinités phéniciennes en tentant de les identifier à leurs propres divinités qui s'en approchaient le plus : Astarté était ainsi identifiée à Aphrodite, Melqart à Hercule, etc. Cela se poursuit, sans vraiment altérer les caractéristiques des divinités phéniciennes dont le culte traditionnel semble continuer sans beaucoup de changements. L'influence grecque se décèle surtout dans l'iconographie des dieux. Le grand dieu de Beyrouth, un Baal local, est ainsi une divinité liée à la mer qui est identifiée à Poseidon, et est représenté sous l'aspect de ce dernier. L'Apollon de Delphes voit son culte introduit à Sidon, où de grandes fêtes lui sont dédiées. La seconde moitié du voit aussi l'essor des cultes des dieux guérisseurs, notamment Eshmun assimilé à Asclépios, mais aussi des divinités égyptiennes qui sont traditionnellement bien accueillies en Phénicie (Osiris, Isis, etc.). La mythologie phénicienne n'est préservée que dans ce contexte, par les écrits de Philon de Byblos (début du ), qui se serait appuyé sur des archives provenant de temples phéniciens. Il évoque des mythes relatifs à la création de l'Univers, la généalogie des dieux et leurs rivalités aux origines des arts et activités humaines. Là encore les dieux sont souvent désignés par le nom de leur équivalent grec, et l'auteur cherche à faire des correspondances avec la mythologie grecque, ce qui rend l'analyse de ces récits difficile. Le culte divin : lieux, acteurs et rites. Le culte aux dieux phéniciens avait lieu dans différents types d'espaces considérés comme sacrés, notion fondamentale rendue par des termes construits à partir de la racine "qdš" (« sacré », « saint », « sanctuaire »). Les temples se présentent comme des « maisons » ("bt") des divinités qui y sont vénérées. Les principaux sanctuaires des cités phéniciennes n'ont pu être dégagés, à l'exception de celui d'Eshmun près de Sidon, dont les niveaux connus datent des périodes tardives. Les temples fouillés à Sarepta, Tell Arqa, Tell Suqas, Tell Tweini ou Tell Kazel sont de dimensions modestes, disposent d'une entrée principale conduisant à cour principale murée délimitant un espace sacré, ouvrant notamment dont la "cella" où devait se trouver la statue ou le bétyle des divinités vénérées dans ces lieux. Le mobilier cultuel consiste en des banquettes, des autels, des bassins et des stèles auxquelles un culte était rendue (bétyles). Les sanctuaires d'Amrit et d'Aïn el-Haiyat sont quant à eux délimités par une enceinte sacrée enfermant un bassin au centre duquel se trouvaient une ou deux petites chapelles ; il s'agissait sans doute de sanctuaires de dieux guérisseurs. Les Phéniciens adoraient également leurs divinités dans des lieux de culte en plein air délimités par des enclos et comprenant des stèles, comme il s'en trouve en Israël. En dehors de la Phénicie, le temple le plus vaste à avoir été dégagé est celui de Kition, organisé autour d'une grande salle rectangulaire à colonnes menant à la "cella". D'autres temples ont été mis au jour en Occident (Solonte, Nora, Antas, Tas Silg, etc.), ainsi que des sanctuaires à ciel ouvert (sur des montagnes, ou des bosquets sacrés) et des grottes sacrées (à Gozo, Cueva d'es-Cuyram sur Ibiza, Grotta Regina en Sicile). Le culte courant des dieux impliquait un grand nombre de personnes. Les rois phéniciens pouvaient être amenés à jouer un rôle cultuel ; un roi de Sidon se proclame même « prêtre d'Astarté », ce qui semble indiquer un rôle religieux très affirmé. Mais il existait un clergé spécialisé, les "khn", « prêtres » (et aussi les "khnt", « prêtresses »), qui dirigeaient le culte sacrificiel. Une inscription de Kition datée du présente les différentes catégories de personnes qui assistaient ces prêtres pour l'organisation des rituels destinés aux dieux : des chantres, des acolytes, mais aussi des bouchers et des boulangers pour la préparation des aliments, etc. On trouvait également des prêtres chargés de l'exécution de certains rituels précis, comme le sacrificateur, ou encore le « ressusciteur de la divinité » dont la fonction est imprécise. Le culte est dominé par des sacrifices très mal connus pour le monde oriental, mais par contre mieux pour les contrées occidentales grâce aux inscriptions de tarifs sacrificiels découvertes à Carthage et à Marseille, régulations des sacrifices qu'offraient des personnes privées pour obtenir les faveurs divines. Elles mettent en évidence l'existence de différents types d'actes d'offrandes qui existaient vraisemblablement aussi en Phénicie : sacrifices sanglants d'animaux, offrandes végétales, libations, ex-votos. Aucun calendrier cultuel phénicien ou punique n'a été préservé. L'inscription de Kition mentionne des rituels liés au cycle lunaire, ayant lieu à la nouvelle lune (néoménie, "ḥdš") et lors de la pleine lune ("ksʾ"). Les fêtes religieuses les plus importantes des cités du monde phénicien étaient les Adonies de Byblos décrites par Lucien de Samosate, ou les fêtes du jour de l'ensevelissement et de la résurrection de Melqart. Les temples d'Astarté semblent également avoir compris des prostitués sacrés des deux sexes, mais l'existence et le déroulement de la prostitution sacrée au Proche-Orient sont discutés. Les particuliers pouvaient quant à eux s'organiser en associations cultuelles, les "marzeah", peut-être spécifiquement liées au culte ancestral. Les rituels impliquant des sacrifices d'enfants, attestés