Le traité de Lisbonne est une trahison de la démocratie
En 2005, les peuples français et néerlandais avaient refusé par référendum le projet de traité constitutionnel européen. Le 4 février, au mépris de cette décision souveraine, le gouvernement veut faire adopter par le Parlement le texte, à peine modifié. Contre ce mépris de la démocratie, de nombreuses organisations appellent à manifester à Versailles.
Appel à un rassemblement citoyen et festif le 4 février dès 12h sur la place du marché aux fleurs de Versailles (avenue de Saint-Cloud, angle de la rue Clémenceau), pour faire pression sur nos élus et leur rappeler le vote du 29 mai 2005. A 16h, si cette forfaiture devait aboutir au moment du vote par les parlementaires, nous nous bâillonnerons devant l’enceinte du château.
Le traité de Lisbonne, en avez-vous entendu parler ?
Le Conseil européen de Lisbonne des 18 et 19 octobre 2007 a adopté un nouveau traité européen. Élaboré en catimini, ce traité nous a été présenté par Nicolas Sarkozy comme « un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles ». Loin d’être simplifié, ce traité comporte plusieurs centaines de pages avec 359 modifications des traités existants, treize protocoles et quelques dizaines de projets de déclarations ayant la même valeur juridique que les traités. Loin de le limiter aux questions institutionnelles, ses rédacteurs en ont fait une copie illisible du Traité constitutionnel européen (TCE) qui a été rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005.
Pourtant, le président de la République veut le faire adopter par voie parlementaire, sans consulter les citoyens. Il réunit les parlementaires français en Congrès à Versailles le 4 février 2008 pour modifier la Constitution française et permettre la ratification du nouveau traité par le Sénat et l’Assemblée nationale. Bien que des dizaines de parlementaires aient annoncé leur intention de rejeter ce vote, cette modification risque d’être validée, alors que l’opposition de seulement 2/5e des parlementaires pourrait la bloquer et imposer au président un référendum.
En 2005, le peuple se serait mal prononcé !
En 2008, doit-il se taire ? A dix jours du Congrès, aucun débat public sur les enjeux de ce traité n’a été lancé par les pouvoirs publics. Les grands médias, lorsqu’ils évoquent le sujet, se contentent de brefs gargarismes sur la relance de l’Europe grâce à un "mini-traité". Les débats rendus possibles par une large mobilisation citoyenne en 2005 sont bien loin aujourd’hui. L’idée selon laquelle on pourrait refuser l’orientation libérale de la construction actuelle de l’Union européenne, ou être pour une Europe sociale, est totalement ignorée. Nos dirigeants l’ont compris, on ne peut faire confiance au peuple pour construire l’Europe qu’ils nous proposent ! Ils ont donc tout simplement décidé de nous bâillonner.
Un jour de congé pour la démocratie
Le vote à Versailles sera le point d’orgue de cette forfaiture démocratique. Nous sommes nombreux à nous sentir insultés par cette tentative de passage en force et à considérer que nous ne pouvons rester silencieux le 4 février. Jusqu’au bout nous exigerons que la démocratie soit respectée. C’est pourquoi nous appelons à un rassemblement citoyen et festif à Versailles le 4 février, qui sera l’occasion de marquer symboliquement notre opposition et de porter au Président du Congrès les différentes pétitions exigeant un référendum. Le rassemblement débutera dès 12h sur la place du marché aux fleurs de Versailles (avenue de Saint-Cloud, angle de la rue Clémenceau). (Un scénario provisoire de la journée est disponible ici). A 16h, si cette forfaiture devait aboutir, au moment du vote par les parlementaires, nous nous bâillonnerons devant l’enceinte du château.
Tous les "Sans culottes" de France qui comptent se rendre à Versailles sont invités à s’inscrire rapidement sur le site tousaversaillesle4fevrier2008.fr pour prévoir au mieux les transports et l’organisation sur place. Plusieurs cars sont déjà prévus à ce jour.
Premiers signataires :
29mai.eu, AC !, AlterEkolo, ATTAC France, Cactus/La gauche !, CGT finances, Collectif Bellaciao, Convergence pour la défense des services publics, Coordination des collectifs antilibéraux, Confédération paysanne, D&S, Fondation Copernic, Forces Militantes, Gauche Avenir, LCR, Les Alternatifs, LO, Marches Européennes, Mars-Gauche républicaine, Mémoire des luttes, MNCP, MRC, PCF, PRCF, PRS, Regards, Réseau féministe Ruptures, SNJ-CGT Audiovisuel, Union syndicale Solidaires.
On a retrouvé 200 millions de pauvres Chinois
Ça sonne comme une chanson de Dutronc, mais l’affaire est à la fois sérieuse et sidérante : en reprenant ses calculs, la Banque mondiale a découvert que l’économie de la Chine était surévalué, et que, de ce fait, le nombre de pauvres y était plus important qu’on ne le pensait. Un effet inattendu de cette énorme erreur statistique : le nombre de pauvres dans le monde n’a pas baissé dans les années 1990, contrairement à ce que l’on pensait.
La nouvelle est presque passée inaperçue dans les grands médias généralistes : la Banque mondiale a reconnu en décembre 2007 avoir surévalué le produit intérieur brut de la Chine depuis des années. Voilà ce qui s’est passé. Avec une somme fixe, disons 10 dollars, un consommateur lambda ne peut évidemment pas acheter la même quantité de biens à New York, à La Paz, à Kinshasa ou à Pékin. Afin de gommer ces différences et de comparer des montants de PIB comparables, la Banque mondiale utilise une conversion des montants concernés en parités de pouvoir d’achat (PPA). La question est d’abord de savoir quels prix sont pris en compte. Et là, l’opacité est de mise. Comment le coût de l’accès à l’éducation ou aux soins de santé est-il intégré au calcul ? Quels biens et services de base interviennent réellement dans cette conversion ? Toujours est-il que les prix (ou le coût de la vie) considérés par la Banque mondiale dans le cas de la Chine étaient inférieurs à la réalité. En décembre 2007, la Banque mondiale a donc reconnu que le poids de l’économie chinoise était en fait inférieur de 40% aux précédentes estimations. Ce n’est pas rien. Ainsi, le PIB de la Chine exprimé en PPA pour 2005 serait de 5.333 milliards de dollars au lieu de 8.819 milliards avec l’ancienne estimation. La tendance est sans doute la même pour l’Inde, l’autre grande puissante asiatique émergente. Mais s’agit-il réellement d’une simple erreur ? La Banque mondiale dispose de toute une batterie d’experts grassement rémunérés et tout à fait en mesure de détecter bien plus tôt une telle erreur. D’autant que la Banque mondiale est coutumière du fait : à plusieurs reprises déjà, ses estimations étaient erronées et cela permettait à ce fer de lance de la mondialisation néolibérale de faire passer en force ses exigences. Alors, dans le cas de la Chine, à qui profite le crime ? Justement à la Banque mondiale et à ceux qui défendent le modèle économique dominant. Car cette surévaluation a des répercussions sur la croissance mondiale, qui ne serait que de 4,5% au lieu des 5% annoncés. Cet argument est souvent avancé pour expliquer qu’avec une telle croissance, les choses sont en train de s’améliorer dans le monde, preuve que le système actuel va apporter prospérité et bonheur… Mais cette surévaluation a aussi de fortes répercussions sur le discours lié à la réduction de la pauvreté. Car selon la Banque mondiale toujours, le nombre de pauvres a baissé de 100 millions entre 1990 et 1999, grâce aux chiffres venant de Chine et d’Inde (-200 millions) alors que ce nombre a augmenté sur les autres continents (+100 millions). Avec la réévaluation en cours, le nombre de personnes vivant avec l’équivalent de moins de 1 dollar par jour en Chine va augmenter de 200 millions environ. Si l’on fait le même travail en Inde, on se rend compte que le nombre de pauvres absolus dans le monde a en fait augmenté. Non seulement c’est la crédibilité des études de la Banque mondiale qui est gravement mise en cause, mais c’est toute la logique même de son discours sur la réduction de la pauvreté et les bienfaits de la mondialisation néolibérale qui s’effondre.
La « renaissance du nucléaire » est un trompe l’œil
L’agitation proliférante de Nicolas Sarkozy et les annonces multiples de « lancement » de réacteurs dissimulent deux faits majeurs : la majeure partie de ces annonces ne concernent que le remplacement du parc existant, et la part de l’énergie nucléaire devrait rester minime dans le bilan énergétique mondial des prochaines décennies.
Alors que se succèdent des annonces tonitruantes de "grand retour" du nucléaire en Grande-Bretagne ou aux USA, et de projets de nucléarisation de pays méditerranéens, c’est paradoxalement le déclin qui est à l’ordre du jour pour industrie atomique mondiale. Par contre, autre paradoxe, ce déclin s’accompagne d’une démultiplication des risques. Le 10 janvier 2008, le pouvoir britannique a fait connaître avec tambours et trompettes sa volonté de faire construire de nouveaux réacteurs. Pour autant, il ne faut pas croire au "grand retour" du nucléaire si souvent annoncé. Là est le premier paradoxe de la situation : la construction de nouveaux réacteurs n’est pas le signe d’un déploiement du nucléaire mais, au contraire, la conséquence des efforts de cette industrie pour essayer de remplacer une partie des centrales arrivés en fin de vie. Ainsi, en Grande-Bretagne, 18 des 19 réacteurs en service actuellement auront définitivement fermé vers 2020. De fait, même avec d’éventuels nouveaux réacteurs, la part du nucléaire va encore décroître : après la fermeture de 4 réacteurs le 1er janvier 2007, l’atome ne couvre plus que 18% de l’électricité britannique, soit environ 3% de la consommation d’énergie du pays. Cette part sera de… 1% en 2020. La situation aux USA est très ressemblante : il est vrai, hélas, que la construction de quelques nouvelles centrales est annoncée. Mais les 103 réacteurs en service actuellement sont en majorité très anciens et vont fermer dans les 15 à 20 ans. L’atome, qui couvre à peine 3% de la consommation d’énergie des USA, va donc voir cette faible part encore décroître. Certes, c’est indéniable, le développement du nucléaire est à l’ordre du jour dans les deux pays les plus peuplés du monde, la Chine et l’Inde. Pour autant, même s’ils construisent les 40 réacteurs annoncés, les Chinois ne couvriront avec le nucléaire que 4% de leur électricité, c’est à dire… 0,8% de leur consommation d’énergie. Quant à l’Inde, elle n’espère pas faire beaucoup plus : entre 1 et 2%. Globalement, le nucléaire ne couvre que 2,5% de la consommation mondiale d’énergie, une part infime qui, comme le reconnaît l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pourtant favorable à l’atome, va encore se réduire. De fait, contrairement à ce qui est prétendu à longueur de temps par ses promoteurs, le nucléaire, bien qu’émettant peu de gaz à effet de serre, est et va rester incapable de contribuer de façon quantifiable à la lutte contre le réchauffement climatique. Pour les mêmes raisons, l’atome ne peut constituer une alternative crédible face à la montée du prix du pétrole, d’autant que les réserves d’uranium – le combustible du nucléaire – s’amenuisent aussi vite que celles des hydrocarbures. Il est d’ailleurs probable que l’on se dirige, comme pour le pétrole, vers des "guerres de l’uranium" : des guérillas ont déjà lieu, en particulier au Niger d’où la France nucléaire tire plus de 30% de son approvisionnement. On peut d’ailleurs parler de véritable "pillage" tant, depuis 40 ans, la France s’est attribuée à un prix dérisoire l’uranium nigérien. Cette époque touche à sa fin : début 2008, les Nigériens ont enfin réussi à imposer des tarifs plus élevés de 50%. D’autres augmentations, sûrement plus brutales encore, auront lieu en 2010, à la fin de l’accord actuel signé pour deux ans. Le prix de l’uranium, qui a déjà été multiplié par 10 ces dernières années, va continuer à s’envoler mais, là aussi, ce n’est pas du fait d’un quelconque "grand retour" du nucléaire, vu que le nombre de réacteurs en service n’augmente pas. L’explication est connue : depuis des années, un tiers du combustible nucléaire mondial provient du déclassement des armes atomiques russes et américaines. Or, ces stocks approchent de leur fin et, de fait, l’uranium va finir par manquer pour les réacteurs. La France, qui importe 100% de son uranium, va voir le prix de son électricité nucléaire monter en flèche. Et cela sans même compter le coût réel du démantèlement des installations, de la gestion des déchets, des assurances, laissé à la charge des contribuables actuels et futurs. Les citoyens vont découvrir que l’indépendance énergétique, prétendument assurée par le nucléaire, n’est qu’un subterfuge. Mais revenons à la situation mondiale, marquée par un autre paradoxe : si le nucléaire est globalement en déclin, le risque qu’il impose s’aggrave par contre continuellement : - les réacteurs sont en majorité vieillissant et, de fait, sont encore plus dangereux. - les nouveaux réacteurs, même peu nombreux, vont perpétuer pour des décennies l’existence de l’industrie nucléaire et de ses dangers. - le nombre de pays nucléarisés risque hélas d’augmenter : il est question de réacteurs en Algérie, Maroc, Libye, Jordanie, Egypte, Emirats arabes unis, Yémen, etc. Certes, la plupart de ces réacteurs risquent de rester virtuels tant il existe un monde entre les effets d’annonce actuels et la mise en place réelle des structures - Autorité de sûreté, cadre légal, réseau de lignes électriques, etc. - sans lesquelles une industrie atomique ne peut exister. Ces réacteurs seront finalement peu nombreux, souvent un seul par pays qui arrivera au bout du processus. Pourtant, cette dissémination possible du nucléaire est porteuse de graves dangers : sachant que des catastrophes ont été frôlées ces dernières années dans des pays qui ont une industrie atomique expérimentée (France, Suède, Japon, etc.), l’irréparable pourra vite survenir dans un des pays nouvellement nucléarisés. Ces derniers seront aussi confrontés au problème insoluble des déchets radioactifs : seront-ils enfouis dans le désert ? Enfin, les risques de prolifération et de terrorisme vont être démultipliés : sous couvert de développer le nucléaire "civil", des pays comme l’Egypte veulent accéder à l’arme atomique pour contrer les projets de l’Iran et la nucléarisation déjà ancienne d’Israël. Enrichissement de l’uranium, production de plutonium : l’industrie nucléaire "civile" mène tout droit à la bombe atomique. N’oublions pas aussi les liens de certains pays comme la Libye avec des groupes terroristes qui pourraient être servis en matières radioactives. En résumé, le nucléaire ne "revient" pas mais, paradoxalement, les dangers qu’il impose s’aggravent. Du fait de l’activisme pronucléaire du président français Sarkozy, qui n’a de cesse de vouloir livrer des réacteurs à des dictateurs comme Kadhafi, les citoyens français ont une responsabilité particulière : ils doivent donner l’exemple de l’opposition au nucléaire, cette énergie qui nuit autant à la démocratie qu’à la santé et à l’environnement. La mise en oeuvre massive de plans d’économie d’énergie (isolation des bâtiments en particulier) et de développement des énergies renouvelables est la seule parade face à la montée inéluctable du prix du pétrole et de l’électricité nucléaire, et la raréfaction puis l’épuisement des matières premières. Cela permettra à la fois de sortir du nucléaire, d’émettre beaucoup moins de gaz à effet de serre, et finalement de laisser une chance d’avenir à notre planète.
Les constructeurs automobiles sapent la lutte contre le changement climatique
Ils avaient promis pour 2008 des véhicules émettant moins de 140 g de gaz carbonique au kilomètre. On les attend toujours. Et les constructeurs européens retardent autant qu’ils le peuvent l’adoption de normes plus écologiques d’émission.
A l’ouverture des salons de l’automobile de Bruxelles et de Vienne, Greenpeace interpelle les constructeurs automobiles européens afin qu’ils prennent leurs responsabilités en matière de réduction des émissions de CO2. Leur minutieux travail de sape des efforts européens sur l’amélioration de l’efficacité des véhicules est inacceptable. La crise du climat n’est pas une opportunité pour campagnes de publicité, mais une obligation d’action pour tous. A Bruxelles, Greenpeace vient de dérouler une grande banderole représentant un Pinocchio vêtu d’une combinaison de course automobile à l’effigie des marques de l’ACEA, l’Association Européenne des Constructeurs Automobiles . « A l’instar de Pinocchio, qui ne pouvait devenir un vrai petit garçon tant qu’il continuait à mentir, les constructeurs automobiles ne seront jamais « verts » tant qu’ils continueront à vendre des véhicules plus lourds et plus puissants ! » déclare Helen Périvier, chargée de la campagne Efficacité pour Greenpeace International. Prêts à tout pour protéger le marché des véhicules lourds et puissants, les constructeurs ont réussi le mois dernier à affaiblir la proposition de l’UE, en faisant passer l’objectif initial de 120 à 130g de CO2 par kilomètre à horizon 2012 et en ajoutant des dispositifs de flexibilité tout à fait inacceptables. « Les constructeurs automobiles s’évertuent à véhiculer une image verte. Mais derrière les prototypes et autres voitures modèles qui sont mis en avant, se cache un véritable lobby visant à entraver toute législation protégeant le climat , ajoute Karine Gavand, chargée de campagne Climat à Greenpeace France. Le climat n’est pas une opportunité pour des campagnes de publicité, c’est une obligation à agir dont ne peuvent se dispenser les constructeurs automobiles. Les technologies existent, l’inaction est criminelle ! » Il y a 10 ans, les constructeurs automobiles européens avaient promis, via un accord volontaire, de réduire la moyenne de leurs émissions à 140 g/km d’ici à 2008. Mais les progrès des constructeurs pour réduire ces émissions ont été très insuffisants, et leurs promesses se sont révélées n’être qu’une tactique pour retarder tout standard contraignant. Ainsi, alors que les technologies existent, les constructeurs automobiles continuent à se soustraire à leur responsabilité dans la lutte contre les changements climatiques ! « Les constructeurs français Renault et PSA émettent moins que leurs concurrents allemands et suédois. Pourquoi défendent-ils une position inacceptable du point de vue climatique et surprenante du point de vue stratégique ? » conclut Karine Gavand. Pour Greenpeace, la proposition européenne échouera à réduire véritablement les émissions de CO2 si les décideurs politiques ne s’accordent sur : · une moyenne d’émission de 120 g de CO2 par km d’ici 2012 et de 80 g d’ici 2020 ; · un critère de répartition de l’effort basé non sur le poids mais sur l’utilité des véhicules ; · la mise en place de pénalités fortes dès 2012.
Les shadoks luttent contre le changement climatique
Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut réduire la part du transport routier et stimuler le chemin de fer, moins polluant. Logiquement, la France ferme donc 250 gares de marchandises et réduit le nombre d’employés du fret ferroviaire…
Les Verts estiment une fois de plus inconséquente l’action du gouvernement en matière environnementale et sociale. D’un côté, annonce du développement ferroviaire et de modes de consommations d’énergies alternatives, de l’autre, fermeture de plus de 250 gares de marchandise et suppression de plusieurs milliers de postes en 2007 et d’un millier au bas mot pour le fret dans le budget SNCF en 2008. D’un côté grand tralala du Grenelle et sauvetage de la planète la main sur le cœur, de l’autre aucun effort financier pour sortir du tout voiture, gangrène de notre planète et raison majeure du dérèglement climatique. D’un côté, décroissance des emplois à venir pour toute l’économie reposant sur le pétrole, de l’autre, une politique de restriction du nombre d’emplois. "Ceux qui restent gagneront plus" dit la direction de la SNCF. Comme M. Sarkozy l’a promis dans tous les secteurs en particulier public, en particulier pour l’éducation. Et ceux qui ne travailleront plus, qu’en fera-t-on ? "Que reste-t-il du Grenelle, si ce n’est des promesses et des déceptions ?", s’interroge enfin Anne Souyris, porte-parole des Verts.
La recherche sur l’écologie – avec les entreprises, mais sans les citoyens
Une des retombées discrètes mais importantes du Grenelle de l’environnement est de stimuler la recherche en environnement. Sauf que le gouvernement institue un comité de pilotage faisant une large place aux industriels, mais excluant les associations et les écologistes…
Nicolas Hulot a rencontré le 15 janvier, Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à propos des « liens entre science et société après le Grenelle ». Le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) a constitué le sujet brûlant : c’est bien à l’inclusion des acteurs de la société civile dans les instances de gouvernance (conseils stratégiques, conseils d’administration…) que l’on pourra lire l’ampleur de la mutation annoncée.
Or aucune ouverture de ce type ne s’est amorcée avec la mise en place du Comité opérationnel « recherche », le 8 janvier, par Jean-Louis Borloo et Valérie Pécresse. Alors que le comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM est définitivement pluraliste, avec non seulement des spécialistes en économie, sociologie, éthique et droit, mais aussi des représentants associatifs (3 personnes impliquées dans la protection de l’environnement, la santé et la consommation) et politiques, le comité Recherche est dépourvu de représentants de la société civile (il comporte 9 académiques, 6 industriels, 2 parlementaires), alors même qu’il est chargé de « mettre en œuvre les engagements du Grenelle de l’environnement ».
Pourtant la demande d’ouverture est ancienne et récurrente. Déjà en 2004, lors des États Généraux de la recherche, le Comité Sciences et société, piloté par Françoise Héritier, avait insisté sur la nécessité d’instaurer une représentation de la société civile au Ministère de la Recherche en créant une Direction Sciences et société.
Trois ans plus tard, alors que la Commission Lepage recommande d’intégrer des représentants de la société civile dans les instances de direction de la recherche, on continue de voir naître de tels Comités « ancien régime ». L’objectif de ce groupe est d’« intensifier notre effort de recherche sur les thématiques du climat, de l’énergie, des transports, de l’agriculture, de la biodiversité et de la santé environnementale »… sans les personnes concernées par les enjeux et impliquées !
La folie automobile veut saccager la Dordogne
Après le désastre de Magny-Cours, dans la Nièvre, un nouveau projet de circuit automobile désastreux pour l’environnement se profile en Dordogne. Les associations se mobilisent.
Ils continuent de détruire la planète !!! Dans le Parc Naturel Régional Périgord Limousin , sous la charmante appellation "Musée vivant de l’automobile historique", un projet de circuit automobile, qui serait un des plus longs de France, a séduit beaucoup d’élus, mais beaucoup moins les habitants qui se mobilisent depuis deux ans, et il y a de quoi : 4600 m de long, plus qu’au Mans et à Magny-Cours, 12 m de large (emprise totale : 20m), plus de 600 hauts-parleurs, stands, ateliers mécaniques, tribunes parkings, clôture grillagée.....un vrai circuit !
Le domaine de Bagatelle est situé sur un plateau : un point de vue exceptionnel, forêt et campagnes partout, une merveille ! En ces temps de Grenelle on l’on a beaucoup parlé de biodiversité, sur le site de Bagatelle nous sommes au cœur d’une zone d’une richesse particulière.
Un scientifique renommé au niveau européen, Desmond Kime, qui réside maintenant dans un village voisin, a depuis longtemps informé tous ceux qui pouvaient être intéressés sur le plan local de la richesse écologique de ce secteur, un des plus riches d’Europe.
Deux rivières de part et d’autre du plateau : d’un côté la Nizonne, classée "Natura 2000", de l’autre le Boulou, en cours de classement ZNIEFF. La société archéologique du Périgord est intervenue pour rappeler que sur ce site une zone d’extraction de meules a été exploitée du néolithique jusqu’à l’époque moderne.
Pour la DIREN : l’ampleur des travaux est telle que l’ensemble du site sera totalement dénaturé et les écoulements d’eaux modifiés. La commission nationale des PNR, dans sa séance du 20 novembre 2006, a jugé le projet incompatible avec le classement du territoire en PNR.
Voilà, au bout de 2 ans, que le projet arrive à l’enquête publique, qui va mobiliser 3 communes, 3 commissaires enquêteurs, du 24 janvier au 25 février... Enquête publique avant les municipales... décision après.
L’association court-circuit (court-circuit-dordogne.com), soutenue par la SEPANSO (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest) organise une dernière réunion d’information sur le projet le vendredi 8 février . Nous espérons que cette lutte sera victorieuse et qu’elle mettra un frein aux appétits dévastateurs dont la Dordogne n’a pas fini de faire l’objet ! Le Périgord , ce petit paradis qui nous appartient à tous.
Une crise sanitaire majeure minorée par le gouvernement
Marc Laimé, sans doute le meilleur expert actuel des questions d’eau, l’affirme : la pollution massive du Rhône et du Rhin par les PCB révèle une crise sanitaire majeure, comparable à celles de la vache folle ou des poulets à la dioxine dans les années 1990. Répandu à grande échelle dans l’histoire industrielle de notre pays, le PCB a contaminé toute la chaîne alimentaire. Mais le gouvernement, pour l’instant, reste les bras ballants.
Marc Laimé, journaliste et consultant, est l’auteur du Dossier de l’eau : Pénurie, pollution, corruption (Seuil, 2003). Il anime le site [->http://www.eauxglacees.com], qui est la référence pour tout ce qui concerne les politiques de l’eau.
Autoroutes : encore un projet absurde
Le gouvernement vient de déclarer « d’utilité publique » le contournement autoroutier de Strasbourg. Destructeur de l’environnement et peu efficace, ce projet confirme une fois de plus que les discours des responsables politiques sur le changement climatique ne sont que des mots qui ne changent rien à leurs pratiques anti-écologiques.
Grenelle de l’Environnement, messages alarmistes sur le dérèglement climatique : en théorie, la prise de conscience environnementale est générale dans tous les discours. En pratique, les décisions vont dans le sens opposé. Le gouvernement passe outre ses propres résolutions, et vient de publier la Déclaration d’utilité publique du Grand Contournement autoroutier Ouest (GCO) de Strasbourg (Journal officiel du 24 janvier 2008).
Que faut-il penser d’un projet – conçu en 1965 – qui encourage le trafic routier (premier poste sur les émissions de gaz à effet de serre), qui ne désengorge pas Strasbourg (4,6 % de report de trafic), qui détruit les meilleures terres agricoles de la région proche de Strasbourg, qui sera une autoroute à péage (que personne n’a envie de payer), qui a fait l’impasse sur toutes les autres alternatives, qui porte atteinte à la biodiversité (grand hamster et autres espèces animales) et qui n’a jamais fait l’objet d’un véritable débat sur l’opportunité d’une solution routière. Une majorité de personnes s’était exprimée contre le GCO lors de l’enquête publique, une étude indépendante a mis en évidence la possibilité de solutions alternatives.
Malgré tous ces arguments qui tendent vers l’abandon de ce projet, le gouvernement décide d’aller contre tous les avis exprimés. De qui se moque-t-on ? Et l’on ose nous parler de démocratie participative et prise de conscience environnementale… De plus, l’argent public – les subventions d’équilibre – consacré à ce projet routier ne pourra plus l’être au profit des transports collectifs.
Un collectif regroupant des associations, des élus et des agriculteurs, a toujours proposé des solutions alternatives au GCO : le refus de dialogue a été total. La rencontre organisée mi-janvier 2008 au Ministère de l’Environnement, du Développement et de l’Aménagement durables nous semble avoir été un simulacre de concertation puisque le refus de débattre est total.
Conscientes de défendre l’intérêt général, les fédérations France Nature Environnement, FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers des transports), FNAUT Alsace et Alsace Nature dénoncent publiquement ce passage en force qui démontre l’incohérence entre l’urgence à agir et la prise de décision favorable à des projets du siècle passé. Elles mettront en œuvre tous les moyens pour faire connaître leur position et pour s’opposer à ce projet obsolète et inutile.
Les forêts du bord de l’eau en déclin rapide
Les mangroves, ces forêts implantées dans les zones humides, sont un écosystème d’une biodiversité très grande. Mais elles sont détruites à grande allure pour développer l’aquaculture ou les élevages de crevettes. 20 % de la superficie en a disparu depuis moins de trente ans, constate la FAO, parlant d’une « perte effrayante ».
Les dommages environnementaux et économiques provoqués par la disparition alarmante des mangroves dans de nombreux de pays devraient être au centre des préoccupations, selon la FAO qui réclame de meilleurs programmes de protection et de gestion de ces formations végétales.
Le monde a perdu environ 3,6 millions d’hectares de mangroves depuis 1980, soit une perte effrayante de 20 % de la superficie totale des mangroves, selon l’étude récente d’évaluation des mangroves de la FAO intitulée "Les mangroves du monde 1980-2005". La superficie totale des mangroves est passée de 18,8 millions d’hectares en 1980 à 15,2 millions en 2005, selon le rapport. Il y a cependant eu un ralentissement du taux de déforestation des mangroves qui est passé d’environ 187 000 ha détruits par an dans les années 1980 à 102 000 ha par an entre 2000 et 2005, reflétant une plus grande conscience de la valeur des écosystèmes de mangroves.
"Les mangroves sont d’importantes formations végétales qui recouvrent des terres humides et marécageuses. La plupart des pays ont maintenant interdit la conversion des mangroves pour l’aquaculture et évaluent l’impact sur l’environnement avant d’utiliser ces zones de mangroves à d’autres fins", selon Wulf Killmann, expert forestier de la FAO qui s’exprimait à quelques jours de la Journée mondiale des zones humides (2 février 2008).
"Cela a conduit à une meilleure protection et gestion des mangroves dans certains pays. Mais globalement, la disparition de ces forêts côtières demeure alarmante. Leur taux de disparition est sensiblement plus élevé que celui de n’importe quel autre type de forêt", ajoute M. Killman.
"Si le déboisement des mangroves se poursuit, il peut provoquer des pertes considérables de biodiversité et de moyens d’existence, en plus de l’intrusion du sel dans les zones côtières et de l’envasement des récifs coralliens, des ports et des couloirs de navigation. Le tourisme souffrirait également. Les pays doivent s’engager dans une préservation plus efficace et une gestion durable des mangroves et des autres écosystèmes humides à travers le monde."
Les pertes continuent
L’Asie a enregistré la plus importante disparition de mangroves depuis 1980, avec plus de 1,9 million d’hectares détruits, principalement en raison des changements d’utilisation de la terre. Au cours des 25 dernières années, l’Amérique du Nord et centrale mais aussi l’Afrique ont également contribué de manière significative à la diminution des superficies de mangroves, avec des pertes respectives d’environ 690 000 et 510 000 ha.
Au niveau des pays, l’Indonésie, le Mexique, le Pakistan, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Panama ont enregistré les plus grandes pertes de mangroves durant les années 1980. Au total, environ un million d’hectares ont été perdus dans ces cinq pays - une superficie comparable à la Jamaïque.
Dans les années 1990, le Pakistan et le Panama ont réussi à réduire leur taux de destruction des mangroves. Inversement, le Viet Nam, la Malaisie et Madagascar ont souffert de déboisements accrus et sont entrés dans les cinq principaux pays avec des pertes importantes de superficies dans les années 1990 et la période 2000-2005.
Comme causes principales de la destruction des mangroves, la FAO a cité la pression démographique élevée, la conversion à grande échelle des zones de mangroves pour la pisciculture, l’élevage des crevettes, l’agriculture, les infrastructures et le tourisme, aussi bien que la pollution et les catastrophes naturelles.
Mieux protéger
"Sur une note positive, un certain nombre de pays ont enregistré, avec le temps, une augmentation des superficies de mangroves, y compris le Bangladesh", indique Mette Wilkie, experte en foresterie à la FAO. "Une partie de la plus grande superficie de mangroves dans le monde, la réserve forestière de Sundarbans au Bangladesh, est bien protégée, et aucun changement majeur dans toute l’étendue de cette zone ne s’est produit pendant les dernières décennies, bien que quelques pertes de mangroves aient été rapportées après le récent cyclone de 2007. En Equateur, l’abandon des bassins et des structures pour la production de sel et de crevettes a permis la reconstitution de divers sites de mangroves", précise Mme Wilkie.
Les mangroves sont des forêts à feuilles persistantes et tolérantes au sel, qui se situent le long des littoraux, des lagunes, des fleuves ou des deltas dans 124 régions et pays tropicaux et subtropicaux, protégeant les zones côtières contre l’érosion, les cyclones et le vent. Ce sont des écosystèmes importants fournissant du bois, de la nourriture, du fourrage, des plantes médicinales et du miel. Elles sont également des habitats pour nombre d’animaux comme les crocodiles, les serpents, les tigres, les cerfs, les loutres, les dauphins et des oiseaux.
Un large éventail de poissons, de mollusques et de crustacés dépend également de ces forêts côtières et les mangroves contribuent à la protection des récifs coralliens contre l’envasement résultant de l’érosion des terres. L’Indonésie, l’Australie, le Brésil, le Nigéria et le Mexique comptent ensemble pour environ 50 % de la superficie mondiale des mangroves.
Des élus sous contrôle ADN ?
Francine Bavay, élue Verte au conseil régional d’Ile de France, a participé à des actions de fauchage volontaire contre les OGM. Et la voilà convoquée par la justice pour un prélèvement de son ADN… Elle refuse, avec le soutien de la région.
L’Exécutif régional, sous la présidence de Jean-Paul Huchon, tient à exprimer toute sa solidarité avec Francine Bavay, vice-présidente verte de la Région Ile-de-France chargée du développement social et de la santé. Francine Bavay a en effet reçu, mercredi 16 janvier, une convocation pour prélèvement d’ADN, dans la continuité des poursuites judiciaires entamées à Orléans en juin 2006 à l’encontre de Francine Bavay et de 49 autres faucheurs volontaires de maïs génétiquement modifiés. Cette convocation intervient après que l’Etat français a enfin décidé l’activation de la clause de sauvegarde contre la dissémination des OGM, donnant ainsi raison à ceux qui ont manifesté leur inquiétude et ont ainsi éveillé les consciences à la réalité d’un risque désormais reconnu par l’autorité publique. Rappelons que la Région s’est déclarée « Région sans OGM » en octobre 2004. L’Exécutif régional demande l’amnistie des infractions liées au fauchage volontaire et s’indigne de l’élargissement dangereux pour les libertés individuelles du champ d’application du texte créant le fichier national automatisé des empreintes génétiques. Il demande que la procédure de prélèvement d’ADN soit immédiatement interrompue à l’encontre de l’ensemble des faucheurs parmi lesquels Francine Bavay.
Energie solaire : une percée majeure au MIT
Daniel Nocera a mis au point un procédé de stockage de l’énergie solaire s’inspirant de la photosynthèse. Des commentateurs parlent de « découverte du siècle ».
Daniel Nocera ne mâche pas ses mots : « C’est le nirvana dont nous parlions depuis des année ». Dans son laboratoire du MIT ( Massachusetts Institute of Technology) le Professeur Daniel Nocera et Matthew Kanan, un post-doctorant de son équipe, ont développé un procédé qui s’inspire de la photosynthèse des plantes pour convertir simplement l’eau en hydrogène et en oxygène.
Le problème avec l’énergie solaire résidait dans la difficulté à stocker l’électricité ou la chaleur produite. Tous les procédés connus, dont la simple électrolyse de l’eau pour produire de l’hydrogène, sont peu efficaces et chers. Avec cette découverte, et selon les propos même du chercheur, « nous disposons d’un moyen simple, bon marché, et très efficace de stocker l’énergie solaire ». Et Nocera ajoute :« Maintenant nous pouvons sérieusement songer à stocker l’énergie solaire de façon illimitée, et ce prochainement » ajoute Nocera. Dans le monde, les réactions des scientifiques font état de découverte du siècle.
Les photos de l’appareillage de Nocera qui nous ont été transmises par le MIT montre d’ailleurs la simplicité du procédé. L’élément clé est une électrode d’oxyde d’étain et d’indium plongée dans une solution de cobalt et de phosphate de potassium. Sous l’effet du champ électrique, il se forme un film de cobalt et de phosphate sur l’électrode reliée au pôle négatif ( l’anode), qui agit comme catalyseur de la dissociation de l’oxygène de l’eau. Une autre électrode relié au pôle positif (cathode) et associée à un catalyseur comme le platine favorise la libération de l’hydrogène. Le système agit comme la réaction de photosynthèse des plantes (celle-ci sépare l’hydrogène de l’eau et le carbone du gaz carbonique). Il fonctionne à température ambiante et dans une eau de PH neutre, il est facile à réaliser. « C’est pour ça que je sais que ça va marcher » ajoute Nocera.
Une fois la séparation de l’hydrogène et de l’oxygène réalisée, les deux éléments peuvent se recombiner dans une pile à combustible pour fabriquer l’électricité nécessaire aux habitations et aux voitures, et ce avec un bilan carbone neutre.
Selon James Barber, une sommité dans le domaine de la photosynthèse, et professeur de biochimie à l’Imperial College de Londres, « il s’agit là d’une découverte majeure avec des implications énorme pour l’humanité ». (James Barber n’as pas été impliqué dans les recherches de Nocera).
Dans Technology Review, la revue de MIT, Karsten Meyer professeur de chimie à l’université allemande Friedrich Alexander considère même qu’il s’agit là de l’une des plus grandes découvertes du siècle (il est vrai que le siècle n’a pas dix ans, ndlr).
Nocera envisage, dans une décennie, des maisons équipées de panneaux photovoltaïques, de son catalyseur, et d’une pile à hydrogène. L’énergie produite le jour est stockée sous forme d’hydrogène pour la nuit. Les illustrations ci-contre nous ont été aimablement fournies par le MIT.
Le pistolet électrique lancé sans précaution
La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, autorise la généralisation des pistolets à électrochocs dit Taser auprès des forces de police. Mais cette arme, considérée comme instrument de torture par un organe des Nations Unies, n’a connu aucune étude indépendante sur sa dangerosité, rappelle Raidh, qui mène campagne contre cette arme.
RAIDH - septembre 2008
Le ministère de l’Intérieur s’apprête à autoriser par décret 17 000 policiers municipaux à être dotés de pistolets à électrochocs adressant une décharge de 50000 volts. RAIDH, Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les droits de l’Homme, qui mène campagne depuis 3 ans pour une régulation de l’usage des pistolets à impulsions électriques, rend public une étude confidentielle sur l’usage du Taser en France. RAIDH saisit à cette occasion le Conseil d’Etat pour interdire cette arme qualifiée d’instrument de torture par les Nations Unies. RAIDH regrette la décision prise par la ministre de l’Intérieur, Mme Michèle Alliot-Marie, d’autoriser la dotation de pistolets à électrochocs de type Taser X 26 des 17000 policiers municipaux œuvrant au quotidien au plus près des populations locales. Cette décision fait suite à des échanges avec le cabinet de la ministre, des questions écrites d’une vingtaine de parlementaires, des contacts avec les Etats parties au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, et après un débat public largement couvert par la presse autour de la dangerosité des pistolets à impulsions électriques. C’est donc en toute conscience et fort des avis divergents qui ont été formulés, notamment par notre association, que cette décision fut prise. En cas de blessures graves, voire de mort des personnes électrocutées par les agents agissant sous son autorité, le ministère est-il conscient que sa responsabilité pourrait être engagée ?
Rappelons que le Ministère de l’Intérieur n’a mené aucune étude indépendante sur la dangerosité des armes dont elle vient d’autoriser une large dotation en dépit du principe constitutionnel de précaution. RAIDH s’interroge notamment sur les chiffres avancés par le Ministère : la dotation de 3800 Taser en France aurait fait baisser l’usage de l’arme à feu de 30%, les sociologues ayant travaillé sur la question estimant à environ 0,3 coup de feu pour 1000 agents le nombre de tir annuel par les policiers français, RAIDH fait part de ses doutes et demande à ce que cette étude soit rendue publique. RAIDH s’est procuré une note de service à l’attention des forces de l’ordre qui prévoit que le Taser X 26 soit prioritairement utilisé en cas de légitime défense ou en cas de nécessité. Or, selon les statistiques officielles adressées au Comité de prévention de la torture du Conseil de l’Europe, il apparaît que dans 83% des cas, le Taser X 26 est utilisé en dehors de ces conditions par les gendarmes, un corps professionnel réputé plus formé que les policiers municipaux. En conséquence, RAIDH a saisi le Conseil d’Etat en vue d’annuler le décret autorisant les policiers nationaux à être dotés de pistolets à électrochocs et s’apprête à le saisir de nouveau s’agissant de personnels réputés moins formés. RAIDH appelle par conséquent tous les maires disposant d’une police municipale à se déclarer « Zones sans Taser ». RAIDH rappelle à cette occasion que contrairement aux rumeurs relayées par la plupart des médias, la ville de Toulouse n’entend pas doter sa police municipale de Taser X 26.
RAIDH passera en procès contre le distributeur du Taser en France le lundi 15 septembre à la 17e chambre du TGI de Paris à 14h30 pour « dénigrement de l’image et de la marque commerciale Taser » et « dépassement des limites de la liberté d’expression ». Le distributeur réclame à ce titre 61 000 euros de dommages-intérêts, frais d’avocat et frais de publication à RAIDH, soit plus de 60 ans de budget annuel de l’association. RAIDH est une association de défense des droits de l’Homme née en avril 2002 composée de militants bénévoles, juristes, sociologues, communicants, œuvrant pour le respect effectif des droits fondamentaux.
L’Etat attaque des Basques écolos et non violents
Depuis 2005, le mouvement basque non-violent a créé une chambre d’agriculture en Pays basque, pour répondre aux besoins des paysans et développer des méthodes de travail écologiques. Mais l’Etat français n’accepte pas cette concurrence avec la Chambre d’agriculture officielle, productiviste, et attaque les alternatifs en justice.
Euskal Herriko Laborantza Ganbara (= « Chambre d’Agriculture du Pays Basque » en langue basque) est une association loi 1901 qui a pour objet le développement d’une agriculture paysanne et durable en Pays Basque. Elle compte aujourd’hui 10 salariés et est forte du soutien de 1200 membres-donateurs. Les paysans basques membres de la Confédération Paysanne, majoritaires en Pays Basque mais minoritaires dans le département -particulièrement bicéphale et artificiel- des Pyrénées-Atlantiques demandaient en effet depuis 10 ans une chambre d’agriculture spécifique du Pays Basque pour mener une politique favorable aux petites exploitations (majoritaires en Pays Basque) et promouvoir une agriculture paysanne et écologiquement responsable. La Chambre d’Agriculture officielle des Pyrénées-Atlantiques est en effet tenue par le lobby FNSEA-grands maïsiculteurs, favorable à une agriculture industrielle, favorisant la concentration en grandes exploitations, l’irrigation intensive, l’usage toujours plus poussé des pesticides et ayant lancé le projet aberrant d’une usine de bio-éthanol fabriqué à base de maïs à Lacq. En janvier 2004, la branche locale de la Confédération Paysanne (qui s’appelle ici ELB) avertit le gouvernement que s’il ne créée pas cette Chambre d’Agriculture du Pays Basque d’ici un an, c’est elle qui le fera. ELB mobilise alors l’ensemble de la société civile du Pays Basque et le pari est tenu : Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) est créée le 15 janvier 2005, installée dans des locaux situés dans le petit village d’Ainhice-Mongelos (64 220). L’association se met à travailler et à faire ce qu’aurait dû faire la Chambre d’Agriculture du Pays Basque si le gouvernement l’avait créée : développement de systèmes autonomes et économes, développement de circuits courts de commercialisation, promotion de pratiques culturales moins consommatrices en engrais et en pesticides, politique visant à favoriser la transmission des fermes à des jeunes (et non leur concentration progressive), organisation d’un salon annuel de l’agriculture paysanne et durable intitulé Lurrama-La Ferme Pays Basque (30 000 visiteurs en 2006 dans une édition parrainée par Edgar Pisani, 36 000 visiteurs en 2007 dans une édition parrainée par Jacques Testart, édition 2008 les 31 octobre, 1er et 2 novembre) Le succès est impressionnant. Paysans et population locale adhèrent massivement à la démarche. Mais l’Etat ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, cette association fait de l’ombre à la Chambre d’Agriculture officielle et au projet planifié pour l’agriculture en Pays Basque, à savoir réduire et concentrer considérablement le nombre d’exploitations (« Il faut choisir entre être nombreux ou heureux » dixit un Président de la Chambre d’Agriculture officielle). De plus, cette revendication d’une Chambre spécifique au Pays Basque est vécue comme une grave atteinte au centralisme jacobin. Pourtant, EHLG est composée de gens de toutes tendances politiques : des militants basques mais également des socialistes, des Verts, des centristes etc... Et ceux et celles qui animent EHLG ont un point commun fondamental : ils sont absolument non-violents et farouchement opposés à toute forme d’action violente ou clandestine, ce qui en Pays Basque n’est pas toujours un choix facile à défendre et à assumer. Malgré tout cela, ce jeudi 18 septembre à Bayonne, à la suite d’une plainte officielle du Préfet, l’association et son Président, Michel Berhocoirigoin seront traînés devant le tribunal correctionnel : au delà de la peine risquée (un an de prison ferme et 15 000 euros d’amende), c’est carrément l’interdiction et la dissolution de l’association qui sont en jeu. La plainte du préfet et la citation à comparaître délivrée par le Procureur de Bayonne arguent du fait que le nom (c’est-à-dire la traduction en français d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara) et les missions d’EHLG « sont de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ou d’une activité réservée aux officiers publics ou ministériels, et en l’espèce une confusion avec la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques ». L’affaire est gravissime : il s’agit en effet d’un grave précédent où l’Etat français demande l’interdiction d’une association absolument non-violente, démocratique et transparente, qui n’ a commis aucun délit. On ne reproche à cette association aucun acte délictueux, juste son objet et son existence même. En outre, il nous semble aberrant -en ces temps de crise majeure aux niveaux écologique, agricole, social- de tenter de faire disparaître une association unanimement appréciée pour son travail remarquable et novateur en faveur d’une agriculture paysanne, écologiquement responsable, socialement équitable.
Source et contact : Fondation Manu Robles-Arangiz 20, rue des Cordeliers 64100 Bayonne Tél : 06 14 99 58 79
La crise ? Pas d’ not’ faute, geignent les capitalistes !
Le système s’écroule, mais les néo-libéraux font comme s’ils n’y étaient pour rien. Le coup de gueule de Gérard Filoche.
Extraordinaires, tous les charlatans à la mode Jean-Marc Sylvestre : leur monde théorique et leur monde réel s’écroule en même temps, mais ils font comme si de rien n’était ! Pas de responsables, pas d’accusés, pas de coupables ! Les Sarkozy, les Fillon, les Lagarde, Peyrelevade et autres disent n’importe quoi pour combler le vide sidéral des théories néo libérales dans lesquelles ils se vautrent et sur lesquels ils ont bâti leur actuel pouvoir.
Alan Greenspan avoue que c’est la plus grande crise financière en un siècle, mais tous nos éditorialistes, sur les radios, les télés, minimisent, font semblant, font diversion. Ils nient que ce soit leur système économique tout entier qui soit en cause, un système de pillage et de destruction mondialisé. Les grands prédateurs de la finance du haut du pavé ont tellement triché, menti, grossi leurs spéculations qu’ils arrivent à nu, à cru, comme des voleurs démasqués. Les milliards de dollars volètent, l’écart entre leurs transactions monétaires et l’économie réelle est tel que tout s’effondre comme un jeu de domino – mais, hélas, ils nous entraînent avec eux.
La bulle d’argent pour laquelle ils ont siphonné tant et tant de richesses produites à la sueur du front de milliers de millions de travailleurs, explose, balayant les espoirs de l’humanité. Et « l’Etat », le maudit « Etat » dont ils ne veulent pas, dont ils disent pis que pendre à longueur d’articles, de discours, devient leur sauveur : il re-pille les biens des administrés pour socialiser les pertes des banques, essayer de limiter leur catastrophe avec notre sueur, nos droits, notre travail. Tel éditorialiste pro « oui », pro Europe libérale, de France inter appellera même cela « le retour de l’Etat ».
Le fameux système libéral de Sarkozy, celui des 2 % de rapaces privilégiés, le monde de Neuilly, s’effondre : la course sans règles, à l’individualité, au profit maximum, au plus violent compétiteur, démontre sa faillite planétaire.
En France, quasi récession, régression des salaires, destruction des protections sociales, précarité et reculs des droits du travail, bouclier fiscal pour les grandes fortunes, concentration forcenée des richesses, privatisations scandaleuses et destruction des services publics, casse de l’école, des hôpitaux, ententes monopolistiques, surexploitation du travail et manipulation des consommateurs, tout le système Sarkozy est là, concentré, démasqué : c’est la société des Rolex et du pape, des sectes et du Bling-bling, du Karcher et des sales guerres afghanes, de la répression anti-grève et anti droit du travail, des subprime, des copains et coquins. Dire que le summum récent de Sarkozy, c’est une taxe sur les verres et les assiettes en plastique qui servent au pique-nique et aux rares fêtes des petites gens… Quelle misère, quelle médiocrité, quelle honte ce régime néo libéral conservateur, ce gouvernement Sarkozy-Fillon-Medef ! C’est le pire gouvernement de la France depuis 60 ans. Il urge qu’un soulèvement social y mette un terme avant que ses ravages ne soient trop importants, il urge que la gauche refasse surface, et dise ce qu’il faut : une alternative, une transformation sociale en profondeur.
Source : http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article1624
Les désillusions du Grenelle
Bonus-malus à la trappe, loi sur les OGM, autoroute A 65 autorisée : que reste-t-il du Grenelle ? Le regroupement des associations qui y avait participé s’inquiète.
L’Alliance pour la planète (plate-forme de 80 associations) s’est réunie en assemblée plénière. Elle exprime ses plus vives préoccupations devant la tournure que prend le processus Grenelle de l’environnement. Atermoiements gouvernementaux sur la fiscalité verte, loi OGM légalisant la contamination, texte de loi Grenelle 1 en dessous des engagements pris par consensus lors des tables rondes, silence sur le projet de loi Grenelle 2. Il est plus que temps que le chef de l’Etat fasse respecter par son gouvernement les engagements qu’il a pris publiquement devant la nation le 25 octobre 2007.
Il y a près d’un an, à l’issue d’un processus novateur et exemplaire par de nombreux aspects, la France était entrée dans une dynamique d’excellence environnementale. Cela avait été salué tant au sein de l’Union européenne qu’à l’extérieur. On pouvait alors espérer non seulement que la France rattrape son retard mais qu’elle devienne un exemple tant par le mode de gouvernance que par le nouveau contrat écologique signé tacitement entre le chef de l’Etat et la société française.
A quelques semaines du premier anniversaire du Grenelle de l’environnement, force est de constater que le « new deal écologique » voulu par Nicolas Sarkozy n’a été une « rupture » que dans les déclarations. Le projet de loi d’orientation dit Grenelle 1 se révèle flou dans les objectifs et inexistant dans les moyens. La société civile a été délibérément écartée de son mode d’élaboration au profit d’une haute fonction publique qui semble avoir les plus grandes difficultés à prendre en considération l’urgence écologique. Enfin, la cacophonie autour de la fiscalité verte laisse augurer d’une absence de vision à long terme de la part des pouvoirs publics. Pourtant gouverner, c’est prévoir.
Or nous savons depuis le rapport Stern que le coût de l’inaction en matière environnementale risque de déstabiliser dramatiquement les économies de l’Union européenne en détruisant près de 20% du PIB d’ici 2050. Comme l’ensemble des Françaises et Français, l’Alliance pour la planète attend maintenant du chef de l’Etat qu’il fasse respecter le poids de sa parole.
Source : WWF, service de presse, 01 55 25 84 61
La corruption gagne du terrain
Les pays pauvres sont particulièrement touchés par la corruption, observe Transparency International dans son dernier rapport. Mais la corruption progresse aussi dans les pays riches, et la France n’améliore pas sa position.
