Corpus Reporterre Downloaded and encoded by Olivier Kraif Reporterre - Le média de l'écologie 2009 fr La France, mauvaise présidente de l’environnement WWF France Reporterre 2009/01/02 WWF France (2 janvier 2009) La France, mauvaise présidente de l’environnement. Reporterre. fr

La France, mauvaise présidente de l’environnement

M. Sarkozy s’est pavané sur sa « présidence européenne ». En ce qui concerne l’écologie, le bilan est très médiocre.

En début de Présidence Française de l’Union européenne, le WWF-France avait exposé, dans un manifeste, ses demandes ses attentes et demandes sur 4 domaines jugés prioritaires : le climat, la pêche, l’agriculture et la forêt. En cette fin d’année, il est temps d’évaluer le bilan de cette présidence. Paquet Energie-Climat – un compromis mais sur des objectifs minimaux La présidence française de l’Union Européenne a qualifié le paquet Energie-Climat d’« historique ». Si son adoption en seulement quelques mois mérite ce qualificatif, ce n’est pas le cas de l’ambition finale des textes adoptés. Le WWF-France salue la mise en œuvre de l’objectif de 20% d’énergie renouvelable en 2020, mais se montre déçu par le reste du paquet. Deux points en particulier sont inquiétants. Le seul engagement ferme de l’UE concernant ses émissions de gaz à effet de serre est une réduction de 20% entre 1990 et 2020. Environ deux tiers de cette réduction pourra être faîte non pas en Europe mais via des mécanismes de compensation carbone. Entre aujourd’hui et 2020, c’est en fait un engagement de réduction de ses propres émissions de seulement 4% que l’UE vient de prendre ! Bien loin de ce qui est nécessaire pour accéder à l’exemplarité sur la scène internationale, et entamer une révolution énergétique créatrice d’emplois. Le WWF-France demande aux pays européens d’être exemplaires sur leur territoire et de ne pas abuser de mécanismes de compensation dont l’intégrité environnementale reste controversée. Depuis un an, les Européens qui négocient l’avenir du Protocole de Kyoto sont incapables de répondre à la question : comment comptez-vous mobiliser chaque année des milliards d’euros pour soutenir les pays en développement dans la lutte contre les changements climatiques ? Le paquet ne les aidera pas à sortir de leur mutisme. Aucun engagement contraignant n’y figure concernant le soutien des pays du Sud. Cette question sera encore abordée au prochain Conseil de mars : ce sera la dernière occasion pour l’UE de pallier à cette lacune si elle veut trouver un successeur au Protocole de Kyoto à la hauteur de l’urgence climatique. Thon rouge – Chronique d’une disparition accordée Si les oppositions au sein même de l’UE sur le paquet Energie-Climat ont été fortes, la présidence française avait davantage les mains libres sur le dossier du thon rouge, notamment parce que la France est un acteur majeur de la pêche en Europe. Or le mandat de l’Union européenne à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT), trop large, n’incluait pas un abaissement drastique des quotas. Alors que cette année avait vu nombre de rapports scientifiques dénoncer l’échec de l’ICCAT, que le propre rapport d’audit commandité par l’ICCAT appelait à la fermeture immédiate de la pêche pour mettre fin à cette « honte internationale », et qu’une écrasante majorité de gouvernements – dont le Japon et l’Espagne - avait voté pour la résolution de l’UICN en faveur d’une suspension de la pêche, la présidence française n’a pas voulu saisir cette opportunité historique d’inverser la tendance. « On se rappellera que c’est sous Présidence française que l’Union européenne aura participé à la condamnation du thon rouge. La France n’aura pas essayé de porter au niveau européen l’engagement du Grenelle demandant des mesures fortes pour cette espèce en grand danger (engagement 97) », déplore Serge Orru, directeur général du WWF-France. Agriculture – une France aux abonnés absents la France est restée crispée sur des positions très conservatrices visant à maintenir les acquis de la PAC [politique agricole commune] traditionnelle : un premier pilier fort et pas d’extension du second pilier, le pilier du développement rural. Ainsi, dans le cadre du "bilan de santé", la France aurait pu soutenir la proposition de la Commission d’un transfert de fonds de 13% vers le développement rural et l’environnement à l’échéance 2013. C’est 10% qui auront finalement été obtenus. De même, la France aurait pu pousser pour que la réallocation des fonds du premier pilier (article 68) réponde avant tout à des problématiques environnementales. Au lieu de quoi elle a plaidé pour que ces fonds aillent à des systèmes d’assurance récolte, ce qui ne devrait pas relever d’une politique publique, mais de dispositifs privés. Même constat concernant la refondation de la PAC après 2013 : la France a choisi d’ouvrir le débat sous sa présidence au Conseil informel d’Annecy mais, toute à sa volonté de maintenir une PAC forte et de sauver le « chèque français », elle n’a fait aucune proposition sur une meilleure prise en compte de l’environnement dans la politique agricole commune. Or seule une politique agricole profondément refondée sur les enjeux environnementaux, climatiques et de souveraineté alimentaire apparaîtra légitime au moment de la révision du budget européen prévu pour 2012. « L’environnement aura été le parent pauvre de la présidence française sur les sujets agricoles. La France n’a pas eu de discours agro-écologique au niveau européen. Si le ministre Barnier s’est démarqué de ses prédécesseurs sur la scène française (agriculture biologique, réduction des pesticides, etc.), il est resté extrêmement conservateur sur la scène européenne où, même en tant que président du Conseil, il a davantage été le ministre des agriculteurs français que de l’agriculture durable. La France n’a pas traduit son expérience du Grenelle au niveau européen », regrette Bernard Cressens, Directeur des Programmes du WWF-France. OGM – embellie sur le dossier La France a avantageusement profité de sa Présidence de l’Union européenne pour faire adopter, le 5 décembre, par les ministres de l’environnement des conclusions sur la nécessité d’améliorer le processus d’évaluation des impacts à long terme des OGM cultivés - notamment de ceux produisant des pesticides ou résistant à des herbicides -, encourager les études scientifiques indépendantes et reconnaître le droit aux régions de mettre en place des zones sans OGM. « Espérons que ce réel effort des ministres de l’environnement ne soit pas réduit à néant par le très peu transparent « groupe Barroso » qui vise, lui, au niveau des chefs d’Etats et de gouvernements, à accélérer les procédures d’autorisation », met en garde Claude Dumont, Président du WWF-France. « La France n’aura pas profité de sa présidence de l’Union européenne et de l’élan du Grenelle pour prendre un virage écologique sur les deux dossiers sur lesquels elle pèse de manière déterminante – et négative - en Europe : la pêche et l’agriculture. Seule le dossier des OGM a bénéficié, au niveau des ministres européens de l’environnement, de l’élan du Grenelle », analyse Jean-Stéphane Devisse, Directeur-Adjoint des programmes du WWF-France. Forêt – un dossier mis sur bons rails Du moins la France pourra-t-elle encore défendre, sous Présidence tchèque, un des engagements du Grenelle : la lutte contre le commerce du bois illégal. Si elle a effectivement poussé sous sa Présidence ce dossier, elle devra dans les mois qui viennent mettre tout son poids dans la balance pour défendre un règlement ambitieux concernant tous les produits bois mis sur le marché européen, incluant dans la définition de la légalité du bois le respect des législations environnementales et sociales, et définissant un système d’harmonisation exigeant ainsi que des sanctions claires. « Le ministre de l’Agriculture aura ainsi l’occasion d’enfin prendre le virage du Grenelle sur la route européenne » conclut Claude Dumont.

Les nucléaristes gonflent une nouvelle bulle Benjamin Dessus Reporterre 2009/01/04 Benjamin Dessus (4 janvier 2009) Les nucléaristes gonflent une nouvelle bulle. Reporterre. Tribune — fr

Les nucléaristes gonflent une nouvelle bulle

Dans l’opacité, le gouvernement prépare une relance du nucléaire qui n’a pas de sens économique.

La préparation par le gouvernement dela Programmation pluriannuelle des investissements de production d’électricité (PPI), qui doit être présentée au Parlement début 2009, s’est effectuée dans un contexte très particulier. Se conjuguent, ou s’opposent, la flambée des prix des combustibles fossiles, avec un pétrole à 150 dollars le baril, l’élaboration de la loi post-Grenelle de l’environnement et un président de la République militant inlassablement pour une relance massive de l’énergie nucléaire.

Et puis patatras, coup sur coup, le prix du pétrole chute et EDF révèle officiellement, ce que tous les experts savaient déjà, que le coût prévisionnel de l’électricité du réacteur nucléaire EPR en construction à Flamanville ne sera pas de 43 euros par MWh comme initialement affirmé en 2006 pour emporter la décision, mais de 55 euros, une augmentation de 28 %.

C’est dans ce contexte qu’il faut examiner la PPI, qui fixe, pour les années qui viennent, les investissements à réaliser en France dans le domaine de la production et du transport de l’électricité.

De façon désormais classique, l’exercice s’est effectué sur la base des prévisions d’évolution de la demande d’électricité élaborées par RTE, qui gère le réseau de transport de l’électricité, et de l’analyse prévisionnelle des coûts futurs des divers moyens de production par la Direction de l’énergie et du climat (DGEC), ces « coûts de référence de la production d’électricité », qui font l’objet d’une révision tous les trois ou quatre ans. Il se devait aussi de prendre en compte les directives européennes et les conséquences du Grenelle de l’environnement à l’horizon 2020.

La révision de la PPI, actuellement en cours, devrait être finalisée dès janvier prochain. On dispose cependant déjà des scénarios qui serviront de base aux arbitrages finaux. La synthèse de l’exercice « coûts de référence » est par contre disponible.

Première surprise de taille : sous le prétexte que les coûts de production de l’électricité sont « des informations commercialement sensibles dans des marchés concurrentiels tendus » on ne trouve plus, dans les « coûts de référence », d’indication sur les coûts en euros par MWh des différentes filières de production, mais seulement des valeurs indicielles comparatives de ces coûts par rapport à une énergie de référence, comme par hasard le nucléaire, de valeur arbitraire 1. On apprend par exemple que le coût de l’électricité gaz en fonctionnement continu sera 1,25 fois supérieur à celui de l’électricité nucléaire fonctionnant sur la même durée. Aucun moyen de reconstituer cette référence de coût du nucléaire puisque les valeurs de ses différentes composantes, investissement, frais de fonctionnement, coûts de retraitement, etc., sont toutes secrètes. Tout au plus nous dit-on que le coût de l’uranium choisi est de 52 dollars la livre, mais pour souligner qu’il est négligeable dans le coût total, et que le taux de disponibilité retenu des nouvelles centrales est de 91 %, chiffre en contradiction totale avec ceux qu’on observe sur le parc actuel, qui voit son taux d’emploi stagner un peu en dessous de 80 %.

C’est une régression majeure par rapport au rapport de 2003 qu’on finit presque par regretter car, au moins, les différents coûts y étaient donnés, même s’ils étaient contestables et contestés puisque certains d’entre eux étaient de 25 % inférieurs à ceux de l’enquête approfondie « Charpin, Dessus, Pellat » effectuée trois ans plus tôt à la demande du Premier ministre. Le ministère s’était déjà, à l’époque, abrité derrière le secret pour éviter tout débat. Aujourd’hui, on passe donc la vitesse supérieure puisque le coût du nucléaire, non discutable et inconnu, devient la norme de référence.

Cette impression surréaliste est renforcée à la lecture des scénarios présentés par la DGEC à l’appui du PPI. A partir des prévisions de consommation électrique d’ici à 2020 établies en 2007 par RTE, l’exercice consiste à modéliser les différentes contraintes introduites par le Grenelle de l’environnement, en termes d’économies d’énergie, de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et de pénétration des énergies renouvelables à l’horizon 2020. Mais avec de surcroît un dogme de base, sans justification, comme pour tout dogme qui se respecte : le parc nucléaire se doit d’être renouvelé à l’identique en 2020.

On découvre alors qu’en 2020, on dispose de 140 TWh d’électricité nucléaire de trop, l’équivalent de la production d’une bonne douzaine d’EPR analogues à celui de Flamanville. De quoi certes faire plaisir à Areva, mais dont il faudra bien écouler la production. Qu’à cela ne tienne, nous dit-on, il suffira d’exporter plus de deux fois plus d’électricité à nos voisins qu’aujourd’hui ! Mais avec quelles lignes à très haute tension, et surtout à quel prix ?

Quand on sait que depuis plusieurs dizaines d’années les coûts prévisionnels du nucléaire affichés par le ministère de l’Industrie ont été systématiquement construits sur des hypothèses techniques délibérément optimistes qui se sont toujours trouvées prises en défaut et sur des coûts unitaires d’investissement ou de fonctionnement qui ont toujours été dépassés de plusieurs dizaines de pour-cent, on prend brutalement conscience de la bulle d’irréalité à laquelle la France risque de se trouver confrontée.

Quand elle découvrira, trop tard, que le dogme nucléaire s’est substitué à la rationalité économique, il faudra tenter d’écouler sur le marché européen une électricité de base bien plus chère que celle que nous exportons aujourd’hui grâce à des installations de production largement amorties. Et si, comme tente le président Sarkozy d’en convaincre nos voisins italiens, allemands ou anglais, ceux-ci se lancent aussi dans l’aventure, toutes les conditions seront réunies pour l’éclatement d’une bulle nucléaire qui viendra s’ajouter aux conséquences de la crise économique et sociale actuelle.

Il n’est pas trop tard pour reprendre l’exercice PPI sur des bases plus réalistes. Mais pour cela, il faudrait faire sortir le nucléaire du statut quasi religieux et secret qu’il connaît chez les décideurs de notre pays.

Le refus de l’immigration « choisie » Droits devant !! Reporterre 2009/01/06 Droits devant !! (6 janvier 2009) Le refus de l’immigration « choisie ». Reporterre. fr

Le refus de l’immigration « choisie »

La France tente de convaincre le Mali de signer un accord de « gestion concertée des flux migratoires ». Il se ferait au détriment des travailleurs maliens en France.

Mercredi 7 janvier, à Bamako, le gouvernement français, pour la 4e fois, tentera d’arracher au gouvernement malien la ratification de l’accord dit de « réadmission », de « gestion concertée des flux migratoires », autrement dit « d’immigration choisie ».

Cette proposition d’accord, déjà signé par 7 pays africains (Sénégal, Gabon, Cap Vert, Bénin…), repose sur un chantage pervers. : le gouvernement français, dans sa grande mansuétude, accordant au docile signataire la possibilité d’exporter à minima muscles et cerveaux vers l’hexagone pour répondre aux besoins d’un patronat en quête permanente de main d’œuvre flexible et bon marché.

En échange, le Consulat du Mali en France devra satisfaire à l’obsession répressive de Sarkozy et Hortefeux en délivrant à la police française un maximum de laissez-passer afin d’expulser du territoire des sans-papiers maliens vivant et travaillant en France, pour beaucoup depuis nombre d’années. Pauvre cerise sur le gâteau de ce marchandage impudique, la régularisation de 1.200 à 1.500 travailleurs sans-papiers maliens, sur les 35.000 à 40.000 présents en France !

Le gouvernement malien ne peut et ne doit ratifier cet accord léonin pour au moins deux raisons majeures :

- La délivrance accrue de ces laissez-passer enfoncera encore plus dans la paupérisation des milliers de familles maliennes qui survivent grâce au labeur et à l’apport financier permanent de leurs parents sans-papiers établis en France. En outre, ceux-ci sont les véritables acteurs du développement au Mali, les sommes envoyées par leurs soins permettant de construire dispensaires, puits, écoles… Et dépassant très largement les miettes octroyées par l’Aide Publique au développement française.

- En multipliant ces laissez-passer, le gouvernement malien se rend complice du racket exercé depuis des décennies par l’Etat français sur les travailleurs sans-papiers, encaissant, via l’URSSAF, ASSEDIC, Caisses de retraites… les milliards d’euros de cotisations dont aucun d’entre eux ne bénéficiera, notamment après une expulsion.

Cet accord n’est de fait que la continuité colonialiste dans laquelle s’inscrit sans ambages le gouvernement français. Le gouvernement malien, s’il le ratifiait, irait à l’encontre de la population malienne qui n’en peut plus d’assister au quotidien à l’humiliation de parents expulsés, arrivant les mains nues à l’aéroport de Bamako, après des années de « bons et loyaux services » rendus à l’Etat et au patronat français.

Après que des centaines de travailleurs sans-papiers maliens aient, de haute lutte, arraché leur régularisation à Sarkozy-Hortefeux grâce au mouvement de grève lancé le 15 avril avec la CGT et Droits devant !!, il appartient au gouvernement malien de prolonger cette dynamique en refusant non seulement cet accord, mais en exigeant du gouvernement français la régularisation globale de ses compatriotes.

Comme en d’autres occasions de mobilisation, cet appel fait écho à celui de l’Association Malienne des Expulsés (A.M.E.) avec laquelle nous convergeons.

Quoique présenté comme impliquant « démocratiquement » deux pays, cet accord est unilatéral, perpétuant l’hégémonie de l « ex » colonisateur sur l’ « ex » colonisé.

Nos luttes sont, seront et resteront quant à elles bilatérales.

Montagne : un nouveau projet de béton en site vierge Mountain Wilderness Reporterre 2009/01/08 Mountain Wilderness (8 janvier 2009) Montagne : un nouveau projet de béton en site vierge. Reporterre. fr

Montagne : un nouveau projet de béton en site vierge

La commune de Valloire, déjà connue pour son engagement contre la protection de l’environnement, matérialisé par la tristement célèbre Tansvalquad, vient de lancer un nouveau projet d’équipement en site vierge : la construction d’une extension du domaine skiable, sous prétexte de création d’un stade permanent de ski alpin sur la pointe des Ratissières.

Par une délibération lors de la réunion d’octobre 2008 du conseil municipal, la mairie de Valloire a décidé de demander des subventions pour le lancement d’un projet de stade permanent de ski alpin. La piste, d’une dénivelée de 930 m, sera desservie par deux remontées mécaniques jusqu’à une altitude de 2 500 m. Bien que le projet n’en fasse pas mention, l’équipement en canons à neige et les terrassement qui vont avec sont à prévoir.

Mountain Wilderness France vient d’adresser un courrier au maire de Valloire, faisant état de son opposition totale à ce projet. La première raison est la destruction d’un site vierge sans considération pour la nécessité de sauvegarder des espaces de nature dans l’intérêt des générations futures. La seconde tient à la procédure, que MW France considère illégale. Une décision de conseil municipal ne peut pas se substituer à la constitution d’un dossier de demande d’Unité touristique nouvelle, prévu par la loi.

MW France va suivre ce dossier avec vigilance, et engagera toutes les actions nécessaires pour faire échouer un projet inadapté aux réalités de la montagne du 21e siècle.

Adresse aux jeunes Grecs Des travailleurs d’Athènes Reporterre 2009/01/09 Des travailleurs d’Athènes (9 janvier 2009) Adresse aux jeunes Grecs. Reporterre. Tribune — fr

Adresse aux jeunes Grecs

Lettre ouverte des travailleurs d’Athènes aux étudiants, dans le contexte des bouleversements sociaux qui ont suivi l’assassinat policier d’un jeune garçon.

Notre différence d’âge et l’éloignement rendent difficile la discussion dans la rue ; c’est pourquoi nous vous envoyons cette lettre.

La plupart d’entre nous ne sont pas (pour l’instant) devenus chauves ou bedonnants. Nous avons fait partie du mouvement de 1990-1991, dont vous avez dû entendre parler. A l’époque et alors que nous occupions nos écoles depuis 30/35 jours, les fascistes tuèrent un enseignant parce qu’il avait outrepassé son rôle (qui est d’être un gardien) et qu’il avait rejoint le mouvement adverse ; il nous avait rejoint dans notre combat.

Alors même les plus forts d’entre nous rejoignirent la rue et ses émeutes. Pourtant, à l’époque, nous n’envisagions même pas ce que vous faites si facilement aujourd’hui : attaquer les commissariats (bien que nous chantions : "Brûlons les commissariats !"…).

Vous avez donc été plus loin que nous, comme il arrive toujours au cours de l’histoire. Bien sûr, les conditions sont différentes. Dans les années 90, ils nous firent miroiter des perspectives de succès personnel et certains d’entre nous y crurent. Maintenant plus personne ne peut croire leurs contes de fées. Vos grands frères nous l’ont prouvé durant le mouvement étudiant 2006/2007 ; votre tour, vous leur rédégueulez en pleine face leurs contes de fées.

Jusqu’ici tout va bien.

Maintenant les questions intéressantes mais difficiles vont apparaître.

Nous allons vous dire ce que nous avons appris de nos combats et de nos défaites (parce qu’aussi longtemps que ce monde ne sera pas le nôtre, nous serons toujours les vaincus) et vous pourrez vous servir comme vous le souhaitez de ce que nous avons appris.

Ne restez pas seuls ; faites appel à nous ; contactez autant de personnes que possible. Nous ne savons pas comment vous pouvez le faire, mais vous y arriverez certainement. Vous avez déjà occupé vos écoles et vous nous dites que la raison la plus importante est que vous n’aimez pas vos écoles. Impeccable.

Maintenant que vous les occupez, changez leur rôle. Partagez vos occupations de bâtiments avec d’autres personnes. Faites que vos écoles soient les premiers bâtiments à accueillir de nouvelles relations.

Leur arme la plus puissante est de nous diviser. De la même façon que vous n’avez pas peur d’attaquer leurs commissariats parce que vous êtes ensemble, n’ayez pas peur de nous appeler pour que nous changions nos vies tous ensemble.

N’écoutez aucune organisation politique (qu’elle soit anarchiste ou n’importe quoi d’autre). Faites ce que vous avez besoin de faire.

Faites confiance aux gens, pas aux idées et aux schémas abstraits.

Ayez confiance en vos relations directes avec les gens. Ne les écoutez pas quand ils vous disent que votre combat n’a pas de contenu politique et qu’il devrait en avoir un. Votre combat est le contenu. Vous n’avez que votre combat et il ne tient qu’à vous seuls de conserver son avance. C’est seulement votre combat qui peut changer votre vie, à savoir vous-même et vos vraies relations avec vos camarades.

N’ayez pas peur de la nouveauté. Chacun de nous en vieillissant a des idées gravées dans le cerveau. Vous aussi, bien que vous soyez jeunes. N’oubliez pas l’importance de cela. En 1991, nous avons senti l’odeur du nouveau monde et ne l’avons pas trouvé très agréable. On nous apprenait qu’il y a des limites à ne pas dépasser. N’ayons pas peur des destructions d’infrastructures. N’ayons pas peur des vols dans les supermarchés. Nous avons produit tout cela, c’est à nous. Comme nous dans le passé, vous avez été élevés pour produire des choses qui ensuite ne vous appartiennent plus. Reprenons tout cela et partageons-le. Comme nous partageons nos amis et notre amour parmi nous.

Nous nous excusons d’écrire cette lettre rapidement, mais nous l’avons écrite sur notre lieu de travail, à l’insu de notre patron. Nous sommes prisonniers du travail comme vous l’êtes de l’école.

Nous allons maintenant mentir à notre patron et quitter notre boulot sous un faux prétexte, pour vous rejoindre à Syntagma, les pierres à la main.

Les Français veulent « réformer le capitalisme en profondeur » TNS Sofres Reporterre 2009/01/10 TNS Sofres (10 janvier 2009) Les Français veulent « réformer le capitalisme en profondeur ». Reporterre. fr

Les Français veulent « réformer le capitalisme en profondeur »

Sacrés Français ! Ils sont les plus radicaux des Européens, selon un sondage TNS Sofres, et ne font pas confiance aux gouvernants pour changer le système.

A l’occasion du Colloque « Nouveau Monde, Nouveau Capitalisme » qui se tient les 8 et 9 janvier à Paris, Eric BESSON, Secrétaire d’Etat à la Prospective, à l’Evaluation des politiques publiques et au Développement de l’économie numérique, a demandé à TNS Sofres d’évaluer, au-delà de la crise, la perception du grand public à l’égard de l’avenir du système capitaliste en Europe.

TNS Sofres a réalisé une étude auprès de la population de 5 pays : France, Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Espagne. Une analyse complémentaire a été effectuée pour la France auprès des chefs d’entreprise de plus de 10 salariés.

En voici les principaux résultats :

Comment la crise actuelle est-elle perçue ?

L’ensemble des 5 pays européens interrogés est unanime : 81% estiment que cette crise remet en cause nos valeurs et nos façons de vivre. C’est notamment un sentiment partagé par 87% des Espagnols et des Anglais, 82% des Suédois, et dans une moindre mesure par 79% des Allemands et 74% des Français.

Au-delà de la crise, quel regard les 5 pays européens interrogés portent-ils sur le capitalisme ?

Doit-il être réformé, ou non, en totalité ou pas ? 52% des Européens souhaitent une réforme du système capitaliste sur quelques points (contre 31% une réforme en profondeur). L’opinion publique française se singularise : seuls 38% des Français veulent une réforme sur quelques points seulement, tandis que la majorité d’entre eux réclame une réforme en profondeur (53%).

Les pronostics des populations des différents pays montrent un certain scepticisme quant à la capacité du capitalisme à se réformer. Ainsi, 7% des Européens interrogés pensent que le système capitaliste sera réformé en profondeur (alors qu’ils sont 31% à le souhaiter) tandis que 35% estiment qu’il ne sera pas réformé (contre 11% qui le souhaitent).

Une demande d’intervention de l’État

Une majorité des personnes interrogées (51%) considère que l’État n’intervient pas assez dans la vie économique de leur pays. Cependant, des disparités existent entre les pays. En France, 59% de nos compatriotes estiment que l’État n’intervient pas assez dans la vie économique, et seulement 42% des chefs d’entreprise. A l’inverse, seuls 38% des Espagnols et 24% des Suédois pensent que l’État n’intervient pas assez.

Même configuration pour la protection sociale où l’intervention étatique est jugée insuffisante par 53% des populations européennes interrogées. En France, toutefois, les chefs d’entreprise jugent que l’État intervient trop (36%) ou comme il faut (36%).

Et une aspiration au retour des valeurs humanistes face à l’individualisme et au consumérisme

La consommation, l’individualisme et la recherche de la performance sont les valeurs qui ont pris le plus de place, selon les populations des 5 pays (respectivement 70%, 62% et 56% au niveau global), au cours des dernières années.

Mais lorsqu’ils s’expriment sur les valeurs qu’il faudrait privilégier dans les années à venir, le classement place au premier rang les valeurs collectives : le respect d’autrui (91%), le sens de la famille (88%) et la responsabilité individuelle (81%) constituent le peloton de tête.

Dans ce contexte de crise et méfiance, vers qui se tourner pour améliorer les choses ?

Dans les 5 pays européens, ce sont les acteurs suivants qui inspirent le plus confiance : les gouvernants (39%), les scientifiques (37%) et les enseignants (35%).

En France, 39% des Français (et 61% des chefs d’entreprise) pensent que cette amélioration viendra d’eux-mêmes. Les scientifiques remportent également leurs suffrages (39% des citations). Viennent ensuite les associations de citoyens (36% des réponses). Seuls 30% des Français citent les gouvernants.

A propos de l’étude « nouvelles formes du capitalisme » Etude réalisée par téléphone par TNS Sofres entre le 9 et 18 décembre, auprès d’échantillons représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus dans les pays suivants : Royaume-Uni (963 individus), France (952), Allemagne (942), Suède (485) et Espagne (956). Pour le volet chefs d’entreprise, un échantillon représentatif de 300 entreprises de plus de 10 salariés.

En finir avec le travail gratuit des jeunes Génération Précaire Reporterre 2009/01/13 Génération Précaire (13 janvier 2009) En finir avec le travail gratuit des jeunes. Reporterre. fr

En finir avec le travail gratuit des jeunes

Martin Hirsch « Haut Commissaire à la jeunesse » ? Qu’il s’occupe des stages non rémunérés !

Génération-Précaire apprend avec intérêt la nomination de Martin Hirsch au poste de Haut Commissaire à la jeunesse. « La jeunesse quitte enfin le giron du secrétariat d’Etat aux sports, c’est déjà quelque chose » exprime Lionel de Génération-Précaire.

Nous comptons sur Martin Hirsch pour rompre avec le néant qui a marqué les 18 premiers mois du mandat de Nicolas Sarkozy en matière de politique de jeunesse. Cette nomination redonne un semblant d’espoir. Nous attendons que le haut commissaire prenne les décisions qui sauront restaurer la confiance au sein d’une jeunesse fatiguée par l’immobilisme du gouvernement et touchée de plein fouet par la crise. "Au possible, il est tenu !" complète Fanny en paraphrasant le slogan du haut commissaire.

Alors que Valérie Pécresse et Xavier Bertrand avaient promis une véritable régulation des stages, la question est enlisée au Comité des Stages (STAPRO), structure qu’ils ont créée mais dont ils négligent les recommandations.

La pléthore de stages peu rémunérés est pourtant responsable pour une bonne part de l’insertion catastrophique de la jeunesse française, à peine mieux lotie que la grecque et sa génération 600 euros. Rappelons qu’en France, le stage est une brèche dans le droit du travail qui permet à une entreprise a de recruter du personnel compétent et de le rémunérer 398,13 euros par mois. Dans la fonction publique, la rémunération des stages semble tout bonnement enterrée.

Au global, la pauvreté touche plus les 18-25 ans : selon les statistiques de l’Insee, 23,2% des femmes et 18,9% des hommes de cet âge vivent sous le seuil de pauvreté, contre 13,2% pour l’ensemble de la population.

Génération Précaire compte peser dans les concertations annoncées et exprimer ses attentes en matière d’orientation, d’insertion professionnelle, et de place faite à la jeunesse en France. « Le gouvernement ne pourra pas faire l’économie de la question des revenus et de l’autonomie des 18-25 ans » précise Julien du collectif Génération-Précaire.

D’ici là, les militants de Génération-Précaire seront présents dans les défilés de la manifestation interprofessionnelle du 29 janvier pour rappeler que les précaires sont les premières victimes de la crise économique.

Les leçons du froid Denis Baupin Reporterre 2009/01/13 Denis Baupin (13 janvier 2009) Les leçons du froid. Reporterre. Tribune — fr

Les leçons du froid

La sensibilité de nos pays à la vague de froid démontre notre manque de préparation aux chocs climatiques à venir.

Rien de tel qu’un épisode climatique un peu atypique, comme celui que nous vivons depuis quelques jours, pour vérifier la forte vulnérabilité sociale, énergétique et économique de nos sociétés. Confirmation est donnée que la robustesse climatique reste à construire, qu’elle doit être anticipée et organisée. Et ce d’autant plus que l’épisode actuel est une bien pâle copie de ce qui pourrait nous attendre dans quelques années, et en pire encore, dans quelques décennies. Vulnérabilité sociale d’abord : comme chaque année, des dizaines de personnes mourront seules, de froid, dans la rue, dans les bois, ou chez elles, dans un pays qui est pourtant l’un des plus riches du monde, où le niveau de confort moyen n’a jamais été aussi élevé, mais où les disparités ne cessent de s’aggraver entre ceux qui se gavent au Fouquet’s et les victimes de ce vaste laminoir. On aurait aimé entendre le premier ministre français exprimer la même indignation face aux morts de la rue que pour dénoncer un aéroport et quelques autoroutes fermées : deux poids, deux mesures. On aurait aimé que les gigantesques moyens médiatiques mis en œuvre autour du sauvetage d’un navigateur ou d’un pilote du « Dakar », qui se sont mis eux-mêmes en danger dans la société du spectacle, soient déployés pour celles et ceux qui, à leur corps défendant, se retrouvent au ban de la société, loin des caméras. Y a-t-il des vies qui valent plus que d’autres ? Parce qu’elles sont médiatiquement plus valorisables ?

Organiser la robustesse sociale c’est pourtant le premier impératif si on veut que nos sociétés soient capables de résister aux crises à venir. Les solutions sont connues, qui permettraient de l’accroître en garantissant à chacun un socle de droits vitaux : un toit (en situation d’urgence évidemment, mais aussi de façon pérenne), un revenu universel (comme nous l’avions proposé au niveau parisien aux dernières municipales), l’accès à une alimentation saine (une « carte fruits et légumes » par exemple), etc. Mesures au coût certes non négligeable, mais tellement ridicule au regard des 400 milliards dégagés en quelques jours pour sauver les banques des errements des traders et banquiers. Et surtout, on peut se demander si, sans ce filet de protection sociale pour chacun, nos sociétés seront capables de rester civilisées et démocratiques face aux crises ?

Vulnérabilité énergétique et environnementale aussi : il a suffit de quelques jours de froid pour qu’apparaisse au grand jour l’extrême vulnérabilité du système énergétique (notamment électrique) français, et plus dramatiquement encore celle de l’Europe. On avait déjà pu constater il y a quelques mois, quand le prix du pétrole a commencé à croître, combien le mythe de « l’indépendance énergétique » française qui avait justifié le tout nucléaire français était mensonger (avec une facture pétrolière annuelle de près de 50 milliards d’euros). On a eu la confirmation pendant cette dernière semaine que même « l’indépendance électrique » française était un mythe : à chaque pic de consommation, le système électrique menace de sauter, se révèle extrêmement fragile aux extrémités du territoire (comme en Bretagne), et oblige à remettre en service des centrales thermiques les plus polluantes (voire même à importer !) pour satisfaire la pointe de la demande. La généralisation du chauffage électrique est bien une hérésie : dans le pays le plus nucléarisé du monde, il ne peut fonctionner que grâce aux centrales les plus émettrices de gaz à effet de serre ! Au niveau européen, cette vulnérabilité est encore bien plus patente, puisque, année après année, l’approvisionnement en gaz de certains des 27 se retrouve pris en otage – et ce de plus en plus brutalement – dans le bras de fer russo-ukrainien.

Organiser la robustesse énergétique est donc le second impératif. Là encore, attendre d’être en crise pour réagir, c’est être sûr d’échouer. Cette robustesse énergétique passe à la fois par une sécurisation de la production énergétique, dans laquelle les renouvelables peuvent jouer un rôle majeur : d’ores et déjà, la petite production éolienne française aura permis d’éviter la mise en service de 2 centrales thermiques. En 2020, si les objectifs européens sont atteints, c’est l’ensemble de la production thermique qui pourra être évitée. On est loin du rôle subalterne auquel certains voulaient cantonner les renouvelables. Mais la robustesse énergétique passe aussi, évidemment, par la réduction des consommations énergétiques : les réponses structurelles sont connues (isolation thermique, transports collectifs, etc.) mais elles ne sont pas instantanées. En attendant, il apparaîtrait simple et évident, en période de vulnérabilité énergétique, de supprimer les consommations inutiles pour consacrer l’énergie disponible aux besoins essentiels : il suffit de constater les résistances (idéologiques, médiatiques, techniques) à l’arrêt des illuminations des bâtiments publics ou des panneaux publicitaires à Paris, où je l’avais pourtant proposé depuis plusieurs jours (en phase avec une campagne associative sensibilisant les collectivités), pour confirmer que la capacité à répondre aux crises doit être anticipée. Précision utile : la robustesse énergétique de nos sociétés ne peut être pensée uniquement dans l’espace franco-français. Comment ne pas être révolté quand, dans un même journal télévisé, on nous montre des bulgares, des polonais, des italiens, etc. grelottant, victimes de l’interruption de livraison du gaz russe alors qu’il fait -15°C chez eux, et d’autre part des dirigeants français répétant en boucle « dormez tranquille, nous nous avons 70 jours de stocks ! ». Quel cynisme ! Quel égoïsme ! C’est ça la solidarité européenne ? Le rendez-vous électoral de juin prochain sera l’occasion de porter une toute autre vision, celle d’une Europe qui s’était construite autour du charbon et de l’acier et pourrait enfin construire une communauté de l’énergie durable. La vulnérabilité environnementale n’est d’ailleurs pas qu’énergétique : avec les pics de froid reviennent les pics de pollution. Là encore, quelle disproportion entre la gravité de l’alerte face à un air toxique (au point qu’on invite les enfants, les personnes âgées, les malades respiratoires à rester enfermés chez eux et à éviter toute activité !) et l’inaction des pouvoirs publics face aux sources de pollution, les automobilistes étant invités à rouler moins vite (avec l’inefficacité de ces invitations connue depuis des années) et bénéficiant du stationnement résidentiel gratuit ! Construire la robustesse environnementale de nos villes face à ces épisodes de pollution, c’est donc, ici aussi, anticiper, et prévoir de réelles restrictions de circulation et en conséquence un renforcement des transports collectifs, faute de quoi on continuera à s’apitoyer sur l’accroissement des maladies respiratoires, mais à donner priorité à ce qui les cause !

Enfin, conséquence des vulnérabilités sociales et énergétiques, cet épisode climatique est aussi source de vulnérabilité économique. La Commission Européenne a commencé à chiffrer le coût économique de cet épisode, notamment dans les pays les plus impactés par la rupture d’approvisionnement gazier. Une preuve supplémentaire que plus de mondialisation économique, c’est plus de dépendance, et donc plus de vulnérabilité. Construire la robustesse économique c’est donc privilégier l’indépendance énergétique et la relocalisation de l’économie.

Pour autant, ne nous leurrons pas : il faudra bien plus que les coups de menton d’un François Fillon, s’indignant qu’un pays moderne ne soit pas capable de faire fonctionner aéroports et autoroutes quelles que soient les conditions climatiques, pour que nous soyons capable de faire face aux aléas du dérèglement climatique. Un peu de modestie, de prise de conscience de l’incapacité des êtres humains à dominer la nature serait même bonnes conseillères : il est plus que probable que nous soyons entrés dans une phase de l’histoire de l’humanité où les contraintes naturelles imposeront plus fortement leur loi aux générations futures qu’aux générations qui les ont précédées (et ce pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, où la quête du « progrès » se résumait souvent à accroître le contrôle sur la nature). Une civilisation qui se voudrait robuste face à ce qui nous attend, une civilisation post-pétrole, devrait peut-être commencer par l’admettre et apprendre à distinguer les besoins réels de l’humanité qu’il faut préserver et le superflu dont nous devons désormais nous passer.

Des élus dinosaures veulent la Formule 1 en région parisienne Flins sans F 1 Reporterre 2009/01/14 Flins sans F 1 (14 janvier 2009) Des élus dinosaures veulent la Formule 1 en région parisienne. Reporterre. fr

Des élus dinosaures veulent la Formule 1 en région parisienne

Crise économique, changement climatique, besoin de nature ? Pour les brillants élus des Yvelines, cela n’existe pas. Ils ne rêvent que d’une chose : un circuit de béton pour faire tourner leurs petites voitures…

Une cinquantaine d’organismes (agriculteurs, associations environnementales, riverains, municipalités, organisations politiques, etc.) ont décidé d’unir leurs forces au sein du collectif « Flins sans F1 » pour dénoncer un projet qui a tout d’un non-sens économique, écologique et social. En effet, le Conseil général des Yvelines souhaite à tout prix la construction d’un circuit de Formule 1 sur les communes de Flins-sur-Seine et des Mureaux. Le fait que les terrains soient situés sur le deuxième plus grand captage d’eau potable d’Ile de France et qu’ils devaient servir à la mise en place d’un grand projet d’agriculture bio n’a visiblement pas été pris en compte par Pierre Bédier, Président du Conseil général 78. Pour s’y opposer, la résistance s’organise : 8 recours gracieux et 1 contentieux ont été déposés, et le collectif « Flins sans F1 » appelle la population à une manifestation, samedi 17 janvier, encadrée par les tracteurs des agriculteurs chassés par la F1.

Samedi 20 décembre, à la Mairie de Mézy-sur-Seine, riverains, associations et politiques annoncent à la presse la création du Collectif « Flins sans F1 ». Ils sont encore abasourdis par la décision du Conseil général 78 de préempter les terres de Flins et des Mureaux1. Et pour cause, cette décision est une injure au bon sens. En effet, le département souhaite construire un circuit de Formule 1 et est prêt à débourser 122 millions d’euros avec l’argent du contribuable local alors que la Formule 1 est en crise. La plupart des Grands Prix de F1 sont déficitaires et Max Mosley, Président de la Fédération Internationale de l’Automobile, a récemment lancé un cri d’alarme sur la viabilité économique de la F1. Pourquoi alors imposer à la population locale une telle pollution atmosphérique et sonore pour ce qui s’annonce être un véritable gouffre financier ? Pour créer des emplois ? Temporairement dans le BTP, sans doute, mais quand on sait le peu d’emplois pérennes générés par les circuits de F1 fonctionnant beaucoup avec des saisonniers, cet argument ne tient pas la route. De même, concernant le dynamisme de l’automobile : il est difficile de comprendre comment l’installation d’un circuit de F1 à Flins fera avancer la recherche française sur la conception de voitures plus économes préparant l’après pétrole. La volonté du collectif est de promouvoir une activité économique pérenne notamment dans le secteur de l’automobile et donc de dénoncer un projet totalement aberrant. Sur le plan écologique, les terrains choisis sont en partie non constructibles d’après le Plan de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) dernièrement adopté. Ils sont situés en bordure de Seine et sur un champ de captage alimentant une des plus grosses usines d’eau potable des Yvelines participant à l’approvisionnement en eau de près de la moitié des Yvelines et de la moitié de Hauts-de-Seine. La protection de l’eau devrait donc y être un enjeu prioritaire, non seulement pour des raisons écologiques mais également économiques.

(…) Enfin, avant que le Conseil Général ne mette le grappin sur ces terres, 3 jeunes agriculteurs venaient d’y être installés. En effet, après 7 mois de travail, de réunions et de négociations, la SAFER, organisme chargé de l’aménagement et du développement de l’espace rural, avait attribué mi-octobre les terrains à 1 céréalier et 2 maraîchers dans le cadre d’une dynamique régionale de développement de l’agriculture biologique. Cette décision avait été accueillie comme une excellente nouvelle en Ile de France où le foncier se fait si rare. Dans de telles conditions d’urbanisation, il sera difficile d’atteindre en 2012 les 6% de production bio prévus par le Grenelle de l’Environnement (l’Ile de France n’en compte actuellement que 0.78%).

Ce projet de circuit de Formule 1 s’avère donc incohérent à plus d’un titre et le Collectif s’étonne qu’il ait reçu le soutien de Christine Lagarde et de François Fillon. Où en sont les bonnes résolutions prises lors du Grenelle de l’Environnement ?

Le bilan de M. Hortefeux : la honte Collectif d’associations Reporterre 2009/01/14 Collectif d’associations (14 janvier 2009) Le bilan de M. Hortefeux : la honte. Reporterre. Tribune — fr

Le bilan de M. Hortefeux : la honte

Communiqué commun à : Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE) - réseau ELENA France - Emmaüs France - Fédération de l’entraide protestante (FEP) - La Cimade - Ligue des droits de l’Homme (LDH) - Réseau éducation sans frontières (RESF) - Secours Catholique - Syndicat des avocats de France (SAF)

M. Hortefeux quitte le ministère de l’Immigration. Le bilan qu’il présente à l’opinion ne pourra pas masquer la longue dérive dont il est l’acteur. Humanité, dialogue, équilibre : trois principes dont il se réclame et qu’il n’a cessé de renier.

Où était son humanité lors de l’incendie du centre de rétention de Vincennes, le 22 juin 2008, au lendemain de la mort d’une personne retenue ? Conséquence de l’obsession des quotas d’expulsion, la révolte des sans-papiers retenus à Vincennes est le symbole de la détresse quotidienne infligée par l’Administration à des dizaines de milliers de migrants : la traque, la séparation des familles, l’incompréhension et l’injustice des décisions, l’indifférence froide d’une politique répressive appliquée mécaniquement par un appareil d’Etat contraint de le faire.

Où est l’humanité de cette politique quand les exilés afghans ou irakiens dans le Calaisis sont livrés à eux-mêmes voire pourchassés par la police, tandis que les pouvoirs publics gênent voire interdisent aux associations humanitaires de leur apporter le minimum d’aide due à tout être humain ?

Où est le dialogue dont se prévaut M. Hortefeux ? Les associations et syndicats demandent une table ronde pour évoquer dans la clarté des critères de régularisation des travailleurs sans-papiers ? Refus. Plus de 50 organisations contestent une réforme du rôle de la société civile dans la défense des étrangers placés en rétention et sollicitent une réunion de concertation ? Fin de non-recevoir. Plus de 300 ONG d’Europe et d’Afrique demandent à être associées à la réflexion et aux débats lors du sommet Union européenne - Afrique sur l’immigration en novembre 2008 ? Elles ne seront ni consultées, ni invitées, ni même reçues en délégation symbolique.

L’équilibre ? De notre point de vue, la politique mise en œuvre a contribué surtout à renforcer des mesures répressives. Obsédée par l’expulsion des sans-papiers, la présidence française de l’Union européenne (UE) n’a rien fait pour freiner l’adoption de la « directive de la honte » par le Conseil des ministres, la veille du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Sur le plan bilatéral, le ministre a exercé une pression considérable pour obtenir la signature d’accords entre la France et plusieurs Etats africains afin que ceux-ci acceptent plus facilement l’expulsion de leurs propres ressortissants, et même ceux d’Etats tiers.

Quant au fameux « Pacte européen sur l’immigration » que M. Hortefeux a proposé aux 27 Etats de l’UE, il ne comporte aucune orientation nouvelle, sinon la perspective de moyens accrus consacrés aux dispositifs sécuritaires.

Du sommet européen sur l’intégration tenu à Vichy - maladresse ? - on retiendra l’annonce de l’apprentissage obligatoire de la « Marseillaise » pour tout candidat à l’immigration, alors que les crédits prévus pour l’intégration des étrangers subiront en France une réduction d’ampleur en 2009, au détriment de l’action de terrain des associations.

Ces vingt mois de ministère de l’immigration et de l’identité nationale montrent que la mise en oeuvre d’une politique de "fermeté et d’humanité" peut rapidement basculer dans une inacceptable brutalité. Au moment où M. Hortefeux s’en va, nous souhaitons ardemment un changement de politique !

Le ministère freine l’agriculture paysanne Semences paysannes Reporterre 2009/01/15 Semences paysannes (15 janvier 2009) Le ministère freine l’agriculture paysanne. Reporterre. fr

Le ministère freine l’agriculture paysanne

L’échange des semences est un outil essentiel du maintien de la biodiversité. Mais il reste sévèrement limité.

Le Ministère de l’agriculture a publié le 6 janvier un arrêté ouvrant en annexe du catalogue officiel un registre « variétés de conservation » qui fige la biodiversité et menace les droits des agriculteurs.

Dès 1998, une directive européenne demande aux Etats de permettre la commercialisation de semences favorisant la conservation de la biodiversité « in situ », c’est-à-dire dans les champs des paysans, ou adaptées à l’agriculture biologique. Après dix ans de blocage par l’industrie semencière, une deuxième directive très restrictive limitée aux plantes de grandes culture agricoles et aux pommes de terre a été promulguée en juin 2008. C’est cette directive qui est transposée par l’arrêté du 6 janvier.

Ce nouveau registre autorise la culture d’un petit nombre de variété momifiées. Il reste limité aux variétés anciennes, produites à de très faibles volumes, dans des aires géographiques limitées et dans le respect des règles d’homogénéité et de stabilité qui permettent aux semenciers de s’approprier une variété avec un Certificat d’Obtention Végétale. De plus, en promettant la gratuité de l’inscription uniquement pour le premières variétés candidates, il siffle déjà la fin prochaine de la récréation : comment en effet amortir des frais d’inscription de variétés qui ne pourront être cultivées que sur quelques dizaines d’hectares ?

Les paysans ont de tout temps échangé des semences aussi au-delà des frontières, ce qui a donné une nouvelle vie à de nombreuses variétés disparues dans leur région d’origine : on ne le les conservera pas en leur interdisant de voyager.

Les paysans ont aussi conservé la biodiversité dans les champs en développant la diversité et la variabilité des populations de plantes cultivées pour leur permettre de s’adapter sans produits chimiques aux évolutions de leur environnement. Aucune de ces variétés « population » n’est homogène ni stable : c’est pour cela qu’elles n’ont pas pu être inscrites au catalogue officiel et que tout échange de leurs semences est interdit, ce qui les condamne à disparaître. On ne les sauvera pas avec les mêmes normes qui les ont éliminées depuis cinquante ans.

En excluant ainsi toutes les variétés « populations » anciennes ou récemment sélectionnées, le Ministère va à l’encontre de la volonté des parlementaires qui, à l’unanimité, ont exigé leur reconnaissance lors du vote de la loi Grenelle I en octobre dernier. Aurait-on déjà décidé la suppression de cette ouverture lors de l’examen de la loi par les sénateurs le mois prochain, comme le réclame le lobby des semenciers ?

Il faut socialiser le système bancaire Thomas Coutrot Reporterre 2009/01/15 Thomas Coutrot (15 janvier 2009) Il faut socialiser le système bancaire. Reporterre. Tribune — fr

Il faut socialiser le système bancaire

Quitte à socialiser, pourquoi diable, en effet, ne socialiser que les pertes ?

La toute nouvelle « Société de Prises de Participation de l’État » vient d’injecter, pour commencer, 10 milliards d’euros dans les principales banques françaises. Il s’agit, tout à fait officiellement, de rassurer les marchés et les clients sur la solvabilité de ces banques, de les sauver du naufrage qui s’annonçait, puis, une fois la crise passée, de privatisatiser à nouveau les banques pour les rendre assainies à leurs actionnaires. Comble du cynisme, l’État ne réclame même pas de droits de vote dans les conseils d’administration des banques, puisque les fonds injectés prennent la forme d’obligations et non d’actions. Madame Lagarde se contente de demander aux banquiers des « engagements de nature économique et éthique »...

Bien sûr, avant de reprivatiser, on aura instauré quelques garde-fous dans l’espoir d’éviter l’éclosion immédiate d’une nouvelle bulle financière : autorégulation des rémunérations des dirigeants et des traders, appels à une plus grande « transparence », renforcement des règles prudentielles, réglementation de certains marchés (tels les produits dérivés), voire même limitation des activités des paradis fiscaux. Mais surtout, ne rien faire qui mette en cause le droit des actionnaires à gérer « leurs » entreprises comme ils l’entendent, selon la seule logique du profit maximum. Les piliers de la mondialisation néolibérale seront soigneusement préservés : libre circulation des marchandises et des capitaux, « gouvernance d’entreprise » dans l’intérêt exclusif des actionnaires, reprise – dès que possible – de la réduction des dépenses publiques et de la fiscalité sur le capital, etc. Avec des conséquences sociales bien connues, encore aggravées par la crise : précarisation, délocalisations, chômage, inégalités, délitement des solidarités sociales...

Pourtant, comme le disent depuis longtemps – dans l’indifférence générale - les économistes critiques, cette crise était inscrite dans les gènes du néolibéralisme : un régime de croissance capitaliste inégalitaire qui repose sur la consommation des riches et l’endettement de tous, n’est pas viable. D’autant moins que sa course folle le pousse à marchandiser les moindres recoins de la vie et de la planète, à dilapider les ressources non renouvelables et à accélérer sans retour le changement climatique.

Le financement de l’activité productive, la stabilité financière sont des biens publics qui, la preuve en est faite, ne peuvent être laissés entre les mains irresponsables d’actionnaires préoccupés de leurs seuls rendements, aidés par des « régulateurs » complices, tels MM. Greenspan, Bernanke ou Trichet. Pour éviter de réamorcer une nouvelle bulle, il faut repenser les finalités mêmes et les modes de gouvernement des entreprises, à commencer par les banques. Leur rôle est de financer l’économie, pas de construire des châteaux de cartes pour les investisseurs financiers. Sans même parler des faillites, le cours des actions des banques européennes est en train de tomber à un niveau où il devient possible pour les États d’acheter l’essentiel à bon compte. Il faut saisir cette occasion pour entreprendre de socialiser non pas les pertes mais le système bancaire lui-même. Socialiser, ce n’est pas nationaliser pour redresser et revendre, ce n’est pas non plus étatiser pour s’en remettre à une gestion technocratique : c’est mettre en place les outils qui permettront de financer des activités utiles socialement et écologiquement, choisies démocratiquement, créatrices d’emplois, de revenus, de cohésion sociale. La France, l’Europe, vont être touchées dans les mois et années à venir par une flambée du chômage. Il y a urgence à développer des investissements massifs, publics et privés, dans des programmes coordonnés d’innovation et de développement concernant les économies d’énergie (en particulier dans le bâtiment et les transports), les énergies renouvelables, l’agriculture paysanne et biologique, les services publics et de proximité...

Une socialisation du système bancaire au niveau national mais aussi – l’ampleur de la crise l’exige - européen, passerait par la création de sociétés coopératives d’intérêt collectif : en France existent les « SCIC », dans d’autres pays européens les « entreprises sociales », on pourrait créer un tel statut au niveau de l’Union. Au Conseil d’administration de ce type de banques, qui pourraient être créées au niveau régional, national et européen, les pouvoirs publics - régions, États nationaux ou Commission européenne - auraient la majorité des voix ; seraient aussi représentés, dotés de minorités de blocage, les salariés du système bancaire (via des représentants élus), les PME, les collectivités locales (pour tenir compte de la diversité territoriale) et la société civile, en particulier les syndicats, les usagers et les associations écologistes. Dans le cadre de politiques macroéconomiques durables, définies par les pouvoirs publics élus aux plans national et européen, ces coopératives bancaires pourraient pratiquer des taux d’intérêt modulés en fonction de l’utilité sociale et écologique des projets. Une Banque centrale européenne profondément réformée aurait pour tâche de surveiller ce système, d’en assurer l’équilibre de façon à prioriser l’emploi, la cohésion sociale, la préservation de l’environnement, tout en contenant les dérapages inflationnistes. La privatisation du système bancaire a échoué, son étatisation pure et simple n’est pas souhaitable, surtout si elle se limite à socialiser les pertes. La création d’un pôle bancaire socialisé et démocratisé est seule de nature à réorienter l’économie européenne vers un sentier de développement durable. Dans une période où les dogmes d’hier, qu’on avait voulu graver dans le marbre des traités européens, sont foulés aux pieds par leurs zélotes mêmes, les citoyens sont fondés à exiger que la démocratie prenne les commandes de l’économie.

Le chemin du post-capitalisme Hervé Kempf Reporterre 2009/01/16 Hervé Kempf (16 janvier 2009) Le chemin du post-capitalisme. Reporterre. Tribune — fr

Le chemin du post-capitalisme

Sarkozy et Rocard vont dans le même bateau. Il chavire. Tout le monde tombe à l’eau.

Est-ce que le capitalisme peut survivre à la crise ? C’était la question posée en filigrane lors du colloque organisé par le secrétariat d’Etat chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial Times, jeudi 8 janvier 2009 à Paris, sous le titre « Nouveau monde, nouveau capitalisme ».

Tout avait été organisé pour rester dans les rails de l’ordre économique établi, comme le soulignait ironiquement Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : « L’ordre du jour ne comporte pas l’examen d’alternatives au capitalisme - par parenthèse, ce n’est pas pour autant que j’adhère à l’idée qu’il n’y a pas d’alternative -, je ferme la parenthèse, pour rester politiquement correct. »

Mais la journée s’est déréglée, et, sous les apparences policées d’un colloque officiel, la gravité de la crise a imposé la remise en cause des idées reçues. Certes, M. Sarkozy tentait d’isoler le virus, accablant la finance pour sauver l’essentiel : « Le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme. (...) Le capitalisme, c’est l’effort, c’est le travail, c’est l’esprit d’entreprise, c’est la propriété privée, c’est l’investissement à long terme. (...) Mais la crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme. (...) Elle n’appelle pas à la destruction du capitalisme, qui serait une catastrophe, mais à sa moralisation. »

Michel Rocard, député européen socialiste, venait à l’appui du conservatisme de M. Sarkozy : « Il faut commencer par cela : nous voulons conserver le capitalisme ! » Qu’elles étaient loin les paroles de Jean Jaurès dans son célèbre débat avec le marxiste Jules Guesde : « Le Parti socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste. »

Mais l’unanimité de façade allait se lézarder grâce au rappel à la réalité opéré par Angela Merkel, la chancelière allemande : « Les pays industrialisés doivent absolument comprendre que nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Nous avons fait un emprunt sur l’avenir sans en avoir produit la contre-valeur dans l’économie réelle, et à la longue, cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences graves. » Et pour ceux qui ne voudraient pas entendre, elle disait à nouveau par deux fois : « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens », s’inquiétant de l’endettement sidérant que les marchés financiers, puis les gouvernements, ont accumulé.

Dès lors, il était clair que le problème n’était pas simplement dans un mauvais fonctionnement du système financier. Plusieurs experts allaient répéter ce que résumait Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie : « Ce n’est pas seulement une défaillance des marchés financiers, c’est beaucoup plus profond. » En fait, observait l’économiste Jean-Paul Fitoussi, « le capitalisme est une forme d’organisation historique et située, née des décombres de l’Ancien Régime. Ce qui signifie que son destin n’est pas écrit dans le marbre ».

Il apparaissait ensuite qu’il faut chercher dans la question sociale les racines de l’expansion énorme de la bulle financière et de l’endettement. Les « rémunérations extravagantes et l’explosion des inégalités » ont conduit au dérèglement du système global. Selon M. Fitoussi, « la crise financière n’est que le symptôme d’une crise latente qui existait depuis les années 1980 - une crise de la répartition des revenus : pour pouvoir maintenir les niveaux de consommation, il a fallu que les ménages et les Etats s’endettent. Cet endettement était pain bénit pour le système financier, qui a prêté à ceux qui ne pouvaient plus consommer. Et c’est là que le déséquilibre financier s’est révélé : on ne peut pas prêter à ceux qui ne peuvent rembourser ».

Mais il a fallu attendre l’intervention de Wouter Bos, le ministre travailliste des finances des Pays-Bas, pour que la conclusion soit tirée : la réduction de l’endettement, donc la baisse de la consommation globale, ne pourra se faire qu’accompagnée d’une réduction des inégalités. M. Bos résumait avec humour combien la crise a bouleversé le cadre de pensée : « La première chose que j’ai faite pour montrer combien j’étais un leader socialiste moderne a été, en 2003, de rédiger une déclaration de principes. La façon de montrer au monde que le leader socialiste est moderne était d’effacer la ligne disant que les sociaux-démocrates devraient nationaliser les banques. C’est ce que j’ai fait. Ainsi, j’étais moderne... Il y a deux mois, on a nationalisé les banques ! »

Si M. Bos a redit ce qu’avaient dit de nombreux intervenants sur la nécessité de réguler les marchés financiers - au point que c’est un lieu commun dont on attend qu’il se traduise en actes -, il a été plus loin : « Nous ne devrions pas penser que nous allons sortir du système seulement en ayant plus de régulation du profit et une meilleure supervision. (...) La société capitaliste a besoin d’une discussion sur un nouvel équilibre entre ’nous voulons toujours plus’ et ’nous avons assez’, entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses. » M. Bos ne se contente pas de mots : aux Pays-Bas, où il y a une vraie réglementation sur la rémunération des dirigeants, il pèse pour plafonner ces rémunérations, c’est-à-dire pour le revenu maximal admissible.

M. Bos allait remettre une autre pendule à l’heure, en relativisant l’importance des troubles économiques : « La crise financière n’est pas le plus grave problème auquel fait face le système capitaliste. La crise climatique va progressivement devenir plus importante, et la crise alimentaire persiste, alors que nous n’avons toujours pas réussi à la régler. Ces deux crises sont bien plus fondamentales que la durabilité du capitalisme. Elles nous posent un défi moral immense, mais peuvent être intelligemment liées à la solution de la crise financière. »

Au terme de ce colloque s’est ainsi dessiné ce que pourrait être le chemin du postcapitalisme, n’en déplaise aux « conservateurs » comme MM. Sarkozy et Rocard : réduction de la surconsommation par l’apurement de l’endettement ; justice sociale par réduction des inégalités ; internalisation des coûts environnementaux (évoquée par le député canadien Thomas Mulcair) pour parer au péril écologique. Il n’aura manqué que l’interrogation sur la propriété des moyens de production - les formes coopératives de production ne sont-elles pas plus efficaces que le modèle de l’entreprise privée ? - pour ouvrir la porte aux alternatives regrettées par M. Lamy. Mais au train où la réalité fait évoluer les esprits, on peut penser que cette question encore provocatrice pénétrera bientôt les cénacles officiels.

Préparez le 1e avril... Attac Reporterre 2009/01/16 Attac (16 janvier 2009) Préparez le 1e avril.... Reporterre. fr

Préparez le 1e avril...

... pour répondre à l’immense poisson que nous a fait la finance !

Plus de 150 représentants de syndicats, de groupements paysans, de mouvements de solidarité internationale, de groupes écologistes, d’ONG de développement, de groupes de migrants, de mouvements confessionnels, de groupes de femmes, de mouvements de “sans”, de mouvements étudiants et de jeunes et d’organisations luttant contre la pauvreté venus de toute l’Europe se sont rassemblés les 10 et 11 Janvier 2009 à Paris afin d’analyser collectivement les crises actuelles, de développer des stratégies communes et de débattre de demandes et d’alternatives conjointes en réponses à ces crises.

Alors que la crise financière et économique s’intensifie, des millions de femmes et d’hommes perdent leur emploi, leur logement et voient leurs conditions de vie se dégrader. Des dizaines de millions d‘entre eux vont s’ajouter au 1,4 milliard de personnes qui vivent déjà dans l’extrême pauvreté. Les crises aggravent la situation sociale, écologique, culturelle et politique dans laquelle vit la majorité de la population de notre planète.

En dépit de l’échec évident et prévisible du modèle économique actuel, les dirigeants politiques répondent en essayant de préserver un système qui est précisément responsable de ces crises. Les gouvernements ont été prompts à offrir leur garantie aux banques, aux grands actionnaires et à leurs alliés du monde de la finance, avec des centaines de milliards d’argent public. Pour résoudre le problème, ils nomment des banquiers et des responsables de multinationales : les mêmes acteurs qui ont suscité ces crises. Les travailleurs, les chômeurs, les pauvres – tous ceux qui sont touchés- n’ont reçu aucune aide dans leur combat quotidien pour joindre les deux bouts et, pour couronner le tout, ils sont maintenant supposés payer l’addition.

Les propositions des gouvernements pour gérer la crise économique qui se déploie ne s’attaquent pas aux autres dimensions de la crise que nous devons affronter aujourd’hui – justice globale, crise alimentaire, crise climatique, crise énergétique – et par là même au besoin de transformer le système économique en un modèle qui nous permettrait de satisfaire les besoins fondamentaux de tou-te-s, de garantir tous les droits humains et de restaurer et préserver les bases écologiques de la vie sur notre planète.

Le moment est venu du changement !

Nous pouvons construire un système qui fonctionne au service des peuples et de l’environnement, un système qui réponde aux besoins de tous, un système basé sur les principes de l’intérêt collectif, de l’équité mondiale, de la justice, de la durabilité environnementale et du contrôle démocratique.

Comme premier pas, des mesures immédiates doivent être mises en oeuvre pour répondre aux impacts sociaux des crises sur les populations, tout en soutenant une transformation écologique de l’économie.

Nous appelons tous les mouvements sociaux d’Europe à s’engager dans un processus de changement. Pour commencer, nous appelons les mouvements à :

- s’engager dans la mobilisation massive pour la manifestation majeure de Londres le 28 Mars 2009, en amont de la réunion du G20, ou à investir les rues de leurs propres pays ce même jour pour faire entendre leurs voix. Vingt gouvernements ne peuvent décider seuls du futur du système économique et financier mondial.

- mettre en place une journée d’action dans la semaine du G20, du 30 mars au 5 avril, de préférence le 1er Avril (Financial Fool’s Day / poisson d’avril de la finance) partout dans le monde, pour mettre en lumière l’irresponsabilité du pouvoir financier et promouvoir un contrôle démocratique de la finance.

Cette réunion est un pas en avant dans un processus de long terme visant à construire des espaces de rencontre pour les réseaux européens. Reconnaissant et s’appuyant sur les mobilisations passées et futures des mouvements sociaux et des organisations de la société civile en Europe et à travers le monde, ce processus se nourrit des efforts déployés dans le Forum social européen et ailleurs pour construire une Europe démocratique et socialement et écologiquement soutenable. Nous nous engageons à accroître la coopération et la communication entre nos réseaux et organisations dans le but de mettre en oeuvre les conditions d’une mobilisation durable et de développer des alternatives partagées. Nous nous engageons à soutenir et encourager les populations à faire entendre leurs voix pour remodeler leurs sociétés.

Un enjeu de l’agression contre Gaza : le gaz en mer Michel Chossudovsky Reporterre 2009/01/18 Michel Chossudovsky (18 janvier 2009) Un enjeu de l’agression contre Gaza : le gaz en mer. Reporterre. Monde fr

Un enjeu de l’agression contre Gaza : le gaz en mer

Des réserves de gaz existent au large de Gaza. Elles appartiennent aux Palestiniens. L’Etat israélien essaye depuis des années de s’en emparer.

L’invasion militaire de la Bande de Gaza par les Forces israéliennes, est directement liée à la possession et au contrôle de réserves stratégiques de gaz en mer.

Il s’agit d’une guerre de conquête : on a découvert de vastes réserves de gaz au large du littoral de Gaza en 2002.

Dans un accord signé en novembre 1999, l’Autorité palestinienne (AP) a garanti des droits de prospection de gaz et de pétrole d’une durée de 25 à British Gas (BG Group) et à son partenaire situé à Athènes, Consolidated Contractors International Company (CCC), une propriété des familles libanaises Sabbagh et Koury.

Ces droits sur les gisements de gaz en mer sont de 60 % pour British Gas, de 30 % pour Consolidated Contractors, et de 10 % pour le Fonds d’investissement palestinien. (Haaretz, 21 octobre 2007) L’accord AP-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d’un gazoduc. (Middle East Economic Digest, 5 janvier 2001).

La licence de BG couvre toute la zone maritime située au large de Gaza, laquelle est contigüe à plusieurs installations gazières israéliennes. Il convient de souligner que 60 % des réserves de gaz le long du littoral de Gaza et d’Israël appartiennent à la Palestine. BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l’ordre de 1,4 milliards de pieds cubes, évaluées à environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La dimension des réserves de gaz palestiniennes pourrait s’avérer largement supérieure.

Qui possède les réserves de gaz ?

La question de la souveraineté sur les gisements gaziers de Gaza est cruciale. D’un point de vue légal, ces réserves appartiennent à la Palestine.

La mort de Yasser Arafat, l’élection du gouvernement du Hamas, ainsi que la débâcle de l’Autorité Palestinienne ont permis à Israël de prendre de facto le contrôle de ces réserves.

British Gas (BG Group) a négocié avec le gouvernement de Tel-Aviv. En revanche, le gouvernement du Hamas n’a pas été consulté en ce qui a trait à la prospection et l’exploitation des gisements gaziers.

L’élection du premier ministre Ariel Sharon en 2001 fut un tournant majeur dans cette affaire. À l’époque, la souveraineté de la Palestine sur les réserves gazières en mer était contestée à la Cour suprême d’Israël. M. Sharon affirmait sans ambiguïté qu´« Israël n’achèterait jamais de gaz de la Palestine », suggérant ainsi que les réserves marines de Gaza appartenaient à Israël.

En 2003, Ariel Sharon a opposé son veto à un premier accord, qui aurait permis à British Gas d´approvisionner Israël en gaz naturel provenant des puits marins de Gaza (The Independent, 19 août 2003).

La victoire électorale du Hamas en 2006 a contribué à la chute de l’Autorité Palestinienne, par conséquent confinée à la Cisjordanie sous le régime mandataire de Mahmoud Abbas.

En 2006, British Gas « était sur le point de signer un accord pour acheminer le gaz en Égypte. » (Times, 28 mai 2007). Selon les reportages, le premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair est intervenu pour le compte d’Israël pour faire capoter l’accord avec l’Égypte.

L’année suivante, en mai 2007, le Cabinet israélien a approuvé une proposition du premier ministre Ehud Olmert, « d’acheter du gaz de l’Autorité Palestinienne. » Le contrat proposé était de 4 milliards de dollars et les profits envisagés à 2 milliards de dollars, dont un milliard irait aux Palestiniens.

Toutefois, Tel-Aviv n’avait aucune ’intention de partager ses recettes avec la Palestine. Une équipe de négociateurs israéliens a été constituée par le Cabinet israélien afin d’arriver à un accord avec le BG Group en écartant à la fois le gouvernement du Hamas et l’Autorité Palestinienne :

« Les autorités de la Défense israéliennes veulent que les Palestiniens soient payée en biens et en services, et insistent pour que le gouvernement du Hamas ne reçoive aucun argent. »

L’objectif était avant tout de rendre caduc le contrat signé en 1999 entre le groupe BG Group et l’Autorité Palestinienne., alors sous Yasser Arafat.

En vertu de l’accord proposé en 2007 avec BG, le gaz palestinien des puits marins de Gaza devait être acheminé au port israélien d’Ashkelon par un gazoduc sous-marin, transférant ainsi à Israël le contrôle de la vente du gaz naturel.

Le plan a échoué et les négociations ont été suspendues :

« Le chef du Mossad, Meir Dagan, s´est opposé à la transaction pour des raisons de sécurité, craignant que les recettes engrangées ne servent à financer le terrorisme (Membre de la Knesset Gilad Erdan, allocution à la Knesset sur « Les intentions du vice-premier ministre Ehud Olmert d’acheter du gaz des Palestiniens alors que les paiements profiteront au Hamas », 1er mars 2006, cité dans l´article du lieutenant-général (à la retraite) Moshe Yaalon, Does the Prospective Purchase of British Gas from Gaza’s Coastal Waters Threaten Israel’s National Security ? Jerusalem Center for Public Affairs, octobre 2007)

L’intention d´Israël était d’éviter la possibilité que des redevances soient payées aux Palestiniens. En décembre 2007, BG Group s´est retiré des négociations avec Israël, et, en janvier 2008, ils ont fermé leur bureau en Israël. (site Internet de BG).

Selon des sources militaires israéliennes, le plan d’invasion de la bande de Gaza, nommé l’« Opération Cast Lead » (Opération Plomb durci) a été mis en branle en juin 2008 :

"Des sources de la Défense ont déclaré qu’il y a six mois [en juin ou avant], le ministre de la Défense Ehoud Barak a demandé aux Forces Israéliennes de se préparer pour cette opération, bien qu´Israël ait commencé à négocier un accord de cessez-le-feu avec le Hamas. (Barak Ravid, Operation "Cast Lead" : Israeli Air Force strike followed months of planning, Haaretz, 27 décembre 2008)

Durant ce même mois, les autorités israéliennes ont contacté British Gas afin de reprendre des négociations cruciales relativement à l’achat du gaz naturel de Gaza :

« Les directeurs général du Trésor et du ministère des Infrastructures nationales Yarom Ariav et Hezi Kugler ont convenu d’informer BG qu’Israël souhaitait renouer les pourparlers. Les sources ont ajouté que BG n’a pas encore répondu officiellement à la requête d’Israël, mais que des cadres de la compagnie viendraient probablement en Israël dans quelques semaines afin de discuter avec des officiels du gouvernement. » (Globes online- Israel’s Business Arena, 23 juin 2008)

Chronologiquement, la décision d’accélérer les négociations avec British Gas (le Groupe BG) coïncidait avec la planification de l’invasion de Gaza amorcée en juin. Il semble qu’Israël s’empressait de conclure un accord avec BG Group avant l’invasion, dont la planification était déjà à un stade avancé.

Qui plus est, ces négociations étaient menées par le gouvernement d’Ehoud Olmert, qui était au courant qu’une invasion militaire était planifiée. Selon toute vraisemblance, le gouvernement israélien envisageait aussi un nouvel accord politico-territorial « d’après-guerre » pour la bande de Gaza.

En fait, les négociations entre British Gas et les officiels israéliens étaient en cours en octobre 2008, soit 2 à 3 mois avant le début des bombardements le 27 décembre.

En novembre 2008, les ministères israéliens des Finances et des Infrastructures nationales ont sommé Israel Electric Corporation (IEC) d’entamer des négociations avec British Gas concernant l’achat de gaz naturel de ses concessions en mer à Gaza. (Globes, 13 novembre 2008)

Yarom Ariav, directeur général du ministère des Finances, et Hezi Kugler, directeur général du ministère des Infrastructures Nationales, ont écrit récemment à Amos Lasker, chef de la direction d´IEC, l’informant de la décision du gouvernement de permettre aux négociations d’aller de l’avant, conformément à la proposition cadre approuvée plus tôt cette année.

Il y a quelques semaines, le conseil d´administration d´IEC, dirigé par le président Moti Friedman, a approuvé les principes de la proposition cadre. Les pourparlers avec BG Group commenceront dès que le conseil d´administration approuvera l’exemption pour l´offre. (Globes, 13 novembre 2008)

L’occupation militaire de Gaza a pour but de transférer la souveraineté des gisements gaziers à Israël, en violation du droit international.

À quoi pouvons-nous nous attendre après l’invasion ?

Quelle est l’intention d’Israël en ce qui concerne le gaz naturel de la Palestine ?

Y aura-t-il un nouvel arrangement territorial, avec le stationnement de troupes israéliennes et/ou la présence de « forces de maintien de la paix » ?

Assisterons-nous à la militarisation de la totalité du littoral de Gaza, lequel est stratégique pour Israël ?

Les gisements gaziers palestiniens seront-ils purement et simplement confisqués, et la souveraineté israélienne sur les zones maritimes de la bande de Gaza sera-t-elle déclarée unilatéralement ?

Si cela devait arriver, les gisements gaziers de Gaza seraient intégrés aux installations adjacentes d’Israël en mer.

Ces diverses installations en mer sont aussi reliées au couloir de transport énergétique d´Israël, qui se prolonge du port d’Eilat, port maritime terminal du pipeline sur la Mer Rouge, au terminal du pipeline à Ashkelon, et vers Haïfa au nord. Le corridor se rattacherait éventuellement par un pipeline israélo-turc, actuellement à l’étude, au port turc de Ceyhan.

Ceyhan est le terminal du pipeline Trans-Caspien Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). « On envisage la liaison du pipeline BTC au pipeline Trans-Israel Eilat-Ashkelon, aussi connu sous le nom d’Israel´s Tipline. » (Voir Michel Chossudovsky, The War on Lebanon and the Battle for Oil, Global Research, 23 juillet 2006).

Une manifestation sous Sarkozy Sylvian Mary, FSU Reporterre 2009/01/20 Sylvian Mary, FSU (20 janvier 2009) Une manifestation sous Sarkozy. Reporterre. fr

Une manifestation sous Sarkozy

Le libre droit des citoyens de manifester ? Certes. Le récit qui suit montre cependant l’attitude systématiquement répressive adoptée par le pouvoir en place.

Dès 8H30 [le 12 janvier 2009], enseignants, parents d’élèves et militants partent de l’IUFM pour une action « Éducation ». Objectif : approcher l’école visitée par Nicolas Sarkozy et faire entendre notre mécontentement. La ville est quadrillée par des gardes mobiles et des CRS.

Le parcours de la manifestation a été défini avec la préfecture et nous avons l’accord de celle-ci pour aller jusqu’au Rd point de la grande surface proche de l’école en question.

A plusieurs reprises, le parcours convenu est remis en cause par les forces de l’ordre.

Nous comprenons rapidement que les promesses du préfet ne seront pas tenues... D’ailleurs, il apparaît rapidement que c’est Paris qui pilote St Lô et que gardes mobiles et CRS parisiens (une sorte de « garde rapprochée » du président) ont pour ordre de nous tenir à l’écart, invisibles et inaudibles, du président.

Rapidement, nous sommes bloqués dans une petite ruelle et tenus en respect par des gardes mobiles armés, équipés, arrogants et provocateurs. Un garde lâchera à Martine « on n’est pas là pour que ça se passe bien ». Nous sommes pris dans une souricière, à plus de 1 km de l’école. Aucune négociation n’est possible : le préfet ne tiendra pas ses engagements, le président en a certainement décidé autrement.

Le prochain RDV sera donc l’interpro à 10H30 Place de la Mairie...

Alors que le rassemblement est prévu de longue date, rien n’a été prévu : les manifestants se rassemblent donc entre les voitures stationnées comme à l’habitude sur la place... Ça fait du monde !

Très vite les manifestants se rapprochent de la place du centre culturel où vont avoir lieu les voeux.

Ils affluent de toutes parts et encerclent rapidement toute la place. Des centaines de policiers veillent sur les barrières qui tiennent à l’écart les manifestants. nous sommes au moins 5000.

Place de la Licorne, l’escadron des forces de l’ordre est remonté à bloc et pas vraiment patient. Très vite, et sans motif valable (quelques oeufs et papiers jetés sur eux) ils envoient des gaz et sortent les matraques. Dans un mouvement de panique, une manifestante est expulsée contre une vitrine.

Quelques blessés nécessitent l’intervention des pompiers.

Ailleurs, les forces de l’ordre sont d’humeur inégale mais souvent remontés : par endroit, chahuter avec une barrière vaut interpellation !

La tension monte et l’omniprésence et les provocations policières y sont pour beaucoup.

Le cortège présidentiel arrive enfin sous les huées des manifestants. Nous n’aurions pas pu lui faire pire accueil !

Forte mobilisation + boycott des syndicats + accueil « chaleureux » : l’action est un succès, elle sera largement couverte par la presse. Notre objectif est atteint, au-delà de nos plus folles espérances !

Plus tard, le départ de Sarkozy sous les huées de la foule signe la fin de l’action et le retour au bercail de la majorité des participants.

Pourtant, le bruit circule rapidement que 8 manifestants ont été interpellés. Comme un seul homme, quelques centaines de manifestants se rendent à l’hôtel de police pour exiger leur libération.

Les responsables syndicaux, prévenant les débordements, se placent rapidement en tête et s’apprêtent à aller négocier... La réponse ne se fait pas attendre et plus de 20 cars de gardes mobiles et CRS tirent des grenades sur les manifestants pourtant pacifiques et calmes...

Du coup ils sont moins calmes...

Les responsables syndicaux organisent le retrait des troupes afin que ça ne tourne pas au carnage. Il est manifeste que les forces de l’ordre n’ont plus seulement la mission d’assurer la sécurité mais bien d’intervenir chaque fois que l’occasion leur est donnée.

Une demande d’audience est faite auprès du préfet et une délégation intersyndicale se rend en préfecture pour exiger la libération des interpellés.

Une vingtaine de manifestants se rend au premier étage de la mairie pour s’entretenir avec le Maire et le faire intervenir auprès du cabinet du préfet. Rapidement, ceux-ci sont évacués par la CRS.

Une petite centaine de manifestants reste pacifiquement et très calmement devant la mairie en attendant la sortie de la délégation reçue en préfecture.

Nous en profitons pour nous restaurer un peu, discuter...

Les manifestants quittent un à un le rassemblement et nous sommes de moins en moins nombreux.

Les responsables syndicaux présents décident de ne pas laisser la cinquantaine de jeunes encore présents seuls et restent à leurs côtés.

L’histoire aurait dû s’arrêter là, et tout serait rentré dans le calme très rapidement.

Interprétation personnelle : le président, excédé par l’accueil, a du piquer une colère et exiger des têtes en donnant carte blanche aux forces de l’ordre.

Ce qui suit est tout simplement honteux : les forces de l’ordre sont entièrement responsables des incidents gravissimes de cette fin de journée :

Alors que l’action se termine et que nous ne sommes plus qu’une cinquantaine devant la mairie, un fourgon de gardes mobiles, casqués, matraques à la main, s’arrête à une trentaine de mètres de nous et procède à l’interpellation musclée de deux jeunes, un peu à l’écart, qui sirotent tranquillement une bière. La réaction ne se fait pas attendre et les manifestants essaient de libérer les jeunes. Le camion est accompagné de coups au moment de son départ. Après 20 mètres, celui-ci s’arrête : nouvelle provocation de ses occupants qui arrivent casqués et matraques à la main pour mettre au pas les récalcitrants. Un échange houleux s’ensuit.

Pendant se temps, la BAC, dans notre dos, procède à l’interpellation d’un autre jeune. Pourquoi lui ? Nous ne le saurons jamais... Nouvelle tentative de libérer le camarade, nouvel encerclement de la voiture de la BAC. Ces derniers nous aspergent de gaz et forcent le passage au risque de renverser quelqu’un. Des manifestants sont sur le capot, la bac ne peut aller plus loin. Les renforts arrivent par derrière et nous matraquent à coeur joie en nous insultant. Ils libèrent la voiture de la BAC et nous comprenons maintenant qu’ils vont s’occuper de notre cas.

Nous ne comprenons rien : nous sommes tenus en respect, les coups de matraque pleuvent au moindre mouvement. Mais on ne nous demande pas de partir...on nous garde juste là...

Et puis très vite, leur cible est un militant de la CGT : il aurait, dans le feu de l’action, donné un coup de hampe de drapeau (tube PVC) sur le casque d’un CRS.

Dès lors, les CRS n’auront de cesse de procéder à son interpellation.

Nous sommes une vingtaine d’adultes à nous tenir les uns aux autres pour protéger notre camarade. Nous formons une "tortue", il est au centre.

Les intimidations et les menaces fusent. 3 escadrons « s’occupent » de nous.

Nous réclamons un geste d’apaisement et la possibilité de partir tous ensemble sans interpellation : qu’ils s’éloignent et nous partirons, il faut que tout cela cesse.

Fin de non recevoir : il leur faut des têtes.

Après un bon quart d’heure comme enchaînés les uns aux autres, un chef d’escadron de la région nous assure que nous pouvons partir tranquilles, que nous ne serons pas inquiétés...

Toujours en nous tenant, nous tentons prudemment une sortie, avec la parole des CRS.

Un autre escadron, de Paris celui là, nous tombe sur le râble et matraque tout ce qui bouge pour atteindre le camarade dont ils veulent la peau. Bagarre générale, les coups pleuvent, nous nous faisons matraquer sévèrement.

Le service d’ordre de Sakozy en a eu pour sa faim...

C’est la fin de la journée, nous sommes rompus.

Suite à ces incidents, une conférence de presse intersyndicale est organisée.

Dans la soirée, un camarade du SNES-FSU apprendra qu’il aura à répondre de ses actes (sans qu’on lui ai signifié ce qu’on lui reprochait).

Le militant de la CGT sera mis en garde à vue toute la nuit. Il devait être relâché vers 15 H cet après midi et risque jusqu’à 10 ans de prison.

Les autres interpellés ont été relâchés, mais seront poursuivis. Les faits sont mineurs et ils devraient s’en tirer avec une amende.

Pour les militants syndicaux, une lettre intersyndicale 50 a été écrite, une lettre intersyndicale 14 est en cours, Gérard Aschieri et Bernard Thibaut interpellent le ministère...

Nous attendons les suites...nous sommes sur la brèche.

Des semences au terrorisme d’Etat Dominique Guillet Reporterre 2009/01/21 Dominique Guillet (21 janvier 2009) Des semences au terrorisme d’Etat. Reporterre. Tribune — fr

Des semences au terrorisme d’Etat

Nous avons appris que le Ministère de l’Agriculture a interdit au Potager du Roi (Château de Versailles) de commander des semences chez Kokopelli (ce qu’ils faisaient depuis un grand nombre d’années). Est-ce une nouvelle version du néo-libéralisme ? Le Ministère de l’Agriculture va-t-il envoyer une missive à toutes les municipalités petites et grandes, à tous les jardins municipaux et botaniques, à tous les parcs régionaux, pour leur interdire de commander des semences chez Kokopelli ? Les collectivités publiques auront-elles Monsanto comme fournisseur agréé et certifié conforme ?

Cela fait plus de dix années que nous sommes harcelés par la mafia semencière et par leurs valets d’Etat. Parce que nous vendons des graines de tomates ? Peut-être, mais surtout parce que nous promouvons des dynamiques d’autonomie : le jardinage familial, l’agro-écologie, la production autonome de semences, le soutien aux paysans du Tiers-Monde.

N’est-ce pas, en fait, cette promotion des Autonomies, en commençant par le jardin potager, que les Autorités reprochent réellement aux "Jeunes de Tarnac" (et à toute une "mouvance" qualifiée "d’anarcho-autonome" ou "d’ultra" afin de détourner l’attention de la crise qui se profile) ? A la question posée par le journal Libération (11 décembre) : "Comment s’expriment leurs velléités terroristes ?", le contrôleur général Christian Chaboud, responsable de la lutte antiterroriste, a répondu : "De par leur attitude et leur mode de vie."

L’autonomie serait la preuve d’une tendance au sabotage et au terrorisme ? Pathétique.

(…)

Sont-ce les "dommages collatéraux" de la lutte anti-terroriste ? Mais qui sont les vrais terroristes ? Qui sont les vrais saboteurs ? Ne sommes-nous pas confrontés à une gigantesque entreprise de sabotage à l’échelle planétaire ? La biosphère est en train d’agoniser : pollution et érosion des sols, désertification, éradication de la biodiversité, cancérisation de l’humanité... Le principal coupable est l’agriculture chimique, mortifère et cancérigène. Le principal Terrorisme est Alimentaire : il permet de contrôler les peuples, il a été mis en place, depuis 1945, par les multinationales de l’agro-chimie et de la semence et par tous leurs complices dans certaines hautes administrations des pays Occidentaux.

Le manifeste "L’Insurrection qui vient" ne serait-il pas le cri de désespoir d’une certaine jeunesse face à l’autisme des Autorités sous le contrôle total de ces multinationales et de quelques empires financiers et économiques ?

Ces multinationales continuent de s’organiser pour s’assurer du contrôle total de la planète et nous remercions tous ceux qui nous ont amené des informations concernant la nature et les agissements du MOMAGRI suite à mon appel à la vigilance. Le MOMAGRI est un "comité bien visible" : ne le perdons pas de vue ! Par contre, ses finalités réelles ne sont pas tout autant visibles.

Le MOMAGRI, le "Nouvel Ordre Mondial de l’Agriculture", c’est la recette assurée d’un nouveau TGV, un "Terrorisme à Grande Vitesse". Le nec plus Ultra du Terrorisme Alimentaire, une solution certaine pour la Fin dans le Monde.

Alors, non, je ne soutiens pas des saboteurs de TGV mais par contre, je dénonce les saboteurs de ce permanent "Terrorisme Alimentaire à Grande Vitesse".

Je ne promeus ni la violence (qui reste bien évidemment l’apanage "légal" des dominateurs), ni la non-violence. Mais une question reste entière : A quoi cela mène-t-il les tolérants de tolérer les intolérants ? Que chacun tire les leçons du passé.

J’ai pu lire aujourd’hui que je détournais les fondements de Kokopelli, une association "distribuant des produits à l’ancienne" ! Cela fait plus de dix années que je crie haut et fort qu’il ne sert à rien de protéger la biodiversité alimentaire si nous n’avons pas la liberté sociale de l’utiliser. Kokopelli n’est pas tourné vers le passé mais vers le futur. Au coeur de cette extinction d’envergure planétaire, nous voulons préserver des semences pour les oasis du futur, il est vrai, mais nous avons surtout à coeur de lutter pour conserver la liberté sociale de les jardiner et de les jardiner en agro-écologie.

Au risque de me répéter une énième fois, je réitère la question de Roger Heim en 1965, alors directeur du Muséum d’Histoire Naturelle et président de l’Académie des Sciences : « On arrête les “gangsters”, on tire sur les auteurs de “hold-up”, on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prétendus tels -, mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ? » Roger Heim avait préfacé l’ouvrage de Rachel Carson "Le Printemps Silencieux" qui dénonçait déjà en 1962 les incroyables méfaits de l’agro-chimie.

Qui mettra en prison les empoisonneurs publics ?

Et au risque que d’aucuns m’accusent encore de mélange de genres, je réitère ce que j’ai exprimé dans mon article "Kokopelli, un joueur de flûte enchantée dans le Rêve de Gaïa" : nous sommes spoliés par une confiscation systématique des plantes alimentaires, des plantes médicinales, des plantes sauvages, des plantes shamaniques, des extraits fermentés, du stevia, etc.

Et j’appelle à une Insurrection totale contre cette interdiction d’accès aux richesses de la biosphère.

Et j’appelle à la révolte des peuples contre cette Terreur d’Etat insidieuse qui nous pourrit la Vie.

Et je refuse de me calfeutrer dans le camp de ceux "qui ont les mains blanches mais qui n’ont pas de mains", comme le chantait le poète.

Kokopelli-ment vôtre

Industrie automobile : le gouvernement oublie l’environnement WWF France Reporterre 2009/01/21 WWF France (21 janvier 2009) Industrie automobile : le gouvernement oublie l’environnement. Reporterre. fr

Industrie automobile : le gouvernement oublie l’environnement

Alors que le Gouvernement annonce aujourd’hui un plan de soutien massif de l’industrie automobile, le WWF-France propose des contreparties environnementales concrètes et immédiates.

Sur les 6 milliards d’euros de soutien à la filière automobiles confirmés aujourd’hui par le Premier ministre, seulement 10% sont alloués à des démarches environnementales : les 400 millions d’aide à la recherche pour les véhicules électriques et les 200 millions d’euros du bonus-malus.

Au total c’est donc 90% de ce plan qui va dans le sens d’un accroissement de la pollution. Les transports routiers représentent encore 30% des émissions de gaz à effet de serre en France. A cela s’ajoutent les émissions de particules fines qui provoquent des pollutions locales ayant un impact démontré sur notre santé, notamment celle des plus jeunes.

L’attribution de ces aides massives, sans aucune contrepartie environnementale, va donc à l’inverse de la politique voulue par le Président de la République lors du Grenelle de l’environnement.

Le WWF-France, par la voix de son directeur général Serge Orru demande donc que « ce plan soit conditionné à des avancées concrètes de la part des constructeurs qui soient réalistes dès cette année : montage en série du stop-and-start et des filtres à particules ; conditionner la prime à la casse à l’achat d’un véhicule faiblement polluant, moins de 120g de CO2/km... Sans ces mesures ce plan serait à nos yeux un vaste plan de relance de la pollution. Par ailleurs, ces efforts ne doivent pas nous faire oublier la nécessité de changer nos comportements pour une utilisation plus rationnelle de la voiture. Si les pouvoirs publics mettaient le même effort sur les transports en commun, non seulement ils lutteraient efficacement pour la protection de l’environnement mais ils contribueraient réellement à créer les emplois de demain. »

Sur l’irresponsabilité des « élites » Hervé Kempf Reporterre 2009/01/22 Hervé Kempf (22 janvier 2009) Sur l’irresponsabilité des « élites ». Reporterre. Tribune — fr

Sur l’irresponsabilité des « élites »

En novembre dernier, les dirigeants de General Motors, la plus grande compagnie d’automobiles des Etats-Unis, sont allés à Washington. Ils venaient demander au Congrès – le Parlement – de voter une aide d’urgence de plusieurs milliards de dollars, afin de sauver leurs entreprises au bord de la faillite. Des journalistes se sont rendus compte qu’ils étaient venus dans leur jet privé, au lieu de prendre un avion de ligne, ce qui aurait économisé de l’argent. Un sénateur leur a demandé s’ils étaient prêts à abandonner ce moyen de transport de luxe. Pas question, a répondu en substance le patron de General Motors.

Que signifie cette anecdote ? Que les dirigeants de General Motors refusaient d’assumer les conséquences de leurs actes. En clair, de reconnaître leur responsabilité. En effet, si General Motors était au bord de la faillite, c’est en raison de la mauvaise stratégie de ses dirigeants : depuis des années, de nombreux signaux montraient que le prix du pétrole allait augmenter, et que par ailleurs, le changement climatique demandait des voitures plus économes. Ils n’en ont pas moins continué à fabriquer des grosses voitures – des 4x4, appelés aux Etats-Unis SUV (Sport utility vehicles) – consommant beaucoup d’essence. Quand le prix du pétrole a commencé son ascension, leurs voitures ont commencé à mal se vendre. General Motors, qui déjà n’allait pas très bien, a vu ses pertes se creuser d’année en année. Et quand la crise économique s’est déclarée, en 2008, sa situation est devenue catastrophique.

Les dirigeants de General Motors portent une lourde part de responsabilité dans l’échec de leur entreprise – qui devrait se traduire, soulignons-le, par des milliers de travailleurs au chômage. Ce sont pas seulement des comptes qui sont dans le rouge, mais des vies humaines qui sont bouleversées par de telles erreurs. Et pourtant, les dirigeants n’entendaient pas changer leur train de vie : "Diminuer nos salaires, abandonner notre usage d’un avion privé ? Pas question !"

Il m’est arrivé d’aller dans un avion privé, une fois que j’accompagnais en tant que journaliste un ministre. C’est amusant et agréable. On va – en voiture avec chauffeur -dans un aéroport privé. Dans le salon d’accueil, une hôtesse vous propose thé, café, croissants. On se dirige vers l’avion, qui mesure une vingtaine de mètres de long. Il compte une quinzaine de place, de confortables fauteuils en cuir. L’avion s’envole sans attendre, un steward très affable déplie une tablette de bois disposée à côté de chaque siège, déplie une nappe blanche, apporte un repas de qualité et copieux. Le voyage se déroule dans le calme, on est déjà arrivés, une voiture vous attend. Voilà le genre de luxe qui constitue le quotidien des dirigeants de ce monde.

Mais les dirigeants n’ont pas aujourd’hui le sens de leurs responsabilités. Depuis une trentaine d’année, les inégalités de revenu se sont profondément creusées dans les pays occidentaux : les personnes les plus riches le sont devenues bien davantage qu’auparavant. Mais leur politique, les décisions qu’ils ont prises, le système financier qu’ils ont bâti ont conduit, non pas à la prospérité générale, mais à la destruction de l’environnement, et à une crise économique majeure, qui va toucher durement les petites gens, les pauvres, les classes moyennes. A-t-on entendu un de ces dirigeants dire : "Nous nous sommes trompés", "Notre conduite a été nuisible", "J’abandonne spontanément une partie de mes avantages et de mon salaire extravagant" ? Non. Alors même que c’est la puissance publique – c’est-à-dire, au fond, le peuple – qui a sauvé les banques et les grandes entreprises, il n’y a presque pas de cas où les dirigeants ont reconnu leurs erreurs et les ont payées. On sent, au contraire, que l’oligarchie cherche par tous les moyens à préserver son pouvoir et ses privilèges.

L’histoire n’est pas avare de situations où l’élite est corrompue, immorale, aveugle aux tourments de son époque. Mais à notre époque, cette irresponsabilité – c’est-à-dire ce refus de reconnaître ses erreurs et d’en assumer le prix – a un effet délétère sur l’ensemble de la société : pourquoi les petits respecteraient-ils la loi et le bien commun quand les grands montrent par leur conduite qu’ils n’entendent renoncer à rien ? Ce devrait être aux puissants de montrer l’exemple : au patron de General Motors, par exemple, de dire spontanément, "J’abandonne mon avion privé, je vais diminuer mon salaire, parce que je sais que, vous les travailleurs, vous allez aussi en baver. Alors partageons les sacrifices, pour repartir ensemble et unir nos efforts".

Mais il serait vain de stigmatiser seulement – même si c’est indispensable – l’irresponsabilité des puissants. En tant qu’êtres libres, nous portons aussi la responsabilité de ce qui arrive. Parce que nous vivons dans des pays bien plus riches que beaucoup d’autres, que nous avons la chance d’avoir une démocratie qui fonctionne encore, que nous avons les moyens de nous exprimer, de réfléchir, d’agir. Dans la situation difficile d’aujourd’hui, nous avons aussi la responsabilité de reconnaître que nous avons laissé faire les puissants, accepté la vie facile qu’ils nous promettaient par leur télévision et leur publicité, laissé faire les choses sans prendre un engagement actif dans la société, raisonné en individus soucieux de leur petit bien-être sans vraiment se préoccuper du cours général des choses.

Et, nous pouvons aussi assumer cette responsabilités : en acceptant une baisse de la consommation matérielle au regard de la crise écologique majeure dans laquelle nous sommes plongés. Et en sortant de notre coquille élever avec les autres un autre monde, où les puissants ne seront pas respectés parce qu’ils ont des beaux avions et des grosses voitures, mais parce qu’ils servent la communauté.

Le président au service d’Areva et de Suez Greenpeace Reporterre 2009/01/23 Greenpeace (23 janvier 2009) Le président au service d’Areva et de Suez. Reporterre. fr

Le président au service d’Areva et de Suez

M. Sarkozy s’apprêterait à offrir un deuxième réacteur nucléaire au lobby nucléariste. L’intérêt énergétique ? Nul. La démocratie ? Piétinée.

Selon diverses sources, le président de la République Nicolas Sarkozy s’apprêterait à annoncer la construction en France d’un deuxième, voire même d’un troisième réacteur nucléaire EPR. Pour Greenpeace, on assiste à des tractations qui n’ont rien à voir avec les enjeux énergétiques et l’intérêt des citoyens français. Greenpeace dénonce le fait du Prince et conteste avec la plus grande fermeté la logique à l’œuvre : la France fait donc du nucléaire pour les beaux yeux de l’industrie, et sans aucune justification énergétique.

« Les décisions de couloir sont indignes de notre démocratie. Le Président n’a pas été élu pour servir l’intérêt de grands groupes industriels ! En revanche, il a pour devoir de penser politique énergétique digne de ce nom et dans l’intérêt collectif. Le Président ne peut pas non plus faire fi des processus démocratiques et décider dans son coin, s’indigne Frédéric Marillier, en charge de la campagne Énergie de Greenpeace France. Alors que la feuille de route établie par le Grenelle de l’environnement fait des économies d’énergie et des renouvelables la priorité pour la France, Nicolas Sarkozy compte faire deux réacteurs supplémentaires, qui coûteraient au moins 4 milliards d’euros chacun, juste pour ne pas pénaliser EDF ou GDF-Suez, c’est grotesque ! Et pourquoi pas un autre EPR pour Poweo, et un pour Direct-Énergie, pendant qu’il y est ? »

L’EPR ne répond à aucun besoin énergétique, bien au contraire !

Suite à l’annonce par Nicolas Sarkozy le 3 juillet 2008 de lancer un second EPR en France, le ministre de l’Énergie Jean-Louis Borloo a lancé l’été dernier un nouvel exercice de Programmation Pluriannuel des Investissements (PPI) dans le secteur de l’électricité. Cet exercice, qui devrait être finalisé prochainement, doit définir les besoins d’investissements en fonction des besoins énergétiques identifiés.

Pour appuyer l’analyse, l’administration a réalisé un scénario dit « Grenelle » qui intègre les décisions prises par la loi Grenelle et retient l’hypothèse d’un second EPR. Résultat peu surprenant et pourtant impressionnant : le scénario prévoit une augmentation spectaculaire des exportations d’électricité jusqu’à 129 Twh en 2020 (contre 63 aujourd’hui), soit l’équivalent de la production d’électricité de 11 EPR ! En clair, ceci signifie que l’électricité construite par de nouveaux EPR ne répondrait à aucun besoin énergétique national, mais serait destinée uniquement à l’exportation…

Les orientations du Grenelle induisent en effet une baisse des consommations et des besoins, ce qui est en contradiction, non seulement avec le développement de nouveaux réacteurs mais même avec le maintien d’un parc nucléaire aussi important.

Déni de démocratie

Au-delà de la question énergétique et aussi de la question des risques et des impacts environnementaux que le président de la République ignore totalement, ces tractations de couloirs posent à nouveau et de manière criante la question de la place de la démocratie dans les décisions nucléaires.

Plus que jamais, le nucléaire échappe à tous processus démocratique : écarté du Grenelle, il ne fait l’objet d’aucune discussion parlementaire, et même le ministre en charge du dossier de l’Énergie est court-circuité. C’est le fait du Prince.

Greenpeace en appelle à un sursaut démocratique des acteurs politiques, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité. Greenpeace demande par ailleurs que la Commission nationale du débat public soit sollicitée pour organiser un vrai débat public sur le sujet.

Le paradigme occidental de gestion de l’eau est stupide Anne Spiteri Reporterre 2009/01/23 Anne Spiteri (23 janvier 2009) Le paradigme occidental de gestion de l’eau est stupide. Reporterre. Tribune — fr

Le paradigme occidental de gestion de l’eau est stupide

Chasse d’eau et eau potable au robinet sont les deux piliers de la gestion occidentalisée de l’eau. Ce paradigme est devenu écologiquement et socialement néfaste.

Les systèmes occidentaux d’alimentation en eau potable et d’assainissement des eaux usées domestiques ne sont pas durables. Ils constituent une véritable ineptie sur les plans technique, énergétique et écologique. Ils ont, excepté pour les nappes exploitées presque entièrement pour l’irrigation, des impacts qualitatifs et quantitatifs sur la ressource en eau au moins aussi forts, sinon plus, que l’agriculture intensive.

Malgré un avenir de fuite en avant technologique, énergétique et financière, que ce soit au niveau des techniques de traitement que de l’exploitation des eaux salées, ils n’offrent pas de garantie de protection de la ressource en eau ni de sécurité sanitaire.

De plus, ils entreraient en dysfonctionnement grave si une grande partie de la population restreignait vraiment sa consommation d’eau. On ne devrait pas les exporter dans les pays pauvres du Sud. Il est grand temps de les repenser complètement dans une approche interdisciplinaire et intersectorielle et à la lumière des connaissances scientifiques les plus pointues sur l’eau et l’environnement.

Tout le modèle occidental repose sur deux piliers : la “chasse d’eau” et “l’eau potable au robinet”. Ces inventions du siècle dernier s’avèrent finalement stupides et irresponsables. Ce sont des leurres qui nous ont conduits dans des impasses écologiques et on s’y cramponne encore et toujours, sans jamais remettre en cause leur bien-fondé.

Or au moins un nouveau paradigme, un modèle réellement durable existe, et il n’est sans doute pas le seul.

Il est basé sur deux principes : traiter la pollution à la source et arrêter de gâcher les eaux souterraines profondes.

Il repose sur deux piliers : la “toilette sans eau” et “l’eau hygiénique au robinet”.

Il est adapté à nos pays et aux pays du Sud, même et surtout avec la perspective du changement climatique. Il est entièrement respectueux de la ressource, des équilibres écologiques et de l’homme. Il prend en effet en compte :

- les contraintes environnementales, dont la protection des milieux aquatiques et la valorisation agricole et énergétique des boues ; - les contraintes techniques, dont la réutilisation de l’infrastructure existante en l’état ; - et les contraintes humaines et financières, dont l’hygiène, la qualité de la vie, les coûts réduits et un accès décent à l’eau et à l’assainissement possible pour tous.

Il permet de préserver les ressources profondes ou rares pour les générations futures et de laisser plus d’eau disponible pour le soutien des étiages et pour l’agriculture.

Il redonne à l’eau son rôle originel de lien social profond et devrait contribuer à établir la paix dans le monde, car l’or bleu va être de plus en plus à l’origine de conflits entre les pays.

Il faut se donner les moyens d’explorer ce nouveau paradigme. Cela demande :

- de la volonté et de l’indépendance politique ; - un site expérimental ; - des entreprises motivées prêtes à s’investir dans l’innovation technologique ; - et des fonds internationaux.

Et cela demande surtout, selon les mots d’Aimé Césaire : « La force d’inventer au lieu de suivre ; la force d’inventer notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent ».

La crise alimentaire va s’aggraver Oxfam Reporterre 2009/01/26 Oxfam (26 janvier 2009) La crise alimentaire va s’aggraver. Reporterre. fr

La crise alimentaire va s’aggraver

Les prix agricoles mondiaux sont redescendus, mais ils restent très élevés. Et le ralentissement économique pèse sur la situation des populations pauvres.

Alors que s’ouvre aujourd’hui à Madrid la conférence de haut niveau sur « La sécurité alimentaire pour tous », Oxfam International publie un nouveau rapport sur la crise alimentaire et rappelle qu’à l’heure actuelle, la majorité des personnes souffrant de la faim dans le monde ne reçoivent toujours aucune assistance.

Ce rapport, intitulé « Un milliard de personnes ont faim », souligne que malgré la baisse des prix alimentaires ces derniers mois, ils ne sont pas redescendus à leur niveau d’origine, privant des millions de personnes supplémentaires d’une alimentation suffisante. La population souffrant de la faim ne cesse de s’accroître, touchant aujourd’hui un milliard de personnes, soit près d’une personne sur six dans le monde.

A cela s’ajoutent la récession économique mondiale qui limite un peu plus la capacité des pays pauvres à faire face à la crise alimentaire et l’augmentation des risques liés au changement climatique, qui accroît la fréquence et l’intensité des inondations, des sécheresses et des cyclones tropicaux. Les prix des produits alimentaires sont susceptibles de s’envoler à tout moment.

"La crise alimentaire est plus que jamais d’actualité. L’instabilité des marchés pétroliers et l’augmentation des risques liés au changement climatique accentuent la volatilité des prix alimentaires. Alors que les hausses brutales des prix privent les consommateurs pauvres de l’accès à la nourriture, leur chute soudaine détruit les moyens de subsistance des agriculteurs. A cela s’ajoute la récession économique mondiale, qui détruit des emplois, diminue les recettes publiques et réduit la capacité des pays du Sud à mettre en place des mécanismes de protection sociale pour les populations les plus vulnérables. Un cercle vicieux qui nécessite plus que jamais une action coordonnée de la communauté internationale " explique Jean-Denis Crola d’Oxfam France - Agir ici.

Face à cette situation, le soutien de la communauté internationale est insuffisant pour permettre aux gouvernements des pays touchés par la crise alimentaire d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis des familles confrontées à la faim et à la pauvreté. Les agences d’aide privilégient trop souvent la fourniture d’aide alimentaire, en provenance majoritairement des pays riches, aux solutions locales ou régionales, plus appropriées.

Le rapport « Un milliard de personnes ont faim » fait des recommandations fortes pour accroître la protection sociale des populations les plus vulnérables, comme un soutien aux programmes de travaux publics, à l’assurance d’un salaire minimum, à des transferts financiers ciblés ou à la mise en place de mécanismes d’atténuation des risques des catastrophes naturelles. Pour être efficaces, ces solutions nécessitent un financement prévisible et durable des bailleurs de fonds, ce qui, aujourd’hui, n’est toujours pas le cas.

"Face à la crise alimentaire qui perdure, les gouvernements et les agences d’aide doivent agir immédiatement et prendre des mesures financières concrètes et coordonnées pour apporter une aide d’urgence, mais surtout un soutien à long terme aux populations en situation de pauvreté chronique", affirme Jean-Denis Crola.

Le rapport appelle également à un partenariat mondial renouvelé, notamment pour améliorer l’efficacité des mécanismes existant et la cohérence des politiques énergétiques, commerciales, agricoles des pays riches pour préserver l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale.

Parallèle de Washington et de Bonaparte François-René de Chateaubriand Reporterre 2009/01/26 François-René de Chateaubriand (26 janvier 2009) Parallèle de Washington et de Bonaparte. Reporterre. Tribune — fr

Parallèle de Washington et de Bonaparte

Il n’est pas interdit de voir dans ce texte superbe, qui analyse deux attitudes politiques derrière les personnes, un éclairage sur le tableau de notre époque.

Bonaparte achève à peine de mourir. Puisque je viens de heurter à la porte de Washington, le parallèle entre le fondateur des Etats-Unis et l’empereur des Français se présente naturellement à mon esprit ; d’autant mieux, qu’au moment où je trace ces lignes Washington lui-même n’est plus. Ercilla, chantant et bataillant dans le Chili, s’arrête au milieu de son voyage pour raconter la mort de Didon ; moi, je m’arrête au début de ma course dans la Pennsylvanie pour comparer Washington à Bonaparte. J’aurais pu ne m’occuper d’eux qu’à l’époque où je rencontrai Napoléon ; mais si je venais à toucher ma tombe avant d’avoir atteint dans ma chronique l’année 1814, on ne saurait donc rien de ce que j’aurais à dire des deux mandataires de la Providence ? Je me souviens de Castelnau : ambassadeur comme moi en Angleterre, il écrivait comme moi une partie de sa vie à Londres. A la dernière page du livre VIIe il dit à son fils : " Je traiterai de ce fait au VIIIe livre ", et le VIIIe livre des Mémoires de Castelnau n’existe pas : cela m’avertit de profiter de la vie.

Washington n’appartient pas, comme Bonaparte à cette race qui dépasse la stature humaine. Rien d’étonnant ne s’attache à sa personne. il n’est point placé sur un vaste théâtre ; il n’est point aux prises avec les capitaines les plus habiles, et les plus puissants monarques du temps ; il ne court point de Memphis à Vienne, de Cadix à Moscou : il se détend avec une poignée de citoyens sur une terre sans célébrité, dans le cercle étroit des foyers domestiques. Il ne livre point de ces combats qui renouvellent les triomphes d’Arbelles et de Pharsale ; il ne renverse point les trônes pour en recomposer d’autres avec leurs débris ; il ne fait point dire aux rois à sa porte : Qu’ils se font trop attendre, et qu’Attila s’ennuie.

Quelque chose de silencieux enveloppe les actions de Washington ; il agit avec lenteur. On dirait qu’il se sent chargé de la liberté de l’avenir, et qu’il craint de la compromettre. Ce ne sont pas ses destinées que porte ce héros d’une nouvelle espèce : ce sont celles de son pays ; il ne se permet pas de jouer ce qui ne lui appartient pas ; mais de cette profonde humilité quelle lumière va jaillir ! Cherchez les bois où brilla l’épée de Washington : qu’y trouvez-vous ? Des tombeaux ? Non ; un monde ! Washington a laissé les Etats-Unis pour trophée sur son champ de bataille.

Bonaparte n’a aucun trait de ce grave Américain : il combat avec fracas sur une vieille terre ; il ne veut créer que sa renommée ; il ne se charge que de son propre sort. Il semble savoir que sa mission sera courte, que le torrent qui descend de si haut s’écoulera vite. il se hâte de jouir et d’abuser de sa gloire, comme d’une jeunesse fugitive. A l’instar des dieux d’Homère, il veut arriver en quatre pas au bout du monde. Il paraît sur tous les rivages ; il inscrit précipitamment son nom dans les fastes de tous les peuples ; il jette des couronnes à sa famille et à ses soldats ; il se dépêche dans ses monuments, dans ses lois, dans ses victoires. Penché sur le monde, d’une main il terrasse les rois, de l’autre il abat le géant révolutionnaire ; mais, en écrasant l’anarchie, il étouffe la liberté, et finit par perdre la sienne sur son dernier champ de bataille.

Chacun est récompensé selon ses oeuvres : Washington élève une nation à l’indépendance ; magistrat en repos, il s’endort sous son toit au milieu des regrets de ses compatriotes et de la vénération des peuples.

Bonaparte ravit à une nation son indépendance : empereur déchu, il est précipité dans l’exil, où la frayeur de la terre ne le croit pas encore assez emprisonné sous la garde de l’océan. Il expire : cette nouvelle publiée à la porte du palais devant laquelle le conquérant fit proclamer tant de funérailles, n’arrête, ni n’étonne le passant : qu’avaient à pleurer les citoyens ?

La république de Washington subsiste ; l’empire de Bonaparte est détruit. Washington et Bonaparte sortirent du sein de la démocratie : nés tous deux de la liberté, le premier lui fut fidèle, le second la trahit.

Washington a été le représentant des besoins, des idées des lumières, des opinions de son époque ; il a secondé au lieu de contrarier, le mouvement des esprits ; il a voulu ce qu’il devait vouloir, la chose même à laquelle il était appelé : de là la cohérence et la perpétuité de son ouvrage. Cet homme qui frappe peu, parce qu’il est dans des proportions justes, a confondu son existence avec celle de son pays : sa gloire est le patrimoine de la civilisation. sa renommée s’élève comme un de ces sanctuaires publics où coule une source féconde et intarissable.

Bonaparte pouvait enrichir également le domaine commun ; il agissait sur la nation la plus intelligente, la plus brave la plus brillante de la terre. Quel serait aujourd’hui le rang occupé par lui, s’il eût joint la magnanimité à ce qu’il avait d’héroïque, si, Washington et Bonaparte à la fois, il eût nommé la liberté légataire universelle de sa gloire !

Mais ce géant ne liait point ses destinées à celles de ses contemporains ; son génie appartenait à l’âge moderne : son ambition était des vieux jours ; il ne s’aperçut pas que les miracles de sa vie excédaient la valeur d’un diadème, et que cet ornement gothique lui siérait mal. Tantôt il se précipitait sur l’avenir, tantôt il reculait vers le passé ; et, soit qu’il remontât ou suivît le cours du temps, par sa force prodigieuse, il entraînait ou repoussait les flots. Les hommes ne furent à ses yeux qu’un moyen de puissance ; aucune sympathie ne s’établit entre leur bonheur et le sien : il avait promis de les délivrer, il les enchaîna ; il s’isola d’eux, ils s’éloignèrent de lui. Les rois d’Egypte plaçaient leurs pyramides funèbres, non parmi des campagnes florissantes, mais au milieu des sables stériles ; ces grands tombeaux s’élèvent comme l’éternité dans la solitude : Bonaparte a bâti à leur image le monument de sa renommée.

Le Parlement massacre le patrimoine FNASSEM Reporterre 2009/01/27 FNASSEM (27 janvier 2009) Le Parlement massacre le patrimoine. Reporterre. fr

Le Parlement massacre le patrimoine

Un amendement discret au nom de la relance, et hop... on fait sauter l’avis des architectes des Bâtiments de France sur les permis de construire.

Le Parlement vote un amendement qui amorce la suppression du système français de protection du patrimoine et des paysages. Un amendement à la loi de relance dite « accélération de la construction », proposé par Madame de la Raudière, députée d’Eure-et-Loir, et voté par l’Assemblée nationale, a supprimé l’avis conforme des architectes de bâtiments de France aux permis de construire et autorisations de travaux, dans les zones de protection du patrimoine et des paysages. Vendredi 23 janvier, le Sénat a également voté cette disposition. La conformité d’un avis signifie que le maire est obligé de le respecter, à moins de le contester au niveau du Préfet de région. L’avis conforme est l’outil essentiel à la mission de l’architecte des bâtiments de France et le fondement de son autorité. Sans l’avis conforme, l’architecte des bâtiments de France n’est plus rien : c’est le seul moyen dont il dispose pour faire respecter ses prescriptions. Les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), au nombre de 500 sur le territoire, ont été instaurées en 1983 après les lois de décentralisation. Ce sont les outils les mieux adaptés à la protection du paysage, établis par concertation entre les communes concernées et l’architecte des bâtiments de France. Depuis leur création, l’Etat a poussé à remplacer par des ZPPAUP les périmètres de protection du paysage autour des monuments historiques, pour lesquels l’architecte des bâtiments de France dispose de l’avis conforme. L’amendement la Raudière a court-circuité le débat sur le même sujet prévu dans le Grenelle 2 de l’environnement, alors que le gouvernement vient de commencer une concertation avec des associations de défense du paysage ! Le gouvernement est resté inexplicablement passif devant l’atteinte au rôle principal et à l’autorité de ses fonctionnaires. L’amendement la Raudière revient sur des décennies de progrès dans la protection du patrimoine et des paysages en France. Les associations du patrimoine soussignées demandent au Parlement et au gouvernement de revenir sur cet amendement avant le vote définitif de la loi.

Monsieur le Président, vos émoluments Rassemblement pour la démocratie à la télévision Reporterre 2009/01/27 Rassemblement pour la démocratie à la télévision (27 janvier 2009) Monsieur le Président, vos émoluments. Reporterre. Tribune — fr

Monsieur le Président, vos émoluments

Vous connaissez la nouvelle ? Elle faisait hier la une des médias : les dirigeants des principales banques françaises ont renoncé à leur bonus pour l’exercice 2008, comme le leur demandait Nicolas Sarkozy.

Votre louable injonction, Monsieur le Président, nous a donné à notre tour une idée. Pourquoi ne vous appliqueriez-vous pas à vous-même ce sens de la rigueur et de la justice ? Pourquoi ne reverseriez-vous pas au budget de l’Etat une partie de votre traitement de président de la République ? A la hauteur, par exemple, de l’augmentation des 140 000 euros annuels que vous demandâtes et perçûtes en 2008, que vous continuerez à percevoir en 2009, alors même que cette nouvelle année s’annonce si difficile pour tous…

Lançons, toutes et tous, l’aimable suggestion ! Ecrivons à l’Elysée, au gouvernement, aux parlementaires, aux médias pour demander à notre Président cet effort de justice, ce beau geste que, n’en doutons pas, il ne saurait refuser à ses compatriotes.

Montrez l’exemple, Monsieur le Président !

En ces temps de crise, vous vous devez d’être pour tous un modèle !

Les manifs... en vélo Vélorution Reporterre 2009/01/28 Vélorution (28 janvier 2009) Les manifs... en vélo. Reporterre. fr

Les manifs... en vélo

Jeudi 29 janvier : grève générale des transports polluants !

Jeudi prochain, celles et ceux qui se préoccupent de l’avenir seront en grève. Avenir de leurs emplois, avenir des services publics, avenir des garanties sociales, avenir de la recherche : les sujets d’inquiétude ne manquent pas.

Mais, pour Vélorution, se préoccuper de l’avenir c’est aussi se préoccuper des conditions fondamentales de vie de l’humanité et notamment lutter contre la pollution et contre l’ensemble des nuisances liées aux transports motorisés.

C’est pourquoi, le 29 janvier 2009, Vélorution appelle toutes celles et tous ceux qui se préoccupent de l’avenir à la grève générale des transports polluants. Notre avenir social est lié à notre avenir écologique et l’on ne peut pas se battre durablement pour l’un en oubliant l’autre. Vélorution appelle les organisations syndicales à prendre en compte l’impact environnemental de leurs actions, notamment en réduisant l’utilisation des transports polluants et en multipliant les actions locales.

Vélorution invite également celles et ceux qui travailleront ce jour-là et risquent de ne pas avoir de transports en commun, à limiter leur pollution en se déplaçant à pied ou à vélo. C’est l’occasion de remonter en selle ! Pour vous préparer, vous pouvez aussi consulter nos douze conseils pour les nouveaux cyclistes et les nouvelles cyclistes en milieu urbain.

Le 29 janvier, faisons la grève pour notre avenir à toutes et à tous : faisons la grève des transports polluants !

Grève le 29 janvier, les raisons Attac France Reporterre 2009/01/28 Attac France (28 janvier 2009) Grève le 29 janvier, les raisons. Reporterre. Tribune — fr

Grève le 29 janvier, les raisons

Il y a ceux qui trinquent

La crise touche aujourd’hui dramatiquement une grande partie de celles et ceux qui travaillent, sont au chômage ou en retraite. L’emploi est dégradé et les conditions de vie des salariés, déjà altérées par les années de vaches maigres, risquent un recul encore plus fort.

Il y a ceux qui continuent comme avant.

Malgré la crise financière, la distribution des stockoptions et des dividendes va continuer. La suppression de l’exonération de cotisations sociales sur les stockoptions, qui avait été un moment envisagée, est abandonnée.

Une politique gouvernementale... Bouclier fiscal, réforme des heures supplémentaires et des 35 heures, budgets des services publics pressurés, système de santé attaqué, mise en oeuvre de la privatisation de La Poste, allongement de la durée de cotisation de retraite, baisse de l’indemnisation des chômeurs...

La crise n’empêche pas la poursuite de cette politique... aux résultats catastrophiques

Les entreprises licencient, se débarrassent des intérimaires et des CDD et se défaussent des aléas de leur activité sur la sous-traitance... Le système de protection sociale et de service public dont bénéficiait la population de notre pays, acquis de haute lutte par des combats commencés il y a plusieurs dizaines d’années, a pris l’eau de toutes parts. Cette déconstruction, oeuvre du capitalisme néolibéral depuis plus de vingt ans, signifie que 10 % de la valeur ajoutée est passée du travail aux profits du capital. L’Union européenne, les gouvernements des principaux pays européens, les institutions internationales et bien sûr les grands groupes patronaux ont été les artisans de cette destruction.

La faute à qui ?

Cette soif de profits, ces réformes visant à capitaliser les systèmes de retraites, à privatiser la protection sociale, afin d’alimenter la sphère financière spéculative, ont conduit à la crise actuelle. Cette financiarisation est inhérente aux mécanismes capitalistes. Et on ne nous fera pas croire que, pour résoudre la crise, il suffirait de « moraliser » le capitalisme. Tous ceux qui nous avaient dit que les « réformes » étaient inévitables tentent aujourd’hui de sauver la face. Bien plus, ils souhaitent rétablir au plus vite les conditions de nouveaux profits. Voilà pourquoi les mesures prises sont insatisfaisantes : les injustices sociales et fiscales sont maintenues, aucune privatisation n’est annulée, aucune mesure contre la protection sociale n’est remise en cause, et l’argent donné aux banques ne correspond en rien à un contrôle de leur activité, encore moins à des nationalisations.

29 janvier 2009 : ensemble pour le début d’un vrai mouvement

L’association Attac s’associe à la grève et aux manifestations appelées par les organisations syndicales. Attac entend, avec toutes les forces et mouvements sociaux progressistes, contribuer à la mobilisation pour des solutions à la crise actuelle, qui aillent dans le sens de la justice et du progrès social.

Une crise globale

La crise s’installe alors que les écosystèmes sont de plus en plus menacés par ce système qui étend son mode de production partout sur la planète, multipliant le transport des marchandises, désertifiant des régions entières. Le réchauffement climatique est maintenant avéré.

La crise énergétique n’a pas disparu malgré la baisse du prix du baril de pétrole, car la question des limites des ressources énergétiques demeure posée.

L’agriculture est, comme le reste, sous la coupe des multinationales qui veulent imposer aux paysans et à toutes les populations des productions industrialisées dont elles seules auront le contrôle.

Les produits alimentaires sont soumis aux spéculateurs, provoquant des situations dramatiques, tantôt pour les paysans soumis au libre-échange qui voient les prix baisser dramatiquement, tantôt pour les populations qui ne peuvent plus se nourrir.

Énergies renouvelables, autosuffisance alimentaire, développement socialement et écologiquement durable, voilà les enjeux à prendre en compte pour sortir de la crise actuelle.

La mondialisation de la production, des échanges de biens, de services, de capitaux... amène aujourd’hui tout le système dans la crise. Le chômage et le nombre de familles sans logement augmentent partout sur la planète, tandis que les revenus les plus bas diminuent. La dette qui étrangle les pays du Sud est moins importante que les sommes qui ont été déboursées pour rétablir les banques en faillite !

Les réponses à apporter à la crise globale exigent de mettre en cause les politiques pensées et mises en oeuvre avec obstination en France et partout ailleurs, notamment par l’Union européenne et le G20. Pour leur faire échec, les mouvements

sociaux devront poursuivre leur combat dans la perspective de la réunion du G20 qui aura lieu en avril prochain, et des élections européennes en juin.

Au-delà des crises socio-économique et écologique, les dérives autoritaires et sécuritaires visant à criminaliser les mouvements sociaux et leurs acteurs montrent que la démocratie est en danger. Le combat pour davantage de solidarité et de justice est un combat de civilisation.

Mise au pas de la finance

Attac demande l’abrogation des clauses interdisant toute restriction au mouvement des capitaux (article 63 du traité de Lisbonne) et la création d’une taxe sur toutes les transactions financières (de type taxe Tobin). Il est urgent de supprimer les paradis fiscaux, et d’interdire les fonds spéculatifs qui déstabilisent les marchés. Nous demandons la création d’un pôle financier public couvrant l’ensemble du secteur bancaire à l’échelle européenne, et soumis au contrôle citoyen.

Des mesures immédiates contre la pauvreté

Un revenu minimum permettant à chacun, chômeur, salarié ou retraité, une vie décente en accédant au logement, à la santé et à une alimentation équilibrée.

Justice sociale et harmonisation fiscale

Les salaires bas et moyens doivent augmenter et les très hauts revenus doivent être mis à contribution pour financer la protection sociale : systèmes de santé, retraite, assurance chômage.

Il est nécessaire que l’Europe harmonise vers le haut l’imposition sur les sociétés.

Défendre et localiser l’emploi :

Les licenciements doivent être interdits dans les entreprises qui font des profits et le temps de travail doit être réduit. Les productions visant le marché local doivent être maintenues sur place, une véritable politique industrielle doit concilier création d’emplois et respect de l’environnement.

Des services publics renforcés

Il faut un moratoire sur la libéralisation des services publics et les privatisations : renoncer au changement de statut de La Poste, donner des moyens à l’Éducation nationale et établir une véritable concertation avec l’ensemble de ses usagers.

Un plan climat et énergie novateur

Des choix énergétiques nouveaux, à base d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables et durables, sont indispensables pour répondre à la crise écologique globale. Les plans de relance industrielle doivent être pensés en fonction de leur reconversion nécessaire.

Décision d’EPR, la démocratie bafouée Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/01/30 Réseau Sortir du nucléaire (30 janvier 2009) Décision d’EPR, la démocratie bafouée. Reporterre. fr

Décision d’EPR, la démocratie bafouée

L’Elysée a annoncé l’annonce de la construction d’un deuxième réacteur EPR.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" tient à faire savoir que l’annonce d’un nouvel EPR bafoue les engagements officiels pris lors du Débat public (Novembre 2005 - Février 2006) sur le premier EPR français, actuellement en construction à Flamanville (Manche). En effet, dans les documents officiels diffusés pour ce Débat public, il était explicitement écrit que le premier EPR devait permettre "d’acquérir une solide expérience de construction et d’exploitation de ces réacteurs de nouvelle génération et d’être prêt le moment venu pour le renouvellement des centrales" (*).

En clair, il s’agissait de faire fonctionner ce réacteur avant de décider d’en faire ou non d’autres. Or, la construction du premier EPR n’en est qu’au début et doit se poursuivre encore pendant des années (EDF parle d’une mise en service en 2012). Qui peut donc sérieusement prétendre avoir à ce jour une "solide expérience de construction et d’exploitation" de l’EPR ?

De même, la construction d’un nouvel EPR empêchera la France de respecter son engagement européen de 20% d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie en 2020. Qui plus est, la vague de froid de cet hiver a démontré que la France manquait de moyens de production "de pointe" : elle ne doit donc surtout pas ajouter de nucléaire (qui produit "en base").

Qui plus est, des études montrent que, pour un investissement égal, les économies d’énergie et les énergies renouvelables créent jusqu’à 15 fois plus d’emplois que le nucléaire. Le projet de construire de nouveaux EPR n’est donc pas seulement irresponsable sur le plan environnemental, il est aussi absurde sur le plan économique.

Face à ce nouveau coup de force, le Réseau "Sortir du nucléaire" annonce d’ores et déjà qu’il attaquera en justice les autorisations de construction du nouvel EPR annoncé à Penly (Seine-Maritime).

Les incroyables déboires rencontrés par EDF et Areva, respectivement sur les chantiers des EPR de Finlande et de Flamanville, devraient suffire à écarter tout nouveau projet d’EPR. Le nucléaire est une industrie du siècle passé, dangereuse et archaïque, chère et polluante. L’avenir est aux économies d’énergie et au développement des énergies propres et renouvelables. Il serait temps que M Sarkozy s’en rende compte...

(*) http://www.debatpublic-epr.org/docs/pdf/dossier_mo/synthese_dossier_mo.pdf

Qu’est-ce que la gauche ? Jean-Luc Mélenchon Reporterre 2009/01/31 Jean-Luc Mélenchon (31 janvier 2009) Qu’est-ce que la gauche ?. Reporterre. Politique fr

Qu’est-ce que la gauche ?

L’EPR produira des déchets que l’on ne sait pas gérer Greenpeace Reporterre 2009/02/01 Greenpeace (1er février 2009 à 20h06,) L’EPR produira des déchets que l’on ne sait pas gérer. Reporterre. fr

L’EPR produira des déchets que l’on ne sait pas gérer

En laissant le combustible nucléaire très longtemps en réaction de fission, les EPR produiront des déchets beaucoup plus radioactifs que les réacteurs actuels.

Au lendemain de l’annonce de la construction prochaine d’un deuxième réacteur nucléaire EPR en France, sur le site de Penly (Seine-Maritime), et alors que se déroule à Mortain (Manche) une manifestation contre le premier EPR de Flamanville et la future ligne très haute tension destinée à le raccorder au réseau électrique, Greenpeace affirme, preuve à l’appui, que ce nouveau réacteur va produire des déchets sept fois plus radioactifs que ceux générés par ses prédécesseurs. « Alors que le président de la République veut doter la France d’un deuxième EPR, il est bon de rappeler certains chiffres qu’Areva, EDF et lui-même feignent d’"oublier", déclare Yannick Rousselet, de Greenpeace France. Tous prétendent que l’EPR va produire moins de déchets, mais personne ne précise qu’ils seront sept fois plus radioactifs que ceux générés par les réacteurs classiques. Les combustibles irradiés issus de l’EPR représentent des risques sanitaires et environnementaux considérables. Ils vont également constituer un casse-tête insurmontable et très onéreux pour l’industrie, qui échoue déjà à gérer les déchets nucléaires classiques. » Ces informations concernant la radioactivité des combustibles issus de l’EPR proviennent d’un rapport établi en 2008 par Posiva, une entreprise finlandaise de gestion des déchets radioactifs, ainsi que d’une étude réalisée en 2004 par la Nagra, l’association nationale suisse pour le stockage des déchets nucléaires. * « Les difficultés et les coûts liés au stockage et au traitement de ces déchets sont totalement sous-estimés par l’industrie, confirme l’expert international John Large. Dans leur stratégie de promotion de l’EPR, Areva et EDF présentent ce réacteur comme sûr et bon marché mais en réalité ces entreprises ignorent complètement les conséquences de l’augmentation des risques liés à ces déchets d’un nouveau type. » Le fonctionnement de l’EPR prévoit que le combustible nucléaire reste beaucoup plus longtemps dans le réacteur, ce qui implique une usure (« burn-up ») et donc une radiotoxicité bien plus importante que dans les réacteurs actuels. Ni la France, ni la Finlande, qui construisent chacune un EPR, ni aucun des autres pays qui envisagent d’en acquérir un (Royaume-Uni, États-Unis, Inde, etc.) ne disposent d’un site susceptible de gérer des combustibles ainsi irradiés. Même l’usine de La Hague d’Areva, présentée comme la plus performante au monde, ne résoudrait en rien la gestion de ces déchets : leur traitement génèrerait des rejets de radioéléments beaucoup plus élevés qu’à l’heure actuelle. Par ailleurs, il n’existe pour l’instant aucune solution à long terme pour les déchets issus de ce retraitement. « Voilà qui va nous coûter beaucoup plus cher que prévu, sur le plan financier mais surtout en matière de risque sanitaires et environnementaux, reprend Yannick Rousselet. Ceci est d’autant plus inacceptable que pour répondre aux enjeux de consommation d’énergie, d’indépendance énergétique ou encore de lutte contre les changements climatiques, il existe des solutions bien moins onéreuses, beaucoup plus efficaces et sans aucun risque : les économies d’énergie et les renouvelables. » Le prix du prototype finlandais s’élève désormais à 5,5 milliards d’euros (contre 3 milliards initialement prévus) et le chantier affiche 38 mois de retard pour lequel TVO, l’opérateur électrique finlandais qui achète cet EPR, réclame à Areva 2,4 milliards d’euros de dédommagements. Quant au chantier français, il prend le même chemin. Démarré en décembre 2007, il présente un dépassement budgétaire officiel de 20 %, qui risque encore de se creuser : les retards s’accumulent, impliquant un surcoût d’un million d’euros par jour de retard supplémentaire pour EDF (Les Échos, 12/12/2008).

Le dimanche de M. Bertrand Hervé Kempf Reporterre 2009/02/01 Hervé Kempf (1er février 2009 à 20h57,) Le dimanche de M. Bertrand. Reporterre. Tribune — fr

Le dimanche de M. Bertrand

Xavier Bertrand est un homme important, responsable, décideur. Pas le genre de personne à perdre son temps. Ex-ministre du travail, le voilà responsable de l’UMP.

En décembre 2008, à l’Assemblée nationale, il défendait le travail du dimanche : « Les amendements que défendra le groupe socialiste tendront tout simplement à invoquer la sauvegarde du droit au bonheur des tournois de belote, des tournois de fléchettes, des concours de majorettes ou de la pratique de la musculation ! » Et de continuer : « Les amendements que vous défendrez viseront à soumettre les dérogations à l’avis du club d’échecs local, du club de natation ou d’arts martiaux ! »

Ah, Monsieur Bertrand ! Dans votre mépris pour les joueurs de belote et les majorettes, vous oubliez un nombre considérable d’activistes du dimanche qui revendiquent, comme vous le dites, le droit au bonheur : tous ceux qui font l’amour le matin, qui se prélassent au lit, qui lisent le journal en pantoufles, qui vont à la messe, qui prennent longuement un bain, qui courent dans les bois, qui cuvent la fête de la veille, qui causent avec leurs enfants, qui jouent du trombone, qui ne font rien, qui rêvent, qui vont distribuer des tracts sur le marché, qui...

Vous avez raison, où irions-nous si on prenait garde au droit au bonheur de tous ces gens-là ? Si, en démocratie, on prêtait attention aux « gens ordinaires », selon la formule de George Orwell ? Les gens ordinaires ne rêvent pas d’être président de la République.

Imaginons un dimanche idéal selon M. Bertrand. Lever 8 heures. Café, chemise, rasage, baiser aux enfants, on se dépêche, il faut aller à la zone commerciale dès l’ouverture pour bénéficier de la super-promotion sur les nouveaux dézingueurs à roulettes qui font fureur au bureau.

On s’enfourne dans le break avec les gamins, on galope dans les allées de l’hypermarché , on achète. Joie. Midi. La fête continue : on va au fast-food de la zone, avant de foncer chez Eurodisney.

Les mots manquent pour dire l’extase qui saisit alors la famille. Retour dans les embouteillages. Pas grave : derrière, les gamins jouent sur les jeux vidéo achetés le matin (il y avait une super-promo).

Le soir arrive. Monsieur étudie un dossier, couche les enfants, regarde la télé, pour se détendre. Demain c’est lundi : on n’aura pas le temps d’aller au magasin.

Monsieur Bertrand, si on travaille toujours plus, on fabriquera et on vendra toujours plus, et on polluera toujours plus. Cela s’appelle la crise écologique.

Depuis vingt ans, en France, la productivité du travail a augmenté en moyenne de 2 % par an. Cela signifie qu’avec la même quantité de travail, on produit toujours plus.

Donc, si l’on veut limiter notre impact écologique, on doit travailler moins. Travailler moins pour gagner autant, et faire autre chose de son temps : parler, échanger, discuter, rêver, donner. Non seulement, il ne faut pas travailler le dimanche, mais il faut partager le travail. Partager ? Ah oui, un gros mot.

Les produits peu préoccupants se font du souci ASPRO-PNPP Reporterre 2009/02/02 ASPRO-PNPP (2 février 2009) Les produits peu préoccupants se font du souci. Reporterre. fr

Les produits peu préoccupants se font du souci

Que se passe-t-il aux champs et dans nos jardins de si inquiétant ?

Le bruit court que demain, cultiver son jardin ou son champ deviendrait un délit de fait ! Soit on utilisera des produits homologués et leurs résidus toxiques, soit on sera hors la loi !

Paranoïa ? Science fiction ?

L’épisode de la guerre de l’Ortie de 2006 a déjà démontré le bien-fondé de cette hypothèse plus que réaliste. Il s’agit bien d’un inquiétant constat : les outils de la répression contre le maintien, l’usage et le développement de pratiques culturales respectueuses de l’environnement et de la santé humaine se mettent sournoisement en place...

Et ce, contre les volontés des citoyens, des députés et sénateurs ! Cultiver son jardin selon ses propres choix éthiques ne sera plus possible demain, ainsi en a décidé l’administration française, en choisissant d’enterrer le projet de décret qui devait définir des conditions de commercialisation simples, peu coûteuses et rapides pour les préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) du domaine public, les fameuses PNPP ! Un projet toujours enfermé dans les tiroirs qui prévoit de renvoyer à une procédure européenne coûteuse, longue et inappropriée.

Le cri d’alarme est lancé par l’ASPRO-PNPP (Association pour la PROmotion des Produits Naturels Peu Préoccupants) et ses partenaires signataires du présent communiqué de presse, via une pétition dont le succès témoigne de l’inquiétude grandissante suscitée par l’évolution désastreuse d’un dossier dont on était en droit d’espérer une issue rapide et heureuse... Et pour cause, tous les acteurs concernés semblaient en accord pour avancer rapidement sur ce sujet... Il n’y a donc pas impasse de la négociation, mais bien la volonté manifeste de ne pas faire aboutir un dossier qui dérange...

Mais qui au fait ? L’administration seule et pourquoi ?

Nous n’aurons jamais de réponse à cette question, les deux responsables du dossier au Ministère de l’Agriculture vaquent depuis plusieurs mois à de nouvelles fonctions ; ils n’ont pas été remplacés ! Il semble admis que, profitant d’une législation européenne adaptée aux seuls pesticides de synthèse, le simple fait de laisser traîner en longueur l’adoption du décret suffise à le rendre caduc ! Seule une nouvelle mobilisation d’ampleur auprès des élus pourra relancer le processus de reconnaissance de produits traditionnels efficaces. Chaque jour, de nouvelles informations nous montrent qu’il s’agit là d’un véritable enjeu de santé publique pour lequel le citoyen reste très mobilisé...

L’urgence est de mise : diffuser cette information au plus grand nombre prend des allures de service public, une manière de contrer d’inacceptables sévices publics....

Merci à tous.

L’ASPRO-PNPP et ses partenaires : les Amis de l’Ortie, les Amis de la terre, la Confédération Paysanne, Nature et Progrès...

L’écologie sociale comme boussole politique Corinne Morel Darleux Reporterre 2009/02/02 Corinne Morel Darleux (2 février 2009) L’écologie sociale comme boussole politique. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie sociale comme boussole politique

Mes cher-es camarades,

Cette semaine, pendant qu’en France le projet de loi du Grenelle 1 passait devant le Sénat, aux Etats Unis, Barack Obama annonçait que la consommation en essence des voitures serait limitée à 7 litres aux 100 en 2020... Certes, c’est une avancée par rapport à ce à quoi nous a habitués l’administration Bush, mais ça reste très timide !

Plus grave, cette semaine, l’entreprise Sud-Coréenne Daewoo a confirmé son intention de s’accaparer la moitié des terres cultivables de Madagascar - 1,3 million d’hectares tout de même... Pour y faire pousser du maïs et de l’huile de palme, qui seront ensuite directement renvoyés en Corée du Sud. Alors que 70% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté et manque des produits agricoles de base !

Mais je ne veux pas vous déprimer... Alors, quelques bonnes nouvelles :

Cette semaine, vous le savez, la journée du 29 a mobilisé 2 millions et demi de manifestants...

Cette semaine, la nouvelle constitution Bolivienne a été adoptée largement par référendum et elle va permettre de limiter la taille des propriétés agricoles à 5000 hectares, pour une plus juste redistribution des terres.

Et il y a une semaine, le Parti de Gauche a tenu son premier Forum sur la planification écologique...

Je ne reviendrai pas sur ce que vient de vous présenter Elodie Vaxelaire, simplement vous dire combien, à titre personnel et militant, j’ai apprécié ces débats ouverts, sans tabous, qui ont eu lieu entre les différentes cultures de gauche que rassemble notre Parti.

Samedi dernier, le Parti de Gauche a fait la preuve qu’il était bien un parti creuset !

Nous avons progressé, ensemble, et il est ressorti de nos échanges que le contexte de crise nous donne à la fois l’obligation et l’opportunité d’agir dès maintenant pour un alterdéveloppement, qui remette l’intérêt général et la notion de bien commun au premier plan.

Pour organiser ces combats, nous devrons travailler sur 3 axes en parallèle.

Le premier, c’est la construction d’un alterdéveloppement qui permette de satisfaire les besoins fondamentaux, qui permette, en un mot, de « vivre bien », en organisant la diminution, l’arrêt et la reconversion des secteurs socialement inutiles et polluants, et en développant les secteurs nécessaires pour satisfaire les besoins sociaux essentiels pour toute la planète. C’est cette assurance du « vivre bien » qui permettra de mener la bataille culturelle, en garantissant à tous l’accès à des droits universels.

Et c’est notre deuxième axe : la bataille culturelle et idéologique face à la droite du « travailler plus pour consommer plus ». Je ne reviendrai pas sur la logique perverse du capitalisme, sa recherche de profits et d’accumulation qui mène aux inégalités sociales et à la destruction de l’environnement en organisant la marchandisation de toutes les activités humaines et l’aliénation à la société de consommation.

En tant que Parti de Gauche, nouveau et tourné vers l’avenir, nous nous devons de proposer d’autres choix de société, de porter une vision alternative, de donner à réfléchir, pour une société des liens plus qu’une société des biens.

Et c’est grâce à ce travail que la planification écologique, notre 3e axe de travail, pourra se mettre en place de manière démocratique, choisie, comprise, avec l’implication de tou-tes. Cette planification écologique doit être un moyen d’impulser, de manière volontariste et sur le temps long, la mutation écologique . Car le temps de l’écologie est un temps long, incompatible avec une logique de rentabilité à court-terme.

Alors oui ! Pour nous au PG, être écologiste, de gauche, et appeler au dépassement du capitalisme, c’est simplement une question de cohérence politique.

Alors quand on entend certains parler de « croissance verte » ou de « croissance durable »... C’est au mieux une illusion, au pire un mensonge ! Parce que pour continuer dans la course à la croissance, il faut toujours plus ! de pétrôle, de nucléaire, de mines d’uranium, d’autoroutes... Ce n’est pas tenable ! Pour continuer au rythme actuel, il nous faudrait plus d’une planète. Avec une croissance mondiale de 3% par an il faudrait plus de 8 planètes Terre en 2100.

Alors une croissance écologique, concrètement, ça voudrait dire quoi ? On va aller forer plus loin en Alaska, dans des espaces jusqu’ici préservés ? On va relancer la construction de nouvelles autoroutes, pousser à l’achat de nouvelles voitures dites « écologiques », tout en augmentant les tarifs de la SNCF, et en organisant sa privatisation ? Tout en donnant des quotas de CO2 gratuits et en multipliant les dérogations d’émissions de gaz à effet de serre ? Tout en faisant cadeau sur cadeau aux lobbies industriels du nucléaire et de l’agro-alimentaire ? ... Jusqu’à quand ?

La croissance verte, c’est l’alliance illusoire du capitalisme et de l’écologie. C’est polluer moins pour polluer plus longtemps. C’est faire de l’écologie un business comme un autre. C’est enfin rester dans un schéma croissance – consommation – emploi, celui là même qui permet de repousser la redistribution des richesses à une autre ère, celle où on aurait retrouvé des points de croissance... Mais l’argent existe, c’est maintenant qu’il faut le redistribuer ! Pas en attendant une croissance de plus en plus hypothétique...

Pour nous, vous le voyez, il n’y a pas d’un côté le social et de l’autre l’écologie. C’est en ce sens que nous nous plaçons résolument sur le terrain de l’écologie sociale et de l’écologie politique.

L’écologie politique, c’est une manière d’aborder l’écologie qui dépasse la question environnementale, qui lutte contre toutes les formes de domination, pour l’émancipation de tous les individus, qui prend en compte la diversité des activités humaines qui participent du « vivre bien ». En posant la question de revenu universel et du revenu maximal, en interrogeant la place du travail dans la société et le rapport au temps, en défendant l’éducation populaire, en militant pour d’autres rapports Nord-Sud...

L’environnementalisme, lui, se contente de mesures en faveur de l’environnement, sans remettre en cause le système, et en oubliant trop souvent la question sociale. C’est le petit bout de la lorgnette écologique !

Et surtout, donner des leçons sur l’environnement sans tenir compte du contexte de crise qui frappe les plus démunis, faire fructifier sa singularité écolo en oubliant l’impératif social, ce serait irresponsable !

Alors c’est sûr, quand on se fixe comme objectif de protéger l’environnement, et non de changer radicalement la société, on peut s’affranchir du clivage gauche-droite, et prétendre que l’écologie serait a-politique... Ce n’est pas notre choix.

Nous, au Parti de Gauche, nous voulons d’une écologie radicale, de gauche, une écologie sociale et solidaire. Une écologie qui demande du courage, des choix et de la cohérence !

Et cette cohérence, elle passe aussi par le refus de la construction Européenne actuelle.

La position du rassemblement Europe Ecologie mené par Daniel Cohn Bendit est à ce sens très contradictoire : il s’appuie sur l’Europe existante, en disant OUI aux Traités actuels, alors que cette Europe organise exactement l’inverse de ce qu’il préconise...

Ils veulent relocaliser l’économie ? Très bien ! Mais cette Europe organise un marché européen intégré, c’est à dire qui favorise la circulation des marchandises à l’échelle européenne selon la seule loi du marché... Comment va-t-on favoriser les circuits courts si on ne peut pas d’une manière ou d’une autre "pénaliser" les productions plus lointaines ?

Ils veulent défendre les services publics ? Parfait ! Mais cette Europe organise leur démantèlement systématique : directive sur la libéralisation de la poste, de l’énergie...

Nous sommes aussi pour le développement d’un tiers secteur ! Mais ce tiers secteur fausserait de fait la sacro-sainte concurrence en échappant aux seules lois du marché puisqu’en partie financé par la sphère publique...

Alors pour le Parti de Gauche, être écologiste, ça va plus loin que les déclarations de bonnes intentions. Cela ne peut passer que par le refus de la construction actuelle de l’Europe.

Cette Europe des lobbies, qui impose aux Etats d’accepter les OGM sans étude scientifique sérieuse, et organise ce faisant l’éradication de l’agriculture biologique en permettant que celle-ci contienne des « traces » d’OGM.

Cette Europe qui retire tout ce qui peut contraindre les entreprises du texte de la directive REACH de « lutte » contre les composés toxiques.

Cette Europe qui fait reposer sur les collectivités publiques les objectifs de « bon état écologique des eaux », quand dans le même temps elle favorise l’agriculture intensive, première source de pollution des eaux.

Cette Europe qui ne cesse de pousser à la libéralisation des marchés agricoles et soutient l’agriculture productiviste à grands renforts de subventions, au détriment de l’agriculture paysanne.

Cette Europe qui permet que les émissions de CO2 soient « délocalisées » dans les pays du Sud.

Qui certes adopte un plan climat-énergie, mais ne prévoit aucune sanction aux Etats membres qui n’en respecteraient pas les objectifs...

Une fois encore, on veut bien faire des choses pour l’environnement, mais surtout sans entraver la « croissance économique » et la compétitivité... Globalement, si les acteurs agissent c’est bien et on les aide, s’ils veulent faire mieux c’est encore mieux, et s’il ne veulent rien faire... tant pis.

Pour nous, c’est non ! Nous voulons changer d’Europe, pour construire une véritable politique écologique. Car s’il est un domaine où s’imposent une pensée et une action qui ne s’arrêtent à aucune frontière, c’est bien celui de l’écologie.

Parmi les priorités du Parti de Gauche pour les Européennes figure notamment le rétablissement des services publics pour permettre la restauration de véritables politiques écologiques en matière de transport, d’énergie, de climat...

En matière agricole, nous défendrons la réorientation des aides de la PAC vers une agriculture locale, paysanne, vivrière, respecteuse de l’environnement. Nous défendrons également un moratoire sur la commercialisation et la mise en culture des OGM.

Nous voulons enfin viser un objectif de réduction des émissions domestiques de GES de l’UE d’au moins 30% d’ici 2020. Cela passera notamment par la mise en place d’un pôle public européen de l’énergie ; la mise en place d’une fiscalité environnementale de type taxe carbone ; le transfert massif des investissements en recherche et développement vers le secteur des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ; des mesures en faveur de la sobriété en matière de consommation énergétique ; tout en planifiant une sortie réfléchie et progressive du nucléaire, mais aussi bien sur des énergies polluantes productrices de gaz à effets de serre.

Voilà les premières orientations que nous allons porter dans le cadre des Européennes, tout en continuant bien sûr à approfondir notre réflexion et à avancer sur notre programme. Car le risque politique est immense d’oublier la catastrophe écologique face à l’urgence de la crise économique et sociale actuelle.

Prenons un exemple critique et emblématique : celui de l’automobile. Contrairement au plan de relance de Sarkozy qui entérine une fois encore la priorité donnée au transport routier, avec une prime à la casse en deça des exigences du bonus-malus du Grenelle, déjà timide sur ces questions, et la construction de 3 nouveaux tronçons d’autoroute... Il nous semble essentiel de développer le frête, le ferroutage, les transports alternatifs à l’usage individuel de la voiture, et de commencer à planifier la sortie du tout automobile. Mais nous devons impérativement mener cette réflexion en lien avec l’urgence sociale et économique que vivent des milliers de salariés de ce secteur.

Samedi dernier lors de notre Forum, cette question a été soulevée très concrètement, et l’idée d’une réflexion à engager avec les syndicats et les partenaires sociaux a été proposée par Martine Billard. Nous relevons le défi !

Nous allons également programmer un séminaire de réflexion sur la question énergétique et le nucléaire, des sujets importants sur lesquels nous avons besoin d’avancer ensemble.

Parce que personne ne peut se prévaloir d’avoir la vérité révélée, nous voulons que les différentes cultures de la gauche puissent débattre, sans tabous, que nous puissions avancer ensemble sur un véritable projet alternatif au capitalisme et au productivisme.

L’écologie ne sera pas un sujet à part pour le Parti de Gauche, elle sera traitée en lien permanent avec les luttes sociales, la démocratie, l’Europe, l’international... Elle sera présente de manière transversale et volontariste dans le travail qui s’engage sur le programme de notre Parti.

Parce que la catastrophe écologique impose de remettre au premier plan l’intérêt général et l’émancipation des individus, Parce que l’eau, l’air, les sols sont des biens communs, Parce que l’alimentation n’est pas une marchandise comme une autre, Parce que la planète n’est pas un terrain de jeu pour les plus riches,

Faisons de l’écologie sociale notre boussole politique !

Les journalistes du Monde à Bolloré le censeur Par Julien villalard Reporterre 2009/02/04 Par Julien villalard (4 février 2009) Les journalistes du Monde à Bolloré le censeur. Reporterre. fr

Les journalistes du Monde à Bolloré le censeur

Un article dénonçant les atteintes à la liberté que représente le passe Navigo a été censuré par « Direct Matin », journal associé au « Monde ». Les journalistes de celui-ci adressent une lettre ouverte au propriétaire de « Direct Matin », M. Bolloré.

A l’intention de M. Vincent Bolloré

Paris, le 3 février 2009

Cher Monsieur,

La Société des rédacteurs du Monde, actionnaire de référence du groupe le Monde, exprime sa désapprobation vis-à-vis du traitement réservé, mercredi 28 janvier, à l’article rédigé pour Direct Matin par un journaliste du Monde.fr. Programmé, écrit et monté pour l’édition du jeudi 29 janvier de Direct Matin, ce papier a été remplacé en fin d’après-midi par une page de publicité. Il portait sur la manière dont les données du passe Navigo sont exploitées à des fins commerciales par la RATP, avec laquelle le groupe Bolloré a passé un accord contractuel de distribution de ses gratuits Direct Matin et Direct Soir.

Ce cas de censure d’un article par Direct Matin est le second à survenir, à notre connaissance, depuis la création de ce quotidien. Le premier, qui remonte à juin 2007, concernait un article de Courrier International (filiale du groupe Le Monde) sur la police française. Après que la suppression de l’article fourni par Courrier International eut été rendue publique, et après intervention de Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier International, l’article incriminé avait finalement été publié tel quel, accompagné de deux précisions : l’une de Courrier International justifiant sa parution, l’autre de vous-même dénonçant son caractère « outrancier ».

Rien de tel cette fois-ci. Malgré l’intervention d’Eric Fottorino, président du directoire du groupe le Monde ; malgré les protestations d’Olivier Biffaud, chargé de suivre pour le Monde le contenu produit pour Direct Matin, aucune proposition de publication ultérieure dans Direct matin n’a été faite. Jean-Christophe Thiery, président de Bolloré Médias, a certes suggéré que l’article soit mis en ligne sur le site web de Direct Matin vendredi 30 janvier – jour où les journaux ne paraissaient pas du fait de la grève du 29 janvier. Olivier Biffaud a décliné cette proposition, arguant notamment du fait que la notoriété de Direct Matin passait avant tout par sa version papier.

La Société des rédacteurs du Monde n’ignore pas que, conformément aux accords contractuels conclus par les groupes Le Monde et Bolloré, la direction de Direct Matin, si elle s’engage à ne pas modifier les papiers fournis par le Monde, « garde la possibilité de ne pas les publier ». Elle s’interroge toutefois sur les raisons de la suppression en dernière heure de l’article d’Eric Nunès. Papier prétendument « à charge » qui, s’il relaye les critiques émises par la CNIL sur le passe Navigo, ne contient à se yeux aucun propos diffamant ou « outrancier ».

En conséquence, la SRM demande que l’article censuré, dont la pertinence et l’actualité reste entière, soit publié dans son intégralité dans une prochaine édition de Direct matin.

Elle tient enfin à attirer votre attention sur les effets négatifs qu’entraîne la censure d’un article sur l’image et la crédibilité de Direct Matin et, partant, sur celle de son éditeur.

En vous remerciant de votre attention, nous vous prions d’agréer, cher Monsieur, l’expression de nos meilleures salutations.

Signé : Le conseil de gérance de la Société des rédacteurs du Monde

Une relance ? Non. L’aveuglement Attac Reporterre 2009/02/04 Attac (4 février 2009) Une relance ? Non. L’aveuglement. Reporterre. Tribune — fr

Une relance ? Non. L’aveuglement

Derrière la « relance », le gouvernement maintient le « cap des réformes, » c’est-à-dire du délabrement organisé des institutions sociales.

En lançant à grands coups de trompette l’application de son plan de relance, le gouvernement français fait preuve d’aveuglement, de cynisme et d’irresponsabilité.

Le gouvernement n’a pris aucune mesure de l’ampleur et de l’origine de la crise. Celle-ci est pour lui extérieure, venue d’ailleurs. Or ce sont les politiques néolibérales appliquées méthodiquement depuis trente ans, en France, en Europe et dans le monde, qui ont conduit à la situation actuelle : liberté pour les capitaux, explosion des dividendes et blocage des salaires, privatisation des services publics et protection sociale confiée de plus en plus aux fonds spéculatifs, crédit sans contrôle pour les circuits financiers, etc. Et Messieurs Sarkozy et Fillon veulent poursuivre de plus belle ce délabrement baptisé « réformes ».

Le Premier ministre déclare que « rien ne serait pire qu’un changement de cap » et que « aujourd’hui, la priorité absolue, c’est l’emploi ». De deux choses l’une : ou bien il le pense et alors il a changé de cap puisqu’il y a six mois encore, c’était priorité au pouvoir d’achat (« travailler plus pour gagner plus ») ; ou bien il se fiche autant de l’emploi que le Président promoteur du bouclier fiscal se moque du pouvoir d’achat des pauvres, et dans ce cas il maintient son cap. On comprend mieux le sauvetage des banques sans contrepartie aucune exigée de leur part, tandis que les minima sociaux continueront de végéter.

Dans les mille mesures annoncées avec tapage en faveur de l’investissement, le Premier ministre confirme les craintes formulées au mois de décembre dernier : l’essentiel ne représente pas des sommes supplémentaires, mais un redéploiement d’engagements déjà pris.

De la même façon que le gouvernement oppose emploi et pouvoir d’achat de salariés, comme si l’enrichissement des riches n’avait pas pour conséquence de brider l’emploi et les salaires des pauvres, il oppose investissement et consommation. Quelle entreprise privée va investir si elle n’a pas de perspectives de débouchés ? Plus grave, piétinant ses propres modestes engagements en faveur de l’écologie, il appelle une croissance – qui de toute façon ne reviendra pas de sitôt – sans s’interroger sur le bien-fondé des aides à des secteurs en difficulté au moment où il faudrait commencer à penser à leur reconversion.

L’association Attac appelle les travailleurs et les citoyens à amplifier le mouvement d’opposition à la crise et aux fauteurs de crise qui s’est manifesté le 29 janvier. Pour sa part, Attac, en liaison avec l’ensemble des associations altermondialistes, s’attachera à populariser l’appel anti-crise lancé au Forum social mondial qui vient de s’achever à Belém.

Energie : des syndicalistes prennent parti Par Julien villalard Reporterre 2009/02/04 Par Julien villalard (4 février 2009) Energie : des syndicalistes prennent parti. Reporterre. Tribune — fr

Energie : des syndicalistes prennent parti

Exceptionnel : des syndicalistes d’EDF appellent à une autre politique énergétique.

APPEL D’INTÉRÊT PUBLIC POUR UNE DIVERSIFICATION URGENTE DU BOUQUET ÉLECTRIQUE FRANÇAIS

Depuis plusieurs années, de nombreux partis politiques, syndicats et associations, de sensibilités diverses, soulignent la nécessité d’une diversification des sources d’approvisionnement électrique en France, ne serait-ce que pour réduire les risques de black-out et d’interruptions de la fourniture de courant aux usagers, et garantir ainsi le maintien d’un service public de qualité.

Avec près de 80% de sa production électrique d’origine nucléaire (contre, respectivement, 30%, 20%, 15% et 2,2% pour le Japon, les États-Unis, la Russie et la Chine), la France est le seul pays au monde à dépendre autant de cette source d’électricité peu modulable et donc inadaptée aux pointes de consommation. L’extrême centralisation inhérente à la technologie nucléaire, outre qu’elle entraîne des pertes d’énergie sur le réseau, constitue une cause supplémentaire de vulnérabilité potentielle de l’approvisionnement électrique, dans un contexte de multiplication des incidents et accidents, notamment liés à l’âge du parc et à certaines erreurs de conception (1) mais aussi aux logiques de financiarisation et de privatisation qui touchent à la fois les secteurs du transport et de la production d’électricité – logiques dont on voit hélas mal comment les infléchir à très court terme.

D’une part, ses 58 réacteurs rendent notre pays notoirement excédentaire en moyens de production continue de courant (répondant aux besoins en base). La nécessité technique que ces installations fonctionnent jour et nuit – hors périodes d’arrêt pour maintenance – encourage chez nous la surconsommation électrique (2). L’électricité ne pouvant se stocker, cette surproduction entraîne aussi des exportations à bas prix de courant à l’étranger, lesquelles ont, dans nombre de pays, un effet de dumping dissuasif sur le développement des énergies renouvelables, qu’elles soient thermiques (biogaz, biomasse...) ou autres. Par ailleurs, le surcroît de plutonium et de déchets radioactifs correspondant à ces exportations restera bien sûr, quant à lui, stocké sur le sol français.

D’autre part, les unités de production thermiques plus souples (utilisables en périodes de pics de demande électrique sans générer le reste du temps de gaspillages ni d’incitations à la surconsommation) commencent en revanche à faire cruellement défaut – d’où les difficultés croissantes de RTE (le Réseau de transport d’électricité) pour faire face à la demande sans discontinuité. Cela oblige, lors des pointes de consommation ou d’incidents sur le réseau, à de coûteuses importations d’électricité produite à l’étranger, y compris à partir de ressources fossiles particulièrement polluantes comme le lignite ; celles-ci sont en outre souvent brûlées dans des centrales de conception dépassée, à mauvais rendement énergétique et ne répondant pas aux normes environnementales les plus récentes.

Autrement dit, au lieu d’apporter au niveau planétaire des économies nettes d’émissions de gaz carbonique (CO2), notre parc électronucléaire surdimensionné amène en pratique la France à externaliser, vers des états comme l’Allemagne ou la Pologne, des émissions massives de CO2 et d’autres polluants liées à l’exploitation ponctuelle de centrales thermiques anciennes, ce qui retarde d’autant la fermeture des plus vieilles centrales étrangères... alors même que notre pays fut pionnier, y compris à l’exportation (vers la Chine, les États-Unis...), en matière de centrales dites « à charbon propre » (comme celle de Gardanne), filière qu’EDF a pour l’heure négligé de développer sur le territoire national.

Il faut aussi noter que le recours à l’hydraulique, qui permet de faire efficacement face à certains imprévus, devient de plus en plus problématique avec la diminution de la surface des glaciers et l’accroissement des conflits d’usage (avec l’agriculture irriguée, par exemple).

Le « Grenelle de l’Environnement » vient à juste titre d’insister sur l’impérieuse et urgente nécessité de lutter contre les dérèglements climatiques, en particulier par le biais des économies d’énergie (3) et de l’efficacité énergétique (4), dont on sait désormais qu’elles ont joué, dans la baisse des émissions de CO2 françaises au cours des années 70 et 80, un rôle au moins égal à celui de la mise en service du parc électronucléaire en remplacement d’unités thermiques classiques.

Un développement rapide et diversifié des énergies renouvelables (biomasse, biogaz, grand et petit éolien, hydrolien, solaire thermique, géothermie, photovoltaïque , etc.) est indispensable pour réduire les coûts d’importation des ressources énergétiques, pour éviter les politiques néocolonialistes et souvent peu glorieuses au regard des droits de l’homme (dans des pays producteurs de pétrole ou d’uranium) auxquelles nous contraint notre dépendance énergétique, et pour limiter drastiquement les rejets de polluants chimiques et radioactifs nocifs dans l’environnement aussi bien que les émissions de gaz à effet de serre. La décentralisation et la relocalisation de la production, que les énergies renouvelables permettent, favorisent en outre une limitation des frais d’infrastructure et de transport, tout en constituant un facteur important de démocratisation des décisions ainsi que de responsabilisation du citoyen et des collectivités locales face aux gaspillages.

Dès lors, on ne peut plus se contenter de construire – comme le prévoient EDF et le gouvernement – de nouvelles centrales thermiques classiques (gaz, fioul, bois...) pour assurer les pics de demande, sans réduire aussi notre parc nucléaire surdimensionné qui, notamment par les gaspillages qu’il induit, entrave toute réelle politique d’économies d’énergie, non seulement en France, mais aussi indirectement en Europe, voire ailleurs dans le monde par le mauvais exemple qu’il donne.

Enfin, dès 2003, une étude réalisée pour EDF par le centre de recherche en gestion de l’École polytechnique révélait que « 92% des salariés du nucléaire souhaiteraient quitter le secteur. Déjà, certains partent, ce qui pose des problèmes de sûreté pour certaines activités ». Il s’agit d’un signal d’alarme qu’il serait dangereux de négliger et que nulle campagne de communication interne ou externe ne peut suffire à effacer. Le décalage se creuse de plus en plus entre l’image officielle de haute technologie et de culture de sûreté du secteur, et la réalité de terrain des « soutiers de l’atome ». L’industrie nucléaire n’a certes pas le monopole des suicides de salariés, mais les nouveaux modes de management, avec les tensions sociales et les souffrances humaines qu’ils induisent, risquent de provoquer là, bien plus que dans d’autres secteurs, des catastrophes susceptibles d’avoir des conséquences tragiques à très long terme.

Quoi qu’il en soit, même en fonctionnement dit « normal » et dans des conditions sociales et financières raisonnablement optimales, l’exploitation de l’énergie nucléaire entraîne, à différentes étapes du processus, l’exposition de salariés à des doses parfois importantes de radioactivité dont certaines, comme le rayonnement neutronique, ne sont que depuis peu prises en compte. Pour respecter les limites légales d’exposition (que les instances sanitaires internationales ne cessent de revoir à la baisse) sans accroître massivement les coûts d’exploitation, l’employeur doit donc recourir à des intérimaires pour les opérations les plus irradiantes. Or la dégradation actuelle des modalités d’intérim et la multiplication des niveaux de sous-traitance rendent la sûreté des installations de plus en plus difficile à garantir, et le suivi médical à long terme de ces salariés (qui ont toujours été exclus des bilans sanitaires et épidémiologiques d’EDF) impossible à assurer.

Pour toutes ces raisons, nous demandons à compter d’aujourd’hui une réduction rapide et volontariste de la part du nucléaire dans le bouquet électrique français. Cette part pourrait par exemple passer, en cinq ans, des actuels 80% à 60% de l’électricité consommée (5), et ce : - en fermant les réacteurs atomiques les plus anciens, les plus coûteux en maintenance, les plus générateurs de rejets et effluents radioactifs et chimiques, les plus irradiants, démotivants et anxiogènes pour les personnels qui y travaillent et les populations environnantes, tout en assurant le maintien sur site ou la reconversion des travailleurs ; - en leur substituant des moyens de production électrique moins centralisés, adaptés aux ressources locales (centrales à gaz en cogénération, susceptibles de fonctionner à terme avec du biogaz de méthanisation, et à coupler avec des réseaux de chaleur ; centrales à bois, ou centrales mixtes charbon/biomasse ; photovoltaïque ; éolien ; etc.).

Par ailleurs, tout en respectant les normes environnementales et énergétiques les plus modernes, ces moyens de production peuvent, contrairement aux réacteurs nucléaires, répondre aux fluctuations de la demande et être mis à l’arrêt chaque fois que les nécessaires efforts d’économies d’énergie effectués par les industriels, les collectivités et les particuliers le justifieront.

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Notes : (1) Que ces réacteurs soient à peu près tous du même âge et de même conception augmente les risques d’accident générique grave pouvant nécessiter, pour un temps indéterminé, l’arrêt du fonctionnement d’une grande partie du parc ou la poursuite de son exploitation « dans un mode dégradé », suivant la formule d’André-Claude Lacoste, alors Directeur général de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection (in Christian Bataille et Claude Birraux, La durée de vie des centrales nucléaires et les nouveaux types de réacteurs, OPECST 2003, Rapport n°832 Assemblée Nationale, n°290 Sénat, page 280).

(2) Incitation, à des fins purement commerciales, au chauffage électrique, pourtant interdit chez nombre de nos voisins européens en raison de sa très mauvaise efficacité énergétique ; climatisation à tout crin, pourtant source majeure de divers gaz à effet de serre à très fort potentiel de réchauffement climatique...

(3) Programme de rénovation thermique des bâtiments existants, obligation de construire tous les bâtiments et équipements publics à partir de 2010 aux normes « basse consommation » (50 kWh/m2), voire à énergie passive ou positive, etc.

(4) Soutien de la France à un projet de taxe carbone au plan mondial, obligation de réaliser un bilan carbone/énergie pour toutes les entités publiques ou privées occupant plus de 50 personnes dans un délai de trois à cinq ans, mise en place d’un programme sectoriel de développement de l’autonomie énergétique des installations (exploitations agricoles, grande distribution), etc.

(5) Ce chiffre a été proposé à plusieurs reprises dans les médias par le sénateur Bataille, notamment dans une interview de fin 2006 au magazine Alternatives Economiques.