en Phénicie et dans le monde punique, ont suscité beaucoup de commentaires, à partir de la description horrifiée qu'en donnent plusieurs termes bibliques, parlant d'un lieu appelé Tophet où des jeunes enfants sont sacrifiés au dieu Moloch. Le terme de tophet a été repris pour désigner des sanctuaires en plein air où sont disposés de nombreuses urnes et stèles et une chapelle, retrouvés sur les sites d'Occident (Afrique du Nord, Sicile, Sardaigne). Les urnes comprenaient des restes incinérés de jeunes enfants et animaux (des agneaux surtout), et les inscriptions que portent certaines d'entre elles ainsi que des stèles indiquent qu'elles étaient vouées à Baal Hammon et Tanit dans un rite sacrificiel appelé "molk", pour obtenir un bienfait ou remercier la divinité. Les recherches ont démontré que les jeunes victimes avaient bien été immolées, et n'étaient pas mortes naturellement en bas âge. Aucune explication satisfaisante n'a encore été apportée sur cette pratique. Il faut au moins admettre qu'elle était exceptionnelle et donc liée à des événements particulièrement graves et importants. Croyances et pratiques funéraires. Aux côtés de divinités ayant un aspect chthonien les liant au monde des défunts (Baal Addir, Milkashtart, Astarté), les Phéniciens ont personnifié la mort sous la forme d'une divinité nommée Mot (mot signifiant simplement la « Mort »), bien connu par la mythologie d'Ugarit, qui ne recevait aucun culte. Comme dans les mythologies de leurs antécédents et des peuples voisins, les Phéniciens devaient situer le monde des morts dans un monde infernal souterrain lugubre. Les rois décédés avaient un destin spécifique, puisqu'ils pouvaient devenir des "refaïm" ("rpʾm"), ancêtres royaux divinisés, et recevoir un culte. Le développement plus tardif des cultes à des divinités infernales d'origine étrangère, Isis et Osiris ainsi que Déméter et Perséphone, pourrait refléter l'évolution des croyances vers des inclinations plus eschatologiques. Les rituels funéraires sont mal connus ; les cadavres devaient être purifiés, l'embaumement ayant sans doute existé chez les élites. Les cimetières sont en tout cas ce que l'archéologie connaît le mieux de la Phénicie de l'âge du Fer (nécropoles d'Al-Baas près de Tyr, de Sarepta, de Khaldé). L'inhumation comme la crémation ont été pratiquées dans le monde phénicien et punique, sans qu'on ne sache les croyances qui présidaient au choix de l'un plutôt que de l'autre, d'autant plus que les deux formes peuvent se retrouver dans une même sépulture, même si la première semble quand même avoir dominé. Les tombeaux collectifs sont courants dans les nécropoles phéniciennes, regroupant les membres d'une même famille. On les trouve sous des formes diverses : tombes à fosse, des tombes à chambre érigées en pierres brutes ou taillées, ainsi que des hypogées creusées dans la roche. Les tombes individuelles sont également répandues, qu'il s'agisse de simples fosses creusées dans la terre ou de tombes en pierre. Les élites, en particulier les souverains, enterraient leurs défunts dans des sarcophages, comme celui d'Ahiram de Byblos ou celui d'Eshmunazar de Sidon. Les incinérations avaient lieu dans des espaces de crémation qui ont pu être repéré dans certaines nécropoles. Les restes des défunts incinérés étaient quant à eux placés dans des urnes qui étaient ensuite disposées dans des tombeaux ou tout simplement enterrées. La cérémonie de séparation marquait la fin des rituels d'enterrement. La présence d'autels ou de stèles au-dessus de tombes indique la présence de cultes funéraires, sans doute liés à un culte ancestral, courant dans le Proche-Orient antique. Le bas-relief du sarcophage d'Ahiram montre le souverain en train de recevoir des offrandes alimentaires. Le culte des ancêtres royaux devait revêtir une grande importance, en raison de leur déification. L'alphabet phénicien. Les Phéniciens rédigeaient leurs textes dans une écriture de type alphabétique, dans lequel les signes sont des lettres n'exprimant que des sons, et plus précisément les plus simples des sons, les consonnes. C'est donc un alphabet de type consonantique, suivant un principe repris par tous les alphabets sémitiques postérieurs, qui habituellement ne comprennent pas de signe pour noter les voyelles (celles-ci sont introduites par l'alphabet grec). Il comprend 22 signes, correspondant aux consonnes du système phonétique du phénicien, et s'écrit de gauche à droite, même si dans certaines inscriptions archaïques il est écrit de droite à gauche ou en boustrophédon. Si on le replace dans son contexte d'élaboration, il s'oppose aux systèmes d'écriture dominants au , le cunéiforme ou les hiéroglyphes égyptiens, qui combinent logogrammes (un signe = une chose) et phonogrammes (un signe = un son, généralement une ou plusieurs syllabes). L'alphabet phénicien n'est pas la plus ancienne forme d'alphabet, puisqu'on lui connaît des antécédents remontant peut-être jusqu'au , dont les plus anciens exemplaires ont été découverts en Égypte. Deux alphabets semblent s'être développés durant la première moitié du : l'alphabet « Proto-Sinaïtique » qui tire son nom du fait qu'il a été d'abord découvert dans le Sinaï, mais qui est désormais connu aussi en Égypte où il pourrait être apparu ; l'alphabet « Proto-Cananéen », connu sur des sites de Canaan. Il s'agit d'alphabets linéaires, dans lesquels les signes sont tracés par des