Avec la Somalie et l’Irak en bas de classement, l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2008 de Transparency International, publié aujourd’hui, met en évidence le cercle vicieux liant pauvreté, faillite des institutions et corruption. Les pays développés ne sont pas en reste. Les mauvaises performances de certains pays industrialisés dans l’IPC 2008 indiquent que les mécanismes de contrôle ne sont pas non plus infaillibles dans les pays riches. « Dans les pays les plus pauvres, la corruption peut être une question de vie ou de mort, lorsque, par exemple, elle touche aux ressources destinées aux hôpitaux ou aux réseaux de distribution d’eau potable, » déclare Huguette Labelle, Présidente de Transparency International. « La persistance d’un niveau élevé de corruption et de pauvreté dans de nombreux pays pauvres conduit à une situation humanitaire désastreuse et ne peut être tolérée. Mais même dans les pays les plus riches, l’inégale mise en œuvre des mesures de lutte contre la corruption est préoccupante. L’adoption de politiques plus strictes de lutte contre la corruption est nécessaire. »
L’Indice de Perception de la Corruption évalue la perception du niveau de corruption affectant les administrations publiques et la classe politique de 180 pays. C’est un indice composite fondé sur différents sondages et enquêtes réalisés par des organismes indépendants. Il classe les pays sur une échelle de 0 (haut degré de corruption perçu) à 10 (faible degré de corruption perçu). Le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Suède, obtiennent la note la plus élevée, soit 9,3, immédiatement suivis par Singapour, avec un score de 9,2. Les pays perçus comme les plus corrompus sont Haïti avec 1,4, l’Irak et Myanmar avec 1,3, et enfin la Somalie avec un score de 1. (…)
Dans les pays pauvres, les ravages de la corruption compromettent la lutte contre la pauvreté et menacent la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Selon le Rapport mondial sur la corruption 2008 de TI, l’extension incontrôlée de la corruption pourrait renchérir de 50 milliards de dollars (35 milliards d’euros) le montant des investissements nécessaires pour atteindre les OMD dans le domaine de l’eau et de l’hygiène publique, soit près de la moitié de l’ensemble des budgets d’aide au développement. Ce constat nécessite des efforts accrus non seulement dans les pays pauvres, où le bien être d’une part importante de la population est en jeu, mais également de la part de la communauté des donateurs. Leur démarche doit être plus ciblée et plus coordonnée afin que l’aide au développement favorise le développement de la bonne gouvernance dans les pays bénéficiaires, et que les versements effectués au titre de l’aide au développement ne puissent être détournés. (…)
L’affaiblissement des performances de certains grands pays exportateurs, et en particulier la diminution significative des notes de certains pays européens dans l’IPC 2008, met le doute sur la détermination réelle des gouvernements à mettre fin aux abus des entreprises dans la conduite de leurs activités à l’étranger. Ce recul traduit également certaines préoccupations liées au fonctionnement interne des Etats avec par exemple la question du financement des partis politiques. L’éclatement régulier de scandales liés à des actes de corruption active commis à l’étranger témoigne de l’incapacité des pays riches à tenir leurs promesses anti-corruption, notamment leur engagement mutuel à rendre des comptes. « Cette sorte de double standard est inacceptable et traduit le mépris des règles du droit international » déclare Huguette Labelle. « Au-delà de ses effets désastreux sur l’état de droit et la confiance accordée à l’Etat, ce manque de détermination décrédibilise les appels adressés aux pays pauvres pour qu’ils agissent plus fermement contre la corruption. » La Convention de l’OCDE contre la corruption, qui pénalise les actes de corruption commis à l’étranger par des entreprises basées dans les pays de l’OCDE, est en vigueur depuis 1999, mais sa mise en œuvre effective reste très inégale. (…)
De l’IPC 2008 ressort une image de la France quelque peu ternie. Avec une baisse de 0,4 point par rapport à l’IPC 2007 (classement : 23e rang en 2008 et 19e en 2007 - note : 6,9 en 2008 contre 7,3 en 2007), la France fait partie des pays européens enregistrant une baisse significative aux côtés, entre autres, du Royaume-Uni (-0,7), de l’Italie (-0,4) et de la Bulgarie (-0,5).
Cette année aura été marquée par plusieurs affaires touchant aux plus hautes sphères de l’Etat en France. De l’ancien Président de la République visé par différentes enquêtes pour corruption – mis en examen pour l’une d’entre elles – à la mise en examen de l’ex Premier ministre dans le cadre de l’affaire « Clearstream » et au scandale impliquant la principale fédération d’entreprises françaises (UIMM), nombreux sont les éléments qui ont pu contribuer à dégrader la perception du niveau de corruption en France. A l’instar d’autres pays développés, la France a aussi sa part d’entreprises impliquées dans des affaires de corruption à l’étranger. Enfin, le non lieu prononcé dans l’affaire des frégates de Taiwan, après que trois ministres de l’Economie et des Finances, de gauche comme de droite, aient bloqué l’instruction par l’invocation du secret défense, a indiscutablement jeté le doute sur la volonté de la classe politique française de faire toute la lumière sur cette affaire. (…)
Les riches des pays pauvres doivent être mis à contribution
Une proposition innovante pour intégrer l’inégalité sociale dans la lutte contre le changement climatique.
Paul Baer ne paye pas de mine. Queue de cheval, barbu et sans cravate, cet écologiste est pourtant une grosse tête : PhD de l’université de Berkeley (énergie et ressources), il passe une partie de son temps sur un projet de recherche à l’université Stanford (Etats-Unis). A 46 ans tout juste, il est surtout le coauteur d’un des projets de politique climatique les plus excitants du moment.
Cette étude part du principe que, si l’humanité veut rester en deçà d’un réchauffement du globe de 2 °C, elle devra réduire drastiquement ses émissions, de l’ordre de 80 % d’ici à 2050. Mais ce changement peine à se réaliser, en raison des réticences des pays du Nord à changer leur comportement, et en raison de l’objectif légitime des pays du Sud à se développer. Pour sortir de cette impasse, le groupe Ecoequity de Paul Baer propose un changement de paradigme : le droit au développement d’une grande partie de la population mondiale doit être reconnu, assure-t-il, et aucune contribution ne devrait être demandée aux personnes situées en dessous d’un niveau de pauvreté global, que l’on peut situer à 20 dollars par jour. Les auteurs appellent ce niveau le « seuil de développement »
Deuxième idée : les « pays du Sud » ne doivent plus être considérés comme un bloc. Dans de nombreux pays émergents sont apparues des classes moyennes et riches, disposant de revenus plus élevés que ce seuil. Or, explique Paul Baer, « les riches ne devraient pas avoir le droit de polluer sans limite sous prétexte que leur pays est pauvre. En fait, les personnes situées au-dessus de ce seuil ont réalisé leur droit au développement et ont la responsabilité de préserver ce droit pour les autres ».
Ecoequity propose donc de sortir de l’opposition stérile Nord-Sud, pour intégrer l’inégalité sociale dans le raisonnement : on demanderait une contribution pour financer les mesures de réduction des émissions aux classes moyennes et riches du monde entier. Bien sûr, les pays du Nord resteraient les principaux contributeurs : aux Etats-Unis, près de 95 % de la population se situe au-dessus du niveau de 20 dollars par jour, contre environ 5 % en Inde et 20 % en Chine.
La proposition d’Ecoequity n’est-elle pas utopique ? « Je dirais plutôt idéaliste, répond Paul Baer. Il faut proposer des nouveaux concepts pour faire avancer les choses. » « C’est utile, observe Brice Lalonde, ambassadeur français chargé des négociations sur le changement climatique. Ce type d’idées nous sert de boussole pour orienter les négociations. »
Le lobby automobile freine le recul de la pollution
Le « Mondial de l’automobile » s’ouvre à Paris. L’industrie qui s’exhibe ainsi est un des lobbies les plus importants du monde, qui bloque de toutes ses forces les réductions de la pollution des véhicules.
Le monde automobile n’est pas le monde. C’est une profession intégrée au milieu des intérêts pétroliers représentant un des deux lobbys les plus importants sur la planète. L’industrie automobile est un monde opaque, non-ouvert aux citoyens, un monde industriel en retard technologiquement et sociétalement. Voici quelques exemples : - L’industrie refuse de communiquer toutes les informations sur la pollution automobile (particules fines…). - Au niveau technique, très peu de progression depuis 60 ans : la Volkswagen de 1948 consommait 7,5 L/100 km, celle de 2008 consomme également 7,5 L/100 km, pas d’allégement du poids des véhicules. - L’industrie est juge et partie ; l’UTAC (Union technique de l’automobile, du motocycle et du cycle), en charge des normes et des contrôles, est possédée par les industriels eux-mêmes ; son directeur général étant actuellement détaché par le Groupe PSA. Il est nécessaire de revoir l’indépendance de cet organisme pour qu’il diffuse tous ses résultats ayant des impacts sur la santé des citoyens.
Tant que le législateur n’intervient pas, l’industrie automobile poursuit son lobbying pour préserver la situation actuelle, faisant fi de la santé publique. Ainsi, il a fallu attendre 14 ans pour avoir une baisse sensible du CO (Euro I à Euro IV) et près de 20 ans, après les Etats-Unis, pour équiper les véhicules essences de pots catalytiques. Et aujourd’hui, sur 2 millions de véhicules vendus en France, 1,5 million sont des diesels et continuent majoritairement (sans filtre à particules) à mettre notre santé en danger. Pourquoi ne pas imposer des filtres à particules sur les diesels, alors que les particules fines issues de cette motorisation représentent un danger très important pour la santé humaine ? On dénombre près de 30.000 morts en France chaque année, une progression de l’asthme chez l’enfant, des hospitalisations, des cancers, une perte de l’espérance de vie, des décès prématurés…
Pourquoi donner un bonus à tous ces diesels polluants et satisfaire ainsi l’inertie de l’industrie ? Nous demandons à l’Etat d’attribuer le bonus exclusivement aux diesels équipés de filtre à particules, en rétablissant ainsi l’équilibre financier du bonus/malus. Par ailleurs, il serait opportun de profiter de l’actuelle Présidence française à l’Union Européenne pour faire avancer la norme Euro V et gagner une réelle avancée sur la santé des citoyens.
Le système est entré dans un processus global de décomposition
La crise financière doit être reliée à la crise écologique, dont elle est un prolongement. Pour éviter le chaos social, nous devons changer les représentations collectives.
Décidément, les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front de l’économie comme de l’environnement. L’avenir radieux promis par les « trente glorieuses » n’est plus au rendez-vous. A la débâcle des pôles répond dorénavant celle de la finance internationale qui menace l’économie mondiale. Comme si un processus global de décomposition de notre système était en cours. Aucun commentateur n’a jusqu’à présent eu l’idée de faire le lien entre la crise économique et celle qui frappe les grands équilibres écologiques mondiaux, comme si les deux phénomènes étaient indépendants l’un de l’autre. Pourtant, leur concomitance n’est pas le fruit du hasard. La crise financière a été entraînée par un échafaudage mondial, complexe et instable, d’énormes dettes provoquées par une course à l’investissement venant du secteur bancaire, associées à une surconsommation des ménages font appel au crédit facile. Le bon sens, qui n’est pas toujours partagé par les milieux économiques, voulait qu’un jour ou l’autre tout cela s’effondre. La foi dans la durabilité d’une croissance sans limites interdisait toute forme d’alerte et dans l’euphorie ambiante, les esprits doutant de la pérennité d’un tel système ne pouvaient donc pas rendre publiques leurs inquiétudes.
A cette crise s’est greffée celle de l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières et des ressources naturelles provoquée par la surconsommation provenant des nouveaux pays industriels. Or cette envolée n’est pas sans lien avec la problématique environnementale puisque c’est la récente prise de conscience collective du caractère limité de ces ressources qui en est à l’origine. Tout le monde sait que les prix s’envolent quand la ressource s’effondre, le cas actuel du cabillaud, jadis poisson du pauvre, le démontre concrètement, en attendant un jour peut-être le tour des sardines. De même, le boom immobilier de ces dernières années qui s’explique aussi par la rareté croissante du foncier, a considérablement aggravé le phénomène de l’étalement urbain grand consommateur d’espaces naturels (il en disparaît chaque année 50 000 hectares !). Le tout aggravé par une concurrence féroce et par un déferlement technologique sans boussole.
A vrai dire, ce qui est aujourd’hui en train de se passer illustre de manière dramatique l’aveuglement d’une société persuadée que l’humanité peut continuer à vivre avec un développement sans limites de ses activités économiques. Inévitablement, la croissance débouche alors un jour ou l’autre sur la récession, une fois ces limites franchies. Pas plus que les espaces naturels, l’espace économique n’est indéfiniment extensible. Nous sommes aujourd’hui à la veille de bouleversements considérables aux conséquences incalculables, tant sur le plan social, qu’économique et environnemental. Ces bouleversements sont en décalage complet avec les représentations politiques et économiques qui continuent à habiter les esprits de notre oligarchie. Ceci explique son désarroi actuel.
Sans parler du chaos social que va entraîner la récession dans une société qui n’imagine survivre que par la croissance, on peut s’interroger sur son impact environnemental qui est fondamentalement ambivalent. Car si les investissements publics et privés consacrés à la protection de l’environnement vont avoir à en souffrir, ceux aussi consacrés à sa destruction vont subir le même sort, ce qui lui sera bénéfique. D’un côté il y aura moins d’argent investi par exemple dans les grands projets d’infrastructures de transport ou les opérations immobilières sur le littoral, mais de l’autre il y en aura aussi moins pour l’isolation thermique des bâtiments, la création et la maintenance des stations d’épuration des eaux. Il faudra alors arbitrer entre différents besoins avec beaucoup moins de moyens financiers que par le passé.
Et si cet arbitrage continue à se faire au sein des entreprises comme des pouvoirs publics avec la mentalité qui a régné durant les trente glorieuses, ce sont les préoccupations du court terme qui une fois de plus vont l’emporter. Les conditions de la concurrence internationale vont être encore plus dures avec toutes les conséquences sociales et environnementales négatives que cela va entraîner. Il faudra pédaler encore plus vite que le concurrent pour avoir l’illusion de s’en sortir. Autrement dit, par un effet systémique, la crise va aggraver les contradictions d’un système sans avenir.
A moins que l’arbitrage ne se fasse en fonction d’autres représentations collectives que celles héritées du passé. Pierre Samuel, écologiste de la première heure, avait intitulé son ouvrage des années 70, L’Ecologie, détente ou cycle infernal. Nous nous trouvons, aujourd’hui, le dos au mur face à une situation que nous aurions dû anticiper depuis longtemps, à savoir celle représentée par les limites de la croissance que dans tous les domaines, social comme environnemental, nous avons outrepassé. Il nous faut désormais travailler d’arrache pied à déminer et à détendre cette machine infernale, non pas pour rendre illusoirement le développement durable mais pour aboutir à un équilibre durable entre non seulement l’homme et la nature mais également entre les hommes eux-mêmes. Mais tout cela n’ira pas sans ce renoncement à ces rêves de puissance et de richesse que seul un sursaut spirituel de la part de chacun de nous peut provoquer. Comme le veut le proverbe, il n’est jamais trop tard pour bien faire, surtout lorsque cela peut servir d’exemple aux générations à venir et aux peuples qui sont actuellement en proie à la fascination du développement. En toute hypothèse, les choix à faire pour l’avenir au plan individuel comme collectif seront durs à assumer.
Un million de sources radioactives dispersées sans contrôle
Durant des décennies, France Telecom a utilisé des dispositifs radioactifs (radium, tritium, thorium). En 1978, leur usage a été interdit, mais rien n’a été entrepris pour collecter ces sources dangereuses.
Pour éviter les surtensions sur les lignes et protéger les utilisateurs, France Télécom a installé des surtenseurs et parafoudres sur les répartiteurs de lignes et sur les boîtes en ligne. Depuis la fin des années 40, ces appareils contenaient des éléments radioactifs, radium 226, tritium, thorium 232, etc . Plus d’un million de ces appareils (1 à 5 cm de longueur, enveloppe en verre), ont été dispersés un peu partout jusqu’à ce qu’intervienne en 1978 une interdiction d’emploi de radioéléments pour cet usage.
Mais rien n’a alors été prévu pour récupérer et éliminer correctement ces radioéléments. Rien n’a été prévu pour alerter les agents sur les risques encourus lors de leur manipulation ou stockage. Aucune consigne n’a été donnée pour éviter que ces appareils finissent dans une poubelle. Vingt ans plus tard début du réveil . En 1997 un groupe de travail se réunit. En 1998 un médecin de prévention , préoccupé par le nombre de cancers observés, alerte CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), Direction et OPRI (Office de protection contre les rayonnements ionisants) sur le devenir de ces appareils.
Premières mesures en 1999, France Télécom publie une note interne demandant de prévoir recensement, démontage et stockage, suivi d’une note de rappel en 2001. Notes d’une efficacité on ne peut plus limitée. Aussi en 2002 France Télécom demande à un organisme, Hémisphères, un inventaire et un plan de travail. Réponse de cet organisme : quelques secteurs ont effectué un inventaire mais il reste entre 700000 et un million d’appareils à déposer, collecter et éliminer, via l’organisme ad hoc c’est-à-dire l’Andra.
Puis rien ne se passe jusqu’à 2008 suite aux premières interrogations syndicales, mais ce ne sont encore que de timides réactions de la direction de France Télécom. BILAN : près d’un million de sources radioactives sont toujours dans la nature sans qu’aient été données des instructions précises à tous ceux qui ont pu être amenés à les manipuler. Beaucoup de ces appareils ont sans doute été mis à la poubelle. Et pourtant les risques ne sont pas négligeables pour ceux qui les ont transportés dans leurs poches, ou les ont tenus entre les dents, ou les ont stockés dans des lieux fréquentés. En plus de cinquante ans, aucune information sur les risques n’a été diffusée aux agents et aujourd’hui devant l’augmentation de cas de cancers dans leurs rangs, beaucoup se posent des questions.
Un nouveau bilan devrait être demandé à la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), organisme indépendant, à partir d’une enquête sur quelques départements, bilan qui devrait inclure une très large information des agents et déboucher sur des mesures impératives de dépose, collecte et élimination de ces matériaux toxiques.
La crise impose une nouvelle Constituante
La classe dirigeante a failli, comme le montre la crise financière sans précédent que nous sommes en train de vivre. Le peuple doit redevenir souverain, une nouvelle Assemblée constituante s’impose.
Il y a plus de deux siècles, en France en 1789, le roi d’un État en banqueroute convoquait les États généraux pour demander la solidarité financière de ses sujets. La crise financière était alors due, pour une large part, aux dépenses extravagantes d’une aristocratie sans contrôle et à la concentration d’un pouvoir sans opposition. Faire des analogies historiques est, certes, un exercice aussi facile que périlleux. Mais on ne peut s’empêcher de voir un parallèle avec la situation d’aujourd’hui. Depuis des décennies, des responsables économiques en nombre ridicule concentrent à la fois les richesses et le pouvoir, remettent en cause tous les acquis sociaux, bafouent la souveraineté populaire, cassent les votes exprimés, bref détruisent la démocratie.
Les attaques contre la volonté populaire et les droits des citoyens se sont multipliées ces dernières années. On ne compte plus les déclarations des responsables économiques contre le programme du Conseil National de la Résistance ou contre ceux qui refusaient la « mondialisation heureuse ». Tous les instruments de contrôle et de régulation ont été détruits, les services publics mis à bas et l’argent roi a envahi l’espace. Les soi-disant lois économiques ont remplacé la vie politique au nom de cette mondialisation qui n’est qu’un instrument idéologique.
Le système institutionnel a permis que, depuis plus de vingt ans, des décisions soient prises au nom du peuple sans que les intérêts de ce dernier soient pris en compte. Et c’est à l’instant où ce système révèle de façon dramatique sa vacuité et sa nocivité, au moment où les dirigeants se révèlent incapables de faire autre chose que des incantations sans conséquences, qu’ils appellent à la solidarité. Comme autrefois, au temps des États généraux, il faut dire clairement que la solidarité ne peut pas être à sens unique. Le seul détenteur du pouvoir est le peuple. Il n’est pas de solution à la crise actuelle en dehors de ce rappel.
La règle du jeu politique est aujourd’hui inacceptable. Les institutions destinées à gérer notre vie politique, modifiées années après années sous la pression des intérêts particuliers, émanent, pour l’essentiel, de la volonté du prince et du rôle attribué à une union européenne antidémocratique. Elles ne permettent plus l’expression de la volonté collective, ni une véritable représentation du corps social.
Une classe dirigeante en faillite n’a pas de légitimité pour imposer un tel système. En la matière, le peuple seul est souverain. Il est donc urgent, face aux difficultés politiques, économiques et sociales, qu’il exprime sa volonté au travers de représentants chargés de redéfinir une règle du jeu authentiquement républicaine et démocratique. L’élection au suffrage universel direct d’une Assemblée Constituante, permettant de renouer les liens entre le peuple et ses représentants, est une urgence politique face à une crise de confiance et de légitimité aussi grave que celle que traverse le pays.
Grenelle : les ambitions au rabais
Les députés ont commencé le mercredi 8 octobre la discussion du projet de loi sur le Grenelle. Déjà en retrait sur son projet initial, le texte risque d’être encore affaibli par plusieurs amendements de parlementaires UMP.
Le Grenelle de l’Environnement arrive enfin dans sa phase législative avec l’examen du projet de loi Grenelle 1 par les parlementaires, un texte ambitieux pour amorcer les changements culturels nécessaires qu’impose l’urgence écologique, à moins que les lobbies à la manœuvre n’en réduisent la portée comme peuvent le laisser craindre un certain nombre d’amendements déposés.
A l’examen du travail de la Commission des affaires économiques, CAP21, parti fondateur du Mouvement Démocrate présidé par Corinne Lepage, manifeste sa plus vive opposition à certains amendements totalement contraires à l’esprit du Grenelle : - l’amendement Ollier-Poignant-Vautrin qui permet de relever le seuil de 50 kilowattheure/m2 /an pour les constructions neuves en fonction du bilan en gaz à effet de serre de l’énergie retenue, amendement destiné à réhabiliter le chauffage électrique provenant du nucléaire, peu émetteur en gaz à effet de serre. Pour Eric Delhaye, président délégué de CAP21, « développer le chauffage électrique c’est créer des consommations de pointe qui nécessitent, pour pouvoir y répondre, que l’on fasse fonctionner des centrales thermiques au charbon, gaz ou fuel, émettrices de gaz à effet de serre. Si cet amendement est adopté, nous produirons l’effet contraire à celui recherché, nous serons en état d’ébriété énergétique plutôt que dans la voie d’une plus grande sobriété ! » ; - Les amendements Gatignol, qui visent à réduire la portée de l’objectif de réduction de moitié des usages des produits phytosanitaires en agriculture dans un délai de 10 ans. Pour Corinne Lepage, « il faut y voir une nouvelle fois la marque des lobbies agrosemenciers et il est à craindre que la France reste encore longtemps le deuxième utilisateur mondial de pesticides au détriment de la santé de nos concitoyens » ; - l’amendement Irles qui vise à augmenter la valorisation énergétique des déchets conforte l’incinération contraire à des vraies politiques de prévention en matière de déchets ; - l’amendement Gatignol qui remet en cause l’ouverture systématique des instances d’évaluation et d’expertise à la société civile. Pour Eric Delhaye, « le projet de loi ne contient d’ailleurs aucune mesure sur la protection des lanceurs d’alerte et botte en touche sur l’expertise alors que cette question s’était imposée dans les discussions du Grenelle ». Ainsi la proposition de création d’une Haute Autorité de protection de l’alerte et de l’expertise issue du Grenelle et reprise par Corinne Lepage dans son rapport sur la gouvernance écologique s’est évaporée.
CAP21 regrette aussi que les trames verte et bleue (continuités écologiques) introduites dans le droit de l’urbanisme ne soient pas opposables de manière formelle. (…)
Le Parti Socialiste appelé à dépasser le capitalisme
Les trublions d’Utopia posent la question au Parti socialiste : est-il prêt, alors que la crise gronde, à se positionner clairement par rapport au capitalisme ?
Utopia à l’adresse des autres motions : Soyez clairs ! OUI ou NON vous positionnez-vous pour un dépassement du capitalisme ? Les 5 autres motions déposées entretiennent l’ambiguité, le « flou » dans leurs textes : elles parlent de capitalisme financier, néo-libéral, de libre échange, de « capitalisme d’aujourd’hui »… Utopia demande un positionnement clair : OUI ou NON vous positionnez-vous pour un dépassement du système capitaliste ? … Qui implique une critique de la croissance, une critique de la société de consommation, une critique de la centralité de la « valeur » travail. Utopia appelle sans ambigüité à un dépassement du système capitaliste. Son objectif unique de rentabilité, son caractère englobant pour l’individu et la société en font un système incompatible avec le socialisme. Nous prônons un alterdéveloppement qui restreint la sphère marchande, élargit la sphère publique et propose de nouvelles formes de propriété de l’entreprise plus démocratiques, transparentes et relocalisées.
Nous sentons un vent altermondialiste et écologiste souffler sur ce congrès. Nous devrions « flirter » pour la 1re fois avec la barre des 5%. Utopia est un mouvement politique transpartis, présent notamment au parti socialiste et chez les verts, et qui appelle à l’émergence d’une gauche d’avant-garde fondée sur une identité écologiste et altermondialiste.
Crise financière : qui va payer ?
La question de base, à laquelle deux économistes apportent une réponse très claire. Il n’y a pas de miracle : il va falloir payer…
Au plus fort de la tourmente financière, les gouvernements européens multiplient les annonces à plusieurs dizaines de milliards d’euros, voire plusieurs centaines de milliards dans le cas des garanties publiques des dépôts. Le Pacte de stabilité est mis en veilleuse et les règles européennes relatives aux aides publiques aux entreprises sont interprétées avec bienveillance par la Commission européenne. Aux Etats-Unis, le plan Paulson finalement adopté conduit à transférer à l’Etat fédéral un risque de 700 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 150 milliards de baisses d’impôts. Mais d’où vient donc soudainement tout cet argent public, et qui paiera la note finale ?
Aujourd’hui, les Etats souverains sont à peu près les seuls emprunteurs qui trouvent grâce aux yeux des marchés et les taux des emprunts publics sont très inférieurs aux taux interbancaires. La confiance des prêteurs dans la capacité des Etats à rembourser leurs dettes est fondée sur trois éléments :
(1) contrairement à un individu, l’Etat ne meurt pas et peut donc continuellement rembourser ses dettes à l’aide d’emprunts nouveaux ;
(2) contrairement à une entreprise, l’Etat peut rembourser ses dettes en levant des impôts ;
(3) en cas d’insolvabilité d’un Etat, une solution possible est la monétisation de la dette, c’est-à-dire son rachat par la banque centrale. Souvent pratiquée par le passé, cette solution a été écartée parce qu’elle créait de l’inflation. Mais il est possible qu’elle revienne en force, notamment dans les pays - comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou les pays émergents - qui disposent toujours d’une banque centrale nationale.
Certes, le coût pour le contribuable des mesures annoncées pourrait s’avérer moins élevé que ce que les sommes évoquées chaque jour dans les médias laissent penser. En effet, les entreprises et les ménages auront toujours besoin de banques, et prendre aujourd’hui des participations dans de grandes banques universelles en s’endettant à taux faible pourrait être une bonne opération pour le contribuable lorsque la crise sera passée. Contrairement au secteur privé, l’Etat a du temps et il peut mettre ce temps à profit. A l’inverse, le coût pour l’Etat et donc le contribuable de faillites en chaîne dans le secteur bancaire serait un multiple des sommes annoncées ces jours-ci. Toutefois, l’intervention publique a des limites, comme l’a montré l’Islande. Lorsque les sommes en jeu représentent plusieurs années du revenu national, les marchés peuvent légitimement se préoccuper du risque d’insolvabilité, et il faut alors que les Etats concernés frappent à la porte du FMI.
Mais surtout, toutes les mesures annoncées ne sont pas équivalentes. Quand une banque est nationalisée, les actionnaires en place sont spoliés tandis que l’Etat acquiert des actifs dont la rentabilité dépend de l’ensemble de l’activité de la banque. Au contraire, lorsque l’Etat débarrasse les institutions financières de leurs actifs dits " toxiques " (comme le prévoit le plan Paulson), il intervient en faveur de l’actionnaire en place, aux dépens du contribuable qui devrait rapidement s’apercevoir que la valeur du portefeuille acquis par l’Etat fédéral américain est faible. Pour compenser, le plan Paulson prévoit de taxer les banques survivantes, mais cette disposition souffre d’un problème d’incohérence temporelle : l’administration suivante peut fort bien en décider autrement. La crise laissera donc des traces dans les comptes publics, particulièrement aux Etats-Unis. Pour donner un ordre de grandeur, une décote de 50% sur le portefeuille d’actifs " toxiques " pris en charge par la structure de défaisance publique coûterait 2,5% du PIB aux finances publiques, auxquelles il faut ajouter 1% au titre des allégements d’impôts inclus dans le plan Paulson. Ces coûts vont venir alourdir un déficit qu’avant septembre, l’OCDE prévoyait déjà à 5,5% du PIB pour 2008. Où trouver l’argent ?
À vrai dire, les déficits publics ne sont pas nouveaux aux Etats-Unis. En 2001, l’administration américaine avait réagi au ralentissement de l’activité (accentué par les attentats du 11 septembre) en réduisant les impôts tandis que les dépenses augmentaient en raison de la guerre en Irak. Depuis lors, les comptes publics ne se sont jamais rétablis. En raison du déficit d’épargne intérieur, les Treasury bonds ont été acquis par des non résidents, au premier chef des banques centrales (en particulier chinoise) ainsi qu’un certain nombre de fonds d’investissement dans les pays producteurs de pétrole ou tout simplement " émergents ". Le circuit de l’endettement était bien huilé : la Chine fournissait en quantité des biens de consommation aux ménages américains ; le faible niveau des prix chinois augmentait le pouvoir d’achat de ces ménages ; n’ayant pas la capacité de consommer le produit de ce commerce en raison d’un taux d’épargne très élevé, la Chine le plaçait en bons du trésor américains. Ce faisant, la Chine évitait à sa monnaie de s’apprécier face au dollar, ce qui lui permettait de maintenir des prix faibles à l’exportation, et donc d’entretenir ce circuit gagnant-gagnant. Pendant ce temps, les Etats-Unis se spécialisaient dans la finance. Leurs banques d’affaires réputées recueillaient l’épargne privée partout dans le monde pour la faire fructifier grâce à l’innovation financière. Et comme toute banque avant la crise, la nation américaine réalisait du profit par différence de rémunération entre son actif et son passif.
Aujourd’hui, comme chacune de ses banques, la nation américaine voit son bilan se dégrader, ses placements à l’étranger se dévalorisant rapidement tandis que son endettement public augmente. Or, le circuit de l’endettement décrit plus haut est grippé : les ménages américains, voyant leur pouvoir d’achat réduit, vont diminuer leurs importations de produits chinois ; avec moins de recettes d’exportation, la Chine achètera moins de bons du Trésor américain ; et les banques américaines auront sans doute du mal à convaincre de riches épargnants étrangers de leur confier la gestion de leur fortune. La conséquence est connue : les taux d’intérêt de marché risquent de monter aux Etats-Unis (pour attirer des investisseurs étrangers malgré le risque), le dollar risque de baisser (suivant la loi de l’offre et de la demande).
Comme il sera plus difficile pour l’Etat américain de se refinancer, les impôts devront sans doute augmenter à terme (ou les dépenses diminuer), freinant un peu plus la consommation des ménages et surtout exacerbant les problèmes d’équité entre ceux qui ont gagné par le passé à Wall street et ceux qui vont perdre à Main street. Mais dans l’immédiat, c’est plutôt la Fed qui sera au volant, comme elle l’a été ce 8 octobre lors de la baisse concertée d’un demi-point des grandes banques centrales. Finalement, des ressources pourraient être trouvées du côté de la taxe inflationniste - une bonne poussée d’inflation venant réduire la valeur réelle de toutes les dettes, publiques et privées, au détriment bien sûr des créanciers. Le même type de scénario se dessine en Europe et notamment au Royaume-Uni, où le sauvetage du système bancaire pourrait s’avérer particulièrement coûteux. Au niveau de chaque pays, le coût des sauvetages bancaires va devoir être partagé entre les épargnants (dévalorisation de leurs actifs), les contribuables (hausse des impôts) et l’ensemble des ménages (prestations sociales, équipements publics...), la répartition dépendant en grande partie de l’évolution à venir de l’inflation (difficile de dire aujourd’hui si l’on va vers plus d’inflation en raison de politiques monétaires très accommodantes ou au contraire vers une déflation à la japonaise). Au niveau international, les pays créanciers nets subiront des pertes en capital à cause de la baisse de la valeur de leurs créances, tandis que les pays débiteurs nets risquent de rencontrer des difficultés à se financer. Ces derniers ne doivent pas être oubliés. Des crises de balances de paiement pourraient survenir, notamment en Europe de l’Est. Et dans le monde en développement, il est à craindre que la raréfaction des financements ne vienne annihiler l’espoir soulevé par les dix années fastes qui viennent de s’écouler. Pourtant, l’épargne est et devrait rester abondante dans le monde. Comment la mobiliser mieux que par le passé ? Un bon sujet pour le FMI.
Crises économique, climatique, alimentaire : les penser ensemble
L’écroulement du système financier capitaliste ne peut pas être disjoint de la crise alimentaire dont sont victimes les pays pauvres, ni de la crise écologique.
L’explosion des crises alimentaire, économique et financière en 2007-2008 montre à quel point sont interconnectées les économies de la planète. Pour résoudre ces crises, il faut traiter le mal à la racine. En 2007-2008, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie car elle a été confrontée à une très forte hausse du prix des aliments. Cela a entraîné des protestations massives dans au moins une quinzaine de pays dans la première moitié de 2008. Le nombre de personnes touchées par la faim s’est alourdi de plusieurs dizaines de millions et des centaines de millions ont vu se restreindre leur accès aux aliments (et, en conséquence, à d’autres biens et services vitaux). Tout cela suite aux décisions prises par une poignée d’entreprises du secteur de l’agrobusiness (productrices d’agro-combustibles) et du secteur de la finance (les investisseurs institutionnels qui contribuent à la manipulation des cours des produits agricoles) qui ont bénéficié de l’appui du gouvernement de Washington et de la Commission européenne. Pourtant la part des exportations dans la production mondiale des aliments reste faible. Néanmoins ce sont les prix des marchés d’exportation qui déterminent le prix sur les marchés locaux. Or les prix des marchés d’exportation sont fixés aux Etats-Unis principalement dans trois Bourses (Chicago, Minneapolis et Kansas City). En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Nairobi, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers des Etats-Unis. En 2008, dans l’urgence, les autorités des pays en développement ont dû prendre des mesures pour garantir l’accès des citoyens aux aliments de base. Si on en est arrivé là, c’est que durant plusieurs décennies les gouvernements ont renoncé progressivement à soutenir les producteurs locaux de grains - qui sont en majorité des petits producteurs - et ont suivi les recettes néolibérales dictées par des institutions comme la Banque mondiale, le FMI dans le cadre des plans d’ajustement structurel et des programmes de réduction de la pauvreté. Que s’est-il passé ? 1er acte. Les pays en développement ont renoncé aux protections douanières qui permettaient de mettre les paysans locaux à l’abri de la concurrence des producteurs agricoles étrangers, principalement les grandes firmes d’agro-exportation nord-américaines et européennes. Celles-ci ont envahi les marchés locaux avec des produits agricoles vendus en dessous du coût de production des agriculteurs et éleveurs locaux, ce qui a provoqué leur faillite. Selon l’OMC, les subsides versés par les gouvernements du Nord à leurs grandes entreprises agricoles sur le marché intérieur ne constituent pas une infraction aux règles anti-dumping. Comme l’écrit Jacques Berthelot, « alors que, pour l’homme de la rue, il y a dumping si on exporte à un prix inférieur au coût moyen de production du pays exportateur, pour l’OMC, il n’y a pas de dumping tant qu’on exporte au prix intérieur, même s’il est inférieur au coût moyen de production. » Bref, les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis ou d’autres pays exportateurs peuvent envahir les marchés des autres avec des produits agricoles qui bénéficient de très importantes subventions internes. Le maïs exporté au Mexique par les Etats-Unis est un cas emblématique. A cause du traité de libre commerce (TLC) signé entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ce dernier a abandonné ses protections douanières face à ses voisins du Nord. Les exportations de maïs des Etats-Unis au Mexique ont été multipliées par neuf entre 1993 (dernière année avant l’entrée en vigueur du TLC) et 2006. Des centaines de milliers de familles mexicaines ont dû renoncer à produire du maïs car celui-ci coûtait plus cher que le maïs provenant des Etats-Unis (produit avec une technologie industrielle et fortement subventionné). Cela n’a pas seulement constitué un drame économique, il s’est agi aussi d’une perte d’identité car le maïs est le symbole de la vie dans la culture mexicaine, notamment chez les peuples d’origine maya.
2e acte. Le Mexique qui dépend dorénavant pour nourrir sa population du maïs des Etats-Unis est confronté à une augmentation brutale du prix de cette céréale provoquée, d’une part, par la spéculation sur les Bourses de Chicago, de Kansas City, de Minneapolis et, d’autre part, par la production chez le voisin du Nord d’éthanol de maïs. Les producteurs mexicains de maïs ne sont plus là pour satisfaire à la demande interne et les consommateurs mexicains sont confrontés à une explosion du prix de leur nourriture de base, la tortilla, cette crêpe de maïs qui remplace le pain ou le bol de riz consommé sous d’autres latitudes. En 2007, d’énormes protestations populaires ont secoué le Mexique. La crise alimentaire mondiale met à nu le moteur de la société capitaliste : la recherche du profit privé maximum à court terme. Pour les capitalistes, les aliments ne sont qu’une marchandise qu’il faut vendre avec le plus de profit possible. Il faut mettre fin à cette logique mortifère. Il faut donner la priorité à une politique de souveraineté alimentaire.
La crise économique et financière. En 2007-2008 a également éclaté la principale crise économique et financière internationale depuis celle de 1929. Si ce n’était l’intervention massive et concertée des pouvoirs publics qui se sont portés au secours des banquiers voleurs, la crise actuelle aurait déjà pris de plus amples proportions. Ici aussi, l’interconnexion est frappante. Entre le 31 décembre 2007 et fin septembre 2008, toutes les Bourses de la planète ont connu une baisse très importante, allant de 15 à 30% pour les Bourses des pays les plus industrialisés jusqu’à 50% pour la Chine en passant par 40% pour la Russie et la Turquie. Le colossal montage de dettes privées, pure création de capital fictif, a fini par exploser dans les pays les pays les plus industrialisés en commençant par les Etats-Unis, l’économie la plus endettée de la planète. En effet, l’addition des dettes publique et privée aux Etats-Unis s’élève en 2008 à 50 000 milliards de dollars, soit 350% du PIB. Cette crise économique et financière qui a déjà touché l’ensemble de la planète affectera de plus en plus les pays en développement dont certain se croient encore à l’abri. La mondialisation capitaliste n’a pas découplé ou déconnecté les économies. Au contraire, des pays comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie n’ont pas pu se mettre à l’abri de cette crise et ce n’est que le début. La crise climatique. Les effets du changement climatique ont momentanément disparu de la une de l’actualité, supplantés par la crise financière. Néanmoins le processus est en cours à l’échelle de la planète et ici aussi l’interconnexion est évidente. Certes les populations des pays « pauvres » seront plus fortement touchées que celles des pays « riches » mais personne n’en sortira indemne. La conjonction de ces trois crises montre aux citoyens la nécessité de se libérer de la société capitaliste et de son modèle productiviste. Les solutions pour qu’elles soient favorables aux peuples et à la nature seront internationales et systémiques. L’humanité ne pourra pas se contenter de demi-mesures.
Il faut fermer les paradis fiscaux
Des centaines de milliards d’euros sont volés aux peuples et cachés dans les paradis fiscaux. A l’heure d’une crise financière gravissime, les Etats doivent reprendre le contrôle de cet argent issu de la spéculation.
La réflexion globale engagée sur les solutions à apporter à la crise financière actuelle souligne l’urgence d’un renforcement du contrôle des paradis fiscaux et judiciaires (PFJ). C’est l’une des conditions de la reconstruction du système financier international. C’est aussi le moyen de mieux combattre l’opacité des flux financiers internationaux, le blanchiment de l’argent noir et la fuite des capitaux en provenance des pays du Sud.
Devant l’aggravation de la crise financière internationale, les responsables politiques et économiques des principaux pays développés ont lancé un appel à la reconstruction du système financier international. Cette proposition a été faite en particulier lors des réunions du FMI et du G7 à Washington ainsi que des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de la zone euro à Paris les 10, 11 et 12 octobre.
Cet immense chantier ne peut à l’évidence laisser à l’écart la question fondamentale des paradis fiscaux et judiciaires. Les PFJ constituent aujourd’hui un espace de non-droit, propice au blanchiment d’argent, à l’évasion fiscale et à l’opacité des flux financiers. Ils contribuent également à la volatilité des marchés financiers comme le montre le rôle des hedge funds [fonds spéculatifs] dans la crise actuelle. Les PFJ sont en outre la destination privilégiée de la fuite des capitaux des pays du Sud, dont on rappelle qu’elle est près de dix fois supérieure au montant de l’aide publique à ces mêmes pays.
Depuis l’affaire du Liechtenstein, le contrôle des PFJ est repassé dans l’agenda des priorités politiques européennes et sera l’objet de l’initiative des ministres français et allemand des Finances qui réunira 19 pays membres de l’OCDE, le 21 octobre prochain à Paris. Le même jour, un projet de code de conduite contre l’évasion fiscale sera examiné par le Comité d’experts de l’ONU sur les questions fiscales.
A la veille de cette réunion, 13 associations et ONG, engagées dans la bataille pour la transparence et pour le développement, ont décidé de lancer un appel commun et d’attirer l’attention des Etats organisateurs sur le lien direct entre PFJ, aggravation de la crise financière et développement. En formulant des propositions concrètes, la plate-forme entend montrer que le contrôle des PFJ constitue une pièce essentielle de la reconstruction du système financier. Et alors que la crise focalise l’attention sur les pays développés, la plate-forme rappelle que les pays du Sud ne doivent pas être les oubliés de cette reconstruction. La lutte contre la fuite des capitaux en provenance de ces pays est une priorité pour la communauté internationale. Ne pouvant être mené qu’au niveau international, le mouvement doit d’abord être initié par les institutions européennes et les Etats membres du G8.
La crise ? Leur crise !
C’est la panique à bord du bateau capitaliste. Mais les capitaines ivrognes ont déjà trouvé ceux qui vont écoper : les petits.
Depuis quelques jours, il y a un concert de tamtam dans la volière et c’est la panique à bord. Il n’est plus possible d’avoir la moindre petite connexion médiatique (journaux, radio, TV, web) sans se retrouver littéralement submergé par un tsunami de hurlements échevelés : c’est la crise, c’est la crise, c’est la crise ! Ça a l’air de franchement chier dans le ventilo, vu comme cela...
Sans rire, vous n’en avez pas marre de vous faire dicter vos actions et émotions par les mêmes guignols, ceux-là mêmes qui ont rabâché sans rire pendant des années que le libéralisme et la dérégulation sont bons pour notre poil, qu’un bon citoyen est un citoyen qui se vautre comme un goret dans la consommation à outrance et à crédit, s’il vous plait, qu’il faut aimer les riches et les patrons, parce que ce sont eux les forces vives, eux qui créent la richesse, laquelle, si elle est assez abondante au sommet finira par ruisseler doucement jusqu’aux assoiffés parqués sous la table du banquet ? Cette agitation à la limite du Tourette viral serait drôle si elle n’était aussi pathétique.
À les écouter, on va tous se retrouver dans une galère pire que dans un roman qui aurait été écrit par Steinbeck, Dickens et Zola réunis. Il ne nous reste qu’une issue : les écouter, approuver leurs plans de relance et filer sans moufter le blé que nous avons épargné, mois après mois, années après années, péniblement, sur les maigres subsides qui nous tiennent lieu de salaires. Car ce sont les mêmes, qui se foutaient de la gueule des Cassandres qui prétendaient que les arbres de l’immobilier ne peuvent monter jusqu’au ciel, qui ramènent leur science aujourd’hui pour nous expliquer qu’ils nous l’avaient bien dit (même pas le courage de leurs erreurs et aveuglements, ces faisans !) et que pour s’en sortir, il faut filer plein, plein de pognon à leurs petits copains qui se sont bien gavés, jusqu’à vidanger le système et nous précipiter dans... la récession. Ouf, voilà, le gros mot est lâché.
C’est pire qu’une crise, ce qui nous arrive, c’est une putain de récession, avec des millions de chômeurs, des boîtes qui ferment partout, des cantines compassionnelles pour pauvres et des SDF plein les rues des villes... comme d’hab’, quoi !
Parce qu’en fait, la crise n’est pas le problème, elle est le mode normal de fonctionnement du capitalisme. Le scénario est toujours le même : des mecs qui ont l’argent et qui avec, veulent en gagner toujours plus, des montages financiers qui reposent sur du vent, l’emballement de la machine, le mythe de la croissance infinie dans un monde parfaitement fini, la prédation de tous contre tous, la montée des inégalités, le déferlement de la misère, encore plus de concentration de pouvoir et d’argent, le blanc-seing des politiques à cette curée hargneuse, la collaboration féroce des porte-flingues, des traîtres à leur classe, des sans-grade qui prennent les strapontins pour des marches-pieds, des politicards qui vont à la soupe avec la même avidité qu’ils envoient leurs électeurs benêts à l’équarrissage, et au bout du compte et des mauvais calculs, le château de cartes s’effondre sur la piétaille pendant que les nantis organisent la faillite des nations pour se refaire avant le prochain tour de poker menteur.
Personnellement, je n’en ai rien à cirer de leur crise : je suis tombée dedans quand j’étais petite. Un soir, mon père est rentré du boulot avec une 4L. Il avait revendu, pour cause de crise du pétrole, la Commodore, la belle américaine morfale à la gigantesque banquette arrière où je m’allongeais pour les longs trajets. Depuis ce moment-là, ça a toujours été la crise : éteindre la lumière en sortant d’une pièce, pour économiser, mettre un gilet en hiver plutôt que de monter le thermostat, bosser dur à l’école pour échapper au chômage galopant, collectionner les diplômes et les emplois de merde sous-payés, des loyers qui grimpent avec des revenus qui stagnent au mieux, toujours rogner, accepter le SMIC comme plafond de verre et renoncer, petit à petit à toujours plus de choses : les sorties, les restos, les loisirs, les journaux (ça, ça a été facile !), les fringues, les déplacements, les livres (ça, ça a été vraiment dur !), les soins, le chauffage... Là, il ne reste plus grand-chose à rogner en dehors de la bouffe et du logement, mais même ce peu, ça fait encore envie aux charognards.
La récession guette les classes moyennes prévoyantes qui avaient placé leur éconocroques dans des PEA pour leur faire gicler au moins du 15 % par an ? Vont-ils devoir renoncer à la résidence tertiaire ? Aux vacances d’entre saisons à Saint-Domingue (là où la vie des larbins est moins chère). Nous sommes des millions en face à nous être serrés la ceinture cran après cran, depuis des années, pour leur servir leur putain de 15%, puis 20, puis 30%... jamais assez et jamais envie de savoir d’où vient le fric. C’est bien connu, quand tu ne sais pas, tu n’es pas coupable, même pas complice. Suffit de regarder ailleurs, de prendre l’oseille et d’en profiter à fond les ballons, comme Louis, le gentil retraité que décrit François Ruffin dans son livre La guerre des classes. Tout content d’avoir triplé sa mise en PEA en 10 ans et refusant de voir le lien avec l’explosion des bas salaires, des temps partiels, du chômage, des Smicards. Pas voir, tout prendre. Bref, la crise, c’est la leur. La récession, c’est un petit coup de canif dans le bling-bling, c’est juste un nouvel écrémage de vainqueurs dans le petit lot de ceux qui pensaient avoir réussi à s’extraire au-dessus de la masse laborieuse et souffrante, c’est un réajustement de compteurs. Il ne faut pas croire que le fric a disparu. L’argent ne s’est pas évaporé, ce sont les promesses de gains anticipés sur notre travail réel qui ont été réétalonnées, un temps, sur l’économie réelle. Parce qu’ils ne peuvent finalement pas nous prendre plus de fric que celui qu’ils consentent encore à nous lâcher, fort parcimonieusement, par ailleurs. C’est ça, la crise des subprimes. L’étonnement de voir que les pauvres payés au lance-pierre n’allaient pas pouvoir payer 2 fois leur valeur des baraques qui coûtent déjà plus d’une vie de labeur. C’est sûr, quelle surprise !
La vraie surprise, pourtant, pour les loqueteux, ça aurait dû être de découvrir que l’argent qui manquait connement il y a quelques jours pour leur éviter de crever la bouche ouverte, cet argent aujourd’hui sort de partout pour colmater les dettes de jeu de ceux qui avaient pourtant déjà tout. Pas de fric pour l’école, la recherche, la santé, les retraites, les banlieues, les chômeurs, les fonctionnaires. Mais 10 fois, 100 fois, 1000 fois plus de fric, comme ça, au débotté, pour combler les fouilles des banquiers. Ça, ça devrait être la putain de surprise, la vraie leçon de la crise. Et où comptent-ils trouver tout ce pognon qui leur faisait si cruellement défaut quand on en avait besoin pour honorer de simples engagements de l’État devant les citoyens ? Ils hésitent : le livret A, le LEP... les petits bas de laine des gagne-petit. Plus une dette supplémentaire qu’il n’est plus subitement honteux de faire peser sur notre descendance. La dette pour les investissements humains, c’est mauvais. La dette pour nourrir l’ogre financier, c’est bien.
Le capitalisme, c’est comme les rasoirs Gillette : une première lame pour bien choper le pauvre et une seconde pour lui faire les poches. Puis une troisième, au cas où la seconde aurait oublié du pèze dans les coins inaccessibles. Et pourquoi pas une quatrième, pendant qu’on y est ? Pour finir d’essorer le pauvre avant qu’il ne se rétracte. Directement dans le vif.
Tout ce qui compte, c’est de nous maintenir dans un état de panique permanent : le chômage, les talibans, la crise. Qu’on ait bien peur et que l’on soit prêt à suivre n’importe quel dogme, du moment qu’il sort de la bouche d’un homme providentiel. Pour que l’on soit dans l’urgence, pas dans la réflexion : vite, on est dans la merde, videz vos poches... heu, mais pas vos comptes en banque (on en a encore besoin !). Il nous faut avoir peur de la misère noire qu’annonce la crise qui déferle. Cette crise qu’ils nous agitent sous le nez comme une mulletta pour que nous ne voyons pas que les seuls perdants, c’est nous, que le fric qui est aspiré goulûment par les boites noires commodément opaques des chambres de compensation, c’est le nôtre, que leur richesse, c’est notre pauvreté, qu’ils ont absolument besoin de nous pour continuer de la même manière alors que nous n’avons pas du tout besoin d’eux pour vivre mieux.