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Liste des premiers signataires

AGUILAR Charles, EDF-GDF distribution, technicien raccordement, Muret

BOCK Michel, EDF/DER, retraité, CGT

COCHIN Yann, EDF recherche et développement, Clamart, syndicaliste Sud Energie

DOUMENG Delphine, Direction commerciale particuliers professionnels, conseillère clientèle, Muret

ESTERZON Jacques, EDF-GDF distribution, retraité, Paris, Sud Energie

GOUTEROT Laurence, Direction commerciale entreprises et collectivités, chargée de service client, Saint-Sulpice, syndicaliste CGT

GUILLON Dominique, ERDF-GRDF, technicien exploitation réseaux gaz, syndicaliste Sud Energie

JARRIER Patrick, EDF direction financière, trésorerie, syndicaliste Sud Energie

LIOT Dominique, EDF-GDF Distribution/unité clients fournisseurs technicien raccordement, Toulouse, syndicaliste CGT

MARLIN Jean-François, DECECL, Ile-de-France, chargé d’étude, CGT

MERIEUX Roland, EDF-GDF distribution, Paris, retraité, Sud Energie

MILLAMBOURG René-Michel, ERDF-GRDF, technicien exploitation réseaux électricité, syndicaliste Sud Energie

MINO Daniel, EDF-GDF distribution, Annecy Léman, retraité, CGT

RICHARD Alexandre, ERDF-GRDF, technicien exploitation réseaux électricité, URE Paris, Sud Energie

SABOROTS Hervé, RTE/Service EDF, Technicien contrôle commande, Toulouse, CGT

WAMBEKE Eric, EDF-GDF distribution, technicien intervention clientèle, Pyrénées Gascogne, CGT

Alerte au mercure FNE Reporterre 2009/02/05 FNE (5 février 2009) Alerte au mercure. Reporterre. fr

Alerte au mercure

Métal lourd dangereux, interdit en 1998 pour les thermomètres médicaux, le mercure contamine toujours l’environnement.

A la veille de la réunion de Nairobi (16 février) du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement sur les dangers du mercure, France Nature Environnement publie les résultats français de la campagne internationale Zero Mercury. Cette campagne est coordonnée en Europe par le Bureau Européen de l’Environnement (BEE) et au niveau mondial par le Zero Mercury Working Group, un réseau constitué par 75 ONG à travers le monde.

Interdit en France en 1998 pour les thermomètres médicaux, le mercure est toujours utilisé dans la production du chlore et pour les amalgames dentaires. Toxique pour l’homme et la nature, ce métal lourd continue à contaminer notre environnement.

Une campagne européenne

A la demande du BEE, France Nature Environnement a enquêté sur le terrain sur la qualité de l’atmosphère autour des sites chloriers qui emploient toujours une technologie obsolète, l’électrolyse à cathodes de mercure. « En France, FNE était la structure la plus adéquate pour prendre en charge ce dossier, explique Elena Lymberidi-Settimo, chargée de mission au Bureau Européen de l’Environnement. Son réseau associatif lui procure une très bonne connaissance des problématiques locales. Parallèlement, son approche est vraiment transversale, grâce à ses experts dans le domaine de l’eau, de l’air, de la santé et juridique ».

Lors de cette campagne, Marc Sénant, chargé de mission Industrie à France Nature Environnement, a effectué des relevés de mercure dans l’air ambiant à proximité de plusieurs sites chloriers. Il explique la démarche de France Nature Environnement : « Nos mesures révèlent des valeurs instantanées alarmantes pour certains sites. Aussi, nous avons alerté les pouvoirs publics sur ces dysfonctionnements ».

Des résultats troublants

Sur certains sites, FNE a constaté des pics de mercure à 20 761 nanogrammes par mètre cube d’air. Rappelons que le taux naturel de mercure dans l’air ambiant est compris entre 1 et 4 nanogrammes par mètre cube d’air. A cela s’ajoute un bruit de fond continu atteignant, sur certains sites, les 300 nanogrammes par mètre cube d’air.

Les riverains de ces sites sont donc exposés en permanence à des émanations de mercure, et cette exposition chronique au mercure n’est pas sans conséquence. Le mercure s’attaque au système nerveux central et provoque des dégénérescences neurologiques. Il vient s’ajouter à la longue liste des polluants que subissent les habitants des plates-formes chimiques. Alors que cette exposition pourrait être évitée par l’emploi de technologies sans mercure, et beaucoup moins énergivores.

Une réglementation française trop faible

En examinant la réglementation en vigueur pour les rejets de mercure dans l’industrie du chlore, France Nature Environnement a aussi constaté un report de 10 ans sur un engagement initial à abandonner la technologie en 2010.

De plus, en faisant une interprétation stricte de la directive européenne IPPC de 1996, l’arrêt des procédés au mercure dans l’industrie du chlore aurait pu être réalisé dès 2007. Bilan des courses, pas de conversion imposée, mais des objectifs de réduction progressive des émissions. Ainsi, d’ici à 2020, les citoyens vont continuer à subir des émanations de mercure en toute légalité.

La mobilisation du mouvement associatif

Alain Chabrolle, Vice-Président de la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature) : « Cette campagne a bénéficié de la mobilisation de nos associations de terrain en étroite collaboration avec notre fédération nationale. La FRAPNA est complètement engagée pour que cette alerte ne soit pas un coup d’épée dans l’eau. La FRAPNA continuera d’agir pour que les pouvoirs publics et les acteurs économiques passent du discours vert aux actes. L’enjeu est clair : partout en France, nous devons apporter une même réponse à la double crise économique et écologique. Notre credo : une politique environnementale coupée des réalités de terrain n’a aucun sens ».

Et maintenant ? Qu’est ce qu’on fait ?

Pour Sébastien Genest, Président de FNE : « L’urgence, c’est de faire le tri entre les entreprises qui jouent vraiment le jeu du développement durable et les autres. L’urgence, c’est d’éviter une double casse environnementale et sociale. L’urgence, c’est le new deal écologique sur tous les territoires. Rien ne sera possible si les associations ne sont pas entendues ».

Toilettes sèches : Albi innove EnviSage Reporterre 2009/02/06 EnviSage (6 février 2009) Toilettes sèches : Albi innove. Reporterre. fr

Toilettes sèches : Albi innove

Les étudiants d’Albi vont mettre en place des toilettes sèches sur le campus

L’association EnviSagE vainqueur du trophée Planet-D !

EnviSagE est une association d’étudiant du Centre Universitaire de Formation et de Recherche J. F. Champollion d’Albi crée en 2005. Elle met en oeuvre des projets autour de l’éducation et de la sensibilisation à l’environnement et au développement durable qui ont pour but de sensibiliser et d’informer les grands publics, accompagner les porteurs de projet, former les personnes pour faciliter le passage à l’acte et favoriser l’essaimage. L’association s’inscrit aussi dans des réseaux nationaux ou régionaux pour échanger sur ses pratiques.

Le 16 janvier 2008, a eu lieu au sénat à Paris la remise des trophées du concours Planet-D. Créée en 2005, Planet-D est un think tank cherchant à promouvoir une vision économique et pragmatique du développement durable. Dans cette perspective, les Trophées contribuent, dans les établissements d’enseignement supérieur, à l’émergence de méthodes et de projets transposables au monde de l’entreprise. C’est à cette occasion que l’association EnviSagE du CUFR JF Champollion à Albi a reçu le premier prix pour son projet d’installation permanente de toilettes sèches sur le campus d’Albi. Les toilettes sèches développées depuis plusieurs années dans le cadre du festival « Complot sur le campus » sont une alternative à la consommation d’eau potable gaspillée dans les toilettes classiques, qui permet également de valoriser les excréments humains par un processus de compostage. L’objectif de ce projet intégré dans la démarche eco-campus est de sensibiliser les acteurs du campus à ce système de toilettes et démontrer la possibilité de leur utilisation dans le cadre d’une collectivité. Le projet consiste à installer les deux toilettes existantes derrière le bâtiment associatif Pascal Ambic pour expérimenter durant une année une gestion collective de ces toilettes. Il n’a pu voir le jour sans la forte dynamique associative présente sur le campus dont l’AFEV et l’association les comploteurs festifs sont des moteurs majeurs. Ce projet implique tout d’abord un travail d’amélioration de la structure (entretien des cabines en bois, abri de protection contre les intempéries, local de stockage du matériel de gestion...) et de construction d’une toilette accessible pour les personnes à mobilité réduite ; puis un travail de sensibilisation et de formation des futurs utilisateurs et gestionnaires des toilettes ; et enfin la mise en place d’un système simple et pédagogique, facilitant l’utilisation, l’entretien et la gestion des toilettes. Le projet reste cependant conditionné par la garantie d’un plan fiable et pérenne d’évacuation des déchets. Nous sommes en lien pour cela avec le lycée agricole de Fonlabour avec lequel nous négocions une convention pluriannuelle.

Une autre « relance » est possible et nécessaire Jean Gadrey Reporterre 2009/02/06 Jean Gadrey (6 février 2009) Une autre « relance » est possible et nécessaire. Reporterre. Tribune — fr

Une autre « relance » est possible et nécessaire

Reporterre est 100 % d’accord avec ce texte.

Un débat essentiel existe à gauche entre ceux qui pensent qu’il faut très vite relancer la croissance (qu’ils qualifient de « verte », crise écologique oblige), et ceux qui estiment qu’il faut « profiter de la crise » pour en finir avec le culte de la croissance et proposer une autre vision du progrès.

Les premiers ont un argument : la croissance est favorable à l’emploi, et elle dégage des surplus économiques pour améliorer les conditions de vie et la protection sociale. Cette « loi » a été plus ou moins vérifiée dans le passé. On en déduit qu’elle doit s’appliquer à l’avenir. C’est faire preuve de peu d’imagination face à une crise systémique.

CREER DES EMPLOIS SANS CROISSANCE, C’EST POSSIBLE…

Créer des emplois sans croissance des quantités produites mais par la croissance de la qualité (de vie, des produits) et de la durabilité (des produits, processus, modes de vie) est une possibilité que la plupart des économistes ignorent, scotchés qu’ils sont aux bonnes vieilles « lois » du passé : quand la productivité du travail progresse de 1 % par an, il faut une croissance de 1 % pour seulement maintenir l’emploi, et de plus de 1 % pour ajouter des emplois. C’est absolument imparable (à durée du travail inchangée) tant que l’on croit que les chiffres de croissance et de productivité sont l’alpha et l’oméga de l’analyse économique. Mais c’est absolument insoutenable quand on prend conscience que ces chiffres passent à côté de ce qui va devenir l’essentiel !

Les calculs macroéconomiques de la croissance, de la productivité et du pouvoir d’achat ne tiennent pratiquement aucun compte des gains ou pertes de qualité et de durabilité. La production d’un kwh d’une centrale à charbon y est comptée comme celle d’une éolienne, la production d’une tonne de blé bio comme celle de l’agriculture polluante, celle d’un m2 de logement à zéro émission comme celle d’un logement qui gaspille l’énergie, à confort identique. Le gigot néo-zélandais qui a parcouru 18 000 kms en avion-cargo réfrigéré y est équivalent au gigot « propre et sain » de proximité, et, pour peu que le premier soit moins cher, on dira même qu’il améliore notre pouvoir d’achat. Tout ce qui est en train de bousiller les ressources naturelles, l’eau, la biodiversité et le climat compte pour du beurre dans ces comptes du fordisme auxquels nos économistes croient dur comme fer. Ils ne peuvent donc pas envisager une seconde une progression de l’emploi sans croissance « puisqu’il y a des gains de productivité liés au progrès technique ».

Ce qui détermine l’emploi, ce n’est pas le couple croissance/productivité (parce qu’il ne mesure pas l’essentiel des changements en cours et à venir), c’est d’abord la valeur ajoutée et son contenu en travail. Or il existe deux grandes façons typiques de faire « progresser » la production. La première, fordiste, consiste à produire plus des mêmes choses avec la même quantité de travail. C’est la définition des gains de productivité du travail. Il y a alors de moins en moins de valeur ajoutée et de travail par unité produite (mais pas forcément moins de ressources naturelles et de pollutions par unité produite, là est le problème). La seconde, qui va être au cœur du « développement durable », consiste à produire et consommer autrement et plus sobrement d’autres choses (des kwh « propres », des aliments bio, des m2 à zéro émission, des produits à longue durée de vie et recyclables…), et cela exige en général plus de travail et plus de valeur ajoutée par unité produite que dans les solutions productivistes. Par conséquent, une réorientation de la production et des modes de vie vers la durabilité, par substitution des productions et consommations « propres » aux solutions « sales », va se traduire par… une baisse de la productivité du travail TELLE QU’ON LA MESURE ACTUELLEMENT, selon des méthodes inadéquates. En revanche, cela n’a aucune raison de réduire la valeur ajoutée globale et l’emploi, bien au contraire.

Des scénarios existent pour une agriculture, une industrie, des bâtiments, des transports et des énergies durables (négaWatt, étude récente de WWF…). Ils combinent les apports des technologies et ceux d’une sobriété réfléchie et différenciée (personne ne demande aux plus démunis d’être sobres). Ils exigent tous plus d’emplois que dans les organisations actuelles, qui sont à la fois productivistes, gaspilleuses et polluantes. L’étude de WWF (http://www.panda.org/news_facts/publications/?uNewsID=151544) s’intitule « - 30 % de CO2 = + 684 000 emplois », avec une croissance zéro de la production de kwh, mais une progression des (bons) usages de l’énergie. Cela vaut le détour.

Mais, comme les prix des produits et services durables sont et seront en moyenne plus élevés, l’accès universel à des modes de vie durables, condition clé de succès et d’acceptation, suppose de s’en prendre énergiquement aux inégalités, ce qu’oublient fâcheusement les scénarios écolos précédents.

… MAIS IL FAUT REDUIRE FORTEMENT LES INEGALITES

L’autre relance, celle qui pourrait nous éloigner de la zone des tempêtes sociales et écologiques, passe non pas par la croissance mais par la solidarité (du local au global) et le partage. Partage du pouvoir économique et politique, partage des ressources économiques et naturelles, partage du travail, solidarité avec les générations futures. Aucune de ces formes de partage ne progressera sans des mobilisations puissantes contre les privilèges des possédants et des actionnaires.

Pour améliorer les conditions de vie de la majorité des Français en réduisant fortement leur empreinte écologique, pour éradiquer la pauvreté dans un monde durable, les ressources existent, sans exigence de croissance. Il faut « juste » les distribuer autrement. Les 0,15 % les plus riches du monde détiennent à eux seuls un patrimoine de 40 000 milliards de dollars, hors résidences principales. Un ISF mondial modeste au taux français rapporterait 600 milliards par an. C’est plus qu’il n’en faut pour atteindre à la fois les objectifs du millénaire des Nations Unies et l’objectif de division par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050.

En France, les réductions d’impôts directs décidées depuis 2000 en faveur des plus riches représentent un manque à gagner de 30 milliards d’euros par an pour les finances publiques, bien au-delà du seul « paquet-cadeau » fiscal de Sarkozy en 2007. Si l’on y ajoute les réductions de cotisations sociales patronales décidées depuis 1992, dont au moins la moitié sont inefficaces en termes d’emploi, cela fait plus de 50 milliards par an ! Il faudrait y ajouter les niches fiscales indécentes pour privilégiés, la fraude fiscale, l’évasion dans les « enfers fiscaux », les profits scandaleux de Total, etc. D’énormes ressources publiques sont ainsi disponibles, sans croissance autre que qualitative, pour la « relance » d’un progrès social respectant les équilibres écologiques : éducation, santé et autres services publics, gardes d’enfants, personnes âgées, logement, mais aussi minima sociaux, contrôle public des banques, emplois jeunes de qualité, emplois durables dans de nouvelles activités d’utilité écologique et sociale, accompagnement de la reconversion des activités insoutenables. Elles permettraient d’investir massivement dans la « grande bifurcation » d’un système en faillite sur tous les plans.

Les « croissancistes » font penser à des pédiatres qui confondraient le développement d’un enfant avec sa prise de poids. Ils nous incitent à l’obésité économique, une pathologie qui peut être fatale. 2 % de croissance par an d’ici 2100 signifie six fois plus de biens et de services produits. Indépendamment même de l’aggravation dramatique de la crise écologique que cette accumulation insensée provoquerait, franchement, six fois plus de quoi ? Quand arrête-t-on cette course folle ? Trop tard ou tout de suite ? La croissance fait désormais partie non pas des solutions, mais des problèmes.

Le massacre routier des amphibiens LPO Isère Reporterre 2009/02/07 LPO Isère (7 février 2009) Le massacre routier des amphibiens. Reporterre. fr

Le massacre routier des amphibiens

Grenouilles, tritons, salamandres, crapauds sont particulièrement exposés en mars, quand ils traversent les routes lors des migrations printanières.

Depuis 1997, la LPO Isère réalise chaque année, de février à avril, une campagne de protection des amphibiens, avec le soutien du Conseil général de l’Isère. En effet, crapauds, grenouilles, tritons et autres salamandres se font écraser, parfois par centaines, lorsqu’ils tentent de traverser les routes pour rejoindre les zones humides où ils se reproduisent dès que les conditions sont favorables (février-mars)

Les amphibiens vivent dans les boisements aux alentours des points d’eau. Au printemps, les adultes migrent en direction des marais, étangs et lacs où ils ont l’habitude de se reproduire. Malheureusement les routes constituent des barrières infranchissables, donnant lieu à de véritables hécatombes, dramatiques pour la survie de populations entières. Les individus qui se font écraser sont autant d’adultes reproducteurs qui ne pourront assurer de descendance. En outre, notons que les amphibiens migrent la nuit par temps humide. Les écrasements de centaines d’amphibiens sur une chaussée mouillée accentuent les risques d’accidents de la route.

La LPO Isère a recensé plus de 150 tronçons de route meurtriers en Isère. Pour éviter ce massacre, plusieurs actions sont mises en place.

La solution la plus pérenne est sans conteste la création de passages à petite faune. Il s’agit de tunnels creusés sous la route et permettant à l’ensemble de la petite faune de traverser la route en toute sécurité. Il existe déjà deux de ces passages en Isère, le premier a été construit à Châbons près de l’étang du Grand-Lemps et le second à Bonnefamille. Trois projets devraient voir le jour, le premier sera situé à côté de la tourbière de l’Herretang à Saint-Laurent-du-Pont, ensuite viendront ceux du Cheylas et de Charavines. Bien que très efficace, la construction de ces aménagements nécessite du temps et des études préalables. C’est pourquoi, sur six sites d’écrasement prioritaires, la LPO Isère met en place, avec l’aide de ses bénévoles, des filets de capture temporaires le long de la chaussée afin de récupérer les amphibiens avant qu’ils n’accèdent à la route. Ces « barrières-pièges » sont prospectées chaque jour par des stagiaires et les amphibiens sont déposés sains et saufs de l’autre côté de la route. Cette campagne dure environ deux mois et demande une forte mobilisation bénévole. Lorsque c’est possible, une solution simple consiste à fermer la circulation routière les nuits de migration et ainsi éviter la construction d’un passage à petite faune. Actuellement, cette solution a fait ses preuves sur les communes de Merlas, Revel et Saint-Martin-d’Uriage.

La campagne menée par la LPO Isère et ses partenaires est donc primordiale et permet de préserver chaque année des populations entières d’amphibiens (voir la Liste rouge des vertébrés de l’Isère). Les chiffres parlent d’eux même : en 2008, sur les quelque 5000 amphibiens recensés en migration, plus de 4000 ont pu être sauvés sur les six sites suivis.

Chacun peut aider la LPO Isère en signalant des routes sur lesquelles il y a des amphibiens écrasés. Il est également possible de rejoindre l’équipe de bénévoles qui travaille sur cette campagne en nous contactant par téléphone au 04 76 51 78 03 ou par mail à l’adresse communication.isere@lpo.fr Au volant, n’oubliez pas d’être particulièrement vigilants, notamment les jours pluvieux et sur les routes en bordure des forêts.

La relance... de la route ADTC Reporterre 2009/02/08 ADTC (8 février 2009) La relance... de la route. Reporterre. fr

La relance... de la route

En Savoie comme ailleurs, le plan de relance privilégie outrageusement l’investissement routier au détriment du rail et des transports urbains.

Le Plan de relance ne doit pas servir de prétexte au doublement du tunnel du Fréjus

En Rhône-Alpes, dont les voies ferrées sont saturées par un trafic intense de TER, TGV et fret, 90% des crédits du Plan de relance vont à la route, contre moins de 10% au rail. L’essentiel des crédits routiers est consacré au deuxième tube du tunnel routier du Fréjus, présenté comme une galerie de sécurité. Pendant ce temps, rien pour le Lyon-Turin ferrovaire ni pour le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL), qui sont pourtant stratégiques pour absorber la croissance des trafics ferroviaires et permettre un report modal de la route vers le rail.

L’ADTC Savoie dénonce ce mauvais usage de l’argent public et réclame avec force une priorité au chemin de fer, tant pour les voyageurs que pour le fret.

L’ADTC Savoie approuve l’action en justice des associations « FRAPNA Savoie » (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), « Vivre en Maurienne » et « Réagir », qui ont lancé une demande de référé suspension contre le doublement du tunnel du Fréjus auprès du tribunal administratif de Grenoble.

L’ADTC Savoie rappelle qu’au niveau national, le Plan de relance prévoit 400 M€ pour les infrastructures routières (dont plusieurs nouvelles autoroutes), 300 M€ pour les infrastructures ferroviaires et rien (zéro € !) pour les transports publics urbains, en totale contradiction avec les engagements du Grenelle de l’Environnement.

L’Appel des appels Par Julien villalard Reporterre 2009/02/10 Par Julien villalard (10 février 2009) L’Appel des appels. Reporterre. fr

L’Appel des appels

Unis, on est plus forts. L’Appel des appels continue avec succès.

L’Appel des appels rencontre un immense succès. C’est un fait. Et un signe. Celui de la nécessité actuelle de parole, de partage et de mobilisation. La Journée du 31 janvier, au « centquatre » rue d’Aubervilliers, a été à la hauteur de ce besoin et de cette mobilisation. Plus de 1000 inscrits, une série de communications courtes réparties sur huit secteurs (information, culture, justice, médico-social, éducation, recherche et université, hôpital et soin « somatique », soin psychique et santé mentale), d’innombrables témoignages individuels et institutionnels venus de toutes parts, et, au-delà, l’expression d’un même malaise : celui de citoyens atteints dans leur identité et leurs exercices professionnels par une « politique de civilisation » dilapidant l’héritage de notre démocratie — les valeurs des Lumières autant que celles du Comité National de la Résistance. Un lien social est maintenant à refonder, loin des dispositifs de normalisation et des faux prétextes du chiffre et de l’efficacité, un lien social refusant la « servitude volontaire » et ses conséquences assurées : voilà ce dont chacun a pu convenir, quel que soit son ancrage social et professionnel propre.

À la mesure du succès de cette Journée, à la mesure de l’enthousiasme et des espoirs qu’elle a su catalyser, sont à présent les risques de déceptions. Pour en avoir pleinement conscience, et bien y mesurer la responsabilité qu’ils y ont pris, les initiateurs de l’Appel des appels souhaitent maintenant que celui-ci se constitue en collectif susceptible de rassembler, de mutualiser et de donner écho aux manifestations de résistance qui se développent, ici et là, contre la normalisation sociale. À partir de là, ils entendent : - poursuivre la mobilisation citoyenne, permise par le recueil des signatures (62 000 signataires à l’heure où nous écrivons), et porter plus avant dans l’opinion publique le débat éthique sur lequel elle se fonde ;

- soutenir la création de Comités Locaux d’échanges, de réflexions et d’actions transversales aux secteurs socio-professionnels qui se sont exprimés le 31 janvier ;

- réorganiser progressivement le site de l’Appel des appels afin d’en faire tout autant une base de données et de témoignages qu’un lieu d’échanges et de dialogues (forum) ;

- programmer, enfin, une nouvelle journée de rencontre, de travail et de partage des expériences, le 21 mars 2009.Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.

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LE TEXTE DE L’APPEL :

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.

A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris.

Le vrai bilan de l’auto électrique Yves Heuillard Reporterre 2009/02/14 Yves Heuillard (14 février 2009) Le vrai bilan de l’auto électrique. Reporterre. Tribune — fr

Le vrai bilan de l’auto électrique

Pas polluante, l’auto électrique ? Allons ! Comme toujours en matière d’écologie, il faut raisonner en termes de système. Et alors, la réponse est bien décevante.

Minnie Watt revient du Mondial de l’Auto émerveillée par les nouvelles voitures électriques. Zéro CO2 disent les vendeurs ; la voiture électrique ne pollue pas, ne fait pas de bruit, ne vous coûte que quelques centièmes d’euros au kilomètre. La panacée. Sauf que Dédé Bisphénol n’est pas d’accord. Voici un extrait de leur conversation.

Minnie Watt - Mon cher Dédé, c’est décidé, j’achète une voiture électrique, je ne pollue plus la planète !

Dédé Bisphénol - Euh...

Minnie - T’es contrarié ? Je sais que toi tu roules en diesel, tu peux faire comme moi, si tu veux.

Dédé - Ecoute Minnie, une voiture électrique, il faut bien que tu la branches quelque part, sur une prise de courant. Et le courant, tu crois qu’il vient d’où ?

Minnie - Du réseau électrique, des centrales nucléaires, des barrages, du vent..

Dédé - Et des centrales à charbon, au fioul ou au gaz. Sais-tu que la majeure partie de l’électricité du monde est produite par des centrales à charbon. Et donc quand tu mets des kilowatts dans ta voiture, une partie est produite par du charbon.

Minnie Watt - Eh bien qu’à cela ne tienne, je mets des panneaux solaires sur ma maison. D’ailleurs si j’ai bien compris, je peux même gagner de l’argent car je vends mon électricité à EDF 57cts et je la rachète en période creuse à 7 cts. A moi les magasins !

Dédé Bisphénol - D’accord, mais suppose que ta voiture électrique consomme 20 kWh au 100 km. Tu fais 10 000 km par an ; tu dépenses donc...

Minnie - 2000 kwh ! Et j’installe les panneaux solaires en quantité suffisante pour produire cette quantité d’électricité sur mon toit. J’ai déjà fait le calcul, ça fait un peu moins de 15 m² de panneaux.

Dédé - D’accord, tu mets des panneaux solaires sur ton toit, mais si au lieu d’avoir une voiture électrique, tu avais une bonne diesel économique, qui fait du 5 litres au cent, tu pourrais revendre l’électricité de tes panneaux solaires au réseau...

Minnie - Je vois où tu veux en venir. Comme je génère de l’électricité solaire, c’est autant d’électricité qu’EDF n’aura pas à produire...

Dédé - Continue et suppose qu’à EDF, on pense à la planète..

Minnie - Donc EDF arrête une centrale à charbon... Vive Minnie Watt ! Enfin pas une centrale à charbon pour moi toute seule parce que je ne produis pas grand chose, mais quitte à produire moins de kilowatts, autant économiser sur le charbon... parce que c’est ce qui pollue le plus.

Dédé - Suppose maintenant qu’une centrale à charbon génère 1kg de CO2 par kwh . Combien de CO2 tes panneaux solaires ont-ils permis d’économiser ?

Minnie - Facile, j’ai installé 2 000 kWh. Je multiplie par 1 kg de CO2 par kwh : ça fait 2 tonnes. Mais maintenant, si j’ai bien compris je marche à pied...

Dédé - Non je t’ai dis que t’achetais une bonne diesel...

Minnie - Eh bien ça revient au même, ma diesel elle pollue !

Dédé - D’accord mais si elle produit moins de CO2 que ce que tu as permis à EDF d’économiser en réduisant la production d’une centrale à charbon, c’est bien non ?

Minnie - Oh là là... je vois où tu veux en venir ! Mais je vois pas pourquoi je n’achèterais pas une voiture électrique.

Dédé - Oui pourquoi pas ; en fait ça dépend de combien de kWh ta voiture électrique dépense au cent kilomètre, et de combien chaque kwh génère de CO2 ; et d’autre part de la performance en CO2 de ta voiture diesel.

Minnie - Oh là là.. c’est horriblement compliqué ! pour la voiture diesel ça va. Je prends les données du constructeur par exemple 120 g de CO2 par km. Au cent kilomètres ça ferait 12 Kg de CO2.

Dédé - Et pour la voiture électrique ce n’est pas beaucoup plus compliqué.

Minnie - Je multiplie le nombre de kWh au cent de ma belle voiture électrique par euh... J’ai trouvé ! je considère que mes kilowatts viennent d’une grosse boite noire dans laquelle se trouvent toutes les centrales du monde, qu’elles soient à charbon ou à je ne sais quoi ; et je calcule combien la grosse boite noire produit de CO2 par kWh d’électricité.

Dédé - Bien raisonné. Et comme on a considéré que le charbon, qui pollue le plus, générait 1kg de CO2 par kilowatt, ta grosse boite noire en produirait combien, toujours par kWh ?

Minnie - Je ne sais pas, mais comme les centrales à charbon sont majoritaires, que les centrales au fioul ou à gaz dégagent certes moins de CO2, mais encore beaucoup, que le nucléaire et le renouvelable atteignent peut être 15 %... disons 700 g de CO2 par kilowatt/heure (0,7 kg/kWh).

Dédé - Pas mal, donc pour ta voiture électrique, combien de CO2 au cent kilomètres ?

Minnie - Facile . Ma voiture consomme 20 kWh au cent. La boite noire fabrique 0,7 kg de CO2 par kwh d’électricité, ça fait donc 14 kg de CO2 au cent kilomètres. Que je suis malheureuse...

Dédé - Suppose maintenant que tu trouves le même résultat pour la voiture électrique et la voiture diesel. Par exemple 12 kg de CO2 au 100 km.

Minnie - ouf tu me sauves la vie !

Dédé - Ce qui revient à prendre 600 g de CO2 par kWh pour la boite noire. Nous verrons les vrais chiffres après. Ce qui compte c’est de bien raisonner. Donc si t’achètes une voiture diesel, tu produis 12 kg de CO2.

Minnie - Et si j’achète la voiture électrique, je produit aussi 12 kg de CO2.. à moi la voiture électrique ! Et les panneaux solaires avec ; ce sera magnifique ; comme ça je produis zéro CO2.

Dédé - D’accord. Les scientifiques diraient que ton bilan carbone est nul. Maintenant si je remplace ta voiture électrique par la diesel ..

Minnie - Tu m’embêtes à la fin, ça fait la même chose ! tu me remplaces une voiture électrique (branchée sur une boîte noire qui crache 12 kg de CO2 par km) par une diesel qui nous gaze de la même manière. Tu veux que je te dises, t’es anti-électrique !

Dédé - Tu me connais, je suis surtout pour la planète. L’électricité des panneaux solaires, tu la vends à EDF, tu n’en rachètes pas puisque tu as une belle diesel...

Minnie - Je vois où tu veux en venir. Avec ma belle électricité solaire, EDF va pouvoir ralentir, un tout petit peu, une centrale à charbon pendant que moi je roule au diesel.

Dédé - Et économiser...

Minnie - 20 kWh de production électrique au charbon, soit 20 kg de CO2.

Dédé - Alors que dans le même temps ta diesel en a généré....

Minnie - 12 Kg de CO2, soit 8 kg de CO2 économisés au cent km par rapport à la solution voiture électrique + panneaux solaires dont le bilan est nul. Au secours, adieu ma belle voiture électrique !

Dédé - Et donc ce qu’on croyait égal ne l’est pas...

Minnie - Et pour bien faire la comparaison entre une voiture diesel et une voiture électrique, il faut considérer que l’électrique sied mieux aux femmes, que ça n’enfume pas les ville, que ça ne fait pas de bruit, que je serais si belle dedans...

Dédé - Je sais que tu es très déçue, mais rien n’est perdu. Nous n’avons pas comparé en vrai deux voitures mais juste appris à raisonner.

Minnie - Et à comparer une voiture à moteur à explosion, avec une voiture électrique : il ne faut pas raisonner tout seul dans son coin en considérant que sa voiture fonctionne avec des panneaux solaires, ni même considérer le CO2 moyen généré par notre réseau électrique, mais raisonner comme si la voiture électrique consommait de l’électricité produite par la plus polluante des centrales. Je suis un peu déçue, mais je me sens si DD.

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Résumé et commentaires

La voiture électrique consomme de l’électricité, elle même produite par des centrales qui sont responsables d’émissions de gaz à effet de serre et de pollution. A l’échelle individuelle, si on recharge la voiture sur une source d’énergie renouvelable, on ne génère pas de CO2 ( bilan carbone nul). Toutefois, une meilleure stratégie pour réduire les émissions globales de CO2, consiste à affecter l’électricité renouvelables d’abord à l’arrêt progressif des centrales au charbon. Celles-ci sont en effet beaucoup plus polluantes par kWh qu’un moteur diesel embarqué sur une voiture. Pour bien raisonner il faut faire comme si la voiture électrique consommait des kWh en provenance de centrales à charbon, même si elles sont très minoritaire dans le réseau, comme c’est le cas en France.

Ceci posé, une voiture électrique qui consommerait 10 kWh au 100 serait aussi « polluante » qu’une automobile diesel qui génère 100g de CO2 au km. Notre analyse ne tient cependant pas comte du fait que la combustion du charbon ne libère pas seulement du gaz carbonique, mais des cendres, des métaux lourds dont du mercure et de l’uranium. Par ailleurs l’exploitation des mines, est localement très polluante. Ceci renforce notre raisonnement

Dédé Bisphénol considére que les producteurs électriques sont vertueux, ce qui est une utopie. Pour inciter l’exploitant, à réduire la production d’électricité au charbon, la seule solution consiste à fixer un prix au carbone émis et au droit à polluer. Le marché du carbone, permet d’acheter ou de vendre des droits d’émettre du CO2. Grâce au marché, c’est comme si toutes les centrales du monde étaient interconnectées.

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Les vrais chiffres

Consommation d’une voiture électrique en kWh

Le roadster de Tesla Motors, consomme en cycle mixte 17,5 kWh au cent kilomètres (Source Tesla). Cette voiture de 234 chevaux, particulièrement optimisée et onéreuse peut être considérée comme l’état de l’art du moment. Dans notre article nous avons pris la valeur de 20 kWh au cent. La petite voiture G-WIZ utilisée par les londoniens, affiche des valeurs entre 16 et 33 kWh par km (typiquement 25 kWh). .

CO2 / kWh - Centrale à charbon

Une centrale à charbon moyenne peut être considérée comme produisant 950 g de CO2 par kWh fourni. (1, 2) En toute logique il faudrait y ajouter les émissions de CO2 générée par l’extraction du charbon, et son transport jusque la centrale, de l’ordre de 8 % de plus, soit 1029 g par kWh (1).

CO2 / Kwh - Automobile diesel

L’automobile diesel européenne produit en moyenne 130 g de CO2. Si on raisonne depuis le puits de pétrole, ce chiffre doit être porté à 160g/km (3). Les meilleures automobiles diesel, ou diesel-hybrides atteignent des valeurs proches de 100 g/km (4).

La boite noire électrique européenne

L’intensité carbone du réseau électrique européen est inférieure à 500 g de CO2 par kWk (2) loin devant la Chine (870g/kWh) et meilleure que les Etats-Unis (610g de CO2/kWh). Ces valeurs (source CARMA) ne tiennent pas compte de l’extraction et du transport des matières premières, ni de la construction et du démantèlement des centrales, ni dans le cas du nucléaire du traitement des déchets.

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Références

1) Valeur moyenne aux Etats-Unis. ENVIRONMENTAL SCIENCE & TECHNOLOGY / VOL. 41, NO. 17, 2007. Paulina Jaramillow, w. Michael Griffin and H. Scott Matthews

2) Cette valeur est confirmée par la base de données CARMA qui recense quelques 50 000 centrales électriques dans le monde.

3) Joined research Centre - European Commission (Well to Wheel report et Well to Tank report)

4) 100 g de CO2 au km annoncé pour la petite citadine Toyota IQ. Peugeot a dévoilé un projet de voiture hybride, nommé Peugeot RC Hymotion, avec 4 roues motrices , 200 ch, 109g de CO2 au cent en cycle mixte.

OGM : les statistiques peuvent aussi mentir Info’GM Reporterre 2009/02/14 Info’GM (14 février 2009) OGM : les statistiques peuvent aussi mentir. Reporterre. fr

OGM : les statistiques peuvent aussi mentir

Un organisme promoteur des organismes génétiquement modifiés, l’ISAAA, vient de publier son étude annuelle sur les cultures transgéniques dans le monde. Une étude aux conclusions très discutables.

Tous les ans, l’Isaaa (1), organisation de promotion des biotechnologies végétales dans les pays dits en développement, publie un rapport qui fait la synthèse des surfaces cultivées avec des plantes GM, et qui, à travers des calculs énigmatiques, démontre le bien fondé des OGM pour l’environnement et les économies des pays pauvres. Le rapport est truffé d’hypothèses, d’estimations, il laisse d’année en année les mêmes interrogations : comment ces chiffres sont-ils construits ? Quelles sont les sources de l’Isaaa ? On n’en saura pas plus cette année, mais cet exercice de communication reste intéressant à décrypter.

L’Isaaa annonce donc qu’en 2008, « 13,3 millions d’agriculteurs répartis dans 25 pays ont cultivé 125 millions d’hectares de cultures biotech », soit une augmentation de 9,6%. On notera donc déjà une première décélération de l’augmentation des surfaces. C’est la première progression en dessous de 10% depuis les années 2000. En 2007, l’augmentation a été de 12%, donc un peu moins qu’en 2006 (+13%). L’Isaaa souligne qu’il s’agit de la sixième plus forte progression depuis 13 ans (donc en fait, après décryptage, d’une « progression moyenne »). Qu’importe pour l’ISAAA : ce terme « plus forte » participe à l’idée que c’est beaucoup et que ça va vite. Plus absurde encore, l’Isaaa, comme chaque année, cumule les surfaces cultivées avec des PGM... Ainsi, il y a trois ans, en 2006, l’Isaaa se félicitait que le premier milliard d’acres (donc 500 millions d’hectares environ) cultivés en PGM avait été atteint. Ce chiffre n’était que la somme des surfaces cultivées en PGM depuis 1996. Cette année, l’Isaaa réitère et annonce que le deuxième milliard d’acres a été atteint. L’Isaaa utilise parfois des hectares, parfois des acres, en fonction de la force symbolique qu’on peut voir dans ces chiffres. L’Isaaa termine en annonçant qu’en 2015, soit 20 ans après les premières cultures GM, le quatrième milliard d’acres cumulés sera atteint et estime qu’alors 40 pays cultiveront des OGM. Sur quelles bases ? Propagande au service des quelques peu nombreuses entreprises de biotechnologies ?

25 pays, mais une stabilité sans surprise

Sans surprise, les Etats-Unis représentent, toujours à eux seuls, 50% des cultures transgéniques mondiales et, alliés à l’Argentine, au Brésil, et au Canada, ils cumulent 86% des cultures transgéniques mondiales. La donne n’est donc en rien modifiée. Dans les 25 pays qu’annonce l’Isaaa, onze représentent à peine, ensemble, 100 000 hectares, soit 0,08% des surfaces transgéniques. Sans surprise toujours, le soja GM domine. Il couvre plus d’une quarantaine de millions d’hectares en Amérique latine (soit environ un tiers des surfaces GM mondiales, pour une culture sur un continent). Il a même gagné un peu, passant de 51% de l’ensemble des cultures GM en 2007 à 53% en 2008 (soit plus de 6,2 millions d’hectares supplémentaires), au détriment du maïs. Le coton a lui aussi augmenté un peu, passant de 15 à 15,5 millions d’hectares. Mais, si on regarde sur quatre ans, alors c’est le maïs GM qui bénéficie de la plus forte progression (+120%, de 15,5 à 35,2 M Ha). En 2008, le club des pays producteurs d’OGM a été rejoint par deux pays africains, l’Egypte (700 ha de maïs Bt) et le Burkina Faso (8500 hectares de coton Bt), et par la Bolivie qui a planté, selon le rapport Isaaa, 600 000 hectares de soja Roundup Ready. Enfin, en 2008, un pays a quitté ce club restreint : la France qui, en février 2008, a décidé d’interdire la culture du maïs Mon810 sur son territoire. Le rapport de l’Isaaa se félicite du succès de l’Union européenne, annonçant +21% avec 107 000 hectares de PGM. Mais dans sa monographie, l’Isaaa oublie de mentionner le maintien des moratoires nationaux, l’augmentation des « zones sans ogm », la non autorisation, à la culture, d’autres PGM que le maïs Mon810 et l’opposition citoyenne forte. Mais surtout, selon l’ONG les Amis de la Terre qui publie un contre-rapport, les surfaces GM dans l’Union européenne ont diminué de 2%. Explication : le moratoire français a fait perdre 22 000 hectares de maïs GM à l’UE en 2008. Et surtout, la Roumanie a été exclue des données 2006 par l’Isaaa alors qu’elle cultivait 130 000 hectares de soja GM. Devenue illégale suite à l’adhésion de la Roumanie dans l’UE, cette culture a été plus ou moins abandonnée, d’où une baisse importante des surfaces, non prise en compte par l’Isaaa. Au niveau des nouvelles PGM, l’Isaaa annonce l’arrivée de la betterave transgénique RR (tolérant le roundup) cultivée pour la première fois, aux Etats-Unis, en 2008, sur 258 000 hectares (soit 59% de la surface consacrée cette année à la betterave). Sur le site de l’USDA, section statistique, on trouve pour 2008 le chiffre de 1 090 800 acres (soit 545 400 ha environ). Si onutilise cette donnée, la part GM dans la betterave états-unienne descend à 47%. Petite différence qui ne change pas fondamentalement l’ordre de grandeur, mais étant donné que l’Isaaa ne donne pas ses sources, tout est sujet à caution... Et la confrontation avec certains chiffres officiels connus occasionnent des surprises ! Cette adoption rapide, quasi vertigineuse, cache une opposition forte à l’utilisation de cette betterave GM dans l’alimentation. Il faudrait alors savoir avec précision quelle est la part des betteraves GM qui a été consacrée à la production d’agro-carburant. En effet, suite à des campagnes citoyennes, plusieurs géants de l’agro-alimentaires ont prévenu qu’ils n’utiliseraient pas de dérivés de cette betterave (sucre...) dans leurs préparations (2).

La fin de la faim, un leitmotiv éculé...

Le fil conducteur du communiqué de presse de l’Isaaa est, cette année encore plus que précédemment, la question de la faim dans le monde et la crise alimentaire. Les vieux démons d’une révolution verte version génétique reviennent, jamais vraiment abandonnés par les promoteurs des OGM. Ainsi, là encore sans surprise, l’auteur du rapport, M. James, réitère que « les plantes biotech peuvent faire deux contributions importantes à la sécurité alimentaire mondiale », via l’augmentation des rendements et la réduction des coûts de production. Avec 9,2 milliards d’individus à nourrir en 2050, dit-il, les biotechnologies seront nécessaires. Or, il oublie de signaler que la faim n’a pas diminué en Argentine, pays qui consacre pourtant l’essentiel de ses terres agricoles au soja RR depuis plus de 10 ans. Le rapport, même dans sa version courte (3), met en exergue le nouveau maïs de Monsanto « résistant à la sécheresse » (4), sans en dire le nom (mais le rapport annonce une sortie aux Etats-Unis en 2012, renvoyant directement au communiqué de presse de Monsanto récent relayé largement par les médias), et annonce que ce maïs, testé dans le Middlewest, servira aux agriculteurs d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Organisation de la confusion. On se rappelle les belles promesses du riz doré, qui devait nourrir les enfants indiens dès 2005 (5).

Le rapport, toujours dans sa logique d’accumulation, annonce que les PGM ont contribué à accroître l’offre et l’accès alimentaires, en augmentant la production de 141 millions de tonnes en douze ans, entre 1996 et 2007. Ce chiffre jamais détaillé dans le rapport, laisse rêveur. La production de soja RR, destinée en très grande majorité à l’alimentation du bétail avec l’augmentation de la consommation de produits carnés au niveau mondial (en Chine, en Inde, etc.) et l’interdiction concomitante des farines animales dans l’UE, a certes augmenté de façon exponentielle. Le marché a pour ainsi dire explosé mais la quantité de nourriture disponible n’a pas pour autant augmenté. La production de viande dans les pays développés reste excédentaire, entraînant des conséquences dramatiques dans certains pays du Sud, victimes d’importations à trop bas prix. De même, pour prendre un dernier exemple, l’Isaaa se félicite du nombre d’agriculteurs indiens qui ont adopté le coton Bt (environ cinq millions, lit-on dans le rapport, qui cultivent 7,6 millions d’hectares). Or, les partisans des biotechnologies, quand on évoque des mauvais rendements du coton GM en Inde, affirment que la contrebande, le mélange, les fausses semences Bt, etc. font qu’au final peu d’agriculteurs indiens cultivent des semences GM certifiées. Pourtant, ces agriculteurs sont quand même mentionnés dans le rapport annuel. Deux poids, deux mesures ?

Comme toujours, après la lecture de ce rapport, le sentiment qui domine est la déception. En effet, il ne s’agit que d’un exercice d’empilement de données, disparates et non vérifiables dont le but n’est pas la connaissance de la réalité des OGM. Ce rapport n’a rien d’une étude scientifique, validée et référencée. Son but est simple : marteler que rien ne pourra arrêter la croissance des OGM, produits miracles qui sauvent le monde de la crise alimentaire et environnemental.

>>>>> 1, http://www.isaaa.org/resources/publications/briefs/39/executivesummary/default.html 2, Inf’OGM ACTU n°4, novembre 2007 et Inf’OGM ACTU n°9, mai 2008 3, http://www.isaaa.org/resources/publications/briefs/39/pressrelease/default.html 4, http://monsanto.mediaroom.com/index.php?s=43&item=676

Je vais décroître Elodie Vieille Blanchard Reporterre 2009/02/15 Elodie Vieille Blanchard (15 février 2009) Je vais décroître. Reporterre. Tribune — fr

Je vais décroître

La décroissance au quotidien

Après avoir écouté Hervé Kempf et Jacques Généreux, au premier forum du Parti de Gauche, il y a deux semaines, expliquer la nécessité de réorienter le projet politique en fonction d’objectifs porteurs de sens, et d’élaborer pour cela des indicateurs plus pertinents que la croissance du PIB ; des indicateurs prenant en compte le poids des processus économiques sur les écosystèmes, l’égalité dans la société, les droits collectifs, la qualité des services publics ; après m’être enthousiasmée pour leur discours et les avoir applaudis des deux mains, je me suis dit que ce qui était bon à l’échelle d’une société ne pouvait pas être mauvais à l’échelle d’une personne.

Puisque je ne suis pas pourvue, à l’instar de certain-e-s de mes collègues – qui se livrent une guerre sans merci pour récupérer le plus possible d’heures sup’ et d’heures de « première chaire » -, d’une caisse-enregistreuse en lieu et place de cerveau, mais que j’ai besoin pour me sentir bien et pour avoir l’impression que ma vie a du sens, de temps pour respirer, pour rêver, pour me promener, pour lire, pour réfléchir, pour dormir, pour nouer des relations belles et intéressantes… J’ai décidé de décroître.

L’année prochaine, pour moi, ce sera -20%. 20% d’heures de travail en moins, 20% d’argent en moins. Je n’ai jamais été particulièrement économe, et je vais donc devoir faire un peu plus attention à mes dépenses. Mais dans une société où le salaire médian est aux alentours de 1400€, je me sentirai un peu plus proche de la moyenne des gens.

Je suis donc en train de réfléchir à la manière de dépenser moins d’argent, et j’ai déjà quelques pistes… Ci-dessous, il y a autant de propositions fausses que justes. Saurez-vous les départager ?

1) Je vais renoncer à ma voiture, en ces temps de pétrole cher.

2) Je vais continuer à circuler dans mon quartier en trottinette et en Vélib’, et à me rendre au lycée en train.

3) Je vais cesser d’acheter de la nourriture bio, et faire mes courses dans les magasins discount.

4) Je vais acquérir un peu moins de vêtements neufs, un peu plus chez Guerrisol, et surtout, essayer d’en acheter des durables.

5) Je vais renoncer à ma carte du Club Med Gym, où je me rends plusieurs fois par semaine pour faire du sport sur des machines.

6) Je vais continuer à faire du yoga dans mon studio en poussant tous les meubles, et à aller courir au Parc de la Cité Internationale à la nuit tombante.

7) Je vais acheter un peu moins de BDs, et en emprunter un peu plus à la bibliothèque municipale.

8) Je vais rompre avec mon habitude des week-ends à Londres ou à Barcelone en avion, et je profiterai plutôt de mon temps libre pour me promener à Paris avec mes ami-e-s.

9) Je pourrai repasser les chemises de mon mari, qui n’aura plus besoin de les déposer au pressing.

10) Je vais manger un peu moins souvent dans les restaurants végétariens (grrrmmbl).

Naturellement, si vous avez d’autres idées, je suis preneuse…

Des gendarmes dans les écoles Par Julien villalard Reporterre 2009/02/16 Par Julien villalard (16 février 2009) Des gendarmes dans les écoles. Reporterre. fr

Des gendarmes dans les écoles

« Tout va bien ? » Dans l’Hérault, les gendarmes sont venus à plusieurs reprises s’enquérir de la grève dans les écoles. N’ont-ils rien de plus utile à faire ?

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Montpellier le 8 février 2009

à :

Monsieur l’Inspecteur d’Académie de l’Hérault,

Objet : interventions des services de gendarmerie dans certaines écoles de l’Hérault.

Monsieur,

En ma qualité de secrétaire départemental du SNUipp 34, je souhaite attirer votre attention sur les faits suivants : - le jeudi 22 janvier, les gendarmes sont passés vers 9H30 à l’école de Brignac (circonscription de Lodève) pour vérifier « si tout se passait bien » - le lundi soir 19 janvier, un gendarme s’est présenté à l’école de Jonquières (circonscription de Lodève) pour savoir s’il n’y avait pas « de troubles à l’ordre public » - durant toute la semaine du 19 au 23 janvier, coup de fil tous les matins à l’école de Jonquières de la gendarmerie de Gignac pour savoir « si tout allait bien » - le jeudi 22 janvier, deux gendarmes sont entrés dans la cour de l’école Georges Brassens de Paulhan (circonscription de Lodève), entre 8H35 et 8H45. Ils ont relevé qu’il y avait des banderoles sur la clôture et demandé si les enseignants n’étaient pas gênés par des parents qui occuperaient éventuellement l’école (ce qui n’était pas le cas). Ils voulaient savoir si les évaluations CM2 se déroulaient dans des conditions normales - le jeudi 29 janvier, jour de grève dans l’Education nationale, deux gendarmes se sont présentés à l’école Mario Roustan de Mauguio (circonscription de Lattes) pour demander aux enseignants non grévistes de leur donner le nombre de grévistes sur l’école. Devant le refus ferme de nos collègues, ils ont insisté arguant qu’ailleurs « on leur avait donné le renseignement ».

Au nom des enseignants de l’Hérault, le SNUipp élève la plus vigoureuse protestation contre de telles démarches que rien ne saurait justifier.

L’ordre public n’étant nullement menacé dans les écoles mentionnées ci-dessus, pas plus que dans les autres d’ailleurs, le SNUipp vous demande instamment une explication et une clarification sur le cadre de telles interventions. Les services de gendarmerie mis en cause dans les faits relatés plus haut ont-ils agi à la demande de vous-même, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, de Messieurs les Inspecteurs des circonscriptions concernées, du Préfet de l’Hérault ? Doit-on considérer désormais que de telles démarches, inédites dans nos écoles jusqu’à présent, entrent dans les nouvelles prérogatives de la gendarmerie, liées au rapprochement de la gendarmerie nationale et de la police nationale au sein du même Ministère, celui de l’Intérieur ?

Vous comprendrez aisément, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, que de telles initiatives ont suscité une profonde indignation parmi les enseignants et les parents d’élèves, légitimement mobilisés depuis plusieurs semaines contre une politique ministérielle qui porte gravement atteinte à l’école publique et à l’avenir des enfants qu’elle a la responsabilité d’instruire.

Je vous demande donc, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, de faire toute la lumière sur les faits rapportés et de prendre les dispositions nécessaires pour que de telles pratiques ne se reproduisent plus. Nos écoles aspirent à fonctionner dans un climat de sérénité, de respect du travail des enseignants, des élèves et des initiatives de coopération et d’action constructives entre enseignants et parents, hors de toutes pressions, intimidations, quels qu’en soient les instigateurs.

Nos collègues enseignants, les parents élèves, indignés par ce qui s’est passé, attendent eux aussi des réponses claires et précises sur les faits que je vous ai exposés.

Persuadé de l’attention que vous ne manquerez pas de porter à notre demande et dans l’attente de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, à notre profond et sincère attachement au service public, laïque de l’Education nationale.

Pour le SNUipp/FSU 34,

Joël Vezinhet, secrétaire départemental

Le passé ne reviendra pas Hervé Kempf Reporterre 2009/02/17 Hervé Kempf (17 février 2009) Le passé ne reviendra pas. Reporterre. Tribune — fr

Le passé ne reviendra pas

Attention, le discours qui suit est radicalement contraire au discours dominant. Respirez...

Trois idées :

1. La crise économique est une bonne nouvelle. Imaginez ce qui serait arrivé si le produit intérieur brut (PIB) de la Chine avait continué à croître de 10 % l’an, celui des Etats-Unis de 5 %, celui de l’Europe de 2,5 %. Les émissions de gaz à effet de serre auraient rapidement atteint le seuil faisant basculer dans l’irréparable le changement climatique ; l’effondrement de la biodiversité se serait accéléré, précipitant la société humaine dans un chaos indescriptible. En stoppant cette croissance folle du PIB mondial, la « crise économique » permet d’atténuer les assauts de l’humanité sur la biosphère, de gagner du temps et de réfléchir à notre réorientation.

2. La crise, sinon son moment, était prévisible pour les Etats-Unis mais aussi pour la Chine. L’auteur de ces lignes écrivait en 2006 (1) :

"Nous sommes entrés dans un état de crise écologique durable et planétaire. Elle devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial. Les amorces possibles pourraient s’allumer dans l’économie arrivant à la saturation et se heurtant aux limites de la biosphère :

Le Japon est un précédent à ne pas oublier : vingt ans de croissance stupéfiante, puis l’entrée en stagnation durable au début des années 1990."

Veuillez pardonner ce rappel. Il ne vise qu’à asseoir le pronostic que voici : l’économie mondiale ne « repartira » pas comme avant, la croissance mondiale du PIB ne reviendra pas à 5 %, l’expansion très rapide de la Chine et de l’Inde est finie. Il nous faut dessiner un monde nouveau, une autre économie, une autre société, inspirés par l’écologie, la justice et le souci du bien commun.

3. Que faire ? Arrêter de singer Keynes et de se croire en 1929 quand on est en 2009 : la dépense, l’endettement, l’inflation, ne sont pas la solution. Replâtrer l’édifice ne réparera pas des fondations ruinées. Il importe au contraire d’opérer une redistribution de la richesse collective en direction des pauvres ; l’outil pourrait en être le revenu maximal admissible (RMA). La réduction de l’inégalité aidera aussi à changer le modèle culturel de surconsommation, et rendra supportables les baisses nécessaires et inéluctables de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie dans les pays riches. Autre exigence : orienter l’activité humaine vers les domaines à faible impact écologique, mais créateurs d’emploi, et où les besoins sont immenses : santé, éducation, culture, énergie économe, agriculture, transports collectifs, nature.

Facile ? Non. Mais plus réaliste que de croire possible le retour à l’ordre ancien, celui d’avant 2007.

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Note :

(1) Dans Comment les riches détruisent la planète (Seuil, 2007), p. 30-31 de l’édition de poche (coll. Points).

A Madagascar, la Corée achète la terre au détriment des pauvres Peuples solidaires Reporterre 2009/02/17 Peuples solidaires (17 février 2009) A Madagascar, la Corée achète la terre au détriment des pauvres. Reporterre. fr

A Madagascar, la Corée achète la terre au détriment des pauvres

Dans plusieurs endroits du monde, de grandes compagnies achètent des terres pour les exploiter en en excluant les petits paysans.

Dans un climat de tension politique extrême à Madagascar, l’ONG Peuples Solidaires soutient les revendications de la société civile malgache dénonçant le projet agricole de Daewoo sur l’Ile. Elle lance une campagne de lettres adressée à l’entreprise sud-coréenne, en partenariat avec le Collectif de Défense des Terres Malgaches.

En novembre 2008, l’entreprise sud-coréenne Daewoo Logistics annonçait avoir signé dès juillet 2008 avec le gouvernement malgache un protocole d’accord portant sur l’exploitation d’1,3 millions d’hectares de terres, pour la production de maïs et d’huile de palme à destination de la Corée du Sud. Cette annonce a suscité une vive réaction de la population malgache et explique en grande partie les manifestations de colère de ces derniers jours à Madagascar.

Selon le Collectif pour la défense des terres malgaches, constitué en décembre 2008 en réaction à l’annonce faite par Daewoo, « l’opinion publique malgache, informée par la presse internationale, est particulièrement en alerte car plusieurs grands projets déjà en cours à Madagascar démontrent la réalité de contrats dont les termes conjuguent une exploitation drastique des richesses du pays par les investisseurs étrangers avec des bénéfices insignifiants pour la nation et les populations malgaches ».

Le Collectif a donc décidé de réagir en demandant au gouvernement l’arrêt immédiat des actions entreprises avec Daewoo, ainsi que toute la transparence sur la transaction annoncée puis partiellement démentie. C’est l’objet de l’Appel Urgent « Daewoo fait main basse sur la terre » lancé ce lundi 16 février 2009 par Peuples Solidaires.

Alors que Madagascar semblait s’être engagé depuis quelques années dans une réforme foncière pour sécuriser progressivement le droit des paysans à exploiter leurs parcelles, l’affaire Daewoo a réveillé soudainement les vieux démons d’un néo-colonialisme agraire menaçant la souveraineté alimentaire de l’Ile et les droits fondamentaux des paysans.

Ce cas est malheureusement emblématique d’un phénomène mondial de rachat massif de terres agricoles dans les pays du Sud par des Etats tiers et des investisseurs privés. Afin d’envisager les moyens de réaction face à ce phénomène, Peuples Solidaires organise avec la Confédération Paysanne un Forum international sur l’accès à la terre les 18 et 19 avril prochains à Montreuil, avec la participation de partenaires d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et d’Europe de l’Est.

Ce que disent les étudiants Coordination nationale étudiante Reporterre 2009/02/18 Coordination nationale étudiante (18 février 2009) Ce que disent les étudiants. Reporterre. fr

Ce que disent les étudiants

La lutte en cours dans les facultés vise à empêcher la privatisation des universités

APPEL DE LA COORDINATION NATIONALE ETUDIANTE REUNIE A RENNES II LES 14 ET 15 FEVRIER

NON A LA CASSE DE L’UNIVERSITE PUBLIQUE ET DE NOS DIPLOMES !

Nous, étudiants de 63 universités réunis en coordination nationale à Rennes les 14 et 15 février, appelons à amplifier la mobilisation sur les universités par la grève réelle et reconductible des étudiants.

Les enseignants chercheurs exigent le retrait du projet de décret qui vise à transformer profondément leur statut. Cette réforme fait de l’enseignement une sanction. Cela va réduire considérablement la qualité des enseignements, donc celle de nos diplômes et donc celle de nos conditions de travail. L’enseignement supérieur est frappé par une série d’attaques majeures. Depuis plusieurs années et en particulier depuis l’adoption en catimini de la Loi LRU en 2007, contre laquelle s’était mis en place une forte mobilisation étudiante, une série de mesures visent à transformer profondément l’enseignement supérieur. Les objectifs de la classe dirigeante sont simples : soumettre les universités à des logiques de compétitivité, de rentabilité, les mettant en concurrence les unes avec les autres, les o bligeant à recourir aux financements privés.

Nous, étudiants mobilisés, refusons la privatisation des universités et la soumission aux intérêts privés, nous refusons le développement d’un enseignement supérieur à deux vitesses. Nous refusons de nous voir délivrer des diplômes qui ne protègent pas dans le monde du travail et qui conduisent à la précarité. Nous ne serons pas de la chair à patrons.

La LRU est le cheval de bataille commun aux étudiants enseignants et personnels. C’est derrière le mot d’ordre de l’abrogation de la LRU que le mouvement pourra s’unifier. Face aux attaques actuelles contre l’enseignement supérieur, nous devons bloquer les suppressions de postes et exiger le retrait des réformes suivantes : · la LRU · celle dite du recrutement et de la formation des enseignants · celle dite de l’allocation des moyens · celle du statut des enseignants chercheurs · celle du contrat doctoral unique

Le mouvement contre le CPE et la Loi sur l’égalité des Chances a démontré que seule la lutte paie. La mobilisation en cours démontre la volonté de ne pas laisser passer la casse du service public d’enseignement supérieur. Les étudiants doivent s’engager dans la lutte pour défendre les facs, les diplômes et les conditions d’études. Pour gagner sur l’ensemble des revendications, nous avons besoin de généraliser la mobilisation étudiante, de la doter de revendications propres sur lesquelles il est possible de gagner. La semaine qui vient doit permettre de faire passer la mobilisation étudiante d’une mobilisation de solidarité passive à une grève majoritaire, réelle et active des étudiants, seule à même de stopper la logique de libéralisation et de casse du service public d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, nous devons amplifier la mobilisation étudiante par la grève, les manifestations, la convergence des luttes.

La mobilisation étudiante doit se poursuivre dans la perspective de généraliser la grève à d’autres secteurs. Après la réussite de la journée de grève et de manifestation du 29 janvier, nous appelons au soutien de toutes les luttes en cours. Nous appelons d’ors et déjà à la nouvelle journée de grève et de manifestation interprofessionnelle à l’appel des syndicats de salariés le 19 mars prochain.

Sans attendre, nous devons poursuivre la grève étudiante, c’est-à-dire la cessation totale et reconductible des cours. Nous appelons à une journée nationale d’action étudiante le Mardi 17 février, nous appelons à une journée nationale de grève et de manifestation étudiante le Jeudi 19 février.

· Retrait de la réforme des concours d’enseignement dit de masterisation · Retrait du décret de l’allocation des moyens · Non aux suppressions de postes dans la fonction publique. Recrutement massif dans l’éducation · Retour du cadrage national des diplômes et reconnaissance des diplômes nationaux dans les conventions collectives · Pour la mise en place d’un véritable système d’aide sociale étudiant basé sur des critères sociaux

Industrie automobile, changer de logique Agir pour l’environnement Reporterre 2009/02/19 Agir pour l’environnement (19 février 2009) Industrie automobile, changer de logique. Reporterre. Tribune — fr

Industrie automobile, changer de logique

Injecter des fonds dans une industrie qui a été incapable de prendre en compte l’environnement n’a pas de sens si l’on ne remet pas en cause le système global de transport.

Tour à tour, Peugeot le 11 février, puis Renault, le lendemain, ont annoncé des réductions massives d’effectifs salariés. Rejouant la comédie de Woody Allen « Prends l’oseille et tire-toi », les deux constructeurs n’auront même pas concédé au plan de relance de Nicolas Sarkozy l’illusion d’une efficacité politique pendant plus de 24 heures. Avec un cynisme extraordinaire, les dirigeants de Renault-Nissan et PSA ont accepté les cadeaux de l’Etat – prêt bonifié et investissements de recherche – contre une promesse vaguement formulée et … déjà trahie pour peu que l’on accepte d’appeler un chat un chat. N’en déplaise au ministre du Budget, Eric Woerth, qui évoque « une maladresse », l’absence de contraintes réelles et sérieuses imposées aux constructeurs se traduit par une prorogation d’une stratégie industrielle qui, pour s’être absoute des contraintes écologiques, débouche sur une crise économique et sociale.

En effet, la crise économique frappant ce secteur d’activités est le résultat d’une incapacité notoire de ses dirigeants à accepter et à anticiper les contraintes environnementales et climatiques. Dans ce domaine, la stratégie du secteur s’est longtemps limitée à instrumentaliser la nouvelle sensibilité environnementale au travers de publicités faussement écologiques vantant les mérites de véhicules toujours plus prédateurs de ressources. Sous la pression croissante des écologistes, les constructeurs ont peu à peu commercialisé quelques modèles plus économes, niches ou vitrines qui masquaient mal la déferlante de produits totalement inadaptés aux enjeux économiques et écologiques d’aujourd’hui. Par mimétisme industriel, chaque constructeur automobile s’est cru obliger de copier les dérives de ses concurrents. Les constructeurs français qui disposaient pourtant d’un positionnement commercial avantageux dans le domaine des véhicules légers, n’ont pas fait exception à la règle. Comment expliquer le lancement du Koleos, un 4x4 « made in Renault fabriqué en Corée… » en 2008, alors que les craquements sourds de la crise résonnaient déjà depuis plusieurs mois ?

Peu empressés d’appliquer au secteur des transports routiers une stratégie cohérente avec les objectifs communautaires de réduction des émissions de dioxyde de carbone, les politiques ont finalement tenté, en 2008, d’accoucher d’une réglementation ad hoc pour les véhicules particuliers, un outil nécessaire, mais insuffisant pour formater ce marché rétif à la sobriété énergétique. Sous présidence française, l’Europe a rapidement capitulé devant les exigences du lobby et torpillé un règlement refaçonné pour la survie des grosses berlines et des 4x4.

Sans vision globale et à long terme sur la mobilité du futur, l’Etat français ne parvient pas à dépasser l’horizon de la voiture particulière et continue de lui dérouler le tapis rouge des infrastructures routières, quand il ne ruine pas les efforts de collectivités plus avisées.

La crise du secteur automobile ne se résoudra pas en injectant de l’argent public sans édicter la moindre condition en matière climatique ou énergétique. La réponse n’est pas non plus uniquement technologique. Les filtres à particules, les agrocarburants ou le moteur électrique ne demeureront jamais que des instruments de transfert de pollution et de responsabilité et ne peuvent nous affranchir d’une réflexion plus large. Pour les constructeurs, le vrai défi serait de redéfinir complètement leur modèle commercial et culturel : à la vente de véhicules particuliers et privatifs, ils doivent substituer une offre de mobilité plus flexible, plus conviviale et bien plus sobre. Pour les politiques, la tâche est immense. Cette crise interroge profondément notre façon d’appréhender la mobilité, questionnant nos politiques de transports, d’infrastructures, d’urbanismes, de logement et d’aménagement du territoire.

Cette crise systémique peut être une chance si nous savons nous abstraire de la pensée unique productiviste. A contrario, l’incohérence de la stratégie écologique défendue par la France en matière de transport ne peut que proroger l’option prédatrice qui nous a conduits et nous conduira encore et toujours aux crises écologiques, économiques et sociales.

Un homme juste est mort Fabrice Nicolino Reporterre 2009/02/20 Fabrice Nicolino (20 février 2009) Un homme juste est mort. Reporterre. fr

Un homme juste est mort

Henri Pézerat a fait éclater en France le scandale de l’amiante. Le 16 février, il a quitté le monde des vivants.

Je vais essayer de cacher ma peine, qui est immense. Et je vais tenter de parler d’un vivant qui fut beau. Je ne prétendrai pas être un intime de l’homme qui vient de mourir, mais je le connaissais bien. Et j’aimais Henri Pézerat, cela ne fait aucun doute.

Henri vient d’y passer. J’en ai le frisson. Ce n’est pas un deuil, c’est la vraie grande douleur du manque. Je ne pourrai plus l’appeler au téléphone. Je ne pourrai plus passer le voir dans son appartement de Fontenay. Merde, ce n’est pas seulement insupportable, c’est incroyable. Quel âge avait Henri ? Je pense 77 ou 78 ans, j’ignore au juste. Il était fatigué. Non pas de vivre. Son esprit était fait pour durer des siècles. Hélas le corps ne suivait plus. Son cœur lâchait. Mais son esprit !

J’ai rencontré Henri en 1994. À cette époque, il était encore directeur de recherche au CNRS, à Jussieu (Paris). Il était toxicologue. Ce jour-là, grâce à lui, j’ai tout compris du drame absolu de l’amiante. Il ne faut pas commettre d’anachronisme. En cette année 1994, Henri bataillait seul. Seul en France, où des milliers de scientifiques travaillent pour l’armée ou l’industrie. Seul, il avait démonté le dossier de l’amiante, de l’exposition des prolos à cette fibre assassine. Il disait déjà les milliers de morts par an. Tout ce qu’il m’a dit ce jour fabuleux - pour moi - a ensuite été confirmé.

Mais il était seul. Contre les institutions, les ministères, les officiels, et même un peu et beaucoup les syndicats. Henri connaissait d’autant mieux l’amiante qu’il avait bataillé dans les années 70, dans cette fac de Jussieu devenue tombeau pour tant de salariés, contre le flocage des plafonds à l’amiante. À la différence de cet atroce personnage appelé Claude Allègre, il savait, il gueulait.

Non, il ne gueulait pas. Henri était finalement un homme discret, mais un combattant qui jamais ne lâchait prise. Moi qui l’ai tant poussé à raconter sa vie, j’ai fini par en connaître des bribes. Ce chercheur rarissime était proche du peuple. Il avait été un militant ardent du Parti Communiste, puis un opposant interne au stalinisme, et s’était finalement rabattu sur le syndicalisme. Mais Henri sera toujours resté, à mes yeux, un communiste à l’ancienne, un communiste d’avant la glaciation, un Juste. Il n’aimait pas que j’emploie ce mot pour parler de lui. Il n’aimait pas qu’on parle de lui. C’était un Juste.

Le combat pour l’interdiction de l’amiante, obtenue en 1997, lui doit à peu près tout. Certes, sans certains autres, cela aurait traîné un peu plus. Mais sans lui, nul ne sait si nous aurions obtenu cette fragile victoire. Il a été l’âme, le centre, le moteur de cette terrible bataille au couteau contre les salopards de ce monde malade. Je suis fier - et non pour moi, je l’assure -, je suis fier d’avoir obtenu que le journal Le Monde fasse une page entière sur le sujet, le 31 mai 1995, avec un dessin du visage de Henri en une. Je salue au passage, d’ailleurs, l’ami Jean-Paul Besset, sans qui cela aurait été impossible. Vous ne le savez pas, mais le journaliste que je suis a ramé des mois entiers, à cette époque, pour faire circuler de maigres informations sur ce qui était pourtant un drame national. Si je racontais tout dans le détail, et le nom des journaux qui m’ont alors ri au nez, je pense que vous seriez surpris. J’en suis sûr.

Henri ne s’est pas arrêté là. Il est devenu au fil des ans, surtout après son départ à la retraite, le spécialiste tous terrains de quantité de causes essentielles. Je lui ai souvent dit : « Henri, tu es un service public à toi tout seul ». Il riait, j’adorais cela. C’était vrai : un service public installé dans son appartement, d’où il envoyait études et analyses à tous ceux qui le sollicitaient. Des ouvrières, des ouvriers, des êtres méprisés, ignorés, sans pouvoir, lui passaient un coup de fil, ou lui envoyaient un fax, et alors tout commençait.

Je ne peux citer tous les exemples. Il y en a vraiment trop. Henri avait compris ce qu’aucun ponte ne saurait admettre. Que les liens entre la santé et la contamination chimique, environnementale en général, sont massifs et constants. En une douzaine d’années, Henri aura éclairé de son savoir des tragédies qui seraient restées obscures à jamais. Dans le désordre, je citerai l’école de Vincennes, sur le site des anciennes usines Kodak, les cancers d’enfants de Mortagne-au-Perche, le sous-marin Clemenceau, l’air de Gaillon, la maladie de Paul François, l’insoutenable affaire de l’atelier A de l’usine Adisseo de Commentry, le danger des fibres céramiques réfractaires, la qualité des eaux et la pollution par l’aluminium, et tant d’autres. Je me souviens de la tendresse singulière qu’il avait pour Josette, une ouvrière de l’usine Amisol de Clermont-Ferrand. Une usine qui avait tué massivement, où les femmes surtout avaient lutté avec vaillance et un brin de désespoir.

Je maintiens : Henri était « un service public à lui tout seul ». Un homme si rare qu’il ne sera pas remplacé. J’écris cela alors que j’ai toujours pensé que nous tous étions aisément remplaçables. Mais sincèrement, je crois qu’il était une fantaisie de l’évolution, qui ne repasse pas nécessairement les plats. On ne trouve pas chaque jour un scientifique rigoureux qui aime le peuple et prend au sérieux la crise écologique. Oh ! je ne souhaite pas en rajouter. Nous n’étions pas d’accord sur tout, de loin. Mais c’était un homme unique.

Je pense à lui, bien sûr, espérant contre toute évidence qu’il saura le vide qu’il laisse dans nos âmes. Nous sommes en effet nombreux à le pleurer à chaudes larmes. Henri est de ces êtres qui permettent de croire encore à la beauté du monde. Qui démontrent que la liberté, l’égalité, la fraternité brillent de tous leurs feux au fond de quelques esprits. Qui interdisent de perdre pied. Henri, mon petit père Henri, je t’embrasse.

Le retour des paysans Yann Fiévet Reporterre 2009/02/20 Yann Fiévet (20 février 2009) Le retour des paysans. Reporterre. Tribune — fr

Le retour des paysans

Le Salon de l’Agriculture bat son plein ? Lisez ceci...

L’une des leçons économiques majeures de la dernière décennie sera – quand on en aura pleinement pris conscience au Nord comme au Sud – la faillite générale des stratégies agricoles mises en œuvre à partir des années 1960. On redécouvrira partout demain le rôle prépondérant des paysans dans l’évolution équilibrée des sociétés humaines et des milieux naturels qui les portent. Pour le moment les tenants des modèles agro-technocratiques parviennent encore à dissimuler l’ampleur de la déconfiture du « monstre » qu’ils ont engendré et apparaissent toujours comme « progressistes » aux yeux des croyants du salut de l’humanité par la transformation des sols en paillasse de laboratoire. Cependant, le vrai progrès est déjà à l’ouvrage, dans les marges des systèmes dominants maintenus artificiellement en vie grâce aux perfusions financières, chimiques ou scientistes.

Toute révolution mentale commence par détruire les mythes de l’ordre ancien. On avait décrété trop vite « la fin des paysans ». Certes, la figure du paysan défini par Henri Mendras en 1967 dans son célèbre ouvrage n’existe presque plus quarante ans plus tard dans nos contrées. Il faut tout le talent cinématographique et ethnographique d’un Raymond Depardon pour faire vivre brillamment les survivants d’un monde submergé par les fastes dérisoires de la modernité. Pourtant, si le paysan maître de son labeur et de son temps, cultivant péniblement sa terre a disparu chez nous, il est illusoire de voir dans sa disparition le signe premier et décisif de l’avènement de son successeur naturel : l’agriculteur exploitant rationnellement la terre. Il n’est rien de plus faux que cette dichotomie entre le paysan qui incarne la tradition qu’il faut nécessairement dépasser et la modernité qu’incarnerait l’entrepreneur des campagnes rationalisées. Finalement, il n’a pas fallu si longtemps pour réaliser que cultiver une terre c’est l’entretenir, la faire durer tandis qu’exploiter la terre c’est l’appauvrir puis la détruire à terme.

Entre la figure disparue à jamais et l’épouvantail qui bientôt sera nu, il y a toute la place pour des hommes et des femmes respectant de nouveau la terre nourricière. Qu’ils se nomment encore paysans ou qu’ils préfèrent se dénommer agriculteurs paysans, ils (ré)inventent les formes d’une agriculture durable pour une transmission convenable aux générations futures. Ils veulent vivre du fruit de leur travail et non de subventions quémandées et sans cesse renégociées par des représentants à la légitimité douteuse. Ils veulent ne pas trop – voire pas du tout – dépendre du complexe agro-bio-business pour leurs semences, la nourriture de leurs animaux d’élevage, leurs débouchés sur le marché qu’ils souhaitent plus équilibré. Ils développent des circuits courts par la vente directe aux consommateurs qu’ils apprécient de rencontrer quand la Grande Distrib’ méprise ce lien social essentiel. Bref, ils aiment la terre et ses fruits, la vie, les autres…

Chaque jour désormais, le consommateur se tourne davantage vers eux et voudrait se détourner au contraire des faiseurs de mal bouffe. Le moment est donc venu de « pousser » l’offre de l’agriculture paysanne par un basculement des subventions de l’agriculture productiviste prédatrice des écosystèmes vers le financement de la conversion des terres et l’installation de nouveaux paysans aux « méthodes douces ». Il faut mettre un frein – et pourquoi pas un coup d’arrêt – au mouvement de concentration des terres par une redéfinition du rôle des structures de régulation de la propriété agricole, à commencer par celui des SAFER. Il faut enfin encourager la création et le développement de réseaux producteurs-consommateurs où l’échange marchand nécessaire est largement complété par d’autres formes d’échanges indispensables à une économie sociale et solidaire. C’est par ce changement d’échelle de la production de l’agriculture paysanne que l’on rendra accessible au plus grand nombre – et à des prix raisonnables – une alimentation de qualité garante d’une meilleure santé. La leçon ultime de ce processus – trop sommairement décrit ici – auquel nos sociétés n’ont pas le droit d’échapper sous peine de graves périls tiendra en ceci : nous allons de nouveau aimer sincèrement les paysans.

Les décroissants veulent se présenter aux élections Objecteurs de croissance et Parti pour la décroissance Reporterre 2009/02/22 Objecteurs de croissance et Parti pour la décroissance (22 février 2009) Les décroissants veulent se présenter aux élections. Reporterre. fr

Les décroissants veulent se présenter aux élections

Vendredi 13 février 2009, le Mouvement « les Objecteurs de croissance » et le Parti Pour La Décroissance se sont rencontrés à Paris.

Cette rencontre a permis de faire un point sur la situation de la Décroissance en France. Le mouvement de la Décroissance s’est beaucoup développé depuis le début des années 2000 à travers différents groupes et collectifs. Aujourd’hui, cela se traduit par des actions diverses et variées mais complémentaires à différents niveaux dont le Mouvement « Les Objecteurs de Croissance » (MOC) et le Parti Pour La Décroissance (PPLD) sont parties prenantes. Toutefois, il nous semble que la Décroissance fait face à une crise identitaire depuis au moins 2006, et qu’elle se cherche une organisation lui permettant de devenir une force politique en France.

Ces deux groupes d’objecteurs de croissance se retrouvent dans une volonté commune de construire un nouveau projet de société économiquement, écologiquement et humainement souhaitable. Le but est de rompre avec les modèles productivistes et développementistes qui nous mènent dans le mur.

Au sein du MOC on retrouve des objecteurs de croissance organisés en réseaux, impliqués dans des démarches locales et expérimentales mais aussi politiques avec la mise en place de groupes de travail et de réflexions de fond.

A travers une structure différente, les membres du PPLD souhaitent que ces valeurs soient portées sur la scène politique en participant aux débats démocratiques et aux élections. Le PPLD est organisé en s’appuyant également sur des collectifs locaux et indépendants.

Le MOC et le PPLD, s’accordent sur une vision de la Décroissance qui implique trois niveaux d’actions : individuel (simplicité volontaire), expérimentations collectives (AMAP, SEL, villes lentes…) et projet politique. Nous sommes convaincus que c’est en agissant sur ces trois leviers que nous parviendrons à créer une véritable alternative politique.

En décembre dernier, quatre objecteurs de croissance (Paul Ariès, Rémy Cardinale, Vincent Cheynet et Vincent Liegey) ont lancé un appel à la constitution de listes Décroissance aux prochaines élections européennes (Europe-Décroissance). Aujourd’hui, cet appel a été signé par plus de 1 400 objecteurs de croissance.

Le MOC et le PPLD souhaitent proposer à ces signataires de constituer ensemble des comités de listes pour les élections européennes et défendre notre projet de société.

Nous vous invitons donc toutes et tous à venir reconstruire avec nous la société de demain.

Des vaches empoisonnées par la dioxine Robin des bois Reporterre 2009/02/22 Robin des bois (22 février 2009) Des vaches empoisonnées par la dioxine. Reporterre. fr

Des vaches empoisonnées par la dioxine

Etonnante histoire : des troupeaux intoxiqués par les polluants de vieilles industries voisines.

Dans son « Inventaire des sites pollués aux PCB (mai 2008) », Robin des Bois relevait le site de Vitale Recyclage à Saint-Cyprien dans le département de la Loire (42). Cette initiative de Robin des Bois s’appuyait sur une documentation ancienne montrant que le site de Saint-Cyprien avait fait l’objet depuis les années 70 d’activités de brûlage et de broyage de matériels et radiateurs électriques. En juillet 2008, le Ministère de l’Écologie a légitimé les inquiétudes de Robin des Bois. Il a mis à jour dans sa base de données sur les sites et sols pollués (BASOL) la fiche du site Vitale Recyclage en y ajoutant la pollution des sols par les PCB. Fin août 2008, le même site était victime d’un incendie des stocks de bois de récupération. Le feu a couvé pendant trois mois.

Fin décembre 2008, la vérité éclate : 85 vaches sont contaminées aux PCB de type dioxine. Le périmètre s’élargit : à ce jour 10 autres troupeaux sont menacés d’abattage et l’interdiction de consommer le lait local a été étendue aux produits de basse-cour comme les œufs.

Cette affaire navrante pour le bien être animal fait suite aux abattages ou mises sous séquestre des troupeaux du pays de Redon (35), Halluin (59 et Roncq (59) ainsi qu’aux recommandations à destination des particuliers élevant des poules à La Maxe (57), Roeulx (59) et Besançon (25).

Ce n’est donc pas la première fois que des vaches et des basses-cours sont victimes des retombées atmosphériques émanant entre autres sources d’incendies industriels (Voir les communiqués « Dioxines Bretagne et Pays-de-la-Loire » et « Brûlage à l’air libre de produits pharmaceutiques »). A titre d’exemple, l’incendie des transformateurs de la papeterie La Rochette à Vénizel (02) en 2001 a produit 7 à 13 kg de dioxines, l’ordre de grandeur des dioxines émises par l’accident de Seveso en 1976. La contamination aux PCB des prairies de Saint-Cyprien, aujourd’hui élargie à la commune de Sury-le-Comtal, est en toute logique liée au brûlage à ciel ouvert accidentel ou criminel des bois de démolition traités au pentachlorophénol et autres agents de traitement amassés chez Vitale Recyclage.

Il est important que le Ministère de l’Ecologie, et les exploitants industriels prennent toute la mesure des retombées négatives de ces évènements pour les exploitations agricoles. Robin des Bois demande que les sites de récupération et de broyage de bois destinés à la fabrication de plaquettes de bois pour les chaufferies soient encadrés par les services de l’Etat avec rigueur, tout particulièrement les conditions de stockage et les origines des bois. Des opportunistes du développement durable regroupés dans des plates-formes de récupération et de broyage sont en vérité des pollueurs qui profitent du vide juridique et de la montée en puissance de la filière bois pour faire n’importe quoi et fournir des combustibles dangereux à des chaufferies collectives et individuelles si, toutefois, les stocks de bois ne partent pas auparavant en fumée.

Une filière spécifique d’élimination des bois traités doit être imposée.

32 faucheurs ont besoin d’aide Par Julien villalard Reporterre 2009/02/22 Par Julien villalard (22 février 2009) 32 faucheurs ont besoin d’aide. Reporterre. fr

32 faucheurs ont besoin d’aide

Les OGM sont interdits en France, mais ceux grâce à qui c’est arrivé sont sanctionnés : vous avez dit absurde ? En tout cas, les 32 du Loiret ont besoin d’aide.

Le 14 août 2006, nous avons neutralisé une parcelle d´essai Monsanto sur la commune de Villereau ( Loiret ). Il s´agissait de la variété de maïs NK 603 MON 810 ( gène de résistance au roundup + gène insecticide Bt). Après notre mise en garde à vue, un jugement de première instance (février 2007 ) et un jugement d´appel (décembre 2007 ), notre pourvoi en Cassation a été rejeté en novembre 2008. Nous sommes donc définitivement condamnés au regard de la législation française pour destruction du bien d´autrui commise en réunion.

Les peines se composent de prison avec sursis ( 3 à 4 mois ) et d´amendes qui vont de 1500 à 3000 euros, somme à laquelle il faut ajouter pour 16 d´entre nous 300 euros pour refus de prélèvement d’A.D.N., soit un total de 60300 euros, qui n´inclut pas les frais (270 euros par personne ).

Or, au moment où notre pourvoi en Cassation était rejeté, le Conseil d´Etat a déclaré illégales les autorisations d´essais O.G.M. accordées en 2006.

L´essai que nous avons neutralisé n´aurait donc jamais dû être autorisé. Entre la décision suprême du Conseil d´Etat et nos condamnations successives, la Justice est contradictoire. Notre situation est donc scandaleuse

Par ailleurs, à la suite du Grenelle de l´environnement, le gouvernement français a décidé de suspendre en janvier 2008 la culture du MON 810 ( gène insecticide Bt ), ce qui légitime encore plus notre action.

Comble d´injustice, cette condamnation permet à Monsanto de réclamer des dommages et intérêts qui risquent d´être substantiels. Considérant que nous n´avons pas agi par intérêt personnel mais en état de nécessité et pour le Bien Commun, nous faisons appel en urgence à la solidarité financière de chacune et de chacun, même sous forme de petits chèques (de 1 à 10 euros) libellés à l´ordre du Trésor public ( notez au verso « solidarité Villereau » ).

Votre contribution, même minime, participera à donner tout son sens à notre action

Avec nos remerciements,

Les 32 de Villereau

Envoyez au plus tôt vos chèques à l´adresse suivante : Anne Martin - Gilles Guellier Ferme de La Guilbardière 41120 MONTHOU SUR BIEVRE

Nous invitons les associations à diffuser cet appel et à nous contacter pour leurs dons (seuls les particuliers peuvent faire un chèque à l´ordre du Trésor Public)

Accidents du travail : une hécatombe silencieuse Fondation Copernic Reporterre 2009/02/23 Fondation Copernic (23 février 2009) Accidents du travail : une hécatombe silencieuse. Reporterre. fr

Accidents du travail : une hécatombe silencieuse

Le nombre de victimes des maladies professionnelles ne cesse d’augmenter. Mais la justice est douce pour les fauteurs de l’épidémie.

Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ? Le constat est sans appel : le travail rend malade et tue tous secteurs et toutes catégories professionnelles confondues. Le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé : 13 658 en 1996, 52979 en 2005. Le nombre d’accidents du travail graves et mortels reste très élevé : 537 décès en 2006, soit 13% de plus en un an. Ces chiffres officiels sont – on le sait – grandement sous-estimés en raison notamment d’une importante sous-déclaration. Les suicides directement liés au travail sont estimés à 400 par an, pour la plupart non reconnus comme accidents du travail. Plusieurs millions de salariés sont exposés, sans aucune protection, à des produits connus pour être cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, contribuant ainsi grandement aux inégalités sociales face au cancer : un ouvrier a dix fois plus de risque de mourir du cancer avant 65 ans qu’un cadre supérieur. Cette situation ne tombe pas du ciel : elle est le résultat de politiques d’entreprises, tant privées que publiques, pour lesquelles les coûts sociaux doivent être toujours plus compressés. Ces politiques ont privilégié et généralisé la sous-traitance, et intensifié le travail comme jamais depuis de nombreuses décennies. Et l’inspection du travail comme la médecine du travail n’ont toujours pas les moyens d’assurer leurs missions. La lutte opiniâtre des victimes, de leurs associations et syndicats a permis des avancées, mais la course au profit sans entrave sème toujours la maladie et la mort. Alors que le simple voleur de sac à main est condamné à 6 mois de prison ferme devant le moindre tribunal correctionnel en comparution immédiate, l’employeur coupable d’homicide dit involontaire à l’égard de son salarié, après des années d’instruction, est condamné - quand il est déclaré coupable - à quelques mois de prison avec sursis. La mise en danger délibéré d’autrui par des choix de politique économique bénéficie dans ce pays d’une incroyable mansuétude. Les employeurs ne sont pas considérés comme de véritables délinquants. Trop souvent les procédures relatives à des accidents mortels du travail sont classées sans suite. Trop souvent les condamnations – lorsqu’elles interviennent - ne touchent que les employeurs en bout de chaîne de sous-traitance et sont symboliques. Les grands donneurs d’ordre y compris l’Etat, dont la responsabilité dans l’organisation du travail est pourtant essentielle, ne sont qu’exceptionnellement concernés et les indemnisations largement insuffisantes. L’amiante est emblématique de ce que nous dénonçons : alors que le risque est connu depuis des décennies, que des milliers de personnes ont perdu leur vie et vont la perdre dans les prochaines années du fait de l’incurie manifeste des entreprises concernées, voire de leurs choix délibérés, Justice n’est toujours pas faite. L’inégalité des armes entre le salarié et son employeur est patente et scandaleusement disproportionnée : l’égalité devant la loi est devenue une pure fiction. Cette injustice se nourrit du silence collectif. Les soussigné-e-s entendent dénoncer ici et maintenant cette situation inadmissible et intolérable. Ils et elles exigent que la délinquance patronale soit enfin sanctionnée : la loi pénale doit être pleinement appliquée aux employeurs. Ils et elles exigent que des moyens humains et financiers soient dégagés pour que la justice puisse réellement faire son travail. Aucune amélioration de la santé et de la sécurité au travail n’est possible tant que la justice fonctionne à deux vitesses. Aucune avancée n’est possible tant que les donneurs d’ordre pourront s’abriter derrière les règles du droit commercial pour s’exonérer de leurs responsabilités. Tous et toutes ensemble nous disons : ça suffit ! Et nous agirons pour que cela cesse.

Agriculture : un pas dans la bonne direction Confédération paysanne Reporterre 2009/02/24 Confédération paysanne (24 février 2009) Agriculture : un pas dans la bonne direction. Reporterre. fr

Agriculture : un pas dans la bonne direction

La politique agricole commune (PAC) s’oriente vers le soutien aux petites productions et à l’élevage à l’herbe.

Depuis vingt ans, la Confédération paysanne se bat pour une agriculture dont les maîtres mots sont : produire, répartir, employer, préserver. Une à une, les organisations professionnelles, l’administration, et les pouvoirs publics, se rendent à l’évidence et rapprochent leurs propos des nôtres, à l’exception notable d’Orama, groupuscule de lobbies de grands céréaliers liés à la Fnsea. Depuis un an, la Confédération paysanne s’est ardemment engagée dans les discussions sur le bilan de santé de la PAC. Aujourd’hui, nos propositions et nos positions sont en partie entendues et la réorientation des aides ouvre une petite porte à une évolution des systèmes de production ainsi qu’à un soutien au revenu des paysans dont les productions sont en difficulté (suite aux mauvaises orientations de la PAC depuis 1992). Nous avons revendiqué et obtenu : - un soutien à la production ovine, - un soutien à l’élevage à l’herbe avec un montant plus élevé pour les 50 premiers hectares : cela traduit enfin un soutien renforcé aux petites et moyennes exploitations et aux paysans qui travaillent dessus, - un soutien à l’agriculture biologique, - un soutien à la culture de protéines. Par contre, nous pouvons regretter : - que le soutien aux productions de fruits et légumes n’ait pas été ciblé sur les produits frais, - que les références historiques ne soient pas réellement remises en cause : il y avait opportunité à demander à ce que les producteurs qui sont dans les régions les plus riches, qui donc reçoivent les plus grosses aides et qui par ailleurs ont les plus hauts revenus, n’aient pas été plus sollicités. Dans l’ensemble du schéma que nous a proposé le ministre de l’agriculture, il reste encore 575 millions d’euros d’aides issus du découplage des céréales qui doivent être redistribués et ne le sont pas encore. Quelles en seront les modalités ? Nous espérons que pour le moins, elles permettront de différencier les 50 premiers hectares de céréales des exploitations céréalières. Le chemin est encore long vers une agriculture réellement durable et paysanne mais une petite étape vient d’être franchie qui devra être amplifiée dans l’objectif du maintien d’une politique agricole et alimentaire européenne à l’échéance 2013 ; pour une agriculture qui rémunère des paysans produisant une alimentation saine et de qualité, accessible à tous. Telle est la mission fondamentale de l’agriculture.

L’Europe capitaliste veut nous imposer les OGM Aurélien Bernier Reporterre 2009/02/24 Aurélien Bernier (24 février 2009) L’Europe capitaliste veut nous imposer les OGM. Reporterre. Tribune — fr

L’Europe capitaliste veut nous imposer les OGM

Changer d’Europe, c’est parfois lui dire non.

Alors que tous les regards sont tournés vers la crise financière, il s’opère en coulisses une nouvelle offensive pro-OGM au niveau européen, menée tambour battant par la Commission. A quelques semaines du début des semis et à quelques mois du renouvellement du Parlement européen, cette dernière multiplie les pressions pour autoriser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifié, et surtout, pour empêcher des États comme l’Autriche, la Hongrie ou la France de s’opposer aux cultures transgéniques. Transcendé par cet activisme, le Figaro en profite pour révéler que l’Agence français de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) s’apprête à rendre publique une étude favorable au maïs MON810 de la multinationale Monsanto, dont la commercialisation a été suspendue début 2008 par l’actuel gouvernement français. Ce journal, connu pour avoir régulièrement vanté les mérites des OGM, se garde bien évidemment de rappeler les doutes qui ont plusieurs fois été exprimés sur l’objectivité de cette agence en matière de biotechnologies agricoles. Voici donc Jean-Louis Borloo dans une posture désagréable, lui qui avait fait du dossier des OGM le symbole d’un Grenelle de l’environnement qui n’en finit plus de s’effriter au fil des débats parlementaires.

Pourtant, malgré les efforts des lobbies, nous avons de bonnes raisons d’espérer que le moratoire sur le MON810 soit maintenu en 2009. De plus en plus sceptiques sur les OGM, les États membres votent en effet majoritairement contre les propositions de la Commission. Mais combien de temps durera ce jeu ? Quelle sera l’issue de cette guérilla juridique entamée il y a plus de dix ans par l’Autriche, et qui s’est pour l’instant heurtée au mur des institutions européennes et de son libre-échangisme intégral ? Après avoir simplifié les procédures d’autorisation avec un règlement scandaleux adopté en 2003, après avoir introduit une tolérance de 0,9% d’OGM dans les produits biologiques en janvier 2009, la prochaine étape pourrait être une refonte des procédures d’évaluation de nature à évacuer tout débat politique, laissant à la science officielle le soin de trancher.

A un tout autre niveau, cette situation sur le cas emblématique des OGM vient s’ajouter au scandale du traité de Lisbonne pour prouver que l’actuelle construction européenne vise tout simplement à abolir la démocratie. Le peuple peut bien dire « non » à un traité, il peut tout aussi bien refuser à plus de 80% une technologie écologiquement et socialement dangereuse, l’Union européenne ne déviera pas sa trajectoire d’un centimètre.

Or, comme le rappelait récemment Jean-Luc Mélenchon, chaque texte qui sort du Parlement, chaque décret ou arrêté se doit absolument d’être euro-compatible. La conclusion est limpide. Un véritable gouvernement de Gauche arrivant au pouvoir en France n’aurait d’autre solution que de pratiquer la désobéissance européenne pour mettre en oeuvre ses politiques. Il faut oser le dire ! Sur la seule question environnementale, la désobéissance s’impose dans plusieurs domaines. Il faut dénoncer la directive 2001/18 et le règlement 1829/2003 pour interdire les OGM dans les champs et dans l’alimentation. Il faut dénoncer la directive 2003/87 instaurant le système de Bourse du carbone pour démanteler le marché des droits à polluer et mener des politique de lutte contre le changement climatique sérieuses. Il faut refuser d’abonder le budget de la Politique agricole commune tant que celle-ci financera une agriculture intensive détruisant la paysannerie et les écosystèmes. Il faut dénoncer les deux directives sur les marchés publics afin d’imposer la prise en compte de critères sociaux et environnementaux au lieu de se soumettre à la libre-concurrence, plus que jamais synonyme de dumping. Et, bien sûr, le constat est strictement identique sur les questions sociales...

En 2005, la formidable campagne d’éducation populaire qui a accompagné le référendum sur le Traité constitutionnel européen a permis aux citoyens de prendre conscience d’une chose fondamentale : l’Europe qui se construit vise à déposséder les États de tout pouvoir d’opposition aux politiques libérales qu’elle impose envers et contre tout. Cette Europe-là ne fera plus machine arrière. Le Front de Gauche qui se constitue en ce moment-même, et dont le M’PEP est bien évidemment partie prenante, a mille fois raison d’affirmer qu’il faut changer d’Europe, c’est à dire la reconstruire du sol au plafond. Changer d’Europe, c’est oser à nouveau dire « non ». Au quotidien. Chaque fois qu’une mesure de gauche se heurtera aux tables de loi de l’euro-libéralisme. Changer d’Europe commence par la désobéissance. Alors, soyons prêts à désobéir, et affirmons-le !

Décroissance ou barbarie Vincent Cheynet Reporterre 2009/02/25 Vincent Cheynet (25 février 2009) Décroissance ou barbarie. Reporterre. Tribune — fr

Décroissance ou barbarie

Les objecteurs de croissance ne mènent pas un combat seulement écologique, mais pour l’émancipation humaine

Durant une décennie d’engagement militant pour la remise en cause de la croissance économique, je me suis régulièrement dit qu’il est un côté grotesque à expliquer à coup de grandes démonstrations scientifiques qu’une croissance infinie est impossible dans un monde (quasiment) limité. Est-il réellement nécessaire d’en appeler aux travaux savants du mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen sur la thermodynamique, la loi d’entropie, pour avoir besoin d’en arriver à cette conclusion ? Le 15 janvier 2009, le Japan Prize, une distinction internationale aussi prestigieuse que le Prix Nobel, vient d’ailleurs d’être attribué à Dennis L. Meadows, un des fondateurs du Club de Rome . Ce groupe de réflexion avait enclenché dans les années soixante-dix un large débat sur les « limites à la croissance* ». En France, des personnalités comme Jacques Attali, Michel Rocard ou bien encore Jean-Pierre Chevènement n’avaient alors pas assez de mots dur contre le modèle de croissance économique . Ce dernier n’avaient alors pas peur d’affirmer : « Les tenants de l’ordre, patrons et hommes d’Etats bourgeois retrouvant le Credo de Rivarol “Sa Majesté le Peuple se tient tranquille quand il digère”, ont fait de la “croissance” l’abécédaire de leur politique. La croissance économique est devenue la fuite en avant d’une société devant les problèmes qu’elle ne peut résoudre. » Et d’autres hommes politiques de son camp abondaient en observant que les politiques ont toujours la tentation, par facilité, de chercher à accroître la taille du gâteau plutôt que de s’atteler à son juste partage et à l’amélioration de sa recette.

Hélas, les tenants de la croissance (quelle que soit sa couleur) et du développement (fut-il durable ou soutenable) ont réussi a rejeter dans la marginalité, quand ce n’est l’extrémisme, leurs contradicteurs. Il faut dire qu’ils nageaient dans le sens du courant. Et les hommes politiques dissidents à l’orthodoxie économique rentrèrent bien sagement dans le rang pour ne pas céder leur place. Jacques Attali, par exemple, est devenu depuis un des plus fervents adeptes de la croissance et n’est pas avare en insultes pour ceux qui portent les thèses qu’il défendait trente ans plus tôt . Les tenants des thèses de la remise en cause de la croissance se sont vus assaillir par un flot de moqueries quand ce n’est pas de pures calomnies . Pourtant, pas plus les lois de la physique que la planète ne souffre de ces invectives… La cécité face à cette évidence enfantine de la croissance infinie démontre bien que l’homme, aussi instruit soit-il, habite bien davantage ses croyances et ses représentations que la réalité du monde physique. Cela n’empêche pas les théoriciens du déni des limites de la croissance de continuer à pérorer dans les médias pour nous expliquer comment sortir de la crise grâce aux mensonges qui nous y ont entraînés.

« Je crois à la croissance durable », a déclaré Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2008. Un nouveau mensonge, c’est celui de la « nouvelle croissance », soit le même principe repeint en vert. Une opération cosmétique perverse qui nous empêche d’autant plus d’éclairer nos contemporains sur l’impossibilité de poursuivre dans cette voie. Premièrement, la croissance infinie du bio est tout aussi impossible que celle des produits industriels. Deuxièmement, la « croissance des services » qui se voudrait « immatérielle » a inévitablement un impact sur les ressources naturelles. Cette croissance voudrait jouer sur le temps et non plus la matière. C’est oublier que ni le temps ni la matière ne sont extensibles à l’infini. Pis, l’accélération temporelle est une composante essentielle de notre bonne vielle croissance. Cette accélération éjecte en premier lieu les plus faibles d’entre nous, incapables de suivre un rythme toujours plus fou et inhumain. Le président de la République Française, à l’instar de tous les dirigeants qui se présentent comme « modernes », déclare vouloir pourfendre les « idéologies ». Il devrait comprendre que la « croissance verte » relève du domaine de la « croyance ». Non pas dans la croyance salutaire en l’homme, mais dans celle prêchée par les idéologues, porteurs des utopies meurtrières qui se fondent sur le déni de la réalité.

Notre système économique productiviste est en train de se taper la tête contre le mur. Le mur, ce sont les limites des ressources naturelles et les lois de la biophysique. On ne saurait s’en affranchir. Certains pensent quand même que cela est possible, à l’image d’Hervé Juvin, président d’Eurogroup Institute, qui écrivait dans le quotidien économique Les Echos le 14 avril 2008 : « C’est le défi de l’Occident, il devra payer, il devra travailler, et il devra surtout poursuivre le défi qu’obscurément, depuis la Renaissance, il s’est donné à lui-même, nous nous sommes donné à nous-mêmes : achever le projet libéral, celui de l’homme que ne détermine plus ni la nature, ni les éléments, ni quoi que ce soit qui lui soit extérieur ; faire de l’homme le dieu créateur de son monde, du monde partagé, désirable, et aimable. Il va de soi que le plus difficile n’est ni de le financer ni de le concevoir. C’est de le rêver jusqu’à le désirer assez fort pour le faire. » Malgré leur caractère délirant, ces thèses reçoivent un accueil médiatique sans commune mesure avec la marginalité ou sont confiné les idées des objecteurs de croissance. Par exemple, l’émission de France Inter « Rue des entrepreneurs » lui consacra une heure de promotion (26-4-2008). Les thèses scientistes permettent d’éviter une inconfortable remise en cause. « Think out of the box » est un des slogans des néolibéraux. Voilà une sentence qu’il devraient davantage méditer.

Toute société possède son système « idéologico-religieux », c’est-à-dire sa cosmologie. C’est de cette dernière dont il va falloir nous libérer. Elle repose sur la croyance en la résolution de tous les problèmes par la technique et la science. Nous sortirons de cette cosmologie de gré ou de force. Volontairement, en renforçant la démocratie et le meilleur de notre tradition humaniste. De force, en attendant la régulation par le chaos. Notre choix n’est pas entre croissance ou décroissance, entre développement durable ou décroissance soutenable, non, il est entre décroissance ou barbarie. A défaut, le scénario noir va s’amplifier. Si nous arrivons à relancer l’économie nous relancerons aussi à la hausse le prix des matières premières. Nous précipiterons alors une nouvelle récession. Nous ressemblons actuellement, malheureusement, à des fous ; nous cherchons à passer la tête à travers un mur en discutant de la manière de le percuter avec le plus de vitesse.

Néanmoins, les ressources de la planète pourraient être mille fois plus importantes, nous n’en demeurerions pas moins des objecteurs de croissance. La croissance n’est pas qu’un modèle économique, c’est aussi une idéologie ; celle d’un monde sans limite. Le psychiatre belge Jean-Pierre Lebrun a très bien observé dans sa pratique professionnelle puis décrit dans ses ouvrages les pathologies humaines et sociales qui découlent de cette logique folle (montée de l’obésité, des « cas limites », etc.) . Pour s’émanciper, l’Homme a un besoin impératif d’intégrer la notion de limite, sauf à rester éternellement un bébé prisonnier de ses pulsions et instincts. A défaut, il demeure figé dans le culte de l’immédiateté, celui de l’« âge du sein », prisonnier du « ça ». Pour être simples, prenons l’image d’un gâteau. Si nous sommes incapables de nous fixer des limites symboliques (un quart, un huitième…), que se passe-t-il ? Ces limites, nous allons alors les chercher dans le réel, en arrêtant lorsque nous sommes malades ou lorsque le gâteau est terminé. C’est exactement ce nous sommes en train de faire avec la planète.

L’engagement des objecteurs de croissance n’est donc pas en premier lieu un combat écologique, même s’il s’appuie sur ses expertises scientifiques. Cet engagement relève avant tout d’un propos anthropocentriste. Il s’attache à comprendre les causes humaines de ces crises, à tous les niveaux, avant de s’attaquer aux conséquences. Surtout, il veut renouer avec des perspectives d’humanisation et d’émancipation. Il vise à se libérer d’une la perception de l’Homme et de la société comme d’un simple agent économique (producteur-consommateur) et d’une entité économique (un pays compris comme un entreprise), dont on mesure l’épanouissement à l’aune de l’augmentation du Produit intérieur brut. Cet engagement vise à rétablir l’Homme et sa société dans leur pluridimensionnalité. La liberté, l’égalité, la fraternité ou même l’amour de son prochain, ne seront pas totalisables dans un livre de comptes. C’est ce qui fait le bonheur de la condition humaine. Paradoxalement, la condition de décroissance économique des pays en situation de surproduction et de surconsommation est donc une croissance de dimensions non-quantifiables. De plus, à l’accélération du productivisme basé sur le « toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus souvent », les objecteurs de croissance veulent substituer les valeurs du « plus lentement, avec plus de saveurs, plus profondément ». L’escargot qui est leur symbole ne signifie ni un arrêt définitif ni un retour en arrière, ce qui serait stupide, mais une volonté d’aller au rythme de l’homme, celui où il a les meilleures chances de grandir. Tout cela peut sembler un rêve de doux poète hors du monde. Non, c’est tout simplement ce qu’ont cherché à faire tous nos ancêtres qui ont voulu donner un sens à leur passage dans la condition humaine. Ensuite ces valeurs débouchent sur des mesures bien concrètes : la relocalisation de l’économie, la sortie de la société de l’automobile, la décroissance des inégalités, etc. C’est à cette traduction en politique – c’est-à-dire en choix de société démocratiquement proposé à leurs concitoyens – que s’attellent actuellement les objecteurs de croissance .

Les Verts allemands doutent des éoliennes Sauvons le Climat Reporterre 2009/02/25 Sauvons le Climat (25 février 2009) Les Verts allemands doutent des éoliennes. Reporterre. fr

Les Verts allemands doutent des éoliennes

Selon Der Spiegel, les Grünen doutent que les éoliennes réduisent les émissions de gaz carbonique, en raison du fonctionnement du marché du carbone.

L’hebdomadaire d’investigation allemand Der Spiegel s’est fait une spécialité de révéler les informations et discussions confidentielles des institutions établies. Dans son article du 10 février 2009, ce sont les réflexions confidentielles des Gruenen qu’il divulgue. La conclusion : « En dépit du boom européen des énergies éoliennes et solaires, les émissions de CO2 n’ont pas été réduites, ne serait-ce que d’un gramme ». Ainsi, les 15% d’électricité renouvelable dont l’Allemagne se targue « ont simplement permis à l’Europe de polluer davantage ».

La cause : le mécanisme d’échange de permis d’émission. Chaque fois qu’une éolienne supplémentaire est mise en service et qu’elle produit de l’énergie, la production d’une centrale thermique allemande est économisée ; or cette centrale dispose d’un crédit de CO2 qu’elle cède alors sur le marché, généralement au bénéfice d’une installation d’Europe de l’Est à moindre rendement et plus polluante ! Selon un échange de courriels révélé par Der Spiegel entre deux experts énergétiques du parti Vert : « Cher Daniel, désolé, mais la Loi (EEG) sur l’Energie Renouvelable ne changera rien pour le changement climatique, de toute façon ».

Selon les Verts, le mécanisme européen n’est pas incitatif, car il raisonne à objectif d’émission donné : la contribution d’une installation non émettrice de CO2 ne modifie pas la quantité de permis disponibles, et donc les émissions effectives de CO2. Et ce raisonnement s’applique évidemment à l’éolien, au solaire, mais aussi à l’hydraulique ou au nucléaire. Les Verts allemands proposent de retirer des permis d’émission en circulation au fur et à mesure de la mise en service d’installations éoliennes ou solaires ; ce à quoi s’opposent évidemment les grandes compagnies d’électricité qui ont été attributaires de ces permis.

Et la mise en service de nouvelles installations non émettrices de CO2 a même un effet pervers : elle entraîne la baisse du prix du CO2 émis, puisqu’elle rend des certificats disponibles à la vente. Ce serait pour les Verts l’explication de l’effondrement du prix des certificats d’émission (10,15 €/t début février 2009, alors que les experts s’attendaient à un prix d’équilibre supérieur à 40 €/t).

Der Spiegel rappelle les conclusions d’une étude commandée par le syndicat allemand des énergies renouvelables à MacKinsey : le coût à la tonne de CO2 évitable par l’éolien (en l’absence du mécanisme pervers dénoncé) est supérieur à 50 € ; et il s’établit entre 300 et 500 € pour le solaire : les Verts cités par Der Spiegel concluent « Pensons-nous, nous les Verts, que le problème (du changement climatique) va se résoudre en vissant seulement des panneaux solaires sur nos toits ! ». La mesure la moins coûteuse, selon ce rapport, est la rénovation des bâtiments, qui, dans 90 % des cas, donne un coût nul à la tonne de CO2 évitée.

Sauvons le Climat (SLC) constate avec satisfaction que les Verts allemands se rapprochent des points de vue de SLC : - Ils semblent enfin percevoir l’intérêt d’un raisonnement rationnel pour limiter les émissions de CO2, comme le propose Sauvons le Climat ; - et que leurs estimations du coût de la tonne de CO2 évitable par l’éolien et le solaire, même si elles restent exagérément optimistes, sont plus du double des hypothèses de l’étude d’impact du Grenelle de l’environnement.

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FNE trop loin dans le compromis Fabrice Nicolino Reporterre 2009/02/27 Fabrice Nicolino (27 février 2009) FNE trop loin dans le compromis. Reporterre. fr

FNE trop loin dans le compromis

A force de dépendre de subventions et de partenariats, France Nature Environnement perd sa force critique

Je vous en préviens, ce qui suit fera causer dans le Landerneau écologiste, et ce ne sera que justice. Pour l’occasion, je vous prie de faire circuler massivement ce qui relève avant tout de l’information. Faites-le, car les enjeux, comme vous le découvrirez dans les différents épisodes de cette tragique pantalonnade, sont considérables. Chopez donc votre carnet d’adresses, et alertez !

Commençons par le commencement. France Nature Environnement (FNE) est une confédération d’environ trois mille associations locales ou régionales - elles-mêmes fédérées, comme Bretagne Vivante - de protection de la nature. Née en 1969, FNE est devenue au fil des années une petite bureaucratie, chargée de gérer les intérêts communs. Si j’emploie le mot de bureaucratie, c’est simplement pour dire que ses responsables se sont peu à peu, sans s’en rendre compte je pense, éloignés des pratiques démocratiques. Cela arrive aux meilleurs.

Donc, une lente mais irrésistible décadence de l’esprit de liberté, entretenu par une source de financement majeure : l’État. C’est l’État, depuis des lustres, qui paie les factures. Le ministère de l’Écologie, à lui seul, offre près de 45 % du budget. Bien que les chiffres ne soient pas transparents, on peut estimer que les financements publics représentent au moins 65 % des dépenses de FNE. Peut-être davantage. À quoi il faut ajouter des partenariats avec des entreprises privées, dont on va reparler. Il faut donc composer. Et quand on a d’emblée l’échine souple, cela ne fait même pas mal.

Le président de FNE, avec qui j’ai eu l’occasion, il y a peu, de ferrailler, s’appelle Sébastien Genest. Il préside un conseil d’administration de 22 membres, qui ne sont pas des malandrins, je le précise. Je connais personnellement Frédéric Jacquemart, qui est un brave. D’autres doivent aussi être d’excellentes personnes. Je ne le conteste évidemment pas. Mais il n’empêche.

Au moment du Grenelle de l’Environnement d’octobre 2007, Sarkozy et Borloo ont réussi un coup de maître en transformant en interlocuteurs légitimes ceux que la droite - la gauche aussi, d’ailleurs - avait toujours méprisés. Les « écolos » pénétraient dans les salons ministériels et tapaient sur l’épaule du ministre, ou presque. La bureaucratie de FNE en a été encore plus tourneboulée que le WWF, Greenpeace ou la Fondation Hulot. C’est dire. À l’époque, les « négociateurs » de FNE étaient considérés par les autres associations comme de simples faire-valoir du pouvoir. C’est un fait. Je ne peux écrire ici ce que j’ai entendu alors de la bouche de personnalités écologistes. Cela serait très offensant pour FNE. L’antienne était que la proximité entre le ministère de Borloo et FNE était complète, totale. Indécente même.

Nous y sommes enfin. Peut-être connaissez-vous l’association bretonne Eau et rivières de Bretagne (ERB). À mes yeux, c’est l’une des plus intéressantes de France. Créée elle aussi en 1969, elle a mené un combat homérique, parfois héroïque contre l’agriculture productiviste et les pollutions chimiques (ici). ERB appartient au réseau FNE, et vient d’envoyer une lettre inouïe à son président, j’ai nommé Sébastien Genest. J’ai mes sources, comme dirait l’autre, et je vais vous en faire profiter.

La lettre est datée du 23 février 2009, et n’a pas eu le temps de sécher. ERB reproche tout d’abord d’étranges comportements de FNE dans le cadre de discussions avec le ministère de Jean-Louis Borloo. Ses petits chefs ont ainsi décidé, sans en avertir ERB, pourtant partie prenante, de traiter en direct avec le cabinet de Borloo sur l’importante réforme des installations classées pour la protection de l’environnement. Pourquoi ? Et de quel droit ?

Mais le pire n’est pas encore là. FNE, dans le dos d’ERB, a décidé un partenariat avec la société Compo (ici), spécialisée dans les pesticides, et associée depuis 2005 avec le géant de l’agrochimie Syngenta. Beau, hein ? Pour Compo, il y a deux bonnes raisons de désherber son jardin. La première est « esthétique », car « les mauvaises herbes et la mousse, ça ne fait pas très propre ». Texto. La seconde est préventive, car « les mauvaises herbes peuvent attirer des insectes ou être des vecteurs de maladies pour le reste des plantes ». Texto derechef.

On espère vivement que le partenariat, pour FNE, est juteux. Car cela s’appelle se vendre. Ni plus ni moins. Voici en complément un large extrait de la lettre d’Eau et Rivières de Bretagne, qui mérite bien cette publicité : « Votre communiqué du 6 février dernier nous a appris la décision de FNE de “s’associer avec la société COMPO” ! Les pratiques commerciales et publicitaires des entreprises et marques de cette société (Algoflash, Resolva, Pack Aïkido (glyphosate), Debrouss EV, Monam Ordoval…) sont celles contre lesquelles se battent quotidiennement notre association et les organisations de consommateurs : incitation au désherbage chimique systématique, (…) offres promotionnelles incitant à la surutilisation des pesticides (…) Ce partenariat est pour nous inacceptable. Au-delà de FNE, il ternit l’image de nos associations engagées de longue date dans un combat difficile contre ce type de pratiques : cf. procès Monsanto, actions menées en Bretagne dans le cadre du programme eau & pesticides etc… Nous vous demandons de bien vouloir nous informer des conditions dans lesquelles ce partenariat a été engagé (quelle concertation préalable, qui a décidé ?) et souhaitons qu’il y soit mis fin rapidement. Nous ne pourrons pas poursuivre le légitime combat mené pour réduire l’utilisation des pesticides par les particuliers, et en même temps, par notre adhésion à FNE, cautionner ce partenariat qui constitue à nos yeux, à la fois une faute éthique et une erreur stratégique ».

La lettre s’achève sur une vigoureuse et douloureuse interrogation. Voici : « Notre conseil d’administration s’interroge sur la promiscuité grandissante entre FNE, la FNSEA, et les tenants de l’agriculture raisonnée : présence largement médiatisée de JC Bevillard [ chargé de mission de FNE] le 21 février aux côtés du Ministre de l’Agriculture et du Président du réseau FARRE au lancement de « Terres 2020 », présence de deux représentants de la FNSEA (P. Ferrey, R Bailhache) au prochain congrès, mais par contre… absence de tout représentant de l’agriculture durable et biologique à ce congrès !

En Bretagne, première région agricole de France, si les associations travaillent régulièrement en partenariat avec le réseau agriculture durable, la fédération régionale de l’agriculture biologique et parfois avec la confédération paysanne ; elle constatent, certes une inflexion des discours des FDSEA et des chambres d’agriculture mais le maintien d’un soutien sans faille à un modèle intensif qui ne laisse aucune chance, ni aux ressources naturelles, ni à la biodiversité… ».

Voilà, chers lecteurs. Grave ? Dramatique, oui. Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’écologie. Et n’oubliez pas qu’il y aura sous peu, ici même, d’autres épisodes. Retenez votre place.

Contre l’homme transgénique Groupe Oblomoff Reporterre 2009/02/27 Groupe Oblomoff (27 février 2009) Contre l’homme transgénique. Reporterre. Tribune — fr

Contre l’homme transgénique

Le rêve des biotechologistes : « améliorer » l’humain par la transgenèse

Le 19 février 2009, Envoyé Spécial consacrait un reportage intitulé « un rêve sans fin » à l’humanité du futur, dont les performances et la longévité seraient décuplées par les prouesses de la génétique et des nanotechnologies. Dans les dernières scènes de ce film, tournées à la faculté de médecine de Paris en juillet 2008, apparaît un « obscur petit groupe » venu interrompre une conférence. De lui, on n’apprend rien, sinon qu’il est violent et antidémocratique. Passons sur la prétendue violence, réfutée par les images mêmes du documentaire. L’important est de rappeler pourquoi c’est au nom d’une démocratie possible que nous avons dénoncé, comme nous continuerons à le faire, les prétentions totalitaires de la génétique.

Dans cette conférence sympathiquement intitulée « l’homme transgénique : un infini, des possibilités », J.-C. Weil et M. Radman exposaient leurs travaux : induire chez les souris, et plus tard chez les humains, des mutations génétiques permettant de retarder l’apparition du cancer et de prolonger la durée de la vie humaine bien au-delà de cent ans.

Loin d’être un simple débat d’idées, comme le dit la journaliste, cette conférence était un exposé des recherches actuellement menées par les principaux instituts scientifiques français. Ces expériences y sont financées à hauteur de centaines de millions d’euros par les fonds publics et les entreprises de biotechnologie. Il ne s’agit donc pas d’idées, mais de réalisations bien concrètes qui déterminent la manière dont on voudrait nous faire vivre demain. La force de frappe des biotechnologies semble assez bien démontrée par l’impuissance à laquelle sont réduits tous ceux qui s’opposent à la diffusion des plantes génétiquement modifiées dans le milieu naturel et dans l’alimentation.

En somme, si les recherches en génétique n’avaient pas une telle puissance d’action sur le monde via le soutien actif de l’Etat et leur valorisation immédiate par les firmes de biotechnologie, si elles n’étaient pas financées par nos impôts, s’il s’était agi, donc, d’un simple débat philosophique, nous ne nous serions peut-être pas dérangés. Replaçons cette conférence dans son contexte. Il est maintenant avéré que les dégâts provoqués à notre milieu de vie par l’industrie induisent une épidémie de cancers, d’allergies et de maladies nouvelles.

L’institution scientifique, loin de s’interroger sur les causes de ces maux, s’attache à bricoler les humains pour les adapter à leur environnement pathogène. Pas de panique, Mesdames et Messieurs, nous avons la solution à tous vos problèmes, l’ultime synthèse, la fin de l’Histoire : l’homme transgénique. Déjà, l’abondante production laborantine d’animaux transgéniques sert, entre autres choses, à étudier quelles mutations devront subir les humains pour cohabiter avec la radioactivité, la pollution chimique et électro-magnétique, etc.

D’ailleurs, il ne s’agit pas seulement d’adapter l’humain, mais de l’améliorer. En gommant certains de ses « défauts » (disaient les conférenciers ce jour-là), comme celui de ne pas vivre au-delà d’une petite centaine d’années. Puis, par le biais du diagnostic pré-implantatoire, de s’assurer qu’il ne souffre pas de tares. Ensuite, d’augmenter ses « performances », selon les critères en vigueur. C’est notamment ce que dit le généticien Daniel Cohen, bien placé, comme Weil et Radman, dans les institutions scientifiques : Je crois en la possibilité d’une nouvelle évolution biologique humaine consciente et provoquée, car je vois mal l’homo sapiens (...) attendre patiemment et modestement l’émergence d’une nouvelle espèce humaine par les voies anachroniques de la sélection naturelle. L’industrie de la biotechnologie est bien placée pour tirer un profit maximal du travail de ces darwinistes pressés...de devenir vraiment eugénistes.

Nombre de biologistes ont la mauvaise habitude de confondre l’évolution des espèces et celle des sciences. Pour eux, la biologie prend naturellement le relais de l’évolution millénaire des êtres vivants. Et puisque cette évolution est « naturelle », la récuser n’a aucun sens. C’est précisément ce que dit Miroslav Radman dans ce reportage, quand il commente notre intervention : « S’il y avait eu cette peur du changement au début de la vie, il n’y aurait aujourd’hui que des bactéries ». Une remarque emblématique de l’arrogance naïve des généticiens, qui se prennent pour les concessionnaires d’une aventure commencée il y a 3,5 milliards d’années. Au regard de ce que la science industrielle a réussi à faire de la planète en quelques décennies seulement, des processus incontrôlables qu’elle a déclenchés dans la nature au moment même où elle prétendait la maîtriser, nous pensons qu’il est pour le moins raisonnable de s’opposer à ces recherches. Et ce, avant qu’un comité de sages présidé par les mêmes ne vienne dûment encadrer le fait accompli et le certifier éthiquable.

Nous n’avons pas peur du changement. Pour la bonne raison que ce que propose aujourd’hui la génétique, ce n’est pas le changement, mais la continuation du monde tel qu’il va, en pire : des pollutions ingérables, l’objectivation croissante des individus, le remplacement de la politique par des pseudo-impératifs techniques. Quand le capitalisme industriel promet longévité et santé, nous serions tentés de ne pas le croire et de juger sur pièce. Du reste, dans un monde où le fichage génétique s’étend paisiblement, les promesses de longévité deviennent vite prouesses d’aliénation.

Nous disons donc que le véritable changement, à rebours des lendemains radieux promis par la biotech, réside dans notre capacité politique à associer les tares des uns et des autres pour produire de la dignité et de l’autonomie.

Les déboulonneurs en garde à vue Collectif des déboulonneurs de Paris Reporterre 2009/03/01 Collectif des déboulonneurs de Paris (1er mars 2009 à 20h42,) Les déboulonneurs en garde à vue. Reporterre. fr

Les déboulonneurs en garde à vue

Les déboulonneurs luttent contre l’affichage publicitaire illégal. Lors de leur dernière action non-violente, six d’entre eux ont été placés en garde à vue et restent en rétention dimanche soir 1 mars.

Six membres du collectif antipublicitaire des Déboulonneurs ont été placés en garde à vue samedi après-midi, suite à la 34è action de barbouillage du collectif parisien.

Sous les yeux d’un public de 80 sympathisants venus en soutien, ainsi que de 40 policiers et d’une dizaine de journalistes, ils avaient inscrit des slogans antipublicitaires sur 3 panneaux de l’afficheur Avenir (groupe JC Decaux), situés à hauteur du 53 boulevard de Rochechouart, près du métro Pigalle (9è arr.).

Parmi les slogans inscrits, on pouvait lire : « VITRINE DU MENSONGE », « VIOLENCE ECONOMIQUE », « LEGITIME REPONSE », ou encore « 50x70 », qui correspond au format maximal en centimètres revendiqué pour toutes les affiches publicitaires.

L’action de désobéissance civile s’est déroulée dans un calme parfait, Les barbouilleurs ont ensuite été conduits au commissariat de la rue du Faubourg Saint-Honoré (8è arr., 01.53.77.62.20)

Après 20 heures de garde à vue, on ignore toujours le motif de leur rétention.

En 34 actions menées depuis novembre 2005, c’est la première fois que des barbouilleurs ne sont pas relâchés par la police à l’issue des 4 heures réglementaires d’interpellation.

Après 2015, l’agriculture post-moderne Yann Fiévet Reporterre 2009/03/01 Yann Fiévet (1er mars 2009 à 20h33,) Après 2015, l’agriculture post-moderne. Reporterre. Tribune — fr

Après 2015, l’agriculture post-moderne

Un conte pessimiste sur l’agriculture dont rêvent les capitalistes

Comme à l’habitude, Yann-Vari Talleg s’était levé bien avant le jour en ce matin du 24 décembre. Une brume légère dansait sur les prés et les cultures de la modeste ferme anormalement boisée. Après la traite manuelle des huit pies noires, Yann-Vari avait donné leur ration quotidienne de grains aux nombreux poulets élevés sur l’herbe grasse de la vaste étendue située à l’arrière de la longère. Il rentra dans la cuisine et se remplit un bol de café brûlant. Sa compagne, vétérinaire de trente ans, le rejoignit encore ensommeillée après une trop courte nuit. Elle lui raconta brièvement le vêlage nocturne et laborieux chez l’éleveur le plus intensif du canton. Une large tranche de pain de seigle délicatement beurrée dans sa main droite, Yann-Vari ressortit de la maison pour admirer la lente progression de la clarté matinale.

Huit coups sonnèrent au clocher du bourg. C’est alors que surgit et se déploya l’escouade des gendarmes. Le tapage soudain attira Soazig au dehors. Le gaz lacrymogène la fit rapidement suffoquer. Deux hommes en uniforme ceinturaient déjà son compagnon incrédule. Elle bredouilla : « Que nous voulez-vous ? » « Taisez-vous, on l’emmène », lui adressa agressivement le plus gradé de la troupe. Un instant plus tard, les véhicules repartaient. Les trois enfants de la maisonnée entouraient maintenant leur mère désemparée. On introduisit vivement Yann-Vari dans l’une des pièces du rez-de-chaussée de la gendarmerie et on l’assit sur une chaise sans détacher ses menottes.

Quelques minutes plus tard le commandant en personne fit son entrée. Installé derrière son bureau, il alluma son ordinateur. « Quelle est votre profession, Monsieur Tallec ? », lança l’homme d’un ton presque menaçant. Yann-Vari le regardait franchement : « Vous n’avez pas envoyé chez moi toute une escouade, vos hommes n’ont pas asphyxié ma femme, vous ne me tenez pas attaché sur cette chaise uniquement pour me demander quel est mon métier tout de même ! » Le commandant avait les yeux rivés sur son écran. Il reprit : « Selon Mathurine, le fichier des fichiers, vous êtes noté 3, c’est-à-dire que votre pedigree est suffisamment éloquent pour que nous n’omettions aucune précaution. » Etonné, Yann-Vari demanda au représentant de l’ordre infaillible pourquoi son gros fichier ne mentionnait pas sa profession. « Ne vous moquez pas, d’ici peu nous aurons comblé tous les trous dans l’identité des résidents du pays », claironna fièrement le rouage local du système électronique quadrillant tout l’Hexagone, système total voulu par l’homme qui occupait encore l’Elysée deux ans auparavant.

« Je suis écrivain paysan », lâcha brusquement Yann-Vari. Son interrogateur corrigea aussitôt : « Vous voulez dire écrivain et paysan. » Un peu agacé, Yann-Vari répéta qu’il était écrivain paysan avant d’ajouter qu’il était tout à la fois cultivateur de la terre et des mots, qu’il respectait de façon égale l’une et les autres. Son interlocuteur, peu sensible à cette forme de poésie désormais désuète, s’énervait : « Il va falloir choisir, mon vieux. Dans votre intérêt d’ailleurs. Comme vous le savez, depuis la crise financière qui éclata en 2008 pour se terminer en 2015, il n’y a plus de paysans officiellement. Tous les agriculteurs sont passés sous le contrôle total du complexe agro-industriel. Les farfelus de votre espèce, opposés à la modernité, partisans de la simplicité volontaire ou de la frugalité heureuse – vous voyez, je connais vos œuvres subversives – sont progressivement éliminés et leurs terres récupérées par le complexe. En quinze ans le monde a formidablement changé. En toute sécurité, presque tous les animaux d’élevage naissent en laboratoire ; pour lutter contre l’infertilité des hommes plus de la moitié des femmes élèvent déjà des enfants qu’elles n’ont pas eu à porter. Nous sommes en 2019, M. Tallec. Pourquoi vous obstiner encore ? » Après cette longue tirade du gendarme galonné, Yann-Vari marqua un assez long silence puis répondit avec lassitude : « Il est parfaitement inutile que je vous explique ce que vous ne pouvez plus comprendre. Votre monde n’est pas le mien, mes trois enfants ont été portés sereinement par leur mère. »

Sur un large écran mural situé dans le dos du commandant, Yann-Vari vit apparaître une vue aérienne de sa ferme et des alentours, une tache verte dans un océan de cultures transgéniques truffées des bâtiments renfermant les élevages hors-sol surdimensionnés. « Voyez-vous, c’est cette tache verte qui dérange, qui empêche l’uniformisation nécessaire du paysage de nos campagnes modernes », dit le gendarme sentencieusement. « Il y en a encore une trentaine réparties sur les cinq départements bretons », renchérit Yann-Vari fièrement. « Ces trente récalcitrants sont tous entendus ce matin dans le cadre du plan Toundra, dans les autres régions du pays, le problème est quasiment réglé depuis deux ans. » affirma le gendarme avant d’ironiser : « Vous avez eu des aïeux chouans au temps où le bocage était immense, mais vous avouerez que votre confetti est un ridicule lieu de résistance ».

Agacé, Yann-Vari dit avec force qu’il ne s’agissait en rien de résistance imbécile mais d’écologie pensée, pensée pour sa famille et pour les générations futures. Le commandant scrutait de nouveau l’écran de son ordinateur. Il reprit : « Votre obstination à parler et à écrire en breton n’est évidemment pas non plus de la résistance ! » Yann-Vari se redressa et dit calmement : « Je parle et écris tout autant en français. Le breton était la langue de mon grand-père, mon père me l’a appris, je m’en sers naturellement. C’est une autre forme d’écologie et je suis plutôt heureux que certains mots de votre modernité soient inconnus de la langue bretonne. »

Dans l’après-midi, Yann-Vari Talleg retrouvait les siens. Il raconta à Soazig la fin de la pénible conversation. Le commandant lui proposa un échange : puisque le breton s’accommode si mal du vocabulaire de l’agriculture post-moderne, pourquoi ne pas renoncer à se proclamer paysan dans l’usage de la langue française, celle de la République. La famille n’eut pas trop de la soirée pour méditer sur cette évidence : la représentation du monde est avant tout une affaire de mots. Avant de sombrer dans un profond sommeil, Yann-Vari se plut à imaginer que l’homme de l’ordre rencontré ce matin s’endormirait peut-être moins bien que lui.

Le Président qui a peur du peuple Par Julien villalard Reporterre 2009/03/02 Par Julien villalard (2 mars 2009) Le Président qui a peur du peuple. Reporterre. fr

Le Président qui a peur du peuple

Quand M. Sarkozy se déplace quelque part, la ville est bouclée, policée, interdite. Comme à Nïmes en janvier dernier.

Mardi 13 janvier, le chef de l’État est passé 1h05 sur Nîmes (après avoir atterri à l’aéroport avec les deux avions de la République) pour présenter ses vœux au monde de la culture.

Conséquences... : Plus de 1 000 CRS et gardes mobiles (sans compter l’importante garde rapprochée du président de la République) ont bouclé l’ensemble du centre-ville (interdiction aux voitures, vélos, etc. et même de marcher à pied) de 6h à 14h15 (pour à peine plus d’une heure de venue de Nicolas Sarkozy dans un secteur très restreint du centre-ville).

Toutes les rues (même piétonnes et celles à l’opposé du « parcours présidentiel ») ont été bouclées par des véhicules anti-émeutes et des policiers qui ressemblaient plutôt à des « Robocops ».

Les infirmières et autres professionnels à domicile ont été interdits de se rendre chez leurs patients (parfois sérieusement malades) ou clients. Les commerces ont eu l’obligation de fermer et les professions libérales n’ont pas eu l’autorisation d’accéder à leur bureau.

Les rares ayant pu accéder à leur bureau en centre-ville ne pouvaient plus en sortir, ce jusqu’à une heure après le départ du chef de l’État. Les riverains ont été cantonnés chez eux et ceux qui voulaient y rentrer n’ont pas pu.

30 agents des Renseignements Généraux (venant du G ard, des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault) ont été mobilisés.

Les 1 200 personnes (intermittents, étudiants, militants PS et PC, syndicalistes, associations culturelles, mais aussi policiers, etc.) qui ont manifesté ont été cantonnés sur le parvis des Arènes, à 250 mètres minimum de là où se trouvait Nicolas Sarkozy (au musée Carré d’Art, face au monument romain de la Maison Carrée). Il y a eu des heurts (notamment coups de matraques et jets de gaz lacrymogène sur les manifestants) qui n’ont étonnamment eu aucun écho dans les médias français.

Des tireurs d’élites ont été placés sur les toits du Carré d’Art et des bâtiments alentours.

Seule une vingtaine de Nîmois ont été autorisés à rester derrière les barrières de sécurité lors de l’entrée du chef de l’État dans le Carré d’Art par la sortie de secours. Ce sont les seuls habitants qu’il a bien voulu voir...

Pour la petite histoire, Nicolas Sarkozy a visité la collection permanente du musée d’art contemporain (une des plus importantes de France) en... 11 minutes (remise des présents et saluts aux élus nîmois compris), en compagnie des maires UMP de Nîmes et d’Avignon ; des parlementaires du grand Sud Est ; et du président de la région Languedoc-Roussillon, avant de faire son discours devant les près de 300 invités.

Notons que le chef de l’État a annulé son passage à la Mairie de Nîmes (à 200 mètres du Carré d’Art) « pour des raisons de sécurité » alors même que les rues du centre étaient désertes (si l’on ne prend pas en compte les policiers et CRS).

Évidemment, les Nîmois ont été scandalisés par une telle opération et ont souvent rappelé que « lorsque François Mitterrand ou Jacques Chirac venaient, eux, on pouvait les croiser dans les rues pour leur serrer la main »... Le quotidien local Midi Libre, plutôt classé à droite, et certains élus de la majorité ont trouvé eux-mêmes ces mesures totalement disproportionnées.

Tout cela a un coût exorbitant que nous ne connaissons pas. Tout cela a aussi un impact économique négatif pour de nombreuses personnes. Tout cela a des relents d’autoritarisme...

Mais surtout, on peut s’interroger sur cet homme, notre président de la République, qui développe depuis qu’il est ministre une peur panique de ses concitoyens, et sur ce que cela dit sur son engagement...

La vie d’élue n’est pas une sinécure Alexandra Siarri Reporterre 2009/03/02 Alexandra Siarri (2 mars 2009) La vie d’élue n’est pas une sinécure. Reporterre. Tribune — fr

La vie d’élue n’est pas une sinécure

La démocratie tient entre autres à la transparence des élus. Cette conseillère municipale à Bordeaux parle clairement de ses avantages et de ses charges.

Pas une semaine ne s’écoule sans qu’on me parle des avantages de mon statut, laissant entendre qu’ils justifient à eux seuls mon obligation de faire.

Le salaire d’un élu de la République n’est pas tabou, c’est un des rares salaires si ce n’est le seul, qui fait l’objet d’une délibération donc d’un document public auquel tout le monde peut avoir accès.

Les avantages en revanche nourrissent les fantasmes et les agacements d’autant plus facilement qu’ils ne font l’objet d’aucune transparence réelle. Aucune transparence non pas, parce qu’on voudrait « profiter en toute tranquillité » mais parce qu’il n’y a rien à cacher : elle est là, la verité !!!!! au moins au niveau local.

Je suis une élue municipale déléguée à Bordeaux : on me donne 1185 euros par mois. Je n’ai pas de voiture de fonction, ni de téléphone portable, pas de bureau particulier, pas d’assistante affectée. J’ai une carte qui me permet de circuler gratuitement dans les transports en commun et je peux demander des places de spectacles et de matchs. Je suis invitée pour représenter le maire ou mes adjointes dans certaines cérémonies officielles dans les salons de la mairie ( c’est arrivé 5 fois depuis que je suis élue) et dans des cocktails inauguratoires ( c’est arrivé une vingtaine de fois en une année).

Je consacre mes 20% de temps partiel, mes repas entre midi et deux, quasiment chaque fin de journée, l’une des deux journées du week end à cette fonction. En tant que fonctionnaire, je peux consacrer 90 heures à mes fonctions éléctives par trimestre : ce temps m’est accordé de plein droit. Cette règle est vraie pour tout salarié. (Pensons à ceux qui le ne sont pas !). Une grande différence existe en revanche entre salariés : ce temps accordé de plein droit n’est pas toujours rémunéré.

La plupart des élus que je cotoie consacre entre une et deux journées par semaine à leur mandat d’élu municipal. Certains exercent des métiers qui ont exigé d’eux un niveau d’études important et leurs salaires sont élevés : le temps passé à leurs fonctions éléctives est un manque à gagner. A ces niveaux de rémunérations : des milliers d’euros... on peut considérer qu’ils ne sont pas à plaindre mais ce n’est pas le débat....Je veux simplement vous éclairer sur le fait que de nombreux élus gagnant très bien leur vie, la gagnent moins bien en étant élus et donc ne peuvent pas être taxés d’être des opportunistes malhônnetes.

Parlons un peu des« avantages »...de quoi s’agit il exactement ? Obtenir un permis de construire plus rapidement, obtenir pour une personne croisée dans une réunion publique un logement d’urgence ou social, faciliter l’octroi de papiers d’identité, de places en crèche ....oui bien sûr ça existe...et c’est plus ou moins bien fait.

Prenons un exemple : avant hier j’ai participé à une réunion organisée par des militants « de la réquisition d’office d’appartements inoccupés pour y loger des SDF ». Une partie des participants considèrent que les élus tout parti politique confondu sont des « cancres qui vivent dans des igloos », que le temps de l’activisme est venu.......Dans cette assistance de gens en colère qui me parlent d’hommes et de femmes qui souffrent jusqu’à la mort dehors tandis que je m’essaie à leur parler des procédures, des partenaires, des délais, des budgets ....bref dans cet échange difficile entre la détresse et la république ...deux personnes m’interpellent dont un monsieur d’une cinquantaine d’années qui me parle de sa vie dans son 18 M2 avec ses cinq enfants et qui risque l’explussion dans dix jours. Je prends ses coordonnées, rentre chez moi décidée à trouver manu militari à cet homme une solution, je m’empresse de solliciter l’appui technique des services techniques qui s’y emploient avec une efficacité formidable . Ce monsieur ne sera pas expulsé. Satisfaction et très grande perplexité : et si je n’étais pas venue à cette réunion ? et comment aider ceux qui n’étaient pas venus à cette réunion mais qui souffrent de la même situation ? et le logement affecté à cet homme n’est il pas celui de quelqu’un qui l’attendait avec autant d’impatience ?????

Je trouve que le débat sur les salaires et avantages des élus est pollué de beaucoup de mensonges et de fantasmes. Encore une fois je ne vous parle que de ce que je connais : le local.

Ce qui est intéressant en revanche et mérite notre attention , de vrais débats et une décisison citoyenne c’est de savoir si le statut d’élu ne pourrait pas être considéré une bonne fois pour toute comme un métier à haut risques avec la possibilité pour ceux qui ne sont plus élus et qui y auraient consacré un plein temps sans être à la retraite, d’être soutenus pour reprendre une activité... Parce qu’en ne réflèchissant pas à cette solution de repli pour les élus, on les oblige à « s’enkister » dans un statut qui devient leur seule source de revenus.

C’est un statut à haut risque de toute façon car chercher un travail une fois qu’on a été élu est forcément plus difficile : quel employeur aurait envie de revruter quelqu’un qui a été choisi pour représenter le peuple, pour défendre des opinions et obtenir des résultats ? ?

Cette question me concerne également : quel élu socialiste prendrait le risque de m’employer à un poste à responsabilité dans sa collectivité, moi qui suis elue dans la majorité d’A Juppé ??

Je suis pour le mandat unique, pour ceux qui exercent un métier parallèlement. je suis pour la reconnaissance d’un métier d’élu avec le déploiement de solutions pour que l’élu puisse reprendre le chemin d’un emploi classique à la fin de son mandat. Je suis pour la limite du nombre des mandats mais pas systématiquement. Je crois que les élus ne doivent pas tous pouvoir cumuler des mandats ni se représenter sans limites de temps mais je pense que certains, ceux qui ont la vision, l’expérience, la capacité.... doivent avoir suffisamment de pouvoirs et de temps pour impulser et sécuriser des dynamiques publiques sociales. Je crois surtout que nous devons nous inviter aux débats sur la réforme des collectivités......

Cette réforme est fondamentale , structurelle, elle touche à la démocratie, à l’amélioration ou pas du système de représentation. Limiter le nombre de collectivités pour minimiser l’émiettement des responsabilités politiques c’est aussi donner plus de pouvoirs aux élus et une plus grande responsabilité sur de nombreuses compétences et sur des territoires plus grands. Il faut reprendre confiance en nos élus, exiger d’eux des résultats mais penser pour eux à un statut qui dépollue leurs émotions de la peur du lendemain et qui les garantit d’une belle image dans la société qu’ils soient ou qu’ils ne soient plus élus.

Comment peut on espérer que tous les élus soient efficaces si on passe notre temps à ne parler d’eux que comme des profiteurs grassement payés et détournant de leur utilité sociale des tonnes d’avantages ? Comment peut on espérer que tous les élus soient efficaces si on n’a de l’estime pour eux que lorsqu’ils sont élus ? et que rien n’est prévu ensuite ?

Les élus ne sont que le reflet de la société. Leur impuissance c’est la nôtre. Leur combattivité c’est la nôtre. Leurs garanties ce sont les nôtres. Leurs responsabilités collectives, c’est la somme de nos responsbilités individuelles.

Je suis heureuse d’être élue et j’aimerais que nous soyons beaucoup plus nombreux à vouloir le devenir mais ce ne sera possible que si le statut de l’élu est complétement réhabilité et la foi en sa place et son utilité reconstruite.

Les déboulonneurs refusent de se faire ficher Collectif des déboulonneurs Reporterre 2009/03/03 Collectif des déboulonneurs (3 mars 2009) Les déboulonneurs refusent de se faire ficher. Reporterre. fr

Les déboulonneurs refusent de se faire ficher

Les six déboulonneurs parisiens ont été libérés après 21 heures de garde à vue. Celle-ci a été motivée par leur refus de se faire ficher par Stic ou ADN.

Pour sa 34e action, le collectif parisien avait donné rendez-vous à ses sympathisants au métro Pigalle à 15h. Sous un magnifique soleil, la petite troupe se réunit sur le terre-plein central. Les forces de l’ordre sont présentes en nombre, comme à chaque fois (une dizaine de cars), et ont l’air plutôt détendues. Quelques photographes et une caméra de télévision sont présents. Au bout d’une dizaine de minutes, les prises de parole débutent pour expliquer le but de l’action qui va avoir lieu. Les principales revendications sont exposées, on fait un point sur l’avancée des négociations en cours sur la révision de la loi de 1979 au ministère de l’environnement, le texte d’un philosophe sur les rapports entre publicité, tentation et consumérisme est lu, puis les consignes de non-violence sont données pour que l’action se déroule le mieux possible.

Nous nous dirigeons alors un peu plus haut sur le boulevard Rochechouart. On a l’occasion de passer devant quatre panneaux 4x3 qui sont fixés sur une façade. Exemples magnifiques de la laideur que nous impose le système publicitaire, et très probablement illégaux car présents sur une façade ayant des fenêtres. Nous les laissons derrière nous, ce sera peut-être pour une prochaine fois. Nous nous arrêtons à hauteur du numéro 53, face à trois panneaux déroulants. Là encore, ces dispositifs sont assez symboliques des basses-oeuvres des afficheurs. La loi leur permet en effet d’apposer de façon temporaire des panneaux sur les façades en chantier. Le rez-de-chaussée de cet immeuble est parfaitement calfeutré par une palissade en tôle ondulée qui laisse supposer que c’est le cas ici. Cela fait plus d’un an qu’ils sont installés et que les riverains n’ont constaté strictement aucun travaux. De là à penser qu’il est rentable de laisser une fausse palissade de chantier pour louer l’emplacement à des publicitaires, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas, mais qui devrait quand même soulever quelques questions dans les services municipaux en charge de l’application de la loi.

Les six barbouilleurs sortent du rang et s’élancent en direction des panneaux pour y inscrire joyeusement leurs messages. On peut lire « VITRINE DU MENSONGE », « VIOLENCE ECONOMIQUE », « LEGITIME REPONSE », ou encore « 50x70 ». Les policiers arrivent alors pour interpeller les barbouilleurs. Tout se passe dans le calme. Le public applaudit les militants et entame l’hymne du collectif : le barbouilleur. Après une fouille, les six barbouilleurs sont emmenés en fourgon au commissariat du 8e arrondissement.

La foule se disperse alors et un petit groupe se dirige vers le jardin de la butte Montmartre pour discuter. Tout le monde pense avoir assisté à une action classique. Mais lorsque vers 20h00, aucune nouvelle ne nous parvient de la part du petit groupe, l’inquiétude commence à poindre. Quelques coups de fil plus tard, la nouvelle est confirmée, ils sont en garde à vue. Tiens donc ! A Paris, c’est la première fois que cela arrive en 34 actions. D’autres collectifs avaient été moins chanceux, par exemple à Amiens où une garde à vue avait été déclenchée pour la première action. Qu’est-ce qui peut bien justifier ce soudain changement d’attitude ? Les suppositions vont bon train et malgré les appels incessants au SARIJ, y compris de notre avocat, il n’y a pas moyen d’obtenir plus d’éléments.

Nous apprendrons le fin mot de l’histoire à la sortie des copains, après 21 heures de rétention. Les policiers n’ont semble-t-il pas apprécié les réponses à leurs questions. Ou, plus exactement, ils n’ont pas apprécié que les militants refusent de répondre à certaines d’entre elles. C’est malheureusement un classique, mais à chaque passage au commissariat suite à une action de barbouillage, nous nous voyons demander notre salaire, le nom de notre employeur, notre numéro de sécurité sociale, le nom de notre compagne/compagnon, ... Bref de très nombreux renseignements visant à remplir le fichier STIC mais parfaitement inutiles aux policiers ou au procureur qui doit décider des suites à donner à l’affaire. En effet, les militants engagés dans une action de désobéissance civile assument totalement leurs actes et sont prêts à en répondre au tribunal si nécessaire. Il n’y a donc aucune difficulté pour établir le procès verbal d’interpellation puisque la dégradation légère est reconnue. La possibilité de répondre « Je n’ai rien à déclarer », pourtant inscrit dans le Code Pénal, n’est que très peu acceptée dans les commissariats. Les OPJ y répondent souvent par une menace de garde à vue. En refusant, à titre individuel, de répondre à telle ou telle question sur leur vie privée, les militants ont donc provoqué la colère d’un gradé qui a déclenché la garde à vue. Les conditions matérielles de cette rétention sont affreusement banales, il est difficile de dormir. Peu avant de ressortir le lendemain en début d’après-midi, les militants se voit demander un prélèvement d’ADN. Après le STIC il s’agit d’alimenter le FNAEG. Culot, bluff ? Les militants refusent, pour des raisons qu’il n’est même pas nécessaire de détailler tant elles sont évidentes. Ils se voient menacés d’une seconde garde à vue pour ce nouveau délit.

La morale de cette histoire n’est probablement pas à chercher dans un éventuel changement de politique de la préfecture de police envers le collectif des déboulonneurs. En revanche il est assez symptomatique que le simple refus de réponse à une question, qui fait partie des droits les plus élémentaires, puisse, sur les caprices d’un OPJ, déclencher une garde à vue. A la manière d’un enfant gâté à qui on retire son hochet et qui, vexé, se venge en laissant six personnes dormir au poste. La garde à vue est clairement utilisée comme une sanction. La presse a longuement commenté l’an dernier l’explosion du nombre de gardes à vue et le manque de contrôle du parquet sur cet outil judiciaire. Si nous étions cyniques, nous pourrions dire que le collectif des déboulonneurs peut s’enorgueillir de contribuer aux bonnes statistiques du commissariat du 8e arrondissement. Ce triste épisode pourrait également être rapproché des inquiétudes sur le fichier EDVIGE avec, notament, les très récentes réponses de la ministre de l’intérieur aux parlementaires.

En tout état de cause, cela n’entame en rien notre détermination à faire avancer le débat sur l’affichage publicitaire. Tant que ce débat n’aura pas eu lieu au niveau national, sur tous les aspects liés à cette pratique et que l’on n’arrivera pas à une réduction visible et massive de la pollution visuelle, les actions continueront. Nous vous donnons rendez-vous fin mars pour la prochaine action parisienne.

Compte-rendu synthétique

- Date : samedi 28 février 2009 - Heure approximative de l’action : 15 h 30 - Lieu précis de l’action : 53, bd Rochechouart - Nombre de panneaux touchés : 3 panneaux barbouillés - Propriétaire des panneaux touchés : Avenir (JC-Decaux) - Nombre d’activistes : 6 - Nombre approximatif de sympathisants : 60 - Nombre approximatif de passants-spectateurs : 20 - Nombre approximatif de journalistes présents : une dizaine, dont TF1 et L’Express - Nombre approximatif de policiers : 40 - Attitude de la police : La police nous attendait au rendez-vous, nous a accueillis très sereinement, nous a interpellé très courtoisement. Les 6 barbouilleurs ont passé 21 heures de garde à vue au SARIJ du 8e arrondissement, rue Saint-Honoré

Les Jeux Olympiques d’hiver contre l’environnement Amis de la Terre Reporterre 2009/03/04 Amis de la Terre (4 mars 2009) Les Jeux Olympiques d’hiver contre l’environnement. Reporterre. fr

Les Jeux Olympiques d’hiver contre l’environnement

Le maire de Grenoble rêve des Jeux olympiques d’hiver pour sa ville en 2018 - ainsi que Nice, Pelvoux et Annecy. Mais ces joutes sportives sont très nuisibles à l’environnement.

La question des JO est d’actualité, quel que soit leur lieu d’implantation. C’est une question sensible, car les enjeux économiques, politiques et sportifs sont forts. Sans minimiser l’importance de ces dimensions, nous estimons que dans le présent contexte l’urgence est de procéder à l’évaluation la plus précise possible de l’empreinte écologique des Jeux Olympiques d’hiver.

Le contexte : Sans qu’il soit besoin de le détailler ici, il est bien sûr celui : - des ressources énergétiques fossiles en cours de raréfaction accélérée, - de la précarité aggravée d’une proportion croissante de la population mondiale, - de changements climatiques majeurs aux conséquences très inquiétantes pour la vie sur terre. On ne peut donc plus poser la question des jeux olympiques comme on la posait il y a vingt ans, à fortiori comme il y a quarante ans (sauf si l’on était écologiste) C’est pourquoi les Amis de la Terre estiment indispensable de procéder à cette évaluation, à partir de laquelle chacun pourra se positionner.

Dans la grille des 11 critères de sélection du comité international olympique (CIO), les critères environnementaux (conditions et impacts) viennent en dixième position, et représentent 2 points de coefficient sur 35. Et l’on peut constater que pour les JO de 2014 la ville de Sotchi, finalement retenue, avait le projet environnemental le plus bas (5-6 sur 10), Salzbourg (8-9 sur 10), Peyongchang (7-8 sur 10). Les critères environnementaux, prenant en compte le souci des équilibres naturels, ne sont absolument pas déterminants. C’est juste un thème de discours sacrifiant à la mode du développement durable.

Aspects en relation avec l’aménagement du Territoire

A – L’exemple de la région urbaine grenobloise

Dans ce domaine, l’expression des décideurs économiques et politiques de la région grenobloise est sans équivoque : « les JO, c’est quoi ? les JO c’est le BTP, c’est les infrastructures routières » (le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Grenoble, FR3, 09/09/2008)

Par ailleurs, le projet GIANT incluant la réalisation de la Rocade Nord de Grenoble, est clairement mis en relation avec le « projet olympique » par le maire de Grenoble, ainsi que l’élargissement de l’A 480 et l’augmentation des capacités de l’aéroport de Saint Exupéry. Selon cette logique, la réalisation de l’autoroute A51 jusqu’à GAP devrait faire partie des mesures de « l’indispensable désenclavement de la ville ».

Tous ces projets vont dans le sens de la réalisation d’une continuité urbaine, une mégapole allant de Genève à Valence : le contraire d’une ville à taille humaine préservant les espaces agricoles et naturels, dont la prochaine génération aura le plus grand besoin.

Un modèle de développement incompatible avec les données écologiques du très proche futur.

B – Le cas des JO de Turin 2006 (500 000 spectateurs + 2 500 athlètes)

Ces Jeux sont présentés comme l’exemple type des Jeux écologiquement propres et promoteurs d’un développement durable. Selon les données rassemblées par Legambiente (consultables sur son site), la plupart des 65 structures construites pour l’occasion sont au cœur de plusieurs controverses : stades à démolir ou à réadapter, gares ferroviaires en friches, parkings géants inutiles et/ou inadaptés – pistes de bobsleigh et tremplins peu ou pas utilisés (exemple à rapprocher du tremplin de Saint Nizier, abandonné depuis 1972).

Les coûts financiers et écologiques sont très importants : - des dizaines de millions d’euros, sans retour d’investissement - des centaines d’hectares artificialisés aux dépens de surfaces agricoles - des dizaines d’hectares de forêts transformées en friches, ou en espaces bétonnés

Eau et énergie (source site CIPRA Commission Internationale pour la PRotection des Alpes)

En deux semaines les JO de Turin ont consommé autant d’eau qu’une ville de 600 000 habitants pendant un an. Il est plus difficile d’évaluer la quantité d’énergie consacrée à la construction de 80 grands ensembles, comme à Pragelato, structures aujourd’hui fantômes et attendant de problématiques acheteurs. La dette résultant des JO de Turin (63,6 M€) constitue au-delà de la dimension purement financière hors du champ de notre évaluation, un problème écologique d’aménagement du territoire. Les investissements publics potentiels sont asséchés par cette dette. C’est du non développement durable garanti.

Impacts écologiques collatéraux

Très importantes mais très difficiles à évaluer sont les surconsommations d’énergie -affichages électroniques-, de papier -affichages publicitaires – (Coca Cola, MacDo, etc…) de produits dérivés, toutes consommations liées à la dimension commerciale, elle-même dimension incontournable des JO. Il est raisonnable d’estimer que des Jeux se déroulant à Grenoble, Annecy, Nice ou Pelvoux amèneraient des impacts équivalents à ceux de Turin, les mêmes causes produisant les mêmes effets. De même, le formatage des paysages de montagne pour les rendre aptes aux accès et au déroulement des épreuves a toutes chances d’être aussi dommageable et aussi durable qu’on a pu le constater lors des jeux de Turin.

Conclusions

1 - On peut estimer que les projets Jeux Olympiques, Championnats du Monde et autres manifestations internationales peuvent être rendus écologiquement, économiquement et socialement acceptables, donc conformes aux standards du développement durable, aux conditions élaborées par CIPRA : - consensus social et participation des citoyens : le CIO devra valider la candidature à la condition expresse que celle-ci repose sur un vaste consensus social. La participation des citoyens ne pourra se faire que par une information transparente et objective et par l’intégration de leurs représentants dans les instances de décisions. - contrôle et sanctions : les candidatures devront respecter toutes les normes régionales, nationales et internationales en vigueur, sans possibilité d’y déroger par quelque moyen que ce soit. Le contrôle de ce respect doit être prévu et les écarts sanctionnés. - fonds pour l’environnement et la reconversion des sites : les fonds garantissant la compatibilité entre le projet et l’environnement ainsi qu’à propos de la reconversion des sites devront être garantis par le CIO et les comités olympiques nationaux, et en aucun cas prélevés sur les comptes publics. - transparence : les dates et les informations relatives à l’organisation devront être disponibles et accessibles au grand public. - infrastructures : ne pourront être sélectionnées que les villes (ou régions) disposant déjà d’une bonne part des infrastructures indispensables. - rapport à l’environnement : tous les projets devront être adaptés aux plus récents standards écologiques.

2- On peut aussi estimer que l’objectif de réduire les émissions de CO2 par un facteur 4 d’ici 2050 pour contenir le réchauffement climatique, c’est-à-dire réduire de 75% les émissions, impose de façon imminente de faire porter les premiers efforts sur les activités non vitales. Logement et transports de marchandises constituent des priorités. Le tourisme est une activité secondaire dont l’avenir est dans la relocalisation.

Si l’on a cette lecture, on est conduit à une position plus radicale : les JO d’hiver (et d’été très probablement) n’ont plus leur place dans notre futur immédiat, même si l’on ne retient comme base de calcul que le domaine des déplacements.

Si le tourisme en milieu montagnard a un avenir, en se relocalisant et en s’écologisant, il n’en est pas de même des manifestations du type JO qui supposent le déplacement de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes sur de longues distances ainsi que l’installation sur place de milliers de résidents temporaires, à priori peu enclins à réduire leur empreinte écologique. Cela se traduit par une surconsommation d’énergie, d’eau et de services. La vie sur notre planète ne peut plus se permettre ce luxe !

Obama et la fin du festin Hervé Kempf Reporterre 2009/03/04 Hervé Kempf (4 mars 2009) Obama et la fin du festin. Reporterre. Tribune — fr

Obama et la fin du festin

Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a prononcé le 24 février, devant le Congrès, le discours définissant concrètement la politique qu’il entend mener, précisée le 26 février par la présentation de son projet de budget.

Cette politique est-elle écologique ? Répond-elle à la question qui dominera les prochaines décennies ?

On ne pouvait certes pas faire pire que George Bush en matière d’environnement. Mais M. Obama va plus loin qu’une simple correction du désastre : il regonfle les moyens de l’Agence pour l’environnement (EPA), il relance l’efficacité énergétique dans le parc des bâtiments de l’administration, il prépare un marché des émissions payantes qui générera des revenus utilisés à aider les ménages modestes, il stimule la production d’énergie renouvelable, il investit dans les « technologies propres ».

Changement fort ? Incontestablement. D’orientation ? Oui. Radical ? Que les foudres des obamaniaques s’abattent sur ce chroniqueur ! La réponse est : non. Dans son discours, M. Obama mentionne la question écologique presque en passant, en la réduisant au changement climatique. Il avait annoncé en d’autres occasions que son objectif était de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de son pays en 2050. Ce choix majeur est oublié dans le discours du 24 février. Seul reste l’objectif de développer les énergies renouvelables, surtout motivé par le désir de réduire la dépendance aux importations, et l’annonce du marché du CO2. « Nous doublerons en trois ans la production de la nation en énergie renouvelable. » Pour autant que la réalité économique permette une telle évolution, elle ferait passer la part de l’énergie renouvelable (non hydraulique) dans la production d’énergie par les Etats-Unis de 6 % (dont l’essentiel en agrocarburants) à 12 %. C’est important, mais ne change pas vraiment la donne.

M. Obama n’a pas dit, ni même suggéré, à ses concitoyens - premiers émetteurs au monde de GES - qu’il fallait réduire considérablement leur consommation d’énergie. Peut-être n’est-il pas encore possible à un responsable politique de dire que l’heure est à la sobriété. En fait, la très grande majorité de ces responsables semblent croire qu’en remplaçant le pétrole par des plaques solaires et des éoliennes, l’« american way of life » pourra se perpétuer. C’est oublier et le coût de l’énergie et la crise écologique.

M. Obama conduit une politique sociale aussi audacieuse que l’état des choses le permet. En corrigeant les inégalités, en investissant dans l’éducation et dans la santé, il permet à sa société de s’orienter vers des activités à moindre impact environnemental. La crise économique lui impose d’agir à court terme, par une relance budgétaire massive pour éviter l’écroulement, et en allant vers un système financier libéré de l’excès d’endettement. Il reste à ce grand pédagogue à préparer son peuple à la réalité de l’avenir : le festin énergétique s’achève.

Les Etats-Unis se mettent au troc Hélène Crié, sur Rue 89 Reporterre 2009/03/05 Hélène Crié, sur Rue 89 (5 mars 2009) Les Etats-Unis se mettent au troc. Reporterre. fr

Les Etats-Unis se mettent au troc

Plus de crédit ? Les entrepreneurs d’outre-Atlantique redécouvrent le troc.

(De Raleigh, Caroline-du-Nord) Ça a la saveur d’une rébellion communautaire contre le système bancaire, une allure de déjà-vu utopiste admirable, le goût d’une initiative altermondialiste. En fait, non : si le troc refait brusquement surface aux Etats-Unis depuis quelque mois, c’est surtout pour permettre à la société marchande de tenir bon en attendant le retour de jours meilleurs.

Le pragmatisme aigu des Américains m’étonnera toujours. Les banques ne prêtent plus aux entreprises ? Le robinet du crédit à la consommation s’est tari ? Il n’y a plus assez de cash en circulation ? Qu’à cela ne tienne : vive le troc !

Attention : un troc à l’échelle supersonique, celui qui va permettre aux entreprises de rester à flot et de ne pas perdre leurs marchés, aux restaurants de continuer à remplir leurs salles, aux cabinets médicaux de rentabiliser leurs scanners et leurs labos d’analyse, aux instituts de beauté de continuer à botoxer et purifier, aux garages d’écouler jusqu’à leurs 4x4. Et ce, sans que ces transactions n’impliquent la circulation du moindre dollar. Echange trois consultants contre nouvel équipement informatique

Rien à voir, donc, avec "une coupe de cheveux contre une tonte de pelouse". Ce genre d’échange amical, même quand il est codifié comme en France par l’usage des SEL (système d’échange local, une monnaie alternative utilisée dans les pays francophones, et dans le monde sous d’autres dénominations), existe bien sûr aux Etats-Unis.

Il est pratiqué un peu partout sur le territoire américain, avec le recours à des "monnaies" locales, tel le LET’s (Local exchange trading system), inventé au début des années 80 par des Canadiens.

Avec le troc appliqué à la grosse économie, on passe dans une autre dimension. Genre :

"Je mets trois consultants de mon cabinet à votre disposition pour vous assister dans votre étude de marché. De votre côté, vous renouvelez l’équipement informatique de ma société, et vous me fournissez une nouvelle photocopieuse couleur."

En fait, à ce niveau de valeur des prestations, les échanges ne se font pas directement entre troqueurs. Des sociétés spécialisées se sont créées, qui ressemblent à des banques à bien des égards. Voici l’argumentaire commercial de l’une d’elles, Tradebank Cashless Commerce, qui résume très clairement leur activité à toutes :

"Ne serait-ce pas formidable d’avoir la liberté d’acheter exactement ce dont vous avez envie, rien qu’en échangeant des biens et des services ?

Chez Tradebank, nos clients ont toute la souplesse nécessaire pour utiliser leurs “crédits d’échanges” comme ils veulent, où ils veulent, dans notre réseau international de fournisseurs."

Le "trade credit", ou trade dollar, équivaut au dollar monétaire du pays où il est possédé.

Cela semble facile, non ? Eh bien, ça l’est ! Tradebank fournit une plate-forme d’échanges à ses clients, un peu comme des chambres de compensation avec des titres boursiers, ou une banque commerciale avec des chèques. Comme n’importe quelle société de courtage, Tradebank perçoit une commission sur chaque transaction :

"Notre service inclut votre mise en contact permanente avec de nouvelles opportunités d’échange, facilitant ainsi vos options d’achat, et l’enregistrement automatique de vos transactions. En outre, ces dernières sont immédiatement créditées, évitant ainsi toute dette intempestive."

Evidemment, pareille philosophie n’a guère à voir avec les fameuses banques du peuple sans circulation d’argent, imaginées en 1848 par Joseph Proudhon. Mais nous sommes aux Etats-Unis, au XXIe siècle, hein !

Quelques exemples concrets, près de chez moi, relevés dans la presse de Caroline du Nord, où le troc est solidement installé.

Tim G. est garagiste à Raleigh. Juste avant la crise, il avait investi toutes ses économies dans l’achat d’un vieux bâtiment industriel qu’il devait retaper et transformer en grand atelier. Pour cela, il comptait sur un prêt bancaire. Patatras, plus de crédit possible !

Pour 500 dollars, Tim s’inscrit à Barter Business Exchange, l’une des sociétés de troc les plus anciennes des Etats-Unis (1994), justement basée à Raleigh.

En échange de prestations à valoir dans son premier garage en activité, il voit arriver plombiers, peintres, électriciens, dératiseurs, et tous les professionnels (clients du même courtier en troc) dont il a besoin pour terminer ses travaux. Son nouveau garage a pu ouvrir en janvier.

Paula C. possède une petite imprimerie à Charlotte. Ses clients habituels sont presque tous en faillite, ou archi fauchés. Va-t-elle aussi mettre la clé sous la porte ? Que nenni ! Grâce notamment à Barter Brokers International, elle troque des travaux d’impression contre des dîners au restaurant, elle s’offre des nouvelles lunettes, bref, elle continue à vivre normalement "en dépit d’une absence presque totale de rentrées d’argent".

Paula et son mari sont des vieux routiers de ce type de transaction. Quand ils ont quitté New York en 2007 pour s’installer en Caroline du Nord, ils étaient déjà clients de Tradebank et de Synergy Street Trade. Grâce à ces deux réseaux, ils ont pu échanger en 2008 des services et des biens pour un montant estimé à 22 000 dollars.

En découvrant l’ampleur de ce qui se fait aux Etats-Unis en matière de troc, je me suis souvenu de la polémique enflammée qui avait saisi la France dans les années 90 : l’usage des SEL avait commencé à faire de l’ombre aux artisans, et surtout le fisc français s’en était mêlé, estimant que toutes ces activités économiques parallèles échappaient aux taxations légales.

On dirait que tout le monde s’est calmé, si j’en crois cet article sur l’économie solidaire dans Wikipédia-France :

"Les SEL sont généralement tolérés par les administrations fiscales, à condition de rester de modestes structures d’entraide citoyenne."

Il semble qu’aux Etats-Unis les autorités fiscales de l’Internal Revenue Service se sont adaptées très vite à l’essor du troc. La valeur des biens et services reçus est tout simplement traitée comme un revenu pour les entreprises qui en profitent.