lignes. Leurs évolutions durant la majeure partie de la seconde moitié du sont mal connues car ils sont très peu attestés. Puis vers la fin de cette période apparaît l'alphabet phénicien, forme qui est amenée à assurer le succès de l'alphabet linéaire. Entretemps, un alphabet cunéiforme a été développé à Ougarit, à partir de modèles d'alphabets linéaires qui devaient exister mais n'ont pas été préservés ; d'autres types d'alphabets cunéiformes devaient exister en Phénicie même, connus par quelques trouvailles sporadiques. L'alphabet phénicien se développe au moins à partir du Les scribes phéniciens ont alors fait le choix d'abandonner l'alphabet cunéiforme écrit surtout avec un calame sur des tablettes d'argile pour l'alphabet linéaire écrit surtout à l'encre sur du parchemin ou du papyrus. Ce choix s'explique sans doute par la commodité de ces supports, mais n'arrange pas les historiens de l'écriture puisqu'il s'agit de matières périssables à la différence de l'argile, dont les exemplaires ont tous disparu. Restent donc quelques inscriptions brèves sur des supports pouvant occasionnellement traverser les siècles, surtout les tessons de céramique et la pierre (en particulier le sarcophage d'Ahiram, un des plus anciens textes phéniciens connus), voire le métal, ce qui rend limite le corpus de textes connus pour les débuts de l'alphabet phénicien. À partir du début du , cette écriture se propage rapidement : on l'emploie à Chypre dès le milieu du , mais aussi vers la même période à Nora en Sardaigne (la stèle de Nora) ; son succès est tel qu'on la retrouve en dehors de la sphère phénicienne, dans des inscriptions royales à Sam'al () et Karatepe (), royaumes de tradition néo-hittite et araméenne. Durant les siècles suivant, elle est attestée dans les régions où les Phéniciens sont installés (« colonies » de la Méditerranée occidentale, Mésopotamie, Égypte, Levant méridional, Anatolie, monde égéen, etc.). Cette écriture connaît des évolutions affectant surtout l'aspect des lettres : on distingue ainsi le type « phénicien », utilisé en Phénicie même et durant les premières périodes de l'expansion phénicienne, tandis qu'à partir du une variante « punique » se développe dans la sphère carthaginoise, puis « néo-punique » qui, contrairement à ce que son nom indique, pourrait s'être développée en Phénicie avant de se diffuser en Afrique du Nord à partir du . L'alphabet phénicien a sans doute servi de base à la diffusion du système alphabétique linéaire, adapté pour d'autres langues durant la première moitié du : l'hébreu vers le , l'araméen dans le courant du , le phrygien au début siècle suivant, et le grec peu après. Hypothèse d'une présence phénicienne en Amérique. L'idée d'une découverte de l'Amérique par les Phéniciens ou Carthaginois a été répandue. Un écrit espagnol du mentionne la découverte de monnaies carthaginoises aux Açores, mais n'a jamais été confirmé. Une inscription en alphabet phénicien a été découverte en 1872 à Paraiba, au Brésil, mais elle est tenue pour être un faux élaboré à cette époque. En l'état actuel des choses, rien ne permet de supposer que des marins phéniciens aient atteint les rivages américains. Cette hypothèse s'inscrit en fait dans un ensemble de propositions fantaisistes sur l'origine de l'occupation des Amériques qui ont été émises à la même période afin de justifier la position inférieure des populations indigènes dans les sociétés coloniales, en attribuant à des origines extérieures, donc non indigènes, les principaux accomplissements des civilisations précolombiennes, et en trouvant une présence occidentale ayant constitué un précédent à l'occupation de la période des colonisations des Amériques.
Périodes de l'architecture
Popper
Photographie argentique La photographie argentique est une technique photographique permettant l'obtention d'une photographie par un processus photochimique comprenant l'exposition d'une pellicule sensible à la lumière puis son développement et, éventuellement, son tirage sur papier. Dénomination. Le terme « argentique » s’est répandu au début des années 2000 quand le besoin s'est fait sentir de différencier la photographie classique, sur pellicule, de la photographie dite « numérique » en plein essor. Emprunté au vocabulaire de la chimie, il fait référence aux minuscules agrégats d’argent qui constituent les images produites selon ce procédé. Le terme « analogique » est parfois utilisé par opposition à « numérique ». Bien que la photographie analogique se réfère à un procédé proche de la vidéo analogique, où les images sont enregistrées, ligne par ligne et généralement sur un support magnétique, tel le Mavica de Sony. Technologie. Enregistrement des images sur pellicule. La pellicule est constituée d'un film support en plastique, recouvert d'une émulsion : c'est une couche de gélatine sur laquelle sont couchés en suspension des cristaux d'halogénure d'argent ; pour les émulsions modernes il s'agit de bromure d'argent (AgBr). Dans ce cas, chaque cristal est formé de plusieurs milliards d'ions d'argent (Ag+) et d'ions de brome (Br−) organisés en un réseau cubique. Lors de l'exposition à la lumière, une image latente se forme en petite gouttelette : Pour chaque cristal, selon l'intensité lumineuse de la partie du sujet qu'il décrit, de zéro à une dizaine d'atomes se forment. Ces atomes ont tendance à s'agglutiner pour former un agrégat. Pour les émulsions