Parce que nous n’avons pas besoin d’eux et de leur système confiscatoire mortifère, alors qu’eux colonisent nos vies pour bâtir leurs fortunes. Pas besoin d’eux pour construire autre chose, ici et maintenant. Et les laisser dans leur merde.
Ce n’est pas une crise, c’est une révélation. Ce n’est pas le chaos, c’est la revanche du réel. Ce n’est pas la fin, mais peut-être bien le début. Ils vont tenter de nous vendre au prix du sang leur monnaie de singe et leurs rêves de pierre, pour perpétuer le système. Le leur. Celui qui leur
La vraie révolution, c’est de cesser de les croire, ne plus avoir peur et passer à autre chose, maintenant, ici et
C’est pour cela que l’âge de la critique se termine ici et que commence enfin l’âge de faire.
Une agriculture écologique est-elle possible à grande échelle ?
Michel Berhocoïrigoin est président de l’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara, qui veut promouvoir une agriculture durable en pays basque. Ecouter ici
L’association a créé une chambre d’agriculture, dont elle demande la reconnaissance officielle.
Grenelle : une couleur verte au même capitalisme
La loi Grenelle, en discussion au Parlement, ne change pas réellement les structures du système économique actuel.
Depuis une trentaine d’années, les sociétés industrielles savent que le modèle de la croissance sans fin est insoutenable en regard des limites des ressources naturelles. Elles n’en ont pas moins poursuivi leur « développement » à une cadence soutenue, malgré les avertissements de lanceurs d’alerte divers, du Club de Rome des années 1970 au Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). A fortiori, elles sont su élaborer des stratégies et une rhétorique ayant vocation à occulter la face cachée de la surabondance. En France, après la laborieuse stratégie nationale de développement durable inspirée des recommandations du Sommet de la Terre de Rio (1992), après la Charte de l’environnement intégrée à la Constitution en 2005, la loi de mise en œuvre du Grenelle de l’environnement se veut un texte de rupture sur fond de révolution écologique. L’annonce de ce dispositif a fait l’objet d’une mise en scène médiatique de grande envergure, le président Nicolas Sarkozy s’affichant aux côtés de l’ancien vice-président américain Albert Gore et de Wangari Maathai, prix Nobel de la paix, le 25 octobre 2007, à l’occasion de la restitution des conclusions de la réunion.
M. Sarkozy en appelle alors à « une révolution dans nos façons de penser et dans nos façons de décider. Une révolution dans nos comportements, dans nos politiques, dans nos objectifs et dans nos critères ». Il annonce : « Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie. Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur “coût en carbone”. Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. « Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé. » Belle rhétorique, bientôt perdue dans les labyrinthes de la nouvelle expertocratie environnementale.
Une approche fragmentée Au nom de la concertation, les lobbies de la chimie, du BTP (bâtiment, travaux publics), de l’agroalimentaire, les publicitaires, les industries de l’automobile et les patrons de la grande distribution ont autant voix au chapitre que les associations environnementales. Quelque deux cent soixante-treize engagements sont initialement élaborés à un rythme effréné par six groupes de travail, relatifs à l’énergie et au changement climatique, à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles, à l’instauration d’un environnement respectueux de la santé, aux modes de production et de consommation « durables », à des modes de production écologiques « favorables à la compétitivité et à l’emploi », à la construction d’une « démocratie écologique (1) ».
Mais, entre les propositions initiales et le texte final de la « loi d’accélération de la mutation environnementale » (sic) débattue au Parlement, les organisations non gouvernementales (ONG) se sont vu confisquer le processus. Instrumentalisées au service d’un système de décision dans lequel elles n’auront pas le dernier mot, elles sont devenues les témoins passifs d’arbitrages technocratiques pris en réunions interministérielles par des hauts fonctionnaires et des acteurs économiques, pollueurs et bétonneurs d’hier et d’aujourd’hui. Le nucléaire est resté intangible, délibérément exclu de la négociation : c’est le gouvernement qui fixe le périmètre du débat, ce qui est « participatif » et ce qui ne l’est pas. Cette sanctuarisation du nucléaire contredit étrangement le souci des générations futures et des risques actuels, que les incidents à répétition de la centrale du Tricastin cet été, puis les fuites à la centrale de Chinon le 24 septembre et à La Hague le 10 octobre, sont venus rappeler. L’annonce de la construction d’un deuxième réacteur pressurisé européen (EPR) et les projets d’exportation de réacteurs nucléaires français jusque dans la Libye du colonel Khadafi, pays où l’on imaginerait plutôt des centrales photovoltaïques, échappent à tout débat démocratique.
L’approche fragmentée domine, au détriment de la vision systémique inhérente à l’écologie. L’amont est absent, les responsabilités non définies, les incompatibilités ne sont pas débattues. Les déchets, par exemple, ne font l’objet d’aucune obligation d’éco-conception, le tri sélectif étant un alibi qui n’entrave en rien le sur-emballage des produits de consommation courante répandus par les hypermarchés de masse. Actrices de ce nouveau « développement durable », les grandes surfaces sont appelées à poursuivre leur prolifération aux entrées de ville grâce à Jacques Attali et à sa « commission pour la libération de la croissance (2) » (sic), dont les travaux, bien qu’en discordance caricaturale avec ceux du Grenelle de l’environnement, ont reçu un aval législatif dès la loi de finances pour 2008.
« Autoroute écologique » L’agriculture biologique reste dans une niche, séparée des autres modes d’agriculture, alors qu’elle a vocation à proposer un nouveau modèle, moins prédateur de sols et de nappes phréatiques. Le système français de répartition des aides de la politique agricole commune (PAC) est maintenu, et sa réforme reportée à 2012. Quant à l’« agriculture raisonnée », simulacre d’agriculture écologique, elle prend dans le Grenelle la nouvelle appellation de « Haute valeur environnementale ». Tout le monde aura ses labels. Il y aura des pastilles vertes partout. Les « signes de qualité environnementale » se multiplieront, au risque de se banaliser. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) vont revenir en force sur le territoire, après un moratoire de courte durée sur la semence herbicide du maïs Monsanto 810, alors que les mesures initialement proposées par le Grenelle réclamaient le droit de produire et de consommer sans OGM.
La « trame verte » tant réclamée par les écologistes servira de gage à la bonne conscience d’une agriculture par ailleurs productiviste. Car ce futur réseau de corridors de biodiversité ne sera opposable ni à des exploitations d’agriculture intensive à « haute qualité environnementale », ni à une autoroute ou à un barrage hydraulique. Le lobby agricole aura tiré son épingle du jeu du Grenelle en se mettant aux couleurs vertes sans changer fondamentalement ses pratiques, grâce à ce nouveau système d’indulgences écologiques, qui leur permet de gagner du temps face aux échéances de réduction de l’usage des pesticides prévues par le règlement européen REACH (3).
Autre incohérence notable : la construction de la future autoroute A 65, reliant Langon à Pau, en Aquitaine, confirmée après et malgré le Grenelle. Elle détruira 2000 hectares d’espaces naturels, huit zones « Natura 2000 » et des espèces protégées telles que le vison d’Europe, l’écrevisse à pattes blanches ou le papillon fadet, mais ce sera une autoroute « écologique », grâce au recours à des revêtements absorbant le CO2 et au tri des déchets dans les futures aires de repos. La rentabilité du projet n’a pas été rendue publique, mais, en cas de pertes financières, le concessionnaire pourrait reporter les dettes contractées sur les collectivités. Et ce au nom du principe fort peu écologique de privatisation des profits et de socialisation des pertes.
Nucléarisation du territoire, bétonnisation autoroutière, diffusion et dissémination de semences transgéniques… Ni les circuits courts agricoles, ni le développement des autonomies énergétiques, ni l’émergence de sociétés de sobriété ne sont mis en avant par le texte final de la loi Grenelle. Au final, il n’est pas question d’encourager une plus grande durabilité des produits plutôt que leur recyclage, pas plus que de mettre en valeur le développement de comportements et de technologies renforçant l’autonomie de leurs utilisateurs, l’accès des populations défavorisées à un environnement de qualité et la diminution de leur dépendance vis-à-vis des transports et de l’énergie nucléaire.
Une industrie de réparation de la nature La résistance à la destruction de la capacité à se prendre en charge, de l’autonomie existentielle des individus, est une composante fondamentale de l’écologie politique. Une des motivations de l’écologie est de défendre le « monde vécu » contre le règne des experts et la réification de la nature (4). Mais dans la société de marché reverdie, l’environnement est une catégorie économique comme une autre, puisque tous les champs de la vie sociale sont soumis à l’économie, sur fond de régression des services publics et de montée en puissance d’une techno-politique sécuritaire. La débâcle environnementale offre de nouvelles opportunités à la raison économique, qui voit s’ouvrir une nouvelle industrie de réparation de la nature, des champs palliatifs de la séquestration (du gaz carbonique), formellement inscrite dans la loi Grenelle, aux succédanés nanotechnologiques et autres agrocarburants « verts ».
L’Etat, par la grâce prestidigitatrice du super ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo, ne mobilisera pas de financements substantiels pour soutenir le nouveau modèle écologique, le projet de mise en cohérence de la fiscalité écologique étant reporté sine die au nom du pouvoir d’achat à court terme. Crédits d’impôts, prêts bonifiés et partenariats publics-privés sont les ressorts d’une politique individualiste plutôt que solidaire. Le bonus-malus est présenté comme une mesure phare ayant vocation à s’appliquer, outre aux voitures, à d’autres objets manufacturés énergivores tels que les écrans plats des téléviseurs, les congélateurs et réfrigérateurs, les lave-linge et autres séchoirs… Une vraie rupture signifierait plutôt le retrait pur et simple des produits et voitures aussi énergivores qu’inutiles comme les 4x4. Autant d’objets qui bénéficient d’une propagande pseudo-verte véhiculée par des publicités mensongères où le coût écologique des produits reste illisible.
Au-delà de ce redéploiement de l’« administration du désastre (5) », rien ne change réellement : M. Sarkozy a promis aux pêcheurs de Boulogne-sur-Mer de lutter contre les quotas de pêche, M. Dominique Bussereau lance de nouvelles autoroutes, et Bercy, au nom de la concurrence, a tiré vers le bas le règlement européen REACH sur les produits chimiques.
Les marchandises et les techniques tiennent lieu de monde. Comme le souligne le philosophe Gunther Anders, les hauts-fourneaux, les usines, les centrales électriques, les piles atomiques, sont les « maisons de l’être » dans lesquelles l’homme entreprend de soumettre à la transformation le monde dans son entier — « une tâche si folle que l’expression classique d’homo faber ne convient plus pour désigner l’homme saisi par cette fièvre de transformation (6) ». L’addiction féroce des sociétés actuelles à ces « maisons de l’être » reste un tabou central, auquel nulle politique de développement durable ne s’est jamais attaquée.
(1) Voir le site officiel du Grenelle. (2) http://www.liberationdelacroissance... (3) REACH : acronyme tiré de l’intitulé en anglais de la législation européenne sur les substances chimiques, « Registration, Evaluation, Autorisation and restriction of Chemicals » (« Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques »). (4) Cf. André Gorz, Ecologica, Galilée, Paris, 2008, p. 53. (5) Cf. René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, L’Encyclopédie des nuisances, Paris, 2008. (6) Gunther Anders, L’Obsolescence de l’homme, L’Encyclopédie des nuisances, Paris, 2002, p. 213.
Non aux pistolets électriques !
Le RAIDH poursuit sa lutte contre la généralisation du pistolet électrique Taser. Cette arme est commercialisée en France sans qu’aucune étude indépendante ait examiné ses effets.
Le Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme a déposé le samedi 18 octobre à 12 heures une requête en annulation devant le Conseil d’Etat visant le décret du 22 Septembre 2008 autorisant la dotation des policiers municipaux en pistolets à impulsion électrique de la marque Taser. Cette arme, qui adresse une décharge de 50 000 volts, n’a fait l’objet d’aucune étude scientifique indépendante en France et est qualifiée par les Nations unies d’arme de torture.
« Face à la perméabilité dont le Ministère de l’Intérieur a témoigné devant les arguments d’un marchand d’armes aux pratiques désormais connus de tous, la voie juridique nous a semblé être la seule option désormais envisageable pour stopper net la généralisation du Taser en France » regrette RAIDH.
RAIDH demande en conséquence l’annulation du décret du 22 septembre 2008 autorisant potentiellement 17 000 policiers municipaux à être dotés de pistolets à impulsion électrique. L’association est particulièrement préoccupée par le non respect des normes internationales et européennes garantissant le respect des droits de l’homme et l’illégalité manifeste au regard du droit français de ce décret. « En vertu du principe de précaution intégré au Préambule de la Constitution, un moratoire sur la dotation des forces de l’ordre doit être prononcé » ajoute l’association. RAIDH avait déjà saisi le Conseil d’Etat le 19 juillet dernier en vue d’interdire le port de l’arme aux policiers nationaux.
Par ailleurs, RAIDH vient d’apprendre par le greffier du Tribunal de grande instance de Paris que le délibéré du jugement de l’affaire RAIDH contre SMP Technologies pour dénigrement de « l’image et la marque commerciale Taser » (sic) et « dépassement des limites de la liberté d’expression » (re-sic) sera remis au lundi 27 octobre 2008 en lieu et place du lundi 20 octobre prochain prévu jusqu’alors. Aucun motif n’a été rendu public.
Non aux Jeux Olympiques à Grenoble
Le maire de Grenoble rêve d’obtenir les Jeux Olympiques d’hiver dans sa ville. Cela signifierait une augmentation de la destruction de l’environnement régional et un coût énorme. Des citoyens s’opposent à ce fantasme d’une autre époque.
Nous, habitants de la cuvette grenobloise et des communes de montagne voisines, refusons la candidature de Grenoble aux Jeux Olympiques de 2018. Non, la population n’est pas unanime pour défendre un projet dont les conséquences seraient lourdes pour la vie des Grenoblois : − Un coût indécent. Les JO de 1968 ont été remboursés, via des impôts locaux augmentés, jusqu’en 1995. Une simple candidature coûte des dizaines de millions d’euros. Pour les seuls « Jeux de la Neige » (4 au 6 décembre 2008), opération de communication destinée à impressionner le Comité Olympique, la mairie débourse 400 000 € (pour un coût total dépassant largement le million d’euros). N’avons-nous pas de besoins plus urgents à régler avec de telles sommes ? M. Destot prétend que sa réélection en mars 2008, sur un programme comportant la candidature aux JO, légitime ses lubies. Rappelons qu’il a obtenu, au 2e tour des municipales, 20 959 voix sur un college de 127 551 Grenoblois en âge de voter. Un Grenoblois sur sept.
- Alors que la cuvette étouffe dans la pollution et souffre d’une urbanisation galopante, les JO imposeraient des années de travaux pour créer 30 000 lits – hors spectateurs ! – et des infrastructures gigantesques : rocade Nord avec tunnel sous la Bastille, autoroute A51, agrandissement de l’aéroport de Saint-Geoirs, élargissement de l’A48, etc. La mairie veut profiter des JO pour accélérer la réalisation du Sillon Alpin (continuité urbaine de Geneve à Valence sur 220 km) et l’urbanisation high tech du centre (le projet GIANT et ses gratte-ciel). Nous refusons cette mégalopole inhumaine.
- Un environnement saccagé. Les JO de 1968 ont laissé des massifs défigurés : tremplin à ski de Saint-Nizier du Moucherotte (280 000 m3 de terrassement ) devenu un tas de béton abandonné ; matériel d’éclairage laissé tel quel aux Trois Pucelles et sous le Moucherotte ; piste de bobsleigh de l’Alpe d’Huez – 3000 m3 de béton coulé – abandonnée depuis 1972, etc. Cinquante ans plus tard, cette meme course folle à la croissance économique qui justifie la candidature de Grenoble a bouleversé le climat et la montagne : la neige se fait rare dans les stations de moyenne altitude. Les Jeux exigeront ces canons à neige qui, dans le Vercors par exemple, imposent de créer des lacs artificiels, gaspillent une grande quantité d’eau et d’électricité, perturbent les cycles naturels de la végétation, de la faune, et ravagent les paysages.
- Une ville fliquée. En 1968 l’armée avait déployé 7000 soldats dans Grenoble. En 2018, grace aux avancées des technologies sécuritaires, la ville sera couverte de caméras de surveillance, de systemes de tracabilité (puces RFID) et d’identification (biométrie), et placée sous contrôle policier. Un avant-goût est fourni par les dispositifs installés au Stade des Alpes et acceptés en toute soumission par les supporters.
- Une idéologie répugnante. L’« idéal olympique » sans cesse loué par les décideurs est résumé par les déclarations du maire de Grenoble, M. Destot : « Une candidature en 2018 est une formidable opportunité pour notre ville » ; « Une formidable opportunité pour la montagne francaise, confrontée à une concurrence mondiale en matiere de développement sportif, économique et touristique. » En somme, il s’agit de mettre à genoux nos concurrents mondiaux en toute fraternité et de remplir les poches des idéalistes chefs d’entreprises, commercants et développeurs touristiques dauphinois. Qui ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont créé l’association « Pro JO » à l’initiative de la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui ordonne dans un courrier aux patrons grenoblois : « Vous êtes chef d’entreprise responsable, vous vous devez d’etre intéressé par cet événement. » L’idéal olympique, c’est celui de l’argent, de la compétition, de la réussite à tout prix, y compris celui de la triche (...). De Berlin à Pékin, l’idéal olympique a prouvé qu’il s’accordait à toutes les dictatures. Par respect pour le sport, pour la dignité et la liberté, nous refusons la candidature de Grenoble.
Non aux Jeux Olympiques, ni ici ni ailleurs.
Une pollution signée Total
La compagnie Total gagne beaucoup d’argent, mais néglige manifestement de l’utiliser à prévenir les pollutions dont elle est coutumière.
Six mois après une première pollution très importante liée à la rupture d’une canalisation (déversement de plus de 400 tonnes de fioul lourd), un nouvel incident technique survenu le 22 octobre vers 20h30 sur le site Total a entraîné le rejet dans la Loire d’environ 10 m3 de fioul. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Sentiment de RAS LE BOL des associations.
Encore un coup dur pour la nature. Ce nouveau rejet dans ce site d’importance internationale pour l’hivernage et les haltes migratoires des oiseaux, est inadmissible pour les associations de protection de l’environnement qui désespèrent de voir ce groupe changer d’attitude. Bernard Rousseau, responsable des politiques Eau à FNE, rappelle que « ces déversements ponctuels ont un impact considérable, et pas uniquement local, sur tout l’écosystème. Ils viennent annuler les efforts financiers et de lutte contre la pollution entrepris sur tout le bassin de la Loire depuis de très nombreuses années. »
Malgré les incidents qui se succèdent, Total ne semble toujours pas mesurer toujours la nécessité d’investir durablement dans des installations permettant ainsi d’éviter les pollutions.
Sophie Bardet, chargée de mission au réseau juridique de FNE, souligne : « Total ferait mieux d’investir dans la sécurité industrielle plutôt que dans la publicité verte ! Le discours de cette société sur ses efforts entrepris pour l’environnement est à nouveau démenti d’une façon tragique. Ce nouvel incident démontre que toutes les précautions n’ont pas été prises et que le groupe ne tient pas compte des erreurs passées et des précédentes pollutions dont il est à l’origine. »
Marc Sénant, chargé de mission sur les risques industriels à FNE, souligne : « Comment accepter de la part d’un groupe avec un chiffre d’affaires de 43 Milliards d’euros en 2007 une absence manifeste d’investissements dans la prévention ? Cette pollution rappelle tristement la catastrophe de l’Erika, dont la cause principale était, une fois encore, la vétusté du navire affrété par Total. Cette attitude est « TOTALement » irresponsable et inacceptable ».
FNE note que, comme d’habitude, nous sommes dépendants des communiqués de presse de la Société Total et des informations que celle-ci veut bien dispenser. FNE attend que l’Etat assume réellement et fermement ses pouvoirs de police et de contrôle et en rende compte.
Les Planteurs volontaires bloquent le chantier d’autoroute
Dans les Landes, les décideurs locaux promeuvent le projet d’autoroute A 65, économiquement injustifié et destructeur de l’environnement. Les citoyens critiques bloquent le chantier depuis quelques jours.
Suivant les consignes du Conseil Régional d’Aquitaine, les Planteurs Volontaires occupent le site des 9 fontaines à Bostens, dans les Landes, situé sur le tracé de l’autoroute A65. Ce lieu classé Natura 2000, sur lequel vivent plusieurs espèces protégées, est bénévolement entretenu depuis plusieurs années par les Bostensois, qui y font concilier, sans grande déclaration sur le « développement durable », respect de la nature et présence des hommes.
Les Planteurs Volontaires demandent à Alain Rousset, Président de la région, de venir symboliquement y couper le premier arbre, en signe de son engagement résolu à voir se réaliser le projet d’autoroute A65. Il a en effet acté la destruction de ce site en étant depuis plusieurs années, et contre toute logique écologique et économique, le principal promoteur de ce dinosaure autoroutier.
Dans l’attente de sa venue, les Planteurs Volontaires appellent tous les citoyens attachés à la protection de leurs milieux naturels et opposés à ce projet absurde à les rejoindre sur le site des 9 Fontaines.
Une crise systèmique et durable
La crise économique trouve ses origines dans les années 1980 et entraine un bouleversement du système. Elle ne pourra pas trouver sa solution dans le retour aux recettes anciennes.
Il est incontestable que la crise actuelle surprend par son ampleur et ses modalités. Personne ne peut dire qu’il s’y attendait. Par contre, tous les économistes compétents savaient qu’une crise de grande ampleur devait survenir un jour ou l’autre. Nous croulons depuis quelques mois sous les informations détaillées et les explications concernant cette crise. Plus personne, qui a été attentif à ces analyses, ne peut ignorer en quoi, par exemple, a consisté la crise des subprimes. Mais il existe, dans ces explications, une énorme carence. Presque personne n’ose y voir une véritable crise du système économique. On se contente de se référer à une crise financière et bancaire. Certains mêmes continuent d’affirmer que la cause réside dans les actifs " pourris " détenus par les banques, suite à la crise des subprimes (des prêts immobiliers transformés en titres négociables sur les marchés financiers), alors que les sommes astronomiques qui sont annoncées, en termes d’intervention des Etats, dépassent très largement ce qui était en cause au départ. La crise des subprimes aura été simplement l’étincelle qui a mis le feu à la plaine. Il est bon de revenir aux " fondamentaux ", donc à la crise du système économique en tant que telle, crise qui, je l’ai indiqué, était attendue de longue date.
1. Le développement de la crise économique et le tournant du milieu des années 80 Un petit historique s’impose. Je me concentrerai au départ sur le cas français, simplement parce que je le connais mieux que les autres, pour l’élargir ensuite au cas mondial. Il y a déjà eu, ne l’oublions pas, une crise économique sévère qui, en France, a duré presque 10 ans. De 1973 à 2002/2003. Cette crise, soit disant causée par le quadruplement des prix du pétrole en 1973 (qui, bien entendu, n’était de loin pas la cause première), pouvait s’analyser dans les termes classiques d’une crise cyclique. Elle relevait d’un excès d’accumulation du capital et d’une baisse sensible du taux de profit moyen des entreprises. Comme toujours, dans ces cas là, la crise provoque des destructions importantes du capital existant et des tentatives de rationalisation du travail, avec compression des effectifs et intensification du travail, deux processus qui permettent de redresser, pour une nouvelle période, le taux de profit moyen et de relancer les investissements. C’est ce qui s’est passé. Pour qui s’en souvient ou n’était pas encore né, les années 70 ont été celles des grands plans de restructuration industrielle et d’une première forte montée du chômage (montée qui a démarré exactement en 1975, avec un décalage de deux ans par rapport au début de la crise).
Une des caractéristiques majeures de cette époque a été le quasi-arrêt des investissements productifs des entreprises privées, de sorte que lorsque l’économie française est sortie de la crise, elle avait un système de production qui avait sensiblement vieilli, une population salariée au travail qui avait, elle-aussi, vieillie et s’était rétrécie. C’est l’investissement public, réalisé par ce qu’on appelait à l’époque les GEN (grandes entreprises nationales), qui a limité l’ampleur de cette crise. Les GEN, poursuivant leur croissance selon la tradition gaulliste, avec un fort soutien de l’Etat (auquel elles appartenaient) ont agi de manière contra-cyclique : en réalisant de grands investissements de renouvellement de leur technologie et de leur matériel. SNCF, EDF, France Télécom en particulier ont lancé les grands plans que nous connaissons (TGV, Nucléaire, réseau téléphonique) au cours de cette période.
Mais, mis à part le cas très particulier de France Télécom, cela s’est payé d’une forte montée du déficit de ces entreprises, déficit qui était, en dernier recours, à la charge de l’Etat. A la fin, en particulier en 1981, point le plus noir de la crise, les deux problèmes se sont combinés :
- destruction d’une partie de l’appareil de production et rationalisation du travail d’un côté (pensons aux 20 000 suppressions d’emplois réalisées dans la sidérurgie au cours de l’année 1979), - montée forte de l’endettement de l’Etat de l’autre.
C’est par un malheureux concours de circonstances, que le gouvernement d’union de la gauche est arrivé au pouvoir, précisément en 1981 ! Pendant cette période, aucune crise financière au sens actuel de ce terme : les " marchés financiers " avaient une ampleur et un rôle très réduits, les grands fonds mondiaux de placement et de spéculation n’existaient pas et le seul facteur de spéculation résidait dans les variations des taux de changes entre les monnaies du, après l’abandon des taux de changes fixes liés au dollar, et, en dernier recours à l’or, à l’instauration d’un système de taux de change flexibles. C’est là que se logeaient les mouvements spéculatifs. Le système bancaire a été peu affecté par cette crise, à l’exception prêt qu’il a, bien entendu, réduit l’ampleur habituelle de ses prêts aux entreprises, puisque l’investissement était en panne. C’est l’Etat endetté qui est devenu le premier emprunteur.
La crise que nous connaissons actuellement n’a absolument pas les mêmes caractéristiques. Il ne s’agit pas d’une crise cyclique habituelle et c’est l’une des raisons pour lesquelles les économistes sont assez " paumés ". Ils ne retrouvent plus leurs repères habituels. Je pense, personnellement, que les causes de la crise actuelle étaient déjà en germe dans les caractéristiques de la reprise économique du milieu des années 80. Les caractéristiques sont les suivantes et dessinent un paysage qui n’avait plus grand-chose à voir avec la période dite des Trente Glorieuses de l’après-guerre.
- d’abord un mouvement de mondialisation impulsé par les grandes firmes et grandes banques. Dans ce mouvement de mondialisation, ce n’est pas, contrairement à ce qu’on affirme souvent, l’internationalisation de la circulation des marchandises qui constitue le fil conducteur. C’est, au départ, l’internationalisation de la localisation du capital : exportation de capitaux pour s’implanter dans diverses parties du monde et rachat d’entreprises locales. On en voit aujourd’hui les effets : la plupart des grands groupes, dit " français ", ont désormais un effectif salarié et un potentiel de production à l’étranger nettement supérieur à ce qu’ils ont en France. Cette question est largement sous-estimée dans les raisonnements économiques nationaux. Par ailleurs, dans la mondialisation, la véritable nouveauté réside dans la globalisation : les grandes firmes et banques raisonnent et élaborent leur stratégie directement selon un point de vue global et mondial. Ce n’est qu’en second rang qu’apparaissent les grandes régions du monde et les pays (y compris, actuellement, le pays d’origine de la firme). On a pu constater que cette stratégie de globalisation n’aboutissait pas à un développement de l’économie mondiale, au sens de l’ensemble des zones du monde. Bien au contraire, ces stratégies et les localisations du capital restent concentrées dans un nombre limitées de zones, les mêmes pour toutes les firmes qui s’y mènent une concurrence sauvage. Ces zones sont celles où existent un marché solvable d’une dimension suffisante et les infrastructures nécessaires. Pour l’essentiel ces zones sont constituées autour des mégalopoles. L’intérieur des pays reste aussi marginalisés, voire souvent plus appauvri qu’avant. Au Brésil, par exemple, Sao Paulo, mégalopole de quelques 15 millions d’habitants, est le lieu principal d’implantation du siège de ces Firmes et banques. Bref : la mondialisation est constituée par un grand squelette, reliant ces zones entre elles, en flux de capitaux, de marchandises, d’informations, de communications à distance, de prêts et de circulations des profits, mais un squelette sans chair entre les os ! Les Etats nationaux n’ont qu’un très faible pouvoir d’action sur ces firmes. Nombre d’entre elles d’ailleurs ont décentralisé leur siège social juridique dans des petits pays développés " sûrs" et à la fiscalité faible. Sait-on que le siège de Renault, juridiquement parlant, n’est plus situé en France ?
- la seconde caractéristique aura été et est toujours un considérable mouvement de repartage de la valeur ajoutée entre profits, fiscalité sur les entreprises et salaires, avec une véritable envolée de la part relative et de la valeur absolue du profit, au détriment de la part relative de la rémunération salariale et de la fiscalité sur les sociétés. En France, ce renversement a été très fort durant la seconde moitié des années 80 et la part des profits a continué d’augmenter régulièrement ensuite, même si la pente est plus faible (mais à partir d’un certain effet de taille, la pente s’affaiblit mécaniquement). Nous sommes arrivés à une situation proprement aberrante : les entreprises en France, toutes tailles confondues (donc avec de fortes inégalité en leur sein) et hors secteur public, sont parvenues à des taux d’autofinancement d’environ 105% ! Cela ne dit peut-être rien pour les non-économistes, mais cela veut dire que les excédents financiers de ces firmes (dont avant tout les grandes firmes mondialisées) sont devenus nettement supérieur à leurs besoins d’investissements productifs. On peut indiquer qu’un taux d’autofinancement " normal " est de 80%, le reste étant, normalement, couvert par crédit bancaire. La situation à laquelle on est arrivée est, depuis prêt de 15 ans, tout à fait anormale et " malsaine " : les grandes firmes (et les banques) ont dégagé et dégagent des surplus financiers considérables qui dépassent de loin les besoins productifs.
Il est donc parfaitement logique que les unes et les autres se soient lancées dans des placements spéculatifs, qui ont représenté une activité nouvelle et durable de leur part. Toute grande firme qui se respecte (à l’exception des grandes entreprises publiques qui restaient endettées) possède un département de placement financier, devenu partie intégrante du "business " de cette firme.
De la même manière, les grandes banques de dépôts ont développé une activité dite de " banque d’affaire ", entièrement vouée à la gestion des placements financiers. La question logique qu’on peut se poser est : pourquoi la rémunération salariale dans les pays développés, au centre du système capitaliste, ne s’est pas effondrée, alors qu’elle chutait en parte relative dans la valeur ajoutée depuis le milieu des années 80 ? Pourquoi est-ce seulement depuis deux à trois ans, qu’on parle ouvertement de baisse du pouvoir d’achat et de montée de la pauvreté ? Tenter de répondre à cette question est essentiel.
- L’évolution et l’usage de la rémunération salariale ont été complexes, même si le point n’aboutissement ne pouvait être qu’une baisse de cette rémunération en valeur absolue (donc en pouvoir d’achat), un appauvrissement de la population, situation que tous les grands pays développés vivent actuellement. Si la baisse n’a pas été plus forte ni plus précoce, c’est pour la série de raisons suivantes :
o Mécaniquement, aussi longtemps que se manifeste une croissance économique suffisante, et donc une croissance de la valeur ajoutée, la part de la rémunération salariale peut baisser en termes relatifs et continuer à évoluer en positif en valeur absolue, mais à un rythme qui se ralentit. C’est ce que montrent les statistiques pour les années 80 qui ont été, il ne faut pas l’oublier, des années de reprise économique, par rapport au marasme des années 70, même si cette reprise apparaissait désormais comme très fluctuante, très variable d’une année à l’autre. Les salaires continuent effectivement à augmenter, à un rythme qui se rapproche progressivement des 1% par an, sans aucune mesure avec la flambée du profit, mais sans baisse cependant. Cela dit, les statistiques sur les salaires ne concernent, par définition, que ceux qui occupent un emploi salarié et touchent un salaire à ce titre. Il faut tenir compte des autres phénomènes.
o A partir du milieu des années 80, en même temps que la part du profit se redresse de manière spectaculaire, se manifeste un phénomène tout à fait nouveau : la création des emplois précaires, qui, mis à part le cas particulier du travail intérimaire, ont été lancés par l’Etat sous prétexte d’aider les emplois jeunes, emplois qui ont été légalisés, et que les entreprises se sont empressées d’utiliser (souvent en allant au-delà du nouveau droit du travail à ce sujet). Ces emplois sont nettement moins bien payés que les emplois durables, mais, du fait de leur durée restreinte (2,5 mois en moyenne à ce moment là), ils ont eu une influence limitée dans les statistiques nationales de salaire. Ce n’est qu’avec la forte envolée de ce type d’emploi qu’ils vont progressivement avoir une influence négative, dépressive, sur la masse salariale globale,
o L’allongement spectaculaire de la durée des études, à partir de 1984 là encore, a un effet évident : il retire une fraction croissante des jeunes de la population active salariée (sinon pour des petits boulots) et n’ont donc aucun impact sur les statistiques concernant les salaires,
o Si l’échec scolaire recule, le chiffre des jeunes qui quittent le système éducatif sans aucun diplôme se stabilise à un niveau non négligeable (150 000 jeunes par an) et surtout pour une exclusion considérablement plus radicale et durable que dans les périodes antérieures. Ces jeunes ne sont… nulle part ! Ils ne deviennent visibles que lorsqu’ils se manifestent par des actions violentes.
o N’oublions pas enfin le caractère désormais structurel et de masse du chômage. Les chômeurs sont comptés comme actifs, mais non occupés. Eux aussi disparaissent des statistiques. Leur nombre fluctue en fonction de la conjoncture économique, mais il existe de puissants moteurs pour qu’en tendance, et malgré les fluctuations, ce chômage s’impose désormais à un niveau élevé.
o Reste enfin un phénomène dont on parle peu bien qu’il soit très net : pour les jeunes qui accèdent à un emploi durable, le montant du salaire est nettement inférieur à ce que les générations précédentes pouvaient prétendre à un niveau de qualification et d’âge équivalent. Les patrons jouent à fond la carte du chômage de jeunes pour imposer cette dégradation et il faut bien dire qu’aucune solidarité intergénérationnelle et aucune action d’envergure des organisations syndicales ne viennent s’opposer à cette pratique.
Au total donc, on s’aperçoit que durant les années 80, si la rémunération salariale des actifs occupés maintient une légère croissance, souterrainement des nouvelles tendances agissent, qui vont progressivement miner tout l’édifice. Il faudra néanmoins quelques années pour qu’au niveau sociétal ces tendances viennent affecter la situation de tous les salariés.
- les chiffres de moyennes, qui servaient de référence aux raisonnements économiques, perdent largement de leur signification. Derrière elles, ce sont des situations de plus en plus inégalitaires qui s’installent et qui, d’ailleurs, minent la combativité sociale. La fraction haute des dirigeants des grandes groupes et banques appartient toujours légalement aux salariés, mais l’explosion scandaleuse de leur rémunération a un fondement précis : c’est directement sur l’envolée du profit qu’ils se " paient ". Ils quittent, de facto, complètement le salariat. Les salariés " moyens " voient bien que, progressivement, leur situation se dégrade, mais ils se jugent, non sans des raisons objectives, bien que temporaires, " privilégiés " par rapport aux jeunes, aux précaires, aux chômeurs, aux exclus.
- L’Etat enfin ne peut que voir son déficit s’aggraver. Je laisse de côté, pour l’instant, le gigantesque déficit de l’Etat aux Etats-Unis. Mais en France et dans les pays équivalents, les recettes publiques enregistrent nécessairement l’érosion de la rémunération salariale - qui reste l’une des bases de la fiscalité -, le manque de recette dues au chômage et la baisse voulue de la fiscalité sur les entreprises et sur les riches. Elles enregistrent aussi une érosion de la base principale des recettes fiscales : la fiscalité sur les produits achetés.
En contre partie, trois postes de dépenses explosent : o les dépenses sécuritaires,
o les aides aux entreprises pour embaucher des jeunes et limiter la croissance du chômage (aides qui sont d’une imbécilité totale dans une période où le montant des profits explose ! On mentionne toujours le cas des PME. Si certes une partie des PME sont en difficulté, il faudrait, si on veut les aider efficacement, revoir intégralement les règles et pratiques de sous-traitance (qui les asphyxient) et avoir une politique radicalement nouvelle concernant leurs débouchés (penser " services utiles et écologiquement bons ", plutôt que marchandises),
o enfin la prise en charge, partielle mais incontournable de l’effondrement progressif du système de sécurité sociale au sens large (santé, retraites, aides aux familles en particulier). Les gouvernements successifs s’enferment dans un double rôle : d’une part, par réformes successives, baisser la redistribution sociale et le salaire indirect que ce système autorisait et donc contribuer directement à son affaiblissement et, en même temps, prendre à sa charge un montant croissant du coût de la dégradation de ce même système ! Un beau paradoxe !
Bien entendu l’enfoncement progressif, mais permanent, de l’Etat dans les déficits et la destruction partielle, mais constante, du système de sécurité sociale viennent s’ajouter à toutes les caractéristiques précédentes : une dégradation multiformes de la situation des salariés (qu’ils soient actifs durables, précaires ou chômeurs), des jeunes, futurs salariés et désormais des retraités ! Bref : de l’immense majorité des personnes. On arrive à un résultat d’une très grande simplicité, mais qui diffère totalement des crises cycliques du capitalisme : un contraste frappant entre l’envolée du profit et la détérioration, d’abord souterraine et inégale, puis, maintenant, ouverte et générale de la situation de la grande masse de la population. On peut raisonner " pays ", mais on doit désormais raisonner " monde ".
Il faut souligner le fait qu’il ne s’agit pas d’une crise de manque de débouchés ou de surproduction, voire de sous-consommation. Ce nouveau déséquilibre est très profond et durable. Il n’est en rien cyclique. Il se manifeste aussi bien en conjoncture de croissance que de récession. On peut l’exprimer en termes plus rigoureux : la valorisation du capital se déconnecte de plus en plus de la base qui lui reste cependant nécessaire : le travail salarié. Situation qui sape les fondements mêmes du système capitaliste, lequel, par nature, reste fondé sur le travail salarié. Tous les germes d’une crise très profonde se développent ainsi depuis le milieu des années 80, c’est-à-dire depuis plus de 20 ans.
Jusqu’à maintenant, de manière intentionnelle, je n’ai fait nulle mention des marchés financiers, des acteurs qui les dominent, ni de leur rôle et de leur crise spécifique actuelle, bien qu’elle occupe le devant de la scène. C’est qu’il me semblait indispensable de montrer qu’il s’agissait d’une crise économique, que l’on peut directement rattacher à des affrontements entre classes sociales, donc à une approche politique. Car tout ce que je viens de décrire, à commencer par le renversement profond et durable du partage entre profit et rémunération salariale, correspond, en termes politique, à une offensive des fractions dominantes du capitalisme actuel, offensive contre la population vivante - contre le salariat, mais au-delà même des salariés, puisque retraités et jeunes ne sont plus ou pas encore salariés, mais font partie du système salarial, du salariat. Offensive entre les membres de ces fractions capitalistes, puisque tous ces phénomènes se sont accompagnés d’une nette intensification de la concurrence entre capitaux, de son changement tendanciel d’échelle - le monde directement et non plus chaque pays -, et d’une extension des espaces de valorisation concurrentielle des capitaux, du fait, en particulier, de la privatisation des grandes entreprises publiques, et maintenant d’une partie croissante du système de protection sociale, qui devient un espace explicite de marchandisation (le comportement des grandes compagnies d’assurance en témoigne explicitement).
Jusqu’à maintenant, là aussi de manière volontaire, j’ai eu recours aux raisonnements et aux données statistiques qui relèvent de ce que l’on appelle l’économie descriptive. Je n’ai pas fait appel à ce qui est le fond de mon analyse, une analyse théorique d’inspiration marxiste (je dis "d’inspiration", car j’ai certains points des désaccords importants avec Marx, notamment son analyse de la valeur que, comme plusieurs autres économistes "marxistes" de la fin des années 70, je considère comme fausse). J’ai voulu montrer, par l’usage de l’économie descriptive, que la compréhension, non théorique, mais valable empiriquement, de cette crise était accessible à tout le monde.
2. Marchés financiers et crise financière Les bourses et marchés financiers existent de longue date. Leur principe centrale : faire de l’argent avec de l’argent, autrement dit : faire du profit (valoriser un capital) au sein de la seule sphère du capital argent, est utilisé et connu depuis que le capitalisme financier existe, c’est-à-dire nettement avant la naissance du capitalisme industriel. Les bourses, qui fonctionnent sur un principe dit de "placement" de capitaux-argent, principe fondamentalement spéculatif, puisqu’il spécule sur le fait que le rendement du capital prêté ou investi en actions, et donc placé, permettra de dégager un profit substantiel, reprennent le fondement même du crédit, qui est à la base de la constitution historique du capitalisme bancaire et financier, déjà présent au Moyen Age, en particulier pour financer les dépenses des royautés et féodalités. En réalité l’existence de ce type de capitalisme est encore bien plus ancienne, mais un capitalisme non fondé sur le salariat. Je reviendrai sur ce point important.
Cela dit, les marchés financiers actuels, tels qu’ils se constituent, en toute légalité, en particulier grâce à la légalisation de la "désintermédiation" financière, terme qui indique que tout acteur peut intervenir sur ces marchés, sans passer par l’intermédiaire des banques, possèdent des caractères et une puissance qui contrastent avec le passé. Et cette nouvelle constitution a démarré dans le milieu des années 80, là encore, c’est-à-dire exactement au moment où s’est opéré la nouvelle reprise économique et se sont imprimé toutes les caractéristiques dont j’ai parlé. Le tournant des années 1984/85 marque donc une transformation générale du fonctionnement économique d’un capitalisme qui se mondialise et se financiarise directement. Il se trouve, là encore, que les mesures institutionnelles et légales nécessaires à cette mutation ont été prises au départ par un gouvernement socialiste. Mais passons !
Il n’est pas dans mon propos de revenir sur la manière dont se sont constitués et développés ces marchés. Je voudrais insister d’entrée de jeu sur deux types de propos qui dominent la sphère médiatique et masquent la réalité :
- analyser ces marchés, essentiellement en termes pseudo-psychologiques, en parlant du comportement, de la confiance, de la défiance et de l’affolement de ces marchés (marchés qu’on assimile tout d’un coup à des êtres humains !) est absurde. C’est faire tomber l’analyse économique à un niveau journalistique particulièrement bas. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des comportements collectifs et des "effets de foule", tels que le sociologue Gabriel Tarde l’a remarquablement analysé. Mais il s’agit d’effets et non de causes. Et s’il se manifeste, dans les comportements actuels des acteurs intervenant dans ces marchés, un phénomène de défiance généralisée, c’est une défiance, parfois inconsciente, face à l’ensemble du système économique capitaliste dont ils font partie. Un personnage comme Georges Soros est certainement l’un des meilleurs analystes de la forme contemporaine prise par le capitalisme car les marchés financiers en sont à la fois l’un des aiguillons, mais aussi un formidable lieu de révélation et d’observation.
- Opposer la soi-disant "économie réelle" à l’économie de ces marchés est là aussi une absurdité. Il n’existe pas d’"économie réelle" face à une économie "irréelle". Le système économique fonctionne comme un système intégré. Et ce sont en large partie les mêmes acteurs qui agissent dans toutes les sphères, et ceci d’une manière largement rationnelle et cohérente (sans minimiser néanmoins les "effets de foule" en cas de panique). D’où viennent les capitaux qui se sont investis dans ces marchés et qui sont devenus, en quelques années, la fraction dominante et prédatrice du capitalisme contemporain ?
D’une part du gonflement de la masse du profit, sans usage productif direct, qui s’est naturellement orientée vers le placement spéculatif, phénomène dont j’ai indiqué l’origine. Elle a été rejointe, plus tardivement que le tournant des années 80, par ce qu’on appelle aujourd’hui des "fonds souverains", c’est-à-dire, pour l’essentiel par les capitaux considérables détenus par les pays pétroliers et par les Etats "riches", la Chine essentiellement.
D’autre part, de mécanismes, déjà anciens, de captation et placement de l’épargne des salariés, sur la base de la détérioration de l’ensemble du système de protection sociale. Le cas-type en est constitué par les fonds de retraite américains, qui ont pris plusieurs longueurs d’avance sur le reste du monde, pour la raison simple qu’un système de sécurité sociale à la Française y était inexistant. Les dirigeants de ces types de fonds, que l’on appelle, bizarrement "les investisseurs", alors qu’ils placent des capitaux, mais n’investissent pas productivement, sont devenus l’un des acteurs dominants sur ces marchés. Ce qu’on appelle les "fonds d’investissement", plus européens qu’américains, sont, quant à eux, fondés, non pas sur la destruction progressive des systèmes publics de protection sociale, mais sur une capacité propre à capter toutes les formes d’argent, quelle que soit leur origine, apte à être placées. Les "hedge founds", fonds hautement spéculatifs, viennent compléter le tableau des supposés "investisseurs". Les banques et grandes compagnies d’assurance, d’abord prises de cours et débordées par la croissance fulgurante de ces marchés, y sont entrées et en sont devenues un acteur important, secondarisant leur rôle premier de pourvoyeur de crédits.
L’opération de base, pour cette catégories d’acteurs, qui domine l’actualité immédiate, est simple : il s’agit à la fois d’une captation directe des dépôts réalisés par les particuliers et les entreprises, dans des portefeuilles d’actions ou d’obligations, donc dans des titres placés sur ces marchés et d’une transformation des crédits (ou assurances) octroyés en titres eux-aussi placés et négociables sur ces marchés. Phénomène désormais bien connu sous le terme de "titrisation". Si un nombre important de salariés ont souscrit, par l’intermédiaire des banques et assurances, à ces portefeuilles de titres, ce n’est pas principalement pour spéculer, mais pour sécuriser leur épargne, face à une situation sociale et économique, qui, je l’ai indiqué, minait progressivement le revenu et les prestations issus de leur salaire et cotisations.
Autrement dit, c’est la détérioration tendancielle de la situation du "monde du travail" qui a conduit, objectivement, ces salariés, de la même manière que les retraités américains, mais par un canal plus traditionnel, à agir comme alimentant les capitaux de placements spéculatifs sur les marchés par l’intermédiaires des banques et compagnies d’assurances. Objectivement, une masse croissante du salariat a alimenté la rapide et énorme croissance de ces marchés et a donc joué, de fait, le jeu de la spéculation, adoptant le principe "faire de l’argent avec de l’argent". Du fait de cette tripe origine - d’une part le gonflement des profits issus de la sphère productive et de la hausse du prix de l’énergie et des matières premières, d’autre part la captation d’une très large partie de l’épargne constituée, par précaution et nécessité, par le salariat, et enfin l’action plus tardive, mais actuellement forte, des quelques Etats et acteurs financiers des pays détenant de considérables réserves de capitaux disponibles (dont la Chine est devenu le chef de fil) - les marchés ont pu prendre rapidement une dimension considérable et assurer leur emprise sur l’ensemble du système capitaliste et de ses acteurs. Il n’est un secret pour personne que les fameux "investisseurs" ont pris des positions de pouvoir dominantes dans les grandes firmes mondialisées.
Mais il n’existe pas d’offres de capitaux de placement sans une demande d’argent, sans des occasions fortes de placement, car, même spéculatif, un capital doit bien en définitive répondre à une demande de capitaux et de financements. Les acteurs de cette demande sont connus : - d’une part, et on devrait dire en premier lieu, les Etats, qui, pour couvrir leurs déficits, ont commencé à faire un appel considérable aux marchés financiers, par l’intermédiaire technique, en particulier, de ce qu’on appelle les "bons du Trésor". Le gouvernement américain a bien entendu ouvert la porte et pris la tête de file de cette situation, pour des montants qui sont devenus fabuleux (couverts en partie par des achats de titres sur l’Etat américain pris par les acteurs financiers et l’Etat du Japon, d’abord, auquel s’est donc adjoint la Chine et les Etats pétroliers). On arrive d’ailleurs à cette situation assez cocasse : les grands concurrents, voire adversaires politiques des Etats-Unis, sont des Etats, associées à leurs propres banques, qui "tiennent" le gouvernement américain à cause de leur détention de la majorité des titres de créances sur l’Etat américain. De ce point de vue, on pourrait dire, de manière cynique, que les Etats-Unis ont déjà perdu la guerre, et c’est là, effectivement, une certitude, que la crise actuelle amplifie considérablement. Les détenteurs de "fonds souverains" sortiront de cette crise encore bien plus forts qu’ils ne le sont actuellement. La Chine est en passe de dominer le monde, plus rapidement encore qu’on ne le pensait. - d’autre part les particuliers, les membres du salariat et les petits entrepreneurs, qui, voyant leur situation financière se dégrader, mais voulant maintenir leur niveau de vie ou d’investissement productif, ont commencé à faire un appel considérable aux crédits, crédits qui, comme tout le monde le sait aujourd’hui, ont été titrisés, donc transformés en titre négociables sur les marchés financiers, avec, dans leur sillage, une multitude de "produits dérivés".
Au total les acteurs des marchés financiers, participant d’une nouvelle fraction du capital, clairement dominante dans le système capitaliste d’aujourd’hui, sont devenus possesseurs d’un montant considérable (que personne n’est capable de chiffrer avec exactitude) de capitaux de placement. En contrepartie, il s’est développé une toute aussi considérable économie d’endettement, de la part des particuliers (membres du salariat) et des Etats. Il n’est pas contestable, empiriquement parlant, que le facteur déclenchant de la crise actuelle a été l’incapacité des particuliers (et tendantiellement… des Etats !!!) à tenir le remboursement de leurs emprunts, et ceci de manière non conjoncturelle, structurelle. Plus la valeur et le nombre des titres ont flambé, dans la période précédente, plus la chute a été rude. Mais j’espère avoir démontré, contre ce que disent la plupart des commentateurs dans les médias, voire des experts "distingués", que cette crise des marchés financiers condense et cristallise l’ensemble des caractéristiques qui portaient à une crise économique grave, et ceci, selon des tendances inscrites dès le tournant du milieu des années 80. On ne peut pas absolument pas séparer les deux et opposer une soi-disant "économie réelle" à l’économie des marchés financiers. Les acteurs dominants de cette phase du capitalisme sont d’ailleurs totalement enchevêtrés, ce que le cas des banques illustre à merveille.