Mais cet "achat" peut naturellement être déduit du chiffre d’affaires, pour sa valeur en "vrais" dollars. D’ailleurs, la plupart des "banquiers du troc" fournissent les imprimés du fisc ad hoc à leurs membres.

Ceci pose la question de la "monnaie" utilisée lors des transactions. Apparemment, chaque société de troc à but lucratif a la sienne propre, qu’elle ait ou non une dénomination. Quand il s’agit d’échanges entre entreprises, comme décrits plus hauts, et que les transactions se font par le biais des banquiers troqueurs, les choses restent simples.

Mais les particuliers ont eux aussi de plus en plus recours au troc. Et la plupart du temps, ils passent par des associations à but non lucratif, militantes, communautaires, altermondialistes ou religieuses (on trouve tout en Amérique). Dans ce cas, les "monnaies" utilisées sont innombrables et varient selon les régions.

Une précision, enfin : pourquoi traiter du troc dans le blog American Ecolo ? Parce que la plupart des groupes oeuvrant pour un meilleur environnement, pour la préservation de la planète, pour une répartition équitable des richesses et des ressources, appellent de leurs vœux un changement des rapports économiques et sociaux. La généralisation du troc est en général une chose qu’ils favorisent.

Or, la pratique du troc aux Etats-Unis, sa récupération par l’establishment, est l’exemple de l’évolution d’une utopie vers une réalité… disons, inattendue.

L’EPR au mépris de la démocratie Jean-Marie Harribey et Christiane Marty Reporterre 2009/03/05 Jean-Marie Harribey et Christiane Marty (5 mars 2009) L’EPR au mépris de la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

L’EPR au mépris de la démocratie

Le président de la République a annoncé le lancement d’un nouvel EPR. Sans consultation de quiconque et en s’affranchissant de la loi de programmation énergétique.

En juillet, alors que la première tranche nucléaire EPR [réacteur pressurisé européen] était en chantier à Flamanville (Normandie), Nicolas Sarkozy a annoncé le projet d’un second EPR. L’électricien national EDF, qui affirmait pourtant que la France n’en avait pas besoin, s’est tout de même porté candidat pour le construire, suivi par GDF Suez. Le président de la République, hésitant entre les deux, envisageait du coup un troisième EPR (!) ce qui aurait permis d’en attribuer un à chacun. Nicolas Sarkozy vient de confirmer le lancement d’un second EPR, dont la réalisation est « confiée à EDF qui sera associée à GDF Suez ». Mais quelle légitimité a-t-il pour décider de ces projets ? Aucune. Il s’agit en réalité d’un double déni de démocratie.

D’abord par une façon très personnelle de l’omniprésident d’ignorer la Programmation pluriannuelle des investissements de production d’électricité (PPI). Celle-ci, initiée par la loi du 6 février 2000 et élaborée par la Direction générale de l’énergie et des matières premières (DGEMP), fixe les investissements souhaitables en moyens de production d’électricité et leur répartition par filière (gaz, nucléaire, renouvelables) sur la base d’un bilan prévisionnel des besoins établi tous les deux ans. Or la PPI actuelle a entériné la mise en service d’un EPR, celui de Flamanville, et les évaluations en cours n’envisagent pas d’autre centrale nucléaire avant 2015-2020. Quelle que soit la critique que l’on peut avoir sur une PPI qui se contente d’accompagner les tendances existantes, la décision de Sarkozy de lancer un second EPR revient à s’asseoir dessus.

En outre, cette décision ne fait aucun cas de l’objectif, primordial, de réduire de 20 % la consommation d’énergie d’ici à 2020, présente dans le Grenelle de l’environnement et le paquet « climat énergie ». Cet objectif en reste surtout au niveau de l’affichage, en l’absence de mesures concrètes contraignantes. Mais on voit mal comment entreprendre une politique volontariste de diminution de la consommation tout en construisant des moyens de production d’électricité en surcapacité, qui n’ont évidemment pas pour vocation de rester sous-utilisés. Ni le premier EPR ni maintenant le second ne répondent à des besoins de la consommation française (comme le reconnaissait EDF). Ils visent principalement à pourvoir EDF et GDF Suez du savoir-faire d’ensemblier nucléaire, en vue d’une relance du nucléaire, non seulement dans l’Union européenne, mais aussi au niveau international.

On sait que ces EPR nationaux produiront de l’électricité pour l’exportation. On sait que c’est le but de la libéralisation de livrer le secteur électrique aux intérêts privés en organisant « un grand marché électrique européen ». La libéralisation a abouti à un oligopole de grands groupes européens qui ont vu exploser leurs marges bénéficiaires, tout en sapant le service public. On en arrive, avec le marché électrique européen, à une situation aberrante où l’on construit des centrales nucléaires dans un pays (où l’opinion les accepte semble-t-il plus facilement, surtout dans des régions frappées par la crise économique) pour vendre l’électricité dans un autre.

On renforce donc les lignes d’interconnexion entre les pays. Outre leur coût, les lignes à haute tension constituent une nuisance environnementale (c’est le cas de celles traversant les Alpes vers l’Italie, ou des Pyrénées vers l’Espagne) que n’acceptent pas les riverains. L’interconnexion du réseau européen devrait s’en tenir à sa fonction première de secours réciproque aux frontières. La notion de marché électrique est une aberration économique, technique et environnementale. Viser l’augmentation des échanges électriques entre les pays est contradictoire avec l’objectif rationnel et économe de développer une production la plus décentralisée possible, réduisant les pertes en ligne dues au transport, destinée à une consommation locale et favorisant une production à base d’énergies renouvelables.

Les décisions de relance du nucléaire sont prises au mépris de l’exigence démocratique, et cela constitue le second déni. Dans le contexte actuel, marqué par la raréfaction des ressources de la planète et par l’impact des choix de filières énergétiques sur le réchauffement climatique, la politique énergétique n’est pas un simple choix technologique, mais un choix de société. A plus forte raison lorsqu’il s’agit de décider de la relance de la filière nucléaire, du fait de ses caractéristiques : risque majeur concernant la sûreté, production de déchets dont on ne connaît ni le devenir ni le coût de traitement, et centralisation mettant la filière hors de portée d’un contrôle démocratique. La question de la sûreté devient encore plus cruciale que les entreprises sont privatisées ou en voie de l’être et que règne la recherche du moindre coût. Le programme nucléaire lancé dans les années 1970 n’a pas été décidé de manière démocratique. Avec l’ampleur des conséquences de la politique énergétique en termes environnementaux et sociaux, il est urgent que ces choix reviennent aux citoyens et aux citoyennes.

La chasse aux migrants continue Ligue des droits de l’homme Reporterre 2009/03/07 Ligue des droits de l’homme (7 mars 2009) La chasse aux migrants continue. Reporterre. fr

La chasse aux migrants continue

Monsieur Eric Besson, « Ministre de l’identité nationale », a déclaré récemment à Calais avoir été « ému » par la situation des migrants et vouloir « humaniser » une « politique de fermeté » (sic).

Quelques jours plus tard, à Norrent-Fontes (Pas-de-Calais), ont été arrêtés 13 migrants originaires d’Erythrée, et avec eux une femme de 59 ans dont la maison a été perquisitionnée et qui a été retenue pendant neuf heures d’affilée pour leur être venue en aide. Un autre militant de Boulogne-sur-Mer a été arrêté le même jour dans les mêmes conditions. Tous deux ont été interrogés dans le cadre d’une affaire d’« aide au séjour irrégulier en bande organisée ».

Il ne s’agit pas, loin de là, d’un acte isolé : Monsieur Besson a programmé les moyens budgétaires d’une politique organisée de poursuite des « aidants ».

Le Comité central de la Ligue des droits de l’Homme, réuni le 7 mars 2009, exprime son entier soutien aux militants de la solidarité de plus en plus souvent menacés et poursuivis pénalement pour avoir obéi à leur conscience en secourant les victimes de la chasse aux migrants.

Il appelle tous les citoyens de ce pays à se faire eux aussi « délinquants de la solidarité » pour ne pas laisser traiter comme des criminels celles et ceux qui défendent les droits fondamentaux et la dignité humaine.

Croissance et décroissance vues par des socialistes Joël Andreini Reporterre 2009/03/07 Joël Andreini (7 mars 2009) Croissance et décroissance vues par des socialistes. Reporterre. Tribune — fr

Croissance et décroissance vues par des socialistes

Le Pôle écologique du Parti dit Socialiste réfléchit - avec prudence - à la croissance verte et à la décroissance.

La France d’après guerre a été reconstruite en créant des grandes entreprises, des « champions nationaux » ; certains sont restés à capitaux publics, d’autres ont été plus ou moins privatisés, mais cela ne change pas grand-chose sur le fond.

L’appareil d’Etat (les administrations, les pouvoirs publics et politiques) de droite comme de gauche, pense la construction de l’économie comme devant être impulsée d’en haut avec un appareil d’Etat relayant ou impulsant ses grandes entreprises. Nous voyons encore l’économie, notamment à l’export, comme la victoire de ces entreprises et le gain de contrats pour lesquels l’Etat, parfois le Président de la République lui-même (premier VRP de France), s’est impliqué : • vente d’avions, • implantations victorieuses de nos constructeurs d’automobile hors de l’hexagone, • vente d’armes : Rafales, sous-marins, Aviso, chars, • vente de centrales nucléaires (AREVA, ALSTOM, EdF), • contrat de service aux USA, Chine, Inde ou Brésil pour Véolia ou Suez, • grands marchés de travaux publics pour Bouygues, Eiffage, Vinci.

L’appareil d’Etat et les grandes entreprises réfléchissent « comme un seul homme » et le pantouflage des hauts fonctionnaires dans les grandes sociétés montre la symbiose de la pensée économique dominante.

Quand le gouvernement (de droite comme de gauche) pense « relance », il agit tout naturellement par les leviers qu’il connait et sur lesquels il a prise, c’est-à-dire en faisant agir ses grandes entreprises nationales, et cela donne immanquablement : • des infrastructures (autoroutes, canaux, centrales électriques), • de l’automobile et de l’aviation (il faut sauver les soldats Airbus ou Renault et on les recapitalise), • des nationalisations (les banques, les services), • des grands centres de recherches ou opérateurs publics nationaux…

Mais sait-on que dans une économie mondialisée, les grands entreprises investissent massivement dans les pays développés ou émergents et qu’elles ne créent plus beaucoup d’emplois en France, voire déplacent massivement les emplois dans des pays à moindre coûts et à plus faibles protections sociales pour y gagner de nouvelles parts de marchés.

Bien noter que lorsqu’une de ces entreprises gagne un contrat à l’export, elle est contrainte contractuellement d’employer des nationaux (c’est normal), de produire local (c’est aussi légitime) et de transférer le maximum de technologies, parfois sensibles, et même les fonctions fondamentales de R&D.

Il ne faut rien reprocher à ces grandes entreprises, bien au contraire, car d’un point de vue éthique, il est tout à fait légitime que chaque pays se développe ; un emploi au Maroc, vaut bien un emploi en France (même plus car un salarié marocain fait vivre un foyer plus important qu’en France). Bien sûr un tel argument est difficilement recevable pour les salariés français laissés pour compte mais ce n’est pas aussi simple de s’opposer à la mondialisation !!! Ce faisant et quoiqu’on en pense, on constate que l’emploi de nos grandes entreprises quitte la France.

COMMENT CREER DE L’EMPLOI EN FRANCE ?

La France compte 2 650 000 entreprises. Les médias ne parlent en général que des grandes entreprises ; mais sait-on qu’elles sont très largement minoritaires et quelles ne créent plus d’emplois en France. Quelques chiffres : • dans le CAC 40, il y a, comme son nom l’indique, quarante entreprises, pratiquement les fameux champions nationaux qui occupent tout le champ médiatique, • il y a 50 000 entreprises de plus de 250 salariés dont les ETI : Entreprises de taille intermédiaire de 250 à 5000 salariés ; au nombre de 30000, elles sont probablement capables rapidement, de créer de l’emploi en France, • les 2 600 000 autres entreprises sont réparties ainsi : o individuelles : 1,5 million, o de 1 à 10 salariés : 900 000, o de 10 à 250 salariés : 200 000.

Ce dont nous souffrons en France, c’est avant tout de n’avoir pas su promouvoir le tissu des PME et ETI comme l’a fait par exemple l’Allemagne ; les PME allemandes sont plus grosses, plus solides et plus exportatrices que les françaises. Notre pays, Jacobin, régalien dans sa pratique, est très centralisé à l’inverse de l’Allemagne. Or les petites entreprises sont par nature locales, et créent de l’emploi localement.

Notre appareil d’Etat (de gauche et de droite), relayé par une fonction publique culturellement adaptée aux grands groupes ne sait pas comment s’y prendre pour développer notre tissu de PME ; il n’a ni les bons outils ni la culture.

Dans ce contexte, que pourrait proposer une gauche écologique et économique : • la promotion des PME, • la promotion des ETI, • la régionalisation, la localisation des investissements, • l’apprentissage de la PME, de son économie, de ses difficultés spécifiques par les élites politiques mais aussi à l’Ecole, • l’éloge de l’entrepreneur comme créateur d’emploi (c’est le seul, avec le monde de l’économie sociale) et non pas le diaboliser en le confondant avec les grands patrons (nommés souvent par copinage politique et pas forcément entrepreneurs) avec parachutes dorés et autres stocks options. Le discours de nos politiques (de gauche compris) est donc facile, simpliste et contreproductif !

LA CROISSANCE EN QUESTIONS

Pourquoi faudrait-il une croissance ? La croissance est-elle antinomique du développement durable ? Enfin, qu’elle croissance alternative ? Pouvons-nous inventer une économie de la décroissance….socialement acceptable ?

Les économistes poussent à la croissance car ils pensent, conseillent et constatent que pour maintenir l’emploi dans un pays comme le nôtre, il faut une croissance du produit intérieur brut entre de 2 à 3 % ; au-delà on crée de l’emploi net.

Quand on leur demande comment faire la croissance, ils répondent : • par la consommation, ou • par l’investissement (plus précisément en biens d’équipements ou en infrastructures).

Notons bien que dans les deux cas cela revient à consommer plus de matières premières ou de produits finis. Bref, rien de plus normal dans une société de consommation où la possession de biens matériels, de plus en plus importants, se confond avec l’épanouissement individuel. Une croissance de 3 %, telle que préconisée par les économistes les plus raisonnables, revient à doubler les consommations en 25 ans ; en 100 ans, à les multiplier par 20 et en 200 ans par 370 ! 3 %, c’est peu, mais sur les deux siècles d’industrialisation c’est tout bonnement gigantesque.

De surcroît, comme la population de la planète, actuellement de 6,5 milliards d’habitants, devrait doubler dans les décennies à venir, on voit vite que ce modèle de développement n’est pas possible. Pour illustrer les chiffres précédents, les plus communicants comptent en équivalents planètes : « si les chinois consommaient autant de pétrole que les USA, il faudrait 2 planètes et si les indiens en faisaient autant il faudrait Y planètes etc. »

Bref, tout le monde ou presque est conscient aujourd’hui ; le modèle consumériste ne peut pas fonctionner pour tous. C’est un système pour une minorité de riches et une très grande majorité de pauvres ; non seulement cela n’est pas éthique mais de plus potentiellement facteur de risques découlant de la confrontation, tout à fait réelle, de la chasse à la ressource minérale ou naturelle (guerre du pétrole, de l’uranium, des métaux rares, des plantes et des espèces etc.).

La croissance, telle qu’elle est conceptualisée aujourd’hui, est donc bien antinomique du développement durable (des points de vue social, économique, écologique, éthique et démocratique).

DEMAIN LA CROISSANCE VERTE ? Y-a-t-il une croissance verte ? Une croissance respectueuse de l’environnement qui aurait maîtrisé ses impacts ? Mieux encore, une croissance du bien être (mesuré en Bonheur intérieur brut) qui réduirait la consommation de biens matériels (de consommables) ; c’est-à-dire une décroissance matérielle, couplée à une croissance dans l’immatériel, dans les services de base tels que la santé, l’éducation, la culture ? Est-ce réaliste ? N’est-ce pas incontournable ?

N’est-ce pas déjà trop tard (certains disent que nous avons moins de 10 ans pour prendre les bonnes décisions) ?

Je pense que nous ne sommes pas prêts à ce saut dans l’inconnu aujourd’hui et ceci d’autant plus que la génération d’après guerre est culturellement façonnée par la société de consommation. Tout cela devrait faire l’objet de débats philosophiques, au sens premier du terme, en vue de définir et de construire un nouveau projet de société.

Dans une première étape il faudrait agir pour : • une économie de la sobriété, (lutte contre le gaspillage) ce qui revient à dire, par exemple dans le domaine de l’énergie, qu’il faudrait maîtriser et réduire les consommations avant de penser à la nature de l’énergie qu’il conviendrait de développer (cela est valable pour tous les consommables), • une économie du recyclage, une économie circulaire qui limiterait les flux d’entrée et de sortie, • une économie à faible quantité d’intrants ou à intrants renouvelables (EX : agriculture verte, sans OGM etc.), • une économie relocalisée qui évite transport et délocalisation d’emplois et qui serait fondée sur des entreprises locales (en termes d’énergie c’est la confrontation entre réseau national et réseau local, énergie renouvelable versus énergie carbonée ou nucléaire), • Une économie qui créerait un nouveau type d’emplois autour du développement durable.

La création d’une filière économique : les éco-activités Toute l’économie est verdie aujourd’hui à en croire les slogans publicitaires véhiculés par toutes les entreprises : je ne connais aucune entreprise qui ne se dit pas verte (éco-responsable, ou proposant des éco-produits).

Il existe cependant une filière économique environnementale, bien délimitée, sur laquelle il faudrait porter tous nos efforts : la filière des éco-activités. Le périmètre est défini ainsi : • l’eau (eau potable, eaux usées, eaux souterraines, eaux de surface etc.). L’eau représente 50 % de l’activité des éco-entreprises (l’eau en effet reste indispensable à la vie), • les déchets représentent 25 % de cette filière, et le reste qui suit autant : • l’air (pollutions atmosphériques), • les sols pollués, • la biodiversité, • les nuisances sonores, visuelles, • la maîtrise de l’énergie, • les énergies renouvelables, • le changement climatique, les gaz à effet de serre issus du bâtiment, du transport et de l’industrie.

Cette filière pèse 500 milliards d’euros dans le monde.

La France y est classée 4 ème puissance avec 50 milliards de chiffre d’affaires (autant que l’aéronautique ou la pharmacie). Nous y avons entre 10000 et 15000 entreprises (selon la définition que l’on se donne) et 3 entreprises leaders mondiaux. Le secteur pèse 400 à 500 000 emplois ; la croissance y est en moyenne de 5 % ce qui veut dire qu’il crée de l’emploi net. En investissant massivement sur cette filière et plus particulièrement sur les PME et ETI en région, les bénéfices seraient multiples : • en termes d’emplois • et donc en retombées sociales, • en termes d’impact sur l’environnement, car ses entreprises ont un réel savoir faire, • et in fine de développement durable (économique, social, environnemental). Parallèlement et sans attendre, réfléchissons à un nouveau projet de société, plus solidaire, et à la gouvernance mondiale qu’il implique.

La géostratégie découvre le concept de « sécurité climatique » Romain Lalanne Reporterre 2009/03/08 Romain Lalanne (8 mars 2009) La géostratégie découvre le concept de « sécurité climatique ». Reporterre. Tribune — fr

La géostratégie découvre le concept de « sécurité climatique »

Dans son discours sur l’état de l’Union, Barack Obama a marqué une inflexion importante en matière de « sécurité nationale », en plaçant le changement climatique comme un des déterminants de celle-ci.

Dans une analyse publiée par l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques, Jean-Michel Valantin revient sur le concept émergent de "sécurité climatique". Le réchauffement de la planète et ses conséquences en terme de catastrophes naturelles ou de raréfaction des ressources pose aujourd’hui de sérieux problèmes de sécurité, une évolution qui entre d’ailleurs dans une interaction négative avec la pauvreté ou la surpopulation urbaine. Or à terme, l’insécurité climatique et ses conséquences ne peuvent se réduire uniquement à de la souffrance humaine : l’enjeu qui se pose concerne aussi la sécurité étatique dans ses dimensions nationales, régionales et internationales. D’où la nécessité que la sphère politique se saisisse de ce nouvel enjeu et le considère enfin comme une menace à la sécurité à part entière.

Jean-Michel Valentin note à ce titre un glissement par rapport à l’approche sécuritaire traditionnelle de la présidence Bush. Ainsi "le 20 janvier 2009, le discours d’investiture du nouveau Président des Etats-Unis Barack Obama a proposé une nouvelle définition totalisante de la menace et de la sécurité, en glissant des catégories politiques traditionnelles de celle-ci, les « adversaires », les terroristes, vers celle inhérente au réchauffement global".

Si la sphère politique semble mieux saisir l’enjeu de la sécurité climatique, les fondements théoriques de ce concept remontent à la fin des années 1980. Fin de la guerre froide aidant, la théorie des Relations internationales connaît alors un débat autour du concept de sécurité. Critiquant la vision traditionnelle réaliste d’une sécurité réduite en des termes strictement militaire (tout État peut déterminer son niveau de sécurité par une comparaison matérielle et donc objective de ses capacités militaires avec celles des autres États), une nouvelle approche propose une conception élargie de la sécurité : la sécurité devient tout autant politique, économique, environnemental, sociétal (identités collectives menacées par la régionalisation et la mondialisation) que militaire. Pour autant, cette approche ne rejette pas le stato-centrisme des réalistes : l’État reste bien le sujet de la sécurité, seul change le contenu de cette sécurité.

Par la suite, guerres civiles et conflits ethniques des années 1990 favorisent des approches dites critiques en cela qu’elles remettent en cause l’objet même de la sécurité : l’État pouvant tout à la fois garantir la sécurité mais aussi la détériorer, l’objet de la sécurité doit donc être l’homme. De là l’apparition du concept de sécurité humaine en référence aux droits humains à vivre en sécurité.

On comprend alors que le discours du président d’Obama n’a rien de nouveau. En revanche, il témoigne d’une lente mais bien réelle prise en compte par le politique des enjeux de la sécurité humaine et plus particulièrement climatique, bien que ces enjeux soient clairement rattachés à la sécurité nationale des États-Unis.

Adresse amicale au journal La Décroissance Hugues Stoeckel Reporterre 2009/03/09 Hugues Stoeckel (9 mars 2009) Adresse amicale au journal La Décroissance. Reporterre. Tribune — fr

Adresse amicale au journal La Décroissance

La joie de vivre, que diable, pas le tir à vue sur tous les « impurs » !

Sentiment de gâchis – une nouvelle fois – après la lecture du numéro de mars 09 du Journal de la Décroissance et de la joie de vivre.

Abonné depuis bientôt un an, je suis en total accord avec les positions de fond qui y sont défendues, mais irrité par cette vision manichéenne qui consiste à ne voir que 3 catégories de protagonistes dans le débat sur la survie de la planète :

- l’équipe du journal, plus quelques rares personnes jugées « pures » (dont mon pote Yves Cochet, mais jusqu’à quand ?),

- la grosse masse des gens inconscients de l’enjeu écologique et/ou adversaires de sa prise en compte pour toutes sortes de raisons,

- entre les deux, tous les autres, rangés pêle-mêle et sans nuance dans la catégorie « écotartuffes », et ça fait du monde !

Au début je pensais naïvement que ce terme désigne des gens qui, comme Tartuffe, font semblant de se préoccuper du sort de la planète, mais qui, à devoir choisir, donneraient priorité à la pérennisation du système productiviste garant de leurs intérêts. En ce sens Borloo, Kosciusco-Morizet, Jean-Louis Etienne ou Al Gore (entre autres) sont en effet des écotartuffes. Correction : « semblent être en effet des écotartuffes » ! Car tout homo sapiens a le droit fondamental d’évoluer, et nul ne peut savoir ce que ces quatre-là décideraient s’ils étaient réellement acculés à choisir entre ce système mortifère et notre destruction…

Mais j’ai réalisé au bout de quelques numéros que ce terme d’écotartuffes vise également des gens parfaitement conscients de la situation de la planète et sincèrement désireux de la sauver, qui de surcroit sont souvent en pleine phase de radicalisation vers nos positions, mais qui ont le tort définitivement impardonnable d’avoir un passé de « collabos de la croissance » (ou présumé tel) avec lequel ils n’ont pas rompu avec fracas, histoire de se couper eux aussi de l’accès à tous les médias de grande diffusion. Des noms ? Pas facile, car là aussi il ne s’agit pas de confondre les cas de Hulot (anti-productiviste encore soucieux de ses tuteurs économiques), Jancovici (anti-productiviste indépendant mais pronucléaire) Hubert Reeves (anti-productiviste réformiste) ou Cohn-Bendit (anti-productiviste à sympathies libérales, que vous avez joliment croqué le mois dernier, une fois n’est pas coutume).

Le cas de Hervé Kempf mérite le détour. Le traitement réservé à son dernier livre par « La Décroissance » (février 09, p 14) est une véritable caricature. Il se trouve que je l’ai lue juste après avoir fini ce livre, et je n’en revenais pas ! Aucun des reproches faits à Kempf n’est à mon avis fondé, et ça sent à plein nez le règlement d’un contentieux antérieur. À moins que ça tienne au simple fait de « se commettre » dans Le Monde ? L’auteur de la critique va jusqu’à faire semblant de ne pas saisir la différence – pourtant élémentaire – entre « capitalisme » et « économie de marché » !

Il est vrai que Kempf ne prêche pas explicitement la décroissance à longueur de pages, mais il ne se prive pas de torcher ses détracteurs (p 112). Sur la nécessaire priorité à la sobriété et au partage, sur l’anti-productivisme, le nucléaire, les renouvelables, le mirage de la croissance verte, la condamnation du capitalisme, pour moi ce bouquin est un sans faute.

S’il n’en rejette pas pour autant l’économie de marché, c’est qu’il ne veut pas nous livrer de solution clé en main, style NPA. Et il a raison : la solution (si elle existe encore) est tout sauf simple à élaborer et à faire partager. Toute force un tant soit peu consciente de l’urgence écologique est obligée de s’en remettre à des arbitrages démocratiques éclairés face à la spirale de mort enclenchée. Sur ce point le grand mérite de ce livre est son éloquence accessible au plus grand nombre. Kempf est journaliste, son style est direct et avenant, et point n’est besoin d’avoir un DEA d’écologie pour comprendre le propos…

J’ai un deuxième reproche à faire à « La Décroissance », plus anecdotique, c’est sa manie récurrente de considérer la métaphore « l’Humanité est un cancer pour la planète » comme un blasphème anti-humaniste. On sent la plume de Vincent Cheynet, qui l’a longuement évoquée dans son bouquin. Certes, nous sommes humains et donc concernés. Mais l’individu humain que je suis ne se sent nullement insulté, dévalorisé ou condamné par cette image. Seule notre prolifération collective est ici en cause, car comme les cancers, elle risque de tuer notre substrat de vie. Et il va de soi qu’une entrée en décroissance démographique amorcerait la guérison du dit cancer. Mais peut-être Cheynet est-il chrétien et ne veut-il pas de cette décroissance-là ? ;-)

Pour conclure, mon message à la rédaction de La Décroissance est clair. Si je voulais donner à mon tour dans le sectarisme, les reproches décrits ci-dessus seraient rédhibitoires et se concluraient par un désabonnement.

Au lieu de ça, je lui dis : votre message et vos interpellations sont essentiels, il faut absolument continuer à les porter. Mais par pitié, arrêtez de faire ainsi le vide autour de vous et de vous bunkériser !! On peut certes avoir raison seul contre tous, mais on ne peut pas séduire grand monde en le proclamant avec une mitrailleuse ad hominem. Or si vous voulez sauver la planète, il faudra bien qu’un jour beaucoup de monde se rassemble sur ce projet, à commencer par toutes celles et ceux qui ont déjà un embryon d’envie de le faire et que vous ne cessez de descendre en flammes ! Si vous tenez à dénoncer les écotartuffes, créez au moins des sous-catégories, et traitez-les de manière appropriée, dans la nuance, en dénonçant les idées plutôt que les personnes, et en cessant de confondre « égratigner », « étriller » et « anathématiser » !

Bref, étalez un peu moins chichement votre « joie de vivre », votre convivialité, votre humour !! Nous sommes tous des humains, que diable !

Occupation d’un immeuble vide depuis des années : 53 000 euros ! Jeudi Noir et Droit au Logement Reporterre 2009/03/09 Jeudi Noir et Droit au Logement (9 mars 2009) Occupation d’un immeuble vide depuis des années : 53 000 euros !. Reporterre. fr

Occupation d’un immeuble vide depuis des années : 53 000 euros !

Un immeuble vide depuis des années. Des jeunes éligibles au logement social l’occupent. Le propriétaire les poursuit. Ils sont condamnés à 53 000 euros. La mobilisation contre cette justice protégeant le droit de l’abus de propriété s’organise.

A quelques jours de la fin de la trève hivernale, une propriétaire millionnaire qui laisse son immeuble vide depuis plus de 10 ans bloque les comptes de huit jeunes précaires.

« Déjà que je galère avec ma bourse, si en plus on me la saisit... » s’indigne Jonathan, 24 ans.

Le tribunal du VIe arrondissement de Paris a condamné les habitants à payer 53 525 € à une propriétaire qui reconnaît que son immeuble restera vide encore pendant de nombreuses années. Huit jeunes éligibles au logement social mais en attente d’une place, habitent depuis un an un bâtiment de 250 m² abandonné depuis 11 ans en face du Bon Marché. Tout le quartier et jusqu’au maire de l’arrondissement se plaignent de cet immeuble qui reste vide et défigure le quartier.

Aujourd’hui, leurs maigres économies ont été saisies, leurs comptes sont bloqués jusqu’à ce que cette somme soit rassemblée et leurs projets d’avenir sont compromis. Rarement la situation a été aussi caricaturale et emblématique. Des jeunes endettés pour une propriétaire qui a choisi l’exil fiscal. Le droit des propriétaires piétine le droit au logement.

La propriétaire a refusé les loyers que lui proposaient les étudiants et même leur départ contre l’abandon des poursuites.

Jean-Pierre Lecoq, maire (UMP) du VIe : “C’est une propriétaire excessivement sourcilleuse et procédurière.” “Je ne suis pas pour le squat, mais je peux comprendre leur situation”, nous a-t-il déclaré.

Le collectif Jeudi-Noir et la Fédération DAL donnent l’alerte et appellent à une condamnation unanime du comportement de cette propriétaire qui se moque de sa responsabilité dans la crise du logement et brise les vies des précaires coupables de non-résignation. Nous demandons à la cour d’appel de supprimer cette amende invraisemblable.

Dès à présent, les habitants vous accueillent pour vous faire visiter l’immeuble qu’ils ont rénové et pour vous expliquer les raisons qui les ont poussés à l’occuper.

Chasse aux phoques : des écologistes québecois la soutiennent Nature Québec Reporterre 2009/03/11 Nature Québec (11 mars 2009) Chasse aux phoques : des écologistes québecois la soutiennent. Reporterre. Pêche fr

Chasse aux phoques : des écologistes québecois la soutiennent

La conservation du phoque du Groenland n’est pas menacée par la chasse au phoque telle qu’elle est encadrée, estime une organisation écologiste du Québec.

Nature Québec appuie la chasse aux phoques telle que pratiquée par les chasseurs des îles de la Madeleine et de Terre-Neuve et interviendra auprès du Parlement européen pour qu’il n’interdise pas les importations des produits dérivés de cette chasse. Alors que la phase printanière de cette activité est sur le point de débuter sur la côte atlantique canadienne, l’interdiction du Parlement européen, dont le vote est prévu pour bientôt, pourrait avoir des conséquences graves pour les communautés qui en bénéficient aussi bien que pour l’équilibre écologique du golfe Saint-Laurent. Rappelons que la chasse aux phoques est pratiquée par ces communautés depuis plus de quatre cents ans.

Nature Québec considère que la conservation du phoque du Groenland n’est en aucune façon menacée par le niveau de prélèvement que permet l’activité. En 2006, on estimait la population du phoque du Groenland de l’Atlantique Nord-Ouest à 5,5 millions d’individus. Pour Charles-Antoine Drolet, biologiste et vice-président de Nature Québec, « Depuis 2003, le Canada gère la chasse aux phoques selon une démarche de gestion des pêches par objectifs, fondée sur le principe de l’approche de précaution. On fixe les prélèvements de phoques à un taux qui garantira le maintien de la population au-dessus d’un point de référence prudent, établi ici à 4,1 millions d’individus. »

Par ailleurs, l’alimentation de la population de phoques a des impacts préoccupants sur les populations de morue. Selon une récente intervention publique d’un scientifique de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, reprise par d’autres, la survie de la population de morue de l’Atlantique serait compromise par le taux élevé de prédation occasionné par le phoque. Le rétablissement des stocks de morue, dont l’effondrement origine d’une surpêche, serait inhibé par la forte prédation que leur font subir les phoques gris et les phoques du Groenland. Selon Charles-Antoine Drolet, « Les estimés de Pêches et Océans indique que la population actuelle de phoques du Groenland de la côte Est du Canada consomme environ 6 millions de tonnes de poissons par année, dont 60 000 tonnes de morue, et ce, dans la même région où les débarquements de poissons commerciaux atteignent 0,9 millions de tonnes par année ».

Pour Christian Simard, directeur général de Nature Québec, « D’un point de vue économique, cette activité représente pour certains chasseurs entre 25 et 35 % de leur revenu annuel. Ce revenu est crucial dans les régions des principaux ports d’attache des chasseurs, où le taux de chômage est de plus de 30 % supérieur à la moyenne nationale ».

« Les méthodes d’abattage n’offrent pas un spectacle pour les cœurs fragiles, nous en convenons, mais elles n’en constituent pas moins la solution la plus acceptable » souligne Christian Simard. Rappelons que, en 2005, le Fonds mondial pour la nature a chargé un groupe indépendant de vétérinaires de se pencher sur le cas de la chasse aux phoques du Groenland. Dans leur rapport, les spécialistes mentionnaient que la méthode utilisée n’était pas cruelle si le coup de hakapik est porté rapidement sur le crâne du phoque et si l’animal demeure inconscient jusqu’à sa mort. Pour Charles-Antoine Drolet, « Les méthodes actuelles peuvent certainement être améliorées ; nous encourageons Pêches et Océans Canada à appliquer encore plus strictement la législation relative à cette question et à établir un code de pratiques de l’industrie. »

Pour un salaire minimum mondial Fabrice Nicolino Reporterre 2009/03/11 Fabrice Nicolino (11 mars 2009) Pour un salaire minimum mondial. Reporterre. Tribune — fr

Pour un salaire minimum mondial

Inspirée par le grand écologiste indien Anil Agarwal, l’idée du salaire minimum mondial est toujours d’actualité.

J’ai eu la chance de croiser la route de l’écologiste indien Anil Agarwal. Cet homme, né en 1947, est mort en 2002 d”un cancer rare qui lui aura dévoré le cerveau et les yeux. Mon Dieu ! Il avait été ingénieur mécanicien, avant de devenir correspondant scientifique du journal Hindustan Times.

Mais c’est en 1980 que sa vie a basculé. Il a 33 ans - l’âge d’un autre -, et décide de fonder le Centre for Science and Environment (CSE), qui deviendra célèbre dans le monde entier. Cette structure lance dans la foulée le quinzomadaire Down to earth. Moi, j’ai toujours traduit le titre de ce journal par : Les pieds sur terre. Je m’y suis abonné sur le conseil avisé d’Alain Le Sann, de Lorient, que je salue au passage. Et je ne l’ai pas regretté.

Anil Agarwal, dans la tradition de Gandhi, était passionnément proche de son peuple de pauvres et de paysans. Mais il était également écologiste, et bien entendu, cela compliquait les choses. À ma connaissance, il a été l’un des premiers à penser, à proclamer que les gueux devaient s’emparer de la crise écologique, et chercher leurs propres remèdes. J’ai sous les yeux un petit livre qu’Anil avait écrit avec sa chère amie Sunita Narain, Quand reverdiront les villages (1992 pour la traduction française). On y lit des témoignages fabuleux sur le rôle que peuvent jouer des structures communautaires plus ou moins anciennes dans la restauration des équilibres naturels. Par exemple Chipko. Par exemple les Pani Panchayats. Par exemple l’Association pour la gestion des ressources des collines, dans les villages de Sukhomajri et Nada.

Bref. J’ai rencontré cet homme il y a une vingtaine d’années, et je me souviens de son rire et de ses yeux. Ce qui est déjà beaucoup. Nous avions discuté une paire d’heures, et il avait évoqué devant moi une idée que je n’ai jamais oubliée. Il souhaitait la création d’un salaire minimum mondial. Je dois avouer à ma grande honte que je ne me souviens plus très bien du reste. Mais cette idée a germé, et ne m’a plus quitté.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai écrit ici, coup sur coup, deux textes qui comptent davantage que d’autres à mes yeux (ici et ici). Je les reprends en quelques phrases. Pour commencer, je crois qu’il n’y a pas pire désordre moral et même mental que le racornissement de l’Occident sur ses biens matériels. C’est bien sûr une infamie, mais c’est aussi une rare stupidité. Car rien n’arrêtera le flot des réfugiés écologiques. Nous y perdrons ce qui reste de notre âme, nous y perdrons aussi le reste.

Il n’y a rien de plus urgent que de trouver les moyens d’un vrai discours universel, qui relie de façon solide, authentique et sincère, le sort de qui meurt de faim à celui de qui meurt de voracité. Si nous y parvenons, des portes s’ouvriront devant nous. Si nous en restons au cadre de la France, si nous continuons nos défilés Bastille-Nation pour sauver la télévision à écran plasma, nous échouerons, et ce sera le sang rouge des pires batailles.

Donc, un véritable discours universel. Depuis le temps que je pense à cela, j’ai eu le temps d’assembler quelques pièces du puzzle. En voici trois, qui sont majeures. Un, l’économie de casino qui nous plonge en ce moment dans la crise qu’on sait, cette économie a produit des milliers de milliards de dollars qui ne savent où s’investir. Sur cette planète pourtant dévastée. Deux, il existe dans le monde une force de travail colossale qui n’est pas employée. Combien d’humains au chômage ou en situation de sous-emploi ? Plus d’un milliard, j’en jurerais, bien que ne disposant d’aucune statistique précise. Trois, les écosystèmes naturels sont tous menacés d’effondrement à plus ou moins long terme. Sans eux, ni avenir ni société. Pas même de téléphone portable.

Je propose donc de réfléchir au lancement d’un nouveau mouvement. Neuf. Audacieux. Utopiste. Fou. Révolutionnaire ô combien. Ce mouvement proclamera l’unité irréfragable du genre humain. Et créera une coordination planétaire entre groupes du Nord et du Sud. Dont le but premier sera de s’emparer, en s’inspirant des méthodes radicales et non-violentes de Gandhi, d’une fraction des richesses financières de la planète. Moi, je n’ai jamais eu peur de l’expropriation. S’il faut dépouiller un Bill Gates de l’argent qu’un système criminel lui a octroyé, je n’y vois pas l’ombre d’un inconvénient. Et des Bill Gates, il y en a des milliers.

Un mouvement planétaire. Si fort qu’il permettrait la création d’un Fonds mondial, doté de 500 milliards de dollars pour commencer. Juste pour commencer. Cet argent serait bien entendu dévolu, pour l’essentiel, aux communautés locales et paysannes du Sud. Pas pour nous faire plaisir. Pas pour nous rassurer. Pas pour leur faire acheter notre bimbeloterie.

Non, pas pour cela. Pour que ceux qui n’ont ni travail ni pitance puissent être payés dignement afin de restaurer les écosystèmes dont dépendent si directement leurs vies. Ici une rivière. Là un coteau, une forêt, une mangrove, un banc de corail. Ailleurs une barrière végétale contre l’érosion, la diffusion de connaissances agro-biologiques, ou des travaux de génie écologique.

Un tel mouvement uni du Nord au Sud changerait, dès ses premiers pas concrets, la face du monde et de la crise écologique. Car il secouerait de fond en comble les pouvoirs corrompus du Sud. Car il redonnerait de l’espoir. Car il montrerait le chemin. Car il nous élèverait tous au-dessus de nous-mêmes. Il n’y a aucun doute que la constitution d’une telle force nous aiderait, lentement mais sûrement, pas après pas, à susciter de nouveaux enthousiasmes, de nouveaux engagements. La jeunesse du monde, tellement désabusée, y trouverait matière à redresser la tête, et à avancer enfin.

Voilà. Ce que je dois à Anil Agarwal. Cette idée un peu vague de salaire minimum mondial me poursuit depuis vingt ans. Et elle m’a conduit au point que je viens de décrire. Aussi bien, je peux vous l’avouer : Anil était l’un de mes frères. Et il l’est encore.

Appel pour déterrer l’écologie politique Par Julien villalard Reporterre 2009/03/13 Par Julien villalard (13 mars 2009) Appel pour déterrer l’écologie politique. Reporterre. Tribune — fr

Appel pour déterrer l’écologie politique

La compréhension (enfin !) de l’urgence environnementale s’accompagne d’une ignorance toujours plus grande des propositions que l’écologie-politique fait à la société depuis les années 1970, entre les premières vélorutions, les Amis de la Terre, les écrits d’Ivan Illich et le verre d’eau de René Dumont. La recomposition du paysage électoral apportera-t-elle du nouveau ? Nous sommes jeunes et impatient-e-s, nous préférons agir dès maintenant pour faire renaître une culture à proprement parler écologiste.

La révolte commence dans l’imaginaire

Travailler-consommer est un impératif majeur dans notre société. C’est surtout le fruit de l’imaginaire capitaliste sur lequel notre civilisation est basée. Il nous impose une façon unique de penser, de s’accomplir, bref d’exister. Mais il ne s’agit pas d’un horizon indépassable, puisque tous les imaginaires sont possibles pour construire une société. L’écologie-politique a pour ambition de ré-inventer une utopie émancipatrice pour tou-te-s.

Elle souhaite mettre fin à toute forme de domination : racisme, sexisme, (néo-)colonialisme, nationalisme… C’est que l’hétérogénéité de ces phénomènes sociaux n’est qu’apparente. Toutes ces formes d’oppression nous apparaissent indissociables de la domination de l’être humain sur son semblable (aujourd’hui par le capitalisme), elle-même inséparable de la domination de l’être humain sur la nature. L’écologie-politique mène ces deux combats de front.

L’autonomie à la base

L’une de ces dominations, et la moins mise en cause, est celle des Etats sur les peuples. L’élection a créé une classe politique qui s’auto-entretient et prétend nous représenter. Mais nous ne débattons plus. Les classes dominantes s’appliquent à ce que nous n’ayons plus que des idées préconçues qui guideront ensuite l’action politique. Aucun temps à consacrer à la vie de la cité, des médias manipulateurs, cela concourt à confisquer le pouvoir au peuple.

Sur la question environnentale par exemple, nous sommes tenu-e-s d’accepter la mise en place d’une gestion autoritaire, centralisée et technicienne des ressources naturelles et des contraintes qui l’accompagnent. La contrainte est subie à travers les politiques publiques (de l’énergie nucléaire, de l’agriculture…), la fiscalité « verte », etc. Ou bien elle est intériorisée avec le renforcement d’une « éco-citoyenneté » bien-pensante. N’est-ce pas seulement ralentir la vitesse à laquelle on dégrade l’environnement, pour se donner bonne conscience ?

L’écologie-politique passe par une véritable démocratie directe. Elle n’accepte pas que le désastre environnemental justifie un renforcement de l’autorité. L’autonomie et la liberté, qui sont au coeur de notre pensée, nous permettent non seulement de garder notre humanité mais aussi de construire une société écologique.

Remettre l’économie à sa place

Le fonctionnement de la société productiviste nous impose le travail comme rouage central de notre vie : organisation de notre temps, éducation, situation et reconnaissance sociale, accès aux besoins vitaux comme à ceux créés artificiellement.

Ce travail fonctionne sur des relations de domination. C’est donc une activité imposée, aliénante, spécialisée, contrainte par un système extérieur. Plutôt que d’être partagées, les tâches les plus pénibles sont peu rémunérées et réservés à une population mise à la marge.

Ce travail aliénant, nous le refusons. Nous lui préférons l’activité autonome et librement choisie, dans laquelle plaisir, émancipation et reconnaissance de chacun s’équilibrent avec satisfaction des besoins de tou-te-s. Pour répondre à ces besoins, remettons l’économie à sa place : c’est simplement la production et la répartition des richesses et ressources, à ne pas confondre avec un dogme considérant la croissance comme un but en soi.

La prédominance de cette vision totalisante de l’économie engendre des désastres sociaux et environnementaux que les dominants tentent de résoudre par des solutions techniques, sans remettre en cause nos modes de vie et de production. De surcroît, une croissance infinie, impossible sur une planète aux ressources finies, repose en grande partie sur l’exploitation des pays du Sud.

L’écologie-politique, au contraire, invite à une relocalisation de la production, et de la décision collective qui doit l’accompagner. Cette démarche permet de décider localement, démocratiquement et en toute connaissance de ce que l’on produit et comment, en fonction des besoins réels, des ressources disponibles et des possibles nuisances.

Graines d’alternatives

L’écologie-politique s’oppose aux violences physiques, psychologiques et symboliques : violence militaire internationale exportée, explosion des inégalités de pouvoir et de conditions socio-économiques, imposition d’un modèle de bonheur marchand. La dénégation du conflit, de la contestation, le refus de laisser place à la minorité et à l’« anormalité » sont autant de violences que nous rejetons.

Le conflit est humain, il résulte de l’altérité. Réhabilitons le conflit, son expression et sa régulation. Moteur de notre action collective, il est un point essentiel de la démocratie.

La jeunesse, notamment, ne doit pas réprimer son esprit critique. Elle est porteuse d’un regard nouveau, conciliant curiosité, convivialité et enthousiasme. Elle est une force indispensable à la construction d’une société écologique. Cette force doit rester indépendante des pouvoirs et des bureaucraties, afin de conserver ses qualités intrinsèques pour participer à l’essor de l’écologie-politique.

Et après ?

Nous n’appelons pas à la formation d’une nouvelle organisation centralisée, qui épuiserait nos énergies et effacerait notre diversité. Mais l’écologie-politique risque, sous les coups de boutoir du développement durable à la mode et du capitalisme « vert », de voir sa grille d’analyse oubliée au profit de celles, réductrices à nos yeux, de l’extrême-gauche traditionnelle ou de la simplicité volontaire. Elle a besoin, pour gagner en visibilité, d’être portée plus fortement que par les groupes atomisés dont nous faisons partie. A nous de créer un espace propre à l’écologie-politique ; réseau ou « désorganisation », cela dépendra de nos envies communes.

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Appel initié par des jeunes se reconnaissant de l’écologie-politique, parlant en leur nom propre et militant dans les groupes (par ordre alphabétique) : Chiche ! jeunes écolos alternatifs solidaires, Déboulonneurs, EcoRev’, Fac verte, Groupe décroissance de Lille, Jeunes alternatifs, Jeunes verts, Le Pas de côté (groupe décroissance de Bordeaux), Mouvement de la paix, Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC), Rêvolutives, Souris verte Picardie, Sud-Solidaires, Vélorution !, Virage-énergie en Nord Pas-de-Calais… et toi ?

Caisses d’Epargne et Banques populaires : le pouvoir vous appartient Sylvie Mayer et Jean Pierre Caldier Reporterre 2009/03/13 Sylvie Mayer et Jean Pierre Caldier (13 mars 2009) Caisses d’Epargne et Banques populaires : le pouvoir vous appartient. Reporterre. fr

Caisses d’Epargne et Banques populaires : le pouvoir vous appartient

La nomination du protégé de M. Sarkozy, M. Pérol, à la tête du groupe Caisse d’épargne et Banques populaires fait bon compte du principe mutualiste qui préside légalement au fonctionnement de ces banques. Elles n’appartiennent pas à l’Etat ou aux capitalistes, mais à ses sociétaires.

Le 26 février, il n’y a pas eu de fusion des deux banques coopératives. Seul événement, la nomination d’une même personne, François Pérol, à la tête de trois entités bancaires (Banque Populaire, Caisses d’Epargne Natixis).

Sept millions de Françaises et Français sociétaires de l’Ecureuil et des Banques Populaires risquent d’être spoliés de leur droit d’intervention, de leurs droits de propriétaires de coopératives par une atteinte au principe fondateur de l’économie sociale : une personne = une voix, quel que soit son apport en capital. Un principe sur lequel a été fondé 60% du système bancaire français, 30% du système assurantiel et 50% du système complémentaire de santé via les mutuelles.

Au Crédit Lyonnais, les dirigeants étaient nommés par l’État. Aujourd’hui il s’agit de dirigeants élus par les sociétaires ou leurs représentants.

Mais comme pour le Crédit Lyonnais, tous les Français vont devoir mettre la main à la poche, pour éponger les milliards engouffrés dans les aventures spéculatives.

La démocratie est désormais entre les mains de nos 577 députés et 343 sénateurs. En effet, c’est par la loi que sont nées les deux banques dans leur statut coopératif, c’est par la loi que se fera la nouvelle banque qui concernent 34 millions de Français.

Nos parlementaires ont le choix. Soit ils votent ce rapprochement sans conditions particulières en laissant la porte ouverte à de nouvelles dérives financières et anti-démocratiques. Soit Ils assortissent leur vote de conditions susceptibles de permettre la construction d’un outil de financement au service des personnes et de la collectivité, basé sur les valeurs coopératives et mutualistes, fondatrices des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne. Cette banque devra être orientée dans la transparence vers la satisfaction des besoins en crédit pour le développement d’une économie, respectueuse de l’environnement : soutien au développement local, au logement social, au développement et à la sécurité de l’emploi, de l’économie sociale. Elle pourrait se fixer l’objectif de la protection de l’épargne populaire sans visée spéculative.

Pour cela la loi doit clairement définir les missions de cette nouvelle entité, et les instruments pour les accomplir. Pour une banque éthique, démocratique, équitable, à « gouvernance coopérative », nous faisons dix propositions concrètes, immédiatement applicables :

 Représentation des sociétaires des salariés et des clients dans un organe central coopératif ;

 Décisions des orientations stratégiques par « référendum coopératif » ;

 Organisation d’élections générales et Création d’observatoires de la « gouvernance coopérative » ;

 Obligations d’investissements dans le social et l’économie sociale ;

 Limitation des rémunérations et mandats des dirigeants ;

 Application la loi sur les Nouvelles régulations économiques, loi de communication sur les conduites sociales et environnementales des entreprises. ;

 Un plan progressif de mise en place de la parité dans les instances élues.

« Agir Pour Une Economie Equitable » Ap2E va interroger immédiatement les parlementaires et leurs groupes, mais aussi partis politiques, syndicats, Conseil économique, social et environnemental, dirigeants de l’économie sociale et associations d’actionnaires sur ces propositions.

Vous êtes 7 millions de sociétaires de la Caisse d’Epargne et des Banques populaires, 34 millions de clients.

Vous avez le pouvoir de faire bouger les choses en vous adressant, vous aussi à vos parlementaires et élus locaux, à vos dirigeants de caisses locales et régionales, aux représentants locaux des partis et syndicats.

Dans le métro, la publicité vous surveille Parti de Gauche Reporterre 2009/03/14 Parti de Gauche (14 mars 2009) Dans le métro, la publicité vous surveille. Reporterre. fr

Dans le métro, la publicité vous surveille

La RATP installe un nouveau système permettant d’étudier les réactions des voyageurs aux publicités. Les associations l’assignent au tribunal le 1 avril.

Depuis quelques semaines, la régie publicitaire de la RATP a installé dans les couloirs du métro parisien des publicités interactives également appelées « numéri-flash » sur écrans ACL (Affichages à Cristaux Liquides) intégrant le système bluetooth et des caméras « capteurs de visages ».

Ces panneaux publicitaires nouvelle génération ne constituent pas seulement une augmentation de la pression publicitaire sur les voyageurs. Le système bluetooth dont ils disposent leur permet d’envoyer des messages sur les téléphones des passants. La RATP se veut rassurante et affirme que seuls les volontaires, qui colleront leur téléphone portable sur ces écrans pourront recevoir les publicités....

Ils disposent également d’un système de capteurs qui jauge l’intérêt des passants, le temps passé devant la publicité, la partie de l’écran la plus regardée... Les passants sont ainsi observés, avec possibilité de décortiquer leur comportement face à la pub tout en identifiant leur âge approximatif et leur sexe. Avec ce système, les usagers du métro deviennent à leur insu les otages d’un testing marketing permanent !

Il n’y aurait que 4 panneaux installés pour l’instant et il ne s’agirait que d’une expérimentation. Et pourtant, nous savons que d’ores et déjà plus de 1200 écrans ACL devraient être installés avant la fin 2009 dans le réseau francilien (Métro et gares SNCF) !

Les élu-e-s communistes et du Parti de gauche ont présenté un vœu lors de la séance du Conseil de Paris du 9 mars, demandant au Maire de Paris d’intervenir auprès du Président de la RATP pour que soit suspendue l’installation de ces dispositifs de publicité interactive. Les verts ont présenté un vœu équivalent. Mais l’exécutif (ndlr : le groupe socialiste) a préféré demander un bilan de l’expérimentation et les garanties apportées au respect des libertés publiques, et l’intégration d’une information citoyenne et culturelle et une information relative à la mobilité des voyageurs...

Le testing marketing et les spots imposés par bluetooth sur nos portables seraient-il plus acceptable si les panneaux intégraient d’autres types d’informations ? Non bien évidemment. Et nous ne pensons pas qu’il faille se résigner et considérer ces évolutions comme incontournable, au nom du progrès technologique qu’elles utilisent. « L’intégration de nouvelles technologies dans ces dispositifs pose de sérieux problèmes de liberté et de santé publiques : vidéosurveillance, étude des passants à des fins publicitaires, électro-pollution par transmission Bluetooth... », dénoncent les associations anti pubs.

5 associations (Résistance à l’agression publicitaire, Souriez vous etes filmés, Big Brother awards, Robin des toits et le Publiphobe) viennent d’assigner la RATP et sa régie publicitaire Métrobus (filiale de Publicis et JC Decaux) devant le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris. La 1re audience aura lieu le 1er avril à 9 heures, devant la chambre des référés du Tribunal de grande instance de Paris, 4 bd du Palais, Métro Cité.

Les militants du parti de gauche y seront ! Cette bataille culturelle est importante et à prendre avec sérieux. Vouloir le dépassement du capitalisme, remettre en cause le productivisme passe par la critique radicale de l’aliénation que constitue le consumérisme, la publicité. Pour l’émancipation dindividuelle et collective, refusons de réduire chaque citoyenne et citoyen à un consommateur à épier et formater en fonction des intérêts productivistes de telle ou telle entreprise. Espérant que ce procès sera gagné par les militants anti-pub, car nous n’oublions ceux que la RATP a intentés à leur encontre pour leur actions de sensibilisation !

La beauté, sans quoi l’écologie... Hervé Kempf Reporterre 2009/03/16 Hervé Kempf (16 mars 2009) La beauté, sans quoi l’écologie.... Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

La beauté, sans quoi l’écologie...

Pierre Rabhi et Gilles Clément viennent de signer l’appel « Pour un moratoire de dix ans sur l’implantation d’éoliennes industrielles en Ardèche ». Rabhi, Clément ? Vous ne connaissez pas ? Alors, vous n’êtes pas vraiment écolo. Vous vous contrefichez de l’écologie ? Ah. Mais pourquoi lisez-vous cet article, alors ?

Bon, revenons à nos moutons. Dont on filait la laine, autrefois, sur les âpres terres d’Ardèche. Des moutons ? Et pourquoi pas des ânes, des libellules, des pucerons, de la terre glaise, des cailloux, des brins d’herbe ? Et pourquoi pas les bourgeons qui reviennent au bout du bas des branches, pourquoi pas la nature qui s’éveille après le froid long de l’hiver ? Pourquoi pas le soleil, et pourquoi pas le silence des lignes d’horizon, l’azur immarcescible des cieux sans frontières, la contemplation des montagnes qui fléchissent au loin ? Et pourquoi pas le noir de la nuit et le scintillement des étoiles dans le firmament, le noir de l’infini et de la pensée qui s’évade ?

Oh, eh, oh, où tu vas, là ? C’est un journal sérieux, ici ! CSP +++. Comme les andouillettes AAAAA. Au fait, savez-vous pourquoi les andouillettes sont AAAAA ? A cause de l’Association amicale des amateurs d’andouillette authentique. Eh oui, je l’ai appris cette semaine. Les CSP +++, ce serait : plus de croissance, plus de richesse, plus de biens. Ne le prends pas mal, cher lecteur, nous sommes samedi, c’est le week-end, on se détend, on respire, on peut penser à... la beauté, le temps qui passe, le... sens de la vie. Ni à plus ni à moins. A un autre monde.

Un autre monde où l’écologie, ce ne serait pas seulement des bilans carbone, des émissions de gaz à effet de serre, des énergies renouvelables, du développement durable, de la croissance verte, de l’économie de fonctionnalité, de la directive européenne, de la compensation de CO2, de la centrale solaire, de l’indicateur de richesse, mais des moutons dans la pâture, entre cailloux et genêts mais... vide, air, arbres, souffles, espace, murmures, écoute... Des moutons ? Au fait...

J’ai rencontré Pierre Rabhi, il y a pas mal d’années, dans sa ferme d’Ardèche. On avait parlé des heures. C’est un des hommes qui nous a fait redécouvrir l’agriculture. Un sage. Gilles Clément, lui, a inspiré une magnifique exposition, voici des années, à la Cité des sciences, qui portait le nom prophétique de « Jardin planétaire ». Clément fleurit la terre de jardins sauvages et libres.

Ces hommes parlent aux plantes, aux animaux, à leurs frères humains. Le texte qu’ils signent, avec d’autres, et que vous trouverez sur Internet, nous dit que c’est une faute d’abîmer l’Ardèche - et l’on pourrait ajouter la Lozère, le Massif central, et tant d’autres lieux remplis d’âme -, pour y mettre des éoliennes qui ne changent pas la donne. Car si on veut éviter le changement climatique, chers amis écolos, il faut réduire drastiquement la consommation d’énergie, et changer de société. Pas ficher des milliers d’épines sur le corps mutilé de la beauté.

Pour un moratoire de dix ans sur l’implantation d’éoliennes industrielles en Ardèche Reporterre 2009/03/16 (16 mars 2009) Pour un moratoire de dix ans sur l’implantation d’éoliennes industrielles en Ardèche. Reporterre. Énergie fr

Pour un moratoire de dix ans sur l’implantation d’éoliennes industrielles en Ardèche

L’exceptionnelle beauté du département de l’Ardèche est menacée à court terme : trente huit éoliennes industrielles de plus de cent vingt mètres de haut sont d’ores et déjà visibles de jour comme de nuit depuis les sites les plus emblématiques de ce département tel le Mont Gerbier-de-Jonc, sources de la Loire. La construction d’une trentaine d’éoliennes supplémentaires a d’ores et déjà été autorisée par la Préfecture et des permis de construire pour une vingtaine de machines supplémentaires sont actuellement en cours d’instruction. Les projets se multiplient sur l’ensemble du département, plus spécialement sur les paysages les plus sensibles des montagnes et collines ardéchoises.

Considérant que : - La multiplication d’éoliennes industrielles en Ardèche au cours de ces dernières années, qui plus est sans que le nombre total de machines envisagé à terme ne soit fixé, fait peser une grave menace sur l’identité et l’originalité de ce territoire d’exception ; - Il est fort justement demandé aux ardéchois des efforts conséquents pour transmettre aux générations futures des paysages de qualité : loi Montagne, sites classés du Mézenc et du Mont Gerbier de jonc, Parc naturel régional des Monts d’Ardèche, exigences architecturales diverses ; - Selon l’article 2 de la Charte de l’environnement (Constitution de la V° République) « toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement » - Il faut préserver et entretenir ce patrimoine paysager hors du commun qui est déjà et sera de plus en plus facteur de développement local ; - Le principe de précaution doit également s’appliquer aux paysages ; - Les implantations de machines industrielles ne correspondent en rien à une nécessité énergétique : l’Ardèche produit bien plus d’électricité qu’elle n’en consomme et sa part en énergies renouvelables est de très loin supérieure à la moyenne nationale ; - La construction de machines supplémentaires sur des sites équipés, quelques années après les premières installations et sans annonce initiale aux populations, dénature le sens des débats et des enquêtes publiques ; - La recherche de taxe professionnelle à court terme à des échelles territoriales trop petites, génère des compétitions et des incohérences ; - En fin de compte le territoire ardéchois n’a pas vocation à accueillir un nombre indéfini d’éoliennes industrielles ;

De nombreuses personnalités issues du monde économique, social, environnemental et culturel, parmi lesquelles Michel BENHAÏEM Pianiste concertiste, Gilles CLEMENT Paysagiste, Christophe d’INDY Président de l’Agence pour la création d’entreprise, Pierre de LAFARGE Président de l’Amicale des Ardéchois à Paris, Yves LECOQ Humoriste, Jean LEVY, Ancien Ambassadeur de France, Jean Robert PITTE Président de la Société de Géographie, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Pierre RABHI Agro écologiste, Yves VERILHAC Premier directeur du parc naturel régional des Monts d’Ardèche, Kenneth WHITE Ecrivain, Institut international de géopoétique, tous attachés à l’Ardèche, demandent à Messieurs les Préfet de l’Ardèche, Président de la Région Rhône-Alpes et Président du Département de l’Ardèche de surseoir à toute implantation nouvelle d’éoliennes industrielles en Ardèche pour les dix années à venir, et l’apport de garanties quant à l’avenir des paysages ardéchois.

Liste des premiers signataires :

Maryse AYMES, Géologue Marie-Hélène BALAZUC, Professeur d’histoire Thierry BAUDAT, Professeur de Lettres Michel BENHAÏEM, Pianiste concertiste, professeur de musique, Dir. Musicales au Fival Pierre Elie BORIONE, Conservateur du Parc naturel de Boutissaint Frédéric CHAZALET, Docteur en physique optique Gilles CLEMENT, Paysagiste, Didier CHENOT, Ingénieur Conseil, Denis DAUMONT, Ingénieur Sup Aéro François GRENADE, Expert à la cour d’Appel et à la cour de Cassation de Paris Magali IMBERT, Professeur à l’Ecole Nationale de Musique de Blanc Mesnil Christophe d’INDY, Président de l’Agence pour la création d’entreprise Régis de JOUSSINEAU, Conseil en assurances Pierre de LAFARGE, Président de l’Amicale des Ardéchois à Paris Yves LECOQ, Humoriste Jean LEVY, Ancien Ambassadeur de France Michel LORENZO, Chargé de mission en agriculture biologique Benoît PASTISSON, Poète, Professeur de français Bernadette PEAUDEAU, enseignante spécialisée Philippe PIRON, Directeur Labeaume en musique Jean Robert PITTE, Président de la Société de Géographie, membre de l’Académie des sciences morales et politiques Pierre RABHI, Agro écologiste Pierre RAYMOND, Philosophe, Agrégé de l’Université Xavier RENOU, Philosophe agrégé, Agrégé de l’Université Christine RIOU Docteur en Génétique, Chargée de recherche INRA Nathalie ROSENAU, Neuropsychologue Laurent de SARS, Journaliste et Directeur Artistique Yves VERILHAC Premier directeur du parc naturel régional des Monts d’Ardèche Bernard VERNY, Fonctionnaire Préfecture de Police Alain WAUTERS, Urbaniste architecte, en charge du développement durable à l’inspection générale de l’Equipement Kenneth WHITE, Ecrivain, Institut international de géopoétique.

Tous les amoureux des patrimoines paysagers ardéchois peuvent s’associer à cette initiative indépendante et apolitique en signant cette demande de moratoire : moratoireeolien@orange.fr

Heures supplémentaires : il faut arrêter les frais Alternatives Economiques Reporterre 2009/03/17 Alternatives Economiques (17 mars 2009) Heures supplémentaires : il faut arrêter les frais. Reporterre. fr

Heures supplémentaires : il faut arrêter les frais

Alternatives Economiques a lancé une pétition contre les exonérations sociales et fiscales dont bénéficient les heures supplémentaires au détriment de l’emploi. Cette initiative est soutenue par l’hebdomadaire Marianne.

Au moment où la crise provoque une vive remontée du chômage, en particulier chez les jeunes, il faut revenir sur les exonérations sociales et fiscales accordées aux heures supplémentaires. En effet, dans le contexte actuel, l’emploi doit être la priorité absolue de l’action des pouvoirs publics. Or, les exonérations fiscales et sociales décidées en 2007 ne visaient qu’à accroître le nombre des heures supplémentaires effectuées par les salariés déjà en activité. Et, en dépit de la récession, le nombre des heures supplémentaires déclarées a en effet progressé de près de 40 millions entre le quatrième trimestre de 2007 et la même période de 2008, soit l’équivalent de 90 000 emplois à plein temps. Ces mesures contribuent donc manifestement à dissuader les entreprises qui en auraient la possibilité d’embaucher des jeunes ou des chômeurs alors que les quelques trois à quatre milliards d’euros qui leur ont été consacrés en 2008 pourraient avantageusement être mis au service de la création d’emplois. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement et au Parlement d’abroger sans délai les mesures défiscalisant les heures supplémentaires et les exonérant de cotisations sociales.

Parmi les premiers signataires :

Michel Abhervé, acteur de l’insertion par l’activité économique ; Gérard Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Stéphane Beaud, sociologue ; Alain Caillé, sociologue ; Gilbert Cette, professeur d’économie ; Jacques Chemarin, dirigeant mutualiste ; François Chérèque, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) ; Denis Clerc, économiste, fondateur d’Alternatives économiques ; Dominique Crepel, président de la Chambre régionale de l’économie sociale du Nord - Pas de Calais ; Jean-Baptiste De Foucauld, président de Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) ; Jacques Dughera, acteur de l’insertion par l’activité économique ; Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques ; Pierre Ferracci, président-directeur général du groupe Alpha ; Philippe Frémeaux, président-directeur général d’Alternatives Economiques ; Jacques Freyssinet, économiste ; Jean Gadrey, économiste ; Bernard Gazier, économiste ; le collectif Génération précaire ; Eric Heyer, économiste ; Florence Jany-Catrice, économiste ; Pierre Khalfa, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires ; Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS) ; Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière (FO) ; Jean-Paul Maréchal, économiste ; Joël Maurice, économiste ; Dominique Méda, sociologue ; Hervé Nathan, rédacteur en chef à Marianne ; Alain Olive, secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) ; Serge Paugam, sociologue ; Thomas Piketty, économiste ; Jean-Paul Raillard, directeur du cabinet Syndex ; Maurice Szafran, directeur de Marianne ; Bernard Thibault, secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) ; Carole Tuchszirer, économiste ; Bernard Van Craeynest, secrétaire général de la Confédération française de l’encadrement-Confédération générale des cadres (CFE-CGC).

Des Indiens isolés fuient le Pérou à cause de l’exploitation forestière Survival International Reporterre 2009/03/17 Survival International (17 mars 2009) Des Indiens isolés fuient le Pérou à cause de l’exploitation forestière. Reporterre. fr

Des Indiens isolés fuient le Pérou à cause de l’exploitation forestière

Un rapport publié aujourd’hui par Survival International confirme que l’un des derniers groupes d’Indiens isolés au monde a fui du Pérou vers le Brésil pour échapper à l’exploitation forestière illégale.

Le rapport expose les preuves trouvées depuis 2004 par les employés de la FUNAI, le département des affaires indigènes du gouvernement du Brésil. A de nombreuses reprises ils ont observé les Indiens, ils ont même photographié des flèches leur appartenant et des maisons construites par leurs soins. Il y a aussi des planches en mahogany, un bois d’acajou rare, qui passaient sur la rivière Envira devant le poste de protection de la FUNAI, descendant la rivière depuis le Pérou où l’on sait que vivent des Indiens isolés.

« (Il y a eu une) migration forcée de groupes autonomes du Pérou, causée par l’exploitation du bois d’acajou aux sources des rivières péruviennes Jurua, Purus et Envira », a déclaré dans le rapport José Carlos Meirelles, chef de l’équipe de la FUNAI. « Les flèches (appartenant aux Indiens) s’accumulent sur mon bureau… La situation ne sera résolue que lorsqu’on laissera les Indiens en paix de l’autre côté de la frontière. »

Les bûcherons ont envahi le territoire des Indiens isolés en toute illégalité, à la recherche des derniers arbres d’acajou au monde commercialisables. Ils sont souvent armés et exposent les Indiens à des maladies contre lesquelles ils n’ont aucune immunité. On estime que la moitié des Murunahua sont morts suite au premier contact forcé entre des membres du groupe et des bûcherons, en 1996.

Le rapport de Survival exhorte le gouvernement péruvien à « protéger le territoire des Indiens isolés en expulsant tous les bûcherons et en interdisant l’accès à tout étranger ainsi que toute forme d’extraction de ressource naturelle dans les zones où ils vivent… Actuellement, les Indiens isolés courent un risque majeur et sont menacés d’extinction. »

La publication du rapport a lieu au moment où la FUNAI s’apprête à construire un autre poste de protection des Indiens isolés dans une région analogue de la forêt tropicale. La FUNAI vient également de terminer la démarcation d’une nouvelle réserve qui sera la troisième zone établie pour les Indiens isolés dans cette région.

M. Mereilles était dans l’avion d’où ont été prises des photos de l’un des groupes d’Indiens isolés du Brésil, l’an dernier. Ces photos, diffusées par Survival, ont fait la une des médias internationaux.

Les riches aussi ont droit à la dignité Sauvons les riches Reporterre 2009/03/18 Sauvons les riches (18 mars 2009) Les riches aussi ont droit à la dignité. Reporterre. fr

Les riches aussi ont droit à la dignité

« Parce que personne ne devrait être contraint de vivre la vie de la famille Grimaldi de Monaco. »

La manifestation syndicale du jeudi 19 mars verra l’apparition d’un tout nouveau collectif d’utilité publique : le collectif « Sauvons les riches », à bord d’un carrosse très simple.

Demander une augmentation du Smic et des minima sociaux pour les pauvres, c’est très bien. Mais n’oublions pas les riches ! Face aux inégalités, ce sont les riches qui sont en première ligne. Eux aussi ont droit à la dignité. Cocktails mondains, clubs privés, week-end aux Bermudes et courses au Bon Marché : la vie des riches et sa litanie de consommations ostentatoires les enferme dans une cage dorée.

Le collectif des sauveurs de riches tire la sonnette d’alarme et met en avant une indéniable expertise trop souvent taboue dans notre société obnubilée par le luxe.

A l’origine de la crise, l’appât du gain sans aucun frein des Madoff et Kerviel de tous les pays a détruit la confiance que nous pouvions (encore) avoir envers les institutions financières, entraînant l’économie mondiale dans leur déchéance.

Des données épidémiologiques constantes montrent une dépendance des riches au foie gras, à la cocaïne et à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. Ces phénomènes deviennent tellement graves que les gestionnaires de patrimoine proposent désormais des services d’assistance psychologique. « Certains clients se sentent coupables d’avoir hérité de grosses sommes d’argent, peut-on lire sur le site lapresseaffaires.com, d’autres ont des problèmes de couples au sujet de l’argent et d’autres encore se demandent quoi donner à leurs enfants dans un monde où ils peuvent tout acheter. » Des scientifiques ont même démontré que l’abus de richesse nuisait à… la sympathie !

Le tout nouveau collectif Sauvons les riches affiche une ambition modeste : répartir les richesses et sauver la planète. Mais, pour cela nous avons décidé d’interpeller les riches eux-mêmes, pour les sauver de leur vie clinquante, vulgaire et tellement triste.

Notre mission : ramener sur terre les Bernard Arnault, Serge Dassault et autres Jacques Séguéla. Parce que personne ne devrait être contraint de vivre la vie de la famille Grimaldi de Monaco.

Aux Etats-Unis, pays le plus touché par ce fléau, Barack Obama a été obligé de plafonner à 500 000 dollars par an (soit 32 000 euros par mois) les revenus des dirigeants d’entreprises aidées par l’Etat. Qu’est-ce qu’on attend pour faire de même ?

La grande majorité des citoyens ont du mal à boucler leurs fins de mois, certes, mais pendant ce temps là les riches roulent en carrosse rongés par la mauvaise conscience. Un carrosse de riches repentis au milieu du cortège de la CGT, arborant une banderole « Je suis riche, mais je me soigne »... Vous pensiez que c’était impossible ? Ce n’est que la première action du collectif « Sauvons les riches » !

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Rdv jeudi 19 mars 13 heures place de la République, à Paris, puis tout le long du défilé.

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Annecy victime possible des Jeux Olympiques Comité Anti-Olympique Reporterre 2009/03/19 Comité Anti-Olympique (19 mars 2009) Annecy victime possible des Jeux Olympiques. Reporterre. fr

Annecy victime possible des Jeux Olympiques

Le Comité olympique français a retenu Annecy comme ville candidate pour accueillir les J.O. d’hiver en 2018. Mauvaise nouvelle pour la montagne. Mais la partie n’est pas jouée.

Non aux Jeux Olympiques, ni Annecy ni ailleurs

Après le choix de la ville d’Annecy pour porter la candidature française aux Jeux Olympiques de 2018, le Comité Anti-Olympique de Grenoble exprime sa solidarité avec les opposants annéciens, et réaffirme son opposition aux JO, ici ou ailleurs.

Le Comité Anti-Olympique de Grenoble rappelle que l’échec de la candidature portée par Michel Destot n’épargnera pas à la cuvette les ravages d’un « projet de territoire » poursuivi « Jeux ou pas Jeux », comme l’a annoncé le maire. Rocade Nord, projet GIANT, ville high tech, exploitation de la montagne, urbanisation intensive du Sillon Alpin : sans l’emballage spectaculaire du cirque olympique, le projet de mégapole « de taille européenne » reste la priorité des décideurs, de Genève à Valence, et s’appuiera sur « l’accélérateur » que constitue l’élection d’Annecy et dont les Grenoblois pâtiront tout autant. Nous ne nous laisserons pas endormir par l’échec de Destot – aussi réjouissant puisse-t-il être après des mois de propagande municipale. Sans le repoussoir facile des Jeux Olympiques, il s’agit maintenant, pour ceux qui prétendent lutter contre la catastrophe écologique, humaine et sociale en cours, de dénoncer l’idéologie de la croissance « verte », du développement et de l’économie « durables »..

Pour l’anecdote locale, notons que Grenoble fut la seule parmi les quatre villes candidates à ne pas fournir à la Commission d’Evaluation du Comité Olympique Français le sondage d’opinion requis pour évaluer le soutien de l’opinion publique à la candidature. L’absence de « ferveur populaire » des Grenoblois, en dépit des fanfaronnades des élus, a pesé assez lourd dans le dossier de Grenoble pour repousser sa candidature en troisième place. Sur ce point, le Comité Anti-Olympique de Grenoble se félicite d’avoir permis à la population de faire entendre son opposition. Pour une fois, les moyens colossaux de la propagande officielle n’auront pas suffi.

Désormais, le CAO se battra farouchement pour épargner aux Alpes le fléau olympique.

M o i n s v i t e – m o i n s h a u t – m o i n s f o r t

Délit d’outrage à femme de gendarme au repos ! Codedo Reporterre 2009/03/20 Codedo (20 mars 2009) Délit d’outrage à femme de gendarme au repos !. Reporterre. fr

Délit d’outrage à femme de gendarme au repos !

Concours Lépine : le Parquet de Pontoise invente le délit d’outrage PAR PROCURATION à épouse de gendarme en civil et au repos

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL CHEZ UBU-KAFKA

Le 15 septembre 2008, Serge Szmuszkowicz (cofondateur du CODEDO) était condamné par le TGI de Pontoise à 500 euros d’amende pour avoir outragé un gendarme EN CIVIL (un certain Wilfrid Quentin) sur le parking d’un supermarché. Tous les détails sur cette affaire ubuesque, où l’on a vu une juge empêcher un prévenu de s’exprimer et passer outre le réquisitoire du procureur (qui réclamait du sursis) en cliquant ICI.

Six mois plus tard, le 16 mars, c’était au tour de sa fille Sabrina Szmuszkowicz d’être convoquée devant la justice, pour les mêmes grotesques raisons. Contrairement à son père, qui s’était présenté à la barre sans avocat, Sabrina était (brillamment) défendue par Me Alex Ursulet, qui a apporté la preuve que le gendarme (EN REPOS au moment des faits) avait menti en disant qu’il était d’astreinte en produisant un faux établi par un collègue gendarme. Cela n’a pas empêché la juge de condamner (à la barre, en fin d’audience, sans état d’âme) Sabrina à une amende de 200 euros (le procureur avait requis 300 euros), alors que la seule injure retenue (« Laisse tomber ces connards, papa ! ») concernait la femme du gendarme (qui avait également porté plainte et s’était portée partie civile, mais ne s’est pas présentée au procès). Le TGI de Pontoise vient donc d’inventer un nouveau délit : le délit d’outrage PAR PROCURATION à épouse de gendarme en civil et en congés.

Bien entendu, Sabrina a fait appel de ce jugement scandaleux, qui sonne comme un crachat et donne une idée de l’état du délitement de la justice française (on se bornera à ce commentaire, de peur d’être poursuivis… pour outrage). Le courageux gendarme Wilfred Quentin et son intrépide épouse devront donc s’expliquer devant la cour d’Appel de Versailles (2010).

Pour Valérie, victime de violences policières à Lyon ("une certaine jouissance à me faire mal et à me faire pleurer"), la rébellion, ça coûte 1600 euros

Dans le même ordre d’idée, le 4 mars, la cour d’Appel de Lyon a condamné Valérie, poursuivie pour rébellion (lire son témoignage ICI) à 400€ d’amende (contre 200 en première instance) et à 600€ de dommages-intérêts par policier (300 en 1re instance). Rappelons que le seul tort de Valérie est d’être intervenue pour protester contre la brutalité d’un contrôle d’identité de deux jeunes en Mobylette (qui étaient en règle et furent relâchés) par des policiers.

Pour en finir avec ces aberrations, plus que jamais, une seule solution : LA DEPENALISATION DU DELIT D’OUTRAGE !

Peut-on décrire le monde sans le visiter en avion ? Pierre-Emmanuel Neurohr Reporterre 2009/03/20 Pierre-Emmanuel Neurohr (20 mars 2009) Peut-on décrire le monde sans le visiter en avion ?. Reporterre. Tribune — fr

Peut-on décrire le monde sans le visiter en avion ?

Paris, lundi 18 août 2050.

Je m’appelle Elodie Kempf, et je suis la petite-fille d’Hervé Kempf, qui était journaliste. J’ouvre aujourd’hui, pour la première fois, mon carnet intime, et je fais cela suite à une découverte. Le déménagement à Paris, que les incendies continus et insupportables - et dangereux - qui ravagent la Provence ont rendu nécessaire, m’a fait découvrir un livre que mon grand-père a écrit il y a un peu plus de quarante ans, en 2009, et qui prenait la poussière parmi nos affaires.

J’avoue que je ne connaissais pas cet ouvrage, intitulé "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme", principalement consacré à ce qu’à l’époque on n’appelait pas encore le crime climatique, mais que l’on recouvrait d’un euphémisme qui avec le recul prend toute sa saveur : le « changement climatique ». J’ai commencé à le feuilleter, et c’était tellement extraordinaire que je me suis assise sur des cartons du déménagement et me suis plongée dedans en début d’après-midi, n’émergeant que pour me rendre compte que la nuit commençait à tomber.

Le mot « extraordinaire » est adapté, mais je ne suis pas sûre que mon aïeul aurait espéré que je ressente la lecture de son livre comme un choc aussi terrible et déprimant. Le deuxième procès de Nuremberg a déjà dix ans, et les croulants qui y ont été jugés - les Sarkozy, Merkel, Brown, Obama, etc. - n’ont eu que ce qu’ils méritaient. Mais les actes, plus que les paroles, de ceux qui les ont aidés dans leur entreprise, restent un mystère pour la majeure partie des gens sur cette planète qui, comme moi, ont encore accès à des sources d’informations et, surtout, à des sources historiques.

(Je reprends l’écriture, j’ai fait une pause, nous habitons pas loin de l’aéroport militaire Charles-de-Gaulle, et les escadrilles de l’Otan décollent pour leur deuxième tournée de bombardements de la journée. Ces pauvres hères, en Afrique du Nord, dont il faut maîtriser la surpopulation par des bombardements intensifs... C’est horrible, mais les invasions du début de l’année sur les côtes de Méditerrannée française, et surtout italienne, ont été si violentes. Il paraît que les derniers types de bombes que nos aviateurs utilisent en Afrique du Nord sont d’une imprécision garantie par laser, ce qui évite les accusations du Parti socialiste, comme quoi seuls les pauvres de ces pays sont éliminés. Enfin, je n’y peux rien, et revenons à nos moutons.)

Mon grand-père, et ça, je le savais déjà, faisait partie des gens qui non seulement avaient compris - en fait, quelque part, tout-le-monde avait compris -, mais en plus il disait les choses, telles qu’elles étaient à l’époque. Même un Sarkozy avait compris, comme il l’a lui-même avoué lors de son procès, ce n’est pas par bêtise qu’il agissait ainsi, mais parce qu’il savait que son pouvoir et son argent le mettaient à l’abri. Enfin, pendant un certain temps, comme l’a prouvé le second procès de Nuremberg.

Cependant, et cela éclaire peut-être un peu le mystère de ces deux ou trois générations qui nous ont mis dans l’état où nous sommes, mon grand-père fit comme les autres. Ou peut-être cela assombrit-il cette période, la rendant encore plus inintelligible. Je veux dire qu’il dit d’autres choses, qu’il écrit d’autres choses, mais qu’il fit comme les autres. Il semblait qu’à l’époque, il était possible, voire de bon ton, voire délicieusement subtil, de dire que l’acte X détruit la nature et détruit des hommes (au sens de Hilberg et de la "destruction des Juifs d’Europe"), et que, moi, je viens d’ailleurs justement de m’adonner à l’acte X en question. Je m’expose comme participant activement au crime que j’expose, et cela ne me paraît pas problématique. Comprenne qui pourra.

Ainsi, au fil de ma lecture, mon envie de vomir ne fit que s’accentuer. Sans, semble-t-il, s’en rendre compte, Grand-Papa narre dans son livre comment il participa activement à la destruction du climat de la terre. Il semble qu’il ait détruit la biosphère pour le Niger (p. 30), qu’il ait détruit le climat vers le Canada (p. 39), allant même jusqu’à encourager ses contemporains à faire de même : « A Montréal, le voyageur découvrira (...) » des choses qui permettront de le « satisfaire ». Il explique comment il a détruit le climat pour le Kazakhstan, où il « déambulai[t] sans hâte » (p. 66), esthète moderne expliquant aux autres ce qu’il ne faut pas faire mais que lui peut faire. La litanie de ses actes de destruction du climat se poursuit, à tel point qu’à un moment, j’ai été prise de convulsions, mais j’ai préféré prendre le risque de rendre sur les cartons du déménagement, plutôt que de cesser cette lecture, aussi fascinante que les pires récits de l’histoire humaine. Ainsi, il a également détruit le climat vers les Etats-Unis (p. 67), et sans que l’on puisse vraiment reprendre son souffle, il nous fait part d’une destruction du climat qu’il a commise vers l’Indonésie (p. 89).

J’ai honte, étant sa petite-fille, mais il n’est pas impossible qu’il soit allé jusqu’à détruire le climat à bord d’un hélicoptère en Norvège, sous prétexte de visiter une plate-forme pétrolière (p. 92). Il est par contre avéré qu’il a détruit le climat au Canada, en utilisant une machine particulièrement efficace pour ce faire, un « petit Cessna » (p. 94), d’où il peut voir, horrifié, un « cancer » (l’exploitation des sables bitumineux), cancer qui a servi à remplir de kérosène l’avion qui l’a amené au Canada, et qui a rempli de kérosène le « petit Cessna » d’où il tire ses conclusions sur la marche du monde. Il est alors en lévitation, physiquement et intellectuellement. La boucle est bouclée, mais il ne semble pas qu’il s’en soit rendu compte, d’autant plus qu’il se met alors à gloser sur ceux, moins moraux que lui, " que les arbres, les castors et les orignaux indiffèrent " (p. 95).

Je n’ai que des souvenirs épars de mon grand-père, il nous a quittés alors que j’étais encore relativement petite, je sais qu’il était droit et honnête, mais tant d’aveuglement de sa part m’attriste au plus haut point. Et je parle là uniquement des références faites dans ce bouquin de sa participation, aussi minime soit-elle, au crime suprême, le crime climatique, tel que défini juridiquement lors du second procès de Nuremberg, en juin 2040. Autant que je puisse en juger de par le contexte de son livre, mon grand-père ne pouvait ignorer les conséquences criminelles de ses actes, puisque ces conséquences, il les décrivait lui-même ! Entre autres, il savait, bien évidemment, qu’en utilisant et en subventionnant la machine appelée « avion », il ne pouvait choisir de moyen plus efficace pour détruire le climat de la terre. Et donc détruire des hommes.

Alors que j’arrivais vers la fin du livre, j’ai à nouveau eu droit à un extrait de publicité pour le tourisme transatlantique qui a tant fait pour la destruction du climat de ce qui reste de la planète bleue, aujourd’hui. Mon grand-père écrit ainsi : " S’il vous advient d’emprunter le traversier qui joint la ville de Québec à celle de Lévis, observez les photos légendées (...) ". Je m’attendais presque à la suite logique, sortie du monde réel, mais qui n’aurait pas cadré avec son livre, si virtuel : "D’ailleurs, Air France propose actuellement des tarifs très attractifs pour le Canada".

Je crois que s’il pouvait me répondre, mon grand-père dirait qu’il n’avait pas le choix, il fallait que lui détruise le climat pour informer tous les ignorants de la terre qu’il ne faut pas détruire le climat. Un peu comme ce député de l’époque, un certain Yves Cochet, qui se rendit à une usine de production de voitures pour dire aux ouvriers que la voiture détruisait le climat, qu’il fallait qu’ils prennent les transports en commun. Et, interrogé par le journaliste, il avoua, avec un sourire, comme s’il y avait eu lieu de rire plutôt que de pleurer, qu’il était venu en voiture.

Mais ni mon grand-père ni ce député ne se sont jamais demandé pourquoi personne ne les prenait au sérieux.

Elodie Kempf, le 18 août 2050, PCC Pierre-Emmanuel Neurohr.

Contre la publicité télévisée visant les enfants Mouvement pour une alternative non-violente Reporterre 2009/03/21 Mouvement pour une alternative non-violente (21 mars 2009) Contre la publicité télévisée visant les enfants. Reporterre. fr

Contre la publicité télévisée visant les enfants

La publicité télévisée destinée aux enfants conditionne ceux-ci et les aliène. Un mouvement est lancé pour demander son abolition, comme en Suède.

Comment un jeune enfant peut-il résister aux spots publicitaires qui lui vantent sans arrêt des jouets, des sodas pétillants, des crèmes onctueuses, des vêtements de marque, le téléphone portable dernier cri… ? Non seulement le jeune enfant ne fait pas la différence entre la réalité et la fiction, mais il ne comprend pas la finalité commerciale des publicités qui le matraque pour le formater - jusqu’à 60 spots le mercredi matin ! Ces publicités dictent à l’enfant des comportements auxquels ses parents vont être confrontés : tyrannie des marques, grignotage, obésité, perte des valeurs… La publicité à la télévision nuit gravement à la santé et à l’éducation.

Je signe cette pétition nationale car j’exige des pouvoirs publics une loi, avec décret d’application, qui interdise toute publicité destinée aux enfants de moins de 12 ans. Une telle loi existe déjà en Suède, pour les chaînes du service public et les chaînes commerciales. Pourquoi pas aussi en France ?

Je réclame une loi française qui, inspirée de celle en Suède, spécifie les trois points suivants :

Sont interdites à la télévision toutes les publicités destinées aux enfants de moins de 12 ans, sur les chaînes du service public comme sur les chaînes commerciales.

Sur toutes les chaînes, les publicités destinées aux adultes ne peuvent suivre ou précéder les émissions pour les enfants que dans un délai d’au moins 15 minutes.

Il est interdit de faire jouer à un enfant un rôle de premier plan dans tout spot publicitaire. Le simple recours à des éléments thématiques renvoyant à l’enfance (voix, rires, etc.) est proscrit.

« Réguler » le capitalisme financier ne suffira pas Attac Reporterre 2009/03/21 Attac (21 mars 2009) « Réguler » le capitalisme financier ne suffira pas. Reporterre. Tribune — fr

« Réguler » le capitalisme financier ne suffira pas

La brouille franco-allemande n’aura été que de courte durée. À l’approche du G20, le Conseil européen des 19 et 20 mars aura été marqué par la volonté des deux États d’imposer leurs vues à l’ensemble des Vingt-Sept : la crise est financière, elle n’est que financière, et elle sera forcément résolue par une meilleure régulation des marchés. Pour le reste, appliquons scrupuleusement le pacte de stabilité et la stratégie de Lisbonne, et tout rentrera dans l’ordre !

Alors que dans toute l’Union européenne les emplois sont supprimés par dizaines de milliers, les gouvernements allemand et français appliquent la politique de l’autruche, et s’arc-boutent dans une posture totalement absurde, en voulant faire croire que les timides plans de « relance » adoptés jusque-là sont largement suffisants pour faire redémarrer l’économie. Ainsi, pendant que la chancelière allemande déclare qu’une « surenchère de promesses ne permettrait certainement pas de calmer la situation », François Fillon lui fait écho en affirmant, sérieux comme un pape, que « tous les Français comprennent qu’on ne peut pas aller au-delà ».

Telle sera sans doute la position commune de l’Union européenne lors du G20 de Londres : sauvons la finance, et les citoyens paieront les pots cassés, comme ils le font déjà depuis trente ans, de crise en crise, de plan d’austérité en plan d’austérité. Et ce n’est certes pas ce G20 des grandes puissances qui changera quoi que ce soit à l’ordre néolibéral du monde.

Pourtant, de réelles solutions existent. Lors du Forum social de Belém, un appel a été lancé pour que le 28 mars soit une grande journée d’action mondiale face au G20 : "Pour un nouveau système économique et social, mettons la finance à sa place" ! Cet appel a été signé par plus de 300 organisations de la société civile de tous les continents, associations, ONG, syndicats, réseaux internationaux,... (voir la liste en pièce jointe). Cet appel a été soumis notamment à la Commission Stiglitz des Nations unies et nous savons qu’il a été pris en compte dans les débats. Dès la semaine prochaine, nous produirons un rapport plus complet à partir des propositions qui sont faites.

Pour en savoir plus : - Le dossier complet consacré au G20 sur le site d’Attac France : http://www.france.attac.org/spip.ph... - L’appel international de Belém : http://www.choike.org/campaigns/cam... - Le site et l’appel à mobilisation en France : http://www.stop-g20.org

Le PIB a un sexe Jean Gadrey Reporterre 2009/03/22 Jean Gadrey (22 mars 2009) Le PIB a un sexe. Reporterre. Tribune — fr

Le PIB a un sexe

Un truc pareil pouvait-il germer ailleurs que dans l’esprit de machos ?

Le PIB (produit intérieur brut) est un concept neutre, au-dessus des valeurs, il est purement technique, c’est un outil, au même titre qu’un thermomètre. Peut-on rêver plus apolitique que la somme des valeurs ajoutées des organisations et plus technique que le « volume » des quantités produites en une année ? C’est ce que presque tout le monde croit. C’est faux.

Tous les grands indicateurs de « progrès », y compris le PIB, sont des constructions sociales incorporant des valeurs morales et politiques. Notamment parce qu’ils sont tous calculés en commençant par des questions telles que : que met-on dedans et que laisse-t-on en dehors, que voulons-nous compter, quel type de progrès voulons-nous mesurer ?

On utilisera encore des thermomètres en 2050, y compris en raison du réchauffement climatique. Le PIB, en revanche, aura été remisé aux rayons des souvenirs d’une époque, 1980-2010, que l’on qualifiera de « Trente calamiteuses », celle où des adorateurs de croissance, avec nombre d’économistes à leur tête, auront tenté de nous faire croire que l’on pouvait changer de cap sans changer les outils de pilotage, en prétendant que les vieux outils étaient neutres, purement techniques et intemporels.

Il est toutefois un domaine largement laissé dans l’ombre par ceux et celles qui ont entrepris depuis des années de relativiser le PIB et d’exhiber les conventions discutables qui le fondent. C’est celui du sexe du PIB. Pour le dire de façon fort peu académique, le PIB, c’est un truc de mecs ! Voici trois indices.

1. Premier indice. Quand on se penche sur l’histoire de l’invention du PIB, il n’y a que des hommes. 100 % d’hommes. Vous allez me dire : normal, dans les années 30 à 50, les femmes n’avaient même pas le droit de vote (elles l’exerceront pour la première fois en avril 1945 en France), on n’allait pas leur demander de penser aux comptes de la Nation… Cela dit, une invention mise au point seulement par des hommes pour définir la richesse de la Nation peut-elle être « neutre » au sens du genre ? Nous allons voir que, dans le cas du PIB, la réponse est : non.

2. La grande référence pour comprendre comment les comptes nationaux se sont installés dans le paysage français après la guerre est le livre de François Fourquet, « Les comptes de la puissance », publié en 1980. Fourquet se fonde notamment sur une enquête directe par entretiens auprès de tous les grands acteurs de la période. Voici ce qu’il explique (on retrouve ces références dans les livres de Dominique Méda, « Au-delà du PIB », et de Patrick Viveret, « Reconsidérer la richesse », deux incontournables récemment réédités avec des préfaces inédites).

La mise au point des comptes de la Nation s’est effectuée dans des logiques de puissance guerrière et, après la guerre, de reconstruction industrielle. Dans les années trente, un objectif central était de donner aux gouvernements une vision des ressources mobilisables en cas de guerre. Fourquet écrit : est alors considéré comme productif « ce qui crée la richesse et la puissance d’une nation en guerre… C’est la défaite de 40 qui a éveillé beaucoup de mes interlocuteurs et les a portés vers l’étude économique, parce qu’ils ont vu sa cause ultime dans la faiblesse industrielle et le malthusianisme de la France ». C’est aussi pour cela qu’il a fallu attendre près de trente ans pour qu’en France, en 1976, les services non marchands, liés dans l’imaginaire collectif à la reproduction de la société (éducation, santé, protection sociale…) plus qu’à la production et à la puissance matérielles, soient considérés comme dignes de figurer dans le PIB.

Mais la puissance, la guerre, la performance technique et l’industrie sont, si je puis dire, des attributs masculins. Il y a bel et bien des représentations sexuées de la richesse, du développement, et du progrès. La sociologue Françoise Héritier (dans son livre : Masculin/Féminin II, Odile Jacob, 2002) en fournit un exemple spectaculaire : « Récemment, une enquête d’opinion publique a été menée par des sociologues pour savoir quels étaient les principaux événements du XXe siècle. Les hommes répondent majoritairement qu’il s’agit de la conquête de l’espace. À 90 %, les femmes mettent en premier le droit à la contraception ». D’un côté la puissance sinon la guerre et la domination technique sur la nature, de l’autre un aspect central du développement humain et de la liberté de choix de vie, au sens d’Amartya Sen.

Bien entendu, évoquer des logiques de guerre, de puissance et de domination n’exclut pas que la comptabilité nationale ait été principalement utilisée depuis un demi-siècle à des fins pacifiques et mise au point par des gens épris de paix et d’émancipation humaine. Mais ne pas admettre qu’elle a aussi incorporé à l’origine des préoccupations très masculines de puissance économique, de puissance étatique, de puissance de feu si besoin, serait se voiler la face.

3. La plupart des gens l’ignorent : la production domestique de biens ou « autoproduction » est intégrée au PIB via une équivalence monétaire ou « imputation », mais pas la production domestique de services. Comment diable expliquer que, lorsque Monsieur fait son jardin potager ou construit un garage, et que Madame fait le ménage, la cuisine, et s’occupe des enfants, seul le premier contribue à la richesse nationale offocielle ? Divers arguments fort embarrassés sont mobilisés (voir André Vanoli, Histoire de la comptabilité nationale, dont sont extraites les citations qui suivent).

A) Les biens seraient « potentiellement plus échangeables [susceptibles de s’échanger sur un marché] que les services domestiques ». C’est inexact. Il y a bien longtemps que les tâches domestiques font l’objet d’échanges marchands, tout comme les soins aux jeunes enfants et aux personnes âgées. L’une des explications de la croissance de l’activité féminine depuis un demi-siècle est précisément cette « échangeabilité ».

B) Les autres arguments sont pragmatiques et concernent 1) la difficulté d’obtention d’informations annuelles fiables en matière de production de services domestiques, 2) la difficulté de la valorisation monétaire de ces services (« imputation » délicate), et, 3) l’utilité supposée réduite de tels comptes « pour l’analyse et la politique économique courante ». Tout cela est très contestable. Le premier argument signifie simplement que l’on décide de ne pas financer la production régulière des données requises, et le second qu’on ne juge pas utile de produire des conventions de mesure pourtant semblables à celles que l’on retient pour les tâches « masculines » !

Quant au troisième argument, il veut bien dire que « la politique économique courante » ne s’intéresse qu’aux activités dites « socialement organisées », en fait aux activités marchandes et monétaires. Comme si la production de services domestiques ne relevait pas d’une certaine forme de production organisée de bien-être, dont l’importance dépend des politiques familiales et de garde d’enfants, des politiques fiscales, des politiques d’égalité professionnelle des hommes et des femmes, etc.

Quel que soit l’argument invoqué, c’est parce que ces activités sont socialement dévalorisées en raison de leur caractère « féminin » qu’elles ne sont pas valorisées monétairement dans le PIB, alors que les activités « masculines » de production domestique de biens le sont.

Je ne veux pas dire qu’il faudrait que le PIB (ou un PIB bis) compte toutes les activités non marchandes, c’est une autre question sur laquelle je reviendrai (voir ce qu’en dit Annie Fouquet dans « Masculin-Féminin », PUF, 2001). Mais j’affirme qu’en matière de travail domestique, s’il intègre une partie des travaux principalement masculins et pas du tout les travaux massivement féminins, c’est une pure discrimination maquillée. La seule explication se trouve dans des représentations sexuées de l’économie et de ce qui compte vraiment (pour les hommes qui la dirigent). Le PIB (et donc la croissance) est un truc de mecs.

Les potes croquent, la planète craque Nouhouh Reporterre 2009/03/23 Nouhouh (23 mars 2009) Les potes croquent, la planète craque. Reporterre. Tribune — fr

Les potes croquent, la planète craque

La chanson du quartette Nouhouh, « Potin d’époque ».

LES POTES PAPOTENT, PIPEAUTENT, CHIPOTENT

SUR LE PRODUIT NATIONAL BRUT.

LE TOUJOURS PLUS, LOGIQUE EN TOC,

EST LEUR ÉTHIQUE, LEUR UNIQUE BUT.

LES POTES DE COLLE PRO DU PROFIT FRICOTENT ;

LES POLITIQUES PROSPÈRENT, PROLIFÈRENT, RECRUTENT,

FONT FI ET FEU DES KRACHS ET CHOIX QUI CHOQUENT,

ATTAQUENT, ET TRAQUENT LE FRIC JUSQU’À LA CHUTE.

LES POTES FINANCIOCRATES…TRINQUENT… ET LA PLANÈTE CRAQUE !

LES POTES FINANCIOCRATES... CROQUENT... ET LA PLANÈTE TRINQUE !

ILS S’EMPÂTENT, HAPPENT À TOUTE HEURE ET NE TOURNENT QU’AUTOUR DES POTES AU BEURRE

ILS NOUS APPÂTENT ET AGITENT LA CAROTTE,

AFIN QU’ON POIREAUTE POUR DU BONHEUR

LES POTES SE GRAISSENT LA PATTE ET RAPPLIQUENT

TANT QUE MIJOTE LA POPOTE MAGIQUE.

ILS NE SE TRACASSENT DES TRAFICS,

SE COMPLÈTENT ET SE COMPLAISENT SANS COMPLEXE EN CLIQUE…

LA VOIE CAPITALISTE EN POSTE / SERAIT L’UNIQUE ET AUTHENTIQUE PISTE

C’EST QUE LA THÉORIE CYNIQUE DES TECHNOCRATES SANS PITIÉ SUPPUTE

LE MONDE SERAIT UNE MARCHANDISE : AUX MAGICIENS D’OZEILLE, RIEN NE RÉSISTE…

L’ÉPOQUE RÉAC’ MATRAQUE QUE : ARCHAÏQUES SONT LES DROITS ET LUTTES.

LES CHIFFRES ET GRILLES STATISTIQUES

QU’ILS CONCOCTENT, ÉRUCTENT ET DICTENT,

LES RENDENT AVEUGLES, SOURDS ET STATIQUES

AUX SUPPLIQUES ET CRIS TRAGIQUES DU VERDICT.

HYPOCRITE CONDUITE EN RESTE

DE CEUX QUI SOUFFRENT, EN PÂTISSENT, ET SUBSISTENT...

ALIBI FACE AUX CRISES ALARMISTES

D’UNE TERRE EXPLOITÉE QUI PESTE.

LOIN DE LA PHILOSOPHIE D’ARISTOTE

LES TRISTES TYPES CARRIÉRISTES

PORTENT LA DOCTRINE DESPOTE

AU TOP, S’ACCROCHENT, SIGNENT ET PERSISTENT

AVEC LE POUVOIR COMME MAROTTE,

POUR LA CAGNOTTE, TOUJOURS EN RUT,

LES PIÈTRES PITRES SE DISPUTENT

C’EST PAS POUR RIEN QUE CE SONT DES...

(POTES FINANCIOCRATES)

LES POTES FINANCIOCRATES... CROQUENT... ET LA PLANÈTE CRAQUE ! LES POTES FINANCIOCRATES…TRINQUENT… ET LA PLANÈTE TRINQUE !

Une victoire sur le béton dans les Pyrénées France Nature Environnement Reporterre 2009/03/23 France Nature Environnement (23 mars 2009) Une victoire sur le béton dans les Pyrénées. Reporterre. fr

Une victoire sur le béton dans les Pyrénées

La justice a bloqué l’extension d’une station de ski à Mijanès.

Nouvelle victoire des associations de protection de la nature dans les Pyrénées, malgré l’acharnement du Ministère de l’Agriculture et de la Communauté de Communes du Donezan

Il y a tout juste 2 ans, le préfet de Midi-Pyrénées signait un arrêté permettant l’extension de la station de ski de Mijanès-Donezan, sur la commune de Mijanès en Ariège. Cette extension importante du domaine skiable se faisait au détriment de la vallée de la Maure, espace naturel abritant une diversité d’espèces remarquables, parmi lesquelles le Grand Tétras, oiseau forestier sauvage, rare et emblématique de la montagne.

Le Comité Ecologique Ariégeois, l’association Nature Midi-Pyrénées et la fédération France Nature Environnement avaient alors saisi le Tribunal Administratif de Toulouse qui leur avait donné raison par une ordonnance du 24 juillet 2008. Estimant que le défrichement de la forêt autorisé par le Ministre de l’Agriculture aurait eu des conséquences trop importantes et irréversibles sur l’habitat du Grand Tétras, pouvant aller jusqu’à sa disparition de tout l’Est des Pyrénées, le juge ordonnait la suspension immédiate des travaux, concluant qu’une erreur manifeste d’appréciation entachait la décision du Ministre.

Cette 1re victoire des associations fut de courte durée, la Communauté de Communes du Donezan et le Ministre de l’Agriculture décidant de relever appel de cette décision auprès du Conseil d’Etat. Pourtant, dans le même temps et dans une parfaite contradiction, le Ministère de l’Ecologie lançait la mise en place d’une stratégie nationale de conservation du Grand Tétras, considéré comme « espèce vulnérable actuellement en déclin au niveau national » !

Le 13 mars dernier, le Conseil d’Etat a rejeté les pourvois formés par le Ministre et la Communauté de Communes et les a condamné à payer aux trois associations requérantes une somme globale de 6000 €. Il s’agit donc d’une nouvelle victoire pour les associations, dont le travail d’équipe et la persévérance ont eu raison de l’entêtement autour d’un projet aussi absurde sur le plan économique qu’environnemental.

Toujours en cours d’instruction devant le Tribunal Administratif de Toulouse, ce projet d’Unité Touristique Nouvelle de Mijanès voit ainsi de nouveau son inutilité et sa nuisance démontrées. Les associations espèrent maintenant l’abandon définitif du projet, ce qui permettrait de discuter sereinement de l’avenir de ces territoires et de l’équilibre entre la préservation du patrimoine naturel et des activités humaines.

Y a-t-il une dimension religieuse dans la crise écologique ? Jean-Pierre Dupuy Reporterre 2009/03/24 Jean-Pierre Dupuy (24 mars 2009) Y a-t-il une dimension religieuse dans la crise écologique ?. Reporterre. Écologie et spiritualité fr

Y a-t-il une dimension religieuse dans la crise écologique ?

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Jean-Pierre Dupuy est philosophe. Il vient de publier La Marque du sacré aux éditions Carnets Nord.

Voyage au pays contaminé Robin des bois Reporterre 2009/03/24 Robin des bois (24 mars 2009) Voyage au pays contaminé. Reporterre. fr

Voyage au pays contaminé

Cendres polluées, boues radioactives, PCB cancérigènes : tant de beaux coins à visiter en France pour vos vacances...

Nous avons sélectionné 3 bons plans pour vous évader du quotidien et de ses petites peurs et bonheurs ordinaires. En ces temps de crise, nous vous offrons la gratuité totale sur 3 destinations qui restent jusqu’alors largement méconnues du public et des institutions. 1)Voyage au bout des cendres.

Nos enquêteurs ont déniché plus de 60 sites répartis sur l’ensemble du territoire français métropolitain ; ils accumulent des dizaines de millions de tonnes de cendres de charbon chimiques et radioactives, pulvérulentes et instables. Vous découvrirez au cours du voyage qu’on peut faire des bombes atomiques avec les cendres et que le bloc béton peut être radioactif. Pour des raisons de sécurité, les enfants, les femmes enceintes et les animaux de compagnie ne sont pas admis. 160 pages de documentation sur l’après-charbon. 182 pages. 17Mo

http://www.robindesbois.org/dossier...

2) Robin des Bois au pays des boues jaunes

Plus de 20 millions de tonnes de déchets très faiblement radioactifs et pollués par les éléments métalliques et sulfatés ont été sous-produits en France par l’industrie des engrais phosphatés. Les phosphogypses, communément appelés boues jaunes, gisent dans le Nord et l’ouest de la France. Vous découvrirez comment à force d’oubli les lagunes et les monts de boues jaunes se font grignoter par la colonisation urbaine, par les aires de gens du voyage et les établissements universitaires. Les phosphogypses sont un sujet d’avenir ; ils seront radioactifs pendant des milliers d’années. Sangliers, blaireaux et chasseurs y voient un nouveau Far West. 41 pages 3,8 Mo

http://www.robindesbois.org/dossier...

3) Trekking PCB

Robin des Bois dans cette nouvelle superproduction vous emmène dans la galaxie des PCB. Visitez un à un 385 sites pollués et plongez sans vous contaminer dans des archives historiques et exclusives. Robin des Bois rend les PCB visibles. 500 liens.

http://www.robindesbois.org/PCB/PCB...

Attention : sites dangereux. Toute visite physique expose à des risques sanitaires et d’accidents.

Lettre de 8 des 9 inculpés de Tarnac à leurs juges Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune Reporterre 2009/03/24 Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune (24 mars 2009) Lettre de 8 des 9 inculpés de Tarnac à leurs juges. Reporterre. Tribune — fr

Lettre de 8 des 9 inculpés de Tarnac à leurs juges

Vendredi 13 mars, la Cour d’appel de la chambre d’instruction a rejeté la demande de remise en liberté de Julien Coupat.

Voilà quatre mois que le feuilleton médiatico-judiciaire intitulé l’"affaire de Tarnac" ne cesse de ne plus vouloir finir. Julien (Coupat) va-t-il sortir à Noël ? Pour le Nouvel An ? Aura-t-il plus de chance vendredi 13 ? Non, finalement on le gardera encore un peu en prison, enfermé dans son nouveau rôle de chef d’une cellule invisible. Puisqu’il semble que quelques personnes aient encore intérêt à faire perdurer cette mascarade, même au-delà du grotesque, il va nous falloir endosser, encore une fois, le rôle que l’on nous a taillé ("les 9 de Tarnac"), pour un nécessaire éclaircissement collectif. Alors voilà. ...

Primo. Pendant que des journalistes fouillaient jusque dans nos poubelles, les flics reluquaient jusqu’à l’intérieur de nos rectums. C’est assez désagréable. Depuis des mois vous ouvrez notre courrier, vous écoutez nos téléphones, vous traquez nos amis, vous filmez nos maisons. Vous jouissez de ces moyens.

Nous, les neuf, nous les subissons, comme tant d’autres. Atomisés par vos procédures, neuf fois un, alors que vous, vous êtes toute une administration, toute une police et toute la logique d’un monde. Au point où nous en sommes, les dés sont un peu pipés, le bûcher déjà dressé. Aussi, qu’on ne nous demande pas d’être beaux joueurs.

Deuzio. Bien sûr vous avez besoin d’"individus", constitués en "cellule", appartenant à une "mouvance" d’une fraction de l’échiquier politique. Vous en avez besoin, car c’est votre seule et dernière prise sur toute une part grandissante du monde, irréductible à la société que vous prétendez défendre. Vous avez raison, il se passe quelque chose en France, mais ce n’est certainement pas la renaissance d’une "ultragauche". Nous ne sommes ici que des figures, qu’une cristallisation somme toute plutôt vulgaire d’un conflit qui traverse notre époque. La pointe médiatico-policière d’un affrontement sans merci que mène un ordre qui s’effondre contre tout ce qui prétend pouvoir lui survivre.

Il va sans dire qu’à la vue de ce qui se passe en Guadeloupe, en Martinique, dans les banlieues et les universités, chez les vignerons, les pêcheurs, les cheminots et les sans-papiers, il vous faudra bientôt plus de juges que de profs pour contenir tout ça. Vous n’y comprenez rien. Et ne comptez pas sur les fins limiers de la DCRI pour vous expliquer.

Tertio. Nous constatons qu’il y a plus de joie dans nos amitiés et nos "associations de malfaiteurs" que dans vos bureaux et vos tribunaux.

Quarto. S’il semble aller de soi pour vous que le sérieux de votre emploi vous amène jusqu’à nous questionner sur nos pensées politiques et sur nos amitiés, nous ne nous sentons pas, quant à nous, le devoir de vous en parler. Aucune vie ne sera jamais absolument transparente aux yeux de l’Etat et de sa justice. Là où vous avez voulu y voir plus clair, il semble plutôt que vous ayez propagé l’opacité. Et l’on nous dit que, désormais, pour ne pas subir votre regard, ils sont toujours plus nombreux ceux qui se rendent à des manifestations sans téléphone portable, qui cryptent les textes qu’ils écrivent, qui font d’habiles détours en rentrant chez eux. Comme on dit : c’est ballot.

Quinto. Depuis le début de cette "affaire", vous avez semblé vouloir accorder beaucoup d’importance au témoignage d’un mythomane, aussi appelé "sous X". Vous vous obstinez, c’est courageux, à accorder un peu de foi à ce ramassis de mensonges, et à cette pratique qui a fait l’honneur de la France il y a quelques décennies - la délation. C’en serait presque touchant, si ça ne conditionnait pas l’accusation de chef à l’encontre de Julien, et donc son maintien en détention. Si ce genre de « témoignage » ne justifiait pas des arrestations arbitraires – à l’occasion, par exemple, de quelques balles envoyées par la Poste, ou sur la police, dans l’Hérault, ou à Villiers-le-bel.

Enfin, étant entendu que la marge de liberté qu’il nous reste est désormais fort réduite, que le seul point à partir duquel nous pouvons nous soustraire à votre emprise réside dans les interrogatoires auxquels vous nous soumettez à intervalles réguliers. Que Julien s’est déjà vu refuser quatre demandes de remise en liberté. Qu’il est notre ami. Qu’il n’est rien de plus que ce que nous sommes. Nous décidons qu’à partir de ce jour, dans l’héroïque tradition d’un Bartleby, "nous préférerons ne pas". En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu’à ce que vous le libériez, jusqu’à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu’à ce que vous abandonniez les poursuites.

Pour tous ceux qui, là où ils sont, se battent et ne se résignent pas. Pour tous ceux que le ressentiment n’étouffe pas et qui font de la joie une question d’offensive. Pour nos amis, nos enfants, nos frères et nos soeurs, les comités de soutien. Pas de peur, pas d’apitoiement. Pas de héros, pas de martyrs. C’est précisément parce que cette affaire n’a jamais été juridique qu’il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d’un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n’est rien d’autre que la généralisation de pratiques collectives d’autodéfense partout où cela devient nécessaire.

Il n’y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.

Aria, Benjamin, Bertrand, Elsa, Gabrielle, Manon, Matthieu, Yldune sont, avec Julien Coupat, mis en examen dans l’"affaire de Tarnac".

Un gentil Smac pour M. Sarkozy Hervé Kempf Reporterre 2009/03/25 Hervé Kempf (25 mars 2009) Un gentil Smac pour M. Sarkozy. Reporterre. Tribune — fr

Un gentil Smac pour M. Sarkozy

Blic revient de la manif, des tracts plein les poches, toute joyeuse, fredonnant « Les potes croquent, la planète craque », la chanson du quartette Nouhouh.

« Ah, tiens, Blork, ben, t’es pas venu ? » Non, je méditais. Comment être gentil avec le président ?

« Gentil avec le président ? » Blic manque de s’étrangler.

« Gentil avec... ! » Eh oui. Obsessionnel du pouvoir, fasciné par l’argent, incapable de passer ses vacances ailleurs que chez des milliardaires, ce pauvre garçon a besoin d’aide.

« Mais enfin... »

Blic cherche ses mots...

« C’est le pire président qu’on ait eu depuis le maréchal Pétain, le plus couché devant les puissants, le plus dangereux pour les libertés publiques ! » On est bien d’accord, chère Blic. Mais enfin, ce porte-parole de l’oligarchie, ce sont bien les Français qui l’ont élu ? Et la gauche, elle disait quoi quand il faisait campagne ? Non, il faut aider ce pauvre Sarkozy. Tiens, écoute ce qu’écrit le collectif Sauvons les riches.« En entendant Sauvons les riches, Blic s’évanouit. Blork ne le remarque pas et lit à voix haute : »Il faut sauver les riches de leur vie clinquante, vulgaire, et tellement triste. Notre mission : ramener sur terre les Bernard Arnault, Serge Dassault et autres Jacques Séguéla. Il faut instaurer un revenu maximal autorisé, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés.« Blork s’arrête : »Moi, je veux faire un gentil smac au président - un bon gros salaire maximum anticumul." Il rit de sa facétie, en mimant des baisers qu’il envoie à tous les anges.

Dans son dos, Blic, encore étourdie, se relève.

« Heu, c’est bien la chronique écologie, ici ?, balbutie-t-elle. » Et comment !, s’exclame Blork. Pourquoi réduire ces rémunérations insensées ?

« Oui, pourquoi ?, demande Blic, qui reprend ses esprits. » Pour l’écologie ! D’abord, les super-riches, par leur délire consommatoire, imprègnent toute la société d’un modèle de consommation matérielle insensée. Regarde Séguéla et sa Rolex... Il faut changer ce modèle culturel. Alors, smac. Ensuite, pour prévenir l’aggravation de la crise écologique, il faut réduire collectivement notre consommation matérielle et notre consommation d’énergie. Mais les classes moyennes ne voudront pas changer leurs habitudes s’il y a toujours ces super-ringards au sommet. Donc, il faut réduire l’inégalité. Smac, smac. Enfin, ces oligarques amassent un trésor dont on a besoin, pour aider les pauvres à passer la crise de sortie du capitalisme et pour investir dans les activités qui ont un faible impact écologique, créent des emplois et ont une vraie utilité sociale : santé, éducation, culture, agriculture, énergie sobre, transports en commun... Donc, smac, smac, smac.« Blork sourit, béat. Blic a l’air très contente. Blork l’interroge : »Au fait, ils ont parlé de la crise écologique, à la manif ?"

Le régime attaque de nouveau la liberté de la presse Ligue des droits de l’homme Reporterre 2009/03/26 Ligue des droits de l’homme (26 mars 2009) Le régime attaque de nouveau la liberté de la presse. Reporterre. fr

Le régime attaque de nouveau la liberté de la presse

Une video pirate de M. Sarkozy sur Rue 89 ? La présidence attaque le site, par le biais de FR3 - une chaine totalement indépendante du pouvoir, bien sûr....

Deux journalistes de Rue89 sont convoqués le 1er avril par la police judiciaire. Qu’ont-ils fait ? Le site diffuse depuis le 1er juillet une vidéo du président Sarkozy quelques minutes avant son interview au journal de France 3. On le voit furieux contre un technicien qui ne lui a pas dit bonjour, rappeler à un journaliste qu’il avait protesté contre sa mise au placard, dire que les manifestations en France, ça va changer…

Officiellement, l’Elysée n’a fait aucune démarche, mais dès le lendemain, l’avocat de France 3 écrivait à Rue89 en prétendant que la chaîne du service public avait des droits sur cette vidéo en tant que productrice de l’émission et entreprise de communication audiovisuelle. Il demandait la cessation immédiate de la diffusion de la vidéo, et la révélation des sources. Le site d’information n’ayant pas déféré à cette injonction, une plainte a été déposée, et il s’est trouvé un procureur de la République à Paris pour ne pas la classer sans suite.

La Ligue des droits de l’Homme, qui a lancé depuis un an une réflexion sur les médias, s’inquiète de cette grave dérive : les attaques incessantes du pouvoir et de l’UMP contre la presse, la multiplication des perquisitions, gardes à vue et autres procédés pour obtenir des journalistes qu’ils livrent leurs sources sont intolérables. A cet égard, le projet de loi sur la protection des sources indique dans son dernier état qu’un journaliste ne peut être obligé de révéler ses sources.

Si le président de la République veut faire valoir ses droits, il connaît le chemin des tribunaux. L’instrumentalisation d’un média public contre un média privé, et l’usage de la justice pénale contre la presse, sont inadmissibles. La Ligue des droits de l’Homme rappelle que la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour ses atteintes à la liberté de la presse.

Ils ont lancé la manifestation permanente Nelly Terrier Reporterre 2009/03/26 Nelly Terrier (26 mars 2009) Ils ont lancé la manifestation permanente. Reporterre. Tribune — fr

Ils ont lancé la manifestation permanente

Imaginer d’autres formes d’expression. Comme cette ronde permanente, place de l’Hôtel de Ville, à Paris.

Place de l’Hotel de Ville, Paris, mercredi soir 25 mars. Des gens - chercheurs et étudiants - tournent en rond au milieu du parvis. Chaque heure pile, une dizaine d’entre eux s’arrêtent, se placent au centre du cercle et prononcent ces mots : « La marche infinie des obstinés tourne depuis X heures ».

Lorsque je suis arrivée à 23h, cela faisait 59 heures qu’ils tournaient. Il y avait une quarantaine de personnes. L’ambiance était plutôt détendue, et en même temps grave.

Après discussion avec deux femmes qui marchaient, dont une professeur d’histoire des maths de Paris VIII et une étudiante de la même fac, il ressort que le mouvement a été lancé lors d’une AG de Paris VIII il y a une dizaine de jours. L’ultimatum adressé à Pécresse pour retirer la loi LRU se terminant lundi dernier, ils ont donc ensuite commencé ce qu’ils avaient décidé. Cette marche infinie en place de grève, « jusqu’à ce que la loi LRU tombe », a dit la prof. Ils ont organisé des tours pour que cette ronde ne s’arrête jamais. Des « quarts » de 4 heures en soirée et la nuit, 20h-0h-4h-8h et ensuite des tours de 2h dans la journée jusqu’à 20h. Depuis le début de la ronde, le minimum de marcheurs présents a été de 7, le maximum d’une cinquantaine.

Il semble qu’en l’espace de deux jours déjà, d’autres facs se soient jointes à cette organisation. Par exemple Nanterre s’est proposée pour mettre sur pied les tours de la semaine prochaine. « Nous commençons à peine, je crois que ça peut s’agréger, c’est ce que nous ressentons » disait la prof. Une des étudiantes qui tournait portait une pancarte de Paris IV. Il semble que dans la journée, les gens accueillent ce mouvement avec intérêt et que des tracts sont distribués aux passants. Mais je ne l’ai pas vu, à l’heure tardive à laquelle je suis passée. Seuls des touristes regardaient la scène un peu étonnés et les marcheurs leur ont souri en les apostrophant : « Les touristes, avec nous. Avec nous, les touristes ! »

Dans la discussion que nous avons eue, alors que je faisais remarquer qu’à quelques dizaines de mètres à vol d’oiseau chaque troisième vendredi soir de chaque mois, et ce depuis plusieurs mois, des militants de RESF se réunissent en chaîne humaine devant le Conseil d’Etat pour protester contre le sort que l’Etat fait aux sans-papiers, l’étudiante a spontanément dit : « On pourrait organiser des délégations » et elle a ajouté : « On pourrait aussi envisager de dédier des tours de marche à telle ou telle cause ». La prof a alors dit : « Oui, on peut défendre tout le service public ».

J’ai alors pensé qu’on pouvait défendre le service public, mais aussi les salariés du privé, et singulièrement parmi eux les ouvriers sans-papiers et qu’on devait aussi penser aux jeunes des cités populaires. Bref, à tous. Et que tout ce peuple devait aujourd’hui être face à l’Etat. Cette place est tout de même un des grands lieux du peuple de Paris (Révolution, 1830, la Commune). Il est aussi un lieu politique qui appartient aux gens. Ils peuvent décider d’en faire autre chose que ce qu’en fait la mairie, lorsqu’elle monte des écrans géants pour les matchs de foot ou qu’elle dresse en cette place de grève ses transats pour Paris Plage.

Il se passe quelque chose dans le pays.

Le président refuse toujours le RMA à nos amis les riches Sauvons les riches Reporterre 2009/03/28 Sauvons les riches (28 mars 2009) Le président refuse toujours le RMA à nos amis les riches. Reporterre. fr

Le président refuse toujours le RMA à nos amis les riches

Pleurs et soupirs à Neuilly : le pouvoir s’obstine à refuser d’instaurer le Revenu maximal admissible (RMA) qui libérerait les oligarques de leur frénésie consommatoire. Ils n’en peuvent plus ! Libérez les riches de leur richesse !

Le collectif Sauvons les riches y a cru l’espace d’un bout de phrase. « Ceux qui souffrent le plus ne sont pas ceux qui contestent le plus », a déclaré ce soir Nicolas Sarkozy. Il est vrai qu’on n’a guère entendu les milliardaires se plaindre, ces derniers temps. Pourtant, l’inflation des rémunérations des dirigeants et des rentiers ne leur rend pas la vie facile. Ils étaient nombreux, ce soir, à attendre fébrilement l’annonce d’une forte taxation des hauts revenus..

Hélas, à bien y regarder, de Megève à Monaco, c’est la déception qui domine, car le Président n’a rien annoncé de tangible pour sauver les riches d’eux-mêmes. « Les nantis sont accros à leurs train de vie, s’alarme Karima Delli, membre du collectif Sauvons les riches. Sans recours à la loi, il ne faut pas compter sur leur bonne volonté pour s’auto-limiter. Il faut lé-gi-fé-rer ! »

Le collectif Sauvons les riches, qui a fait une première apparition très remarquée en carrosse au cours de la manifestation intersyndicale de jeudi dernier, n’a manifestement pas encore réussi à se faire entendre des autorités. Et va être obligé de repartir à l’action pour expliquer des choses simples.

Par exemple, Nicolas Sarkozy ne semble pas au courant des récentes évolutions de la fiscalité des hauts revenus quand il parle des « mauvaises habitudes d’augmenter les impôts dans notre pays ». Les impôts de qui ? Au contraire depuis dix ans, les plus riches bénéficient de dizaines de milliards de réductions d’impôts : les riches son accros à l’argent, et l’Etat est leur dealer…

Le Président a fait appel au « bon sens » pour justifier le bouclier fiscal. « Envoyer chaque année un chèque moyen de 30 000 euros à des millionnaires, en temps de crise, c’est peut-être du bon sens à Neuilly, mais pas chez moi », fait remarquer Julien Bayou, autre pilier des sauveurs de riches. « Avec un bon sens pareil, les pauvres ne sont pas sortis de l’auberge, ni les riches de leur hôtel particulier ! »

Le Président a jugé indécents les bonus dans les entreprises qui licencient ou qui sont aidées par l’Etat. Au-delà des bonus et de la conjoncture, des salaires représentant 100 fois le SMIC sont indécents et sont une cause majeure de la spéculation et de la crise. Dans des entreprises aidées par l’Etat ou non.

« N’est pas Franklin Roosevelt qui veut, ajoute Manuel Domergue, du collectif. En 1942, il a eu le courage d’imposer un vrai salaire maximum. On a vu les effets : pendant quarante ans, les inégalités sociales ont chuté aux Etats-Unis. Mais qu’est-ce qu’on attend pour faire pareil ? »

Journée de la terre en Palestine Droits devant !! Reporterre 2009/03/28 Droits devant !! (28 mars 2009) Journée de la terre en Palestine. Reporterre. fr

Journée de la terre en Palestine

La terrible agression de janvier contre Gaza est passée. Mais la colonisation en Cisjordanie continue, et la politique israélienne ne bouge pas d’un iota.

La Journée de la Terre sera une nouvelle occasion de faire entendre la rue, samedi 28 mars, pour montrer que celle-ci n’a pas seulement manifesté sous le coup de l’émotion en décembre et janvier derniers, mais qu’elle NE Veut PLUS ETRE COMPLICES DES CRIMES ISRAELIENS QUI SE POURSUIVENT, le silence étant, en cette période maculée par le sang de milliers de victimes palestiniennes innocentes (dont 450 enfants), la pire des collaborations.

Nous dénonçons le soutien du gouvernement français au blocus imposé à la population de Gaza.

Nous dénonçons son mutisme complice face au développement de la colonisation israélienne.

Nous dénonçons les assassinats quotidiens de Palestiniens et de militants internationalistes étrangers.

Nous dénonçons la collaboration du gouvernement, des institutions, des élus et des entreprises françaises (VEOLIA, ALSTHOM...), qui coopérent avec la puissance coloniale, encourageant ainsi la persécution et le nettoyage ethnique du peuple palestinien.

Au moment où la frange la plus fasciste va intégrer le futur gouvernement israélien, nous répondons à l’appel de la société civile palestinienne et à celui des opposants israéliens qui nous demandent,comme ce fut le cas à l’encontre de l’Etat raciste de Prétoria en Afrique du Sud, de BOYCOTTER ISRAEL pour mettre fin à l’immunité de cet Etat qui viole depuis 60 ans toutes les résolutions internationales et les droits humains les plus fondamentaux.

En ce sens, nous attendons la décision de la Cour Pénale Internationale (CPI) que Droits devant !! a saisi avec 350 organisations internationales pour exiger la condamnation des décideurs politiques et militaires d’Israël qui ont perpétré l’abominable carnage de Gaza.

MANIFESTATION A PARIS, SAMEDI 28 MARS à 14 H, Place du Chatelet !

POUR LE DROIT ET LA JUSTICE ! CONTRE LA COLLABORATION AVEC LE TERRORISME D’ETAT ISRAELIEN !

Premiers signataires : CAPJPO-EuroPalestine, Droits devant !!, Génération Palestine, GUPS, Enfants de Palestine, Comité Saint-Ouen Palestine, Human Supporters, Reseau International des Juifs Antisionistes, Amis d’Al-Rowwad, Amis de Darna, RESOCI, Commission Arabe des Droits Humains, SOS Sexisme, Réveil des Consciences, Association Respaix, Troubadour, Afamia, Touche D’Espoir

Le programme du Parti pour la décroissance Par Julien villalard Reporterre 2009/03/28 Par Julien villalard (28 mars 2009) Le programme du Parti pour la décroissance. Reporterre. Tribune — fr

Le programme du Parti pour la décroissance

Le Parti pour la décroissance publie son « Socle commun »pour les élections européennes : « le choix n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance volontaire et récession subie ».

Qu’est-ce que « La Décroissance » ?

La Décroissance est avant tout une remise en question de notre société de consommation sans hypothéquer nos acquis démocratiques, sociaux et culturels.

La Décroissance n’est pas la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo bonheur perdu, mais bien un virage, une bifurcation, que nous devons prendre afin de sortir de l’engrenage destructeur de la société de croissance. A l’aide de ses meilleurs outils que sont le capitalisme, le libéralisme, l’ultra-libéralisme, etc., la société de croissance accumule dramatiquement les crises environnementales, sociales, économiques, culturelles et politiques.

Devant ce constat, il est urgent de dire à tous les citoyens qu’il ne s’agit pas de choisir entre « croissance et décroissance » mais bien entre une décroissance volontaire et une récession subie.

Les problèmes sociaux et environnementaux de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres, ni par les seules initiatives personnelles. C’est pour ces raisons qu’il est essentiel de proposer aux citoyens un projet politique capable de transformer ce modèle qui met en danger notre avenir.

Le Parti pour la Décroissance a donc décidé de s’engager aux élections européennes pour y défendre un ensemble d’orientations susceptibles d’enclencher une décroissance sereine, soutenable, conviviale, et tout simplement humaine.

Conditions de vie garanties pour tous

Il est temps de comprendre que l’Homme ne se réduit pas au couple producteur-consommateur. L’économie doit répondre à nos besoins et non créer des désirs toujours insatisfaits. Il convient alors de définir démocratiquement ces besoins et de permettre à chacun d’y avoir accès, sans être contraint d’entrer dans une bataille entre les individus. Pour introduire ces valeurs dans notre société, plusieurs axes devront être développés :

En définissant démocratiquement les besoins de notre société : ressources alimentaires, logement, santé, éducation, transport et autres secteurs économiques. En instaurant un revenu citoyen européen garanti financé par une refonte des impôts sur les sociétés et celui sur le revenu, ainsi qu’une réforme des prestations sociales (allocations non contributives, RMI, aides aux logements, minimums vieillesse, allocations familiales, allocations chômage). Il est nécessaire de protéger les laissés-pour-compte qui seront de plus en plus nombreux. En instaurant un revenu maximum autorisé indexé au revenu minimum. Dans une logique de réforme en profondeur de nos méthodes de production, réduire progressivement la durée hebdomadaire des salariés, mi-temps voulue et non imposée, partage du temps de travail, départ à la retraite à partir de 55 ans sans qu’elle favorise l’isolement . En lançant un débat démocratique sur la mise en place de la gratuité ou quasi-gratuité du « bon-usage » et renchérissement du « mésusage » (pourquoi payer le même prix l’eau que l’on boit que celle qui remplie nos piscines ?). Liberté de redonner du sens à sa vie, d’innover, d’entreprendre, d’être créatif face à ces crises économiques, énergétiques, environnementales et sociales. Croissance du temps libre et de la convivialité mais aussi plus de temps pour s’informer, débattre et participer à la vie politique et sociale.

Empreinte écologique

Aujourd’hui, si tout le monde vivait comme un Européen, il faudrait au moins trois planètes. Notre modèle de développement n’est donc pas généralisable et doit être remis en question. De plus, 20% de la population s’accapare 86% des ressources naturelles. Détruisant les autres par la privation, les pays riches se détruisent eux-mêmes par leurs excès, en rejetant une part de plus en plus importante de leur population.

Il appartient alors à l’Europe dont la surconsommation nuit gravement à l’ensemble de l’humanité, de rétablir un équilibre qui commence par la sobriété de nos modes de vie. Plusieurs points sont alors envisageables pour prendre cette direction :

Grand programme d’économie d’énergie en s’appuyant sur le travail de l’association NegaWatt. Localisation de la vie : rapprocher les lieux de production et de consommation (développement des petits commerces de proximité au détriment des grandes surfaces, retour des services publics sur tout le territoire). Mise en place d’un programme pour lutter contre le gaspillage par le biais d’une réduction des transports de marchandises, une politique d’usage et mésusage, de pollueur payeur, une réduction des emballages, un étiquetage de tous les produits et services vendus de façon que la pollution engendrée pour leur production soit lisible avant l’achat de produits et services … Réforme de l’agriculture : promouvoir une agriculture de proximité respectueuse de la santé et de l’environnement en augmentant la part de la population active dans le secteur primaire. Privilégier le durable, le réparable plutôt que le jetable. Réduction des limites autorisées de pollution de l’eau, de l’air et des résidus des pesticides dans les aliments. Réduction de notre dépendance aux importations, donc sortie progressive du pillage du sud organisé, mais réduction drastique de notre empreinte écologique.

La rénovation de la vie démocratique

Pour que les citoyens puissent participer à la vie démocratique, aux débats publics, il est nécessaire de les protéger des conflits d’intérêts et des lobbies.

Réforme des médias En s’appuyant sur l’ordonnance de 1944 sur les médias écrite par la résistance, mais aussi sur le travail d’associations comme Acrimed ou les assises du journalisme, réformer en profondeur le système médiatique, véritable pierre angulaire de nos démocraties : - Indépendance face aux multinationales, aux lobbies et à la publicité. - Financement public d’émissions de qualité tels que des reportages en phase avec les problèmes sociétaux et des débats contradictoires de fond sur les sujets de sociétés importants.

Vers une société sans publicité - La publicité est l’outil central de la propagande de notre société de consommation. Elle représente un gaspillage et un gâchis effroyables : elle coûte cher (2e budget mondial derrière l’armement), elle génère la surconsommation, de la frustration, du gâchis humain et intellectuel, mais aussi matériel et énergétique, ainsi qu’une banalisation du mensonge. - En parallèle de cette réforme, le talent des employés de la publicité sera redéployé sur des projets vertueux. Une réorientation de la recherche et des sciences

Décréter un moratoire sur la recherche techno-scientifique en s’appuyant sur un bilan sérieux et indépendant afin de réorienter la recherche scientifique. Moratoire sur les OGM, sur les nanotechnologies, sur les grands projets d’infrastructures (routes, chemin de fer, énergie…).

Sortie de l’ère du nucléaire

Depuis la seconde guerre mondiale nos sociétés sont dominées par le péril nucléaire. Avec la bombe, la destruction totale de toute vie sur terre est devenue possible. Quant à l’utilisation dite « pacifique » avec l’électronucléaire, nous savons déjà depuis les accidents de Kytchim, Tchernobyl et Three Mile Island que les conséquences sont terribles. Il nous faut donc sortir du nucléaire le plus vite possible avant la catastrophe.

Arrêt le plus rapidement possible du nucléaire et remplacement par ce qu’on trouvera comme source de production d’électricité au moment de la décision, mais en privilégiant le renouvelable et les économies d’énergie. Abandon de l’arme atomique avec la mise en place de traités internationaux. Sortie de l’ère automobile

Notre société a été construite autour de la voiture et des transports routiers, elle repose donc sur une énergie non renouvelable, le pétrole. A travers une série de mesures en cohérence avec les précédentes il faudra sortir de notre dépendance à l’automobile :

Remplacer le modèle d’habitat, individuel et collectif actuel, par une construction à taille humaine et de haute qualité environnementale. Développer une politique de relocalisation de la vie en agissant sur les infrastructures, les bassins d’emplois, les zones d’habitation, afin de réduire les déplacements. Relocaliser les transports en commun et encourager les modes de transport doux (la marche à pied et le vélo). Accompagner la reconversion de l’industrie automobile, de l’aéronautique et du trafic routier. Un projet global plutôt qu’européen

Réforme des institutions européennes. Nouveau traité de constitution européenne, à travers l’élection d’une assemblée constituante élue à suffrage universel direct proportionnel chargée de définir une constitution européenne (qui sera après ratifié par référendum). Non cumul des mandats et pas plus de 2 législatures successives pour chaque élu. Référendum obligatoire concernant les grands projets sociétaux. Réappropriation politique de la Banque Centrale Européenne avec la refonte du système monétaire européen et la sortie du monétarisme. Annulation du pacte de stabilité et de croissance.

Remplacement de l’indicateur PIB avec une série de nouveaux indicateurs comme le développement humain et/ou l’empreinte écologique.

Sortie de l’OTAN.

Politique européenne internationale - Concertation internationale entre l’Europe, les Etats-Unis et la Chine sur les crises énergétiques et économiques. Réorganisation des rapports Nord-Sud, démantèlement de l’OMC, du FMI, de la Banque Mondiale, du G8, du G20 et de tous les autre GLambda au profit d’institutions pacifistes comme l’ONU. - Suppression des paradis fiscaux.

Politique européenne agricole - Impulser à l’échelle européenne, une agriculture de proximité, respectueuse de la santé et de l’environnement en augmentant la part de la population active dans le secteur primaire. - Mise en œuvre de nouvelles relations internationales, en particulier avec les pays du Sud et d’une stratégie à l’égard des pays victimes de la famine, pour l’éradiquer. Mise en œuvre de nouvelles relations avec les pays producteurs de matières premières.

Convivialité heureuse

Les changements dont notre société a besoin doivent être réalisés progressivement, en tenant compte de l’accoutumance à notre mode de vie. Ils ne doivent en aucun cas être imposés brutalement. Grands programmes d’échanges culturels et sociaux, de mise en commun de savoir-faire, de savoir être…La solidarité plutôt que la compétition.

Soyons réalistes, demandons l’esclavage Sophie Hancart Reporterre 2009/03/30 Sophie Hancart (30 mars 2009) Soyons réalistes, demandons l’esclavage. Reporterre. Tribune — fr

Soyons réalistes, demandons l’esclavage

Adieu prétentions salariales et honorables conditions de travail, oubliés qualifications et diplômes. Sans même parler du désir (horreur !) d’exercer tel métier. Au nom de leur « employabilité » et du réalisme face à la crise, les chômeurs sont priés d’abandonner toutes leurs aspirations et envies en poussant la porte du nouveau Pôle emploi.

Avec la crise, les chômeurs sont plus « réalistes », tel est le sentiment de la directrice de la Maison de l’Emploi de Blois (Loir-et-Cher). Ses propos ont été rapportés par la Nouvelle République du Centre Ouest dans un article judicieusement intitulé « Doit-on tout accepter pour sortir du chômage ? » Malgré son explosion, certains secteurs continuent à recruter, qu’ils échappent miraculeusement à la crise ou qu’ils « manquent cruellement de main-d’œuvre ». Quelle que soit la conjoncture, ces derniers (bâtiment, restauration, centres d’appel...) connaissent un turn-over permanent exclusivement lié — on le rappelle — aux non moins cruelles conditions de travail qu’ils imposent à leurs salariés. Le fantasme des 200.000 ou 500.000 « offres non pourvues » vient d’ailleurs en partie de là, prêt à nous être resservi en toute occasion.

Mais cette bonne nouvelle masque, plus que jamais, la question centrale du salaire qui est bel et bien devenu « un gros mot », comme l’a affirmé Jean-Claude Mailly (FO) la semaine dernière au Grand journal de Canal+. Désormais, grâce au chômage de masse, la majorité des rémunérations proposées dépasse rarement le Smic, même pour des postes qualifiés, tant l’idéologie du « c’est toujours mieux que rien » triomphe, profitant ainsi au patronat.

Dans ce contexte, pour Sylvie Sanchez, nore directrice de la Maison de l’Emploi de Blois, renoncer à ses savoir-faire et prétentions salariales en acceptant un travail peu qualifié pour ne pas s’enliser dans le chômage — c’est-à-dire subir un déclassement afin de ne pas perdre en « employabilité » — est la solution : « C’est un tremplin. On n’est plus coincé à vie dans un métier et on peut parfaitement envisager une évolution de carrière ». Face à un marché de l’emploi inquiétant, les chômeurs s’adaptent de mieux en mieux, estime-t-elle : « Les demandeurs d’emploi sont plus réalistes. Ils sont souvent prêts à mettre leurs rêves de côté. Ils sont alors plus efficaces dans leurs recherches, c’est-à-dire qu’ils sont prêts à chercher là où il y a du travail ». D’où, certainement, l’idée du nouveau système de rapprochement des offres de Pôle Emploi qui incite à élargir sa recherche plus que de raison tandis que les employeurs, eux, durcissent toujours plus leurs critères de sélection.

En clair les chômeurs, résignés par la peur, mettent enfin leurs exigences et rangent leurs « rêves » au placard : mission accomplie ! Le pragmatisme économique est en train de l’emporter sur la dignité humaine, avec l’assentiment — hélas — des principaux intéressés.

OGM : leurs effets sur la santé toujours cachés Criigen Reporterre 2009/03/30 Criigen (30 mars 2009) OGM : leurs effets sur la santé toujours cachés. Reporterre. fr

OGM : leurs effets sur la santé toujours cachés

Pourquoi les résultats de l’ingestion d’OGM par les animaux de laboratoire restent-ils secrets ? Une pétition demande leur diffusion publique.

Le vendredi 3 avril 2009 à 11h30 le CRIIGEN remet au Ministère de l’Agriculture 78, rue de Varenne à Paris une pétition réunissant 42.137 signatures pour réclamer la transparence des effets des OGM sur la santé. Une conférence de presse se tiendra sur le parvis du Ministère. Les données brutes sont confidentielles pour les entreprises et les gouvernements, en contradiction avec la directive européenne. Des effets significatifs peuvent être contenus dans de nombreux dossiers, y compris celui du maïs MON 810 qui a fait l’objet de tant de débats. L’heure est grave, à l’heure où l’absence de transparence a conduit à des crises financières, et peut tout aussi bien mener à des crises sanitaires prenant en otage la santé des citoyens.

Texte de la pétition :

« Nous citoyens, demandons à la suite du Grenelle de l’environnement, et avec la grande majorité des français et des européens qui s’interroge sur ou remet en cause la nécessité des OGM dans les champs et dans les assiettes, que soient rendus publics les résultats des analyses de sang des animaux qui ont mangé ces OGM pendant le plus long temps possible, et ce pour tous les OGM cultivés ou commercialisés dans l’alimentation des humains ou des animaux en Europe. Cela devra être également effectif avant la commercialisation des nouveaux OGM. Aujourd’hui, seules les compagnies de biotechnologies réalisent ces tests de toxicité pendant 3 mois seulement, avec des mammifères de laboratoire (surtout le rat servant de modèle pour l’humain), et considèrent les résultats bruts comme confidentiels, ce que nous jugeons totalement anormal alors que le monde entier se questionne sur les effets des OGM sur la santé. »

Business as usual ? Michel Husson Reporterre 2009/03/31 Michel Husson (31 mars 2009) Business as usual ?. Reporterre. Tribune — fr

Business as usual ?

La revendication sociale ne peut porter seulement sur l’augmentation des bas revenus. Elle doit pousser à la transformation de la société.

Après la récession de 1974-1975, parfois baptisée "choc pétrolier", les gouvernements avaient, dans un premier temps, eu recours aux recettes keynésiennes habituelles. Ils se sont assez vite rendu compte qu’elles ne « mordaient » plus. D’où, quelques années plus tard, le big bang néolibéral qui ouvrira une période que la crise actuelle vient de clore. Le même scénario se reproduit aujourd’hui : les gouvernements changent leur fusil d’épaule et en reviennent à des politiques de relance que l’on peut qualifier grosso modo de keynésiennes. Mais ce retour à la case départ est impossible. Première raison : la crise financière est loin d’être terminée et les mauvaises surprises sont encore à venir. L’argent injecté va être en grande partie englouti sans effet durable sur l’économie « réelle ». De même qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, on ne contraint pas à prêter un banquier qui cherche à rétablir ses marges, ni à investir un patron dont les carnets de commande sont vides.

Deuxième raison : la configuration de l’économie mondiale qui prévalait jusqu’ici ne peut être remise sur pied. La croissance des Etats-Unis ne peut plus être tirée par le surendettement des ménages, celle de la Chine par les exportations et le surinvestissement, et l’arrangement entre ces deux grandes puissances – « je t’achète, tu me prêtes » – est lui aussi rompu. En Europe, la cacophonie des plans de relance cache une volonté de gagner par tous les moyens des parts de marché sur le dos des voisins.

Dans cette situation, le quasi-consensus keynésien recouvre en fait trois positions. Les néolibéraux n’ont pas perdu l’espoir d’un mal provisoire : on injecte de grosses sommes dans l’économie et cela repart comme en 40. C’est ce qui explique l’écart énorme que l’on peut constater – de manière caricaturale chez Sarkozy – entre les engagements solennels à réguler, voire à refonder le capitalisme, et les décisions concrètes qui relèvent toutes de l’art cosmétique. La conjoncture de fin d’année pourrait leur donner apparemment raison, si les plans de relance produisent un petit frémissement de l’économie réelle. On peut parier à l’avance que le premier trimestre à croissance zéro sera célébré comme le signe d’un retour à la normale. Mais cet espoir sera de courte durée et, une fois dissipés les effets des plans de relance, on s’apercevra que l’on n’est pas vraiment sorti de la crise.

Les sociaux-libéraux ressortent de leurs archives leur plan de relance de 1981 qui se heurterait aujourd’hui aux mêmes obstacles : pertes de parts de marché, grève de l’investissement et fuite des capitaux, puisqu’il n’est assorti d’aucune mesure de contrôle. Mais ce qui le rend aussi peu convaincant auprès de l’opinion, c’est qu’il n’apporte pas de réponse de fond à la hauteur de la crise. Au lieu des 26 milliards de Sarkozy, on en annonce 50, mais rien n’est dit du nécessaire droit de regard de la population sur les banques, sur la répartition des richesses, sur la fiscalité et l’usage des dépenses publiques.

La gauche radicale doit évidemment défendre une autre répartition des richesses, grâce à l’augmentation des salaires et des revenus sociaux et des dépenses budgétaires socialement utiles, d’un côté, et de la taxation des revenus du capital de l’autre. Mais elle doit également avancer des objectifs de transformation sociale remettant en cause le fonctionnement même du capitalisme. Il faut donc combiner l’idée d’un « bouclier social », autrement dit des mesures d’urgence parfaitement légitimes, avec une perspective anti-capitaliste. Le risque est ici le grand écart entre surenchères revendicatives pour aujourd’hui et grandioses proclamations programmatiques pour après-demain. Prenons l’exemple de l’interdiction des licenciements. Plutôt que de renvoyer à la loi que promulguerait un gouvernement vraiment à gauche, il vaudrait mieux faire vivre ce slogan en proposant un contrôle des travailleurs sur la gestion de l’emploi par les entreprises : droit de veto sur les licenciements, affectation des aides publiques au maintien de tous les salaires, etc.

Le capitalisme est aujourd’hui dans une forme d’impasse, en ce sens qu’il ne peut rétablir le néolibéralisme et ne peut pas non plus restaurer le « fordisme » des Trente glorieuses. S’ouvre alors une période d’incertitude, plus ou moins chaotique, qui va être marquée par une course de vitesse entre les options anticapitalistes et un national-libéralisme musclé et répressif.

L’agrocarburant E 10 : arnaque environnementale France Nature Environnement Reporterre 2009/03/31 France Nature Environnement (31 mars 2009) L’agrocarburant E 10 : arnaque environnementale. Reporterre. fr

L’agrocarburant E 10 : arnaque environnementale

L’E 10 en France : écolo ? On nous prend pour des gogos.

A compter du 1er avril, les automobilistes pourront se servir en SP 95 – E 10 : en pleine semaine du développement durable, le sommet du greenwashing est atteint !

E10 : un carburant pas vert et à côté de ses pompes ! Malgré la multiplication des rapports (FAO, OCDE, Commission européenne..) sur les dangers des agrocarburants, la France a choisi de prendre de l’avance sur les objectifs européens en distribuant un carburant que l’Allemagne vient d’interdire.

Pour Sébastien Genest, président de FNE : « L’E 10 n’a rien de bio ! Les sénateurs viennent d’ailleurs d’inscrire dans la loi l’expression « agrocarburant » en lieu et place de « biocarburant ». Utiliser des plantes alimentaires pour remplir l’estomac des voitures, plutôt que celui des Hommes ne permet pas de répondre aux dérives de l’agriculture intensive et à la faim dans le monde… »

Arnaud Gossement, porte-parole de FNE ajoute : « En pleine semaine du développement durable, autoriser l’E10 un 1er avril relève d’une mauvaise blague. L’E 10 n’est bon ni pour la planète, ni pour le portefeuille. L’ E10 coûtera sans doute le même prix que le SP 95 actuel mais il en faudra davantage pour rouler autant… En réalité, l’E 10 est une offre inutile à une demande inexistante, le tout pour un résultat négatif ».

Le développement des agrocarburants pose un problème éthique majeur : un plein de 4x4, c’est 250 kg de céréales, soit la ration d’un homme pendant un an. France Nature Environnement rappelle que plus de 850 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim.

Je suis inquiet, très inquiet Claude-Marie Vadrot Reporterre 2009/04/01 Claude-Marie Vadrot (1er avril 2009 à 18h18,) Je suis inquiet, très inquiet. Reporterre. Tribune — fr

Je suis inquiet, très inquiet

Quand les vigiles français se comportent comme la police soviétique...

Je suis inquiet, très, très inquiet...

Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature. Une façon, avec ce « cours hors les murs », de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels. Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles... - « Monsieur Vadrot ? ». - euh...oui - Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit - Pourquoi ? - Je n’ai pas à vous donner d’explication.... - Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ? - Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum - Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte... - C’est non.... Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée. Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commence à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs, Alain Bué et Christian Weiss, insistent et menacent d’un scandale. Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique : - Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants... Je promets et évidemment ne tiendrais pas cette promesse, tant le propos est absurde. J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France. Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur...

La police de plus en plus violente durant les manifestations Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS) Reporterre 2009/04/01 Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS) (1er avril 2009 à 16h11,) La police de plus en plus violente durant les manifestations. Reporterre. fr

La police de plus en plus violente durant les manifestations

Les intimidations et les brutalités pratiquées par les forces de police envers les personnes se multiplient de façon alarmante lors des manifestations.

· Ainsi, le jeudi 19 mars, à Toulouse, le fils d’un camarade a été grièvement blessé par un tir de flash-ball. A Paris, des agents tentent d’intimider une camarade en tête du cortège SNCS en la menaçant de garde à vue et d’amende à cause « des propos injurieux à l’encontre du Président de la République » tenus dans la manifestation.

· Le jeudi 26 mars, une de nos camarades a été violemment brutalisée par des policiers en civil devant le CNRS au moment où des personnels venaient soutenir les occupants du siège.

· Le vendredi 27 mars, à Orléans, un étudiant participant à l’occupation du rectorat a été blessé par des policiers, puis arrêté et menotté, lors de l’évacuation. Il est cité à comparaître devant le tribunal le 9 septembre pour « rébellion ».

Des faits similaires se produisent de plus en plus souvent dans des lieux publics (gares, parcours de manifestation...) et dans les établissements d’enseignement (du primaire à l’université). Ces pratiques sont inadmissibles dans une société démocratique. Elles remettent en cause le droit de manifestation dans notre pays.

Le SNCS-FSU appelle les syndiqués à participer aux comités de soutien des personnes brutalisées par les forces de police, à faire circuler des pétitions de soutien, à envoyer des lettres aux élus.

Il demande au Gouvernement le respect des citoyens dans leur droit à manifester.

Appel pour les campagnes André Chassaigne et Jean Lassalle Reporterre 2009/04/02 André Chassaigne et Jean Lassalle (2 avril 2009) Appel pour les campagnes. Reporterre. Tribune — fr

Appel pour les campagnes

L’Etat abandonne les campagnes, devenues refuges d’Indiens et simples réserve et déversoir au service des villes.

Députés de territoires de campagnes, nous avons décidé de porter publiquement à votre connaissance notre sentiment du mal profond qui ronge de plus en plus cruellement une grande partie de notre espace national et des habitants qui y vivent. Devant l’agonie de pans entiers de territoires de France, métropole et territoires d’outre-mer, nous ne pouvons en effet rester plus longtemps silencieux.

Depuis plus de trente ans, l’Etat, avec la dégradation de ses services publics (l’école, la poste, la maternité, les tribunaux, les transports...), abandonne les campagnes françaises. Aujourd’hui, certains penseurs naturalistes et les adeptes de la rentabilité les transforment en réserves d’indiens. L’Etat ne porte plus une véritable politique d’aménagement du territoire et des espaces ruraux. Les agriculteurs, ruinés par des prix agricoles qui n’ont jamais été aussi bas, partent en faillite sans repreneurs, suivis par les commerçants et artisans qui ne trouvent personne à qui transmettre leur fonds de commerce ou leur savoir-faire. Les entrepreneurs désertent faute de soutien bancaire et d’infrastructures de transport dignes de ce nom. Les élus assistent impuissants à l’empilement de normes et de lois qui les paralysent et souvent au surendettement de leur commune qui bloque toute vision d’avenir.

Devant une situation si dramatique, il est de notre responsabilité de participer à l’élaboration d’une nouvelle manière de penser, d’être et d’agir qui corresponde à la réalité de ces terres abandonnées et aux besoins de populations qui ont la volonté de se sentir utiles.

Mais qui dira à l’opinion française la vérité sur la situation des campagnes sinon celles et ceux qui vivent le drame actuel dans leur chair ? Il est urgent de briser la « loi du silence » et de donner la parole à ces centaines de milliers de nos concitoyens qui ne demandent qu’à croire en leur destin et en l’avenir des territoires qu’ils habitent.

C’est pourquoi, transcendant les sensibilités politiques, nous appelons les habitants et acteurs des campagnes à rédiger des « cahiers de doléances » qui préfigureront les « États Généraux des campagnes françaises ». Si vous vous saisissez de cette initiative, cette démarche peut prendre une envergure pacifique, intelligente et refondatrice d’une ampleur que personne d’entre nous ne peut imaginer. De tels Etats Généraux pourraient déboucher sur une grande proposition de loi intitulée « Campagnes de France : grande cause nationale » portée par le peuple de France et qui aurait pour objectif de marquer l’arrêt du déclin de nos campagnes. Cette proposition de loi, le moment venu, pourrait être déposée à l’Assemblée nationale sous la signature de tous les parlementaires de notre pays.

C’est pourquoi, afin de faciliter l’engagement de tous nos concitoyens, nous voudrions adresser cet appel résolu :

- A vous populations rurales qui vous mobilisez pour la sauvegarde des services publics, pour essayer de trouver un emploi, pour ne plus être considéré comme des citoyens en dehors de la « vraie société », de « celle qui prend les décisions », de « celle qui compte » parce qu’elle détiendrait toutes les richesses. - A vous agricultrices et agriculteurs, paysans de France, qui manifestez contre un pouvoir d’achat de plus en plus virtuel, contre l’effondrement des prix agricoles, contre la hausse des marges de la grande distribution, - A vous commerçants, artisans, médecins, pharmaciens, infirmiers et professionnels de santé qui maintenez au quotidien la flamme de vie et qui trop souvent êtes les derniers à fermer les portes de nos villages. - A vous ouvriers et ouvrières des industries rurales dont les salaires sont au plus bas. - A vous travailleurs du secteur privé comme du secteur public, fonctionnaires et employés du tertiaire, à vous instituteurs et formateurs qui donnez tant à notre pays dans une telle indifférence. - A vous, associations qui agissez dans nos campagnes, bien souvent dans l’incompréhension des pouvoirs publics, pour maintenir un dernier lien social et humain. - A vous maires et ensemble des élus locaux qui luttez jour après jour pour tenter de garder un souffle de vie dans nos villes et villages, attirer des emplois, des jeunes, construire des projets d’avenir. - A vous aussi, compagnons des banlieues françaises, qui savez par expérience ce que signifie le sentiment d’être inutile à la nation et laissé au ban de la société. - A vous, médias et organes de presse qui pourriez vous engager dans cette belle et grande cause, - A vous chercheurs, penseurs, intellectuels qui ne pourriez vous résigner à ce qu’un pan entier de notre civilisation ne s’éteigne dans les toutes prochaines années. - A vous enfin, chers collègues Députés et Sénateurs, parlementaires de France, qui vivez au quotidien cette réalité et qui pensez que cette situation n’est pas une fatalité. - Et plus largement encore à vous tous, citoyens de notre pays, qui refusez un désastre qui ne dit pas encore son nom ! Assignons une nouvelle mission historique à nos campagnes. Avec cette grande cause nationale, quelle belle perspective nous pouvons redessiner pour l’ensemble de notre pays !

Jean Lassalle, Député des Pyrénées-Atlantiques André Chassaigne, Député du Puy-de-Dôme

G 20 : les paradis fiscaux restent bien protégés CCFD-Terre solidaire Reporterre 2009/04/03 CCFD-Terre solidaire (3 avril 2009) G 20 : les paradis fiscaux restent bien protégés. Reporterre. fr

G 20 : les paradis fiscaux restent bien protégés

Le Sommet de Londres ne résoud pas le problème que posent les paradis fiscaux aux pays pauvres.

Pour le CCFD-Terre Solidaire, qui demande de longue date une liste exhaustive des paradis fiscaux, les listes de l’OCDE publiées à l’issue du G20 relèvent plus du compromis diplomatique que de l’évaluation objective. Pour Antoine Malafosse, délégué général du CCFD-Terre Solidaire, « cet exercice ne résout en rien le fléau que représentent les paradis fiscaux pour les pays pauvres, qui sont les grands oubliés de ce G20 ».

L’OCDE a publié hier soir, à l’issue du G20, 4 listes de territoires : noire, gris foncé, gris clair et blanche[1]. Pour le CCFD-Terre Solidaire, le principe même de dresser plusieurs listes est bienvenu, car les paradis fiscaux n’ont pas tous la même dangerosité. Ces différentes listes peuvent encourager chaque territoire à améliorer ses pratiques pourvu qu’elles s’accompagnent de mesures graduelles de sanction. Mais les listes publiées hier présentent plusieurs problèmes :

· Les pays pauvres laissés pour compte

Pour figurer sur la liste blanche de l’OCDE, qui regroupe 30 pays riches, il suffit de signer des conventions fiscales d’échange d’information avec 12 pays. Autrement dit, une fois que la France, l’Allemagne et les principaux pays riches auront obtenu les informations qu’ils veulent, les paradis fiscaux seront considérés comme fréquentables ! Les pays en développement, qui voient chaque année 900 milliards de dollars s’envoler illicitement vers les paradis fiscaux, peuvent toujours attendre.

· Une liste blanche trop remplie

Les tractations ont duré toute la journée hier. Pour Jean Merckaert, spécialiste des paradis fiscaux au CCFD-Terre Solidaire, « Cette liste est le fruit d’un compromis diplomatique, car chaque pays du G20 a veillé à protéger ses dépendances. C’est toujours mieux que les 3 noms qui restaient sur l’ancienne liste de l’OCDE, mais le fait de mettre Jersey, la Barbade ou l’île Maurice sur la liste blanche et d’épargner Hong-Kong, la City de Londres ou l’Etat du Delaware aux Etats-Unis enlève toute crédibilité à l’exercice ».

· Une approche tronquée des paradis fiscaux

Il existe des paradis fiscaux, des paradis judiciaires et des paradis règlementaires. Chaque catégorie a fait l’objet d’une liste, par le passé, par des institutions distinctes (respectivement, l’OCDE, le GAFI et le Forum de stabilité financière). Or, ces différents cercles se regroupent largement et les ministres des Finances du G20 avaient ouvert la porte à une approche globale du problème. Pour Jean Merckaert, « en confiant la liste à l’OCDE, le G20 reconduit une approche tronquée des paradis fiscaux. On leur demande de coopérer avec le fisc étranger, mais pas avec la justice ! »

· Les critères de l’OCDE sont incomplets

Les critères de coopération fiscale de l’OCDE sont incomplets. Ils focalisent sur le secret bancaire, qui est un vrai problème, mais oublient que l’opacité peut prendre d’autres formes (trusts, fondations…). Ils exigent l’échange d’information « à la demande », et non de façon automatique (comme le prévoit la directive européenne sur l’épargne). Ce modèle est peu efficace : liée aux Etats-Unis par ce type de convention depuis 2005, Jersey n’a accepté de renseigner l’administration fiscale américaine que dans 4 cas, qui étaient déjà de notoriété publique.

[1] Cf. http://www.oecd.org/dataoecd/38/14/.... Dans les nuances de gris, l’OCDE différencie les « paradis fiscaux » des « autres places financières ».

Le Réseau Sortir du nucléaire censure Hervé Kempf Reporterre Reporterre 2009/04/04 Reporterre (4 avril 2009) Le Réseau Sortir du nucléaire censure Hervé Kempf. Reporterre. Tribune — fr

Le Réseau Sortir du nucléaire censure Hervé Kempf

L’article qui suit n’a pas été publié par le Réseau Sortir du Nucléaire, alors que celui-ci avait demandé à son auteur une tribune libre.

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On ne sortira pas du nucléaire sans changer de mode de vie

Lisez cette phrase prononcée par un ministre : « Je souhaite une augmentation de la concertation, mais la concertation n’a jamais retardé le programme. » Bon. Ajoutez le mot « nucléaire » derrière le mot « programme » et relisez la phrase : « La concertation n’a jamais retardé le programme nucléaire ». Cela rend un son familier, n’est-ce pas ? Sauf que la phrase en question, prononcée le 17 novembre 2008 par le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo, concernait le programme… éolien. Le programme : 8000 éoliennes en France en 2020. Et la concertation, c’est une pure formalité.

Voici un autre texte, un peu plus long : « La multiplication d’éoliennes industrielles en Ardèche au cours de ces dernières années, qui plus est sans que le nombre total de machines envisagé à terme ne soit fixé, fait peser une grave menace sur l’identité et l’originalité de ce territoire d’exception ; il est fort justement demandé aux Ardéchois des efforts conséquents pour transmettre aux générations futures des paysages de qualité (…) ; il faut préserver et entretenir ce patrimoine paysager hors du commun qui est déjà et sera de plus en plus facteur de développement local ;(…) les implantations de machines industrielles ne correspondent en rien à une nécessité énergétique : l’Ardèche produit bien plus d’électricité qu’elle n’en consomme et sa part en énergies renouvelables est de très loin supérieure à la moyenne nationale ; la construction de machines supplémentaires sur des sites équipés, quelques années après les premières installations et sans annonce initiale aux populations, dénature le sens des débats et des enquêtes publiques ; la recherche de taxe professionnelle à court terme à des échelles territoriales trop petites génère des compétitions et des incohérences. »

Ce texte demande un moratoire sur la construction d’éoliennes en Ardèche. Ce qui le distingue, c’est qu’il est signé, entre autres, par Pierre Rabhi et par Gilles Clément. Deux écologistes dont l’engagement et la richesse de pensée sont indiscutables. Il vaut la peine de se demander pourquoi ils ont signé ce texte.

Où veux-je en venir ? A mettre sur le papier une discussion que j’ai eue plusieurs fois avec des amis écologistes : laisser croire que les énergies renouvelables, à elles seules, pourront permettre la sortie du nucléaire, est une illusion. Accepter dans n’importe quelles conditions, par n’importe quelle entreprise, au mépris de toutes les oppositions, n’importe où, des parcs éoliens ou des centrales solaires, est anti-écologique. Si l’on veut aller vers la sortie du nucléaire tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, il faut penser et dire très clairement à nos concitoyens que la première nécessité est de réduire drastiquement la consommation d’électricité ; qu’ensuite, il faut beaucoup augmenter l’efficacité énergétique ; qu’enfin, mais seulement enfin, il faut développer les énergies renouvelables.

Autrement dit, il faut associer sortie du nucléaire et maîtrise du changement climatique avec un changement radical des modes de vie auxquels le capitalisme nous a habitués depuis une trentaine d’années.

Au fait, avez-vous remarqué ? M. Borloo veut 8000 éoliennes, mais ne dit rien contre les EPR en France, et rien contre les divers projets de centrales à combustibles fossiles. Il y a quelque chose qui cloche, non ?

Hervé Kempf

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Commentaire - 4 avril 2009

Il y a quelques semaines, le directeur du Réseau Sortir du nucléaire, Philippe Brousse, m’a demandé d’écrire une tribune libre pour le numéro de printemps de la revue de cette organisation. Approche le moment de remettre le texte, à la mi-mars. J’y travaille un soir, et envoie la tribune par courriel au Réseau.

Coup de fil le lendemain matin. « On est un peu gênés, vous citez le Réseau et Negawatt dans le texte. » Effectivement, dans deux mentions, je signalais que j’avais plusieurs fois discuté du problème des éoliennes et des économies d’énergie avec des amis de ces deux associations. « Pas de problème, ce n’est pas important, j’enlève ces mentions et vous renvoie le texte. » Ce que je fais, et l’article – repris ci-dessus – repart vers Lyon par les voies d’Internet.

Une demi-heure ou une heure plus tard, nouveau coup de fil de Philippe Brousse. « Ecoutez, on a discuté du texte en comité de rédaction, et il ne veut pas le passer. – Ah. Pourquoi ? ». Vient ensuite une explication alambiquée, dont je ne garde pas le souvenir mot à mot, mais qui revient à dire que la position du Réseau a toujours été de mettre en avant les économies d’énergie, et que, bon, le texte ne passe pas. « Mais, dis-je, c’était une tribune libre. – Oui, mais on pensait que vous feriez un résumé de votre livre. – Moi, ce qui me paraissait important de discuter avec le Réseau, c’est de poser une question de politique énergétique de fond. Une tribune libre, c’est libre, non ? ». Un silence. Qui dure un peu, le temps que souffle un vent sibérien. « Au revoir. – Au revoir. » On raccroche.

Cette histoire m’attriste. C’est quasiment une des premières fois, je me demande même si ce n’est pas la première, dans une vie professionnelle assez longue, qu’un article – que de surcroit l’on m’avait demandé – est refusé. Et par des gens dont j’estime le travail, même si je n’en partage pas toutes les idées.

Je ne rappellerai pas ici la longue liste des enquêtes et des scoops sur l’industrie nucléaire que j’ai publié depuis une vingtaine d’années.

La censure, le refus de réfléchir, ne vient pas toujours d’où l’on croit. Une anecdote : il y a quelques années, la revue Contrôle, éditée par ce qui est devenu l’Autorité de sûreté nucléaire, m’avait demandé un article. Je leur avais envoyé : il était assez salé, croyez-moi, et reprenait la façon dont les services de communication menaient une transparence qui n’était que d’apparence. Je n’avais pas trempé ma plume dans l’eau tiède. Contrôle l’avait publié sans broncher.