actuelles, seuls les cristaux contenant au moins quatre atomes d'argent pourront être entièrement réduits lors du développement photographique, en particules noires visibles par l'œil humain (les grains d'argent) pour cause de la bande interdite (issue du modèle des bandes). Le développement est un phénomène d'accélération de la réduction des ions Ag+ en atomes d'argent : les cristaux contenant un agrégat ayant un potentiel électrique supérieur à celui du révélateur, c'est-à-dire un agrégat de quatre atomes ou plus, vont attirer les électrons du révélateur vers les ions du cristal, qui vont finir par tous être réduits. En revanche, les autres cristaux n'atteignant pas la masse critique de quatre atomes en agrégat rendent des électrons au révélateur et se transforment en ions invisibles. Ces ions seront ensuite dispersés lors d'une phase de lavage et de fixage. C'est la gélatine qui isole les cristaux les uns des autres et leur permet de réagir individuellement. À cause d'un phénomène de recombinaison rapide de la paire électron-trou sans effet chimique, et de l'oxydation par le trou de certains atomes d'argent provisoirement formés, le rendement de la réaction de formation initiale des atomes d'argent est de par photon. Il faut donc quinze photons pour produire les trois atomes d'argent nécessaires à la formation des grains lors du développement. D'un point de vue macro, on peut donc constater que 80 % de la lumière qui arrive sur la pellicule est non-assimilée. Une publication de décembre 1999 dans la revue "Nature" par Jacqueline Belloni, Mona Treguer, Hynd Remita et René de Keyser montre qu'on peut décupler le rendement de cette réaction en incorporant dans l'émulsion du formiate d'argent (HCO2− + Ag+), qui agit comme un « piège à trou », c'est-à-dire un inhibiteur des phénomènes compétitifs qui limitent habituellement le rendement de la réaction. La société de chimie Agfa est détentrice de brevets déposés à la suite de cette découverte, mais aucune application commerciale de cette dernière n'est apparue sur le marché. Résolution des images. Dans le cas d'une pellicule à grains fins (donc peu sensible à la lumière), la taille moyenne d'un grain d'argent est d'environ . Il y en a donc environ deux millions à la surface d'un négatif de , et près de à la surface d'une plaque de . Même si un grain d'argent n'est pas exactement l'équivalent d'un pixel puisqu'il ne peut (à l'issue du développement) être que réduit ou intact, alors qu'un pixel peut enregistrer l'intensité lumineuse reçue, on constate que la résolution d'une image obtenue à l'aide d'une plaque photographique peut aujourd'hui encore être nettement supérieure à celle des meilleurs appareils photographiques numériques. Conservation et reproduction des images. Conservation des négatifs, diapositives et tirages. Les négatifs, diapositives et tirages sont conservés à l'abri de la lumière et dans des conditions stables de température et d'hygrométrie (humidité relative). Les négatifs et épreuves en couleurs sont plus sensibles à la chaleur et se dégradent plus vite que le noir et blanc. Déclin. Production d'appareils. Depuis 2006, de grands fabricants d'appareils photographiques ont annoncé, les uns après les autres, l'abandon de la technologie argentique face à l'irrésistible poussée de la photographie numérique. Les grands industriels japonais Canon, Nikon, Konica Minolta, Olympus, Pentax, Fujica, tout comme l'américain Kodak, aujourd'hui largement convertis au numérique, font alors face à l'arrivée de nouveaux venus issus de l'industrie de l'électronique, tels que le coréen Samsung et les japonais Sony et Panasonic, bien implantés dans l'audiovisuel, ou Casio, opérant auparavant dans le secteur des montres et des calculatrices. Dans les années 2010, alors que les smartphones offrent une qualité d'image améliorée d'année en année, la vente d'appareils photo chute drastiquement. Les annonces d'abandon du développement d'appareils de photographie argentique : Nikon et Canon ont déclaré qu'ils renonçaient à développer de nouveaux modèles argentiques mais continueraient à vendre une gamme limitée de modèles existants, notamment quelques appareils reflex. En 2016, Nikon ne propose plus que le F6 et le FM10. Chez Leica, en parallèle au développement du numérique depuis le milieu des années 2000, des appareils argentiques sont toujours en production : le MP ainsi que le tout dernier M-A, entièrement mécanique, depuis . Production de surfaces sensibles. La régression de l'industrie de la production et du traitement des pellicules et papiers photographiques est préoccupante pour l'avenir de la photographie argentique.