Conclusion Que penser des mesures actuellement mises en œuvre ou débattues par les gouvernements des principaux pays capitalistes ? Le plan Paulson est compréhensible, si l’on tient compte d’une analyse en termes politiques, et donc des intérêts de classe en jeu. Mais il s’agit d’une complète absurdité en termes économiques. Non seulement il est totalement immoral, bien entendu, que les spéculateurs soient sauvés et récompensés par un plan, sans précédent historique, de socialisation des pertes, mais n’importe qui peut comprendre qu’il en résultera deux conséquences négatives : - même mieux contrôlés, les spéculateurs pourront reprendre leur jeu. Ce n’est pas un problème d’individus qui "auraient mal géré", c’est un problème systémique. Les mêmes mécanismes reproduiront les mêmes effets, - et surtout : en écrasant les membres du salariat sous le poids supplémentaire de cette nouvelle dette publique et en fragilisant encore plus la situation financière propre des Etats, on accroit et aggrave tous les facteurs de la crise économique. C’est cela d’ailleurs que les spéculateurs "sentent", à défaut de bien le comprendre. Et c’est pourquoi la "confiance" ne revient pas. Pour aller à l’essentiel, nous sommes face à une crise inédite, non cyclique, qui se manifeste par un divorce, qui va s’aggraver, entre les possibilités de vivre de manière décente (de ne pas tomber dans la misère, ce qui est néanmoins le cas d’un nombre croissant de personnes, y compris dans les grands pays développés) de la population liée au salariat (salariés actifs, précaires, chômeurs, retraités, et jeunes encore pris dans les études) et la valorisation du capital, avec un capital de placement qui, même régulé, restera dominant pour la simple raison qu’aucun gouvernement n’envisage de l’asphyxier, et surtout de le faire disparaître. Un divorce entre capital et travail salarié, alors que le travail salarié est et reste la source, en dernière instance, de la formation du capital. Je ne vois aucune sortie de cette crise se dessiner. Je ne vois aucun gouvernement des grands états capitalistes prendre les mesures radicales qui s’imposeraient.
Ces mesures radicales sont simples à énumérer : - asphyxier ou supprimer le capital de placement. C’est possible par des mesures politiques fortes. Mais actuellement les gouvernements font l’inverse : ils le renflouent ! - renverser complètement la donne et la tendance en matière de partage de la valeur ajoutée entre profit, impôts sur les sociétés et rémunération salariale, - rétrécir le plus possible la sphère de la marchandisation et développer une économie servicielle, publique, mais aussi associative, voire privée. On peut "renationaliser", mais ce n’est que l’enveloppe, comme le gouvernement britannique, aculé à cette solution, le fait à titre temporaire. Derrière cette enveloppe, il faut mettre un nouveau contenu, inspirée du service public, mais donnant aux usagers un pouvoir et une initiative démocratique et première qu’ils n’ont jamais eu, même à la grande époque de l’essor du domaine du service public (qui était, en réalité, un service étatisé), − enfin, mais c’est en soi un sujet trop vaste pour que je puisse le traiter dans ce texte, tirer toutes les conséquences qui s’imposent de la crise écologique. En faire une priorité absolue.
Disney, royaume désenchanté
La compagnie Disney fait commerce du rêve pour enfants. Mais les produits qu’elle commercialise sont fabriquées en Chine dans des conditions inhumaines.
Comme des millions d’hommes et de femmes, Disney vous a sans doute fait rêver lorsque vous étiez enfant. Comme des millions de personnes, vous connaissez, et appréciez sans doute l’espiègle souris Mickey, ou encore Winnie, l’ourson gourmand. Le succès de l’entreprise Disney a aussi de quoi faire rêver : - Plus de 35 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2007, - Des milliers de produits de consommation (jouets, meubles, montres, stylos, livres, vêtements etc), - Des centaines de chaînes de télévision, des sites Internet, des services de téléphonie mobile, des labels musicaux, des jeux vidéo, des magazines, des films, etc. - 5 parcs d’attractions en Californie, en Floride, à Tokyo, à Paris et à Hong Kong. Mais derrière la magie Disney, une ONG chinoise, la SACOM (Association des étudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises) a découvert un autre univers en enquêtant chez deux fournisseurs de Disney situés dans la province du Guangdong, dans le Sud de la Chine.
Dans les usines de Tianyu Toys et Yonglida Toys, des centaines d’ouvriers chinois, majoritairement des femmes, fabriquent pour Disney des peluches et autres jouets à l’effigie des personnages de la marque, dans des conditions extrêmement dures et dangereuses. Tianyu Toys impose une journée de travail de 12 à 15h. Il n’est pas rare que la journée finisse à minuit. Pendant la saison haute, lorsque les commandes affluent, les ouvriers ne sont même pas autorisés à prendre de jours de repos. Chez Yonglida, des conditions similaires ont pu être observées, et les ouvriers manquent tous de sommeil.
Chez Tinayu Toys, une ouvrière en charge de la couture finale des peluches « Winnie l’ourson » gagne à peine 1 centime d’euro par pièce fabriquée. Pour atteindre des salaires à peu près soutenables, les ouvriers sont contraints de faire de nombreuses heures supplémentaires. La direction impose en outre des quotas de production, et si les ouvriers ne les atteignent pas, ils ne sont tout simplement pas payés. « Pendant la saison basse, je gagne à peine 48 à 58 euros par mois, ce qui est bien en dessous du salaire minimum légal qui est de 67 euros par mois. L’hébergement et la nourriture me coûtent 12,6 euros, ce qui correspond à peu près à un quart de mon salaire, automatiquement déduit de ma paye. Le reste me suffit à peine pour vivre… »
Dans l’atelier « peinture » de Tianyu Toys, les ouvriers souffrent de la chaleur insoutenable qui règne dans les locaux. Les ventilateurs restent généralement éteints, pour « préserver la qualité de la peinture et du produit fini ». Les ouvriers disent souffrir de graves maux de tête et d’estomac tant ces odeurs sont insupportables.
Chez Yonglida, les ouvriers dorment dans des dortoirs exigus et surpeuplés. Chaque dortoir accueille ainsi entre 8 et 16 ouvriers. L’odeur dans les toilettes communes est abominable et les locaux sont infestés de rats et autres vermines.
Selon Disney, le respect des droits humains chez ses fournisseurs est au centre de ses préoccupations. À l’instar des autres grandes multinationales du jouet, Disney s’est dotée dès 1996 d’un Code de conduite, à destination des fabricants qui contient la liste des exigences de la société en matière notamment de droits de l’Homme au travail et qui couvre l’ensemble des droits fondamentaux des travailleurs. Il a été traduit en 50 langues, accompagné de milliers de formations, et de dizaines de milliers d’audits sociaux, réalisés dans plus de 50 pays à travers le monde, y compris en Chine.
Et pourtant, les enquêtes le prouvent, ces dispositions ne sont pas appliquées. Alors, d’où vient le problème ? « La Walt Disney Company s’engage à promouvoir et maintenir des pratiques internationales de travail responsables à la fois dans ses opérations de licence et de sous-traitance directe partout dans le monde ». Extrait du Site Internet de Disney
Chez Tianyu et Yonglida Toys, aucun des ouvriers interrogés par la SACOM n’avait jamais entendu parler du Code de Conduite Disney...Pire, chez Tianyu Toys, l’enquête de la SACOM révèle que, en prévision des audits, la direction avait préparé une série de questions-réponses types à destination des travailleurs. Des sessions de formation destinées à leur apprendre comment répondre « correctement » aux questions des auditeurs ont même été organisées. Les employés étaient prévenus : « s’(ils) répond(aient) mal aux questions des auditeurs, (l’usine) perdrait des commandes et (ils) perdr(aient) leur emploi »… En Chine, les travailleurs ne sont pas libres de former des syndicats de leur choix ou d’y adhérer, puisque le gouvernement n’a pas souscrit aux normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail sur la liberté d’association et de négociation collective. Or, les organisations de la société civile le martèlent depuis des années : pour que les droits des travailleurs soient réellement respectés dans les pays producteurs, il faut avant tout que les travailleurs connaissent leurs droits et qu’ils soient en mesure de les défendre eux-mêmes.
C’est pourquoi nous demandons au PDG de Disney : - de favoriser la création de mécanismes de représentation des travailleurs chez tous les fournisseurs de Disney ; - d’engager un dialogue sérieux avec Peuples Solidaires, la SACOM et les organisations syndicales internationales, en vue d’améliorer sa responsabilité sociale tout au long de sa chaîne d’approvisionnement en Chine et dans d’autres pays. Certes, la responsabilité des bas salaires revient en tout premier lieu aux fournisseurs eux-mêmes, qui violent la législation de leur pays en même temps que les dispositions internationales et celles du Code de conduite de Disney. Mais les multinationales comme Disney doivent reconnaître que leurs pratiques d’achat, et en particulier, la pression exercée pour obtenir des prix toujours plus bas, constituent un obstacle majeur à l’amélioration des salaires dans les chaînes d’approvisionnement du secteur du jouet.
C’est pourquoi nous demandons au PDG de Disney : - d’augmenter le prix à la commande afin de permettre à ses fournisseurs de payer un salaire décent aux ouvriers.
AGISSEZ avec Peuple Solidaires ! Nous n’appelons pas au boycott de Disney car cela nuit souvent en premier lieu aux ouvrier(e)s concerné(e)s. Nous vous invitons à une mobilisation citoyenne pour que cette entreprise assume sa responsabilité sociale et modifie ses pratiques d’achats :
− Envoyez un e-mail de protestation en un simple « clic » : www.peuples-solidaires.org
« Oui, nous le pouvons »
Le discours de Barack Obama, prononcé le soir de son élection à la présidence des Etats-Unis, le 4 novembre 2008 à Chicago.
"Hello, Chicago. S’il y a quelque part quelqu’un qui doute encore qu’en Amérique tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos Pères fondateurs vit encore à notre époque, qui s’interroge encore sur la force de notre démocratie, ce soir, voici votre réponse. C’est la réponse donnée par les files d’attentes qui se sont allongées devant les écoles et les églises dans des proportions que ce pays n’avait jamais vues, par des gens qui ont attendu trois ou quatre heures, souvent pour la première fois de leur vie, parce qu’ils pensaient que cette fois devait être différente, et que leur voix pouvait faire cette différence. C’est la réponse donnée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Noirs, les Blancs, les Hispaniques, les Asiatiques, les Indiens, les homosexuels, les hétérosexuels, les handicapés et les valides. Des Américains qui ont envoyé au monde un message : nous n’avons jamais été une simple juxtaposition d’individus ou une juxtaposition d’Etats rouges et d’Etats bleus (Etats républicains et Etats démocrates, ndlr).
Nous sommes, et nous serons toujours, les Etats-Unis d’Amérique. C’est la réponse qui a conduit ceux à qui l’on a si longtemps dit d’être cyniques, d’avoir peur et de douter de ce que nous pouvons accomplir, à prendre dans leurs mains l’arc de l’histoire et à le bander une fois encore dans l’espoir d’un jour meilleur. Cela aura pris beaucoup de temps mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait en cette date, dans cette élection, à ce moment décisif, le changement est arrivé en Amérique.
Un peu plus tôt ce soir, j’ai reçu un appel d’une extraordinaire bienveillance du sénateur McCain. Le sénateur McCain s’est battu longtemps et de toutes ses forces dans cette campagne. Et il s’est battu encore plus longtemps et avec encore plus de force pour le pays qu’il aime. Pour l’Amérique, il a enduré des sacrifices que la plupart d’entre nous ne pouvons même pas essayer d’imaginer. Nous nous portons mieux grâce au service de ce dirigeant courageux et désintéressé. Je le félicite ; je félicite la gouverneuse Palin pour tout ce qu’ils ont accompli. Et j’ai hâte de travailler avec eux pour renouveler la promesse de cette nation dans les mois à venir.
Je veux remercier mon compagnon dans ce voyage, un homme qui a fait campagne avec tout son coeur, qui a parlé pour les hommes et les femmes avec lesquels il a grandi dans les rues de Scranton et avec lesquels il est rentré en train chez lui dans le Delaware : le vice-président élu des Etats-Unis Joe Biden.
Et je ne me trouverais pas ici sans le soutien sans faille de celle qui a été ma meilleure amie pendant ces 16 dernières années, le roc de notre famille, l’amour de ma vie, la future Première Dame de ce pays : Michelle Obama. Sasha et Malia, je vous aime toutes les deux plus que vous ne pouvez l’imaginer. Et vous avez gagné le nouveau chiot qui va venir avec nous à la nouvelle Maison Blanche. Et bien qu’elle ne soit plus avec nous, je sais que ma grand-mère nous regarde, tout comme la famille qui a fait de moi celui que je suis. Ils me manquent ce soir. Je sais que j’ai envers eux une dette incommensurable.
A ma soeur Maya, ma soeur Alma, tous mes autres frères et soeurs, merci si fort pour tout votre soutien. Je leur suis reconnaissant.
A mon directeur de campagne, David Plouffe, le héros méconnu de cette campagne, qui a bâti la meilleure, la meilleure campagne politique, je pense, de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique.
A mon directeur de la stratégie David Axelrod, qui a été un partenaire pour moi à chaque étape.
A la meilleure équipe de campagne jamais réunie de l’histoire de la politique. Vous avez rendu cela possible et je vous suis à jamais reconnaissant pour ce que vous avez sacrifié afin de l’accomplir.
Mais par-dessus tout, je n’oublierai jamais à qui cette victoire appartient réellement. Elle vous appartient. Elle vous appartient. Je n’ai jamais été le candidat le plus probable pour ce poste. Nous n’avons pas commencé avec beaucoup d’argent ni beaucoup de soutiens. Notre campagne n’est pas née dans les couloirs de Washington. Elle a commencé dans les arrière-cours de Des Moines, dans les salons de Concord et sous les porches de Charleston. Elle a été bâtie par des travailleurs et des travailleuses qui ont puisé dans le peu d’économies qu’ils avaient pour donner cinq, dix, vingt dollars à la cause. Elle a tiré sa force des jeunes qui ont rejeté le mythe de l’apathie de leur génération, qui ont quitté leur maison et leur famille pour des emplois qui payaient peu et offraient encore moins de repos. Elle a tiré sa force des gens moins jeunes qui ont bravé la morsure du froid et la chaleur torride pour frapper aux portes de parfaits étrangers ; et (elle a tiré sa force, ndlr) de millions d’Américains bénévoles qui se sont organisés et ont démontré que plus de deux siècles après, un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple n’a pas disparu de la surface de la Terre. C’est votre victoire
Et je sais que vous ne l’avez pas fait juste pour gagner une élection. Et je sais que vous ne l’avez pas fait pour moi. Vous l’avez fait parce que vous comprenez l’ampleur de la tâche qui nous attend. Car même tandis que nous faisons la fête ce soir, nous savons que les défis qui nous attendent demain sont les plus grands de notre vie : deux guerres, une planète en danger, la pire crise financière depuis un siècle.
Tandis que nous sommes ici ce soir, nous savons que des Américains courageux se réveillent dans les déserts d’Irak et les montagnes d’Afghanistan pour risquer leur vie pour nous. Il y a des mères et des pères qui resteront éveillés dans leur lit une fois les enfants endormis, à se demander comment ils vont rembourser le crédit de la maison, payer le médecin ou mettre assez de côté pour l’éducation supérieure de leurs enfants. Il y a de nouvelles énergies à maîtriser, de nouveaux emplois à créer, de nouvelles écoles à construire, des menaces à affronter, des alliances à renouer. La route sera longue. La pente sera raide. Nous n’y arriverons peut-être pas en un an, ni même en un mandat. Mais, Amérique, je n’ai jamais été aussi plein d’espoir que ce soir quant au fait que nous y arriverons. Je vous le promets : nous, le peuple, nous y arriverons. Il y aura des revers et des faux départs. Beaucoup n’approuveront pas chaque décision ou chaque mesure que je prendrai en tant que président. Et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes. Mais je serai toujours honnête avec vous sur les défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, surtout si nous ne sommes pas d’accord. Et par-dessus tout je vous demanderai de participer à l’effort pour rebâtir cette nation, de l’unique façon dont cela se fait en Amérique depuis 221 ans -pierre par pierre, brique par brique, de mains calleuses en mains calleuses. Ce qui a commencé il y a 21 mois au fin fond de l’hiver ne peut pas s’arrêter en cette nuit d’automne. Cette victoire seule n’est pas le changement que nous recherchons. Ce n’est que notre chance de construire ce changement. Et cela ne peut pas arriver si nous revenons en arrière. Cela ne peut pas arriver sans vous, sans un nouvel esprit de service, un nouvel esprit de sacrifice
Alors faisons appel à un nouvel esprit de patriotisme, de responsabilité, par lequel chacun d’entre nous décidera de se mettre au travail, de travailler plus dur et de s’occuper pas seulement de soi mais les uns des autres. Souvenons-nous que, si cette crise financière nous a appris quelque chose, c’est que Wall Street ne peut pas prospérer quand Main Street souffre. Dans ce pays, nous nous élevons ou nous tombons comme une seule nation, comme un seul peuple. Résistons à la tentation de retomber dans le même esprit partisan, les bassesses et l’immaturité qui ont empoisonné pendant si longtemps notre vie politique. Souvenons-nous que c’est un homme de cet Etat qui a, le premier, porté la bannière du Parti républicain à la Maison Blanche, un parti fondé sur les valeurs d’indépendance, de liberté individuelle et d’unité nationale. Ce sont des valeurs que nous partageons tous. Et si le Parti démocrate a remporté une superbe victoire ce soir, c’est avec une certaine humilité et de la détermination à guérir les divisions qui ont entravé notre progression. Comme l’a dit Lincoln à une nation bien plus divisée que la nôtre, nous ne sommes pas ennemis mais amis. Bien que la passion les ait éprouvés, elle ne doit pas briser nos liens d’affection.
Et à ces Américains dont je dois encore gagner le soutien : je n’ai peut-être pas remporté votre vote ce soir, mais j’entends votre voix. J’ai besoin de votre aide. Et je serai aussi votre président. Et à tous ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, dans des Parlements et des palais, à ceux qui sont serrés autour de radios dans des coins oubliés du monde : nos histoires sont singulières, mais nous partageons notre destin, et une nouvelle aube du leadership américain est là. A ceux, à ceux qui voudraient déchirer le monde : nous vous vaincrons. A ceux qui cherchent la paix et la sécurité : nous vous soutenons. Et à tous ceux qui se sont demandé si le phare de l’Amérique brillait toujours du même éclat : ce soir, nous avons prouvé une fois encore que la véritable force de notre nation vient, non pas de la puissance de nos armes ou de l’étendue de notre richesse, mais du pouvoir pérenne de nos idéaux : la démocratie, la liberté, les possibilités et l’espoir inébranlable. C’est le véritable génie de l’Amérique : l’Amérique peut changer. Notre union est perfectible. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l’espoir pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain. Cette élection est celle de nombreuses premières fois et d’histoires que raconteront des générations. Mais il en est une que j’ai à l’esprit ce soir, sur une femme qui a déposé son bulletin à Atlanta. Elle ressemble beaucoup à des millions d’autres qui ont fait la queue pour faire entendre leur voix dans cette élection, à un détail près : Ann Nixon Cooper a 106 ans. Elle est née une génération après l’esclavage. Une époque où il n’y avait pas de voitures sur les routes ni d’avions dans le ciel ; où quelqu’un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons : parce que c’était une femme et à cause de sa couleur de peau. Et ce soir, je pense à tout ce qu’elle a vu en un siècle en Amérique : la douleur et l’espoir, le combat et le progrès ; à ces fois où on nous a dit que nous ne pouvions pas, et à ces gens qui ont continué d’avancer avec ce credo américain : Oui, nous le pouvons. A une époque où la voix des femmes était étouffée et leurs espoirs ignorés, elle les a vues de son vivant se lever, prendre la parole et obtenir le droit de vote. Oui, nous le pouvons. Quand le désespoir des grandes tempêtes de sable (le "Dust Bowl" des années 1930) et de la Dépression régnait sur le pays, elle a vu une nation dompter la peur même avec un New Deal, de nouveaux emplois, une nouveau sentiment de but commun. Oui, nous le pouvons. Quand les bombes sont tombées sur notre base et que la tyranie a menacé le monde, elle a été le témoin de l’élévation d’une génération vers la grandeur et du sauvetage d’une démocratie. Oui, nous le pouvons. Elle était là pour les bus de Montgomery, les lances à incendie de Birmingham, un pont à Selma, et un prêcheur d’Atlanta qui disait aux gens que "We Shall Overcome". Oui, nous le pouvons
Un homme s’est posé sur la Lune, un mur est tombé à Berlin, un monde a été connecté par notre propre science et notre imagination. Et cette année, dans cette élection, elle a touché du doigt un écran et voté, parce qu’après 106 ans en Amérique, en ayant traversé les temps les meilleurs et les heures les plus sombres, elle sait comme l’Amérique peut changer. Oui, nous le pouvons. Amérique, nous sommes allés si loin. Nous en avons tant vu. Mais il reste tellement plus à faire. Alors ce soir, posons-nous la question : si nos enfants vivent jusqu’au prochain siècle, si mes filles ont la chance de vivre aussi longtemps qu’Ann Nixon Cooper, quel changement verront-ils ? Quels progrès aurons-nous faits ?
Voici notre chance de répondre à cet appel. A nous maintenant. A nous maintenant, de remettre notre peuple au travail et d’ouvrir les portes des possibles à nos enfants ; de rétablir la prospérité et de militer pour la cause de la paix ; de nous réapproprier le rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale qui veut que, dans la multitude, nous ne faisons qu’un ; que tant que nous respirons, nous espérons. Et quand nous rencontrons le cynisme, les doutes et ceux qui nous disent que nous ne pouvons pas, nous répondrons avec ce credo intemporel qui résume l’esprit d’un peuple : Oui, nous le pouvons. Merci. Dieu vous bénisse. Et Dieu bénisse les Etats-unis d’Amérique."
Obama pas clair sur le nucléaire
Sénateur de l’Etat le plus nucléarisé des Etats-Unis, l’Illinois, Barack Obama a vu sa campagne financée pour une petite part par l’industrie nucléaire.
Comment Obama va-t-il orienter la politique énergétique de son pays ? Beaucoup attendent qu’il replace les USA au cœur du dispositif de Kyoto. Nous verrons bien à Poznan début décembre, lors de la réunion internationale sur le climat. D’autres préfèreraient qu’il réduise la dépendance du pays au pétrole. On a les attentes qu’on peut. Moi, Obama, c’est sur le nucléaire que je l’attends. Avant d’être président, il était sénateur de l’Illinois, l’état le plus nucléarisé des Etats-Unis. Alors, forcément, je me dis qu’il connaît un peu le dossier. Il doit le connaître d’autant mieux que l’électricien Exelon, premier opérateur nucléaire du pays, est le premier employeur de son état. Au fil de sa carrière politique démarrée en 1998, Obama a touché des centaines de milliers de dollars de l’industrie nucléaire américaine. A chaque campagne réussie ou ratée qu’il a entreprise, il a reçu des sous. Ce qui est chouette aux USA, c’est qu’on peut obtenir facilement le nom, l’adresse du donateur, le montant de son chèque, et même le nom de son employeur. Les employés d’Exelon sont nombreux à avoir contribué à la campagne d’Obama. De petites en grosses donations, à mi-parcours en juillet 2008, ils formaient le 4e contributeur avec 269000 dollars. Vous me direz, sur plus de 600 millions de dollars, c’est peanuts.
Sénateur de l’état le plus nucléarisé du pays, Obama ne pouvait pas éviter les grandes largesses de l’industrie. Et il a bien fallu qu’il renvoie un peu l’ascenseur... C’est ce qu’il fit lorsque ce fut nécessaire. En 1996, 1998, 2000 et à d’autres dates restées inconnues, la centrale de Braidwood située à 80 km de Chicago, a rejeté des effluents radioactifs qualifiés d’inoffensifs. Ils ont tout de même contaminé les nappes phréatiques du coin avec du tritium. On ne l’a appris qu’en 2005. Alors les habitants en ont eu marre et ont réclamé une loi imposant aux électriciens d’informer le public des dépassements des normes de rejets. Barack n’a pas réellement voté en faveur de cette loi, préférant retravailler les termes du texte : d’obligatoire, la déclaration d’incident est devenue volontaire. L’Etat de l’Illinois poursuit Exelon en justice depuis 2006.
Au Etats-Unis, 104 réacteurs fournissent 21 % de l’électricité du pays. Dans un avenir proche, aucun projet de construction de centrale n’est en cours. Trois dossiers sont néanmoins à l’étude, mais le processus est long et la crise financière a peut-être refroidi les ardeurs des énergéticiens (Exelon, Constellation Energy, …). Ces entreprises privées soumises à des obligations de résultat n’aiment guère flirter avec le risque depuis Three Miles Island. C’est empêchant un accident nucléaire : ça s’incruste dans la mémoire de la population comme une aventure extraconjugale s’installe à jamais dans un couple. Donc, aux USA, la relance du nucléaire n’est pas gagnée. Pourtant, Obama la souhaite ardemment. "Je suis pour la construction de nouvelles centrales, à condition qu’il existe une technologie sûre pour les déchets" déclarait-il en aout dans l’état du Nevada. Que va-t-on faire des déchets ? Début 2004, 49000 tonnes de combustible usé patientaient au fond des piscines des réacteurs avant d’être temporairement stockées dans des châteaux à sec à côté des centrales. En 2025, il s’agira de 90000 à 100000 tonnes.
Yucca Mountain (Nevada) est pressenti pour être le site d’enfouissement de ces déchets. Prévu pour accueillir 60000 tonnes de combustible usé, il n’existe pas encore qu’il est déjà plein. Peu fiable d’un point de vue géologique, le site peine à s’ouvrir et les retards accumulés coûtent 11 milliards de dollars par an au DoE : c’est le prix à payer pour conserver les déchets sur les sites des centrales, et c’est au DoE –donc aux Américains- de l’acquitter. Moins d’une semaine avant l’élection américaine, le 31 octobre, Areva publiait un discret communiqué de presse annonçant l’obtention d’un contrat de 2,5 milliards de dollars pour la gestion du futur site de stockage de combustibles nucléaires usés de Yucca Mountain (Nevada). Le problème, c’est que Yucca Mountain n’existe pas. Plus exactement, Yucca est en stand-by depuis des années. Le département de l’énergie américain a déposé sa demande de licence en juin 2008 seulement, soit 4 ans plus tard que prévu. Mais cela ne l’empêche pas de confier la gestion de ce centre par anticipation à USA Repository Services LLC, composé d’AREVA, Shaw Group et URS Washington Division. Ce contrat, d’une durée de cinq ans avec une option pour cinq années supplémentaires, s’élève à 2,5 milliards de dollars.
C’est pratique pour Obama. Lui qui ne s’est jamais clairement exprimé au sujet du site – que les démocrates du Nevada refusent obstinément – n’aura même pas besoin d’accorder le contrat puisque c’est déjà fait. En 2005, il a tout de même voté deux fois le financement de programmes à Yucca. Pour un montant global d’un milliard de dollars. Hillary Clinton, elle, s’était clairement prononcé contre Yucca. Elle avait même accusé Obama de n’avoir jamais assisté aux discussions sur le dossier au Sénat. Si elle avait été élue, qu’aurait-elle pu faire ?
J’aurais bien voulu me réjouir plus longtemps de l’élection de cet homme à la tête de l’empire en déclin. Mais quand je regarde ses états de service via le prisme nucléaire, je frémis. Il voulait le changement et nous retombons dans les mêmes travers : lobbying, élections, décisions politiques téléguidées.
Le missile français viole le Traité de non prolifération
La France s’apprête à réaliser un nouveau tir d’essai du missile nucléaire M51. Elle poursuit sa modernisation des armes nucléaires, encourageant d’autres pays à accéder à l’arme atomique.
Le collectif « Non au missile M51 » vient d’être informé de l’imminence d’un nouveau tir du missile nucléaire M51 au Centre d’Essais et de Lancement de Missiles des Landes (CELM). Nous essayons dans l’urgence de regrouper suffisamment de militants pour mener une nouvelle « inspection citoyenne » et tenter ainsi de retarder cette nouvelle violation du Traité de Non Prolifération par la France (article 6 notamment).
En juin 2007, le collectif « Non au missile M51 » était parvenu à retarder pendant 48 heures le deuxième tir d’essai du M51, en dépit de la présence de 400 gendarmes mobiles, du déploiement de militaires au sol, de la présence de la DST et d’un arrêté préfectoral interdisant l’accès aux chemins de randonnée et aux plages bordant le CELM.
Les missiles balistiques M51 doivent équiper les Sous-Marins Lanceurs d’Engins de la base de l’Ile Longue à Brest d’ici 2010. Ils sont crédités d’une portée de plus de 6000 km et d’une précision augmentée qui leur permettra d’emporter des têtes nucléaires d’un nouveau genre : les têtes nucléaires océaniques, dont la puissance pourrait être réduite et rendre ainsi possible des frappes préventives à l’arme nucléaire, conformément aux recommandations de Michèle Alliot-Marie et de l’ancien président de la République Jacques Chirac (discours de doctrine nucléaire du 19 janvier 2006).
« Ces tirs d’essai préparés à l’insu des populations constituent de véritables provocations à la prolifération de la bombe nucléaire », déclare Xavier Renou, porte-parole du collectif « Non au missile M51 ». « Une nouvelle fois, la France viole ouvertement le Traité de Non Prolifération, et encourage du coup les autres à faire de même. On ne peut pas à la fois accuser l’Iran de vouloir se doter de la bombe et menacer ce pays, et d’autres comme la Chine, avec un nouveau missile d’attaque qui pourrait opérer des frappes nucléaires soi-disant "chirurgicales". Où est le débat public sur ces questions ? » « Nicolas Sarkozy a déjà foulé aux pieds le Traité de Non Prolifération en cédant des technologies nucléaires à l’Inde en septembre dernier, alors que ce pays n’est pas signataire du Traité de Non Prolifération. Il est urgent de sortir d’une politique nucléaire civile et militaire qui encourage la relance de la course aux armements dans le monde ! Il y a sûrement mieux à faire avec les 15 milliards d’Euros du programme M51 », conclut Xavier Renou.
Le maïs OGM pourrait rendre stérile
Selon l’étude d’un chercheur autrichien réalisée à la demande du ministère autrichien de la santé publique, une variété de maïs transgénique de Monsanto affecterait la capacité reproductive des souris étudiées.
Les résultats d’une étude de nourrissage avec des produits OGM ont été présentés hier dans les locaux de l’Agence autrichienne pour la Santé et la Sécurité Alimentaire. Cette étude menée à la demande du Ministère autrichien de la Santé montre que les souris qui ont été nourries en continu pendant 20 semaines avec une variété de maïs OGM - le NK603xMON810 de Monsanto, autorisé comme aliment pour animaux et humains depuis 2007 - avaient, en comparaison avec un groupe de contrôle, un nombre significativement plus bas de portées et de petits, notamment à partir des troisième et quatrième générations.
Pour Christian Berdot qui suit la campagne OGM pour les Amis de la Terre France, il s’agit d’un avertissement sérieux : « Bien que l’Agence Européenne pour la Sécurité Alimentaire ait toujours certifié que le maïs MON810 ne pose aucun risque, cette étude autrichienne de nourrissage montre des effets physiologiques dus à la nourriture OGM que l’industrie a toujours niés. Les résultats démontrent des effets négatifs sur la fertilité et des modifications des organes. Cette étude est une preuve supplémentaire que la clause de sauvegarde doit être appliquée au maïs MON810. »
L’étude de nourrissage menée sous la direction du professeur de l’Université de Médecine Vétérinaire de Vienne, le Dr Jürgen Zentek, montre également que les petits des souris nourries avec le maïs GM avaient un poids significativement moindre. Cette étude multi-générationnelle (les descendants femelles furent accouplés) démontre des modifications des organes après le nourrissage avec le maïs OGM.
Cette étude met d’autre part, une fois de plus en question le sérieux des avis de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (AESA, ou EFSA en anglais). La procédure d’autorisation actuelle avait déclaré cet OGM comme ne présentant aucun danger.
Pour Christian Berdot : « L’AESA laisse passer, sans se poser de questions, les demandes d’autorisation d’OGM. Depuis qu’elle existe, elle a systématiquement donné un avis favorable à tous les dossiers qui lui ont été présentés par les industriels. De toute évidence, l’évaluation des risques par l’AESA est basée sur des erreurs d’appréciation. Les avis que l’AESA a prononcés doivent être revus, les autorisations gelées et réexaminées sous ce nouvel éclairage. Quant à l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, elle-même, il est temps de refuser son parti pris pro-industrie (1) et de la réformer en profondeur. »
Nos collègues des Amis de la Terre Autriche (GLOBAL 2000) saluent expressément la décision du ministère autrichien de commander cette étude. Comme le souligne Jens Karg qui suit le dossier OGM : « Une fois de plus, lorsqu’on prend la peine d’aller au-delà des dossiers fournis par l’industrie, les résultats des études montrent un tout autre tableau. Malheureusement, la quasi totalité des études sur les risques liés aux plantes OGM est menée par les industries des biotechnologies et il n’y a pour ainsi dire aucune évaluation des risques indépendante. Cette étude démontre aussi la nécessité de renforcer la recherche indépendante sur les risques afin de protéger la santé des citoyens et l’environnement. »
Note : [1] Voir la traduction en français du rapport des Amis de la Terre/Friends of the Earth Europe dénonçant les conflits d’intérêts qui règnent au sein de l’ASEA. Même si certaines personnes ont changé, les problèmes demeurent : « OGM et Agence européenne : la prudence jetée aux orties », http://www.amisdelaterre.org/article.php3?id_article=1341
Les pauvres premières victimes de la crise
Les logiques financières ébranlent nos sociétés, et les pauvres en sont les innocentes victimes. Les réponses politiques ne doivent pas viser à réinstaller le système financier, mais réorienter les économies pour les mettre au service des personnes et non du profit.
La crise que nous traversons témoigne de l’importance de la finance pour l’économie et la paix sociale. La financiarisation de l’économie a accéléré la mondialisation dont il serait injuste de dire qu’elle n’a que des effets négatifs. Elle a facilité le transfert des richesses et des technologies. Elle a été un levier puissant pour des projets d’investissements dans des pays en voie de développement. Le marché libre, à condition de respecter certaines exigences, demeure sans doute l’instrument le plus efficace pour utiliser les ressources et répondre aux besoins des hommes et des sociétés de façon efficace. Mais la crise nous révèle nombre de conséquences négatives lorsque les logiques financières poussées à l’extrême sont déconnectées de l’économie et ont pour seule fin la recherche d’un profit immédiat. Nos sociétés sont ébranlées. Et comme toujours, en pareil cas, les plus pauvres sont les premières et bien innocentes victimes.
Cette crise nous invite tous à nous interroger sur nos modes de vie, sur notre rapport à l’argent, sur nos manières de faire fructifier notre épargne et de recourir au crédit. Nous ne pouvons que saluer les efforts des gouvernements et des responsables politiques pour faire face à la situation. Il est essentiel que les mesures préconisées se donnent une autre fin que le seul maintien d’un système financier qui a révélé ses faiblesses et leurs conséquences humaines.
Ceci ne pourra se faire : - sans une coopération entre les Etats et naturellement pour nous en Europe, - sans la mise en place d’institutions nationales et internationales efficaces d’organisation des marchés financiers, - sans se donner les moyens de réorienter nos économies pour qu’elles soient au service des personnes et non du seul profit. Ceci suppose une réflexion éthique et un engagement : - pour que l’on s’interroge sur des pratiques spéculatives visant la rentabilité maximum à court terme, - pour que l’on revoie les systèmes de rémunération et de gratification des dirigeants d’institutions financières surtout quand ils ont contribué à la crise ou pourraient en tirer profit de manière inconsidérée, - pour que soient mis en place les moyens d’une plus grande traçabilité de l’argent et d’une meilleure identification des risques, - pour que l’économie développe un recours plus raisonné au crédit, - pour que le marché financier, par des investissements socialement responsables, soit réorienté au service d’une économie productive et modulée par les exigences environnementales.
La crise actuelle peut être l’occasion de resserrer notre lien social. Quand la finance prétend être sa propre fin et n’est plus animée que par le désir exclusif du profit, elle perd la tête. Quand le souci de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes redevient prioritaire, la confiance renait.
Les voleurs de temps
Derrière la querelle du dimanche se cache bien autre chose qu’un conflit entre Anciens et Modernes : le sort de la personne dans l’ère de la marchandisation universelle. La bataille du temps reste aussi vitale qu’en 1992, date de première publication de ce texte.
Il semble difficile d’expliquer pourquoi l’on est contre le travail le dimanche. L’argument religieux - “le Jour du Seigneur” - est jugé niaiseux, donc tombe à plat. L’argument de la conquête sociale ébranlée est de peu de force, parce que portée par des syndicats affaiblis. Ainsi, les principales critiques, émanant de contre-pouvoirs historiques mais dépassés, achoppent sur le marais du consensus mou. Après tout, ne peut-on faire ce que l’on veut le dimanche ? Et les zélateurs du travail dominical ne brandissent-ils pas l’emblème immaculé de la liberté, refoulant leurs contradicteurs dans les ténèbres méprisables d’une volonté subreptice de régir la vie des gens ? Oui, pourquoi s’opposerait-on au travail le dimanche ?
Peut-être à cause de ce qu’a dit Jacques Séguéla, publicitaire fétiche des années Mitterrand, le 20 janvier dernier, lors du journal de La Cinq. Le travail dominical, expliquait-il, “relancera la consommation”. Ah ! Le motif profond de la campagne apparaît avec clarté. Ainsi, nous devrions, nous, salariés, abandonner le principe d’un jour interdit à la fatalité du travail - qu’en d’autres temps, on appelait exploitation ? Nous, citoyens, abandonner cette parenthèse délicieuse qui, un jour par semaine, fait collectivement se relâcher la dure pression de la machine sociale ? Nous, enfants, parents, ou amis, perdre un temps de retrouvailles possibles ? Nous, croyants ou “new-agistes”, laisser casser le calendrier symbolique qui réserve, dans l’écoulement des jours, un temps pour la méditation ? Et au nom de quoi ? De la Consommation !
Les apôtres de la marchandisation généralisée progressent dans l’argumentaire de leur foi. Le 22 février 1991, une lettre d’un lecteur du Monde annonçait la couleur : “en réduisant inopinément nos dépenses” pendant la guerre du Golfe, les consommateurs poussent “l’économie occidentale” au “suicide collectif”. Pour “soutenir notre pays (et le moral des troupes)”, le devoir est de consommer. Le 13 décembre dernier, les grands quotidiens américains publiaient une publicité de Rover, suppliant les lecteurs d’acheter - n’importe quoi, était-il précisé - mais d’acheter, afin de freiner la dépression économique. Et nos modernes zélotes, qui militent par ailleurs pour que la télévision soit plus encore envahie par la propagande publicitaire - la “deuxième coupure” -, de dévoiler leur terreur panique que la “machine”, c’est le terme de Séguéla, s’enraye, que la consommation confirme les signes de son essoufflement, que les consommateurs gorgés redécouvrent soudain qu’ils ne sont pas les pièces d’une machine, qu’ils ne sont pas voués à faire vivre un système qui se délite, mais des êtres politiques, des citoyens ou, simplement, des personnes.
On ne décrira pas ici l’ironie d’une apologie de la consommation qui fait bon compte de la tragique inégalité Nord-Sud. Non plus que l’on ne refera la critique du système consommatoire. Qu’il suffise d’inviter à la relecture de Baudrillard (La société de consommation, par exemple) qui, en quinze ans, n’a pas pris une ride. Soulignons seulement que, après avoir apparemment triomphé de leurs rivaux collectivistes, les matérialistes s’attaquent avec de moins en moins de vergogne aux cadres du temps social. L’offensive contre le dimanche n’est que le prolongement d’une lignée déjà longue : abolition de la journée de huit heures chez Peugeot, changement d’un calendrier scolaire pédagogiquement intelligent pour satisfaire les marchands de montagne, décalage bi-annuel de l’heure au nom des économies d’énergie.
Ces manipulations, qui seraient pitoyables si elles ne transformaient notre vie quotidienne, n’ont même pas l’excuse d’être efficaces. Le marché automobile s’affaisse, les bétonneurs montagnards ne peuvent plus payer leurs dettes, le changement horaire provoque, d’après une récente étude de la CEE, une augmentation de la consommation d’énergie. A contrario, regardons vers l’Est : l’Ukraine vient de refuser de changer l’heure, “parce que la décision a été prise à Moscou”. Y a-t-il meilleur signe que le temps est un domaine de la liberté ? Et devons-nous laisser la liberté aux marchands ?
L’opinion sous surveillance
Le ministère de l’Education nationale vient de publier un appel d’offres visant à surveiller l’opinion. Internet fera l’objet d’une attention particulière. Objet : identifier les « risques opinion ». Reporterre publie ce document.
Appel d’offres ouvert passé en application des articles 57 à 59 du code des marchés publics Objet : Veille de l’opinion
ARTICLE 1 - OBJET DES MARCHES ET MODE DE PASSATION Les présents marchés portent sur la veille de l’opinion dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ils sont passés en application des dispositions des articles 57 à 59 du code des marchés publics, relatives à l’appel d’offres ouvert.
ARTICLE 2 - ALLOTISSEMENT ET FORME DES MARCHES L’appel d’offres comporte deux lots. Ils s’agit de marchés à bons de commande passés en application de l’article 77 du code des marchés publics : Lots Montant estimatif HT Lot n° 1 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’éducation nationale (MEN) 100 000 € HT/an Lot n° 2 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR) 120 000 € HT/an (…)
ARTICLE 5 - DESCRIPTION DES PRESTATIONS 5.1 Présentation 5.1.1 Objectif Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à :
Une bonne initiative pour économiser l’énergie
Il y a des bonnes nouvelles ! En Bretagne, les autorités invitent les citoyens à économiser l’électricité, ce qui permettra de ne pas construire de nouvelles capacités de production.
En date du 12 novembre, le Réseau de Transport de l’Electricité, la Région Bretagne et l’Ademe ont invité les citoyens bretons à s’inscrire sur un site www.ouest-ecowatt.com, leur permettant de recevoir une alerte les invitant à reporter certains usages électriques durant les pics de consommation électrique intervenant épisodiquement entre 17h et 20h. L’association Agir pour l’Environnement salue cette initiative qu’elle appelait de ses vœux depuis plusieurs années. En agissant en faveur d’un lissage des pointes de consommation, ces institutions tentent ainsi de responsabiliser les consommateurs d’électricité à l’impact climatique des kWh consommés en période de forte consommation. Chaque kWh supplémentaire, en période de forte consommation, consacré à l’éclairage a, par exemple, un bilan carbone avoisinant les 600 à 700 grammes de CO2. Agir pour l’Environnement constate avec enthousiasme que le Réseau de Transport de l’Electricité est en train d’effectuer sa mue en prenant enfin en compte l’intérêt écologique et économique à mieux rationaliser les infrastructures existantes en lissant les pics de consommation. Les pointes de consommation électrique nécessitent le recours à de vieilles centrales fioul et charbon, particulièrement climaticides, aptes à suivre ces brusques pointes de consommation et imposent un surdimensionnement des capacités de production et infrastructures de transport de l’électricité et ce pour quelques heures par an. La France consomme en moyenne annuelle la production de 60.000 MW tout en étant dotée de capacités de production dépassant les 110.000 MW. En lissant les pics de consommation tout en menant à bien une grande politique de maîtrise de l’énergie, l’inutilité de nouvelles capacités de production électronucléaires (fournissant à notre pays une électricité de base déjà largement excédentaire) apparaîtra avec encore plus d’acuité. Agir pour l’Environnement appelle le Ministre de l’Ecologie ainsi que les Régions à généraliser le plus rapidement possible cette initiative à tout le territoire national. L’association espère que les collectivités locales auront à cœur de suivre cet exemple en adoptant des arrêtés municipaux limitant les éclairages inutiles et publicités lumineuses en cas de pointes de consommation. Agir pour l’Environnement appelle également l’ensemble des citoyens à limiter, dès à présent, les consommations électriques inutiles, tout au long de l’année et ce afin d’adopter un comportement écologique responsable.
Les pays pauvres commencent à souffrir de la crise économique
Victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables, les habitants des pays pauvres en subissent les premières et douloureuses conséquences. Mais si les pays développés ont trouvé les fonds nécessaires pour sauver leur système financier, l’aide au développement reste toujours aussi limitée.
1. Les pays pauvres et la crise financière Quelques ordres de grandeur : - 3 000 milliards de dollars, en quelques semaines, pour sauver les banques (selon Alternatives économiques). - 70 milliards distribués aux traders de Wall Street, en pleine crise financière (The Guardian du 17 octobre). - 103 milliards de dollars d’aide mondiale aux pays pauvres en 2007 (selon l’OCDE). Il en faudrait 50 milliards de plus par an, selon l’ONU, pour atteindre les objectifs du Millénaire en 2015 (diviser par 2 la faim et la pauvreté, etc.). - L’UE ne trouve même pas 1 milliard de dollars face à la crise alimentaire. - 88 milliards de dollars en 10 dix ans pour l’allègement de la dette des pays pauvres très endettés (selon Eurodad).
Impacts de la crise actuelle : Ban Ki-moon (Secrétaire général des Nations unies) : « La crise actuelle va affecter tous les pays, mais ceux qui en souffriront le plus seront probablement ceux qui en sont les moins responsables : les plus pauvres. » Robert Zoellick (président de la Banque Mondiale) : « Ce sont les plus pauvres et les groupes les plus vulnérables (…) qui risquent d’en ressentir les pires conséquences. »
Les pays et les populations les plus pauvres de la planète ne sont pas encore sortis de la crise alimentaire et la crise énergétique qu’ils s’apprêtent déjà à être les principales victimes de la crise financière actuelle : - Forte baisse de l’indice boursier des marchés émergents (MSCI). - Chute de la demande mondiale (agriculture, ressources minières et pétrolières, produits manufacturés) : - Réduction des exportations ; - Baisse des prix (pour les produits agricoles et les ressources minières et pétrolières) – avec des impacts très différenciés selon les pays. - Baisse des transferts de fonds des migrants vers leur pays d’origine (Ex. d’impact constaté : ralentissement du secteur du bâtiment en Afrique, habituellement financé par les transferts des migrants). - Chute annoncée des investissements privés dans les pays pauvres. - Le BIT prévoit une augmentation de 20 millions de chômeurs dans le monde d’ici à la fin 2009. Le nombre de travailleurs pauvres (gagnant moins de 2 dollars par jour) pourrait augmenter de 100 millions. - Risque de coupes sombres dans le budget d’aide au développement des pays riches pour financer les plans de sauvetage et de relance. - Risque de baisse des recettes fiscales (notamment douanières) qui amputerait le financement des secteurs sociaux de base.
2. Pourquoi les pays pauvres attendent depuis longtemps une réforme du système financier Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les pays riches qui aident les pays pauvres, mais l’inverse. Selon l’ONU, les transferts financiers Nord-Sud se font chaque année davantage au détriment du Sud (- 475 milliards d’euros en 2007). A titre d’exemple, les Latino-Américains n’ont retrouvé qu’en 2007 leur niveau de vie de 1980. En cause : • Depuis 1982 et la première crise de la dette au Mexique, les budgets sociaux et le développement économique sacrifiés pour faire face aux crises de la dette ; • Les plans d’austérité, de libéralisation et de privatisation (ajustement structurel) imposés depuis 25 ans par le FMI et la Banque mondiale, chevilles ouvrières du système de Bretton-Woods, avec de graves conséquences sociales ; • La spéculation sur les monnaies, le surendettement et la fuite des capitaux, à l’origine des crises économiques du Sud-est asiatique (1997-98) et l’Argentine (2001), pourtant des élèves modèles du FMI ; • Les paradis fiscaux et judiciaires, vers lesquels s’envolent plus de 500 milliards de dollars par an depuis les pays du Sud, sous le coup de la corruption et surtout de la fraude fiscale massive pratiquée par les sociétés multinationales. • La spéculation sur les prix agricoles pratiquée par les hedge funds, ces fonds d’investissement généralement non régulés et abrités dans les paradis fiscaux, qui a contribué à la récente crise alimentaire et aux émeutes de la faim.
Les pays pauvres sont exclus de la prise de décision - Nées des accords de Bretton Woods en 1944, le Fond Monétaire (FMI) et la Banque Mondiale (BM) sont la chasse gardée des Européens et des Etats-Unis qui en nomment les dirigeants. Le G8 (13% de la population mondiale) possède la moitié des droits de vote et les Etats-Unis ont un droit de veto. Les 48 pays africains ont moins de 5% des droits de vote, à peine plus que la France. - Le G8 se pose en directoire économique de la planète depuis plus de 30 ans. Le G20 ouvre la porte aux grands pays émergents, au poids démographique considérable, mais exclut plus de 170 pays, en particulier les plus pauvres. - 35 ministres des Finances africains ont fait la demande de participer au G20, le 15 novembre à Washington, mais en vain. - Les pays pauvres sont carrément absents des instances de régulation de la dette (Club de Paris), de l’activité bancaire (Comité de Bâle) et de l’élaboration des normes comptables (International Accounting Standards Board - IASB).
3. Conférence de l’ONU sur le financement du développement à Doha (29 novembre - 2 décembre 2008) On peut se demander pourquoi le G20 s’est hâté de se réunir pour organiser la refondation du système économique et financier international à seulement quelques jours de la conférence de Doha. Prévue de longue date, la Conférence internationale sur le financement du développement, qui se tient à Doha (Qatar) du 29 novembre au 2 décembre 2008, réunit l’ensemble des Etats du monde, les organisations internationales compétentes, des représentants de la société civile et du secteur privé, sous l’égide des Nations unies. Pour la France, Nicolas Sarkozy a prévu d’y participer. (…) La conférence de Doha devra poser la question d’une nouvelle régulation internationale pour chacun des sujets qu’elle aborde : non seulement pour le secteur bancaire comme l’envisage le G20, mais aussi pour l’investissement, pour la dette, pour l’aide, pour le commerce, pour l’exploitation des ressources naturelles, pour la fiscalité. Cette nouvelle régulation internationale devra répondre à 3 exigences : - être légitime et ne pas se décider à quelques-uns, sans contrôle. - être efficace – la façon dont les Nations unies fonctionnent aujourd’hui sur les questions économiques et sociales (au consensus, ce qui revient à octroyer un droit de veto à 191 pays) ne permet pas en l’état une régulation efficace. - être juste – l’impératif de répartition plus équitable des richesses doit prévaloir, pour que les Objectifs du millénaire et les droits humains, dont on célèbre le 60e anniversaire de la déclaration universelle, ne restent pas lettre morte. (…)
La crise et le G 20 : les brigands restent aux commandes
A Washington, les gouvernements ont maintenu le système de régulation financière en place depuis plusieurs décennies. Il a pourtant démontré sa faillite, et n’a pu être sauvé que grâce à l’intervention des Etats.
Le sommet du G20, regroupant les grands pays industrialisés et émergents, qui s’est réuni à Washington est un fiasco. La crise financière internationale est profonde, les Bourses ont perdu près de 40% de leur capitalisation en octobre 2008, les marchés financiers sont suspendus aux décisions prises par les Etats pour apporter des remèdes qui éclairciraient leur avenir bien assombri. Les feux de l’actualité internationale se sont braqués le temps d’un week-end sur Washington. Et pourtant… Pourtant, que s’est-il passé à Washington ? Un spectacle affligeant, un scénario manquant franchement de crédibilité, mais trop peu de spectateurs s’en émeuvent. Dans les films policiers, il est assez rare que les clés du Palais de justice soient confiées aux coupables d’un crime abominable.