Le Réseau Sortir du nucléaire – ou du moins son comité éditorial, parce que j’ai assez d’amis et de connaissances dans ce groupe pour savoir que ses membres ne sont pas tous bornés - a peur des idées qui ne vont pas dans sa doxa. Et sa doxa, c’est : on ne critique pas les éoliennes. Grand bien lui fasse. Moi, je reste libre, et plus que jamais méfiant des groupes qui croient détenir la vérité.

H.K.

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Courriel de Philippe Brousse, directeur du Réseau Sortir du nucléaire envoyé le 7 avril 2009 à Hervé Kempf et à diverses listes de distribution.

Bonjour,

Le 4 avril 2009, Hervé Kempf, journaliste au monde, a publié une réaction intitulée « Le Réseau Sortir du nucléaire censure Hervé Kempf »

Il a publié ce texte sur le site : http://reporterre.net/spip.php?article291

Voici le point de vue du Réseau “Sortir du nucléaire” sur cette affaire.

Suite à la publication du livre “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme”, le Réseau Sortir du nucléaire avait convenu avec Hervé Kempf de publier une tribune libre qui présenterait son livre et les arguments sur le thème de l’énergie qu’il y développe.

Hervé Kempf a fait parvenir cet article au Réseau très tardivement, le soir même de la clôture de la revue Sortir du nucléaire du printemps 2009.

Cet article n’évoquait pas le livre qu’il devait présenter mais abordait de façon polémique la question du développement éolien. Le comité de rédaction de la revue a estimé que cette position ne pouvait être publiée sans être mise en balance avec d’autres arguments. Vu les délais de bouclage, cet aménagement de dernière minute n’était pas possible. Le directeur du Réseau, Philippe Brousse, a donc informé Hervé Kempf que l’article ne serait pas publié dans la prochaine revue du Réseau.

Quelques jours plus tard, Hervé Kempf publiait sur internet une réaction invoquant la censure de son article, suscitant une controverse dans plusieurs listes de diffusion militantes.

Pour faire suite à cette affaire, le Conseil d’Administration du Réseau “Sortir du nucléaire” sera sollicité courant avril pour prendre une décision concernant l’éventuelle publication de cette tribune libre dans la revue Sortir du nucléaire n°43 de l’été 2009. Le CA sera également consulté sur l’opportunité de publier en regard un autre article qui présenterait un point de vue nuancé.

Pour plus de précisions, voici un rappel détaillé des faits :

1/ Le 18 février 2009, suite à la parution du dernier livre d’Hervé Kempf "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme", Jean-Pierre Morichaud envoyait un mail au comité de rédaction de la revue Sortir du nucléaire pour suggérer que les 4 pages de ce livre consacrées à l’énergie soient intégralement reproduites dans la revue du Réseau. Il met Hervé Kempf en copie.

2/ Le 19 février 2009, Hervé Kempf répond par mail : "Je suis très heureux que "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" vous ait plu. Cependant, vous ne pouvez pas reproduire un aussi long passage du livre sans l’aval de l’éditeur ni de l’auteur. Merci donc de ne pas opérer cette reproduction. Avec mes amicales salutations."

3/ Le 24 février 2009, Hervé Kempf appelle très brièvement le secrétariat national du Réseau "Sortir du nucléaire" pour préciser une nouvelle fois son opposition à la publication des pages de son livre dans la revue Sortir du nucléaire.

4/ Le 27 février 2009, Philippe Brousse, directeur du Réseau "Sortir du nucléaire" appelle Hervé Kempf pour discuter avec lui. Il lui précise que l’idée de publier les 4 pages de son livre avait été simplement envisagée en interne, et que le Réseau "Sortir du nucléaire" lui aurait demandé son accord préalable. Hervé Kempf confirme qu’il ne souhaite pas que ces pages soient publiées dans la revue du Réseau. Prenant bien volontiers acte de ce refus, Philippe Brousse propose alors à Hervé Kempf de rédiger, sous forme de tribune libre, une présentation de son livre et des arguments sur le thème de l’énergie qu’il y développe. Celui-ci accepte. Le délai pour envoyer cet article est fixé au 15 mars et confirmé par mail le même jour.

5/ Hervé Kempf n’ayant pas envoyé son article à la date convenue, Nadège Morel, responsable des publications, le contacte le 27 mars. Elle lui laisse un message téléphonique et par mail pour lui demander s’il serait en mesure d’envoyer l’article avant le 30 mars, date ultime de clôture pour la revue n°42 du printemps 2009.

6/ Après plusieurs échanges, Hervé Kempf envoie finalement son article dans la soirée du 30 mars.

7/ Le 31 mars, Philippe Brousse sollicite en urgence plusieurs membres du comité de rédaction pour recueillir leur avis sur la publication de la tribune libre d’Hervé Kempf. Ils émettent un avis unanimement défavorables à la publication de cet article. En effet, il ne correspond pas à la demande initiale, puisqu’il ne fait aucun lien avec le livre qu’il devait présenter. De plus, il aborde de façon polémique la question du développement éolien en donnant une large place à des arguments anti-éoliens jugés contestables. Enfin, il laisse entendre que notre organisation laisse croire que “les énergies renouvelables, à elles seules, pourront permettre la sortie du nucléaire”, alors que le Réseau met constamment en avant la nécessité d’économiser l’énergie en tout premier lieu. Le comité de rédaction a jugé qu’une telle position nécessiterait au minimum d’être mise en balance par un autre point de vue, sous forme d’un débat ou d’un droit de réponse. La revue étant en dernière phase de bouclage, cet aménagement de dernière minute n’était pas possible. Philippe Brousse téléphone donc à Hervé Kempf pour l’informer que l’article ne sera pas publié dans la prochaine revue du Réseau. Il lui précise que le débat sur la question de l’éolien reste ouvert et que le Réseau "Sortir du nucléaire" entend bien continuer à faire avancer sa position sur cette question importante en tenant compte d’éléments de réflexion contradictoires.

8/ Le 4 avril, Hervé Kempf publie sur son site http://reporterre.net un article intitulé “Libertés : Le Réseau Sortir du nucléaire censure Hervé Kempf”. Cet article est diffusé largement via plusieurs listes de diffusion et provoque de nombreuses réactions.

9/ Pour faire suite à cette affaire, le CA du Réseau “Sortir du nucléaire”va être sollicité courant avril pour prendre une décision concernant l’éventuelle publication de cette tribune libre dans la revue Sortir du nucléaire n°43 de l’été 2009. Le CA sera également consulté sur l’opportunité de publier en regard un article présentant un point de vue nuancé.

Je vous tiendrai au courant de la décision qui sera prise.

Très cordialement,

Philippe Brousse.

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Courriel de Hervé Kempf à Philippe Brousse envoyé le 7 avril 2009.

Cher Philippe Brousse et chers amis du Réseau,

Je vous remercie d’avoir établi le rappel des faits. Votre compte-rendu est pour l’essentiel exact, à la nuance du point 4 : de notre conversation téléphonique, j’avais retenu l’idée de "tribune libre". Un courriel de Nadège Morel le confirmait ; elle m’écrivait le 30 mars : "Oui, le thème est “libre”, d’après ce que m’a dit Philippe suite à vos discussions téléphoniques vous étiez intéressé pour rédiger une forme de “tribune libre” sur la problématique de l’énergie, qui illustrerait notamment le point de vue et les arguments que vous avez développé dans votre livre.".

Notons au passage (votre point 5) qu’elle m’avait écrit le 26 mars : "Etant tous très occupés... nous avons “oublié” de vous rappeler la date fixée au 15 mars. Je m’en aperçois un peu au dernier moment alors que nous sommes très près du bouclage.".

La tribune que vous m’avez demandée illustre le point de vue que j’ai développé dans ce livre en ce qui concerne l’énergie : sans économies d’énergies posées comme priorité absolue, ni le nucléaire ni rien d’autre ne permettra d’éviter la crise climatique.

Il est heureux que, malgré votre refus, le texte ait pu être publié. Reporterre, même si c’est un site tout à fait modeste, n’a d’autre ambition que de présenter les arguments, informations, débats qui font la vie du mouvement écologiste, vie sans laquelle aucun combat ne sera gagné.

Merci de diffuser ce message aux listes du Réseau. Je publierai pour ma part votre mise au point sur www.reporterre.net.

Avec mes salutations amicales.

Hervé Kempf

Comment le capitalisme a envahi nos assiettes Aurélien Bernier Reporterre 2009/04/06 Aurélien Bernier (6 avril 2009) Comment le capitalisme a envahi nos assiettes. Reporterre. Tribune — fr

Comment le capitalisme a envahi nos assiettes

Quelle nourriture mangeons-nous ? Que trouvons-nous dans nos assiettes, dans nos réfrigérateurs, dans nos restaurants favoris, dans nos cantines ? La réponse à ces questions simples peut rapidement faire peur : aliments transgéniques, plantes mutantes, fruits et légumes aux résidus de pesticides, viande piquée aux antibiotiques, quand elle n’est pas clonée... Une énumération qui n’est pas sans rappeler les usines Tricatel du film « L’aile ou la cuisse ».

Mais brosser ce tableau inquiétant de l’agriculture et de l’alimentation industrielle est moins important que de comprendre les raisons qui ont permis à ce modèle de s’imposer. Deux fondamentaux expliquent cette déferlante de nouveautés culinaires toutes plus appétissantes les unes que les autres.

En premier lieu, elle est le produit d’une approche scientiste, qui véhicule une vision mécaniste du vivant. On pourrait croire qu’il s’agit là d’un débat réservé aux philosophes, mais il n’en est rien. Car si le vivant n’est qu’une mécanique et que l’on peut décrire dans les grandes lignes son fonctionnement, il devient envisageable de le modifier pour l’ « améliorer » grâce à la technoscience. Ce raisonnement est bien plus utile qu’il n’y paraît, puisqu’il présente l’avantage indéniable pour les pouvoirs en place d’évacuer le débat politique. En effet, si la technoscience est en mesure de remédier à tous les maux – la malnutrition, le changement climatique, l’épuisement des ressources naturelles... – , à quoi bon interroger notre modèle de développement ? Le poids écrasant de ce scientisme a permis de détourner le mouvement d’alerte sociale et environnementale lancé par le Club de Rome dans les années 1970 pour consacrer le développement durable, qui n’envisage plus aucun changement radical et parie largement sur les progrès de la science pour sauver la planète. Contrairement à Albert Einstein, qui estimait qu’on ne peut résoudre les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés, les états répondent aux crises par la technoscience, mais aussi par la croissance, le marché, la concurrence libre et non faussée.

La technoscience est en effet intimement liée à cette seconde composante qui permet à l’industrie de l’agroalimentaire de commercialiser tout et n’importe quoi. Il s’agit bien-sûr du modèle économique, celui du capitalisme néolibéral. L’économiste Adam Smith a énoncé très tôt un principe implacable : baisser le coût de l’alimentation permet d’éviter d’augmenter les salaires – voire de les réduire – tout en laissant intact le pouvoir d’achat. Des produits alimentaires à bas prix satisfont les intérêts de l’ensemble du patronat. Il faut donc industrialiser l’agriculture pour abaisser les coûts de production. Voici la principale raison pour laquelle l’histoire de l’agriculture et de l’alimentation a suivi le chemin tracé par le néolibéralisme

La mondialisation de la production et du commerce de produits alimentaires a connu trois grandes phases. L’arrivée des tracteurs équipés de moteurs à explosion au début du XXe siècle aux États-Unis constitue un premier bouleversement. En 1918, près de 30% des surfaces cultivées servaient à nourrir les animaux de trait, principalement avec de l’avoine. Quarante ans plus tard, ce chiffre était tombé à zéro. Cette évolution technologique considérable eût deux conséquences particulièrement importantes : premièrement, les terres utilisées pour l’autoconsommation étaient toujours cultivées, mais la récolte devait être vendue ; deuxièmement, les fermiers s’endettaient pour acheter leurs machines, et devaient donc dégager des revenus supplémentaires. Du fait de l’augmentation fulgurante de la productivité et des quantités mises sur le marché, les États-Unis affrontèrent dans les années 1920 et 1930 une crise des excédents agricoles, et recherchèrent de nouveaux marchés d’exportation. Pour conquérir ces marchés, ils misèrent très largement sur la culture du soja, qui permet non seulement d’accélérer la croissance du bétail, mais qui possède en outre l’avantage de fixer l’azote de l’air et de le restituer au sol, remplaçant ainsi la fumure disparue en même temps que les animaux de trait.

L’après guerre constitue également une phase de transformation importante du monde agricole. Il faut nourrir les populations meurtries par les conflits en produisant plus... et reconvertir les usines d’armes chimiques, qui trouveront une nouvelle activité dans la production d’intrans pour l’agriculture. L’Europe se place sous dépendance américaine en signant les accords de Dillon en contrepartie du plan Marshall, qui l’obligent à acheter ses oléo-protéagineux, base de l’alimentation du bétail, aux américains. Cette situation sera confortée à la fin du GATT par les accords de Blair-House, encore en vigueur aujourd’hui. L’Europe cultivera donc majoritairement des céréales, qu’elle exportera en partie, et nourrira son bétail avec du soja d’importation. Avec les crises pétrolières des années 1970, les produits agricoles européens sont une des principales monnaies d’échange utilisées pour acheter un pétrole cher. L’orientation productiviste s’en trouve évidemment renforcé.

La dernière phase de conversion de l’agriculture au modèle intensif et au libre-échange est le produit de la contre-révolution conservatrice initiée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan dans les années 1980. Afin de redresser les taux de profit mis à mal par les acquis sociaux de l’après guerre, les grandes puissances financières se lancent dans une réorganisation à l’échelle planétaire de leurs modes de production. En effet, le développement des réseaux de transport et de communication permet d’envisager la mise en œuvre d’une stratégie connue maintenant sous le nom de mondialisation. Un formidable mouvement de dérégulation est orchestré pour permettre aux grandes entreprises de produire ce qu’elles veulent, comme elles le veulent, où elles le veulent, de vendre cette production partout sur la planète, et de rapatrier leurs bénéfices à moindre frais. Alors que la dette des pays du Sud sert à maintenir ces derniers sous contrôle, le salariat des pays développés est rediscipliné par le chômage, produit de la mondialisation. Cette réorganisation se fait au profit des États-Unis et dans une moindre mesure de l’Union européenne. L’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui régit à présent 98% du commerce mondial et englobe le marché des produits alimentaires, en est le principal vecteur. La percée de la Chine et de l’Inde, qui deviennent des acteurs majeurs du commerce international au début des années 2000, ne fera qu’accélérer ce mouvement.

L’un des meilleurs exemples permettant d’illustrer le fait que cette agriculture et cette alimentation industrielle sont avant tout le produit d’une construction politique est celui des OGM. A la fin des années 1970, des multinationales du tabac et de l’agroalimentaire s’emparent des progrès du génie génétique, qui leur offre de nouvelles perspectives. La condition indispensable est de détenir un droit : celui de breveter le vivant. Il sera obtenu de la Cour Suprême des États-Unis en 1980, puis de l’Union européenne en 1998. Dès lors, la porte est grande ouverte aux aliments transgéniques. Deuxième étape essentielle pour les firmes : éviter toute réglementation trop contraignante et donc trop coûteuse. Les États-Unis de Ronald Reagan adoptent en 1986 un principe, celui de l’équivalence en substance, qui établit qu’une plante transgénique ne sera pas évaluée différemment d’une plante traditionnelle. Les aliments transgéniques ne seront donc pas tracés. En Europe, la législation mise en place est plus hypocrite, mais tout aussi scandaleuse. Les OGM sont évalués « au cas par cas ». Mais dans la pratique, on demande aux multinationales de mener elles-mêmes les études attestant de l’innocuité de leurs produits...

En utilisant l’OMC, les pays producteurs d’OGM (États-Unis, Argentine, Canada, Brésil) exercent une pression terrible sur les pays importateur pour éviter que le commerce des OGM ne soit limité. Totalement acquise au libre-échange, la Commission européenne a systématiquement autorisé les demandes d’homologation d’OGM qui lui ont été présentées, qu’il s’agisse de mise en culture ou d’importations d’aliments. Quelques problèmes subsistent malgré tout. Ainsi, le développement de l’agriculture biologique et celui des OGM sont incompatibles. Mais là encore, l’Union européenne a trouvé la solution. Il suffit d’autoriser la présence d’OGM dans les produits biologiques, ce qui est le cas depuis le 1er janvier 2009, avec l’entrée en vigueur d’un règlement qui s’impose aux états membres.

Cet exemple édifiant montre, comme beaucoup d’autres, que nous trouvons dans nos assiettes le résultat d’un modèle économique. Pour réellement changer notre alimentation, au delà de la niche que représente aujourd’hui l’agriculture biologique ou « durable », il faut changer de modèle économique. Ceci suppose de remettre en cause le libre-échange. La re-localisation des activités, qu’elles soient agricoles ou industrielles, est en effet le seul moyen de restaurer un contrôle démocratique sur la production. Il faut maintenant dépasser la simple critique de cette idéologie qui produit toutes les crises possibles (financières, économiques, alimentaires, environnementales et sanitaires) et en tirer les conclusions qui s’imposent. Pour mettre en place d’autres politiques, basées sur la solidarité, la coopération, la protection de l’environnement et de la santé, il faut sortir du cadre de l’OMC et en finir avec l’euro-libéralisme. La désobéissance européenne, c’est à dire le refus d’appliquer des directives ou des règlements d’inspiration libérale est le premier point de passage obligé. Pour ne prendre qu’un exemple parmi bien d’autres, le seul moyen de répondre à la question des OGM en respectant la volonté des citoyens est de refuser l’application des directives et des règlements sur lesquels s’appuie la Commission européenne pour les imposer. Ce combat dépasse de loin les seules questions environnementales, sanitaires ou agricoles. Il s’agit ni plus ni moins de redonner à la souveraineté populaire un sens qu’elle n’aurait jamais du perdre.

Téléphones : du rififi sur les mesures d’ondes Agir pour l’environnement et Priartem Reporterre 2009/04/06 Agir pour l’environnement et Priartem (6 avril 2009) Téléphones : du rififi sur les mesures d’ondes. Reporterre. fr

Téléphones : du rififi sur les mesures d’ondes

Etude et contre-étude : difficile de comprendre à quoi les antennes relais nous exposent.

Faisant suite à la publication d’une étude métrologique menée par le Professeur Jean-François Viel en 2005 à Besançon, les associations ont décidé de rendre publics les résultats d’une analyse des 250 dernières mesures de champ électromagnétique mises en ligne sur le site de l’Agence Nationale des Fréquences (ANFr), http://www.cartoradio.fr.

Les résultats de cette contre-enquête associative s’opposent de la façon la plus absolue aux conclusions du Professeur Viel qui laissent à penser que l’exposition aux radiofréquences de la téléphonie mobile augmenterait avec la distance et que la contribution de la radio et de la télévision serait plus importante dans le champ global que les ondes de la téléphonie mobile.

Les 250 relevés de mesures de l’ANFr, effectuées sur tout le territoire national de Décembre 2008 à Mars 2009, ne confirment pas de liens « statiquement significatifs » entre l’éloignement et l’exposition ; la distance n’étant en effet qu’un des éléments parmi tant d’autres (densité du réseau, antennes bi ou tri-bandes, hauteur de l’habitation, nature des matériaux composant les habitations) permettant d’expliquer le niveau du champ. En tout état de cause, les conclusions du Pr Viel sont manifestement contraires aux lois de la physique qui énoncent que la valeur du champ rayonné décroit avec le carré de la distance.

Les associations relèvent également que sur les 250 mesures, par 205 fois (contre 4 fois pour la FM et 3 fois pour la TV), la téléphonie mobile est de très loin la contribution majoritaire. Pour Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, « ces éléments objectifs issus de mesures effectuées par une agence d’Etat devraient une fois pour toutes mettre un terme aux assertions erronées selon lesquelles la radio et la télé exposeraient plus fortement les riverains que les antennes relais. Même si cela paraît une évidence, il est bon de rappeler, preuve à l’appui, que les antennes relais sont la source principale d’exposition… des riverains d’antennes relais. Cette évidence ne semble pas partagée par tout le monde, au grand étonnement des associations. »

L’étude minutieuse des relevés de mesures de l’ANFr démontre également que, bien que le niveau moyen du champ électromagnétique soit relativement faible, 17,6% des sites étudiés font apparaître des champs supérieurs à 2 V/m (ce qui est déjà loin d’être négligeable), dont l’un d’entre eux frôlant les 17 V/m. Pour Janine Le Calvez, Présidente de Priartém, « à l’issue de cette contre-enquête associative, il ne sera désormais plus possible d’affirmer, comme l’a fait récemment le Premier ministre, que les niveaux de champs mesurés à proximité des antennes relais ne font pas apparaître de champ élevé et qu’à ce titre il n’y a pas lieu de légiférer ».

En rendant public fort opportunément à quelques jours du Grenelle de la téléphonie mobile les résultats d’une étude vieille de plus de 3 ans et demi, limitée dans le temps, dans l’espace, l’étude de dosimétrie coordonnée par le Pr Viel semble tenter d’accréditer des thèses largement défendues par les opérateurs selon lesquelles la téléphonie mobile ne serait pas une source majeure d’exposition aux ondes électromagnétiques et selon lesquelles l’éloignement des lieux de résidence des antennes serait inutile, voire inopportun.

La contre-enquête associative démontre le contraire et ce à l’aide de mesures officielles. Une fois encore, les vaines tentatives orchestrées par le lobby de la téléphonie mobile ne résistent pas à l’analyse des faits.

Les Décroissants discutent avec le Parti de Gauche et le NPA Parti pour la Décroissance et Mouvement des objecteurs de croissance Reporterre 2009/04/06 Parti pour la Décroissance et Mouvement des objecteurs de croissance (6 avril 2009) Les Décroissants discutent avec le Parti de Gauche et le NPA. Reporterre. fr

Les Décroissants discutent avec le Parti de Gauche et le NPA

La décroissance et la gauche ? Ils discutent. Reconnaissent - comme un géographe reconnait une nouvelle terre - leurs convergences et leurs divergences. Une bonne nouvelle, non ?

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Compte-rendu de la rencontre entre le NPA, MOC et le PPLD le 24 février à Paris

Compte-rendu de la rencontre du 24 février à Paris entre le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) le Mouvement « les Objecteurs de Croissance » (MOC) et le Parti Pour La Décroissance (PPLD)

Pour la première fois, nos trois organisations se sont rencontrées afin de mieux se connaître, d’échanger sur le fond politique les propositions des uns et des autres, et envisager d’éventuelles collaborations ultérieures.

Cette rencontre était à l’initiative de Paul Ariès, objecteur de croissance indépendant. Il n’a pas participé à cette réunion. Sa proposition, publiée dans Politis de proposer une tête liste Décroissance dans une région pour les européennes, n’a pas de l’avis de tous semblé satisfaisante.

Le NPA a d’abord exprimé sa forte volonté de travailler avec le MOC et le PPLD sur deux niveaux :

1. Le long terme : ce qui existe déjà à travers des rencontres régulières lors de séminaires, rencontres et conférences et aussi à travers des thèmes comme l’écologie, l’anti-nucléaire ou les changements climatiques. 2. Le court terme : par la proposition de travailler ensemble pour les européennes, proposition que le NPA a débattu avec l’ensemble de la gauche à gauche du PS.

La discussion a permis de mettre en évidence quelques convergences de fond entre le NPA d’un côté, le MOC et le PPLD de l’autre, dans la volonté forte de construire une nouvelle société anticapitaliste et antiproductiviste ainsi que dans les luttes anti-nucléaires et environnementales.

Un certain nombre de divergences sont néanmoins apparues. En particulier, avec des approches différentes sur les questions de la simplicité volontaire, de la place du travail dans la société et la notion de développementisme. La divergence la plus importante concerne la méthode et la stratégie : le NPA étant sur un positionnement consistant à faire des propositions de transition qui partent des situations concrètes vécues par la population et les salariés pour travailler à un projet de société alternatif au capitalisme. Alors que de leur côté, le MOC et le PPLD sont beaucoup plus sur une approche de révolution culturelle associée à l’élaboration d’un nouveau projet de société.

Si des divergences nous séparent, le débat a permis aussi de lever un certain nombre d’ambiguïtés et de constater des accords sur certaines questions. Nos trois organisations partagent l’idée qu’il est nécessaire que se développe un pôle d’écologie radicale face à l’écologie gouvernementale, ou celle d’accompagnement incarnée par les Verts. Et elles partagent l’idée qu’un tel pôle puisse se retrouver dans diverses organisations.

Nous envisageons de poursuivre nos échanges et nos débats, dans un premier temps autour de la question européenne, même si dans un délai si court, il est peu vraisemblable de trouver un accord pour permettre de partir ensemble, en élaborant des propositions communes.

Le NPA, le MOC et le PPLD se sont mis d’accord pour travailler ensemble sur le fond et sur le long terme. Le MOC et le PPLD enverront prochainement leur plate-forme commune au NPA afin de mieux estimer les points de convergences et de divergence.

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Rencontre entre le Mouvements des Objecteurs de Croissance (MOC), le Parti pour la Décroissance (PPLD) et le Parti de Gauche (PG) 19 mars 2009

Etaient présents : Pour le MOC : Jean Luc Pasquinet Pour le PPLD : Rémy Cardinale et Chistophe Degennes Pour le PG : Corinne Morel Darleux et Eric Coquerel

Le PPLD se présente : il a été créé en 2005-2006 et a connu des débuts difficiles dus à des désaccords de fond sur l’engagement en politique. En 2006, une association a également été créée pour organiser des rencontres du réseau des objecteurs de croissance. Les fondateurs d’origine du PPLD ne sont plus membres de ce parti. Une nouvelle équipe a souhaité relancer le PPLD en 2008 avec comme objectif de fédérer l’objection de croissance. Ils ont rencontré dans ce cadre des objecteurs de croissance indépendants et le MOC. Le 13 février 2009, le PPLD et le MOC ont décidé de s’unir afin de travailler ensemble à la constitution de listes Décroissance aux européennes. Mais néanmoins le PPLD et le MOC gardent leur propre autonomie.

L’appel à la constitution de listes Décroissance pour les élections européennes 2009 lancé notamment par Vincent Liegey et Rémy Cardinale, mis en ligne sur Internet en décembre dernier, a recueilli plus de 1600 signatures sans aucune aide de grands médias. Une réunion de lancement aura lieu le 25 avril prochain pour lancer l’Association Des Objecteurs de Croissance (ADOC-France), regroupant des OC indépendants, le PPLD et le MOC.

Le PPLD et le MOC n’ont pas peur de se présenter comme des non professionnels de la politique politicienne ou électoraliste. Le PPLD est convaincu que la simplicité volontaire, qui est un des piliers de la Décroissance, n’est pas suffisante et qu’il est grand temps de passer à l’action collective. Le PPLD a pour ambition d’offrir un débouché politique à l’objection de croissance et de manière plus large d’apporter des réponses en cohérence avec les questions environnementales et sociales dans cette période de crise inédite.

Le PG demande au PPLD et au MOC s’ils se définissent comme des mouvements de gauche.

Le PPLD et le MOC ne peuvent se définir comme étant « de gauche ». Ce clivage gauche-droite leur semble aujourd’hui dépassé dans ce contexte de crise anthropologique, c’est-à-dire économique, financière, énergétique, écologique, sociale et culturelle. Sur cette question, le PPLD s’interroge encore quant à la définition d’« être de gauche ». Ils soulignent en revanche qu’ils restent extrêmement vigilants face aux tentatives de récupération par l’extrême droite. Le PPLD, bien que composé de personnes venant d’une culture de gauche, souhaite transcender le clivage gauche-droite en ne s’interdisant aucune discussion avec d’autres partis (certains membres du PPLD ont des contacts avec des militants du MODEM).Le PPLD souhaite rassembler des personnes en quête de sens. Il réaffirme néanmoins être résolument anticapitaliste, antiproductiviste et donc anticonsumériste.

Quant au MOC c’est une question ouverte, car face à la grave crise environnementale, sociale et humaine engendrée par le modèle de développement industriel et techno-scientiste, il y a nécessité de dépasser les idéologies, issues des pensées politiques du 19e siècle, dont se réclame la gauche de gouvernement, Il souligne en revanche qu’il lutte contre l’extrême droite, le capitalisme et le productivisme, pour une écologie radicale et autogestionnaire.

Le MOC rappelle qu’il a eu des élus alliés avec la LCR et « la gauche alternative » en 2007 (Thierry Brulavoine à St Nazaire notamment), il a plutôt des adhérents venant du monde ecolo-libertaire, alternatif, ultra-gauche ou spiritualiste (Gandhi).

Enfin, Europe-Décroissance du fait de cet héritage des valeurs dites de gauche a pour l’instant rencontré deux partis : le NPA et le PG.

Le PG souligne qu’il s’agit là d’une divergence politique. Le PG se définit en effet comme un parti de gauche, appelant au dépassement du capitalisme et rejetant le modèle productiviste. Pour le PG, la critique du productivisme n’est pas compatible avec la droite qui privilégie une logique de profit. Le PG mentionne également à titre d’exemple sa divergence avec le rassemblement Europe-Ecologie, qui place la ligne de clivage sur l’environnement et non sur la question du libéralisme qui est pour le PG un préalable à une véritable approche écologique. Enfin, le PG précise qu’être de gauche signifie partager un certain nombre de valeurs relatives à la notion de bien commun, d’intérêt général, d’égalité, de progrès social.

Le PPLD indique que la gauche a aussi été et est toujours productiviste. Il questionne le choix d’un accord avec le PCF.

Le MOC souligne que les Verts ont dilué leur programme pour obtenir des postes, et que c’est pour ce type de raison que le MOC ne souhaite pas retomber dans l’électoralisme.

De plus, le MOC rappelle que le PCF est à l’origine du développement du nucléaire et remarque que ce parti y reste très attaché.

Le PG précise que le texte commun rédigé avec le PCF pour le Front de Gauche aux européennes remet très clairement en cause le productivisme. Il précise qu’il faut également parler de souveraineté populaire dans les valeurs de gauche : le nucléaire par exemple n’a pas fait l’objet de débat public avec les éléments dont on dispose aujourd’hui pour prendre des décisions en connaissance de cause.

Le PPLD ajoute qu’il faudrait définir ce qu’on entend par intérêt général et bien commun en revenant sur la définition donné par le PG de ce qu’est « être de gauche ».

Le PG rappelle que c’est à l’appel de JL Mélenchon et de M Dolez que s’est construit le PG, rapidement rejoint par des mouvements politiques et personnalités. Le PG rassemble aujourd’hui plus de 4000 adhérents et a pour objectif de parvenir à 8000 adhérents en Juin. Face à l’offensive historique du libéralisme, le PG a été créé pour répondre au besoin d’une gauche forte et possiblement majoritaire pour changer le système et porter l’alternative au capitalisme. Son objectif stratégique est le rassemblement de toutes les traditions de la gauche dans un parti gouvernemental à vocation majoritaire. Le PG se veut l’artisan de l’unité et de la refondation de la gauche, dans un parti creuset alliant le meilleur des traditions de la gauche écologique, républicaine, laïque, féministe…

C’est dans ce cadre que s’est créé le Front de Gauche pour les européennes, avec l’ouverture à toutes les forces de la gauche antilibérale, sans exclusive. Le Front de Gauche rassemble aujourd’hui le PCF, le PG et la Gauche Unitaire.

Le clivage gauche-droite est donc fondamental pour le PG, face aux lois du marché et du profit.

Le MOC rappelle qu’il existe un processus de convergence de l’écologie radicale et donc une alternative de rassemblement.

Le PG indique qu’il connaît bien ce mouvement. Le PG explique son positionnement sur la réorientation énergétique et la planification écologique, sur des choix tenus à l’abri des logiques de marché.

Le PPLD souligne que cela pose aussi la question de maintenir notre train de vie (réévaluer nos consommations et productions) en rappelant que l’empreinte écologique d’un français s’élève à plus de trois planètes et que notre modèle de production et de consommation n’est pas soutenable.

Le PG précise que le train de vie n’est pas le même pour tous et qu’au-delà de la question technique, il s’agit de répondre aux besoins sociaux de tous, notamment dans les pays du Sud où la question est celle de la survie. Cela implique de définir ce que sont ces besoins sociaux et de poser la question des indicateurs de richesse. Aujourd’hui rentrent dans le calcul de la croissance des besoins qui n’en sont pas. Cette réflexion doit être menée en lien avec l’urgence écologique, l’urgence sociale et la répartition des richesses.

Le PPLD rappelle que le premier point de son programme pour les élections européennes est la mise en place d’un revenu citoyen pour tous et sans contrepartie.

Le MOC indique que le service public n’empêche pas les accidents nucléaires et que le service public à la française n’a pas vraiment été développé pour défendre l’intérêt général. Il déplore son délitement mais aussi son accaparement par une élite sociale : X, Mines, Ponts qui décide pour le peuple. Les services publics ont ainsi contribué à l’organisation de la société par la « contre-révolution technique ». Le service public enfin ce sont les « lois de Roland » de continuité (interdiction du droit de grève), adaptabilité (acceptation de toutes les révolutions techniques sans les discuter) et d’égalité (seul principe que nous soutenons). Le MOC précise qu’il ne rejette ni la technique, ni la science, mais la religion de celles-ci.

Le PG rappelle qu’il rencontre tout le monde sur la remise en cause de la logique capitaliste, c’est l’objet de cette rencontre. Le PG accorde une importance majeure à l’écologie, qui a fait l’objet de son tout premier Forum, et souhaitait rencontrer les objecteurs de croissance dans le cadre de sa réflexion sur l’écologie politique. En outre, le PG pense que le Front de Gauche est la seule solution pour poser la question d’une autre gauche avec une vision durable. Le comité de soutien est ouvert aux associations, mouvements, personnalités. Des places sur les listes sont réservées à des personnalités d’ouverture.

Le PPLD rappelle que la Décroissance ne concerne pas que les questions écologiques mais qu’il s’agit de la mise en place d’un nouveau paradigme, nouveau projet de société soutenable (questions écologiques) et souhaitables (questions culturelles et sociales).

Le MOC cite certaines personnalités de l’objection de croissance et demande si elles sont sur ces listes.

Le PG confirme que certains ont rejoint le PG. Les listes ne sont pas finalisées, des places étant réservées à des personnalités d’ouverture.

Le PG rappelle qu’il est un parti de rupture, mais un parti républicain, attaché au suffrage universel et conscient de la nécessité de construire des majorités politiques pour refonder la gauche et changer la société. Le rapport aux institutions est un de ses éléments de divergence avec le NPA par exemple.

Le PG pose la question de l’avenir des listes Décroissance aux européennes.

Le PPLD et le MOC indiquent que la décision est arrêtée de lancer ces listes pour passer à une étape collective de campagne pour la Décroissance. L’objectif est de présenter au moins 5 listes (Ile de France, Sud Est, Sud Ouest, Est, Centre) et de profiter de la vitrine de la campagne pour porter les valeurs de la Décroissance via les médias et présenter un projet politique de rupture avec le capitalisme mondialisé. Un rassemblement est prévu le 25 avril à Paris pour la constitution de ces listes. Cette décision est définitive et s’appuie d’une part sur le succès rencontré par l’appel Europe-Décroissance et d’autre part sur l’urgence de changer de modèle de société et de mode de pensées. Malgré le manque de moyens, la présence de ces listes est importante dans la campagne officielle car elles permettront de défendre les valeurs de la décroissance et de fédérer tous les objecteurs de croissance. Cette démarche s’inscrit dans la volonté de lancer un mouvement politique sur le long terme.

Le MOC précise qu’il a déjà des élus municipaux dans des villes et villages.

En conclusion, le constat est fait que des divergences de fond justifient de fait l’existence de listes distinctes dites de « Décroissance » et « Front de Gauche », notamment sur la question de se positionner clairement à gauche

Il est également souligné qu’il existe un certain nombre de convergences sur le fond, ainsi que des points qui restent à approfondir. Il est donc convenu de poursuivre le dialogue, notamment sur l’anticapitalisme et l’antiproductivisme.

Le PPLD et le MOC souhaitent réaffirmer leur forte volonté de travailler avec le PG sur le fond et le long terme en participant ensemble à des rencontres et à des séminaires comme ils le font déjà avec d’autres groupes comme le NPA par exemple.

Les autorités ont suscité les violences à Strasbourg Attac Reporterre 2009/04/06 Attac (6 avril 2009) Les autorités ont suscité les violences à Strasbourg. Reporterre. fr

Les autorités ont suscité les violences à Strasbourg

La façon dont les autorités ont géré les manifestations contre l’OTAN à Strasbourg montrent qu’elles ont délibérément encouragé les dérapages.

En préambule, il doit être rappelé qu’après de très longues négociations menées avec la Préfecture par un comité, dont des représentants Attac VDN et Strasbourg faisaient partie, la préfecture avait autorisé la manifestation (sur un trajet différent de celui que nous aurions souhaité) ainsi que la jonction des militants allemands et français sur le pont de Kehl.

Pour avoir participé à la manifestation du 3 avril 2009, nous dénonçons vivement à travers les points suivants la violence qui a été faite aux manifestants par les forces de l’ordre et qui montre que les autorités françaises représentées par le Préfet, n’ont pas respecté leurs engagements et ont tout fait pour que la manifestation ne puisse avoir lieu :

1) la route, indiquée par la préfecture, pour permettre aux bus, voitures et piétons d’accéder au site de rassemblement de la manifestation a été bloquée par les forces de l’ordre, obligeant les manifestants pacifiques à, soit attendre pendant des heures, soit emprunter d’autres itinéraires, avec le risque de se retrouver à nouveau bloqués ou pris dans des affrontements ;

2) une fois le lieu de rassemblement atteint après un véritable « parcours du combattant », des hélicoptères ont survolé à très basse altitude le rassemblement pourtant pacifique et bon enfant, empêchant les manifestants d’entendre les prises de parole des représentants de groupes politiques, d’associations internationales... et créant une atmosphère plus qu’oppressante ;

3) des grenades lacrymogènes ont été tirées pendant les prises de parole sans la moindre justification, contraignant la manifestation à se former dans la confusion et l’urgence, permettant à des groupes violents de s’infiltrer dans le cortège ;

4) ces éléments violents ont pu passer les frontières alors que le dispositif Schengen avait été levé, soi-disant pour empêcher cela et que, par contre, des manifestants n’ont pu accéder à Strasbourg le 3 avril (conférence au Liexenbuhl sur l’OTAN) et le 4 avril, à cause des dispositifs de blocage mis en place ;

5) les forces de l’ordre ont laissé ces mêmes éléments violents, au demeurant peu nombreux, (dont le Ministère de l’Intérieur se targue pourtant de connaître les identités) détruire l’ancien poste de douane sans intervenir et ont, par contre, empêché 7000 manifestants allemands de rejoindre le rassemblement, comme convenu avec les autorités françaises et allemandes ; comment interpréter les autres destructions que les forces de l’ordre, pourtant en surnombre dans Strasbourg, n’ont pas su (?) empêcher ? Incompétence ou volonté de laisser faire ?

6) les forces de l’ordre, comme c’est leur mission lors d’une manifestation autorisée, n’ont pas assuré la sécurité des manifestants, mais l’ont, au contraire délibérément compromise en laissant les éléments violents agir à leur guise, en déviant la manifestation du trajet initialement prévu, l’amenant de fait dans une souricière pendant que les forces de l’ordre envoyaient sur les manifestants bloqués des grenades lacrymogènes et des flash-balls, créant ainsi des mouvements de panique (qui auraient pu avoir de graves conséquences) et une dislocation prématurée de la manifestation.

Il nous apparaît, au vu de tous ces éléments, que non seulement les autorités françaises n’ont pas tenu leurs engagements ni joué leur rôle de sécurisation, mais, au contraire ont tout fait pour que cette manifestation ne puisse se dérouler, quitte à jouer avec la vie des manifestants. Du reste, Beaucoup de manifestants ont eu très peur et ont subi un choc psychologique devant ce qui est une première : une agression par les forces de l’ordre d’une manifestation autorisée, ce qui revient à dénier le droit démocratique à manifester.

Les Dernières Nouvelles d’Asace du 5 avril, journal qu’on ne peut qualifier d’opposition, conclut de même : « Le droit de manifester a pris une sacrée claque ».

Crise ou effondrement ? Jean-Claude Besson-Girard Reporterre 2009/04/07 Jean-Claude Besson-Girard (7 avril 2009) Crise ou effondrement ?. Reporterre. Tribune — fr

Crise ou effondrement ?

De l’hypo-crisie à l’effondrement via l’hyper-crise

Il est frappant et paradoxal de constater à quel point les sociétés enrichies, obsédées par leur sécurité, manquent singulièrement de flair à son propos. En effet, tout se passe comme si elles refusaient de prendre la mesure de ce qui les menace dans leurs fondements mêmes.

L’aveuglement et l’hypocrisie se confondent et nous confondent. On feint de découvrir que le capitalisme est amoral par nature. On feint d’ignorer qu’il ne survit que par les crises qu’il provoque. Mais surtout, on ne veut pas voir la réalité d’une crise beaucoup plus profonde et globale. La majorité surmédiatisée des analyses et des discours sur « la crise financière et économique » actuelle revient à dissimuler l’existence d’une conjonction de faits dont la nature et l’ampleur sont totalement inédites. L’inconnu fait peur, dit-on. Mais, en réalité, c’est la peur de perdre le connu qui angoisse. Le connu, en l’occurrence, c’est l’ensemble des croyances et des pratiques qui dans tous les domaines des activités humaines ont conduit à la présente situation mondialisée.

Pour conjurer cette angoisse, feindre d’en ignorer les causes profondes relève bien de l’hypocrisie. « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu » écrivait La Rochefoucauld. Reste à savoir où, de nos jours, se loge la vertu puisque le vice semble être partout chez lui quand il s’agit de pouvoir et d’argent, comme les informations quotidiennes en apportent l’affligeante démonstration.

Comme le mot « hypocrisie » qui en dérive, le mot « crise » vient du grec krinein, qui signifie distinguer, juger comme étant décisif. C’est l’aboutissement inéluctable d’un état de tension à l’issue duquel une contradiction se manifeste ouvertement. Une crise introduit une discontinuité au cœur d’un processus jusqu’alors continu en sanctionnant ce qui était voué à une impasse et en dévoilant une possible configuration nouvelle, donc une opportunité. En tout domaine, une crise révèle la vérité d’une époque au moment où elle disparaît.

Critiquant la philosophie de l’histoire, celle-ci étant toujours écrite par les vainqueurs, Walter Benjamin affirme que la catastrophe c’est le maintien de la fiction d’un continuum du « progrès ». Nous en sommes bien aujourd’hui à l’époque de la révélation des conséquences idéologiques et concrètes de cette fiction.

Pour une vision anthropologique de la Crise

Il est possible d’avancer l’hypothèse que notre espèce sapiens ait connu deux « mutations » majeures : celle du paléolithique supérieur et celle de « l’homo technicus », avec la colonisation de la planète par la civilisation thermo industrielle. Ce second tournant majeur a progressivement assuré la domination de l’Occident sur le reste du monde. On peut en constater les répercussions depuis quelque temps : la crise énergétique et alimentaire, la crise climatique parallèle à l’effondrement de la biodiversité, la crise sociale inhérente au mode capitaliste de production et de croissance, exacerbé par sa fuite en avant dans la finance virtuelle, et la crise culturelle des repères et des valeurs. En outre, si l’on prête également attention aux enjeux actuels de la biologie et des technos sciences, il apparaît clairement que nous avons changé d’époque.

Alors, si la contraction de l’espace-temps se trouve liée aux prouesses mécaniques, physiques et biologiques du « progrès », les promesses d’un projet anthropologique postmoderne sont annulées par les contradictions fondamentales et objectives qu’elles révèlent. Comment résoudre, par exemple, l’antinomie entre les ressources planétaires disponibles et le degré de leur usage égalitaire et juste si l’on prend pour mesure commune le niveau de confort matériel occidental ? Ou comment inverser la courbe d’effondrement de la biodiversité, quand celle-ci est seule garante de la survie de notre espèce ?

Une conjonction inédite de situations critiques

Jamais l’homme en tant qu’espèce n’a rencontré une conjoncture semblable où tant de situations critiques s’additionnent et s’entrechoquent. Prendre conscience de leurs interactions et de leurs effets concrets dans la réalité vécue est le minimum de discernement requis pour commencer à mesurer de ce qui nous arrive, au lieu de découper en tranches « les problèmes et leurs solutions » car cette méthode est désormais sans issue.

On ne résoudra pas « la Crise » avec les idées et les croyances qui l’ont provoquée. Parmi celles-ci, la croyance en une croissance sans limites sur une planète aux ressources limitées est centrale. Mais de quel homme parlons-nous ? Bien que tous contemporains, nous ne vivons pas tous à la même époque. Cette distorsion dans la temporalité n’a jamais été aussi grande, aussi flagrante qu’aujourd’hui. Elle contribue à donner à la crise systémique actuelle une dimension planétaire, réellement anthropologique. Elle est, si l’on peut dire, l’illustration du principe d’entropie.

On sait que dans sa version vulgarisée, ce principe postule que tout système isolé laissé à lui-même tend vers l’équilibre en même temps qu’il voit son degré de désordre tendre vers un maximum. Tout nivellement interne à un système clos a pour revers une désorganisation et une perte d’énergie, puisque la différence qu’il élimine est un principe organisateur.

Bien qu’historiquement et géographiquement séparés un lien nous réunit par-delà l’espace et le temps. Il nous permet d’accéder à notre unité dans la diversité. Ce lien n’est ni économique, ni technique. Il est poétique autant que politique. Il est présent et agissant en chaque être humain comme étant ce qui le constitue en humanité.

L’effondrement, et après ?

Au lieu du mot « crise », utiliser le mot « effondrement » pour nommer ce qui se passe actuellement offre l’avantage, non seulement d’être plus proche du réel, mais aussi de libérer l’imaginaire tout en évacuant l’obsession économique. Il permet en effet d’invalider par avance toutes les idées de reprise ou de relance d’une économie surévaluée fondée sur le dogme de la croissance sans limites. Il nous invite à l’invention d’un autre récit anthropologique qui ne soit plus basé sur la violence faite à la nature et sur la négation du différent de soi. Il ouvre sur un possible désirable et essentiel qui redonne sens à l’existence humaine.

Sans doute aura-t-il fallu en arriver là pour en finir avec l’arrogance d’un capitalisme mortifère et avec le mépris de tout mode de vie qui ne soit pas de domination mais au contraire qui soit élaboré sur une trame d’épanouissement et d’harmonie conflictuelle. Si tout nous répugne à penser que la crise anthropologique en cours se résoudra d’une manière comparable à celle qui a éliminé l’homme de Neandertal, c’est donc bien avec les nouveaux exclus du « progrès » et avec tous ceux qui sont sans espoir que nous pourrons ensemble retrouver le goût de vivre et de créer inlassablement les conditions écologiquement viables et socialement vivables d’une sobriété joyeuse. Joyeuse parce que fraternelle. Oui, il y a une vie après l’effondrement !

Des impôts sur l’essence France Nature Environnement Reporterre 2009/04/07 France Nature Environnement (7 avril 2009) Des impôts sur l’essence. Reporterre. fr

Des impôts sur l’essence

L’amélioration de l’efficacité énergétique des automobiles devrait être accompagnée d’une augmentation de la fiscalité sur l’essence.

Selon une étude publiée aujourd’hui par le Cabinet de Consultants ENERDATA , les normes européennes en matière d’efficacité énergétique des voitures neuves conduiront à une réduction globale des prix du pétrole. Transport et Environment (T&E ) et FNE insistent : les Gouvernements nationaux doivent donc répondre par une augmentation de la taxation sur le pétrole afin de contre balancer les effets négatifs sur la consommation de carburant et les émissions de gaz à effet de serre d’une baisse des prix du pétrole.

Les estimations économiques concernant l’efficacité énergétique prennent d’habitude en compte un prix du pétrole fixe pour mesurer les gains économiques. L’étude conduite par ENERDATA a pour la première fois étudié les effets sur le prix du pétrole d’une réglementation obligeant les constructeurs automobiles à respecter des normes d’émissions de C02 d’ici 2015.

L’étude conclut également que pour chaque réduction de 1% de la consommation globale de carburant, les prix peuvent baisser de 2%. De plus, les gains économiques d’une amélioration de l’efficacité énergétique en Europe sont largement sous estimés jusqu’à 17% selon cette étude, et ce en partie à cause de la non prise en compte de la baisse des prix du pétrole.

Michel Dubromel, vice-président de T&E déclare : « Cette étude montre bien que les bénéfices économiques d’une amélioration de l’efficacité énergétique dans le secteur des transports ont été sérieusement sous estimés dans le passé, car personne n’avait jamais vraiment regardé aux conséquences sur le prix du pétrole ».

L’Etude peut être téléchargée sur le site de la fédération européenne Transport et Environment : http://www.transportenvironment.org...

« Mais notre environnement y sera perdant si les prix du pétrole baissent, c’est la raison pour laquelle l’Europe a besoin d’envoyer un message fort afin que les augmentations de taxe sur le carburant au niveau national aillent de pair avec les normes visant une réduction des émissions de CO2 dans le domaine des transports.

« Les normes technologiques au niveau européen concernant les véhicules neufs sont fondamentales, mais les Gouvernements ne doivent pas se voiler la face. Des taxes plus élevées sur les carburants devront jouer un rôle tout aussi important pour maîtriser les émissions de CO2 à la baisse. C’est l’un des éléments constitutifs d’une contribution climat-énergie telle que proposée depuis plusieurs années par France Nature Environnement ».

« Il est évident que mettre en avant une augmentation nécessaire des taxes en période de crise peut sembler bizarre, mais le Gouvernement doit envisager un rattrapage de la fiscalité écologique par rapport aux autres pays de l’Union européenne. En 2005, selon le Conseil des Impôts, les recettes tirées de la fiscalité écologique représentaient 2% du PIB pour une moyenne de 2,6% dans l’Europe des 15 ! Il est nécessaire d’avancer rapidement ! ».

2009, le vrai début du XXI siècle Jean Vogel Reporterre 2009/04/09 Jean Vogel (9 avril 2009) 2009, le vrai début du XXI siècle. Reporterre. Tribune — fr

2009, le vrai début du XXI siècle

Crise financière, crise économique, crise idéologique, mais,et surtout, crise sociétale, l’année 2009 marque non seulement une rupture, mais plus encore, le véritable début du XXIe siècle.

Contrairement aux apparences, les changements qui s’amorcent ne seront pas seulement liés à l’ampleur de cette crise, dans son évolution, et son intensité, mais à une véritable révolution dont nous prenons à peine conscience.

Nous sommes dans un monde que l’on pourrait qualifier de « fini », où tout est inter-dépendant : presque tout sur la planète est exploré, connu, répertorié et évalué. Nous n’en n’avons pas de rechange ni les moyens d’en partir.

Ainsi, progressivement, nous prenons conscience que les énergies fossiles sont appelées à disparaître, peut-être sur une durée de vie d’homme ; que si nos besoins continuent de croître à la dimension de certaine mégalopoles, il faudra plusieurs planètes « Terre » pour satisfaire les besoins engendrés ; que l’eau est une ressource épuisable. Enfin, chaque maire sait qu’une fois son territoire avalé par l’urbanisme, les espaces naturels auront disparus. Même le milliardaire réfugié sur un atoll paradisiaque sait que le réchauffement climatique aura raison de son rêve.

Les dégâts occasionnés par l’homme sont désormais visibles partout avec la pollution et la montée des niveaux des mers, la fonte des glaciers et l’avancée des déserts.

Le mythe de l’argent facile, dont les tristes conséquences se développent comme un cauchemar, s’effondre, engloutissant le monde virtuel qui semblait destiné à devenir réalité.

Devant ce mur sinistre qui semble s’élever inexorablement, pierre après pierre, la petite flamme « Espérance » serait-elle entrain de s’éteindre ?

Je ne le pense pas, bien au contraire, car l’avenir n’a jamais été aussi porteur de perspectives nouvelles avec comme socle pour l’humanité tout entière une prise de conscience de tout ce qui nous a conduit aux problèmes actuels : raréfaction des ressources, excès de consommation, limites et insuffisances des idéologies en place, déséquilibres climatiques, politiques égoïstes et à courte vue..

Nous avons, par le truchement de nos dirigeants, une chance unique de construire un nouveau et véritable projet pour une société plus juste, plus fraternelle ; un projet capable de motiver, de fédérer les énergies, de redonner espoir et confiance à une jeunesse confrontée à des défis passionnants même si la transition, et l’Histoire nous l’enseigne, sera difficile.

Car, n’en doutons pas, un monde se meurt et tout ce qui nous est familier sera disposé autrement, voire rayé, sur l’échiquier qui prend forme progressivement. Toutes les structures en place seront appelées à évoluer et seuls les responsables en place qui sauront appréhender à temps les nouvelles donnes assureront leur développement et leur réussite.

Même l’industrie automobile, aujourd’hui en première ligne des reconversions indispensables, aura son rôle à jouer, comme d’ailleurs tous les responsables de la circulation et des transports, dans la recherche de nouvelles solutions en matière de déplacements urbains, de transports en commun, d’énergie. L’agriculture, dont on n’estime pas toujours le rôle éminent à sa juste valeur, va connaître une révolution passionnante dans sa mission de suffisance alimentaire sur une planète dont la démographie reste en expansion, dans l’exigence d’une diminution drastique des pesticides et son pourvoi en matières premières pour l’industrie. L’on peut en dire tout autant de l’industrie chimique que la nocivité d’un nombre croissant de molécules conduira inéluctablement vers une chimie verte ; de l’industrie du bâtiment qui devra conjuguer qualité du bâti, matériaux sains, économies d’énergie, espaces limités et maîtrise des coûts.

La gestion optimalisée des déchets, les services inhérents aux aides à la personne dans le cadre de nouvelles solidarités, les micro-entreprises... autant de domaines créateurs d’emplois et de solidarités à développer.

Celui des économies d’énergies et des énergies nouvelles s’avère comme un des secteurs économiques les plus porteurs pour les trente années à venir. A court terme, il constitue le plus fort gisement d’emplois. Concrètement, en deux ans, l’intégralité du parc immobilier français devrait faire l’objet d’un recensement et d’un diagnostic énergétique. Les premiers tests effectués font état d’économies potentielles induisant des retours sur investissement souvent inférieurs à cinq ans.

Ceux qui ne prendront pas la juste mesure des défis lancés risquent d’exploser en plein vol.

Alors, que faire, comment prendre le tournant qui s’amorce ?

. Plus que jamais notre vigilance citoyenne devra se manifester pour qu’une orchestration souple, réactive et pragmatique se mette en place sans prééminence de la lourde machine administrative jacobine trop imbue de son centralisme et de son savoir ;

.Une coopération européenne exemplaire faisant fi de nationalismes dépassés et d’égoïsmes à courte vue ;

. Une économie de marché plus encadrée et moins spéculative, soucieuse de transversalité et de plus de justice ;

. Le souci de la dignité humaine par la place qui revient à la formation porteuse d’espoirs pour les jeunes et ceux contraints aux reconversions, à l’économie sociale et solidaire notamment dans le domaine agricole.

. Une meilleure répartition des richesses privilégiant le travail à la finance.

Nous entrons dans une période aux perspectives fantastiques qui va révolutionner notre vision du monde, période basée sur l’imagination, l’innovation, les échanges, la volonté, l’audace et le courage. Les jeunes, en premier lieu, devraient y trouver un souffle, une espérance nouveaux.

Ces souhaits, que je qualifierai même d’impératifs, ne se limitent pas uniquement à notre pays mais devraient s’imposer sur tous les continents car, et l’actualité nous en rend conscients chaque jour, les principales causes produisent les mêmes effets dans le monde entier.

La nature peau de chagrin Louis-Gilles Francoeur Reporterre 2009/04/14 Louis-Gilles Francoeur (14 avril 2009) La nature peau de chagrin. Reporterre. Tribune — fr

La nature peau de chagrin

Au Québec comme en France, les espaces naturels sont assaillis plus que jamais par une urbanisation sans fin.

Il y a deux semaines, je filais à moitié endormi en raison du décalage horaire dans le TGV Paris-Nîmes en direction du parc national des Cévennes, le plus grand de France.Mon regard a été attiré d’abord par cette clôture en continu qui s’étend sur des centaines de kilomètres pour éviter que des cerfs ou des sangliers ne se retrouvent sur la voie du si confortable bolide d’acier. Aux vitesses qu’il atteint, il suffit d’un obstacle relativement mineur pour qu’il sorte de ses gonds...

Évidemment, pour permettre aux animaux de passer sous ce véritable mur de Berlin clôturé de 600 km, on a pratiqué des passages souterrains pour les animaux, comme on le fait pour les véhicules des humains. Mais l’obstacle est là, néanmoins, gigantesque, qui fragmente comme les autoroutes les cheptels sauvages encore présents dans la nature française, des cheptels encore importants comme dans le cas des sangliers notamment.

Je me disais en regardant défiler le paysage qu’ici au Québec et en Amérique, nos autoroutes jouent à peu près le même rôle que le « mur » du TGV, à cette différence près que nos animaux peuvent passer par-dessus l’obstacle routier, mais avec tous les risques que cela comporte. Le problème est particulièrement aigu d’ailleurs dans les régions sauvages comme la réserve des Laurentides, que traversera bientôt une autoroute où il ne fera pas bon rencontrer les orignaux à haute vitesse. Québec va certes y installer des barrières, des passages souterrains et, pourquoi pas, des ponts surélevés naturalisés avec des arbres comme on l’a expérimenté avec succès dans l’ouest du continent.

Mais puisque ces traverses seront relativement rares, les risques de rencontres fortuites avec les grands gibiers (ours, orignaux et cerfs) vont augmenter sensiblement, des risques qu’on aurait pu limiter si Québec avait plutôt modernisé cette route par de véritables doubles voies à prise progressive dans les secteurs montagneux, et s’il avait détourné le transport par camion vers le transport maritime, ce qu’il faudra faire de toute façon pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Beau gaspillage entre-temps d’argent et de milieux naturels, une fois de plus !

J’en étais à ces réflexions et comparaisons lorsque je me suis aperçu que nous étions déjà fort éloignés de Paris, mais que le milieu demeurait partout densément habité. J’ai alors entrepris un petit jeu : dès que je voyais une habitation, je commençais à compter les secondes. Eh bien, je n’ai pas pu aller plus loin que 21 secondes entre deux traces d’habitation sur 600 km, ce qui donne une idée de la densité humaine dans ce corridor - il faut le dire, un des plus peuplés de France.

Certes, à la vitesse d’un TGV, soit autour de 250 km/h, on franchit environ 1,5 km en 21 secondes, si mes calculs sont exacts. Il faut réaliser ce que cela veut dire : cela signifie qu’à peu près tous les milieux naturels importants ont disparu dans cet immense corridor.Et des images du Québec me sont revenues. De retour au printemps d’un voyage à Québec, sur la 40, je me surprenais de constater qu’entre Trois-Rivières et Montréal, on voit presque en permanence des lumières de maisons ou d’agglomérations quelque part dans le champ de vision.

Quand on file dans les Laurentides, par l’autoroute et encore plus par la route, le chapelet de maisons et d’agglomérations s’est aussi densifié radicalement depuis les années 1960. Quand on allait écouter les chansonniers dans le nord de Montréal, je vous assure que le paysage était radicalement différent, troué de magnifiques percées agricoles, qui se sont reboisées depuis leur achat par des villégiateurs insouciants de la protection du paysage.

Mais ces réflexions en amènent une autre que personne ne soulève malgré ses conséquences à long terme : au rythme d’augmentation de la population et de l’industrialisation, de quoi aura l’air le Québec dans 100 ans ? Si sa population passe de sept à neuf ou 10 millions, voire davantage, est-ce qu’il sera toujours ce lieu mythique lorsque la nature sauvage, qui était au bout du jardin, sera accessible seulement au-delà de Mont-Laurier, du Lac-Saint-Jean ou de Parent ? Joliette, Drummondville, Valleyfield et Saint-Jérôme seront, à ce rythme de développement, devenus des arrondissements de Montréal. Et Mont-Laurier, Trois-Rivières et Sherbrooke, les nouvelles frontières de la ruralité ?

Cette caricature montre bien la possibilité d’une dénaturation majeure du paysage québécois, qui résultera d’un développement économique, et d’une croissance importante de la population, ce qui aura des impacts profonds sur l’identité québécoise. Un changement à côté du duquel ceux amorcés par les accommodements raisonnables ou déraisonnables feront figure d’anecdotes.

Depuis des centaines d’années, notre identité culturelle repose sur une perception du territoire et du paysage comme étant d’abord un milieu sauvage où les espèces vivantes coexistent étroitement avec les humains. Une grande partie des urbains d’aujourd’hui sont d’anciens habitants des campagnes et des petites villes rurales du Québec où cette perception des grands espaces verts - incluant les paysages agricoles qui n’en étaient pas encore à l’industrialisation débilitante du territoire - constituait la trame physique de notre identité culturelle, de notre rapport au territoire.Nous n’anticipons malheureusement pas présentement les conséquences identitaires de ces politiques actuelles d’accélération du développement économique, basées sur une augmentation de la population ardemment souhaitée par des milieux économiques qui ne rêvent que de main-d’oeuvre abondante et peu chère, de marchés, de production et de consommation croissante.

D’autres pays, comme les pays nordiques et certains coins de France - nous y reviendrons - font des choix en sens inverse pour protéger justement leur identité, leur paysage et leur rapport à la nature par des politiques de stabilisation, voire de décroisssance planifiée de leur économie. Et ce sont des économies en santé !

Qui pourrait dire que cette réflexion ne s’impose pas ici au Québec, par cohérence avec notre désir de protéger la planète et ses écosystèmes surexploités ? Tout le monde veut protéger la planète contre le réchauffement du climat, mais grimpe dans les rideaux quand les prix de l’essence montent. Tout le monde souhaite que le Québec garde son rapport identitaire aux grands espaces, mais personne ne cherche à limiter l’expansion des villes, la hausse de la population ou à amorcer une politique de gestion de la décroissance du PIB pour protéger davantage les écosystèmes et les milieux naturels.

Au lieu de cela, et de façon fort hypocrite, on construit des biodômes, une manière déculpabilisante de placer sous verre des échantillons de cette nature qu’on détruit libéralement par tous nos gestes quotidiens. Et on fait en tout des projets-pilotes pour masquer le fait qu’on n’ose pas s’attaquer au coeur des problèmes. On se dote d’une politique d’aires protégées, essentielle certes, mais qui désigne en réalité ces meubles qu’on veut sauver de la débâcle d’une économie dévastatrice.

Le pire, c’est que ces politiques de conservation sont perçues dans les milieux économiques comme un permis de laisser-faire à l’extérieur des zones protégées, de conservation. Ce qui n’empêche pas des politiciens d’envisager la construction de condos et d’autoriser le passage de pipelines dans des parcs nationaux, de construire des ports méthaniers dans des paysages inscrits au patrimoine de l’humanité, d’implanter des autoroutes dans des réserves fauniques comme celle des Laurentides, etc.

En réalité, pendant qu’on peine à atteindre le rachitique 8 % d’aires protégées - qu’il faudrait impérativement porter à 12 % pour rejoindre la communauté internationale -, nous devrions être en train de débattre au Québec des règles de protection accrue qu’il faudrait implanter dans les zones tampons habitées autour de tous nos milieux de conservation pour que ces derniers jouent à fond leur rôle.Il faudrait ainsi débattre des densités maximales d’habitation dans ces zones tampons, de leur largeur minimale et de celle des corridors qui doivent relier les milieux naturels entre eux si on veut que leurs espèces puissent migrer et rompre leur isolement potentiellement fatal.

Il faudrait aussi débattre des normes de construction destinées à protéger un minimum de patrimoine architectural régional, une autre base identitaire qui devrait nous différencier des bungalows californiens et de la cohorte uniformisante des McDo, Tim Horton, GM, Canadian Tire, etc., qui dépare l’entrée de ces municipalités en perte d’identité et où on parle encore une langue dont on peut se demander quelle culture vraiment différente elle représentera dans 100 ans...Ma réflexion s’est arrêtée là car le TGV entrait en gare. C’est terriblement rapide ces engins !

Revoir le PIB ? Ce n’est pas de la tarte ! Jean Gadrey Reporterre 2009/04/19 Jean Gadrey (19 avril 2009) Revoir le PIB ? Ce n’est pas de la tarte !. Reporterre. Tribune — fr

Revoir le PIB ? Ce n’est pas de la tarte !

La Commission sur les nouveaux indicateurs économiques progresse... dans l’obscurité. Une discussion démcratique ? Et puis quoi, encore ?!

Ou en est la commission Stiglitz ?

Cette question est partout posée depuis des mois, en tout cas par l’infime minorité de gens, de statisticiens et de journalistes qui savent qu’une commission nommée par la présidence française travaille depuis un an, sous la co-direction de Joseph Stiglitz et Amartya Sen, et avec pour coordinateur Jean-Paul Fitoussi, pour la mise au point de nouveaux indicateurs de progrès économique et social supposés supplanter le PIB et sa croissance. J’en ai parlé à deux reprises sur mon blog l’an dernier (15 janvier et 11 avril).

Si les gens, y compris les spécialistes, se posent cette question en étant dans le brouillard, c’est tout simplement que, à l’opposé des engagements formels que cette commission avait pris au départ en matière de transparence et de contacts avec la société civile, pratiquement rien n’a été fait, en dépit de mes demandes répétées (je suis membre de cette commission, que j’ai intégrée sur la base des engagements précédents). Le site mis au point à cet effet n’est plus alimenté depuis… l’été dernier, et la seule source d’information publique sur les travaux en cours est un dossier du… Financial Times publié en janvier sur la base d’entretiens avec Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Philippe Cotis !

Vous devez vous dire : mais pourquoi cette absence totale de transparence ? Les travaux internes sont-ils à ce point sensibles, stratégiques, indicibles, ou conflictuels ? Pas du tout, ils sont même plutôt intéressants et novateurs, et j’aimerais vous en parler, mais comme membre de la commission je ne peux pas en diffuser les résultats actuels. Il y a certes quelques divergences, c’est normal, mais les points d’accord sont bien plus nombreux. De bons documents provisoires internes sont désormais au point, lisibles, et susceptibles d’alimenter sans tarder, via le site, un excellent débat public dont les membres de la commission pourraient s’inspirer sans que leur indépendance intellectuelle soit le moins du monde affectée.

Mais alors, qu’est-ce qui coince ? J’en suis réduit à des hypothèses, car en interne la circulation de l’information n’est pas fameuse non plus, je ne suis pas le seul à le déplorer.

Première raison, de loin la plus importante : pour une partie des membres de cette commission (pas tous), une expertise consiste simplement à laisser les experts travailler entre eux sans aucun contact extérieur (il n’y a même pas eu d’« auditions » dans le travail de cette commission), puis à délivrer leur rapport, les autres acteurs se saisissant ensuite de cette expertise « libre et non faussée ». C’est très exactement ce que m’a rétorqué l’un des membres de la commission lorsque j’évoquais le rôle des ONG dans la réflexion sur les indicateurs : « elles sont ignares en théorie économique » !

Avec une telle représentation des choses, il est évident que le fait de solliciter publiquement des avis ou réactions « externes » est assimilé à une insupportable pression sur l’indépendance d’experts économiques que leur théorie rend autosuffisants et omniscients.

Ma seconde hypothèse est que, dans ce domaine comme ailleurs, l’Élysée souhaite se réserver les bénéfices symboliques, médiatiques et politiques de la « récupération » des travaux, et que cela n’est pas pour rien à la fois dans la pratique du secret et dans le report sine die de la date de la remise du rapport (d’abord avril, puis mai, et maintenant peut-être septembre, sans garantie). S’agissant en tout cas du report de la date, il a été officiellement présenté aux membres de la commission comme lié au calendrier du Président, avec cet argument que la période actuelle n’est pas propice à l’organisation d’une initiative élyséenne d’envergure internationale pour la valorisation des travaux. Septembre sera-t-il plus propice ? Cela peut-il dépendre de l’évolution de la crise ? J’ai demandé une chose simple : que la commission remette son rapport quand… il sera terminé. Si les choses sont correctement organisées, ce sera le cas cet été. Tout autre délai serait politicien et contraire à l’idée de l’indépendance intellectuelle des experts…

Il n’est pas trop tard pour organiser un vrai débat public sur les avancées actuelles déjà réalisées, même s’il ne s’agit pas encore de documents définitifs, et précisément parce qu’ils ne le sont pas : quel serait le sens d’une consultation sur un rapport quasiment bouclé ? Si cette orientation n’est pas prise rapidement, cela voudra dire que l’engagement initial de transparence et de maintien d’un contact avec la société civile n’est pas tenu.

P.S. Pendant ce temps, le CESE (Conseil économique, social et environnemental) planche de façon pluraliste sur les indicateurs de développement durable, réalise des dizaines d’auditions et de rencontres, débat intensivement, et va nous livrer en mai un rapport dans lequel on retrouvera la richesse d’un dialogue entre experts institués de ces questions et représentants de multiples groupes d’acteurs sociaux. Il n’a certes pas, comme la commission Stiglitz, d’ambition internationale, son objet est un peu plus réduit, mais quelle différence de méthode, à un coût et avec un bilan carbone probablement dix fois moindres !

P.S.2. Deux heures après avoir posté ce texte, j’ai reçu, comme tous les autres membres de la commission, un message précisant clairement le calendrier, ce qui est une bonne chose. Une version améliorée du rapport (à la suite de débats internes dans les prochaines semaines et jusqu’en juin) sera soumise au cours du mois de juillet à un débat public via le site, et la version finale “tenant compte de ce débat” sera remise au Président de la République en août.

L’Etat policier veut interdire les masques Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/04/20 Réseau Sortir du nucléaire (20 avril 2009) L’Etat policier veut interdire les masques. Reporterre. fr

L’Etat policier veut interdire les masques

La mninistre de l’Intérieur, Michele Alliot-Marie, veut interdire aux manifestants de porter un masque.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce l’absurdité du projet de décret du ministère de l’intérieur, et de la proposition de loi de plusieurs députés UMP, qui visent à créer « un délit pour le port de cagoules et de tout autre moyen de masquer le visage lors de manifestations ou attroupements ».

En effet, tous les ans, pour l’ « anniversaire » de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986), des rassemblements sont organisés ( cf http://chernobyl-day.org ) dans toute la France et au delà, et les manifestants portent des masques afin de symboliser les victimes anonyme de l’atome : les millions d’européens contaminés par le nuage de Tchernobyl, les travailleurs intérimaires envoyés par EDF dans les zones les plus contaminées des centrales, les riverains des installations nucléaires, les victimes des bombardements et essais nucléaires, etc.

Le ministère de l’intérieur prétend que son projet de texte ne vise « que » les personnes qui se dissimuleraient le visage « dans le but de ne pas être reconnues » et « de se livrer à des violences ou commettre des dégradations ». Mais il ne s’agit là que de précisions verbales sans valeur juridiques. Une tel texte de décret ou de loi peut être utilisé à dessein pour sanctionner lourdement des manifestants du seul fait de leur engagement.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » étudiera les moyens juridiques pouvant faire annuler tout décret ou loi qui viserait à restreindre le droit de manifester. Le gouvernement ferait mieux de protéger les libertés publiques, en commençant par faire la vérité dans l’affaire de l’espionnage des antinucléaires par EDF.

Un milliard d’humains ont toujours faim - et le G 8 ne fait rien Oxfam France - Agir Ici Reporterre 2009/04/20 Oxfam France - Agir Ici (20 avril 2009) Un milliard d’humains ont toujours faim - et le G 8 ne fait rien. Reporterre. fr

Un milliard d’humains ont toujours faim - et le G 8 ne fait rien

Les ministres de l’Agriculture des pays du G8 ont reconnu aujourd’hui dans le communiqué final du G8 agricole que l’objectif des Nations unies de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de manière chronique de la faim d’ici à 2015 était très loin d’être atteint, admettant ainsi qu’ils ne pourraient tenir cette promesse.

Pour Oxfam international, les pays du G8 ont une grande responsabilité dans la crise alimentaire actuelle. Pourtant, ils ont laissé passer l’occasion de réguler davantage les marchés agricoles internationaux et d’enfin investir les sommes promises en faveur des agricultures familiales dans les pays du Sud. Oxfam France – Agir ici rappelle que sur les 22 milliards annoncés depuis le sommet de Rome en juin 2008, seuls 10% ont été effectivement déboursés.

Ce sont désormais les ministres du développement du G8 qui devront faire des propositions à leurs gouvernements après leur rencontre à la fin du mois de mai. Pour Jean-Denis Crola, d’Oxfam France – Agir ici « Les chefs d’état devront prendre des décisions concrètes contre la faim dans le monde lors de leur prochaine rencontre en juillet et mettre un terme aux effets d’annonce ».

« Les pays du G8 doivent clairement s’engager à favoriser et à appuyer la mise en place politiques agricoles ambitieuses dans les pays pauvres. Il est plus que nécessaire de permettre à la fois l’augmentation de la production alimentaire et la protection des plus pauvres contre les sécheresses, les inondations et la volatilité des marchés » ajoute Jean-Denis Crola.

En raison de la hausse brutale des prix des produits alimentaires, 150 millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim depuis l’année dernière, portant le total à près d’un milliard d’individus. Sans une action urgente, ce nombre va continuer à augmenter rapidement sous l’effet de la crise économique mondiale et des changements climatiques.

Oxfam France – Agir ici appelle par ailleurs les pays du G8 à supprimer leurs subventions aux exportations qui détruisent les moyens de subsistance des petits producteurs du Sud et à assurer des moyens de protection suffisants des marchés agricoles dans les pays pauvres.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a appelé les dirigeants mondiaux à éradiquer la faim dans le monde d’ici 2025. « Fixer ce nouvel objectif ne fera aucune différence tant qu’il n’existera aucun moyen de contraindre les gouvernements à prendre leurs responsabilités. Nous disposons de tous les moyens pour éradiquer la faim dans le monde, sauf de la volonté politique » conclut Jean-Denis Crola.

Les Parisiens sous surveillance Collectif Démocratie et Libertés Reporterre 2009/04/22 Collectif Démocratie et Libertés (22 avril 2009) Les Parisiens sous surveillance. Reporterre. fr

Les Parisiens sous surveillance

Avec l’accord de la Mairie de Paris, la Préfecture de police veut installer 1226 caméras dans les rues de la capitale. Ce projet menace les libertés publiques.

La vidéosurveillance ne fait que déplacer la délinquance, elle ne l’empêche pas

Un rapport du Ministère de l’Intérieur montre qu’il n’y a pas de baisse des chiffres de la délinquance par la vidéosurveillance : l’impact des caméras est faible, jamais durable et vite contourné (enquête du Parisien, 4 septembre 2006). En Angleterre, pays pourtant champion en la matière, la vidéosurveillance n’a pas empêché les attentats et n’a pas davantage conduit à une baisse des délits mais à leur déplacement. Les caméras permettent seulement aux élus de montrer à leurs électeurs qu’ils « font quelque chose ».

La vidéosurveillance ignore les causes réelles de la délinquance

En effet, la délinquance ne dépend pas de la surveillance, elle a en réalité des causes profondes qui tiennent aux conditions sociales et à la qualité de la vie, au bien-être dont bénéficie ou non la population entière, et non à un projet de surveillance qui distille de la peur.

La vidéosurveillance porte atteinte aux libertés individuelles et à la présomption d’innocence

L’enregistrement d’une image d’une personne sans son consentement est une atteinte à sa vie privée, protégée par la Déclaration européenne des Droits de l’Homme et par l’article 9 du code Civil. La vidéosurveillance permet à tout moment de suivre les allées et venues de chacun et peut être utilisée à des fins illégitimes. Grâce à elles, certaines entreprises surveillent les délégués syndicaux et le personnel, certains régimes autoritaires traquent leurs opposants politiques. On nous assène ce qui paraît le bons sens : pourquoi s’opposer à la vidéosurveillance si on n’a rien à se reprocher ? Mais un principe de justice élémentaire veut que toute personne soit considérée innocente jusqu’au jour où il est établi qu’elle est coupable. La vidéosurveillance inverse la situation : toute personne filmée devra prouver qu’elle n’est pas en cause. Tout le monde devient fautif ou suspect potentiel.

La vidéosurveillance est une réponse technique coûteuse et inadaptée

La vidéosurveillance participe à la destruction du lien social. C’est une réponse illusoire, tant au sentiment d’insécurité qu’à la question de « l’insécurité ». Elle est un renoncement à trouver des solutions utiles à long terme. On ne répond pas avec des machines au mal-être et à la souffrance des gens dus à l’insécurité sociale. Dans nos arrondissements, il faut : des services publics qui font lien avec la population et qui garantissent l’accès de tous aux droits sociaux fondamentaux, des équipes d’animateurs et de travailleurs sociaux, des structures pour les jeunes, et des associations de quartier reconnues et soutenues dans leur action.

C’est pourquoi nous appelons les Parisiennes et les Parisiens : - à s’opposer à l’installation des caméras et à exiger le retrait d’un tel plan, - à exiger un débat public avec l’ensemble des habitants sur cette question, - à signer la pétition destinée au maire de Paris.

La plus grande pharmacie mutualiste de France menacée UFAL (Union des familles laïques) Reporterre 2009/04/23 UFAL (Union des familles laïques) (23 avril 2009) La plus grande pharmacie mutualiste de France menacée. Reporterre. fr

La plus grande pharmacie mutualiste de France menacée

A Maubeuge et à Tourcoing, une grande pharmacie mutualiste aide les plus pauvres à avoir accès aux soins. Elle est menacée de fermeture par les administrations.

L’Union de Gestion des Oeuvres Sanitaires et Sociales (UGOSS) gère depuis 1928 deux pharmacies mutualistes à Maubeuge et à Tourcoing ainsi que plusieurs centres optiques, un centre dentaire et deux centres d’appareillage médical et d’audio-prothésie dans la région de l’Avesnois.

La pharmacie de Maubeuge possède un service de livraison de médicaments à domicile très utile pour les personnes âgées ou affaiblies, particulièrement dans les zones rurales. Cette union de mutuelles fait travailler 114 salariés. Elle a subi de plein fouet la politique des franchises sur les soins et a dû l’an dernier procéder à 38 licenciements. Elle va encore licencier cette année une dizaine de personnes.

La situation financière de l’UGOSS a cependant été rétablie puisque 1,5 millions de titres participatifs ont été souscrits afin de rétablir ses fonds propres.

Le conseil d’administration de l’Union et sa direction ont mis en place des partenariats avec plusieurs mutuelles afin de développer son activité. Celle-ci s’améliore et la situation financière également, les banques y interviennent normalement, toutes les factures fournisseurs sont payées en temps et en heure, il n’existe aucune dette sociale ou salariale.

Pourtant les services de l’ACAM (Autorité de Contrôle des Assurances et des Mutuelles) menacent l’UGOSS d’une mise sous administration provisoire après avoir poussé le président du Tribunal de Grande d’Instance d’Avesnes à déclencher une procédure de redressement judiciaire alors que le commissaire aux comptes avait levé son alerte lors d’un conseil d’administration le 2 avril. L’ACAM dans son rapport de contrôle daté du 2 avril a ignoré les décisions prise par le conseil d’administration de l’UGOSS du 2 avril destinées à assurer sa pérennité. La commission spécialisée de l’Autorité de l’ACAM du 8 avril a suivi les impressions de ses contrôleurs et justifient ses menaces sur des éléments subjectifs ou réglés.

Les dirigeants de l’UGOSS doivent être entendu par l’ACAM le 30 avril et par le Tribunal de Grande Instance le 5 mai.

La mise sous administration provisoire par l’ACAM mettrait l’UGOSS dans une situation difficile et mettrait en péril ses emplois dans un bassin déjà fortement touché par le chômage.

Comment l’ACAM peut-elle, dans cette période où toutes les entreprises rencontrent des difficultés de crédit et de perspective, menacer de la sorte une entreprise de l’économie sociale ayant trouvé sans l’aide de l’Etat les moyens d’assurer sa pérennité ? Comment l’ACAM et le gouvernement pourront ils justifier la casse sociale que produirait la mise sous tutelle de cette union de mutuelles avesnoise ?

Non à la chasse aux migrants ! Europe Ecologie Reporterre 2009/04/23 Europe Ecologie (23 avril 2009) Non à la chasse aux migrants !. Reporterre. Tribune — fr

Non à la chasse aux migrants !

La France fait la guerre en Afghanistan. Pourquoi refuse-t-elle l’asile aux Afghans qui fuient les combats ?

L’arrestation scandaleuse au petit matin de près de 200 migrants à Calais augure mal des « analyses et des propositions » de Monsieur Besson sur la question des migrants, qu’il s’est engagé à exposer lors de sa visite jeudi 23 avril à Calais.

L’intervention policière concernait des migrants pachtounes c’est-à-dire des personnes qui ont fui un pays (l’Afghanistan) dans lequel l’OTAN et la France mènent des combats. Ces personnes ne sont donc pas expulsables comme le confirme régulièrement la Cour européenne des Droits de l’Homme.

C’est parce que ces personnes sont privées de tout statut et de tout accès aux droits qu’elles sont la proie des réseaux mafieux. « Seule une protection internationale délivrée et garantie par l’Union européenne permettra de modifier la situation à Calais et permettra de mettre un terme à la concurrence morbide que se livrent les Etats membres en rejetant sur leurs voisins la responsabilité de ces migrants » déclare Hélène Flautre, tête de liste Europe Ecologie, qui s’est rendu à Calais aujourd’hui.

Dans l’immédiat, il est urgent de cesser le harcèlement policier des migrants et de répondre aux demandes des ONG et des associations. Il s’agit de donner une protection aux personnes les plus fragiles et de légaliser le séjour des personnes non -expulsables. Monsieur le ministre doit aussi impérativement mettre en oeuvre une véritable politique à l’adresse des nombreux migrants mineurs qui devraient bénéficier d’un accès à l’école, à la formation et à des conditions de vie dignes et humaines.

« Monsieur Besson doit savoir qu’au lieu de résoudre le problème, l’étanchéité avec la frontière britannique entraînera immanquablement une augmentation des voies de passage vers le Royaume-Uni au Nord et au Sud de Calais, à l’instar de la militarisation de la frontière à Ceuta et Melilla qui a entraîné une augmentation des passages par les voies des Canaries et de la Libye. » ajoute Hélène Flautre.

Europe Ecologie refuse « l’Europe forteresse » qui ne fait qu’aggraver les drames humains et propose dans son programme un véritable statut européen des réfugiés.

Une coopérative vélorutionnaire à Paris Candy Box Reporterre 2009/04/23 Candy Box (23 avril 2009) Une coopérative vélorutionnaire à Paris. Reporterre. fr

Une coopérative vélorutionnaire à Paris

Depuis le 12 avril 2009, l’atelier coopératif de réparation vélo a emménagé à la CandyBox, lieu ouvert et menacé : 10/12, rue de Candie, 75011 Paris (Quartier Saint-Bernard).

Le Collectif CandyBox, qui gère le lieu, regroupe vingt permanents (artistes plasticiens, comédiens, danseurs, informaticiens, jardiniers, musiciens, ...) et participe activement à la vie du quartier en proposant des « ateliers ouverts », dont l’atelier vélorutionnaire.

Malgré une tentative d’expulsion illégale, cette association occupe et gère depuis février une friche urbaine, un ancien garage surmonté d’habitations, laissée à l’abandon depuis maintenant plus de sept ans.

Cette parcelle, préemptée par la Mairie de Paris, devrait dans le futur accueillir une crèche et sept logements. En attendant le début des travaux, nous voulons officialiser cette occupation légitime, mais pourtant sans droit ni titre, en signant dans les plus brefs délais une convention d’occupation temporaire.

Pitié pour les corbeaux Ligue protectrice des oiseaux Reporterre 2009/04/24 Ligue protectrice des oiseaux (24 avril 2009) Pitié pour les corbeaux. Reporterre. fr

Pitié pour les corbeaux

Pratique d’un autre temps, la destruction des corbeautières doit cesser.

Suite à la multiplication de la destruction des nids de corbeaux en Champagne Ardenne, la LPO tient à rappeler que la loi française protège les nids et les œufs des oiseaux quels qu’ils soient. Pour permettre la cohabitation des activités humaines et de la vie animale dans les meilleures conditions possibles, la LPO propose donc quelques solutions respectueuses de la loi et de la nature.

Les Corbeaux freux nichent en colonie dans les arbres. Ils se regroupent en automne et en hiver en de grands dortoirs. Ces colonies peuvent poser des problèmes de nuisances sonores (très rarement olfactives) et des dégradations dues aux fientes et à l’accumulation de matériaux de construction du nid.

Dès janvier puis tout au long du mois de février, les Corbeaux renforcent leurs nids de branchages. Après quoi, la ponte et la couvaison commencent. Enfin, fin mars, les premières éclosions ont lieu.

C’est à ce moment et jusqu’en juin, que des actions souvent peu concertées avec les associations de protection de la nature, se produisent dans nos villes. A la demande de riverains en général, les corbeautières sont vidées de leurs habitants soit par des moyens légaux mais encadrés comme le tir des oiseaux volants soit par d’autres, totalement hors la loi et au mépris de la vie, comme la destruction des nids occupés par des œufs ou de jeunes oiseaux.

La LPO a pour vocation la protection des oiseaux sauvages et des écosystèmes dont ils dépendent et plus globalement la sauvegarde de la biodiversité. La LPO est donc contre le piégeage, les empoisonnements, la destruction des nids et le tir des adultes en période de reproduction, d’autant plus que d’autres solutions, beaucoup plus respectueuses et peu coûteuses, existent pour palier à ces problèmes.

En effet, dans le respect des oiseaux, la LPO préconise les solutions suivantes :

- l’élagage des arbres à l’automne ou en début d’hiver, au plus tard mi-janvier pour limiter la nidification des oiseaux au printemps,

- le retrait de tous les vieux nids, avant février, pour ne pas intervenir au début de la saison de nidification (mars à juin), ceci pour limiter l’attractivité de la colonie qui sera d’autant plus forte qu’il y aura de nids visibles.

Pour éviter ces actes odieux, la LPO vous invite à faire part à vos élus de votre désapprobation vis-à-vis du non respect de la loi française, et à leur faire part des solutions proposées par la LPO.

Jean Sarkozy reçoit le diplôme de fils à papa Collectif Sauvons les riches Reporterre 2009/04/24 Collectif Sauvons les riches (24 avril 2009) Jean Sarkozy reçoit le diplôme de fils à papa. Reporterre. fr

Jean Sarkozy reçoit le diplôme de fils à papa

Les sauveurs de riches essaient de ramener Jean Sarkozy dans le droit chemin. Avec difficulté...

Sauvons les riches a remis un « diplôme de fils à papa mention Balkany » à l’héritier des Sarkozy au cours de la conférence que donnait « le Dauphin de la place Dauphine » au Rotary-Club (sic)…

Mercredi 22 avril, c’est le jour des enfants. Alors notre jeune collectif, déguisé en Jeunes Populaires du 92, est venu perturber une cérémonie secrète initialement interdite à la presse : ce midi, le Rotary Club organisait en effet en grandes pompes au luxueux Pavillon Dauphine une « conférence de Jean Sarkozy ». En réalité, il s’agissait ni plus ni moins que de l’adoubement officiel par le gratin mondain du fils du « candidat des riches », appelé à devenir le candidat des riches lui-même. Une quarantaine de sauveurs de riches ont tenté, au son du générique de Dallas, de ramener « le dauphin de la place Dauphine » dans le droit chemin.

Si le président du groupe UMP du Conseil général des Hauts-de-Seine a fait plutôt bonne figure, il a revanche été incapable de se prononcer sur une question pourtant simple : « Faut-il limiter les revenus les plus indécents ? ». « Vous savez, a-t-il digressé, dans mon département, il y a des riches et des pauvres. Et il ne faut pas les opposer les uns aux autres ». Facile à dire quand on ripaille au Rotary, Jean… Mais pourquoi de telles inégalités ? « Il faut savoir, a répondu le conférencier, que si certains sont riches, c’est parce qu’ils ont beaucoup travaillé ». Faut-il comprendre que les pauvres le sont parce qu’ils n’ont pas assez travaillé ? Explication exquise dans la bouche d’un de ces héritiers qui, pour reprendre la phrase de Beaumarchais, « se sont contentés de naître ».

Décidément, le jeune homme à la dérive avait besoin de solides amarres à la réalité. Heureusement "Sauvons les riches" était là pour ça. Au menu du « kit de survie pour retour sur terre », nous lui avons donc offert le livre Sois stage et tais-toi, qui présente des témoignages de stagiaires de son âge exploités par leurs employeurs. Ainsi qu’un ouvrage consacré aux nouveaux militants, pour lui montrer que la vraie politique s’exerce loin du Rotary-Club. Jean Sarkozy nous a promis qu’il était disponible pour débattre au calme avec nous, mais sans répondre à nos multiples demandes de rendez-vous précis. Un courriel vient de lui être adressé pour préciser cette belle promesse. Suspens…

Hélas, triste témoignage de l’état de délitement de nos élites, nos slogans « Au Rotary / J’ai vraiment pas d’amis », « Taxez les Rotariens / Aidez les roturiers » et autre « Première, deuxième, troisième maison de campagne / La propriété, c’est le bagne » n’ont pas séduit outre-mesure les sommités du Rotary, qui ont repris en cœur durant de longues minutes « Cassez-vous / Bandes de cons ». Pas de doute possible, on était bien en Sarkozie… Et que dire de ce triste sire, assis à côté du dauphin, qui nous a distribué des miettes de pain à notre arrivée ? Le collectif Sauvons les riches se désole d’avoir laissé le Rotary Club offrir une image si détestablement caricatural de lui-même. Nous qui nous étions si bien habillés pour faire bonne figure avons été choqués de rencontrer des gens si vulgaires.

Bilan des opérations : notre pétition a recueilli zéro signature et le journaliste de France Inter a renversé un verre de vin rouge sur la table. Mais Jean Sarkozy est peut être sur la voie de rédemption. Et c’est tout ce qui compte.

L’autogestion, une idée à ranimer Jean-Pierre Lefebvre Reporterre 2009/04/24 Jean-Pierre Lefebvre (24 avril 2009) L’autogestion, une idée à ranimer. Reporterre. Tribune — fr

L’autogestion, une idée à ranimer

Le capitalisme n’est pas réformable, la dépense publique n’est pas la solution à sa crise. Le remède autogestionnaire doit être avancé.

Connaissez-vous le théorème de Gödel ? Selon Zygmont Bauman, (Le Monde du 28 février 2009), il s’applique au capitalisme, système qui ne peut être à la fois cohérent et complet. S’il reste cohérent avec ses principes, il se heurte à des problèmes insolubles dont la solution ne peut être trouvée qu’à l’extérieur. Rosa Luxemburg, dans son ouvrage sur l’accumulation du capital (1913), a établi que la survie du capitalisme dépend de l’exploitation d’économies non capitalistes, d’où l’impérialisme et ses guerres de rapine ou de repartage coloniaux : il a tendance à s’étendre sur tout le globe en refoulant toutes les autres formations économiques, il n’en supporte aucune à ses côtés. Mais c’est en même temps la première qui ne soit pas capable d’exister seule, sans d’autres formations économiques qui constituent son milieu et son sol nourricier... Elle se heurte à son incapacité interne de constituer une forme mondiale de production.

Là se situe son opposition essentielle à Bernstein, le père du réformisme moderne. Sans doute reconnaît-elle l’utilité des progrès démocratiques et sociaux du salariat avant la révolution. Elle critique en 1917 l’exagération par Lénine du rôle dictatorial du parti unique : l’élimination de la démocratie tout court est un remède pis que la mal…la liberté c’est toujours la liberté de celui qui ne pense pas comme vous. Mais l’opposition est totale avec la croyance de Bernstein en une possibilité d’adaptations successives du capitalisme qui diminueraient lentement l’exploitation dans une transition douce vers le socialisme. Elle croit au contraire que l’anarchie croissante de l’économie capitaliste la mènera inévitablement à sa ruine. Un siècle de péripéties plus tard, la crise générale de 2009 lui donne raison contre le réformisme qui, en 1914, soutint déjà la boucherie internationale entre prolétaires (le socialiste Noske la fait assassiner en 1918), avant de procéder en France à la division du mouvement ouvrier (Congrès de Tours).

Le capitalisme n’est pas réformable. L’ensemble des partis socialistes, à l’exception de quelques épisodes unitaires et progressistes, a abandonné le salariat aux méfaits du capital. Ils ont fait le pari d’une transformation graduelle du capitalisme en son contraire, qui n’est naturellement jamais survenue. Ils ont rejeté en bloc le marxisme, opté pour des politiques alignées sur l’hyper-libéralime européen. La sanction est limpide : ils tendent à disparaître du panorama politique. Même le réformisme vertueux des Suédois n’est épargné ni par la crise ni par la perte d’un pouvoir détenu pendant 80 ans !

La survie du capitalisme, après l’échec mondial du socialisme par l’étatisation (l’extension infinie des services publics) a été assurée par l’armée de réserve de milliards de paysans pauvres du Sud qui ont constitué un marché secondaire de consommation/production qui prolonge et reproduit les conditions de l’extraction de la plus-value et freine la baisse du taux de profit générée par l’industrialisation. L’absence de toute maîtrise de la démographie, encouragée par la pauvreté inéluctable, réalimente le système. Au Nord, une autre réserve est fournie par les subprimes : les salariés non solvables deviennent la source de nouveaux profits par la fuite en avant dans l’endettement sans issue : pure folie suicidaire.

Peut-on en déduire que le capitalisme a de beaux jours devant lui tant qu’il n’aura pas réalisé le principe des vases communicants égalisant le revenu moyen des 6 milliards de terriens ? Le keynésianisme en 1945 avait fourni une occasion de survie au capitalisme en redistribuant une part de la plus value collectée aux salariés, ce qui soutenait la consommation et consolidait ainsi marché et accumulation. Il était poussé aux reins par la menace du socialisme réel qui s’est révélée hypothétique car viciée par une inguérissable bureaucratisation totalitaire. Une fois l’hypothèque levée, le système capitaliste, contrairement aux prévisions de Polanyi en 1944, s’est précipité à nouveau en 1975 dans l’impasse du laisser-faire monétariste, débouchant sur une série ininterrompue de catastrophes et de convulsions politiques et sociales s’ajoutant aux catastrophes économiques (Rosa Luxemburg, 1913 !). Le capitalisme n’a plus aujourd’hui aucun extérieur, aucune réserve où trouver appui. Il est grand temps de lui inventer un système de substitution.

Le capital ne pouvait, par nature, se cantonner dans le keynésianisme, ce mauvais compromis qui doit partager la plus-value avec le parasitisme étatique, dès lors que la route est déblayée de toute menace concrète de « socialisme » existant. Le thatcherisme a ôté toute entrave au laisser-faire, au monétarisme, à l’enrichissez-vous cynique. Le principe vital du capital est amoral par définition, c’est la spoliation du salariat, étranger à une légalité rationnellement pensée comme l’expression d’une éthique collective. La propriété c’est le vol, le mot de Proudhon reste strictement vrai quand il concerne l’appropriation par droit héréditaire du travail des autres par une minorité auto-désignée dont l’origine archéologique est à déceler dans le brigandage des seigneurs de guerre médiévaux puis dans l’esclavage et l’horrible accumulation primitive du XIXe siècle.

Après la guerre mondiale, les nations impérialistes du Nord ont investi le reste du globe comme terrain d’extension de l’essor industriel d’un capitalisme qui accroisse le taux de profit et la rente de délocalisation. L’hystérie mercantile s’est déployée, à l’aide de l’imagination mathématique d’outils sophistiqués, dans une escroquerie mondialisée. En exportant ses dettes et ses fabrications, en s’appuyant également sur sa supériorité militaire, technique mais non humaine, le Nord a créé les conditions d’un affaiblissement définitif de son appareil productif, face au dumping des capitalismes émergents suscité par ses propres capitalistes. L’économie mondiale a été ruinée par une bulle de valeurs virtuelles cinquante fois supérieure à la production concrète - bien que toujours échangeable, en toute absurdité, contre des biens terrestres de luxe par la minorité des « initiés », comme dit Attali.

Face à la catastrophe, la seule question qui vaille est : y a-t-il une solution keynésienne, réformiste, pour sortir de la crise, peut-on moraliser le capitalisme, en comblant l’abîme des déficits privés des banques avec les impôts publics, comme Sarkozy, Obama ou les PS le prétendent ? La réponse est négative car ce qui a changé depuis la précédente tentative de 1944, c’est que la planète, ses dirigeants le voudraient-ils, n’a plus le temps ni les moyens d’égaliser les niveaux de vie. Les conditions de survie de l’humanité disparaissent rapidement avec le niveau de consommation moyen du Nord. Pour étendre celui-ci aux 5 Milliards d’affamés, il faudrait sept planètes Terre en plus. L’effondrement est à la porte. L’écologie devient déterminante, avec comme corollaire le remplacement d’un capitalisme qui la pulvérise.

Armés du dollar comme monnaie unique, les USA vivent aux crochets du reste du monde, leur sortie de crise est rien moins qu’évidente sauf à diviser leur niveau de vie par deux et à rouvrir partout des usines. On ne gagnera rien à accrocher notre char à ce Titanic en dépit du bon Barak et des fastes hollywoodiens. Yes we can, qu’il le fasse, bon courage mais sans nous ! Les déficits bancaires ne doivent pas être comblés avec de l’argent public mais par la saisie des biens des gros actionnaires coupables, notamment dans les paradis fiscaux. Belle mission pour une OTAN devenue enfin utile !

Il est historiquement évident, s’ils parviennent à calfater tant bien que mal le rafiot financier, que le scénario des années 70 se reproduira, en raison de l’essence même du capitalisme, de son principe de vie, de sa raison d’être, de son unique credo : faire du profit monétaire par tous les moyens. Tous les capitalistes, qu’ils soient de la finance ou de l’usine, rechuteront dans leur boulimie imaginative et replongeront leur monde dans les délices – et le nôtre dans les affres – de la spéculation généralisée. Vers de nouvelles catastrophes plus destructrices encore ! Le seul tort des Madoff, Keriel, Mitterrand fils ou Pasqua père, etc., a été de se faire pincer.

On sait ce qu’il ne faut pas faire : rafistoler le capitalisme obsolète qui assurerait l’éternel retour du malheur de l’inégalité. Pour autant on ne sait pas quoi faire d’autre. On en reste à l’échec historique du socialisme stalinien, maoïste, castriste. Même pas ! La gauche radicale sur qui repose les ténus espoirs de transformation, n’a pas tiré les leçons dramatiques du XXe siècle. Sa position historique est celle de l’autruche, la tête dans son sable corporatiste, devant les attaques sarkoziennes, elle ne sait que rabâcher : étendre les services publics, créer une banque unique d’Etat (sur le modèle soviétique), accroître la bureaucratie d’un million d’unités quand elle coûte déjà 8 points de PIB de plus que la moyenne en Europe ! Il est vrai que le NPA dit aussi l’inverse : Nos Principes fondateurs décrivent le socialisme du XXIe siècle auquel nous aspirons comme « le pouvoir des travailleurs et travailleuses dans tous les domaines et à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale. C’est la démocratie des producteurs/trices associ-e-s décidant librement et souverainement quoi produire, comment et à quelles fins … Qui croire ? Obscure clarté qui tombe de l’étoile…

La solution est pourtant transparente : à la malfaisance, à l’incompétence, à l’incurie grandiose, à la veulerie escroque des banques et des capitalistes, une seule solution, la révolution. Mais pas celle qui a échoué. Pas le cautère de l’étatisation pis que le mal. Le socialisme par en bas. Il faut l’intervention consciente des masses populaires, comme en Guadeloupe, jusqu’à l’hégémonie démocratique du salariat (90 % des actifs, le compte y est !), le contrôle de chaque rouage de l’économie et de la politique (de l’Etat) par les citoyens, les salariés eux-mêmes. Il faut l’autogestion et le dépérissement de l’Etat capitaliste.

A chaque nouvelle catastrophe capitaliste annoncée, le remède autogestionnaire à court et long terme doit être avancé : conseil de surveillance des banques composé d’usagers, des salariés élus ! Fermeture des Bourses. Extension du pouvoir des comités d’entreprises pour empêcher à temps délocalisations et dégraissages. Comités de quartiers élisant chaque année un maire renouvelable pour sortir du mandarinat. Il n’y a pas trop d’élus en France mais pas assez en ville, l’essentiel des 500 000 sont à la campagne, dans des communes sans moyens. Si la démocratie continue d’être factice, c’est une caste bureaucratique qui remplacera la classe bourgeoise.

En introduisant la démocratie à la racine même du pouvoir de décision une dynamique conflictuelle serait crée pour l’échelle des revenus de un à cinq, la RTT, l’écologie, la fin de la pub, etc. Les salariés eux-mêmes décideront de la route à poursuivre et à quelle vitesse, en diluant longuement le poids des héritiers actionnaires, grâce à une fiscalité adaptée.

La faim : Un problème soluble si... Damien Millet - Eric Toussaint Reporterre 2009/04/25 Damien Millet - Eric Toussaint (25 avril 2009) La faim : Un problème soluble si.... Reporterre. Tribune — fr

La faim : Un problème soluble si...

Près d’un miliard d’humains ont faim tous les jours. Cette situation misérable peut finir si une politique agricole axée sur la souveraineté alimentaire est engagée.

Selon la FAO [1], 963 millions de personnes souffraient de la faim en 2008, soit un habitant de la planète sur sept. Paradoxalement, ce sont en majorité des producteurs agricoles qui ne possèdent pas – ou pas assez - de terres, ni de moyens pour les mettre en valeur. En 2007-2008, le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 140 millions à cause de l’explosion du prix des produits alimentaires.

Pourquoi une telle augmentation ? D’une part, les pouvoirs publics du Nord ont augmenté leurs aides et leurs subventions pour les agro-carburants (appelés à tort « biocarburants »). Du coup, il est devenu rentable de remplacer les cultures vivrières par des cultures fourragères et d’oléagineux, ou de dévier une partie de la production de grains (maïs, blé…) vers la production d’agro-carburants.

D’autre part, après l’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis, puis dans le reste du monde par ricochets, la spéculation des grands investisseurs (fonds de pension, banques d’investissement, hedge funds…) s’est déplacée vers les denrées alimentaires (principalement les Bourses de Chicago, Kansas City et Minneapolis spécialisées dans les marchés de grains). Bien que la spéculation à la hausse ait pris fin au milieu de l’année 2008 et que les prix sur les marchés à terme soient ensuite retombés en flèche, les prix au détail n’ont pas suivi le même mouvement. L’écrasante majorité de la population mondiale en subit encore les conséquences dramatiques. Les pertes d’emplois par dizaines de millions annoncées pour 2009-2010 vont aggraver la situation.

L’augmentation de la faim dans le monde n’est pas due pour le moment au changement climatique. Mais ce facteur aura des conséquences très négatives dans l’avenir en termes de production dans certaines régions du monde, en particulier les zones tropicales et subtropicales. La solution consiste en une action radicale pour réduire brutalement les émissions de gaz à effets de serre [2].

Eradiquer la faim, c’est pourtant tout à fait possible. Les solutions fondamentales pour atteindre cet objectif vital passent par une politique de souveraineté alimentaire et une réforme agraire, c’est-à-dire nourrir la population à partir de l’effort des producteurs locaux tout en limitant les importations et les exportations.

La souveraineté alimentaire doit être au cœur des décisions politiques des gouvernements, le but étant de s’appuyer sur les exploitations agricoles familiales utilisant des techniques destinées à produire des aliments dits « bio » (ou « organiques »). Cela permettra de disposer d’une alimentation de qualité : sans OGM, sans pesticides, sans herbicides, sans engrais chimiques. Mais pour atteindre cet objectif-là, il faut que plus de 3 milliards de paysans puissent accéder à la terre en quantité suffisante et la travailler pour leur compte au lieu d’enrichir les grands propriétaires, les transnationales de l’agrobusiness et les différents intermédiaires. Pour ce faire, il faut une vraie réforme agraire, qui manque toujours cruellement dans la plupart des pays du Sud. Une telle réforme agraire doit organiser la redistribution des terres en interdisant les grandes propriétés terriennes privées et en fournissant un soutien public aux agriculteurs pour qu’ils aient les moyens de cultiver la terre sans l’épuiser.

Il est important de souligner que le FMI et surtout la Banque mondiale portent une lourde responsabilité dans la crise alimentaire car ils ont recommandé aux gouvernements du Sud de supprimer les silos à grains qui servaient à alimenter le marché intérieur en cas d’insuffisance de l’offre et/ou d’explosion des prix. La Banque mondiale et le FMI ont imposé aux gouvernements du Sud de supprimer les organismes de crédit public aux paysans et ont poussé ceux-ci dans les griffes des prêteurs privés. Le surendettement des paysans qui en a découlé est ainsi la cause principale du suicide de 150 000 paysans en Inde au cours des dix dernières années. Dans le même temps, la Banque mondiale et le FMI ont aussi poussé les pays tropicaux à réduire leur production de blé, de riz ou de maïs pour les remplacer par des cultures d’exportation (cacao, café, thé, bananes, arachide, fleurs…). Enfin, pour parachever leur travail en faveur des grandes sociétés de l’agrobusiness et des grands pays exportateurs de céréales (en commençant par les Etats-Unis, le Canada et l’Europe occidentale), ils ont incité les gouvernements à ouvrir toutes grandes les frontières aux importations de nourriture qui bénéficient de subventions massives de la part des gouvernements du Nord, ce qui a provoqué la faillite de nombreux producteurs du Sud et une très forte réduction de la production vivrière locale.

Le combat contre la faim est partie prenante d’un combat bien plus vaste et il est urgent de s’attaquer aux causes fondamentales de la situation actuelle, dont la dette fait partie. Or les effets d’annonce sur ce thème, comme lors des sommets du G8 ou du G20, masquent mal que ce problème demeure entier. La crise globale qui touche le monde aujourd’hui aggrave la situation des pays en développement et de nouvelles crises de la dette au Sud sont en préparation.

Le mécanisme infernal de la dette publique est un obstacle essentiel à la satisfaction des besoins humains fondamentaux, parmi lesquels l’accès à une alimentation décente. Sans aucun doute, la satisfaction des besoins humains fondamentaux doit primer sur toute autre considération, géopolitique ou financière. Les créanciers ont prêté en connaissance de cause à des régimes souvent corrompus qui n’ont pas utilisé l’argent dans l’intérêt des populations : ils ne sont pas en droit d’exiger des peuples affamés qu’ils remboursent des dettes immorales et illégitimes.

Voilà pourquoi il est urgent de mettre en œuvre la souveraineté alimentaire et la réforme agraire, d’abandonner la production des agro-carburants industriels, de recréer au Sud des stocks publics de réserves d’aliments et de (re)créer des organismes publics de crédit aux agriculteurs. L’Etat doit également développer les services publics dans les milieux ruraux (santé, éducation, communications, culture, « banques » de semences…). Les pouvoirs publics sont parfaitement à même de garantir à la fois aux populations à bas revenu des prix bas pour des aliments de qualité et aux petits producteurs des prix de vente suffisamment élevés pour qu’ils vivent dignement de leur travail.

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[1] Organisme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, http://www.fao.org.

[2] Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) recommande une diminution de 80% des émissions pour les pays les plus industrialisés et de 20% pour les autres (voir www.ipcc.ch/languages/french.htm). .....................................................................

Restau bio à Paris, cherche convives Esteban Reporterre 2009/04/25 Esteban (25 avril 2009) Restau bio à Paris, cherche convives. Reporterre. fr

Restau bio à Paris, cherche convives

Une bonne adresse, L’Ethik à Table.

Bonjour,

Voici un message que nous avons reçu, un peu plus bas dans cette page, appelant à soutenir un restaurant 100% bio et équitable (qui fait également traiteur) situé à Paris : L’Ethik à table . Merci à Clément de nous en avoir parlé (via la liste L’Auberge de la solidarité).

* nb : n’oublions pas de découvrir et de soutenir dès maintenant ces lieux écolos et indépendants, afin qu’ils ne cèdent pas la place à un supermarché « monoprix » ou autre commerce non alternatif de plus. N’oublions pas que si on ne les soutient pas, ces lieux, tout comme (feu) le restaurant « La Passerelle », ou « Féminithé », disparaîtront de Paris, déjà bien trop embourgeoisé à notre goût ....

(à Paris, les magasins bios Naturalia se sont fait rachetés par le groupe Monoprix. Idem pour la firme The Body Shop, racheté par un plus gros que lui. Idem pour de petites marques de cosmétique bio, racheté notamment par le groupe Yves Rocher ou par le groupe milliardaire L’Oréal). Ne laissons pas les multinationales et autres entreprises capitalistes profiter de l’écologie et du bio naturel (nature que ces entreprises pillent et polluent allègrement par ailleurs) pour faire du business sur notre dos, en pleine crise écologique et économique.

Esteban, co-auteur du futur guide ’ Paris en alternatives ’ : :

(...) Un exemple parmi les nombreux restos en manque de chiffre d’affaires : L’Ethik à Table .

Un resto 100% bio et « équitable » avec un jeune couple dynamique qui a lancé l’affaire voilà 2 ans. Pour mémoire, cela vous parlera peut-être, le projet a été financé solidairement par la Nef et par plusieurs Cigales de Paris. http://www.lanef.com/emprunter/ficheprojet.php ?id=450 http://www.cigales-idf.asso.fr/

On y mange bien et le patron vous dit tout ce que vous mettez dans votre estomac, l’origine des produits, leur histoire, comment il les a cuisinés... Repas sur place ou à emporter. L’Ethik à Table fait également traiteur (assos, entreprises, CE, ...) (mais pas pour 300 personnes...) De plus c’est une entreprise d’insertion qui forme des pizzaïlos-las. Les seules pizzas bio de la région je crois bien.

Alors qu’on nous dit partout que tout ça « c’est tendance », « c’est l’avenir », « très très »in« », etc... force est de constater que beaucoup de boutiques 0% bio, 0% équitable marchent bien mieux... Peut-être que le bouche à oreille ne s’est pas fait, je ne sais pas. Il est encore temps de découvrir ce lieu convivial, électrifié par Enercoop (en plus).

Un écolo-guide étudiant à Strasbourg Campus Vert Reporterre 2009/04/25 Campus Vert (25 avril 2009) Un écolo-guide étudiant à Strasbourg. Reporterre. fr

Un écolo-guide étudiant à Strasbourg

Pour vivre pas idiot à Strasbourg et ailleurs.

L’écologie pour tous et par tous les strasbourgeois

L’association Campus Vert vient de concrétiser l’un de ses projets associatifs avec la sortie du site internet collaboratif de l’éco-guide de l’étudiant strasbourgeois. http://www.eco-guide.eu. Dans la continuité de la publication de l’écoguide en version électronique et papier, ce site internet propose à tout Strasbourgeois d’enrichir son contenu, offrant une plate-forme d’information sur l’écocitoyenneté à Strasbourg accessible à tous, gratuitement. Ce site web compile ainsi plusieurs thématiques (Je me loge, je me déplace, je consomme, je sors, je m’engage), permettant à chacun d’avoir les clés pour agir concrètement au quotidien.

L’association Campus Vert, existant depuis 2005 à Strasbourg, a pour objectif de sensibiliser et d’impliquer les étudiants ainsi que le personnel des universités au respect de l’environnement et à l’écocitoyenneté. Cette association organise notamment régulièrement la semaine de l’environnement, des opérations de tri, d’économie d’énergie, des repas bio ou encore le projet de distribution de paniers de légumes bio, Universi’terre.

Cette association a crée un éco-guide en 2008, permettant à tous les étudiants qui le souhaitent d’avoir les clés pour pouvoir associer des gestes concrets à leurs préoccupations environnementales. Compilant bonnes pratiques et bonnes adresses, ce guide est disponible en téléchargement libre via le site internet de l’association et se trouve gratuitement en version papier dans plusieurs points de distributions à Strasbourg.

Ce projet trouve un second souffle et prend de l’envergure avec l’ouverture de la plate forme collaborative adoptant la technologie du web 2.0, c’est-à-dire l’internet communautaire interactif. Il innove ainsi en favorisant la participation de tous à sa construction. Chacun peut désormais enrichir le guide comme il le souhaite. Du tuyau de bricoleur à l’astuce de grand-mère en passant par des adresses sans cesse réactualisés et des bon plans oubliés, chaque information trouve sa place sur le site une fois validée par l’équipe de rédaction. Un plan permet de repérer les bonnes adresses proches de chez soi tandis que les parties thématiques sont là pour informer ceux qui ont une idée précise en tête.

Fruit du travail d’une équipe d’étudiants, cette plate-forme a été développée suite à l’accueil enthousiaste que les étudiants strasbourgeois ont offert au guide. L’objectif global du projet reste celui de pouvoir répondre à la question que se posent de nombreuses personnes « Mais que faire concrètement ? », et de permettre à chacun d’adopter facilement un mode de vie urbain durable.

Ce projet a été rendu possible, grâce au soutien du CROUS de Strasbourg, des bureaux de la vie étudiante de l’université, de l’initiative européenne « Jeunesse en action », et du dispositif Envie d’Agir.

Premier Mai : Ne pas quémander des miettes. Changer ! Le Pas de Coté Reporterre 2009/04/26 Le Pas de Coté (26 avril 2009) Premier Mai : Ne pas quémander des miettes. Changer !. Reporterre. Tribune — fr

Premier Mai : Ne pas quémander des miettes. Changer !

Plutôt que de réclamer du pouvoir d’achat, il faut interroger la finalité du travail.

Appel à un 1er mai abolissant le salariat, le productivisme et tout le reste (tant qu’à faire)

Deux fois de suite déjà, le ras-le-bol général, la dénonciation de l’absurdité de notre modèle de société ont été réduits à un défilé bien encadré, au son des revendications de hausse de salaires et de lutte contre les licenciements. Et les lendemains, retour à la normale, tout continue comme d’habitude, chacun-e devant son boulot, son caddy, sa télévision.

Le 1er mai risque de ressembler à ça ; à quémander une fois de plus quelques miettes pour s’adapter et survivre à la situation, auprès d’un gouvernement qui participe à la créer et en profite. Défilé annuel engendrant frustration et sentiment d’impuissance.

Mais il est n’est plus possible, à la vue des désastres sociaux, humains et écologiques actuels et à venir, de fêter les travailleur-euse-s sans interroger la finalité du travail, de réclamer une hausse de salaire sans interroger son utilité, sa provenance et ses effets.

Nous sommes nombreux-euses à ne pas vouloir faire perdurer la logique néolibérale, à ne rien attendre du gouvernement, à construire partout où nous le pouvons des modes de relations et d’échanges basées sur la solidarité, l’autonomie, la coopération.

Partout où nous le pouvons, nous faisons le monde dans lequel nous voulons vivre.

Féministes, précaires expert-e-s de la récup, ultragauchistes, non étiquetables, chômeur-euses heureux-euses, vivant-e-s, cuisinier-ère-s autogéré-e-s, lecteur-trice-s diffuseur-euse-s d’infos ambulant-e-s, travailleur-euse-s en questionnement, jardinier-ère-s du dimanche, anarchophilosophes, paysan-ne-s poètes, squatteur-euse-s, empêcheur-euse-s de semer n’importe quoi, autonomes, écolos libertaires, coopérateur-trice-s, transgenres, syndicalistes, empêcheur-euse-s d’expulser nos semblables, et tous les autres.

Nous ne sommes pas marginaux-ales comme voudraient le faire croire médias et gouvernement, nous sommes divers, nous avons des envies, des objectifs, des moyens différents, mais nous nous retrouvons dans les luttes et dans la volonté d’en finir avec les logiques de domination et d’exploitations des un-e-s par les autres. Nous sommes présent-e-s dans les luttes sociales et les manifs, parce que la solidarité dans le combat est vital ! Mais nous sommes noyés dans un flot trop sage pour que le monde change.

Cette année, regroupons-nous, montrons qu’on est nombreux-euses et qu’il n’y a pas de grand soir ni de promesses gouvernementales à attendre !

Le 1er mai, on ne défilera pas pour avoir le droit de travailler ou de consommer !

Les Indiens péruviens luttent contre l’exploitation pétrolière Survival International Reporterre 2009/04/26 Survival International (26 avril 2009) Les Indiens péruviens luttent contre l’exploitation pétrolière. Reporterre. fr

Les Indiens péruviens luttent contre l’exploitation pétrolière

Des Indiens ont bloqué un affluent de l’Amazone, pour tenter de freiner la pénétration par une compagnie pétrolière française, Perenco.

De nombreux Indiens ont bloqué l’un des principaux affluents de l’Amazone, le Napo, pour dénoncer la violation de leurs droits par les compagnies pétrolières et le gouvernement péruvien.

Les manifestants ont bloqué le Napo avec des canoës et un cable pour empêcher les bateaux des compagnies de remonter la rivière. Selon nos informateurs, deux embarcations, dont une appartient à la compagnie franco-britannique Perenco, ont réussi à franchir le barrage. Trois coups de feu ont été tirés sur les Indiens qui les poursuivaient.

Le barrage sur le Napo fait partie d’une série de manifestations qui ont lieu en ce moment en Amazonie péruvienne. Coordonnées par l’AIDESEP, l’organisation des Indiens d’Amazonie péruvienne, ces protestations sont la réponse donnée aux politiques gouvernementales discriminatoires qui menacent leurs terres communautaires. L’AIDESEP fait pression pour que soit abrogées plusieurs lois qui les privent de leurs droits et que soient créées de nouvelles réserves pour les Indiens isolés.

Le gouvernement a réagi en envoyant la police et l’armée dans la région du conflit. L’AIDESEP a vivement critiqué ces mesures qu’elle qualifie d’ « intimidatoire » en raison du caractère pacifique de ces manifestations.

Perenco opère dans une région d’Amazonie où vivent au moins deux groupes d’Indiens isolés. La compagnie refuse de reconnaître leur existence.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré le 24 avril : « Dans le monde entier les peuples indigènes sont forcés de recourir à de telles méthodes pour faire valoir leurs droits sur leurs territoires. Des opérations similaires ont récemment eu lieu en Inde et en Malaisie. Ces actions seront de plus en plus fréquentes tant que la législation internationale et la Déclaration des Nations unies ne seront pas appliquées. Faire usage de la force à l’encontre des peuples indigènes qui tentent de protéger leurs terres relève du colonialisme et ne devrait pas être toléré. »

Des semences de Monsanto qui ne produisent pas de graines... Combat Monsanto Reporterre 2009/04/27 Combat Monsanto (27 avril 2009) Des semences de Monsanto qui ne produisent pas de graines.... Reporterre. fr

Des semences de Monsanto qui ne produisent pas de graines...

En Afrique du sud, les agriculteurs ont eu la mauvaise surprise de constater que leur maïs transgénique ne fournit pas de graines. 82 000 hectares affectés.

Les fermiers d’Afrique du Sud, qui s’étaient lancés dans la cultures de variétés de maïs GM vendues par Monsanto ,ont eu la désagréable surprise de découvrir que leurs plantes transgéniques avaient produit des épis dépourvus de graines.

La stérilité des plants de maïs touche trois variétés distinctes vendues par Monsanto, au total ce sont plus de 82 000 hectares de maïs transgénique qui sont touchés. En apparence la croissance du maïs était satisfaisante, mais en ouvrant les épis pour juger de leur maturité, les agriculteurs se sont aperçus que les plantes étaient stériles et n’avaient pas produits la précieuse graine jaune. Quelques 280 exploitants agricoles Sud Africains se sont déjà manifestés pour rapporter ce phénomène dans leurs champs.

Monsanto a aussitôt reconnu sa responsabilité et s’est engagée à offrir une compensation aux cultivateurs lésés. Monsanto explique l’échec de ses trois variétés de maïs par un problème « d’infertilisation qui se serait produit au cour du processus de fabrication dans les laboratoires ». L’évaluation des dommages est en cours avec la participation des coopératives locales, d’après Monsanto cela concernerait environ 25% des semences vendues la saison passée. Les variétés de maïs incriminées avaient été génétiquement manipulées pour résister à l’herbicide Roundup, le best seller de Monsanto, et pour produire une toxine insecticide. D’après Kobus Lindeque, directeur de Monsanto en Afrique, il ne s’agit pas d’un « problème lié aux modifications génétiques » qu’ont subies les plantes, mais « d’une insuffisante fertilisation durant la production des semences ».

Pour les fermiers sud africains, « c’est une bonne chose que Monsanto propose immédiatement de dédommager les fermiers pour les pertes subies. » dit Kobus van Coller, touché par le phénomène. « Personne ne pouvait dire d’extérieur que la plante était stérile, il n’y avait aucun signe de maladie ou de parasites, mais lorsqu’on a ouvert les épis, il n’y avait vraiment que très peu ou pas du tout de graines. » Reste à savoir comment seront fixées les compensations financières offertes par Monsanto et si tous les cultivateurs y trouveront leur compte.

En revanche, du coté des activistes environnementaux, les chiffres sont plus alarmant. D’après Marian Mayet, directrice du Africa Centre for Biosecurity à Johannesburg, certaines exploitations auraient subi jusqu’à 80% de pertes. Son organisation, l’une des principales en Afrique du Sud, appelle le gouvernement à établir un moratoire afin de conduire une enquête sur les raisons de cet échec du maïs transgénique de Monsanto. De plus, les organisations environnementales réclament plus de transparence sur la présence d’OGM dans l’alimentation, par la mise en place d’une politique d’étiquetage obligatoire des produits alimentaires, qui aujourd’hui fait défaut.

Au delà du fait que cette contre performance du maïs GM de Monsanto plombe la récolte 2009, cela pose également la question de l’approvisionnement alimentaire dans les pays du Sud. Comme dans beaucoup de pays africains, le maïs est l’aliment de base des 48 millions de Sud africains. Une chute de la production subite risque d’entraîner une hausse du prix des denrées alimentaires sur le marché local. Or, la part du budget pour l’alimentation est en moyenne de 50% pour une famille africaine (80% pour les plus pauvres), ainsi même une légère augmentation des prix pourrait entraîner un appauvrissement des populations les moins favorisées et avoir un impact négatif sur la nutrition de ces personnes. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, c’est un sujet sensible, surtout en Afrique où les multinationales de la biotechnologie cherchent à s’implanter au nom de la « lutte contre la faim ».

C’est aussi la question de l’oligopole du marché des semences contrôlé par Monsanto, et quelques compagnies, qui est posée. Comme nous le voyons ici, Monsanto est le principal fournisseur de semences génétiquement modifiées en Afrique du Sud, ainsi un accident dans sa chaîne de fabrication des semences se répercute directement sur l’ensemble de la production de maïs du pays. Ces dernières années, l’homogénéisation des semences industrielles au nom de la productivité s’est faite au détriment de la biodiversité et des variétés locales. Aujourd’hui on découvre le revers de la médaille de ces semences high-tech qui peuvent échouer de façon tout aussi homogène et bouleverser toute une récolte, perturbant ainsi l’ensemble de la chaîne alimentaire.

Comme certains militants le dénoncent, contrôler les semences ne revient-il pas à contrôler l’alimentation ? Est-il responsable de remettre l’approvisionnement alimentaire d’un Etat entre les main d’une multinationale étrangère ? La souveraineté alimentaire et le contrôle de la production agricole nationale ne seraient-ils pas des priorités stratégiques à poursuivre par tous les Etats ?

Des questions auxquelles devraient répondre tous les dirigeants politiques avant de céder aux sirènes des compagnies de biotechnologie, qui aiment tant se draper du voile de « sauveurs des affamés » pour vendre leur technologie.

Les dinosaures s’obstinent Hervé Kempf Reporterre 2009/04/27 Hervé Kempf (27 avril 2009) Les dinosaures s’obstinent. Reporterre. Tribune — fr

Les dinosaures s’obstinent

Ce devait être - ce doit être - un projet exemplaire, enthousiasmant, prometteur : sur un terrain de 175 hectares, situé à côté des usines Renault de Flins, trois jeunes paysans s’installent, en agriculture biologique. Ils ont été choisis au terme d’un appel d’offres rigoureux - plus de 60 candidats ! -, entrepris par plusieurs agences et administrations, et dans le cadre du schéma directeur régional prévoyant le maintien de terres agricoles. Le tout sur une zone de captage d’eau alimentant près de 400 000 Franciliens. Ainsi donc, il serait possible de réinventer un avenir, de préserver des terres cultivées d’une urbanisation incontrôlée, de donner le feu vert à l’agriculture de demain ? Il serait possible de traduire une utopie modeste dans la réalité ? Oui ?

Non. Les dinosaures, les hommes du passé, les bétonneurs de toujours, les nostalgiques des gaz d’échappement veillent au grain : en octobre 2008, la préfète des Yvelines prend des arrêtés changeant la destination des terres, afin de permettre au conseil général d’y lancer un projet de circuit de formule 1 visant à accueillir le Grand Prix de France. Sur son site Internet, le conseil précise sans rire : « Notre démarche est développement durable. »

Formule 1 : activité consistant à faire tourner des voitures le plus vite possible sur un circuit clos. Bruit, pollution, consommation d’essence, gaz carbonique, gros moteurs, machisme de base, fascination des foules mâles, télévision, droits télévisés, argent, beaucoup d’argent.

Mais, interrogent les ignorants, il y avait un circuit, à Magny-Cours (Nièvre), qui a accueilli ledit Grand Prix pendant dix-sept ans. Pourquoi couler du béton nouveau ? Pourquoi ? Parce que Bernie Ecclestone, président d’un organisme qui distribue les licences de Grand Prix et capte avec le génie des cupides les droits télévisés, ne veut plus de Magny-Cours.

L’amour du sport a conduit M. Ecclestone à accumuler une fortune de 2,4 milliards de livres. L’amour du sport conduit les hommes politiques des différents pays à se coucher devant ce monsieur. Les vaillants édiles des Yvelines - encouragés par divers ministres, comme Bernard Laporte, secrétaire d’Etat aux sports et homme d’affaires - sont donc prêts à débourser 112 millions d’euros pour leur piste de béton. Cent douze millions pour commencer, car ce genre de sauterie coûte toujours plus cher que prévu. Les contribuables paieront... La place manque pour détailler le dossier, qui ne tient pas debout. On ne peut qu’espérer que les décideurs ultimes sauront raison garder.

Au fait : une formule 1 consomme environ 1 l d’essence au kilomètre. Le véhicule mis au point par des étudiants de l’université de Laval, au Québec, qui a remporté le Shell Eco Marathon d’Amérique le 18 avril, a roulé 1 172 km avec... 1 litre ! Soit une consommation mille fois moindre. A votre avis, de quel côté est l’avenir ? Que périssent les dinosaures, vive Homo sapiens !

La coopération, alternative au capitalisme Jean-François Draperi Reporterre 2009/04/28 Jean-François Draperi (28 avril 2009) La coopération, alternative au capitalisme. Reporterre. Tribune — fr

La coopération, alternative au capitalisme

Il n’y a pas que le marxisme ! L’histoire du mouvement coopératif ouvre des perspectives toujours fraîches et stimulantes.

LA COOPÉRATION ET L’ÉCONOMIE SOCIALE

Contribution au socialisme

Introduction : socialismes et économie sociale

La gauche, les gauches, celles et ceux qui s’en rappellent, sont orphelins d’une alternative au capitalisme. Pendant plus d’un siècle, elles se sont appuyées sur les lectures critiques de l’œuvre de Karl Marx et de ses nombreux héritiers. De nombreux courants se sont construits à partir de cette œuvre fondatrice, définissant des gauches socialistes, communistes, trotskystes, maoïstes, anarchistes, autogestionnaires, libertaires. Elles se sont construites, et souvent opposées, durant de nombreuses décennies autour de l’interprétation du marxisme et de ses héritiers. Elles ont connu des débats de sociétés d’une multiplicité et d’une richesse extraordinaire, à peu près partout dans le monde, au sein des classes laborieuses bien sûr, mais également dans les milieux sociaux les plus contrastés. Aujourd’hui encore, chacune de ces gauches, à sa façon, tente de se situer de façon convaincante par rapport à des conceptions issues de Marx et pour certaines, de Lénine, de Trotski. Si certains termes semblent vieillis –comme le capitalisme monopoliste d’Etat ou la dictature démocratique du prolétariat- un certain embarras subsiste quant à de nombreux concepts à la fois théoriques et opératoires : la lutte des classes, la violence révolutionnaire, la bourgeoisie et le prolétariat, le matérialisme dialectique. Et pour quelle société. Socialiste ? Communiste ? Ou, dans des termes différents, « actualisés » : un autre avenir que le capitalisme est-il possible ? Comment le nommer ? Comment le produire ? L’expression des aspirations que produit la crise financière en dit long sur le désir profond d’une grande partie de la société de changer de système. Mais c’est un désir qui éprouve des difficultés à s’exprimer autrement que par l’incantation ou le rêve… qui constitue souvent le refuge contre le désespoir.

Notre objet est de montrer qu’il existe une alternative possible au capitalisme à travers le mouvement coopératif et plus largement de l’économie sociale.

Réfutant la rupture entre éthique et économie, les chercheurs et les acteurs de la coopération et de l’économie sociale inscrivent leurs pratiques économiques dans un cadre éthique qui associe quatre valeurs cardinales : le volontariat, l’autonomie, l’égalité et la solidarité. L’inscription dans ce cadre ne va pas de soi ; elle subit une tension permanente, qui résulte en partie au moins de l’autonomie actuelle de l’économie vis à vis des valeurs de la société. Alors que la société moderne place la démocratie au cœur de ses pratiques politiques et sociales, alors que la démocratie représentative constitue la forme de gouvernement politique la plus répandue, l’économie dominante fonctionne sur la base du rapport de force et du conflit et impose à l’ensemble de la société une organisation économique cynique et désincarnée : la seule finalité qu’elle prête aux êtres humains est le profit matériel et l’accès à une consommation toujours plus abondante. Cette dualité pèse sur les personnes : elle force à respecter des règles différentes dans la vie sociale et politique et dans l’entreprise. Elle est source de déséquilibres et d’insatisfaction. Elle est productrice de stress, de dépression, de maladies somatiques. Et, pour le dire dans le langage propre à l’économie dominante, elle est contre productive et représente un coût social élevé. Se saisir de l’alternative coopérative n’implique pas nécessairement de renoncer à la théorie marxiste ou à certaines de ses leçons essentielles, comme ça n’implique pas non plus d’adhérer –peu ou prou- à une conception marxiste. Mais cela suppose de réviser les conceptions marxistes de la coopération qui sont habituellement présentées et de mettre à distance le traitement bolchevique des coopératives. Nous sommes convaincus qu’au cours des années à venir, des militants et des leaders politiques se saisiront de l’économie sociale comme alternative au capitalisme.

Qu’est-ce que l’économie sociale ?

L’économie sociale désigne les groupements de personnes qui s’appuient sur ‘la double qualité’ de leurs membres : ceux-ci sont à la fois acteurs –bénéficiaires de l’action mise en oeuvre- et sociétaires –propriétaires collectifs et détenteurs du pouvoir. Ces groupements de personnes visent à satisfaire des attentes collectives, fonctionnent sur la base de l’engagement volontaire et selon des principes démocratiques et solidaires. Ils sont présents dans tous les pays du monde et leurs activités sont très diversifiées. L’économie sociale comme type particulier d’entreprise est ainsi une réalité économique et sociale importante, bien qu’encore mal connue. Mais l’économie sociale comme projet et a fortiori comme système économique reste à bâtir. Les entreprises d’économie sociale disposent de statuts, mais faute d’unité elles subissent largement les règles de l’économie dominante. Le plus grand défi auquel elles doivent faire face aujourd’hui est d’affirmer cette unité par la mise en œuvre de pratiques qui traduisent leurs valeurs.

L’économie sociale est méconnue et souvent mal comprise. Pour mieux l’appréhender, il est nécessaire de se tourner vers son histoire et d’observer ses avancées et ses échecs.

Fondements communs aux socialismes et à l’économie sociale

Henri Desroche a montré que l’économie sociale, comme le socialisme, était une forme sociale et sécularisée de millénarimes religieux (Desroche, 1974). Dans de nombreuses sociétés, un messie ou un prophète promet un royaume merveilleux. Il arrive qu’un peuple l’écoute et crois en sa parole. Pendant des siècles, ce royaume n’est pas de ce monde et seuls ceux qui meurent sont susceptibles d’y accéder. Au 18e siècle, des prophètes annoncent que le royaume peut être vécu sur terre (hypothèse déjà suggérée dès le 16e siècle par les protestants dans le cadre du christianisme). Ainsi naît un millénarisme –l’annonce d’un royaume qui durera mille ans- non plus hors du temps terrestre, mais sécularisé, c’est-à-dire qui peut être vécu dans ce siècle. Ainsi naissent les utopies sociales. Le 18e et le 19e siècle voient énoncées ces utopies ancrées à la fois dans le messianisme et les mouvements sociaux. S’inspirant des mouvements sociaux associationnistes du tout début du siècle, les utopistes, véritables messies sociaux, annoncent un nouveau monde qui s’appelle "Le Nouveau Christianisme" (Saint-Simon, 1825), "Le Nouveau Monde" (Fourier, 1829), "The New Moral Word" (Owen, 1836-44). Leurs utopies sont créatrices : les disciples mettent ces nouveaux mondes à l’épreuve du réel, par une démarche expérimentale, et découvrent le degré d’applicabilité de ces utopies rêvées : Les équitables pionniers de Rochdale (Manchester), J.P. Buchez à Paris, J.B.A. Godin à Guise, V.Considérant au Texas..., et valident ou invalident les différentes hypothèses des communautés alternatives. Plusieurs d’entre eux interprètent ensuite les résultats, se faisant ainsi les relais d’une pensée nouvelle, qui est parfois saisie par des penseurs de tous horizons politiques. Au processus de sécularisation analysé par Henri Desroche, il faut en ajouter un second : celui de laïcisation. L’alternative terrestre n’est plus religieuse comme l’était l’utopie proprement millénariste, elle est laïque. Elle n’est pas éternelle, ni ne dépend d’une fidélité à un texte ou un Dieu. Elle est temporelle et dépend de la volonté collective des hommes. Elle ne s’établit pas dans l’ordre ancien mais dans le sillage des lumières et de la révolution. Selon la distance prise par les utopistes vis-à-vis des promesses des religions, ces utopies s’inscriront dans le cadre d’une pensée sociale chrétienne ou dans celui d’une pensée socialiste. Depuis deux siècles, ces deux traditions de pensée se divisent ou se rencontrent. Leur origine commune les place face au même risque qui serait celui perdre cette capacité imaginative. Pour cette raison, leur opposition doit, selon nous, être toujours rapporté à ce risque commun. Cette relation ambivalente se repère également sur le champ de la coopération et de l’économie sociale, où les deux principaux ensembles de courants sont précisément sociaux-chrétiens et socialistes, même si ces courants sont eux-mêmes critiqués dans leur propre famille de pensée. Pour autant, il existe une coopération libérale, mais qui ne participe pas au projet politique du mouvement coopératif et de l’économie sociale.

Deux utopies coopératives

La première moitié du 19e siècle voit ainsi l’essor du mouvement associationniste, creuset du socialisme avant Marx, qui sera le fer de lance de la Révolution de 1848, avant d’être décimé par le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte (3 déc.1851). Ce mouvement donne néanmoins naissance au principes de la coopération de production, dont les premiers statuts sont acquis en 1867. Les principes de la coopération de production, rédigés par J.P. Buchez, sont les suivants :

Les principes de la coopération de production selon J.-P. Buchez (1866)

"Dans l’association que je propose, les hommes associent leur travail et non leur capitaux. C’est un contrat par lequel les travailleurs prennent un double engagement :

1° De constituer un capital commun qui sera l’instrument de travail mais qui restera, inaliénable, indivisible et devra toujours croître à l’aide des prélèvements annuels opérés sur les bénéfices.

2° D’unir leurs efforts pour faire valoir ce capital de leur travail sous la direction d’une gérance nommée par eux dans l’intérêt de tous.

A ces devoirs des associés répondent leurs droits qui consistent à recevoir :

1° Le salaire suffisant en usage dans la profession et le pays.

2° Une part dans les bénéfices proportionnelle au travail accompli par chacun".

(J.P.Buchez, Traité de politique et de science sociale, Paris, 1866, cité in J.F. Draperi, L’économie sociale, Utopies, pratiques, principes, Presses de l’économie sociale, 2009.)

Dans un premier temps Karl Marx soutien les associations ouvrières avant de les critiquer au cours des années 60, dès lors qu’elle recevront la reconnaissance de l’Empire. Ce divorce marginalise durablement le mouvement coopératif. Mais c’est autour de la coopérative de consommation que le mouvement social se retrouve pendant la seconde moitié du 19è. En effet, les coopératives de consommateurs ne supposent pas d’avoir un capital –donc elles sont ouvertes à tous- et elles exigent le paiement au comptant –donc permettent de sortir de l’endettement-. Pendant que Jules Guesde poursuit la critique du mouvement coopératif, une partie du mouvement socialiste s’engage dans cette forme de coopération.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle et dans les premières années du XXe, le mouvement coopératif se développe ainsi au sein de divers mouvements sociaux différents et parfois opposés qui analysent la coopération comme composante d’une pensée globale : pour dire vite, la coopération est selon ces différentes pensées une arme au service de la révolution (socialiste), un moyen d’élévation morale et économique de la classe ouvrière (chrétiens sociaux) ou un outil de la régulation sociale (libérale). Chacune de ces interprétations va progressivement donner naissance à une pensée et une action coopératives de plus en plus indépendantes. C’est en se situant relativement à ces trois principaux courants, et précisément en s’opposant au courant libéral, que Charles Gide fonde en 1886 ce qu’on appellera l’école de Nîmes, lieu où s’élabore une nouvelle pensée coopérative. L’alliance de cette Ecole avec celle des Christian Socialists anglais (Neale, Ludlow…) fonde l’Alliance Coopérative Internationale (ACI, 1892-95), mais la pensée coopérative française ne prend sa réelle autonomie qu’après que soit réalisée l’unification des deux grandes fédérations que sont l’Union Coopérative de Charles Gide, née en 1885 et la Bourse socialiste de Jean Jaurès, née en 1905, unification réalisée en 1912. Cette union a permis l’émergence d’une pensée coopérative autonome, qu’on peut qualifier de socialiste, tels que l’étaient les leaders de la Fédération nationale des coopératives de consommateurs.

Après l’utopie archétypale de la communauté, dominé par la coopération de production au début que XIXe siècle, naît ainsi la grande utopie de la macro-république coopérative dominée par le mouvement des consommateurs. S’il a échoué, ce projet a marqué les esprits de la fin du 19è au milieu du 20e siècle. Aujourd’hui encore, les principales coopératives –agricoles et bancaires- les mutuelles de santé, les assurances mutuelles et la majorité des associations, sont des groupements d’usagers assimilables à des coopératives de consommateurs. Il est indéniable qu’une alternative au capitalisme ne peut se priver de ces ensembles d’entreprises collectives, qui en dépit de leurs difficultés à vivre leur projet constitue la force majeure de l’économie sociale. En effet, les coopératives de production, qui sont sans aucun doute celles qui rendent possible l’établissement de rapports sociaux de production non-capitalistes, restent cependant des petites entreprises, indispensables à la vie des territoires, mais incapables de contrer le capitalisme international.

A partir de l’entre deux guerres, cette conception de la république des consommateurs connaît deux principales postérités : l’une, fidèle à la coopération de consommation gidienne, revendique son attachement à l’école de Nîmes (B.Lavergne) ; l’autre, élargissant son champ de réflexion en s’opposant à la pensée de B.Lavergne sur l’interprétation de la pensée gidienne fonde l’économie collective. Un nouveau courant, s’appuyant sur la thèse « du secteur coopératif » se construit sur la critique de la pensée de Gide et est dominé par l’œuvre de G. Fauquet, et prolongée par celle de C. Vienney. L’essor de la coopération dans les pays décolonisés après la seconde guerre provoque la renaissance d’une utopie coopérative distincte sur laquelle se pencha H. Desroche, annonçant d’ailleurs l’émergence d’une nouvelle économie sociale dans les pays du nord au cours des années 80-90.

Et aujourd’hui ?

Né d’un même mouvement social il y a plus de 150 ans, les destinées des entreprises d’économie sociale se sont disjointes en relation avec leurs champs d’activités. Les pratiques d’éducation, de sports et de loisirs ont fréquemment pris la forme associative ; les activités de production, de consommation, d’épargne se sont inscrites dans des statuts coopératifs ; la prévoyance et l’assurance mutuelle ont été réalisées dans des formes mutualistes. L’évolution des techniques, la domination de l’économie capitaliste, les limitations que les Etats imposent à l’économie sociale ont fait éclater celle-ci en un ensemble d’activités certes complémentaires, mais qui ne se sont plus reconnus entre-elles pendant une longue période d’un siècle et demi. Entre 1848, au moment où éclate l’unité des associations ouvrières un peu partout en Europe, et la fin du XXe siècle, période où ré-émerge une conception d’économie sociale, de nombreuses institutions et des formes organisationnelles variées se développent selon des logiques différentes et sans se coordonner. Au cours de cette longue période, dont nous sortons à peine, trois types d’entreprises majeures portent de façon dispersée le projet d’économie sociale, ce sont les coopératives, les mutuelles et les associations. D’autres types se situent à la frontière de l’économie sociale : les associations non gestionnaires, les syndicats, les formes de sociétés d’économie mixte, les collectivités locales… La dispersion des ces institution, l’absence de projet commun est préjudiciable aux forces qui est sont consacrées : par exemple, c’est au moment où le mouvement des coopératives de consommation s’affaiblit que naissent les mutuelles d’assurance, véritable projet anticapitaliste en 1934, date de fondation de la Maaif, future Maif. C’est au moment où les coopératives et les mutuelles commencent à se banaliser pour s’intégrer dans la dynamique des trente glorieuses après la seconde guerre que prend son essor l’éducation populaire comme projet de changement social. L’unification proposée au début des années 70 à travers la création du Comité national de liaisons des activités mutualistes, coopératives et associatives (Cnlmaca), futur Ceges, est donc bienvenue, même si les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.

L’histoire de l’économie sociale présente donc cette particularité d’être triple durant une très longue période pour s’unifier en partie au cours des trente dernières années. Même si l’origine commune de ses formes permet de ne pas douter de son unité, qu’on trouve dans les valeurs qui les inspirent et dans des principes directeurs qu’elles partagent, l’économie sociale n’a guère entretenu de projet commun durant plus d’un siècle : celui-ci s’était dissout dans des mouvements d’entreprises poursuivant chacun leurs idéaux ou leur objet. Cette évolution s’inverse au cours des dernières décennies du XXe siècle. L’idée d’économie sociale émerge à nouveau. Entre les années 1970 et 2000, cette émergence garde le visage que quelques leaders éclairés de mouvements coopératifs et mutualistes lui donnent : un groupe de pression sur l’Etat et la Communauté européenne. Depuis 2000, l’économie sociale nourrit des espérances oubliées, et du même coup, les entreprises qui la composent paraissent parfois en retrait sur le mouvement social qui en appelle à leur histoire et à leur responsabilité. Mais quelques signes témoignent que nous avons franchi un pas décisif : de grandes entreprises coopératives et mutualistes communiquent sur des valeurs qu’elles n’affichaient plus guère, elles forment leurs salariés, leurs administrateurs, leurs sociétaires, aux valeurs de l’économie sociale. Elles révisent leurs modes d’évaluation, s’emparant de bilans sociétaux incluant les dimensions sociales et environnementales. Elles construisent avec des partenaires universitaires des formations diplômantes. Les processus démocratiques qui les fondaient et qui parfois avaient été abandonnés fonctionnent à nouveau, définissant des formes de gouvernance inconnues des entreprises capitalistes. Rien n’est gagné cependant. En effet, l’ultra-libéralisme n’a peut-être jamais été aussi fort qu’aujourd’hui. Imposant les réglementations internationales qui accompagnent la mondialisation des échanges, il définit les règles du jeu à son avantage. Pour se rendre capable d’influer sur les grandes réglementations, l’économie sociale doit s’unir et c’est sans doute l’enjeu majeur auquel elle doit faire face. En effet, il n’existe pas, ou guère, de solidarité entre les entreprises d’économie sociale de secteurs différents. Chaque ensemble d’entreprises d’économie sociale tend à s’isoler dans sa branche de production ou de service. La même concurrence oppose les entreprises d’économie sociale entre elles que celle qui les oppose aux entreprises capitalistes. Cette concurrence est inégale, parce qu’elle se réalise dans un cadre qui échappe en grande partie aux entreprises d’économie sociale, et les rend plus dépendantes de l’économie dominante. Cette dépendance les condamne fréquemment à se banaliser. Elles ressemblent alors de plus en plus aux entreprises classiques de leur secteur d’activités. Dans d’autres cas, servant uniquement l’intérêt de leurs membres et ne prenant pas en considération l’intérêt général, elles risquent de fonctionner comme des organisations corporatistes. Dans d’autres cas encore, elles deviennent les instruments des politiques publiques. Ces processus ne réduisent pas toutes les particularités des entreprises d’économie sociale, mais ils rendent difficile la construction d’une unité, d’un projet commun et d’une autre économie. L’idée qu’une autre économie est possible passe par le renforcement du pôle « projet » de l’économie sociale.

Or, la capacité à se projeter est largement liée à l’entretien de la mémoire : « L’imagination est sœur de la mémoire » rappelait Henri Desroche. Comme nous l’avons vu rapidement, l’histoire de l’économie sociale se comprend autour d’une utopie : celle de l’émancipation de la personne humaine. Il s’agit de permettre à l’homme de vivre l’économie selon les mêmes valeurs que celles qu’il respecte dans sa vie en société, donc de fortifier son individualité dans un sens large, et non selon l’approche étriquée du libéralisme et de l’individualisme. L’utopie qui inspire l’économie sociale vise à changer les rapports entre l’homme, le travail et l’économie, de développer l’activité, de prévenir des risques majeurs, de répondre aux besoins sociaux de base, de réduire les inégalités, de maîtriser l’énergie et la croissance, d’assurer le respect des équilibres naturels et humains essentiels.

Interpréter l’histoire pour agir aujourd’hui

Pour comprendre la relation entre l’utopie et la pratique de changement social, on peut appréhender l’économie sociale comme résultante de la dialectique entre un mouvement d’idées et un mouvement de pratiques. Le mouvement d’idées est celui d’une utopie de changement social, réalisé par une démarche alternative mettant en oeuvre des moyens non-violents. Le mouvement de pratiques est celui de créations collectives d’activités répondant à des besoins communs. Ces deux mouvements ont leur propre dynamique, mais ils interagissent en permanence l’un sur l’autre. Généralement, ce sont les mêmes personnes qui animent ces deux mouvements. En effet, les acteurs d’économie sociale sont aussi ses meilleurs penseurs, à la différence de ce qui se passe dans la tradition classique de reconnaissance du savoir (où les leaders font appel aux consultants adoptant une posture d’experts) ou dans la tradition marxiste (qui possède son parti et ses ‘intellectuels organiques’ éclairant le peuple). La pensée de l’économie sociale se valide par l’expérimentation et l’acteur est également détenteur d’un savoir transmissible. A la différence de la tradition marxiste, la recherche-action coopérative ne postule pas d’une unité entre théorie et pratique, mais de l’existence de deux pôles, celui de la pensée et celui de l’action. Mais à la différence de la tradition classique, la pensée de l’économie sociale ne surplombe pas les pratiques. Elle les accompagne. En ce sens l’économie sociale est vraiment l’école de l’émancipation. Les sociétés de secours mutuelles dans le premier XIXe siècle, les coopératives de consommateurs au début du XXe, les mutuelles d’assurance au milieu du XXè, les associations d’éducation populaire après la Seconde Guerre, ont porté l’alternative pacifique au capitalisme en s’appuyant sur des mouvements d’éducation et d’émancipation. Tous ont connu un processus d’institutionnalisation qui voit s’éloigner le projet initial et se développer l’organisation du travail, la professionnalisation, la concurrence. Certains leur reprochent d’y perdre leur âme. Il faut plutôt les en féliciter car les seuls organismes qui ne s’institutionnalisent pas sont ceux qui meurent jeunes. Même s’il s’étend sur des durées qui peuvent être très variables, le processus d’institutionnalisation est inévitable. La question posée est donc plutôt celle de son adéquation avec la finalité du projet d’économie sociale. On peut schématiser comme suit l’articulation entre le mouvement de pensée (les utopies) et le mouvement d’entreprises d’économie sociale (les pratiques) : Les utopies de l’économie sociale Périodes Utopies Pratiques Rapport à l’Etat Territoire XIXè * Communauté Phalanstère * Coopérative ou mutuelle spécialisée * Antagonique * L’entreprise (micro) Fin XIXe et premier XXe * République coopérative * Secteur coopératif et secteur mutualiste * Régulateur * L’Etat-Nation (macro) Second XXe * Développement endogène local * Multi-sociétariat Intercoopération * Partenarial * L’espace local ou régional –méso-

(J.F. Draperi, L’économie sociale Utopies, pratiques, principes, Presses de l’économie sociale, 2009)

Une pensée de changement non violent a inspiré le mouvement d’entreprises en construisant trois principaux modèles : celui de la micro-entreprise communautaire fondée sur la production et l’habitat (au milieu du XIXe siècle), celui de la macro-république coopérative, fondée sur la coopération de consommation (à la fin du XIXe siècle), et celui de la méso-république du développement local (dès après la décolonisation). Tout en rêvant de la communauté, les ouvriers de 1848 ont créé des coopératives ; imaginant une république coopérative, les consommateurs associés et les mutualistes ont fondé un secteur coopératif et mutualiste ; concevant une économie sociale permettant le développement endogène et transversal de leur ‘pays’, les habitants réalisent aujourd’hui le multisociétariat et l’intercoopération. A condition qu’ils s’en souviennent, les acteurs de cette troisième utopie bénéficie de l’expérience des deux précédentes qui s’appliquent essentiellement l’une à la gestion, la participation, la démocratie, etc. de l’entreprise, l’autre à l’organisation fédérative et la mutualisation inter-entreprises. Ces trois niveaux de compétences : l’entreprise, le territoire et sa population, la fédération nationale et internationale, constituent les trois champs sur lesquels l’économie sociale doit produire une alternative pour espérer fonder son projet. En est-elle capable ? Notre hypothèse est qu’elle peut l’être, à condition de ne pas se considérer seulement comme une économie qui s’appuie sur l’éducation, mais aussi comme un mouvement d’éducation populaire qui s’appuie sur l’économie.

Le pillage canadien en Afrique - chut ! Ecosociété Reporterre 2009/04/28 Ecosociété (28 avril 2009) Le pillage canadien en Afrique - chut !. Reporterre. Libertés fr

Le pillage canadien en Afrique - chut !

Le livre Noir Canada raconte comment les compagnies minières canadiennes pillent l’Afrique. Il est l’objet depuis plus d’un an de poursuites destinées à le faire disparaitre.

C’était il y a un an. Le 15 avril 2008, Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher faisaient paraître l’ouvrage Noir Canada : Pillage, corruption et criminalité en Afrique, chez Écosociété, en dépit des menaces de poursuites judiciaires de la multinationale canadienne Barrick Gold.

S’en sont suivis deux poursuites en diffamation totalisant 11 millions de $ par les minières canadiennes Barrick Gold et Banro, des amendements à celles-ci, de multiples et lourdes procédures judiciaires (requêtes, demandes et production de documents, accumulation de journées d’interrogatoires, etc.), la préparation de volumineux dossiers de défense sous deux juridictions différentes, des déplacements fréquents en Ontario, le rejet de la demande de transfert de la poursuite de Banro au Québec, l’appel de cette décision, etc. Sans parler évidemment du déboursement de frais considérables que supposent de pareilles procédures, et de l’épuisement psychologique et moral qu’entraîne une telle mise sous pression.

Pendant ce temps « le pillage canadien en Afrique se poursuit », nous rappellent les auteurEs de Noir Canada, tandis que « le gouvernement canadien vient de consacrer le Canada comme paradis judiciaire des sociétés extractives mondiales ».

Durant cette année éprouvante, universitaires, organismes, syndicats, groupes religieux, hommes et femmes politiques, associations africaines, citoyens et citoyennes ont manifesté leur soutien envers les Éditions Écosociété et les trois auteurs de Noir Canada. Ils ont permis que cette lutte pour la liberté d’expression, la liberté de recherche et la libre participation au débat public se poursuive. Leur précieux soutien a surtout contribué à ce que ne soit pas occulté ce débat nécessaire quant au rôle des entreprises et institutions canadiennes dans la souffrance de tant d’Africains. Un enjeu d’autant plus crucial pour la démocratie que les fonds de pension, fonds commun, REERs et autres actifs canadiens financent en grande partie l’activité de cette industrie sur laquelle circulent à travers le monde tant d’inquiétantes allégations.

Nous tenons spécifiquement à souligner le dévouement et la grandeur d’âme de Me Normand Tamaro (notre procureur dans le cas Barrick Gold), ainsi que de Me Linda McCaffrey et son équipe d’Ecojustice (nos procureurs ontariens dans le cas Banro).

À tous ces gens qui se sont reconnu une responsabilité civique et collective dans ce combat emblématique, et sans qui nous n’aurions certainement pas su traverser cette dure année, nous offrons nos plus sincères remerciements.

A Nantes, des tritons, pas des avions ! Geneviève Lebouteux Reporterre 2009/04/29 Geneviève Lebouteux (29 avril 2009) A Nantes, des tritons, pas des avions !. Reporterre. Tribune — fr

A Nantes, des tritons, pas des avions !

Un aéroport fou veut se poser près de Nantes, écrasant 2 000 hectares de terres agricoles. Les gens sensés résistent.

Près de Nantes, un projet pharaonique vieux de 40 ans menace 2000 hectares de terres agricoles, d’une biodiversité exceptionnelle. Il s’agit de construire un nouvel aéroport gigantesque. Il n’y a aucune utilité objective à ce projet car l’aéroport actuel suffit et suffira toujours largement. La majorité des élus, droite et gauche confondues, soutiennent pourtant le projet, au nom du sacro-saint développement économique. La crise financière actuelle et les efforts d’explication des opposants au projet ont commencé à faire changer les points de vue. Rendez-vous sur place la première semaine d’août 2009 pour soutenir le mouvement pour le maintien des terres de Notre Dame des Landes !

L’aéroport de Genève a une seule piste, il accueille 10 millions de passagers par an (170 000 mouvements d’avions) et occupe… 340 hectares. Ceux de Gatewick (GB) et de San Diego (USA) ont aussi une seule piste, leurs trafics annuels sont respectivement de 31 et 17 millions de passagers (223 000 et 280 000 mouvements) et ils occupent… 270 hectares l’un comme l’autre. A Nantes Atlantique, l’aéroport actuel de Nantes, il y a aussi une seule piste, le trafic annuel est de 2,6 millions de passagers (37 000 mouvements) et la superficie est de 320 hectares. Il est prévu de remplacer cet aéroport au trafic modeste par un aéroport à Notre Dame des Landes avec deux pistes, sur 1650 hectares. Cherchez l’erreur.

Un projet vieux de 40 ans

En 1967, le site de Notre Dame des Landes, à 15 km au nord de Nantes, est choisi pour y créer un nouvel aéroport qui remplacerait l’aéroport existant de Nantes Atlantique situé à 6 km au sud de Nantes et développerait le fret. C’est l’époque de démarrage du Concorde et les Nantais veulent pouvoir l’accueillir dignement ! Les prévisions de trafic de l’époque annoncent entre 5 et 9 millions de passagers pour l’an 2000 .

En 1970, la population apprend l’existence de ce projet par la presse. Michel Chauty, sénateur maire de Saint Herblain, revient enthousiaste d’un séjour aux Etats Unis : « La métropole Nantes Saint Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire. ». L’Association des Exploitants Concernés par l’Aéroport (ADECA) se crée, soutenue par les syndicats agricoles. En 1974, un arrêté préfectoral définit une ZAD (zone d’aménagement différé), le Conseil général de Loire Atlantique commence à acquérir des terrains .

Dans les années 1980, le trafic stagne à Nantes Atlantique, le TGV vers Paris concurrence l’avion. A cette époque, l’arrivée d’avions plus gros nécessite une piste plus grande. La CCI, gestionnaire de l’aéroport, pose la question de construire une nouvelle piste sur Nantes Atlantique, perpendiculaire à la piste existante, beaucoup mieux orientée : les avions ne survoleraient plus du tout la ville de Nantes, il y aurait beaucoup moins de monde dans le périmètre de bruit, les trajectoires seraient rectilignes et dans le sens des vents dominants. Le Conseil général de l’époque refuse ce réaménagement : « Faisons au plus simple, de toutes façons, après, il y aura Notre Dame des Landes ». La solution retenue a été de prolonger la piste existante, très mal orientée.

1994, candidature pour le 3e aéroport parisien

Le projet de nouvel aéroport entre dans une période de sommeil dans les années 1980. Il en est de nouveau question en 1994. A cette époque, on parle d’un possible 3e aéroport parisien. Une délégation d’élus locaux monte à Paris pour proposer le site de Notre Dame des Landes (à plus de 400 km de Paris…). Dans cette délégation, on trouve Pierre Méhaignerie et Jean Marc Ayrault, symbolisant l’accord droite-gauche sur ce projet depuis le début. Là aussi, l’idée finit par faire long feu…

Le projet ressort en 2000 pour faciliter une opération de rénovation urbaine

En 2000, sous le gouvernement Jospin, le projet ressort. Il ne s’agit plus d’un aéroport de fret mais d’un aéroport international remplaçant partiellement l’existant (ce dernier restera en fonctionnement pour la société Airbus). Ajouté à l’aéroport de Saint Nazaire (pour Airbus également), le département de Loire Atlantique aurait ainsi trois aéroports. Waouh !

La raison donnée fut d’abord la future saturation de l’aéroport actuel. Le débat public de 2003 a montré que cet argument ne tenait pas. Depuis, la raison donnée est la volonté de supprimer le survol de Nantes (sachant que l’on compte moins de 2 avions par heure à survoler Nantes et pas plus de 4 ou 5 aux heures de pointe…). La majorité des élus soutiennent le projet pour le « développement économique » de la région : « Nantes et sa région seront plus compétitives », « Cela va générer des trafics nombreux vers les endroits de la planète les plus dynamiques économiquement », « La croissance du transport aérien est inéluctable »…

En fait, la vraie motivation pour ce projet en 2000 a été de faciliter une opération de rénovation urbaine importante dont une partie se situe dans le périmètre des nuisances sonores de l’actuel aéroport. Pour ne pas s’embarrasser de contraintes d’insonorisation trop fortes, on préfère se débarrasser de l’aéroport. Cette raison n’est pas évoquée publiquement, encore moins les appétits économiques des puissants lobbies du BTP, ni la mégalomanie de quelques-uns. Jean-Marc Ayrault a une vision extrêmement grandiose de Nantes et souhaite pour sa ville « un aéroport qui réponde aux défis de notre temps ». Traduction : une vitrine qui tape à l’œil. Pensez-donc, avec 1650 hectares (pour un trafic actuel de 37 000 mouvements et de moins de 3 millions de passagers), cet aéroport de Notre Dame des Landes serait plus gros que celui de Roissy Charles de Gaulle qui accueille, lui, sur 1400 hectares, 540 000 mouvements d’avions et 55 millions de passagers par an !

Depuis 2000, les opposants au projet de nouvel aéroport se sont organisés et exprimés. Une coordination regroupe une trentaine d’associations et de mouvements politiques opposés au projet. Dans les débats sur le projet, seule la forme de la démocratie a été respectée (débat public en 2003, enquête publique en 2007), mais sur le fond, la décision est prise. Un commissaire enquêteur a dit en privé « Vous ne pouvez pas imaginer les pressions que nous subissons ». La déclaration d’utilité publique est sortie en février 2008.

Malgré cela, de plus en plus de personnes, dont des élus, se posent des questions sur la pertinence de ce projet dans le contexte actuel. Les élus de la communauté de communes concernée ont pris une position unanime contre le projet, ils ont déposé un recours au Conseil d’Etat contre la déclaration d’utilité publique. Comme l’a fait la coordination.

Devant un projet si absurde et même indécent aujourd’hui, tant en termes de gaspillage de terres, d’argent public, que d’aggravation des problèmes existants (disparition de 50 exploitations agricoles, étalement urbain, déséquilibre du territoire…), la volonté de garder les terres de Notre Dame des Landes pour l’agriculture bocagère est puissante : réunions publiques d’information dans tout le département, tracts, manifestations, opposition sur le terrain aux prélèvements de terre qui ont démarré , présence continue tous les jours de deux personnes devant le Conseil général avec des panneaux « Réfléchissez encore ».

Du 1er au 9 août, une semaine de résistance est organisée sur les terres de Notre Dame des Landes : festival musical le samedi 1er août, pique nique annuel le dimanche 2, Camp Action Climat du 3 au 9, arrivée de l’Alter tour le samedi 8…

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(1) En 2000, il y a eu moins de 2 millions de passagers sur l’aéroport de Nantes Atlantique actuel. En 2008, 2,7 millions. (2) Le Conseil général détient actuellement 900 hectares sur les 1650 nécessaires à l’aéroport (3) Il s’agit d’étudier la qualité du terrain avant l’appel d’offre destiné à trouver un partenaire privé pour le projet. A peine une dizaine de prélèvements ont été faits, sur les 450 à faire pour l’étude.

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Aux Etats-Unis, les OGM favorisent les mauvaises herbes Jean Etienne Reporterre 2009/04/29 Jean Etienne (29 avril 2009) Aux Etats-Unis, les OGM favorisent les mauvaises herbes. Reporterre. fr

Aux Etats-Unis, les OGM favorisent les mauvaises herbes

Un gène de résistance est passé d’un OGM à l’amarante. Cette adventice envahit maintenant les terres cultivées aux Etats-Unis.

Cinq mille hectares de culture de soja transgénique ont été abandonnés par les agriculteurs en Géorgie, et 50.000 autres sont gravement menacés par une mauvaise herbe impossible à éliminer, tandis que le phénomène s’étend à d’autres états. La cause : un gène de résistance aux herbicides ayant apparemment fait le grand bond entre la graine qu’il est censé protéger et l’amarante, une plante à la fois indésirable et envahissante…

En 2004, un agriculteur de Macon, au centre de la Géorgie (à l’est des Etats-Unis), applique à ses cultures de soja un traitement herbicide au Roundup, comme il en a l’habitude. Curieusement, il remarque que certaines pousses d’amarantes (amarante réfléchie, ou Amarantus retroflexus L.), une plante parasite, n’en semblent pas incommodées… Pourtant, ce produit est élaboré à partir de glyphosphate, qui est à la fois l’herbicide le plus puissant et le plus utilisé aux Etats-Unis.

Depuis, la situation a empiré. Actuellement, et rien qu’en Géorgie, 50.000 hectares sont atteints et nombre d’agriculteurs ont été contraints d’arracher leurs mauvaises herbes à la main… quand c’est possible, considérant l’étendue des cultures. A l’épicentre du phénomène, 5.000 hectares ont été tout simplement abandonnés.

Comment en est-on arrivé là ?

Tous les champs victimes de cette envahissante mauvaise herbe avaient été ensemencés avec des graines Roundup Ready, produites par la société Monsanto. Celles-ci comportent une semence ayant reçu un gène de résistance au Roundup, un herbicide également produit par Monsanto. L’argument publicitaire de la firme repose sur le moindre coût représenté par le traitement d’une culture ainsi protégée contre un herbicide total auquel elle est devenue insensible, plutôt que de l’application d’un herbicide sélectif, plus cher à l’achat.

Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and Hydrology, organisation britannique à Winfrith (Dorset), il y aurait eu transfert de gènes entre la plante OGM et certaines herbes indésirables, comme l’amarante. Bien que considéré comme très faible car n’ayant jamais été détecté lors d’essais, le risque ne serait cependant pas nul.

Pour Brian Johnson, généticien et chercheur britannique, spécialisé, entre autres, dans les problèmes liés à l’agriculture, la cause ne fait aucun doute. « Il n’est nécessaire que d’un seul évènement (croisement) réussi sur plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est engendrée, la nouvelle plante est titulaire d’un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement, martèle-t-il. L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation. »

La firme Monsanto ne nie pas le problème. Lors d’une interview accordée sur la chaîne de télévision France24, Rick Cole, responsable du développement technique, a estimé que ces « super mauvaises herbes » (superweeds, un terme désormais souvent employé) peuvent être maîtrisées. Pourtant, un communiqué émanant directement de la firme annonce que les vendeurs incitent les agriculteurs à alterner Roundup et un autre herbicide comme le 2-4-D (acide 2,4-dichlorophénoxyacétique).

L’amarante vous salue bien…

En attendant, l’amarante « mutante » se porte bien et prolifère. Chaque plante produit en moyenne 12.000 graines par an, et celles-ci peuvent rester en état de vie suspendue de 20 à 30 années avant de germer lorsque les conditions lui sont favorables. Profondément enracinées, elles sont très difficiles à arracher, comme le constatent de nombreux agriculteurs, non seulement en Géorgie mais aussi en Caroline du Sud, en Caroline du Nord, en Arkansas, au Tennessee et au Missouri, contraints de passer au désherbage manuel… ou de baisser les bras.

D’autres cultivateurs envisagent de renoncer aux OGM et de revenir à une agriculture traditionnelle. Ainsi Alan Rowland, producteur et marchand de semences de soja à Dudley (Missouri), affirme que plus personne ne lui demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ce secteur représentait 80% de son commerce il y a peu. Aujourd’hui, la demande en graines traditionnelles est très forte et les grains OGM ont disparu de son catalogue.

Stanley Culpepper, spécialiste des mauvaises herbes à l’université de Géorgie, annonce que de nombreux agriculteurs américains sont en effet désireux de retourner à une semence traditionnelle, mais pas seulement à cause de la résistance des plantes parasites, car « l’utilisation des OGM devient de plus en plus chère et tout se joue sur une question de rentabilité », affirme pour sa part Alan Rowland.

Un manque flagrant de statistiques et d’informations

On pourra cependant déplorer le manque de précision des données statistiques permettant de quantifier la relation entre semences OGM, nombre de plants résistants apparus et quantité d’herbicide utilisé. En 2008 en effet, alors que les media agricoles américains relataient de plus en plus de cas de résistance, le gouvernement des Etats-Unis a pratiqué d’importantes coupes budgétaires qui ont contraint le Ministère de l’Agriculture à réduire, puis arrêter certaines de ses activités.