Propergol Un propergol est un produit de propulsion, constitué d'un mélange de comburant et de combustible, les ergols. La réaction chimique, entre cet oxydant et ce réducteur, fournira l'énergie au moteur-fusée. Les constituants peuvent se présenter à l'état de gaz, de liquide, de solide ou de plasma. Caractéristiques. Typologie. Monergol et catergol. Un monergol est un ergol de formation souvent endothermique, qui a la propriété de se suffire à lui-même pour assurer la réaction chimique, comme l'hydrazine. Lorsque la présence d'un catalyseur est nécessaire, il porte alors le nom de catergol. Diergol ou biergol. Un propergol est dit diergol, ou biergol, lorsqu'il est constitué de deux ergols stockés séparément. C'est le cas de la plupart des propergols liquides. État. Propergol solide. Un propergol solide, ou poudre, est un produit métastable : il est à l'état solide stable à température ordinaire, et instable à température élevée. Il peut être soit homogène comme la nitrocellulose, soit hétérogène avec un combustible finement disséminé dans la masse du comburant. Un propergol solide homogène a une combustion à impulsion spécifique faible. Pour améliorer les performances des propergols solides, une technique consiste à incorporer une faible quantité de produit explosif. Les propergols solides offrent l'avantage d'être stables et facilement entreposables, mais possèdent l'inconvénient majeur de ne pas pouvoir en arrêter la combustion, une fois celle-ci commencée. Pour pallier cet inconvénient, l'explosif solide destiné à la propulsion est extrudé encore pâteux en cordons, puis tronçonné en fines plaquettes ou fins granules avant leur solidification par évaporation des solvants. L'autre forme est celle d'une poudre compactée, dont les granules peuvent se détacher sur une surface de combustion relativement régulière. Pour les formes avancées comme les propergols solides des gros lanceurs d'appoints des fusées, ils sont coulés encore liquide dans le bloc propulseur où ils sont solidifiés en fines couches successives régulières, ou bien ils sont produits de façon plus traditionnelle sous forme de blocs de poudre compactée. En fin de combustion du bloc propulseur, la combustion n'est plus aussi régulière (surtout sous la forme de poudre compactée) et le bloc propulseur qui produit des vibrations importantes doit être éjecté avant que le bloc restant de propergol solide ne se fragmente en morceaux importants qui explosent brutalement au sein même de la chambre de combustion, ce qui pourrait être dangereux pour le reste de la charge transportée si l'enveloppe du propulseur ne reste pas étanche. Cependant, s'ils sont utilisés en explosifs (pour le génie civil, la démolition ou l'extraction minière) et destinés alors à être entièrement consumés en une seule fois, les propergols solides sont conditionnés soit en petits blocs sous forme pâteuse ductile (forme dangereuse à manipuler, et non destinée aux charges explosives importantes), soit sous la forme de bâtons pré-calibrés prêts à l'emploi, dans un emballage protecteur, non conducteur et étanche à la fois aux solvants contenus ainsi qu'à l'air et l'environnement pour lesquels ils sont destinés. Propergol liquide. Un propergol liquide est un produit stable à l'état liquide à température ordinaire. Les ergols nécessitant un stockage à très basse température sont cryogéniques, comme l'oxygène comburant dont la température d'ébullition est de . Un couple d'ergols est hypergolique s'il entre en réaction spontanée au moindre contact, comme le couple peroxyde d'azote et 1,1-diméthylhydrazine (UDMH, pour "). Les propergols liquides possèdent l'inconvénient majeur d'être difficilement entreposables, mais possèdent l'avantage de pouvoir régler et même arrêter la combustion, très simplement via le réglage ou l'arrêt de l'injection dans la chambre de combustion. Propergol hybride. Un propergol hybride, ou lithergol, est un produit stable à température ordinaire, constitué d'un ergol solide et d'un ergol liquide. Usage. Moteur à propergol solide. Un moteur à propergol solide est constitué d'un corps de propulseur, rempli de propergol. Le propergol peut être mis en forme préalablement à sa mise en place dans le corps de propulseur, ou bien il peut être coulé puis solidifié par cuisson dans le corps même du propulseur. Les gros propulseurs récents utilisent le plus souvent cette deuxième option. La combustion se déroulera idéalement en couches parallèles. La forme initiale donnée au bloc de propergol détermine l'évolution de la surface du bloc, et définit donc la loi du débit et donc de la poussée du moteur. Les formes les plus courantes sont : à combustion frontale, comme pour une cigarette, avec une surface de combustion faible mais constante ; à combustion radiale, grâce à un canal pratiqué dans l'axe du bloc, avec une surface de combustion qui évolue radialement. La section du canal n'est pas nécessairement circulaire, et peut être axisymétrique voire en forme d'étoile. Exemple : chacun des deux moteurs d'appoint du lanceur est un moteur à propergol solide, appelé EAP (pour Étage d'Accélération à Poudre). Moteur-fusée à lithergol (ou hybride). Dans un moteur-fusée à lithergol, un ergol liquide est injecté dans une enceinte remplie d'ergol solide. Avantages sur les moteurs à propergol solide : Avantages sur les moteurs à propergols liquides : Mais les propergols liquides ont de meilleures performances, et les propergols solides sont militairement intéressants, par leur simplicité, leur fiabilité et leur stockabilité. Moteur à propergol liquide. Dans ce type de moteur, le combustible et le comburant sont donc liquides, et sont stockés dans des réservoirs. Ils sont amenés à la chambre de combustion grâce à des canalisations et des pompes. Ces pompes sont actionnées soit par une turbine entraînée via une chambre de pré-combustion, soit par la dilatation en gaz d'un des ergols. Exemples : Soyouz, étage principal d' (EPC). Propergol pour avion et fusée. Ce carburant est notamment utilisé pour la propulsion de nombreux missiles dont les missiles air-air Matra R550 , AIM-9 , AA-12 , IRIS-T et MICA qu'équipent certains avions de chasse.