C’est pourtant ce que le G20 est en train d’organiser… Depuis la crise de la dette de 1982, les grands pays industrialisés ont promu avec vigueur des mesures économiques néolibérales que le FMI et la Banque mondiale ont été chargées d’imposer aux pays en développement. En proie à un surendettement provoqué par la chute des cours des matières premières durant les décennies 1980-90 et à une hausse brutale des taux d’intérêt décidée par les Etats-Unis en 1979, le Sud a été contraint de réformer son économie pour pouvoir servir ses créanciers : au menu, dérégulation forcenée, privatisations massives, ouverture des marchés au profit des grandes entreprises des pays industrialisés, réduction des budgets sociaux et de la fonction publique… Tous les maux venaient du fait qu’il y avait trop d’Etat, et il fallait réduire son influence sur la sphère économique à tout prix, même – et surtout – s’il cherchait à défendre l’intérêt du plus grand nombre. Pour les populations du tiers-monde, le remède imposé par le FMI, la Banque mondiale puis l’OMC, à la demande des dirigeants des pays du Nord, fut pire que le mal. Les émeutes anti-FMI se sont multipliées, par exemple quand le prix du pain était doublé en une nuit. A l’exception notable de quelques gouvernements de gauche, souvent fortement déstabilisés en coulisses pour qu’ils rentrent dans le rang, la plupart des gouvernements du Sud ont appliqué ces mesures sans sourciller. Présentée comme indispensable à la création de richesse, la dérégulation économique a été étendue à la planète entière. Les institutions financières privées ont alors eu les mains libres pour inventer des produits financiers de plus en plus complexes dans le but d’engranger de plus en plus de profits, quitte à fermer les yeux sur les conséquences économiques réelles. Des montages financiers ahurissants ont été mis sur pied sans le moindre contrôle des autorités, et bien sûr sans aucune morale. Tant que cela fut possible, on a dissimulé la face obscure de cette dérégulation derrière de beaux petits chiffres de croissance, sans révéler que cette croissance concernait uniquement les plus riches et que l’on assistait en fait à une croissance prodigieuse des inégalités. Puis vint le moment où il ne fut plus possible d’affirmer que la mariée était belle alors que sa robe était maculée de sang. La crise financière internationale s’est déclenchée en août 2007 et s’est aggravée durant l’année 2008. De grandes banques (Northern Rock, RBS, Bear Stearns, ING, Fortis, Dexia, UBS et tant d’autres), de grandes compagnies d’assurance (AIG), de grands organismes de crédit hypothécaire (Freddy Mac, Fannie Mae) ont appelé l’Etat à l’aide et il a souvent accepté de les renflouer ou d’organiser leur sauvetage. Mais au lieu d’en profiter pour reprendre le contrôle de cette mécanique inhumaine devenue folle, l’Etat a laissé le pouvoir de décision à ceux qui ont conduit l’économie mondiale dans l’impasse actuelle.
Ce sommet du G20 est révélateur du fait que les leçons n’ont pas été tirées. Les vieux démons du passé sont toujours là. Le FMI et la Banque mondiale, bien que délégitimés par l’échec des mesures imposées depuis 25 ans et par la crise de gouvernance qui les frappe depuis quelques années (démission forcée de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale, démissions de Horst Köhler et Rodrigo Rato du FMI avant la fin de leur mandat, enquête récente autour de Dominique Strauss-Kahn au FMI), sont toujours au cœur des solutions proposées. La relance des négociations à l’OMC pour accroître la déréglementation économique, qui vient de faire la preuve de son échec, est remise sur le tapis. Alors que les prêts du FMI ne trouvaient plus preneur, la Hongrie, l’Ukraine et le Pakistan viennent de se porter volontaires. Contrairement aux dénégations des institutions concernées, les mêmes conditionnalités inadmissibles sont toujours de mise : en contrepartie du dernier prêt, la Hongrie a dû décider entre autre la suppression du 13e mois et le gel des salaires pour les fonctionnaires. Le Japon a même proposé de fournir jusqu’à 100 milliards de dollars au FMI pour qu’il puisse accroître ses prêts et poursuivre sa funeste action. Par ailleurs, la réunion de Washington pour trouver une solution mondiale à la crise actuelle ne se tient pas dans le cadre des Nations unies, mais dans le cadre restreint du G20. Ce sont donc les promoteurs d’un modèle injuste et non viable à terme qui sont chargés de le tirer d’affaire. Les seules solutions proposées défendent l’intérêt des grands créanciers. Les populations et les pays pauvres n’ont toujours pas leur mot à dire.
Quand un scénario est aussi incohérent et aussi mal ficelé, on espère toujours un rebondissement final qui vienne apporter un peu de justice et de morale à l’ensemble. Ce rebondissement ne peut venir que des luttes sociales qui imposeront de par le monde une réorientation radicale des choix économiques. Et si le film finit aussi mal qu’il a commencé, le risque est grand que les spectateurs soient vraiment très mécontents et le fassent savoir aux vingt metteurs en scène de façon plutôt véhémente…
En Russie, seringues et barres de fer contre les activistes
Plusieurs agressions ont récemment été commises en Russie contre des citoyens engagés dans des actions de protestation ou de respect des droits.
Les faits : 13 novembre, 11h : agression contre Carine Clément, sociologue, directeur de l’Institut indépendant de l’Action collective, engagée dans le réseau « Union des soviets de Coordination de Russie » et dans les luttes concernant le droit au logement. Alors qu’elle se rendait à une réunion publique de mouvements de gauche moscovites, deux jeunes hommes lui ont planté une seringue dans la cuisse. C’est la troisième agression contre Carine Clément en deux semaines, à compter du 24 octobre, à la veille de l’action interrégionale « Journée de la colère » qui a vu participer à une journée de solidarité sur les droits sociaux des mouvements d’une quarantaine de villes de Russie. Depuis 2005 Carine soutient activement, en tant que sociologue et militante, le développement des initiatives sociales, citoyennes et syndicales indépendantes.
13 novembre, tôt le matin, est retrouvé dans la cour de son immeuble le corps criblé de coups de Mikhail Beketov, rédacteur en chef du journal « Kimkinskaïa Pravda » et militant du mouvement pour la sauvegarde de la forêt de Khimki (région de Moscou). A l’hôpital au service de réanimation, il est entre la vie et la mort. Il mène depuis deux ans, avec ses camarades du mouvement, le combat contre la destruction de la forêt et les constructions immobilières spéculatives, ainsi que contre la corruption du pouvoir local.
13 novembre, 18 h 45, tentative d’agression contre le leader du mouvement des petits propriétaires terriens arnaqués de la banlieue de Moscou, Sergueï Fedotov. Il est attaqué par deux jeunes gens avec des battes de baseball. Il réussit à s’enfuir dans sa voiture. Depuis cinq ans, les militants de ce mouvement mènent la lutte pour rétablir leur droit à la propriété des terrains qui leur ont été volés à la suite de privatisations frauduleuses. Dans la nuit du 13 au 14 novembre, à 1 heure du matin, Alexeï Etmanov, président du syndicat indépendant de l’usine Ford de la région de Saint-Pétersbourg est attaqué pour la seconde fois en l’espace d’une semaine. Préparé à une éventuelle agression et avec l’aide des camarades du syndicat qui l’escortaient, il réussi à parer l’attaque (à la barre de fer) et à arrêter l’un des agresseurs, qui est livré à la police. Alexeï est connu pour avoir été l’un des fondateurs du nouveau syndicat de Ford qui s’est illustré par la grève la plus longue et massive de l’histoire récente de la Russie, en novembre-décembre 2007. Les faits sont choquants, parce que regroupés dans le temps et touchant des personnes aux sphères d’activité différentes. Mais ils ne sont qu’une illustration de la tendance de ces derniers mois à l’utilisation des méthodes banditistes pour régler les conflits sociaux. Des centaines de militants, plus ou moins anonymes, des causes du logement, du travail, de l’anti-corruption, de l’écologie, du droit à la terre ont été touchés par ces méthodes, dans la plupart des régions de Russie. Or ce ne sont pas des opposants au régime, ni même, pour la plupart, des militants politiques, mais des citoyens qui ont pris le chemin du militantisme au nom du rétablissement de l’équité et de l’égalité de tous devant la loi, au nom de la dignité de soi et de la défense de droits collectifs violés. Les puissances de l’argent et du pouvoir contre lesquelles ils se battent en viennent aux mains. Cela signifie que la vague montante des résistances ne peut plus être contenue par la seule justice corrompue, l’usage partial de la loi ou le discrédit dans les médias. Cela indique également le degré de déliquescence du système russe, hypercentralisé, sans contre-pouvoirs réels, sans possibilité de réel contrôle citoyen, dévoré par une corruption massive, où le « tout est permis » (re)devient la règle. (…) Ce n’est pas une coïncidence, mais une tendance évidente : contre les citoyens en train de se mobiliser, qui essaient de rétablir la justice et de défendre leurs droits légaux, est de plus en plus utilisée la force brutale. A court d’arguments, les puissances contre lesquelles ils se battent ont recours au banditisme. Certes, les commanditaires sont différents dans chaque situation, mais la tendance actuelle montre qu’en Russie sont réunies aujourd’hui des conditions idéales pour le développement ultérieur de ce type d’usage sauvage du « dialogue social ». C’est le règne de la non-loi, l’absence de toute responsabilisation pour violation de la loi par les personnes au/ou proche du pouvoir, la corruption massive, l’hypercentralisation du pouvoir sans aucun contrôle « d’en bas ». La plupart des ces affaires « politiques » ne font pas l’objet d’une réelle enquête, les responsables ne sont pas identifiés, ce qui donnent aux agresseurs le sentiment d’impunité et ne fait que provoquer de nouveaux actes de banditisme contre les militants. Nous disons : ça suffit ! Nous exigeons des enquêtes soignées et efficaces concernant tous les faits d’agressions contre des militants sociaux. Le regroupement de tous ces faits dans une catégorie particulière, la mise en place d’une unité spéciale au sein du Ministère de l’Intérieur pour l’investigation de ces cas, ainsi que la garantie d’une information large de l’opinion publique sur le cours de l’enquête. Nous exigeons que les agresseurs soient condamnés et subissent les peines prévues par la loi, quel que soit le degré de pouvoir de leurs protecteurs. Nous déclarons que la violence et la terreur ne nous font pas peur, nous continuerons notre lutte pour les droits sociaux des citoyens du pays. Nous nous adressons au pouvoir d’Etat qui se positionne comme le garant de « l’ordre public » pour le sommer de faire respecter cet « ordre public » y compris par les personnes de pouvoir. Parce que pour le moment nous assistons surtout aux arrestations de grands-mères et jeunes militants lors de réunions de quartier, de rassemblements ou de grèves, alors que nous n’entendons presque pas parler de l’arrestation de gouvernants corrompus ou d’employeurs arbitraires. A bas la politique du deux poids, deux mesures ! Dans cette situation nous affirmons notre droit à l’autodéfense ; nous utiliserons tous les moyens possibles pour garantir la sécurité de nos camarades. Au 15 septembre, la pétition est signée par une centaine d’associations, syndicats, groupes d’intiatives et mouvements de régions différentes de Russie. Pour ajouter sa signature, écrire à l’adresse : info@ikd.ru
L’Europe semble céder face au lobby automobile
Des discussions discrètes se poursuivent à Bruxelles sur le niveau admissible d’émission de gaz carbonique par les futures automobiles. Mais les exigences sont revues à la baisse.
Alors que se déroulait le 18 novembre une ultime réunion entre le Conseil, le Parlement et la Commission européenne pour trouver un accord sur la législation visant à réduire le CO2 des voitures, Greenpeace tire la sonnette d’alarme : les ambitions du texte sont tellement revues à la baisse que la future législation risque de s’avérer totalement inutile.
L’année dernière, le Conseil des ministres confirmait l’objectif de l’Union européenne de limiter la moyenne des émissions des véhicules à 120 g CO2/km en 2012, objectif soutenu par les organisations de défense de l’environnement mais aussi des syndicats (la CGT en France), des associations de consommateurs (UFC Que choisir), des experts en matière de sécurité routière (Claude Got) mais aussi des industriels (Valeo, premier équipementier européen).
Dans la dernière ligne droite des négociations, les États membres de l’Union européenne défendent les intérêts de court terme de leurs industries nationales plutôt que s’unir pour relever le défi climatique. Greenpeace a ainsi calculé que si toutes les dérogations réclamées par les uns et les autres sont retenues, la future réglementation risque d’autoriser jusqu’à 166,5 g de CO2/km d’ici à 2012. C’est bien loin des 120 g réclamés par Greenpeace et plus encore que la moyenne européenne actuelle (chiffre 2007 : 158 g).
« Gouvernements et entreprises ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et défendent leurs intérêts nationaux de court terme plutôt que s’unir pour relever le défi des changements climatiques. Pourtant, les mesures en faveur de l’environnement constituent aussi des réponses à la crise économique et permettraient entre autre de réduire considérablement la facture énergétique des États et des ménages, déplore Anne Valette, en charge de la campagne Climat de Greenpeace France. Par ailleurs, on connaît aujourd’hui le prix exorbitant de l’inaction. L’économiste britannique Nicholas Stern estime que ne rien faire pour contenir le dérèglement du climat nous coûtera 5 500 milliards d’euros. »
Si l’objectif à 2012 semble enterré, il reste une chance que celui de 95 g de CO2/km à l’horizon 2020 figure dans la réglementation. Mais même si le texte final retient cet objectif de long terme, rien ne garantit qu’il sera respecté selon Greenpeace.
« Avec une moyenne de plus de 160 g CO2/km en 2012, difficile de croire que les constructeurs ne referont pas bataille lors de la clause de révision pour revoir l’objectif de 2020 à la baisse, reprend Anne Valette. Rappelons par ailleurs qu’en 1998 ils s’étaient officiellement engagés à réduire les émissions de leurs véhicules neufs pour atteindre 140 g CO2/km en dix ans, et qu’en 2007, la moyenne européenne s’élevait encore à 158 g… » Nicolas Sarkozy s’est engagé à faire de la lutte contre le dérèglement du climat la priorité de sa présidence de l’UE. « Mais avec une législation si faible sur un secteur si polluant, on voit mal comment l’Europe va atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qu’elle s’est fixés pour 2020 », déclare Anne Valette.
Pour tenir sa parole, Nicolas Sarkozy doit défendre une réglementation qui limite la moyenne des émissions à 120 g de CO2/km d’ici à 2012 pour l’ensemble de la flotte et fixe dès aujourd’hui un objectif de 80 g/km à l’horizon 2020, en excluant toute révision à la baisse de ce chiffre.
Sabotages : la présomption d’innocence aux orties
L’application de la législation antiterroriste permet de bafouer les règles d’un Etat démocratique. Les médias observent, sans rien dire.
Dix personnes ont été interpellées mardi 11 novembre matin à Tarnac en Corrèze, à Paris, à Rouen et à Baccarat lors d’une opération baptisée « Taïga » qui a mobilisé 150 policiers. Neuf sont en garde à vue dans les locaux de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois, la dixième, mère d’une des gardées à vue, est en garde à vue à Nancy. Il leur est reproché d’appartenir à « l’ultra-gauche tendance anarcho-autonome » et d’être lié à une série de cinq sabotages de caténaires SNCF dans l’Oise, l’Yonne, la Seine-et-Marne et la Moselle. Un sixième cas de sabotage près de Narbonne a été évoqué puis écarté parce que de conception différente des premiers. Sous les coups de la législation anti-terroriste, cette garde à vue, reconduite pour la troisième journée consécutive, peut encore être prolongée jusqu’à durer 96 heures. Les suspects devront être ensuite, soit présentés à un magistrat anti-terroriste, soit remis en liberté sans charges.
D’après la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie et les services de police qui les espionnaient depuis des mois à la manière du KGB des films américains, les dix inculpés auraient été aperçus « à proximité des lieux » où les sabotages ont été commis « à des heures pouvant correspondre », mais les policiers n’ont cependant pas constaté qu’ils avaient mis en place un dispositif de sabotage et n’ont rien remarqué d’anormal sur le coup. En outre, la ministre affirme que « les perquisitions ont permis de recueillir beaucoup de documents très intéressants » et reproche à ces individus de se caractériser par « le rejet de toute expression politique démocratique et un discours extrêmement violent ». Ces maigres éléments, a priori tout à fait insuffisants pour engager de quelconques poursuites judiciaires, ont cependant suffi au ministère de l’intérieur pour prendre leurs fantasmes « d’une résurgence violente de l’extrémisme radical » pour une réalité et enclencher une vaste opération policière spectaculaire à grands retentissements médiatiques.
Alors que les policiers du renseignement intérieur et de la sous-direction anti-terroriste ne disposent pas pour l’instant de preuves, la présumée innocence des « présumés auteurs » a été piétinée en long, en large et en travers par le gouvernement, les médias mais aussi les syndicats et la LCR. Dès le début des opérations, le président Nicolas Sarkozy s’est félicité des « progrès rapides et prometteurs obtenus dans le cadre de l’enquête » par cette « opération éclair » des services de police. Les médias ont immédiatement emboîté le pas et relayé les théories fantasmagoriques du ministère de l’intérieur sans aucun travail d’enquête complémentaire ni émettre le moindre doute sur le bien fondé des accusations. Enfin, les syndicats des cheminots se sont publiquement et abondamment réjouis d’être si vite mis hors de cause parce qu’aucun employé de la SNCF n’a été arrêté. Le leader de la LCR, Olivier Besancenot, s’empresse de condamner des actes de sabotage qui ne « sont pas et ne seront jamais » ceux de la LCR.
Pour Sud-Rail, il s’agit d’actes terroristes et le syndicat met en garde « ceux qui frisent la diffamation en voulant confondre terrorisme et action syndicale ». Bref, le bouc-émissaire que l’imaginaire douteux du ministère de l’intérieur a baptisé « ultra-gauche tendance anarcho-autonome » arrange tout le monde, excepté les quelques 350 habitants de Tarnac qui font bloc pour soutenir leurs épiciers et leur président du comité des fêtes.
Quand le spectre du terrorisme et son effet de vent glacial sera passé et apparaîtra pour ce qu’il est, une manipulation médiatique, il sera intéressant de mettre tous ces sbires hypocrites des syndicats soi disant radicaux et des partis soi disant révolutionnaires face à leurs discours parfois plus accusateurs encore que celui de la police, où ils se réjouissent sans détours de l’arrestation d’innocents, seulement coupables de ne pas avoir acheter la carte de leurs sectes, accusés de sabotages sans aucun élément à charge et de terrorisme pour des actes qui n’ont pas encore été commis mais qui auraient pu l’être selon ces paranoïaques.
Ils se sont tous empressés de condamner de façon définitive les 10 individus, se montrant ainsi encore plus expéditifs que la justice de Sarkozy qui n’a pas encore rendu son verdict. A écouter tous ces charlatans professionnels du syndicalisme, il faudrait croire que le sabotage n’a jamais appartenu à leur histoire !
Pourtant, le secrétaire adjoint de la CGT de 1901 à 1908, un certain Émile Pouget, loin de condamner les saboteurs de la machine, n’avait pas peur, lui, de saluer leurs actes et de les préconiser comme outil pour les luttes syndicales. A cette époque, où le droit de grève était piétiné par les patrons et les gouvernements, où les manifestations des travailleurs étaient réprimées dans le sang comme à Chicago ou à Fourmies, le sabotage apparaissait alors comme la solution, le moyen de lutte le plus efficace pour protester contre des conditions de travail inacceptables et revendiquer la journée de huit heures sans se faire fusiller. (on pourra télécharger une réédition de sa brochure ici : http://www.cntaittoulouse.lautre.net/article.php3?id_article=215
Aujourd’hui encore, le droit de grève est attaqué de tous côtés : il y a la pression de l’Etat avec le service minimum, la pression de l’employeur avec la précarisation de l’emploi et le chantage au licenciement, il y a aussi tous les chômeurs qui n’ont pas la possibilité de faire grève. On ne peut pas compter sur les syndicats pour le défendre, trop préoccupés qu’ils sont à négocier leur part du gâteau avec le Pouvoir. Dans de telles circonstances, une résurgence et une prolifération des actes de sabotage est plus que prévisible, c’est une certitude logique et ce ne sont pas les discours complètement à côté de la plaque des syndicats, partis et autres imposteurs qui y changeront quoi que ce soit. Le sabotage reste un outil à la disposition des travailleurs pour mettre en œuvre leur imagination combative dans le dessein de justes revendications. L’Etat et le patronat ont réduit à la portion congrue le droit de grève et les possibilités des travailleurs d’y recourir mais ce n’est pas là une invention moderne. Dans le passé, face à cette situation, les travailleurs se sont fait saboteurs et ce n’est pas en les traitant de terroristes qu’on arrêtera leur œuvre. Pour la Révolution sociale, Vers le Communisme Libertaire !
Dans ses prisons, la France bafoue les droits de l’homme
Le rapport du Conseil de l’Europe sur les prisons françaises emploie un langage diplomatique mais parfaitement clair : la façon dont le gouvernement français traite les prisonniers, les délinquants juvéniles et les sans-papiers attente à la dignité des personnes et aux droits de l’homme.
« Le plein respect des droits de l’homme ne doit pas souffrir des considérations sécuritaires. Certaines politiques françaises en matière de prison et d’immigration risquent d’affaiblir la protection de ces droits. » Avec ces mots, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, a présenté aujourd’hui son rapport sur la France qui traite notamment des conditions de vie dans les prisons, de la rétention de sûreté, de la justice juvénile et des droits des migrants.
Tout en saluant les améliorations réalisées depuis le rapport de 2006, le Commissaire critique « les conditions inacceptables de vie auxquelles sont contraints de nombreux détenus qui subissent le surpeuplement, la promiscuité et la vétusté des installations et des conditions d’hygiène » ajoutant que « le nombre élevé de suicides dans les prisons françaises est un symptôme des déficiences structurelles du système pénitentiaire ». Appelant les autorités à résoudre rapidement ces problèmes, il a souligné que « les projets actuels de modifications législatives ne doivent pas ignorer les droits fondamentaux des détenus. En outre, des solutions adaptées et des moyens financiers doivent être trouvés pour améliorer les conditions matérielles et le traitement des personnes souffrant de troubles mentaux ». Le Commissaire Hammarberg est aussi préoccupé du risque d’arbitraire dans le cadre de la rétention de sûreté et appelle à la plus grande vigilance. « La dangerosité, qui est le critère déterminant pour ordonner une rétention de sûreté, n’est pas un concept juridique ou scientifique clair », a-t-il dit. « Des mesures sévères doivent être prises dans certaines circonstances afin de protéger la société, mais leur usage ne doit pas devenir routinier. Elles doivent être le dernier recours et d’autres mesures pour prévenir la récidive doivent d’abord être prises. » Avec plus de 3000 mineurs détenus chaque année en France, le Commissaire est également préoccupé par les sanctions sévères prises par les juridictions pour mineurs. « Sans remettre en cause la gravité de certains actes commis par des mineurs, le problème de la délinquance juvénile ne sera pas résolu par le durcissement des peines. Une politique réussie nécessite des mesures permettant la prévention, la réhabilitation et l’intégration sociale des jeunes en difficulté. Dans tous les cas, importance doit être donnée à l’éducatif plutôt qu’au répressif." De plus, le Commissaire Hammarberg observe que la politique d’immigration française, et particulièrement les quotas de migrants irréguliers à éloigner, soulève de sérieuses questions en matière de droits de l’homme. "Les migrants ne sont pas des numéros et même les sans-papiers ont des droits. Bon nombre d’entre eux ont contribué au développement du pays et méritent un traitement humain." "Les arrestations aux abords des écoles et des préfectures ne devraient plus avoir lieu et les migrants détenus à la frontière ou dans des centres de rétention devraient disposer de conditions de vie décentes ainsi que de suffisamment de temps pour formuler leur demande d’asile." Il recommande que les procédures de régularisation et de regroupement familial soient plus transparentes et appelle les autorités françaises à mettre un terme à la détermination chiffrée des migrants irréguliers à éloigner.
Le rapport traite également de la situation des Gens du voyage et des Roms pour qui « des solutions doivent être apportées pour garantir le respect de leur dignité. De plus, les différentes mesures dérogatoires appliquées aux Gens du voyage, notamment concernant le droit de vote ou le carnet de circulation, devraient être abolies et un meilleur accès aux soins, à l’éducation et à l’emploi devrait être garanti aux Roms. » Enfin, le Commissaire invite les autorités françaises à consulter plus systématiquement la société civile et les structures nationales de droits de l’homme ainsi qu’à protéger leur indépendance. « Leur rôle est fondamental pour assurer un suivi régulier de la situation des droits de l’homme. Le renforcement du dialogue avec elles serait profitable à la protection des droits de l’homme en France. » Le rapport se base sur les constatations réalisées par le Commissaire lors de sa visite en France fin mai dans le cadre des activités d’évaluation des engagements en matière de droits de l’homme de tous les Etats membres du Conseil de l’Europe. Il est publié avec un mémorandum factuel relatif à une visite accomplie en janvier dernier ainsi que avec la réponse du Gouvernement.
On ne résoudra pas la crise économique en ignorant la crise écologique
Plutôt que de chercher à résoudre la crise économique par une relance ignorant la question écologique, il faut au contraire saisir l’occasion de la mutation actuelle pour tourner la page du XXe siècle.
Les lecteurs du Monde ont pu lire récemment une chronique publiée par Jacklittle, dénoncant la pression exercée par les taxes et charges environnementales sur l’économie. Sa conclusion était qu’un allègement de celles-ci permettrait une relance plus efficace de la machine économique sans pour autant compromettre un objectif écologique sur le long terme. Ce sont précisement de telles annonces qui nous ont mené à la situation actuelle, et qui nous y laisseront si rien ne change. De tels discours faisant croire qu’environnement et développement économique sont incompatibles ont l’avantage d’être attirants pour le public, qui voit dans cette combination une contrainte plus qu’une opportunité ; mais ont l’inconvénient majeur de nous fausser la vue. Le Boeing de Jacklittle ne se serait pas écrasé si tous les contrôles avaient été faits correctement.
Le système actuel, ses principes et axiomes ont étés développés au cours du siècle dernier, lorsque l’Homme ne commencait qu’à prendre mesure de son pouvoir sur la Nature. Peu importait alors où les déchets aterrissaient ; plus les cheminées crachaient de fumée et plus on y voyait un signe positif de la "révolution industrielle".
En 1987, l’humanité a passé une limite notable : nous avons commencé à consommer plus que nous ne devrions. En 1987, les besoins annuels de l’homme moderne ont dépassé la capacité qu’à la Terre à nous fournir ses ressources de manière durable. Depuis cette date, l’empreinte écologique de l´Homme n’a cessé d’augmenter. Chaque année qui passe, nous épuisons d’autant plus le capital que nous devrions préserver pour nous et nos enfants. Notre espèce vit à crédit, et la crise actuelle nous montre que ceux qui ont pris des risques démesurés en misant sur une croissance éternelle ont payé cher le prix de leur folie. La dimension temporelle du défi environnemental est plus qu’urgente. Nous avons déjà perdu bien trop d’années à discuter de la possibilité d’un réchauffement "anthropogénique" plutôt que de chercher à nous préparer à ce qui désormais est inéluctable. Chaque mois apporte son lot de nouvelles alarmantes publiées par des scientifiques de divers horizons qui tour à tour sonnent l’alarme et nous implorent de passer à l’acte. Les publications d’organismes respectés tels l’UNEP ou WWF témoignent de l’étendue et de la profondeur des problèmes. Un exemple typique est la pêche industrielle : malgré les appels répétés à l’imposition de quotas stricts garantissant la pérennité de la ressources, les décisions politiques visent à préserver le statu quo et satisfaire les besoins immédiats du secteur, à conserver la paix sociale. Au détriment d’une ressource qui est menacée de disparition d’ici deux décennies tout au plus.
Dans une société qui nous a habitué à la communication immédiate ; en ces temps où chacun peut se procurer un ordinateur personnel dont la puissance de calcul dépasse les souhaits des chercheurs il y a seulement vingt ans, nous avons oublié que la Terre a une inertie bien plus grande que notre espérance de vie. Nos émissions aujourd’hui n’auront d’effet sensible sur notre climat que dans plusieurs années ; les gaz à effet de serre (GES) ont une durée de vie dans l’atmosphère dépassant couramment la décennie. Ce que l’homme a relâché en un peu plus d’un siècle aura des répercussions sur tout le millénaire. Le prix à payer peut être la disparition de l’écrasante majorité des espèces sur Terre, la notre y compris. Rappelons que la différence de températures moyennes entre la dernière période glaciaire et les temps pré-industriels est de 6 degrés. Certains parlent du même écart causé par nos émissions d’ici un à deux siècles. On ne peut rêver d’un désert plus chaud.
Chaque année compte. Un compte à rebours a déjà commencé : moins de 100 mois nous séparent du moment où la concentration de GES aura atteint un niveau tel qu’une perturbation irréversible du climat et des écosystèmes ne sera évitable. L’horloge tourne. Il semble à certains qu’une refonte de notre système sur des bases "durables" soit relativement facile à mettre en place ; qu’un "plan Marshall" puisse suffire à sauvegarder notre futur et que par conséquent il nous est permis de continuer sur le même chemin. Lorsqu’on connaît la complexité de notre monde et la difficulté à faire d’une technologie nouvelle un standard, de telles allégations laissent pantois.
Le temps presse, et la crise que nous traversons est justement l’occasion de tourner la page du XXe siècle. De se remémorer les erreurs commises et de redessiner notre manière de concevoir notre relation à la Nature. De gagner en humilité et en modestie face à la beauté de notre Planète et de la vie. Cette crise qui montre les limites de notre système arrive à temps pour nous permettre de nous reprendre et de relever le défi que ma génération et celle de nos enfants doit relever : le plus grand défi que l’humanité ait jamais rencontré. Un défi contre nous-même.
Le Parti dit Socialiste meurt d’ignorer le peuple
En s’obstinant dans le soutien au capitalisme, dit « néo-libéralisme », le parti socialiste, comme toute la gauche « réformiste » européenne, s’enfonce dans le bourbier. La gauche peut-elle renaître à gauche du PS ?
Avec 42 voix d’avances sur Ségolène Royal, Martine Aubry est arrivée en tête lors du second tour de l’élection du premier secrétaire du Parti socialiste le vendredi 21 novembre 2008. Le PS est désormais coupé en deux, le résultat des élections est contesté. Nul ne peut prédire l’évolution de ce parti dans les semaines qui viennent. En revanche, Ségolène Royal et Martine Aubry, qui ont toujours incarné la droite du PS, sont restées sur une « ligne » social-libérale dans leurs motions, au-delà de la rhétorique propre à une période de congrès. Après le congrès de Reims, plus que jamais, la refondation de la gauche passe à l’extérieur du PS. Ce congrès valide a posteriori la démarche engagée par Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon.
Le parti « socialiste » actuel est très éloigné du socialisme historique, qu’il soit « autogestionnaire » et/ou « planificateur ». Même le socialisme « libéral » d’aujourd’hui est coupé de ses racines historiques. En effet, le socialisme libéral du début du XXe siècle acceptait que le marché joue un rôle important ; mais ce marché était censé mettre en relations des coopératives (de production et de consommation), des associations et des mutuelles. Il en restait quelque chose dans le PS « autogestionnaire » des années 70 mais ces potentialités n’ont pas survécu à la vague néolibérale des années 80-90. Sinon à l’état de traces : le « tiers-secteur » est aujourd’hui relégué au second plan voire ignoré. Le socialisme « libéral » d’aujourd’hui vient en droite ligne de la guerre froide. L’anti-stalinisme n’était évidemment pas, à l’époque, dénué de fondements, mais à l’heure actuelle il n’a plus lieu de constituer une priorité. Ces derniers temps, écrasé par le rouleau compresseur néolibéral - désormais en panne ? -, le PS n’avait pas pu durablement s’extraire de l’atlantisme et du « financiarisme » Le Parti socialiste a accepté les rapports de forces actuels, politiques, économiques et stratégiques. Il en est venu à confondre capitalisme et démocratie. C’est un peu dommage pour des socialistes : Marx mais aussi Jaurès, voire Blum ont dû se retourner dans leurs tombes ! Le PS de Mitterrand et, quelque temps, celui de Jospin, ont semblé s’extraire de ces ornières mais n’ont pas réellement tenté la mise en œuvre d’un projet de socialisme démocratique. Illustration de ces dérives : Mitterrand obtenait quelque 40% des voix des ouvriers au premier tour des présidentielles de 1981, Jospin est tombé à 13% en 2002 (trois fois moins !) ; Ségolène Royal est remontée aux alentours de 25 % en 2007, avant de franchir la « barre des 50% » d’assez peu au deuxième tour dans cet électorat. Remontée significative mais très insuffisante. Un parti qui s’est éloigné à ce point d’une de ses bases sociales primordiales est-il encore vraiment « socialiste » ?
La social-démocratie européenne traverse une crise existentielle majeure. Sur le plan électoral, cette crise se traduit par l’échec des partis sociaux-démocrates dans 15 élections nationales sur 17 qui se sont tenues dans la dernière période. En Grande-Bretagne et en Allemagne, pays dirigés par la social-démocratie, le mécontentement populaire est considérable et menace ces partis d’une lourde défaite aux prochaines élections. Quant aux partis sociaux-démocrates renvoyés dans l’opposition, ils ne présentent aux droites au pouvoir dans ces pays, comme en France et en Italie, qu’une opposition molle et peu crédible. Partout, cette pseudo gauche qui s’est prétendue « moderne » a participé à l’introduction du néolibéralisme, parfois avec un zèle qui a surpris les néolibéraux eux-mêmes. Partout cette gauche a libéralisé les marchés financiers ; privatisé les banques et les institutions financières ; privatisé de nombreux services publics et entreprises stratégiques ; baissé les impôts pour les hauts revenus et sur le capital ; libéralisé le « marché » du travail ; démantelé l’Etat social ; introduit les fonds de pension et affaibli la retraite par répartition ; instauré l’austérité et la « modération » salariale. Ces politiques néolibérales ont déstabilisé les classes populaires et contribué à dépolitiser une partie d’entre elles. Souvent, les partis sociaux-démocrates ont soutenu les politiques de l’OTAN et l’invasion en Irak. A l’échelle européenne, quand ces partis étaient majoritaires, ils ont avalisé le « sommet de Barcelone » en 2002, où le Conseil européen a décidé de libéraliser le marché de l’énergie et tous les services publics (dont la Poste), de repousser l’âge de la retraite de cinq années, d’encourager les fonds de pension. Ils ont défendu le Traité constitutionnel européen et participé, avec la droite, à l’expulsion du suffrage universel des institutions européennes, soutenu le Traité de Lisbonne qui n’en était que la copie conforme et voté avec la droite, en France, alors qu’il était possible de la battre au Parlement et d’imposer un référendum. En mettant en œuvre ou en soutenant ces politiques, la social-démocratie a contribué à faire de la zone euro l’espace où le développement économique est le plus faible du monde. Pourtant, en 1997, 12 pays sur 15 que comptait l’Union européenne étaient dirigés par des partis sociaux-démocrates…
Ce sont toutes ces raisons qui ont conduit la social-démocratie à la défaite. Ségolène Royal et Martine Aubry font semblant de ne pas encore l’avoir compris. Celles-ci pensent tout simplement que la seule façon d’arriver au pouvoir est de se placer dans des alliances avec ce que l’on appelle le « centre », qui lui-même essaye de se frayer un chemin vers le pouvoir dans les méandres de la droite classique. Comme les Verts en Allemagne et maintenant en France, qui sont capables de participer au pouvoir une fois avec la droite et une fois avec la gauche, tout simplement pour être au pouvoir. Or, la victoire de la gauche ne sera possible qu’en gagnant d’abord les classes populaires. Sur la base d’une politique de classe en leur faveur. Une dérive générale s’est produite qui fait de ces partis de l’Internationale « socialiste » les représentants, pour l’essentiel, de classes moyennes salariées recherchant avant tout un compromis avec les milieux de la finance mondialisatrice.
Aujourd’hui, la finance mondialisatrice entre en crise ouverte. La caricature du socialisme que constituaient les régimes « capitalistes d’État » (dits soviétiques) est désormais jetée aux poubelles de l’Histoire. Sauf en Chine, mais ce pays ne peut prétendre jouer un rôle de modèle pour les socialistes européens. Les PS sont donc devant un vide stratégique : sont-ils en mesure de renouer avec leur base sociale, de revivifier leurs références historiques, de formuler de véritables projets politiques, impliquant la prise du pouvoir d’État mais ne s’y réduisant pas ? Les PS peuvent-ils seulement reconstituer une pensée critique profonde et cohérente du capitalisme ? On peut éventuellement l’espérer mais on ne peut l’affirmer. On peut même en douter profondément après le congrès de Reims. Cette indétermination pose évidemment problème aux républicains sociaux, démocrates de gauche, communistes de diverses tendances, écologistes responsables et toutes forces politiques et sociales qui aspirent à construire une démocratie véritable et qui ne peuvent guère l’envisager sans une évolution socialiste des socialistes ! « On ne peut rien faire avec le PS, mais on ne peut rien faire sans lui. » Il faudra bien surmonter d’une manière ou d’une autre cette contradiction Cela suppose des évolutions, qui se produiront inévitablement…
« L’erreur en politique, c’est l’erreur sur la question de l’État. » Citation approximative d’un propos de Gramsci, communiste italien. Sous couvert d’internationalisme, nombre de socialistes ont oublié que la démocratie s’exerçait pour l’essentiel, et sans doute pour longtemps, dans le cadre des « États-nations ». Il est vrai que la nation, la patrie, ont donné lieu à des récupérations nationalistes et bellicistes tragiques. Mais c’est la vision ethnique de la nation, celle de la race et du sang, qui en est responsable. La nation républicaine, politique, est au contraire un instrument de libération, un ingrédient de l’internationalisme. Jaurès l’avait bien compris : « Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale, beaucoup de patriotisme y ramène. » La confusion entre internationalisme et anti-patriotisme, ou l’anti-étatisme, explique l’invraisemblable dérive des PS européens, acceptant l’Union européenne actuelle comme vecteur de l’internationalisme. Une partie de la « gauche de gauche » commet la même erreur dramatique. L’abandon de toute réflexion un peu profonde et pertinente sur l’État se déduit de cette erreur fondamentale. D’où les approximations et les divisions du PS français, par exemple, sur la question constitutionnelle l’été dernier. Et le malaise sur la question présidentielle : le PS oscille entre un présidentialisme forcené, y compris en son sein, et un parlementarisme aux horizons limités. Corollaire : on voit fleurir des analyses, malheureusement fondées, selon lesquelles les grands élus régionaux et municipaux du PS préfèrent rester dans l’opposition au niveau national plutôt que de risquer de perdre leurs mandats locaux… Écartons d’abord les critiques faciles, assez communes. Le fait que des courants s’affrontent sur des textes présentés par des personnes et que des votes tranchent entre ces options n’est absolument pas répréhensible. Sauf à ériger en modèle le rassemblement autour d’un Dieu (Déesse ?), d’un(e) César(e ?) ou d’un(e) Tribun(e ?) [Il ya lieu désormais de féminiser Dieu, César et Tribun, c’est un progrès !]
Qu’un congrès de délégués n’ait pu trancher les différends et que les adhérents se prononcent en dernier ressort dans un scrutin à deux tours quelques jours après, c’est plutôt à saluer. Ou… ce serait à saluer si ces formes démocratiques n’étaient pas occultées par le clientélisme (grosses fédérations votant comme un seul homme ou presque ce qui est suspect) et par le vide stratégique signalé ci-dessus. Qu’il y ait ou non synthèse dans un congrès du PS n’indique rien ou presque sur l’unité de ce parti non plus que sur sa capacité à se tracer une ligne claire et pérenne pour au moins deux ans. Ainsi, Épinay 71 et Metz 79 sont sortis sans synthèse (lire : sans unanimité) mais avec une force propulsive incontestable. A l’inverse, Nantes 1977 et Rennes 1990, congrès sans synthèses, ont débouché sur des échecs en 1978 et 1993. D’un autre côté, les congrès unanimistes (avec synthèses) à Valence en 1982, à Toulouse et à Lille dans les années quatre-vingt puis au Mans en 2005, pour ne citer que ceux-là, restaient lourds d’arrière-pensées et de faiblesses stratégiques.
Que l’attelage constitué par le favori des sondages (Delanoë) et le premier secrétaire sortant (Hollande) sans compter Moscovici, Jospin et quelques autres, ait pu plafonner à 25% alors que certains de ses membres espéraient dépasser 50 % est une réelle surprise. La référence malencontreuse de son leader présumé (Delanoë) au socialisme libéral n’y est sûrement pas pour rien. Ils sont clairement les perdants de ce congrès. Ségolène Royal est arrivée en tête au premier tour mais loin, très loin des 60% qu’elle avait recueillis au moment de la désignation du candidat PS pour les présidentielles. Martine Aubry, avec 24% des voix au premier tour retrouve à peu près le score de son allié Fabius, alors qu’elle avait attiré aussi des Strauss-Kahniens et évidemment des Deloriens. Benoît Hamon, avec 19%, fait mieux que prévu mais reste très loin des 40% obtenus par le Non de gauche lors du referendum interne au PS en 2004. Et plus loin encore des quelque 60% d’électeurs socialistes qui auraient voté Non en mai 2005. B. Hamon n’est-il pas devant une impasse ? Refuser de se prononcer, au deuxième tour Royal-Aubry, aurait été un aveu d’impuissance à court terme. A l’inverse, son ralliement à l’une des candidates, Martine Aubry, expose sans doute sa motion à l’éclatement. B. Hamon, qui avait rassemblé les courants de gauche du PS, est en outre affaibli par le départ de certains d’entre eux (Dolez et Mélenchon).
Le mode de scrutin a ajouté à la confusion : si les délégués au Conseil national sont logiquement désignés en fonction de la représentativité des motions donc sur des options politiques, ce n’est pas le cas de la désignation du premier secrétaire qui se fait au suffrage universel, méthode dont a vu qu’elle s’accompagnait d’une forte démagogie. Il est probable que les adhésions à 20 euros, instituées avant les présidentielles dans l’esprit de créer des « primaires » à l’américaine, aient participé de cette confusion.
La refondation de la gauche semble aujourd’hui possible, mais à la gauche du PS. Elle est désormais en mesure de tirer les enseignements du « stalinisme » et du rejet sans nuance de la démocratie parlementaire qui en avait fait le lit. Le capitalisme n’est pas seulement incapable de maîtriser les questions sociales et environnementales. Au contraire il les suscite et les aggrave, ce qui recommence à se savoir. Le colosse néolibéral vacille. Les bases sociales d’un socialisme démocratique du XXIe siècle existent. Des projets politiques voient le jour qui peuvent être activés. Les militants, actuellement encartés dans des PS ou extérieurs à ces partis peuvent les uns et les autres contribuer à ces évolutions nécessaires. Dans ces conditions, les PS actuels seront contraints d’évoluer en se ressourçant ou ils s’achemineront vers un éclatement et une disparition que, seuls, quelques vieux élus locaux regretteraient. Il semble que le PS soit sur ce chemin…
Le beaujolais avait un drôle de goût…
Une enquête menée dans plusieurs pays d’Europe montre que les raisins sont largement contaminés en pesticides, et souvent bien au-delà des limites autorisées.
Une grande enquête a été menée par 5 ONG, dont le MDRGF pour la France, dans 5 pays européens (Italie, France, Pays-Bas, Hongrie et Allemagne) dans des magasins appartenant à seize enseignes différentes. 124 échantillons de raisins issus de l’agriculture intensive ont été analysés, par un laboratoire allemand spécialisé, afin de rechercher d’éventuels résidus de pesticides. Les résultats sont préoccupants : - 99,2% des raisins analysés contenaient des résidus de pesticides ! Soit 123 des 124 échantillons testés. Seul un échantillon ne présentait pas de trace de pesticides. - 0,65mg/kg de pesticide (matière active) trouvé en moyenne par échantillon. - 20% des raisins étaient contaminés par 10 ou plus de 10 pesticides différents. - 4,8% des échantillons dépassaient les nouvelles Limites Maximales en Résidus européennes (LMR), des limites légales qu’on ne doit pas dépasser ! - 3 échantillons contenaient des pesticides interdits dans les pays de production. - Un échantillon dépassait la dose de référence pour la toxicité aiguë de l’Organisation mondiale de la santé ! Le dépassement de cette dose de référence, même une seule fois, peut endommager la santé humaine, en particulier la santé des enfants. - Et parmi tous ces pesticides, de nombreuses matières actives présentaient des risques potentiels pour la santé. On a trouvé des pesticides neurotoxiques, suspectés d’être cancérigènes ou pouvant perturber le système hormonal.
Et pour la France ? - 100% des 25 échantillons testés étaient contaminés. - 0,73mg/kg de pesticide (matière active) trouvé en moyenne par échantillon. - 44% des raisins étaient contaminés par 10 ou plus de 10 pesticides. 51 pesticides différents ont été détectés au total. - 8,5 pesticides par échantillon en moyenne ! Le record pour l’enquête : 16 pesticides dans un échantillon de raisin acheté ! - 16% des échantillons dépassaient les nouvelles Limites Maximales en Résidus européennes (LMR), des limites légales qu’on ne doit pas dépasser ! - Cerise sur le gâteau, des pesticides interdits d’usage dans l’Union européenne ou dans le pays de production ont été retrouvés ! En effet, deux échantillons de raisins italiens contenaient de l’endosulfan, un pesticide interdit en Europe. Comme le DDT, l’endosulfan est un polluant organique persistant (POP) qui provoque des dommages à long terme pour l’environnement. De plus, un autre échantillon de raisin italien contenait l’insecticide bromopropylate qui n’est plus autorisé en Italie depuis fin 2007 !
« Cette situation est inacceptable. La contamination des raisins par des substances préoccupantes est massive », déclare François Veillerette, président du MDRGF. « Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités par rapport aux situations d’illégalité que nous avons mises en lumière. Nous demandons au gouvernement français de soutenir la position de la Commission Environnement du Parlement européen qui appelle à l’exclusion des substances classées CMR ou perturbatrices endocriniennes afin que le consommateur ne les retrouve plus dans ses aliments. Nous appelons également les chaînes de supermarché à tout mettre en œuvre pour baisser les niveaux de résidus de pesticides dans leurs produits en appliquant des standards plus exigeants à leurs fournisseurs que ceux prévus par la loi. »
Profiter de la crise pour changer de politique de transport
L’industrie automobile n’a pas été capable de s’adapter à la nouvelle environnementale du XXIe siècle. Plutôt que de la soutenir, l’Etat devrait développer les transports en commun et favoriser l’usage du vélo.
Le Premier ministre a annoncé aujourd’hui la mise en place d’un plan de soutien pour l’industrie automobile "pour faire en sorte que le marché automobile redémarre" (sic). Face à la crise historique qui frappe ce secteur industriel, le gouvernement reste figé dans des diagnostics erronés et dans un conformisme intellectuel dramatique. L’automobile ne doit pas faire face à une crise conjoncturelle de la demande, mais à une inadaptation profonde de ses produits aux besoins de ce début de 21e siècle.
La responsabilité en revient aux constructeurs automobiles qui ont systématiquement refusé de voir les signaux d’alerte depuis de nombreuses années. Pollution de l’air, coût de l’énergie, dérèglement climatique, baisse du pouvoir d’achat : aucune de ces évolutions stratégiques n’a été anticipée par une industrie engluée dans ses certitudes. Les premières victimes - outre les usagers qui paient de plus en plus cher l’usage de leur véhicule - risquent d’en être les salariés du secteur.
Un plan ambitieux est certes nécessaire, mais il ne saurait se limiter à soutenir aveuglément l’industrie automobile. C’est une véritable politique de reconversion industrielle qu’il faut aujourd’hui enclencher, donnant la priorité au développement des transports collectifs et du vélo qui constituent des gisements d’emplois considérables. Par personne transportée, les transports collectifs créent en effet deux fois plus d’emplois (pour la plupart non délocalisables) que l’automobile. En engageant une telle politique de reconversion, le gouvernement pourrait ainsi concilier efficacité économique, protection de l’environnement et même justice sociale : en renforçant le droit à la mobilité de ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture, ces modes de déplacement contribuent de fait à répondre à la crise du pouvoir d’achat.
Pour en finir avec la gauche molle
Et si la société était aujourd’hui organisée par le conflit entre classes sociales ? Le livre de François Ruffin, La guerre des classes, démontre que cette hypothèse redevient très convaincante.
Il y a des mots tellement horribles qu’il faut posséder la liberté d’impertinence d’un milliardaire pour les prononcer. Il revenait donc au premier d’entre eux, l’homme le plus riche du monde, Warren Buffett, de révéler une vérité inconvenante : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui la mène, et nous sommes en train de la gagner » (dans le New York Times du 26 novembre 2006). Cette observation lucide est le point de départ du livre de François Ruffin. Il explore avec une verve caustique mais attristée ce mystère : pourquoi le terme de lutte de classes a-t-il disparu du débat politique alors que l’évidence montre qu’il est plus actuel que jamais ? Ce ne sont pas seulement les déclarations d’un milliardaire plus sincère que les autres qui légitime cette interrogation, mais aussi les études de la BRI (Banque des règlements internationaux), du FMI (Fonds monétaire international) ou de la Commission européenne,dument référencés dans le livre et qui montrent que la part des profits, ou du capital, dans le partage de la richesse collective s’est singulièrement accrue dans tous les pays occidentaux depuis les années 1980, au détriment des revenus du travail. La part de ceux-ci dans le produit intérieur brut a baissé dans les pays du G7 de 5,8 % entre 1983 et 2006. « Cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques », observe Ruffin, qui sait par ailleurs donner chair à cette statistique, en montrant notamment que cette redistribution des richesses au profit de l’oligarchie s’est opérée au détriment de la « génération des trentenaires précaires ».
C’est surtout l’absence de toute référence à cette question par les partis de gauche – défenseurs supposés naturels des travailleurs - qui frappe l’auteur. Il analyse d’une plume chirurgicale les discours de Ségolène Royal, de Marie-Georges Buffet, plus larmoyante que combattive, de Vincent Peillon, un champion de la langue molle. Comment s’explique cette démission de la gauche ? Ruffin cite l’analyse d’Emmanuel Todd : « L’immobilité idéologique des enseignants [noyau du Parti socialiste] les a séparés de cet autre coeur sociologique de la gauche que constituent les ouvriers, qui eux subissent, depuis près de vingt ans, toutes les adaptations, tous les chocs économiques concevables ». Mais l’explication ne suffit pas, comme le montre le travail d’une chercheuse du CNRS, Josette Lefèvre, qui a analysé le vocabulaire syndical depuis plusieurs décennies, et constaté que le terme de « classe » disparait du discours, donc de l’analyse, dans les années 1980, non seulement du PS, mais aussi des syndicats ouvriers.
Ruffin ne prétend pas livrer une explication définitive, simplement souligner un trait majeur, et mesurer l’épaisseur du silence à son propos. S’appuyant sur Jaurès bien plus que sur le marxisme, rappelant que le grand leader sut être révolutionnaire sans céder à ce qui allait devenir le léninisme, Ruffin propose un point de départ : « S’il suffit de poser Capital/Travail pour rendre à l’univers social un peu de sa clarté, pourquoi s’en priver ? Pourquoi déchirer ce schéma, grossier, certes, mais efficace, au moins pour mettre à nu cette offensive générale de l’Argent contre les hommes ? » Pour Ruffin, la refondation de la gauche ne peut se faire qu’en redéfinissant un socle commun d’intérêt. Il propose une grille de lecture sans doute insuffisante, mais qui s’appuie suffisamment sur les faits pour mériter une large réflexion chez ceux qui aspirent à changer les règles du jeu social et économique. Et les citations vigoureuses du socialiste humaniste Jaurès, d’une surprenante actuelle, rappellent que l’on peut dénoncer l’âpreté de la lutte sociale sans tomber dans la dogmatique marxiste.