Entre autres, le programme de recherches statistiques sur les pesticides et les risques associés aux produits chimiques sur des cultures comme le coton, le maïs, le soja et le blé est passé à la trappe, au grand dam des scientifiques. « Je ne serais pas surpris que Monsanto ait mené une campagne de lobby discrète pour mettre fin au programme », accusait alors Bill Freese, du Centre pour la Sécurité alimentaire des Etats-Unis (USDA), marquant publiquement son mécontentement.

Houleuse A.G. chez Natixis Sauvons les riches Reporterre 2009/05/01 Sauvons les riches (1er mai 2009 à 17h54,) Houleuse A.G. chez Natixis. Reporterre. fr

Houleuse A.G. chez Natixis

Natixis, entreprise spéculative montée à partir du détournement de l’épargne populaire, est un des plus scandaleux exemples de pillage capitaliste. Un de ses dirigeants, particulièrement incompétent, part avec... 1,3 million d’euros.

Après George W. Bush attaqué à coup de chaussures, le collectif Sauvons les riches a lancé la saison des AG du Cac 40 avec le nouveau sport à la mode : le lancer de pantoufles sur pantouflard sans scrupule !

Jeudi 30 avril après-midi, le collectif Sauvons les riches s’est invité à l’Assemblée générale d’une banque exemplaire, Natixis, dont le cours en bourse s’est effondré de 95 %, et qui n’a dû son salut qu’à la recapitalisation de plus de 5 milliards d’euros par le contribuable français.

Fidèle à l’adage « Socialisation des pertes / privatisation des profits », la banque ne connaît aucune contrainte : l’Etat n’a pas son mot à dire à cette AG, et les pratiques salariales y sont toujours aussi indécentes. Alors que 1.300 emplois sont supprimés, un sympathique banquier répondant au nom de Jean-Pascal Beaufret, a reçu 1,3 millions d’euros pour neuf petits mois de travail, dont 500 000 euros de Golden Hello et 300 000 de Golden Goddbye pour le préjudice subi suite à son éviction pour incompétence !

Figurez-vous que Jean-Pascal Beaufret est un brillant énarque de gauche, puisqu’il fut directeur général des impôts à la grande époque où DSK défiscalisait les stock-options à Bercy. Avant d’aller faire fortune dans le privé… Autant dire que la maison a une tradition ininterrompue d’accueil de pantouflage, perpétuée aujourd’hui par François Pérol, artisan depuis l’Elysée du rapprochement entre les Caisses d’Epargne et les Banques populaires avant de prendre lui-même la tête de l’ensemble (dont Natixis est une filiale), en ramassant 500 000 euros annuels au passage. On n’est jamais mieux servi que par soi-même (et les contribuables…).

Inquiets de ce symptôme alarmant, dénotant une totale absence de scrupules chez ce cher Pérol (contre qui une enquête a été ouverte pour prise illégale d’intérêts), une dizaine de jeunes sauveurs de riches ont donc poussé l’abnégation jusqu’à acheter des actions de Natixis pour pouvoir assister à la surprise-party. Il fallait bien ça, au vu de l’atmosphère de fermeture qui a régné sur cette AG interdite aux reporters photographes et télévisuels et évidemment fermée aux représentants des contribuables. Les sacs à l’entrée sont fouillés pour en extraire… la nourriture, tant les organisateurs ont peur de recevoir œufs et tomates sur le coin de la figure. Mais ils ne se sont pas méfiés des pantoufles !

Au moment T, les sauveurs de riches, savamment répartis aux quatre coins de la salle de l’Espace Grande Arche de la Défense, déboulent sur scène pantoufles dorées à la main. Espérant les remettre poliment en mains propres à l’ex-secrétaire général de l’Elysée François Pérol, ils sont stoppés à quelques centimètres du brave homme par de virils vigiles, et sont acculés, la mort dans l’âme et le poignet tordu, à lui lancer à la figure.

L’intervention de Sauvons les riches est l’étincelle qui met le feu à l’AG, plutôt silencieuse jusqu’alors. Les petits actionnaires, ruinés par la gestion fantaisiste des banquiers et chauffés à blanc par leurs récentes provocations salariales, huent la direction et prennent même la défense des trublions ! Comme le décrit l’AFP (ici), “les actionnaires ont alors commencé à s’en prendre bruyamment aux dirigeants de la banque aux cris de “voyous”, “démission” ou encore “Vous êtes irresponsables”.”

Morale de l’histoire : François Pérol n’a peut-être pas été sauvé par notre « Golden coup de pied au cul », mais, à coup sûr, les trois millions d’actionnaires ruinés ont été vaccinés de la tentation de boursicoter à nouveau ! Car, pour la fortune d’un Beaufret ou d’un Pérol, il faut bien que quelques petits porteurs y perdent leurs économies…

De Guantanamo à Tarnac : un renversement de l’ordre de droit Jean-Claude Paye Reporterre 2009/05/02 Jean-Claude Paye (2 mai 2009) De Guantanamo à Tarnac : un renversement de l’ordre de droit. Reporterre. Tribune — fr

De Guantanamo à Tarnac : un renversement de l’ordre de droit

La « lutte contre le terrorisme » est le moyen pour changer les normes du droit dans les pays occidentaux.

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phénomène qui révèle non seulement un bouleversement de l’ordre juridique, mais aussi une mutation plus profonde, celle de l’ordre symbolique de la société. Le renversement du rôle de la loi est lui-même le phénomène d’une « père-version » de la Loi symbolique.

Les procédures mises en place représentent un des aspects les plus significatifs de la tendance imprimée par la « lutte contre le terrorisme », à savoir qu’un individu est désigné comme terroriste, non pas parce qu’il a commis des actes déterminés, mais simplement parce qu’il est nommé comme tel. Cela est le point d’aboutissement d’une tendance qui se déploie depuis une dizaine d’années. Le processus de subjectivation du droit aboutit ainsi à un renversement du rôle de la loi. Cette dernière n’est plus un cran d’arrêt à l’arbitraire, mais une forme vide consacrant la concentration des pouvoirs aux mains de l’exécutif. En l’absence d’un imaginaire organisateur, d’une conscience politique unifiée, le pouvoir a la possibilité de créer un nouveau réel, une virtualité qui ne supprime pas, mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique explique l’absence de frein à la toute-puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle. À un ordre social névrotique qui se révèle contradictoire, se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilité de confrontation subjective. La distinction entre intérieur et extérieur disparaît. La fusion entre droit de la guerre et droit pénal est pleinement inscrite dans une loi américaine de 2006, qui permet au pouvoir exécutif américain de désigner comme ennemis ses propres citoyens.

L’affaire des « autonomes » de Tarnac s’inscrit dans cette modernité de la guerre des gouvernements contre leurs propres populations. À part quelques rituels dans l’expression verbale du pouvoir, cela n’a pas grand-chose à voir avec la vieille notion d’ennemi intérieur et la stigmatisation traditionnelle des opposants politiques. Ici, on ne s’attaque pas à une idéologie déterminée, à une forme de conscience, mais simplement au corps, à des comportements, au refus de s’abandonner à la machine de mort. Il ne s’agit donc pas de démanteler une avant-garde, mais de montrer que le refus de faire de l’argent, d’éviter les dispositifs de contrôle ou la volonté de refaire du lien social constituent une forme d’infraction, la plus grave qui existe dans notre société, un acte terroriste. Cela concerne tout un chacun et non seulement une minorité. La mouvance « anarcho-autonome » de Tarnac Le 11 novembre 2008, dans le cadre de « l’opération Taïga », 150 policiers ont encerclé Tarnac. Simultanément, des perquisitions étaient menées à Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de dix jeunes gens est avant tout un spectacle destiné à créer l’effroi. Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotage de lignes de la SNCF, qui ont causé, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants, l’arrachage de plusieurs caténaires, ont été qualifiés de terroristes, alors qu’ils n’ont, à aucun moment, menacé la vie humaine. L¹accusation, qui dit disposer de nombreux indices, notamment des écrits et la présence de cinq suspects près de lignes sabotées au moment des faits, reconnaît n¹avoir aucune élément matériel de preuve.

C’est leur profil qui justifie leur inculpation. Ils ont été arrêtés car « ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes étrangers » et nombre d’entre eux « participaient de façon régulière à des manifestations politiques », par exemple : « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l¹immigration »[1].

Selon Jean-Claude Marin, procureur de Paris, les cinq jeunes placés en détention préventive seraient le « noyau dur d¹une cellule qui avait pour objet la lutte armée »[2]. Les quatre autres personnes arrêtées seront rapidement libérées sous condition, mais resteront suspectées de « dégradation en réunion sur des lignes ferroviaires dans une perspective d¹action terroriste ». En l’absence d’éléments à charge, trois des cinq prisonniers seront ensuite libérés, mais resteront assignés à résidence. Quant à la maison des inculpés, elle est désignée comme un « lieu de rassemblement, d¹endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ».

Le discours du pouvoir procède à un double déplacement : de simples actes de sabotage, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiés de terroristes et ces actes sont nécessairement attribués aux jeunes de Tarnac, bien que la police reconnaisse l’absence de tout élément matériel de preuve. L’image du terrorisme érigée par le pouvoir crée un réel qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niés, mais toute capacité explicative leur est déniée. Les actes de sabotage ne peuvent être que le fait de personnes désignées comme terroristes. L’acte de nommer, antérieur à toute procédure d’évaluation objective, renverse celle-ci et enferme dans l’image, dans une forme vide. Cette procédure est l’aboutissement d’un processus rapide de subjectivation de l’ordre juridique. Un processus de subjectivation du droit Les anciennes lois antiterroristes, existant bien avant le 11-Septembre, avaient pour but de nier le caractère politique de l’acte poursuivi en criminalisant celui-ci. Pour les nouvelles législations, c’est au contraire le caractère politique qui est attribué au délit, l’intention supposée, de faire pression sur un pouvoir public ou une organisation internationale, qui donne à l’infraction son label terroriste. La décision-cadre européenne relative à l’infraction et à l’organisation terroristes, qui est actuellement intégrée par tous les États membres, est taillée de toutes pièces pour s’attaquer aux mouvements sociaux et à la contestation. C’est non seulement l’élément subjectif de l’infraction, l’intention attribuée à l’acte, qui la détermine comme terroriste, mais l’élément objectif de l’infraction désigne, comme immédiatement terroriste, le fait d’occuper un bâtiment administratif ou un moyen de transport public. Ces lois mettent en place également un délit d’appartenance qui permet de poursuivre une personne qui fait simplement partie de l’organisation incriminée. Elles introduisent ainsi, en opposition avec l’ensemble de la tradition juridique occidentale, une notion de responsabilité collective. Elles créent également un délit d’intention. On peut être poursuivi non pas en rapport avec un acte commis, mais simplement parce qu¹on aurait eu l’intention de le commettre.

La Grande-Bretagne va encore plus loin. Le Terrorism Act 2006 se pose au-delà de l’intention. Il crée un délit d’atmosphère. On est responsable des conséquences qui sont attribuées à son discours, quelle que soit l’intention qui est à la base de celui-ci. Par exemple, des paroles de soutien à une action de défense armée, n’importe où dans le monde, créent une « atmosphère favorable au terrorisme ». L’auteur du discours est pénalement responsable des actes commis « par un jeune homme sensible » qui poserait une bombe dans le métro et qui déclarerait qu’il a été influencé par ces paroles. Aucun élément matériel entre l’acte commis et les mots prononcés n’est nécessaire pour établir les poursuites.

C’est leur caractère subjectif qui spécifie toutes ces législations. Elles donnent au juge le pouvoir de déterminer si un acte ou si une parole relève du terrorisme. La capacité de désigner une personne ou un groupe comme tel est aussi assurée par le pouvoir exécutif. Les listes, existant au niveau de l’Union européenne, sont un bon exemple de cette procédure. On y est inscrit, non pas parce qu’on a commis un acte ou qu’on a prononcé des paroles déterminées, mais simplement parce que l’on est nommé comme tel ou que l’on fait partie d’une organisation qui a été désignée comme terroriste par le Conseil de l’Union européenne. Cette décision échappe au pouvoir judiciaire. Elle est purement politique et relève de l’exécutif. En pratique, les recours sont inexistants. Le plus souvent, l’inscription résulte de pressions étasuniennes.

Ces listes sont un bon exemple de la tendance imprimée par les différentes réformes du droit pénal au niveau international. Elles vont toutes dans le même sens : déposséder le pouvoir judiciaire de ses prérogatives afin de les confier à l’exécutif. Les populations comme ennemies du gouvernement Une loi américaine de 2006, le Military Commissions Act[3], qui a une portée mondiale, est l’élément qui montre le mieux ce processus[4]. La condamnation le 6 août 2008[5], dans le cadre de cette loi, de Salim Ahmed Hamdan, ancien chauffeur présumé de Ben Laden, à cinq ans et demi de prison pour « soutien matériel au terrorisme », par un tribunal militaire spécial de Guantanamo, permet d’en saisir concrètement les effets, à savoir l’installation de la psychose comme organisation politique de la société.

Rappelons que l’aveu de la fonction de chauffeur de Ben Laden, l’élément de preuve qui a permis sa condamnation, lui a été arraché sous la torture. Hamdan a été condamné par une commission militaire, c’est-à-dire par un tribunal militaire spécial mis en place par le pouvoir exécutif, pour juger les personnes qu’il désigne comme « ennemis combattants illégaux ». Les membres du jury et les avocats de la défense sont des militaires désignés par l’accusation. Le tribunal peut accepter des preuves obtenues par la torture ou par ouï-dire. L’accusé ne peut assister à l’entièreté de son procès et ne peut contester, ni vérifier la matérialité des « preuves ».

Le statut d¹« ennemi combattant illégal » n’est pas nécessairement attribué aux auteurs d’actes de guerre contre les États-Unis, mais simplement aux individus nommés comme tel par l’administration. Cette loi autorise l’exécutif à désigner comme ennemis ses propres citoyens ou tout ressortissant d’un pays avec lequel les USA ne sont pas en guerre. En fusionnant droit pénal et droit de la guerre, elle supprime toute distinction entre intérieur et extérieur. L’incrimination d’ennemi combattant illégal n’a rien à voir avec l’exercice de la guerre, ni d’ailleurs avec une quelconque matérialité des faits. Ainsi, du fait de sa fonction de chauffeur de Ben Laden, Hamdan aurait apporté à ce dernier une aide qui ferait de lui un complice des attentats du 11-Septembre. Cependant, Ben Laden, bien qu’il soit présenté par le pouvoir exécutif comme le commanditaire des attentats, n’est pas lui-même, par manque de preuves, poursuivi par la justice américaine pour ces faits[6]. Un renversement du rôle de la loi L’administration a la possibilité de créer une virtualité qui s’impose à la matérialité des faits. Ayant purgé sa peine, Hamdan vient d’être libéré, et cela en opposition avec les positions précédentes de l’administration. Le gouvernement a toujours déclaré que, quel que soit le verdict, Hamdan, étant donné son caractère dangereux, devait rester emprisonné. Le fait que Hamdan ait été désigné comme ennemi combattant permet une détention illimitée, à la discrétion du pouvoir exécutif. En fait, étant donné l’évolution du rapport de force, le gouvernement a décidé de renoncer à cette possibilité que lui offrait le Military Commissions Act. La loi est ainsi construite de manière à ce que l’administration n’ait pas à respecter les décisions des tribunaux, qu’elle a elle-même mis en place et dont elle contrôle étroitement le fonctionnement. Ce faisant, cette procédure, tout en reconnaissant formellement la loi, exerce un déni de sa fonction. Cette dernière n’est plus qu’enregistrement de la capacité de l’exécutif à déroger à la règle. L’enjeu de cette législation porte bien sur le droit de disposer de soi même. En juin 2008, la Cour suprême a accordé aux prisonniers de Guantanamo la possibilité de déposer un recours en habeas corpus devant une juridiction civile. Il ne s’agit pas de juger le fond de l’affaire, mais simplement de déterminer si le gouvernement dispose d’éléments suffisants lui permettant de garder les prisonniers en détention. Quelque 250 personnes sont toujours enfermées à Guantanamo et toutes ont déposé un recours.

Le gouvernement mène un double combat. D’un part, un lutte d’arrière-garde, à travers laquelle il essaye de stopper ou de retarder les recours des prisonniers en habeas corpus, mais surtout, il veut que les tribunaux civils n’exigent pas la déclassification des preuves secrètes et qu’ils acceptent de fonctionner selon des critères en cours dans les commissions militaires. Une perversion de l’ensemble de l’ordre juridique Ce 20 novembre, le juge Richard J. Leon, de la Cour fédérale du district de Washington, a rendu le prononcé du premier de ces recours[7]. Il concerne six détenus algériens, arrêtés en Bosnie fin 2001 et enfermés depuis à Guantanamo. Le juge a déclaré que cinq des prisonniers avaient été détenus illégalement et qu’ils devaient être immédiatement relâchés. Il a également décidé que le sixième détenu avait, quant à lui, été légalement emprisonné. Il aurait apporté un « support matériel » à Al-Qaida. Il aurait été un « agent facilitateur » de l’organisation, organisant les voyages d’autres personnes afin de combattre les États-Unis et qu’il aurait prévu de devenir lui-même un combattant. Le juge s’est rangé à l’argumentation de l’administration, qui a toujours présenté Bensayah Belkacem comme un agent d’Al-Qaida opérant en Bosnie. Rappelons que les six personnes formaient un même groupe et ont été arrêtées ensemble.

Sur quelle base matérielle le juge a-t-il pu fonder son jugement et déterminer que cinq d’entre eux devaient être relâchés et qu’il était légitime de garder emprisonné le dernier ? Le juge a accepté de se prononcer à partir de preuves secrètes, qu’il a définies comme « des documents classifiés en provenance d’une source anonyme ». Il s’agit d’éléments que la défense n’a pas pu confronter, puisqu¹elle n’en a même pas eu connaissance. Les prisonniers n’ont pas pu assister à leur procès. Une ligne téléphonique leur a seulement été concédée pendant les audiences publiques.

Le fait que le juge ait accepté de se déterminer à partir de preuves secrètes, notamment obtenues par ouï-dire, constitue une légitimation des procédures utilisées par les tribunaux militaires spéciaux. Il crée ainsi une jurisprudence qui intègre ce type de « preuve ». Si elle se généralise, il s’opérera une rationalisation de l’ordre juridique. Ce dernier ne serait plus la juxtaposition de deux structures fonctionnant côte à côte, un système d’exception et un ordre de droit, mais une seule structure intégrée, ayant les commissions militaires pour modèle.

Grâce à cette jurisprudence, le Military Commissions Act, loi qui inscrit sa transgression dans le texte législatif lui-même, peut remodeler, pervertir l’ensemble de l’ordre de droit étasunien.

Le Military Commissions Act est l’élément le plus avancé du processus de subjectivation de l’ordre de droit occidental, qui conduit à un renversement, à une « perversion » du rôle de la loi. Cette dernière n’est plus protection contre l’arbitraire, mais abandon à la toute-puissance du pouvoir exécutif. Un ordre social psychotique La transformation de l’ordre juridique, aux États-Unis et en Europe occidentale, est inédite. D’abord, elle révèle un changement de régime politique, la fin de l’État de droit et le passage à une forme d’organisation qui concentre tous les pouvoirs aux mains de l’exécutif. Mais il ne s’agit là que d’une première approche, qui indique un bouleversement encore plus profond, celui d’une mutation de l’ordre symbolique de la société, à savoir le passage d’une figure paternelle, celle qui, notamment, parcourt une grande partie de l’histoire de la société capitaliste, à une image maternelle triomphante, spécifique de la phase actuelle. L’image maternante du pouvoir exerce un déni du politique. Elle nie les conflits et la différence et ne s’adresse, avec amour, qu’à des monades homogénéisées avec lesquelles elle établit une relation intime virtuelle. Il s’agit d’une structure sociale où les individus sont plongés dans l’effroi et s’abandonnent à l’État. Ils consentent à la destruction de leurs libertés et du droit de disposer d’eux mêmes en échange d’une prise en charge, d’une protection qui les annule.

Cette perversion de l’État de droit s’inscrit dans une nouvelle réalité mythique construite sur la primauté de l’image : la lutte contre le terrorisme, le mal absolu, justifie la suppression de nos libertés. Cette imagerie ne supprime pas les faits qui invalident le discours du pouvoir, elle les maintient présents, tout en les excluant du domaine de ce qui est recevable par la conscience. Le discours du pouvoir constitue une nouvelle réalité qui devient le seul référent possible Les faits sont ainsi forclos du champ social et de l’espace du pensable. Ce faisant, cette image nous installe dans une structure psychotique. Le renversement de l’ordre juridique, ainsi que la « perversion » du rapport au réel, sont les conditions d’installation de cette structure.

Le jugement des prisonniers de Guantanamo en atteste. C’est également le cas de l’inculpation des « autonomes de Tarnac ». L’absence d’éléments matériels permettant de poursuivre les inculpés n’est pas niée, mais la nécessaire prévalence des faits est renversée au profit de la primauté de l’image construite par le pouvoir. La position de Mme Alliot-Marie, reprise au sein d’un rapport de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), est particulièrement intéressante : « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de téléphones portables et résident dans des endroits où il est très difficile à la police de mener des inquisitions sans se faire repérer. Ils se sont arrangés pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’étrangers ». Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes[8]. »

Ces déclarations résument bien l’ensemble de l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’échapper à la machine économique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procédures de contrôle. Ne pas avoir de téléphone portable devient un indice établissant des intentions terroristes. Rétablir le lien social est également un comportement incriminé, puisque cette pratique reconstruit le lien symbolique et permet de poser un cran d’arrêt au déploiement de la toute puissance de l’État.

Dans les déclarations de Mme Alliot-Marie la référence aux faits, en l’absence de tout indice matériel probant, ne peut être intégrée rationnellement et engendre la phase du délire, une reconstruction du réel avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est également visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la réalité. Ainsi, comme indice matériel prouvant la culpabilité des inculpés, la police parle « de documents précisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de départ et d¹arrivée dans les gares »[9]. Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiétant, dont la possession implique nécessairement la participation à des dégradations contre la compagnie de chemins de fer. De même, une échelle devient du « matériel d¹escalade » et, ainsi, sa possession est un élément à charge.

Cette construction psychotique n’est pas le seul fait des autorités françaises. Elle est partagée par la plupart des autorités européennes. Le 27 novembre a eu lieu une arrestation, des perquisitions et des saisies chez des membres du comité belge de soutien aux inculpés de Tarnac[10]. Le mandat de perquisition portait la mention « association de malfaiteurs et détériorations en réunion ». Détenir des documents relatifs à un comité de soutien peut, selon le rapport de force du moment, autoriser des poursuites et, en tout cas, associe ses détenteurs à l’enquête menée en France.

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NOTES :

* [1] Giorgio Agamben, « Terrorisme ou farce », Le Monde, 20 novembre 2008.

* [2] Marie-Noëlle Bertrand et Sébastien Homer, « Au village, sans prétention », L’Humanité, 28 novembre 2008.

* [3] S.3930 Military Commissions Act of 2006, http://www.govtrack.us/data/us/bill...

* [4] « Ennemi de l’Empire », Multitudes, no. 32, printemps 2008.

* [5] Jerry Markon, « Hamdan guilty of Terror support », Washington Post, 7 août 2008, p. A01.

* [6] Ed Haas, « FBI says, ’No hard evidence connecting Bin Laden to 9/11’ », Muckraker Report, 6 juin 2006, http://muckrakerreport.com/id267.html

* [7] William Glaberson, « Judge Orders Five Detainees Free from Guantanamo », The New York Times, 20 novembre 2008, http://www.nytimes.com/2008/11/21/u...

* [8] Isabelle Mandraud, « L’obsession de l’ultragauche », Le Monde, 3 décembre 2008.

* [9] Agamben, op. cit.

* [10] http://soutien11novembre.org

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Une pétition contre les fraises espagnoles Alexandra Siarri Reporterre 2009/05/04 Alexandra Siarri (4 mai 2009) Une pétition contre les fraises espagnoles. Reporterre. fr

Une pétition contre les fraises espagnoles

La fraise espagnole arrive sur nos étals. Mais sa production est un désastre écologique et humain et son transport une source de gaz carbonique.

A la mi-juin, la France aura importé plus de 83 000 tonnes de fraises. A deux ou trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, ces fraises sont transportées par des camions sur plus de 1 500 km.

L’agriculture intensive de la fraise, se fait dans le sud de l’Andalousie sur 6 000 hectares. La main d’eouvre marocaine mal payée est exposée aux produits (bromure de méthyl et chloropicrine) utilisés entre autre en dépit du protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d’ozone.

Une partie de la région est transformée en savane entraînant l’exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel.

2 000 hectares de forêt ont été rasés pour accueillir des plants de fraisiers poussant sous les 5 000 tonnes de plastique noir ! Les réserves d’eau ont été épuisées : d’où l’apparition d’usines de dessalement d’eau de mer sur les côtes andalouses.

La fraise espagnole est un symbole du massacre écologique : biodiversité, eau, pesticides, forêt, plastique, maladies.

Signez cette pétition et comme pour les pages jaunes, agissons pour que ça s’arrête.

Faîtes circuler l’info et les rubriques du site de Nicolas Hulot consacré à « l’opération fraises de printemps ».

Merci aux envoyés spéciaux du WWF et à Claude Marie Vadrot -Politis du 12 avril de nous avoir sensibilisées à ce massacre.

Mille milliards de tonnes Hervé Kempf Reporterre 2009/05/04 Hervé Kempf (4 mai 2009) Mille milliards de tonnes. Reporterre. Tribune — fr

Mille milliards de tonnes

L’inquiétude suscitée par la pandémie de grippe porcine est-elle exagérée ? On pourrait le croire si on oubliait la grippe espagnole qui, en 1918, a tué plusieurs dizaines de millions de personnes dans le monde, à une époque où les voyages étaient bien moins fréquents qu’aujourd’hui. Si on oubliait que cette pandémie succède à plusieurs alertes récentes du même type – SRAS en 2003, grippe aviaire depuis 2004. Si l’inquiétude des épidémiologistes, généralement soigneusement contenue, n’émergeait parfois, comme lorsque Martin McKee, spécialiste anglais, déclarait en 2006 : « Je ne peux même pas écarter l’hypothèse à long terme qu’un organisme inconnu apparaisse et fasse disparaître l’Homo sapiens. »

Autres questions. Ces pandémies ne sont-elles pas liées à l’érosion dramatique de la biodiversité ? A la réduction constante du nombre de races domestiques, dont une disparaît chaque mois, selon le rapport de la FAO de 2007 sur les ressources zootechniques ? Au développement de l’agriculture industrielle ? Au recul constant des habitats naturels ? A l’uniformisation des écosystèmes, qui favorise la diffusion d’organismes ne trouvant plus d’adversaires ? Les réponses manquent. Notamment parce que la communauté des spécialistes de ce domaine n’est pas structurée aussi fortement que celle des climatologues. Elle est muette alors qu’une manifestation possible de la crise de la biodiversité sonne comme un nouveau coup de gong.

Un coup de gong en matière de changement climatique, les climatologues en ont donné un majeur dans Nature, le 30 avril. Dans des études publiées par l’hebdomadaire scientifique, les chercheurs conduits par Malte Meinshausen, du Potsdam Institute, et Myles Allen, de l’université d’Oxford, ont analysé les conditions qui permettraient au réchauffement en cours de ne pas dépasser de plus de 2 °C la température de l’ère préindustrielle. Un consensus s’est élaboré durant les dernières années pour penser qu’un dépassement de ce seuil aurait des conséquences dramatiques et irréversibles.

Recombinant de nombreuses données, les chercheurs raisonnent en termes de budget global des gaz à effet de serre. Pour avoir les plus fortes chances de limiter le réchauffement à 2 °C, déduisent-ils, il faut limiter les émissions de gaz carbonique entre 2000 et 2050 à 1.000 milliards de tonnes. Or, depuis l’an 2000, l’humanité a émis 300 milliards de tonnes de CO2. Elle devrait se limiter à 700 milliards pour les quarante ans à venir. Cela représente le quart des émissions qui résulteraient de la combustion des réserves prouvées de pétrole, gaz et charbon, sans compter les réserves de l’Arctique et les sables bitumineux.

Conclusion première : il faut très rapidement diviser de moitié le rythme actuel des émissions.

Conclusion seconde : il ne faut pas utiliser toutes les réserves disponibles de combustibles fossiles.

Question subséquente : sommes-nous prêts ?

Croissance négative ou décroissance... Mathias Couturier Reporterre 2009/05/06 Mathias Couturier (6 mai 2009) Croissance négative ou décroissance.... Reporterre. Tribune — fr

Croissance négative ou décroissance...

Les croissancistes sont tellement obsédés par la croissance que, quand celle-ci ne se produit pas, ils parlent de « croissance négative »... C’est que, pour eux, il s’agit en fait d’une croyance, et non d’un phénomène analysable de façon rationnelle.

Ces quelques lignes retracent l’histoire d’un étonnement : celui d’un juriste. Mais c’est de croissance économique qu’il s’agira ici. Cependant, c’est sous l’égide du soin méticuleux que le droit met à définir les notions qu’il emploie que ce point de vue est placé. En effet, son objet est d’interroger l’émergence d’une notion que le travailleur intellectuel que je suis peine à analyser sémantiquement : celle de « croissance négative ». Ce concept, fréquemment employé depuis le début de la crise, vise à décrire la diminution de la production de richesse que connaît le monde occidental en cette période de crise. Pour n’être pas systématique, son emploi est courant : la ministre de l’économie et des finances, Mme Lagarde, ne s’en prive pas (cf. son communiqué de presse du 12 février dernier). La presse du 10 mars dernier en donnait également exemple en répercutant les propos de M. Strauss-Kahn, directeur du FMI, selon lequel la croissance mondiale serait probablement « négative » en 2009.

Certes, face à l’accumulation de mauvaises prévisions – le FMI annonce maintenant une baisse du PIB qui pourrait aller jusqu’à 3 % en France en 2009 – cette notion est moins usitée ces dernières semaines. Mais c’est pour être parfois remplacée par des tournures plus étranges encore. Ainsi, le journal Libération évoquait, le 23 février dernier, un possible « recul de croissance » de plus de 5 % en Allemagne. Eu égard au contexte, on doit deviner que ce pays pourrait connaître une diminution de 5 % de son PIB. Or, cette expression, du fait de son homophonie avec celle de « recul de la croissance » qui caractérise d’habitude une diminution du taux de croissance du PIB d’une période à une autre (et non une diminution du PIB), se révèle particulièrement ambiguë.

Celle de croissance négative ne l’est guère moins. En effet, dans le langage commun auquel le travailleur intellectuel que je suis se réfère par convention, la notion de croissance renvoie invariablement à celle d’augmentation. C’est en tous cas ainsi que les dictionnaires la définissent. Cependant, l’adjonction du qualificatif « négative » cherche évidemment à caractériser un amoindrissement. Tout ceci revient, on le devine, à désigner une diminution du PIB. Plusieurs remarques s’imposent alors.

Si une croissance négative existe, il faudrait logiquement, par symétrie, parler de « croissance positive » en période d’augmentation du PIB. Mais, probablement par trop pléonastique, l’expression n’est que rarement voire jamais employée. Dans cette hypothèse là on écrit simplement que « la croissance sera de x % », sans affecter la variable du qualificatif de « positive ». On aura raison : toute croissance représente nécessairement une variation positive puisqu’elle consiste à ajouter à une quantité précédente. Dès lors, l’interaction ainsi instituée entre le substantif « croissance » et l’épithète « négative » est incorrecte au plan sémantique, car elle revient à signifier que, en matière de production de richesse, une augmentation peut être affectée d’une modalité qui la fait aboutir à une diminution.

On pourrait toutefois sauver les apparences en considérant que, appliqué à l’économie, le sens du mot croissance s’est déplacé : de la définition lexicale « augmentation de valeur », il serait devenu synonyme de « variation de valeur ». Définition toute stipulative, certes, mais après tout pourquoi pas ? Chaque discipline est légitime à forger ses propres notions ou à leur conférer un sens parfois divergent du langage commun (et ma propre discipline, le droit, n’en est pas le moindre exemple). Cependant, pourquoi ne pas affecter alors la notion de croissance de l’épithète « positive » lorsque la variation de la production de valeur l’est ?

Néanmoins, si l’on s’en remet au dictionnaire Robert, on doit admettre la pertinence de la notion de croissance négative car celle-ci est référencée sous l’entrée « croissance ». On y trouve pour synonyme « récession », mais pas « décroissance » car ce dernier terme désigne une diminution choisie et organisée de la production de richesse. La croissance négative et la récession, pour leur part, désignent une diminution subie. En tant que ces notions semblent acceptées par le langage économique, il ne m’appartient pas de bouleverser ces conventions.

Cependant, cela n’interdit pas d’interroger la signification de l’emploi du concept de croissance négative alors que le langage dispose d’un équivalent plus accessible au travers du terme exactement synonyme de récession. Il faut alors, au-delà du paradoxe sémantique, se demander ce que révèle l’émergence d’une telle locution au plan des représentations mentales qui la fondent.

On formulera d’abord l’idée qu’elle participe de la mise en œuvre d’un langage ritualisé et hypnotique qui, à l’exemple d’autres formules exprimant des contradictions patentes (« frappe chirurgicale », « guerre propre »…), se déploie dans un déni quasi psychotique des aspects déplaisants de la réalité. C’est l’analyse fournie récemment par l’écrivain Annie Lebrun. On pourra ajouter, pour l’appuyer, qu’il existe certainement, en économie, une appréhension supplémentaire à l’égard de certains mots porteurs de diagnostics potentiellement auto réalisateurs. L’emploi brutal du terme « récession », par un ministre de l’économie, pourrait renforcer l’ampleur du phénomène de régression car on sait que l’évolution d’un système économique est liée aux anticipations de ses acteurs et que celles-ci procèdent de leur perception subjective de l’environnement. Or, cette perception ne peut être détachée des signifiants qui décrivent cet environnement. Le chef d’entreprise et le consommateur sont des êtres humains, et donc de langage, avant d’être des agents économiques.

Mais, si cette analyse peut expliquer l’attitude des responsables économiques comme Mme Christine Lagarde, elle peine à fonctionner concernant la presse (sauf à considérer un pur effet de mimétisme). C’est pourquoi elle se complétera par l’évocation de cette tendance lourde du discours contemporain à la création d’oxymores, dont on peut dire qu’il s’agit du principal mode d’innovation linguistique de notre époque. Le philosophe Bertrand Méheust, dans un ouvrage récent (La politique de l’oxymore, La Découverte, 2009), analyse les raisons du développement de cette novlangue dont la prodigieuse efflorescence ne laisse pas d’étonner chaque jour davantage : « marché civilisationnel », « développement durable », « flexisécurité »... Selon cet auteur, ce procédé puise sa source dans la nécessité, pour le système de pensée qui irrigue notre civilisation marchande, de refouler ses contradictions afin de pousser toujours plus loin ses potentialités de réalisation, qui ne peuvent cesser avant que cet univers mental soit parvenu à ce que l’auteur appelle sa saturation. Ce concept, emprunté au philosophe Georges Simondon, entend signifier qu’un système organisé cherche toujours à épuiser ses possibilités d’extension et ne se transforme que lorsque, sous la pression du réel, il devient incompatible avec lui-même. Cet ouvrage n’analyse cependant pas la notion de « croissance négative », car il fut écrit avant que n’adviennent les prévisions catastrophiques de variation du PIB au cours de l’hiver 2008-2009. Elle s’insère pourtant à merveille dans le schéma décrit par Bertrand Méheust par la lumière qu’elle projette sur les représentations qui conduisent à forger un concept aussi étrange.

En effet, ceci montre, d’une part, que la civilisation occidentale, telle qu’elle se pense, estime n’en avoir pas fini avec la croissance : le système qui la rend non contingente n’est apparemment pas parvenu à saturation. En d’autres termes, notre civilisation considère comme inévitable un retour à une variation positive du PIB, puisque cette variation est en germe perpétuel dans le signifiant qui la représente. Il ne serait question que d’échéance.

D’autre part, cela souligne la dimension anthropologique de cet univers mental. Certains propos du chroniqueur économique Pierre-Antoine Delhommais dans les colonnes du journal Le Monde apparaîtront éclairants à ce propos. Celui-ci, postulant qu’il n’existe pas de projet alternatif à celui d’un monde bâti sur la croissance économique, écrivait que « les croyants de la décroissance ne convainquent plus qu’eux-mêmes » (Le Monde du 1-2 mars). Au regard d’une telle affirmation, partagée à l’heure actuelle par la totalité des décideurs mondiaux et par l’immense majorité des économistes, la notion de « croissance négative » prend un jour nouveau : la croissance constitue aussi une croyance. Croyance non pas en ses potentialités de réalisation – la croissance économique est possible, nul ne le nie – mais croyance au sens anthropologique du terme.

En effet, en employant l’expression « croissance négative », le discours contemporain tend à instituer la croissance de la production de valeur comme l’état normal voire indépassable de notre civilisation, puisque même une diminution de cette production peut alors s’analyser comme un avatar de son augmentation. Il ne peut donc pas ne pas y avoir de croissance économique. Or, cette croyance fondamentale confine clairement à la pensée magique car la croissance est alors perçue comme existante même lorsque sa présence n’est plus sensible. En d’autres termes, on admet ainsi que le logos de la croissance structure et anime toute organisation et toute représentation du phénomène économique. On institue alors la croissance du PIB, dans le même temps, comme transcendante à l’homme et immanente au monde. On est plus très loin de la manière que le panthéisme stoïcien avait de se représenter l’Etre divin…

Entendons nous bien : je n’écris pas ces lignes pour moquer la notion de croissance économique. Il s’agit d’essayer de comprendre pourquoi le discours qui structure notre représentation du réel peine à concevoir l’évolution du monde sans croissance économique. Affirmons alors à tout le moins que si, comme le postulait le psychiatre Carl Gustav Jung, l’inconscient collectif existe, la croissance économique figurera certainement en bonne place dans son inventaire.

Sur le fond socio-économique, je manque, en tant que juriste, des connaissances nécessaires pour me prononcer sur l’opportunité de la croissance. Je ne nie pas non plus les ravages occasionnés par la récession, ni que l’accroissement en valeur de certaines productions constitue un bienfait dans certaines circonstances. Je soulignerai cependant qu’un courant d’analyse en développement à l’heure actuelle considère que la croissance économique qu’a connue l’économie mondiale ces dernières années n’a apparemment pas produit des effets bénéfiques sur tous les plans. Ce modèle, fondé sur l’augmentation de la part de la production de richesse allouée au capital et sur la stagnation ou la diminution incidente de la part allouée au travail, a éclaté lorsque l’endettement des classes moyennes et populaires qu’il implique est devenu insupportable.

Certes, les dirigeants récemment réunis au G 20 à Londres ont prophétisé l’avènement d’une autre voie du développement économique. Equilibrée et durable, donc ? Pas si sûr… En effet, une partie des analystes, y compris parmi les thuriféraires de la croissance, estime que le résultat de ce sommet laisse à penser que l’on est loin d’y avoir répudié tous les travers systémiques qui avaient permis ce mode de développement aberrant (cf., à nouveau, Pierre-Antoine Delhommais : Le Monde du 5-6 avril).

Il apparaît donc, en cette période d’absence de croissance, qu’il est plus nécessaire que jamais de s’interroger, au minimum, sur la bienveillance et la puissance démiurgique de ce nouveau Veau d’or auquel la civilisation occidentale a décidé de sacrifier sans jamais interroger le sens et les effets de sa liturgie. Globalement, tant que ce que notre civilisation entend par la notion de « croissance » ne sera pas remis sur le métier, tant que nous n’interrogerons pas, de manière différenciée, ce que voulons voir croître et la manière dont nous souhaitons qu’il le fasse, nous éluderons les conséquences parfois néfastes de ce processus d’inflation de la production. Et tous les enjeux environnementaux et sociaux que cela implique seront inéluctablement repoussés à plus tard.

En d’autres termes, je crois indispensable que l’on fixe d’abord les objectifs à atteindre, pour ensuite déterminer les expédients nécessaires pour y parvenir. Si la croissance économique les remplit au mieux, il paraît judicieux de l’approuver. Mais il semble que ce ne soit pas systématiquement le cas. Ainsi, en matière environnementale, comme le révélait Hervé Kempf dans une de ses chroniques sur l’écologie (Le Monde du 5-6 avril), une variation négative de la production de richesse se révèle parfois plus efficace : les émissions de C02 en Europe ont reculé de 6 % en 2008 en raison de la diminution du PIB. Certes, les années précédentes faisaient aussi ressortir un recul dans certains pays, mais nettement moindre. Qui plus est, ces diminutions dans les pays occidentaux constituaient sans doute des trompe-l’œil car elles procédaient en partie du fait que les productions de biens de consommation fortement émettrices de CO2 sont délocalisées de manière toujours plus importante dans les pays émergents (et dans des conditions probablement bien pires que si cette production avait lieu en Europe).

Or, à approche de l’été, je frémis en constatant la rapidité inattendue de certains phénomènes de dégradation de la biosphère, à l’exemple de ceux qui frappent les zones arctiques : après une année 2007 de fonte record et une année 2008 à l’avenant (qui a vu s’ouvrir dans le même temps, pour la première fois de l’histoire moderne, le passage du nord-ouest et le passage du nord-est), de combien sera, cette fois-ci, le taux de « croissance négative » de la banquise ?

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300 fois le SMIC : les grands patrons vont bien, merci Observatoire des Inégalités Reporterre 2009/05/06 Observatoire des Inégalités (6 mai 2009) 300 fois le SMIC : les grands patrons vont bien, merci. Reporterre. fr

300 fois le SMIC : les grands patrons vont bien, merci

Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 80 et 270 années de Smic… par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages...

Les revenus annuels des grands patrons vont d’une centaine à presque trois cents années de Smic…, selon les données 2008 publiées par le quotidien Les Echos (24 avril 2009). Ils vont de 850 000 euros pour Ben Verwaayen (Alcatel-Lucent) à 3 millions d’euros pour Lakshmi Mittal (Arcelor-Mittal). Entre 70 et 260 ans de Smic...

Ces revenus totalisent les salaires fixes et variables, les plus values réalisées des stocks-options, les actions gratuites mais pas les jetons de présence ni les dividendes. Ils ne comprennent pas non plus un grand nombre d’avantages en nature : voitures, logements de fonction, etc.

Les PDG ne sont pas toujours les mieux rémunérés. Un certain nombre de très hauts cadres peuvent recevoir des émoluments encore supérieurs, jusque 400 ans de Smic, selon les données publiées par le magazine Capital (données 2005), notamment dans le secteur de la finance. Même si la part variable de leurs revenus a diminué depuis la crise qui a touché le secteur bancaire.

Ces revenus vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle, même en accumulant les biens de luxe. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun du reste de la société de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnelles (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.).

Les revenus 2008 sont en nette diminution pour la majorité par rapport à 2007, compte tenu de la chute des actions et du frein mis sur les différents types de bonus. Mais même après cette baisse, ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier.

Fakir, très bon journal, en kiosque ! L’équipe de Fakir Reporterre 2009/05/07 L’équipe de Fakir (7 mai 2009) Fakir, très bon journal, en kiosque !. Reporterre. fr

Fakir, très bon journal, en kiosque !

Un numéro détonant sur l’Europe - de vrais enquêtes, et de l’humour. Recommandé par Reporterre

Ca y est : notre canard a pris son envol ! Fakir existe en Picardie depuis maintenant dix ans. En dix ans, et malgré les procès, nous avons épargné 10 000 €. Et aujourd’hui, on claque tout d’un coup : pour la première fois, notre journal sort de ses frontières naturelles et part à la conquête de la France, de la Belgique, et du Luxembourg. En vente dans tous les kiosques ! Et en couleur, en plus !

Dans notre journal, vous trouverez des tas d’informations exclusives :

- Un portrait de Jacques Delors : socialistes et éditorialistes s’apprêtent à lui construire une statue ? Fakir la déboulonne par avance ! Car nous avons mené l’enquête dans les archives : ce « vieux sage » explique clairement comment il a relancé l’Union européenne, main dans la main avec les multinationales...

- Une enquête sur une plaque qui, à Bruxelles, à l’entrée du Parlement, scelle l’amitié entre les députés européens et les lobbies : comment les industriels ont-ils obtenu une telle reconnaissance officielle ? Nous sommes remontés jusqu’à Nicole Fontaine, l’ancienne présidente du Parlement européen.

- CO2 sans frontières : l’Union prétend montrer l’exemple, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, une autoroute et un camion pourraient lui servir de symboles...

- Un entretien avec le seul prix Nobel français d’économie, Maurice Allais. Partisan d’un protectionnisme européen, il est banni des médias dominants.

Autant d’articles que vous ne lirez nulle part ailleurs. Que, pour notre part, nous n’aurions pu publier nulle part. Et voilà pourquoi, alors que la presse papier se casse la figure, voilà pourquoi on fait ce pari improbable d’un nouveau canard, adossé à aucune banque, à aucun marchand de canons : parce qu’on ne va pas attendre d’avoir 80 ans pour écrire comme on veut...

Franchement, on est fiers d’avoir fait autant avec si peu. On compte sur vous, donc, pour nous filer un coup de main et 2,80€. Eventuellement, pour en acheter une dizaine (22€) et les revendre avec un petit bénef à vos copains. Vu qu’on n’a pas trop confiance en Lagardère and Co pour assurer notre promo... Ou alors, vous pouvez toujours prendre un abonnement héritable, par exemple.

A part ça, dans notre prochain numéro, on s’attaquera aux banques. Et notamment à Natixis-l’Ecureuil. Alors, vous avez des tuyaux, des idées, des envies, vous pouvez nous écrire.

L’équipe de Fakir

Journal d’enquête sociale, Fakir n’est lié à aucun parti, aucun syndicat, aucune institution. Il est faché avec tout le monde ou presque.

Ecologie, productivisme, et post-capitalisme Philippe Corcuff et Hervé Kempf Reporterre 2009/05/07 Philippe Corcuff et Hervé Kempf (7 mai 2009) Ecologie, productivisme, et post-capitalisme. Reporterre. Tribune — fr

Ecologie, productivisme, et post-capitalisme

L’économie de marché est-elle le capitalisme ? Quand l’individualisme n’est-il plus émancipateur ? Comment réintroduire la démocratie dans le travail lui-même ? Des questions au coeur de la nouvelle écologie radicale. Un débat.

En mars, Philippe Corcuff a eu l’amabilité de m’envoyer le texte qu’il comptait présenter lors du Contre Grenelle, à Lyon, le 2 mai (info : http://www.contre-grenelle.org/ Gre...). Il posait des questions intéressantes, qui m’ont conduit à lui adresser les précisions nécessaires. Voici les deux textes.

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Anticapitalisme et antiproductivisme à l’aube du XXIe siècle – Autour des analyses d’Hervé Kempf

Par Philippe Corcuff (sociologue, membre des Verts en 1994-1997, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste)

Le mythe d’un « capitalisme vert » semble faire des ravages rhétoriques, dans la droite sarkozyste ainsi que dans un PS et chez des Verts social-libéralisés, comme réponse magique à la double crise financière et climatique qui affecte aujourd’hui le capitalisme. C’est l’occasion de réfléchir aux liens entre la critique écologiste du productivisme et la critique du capitalisme par la gauche radicale. Car la période appelle une nouvelle convergence entre les courants radicaux de l’écologie et les anticapitalistes. Le dernier livre d’Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, constitue un support intéressant pour amorcer cette démarche.

Le livre d’Hervé Kempf nous propose une série de pistes intéressantes, qui ont le grand avantage, dès le titre de l’ouvrage, de réarrimer prise de conscience écologiste et critique du capitalisme.

Or c’est quelque chose qui a été perdue de vue par certains écologistes, dans la double logique de l’institutionnalisation-professionnalisation des élites politiques vertes et de l’hégémonie de « la pensée unique » néolibérale. Les aspirations anticapitalistes de Mai 68 ont alors progressivement été oubliées par des militants éminents des Verts européens, comme Daniel Cohn-Bendit, passé du Dany le Rouge d’hier au Dany le Vert pâle d’aujourd’hui. Ce dernier proclame même dans un livre de 1998 : « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché ». Un exemple significatif, pour les centaines de milliers de personnes qui se sont opposés et s’opposent aux réformes néomanagériales de Sarkozy-Darcos-Pécresse, appliquant, de la maternelle à l’université, les recettes des entreprises privées : « Naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 » …

Or, justement, le troisième chapitre du livre de Kempf est consacré au « mirage de la croissance verte ». Pour lui, le capitalisme aborde de manière inadéquate la question du changement climatique, en tentant de faire croire « que l’on pourra pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants » (p.84). Un exemple ? « L’effet pervers de la hausse des prix de l’énergie dans le système capitaliste est qu’elle stimule l’exploitation de réserves jusque-là marginales de pétrole, et va donc accroître les émissions de gaz à effet de serre. » (p.98)

Le capitalisme prend appui sur une dynamique illimitée d’accumulation du capital, associée à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange, alimentée par le profit marchand à court terme. Or, il se révèle incapable de prendre en compte le temps long de la biosphère ou des générations à venir. André Gorz , demeuré anticapitaliste jusqu’à la fin de sa vie, avait bien saisi que la marchandisation de l’humanité et de la nature portée par la logique capitaliste se heurtait tout à la fois à la justice sociale, à la qualité existentielle de la vie des individus et à la préservation des univers naturels.

Il rejoint, ce faisant, les courants écolo-marxistes qui ont mis l’accent sur la contradiction capital/nature propre au capitalisme , et pas seulement sur la contradiction capital/travail privilégiée traditionnellement par les marxistes. Qu’est-ce à dire ? La nature serait elle aussi exploitée dans la dynamique d’accumulation du capital. Or, dans l’épuisement des ressources naturelles comme dans les risques techno-scientifiques associés à la logique contemporaine du profit, le capitalisme mettrait en danger ses propres bases naturelles et humaines d’existence.

Marx lui-même avait amorcé une connexion entre contradiction capital/travail et contradiction capital/nature dans le livre 1 du Capital : « Chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. (…) La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du processus de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur. »

Kempf est également conscient que cela suppose une lutte de classes. Car, à l’échelle mondiale, les « classes les plus riches », appelées aussi « oligarchie », ont intérêt à la poursuite de l’impasse capitaliste et s’opposent à tout changement radical.

S’ouvre ainsi la possibilité de nouvelles convergences entre l’écologie politique radicale, dont des secteurs de la décroissance, et un nouvel « écosocialisme », très présent au sein du NPA.

Mais les analyses de Kempf présentent aussi des ambiguïtés et des faiblesses qui nous invitent à clarifier les liens entre anticapitalisme et antiproductivisme.

Ambiguïtés d’Hervé Kempf

Tout d’abord Kempf recourt à une distinction entre le mauvais « capitalisme » et la bonne « économie de marché » fort confuse (pp.69-70). On sait que « l’économie de marché », au sens de « la concurrence pure et parfaite », n’existe guère dans le monde capitaliste réellement existant, à la structure oligopolistique. Cette idéologie a toutefois eu des effets bien réels dans la réorganisation du capitalisme à partir des années 1980, contre les régulations publiques et sociales qui avaient été antérieurement arrachées au capitalisme par les luttes sociales.

« L’économie de marché », de Cohn-Bendit au Parti socialiste , c’est aussi souvent le nom euphémisé de l’adhésion des sociaux-libéraux au cadre capitaliste. Les anticapitalistes ne sont pas nécessairement pour la suppression de tout marché. Je suis personnellement favorable à ce que des mécanismes marchands continuent à jouer un rôle local et dépendant d’une logique démocratique, dans le cadre d’une propriété sociale des grands moyens de production et d’échange. Mais parler d’« économie de marché », c’est aller au-delà de formes localisées de marché. C’est se référer à la régulation principale de l’économie par le marché.

C’est ainsi en naturalisant et en fatalisant « l’économie de marché » que Michel Rocard, fraîchement débarqué du PSU au PS, a quitté les rives de l’anticapitalisme dès octobre 1976, lors d’un colloque du magazine L’Expansion face à des patrons : « Le système de régulation restera le marché (…) on ne biaise pas avec le marché, sa logique est globale ».

Autre problème : par son titre et les clarifications manquantes de son propos, Kempf tend, implicitement, à assimiler capitalisme et productivisme (logique illimitée de la production pour la production), et donc anticapitalisme et antiproductivisme. Or l’histoire de la gauche montre qu’on peut être anticapitaliste et productiviste. Les sociétés staliniennes en ont été un exemple historique marquant. Mais déjà chez Marx, les choses apparaissent ambivalentes. On trouve chez lui tout à la fois une fascination pour l’essor industriel propre au XIXe siècle, et ses illusions technologistes, et des prémisses écosocialistes. Comme l’a mis en évidence le Britannique Ted Benton , sans réélaboration significative, le cadre marxiste a du mal à intégrer la question des « limites naturelles » de la croissance. Vincent Gay, un des principaux animateurs de la commission écologie du NPA, a aussi souligné que les analyses « décroissantes » peuvent « constituer une porte d’entrée pour réinterroger certains concepts marxistes qui, souvent laissés dans le flou par Marx, ont donné lieu à des interprétations productivistes » ; comme par exemple « celui des forces productives et de leur développement » .

Plus largement, on doit noter que nombre de courants de la galaxie socialiste née au XIXe siècle, comme de la gauche républicaine qui l’a précédée, ont souvent été profondément marqués par la vision non critique d’un « Progrès » scientifique et technique supposé intrinsèquement positif. Il ne s’agit certes pas d’abandonner des pans importants des valeurs des Lumières du XVIIIe siècle : la Raison, la Science et le Progrès, mais de leur ôter leurs Majuscules, leur position surplombante et absolue, pour en faire seulement des paris confrontés à l’inquiétude écologiste. Ce que j’ai appelé ailleurs des Lumières tamisées .

Enfin, Kempf, peu informé des travaux sociologiques sur la question, ne comprend pas les complications de l’individualisme contemporain. Il en fait une logique uniformément négative assimilée au capitalisme (pp. 39-52). Il confond l’individualisme marchand et concurrentiel avec d’autres formes, plus émancipatrices, d’émergence de l’individualité moderne : la consolidation d’une intimité personnelle, la logique individualisante de la citoyenneté démocratique, la mise en cause de la famille patriarcale (émancipation des femmes, droits des enfants, reconnaissance timide des modes de vie homosexuels). Il ne voit pas alors que là se situe une autre contradiction forte du capitalisme, à côté de la contradiction capital/travail et de la contradiction capital/nature : la contradiction capital/individualité. Ainsi le capitalisme stimulerait les désirs d’épanouissement personnel, mais ne pourrait y répondre que de manière tronquée, à la fois marchande et inégalitaire. Il produirait donc, au final, des individualités frustrées et blessées, appelant une émancipation personnelle dans un autre cadre de sociabilité, non-capitaliste .

Au bout de ce parcours synthétique on voit mieux combien les antiproductivistes ont à faire une révolution culturelle anticapitaliste et combien les anticapitalistes ont à faire une révolution culturelle antiproductiviste. Tout cela est bien plus exaltant que la grisaille du « capitalisme vert ».

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Quelques remarques ou précisions à propos de votre section intitulée "Ambiguïtés d’Hervé Kempf".

Par Hervé Kempf

1 - En ce ce qui concerne la distinction entre "capitalisme" et "économie de marché".

Je ne prends pas l’économie de marche au sens de concurrence pure et parfaite, bien sûr, et je suis d’accord avec vous que l’évolution naturelle du capitalisme conduit à la constitution d’oligopoles. Mais l’important, à mon sens, est ailleurs : le capitalisme est une économie de marché étendue à l’ensemble du champ social, telle que, comme l’a montré Polanyi, l’économie tend à absorber toute la société.

Mais on peut concevoir une économie de marché sous sa figure pratique, opérationnelle, à condition qu’elle soit enchâssée dans la société, qu’elle soit clairement bornée. C’est ce que je précise pp. 122-124 de Pour sauver la planète… : permettez-moi de me citer : "Sortir de cette situation suppose une économie qui ne soit plus axée sur le principe de l’accumulation privative des ressources. Ce sera une économie de marché, mais dont le domaine s’arrêtera à la lisière des biens communs essentiels."

Je souligne ensuite qu’elle sera corrigée par un système de prix prenant en compte l’impact écologique des activités, et par de nouveaux indicateurs économiques. Puis : "Cela conduira logiquement à la prise en charge collective des domaines qui sont des biens communs et ne peuvent être gérés durablement par la seule initiative privée visant le seul profit."

La longueur limitée que je voulais donner à ce livre, afin de le rendre accessible au plus grand nombre, m’a conduit à rester elliptique sur un certain nombre de points.

Les débats qu’il suscite m’ont notamment conduit à préciser un aspect essentiel : celui de ce que sont ces "biens communs" qui appellent une prise en charge collective hors économie de marché. Il s’agit, outre des biens environnementaux, de la santé, l’éducation, la culture, l’agriculture, l’énergie, la sécurité publique. De surcroit, il est utile de rappeler que, dans son domaine de compétence, l’économie de marché doit aussi être bornée par des règles posées collectivement : notamment celles qui concernent la qualité des produits, et celles qui concernent les droits des travailleurs.

Une autre question se pose, que vous évoquez bien, celle de "la propriété sociale des grands moyens de production et d’échange". Les domaines que j’ai évoqués en recouvrent une partie, et la nécessaire "socialisation" (pour reprendre le mot de Thomas Coutrot (1)) du système bancaire s’impose à l’évidence, depuis qu’il n’est sauvé de la faillite que par l’injection de fonds publics. De même, l’injection de fonds publics dans de grandes entreprises - telles que celles de l’industrie automobile - appelle au minimum un droit de contrôle de l’Etat.

Faut-il aller au-delà ? Il me semble que le débat doit rester ouvert : nous devons garder à l’esprit l’exemple désastreux - et notamment pour ce qui concerne les libertés publiques - des économies planifiées. En revanche, il est urgent de réintroduire dans la réflexion la nécessité d’une participation forte des travailleurs aux décisions des entreprises, et à leur capital. Nous pouvons ainsi envisager une économie où, pour la partie relevant du marché, plusieurs types d’entreprises cohabiteraient : entreprises privées, entreprises à contrôle collectif, entreprises à direction coopérative ou autogérée.

2 - En ce qui concerne l’assimilation entre antiproductivisme et anticapitalisme.

J’ai levé cette possible confusion dans mon ouvrage précédent, Comment les riches détruisent la planète, dans lequel je stigmatise précisément le productivisme et le mépris de l’écologie qui a caractérisé - et continue, hélas trop souvent - la culture de la gauche.

3 - En ce qui concerne l’individualisme.

J’ai insisté dans le passage central du livre (p. 39 sq.) sur l’exacerbation de l’individualisme dans la phase la plus récente du capitalisme. Insisté, parce que je voulais faire sentir que la psychologie collective, l’atmosphère culturelle, l’aliénation des perceptions individuelles sont des élements aussi importants que les analyses économique pour comprendre les ressorts actuels de la société.

Je vous accorde sans réserve qu’il est essentiel de rappeler que l’individualisme moderne - ou plutôt occidental - a eu une valeur émancipatrice. Mais pour autant qu’il restait tempéré par le sentiment de la solidarité et le souci des autres. C’est ce que j’ai essayé de dire, sans doute trop rapidement, p. 40 et p. 69, à propos du libéralisme (qui "vise à émanciper les personnes des déterminations transcendantes et des sujétions définies par un statut acquis à la naissance").

Il nous faut sortir de l’individualisme exclusif, isolant, coupant les liens sociaux autres que marchands, aliénant dans sa recherche de la maximisation de son intérêt, pour aller vers un individualisme où la personne humaine s’épanouit et s’enrichit dans ses échanges symboliques, amicaux, de lutte, ... avec les autres personnes humaines qui sont les compagnons de son aventure sur terre.

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Des bons côtés de la récession économique Michel Bourguet Reporterre 2009/05/08 Michel Bourguet (8 mai 2009) Des bons côtés de la récession économique. Reporterre. Tribune — fr

Des bons côtés de la récession économique

Trois milliards de voitures dans le monde ? Insupportable. Il faut nous habituer à réduire notre consommation matérielle. La pilule sera cependant difficile à avaler, notamment pour les jeunes, élevés dans l’idée qu’eux aussi baigneraient dans la société de consommation.

Un spectre hante le monde, celui de la « fin de la croissance ». Bien sûr, le chômage fait peur, le spectacle des usines fermées et des queues devant les soupes populaires est affligeant (encore que nous n’en soyons pas tout à fait là, aujourd’hui, en France !), mais la croissance que tous appellent de leurs vœux est-elle plus réjouissante ?

Pas sûr, et j’en donnerai trois exemples :

1/ L’automobile

Symbole de notre croissance, elle envahit tout, au point d’ailleurs de ne plus guère rouler, et les bouchons sont chaque année plus longs (auto, certes, mais plus guère mobile). Nous en sommes, en France et chez nos voisins, à une voiture pour deux personnes, alors que la moyenne mondiale est d’une voiture pour dix. Ce qui signifie qu’une croissance qui viserait à donner au monde entier notre « niveau de vie » conduirait à trois milliards de voitures : le cauchemar ! Notre niveau d’équipement nous permet, en France, de transporter cent vingt ou cent cinquante millions de personnes en même temps, soit le double de la population totale du pays, touristes et immigrés clandestins inclus. Bref, il est évident qu’il y a beaucoup trop de voitures dans ce pays, et que relancer cette production est une aberration.

2/ Les douches

Ne riez pas. Quand je suis né, longtemps après Jeanne d’Arc, il y avait en France moins d’une douche pour dix habitants, et, petit, enfant de prof, on me lavait dans une bassine au milieu de la cuisine. Aujourd’hui, les normes de confort, d’hygiène, d’intimité, poussent à multiplier ces équipements, non seulement dans tous les appartements (ce qui est plutôt un bien), mais presque dans toutes les chambres, y compris dans les résidences secondaires, les hôtels, les cités universitaires… On va bientôt arriver à une cabine de douche par personne, pour une durée moyenne d’utilisation de vingt ou trente minutes par jour. C’est beaucoup, c’est absurde, c’est un gaspillage idiot de tuyaux, de place, de temps pour les fabriquer. Bien sûr, le même paragraphe pourrait être repris avec les écrans, les ordinateurs, les piscines, et mille autres machins.

3/ Les voyages

Bien entendu, nous sommes au siècle de la mobilité. Chacun rêve d’aller partout, et les prix n’ont jamais été aussi bas (on se demande parfois par quel miracle l’avion coûte moins cher que le bus qui conduit à l’aéroport). En même temps , cette course effrénée autour du monde, où chacun tourne autour de son nombril, conduit les voyageurs à souhaiter avoir toujours la même chambre dans tous les hôtels du monde, tellement ils n’en peuvent plus de changer tout le temps de cadre.

Alors quoi ?

D’abord, en finir avec cette confusion, désastreuse pour l’humanité, entre l’usage et la possession. Une rationalisation de l’usage de nombreux biens permettrait à plus de gens d’avoir accès à plus de services avec moins d’objets. C’est vrai pour les voitures, les vélos, les machines à laver, les ordinateurs, les skis, les robes de mariée, les livres, les disques, et presque tout le reste. Les formes peuvent être variées : copropriétés, communautés, coopératives, entreprises (publiques ou privées) de services, locations. La créativité humaine est presque sans limites, et aucune de ces formes n’a d’avantage absolu sur les autres, chaque usage de chaque objet pouvant donner lieu à une nouvelle forme de partage. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, passer d’une société du chacun pour soi, où l’interdépendance absolue de tous est compensée par un sur investissement dans la possession, à une société du partage, du libre accès d’un maximum de gens à un maximum de services disponibles.

Une telle mutualisation des moyens ouvrirait de nouvelles perspectives de croissance, de décroissance :

* Moins de voitures, plus de place, plus de fluidité pour le trafic. Moins d’argent dépensé par chacun pour « sa bagnole », et donc la possibilité de payer plus cher des véhicules plus performants, plus propres (sans illusions excessives sur les voitures propres), plus sûrs. Ou bien plus d’aides aux transports en commun, mieux répartis, plus accessibles à tous. Dans un premier temps, cette réorientation de la production et de la recherche peut être créatrice d’emplois.

* Des équipements sanitaires, de l’électronique, des biens culturels ou du matériel sportif conçus pour durer, pour être économes en matières premières et en consommations. Bref, moins de choses, mais de meilleure qualité. Moins d’argent dépensé au total, pour des produits plus chers et plus durables. Au bout du compte, moins de biens, et une meilleure utilisation par plus de gens.

Mais il faut aussi une remise en cause de ce que nous trouvons normal. Il n’est pas possible de construire les villes à la campagne, pas possible que tout le monde habite la dernière maison de la ville, avec vue sur les champs ! Il n’est pas normal que des gens doivent faire une heure (ou deux) de trajet tous les jours pour aller travailler, et autant pour revenir. Il est absurde de multiplier les chambres d’enfant au fil des divorces (des millions d’enfants ont, aujourd’hui en France, une chambre chez papa, et une chez maman, sans compter parfois celle chez papi et mamie...).

Assumer de vivre en ville, avec des voisins qu’on voit, qu’on croise, habiter près de son lieu de travail, pouvoir y aller à pied ou en vélo, vivre avec son papa et sa maman, est-ce de la récession, ou du progrès social ? Découvrir les musées de sa région avant d’aller voir les expos à New-York, passer ses week-ends près de chez soi, et pas aux Baléares, manger des pommes en hiver et des pêches en été, est-ce « revenir au moyen-âge » ?

Il reste à trouver des pistes pour cette transition, pour ce changement de société. En finir avec un discours publicitaire (largement intégré par beaucoup) qui nous fait croire que toutes nos tensions, frustrations, angoisses, trouveront leur apaisement dans un achat de plus. Apprendre à vivre autrement, à penser d’abord à ce que nous faisons, ce que nous sommes, et pas à ce que nous avons. Nous approprier la finitude de notre vie : nous n’aurons pas le temps de lire tous les livres imprimés à ce jour, ni de voir tous les beaux paysages du monde, et l’offre illimitée que nous avons sous les yeux doit nous pousser à faire des choix, affirmer des goûts, des valeurs.

Au moment où notre monde traverse une crise, qui au-delà de son aspect financier, est le signe que notre croissance passée ne peut pas continuer très longtemps, il faut que nos choix, individuels de consommation, et collectifs de réorientation de l’économie, prennent en compte les remarques qui précèdent. Relancer la consommation sans la modifier serait suicidaire, ne rien faire serait cruel pour les plus pauvres, une troisième voie est ouverte, celle d’actions volontaristes pour un autre modèle de société, avec de la recherche, tant sur les questions techniques (modifier les produits) que sur les questions sociales (promouvoir d’autres modes d’emploi de ces produits), du débat, de l’engagement de chacun d’entre nous. Bref, seule la décroissance, parce qu’elle sera assumée, calculée, nous permettra d’échapper à la récession et son cortège de souffrances pour les plus pauvres.

Les résistances seront nombreuses : Celles des plus âgés, ou des immigrés, qui entendront derrière tout cela un relent de rationnement, qui reverront des images de guerre, de misère, bref qui refuseront ce qui pourrait ressembler pour eux à un retour vers le passé honni. Celles de ceux qui se sont endormis dans la routine, et que tout changement effraie. Et surtout celles des jeunes, de ceux qui ne sont pas encore des consommateurs actifs, et qui depuis leur plus jeune âge, se préparent au moment où ils pourront faire comme les grands, les parents, les modèles de la télé et de la pub. La révolte de ceux qui ont vu la société de consommation, qui en ont rêvé, et qui n’y auront pas accès dans sa forme actuelle sera terrible, parmi la jeunesse de nos pays, mais bien plus encore dans le reste du monde.

Pour vaincre ces résistances, il nous faudra être à la fois patients et pressants, donner l’exemple, parler de nos rêves, de nos désirs, et pas de nos frustrations. Il nous faudra parler de plaisirs autant que de devoirs, donner envie plutôt que faire peur… être avant d’avoir.

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Les rémunérations ne devraient pas dépasser dix fois le SMIC Utopia Reporterre 2009/05/10 Utopia (10 mai 2009) Les rémunérations ne devraient pas dépasser dix fois le SMIC. Reporterre. fr

Les rémunérations ne devraient pas dépasser dix fois le SMIC

Une pétition est lancée pour demander le plafonnement des revenus individuels.

# En 1974, la rémunération moyenne des dix patrons américains les mieux payés était 47 fois plus élevée que le salaire moyen d’un ouvrier de l’industrie de l’automobile …

# en 1999, il était égal à 2 381 fois le salaire moyen.

# Selon le Financial Times, les patrons des grandes banques internationales auraient touché ces trois dernières années environ 95 milliards de dollars de rémunération alors que les pertes causés par leurs erreurs sont évaluées à plus de 1 000 milliards de dollars par le FMI.

# En France, les dirigeants des entreprises du CAC 40 gagnent en moyenne 4,4 millions d’euros par an, soit pour chacun d’entre eux, environ deux siècles de salaire médian... soit 250 fois le SMIC !

Ces fortunes profitent à une oligarchie de surconsommateurs instaurée en modèle par les médias et la publicité. Ce système, construit pour défendre l’illusion d’une croissance infinie et équitable, s’est édifié au détriment des plus faibles et des plus démunis, premières victimes aujourd’hui de la précarité et demain des bouleversements climatiques.

Ces rémunérations disproportionnées et sans lien réel avec la performance de l’entreprise sont socialement injustes, économiquement inefficaces, humainement inadmissibles et écologiquement destructrices !

En signant cette pétition, nous exigeons que l’ensemble des rémunérations individuelles (salaires, primes, dividendes, indemnités,...) soient comprises dans une fourchette de 1 à 10 fois le SMIC !

EPR en Finlande : ça patauge grave Greenpeace Reporterre 2009/05/11 Greenpeace (11 mai 2009) EPR en Finlande : ça patauge grave. Reporterre. fr

EPR en Finlande : ça patauge grave

L’EPR que construit Areva en Finlande devait être le modèle de cette « nouvelle génération de réacteurs nucléaires ». Mais alors que le chantier accumule les retards, l’autorité de contrôle lance un nouvel avertissement.

Greenpeace vient de demander en Finlande, l’annulation du permis de construire de l’EPR, actuellement en construction sur le site d’Olkiluoto dans ce pays.

Ce recours fait suite à la révélation d’une lettre de l’autorité de Sûreté et de Contrôle, STUK, adressée à Areva, lors d’une émission de la télévision finlandaise. Celle-ci fait état de graves problèmes, ainsi que d’un manque de « réels progrès » dans la conception, notamment des systèmes électroniques de contrôle de sécurité. « Cela signifie que la construction va s’arrêter et qu’il n’est pas possible de commencer les essais », déclare dans cette lettre Jukka Laaksonen Directeur général de STUK.

Les systèmes de contrôle sont pourtant une des composantes les plus essentielles d’une centrale nucléaires, pour assurer la sécurité du réacteur. Or, le respect de la réglementation en matière de conception des systèmes de contrôles électroniques faisait partie des conditions posées par l’autorité de régulation finlandaise, avant l’attribution du permis de construire, accordé en 2005. Aujourd’hui ces conditions ne sont plus remplies.

Greenpeace avait déjà tiré la sonnette d’alarme, dès 2005, car la conception du prototype apparaissait insuffisante et parce qu’Areva ne garantissait pas un respect de la réglementation sur le nucléaire.

Dans la lettre, envoyée à la directrice d’Areva, Anne Lauvergeon, en Décembre 2008, la STUK déplore un sérieux manque de professionnalisme dans la construction du réacteur Olkiluoto 3, et fait valoir que « l’attitude ou le manque de connaissances professionnelles » d’Areva empêche tout progrès dans la résolution des erreurs et malfaçons. Selon la lettre, STUK est toujours dans l’attente qu’Areva lui fournisse un « modèle qui satisfasse les principes de base de la sécurité nucléaire ».

Ces révélations sur le chantier du réacteur d’Areva à OLKILUOTO ne sont que les dernières d’une longue série depuis quatre ans. A cause de malfaçons, de problèmes continus et du manque de sérieux d’Areva, le chantier accuse maintenant 3 ans de retard et une augmentation de plus de 50% de son coût initial.

« L’industrie se targuait de pouvoir construire un réacteur de type EPR rapidement et pour 3 milliards d’euros... Nous sommes loin des promesses de départ ! Et pourtant Areva et le gouvernement français s’entêtent et continuent de promettre des miracles grâce à ce programme nucléaire » déclare Laura Hameaux, chargée des questions énergie à Greenpeace France.

« C’est un coup dur porté à AREVA, alors que le constructeur a fait de ce prototype une vitrine commerciale à l’international et présente l’EPR comme un projet sûr. Une fois encore, de graves problèmes sont découverts, les principales règles de sécurités ne sont pas respectées mais l’entreprise française reste muette. Cela devrait refroidir les pays qui envisageaient encore de construire des EPR sur leur territoire ! Ainsi, les acheteurs potentiels d’EPR devraient suivre l’exemple des producteurs d’électricités d’Afrique du Sud ou de ceux des USA qui ont décidé d’annuler les constructions d’EPR qu’ils avaient prévus », ajoute Laura Hameaux.

En France, un réacteur de type EPR est actuellement en construction sur le site de Flamanville, dans la Manche et là aussi, le chantier cumule les problèmes.

L’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) a déjà ordonné l’arrêt du chantier à l’été 2008 -ce qui est exceptionnel dans l’histoire du nucléaire français-, pour des malfaçons dans la qualité du béton et du liner, qui nécessitait un fort taux de réparation des soudures. Et le 4 février 2009, elle demandait à EDF de « présenter un plan pour améliorer significativement la qualité de leur réalisation et, dans l’attente de nette amélioration, de les contrôler à 100% ».

Face à ces irrégularités constantes, Greenpeace demande l’arrêt immédiat du programme EPR dans sa globalité, qu’il s’agisse de Olkiluoto 3, Flamanville 3 ou du projet de Penly, annonçait le 30 janvier dernier, par le Président de la République. L’industrie ne peut plus continuer à présenter le nucléaire comme la solution à la crise énergétique et au changement climatique. Elle ne doit plus empêcher le développement des vraies solutions.

Grand Paris, 4/20 Hervé Kempf Reporterre 2009/05/11 Hervé Kempf (11 mai 2009) Grand Paris, 4/20. Reporterre. Tribune — fr

Grand Paris, 4/20

Cher M. Borloo, chère Mme Jouanno,

J’ai le regret de vous informer du mauvais comportement de votre petit Nicolas en classe d’environnement. Même si ce garçon recouvre ses insuffisances d’un incontestable bagout, ses devoirs manifestent un manque d’intérêt réel pour la matière que nous essayons de lui enseigner avec une ténacité impavide.

J’ai encore dû noter sévèrement son exposé du 29 avril. Nicolas avait choisi de traiter du Grand Paris. Il s’agissait de définir l’avenir de l’agglomération parisienne.

Je passerai sur l’aspect ampoulé de sa péroraison : de s’être fait rabrouer en classe de français pour s’être moqué d’une oeuvre qu’il ignorait, La Princesse de Clèves, le pousse à parsemer ses propos de mots à majuscule (« le Vrai, le Beau, le Grand... Il manque le Juste ») aussi naturels qu’une brosse à dents chez une poule pondeuse. Quant aux lieux communs, je crains en les citant de vous procurer un sentiment de honte. Tenez : « La ville est faite pour l’Homme [avec majuscule !] et non l’Homme pour la ville. » Molière en rit encore.

Mais l’essentiel est ailleurs.

Confondant « développement durable » et « croissance durable », énumérant une litanie de « défi de l’après-Kyoto », « corridors naturels », « trames vertes », « agriculture de proximité », votre petit a tenté de donner une coloration écologique à son propos. Mais tout son exposé conduisait en fait à couvrir de constructions les espaces vides de l’Ile-de-France. Il ne pense qu’à s’affranchir des règles édictées pour réfréner l’avidité spéculative et protéger l’environnement. Ainsi affirme-t-il tout de go que « le problème, c’est la réglementation » et propose de manière parfaitement irresponsable de « rendre constructibles les zones inondables » ou d’« utiliser les interstices » - qui sont souvent des zones de protection sonore ou végétale.

L’élève ouvre aussi la porte aux « partenariats public-privé » dont l’expérience montre qu’ils prospèrent au détriment de l’intérêt commun - mais favorisent de juteux bénéfices, bien privés, eux.

Le plus inquiétant est que le garçon n’a tenu aucun compte des travaux de ses camarades : dans de précédents exposés, ceux-ci avaient mis au point le Schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF), qui a su allier de manière plus innovante les exigences de logement social, de maintien des terres agricoles et de transport. Ce SDRIF, au nom certes barbare, a été élaboré dans une réelle concertation entre de multiples instances. Or que prétend Nicolas ? Balayer cela et voter une loi d’urgence pour accélérer une infrastructure de transport décidé par lui seul. Auraient ensuite lieu des « états généraux », supposés entériner ce qui aura été imposé ! Votre protégé, chers M. Borloo et Mme Jouanno, fait bon compte de la démocratie.

Je vous serais donc reconnaissant de bien vouloir chapitrer le petit Nicolas afin qu’il s’amende.

Signé : Blork, du Collège Magnifique.

Le Manifeste du Mouvement Ecosocialiste Par Julien villalard Reporterre 2009/05/12 Par Julien villalard (12 mai 2009) Le Manifeste du Mouvement Ecosocialiste. Reporterre. Tribune — fr

Le Manifeste du Mouvement Ecosocialiste

Un document : « la déclaration écosocialiste » adoptée lors du Forum social de Belem en janvier 2009. Enfin traduite en français.

« Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement. » - Evo Morales, président de la Bolivie, septembre 2007

Le choix auquel fait face l’humanité

L’humanité fait face aujourd’hui à un choix crucial : écosocialisme ou barbarie. Nous n’avons pas besoin de plus de preuves de la barbarie du capitalisme, système parasitaire qui exploite l’humanité et la nature. Son seul moteur est l’impératif du profit et le besoin d’une croissance sans fin. Il crée inutilement des produits inutiles, gaspillant les ressources limitées de l’environnement et lui rendant seulement des toxines et des polluants.

Sous le capitalisme, la seule mesure du succès est l’augmentation des ventes chaque jour, chaque semaine, chaque année – nécessitant la création d’énormes quantités de produits qui sont directement nocifs pour les humains et pour la nature, les produits qui ne peuvent être fabriqués qu’en favorisant les maladies, qu’en détruisant les forêts qui produisent l’oxygène que nous respirons, qu’en démolissant des écosystèmes et en utilisant notre eau, notre air et notre terre comme des égouts pour se débarrasser des déchets industriels.

Le besoin de croissance du capitalisme existe à chaque niveau, de l’entreprise individuelle au système dans son ensemble. La faim insatiable des entreprises est facilitée par l’expansion impérialiste à la recherche d’un accès toujours plus grand aux ressources naturelles, à la main d’œuvre à prix réduit et aux marchés. Le capitalisme a toujours été écologiquement destructeur, mais de nos jours, ses assauts contre la terre se sont multipliés. Un changement quantitatif qui mène à une transformation qualitative, conduit le monde à un point de non-retour, au bord du désastre. Un nombre de plus en plus important de recherches scientifiques ont identifié les multiples voies par lesquelles de petites augmentations de la température pourraient enclencher un processus irréversible, des effets d’emballement - tels que la fonte rapide de la calotte glacière au Groenland ou le dégagement du méthane enfoui dans le pergélisol et sous l’océan - qui rendrait un changement climatique catastrophique inévitable.

Un réchauffement global laissé sans contrôle exercera des effets dévastateurs sur l’humanité, la faune et la flore. Les rendements des récoltes chuteront radicalement, menant à la famine sur une large échelle.

Des centaines de millions de personnes seront déplacées par des sécheresses dans certains secteurs et par la montée du niveau des océans dans d’autres régions. Une température chaotique et imprévisible deviendra la norme. L’air, l’eau et le sol seront empoisonnés. Les épidémies de malaria, de choléra et d’autres maladies encore plus mortelles frapperont les plus pauvres et les membres les plus vulnérables de chaque société.

L’impact de la crise écologique est ressenti le plus sévèrement par ceux et celles dont les vies ont été déjà ravagées par l’impérialisme en Asie, en Afrique, et en Amérique latine, et les peuples autochtones sont partout particulièrement vulnérables. La destruction environnementale et le changement climatique constituent un acte d’agression des riches contre les pauvres.

La dévastation écologique, résultant de la nécessité insatiable d’augmenter les profits, n’est pas une dimension accidentelle du capitalisme : elle est partie prenante de l’ADN du système et ne peut pas être réellement écartée. La production guidée par la recherche des profits ne considère que le court terme pour prendre ses décisions d’investissement, et ne peut pas prendre en considération la santé et la stabilité à long terme de l’environnement.

L’expansion économique infinie est incompatible avec des écosystèmes finis et fragiles, mais le système économique capitaliste ne peut pas tolérer des limites à la croissance ; son besoin constant d’expansion renversera toutes les limites qui pourraient être imposées au nom du « développement durable. » Ainsi, le système capitaliste en soi instable ne peut pas réglementer sa propre activité, et encore moins surmonter les crises provoquées par sa croissance chaotique et parasitaire, parce que faire ainsi exigerait que des limites soient imposées à l’accumulation - option inacceptable pour un système basé sur la règle : croissez ou disparaissez !

Si le capitalisme demeure l’ordre social dominant, le mieux que nous pouvons prévoir, ce sont des conditions climatiques insupportables, une intensification des crises sociales et la diffusion de formes de plus barbares de la domination de classe, comme des affrontements entre puissances impérialistes et des affrontements de ces dernières avec l’ensemble des régions du Sud pour le contrôle des ressources en baisse dans le monde.

Au pire, la vie de l’humanité elle-même est menacée.

Stratégies capitalistes de changement

Il ne manque pas de propositions stratégiques pour faire face à la ruine écologique, y compris la crise du réchauffement global produit de l’augmentation insouciante de l’anhydride carbonique dans l’atmosphère. La grande majorité de ces stratégies partagent un dispositif commun : elles sont conçues par et au nom du système global dominant, le capitalisme. Il n’est donc pas surprenant que le système global dominant responsable de la crise écologique, établisse le cadre de la discussion au sujet de cette crise, du contrôle du capital sur les moyens de production de la connaissance, autant que de l’anhydride carbonique dans l’atmosphère. En conséquence, ses politiciens, bureaucrates, économistes et professeurs élaborent un flot continu de propositions, qui sont toutes des variantes sur le thème suivant : « les dommages écologiques du monde peuvent être surmontés sans rupture avec les mécanismes du marché et avec le système d’accumulation qui dirige l’économie mondiale. »

Mais personne ne peut servir deux maîtres - l’intégrité de la terre et la rentabilité du capitalisme. L’un doit être abandonné, et l’histoire laisse peu de doutes au sujet des allégeances de la grande majorité des responsables politiques. Il y a tout lieu, donc, de douter radicalement de la capacité de mesures proposées de bloquer la glissage vers la catastrophe écologique. Et en effet, au-delà des mesures cosmétiques, les réformes des trente-cinq dernières années ont été un échec lamentable. Des améliorations isolées naturellement se produisent, mais elles sont inévitablement écrasées et balayées par l’expansion impitoyable du système et par le caractère chaotique de sa production. Un exemple qui démontre cet échec : durant les quatre premières années du XXIe siècle, les émissions globales de carbone étaient presque trois fois aussi grandes par année que celles des années 90, en dépit du protocole de Kyoto en 1997.

Kyoto préconise un régime de « plafonnement et d’échange » des crédits de pollution, des échanges pour réaliser certaines réductions des émissions, et projets dans le Sud - le soi-disant « mécanisme de développement propre » - pour compenser des émissions dans les nations fortement industrialisées. Ces instruments comptent tous sur des mécanismes du marché, ce qui signifie, avant tout que l’anhydride carbonique reste un produit sous le contrôle des mêmes intérêts qui ont mené au réchauffement global.

Des pollueurs ne sont pas obligés de réduire leurs émissions de carbone, mais ils peuvent employer leur puissance économique pour contrôler le marché du carbone à leurs propres fins, y compris l’exploration dévastatrice d’autres carburants. N’y a-t-il pas une limite au montant de crédits d’émission fourni par des gouvernements prétendant respecter ce protocole ?

Puisque la vérification et l’évaluation des résultats sont impossibles, le protocole de Kyoto est non seulement incapable de contrôler des émissions, il présente également des moyens permettant l’évasion et des fraudes de toutes les sortes. Car même le Wall Street Journal l’a affirmé en mars 2007, le commerce des droits d’émissions « va permettre à quelques grandes sociétés de gagner de l’argent, mais il ne croit pas une minute que ce montage fera beaucoup en ce qui concerne le réchauffement climatique »

La rencontre sur le climat de Bali en 2007 a ouvert la voie pour de plus grands abus encore pour la période qui vient. Bali a évité de préciser quoi que ce soit en ce qui concerne des objectifs de réduction des émissions de carbone mise de l’avant par la meilleure science de climat (90% d’ici 2050) ; elle a laissé les peuples du Sud à la merci du capital en donnant à la Banque mondiale la juridiction sur le processus ; et rendu ainsi la pollution au carbone encore plus facile. Afin d’assurer l’avenir de l’humanité, une transformation révolutionnaire est nécessaire, où toutes les luttes particulières participent à une plus grande lutte contre le capital lui-même. Cette grande lutte ne peut rester simplement négative et anticapitaliste. Elle doit annoncer et établir un genre différent de société, l’écosocialisme.

L’alternative écosocialiste

Le mouvement écosocialiste vise à stopper et renverser le processus désastreux du réchauffement global en particulier et l’écocide capitaliste en général et à construire une alternative radicale et pratique au système capitaliste. L’écosocialisme s’enracine dans une économie transformée fondée sur des valeurs non vénales de justice sociale et d’équilibre écologique. Il critique l’« écologie du marché » capitaliste et le socialisme productiviste, qui ont ignoré l’équilibre et les limites de la terre. Il redéfinit le chemin et le but du socialisme dans un cadre écologique et démocratique.

L’écosocialisme implique une transformation sociale révolutionnaire, qui nécessitera la limitation de la croissance et la transformation des besoins par un transfert radical de critères économiques quantitatifs vers des critères qualitatifs, une emphase sur la valeur d’usage au lieu de la valeur d’échange.

Ces objectifs exigent le contrôle démocratique de la sphère économique, en permettant à la société de définir collectivement ses buts d’investissement et de production, et la collectivisation des moyens de production.

Seules la prise de décision et la propriété collective de la production peuvent offrir la perspective à long terme qui est nécessaire pour l’équilibre et la durabilité de nos systèmes sociaux et de la nature.

Le rejet du productivisme et le transfert des critères économiques quantitatifs vers les critères qualitatifs impliquent de repenser la nature et les buts de la production et de l’activité économique en général. Les activités humaines créatrices, non productives et productives essentielles, telles que la construction de logements, la santé et l’éducation des enfants et des adultes et les arts seront les valeurs principales dans une économie écosocialiste.

L’air pur et l’eau et le sol fertile, aussi bien que l’accès libre et universel à la nourriture et aux sources d’énergies renouvelables et non polluantes sont les besoins humains de base et des droits naturels défendus par l’écosocialisme.

Loin d’être « despotique, » l’écosocialisme, en définissant la politique collective aux niveaux local, régional, national et international, vise l’exercice de la liberté et de la responsabilité par l’ensemble de la société. Cette liberté de décision constitue une libération des « lois » économiques aliénantes du système capitaliste favorisant la croissance.

Pour éviter le réchauffement global et d’autres dangers menaçant la survie humaine et écologique, des secteurs entiers de l’industrie et de l’agriculture doivent être supprimés, réduits, ou restructurés et d’autres doivent être développés, tout en fournissant le plein emploi pour tous. Une transformation si radicale est impossible sans le contrôle collectif des moyens de production et la planification démocratique de la production et des échanges. Les décisions démocratiques sur l’investissement et le développement technologique doivent remplacer leur contrôle par les entreprises capitalistes, par les investisseurs et les banques afin de servir à long terme le bien commun de la société et de la nature.

Les éléments les plus opprimés de la société humaine, les pauvres et les peuples autochtones, doivent être partie prenante de cette révolution écosocialiste, afin de revitaliser des traditions écologiquement soutenables et donner la voix à ceux que le système capitaliste ne peut entendre. Puisque les peuples du Sud et les pauvres sont en général les premières victimes de la destruction capitaliste, leurs luttes et leurs revendications aideront à définir les contours de la société écologiquement et économiquement soutenable en construction.

De même, l’égalité entre les sexes est une composante essentielle de l’écosocialisme, et les mouvements des femmes ont été parmi les adversaires les plus actifs et les plus expressifs dans la lutte contre l’oppression capitaliste. D’autres agents potentiels de changement révolutionnaire écosocialiste existent dans toutes les sociétés.

Un tel processus ne peut pas commencer sans transformation révolutionnaire des structures sociales et politiques basées sur l’appui actif de la majorité de la population à un programme écosocialiste. La lutte des ouvriers, des fermiers, des paysans sans terre et des chômeurs - pour la justice sociale est inséparable de la lutte pour la justice environnementale. Le capitalisme, socialement et écologiquement exploiteur et pollueur est l’ennemi de la nature et du travail. L’écosocialisme propose des transformations radicales dans :

1. le système énergétique, en remplaçant les carburants et les combustibles organiques basés sur le carbone par des sources d’énergies propres sous le contrôle de la communauté : vent, géothermie, marée-motricité, et surtout, énergie solaire.

2. Le système de transport, en réduisant rigoureusement l’utilisation des camions et des voitures privés, les remplaçant par le transport public libre et efficace.

3. les modèles actuels de production, de consommation et de construction basés sur le gaspillage, sur l’obsolescence planifiée, la concurrence et la pollution seront remplacés par la production de biens recyclables et durables et le développement d’une architecture verte.

4. la production alimentaire et la distribution, en défendant la souveraineté alimentaire locale dans la mesure du possible, en éliminant l’agrobusiness industriel pollueur, en créant des agro-écosystèmes soutenables et en travaillant activement à renouveler la fertilité du sol.

Théoriser et travailler vers la concrétisation de l’objectif d’un socialisme vert ne signifie pas que nous ne devrions pas également lutter pour des réformes concrètes et pressantes en ce moment. Sans aucune illusion au sujet « de capitalisme propre, » nous devons travailler pour imposer aux puissants – que ce soit des gouvernements, des sociétés, des institutions internationales des changements immédiats élémentaires, mais essentiels : - réduction énergique et exécutoire d’émissions des gaz à effet de serre, - développement des sources d’énergie propres, - fourniture d’un système de transport public libre étendu, - remplacement progressif des camions par des chemins de fer, - création des programmes de nettoyage de la pollution, - élimination de l’énergie nucléaire et des dépenses de guerre.

Ces demandes et des revendications semblables sont au centre de l’ordre du jour du mouvement de la justice globale et des forums sociaux du monde, qui ont favorisé, depuis Seattle en 1999, la convergence des mouvements sociaux et environnementaux dans une lutte commune contre le système capitaliste.

La dévastation environnementale ne sera pas arrêtée dans des salles de conférence et par des négociations de traités : seule l’action de masse peut faire la différence. Les ouvriers urbains et ruraux, les peuples du Sud et les peuples autochtones partout sont au premier rang de cette lutte contre l’injustice environnementale et sociale, combattant les multinationales exploiteuses et pollueuses, rendant illégale les produits de l’agrobusiness comme l’invasion des semences génétiquement modifiées, les combustibles organiques qui ne font qu’aggraver la crise alimentaire actuelle.

Nous devons promouvoir ces mouvements sociaux et environnementaux et établir la solidarité entre les mobilisations écologiques, anticapitalistes dans le nord et le Sud.

Cette déclaration écosocialiste est un appel à l’action. Les classes dirigeantes retranchées sont puissantes, pourtant le système capitaliste se manifeste chaque jour comme financièrement et idéologiquement en banqueroute, incapable de surmonter les crises économique, écologique, sociale, alimentaire et autres qu’il engendre. Et les forces de l’opposition radicale sont vivantes et essentielles. À tous les niveaux, national, régional et international, nous combattons pour créer un système alternatif basé sur la justice sociale et écologique.

(traduction de l’anglais, Bernard Rioux)

………………………………….

Signataires :

Afrique du Sud : Rasigan Maharajh, Karthie Mudaly, Trevor Ngwane, Berend Schuitema Aotearoa

Nouvelle Zélande : Don Archer, Bronwen Beechey, Grant Brookes, Joe Carolan, Roger Fowler, Vaughan Gunson, Bernie Hornfeck, Peter Hughes, Greg Kleis, Daphne Lawless, James Mc Donald, Grant Morgan, Len Parker, Paul Piesse, Tony Snelling-Berg

Australie : Richard Bergin, Jamie Brown, Simon Butler, Ben Courtice, Felicity Crombach, Peter Cummins, John B. Ellis, Duroyan Fertl, Jepke Goudsmit, Stu Harrison, Dave Kimble, Serge Leroyer, Günter Minnerup, John Rice, Larissa Roberts, Stuart Rosewarne, Terry Townsend

Bangladesh : A.F.Mujtahid, Mohammad Basir-ul Haq Sinha

Belgique : Daniel Tanuro

Brésil : Eduardo d’Albergaria, Carlos Henrique Rodrigues Alves, Berlano Bênis França de Andrade, João Claudio Arroyo, Pedro Ivo de Souza Batista, Luiz Felipe Bergmann, Lucas Bevilaqua, Leonel da Costa Carvalho, Francisco Marcos Bezerra Cunha, Ricardo Framil Filho, Giuliana Iarrocheski, Edson Carneiro Indio, Beatriz Leandro, Ivonaldo Leite, André Lima, Isabel Loureiro, Jorge Oliveira, Ricardo Oliveira, Marcos Barbosa de Oliveira, Maicon Fernando Palagano, Paulo Piramba, Fabio Mascaro Querido, Valdir Pereira Ribeiro Júnior, Carmen Sylvia Ribeiro, Fatima Terezinha Alvarenga Rivas, Marechal Cândido Rondon, Roberto Souza Santos, Dhyana Nagy Teodoro, Thierry Thomas, Carolina Kors Tiberio, Julio Yamamoto

Canada, Quebec : Greg Albo, Robert Albritton, Paul Anderson, Ian Angus, Roger Annis, Chris Arsenault, Charles-Antoine Bachand, Jean-Claude Balu, Rick Barsky, José Bazin, John R Bell, Shannon Bell, John L. Bencze, Karl Beveridge, Geoff Bickerton, Leigh Brownhill, David Camfield, William K. Carroll, John Clarke, Bill Clennett, Carole Condé, Phil Cournoyer, Paul R. Craik, Steve D’Arcy, Susan Kent Davidson, Diane Delaney, Kathleen Donovan, Joseph Dubonnet, Susan E. Ferren, Richard Fidler, Blair Fix, Darrel Furlotte, Larry Gambone, Cy Gonick, Trevor Goodger-Hill, Joyce A. Green, Dave Greenfield, Ricardo Grinspun, John Grogan, Dr. J. Robert Groves, Adam Hanieh, Trevor Harrison, Henry Heller, Evert Hoogers, Pete Huerter, Catherine Hughes, Anton Oscar Iorga, Sean Isaacs, Darlene Juschka, Michael A. Lebowitz, Ian B. McKenna, Cindy Morrison, Vincent Mosco, Dan Murray, Sam Noumoff, Derrick O’Keefe, Joseph Roberts, Sheila Roberts, Leo Panitch, Tomislav Peric, Ursula Pflug, Roger Rashi, John Riddell, Rowland Keshena Robinson, Herman Rosenfeld, Rhoda Rosenfeld, Laina Rutledge, John Ryan, Kanchan Sarker, Bob Sass, Scott Schneider, Sid Shniad, Debra Scott, John Sharkey, John Shavluk, Dr. Christopher A. Shaw, Michael Stewart, Debra Tacium, Paul Francis Thompson, David Tremblay, Terisa E. Turner, Jesse Vorst, Bernadette L. Wagner, Len Wallace, John W. Warnock, Larry Watt, Barry Weisleder, Ian Whyte, Sarah Wilbur, Michael Wolfe, Paul York

Chypre : Julian Saurin

Danemark : Pelle Andersen-Harild, Ellen Brun, Jacques Hersh, Peder Hvelplund, Kjeld A. Larsen, Johannes Lund, Karolina Boroch Naess, Petter Naess, Teresa Naess

Espagne : Mauricio Blechman, Francisco Fernández Amador, Alberto Iglesias Lorenz

Finlande : Marko Ulvila

France : Jean-Frédéric Baeta, Nadège Edwards, Danielle Follett, Vincent Gay, Richard Greeman, Michel Husson, Michael Löwy, Pierre Rousset, Michael Le Sauce, Peter Shield, Mohammed Taleb, Hugo Valls

Allemagne : Ruth Birkle, Werner Hager, Frieder Otto Wolf

Grèce : Mesrop Abelyan, Vasilis Andronis, Makis Choren, Spyros Diamantidis, Anneta Galtsioti, Krystalia Galtsioti, Giannis Galtsiotis. Konstantina Georga, Dimitris Georgas, Kostas Giannakakis, Hasan Mehedi, Manolis Kapadais, Andonis Krinis, Amjad Mohammad, Georgia Nikopolidou, Takis Pantazidis, Tasos Pantazidis, Eleni Pantazidou, Katerina Pantazidou, Mohammed Es Sabiani, Stefanos Sinaplidis

Haiti : Maxime Roumer

Inde : Debashis Chatterjee, Debal Deb, S. Susan Deborah, Sushovan Dhar, Mita Dutta, Merlin Franco, Saroj Giri, C E Karunakaran, Partha Majumdar, D.V.Natarajan, VT Padmanabhan , Bijay Panda, Sukla Sen, Babu lal Sharma

Indonésie : Yanuarius Koli Bau, Pius Ginting

Irlande : Louis P. Burns aka Lugh, Domhnall Ó Cobhthaigh, Vincent Doherty

Italie : Guido Dalla Casa, Moreno Esposto

Kenya : Arege Douglas

Malte : Michael Briguglio

Mexique : David Barkin, Gerardo Renique

Pays Bas : Willem Bos, Suzanne de Kuyper, Peter Waterman

Panama : Sebastián Calderón Bentin, Antonio Salamaca Serrano

Perou : Hugo Blanco

Portugal : Ana Bastos, Rita Calvário, Ricardo Coelho, Ronaldo Fonseca, José Carlos Alves Loureiro, Ângelo Novo, Pedro Ramajal

Royaume Uni : Tobias Abse, Keith Ames-Rook, Keith Baker, Oscar Blanco Berglund, Jane Burd, Katie Buse, Dr. Michael Calderbank, Ross Carbutt, James Doran, Ian Drummond, Jane Susanna Ennis, Dan Fredenburgh, Ed Fredenburgh, Nick Foster, Paul Frost, Colin Fox, Giorgos Galanis, Jay Ginn, Dr Joseph Healy, Dave Hewitt, Stuart Jeffery, Jane Kelly, Aaron Kiely, Richard Kuper, David McBain, Jade McClune, Sharon McMaster, Tony Medwell. Shosh Morris, Elaine Morrison, Jamie Murray, Brian Orr, Andy Player, Julian Prior, Matt Sellwood, Mike Shaughnessy, Andrew Stevens, Sally Thompson, Sean Thompson, Alan Thornett, Payam Torabi, Norman Traub, Mike Tucker, Derek Wall, Roy Wilkes

Roumanie : Luisa Abram, Stella Dicu. Mario Festila

Salvador : Ricardo Adan Molina Meza

Serbie : Dragoslav Danilovic

Suisse : Juan Tortosa

Turquie : Ertugrul Akcaoglu, Nevra Akdemir, Levent Gürsel Alev, Binnur Aloglu, Rana Aribas, Ecehan Balta, Emre Baturay Altinok, Ugur Arigun, Arca Atay, Baris Avci, Erol Bayrakdar, Foti Benlisoy, Stefo Benlisoy, Elif Bozkurt, Emel Budak, Ozgur Bulut, Çaglayan Büyükçula, Nurgül Çanak, Esin Candan, Bilge Contepe, Gülsüm Coskun, Kadir Dadan, Fügen Dede, Evin Deniz, Yalim Dilek, Sinan Eden, Huseyin Eren, Fuat Ercan, Basak Ergüder, Bulent Erkeskin, Firat Genç, Emine Girgin, Canan Güldal, Ercan Gülen, Ibrahim Gundogdu, Kutlay Gürcihan, Muharrem Hunerli, Taha Karaman, Filiz Kerestecioglu, Olcay Halk Kiliç, Tarkan Kilic, Ekoloji Kolektifi, Sinem Meral, Özgür Müftüoglu, Evin Nas, Sebnem Oguz, Pinar Ongan, Kazim Özaslan, Merthan Özcan, Recep Özkan, Ali Murat Ozdemir, Gökçen Özdemir, Senem Pehlivanoglu, Inci Polat, Özge Savas, Hasan Sen, Ahmet Hamdi Seringen, Yavuz Selim Sertbas, Eren Deniz Tol-Gokturk, Dr. Ethem Torunoglu, Eylem Tuncaelli, Kemal Tuncaelli, Feriha Tugran, Mehmet Türkay, Derya Ülker, Tanay Sidki Uyar, Sanem Yardimci, Ertan Yilmaz, Gaye Yilmaz, Selim Yilmaz, Burçak Yilmazok, Hatice Yaşar, Kasim Yeter, Eylem Ozen Yorukoglu, Semih Yuksel, Kizilca Yurur

Uruguay : Alejandro Casas

USA : Anatole Anton, Matthew Brown, Joaquín Bustelo, Tim Casebolt, Suha Chari, Andrew P. Cheramie, Tom Collins, Stan Cox, Kevin Danaher, Dr. Lenore J. Daniels, Jennifer Dignazio, Daniel Faber, Hunter Gray [Hunter Bear], Craig Brozefsky, John Clark, Scott Davis, W. Alexander Durnan, Stefan Furrer, Phil Gasper, Dayne Goodwin, Sarah Grey, Anthony Gronowicz, Timoteo Jeffries, Eric W. Koch, Bill Koehnlein, Joel Kovel, Ed Laing, Larry Lambert, Saul Landau, James Lauderdale, Mark A. Lause, Richard Levins, Kevin Lewis, Timothy Norbert Malczynski, David Marcial, Michael Seth Martin, Stefan Mattessich, Bill McCormick, Coleman E. McFarland, Fred Mecklenburg, William Meurer, Curtis Moore, Jonathan Nack, Simeon Newman, Tony Nizzi, Julia O’Neal, Wren Osborn, Dr. Marie-Claire Picher, Louis Proyect, Linda Ray, Idrian N. Resnick, Kat Rickenbacker, Eugene Rodriguez, Christian Roselund, Kevin Ruffe, David Schwartzman, Javier Sethness, Barry Sheppard, Roger Sheppard, Laurence H. Shoup, Rick Sklader, Skip Slavik, James Smith, Mark E. Smith, Red Son, Anna Marie Stenberg, Carl Stilwell, Ted Stolze, Michael Tanzer, Idell Elaine Vogel, Richard Vogel, Sam Waite, Ron Warren

Venezuela : Elías Capriles, Gustavo Fernández Colón, Carlos García, Dalia Correa Guía, Miguel Angel Contreras Natera, Jesus Pirela, Cesar Aponte Rivero,Isabel Villarte

Zimbabwe : Chen Chimutengwende

Des écolos inquiets des éoliennes dans le Bourbonnais Fédération Allier Nature Reporterre 2009/05/13 Fédération Allier Nature (13 mai 2009) Des écolos inquiets des éoliennes dans le Bourbonnais. Reporterre. fr

Des écolos inquiets des éoliennes dans le Bourbonnais

Les éoliennes se multiplient sans concertation. Les écologistes de l’Allier demandent une remise à plat et la suspension des ZDE.

Eoliennes : la Fédération Allier Nature demande une concertation positive et la suspension du processus de création des ZDE

Une circulaire en date du 26 février 2009 concernant la planification du développement de l’énergie éolienne adressée aux Préfets de région par le Ministre chargé de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire et la Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie précise que « le développement des éoliennes doit être réalisé de manière ordonnée, en évitant le mitage du territoire, de sorte à prévenir les atteintes aux paysages, au patrimoine et à la qualité de vie des riverains » et qu’il est « nécessaire d’améliorer le processus de concertation locale. »

Actuellement, dans l’Allier, de multiples collectivités territoriales (dont 16 communautés de communes) définissent des zones de développement de l’éolien (ZDE) sans concertation ni cohérence et avant même que ne soit élaboré le schéma régional des énergies renouvelables prévu à l’article 17 du projet de loi de programme relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement. L’élaboration des ZDE est suivie de la création systématique de mouvements de contestation contre des projets réels, présumés ou inventés d’implantation d’éoliennes industrielles.

La Fédération Allier Nature (FAN) réaffirme la position générale du mouvement associatif fédéré par FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT en faveur de l’éolien. Il faut le considérer comme un élément d’un bouquet énergétique propre et inépuisable : cet éventail d’énergies nouvelles et renouvelables combiné avec une autre gestion de l’énergie axée sur la sobriété (économies d’énergies, isolation...) et l’efficacité (lutte contre les gaspillages, recherche et développement de matériels performants...) pourront permettre de sortir de l’aberration environnementale et économique qu’est le nucléaire. Cependant, la FAN s’inquiète des risques et nuisances liés à l’implantation d’éoliennes : atteinte à la qualité et au cadre de vie des citoyens ; important mitage des zones rurales ; impact sur le paysage et sur la biodiversité. C’est pourquoi elle exige une réflexion régionale approfondie et le respect de la démocratie en vue de l’intérêt général.

En conséquence :

Premièrement, la FAN demande au Préfet de région la mise en place immédiate de l’instance de concertation régionale dont la constitution est demandée par la circulaire ministérielle et aux élus locaux la mise en œuvre d’une vraie concertation locale.

Deuxièmement, la FAN requiert des services de l’Etat et des collectivités territoriales la suspension du processus de création des ZDE en attendant l’adoption des lois « Grenelle de l’environnement » et la définition du futur schéma régional des énergies renouvelables, indispensable outil de planification. La FAN est prête à œuvrer pour une concertation positive, laquelle doit d’ailleurs inclure une réflexion sur les autres énergies renouvelables.

L’Europe réduit son aide aux pays pauvres Coordination Sud Reporterre 2009/05/15 Coordination Sud (15 mai 2009) L’Europe réduit son aide aux pays pauvres. Reporterre. fr

L’Europe réduit son aide aux pays pauvres

Alors que la crise financière touche durement les pays les plus pauvres, la majorité des pays européens - dont la France - réduisent leur aide.

Alors que les pays pauvres sont les plus touchés par les conséquences économiques de la crise financière, l’aide des Etats membres de l’Union européenne (UE) est largement insuffisante : d’après le nouveau rapport de Concord, la confédération des ONG européennes, l’UE ne respectera pas son engagement d’allouer 0,56% de sa richesse nationale à l’aide aux pays pauvres en 2010.

A quelques jours du Conseil européen des Affaires générales et relations extérieures (CAGRE), Concord révèle, dans son rapport publié le 14 mai à Bruxelles, que les chiffres de l’aide publique au développement (APD) continuent à être gonflés artificiellement, à hauteur de 8 milliards d’euros, par la comptabilisation de dépenses ne dégageant pas de ressources nouvelles pour le financement du développement : les allègements de dettes (5 milliards €), le coût des étudiants étrangers dans les universités européennes (2 milliards €) et les dépenses liées à l’accueil des réfugiés en Europe (1 milliard €). L’aide européenne qui contribue réellement à l’éradication de la pauvreté et des inégalités ne représente que 0,36% du revenu national brut, contre un affichage officiel de 0,40% (50 milliards €).

Au-delà, l’absence de volonté politique se traduit, dans certains pays, par des réductions des budgets alloués à l’aide. Ainsi, l’Italie, l’Irlande, l’Estonie ont pratiqué des coupes claires dans leur budget d’APD en 2009 et la Lettonie a suspendu l’intégralité de ses activités de coopération au développement.

La France n’est pas en reste : après l’Allemagne, elle demeure le pays européen dont l’aide est la plus fortement gonflée artificiellement. Il est, de plus, avéré qu’elle n’atteindra pas l’engagement européen de 2010.

D’après Justin Kilcullen, le président de Concord, « l’histoire jugera l’Europe sur les mesures prises aujourd’hui. Si elle échoue, elle sera perçue comme ayant tourné le dos aux plus pauvres au moment où ils avaient le plus besoin de son soutien et, ainsi, manqué à son devoir de solidarité. »

Jean-Louis Vielajus, président de Coordination SUD, rappelle cependant que « certains pays restent, toutefois, fidèles à leurs engagements : l’Espagne, pourtant beaucoup plus durement touchée que la France par la crise, confirme sa solidarité envers les pays pauvres et accroît régulièrement son aide. En 2008, son APD s’est accrue de 20%. Le Royaume-Uni, dont l’APD a augmenté de 24% en 2008, a préservé les moyens alloués à l’APD pour la période 2010/2011 et devrait y consacrer 0,60% de son revenu national brut à l’APD. »

La France et l’ensemble des pays de l’UE ne peuvent se dédouaner de leurs responsabilités envers les pays et les populations les plus pauvres. Les ONG européennes attendent de leurs gouvernements l’annonce de mesures concrètes lors du CAGRE des 17 et 18 mai prochain.

L’agriculture : un projet européen pour sortir des crises Minga et Nature & Progrès Reporterre 2009/05/15 Minga et Nature & Progrès (15 mai 2009) L’agriculture : un projet européen pour sortir des crises. Reporterre. Tribune — Europe fr

L’agriculture : un projet européen pour sortir des crises

Objectif : un million de nouveaux paysans et deux millions d’emplois induits en Europe d’ici à cinq ans.

Le projet européen est né de la volonté d’assurer la paix et de lutter contre tous les totalitarismes. Ce fondement initial a rapidement laissé place à un modèle de construction basé sur l’intégration par l’économie. Le projet européen qui était d’abord politique est ainsi devenu essentiellement économique. Au moment où les Européens sont invités à renouveler le Parlement Européen le 7 juin prochain, l’Europe n’est plus portée par une vision commune à laquelle l’ensemble des européens puisse s’identifier. A ce manque de vision s’ajoute une récession économique qui met plusieurs États au bord de la faillite et l’Union Européenne à rude épreuve.

La crise économique mondiale se conjugue à une crise climatique avec pour conséquence entre autres une sécheresse touchant de larges zones de production alimentaire. Ce cocktail explosif annonce une crise alimentaire mondiale extrêmement grave et ce dès cette année. Les plans de reprise développés ici et là pour sauver les établissements de crédit et certaines branches industrielles risquent d’être noyés par la brutalité de la crise alimentaire. Le défi alimentaire planétaire, priorité de ce siècle, est d’abord l’urgence de la décennie. Autour de la question alimentaire se joue à nouveau, pour l’Europe, la question de la paix.

Sur les 6,7 milliards d’habitants de la planète, plus d’un milliard, soit 80 millions de plus en un an, souffrent de malnutrition, dont une grande partie sont des familles paysannes. Les trois quarts d’entre eux vivent en milieu rural et un quart dans des bidonvilles. D’ici 2050, c’est 9 milliards d’habitants qu’il faudra nourrir en produisant plus et mieux avec moins : moins de terres, moins d’eau, moins de chimie, moins d’énergie et deux fois moins d’émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Voilà le défi de ce siècle, défi dont l’Europe doit se saisir sans attendre pour assurer la paix. Faute de quoi, violences et répressions seront d’autant plus fortes que la pénurie sévira également dans nos pays si l’Europe maintient ses politiques agricoles et foncière actuelles.

Répondre à ce défi, c’est sortir du modèle agro-industriel productiviste qui épuise 10 millions d’hectares de sol par an dans le monde et détruit 15 millions d’hectares de forêts tropicales par an pour augmenter les surfaces cultivées. Cela conduit nécessairement à changer de modèle agro-alimentaire et à évoluer vers une agriculture n’épuisant pas les sols et adaptée à chaque territoire et à chaque type de sol. C’est cultiver avec moins d’eau. Cela induit surtout de rediriger l’agriculture vers une production capable de nourrir ses agriculteurs et les populations avoisinantes, rurales et urbaines, plutôt que vers une production dictée par les impératifs financiers d’une agriculture d’exportation. C’est également sortir de la prétention européenne à vouloir nourrir le monde grâce à sa production et ses techniques énergétivores et contaminantes. En faisant un usage massif de pesticides et d’engrais issus de la chimie de synthèse, le modèle agricole européen participe à la destruction des cultures vivrières notamment des pays du Sud et nourrit de plus en plus mal les Européens en ayant une part de responsabilité dans la baisse de la fertilité et le développement de l’obésité et des cancers.

Lancer un ambitieux programme d’installation de 1 000 000 de paysans en plus au niveau européen d’ici 5 ans, notamment en milieu péri urbain, et construire autour de cette ambition les fondations d’une politique européenne qui crée 2 000 000 d’emplois induits dans l’artisanat, le commerce de proximité, la recherche et la formation en agroécologie.

Développer l’agro-écologie aux dépens de l’agro-industrie ce n’est pas revenir en arrière, mais bien au contraire investir dans un projet d’avenir innovant porté par les jeunes pour construire une perspective de plein emploi et de pleine activité pour l’Europe.

En juin prochain vous sollicitez le suffrage des citoyens européens. Nous aimerions savoir si vous soutiendrez et défendrez les propositions suivantes au Parlement Européen :

Axe 1 : Le foncier, enjeu prioritaire

Créer un Fond structurel européen du foncier rural et péri urbain, pour financer l’achat de foncier agricole par les collectivités locales et permettre l’installation de paysans à la périphérie des agglomérations afin de sécuriser et d’améliorer l’approvisionnement des villes en produits alimentaires frais et sains.

Mettre en place un plan de formation européen autour des nouvelles techniques agro écologiques (compagnonnage, échanges européens, recherche, ferme école, etc.)

Aider les paysans existants en Europe de l’Ouest, et surtout en Europe de l’Est, à maintenir leur activité.

Dissuader l’agrandissement des grandes exploitations aux dépens des petites.

Dissuader les politiques de spéculation foncière menées par des multinationales ou des Etats.

Axe 2 : La nourriture au cœur des politiques

Freiner les logiques d’étalement urbain et redéfinir les politiques d’urbanisme en fonction d’impératifs alimentaires et de lutte contre les émissions de CO2.

Définir une politique de l’eau (distribution, assainissement et prix) garantie par un vrai contrôle public.

Soutenir le développement de filières agro-alimentaires régionales.

Encourager la plantation d’arbres fruitiers en milieu rural et urbain.

Intégrer à la construction de logements sociaux des parcelles de terres cultivables pour les habitants.

Modifier le code des marchés publics permettant la relocalisation des approvisionnements de la restauration collective.

Encadrer les prix par des marges imposées dans le secteur de la grande distribution, afficher les prix de cession, fixer des conditions générales de vente, les mêmes pour tous les acheteurs. Soutenir le commerce de détail indépendant de centre ville.

Aider les paysans à sortir de l’endettement financier qui freine la reconversion vers l’agriculture paysanne et biologique.

Sortir l’agriculture de l’OMC et mettre en place, sous l’égide de l’ONU, un Conseil de Sécurité Alimentaire.

Axe 3 : Des réglementations et des normes adaptées

Interdire l’usage d’OGM, de pesticides et d’engrais issus de la chimie de synthèse.

Développer et protéger la conservation, la création et l’usage des Semences Paysannes et des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes.

Protéger les consommateurs et les producteurs en mettant en place un Institut européen public et indépendant en charge du contrôle alimentaire.

Reconnaître les Systèmes Participatifs de Garantie au niveau national et européen, en ce qui concerne les modes de production mais aussi la distribution dans des filières transparentes, équitables et à moindre coût environnemental.

Adapter les normes sanitaires et environnementales, pour éviter les logiques de concentration et permettre le développement des circuits courts de distribution.

Mettre un terme aux monocultures exportatrices qui se développent au détriment des cultures vivrières, en abandonnant les subventions à l’exportation et en créant un mécanisme de protectionnisme élargi à des critères sociaux et environnementaux (ressources servant à financer des programmes de co-développement).

Mettre un terme aux politiques de soutien aux agro carburants et interdire leur importation.

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Les signataires :

Frères des Hommes, AMAP Ile de France, Alliance PEC Rhône-Alpes (réseau régional des AMAP en Rhône Alpes), Alliance Provence (réseau régional des AMAP en Provence Alpes Côtes d’Azur.), Confédération Paysanne, Graines del païs, Biotropical, Liamm An Doaur (Terre de Liens Bretagne), Action Consommation, Réseau Ecobâtir, Fruits oubliés, …

Grève générale au Pays Basque le 21 mai Fondation Manu Robles-Arangiz Reporterre 2009/05/18 Fondation Manu Robles-Arangiz (18 mai 2009) Grève générale au Pays Basque le 21 mai. Reporterre. fr

Grève générale au Pays Basque le 21 mai

Plein de choses à apprendre de ce surprenant Pays Basque : une grève (probablement) largement suivie, des syndicats puissants et radicaux, des revendications carrées...

Une grève générale a été convoquée par la majorité syndicale du Pays Basque sud (Pays Basque d’Espagne) pour le jeudi 21 mai 2009.

Elle a pour objectif de faire face au chantage du patronat qui veut profiter de la crise pour fragiliser encore plus les conditions de travail, et en faire payer le coût aux salariés, alors même qu’il s’est accaparé la plus grande partie des fruits de 15 ans de croissance ininterrompue.

La grève générale du 21 mai a également pour objectif d’exiger un changement radical des politiques publiques, tant des institutions de la Communauté Autonome du Pays Basque et de celle de la Navarre que du gouvernement espagnol, profondément injustes et néo-libérales.

Elle entend être une manifestation de solidarité avec les travailleurs(ses) déjà en lutte -et pour beaucoup en grève- pour défendre leur emploi et leurs conditions de travail. La grève générale veut également dénoncer la situation des travailleurs(ses) envoyés au chômage, résultat d’une destruction de l’emploi égale au double de la moyenne européenne !

Une grève générale qui s’annonce particulièrement dure :

De Bilbao à Pampelune, la grève générale s’annonce particulièrement déterminée, avec des piquets de grève convoqués partout dès les premières heures du matin, et d’innombrables manifestations tout au long de la matinée et de l’après-midi. L’impact énorme de la crise dans l’Etat espagnol et le Pays Basque, l’augmentation ininterrompue du chômage dans un pays où l’emploi était très fortement précarisé (grande proportion de contrats temporaires) a créé un climat social des plus tendus.

Cette grève générale sera le fait d’un syndicalisme basque revendicatif et très critique envers les modèles du prétendu dialogue social, qui en fait embourbent les organisations syndicales dans la co-gestion des politiques néo-libérales des institutions et du patronat espagnol. 30 % des salariés du Pays Basque sont syndiqués contre 15 % dans le reste de l’Etat espagnol, cette différence étant des plus significatives.

Ce syndicalisme basque tranche avec beaucoup des évolutions habituellement constatées en France : il voit ses effectifs en constante progression, est fortement implanté dans le secteur privé, particulièrement jeune et féminisé. Il y a une vraie dynamique qui est à contre-courant des tendances subies dans une bonne partie de l’Europe.

ELA, un syndicat atypique :

Parmi les organisations qui ont convoqué cette grève générale, il y a le syndicat ELA, majoritaire au Pays Basque sud avec plus de 36 % des voix aux élections syndicales (plus de 40 % des voix dans la Communauté Autonome Basque). Il est fort de 110 000 adhérents ( soit 10 % des salariés du Pays Basque sud à lui tout seul, la population active étant d’un million de salariés sur une population totale de 2,7 millions d’habitants) qui l’autofinancent à 86 % par leurs cotisations mensuelles. Il se veut ainsi farouchement indépendant non seulement de tout parti politique mais également des pouvoirs publics.

C’est un syndicat particulièrement revendicatif, qui a une puissante caisse de grève alimentée par 25 % des cotisations de ses membres. Les grèves animées par ELA durent ainsi très souvent plusieurs mois d’affilée, comme c’est le cas en ce moment même dans de nombreuses entreprises du Pays Basque (l’une d’entre elles se déroulant actuellement dans l’entreprise Ariznavarra a même d’ores et déjà dépassé une année de durée ininterrompue, voir photo des grévistes ci-joint).

Les effectifs d’ELA, en hausse constante depuis plus de 20 ans, sont marqués par un rajeunissement notable et une forte féminisation.

ELA fait partie de la CES (Confédération Européenne des Syndicats) et de la CSI (Confédération Syndicale Internationale) et est partie prenante des Forums Sociaux Mondial et Européen depuis les tout débuts.

La revue Chronique Internationale de l’IRES (L’Institut de Recherches Economiques et Sociales, créé en 1982 par l’ensemble des organisations représentatives françaises) vient de consacrer un long article à ce syndicat décidément atypique en Europe (voir n° de mars 2009 à http://www.ires-fr.org/-Chronique-I...).

Un anti-nucléaire critique le tout-éolien Jean-Louis Gaby Reporterre 2009/05/18 Jean-Louis Gaby (18 mai 2009) Un anti-nucléaire critique le tout-éolien. Reporterre. Tribune — fr

Un anti-nucléaire critique le tout-éolien

Une priorité : les économies d’énergie ! Et la nécessité d’un vrai débat sur les énergies renouvelables.

Comment un écolo devient-il anti-éolien ?

Une vague anti-éolien est depuis quelques mois en train de monter en puissance dans le département de l’Allier, et elle est soutenue par quelques militants écolos antinucléaires dont je suis. Je vous situe maintenant ma démarche personnelle.

Ex-ingénieur dans l’armement nucléaire, militant antinucléaire depuis plus de 30 ans, autoconstructeur il y a plus de 20 ans d’une maison solaire bioclimatique, militant dans l’agriculture bio, les déchets, organisateur de foires bio, éco-artisan Qualisol depuis près de 10 ans, j’ai toujours été favorable aux énergies renouvelables.

Jusqu’à présent, l’énergie éolienne me semblait pertinente car c’est une énergie propre, capable de fournir une quantité très importante d’électricité, et qui pourrait permettre, en complémentarité avec d’autres énergies renouvelables, de remplacer rapidement le nucléaire.

En janvier dernier, un ami écolo de longue date est venu me demander d’épauler son association contre le projet d’implantation d’éoliennes dans sa commune, qui est proche de la mienne. Le fait d’apprendre le récent développement de projets éoliens dans notre département du nord de l’Auvergne m’a rendu perplexe car nous habitons dans la zone la moins ventée de France.

Cela m’a poussé à réaliser sur Internet une longue recherche justifiant la pertinence de l’éolien dans notre département, et là j’ai découvert en quelques jours de nombreux sites et des centaines de pages critiquant le développement de l’éolien dit industriel.

Après l’étude de notre politique énergétique nationale à travers l’examen d’environ 200 fichiers provenant du Ministère de l’Economie des Finances et de l’Industrie, de RTE (Réseau de Transport de l’Electricité), d’EDF, d’associations s’opposant à l’éolien, et d’informations glanées à l’étranger, je souligne ici les principaux éléments qui ont fait évoluer mon jugement.

Pour limiter l’effet de serre, il faut au plus vite réduire drastiquement notre consommation d’énergies

Actuellement le facteur environnemental le plus préoccupant est le réchauffement climatique (cela ressort dans les sondages,) et notre consommation boulimique d’énergie en est le principal responsable. Début Mars 2009, le GIEC vient de réviser à la hausse ses prévisions, et un réchauffement global de la planète de 6°C est prévisible à la fin du siècle, ce qui aurait des effets dramatiques sur notre environnement.

Il est important de souligner que nous produisons annuellement en France 9 tonnes de CO2 par habitant alors qu’il faudrait très rapidement descendre à 2 tonnes, soit 4,5 fois moins pour stabiliser la concentration en CO2 de l’atmosphère, ce qui représente un challenge colossal.

Il est donc impératif de réduire drastiquement, et en seulement quelques dizaines d’années, notre consommation d’énergies fossiles.

Les mesures d’économies d’énergie ont été un échec

En France, nous ne constatons depuis les années 1990 aucune baisse significative de nos émissions de CO2.

Le « Plan soleil 2000-2006 » et les autres mesures d’économie d’énergie n’ont donc pas été efficaces, or les aides de l’Etat ont pourtant été conséquentes, surtout en crédit d’impôt.

Un exemple local, en Auvergne, le Plan Soleil 2007 ne représente que 0,03% d’économie annuelle en énergie.

Le Grenelle de l’environnement, qui propose une réduction de 20% de nos émissions de CO2 en 2020 est très timide, et dans ces conditions il faudrait au moins un siècle pour atteindre l’objectif de réduction de nos émissions de CO2.

Le Grenelle de l’environnement propose aussi un développement massif des énergies renouvelables, mais est-que ce développement est réellement pertinent ?

Les énergies renouvelables sont beaucoup moins efficaces que l’isolation

En janvier 2007, le Ministère de l’Economie des Finances et de l’Industrie annonce que le coût budgétaire brut d’une tonne de CO2 évitée est 150 (cent cinquante) fois plus élevé pour le solaire thermique que pour l’isolation thermique des parois opaques.

En 2008, une étude de l’Université de Mons montre que la première mesure à mettre en œuvre c’est l’isolation, vient loin derrière le solaire thermique puis enfin le photovoltaïque. La question sur la pertinence du photovoltaïque est débattue au Parlement Wallon.

Cette année, l’étude McKinsey prouve que l’investissement pour réduire nos émissions de CO2 est une solution immédiatement rentable pour l’isolation, et que pour la biomasse et l’éolien, elle est environ 8 fois moins coûteuse que pour le photovoltaïque.

Le programme éolien est inopérant pour réduire nos émissions de CO2

Notre programme éolien c’est l’installation de 12000 à 15000 éoliennes en 2020, d’une puissance totale de 28500MW. Il permettrait d’assurer la production d’environ 10% de notre consommation d’électricité, soit 2,5% de notre consommation totale d’énergie.

Ce programme, qui pourrait atteindre les 75 milliards d’euros, c’est nous consommateurs qui le financerons à travers la CSPE (Contribution aux charges de Service Public de l’Electricité) de nos factures EDF.

Selon l’ADEME, à son échéance, notre production totale de CO2 serait au mieux réduite d’environ 3%, mais selon l’Académie des technologies, au delà d’une puissance éolienne de 15000MW, il y aurait davantage de CO2 produit qu’actuellement car il faut bien avoir présent à l’esprit que lorsque des parcs éoliens de puissance importante s’arrêtent, la consommation d’électricité ne se réduit pas obligatoirement, et qu’alors des centrales thermiques polluantes doivent progressivement prendre le relais.

Avant de remplir un tonneau percé, il faut boucher les trous

Notre politique énergétique consiste toujours à produire davantage d’énergie : lancement de plusieurs EPR, programmes massifs d’énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, etc.), sans trop se préoccuper d’économiser l’énergie. Il est vrai qu’il est davantage flatteur pour un ministre, d’inaugurer une centrale photovoltaïque de plusieurs mégawatts, qu’un bâtiment isolé par l’extérieur, même si les modules photovoltaïques proviennent de Chine alors que l’isolation est produite localement.

La centaine de milliards d’euros qui va être injectée dans l’éolien et le photovoltaïque serait davantage efficace dans l’isolation, mais aussi dans l’efficacité énergétique et la substitution énergétique. Sans oublier des secteurs de recherche complètement ignorés en France comme les isolants sous vide ou la micro-cogénération Stirling.

Enfin, il faudrait avoir en permanence à l’esprit que l’énergie la plus économique est celle que l’on ne consomme pas.

Voilà les principales raisons pour lesquelles je suis devenu anti-éolien, ou plutôt contre le plan éolien, car l’éolien pourrait être efficace, mais seulement dans le cadre d’une toute autre politique énergétique.

Mobilisation contre la mutagenèse Confédération paysanne Reporterre 2009/05/19 Confédération paysanne (19 mai 2009) Mobilisation contre la mutagenèse. Reporterre. OGM fr

Mobilisation contre la mutagenèse

Les OGM, c’est la transgenèse. Et la mutagenèse, c’est acceptable ? Non, répond la Confédération paysanne.

- Communiqué de la Confédération paysanne :

Après les OGM, l’industrie semencière continue son combat pour s’accaparer le vivant, en misant sur la technologie de mutation (naturelle ou dirigée par radiation par exemple). Après la phase de recherche, ces groupes sont passés en France aux essais de démonstrations plein champs(pour le tournesol). Cette technique d’origine biotechnologique pose des problèmes de même ordre que ceux des OGM (agronomiques, environnementaux, sanitaires). Des risques importants de contamination et de résistances (déjà constatées sur le blé) sont d’ores et déjà prévisibles sur les tournesols et de façon encore plus préoccupantes sur le colza (lignée mutée annoncée pour 2011).

La Conf’ et de nombreuses organisations mèneront une action d’information et de dénonciation le 20 mai à Bollène dans le Vaucluse, au centre technique CETIOM, lors de leur journée de démonstration. Ces organisations appellent tous les militants à se rassembler pour manifester et rencontrer le CETIOM avec une diffusion presse et conférence de presse à Bollène le 20 mai à partir de 14 h.

Un enseignant-chercheur tarabusté par la police Elisabeth Gavoille Reporterre 2009/05/20 Elisabeth Gavoille (20 mai 2009) Un enseignant-chercheur tarabusté par la police. Reporterre. fr

Un enseignant-chercheur tarabusté par la police

Frappé au ventre, il est transporté aux urgences, à la sortie desquelles un fourgon de police l’attend.

A l’attention de : M. le Procureur de la République de Tours ; M. le Président de l’Université François-Rabelais

Pétition de soutien à Guillaume Cingal, enseignant-chercheur de Tours victime de répression policière et injustement poursuivi

Le 31 mars 2009, Guillaume Cingal, directeur du département d’anglais à l’Université de Tours, avait organisé avec une collègue la proclamation solennelle des démissions de 75 universitaires de leurs responsabilités administratives et pédagogiques. Cette cérémonie, qui s’est déroulée sur le parvis des facultés de Lettres & Langues et d’Arts & Sciences humaines (site dit « Tanneurs ») en présence des médias, a été suivie d’une remise officielle de la liste des démissionnaires à la Présidence, puis d’une « Ronde des Pitoyables » sur la place Anatole-France. Un incident ayant éclaté entre les policiers et un SDF lors de cette ronde, Guillaume Cingal s’est approché de l’attroupement et a cherché à prendre des photos ; dans la confusion, il a été frappé au ventre par le policier qui avait contrôlé son identité sous prétexte que chercher à prendre une photographie était un acte répréhensible.

Victime d’un malaise, il a été transporté aux urgences, mais à sa sortie de la clinique l’attendait un fourgon de policiers qui lui ont proposé de l’emmener au Commissariat pour porter plainte. Une fois là-bas, il a été mis en garde à vue pour « rébellion, outrage et violence sur policier ». A sa sortie de garde à vue, l’affaire n’a pas été classée sans suite. Les nombreux témoignages rassemblés par Guillaume Cingal corroborent tous l’absence totale de tout lien entre ces accusations et la réalité des faits.

L’enquête est en cours, et Guillaume Cingal a rassemblé, avec ses avocates, de nombreux témoignages prouvant la vacuité des accusations initialement portées contre lui. Il encourt, si l’affaire est portée devant le Tribunal Correctionnel, jusqu’à 3 ans de prison ferme, et une destitution de la fonction publique.

Malgré les témoignages de sympathie fournis par de nombreux collègues de son université et d’autres établissements dans toute la France, le C.A. de l’Université de Tours n’a pas voté de motion de soutien, et a refusé toute forme d’assistance juridique, au motif que l’enseignant-chercheur n’était pas alors dans l’exercice de ses fonctions.

Nous soussignés demandons l’abandon des répressions policières de mouvements de protestation pacifiques, l’abandon des poursuites judiciaires contre Guillaume Cingal, ainsi que le soutien actif de l’Université François-Rabelais à l’enseignant-chercheur.

Paysans, le retour Hervé Kempf Reporterre 2009/05/21 Hervé Kempf (21 mai 2009) Paysans, le retour. Reporterre. Tribune — fr

Paysans, le retour

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur et le privilège de vous informer du retour des paysans.

La pensée dominante nous a depuis des décennies habitués à penser que l’activité agricole devait être, en termes d’emploi, résiduelle : l’augmentation de la productivité agricole, l’urbanisation des sociétés, l’évolution vers une économie de services rendraient marginal ce qui a fondé l’armature des civilisations pendant des siècles. Une page aurait été définitivement tournée.

Les politiques se sont organisées avec obstination autour de cette idée, encourageant l’agrandissement des exploitations sans s’inquiéter de la diminution constante du nombre d’agriculteurs, considérant l’espace agricole comme une simple réserve à l’expansion urbaine, ignorant les effets environnementaux d’une agriculture ultraproductiviste.

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur et le privilège de vous annoncer une bonne nouvelle : les idées d’une époque peuvent mourir, les dogmes peuvent être renversés. Et j’ai donc l’immense plaisir de vous informer qu’en ces temps de marasme mental et politique nous pouvons créer un million d’emplois en Europe, cinq cent mille en France - des emplois de paysans.

Effacez, s’il vous plaît, l’esquisse du sourire ironique qui se dessine sur vos lèvres, et écoutez. Entre 1950 et 2007, la productivité du travail agricole a été multipliée par 26 : cela signifie qu’un paysan produit vingt-six fois plus aujourd’hui qu’il y a soixante ans. Cela peut-il continuer ? A l’évidence, non. Et d’autant moins que ce calcul oublie les « effets externes » de cette évolution stupéfiante : érosion des sols, pollution des nappes phréatiques, baisse de la biodiversité, utilisation de masses énormes de pesticides et d’antibiotiques.

En réalité, il devient essentiel de réduire ces effets externes, qui ont un coût caché pour la société très important. Cela signifie travailler la terre autrement, y affecter plus de soin et moins de machines. Donc réduire la productivité apparente du travail agricole. Et donc, augmenter l’emploi paysan.

Autre point : croyez-vous vraiment que vous allez diminuer le nombre de chômeurs, qui reprend sa courbe ascensionnelle, en fabriquant encore plus d’automobiles, d’avions et d’emballages ? Poser la question, c’est y répondre.

Il nous faut bousculer nos schémas mentaux : l’agriculture est un secteur d’avenir. Dans un texte intitulé « L’agriculture : un projet européen pour sortir des crises », et que vous lirez sur Internet, des associations interpellent citoyens et politiques. Ce qu’ils disent, c’est : un million de nouveaux paysans, c’est possible. A condition de changer la politique agricole, de favoriser l’installation des jeunes, de freiner l’étalement urbain et de contrôler la spéculation foncière, de soutenir les nouveaux modes de production écologiques.

Mesdames et Messieurs,

Merci de votre attention enthousiaste.

La biodiversité, un mot aussi précieux que la liberté Hubert Reeves Reporterre 2009/05/22 Hubert Reeves (22 mai 2009) La biodiversité, un mot aussi précieux que la liberté. Reporterre. fr

La biodiversité, un mot aussi précieux que la liberté

Mes amis de la Ligue ROC m’ont dit : « Le 22 mai, c’est la Journée mondiale de la biodiversité ».

Spontanément des vers d’Eluard se sont imposés :

"Liberté

..."

Si, en 1942, Eluard écrivait Liberté, en cette année 2009, j’ose écrire :

Biodiversité ...

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance

...

Le poème, écrit en temps de guerre, fut largué en milliers de tracts sur la France occupée. Il célébrait ce qui manquait le plus : la Liberté. Il fallait gagner la guerre. Heureusement, ce fut le cas. Aujourd’hui, la liberté ne nous manque plus ici. Pourtant nous sommes encore en guerre, une drôle de guerre, celle que nous menons contre la nature donc contre nous-mêmes. Cette fois, si nous gagnons, nous sommes perdus.

Biodiversité est donc un mot qu’il faut rendre aussi précieux aux humains que le mot Liberté . C’est un mot à célébrer, à faire aimer pour laisser à la Biodiversité la Liberté de se déployer. Et le message doit faire le tour du monde. Car le monde entier est concerné.

Tarnac : maintenant, ça suffit ! Noël Mamère, Dominique Voynet et Cécile Duflot Reporterre 2009/05/22 Noël Mamère, Dominique Voynet et Cécile Duflot (22 mai 2009) Tarnac : maintenant, ça suffit !. Reporterre. Tribune — fr

Tarnac : maintenant, ça suffit !

Décidément, la justice antiterroriste ne plaisante pas avec le ridicule, elle le défie : depuis lundi 18 mai, cinq nouvelles garde à vue ont eu lieu dans l’affaire Tarnac. Une manière d’épaissir un peu plus le dossier, toujours vide de quoi que ce soit pouvant se rapporter au complot terroriste dénoncé par la ministre de l’Intérieur, qui sonnait tambours et trompettes en novembre dernier.

Sans doute déçue d’une affaire qui tend chaque jour à faire pschiiit, Mme Alliot-Marie s’est faite plus discrète, pariant sur la vieille leçon selon laquelle ses excès de langage s’oublieraient en parlant d’autre chose.

Reste que Julien Coupat est maintenu en détention, depuis sept mois. Reste que huit autres sont avec lui poursuivis pour une prétendue entreprise terroriste que la machine policière, si prompte d’ordinaire à grossir le trait, semble avoir peine à rendre crédible.

Reste que les seuls faits tangibles de ce dossier, le sabotage de voies ferrées, ont été revendiqués par d’autres, ce qui achève s’il le fallait encore de jeter le trouble sur la totalité de cette opération, dont on devine aisément le bénéfice médiatique et politique escompté, et bien moins la pertinence judiciaire.

Chaque jour passé en détention par Julien Coupat est un jour de trop.

Depuis sept mois, d’abord parce que nous doutions des accusations portées en place publique par la ministre de l’Intérieur, puis lorsque nous avons pu vérifier combien nous avions raison de douter, nous avons dénoncé le sort réservé aux accusés de Tarnac.

Nous ne partageons sans doute pas les mêmes idées, et sommes résolument hostiles à toute forme de violence politique. Mais, précisément, nous sommes amenés à constater que de violence, il n’y eut point. Et que, si des textes ont été écrits et diffusés (ce qui, à ce stade, reste à débattre), la République ne nous a pas habitué à enfermer des gens pour ce qu’ils écrivent, encore moins sous l’accusation de terrorisme.

Depuis sept mois, chaque jour passé en détention par Julien Coupat est un jour de trop. S’il s’agissait d’entreprise terroriste, comment justifier que les autres accusés aient été libérés ? Et si ceux-là ont été libérés, pourquoi Julien Coupat, qui présente toutes les conditions de représentation et dont la liberté serait de toute façon surveillée, est-il maintenu en détention ?

Une société anesthésiée par le pouvoir personnel

Quel argument de droit peut-il justifier le maintien d’un régime d’exception pour un accusé dont le plus grand crime, s’il était prouvé, serait d’avoir ralenti un train, et ce alors même que les spécialistes s’accordent à dire qu’une telle action, pour stupide qu’elle soit, n’aurait mis en danger aucune vie humaine ? Et que signifie une justice qui, sourde au traumatisme d’Outreau, persiste à incarcérer des justiciables lorsqu’ils pourraient attendre leur procès en liberté ?

Depuis sept mois, nous considérons que la France se déshonore. L’affaire Tarnac n’est pas une anecdote, une petite affaire qui devrait être abandonnée aux seuls mouvements radicaux et contestataires.

Elle est un symptôme terrifiant de ce qu’une société anesthésiée par le pouvoir personnel, la recherche de boucs émissaires et l’accélération médiatique perpétuelle, peut laisser faire au nom de l’antiterrorisme. Il est plus que temps de se réveiller, d’ouvrir les yeux et de refuser la « justice » d’exception.

Grenelle des ondes : les associations frustrées Agir pour l’environnement et Priartem Reporterre 2009/05/25 Agir pour l’environnement et Priartem (25 mai 2009) Grenelle des ondes : les associations frustrées. Reporterre. fr

Grenelle des ondes : les associations frustrées

Malgré le refus d’auditionner certains scientifiques, le Grenelle des ondes a manifesté la reconnaissance officielle... d’une incertitude.

A l’issue de la première étape du Grenelle des ondes, Agir pour l’Environnement et Priartém expriment publiquement leur frustration de ne pas avoir pu entendre les scientifiques qu’elles ont proposé d’auditionner à maintes reprises. A cet égard, le caractère non contradictoire des auditions n’a pu que nuire aux résultats dudit Grenelle et affaiblir la synthèse des travaux. Pour les associations, il est inconcevable qu’une question de santé publique n’ait pu faire l’objet d’un débat scientifique pluraliste, faute de temps.

Malgré tout, la pugnacité des associations a eu pour partie raison des a priori formulés par le premier Ministre et sa ministère de la Santé, présupposant, sans l’étayer scientifiquement, que les antennes relais n’avaient pas d’effets sur la santé des riverains, au regard de la faiblesse du niveau d’exposition.

Selon les associations, le principal acquis de ce Grenelle est à rechercher dans la reconnaissance officielle d’une incertitude, préalable à l’activation du principe de précaution. La synthèse reconnaît formellement que la téléphonie mobile fait partie des risques émergeants, à gérer comme tels.

Un certain nombre de propositions méritent d’être soulignées, notamment la mise en œuvre de mesures de précaution relatives à certains usages du portable jugés problématiques, notamment chez les enfants, adolescents et utilisateurs intensifs.

Concernant les antennes relais, il est à noter que l’un des scénarios retenus propose l’application du principe ALARA qui suppose la définition d’un nouveau seuil maximal d’exposition des riverains dans les lieux de vie et sites sensibles. Selon Janine Le Calvez, Présidente de Priartém, « ce principe ALARA ne fera sens qu’accompagné d’une valeur d’exposition maximale réellement protectrice des populations exposées, valeurs que nous proposons de fixer à 0,6 V/m. Le flou actuel de la synthèse reposant sur une sorte d’écriture diplomatique risque de conduire très rapidement à des déconvenues abyssales. »

Selon Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, « cette synthèse est un premier pas en avant qui mérite que les associations applaudissent… d’une main ! Nous utiliserons la deuxième pour prêter main forte aux riverains qui devront rester mobilisés afin d’obtenir de véritables mesures de précaution qui restent à obtenir ».

Les associations rappellent que ce Grenelle des ondes a fait naître des espoirs. Les frustrations et déconvenues qui pourraient résulter d’une inaction gouvernementale auraient des conséquences lourdes sur le climat entourant ce dossier. Les associations attendent désormais que la puissance publique s’approprie ces premières conclusions, les renforcent et les transposent dans une loi et des règlements encadrant sérieusement le développement de la téléphonie mobile.

La télévision, c’est violent Hervé Kempf Reporterre 2009/05/25 Hervé Kempf (25 mai 2009) La télévision, c’est violent. Reporterre. Tribune — fr

La télévision, c’est violent

On ne pouvait pas attendre d’un des gouvernements les plus attentatoires aux libertés publiques depuis soixante-cinq ans une autre réponse à la « violence à l’école » : le ministre de l’éducation envisage des portiques de détection à l’entrée des écoles et la fouille des élèves. Le pas suivant est de proposer que des militaires en armes patrouillent dans les cours des collèges... Ah, c’est prévu ? Ce serait « une force mobile d’agents » ? Merveilleux.

Bon, restons calmes. Je déclare cette chronique libre et non violente.

Et plutôt que d’incriminer la violence des enfants, demandons-nous ce qu’elle nous dit.

Au Québec, en 2001, le Conseil supérieur de l’éducation annonçait que la proportion d’élèves du primaire montrant des « troubles du comportement » était passée de 0,78 % en 1984-1985 à 2,5 % en 1999-2000. Une des principales causes avancées était l’exposition répétée des jeunes à la télévision, exposition qui n’a cessé d’augmenter dans les dernières décennies.

Par ailleurs, il a été estimé qu’aux Etats-Unis un jeune de 18 ans avait déjà vu 200 000 actes de violence à la télévision. Et selon le chercheur Thomas Robinson (Arch Pediatr Adolesc Med, janvier 2001, p. 17), « plus de mille études » conduisent au consensus que « l’exposition à la violence dans les médias accroît les attitudes et comportements agressifs chez les enfants ».

Que se passe-t-il quand les enfants regardent moins la télévision ? Une expérience menée par M. Robinson a donné la réponse : l’abstention de télévision permet une baisse des manifestations agressives.

Au Québec, un pédagogue, Jacques Brodeur, s’emploie à généraliser cette expérience. Il a proposé à des dizaines d’écoles le « défi » : enfants, parents, professeurs tentent de vivre une ou plusieurs semaines sans télévision ni jeu vidéo. Le résultat ? Du bien-être, de la sociabilité, de la parole.

Tiens, Jacques Brodeur fait en ce moment une tournée de conférences en France. Et, à Strasbourg, deux écoles démarrent le 26 mai « Le défi des dix jours sans écran ».

Alors, ami ministre, oublie tes portiques et tes agents. Encourage ces expériences sans télévision. Pour la paix des écoles.

Au fait, on parle d’écologie, là ? Bien sûr que oui. Télévision, violence et surconsommation font système. Par le matraquage publicitaire, la télévision est le grand moteur de la frustration généralisée, de la rivalité ostentatoire et du gaspillage matériel. Elle isole les individus les uns des autres, les focalise sur le désir de consommer plutôt que sur le lien social.

Il n’est pas indifférent qu’elle se batte pour conserver le droit de transformer, par les réclames qu’elle diffuse, les enfants en bons consommateurs. Le Mouvement pour une alternative non violente a lancé une pétition pour qu’une loi interdise la publicité destinée aux enfants. Pas d’écologie sans liberté. Donc sans une lutte constante contre l’aliénation télévisuelle et publicitaire.

Vers un quartier écologique et populaire à Roubaix Collectif de l’Union Reporterre 2009/05/26 Collectif de l’Union (26 mai 2009) Vers un quartier écologique et populaire à Roubaix. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Vers un quartier écologique et populaire à Roubaix

Pour le droit à changer d’ère à Tourcoing, Roubaix et Wattrelos dans le Nord-Pas-de-Calais

A Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, nous avons vécu les luttes syndicales dans les industries textiles, de luttes urbaines avec l’Alma Gare et les combats écologiques avec le Collectif Canal. Grâce à leur inventivité et leur détermination, ces générations de militants ont imposé une autre vision de la vie, et de la participation citoyenne, en dépit du fatalisme ambiant.

Depuis 2005, des citoyens se mobilisent, à nouveau, pour participer à l’aménagement d’un nouveau quartier – le quartier de l’Union. Réunis dans Le Collectif de l’Union, ils font appel à vous pour soutenir leurs propositions auprès des élus et des institutions. Le quartier de l’Union est une friche industrielle de 90 hectares dans un centre urbain très dense. Le collectif de l’Union veut agir pour que le projet de reconversion de la zone de l’Union soit aussi une réussite sociale et environnementale.

Les 5 projets du collectif de l’Union :

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Créer des emplois utiles pour l’homme et pour l’environnement *

Promouvoir un habitat écologique et coopératif avec 60 projets d’habitat groupé *

Se nourrir mieux et embellir le paysage avec 9 hectares consacrées du maraichâge et des jardins cultivés *

Développer l’accès au transport avec un bus rapide et l’aménagement de voies piétonnes, cyclables et fluviales *

Produire ensemble ces changements politiques et sociaux avec une Université citoyenne de l’Union

Tous les citoyens qui se sentent concernés par le devenir social et écologique de nos villes sont invités à participer. Aidez nous à construire nos projets, à peser sur les décisions publiques > signez notre appel

Pour signer l’appel vous pouvez signer en ligne sur collectifunion.com ou nous renvoyez un email à l’adresse suivante : contact@collectifunion.com

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Le Collectif de l’Union est une association, constituée en mai 2005, qui réunit des anciens salariés, des habitants et des militants locaux de la Zone de l’Union, ancien pôle industriel textile de Roubaix-Tourcoing-Wattrelos (Nord de la France). Ce collectif veut agir pour que le projet de reconversion de la zone de l’Union soit une réussite économique, sociale et environnementale. Il s’inscrit dans un travail de médiation et de dialogue avec les pouvoirs publics (mairies, Lille Métropole, partenaires institutionnels) sur la mise en place d’un dispositif ambitieux de gouvernance locale.

L’enjeu est de placer l’humain au centre du développement de la zone de l’Union.

Le collectif de l’Union veut provoquer un changement d’ordre culturel pour sortir de l’ère industrielle et rendre accessible à tous une économie basée sur la connaissance et le développement durable, dans une optique d’implication pleine et entière de la population locale. Au début de l’année 2007, le collectif de l’Union a organisé des journées d’études de « Emscher Park » dans la Ruhr en Allemagne.

Ces premiers travaux ont permis de formuler des propositions sur la renaturalisation des friches industrielles, sur le développement d’activités nouvelles liées à l’eau et la valorisation du patrimoine industriel. Le Collectif de l’Union a également visité la ville de Fribourg en Allemagne et milite aujourd’hui pour le développement d’un groupe d’habitats écologiques partagés et pour un lieu de mémoire de l’industrie textile.

Le journaliste doit toujours être un contre-pouvoir Denis Robert Reporterre 2009/05/26 Denis Robert (26 mai 2009) Le journaliste doit toujours être un contre-pouvoir. Reporterre. Tribune — fr

Le journaliste doit toujours être un contre-pouvoir

Le bon journaliste est un empêcheur de juger en rond

Ce texte est le compte rendu d’une conférence donnée à l’Institut français de Port au Prince (Haïti) le 12 mars 2009 dans la cadre d’un colloque réunissant des magistrats, journalistes et policiers organisé par l’ONU portant sur les rapports entre média et justice lors des enquêtes pénales. Je viens d’en corriger le compte rendu. D’où cette contribution.

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Qu’est ce qu’un bon journaliste ? C’est la question qui m’intéresse ici dans ce pays. Le bon journaliste est-il celui qui fuit ? Celui qui reste et s’arrange avec les autorités étrangères ou haïtiennes ? Celui qui harangue ? Celui qui résiste ? Celui qui diffame ? Qu’est ce que résister ici dans ce pays de pirates ? Si j’étais en France, j’aurais des réponses aisées à chacune de ces questions. Mais je suis en pleine Caraïbe. A Port au Prince. Cette ville qui fut belle dans cette île qui fut belle. Ce pays chargé d’un passé si lourd, si mouvementé qu’aucune question ne semble trouver de réponses tant elle en amène une autre et encore une autre et encore une autre.

Un bon journaliste pose des questions. Certes. Il attend aussi des réponses. Un bon journaliste pose d’abord des questions gênantes. Et doit s’accrocher pour trouver les réponses.

En voici une. Pourquoi y a-t-il autant de grosses 4/4 en Haïti qui dépensent tant d’essence sur des routes si défoncées dans un pays si pauvre ? Qui en amène une autre : pourquoi trouve-t-on toujours de l’essence pour les 4/4 et pas d’argent pour les écoles des petits enfants de Port aux Princes ? Et où iront ces rares enfants scolarisés qu’on voit sagement marcher en rang dans leurs beaux costumes sur les trottoirs défoncés de Port au Prince ?

Je peux changer de registre si vous le souhaitez et parler du colloque que vous organisez. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on inaugure aujourd’hui une école de la magistrature, pour la deuxième fois si j’ai bien compris, alors qu’aucun élève magistrat n’est prévu pour entrer dans cet école avant ? Avant quand déjà ?

Je l’ai déjà posée cette question. On m’a dit qu’il fallait être patient et que l’école allait servir à faire de la formation. La formation a bon dos, non ?

Je peux poser une autre question encore plus locale si vous voulez. Où est passé l’argent du narcotrafic trouvé à Port de Baie ? Comment se fait-il qu’aucune information fiable, recoupée ne soit sortie depuis plusieurs mois ? Y a-t-il volonté d’enquêter, de démasquer les coupables ? Ou des édiles haïtiens ont-il intérêts à étouffer un scandale en devenir ?

Le journaliste doit toujours être un contre-pouvoir. Un poil à gratter. Je ne vais pas déroger à la règle.

Je réfléchissais en écoutant les orateurs parler à ce qui unissait nos professions. Magistrat. Journaliste. Quel est le dénominateur commun ? Qu’est ce qui nous unit ? Dans un monde idéal, je dirais qu’il devrait s’agir de l’œuvre de justice. Un bon magistrat, comme un bon journaliste devraient placer très haut son idéal de justice et tout mettre en œuvre pour l’atteindre. Et donc combattre de toutes ses forces l’injustice.

Quand on travaille dans le domaine judiciaire -qu’on soit policier, juge d’instruction, parquetier ou ministre- doit-on avoir un idéal de justice et se le fixer comme un graal à atteindre ou est-il possible de faire œuvre de justice sans cet idéal ?

Cette question vaut pour Haïti comme pour la France.

Disons que le journaliste qui écrit, commente, intervient dans le domaine judiciaire est là pour rappeler aux magistrats qui auraient tendance à l’oublier qu’ils sont d’abord dans les tribunaux pour rendre justice. Et donc être juste. En cela, le journaliste -le bon journaliste- est toujours un emmerdeur, un empêcheur de juger en rond.

Disons que la vérité portée par le bon journaliste vient souvent -j’allais dire toujours- se heurter, entrer en conflit avec la vérité servie par le corps judiciaire.

Cette confrontation produit la bonne information.

Je ne mets pas en cause la nécessité d’encadrer cette relation tumultueuse par des lois qui protègent les personnes. Encadrer ne veut pas dire contrôler mais offrir un cadre légal souple, humain, juste au travail du journaliste. Ce n’est pas le cas ici je crois. Rassurez-vous, ce n’est pas le cas en France non plus où la vieille loi sur la diffamation qui réglemente la presse date de bien avant l’invention de la radio…

Les lois sur la diffamation, le secret défense ou le respect de la personne et de son image restent, la plupart du temps, très utiles pour faire taire le journaliste quand celui-ci se heurte à des pouvoirs d’argent. Les procédures coûtent tellement cher que, même s’ils gagnent leurs procès, les journaux hésitent beaucoup avant de se lancer dans une enquête. Economiquement, une enquête est rarement rentable.

Je sais que votre pays a faim, que votre pays manque d’eau, d’arbres, de médecins, de professeurs, que la crise financière va vous toucher encore plus que nous car vous vivez beaucoup de l’argent de la diaspora américaine et européenne, que ces questions peuvent vous semblez désuètes. Je les trouve importantes. Néanmoins. Car si une démocratie a besoin de pain avant tout, de pétrole et de perspectives, elle a aussi besoin de justice. Et la production, la diffusion d’une information indépendante participe pleinement à l’édification de cette justice. De ce sentiment de justice.

Je vais développer maintenant devant vous trois exemples personnels et exotiques -puisque français- montrant des conflits entre justice et média, entre vérité judiciaire et vérité médiatique.

Trois lieux. Toul, dans l’est de la France. Paris et Genève.

Trois époques.

1985-1987 pour l’affaire de Toul. Où un long article écrit par moi jugé diffamatoire par un tribunal, a provoqué ensuite l’ouverture d’une instruction judiciaire qui a montré et prouvé que tout ce que j’avais écrit était juste et fondé. Je l’avais simplement écrit avec un peu d’avance. Et l’appareil judiciaire, par certains privilèges de juridiction, protégeait plus l’élu que le citoyen. Un élu important du Conseil général de Meurthe et Moselle, le patron d’une chaîne d’hypermarché et une dizaine d’agents corrompus ou corrupteurs ont été inculpés pour corruption, trafic d’influence et pour certains mis en prison. Même si je n’aime pas la prison, force est de reconnaître que la diffamation peut donc parfois être nécessaire et utile.

(…)

1994-1995 pour l’affaire Longuet, du nom du ministre de l’économie et président du parti républicain au pouvoir alors. Nous étions sous le régime balladurien et cette affaire va faire naître ce qu’en France, nous avons appelé la jurisprudence Balladur. A savoir : un ministre mis en cause dans une affaire doit démissionner. Ça a été le cas du ministre Longuet. Et de quelques autres. La presse par sa persévérance -les politiques disaient son harcèlement- a permis cela. Ensuite, le pouvoir politique a repris les choses en main. Un gros travail en coulisse et des tensions exacerbées entre corps judiciaire, politique et médiatique. Cette affaire Longuet, où j’étais avec mon journal Libération en première ligne, montre comment la justice et certains magistrats peuvent devenir des auxiliaires politiques, comment on s’arrange pour saucissonner des procédures et sauver les meubles d’une république vacillante. Elle provoquera indirectement ma démission du quotidien Libération. Puisque je ne voyais alors plus d’autre issue que cette sortie ou devenir un auxiliaire de justice. Et le journaliste ne doit jamais servir des intérêts autre que ceux d’une bonne information cachée au public. C’est une évidence mais bon…

(…)

Et 2001-2009. L’affaire Clearstream, du nom de cette multinationale de la finance basée à Luxembourg, montre la nécessité absolue de créer une justice européenne et indépendante pour lutter contre la propagation des secrets et des paradis fiscaux. Et contre la toute puissance des multinationales apatrides. Le secret bancaire, vous le savez est un droit de l’homme… riche. Cette affaire qu’avec des amis précieux et rares, j’ai révélée dans des livres et des films a contaminé ma vie mais j’en sors plus fort. Clearstream, mais aussi des banques russes et luxembourgeoises, ont multiplié les procédures en diffamation contre moi dans plusieurs pays. Si je m’excusais, si je mettais en cause mes témoins, j’avais la vie sauve -je veux dire par là qu’on me fichait la paix. J’ai refusé cette fausse transaction. J’ai peut-être eu une vie plus difficile mais j’ai la conscience tranquille et le sentiment du devoir accompli.

Un journaliste peut avoir raison contre les règlements judiciaires étriqués des pays en retard sur les agissements de la grande criminalité financière. Un journaliste peut tenir bon face aux pouvoirs de l’argent et la mollesse des juges et des politiques. Il y a une sincérité absolue dans les livres et les films, qui, au delà des batailles politiques ou judiciaires passe ou ne passe pas. Dans mon cas, je crois qu’elle passe. Dans cette affaire, grâce aux livres et à une poignée d’amis chers, une mobilisation forte s’est créée autour de ce travail dénonçant Clearstream, le Luxembourg et les paradis fiscaux. Elle est devenue comme un cordon de sécurité. La crise financière que nous vivons aujourd’hui et qui met le projecteur sur ces paradis et ces multinationales de la finance prouve que j’ai eu raison de résister. Elle le prouvera de plus en plus. Ce qui rend ma détermination inébranlable c’est qu’au delà de mon cas personnel, j’ai le sentiment que c’est toute la profession de journaliste qui risque de perdre ou de gagner une partie importante.

(…)

Quand j’écrivais mon livre La justice ou le chaos à l’origine de l’appel de Genève, Balthazar Garzon, le magistrat espagnol devenu ensuite célèbre pour avoir coincé Pinochet, comparait la justice à un mammouth incapable d’attraper les criminels financiers qui possédaient des moyens qu’aucun juge ne posséderait jamais. Quand le mammouth trouve une planque, le criminel financier a déjà changé de cachettes cinq fois, dix fois, disait-il.

La justice ou le chaos , le titre de mon livre, sonnait comme un ultimatum. Si vous n’améliorez pas le fonctionnement de la justice, si vous ne créez pas un Etat plus juste, nous sombrerons dans le chaos. C’est ce que voulait dire le juge Garzon. Je trouve cette citation pertinente et assez terrible ici à Port aux Princes. Le pays du chaos.

Un député Vert propose une relance... verte François de Rugy Reporterre 2009/05/27 François de Rugy (27 mai 2009) Un député Vert propose une relance... verte. Reporterre. fr

Un député Vert propose une relance... verte

Rénovation thermique des bâtiments, zones franches coopératives, contribution climat-énergie, ...

Lors d’une conférence de presse ce mardi 26 mai, François de Rugy a présenté avec ses collègues députés Verts la proposition de loi de transformation écologique de l’économie qui sera débattue à l’Assemblée nationale le jeudi 28 mai prochain.

Le but de cette initiative législative est d’illustrer avec des exemples concrets comment une sortie de crise pourrait être envisagée par une réorientation écologique profonde de l’économie. « Face à la crise, il est temps de sortir du rouge par le vert », a affirmé François de Rugy. « Les plans de relance présentés par le gouvernement ont totalement ignoré la relance verte contrairement aux orientations choisies par d’autres pays comme les Etats-Unis d’Obama ou l’Espagne de Zapatero », a-t-il poursuivi.

« Alors que les lois issues du Grenelle de l’environnement, lancé il y a deux ans, ne sont toujours pas adoptées et qu’elles semblent être au dernier rang des priorités de la majorité UMP, il est temps d’adopter des mesures concrètes pour sortir d’une crise qui n’a rien d’une crise conjoncturelle », a rappelé François de Rugy.

« Parler ou agir, les députés, toutes tendances confondues, devront choisir », c’est sous le signe de cet appel à la mobilisation des députés que François de Rugy a décliné les principaux axes de la proposition de loi de transformation écologique de l’économie qu’il défendra le jeudi 28 mai :

*

Lancer enfin le grand chantier de l’amélioration de la performance énergétique des logements et des bâtiments par des normes ambitieuses basse consommation dès 2012 pour les nouvelles constructions, par l’élaboration d’un plan national de rénovation du parc de logements existants, par l’instauration du droit au logement isolé pour les locataires... : des centaines de milliers d’emplois peuvent ainsi être créés dans les secteur du bâtiment

*

Développer massivement les énergies renouvelables, les éco-technologies dans les transports, ré-orienter le crédit impôt-recherche...

*

Engager la reconversion des bassins d’emplois dépendant de l’industrie automobile en créant des zones franches vertes et des zone franches coopératives, et en donnant de nouveaux droits aux salariés concernés.

*

Mettre en place la contribution climat-énergie – voulue par la Fondation Nicolas Hulot - dans un objectif d’efficacité écologique et de justice sociale : ce prélèvement aurait l’originalité d’être entièrement redistribué de façon égalitaire pour favoriser les changements de comportement allant dans le sens de la sobriété énergétique sans effets pervers sur le pouvoir d’achat.

Les fraises en disent long sur les crises Gil Courtemanche Reporterre 2009/05/27 Gil Courtemanche (27 mai 2009) Les fraises en disent long sur les crises. Reporterre. Tribune — fr

Les fraises en disent long sur les crises

La sagesse populaire raconte que c’est en temps de crise qu’on apprend, qu’on se réévalue, qu’on remet les choses en question. Cela s’applique autant aux difficultés personnelles qu’aux bouleversements collectifs. Pour que cela se produise, il faut qu’existe, autant dans le comportement collectif que dans l’individuel, un minimum de doute et d’incertitude à l’égard des comportements passés.

Le doute et l’incertitude sont les clés de la remise en question des dogmes et des habitudes.

Nous sommes aux prises actuellement avec deux crises. La plus ancienne est celle du réchauffement climatique, de la dégradation permanente et constante de notre environnement. La seconde est la crise économique mondiale.

Notre dépendance au développement et à la croissance, deux mots qui résument toute la pensée politique et économique des dernières décennies, a fait en sorte que nous avons pris note de la crise écologique mais que, malgré les Kyoto de toutes sortes, nous l’avons inscrite dans nos objectifs futurs. Nous avons encore le temps. Laissons la prospérité résoudre plus tard la crise de la planète. De cette crise n’est née nulle remise en question des modèles de développement. Seulement des injonctions et curieusement des débuts de changement de comportement individuel dans les sociétés riches. Le discours écologiste a plus de prise sur le citoyen que sur le gouvernement.

Par contre, la crise économique a mobilisé les gouvernements de toute la planète. Ils se sont mis à la planche à billets comme si la planète était menacée de mort. Sauver le système financier leur a paru une tâche plus urgente que la sauvegarde de notre Terre. En fait, il s’agissait de sauver le système, pas de le réformer, pas de le changer. Et il ne s’agissait surtout pas de nous sauver.

Depuis quelque temps, crise financière et crise écologique obligent, je regarde la provenance des produits que j’achète.

Cette semaine, j’avais envie de fraises et normalement, dans cette saison triste, elles viennent de Californie ou du Mexique, dures et moroses. Elles s’affichaient à 2,99 $ pour une vingtaine de fraises. À côté, comme un miracle, une barquette qui ne contenait qu’une dizaine de fraises. Ferme Paul Legault, Sherrington, produit du Québec, 3,99 $. Je pris les deux. La fraise Driscoll n’avait aucun goût. De l’eau aromatisée à la fraise. Celle de M. Legault me ravit.

***

Je venais de résoudre les deux crises. J’exagère, mais voilà quand même une piste de réflexion sur laquelle les gouvernements ne s’engagent pas beaucoup. La fraise Driscoll a fait 4000 kilomètres dans des camions qui crachent des gaz à effet de serre, des camions américains qui ne paient pas d’impôts ici. La fraise Legault a fait

50 kilomètres. Les employés de la ferme paient des impôts, l’entreprise aussi. Au bout du compte, je ne crois pas que le prix final pour la fraise locale soit plus élevé pour la collectivité. Et le produit est meilleur.

Les gouvernements nous expliquent que la crise est mondiale pour expliquer leur incapacité de réagir localement. Ils ont raison, mais ils ont tort. La crise est mondiale parce qu’ils ont laissé se produire cette mondialisation incontrôlée des flux financiers et des échanges commerciaux. Ils ne peuvent réagir localement parce qu’ils souhaitent sauver le système qui les a menés à la crise.

Quels sont les secrets de la fraise Legault ? La proximité et la qualité, la création locale d’emplois qui ne sont pas influencés par la situation mondiale. La fraise de Sherrington ne fait pas partie du circuit qui pourrit nos vies et nos perspectives d’emploi.