Politique au Mexique Le Mexique est une république fédérale composée de 32 Entités fédératives dont 31 ont le statut d'État. Le nom officiel du pays est "Estados Unidos Mexicanos" (« États-Unis mexicains »). Toutes les personnes de nationalité mexicaine de plus de 18 ans ont le droit de vote. La séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) est garantie par la Constitution de 1917. Selon une enquête de l'Université nationale autonome du Mexique, 74 % des Mexicains estiment en 2017 que le système électoral du Mexique n'est pas transparent et se méfient des résultats officiels. Histoire. Avant l'arrivée de l'Espagnol Hernán Cortés, différents civilisations et peuples amérindiens se partageaient le territoire de l'actuel Mexique, tels ou Mayas. En 1521, les troupes de Hernán Cortés, alliés aux amérindiens Tlaxcaltèques entrèrent dans la capitale de la Triple alliance Tenochtitlan actuellement dans le centre de l'actuelle entité fédérative de Ciudad de México. La couronne de Castille installa la vice-royauté de Nouvelle-Espagne. Cette période s'acheva en 1821. Entre 1861 et 1867, lors de expédition du Mexique, la France occupa militairement une partie du Mexique. Une dizaine d'années plus tard, la longue présidence de Porfirio Díaz commença (1876 à 1911), entrecoupée par la présidence de Juan N. Méndez (quelques mois entre 1876 et 1877), et celle de Manuel González (1880 à 1884). En 1910, débuta la révolution mexicaine, suivie après le départ de Díaz d'une guerre civile entre factions révolutionnaires. Durant cette période, la Constitution de 1917 fut proclamée. Au , durant environ 70 ans, les présidents étaient tous issus du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). En 2000, une alternance se produit avec l'élection à la présidence de Vicente Fox (2000-2006) du Parti action nationale (PAN). Dans les années 1960, un rapport de la police secrète (dont les archives ont été partiellement ouvertes en 2000) décrit la doctrine que doit suivre le PRI dans ses relations avec les médias : « la propagande politique doit utiliser tous les moyens de communication - les mots écrits pour les lettrés, les images graphiques, les utilisations audiovisuelles de la radio, de la télévision et du cinéma pour les moins instruits - [ainsi] nous pourrons concevoir un monde dominée par une tyrannie invisible qui adoptera la forme extérieure d'un gouvernement démocratique ». Les groupes médiatiques Televisa et TV Azteca sont aujourd'hui encore proches du parti. Corruption. La corruption est particulièrement présente dans la vie politique du Mexique. En 2015, la Banque mondiale estimait sa contribution au produit intérieur brut (PIB) à 9 %, soit plus que le tourisme. Au cours de la présidence de Enrique Peña Nieto (PRI), une succession de scandales ont conduit seize gouverneurs (ou anciens gouverneurs) devant la justice. L’un d’entre eux, Javier Duarte (PRI), a ainsi détourné trois milliards de dollars lors de son passage à la tête de l’État de Veracruz. Dans de cadre d'affaires de corruption liés à l’entreprise brésilienne de construction Odebrecht, une majorité de députés mexicains ont, en , voté contre la poursuite des hauts fonctionnaires coupables d’enrichissement personnel. Cette même année, le tribunal électoral a entériné la candidature à la présidence du gouverneur de l’État de Nuevo León, Jaime Heliodoro Rodríguez Calderón (PRI), alors que 58 % des signatures requises pour valider sa nomination avaient été jugées frauduleuses. Le tribunal a justifié sa décision en affirmant que « le règlement précise qu’il faut un nombre suffisant de signatures. Il ne dit pas que les signatures doivent être valides ». Les foyers mexicains consacreraient en moyenne 14 % de leurs revenus à satisfaire les exigences de fonctionnaires corrompus — un chiffre qui atteint 33 % pour les familles dont les membres ne perçoivent que le salaire minimum. Plus d’un tiers des entreprises reconnaissent avoir dû verser des pots-de-vin pour obtenir un contrat public. Le pouvoir exécutif. Le président est élu pour une durée de six ans et ne peut exercer un second mandat. Le président peut émettre des décrets dans les domaines économiques et financiers grâce aux pouvoirs que lui délègue le Congrès. Il n'y a pas de vice-président, en cas de démission ou de décès, le Congrès désigne un président intérimaire. Vicente Fox Quesada, du PAN, a été à la tête du Mexique du jusqu'au . Il avait recueilli 43 % des voix aux élections du , alors que Francisco Labastida du PRI obtenait 37 % des suffrages et Cuauhtémoc Cárdenas du PRD 17 %. Felipe Calderón Hinojosa a quant à lui remporté l'élection du confortant le rôle de premier plan du PAN au détriment du PRI. Son mandat s'achève le . Lors de l'élection présidentielle du , c'est Enrique Peña Nieto qui est élu avec 38,21 % des voix. Andrés Manuel López Obrador est élu le juillet 2018 avec 53,19 % des voix, ce qui fait de lui le premier président de gauche du Mexique depuis des décennies. Le référendum révocatoire sur le mandat présidentiel est adopté en 2021. Le pouvoir législatif. Le pouvoir législatif appartient au Congrès de l'Union. Il s'agit d'une institution bicamérale. Il est composé de la Chambre des députés ("Cámara de Diputados"), composée de 500 membres dont (depuis 2009, 237 sièges pour le PRI, 143 pour le PAN et 71 pour le PRD) et au Sénat ("Senado de la República"), composé de 128 membres (depuis 2006 : 32 sièges pour le PRI, 52 pour le PAN et 26 pour le PRD). Les parlementaires ne peuvent pas exercer deux mandats consécutifs. Les députés sont élus pour un mandat de trois ans et les sénateurs pour un mandat de six ans. 300 circonscriptions électorales désignent chacune un député et 200 autres députés sont élus au suffrage proportionnel à travers tout le pays. Les 200 sièges désignés de façon proportionnelle ont été créés pour permettre aux petits partis d'accéder plus facilement à la Chambre. Le parlement joue un rôle accru depuis 1997, du fait que le nombre de sièges détenus par l'opposition y sont plus important. Le pouvoir judiciaire. Les titulaires du pouvoir judiciaire de la Fédération sont les suivants : La Constitution régit uniquement l'organisation de la CSJN, du Tribunal électoral et du Conseil fédéral de magistrature. Les organes du pouvoir judiciaire fédéral exercent deux types de fonctions : la fonction judiciaire qui se réfère à la tenue des procès fédéraux et la