L’Europe faiblit sur le climat
La négociation européenne sur le Paquet énergie climat conduit à des assouplissements de la politique climatique. A quelques jours de la conférence de Poznan, en Pologne, sur le protocole de Kyoto, ce recul européen envoie un mauvais signal aux pays du monde.
A quelques jours de l’ouverture des négociations internationales sur le climat à Poznan (Pologne), les Amis de la Terre, Solar Generation France et le Réseau Sortir du Nucléaire se mobiliseront ce samedi 29 novembre 2008 à 11h, rue du Bac à Paris devant le ministère de l’Ecologie autour d’une action symbolique et visuelle. Ils y dénonceront le recul des positions européennes, notamment sur le paquet climat-énergie [1] et exigeront de la France, présidente de l’UE, une politique climatique courageuse, ambitieuse et nécessaire. La lutte contre les changements climatiques est une urgence sur laquelle l’Europe était considérée comme leader. Mais les choses ont bien changé : crise financière, individualisme des États, pression des lobbies industriels, etc. Le contenu de la politique énergie-climat de l’Europe se réduit alors que chaque pays défend ses spécificités. L’Allemagne souhaite une réglementation qui épargne son industrie automobile, la République Tchèque veut protéger son industrie sidérurgique, la Pologne sa production énergétique, la Belgique son industrie chimique... A chaque sollicitation, le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy, cède et la politique climatique européenne s’en affaiblit d’autant.
Face à cette déroute politique, les Amis de la Terre, Solar Generation France, le Réseau Sortir du Nucléaire ainsi que beaucoup d’autres associations, réagissent. Outre l’action symbolique organisée samedi prochain sous la bannière « Climat : l’Europe s’en balance », une action virale circule sur internet via le collectif Time to Lead [2]. Toutes deux insistent sur l’importance des négociations européennes et internationales sur le climat de Poznan. Cyrielle den Hartigh, chargée de campagne Climat aux Amis de la Terre, remarque : « Nicolas Sarkozy tient tellement à faire passer le Paquet énergie-climat sous sa présidence qu’il en oublie les principaux enjeux. A vouloir faire plaisir à tous, le risque de monnayer une politique climatique européenne au rabais se précise, et ce, au détriment de la lutte contre les changements climatiques ! »
C’est en effet Nicolas Sarkozy, en tant que président de l’Union européenne qui portera la position européenne à Poznan. Pour les Amis de la Terre et Solar Generation, la lutte contre les changements climatiques doit passer par des politiques énergétiques ambitieuses et par des projets concrets de réduction de la consommation énergétique. L’action des étudiants de Solar Generation France sur les campus témoigne de la possibilité concrète de modifier efficacement nos modes de consommation énergétique. Ils précisent :« Si nous voulons que ces négociations débouchent sur des engagements acceptables, l’Europe doit y pousser un positionnement solide et ambitieux : un objectif de réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre, un objectif contraignant de 20 % d’efficacité énergétique et l’octroi de la totalité des revenus des marchés de quotas d’émission pour aider les Pays du Sud à lutter contre les changements climatiques et à s’y adapter ».
Notes : [1] Le paquet climat-énergie de la Commission européenne correspond à un paquet de mesures en matières de climat qui consiste à indexer pour moitié sur le PIB des états-membres l’objectif des « trois fois 20 » (réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au niveau de 1990, amélioration de 20 % en matière d’efficacité énergétique et part des énergies renouvelables dans la consommation totale d’énergie augmentée à 20 % d’ici à 2020). [2] Le collectif Time to Lead rassemble les Amis de la Terre – Europe, le WWF, Greenpeace et le Climate Action Network. Plus d’infos sur www.timetolead.fr
Entrez dans la vie ! Le gouvernement vous offre la précarité
Le revenu de solidarité active banalise la précarité. Il habituerait les jeunes à considérer les emplois à temps partiel et sans garantie comme la norme.
Récession économique, faillites, éclatement des bulles spéculatives, le système capitaliste vit une crise historique que les classes dominantes, fidèles à leurs habitudes, entendent faire payer aux travailleurs-euses en CDI, précaires ou privé-e-s d’emploi. Pour continuer à augmenter leurs profits, elles précarisent, licencient, baissent les salaires, augmentent les prix et nous forcent à travailler toujours plus pour gagner toujours moins. La précarité continue de se développer… Une nouvelle étape est franchie avec le RSA ! Le gouvernement vient de faire passer son projet de Revenu de Solidarité Active (RSA). Son principe consiste à inciter les chômeurs/euses à accepter des emplois à temps partiel en augmentant leur revenu avec la prime du RSA jusqu’à hauteur du SMIC. Ce dispositif a parfois été présenté comme une mesure de gauche (taxation du capital, objectif affiché d’aider les travailleurs pauvres, continuité avec la Prime Pour l’Emploi). En réalité… • Le RSA est une aubaine pour le patronat : ils peuvent payer leurs salarié-e-s à temps partiel, l’Etat se charge de compléter le revenu minimum ! •Avec le RSA, les bénéficiaires des minima inscrits à l’ANPE se verront soumis au même régime que les chômeurs/euses : leurs allocations seront supprimées au bout de deux refus d’offre d’emploi ! •Le RSA durcit les discriminations à l’égard des étranger-e-s : en droit commun il leur faut désormais un titre de séjour de 5 ans minimum autorisant à travailler pour avoir droit aux minima, au lieu du titre d’un an requis pour le RMI ! •Les jeunes de moins de 26 ans, les étudiant-e-s et les apprentis, sont toujours exclus des minima ! •Un contrôle des bénéficiaires des minima est instauré, les allocations pourront être suspendues s’il est estimé que l’allocataire vit « au dessus de ses moyens » ! •Les versements sont régionalisés : une inégalité supplémentaire est créée selon que l’on dépend d’un département correctement doté ou sacrifié. •Les contrats ne seront plus systématiquement traités par l’ANPE mais pourront être « sous-traités » par le privé. •Le RSA creuse les inégalités salariales en encourageant le développement des « petits boulots » et des services à la personne, des emplois structurellement précaires, à temps partiel, dévalorisés et sous-payés, où il est plus difficile qu’ailleurs de s’organiser collectivement – les femmes étant les cibles favorites de ce type de contrats. •Le RSA est dans la continuité des politiques de baisse du coût du travail (PPE, exonération de charges sociales…), qui considèrent celui-ci comme la cause du chômage - au contraire c’est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée, et la compression du pouvoir d’achat en résultant, qui nuisent à l’activité économique et à l’emploi ! Et la jeunesse dans tout ça ? Une attaque globale… Aujourd’hui, un quart des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté, sans accès à aucune garantie de revenu minimum. Avec le développement ces dernières années de l’intérim et des contrats précaires, on a vu émerger un nouveau sous-salariat précaire, flexible, et licenciable à souhait. Difficile de s’organiser collectivement pour défendre ses droits lorsqu’on est sur un siège éjectable ! Les stages sous-payés sont la norme, c’est une forme de travail gratuit. En parallèle, universités et lycées sont ouverts aux intérêts privés et l’éducation est mise au service du marché. Au lieu d’être un lieu d’émancipation, de réflexion et d’acquisition de savoir, le pouvoir veut les réduire en usines à main d’œuvre « prête-à-employer ». Pour lui, les travailleurs/euses en formation d’aujourd’hui sont les précaires de demain, les diplômes n’étant plus une garantie en terme de salaire et de conventions collectives. Les jeunes des quartiers exclus du système scolaire ou relégué-e-s dans des filières sans avenir sont du coup d’autant plus touché-e-s par la précarité et le chômage, en raison des politiques de l’emploi de plus en plus libérales accentuées par les discriminations racistes au travail. Avec la récession économique et l’aggravation des inégalités sociales, le gouvernement va en profiter pour accélérer les réformes libérales, en essayant de nous diviser pour éviter tout mouvement social d’ensemble. Pourtant, la lutte contre le CPE, il y a deux ans, a montré que les mobilisations massives de la jeunesse et des travailleurs/euses peuvent faire reculer le gouvernement. La précarité n’est pas une fatalité ! Ensemble, défendons notre droit à un avenir ! - Pour un revenu garanti à partir de 16 ans, assurant des conditions convenables de vie, - Pour l’interdiction des contrats précaires, - Pour un emploi stable pour tous, et le partage du travail contre le chômage, - Pour une augmentation générale des revenus de 300 euros net, le SMIC à 1500 euros net, - Pour la rémunération des stages au SMIC minimum, dès le premier mois, - Pour une hausse des bourses et du nombre de logements sociaux, - Pour un accès garanti dès 16 ans à l’assurance chômage et à la Couverture Maladie Universelle (CMU), - Contre toutes les discriminations racistes et sexistes à l’embauche et au salaire. Étudiants, lycéens, jeunes travailleurs et précaires, mobilisons nous contre la précarité ! Dans les assemblées générales, dans le mouvement social, convergeons pour la manif du 6 décembre à l’appel des organisations de chômeurs et précaires : Samedi 6 décembre à 14 h métro République (à Paris). Manifestation contre le RSA et la précarité
Le président de l’Assemblée nationale lutte contre le changement climatique…
Pauvre oligarchie ! Elle apprend à parler la langue du « changement climatique », mais qu’il est pénible d’abandonner, ne fût-ce qu’une journée, sa limousine avec chauffeur…
Les Dernières Nouvelles d’Alsace du vendredi 21 novembre page 3 relatent la mésaventure du président de l’assemblée nationale qui présidait à Strasbourg une rencontre interparlementaire sur le climat. M. Accoyer s’est rendu dans la capitale alsacienne par TGV. Toutefois, la préfecture ne pouvant mettre à sa disposition un véhicule pour ses déplacements intramuros, il a fait venir sa voiture et son chauffeur depuis Paris. Certains d’entre vous vont sourir de l’histoire, en ayant connu d’autres bien pires. En fait, c’est toujours la même chose : comme on a connu pire, on ne fait rien. Et pourtant, un jour, il faudra réagir. C’est pourquoi, en tant que citoyen impliqué dans le développement durable et en tant que petit maire depuis trois mandats, pour qui le devoir d’exemplarité signifie quelque chose, je poposerai à mon prochain conseil municipal de jeudi prochain d’adopter une nouvelle unité énergétique capable de mesurer le gaspi, l’unité ’Accoyer’, qui correspondra à 80 litres de pétrole ou 800 kilowatts, de façon à rappeler en permanence à nos grands élus leur devoir d’exemplarité. Qui m’aime, me suive.
Complément d’information : "Bernard Accoyer - Il faut que la volonté européenne des 3 fois 20 soit maintenue absolument : d’ici 2020, 20 % d’émissions de gaz à effet de serre en moins, 20 % de part d’énergie renouvelable et une consommation d’énergie fossile en baisse de 20 %."
– Question des DNA : "L’Assemblée nationale que vous présidez a-t-elle réduit son impact environnemental ? "
B.A. : "Dès que j’ai été élu, j’ai demandé que soit mis en oeuvre un bilan carbone. Des décisions concrètes en ont découlé ne serait-ce que pour notre parc de véhicules ou les ampoules basse consommation. Et puis nous dématérialisons autant que faire se peut nos documents de travail qui représentent énormément de papier."
Le gouvernement détruit l’éducation publique
La politique d’éducation du gouvernement Fillon organise un affaiblissement continu de l’école publique. Des enseignants jugent que le ministre Xavier Darcos doit démissionner et lancent une pétition en ce sens.
M. Darcos doit démissionner. Depuis sa nomination en mai 2007, le ministre de l’éducation nationale, M. Xavier Darcos, avait déjà à son actif : • la suppression de la carte scolaire, qui institue la concurrence entre écoles et accélère la formation de ghettos scolaires ; • la promulgation de "nouveaux" programmes (dont les rédacteurs ne sont toujours pas connus !) contraires à l’avis de la profession et des chercheurs, après une mascarade de concertation, menée dans la précipitation ; • la diminution de 2 h du temps hebdomadaire d’enseignement (l’équivalent de 3 semaines par an !) et la réorganisation de la semaine décidée contre les préconisations des professionnels et des spécialistes des rythmes scolaires ; • le discrédit jeté sur l’action des enseignants de l’école publique, notamment en trompant l’opinion sur les performances de l’école française dans les évaluations internationales et sur le coût réel de notre école ; il ne cesse d’accréditer l’idée, portée par les groupes ultralibéraux, mais démentie par les spécialistes, que les résultats français sont plus mauvais que la moyenne et en baisse et que les dépenses sont plus élevées que nos voisins et en hausse ; • des déclarations insultantes sur les maternelles considérées comme de simples garderies où le travail des enseignants consiste à "surveiller la sieste et à changer les couches" ; • la disparition programmée des IUFM, revenant à supprimer la formation professionnelle, au lieu de chercher à l’améliorer ; • l’étranglement financier des associations éducatives complémentaires de l’enseignement public ; • les atteintes au droit syndical, au paritarisme et au droit de grève (Services Minimum d’Accueil) ; • la mise en place du fichier base-élèves, comportant des données qui mettaient gravement en cause les libertés individuelles et le droit à l’éducation des enfants étrangers, quel que soit le statut de leurs parents ; • le financement (pour 220 000 euros) d’une officine privée qui doit surveiller les prises de position des enseignants sur le web, "repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau". Il vient aussi de fait inscrire dans le budget 2009 ; • la suppression brutale de 3 000 postes d’enseignants spécialisés des RASED, tout en proclamant vouloir diviser par 3 le taux d’élèves en grande difficulté scolaire et en tenant de faire croire que la mise en place des 2 h d’aide personnalisée pourrait remplacer le travail des enseignants spécialisés ; • la baisse de 30 % des postes mis au concours en 2009 et, par voie de conséquence, de la formation continue remplacée par les PE2, avant sa disparition totale en 2010… Tout récemment, il a confirmé que trois autres « réformes » seront mises en place en 2009 ; • la création de l’Agence nationale du remplacement, qui pourrait employer des maîtres non certifiés et précarisés ; • la création des EPEP et la caporalisation des maîtres par des "super-chefs", les directeurs d’EPEP (500 postes ont été budgétisés pour cela) ; • la suppression de la maternelle entre 2 et 3 ans, remplacée par un "jardin d’éveil" à la charge des communes et des familles, premier pas vers la suppression de la maternelle avant 5 ans, réclamée par des amis politiques du ministre.
Et voici que, début novembre, plutôt qu’une revalorisation des salaires des enseignants, M. Darcos annonce qu’il octroiera une prime de 400 euros aux maîtres qui feront passer les évaluations nationales au CE1 et au CM2. C’en est trop ! C’est maintenant notre dignité qui est bafouée ! Depuis toujours, nous assumons la passation d’épreuves d’évaluation, la correction et l’analyse des résultats, sans penser à demander une rémunération spéciale, car l’évaluation des apprentissages de nos élèves fait partie de nos missions.
De plus, quand il s’agit d’évaluations nationales, le plus souvent nous faisons la correction et l’analyse collectivement (en dehors des heures de classe), car les résultats à un niveau donné d’enseignement concernent toute l’équipe des maîtres, en amont et en aval. Alors, pourquoi cette prime, telles des cacahuètes jetées à des singes ? M. Darcos anticipe-t-il des résistances du fait que ces épreuves, entourées du plus grand secret, sont annoncées comme très difficiles par le ministère et qu’elles feront apparaître une énorme proportion d’élèves en grande difficulté, sans rapport avec la réalité ? Redoute-t-il que ces épreuves mettent plus nettement en évidence la malfaisance des programmes 2008 ? Craint-il que la profession y voie une rupture avec les exigences du Socle commun de connaissances et de compétences, conçu à partir des programmes de 2002, et qui est toujours en vigueur ? A-t-il peur que nous refusions de faire passer les épreuves et veut-il acheter notre soumission ? Parie-t-il sur les difficultés financières des enseignants pour les opposer les uns aux autres et diviser les équipes d’écoles ?
Nous dénonçons cette prime qui met à mal le travail d’équipe, ignore le fonctionnement réel des écoles et apparaît comme une façon perverse de consacrer la dégradation de notre pouvoir d’achat. Nous demandons la mise en place d’un Conseil national de l’évaluation à l’école comprenant des praticiens, des formateurs et des chercheurs pour mettre au point une politique de l’évaluation et élaborer des outils pour les équipes d’écoles et de cycle, au service des apprentissages des élèves définis par le Socle commun de connaissances et de compétences. Nous appelons les conseils des maîtres et les conseils d’école à prendre, dès à présent, des mesures fortes pour protéger les enfants et les écoles des méfaits éventuels des épreuves nationales CE1 et CM2, que ce soit en raison du contenu des épreuves ou de leur utilisation. Nous les appelons en particulier à refuser fermement toute publication des résultats des écoles. Nous ne pouvons plus continuer à subir cette politique scolaire fondée sur la concurrence entre les élèves, entre les familles, entre les écoles et entre les maîtres. Elle est contraire à l’idéal de citoyens responsables et solidaires qui fonde notre école. Nous ne supportons plus de travailler avec une administration qui pense pouvoir nous mener à la carotte et au bâton. Si c’est là le modèle éducatif de notre ministre, ce n’est pas le nôtre, ni celui de l’école laïque et républicaine. Nous voulons rester dignes de notre mission d’éducateur. Nous demandons que cessent la brutalité, la méfiance et le mépris. Nous demandons l’arrêt de cette politique et la démission du ministre qui l’incarne.
Climat : Obama reste dans la lignée des intérêts stratégiques des Etats-Unis
Bien sûr, la politique de Barack Obama constituera un progrès par rapport à celle de George Bush. Mais elle n’est pas aussi écologiste qu’on pourrait le croire.
Le domaine énergie-climat est de ceux où la politique de Barack Obama pourrait se distinguer le plus radicalement de celle de George W. Bush. Sous la houlette du nouveau Président, en effet, les Etats-Unis devraient adopter rapidement un plan de réduction obligatoire des émissions de gaz à effet de serre, investir massivement dans les énergies renouvelables et jouer un rôle actif dans la négociation d’un nouveau traité international pour prendre le relais de Kyoto, en 2013. Le tournant est indéniable. Il convient de l’acter mais aussi d’en mesurer les limites... et les dangers.
Depuis qu’elle a claqué la porte du Protocole de Kyoto, l’administration Bush refuse tout échéancier de réduction obligatoire des émissions de gaz à effet de serre. En contrepoint, elle plaide pour des engagements volontaires des entreprises et une politique de soutien à l’innovation technologique. Le moins qu’on puisse dire est que cette orientation n’a pas produit les effets escomptés : de 1993 à 2005, les émissions de CO2 du secteur énergétique étatsunien ont augmenté de plus de 15%. Obama renverse la vapeur en promettant une loi dont l’objectif serait de réduire les émissions de 80% en 2050, par rapport à 1990. Pour ce faire, son programme prévoit un système d’échange plafonné de droits d’émission (« cap-and-trade »), un taux annuel de réduction obligatoire, la mise en oeuvre accélérée de technologies « propres », un investissement massif dans la recherche-développement et une série de mesures en faveur de l’efficience énergétique, notamment.
Il convient de noter que le point de départ d’Obama n’est pas le sauvetage du climat mais la sauvegarde du leadership mondial des Etats-Unis, en particulier dans le domaine stratégique de l’énergie. « Le plan de Barack Obama pour faire de l’Amérique un leader énergétique mondial » : tel est le titre chapitre énergie-climat dans le programme du nouveau Président [1]. Obama reproche à Bush d’avoir accru la dépendance des USA par rapport au pétrole, donc par rapport aux pays producteurs et à leur régimes hostiles, et d’avoir investi l’armée US massivement en Irak plutôt qu’en Afghanistan. La politique de Bush, selon lui, a fourvoyé les USA dans une impasse où ils se sont affaiblis face à l’Union Européenne et à la Chine, tout en perdant le contrôle absolu sur leur arrière-cour en Amérique latine. Obama incarne ainsi le projet d’une réorientation géostratégique globale visant à rétablir l’hégémonie de l’empire dans un contexte de concurrence aiguisée entre puissances impérialistes et nouvelles puissances capitalistes montantes. Son programme énergie-climat doit être analysé dans ce cadre.
Ce lien entre climat et géostratégie apparaît clairement dans la manière dont Obama se positionne à l’égard des grands pays émergents. Pour rappel, le refus d’un contingentement obligatoire des émissions n’était pas le seul motif d’opposition de Bush au Protocole de Kyoto. Une deuxième raison était que le Protocole n’impose aucune limitation des émissions au club des cinq -Chine, Inde, Brésil, Mexique, Afrique du Sud. Sur ce point, le sénateur de l’Illinois est stratégiquement d’accord avec son prédécesseur, mais s’en démarque sur la tactique à suivre : selon lui, en refusant tout contingentement domestique, Bush aurait fait le jeu de l’Inde et de la Chine, sans compter que l’UE a profité du retrait US pour s’installer au poste de leader climatique (et prendre de l’avance sur le marché des renouvelables). A cet égard, il est significatif qu’Obama n’envisage pas de suivre l’exemple de l’Australie, qui a ratifié Kyoto à Bali, en décembre 2007 : son projet n’est pas de rentrer dans le rang mais de prendre les rênes de la négociation d’un nouvel accord climatique post-Kyoto, afin que cet accord corresponde aux intérêts du capitalisme américain.
Prendre les rênes, mais comment ? Vu le discrédit climatique des USA, évident lors de la Conférence de Bali, le tournant doit être radical et spectaculaire. C’est une condition de succès. Le temps presse : les événements vont s’enchaîner très rapidement jusqu’à la conférence de Copenhague, en décembre 2009. Il est donc indispensable que Washington commence par adopter unilatéralement son propre plan de lutte contre le réchauffement, et il faut que ce plan soit contraignant et ambitieux. C’est le prix à payer pour aborder les deux étapes suivantes : 1°) reprendre la main à l’Europe et 2°) former un front avec l’UE pour imposer aux pays émergents un deal favorable aux multinationales du Nord. L’UE rechignera mais elle ne peut que s’inscrire dans cette perspective : elle aussi veut imposer des contraintes aux grands pays émergents, mais ne peut le faire sans Washington.
Voyons maintenant le contenu du plan proprement dit. Selon le quatrième rapport du GIEC, les pays développés, pris globalement, doivent réduire leurs émissions de 80 à 95% d’ici 2050 (par rapport à 1990) [2]. Cet effort herculéen est nécessaire pour ne pas trop dépasser 2°C de hausse par rapport à la période pré-industrielle, tout en respectant le principe des « responsabilités communes mais différenciées » entre pays du Nord et du Sud. A première vue, l’objectif d’Obama est tout juste en conformité avec cette recommandation des scientifiques. A ceci près que, un Américain moyen consommant annuellement à peu près deux fois plus de combustibles fossiles qu’un Européen – pour un niveau de vie à peine supérieur – il faudrait que les autres pays du Nord acceptent de faire un effort de réduction proportionnellement plus important que celui des Etats-Unis pour que le monde développé dans son ensemble atteigne l’objectif minimum fixé par le GIEC [3]. On peut donc s’attendre à quelques jolies empoignades intercapitalistes. Elles donneront de précieuses indications sur les rapports de forces.
Une autre remarque, beaucoup plus importante, concerne les étapes intermédiaires. Selon le GIEC, il est hors de question que les pays riches attendent 2030 ou 2040 pour commencer à diminuer leurs émissions : il doivent s’y mettre tout de suite et atteindre un premier palier de 25 à 40% de réduction en 2020, par rapport à 1990. Or, le programme énergie-climat d’Obama est loin de satisfaire à cette condition : d’ici 2020, il a seulement pour but de ramener les émissions étatsuniennes à leur niveau de 1990. Pour prendre la mesure de l’affaire, on rappellera que les Etats-Unis, s’ils avaient ratifié le Protocole Peanuts de Kyoto, auraient dû ramener leurs émissions 5% sous le niveau de 1990... entre 2008 et 2012. Obama, ici ne prend guère de risques : quand bien même il occuperait la Maison-Blanche durant deux mandats, le gros du boulot serait pour ses successeurs, après 2020. Demain, on rase gratis...
Pour piloter la transition vers 2050, le nouveau Président opte pour un système d’échange de droits d’émission, à l’instar de celui qui fonctionne en Europe depuis 2005. Son programme va même plus loin que le « paquet énergie-climat » de la Commission européenne pour 2012-2020 : il prévoit la vente aux enchères de tous les droits. Une partie des rentrées de cette vente servirait à financer le développement et le déploiement des énergies propres, à investir dans l’efficience énergétique et à faire face aux coûts de la transition. Des coûts qui incluent notamment l’assistance aux bas revenus confrontés à la hausse du prix de l’énergie (différents mécanismes sont prévus, tels que le renforcement du système de primes à l’isolation des maisons et la création d’un fonds spécial pour que les plus pauvres puissent payer leurs factures d’électricité et d’énergie).
Dans le contexte de la récession économique, il est douteux qu’Obama tienne cette promesse de mise aux enchères intégrale des droits. L’expérience européenne est instructive à cet égard. On se souvient que la Commission, en 2005, commença par distribuer les droits gratuitement et par en distribuer trop, ce qui permit aux électriciens, entre autres, d’empocher d’énormes surprofits (voire de reporter sur les factures aux consommateurs le prix de marché des droits reçus gratuitement !). Dans le cadre du « paquet énergie climat « , Bruxelles, en janvier dernier, proposait une vente aux enchères intégrale dans le secteur de la production électrique et le maintien d’une distribution gratuite (ou partiellement gratuite) dans les secteurs les plus exposés à la concurrence internationale (sans préciser lesquels). Depuis lors, les places boursières ont connu quelques soucis et une série d’Etats membres, criant au crime de lèse-compétitivité, menacent de torpiller le paquet énergie-climat. Que fera l’UE au moment de la décision, d’ici décembre ? Il est probable qu’elle maintiendra le cap sur les 20% de réduction des émissions en 2020. C’est une question de crédibilité, surtout maintenant que son leadership climatique est menacé par les USA. Mais on peut parier qu’elle lâchera du lest sur la vente des droits... et que le patronat US mettra Obama sous une très forte pression pour qu’il fasse de même [4]. Dans ce cas, il manquera d’argent pour appliquer le plan. On y reviendra en conclusion.
Pour apprécier l’effort de réduction des émissions promis par Obama, on ne peut se contenter de citer les objectifs à l’horizon 2020 et 2050 : il faut savoir dans quelle mesure ces objectifs seront atteints par des mesures structurelles sur le territoire des Etats-Unis. Pour comprendre ce point, il faut rappeler que le Protocole de Kyoto (1997) permet de remplacer des réductions d’émissions au Nord par des investissements « propres » au Sud, d’une part, et de remplacer des réductions d’émissions par des plantations d’arbres - autrement dit par des absorptions de carbone atmosphérique - d’autre part. Ces deux dispositifs sont extrêmement critiquables. Baptisé pompeusement « Mécanisme de Développement Propre » (MDP) [5], le premier a été étudié en détails par des chercheurs de la Stanford University qui ont montré que plus de 50% des crédits de carbone échangés dans le cadre du MDP ne correspondent à aucune réduction réelle des émissions ! Quant au second dispositif, il est contesté pour son imprécision (la quantité de carbone absorbée par les arbres varie en fonction de nombreux paramètres, et le réchauffement risque de transformer les puits de carbone en sources) ainsi que pour son caractère non structurel (quand les arbres sont récoltés et que le bois est brûlé, le carbone retourne dans l’atmosphère), notamment.
MDP et puits de carbone sont de pseudo-solutions. Cependant, au plus les gouvernements et le monde des affaires sont obligés d’admettre la réalité et le danger du réchauffement, au plus ils s’orientent vers ces pseudo- solutions, et au plus ils font pression pour pouvoir y recourir sans entraves. Barack Obama ne dit pas quelle proportion de l’effort américain de réduction serait remplacée par des achats compensatoires de crédits. Son programme se contente d’affirmer que « les émetteurs US soumis à des obligations dans le cadre de l’échange de droits seront autorisés à compenser certaines de leurs émissions en investissant dans des projets énergétiques à bas carbone dans le monde en développement ». S’agissant des puits de carbone, il évoque le développement d’incitants récompensant les propriétaires forestiers, les fermiers et les propriétaires de ranchs qui plantent des arbres, restaurent des prairies ou adoptent des pratiques culturales permettant de capturer le dioxyde de carbone atmosphérique. Aucune estimation chiffrée n’est fournie.
On peut cependant approcher les possibles concrétisations de ces principes en examinant un projet présenté tout récemment au Congrès étasunien par John Dingell et Rick Boucher [6]. Dingell et Boucher, deux amis démocrates de Barack Obama (le premier est du Michigan, comme lui) sont respectivement président du comité sur l’énergie et le commerce de la Chambre des représentants, et président du sous-comité sur l’énergie et la qualité de l’air. Nombreux sont les observateurs estimant que leur texte a beaucoup de chances de servir de base à la future loi sur le sauvetage du climat. Or, que dit-il, ce texte ? Que les entreprises pourront remplir une partie de leurs engagements en achetant des crédits de carbone générés par des projets domestiques ou internationaux, et que leur quota de crédits augmentera au fur et à mesure que le plafond des émissions autorisées diminuera : de 5% de l’obligation de réduction durant les cinq première années, le quota montera progressivement jusqu’à 35% en 2024 et au-delà.
Que voilà un système ingénieux : au plus les contraintes climatiques augmentent, au plus on ouvre aux entreprises la possibilité de se soustraire à l’obligation de réduire les émissions. Il suffisait d’y penser. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : si on met la progression des quotas de crédits de carbone en rapport avec la progression prévue des réductions globales d’émission dans la proposition Dingell-Boucher, (6% en 2020, 44% en 2030 et 80% en 2050, par rapport à 2005), que constate-t-on ? Qu’une entreprise qui profiterait au maximum de la possibilité d’acheter des crédits pourrait reporter jusqu’en... 2029 l’obligation de ramener ses propres émissions au-dessous de leur niveau de 2005 [7]. Il est évident que beaucoup d’entreprises choisiront cette solution, pour la simple raison que les crédits de carbone provenant du MDP ou des puits forestiers coûtent beaucoup moins cher que les investissements à réaliser pour diminuer les rejets de CO2. Et puis, d’ici 2029, beaucoup d’eau coulera sous les ponts du Potomac. Si Obama s’inspire effectivement du projet de loi de ses camarades, les patrons US n’auront pas vraiment le couteau climatique sur la gorge. Voyons maintenant les technologies « propres » que Barack Obama se propose de déployer. Le nouveau Président a quatre priorités : le « charbon propre », les agrocarburants, le nucléaire et la « voiture propre ». Cette énumération devrait suffire à vacciner contre l’obamania tous ceux qui ont un minimum de conscience sociale et écologique. Ce n’est malheureusement pas le cas : à l’instar de la social-démocratie, les partis verts européens dansent en jetant des pétales de rose sur le chemin triomphal qui mène Obama à la Maison Blanche. On fera donc quelques commentaires, en se centrant sur le charbon propre et les agrocarburants.
Fondamentalement, le « charbon propre » n’existe pas, ni pour les mineurs, ni pour les populations autour des mines, ni pour l’environnement en général. L’expression réfère à la technique dite de capture et de séquestration du carbone (CSC). Elle consiste à extraire le CO2 des fumées à la sortie d’installations industrielles grosses émettrices (centrales électriques, cimenteries, usines sidérurgiques) et à le mettre dans un état intermédiaire entre l’état solide et l’état gazeux (« état supercritique ») avant de l’injecter à grande profondeur dans des couches géologiques imperméables. Ce mode de stockage du CO2 est déjà pratiqué à une échelle industrielle en Mer du Nord, par l’entreprise norvégienne Statoil [8], mais c’est une exception. La CSC semble encore loin d’être opérationnelle. On peut discuter du système lui-même. Il va de soi que la CSC ne constitue pas une réponse structurelle au changement climatique : même énorme, la capacité de stockage géologique est forcément finie, et le risque de fuite du CO2 ne peut être écarté. Cependant, selon nous, on pourrait éventuellement avoir recours à la CSC (comme à d’autres mesures non structurelles d’ailleurs) dans le cadre d’un plan de transition vers une économie sans combustibles fossiles. Pour peu qu’elle donne les garanties indispensables en termes d’étanchéité des réservoirs et d’impact écologique, la CSC pourrait aider à contrer la menace d’une nouvelle vague de construction de centrales nucléaires, tout en permettant de planifier la reconversion avec maintien des acquis sociaux des millions de travailleurs dont l’existence dépend de l’extraction de la houille.
C’est un débat, et l’opinion défendue ici est contestée par d’autres environnementalistes. Mais ce n’est pas de ce débat qu’il s’agit avec Barack Obama. Ce que le Président élu envisage, en effet, n’est pas une transition mais une nouvelle ère charbonnière. « Le charbon est notre source d’énergie la plus abondante et c’est une composante décisive du développement économique de l’Inde, de la Chine et d’autres économies en croissance », écrit-il dans son programme. La suite du texte est explicite : « Obama pense que la lutte impérative contre le changement climatique exige que nous évitions une nouvelle vague de construction de centrales au charbon conventionnelles aux USA et que nous oeuvrions de façon agressive à transférer les technologies charbonnières à bas carbone dans le monde entier ». Il s’agit donc bien de nouvelles mines et de nouvelles centrales électriques au charbon (30 ans de fonctionnement minimum), aux Etats-Unis et dans le monde entier ! On retrouve ici la remarque fait au début de cet article. L’objectif d’Obama n’est pas avant tout climatique mais géostratégique : il veut réduire la dépendance par rapport au pétrole importé et faire des Etats-Unis le leader énergétique mondial, afin de restaurer l’hégémonie de l’empire. Concernant le charbon, le calcul est habile. Premièrement, les réserves prouvées de houille correspondent à trois cents ans de consommation au rythme actuel, la plus grande partie de ces réserves est située aux USA et le charbon est un produit d’exportation majeur de l’économie américaine (probablement 45% d’augmentation en 2008) [9]. Deuxièmement, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud disposent également de gisements très importants qu’elles craignent de ne pas pouvoir continuer à utiliser librement - pour la simple raison que le charbon, pour un même rendement énergétique, produit deux fois plus de CO2 que le gaz naturel. En leur vendant la technologie CSC, les USA pourraient résoudre ce problème et gagner des alliés dans la négociation climatique. Troisièmement, le « charbon propre » ouvrirait au capital étatsunien un vaste champ d’investissements à l’étranger. Outre que ces exportations de capitaux contribueraient à une mainmise impérialiste accrue, elles permettraient en plus de générer les précieux crédits de carbone bon marché dont les entreprises US auront besoin pour continuer à polluer jusqu’en 2029 et au-delà.
Mutatis mutandis, le calcul d’Obama sur le charbon est dans la continuité de la création par George W. Bush de l’Alliance Asie Pacifique pour le climat regroupant les USA, l’Australie, l’Inde et la Chine, notamment. Une continuité analogue apparaît dans le domaine des agrocarburants. En tant que sénateur de l’Illinois - le troisième Etat américain producteur d’éthanol de maïs - Obama s’est engagé très loin dans le soutien à cette filière industrielle néfaste, qui a connu un boom grâce aux incitants généreusement offerts par l’administration. Lorsque G.W. Bush a annoncé sa décision de porter de 5 à 36 milliards de gallons la quantité d’éthanol adjointe obligatoirement à l’essence en 2022, la planète a retenti de protestations au nom de la lutte contre la faim, de la stabilité des prix des produits alimentaires et de l’écologie. Rien de tel face à Obama. Le nouveau Président promet pourtant de faire encore plus fort que l’ancien : son programme prévoit de porter le quota d’éthanol dans l’essence à 60 milliards de gallons en 2030 - presque le double [10]. « L’éthanol de maïs est le plus plus grand succès en matière de combustible alternatif disponible dans le commerce », dit-il. Et d’enchaîner, non sans une certaine démagogie : « Nous devrions combattre les efforts des grandes compagnies pétrolières et de l’agrobusiness visant à miner cette industrie naissante ».
Face aux « préoccupations réelles » soulevées par la conversion de jachères en cultures de maïs énergétique (emploi de pesticides, pompage des ressources en eau, hausse des prix alimentaires), Obama se fait fort de développer les agrocarburants de seconde génération, autrement dit la production d’éthanol à partir de cellulose - et non à partir de sucre. La technologie nécessaire à cette production est quasiment mâture et des machines géantes ont été mises au point pour « moissonner » les jeunes arbres à croissance rapide qui fourniraient la matière première. Alleluia ? Non. En soi, les agrocarburants de seconde génération ne permettent pas d’éliminer le conflit entre les filières alimentaires et énergétiques de l’agriculture. Pour cela, il faudrait interdire que des terres agricoles soient affectées à la plantation d’arbres à croissance rapide, et maintenir cette interdiction même si l’éthanol cellulosique rapporte dix fois plus que les cultures alimentaires. A supposer que le marché admette de telles entraves à la chasse au profit, il reste que la conversion de jachères et de terres dégradées en taillis industriels pour la production d’éthanol cellulosique promet d’avoir un impact écologique très lourd, notamment en termes de biodiversité (monocultures avec usage de pesticides).
A travers sa campagne et son plan énergie-climat, Barack Obama fait miroiter l’idée que la lutte pour le leadership mondial et pour l’indépendance énergétique des Etats-Unis créera des emplois. Selon lui, l’investissement en dix ans de 150 milliards de dollars de fonds publics dans le développement et le déploiement des énergies propres ainsi que dans l’amélioration de l’efficience énergétique (objectif : + 50% en 2030) permettrait de créer 5 millions d’emplois. Des emplois pour les travailleurs américains qui sont « les meilleurs du monde ». Des emplois qui « ne partiront pas dans d’autres pays ». Des emplois dans la construction en Amérique de voitures propres américaines roulant avec du pétrole et de l’éthanol américains, dont la vente sera boostée par des crédits d’impôts aux contribuables américains. Les accents protectionnistes, populaires, voire populistes, sont très présents dans ce discours. Obama a ainsi promis de taxer les surprofits que les compagnies pétrolières ont empoché en bénéficiant des effets d’aubaine (windfall profits), et de distribuer la somme collectée afin que chaque famille reçoive 1000 dollars pour payer ses factures énergétiques... Petit problème : ce programme a été conçu avant le maelström boursier. D’où viendront les 150 milliards de dollars de subsides aux énergies propres, sachant que 700 milliards de dollars ont été engloutis dans le sauvetage de Wall Street et que les rentrées fiscales diminuent avec la récession ? D’où viendra l’argent pour augmenter les primes à l’isolation des maisons des personnes à bas revenus ? Obama veut que 10% de l’électricité consommée en 2012 aux Etats-Unis provienne de sources renouvelables... plus chères, le surcoût sera reporté sur les factures aux usagers. Qui alimentera le fonds spécial destiné à limiter la hausse des factures d’électricité pour les plus défavorisés, si les patrons refusent la vente aux enchères des droits d’émission ? Et comment les travailleurs américains réagiront-ils si les ambitieux objectifs en matière d’agrocarburants provoquent une flambée des prix des produits alimentaires de base ? L’équipe Obama compte-t-elle contourner ces difficultés en creusant encore plus l’énorme déficit du budget américain ? Ne serait-ce pas créer une nouvelle dépendance par rapport à des régimes hostiles ? Il est trop tôt pour répondre en détail à chacune de ces questions. Mais le précédent européen permet de dégager une grande leçon : la politique énergétique et climatique capitaliste, avec ses primes et ses incitants, son marché des droits et des crédits, ses feed-in tariffs, ses certificats verts et ses taxes, est au centre de l’offensive d’ensemble contre le monde du travail et contre les pauvres. Au plus les gouvernements capitalistes seront convaincus de faire quelque chose pour sauver le climat, au plus leur politique climatique creusera les inégalités sociales. Au plus ils seront capables de s’unir, au plus ils tenteront d’imposer des solutions injustes aux pays pauvres, et aux pauvres dans les pays pauvres. Voilà le danger qui pointe aujourd’hui.
La victoire d’Obama marque un vrai tournant dans la politique énergétique et climatique des Etats-Unis. On ne peut que se réjouir de la défaite d’un MacCain qui - bien que ses propositions n’étaient pas si éloignées de celles de son rival - avait choisi pour colistière une négationniste climatique à peine voilée : Sarah Palin. Mais les travailleurs américains et les peuples du monde ne tarderont pas à constater que ce tournant se fera sur leur dos. Pour s’y opposer, il ne suffira pas de dire « non » : il faudra mettre en avant une autre politique climatique et énergétique, anticapitaliste et internationaliste. Une politique écosocialiste.
Notes [1] « Barack Obama’s Plan to Make America a Global Energy Leader », consultable sur le site BarackObama.com [2] Contribution du Groupe de travail III au rapport 2004 du GIEC, page 776 [3] 8 tep/personne/an, contre 4,5 tep environ dans l’Union Européenne. [4] « Obama’sEnergy Plan May be Curbed But Not Halted », Reuters, 6/11/2008, http://www.planetark.org/avantgo/da... [5] Une erreur s’était glissée à cet endroit dans la version initiale de cet article, attribuant la paternité du Mécanisme de Développement propre à la Convention Cadre des Nations Unies (1992). Or, il a été institué par le Protocole de Kyoto (1997). La Convention, en son article 4, dit seulement que, dans leurs efforts de réduction, les Parties inscrites à l’Annexe 1 (pays développés et en transition) pourront agir individuellement ou conjointement. Cependant, cette Convention posait déjà le principe de l’équivalence entre la réduction des émissions et l’augmentation de l’absorption par les « puits ». [6] House Committee on Energy and Commerce, 202-225-2927, « Executive summary of the discussion draft », http://energycommerce.house.gov. Lire aussi le mémorandum aux membres du Comité (7 octobre 2008) [7] « Dingell and Boucher draft climate bill : Likely no CO2 cut until near 2030 », http://climateprogress.org [8] Le projet Sleipner permet à Statoil d’injecter un million de tonnes de CO2/an depuis 1996 dans un aquifère salin confiné, situé 800 m au-dessous du fond marin. http://www.statoil.com/statoilcom/S... [9] « US Coal Exports Seen as Target in Climate Fix », Reuters, 8/10/2008, http://www.planetark.org/avantgo/da... [10] « Us Biofuels Sector Sees Ally in Obama », Reuters, 6/11/2008, http://planetark.org/avantgo/dailyn...
Sortie de crise ? Direction la décroissance
Développement durable ou capitalisme vert sont les faux nez du système actuel de croissance infinie. Pour retrouver une société humaine, les partisans de la décroissance décrivent le contenu de leur projet.
Nous ne sommes pas dupes : le "développement durable" ou "le capitalisme vert" promus, par exemple, lors du "Grenelle de l’environnement", ne sont qu’une façon de relancer la fuite en avant dans la croissance infinie. Portée par la liste de Daniel Cohn-Bendit, la version ultra-light de la « décroissance » prônant de "scinder les flux entre la croissance économique et la croissance des flux de matière et énergétique" est une ultime escroquerie destinée à vider la décroissance de son sens politique et à récupérer l’avancée de ces thèses dans la société.
Aucune formation politique représentative n’apporte aujourd’hui de réponse crédible face aux enjeux représentés par les crises environnementale ou sociale. En voulant relancer la croissance économique (capitaliste, rouge ou même verte), toutes vont nous précipiter davantage dans le mur des limites des ressources de la planète et engendrer une nouvelle récession. Il est temps de lever le nez du guidon.
Face à l’absence d’une alternative crédible, nous souhaitons la présence de listes "décroissance" pour les élections européennes de 2009. Nous appelons à la constitution de groupes locaux, les plus larges possible, pour défendre : • Une décroissance qui soit d’abord une décroissance des inégalités, localement, mais aussi à l’échelle de l’Europe comme à celle de la planète. Nous voulons l’instauration d’un revenu minimum et d’un revenu maximum, avec un différentiel maximum de 1 à 4. Puisqu’il n’est plus possible de faire croître le gâteau, la question de sa recette et de son partage redevient première ; • Une décroissance du transport des marchandises à travers la planète, pour une relocalisation de la production et de la consommation, contre l’"économie de marché" (c’est-à-dire le capitalisme), mais pour une "économie des marchés" fondée sur des petites entités économiques. Nous voulons, par exemple, démanteler progressivement la grande distribution, au profit d’emplois de qualité, écologiques, qui permettent à tous mais notamment aux jeunes de trouver une place épanouissante et qui ait du sens ; • Une décroissance du gigantisme, pour une société, une économie et des villes à taille humaine, où chacun-e puisse vivre et faire vivre sa famille dans la dignité. Nous voulons une agriculture locale, écologique et paysanne ; • Une décroissance de la vitesse, dans une société dont l’accélération exclut chaque jour davantage d’entre nous, en commençant par les plus faibles, et nous condamne à une folle fuite en avant. Non au TGV, oui au TER. La civilisation de l’automobile n’est pas soutenable ; nous devons en sortir ; • La décroissance de la tyrannie de la finance, pour une Europe où chaque démocratie maîtrise sa monnaie. Nous refusons la marchandisation du monde. Nous défendrons et étendrons tous les espaces de gratuité comme tous les temps de pause communs, à commencer par le dimanche ; • Une décroissance de la déresponsabilisation sur la technique et la science. Nous faisons face à une problématique d’abord culturelle, politique et démocratique. Elle nécessite des réponses sur ces plans. Le nucléaire, les OGM, les agrocarburants ou les nanotechnologies nous conduisent dans des impasses dangereuses ; • Une décroissance de l’emprise du pouvoir économique sur les médias, pour une presse européenne indépendante exerçant sa fonction de quatrième pouvoir, et non celle d’outil de propagande consumériste ; • Une décroissance de la publicité, outil d’une propagande insidieuse qui fait de nous des gavés ou des frustrés de la consommation.
Nous voulons une Europe du partage, ouverte sur le monde. Une Europe qui reconnaît ses crimes liés au colonialisme, celui d’hier et d’aujourd’hui. Une Europe de l’égalité dans la promotion de la diversité de ses cultures. Une Europe veillant sur la nature comme on cultive un potager. Une Europe où chacun d’entre nous sera considéré avant tout comme un être humain et non pas un petit soldat de l’économie dont le seul horizon est de consommer et produire chaque jour davantage. Une Europe qui ne soit pas une entreprise dont la réussite se mesure à l’aune de l’augmentation du PIB mais une communauté solidaire chez elle comme solidaire au monde.
Des enfants raflés à l’école
La police vient chercher des enfants dans une école. Vingt-quatre heures plus tard, ils sont dans un avion. Une journée ordinaire dans la France de M. Sarkozy.
Hier s’est produit un fait très grave à l’école du Jardin de Ville, à Grenoble. - A 15h45, un père de quatre enfants (un de moins de trois ans, deux scolarisés en maternelle et un en CE1 à l’école du Jardin de Ville) est venu, accompagné de deux policiers en civil, chercher ses enfants, pour "un rendez-vous en préfecture", ont compris les enseignants. - A 19h, on apprenait que la famille au complet était au centre de rétention de Lyon. Ils y ont dormi. Ils étaient injoignables hier soir. On a réussi à les joindre tôt ce matin aux cabines téléphoniques du centre de rétention (qui, rappelons-le, est une prison). Ils étaient paniqués. On a prévenu le centre que la CIMADE, seule association ayant le droit d’entrer dans les centres de rétention, irait voir la famille ce matin. Arrivés au centre, les militants de la Cimade les ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l’aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard. Nous n’avons rien pu faire, nous attendions que les militants de la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin. Leurs chaises d’école resteront vides. C’est une première en Isère : la traque des étranger-e-s pénètre dans les écoles. Les seuls enfants en situation irrégulière sont ceux qui ne sont pas à l’école.
Nous vous demandons de bien vouloir faire circuler cette information le plus largement possible.Personne ne doit pouvoir dire "on ne savait pas".
La relance de Sarkozy met l’écologie au placard
M. Sarkozy a annoncé le 4 décembre un « plan de relance de l’économie » : béton et automobile, comme d’habitude.
Au-delà de leurs multiples insuffisances, en particulier sur le pouvoir d’achat, les mesures que vient d’annoncer N. Sarkozy ont pour le coup une planète de retard. Une fois de plus, les mots ne sont pas suivis par les actes : - l’isolation thermique des logements, pourtant annoncée comme prioritaire, ne bénéficie d’aucune mesure spécifique d’accroissement des crédits publics, alors que ceux inscrits au budget à ce sujet sont notoirement insuffisants ; - la prime à la casse est une réponse à courte vue, dont on a vu dans le passé les limites, et qui s’applique aux véhicules neufs émettant moins 160 grammes de co2 par kilomètre. Ce seuil est très élevé, et permettra à plus des ¾ des véhicules d’en bénéficier ; - l’accélération des projets d’infrastructure ne donnent aucune priorité aux équipements propres et de réduction de la consommation d’énergie. Le pôle écologique du PS rappelle qu’il a pour sa part proposé il y a quelques semaines un dispositif de relance écologique de l’emploi et du pouvoir d’achat en six mesures urgentes et cohérentes. Le plan de relance d’aujourd’hui n’en retient hélas aucune.
Cacophonie sous les mers
Transport maritime, sonars, exploration sismique, constructions en mer produisent de nombreux bruits sous-marins. Dans l’océan Pacifique, les sons des navires doublent tous les dix ans. Cette cacophonie perturbe l’existence des cétacés.
L’avenir de nombreuses espèces marines est sérieusement menacé par la pollution sonore sous-marine d’origine humaine, ont prévenu les écologistes lors de la 9e Conférence des Parties de la Convention sur les Espèces migratoires (CMS) qui se tient à Rome.
Un rapport publié par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), Ocean Noise : Turn it down, a démontré qu’au cours des dernières décennies, les bruits sous-marins créés par les activités humaines avaient considérablement augmenté, ce qui fait peser une menace importante sur de nombreux mammifères marins. Le bruit engendré par le transport maritime commercial, les sonars, l’exploration sismique réalisée par l’industrie pétrolière et gazière, la construction off-shore et les activités de loisir contribue à créer un environnement qui désoriente de plus en plus les cétacés.
Les baleines, dauphins, marsouins et certains autres cétacés se fient uniquement aux bruits sous-marins pour leur navigation, leurs communications et pour leur alimentation. L’augmentation de la pollution d’origine humaine peut provoquer des modifications du comportement des cétacés, par exemple l’abandon des zones de mise bas et de nourrissage, et dans certains cas extrêmes l’échouage, voire la mort.
Au cours de ces dernières années, certaines institutions internationales telles que les Nations Unies, l’OMI (Organisation Maritime Internationale) et l’Union Européenne ont accordé une plus grande attention à la pollution sonore sous-marine. IFAW estime que la CMS peut jouer un rôle essentiel afin d’assurer que des résolutions énergiques destinées à protéger ces espèces sont mises en œuvre d’urgence. IFAW en appelle aux Parties à la CMS et au Secrétariat de la CMS afin qu’ils examinent un large éventail de mesures actuellement en discussion à la Convention afin de s’attaquer au problème des bruits sous-marins.