Il y a moyen de se retirer partiellement de la mondialisation, de ce cancer financier qui a entraîné la chute de l’économie réelle et des citoyens ordinaires. Si l’adage que je citais est vrai, l’occasion est belle d’y réfléchir. L’autarcie et le protectionnisme sont des mots maudits maintenant. Je ne sais pas pourquoi, sinon pour ne pas offenser les libres-échangistes qui nous ont menés dans ce cul-de-sac. S’affranchir de la mondialisation, c’est trouver les moyens de créer des richesses locales dont l’évolution n’est pas menacée par les flux mondiaux des Bourses et des spéculateurs. Appelons cela une économie de proximité, centrée sur les gens et leurs besoins vitaux, pas sur des objectifs de croissance globaux. Investir dans l’économie sociale, dans le logement social, dans l’initiative locale, encourager plutôt que décourager nos fromagers, nos producteurs biologiques, faciliter les flux commerciaux dans les régions. Personne dans ce gouvernement ne profite de la crise pour réfléchir. Ils répondent avec du béton, du béton et du béton. Ils nous font une autoroute et une autre autoroute et nous parlent de développement. Ils confondent développement économique et développement de la société. Nous le savons, seuls ceux qui développent s’enrichissent. Nous venons de vivre vingt ans de croissance et seuls les plus riches se sont enrichis. Vingt ans de mondialisation qui tuent maintenant les régions au nom du développement. Mais, comme le souligne le journaliste Hervé Kempf du Monde, les sociétés occidentales sont assez développées et suffisamment riches. Pas besoin de « plan Nord », le grand projet de Jean Charest, pour devenir plus riches. Nous sommes assez riches. Reste à trouver les moyens collectifs de répartir la richesse locale et de se protéger ainsi contre la crise. Apprendre de la crise. Nous n’avons rien appris. Nous persistons dans l’aveuglement de la croissance et du développement qui nous ont plongés dans cet abîme.

Etiqueter « sans OGM », c’est maintenant possible Greenpeace Reporterre 2009/05/28 Greenpeace (28 mai 2009) Etiqueter « sans OGM », c’est maintenant possible. Reporterre. fr

Etiqueter « sans OGM », c’est maintenant possible

Le Conseil national de la consommation admet l’étiquetage « animaux nourris sans utilisation d’OGM ».

Dans un avis qui vient d’être rendu public, le Conseil National de la Consommation (CNC) admet pour la première fois la possibilité pour les industriels de l’agroalimentaire ayant fait le choix du sans OGM de le faire savoir par le biais de l’étiquetage. Greenpeace prend acte avec satisfaction de cet avis qui devrait permettre de pérenniser les filières sans OGM et d’orienter la demande vers ces produits.

L’avis du CNC : http://www.minefi.gouv.fr/conseilna...

Pour le CNC, le terme « Animaux nourris sans utilisation d’OGM » pourra donc être apposé sur la viande et les produits laitiers issus de filières excluant l’alimentation à base de soja ou maïs OGM. Cette mesure pragmatique devrait permettre aux industriels ayant fait le choix du sans OGM de le valoriser et de pérenniser ces filières.

En effet, comme l’étude du Centre de recherche en gestion de l’Université de Pau (CREG) l’avait montré en septembre 2008, les surcoûts (tests, coûts de séparation…) imposés aux filières sans OGM par les cultures d’OGM menacent leur existence même (étude téléchargeable sur http://ogm.greenpeace.fr). Il n’est évidemment pas juste que ce surcoût revienne finalement aux consommateurs, mais l’affichage du sans OGM leur permettra d’avoir le choix et de ne plus cautionner le développement des cultures d’OGM dans le monde, et notamment du soja sud américain.

Pour Greenpeace, deux points positifs sont à noter dans l’avis du CNC :

- Cette possibilité de valorisation concerne également les produits laitiers. « Malgré les résistances de l’industrie agroalimentaire, et en particulier de l’industrie laitière, le lait et les produits lactés pourront être étiquetés lorsque les producteurs auront fait les efforts d’exclure les OGM de l’alimentation des vaches, indique Arnaud Apoteker. Cela ne pourra qu’inciter les AOC fromagères et les producteurs de lait à rejeter les OGM. En effet, aujourd’hui, contrairement à ce que beaucoup pensent, les AOC, symboles de qualité, n’excluent pas toujours les OGM ! »

- Le CNC est ferme sur la définition du « sans OGM ». Il évite de faire croire que sans OGM, c’est un peu d’OGM. En effet, l’allégation qu’il autorise sur les produits issus d’animaux dit « sans utilisation d’OGM » et non « sans OGM ».« Le sans OGM doit rester sans OGM ! ajoute Arnaud Apoteker. Il est important que le CNC rappelle cela à la veille d’un débat important portant sur ce sujet au Haut conseil sur les biotechnologies (HCB). »

Greenpeace appelle maintenant tous les industriels, notamment de l’industrie laitière, à s’engager dans la voix du sans OGM.

EPR : enquête publique pour la ligne THT dans le Cotentin Coordination interrégionale Stop-THT Reporterre 2009/05/31 Coordination interrégionale Stop-THT (31 mai 2009) EPR : enquête publique pour la ligne THT dans le Cotentin. Reporterre. fr

EPR : enquête publique pour la ligne THT dans le Cotentin

Pour évacuer le courant du futur réacteur EPR de Flamanville, une ligne à très haute tension doit être construite. Ce projet suscite une forte opposition, alors que l’enquête publique à son propos s’ouvre le 2 juin.

Le projet de ligne THT Cotentin Maine est le résultat direct de la construction du réacteur EPR à Flamanville. Quelques soient les positions sur le sujet, chacun peut constater que le nucléaire est un secteur stratégique dont la vente à l’étranger est devenue un objectif au plus haut niveau de l’État ! Tant pis pour les conséquences sur les riverains, dont les inquiétudes sont reconnues par le Parlement Européen, voire par l’ex-secrétaire d’État à l’écologie…

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Après un débat public en 2005, qui a démontré les nombreuses inquiétudes des populations, mais qui a entériné purement et simplement le projet de Réseau de Transport de l’Electricité (RTE) ! Après les décisions courageuses de nombreux Maires des communes concernées qui ont pris des arrêtés interdisant la construction d’une nouvelle ligne THT tant que leur innocuité n’est pas démontrée, mais dont le préfet coordinateur ne tient aucun compte… comme si la loi n’était pas la même pour tous ! Après la mise en œuvre du Plan d’Accompagnement du Projet, distribution de 20 millions euros pour acheter les consciences des élus locaux, certes maintenant suspendu après des demandes juridiques, mais dont les pressions ont déjà fait leurs effets ! Après les promesses, comme en 1997, la création d’une ferme témoin sous une ligne THT, mais restée sans suite après la construction de Domloup-les Quintes. Demande reprise lors du débat public, et qui a même été exigée publiquement par Mme KOSCIUSKO-MORIZET à Laval le 18/12/2008 "dans un délai de 5 mois"… mais toujours sans aucune concrétisation !

La santé et l’environnement des riverains

C’est pour nous l’essentiel ! Aucun projet ne devrait pouvoir porter atteinte à la santé humaine. Depuis plus de 30 ans que des lignes THT se construisent en France, aucune étude d’impact sanitaire n’a été entreprise sur les 13 000 km de couloirs de lignes THT existants. Il faut encore rappeler les études étrangères comme celle de Gérald Draper qui observe que le risque de leucémie s’accroît significativement chez les enfants domiciliés près d’une ligne THT, ou celle d’Anke Huss qui relève une augmentation du nombre de maladie d’Alzheimer chez les riverains de ces lignes. Les chercheurs ont également constaté que plus la durée d’exposition était importante, plus le risque l’était aussi.

L’enquête citoyenne « Vivre avec une THT ? », dans nos régions, après interrogations de près de 4000 personnes, constate elle aussi une dégradation importante des conditions de vie et de travail. De nombreux symptômes sanitaires sont accentués, et des désagréments sont facilement observables : moins value mobilière, gêne visuelle, nuisances sonores, perturbation du matériel électronique, … Ne pas se laisser faire !

Si les commerciaux de RTE se comportent comme des maquignons, si les représentants de l’Etat font tout pour ne pas comprendre, c’est qu’ils craignent la volonté collective des riverains. RTE a déjà été condamné, que ce soit pour des manipulations d’expertises indépendantes ou pour dédommager un éleveur, et la reconnaissance récente et laborieuse des problèmes liés aux risques électromagnétiques des portables et des antennes relais montre que la société évolue. Il leur faut donc aller vite ...

Pour les promoteurs de la ligne THT, l’enquête publique prévue du 2 juin au 3 juillet est une simple formalité qui doit clore la procédure de demande de déclaration d’utilité publique. Mais ce n’est pas pendant cette période qu’il faut se résigner, bien au contraire !

Cette enquête publique n’a pas de légitimité : 39 Maires sur 64 communes concernées en ont demandé le report tant que l’innocuité du projet THT Cotentin Maine sur la santé humaine et les élevages n’a pas été démontrée et que la charte de l’environnement est bafouée. Fait rarissime et exceptionnel : le préfet coordinateur du projet est assigné devant le TGI, à titre personnel, sa démarche dans ce dossier ne servant que des intérêts privés, ceux d’EDF et de sa filiale RTE, et non l’intérêt général.

Les différentes manifestations (Laval, St Hilaire du Harcouët, Ernée, Mortain,…), les multiples réunions menées par les associations depuis 4 ans ont rassemblé des milliers de personnes refusant la ligne THT et les méthodes de RTE et de l’Etat. Depuis des mois, notre coordination Stop THT (représentant trois collectifs départementaux et près d’une centaine d’associations) demande à rencontrer le Ministre de l’Energie, Jean Louis Borloo, celui qui a validé le fuseau actuel et qui prononcera la DUP. Aucune réponse à ce jour …

Le mépris du Ministre renforce notre détermination à imposer nos exigences :

- l’arrêt des procédures actuelles - le lancement d’études épidémiologiques auprès des populations directement concernées par les lignes THT - l’adoption d’une législation de protection des effets des lignes - la prise en compte, dans un nouveau projet, d’une mesure provisoire de distance (300m) entre les riverains potentiels et la ligne prévue

Mais où est passé le coucou gris ? Fabrice Nicolino Reporterre 2009/05/31 Fabrice Nicolino (31 mai 2009) Mais où est passé le coucou gris ?. Reporterre. Tribune — fr

Mais où est passé le coucou gris ?

L’oiseau dont le chant annonce le retour du printemps est en voie de disparition.

Qui ne connaît le coucou (gris) ? Je vais poser la question autrement : qui n’a jamais entendu son chant, annonciateur du printemps ? Même le plus indifférent sait que le coucou pond dans le nid d’un autre oiseau et lui laisse le soin d’élever sa progéniture. Vu de plus près, c’est stupéfiant, car la femelle coucou revient chaque année dans la zone qui l’a vue naître, retour de son exténuant périple africain. Sur place, on se doute bien qu’elle fornique un peu, activité heureuse et réparatrice, comme chacun sait. En tout cas, vers la fin mai, lestée d’une dizaine d’œufs, elle se livre à un rituel sidérant.

Un à un, elle dépose un œuf et un seul dans le nid d’une autre espèce - essentiellement des passereaux plus petits qu’elle -, profitant d’une absence momentanée des parents. À toute vitesse, madame pond son œuf et jette par-dessus bord l’un de ceux déjà déposés. Ni vu ni connu. Neuf fois, dix fois, le même processus. Je ne vous raconte pas tous les détails, qui sont pourtant incroyables, et passe directement à la naissance de l’intrus. Ce qui suppose bien sûr qu’il n’a pas été repéré avant. Après, c’est trop tard : le coucou se change en tyranneau, car il devient plus gros que ceux qui l’ont nourri. Au point que certains « parents-passereaux » se mettent sur son dos pour pouvoir continuer à lui enfourner sa ration. Laquelle doit absolument être à base d’insectes. Si la mère dépose un œuf dans le nid d’une espèce granivore, le petit meurt d’inanition.

Ne nous égarons pas, même si ce chemin est saturé pour moi d’odeurs, de saveurs, de couleurs et de musique. Ne nous égarons pas. Je viens de découvrir une nouvelle très rude : le coucou gris entre dans la Liste rouge des espèces les plus menacées en Grande-Bretagne. David Rosane m’avait signalé il y a quelques semaines les inquiétudes autour du déclin de cet oiseau merveilleux, mais cette fois, officiellement, la sinistre Liste Rouge. Le coucou est accompagné, en direction de la tombe, par des oiseaux jadis aussi communs que le vanneau huppé ou la bergeronnette printanière. 52 des 246 espèces communes d’oiseaux de Grande-Bretagne sont désormais, comme on dit là-bas, « red-listed ». 52, soit 21 % de l’ensemble. En 2002, ils n’étaient que 40, soit 16 %.

Je ne reviens pas sur la multitude de causes croisées qui expliquent très probablement le drame en cours. Vous les connaissez plus ou moins. Qu’elles tiennent à nos pratiques criminelles ici - les pesticides -, aux changements globaux - le climat - ou aux bouleversements dans les zones de migration saisonnière, surtout en Afrique. Je n’y reviens pas. Juste un mot sur la Grande-Bretagne. Ce pays si proche est la patrie de l’immense Royal Society for the Protection of Birds (RSPB, ou Société royale pour la protection des oiseaux), fondée en 1889. Les élégantes de l’ère victorienne avaient pris la détestable habitude d’orner leurs chapeaux et même certains de leurs vêtements de plumes de grèbes. Surtout de grèbes huppés, alors menacés d’extinction. Jetez un œil sur la petite illustration du bas de cet article. L’on y voit des manifestants d’il y a plus d’un siècle protester contre le commerce de plumes d’oiseau. Je l’aurais bien mise ici, en regard de ce que j’écris, mais un mauvais sort technique m’en empêche.

C’est sans importance. Mon propos d’aujourd’hui est simple. Je ne sais aucun autre pays que la Grande-Bretagne où le sort des oiseaux soit à ce point cause nationale. La RSPB rassemble plus d’un million de membres, gère près de 170 réserves, sur plus de 1150 km2. Notre LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), vaillante pourtant, en compte autour de 40 000. Les birdwatchers, ceux qui observent les oiseaux, sont chez nos voisins (presque) aussi nombreux que les sarkozystes chez nous. Et pourtant, le coucou. Ce coucou qui, depuis le début des civilisations humaines, annonce le printemps et fait chanter les cœurs. Annonçait le printemps et faisait chanter les cœurs. Désolé, je n’ai pas envie de rigoler.

Une centrale thermique annoncée à Antifer Sauvons le Climat Reporterre 2009/05/31 Sauvons le Climat (31 mai 2009) Une centrale thermique annoncée à Antifer. Reporterre. fr

Une centrale thermique annoncée à Antifer

Le gouvernement annonce un terminal méthanier et une centrale thermique à Antifer. Cette décision contredit l’objectif de diviser par quatre en 2050 les émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement vient de déclarer d’intérêt général le projet de terminal méthanier à Antifer et POWEO annonce un projet de centrale à cycle combiné de 800 MW brûlant une partie du gaz qui y sera livré.

La diversification des sources d’approvisionnement en gaz naturel est un objectif important et, de ce point de vue, le projet d’Antifer trouve peut-être sa justification.

Sauvons le Climat rappelle cependant que, globalement, l’objectif de diviser par 4 les rejets de CO2 dus à l’énergie, affirmé dans la loi d’orientation sur l’énergie de 2005 et confirmé dans la loi Grenelle 1, implique de diviser par 4 la consommation de combustibles fossiles. Cela entraînera nécessairement une forte diminution des importations de gaz naturel.

Sauvons le Climat demande en conséquence que le projet d’Antifer soit justifié dans un programme d’ensemble de forte décroissance des importations de gaz naturel, conforme à la lutte contre l’effet de serre.

Sauvons le Climat rappelle d’autre part sa position constante : tout projet nouveau de centrale thermique ne doit être autorisé que s’il garantit le captage et le stockage du CO2 émis.

L’écologie et la démocratie Hervé Kempf Reporterre 2009/06/01 Hervé Kempf (1er juin 2009 à 08h11,) L’écologie et la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie et la démocratie

Depuis ses débuts, l’écologie se pense comme politique et souligne combien la démesure de la puissance technologique fragilise le modèle démocratique. Cette interrogation s’est affirmée dans les années 1970 à propos de l’énergie nucléaire : le rejet de celle-ci ne visait pas seulement son danger intrinsèque, mais tout autant le caractère présenté comme indiscutable du savoir des « experts ».

La centralisation du pouvoir, impliqué par le nucléaire, et l’extension de l’appareil policier, justifiée par les impératifs de sa sécurité, étaient d’autres motifs de contestation.

La suite des événements a confirmé la pertinence de ce diagnostic, puisque le nucléaire s’est imposé, quand il l’a pu, en s’affranchissant des règles du débat public et de la transparence de l’information. La critique a pu ensuite se généraliser à d’autres dispositifs techniques, tels que les organismes génétiquement modifiés (OGM), les nanotechnologies et les systèmes toujours plus élaborés de contrôle social.

Plus tard, une autre façon d’analyser le lien entre démocratie et écologie a été proposée par le philosophe Hans Jonas : dans Le Principe responsabilité, il discutait de la capacité des démocraties à choisir les mesures nécessaires pour éviter la perspective apocalyptique dessinée par la crise écologique.

Un « idéalisme public » - autrement dit, la vertu des citoyens - pouvait-il rechercher cette « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité » ? Faute de quoi, cette « responsabilité » devrait être assumée par une « élite ».

Mais, depuis une décennie à peu près, le tableau s’est dédoublé. Et il apparaît de plus en plus nettement que, dans l’évolution récente du capitalisme, c’est l’oligarchie qui menace la démocratie en s’accrochant aux rapports d’inégalité qui fondent son pouvoir, tout en entretenant la crise écologique par refus de remettre en cause l’idéologie de la croissance matérielle.

Un bon témoin de ce renversement de perspective est le texte de Julien Coupat (Le Monde du 26 mai), et dont voici le pivot : « Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique : soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatique où coexistent, sous la férule d’une gestion »écomplexée’’, une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge."

On discutera la « révolte cruelle mais bouleversante », on insistera sur l’importance des rapports d’inégalité qui déterminent la position de « l’élite impériale », mais l’esprit de l’écologie politique actuelle est bien là : la démocratie est moins menacée par la difficulté des réponses à apporter à la crise écologique que par le comportement même de l’oligarchie.

Yann Arthus-Bertrand reste pro-nucléaire Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/06/03 Réseau Sortir du nucléaire (3 juin 2009) Yann Arthus-Bertrand reste pro-nucléaire. Reporterre. fr

Yann Arthus-Bertrand reste pro-nucléaire

Le réalisateur du film « Home » pense qu’« il y aura des accidents nucléaires un jour ou l’autre », mais qu’« on a besoin du nucléaire ».

Selon le photographe, interviewé sur France inter samedi 30 mai (*), Alain Juppé lui a avoué que Bordeaux avait failli être évacuée lors de l’inondation de la centrale nucléaire du Blayais en décembre 1999. Pourtant, de façon incompréhensible, Yann Arthus-Bertrand continue de soutenir l’industrie nucléaire…

Le film « Home », porté par une puissante campagne de promotion, sort le 5 juin sur les 5 continents. Avec cette opération mondiale, Yann Arthus-Bertrand se pose comme l’un des premiers écologistes de la planète.

Or, ce statut est plus que contestable puisque le photographe continue imperturbablement de soutenir l’industrie nucléaire, une des industries les plus polluantes et dangereuses, qui met gravement en danger l’avenir de la planète. Cette position ne peut que renforcer les soupçons de collusion avec l’un de ses principaux sponsors, l’électricien français EDF.

La position pronucléaire de M. Arthus-Bertrand est d’autant plus indéfendable que, interviewé sur France inter, il vient de faire un aveu crucial : le maire de Bordeaux Alain Juppé lui a confié que, lors de la tempête de décembre 1999, l’inondation de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) avait été si grave que les autorités avaient été à deux doigts de faire évacuer la ville de Bordeaux.

M. Arthus-Bertrand avoue qu’ « il y aura des accidents nucléaires un jour ou l’autre, il faut le savoir » mais il ajoute à plusieurs reprises, sans s’expliquer sur cette incroyable contradiction, et sans justifier ce propos : « on a besoin du nucléaire ». D’ailleurs, questionné sur les déchets radioactifs, il décrète « oublions les déchets » (*) ! Mais quel « ’écologiste » est donc M. Arthus-Bertrand ?

Et de quel « besoin » s’agit-il ? Satisfaire les ambitions industrielles d’EDF et d’Areva ? Les obsessions de M Sarkozy ? Si M Arthus-Bertrand veut réellement « sauver la planète », il doit d’urgence, avant la sortie du film « Home », se positionner contre l’industrie nucléaire. A défaut, il sera légitime de dénoncer une véritable imposture.

(*) http://sites.radiofrance.fr/francei... (Emission du 30 mai 2009 - Avancer le curseur à 47’47’’)

Ils enquêtent sur les pesticides dans les raisins - et sont attaqués en justice MDRGF Reporterre 2009/06/03 MDRGF (3 juin 2009) Ils enquêtent sur les pesticides dans les raisins - et sont attaqués en justice. Reporterre. Pesticides fr

Ils enquêtent sur les pesticides dans les raisins - et sont attaqués en justice

Le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures a réalisé une enquête montrant que le raisin contient des résidus de pesticides. Le voilà assigné au tribunal pour dénigrement.

Le MDRGF est assigné en justice pour avoir réalisé et publié des analyses de pesticides dans le raisin de table vendus dans certains supermarchés !!! C’est la liberté d’expression des contre -pouvoirs qui est aujourd’hui attaquée !!

Assigné en justice pour avoir analysé des raisins ! DIFFUSEZ CETTE INFO DANS VOS RESEAUX !!

Le Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures est aujourd’hui assigné devant le Tribunal de Grande Instance de Paris par la Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table. Cette Fédération de producteurs de la FNSEA nous assigne pour un soit disant dénigrement du raisin de table suite à la publication d’analyses de résidus de pesticides dans des raisins de tables vendus dans des supermarchés réalisées en novembre 2008 avec quatre autres associations européennes !

La Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table (FNPRT) nous demande la somme astronomique de 500 000 Euros pour dénigrement !

Cette attaque scandaleuse vise simplement à nous faire taire car notre travail dérange beaucoup tous ceux qui voudraient que rien ne change dans les pratiques agricoles polluantes actuelles.

Aujourd’hui c’est la survie même de notre association qui est menacée. Pire encore, c’est la liberté que tout contre pouvoir citoyen a dans ce pays de pouvoir réaliser et publier un travail d’information qui est mise en cause !

On nous fait aujourd’hui un procès pour nous faire taire, comme aux Etats Unis ou au Canada des entreprises intentent des ’poursuites baïllons’ (2) contre leurs opposants depuis des années déjà !

Il est urgent de réagir ! C’est ce qu’on déjà fait plusieurs personnes regroupées dans une association de soutien : Ensemble pour les Générations Futures. Cette association a mis en ligne ce jour un site dédié au soutien au MDRGF : http://www.generations-futures.org

Sur leur site http://www.generations-futures.org vous trouverez toutes les informations concernant ce procès et aussi comment faire pour nous soutenir. Vous y trouverez aussi les noms de ceux qui, de Jean-Marie Pelt à Jacques Testard ou de Serge Orru à Pascal Husting ou Alain Bougrain Dubourg nous soutiennent déjà. Rejoignez les vite et signez et faites signer l’Appel à soutien sur le site http://www.generations-futures.org]

Yann Arthus-Bertrand patauge dans le nucléaire Laure Noualhat Reporterre 2009/06/04 Laure Noualhat (4 juin 2009) Yann Arthus-Bertrand patauge dans le nucléaire. Reporterre. fr

Yann Arthus-Bertrand patauge dans le nucléaire

Alors, il en pense quoi, du nucléaire ? La journaliste Laure Noualhat lui a demandé de s’expliquer.

Quelques heures avant la sortie de Home, l’incontournable film de Yann Arthus-Bertrand sur les beautés de la planète, l’ONG Sortir du nucléaire accuse l’écologiste d’être un fervent partisan de l’énergie nucléaire. Ce qui a le don de rendre le photographe furibard. Notons que le film n’aborde pas du tout cette question-là, et qu’il en aborde bien d’autres notamment la fin des énergies fossiles, les limites de l’agriculture productiviste, la nature ravagée par la pression humaine, … Le Réseau Sortir du nucléaire considère que le lancement mondial de ce film positionne Yann Arthus-Bertrand comme l’un des premiers écologistes de la planète, et que ce statut est « plus que contestable puisque le photographe continue imperturbablement de soutenir l’industrie nucléaire, une des industries les plus polluantes et dangereuses, qui met gravement en danger l’avenir de la planète ».

« La position pronucléaire de M. Arthus-Bertrand est d’autant plus indéfendable que, interviewé sur France Inter, il vient de faire un aveu crucial : le maire de Bordeaux Alain Juppé lui a confié que, lors de la tempête de décembre 1999, l’inondation de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde) avait été si grave que les autorités avaient été à deux doigts de faire évacuer la ville de Bordeaux. »

Ce qui énerve le réseau Sortir du nucléaire, c’est que Yann Arthus-Bertrand avoue qu’ « il y aura des accidents nucléaires un jour ou l’autre, il faut le savoir », tout en estimant que l’on ne peut faire sans cette énergie. Un petit coup de fil s’imposait... Compte-rendu.

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Sortir du nucléaire vous accuse d’être un fervent partisan de l’énergie nucléaire… Dans le film, je n’ai pas réussi à parler du nucléaire, je voulais le faire, mais c’était très très compliqué. Sur cette question, je ne sais pas quoi penser. Je pense qu’il y aura des accidents nucléaires, oui, c’est vrai, je l’ai dit et je le pense, mais cela ne veut pas dire que je suis spécialement pour le nucléaire, c’est juste que je ne vois pas comment on va remplacer toutes les centrales qui fonctionnent en France.

Peut-être en insistant sur les économies d’énergie, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, …, non ? Oui, mon film ne parle que de cela : vivre autrement pour vivre mieux. Mais je le répète, je me pose la question, comment va-t-on remplacer le nucléaire ? Ce n’est pas honnête de dire que c’est possible avec des énergies renouvelables. Tous les pays veulent revenir au nucléaire… Tous les journalistes me demandent : « mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? », très franchement, je n’en sais rien, il ne faut pas demander à un photographe-journaliste d’avoir la solution à tous les problèmes de la planète. Je suis là pour faire passer le message, pour informer. Qu’est-ce qu’on fait ? Je n’en sais rien ! Mais cela me rend fou d’être attaqué de but en blanc, sans qu’on me demande mon avis. J’ai visité Tchernobyl plusieurs fois, ce que Juppé m’a dit (à propos des inondations de la centrale du Blayais, ndla) m’a secoué. Je ne suis pas pour le nucléaire, mais je ne sais pas comment on va s’en passer.

Conclusion ? Le film va être vu par des millions de personnes, ce qui est important, c’est le message qu’il porte. On ne va pas avancer si on passe son temps à critiquer ce que font les uns et les autres. Les écologistes ont souffert d’être toujours ceux qui dénonçaient telle ou telle initiative. On ne peut pas être toujours contre. A cause de l"urgence, on ne peut plus avancer comme cela.

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Exact. Malheureusement, il est difficile d’imaginer avancer main dans la main avec EDF quand on prône l’efficacité énergétique et la sortie du nucléaire. De la même façon qu’EDF n’a guère envie d’avancer main dans la main avec les antinucléaires. Certaines positions sont assez irréconciliables, tout de même. Idem dans de nombreux secteurs comme l’automobile, la chimie, l’agriculture, ... Plus de covoiturage et de transports en commun contrevient aux intérêts des constructeurs automobiles ; une agriculture paysanne, ou biologique, aux circuits de distribution relocalisés, contrevient à une agriculture mondialisée énergivore et qui appauvrit les écosystèmes ; une chimie verte, affranchie des énergies fossiles, contrevient aux intérêts de grands groupes tels que Bayer, Rhône-Poulenc, … Et ainsi de suite.

Bien que cela soit louable, cela va s’avérer très compliqué de réconcilier les positions de tous, dans un intérêt collectif supérieur qui dépasserait les intérêts particuliers. Tout le monde est pour le développement durable, tant que cela ne piétine pas ses propres intérêts. Sinon, cela s’appelle se tirer une balle dans le pied. Ça fait mal et c’est un peu maso.

Le consom’acteur ne sauvera pas la planète Patrick Jolivet Reporterre 2009/06/04 Patrick Jolivet (4 juin 2009) Le consom’acteur ne sauvera pas la planète. Reporterre. Tribune — fr

Le consom’acteur ne sauvera pas la planète

Les choix de consommation seuls ne peuvent orienter l’économie dans le bon sens environnemental, et d’autant moins que l’information sur les qualités écologiques des produits est très insuffisante.

La semaine du développement durable qui s’est tenue récemment a eu cette année pour thème la consommation durable. Ses organisateurs – les pouvoirs publics et la multitude d’organisations participant à l’opération – se fixaient pour objectif de « donner au citoyen les moyens d’agir concrètement en faveur du développement durable ». Le principe sous-jacent, bien connu en économie publique, est celui de la production décentralisée d’un bien public : une multitude d’actions individuelles peut avoir des répercussions macroéconomiques majeures (ici, la citoyenneté des consommateurs peut favoriser une croissance responsable et durable). S’il faut saluer la prise de conscience des dangers que fait peser sur la biosphère notre modèle de développement actuel, l’assimilation de l’individu « consommateur » au « citoyen » qui exprimerait ses convictions par l’intermédiaire de son acte d’achat appelle cependant plusieurs remarques.

Tout d’abord, invoquer le pouvoir des consommateurs, lesquels pourraient orienter la production des entreprises par leurs actes d’achats « durables », suppose que les individus expriment leurs convictions éthiques via leurs comportements de consommation. Une telle idée n’est pas nouvelle : un des objectifs assignés à la planification dans les années soixante était « de permettre aux consommateurs, en tant que citoyens, de comprendre les implications de leurs comportements privés dans l’orientation des services et des équipements publics » . Un peu plus tôt dans l’histoire, pour ne prendre qu’un exemple, dans ses leçons professées au Collège de France puis dans ses ouvrages, Charles Gide insistait sur la responsabilité sociale du consommateur (à la fois dans le choix des produits achetés et sur l’utilisation qui en est faite) et sur le pouvoir qu’il pouvait exercer sur l’allocation des facteurs de production, par l’intermédiaire de sa demande.

Supposons donc que cette première proposition soit vérifiée : les consommateurs expriment une préférence pour les produits labellisés « développement durable ». Une deuxième condition intervient alors : pour que cette préférence puisse se réaliser concrètement dans l’acte d’achat, encore faut-il que les produits labellisés soient reconnus comme tels par les citoyens-consommateurs. Là réside l’intérêt d’une action des pouvoirs publics, garants de la crédibilité et de la lisibilité des étiquettes, devant la multiplication des labels et allégations que s’auto-attribuent producteurs et grande distribution.

Ce monde idéal du choix éthique et de l’information parfaite caractérise alors un paradigme de la souveraineté du consommateur, dans lequel l’acte d’achat (comme le vote) exprime la volonté pure et bien informée des individus. Dans cette conception, les termes de consommateurs et de citoyens sont confondus (d’où les termes de consommateurs-citoyens, ou de consom’acteurs), puisque toute la citoyenneté des agents se traduit dans leurs choix de consommation… nous sommes bien ici au paradis des économistes (néo)classiques.

Nous pouvons, à l’inverse, distinguer le consommateur du citoyen, en défendant l’idée que les préoccupations environnementales relèvent des valeurs du second et non des préférences du premier. La poursuite de l’intérêt individuel et la satisfaction des préférences guidant le comportement du consommateur sont alors détachées de la pluralité des valeurs ancrées dans une communauté politique, à partir desquelles se construit l’intérêt collectif (ici, en matière de développement durable).

Cette distinction soulève un problème d’incommensurabilité – qui n’est pas synonyme d’incompatibilité - entre l’éthique d’un côté et les choix de consommation de l’autre. L’économiste et philosophe Amartya Sen a longtemps travaillé sur cette question, en montrant que les individus n’étaient pas ces « idiots rationnels » - selon le titre d’un de ses articles célèbres - que propose la science économique, dont tous les comportements en toute circonstance résulteraient uniquement de la rationalité économique.

Bien au contraire, aux différents rôles sociaux que nous endossons (consommateurs certes, mais aussi électeurs, militants, bénévoles, etc.) peuvent correspondre autant de choix d’actions. Très concrètement, la sensibilité à la problématique du développement durable de nos compatriotes peut tout autant s’exprimer dans leur vote, leur militantisme associatif ou politique que dans leurs choix de consommation ; dans leur demande d’une réglementation plus forte et d’une responsabilité élargie des producteurs, premiers responsables de la mise des produits sur le marché, plutôt que dans la culpabilisation face aux étals des commerçants et linéaires des supermarchés.

Bien sûr, il ne s’agit pas de nier que des comportements de « consommation responsable » puissent exister, et méritent d’être valorisés pour sensibiliser les populations. Le succès de l’agriculture biologique, des Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ou des produits issus du commerce équitable en atteste assurément. Néanmoins, un double constat s’impose à l’heure actuelle : d’une part, au-delà des déclarations d’intention sans cesse plus favorables au respect de l’environnement et des conditions sociales de production, les études disponibles nous montrent que l’information sur les produits verts est le plus souvent perçue comme insuffisante, peu claire, voire non scientifiquement fondée. D’autre part, dans une immense majorité des cas, l’environnement ne constitue pas (encore ?) un critère de choix des produits de consommation courante. En ces périodes de crise et de tension sur le pouvoir d’achat, c’est d’un changement de paradigme dont nous avons besoin. Faire reposer l’avenir du développement durable sur la seule responsabilité des consommateurs parait bien périlleux.

Un Grenelle du yacht pour sauver les oligarques Sauvons les riches Reporterre 2009/06/05 Sauvons les riches (5 juin 2009) Un Grenelle du yacht pour sauver les oligarques. Reporterre. fr

Un Grenelle du yacht pour sauver les oligarques

Le « Grenelle » a oublié un détail : l’addiction des riches aux modes de consommation les plus gaspilleurs. Des écologistes passent à l’abordage.

« Home », notre maison-mère à tou-te-s… Ce soir Yann-Arthus Bertrand présente à la planète entière son film-manifeste de l’écologie. Toute l’humanité, peu à peu, prend conscience de la fragilité de son environnement. Toute ? Non ! Au même moment, presque au même endroit, en pleine crise, un petit groupe d’accapareurs vit replié sur lui-même et se montre prêt à tout pour poursuivre, quelques années de plus, un mode de vie sans âme ni avenir.

A 24 heures de la fin de la campagne des européennes, Sauvons les riches lance ses dernières forces dans la bataille pour renforcer la vague verte qui se profile à l’horizon européen. Les écologistes débarquent et Sauvons les riches arraisonnent ceux qui ont perdu la raison. Quand les écolos passent à l’abordage, ça va tanguer dans l’oligarchie ! Après Jacques Séguéla, Jean Sarkozy, François Pérol, les marlous du Bristol, les coquins de la Villa Montmorency et le toujours pathétique Serge Dassault, une seule question taraude les puissants : à qui le tour ?

Le Grenelle de l’environnement a été un sympathique moment de convivialité. Mais un sujet (parmi d’autres…) semble avoir été dramatiquement oublié : celui de l’addiction des riches aux modes de consommation les plus grossièrement polluants. Cet impardonnable oubli, le collectif Sauvons les riches avait à cœur de le réparer. Tous ensemble, organisons le Grenelle du Yacht !

Nous vous donnons donc rendez-vous :

Vendredi 5 juin à 20h à la sortie du métro Sully-Morland

Tous ensemble, nous rendrons une visite de derrière les fagots aux aficionados des transports en yacht. Eux aussi ont droit à la sollicitude des écologistes. Alors qu’un week-end de yacht à Malte (au hasard) brûle 32 000 litres de gasoil, Sauvons les riches vole au secours d’une oligarchie à la dérive qui a largué les amarres depuis bien longtemps avec la réalité quotidienne…

L’agriculture paysanne n’est pas une utopie, mais une nécessité Yann Fiévet Reporterre 2009/06/05 Yann Fiévet (5 juin 2009) L’agriculture paysanne n’est pas une utopie, mais une nécessité. Reporterre. Tribune — fr

L’agriculture paysanne n’est pas une utopie, mais une nécessité

Le moment est venu de basculer les subventions de l’agriculture productiviste vers la conversion des terres et l’installation de nouveaux paysans aux « méthodes douces ».

Le moment est enfin venu de prendre acte d’un fait majeur traversant tout à la fois – certes sous des formes différentes – les pays du Nord et les pays du Sud : la faillite générale des stratégies agricoles mises en œuvre à partir des années 1960. On redécouvre partout le rôle primordial des paysans dans l’évolution équilibrée des sociétés humaines et la préservation des écosystèmes qui les portent. Pour l’heure les « fondamentalistes » des modèles agro-technocratiques parviennent encore à dissimuler au plus grand nombre l’ampleur démentielle du désastre qu’ils ont préparé et apparaissent toujours comme « progressistes » aux yeux des croyants du salut de l’humanité par la transformation des sols en paillasse de laboratoire. Mais, une autre histoire est déjà en marche, à distance du système agro-industriel dominant maintenu artificiellement en vie grâce aux perfusions financières, chimiques ou scientistes. Et s’il s’agissait d’une révolution, réellement verte cette fois ?

Toute révolution commence par désacraliser les mythes profondément ancrés dans l’ordre existant. Une évidence apparaît aujourd’hui : on a décrété trop vite « la fin des paysans ». Certes, la figure du paysan défini par Henri Mendras en 1967 dans son essai n’existe quasiment plus quarante ans plus tard dans les pays du Nord. Pourtant, si le paysan maître de son labeur et de son temps, cultivant péniblement sa terre a disparu chez nous, il est illusoire de voir dans sa disparition le signe premier et décisif de l’avènement de son successeur fatal : l’agriculteur exploitant rationnellement ses terres. Il n’est rien de plus faux que cette dichotomie entre le paysan incarnant la tradition qu’il faut nécessairement dépasser et la modernité que représenterait l’entrepreneur des campagnes rationalisées. Nous réalisons enfin – et sans doute trop lentement – que cultiver une terre c’est l’entretenir, la faire durer tandis que l’exploiter c’est l’appauvrir, la détruire à petit feu.

Entre la figure du paysan d’autrefois à jamais disparu et l’épouvantail « moderniste » qui bientôt sera nu, il existe une place immense pour des hommes et des femmes respectant de nouveau la terre nourricière. Qu’ils se nomment encore paysans ou qu’ils préfèrent se dénommer agriculteurs paysans ils (ré)inventent les formes d’une agriculture durable pour une transmission décente aux générations qui les suivent. Ils veulent vivre du prix de leur travail et non de subventions quémandées et sans cesse renégociées par des représentants à la légitimité douteuse. Ils ne veulent pas dépendre exclusivement du complexe de l’agro-bio-business pour leurs semences, la nourriture de leurs animaux d’élevage, leurs débouchés sur le marché qu’ils souhaitent plus équilibré. Ils développent des circuits courts par la vente directe aux consommateurs qu’ils apprécient de rencontrer quand la Grande Distribution méprise ce lien social essentiel. Bref, ils aiment la terre et ses fruits, la vie, les autres…

Désormais le consommateur se tourne davantage vers eux pour éviter les faiseurs de mal bouffe. Le moment est donc venu de « pousser » l’offre de l’agriculture paysanne par un basculement des subventions de l’agriculture productiviste prédatrice des écosystèmes vers le financement de la conversion des terres et l’installation de nouveaux paysans aux « méthodes douces ». Il faut mettre un coup d’arrêt au mouvement de concentration des terres par une redéfinition du rôle des structures de régulation de la propriété foncière, à commencer par celui des SAFER. Il faut enfin encourager la création et le développement de réseaux rapprochant les producteurs et les consommateurs afin que l’échange marchand nécessaire soit légitimement complété par d’autres formes d’échanges indispensables à une économie sociale, solidaire et écologique. C’est par ce changement d’échelle de la production de l’agriculture paysanne que l’on rendra accessible au plus grand nombre – et à des prix raisonnables – une alimentation de qualité garante d’une meilleure santé des hommes et de leur environnement.

Belle utopie ? Non ! Nécessité bien comprise pour protéger l’homme, au Nord comme au Sud. Les technocrates eux-mêmes commencent à tourner casaque. Leurs récentes études prospectives pour l’Europe analysent quatre scénarios pour les décennies à venir. Le premier consiste à pousser à fond le modèle « agro-efficace » forgé par la PAC. Et advienne que pourra ! Le deuxième scénario est celui de l’agriculture duale dans lequel cohabitent le modèle « productiviste » et une agriculture paysanne stimulée. Cette configuration paraît peu crédible tant l’équilibre harmonieux entre des logiques d’évolution incompatibles est illusoire. Le troisième scénario réside dans la spécialisation des régions européennes en des productions dominantes « raisonnées ». L’exorbitant coût écologique et énergétique des transports qui en résulterait incite fortement à écarter cette solution. Le dernier scénario est nommé « agriculture HPE (haute performance environnementale) ». Il s’agit d’une agriculture de proximité et de petites et moyennes propriétés ressemblant à celle « de l’entre-deux guerres » nécessitant de remettre à la terre, en France par exemple, un million de paysans. On aura compris que la préférence de nos experts « visionnaires » va à cette solution « passéiste » devenue salutairement moderne. Que de temps avons-nous perdu !

Du coup, les pays du Sud ont de l’avance, eux qui n’ont pas encore eu le temps d’éliminer partout leur paysannerie traditionnelle par une surmécanisation du travail agricole et par la substitution mortifère des cultures d’exportation aux cultures vivrières. Au sein de la FAO le concept de « l’agriculture de conservation » fait doucement son chemin. Pourtant, si partout l’intelligence commence à parler, suscitée qu’elle est par les exigences du temps, il lui manque l’instrument politique par lequel elle s’imposera demain. Le mouvement Via Campessina pourra-t-il faire contrepoids aux stratégies mondiales des firmes de l’agro-bio-business et à leur coupable collusion avec les classes politiques en place ? Chacun de nous doit fertiliser cet espoir qui dépasse de très loin le sort des paysans. Soyons tous un peu paysan en nos cœurs et en nos têtes.

Les super-riches comptent leurs sous à bord du Lagardère’s yacht Sauvons les riches Reporterre 2009/06/06 Sauvons les riches (6 juin 2009) Les super-riches comptent leurs sous à bord du Lagardère’s yacht. Reporterre. fr

Les super-riches comptent leurs sous à bord du Lagardère’s yacht

Hélas, trois fois hélas ! Malgré les plus amicales propositions pour se remettre la tête à l’endroit, les riches persistent à refuser le médicament idéal, le RMA - revenu maximal admissible.

Vendredi 5 juin 2009 à 20h30, le collectif Sauvons les riches a mis un flamboyant point final à sa campagne européenne. Forts de nos relais embusqués au cœur même de l’oligarchie, nous avons déniché une réserve naturelle de riches à l’état presque sauvage, protégés du monde extérieur par leur barrière d’argent. Le PDG de la branche médias du marchand d’armes Lagardère (Paris Match, Europe 1, Elle, JDD…), Didier Quillot, avait en effet eu la bonne idée de fêter son anniversaire à bord d’un yacht amarré quai Henri IV, et d’y inviter toute la jet-set politico-médiatico-business la plus ringardos de Paris.

A quelques centaines de mètres de là, Yann-Arthus Bertrand projetait en bas de la Tour-Eiffel Home son film-manifeste en hommage à notre maison-mère, la Terre. 24 heures plus tôt, les salariés de Didier Quillot avaient voté la grève pour lundi, en protestation contre les suppressions d’emplois annoncées. Le PDG demande à ses employés de faire des sacrifices, et arbore en grande pompe son train de vie le plus clinquant. D’après notre enquête, la location du bateau « L’Excellence » a coûté au bas mot 30 000 euros la soirée ! Et je sens que le thème de la soirée va beaucoup plaire aux syndicalistes de Lagardère : « La croisière s’amuse » (sic) !

Déguisés en pirates, les sauveurs de riches se sont donc postés à l’entrée du ponton pour intercepter les riches, au son de la BO de la Croisière s’amuse, et leur demander de signer notre pétition de soutien à la proposition d’Europe-Ecologie : limiter les revenus supérieurs à 40 000 euros par mois. Nous fûmes servis ! Une avalanche de « Boat-people » a déferlé sur le collectif qui ne savait presque plus où donner de la tête, au beau milieu d’un ballet de grosses voitures aux vitres teintées. Mais tous sont passés sous nos fourches caudines… Nous avons arraisonné le bateau, mais avons-nous pour autant réussi à ramener ses occupants à la raison ?

Au moment de notre arrivée, le télégénique philosophe Michel Field devisait déjà une coupe à la main sur le bateau. Il était rejoint dès 20h40 par un contestataire bien connu, Bruno Gaccio, fondateur des Guignols de l’info. 20h48 : premier gros poisson : Jean-Marie Messier, alias J6M, jadis étrillé par le précédent convive, avec qui il allait trinquer sans remords. Il a signé notre pétition et en a même rempli les trois entrées. Nom : « JMM ». Prénom : « MMM ». Salaire : « 1 euro symbolique ». Bref, du menu fretin, du maître du monde sur le retour venu gratter un petit four pas cher.

A peine le temps de respirer qu’arrive une nouvelle tête connu : Chouchou ! Mais oui Chouchou : pas Gad Elmaleh, bertrand-ovationne1Xavier Bertrand ! Pour la dernière soirée de campagne, le secrétaire général du parti présidentiel n’a rien de plus urgent à faire que de festoyer au milieu de ses amis millionnaires. Incroyable, mais tristement vrai. « Pas trop dur cette fin de campagne, chouchou ? » Un sourire, mais pas de réponse, et encore moins de signature !

On respire un peu avec l’arrivée de l’intelligentsia lagardérienne dignement représentée par Faustine Bollaert et Jean-Marc Morandini, qui refusent eux aussi la pétition. L’inimitable Jean-Luc Reichmard, animateur de Attention à la marche, ne nous jette pas un regard non plus. Thierry Ardissson, grassement payé pour conseiller Didier Quillot, nous jette un regard, mais avec des yeux un peu vides. La densité en jet-setters de luxe augmente encore un peu avec l’entrée en piste de patrons des médias comme l’ex-PDG de Canal Plus Xavier Couture ou Alexandre Bompard, PDG de Radio Sarko d’Europe 1. En parlant de Sarkozy, voilà la silhouette de Jean-Pierre Elkabbach. Haie d’honneur pour le roi des courtisans. Spécial hommage à l’inoubliable commentateur du couronnement de « l’empereur » Bokassa en 1977. C’est vraiment une grande soirée pour la presse libre.

L’ambiance redécolle avec l’arrivée de Dove Attia, juré de la Nouvelle Star puis de Pascal Nègre, manifestement un peu éméché, qui prétend être tout à fait en accord avec notre pétition, car lui « ne gagne pas beaucoup d’argent ». Ben tiens, PDG d’Universal Music, c’est sûr que c’est juste un job d’appoint ! Très en verve, il revient exprès du yacht pour nous expliquer que Bernard Lavilliers aussi se méfiait de la taxation des riches, parce que ça pouvait arriver à n’importe qui. Ah ah, ça ne fait rire personne mais je crois qu’il n’est plus en état de s’en rendre compte. Le publicitaire Stéphane Fouks est aussi de la partie, à qui nous rappelons que nous avons déjà « sauvé » son collègue Jacques Séguéla, avec qui il partage une grande amitié envers negre-karimale dictateur camerounais Paul Biya.

Mais le clou du spectacle de cette caricature de soirée VIP arrive vers 21h30. Une énorme Mercedes à chauffeur progresse jusqu’au port. Derrière les vitres noires, on reconnaît bien sûr Arielle Dombasle et BHL. Tout le monde à genou devant les princes des nuits parisiennes. Etrangement, BHL est avenant sans tarte meringuée sur le visage. Il mérite amplement le prix « Jean Sarkozy » de la bonne figure, puisqu’il connaissait déjà très bien Sauvons les riches et désire ardemment en parler plus longuement avec nous. Rendez-vous est pris pour convaincre le richissime philosophe nu sous sa veste. Une grande victoire. Arielle Dombasle, elle, semble atterrir de Saturne (au moins). Haie d’honneur pour les Sartre et Beauvoir de notre siècle ! Ils ont bien mérité de l’oligarchie.

Au moment du départ du yacht, notre troupe chante « Joyeux anniversaire » au mégaphone, en ajoutant : « Ca va, c’est pas trop dur la crise pour vous ? » et autres « Bon courage pour la grève de lundi ! ». Petite crispation à bord du bateau qui s’éloigne. Bilan de ce “Grenelle du Yacht” improvisé : Sauvons les riches a rappelé que les différents segments des élites se serrent toujours aussi bien les coudes : armes, UMP, télévision et méga-bilan-carbone font toujours bon ménage. A 48 heures d’une élection capitale, cette confirmation n’est pas inutile !

La philosophie en danger Des professeurs Reporterre 2009/06/06 Des professeurs (6 juin 2009) La philosophie en danger. Reporterre. fr

La philosophie en danger

Subrepticement, la réforme des lycées restreint la place de la philosophie. Des enseignants se mobilisent pour en parler.

La situation actuelle de l’enseignement de la philosophie en France est incertaine et préoccupante. La chute libre du nombre de postes mis aux concours d’enseignement ces trois dernières années, en rendant improbable l’accès aux carrières de professeur, a découragé nombre d’étudiants des facultés de philosophie qui se tournent, dès qu’ils le peuvent, vers d’autres débouchés. Quant aux lauréats, ils deviennent pour une durée indéterminée des professeurs sans poste fixe, à la disposition des rectorats.

Autre source d’inquiétude, la réforme des lycées, théoriquement suspendue mais expérimentée l’année prochaine dans 123 établissements. Cette réforme, dans le cas de la philosophie, risque de réduire considérablement le volume des enseignements, mais aussi d’introduire subrepticement une altération de l’esprit du programme des classes terminales. Les précédentes consultations des professeurs de philosophie avaient pourtant fait apparaître une opposition très ferme aux dérives historiennes voire démagogiques dont la réforme prévue pourrait nous menacer à nouveau.

Enfin, la formation continue, qui, partout où elle existe, est jugée bénéfique, subit, elle aussi, des réductions budgétaires qui privent le plus grand nombre des professeurs de la possibilité de travailler et de progresser en commun. Un colloque prétendument consacré à ces problèmes, s’est tenu à Paris, à grands frais, en mars dernier, mais il a fait abstraction des conditions réelles de l’enseignement de la philosophie et n’a apporté aucune réponse à la question cruciale de la formation.

Aussi nous paraît-il nécessaire et urgent de nous réunir, professeurs de l’enseignement secondaire et supérieur, afin de faire un véritable état des lieux, d’élaborer un plan pour l’enseignement de la philosophie, respectueux de son volume horaire, de son programme, de sa libre pratique, et d’œuvrer pour que le plus grand nombre d’élèves et d’étudiants y ait accès.

Nous invitons donc tous les professeurs de philosophie à participer à une première

Réunion d’information et de discussion samedi 13 juin de 14h30 à 19h à la Sorbonne, Amphi Durkheim

Au cours de cette réunion, il s’agira de préparer les réflexions et les actions de l’automne prochain.

Signataires : Renaud Barbaras, professeur à l’Université Paris 1 — Brigitte Bellebeau, Lycée Max Linder, Libourne — Hélène Bouchilloux, professeur à l’Université Nancy 2 — Jean-Claude Bourdin, professeur à l’Université de Poitiers — Jean-François Braunstein, professeur à l’Université Paris 1 — Stéphane Clerjaud, Lycée Marcel Rudloff, Strasbourg — Jean-Pierre Cléro, professeur à l’Université de Rouen — Philippe Danino, Lycée Buffon, Paris — Nicolas Franck, Lycée La Folie Saint-James, Neuilly, président de la régionale Paris-Créteil-Versailles de l’APPEP — Jean-Marie Frey, professeur en CPGE à Angers, président de la Société des Professeurs de Philosophie — Pierre Guenancia, professeur à l’Université de Bourgogne — Thierry Gontier, professeur à l’Université Lyon 3 — Valérie Guth, professeur de Première Supérieure, Lycée Leconte-de-Lisle, Saint-Denis de la Réunion — Pierre Hayat, Lycée Jules-Ferry, Paris — Catherine Kintzler, professeur émérite à l’Université Lille 3 — Jean-Luc Nativelle, Lycée Jules-Verne, Nantes — Henri Pena Ruiz, professeur de Première Supérieure au lycée Fénelon Paris — Simon Perrier, Lycée Rotrou, Dreux — Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de Première Supérieure au Lycée de Bellevue, Fort-de-France — Hadi Rizk, professeur de Première Supérieure, Lycée Louis-le-Grand, Paris — Jean-Jacques Wunenburger, professeur à l’Université Lyon 3 — Yves Charles Zarka, professeur à l’Université de Paris Descartes (Sorbonne)

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Réunion des professeurs de philosophie Samedi 13 juin — 14h30-19h Sorbonne, Amphi Durkheim (entrée par le 1, rue Victor Cousin, Galerie Gerson, puis Galerie Claude Bernard au fond à gauche, Escalier I, 1er étage)

14h30 Introduction Nicolas Franck, Pierre Guenancia, Yves Charles Zarka

15h — Table ronde : Situation de l’enseignement de la philosophie Modérateur : Pierre Guenancia Intervenants : Philippe Danino, Jean-Marie Frey, Joël Jung 15H30 — échanges

16h — Table ronde : La formation continue Modérateur : Nicolas Franck Intervenants : Jean-Luc Nativelle, Hadi Rizk 16H30 — échanges

17h — Table ronde : L’articulation entre le secondaire et le supérieur Modérateur : Yves Charles Zarka Intervenants : Jean-François Braunstein, Thierry Gontier 17H30 — échanges

18h — Discussion générale et propositions.

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Le lobbying détourne la démocratie Adéquations Reporterre 2009/06/06 Adéquations (6 juin 2009) Le lobbying détourne la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Le lobbying détourne la démocratie

Plus de 15 000 lobbyistes à Bruxelles, des centaines à Paris : les lobbies brouillent le débat démocratique et minent la légitimité des élus du peuple.

De nombreux acteurs politiques, économiques, syndicaux, associatifs oeuvrent pour faire connaître leurs positions aux élu-es, au gouvernement, aux décideurs politiques, au niveau national comme territorial. Pour atteindre leurs objectifs, certains acteurs développent une activité dite de « lobbying ».

Mais ces acteurs sont loin d’avoir tous les mêmes moyens matériels et humains, et l’accès aux lieux de pouvoir et d’élaboration des décisions publiques est, dans les faits, opaque et très inégal. Ainsi, à Bruxelles, environ 3000 groupes d’intérêts emploient plus de 15 000 lobbyistes professionnels dont 70% d’entreprises, 20% d’institutions régionales et 10% d’organisations représentant la société civile.

En France, omniprésents à l’Assemblée nationale et au Sénat car bénéficiant d’accès privilégiés, des lobbyistes représentant des entreprises ou d’autres acteurs économiques participent aux commissions et aux groupes d’étude, organisent des événements dans l’enceinte parlementaire, invitent des député-es à des voyages d’étude, ou encore embauchent des attaché-es parlementaires pour faire de la veille juridique…De telles pratiques, au lieu de concourir à l’information des décideurs et à une prise de décision objective, brouillent le débat démocratique, aggravant la crise de légitimité des élu-es et des pouvoirs publics.

Dans une démocratie, les acteurs doivent pouvoir soumettre leurs positions au débat public et des mécanismes de régulation publics assurer l’égalité dans cette expression. Or, actuellement, les intérêts économiques et financiers à court terme tendent à primer sur les autres secteurs - social, environnemental, culturel - ce qui entre en contradiction avec les principes et les objectifs d’un développement durable.

Un rééquilibrage suppose aussi que des mécanismes de démocratie participative et des contre-pouvoirs soient soutenus par les pouvoirs publics, tels que les conférences de citoyens, la protection des lanceurs d’alerte, le financement et la prise en compte de l’expertise associative… La mise en œuvre effective de ces dispositifs permettrait de diminuer l’impact du lobbying de groupes d’intérêts peu soucieux de l’intérêt général.

Actuellement, des propositions pour réglementer le lobbying sont en préparation ou en discussion au sein de la Commission européenne ainsi qu’à l’Assemblée nationale en France.

Dans ce contexte, les organisations signataires de cet appel demandent l’instauration en France, d’un débat public et de règles claires sur les groupes d’intérêt. Qu’elles considèrent que leur propre pratique puisse relever ou non d’une activité de lobbying, ces organisations de la société civile publient leurs arguments et leurs positions de façon transparente auprès des décideurs, du public, des medias, se refusent à faire usage de méthodes déloyales et estiment que la question de l’impact des groupes d’intérêt, particulièrement ceux poursuivant des buts lucratifs, ne doit plus rester taboue en France [2].

C’est pourquoi les organisations signataires demandent un encadrement et une transparence des activités des lobbyistes en direction des instances de décision publique. Elles appellent au débat pour la mise en œuvre concrète des principes fondamentaux suivants :

- La transparence et l’encadrement strict des activités des lobbyistes au sein de toutes les instances publiques (Assemblée nationale et Sénat, gouvernement, collectivités territoriales…) ;

- L’interdiction du lobbying d’intérêts économiques et financiers privés dans des secteurs d’intérêt général essentiels tels que les droits humains, la préservation de l’environnement, la santé, l’éducation, la solidarité… ;

- L’interdiction de tout conflit d’intérêt entre la décision publique et des intérêts économiques catégoriels, pour que les élu-es aient les moyens d’exercer leurs fonctions de façon indépendante. Contexte et propositions

- La Commission européenne (CE) a lancé en 2005 une « Initiative pour la transparence ». Dans ce cadre, la campagne européenne Alter EU émet des propositions pour encadrer le lobbying. En juin 2008, la CE a créé un registre facultatif pour les lobbyistes, qui est insuffisant et privilégie les entreprises. La CE et le Parlement européen travaillent actuellement un registre commun.

- En France, la volonté d’encadrer (ou de favoriser) le lobbying a donné lieu à plusieurs initiatives parlementaires : en octobre 2006, proposition d’une résolution modifiant le règlement de l’Assemblée nationale pour établir des règles de transparence avec la mise en place d’un registre ; rapport d’information sur le lobbying ; création en mars 2008 d’une délégation spéciale chargée de la question des groupes d’intérêts, qui doit faire des propositions dans le cours du premier semestre 2009, mise en place d’un groupe d’études pouvoirs publics et groupes d’intérêt chargé d’étudier la question du lobbying dans l’ensemble des réseaux institutionnels et de pouvoirs qui prévoit de rendre ses conclusions d’ici fin 2009. Le Sénat a créé un groupe de travail sur les groupes d’intérêt en mai 2009, en vue de présenter des recommandations à la réunion du Bureau de la rentrée parlementaire d’octobre.

Propositions

Les organisations signataires formulent des propositions, qui seront réactualisées et complétées au vu des évolutions. A court terme, compte-tenu des propositions à l’étude à l’Assemblée nationale, elles demandent la transparence de l’activité de lobbying au sein du Parlement et du Sénat par :

- Un système obligatoire d’inscription électronique et de rapports d’activité pour tous les lobbyistes dotés d’un budget de lobbying annuel significatif (plus de 5 000 euros/an). Les rapports d’activité devront être mis à la disposition du public dans une base de données en ligne entièrement consultable et téléchargeable, reprenant les données suivantes :

→ La communication des noms des clients et des autres sources de financement à des fins de lobbying ; la communication des noms des personnes approchées dans le cadre de chaque opération de lobbying, les dates des échanges, les sujets abordés → La communication des dépenses affectées à chaque opération de lobbying.

- Des règles interdisant aux groupes de pression l’emploi du personnel de l’Assemblée ou de leurs proches à des fins de lobbying, ainsi que l’utilisation des lieux de pouvoir.

- Un code de conduite pour les élu-e-s imposant :

→ La rédaction obligatoire de compte-rendu de réunions formelles ou informelles entre les députés et les personnes appartenant au monde des entreprises, y compris quand ils sont consultés sous couvert d’expertise, ces comptes-rendus étant disponibles sur un site ouvert au public ; → L’application effective des décrets relatifs à l’exercice d’activités privées par des fonctionnaires ou agents non titulaires ayant cessé temporairement ou définitivement leurs fonctions et extension de ce décret, éventuellement inclus dans un texte de loi, au personnel politique élu soumis au même contexte ; → La vérification, par une commission ad hoc dont les délibérations seraient publiques, de la compatibilité d’un métier éventuellement salarié, de direction ou de conseil d’entreprises avec un mandat électif, sur le plan des possibles conflits d’intérêt ; → L’obligation par les élu-es et décideurs de déclarer toute tentative de pression de la part d’intérêts privés. - La fin de l’attribution de badges permanents permettant un accès privilégié à des représentants d’intérêts privés au seul titre de « lobbyiste ».

Secret défense : extension aux dépens des libertés Terra Nova Reporterre 2009/06/07 Terra Nova (7 juin 2009) Secret défense : extension aux dépens des libertés. Reporterre. fr

Secret défense : extension aux dépens des libertés

La loi de programmation militaire prévoit d’étendre le champ du « secret défense ».

Le Projet de Loi de programmation militaire 2009-2014 prévoit de nouvelles règles concernant la protection des secrets de la Défense nationale. Selon Nicolas Braconnay, membre de l’Union Syndicale des Magistrats, il s’agit d’une réforme inefficace et dangereuse pour l’indépendance de l’autorité judiciaire.

Résumé de la note de Nicole Braconnay :

Les dispositions du projet de loi de programmation militaire 2009-2014 contiennent un chapitre consacré aux nouvelles règles de protection des secrets de la défense nationale dans leurs rapports avec les pouvoirs d’enquête des autorités judiciaires. Le projet entend substituer à une législation qui se contentait de prévoir la déclassification des documents couverts par le secret avant leur transmission aux autorités judiciaires, des règles encadrant strictement les perquisitions menées dans des lieux classifiés et étendant la notion de secret-défense à des domaines inédits. Ce faisant, le projet de loi de programmation militaire confie au pouvoir exécutif et à l’autorité administrative la faculté de contrôler des prérogatives essentielles d’enquête relevant de l’autorité judiciaire, sans pour autant assurer mieux la protection du secret-défense, concept dont l’usage se voit indéfiniment élargi.

Le Parti socialiste a perdu parce qu’il n’est pas à gauche Gérard Filoche Reporterre 2009/06/08 Gérard Filoche (8 juin 2009) Le Parti socialiste a perdu parce qu’il n’est pas à gauche. Reporterre. Tribune — fr

Le Parti socialiste a perdu parce qu’il n’est pas à gauche

Une analyse de gauche au sein du PS. Mais qui oublie complètement la question écologique.

En dépit de la mise en scène trompeuse d’une UMP à 27,4 %, le total des voix du pouvoir est minoritaire en France. Mais hélas, en face, la gauche qui avait tout pour être majoritaire, n’a pas réussi ni à s’unir et ni à présenter une véritable alternative. Du coup, le décalage a été total entre les préoccupations majeures des salariés et le type de campagne électorale qui a eu lieu. Le résultat des votes n’est pas représentatif de la réalité des aspirations de nos concitoyens, puisque les 60 % d’abstentions se concentrent surtout dans la classe salariale alors que nous sommes pourtant dans une période de grandes luttes sociales, avec les 8 syndicats unis, du 29 janvier au 16 mars, du 1er mai au 13 juin. Le lien n’a pas été établi entre les Continental, Caterpillar, Molex, Hewlett-Packard… et le sens de cette élection.

La liste composite des écologistes a connu un gros succès mais c’est un vote refuge (« Home »). Car pour sauver la banquise, il faut se sauver des banquiers d’abord : pour être un bon écologiste, il faut forcément être un bon anticapitaliste. Et l’écart entre le libéral - libertaire Cohn-Bendit et l’écologisme social de gauche comme José Bové et d’autres est grand. Ce n’est pas la première fois qu’aux Européennes, il y a percée d’une liste composite qui ne structure pas la vie politique ensuite. Les Européennes ont servi déjà à des échappatoires pour des votes éphémères. Cela laisse les écologistes entièrement devant leurs choix face à la gauche demain.

Le fond du problème est entièrement du côté du PS : il aurait pu avoir, le 7 juin 2009, devant l’échec du sarkozysme, 30 % des voix comme en 2004. Mais en 2004 il avait défendu l’Europe sociale des 35 h et du Smic européen. C’était avant le « non » du 29 mai 2005 où 59 % des électeurs socialistes ne votèrent pas comme la majorité de la direction du parti.

L’« Europe sociale » n’a pas été promue comme une réponse claire par le PS pour le vote de ce 7 juin.

Il faut donc qu’aujourd’hui le PS choisisse véritablement l’orientation à gauche qui a prévalu, même de justesse, au congrès de Reims.

Impossible de rester entre deux voies, à la croisée des chemins entre un social libéralisme minoré, et un combat de gauche insuffisamment assumé. Il faut rénover, aller à gauche vraiment, enfin. On voit bien que les thèmes les meilleurs défendus par le Parti de gauche, le Parti communiste ou le NPA correspondent largement à l’attente de millions de salariés mais ces partis ne suffisent pas et ne suffiront pas, ni aujourd’hui, ni demain, à ramener une majorité de voix : il faut que le plus grand des partis, le PS, physiquement, matériellement, politiquement défende ces thèmes, sinon nul n’arrivera à les faire triompher.

Rappelons que le PS dirige 20 régions sur 22, 61 % des départements, et 2 villes sur 3. En mars 2008, il a battu le sarkozysme à plate couture, la gauche avait 51 % des voix, sans l’inconsistant Modem. Le PS est la « clef » de la gauche ».

Si la confrontation de fond pour répondre à l’immense crise du système financier, entre une Europe de droite, libérale et une Europe de gauche, sociale, n’a pas eu lieu, c’est la faute au programme timoré et hésitant du PS. Car la question n’est pas de l’ampleur d’un plan de relance (40 milliards ou 100 milliards) mais de la nature dudit « plan de relance » : est-il destiné aux banquiers ou aux salariés ? est-il destiné à pérenniser le système ou à le changer ? Est-ce que nous voulons, pour sortir de la crise, redistribuer les richesses (Smic à 1600 euros, 35 h, retraite à 60 ans, Sécurité sociale, services publics) ou non ?

Le PS est aussi responsable, avec sa façon trop lente de rompre le compromis historique avec l’Europe des libéraux pour revendiquer une autre Europe, sociale. Il y a quatre ans, l’Europe avait passionné les électeurs français qui avaient, en toute connaissance de cause, voté « non » à 55 % au projet de constitution libérale européenne. Depuis l’écart s’est creusé entre l’Europe et les Français, à cause du coup tordu de Sarkozy imposant le traité de Lisbonne sans référendum et des embarras pérennisés du PS, ce qui a contribué à distancier beaucoup d’électeurs des urnes. Trop de salariés se sont dits : « à quoi bon ? ».

Le PS manque au salariat. Il aurait fallu avancer des revendications précises en matière de salaire, de contrôle des licenciements, de durée du travail, de Sécurité sociale. Pas du baratin ! « Changeons maintenant ! » ça ne veut rien dire (quoi, qui, pour qui, comment).

Le PS manque à la gauche : ce fut une grave erreur en pleine campagne, de notre ancien premier secrétaire de relancer l’idée d’une alliance avec le Modem, au lieu de défendre le rapprochement avec le FG, le NPA, les Verts.

Le PS ne dénonce pas assez la politique de « rupture » réactionnaire cruellement antisociale de Sarkozy : il ne soutient pas assez fortement les licenciés, les précaires, les pauvres. Il court après les modes, mais ne promeut pas de syndicalistes ni de défenseurs du droit des travailleurs : ce n’est pas une question de génération, de quadras, mais de fond !

Nous sommes pour une économie mixte, pas une société de marché. Nous sommes pour rompre avec le capitalisme financier type FMI/OMC. Nous sommes pour une VI° République sociale, pas pour une République conservatrice néolibérale. Nous sommes pour arrêter avec le « libre-échange », la « concurrence libre et non faussée », et remplacer la « main invisible du marché » par la main visible de la démocratie. Les salariés sont plus nombreux que les actionnaires et les patrons : c’est le salariat que nous devons écouter !

Et pour cela, un seul choix, une seule dynamique, l’unité de la gauche ! Unité de toute la gauche ! Pas d’exclusive, sauf envers les idées de droite libérale ! Pas d’hésitation sur notre camp : pour reconstruire le PS, sortir du 21 avril 2002, du 29 mai 2005, du 6 mai 2007, il faut enfin un autre cap.

Nous sommes, Démocratie et Socialisme (et nous croyons que c’est la position de la motion C), pour l’unification de la gauche, pour un grand parti de gauche unifié, avec une vie démocratique exemplaire. Face à une seule droite, une seule gauche ! Nous appelons à un travail (assises, réunions a tous les niveaux…de la base au sommet) de toute la gauche pour définir un projet commun et un candidat commun, des candidats communs qui l’incarnent à l’avenir.

Une campagne pour responsabiliser les multinationales Les Amis de la Terre Reporterre 2009/06/08 Les Amis de la Terre (8 juin 2009) Une campagne pour responsabiliser les multinationales. Reporterre. fr

Une campagne pour responsabiliser les multinationales

Le texte de loi « Grenelle 2 » qui sera bientôt discuté au Parlement reste très laxiste en terme de responsabilité sociale et environnementale des entreprises.

Les Amis de la Terre lancent aujourd’hui une campagne publique sur le thème de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSEE), intitulée « Profits réels, responsabilité artificielle : encadrons la responsabilité des multinationales ». Cette campagne demande aux députés de renforcer le texte de loi « Grenelle 2 », qui sera voté à l’automne.

La crise financière, économique, écologique et sociale qui secoue actuellement la planète, jugée comme la plus grave depuis 1929, est l’occasion de dresser les responsabilités des acteurs d’un système économique qui montre de graves défaillances structurelles. Pourtant, alors que les dirigeants des principales puissances mondiales mettent la main à la poche pour éviter un effondrement de l’économie mondiale et que les contribuables sont lourdement mis à contribution, les activités des multinationales restent encore très peu encadrées.

Les multinationales (notamment financières) sont pourtant largement à l’origine de la crise, en ayant poussé à l’extrême un système maximisant les bénéfices court terme au détriment de la justice sociale et de l’environnement. Elles n’ont pas hésité pour cela à faire massivement pression sur les pouvoirs publics, qui ont largement dérégulé l’économie et la finance mondiales au détriment de l’intérêt général, et au profit d’une minorité de dirigeants et d’actionnaires. Les multinationales sont aussi responsables de nombreuses catastrophes actuelles et en préparation, notamment dans les pays du Sud où elles profitent des carences juridiques locales pour mener des activités parfois très polluantes et portant lourdement atteinte aux populations locales.

Le texte de loi « Grenelle 2 » sera bientôt discuté en vue d’un vote à l’automne prochain, mais sa première version reste très laxiste en terme de responsabilité sociale et environnementale des entreprises, malgré les promesses explicites du Président de la République à l’automne 2007. Les Amis de la Terre lancent donc cette nouvelle campagne en demandant aux citoyens d’interpeller leurs députés pour qu’ils renforcent les obligations juridiques des multinationales sur trois points :

· instaurer la responsabilité environnementale et sociale des maisons-mères sur leurs filiales étrangères ;

· renforcer le reporting de leurs impacts sociaux et environnementaux ;

· améliorer la prise en compte de l’avis des citoyens dans la prévention des risques industriels.

Pour Gwenael Wasse, chargé de campagne RSEE aux Amis de la Terre : « La crise économique et écologique actuelle met en lumière de façon flagrante les abus commis par certaines multinationales ultra-puissantes depuis quelques décennies, au détriment des populations du Nord et du Sud et de la planète. Il est temps que les multinationales soient encadrées par la loi partout où elles agissent ! ».

Une pétition est en ligne sur le site des Amis de la Terre, qui peut être signée et directement adressée aux députés.

Révolution Pon-Pon Hervé Kempf Reporterre 2009/06/08 Hervé Kempf (8 juin 2009) Révolution Pon-Pon. Reporterre. Tribune — fr

Révolution Pon-Pon

M. Borloo en pur conservatisme énergétique.

Le nombre de révolutions que nous traversons est tout à fait ahurissant. Rien que ces derniers jours, m’indique une rapide recherche sur Internet, sont annoncées la révolution des maillots de bain, la révolution du foot africain, une petite révolution pour le pilote automobile Alonso, la triple révolution énergétique de Jean-Louis Borloo, l’arrivée d’un nouveau karaoké Revolution... Vu la définition du mot « révolution » dans le dictionnaire, il faut changer de dictionnaire. En temps de novlangue généralisée, « révolution » signifie en fait : « Modification cosmétique visant à maintenir la structure sous-jacente. »

Démonstration. Je sens bien que vous aimeriez étudier la révolution des maillots de bain, mais par pur esprit de contradiction, je vais commenter la « révolution énergétique » annoncée, le 3 juin, par M. Borloo.

Le ministre présentait la programmation pluriannuelle des investissements de production électrique (PPI), un document qui mérite la plus grande attention, puisqu’il dessine la politique énergétique du pays jusqu’en 2020.

« La révolution énergétique française » - oui, française, 1789 -, « c’est économies d’énergie, économies d’énergie, économies d’énergie, et développement très puissant des énergies renouvelables », proclamait l’apprenti Mirabeau.

Las. Economies d’énergie ? Le document annonce une consommation de 167 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 2020 pour une consommation en 2006 de 177 Mtep : soit une diminution de 6 % sur la période, ou 0,46 % par an ! Belle révolution, en vérité. On sent d’ici trembler les puissants du gaspillage.

Mais il y a plus fort encore : en 2020, la production nationale d’électricité atteint 620 terawattheures, contre 550 en 2008. Vous faites la révolution axée sur l’économie d’énergie, et vous produisez plus en fin de parcours qu’au début ! Après la novlangue, c’est Ubu aux commandes.

L’explication du mystère est simple. Pour ne fâcher aucun des lobbies du secteur, presque tous intéressés à augmenter la production, on dit oui à tous : oui au nucléaire - le projet de deuxième EPR à Penly est confirmé en l’absence de tout débat public -, oui aux centrales thermiques - on ferme quelques centrales à charbon, mais on en ouvre vingt au gaz -, oui les yeux fermés à toutes les énergies renouvelables - en tenant pour négligeables les problèmes de paysage et d’occupation de l’espace.

Résultat : une surcapacité programmée pour 2020. Surtout, éviter toute analyse économique transparente : on risquerait de découvrir qu’il est bien plus rationnel de soutenir les économies d’énergie et l’efficacité énergétique que d’augmenter le parc de production.

Ce n’est pas une révolution, c’est la conservation. Le changement réel serait de raisonner en fonction des besoins, et non de l’intérêt des compagnies productrices.

Après l’avoir espionné, EDF attaque Greenpeace au portefeuille Greenpeace Reporterre 2009/06/08 Greenpeace (8 juin 2009) Après l’avoir espionné, EDF attaque Greenpeace au portefeuille. Reporterre. fr

Après l’avoir espionné, EDF attaque Greenpeace au portefeuille

EDF réclame 500 000 euros à Greenpeace : des militants de celle-ci s’étaient enchaînés à la porte du chantier de l’EPR de Flamanville en 2007.

Demain, mardi 9 juin, comparaîtront à 14h au tribunal de Cherbourg 14 militants de Greenpeace. Le 26 avril 2007, entre les deux tours de l’élection présidentielle, ils s’étaient enchaînés quelques heures devant le portail d’entrée du chantier de l’EPR à Flamanville afin de protester contre la signature en catimini de son décret d’autorisation quelques jours plus tôt. La demande de compensation financière d’EDF, 500 000 euros, une somme inédite pour ce genre de procès, témoigne de la volonté manifeste de l’opérateur public d’électricité de criminaliser ses opposants et de les attaquer sur leurs points faibles : l’argent.

Engluée dans une affaire lamentable d’espionnage à l’encontre de Greenpeace, EDF s’illustre une nouvelle fois par des méthodes d’intimidation peu reluisantes. Le nucléaire s’accomode décidemment très mal de la démocratie et de la transparence. Par cette action, en 2007, Greenpeace n’a pourtant fait que réagir face à un déni de démocratie, jouer son rôle de lanceur d’alerte et entrouvrir la porte lourdement scellée du débat sur la place du nucléaire en France.

Rappelons qu’en réaction à la mobilisation des militants, Segolène Royal s’était engagée à annuler ce décret si elle était élue. Auparavant, parmi les candidats à l’élection présidentielle interpellés par Greenpeace, José Bové, Dominique Voynet, Olivier Besancenot, François Bayrou, et Philippe de Villiers avaient aussi remis en cause le projet d’EPR et réclamé un vrai débat démocratique sur la question.

« Deux ans plus tard, la situation n’a guère changé !, explique Frédéric Marillier, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace. Le président de la république a décidé seul de la construction d’un 2e EPR et le gouvernement est en train d’avaliser une programmation pluriannuelle en matière énergétique prise en dépit du bon sens. Le débat attendu par tous n’a toujours pas eu lieu. Plus que jamais, les intérêts d’EDF et d’Areva guident ceux du pays ! »

Une troublante coïncidence

C’est plus de deux ans après les faits, un délai très long pour ce type d’affaire, que se tient l’audience à Cherbourg... La même après-midi sont aussi convoqués 4 militants du Ganva pour une action de dénonciation de ce même décret. Au même moment, le Parlement vient d’être saisi de la programmation pluriannuelle des investissements en matière énergétique (PPI) qui entérine la volonté de Nicolas Sarkozy de lancer un deuxième réacteur EPR à Penly. EDF et les pouvoirs publics s’y prendraient-ils autrement pour lancer un sérieux avertissement à leurs opposants ?

Des infractions infondées

Aucune des trois infractions reprochées aux militants n’est clairement établie. Il n’y a pas eu de violation de domicile au préjudice d’EDF puisque les militants étaient stationnés à l’entrée du chantier. Quant à l’entrave à la liberté du travail, ou encore l’opposition à l’éxécution de travaux publics, elles sont aussi hors propos : les travailleurs du chantier sont passés par une autre entrée et ont pu continuer à travailler. La demande de compensation est donc complètement disproportionnée pour une manifestation qui n’a duré que quelques heures.

« L’accusation d’entrave à la liberté du travail, délit syndical bien connu, est ridicule ! il n’y a jamais eu une telle volonté des militants de Greenpeace ! s’indigne Alexandre Faro, avocat de Greenpeace. Faire condamner financièrement ses détracteurs semble être le dernier recours d’EDF. »

L’Europe subventionne le secteur pétrolier Les Amis de la Terre Reporterre 2009/06/10 Les Amis de la Terre (10 juin 2009) L’Europe subventionne le secteur pétrolier. Reporterre. fr

L’Europe subventionne le secteur pétrolier

Des milliards d’euros pour les compagnies pétrolières européennes. Vive l’effet de serre !

Un nouveau rapport des Amis de la Terre - Europe met en évidence que des milliards d’euros de fonds publics européens sont utilisés chaque année pour subventionner le secteur pétrolier, et contribuent donc massivement à aggraver les changements climatiques. La cohérence avec la lutte contre les changements climatiques impose de mettre fin à ces soutiens publics, issus principalement de la Banque européenne d’investissement et des agences publiques de crédit à l’exportation (la Coface en France).

Selon le rapport des Amis de la Terre - Europe, durant les cinq dernières années (2004 à 2008), les compagnies pétrolières européennes ont bénéficié de 6 milliards d’euros sous différentes formes de soutien public, tandis que le Parlement européen a approuvé le 6 mai dernier un soutien supplémentaire à ce secteur de 2,5 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance européen. Le Parlement a pourtant adopté en novembre 2007 une résolution visant à stopper tout financement public aux projets d’énergies fossiles.

Pour Gwenael Wasse, chargé de campagne pour la responsabilité des entreprises, « Il est hypocrite pour l’Union européenne de déclarer d’un côté vouloir s’attaquer aux changements climatiques, et de l’autre verser des milliards d’euros publics aux compagnies pétrolières européennes. En pleine crise économique, il est scandaleux qu’un secteur industriel aussi polluant et richissime continue à recevoir des fonds publics ».

Ce sont les investissements de la Banque européenne d’investissement (presque 70 % du total) et les garanties des agences de crédits à l’exportation (15 %) qui représentent les plus grosses formes de soutien public aux compagnies pétrolières. Suivent les subventions au captage et stockage du carbone (CSC). Or, cette technologie qui consiste à capturer le dioxyde de carbone issu de la combustion des énergies fossiles pour l’injecter sous terre, ne fait l’objet d’aucun consensus scientifique et détourne des ressources financières publiques qui seraient utilisées bien plus efficacement à améliorer l’efficacité énergétique et à développer les énergies renouvelables.

Pour Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre : « Les compagnies pétrolières ne doivent plus bénéficier de soutien publics : chaque euro public ainsi engagé aggrave en effet notre dépendance aux énergies fossiles, et amoindrit nos chances de limiter les changements climatiques à 2 °C d’augmentation, ce que demande pourtant l’Union européenne ! L’incohérence est totale. L’argent public doit être utilisé non sur la base du « principe pollueur payé », mais pour accélérer la sortie de l’économie fossile. Les compagnies pétrolières investissent des milliards dans les sables bitumineux, dont l’impact climatique est trois fois pire que les pétroles conventionnels, mais ni la banque publique de l’Union européenne ni les agences publiques de crédit à l’exportation comme la Coface ne s’en soucient : elles n’imposent aucun critère climatique pour leur soutien ».

La télévision nourrit la violence Corinne Kucharscki, Jean-Luc Saladin, Daniel Godefroy et Matthieu Blondet Reporterre 2009/06/10 Corinne Kucharscki, Jean-Luc Saladin, Daniel Godefroy et Matthieu Blondet (10 juin 2009) La télévision nourrit la violence. Reporterre. Tribune — fr

La télévision nourrit la violence

Cet article très documenté décrit comment la consommation télévisuelle suscite des comportements violents.

La télévision incite t-elle les jeunes à la violence ? Cet article analyse le lien éventuel au niveau cognitif, émotionnel de l’agressivité générée par les images violentes diffusées par la télévision et les médias. Ces effets seraient renforcés par l’alcoolisation et la publicité, la pornographie et les musiques que l’on trouve dans les clips vidéo regardés par les jeunes.

Par ailleurs, le nombre quotidien d’heures passées devant la télévision est prépondérant sur l’éducation, le niveau socio-économique, le milieu, l’environnement, la violence au niveau familial et les antécédents psychiatriques pour déterminer les comportements des jeunes. Enfin, cet article insiste sur la nécessité d’exercer une politique de prévention publique et individualisée en identifiant les individus à risque. ....................................................

Dans le monde contemporain, la télévision est omniprésente. Accueillie dans presque tous les foyers en Occident, elle contribue à l’éducation des jeunes. Il n’est pas de sujet plus controversé que ce que l’on diffuse à la télévision et chacun a une opinion personnelle sur le sujet. Le débat concerne la diffusion d’images violentes (informations, films et divertissements) sous toutes ses formes (physiques et sexuelles). Au niveau médical, il n’existe pas en pratique courante d’informations et de directives précises pour éclairer le public sur l’usage de la télévision et permettant de développer des politiques de prévention. Cette problématique mérite qu’on s’y attarde.

Historiquement, 2 études de cohorte ont étudiées l’impact de la télévision et des médias. BS Centerwall en 1992 (1) a montré que sur l’évolution des homicides en 40 ans au Canada, USA, et Afrique du Sud, la seule introduction de la télévision provoquait un doublement des homicides en 25 ans.

On constatait aussi une augmentation de 160 % des agressions physiques entre le CP et le CE1 dans une petite ville isolée du Canada dès l’introduction de la TV entre 1973 et 1975. Un tiers des sujets emprisonnés pour agression admet avoir imité des gestes observés à la télévision. Dans la 2e étude, Johnson (2) a suivi 707 familles de l’état de New York sur 15 ans et noté une corrélation entre la violence et du nombre d’heures quotidiennes passées devant la télé.

Un inventaire recensant les actes de violence vus à la télévision française dans l’année 1988 et publié dans le journal Le Point (3) révèle des chiffres accablants : 670 meurtres, 15 viols, 848 bagarres, 419 fusillades, 11 hold-up, 8 suicides, 14 enlèvements, 32 prises d’otage, 27 scènes de torture, 18 drogués, 9 défenestration, 13 tentatives de strangulation et 11 scènes de guerre.

Actuellement, près de 50 % des enfants (résidant en ville ou à la campagne) ont la télé comme loisir après l ‘école d’après une étude de l’UNESCO réalisée sur 23 pays (4). D’après une commission anglaise de recherche indépendante sur la TV, 46 % des enfants en possèdent une dans leur chambre et 43 % des parents seulement surveillent ce que regardent leurs enfants. Elle influence à 75 % leur façon de parler, à 60 % celle de s’habiller et de se comporter d’après leurs parents. D’après l’étude nationale américaine sur la violence à la télévision, 61 % des programmes montrent de la violence, 71 % montrent des scènes violentes sans remords, 54 % d’entre elles sont létales, 42 % des scènes violentes associent de l’humour.

L’étude de Johnson (2) mentionne 20 à 25 actes violents par heure dans des programmes pour enfant et 3 à 5 actes sont montrés en 1re partie de soirée. La quantité hebdomadaire regardée par les jeunes décroît avec l’âge : 28 h entre 2 et 5 ans, 23 h de 6 à 11 ans, 21 h entre 12 et 17 ans (5) d’après les données du rapport Nielsen dans les années 1980 mais on a constaté l’absence de changement significatif depuis.

1/5e des enfants regardent la télévision plus de 6 heures par jour aux USA (6). Par ailleurs on évalue à 04 h 30 la quantité moyenne de télé des jeunes américains de 2 à 7 ans ; les jeunes français y consacrent, pour leur part, 02 h 30 ce qui les situe parmi les plus grands consommateurs d’Europe (3). Enfin on estime qu’un enfant américain aura passé 7 ans de sa vie devant sa télé quand il atteindra ses 70 ans (7).

Les études montrent que les programmes les plus nocifs pour les jeunes, de ce fait, sont les films violents y compris certains dessins animés (4), les infos des journaux télévisés qui font montre de réalisme (3) et l’impact le plus important est obtenu par l’association de la violence avec des images érotiques (4). A noter que les clips vidéos diffusés en permanence sur la chaîne musicale MTV contiennent 75 % d’images violentes et 50 % d’images à connotation sexuelles ; cette chaîne est regardée par les adolescents quotidiennement pendant plusieurs heures (5). Les séries télé type soap opéra contiennent elles même 16 références sexuelle horaire.

14000 références sexuelles sont montrées annuellement dans les programmes télé sans compter les pubs mais seulement 150 concernent la contraception et la prévention MST (7). Tout ceci favorise les relations sexuelles précoces et les grossesses chez les adolescentes et propose peu de modèles féminins émancipés et avec une réussite professionnelle (7).

On a aussi constaté que beaucoup d’émissions pour enfants sont sponsorisées par des sociétés de jouets (toys-based programs) commercialisant des produits dérivés de séries (spin off products) renforçant ainsi la programmation de films et dessins animés montrant de la violence (5). Le nombre des émissions pour la jeunesse, surtout de bonne qualité, semble insuffisant ( < 10 %) ce qui incite les jeunes à regarder des émissions pour adultes totalement inadaptées pour leur âge (5).

La publicité renforce aussi la violence par l’incitation à la consommation d’alcool (2000 publicités de bières et vins sont diffusées annuellement aux USA) alors que les jeunes grignotent et consomment déjà de l’alcool en regardant la télévision dans un cadre social ou afin de diminuer le stress, ce qui amplifie leur alcoolisme. La suppression de ces publicités en Suède a diminué la consommation individuelle de 20 % (5).

L’usage de la télévision favorise aussi l’obésité en diminuant notablement l’activité physique selon les données du National Health and Examination Survey (5). Augmenter la consommation quotidienne de télé d’une heure chez les adolescents revient à augmenter la prévalence de l’obésité de 2 % (5).

Les études montrent également une recrudescence de l’agressivité chez les jeunes après qu’ils aient vu des images violentes. Les garçons sont plus touchés que les filles car ils préfèrent à 44 % regarder des programmes montrant de l’action et des combats alors qu’elles choisissent à 36 % les émissions divertissantes (6).

Certains garçons à caractère agressif s’identifient plus facilement aux héros combatifs dont ils reproduisent le comportement dans la réalité comme dans la fiction qu’ils ont regardé (4). L’impact de la violence est le plus fort chez le moins de 6 ans et diminue progressivement avec l’âge. Toutefois, on a relevé, parmi les jeunes arrêtés pour crime, un taux de 8 % pour les moins de 12 ans et de 23 % pour les 13-14 ans (6).

Des études américaines ont montré un taux de violence important dans la population afro-américaine (6) mais le facteur racial ne doit être généralisé car il est tempéré par le statut socio-économique de l’éducation parentale (6) ; en revanche la télévision véhicule beaucoup de stéréotypes raciaux (5). Les références culturelles (2), le degré de violence intrasèque de la famille, son caractère mono, biparental ou recomposé (4) influent sur la violence ainsi qu’une sélection qualitative et quantitative des programmes mais tout cela reste marginal par rapport à la quantité quotidienne de télé visionnée (6).

On entend par violence les actes perpétués à l’école ou dans le voisinage (vols, bagarres, usage des armes à feu ou blanches) (2,4,6). Il faut noter que les enfants sont victimes ou témoins des scènes mais dans les 2 cas, leur goût de la violence et leur esprit de revanche s’en trouvent renforcés. (6).

Au niveau cognitif, on a montré une interaction permanente entre la perception de l’image, l’affect et la physiologie. De ce fait, la violence interpelle les sujets les plus agressifs et exacerbe leur recherche d’images avec de la violence. La diffusion de ces images au ralenti, de façon répétée permet d’ailleurs leur analyse et leur mémorisation puis leur reproduction (4), dès le plus jeune âge (1). Le passage à l’acte survient donc après une période d’imprégnation tout d’abord, de désensibilisation ensuite et enfin de désinhibition (1).

Il faut bien être conscient que cette violence génèrera des états de stress post-traumatique, de la dépression et de l’anxiété (6). Les sujets porteurs de troubles psychiatriques (autisme, schizophrénie, troubles de l’attention et hyperactivité) sont particulièrement perturbés par ces images (4). Tous ces phénomènes sont amplifiés par les cassettes vidéos et DVD, les jeux vidéo, Internet et le Câble qui n’offrent que l’embarras du choix (4).

Face à tout cela, certaines sociétés pédiatriques, certains pouvoirs publics et des médecins insistent sur la nécessité d’une prise de conscience, d’une prévention et d’éducation du public, des professionnels de santé, des réalisateurs et des industries cinématographiques, des médias et politiques et des publicitaires (1,4). Ils envisagent d’instaurer des quotas de diffusion de la violence (1) et de diminuer la diffusion de publicités pendant les programmes pour la jeunesse (7,7). Ils préconisent de limiter la télévision à 2 heures par jour (1,3,4,7), de favoriser des programmes éducatifs adaptés qui sont actuellement en nombre insuffisant et devraient être offerts au moins 1 heure par jour sur toutes les chaînes (7).

Ils recommandent de constituer chez soi une vidéothèque pouvant se substituer à des programmes de mauvaise qualité (5.7). Ils conseillent de sensibiliser les parents sur l’impact des images de violence et à caractère pornographique chez les enfants et adolescents et leur recommandent d’instaurer un dialogue avec eux pour commenter ces images (4,5,7). Ils recommandent d’encourager les activités extrascolaires sportives, artistiques et créatives (7) à la place de l’usage de la télévision. Il faut noter que la surveillance des fréquentations et des occupations extrascolaires et l’institution des règles de bonnes conduites avec punition en cas de transgression (6) permettent de juguler la violence.

Ils mentionnent aussi que l’obésité et l’utilisation des substances addictives sont associées à l’usage de la télévision (7).

Ils considèrent que la télévision pourrait favoriser le discours sur la contraception (5,7), la prévention des MST et l’émancipation professionnelle des femmes. Ils recommandent aussi l’instauration d’une prise en charge psychologique « anti-violence » lors de consultations dans l’urgence pour désamorcer les phénomènes de réaction en chaîne (6).

Au niveau industriel, des projets de téléviseurs avec cadenas électroniques doivent être envisagés (1). Il pourrait être proposé d’inclure dans les programmes un taux minimum légal d’émissions faites par les associations qui mettent en garde contre les effets de la télévision ainsi qu’un certain nombre de publicité et de clips vidéo donnant des messages avertissant sur la dangerosité éventuelle des média visuels (5).

Conclusion

Ainsi, la télévision a un impact non négligeable sur les jeunes qui imitent ce qu’ils voient. L’ensemble des études ayant démontré ces effets sont principalement américaines ce qui ne rend pas tout transposable à l’échelle européenne et française en terme de criminalité mais sensible tout de même à ce problème. Par ailleurs, il faut noter que beaucoup de programmes viennent des USA, c’est pourquoi il faut anticiper certains comportements (voir notamment la polémique autour de certains programmes de type « Jackass » incitant à des paris stupides dans les cours de récréations comme d’étrangler ses camarades ou de sauter dessus pour leur exploser la rate ou encore de traverser l’autoroute).

Il faut créer des campagnes de prévention et cibler plus particulièrement les individus à risque. L’étude de la télévision sur un plan médical reste, de ce point de vue, un domaine ouvrant encore de nombreuses pistes de recherche.

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Références

1. Centerwall B. Television and violence. The scale of the problem and where to go from here, JAMA, 1992 ; 267 : 3059-3063.

2. Johnson JG, Cohen P, Smailes EM, Kasen S, Brook JS. Television viewing and aggressive behaviour during adolescence and adulthood. Science, 2002 ; 295 : 2468-2471.

3. Sallin-Solary J, Lalardrie B. Télévision graine de violence. Quotidien impact médecin, 1992 ; 244 : 3.

4. Browne K, Hamilton-Giachristsis C. The influence of violent media on children and adolescents : a public-healt approach. Lancet, 2005 ; 365 : 702-710.

5. Strasburger V. More voices join medicine in expressing concern over amount, content of what children see on TV.JAMA, 1988 ; 260 : 1831-1834.

6. Singer MI, Miller DB, Guo S, Flannery DJ, Frierson T, Slovak K. Contributors to violent behavior among elementary and middle school children. Pediatrics, 1999 ; 104 : 878 – 884.

7. American Academy of Pediatrics. Children, adolescents and television.Pediatrics, 1990 ; 85 : 1119-1120 .

Démocratie sans bulletins... Monolecte Reporterre 2009/06/11 Monolecte (11 juin 2009) Démocratie sans bulletins.... Reporterre. Tribune — fr

Démocratie sans bulletins...

Ennuyeux, non, toutes ces listes... Alors, on n’imprime pas les bulletins des « marginales ». Et voilà comment, par inattentions successives, la démocratie se délite.

Le grand absent du scrutin : le bulletin de vote

Pendant que le petit landernau politico-médiatique piaille autour des résultats de l’élection européenne de dimanche dernier, chacun cherchant à tirer la couverture à soi par une interprétation plus ou moins capillotractée des pourcentages microscopiques récoltés, la question, pourtant centrale, de la légitimité démocratique de ce scrutin est gentiment poussée du bout de l’escarpin sous le tapis élimé des vieilles habitudes qui ronronnent sans fin.

Comme à chaque fois après un petit tour d’urnes, ça négocie sec dans les coulisses de la démocratie bon teint, tout le monde déjà braqué vers la prochaine échéance. Se faire élire est tellement un boulot à plein temps, qu’on se demande qui peut bien s’occuper de faire bouillir la marmite entre deux coups de bourre. Quoi qu’il en soit, la guerre des chefs est largement reprise et commentée de toute part — il paraît que ça s’appelle la politique — et du coup, il ne reste plus grand monde pour se poser la question de ce qui a bien pu se passer dimanche dernier dans l’intimité moite des isoloirs. C’est aussi ce qui fait que je ne regrette pas d’y être allée : avoir pu constater de mes yeux que toutes les listes engagées dans la course à l’échalote n’avaient pas de bulletin de vote disponible.

Quand bien même cela ne serait arrivé que chez moi, dans mon microbled, pour la liste obscure et anecdotique des amateurs de peau de saucisson d’âne, le simple fait qu’il ne soit pas matériellement possible de voter pour un candidat me fait littéralement sortir les yeux de la tête. Mais apprendre, de-ci, de-là, que la sublimation de bulletins de vote n’a pas été l’exception qui confirme la règle, mais la règle, que c’est même d’une telle banalité que nul n’a songé à relevé cette aberration, me laisse KO debout.

Je n’étais pas dans un bureau de vote, mais dans un self-service électoral, à espérer que le gars devant moi ne va pas se goinfrer la dernière portion de tarte au citron, parce qu’il n’est pas question que je mange un yaourt 0%, le dernier truc pas bon qui reste, une fois que tout le monde s’est servi. J’avais commencé par prendre un exemplaire de chaque bulletin, dans le louable effort de ne pas afficher mes opinions. Mais arrivée aux tas du fond, j’ai bien dû renoncer à prendre le dernier LO. Lutte Ouvrière, merde ! Ce n’est quand même pas le parti des Escargots rouges à réaction ! 8 bulletins reçus pour une grosse centaine d’électeurs !

On me dira : c’est de la faute à LO. Trop radins. Pas assez riches.

Mais quand on repense à l’histoire racontée par SuperNo :

Je suis allé voter vers 16h00. Avec SuperNonotte. Stupeur en arrivant dans le bureau de vote par ailleurs quasi désert : la moitié des piles de bulletin étaient vides ! Et pas seulement celles des “petites listes” comme Europe-Décroissance et quelques autres qui n’avaient pas les moyens d’imprimer leur bulletin, car en France, contrairement à ce qui se passe en Allemagne, l’État ne paie pas l’impression des bulletins de vote ou des professions de foi ! Honte et déni de démocratie !

Mais là, il n’y avait pas non plus de Europe-Écologie, par exemple ! SuperNonotte m’a retenu pour que je ne fasse pas un scandale ! Car évidemment les bulletins de l’UMP étaient présents, tout comme ceux des zécolos de droite de Waechter, qui ont dû gagner quelques voix par ce procédé peu reluisant. A quand la méthode nord-coréenne, avec seulement des bulletins UMP ?

On nous a expliqué que des bulletins n’étaient pas arrivés. Quant à ceux d’Europe-Écologie, il a fallu que Madame le maire daigne aller en chercher une pile dans son armoire !

Qu’est-ce qui nous arrive ? Comment en est-on arrivé à trouver ça normal, juste à côté des machines à voter que personne ne peut contrôler ou des élus à chaussettes très très montantes... ça, et puis le reste, les électeurs fantômes, ceux qui sortent de leur tombe ou ceux qui ne crachent pas sur une juste rétribution de leur effort démocratique. Du coup, j’ai un peu l’air d’une hystérique avec mes histoires de bulletins de vote manquants, au gré du vent, des livraisons, de l’humeur du maire... ou quand je m’insurge sur notre démocratie canada dry. C’est sûr, comparé à l’œuvre civilisatrice du tellement regrettable Omar Bongo, il nous reste encore quelques belles volées de marches à dégringoler sur les fesses, mais quand même, un peu de vigilance citoyenne ne nous ferait pas de mal, par les temps qui courent.

Parce que c’est quand même grave, non, de ne pouvoir voter pour la liste de son choix ? Imaginez deux secondes tante Agathe, dans son sprint final vers l’isoloir, en train de se démêler les pinceaux de son déambulateur et qui échoue sur une table à moitié dévastée :

* "Mais où qu’il est le bulletin d’Arlette ? Et l’Escargot rigolo ? Comment que je fais, moi, pour voter pour eux ?" * "Ben, c’est qu’on n’en a plus en stock. Manière, c’est plus Arlette non plus, ma bonne dame. Et pour l’Escargot, faut rentrer chez vous, aller le chercher sur Internet, l’imprimer et revenir voter". * "Inter quoi ?"

Manière, on s’en fout, tante Agathe ne sait même pas que l’escargot rigolo existe, vu qu’il n’avait pas assez de sous non plus pour la profession de foi et que personne n’a tenté de faire un semblant de couverture médiatique de cette fichue campagne.

Si on a l’esprit joueur ou un peu pervers (voire les deux !), on peut même imaginer les prochaines élections :

* "Bonjour, ils sont où les bulletins de Gauche ?" * "Ha ben, vous savez, maintenant, faut les télécharger sur Internet et les imprimer vous-même avant de venir voter." * "C’est con, ça, j’ai plus de connexion depuis qu’Hadopi m’a coupé le kiki !" * "Ha ouais, c’est con. Mais j’ai encore plein de bulletins UMP, si vous voulez... Ça peut toujours dépanner. Vous savez ce qu’on dit : l’essentiel, c’est de voter, hein !"

Dilution démocratique dans un gâchis apocalyptique de papier...

Ne pourrait-on imaginer le retour de l’Imprimerie Nationale pour les élections ? Une feuille A4 recto/verso en niveaux de gris pour la profession de foi et un bulletin de vote unique avec case à cocher pour choisir son parti ou son élu, plus les cases vote blanc et rien à foutre de ces élections, vu le choix qu’il y a. Égalité des candidats, démocratie améliorée et réduction drastique du papier gâché.

Le prochain coup, votez pour moi !

Il est temps de clore la procédure contre Stéphane Lhomme Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/06/11 Réseau Sortir du nucléaire (11 juin 2009) Il est temps de clore la procédure contre Stéphane Lhomme. Reporterre. fr

Il est temps de clore la procédure contre Stéphane Lhomme

Depuis trois ans, Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, subit une procédure judiciaire sans même avoir accès à son dossier. Une pétition demande la clôture de cette procédure hors normes.

Appel pour un classement « sans suites » en faveur de Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », menacé de 5 ans de prison pour avoir révélé la vulnérabilité du réacteur nucléaire EPR en cas de crash d’avion de ligne

Nous, soussignés, demandons un classement « sans suites » de la procédure en cours pour Stéphane Lhomme, porte parole du Réseau « Sortir du nucléaire », soupçonné de « terrorisme » et menacé de 5 ans de prison.

En novembre 2003, le Réseau « Sortir du nucléaire » révèle qu’il détient un document confidentiel défense issu d’EDF qui reconnaît que, contrairement à ce que prétendent les autorités françaises, le réacteur français EPR n’est pas conçu pour résister à un crash d’avion de ligne. Ce document a été évoqué à de nombreuses reprises dans la presse, et a jeté le trouble sur le débat public officiel organisé en 2005 et 2006 sur le réacteur EPR : la Commission nationale du débat public a même censuré la contribution de « Sortir du nucléaire » qui évoquait le fameux document.

En mai 2006 et mars 2008, Stéphane Lhomme, porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », a été placé en garde à vue par la DST (aujourd’hui DCRI), sur réquisition du Parquet de Paris... section antiterroriste. Accusé de « compromission du secret de la défense nationale », alors qu’il n’a fait que son devoir de citoyen, Stéphane Lhomme risque 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Depuis mai 2006, Stéphane Lhomme est visé par une « enquête préliminaire » bien curieuse puisqu’elle court... depuis plus de trois ans : une durée tout à fait hors norme. Les conséquences principales de ce « sur-place » judiciaire sont l’impossibilité d’accéder au dossier et le fait de garder sur la tête une « épée de Damoclès » de 5 ans de prison.

Le 4 avril 2008, le vice-procureur Alexandre Plantevin, sollicité à plusieurs reprises par l’avocat du Réseau « Sortir du nucléaire » Me Busson, avait enfin répondu, assurant que l’accès au dossier serait possible « sous quinzaine », dès que la DST aurait « transmis les derniers actes effectués ». Or, plus d’un an après, malgré d’autres relances, rien n’a changé.

Aussi, le 4 mai 2009, Réseau « Sortir du nucléaire » a saisi Laurent Le Mesle, Procureur général près la Cours d’appel de Paris. Nous soutenons cette démarche, demandons la clôture de l’enquête préliminaire et, surtout, demandons un classement « sans suites » en faveur de Stéphane Lhomme.

Par ailleurs, toujours dans cette affaire de document confidentiel défense, EDF aurait mis en place des opérations illégales d’espionnage (*) de Stéphane Lhomme et du Réseau « Sortir du nucléaire », lesquels se sont constitués parties-civiles. Nous demandons là aussi à ce que toute la vérité soit faite.

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(*) Dans son édition du 8 avril 2009, le Canard enchaîné affirme que, depuis 2006, EDF a placé Stéphane Lhomme sous surveillance par le biais de sociétés privées. Le magazine Le Point, dans son édition du 23 avril 2009, affirme que « La boîte mail de Stéphane Lhomme aurait été espionnée grâce à un contact chez Wanadoo ».

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Premiers signataires :

Corinne Lepage (CAP 21), Noël Mamère (Les Verts), Olivier Besancenot (NPA), José Bové (Europe écologie), Jean-marie Harribey (co-président d’Attac), Cécile Duflot (Secrétaire nationale des Verts), Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche), Roland Desbordes (Président de la commission de recherche et d’information sur la radioactivité (CRIIRAD)), Eugène Riguidel (navigateur), Michel Verna (Membre du conseil national de Génération Ecologie), Gustave Massiah (économiste), Gilles Lemaire (Attac - faucheur d’OGM), Bernard Laponche (Expert indépendant), Philippe Chesnau (Vice président du Conseil Régional provence Alpes Cote d’Azur), Gilles Kuntz (Les Alternatifs - Conseiller municipal de Grenoble), Alain Touleron (Les Alternatifs - Adjoint au Maire de Vaulx-en-Velin (69120)), Myriam Martin (Membre du NPA - Tête de liste NPA Européennes sud ouest), Christophe Ondet (Secrétaire National du Parti Pour La Décroissance), Hervé Guerrera (Conseiller Municipal d’Aix-en-Provence, conseiller communautaire), Michael Lowy (chercheur - 75013 Paris), Simon Charbonneau (Professeur de droit de l’environnement), Collectif BELLACIAO (75011 Paris), Ferrario Roberto (Porte-parole de Bellaciao.org (75000 Paris)...

L’élevage reste la principale cause de la déforestation de l’Amazonie Greenpeace Reporterre 2009/06/12 Greenpeace (12 juin 2009) L’élevage reste la principale cause de la déforestation de l’Amazonie. Reporterre. fr

L’élevage reste la principale cause de la déforestation de l’Amazonie

Après 3 années d’enquête au cœur de la filière de l’élevage brésilien, Greenpeace publie un rapport en forme de réquisitoire contre ce qui est le 1er moteur actuel de la déforestation au Brésil et dans le monde. Ce rapport démontre l’urgence d’actions – à tous les niveaux - sur la filière bovine brésilienne pour préserver la forêt amazonienne et le climat.

L’élevage est responsable de 80% de la déforestation amazonienne, ce qui représente 14% de la déforestation annuelle de la planète. La destruction progressive de la forêt amazonienne, par abattage et brulis, fait du Brésil le 4e émetteur mondial de gaz à effet de serre. Le pays possède le plus grand cheptel commercial du monde. Il est le premier exportateur mondial de bœuf et de cuir et son gouvernement entend voir sa part sur le marché mondial doubler d’ici à 2018. « Mais cette expansion se fait sur l’avancée des frontières de la déforestation où les éleveurs profitent d’un manque patent de gouvernance », explique Grégoire Lejonc, chargé de campagne forêts chez Greenpeace France.

Le gouvernement brésilien soutient l’élevage et légalise la déforestation illégale

Le gouvernement brésilien a lui-même une attitude plus qu’ambiguë vis-à-vis de la préservation de la forêt amazonienne et du climat. D’un coté, le président Lula a annoncé récemment un plan d’action contre le changement climatique qui doit voir ce pays réduire de 72% le déboisement illégal d’ici 2018. « Or, ce rapport prouve clairement que 90% de la déforestation annuelle en Amazonie est illégale tandis que des lois régularisant de facto des terres accaparées illégalement pour l’élevage ont été adoptées récemment », explique Grégoire Lejonc. « Le gouvernement est l’un des principaux bailleurs de fonds et actionnaires du secteur de l’élevage en Amazonie, ce qui fait de lui un véritable promoteur de la déforestation amazonienne », poursuit-il.

Le tour du monde des marques complices indirectes de la déforestation

Greenpeace a pu remonter jusqu’aux produits de l’élevage et donc de la déforestation amazonienne. Du cuir des baskets Nike, Reebok ou Adidas, aux produits Louis Vuitton ou Gucci en passant par la viande des plats préparés servis sur le réseau SNCF, ou les produits commercialisés par Carrefour ou Casino au Brésil, le rapport fait un véritable « tour du monde » des marques impliquées indirectement dans la déforestation amazonienne. Répondant à l’interpellation de Greenpeace, nombre de ces marques déclarent ne pas avoir connaissance de l’implication de leurs fournisseurs dans la déforestation. « On a affaire à une filière aveugle et tentaculaire. Nous appelons toutes les entreprises impliquées à moraliser leurs approvisionnements », conclut Grégoire Lejonc.

Le rapport a été salué par le ministre de l’environnement brésilien lui-même, Carlos Minc, lors d’une conférence de presse le mardi 2 juin.

Greenpeace demande que : - les nombreuses entreprises et marques citées dénoncent leurs contrats avec leurs fournisseurs et cessent d’alimenter la déforestation - le gouvernement brésilien cesse de cautionner l’avancée de la déforestation en subventionnant et en légalisant le développement anarchique de l’élevage - un fonds international de lutte contre la déforestation tropicale soit adopté, dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique (conférence de Copenhague), prévoyant un mécanisme de contribution obligatoire des pays industrialisés.

Compter avec les 3,63 % de l’Alliance Ecologiste Michel Villeneuve Reporterre 2009/06/12 Michel Villeneuve (12 juin 2009) Compter avec les 3,63 % de l’Alliance Ecologiste. Reporterre. Tribune — fr

Compter avec les 3,63 % de l’Alliance Ecologiste

Comment assurer une présence des écologistes non seulement au Parlement de Strasbourg, mais aussi dans les instances nationales ?

Les écologistes, aussi bien ceux de la liste Cohn-Bendit que ceux de la liste de l’Alliance écologiste indépendante (dont la presse ne parle jamais), ont, à juste titre, le droit d’être satisfaits de l’élection européenne. Ce n’est en effet pas tous les jours que les écologistes bousculent des grandes formations comme le PS. Mais ils devraient être conscients de la vraie nature de ce vote s’ils ne veulent pas d’une victoire à la « Pyrrhus ».

Est-ce que cette poussée électorale veut dire que les français sont devenus écologistes en deux ans (Dominique Voynet n’ayant fait que 1.57% à la présidentielle de 2007) ou que c’est un vote de circonstance ? Pour cela, il faut tout d’abord bien regarder d’où viennent les voix et qui les a guidées vers le bercail écologiste. Il faut ensuite voir ce que cette « poussée de fièvre régulière » au moment des européennes (et qui retombe ensuite dans les élections nationales) dissimule.

En ce qui concerne les voix « de l’Alliance Ecologiste Indépendante » (pourcentage situé au dessus de 3.5%) elles viennent des écologistes indépendants traditionnels tandis que les voix de la liste « Europe Ecologie » viennent de l’électorat des Verts (3 à 6%) augmenté de celui des mécontents du PS et des sympathisants du « Modem » en désaccord avec la stratégie du chef.

Toutes ces voix errantes ont été guidées progressivement vers la liste de Daniel Cohn-Bendit par un mise en condition médiatique que l’on n’avait pas revue depuis les apparitions miraculeuses de Ségolène Royal lors de la présidentielle de 2007. Le but non avoué des sponsors de cette liste étant de faire chuter Bayrou sur l’obstacle vert au départ de la course pour la présidentielle de 2012.

Pour l’ « Alliance Ecologiste Indépendante » qui ne doit rien à personne (sauf à ses électeurs habituels) il y aura probablement une faible érosion dans les prochaines échéances tandis que pour le rassemblement de Daniel Cohn-Bendit il y a le risque que les voix les « empruntées » aux autres partis ne retournent à la maison. Cet électorat infidèle qui a abandonné le PS à plusieurs reprises (pour Brice Lalonde en 1992 et pour Bernard Tapie en 1994) retournera dans le giron du PS quand celui–ci affrontera des échéances nationales. En somme, ces électeurs volages envoient un « avertissement avec frais » à la direction du PS laquelle n’a pas retrouvé son équilibre depuis l’exil volontaire en île de Ré de L. Jospin.

Mais un deuxième danger plus grave encore menace les écologistes. Il ne faudrait pas, en effet, que l’électorat prenne l’habitude de considérer que le rôle de l’Union Européenne est de s’occuper principalement des questions d’environnement tandis que les questions économiques, sociales et sécuritaires seraient du ressort des élections nationales.

Bref, il serait dangereux pour la cause écologistes qu’il n’y ait des élus écologistes qu’au Parlement européen (dans l’espoir qu’ils ramèneront de Bruxelles des budgets suffisants pour éviter des taxes environnementales locales) et pas dans les municipalités (comme à Marseille où il n’y a pas un seul élu de la majorité au conseil municipal),dans les régions ou bine encore et à l’Assemblée Nationale. C’est un risque réel ; il n’y a qu’à regarder le nombre d’élus écologistes à l’Assemblée Nationale pour s’en convaincre.

Finalement le revers de la médaille décernée dimanche dernier aux écologistes par les électeurs serait leur exil à Strasbourg dans un temple dédié à l’environnement ce qui dédouanerait les citoyens de tout effort local en faveur de la Planète. Il ne faudrait pas que « l’écologisme » qui est un nouveau « système politique » soit rangé dans la catégorie « cause humanitaire » à laquelle on accorderait des voix aux élections européennes comme on donne son obole aux quêtes de la « Croix Rouge » et au Téléthon pour apaiser sa mauvaise conscience.

Si les écologistes de la liste « Europe Ecologie » prennent conscience qu’on peut leur retirer à tout moment l’échelle qui les a fait grimper dans les urnes, cette « poussée verte » aura servi à quelque chose. Si au contraire ils se reposent sur leurs nouveaux lauriers et refusent à nouveau toute alliance avec d’autres écologistes, on pourra dire qu’ils auront raté une fois encore une excellente occasion de fidéliser un électorat suffisamment important pour peser sur les choix nationaux et locaux.

Si les nouveaux députés verts se contentent d’envoyer des directives dont la non exécution par les gouvernements n’affecte que les contribuables, ils auront transformé la poussée écologiste du 7 juin 2009 en un show médiatique digne de la « star académie ».

La fiscalité environnementale, oui, mais avec la justice sociale Attac Reporterre 2009/06/13 Attac (13 juin 2009) La fiscalité environnementale, oui, mais avec la justice sociale. Reporterre. Tribune — fr

La fiscalité environnementale, oui, mais avec la justice sociale

La démarche engagée par le gouvernement sur les taxes énergétiques est insuffisante et contradictoire.

Le gouvernement français vient d’annoncer la mise à l’étude d’une contribution climat-énergie et il organise pour cela une conférence d’experts les 2 et 3 juillet 2009. Un Livre blanc a été produit, il est consultable à l’adresse suivante : http://www.contributionclimatenergie.fr/.

Pour répondre aux défis du changement climatique et aux engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’association Attac est favorable à la mise en place de taxes nouvelles. Les besoins de financement pour faire face à l’urgence climatique sont considérables. Il s’agit en effet à la fois d’inciter à des économies d’énergie et à la sobriété énergétique et de dégager des ressources nouvelles pour financer des politiques publiques de reconversion des industries les plus polluantes, de soutien à l’agriculture paysanne, de développement des transports publics et de mise aux normes des logements sociaux, de participation au fonds mondial de lutte contre le changement climatique dans le cadre de l’ONU.

Le Livre blanc indique les pistes choisies pour répondre au défi climatique. Elles nous paraissent, en l’état, non seulement insuffisantes mais contradictoires :

- les objectifs de réduction des émissions (moins 20% d’ici 2020) sont insuffisants : ils reprennent a minima ceux du plan climat-énergie de l’Union européenne ; ils n’intègrent ni la possibilité de les porter à 30% comme l’indiquait l’UE, ni les recommandations du GIEC de les porter à 40% d’ici 2020 pour les pays riches. - cette contribution aurait un effet seulement incitatif et ne permettrait pas de dégager des ressources nouvelles, pourtant nécessaires : « les ressources nouvelles financeront en contrepartie le baisse d’autres prélèvements obligatoires », en particulier les prélèvements sur la masse salariale qui financent la protection sociale ! - cette contribution serait socialement injuste : s’il s’agit, comme l’indique le Livre blanc, de protéger l’emploi et le pouvoir d’achat des plus fragiles, qui sera affecté par la hausse du prix des produits taxés, c’est le développement massif et rapide de consommations collectives, financé par des ressources publiques, qu’il s’agit de promouvoir. Les transports et la consommation énergétique en matière d’habitat, qui constituent deux postes essentiels des budgets et des sources majeures d’émission de gaz à effet de serre, requièrent des politiques publiques qui sortent les plus démunis de la « trappe à carbone ». - seule une taxe CO2, portant sur les énergies fossiles, semble envisagée alors que c’est l’ensemble des consommations énergétiques, électricité comprise, qui devrait faire partie de la taxe. - les entreprises déjà soumises à des objectifs de réduction des émissions dans le cadre de la politique européenne (elles représentent 38% des émissions totales de la France) et qui ont accès au marché européen des droits d’émission créé en 2005, pourraient être exemptées de taxation, alors que ce marché des droits à polluer s’est révélé plus efficace pour stimuler la spéculation financière que pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La fiscalité écologique est un des outils indispensables pour faire face aux défis du changement climatique et de la transition énergétique. Elle ne peut toutefois être étudiée indépendamment de la fiscalité globale et indépendamment d’autres mesures, notamment réglementaires. Un débat public doit s’instaurer sur toutes ces questions pour assurer une justice climatique dans le cadre de choix démocratiques. C’est pour cela qu’Attac avait organisé le 1er février 2008 une table ronde sur la fiscalité écologique, avec la CGT, le SNUI, les Amis de la Terre, le Réseau Action Climat : compte-rendu ici : http://www.france.attac.org/spip.ph...

En phase avec l’histoire / In synch with history Hervé Kempf Reporterre 2009/06/15 Hervé Kempf (15 juin 2009) En phase avec l’histoire / In synch with history. Reporterre. Tribune — fr

En phase avec l’histoire / In synch with history

Le résultat des écologistes aux élections européennes du 7 juin : une victoire des idées. English text : link at the end, below.

Une hirondelle ne fait pas le printemps, l’élection européenne est particulière, l’abstention était massive, la droite renforce sa majorité au Parlement européen. Certes. D’accord. Ja. Yes. Si. Kyllä. Taip. Tok. Ano. Oui.

Il est cependant légitime de penser que le bon résultat des écologistes aux élections européennes du 7 juin (environ 20 % en France si l’on n’oublie pas les 3,63 % de l’Alliance écologiste indépendante, qui s’ajoutent aux 16,28 % d’Europe Ecologie), légitime de penser, donc, qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille ou d’un accident permis par des circonstances exceptionnelles.

Le long cheminement de l’écologie politique amorcé en 1974 avec René Dumont, marque malgré ses succès, rechutes, divisions, hésitations, une ascension régulière. Et le succès du 7 juin peut donc être pris pour ce qu’il est : l’accession à la maturité politique de l’écologie.

Premier point, le plus important : Europe Ecologie a gagné sur le terrain des idées. Reconnaissant pleinement la gravité de la crise écologique, la liste a su articuler ce constat à la question sociale. Ses propositions sur l’agriculture, l’énergie, la biodiversité s’emboîtent logiquement, en période de bouleversement économique, avec l’idée de conversion écologique de l’économie et avec celle d’un bouclier social visant à corriger les inégalités (revenu maximum). En fait, l’analyse de l’écologie politique correspond à la situation historique. A contrario, la chute du Parti socialiste découle de la décrépitude intellectuelle de ce parti, qui semble avoir arrêté de penser depuis... trop longtemps.

Cela signifie que l’avenir de l’écologie politique dépend de sa capacité à enrichir et faire vivre sa réflexion, notamment par rapport au souci de rendre la transformation écologique non seulement acceptable, mais désirable, par les classes moyennes et par les classes populaires.

Deuxième point : une pratique politique collective. Malgré la pression du système médiatique qui ne veut voir que des vedettes - et de préférence une seule -, le succès d’Europe Ecologie tient au fait que de fortes et diverses personnalités ont su travailler ensemble, démontrant cette évidence que dissimule la psychologie capitaliste : la coopération est plus efficace que la concurrence.

Troisième réussite, encore potentielle, et qui est une clé des succès à venir : ne pas réduire la démocratie à sa seule dimension de représentation, mais impliquer les citoyens dans des actions non violentes animant le débat politique. A cet égard, on suivra avec attention la mobilisation lancée autour de la conférence sur le climat à Copenhague, ou les interventions malicieuses de collectifs tels que Sauvons les riches.

Reste la question des alliances avec d’autres forces, qui fait le miel de commentateurs politiques beaucoup plus avertis que ce modeste chroniqueur. Qui se contentera de penser que si les écologistes parviennent à maintenir leur présente énergie intellectuelle, coopérative et démocratique, le reste viendra de surcroît.

Internet est un mur immense Arsène Reporterre 2009/06/15 Arsène (15 juin 2009) Internet est un mur immense. Reporterre. Tribune — Numérique fr

Internet est un mur immense

« L’autre réseau » était un bon site d’informations. Jusqu’à ce qu’il s’arrête. Son animateur explique cet arrêt - et son retour à la vraie vie.

Merci de prendre de mes nouvelles, et mes excuses pour cette réponse tardive, mais il se trouve que depuis le jour où j’ai fermé L’Autre Réseau « pour cause de désertion », j’ai aussi résilié dans la foulée mon abonnement à Internet, fais un petit voyage loin de tout et je n’ai pas consulté mes mails jusqu’à aujourd’hui.

Alors je vais essayer de répondre à votre question : qu’est-ce qui se passe ? Cela fait maintenant 12 ans que je suis connecté sur Internet quotidiennement, et si vous connaissez mon identité, vous savez sans doute que j’ai essayé, dans la mesure de mes moyens, de soutenir Rezo depuis le jour de son ouverture. L’aventure de L’Autre Réseau aura été fulgurante : aux 10 années de Rezo, je n’ai à opposer que 8 petits mois. Mais ce que j’ai compris de choses pendant ces 8 mois !

En faisant tourner L’Autre Réseau, je me suis rendu compte, jour après jour, de la difficulté de tenir cette position : on veut soutenir, par exemple, les Indigènes, et l’on soutient du même coup certaines formes de positions identitaires, on veut soutenir les luttes des femmes, et l’on soutient la haine des hommes, on veut soutenir la lutte contre les discriminations, et l’on soutient le retour des discriminations dans leur forme la plus sordide (regardez par exemple la mention « non-mixte » dans le chapeau de cet article : http://lmsi.net/spip.php?article826 ) on veut soutenir la lutte contre l’homophobie, et c’est la haine des hétéros que l’on soutient, on veut publier tout ce qui sort dans les luttes syndicales, on espère la grève générale, et c’est encore les cadres syndicaux bien planqués qui font le bénéfice de notre militantisme anonyme, généreux et bénévole. On veut soutenir la cause palestienne, et l’on soutient du même coup la religion, celle-là même à propos de laquelle Sade écrivait : « On évalue à 50 millions le nombre de morts des guerres de religions. En est-il seulement une qui vaille le sang d’un oiseau ? ».

Bref, cette immersion de quelques mois dans le web militant m’aura convaincu qu’il faut absolument chercher d’autres moyens d’agir, d’autres moyens de militer. Pendant un certain temps, je m’étais fais une raison, en me disant : « Eh bien soit ! publions tout, chacun reconnaîtra ce qui le concerne ! ». Et là encore, ce fut une erreur : une telle position ne fait que valider la victoire totale du communautarisme, la victoire du chacun-pour-soi, qui est la vraie victoire du libéralisme, et qui est la vraie raison de la victoire d’un Sarkozy. J’avais naïvement, lorsque ce dernier a été élu, pensé comme beaucoup, que c’était une victoire « pétainiste », « poujadiste », etc. Certes, il y a du vrai là-dedans. Mais cela n’est que la partie visible de l’iceberg, et elle n’est pas si déterminante que ça. Au contraire, je crois que la victoire de Sarkozy, la victoire des néo-libéraux, c’est la victoire du chacun-son-combat, du chacun-pour-soi, la victoire du « non-mixte » : et je ne voulais pas aider cette extrême-droite, ces identitaires-là, même si elle prenait chez nous la cosmétique de l’extrême gauche.

Et puis, il y a encore une chose : même lorsque je faisais (rarement) un bilan positif de mon action sur le web, je réalisais à quel point, toute cette histoire de web, de révolution internet, etc. de réseau présenté « comme une fenêtre sur le monde », m’apparaissait maintenant comme un leurre, une arnaque de grande ampleur, un immense mur (c’est pourquoi j’ai choisi l’image d’un mur de briques pour fermer L’Autre Réseau : pour dire, « regardez, ce que vous avez en face de vous, toute la journée, cet écran, ce n’est pas un outil de libération, c’est un mur, un mur qui bloque toute communication sensible »). Je ne pense pas qu’on puisse « résister » sous le regard inquisiteur de Big Brother, je ne pense plus que l’on arrivera à quelque chose, en s’exprimant 10 fois plus mais pour être espionné 1000 fois plus.

Alors, j’ai eu cette impulsion, j’ai lâché, j’ai résilié mon abonnement, filé mon ordinateur à une amie qui en avait besoin, décidé que je ne me connecterai accessoirement depuis des cyber-cafés ou chez des amis et dans tous les cas très rarement (comme c’est le cas ce matin). Et que je voulais passer à autre chose. Tout autre chose.

Il y a dix ans, j’étais musicien, j’écrivais, je jouais de la musique tous les jours avec mes amis, jusqu’au bout de la nuit. Peu de temps avant de « déserter », j’avais installé sur mon ordi un petit plug-in qui donne une moyenne de mon temps quotidien passé en ligne. Résultat (hors-boulot, et je bosse 35 h/semaine) : 300 minutes par jour ! Je n’en reviens même pas : où ai-je pris tout ce temps ? Mais c’est assez clair : je l’ai pris sur mon temps de lecture, sur mon temps de promenade, sur mon temps d’écriture, de musique, sur le temps que je passais avec mes amis et même sur mon temps d’ennui. Bref : le message dit tout : maintenant, c’est fini tout ça pour moi.

(...) J’espère que vous ne serez pas un jour piégé dans les contradictions dont je n’ai pas su sortir, ou peut-être je vous souhaite à vous aussi d’en sortir ? je ne sais pas. En tout cas cela me ferait très plaisir un jour de vous rencontrer. Mais, de grâce, dans la vraie vie, par sur ce *$§=#^% de web.

« Monsanto, paie tes crimes ! » Collectif des Faucheurs volontaires du Centre Reporterre 2009/06/15 Collectif des Faucheurs volontaires du Centre (15 juin 2009) « Monsanto, paie tes crimes ! ». Reporterre. fr

« Monsanto, paie tes crimes ! »

Alors que les faucheurs volontaires paient les conséquences de leurs actes de désobéissance civile, Monsanto reste impavide.

Appel, des 49 faucheurs volontaires de Greneville, pour une marche citoyenne le samedi 20 juin de Greneville en Beauce (45) à Toury (28).

Ils avaient demandé à la firme Monsanto, par le biais de leurs avocats, que la « dette » de 75 000 € de dommages et intérêts à laquelle ils avaient été condamnée, soit echelonnée en trois fois entre décembre 2008 et décembre 2009.Un premier versement de 25 000 € a été effectué en décembre dernier. Cette marche de 16 km baptisée « Monsanto paie tes crimes » est organisée à l’occasion de la remise du 2d chèque.

Les Faucheurs veulent par cette marche montrer que l’acharnement de Monsanto à envahir le monde avec sa production de semences OGM est dans la continuité de toute l’activité de la firme depuis sa naissance. En effet, à travers l’ensemble de sa production, la firme a toujours fermé les yeux sur les conséquences de ses produits en coûts humains, sociaux, sanitaires et environnementaux.

Nous voulons attirer l’attention sur le fait qu’à l’opposé des faucheurs qui remboursent la firme des conséquences d’une action de désobéissance civile, Monsanto n’a jamais versé un dollar pour dédommager une quelconque victime ! Le semencier n’a pas l’air d’apprécier le rappel de cette triste réalité puisqu’il exerce maintenant le chantage d’exiger immédiatement le solde de notre dette en cas de maintien de la marche !

Monsanto semble penser qu’il a octroyé une faveur aux faucheurs et qu’il peut ainsi dicter sa volonté.

Les faucheurs ont décidé de maintenir leur manifestation du samedi 20 juin. François Dufour et Christian Vélot, entre autres, ont annoncé leur présence ce jour.

Sarkozy altermondialiste ? Attac Reporterre 2009/06/17 Attac (17 juin 2009) Sarkozy altermondialiste ?. Reporterre. fr

Sarkozy altermondialiste ?

A écouter M. Sarkozy devant l’Organisation internationale du travail, le 15 juin, on pourrait croire que les post-capitalistes sont au pouvoir. Mais le discours est à l’opposé de la politique menée.

Le président de la République a prononcé le 15 juin un discours devant l’Organisation internationale du travail (OIT) qu’à première vue on pourrait croire sorti d’une assemblée du Forum social mondial. Tout, ou presque, y est : le refus de la marchandisation des activités humaines, la soumission du droit des affaires aux normes sociales et environnementales, la condamnation du dumping social, le refus du travail des enfants, la condamnation du tout pour le capital et rien pour le travail, l’appel à une forte régulation financière internationale, notamment par la taxe Tobin, la dénonciation de la cohabitation de l’abondance et de la misère, la critique des pays n’ayant pas ratifié les conventions de l’OIT, la proposition d’une Organisation mondiale de l’environnement, etc.

Il n’y a plus de limites au double langage et aux tentatives de brouillage des repères. En effet, point par point, les envolées humanistes du Président sont démenties par sa pratique politique quotidienne et par l’action de son gouvernement.

Il achève peu à peu la privatisation des services publics et donc il les marchandise. Il a accentué le partage inégal des revenus entre capital et travail en inventant le bouclier fiscal. Il a distribué des dizaines de milliards aux banques spéculatrices, mais reste très avare pour le SMIC et les minima sociaux. Il a accru la pression sur les salariés et les chômeurs en guise de respect des normes internationales. Il projette maintenant de repousser l’âge de la retraite à 67 ans, et il nous assurera plus tard que c’est pour rééquilibrer le partage entre travail et capital. Il a développé une politique anti-immigrés honteuse, au nom sans doute des droits de l’homme dont il se réclame. Il a imposé de force le traité de Lisbonne qui interdit toute taxation des transactions financières. Il a entériné un plan climat-énergie au rabais pour préparer la « bonne gouvernance climatique ».

Attac n’acceptera pas de se laisser désarmer par ce nouveau hold-up idéologique, qui affirme le contraire de ce qui est mis en œuvre dans une France où la part la plus belle est réservée à une minorité, et dans un monde où la loi du profit est le principal obstacle pour que tout ce qui est proclamé à la tribune de l’OIT à Genève devienne réalité.

Le discours du Président Sarkozy a un seul mérite : il désigne très nettement tous les verrous empêchant que la société redevienne maîtresse de son destin. Mais ce n’est certainement pas lui qui les fera sauter !

Cher Monsieur l’huissier... Denis Robert Reporterre 2009/06/19 Denis Robert (19 juin 2009) Cher Monsieur l’huissier.... Reporterre. Tribune — fr

Cher Monsieur l’huissier...

Un peu las, le journaliste Denis Robert écrit à un huissier au ton comminatoire. Pas loin de son trois centième huissier...

Cher Monsieur l’huissier,

Depuis quelques années (mars 2001), j’ai une certaine habitude des avis d’huissiers. J’en ai reçus par lettres recommandées. Par facteurs. Factrices. Par avion. Par fax. Par temps nuageux, pluie, neige, soleil. J’en ai fait monter par des ascenseurs en panne, par temps de pluie sur terrain gras. J’ai offert du café à certains d’entre eux. A d’autres, j’ai évoqué les problème familiaux de leurs femmes, enfants, arthroses, cancers (à force plus de 300 sur Metz, on finit par se connaître). J’en ai connus des huissiers. Des jeunes, des vieux (restez à la porte je descends). Des sympas, des chieurs, des emmerdés (j’ai lu vos livres et franchement ça m’emmerde de faire ce boulot avec vous). Mais là, bon comment dire ? Votre lettre (courrier postal, normal) m’énerve. Ce ton que vous employez. Comminatoire. Genre, si vous en vous pointez pas, on envoie la police...

Je vous lis :

"Monsieur, Je vous remercie de bien vouloir passer de TOUTE URGENCE (caractère gras et majuscules, on se demande pourquoi). Et en tous cas DANS LES TROIS JOURS (idem avec en sus les majuscules et minuscules en gras) à réception de la missive, en mon étude 6 rue du Lancieu à METZ CEDEX, muni ( e ) d’une pièce d’identité (caractère gras) pour y retirer une pièce personnelle vous concernant.

Vous me précisez ensuite (toujours caractères gras) qu’aucun renseignement ne pourra m’être communiqué téléphoniquement.

Puis, pour facilité mon passage, vous m’indiquez vos horaires

"Du lundi au jeudi de 8h à 9 h et de 17h à 18h et le vendredi de 8h à 9h et de 16h à 17h et le « samedi:fermé ». (vous avez bien de la chance en tant qu’huissier d’être fermé le samedi et de ne pas travailler la nuit.)« Vous chutez de la manière suivante : »Dans l’attente de votre visite, veuillez agréer Monsieur mes meilleurs salutations".

Puis vous signez.

En précisant en bas de lettre que la « TVA à payer à l’encaissement » est notifiée « APE 741A, etc... »

Cher Monsieur l’huissier, je découvre votre lettre sur mon bureau à mon retour. Le délai a malheureusement expiré. Je ne pourrais donc pas être en votre cabinet avant la semaine prochaine. Je crois que je en me déplacerai pas. J’en suis même assez sûr. Qu’est ce qui m’y oblige ? Rien.

J’ai reçu cette semaine trois visites de vos confrères. L’un d’eux m’a annoncé ma condamnation au TGI de Bordeaux pour un montant d’un euro. L’autre, ma convocation en décembre prochain au TGI de Paris sur plainte de Monsieur de Villepin. Le troisième m’annonce qu’il reste un reliquat à la facture du 13 courant (mon éditeur a oublié la date de paiement, écrivez lui).

Eux se sont déplacés pour exécuter leur besogne. J’allais dire pour faire leur besoin.

Bref, comme dirait Chirac "Votre missive m’en touche une, l’autre ne bouge pas".

Je vous demande donc cher Monsieur l’huissier de bien vouloir vous déplacer jusque chez moi afin de me porter votre si important courrier (vous avez mon adresse je crois). Mon temps étant compté (moins que le vôtre je suppose), le plus simple serait que vous veniez à des horaires à ma convenance. Je serai à mon domicile demain vendredi 19 juin, lundi 22 juin. Je n’y serai pas mardi. Mais je serai de retour mercredi, jeudi ou vendredi. J’emmène mon fils à l’école entre 8h15 et 8h45. Le reste du temps, j’écris. Je travaille plutôt la nuit et je me lève tard. Vous me dérangerez mais ce n’est pas trop grave.

J’ai l’habitude.

Bien à vous.

L’est de la France se rebelle contre les déchets radioactifs Fédération Grand Est STOP Déchets Nucléaires Reporterre 2009/06/19 Fédération Grand Est STOP Déchets Nucléaires (19 juin 2009) L’est de la France se rebelle contre les déchets radioactifs. Reporterre. fr

L’est de la France se rebelle contre les déchets radioactifs

Les associations de Champagne-Ardenne et de Lorraine qui s’opposent à ce que leurs régions deviennent la poubelle nucléaire de la France se fédèrent pour être plus efficaces.

Soulaines, Morvilliers, Epothémont (Daher) aujourd’hui, Bure et FAVL demain ; le Grand-Est se voit empoisonné par la multiplication de poubelles nucléaires.

Une première rencontre, organisée en mars dernier à Colombey-les-deux-Eglises, symbole de la résistance s’il en est, a débouché sur la signature par dix-sept collectifs « anti enfouissement déchets nucléaires » d’une charte de solidarité par laquelle ils prennent solennellement l’engagement de s’apporter un appui mutuel et de mener des actions conjointes, quelle que soit la localisation du site ou des sites retenus. Après cette première étape, onze groupes viennent de franchir un nouveau pas. L’union faisant la force, une fédération est en train de voir le jour. Objectif : stopper l’implantation et l’exploitation de ces poubelles nucléaires dont les contaminations se jouent des frontières.

C’est déjà la réalité pour le Centre de stockage de Soulaines (Aube) : les gaz radioactifs rejetés par le site de l’Andra (1) ignorent les frontières administratives, portés par les vents. Quant à la nappe phréatique, elle aussi se trouve "marquée" par des éléments radioactifs. Pour Bure et son enfouissement programmé, des études géologiques indépendantes se font alarmistes : par les eaux souterraines les contaminations radioactives s’étendraient vers tout le Bassin de la Meuse et plus encore vers le Bassin parisien dans son ensemble. Pour le projet d’enfouissement des déchets dits ’FAVL’ (faible activité à vie longue), la majorité des municipalités actuellement candidates ont un sous-sol gorgé d’eau. Les conséquences et les dégâts seraient là aussi considérables.

L’annonce, par le gouvernement, des communes retenues pour l’implantation d’une poubelle souterraine ’FAVL’ étant imminente (mais n’est-elle pas imminente depuis... la mi-janvier ?), les groupes constitués localement viennent de se rencontrer en fin de semaine dernière. Rachecourt-sur-Marne (Haute-Marne) les accueillait, le lieu n’étant pas anodin puisque les écoulements souterrains de Bure auraient pour prédilection et en priorité la vallée de la Marne.

Face à ce constat inquiétant, amplifié par la multiplication de ces stockages nucléaires dans la grande région, les groupes réunis ont décidé de se fédérer. Non plus contre le seul projet ’FAVL’ mais bien contre tous ceux (actuels ou programmés) qui empoisonnent le Grand Est : Soulaines, Morvilliers, Epothémont, Bure, FAVL, voire Valduc et Pontfarver, etc. Bien que les résultats positifs soient déjà nombreux (re-délibérations de municipalités pour retirer leur candidature), chacun sait bien le pouvoir du lobby nucléaire, et l’union faisant la force une fédération n’aura que plus d’efficacité pour faire entendre le bon sens. Associations et collectifs contre les ’FAVL’, ceux contre Bure, ceux contre Soulaines, composés de citoyens ou d’élus, tous s’unissent et créent donc ce premier noyau (liste ci-dessous) destiné à s’élargir.

La Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires est déjà sur le terrain et va multiplier ses actions.

(1) Andra : Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs

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Premières structures composant la Fédération Grand-EST :

APELN (Association pour la Protection de l’Environnement et la Lutte contre les Nuisances) : Roches-Bettaincourt (Haute-Marne)

ASODEDRA (Association pour la sensibilisation de l’opinion sur les dangers de l’enfouissement des déchets radioactifs) : Grand (Vosges)

Association La Q.V.(la qualité de la Vie) : Ville-sur-Terre (Aube) -www.villesurterre.com

CEDRA (Collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs) : Saint-Dizier (Haute-Marne) - www.burestop.org

Collectif 57 contre l’enfouissement des déchets nucléaires : Uckange (Moselle)

Collectif Argonne contre l’enfouissement des déchets nucléaires : Braux-Saint-Rémy (Marne)

Collectif cantonal du Sud Marnais : Scrupt (Marne) - http://blesme-mon-amour.over-blog.fr/

EODRA (Association des Elus de Lorraine et de Champagne-Ardenne contre l’enfouissement des déchets radioactifs) : Varney (Meuse) - www.stopbure.com

Les Sentinelles de Soulosse : Soulosse (Vosges)

Respirons Propre ! 52 : Juzennecourt (Haute-Marne) - http://respirons-propre-52.jimdo.com/

Sauvons Aouze : Aouze (Vosges)

La mutagenèse : des nouveaux OGM bien discrets Denis Pommier Reporterre 2009/06/22 Denis Pommier (22 juin 2009) La mutagenèse : des nouveaux OGM bien discrets. Reporterre. fr

La mutagenèse : des nouveaux OGM bien discrets

En jouant sur la technique de la mutagenèse - transformant le génome des plantes sans passer par le gène d’un organisme extérieur -, les compagnies semencières préparent l’appropriation des ressources génétiques.

Le débat sur la loi HADOPI révèle un aspect fort instructif sur nos priorités et nos systèmes de valeurs en considérant la liberté d’acces à internet comme un droit fondamental, alors que le droit à l’alimentation est encore loin, très loin d’être accepté comme tel.

J’ai par ailleurs profité de la grande messe du traité sur les ressources phytogenetiques pour l’agriculture et l’alimentation pour participer à un side event sur les droits de propriete intelectuelle... J’y ai appris des choses nouvelles, en gros :

- de plus en plus, de nouvelles semences créés par les compagnies chimiques sont protégées par la convention UPOV, alors que le rythme de dépôt de brevet décroît.

- ces nouvelles semences sont fabriquées par des procédés de mutagenèse, et ne tombent pas sous l’appellation d’organismes génétiquement modifiés, car la définition juridique de ces derniers couvre la seule transgenèse

- bien entendu, les procedés de mutagenèse sont souvent brevetés.

- au final nous avons donc de nouvelles semences (et des nouveaux aliments) OGM qui ne disent pas leur nom, tout en incorporant des brevets...

- l’avantage pour les compagnies chimiques est double : avec UPOV pas de qualificatif OGM et pas d’obligation de déclarer l’origine de la « matière première », donc pas d’obligation financière d’abonder le mécanisme fiduciaire du traité (partage des avantages) qui est destiné à financer des operations de protection in situ (avec les agriculteurs).

Le fait vraiment nouveau, c’est que contrairement à ce qui s’est passé jusqu’à présent, il est désormais possible d’identifier dans le champ de manière précise la variété utilisée par l’agriculteur au travers des « marqueurs moléculaires » ce qui permettra a terme de récupérer des royalties sur la production agricole de n’importe quel agriculteur qui utilise des semences protegées par certificat UPOV.

CQFD...voila donc des nouveaux OGM qui sont déjà dans les champs et dans nos assiettes, sans que ni les agriculteurs, ni les consommateurs ne sachent quoi que soit...

ConsHome, petit Home Hervé Kempf Reporterre 2009/06/22 Hervé Kempf (22 juin 2009) ConsHome, petit Home. Reporterre. Tribune — fr

ConsHome, petit Home

Un matin de juin, Blork découvrit l’existence du produit cinématographique Home le jour même où la machinerie communicationnelle le projeta dans l’esprit du public.

il apprit cette nouvelle en entendant le réalisateur du film, Yann Arthus-Bertrand, répondre avec François-Henri Pinault, héritier du milliardaire François Pinault, aux questions d’un journaliste sur la radio Europe 1. L’usage de la société du spectacle veut que le réalisateur assure seul la promotion de son ouvrage. Par quel mystère la promotion de ce film à vocation écologiste appelait-elle la présence d’un homme fortuné qui se révéla en être le financier ?

Sans deviner immédiatement la réponse à cette question, ce que retint Blork des intentions de ces personnages fut cette phrase de M. Pinault fils : « On ne peut pas consommer moins, il faut consommer différemment. » Ah ? On ne peut pas consommer moins ?

Plus tard, il apparut que Home était un film ayant vocation à « élever la conscience du public » aux questions écologiques, selon ce qu’il apprit d’une collaboratrice du réalisateur. Du film lui-même, que dire ? De belles images : Blork appréciait ces couleurs, ces paysages, ces vues surprenantes qui font de M. Arthus-Bertrand, quoi qu’en disent ses détracteurs, un artiste. Mais l’oeuvre prétendait délivrer un message à l’humanité. Et, oui, message il y avait.

L’introduction du film présentait les noms de marques de luxe appartenant au groupe dirigé par M. Pinault - Gucci, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Boucheron, etc. Leur présence manifestait la part qu’elles prenaient au discours exprimé par le commentaire accompagnant les images.

Que disait ce discours ? Que l’équilibre écologique de la planète est menacé par l’action humaine, ce qui devrait avoir des conséquences extrêmement dommageables, quoique imprécises. Qui était responsable de cette situation ? L’humanité. Vous, moi, nous.

Une phrase surnageait du commentaire, à une heure et vingt-quatre minutes du début : « Soyons des consommateurs responsables. » Ainsi : l’équilibre de la planète se dérègle, les zones humides disparaissent, les terres glacées de Sibérie vont relâcher leur méthane, 2 milliards d’humains vont manquer d’eau, les forêts primaires sont détruites, et que nous faut-il faire ? Etre des consommateurs responsables. M. Pinault se chargerait de confirmer à la radio que le mot-clé était « consommation ».

Blork, qui prenait au sérieux ce que dit la télévision, déclama : « Humain occidental, n’imagine pas qu’il soit possible d’exister autrement qu’en consommant. Ne crois pas une seconde que les possesseurs et utilisateurs des Boucheron, Balenciaga, Rolls Royce, Lexus, Rolex, etc., puissent avoir une autre responsabilité que la tienne dans ce qui se passe. Petit homme, pour sauver la planète, écoute leur parole : consomme, consomme, consomme, différemment, mais consomme. »

Fakir est de retour - et casse la banque Fakir Reporterre 2009/06/25 Fakir (25 juin 2009) Fakir est de retour - et casse la banque. Reporterre. fr

Fakir est de retour - et casse la banque

Les amis de Fakir envahissent de nouveau les kiosques. Mais ils devraient faire réparer leur vieux tacot.

Vous croyez à des coïncidences pareilles, vous ? On venait de récupérer le nouveau Fakir, chez notre imprimeur dans le Nord, on reprenait à peine la route, et après le premier pont franchi, paf : « Les freins ne répondent plus ! », panique Aziz – qui conduit la camionnette. Et pendant qu’il essaie de freiner, en vain, une plaquette roule sur la chaussée. Notre cube s’arrête finalement dans une montée, sur un trottoir... Mais franchement, ça vous paraît un hasard ? Nous, pas. Ils se vengent. Qui, « ils » ? Ceux que notre nouveau numéro fait trembler. On soupçonne l’Écureuil de la Caisse d’Épargne d’être venu rongé nos freins – vu qu’on a enquêté sur comment il est devenu fou. Ou Dominique Strauss-Kahn qui, on le prouve, s’est « débarrassé du pôle bancaire public » - soutenu par ses camarades socialistes. Ou les sarkozystes, qui prospèrent sur le désastre des banques françaises. Ou les escrocs du Net, que Fakir a escroqués. Ou le roi de la patate, qui ne serait vraiment pas content. Y en a des suspects, tant on est fâchés avec tout le monde. Ou presque. Ils croyaient qu’on ne reviendrait pas. Qu’on serait ruinés. Pas du tout, nous revoilà : depuis le lancement, ce printemps, du Fakir national, les abonnements ont plu dans notre boîte à lettres. Ça s’est arraché dans les bureaux de tabac. Et du coup, alors qu’on avait misé tous nos sous, l’aventure continue. Mais quand ils sabotent notre véhicule. Caramba, encore raté !

.......................................... Au menu :

Apéritif. Le roi de la patate n’est pas content La dégustation de frites chez les pleins de fric peut vous mener au tribunal...

Canular. J’ai escroqué un escroc du Net. Les escrocs pullulent sur le Net... les pigeons aussi. Il était une fois un pauvre escroc qui cherchait une nouvelle victime, et qui tomba sur l’imposteur de Fakir. Ce jour-là, il aurait mieux fait de se casser le disque dur.

Enquête. Comment l’Ecureuil est devenu fou... Hier, l’Ecureuil couvait prudemment ses noisettes. Aujourd’hui, il mise des milliards au casino de la finance mondiale. Hier, c’était la banque des « pitites gens ». Elle les expulse désormais de leur logement. En trente ans, la vieille dame un peu engourdie s’est transformée en une boursicoteuse déchaînée... C’est le symbole, la Caisse d’Epargne, d’une époque folle. De deux décennies d’argent-roi qui ont tout emporté dans les têtes. Qui emportent jusqu’aux « mutuelles », jusqu’aux « banques coopératives ». Avec les encouragements des économistes, des journalistes, des socialistes et des sarkozystes...

Que faire ? La finance... sans les financiers ! « La finance est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux financiers » : voilà la conclusion, évidente, à tirer de la dernière crise. Reste donc à : prendre le pouvoir et « nationaliser le crédit », tout simplement. Ou, tant que Fakir et ses complices n’ont pas pris le pouvoir, brûler l’euro et établir une monnaie qui serve aux échanges, et non à la spéculation...

Cahier Régions. Nos pires plans pour vos vacances. Comment bronzer grâce aux déchets d’Areva dans le Sud-Est ? Comment découvrir les fantômes d’un camping dans le Nord ? etc.

Reportage. Ni dieu ni maître : Tekno ! Entre Trémeville et Boissy-le-Girard. De la pluie toute la nuit. Des enceintes qui balancent du son. Les pieds qui pataugent dans la gadoue : les free-parties bougent encore...

Ecologie. Robinet à pesticides. A Paris, on avait pris l’habitude d’avaler le Château Chirac au robinet. Des mœurs (économiques autant qu’écologiques) que nous avons abandonnées sur injonction de la Préfecture lors de notre retour au bled...

Vie pratique. La gwève généwale pour les nuls. C’est quoi, leur remède-miracle, aux Guadeloupéens ? Il faut qu’on distille du rhum de patates, pour monter une LPKP – Ligue Picarde Kontre la Pwofitation ?

Etats-Unis et Europe sabotent une réunion de l’ONU Attac Reporterre 2009/06/27 Attac (27 juin 2009) Etats-Unis et Europe sabotent une réunion de l’ONU. Reporterre. fr

Etats-Unis et Europe sabotent une réunion de l’ONU

Du 24 au 26 juin s’est tenu une conférence des Nations Unies sur la sortie de crise. Mais Etats-Unis et Union européenne se sont ingéniés à vider la déclaration finale de tout contenu substantiel.

COMMENT SABOTER UNE CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES

La Conférence des Nations unies sur la crise économique et financière mondiale et ses conséquences sur le développement, qui se tient du 24 au 26 juin à New-York, aurait pu être l’occasion de mobiliser l’ensemble des 192 États membres autour d’un projet planétaire de sortie du modèle néolibéral dominant - dont la faillite est avérée -, en vue de la construction d’un autre monde plus juste, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueux des impératifs écologiques.

Cela ne sera malheureusement pas le cas, et les grands pays industrialisés, derrière lesquels se font sentir les pressions des transnationales, en portent totalement la responsabilité.

Au départ, le président de l’Assemblée générale, le Nicaraguayen Miguel D’Escoto, à qui revient le mérite d’avoir convoqué cette Conférence, avait nommé une commission d’experts, présidée par le Prix dit Nobel d’économie Joseph Stiglitz et chargée de faire des recommandations. Le rapport Stiglitz contient des analyses rarement formulées à ce niveau sur la responsabilité des inégalités dans la gestation de la crise et sur l’incapacité du marché à s’auto-réguler. Il formule également des propositions intéressantes sur la régulation du système financier international, sur la résorption de la dette des pays pauvres, etc. Mais, dans le même temps, et sans craindre la contradiction, il ne sort pas du cadre classique de la liberté de circulation des capitaux et du libre-échange. Il est également regrettable que l’appel à l’augmentation de l’aide publique au développement, resté sans effet depuis des décennies, n’ait pas été remplacé par une proposition de taxes globales. (1)

Malgré ses limites, ce rapport pouvait permettre d’ouvrir un débat dans les sociétés, et conduire à quelques avancées au niveau international, qui auraient pu être reprises dans la déclaration finale de la Conférence. Mais les États-Unis et les pays membres de l’Union européenne se sont ingéniés à vider le projet de déclaration finale de la majeure partie des recommandations du rapport Stiglitz. Alors qu’il s’agissait de promouvoir le G-192 comme instance de décision internationale, ils ont réussi à réintroduire la primauté du G-20. Enfin, pour mieux banaliser le statut de cette réunion, ils n’y ont dépêché aucun chef d’État ou de gouvernement. C’est en particulier vrai de la France, le président Sarkozy n’ayant même pas mentionné cette Conférence dans son discours au Congrès et, malgré ses proclamations de « rupture », ayant, de manière prévisible, renoncé à faire entendre un son de cloche distinct de celui des autres grands pays capitalistes.

Attac dénonce ce double discours, déplore l’absence de la France au niveau qui s’imposait et, en même temps, se félicite que des présidents engagés dans des processus d’émancipation sociale et de récupération de leur souveraineté nationale - Evo Morales pour la Bolivie et Rafael Correa pour l’Equateur - aient annoncé leur présence à la Conférence pour y faire entendre un discours en phase avec les aspirations des peuples.

L’enjeu est certes de sortir de la crise systémique actuelle, mais aussi et surtout de savoir sur quel monde souhaitable cette sortie devrait déboucher. Avec les mouvements sociaux et citoyens, ainsi qu’avec les forces progressistes du monde entier, Attac continuera à mettre en avant les alternatives à un système qui s’est fracassé sur le mur de ses propres contradictions, et appellera les citoyens à se mobiliser lors des prochains sommets internationaux (G20, Conférence ministérielle de l’OMC, Conférence sur le climat à Copenhague notamment) pour obtenir des résultats à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés.

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(1) Pour en savoir plus, voir le Communiqué d’Attac France du 18 juin 2009 : « Les Nations unies face à la crise globale : un premier pas encourageant, mais insuffisant », http://www.france.attac.org/spip.ph... ; ainsi que le rapport « De la fin des paradis fiscaux aux taxes globales », http://www.france.attac.org/spip.ph....

Contre les nécrotechnologies vertes Pièces et main d’oeuvre Reporterre 2009/06/27 Pièces et main d’oeuvre (27 juin 2009) Contre les nécrotechnologies vertes. Reporterre. Tribune — fr

Contre les nécrotechnologies vertes

Il faut unir les oppositions aux « nécrotechnologies » : nucléaire, OGM, nanotechnos, sécuritaire.

Deux mouvements caractérisent l’actualité des nanotechnologies, alias « technologies convergentes » ou plus justement « hypertechnologies ». D’abord une offensive générale dans les faits – financements, programmes, développements industriels et sécuritaires – et dans la propagande – séminaires, nanoforums, « fêtes », thèses et livres ; et d’autre part une régression, sinon un effondrement de l’opposition aux nécrotechnologies.

Ces deux mouvements n’ont pas de rapport. Le premier est structurel et stratégique ; le second, conjoncturel et tactique. Nous avons déjà maintes fois montré que l’épuisement écologique et matériel du milieu contraignait le système – technicien, capitaliste, etc – à l’innovation. Un mot de code que Jacques Ellul aurait traduit par « fuite en avant technologique ». Cependant, cent ans de fuite dans la catastrophe et le machinisme finissent par susciter chez les plus écervelés une sourde méfiance qu’il importe d’inverser. D’où le bluf des « cleantech », ou « technologies vertes » pourvoyeuses d’une croissance « verte », d’un capitalisme « vert » et d’un « green New Deal » pour les cent prochaines années.

Pure magie des mots. Ajoutez le qualificatif « vert » à n’importe quels ravages, nuisances, industries, et l’électeur vert s’imagine, ou feint de s’imaginer, qu’on a vraiment substitué la conjonction à la contradiction entre l’invasion du système technicien et la survie de « l’écosystème ».

Les hyper et nanotechnologies sont précisément ces « cleantech » et « technologies vertes » proposées à l’enthousiasme des citoyens non seulement par les gouvernements, les scientifiques et les industriels, mais surtout par les meilleurs et plus raisonnables promoteurs du catastrophisme éclairé : verts, roses, rouges. Ecologistes, alternatifs et progressistes de « Sauvons la Recherche ». Il est donc logique de les trouver à l’avant-garde de la campagne d’acceptabilité des nanotechnologies ; que ce soit dans les réunions du Conservatoire national des Arts et Métiers, dans l’implémentation d’une vie sous contrôle RFID, comme à Lille, ou dans les pseudo-débats de la Commission nationale du débat public à l’automne prochain.

Cette débauche de propagande multiforme est d’ailleurs intrigante. Il n’y a pas, en-dehors de quelques textes que nous publions en ligne et aux éditions L’Échappée, et de quelques réunions auxquelles nous participons, d’opposition aux nanotechnologies. Pas de meeting, de sabotage, de manifestation, de diatribe dans les journaux. Et pourtant les nanos ont rejoint le nucléaire, les biocides et les chimères génétiques dans le catalogue des sujets « sensibles » selon les officiels - d’alarme et de révolte selon ceux qui nous en parlent et qui cherchent désespérément un remède à leur impuissance. Il faut croire que les éléments que nous apportons depuis janvier 2003, et la manifestation contre l’inauguration de Minatec en juin 2006, ont provoqué un questionnement en chaîne, que les officiels et les écolo-techniciens tentent d’étouffer et de récupérer à leur profit. Il faut surtout admettre qu’on ne plaisante pas avec la prochaine révolution industrielle, celle du sauve-qui-peut technologique ; et que le système est prêt à déverser des avalanches de propagande préventive pour ne pas subir une nouvelle fois ce qu’il nomme « le syndrome OGM ». C’est-à-dire un rejet massif, quoique passif, de l’opinion. Quant à l’extinction et à la dispersion de l’opposition aux nécrotechnologies, elles proviennent en partie de facteurs objectifs et extérieurs, en partie de facteurs internes, propres à ce type de mouvement.

Le caractère trans-industriel des nanotechnologies rend difficile l’attaque d’un point d’opposition particulier, mais il est certain que la contestation du techno-sécuritaire - biométrie, vidéosurveillance, fichages informatisés, RFID - a rendu concrète l’une des entrées dans le nanomonde. Pour le reste, les nanotechnologies, ce sont les technologies à l’exposant nano, dont nous avons remis la critique à l’ordre du jour, en termes politiques, parce quel tel est leur niveau de discussion approprié par tout un chacun, et non pas en termes épistémologiques ou déontologiques, parce que notre ambition n’était pas de caqueter entre experts et contre-experts. Enfin nous avons désastreusement failli à offrir des postes, des titres, des gratifications à notre séquelle, et jusqu’à cette vanité d’amour-propre de faire partie, en toute convivialité, de la Société des Justes et des Mieux- Pensants. Nous n’avons pas recruté. Nous n’avons répondu aux offres de service que par des propositions de travail personnel – et manifestement rebutantes.

Qu’il suffise de dire qu’à Grenoble, dans une ville plus exposée qu’aucune autre à la critique luddite depuis bientôt dix ans, il ne s’est trouvé pratiquement aucune voix pour s’élever contre le bulldozer industriel lors de la grève, très médiatisée et soutenue par des « étudiants radicaux », des salariés de Caterpillar. Certes l’emploi est la première des solidarités, comme ne cesse de le répéter Michel Destot, le maire PS de la technopole.

Que l’on construise enfin ces tunnels sous la Bastille, le Vercors, la Maurienne, comme le réclame la Chambre de Commerce et d’Industrie, afin de « désenclaver » la cuvette et de donner de l’emploi à nos bulldozers.

La « crise » économique cache l’effondrement écologique et social comme Sarkozy cache le technosécuritaire, comme le fait du jour cache celui du siècle. Occultation provisoire et fragile. C’est pour la déchirer, pour réarmer et rassembler l’opposition générale aux nécrotechnologies, que nous appelons anti-nucléaires, anti-OGM, « anti-sécuritaires » - et tous ceux pour qui une vie libre et digne n’est pas envisageable dans la ville-machine globale, hors sol et sous cloche - à participer au débat contre la tyrannie technologique organisé à Foix (Ariège) le 9 juillet 2009 par l’Observatoire de l’Évolution, le groupe Oblomoff et Pièces et Main d’OEuvre.

Afrique, aide-nous Hervé Kempf Reporterre 2009/06/29 Hervé Kempf (29 juin 2009) Afrique, aide-nous. Reporterre. Tribune — fr

Afrique, aide-nous

Le hasard de l’existence conduit le chroniqueur dans un pays d’Afrique réputé être l’un des plus pauvres du monde. Comme lors de chaque reportage, le chroniqueur enregistre moult observations, émotions, informations, sensations. Mais une idée nouvelle lui apparaît. Encore imparfaite, il la propose au public, comme une proposition de réflexion plus que comme une thèse aboutie. Peut-être est-elle provocatrice.

Le savoir commun dit que si l’on ne parvient pas à enrayer le changement climatique, les premières et principales victimes en seront les pays pauvres de l’hémisphère Sud. Cela ne signifie pas pour autant que les pays du Nord en seraient indemnes. Les conséquences seraient nuisibles partout, quoique selon des degrés différents.

On peut dès lors s’interroger sur la capacité des diverses sociétés à résister ou à s’adapter à ces nouvelles conditions. La proposition paradoxale est que les sociétés les plus riches ne sont pas forcément les mieux placées pour y faire face : habituées à une profusion de biens, baignées dans une idéologie publicitaire posant la surconsommation comme un idéal, organisées selon le principe de la transformation brutale de leur environnement, elles semblent être psychologiquement et culturellement fort dépourvues pour se couler dans de nouvelles et rudes conditions d’existence. Leurs moyens matériels et techniques pourraient pallier une partie des transformations négatives, mais leur « appareillage » mental les handicaperait profondément face à la réduction inévitable de leur niveau de vie.

En revanche, des sociétés habituées à supporter les restrictions, sachant s’organiser avec peu, coutumières de la mobilité (« l’exode »), présenteraient une « résilience » plus grande que les sociétés riches aux tourments à venir.

L’hypothèse : devant les difficultés, l’essentiel n’est pas l’armement technique et matériel, mais l’appareillage culturel et la disposition à vivre sobrement.

Prenons la question sous un angle plus optimiste. Il est possible de prévenir la crise écologique. Cela suppose une réduction drastique de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie par les pays les plus gaspilleurs. Ceux du Nord. Pour y parvenir, ils doivent se déconditionner, se désaliéner de l’idéologie consommatoire, selon laquelle plus est mieux. L’Afrique peut enseigner à l’Occident comment s’accommoder de la frugalité. Le débat n’est pas ici que la simplicité soit subie ou choisie ; l’important est qu’elle forme le fond de sa vie quotidienne et de sa culture. Pour prévenir la crise écologique, l’Europe pourrait ainsi demander à l’Afrique de l’aider à modifier son mode de vie. En fait, l’Europe a besoin qu’on l’aide à développer ses valeurs culturelles de sobriété.

Afrique, aide notre développement mental.

Afrique, aide l’Europe à entrer dans la nouvelle histoire.

La loi sur le « délit de bande », un délire sécuritaire Collectif Liberté Egalité Justice (CLEJ) Reporterre 2009/06/29 Collectif Liberté Egalité Justice (CLEJ) (29 juin 2009) La loi sur le « délit de bande », un délire sécuritaire. Reporterre. fr

La loi sur le « délit de bande », un délire sécuritaire

Proposition de loi anti-bandes : jusqu’où nous conduira la démagogie sécuritaire ?

Le 5 mai 2009, M. Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice, a déposé une proposition de loi visant notamment à « renforcer la lutte contre les violences de groupes ». Ce texte a été adopté en commission des lois le 10 juin. Il est examiné au Parlement depuis le 23 juin.

Il prévoit en particulier de punir de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende « le fait de participer, en connaissance de cause, à un groupement, même formé de façon temporaire, qui poursuit le but, caractérisé par un ou plusieurs faits matériels, de commettre des violences volontaires contre les personnes ou des destructions de biens ».

La création d’un tel délit, résurgence aggravée de la tristement fameuse « loi anti-casseurs », est à la fois totalement inutile pour lutter contre la délinquance et très dangereuse pour les libertés publiques.

Inutile parce que le Code pénal permet déjà de punir très sévèrement les auteurs d’infractions en groupe.

Circonstances aggravantes de réunion et de bande organisée, coaction, complicité, délits d’association de malfaiteurs, d’attroupement armé et d’attroupement non-armé constituent un arsenal répressif déjà considérable contre les personnes qui, collectivement, commettent ou commencent à commettre des violences ou des dégradations et même celles qui préparent la commission de tels faits.

Dangereuse parce qu’au-delà de l’affichage politique, la définition retenue est extrêmement floue et porte en germe un arbitraire policier et judiciaire qui n’est pas acceptable en démocratie.

En effet, compte tenu de la pression statistique sans précédent qui s’exerce sur les forces de l’ordre, un tel « délit préventif », qui repose sur une suspicion d’intention (le « but poursuivi », en l’absence de toute violence ou dégradation effective), ne manquera pas d’engendrer des gardes à vue abusives (arrestation, menottage, fouilles, fichage…), dont tout laisse à penser que les « populations cibles » seront les habitants des quartiers populaires, notamment les jeunes, et les militants, déjà souvent présumés suspects…

Compte tenu de l’imprécision de l’incrimination, il est même à craindre que les tribunaux prononcent des condamnations sur la base de ces procédures aléatoires, notamment dans le cadre des audiences expéditives de comparutions immédiates…

Se promener à plusieurs dans une cité en marquant une certaine méfiance au passage de la police, occuper un appartement vide pour revendiquer une politique du logement digne de ce nom, protester contre une expulsion sans relogement, participer à une manifestation dans un climat tendu, organiser un happening, investir un bâtiment d’université pour dénoncer telle ou telle « réforme »…, autant de comportements étrangers à la délinquance qui risquent cependant d’alimenter la politique du chiffre sévissant au ministère de l’Intérieur.

En réalité, sous couvert de lutter contre les bandes, dont l’existence n’est pas nouvelle et qui sont déjà réprimées, y compris lorsque, comme récemment, de graves violences sont commises, ce texte contribuera à pénaliser à la fois les plus démunis et ceux, militants et citoyens, qui veulent agir ensemble pour faire reconnaître leurs droits.

Il est vrai que M. Estrosi est un fervent pratiquant de l’idéologie sécuritaire. On se souvient notamment qu’il avait déposé en 1991, suite à une affaire criminelle médiatisée, une proposition de loi tendant à rétablir la peine de mort pour certains crimes…

Les organisations membres et partenaires du Collectif Liberté Egalité Justice (CLEJ) dénoncent la surenchère démagogique que représente ce nouveau texte et en demandent le retrait pur et simple.

Alors que le Code pénal a été modifié 116 fois entre le 1er janvier 2002 et le 18 juillet 2008, elles rappellent par ailleurs qu’il est urgent de mettre fin à l’inflation législative, particulièrement nocive en matière pénale. Un fait divers = une loi, ça suffit !