fonction de contrôle de la constitutionnalité, en plus des aspects électoraux, qui possèdent généralement un caractère judiciaire. La CSJN, qui est un tribunal constitutionnel, est composée de onze ministres, lesquels siègent en séance plénière ou réunis en chambres. Les ministres de la CSJN sont nommés par le Sénat de la République, à partir d'une liste de trois noms proposée par le président de la République (article 76 alinéa VIII et article 96 de la Constitution). La personne sélectionnée doit comparaître devant le Sénat. En règle générale, le ministre est nommé avec les deux tiers des voix des sénateurs présents. L'article 94 de la Constitution établit que ces magistrats sont nommés pour une durée de 15 ans. Cette longévité leur est assurée afin qu'ils puissent exercer leur charge avec la stabilité et l'indépendance nécessaires. Les magistrats de circuit et les juges de district sont nommés par le Conseil fédéral de la magistrature pour une période de six ans ; mais si au bout de ce laps de temps, ils sont ratifiés ou promus, ils deviennent inamovibles, sauf suivant les procédures indiquées expressément par la loi. La réforme constitutionnelle de 1994 a apporté un changement important en créant une nouvelle institution : le Conseil Fédéral de la Magistrature. Cette organe est responsable du gouvernement et de l'administration du Pouvoir Judiciaire Fédéral, à l'exception de la CSJN. L'objectif de cette création est de rattacher la nomination, la promotion, l'affectation et la responsabilité des magistrats et des juges à un système objectif de mérite, capable de renforcer l'indépendance des Tribunaux fédéraux. Les partis politiques. Le pays compte principalement trois grands partis : Autres partis : Femmes en politique. En 2018, l’élection d’Andrés Manuel Lopez Obrador a contribué à une forte féminisation du personnel politique. Ainsi, le gouvernement, qui ne comptait que quatre femmes sur trente membres sous la présidence d’Enrique Peña Nieto est dorénavant paritaire, ce qui constitue une première au Mexique. D'autre part, la chambre des députés comporte désormais 241 femmes sur ses 500 membres : elle n’était que 114 dix ans auparavant. Quant à la chambre haute, elle compte 63 femmes pour 65 hommes. Les organisations internationales. Organisations auxquelles le Mexique appartient : Économie Politique Les relations extérieures. notamment sur les sujets suivants :
Démographie du Venezuela Selon l'Institut National de Statistique ("Instituto Nacional de Estadísticas") du Venezuela la population serait de habitants le 30 juin 2019 (projection), tandis que differentes sources tel que la Banque Mondiale ou les Nations unies ou d'autres références avec des horloges de population en temps réel, situeraient ce total entre 28,4 millions et 33,3 millions d'habitants (pour l'année 2020). Certaines statistiques de façon générale ne prennent pas en compte, ou prennent partiellement en compte, le phénomène d'exode massif ou crise migratoire de la population vénézuélienne. Cette crise est toujours d'actualité et représente un point important dans la démographie du pays. Population du Venezuela selon les recensements officiels. Le Venezuela a organisé de manière officielle 14 recensements au long de son histoire. Le tableau ci-dessus résume le résultat du recensement de la population du pays, sa date et le taux de croissance si l'on compare avec le recensement précédent. Source Totaux et date: Institut National de Statistiques; rapport de Mai 2014, page 12 Exode ou crise migratoire de l'actualité. Le Venezuela subi d'une forte diminution de son taux de croissance démographique depuis la fin de l'essor économique des années 1970 et notamment des exodes et des phénomènes migratoires accentués et très défavorables plus récemment depuis des crises sociales, économiques et politiques, des années 1990, 2000 et 2010. Les conséquences de la dernière crise économique vénézuélienne ont provoqué la Crise des réfugiés vénézuéliens. La crise des réfugiés vénézuéliens est qualifiée par l’Organisation des Nations unies comme le déplacement de population le plus massif de l’histoire récente du monde occidental. Elle concerne, depuis 2015, l'émigration de millions (4 à 6 millions selon les sources) d'individus et de familles les plus vulnérables ou pauvres. Le représentant spécial des agences des Nations unies pour les réfugiés et les migrations, estime que la crise va s’aggraver avec de réfugiés d’ici la fin de l’année 2020. Les destinations les premières sont celles de pays voisin, par voie terrestre. Des vénézuéliens marchent plus d'un millier de kilomètres plusieurs jours ou semaines pour atteindre la Colombie et puis d'autres pays comme le Pérou, l'Equateur, le Brésil ou même le Chili malgré les distances.
Pédologie (géoscience) La pédologie (du grec , « sol », et , « étude ») est une science ayant pour but d’étudier la pédogenèse, c'est-à-dire la formation et l'évolution des sols, notamment au travers de plusieurs taxonomies des sols. La pédologie examine les constituants de la terre (minéraux, matières organiques), leur agencement (granulométrie, structure, porosité), leurs propriétés physiques (transfert de l'eau et de l'air), leurs propriétés chimiques (rétention des ions, pH) et leurs propriétés biologiques (activité des microorganismes). Elle porte des diagnostics sur les types de sol (classification) et sur leur dynamique (types de genèse : pédogenèse). Elle en déduit des applications (fertilité). Histoire. Le sol a été étudié dès l'Antiquité par les Grecs et les Latins, puis par les Andalous au Moyen Âge. La science des sols prit son essor au avec Bernard Palissy et Olivier de Serres, et se développa au . C'est le naturaliste Albert Fallou (1794-1877) qui a inventé le terme de pédologie. Elle devient un sujet d'étude important au . La naissance de la pédologie comme science date de 1883 et de la publication de la thèse "Russian Chernozem" du géographe russe Vassili Dokoutchaïev. Le sol est désormais considéré comme un corps naturel qu'il faut étudier par lui-même. La pédologie est également abordée par Charles Darwin. Cette science est véritablement introduite en France à partir de 1934. Au , en Europe, la cartographie pédologique structurée en fonction des différents types de sols prend une autre dimension ; elle est désormais plus largement reconnue et relève de la responsabilité des pouvoirs publics de chaque