« La protection des espèces marines contre le bruit sous-marin est essentielle à leur survie. Le bruit sous-marin peut se déplacer sur de grandes distances et affecter les espèces marines au-delà de nombreuses frontières maritimes nationales, » confirme Veronica Frank, responsable des campagnes d’IFAW. « Il est donc vital que les Etats collaborent pour mettre en place des accords solides afin d’éviter que les espèces marines ne soient noyées par des bruits perturbateurs d’origine humaine. »
Le rapport d’IFAW souligne que les sons des navires dans l’Océan Pacifique avaient doublé à chaque décennie au cours des 40 dernières années et que la flotte commerciale globale devrait doubler d’ici 2025. En revanche, la distance à travers laquelle les baleines bleues peuvent communiquer a été réduite du pourcentage vertigineux de 90% en raison de l’augmentation des niveaux sonores. Le rapport d’IFAW sur le bruit sous-marin condamne tout particulièrement les bruits à haute intensité tels que les analyses sismiques et les sonars militaires. Ceux-ci émettent des sons supérieurs à 200 décibels qui peuvent blesser les animaux marins. Les scientifiques ont également lié les sonars à haute intensité à l’échouage fatal des baleines et dauphins.
Les architectes français, bétonneurs sans grâce
Paris voudrait, paraît-il, des tours hautes. Mais les architectes qui y réfléchissent oublient qu’au XXIe siècle, on ne peut penser la ville hors changement climatique et écologie.
Début décembre étaient conviées à l’Hôtel de Ville la dizaine d’équipes d’architectes et urbanistes chargés par Sarkozy de réfléchir au Grand Paris. Evénement en tant que tel – que tous ces grands noms soient présents ensemble à l’Hôtel de Ville – mais exercice finalement assez décevant tant les propos restèrent conformistes.
Au titre de ma délégation [de Conseiller de Paris] (développement durable, environnement, plan climat), j’étais convié à m’exprimer aux côtés de mes collègues Anne Hidalgo (urbanisme), Pierre Mansat (Paris métropole), Christian Sautter (économie), Jean-Louis Missika (innovation), Annick Lepetit (déplacement). Les équipes devant planché, dans le cadre de la feuille de route donnée par le Président de la République, sur leur conception de la « ville post Kyoto » [post-protocole de Kyoto sur le changement climatique], on aurait pu penser que mon intervention évoquant la ville post pétrole, les ruptures en cours (économiques, énergétiques, écologiques), la nécessaire sobriété, la robustesse des territoires face aux crises (robustesse écologique, sociale, économique), la responsabilité vis-à-vis des générations futures, les éco-quartiers plutôt que le gigantisme et le gaspillage, les trames vertes pour favoriser la biodiversité et la résistance aux épisodes climatiques extrêmes (canicules) auxquels réfléchissent toutes les grandes villes du monde, les énergies renouvelables pour diminuer la dépendance pétrolière, les circuits courts pour tisser un nouveau lien ville-campagne, la logistique urbaine pour alimenter la ville de façon plus écologique etc., et osant poser la question « le périphérique : vaut-il mieux le cacher derrière des murailles ou le transformer ? » ... ne soit pas forcément plébiscitée, mais qu’elle rencontre au moins des préoccupations partagées, déjà réfléchies par ces équipes.
Je ne me faisais certes pas d’illusions ! Au vu des mines contrites de mes collègues élus, j’ai eu sans surprise la confirmation que de telles grilles d’analyse n’étaient toujours pas partagées, dérangeaient. Mais à écouter un Castro (qui entama ses propos d’un « Ouf, on n’est plus en période d’élection, on peut se lâcher, il n’est plus interdit de critiquer Baupin ! »), visiblement toujours nostalgique de la ville livrée à l’automobile des années 80 , ou un Nouvel qui se prétend écologiste (sic) « mais pas comme Baupin ou Contassot », je ne peux m’empêcher de penser : « Décidement, le vieux monde a du mal à laisser place au nouveau ».
Quel dommage pourtant, que tant d’intelligences réunies débouchent sur si peu d’innovation, si peu d’audace. Qu’un Cantal-Dupart (membre de l’équipe Nouvel) ose dire : « Mais quand Paris se décidera-t-il à faire de l’urbanisme, à penser aux gens avant les formes », que des équipes osent dire (quelle audace dans les salons de l’Hôtel de Ville !) qu’il faut arrêter de penser chaque territoire de l’Ile-de-France uniquement dans son rapport à Paris, donne un peu d’air frais… mais quelle déception quand cela se termine inévitablement par la construction d’une tour Nouvel au centre de Paris ! Le Sdrif [Schéma direction de la région Ile-de-France] honni est pointé du doigt : il ose proposer qu’on densifie la petite couronne, risquant de noyer la grandeur de Paris (« Comme Notre-Dame, pas assez haute, est noyée par les bâtiments voisins ») et c’est pour ça que c’est au centre qu’il faudrait construire toujours plus haut ! A les entendre, on finirait par croire que le passage du « petit Paris » au « grand Paris » ne sera pas territorial mais vertical !
Quant au périphérique, que n’avais-je osé dire ? La « poétique » m’en avait visiblement échappé ! Et chacun d’expliquer comment le cacher, le couvrir, l’encadrer. Aucun pour avoir l’audace de penser que dans la « ville post Kyoto », on n’a pas forcément besoin d’une autoroute en cœur d’agglomération, que cette vaste bande de territoire qui fracture pourrait être reconquise, transformée, urbanisée, civilisée, pour autant qu’on développe parallèlement les transports en commun prévus au Sdrif.
Heureusement qu’il y a les équipes étrangères (italienne, allemande, anglaise) pour lesquelles « post Kyoto » semble vouloir dire quelque chose, qui s’interrogent sur la gestion de l’eau et de l’énergie, sur la complémentarité entre social et écologie, qui pensent la ville mixte dans ses fonctions et ses populations… Du côté des équipes françaises, en tous cas les plus connues, on a l’impression que la commande de Sarkozy fait remonter à la surface trente ans de frustrations, d’envies de modeler Paris à leur image, de projets contrariés qui tout à coup peuvent de nouveau s’exprimer… en oubliant tout simplement qu’on est en train de changer d’époque, que leurs réponses d’hier déjà peu pertinentes le sont encore moins aujourd’hui.
Mais le moment de vérité est peut-être ailleurs, quand Delanoë (qui rejoint la réunion en cours pour faire son intervention) explique de façon franche et crue le bras de fer avec Sarkozy, la lutte de pouvoir entre l’Etat et Paris, l’agressivité personnelle qu’aurait Sarkozy à son égard, feignant de s’en étonner… et lâchant : « De toutes façons, pour ce qui me concerne, j’allais vous dire : mes amis s’en sont déjà chargé ! ». Oui, indéniablement, derrière ces questions de « grand » Paris, de tours toujours plus hautes que celles du voisin, il y a visiblement des enjeux tout autres que l’avenir de la ville, les besoins de ses habitants, la capacité à rendre l’avenir plus vivable…
L’Etat ne doit pas conserver les données ADN des citoyens innocents
La Cour européenne des droits de l’homme vient de sanctionner la Grande-Bretagne : celle-ci conservait les empreintes génétiques de personnes dont la justice avait constaté l’innocence.
La Cour européenne des droits de l’homme a rendu en Grande Chambre un arrêt très attendu, puisqu’elle statuait sur la question de l’enregistrement de données biométriques relatives à des condamnations dans des bases de données au Royaume-Uni : empreintes digitales et données génétiques. Le Royaume-Uni se désigne lui-même comme « précurseur » en matière de données biométriques, puisqu’il a notamment la plus grande banque de données génétiques européennes ; mais il « est aussi le seul Etat membre à autoriser expressément la conservation systématique et illimitée à la fois des profils et des échantillons relatifs aux personnes condamnées. »
Les requérants se plaignaient, sous l’angle des articles 8 et 14 de la Convention, de ce que les autorités avaient conservé leurs empreintes digitales, échantillons cellulaires et profils génétiques après la conclusion, par un acquittement et par une décision de classement sans suite, des poursuites pénales menées contre eux. Toutes leurs démarches visant à l’effacement de ces données avaient été rejetées. Tout en reconnaissant une « légère atteinte à la vie privée », la Chambre des Lords avait estimé que « l’intérêt de conserver les empreintes digitales et les échantillons recueillis sur les suspects était considérable ». Si les requérants soutenaient que la conservation de leurs échantillons faisaient peser sur eux des soupçons alors qu’ils avaient été acquittés, le ministre de l’intérieur soutenait que « pareille conservation n’avait rien à voir avec le passé, c’est-à-dire avec l’infraction dont la personne avait été acquittée, mais visait à faciliter les enquêtes sur des infractions futures ». La Cour rappelle que la notion de « vie privée » est « une notion large, non susceptible d’une définition exhaustive, qui recouvre l’intégrité physique et morale de la personne (…) Elle peut donc englober de multiples aspects de l’identité physique et sociale d’un individu.(…) Le simple fait de mémoriser des données relatives à la vie privée d’un individu constitue une ingérence au sens de l’article 8 ", position qu’elle a déjà largement développé en autonomisant la notion de données personnelles dans le cadre de l’article 8 CEDH. Elle fait par ailleurs référence aux textes spécifiques de protection des données personnelles, dont la Convention sur la protection des données du Conseil de l’Europe STE 108 de 1981. Affirmant que les trois catégories d’informations personnelles conservées par les autorités au sujet des deux requérants, à savoir des empreintes digitales, des profils ADN et des échantillons cellulaires, « constituent toutes des données à caractère personnel au sens de la Convention sur la protection des données car elles se rapportent à des individus identifiés ou identifiables », la Cour analyse ensuite les différentes données biométriques, notamment les profils ADN qui « fournissent un moyen de découvrir les relations génétiques (et ethniques) pouvant exister entre des individus (ce qui) suffit en soi pour conclure que leur conservation constitue une atteinte au droit à la vie privée de ces individus ». Elle applique le même raisonnement aux empreintes digitales numérisées, notant qu’elles « constituent des données à caractère personnel (…) et qu’elles contiennent certains traits externes d’identification, tout comme, par exemple, des photographies ou des échantillons de voix. »
Leur enregistrement constitue là aussi une atteinte au droit à la vie privée C’est sur le plan plus précis de la protection de ces données à caractère personnel que la Cour va constater la violation de l’article 8, dans la mesure où cette protection « joue un rôle fondamental pour l’exercice du droit au respect de la vie privée et familiale consacré par l’article 8 de la Convention. La législation interne doit donc ménager des garanties appropriées pour empêcher toute utilisation de données à caractère personnel qui ne serait pas conforme aux garanties prévues dans cet article ». Elle observe que « la protection offerte par l’article 8 de la Convention serait affaiblie de manière inacceptable si l’usage des techniques scientifiques modernes dans le système de la justice pénale était autorisé à n’importe quel prix et sans une mise en balance attentive des avantages pouvant résulter d’un large recours à ces techniques, d’une part, et des intérêts essentiels s’attachant à la protection de la vie privée, d’autre part (…) La Cour considère que tout Etat qui revendique un rôle de pionnier dans l’évolution de nouvelles technologies porte la responsabilité particulière de trouver le juste équilibre en la matière." En conclusion, la Cour estime que « le caractère général et indifférencié du pouvoir de conservation des empreintes digitales, échantillons biologiques et profils ADN des personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions mais non condamnées (…) ne traduit pas un juste équilibre entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu, et que l’Etat défendeur a outrepassé toute marge d’appréciation acceptable en la matière. Dès lors, la conservation litigieuse s’analyse en une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et ne peut passer pour nécessaire dans une société démocratique." Cette décision est particulièrement intéressante au moment où les Etats surenchérissent en créant des banques de données biométriques de plus en plus importantes, et en mettant en place dans le cadre du traité de Prüm un échange de ces données désormais facilité. Rappelons qu’en France, les profils ADN peuvent être conservés pendant vingt-cinq ans après un acquittement ou l’abandon des poursuites. Si le procureur de la République peut ordonner leur suppression avant l’expiration de ce délai, « soit d’office soit sur demande si la conservation n’est plus nécessaire à des fins d’identification dans le cadre de poursuites pénales », force est de constater que cette suppression est extrêmement rare : outre le fait que la procédure ouverte aux personnes est peu connue, la notion de nécessité de conservation à des fins d’identification est conçue de manière très extensive.
La récession économique éteint la « renaissance » du nucléaire
La crise du capitalisme, en asséchant les sources de financement, repousse à plus tard l’improbable reprise de l’énergie nucléaire. Pour prévenir le changement climatique, il faudra trouver autre chose.
Depuis plusieurs années, les innombrables publicités de l’industrie nucléaire, soutenues par les discours des principaux dirigeants politiques, ont entretenu la fiction d’une supposée "renaissance du nucléaire". Nous estimons que cette thèse, déjà bien fumeuse avant la crise financière mondiale, est tout simplement en train se s’effondrer. Areva et EDF sont menacés par le syndrome Airbus : flamboyants jusqu’au jour où la vérité éclate, anéantis le lendemain matin. Il est toujours risqué de faire des prévisions, et il ne faut pas sous-estimer la capacité des entreprises de l’atome à se faire attribuer, même en période de disette, d’immenses sommes d’argent public. C’est sûrement l’espoir de la présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, qui a prétendu à de multiples reprises ces dernières semaines que son entreprise traversait la crise "beaucoup mieux que beaucoup de groupes", et que le secteur de l’énergie était "très résistant". Or, EDF et Areva ont perdu environ 55% de leurs valeurs en bourse depuis le 1er janvier. Certes, beaucoup d’autres entreprises ont laissé des plumes dans la crise mais, dans le même temps, le secteur de l’électricité n’a perdu globalement "que" 45% : les entreprises du nucléaire baissent encore plus que les autres. Il faut dire que les nouvelles du front sont édifiantes : les entreprises d’extraction de l’uranium (le combustible des réacteurs nucléaires), comme le canadien Cameco le 11 novembre, font état d’importantes difficultés. Et Areva a annoncé, le 25 novembre, le report du projet d’exploitation de la mine d’uranium Midwest au Canada, qui devait débuter en 2010. Mieux : les 12 réacteurs qu’Areva "allait" construire en Afrique du Sud sont officiellement annulés depuis le 5 décembre. Nous estimons que ce n’est qu’un début : le château de cartes (radioactives) est en train de s’effondrer. Passons vite sur le ridicule des dirigeants du Brésil qui, le 13 septembre, annonçaient vouloir construire… 60 réacteurs nucléaires. D’autres annonces, un peu moins extravagantes, semblent tout aussi condamnées : Sénégal, Namibie, Turquie, Jordanie, Yémen, etc. Vu leurs imposants budgets, la Chine et l’Inde pourront peut-être se payer quelques réacteurs, mais l’atome n’y couvrira pas 5 % de l’électricité, c’est à dire moins de 1% de la consommation totale d’énergie. De toute façon, les Français semblent déjà écartés au profit de leurs concurrents russes et américains. Les cas des marchés des USA et de la Grande-Bretagne sont encore plus cruciaux car EDF et Areva y entretiennent (entretenaient ?) de grands rêves industriels. Aux USA, les agences de notation condamnent le nucléaire : pas à cause des risques ou des déchets, hélas, mais pour de pures raisons financières. Le 14 mai, avant même la crise mondiale, le Wall Street Journal expliquait qu’un réacteur nucléaire coûterait jusqu’à 12 milliards de dollars, soit quatre fois plus que les estimations faites quelques mois auparavant. Aujourd’hui, EDF tente de racheter l’entreprise Constellation qui lui servirait de "cheval de Troie" en Amérique. Le verdict devrait tomber le 23 décembre, mais il ne peut être que mauvais : soit EDF échoue… soit elle se ruine. En effet, entre temps, le milliardaire Warren Buffet est entré dans la danse et EDF doit désormais surpayer Constellation. Et il faudrait ensuite sortir de très lourdes sommes… pour construire des réacteurs. La situation est assez comparable en Grande-Bretagne où EDF peine déjà à rassembler les sommes nécessaires au rachat de British Energy. La transaction s’est faite avant la crise mondiale, et le prix qu’EDF doit débourser est désormais insensé. Là aussi, la question se pose : où trouver ensuite l’argent pour construire des réacteurs ? Le fait est que le nucléaire nécessite des investissements de départ gigantesques, avec des perspectives de retour sur investissement à 25 ou 30 ans : une éternité pour un marché qui (sur)vit au jour le jour ! EDF et Areva sont engagées dans une fuite en avant, continuant contre toute logique à embaucher, à lancer des chantiers et à racheter des concurrents. Il est évident que ce sont les citoyens qui vont devoir régler la note, sans oublier celle du démantèlement des installations nucléaire et celle des déchets radioactifs. L’heure de vérité approche : l’industrie de l’atome n’a pas d’avenir, contrairement aux énergies renouvelables qui sont propres et nécessitent des investissements de départ beaucoup plus légers. Il est grand temps de renvoyer le nucléaire, véritable calamité environnementale et économique, aux oubliettes de l’Histoire...
Nous ne sommes pas vos ennemis
Les oligarques veulent-ils la guerre ?
J’entends, je lis des témoignages.
Vrai ? Pas vrai ?
J’avoue que j’ai peur.
Pourquoi cette haine ?
Que nous voulez-vous, messieurs en uniforme, messieurs de la magistrature ?
C’est la guerre ?
Respectez-nous, apprenez à taire vos réflexions malsaines, gardez votre humour pour vos casernes, pour vos véhicules banalisés ou gyropharisés. Cessez de nous faire du mal. Réservez à l’action votre esprit de corps. Raflez dans nos écoles les enfants d’étrangers, fouillez les cartables avec vos chiens, fouillez au corps, déshabillez, clouez au sol, mais par pitié avec délicatesse. Je vous comprends, le bourreau ne discutait pas la potence, il pendait... Le monde va, un métis préside les Etats-Unis, une femme aurait pu être élue à l’Elysée, l’homme était un loup pour l’homme, aujourd’hui c’est un chien, seulement un chien.
Esclavage, colonisation, ségrégation, demain égalité ? Cessez, messieurs, d’être le crissement désagréable des roues de la charrette, le monde va vers de plus en plus d’attention à l’autre, vers de plus en plus de respect. C’est ainsi et ne manifestez pas votre mauvaise humeur d’avoir été floués lors des dernières présidentielles en insultant des enfants.
Nous sommes déjà d’humeur mauvaise. N’accusez pas à tort, à pleine page, ne brandissez pas de soi-disant groupuscules d’extrême gauche prêts à tous les sabotages avant de savoir de quoi ils sont coupables. Cessez de vouloir nous faire prendre des vessies pour votre lanterne, nous ne vous en aimerons que mieux et votre vie sera plus belle. Nous ne sommes pas vos ennemis !
L’AFP menacée de reprise en main
L’Agence France Presse assure une information de base assez indépendante grâce à un statut original ni public ni privé. Mais le gouvernement voudrait aujourd’hui soit la ramener dans le giron de l’Etat soit la privatiser. Deux issues qui la domestiqueraient totalement. Une pétition est lancée contre ces tentatives.
L’indépendance de la presse est un des biens les plus précieux de notre démocratie. L’Agence France-Presse, qui est non seulement la source de la grande majorité des informations diffusées en France mais également l’une des trois seules grandes agences de presse au niveau mondial, est aujourd’hui menacée dans son indépendance et même son existence, sous sa forme actuelle. L’AFP est dotée d’un statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l’égard des pouvoirs publics et de tout autre "groupement idéologique, politique ou économique". Sa mission est "de rechercher tant en France qu’à l’étranger les éléments d’une information complète et objective". Depuis près d’un an, les velléités de mettre fin au statut particulier de l’AFP, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’entreprise, sont de plus en plus nombreuses. En témoignent les attaques sans précédent dont l’agence a récemment fait l’objet de la part de certains hommes politiques proches du pouvoir en France. Tantôt on l’a traitée d’"agence d’Etat" en souhaitant ouvertement sa privatisation, tantôt on lui a reproché de ne pas être assez prompte à répercuter les communiqués de presse du parti au pouvoir. Aujourd’hui, des projets bien avancés menacent le statut et l’indépendance d’une entreprise qui est unique en son genre, à savoir ni publique, ni privée. Il serait notamment question de transformer, voire d’abolir, le statut garanti par le Parlement afin de permettre la transformation en société anonyme et l’entrée d’actionnaires. De tels changements, intervenant à une époque de grands bouleversements dans le paysage médiatique, sans parler de l’économie mondiale, risquent fort de se traduire par la mainmise d’intérêts particuliers ou étatiques sur l’ensemble de l’information destinée au citoyen. Par conséquent : Nous soussignés, citoyens, salariés de l’Agence France-Presse et organisations attachés au pluralisme et au droit à une information complète et objective, affirmons notre soutien à l’indépendance structurelle de l’AFP. Depuis plus de cinquante ans, son statut ne l’a pas empêchée de devenir l’une des trois grandes agences de presse mondiales, présente sur les cinq continents et travaillant dans six langues. Nous refusons toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l’AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu’elles soient et sous quelque forme que ce soit. Nous exigeons que l’agence conserve sa particularité, sa capacité à remplir sa mission d’intérêt général et son indépendance structurelle. Par conséquent, nous nous opposons à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957.
963 millions d’humains sont sous-alimentés
Le nombre de personnes affamés à recommencé à croître. La hausse des prix des denrées alimentaires et la guerre dans la Réublique démocratique du Congo en sont les causes. La crise économique devrait aggraver la situation.
Quarante millions de personnes supplémentaires ont rejoint cette année les rangs des sous-alimentés de la planète, du fait principalement de la hausse des prix des denrées alimentaires, selon les estimations préliminaires de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Cela porte le nombre d’affamés dans le monde à 963 millions, contre 923 millions en 2007. Et la crise économique et financière actuelle pourrait entraîner une augmentation du nombre des victimes de la faim et de la pauvreté, met en garde la FAO.
“Les prix des denrées alimentaires ont chuté depuis le début de l’année, mais cela n’a pas mis fin à la crise alimentaire dans beaucoup de pays pauvres”, a déclaré aujourd’hui M. Hafez Ghanem, sous-Directeur général de la FAO, lors de la présentation du rapport annuel de l’Organisation : L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde-2008.
“Pour des millions de personnes dans les pays en développement, manger le minimum requis pour mener une vie saine et active reste un rêve lointain. Les problèmes structurels de la faim et du manque d’accès à la terre, au crédit et à l’emploi ainsi que les prix élevés des denrées alimentaires demeurent une réalité cruelle”, a ajouté M. Ghanem.
Les prix des principales céréales ont chuté de plus de moitié par rapport aux sommets atteints début 2008, mais ils restent élevés comparés aux niveaux des années précédentes. Bien qu’il ait fortement baissé au cours des derniers mois, l’indice FAO des prix des denrées alimentaires était, en octobre 2008, supérieur de 28 pour cent à son niveau d’octobre 2006.
Les prix des semences, des fertilisants (et d’autres intrants) ayant plus que doublé depuis 2006, les paysans pauvres n’arrivent plus à augmenter leur production alors que les fermiers riches, notamment dans les pays développés, ont les moyens de faire face à la hausse des coûts des intrants et peuvent s’agrandir. Résultat : l’accroissement de la production céréalière dans les pays développés atteindrait au moins 10 pour cent en 2008 alors qu’il ne dépasserait même pas un pour cent dans les pays en développement.
“Si le recul des prix et les restrictions sur le crédit associés à la crise économique devaient forcer les paysans à réduire les surfaces plantées, un nouveau cycle dramatique affectant les prix des denrées alimentaires pourrait se déclencher l’an prochain”, a indiqué M. Ghanem.
“L’objectif du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 relatif à la réduction de moitié du nombre de sous-alimentés à l’horizon 2015 nécessite une forte volonté politique et des investissements dans les pays pauvres d’au moins 30 milliards de dollars par an pour l’agriculture et la protection sociale des pauvres”, a-t-il rappelé.
L’état des lieux
La grande majorité de la population sous-alimentée vit dans les pays en développement. Ils étaient 907 millions en 2007, selon L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde, sept pays rassemblant, à eux seuls, 65 pour cent de ces personnes : Inde, Chine, République démocratique du Congo, Bangladesh, Indonésie, Pakistan et Ethiopie.
Il est évident que des progrès dans ces pays très peuplés pourraient avoir d’importantes répercussions sur la diminution générale de la faim dans le monde, indique le rapport.
L’Asie étant très peuplée et les progrès en matière de réduction de la faim étant relativement lents, environ deux tiers des sous-alimentés du monde vivent dans cette région, soit 583 millions de personnes en 2007. Côté positif, certains pays d’Asie du Sud-Est comme la Thaïlande et le Vietnam sont sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de réduction de la faim du Sommet mondial de l’alimentation. Mais l’Asie du Sud et l’Asie Centrale ont essuyé des revers dans ce domaine, selon le rapport.
En Afrique subsaharienne, une personne sur trois (soit 236 millions en 2007) souffre de faim chronique. Cette partie du monde possède la plus forte proportion de personnes sous-alimentées par rapport à la population totale, selon le rapport de la FAO.
L’augmentation du nombre de sous-alimentés est due, en grande partie, à un seul pays : la République démocratique du Congo. Secoué en permanence par des conflits de grande ampleur, ce pays a vu son nombre de personnes souffrant de faim chronique passer de 11 millions à 43 millions d’individus (en 2003-05) alors que la proportion de personnes sous-alimentées augmentait de 29 à 76 pour cent.
Dans l’ensemble, l’Afrique subsaharienne a fait quelques progrès en réduisant la proportion de personnes souffrant de faim chronique de 34 (1995-97) à 30 pour cent (2003-2005). Le Ghana, le Congo, le Nigéria, le Mozambique et le Malawi ont réussi à réduire fortement la part de leur population sous-alimentée.
Le Ghana est le seul pays qui soit parvenu à atteindre les objectifs du Sommet mondial de l’alimentation et ceux du Millénaire pour le développement. La croissance de la production agricole a joué un rôle déterminant à cet égard.
L’Amérique latine et les Caraïbes ont obtenu les meilleurs résultats en matière de réduction de la faim, mais c’était avant la flambée des prix des denrées alimentaires. Celle-ci a accru le nombre d’affamés dans cette partie du monde le portant à 51 millions de personnes en 2007.
Les pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord sont en général ceux chez qui les taux de sous-alimentation sont les plus bas du monde en développement. Mais les conflits notamment en Afghanistan et en Irak ainsi que la hausse des prix des denrées alimentaires ont fait passer le nombre de sous-alimentés de 15 millions en 1990-92 à 37 millions de personnes en 2007.
Un objectif hors d’atteinte ?
Un certain nombre de pays étaient sur la bonne voie pour atteindre les objectifs du Sommet mondial de l’alimentation avant que ne survienne la flambée des prix des denrées alimentaires.
Toutefois, même ces pays ont payé leur tribut, une partie des progrès ayant été annulée par la hausse des prix alors que la crise affectait principalement les plus pauvres, les paysans sans terre et les ménages dirigés par des femmes, a indiqué M. Ghanem.
“Il faudrait un effort mondial considérable et une détermination sans faille ainsi que des actions concrètes pour réduire de 500 millions le nombre de sous-alimentés à l’horizon 2015.”
Le problème de la faim dans le monde pourrait s’aggraver davantage au moment où la crise financière secoue l’économie réelle d’un nombre croissant de pays.
Le recul de la demande dans les pays développés menace les revenus tirés des exportations dans les pays en développement. Les rapatriements de salaires, les investissements et les autres flux de capitaux, notamment l’aide au développement, sont également à risque.
Les économies émergentes resteraient particulièrement vulnérables au tarissement du crédit même s’il s’avérait possible de surmonter la crise à terme.
L’Europe laisse le climat au bon vouloir du marché
Le « Plan énergie climat » n’est pas exemplaire, des dérogations innombrables l’ayant vidé de beaucoup de ses exigences. Et à Poznan, l’Europe n’a pas su tendre la main aux pays du Sud.
La rencontre de l’ONU à Poznan et le Conseil européen de Bruxelles qui viennent de s’achever laissent un goût amer. D’un côté comme de l’autre, les décisions prises sont minimes au regard des urgences et des enjeux climatiques du XXIe siècle. À Poznan, rien n’a été prévu pour grossir le Fonds d’adaptation destiné à aider les pays du Sud à surmonter le choc du changement de climat, rien non plus pour compenser la dette écologique du Nord à l’égard du Sud et assurer l’équité des efforts à accomplir contre l’effet de serre.
À Bruxelles, le Plan énergie-climat qui était censé préparer l’Union européenne à s’engager dans le « trois fois 20 % » (de réduction des gaz à effet de serre, d’économies d’énergie et de part des énergies renouvelables dans le total de l’énergie) est ramené bien en deçà des ambitions initiales pourtant insuffisantes. Sous la pression des industriels et de certains pays, de multiples dérogations et arrangements ont été consentis. Ainsi, la fin de l’attribution gratuite des quotas de CO2 a été repoussée à 2020 pour la production d’électricité à base de charbon. Les sites émetteurs de gaz à effet de serre exposés à la concurrence seront largement exemptés d’obligations. Globalement, la plus grande partie de l’industrie européenne est exemptée d’achat de droits.
Et, au lieu de l’inciter à réaliser des efforts sur place, la possibilité lui est offerte d’obtenir à moindre coût des équivalents de réduction d’émissions de CO2, jusqu’à hauteur des deux tiers des objectifs, en investissant dans les pays pauvres. Un tel mécanisme dit de « développement propre » risque d’être un mécanisme de spéculation apparemment propre. De façon générale, le choix, tant en Europe que dans le monde, est de ne pas contrecarrer les règles de compétitivité et de confier au marché le soin de mieux réguler l’écologie. Alors que la finance internationale vient de montrer son aptitude à plonger le monde dans une crise majeure, les gouvernements créent les conditions pour que le marché prenne en otage l’avenir du climat et de la vie sur la planète.
Des associations du monde entier, dont Attac, regroupées dans le réseau « Climate justice now ! », présentes à Poznan, continueront de se mobiliser pour faire entendre dès maintenant l’urgence de l’action et les exigences de justice sociale et parvenir à stabiliser les changements climatiques, en réduisant d’au moins 50% les émissions dans le monde et de 80% dans les pays riches d’ici 2050.
Vive le dimanche…. libre !
Le porte-parole de l’oligarchie, M. Sarkozy, s’obstine à marchandiser le dimanche. Une pétition lui fait pièce et célèbre le temps libre, les parties de rubgy, les balades en forêt et le blanc sur le comptoir.
Les signataires, de la présente pétition estiment que le repos dominical, au-delà du temps de repos, juste et nécessaire, est un élément fondamental de la vie familiale, sportive, culturelle, associative, spirituelle. Il permet également de préserver les marchés traditionnels et le commerce de proximité qui seront écrasés par l’ouverture des grandes surfaces le dimanche. La loi de 1906 a réussi à établir un équilibre juste entre les nécessités légitimes d’ouverture le dimanche (les services de santé, les commerces alimentaires, les marchés, etc.) et l’organisation de la société. C’est cet équilibre que nous voulons maintenir. Celui de la France qui travaille et qui gagne, mais aussi de la France des bénévoles, des balades en forêts, des rires en famille, des parties de rugby entre copains, des chorales lyriques ou jazzy, du verre de blanc sur le comptoir, de la diversité des couleurs et des senteurs sur les marchés. Face aux tenants d’un monde transformé en une immense galerie marchande aseptisée, où la culture est en tête de gondole, la nourriture en fast-food, la pensée code barrée, le salarié aux horaires décalés, la caissière sous-payée, la famille explosée, c’est sur une certaine idée de la France au travail que nous nous prononçons !
Madoff avait un compte chez Clearstream
Les voies de l’argent ne sont pas impénétrables. L’homme qui a plumé le système financier pour 50 milliards de dollars faisait transiter ses fonds par Luxembourg.
Où est passé l’argent de l’affaire Madoff ? Il faudrait, pour le savoir, se donner les moyens de percer les secrets bancaires. Un indice pour les enquêteurs : Madoff avait un compte chez Clearstream, dont le numéro est déjà entre les mains des policiers et des juges français… Mais prendront-ils le risque d’aller chercher de ce côté ? La finance mondiale est une chose à la fois très complexe et très simple. A partir des années 80, les banquiers, en veine de profits sans risques, ont inventé toutes sortes de martingales juteuses pour faire de l’or avec du plomb. Les subprimes ont été l’une de leurs trouvailles collectives les plus géniales et les plus profitables. Faisant mentir l’adage qu’on ne prête qu’aux riches, les banques américaines ont compris que, pour s’enrichir, on peut aussi piocher dans la bourse des pauvres. Elles ont commencé par prêter de l’argent à des gens sans le sou, n’hésitant pas à tripatouiller les dossiers de prêt quand il fallait leur donner une apparence de solvabilité. Elles ont continué en fabriquant les produits financiers les plus sophistiqués à partir de ces créances bidonnées, dont elles ont inondé le système bancaire et financier mondial. On se battait pour les acheter et profiter du mirifique jackpot. Jusqu’à ce qu’éclate la bulle immobilière qu’avait gonflée l’invraisemblable mic-mac. On connaît la suite.
Bernard Madoff, l’homme aux 50 milliards de dollars évaporés dans les nuées de la finance mondiale, vient ajouter une touche supplémentaire à la gigantesque cavalerie qu’est devenu le système financier global. Avec la question la plus chère du monde : où est passé l’argent ? C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux de la finance globale, qui sont aussi simples en théorie qu’ils peuvent devenir compliqués en pratique. 1. Dans le système financier actuel, l’argent et les titres financiers (actions, obligations, bons d’Etat, produits financiers de toutes sortes) ne s’échangent plus physiquement. Seuls circulent les « bits » informatiques qui envoient d’un ordinateur à un autre les ordres de transfert, et font passer l’argent ou le titre d’un compte virtuel sur un autre qui ne l’est pas moins. Les valeurs financières, de nos jours, ne sont plus qu’un code chiffré sur une ligne de crédit inscrite dans un fichier électronique. 2. La traçabilité de ces flux, tant qu’ils ne quittent pas le circuit des banques et des établissements financiers, est matériellement un jeu d’enfant, puisque les valeurs et les transactions qui les concernent sont toutes enregistrées quelque part. Si on veut les retrouver, il suffit donc de chercher par où ces valeurs sont passées. Et pourtant, cette quête est aussi hasardeuse qu’essayer de trouver une aiguille dans une meule de foin. Non pour des raisons matérielles, mais parce que les Etats du monde entier se sont tous entendus pour laisser prospérer des places financières, les fameux paradis bancaires, judiciaires et fiscaux, qui sont les boîtes noires de la globalisation. L’argent en quête de discrétion s’y engouffre par tombereaux entiers, au vu et au su de tous mais dans l’indifférence –ou la complicité– générale. Rien de tel pour monter ses magouilles et, dans le laxisme général érigé en mode de gouvernance mondiale, pour échapper durant de nombreuses années à toute investigation. Plus grosse est la fraude, mieux elle se dissimule dans le fatras soigneusement organisé de la finance globale puisqu’elle profite à ce moment là de toute la sollicitude des gouvernements. Dans l’affaire Madoff, il y a deux hypothèses sur ce qu’est devenu l’argent envolé. Il est clair d’abord que, comme dans toute cavalerie, l’argent des uns servait à payer les autres. Par conséquent, toutes ces transactions ont laissé des multitudes de traces qu’il sera facile, si on le veut vraiment, de retrouver. La manière de les chercher dépendra de celle dont opérait l’escroc. Le plus simple aurait été pour lui de se contenter d’encaisser sur un compte bancaire les dépôts de ses clients et de simuler des versements d’intérêts qu’il se contentait de prélever dans ledit compte en banque. Si le mécanisme était aussi élémentaire, les simples relevés de compte permettront alors de le démonter. Le hic dans ce cas sera le suivant : pourquoi les banques, qui voyaient passer des sommes faramineuses sans justification économique ni financière, n’en ont-elles rien dit ? Mais il est probable que Madoff ait pimenté un peu le jeu de piste en passant par un ou plusieurs paradis bancaires et fiscaux, là où l’on ne pose jamais de question. Il sera intéressant dans ce cas de voir si la détermination des autorités américaines sera suffisante pour aller y percer le fameux secret bancaire qui a fait la réputation sulfureuse des places offshore, car source de tant de voluptés financières. Il est vrai qu’en l’espèce, la qualité des victimes pourrait rendre soudain très curieuse, bien plus qu’à l’accoutumée, la justice des Etats-Unis. Mais M. Madoff, qui n’était pas le dernier des imbéciles semble-t-il, a pu opérer de façon plus subtile. Il se peut en effet qu’il ait cherché à donner à ses grenouillages une apparence de réalité financière, en achetant vraiment des titres financiers. Et dans ce cas, les enquêteurs, s’ils en ont le cœur, devront affronter d’autres bastilles au moins aussi opaques que les paradis bancaires et fiscaux : les chambres de compensation. On peut, à cet effet, leur donner une indication qui leur ferait gagner du temps. M. Madoff avait un compte, en son nom propre semble-t-il, dans la société Clearstream, qu’il a ouvert le 2 novembre 1999 à New York et dont le numéro se trouve dans le vrai listing que détenait Denis Robert, qui est entre les mains des juges et de la police. Tout comme les banques qu’il a plantées, qui sont toutes répertoriées dans les livres de Clearstream. Cela ne met pas en cause la responsabilité de cette chambre de compensation. En tant que teneur de marché, il n’était pas anormal que Madoff ait eu un compte chez elle, sous cette seule réserve : le compte était-il vraiment au nom de Madoff lui-même –ce qui serait assez étrange et mériterait au moins une bonne explication– ou de l’une de ses sociétés, et dans ce cas de laquelle ? S’il s’agissait de celle qui avait pignon sur rue, pas de problème. Si c’était l’autre, celle qui se cachait, dit-on, au 17e étage de ses bureaux… Mais parviendra-ton jamais jusque là ? That is the question ! Car la société Clearstream a son siège au Luxembourg, forteresse bien gardée des plus grands secrets bancaires, dont Clearstream constitue en quelque sorte l’imprenable donjon. Prendra-t-on alors le risque d’entamer la muraille de silence derrière laquelle se protège depuis si longtemps la grande finance mondiale ? Ou préférera-t-on sacrifier les belles fortunes piégées, ironie de l’histoire, par leur propre cupidité ? Un beau dilemme en perspective…
De l’aide pour le P’tit Gavroche
Editeur recensant les alternatives en France, le P’tit Gavroche est en difficulté. Paris différent, Lyon marginal, médias indépendants : il n’en oublie aucun. Ne l’oubliez pas…
Aujourd’hui plus que jamais, les temps sont durs pour notre maison d’édition alternative et indépendante. Une demande de subvention publique importante vient de nous être refusée lundi 15 décembre 2008, alors que notre dossier était complet, riche, et comprenait également un exemplaire de nos deux premiers guides alternatifs, largement appréciés tant par le public que par plusieurs médias nationaux. Cette subvention pouvait nous aider à transformer à moyen terme notre association en coopérative d’éditions (Scop), et à sortir enfin du tunnel, en nous permettant de publier sereinement les prochains titres de nos deux collections de guides, régionaux (Ecocités) et nationaux (Ecopilotes). Ce refus de nous accorder cette subvention est très difficile à comprendre, et à vivre.
Objectif : 10.000 euros Avant le 1er mars 2009 La crise écologique et la crise économique sont là, conséquences de ce système marchand qui détruit la planète, détraque le climat, et conduit à la misère des dizaines de millions d’entre nous. Grâce à notre modeste maison d’édition, petit à petit, nous avons commencé à montrer qu’il existe des centaines d’adresses de structures alternatives écologiques et solidaires, notamment en France, pour sortir de ce système marchand destructeur, notamment à travers l’économie sociale et solidaire, les coopératives, le monde associatif, les ONG, les médias et radios libres... Voilà pourquoi nous avons publié en librairies notamment le Guide des médias alternatifs, fin 2006 (+ de 600 médias alternatifs et sources d’informations différentes recensées en France), mais aussi le guide Le Rhône en alternatives (+ de 700 structures écologiques et solidaires dans le seul département du Rhône !). Nous faisons donc appel à votre aide car si nous réunissons 10.000 euros d’ici le 1er Mars 2009, sous forme de dons et/ou de prêts, nous serons sortis d’affaire. Cette somme nous fait actuellement défaut pour publier trois de nos prochains guides : Festivalternatif, Paris en alternatives, et Medialtern’ (2e édition du Guide des médias alternatifs, 2009-2010). Or 500 chèques de 20 euros suffiraient à réunir cette somme.
Pour nous aider, même modestement, de multiples possibilités existent, vous pouvez : • Faire un don (à partir de 9 ou 20 euros et + pour soutien), • Faire un prêt (à partir de 50 ou 100 euros et + pour soutien), • Souscrire et pré-commander un ou plusieurs de nos guides de notre Catalogue (un à plusieurs exemplaires, à partir de 9 euros l’exemplaire, livres imprimés dans la Drôme sur papier recyclé labellisé Imprim’vert, et sans publicité), • Faire circuler cet Appel à soutien via une ou plusieurs de vos mailing listes, à vos ami-es, et vos contacts professionnels, réseaux, (…) Si nous collectons assez d’argent, nous encaisserons les chèques reçus, car nous serons en mesure de poursuivre notre activité. (chèque à libeller à l’ordre de : Editions le P’tit gavroche, et à envoyer à l’adresse suivante : Editions le P’tit gavroche, 84 Montée de la grande côte, 69001 Lyon - France). Si nous ne collections pas assez d’argent, les chèques ne seront Pas encaissés, et vous serez remboursés de la somme que vous nous aurez confiée. Le 1er Mars 2009, le point sera fait sur les réponses qui nous ont été données suite à cet Appel à soutiens du 16 Décembre 2008, et en fonction de ces résultats, nous déciderons de continuer ou d’arrêter cette aventure éditoriale, pas facile mais belle.
M. Sarkozy détruit le lien social
En stigmatisant les fous et en prônant le grand renfermement des asiles, M. Sarkozy fait œuvre de désordre.
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de son discours du 2 décembre 2008 à l’hôpital Erasme d’Antony concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie. Monsieur le Président, Eluard écrit dans Souvenirs de la Maison des Fous : « Ma souffrance est souillée ». Après le meurtre de Grenoble, votre impatience à répondre dans l’instant à l’aspiration au pire, qu’il vaudrait mieux laisser dormir en chacun d’entre nous, et que vous avez semble t-il tant de difficulté à contenir, vous a amené dans votre discours du 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony à souiller la souffrance de nos patients. Erasme, l’auteur de L’Eloge de la Folie eut pu mieux vous inspirer, vous qui en un discours avez montré votre intention d’en finir avec plus d’un demi siècle de lutte contre le mauvais sort fait à la folie : l’enfermement derrière les hauts murs, lui appliquant les traitements les plus dégradants, leur extermination en premier, quand la barbarie prétendit purifier la race, la stigmatisation au quotidien du fait simplement d’être fou. Vous avez à Antony insulté la mémoire des Bonnafé, Le Guillant, Lacan, Daumaison et tant d’autres, dont ma génération a hérité du travail magnifique, et qui ont fait de leur pratique, œuvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, œuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant à la population son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous. Lacan n’écrit-il pas : « L’homme moderne est voué à la plus formidable galère sociale que nous recueillions quand elle vient à nous, c’est à cet être de néant que notre tâche quotidienne est d’ouvrir à nouveau la voie de son sens dans une fraternité discrète, à la mesure de laquelle nous sommes toujours trop inégaux. »
Et voilà qu’après un drame, certes, mais seulement un drame, vous proposez une fois encore le dérisoire panégérique de ceux que vous allez plus tard insulter, leur demandant d’accomplir votre basse besogne, que les portes se referment sur les cohortes de patients. De ce drame, vous faites une généralité, vous désignez ainsi nos patients comme dangereux, alors que tout le monde s’entend à dire qu’ils sont plus vulnérables que dangereux. Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ? Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion. Vous venez de finir d’ouvrir la boîte de Pandore et d’achever ce que vous avez commencé à l’occasion de votre réplique aux pêcheurs de Concarneau, de votre insulte au passant du Salon de l’agriculture, avilissant votre fonction, vous déprenant ainsi du registre symbolique sans lequel le lien social ne peut que se dissoudre. Vous avez donc, Monsieur le Président, contribué à la destruction du lien social en désignant des malades à la vindicte, et ce, quelles que soient les précautions oratoires dont vous affublez votre discours et dont le miel et l’excès masquent mal la violence qu’il tente de dissimuler. Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre. Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible. J’affirme ici mon ardente obligation à ne pas mettre en œuvre vos propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables. Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine. Veuillez agréer, Monsieur le Président, la très haute considération que je porte à votre fonction.
Le pouvoir attise et prépare la crise sociale
Etudes à rallonge et emplois au rabais, avenir bouché ; les jeunes n’ont pas accès au marché du travail, les conditions sont pires que du temps de la génération précédente ; on peut s’attendre à une vague de licenciements massifs : la révolte en Grèce a surpris par sa virulence et sa capacité à mobiliser une partie importante de la jeunesse du pays.
Modification des programmes et suppressions de postes très mal reçues dans l’enseignement secondaire ; dotations budgétaires jugées insuffisantes ou inégalitaires dans le supérieur : la gigantesque machine de l’éducation nationale est-elle en train de se gripper de toutes parts ? Les signes d’un mécontentement croissant se multiplient en tout cas à tous les niveaux. Le mécontentement gagne même les présidents d’université. Blocages d’établissements, bousculades, perturbations et incidents divers affectent le fonctionnement d’établissements secondaires un peu partout en France. Des manifestations lycéennes nombreuses, répétées et insistantes, souvent nerveuses et ponctuées de scènes de violence. Allons-nous vers une crise sociale majeure ? Non seulement en France, mais dans toute l’Europe ? Les réponses apportées par le gouvernement à l’inquiétude des Français sont dérisoires. Changez de voiture, même si ce n’est pas nécessaire. Endettez-vous, grâce à nos prêts à taux zéro. « Créez votre emploi »… Non seulement Tête-à-Claques ne craint pas la confrontation, mais il l’espère. Il poursuit ses provocations : le travail le dimanche, la retraite à soixante-dix ans, ne sont que les plus récentes. Il faut lui reconnaître qu’il est resté fidèle aux « idéaux » de sa jeunesse, avec les Devedjian, Alain Madelin, et autres. Quelle revanche ont-ils à prendre, ces champions de la lutte de la classe des nantis contre ceux qui n’ont à vendre que leur force de travail ? Il l’espère, et il s’y prépare, systématiquement. Centralisation et renforcement des forces de police, multiplication des fichiers intrusifs, durcissement de la politique pénale. Abaissement des syndicats, atteintes au droit du travail, restrictions au droit de grève. Mainmise sur l’audiovisuel, d’une part grâce à ses amis qui possèdent les télés privées, d’autre part en s’arrogeant le droit de nomination et de révocation du président de France Télévision. Il va comme d’habitude chercher à diviser les Français : les « privilégiés » qui disposent d’un logement en HLM alors qu’ils disposent de ressources financières supérieures à la moyenne ; les fonctionnaires qui bénéficient de la sécurité de l’emploi, quand ceux du secteur privé sont menacés ; les jeunes contre les vieux … Il pourrait y parvenir. Car il touche à un travers bien de chez nous. Les citoyens qui s’intéressent à la chose publique adorent ainsi rechercher les points qui sont susceptibles de les distinguer les uns des autres. Un fossé s’est creusé entre ceux qui ont cru à l’émancipation des peuples par la révolution russe de 1917, quelque distance qu’ils aient pris par la suite, et ceux qui n’y ont pas cru. Ceux qui, au moment du référendum sur l’Europe, n’ont pas fait le même choix tactique, les uns en faveur du « oui », les autres pour le « non », font comme si une frontière les séparait pour l’éternité… Alors qu’une crise sociale majeure est inéluctable et pleine de dangers, l’heure est au rassemblement. Même si son chef a su par des promesses fallacieuses et des positionnements hypocrites conquérir en 2007 une majorité, le gouvernement mène aujourd’hui une politique qui ne profite qu’à une toute petite minorité de la population. Au-delà des choix tactiques, de l’histoire des uns et des autres, il s’agit par-dessus tout de rester unis.
Obama s’entoure d’idéologues capitalistes
Mauvais signe : Barack Obama choisit pour le conseiller en économie trois promoteurs de la politique qui a conduit à la crise actuelle.
Premier en piste, Robert Rubin a été secrétaire au Trésor entre 1995 et 1999. Dès son arrivée, il sera confronté à la crise financière au Mexique, premier grand échec du modèle néolibéral dans les années 1990. Par la suite, il imposera, avec le FMI, les traitements de choc qui vont aggraver les crises en Asie du Sud-Est, en 1997-1998, puis en Russie et en Amérique latine, en 1999. À cette époque, Rubin ne doute pas des bienfaits de la libéralisation et il contribue résolument à imposer aux populations des pays émergents des politiques qui dégradent leurs conditions de vie et augmentent les inégalités. Aux États-Unis, il pèsera de tout son poids pour obtenir l’abrogation du Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui, notamment, déclarait incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. La porte est alors grande ouverte pour toutes sortes d’excès de la part de financiers avides de profits, qui déboucheront sur la crise internationale actuelle. Cette abrogation a aussi permis la fusion de Citicorp avec Travelers Group pour former le géant bancaire Citigroup. Par la suite, Robert Rubin sera l’un des principaux responsables de Citigroup, que le gouvernement américain a dû, en novembre, sauver dans l’urgence en garantissant pour plus de 300 milliards de dollars d’actifs. Un tel bilan n’empêche pas Rubin de devenir aujourd’hui un des principaux conseillers de Barack Obama.
Deuxième personnalité en scène, Lawrence Summers hérite du poste de directeur du Conseil économique national de la Maison Blanche. Son parcours comporte pourtant un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles. En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers a osé écrire dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans (1). » Il ajoute, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de [...] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée (2). » Avec Summers aux commandes, le capitalisme productiviste a un bel avenir. Devenu secrétaire au Trésor sous Clinton, en 1999, il fera pression sur le président de la Banque mondiale, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz, très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettaient en œuvre aux quatre coins de la planète. Après l’arrivée de George W. Bush, il poursuivra sa carrière en devenant président de l’université de Harvard et se signalera particulièrement, en février 2005, en se mettant à dos toute la communauté universitaire. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirmera que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination (3). Cela provoquera une grande polémique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université (4). Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligeront à démissionner en 2006. Sa biographie, consultable sur le site de l’université de Harvard, au moment de sa présidence, affirme qu’il a « dirigé l’effort de mise en œuvre de la plus importante déréglementation financière de ces 60 dernières années ». On ne saurait être plus clair.
Troisième personnalité choisie par Obama, Timothy Geithner vient d’être nommé secrétaire au Trésor. Actuellement président de la Banque centrale de New York, il a été sous-secrétaire au Trésor chargé des affaires internationales, entre 1998 et 2001. Adjoint successivement de Rubin et Summers, il a été actif notamment au Brésil, au Mexique, en Indonésie, en Corée du Sud et en Thaïlande, autant de symboles des ravages de l’ultralibéralisme, qui a provoqué de graves crises durant cette période.
Les mesures préconisées par ce trio infernal ont fait payer le coût de la crise aux populations de ces pays. Rubin et Summers ont été les mentors de Geithner et, aujourd’hui, l’élève rejoint ses maîtres. Nul doute qu’il va continuer à défendre les grandes institutions financières privées, sourd aux droits humains fondamentaux, bafoués aux États-Unis comme ailleurs suite aux politiques économiques qu’il défend avec véhémence. Prétendre reréguler une économie mondiale déboussolée en donnant les leviers de décision à ceux qui l’ont dérégulée aux forceps revient à vouloir éteindre un incendie en faisant appel à des pompiers pyromanes.