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Organisations signataires :

Association Française des Juristes Démocrates (AFJD)

Association Française des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille (AFMJF)

Droit Au Logement (DAL)

Fédération des Conseils de Parents d’Elèves des écoles publiques (FCPE)

Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI, membre observateur)

Ligue des Droits de l’Homme (LDH)

Collectif « Nous refusons la politique de la peur »

Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)

Parti Communiste Français (PCF)

Parti Socialiste (PS)

Les Verts.

- syndicats :

Confédération Générale du Travail - Protection Judiciaire de la Jeunesse (CGT-PJJ)

Confédération Générale du Travail - Pénitentiaire (CGT-Pénitentiaire, UGSP)

Fédération Syndicale Unitaire (FSU)

Solidaires Unitaires Démocratiques - Santé/Sociaux (SUD-Santé/Sociaux)

Syndicat des Avocats de France (SAF)

Syndicat de la Magistrature (SM)

Syndicat National de l’Ensemble des Personnels de l’Administration Pénitentiaire (SNEPAP/FSU)

Syndicat National des Enseignants du Second degré (SNES/FSU)

Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social - Protection Judiciaire de la Jeunesse (SNPES-PJJ/FSU)

Syndicat National Unitaire des Collectivités Locales, de l’Intérieur et des Affaires Sociales (SNU-CLIAS/FSU)

Union Nationale des Etudiants de France (UNEF)

Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

Energie solaire en Afrique... pour l’Europe Global Electrification Reporterre 2009/06/29 Global Electrification (29 juin 2009) Energie solaire en Afrique... pour l’Europe. Reporterre. fr

Energie solaire en Afrique... pour l’Europe

Le projet Desertec de grandes centrales solaires dans le Sahara va être annoncé le 13 juillet. Mais ce projet vise à alimenter l’Europe en énergie, alors que l’Afrique manque cruellement d’électricité.

Le 13 juillet, sera annoncé à Munich la création du consortium « Desertec » qui comprendra entre autres la Deutsche Bank, Siemens, l’assureur Munich Re, E.ON,RWE ,des firmes italiennes et espagnoles. Soutenu par le Gouvernement allemand, le Club de Rome, la Commission Européenne, et de nombreux scientifique de renom, le projet vise à construire une gigantesque installation solaire, capable de couvrir 15% des besoins en électricité de l’Europe en investissant un ordre de grandeur de 400 milliards d’euros dont cinquante pour amener l’électricité produite du Sahara en Europe.

Global Electrification estime que si ce projet parvenait à être réalisé, une étape technique décisive serait franchie pour l’approvisionnement de l’humanité en énergie.

Malheureusement, ce projet a pour but d’alimenter l’Europe et plus spécialement l’Allemagne. Dans ce pays la consommation d’électricité est une des plus élevées au monde avec plus de 7100 kWh par an et par habitant, en augmentation de plus de 10% par rapport à l’an 2000.

Or, immédiatement au Sud du Sahara, l’Afrique Subsaharienne souffre d’une pénurie dramatique d’électricité.

Plus de sept cents millions de personnes, en Afrique SubSaharienne ne consomment que 160 kWh par an en moyenne,quarante fois moins qu’en Allemagne, ou correspondant à l’augmentation de la consommation de l’Allemand moyen ( ainsi que de l’Européen moyen) en deux ans. Tous les pays africains au Sud du Sahara, hors la République Sud Africaine consomment ensemble autant d’électricité que l’Union Européenne pour ses frigos et congélateurs.

Dans un rapport remis en mars 2008 au Parlement Européen ( contrat DEVE 2007/45), Global Electrification a décrit les conséquences du manque d’électricité sur le secteur des soins : trois quarts des établissements hospitaliers n’ont pas accès à l’électricité ou subissent des coupures continuelles et imprévisibles. Nous avons chiffré les pertes en vies humaines résultant de cette situation à plus d’un million par an, dont plusieurs centaines de milliers de bébés nés prématurés par an. Au Sud du Sahara, on accouche dans le noir, on opère sous une la lampe tempête, un problème rénal peut être un arrêt de mort. Une simple transfusion est impensable pour des centaines de millions d’habitants. Dans un second Rapport du 18 juin 20081, Global Electrification décrit d’autres conséquences. Ainsi sur l’alimentation en eau : d’innombrables quartiers, ou villes de plus de cent mille ou d’un million habitants sont privés totalement d’électricité ou sont soumis à des dizaines de coupures par mois imprévisibles et de durée aléatoire . En conséquence l’alimentation en eau est coupée , ce qui conduit à des conditions de vie dramatiques. Des émeutes dues aux coupures ne sont pas rares et des lycéens ont été tués en manifestant pour que leurs établissements soient alimentés.

La pénurie d’électricité actuelle en Afrique Subsaharienne est un obstacle incontournable : - au fonctionnement du système de santé -à la lutte contre la pauvreté et la faim , en particulier par son importance pour l’eau (dans les villes et l’irrigation) -au fonctionnement normal du système éducatif -à un véritable décollage économique

Le projet Desertec , issu des réflexions du Club de Rome, lié au « Plan Solaire Méditerranéen » , projet phare de l’Union pour la Méditerranée, ne peut ignorer les principes de solidarité, de lutte contre la pauvreté inséparables des principes de l’Union Européenne et des Etats qui la composent.

Nous estimons qu’il ne serait pas moralement acceptable s’il n’impliquait pas la fourniture simultanée d’une part notable de l’électricité produite aux populations subsahariennes .

L’Agence européenne ne trouve rien à redire au MON 810 Greenpeace Reporterre 2009/06/30 Greenpeace (30 juin 2009) L’Agence européenne ne trouve rien à redire au MON 810. Reporterre. fr

L’Agence européenne ne trouve rien à redire au MON 810

La dite « Autorité » européenne de sécurité des aliments n’a jamais émis un avis critique sur les OGM. Elle persiste en jugeant sans danger le maïs de Monsanto, MON 810. Il est interdit à la culture par six Etats européens, dont la France.

Selon l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA ou AESA), qui sera rendu public le 30 juin, sur l’éventuelle réautorisation du maïs MON810, ce maïs ne présente aucun risque ou problème pour l’environnement et la santé humaine. Pourtant, douze Etats membres, dont la France, ont récemment fait part de leur préoccupation à l’EFSA et six Etats membres en ont interdit la culture sur leurs territoires sur la base d’études scientifiques de haut niveau. Le clash entre la Commission européenne et les Etats membres aura bien lieu.

« Une fois de plus, l’EFSA se voile la face et choisit d’ignorer les preuves scientifiques relatives aux effets négatifs sur l’environnement de ce maïs pesticide. Ceci est d’autant plus grave que la Commission européenne, bien loin d’assurer son rôle de gestionnaire des risques et de prendre en compte l’incertitude scientifique, ne se base que sur l’avis de cette seule agence ! L’avis de l’EFSA est donc un feu vert donné à un conducteur sans permis dans une voiture non assurée… Absurde et dangereux ! » s’indigne Rachel Dujardin, chargée de campagne OGM pour Greenpeace France.

Des scientifiques indépendants ont sérieusement mis en cause la qualité du dossier sur le MON810 soumis par Monsanto, ainsi que le travail d’évaluation de l’EFSA. Lors d’une initiative sans précédent, dix-huit ministres de douze Etats membres ont même adressé à l’autorité une lettre expliquant leurs inquiétudes concernant les impacts du MON810 sur les insectes non ciblés. Rien dans l’avis publié aujourd’hui par l’EFSA ne porte à croire que ces éléments aient été pris en compte.

Lors du Conseil européen de l’environnement de décembre dernier, les ministres avaient par ailleurs appelé à l’unanimité à une réforme des procédures d’autorisation des OGM dans l’Union européenne. Les ministres avaient notamment demandé à ce que les impacts à long terme des OGM sur l’environnement et la santé soient d’avantage pris en compte, comme l’exige d’ailleurs la loi européenne. De son propre aveu, l’EFSA n’est actuellement pas en mesure d’évaluer correctement l’impact environnemental des OGM à long terme,. La Commission européenne lui a donné jusqu’en avril 2010 pour se conformer au cadre légal.

« Comment l’EFSA peut-elle donner un avis positif sur la réautorisation du MON810, alors qu’elle reconnaît elle-même être dans l’incapacité d’évaluer correctement les impacts à long terme des OGM ?, s’interroge Rachel Dujardin. Dans l’attente d’une réforme des procédures d’évaluation, cette prétendue autorité doit arrêter de donner des avis sur des plantes transgéniques et la Commission doit cesser de les autoriser ! »,

Greenpeace appelle la Commission européenne à prendre en compte les preuves scientifiques relatives aux impacts environnementaux et socio-économiques du MON810. Aucun OGM ne devrait être autorisé tant que leur système d’évaluation n’a été entièrement revu et que l‘EFSA est dans l’incapacité d’en évaluer correctement les risques.

Les 7 péchés capitaux de l’éolien industriel Yves Verilhac Reporterre 2009/06/30 Yves Verilhac (30 juin 2009) Les 7 péchés capitaux de l’éolien industriel. Reporterre. Tribune — fr

Les 7 péchés capitaux de l’éolien industriel

La prolifération des éoliennes sert-elle l’écologie ou le capitalisme vert ?

Les promoteurs de l’éolien industriel se sont assis sur un nombre important de principes de base enseignés par l’écologie, sans doute dans l’espoir d’un changement du contexte énergétique. Mais faute d’avoir su encadrer cette volonté politique au niveau local, le pari est déjà perdu quelques années seulement après avoir nationalement « dopé » ce secteur industriel.

Retour sur les sept péchés capitaux d’éole.

Mitage Dans de nombreuses communes françaises, il est difficile voir impossible de construire une simple maison. Les règles sur les paysages sont heureusement venus contraindre la construction : ici c’est la loi Montagne qui oblige à construire dans la continuité des hameaux et bourgs existants, là la loi Littoral, partout les règles d’urbanisme veillent au respect des « greffes » entre le nouveau et l’ancien pré existant. Ces règles louables ont des incidences fortes : ainsi il n’est pas rare de manquer de logements dans le Massif Central à cause de contraintes paysagères. Des industries, et donc des emplois locaux (contrairement aux éoliennes) ne peuvent pas s’implanter. Les permis de construire des éoliennes industrielles s’affranchissent quant à eux de ces principes de bases. La « beauté » de ces machines est un argument subjectif. Car on pourrait tout aussi légitimement vanter la beauté d’usines et de logements. Sur ce prétexte faut-il mettre à bas ces lois qui ont construit les magnifiques paysages français ? Est-ce que l’urgence sociale ne vaut pas celle de l’écologie ?

Saucissonnage Aucun aménageur ne peut « saucissonner » ses projets pour les faire accepter par petits bouts sans se retrouver poursuivi devant le Tribunal administratif. Sauf pour les promoteurs d’éoliennes ! Aucune planification territoriale n’est venue encadrer la multiplication des machines. Non seulement les projets sont étudiés au coup par coup sans savoir si d’autres implantations auront lieu ou non juste à côté, parce que portés par un autre opérateur privé ou sur une autre commune, mais il est courant que des parcs initiaux « vendus » pour quelques machines à la population, fassent « des petits » quelques années plus tard. Des zones de développement éolien sont approuvées par des collectivités locales sans connaître le nombre de machines à terme. Vous êtes d’accord pour 10 éoliennes ? Demain vous en aurez 50, ou plus... sans pouvoir y redire. Les Régions qui s’étaient vues après coup confier la responsabilité de schémas ont la plupart du temps préféré décliner.

Gaspillage Les environnementalistes dénoncent à juste titre, la concentration et le gaspillage, mais pas pour l’éolien industriel ! Transporter très peu d’énergie aléatoire (rentabilité moyenne de 30% du temps) et non modulable sur de longues distances n’est pas rentable. Au lieu de développer les énergies renouvelables au niveau de l’habitat individuel préalablement isolé, ce qui rendrait les citoyens plus autonomes... l’éolien renoue avec la concentration. Mono tourisme, mono agriculture, mono énergie... avec toutes les pertes en ligne induites. Cette énergie là serait parait- il « délocalisée » parce que située au plus près des habitants d’une commune. C’est juste oublier que l’énergie ainsi produite part dans le réseau national voir international sans possibilité d’utilisation locale. Les éoliennes industrielles permettent de se donner bonne conscience sans changer un système centralisé et peu économe. Ainsi la seule augmentation de la consommation française entre 2007 et 2008, soit 5,8 TWh, nécessiterait d’ériger 1400 nouvelles machines. Et en 10 ans 14.000 machines en plus uniquement pour suivre l’augmentation exponentielle ? L’implantation de centaines de machines depuis cinq ans n’a en rien fait décroître la consommation française. Au contraire c’est un alibi pour continuer en pensant que « la technique y pourvoira ».

Not in my back yard Le « Nimby », pas dans mon jardin (not in my back yard) est dénoncé à juste titre par les tenants de l’environnement. Certains s’en servent même pour discréditer les motivations des opposants aux éoliennes. Mais par une sorte de force centripète, les parcs éoliens sont rarement visibles par les communes qui portent les projets et bénéficient de la taxe professionnelle. Les implantations sont souvent excentrées, visibles depuis les communes qui n’appartiennent pas à la même intercommunalité et ne profitent pas des retombées financières.

Mauvaise gouvernance Est-ce parce que le secteur est soumis à forte concurrence entre opérateurs eux-mêmes, ou pour éviter la structuration d’oppositions locales, toujours est-il qu’il n’est pas rare que des habitants découvrent les projets au dernier moment, dans le journal ou lors de l’enquête publique. Pas rare non plus que les mats des éoliennes soient implantées sur les propriétés de certains élus ayant eux-mêmes à se prononcer sur l’opportunité des projets. La concertation, les plaquettes en couleur, l’organisation de voyages sur d’autres parcs éoliens sont le plus souvent financés par les promoteurs eux-mêmes.

Nationalisation de l’investissement, privatisation des profits En décidant de doper l’énergie éolienne en subventionnant le rachat de l’électricité ainsi produite au dessus du prix du marché, le gouvernement a sollicité le porte monnaie de tous les consommateurs. Ces derniers, en payant leur facture d’électricité, financent les entreprises privées, souvent des multinationales qui, grâce à cet « impôt » bénéficient d’un retour sur investissement très court : entre 5 et 7 ans sachant qu’une machine revient en moyenne à 1M€. Sans garantie que ces bénéfices soient réinvestis pour l’environnement, loin s’en faut. Cette incitation fiscale explique pour une grande part la frénésie qui s’est emparée des aménageurs.

Absence de principe de précaution Pourtant règle d’or en écologie, le principe de précaution, n’est pas appliqué pour le développement industriel de l’éolien. L’urgence de la réduction des gaz à effet de serre sert de prétexte à la précipitation. Démontrer préalablement la rentabilité de ce développement avant de bouleverser les paysages ? A quoi bon. Vérifier l’impact sur la faune avant de couvrir le territoire national et pourquoi donc ? Un taux de mortalité moyen de 33 oiseaux par machine et par an a été constaté sur des axes migratoires importants (Toronto renewable energy cooperative 2000). Mais certaines associations, dites naturalistes, réalisent les études préalables pour les promoteurs ! Caution n’est pas précaution...

Et le Président de la République vient d’annoncer la construction d’une voire deux nouvelles centrales nucléaires. Encore un pari perdu !

Alors, prenons le temps de la réflexion avant de chambouler les campagnes françaises par des champs d’éoliennes aujourd’hui, et de panneaux photovoltaïque demain. La réforme de la taxe professionnelle saura mettre un frein à cet engouement « vert ». Les communes qui ont su préserver leurs patrimoines paysagers pourraient bien se retrouver gagnantes.

Impôt énergie : ne pas oublier la justice sociale France Nature Environnement Reporterre 2009/07/01 France Nature Environnement (1er juillet 2009 à 10h48,) Impôt énergie : ne pas oublier la justice sociale. Reporterre. fr

Impôt énergie : ne pas oublier la justice sociale

Les experts sur la Contribution climat énergie se réunissent les 2 et 3 juillet sous la présidence de Michel Rocard.

La Conférence des Experts sur la Contribution Climat Energie (CCE), présidée par Michel Rocard, se réunira les jeudi 2 et vendredi 3 juillet. FNE (France Nature Environnement) soutient cette initiative et espère qu’elle aboutira à une mise en place prochaine de la CCE.

A six mois de Copenhague, la réflexion sur une régulation approfondie des émissions de gaz à effet de serre est indispensable. Complémentaire au système de quotas instauré par l’Union Européenne qui ne couvre que 40% des émissions totales européennes, la CCE est un outil essentiel pour l’émergence d’une économie verte. En instaurant un « signal prix » fort par le renchérissement de l’énergie et des émissions, elle permet de prendre en considération les impacts de l’activité économique sur le climat. Il faut cependant rester attentif à ses modalités, afin de s’assurer que son objet ne sera pas dénaturé et d’éviter qu’elle ait des impacts sociaux et économiques inacceptables.

L’importance de la redistribution

FNE rappelle également que la CCE ne peut avoir pour vocation d’assurer un revenu régulier pour l’Etat, du fait de son objet même puisque son assiette sera amenée à diminuer. Pour Sébastien Genest, président de FNE : « La question de la redistribution est un problème essentiel qu’il faut prendre en compte dans l’objectif d’un développement véritablement soutenable. FNE sera particulièrement attentive à la prise en compte des éventuelles conséquences socio-économiques. La protection de l’environnement ne s’oppose pas à la protection sociale En changeant nos habitudes, la Contribution Climat Energie est une formidable incitation au progrès social ».

FNE sera très attentive à ce que les discussions permettent l’élaboration d’un outil au service du développement durable : protection de l’environnement, pérennité économique et protection sociale renforcées.

Emissions mondiales de CO2 : toujours à la hausse DD Magazine Reporterre 2009/07/02 DD Magazine (2 juillet 2009) Emissions mondiales de CO2 : toujours à la hausse. Reporterre. fr

Emissions mondiales de CO2 : toujours à la hausse

La récession économique fait ralentir les émissions mondiales de CO2, mais celles-ci ont encore augmenté en 2008.

Une étude révèle que le prix élevé du pétrole jusqu’à l’été 2008 et la crise financière mondiale ont entraîné une réduction de moitié de l’augmentation annuelle des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2), de la consommation de pétrole, du charbon, du gaz et de production de ciment. Les émissions ont augmenté de 1,7% en 2008, contre 3,3% en 2007. Cette "baisse" de la croissance, pourait être considérée comme une bonne nouvelle, si elle n’était pas seulement conjoncturelle.

Selon cette étude réalisée conjointement par la Commission européenne, le Centre commun de recherche (CCR) et « Netherlands Environmental Assessment Agency » (PBL), depuis 2002, l’augmentation annuelle moyenne des émissions de CO2 est de près de 4%. En plus des prix élevés du pétrole et la crise financière, l’utilisation accrue des nouvelles sources d’énergie renouvelables, telles que les biocarburants pour le transport routier et de l’énergie éolienne pour la production d’électricité, a eu un impact notable sur les émissions de CO2.

Les émissions de CO2 des pays en voie de développement dépasseront celles des pays industrialisés

Les émissions mondiales de CO2 sont passées de 15,3 milliards de tonnes en 1970 à 22,5 milliards de tonnes en 1990 et 31,5 milliards de tonnes en 2008. Soit une augmentation de 41%, depuis 1990. La part des émissions mondiales de CO2 provenant des pays en voie développement est légèrement plus élevée (50,3%) que des pays industrialisés (46,6%) et les transports internationaux (3,2%) réunis.

Les biocarburants et les autres sources d’énergie renouvelables auraient un impact sur le CO2

L’utilisation croissante des nouvelles sources d’énergie renouvelables commence à avoir un impact significatif sur la tendance globale des émissions de CO2. Aux Etats-Unis et en Europe la part de l’éthanol et du biodiesel dans les transports routiers a augmenté d’environ un pour cent. En Chine, les biocarburants sont de plus en plus utilisés pour les transports.

L’énergie éolienne est une autre source d’énergie renouvelable, dont la production est de plus en plus à des taux très élevés. En 2008, la capacité de production mondiale a augmenté de près de 30%, avec une augmentation en Chine aux États-Unis d’environ 100% et 50%. Selon un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) , 2008 a été la première année au cours de laquelle de nouveaux investissements de production d’énergie dans les énergies renouvelables ont été plus importants que les investissements dans les technologies de combustibles fossiles.

Français écolos ? Oui, si les autres le sont aussi Gilles Rotillon Reporterre 2009/07/02 Gilles Rotillon (2 juillet 2009) Français écolos ? Oui, si les autres le sont aussi. Reporterre. Tribune — fr

Français écolos ? Oui, si les autres le sont aussi

Des raisons par lesquelles on ne change que si tout le monde change...

Les Français seraient d’accord à 90% pour créer une nouvelle taxe pour les entreprises qui polluent, pour faire baisser leurs émissions de gaz à effet de serre (Libération du 24/10/07). Dans le même temps, ils ne sont que 44% à accepter une réduction de 10 km/h de la vitesse légale maximale autorisée sur les routes et les autoroutes et 65% à vouloir brider les moteurs pour les empêcher de dépasser les 130 km/h (ils sont donc 35% à vouloir garder la liberté de ne pas respecter la loi). C’est oublier que les émissions de gaz à effet de serre sont dues pour 50% aux ménages, autrement dit à ces mêmes Français si prompts à taxer les entreprises mais à refuser les mesures trop contraignantes pour eux-mêmes.

Ce comportement s’explique. A la fois par l’absence d’alternatives réelles à l’utilisation de la voiture individuelle et par la crainte de voir se dégrader son pouvoir d’achat. On n’est peut-être pas riche à 4 000 euros mensuels, mais plus de la moitié des Français gagnent moins de 1 300 euros mensuels. Ils ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de nouvelles taxes sans des garanties claires qu’elles ne pèseront pas sur leur niveau de vie.

Le point crucial, dont dépend vraiment l’acceptation de changements de comportements et qui se révèle à travers les réponses à ce sondage, est de savoir combien cela coûte et qui va payer. Les habitants des pays développés font comme au poker : ils payent (un peu) pour voir, d’autant plus méfiants qu’ils ont eu leur lot de désillusions dans les vingt-cinq dernières années et qu’ils sentent que leur implication sera inutile si elle ne se coordonne pas avec celle des autres.

C’est ce que montrent les enquêtes d’opinion comme celle réalisée par l’Union européenne sur les « Attitudes des citoyens européens envers l’environnement : dans la section sur l’impact des efforts individuels sur l’état de l’environnement, plus de la moitié des 85% de personnes qui avaient indiqué faire des efforts ne croient pas que ces efforts aient un impact tant que les autres ne font pas de même.

Si la lutte contre le changement climatique ne sera pas gratuite, ses coûts sont à supporter dès aujourd’hui pour peu que l’on choisisse enfin des politiques ambitieuses. Et il n’y a pas que le changement climatique ! La crise de l’eau, la perte de biodiversité, le volet social du développement durable (qui est le grand oublié du Grenelle de l’environnement), la pollution paradoxale dans les pays en développement (responsable de 1,6 millions de morts par an),…sont aussi des questions en suspens qui obligent à interroger notre mode de développement.

L’oligopole bancaire mène la danse François Morin Reporterre 2009/07/02 François Morin (2 juillet 2009) L’oligopole bancaire mène la danse. Reporterre. Tribune — fr

L’oligopole bancaire mène la danse

« Oligopole : système dans lequel de grandes entreprises s’entendent pour imposer leur intérêt commun ». Exemple : oligopole bancaire. Illustration : comment échapper à la crise qu’on a créé.

Depuis quelques jours, les plus grandes banques mondiales, du moins celles qui ont échappé à la nationalisation, commencent de nouveau à faire entendre leurs voix. Après leur débâcle financière, qui a entraîné la plus grande crise économique depuis la seconde guerre mondiale, ces banques qui ont été pourtant recapitalisées par des fonds d’Etat n’hésitent plus à redresser la tête face à des gouvernements et à des régulateurs qui avaient, il y a quelques semaines encore, des velléités de régulation de leur secteur.

Trois sujets illustrent les tentatives de renaissance de l’oligopole bancaire mondial : la volonté de s’émanciper de la tutelle des Etats pour retrouver la liberté de fixer les rémunérations des plus hauts dirigeants ; le souci de limiter la portée des tests de résistance (stress-tests) afin de ne pas devoir faire appel à de nouveaux fonds propres : enfin, la volonté de s’affranchir des règles comptables dans le but de mieux gérer dans le temps la présentation de leurs résultats.

1 - Le département du Trésor américain vient d’autoriser, le 9 juin dernier, dix des plus grandes banques des Etats-Unis à rembourser les 68 milliards de fonds publics dont elles ont collectivement bénéficiés depuis l’automne dans le cadre de son plan de stabilisation du système financier. L’annonce de l’administration Obama ne doit pas faire illusion. Elle accède en réalité, et très rapidement, à la demande de ces grandes banques, désireuses de se défaire de la tutelle de l’Etat et, tout particulièrement, des limites imposées en termes de rémunération des dirigeants.

Après avoir proclamé son intention de brider les banques dans leur politique de rémunération, Timothy Geithner a laissé entendre que le Trésor se contenterait de présenter "des suggestions pour tenter d’encourager" des pratiques plus responsables. Autrement dit, il n’y aura aucune contrainte ou limite fixées par la réglementation.

Quatre jours après cette annonce, il est intéressant de souligner que le dirigeant de la plus grande banque française, Baudouin Prot, déclarait que « les plus grandes banques françaises pourraient commencer à rembourser l’Etat début 2010 ». Cette annonce a été aussitôt suivie d’une confirmation par Georges Pauget, PDG du Crédit Agricole et président de la Fédération bancaire française. Quand il le faut, les banquiers savent se mettre à l’unisson par delà les frontières.

Mais, dès lors que les banques recouvrent leur liberté de mouvement, ne risque-t-on pas voir se reconstituer les mêmes excès en matière de bonus et de salaires, en clair, ne crée-t-on pas les conditions de prises de risques inconsidérés de leur part et donc de formation de nouvelles bulles ?

2 – Depuis quelques mois, le débat est engagé autour des tests de résistances (ou stress tests). Les banques américaines et les banques britanniques ont déjà passé une série de ces tests. Si les banques américaines sont apparemment sorties renforcées des tests de résistance, il ne faut pas oublier la polémique qui a entouré les négociations sur leurs résultats finaux. Les premiers tests ont fait apparaître un besoin en capitaux additionnels de 74,6 milliards de dollars, chiffre dont on sait qu’il a fait l’objet d’âpres discussions entre l’administration Obama et les banquiers.

Mais, la conjoncture semble rattraper les tests de résistance. On évoque en effet aux Etats-Unis une deuxième série de ces tests si la conjoncture devait s’aggraver. Parmi les hypothèses retenues lors des premiers "stress tests", destinés à jauger de la résilience des banques américaines en cas d’aggravation de la conjoncture, figurait un taux de chômage cible de 10,3% en 2009. De nombreux experts s’interrogent sur le caractère trop limité de cette prévision. Les derniers chiffres de l’emploi américain publiés vendredi 5 juin ont fait apparaître un taux de chômage en hausse de 0,5 point en mai, à 9,4%.

Or, les établissements testés n’ont désormais plus aucune marge de manœuvre. Les banques étaient déjà réticentes à céder des actifs à prix bradés, ce qui les aurait obligées à constater de nouvelles pertes. Le bras de fer est donc engagé avec l’administration et pour l’instant les banques américaines ont réussi à passer à travers les mailles d’une nouvelle série de tests.

En Europe, les premiers tests sont tout juste amorcés pays par pays et les résultats devraient être connus en septembre prochain. Mais les européens peinent à définir des modalités communes. En effet, les banques obtiendront-elles, grâce à l’Allemagne, à ce que les résultats ne soient pas publiés pour chaque établissement (comme aux Etats-Unis), mais pour chaque système bancaire national ? Ou bien au contraire, ira-t-on vers une publication individuelle, directement à l’échelle européenne, comme le souhaite les français et le FMI.

Cette opposition entre français et allemands est bien symptomatique de la place de leurs banques dans l’oligopole mondial. A la différence des établissements allemands, les banques françaises sont beaucoup plus grandes, largement internationalisées et prêtes à subir ouvertement les tests de résistance. Si cette épreuve peut en affaiblir d’autres…

3 – Enfin, c’est sur le plan comptable, que l’oligopole bancaire, notamment européen, vient d’obtenir sa plus grande satisfaction. Les autorités comptables de l’Europe, principalement l’International Accounting Standards Board (IASB), ont cédé aux pressions des pouvoirs publics européens. Les banques ont mis, à plusieurs reprises, en accusation la norme IAS 39 qui repose sur la notion de « juste valeur » pour l’évaluation des actifs financiers, c’est à dire sur la valeur de marché. Cette norme avait été imposée par les investisseurs institutionnels américains qui demandaient à pouvoir suivre, sur le très court terme, la valorisation des titres.

Durant la crise, cette règle de valorisation des actifs a été amendée à plusieurs reprises au motif que le « marché » avait disparu pour plusieurs classes d’actifs, et notamment pour les actifs structurés de dette. Début juin, Michel Pébereau, Président de BNP Paribas, et Gérard Mestrallet, président de GDF Suez enfonçaient le clou et indiquaient qu’il fallait tirer les leçons de la crise : il faut revoir, disent-ils, le rôle et la composition du conseil du normalisateur, c’est à dire de l’IASB. On a là la manifestation la plus éclatante du pouvoir renaissant de l’oligopole bancaire. Quand les règles ne conviennent plus aux banques, et surtout aux plus grandes, eh bien il faut les changer.

En conclusion, mais c’est un signe très révélateur, les trois sujets qui viennent d’être rappelés ont été imposés par les banquiers eux-mêmes. Surtout, ils l’ont été en même temps des deux côtés de l’Atlantique. Or, la coordination des intérêts économiques est le propre de tout oligopole. Tel le Phénix, l’oligopole bancaire mondial est probablement en train de renaître de ses cendres et surtout de celles qu’il a malheureusement semées derrière lui.

Les centrales solaires ne doivent pas nuire à l’agriculture Fédération nationale des Safer Reporterre 2009/07/03 Fédération nationale des Safer (3 juillet 2009) Les centrales solaires ne doivent pas nuire à l’agriculture. Reporterre. fr

Les centrales solaires ne doivent pas nuire à l’agriculture

Des toitures solaires sont tout à fait souhaitables. Mais les centrales solaires au sol risquent d’affaiblir l’activité agricole.

Le Conseil d’administration de la Fédération Nationale des Safer reconnaît l’objectif communautaire de porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale à l’horizon 2020, objectif repris en France dans les textes de la loi de programmation du Grenelle de l’environnement, dite loi de Grenelle 1. Il estime que le développement de l’énergie photovoltaïque a toute sa place dans l’atteinte d’un tel objectif.

Toutefois, il tient à rappeler que les formes et les modalités de ce développement ne doivent pas entrer en conflit avec la nécessaire préservation des terres agricoles et forestières et des espaces naturels. En effet, ce développement peut se faire sur les toitures de bâtiments agricoles ou de bâtiments industriels et commerciaux en prenant en compte les obligations relatives aux paysages et aux sites protégés. Ce cas ne pose pas de problèmes particuliers pour les terres et peut même entraîner un complément de revenu non négligeable pour les propriétaires concernées dont les agriculteurs.

En revanche, le développement de centrales photovoltaïques au sol est de nature à créer dans les zones concernées (essentiellement le Sud de la France et les DOM) des perturbations graves (concurrences avec les baux ruraux, qualité des terres à terme, mitage de l’espace agricole, devenir des installations, …) si le prix de rachat par EDF de l’électricité produite dans ce cas est trop favorable et si aucun contrôle ne vient orienter les implantations.

Le Conseil d’administration considère :

1. que ces implantations, en propriété ou à la suite de location, ne doivent pouvoir se faire que dans des zones ne présentant aucun risque pour les terres agricoles et forestières (carrières réhabilitées, décharges fermées après utilisation, terres en friches ou de peu de valeur agronomique, …),

2. les installations doivent faire l’objet d’un permis de construire permettant ainsi de les positionner dans le paysage et surtout d’éviter le mitage de l’espace rural,

3. une attention particulière doit être accordée au démantèlement des installations en fin de contrat et au respect des protections relatives aux sites protégés et aux risques de diffusion de déchets de métaux lourds,

4. enfin, le différentiel entre le tarif de l’électricité produite par des installations implantées sur les toitures et celui de l’électricité produite par des centrales au sol est, à l’heure actuelle, encore insuffisant (respectivement 0,50 € par kWh et 0,20 € par kWh) et ne crée pas, de ce fait, une incitation suffisante à l’installation sur les toitures qui, de surcroît, sont de plus en plus complexes à implanter.

Le Conseil d’administration appelle, en conséquence, l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de mettre en place une politique d’implantation des centrales photovoltaïques qui privilégient les implantations sur les toitures et qui soit particulièrement encadrée, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Le film Home, cri d’alarme ou cache-sexe du capitalisme ? Hugues Stoeckel et Paul Ariès Reporterre 2009/07/03 Hugues Stoeckel et Paul Ariès (3 juillet 2009) Le film Home, cri d’alarme ou cache-sexe du capitalisme ?. Reporterre. Tribune — fr

Le film Home, cri d’alarme ou cache-sexe du capitalisme ?

Hugues Stoeckel s’indigne que l’on attaque le film Home réalisé par Yann Arthus-Bertrand : selon lui, c’est un utile message pédagogique sur la crise écologique. Mais pour Paul Ariès, le film ne vise qu’à justifier le capitalisme vert.

Paul Ariès déconne complètement dans la tribune reproduite ci-dessous. N’a-t-il vraiment rien de mieux à foutre que de dégommer les gens qui travaillent à cette prise de conscience des masses sans laquelle la décroissance à venir ne pourra être qu’une abominable descente aux enfers imposée par des calamités « naturelles » ou géopolitiques aussi incompréhensibles que malvenues ?

YAB (Yann Arthus-Bertrand) avait comme seule ambition de faire un état des lieux, et le fait très bien. Ses 10 dernières minutes de solutions positivantes sont une concession aux financeurs, il l’a clairement laissé entendre dans les débats qui ont entouré le film. Et la nécessaire dénonciation de la responsabilité du système, celle des logiques économiques et politiques dominantes, des inégalités ou de la pub constitue un autre tout sujet, un sujet complémentaire qui ne peut pas tenir dans le même film, déjà bien long.

Je ne sais pas où Paul Ariès a vu dans « Home » un éloge des droits à polluer, ou l’idée que l’Humanité serait « en trop ». C’est aussi absurde que le déni du fait que l’état de la planète est fondamentalement dû à l’action de l’humanité. Via un système, soit, mais qui reste celui de l’humanité. Il n’y a là aucun jugement de valeur, juste un constat.

J’ajoute que l’exposé brut de l’état des lieux est la seule approche audible par tous les humains, de gauche, de droite, éduqués nantis ou simples homos sapiens isolés dans leur cambrousse. Elle fait oeuvre en soi de remise en cause du système qui mène à cette situation, bien plus en tout cas que tous les bouquins (pourtant très bons) qu’Ariès a pu commettre à ce jour et qui ne sont lus que par une élite déjà consciente.

Qu’ensuite on débatte sur les fonctionnements qui ont produit ce désastre et qui sont à bannir pour viabiliser l’avenir, c’est évident ! Mais c’est un autre sujet qui ne pourra pleinement s’ouvrir qu’avec la fermeture du précédent. Ce dont manque le plus l’humanité aujourd’hui, ce n’est pas de leçons politiques sur la manière de s’en sortir : il y en a pléthore !! C’est d’abord la pleine conscience pour chaque Humain de la merde dans laquelle tout le vivant se trouve présentement. Et ça, tant qu’il y aura des Allègre, nous saurons que ça n’est pas acquis. Sans cette pleine conscience, et aussi belles soient les alternatives mises en débat, rien ne changera faute de raisons de changer.

Quant à la critique de la vision esthétisante, je veux bien croire qu’on aurait pu tourner ce film depuis un vélo plutôt qu’un hélico, mais vous n’arriverez pas à me faire avaler qu’il aurait eu 100 millions de spectateurs en 15 jours… La beauté de l’image est un moyen parfaitement honorable de faire passer un message, et on ne peut pas en dire autant de toutes ficelles dans ce domaine.

Je trouve enfin particulièrement exaspérante cette manie récurrente de disqualifier des préconisations au prétexte que son auteur ne les respecte pas ! Soit elles sont bonnes en soi, soit elles ne le sont pas, mais ça ne dépend pas de celui qui les dit. Et même si l’action d’information d’un YAB ou d’un Hulot a une empreinte écologique, elle est ridicule comparée à celle des millions de touristes aéroportés en continu sans aucune justification valable, qui verront peut-être Home mais qui jamais ne liront un bouquin de Serge Latouche ou de Paul Ariès.

Hugues Stoeckel Attac Vosges du Nord.

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Un symbole du capitalisme vert

Paul Ariès, directeur du Sarkophage, journali des gauches antiproductivistes et des écologistes antilibéraux

Le film Home, de Yann Arthus-Bertrand est un très mauvais coup contre l’écologie politique, c’est-à-dire contre une écologie de rupture avec le capitalisme et tout productivisme. YAB est le chantre des mascarades vertes : ex-photographe du Paris-Dakar au moment même où cette course était le symbole du néocolonialisme (de la domination des uns sur les autres et de tous sur la planète), le photojournaliste n’est certes pas crédible en tant qu’individu, mais il aurait pu cependant faire un bon travail, un film pédagogique. Ce n’est pas le cas : si le constat est juste, le diagnostic est faux et les solutions mauvaises.

Ce film est donc dangereux politiquement pour au moins trois raisons. La beauté des paysages masque la laideur des thèses mais aussi la part du non-dit. Ce choix esthétique est en effet un choix idéologique et politique contestable.

C’est celui d’une nature sauvage qui serait polluée par les humains, c’est la conception nord-américaine de l’écologie où l’humanité apparaît comme « en trop ». L’écologie européenne est née de la critique de l’aliénation, de l’exigence, notamment, de conditions de travail et de vie qui assurent une vie plus belle. Ces paysages splendides n’évoquent rien pour l’immense majorité des humains et ne peuvent donc que renforcer un sentiment d’impuissance et de culpabilité. Il faut être riche pour voir cette nature-là : les pauvres n’y accèdent jamais. YAB reprend la représentation de Dame nature alors qu’il faudrait justement la combattre.

Nous ne devons ni dominer ni être dominés par la nature mais l’accompagner, comme le montrent merveilleusement les laboratoires du futur du jardinier Gilles Clément. YAB montre aussi que les lois qui valent pour la société seraient ces lois naturelles couplées aux lois économiques, bref tout autre chose que des lois politiques au service des plus petits. Les films de Jean-Michel Carré (J’ai mal au travail) ou ceux de Marie-Monique Robin (Monsanto) ont fait un autre choix : celui de l’intelligence collective, celui d’une interpellation qui permette aux spectateurs de (re)devenir des citoyens agissant pour leur émancipation. YAB évacue la responsabilité du système, celle des logiques économiques et politiques dominantes. Le saccage de la planète serait la faute à pas de chance… Ah, si nous n’avions pas découvert le pétrole !

Ce parti pris esthétique exonère de toute responsabilité les grandes firmes à l’origine de l’exploitation et de la domination des humains mais aussi (on le sait désormais) de la destruction de la planète. Le cas Pinault est exemplaire : première fortune européenne, symbole de ces riches qui saccagent la planète, YAB le métamorphose en super-héros vert, en champion de l’écologie, d’une nouvelle « croissance verte ». Ce film n’ouvre enfin aucune perspective, sinon celle de culpabiliser plus encore les pauvres propriétaires de vieux logements, de vieilles voitures, beaucoup moins « écolos » que ceux des riches…

Ce film ne nous dit rien sur la nécessité de faire décroître les inégalités pour sauver la planète. Il ne nous dit pas qu’il faudrait assurer à chacun les moyens de vivre frugalement et dignement, c’est-à-dire partager tout autrement un autre gâteau beaucoup plus comestible socialement et écologiquement. Ce film ne dit pas non plus (et pour cause !) qu’il faudrait démanteler les sociétés transnationales (STN) responsables de la faillite planétaire, il ne souffle pas un mot des dangers de la technoscience (irradiation des aliments, nucléaire, nanotechnologies…). Il ne dit (surtout pas) qu’il faudrait détruire l’appareil publicitaire responsable de ces modes de vie destructeurs.

YAB signe un film qui est le symbole même de l’impérialisme culturel nouveau, c’est-à-dire celui du « capitalisme vert » avec son projet d’adapter la planète, les humains et l’écologie aux besoins du productivisme capitaliste. Ce film recycle tous les poncifs d’une écologie de marché, avec le principe des droits à polluer, avec le mécanisme de compensation (je pollue mais je paie…), à l’instar des vieilles indulgences. Ce film pollue l’écologie en y important les thèses des écologistes de marché. Ce film participe de cette idéologie qui veut enseigner aux pauvres à se serrer la ceinture.

Ne faut-il pas leur faire payer la crise écologique comme ils paient déjà la crise financière ? Ce film de YAB lave plus vert le capitalisme et le productivisme : il prépare de mauvais jours.

De la décroissance à l’a-croissance Serge Latouche Reporterre 2009/07/04 Serge Latouche (4 juillet 2009) De la décroissance à l’a-croissance. Reporterre. Tribune — fr

De la décroissance à l’a-croissance

Dans cet entretien, Serge Latouche explique clairement son itinéraire et les grandes lignes de sa pensée.

En tant qu’économiste, qu’est-ce qui vous a amené à devenir une des références de la décroissance ?

Je suis un économiste atypique venu à la décroissance depuis 2002… Auparavant, j’étais Président de l’association « Ligne d’Horizon – les amis de François Partant » consacrée à la critique du développement et membre de l’Internationale informelle des « Disciples d’Yvan Illich ». Cette internationale était composée de personnes du Tiers-Monde comme Vandana Shiva en Inde, Gustavo Esteva au Méxique, Majid Rahnema en Iran, etc. ou de gens ayant travaillé dans le Tiers-Monde et ayant vu l’échec du développement.

Nous étions d’accord sur le fait que le développement était la poursuite de l’occidentalisation du monde commencé avec le colonialisme et l’impérialisme. On voulait savoir comment sortir du développement, dans les pays du Sud mais aussi dans ceux du Nord où seuls quelques marginaux comme José Bové s’installant dans le Larzac acceptaient cette idée. Après la Chute du mur de Berlin on a été rattrapé par les crises successives (écologique, fin du fordisme, etc.) et on nous demandait ce qu’on proposait à la place.

En fait derrière notre critique du développement se trouvait la critique de la croissance. On voyait que le développement était une entreprise occidentale avec des effets positifs au Nord et négatifs et visibles au Sud comme la déculturation (destruction du « vernaculaire » : la façon dont depuis toujours les gens vivent en harmonie avec leur environnement avec leur milieu à partir de leurs ressources locales). Bref, destruction de la paysannerie, de l’artisanat, exploitation sans limite de la nature avec les effets sur les hommes (destruction des identités culturelles et de l’attachement au territoire). Au moins au Nord cela a été remplacé par l’industrialisation et le travail à la chaîne. Ça donnait tout de même le salaire et la possibilité de consommer alors qu’au sud c’était remplacé par la clochardisation…

Tout cela m’a fait perdre la foi dans la religion de la croissance : surtout quand je suis passé en Asie au Laos, pays hors du développement, avec une société presque idyllique. Certes elle subissait la guerre et l’occupation mais les gens vivaient autour de leur pagode « en écoutant le riz pousser ». Là j’ai compris que le développement allait détruire tout ça. J’ai commencé à avoir un doute en tant qu’économiste qui était pourtant sur place pour faire la comptabilité nationale du Laos.

Pour certains la décroissance est un "motobus", utile pour "casser des murailles" mais qu’il faut tout de suite "accompagner d’autres mots" pour préciser ce qu’on met à la place de la "muraille". D’autres mentionnent qu’en termes de croissance et de décroissance... il ne faut pas se limiter à une analyse quantitative... mais intégrer du qualitatif : "croissance/décroissance... de quoi ?". Comment définissez-vous la décroissance ?

L’idée du mot-obus est de Paul Aries. Pour moi la décroissance est un slogan provocateur pour sortir de la religion du développement. Pour être rigoureux il faut parler d’a-croissance comme on parle d’athéisme. De tas de choses doivent croître comme la joie de vivre, la qualité de l’air et de l’eau que la société de croissance a détruits. Il s’agit de sortir d’une société de croissance dont la logique n’est pas de faire croître des produits pour satisfaire les besoins mais de faire croître à l’infini la production et pour justifier cela arriver à faire croître à l’infini la consommation ce qui a pour conséquence de faire croître à l’infini les déchets, la pollution… bref la destruction de la planète.

Une fois sorti de cette religion de la croissance on aborde sereinement les problèmes. Il faut réduire l’industrie automobile, développer les transports en commun, réduire le nucléaire et développer les énergies renouvelables. Tout cela en stimulant des activités répondant aux besoins concrets des gens, jusqu’à un certain niveau.

Il faut donc retrouver le sens des limites. Toute société pour être soutenable et durable doit se donner des limites. Malheureusement notre société est entré dans l’« ubris » ou dans la démesure.

Certes, il y a dans la nature humaine quelque chose qui pousse l’homme à sortir de ses limites ou de lui-même. Mais toutes les sociétés ont eu pour but de canaliser cette aspiration à la démesure et au surpassement. En fait cette aspiration est bonne quand on la canalise dans le sport non marchandisé. C’est déjà moins bien si on canalise ça dans la guerre (certes on devient un héros… mais on meurt jeune). Par contre, quand on libère cette aspiration dans l’accumulation de marchandises et d’argent, ça devient destructeur. On a une libération de la pulsion d’avidité (« recherche du toujours plus ») qui est extrêmement destructrice. Il faut donc canaliser ces aspirations, qui au départ ne sont pas nécessairement mauvaises, vers d’autres champs où on ne met pas en danger la survie de l’humanité et de la planète.

Face à la crise actuelle les mesures les plus utilisées ou annoncées sont "le plan de relance", "se préparer par la compétitivité au retour à la croissance", "accélérer par l’investissement public le retour à la croissance"... Quel rôle peut avoir la décroissance dans ce contexte ?

Il est vrai qu’on est en pleine schizophrénie. La France lance la commission Attali pour relancer la croissance et en même temps on fait le Grenelle de l’environnement. Sachant qu’on aura en décembre la Conférence de Copenhague sur le Climat qui devra prendre des mesures alors que les climatologues reconnaissent que la situation est déjà beaucoup plus grave que ce que le 4e rapport du GIEC disait… C’est une sacré contradiction…

Cependant je crois que les gens sont conscients. Même le gouvernement américain devenu propriétaire à 60% de General Motors ne songe pas à relancer l’industrie automobile sous sa forme traditionnelle. Le nouveau General Motors ne fera plus de 4 x 4… mais fera des voitures « plus écologiques ». Il y a un infléchissement. Certes très insuffisant… mais il est présent.

Il ne faut pas reprendre par la suite la formule du « travailler plus pour gagner plus » mais travailler infiniment moins pour partager le travail et entrer dans une société de sobriété où on peut être heureux avec beaucoup moins !

Il faut reconvertir plus que relancer. Reconvertir l’industrie automobile en industrie du transport en commun ou de la co-génération. En effet, les usines automobiles peuvent fabriquer des appareils de co-génération qui permettent aux maisons d’être productrices d’électricité en même temps que de chauffage. Cela existe déjà en Allemagne où on arrive par la co-génération à extraire d’une source primaire 90% de l’énergie au lieu de 40% auparavant. En fait, ce ne sont pas les solutions qui manquent… mais la volonté de les mettre en application !

Est-ce que cela ne pose pas de problème de parler de décroissance au moment où tant de familles ont du mal à joindre les deux bouts, y compris sur les biens les plus essentiels, et au moment où la faim s’accroît plus que jamais à travers le tiers-monde ?

Effectivement pour les gens qui actuellement sont dans la misère il n’y a pas de solution à court terme… Ils doivent se battre pour imposer un autre fonctionnement de ce système qui développe les inégalités, se battre pour un autre partage de la richesse. En effet, la seule solution pour améliorer la situation des gens les plus défavorisés consiste à avoir un nouveau partage de la richesse. Ce n’est pas d’essayer de produire encore plus alors qu’on n’arrive pas à consommer tout ce qui est produit et qu’on détruit la planète. Il faut revenir aux origines du socialisme qui étaient un autre partage. On produit suffisamment même beaucoup trop, c’est la répartition qui est mal faite.

En fait, la plupart des pays du Tiers-Monde font cruellement l’expérience que le « Gâteau est mal partagé et qu’en plus il est empoisonné ». L’exemple de l’Inde ces dernières années illustre cela. L’empoisonnement est au sens strict. Les terres sont désertifiées par les pesticides et les engrais chimiques, les populations chassées de leur terre. On a aussi en Asie du Sud-Est un nuage de pollution qui fait que les maladies de la peau, les cancers, etc. se développent énormément.

Les prémices d’un autre partage et d’une autre façon de faire le gâteau existent. Au Vénézuela la rente du pétrole et surtout la volonté politique (qui n’existait pas auparavant) ont permis une augmentation de revenus pour les plus pauvres, la mise en place d’une couverture sociale, etc. En Bolivie aussi on voit une remise en cause du productivisme et une réappropriation de la richesse nationale pour faire profiter les plus pauvres (les paysans sans terre, etc.).

Le développement durable peut-il faire partie des solutions d’avenir ?

Actuellement on parle de « croissance verte »… C’est une façon de mettre un coup de peinture verte sur la croissance sans changer les fondamentaux ci-dessus présentés…

En quoi la relocalisation de l’économie et du politique est-elle une réponse face à la mondialisation capitaliste ?

L’une des causes de la crise actuelle c’est la mondialisation financière. Un marché mondial unique est beaucoup plus fragile. Si on dit qu’en France on résiste mieux c’est qu’il y avait un minimum de protection. Avec des économies locales, basées sur une culture et un financement locaux, on résisterait mieux à ce type de crise… On a théorisé cela. Les systèmes écologiques, sociaux ou humains ont deux dimensions très importantes et contradictoires. Ils sont d’autant plus efficaces et génèrent d’autant plus d’économies d’échelle qu’ils se spécialisent et deviennent grand. Mais en même temps ils sont plus fragiles.

L’autre dimension est la résilience, c’est-àdire la capacité de résister aux changements. On le voit pour les espèces animales. Si on n’a qu’un seul type de porc, et qu’on a une maladie porcine… le cheptel est totalement détruit. La capacité de résistance est plus forte avec une diversité de variétés. Il en est de même avec les pommes : on n’a que 4 ou 5 espèces au lieux des milliers d’espèces de pommes différentes qui existaient.

Ainsi, le parallèle est valable avec une variété d’économies locales, basées sur des tissus locaux. Elles sont peut être moins efficaces globalement ou abstraitement qu’une économie mondialisée… Mais pour les gens qui vivent sur place c’est beaucoup plus satisfaisant et ça tient mieux la route.

Enfin, quelle forme d’économie est capable de constituer une véritable alternative au système économique dominant des dernières décennies, le capitalisme néo-libéral ?

Il faut « sortir de l’économie », c’est-à-dire sortir « de l’impérialisme de l’économie ». L’économie c’est toujours la marchandisation… L’économie néo libérale n’est que la suite naturelle de l’économicisation du monde. Il faut sortir de ce processus d’économicisation pour retrouver le politique et le social, pour redonner aux hommes prise sur leur destin, ne plus les soumettre à la loi de la main invisible du marché ou à la dictature des marchés financiers. Ce n’est pas d’une autre forme d’économie dont nous avons besoin, mais d’une autre forme de société où la production et les échanges et la consommation ne sont plus soumis à des lois aveugles mais décidés démocratiquement par les citoyens.

Eco-socialisme ?

Comme on part d’une société totalement économicisée… il y a une transition à penser à travers des politiques de reconversion. On peut appeler ça de l’éco-socialisme en faisant référence à la fois à André Gorz et Murray Bookchin grand théoricien anarchocommuniste américain fondateur de l’écologie sociale. Enfin, l’expérience de Mouans-Sartoux en Paca, où cette commune a illustré ce que pourrait être un programme de décroissance local en « relocalisant » les activités en centre-ville en évitant ainsi que sa commune ne devienne une banlieue de Cannes, et le film « Nos Enfants nous accuseront », montrent des alternatives intéressantes.

L’autre Tour de France roule contre tous les dopages Alter Tour Reporterre 2009/07/04 Alter Tour (4 juillet 2009) L’autre Tour de France roule contre tous les dopages. Reporterre. fr

L’autre Tour de France roule contre tous les dopages

Départ le 4 juillet de l’Alter Tour, qui ira visiter les alternatives vivant sans les dopages qui minent la société.

Après 6 mois de préparation bénévole et collective, avec le partenariat de 26 organisations et le soutien moral de personnalités scientifiques, l’AlterTour préparera son départ le 4 juillet dans le Centre-Ville de Besançon. Pendant les cinq semaines qui suivront, environ 150 cyclistes amateurs se relaieront le long d’un grand circuit continu traversant les villes de Strasbourg, Metz, Lille, Le Havre et Rennes, jusqu’au nord de Nantes.

Mais cet autre tour de France empruntera surtout des chemins reliant des lieux-dits peu connus : les cyclistes partiront à la rencontre de personnes discrètes qui expérimentent en vraie grandeur des alternatives aux différentes formes de dopage dont souffre notre société vouée à la compétition généralisée : dopages professionnel, agricole, économique…

Nous considérons que le dopage concerne tout procédé qui augmente temporairement certaines performances, mais qui provoque dépendances et dégradations sur le long terme. Cette définition peut s’appliquer par exemple aux plantes génétiquement dopées (OGM), ainsi qu’aux télécommunications dopées par les micro-ondes (téléphonie portable). Après avoir testé la présence d’OGM dans les champs longés par le tour 2008, nous réaliserons cette année des contrôles antidopage électromagnétiques, dont les résultats seront publiés quotidiennement.

L’opposition au TGV en pays basque grandit Collectif des associations pour la défense de l’environnement Reporterre 2009/07/05 Collectif des associations pour la défense de l’environnement (5 juillet 2009) L’opposition au TGV en pays basque grandit. Reporterre. fr

L’opposition au TGV en pays basque grandit

Mieux vaut améliorer le ferroviaire existant que de tracer de nouvelles lignes TGV.

Une pétition contre la construction d’une LGV (ligne nouvelle TGV) a été lancée par le CADE (collectif d’associations du Pays Basque et du sud des Landes).

Nous vous demandons de la signer et faire signer le plus largement possible Coordination des Associations Vigilance LGV

Plate-forme élus / associations du Comité de Vigilance LGV :

OUI AU DÉVELOPPEMENT FERROVIAIRE, MAIS PAS N’IMPORTE COMMENT !

Il faut un vrai projet ferroviaire, garantissant le développement du fret et des transports de proximité. La grande vitesse n’est plus le paramètre de décision fondamental. Le projet ne doit pas créer de nouveau couloir Priorité doit être donnée à l’amélioration immédiate et progressive des lignes existantes, en fonction de l’évolution des trafics. La solution retenue doit répondre à une véritable préoccupation d’aménagement du territoire : - en conciliant transports de proximité et transports de longue distance - en assurant la protection des riverains et en résorbant les nuisances, au delà même des normes réglementaires

Nous demandons un scénario qui prenne en compte l’ensemble de ces principes.

Le Nouvel Observateur, à la botte Patrice Lanoy Reporterre 2009/07/05 Patrice Lanoy (5 juillet 2009) Le Nouvel Observateur, à la botte. Reporterre. Tribune — fr

Le Nouvel Observateur, à la botte

L’interview complaisante de M. Sarkozy dans « Le Nouvel Observateur », autrefois un journal plutôt intéressant, est un symptôme supplémentaire de l’état dégénéré de la presse.

Les derniers vaisseaux de la presse sont donc en train de sombrer.

Les derniers. Ceux qui au prix de pas mal de compromis dans leurs cales, flottaient encore entre deux eaux.

Ma perception, jeune journaliste au Matin de Paris dans les années 80, était que nous vivions alors une heureuse parenthèse. Un miracle, une étrange oasis que nous traversions en riant. Une certaine facilité économique, la liberté et l’ivresse de la contre-culture se propageant au reste de la société. Les journaux étaient « libres ». Même au Figaro de Giesbert, on vous recrutait sans demander de quel bord vous étiez.

Jamais les journalistes ne se sont sentis aussi proches de leurs lecteurs que durant les années 80 et 90.

Les journaux étaient alimentés par la base. Un reportage, une enquête, l’envie ou la proposition d’un journaliste, forgée au feu du réel, était le bien le plus précieux d’une rédaction.

Lorsqu’après le Quotidien de Paris, le Figaro, France Soir, je vois les derniers journaux (Le Monde, La Canard, L’Obs, Charlie...) sombrer, se livrer à des groupes d’influence, inverser leur culture (des produits, formatés, mis en scène par des rédactions en chef stériles et cloîtrées dans leurs bureaux) il semble en effet se confirmer qu’est revenu les temps des chefs et des journaux médiocres.

Ce n’est pas la première fois. Parfumeurs, groupes du textiles, compagnies d’armement ont déjà écrasé la presse dans ce pays. Et contrairement à ce qu’ils prétendent, il a toujours été du souci des politiques et des acteurs sociaux dans ce pays d’organiser structurellement, notamment par les systèmes de diffusion, la paupérisation et le musellement de la presse. Voir la presse fragilisée et possédée par des amis puissants constitue la précieuse garantie de la voir rester dans le rang.

Il ne manque ni de rédacteurs en chefs ni de directeurs aux pantalons lustrés par leurs chaises pour appliquer ce programme. Donnez-leur la rosette. Ils rougiront de plaisir et de dévotion.

L’Obs constituait une manière d’exception. Certes, un compromis entre liberté et obédience. Je ne lis plus depuis longtemps. Mais même cela était encore trop. Plus les moyens de résister, même de façon cacochyme.

Les cons. Un journal n’est ni un produit ni une chose industrielle. Il est surtout, je veux parler des journaux d’information, cette choses fragile et aussi brumeuse qu’une sensation, que produit la rencontre d’un lecteur et d’un auteur : le terrain du désir et du partage.

Si les journaux disparaissent, c’est que cette précieuse envie de la rencontre s’en est allée s’épanouir ailleurs. Elle resurgira dans des lieux de nos sociétés. Les blogs ? Des encyclopédies en ligne ? Qui sait où. Et aux prix de quelles dévastations.

Le NPA et le Parti de Gauche s’allient pour les régionales NPA et Parti de Gauche Reporterre 2009/07/06 NPA et Parti de Gauche (6 juillet 2009) Le NPA et le Parti de Gauche s’allient pour les régionales. Reporterre. fr

Le NPA et le Parti de Gauche s’allient pour les régionales

Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et le Parti de Gauche « avancent dans la voie unitaire pour les élections régionales ». Ils marquent leurs distances avec Europe Ecologie.

La rencontre des délégations du NPA et du Parti de Gauche respectivement conduites par Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon qui a eu lieu le 30 juin au siège de ce dernier a donné lieu à la déclaration commune suivante :

Le NPA et le Parti de Gauche constatent les ravages provoqués par la crise globale du système capitaliste, à la fois économique, sociale et écologique, dans laquelle la politique des classes dirigeantes a plongé le monde. Ils dénoncent la vague de licenciements qui frappe de plein fouet le monde du travail et l’offensive de Nicolas Sarkozy, de la droite et du Medef contre les salariés annoncée lors du Congrès de Versailles et dont la volonté de retarder l’âge du départ à la retraite est un élément phare.

Face à cette offensive pour faire payer les frais de la crise aux classes populaires, devant l’urgence de la situation, quelques soient par ailleurs les divergences entre les deux formations, le NPA et le Parti de Gauche souhaitent œuvrer à la préparation d’une contre-offensive du monde du travail pour faire valoir ses exigences au premier rang desquels la garantie d’un emploi, l’augmentation des salaires mais aussi tout refus de recul de l’âge de la retraite.

Sarkozy et la droite se prévalent des résultats des élections européennes pour donner une légitimité leur politique réactionnaire. Pourtant seul un électeur sur dix a donné son suffrage à l’UMP. Il s’agit en réalité moins d’une victoire de la droite que de l’incapacité de la gauche à lui opposer une véritable alternative. En proposant d’accompagner ce système et en se contentant de remèdes homéopathiques qui ne le remettent pas en cause, cette gauche devient du coup inutile aux yeux du plus grand nombre. C’est ce qui explique la crise profonde des partis de la sociale démocratie en Europe. L’abstention massive des classes populaires et des jeunes - phénomène le plus important de ces élections - illustre cruellement cette tendance de fond. Cette abstention est certes lié au rejet de l’actuelle construction libérale et anti démocratique de l’Europe. Mais aussi au fossé de plus en plus grand entre les aspirations populaires et l’offre de la gauche institutionnelle. Dans une situation où la crise va s’aggraver, il y a là un risque majeur. On ne peut que s’inquiéter de la progression de l’extrême droite. Elle prouve qu’elle peut profiter du désespoir des milieux populaires.

Les deux partis soulignent également l’ambiguïté du vote Europe Ecologie. Il reflète une prise de conscience salutaire de la crise écologique. C’est décisif ! Mais ses porte-paroles en font aussi une stratégie politique pour dépasser le clivage gauche/droite. Pour nous, on ne peut ignorer le lien étroit entre la logique prédatrice du capitalisme et le désastre environnemental.

Ils s’accordent pour favoriser l’unité la plus grande contre les projets de la droite et du patronat que ce soit dans le domaine social, écologique, et des droits et des libertés. Le NPA et le Parti de Gauche sont ainsi unis actuellement dans la mobilisation contre l’EPR ou dans le comité national contre la privatisation de La Poste. Mais ils avancent aussi des propositions d’initiatives sur le terrain de la lutte contre les licenciements. Les deux formations estiment aussi indispensable d’unir les forces de gauche et des écologistes qui rejettent la logique du système capitaliste aux élections régionales. Il est urgent de rendre plus crédible une véritable alternative au système.

Les deux partis constatent que les propositions issues de leurs instances nationales respectives sont suffisamment proches pour leur permettre d’avancer dans cette voie unitaire pour les élections régionales. En conséquence, ils se prononcent au premier tour des régionales pour un accord national pour les 21 régions hexagonales sur des listes associant les forces qui composent aujourd’hui le Front de Gauche comme le PCF et le Parti de Gauche et le NPA, LO, Alternatifs, Alterekolo et les autres courants qui sont dans la Fédération, militant-e-s de quartiers ou du mouvement social. Le NPA les nomme « forces anticapitalistes », et le PG « l’autre gauche ». Ces listes seraient porteuses des exigences des classes populaires, d’un programme d’urgence en rupture avec la logique capitaliste et le productivisme pour les régions. Elles seront autonomes et indépendantes du PS et des listes de type Europe Ecologie.

Au second tour, les listes soutenues par le Parti de Gauche et le NPA se battront pour faire gagner la gauche et empêcher que des régions basculent à droite. Pour cela, les deux organisations se prononcent d’ores et déjà pour des fusions « techniques » ou « démocratiques » des listes de gauche à l’exception de tout accord incluant le Modem.

Pour le NPA, au sein de l’institution, les élus de ces listes conserveront leur liberté totale de vote et refuseront d’accepter des mesures et des budgets défavorables aux travailleurs et à la population.

Il subsiste évidemment au stade de cette première rencontre des questions à régler.

Pour le Parti de Gauche, l’ambition est d’être en situation d’appliquer le programme de ces listes dans le nombre le plus important possible de régions. Le plus sûr moyen d’imposer ce rapport de force consiste à placer ces listes en tête des listes de gauche au soir du premier tour.

Pour le NPA, les élus refuseront de contracter des accords de gestion avec les dirigeants du PS et d’Europe Ecologie. En effet, le NPA constate que les majorités de gauche ayant géré les régions depuis 6 ans n’ont pas mené de politique visant à satisfaire les besoins de la population et à répondre aux exigences écologiques. Elles ont pris des mesures qui leur étaient défavorables, par exemple des subventions accordées à des entreprises qui licencient.

A ce stade, les deux partis estiment que ces différences n’empêchent pas de poursuivre le processus entamé aujourd’hui. Au contraire, les deux partis estiment que leur rencontre aujourd’hui contribue à renforcer une dynamique positive et s’en félicitent. Un rassemblement aussi ambitieux est possible, il peut changer bien des choses. Pour le rendre toujours plus crédible, le Parti de Gauche et le NPA vont poursuivre leurs contacts, et s’invitent d’ores et déjà à leurs rendez-vous de l’été. Ils proposent également à tous les partenaires pressentis un groupe de travail commun pour commencer à avancer sur le contenu de ce que pourrait être le programme d’un tel rassemblement pour les régionales.

Paris, le 30 juin.

Pour le NPA : Pierre Baton, Olivier Besancenot, Frédéric Borras, Pierre François Grond, Ingrid Hayes, Guillaume Liégard, Danielle Obono

Pour le Parti de Gauche : Jean Luc Mélenchon, Gabriel Amard, Eric Coquerel, François Delapierre, Audrey Galland, Raquel Garrido, Pascale le Neouannic, Corinne Morel Darleux

Les décroissants aux partis de gauche : soyez encore plus écologistes Europe Décroissance Reporterre 2009/07/06 Europe Décroissance (6 juillet 2009) Les décroissants aux partis de gauche : soyez encore plus écologistes. Reporterre. fr

Les décroissants aux partis de gauche : soyez encore plus écologistes

Lettre ouverte en réponse à la déclaration commune NPA/PG du 30 Juin

dimanche 5 juillet 2009

Nous souhaitons, par cette lettre, réagir de façon positive à votre initiative. Notre réaction se situe dans la continuité des rencontres que nous avons précédemment eues, ensemble, avant les élections européennes.

En réponse aux urgences mondiales, sociales, écologiques et humaines, nous avons besoin d’étudier, d’offrir et de nous emparer d’un projet politique en rupture radicale avec le modèle économique et politique dominant.

Faute d’un tel projet et d’un débat de fond au moins entamé, l’unité tant désirée par la base des militants et des électeurs de « l’autre gauche » ne produirait au mieux qu’un cartel électoral, lourd de futures déceptions.

Le système capitaliste dominant et mondialisé, profondément inégalitaire, fondé sur le concept de « développement et de progrès technologique », se révèle destructeur de nos écosystèmes et des liens humains qui fondent le vivre-ensemble solidaire. En son sein, les réponses apportées par la sociale-démocratie, gestionnaire docile du libéralisme nous conduisent aux mêmes impasses.

Seule une réflexion critique et radicale du modèle productiviste permettra de remettre en cause les notions de croissance et de développement et leurs corollaires : misère, perte des biens et des liens fondamentaux, aliénations, perte de souveraineté, concurrence entre les peuples et les individus.

A cette fin , il est nécessaire qu’un pôle de radicalité anticapitaliste, écologique et social, s’affirme de façon autonome non seulement pour proposer une alternative politique, mais aussi pour s’engager dans des actions, luttes sociales et expérimentations concrètes ("Urgence climatique, Justice sociale", crise financière, revenu universel).

Y compris dans le domaine institutionnel, nous devons rompre avec le bipartisme et le système majoritaire qui empêchent toute émergence d’initiatives en rupture avec l’idéologie dominante.

C’est pour cela que nous nous permettons tout d’abord de pointer les insuffisances de votre texte commun.

Face à l’offensive mondiale de dérégulation et de précarisation des individus et des groupes sociaux, il nous semble que les revendications « d’augmentation des salaires, de garantie de l’emploi et d’âge de départ à la retraite » sont inadaptées et restent dans une logique "d’accompagnement" du système. Pour aller, au contraire, vers l’émancipation sociale, il faut garantir non pas l’emploi mais le revenu, et cela tout au long de la vie, par un revenu d’autonomie inconditionnel, accompagné d’un revenu maximal autorisé et de la gratuité du bon usage des services et des biens fondamentaux. De même, il faut obtenir une diminution drastique de l’emploi contraint pour libérer l’activité créatrice et partager le travail par la maîtrise des usages par les usagers.

Le combat écologique (notamment antinucléaire) ne se réduit pas à la lutte contre l’EPR ; il faut nécessairement remettre en cause notre modèle de civilisation, c’est-à-dire à la fois nos modes de productions et les produits que nous consommons, pour espérer retrouver un équilibre viable de nos écosystèmes planétaires et le maintien de la diversité des cultures des groupes humains.

Proposer un projet alternatif de rupture écologique et sociale ne consiste pas uniquement à additionner des formations d’origine et de culture politique différentes : il faut être en capacité d’élaborer des propositions radicales, désirables et surtout pertinentes face aux urgences planétaires…

Nous trouvons donc insuffisant que votre seule critique vis-à-vis d’Europe Ecologie porte sur leur volonté de dépasser le clivage gauche/droite, dépassement qui nous semble pertinent quant il s’agit de rompre avec l’hypothèse sociale-démocrate et envisager de véritables ruptures avec le capitalisme et le productivisme. Mais nous craignons qu’il s’agisse plutôt de profonde incompréhension des paradigmes de l’écologie politique.

Nous trouvons aussi dommage que vous ne critiquiez pas plus radicalement les bilans des gestions néolibérales des majorités « gauche plurielle » dans les régions et le rôle d’alliés dociles que jouent les élus verts mais aussi les élus du parti communiste. Comment ne pas critiquer ceux qui, à des postes de vice-présidence, mettent en application dans les régions les politiques libérales européennes par la transcription des directives de la PAC, de la politique des transports, de la mise en concurrence, des délocalisations ?

Enfin, il ne suffit pas dans l’avenir de garder sa liberté de vote dans les conseils régionaux, si l’on ne garantit pas à nos électeurs leur juste et intégrale représentation proportionnelle et que l’on donne un chèque en blanc à des majorités sociales-libérales sans possibilité de contrôle sur leurs actions et sans moyen d’exercer un contre-pouvoir par les mouvements sociaux.

Néanmoins, votre déclaration commune ouvre enfin la possibilité du débat et nous souhaitons voir émerger un tel pôle de radicalité.

Nous sommes donc partie prenante pour participer aux premières réunions communes élargies et nous vous proposons même d’en organiser une à l’occasion d’un événement symbolique où nous serons tous présents : la Semaine de Résistance, du 1er au 9 août, à Notre Dame des Landes (44).

Nous intervenons tous ensemble à un débat sur ce thème le 7 Août ; nous vous proposons donc de nous retrouver à une réunion de travail le 8 au matin, sur place ou à Nantes.

Cette proposition est symbolique de notre engagement dans des luttes concrètes contres les méfaits du productivisme, l’absurdité du développement du transport aérien, alors que s’accentuent la crise climatique et la nécessité de sauvegarder les terres cultivables…

Dans l’espoir d’une réponse positive, recevez notre fraternel salut.

Pouvoir d’achat Hervé Kempf Reporterre 2009/07/06 Hervé Kempf (6 juillet 2009) Pouvoir d’achat. Reporterre. Tribune — fr

Pouvoir d’achat

Des « experts » ont commencé le 2 juillet à discuter de la « contribution climat-énergie ». Excellente initiative. Il s’agit de corriger l’imperfection des marchés afin de dissuader la consommation d’énergie, néfaste pour l’environnement. Comment ? En augmentant fiscalement le prix de l’énergie. Cela sera... ici, on va écrire un mot horrible... que les personnes sensibles passent cette ligne abominable... cela sera... un impôt.

Ah, je défaille !

La secrétaire d’Etat chargée de l’écologie, Chantal Jouanno, s’est empressée de préciser que la contribution « ne portera pas atteinte au pouvoir d’achat ».

Ayant franchi toutes les bornes de la décence langagière en écrivant le mot « impôt », le misérable chroniqueur ne recule plus devant rien. Il contredit l’éminente personnalité. Et déclare : la contribution portera atteinte au pouvoir d’achat. Il ajoute : plus généralement, il faut dire nettement que la question écologique va porter atteinte au pouvoir d’achat.

Explication. Soit nos sociétés échouent à se transformer suffisamment rapidement pour éviter la crise écologique : auquel cas, celle-ci, dans ses désagréments multiples, entraînera une forte baisse du pouvoir d’achat. Nolens volens, qu’on le veuille ou pas.

Soit nos sociétés rendent leur mode de vie compatible avec l’équilibre écologique de la planète. Nous consommerons alors moins d’énergie directement. Mais aussi moins d’énergie incorporée dans les objets, donc, même en tenant compte des progrès d’efficacité énergétique, moins d’objets. Cela réduira le train de vie matériel auquel nous sommes habitués.

Il faut par ailleurs interroger ce qu’est le « pouvoir d’achat ». Il s’agit de la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire.

Spontanément, l’on pense auto, télévision, habits, téléphones, voyages. Mais le pouvoir d’achat implique aussi logement, santé, éducation, et autres « services non marchands » dont le contenu énergétique est plus faible. Réduire la consommation d’énergie se fera donc en orientant une part de la consommation des biens matériels vers des services sociaux. Sera-ce une perte de bien-être ?

Enfin, parler de pouvoir d’achat en faisant abstraction de l’inégalité des revenus est une... escroquerie. Le pouvoir d’achat de l’employé gagnant 1 300 euros par mois n’a pas le même contenu que celui du cadre supérieur gagnant 8 000 euros. La justice impose donc que l’impôt sur l’énergie pèse différemment sur les différentes classes de revenu. Et rend très nécessaire que les rémunérations indécentes favorisant le gaspillage énergétique soient taxées par ailleurs.

L’économiste Thomas Piketty recommande une fiscalité de 80 % sur les tranches de revenu dépassant 1 million d’euros annuel. Exact. La condition d’acceptation d’une politique écologique est la justice sociale.

Lula ne protège pas l’Amazonie Greenpeace Reporterre 2009/07/07 Greenpeace (7 juillet 2009) Lula ne protège pas l’Amazonie. Reporterre. fr

Lula ne protège pas l’Amazonie

A l’international, le président Lula affiche sa volonté de protéger la forêt amazonienne. Mais en pratique, il ferme les yeux sur les processus de déforestation.

Le Président brésilien Lula recevait mardi 7 juillet à l’UNESCO le prix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Les activistes de Greenpeace ont interrompu la remise de prix et son discours pour lui demander de s’engager pour la protection de l’Amazonie afin de lutter contre les changements climatiques.

Greenpeace demande au Président Lula de commencer par remettre les 122 000 euros du prix aux victimes des changements climatiques au Brésil. A la suite des récentes inondations dans le Nord du pays, 150 000 personnes ont en effet perdu leur domicile. Dans le Sud, une grave sècheresse a dévasté la production de très nombreux agriculteurs.

La déforestation de l’Amazonie fait du Brésil le 4e plus gros producteur de gaz à effet de serre au monde. « Il y a un gouffre entre le discours du président, notamment à l’étranger, et les actions que son gouvernement entreprend contre la déforestation, explique Joao Talocchi, chargé de campagne climat pour Greenpeace Brésil. Il est grand temps que Lula fasse preuve d’un peu de cohérence et que la protection de l’Amazonie devienne une priorité de son gouvernement ! C’est alors qu’il pourra décemment recevoir des prix ! »

En décembre 2008 en Pologne, lors de la conférence internationale sur le climat, le Brésil s’est engagé à réduire la déforestation. Pourtant, Lula a récemment proposé une loi qui l’accroîtrait gravement en multipliant par deux le pourcentage de forêt qui peut être déboisé dans une propriété.

La prochaine offensive contre l’Amazonie sera la discussion des codes forestiers à la fin de l’année 2009. La proposition des politiciens issus du milieu agro-industriel et du Ministre de l’agriculture, Reinhold Stephanes, prévoit d’affaiblir la législation environnementale existante…

En 2008, le Brésil a lancé le Fonds pour l’Amazonie afin de financer la protection de la forêt. Or, la BNDES, la banque chargée des ressources de ce fonds, a été épinglée dans le dernier rapport de Greenpeace paru en juin, Le massacre de l’Amazonie. Cette banque finance en effet l’expansion de l’élevage bovin et a des parts dans de nombreux abattoirs. L’élevage bovin, qui a explosé ces 10 dernières années au Brésil, est responsable de 80% de la déforestation.

« D’une main, le gouvernement de Lula collecte des fonds destinés à la protection, de l’autre, il encourage et finance des activités destructrices !, s’alarme Joao Talocchi. Il faut mettre fin à ces incohérences tragiques ! »

Et pendant ce temps, au Honduras Un voyageur Reporterre 2009/07/07 Un voyageur (7 juillet 2009) Et pendant ce temps, au Honduras. Reporterre. fr

Et pendant ce temps, au Honduras

Un coup d’Etat au Honduras ? Ca donne quoi, au quotidien ?

Me voila hors de la capitale, et bientot hors du Honduras (direction Salvador).

Apres la journee d’hier je n’en suis pas mecontent. Non qu’il y ait un danger, les zones de protestations sont tres limitees. Mais peut ètre que ca va changer aujourd’hui : il y a eu deux morts hier, abattus par la police, le couvre feu est etendu et le pouvoir ne sait plus quoi faire.

La situation d’hier etait significative : pendant une semaine, apres avoir expulse Zelaya (Mel), le gouvernement d Micheletti repetait qu’il etait pret a juger le president dechu. L’enquete avait ete menee et les chefs d’accusation rendus officiels (apres l’expusion). Un mandat d’arret international avait ete delivre. Le gouvernement avait dit qu’il arreterait Mel a son retour.

Et lorsque celui ci se presente au dessus de l’aeroport et tente d’aterrir (avant cela, les affrontements avec la police avaient deja commences et au moment ou il y a eu des morts, les chaines de tele ont ete coupees pendant plus d’une heure, remplacees par un programme obligatoire : une conference de presse de Micheletti et son ministre des affaires etrangeres).

Donc au moment ou l’avion tente d’aterrir, les militaires postent des camions et autres jeep sur la piste : l’aterrissage est impossible. Mel ne sera pas arrete.

Il faut dire que dans une telle situation, on ne sait pas comment aurait reagi la foule (au moins plusieurs dizaine de miliers de personnes). Le gouvernement est donc dans l’incapacite de suivre son propre discours.

Autre chose interessant, aux premiers jours les entrepreneurs du pays ont clairement soutenu Micheletti. Il yavait meme des declaration du type : « mieux vaut des sanction economiques qu’une dictarure a la Chavez ». Hier un petit groupe d’entrepreneurs est parti pour les Eetats-Unis chercher une sortie a la crise qui commence a les toucher.

Et le plus important : lesa tteintes aux droits, plusieurs journaux, tele et radios font etat de pressions du pouvoir pour limiter leur diffusion, controler leur discours.

Rigoberta Menchu s’est rendu dans le pays et tire un bilan accablant de la situation : arrestations arbitraires, intimidation.

Un dernier mot des conditions dans lesquelles le parlement a vote la destitution de Zelaya a l’unanimite : plusieurs depute refractaires avaient ete arretes a ce moment la.

Aujourd’hui rien n’annonce une sortie de crise prochaine.

Publié à 02:55, le 7/7/2009, Honduras

........................................................................ Au coeur du coup d’Etat

Ce qui est pour vous un article, deux pour les plus acharnés, maximum par jour en France, est pour moi du 24/24, télés, journeaux, radio, dans la rue, sur les mur... Ca en devient meme fatiguant - presque physiquement. Du coup je comprends mieux comment des situations qu’on a l’habitude de voir comme relativement simples sont en fait pleines de details qu’on ne soupconne même pas.

La premiere chose qui m’a frappé c’est la tres forte presence militaire et policière, mais elle semble diminuer par rapport aux premiers jours. Cela dit je n’ai pas vu les lieux de manifs, or il y a eu des coup de feu, beaucoup de blessés. Une chose est sûre, les autorités ne sont pas zens. Les helicoptères n’arretent pas de sillonner le ciel de la ville (pour mettre la pression ? reperer les rassemblements ?) et le couvre feu, même s’il a été legerement réduit, a été prolongé jusqu’a samedi : impossible de sortir entre 22h et 5h. Résultat beaucoup d’arrestations la nuit. Ils commencent à modifier les conditions de garde à vue (plus longue, pas de justification...) de faciliter l’entrée des flic chez les gens.

Mais dans l’ensemble l’ambiance est calme et la vie continue même si on entend de temps en temps des « golpistas ! » (« putchistes ! ») ou « Viva Mel ! ». D’autres soutiennent le nouveau gouvernement mais ne se manifestent pas particulièrement, en dehors des grands rassemblement organisés par le gouvernement, notamment pour faire pression sur la communauté internationnale. Je ne me risquerai pas à évaluer lesquels sont les plus nombreux, d’autant que ca doit etre tres différent d’une région à l’autre.

La deuxième chose qui me frappe le plus c’est le traitement médiatique et l’acces à l’information. Le matin du coup d’état, l’électricité avait été coupé dans la ville puis un bon nombre de chaines étaient innaccessibles (CNN, TV5 Monde, chaines pro Zelaya...) d’autres étaient brusquement coupées lorsqu’elles abordaient le sujet ou parlaient de « coup d’Etat ». Elles sont revenues peu a peu, pour les locales, le ton avait changé et était beaucoup plus conciliantes avec le nouveau pouvoir, TV5 ensuite : personne ne parle francais, puis CNN en anglais, puis en drenier, CNN en espagnol.

Les autres chaines (la majorité) sont hallucinantes : éditoriaux sans fin sur le respect de la constitution, les delits de Mel, la légitimité de Michelleti... grand débats (où tous sont d’accord, où les membres des partis - tous d’accord avec le nouveau gouvernement - sont étiquetés « analystes politiques », où défilent des questions du type « etes vous en faveur de manifestations en faveur de la paix et de la démocratie ? » pour évoquer les rassemblement de soutien au nouveau gouvernement. Interview des membres du gouvernement s’epoumonnant en répétant « état de droit », « democratie » et « constitution »... C’est une caricature

C’est le plus surprenant dans tous ca : les deux cotés se reclament de la Constitution. Les putchistes ont voulu donné une apparence legale au coup d’Etat. Mais on peut dire qu’ils sont plutot maladroits : Mel est scencé avoir signé une demission de 28 juin, jour du coup d’Etat mais la dimission est datée du 25... Le parlement a ensuite vote sa destitution et élu Michelleti, comme president par interim, mais le tout, à main levé, à l’unanimité et en moins de 20 minutes. Il semble qu’a ce moment là le seul député d’un petit parti de gauche n’était pas present, il est aujourd’hui à l’hopital blessé par balle...

Ils disent que ce n’était pas programmé mais Michelleti avait un discours de 5 pages tout pret. D’ailleurs la deuxieme phrase était « Ce n’est pas un coup d’Etat, tout est légal, dans le respect de la constitution. » Depuis la réponse à toute question est celle ci.

Face aux pays qui refusent de les reconnaitre ils repondent qu’ils les feront changé d’avis, point. Pourquoi Mel n’a pas été emmené en jugement et a été expulsé à la place ? pas de réponse. Une commission pour lister ses crimes avait été mise en place quelques jours auparavant, le rapport était pret le jour du coup d’Etat et hier sont tombé les 18 chefs d’accusation dont il fait finallement l’objet. Il faudrait retrouver cette liste, beaucoup sont pour le moins saugrenus. On a retrouver 60 millons de lempiras en liquide dans sont bureau, avec peut etre de la drogue dessus.

Il y aurait beaucoup a dire encore. Mais attention tout ceci ne sont que ce que j’ai pu glaner ici ou là, et avec quelques mauvaises compréhensions peut etre parfois. En tous cas on ne voit pas du tout comment ca va finir, car malgré tout meme s’il revient, Mel a une bonne partie des instutitutions et de la population contre lui...

Publié à 05:26, le 3/7/2009, Tegucigalpa

L’Assemblée nationale résiste mal au lobbying Réseau ETAL Reporterre 2009/07/07 Réseau ETAL (7 juillet 2009) L’Assemblée nationale résiste mal au lobbying. Reporterre. fr

L’Assemblée nationale résiste mal au lobbying

Les groupes de pression qui influencent dans les coulisses les élus du peuple affaiblissent les principes démocratiques. Mais les règles fixées par l’Assemblée pour s’en défendre apparaissent trop souples.

Pour le Réseau ETAL (pour l’Encadrement et la Transparence des Activités de Lobbying), qui rassemble 20 associations et syndicats, les règles concernant les groupes d’intérêts décidées par le bureau de l’Assemblée nationale risquent d’institutionnaliser le lobbying sans le contrôler.

L’encadrement du lobbying doit être mis en débat public et resitué dans un cadre plus efficace de procédures de démocratie participative, d’indépendance de l’expertise, de prévention des conflits d’intérêts.

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Au moment des départs en congés, le bureau de l’Assemblée nationale a rendu publiques des « règles de transparence et d’éthique applicables à l’activité des représentants d’intérêts (lobbyistes) » à l’Assemblée nationale.

Le réseau ETAL, par son « Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publique », avait formulé des propositions il y a près d’un an et demandé que les projets à l’étude soient mis en discussion de façon ouverte dans leur phase de préparation. Cela n’a pas été le cas.

Le caractère flou et l’absence de moyens d’observation et de contrôle indépendants augurent mal de l’efficacité de dispositions très succinctes : badges d’accès d’une journée attribués aux « représentants d’intérêts publics ou privés » figurant sur une liste publique, et code de conduite associé.

Yveline Nicolas d’Adéquations déplore que « les règles de transparence particulièrement importantes pour la démocratie ne soient pas elles-mêmes élaborées de façon transparente et démocratique. Il est étonnant aussi qu’aucun critère officiel ne définisse précisément en quoi consistent des activités de lobbying et, surtout, de mettre sur le même plan des représentants d’intérêt publics ou privés. Ainsi, une administration, un service public sont mentionnés au même titre qu’une entreprise qui défend des intérêts financiers ».

Pour Claude Layalle, d’ATTAC, « la formulation du code de conduite ne laisse pas d’inquiéter. Les groupes d’intérêts s’engagent à ne pas "utiliser du papier à en-tête ou le logo de l’Assemblée nationale", "s’abstenir de toute démarche en vue d’obtenir des informations ou des décisions par des moyens frauduleux", "induire les députés en erreur", etc. Des agissements aussi graves sont-il donc actuellement à l’œuvre ? Dans ce cas, l’éviction momentanée ou définitive de la liste, à l’appréciation d’un groupe composé d’une dizaine de parlementaires, peut-elle constituer une sanction suffisante ? »

Selon le Réseau ETAL, l’Assemblée nationale doit prendre des mesures plus sérieuses :

==> Un système obligatoire d’inscription et de rapports d’activité des lobbyistes, mis à la disposition du public dans une base de données en ligne consultable et téléchargeable, reprenant les données comme :

- la communication des noms des clients et des autres sources de financement à des fins de lobbying, et des noms des personnes approchées dans le cadre de chaque opération de lobbying, les dates des échanges, les sujets abordés ; - la communication des dépenses affectées à chaque opération de lobbying.

==> Un code de conduite des élu-es imposant des règles sur le lobbying, mais aussi sur la prévention des conflits d’intérêts :

- La rédaction obligatoire de compte-rendus de réunions formelles ou informelles entre les députés et les personnes appartenant au monde des entreprises, y compris quand elles sont consultées sous couvert d’expertise, ces comptes-rendus étant disponibles sur un site ouvert au public ; - L’application effective des décrets relatifs à l’exercice d’activités privées par des fonctionnaires ou agents non titulaires ayant cessé temporairement ou définitivement leurs fonctions, et l’extension de ces dispositions au personnel politique élu.

Même plus ou moins encadrées, les pratiques peu transparentes du lobbying dépendront toujours de facteurs inéquitables comme les moyens matériels et humains que peuvent y affecter les groupes d’intérêts et la proximité de ces acteurs par rapport aux décideurs. La meilleure façon de les contrôler durablement est en fait de réduire leur emprise même.

Ainsi selon Jacques Testart, de la Fondation Sciences Citoyennes, « le rôle des pouvoirs publics, pour disposer d’informations objectives, est d’organiser des auditions pluralistes, d’instaurer des instances de négociation transparentes entre les acteurs économiques, sociaux, environnementaux, de publier toutes les positions et les argumentaires, de créer une Haute autorité indépendante de l’expertise et de l’alerte, de légiférer sur la protection des lanceurs d’alerte… »

==> Depuis mars 2009, un groupe de travail au Sénat prépare des propositions sur les groupes d’intérêt. Le réseau ETAL suggère que le Sénat et l’Assemblée nationale harmonisent leurs procédures d’encadrement vers le haut et se donnent les moyens de mécanismes d’observation et d’évaluation des activités de lobbying.

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Le capitalisme est-il compatible avec la démocratie ? David Mandel Reporterre 2009/07/08 David Mandel (8 juillet 2009) Le capitalisme est-il compatible avec la démocratie ?. Reporterre. Tribune — fr

Le capitalisme est-il compatible avec la démocratie ?

Eh bien... pas vraiment.

Le capitalisme est caractérisé par la propriété privée des grands moyens de production et de distribution, propriété concentrée entre les mains d’une minorité restreinte de la société. Cela confère à cette minorité un énorme pouvoir économique, lui permettant de déterminer les conditions de vie et de travail de la grande majorité, des salariés (et aussi, dans une grande mesure, des autonomes et de la classe moyenne des petits et de moyens entrepreneurs). Cette minorité possédante de grands capitaux prend les décisions importantes concernant l’investissement, concernant quoi produire, comment produire, où produire, tandis que les autres subissent les conséquences de ses décisions. (La crise actuelle est une manifestation éclatante de cette réalité.) Déjà à ce niveau – celui de la concentration du pouvoir économique entre les mains privées - il existe une contradiction profonde entre le capitalisme et la démocratie.

La gauche sociale-démocrate (« les progressistes »), qui cherchent à défendre les intérêts des salariés, mais sans remettre en cause les fondements du capitalisme, prétend que l’État démocratique permet de réguler le pouvoir économique privé, de le limiter et de l’encadrer dans les intérêts de l’ensemble de la société. Mais l’expérience historique réfute cette prétention. Elle montre que la régulation économique par l’État (qui se dit) démocratique se fait le plus souvent dans les intérêts des entreprises elles-mêmes, mais sous le couvert de la défense de l’intérêt commun. Ce qui est plus, une grande partie des mesures de régulation introduites à la suite de la Crise des années 1930 et de la Deuxième guerre mondiale a été démantelée pendant le dernier quart de siècle sous la pression du capital et souvent par des gouvernements sociaux-démocrates.

Cette triste expérience des tentatives de réguler le capitalisme dans l’intérêt commun est elle-même la conséquence de la concentration du pouvoir économique entre les mains privées. Ce pouvoir économique se traduit en capacité de chantage politique, qui prend la forme de la menace d’une « perte de confiance du mondes des affaires. » Tout gouvernement qui pense adopter des réformes qui auraient comme conséquence de limiter la liberté et la rentabilité du capital doit affronter la perspective d’un ralentissement de l’activité économique, d’une baisse d’investissements, d’une montée de chômage, et, par conséquent, d’une baisse des revenus de l’État. Cette perspective, celle d’une crise économique, suffit à elle seule pour faire renoncer à ce genre de réformes.

Aujourd’hui, les gouvernements dépensent des milliards pour restaurer la confiance des investisseurs, ébranlée par une crise créée par ces mêmes investisseurs. En même temps, les entreprises, avec l’appui des gouvernements, mènent un assaut contre les revenus et les emplois des salariés. Même si ceux-ci constituent la grande majorité de la société, leur confiance compte beaucoup moins, parce qu’ils et elles ne prennent pas les grandes décisions économiques. Peut-on parler de démocratie quand le destin économique de sociétés entières dépend de la « confiance » (de la certitude de pouvoir faire des profits) d’une petite minorité de la population ?

Le fait que depuis un quart de siècle tous les gouvernements sociaux-démocrates, les uns après les autres, ont abandonné leurs projets réformistes, ne s’explique pas par la corruption de leurs dirigeants. Il s’explique plutôt par le fait que le capital, soucieux de ses profits, est devenu moins tolérant des dépenses sociales, dépenses « non-productives » (de profits). Les gouvernements, mêmes progressistes, mais qui acceptent le capitalisme comme fatalité, n’ont pas de choix que de s’y plier. La régulation sociale adoptée pendant les « trente glorieuses », dans la mesure où elle a vraiment été sociale, a été le fruit d’un rapport de force favorable aux salariés. L’expérience de la Dépression, le plein emploi créé par la guerre, l’impact de la lutte contre le fascisme – tout cela a contribué à une puissante mobilisation populaire en faveur des droits sociaux qui a atteint son apogée à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Mais ces luttes se sont arrêtées devant la mise en cause réelle du capitalisme, du pouvoir économique de la bourgeoisie. Cela a permis à celle-ci, s’appuyant initialement sur les effets de la crise économique du milieu des années 1970, de lancer une contre-offensive afin de récupérer le terrain perdu et de restaurer ses profits. La « mondialisation » et le « néo-libéralisme » consacrent au niveau politique et idéologique cet affranchissement du capital de responsabilité sociale.

Cette analyse ne serait pas complète sans mentionner le pouvoir idéologique (contrôle des idées) que la concentration du pouvoir économique confère à la bourgeoisie. Les médias de masse appartiennent aux membres de cette classe, qui contrôlent également la grande partie de la production culturelle et qui influencent de plus en plus les orientations des universités. Encore une fois, l’État dit démocratique pourrait en principe intervenir pour assurer une plus grande liberté de la presse, de la vie culturelle et intellectuelle. Il pourrait favoriser la participation populaire à la vie politique en réduisant le temps de travail, en assurant la transparence de son propre fonctionnement, en fournissant aux jeunes une éducation citoyenne critique, etc.

Mais au lieu de cela, les gouvernements dans les sociétés capitalistes s’efforcent à marginaliser les classes populaires, à les assoupir, à les rendre indifférentes aux grands enjeux de la vie politique qui les concernent. Ils le font parce que leur tâche est vraiment très compliquée : maintenir la confiance de la minorité possédante tout en essayant, ou en feignant, gouverner dans les intérêts de la grande majorité, des classes populaires. Cette tâche est compliquée parce que les intérêts des deux groupes sont fondamentalement antagoniques. D’où le « déficit démocratique » qui s’observe, à un degré ou autre, dans toutes les démocraties capitalistes. D’où le fait que les périodes d’extension des droits sociaux coincident avec les périodes de montée des luttes populaires.

Le bilan de l’expérience populaire de la démocratie dans la société capitaliste est le suivant : les gains doivent être arrachés de haute lutte, extraparlementaire encore plus que parlementaire (cette dernière étant relativement impuissante sans la première) et ils restent toujours partiels et précaires, à moins de s’insérer dans une stratégie visant la socialisation (démocratisation) des moyens principaux de production et de distribution. Une telle stratégie doit inclure la perspective d’un affrontement politique éventuel qui débordera le cadre de l’État existant, parce que l’histoire nous apprend que la bourgeoisie ne reculera devant rien pour éviter d’être dépossédée.

La taille du défi tracé par cette analyse a de quoi décourager ceux et celles qui cherchent des solutions simples au « déficit démocratique » de notre système politique. Mais cette analyse a le grand avantage d’être réaliste.

Les jeunes socialistes suisses pour le salaire maximum Jeunes Socialistes Suisses Reporterre 2009/07/08 Jeunes Socialistes Suisses (8 juillet 2009) Les jeunes socialistes suisses pour le salaire maximum. Reporterre. fr

Les jeunes socialistes suisses pour le salaire maximum

Allo... le PS ? Allo... Si vous alliez vous ressourcer en Suisse ?

Les Jeunes socialistes suisses (JUSO) ont décidé samedi de lancer une initiative populaire fédérale pour limiter les hauts salaires dans les entreprises. Les 120 délégués ont pris cette décision à l’unanimité, a annoncé Cédric Wermuth, leur président.

L’initiative « 1:12 - pour de justes salaires » prévoit que le salaire maximum versé par une entreprise ne peut pas être plus de 12 fois supérieur au salaire minimal.

« Personne ne doit pouvoir gagner en un mois davantage que ce que d’autres gagnent en une année », a déclaré Benoît Gaillard sur les ondes de la Radio suisse romande. Ce taux de 12 fois a été l’objet de nombreuses discussions et de longs débats, a précisé le jeune politicien.

Le salaire pris en compte doit comprendre toutes les formes de rémunération versées, que ce soit sous forme d’argent liquide ou de papiers valeurs.

Tous les syndicats suisses sont représentés dans le comité d’initiative à l’exception de Travail.Suisse, a relevé Cédric Wermuth. Ce dernier en soutiendrait toutefois le principe. Les Verts et le PS approuvent le projet.

Apple invente le packaging insoutenable Denis Delbecq Reporterre 2009/07/09 Denis Delbecq (9 juillet 2009) Apple invente le packaging insoutenable. Reporterre. fr

Apple invente le packaging insoutenable

Pas facile d’être vert quand on construit son image sur le marketing. Et pour une entreprise comme Apple, qui mise plus que d’autres sur l’innovation, c’est du « un pas en avant, un pas en arrière ».

Apple, plus que d’autres, est littéralement harcelée par Greenpeace, qui publie régulièrement son « guide de l’électronique verte ». Dans la dernière édition en date, Apple a reculé d’une case et figure désormais au 11e rang de ce classement des fabricants de matériel électronique, très loin derrière Nokia, Samsung et Sony Ericsson.

Apple fait des efforts, notamment pour éliminer toute une série de substances chimiques dans ses produits, et recycler les ordinateurs en fin de vie. Et l’entreprise diffuse aujourd’hui une fiche environnementale pour la quasi-totalité de ses ordinateurs, baladeurs et téléphones. Succinte, mais au moins elle existe : aucun autre industriel ne donne autant d’information sur ses produits, ce qui explique par exemple qu’Apple soit très représentée dans la base de données des empreintes carbone lancée le 30 juin dernier par Effets de Terre.

Mais là où ça se gâte, c’est qu’en dépit des efforts de l’entreprise pour regrimper dans le classement de Greenpeace, ses inventeurs innovent vers l’absurde. J’en veux pour preuve la demande de brevet pointée jeudi par TreeHugger, qui avait pêché l’info sur Apple Insider. La firme de Steve Jobs se propose de breveter le concept de packaging actif : en gros, l’emballage des téléphones, par exemple, est connecté à une source électrique pour que les appareils puissent rester chargés à bloc et recevoir des mises à jour logicielles quant ils sont suspendus sur les étalages des magasins. Connexion filaire ou, comme c’est dans l’air du temps, une connexion électrique sans fil, sorte de wifi enrichi d’une fonction d’alimentation électrique. (1)

Alors bien sûr, le consommateur serait épaté par la performance, et ravi de ne pas devoir se taper une mise à jour de son appareil comme c’est souvent le cas avec les ordinateurs. D’un point de vue technologique, ça ne pose pas trop de difficulté puisqu’il est aisé d’imprimer des circuits électroniques et des antennes sur le plastique d’un emballage. Mais franchement, ce « confort » vaut-il qu’on alourdisse encore la spectaculaire dépense d’énergie nécessaire pour fabriquer les appareils à puces électroniques ? Mérite-t-il que les appareils restent sous tension quand ils sont installés dans les étals ?

Franchement, les innovateurs nous imaginent souvent des trucs dingues. Mais il faudrait aussi qu’ils recoivent quelques cours sur l’état de la planète. Ils pourraient apprendre à laisser des brevets bien enfouis dans les oubliettes de l’histoire.

............................... (1) Pas mal d’entreprises travaillent là-dessus. Par exemple pour recharger les téléphones portables, les baladeurs ou alimenter des imprimantes. Le Wireless Power Consortium regroupe la plupart des industriels qui bossent là-dessus. On y trouve par exemple Philips, Olympus, Logitech, Texas Instruments ou Duracell.

Le climat au G 8 : les pays riches trop prudents Greenpeace Reporterre 2009/07/10 Greenpeace (10 juillet 2009) Le climat au G 8 : les pays riches trop prudents. Reporterre. fr

Le climat au G 8 : les pays riches trop prudents

Les pays du Nord ne prennent pas d’engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2020. C’est pourtant la condition pour que les pays du Sud s’engagent de leur côté.

Greenpeace occupe depuis aujourd’hui une 5e centrale à charbon en Italie, celle de Civitavecchia près de Rome, alors que le Sommet du G8 s’est élargi pour accueillir les pays émergents comme l’Inde, la Chine, le Mexique, l’Afrique du Sud et la Chine dans le cadre du MEF, le Forum des Grandes Economies, qui regroupe les 17 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de la planète.

« Les espoirs de progrès significatifs lors du Forum des grandes économies ont été torpillés par le manque de leadership manifesté hier par les Chefs d’Etat du G8 », a commenté Karine Gavand, chargée de campagne climat à Greenpeace France. « L’obligation de faire les premiers pas, décisifs pour progresser, appartenait clairement aux leaders des pays industrialisés les plus riches : il est clair que malgré la reconnaissance du consensus scientifique sur la barre fatidique des 2°c, le G8 n’a pas fait preuve de leadership. Le Secrétaire d’Etat des Nations Unies Ban Ki Moon lui-même a souligné cet échec aujourd’hui ».

Le MEF est construit sur l’idée de restaurer la confiance entre les pays industrialisés et les pays en développement et sur l’idée que la protection du climat se fonde sur une responsabilité partagée mais proportionnée entre pays pollueurs. « Quand les leaders mondiaux des pays industrialisés les plus puissants n’adoptent pas d’objectifs de réduction de leurs émissions à moyen terme, et ne mettent pas d’argent sur la table pour aider les plus démunis à faire face à la crise climatique, ils torpillent toute chance d’un résultat ambitieux du Forum des grandes économies », a poursuivi Phil Radford, Directeur exécutif de Greenpeace Etats-Unis. « Quand ils essaient d’accuser la Chine et l’Inde de l’échec du MEF, leur excuse sonne faux. L’échec revient au leadership des pays du G8. Il est difficile de croire qu’un seul des dirigeants du G8 a eu l’audace de regarder les leaders des pays en développement lors du MEF dans les yeux, et de parler d’action commune pour protéger le climat », a ajouté Phil Radford.

Le G5 – Chine, Brésil, Inde, Mexique et Afrique du Sud – a appelé hier les pays industrialisés à réduire leurs émissions de 40% d’ici à 2020. Cet appel met en lumière – comme le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon l’a souligné aujourd’hui – que l’absence d’objectifs ambitieux de réduction à moyen terme des émissions des pays du G8 et des autres pays industrialisés bloque tout progrès des négociations internationales. Ils doivent s’engager sur clairement sur les 10 prochaines années, afin de réparer le déficit de confiance qui s’est creusé ces dernières années, au fur et à mesure de leur inaction.

Pour augmenter la pression sur le G8, Greenpeace a investi depuis quelques heures une 5e centrale à charbon. Depuis mardi soir, une centaine d’activistes occupaient quatre centrales à charbon pour demander aux Chefs d’Etat des pays les plus riches de prendre des engagements concrets en vue du Sommet de Copenhague :

- l’arrêt de l’utilisation des énergies fossiles comme le charbon, responsable de 30% des émissions mondiales de CO2, véritable matière première du changement climatique ;

- un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2020, pour agir sur le court terme ;

- un engagement chiffré à soutenir les pays les plus vulnérables face à la crise climatique.

Parmi les centrales occupées, celles de Brindisi où des activistes français comme Cédric, 35 ans, sont perchés à plus de 200 mètres de hauteur au sommet de la cheminée de la centrale depuis maintenant près de 36 heures : « C’est aux leaders du G8 de faire le premier pas. Ils sont responsables du dérèglement du climat. Ils sont responsables de plus de 47% des émissions actuelles de CO2. Les pays en développement au sein du MEF sont responsables de 25% des émissions de CO2. C’est le G8 qui a montré le moins de volonté à s’engager à agir ».

Solidaires, nous survivrons Pierre-Alain Cotnoir Reporterre 2009/07/10 Pierre-Alain Cotnoir (10 juillet 2009) Solidaires, nous survivrons. Reporterre. Tribune — fr

Solidaires, nous survivrons

Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, l’anthropocène, celle de la sixième grande extinction induite par l’activité humaine. Notre surutilisation des ressources met en péril l’avenir de l’humanité : déforestation, pillage des mers, pollution, etc. Qui plus est, la gabegie des énergies fossiles est en voie de perturber radicalement le climat de la planète. Pourtant, nous appartenons à la Terre. Avec toutes les autres espèces vivantes qui l’habitent, nous composons la biosphère, ce système fragile défiant l’entropie de l’univers. Un système ouvert en échange continuel d’informations et de matière avec son environnement et maintenant avec celui-ci un équilibre instable en perpétuel recalibrage.

Le changement constitue l’élément moteur propre à cette homéostasie entre le vivant et son milieu. Or, l’adaptation d’un système vivant au changement repose sur deux grands principes. L’assimilation en constitue le premier. Elle s’exprime au niveau de l’individu et implique une certaine élasticité de ce dernier vis-à-vis des forces qui agissent sur lui. Ainsi, pressé de s’adapter à des conditions climatiques défavorables, tel organisme mettra en branle des mécanismes de régulation thermique qui lui permettront d’affronter ces nouvelles conditions. Que ces conditions inclémentes persistent ou s’aggravent, l’individu rendu aux limites de son potentiel biologique n’y résistera plus et disparaîtra. Cependant, dans la population d’origine survivront peut-être des individus présentant une meilleure résistance aux variations thermiques qui eux transmettront à leurs descendants ce nouveau potentiel. C’est le deuxième principe dans ce dernier cas qui alors se sera manifesté, l’accommodation. C’est-à-dire qu’il y aura eu sélection d’individus porteurs de traits assurant une meilleure adaptation avec le milieu. Ces deux grands principes biologiques semblent résumer la plupart des phénomènes où est impliqué le changement.

L’espèce humaine n’échappe pas à ces règles biologiques. Cependant, chez elle, les processus génétiques d’adaptation ont été supplantés par une nouvelle stratégie adaptative : la mémoire culturelle a pris le pas sur la mémoire génétique, les mèmes se superposent aux gènes. Les principes d’assimilation et d’accommodation agissent également sur cette mémoire culturelle. La capacité des communautés humaines de s’adapter à des environnements changeants dépend en large partie de la flexibilité des traits culturels (mèmes) possédés par leurs membres. Lorsque la résilience d’une culture permet ainsi à des individus de faire face à de nouvelles contraintes provenant de changements survenant dans leur milieu, l’assimilation se manifeste. Mais passé un certain seuil, ces contraintes peuvent induire des modifications en profondeur du pool de traits culturels permettant à une société d’échapper à son effondrement. L’accommodation prend alors le relais.

Toutefois, ces processus d’accommodation culturelle subis par les sociétés de temps à autre au cours de l’histoire humaine s’imposent comme autant de chocs, révolutions ou autres transformations rapides des sociétés.

À l’aube de la seconde décennie de ce siècle, nous entrons dans une série de crises dont l’amplitude sera sans doute modulée par des efforts préalables de mitigation. La capacité de notre civilisation à assimiler le changement pourrait en atténuer pour un temps les effets. Néanmoins, compte tenu de l’envergure des moyens technologiques (la dimension matérielle de notre mémoire culturelle) déployés, on peut envisager que cette période de crise sera d’une ampleur inégalée et affectera l’ensemble de la planète. Pour prendre une allégorie tirée de l’alpinisme, notre chute pourrait ne pas être que de quelques mètres, comme par le passé, mais bien de plusieurs centaines de mètres. Nous serons donc tous concernés, durement et durablement.

Il est illusoire de s’imaginer un seul instant que les scénarios peu ou prou angéliques de conscientisation planétaire, permettant sur un horizon d’à peine une ou deux décennies de prendre les virages requis, se concrétisent. Passagers d’un Titanic titanesque, on ne doit plus se demander si nous pouvons éviter l’iceberg, mais plutôt comment y survivre collectivement. Notre survie passe inévitablement par un ensemble de traits déjà présents au sein des cultures humaines qui pourraient s’avérer décisifs pour assurer une mutation en profondeur de notre civilisation. Comme le soulignent certains (Béland, Jantet, Kempf) l’économie solidaire pourrait être l’un des ferments pouvant assurer ce passage obligé.

Mais, on ne peut être certain que ce soit cet ensemble de traits qui l’emporte. La nature n’est pas téléonomique, elle bricole de manière opportuniste. Il est donc possible que ce soit des traits culturels fort différents qui dominent finalement. Par exemple, on ne peut écarter la propension des nations et des classes dominantes au maintien musclé de leurs privilèges économiques, avec ce qui en résulterait : un glissement vers des sociétés de plus en plus autoritaires et antagoniques.

Une certitude demeure : l’accommodation culturelle s’appuiera sur des traits déjà présents au sein de nos sociétés même si ceux-ci apparaissent, au moment présent, minoritaires dans leur rayonnement. Il importe donc de disséminer, parmi ces traits, ceux que nous avons la clairvoyance de percevoir comme un progrès pour l’humanité en leur donnant dès maintenant toute la visibilité requise. Or, l’économie solidaire représente au Québec plus de 6 000 entreprises, un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de dollars. Elle constitue une réponse née de notre histoire et de nos valeurs à l’exclusion sociale et économique. Pourtant, malgré sa réussite économique et la profondeur de son enracinement culturel, les valeurs et les manières de faire de l’économie solidaire sont très mal connues de l’ensemble de nos concitoyens. Cette situation conduit notre société à ce paradoxe où notre plus importante force d’intégration sociale et de développement économique se voit reléguée, dans l’espace public, à la marginalité, quand elle n’est tout simplement pas ignorée.

Pourtant, plus que jamais, la coopération, la solidarité et la recherche du bien commun doivent être mises de l’avant comme des alternatives à l’individualisme et au matérialisme. Les entreprises de l’économie solidaire, dont au premier chef le Mouvement Desjardins, ont un rôle essentiel à jouer dans la promotion de ces valeurs, le Québec ayant développé une expertise singulière qui doit être mieux connue de sa population, tout autant que plus largement partagée avec les autres peuples.

Car si aucun de ces traits marqués par l’entraide n’émergeait, nous permettant de rétablir un équilibre en cette ère anthropocène, alors Homo sapiens risque fort de se condamner à n’avoir été qu’un court intermède du monde vivant.

Une nouvelle ligne de TGV n’est pas bonne pour l’écologie Franck Castets // Eliane Pibouleau-Blain Reporterre 2009/07/11 Franck Castets // Eliane Pibouleau-Blain (11 juillet 2009) Une nouvelle ligne de TGV n’est pas bonne pour l’écologie. Reporterre. Tribune — fr

Une nouvelle ligne de TGV n’est pas bonne pour l’écologie

Les classes dirigeantes du Sud-ouest et de Paris rêvent du TGV Bordeaux-Espagne (dit LGV), au nom du « développement durable ». Mais ce projet est coûteux, destructeur de l’environnement, et laisse péricliter le réseau ferroviaire existant, bien plus utile aux habitants.

Une pétition contre le projet de Ligne à Grande Vitesse du Sud Ouest est lancée. Cette ligne partirait de Bordeaux et passerait par les Landes (en parallèle de l’A65) et le Pays Basque pour rejoindre l’Espagne. Un tronçon vers Toulouse est également inclus dans le projet.

Vous vous demandez certainement s’il est, aujourd’hui, bien opportun de s’opposer à un projet ferroviaire.

Je le crois, pour ce type de projet, notamment pour son coût d’opportunité. Ce chantier de LGV coutera prés de 15 milliards d’euros, une somme astronomique qui ne sera utile qu’à racourcir les distances entre Paris et le Sud-ouest pour les hommes et femmes pressés d’être à l’heure à leurs réunions à Paris (dont je suis) ou en week end dans leur résidence secondaire. Pendant ce temps, le réseau ferré local, celui que pourraient emprunter tous les jours les provinciaux qui travaillent banalement à 30 km de chez eux, celui qui permettrait de laisser plus souvent sa voiture au garage, est en cours de détérioration, voire d’abandon, faute d’investissement. En résumé, on parle de mettre Mont de Marsan à 3 heures de Paris, quand il en faut aujourd’hui, en transport collectif, prés de 4 pour aller à Toulouse (qui est à 225 km) et 2 pour se rendre à Pau (90 km).

Question de priorité donc, d’autant plus qu’on pourrait aller un peu plus vite à moindre coût, en emménageant ce qui existe, sans hypothéquer le développement du reste du réseau.

Alors, moi aussi j’ai eu un train éléctrique orange quand j’étais petit, et les TGV c’est-vraiment-les-plus-beaux-trains-du-monde, et 1 et 2 et 3 zéro, et le pont de Millau aussi c’est le plus beau, mais sur ce coup là, je vous propose d’y réfléchir à deux fois. Si vous voulez en savoir un peu plus sur les arguments développés par les associations locales, je vous ai collé ci-dessous un texte d’une élue bayonnaise sur le sujet qui répond à un autre élu local. Quelques passages paraitront un peu byzantins à ceux qui ne sont pas familiers du contexte local, mais je crois que l’essentiel y est.

Franck Castets

………………………………….....

Texte de : Eliane Pibouleau-Blain

Conseillère municipale de Bayonne (Opposition de gauche)

On nous promet juste du rêve

En réponse à la lettre d’opinion de Max Brisson, conseiller général.

Quand bien même nous ne savons rien de ce qui concernera notre territoire : malgré tout, il nous propose de rêver avec lui de ce train roulant à 360 km/H, tous confortablement installés, aveugles aux paysages traversés... Quelle belle image ! Les esprits chagrins, sensibles aux problèmes actuels, interrogent pourtant : "Mais qui va monter dans ce train ? Est-ce ceux qui, victimes de la crise, vont de plus voir augmenter les impôts locaux pour cause de loi de finance 2009 attentatoire aux budgets des collectivités ?"

Près de nous, c’est Martin Malvy, président de Midi-Pyrénées, pourtant favorables à la LGV, qui déclare : "Ce qui nous est demandé représente trente-six mois de fiscalité pour notre région, et ce qu’on nous demande pour ce projet, nous ne pourrons pas l’apporter ailleurs". Voilà bien une information qui nous concerne tous :

D’autres projets seraient donc empêchés ! Et ne serait-ce pas aussi le cas pour notre région ?

Des éléments objectifs qu’on ne nous donne pas :

Si depuis deux mois, les politiques publiques de transport sont au centre des communications contradictoires et embarassées des élus décideurs et de RFF, c’est bien parce que sont occultées les données objectives et les conséquences graves du choix d’une voie nouvelle LGV ; c’est déjà un aveu que la première et insouciante décision des grands élus apporte plus d’incertitudes que de réponses satisfaisantes aux simples besoins basiques des habitants des régions traversées.

De l’autisme des décideurs au cafouillage médiatique actuel... Ce n’est pas qu’une affaire d’argent !

Il y a maintenant deux ans, lorsque les élus des différentes collectivités d’Aquitaine se sont prononcés pour ce qu’ils appellent, au PS comme à droite, des choix de « progrès » (A65, LGV), ils ont occulté toute une part des prévisions concernant les impacts écologiques ou financiers, ces préoccupations terre à terre ne pouvant revenir qu’à des citoyens rétrogradés et passéistes.

Tandis qu’entrait par une oreille la jolie idée, progressiste celle-là, du désenclavement de la région Aquitaine et que ronronnaient déjà les lobbies du BTP, des Transporteurs routiers et de la SNCF, les Elus locaux et régionaux se sentaient riches de l’idée de la grande oeuvre bien dans l’air du temps d’un transport alternatif à la voiture et marquant leur mandat : c’était oublier que le concept de développement durable est complexe, associant les paramètres de développement économique, certes, à ceux non moins incontournables des coûts et des impacts sur la niche écologique humaine.

Par l’autre oreille grésillante ou sourde entraient pourtant de sinistres oracles diffusant de pertinentes questions qu’il eût mieux valu entendre :

-Tout d’abord, le Débat Public a soulevé l’intérêt avec le rôle actif dans la consultation de quelques 43 associations de défense de l’Environnement, réunies sous la bannière citoyenne du CADE ; celui-ci a mis en évidence des chiffres erronés, contradictoires ou imprécis, concernant les bénéfices attendus pour la région ; il en a montré le coût financier déraisonnable en rapport avec celui de la rénovation technique possible et moins chère des lignes actuelles ; le CADE a aussi éclairé des choix portant atteinte à la qualité de vie dans les territoires traversés aveuglément par la LGV : expropriations et déforestations pour un gourmand 9 hectares au Km de voie, nuisances sonores ingérables, impossibilités techniques multiples pour la grande vitesse compte tenu de la géographie et de l’habitat rencontrés, coût prohibitif du Km de voie asséchant les finances publiques, et enfin dégradation simultanée du réseau de transport de proximité (TER/TGV sur des lignes existantes non entretenues)...

-Dès lors, les signaux d’alarme n’ont pas cessé de se multiplier depuis les référendums populaires de Mouguerre et Ustaritz rejetant massivement le principe de la LGV et augurant ainsi des difficultés pour convaincre les populations du Pays Basque du bien-fondé d’un dossier dont les montages sont presque « secret défense » ou évoluent chaque jour !

* Que n’a-t-on écouté les syndicats LAB et CGT des cheminots d’Aquitaine dénonçant l’abandon du secteur fret par la SNCF tout comme l’entretien des lignes en service, notamment celles de proximité si prisées entre les petites villes comme alternative à la voiture ? C’est ainsi que l’on peut annoncer aujourd’hui sans sourire qu’on va recourir au diesel sur Bayonne / Cambo, et à l’autobus jusqu’à St Jean Pied de Port, faute d’entretien programmé de la ligne !

* Pourquoi n’avoir pas entendu les échos provenant des lignes TGV attestant que le fret n’y effectuait pas un bon report modal ?

Les bilans montrent que la LGV, à cause de l’option de l’autoroute ferroviaire (camions sur trains courts) ne peut apporter la solution attendue concernant les murs de camions si dangereux : en terme de capacité de tonnage, elle est moins rentable que le combiné (containeurs sur trains longs), ce report modal passant plutôt par le possible réaménagement à moindres frais des lignes existantes loin d’être saturées... Et pourquoi par ailleurs les élus décideurs ne s’attellent-ils pas à l’encadrement raisonnable des transports de produits en fonction des lieux de production et de consommation : ne serait-ce pas là un vrai enjeu pour la région ?

* Qu’a-t-on fait du passionnant rapport de la Cour des Comptes ainsi que des apports du député UMP Mariton, avertissant du gaspillage à venir et conseillant de renoncer à la LGV Aquitaine si on n’a pas d’abord entretenu l’existant ?

"Plutôt que de construire des LGV, on pourrait rénover les aiguillages dont certains datent de 1914" résume ainsi la Cour.

* Pourquoi ne veut-on pas entendre l’établissement public RFF qui prévoit l’impossibilité de rouler à plus de 220 Km/H compte tenu de l’usure prématurée, à grande vitesse, du matériel roulant et des caténaires, et signalant par là même les coûts énormes d’une impossible maintenance pour l’avenir de la LGV.

Par ailleurs le coût des premières LGV n’est pas encore amorti, l’augmentation des coûts approchant les 40% sur les prévisions, RFF est très endetté (environ 26Mds euros) et estime que le réseau classique ne doit pas « être sacrifié sur l’autel de la grande vitesse ».

*Alors que l’on justifie la LGV par l’ambition d’un axe Bruxelles/Madrid, comment ignorer le constat européen récent (rapport Davignon) « qu’une vision commune n’existe pas actuellement » et qu’il n’y a pas de cohérence technique dans les infrastructures ; et pourquoi ne pas se souvenir que, la crise actuelle frappant les économies, l’Espagne renonce aujourd’hui à la mise aux normes européennes de l’écartement des voies TGV, condition sine qua non du projet européen pour le fret !

Les Elus de la région qui s’expriment aujourd’hui avec véhémence sur la répartition des financements, sont aussi ceux qui n’ont pas bougé quand le choix d’une ligne nouvelle passant par l’est des Landes, la plus destructrice et la plus coûteuse, s’est dessiné en fonction des chiffres, erronés, présentés par RFF ; on s’étonne ainsi de la rétention d’information, alors qu’elle a toujours été organisée pour que les populations ne puissent contrarier le projet avant l’engagement définitif des communes... Le financement n’est pas seul en cause : c’est tout un territoire et sa qualité de vie qui seront impactés.

Cette situation objective, dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat et de décroissance, justifie à elle seule que les élus examinent de près les réels besoins de transport d’une population dont la préoccupation ne sera pas forcément de monter dans un train rapide... Aujourd’hui, puisque le délai est reporté à fin janvier, proposons aux élus d’organiser une consultation citoyenne avant d’engager les finances publiques pour des années.

A défaut, les habitants du pays seront-ils juste conviés à emplir leur regard de rêve en voyant passer les trains rapides alors que se vide le porte-monnaie collectif ?

On peut gager que leur pensée ira alors à leurs propres galères de déplacement et de stationnement lors des transports quotidiens, tandis qu’ils contempleront, le dimanche, les paysages dévastés par ce chantier de plus d’une décennie.

Réactions diverses au transfert de Martine Billard Par Julien villalard Reporterre 2009/07/11 Par Julien villalard (11 juillet 2009) Réactions diverses au transfert de Martine Billard. Reporterre. fr

Réactions diverses au transfert de Martine Billard

L’union des écologistes... ce n’est pas gagné, les amis !

Texte de Corinne Morel-Darleux du Parti de gauche

Yes !!!

J’étais ce matin à la conférence de presse à l’Assemblée Nationale où Martine Billard et des camarades d’Ecologie Solidaire ont annoncé leur décision de quitter les Verts et de participer au Congrès fondateur du PG. Avec Jean Luc Mélenchon et Eric Coquerel, avec lesquels nous avons beaucoup travaillé à cette arrivée, nous savourons cette excellente nouvelle à sa juste valeur. C’est un événement politique majeur. C’est aussi la validation de la démarche de « parti creuset » que nous menons depuis la création du Parti de Gauche. Dès le meeting de lancement le 29 novembre 2008, Jean Luc lançait à la tribune un appel volontariste aux écolos de gauche. Et le tout premier Forum du PG a été organisé sur la planification écologique, dès janvier 2009, avant même le congrès constituant de notre parti.

Depuis, nous n’avons pas perdu de temps. Que ce soit en matière de réflexion sur l’écologie sociale, politique et radicale, et en matière d’engagements sur le terrain des luttes écologistes. Notre discours s’est affiné, enrichi de la diversité de nos parcours et de nos cultures politiques. Nous progressons sur le terrain de l’écologie républicaine... L’arrivée de Martine et de ses camarades va considérablement renforcer la dynamique d’ouverture et de « creuset » de notre parti, elle va donner un nouvel élan à l’écologie politique au PG et contribuer à faire bouger les lignes à gauche... En réaffirmant que l’écologie n’est pas au-delà du clivage gauche-droite, qu’elle est incompatible avec le capitalisme et le productivisme, qu’elle doit être pensée en lien avec les questions sociales... Bref.

Je suis ravie. Cerise sur le gateau : Martine signe une tribune en ce sens dans Politis cette semaine avec Paul Ariès... Paul... Viens aussi !

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Texte de l’Alliance pour une écologie indépendante

Martine Billard (députée verte) est mal renseignée.

Martine Billard, députée verte à l’Assemblée nationale, a déclaré à l’AFP qu’elle quittait le parti des « Verts » à cause de la présence de membres de Génération Ecologie sur les listes « d’Europe Ecologie ».

Manifestement, cette éminente parlementaire n’a pas suivi l’actualité politique des derniers mois et notamment la campagne pour les élections européennes du mois de juin. En effet, des membres de Génération Ecologie ne pouvaient pas se trouver sur les listes « d’Europe Ecologie » puisque Génération Ecologie fait partie de « l’Alliance Ecologiste indépendante » et que les candidats de cette dernière ont été récusés par les Verts quant à leur participation sur les listes menées par Daniel Cohn-Bendit. D’autre part GE faisant parti d’une alliance indépendante ne peut être « classé » à droite, comme elle le prétend.

« L’alliance Ecologiste Indépendante » trouve étrange que les députés verts (qui pourtant ne sont que 4) soient si mal informés de la constitution des listes « d’Europe Ecologie » dont leur parti constitue « l’épine dorsale ».

En outre, la députée verte a déclaré qu’elle quittait les Verts pour créer un parti écologiste au sein de la coalition de gauche menée par le nouveau député européen (et ex socialiste) Jean-Luc Mélanchon.

Après le « mercato politique » qui a permis les transferts de caciques socialistes vers un gouvernement UMP, on assiste a une nouvelle édition du « mercato écologiste » vers les partis de gauche. Les précédentes éditions avaient déjà vue des transferts de personnalités écologistes (J.L. Benhammias et C. Lepage) vers le Modem.

« L’alliance écologiste indépendante » qui est elle même constituée par la fédération de plusieurs partis écologistes (GE, MEI et « France en Action ») et qui vient de lancer un appel pour un plus large rassemblement de la « famille écologiste » pour les élections régionales de 2010, ne comprend pas la démarche de la députée verte qui, a l’opposé des courants écologistes actuels, cherche, au contraire, a diviser cette famille politique en créant de nouvelles petites structures inféodées à des partis non écologistes.

En écologie comme ailleurs « l’union fait la force » : Martine Billard devrait le savoir.

Martine Billard quitte les Verts pour le Parti de Gauche Martine Billard Reporterre 2009/07/11 Martine Billard (11 juillet 2009) Martine Billard quitte les Verts pour le Parti de Gauche. Reporterre. fr

Martine Billard quitte les Verts pour le Parti de Gauche

La députée de Paris reproche au principal parti écologiste son indifférence à la crise sociale et son institutionnalisation.

J’ai décidé de démissionner aujourd’hui d’une organisation dont le projet n’a plus que de lointains rapports avec celui auquel j’avais adhéré il y a 16 ans. A cela, il y a 3 raisons majeures :

1/ l’incompréhension des réalités du monde du travail

Du fait de leur composition sociale (très peu de salariés du secteur privé en dehors des secteurs de la communication et de l’informatique) et de leur vision restreinte de l’écologie, les Verts se préoccupent peu des questions sociales et encore moins du travail, en dehors de déclarations généralistes. A l’exception du champ environnemental, ce sont toujours les mêmes militants, ceux qu’on appelle la « gauche des Verts », qui sont présents depuis des années sans réel soutien du parti Verts et souvent même en opposition avec d’autres militants pour qui il est incongru de perdre son temps avec le social lorsqu’on est écologiste. Les Verts apposent leur signature sur beaucoup d’appels à mobilisations ou de déclarations de soutien mais, concrètement, sont très peu impliqués dans les collectifs et réseaux associatifs non-environnementaux et encore moins syndicaux.

2/ un parti de plus en plus institutionnel

J’ai rejoint les Verts en 1993 pour l’écologie, le féminisme et la politique autrement. C’était un parti bouillonnant, parfois imprévisible mais toujours vivant. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où tout débat véritable est étouffé au profit d’un seul objectif, obtenir le plus d’élus possibles. Certains appellent cela du pragmatisme, malheureusement cela tourne souvent à l’opportunisme.

La politique autrement a aussi été rejetée au rang des vieilleries à jeter au rebut : le cumul des mandats s’étend et se revendique (la moitié des parlementaires nationaux, bon nombre de conseillers régionaux). La course aux postes est constante et manifestement déjà relancée par le récent succès d’Europe Ecologie. La démocratie interne s’est réduite à une peau de chagrin et le fonctionnement clanique imprègne beaucoup de décisions : la transparence est en net recul et nombre de demandes d’éclaircissements y compris au sein des instances de délibération des Verts (Conseil national interrégional) restent lettre morte.

3/ l’effacement du clivage droite/gauche

J’ai toujours été une femme de gauche et je le reste. Je sais que certains considèrent cela comme dépassé, archaïque, ringard. C’est vrai que les partis de gauche sont souvent désespérants et incapables de comprendre les enjeux du 21e siècle. Mais, à droite, Nicolas Sarkzy est porteur d’un projet libéral-autoritaire pleinement assumé et il faudrait avoir honte d’être de gauche ? Lorsque la gauche se délite, comme dernièrement en Italie, c’est la droite dure et populiste qui occupe l’espace politique, et non le centre ou l’écologie.

J’ai été élue députée en 2002 sur la base d’une candidature écologiste soutenue par le Parti socialiste au premier tour et par l’ensemble des forces de gauche au second tour. J’ai été réélue en 2007 dans une configuration similaire (Verts-PS-PRG, au premier tour et toute la gauche au second).

Je ne peux donc me réjouir de la crise de la gauche alors qu’aucune force de gauche n’est encore prête à prendre le relais pour proposer un nouveau projet politique de transformation sociale, écologique et démocratique à la hauteur des réponses à apporter à la crise globale du système à l’échelle de la planète.

Mes convictions écologistes n’ont pas changé, elles se sont même renforcées. Mais justement, parce que l’urgence est de plus en plus grande, je ne peux me résoudre à une simple gestion environnementale du système, toute positive qu’elle soit, sans que cela ne s’articule à un projet global clair. Pour affronter la crise actuelle - économique, sociale, démocratique et écologique, il faut apporter des réponses qui ne se contentent pas de changements à la marge. Les Verts n’ont plus cette audace : d’un parti pour la transformation de la société, ils sont devenus un parti d’accompagnement.

Les résultats des européennes constituent certes une bonne nouvelle pour l’écologie mais je suis en désaccord avec le projet politique d’Europe-Ecologie, tel que confirmé ces derniers jours par ses animateurs. En effet, je ne peux me retrouver dans un rassemblement qui entretient la confusion quant au clivage droite/gauche, au point, pour certains, de prôner un élargissement du rassemblement jusqu’à des environnementalistes membres du gouvernement UMP ou participant à des exécutifs municipaux de droite.

J’ai donc décidé de faire le pari de construire ailleurs la synthèse entre le social et l’écologie pour laquelle je me suis battue pendant 16 ans chez les Verts. C’est pourquoi, avec Paul Ariès, objecteur de croissance et directeur du journal Le Sarkophage, nous lançons un appel aux écologistes de gauche afin d’oeuvrer à l’évolution du Parti de Gauche en ce sens, en participant à la préparation de son congrès programmatique de fin d’année.

Face à l’hégémonie de la droite en Europe, c’est une force de gauche et écologiste qui est nécessaire, et non une force centriste.

Un contre G 8 s’est tenu au Mali Forum des peuples Reporterre 2009/07/13 Forum des peuples (13 juillet 2009) Un contre G 8 s’est tenu au Mali. Reporterre. fr

Un contre G 8 s’est tenu au Mali

Parallèlement au G 8 se tenait un Forum des Peuples, à Bandiagara, au Mali. Voici sa déclaration finale.

Déclaration finale du 8e Forum des peuples de Bandiagara au Mali (8 au 10 juillet 2009)

« Il est urgent que les peuples d’Afrique passent à l’action »

La 8e édition du Forum des peuples, à Bandiagara (région de Mopti) au Mali, s’est déroulée du 8 au 10 juillet 2009 dans un contexte de crises internationales (crise financière, crise économique, crise alimentaire, crise écologique et crise sociale). Le constat est sans appel : il s’agit bien d’une crise structurelle du système capitaliste mondial.

Dans ce contexte, le G8, ce directoire illégitime et anti-démocratique, réuni en Italie, prétend apporter des solutions, alors que ce sont leurs recettes qui ont conduit le monde à cette situation dramatique. Les peuples du monde ne sont pas dupes, ils n’attendent rien d’eux. Il en est de même pour le G20, tout aussi illégitime malgré la présence de quelques pays dit émergents.

Ces crises ont un impact dramatique sur les conditions de vie des populations, particulièrement les plus pauvres d’entre elles. Bandiagara, où se tient le Forum des peuples, reflète d’ailleurs bien les conséquences de ces crises multiples et connexes : pauvreté, manque d’eau, faible scolarisation, récoltes insuffisantes...

Nous, mouvements sociaux, organisations et participant-e-s au Forum des peuples, nous opposons au diktat des dirigeants du G8 et à leurs alliés. Nous exigeons des gouvernements du Nord et du Sud la mise en place d’alternatives en rupture avec le système capitaliste qui garantissent les droits humains fondamentaux des peuples.

Pour la souveraineté alimentaire

- Le rejet de la signature des Accords de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne et les pays ACP et de tout autre accord de libre échange - Le refus des Organismes Génétiquement Modifiés et des agro-carburants - La mise en place de politiques contre la spéculation foncière - Le soutien et le développement de l’agriculture paysanne - Pour la libre circulation des personnes (conformément à l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) :

- Le refus des politiques migratoires de l’UE (pacte européen sur l’immigration, FRONTEX, directive « retour », accords de réadmission...). Nous exigeons de nos gouvernements qu’ils s’opposent à l’ensemble de ces politiques de l’Europe « forteresse ».

- Le retour immédiat et inconditionnel des détenteurs de récépissé de demande de carte de séjour actuellement bloqués à l’aéroport de Bamako (Mali).

- La régularisation de tous les sans papiers résidant dans les pays du Nord. - La ratification par les pays européens de la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1990 sur le droit des travailleurs migrants et leurs familles. - Pour la reconnaissance des biens communs de l’humanité - Arrêt immédiat des privatisations de l’eau, non à la marchandisation des biens communs - Respect du droit à l’accès universel à l’eau - Pour l’émancipation des femmes et l’égalité hommes-femmes - Assurer la participation des femmes aux prises de décisions politiques et économiques - Soutenir les initiatives économiques des femmes africaines - Abolition de toutes les politiques discriminatoires à l’égard des femmes - Pour l’annulation de la dette des pays du Sud - Annulation / répudiation immédiate et inconditionnelle de la dette des pays du Sud - Mise en place d’audits de la dette comme outils au service de ces revendications - Versement de réparations aux pays du Sud - Abolition de la Banque mondiale et du FMI, refus de leur légitimation par le G8 et le G20. - Pour la paix entre les peuples

- Refus des guerres impérialistes et de domination néocoloniale - Refus des guerres d’exploitation et de pillage des ressources naturelles - Refus de transformer nos armées en force auxiliaire de résolution des conflits occasionnés par les puissances du Nord pour l’exploitation des ressources naturelles.

- Démantèlement immédiat des bases militaires étrangères sur le sol africain et refus de l’installation de nouvelles bases sous prétexte de lutte contre le terrorisme. - Refus des accords de défense avec les pays du Nord.

- Pour le respect des droits des travailleurs - Respect des luttes sociales et du droit de grève - Réintégration obligatoire de tous-tes les travailleurs licenciés - Pour un travail décent

- Pour le principe d’autodétermination des peuples - L’arrêt immédiat et sans condition des ingérences extérieures dans les affaires intérieures des Etats. - Le refus des démocraties bananières qui répondent aux intérêts des pays du Nord et de leurs multinationales. - La fin des politiques néocoloniales

- Pour le respect de la nature et la lutte contre le changement climatique - Reconnaissance d’une dette écologique des pays du Nord au pays du Sud - L’arrêt de la surexploitation des ressources naturelles par les pays du Nord - La diminution drastique des gaz à effet de serre par les pays du Nord

Nous appelons l’ensemble des mouvements à se mobiliser pour la mise en oeuvre de ces revendications et alternatives lors des dates suivantes :

Mobilisations internationales

12 octobre 2009 : Journée contre la marchandisation, la colonisation et pour la Terre Mère 12–18 octobre 2009 : Semaine d’action contre la dette et les institutions financières internationales 07-17 décembre 2009 : Contre-sommet à la conférence cadre des Nations Unies sur le changement climatique – Copenhague (Danemark) 18 décembre 2009 : Journée internationale des migrant-e-s Préparation de la Marche mondiale des femmes de 2010

Mobilisations africaines

15 novembre 2009 : Journée pour la paix en Côte d’Ivoire étendue à l’Afrique

Démocratie bafouée pour imposer une centrale Pas de centrale en Basse Automne Reporterre 2009/07/13 Pas de centrale en Basse Automne (13 juillet 2009) Démocratie bafouée pour imposer une centrale. Reporterre. fr

Démocratie bafouée pour imposer une centrale

A Verberie (Oise), les élus imposent un projet de centrale thermique en refusant le débat.

3 minutes, c’est la durée que met une centrale électrique au gaz de Direct Energie pour rejeter 15 tonnes de CO2 dans l’atmosphère ou pour pomper 50.000 litres d’eau dans l’Oise.

3 minutes, c’est aussi le temps que le Conseil Municipal de Verberie, présidé par Patrick Floury, a consacré, le jeudi 9 juillet au soir, à la délibération sur l’autorisation d’exploiter la centrale et sur la demande de référendum.

3 minutes pour donner un avis favorable sur l’installation de la centrale et pour refuser la demande de référendum.

Aucun débat, aucune discussion, aucune remarque, juste le temps de lever timidement la main…

3 minutes au cours desquelles le conseil municipal a engagé l’avenir du cadre de vie de la commune et de ses environs pour les 30 prochaines années, sans l’ombre d’une hésitation.

3 minutes de mépris total pour toutes les personnes qui sont venues émettre un avis défavorable au cours des différentes enquêtes (97% de contre pour l’enquête ICPE et 98% de contre pour la modification du PLU)

3 minutes d’insulte à la démocratie locale

Mais, finalement, fallait-il s’attendre à autre chose ? Tout cela confirme la posture qui a toujours été celle du Conseil Municipal de Verberie : nier la réalité, refuser le débat, persévérer dans le déni de démocratie.

Combien d’entre eux ont réellement lu les dossiers de l’enquête publique ? Combien d’entre eux ont réellement essayé de comprendre les enjeux en terme de santé et de nuisances ? Combien d’entre eux sont capables de donner de véritables arguments en faveur de ce projet ?

Le Conseil Municipal de Verberie ne représente plus aujourd’hui que lui-même et n’est plus représentatif des citoyens qui ont voté pour lui.

Cette situation ne fait que renforcer notre mobilisation et notre détermination à aller jusqu’au bout de ce combat contre ce projet incohérent, dont l’écrasante majorité des gens ne veut pas.

Les citoyens de Verberie n’oublieront pas ce qui s’est passé pendant ces 3 minutes le 9 juillet 2009, et s’en souviendront le moment venu.

Pesticides dans les aliments, ça ne s’améliore pas MDRGF Reporterre 2009/07/14 MDRGF (14 juillet 2009) Pesticides dans les aliments, ça ne s’améliore pas. Reporterre. Pesticides fr

Pesticides dans les aliments, ça ne s’améliore pas

Le rapport sur les résidus de pesticides dans les aliments dans l’Union Européenne vient d’être publié. La France obtient de mauvais résultats.

Pour la première fois, c’est l’EFSA (1) qui présente le rapport annuel sur les résidus de pesticides dans les aliments végétaux dans l’Union Européenne (auparavant celui-ci était réalisé par la DG Sanco (2) ). Ce rapport, basé sur l’analyse des données de 2007, a été rendu public à la veille d’un des plus grands départs en vacances de l’année, ce que le MDRGF regrette fortement. De plus, il se caractérise par une certaine opacité : ainsi on ne sait pas exactement quel pourcentage des échantillons analysés dans le cadre des plans de surveillance contiennent des résidus de pesticides et combien n’en contiennent pas !

Les seuls chiffres clairs sont ceux montrant les dépassements des Limites Maximales en Résidus (LMR). Les dépassements des LMR semblent en léger recul au niveau communautaire en 2007 par rapport à 2006. Ainsi 4,19% des fruits et légumes dépassaient ces LMR en 2007 contre 4,7% en 2006.

Dans ce contexte, la France fait figure de mauvais élève. Ainsi ce sont 7,6 % des fruits et légumes analysés en 2007 qui dépassaient les LMR (6% en 2006). Pour les céréales, l’EFSA indique que 8,16% des céréales analysées en France dépassaient ces LMR en 2007 (contre 1,37% pour l’UE) ! Pour mémoire ce n’étaient que 1% de ces mêmes céréales qui dépassaient les LMR en France en 2006 ! De même, si le pourcentage de fruits, légumes ou céréales contenant plusieurs résidus à la fois a légèrement diminué dans l’UE, en France le nombre d’échantillons contenant plusieurs résidus a fortement augmenté de 25,8% en 2006 à 32,75 % en 2007 !!

Pour pallier le manque de transparence du rapport de l’EFSA, le MDRGF rappelle que, selon la DGCCRF (3), ce sont en 2007, 52,1% des fruits et légumes analysés en France qui contenaient des résidus de pesticides (45% en 2006) et 52,5% des céréales. Le même rapport de la DGCCRF rappelle également la préoccupante augmentation du rôle joué par les usages interdits de produits dans les dépassements de LMR, la proportion des dépassements de LMR dus à des usages interdits de pesticides passant de 19,8% en 2006 à près 39% en 2007 !

« Dans ce rapport de l’EFSA, la France fait vraiment pâle figure avec des taux de dépassement de LMR très élevés et de nombreux multi-résidus. Face à cette contamination inquiétante de nos aliments par des pesticides, il est plus urgent que jamais de mettre en œuvre les décisions du Grenelle de l’environnement pour aboutir rapidement à une réduction de 50% de l’usage des pesticides... », déclare François Veillerette, Président du MDRGF.

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1. European Food Safety Authority 2. Direction Générale de la Santé et de la Consommation 3. Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes – Rapport 2007 sur les plans de surveillance et de contrôles des résidus de pesticides dans les denrées d’origine végétale

Les écologistes allemands partagés sur Desertec Michel Verrier Reporterre 2009/07/14 Michel Verrier (14 juillet 2009) Les écologistes allemands partagés sur Desertec. Reporterre. fr

Les écologistes allemands partagés sur Desertec

Desertec prévoit d’implanter d’immenses centrales solaires dans le Sahara pour alimenter l’Europe en électricité. Le projet est critiqué par Herman Scheer, le président d’Eurosolar, mais soutenu par Greenpeace.

On a mis plein feu sur l’énergie solaire à Münich ce lundi 13 juillet. Une vingtaine de poids lourds de l’industrie de l’énergie et de la finance allemande, dont Siemens, E On, RWE se sont réunis dans la capitale bavaroise à l’invitation de la société de réassurance Münich Re, autour du projet « Desertec. » Une société de droit allemand devrait se constituer cet automne pour étudier sa faisabilité. Il s’agit d’installer dans les déserts et sur les côtes africaines un réseau de panneaux et de centrales solaires qui fournirait notamment 15% de l’énergie nécessaire à l’ Europe.

Le projet Desertec s’appuie sur les études du Centre aéronautique et aérospatial allemand (DLR) selon lesquelles il suffirait d’aménager moins de 0,3% de la surface désertique de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), pour satisfaire les besoins énergétiques de l’Europe et de la région MENA. Mais le coût en investissement serait colossal. Il s’élèverait à 400 milliards d’euros d’ici 2050, dont 50 milliards pour la construction du réseau de transport d’électricité de l’Afrique vers l’Europe.

L’enjeu est énorme. Desertec permettrait de pallier à partir de 2050 à la raréfaction croissante des énergies fossiles (gaz, pétrole), et assurerait la réalisation des objectifs de réduction de taux d’émission de CO2 de l’Europe. Il contribuerait en même temps au développement des pays d’accueil par la création d’emplois, l’installation d’usines de dessalement de l’eau de mer, tout en alimentant la MENA en électricité.

Angela Merkel a salué aux côtés de José Manuel Barroso : un projet qui « conviendrait à merveille à la stratégie méditerranéenne de l’Union européenne » et mérite donc d’être subventionné par Bruxelles. Une association Desertec s’était constituée au parlement européen dés novembre 2007, à l’initiative notamment de la branche allemande du club de Rome et avec le soutien du prince Hassan de Jordanie, pour concrétiser la « coopération trans-méditerranéenne dans le domaine des énergies renouvelables ». Elle a pris en charge le lobbying indispensable à la mise en oeuvre du projet, dont la réunion de Münich pourrait être le premier pas.

Mais Desertec est déjà l’objet de critiques virulentes de partisans du solaire eux-même. Herman Scheer (SPD) député au Bundestag, président d’Eurosolar, s’insurge contre un projet qui permettrait d’abord aux géants de l’énergie de conserver leur monopole en important l’électricité solaire d’Afrique. Un trafic dont le coût sera gigantesque, alors que la priorité dans les énergies renouvelables, solaire comme éolien, est à la décentralisation à l’échelle des communes, ou le transport ne coûte rien. Mais « cela ne suffirait pas à réduire drastiquement les taux émissions de CO2, réplique Roland Hipp de Greenpeace Allemagne. De gros projets comme Desertec seront aussi nécessaires. » Et si une part du courant des déserts reste en Afrique, le danger d’« impérialisme solaire » européen serait écarté.

La contribution climat énergie : un choix politique Gilles Rotillon et Patrick Jolivet Reporterre 2009/07/14 Gilles Rotillon et Patrick Jolivet (14 juillet 2009) La contribution climat énergie : un choix politique. Reporterre. Tribune — fr

La contribution climat énergie : un choix politique

Devant l’importance grandissante des risques liés au changement climatique et dont les manifestations dépassent les prévisions des modèles du GIEC les plus pessimistes, il apparaît de plus en plus nécessaire de modifier nos modes de production et de consommation. Dans une économie de marché ouverte, la manière sans doute la plus efficace d’obtenir ce résultat est de modifier les prix relatifs des produits, en rendant relativement plus chers ceux dont le contenu en gaz à effet de serre est le plus important. Ainsi, les produits dont les prix relatifs baisseront seront en théorie davantage demandés et des substitutions s’opéreront en leur faveur. Si l’idée est simple, sa mise en pratique cumule une série de difficultés qui ne sont pas nécessairement conciliables et risquent donc de conduire à des compromis qui pourraient la vider de sa substance. Le projet de taxe carbone, mis en orbite au Grenelle de l’environnement, ou plutôt de contribution climat-énergie puisque le mot taxe est politiquement incorrect, illustre parfaitement les problèmes qui se posent et qui ont été discutés lors de la conférence des experts sur la contribution climat-énergie des 2 et 3 juillet derniers.

Une première difficulté, si la France s’engage dans cette voie, relève de ce que l’on appelle pudiquement un problème d’acceptabilité sociale, qui consiste à essayer de justifier cette mesure auprès de l’ensemble de la population. Si les questions environnementales concernent de plus en plus de monde, elles ne sont pourtant pas au premier plan des préoccupations de la grande majorité, plus inquiète du chômage, du pouvoir d’achat ou de l’avenir des retraites. C’est que pour l’instant, le réchauffement climatique est encore loin de produire des effets insupportables et qu’une taxe supplémentaire au nom d’une menace encore mal perçue risque d’être mal comprise. Et ce d’autant plus que les deux secteurs principaux où cette taxe s’appliquerait (les transports et le chauffage) pénaliseraient plus fortement les ménages les plus modestes (de loin les plus nombreux), pour lesquels ces deux postes budgétaires sont proportionnellement plus importants, que les ménages les plus riches. Les efforts seront donc immédiats et les bénéfices lointains et incertains. Quant aux entreprises qui y seraient soumises, elles anticipent une perte de compétitivité conduisant à un accroissement du chômage qui ne sera pas immédiatement compensé par des créations d’emplois dans les secteurs non taxés.

La recherche d’une solution à ce problème d’acceptabilité sociale semble s’orienter vers une réforme fiscale neutre, cette « contribution » progressivement croissante dans le temps venant se substituer à d’autres taxes existantes L’idée est ici de rechercher un « double dividende », par la réduction de distorsions existantes dans notre système fiscal, qui viendrait alimenter la croissance et/ou l’emploi. Du côté des ménages, la solution d’un « chèque vert » sous condition de ressources semble aujourd’hui l’emporter. Il ne faut jamais oublier, puisque l’on parle de modification de nos modes de vie, que la moitié de nos concitoyens ont un niveau de vie inférieur à 1470 euros par mois.

La seconde difficulté majeure tient à la nature même du changement climatique, qui ne concerne pas que les français mais la planète entière. Le climat étant un bien public mondial, ce n’est pas seulement le comportement des producteurs et des consommateurs français qu’il convient de modifier, mais celui de milliards d’individus. Il est clair que même si nous éliminions complètement nos émissions de CO2, le changement climatique n’en serait pas modifié si les autres pays n’agissaient pas eux aussi de concert. C’est à Copenhague à la fin de l’année que la discussion va se poursuivre au niveau international, et c’est là que les solutions réelles peuvent être prises, qui impliquent un haut niveau de coopération entre Etats auquel ils ne nous ont pas habitué pour l’instant, préférant les déclarations d’engagement pour 2050 (date à laquelle aucun des dirigeants actuels ne sera encore au pouvoir) aux actions concrètes à court terme. Dès lors, la contribution climat-énergie française prend une autre signification. Il ne s’agit plus de réduire fortement nos émissions mais de donner un signal de l’engagement de la France sur cette voie. Du coup, l’acceptabilité sociale devient moins problématique, puisqu’il n’est pas utile de taxer trop fortement mais juste d’indiquer une volonté politique. Il y a là une incitation pour le gouvernement à fixer une taxe faible qui risque alors de ne pas modifier suffisamment les comportements et donc de ne pas initier une trajectoire de développement vraiment nouvelle. L’actuel marché européen du carbone nous fournit un bon exemple de cette problématique : il n’implique qu’environ le tiers des émissions françaises de gaz à effet de serre, et la sur-allocation des quotas d’émission est telle que les incitations à la sobriété énergétique sont quasi inexistantes.

Or, si « notre mode de vie n’est pas négociable » comme l’explicitait Georges Bush père en 1992, c’est principalement à cause d’une peur de vivre moins bien avec certitude aujourd’hui, sans garantie de vivre mieux demain. Il est à craindre que les discours seuls ne réussiront pas à convaincre les populations, et que seule l’expérience réussie d’un autre mode de vie puisse les amener à accompagner les changements nécessaires. La « solution technicienne » consistant à maintenir nos niveaux moyens de consommation (en les généralisant, demain, à l’ensemble de la planète) tout en préservant les mécanismes de régulation naturels de la biosphère grâce au progrès technologique nous semble à ce jour pour le moins hypothétique. Il est donc d’autant plus important de commencer vite et suffisamment fort en instaurant une taxe significative, non pas sur les seules énergies fossiles mais sur l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre, incluant également les engrais utilisés en agriculture, pour que les changements ne soient pas invisibles. Mais du coup on retrouve le problème de l’acceptabilité sociale, cette fois à l’échelle de la planète. Il semble clair que la réussite ne sera au rendez-vous que si la réduction rapide des inégalités devient perceptible et crédible, en particulier si les pays riches acceptent vraiment d’opérer les transferts de technologie qui permettraient aux pays en développement de ne pas refuser toute action au motif qu’elle briderait trop leur croissance actuelle. Ce qui est étonnant est que l’on en soit encore à organiser des « conférences des experts », alors que les solutions possibles sont connues depuis longtemps : la plupart des questions actuelles étaient déjà traitées dans un rapport du Commissariat général du plan (le bien-nommé L’Economie face à l’écologie)… en 1993 ! Les « experts » ont fait leur travail. L’heure est désormais aux choix politiques.

Sans unité de la gauche, Sarkozy restera Gérard Filoche Reporterre 2009/07/14 Gérard Filoche (14 juillet 2009) Sans unité de la gauche, Sarkozy restera. Reporterre. Tribune — fr

Sans unité de la gauche, Sarkozy restera

Une analyse provenant de la gauche du PS.

Il y a aujourd’hui à gauche un « déni d’unité » comme si les composantes de celle-ci ne se rendaient pas compte du danger face au sarkozysme menacant tout azimut les droits sociaux et républicains. Face à l’offre d’unité de la gauche de Martine Aubry, les réponses négatives fusent. Alors que le vent de la responsabilité, de l’urgence devrait souffler pour l’unité, les uns et les autres tirent dans des directions contraires.

On a au moins quatre réponses actuellement : - 1° pas d’unité assumée, - 2° unité mais avec la droite, - 3° petit front de gauche, - 4° moyen front de gauche… Reste à faire triompher le grand front de toute la gauche

1°) La réponse la plus irresponsable est sans doute celle de Cohn-Bendit qui choisit de s’en moquer. Il explique qu’il n’est ni de droite, ni de gauche, ni du centre, que tout cela est faribole.

Ce gars-là, il est vrai, n’a pas de classe. Pas de classe sociale. L’individu n’a pas de racines parmi les 91 % de la population active qui produisent l’essentiel des richesses de ce pays et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent. Vous l’avez déjà entendu évoquer l’exploitation, la violence et la souffrance au travail ? Il ne connaît pas. Il erre dans la stratosphère des médias, voit les choses de haut à la Yann-Arthus Bertrand. Ce n’est pas un syndicaliste, le syndicalisme l’ennuie… Ce n’est pas un défenseur des salaires, de la protection sociale, non, seulement « de la nature » !

C’est sans doute pourquoi une partie des Verts avec Martine Billard vient de fuir les Verts dans la mesure où ceux-ci sont retombés entre les mains des « ni ni », ni gauche, ni droite. Cohn-Bendit, c’est Waechter en plus mondain. Cohn-Bendit c’est celui qui, en 2008, va rendre visite à Sarkozy et lui offre son livre « Forget mai 68 ! » : ça ne pouvait que faire plaisir à un président partisan de « liquider mai 68 ». Cohn-Bendit n’a aucunement la volonté de donner la priorité à « battre la droite » et Sarkozy.

Mais est-ce que « Europe écologie » est vraiment avec José Bové, et la majorité des autres Verts comme Noël Mamére, Yves Cochet, engagée dans un déni d’alliance avec la gauche pour battre Sarkozy ? Déjà, il y a dix ans Cohn-Bendit avait tenté de faire une OPA sur les Verts pour les recentrer, les dévoyer dans des combines politiciennes. Y parviendra-t-il sans résistances ce coup-ci ?

Les Verts ont leur place et leurs devoirs au sein de la gauche, dans un front impératif si on veut avoir la chance de battre Sarkozy et de reconstruire une République sociale et écologiste. Pour sauver la banquise il ne faut pas se livrer aux banquiers.

2°) La deuxième, non moins dangereuse, fait le succès inattendu d’un disparu : Robert Hue. Celui-ci est devenu subitement la coqueluche des médias parce qu’il accepte l’unité avec le Modem. Du coup il est invité par François Hollande chez les ex trans-courants de Lorient ! Il est invité par Peillon, Guérini, avec De Sarnez à Marseille. Voilà une nouvelle variante droitière de l’unité, du « front populaire » : un gros morceau de gauche, une exclusive contre le reste de la gauche, et une alliance avec un morceau de la droite. Une coalition arc-en-ciel, comme ils disent, mais sans rose ni rouge… ni verts. Ils vont inventer une autre couleur, c’est sûr : on les verra en orange, avec Valls, histoire de bien marquer la rupture « moderne » avec 100 ans de socialisme. Cette voie de Hue-Peillon-Hollande est une variante de ce qui s’est passé en Italie et y a tué à la fois le PCI et le PSI : derrière le « pacte d’unité progressiste » signé par Hue, Rebsamen, on voit bien qu’il ne s’agit pas d’unité du camp de la gauche, mais d’une nouvelle coalition interclassiste.

C’est une sorte de choix à la SPD, troisième voie : plutôt que d’unifier la gauche, on s’unifie avec la droite ! Il ne manquera plus qu’un « Prodi » local et le Sarkozy-Berlusconi se fera ré-élire. Ça devrait davantage plaire à Cohn-Bendit (mais encore moins à Martine Billard). On ne sait pas encore clairement ce que sera la réponse du PCF officiel : aller dans la voie d’Hue ou dans celle de Mélenchon ? On ne sait pas non plus ce que sera le choix de la direction du PS… si l’unité de la gauche ne se fait pas.

Le tiraillement est évident. Rien n’est joué. Mais pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’autre stratégie que l’union de la gauche : si on ne l’assume pas complétement, on dérive d’un coté ou de l’autre. Car il y a dans les « autres gauches » autant de « visions » que de groupes et sous groupes, alors chacun donne une stratégie de remplacement, d’attente, et le PS, indécis peut aller d’un bord ou de l’autre. Les forces centrifuges sont évidemment, férocement, à l’œuvre.

3°) La troisième, c’est celle du NPA : « Niet ». Rien à faire avec l’unité de toute la gauche. Entretenons la division. On préfère un « petit » front de gauche bien radical, sans le PS, même s’il ne sert à rien puisqu’il demeure incapable de gagner la majorité et de prendre le pouvoir. Et l’on somme ses alliés possibles… sur leur capacité de résistance à l’attraction de l’unité… Le problème est que ça correspond en partie à la démarche de Martine Aubry puisque celle-ci, justement, ne s’est pas adressée au NPA.

Le NPA dit qu’il ne veut pas, le PS ne lui propose pas… Cela peut durer des années… au plus grand profit de Sarkozy. Car chacun sait que la gauche ne peut être majoritaire si elle est divisée… La responsabilité de part et d’autre serait de proposer l’unité sans préalable, sans exclusive, quitte à en discuter âprement le contenu : et les électeurs de gauche jugeraient qui a raison ou tort… Mais non, Olivier Besancenot s’en tient à un superbe « rien sans nous, rien avec eux » du haut de ses 5 % obtenus aux européennes.

Pourtant chacun note que des résistances existent au sein du NPA, que celui-ci a connu une scission puis une hémorragie du seul fait de son sectarisme lors des européennes du 7 juin, qu’une tendance en son sein est née qui réclame une stratégie de front unique…

Est-ce que ce petit parti va pouvoir rester isolé, bloquant la situation éternellement et laissant la droite agir et se faire ré-élire ? Ce n’est pas sûr non plus.

4°) La quatrième, c’est la réponse de Jean-Luc Mélenchon qui s’est empressé de rejeter vigoureusement l‘offre de Martine Aubry en l’accusant de jouer « double jeu ».

C’est peut-être vrai mais comment prouver à des millions d’électeurs qu’il s’agit d’un double jeu si on refuse de jouer la partie ? Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’il y aurait des propositions d’unité insincères. On peut croire que Martine Aubry a rédigé une lettre d’invitation à l’unité à gauche pour répondre aux exigences de l’aile gauche de son propre parti mais sans avoir l’intention de mener à bien une telle bataille. D’ailleurs le fait qu’elle ait délibérément omis d’inviter le NPA dans l’unité de la gauche, pourrait paraître un signe. Et le fait qu’elle ne place pas clairement la discussion d’un programme commun avant de parler « maison commune » est en effet problématique : dans quelle direction, sur quel programme l’unité peut-elle se réaliser ?

Ceci dit, c’est toujours comme cela… Quoi de neuf ? Pourquoi refuser le défi ? L’unité est un combat. Il faut lever les obstacles un à un. Il faut que les militants s’impliquent et impliquent les électeurs, le salariat. Pour cela, il faut engager les discussions, les rendre publiques, les suivre, proposer non pas refuser.

Quand on refuse a priori d’affronter un (banal, ordinaire) « double jeu », c’est qu’on n’est pas sûr de soi et parce qu’en fait on ne souhaite pas, non plus, l’unité. Et, de facto, on se demande si Mélenchon ne propose pas un « super NPA » c’est-à-dire un « moyen » front de gauche qui rassemble toute « l’autre gauche », mais avec une exclusive, le PS… La stratégie serait la même que le NPA : dépasser d’abord le PS. Elle ne divergerait que plus tard : après avoir dépassé le PS, il serait possible de s’allier avec lui dans des conditions de rapport de force inversées.

Mais cette stratégie en deux temps… prendra tant de temps qu’elle laissera Sarkozy gagner 10 régions en 2010 et se faire ré élire en 2012 !

Quand on en est deux groupements à 5 ou 6 % des voix, face à un parti qui a 2 villes sur 3, 61 % des départements, 2 régions sur 3, 200 députés, pareille stratégie défie l’entendement :

Le dépasser avant de s’allier ? C’est l’argument que le NPA utilisait avant les européennes pour refuser le « moyen » front. Maintenant, on refuse le « grand » front tant qu’on n’est pas les plus forts à l’intérieur. C’est stupide ! (car le seul moyen de devenir éventuellement plus fort, c’est de l’accepter). Ce n’est qu’une autre version de la division.

Il n’y a qu’une seule réponse cohérente à mettre en avant face à toutes ces tentations : l’unité de toute la gauche contre toute la droite. Et pour la réussir, il faut un programme commun de transformation sociale profonde.

On doit se battre pour que le PS propose l’unité à toute la gauche et non au Modem. On doit se battre pour que d’abord un programme commun soit débattu. Et ensuite pour des candidatures communes et une candidature unique à la présidentielle, meilleur moyen, dès le premier tour, d’affronter puis de battre Sarkozy.

Devant les vents contraires, les paroles brouillées, les petits calculs qui ne sont pas à la hauteur de l’enjeu, il me semble que l’on peut s’appuyer sur les aspirations majoritaires dans le salariat à l’unité pour battre Sarkozy. Pour l’heure, les propos des « chefs » de clan ou de groupes sont inconnus du grand public de gauche, mais ils vont forcément se heurter à la volonté unitaire.

Ras le bol de toutes ces manœuvres : ni front avec la droite, ni petit, ni moyen front de gauche, pour un front de toute la gauche ! Ne pas attendre, ni « laisser faire » : car à force de se repousser, les extrêmes de la droite de la gauche et de la gauche de la gauche vont tuer toute chance de battre Sarkozy.

Au cœur de la gauche, on doit appeler toutes ses composantes, à se rencontrer, à débattre de la base au sommet, en urgence. Un « appel géant à l’unité de toute la gauche » est nécessaire. Car le temps compte désormais : sauf explosion sociale, toujours possible, souhaitable et capable de hâter et de faciliter un tel processus, les régionales sont dans neuf mois et la présidentielle dans 33 mois.

La bataille continue contre les écrans Big brother de la RATP Résistance à l’agression publicitaire Reporterre 2009/07/15 Résistance à l’agression publicitaire (15 juillet 2009) La bataille continue contre les écrans Big brother de la RATP. Reporterre. fr

La bataille continue contre les écrans Big brother de la RATP

La RATP n’a pas encore renoncé à installer des centaines de « télés » publicitaires dans le métropolitain.

Ecrans publicitaires du métro : la partie n’est pas terminée !

La RATP est revenue partiellement à la raison en décidant de renoncer à la vidéosurveillance publicitaire installée dans ses nouveaux écrans. Mais l’affaire n’est pas encore terminée, puisque la RATP s’obstine à vouloir installer ces écrans coûte que coûte : 400 prévus dans les couloirs du métro au 1er semestre 2010 ; puis 800 dans les gares SNCF.

Il semblerait que la régie n’ait pas bien compris les revendications des associations, qui, depuis le début de cette affaire, réclament le retrait total de ces dispositifs. Les associations ont dénoncé une quintuple pollution : visuelle, énergétique, mentale, électromagnétique, des libertés publiques [1]. Or, les caméras en moins, il en reste encore quatre !

Le collectif ne compte donc pas en rester là, et a bien l’intention de mettre un terme à ce gaspillage et cette pollution publicitaire scandaleuse, notamment à l’heure où chacun est incité à maîtriser sa consommation et à réduire son empreinte énergétique.

En particulier, ces panneaux, d’une puissance de 1000 W [3] et allumés en permanence, consomment autant d’électricité que 3 foyers de 4 personnes !

Nous allons donc lancer, dans quelques semaines, la deuxième phase de notre mobilisation, afin de mettre un terme définitif au projet de déploiement de ces panneaux honteux, et de revenir à une situation plus vivable dans le métro parisien. La RATP doit se recentrer sur sa vraie mission, celle d’un service public de transport des usagers, et non d’un service publicitaire au profit des annonceurs.

Rappelons enfin que la publicité ne représente qu’une part marginale des recettes de la RATP : si l’on retirait demain toute la publicité du métro, celle-ci serait toujours bénéficiaire. [4]

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[1] Dépêche AFP du 9 juillet 2009 : http://www.google.com/hostednews/af...

[2] Dépêche AFP du 8 juillet 2009 : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

[3] http://www.agoravox.fr/actualites/s...

[4] http://www.antipub.org/spip.php?art...

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Les objecteurs de croissance se retrouveront à Notre Dame des Landes Europe Décroissance Reporterre 2009/07/15 Europe Décroissance (15 juillet 2009) Les objecteurs de croissance se retrouveront à Notre Dame des Landes. Reporterre. fr

Les objecteurs de croissance se retrouveront à Notre Dame des Landes

Rendez-vous à la semaine de résistance début août, à Notre Dame des Landes, près de Nantes.

Les Objecteurs de Croissance se rencontrent à Notre Dame des Landes, en Loire atlantique (44) du 4 au 7 août (dans le cadre de la Semaine Résistance qui aura débuté le 1er août, avec le Camp Action Climat). Nous espérons que comme les fois précédentes toutes les sensibilités du mouvement de la décroissance et de l’après-développement seront présentes à ces rencontres qui sont un moment unique de dialogue.

Vous trouverez des informations pratiques : ici : http://www.les-oc.info/index.php?ca... et ici : http://nanorezo.free.fr/spip.php?ar...

En particulier, nous organisons le vendredi 7 août, une journée bilan-perspectives de la campagne ’Europe-Décroissance’. Comme nous savons que tous les OC ne sont pas favorables à la participation électorale, nous séparons les 2 moments.

Rappel :

En décembre dernier est lancé l’appel Europe-Décroissance. Très vite, il connaît un vif succès et est signé par 1700 objecteurs de croissance. Le Mouvement « les Objecteurs de Croissance » et le Parti Pour La Décroissance décident alors, d’une part de lancer, le 25 avril dernier à Paris, la campagne Europe-Décroissance et d’autre part de créer une association commune de financement permettant de partir aux élections, l’Association des Objecteurs de Croissance (AdOC-France).

C’est le début du mouvement politique pour la Décroissance en France, le troisième des piliers du mouvement la Décroissance avec le niveau individuel (la simplicité volontaire) et le niveau collectif, celui des alternatives concrètes.

Bilan des élections européennes :

Dans une démarche non-électoraliste pour ces élections européennes qui ont vu triompher l’abstention, Europe-Décroissance, sans moyens, sans bulletins ni professions de foi imprimés a tout de même récolté plus de 6 000 votes à travers la France.

De plus, pour la première fois, la Décroissance est apparue lors d’une élection nationale. Cela nous semble être le début d’un mouvement politique autour de l’objection de croissance par la mise en place d’un nouveau projet de société soutenable et souhaitable.