État. Aujourd’hui, elle est mise en relation avec la protection de l’environnement et des eaux, la fertilisation ciblée (et économe) et la promotion d’une végétation naturelle et adaptée à l’environnement. La cartographie des sols se développe ainsi, avec notamment les cartes de pédo-paysages. L'enjeu de cette science est reconnu lors du Sommet de la Terre de 1992 qui développe la notion de sol comme compartiment de l'écosystème terrestre, à l'interface entre biosphère et lithosphère, qu'il faut protéger. Interdisciplinarité. La pédologie est une science interdisciplinaire, qui regroupe les connaissances et les méthodes de différents domaines de spécialité. Il s'y trouve notamment : Les connaissances de la pédologie revêtent une importance fondamentale pour l’écologie, l’agriculture et la sylviculture. Ces dernières portent sur l’étude de la terre arable, sur laquelle repose la survie de l’Homme depuis les débuts de l’agriculture au néolithique. À partir de la classification traditionnelle des sols, la sylviculture a vu émerger une conception du sol en tant que géo-écosystème. Les prévisions concernant les répercussions des émissions dues à l’Homme sur les bioéléments des sols ont été confirmées par des analyses à long terme. Dans le cadre des sciences des matériaux, la pédologie fournit également des bases en mécanique et en comportement des sols ainsi qu’en hydrométrie pour la géotechnique et la statique des bâtiments, utilisées dans la construction de fondations. Applications. La pédologie trouve des applications dans l'agriculture, l'horticulture, la sylviculture. Ses enjeux concernent aussi la connaissance et la maîtrise des risques dans les domaines aussi variés que l'hydrologie (rétention de l'eau par le sol), la pollution (filtration naturelle, conservation et gestion de l'eau), dans l'archéologie (conservation d'archives végétales, animales, restes d'industries humaines), dans la construction (de par le monde, les maisons sont très souvent en terre), dans l'industrie minière (le sol est le résidu de la roche sous-jacente et concentre certains éléments, l'or par exemple). En donnant, par la cartographie (pédo-paysages), une image de la répartition des sols, la discipline intéresse encore la géographie, l'écologie du paysage et même la climatologie (échange d'eau avec l'atmosphère), enfin le changement climatique (échange de carbone entre le sol et l'atmosphère via le CO2). Protection de l’environnement. La protection des sols renvoie à la préservation durable des fonctionnalités du sol, qui doivent être avant tout préservées ou rétablies suivant un « code de bonnes pratiques » (cf. Directive cadre pour la protection des sols). Ainsi, il faut éviter autant que possible les altérations néfastes du sol ou, le cas échéant, assainir l’éventuelle fonctionnalité négative persistante. Outre l'altération mécanique due au compactage des sols, on prend également en compte la contamination chimique liée aux activités anthropiques (dépôt de déchets toxiques, émissions industrielles, activité agricole). L’activité des hommes sollicite trop fortement le sol, ce qui conduit à ces dégradations que l’on constate de plus en plus à travers l’érosion des sols (voir également Dust Bowl), l’imperméabilisation des sols ou encore la baisse de fertilité des sols. Lorsque l’on intervient sur les sols, on doit éviter autant que possible de dégrader ses fonctions naturelles ainsi que son rôle en tant que témoin de l’histoire naturelle et culturelle. En Europe, une nouvelle « stratégie pour les sols » (annoncée en 2021), visant une "neutralité de la dégradation des terres" avant 2030 (c'est l'un des objectifs de développement durable de l'UE). Concepts et techniques principaux. Sols. Les pédologues qualifient de sol ou de terre arable les décimètres supérieurs de la surface de la Terre, généralement très vivants et poreux, où les plantes prennent racine. Les sols se forment à partir de la roche sous-jacente sous l’effet de l’érosion et de l’activité des êtres vivants à la surface de la Terre. La pédologie définit ce terme (selon Winfried Blum, 1986, Hochschule Für Bodenkultur, Vienne) comme étant la couche supérieure, épaisse d’environ un mètre en moyenne, de la surface terrestre caractérisée par les éléments suivants : « De la surface terrestre jusqu’à la roche-mère, les sols sont des couches meubles, perméables, structurées horizontalement (stratigraphie), vivantes et réactives qui se renouvellent à travers la transformation de substances organiques et inorganiques – avec l’apport d’énergie et de substances présentes dans l’atmosphère – et dans lesquelles ces processus de transformation se poursuivent. » Profil du sol. Sur une coupe verticale, on observe que le sol est généralement constitué de plusieurs couches horizontales superposées appelées pour cela « horizons ». Ceux-ci se différencient par de nombreux caractères: épaisseur, couleur, teneurs en sables, limons et argile, composition chimique, colonisation par les racines L'ensemble des horizons constitue un profil de sol. Celui-ci s'étend vers le bas jusqu'à la roche sous-jacente, la roche-mère si elle est bien à l'origine du sol qui la surmonte. Il existe différents types de profils définissant des types de sols. Par exemple : calcosol, podzosol, luvisol. Le classement intervient en utilisant différents systèmes connus au niveau international comme la "" (WRB) ou le Référentiel pédologique français (RP). Pédogenèse. C'est la science de l'évolution des sols. Dokoutchaiev a démontré que le sol est le résultat de l'action du climat sur les roches, mais la topographie, les agents biologiques (êtres vivants) et la durée modifient les conditions et le degré d'altération. Au fur et à mesure de son évolution, le sol s'approfondit et se différencie en horizons. Souvent, un équilibre relativement stable s'instaure et le sol prend une morphologie caractéristique d'un climat donné. Par exemple : luvisol de la forêt tempérée froide. C'est le « climax ». Cependant, certains sols continuent de se transformer jusqu'à des formes matérialisant un âge avancé et des formes de décrépitude. D'autres sont constamment rajeunis par l'érosion. Le degré d'évolution d'un sol s'apprécie par l'assemblage des espèces minérales qu'il contient et qui n'existent pas dans la roche sous-jacente. On tient compte aussi de la nature et de l'âge des composés organiques présents.
Phytopathologie