Notes : (1) The Economist du 8 février 1992 ainsi que The Financial Times du 10 février 1992 sous le titre « Préservez la planète des économistes ». (2) Lawrence Summers, à l’occasion de l’assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI, à Bangkok, en 1991, dans une interview avec Kirsten Garrett, « Background Briefing », Australian Broadcasting Company. (3) The Financial Times, 26-27 février 2005. (4) La polémique a été également alimentée par son attaque contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur à l’université de Princeton. Summers, prosioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens (The Financial Times, 26-27 février 2005).
Une centrale à gaz ? Et si on économisait plutôt l’électricité ?
Poweo veut construire en Lorraine une centrale à gaz, émettrice de gaz carbonique. Les responsables devraient plutôt chercher à économiser l’énergie.
Poweo, entreprise privée opérant dans le secteur de l’énergie, a pour ambition de construire en 2009, à Toul (Meurthe-et-Moselle), une centrale électrique fonctionnant au méthane. Or le méthane n’est pas du tout une énergie propre. A l’instar du pétrole, il s’agit d’une énergie fossile dont les réserves seront bientôt épuisées et dont la combustion émet du CO2, un gaz à effet de serre qui est le principal responsable du dérèglement climatique dû aux activités humaines. D’après les informations fournies par l’entreprise, la future centrale électrique de Poweo rejettera dans l’atmosphère plus d’1 million de tonnes de CO2 par an (http://www.poweo-toul.com/). Cela représente une augmentation de 2,5% des émissions de gaz à effet de serre en Lorraine. Une telle quantité de CO2 est équivalente aux émissions annuelles de 500 000 voitures roulant 40 km par jour. 500 000 voitures… Alors que les énergies renouvelables et surtout les économies d’énergie sont des alternatives crédibles, le choix d’une source d’énergie aussi archaïque et polluante que le méthane est dicté par la recherche du profit à court terme, et du mépris de Poweo pour les conséquences environnementales inhérentes à ce choix. Poweo masque la réalité derrière une communication rassurante et se garde bien d’expliquer les conséquences écologiques de son projet : ainsi, selon l’entreprise, le CO2 ne serait pas « dangereux » ; l’entreprise élude aussi totalement l’impact sanitaire des 610 tonnes de monoxyde de carbone et des 720 tonnes de NOx qui seront rejetées par la centrale chaque année ! Au vu de ces considérations, nous souhaitons donc alerter l’opinion publique sur le fait que ce projet de centrale au méthane est archaïque, irresponsable et, de fait, inacceptable au XXIe siècle, à l’heure où les spécialistes expriment de manière consensuelle leurs inquiétudes face au réchauffement climatique et rappellent combien il est urgent de diminuer significativement nos émissions de CO2 via les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. A l’heure où tous les voyants écologiques, économiques et sociaux sont au rouge, nous exprimons aux pouvoirs publics notre plus vive inquiétude face à ce projet et nous ne comprendrions pas que Poweo puisse obtenir des autorités compétentes (Ministère de l’Ecologie, Région Lorraine, Département de Meurthe et Moselle) toutes les autorisations nécessaires à l’aboutissement de son projet. Par ailleurs ce projet est en contradiction totale avec la communication gouvernementale et l’esprit du Grenelle de l’Environnement, dont les buts affichés sont officiellement d’opérer une « révolution » sur le terrain de l’écologie. En conséquence, nous affirmons que d’autres choix énergétiques et écologiques sont possibles, et, par la présente pétition, nous demandons aux collectivités compétentes de ne pas autoriser ce projet de centrale à gaz.
Le Parti socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste
Un discours rafraichissant, du temps où « socialisme » voulait dire quelque chose. Date : 1900.
Discours prononcé par Jean Jaurès à Lille en 1900 dans le cadre du débat qui l’oppose à Jules Guesde
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Citoyens, Le plus grand plaisir que vous puissiez nous faire, ce n’est pas de nous acclamer, c’est de nous écouter. C’est un grand honneur pour le Parti Socialiste d’instituer des débats comme celui de ce soir et je crois pouvoir dire qu’il est le seul parti qui ait assez de foi dans la puissance de ses principes, pour instituer ainsi entre ses militants un débat politique. Nous n’avons rien à cacher, nous sommes le parti de la discipline dans l’action, prêt à nous incliner toujours pour la conduite à tenir devant la décision régulière du parti organisé, mais nous sommes en même temps le parti de la liberté, toujours à l’éveil sur les meilleurs moyens d’émanciper le prolétariat. Je suis venu m’expliquer ici sans violence aucune, mais sans aucune réticence.
D’où est né, quand et comment, le dissentiment entre Guesde et moi ? Et quand je dis Guesde et moi, il est bien entendu qu’il ne s’agit pas d’une misérable querelle personnelle. Le débat, le dissentiment entre nous est bien plus noble et en même temps plus grave, puisqu’il s’agit, non pas de vieilles et odieuses rivalités dont ont parlé nos ennemis communs, mais d’un dissentiment de tactique et de méthode que nous avons le devoir de soumettre au Parti et que le Parti jugera souverainement ! (Bravos.) Eh bien ! quand donc est né ce dissentiment ? On a dit, on a répété qu’il a pris naissance à l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois, et, en effet, cet événement a aggravé, a accusé les dissentiments de méthode qui existaient déjà et je m’expliquerai bientôt là-dessus, mais il ne l’a point créé. Le dissentiment existait déjà, il s’était déjà manifesté à propos de l’affaire Dreyfus.
Vous vous rappelez, en effet, que, pendant que plusieurs de nos compagnons de lutte et moi, nous étions engagés dans cette bataille, résolus à la mener jusqu’au bout, il apparut, dès le mois de juillet 1898, un manifeste du Conseil National de nos camarades du Parti Ouvrier Français et ce manifeste avertissait les travailleurs, avertissait les prolétaires de ne pas s’engager trop avant dans cette bataille et de réserver leurs forces pour la lutte de classe.
Plus tard, quand parut le manifeste retentissant au lendemain de l’entrée de Millerand dans le ministère, le manifeste déclarait qu’il était du devoir des socialistes, non pas seulement de parer à cet événement particulier, mais de corriger, de redresser des déviations qui, d’après le manifeste, remontaient à deux années au moins. C’était encore une condamnation nouvelle de la tactique que plusieurs d’entre nous avions suivie, à propos de l’affaire Dreyfus. Et plus récemment, dans le discours qu’il prononçait à la mort de Liebknetch, dans la salle Vantier, Guesde, revenant sur cette question redoutable, déclarait une fois de plus, que nous avions eu tort d’entrer dans une bataille mal engagée, - que nous avions ainsi servi les intérêts du nationalisme, que c’était à la bourgeoisie à réparer les erreurs de la société bourgeoise et qu’enfin, par cette lutte, nous avions déserté le terrain de la lutte de classe.
J’ai donc le droit de dire, sans que nul puisse me démentir que ce n’est pas à propos de la question Millerand que le dissentiment des méthodes s’est produit pour la première fois entre nous, mais que c’est à propos de l’affaire Dreyfus et que c’est à partir de ce moment. (Cris de : Vive Guesde ! Silence, silence.)
Delory : Voyons, citoyens, on vous a demandé de ne pas faire d’interruptions, écoutez ; vous serez alors libres de juger quelle est la méthode que vous voulez adopter.
Jaurès : Je crois que mes paroles ne peuvent blesser personne. J’ai résumé précisément les objections dirigées contre nous par les contradicteurs et j’ai dit tout de suite : puisque, à propos de ce conflit qui a ému toute l’humanité pensante et où nous avons cru devoir prendre parti, non seulement pour défendre la personne humaine outragée, mais dans l’intérêt même du prolétariat ; puisque, à propos de ce conflit on a dit que nous avions abandonné le terrain du socialisme, le terrain de la lutte de classe, je dis que la première question que nous devons poser est celle-ci : Qu’est-ce donc que la lutte de classe ? Que signifie ce principe si souvent invoqué et si rarement défini ?
LA LUTTE DE CLASSE
A mes yeux, citoyens, l’idée de la lutte de classe, le principe de la lutte de classe, est formé de trois éléments, de trois idées. D’abord, et à la racine même, il y a une constatation de fait, c’est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d’un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l’autre côté ceux qui, n’ayant, ne possédant que leur force travail et ne pouvant l’utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste. Entre les deux classes, entre les deux groupes d’intérêts, c’est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire, et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance.
Voilà donc le premier élément de la lutte de classe. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c’est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien ! comme ici il s’agit des moyens de travailler et, par conséquent des moyens de vivre, il s’agit de ce qu’il y a pour les hommes d’essentiel, de fondamental, il s’agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe, la division d’une société en possédants et en non-possédants n’est pas superficiel ; il va jusqu’aux racines mêmes de la vie. (Vifs applaudissements.)
Mais, citoyens, il ne suffit pas pour qu’il y ait lutte de classe qu’il y ait cet antagonisme entre les intérêts. Si les prolétaires, si les travailleurs ne concevaient pas la possibilité d’une société différente, si tout en constatant la dépendance où ils sont tenus, la précarité dont ils souffrent, ils n’entrevoyaient pas la possibilité d’une société nouvelle et plus juste ; s’ils croyaient, s’ils pouvaient croire à l’éternelle nécessité du système capitaliste, peu à peu cette nécessité s’imposant à eux, ils renonceraient à redresser un système d’injustices. Cette tâche ne leur apparaîtrait pas comme possible. (Interruptions.)
Delory : Pas d’interruptions, citoyennes et citoyens. S’il y a encore des interruptions, je vais être obligé de prier les commissaires de salle de faire sortir les interrupteurs. (Applaudissements et nouvelles interruptions.) Citoyennes et citoyens, croyez-vous qu’il ne serait pas plus digne pour les deux personnes qui ont à parler de ne pas faire d’interruptions ? Si vous interrompez, vous avez l’air de supposer que Guesde n’est pas capable de répondre à Jaurès ; si vous interrompez Guesde, vous aurez l’air de supposer la même chose pour Jaurès. Je crois que les deux camarades que nous avons devant nous ont assez de talent pour pouvoir nous expliquer les deux théories qui sont en présence, sans qu’il y ait des interruptions qui, ainsi que je l’ai dit au début, ne pourront que troubler la discussion. (Applaudissements.)
Jaurès : Donc, pour qu’il y ait vraiment lutte de classe, pour que tout le prolétariat organisé entre en bataille contre le capitalisme, il ne suffit pas qu’il y ait antagonisme des intérêts entre les capitalistes et les salariés, il faut que les salariés espèrent, en vertu des lois mêmes de l’évolution historique, l’avènement d’un ordre nouveau dans lequel la propriété cessant d’être monopoleuse, cessant d’être particulière et privée, deviendra sociale, afin que tous les producteurs associés participent à la fois à la direction du travail et au fruit du travail.
Il faut donc que les intérêts en présence, prennent conscience d’eux-mêmes, comme étant, si je puis dire, déjà deux sociétés opposées, en lutte, l’une, la société d’aujourd’hui, inscrite dans le titre de la propriété bourgeoise, l’autre, la société de demain, inscrite dans le cerveau des prolétaires. C’est cette lutte des deux sociétés dans la société d’aujourd’hui qui est un élément nécessaire à la lutte de classe.
Et enfin, il faut une troisième condition pour qu’il y ait lutte de classe. Si le prolétariat pouvait attendre sa libération, s’il pouvait attendre la transformation de l’ordre capitaliste en ordre collectiviste ou communiste d’une autorité neutre, arbitrale, supérieure aux intérêts en conflit, il ne prendrait pas lui-même en main la défense de la cause.
C’est ce que prétendent, vous le savez, les socialistes chrétiens dont quelques-uns reconnaissent la dualité, l’antagonisme des intérêts, mais qui disent au peuple : « Ne vous soulevez pas, ne vous organisez pas, il y a une puissance bienfaisante et céleste, la puissance de l’Église, qui fera descendre parmi nous, sans que vous vous souleviez, la justice fraternelle. » Eh bien, si les travailleurs croyaient cela, ils s’abandonneraient à la conduite de cette puissance d’en haut et il n’y aurait pas de lutte de classe. Il n’y aurait pas de lutte de classe encore si les travailleurs pouvaient attendre leur libération de la classe capitaliste elle-même, de la classe privilégiée elle-même, cédant à une inspiration de justice.
Vous savez, citoyennes et citoyens, que tant qu’a duré la période, de ce que Marx et Engels ont appelé le « Socialisme utopique » les socialistes croyaient que la libération du prolétariat se ferait par en haut.
Robert Owen, le grand communiste anglais, faisait appel, pour réaliser la justice sociale, aux puissances de la Sainte-Alliance réunies au Congrès de Vienne. Fourier, notre grand Fourier, attendait tous les jours l’heure qu’il avait marquée, la venue du donateur généreux qui lui apporterait le capital nécessaire pour fonder la première communauté, et il espérait que le seul exemple de cette communauté radieuse, se propagerait de proche en proche, étendant pour ainsi dire les cercles d’organisation et d’harmonie, suffirait à émanciper et à réjouir les hommes.
Et, plus tard, à un autre point de vue, Louis Blanc s’imaginait que c’était la bourgeoisie, à condition qu’elle revînt à certaines inspirations de 1793, qui pourrait affranchir les prolétaires. A la fin de son Histoire de Dix ans, il invitait la classe bourgeoise à se constituer la tutrice du prolétariat.
Tant que le prolétariat a pu attendre ainsi des tuteurs, tuteurs célestes ou tuteurs bourgeois, tant qu’il a pu attendre son affranchissement d’autres puissances que de la sienne, d’autres forces que la sienne, il n’y a pas eu lutte de classe.
La lutte de classe a commencé le jour où, à l’expérience des journées de juin, le prolétariat a appris que c’était seulement dans sa force à lui, dans son organisation, qu’il portait l’espérance du salut.
C’est ainsi que le principe de la lutte de classe, qui suppose d’abord la division de la société en deux grandes catégories contraires les possédants et les non-possédants ; qui suppose ensuite que les prolétaires ont pris conscience de la société de demain et de l’expérience collectiviste, c’est ainsi que la lutte de classe s’est complétée par la conviction acquise par le prolétariat qu’il devait s’émanciper lui-même et pouvait seul s’émanciper. (Applaudissements prolongés. Bravos).
LA QUESTION DE TACTIQUE
Voilà, citoyens, comment m’apparaît, comment je définis la lutte de classe et j’imagine qu’en ce point, il ne pourra pas y avoir de contradiction grave entre nous. Mais je dis que, quand vous l’avez ainsi analysée, quand vous l’avez ainsi définie, il vous est impossible d’en faire usage pour déterminer d’avance, dans le détail, la tactique de chaque jour, la méthode de chaque jour. Oui, le principe de la lutte de classe vous oblige à faire sentir aux prolétaires leur dépendance dans la société d’aujourd’hui. Oui, il vous oblige à leur expliquer l’ordre nouveau de la propriété collectiviste. Oui, il vous oblige à vous organiser en syndicats ouvriers, en groupes politiques, en coopératives ouvrières, à multiplier les organismes de classe.
Mais il ne vous est pas possible, par la seule idée de la lutte de classe, de décider si le prolétariat doit prendre part à la lutte électorale et dans quelles conditions il y doit prendre part ; s’il peut ou s’il doit et dans quelles conditions il peut ou il doit s’intéresser aux luttes des différentes fractions bourgeoises. Il ne vous est pas possible de dire, en vertu du seul principe de la lutte de classe, s’il vous est permis de contracter ou si vous êtes tenus de répudier toutes les alliances électorales.
Ce principe si général, vous indique une direction générale mais il ne vous est pas plus possible d’en déduire la tactique de chaque jour, la solution des problèmes de chaque jour, qu’il ne vous suffirait de connaître la direction générale des vents pour déterminer d’avance le mouvement de chaque arbre, le frisson de chaque feuille dans la forêt.
De même, vous aurez beau connaître tout le plan de campagne d’un général, il vous sera impossible, par la connaissance générale de ce plan de campagne, de déterminer d’avance tous les mouvements particuliers d’offensive ou de défensive, d’escalade ou de retraite que devra accomplir chacune des unités tactiques qui composent l’armée.
Par conséquent, au nom de la lutte de classe, nous pouvons nous reconnaître entre nous pour les directions générales de la bataille à livrer ; mais, quand il s’agira de déterminer dans quelle mesure nous devons nous engager, dans l’affaire Dreyfus, ou dans quelle mesure les socialistes peuvent pénétrer dans les pouvoirs publics, il vous sera impossible de résoudre cette question en vous bornant à invoquer la formule générale de la lutte de classe. Dans chaque cas particulier. Il faudra que vous examiniez l’intérêt particulier du prolétariat. C’est donc une question de tactique et nous ne disons pas autre chose. (Applaudissements répétés.)
De même, il n’est pas possible que vous prétendiez introduire le principe de la lutte de classe en disant, comme le font souvent nos contradicteurs, que le Parti Socialiste doit être toujours un parti d’opposition. Je dis qu’une pareille formule est singulièrement équivoque et singulièrement dangereuse. Oui, le Parti Socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout, le système capitaliste, c’est-à-dire que tous nos actes, toutes nos pensées, toute notre propagande, tous nos votes doivent être dirigés vers la suppression la plus rapide possible de l’iniquité capitaliste. Mais, de ce que le Parti Socialiste est foncièrement, essentiellement, un parti d’opposition à tout le système social, il ne résulte pas que nous n’ayons à faire aucune différence entre les différents partis bourgeois et entre les différents gouvernements bourgeois qui se succèdent.
Ah oui 1 la société d’aujourd’hui est divisée entre capitalistes et prolétaires ; mais, en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, par le retour offensif de la barbarie féodale, de la toute puissance de l’Église et c’est le devoir des socialistes, quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passés paraissent renaître, c’est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière. (Applaudissements bruyants et prolongés.) Je suis étonné, vraiment, d’avoir à rappeler ces vérités élémentaires qui devraient être le patrimoine et la règle de tous les socialistes. C’est Marx lui-même qui a écrit cette parole admirable de netteté : « Nous, socialistes révolutionnaires, nous sommes avec le prolétariat contre la bourgeoisie et avec la bourgeoisie contre les hobereaux et les prêtres. » (Vifs applaudissements.)
Un citoyen : Ce n’est pas vrai.
Delory : Citoyens, il est regrettable qu’une pareille interruption se soit produite pour les raisons que j’ai indiquées tout à l’heure.
Jaurès : Citoyens, j’ai reconnu le camarade qui m’a adressé cette interruption désobligeante, et je me borne à lui dire ceci : vous vérifierez avec vos amis, nous vérifierons l’exactitude de la citation que j’ai faite et, si elle est exacte, je ne vous demanderai qu’une chose comme réparation : c’est dans une de nos prochaines réunions, de venir en témoigner loyalement à cette tribune. (Bravos.)
Et de même qu’il est impossible au prolétariat socialiste, sans manquer à tous ses devoirs, à toutes ses traditions et à tous intérêts, de ne pas faire une différence entre les fractions bourgeoises les plus violemment rétrogrades et celles qui veulent au moins sauver quelques restes ou quelque commencement de liberté, il est impossible, particulièrement aux élus socialistes, de ne pas faire une différence entre les divers gouvernements bourgeois.
Je n’ai pas besoin d’insister là-dessus, et le bon sens révolutionnaire du peuple fait, lui, une différence entre le ministère Méline et le ministère Bourgeois ; il fait une différence entre le ministère d’aujourd’hui et les combinaisons nationalistes qui le guettent, et je n’en veux d’autre preuve que le vote unanime du groupe Socialiste, qui, l’autre jour...
Un citoyen, ironiquement : Pour Chalon ?
Jean Jaurès : Prenez garde, vous croyez m’embarrasser en me jetant ce mot.
Delory : Citoyennes et citoyens, permettez-moi de m’adresser à un vieux camarade, fondateur du Parti, c’est-à-dire dans nos rangs depuis plus de vingt ans, pour lui dire qu’il devrait être le premier à avoir la patience d’attendre la réponse du camarade Guesde.
Vous savez la conséquence des interruptions ; j’en appelle au témoignage des camarades sincères du Parti ; qu’ils prennent garde, en commençant les interruptions, de donner la faveur à des adversaires, de les continuer pour troubler la réunion. (Applaudissements.)
L’AFFAIRE DREYFUS
Jaurès : J’ajoute, citoyens, pour aller jusqu’au bout de ma pensée : il y a des heures où il est de l’intérêt du prolétariat d’empêcher une trop violente dégradation intellectuelle et morale de la bourgeoisie elle-même et voilà pourquoi, lorsque, à propos d’un crime militaire, il s’est élevé entre les diverses fractions bourgeoises la lutte que vous savez, et lorsqu’une petite minorité bourgeoise, contre l’ensemble de toutes les forces de mensonges déchaînées, a essayé de crier justice et de faire entendre la vérité, c’était le devoir du prolétariat de ne pas rester neutre, d’aller du côté où la vérité souffrait, où l’humanité criait.
Guesde a dit à la salle Vantier « que ceux qui admirent la société capitaliste s’occupent d’en redresser les erreurs ; que ceux qui admirent, disait-il, le soleil capitaliste, s’appliquent à en effacer les taches. »
Eh bien ! qu’il me permette de lui dire ; le jour où contre un homme un crime se commet ; le jour où il se commet par la main de la bourgeoisie, mais où le prolétariat, en intervenant, pourrait empêcher ce crime, ce n’est plus la bourgeoisie seule qui en est responsable, c’est le prolétariat lui-même ; c’est lui qui, en n’arrêtant pas la main du bourreau prêt à frapper, devient le complice du bourreau ; et alors ce n’est plus la tache qui voile, qui flétrit le soleil capitaliste déclinant, c’est la tache qui vient flétrir le soleil socialiste levant. Nous n’avons pas voulu de cette flétrissure de honte sur l’aurore du prolétariat. (Applaudissements et bravos prolongés.)
Ce qu’il y a de singulier, ce qu’il faut que tout le Parti socialiste en Europe et ici, sache bien, c’est qu’au début même de ce grand drame, ce sont les socialistes révolutionnaires qui m’encourageaient le plus, qui m’engageaient le plus à entrer dans la bataille.
Il faut que vous sachiez, camarades, comment devant le groupe socialiste de la dernière législature, la question s’est posée. Quand elle vint pour la première fois, quand nous eûmes à nous demander quelle attitude nous prendrions, le groupe socialiste se trouva partagé à peu près en deux.
D’un côté, il y avait ceux que vous me permettrez bien d’appeler, ceux qu’on appelait alors les modérés du groupe. C’était Millerand, c’était Viviani, c’était Jourde, c’était Lavy, qui disaient :
« Voilà une question dangereuse, et où nous ne devons pas intervenir. » De l’autre côté, il y avait ceux qu’on pouvait appeler alors la gauche révolutionnaire du groupe socialiste. Il y avait Guesde, Vaillant et moi qui disions : « Non, c’est une bataille qu’il faut livrer. »
Ah ! je me rappelle les accents admirables de Guesde lorsque parut la lettre de Zola. Nos camarades modérés du groupe socialiste disaient - « Mais Zola n’est point un socialiste ; Zola est, après tout un bourgeois. Va-t-on mettre le Parti Socialiste à la remorque d’un écrivain bourgeois ? »
Et Guesde, se levant comme s’il suffoquait d’entendre ce, langage, alla ouvrir la fenêtre de la salle où le groupe délibérait, en disant : « La lettre de Zola, c’est le plus grand acte révolutionnaire du siècle ! » (Applaudissements prolongés et répétés.)
Et puis, lorsque, animé par ces paroles, en même temps que par ma propre conviction, lorsque j’allais témoigner au procès Zola ; lorsque, devant la réunion des colonels, des généraux dont on commençait alors à soupçonner les crimes, sans les avoir profondément explorés ; lorsque j’eus commencé à témoigner, à déposer, et que je revins à la Chambre, Guesde me dit ces paroles dont je me souviendrai tant que je vivrai - « Jaurès, je vous aime, parce que, chez vous, l’acte suit toujours la pensée. » (Sensation prolongée.) Et, comme les cannibales de l’État-major continuaient à s’acharner sur le vaincu, Guesde me disait : « Que ferons-nous un jour, que feront un jour les socialistes d’une humanité ainsi abaissée et ainsi avilie ? Nous viendrons trop tard, disait-il avec une éloquente amertume ; les matériaux humains seront pourris, lorsque ce sera notre tour de bâtir notre maison. » Eh bien, pourquoi après ces paroles, pourquoi après ces déclarations, le Conseil national du Parti, quelques mois après, au mois de juillet, a-t-il essayé de faire sortir le prolétariat de cette bataille ?
Peut-être, j’ai essayé de me l’expliquer bien des fois, les révolutionnaires ont-ils trouvé que nous nous attardions trop dans ce combat, que nous y dépensions trop de notre force et de la force du peuple ?
Mais qu’ils me permettent de leur dire : où sera, dans les jours décisifs l’énergie révolutionnaire des hommes si, lorsqu’une bataille comme celle-là est engagée contre toutes les puissances de mensonge, contre toutes les puissances d’oppression, nous n’allons pas jusqu’au bout ?
Pour moi, j’ai voulu continuer, j’ai voulu persévérer jusqu’à ce que la bête venimeuse ait été obligée de dégorger son venin. (Bravos, bravos.) Oui, il fallait poursuivre tous les faussaires, tous les menteurs, tous les bourreaux, tous les traîtres ; il fallait les poursuivre à la pointe de la vérité, comme à la pointe du glaive, jusqu’à ce qu’ils aient été obligés à la face du monde entier de confesser leurs crimes, l’ignominie de leurs crimes. (Longs applaudissements et bravos.)
Et, remarquez-le, le manifeste par lequel on nous signifiait d’avoir à abandonner cette bataille, paru en juillet, a précédé de quelques semaines l’aveu, qu’en persévérant, nous avons arraché au colonel Henry. Eh bien, laissez-moi me féliciter de n’avoir pas entendu la sonnerie de retraite qu’on faisait entendre à nos oreilles ; d’avoir mis la marque du prolétariat socialiste, la marque de la Révolution sur la découverte d’un des plus grands crimes que la caste militaire ait commis contre l’humanité. (Applaudissements.)
Ce n’était pas du temps perdu, car, pendant que s’étalaient ses crimes, pendant que vous appreniez à connaître toutes ses hontes, tous ses mensonges, toutes ses machinations, le prestige du militarisme descendait tous les jours dans l’esprit des hommes et sachez-le, le militarisme n’est pas dangereux seulement parce qu’il est le gardien armé du capital, il est dangereux aussi parce qu’il séduit le peuple par une fausse image de grandeur, par je ne sais quel mensonge de dévouement et de sacrifices. Lorsqu’on a vu que cette idole si glorieusement peinte et si superbe ; que cette idole qui exigeait pour le service de ses appétits monstrueux, des sacrifices de générations ; lorsqu’on a vu qu’elle était pourrie, qu’elle ne contenait que déshonneur, trahison, intrigues, mensonges, alors le militarisme a reçu un coup mortel, et la Révolution sociale n’y a rien perdu. (Vifs applaudissements.)
Un citoyen : Vive Gallifet.
Jaurès : Je dis qu’ainsi le prolétariat a doublement rempli son devoir envers lui-même. Et c’est parce que dans cette bataille le prolétariat a rempli son devoir envers lui-même, envers la civilisation et l’humanité ; c’est parce qu’il a poussé si haut son action de classe, qu’au lieu d’avoir, comme le disait Louis Blanc, la bourgeoisie pour tutrice, c’est lui qui est devenu dans cette crise le tuteur des libertés bourgeoises que la bourgeoisie était incapable de défendre ; c’est parce que le prolétariat a joué un rôle décisif dans ce grand drame social que la participation directe d’un socialiste à un ministère bourgeois a été rendue possible.
LA QUESTION MILLERAND
De quelque manière que vous jugiez l’entrée de Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau ; de quelque manière que vous jugiez la tactique ainsi inaugurée et les résultats qu’elle a produits, tous vous êtes d’accord pour dire qu’en tout cas, l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois est un signe éclatant de la croissance, de la puissance du Parti socialiste. Vous vous rappelez que c’est ce que proclamait il y a un an, le citoyen Lafargue lui-même. Opposé, dès la première heure, à l’entrée de Millerand dans le ministère, il déclarait cependant que c’était là un symptôme décisif de la force croissante de notre parti.
Je me souviens qu’il y a quelques semaines, à la clôture du Congrès international, quand les délégués du Socialisme international allèrent porter une couronne au Mur des Fédérés, malgré le stupide déploiement de police du. préfet Lépine, le socialiste allemand Singer qui représente pourtant l’extrême gauche du mouvement allemand ; qui avait été le seul de ses camarades à voter contre la motion transactionnelle de Kautsky, le citoyen Singer disait : « On ne peut approuver l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois ; mais je ne puis cependant ne pas dire que, tandis qu’il y a trente années, la bourgeoisie fusillait ici les prolétaires, le parti socialiste a tellement grandi, qu’en une heure de péril, pour sauver les libertés élémentaires, la bourgeoisie est obligée d’appeler un des nôtres. »
Donc, il n’y aura pas sur ce point de doute entre nous. Quelque jugement que nous portions sur le fond même de la chose, nous serons unanimes à proclamer devant tous les partis bourgeois qu’elle atteste la force croissante de notre parti. Maintenant est-il juste, est-il sage, est-il conforme au principe, qu’un socialiste participe au gouvernement de la bourgeoisie ?
Citoyens, l’heure est venue, il me semble, de discuter cette question avec calme. Jusqu’ici nous ne l’avons discutée que dans les tempêtes et pour ma part - ne vous fâchez pas de ce ressouvenir - si je me reporte au Congrès de décembre, il y a un an, et au Congrès plus récent de la fin septembre, je me rappelle avoir entendu ces arguments à coup sûr, mais aussi beaucoup de cris variés de « Galliffet ! Chalon ! La Martinique !... »
J’imagine que nous avons cessé de discuter de cette façon, parce que, prenez-y garde, ces procédés de discussion, au moyen desquels on a prétendu nous frapper, pourraient blesser vos amis eux-mêmes. Vous nous avez crié « Galliffet » pour signifier qu’en approuvant l’entrée de M. Millerand au ministère, nous étions ainsi pour ainsi dire, responsables et solidaires de tous les actes passés de Galliffet.
Prenez-y garde, camarade, qui me faites un signe d’interruption silencieux dont je vous remercie, puisqu’il m’avertit sans troubler l’ordre de l’assemblée, prenez-y garde. Vous autres, ici à Lille, les travailleurs lillois, deux mois après l’entrée de Millerand au ministère, vous l’avez reçu ici, vous l’avez fêté ici, vous l’avez acclamé ici, etj’imagine, quoiqu’il fût dès lors le collègue de Gallifet, que vous ne vouliez pas acclamer en même temps Galliffet lui- même. Par conséquent, ne nous envoyez pas une flèche qui rebondirait vers vous. (Très bien ! Très bien ! Bravos.)
Et maintenant, je ne veux dire que quelques mots des douloureux événements de la Martinique et de Chalon mais laissez-moi rappeler à ceux de nos camarades qui se laissent emporter jusqu’à en faire un grief contre nous qu’ils commettent une confusion étrange.
Lorsqu’on soutient un ministère dans la société bourgeoise, même un ministère où il y a un socialiste, cela n’implique pas qu’on ait la naïveté d’attendre de ce ministère et d’aucun ministère bourgeois, l’entière justice et l’entière déférence aux intérêts du prolétariat. Nous savons très bien que la société capitaliste est la terre de l’iniquité et que nous ne sortirons de l’iniquité qu’en sortant du capitalisme.
Mais nous savons aussi qu’il y a des ennemis plus forcenés dans la société bourgeoise, des adversaires plus haineux et plus violents les uns que les autres ; et lorsque nous soutenons un ministère, ce n’est pas pour ce ministère, c’est contre les autres plus mauvais qui voudraient le remplacer pour vous faire du mal. Alors c’est une injustice meurtrière de nous reprocher les fautes, les erreurs ou les crimes de ceux que nous ne soutenons que pour empêcher des crimes plus grands. (Vifs applaudissements.)
Laissez-moi vous dire pour La Martinique, qu’à peine le massacre des François fut-il connu en Europe et lorsque arrivèrent les premières lettres à nos amis et les premiers rapports au gouvernement le groupe socialiste des Antilles réuni à Paris fit une démarche auprès du ministre. Il lui demanda trois choses : il lui demanda le déplacement des magistrats qui avaient le plus brutalement condamné les grévistes ; il lui demanda la disgrâce, la peine disciplinaire la plus forte contre l’officier Kahn, contre l’officier meurtrier.
Une voix : Il fallait le fusiller !
Jaurès : Et il demanda enfin la mise en liberté immédiate de tous les prolétaires noirs condamnés pour faits de grève. L’officier a été frappé, les juges ont été déplacés et, par câble, l’ordre a été donné de remettre en liberté tous les ouvriers grévistes condamnés. (Bravos.) En ce qui concerne les grèves de France, je ne dis qu’une chose : Le gouvernement a adopté une tactique, dont, malgré tout, dans l’avenir, s’ils savent l’imposer toujours, les prolétaires pourront bénéficier : c’est de ne pas dessaisir de la police les municipalités.
Vous savez bien que les patrons de Marseille, comme M. Thierry, ont fait grief au gouvernement de n’avoir pas enlevé la police au maire socialiste de Marseille, à notre ami le citoyen Flaissières. A Chalon, c’est le crime de la municipalité interdisant le cortège qui a été la cause de la bagarre et l’occasion du meurtre. Malgré tout, parce que nous savons que les prolétaires auront plus de garantie, si ce sont les municipalités élues par eux, vivant au milieu d’eux qui gardent la police, il faut persister à demander que la police soit laissée aux mains des municipalités.
Et laissez-moi vous le dire, si vous aviez le droit, parce que nous avons soutenu contre le nationalisme, contre la réaction, le ministère Waldeck-Rousseau, si vous aviez le droit de nous accuser de je ne sais quelle complicité dans les crimes de La Martinique et de Chalon, que diriez-vous à vos amis eux-mêmes ? Quoi ! vous avez réuni sur cette estrade, et je vous demande la permission de parler en toute liberté, - vous avez réuni sur cette estrade les maires du Parti Ouvrier Français. Eh bien ! je vous le demande, si la politique du gouvernement pouvait se caractériser par La Martinique et par Chalon, si ces crimes-là en étaient l’expression vraie et la caractéristique, que diriez-vous des municipalités élues qui auraient accepté, comme l’ont fait les vôtres - et elles ont eu raison - d’aller rompre le pain de l’hospitalité au même banquet que les gouvernants meurtriers ?
Quoi ! le maire de Lille, le citoyen Delory, le maire de Fourmies, - de Fourmies ! la ville assassinée - tous ces maires élus, tous ceux qui portent en eux la responsabilité de la cité vont s’asseoir à la même table que Waldeck-Rousseau, et lorsque la Chambre est rentrée, lorsque le Parlement est réuni, lorsqu’il y a une interpellation sur la politique générale, lorsqu’il ne s’agit plus seulement de Chalon et de La Martinique, mais de Sipido, ignominieusement expulsé, mais de Morgari chassé ; lorsqu’il s’agit de tout cela, telle est pourtant la force des choses, tel est l’intérêt suprême du prolétariat à ne pas se livrer à la réaction nationaliste et cléricale, que tous vos élus, tous, tous, Zévaès qui est ici, comme Vaillant, tous ont donné un vote de confiance au gouvernement. Prenez garde, si vous dites Chalon et La Martinique, ce n’est pas moi seul que vous frappez ! (Vifs applaudissements et bravos.)
Nous pouvons donc, nous élevant au-dessus de ces polémiques personnelles et de ces luttes fratricides, nous pouvons regarder la question de principe en elle-même et pour elle-même. Je me permets de vous dire, avec l’assurance peut-être présomptueuse de n’être pas démenti par les années qui vont venir, je me permets de vous dire que toutes les fois qu’il a essayé une forme nouvelle d’action, toutes les fois qu’il a renoncé à son abstention première, qualifiée révolutionnaire, pour entrer dans l’action et se mêler aux événements, toujours il y a eu des intransigeants qui ont adressé au Parti socialiste les reproches, que quelques-uns d’entre vous adressent aujourd’hui à la participation d’un socialiste à un gouvernement bourgeois.
TACTIQUE Ah ! citoyens, depuis trente ans, le Parti socialiste a fait du chemin dans le monde. Il s’est mêlé à beaucoup d’événements, à beaucoup d’institutions en dehors desquelles il se tenait d’abord. Nous discutions aujourd’hui pour savoir si le Parti Socialiste doit participer à l’action parlementaire. N’allez pas pourtant vous imaginer, camarades, qu’il en a toujours été ainsi. Il y a eu dans l’histoire du Parti socialiste depuis trente ans, un moment où ceux qui conseillaient l’entrée des socialistes dans le Parlement étaient combattus aussi violemment, dénoncés aussi âprement que nous, nous le sommes aujourd’hui.
Écoutez, je vous prie, ce qu’écrivait, en 1869, le grand socialiste démocrate dont l’humanité socialiste a pleuré la mort, le citoyen, le compagnon Wilhelm Liebknecht. En 1869, au moment où venait d’être créé depuis deux ans déjà le suffrage universel en Allemagne, pour le Parlement de la confédération de l’Allemagne du Nord, Liebknecht a écrit une brochure pour chercher ce que les socialistes pouvaient et devaient faire au Parlement. Non seulement il ne voulait pas qu’on s’y occupât d’action réformatrice, mais il considérait que la tribune parlementaire était inutile, même pour les discours de pure propagande et il disait « Nos discours ne peuvent avoir aucune influence directe sur la législation ; nous ne convertissons pas le parlement par des paroles, par nos discours nous ne pouvons jeter dans la masse des vérités qu’il ne soit possible de mieux divulguer d’une autre manière. « Quelle utilité pratique offrent alors les discours au Parlement ? Aucune ; et parler sans but, constitue la satisfaction des imbéciles. « Pas un seul avantage. « Et voici de l’autre côté les désavantages ; sacrifice des principes, abaissement de la lutte politique, réduite à une escarmouche parlementaire ; faire croire au peuple que le Parlement bismarkien est appelé à résoudre la question sociale serait une imbécillité ou une trahison ».
Voilà comment, en 1869, apparaissait aux socialistes démocrates l’action même, l’action de propagande de nos élus dans le Parlement. J’imagine que vous avez reconnu là, appliquées à un objet différent, les condamnations que l’on porte contre nous à propos de l’entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois. Quelques années après, pourtant, entraîné par l’irrésistible mouvement des choses, non seulement Liebknecht demeurait un combattant à l’assemblée de l’Empire, mais il entrait au Landtag saxon, où on ne peut entrer qu’en prêtant le serment de fidélité à la constitution royale et bourgeoise « Je jure devant Dieu » (Exclamations ironiques de plusieurs côtés).
Delory : Citoyennes et citoyens, le besoin d’interruption place les interrupteurs dans une mauvaise posture puisque Jaurès n’a fait qu’une citation. (On rit.)
Jaurès : Mais, voyez, citoyens, à quel malentendu extraordinaire peuvent conduire les préventions que nous avons les uns contre les autres. Je viens de vous annoncer qu’on ne pouvait entrer au Landtag sans prêter un serment de fidélité au roi de Saxe ; je vous rappelle, je vous décris la formule du serment prêté par Liebknecht pour entrer au Landtag de Saxe, et voilà des camarades un peu pressés qui ne sont pas fâchés de me taxer de cléricalisme. (Hilarité.) Représentez-vous bien que c’est Liebknecht qui parle.
« Je jure devant Dieu, d’être inébranlablement fidèle à la Constitution et de servir, selon ma conscience, par mes propositions et mes votes, l’intérêt inséparable du roi et de la patrie. Ainsi Dieu me soit en aide. » Il se trouve à ce moment, camarades, des purs, des intransigeants qui accusèrent Liebknecht, envers la démocratie socialiste, d’avoir prêté ce serment en vue d’occuper un siège au Landtag et Liebknecht, l’admirable révolutionnaire, répondait avec raison : « Mais alors ? nous serons éternellement les dupes des dirigeants s’il leur suffit de mettre sur notre route cet obstacle de papier d’une formule de serment. »
Et moi je vous demande, lorsqu’on fait un crime à un ministre socialiste d’avoir accepté ce que j’appellerai la formalité ministérielle de l’apparente solidarité de vote avec ses collègues du Cabinet, je vous demande si cette formalité est plus humiliante pour le Parti socialiste de France que ne l’était, pour les révolutionnaires socialistes d’Allemagne, le serment prêté devant Dieu d’être fidèles au roi ? Je vous demande si, nous aussi, nous nous arrêterons devant ces obstacles de papier, devant ces formalités et ces chinoiseries, et si nous hésiterons, quand il le faudra pour notre cause, à jeter un des nôtres dans la forteresse du gouvernement bourgeois. (Non ! non ! Bravos.)
Mais ce n’est pas tout et une autre question, très délicate aussi... Mais j’oublie l’heure... Citoyens, j’ai du remords d’être long. (Parlez ! Parlez !) Je vais céder la parole à Guesde.
Delory : En un quart d’heure, vous aurez fini. Camarades, nous vous demandons un peu de patience. Il est certain que la question est suffisamment grave pour que nous sacrifions, quelques minutes de notre temps. Le camarade Jaurès va essayer de résumer le plus brièvement possible pour permettre à Guesde de répondre. (Bravos.)
Jaurès : J’ai dit qu’une question aussi difficile s’était posée devant les socialistes allemands à propos de la participation aux élections au Landtag de Prusse. Là, il n’y a pas de suffrage universel, il y a trois classes d’électeurs ; c’est un véritable cens et le système électoral est combiné de telle sorte que les socialistes tout seuls ne peuvent jamais faire entrer l’un des leurs dans l’assemblée élective de Prusse. Ils ne le peuvent qu’en contractant des alliances ou, comme ils disent, des compromis avec les partis bourgeois. En 1893, sur un rapport de Bebel, les démocrates socialistes allemands déclarèrent ce qui suit au Congrès de Cologne.
« Considérant qu’il est contraire aux principes observés jusqu’ici par le Parti, de s’engager dans des compromis avec des partis ennemis, parce que ceux-ci conduiraient nécessairement à la démoralisation, aux querelles et aux divisions dans leurs propres rangs, le Congrès déclare. « C’est le devoir des membres du Parti en Prusse de s’abstenir entièrement de prendre part aux élections pour le Landtag, sous le régime actuel. » Mais ils ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’en s’abstenant de prendre part aux élections, ils laissaient écraser la bourgeoisie libérale par les partis rétrogrades et que les droits du prolétariat, droits d’association, droits de coalition étaient menacés. En 1897, à Hambourg en 1898, à Stuttgart en 1899, ils commençaient à permettre aux socialistes de Prusse de prendre part aux élections du Landtag prussien.
Et enfin cela ne suffit pas et le même Bebel qui, en 1893, avait demandé au Parti d’interdire à tous ses membres la participation aux élections du Landtag de Prusse, le même Bebel, comprenant la faute qui avait été commise, l’erreur de tactique qui avait été faite, demanda en 1900, au Congrès de Mayence un vote ferme. Au Congrès de Mayence, sept ans après l’interdiction portée, le Parti socialiste allemand a donné l’ordre aux socialistes prussiens de prendre part aux élections du Landtag de Prusse.
Et pourtant, c’est au nom de la lutte de classe, c’est au nom de la tactique de parti qu’en 1893, on interdisait aux socialistes allemands de prendre part aux élections du Landtag. Puis on a vu que la lutte de classe obligeait le prolétariat à défendre ses libertés élémentaires même, s’il le faut, en se coalisant avec la fraction libérale de la bourgeoisie et là où on avait dit « NON » on a dit « OUI » et on a donné un ordre. Les accuserez-vous d’avoir trahi ? (Vifs applaudissements.) Et moi, je vous dis, sans pouvoir vous donner maintenant toutes mes raisons, que de même l’heure viendra où le Parti socialiste unifié, organisé, donnera l’ordre à l’un des siens ou à plusieurs des siens, d’aller s’asseoir dans les gouvernements de la bourgeoisie pour contrôler le mécanisme de la société bourgeoise, pour résister le plus possible aux entraînements des réactions, pour collaborer le plus possible aux œuvres de réforme.
L’UNITE
Citoyens et amis, j’ai abusé de votre bienveillante attention et je ne me consolerais pas de brusquer ainsi ma démonstration, de la laisser incomplète, pour céder à Guesde mon tour de parole, si je ne me disais qu’après tout, quels que soient les dissentiments, quelles que soient les difficultés, quelles que soient les polémiques d’un jour entre socialistes, on se retrouve. Nous reviendrons, non plus pour batailler, non plus pour polémiquer, mais quand le Parti sera organisé, pour chercher ensemble, en loyaux camarades, quel est le meilleur moyen de servir les intérêts du Parti. Ah ! on dit au Parti : « Restez isolé, restez à l’écart, ne vous mêlez pas à l’action gouvernementale ; tenez-vous aussi loin que possible de l’État bourgeois. » Et moi je vous dis que toutes les grandes révolutions ont été faites dans le monde, parce que la société nouvelle, avant de s’épanouir, avait pénétré par toutes les fissures, par toutes ses plus petites racines, dans le sol de la société ancienne.
L’autre jour Kautsky nous raillant un peu nous disait : « Mais vous imaginez-vous conquérir le pouvoir gouvernemental de l’État en conquérant portefeuille par portefeuille ? C’est comme si, au temps de la Réforme, les protestants s’étaient imaginés qu’ils allaient conquérir le monde, en conquérant un cardinal après l’autre, dans le sacré Collège. »
J’en demande pardon à Kautsky ; ce qui a fait la force des hérésies, des grandes révoltes de la conscience religieuse indépendante, au XIIe et au XIIIe siècle, ce qui fit ensuite la force de la Réforme, c’est précisément qu’elle a surgi en s’emparant d’une partie même du pouvoir de l’ancienne Église ; c’est qu’il y a eu, au XVIe siècle, une période où les fidèles ne savaient plus au juste si leurs cardinaux, évêques ou moines étaient restés avec le pape ou étaient allés avec Luther.
L’Église l’a si bien senti, elle a si bien compris que le péril pour elle était dans cette pénétration, que l’ordre des Jésuites, qui s’est constitué pour la sauver, s’est donné pour mot d’ordre de pénétrer partout et d’être, lui, impénétrable à tous. L’Église s’est sauvée pour des siècles en se fermant à l’action de la société nouvelle. Mais ce que l’Église a pu faire, la démocratie bourgeoise ne peut pas le faire ; elle ne pourra se fermer ; elle vous a laissé déjà pénétrer dans les municipalités. On parle de responsabilités qu’assume un ministre socialiste dans un ministère bourgeois ; mais est-ce que vos élus municipaux n’assument pas des responsabilités ?
Est-ce qu’ils ne sont pas une partie de l’État bourgeois ? Mais le suffrage universel qui les nomme, il est réglé, il est limité par la loi bourgeoise. Et si je voulais triompher du point de vue intransigeant où se placent quelques-uns de vos amis comme je pourrais vous rappeler que vous acceptez ainsi le pouvoir municipal d’un suffrage universel, d’où la loi bourgeoise en excluant les assistés ou les ouvriers errants, a exclu les plus pauvres des prolétaires ; comme je pourrais vous dire que le maire socialiste, tout socialiste qu’il est, peut être suspendu par le pouvoir central, et pour un an n’être pas rééligible ; comme je pourrais vous dire qu’il accepte forcément parce qu’il est maire, d’appliquer, d’administrer un grand nombre de lois bourgeoises, comme je pourrais vous dire que s’il se produit des conflits violents dans vos rues, il est obligé, lui aussi, sous peine de laisser dire que le socialisme c’est le pillage et le meurtre, de faire appel à la force publique. Et voyez, à Marseille, ces jours-ci, quelle responsabilité pesait sur le maire socialiste. En assistant au débarquement de Krüger, et en protégeant les étrangers anglais contre les violences possibles de la foule, il n’était plus le maire socialiste de Marseille, il était chargé de la sécurité, du renom de la France entière.
Ah ! ce serait trop commode d’être maire socialiste devant le monde, si on n’était pas obligé en même temps de compter avec toutes ces responsabilités ! Mais c’est parce que la tâche est lourde, c’est parce qu’on est tout ensemble une fraction de prolétariat conquérant et une fraction de l’État bourgeois. C’est pour cela qu’il ne suffit pas d’un mécanisme pour faire aller la mairie socialiste, qu’il y faut des hommes de tête, des hommes de prudence, de pensée et de réflexion, d’équilibre et volonté, des hommes comme Flaissières, des hommes comme Delory. (Bravos répétés. Cris : Vive Delory.) Oui, à mesure que grandit le pouvoir du Parti socialiste, grandit sa responsabilité.
Mais de cette responsabilité, nous n’avons pas peur, le Parti socialiste n’en a pas peur ; il a confiance dans la classe ouvrière, à une condition, c’est qu’elle soit organisée, c’est qu’elle soit unifiée ; c’est qu’en face de tous les autres partis anarchiques et discordants, elle ne forme qu’un parti, comme elle ne forme qu’une classe.
Eh ! oui, il y aura entre nous, longtemps peut-être des dissentiments de méthode et de tactique. Mais il y en a en Belgique, en Allemagne ; cela ne les empêche pas d’être unis, de discuter loyalement, en camarades. Et c’est ainsi que nous voulons discuter encore ; et nous voulons préparer au grand jour la grande unité socialiste, la grande fraternité socialiste, par la lumière, par la raison, par l’organisation ; et cela pour faire d’abord œuvre de réforme et dans la réforme, oeuvre commençante de révolution ; car je ne suis pas un modéré, je suis avec vous un révolutionnaire. (Applaudissements et bravos répétés.)
L’habitant des Etats-Unis est 42 fois plus riche que l’Ethiopien moyen
Les inégalités mondiales restent immenses. Les habitants des pays riches ont un revenu triple du revenu moyen mondial. Ceux d’Amérique latine ou d’Europe de l’est sont les plus proches de cette moyenne. Les Africains sont les plus pauvres.
Le niveau de vie par habitant des pays à hauts revenus (33 082 dollars par an) est 3,5 fois plus élevé que la moyenne mondiale (9 543 dollars) et 13 fois supérieur aux ressources des habitants des pays les plus pauvres (2 531 dollars), selon les données en parité de pouvoir d’achat* de la Banque mondiale. La France se situe à un niveau trois fois supérieur à la moyenne mondiale. Le niveau de vie moyen en Afrique subsaharienne - inférieur à 2 000 dollars par habitant et par an - est 5 fois inférieur à la moyenne mondiale. La plupart des pays les plus pauvres se trouvent dans ce continent. Le niveau de vie d’un habitant des Etats-Unis, 42 000 $, est 42 fois équivalent à celui d’un Ethiopien. * Données en parité de pouvoir d’achat : ce calcul corrige les revenus en dollars en fonction des prix des différents biens dans chaque pays. Ainsi par exemple 100 dollars ne donnent pas accès à la même surface de logement en Allemagne qu’au Brésil.