Objectifs : les élections régionales

Après cette première étape, nous souhaitons continuer à faire avancer le débat en nous préparant aux élections régionales. De même, puisque la Politique c’est surtout une question d’idées, nous souhaitons : - participer activement à la Semaine résistance de Notre-Dame-des-landes et à la campagne Justice/Climat préparant le contre sommet de Copenhague. nous lancer dans la rédaction d’un Manifeste, et aller à la rencontre des autres formations politiques... - participer à l’organisation d’un grand événement-débat ouvert autour des questions énergétiques. - approfondir nos réflexions sur la transition et les questions de revenu d’autonomie inconditionnel, de salaire maximum autorisé et de gratuité. et beaucoup d’autres choses !

Puis, après l’été, nous vous invitons tous à notre assemblée de rentrée les 19 et 20 septembre (lieu encore à préciser).

Une croissance infinie dans un monde fini est une absurdité !

Emissions des riches, couic ! Hervé Kempf Reporterre 2009/07/15 Hervé Kempf (15 juillet 2009) Emissions des riches, couic !. Reporterre. Tribune — fr

Emissions des riches, couic !

La placidité du corps social à l’égard des hautes rémunérations est fascinante. Le système financier s’est affaissé, l’économie traverse sa plus grave crise depuis des décennies, le chômage suit une courbe ascensionnelle ; mais tranquillement, toute honte bue, les classes dirigeantes, responsables de la situation, continuent à s’allouer des revenus extravagants. Fascinant, vraiment.

Tiens, j’apprends que les Jeunes socialistes suisses lancent une initiative populaire pour limiter les hauts salaires. Le salaire maximal versé par une entreprise ne pourrait pas être plus de douze fois supérieur au salaire minimal.

Il faut vraiment être jeune et suisse pour avoir des idées pareilles. Bon, enfin, ce que j’en dis... Mon sujet, à la chronique Ecologie, c’est les petites fleurs, les moutons, les lombrics, les océans, le changement climatique...

Ah, justement, le changement climatique ! J’ai lu un article passionnant dans la livraison du 9 juillet de la revue de l’Académie des sciences des Etats-Unis, la PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences). Ce n’est pas du Guillaume Musso (Que serais-je sans toi ? ; Seras-tu là ?). Mais l’article signé par Shoibal Chakravarty et d’autres chercheurs, dont Stephen Pacala et Robert Socolow, titille les neurones.

Pour prévenir une crise climatique, il faut limiter les émissions de gaz à effet de serre : ne pas dépasser 30 milliards de tonnes de CO2 (gaz carbonique) en 2030. Plutôt que de raisonner comme d’habitude en termes d’émissions par pays, Chakravarty et sa bande abordent la question en termes d’émissions par individu. Ils étudient comment se distribuent les revenus dans les différents pays, puis à l’échelle du monde.

Plus on a des revenus élevés, plus on émet de CO2, et il est possible d’établir une relation entre le niveau de revenu et le niveau d’émission. Sachant que nous devrions être 8,1 milliards d’humains en 2030, les calculs conduisent à fixer à 10,8 tonnes par individu le plafond maximal qui permettrait à l’humanité de rester dans l’enveloppe de 30 milliards de tonnes. En dessous de ce plafond subsiste une importante inégalité des revenus (de 1 à 10 tonnes par habitant), mais elle est écrêtée. Car il faut « éliminer toutes les émissions qui dépassent ce niveau », ce qui concerne environ 1 milliard d’émetteurs.

Le raisonnement a ce mérite premier de souligner que lutter contre le changement climatique ne peut faire abstraction de l’inégalité sociale.

Autre aspect intéressant du papier, c’est que l’on va trouver beaucoup de gens aux Etats-Unis ou en Europe qui émettent plus de 10 tonnes de CO2 par an, mais aussi en Chine ou dans d’autres Etats du Sud : ce n’est plus seulement Nord et Sud qui sont en cause mais bien, partout, les couches riches et les masses populaires.

Conclusion : faibles émetteurs de tous les pays, unissez-vous !

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Référence :

- Shoibal Chakravarty et al. , « Sharing global CO2 emission reductions among one billion high emitters », PNAS, 6 juillet 2009.

http://www.pnas.org/content/early/2...

La nuit du 4 août pour Johnny Corinne Morel Darleux Reporterre 2009/07/16 Corinne Morel Darleux (16 juillet 2009) La nuit du 4 août pour Johnny. Reporterre. Tribune — fr

La nuit du 4 août pour Johnny

Johnny le riche... Au fait, le 14 juillet, c’était pas la prise de la Bastille ? Et après, il n’y a pas eu la nuit du 4 août ?

Panem et circenses

700 000 personnes ont assisté hier au concert de Johnny Halliday à l’occasion du 14 juillet. De la fête de la Fédération en 1790, premier anniversaire de la prise de la Bastille, à la mise en lumière d’un vétéran de la variété et de la culture marchandisée, passons sur le symbole.

Spectacle gratuit ?

Le coût de l’opération a fait couler beaucoup d’encre, pourtant on ne sait toujours pas quels sont les bons chiffres, avec une estimation étrangement passée de 1 000 000 à 1 900 000 d’euros entre mars et juillet. Sans compter les 600 000 euros de réfection de pelouse du champ de mars en cas de piétinage intempestif (ils leur ont distribué des patins à l’entrée ?). Ce dont on est sûr en revanche, c’est que le montant sera entièrement pris sur les deniers du ministère de la culture.

Même flou sur les émoluments du chanteur : 500 000 ? ou « seulement » 30 000 – soit pour un concert de 3 heures, du 10 000 euros de l’heure, tout de même... Pour un exilé fiscal qui a préféré s’installer en Suisse plutôt que de verser une partie de sa fortune au pot commun, qui après avoir réclamé à corps et à cris le bouclier fiscal a finalement préféré rester au chaud en pays Helvète, alors que son loyal ami Sarkozy en faisait sa première mesure phare présidentielle...

Finalement Johnny H préfère que ce soit le contribuable qui mette au pot pour lui payer son train de vie plutôt que l’inverse, avec la bénédiction de l’Etat. Tout un symbole de cette société inversée, où on marche sur la tête, avec un système qui enrichit les plus riches et institutionnalise l’adage « l’argent attire l’argent ».

Le 14 juillet, l’occasion de réaffirmer la finalité redistributive de l’impôt et poser la question de l’utilisation des fonds publics ? Parce que pour les circenses, on voit bien. Mais où est le panem ?

Grosses bagnoles et jolies pépés

Johnny toujours. L’inénarrable Raffarin n’en est plus à une près... mais quand même. Dans Le Monde de dimanche dernier, il est interrogé en tant que fan de Johnny (ce qui pour un ancien premier ministre est déjà la classe, mais passons).

Premier choc : « à la fin des années 1970, alors conseiller municipal, je crois avoir fait en sorte qu’on rouvre spécialement l’aéroport de Poitiers en pleine nuit pour qu’il puisse repartir après un concert à Angoulème ».

Je ne peux m’empêcher de penser aux « riches qui détruisent la planète » d’Hervé Kempf : dérogations spéciales, train de vie indécent, modèle insoutenable, mépris pour les pauvres et pour la planète. C’est un condensé de tout ça qu’on retrouve dans cette petite phrase apparemment anodine de JP Raffarin. Sûre en plus qu’il le dit avec un léger sourire de fierté faussement modeste du genre c’est-moi-qui-l’ai-fait.

Encore mieux, quelques mots plus tard : « … notamment Matignon, où il est venu diner avec Laeticia. Les chauffeurs de Matignon avaient davantage regardé sa bagnole ce soir-là, un énorme Hummler que Johnny conduisait lui-même ».

« Davantage regardé sa bagnole » ?... Davantage que quoi ?

Relisez la phrase... Non, quand même pas... que sa jeune épouse Laeticia ?!!

Avec l’ « énorme Hummler » (notez que Johnny avait la classe de le conduire « lui-même », décidément, quel homme !), on touche là au must de la beaufitude machiste confite dans le fric et les cylindrés.

Garder sa capacité d’indignation, toujours. Rien n’est anodin aujourd’hui, même plus la futilité.

La mobilisation contre les déchets nucléaires gagne du terrain CEDRA Reporterre 2009/07/17 CEDRA (17 juillet 2009) La mobilisation contre les déchets nucléaires gagne du terrain. Reporterre. fr

La mobilisation contre les déchets nucléaires gagne du terrain

Début juin 2008 : l’Andra appâte 3115 maires (répartis sur 20 départements) pour incruster une nouvelle poubelle nucléaire.

Mi-janvier 2009 : le gouvernement doit annoncer 2 ou 3 communes, parmi la petite quarantaine de municipalités candidates, pour ensuite n’en retenir qu’une. Les oppositions locales et régionales se multiplient. Des candidats se retirent, le gouvernement fait le mort.

24 juin 2009 : annonce des 2 communes définitives qui restent dans les filets des enfouisseurs : Pars-lès-Chavanges et Auxon, toutes les 2 dans l’AUBE. Réactions des plus vives dans les secteurs concernés.

Samedi 4 juillet : face à la détermination de la population et des élus du secteur, la municipalité de PARS-LES-CHAVANGES retire sa candidature.

Vendredi 10 juillet : face à la détermination de la population et des élus du secteur, 14 élus de AUXON sur 15 (maire absent) , à l’issue d’une « réunion privée » annoncent qu’ils demandent au maire une réunion extraordinaire du Conseil pour retirer la candidature de la commune.

>>>> malgré les appâts financiers, malgré la pression des « grands élus » locaux (député, Conseil général), malgré la convocation des élus municipaux en préfecture >>>

ANDRA et ETAT se retrouvent le bec dans l’eau comme jamais ! BIEN ENTENDU la mobilisation reste de mise car les fossoyeurs vont remettre le couvert

De la morale en politique Jean-Claude Michéa Reporterre 2009/07/17 Jean-Claude Michéa (17 juillet 2009) De la morale en politique. Reporterre. Tribune — fr

De la morale en politique

Extrait d’un entretien accordé par Jean-Claude Michéa au Bulletin de critique bibliographique A Contretemps.

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Quelle différence faites-vous entre le libéralisme « de gauche » et le libéralisme « de droite » ?

Historiquement, ils constituent depuis le XVIIIe siècle les deux grandes réponses, à la fois parallèles et complémentaires, au problème central de la politique moderne : à quelles conditions pourrait-on assurer la coexistence pacifique d’individus dont on a admis, par hypothèse (et à la lumière des guerres de religion), qu’ils n’avaient aucune valeur morale ou philosophique commune ? La réponse du libéralisme « de droite », ou libéralisme économique, est la plus simple. Elle consiste à dire que, pour obtenir les conditions de la pacification recherchée, il faut et il suffit que l’organisation de la société repose sur les principes du « doux commerce ». La main invisible du marché permettra alors de régler tous les problèmes politiques, sans que ni l’État, ni un parti, ni une quelconque Église aient à intervenir. Quant au libéralisme « de gauche », ou libéralisme politique et culturel, son objectif premier est également la pacification idéologique de la société.

Mais, à ses yeux, la réalisation de cet objectif passe d’abord par l’institution d’un État minimal dont tous les pouvoirs seraient séparés et axiologiquement neutres, ce qui permettrait ainsi à chacun de vivre comme il l’entend, sous la seule condition que son usage de la liberté ne nuise pas à celle d’autrui. En théorie, l’État libéral a donc pour seule fonction de maintenir l’équilibre entre les différentes libertés rivales, un peu à la manière dont le code de la route est là pour éviter les collisions et non pour vous prescrire une destination particulière. Il est également nécessaire de préciser qu’à ce stade aucun des deux libéralismes n’exige directement l’élimination de toute morale. Même si tous les libéraux, de gauche ou de droite, ont une tendance naturelle à voir dans celle-ci un simple masque de l’intérêt égoïste ou de l’amour-propre, leur préoccupation première est simplement de l’exclure du champ politique, de veiller, par exemple, à ce qu’aucun citoyen ne vienne demander l’interdiction de la publicité au nom de sa conception privée de l’aliénation ou du bonheur collectif. En droit, chacun demeure donc libre de vivre selon ses propres définitions du bien ou du bonheur, du moment qu’il ne cherche pas à les imposer à autrui. La seule chose que le droit libéral juge légitime d’interdire ce sont les conduites qui portent atteinte à la liberté correspondante d’autrui.

Sur ce principe, on ne peut qu’être d’accord, non ?

Sur le papier, c’est effectivement merveilleux ; et c’est bien pourquoi le libéralisme a toujours été la tentation naturelle de l’homme de gauche, au point qu’aux États-Unis les deux mots sont synonymes. Le problème c’est que toute cette savante machinerie intellectuelle repose en dernière instance sur un critère – ne pas nuire à autrui – dont la simplicité apparente dissimule en réalité des problèmes redoutables, dès qu’il faut l’appliquer sans prendre le moindre appui sur des jugements moraux ou philosophiques. Prenez par exemple la question du port du voile à l’école. Je peux, bien sûr, interdire ce dernier au nom du droit des femmes – le voile est un symbole de soumission, donc il porte atteinte à la liberté des femmes.

Mais un bon avocat libéral (l’expression n’est pas loin d’être un pléonasme) pourra également présenter cette interdiction comme une atteinte à la liberté religieuse et un signe d’ « islamophobie ». Le problème est le même quand vous devez trancher entre le fumeur et le non-fumeur, entre l’écologiste urbain partisan de l’ours et du loup et le berger partisan de l’agneau, entre le travailleur qui défend son droit à dormir et le jeune bourgeois qui fait valoir son « droit à la fête ». Il serait bien sûr assez facile de trouver une solution philosophique raisonnable à ce genre de dispute. Il suffirait, dans la plupart des cas, de s’en référer au simple bon sens et aux principes de la common decency. Seulement, à partir du moment où vous êtes idéologiquement tenus d’adopter une démarche strictement technique et procédurale, c’est une solution qui vous est interdite. La pente naturelle des juristes libéraux est donc d’observer attentivement les développements concrets de cette nouvelle guerre de tous contre tous, de compter les coups et finalement de déplacer le curseur de la loi en fonction du résultat provisoire de ces combats ; autrement dit, en fonction de ce que la gauche appelle, avec un bel enthousiasme darwinien, « l’évolution des mœurs ».

Il ne faut pas chercher plus loin la raison récurrente qui conduit le libéralisme politique et culturel de la gauche à devoir s’aligner tôt ou tard sur les positions du libéralisme économique. Livré à lui-même, le Droit libéral est, en effet, condamné à une fuite en avant perpétuelle dont la seule fin logique serait ce « droit de tous sur tout » qui était, selon Hobbes, le principe même de la guerre de tous contre tous. Le libéralisme économique présente, au contraire, l’avantage considérable d’offrir dès le départ aux individus l’assurance d’un véritable langage commun, celui de l’intérêt bien compris et du donnant-donnant. Comme l’écrivait Voltaire, « quand il s’agit d’argent tout le monde est de la même religion ». Autrement dit, la religion de la croissance et de la consommation – elle est le complément logique d’une économie concurrentielle – finit toujours par apparaître, à un moment ou un autre, comme l’ultime moyen supposé axiologiquement neutre de réunir à nouveau les individus que le libéralisme politique et culturel a séparés et dressés les uns contre les autres. Naturellement, cette solution est elle-même parfaitement illusoire puisque la logique du marché conduit toujours à relancer sous une autre forme la guerre de tous contre tous. C’est donc encore une fois parce qu’on a décidé, par principe, de se placer à un point de vue purement technique et procédural que la question cruciale de savoir si ma liberté nuit ou non à celle d’autrui est devenue philosophiquement insoluble dans une société capitaliste…

… parce qu’il n’y a plus de règle morale …

… ni règles morales ni principes philosophiques communs comme, par exemple, une théorie minimale de l’aliénation, de la dignité humaine ou de la beauté de la nature, dont le libéralisme, par définition, ne veut absolument pas entendre parler. Naturellement, quand je parle ainsi de règles morales, il faut prendre cette expression au sens où les premiers socialistes l’entendaient. C’est ce qui correspond, pour l’essentiel, à ce qu’Orwell désignait sous le nom de common decency. Si on ne précise pas ce point, la position socialiste risquerait évidemment d’être interprétée comme un appel à restaurer un ordre moral ou une société totalitaire.

Or la common decency n’a rien à voir avec ce que j’ai appelé par ailleurs une « idéologie du Bien » ou encore une « idéologie morale » ; autrement dit avec ce type de construction métaphysique arbitraire, liée aux dogmes d’une Église ou à la ligne d’un parti, et qui a toujours servi, dans l’histoire, à cautionner le pouvoir d’une élite. Une idéologie morale décidera, par exemple, que l’homosexualité représente un péché contre la volonté de Dieu ou, variante stalinienne, une déviance petite-bourgeoise. On voit tout de suite ce qui distingue un tel discours de ces dispositions traditionnelles à la bienveillance, à l’entraide ou à la générosité qui constituaient pour Orwell l’essence de la common decency. Il est bien évident, en effet, qu’il n’existe aucun rapport entre l’orientation sexuelle d’un individu et sa moralité effective : un homosexuel peut parfaitement être un individu généreux et heureux de vivre tandis qu’à l’inverse un hétérosexuel peut être égoïste et immature et donc avide de pouvoir, de richesse ou de célébrité. L’invitation orwellienne à fonder le socialisme sur les valeurs de la common decency se situe clairement aux antipodes du moralisme des idéologies du Bien.

Comment peut-on traduire en français ce terme de common decency ?

Le terme est habituellement traduit par celui d’ « honnêteté élémentaire », mais le terme de « décence commune » me convient très bien. Quand on parle de revenus « indécents » ou de conditions de vie « décentes », chacun comprend bien – sauf peut-être un dirigeant du Medef –, qu’il ne s’agit pas de moralisme. C’est, bien entendu, en ce sens qu’Orwell parlait de « société décente ». Il entendait tout simplement par là une société dans laquelle chacun pourrait vivre tranquillement d’une activité qui ait un véritable sens humain. Et comme Rousseau l’avait souligné, une telle société implique que personne n’y soit assez pauvre pour être obligé de se vendre ni assez riche pour pouvoir s’acheter la liberté d’un autre.

Naturellement, une définition précise de ces distinctions et de ces limites suppose un débat public permanent. Mais il n’y a là aucune difficulté de principe. J’ai récemment appris qu’il existait dans Paris un palace pour chiens et chats. Ces charmantes petites bêtes – vous les aimez sans doute autant que moi – s’y voient servir dans des conditions parfaitement surréalistes une nourriture luxueuse, par exemple du foie gras, et magnifiquement préparée ; le coût de ces prestations est, bien entendu, astronomique. Dans un monde où des êtres humains meurent de faim ou sont obligés de dormir dans la rue, voilà l’exemple même d’une institution qui me paraît indécente. Et pour fonder un tel jugement, je n’ai évidemment pas besoin de concepts philosophiques compliqués. Une théorie minimale de la common decency suffit amplement. Mauss en avait d’ailleurs dégagé les structures élémentaires : la décence, c’est simplement la capacité psychologique et morale « de donner, de recevoir et de rendre »…

… c’est aussi le simple bon sens, non ?

Vous avez entièrement raison. Chez Orwell, la common decency et le common sense (c’est-à-dire le « bon sens ») sont intimement liés. Dans son essai sur James Burnham (1), il souligne ainsi qu’il n’était pas nécessaire d’avoir fait de brillantes études universitaires pour comprendre qu’Hitler et Staline n’étaient pas des individus très recommandables. Il suffisait, disait-il, d’un peu de sens moral. Si donc certains des intellectuels les plus brillants du XXe siècle se sont laissés fasciner par les systèmes totalitaires au point d’en perdre tout bon sens, ce n’est certainement pas – concluait Orwell – parce que l’intelligence ou les outils philosophiques leur faisaient défaut (qu’on songe à la folie maoïste chez les intellectuels français). La véritable explication de leur rupture avec le bon sens doit, en réalité, être cherchée du côté de leur manque personnel de common decency, manque qui a toujours quelque chose à voir avec l’égoïsme, l’immaturité et le besoin de dominer les autres. Dès que quelqu’un cède au délire idéologique (quand bien même il baptiserait son délire « passion du réel »), vous pouvez être quasiment sûr que vous trouverez les clés de sa folie en observant la façon dont il se comporte concrètement dans sa vie quotidienne. Les fanatiques et les inquisiteurs sont presque toujours de grands pervers.

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(1) George Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », in Essais, articles, lettres, vol. IV (1945-1949), Paris, Ivrea, 2001, p. 221.

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Très fort : une taxe sur les économies d’énergie ! Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/07/19 Réseau Sortir du nucléaire (19 juillet 2009) Très fort : une taxe sur les économies d’énergie !. Reporterre. fr

Très fort : une taxe sur les économies d’énergie !

EDF demande un dédommagement à l’entreprise Voltalis qui commercialise un dispositif permettant d’économiser l’électricité. La Commission de régulation de l’énergie donne raison à EDF.

« Sortir du nucléaire » demande la dissolution de la Commission de régulation de l’énergie et son remplacement par une structure citoyenne indépendante

La décision absurde de la CRE est la conséquence directe du système nucléaire français, basé sur une consommation maximale d’électricité au détriment des citoyens et de l’environnement

Le Réseau « Sortir du nucléaire » exprime sa plus grande colère face à la décision sidérante de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui entend imposer une véritable taxe sur les économies d’énergie, en l’occurrence sur les économies d’électricité. En effet, la CRE a rendu le 9 juillet une décision (1) visant à la mise en place d’une taxe sur les boîtiers qui permettent aux usagers d’économiser 5 à 10% de leurs consommation électrique.

Cette taxe serait versée aux producteurs d’électricité, c’est à dire principalement à EDF, au titre d’un supposé « manque à gagner ». A ce compte, il va bientôt être obligatoire en France de consommer beaucoup d’électricité, sous peine de taxes ou d’amendes, et pourquoi pas d’emprisonnement. Les usagers veulent faire des économies d’énergie, mais pour la CRE il s’agit d’ « effacements diffus », une « non-consommation » coupable et donc à taxer.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » demande la dissolution de la Commission de régulation de l’énergie et son remplacement par une structure citoyenne indépendante dont la mission serait d’agir véritablement au profit des usagers et de l’environnement, et donc prioritairement en faveur des économies d’énergie, et non d’être au service d’entreprises commerciales comme EDF.

Ceci dit, le Réseau « Sortir du nucléaire » estime que la décision absurde de la CRE n’est que l’aboutissement logique du système nucléaire français, basé depuis 50 ans sur une augmentation continue de la consommation électrique dans le but de « justifier » l’option nucléaire.

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(1) http://www.energie2007.fr/images/up.... Ce lien ne fonctionne pas le 19 juillet.

Voir aussi http://www.cre.fr/fr/documents/deli...

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Obama en Afrique, oublis et erreurs CADTM Reporterre 2009/07/20 CADTM (20 juillet 2009) Obama en Afrique, oublis et erreurs. Reporterre. Tribune — fr

Obama en Afrique, oublis et erreurs

Le président des Etats-Unis dédouane l’Occident des maux dont souffre l’Afrique.

Après le sommet du G8 en Italie, le président états-unien Barack Obama s’est envolé pour l’Afrique où ses déclarations ont présenté de fortes similitudes avec le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar quelques mois après son élection à la présidence de la République française, discours qui avait soulevé une vague de protestations méritées à laquelle Obama semble miraculeusement échapper pour l’instant… Réparons cette injustice !

Au Ghana , Obama a excellé dans l’art de prôner l’ouverture et le changement, tout en continuant d’appliquer les funestes politiques de ses prédécesseurs. S’il a déclaré qu’il « revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique », ce n’est toujours pas le cas dans la réalité et l’action des pays du G8, dont les Etats-Unis, prive depuis un demi-siècle les peuples africains de leur souveraineté.

Très vite, Obama a déresponsabilisé l’Occident, déclarant que « le développement dépend de la bonne gouvernance » et que « c’est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s’acquitter ». Pour lui, la pauvreté qui règne en Afrique est principalement due à la mauvaise gouvernance et aux libres choix des dirigeants africains. Rien de plus erroné !

Avec des affirmations comme « l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats », le président Obama occulte habilement le rôle central des pays riches dans l’évolution de l’Afrique, et notamment celui des institutions financières internationales, FMI et Banque mondiale en tête. Ces deux puissants outils de soumission des peuples du Sud ont imposé des politiques d’ajustement structurel (abandon des subventions aux produits de première nécessité, réduction drastique des budgets sociaux, privatisations, libéralisation…) qui empêchent la satisfaction des besoins fondamentaux, répandent une misère galopante, accroissent les inégalités et rendent possibles les pires horreurs.

Pour appuyer ses dires, Obama a comparé l’Afrique à la Corée du Sud. Il a d’abord expliqué qu’il y a cinquante ans, le Kenya avait un PNB par habitant supérieur à celui de la Corée du Sud, avant d’ajouter : « On a parlé d’héritage du colonialisme et d’autres politiques mises en place par les pays riches. Sans vouloir minimiser ce facteur, mon propos est de dire que la Corée du Sud, en travaillant avec le secteur privé et la société civile, a réussi à mettre en place des institutions qui ont garanti la transparence et la responsabilité. »

Or la prétendue réussite économique de la Corée du Sud s’est faite à l’encontre des recommandations de la Banque mondiale. La dictature militaire au pouvoir en Corée du Sud a bénéficié entre 1945 et 1961 de dons importants de la part des Etats-Unis pour un montant de 3,1 milliards de dollars, soit davantage que l’ensemble des prêts de la Banque mondiale à tous les autres pays du tiers-monde pendant la même période ! Grâce à ces dons, la Corée du Sud n’a pas eu à s’endetter pendant 17 ans (1945-1961).

Jusqu’en 1992, la Corée du Sud a connu une dictature militaire à la poigne de fer qui a appliqué une politique étatiste et très protectionniste, avec la bénédiction de Washington. L’Etat a imposé une réforme agraire radicale où les grands propriétaires terriens furent expropriés sans indemnisations. Après la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis ont stoppé le soutien à de telles dictatures, tout en s’assurant que le nouveau président élu, Kim Youngsam, appliquait des politiques néolibérales qui ont aggravé les effets de la crise du sud-est asiatique en 1997-1998. Mais la Corée du Sud avait eu le temps de réaliser une industrialisation que les pays riches ont refusée à l’Afrique. On comprend alors combien l’exemple de la Corée du Sud est loin d’être convaincant et reproductible.

De surcroît, la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car les Etats-Unis la considéraient comme une zone stratégique du point de vue militaire face au bloc de l’URSS, pas comme une source cruciale d’approvisionnement (comme le Nigeria ou le Congo-Kinshasa). Si la Corée avait été dotée de fortes réserves de pétrole ou d’autres matières premières stratégiques, elle n’aurait pas bénéficié de la même marge de manœuvre pour se doter d’un puissant appareil industriel, afin de ne pas faire d’ombre à Washington.

L’Afrique, pour sa part, a été brisée par la traite des esclaves dans le cadre du commerce triangulaire instauré par l’Europe et ses colons aux Amériques du 17e au 19e siècle. Puis elle a été mise sous tutelle par le colonialisme européen de la fin du 19e siècle jusqu’aux « indépendances ». Ensuite, l’Afrique a été maintenue sous dépendance via le mécanisme de la dette et de l’aide publique au développement, livrée à des potentats locaux souvent soutenus à bout de bras par les capitales occidentales qui n’ont pas hésité à organiser l’assassinat de plusieurs dirigeants africains qui voulaient un développement autonome et favorable à leur population (Lumumba en 1961, Olympio en 1963, Sankara en 1987…). Les classes dominantes africaines et les régimes politiques qu’elles mettent en place ont très clairement aggravé les malheurs de l’Afrique, mais c’est surtout l’action des grandes puissances qui a empêché toute forme de développement.

Dans le même temps, au sujet de la crise mondiale actuelle, Obama a dénoncé « les actions irresponsables de quelques-uns [qui] ont engendré une récession qui a balayé le globe » . Ainsi, il laisse penser que cette crise est due à l’irresponsabilité d’une poignée d’individus dont les excès auraient plongé le monde dans la récession. De la sorte, il éclipse la responsabilité de ceux qui ont imposé la déréglementation financière depuis trente ans, Etats-Unis en tête. Il serait plus exact de souligner le modèle de développement capitaliste productiviste, imposé aux forceps par les pays du Nord, comme étant la source des multiples crises actuelles qui, loin d’être seulement économique, sont aussi d’ordre alimentaire, migratoire, sociale, environnementale et climatique.

Aujourd’hui, les peuples d’Afrique sont directement affectés par les effets d’une crise mondiale dont l’épicentre se trouve à Washington et à Wall Street, révélatrice du fait que le capitalisme conduit à une impasse inacceptable pour les peuples. Mais sur cela, Obama est resté muet…

A vous de jouer Hervé Kempf Reporterre 2009/07/21 Hervé Kempf (21 juillet 2009) A vous de jouer. Reporterre. Tribune — fr

A vous de jouer

l paraît que le développement durable est la nouvelle boussole des politiques. Il paraît que le Grenelle de l’environnement a marqué une rupture dans la façon de décider. Il paraît qu’il y a un ministre de l’écologie. Il paraît que Parti socialiste et UMP sont opposés. Il paraît...

Voici un jeu d’été. Au terme de cet article, choisissez une réponse parmi les suivantes : 1 - Les décideurs sont menteurs et hypocrites ; 2 - Il y a enfin une vraie politique écologique dans ce pays ; 3 - Toutes vos histoires d’environnement, on s’en bat l’oeil ; 4 - Les responsables sont irresponsables ; 5 - Le capitalisme continue de saccager l’environnement au nom de la « croissance verte » ; 6 - Je cherchais où passer mes vacances, j’ai trouvé.

Or, donc, en la belle ville de Nantes, administrée par Jean-Marc Ayrault, maire et député PS, il y a un aéroport. Son trafic est réduit, mais la disposition de la piste fait que les avions passent au-dessus de l’agglomération, générant des nuisances sonores. Le remède à cet inconvénient est connu de longue date : une piste perpendiculaire à l’existante et-ou divers dispositifs techniques, comme de nouvelles procédures d’atterrissage

Mais cela n’est pas assez beau, pas assez grand, pas assez puissant pour les édiles PS et UMP confondus dans le même enthousiasme bétonneur. Leur rêve ? Un nouvel aéroport dévorant 2 000 hectares de terres agricoles. La rationalité de ce projet s’éclaire quand on sait que, par exemple, l’aéroport de Genève, avec une seule piste et 340 hectares, accueille chaque année 10 millions de passagers. L’aéroport de Nantes actuel a un trafic de 2,8 millions de passagers.

L’aérodrome projeté sur le site de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) expulserait cinquante exploitations agricoles, bétonnerait des centaines d’hectares et stimulerait l’étalement urbain. Son coût global, présenté à 560 millions d’euros, est manifestement sous-évalué.

Ce projet contredit incontestablement une politique de prévention du changement climatique, de préservation de l’agriculture, de recherche d’autres modes de vie et de transport. Qu’il soit porté par un hiérarque du Parti socialiste confirme l’état de déliquescence de ce parti. Mais l’UMP est tout aussi enthousiaste. Les observateurs s’interrogent : M. Borloo va-t-il sortir de son prudent mutisme ? « Allô, le Grenelle de l’environnement ? »

C’est la mobilisation des citoyens qui fera pencher la balance. Depuis des années, les associations locales se battent, de plus en plus nombreuses et avec un écho grandissant. Elles sont rejointes par un collectif de plus de 200 élus de terrain. Elles organisent du 2 au 9 août la Semaine de la résistance, à Notre-Dame-des-Landes, ainsi qu’un camp « Action climat », pour la première fois en France. On pourra planter sa tente. Pour l’instant, il y a de l’herbe, pas du béton.

Une lettre des grenouilles Camp Action Climat Reporterre 2009/07/22 Camp Action Climat (22 juillet 2009) Une lettre des grenouilles. Reporterre. Tribune — fr

Une lettre des grenouilles

Lettre batracienne à tous les humains dont Mr. le Préfet

Ouf, avec mes comparses batraciens, nous sommes soulagés. Le vent nous a rapporté que dans l’édition de Ouest-France du 17 juillet, le préfet de Loire-Atlantique informait les humains que 156 mares seront créées pour qu’on puisse, nous autres batraciens, continuer à barboter en paix ; et ceci pour compenser les 78 détruites mares pour la construction du nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes.

Un vieux proverbe batracien plein de bon sens dit que pour savoir si une mare est bonne, mieux vaut regarder tout ce qu’il y a autour que la seule eau qu’elle contient. SeulEs les grenouilles naïves font confiance à l’eau qui dort, surtout si elle est d’un beau vert attrayant... Vous vous en doutez, une fois que les plus sages d’entre nous nous ont rappelé ce proverbe, nous n’étions plus tellement rassuréEs avec les belles mares évoquées par M. Le Préfet.

Quand le jour nous arrêtons de coasser, nous entendons des maisons des humains les échos de ces boîtes pleines de lumières et de son abrutissants qui leur répètent sans cesse : « Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de votre bonheur et de votre avenir. Faites-nous confiance, nous allons régler vos problèmes ». Mais nous avec nos petites oreilles moins sensibles à la manipulation, nous entendons surtout : « Ne bougez-pas et rendormez-vous. En repeignant superficiellement en vert le système économique à l’origine des crises environnementales et sociales que vous traversez, nous allons continuer sans rien bouger ou presque... ». Comment donc un système peut-il sans changer être à la fois la source et la solution des problèmes qu’il engendre ? Même nos vieux proverbes batraciens ne peuvent donner des réponses à de telles énigmes...

Il y a d’autres choses d’étranges du côté des humains : ceux qui les dirigent passent le plus clair de leur temps à faire croire de leur sérieux, de leurs compétences et en leur sens des responsabilités. Pourtant, au moment de prendre des vraies décisions, ils s’en remettent à ce qu’ils appellent l’Economie qu’ils disent ne pas contrôler. Il semble pourtant bien que ce soient les humains qui organisent cette économie... C’est un peu comme le responsable de la grande ville près de la grande mare salée qui, après avoir semblé revenir un peu à la raison, recule en disant que même si ce projet d’aéroport est néfaste pour la terre – et pour nos mares – c’est la situation économique qui va en décider et pas lui... Lui comme son ami de la grande ville sur la rivière se disent pourtant responsables...

Et quand ils ne disent pas qu’il faut toujours grossir jusqu’à éclater (quelle drôle d’idée...), ils évoquent une autre chose bizarre qu’ils nomment « La Crise » et qui fait très peur à tout le monde... En tous cas, on voit bien, nous autres batraciens, qu’ils ont toujours une bonne raison pour ne rien changer... Et ils se disent responsables...

En même temps, quand nous écoutons bien le chant des hautes herbes, nous entendons aussi de multiples petites voix qui préparent un grand rassemblement début août tout près des mares promises à la destruction. Ces voix disent qu’au lieu de s’inquiéter, mieux vaut se responsabiliser soi-même et agir collectivement afin de trouver des réponses nouvelles aux problèmes engendrés par l’ancien système qui arrive à sa fin. Pendant toute une semaine, ils et elles vont mener des actions, discuter, échanger, vivre ensemble sans que les grands responsables leur disent comment faire et comment vivre...

Pour que le plus grand nombre d’humains puisse montrer leur refus du projet d’aéroport et l’espoir qu’on nous laisse tranquillement dans nos mares, ils et elles organisent même une grande action de masse

le samedi 8 août à 11h00 à la Rolandière à Notre Dame des Landes (44).

Sûr qu’on sera dans les parages, juste derrière les grandes herbes, à coasser en chœur avec tout ce beau monde...

Mobilisation contre les violences policières Collectif Liberté, Egalité, Justice (CLEJ) Reporterre 2009/07/22 Collectif Liberté, Egalité, Justice (CLEJ) (22 juillet 2009) Mobilisation contre les violences policières. Reporterre. fr

Mobilisation contre les violences policières

Depuis 2005, sept personnes ont perdu un oeil par un tir de flash-ball.

Mercredi 8 juillet, alors que des militants et des habitants solidaires d’un quartier montreuillois manifestaient contre l’expulsion d’un squat, la police a fait usage à plusieurs reprises de tirs de flash-ball, blessant cinq personnes, dont un jeune homme qui a perdu un œil, venues soutenir pacifiquement les squatteurs.

Depuis 2005, ce ne sont pas moins de sept personnes qui ont perdu un œil dans les mêmes conditions, dont cinq pour la seule année 2009. Des syndicats et associations avaient dénoncé en novembre 2007 ces pratiques, alors qu’un lycéen nantais avait été visé à la tête par la police lors d’une manifestation et y avait perdu son œil droit.

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a plusieurs fois dénoncé l’usage inapproprié de cette arme par la police et la note de service adressée en mai dernier par la Direction centrale de la sécurité publique à ses directeurs départementaux quant à ses règles d’utilisation semble très largement ignorée, voire bafouée.

Il est urgent de rétablir un fonctionnement de nos institutions policières conforme aux engagements internationaux de la France en matière de droits et libertés. Cela suppose de rompre avec un discours des pouvoirs publics qui non seulement incrimine les militants comme des délinquants ou des coupables potentiels, les exposant fréquemment aux coups de matraque et aux grenades lacrymogènes, mais encore avec des pratiques qui aboutissent à couvrir les dérives ou les brutalités policières, y compris lorsqu’il s’agit des dommages irréversibles causés par l’utilisation de ces armes dites « à létalité atténuée ».

Les organisations soussignées exigent qu’une enquête présentant des garanties d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics soit menée sur ces derniers incidents à Montreuil, comme pour l’ensemble des affaires impliquant l’usage abusif et inconsidéré des tirs de flash-ball. En l’espèce, elles demandent l’ouverture d’une information judiciaire afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette scandaleuse affaire. Elles demandent également que des poursuites soient engagées lorsque les responsabilités des agents et de leurs autorités donneuses d’ordre ont été établies. Elles exigent que l’usage des armes de type flash-ball ou taser soit soumis sans délai à un moratoire.

Les signataires s’insurgent contre une dérive continue et permanente des pratiques policières en matière de sécurité publique. Ces dérives sont constatées et dénoncées tant par la Cour européenne des droits de l’Homme que par des organisations internationales ou nationales :

¨ contrôles ou interpellations au faciès, ¨ délit d’outrage, ¨ gardes à vue abusives, ¨ usage humiliant des fouilles à nu (assorties d’une « inspection anale »), ¨ menottage abusif, méthode d’immobilisation dite de « décubitus ventral », ¨ abus de la perquisition, ¨ atteintes au libre exercice des journalistes.

Il est inacceptable que la police, dont le principal objet est d’assurer la sécurité des personnes, puisse être perçue, en raison de certaines de ses pratiques, comme une menace.

Ces dérives policières tendent à s’inscrire dans un contexte particulièrement inquiétant d’intimidation de l’expression sociale et militante : multiplication des poursuites pour outrage et rébellion, instrumentalisation de la justice aux fins de répression de la contestation, sentiment d’impunité concernant les brutalités policières...

Les organisations soussignées appellent à s’opposer à cette alarmante banalisation des atteintes aux droits et libertés. À cet effet, elles invitent les organisations qui s’y reconnaissent à s’associer au présent appel en transmettant leur signature à l’une des organisations mentionnées ci-dessous.

Le 21 juillet 2009

Organisations signataires :

- associations :

Association Française des Juristes Démocrates (AFJD)

Attac France

Ligue des droits de l’Homme (LDH)

« Souriez-Vous-Etes-Filmé-es ! » (SVEF)

- mouvements et partis politiques :

Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA)

Parti Communiste Français (PCF)

Les Verts

- syndicats :

Confédération Française Démocratique du Travail – Finances de la Gironde (CFDT-Finances de la Gironde)

Confédération Générale du Travail - Protection Judiciaire de la Jeunesse (CGT-PJJ)

Confédération Générale du Travail - Pénitentiaire (CGT-Pénitentiaire, UGSP)

Fédération Sud Education

Fédération Syndicale Unitaire (FSU)

Solidaires Unitaires Démocratiques - Santé/Sociaux (Sud-Santé/Sociaux)

Syndicat des Avocats de France (Saf)

Syndicat de la Magistrature (SM)

Syndicat National de l’Ensemble des Personnels de l’Administration Pénitentiaire (Snepap/FSU)

Syndicat National des Enseignants du Second degré (Snes/FSU)

Syndicat National de l’Enseignement Supérieur (Snesup/FSU)

Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social - Protection Judiciaire de la Jeunesse (Snpes-PJJ/FSU)

Syndicat National Unitaire des Collectivités Locales, de l’Intérieur et des Affaires Sociales (SNU-CLIAS/FSU)

Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des écoles et PEGC (Snuipp/FSU)

Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

Union syndicale Solidaires

- autres structures :

Agir ensemble contre le Chômage ! (AC !)

Appel des appels (Ada)

Appel des 39 – La Nuit Sécuritaire

Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim)

Collectif « Nous refusons la politique de la peur »

Comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires (Codelib Saint-Nazaire)

Comité européen droit, éthique et psychiatrie (CEDEP)

Mouvement politique d’éducation populaire (M’Pep)

Réseau féministe « Ruptures »

Réseau Stop Précarité

Témoignage Chrétien

Adresse d’un poète breton à Yann Arthus-Bertrand Yann Morel Reporterre 2009/08/03 Yann Morel (3 août 2009) Adresse d’un poète breton à Yann Arthus-Bertrand. Reporterre. Tribune — fr

Adresse d’un poète breton à Yann Arthus-Bertrand

Le cinéaste aérien chante la planète en quadrichromie hélicoptérisé, mais la Bretagne se bétonne dans l’indifférence.

HOME LIBRE TOUJOURS TU CHERIRAS LA TERRE !

On nous a présenté cet « home » comme étant Le chef-d’œuvre cinématographique. Le réalisateur que l’on aperçoit de temps à autre dans les médias ou sur les plateaux télé, réfugié piteusement derrière le micro,n’est pourtant pas un foudre de guerre, encore moins un leader charismatique attaché à la défense de l’environnement planétaire.

Une fois encore, il nous a montré de belles images d’Epinal, certes,mais plutôt ripolinées, sélectionnées, triées, bref, tout est merveilleux et inquiétant dans le meilleur des mondes, surtout loin de l’hexagone !

Le danger n’est pas ici mais ailleurs bien sûr ! surtout pas en France, ni même en Bretagne. Le réalisateur sponsorisé par Pinault fiston ne manque pas de remercier dès le début de ce film son généreux mécène surfant sur la vague douteuse, actuelle, du développement durable, cache-misère servant à relifter en vert pâle, chantiers colossaux futurs et la pléthore d’adjoints ou présidents de commissions bidons du même tonneau vénal, en mal de reconnaissance populaire ou municipale.

Fidèle à son engagement feutré, il reste campé sur la même ligne verte à ne pas franchir.

Une image démarquée, soldée dirions-nous,reflet d’une société amorphe, sans réactions. Ne pas faire de vague sur les plateaux télé, ne pas élever la voix pour protester un tantinet, bref, ne rien dire de déplacé. Il reste bien sage dans son fauteuil, aimable avec tous les intervenants, un modèle du genre ! Le gendre idéal pour un éventuel beau-papa argenté et féru d’art abstrait !

Il nous fait penser à ces skippers aux blousons transformés en vente ambulante pour mécènes et pacotilles d’accastillage, roulant des mécaniques rallongées et carbonées devant l’éternel parterre de bobos dégriffés, plantés sur les pontons du Vendée Globe.

Ce soir je n’aime pas cette marine-là aurait pu chanter Jean Ferrat… Ces skippers incapables de protester le moins du monde contre la prolifération anarchique des ports de plaisance sur tout le littoral.

Ainsi donc peu importe que les glaciers fondent à une allure vertigineuse depuis cinq ou six ans, que l’eau se raréfie à l’échelon mondial, pas gênant que même en Bretagne, en Corse ou en Vendée, on privatise notre littoral,détruisant à jamais des paysages et abris côtiers de nos ancêtres. Ce viol visuel, insatiable, dramatique, mémoriel, ignoble, de notre patrie celte. Ces plaies vérolées, spéculatives, scandaleuses cicatrices incrustées sur la beauté du monde originel. Et du moment que l’on se fait de l’argent sale grâce au tourisme despotique épaulé par tous les lobbies locaux ou régionaux.

Elle meurt cette Bretagne vraie, loin des festifs béats incapables de chanter ni de sonner deux mesures du Bro Goz, et peoples se découvrant une âme bretonne au bord de la piscine du cinq étoiles. On assassine aussi notre mémoire industrielle, par programmation orchestrée et voulue. L’Histoire laborieuse de vous, mes aïeuls, travaillant chez Chaffoteaux et Maury au Légué ou suant et peinant dans les ateliers de turbinage par 40°C, dans les raffineries sucrières de Nantes.

Désormais l’essentiel étant de nous montrer ce que l’on veut bien nous soumettre : De bien beaux clichés, soft, cool, sortis d’une planète n’existant déjà plus, et très lointains, inspirés d’une opérette ratée, ou d’une comédie musicale au top du flop dont le titre pourrait être :

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ou bien encore

« Qu’elle était verte ma vallée sponsorisée »

L’écosocialisme, un concept forgé par Joël de Rosnay Véronique Anger de Friberg Reporterre 2009/08/04 Véronique Anger de Friberg (4 août 2009) L’écosocialisme, un concept forgé par Joël de Rosnay. Reporterre. fr

L’écosocialisme, un concept forgé par Joël de Rosnay

Je viens de lire avec intérêt votre texte « Naissance de l’écosocialisme » http://www.reporterre.net/societe/n....

Je me permets de vous rappeller que le scientifique-futurologue Joël de Rosnay est l’inventeur du concept « écosocialisme », concept largement décrit dès 1975 dans son livre Le Macroscope. Vers une vision globale. Ce best seller fait toujours référence dans de nombreuses universités et grandes écoles, françaises notamment (Le livre a également été publié en langue anglaise sous le titre The Macroscope).

Le concept d’écosocialisme est clairement présenté dans la conclusion du chapitre « Scénarios pour un monde » de ce livre. Concept à nouveau développé dans un livre plus récent de M. de Rosnay, 2020, les scénarios du Futur, publié en avril 2007 par ma maison d’édition.

Par ailleurs, le journal citoyen AgoraVox a récemment consacré un long article au livre Le Macroscope et à « l’écosocialime » de Joël de Rosnay : http://www.agoravox.fr/tribune-libr.... Le 11 juin dernier, j’ai moi-même rédigé un long billet intitulé « Juste le temps de construire un monde… » sur mon site « Les Di@logues Stratégiques » http://www.lesdialoguesstrategiques... ainsi que sur mon blog http://blog.veroniqueanger.org/ rendant hommage à un ouvrage visionnaire devenu une référence en matière de réflexion et de proposition sur l’écologie.

Enfin, avec autorisation de l’auteur, j’ai également reproduit de larges extraits de ces « Notes de voyage en écosocialisme » (Le Macroscope) ainsi que les passages du livre 2020 : les scénarios du Futur reprenant ce concept (2e Partie : L’Internet du Futur. Page 108 de l’édition papier DIDH) de Joël de Rosnay. Le livre est également téléchargeable gratuitement en ligne sur : http://www.scenarios2020.com/livre/).

Les accidents industriels se multiplient chez Total France Nature Environnement (FNE) Reporterre 2009/08/05 France Nature Environnement (FNE) (5 août 2009) Les accidents industriels se multiplient chez Total. Reporterre. fr

Les accidents industriels se multiplient chez Total

Un accident s’est produit, le 4 août, dans une usine Total. C’est le sixième dans ce groupe depuis le début de l’année.

« Les accidents ne se produisent pas chez eux par hasard » pourrait être leur nouveau slogan. Mardi 4 août, un nouvel accident s’est produit sur un site appartenant à Total (l’usine Total Petrochemicals de Gonfreville-l’Orcher), une semaine après une fuite d’ammoniac, rajoutant à la liste déjà longue des accidents connus par le groupe, ne serait-ce que depuis le début de l’année.

• Le 5 janvier 2009 : intoxication sur le site de la Mède, 1 mort

• Le 29 janvier 2009, nouvel accident dans une raffinerie du nord de la France : une explosion dans un atelier de maintenance à Mardyck fait un mort et 5 blessés.

• Le 15 juillet, explosion sur le site de Carling : 2 morts, 6 blessés

• Le 16 juillet, fuite de pétrole lourd dans la raffinerie de Gonfreville l’Orcher : http://tinyurl.com/mesdq6

• Le 22 juillet, usine GPN Grande Paroisse du groupe Total de Grandpuits (Seine-et-Marne) : fuite d’ammoniac, 350 personnes évacuées, 31 ont reçu des secours, 12 ouvriers hospitalisés ;

Pour Marc Sénant, Chargé de mission « Risques Industriels » à FNE : « Avec un pareil palmarès, il n’est pas possible de se contenter d’invoquer la malchance. Il y a visiblement un sérieux problème de politique de sécurité chez Total, qui doit être revue et corrigée au plus vite. »

Encore, cette liste ne tient compte que des seuls incidents connus du grand public (à titre d’exemple, voir les incidents sur Carling : http://tinyurl.com/motpmj, et intervenus sur le seul territoire national.

Pour Raymond Léost, administrateur de France Nature Environnement : « Cette série d’incidents fait apparaître un climat d’insécurité environnementale et sanitaire inacceptable qui doivent conduire les pouvoirs publics à prendre des mesures immédiates, pour éviter tout nouvel accident technologique bien connu chez le Groupe Total. »

Par ailleurs, les circonstances sont souvent les mêmes. Pour Claude Barbay, vice président de HNNE , chargé des risques : « Encore une fois, nous sommes face à un accident où la sous-traitance est mise en cause. Les opérateurs qui intervenaient ne faisaient pas partie de l’usine, ils ont donc une connaissance limitée des dangers du site. Même si l’on nous assure que leur formation aux risques est équivalente à celle d’opérateurs directs, la réalité nous démontre trop souvent le contraire. »

Compte tenu de tous ces éléments, FNE demande :

- un renforcement immédiat des inspecteurs des Installations Classées, obtenu au Grenelle mais qui doit être d’effet immédiat. - une politique complémentaire de surveillance par groupe industriel et non plus seulement site par site. - à ce que le ministère saisisse les préfets pour imposer un contrôle détaillé, par un organisme extérieur au groupe, de TOUS les éléments de sécurité, qu’ils soient majeurs ou mineurs, des installations détenues par Total.

Population et limite écologique - en 2050 Hugues Stoeckel Reporterre 2009/08/05 Hugues Stoeckel (5 août 2009) Population et limite écologique - en 2050. Reporterre. Tribune — fr

Population et limite écologique - en 2050

Intitulé « Le néo-malthusianisme pour les Nuls », ce texte a été envoyé par son auteur au journal La décroissance. Celui-ci n’a pas souhaité le publier. Reporterre vous le présente. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec les textes que nous diffusons, mais nous pensons qu’ils font utilement avancer le débat écologique.

Le journal de la Décroissance de juillet-août 09 était accompagné du Cahier n°3 de l’IEESDS, un 16 pages intitulé « La décroissance contre Malthus ». Sans point d’interrogation.

De fait, l’essentiel du propos s’est borné à dénoncer (à juste titre) les motivations élitistes de Malthus, ainsi que les délires eugénistes des groupuscules d’illuminés qui, paraît-il, veulent diminuer drastiquement la population mondiale, au besoin par la violence, afin de « soulager » Gaïa.

On est là à l’exact opposé du néo-malthusianisme, dont l’objet est précisément d’éviter à notre espèce d’être un jour décimée par la violence ou la faim. Il est donc pour le moins incongru d’assimiler ces délires ultra minoritaires aux préoccupations de ceux qui ne souhaitent qu’un moindre afflux de nouvelles générations, parce que c’est la façon la plus logique et indolore (tout est relatif) de réduire une empreinte écologique humaine qui ne cesse de croître.

Ce 16 pages dénonce par ailleurs l’atteinte aux principes humanistes que constituerait une intrusion dans le choix procréatif des couples. Mais il occulte une autre question, encore plus soucieuse d’humanisme : la planète aura-t-elle assez de ressources pour assurer les besoins « civilisés » des 9-10 Mds d’humains annoncés pour 2050 ?

La plupart des experts en prospective n’en doutent pas. Mais si l’on se souvient que ces mêmes experts n’ont pas su voir venir le pic pétrolier ni comprendre sa portée, on réalise que confiance alimentaire et confiance énergétique relèvent du même acte de foi béate en l’irrésistible progrès humain.

Et cela au mépris d’une première évidence, à savoir que même quand les moyens de nourrir le monde existent, la faim n’est pas éradiquée pour autant. Un milliard d’humains sont déjà gravement sous-alimentés. On pourrait sans doute les nourrir si la solidarité l’emportait sur l’égoïsme d’une minorité de privilégiés mangeurs de viande. Mais elle ne l’emporte pas, et rien ne permet d’espérer qu’elle l’emportera davantage d’ici 2050.

Or entre temps le potentiel de ressources de la planète s’amenuisera encore : • moins d’espace pour chacun : la population croît, les océans montent et les déserts avancent • moins de terres arables (100 000 km2 par an) • moins de forêts (déjà réduites de moitié, et ça continue) • moins de poissons (déjà réduits d’un tiers, et ça continue) • moins d’eau potable : 3 Mds de personnes seront sous le seuil de pénurie chronique en 2025 (FNUAP) • moins de biodiversité : 50 à 100 000 espèces disparaissent chaque année, rythme qui pourrait encore décupler • un climat plus hostile : chaque degré de réchauffement réduira de 10% la productivité céréalière en Afrique • des migrations ingérables : l’ONG Christian Aid annonce jusqu’à 1 Md de réfugiés climatiques en 2050 • beaucoup moins de minerais et d’énergie disponibles : seul le tiers de la production pétrolière actuelle subsistera en 2050. Que dire de 2100 ?

Le documentaire « Vers un crash alimentaire » (Arte, fin 2008) rappelle que le facteur déterminant de ce crash sera la disponibilité énergétique. C’est en effet grâce à l’énergie et à la chimie tirées du pétrole (tracteurs, engrais…) que les rendements de riz chinois ont pu tripler en 40 ans et que la productivité d’un riziculteur camarguais ou américain (≈ 500 t/an) est aujourd’hui 1000 fois celle d’un paysan de Casamance !!

À lui seul, et quel que soit par ailleurs notre niveau d’engagement collectif dans la décroissance, ce « 1000 fois » condamne implacablement toute la production mécanisée de riz à s’effondrer lorsque l’or noir fera vraiment défaut. Certes, pas d’un facteur 1000 : beaucoup d’actifs retourneront à la terre pour compenser. Mais ils ne seront pas 1000 fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Pas même 100 fois : sans tracteurs, qui voudra (re)devenir paysan ?

Face à 50% de bouches supplémentaires à nourrir, que deviendra alors la production mondiale de riz, première céréale consommée dans le monde (600 Mt/an) ? Sera-t-elle divisée par 2 ? Par 5 ? Et quid de la production de blé ou de maïs ? Dès lors, qui pourra encore manger à sa faim ? Dans les démocraties, qui acceptera la solidarité face à la pénurie ? Ailleurs, qui s’en souciera ? Et par quel miracle une famine universelle n’engendrerait-elle pas une violence universelle qui détruirait aussi ce qui reste de nature ?

Si ces questions ne vous émeuvent pas, si vous ne voyez toujours aucune raison de brider la natalité (ou au moins de cesser de l’encourager), alors expliquez moi : j’ai une formidable envie de découvrir, preuves en main, que je devrais moi aussi avoir confiance ! Car si je souhaite moins de familles nombreuses, ce n’est certes pas par haine des enfants, comme le soupçonne Paul Ariès dans ce cahier : c’est au contraire pour leur éviter de vivre l’enfer sur Terre. Et croyez-moi ou non, j’en dirais autant même si mes trois petits-enfants que j’adore n’étaient pas dans le lot.

Le nucléaire prépare sa bulle Benjamin Dessus Reporterre 2009/08/06 Benjamin Dessus (6 août 2009) Le nucléaire prépare sa bulle. Reporterre. Tribune — fr

Le nucléaire prépare sa bulle

Faute de transparence des coûts et de débat démocratique, la politique énergétique française conduit à une nouvelle surcapacité nucléaire.

A la fin de l’année dernière (« Les Echos » du 24-12-2008), nous mettions en garde l’opinion et le gouvernement contre le risque de voir la France surdimensionner très largement son parc de production électrique en 2020, comme elle l’a déjà fait dans les années 1980. L’analyse du document préparatoire de Programmation pluriannuelle des investissements électrique (PPI) montrait en effet que, si les engagements du Grenelle étaient tenus, 130 TWh d’électricité ne trouveraient pas preneurs en France en 2020 et devraient donc être exportés (contre 80 TWh en 2008).

Six mois plus tard, alors que le président d’EDF demande une augmentation des tarifs de 20 % pour financer ses investissements, où en est-on ? Jean-Louis Borloo a présenté le 3 juin dernier à la presse un document PPI en tout point semblable au document préparatoire, alors que la situation a profondément évolué. La crise est passée par là, alors que la PPI continue à l’ignorer en affichant une croissance annuelle du PIB de 2,1 % par an de 2008 à 2020. On sait pourtant que l’indice de production industrielle qui a déjà perdu 11 % en 2008 va continuer à chuter en 2009, d’au moins 15 %.

Au total sur ces deux années le retard de croissance est de l’ordre de 30 % par rapport aux prévisions de la PPI. Il est donc tout à fait improbable que la consommation d’électricité du secteur industriel atteigne 158 TWh en 2020 (contre 132 en 2008) comme s’obstine à le prévoir la PPI, en maintenant l’hypothèse d’une réindustrialisation massive de la France, inverse de la tendance historique, et en niant la crise. Il est bien plus probable que cette production, continue à perdre des points dans l’ensemble du PIB français. On peut donc très sérieusement se demander si la consommation de l’industrie en 2020 affichée par la PPI n’est pas surestimée de 20 à 30 TWh. Compte tenu de ce ralentissement, ce sont plutôt 150 à 160 TWh d’électricité excédentaire qu’il faudrait essayer d’exporter en 2020.

Comment exporter 160 TWh par an alors que nos lignes transfrontalières à haute tension sont aujourd’hui limitées à moins de 100 TWh ? Il faudrait, d’ici à 2020, un effort d’investissement de lignes 400.000 volts sans précédent qui se heurtera certainement à des questions d’acceptation sociale majeures, avec des retards et des surcoûts importants.

A qui exporter ? A nos voisins européens nous dit-on. A ceci près que eux aussi connaissent la crise et parfois plus durement que nous, qu’ils ont entrepris des politiques de maîtrise de l’électricité volontaristes (contrairement à la France) et de production d’électricité renouvelable et que certains d’entre eux, avec l’appui de notre président VRP en réacteurs nucléaires, envisagent de nouveaux réacteurs .

Enfin, à quel coût ? Là encore on nage en pleine incertitude : depuis 2003, dernière date à laquelle la direction générale de l’énergie (DGEMP), a publié des chiffres concernant l’EPR, les coûts d’investissement ont été multipliés par 2,5. Rien qu’entre 2006 et 2008, le coût complet de production d’électricité en base de l’EPR de Flamanville, selon EDF, passe de 46 euros/MWh à 54 euros/MWh, et à 60 pour Penly, contre 28,40 euros/MWh en 2003 (DGEMP), plus qu’un doublement en cinq ans ! Et les difficultés que rencontre aujourd’hui EDF dans la construction de Flamanville ne sont pas pour nous rassurer.

On a le sentiment qu’on reproduit les mêmes erreurs que dans les années 1970-1980 : on « prévoyait » en 1975, sous la pression du lobby nucléaire, une consommation de 1.000 TWh en 2000 (contre 474 TWh en réalité) d’où le surdimensionnement du parc nucléaire, d’une douzaine de tranches, qu’on a connu.

Et ce n’est pas la perspective d’une percée du véhicule électrique (« Les Echos » du 26 décembre 2008) qui risque de changer la donne : si l’objectif ambitieux de 1 million de véhicules électriques en 2020 était tenu, pour 10.000 km/an par véhicule, cela ne représenterait que 2, 5 TWh/an de consommation supplémentaire, moins d’un quart de la production d’un EPR, 0,5 % de la consommation nationale …

On comprendrait mal dans ces conditions que le débat national sur le nouvel EPR de Penly, qui va s’ouvrir, se borne à des considérations locales et ne soit pas l’occasion de revenir sur les prévisions de demande et la pertinence des choix d’investissement. Et puis, dans la période actuelle, ne vaudrait-il pas mieux investir dans la réhabilitation thermique des bâtiments dont le contenu en emplois par million d’euros dépensé est au moins 5 fois supérieur à celui d’une centrale nucléaire.

Les investisseurs éventuels qui s’intéressent à l’EPR de Penly seraient bien inspirés de ne pas trop se fier à ces « prévisions » officielles, mais de faire sérieusement leurs calculs de rentabilité en fonction de perspectives plus réalistes.

Comment fonctionne le camp autogéré de Notre Dame des Landes Camp Action Climat Reporterre 2009/08/06 Camp Action Climat (6 août 2009) Comment fonctionne le camp autogéré de Notre Dame des Landes. Reporterre. fr

Comment fonctionne le camp autogéré de Notre Dame des Landes

La Semaine de la résistance se poursuit jusqu’au dimanche 9 août près de Nantes. Voici le mode de vie au Camp action climat qui a accueilli les... résistants.

Nous allons avoir le privilège d’expérimenter la vie dans un CAMP AUTOGERE, où, grâce à la participation et à la responsabilité de touTEs, chacunE sera respecté et pourra vivre de beaux moments, et le lieu que nous voulons sauver sera lui aussi respecté !

Ce camp souhaite une EMPREINTE ECOLOGIQUE LA PLUS LEGERE POSSIBLE : Les voitures sont rangées et ne bougent plus sauf nécessité absolue

L’électricité sera disponible en très petite quantité, pour : quelques films, l’éclairage de la caravane-infirmerie, le media-center (internet) à l’usage du camp, UN PEU d’éclairage pour le soir.

L’eau sera précieuse et à NE PAS GASPILLER ! même si le lavage des mains doit être soigneux !

Les TOILETTES SECHES resteront propres et sans odeur grâce à l’attention de chacunE, et fourniront après 18 mois de stockage un excellent compost.

La TENTE INFO-ACCUEIL vous donnera un max d’indications sur tout : vie quotidienne, plan du camp, activités, actions… n’hésitez pas à les solliciter… et à participer aux permanences ensuite !

PARTICIPATION LIBRE AUX FRAIS : le camp action climat s’auto finance à 100%, c’est donc nous tous qui finançons ses moyens logistiques. Un prix indicatif moyen est de 4 euros par jour et par personne de fonctionnement et de soutien, pour un budget global de 15 000 à 20 000 euros qui comprend le fonctionnement et l’investissement pour ce camp et les suivants.

La nourriture sur le camp se veut essentiellement végétarienne. L’approvisionnement collectif des cuisines (commandes groupées), organisé par la commission cuisine est, elle, végétalienne : en effet, l’élevage est une source importante de gaz à effet de serre ; en outre, pour nourrir le bétail des riches en affamant les humains des pays du sud, les paysans du Sud sont chassés de leurs terres, les forêts primaires sont détruites, pour la production massive très exigeante en eau et en chimie de soja et maïs de plus en plus souvent OGM. Le coût de la nourriture sera d’environ 6 euros par adulte et par jour (3€ par repas) sur le principe de la participation libre.

Le travail partagé ne fatigue personne ! chacunE pourra donc s’investir dans la vie quotidienne, en s’inscrivant sur le TABLEAU DES TACHES de son quartier : accueil, cuisine, vaisselle, déchets, toilettes sèches, animation enfants etc… pour que tout puisse être fait ! Sans oublier le travail du démontage après le camp…

Hygiène : pour éviter toute épidémie désagréable de problèmes gastro-intestinaux : LAVONS-NOUS LES MAINS : après chaque passage aux toilettes avant de préparer ou toucher la nourriture Des « fiches hygiène » sont à chaque cuisine et chaque toilette : à lire, et appliquer ! La vaisselle sera faite par 2 responsables après chaque repas, pour éviter que chacun vienne trempouiller son assiette dans un bouillon de culture avec ses mains pas lavées !

Secours : une CARAVANE-INFIRMERIE stationnera dans le camp : chaque personne compétente est bienvenue pour des permanences : se signaler à l’accueil ; En cas de problème, allez à la tente « accueil-info » qui appellera quelqu’unE.

Les CHIENS ne seront pas tolérés : l’agriculteur qui nous prête le terrain l’exige pour ne pas perturber ses vaches ; et pour la tranquillité de tous (bruit, risque de bagarre de chiens, grand nombre de personnes adultes et enfants…) et l’hygiène (déjections, vol de nourriture) le demandent aussi !

Il est souhaitable pour tous d’avoir un TEMPS CALME : de 23 h à 9 h du lundi 3 au jeudi 6, de 21 h à 9 h le vendredi, veille de l’action En revanche le samedi 8 au soir : FIESTA ! sans limite d’horaire !

ENFANTS, ADOS : un espace leur sera réservé, avec des animateurs, du matériel, des activités : chacunE est le/la bienvenuE avec son temps, son matériel, ses idées !

Pour respecter le désir et l’intimité de chacunE, AUCUNE PRISE D’IMAGE, DE SON n’est possible sans le consentement clair de la personne concernée ; et si vous voyez quelqu’un (même un journaliste : les journalistes doivent être accompagnés d’un membre du groupe Media) qui ne respecte pas cette règle, chacunE est en droit de la lui rappeler !

ET POUR GERER TOUT CA AU QUOTIDIEN : Une A.G. DE QUARTIER se tiendra chaque jour de 9 h30 à 10 h30, et règlera tout ce qu’elle peut régler ; elle prendra ses décisions au consensus, après une discussion respectueuse de l’expression et de l’opinion de chacunE.

Elle enverra 2 représentants, différents chaque jour, à l’A.G. du GROUPE CAMPEMENT, qui comprendra aussi un représentant de chaque groupe de travail (eau, énergie, media..). Cette A.G. se tiendra chaque jour de 11 h à 12 h ; En cas de menace directe à l’existence du Camp (blocage par la police, crise interne majeure, urgence médicale), elle devient une instance permanente.

ET LES ACTIVITES, dans tout ça ? De nombreux ateliers, projections de films, débats ont déjà été proposés, ils s’adressent à TOUS LES quartiers ; le planning sera affiché à la tente accueil-info, avec les lieux et les heures, et le nombre possible de participantEs .

ChacunE peut faire d’autres propositions, en apportant si besoin est le matériel nécessaire.

Quelques idées pour rendre le camp accueillant et inclusif... Tout cela est nouveau pour vous ? Comment s’investir Chacun a son mot à dire au sujet de la façon dont le camp est organisé, et nous sommes tous une équipe. Il n’y a pas de chef-e-s, et personne n’est chargé de « gérer » les différents domaines du camp. Cela dit, certaines personnes qui sont impliquées depuis le début sembleront probablement très occupées, et il peut être difficile de s’investir dans ce contexte. C’est pourquoi nous mettons en place une foire aux jobs au point accueil. Si vous voulez aider, n’hésitez pas à le faire savoir et à demander ce qu’il faut faire ! Nous nous inspirons de la culture « do it yourself » (fais-le toi-même). Oui, vous pouvez prendre l’initiative de fabriquer un panneau qui pointe vers un câble en travers du chemin. Il n’y a pas besoin de demander la permission ; trouvez les outils et faites le panneau, et demandez de l’aide si vous en avez besoin.

C’est très différent de beaucoup de situations dans lesquelles nous nous trouvons habituellement, mais une fois qu’on prend l’habitude, on ne revient pas en arrière ! La camp est une communauté sociale comme toutes les autres. C’est l’occasion de se faire de nouve-lles-aux ami-e-s, et une bonne façon de s’intégrer au camp est de donner un coup de main, que ce soit en faisant la vaisselle, en gérant le point accueil ou en fabriquant des toilettes sèches. Tout cela n’est pas nouveau pour vous ? Gérer ses capacités et apprendre à partager les tâches Demandez de l’aide si vous en avez besoin. Un-e ami-e peut vous dire si vous prenez trop de choses en charge. Assurez vous que vous n’êtes pas la seule personne capable de faire quelque chose en particulier. Les autres peuvent vous aider, et partager ses compétences ou en acquérir de nouvelles est l’un des objets du camp. Il s’agit d’investir tout le monde, et pas seulement les personnes qui sont déjà assurées de leurs capacités. Chacun-e peut contribuer de façon enrichissante pour le camp si l’occasion en est donnée. Souvenez-vous comment vous vous sentiez quand vous avez commencé à être actif dans ce domaine, et ce qui aurait alors pu vous aider, et faites le pour quelqu’un-e d’autre, même s’il ne s’agit que de simplement s’asseoir à côté d’un-e inconnu-e et de dire bonjour.

Occupation burlesque de l’aéroport de Nantes Camp Action Climat Reporterre 2009/08/09 Camp Action Climat (9 août 2009) Occupation burlesque de l’aéroport de Nantes. Reporterre. fr

Occupation burlesque de l’aéroport de Nantes

Dans le cadre de la Semaine de la résistance au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, un joyeux collectif a envahi l’aérodrome de Nantes-Atlantique.

Samedi 8 août 2009 à 11h00, des individuEs du Camp Action Climat ont mené une action théâtrale et festive d’alerte climatique à l’aéroport de Nantes Atlantique. L’aggravation des dérèglements climatiques par un trafic aérien en constante augmentation a été pointée du doigt.

Cette action menée dans le cadre du camp action Climat vient soutenir la lutte locale contre le projet du nouvel aéroport à Notre Dame des Landes. Outre l’absurdité même de son existence en une époque d’épuisement du pétrole et de crise climatique, ce projet présente une démesure ahurissante.

Un voyageur bouleversé a donné le signal en prenant le micro dans le hall de l’aéroport pour clamer son désarroi. A ce message, d’autres voyageur-E-s ont décidé de renoncer eux aussi à leur vol : une plage s’improvise, des musiciens jouent, d’autres organisent un foot. Un camp de réfugiés climatiques s’établit, un doux parfum de paille envahit l’aéroport se mélangeant aux odeurs de pique-nique. Un dialogue entre activistes et voyageurs s’instaure tandis qu’un cortège de vélorutionnaires arrive du camp afin de renforcer la présence des opposantEs au sein des halls d’embarquement. Trois heures durant, la douce folie des activistes, parfois clownesques, a su faire oublier celle, plus amère, des décideurs et des bétonneurs.

Cette journée d’actions de masse concrétise un des piliers du réseau international des camps climat : la résistance aux « crimes climatiques » par l’action directe créative non-violente. Elle n’est que l’une des initiatives prises aujourd’hui contre le projet d’aéroport et présage de la suite de la lutte locale. Elle est également un aperçu des mobilisations, manifestations et blocages qui vont se mettre en place dans le cadre du sommet sur le changement climatique de Copenhague de décembre 2009.

De la social-démocratie à la social-écologie Philippe Martin Reporterre 2009/08/10 Philippe Martin (10 août 2009) De la social-démocratie à la social-écologie. Reporterre. Tribune — fr

De la social-démocratie à la social-écologie

Le député du Gers répond plaisamment au questionnaire estival, expliquant la démarche écologiste de divers socialistes.

L’article « A vous de jouer » http://www.reporterre.net//spip.php... proposait de choisir parmi les propositions suivantes : 1 - Les décideurs sont menteurs et hypocrites ; 2 - Il y a enfin une vraie politique écologique dans ce pays ; 3 - Toutes vos histoires d’environnement, on s’en bat l’oeil ; 4 - Les responsables sont irresponsables ; 5 - Le capitalisme continue de saccager l’environnement au nom de la « croissance verte » ; 6 - Je cherchais où passer mes vacances, j’ai trouvé.

Je crains, hélas, que les réponses à votre questionnaire soient : 1 : Oui ; 2 : Non ; 3 : Oui ; 4 : Oui ; 5 : Oui ; 6 : depuis longtemps j’ai choisi le Gers (réponse subjective bien sûr...).

J’ajoute quelques commentaires à ces réponses trop binaires :

1) En réalité les décideurs ne sont pas « menteurs et hypocrites », ils sont juste « renouvelables ». Les échéances sont si rapprochées avec des critères de « résultats », que cela laisse encore peu de place à la conduite d’une politique durable dans laquelle il y a moins de « rubans à couper » et dont les effets immédiats sont souvent peu perceptibles.

2) S’il n’y a pas, ou du moins pas encore, de « vraie politique écologique dans ce pays », convenons que nous assistons à une prise de conscience écologique - politique et citoyenne - qui constitue déjà un progrès qu’il ne faut pas bouder (je me méfie comme de la peste porcine de ces militants d’une cause longtemps minoritaire qui s’en détournent dès lors qu’elle leur échappe en devenant populaire). Le danger, selon moi, est moins la lenteur avec laquelle se met en place cette politique écologique que la confusion qu’induit dans l’esprit de nos concitoyens l’utilisation tout azimut du concept de développement durable et la bonne conscience que celle-ci suscite chez ceux qui croient agir pour l’environnement (aller voter Europe écologie en garant son 4X4 devant le bureau de vote nécessiterait un débat sur la notion « d’empreinte écologique » de nos actes quotidiens).

3) Beaucoup de gens ne se « battent pas l’oeil » de nos histoires d’environnement. Simplement et pour des raisons diverses ils ne sont pas toujours en situation d’en faire leur priorité absolue. Pour manger des produits bio, sans OGM, labellisés, il faut du pouvoir d’achat et beaucoup n’en ont pas. Comment intégrer que ce qui est important c’est d’avoir un logement à énergie positive quand on a pas de logement du tout ? Après le « bouclier fiscal », le « bouclier environnemental » pour les riches ?

4) Les « responsables » ne sont pas systématiquement « irresponsables », ils sont pris par l’urgence des questions qu’ils doivent, aussi, régler (logement, santé, retraite, éducation, emploi...). La mise en oeuvre d’une « dictature verte » étant à proscrire et « la démocratie étant le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres », voilà pourquoi le consensus politique qui s’est exprimé à l’occasion du vote à l’Assemblée Nationale de la loi Grenelle de l’environnement est un impératif absolu. Il peut y avoir dans les années qui viennent des alternances politiques (je le souhaite), il ne doit plus y avoir d’alternance dans la politique résolument écologiste que doivent mener la droite (si elle admet que la société capitaliste et libérale qu’elle soutient depuis des lustres est la source de l’essentiel de nos maux environnementaux) et la gauche (si celle-ci sait faire de la « sociale-écologie » le coeur de son projet). La responsabilité dans ce domaine si particulier de la préservation de notre planète demande avant tout du temps et de la constance dans l’engagement.

5) La crainte, c’est effectivement que les capitalistes traditionnels (les vrais responsables du désastre écologique de notre planète), appréhendent la défense de l’environnement comme un business classique et s’y adaptent afin de prendre des parts de marché de cette « green économy » dont ils n’ont pas souhaité l’avènement mais dont ils veulent être, hélas, les nouveaux hérauts. C’est le grand danger car, sans changement radical de notre mode de production et de consommation, point de salut. De ce point de vue l’absence de cette question au G20 de Londres peut faire craindre le pire.

6) Dans le Gers, il n’y a qu’un aérodrome de tourisme, un Agenda 21, des repas de saison servis dans les cantines scolaires des collèges (produits bio ou labellisés, de saison et produits à moins de 100kms des collèges concernés), les appels d’offres pour refaire les routes départementales privilègient les entreprises ayant recours à un « fluxant » végétal plutôt qu’issu de la pétrochimie, on y expérimente sur plus de 200 hectares « l’agroforesterie » (retour des arbres au milieu des grandes cultures), on favorise le retour des haies champêtres que la PAC avait fait disparaître, on y proscrit les OGM..... Bref, si vous cherchez un lieu pour passer vos vacances...

Le Parti de Gauche répond aux Objecteurs de croissance Eric Coquerel Reporterre 2009/08/10 Eric Coquerel (10 août 2009) Le Parti de Gauche répond aux Objecteurs de croissance. Reporterre. fr

Le Parti de Gauche répond aux Objecteurs de croissance

« On ne construira pas un nouveau monde en jetant aux oubliettes les acquis de l’ancien. »

Nous tenons tout d’abord à vous remercier du courrier que vous nous avez adressé suite à la déclaration commune du Parti de Gauche et du NPA.

Le Parti de Gauche avait souhaité rencontré les Objecteurs de Croissance dès la préparation des élections européennes pour étudier les convergences possibles. Votre courrier confirme que nous nous retrouvons sur la nécessité de construire un projet en rupture avec la logique du système capitaliste et le productivisme, en oeuvrant à l’unité des différentes forces de la gauche de transformation qui se retrouvent dans cette critique radicale du système dominant. Cette unité est indispensable pour espérer renverser le rapport de force à gauche car nous avons l’ambition de reconstruire une majorité sur un programme de transformation et de se donner les moyens de l’appliquer.

Comme vous le savez, le Parti de Gauche est engagé, aux côtés d’autres forces politiques, sur le terrain des luttes sociales et écologistes. Nous considérons que les mobilisations dans les luttes et dans les urnes sont complémentaires pour parvenir à élaborer et mettre en oeuvre un projet de transformation. En conséquence, nous saluons positivement et soutenons toutes les convergences permettant d’avancer dans ce sens.

Concernant les « insuffisances » que vous pointez dans le texte commun PG - NPA, nous souhaitons en préambule vous rappeler que cette déclaration résume une première discussion, elle n’a donc pas valeur de programme !y a donc évidemment bien des manques, qui ne doivent pas occulter la démarche de convergence qui, à ce stade, nous paraît essentielle. Une démarche que nous poursuivons également au sein du Front de Gauche qui est pour nous plus que jamais d’actualité comme les communiqués et comptes rendus disponibles sur notre site le montrent. Toutefois, à notre tour nous souhaitons relever plusieurs des points que vous indiquez et qui font effectivement débat entre nous.

Dans le cadre d’un programme de transition et de dépassement du capitalisme, nous distinguons les notions de projet, de programme et de mesures d’urgence. C’est dans ce dernier volet que s’inscrivent les mesures d’interdiction des licenciements boursiers et de droits nouveaux pour les salariés, contenues notamment dans la proposition de loi que nous avons déposée par la voie de nos parlementaires.

Elles sont d’autant plus essentielles quand la crise frappe en premier lieu les plus fragiles, les exclus, et ceux qui ne possèdent que leur force de travail pour vivre. On ne peut faire l’impasse sur la défense d’acquis sociaux importants, ni sur la question de la répartition inégale des richesses en faveur des profits qui est l’une des caractéristiques évidentes, et historiquement inégalée, du capitalisme aujourd’hui. Nous ne sommes donc pas d’accord avec le paragraphe où vous indiquez : « Face à l’offensive mondiale de dérégulation et de précarisation des individus et des groupes sociaux, il nous semble que les revendications « d’augmentation des salaires, de garantie de l’emploi et d’âge de départ à la retraite » sont inadaptées et restent dans une logique “d’accompagnement” du système ».

Non seulement une telle logique nous laisserait sourd aux revendications légitimes, et de plus en plus à la révolte, de ceux qui aujourd’hui voient leur emploi et de fait leurs conditions d’existence menacées, mais en outre elle ferait fi de la casse de ce qu’il reste de notre pacte social et républicain. Nous pensons qu’on ne construira pas un nouveau monde en jetant aux oubliettes les acquis de l’ancien… Ni en se passant d’un programme de transition volontariste permettant, in fine, la mise en place d’un véritable projet de rupture avec le capitalisme et le productivisme.

Plus globalement, dans ce courrier, il nous semble que vous mésestimez le coeur de la logique du système capitaliste – le rôle de l’accumulation des profits - dans la critique que vous faites du système. Si nous partageons, comme vous l’écrivez, « une réflexion critique et radicale du modèle productiviste », nous voulons pour notre part tenir sur les deux jambes : la critique du modèle productiviste ET celle de la logique du système capitaliste, générateur d’inégalités croissantes. C’est selon nous la combinaison de ces deux logiques délétères qui explique : « misère, perte des biens et des liens fondamentaux, aliénations, perte de souveraineté, concurrence entre les peuples et les individus » pour reprendre votre énumération.

Ces débats soyez-en assurés, nous les pointons dans un esprit amical et constructif. Ils sont fondamentaux et nous ne devons pas craindre de les poser avec ouverture et honnêteté. Ils traversent aujourd’hui toute la gauche de transformation, y compris au sein même du Parti de Gauche parmi nos militants. Nous considérons que c’est de cette diversité, de cette richesse, de cette confrontation positive que pourra naitre une véritable alternative.

Et comme vous le savez, le parti tiendra son Congrès fondateur en décembre 2009. Un processus d’élaboration de contenu des projet et programme du PG est lancé, afin qu’ils puissent être soumis au vote de nos militant-es lors du Congrès.

Dans une volonté d’ouverture et dans la logique de « parti creuset » qui est la nôtre depuis le lancement du Parti de Gauche en novembre 2008, nous avons ouvert le comité de co-organisation de ce Congrès aux forces et personnalités désireuses d’y participer. L’expression de « parti creuset » n’a pour nous rien d’incantatoire. Elle se fonde sur la nécessité impérieuse de construire un nouveau projet politique s’appuyant sur le meilleur des différentes traditions de la gauche et sur les nouveaux enjeux démocratiques, sociaux et écologiques qui se posent aujourd’hui. Afin d’être en mesure de construire une véritable alternative, désirable -comme vous le mentionnez- et susceptible de devenir majoritaire.

Nos méthodes de travail, par le débat argumenté, les rencontres telles que celle que nous avons eue avec vous et de nombreuses autres forces politiques, mais aussi avec des associatifs, syndicalistes, économistes, universitaires... et l’ouverture du comité de co-organisation de notre Congrès témoignent de cette volonté d’ouverture et de convergence.

La distinction entre activité et emploi, les questions de revenu minimum et maximum, la notion de gratuité et de valeur d’usage, la question du temps de travail, de l’accès aux droits fondamentaux etc., sont des thématiques qui devront être mises en débat et seront placées au coeur de nos échanges et réflexions dans le cadre de la construction de ce projet.

En ce qui concerne l’écologie, l’action du Parti de gauche est loin de se limiter à la lutte contre l’EPR. La remise en cause de nos modes de production et de consommation, la dénonciation de la marchandisation et du consumérisme sont au coeur de l’ensemble de nos textes et actions, et ce depuis le lancement du Parti de Gauche dès novembre 2008.

En ce qui concerne Europe Écologie, notre critique ne porte pas uniquement sur le point que vous évoquez, mais c’en est un, en effet. Et nous continuons à penser que le clivage gauche-droite est pertinent lorsqu’il s’agit de dénoncer le système actuel et de défendre un projet de sortie du capitalisme et du productivisme. L’acceptation du Traité de Lisbonne, pour ne citer que ce point de divergence majeur, est pour nous incompatible avec un projet de transformation sociale et écologiste.

La construction du Front de Gauche avec le PCF et la Gauche Unitaire s’est faite par le partage d’une stratégie politique, mais aussi par l’élaboration de contenus témoignant de cette volonté de construire sur la base de nos convergences et de notre diversité. Nous restons dans cet état d’esprit en ce qui concerne la poursuite et l’élargissement du Front de Gauche. Nous l’avons écrit dans la déclaration de notre Conseil National après les élections européennes. Nous l’avons redit à l’occasion du communiqué commun avec le NPA en appelant à la constitution d’un groupe de travail large et ouvert, pour commencer à avancer sur le contenu de ce qui pourrait être une plateforme programmatique commune.

A Nantes, le projet de grand aéroport reste contesté Hervé Kempf (Le Monde) Reporterre 2009/08/11 Hervé Kempf (Le Monde) (11 août 2009) A Nantes, le projet de grand aéroport reste contesté. Reporterre. fr

A Nantes, le projet de grand aéroport reste contesté

L’unanimité politique quant à l’utilité d’un nouvel aéroport en Bretagne se fissure malgré le soutien de l’Etat

Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) Envoyé spécial

Un projet d’aéroport datant des années 1960 et prévu originellement pour accueillir le Concorde est-il le meilleur moyen de marquer l’entrée de la Bretagne dans le XXIe siècle ? C’est la question posée par quelques milliers de participants à la « Semaine de la résistance », qui s’est achevée, dimanche 9 août, dans les champs de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), commune située à vingt kilomètres au nord de Nantes.

Sur le papier, tout semble joué : soutenu par le PS, l’UMP et les milieux économiques, le projet de construction de l’aéroport sur 1 650 hectares a été validé, en février 2008, par un décret d’utilité publique signé par Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie, et ce en dépit des engagements du Grenelle de l’environnement. En octobre, un appel d’offres sera fait auprès de quatre consortiums candidats à la construction.

Mais le doute gagne, tandis que l’unanimité politique se fissure. Le maire PS de Saint-Nazaire, Joël Batteux, a déclaré, lors de son conseil municipal du 26 juin : « Le risque d’atteinte à l’environnement est réel. En face, il y a l’intérêt économique et social. Entre les deux, le doute vient de la crise. Ce qui peut nous amener à revoir définitivement ou temporairement la décision d’engager le projet d’aéroport. »

Le MoDem départemental a pris position contre le projet. Lors des élections européennes de juin, Europe Ecologie - vivement opposé au nouvel aéroport - a infligé une cuisante défaite au PS à Rennes, fief du maire socialiste Jean-Marc Ayrault, principal promoteur de la nouvelle infrastructure.

Le dossier est discuté, malgré le soutien de l’Etat. « Le motif numéro un de Jean-Marc Ayrault est la sécurité des citoyens, indique-t-on au cabinet du maire de Nantes, actuellement en vacances. Avec l’aéroport existant, situé au sud de Nantes, dix mille avions passent chaque année au-dessus du centre-ville. »

Ce à quoi les opposants répondent que des alternatives existent : « On peut changer l’orientation de la piste de l’aéroport actuel, assure Geneviève Lebouteux, présidente de Solidarités Ecologie. Il y a de nouvelles procédures d’atterrissage à utiliser. Il faut aussi étudier le partage du trafic avec d’autres aéroports régionaux. Autre solution : revoir les liaisons ferroviaires avec, par exemple, un TGV direct sur Roissy. Le problème est qu’il n’a jamais été possible d’étudier à fond et de manière contradictoire ces alternatives. »

Le projet entraînerait par ailleurs la disparition d’une cinquantaine d’exploitations agricoles qui prospèrent dans cette belle région de bocage. « Un important dispositif d’aménagement foncier et d’accompagnement des agriculteurs sera mis en oeuvre pour limiter et compenser du mieux possible les impacts », répond la préfecture de Loire-Atlantique. Le coût du projet est lui aussi débattu. Il serait de 581 millions d’euros, selon ses promoteurs, sans compter les liaisons routières et ferroviaires nécessaires. Un chiffre sous-estimé, selon les opposants, si on le compare à ceux de la construction d’aéroports similaires à l’étranger.

La question la plus cruciale porte sur le besoin réel du nouvel équipement. Le trafic augmente régulièrement sur l’aéroport existant : 11 % en 2005 et 2006, 7,4 % en 2007, 5,5 % en 2008. Il marque certes un repli de 3 % en 2009, mais « moindre que la moyenne nationale de 6 % », selon la préfecture. Le nombre de mouvements reste cependant stable parce que les avions emportent plus de passagers qu’auparavant : « 38 000 mouvements en 2007, contre 43 000 en 2000 », selon Mme Lebouteux.

Pour l’instant, l’aéroport de Nantes voit passer 2,8 millions de passagers par an, alors que sa capacité est de 4 millions. L’évolution des prix du pétrole, la poursuite de la crise et la fragilité du secteur aérien obèrent les prévisions d’augmentation de trafic.

Le besoin d’un nouvel aéroport est aussi contesté du fait que des pistes existent déjà dans la région. « Il y a en quatre dans notre département d’un million d’habitants : Nantes, La Baule, Ancenis et Saint-Nazaire, observe Isabelle Loirat, conseillère municipale MoDem à Nantes. Et alentour, encore Rennes, Vannes, Quimper... »

La surcapacité régionale est reconnue à demi-mot par les partisans du projet : « Chacun veut garder son aéroport, constate Jean-François Gendron, président de la chambre de commerce et d’industrie de Nantes. Mais une métropole commence à éclore, donc nous avons besoin d’équipements de niveau international. »

Les promoteurs du projet envisagent 9 millions de passagers à l’horizon 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Est-ce compatible avec la lutte contre le changement climatique, alors que la France veut diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050 ? « Le trafic aérien ne représente que 1,5 % des émissions », dit-on au cabinet du maire de Nantes.

Deux visions de la société et de l’avenir s’opposent. « Je préconise le développement économique et le développement durable, dit M. Gendron. Il ne faut pas revenir à l’âge de pierre pour ces questions d’environnement. » Pour Dominique Fresneau, coprésident de l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport : « Ce projet cristallise tout ce qu’on rejette dans cette société : le réchauffement climatique, l’abus de pétrole, la surconsommation, la délocalisation et le gâchis des terres agricoles, qui devraient d’abord servir à nourrir les populations. »

Les journalistes sont-ils des amis, des ennemis, des témoins ? Uscan Reporterre 2009/08/11 Uscan (11 août 2009) Les journalistes sont-ils des amis, des ennemis, des témoins ?. Reporterre. Tribune — fr

Les journalistes sont-ils des amis, des ennemis, des témoins ?

Au Camp Action Climat de Notre Dame des Landes, de vifs débats ont eu lieu relativement à la question de savoir s’il fallait ou non accepter les journalistes, et comment. Laure Noualhat, de Libération, a ainsi été empêchée de camper. L’analyse ci après apporte un éclairage utile.

Autour des thèmes pourtant intelligents de la décroissance, de l’écologie, de l’économie solidaire etc. se développent des groupes assez fermés et plutôt paranoïaques qui se « forment à l’action pour créer un rapport de force » avec l’autorité autour des questions écologiques. Rencontre avec les « Amis de Silence »...

Vendredi 7 août, Libération a publié un reportage au Camp Action Climat, organisé entre autres par les Amis de Silence à l’occasion d’un rassemblement d’activistes écologistes à Notre-Dame-des-Landes. La journaliste, qui a eu bien des difficultés à effectuer son travail, raconte ses mésaventures avec les membres du camp http://www.liberation.fr/terre/0101.... Les participants refusent la présence des médias, leurs interdisent l’accès au site ou leur flanquent un accompagnateur obligatoire. La raison ? La presse caricature.

Et cela est vrai. Indéniablement, les journalistes préfèrent ce qui est « sexy » (par opposition à ce qu’ils considèrent comme ennuyeux) ou ce qui attise l’émotion. Ce mode de fonctionnement est enseigné dans les écoles, entretenu dans les rédactions, validé par les audiences ou les ventes (donc par vous). Une analyse fine de la réalité sera toujours supplantée par une image ou une info « forte ». Des raisons économiques (l’investigation coûte cher : demande du temps) et politiques (l’autocensure est forte dans le milieu) abondent dans le même sens.

Pour autant, cela a-t-il un sens de réunir une assemblée extraordinaire « présence d’un journaliste sur le camp », et finalement de refouler l’envoyée spéciale ? Je n’en suis pas certain, et je crois même que cela dénonce une dérive inquiétante de certains mouvements écologistes ou altermondialistes. Typiquement, je vois trois attitudes possibles face aux médias : transparence totale et pédagogie, connivence et manipulation ou bien contrôle, fermeture et opacité. J’ai été amené comme réalisateur à côtoyer ces trois modes de fonctionnement. Évidemment ces tendances se mêlent, et la position varie d’un individu à l’autre, mais on peut dégager une logique dominante dans chaque groupe.

La première attitude est en général prédominante dans les collectifs où l’action prime le bavardage, où les gens sont impliqués dans un projet constructif et concret. L’arrivée d’un média est perçu comme un phénomène périphérique, comme une source potentielle d’ennuis ou d’appuis, au même titre que n’importe quel autre facteur. Les personnes qui travaillent sur un projet concret, tangible et généreux, lorsqu’ils sortent des sentiers battus, voient se lever autour d’eux une foule d’obstacles et de soutiens dans toutes les directions. Bouleverser les habitudes, les conforts, les petits systèmes locaux de retour d’ascenseur ou simplement les idées reçues prend nécessairement la forme d’un combat - mais d’un combat de sa propre détermination à l’épreuve de la société. Le journaliste est donc perçu comme l’un de ces éléments dont on ne peut pas savoir à l’avance ce qu’il apportera. En général, dans ces groupes, on n’a rien à cacher, on accepte les caméras, et l’on explique sa démarche, on a besoin de la faire connaître. L’effort de construction prime, et le journaliste ne deviendra pas le centre du monde, même s’il le prend mal. Mais on trouvera le temps de lui parler sincèrement. C’est ce que j’ai vécu, par exemple, avec le Jardin Solidaire ou avec la Brigade des Activistes Clowns.

Le second cas est typiquement celui du monde politique, extrêmement rompu à l’exercice. On manie en « in » et le « off », on se tutoie, on fait partie du même monde ! On attend chacun quelque chose de l’autre, et l’on accepte implicitement de danser la valse diplomatique au nom de cet intérêt. On est allé assez loin en France dans ce petit jeu, si bien que Reporters sans frontières classe en 2008 l’indépendance de la presse française au 35e rang mondial derrière le Ghana, la Grèce et le Mali. Les grandes entreprises jouent aussi habilement de ce petit jeu, qu’elles alternent avec la troisième posture...

Et c’est justement cette troisième posture qu’ont choisi nos amis du Camp Action Climat. Ils partent du principe que les médias sont forcément nuisibles. Ils veulent que ces derniers relayent exclusivement leur façon de voir. Tout ce qui pourrait être interprété autrement leur paraît dangereux, et doit donc être contrôlé. C’est de cette façon que la journaliste de Libération, forcé de suivre des accompagnateurs dans le camp écrit « Au fond de moi, j’ai l’impression d’être partie en reportage en Corée du Nord, toutes choses égales par ailleurs. »

Je me suis retrouvé exactement dans la même situation durant l’été 2007. Avec L’Alphabet Désiré, qui sont mes amis avant d’être un groupe de chanson-poésie française, nous étions partis faire à notre manière une « tournée » estivale en France. Nous proposions à des particuliers d’organiser chez eux une soirée Concert (L’Alphabet Désiré) + Film documentaire (Mon film « Ce Jardin-là ») pour laquelle nous nous rémunérions en faisant tourner un chapeau. Nous avions entendu parler du rassemblement des « Amis de Silence », et intéressés par leurs thématiques écologiques, nous avions imaginé naïvement débarquer à l’improviste et leur proposer gratuitement le film et le concert. Je suivais le groupe avec une petite caméra, et j’ai donc filmé notre arrivée... assez peu silencieuse. Je vous propose de découvrir la scène...

Nous avons finalement déposé la caméra et nous nous sommes baladés sur le camp. Tout de suite des rumeurs ont commencé à circuler comme quoi nous étions des journalistes et que nous voulions faire un reportage en cachette. Les gens se parlaient à l’oreille en nous regardant de loin... Nous étions éberlués. Ils nous ont expliqué que si une seule personne refusait d’être filmée on devait interdire la caméra. A notre proposition de concert nous nous sommes vus répondre « on a notre propre musique ». Après environ une heure de discussion, des individus sont venus nous demander de quitter les lieux. Ils nous expliqués qu’ils étaient non-violents et qu’ils ne pourraient donc pas nous évacuer de force, mais qu’ils resteraient là à nous entourer jusqu’à ce que nous partions... Ce que nous avons fait après avoir rencontré quelques jeunes gens « embrigadés » dans ce mouvement et eux-mêmes un peu dépassés par l’état d’esprit général.

Je suis certain qu’il se passe des choses intéressantes entre les participants à ces réunions. Nombre des techniques qu’ils exposent sont intéressantes, tout n’est certainement pas à jeter, rien n’est jamais monolithique. Mais ce qui m’intéresse dans ce billet, c’est d’exposer une face peu connue et peut-être nouvelle des mouvements écolos.

Ce genre de fonctionnement signe à mes yeux les contradictions d’un groupe, qui consciemment ou inconsciemment, a quelque chose à cacher. Dans ce genre de situation, c’est peut-être ce que le collectif se cache à lui même qu’il craint de voir dévoiler par un tiers. Dans le cas des « Amis de Silence », en discutant un peu sur le camp, nous avons cru comprendre que l’association fonctionnait sur un mode très autoritaire, très rigide, presque militaire. Il ne revenait pas à chaque individu de devenir responsable. C’est le groupe, à travers sa hiérarchie et ses multiples commissions qui semblait décider de tout, mené ou influencé de façon informelle par un groupe plus petit, composé, entre autre, des fondateurs de l’association. Je voyais dans cette uniformisation, et dans cette crainte systématique du « dehors » tous les ingrédients de la dictature et de la propagande. J’ai été frappé de l’énergie dépensée à « contrôler » ; « filtrer » ; « interdire ».

Lorsque je lis dans Libération, deux ans après ma rencontre avec les « Amis de Silence », que ces gens décident aujourd’hui de se radicaliser, qu’ils cherchent à créer un « rapport de force » avec les autorités, je me dis que nous avons là la graine d’un fascisme vert ; un prélude, peut-être, à des actions violentes au nom de l’écologie ; facteur supplémentaire de décrédibilisation des alternatives au néolibéralisme, de déstabilisation et de division de la population ; pour le plus grand bonheur des détenteurs du pouvoir, qui ne manqueront pas d’utiliser le phénomène à leur profit.

Le rassemblement de l’écologie radicale sur le chemin Par Julien villalard Reporterre 2009/08/12 Par Julien villalard (12 août 2009) Le rassemblement de l’écologie radicale sur le chemin. Reporterre. fr

Le rassemblement de l’écologie radicale sur le chemin

Le processus de Miremont continue...

Les acteurs de l’écologie radicale se sont retrouvés le 3 août 2009 à l’occasion de la « semaine de résistance » à l’aéroport de Notre Dame des Landes (Loire-Atlantique) en se joignant à la lutte contre le projet d’aéroport.

Nous, composantes du processus de Miremont (août 2008)http://www.altergauche26.ouvaton.or..., réaffirmons notre volonté de prolonger le rassemblement de l’écologie radicale se distinguant de l’écologie d’accompagnement (développement durable, Grenelle de l’environnement, green washing...). Nous enregistrons l’adhésion grandissante aux thèmes écologiques mais ne nous satisfaisons pas d’une écologie au service du libéralisme. Nous réaffirmons notre volonté de poursuivre nos travaux sur notre projet de société lors de rencontres thématiques régulières dans le cadre d’invitations réciproques et d’échanges. Nous tenons à rappeler que nous nous inscrivons dans l’appel « don’t nuke the climate » et poursuivons notre engagement commun dans les luttes locales et en lien avec la mobilisation contre le réchauffement climatique à l’occasion du sommet de Copenhague (décembre 2009).

Pour aboutir, les négociations doivent remettre en cause le productivisme et l’économie mondialisée, agir pour la relocalisation des activités économiques et la maîtrise collective des objectifs de production et de consommation. Ces objectifs sont incompatibles avec l’économie capitaliste.

Pour cette raison et parce qu’un changement de système nous paraît être un préalable indispensable pour répondre aux défis de l’écologie, nous sommes déterminés à affirmer notre identité et participer pleinement à la contestation du « capitalisme vert » en donnant rendez vous à tous celles et ceux qui se reconnaissent dans cette contestation les 3 et 4 octobre 2009 à Colmar à l’occasion du rassemblement pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et la sortie du nucléaire.

Dans l’immédiat, nous nous adressons solennellement au Député-Maire de Nantes, Jean Marc Ayrault, au Président de Région Pays de la Loire, Jacques Auxiette et au Président du Conseil général de Loire-Atlantique, Patrick Mareschal afin qu’ils renoncent à tout soutien au projet inutile, coûteux et nuisible d’aéroport à Notre Dame des Landes.

La police emprisonne des enfants Ligue des Droits de l’Homme Reporterre 2009/08/12 Ligue des Droits de l’Homme (12 août 2009) La police emprisonne des enfants. Reporterre. fr

La police emprisonne des enfants

La rétention de familles continue pendant l’été, dans le cadre de la chasse aux personnes sans-papiers. Le président de la Ligue des droits de l’homme écrit au ministre Eric Besson.

A Monsieur Eric Besson,

Ministère de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire

Paris, le 11 août 2009

Monsieur le Ministre,

Au cours de ces mois dits de vacances, les services de police et administratifs n’ont pas respecté les conventions internationales en matière de droits spécifiques des enfants. Même si beaucoup de ces mesures ont été rapportées, certaines sur le fond, d’autres sur la forme, il n’empêche que deinstances de police ont jugé qu’il convenait de mettre en rétention des familles entières. A Metz, à Toulouse, à Nice ou à Marseille, pour ce que nous connaissons actuellement, les réseaux militants et les sections de la LDH se sont mobilisés pour obtenir la mise en liberté de ces enfants et de leurs familles. La LDH se félicite des résultats positifs de ces actions et des décisions prises par la justice.

Mais, nous constatons que plusieurs cas restent à régler. Malgré les prescriptions de la convention des droits de l’Enfant, malgré les observations de plusieurs autorités internationales ou européennes et malgré les recommandations des différentes autorités administratives indépendantes françaises, les services de police continuent à agir de la même manière.

C’est donc en pleine connaissance de cause que ces mesures ont été prises. Elles sont la conséquence directe de la politique menée par le gouvernement.

Nous vous demandons de mettre fin à cette inversion du droit qui ignore la spécificité de l’enfance et met notre pays dans une situation inacceptable au regard de ses engagements internationaux. Le droit des mineurs à vivre en famille dans des conditions décentes et à recevoir une éducation prime toute autre considération. La LDH saisira, dès le mois de septembre, les instances européennes et internationales appropriées.

D’ores et déjà, nous vous demandons solennellement de mettre un terme à ces situations. Tous les enfants actuellement encore retenus avec leurs familles doivent être immédiatement libérés et leur accueil en France doit être assuré.

Vous comprendrez que nous rendions cette lettre publique.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de ma haute considération.

Jean-Pierre Dubois, président de la LDH

Des salariés de Molex envisagent la reprise de l’entreprise par les travailleurs oziel1996 Reporterre 2009/08/13 oziel1996 (13 août 2009) Des salariés de Molex envisagent la reprise de l’entreprise par les travailleurs. Reporterre. fr

Des salariés de Molex envisagent la reprise de l’entreprise par les travailleurs

Molex, dans le Tarn-et-Garonne, est un des conflits sociaux les plus durs du moment. Des travailleurs réfléchissent à se réapproprier l’entreprise pour la faire vivre durablement.

Les salariés de Molex, à Villemur-sur-Tarn (Tarn-et-Garonne), protestent contre la fermeture du site et envisagent de le diriger eux-mêmes. Alexis Antoine, salarié du groupe, témoigne.

Vous êtes en grève depuis le 6 juillet. Comment ça s’est passé ?

Au début, il a fallu expliquer à l’ensemble des travailleurs qu’on se battait pour maintenir l’emploi et, en cas d’échec, pour obtenir des garanties financières. Au fil des jours, les gens ont adhéré, comprenant qu’on avait affaire à des patrons voyous. Et au dernier vote, la grève a été votée à 100%, à bulletin secret. Même nous, ça nous a étonnés.

Tu penses que la victoire des salariés de la SBFM a joué ?

Oui. La SBFM, c’est le modèle en France, pour nous, de salariés d’entreprise qui ont lutté durement et n’ont rien lâché. Et ils ont bien fait, puisqu’ils sont revenus dans le groupe Renault. Ils ne sont pas les seuls (Sonas, Rencast). Il y a des exemples, en France, de luttes qui payent. A Molex, j’ai bon espoir que ça aille loin et fort, même dans un contexte estival. La direction tente de nous diviser, c’est classique. Mais il y a maintenant un gros noyau de salariés qui ne rentrent plus dans son jeu.

Le but de la grève, c’est d’arrêter les chaînes de PSA, notre client principal (80% de chiffre d’affaires). PSA doit se rendre compte que sans ses sous-traitants, elle ne fabrique plus de voiture. Aujourd’hui, on parle de renouveler l’automobile sous d’autres formes, comme l’électrique. La connectique, c’est notre métier, et dans une voiture électrique, c’est primordial. Donc, pourquoi Molex ne pourrait pas réintégrer PSA ? Sans compter les 3 milliards d’euros que le gouvernement lui a donné. Cet argent a servi à faire crever la sous-traitance et les salariés, pour financer des profits indécents. En mars, Molex a lâché 30% de dividendes supplémentaires à ses actionnaires, et on te dit qu’on est en pleine crise économique, que le groupe va mal… Mais où on va ?

Parmi vos revendications, il y a le maintien de l’outil de travail pour les salariés. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire qu’il y a deux solutions : soit on trouve un repreneur et on repart dans un système plus ou moins vicieux, avec un directeur au cul ; soit l’outil de travail est repris par les salariés, et l’on est décisionnaire à 100%. C’est pas gagné, mais ce serait une très bonne solution, pour qu’on décide de notre avenir et des profits que l’on pourrait faire. La boîte est rentable et elle peut vivre sans Molex. La reprise des outils de production par les salariés, ce n’est pas utopique. Ça existe au Pays basque, en Argentine, et ailleurs dans le monde. Les salariés n’ont pas la même vision qu’un actionnaire. Ils sont attachés à leur outil de travail, sans chercher à s’en mettre plein les poches. A partir du moment où tu arrives à vivre décemment, le problème est réglé.

Il n’y a pas deux capitalismes, comme dit Sarkozy ?

Sarkozy peut dire tout ce qu’il veut, le capitalisme, c’est faire un maximum de profits dans un minimum de temps, point. On est en contact avec Freescale, qui vivent exactement la même chose que nous, et on essaye de faire des actions communes. Le 17 septembre, la confédération syndicale appelle à un rassemblement commun de toute la filière automobile, devant la Bourse de Paris. J’espère qu’il y aura toutes les forces politiques, pour montrer au gouvernement qu’il y a en marre de ces licenciements boursiers. Les actionnaires ne savent même plus quoi faire de leur fric. Ils ne s’attendaient pas à une telle résistance, à Villemur-sur-Tarn, mais quand on touche à la vie des gens et qu’on va si loin dans l’ignominie, il faut s’attendre à une telle résistance.

Total peut et doit quitter la Birmanie Gwenael Waisse Reporterre 2009/08/14 Gwenael Waisse (14 août 2009) Total peut et doit quitter la Birmanie. Reporterre. Tribune — Monde fr

Total peut et doit quitter la Birmanie

La présence de Total en Birmanie est un soutien de facto à la dictature militaire qui oppresse ce pays. La compagnie française devrait s’en retirer.

Gwenael Wasse participe à la Campagne responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSEE) des Amis de la Terre.

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Depuis le 11 août, et l’annonce de la prolongation de la résidence surveillée d’Aung San suu Kyi en Birmanie, la vieille polémique concernant la présence de Total en Birmanie reprend, comme depuis 15 ans que le groupe est présent dans ce pays, et avant de retomber jusqu’aux prochains événements médiatiques qui se dérouleront dans ce pays dirigé depuis un demi-siècle par un pays réputé comme l’un des plus violents au monde.

Comme à chaque fois que le sujet est abordé par les ONG, des personnalités publiques, des syndicats ou des représentants du monde politique (généralement ceux qui ne sont pas au pouvoir), et que le départ de Total est réclamé, l’argument revient systématiquement et est largement repris par les médias : « Si Total quitte la Birmanie, les Chinois prendront aussitôt la place laissée vacante, ça sera infiniment pire, et il n’y aura plus de moyen de pression des Occidentaux ».

Estimant bien connaître la question pour avoir publié l’an passé un rapport sur Total qui abordait notamment la question birmane http://www.amisdelaterre.org/Les-Am..., et passablement agacé chaque fois d’entendre cet argument « tarte-à-la-crème » revenir, je me propose donc de donner quelques contre-éclairages militants sur cette question, puisque débat public il y a.

Quelle est l’origine de cet argument ?

Cet argument est mis en avant par Total depuis plusieurs années pour tenter de faire taire les critiques qui réclament la fin de ses activités en Birmanie ; il est ensuite repris tel quel par les pouvoirs publics (notamment l’Elysée et le Ministère des affaires étrangères), et par les médias. Or, il ne me semble pas que la Chine ou quelque autre puissance asiatique que ce soit, se soit jamais exprimé pour un remplacement de Total dans le projet Yadana ; ou alors Total, l’Elysée et le MAE disposent d’informations qu’il serait éventuellement utile de faire enfin connaître aux citoyens, puisque la question revient régulièrement. Mais répondre chaque fois que des voix critiques se lèvent : « C’est comme ça », « Oui mais pourquoi ? », « Parce que », on admettra que c’est un peu léger.

Cet argument est-il schizophrène ?

On remarquera que dans le cas de la présence de Total en Birmanie, la Chine représente une lourde menace pour le respect des droits de l’Homme, contrairement à Total qui oeuvre pour le bien de l’Humanité. On remarquera par ailleurs que lorsqu’il s’agit pour l’Elysée de vendre des centrales nucléraires à la Chine, ou d’emmener avec soi une délégation de dizaines de dirigeants économiques pour nouer des contrats à Pékin, les Chinois deviennent soudain de respectables partenaires commerciaux. On admettra qu’on frise ici la schizophrénie, pour ne pas dire la xénophobie, et qu’il y aurait matière pour la Chine à réagir assez vivement à cette instrumentalisation, qu’on pourra juger assez minable ; surtout quand la première entreprise française est le plus principal soutien financier de la junte depuis 10 ans.

Cet argument est-il malhonnête ?

Sans aucun doute. De la part de puissances qui se revendiquent comme les héraults de la défense des droits de l’Homme, justifier de leur lâcheté en argumentant « D’accord ce n’est pas beau, mais si ce n’est pas nous ça sera encore pire », c’est de nouveau assez léger. On a connu l’Union européenne et la France plus progressistes. A ce compte-là, autant jeter à la poubelle de suite la Déclaration des droits de l’Homme, puisque de toute façon certains pays ne la respectent pas.

Concernant d’autre part l’argument selon lequel un remplacement de Total par une entreprise chinoise ne permettrait plus d’exercer de pressions, il est parfaitement fallacieux : de quelles pressions parlent-on, puisqu’un éventuel départ de Total est, c’est tout le problème, justement soigneusement évité depuis des années ? Autrement dit : comment parler de ne plus pouvoir exercer de pressions qui ne sont de toute façon manifestement pas envisagées ?

Quels seraient les intérêts de la Chine à remplacer Total en Birmanie ?

On a beau chercher, on ne voit pas bien :

- le projet Yadana, dont Total est le maître d’oeuvre (et en possède un peu plus de 31 % des parts), est un gisement offshore, qui alimente quasi-exclusivement la Thaïlande via le partenaire thaïlandais PPT-EP et le gazoduc du même nom, rendu célèbre depuis les accusations de travail forcé portées contre Total il y a quelques années. On a donc du mal à comprendre ce qui pourrait pousser la Chine a investir dans un projet pour approvisionner la Thaïlande en gaz, un combustible par nature complexe à transporter sur de longues distances. La Chine a besoin d’énergie, pas de nouer des contrats avec ses voisins asiatiques pour le plaisir de faire de leur venir en aide, ou pour mettre le pied dans des pays où ses intérêts sont déjà parfaitement assurés.

- les réserves gazières de la Birmanie sont dérisoires. Selon la dernière version de la BP Statistical Review of World Energy http://www.bp.com/productlanding.do..., les réserves prouvées de la Birmanie représentent 0,3 % du total mondial ; contre 1,3 % pour la Chine, 1,7 % pour l’Indonésie, 2,8 % pour le Nigeria, 2,4 % pour l’Algérie, 13,8 % pour le Qatar, 16,0 % pour l’Iran, 23,4 % pour la Russie... Bref, les enjeux énergétiques de ce projet sont extrêmement faibles pour la Chine, par ailleurs extrêmement riche en charbon, et qui n’a aucune difficulté à s’approvisionner depuis plusieurs années dans d’autres pays bien plus riches en hydrocarbures, dirigés par des régimes bien plus conciliants à accueillir ses (en Afrique et au Moyen-Orient par exemple).

- sur le plan politique, il n’est pas du tout certain que la Chine ait intérêt à soutenir mordicus la junte birmane. La Birmanie est aussi une source d’instabilité pour ses voisins, qui représente pour eux une énorme menace, par exemple sur la plan sanitaire (la Birmanie est un foyer de sida majeur). On peut même imaginer que dans l’idéal, la Chine préfererait faire des affaires avec un régime stable, plutôt qu’avec une junte paranoïaque, surtout pour un projet aussi peu stratégique sur le plan énergétique. Autrement dit, et pour parler trivialement, « Pourquoi aller s’emmerder pour si peu avec ces dingues ? »

- la Chine dispose d’énormes capitaux, de compagnies pétrolières d’envergure internationale, et n’a pas de difficulté à nouer des partenariats avec des compagnies internationales en cas de besoin. Si vraiment les Chinois étaient intéressés par les réserves gazières birmanes, pourquoi ne l’auraient-ils pas fait depuis longtemps ?

Le projet Yadana est-il stratégique pour Total et la France ?

Absolument pas. On l’a vu, le gazoduc Yadana alimente la Thaïlande ; la France n’y a donc aucun intérêt en termes de sécurité énergétique. Pour Total, les enjeux sont nuls ou presque : le groupe a produit en Birmanie 15 000 barils par jour de gaz (en équivalent pétrole), soit 0,6 % de sa production journalière moyenne. La Birmanie fait partie de ses plus petits atouts en termes de production, alors qu’il produit 182 000 barils/jour en Indonésie par exemple, 242 000 barils/jour au Nigeria, et que certains de ses projets du Golfe de Guinée sont prévus pour produire plusieurs centaines de milliers de barils par jours chacun à terme.

La population souffrira-t-elle du départ de Total ?

De nouveau, absolument pas :

- En ce qui concerne le projet Yadana, on l’a vu, la quasi-totalité du gaz est exporté vers la Thaïlande, et ne profite absolument pas à la population locale. D’ailleurs cette dernière est très majoritairement rurale et auto-subsitante, et les besoins en énergie de la Birmanie sont dérisoires, le pays n’étant pas industrialisé. En 2004, selon le PNUD, le taux d’accès de la population birmane à l’électricité était de 11 %, contre 99 % en Thaîlande. Si le projet Yadana avait profité au bien-être de la population birmane, cela se saurait depuis longtemps ; il ne profite qu’aux généraux au pouvoir, ultra-corrompus, qui dirigent intégralement l’économie nationale (à savoir, surtout l’exportation des matières premières).

- En ce qui concerne le programme de « développement socio-économique » de Total en Birmanie, mis en place pour faire passer la pilule du cynisme auprès de l’opinion publique, selon Total, les dépenses ont été d’environ 10 millions d’euros depuis 1998, soit grosso modo 1 million par an (source site internet de Total). Ce n’est pas négligable, mais comparés aux 350 millions d’euros versé à la junte chaque année (interview de Christophe de Margerie dans le Monde le 06/10/2007), qui vont directement dans la poche des généraux ou servent à acheter des armes pour opprimer les minorités du pays et commettre des abus monstrueux vis-à-vis des populations civiles, on admettra que c’est dérisoire. Peut-on décemment se revendiquer comme le « dernier rempart contre la dictature » quand on verse chaque année 350-1 = 349 millions d’euros (pour faire simple) à un régime ultra-violent ? De qui se moque-t-on ? On remarquera d’ailleurs que Total veut toujours bien discuter de ses activités en Birmanie, mais élude toujours cette petite évidence mathématique au cours des débats.

Quel est l’intérêt de Total à rester en Birmanie ?

A priori, vu les enjeux économiques, l’acharnement de Total à rester en Birmanie confine presque à la stupidité. Le groupe aurait sans doute beaucoup plus à gagner en termes d’image, passablement écornée depuis l’Erika. Plusieurs théories peuvent être imaginées :

- Total préfère focaliser les pressions sur la Birmanie. Tant que l’opinion publique et les médias s’intéressent à la Birmanie, ils ne s’intéressent pas au torchage de gaz au Nigeria, aux sables bitumineux au Canada, au soutien aux pires dictatures africaines, à l’alimentation de la corruption de dizaines de pays... Finalement la Birmanie, c’est pratique ; ça permet de concentrer l’indignation publique, pour mieux la canaliser. Avec un peu d’agilité, Total peut même faire croire que sa présence dans la pire dictature du monde est une grande avancée pour les droits humains.

- Total ne veut pas créer de précédent. Si Total recule en Birmanie en cédant à la pression citoyenne, il lui faudra alors s’attendre à ce que ses activités dans d’autres pays soient aussi sévèrement interrogées.

- Variante de la théorie précédente : Total brûle d’envie de quitter la Birmanie, qui est son épine dans le pied depuis plus de 10 ans, et qui ruine ses efforts pour redorer son blason. Mais ce serait créer un précédent pour les multinationales, et pour les pouvoirs publics des grandes démocraties, en admettant que les droits humains doivent être prioritaires sur les intérêts des entreprises ; ce serait de fait mettre le pied dans la porte d’une réglementation contraignante mondiale des multinationales, qui n’existe pas pour l’instant puisque les entreprises ont jusqu’ici réussi à faire valoir l’idée que seuls les accords volontaires étaient efficaces... avec les résultats que l’on sait.

Que veulent les Birmans ?

Jusqu’à il y a peu, Total ne cessait de répéter qu’Aung San Suu Kyi ne demandait plus le départ de Total.

Primo, on admettra qu’il est assez peu élégant de s’exprimer sur un tel sujet, à la place d’une personne qui ne peut pas s’exprimer publiquement, et donc émettre aucun démenti.

Secundo, l’opposition démocrate en exil, consituée de proches d’Aung San Suu Kyi, a clarifié les choses en octobre 2007, après son entrevue avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée : ils demandent le départ de Total de Birmanie dans une lettre publique, comme ils l’ont toujours fait sans ambiguïté. La moindre des choses serait donc de respecter leur volonté, et donc celle d’Aung San Suu Kyi, si on veut vraiment lui venir en aide.

Un nouvel accident chez Total France Nature Environnement (FNE) Reporterre 2009/08/14 France Nature Environnement (FNE) (14 août 2009) Un nouvel accident chez Total. Reporterre. fr

Un nouvel accident chez Total

Deux ouvriers brûlés dans l’usine pétrochimique de Lavera.

Deux salariés de l’usine pétrochimique Naphtachimie, filiale de Total Petrochimicals France et d’Ineos à Lavera (Bouches-du-Rhône) ont été brûlés dans la soirée du mercredi 12 août 2009.

L’accident s’est produit lorsqu’une fuite d’hydrocarbure s’est produite lors de l’allumage de l’un des 28 fours du vapocraqueur. Ce nouvel accident s’inscrit dans une longue série d’accidents corporels et d’incidents environnementaux intervenus chez TOTAL et ses filiales :

Le 5 janvier 2009 : intoxication sur le site de la Mède, 1 mort Le 29 janvier 2009, nouvel accident dans une raffinerie du nord de la France : une explosion dans un atelier de maintenance à Mardyck fait un mort et 5 blessés. Le 15 juillet, explosion sur le site de Carling : 2 morts, 6 blessés Le 16 juillet, fuite de pétrole lourd dans la raffinerie de Gonfreville l’Orcher Le 22 juillet, usine GPN Grande Paroisse du groupe Total de Grandpuits (Seine-et-Marne) : fuite d’ammoniac, 350 personnes évacuées, 31 ont reçu des secours, 12 ouvriers hospitalisés ; 5 août 2009, usine Total Petrochemicals de Gonfreville-l’Orcher : trois salariés blessés, dont deux gravement

Pour Raymond Léost, administrateur de FNE, « cette loi des séries est inacceptable et traduit une sécurité industrielle dégradée au sein des installations du groupe TOTAL ».

Raymond Léost ajoute : « Il y a urgence à ce que la politique de prévention de sécurité industrielle soit remise à zéro chez TOTAL et que toutes les installations du groupe TOTAL et de ses filiales fassent l’objet d’un examen de conformité approfondi par un service de contrôle extérieur à TOTAL et sous la surveillance de l’administration de l’environnement et du travail ».

Les alternatives, oui, mais n’oublions la politique ! Corinne Morel Darleux Reporterre 2009/08/15 Corinne Morel Darleux (15 août 2009) Les alternatives, oui, mais n’oublions la politique !. Reporterre. Tribune — fr

Les alternatives, oui, mais n’oublions la politique !

Corinne Morel-Darleux, du Parti de Gauche, a participé à la Semaine de la Résistance, à Notre Dame des Landes, entre le 3 et le 10 août. Les nombreux débats animés qui s’y sont déroulés lui inspirent ces réflexions sur la place de la politique dans les luttes.

Un coup d’humeur pour commencer. Lors d’un débat, un participant se lève. Il a une solution miracle. Il suffit de vivre dans une cabane en autarcie et c’est le bonheur. Je regrette qu’il y ait toujours un mec comme ça pour réduire la décroissance à sa caricature. Un autre s’interroge : de toutes façons, l’industrie automobile est en train de se péter la gueule, il n’y aura bientôt plus de pétrole, donc finalement on n’a qu’à patienter, laisser faire les choses et la fin de la bagnole va se faire toute seule. Je me pince. On leur dit quoi, aux ouvriers qui se retrouvent sur le carreau, en attendant ? Que de toute manière ils vont finir par crever comme tout le monde et qu’ils n’ont qu’à attendre, tout ça sera bientôt fini ? J’ai bien envie d’en envoyer quelques-uns en stage à la sortie des usines à la rentrée.

Le sentiment d’injustice sociale va finir par exploser. La crise économique taille dans les porte-monnaie, les magasins regorgent de saletés qui brillent et clignotent, la pub nous bourre le mou en nous assurant qu’on en a absolument besoin, et les riches continuent à faire les fous sur leurs yachts en se moquant éperdument du reste. De moins en moins de moyens, de plus en plus d’envies. Avec une équation pareille, comment est-ce que ça pourrait bien se passer ? Les organisations syndicales semblent dépassées par les événements, les ouvriers ne défendent plus leur emploi mais leur prime de licenciement, le désespoir oscille entre résignation et colère. Alors elle est où l’alternative ? Elle est où, la porte de sortie ?

Yannick Jadot, tout frais Député européen d’Europe Ecologie, est venu exprès pour le « grand débat politique » du vendredi. Il se fait tailler un short par la salle sur la reconversion industrielle. Après une intervention punchy d’Aurélien Bernier, du M’Pep, j’en rajoute une couche en empruntant la formule de Martine Billard : si c’est pour passer de la production de voitures à celle d’éoliennes en gardant les mêmes conditions de travail, c’est non ! Profitons-en au contraire pour rompre avec tout ça. On a une fenêtre de tir avec la prise de conscience écolo, avant qu’elle ne soit complètement récupérée par les environnementalistes et les tenants du capitalisme vert. Si on fait l’effort de prendre l’écologie non pas comme un boulet contraignant, mais comme un outil d’émancipation, de déconditionnement, on a là une belle opportunité pour dépasser le capitalisme, relocaliser et socialiser la production, rompre avec le productivisme, la marchandisation, la compétition... Trouver la sortie. Et trouver l’entrée d’un autre monde.

Malgré une introduction perturbée par la ronde des hélicos qui prennent visiblement un malin plaisir à tourner au-dessus de notre chapiteau, notre atelier sur la planification écologique nous a permis de clarifier les choses, avec le renfort appréciable des participants du NPA qui ont largement soutenu l’idée. Parce que réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi sortir du nucléaire et anticiper la fin du tout pétrôle, tout ça ne se fera pas du jour au lendemain. On a besoin de planifier des étapes, avec des objectifs et des bilans intermédiaires pour éventuellement réorienter les choses. C’est ça, ce qu’on appelle la planification écologique.

Non, nous ne voulons pas revenir au centralisme étatique pratiqué en URSS.

Oui, nous revendiquons l’importance du rôle de l’État et des services publics.

Ils sont certes à réinventer, notamment par une profonde réforme institutionnelle, le passage à la 6e république et une véritable implication populaire. Mais ils restent indispensables pour planifier la rupture, construire un cadre de société émancipateur et garantir l’égalité d’accès aux droits fondamentaux pour tous, partout sur le territoire.

Cette vision républicaine est probablement ce qui nous distingue de la plupart des écolos radicaux, comme l’a très justement relevé Philippe Cohen dans son article à propos du pôle public de l’énergie. Nombreux sont ceux ici qui se retrouvent finalement dans une vision assez libérale des choses. Celle qui consiste à tout miser sur les individus en pensant que les comportements individuels permettront de construire une société humaine et juste. Je crois moi que c’est en construisant un cadre de société qu’on permettra aux individus de s’émanciper. Et que c’est bien à l’État, sur des bases démocratiques revisitées, de fournir à tous les moyens de cette émancipation.

Nous avons eu de nombreux débats, parfois assez animés, sur la place des partis politiques dans les luttes. Un atelier y a été spécifiquement consacré, proposé par le PG et finalement co-organisé avec toutes les orgas présentes : NPA, Alternatifs, OC, après un joli petit dej unitaire... Je me retrouve assez bien dans le triptyque proposé par Paul Ariès, combinant les trois modes d’action : individuel / collectif / politique. On a bien besoin des trois, n’en déplaise à ceux qui toute la semaine nous ont expliqué que les partis et les élus ne servaient à rien. Parce que sinon, comment on fait pour changer les lois et en proposer de nouvelles ? Pour réviser la constitution ? Pour plafonner les rémunérations et limiter les écarts de salaires ? Pour financer les rachats d’entreprise par les salariés sous forme de coopérative ? Pour conditionner les aides publiques au respect d’un cahier des charges environnemental ? Pour réorienter les aides de la PAC vers la filière bio ? Pour limiter la publicité et peser sur les lobbies industriels ? Parce qu’au passage, nous dire de couper le robinet quand on se brosse les dents, quand dans le même temps on continue à développer des industries qui nécessitent des megalitres d’eau pour fabriquer de l’agrocarburant ou des écrans plats, ça s’appelle du foutage de gueule !

Prenons la taxe carbone proposée par Rocard. Quelle hypocrisie ! On taxe les gens sur une consommation « contrainte » : quel autre choix ont les ruraux que de se chauffer au fuel quand ils n’ont pas les moyens d’investir dans d’autres équipements, ou de prendre leur voiture pour se déplacer, dans des zones où les transports en commun manquent bien trop souvent ? Et si on prenait les choses dans l’autre sens, en commençant par donner à tous les moyens de vivre mieux, pour soi, avec les autres, et dans le respect des eco-systèmes ?

Parce qu’aujourd’hui les gens qui prennent leur voiture ne le font pas juste pour le plaisir de polluer. Eh non. Alors on peut toujours pointer du doigt et donner mauvaise conscience, mais ça risque de durer longtemps. Parce que dans leur grande majorité, si les gens prennent leur voiture, c’est qu’ils en ont besoin pour aller bosser et faire leurs courses au supermarché. Parce qu’on leur a pollué l’esprit avec la consommation, la pub et les effets de mode. Parce que le gouvernement Sarkozy, avec sa loi dite « de modernisation économique », relance l’installation des grandes surfaces en périphérie des villes. Qu’avec sa vision petite bourgeoise d’une France de « tous propriétaires », il favorise l’étalement urbain pavillonnaire. Et qu’avec sa brillante idée du travail du dimanche, il va encore renforcer les déplacements en voiture et les dépenses énergétiques des grandes surfaces. Vive le progrès.

Alors oui, il y a des prises de conscience individuelles à déclencher. Des alternatives concrètes à expérimenter. Mais on a aussi besoin du débouché institutionnel, politique, pour imposer un cadre législatif et lancer un vaste plan de développement des transports collectifs, revoir nos choix de politique énergétique, repenser l’aménagement du territoire et permettre que les modalités de mise en œuvre soient décidées avec l’implication de tous.

Alors, qu’est-ce qu’on attend ? On y va ?

Camp action climat, ou la recherche d’une démocratie vivante Hervé Kempf Reporterre 2009/08/16 Hervé Kempf (16 août 2009) Camp action climat, ou la recherche d’une démocratie vivante. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Camp action climat, ou la recherche d’une démocratie vivante

En ces temps de désaveu fréquent de la politique, marqué notamment par l’abstentionnisme des jeunes (près de 70 % n’ont pas voté aux élections européennes de juin), ce qui s’est passé à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, du 3 au 10 août, est non seulement rafraîchissant, mais prometteur.

Des associations locales en lutte contre un projet d’aéroport au nord de Nantes y avaient organisé une « semaine de la résistance », à laquelle se sont associées de nombreuses organisations écologiques et politiques de gauche. S’y est inclus, pour la première fois en France, un « camp action climat », illustrant une coupure générationnelle : alors que des militants valeureux mais tannés par l’expérience se retrouvaient du côté de la semaine de la résistance, le « camp » réunissait la majorité des jeunes, plus séduits par cette nouvelle forme d’engagement.

Inaugurés en Angleterre en 2006 et toujours inscrits dans une lutte concrète, les « camps action climat » visent à articuler une pratique écologique et une vie collective démocratique. La démarche suscite un intérêt croissant, puisqu’une dizaine d’initiatives similaires ont été (ou vont être) organisées cet été en Angleterre, Irlande, Danemark, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, etc.

A la base, le désir de mettre en pratique le mode de vie écologique que l’on recommande pour la société : « Tout le monde en a marre du bla-bla, il faut bouger, montrer l’exemple », dit Pauline, une des participantes du « camp » (la plupart d’entre eux ne souhaitent pas que soit indiqué leur nom, voire leur prénom). Idée sous-jacente : on ne peut pas changer la société si on ne change pas individuellement.

Le « camp » a ainsi démontré la possibilité d’une vie sobre et à impact écologique faible. Eoliennes, plaques solaires et générateur à huile végétale assuraient une quasi-autonomie énergétique (la cuisine requérant cependant du bois et du gaz). Les participants se passaient d’équipements consommateurs d’électricité (sauf les téléphones portables), et il n’y avait pas de lumières le soir sauf dans les espaces communs. L’eau était fournie par un agriculteur voisin. Les toilettes étaient sèches, les excréments mélangés à la sciure constituant un compost récupéré pour l’agriculture. La nourriture était issue d’agriculture biologique. Pas de viande, bien sûr, ce qui a été une nouvelle expérience pour beaucoup, et trois boulangers préparaient du pain à base de farine biologique.

Mais il s’agit aussi d’expérimenter une nouvelle façon de s’organiser et de décider en commun. Le site Internet du camp en résume la philosophie : « Les gen-te-s peuvent s’organiser de façon non hiérarchique, sans qu’il y ait un-e dirigeant-e pour les y forcer ou leur montrer comment faire (...). La coopération basée sur des accords volontaires entre les gen-te-s eux-mêmes est plus inventive, plus efficace et surtout plus juste pour affronter les enjeux écologiques et sociaux actuels. »

Aussi bien dans les villages qu’à l’assemblée générale quotidienne, les décisions sont ainsi prises au consensus. Il n’y a pas de porte-parole, pas d’élu, pas de vote ; mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu’à l’atteinte du consensus sur les sujets débattus. « Le consensus, explique Jean-Pierre, cela signifie que les gens qui ne sont pas d’accord avec la décision sont invités à exprimer la raison pour laquelle ils ne sont pas d’accord, et la décision peut être modifiée de façon à trouver une troisième voie qui va convenir à tous. »

Pourquoi refuser le vote ? « Dans le vote, dit C., 50 % des gens sont contents et 50 % insatisfaits. L’intérêt de la prise de décision au consensus, c’est de recueillir l’adhésion pleine de la personne, et donc d’avoir une implication et une appropriation de la décision par chaque personne, parce que chacun y a contribué. C’est de la démocratie, mais pas représentative. » Des procédures particulières aident à la discussion. Un langage de signes permet d’exprimer son opinion sans parler (par exemple, main agitée en l’air signifie l’accord).

Des volontaires sont facilitateurs de la discussion, scribes ou scrutateurs de sensations (pour s’assurer que certains ne sont pas exclus ou repliés sur eux-mêmes). « Ce système permet une vraie qualité d’écoute entre des gens aux positions totalement opposées, assure Jean-Pierre. On n’est plus dans un rapport de force, mais dans un rapport d’intelligence. » « Les femmes ont vachement de place, observe Laurence, c’est un indicateur que cela se passe bien. »

Il reste que le refus de la politique institutionnelle et du système des partis, fréquent chez les participants de ces « camps », est discutable. « Ce n’est pas parce que nous sommes déçus par la pratique politique qu’il faut laisser la politique à ceux qui nous ont déçus », dit Corinne Morel-Darleux, présente pour le Parti de Gauche à la semaine de la résistance.

Certes. Mais les démocrates classiques et sincères ont tout intérêt à entendre ce que leur disent les démocrates écolo-autonomes. Pour autant, bien sûr, qu’ils veuillent redonner vie à un système politique qu’une large partie du peuple ressent de plus en plus comme une coquille vide et illégitime.

Une coopérative bien vivante au Nicaragua Adrien Reporterre 2009/08/16 Adrien (16 août 2009) Une coopérative bien vivante au Nicaragua. Reporterre. fr

Une coopérative bien vivante au Nicaragua

La révolution sandiniste avait apporté un immense espoir au Nicaragua, dans les années 1980. Malgré les péripéties de l’histoire, une coopérative agricole historique tient toujours le cap.

Le Nicaragua célèbre cette année le 30e anniversaire de la révolution sandiniste qui a mis fin à la dictature de Somosa.

Je suis arrivé la semaine dernière à Santa Rosa dans une coopérative agricole créée en 1983 suite à cette revolution et sur les terres de grands proprietaires terriens. La terre est propriété de la communauté mais une parcelle est attribuée à chacun (en usage) pour cultiver du haricot rouge, du maïs ou des légumes. Le bétail est géré en commun ainsi que les réparations de clôtures, le nettoyage etc.

Ce qui est intéressant, c est l’histoire de cette communauté. Elle a démarré sous le gouvernement révolutionnaire avec 37 familles ; aujourd’hui il y en a une centaine. Mais l’évolution est mouvementée.

Les premières années sont aussi celles de la guerre civile avec la contre-révolution. Les combats affectent particulièrement la région de Santa Rosa, beaucoup d’hommes sont mobilisés par l armée. Pourtant c’est presque un âge d’or pour la coopérative : le gouvernement (de Ortega déjà) offre un fort soutien (crédit, fertilisants, matériel, service de santé sur place...) de même que les alliés soviétiques et cubains.

En 1990, les élections mettent fin à la guerre, mais placent au pouvoir l’opposition libérale qui retire le soutien aux coopératives, beaucoup sont rachetées par les anciens grands proprietaires. A Santa Rosa on « lutte » pour « survivre » (ils le disent ainsi) et on « ne vend pas un pouce de terrain », le bétail est vendu peu a peu pour payer les forts impôts sur la terre du nouveau gouvernement. Il y a beaucoup de militantisme dans cette résistance : « Nous on est resté unis, on a continué à travailler ensemble » (contrairement aux autres).

Il faut dire qu ils ont aussi quelques avantages concrets : beaucoup de terres, des sources d’eau pour cultiver des légumes pendant la saison chaude...

Toujours est-il que, selon eux c’est la seule coopérative toujours existante dans le pays aujourd’hui (où la terre est encore commune, d’autres existent mais la terre y est individualisée) et ainsi elle serait la seule à perpétuer le mouvement lancé par le leader même de la révolution : Sandino (qui avait créé une coopérative en 1956).

Inutile de dire qu’ils ont accueilli avec plaisir la victoire du camp sandiniste (et Ortega redevenu president) en 2007. Entre autres choses, ce gouvernement a réformé la loi des coopératives et promet un nouveau soutien a condition que les coopératives respectent une certaine organisation et des règles strictes de gestion.

Du coup, branle-bas de combat à Santa Rosa : c’est l’occasion que l’on attend depuis bientôt vingt ans, l’espoir pour lequel « on a lutté » qui a permis de « survivre »... Peut-être l’impression qu ils vont être récompensés de leur fidélité à la révolution ?

En tous cas on s’organise davantage, on crée les commissions exigées par la nouvelle loi et on s’y conforme point par point. Elle est tres regulièrement citée dans les conversations. A partir de cette année, 10 % de la production de chacun seront vendus directement par la coopérative pour financer des projets communs.

Il est difficile de savoir exactement ce qui relève de la loi, ce qui est nouveau (par exemple, il existait déjà un conseil d’administration, un plan de travail, une comptabilité), et ce qui est propre à l’initiative locale. Mais ce qui est sûr, c est qu’on va plus loin qu’avant et qu’il regne une ambiance de nouveau départ, de deuxieme chance.

Pour le moment aucune aide du gouvernement n’est encore arrivée - il faut remplir les exigences pour y avoir droit. Seuls quelques programmes, internationaux principalement, aident. L’attente est grande envers ce nouveau soutien mais surtout, dans des conditions de vie difficiles (eau à l’exterieur des maisons, électricité depuis trois ans seulement, quasiment aucune machine pour le travail agricole...), çà redonne l’espoir d’une amelioration et la possibilité de s en sortir ensemble.

En tout cas c’est mon impression.

Question maintenant, l’aide attendue va-t-elle venir ? Et si non, va-t-on retomber dans une période de survie, ou bien la nouvelle organisation (qui peut aussi permettre d être plus visible des organismes d’aide internationaux), la mutualisation de davantage de ressources permettront-elle d’ameliorer les conditions de vie avec ou sans l’aide du gouvernement ?

Marée noire dans la Crau Robin des Bois Reporterre 2009/08/18 Robin des Bois (18 août 2009) Marée noire dans la Crau. Reporterre. fr

Marée noire dans la Crau

Un oléoduc s’est rompu le 7 août 2009 dans la réserve naturelle de la Crau.

A la suite d’une cause non élucidée, le tuyau à informations de la Préfecture des Bouches-du-Rhône est en panne sèche depuis le samedi 8 août ; entre le vendredi 7 août, date de l’accident, et le samedi 8, ce même tuyau avait déversé sur la presse et l’opinion publique un flux de 4 communiqués.

Il est demandé aux pouvoirs publics de rétablir la communication à l’aide de moyen provisoires.

Des questions urgentes n’ont pas de réponse officielle. Elles concernent par ordre chronologique la quantité de pétrole récupérée par le pompage de surface, sa destination et ses modes de valorisation ou d’élimination, les modalités de l’opération de décaissement des terres polluées, l’évaluation des volumes concernés et leur destination aux fins de traitement, ainsi que les modalités de restauration géologique du substrat de la steppe sèche.

L’autre interrogation concerne évidemment l’état des eaux souterraines et superficielles et en particulier la qualité des eaux de puits et de forages agricoles.

La banque de données non exhaustive ARIA cite dix ruptures d’oléoducs en France entre 1980 et 2008 parmi lesquelles quatre dans les Bouches-du-Rhône. Ces quatre accidents ont impliqué du pétrole brut et ont eu comme conséquences un incendie, des pollutions d’étangs, de ruisseaux, de la Durance et du Rhône, et de nappes phréatiques. Dans tous les cas, les quantités déversées ont été inférieures de beaucoup à celle de Saint-Martin-de-Crau.

En France, le dernier accident terrestre important s’est produit dans l’Essonne au Plessis-Pâté avec la rupture d’un oléoduc reliant Le Havre et la raffinerie de Grandpuits en Seine-et-Marne. La quantité déversée a été alors estimée à 700 m3 et aujourd’hui, le site de l’accident est inscrit dans la base de données gouvernementale sur les sites et sols pollués.

En conséquence et étant donné que plusieurs des accidents précités concernent directement la Société du Pipeline Sud-Européen, Robin des Bois réclame un élargissement de l’information sur cet accident et sur l’état du réseau de la SPSE et des réseaux analogues. Ces réseaux de canalisations souterraines transportant des hydrocarbures traversent à l’évidence des zones urbanisées et des zones écologiquement sensibles à faible densité humaine. Demander le contournement des unes et des autres, c’est de l’enfantillage. Par contre, il est urgent que les réseaux existants et en projet bénéficient d’une étude de dangers quand ils traversent des « points singuliers » comme l’immédiate proximité des cours d’eau, des voies ferroviaires et autoroutières, la contiguïté avec des installations Seveso ou nucléaires et des Etablissements Recevant du Public, les franchissements d’ouvrages d’art et les traversées de zones naturelles.

Quinze thèses pour s’entendre sur l’objection de croissance Michel Lepesant Reporterre 2009/08/18 Michel Lepesant (18 août 2009) Quinze thèses pour s’entendre sur l’objection de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Quinze thèses pour s’entendre sur l’objection de croissance

Les Objecteurs de croissance discutent, réfléchissent, affinent et affutent leurs arguments. Voici une proposition de synthèse par l’un d’entre eux.

Quelques propositions de réponses argumentées aux critiques/reproches/caricatures dont les O.C.(objecteurs de croissance) font en ce moment l’objet.

1- Les O.C. sont-ils de gauche ?

Historiquement, les O.C. le 11 septembre 1789 se seraient rangés à gauche du président de séance de l’Assemblée nationale pour refuser d’accorder au roi un droit de veto absolu sur les lois.

Economiquement et socialement, nous nous posons les mêmes problèmes que ceux que la gauche devrait se poser. Et comme nous considérons que la politique est le lieu où nous devrions décider ensemble nos décisions, nous défendons un volontarisme politique ; par exemple, les injustices sociales ne sont pas « naturelles » et par conséquent la justice sociale n’est pas naturelle mais artificielle (ex. de l’héritage)

Mais nous ne sommes plus dans le même paradigme que « La Gauche » : à cause de notre antiproductivisme, de notre antilibéralisme (même si nous pouvons distinguer entre un libéralisme philosophique et un libéralisme idéologique), de notre anti-utilitarisme (nous ne réduisons pas l’intérêt à l’intérêt économique).

Le philosophe Alain raconte au début du XXe siècle que s’il rencontre quelqu’un qui « ne fait pas de politique » alors il ne peut s’empêcher de penser : « voilà quelqu’un qui n’est pas de gauche ». Eh bien, les O.C. font de la politique et chacun peut en déduire : « voilà des gens qui ne sont pas de droite ! »

2- Les O.C. mettent-ils clairement en évidence les mécanismes politiques et économiques qui ont abouti à la situation actuelle ?

Dans « la situation actuelle », attention d’abord à ne pas confondre ce qui est de l’ordre du capitalisme et de ce qui est de l’ordre d’une « phase du capitalisme ». A confondre les deux, on risque de confondre la crise du capitalisme avec la crise d’une phase du capitalisme. Et du coup, on risque de se réjouir trop vite de la crise actuelle de la phase néo-libérale en la prenant pour la phase finale du capitalisme.

Ne serait-il pas plus judicieux et réaliste de faire l’hypothèse que 2009 est juste le passage du capitalisme néo-libéral au capitalisme vert ? La fin du capitalisme néo-libéral n’est pas la fin du capitalisme, loin s’en faut !

Quant aux mécanismes politiques et économiques qui ont abouti à la crise actuelle du néo-libéralisme, les O.C. n’ont aucun mal à proposer des pistes d’explications. Celle qui irait peut-être le plus au fond des choses serait celle qui signale que la crise actuelle, crise de l’endettement, résulte d’une contradiction interne : à savoir que les travailleurs sont en même temps des consommateurs (sont ainsi intimement liés la société de consommation avec la valeur-travail) Or le néolibéralisme en faisant toujours croître la part des revenus du Capital aux dépens de ceux du Travail ne peut faire croître en même temps la consommation qu’au moyen du Crédit… On connaît la suite !

Quant à la liaison historique qui relie les mécanismes politiques et les mécanismes économiques pour aboutir à la situation actuelle, les O.C. non seulement n’ignorent pas la complémentarité de l’Etat et du Marché dans la formation des Nations au XIXe siècle, mais nous en tirons une conséquence fondamentale dans notre « stratégie de la transformation » : croire que la prise préalable du pouvoir d’Etat rendra possible l’émancipation économique est une illusion qu’il faut cesser de propager si les erreurs du « socialisme réel » et de la « social-démocratie » ne doivent plus être répétées.

3- L’opposition croissance/décroissance est-elle un raccourci simplificateur ?

Dans un premier temps, ne faut-il pas assumer cette « simplification » ? Oui, les O.C. désirent s’émanciper des illusions et des aliénations de la religion de la Croissance. Manière de ne pas distinguer entre économie, écologie, social, politique, humain : car, il serait bien « abstrait » de laisser croire que l’imaginaire de la croissance qui serait à dénoncer en économie devrait être ménagé et développé dès qu’il s’agirait du social. Concrètement, le « paradigme de la décroissance » ne peut pas être découpé en tranches.

Maintenant la « simplification » résulte trop souvent d’une caricature : en dénonçant une croissance infinie, les O.C. ne s’apercevraient pas qu’ils risquent de prôner une décroissance vers le zéro. Pour les O.C., la décroissance c’est d’abord la décroissance des inégalités socio-économiques et de l’empreinte écologique. Or sur ces deux points, il faut une certaine mauvaise foi pour laisser croire que les O.C. seraient des « bisounours » qui rêveraient d’une société à l’empreinte écologique nulle et aux inégalités (économiques, sociales, culturelles) nulles. Une telle société serait une société sans humains. Les O.C. ne sont pas coupés du principe de réalité.

Par delà ces simplifications, il n’empêche que la Décroissance peut bien apparaître aujourd’hui comme ce spectre qui va hanter le XIXe siècle. Autrement dit, si l’on veut conserver un sens au projet politique de « décoloniser notre imaginaire », il faut oser assumer la transformation radicale du projet politique de l’objection de croissance.

4- Les O.C. se préoccupent-ils assez de la question sociale ?

Si « se préoccuper assez de la question sociale » c’est ne se préoccuper que de la question sociale, alors les O.C. acceptent ce reproche. Mais dans ce cas, que cette réponse nous donne droit à poser sans tarder d’autres questions ; que ceux qui nous font ce reproche se demandent s’ils se préoccupent assez de la question écologique, de la question démocratique, de la question anthropologique. Et quand ils répondront en liant toutes ces questions, nous serons ravis de constater que nous pouvions éviter de nous faire de tels mauvais reproches.

D’autant que la question sociale est au cœur de nos propositions ; ainsi nous ne nous contentons pas de demander un revenu inconditionnel de vie, nous l’associons sans hésiter à un revenu maximum.

D’autant que l’effet de masse critique résulte de la conjugaison des forces des initiatives concrètes et des contre-pouvoirs dans les luttes sociales.

Encore un exemple, celui de la gratuité : on peut caricaturer et sous-entendre qu’une telle proposition prouve juste la crasse ignorance des O.C. quant aux dimensions sociales et économiques d’une telle revendication. Mais les O.C. n’ignorent pas que la gratuité (en aval, pour l’usager) a un coût « en amont ». Et que cette « gratuité » résulte bien d’une « collecte » quand elle consiste en une gratuité monétaire (ce qui ne veut pas dire que nous confondons toutes les fonctions de la monnaie : pour évaluer, pour échanger, pour capitaliser). Mais cette gratuité peut d’abord être un droit d’usage gratuit, c’est à dire une mise à disposition gratuite de biens premiers à condition que leur usage soit une condition de l’émancipation (par exemple, un droit souverain à disposer d’une terre pour la cultiver, à condition d’en faire un « bon usage »).

5- La stratégie du « mot-obus » conduit-elle à l’isolement ?

Le présupposé de cette critique c’est d’installer la question politique dans la stricte alternative de l’isolement ou de l’Unité. Or la stratégie de l’Unité est une stratégie électoraliste dont les O.C. veulent à tout prix se méfier. Faire de la politique ; oui. Aller aux élections ; oui pour l’amont du processus électoral. Juger du succès d’une élection au seul critère de la victoire électorale : certainement pas…

L’image de l’obus est certes guerrière ; a minima provocatrice. Occasion alors de rappeler au préalable notre pacifisme radical. Occasion ensuite de signaler que cet « obus » a pour fonction de s’en prendre à une forteresse. Occasion enfin d’accepter que cette forteresse ne pourra jamais « récupérer » la décroissance…

6- Comment finalement la stratégie de la transformation résout-elle les trois problèmes politiques fondamentaux ?

Le sujet de la sortie (Qui ?) : l’effet de masse critique. Le rythme de la sortie (Quand et où ?) : le renversement des stratégies historiques de la Gauche permet à l’Utopie de commencer sans attendre (sin esperar).

La méthode de la sortie (Comment ?) : la radicalité comme cohérence des trois pieds, plutôt que comme intransigeance.

7- Les O.C. sont-ils à l’aise dans chacun des trois pieds ?

Ne nous cachons pas que non. La force des O.C. ce sont leurs idées et leurs initiatives alternatives pour commencer sans attendre la sortie du capitalisme : le pied des expériences et celui du projet.

Faut-il pour autant abandonner le pied des manifestations publiques ? Non, parce qu’il est le pied de la visibilité et des débats. Et surtout n’oublions pas que l’une des ambitions des O.C. est la repolitisation non seulement de l’écologie et de l’économie mais aussi de la politique elle-même ; or, lors des élections européennes de 2009, nombreux furent ceux qui virent dans la présence de la décroissance dans le débat électoral une belle occasion de revenir à la politique (potentiellement des déçus de la politique, de la Gauche et bientôt de l’autre gauche).

Reprocher aux O.C. de se compromettre dans les élections, c’est finalement ne pas avoir compris la « stratégie de la transformation ». Seuls ceux qui en sont encore à croire que toute stratégie de sortie du capitalisme ne peut pas ne pas passer par la conquête préalable du pouvoir avant de changer la société peuvent nous adresser un tel reproche (d’aller aux élections pour aller à la conquête du pouvoir). C’est pourquoi, au sein de notre stratégie, nous voulons d’abord changer la société, sans attendre un pouvoir (d’Etat) dont la possession au sein d’une majorité serait contre-productive.

8- Les O.C. sont-ils des écologistes benêts ?

Très bien de ne pas être un "écologiste benêt" ; mais encore faudrait-il être un "écologiste". Car sinon, cela donne à entendre que tous les écologistes seraient des "benêts". D’autant que s’il est nécessaire d’être "écologiste", cela ne signifie pas que c’est suffisant : évidemment !

Pour ne pas être un « écologiste benêt », alors il faut avoir l’audace d’être un « écologiste radical », c’est-à-dire oser aller "au fond des choses". Plutôt être cohérent qu’intransigeant.

Le "fond des choses", c’est la question du pouvoir. Plus exactement, sa concentration aux mains des élites (finance, politique, média, industrie). A la source de cette concentration, on trouve l’instauration du « système » de l’économie de marché - avec l’économie de croissance qui en est résultée - et l’introduction parallèle de la "démocratie" représentative.

Faire de la conquête du pouvoir un préalable du changement de la société, c’est répéter les mêmes erreurs historiques du "socialisme réel" et de la "social-démocratie". Après les "déçus de la gauche", les futurs "déçus de l’Autre gauche" ? Peut-on faire autrement ? Peut-on changer la société sans prise préalable de pouvoir (de l’Etat, dans les régions, etc.) ?

C’est pourquoi les O.C. proposent une "véritable stratégie de transformation", c’est-à-dire une critique cohérente et anti-systémique du capitalisme, en combinant les expériences des alternatives concrètes et des contre-pouvoirs dans les luttes sociales avec un projet de société, sans dédaigner la visibilité électorale : bref, de quoi commencer sans attendre non pas seulement une « contre-offensive » mais une sortie définitive du capitalisme.

9- Les O.C. valorisent-ils excessivement les communautés traditionnelles du passé ?

Certes, les O.C. n’ont pas le culte de la mode et de la modernité. Le nouveau n’a pas toujours raison. Mais il n’a pas toujours tort. Et c’est bien pourquoi les O.C. veulent avoir un rapport entier au temps ; il ne s’agit plus de répéter une querelle politique des anciens et des modernes, en opposant un passé ringard et folklorique à un avenir radieux et prometteur. Il s’agit tout au contraire de sortir de cette direction linéaire et dirigée du temps à l’image d’une ligne droite. Si les uto-pistes doivent commencer sans attendre, alors plus question de croire en un déterminisme matérialiste de l’Histoire. Est-ce là être « réactionnaire » parce que les O.C. se sont émancipés de l’aliénation du mythe du Progrès ?

C’est dire que les O.C. veulent imaginer une « politique des possibles » : « d’autres mondes sont possibles ». Et dans ces possibles, sans aucune nostalgie d’un retour à la préhistoire, pourquoi la politique devrait-elle s’obliger à ignorer les héritages des autres formes de vie et d’organisation politique ? Pour penser le pouvoir, pourquoi se contenter de commencer avec Machiavel et se priver de méditer sur toutes les recherches d’anthropologie politique ? Savoir que dans des tribus indiennes, il n’y pas de mot pour « chef » pour nous permettre de défétichiser le culte européo-centré pour le pouvoir.

D’autant que ces « communautés traditionnelles du passé » nous apprennent qu’un autre rapport à la Nature est possible ; et cet autre rapport à la Nature est aussi un autre rapport à la Technique, à la Culture, à l’Humain…

10- Les O.C. réduisent-ils la politique à un repli sur des comportements individuels ?

Cette critique revient à traiter les O.C. d’individualistes libéraux qui s’ignorent. Comme si les O.C. misaient tout sur les individus en pensant que les comportements individuels permettront de construire une société humaine et juste.

L’habileté de cette critique, c’est d’essayer de réduire le débat – celui qui porte sur la transition – aux termes de individu/société/Etat ; et d’en déduire que si les initiatives individuelles ne peuvent pas réussir à changer la société alors c’est à l’Etat qu’il faut confier ce rôle historique. Les O.C. acceptent la prémisse : les initiatives individuelles peuvent être plus dépolitisantes que repolitisantes. Et pourtant, nous n’en acceptons pas la conclusion : pourquoi ? Parce que nous ne voulons plus entretenir l’illusion que la prise préalable du pouvoir (surtout celui de l’Etat, car il n’en va peut-être pas de même pour la prise de pouvoir au niveau municipal…) est la condition nécessaire de la transformation de la société.

Et c’est pourquoi, sans attendre, les uto-pistes des alternatives concrètes commencent d’autres mondes possibles. Ces commencements sont particulièrement importants parce qu’ils ne sont pas des initiatives individuelles mais toujours des projets collectifs et associatifs. C’est aussi en ce sens que les O.C. sont résolument des anti-libéraux.

Quiconque s’est déjà impliqué dans les alternatives concrètes et les expériences de contre-pouvoirs a eu la possibilité et la chance de découvrir que le trajet de l’émancipation n’était pas linéairement individuel puis collectif puis politique mais qu’il était beaucoup plus simple et mobilisateur de commencer par s’engager au niveau collectif. Et c’est en pratiquant, que l’exigence de cohérence offre à chacun les possibilités d’approfondir son engagement au niveau individuel et/ou de l’élargir au niveau politique.

11- La simplicité volontaire comme choix de vie délibéré est-elle réservée à une très petite minorité ?

Les O.C. n’ignorent pas que l’idéologie dominante est toujours celle de la classe dominante. Mais pour autant, ils ne veulent pas endosser l’habit de l’avant-garde éclairée qui guidera les majorités aliénées.

A la différence des stratégies traditionnelles de la Gauche, les O.C. veulent marquer une rupture pédagogique : ils ne s’agit plus d’éclairer pour mieux faire ; il s’agit de faire pour (s’)expliquer et comprendre.

Ce qui ne signifie pas un rejet du Projet et de la Théorie (encore une de ces alternatives que les O.C. veulent rompre, comme si on n’avait le choix qu’entre la prise de conscience individuelle et l’enseignement vertical et descendant par ceux qui savent). Certains O.C. d’ailleurs ne sont pas exempts, sur ce point, de manque d’autocritique : car ils ne rejettent l’Ecole que pour mieux imposer leur égocentrisme !

Apprendre à ce décentrer, de soi comme de l’Autorité (du Parti, du Père…), c’est effectivement tout un programme plus politique que psychologique !

Quant à la simplicité volontaire, c’est la caricaturer que de la réduire à un repli individualiste. Car cette simplicité volontaire n’est pas une invention moderne, mais seulement la sagesse dont savaient faire preuve les anciens qui vivaient et respectaient leur appartenance à une communauté : par exemple, ce que George Orwell nomme la « décence ordinaire » n’est vraiment pas un individualisme « bobo » ou « baba » !

12- Les O.C., faute de sens pratique, oublient-ils la modélisation et les expérimentations ?

Si le « sens pratique », c’est la compréhension réfléchie de la pratique, c’est-à-dire la théorie à partir de la pratique, alors ce reproche, en plus d’être injuste, est d’abord une preuve d’ignorance de ce que proposent et vivent les O.C. !

Car précisément, c’est bien par les expériences et les pratiques que les O.C. s’engagent en politique ; par le « pied des expériences ».

Maintenant, si ce reproche signifie que les O.C. sont des uto-pisteurs qui ne peuvent pas décrire à l’avance une société idéale valable pour tous et pour toujours alors les O.C. revendiquent cet absence de sens pratique ! Nous connaissons (parce que nous y vivons) la société que nous rejetons ; nous commençons à être au clair sur trajet pour en sortir ; pour la suite, oui pour l’ouverture des expériences et des discussions…

13- Pourquoi les O.C. préfèrent-ils railler l’Unitude que s’y rallier ?

Parce qu’elle n’est qu’une tactique électorale et que les O.C. même aux élections adoptent une visibilité non électoraliste ; parce qu’elle fait passer les tactiques de la politique (la conquête du pouvoir) avant la stratégie du politique (la sortie du capitalisme).

Parce qu’une victoire de l’autre gauche ne ferait que reprendre les deux étapes que la Gauche historique a toujours empruntées : la conquête du pouvoir pour changer la société.… On ne peut attendre et craindre de cette énième tentative que de nouveaux déçus : après ceux de La Gauche, ceux de l’Autre Gauche ?

Parce que notre « stratégie de la transformation » rompt avec la recherche du minimum dénominateur commun : et que nous préférons « chaîne d’équivalence », « principe d’horizon », « ampliation analogique »…

14- Que peuvent attendre les O.C. d’un Manifeste ?

Certainement pas qu’il annonce de façon prophétique l’avenir et la ligne à suivre.

Que ce Manifeste prenne garde à ne retomber dans aucune des illusions déconstruites par notre stratégie de la transformation. Qu’il suscite le désir de repolitiser la politique…

15- Pourquoi tant de méfiance pour « l’argument de la nécessité » ?

L’argument de la nécessité – la décroissance est nécessaire, inévitable – est le même que celui de l’impossibilité : une croissance infinie dans un monde fini est impossible.

Car une croissance sans fin des inégalités est malheureusement possible dans un monde fini. Les O.C. ne critiquent pas la croissance pour son impossibilité mais pour son absurdité : ils posent ainsi en politique la « question du sens ». Les O.C. ne sont pas décroissants « faute de mieux », ou parce que ce serait « le moindre mal ». Même si les ressources naturelles étaient infinies, les O.C.feraient objection de conscience à la croissance économique.

Parce que la « nécessité » est le contraire de la « liberté ». Et qu’il doit être contradictoire d’utiliser en même temps la nécessité comme moyen et la liberté comme but.

Parce que, dans la tradition socialiste (sous la forme du déterminisme du matérialisme historique), il a souvent servi de justification à l’usage de la violence.

Parce que, dans ce qui se constitue comme tradition écologiste (sous la forme de l’impossibilité d’une croissance infinie), il peut aussi servir à un même usage autoritaire, voire totalitaire.

Parce que ce risque menace, me semble-t-il, les deux travaux les plus proches de notre stratégie : le texte d’André Gorz dans l’Avant-propos du Manifeste d’Utopia et le Manifeste pour une alternative de Patrick Mignard. « La sortie du capitalisme a déjà commencé » écrit André Gorz ; et pour Patrick Mignard : « Toutes les civilisations ont cru en l’éternité de leur existence. Toutes ont disparu. Le système marchand, à l’image de ses prédécesseurs, croit lui aussi en la "rationalité" de son fonctionnement et en l’éternité de sa domination. Lui aussi disparaîtra pourtant dans les affres de ses contradictions poussées à leur paroxysme. » Et pour éviter ce « risque », ils ajoutent le même argument : tant qu’à faire, autant choisir une alternative que subir un « socialisme de guerre » ou un « écofascisme ». Certes, mais ne faudrait-il pas aussi se demander si le refus d’accompagner le capitalisme ne doit pas être aussi un refus d’accompagner la sortie (inéluctable ou nécessaire) du capitalisme ?

Parce qu’il empêche de se demander vraiment pourquoi nous critiquons le capitalisme ? Même si le capitalisme était une réussite du point de vue de ses propres critères (économiques principalement), il faudrait le critiquer. Nous ne critiquons pas le mode de vie d’un capitaliste qui a réussi simplement parce qu’il ne règle pas lui-même la facture réelle de sa réussite (il traite le reste des humains et la nature comme des externalités), nous critiquons ce mode de vie en tant que tel.

A Bayonne, le climat nourrit clochemerle et chronobus Bizi ! Reporterre 2009/08/19 Bizi ! (19 août 2009) A Bayonne, le climat nourrit clochemerle et chronobus. Reporterre. fr

A Bayonne, le climat nourrit clochemerle et chronobus

Les commerçants de Bayonne et Biarritz sont respectueusement priés d’arrêter de faire la guerre aux vélos et aux bus.

Objet : Lettre ouverte au Groupement des Commerçants de la RD 810

Vous avez annoncé lors d’une conférence de presse il y a deux semaines de cela votre décision de fédérer 4 associations de commerçants d’Anglet (Busquet, Saint-Jean, BAB 2 et RD 810) en un groupement unique des commerçants de la RD 810 (ex-RN 10). L’objectif en était de peser de tout votre poids pour, selon le quotidien Sud-Ouest du 31 juillet, demander le retrait définitif du Chronobus.

Le Chronobus est une expérience consistant en l’utilisation d’une voie spécifique, partagée avec les vélos, qui vise à réduire le temps de parcours moyen des bus, et a pour conséquence de rendre leur utilisation plus attractive que la voiture individuelle. L’objectif de cette opération est d’inciter les automobilistes à préférer les transports en commun et rentre ainsi dans l’objectif de la CA BAB (communauté d’agglomération Bayonne Anglet Biarritz) de limiter de 8% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2013.

Depuis votre conférence de presse, vous distribuez un tract demandant aux gens de faire pression pour demander l’arrêt de l’opération Chronobus auprès des élus locaux, et vous envisagez même des recours contre elle au Tribunal administratif.

Oui au Chronobus, à son amélioration et à son développement !

Nous pensons au contraire que non seulement il faut absolument maintenir le Chronobus, mais qu’il faut en outre améliorer et étendre son parcours, développer son usage et continuer à diminuer l’espace urbain dévolu à la voiture qui est aujourd’hui de 40 % dans le BAB (circulation et stationnement) !

Nous comprenons bien que cette période transitoire peut occasionner des difficultés à vos commerces, comme vous l’affirmez pour justifier votre combat, tant que les automobilistes habituels ne se sont pas encore organisés et habitués à ce nouveau mode de déplacement. Mais à terme, n’est-il pas évident que c’est le commerce de proximité qui a tout à gagner dans la diminution drastique de l’utilisation de la voiture en ville, au détriment de ses plus féroces concurrents : les grandes surfaces ?

L’urgence climatique :

Et surtout, n’entendez vous pas les cris d’alarme répétés des climatologues et leurs préconisations ? Le réchauffement climatique et ses conséquences catastrophiques, ce n’est pas pour « après-demain », c’est aujourd’hui que ça se passe, d’ici à la fin du siècle. Pour limiter l’ampleur de cette catastrophe et empêcher les effets de seuil et les risques d’emballement, c’est aujourd’hui même qu’il faut commencer à diminuer radicalement les gaz à effets de serre, dont les transports sont une des plus importantes sources d’émission.

Or, par rapport aux autres agglomérations comparables, le B.A.B. est particulièrement en retard dans ce domaine : 80 % des déplacements s’y font en voiture (et ce chiffre atteint 87 % à Anglet !) et seulement 4 % en transports en commun. Rajoutons à cela que le taux d’occupation moyen des véhicules est de 1,3 passagers et l’on aura toute la mesure du gaspillage insensé quereprésente la manière dont sont actuellement organisés les transports des populations habitant ou fréquentant le B.A.B. Les émissions de Gaz à Effets de Serre du B.A.B. représentent plus d’un million de tonnes d’équivalent CO2 par an : sur ce total, le transport automobile est responsable de 400 000 tonnes à lui tout seul !

Tout le monde est concerné par le changement climatique et l’urgente nécessité de réduire massivement les émissions de Gaz à effet de serre qui en sont responsables : vous-mêmes, vos propres enfants, vos client(e)s. Ne rien faire aujourd’hui revient à se rendre complice d’un véritable crime contre l’Humanité demain.

Se rencontrer pour en discuter ?

Le samedi 29 août, il restera 100 jours exactement avant le COP15 de Copenhague, qui sera le plus grand sommet jamais tenu sur la question du changement climatique. Des gens se mobilisent actuellement à travers toute la planète afin que les mesures à la hauteur de la situation y soient prises, malgré les pressions des lobbies et des intérêts particuliers de toutes sortes.

A l’occasion de ce Jour J – 100, le mouvement Bizi ! organise à 15H00 une balade en vélo de la mairie de Bayonne à celle d’Anglet afin de non seulement appuyer le maintien de la ligne Chronobus mais de demander son extension et sa généralisation la plus ambitieuse possible.

Nous serions tout à fait disposé(e)s à vous rencontrer à cette occasion sur Anglet afin de discuter de cette question avec vous, et de voir comment imaginer des solutions qui puissent rassurer voire satisfaire tout le monde.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations les plus respectueuses.

Pour le mouvement Bizi ! : Maixan Arbelbide, Xabi Betelu, Jean-Noël Etcheverry, Xabier Harlouchet, Marie Larzabal

Camp Action Climat : il y a eu des erreurs. Et alors ? Fabrice Nicolino Reporterre 2009/08/19 Fabrice Nicolino (19 août 2009) Camp Action Climat : il y a eu des erreurs. Et alors ?. Reporterre. Tribune — Notre-Dame-des-Landes fr

Camp Action Climat : il y a eu des erreurs. Et alors ?

« Un mouvement neuf, qui réfléchirait et agirait enfin, pour de vrai, ne pourrait qu’heurter tout ce qui existe. »

Disons-le, la suite est casse-gueule. Pour la première fois en France, un « camp action climat » s’est réuni entre le 3 et le 10 août. Sous la tente, quelques centaines de jeunes venus de partout ont décidé d’agir ensemble, mais hors de tous les comités en place. Lieu : Notre-Dame-des-Landes. Motif : un projet d’aéroport supplémentaire, censé « développer » Nantes et sa région, et qu’applaudissent droite et gauche régionales. Le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault - le pauvre - est un fervent.

Bien. J’ai incité, ici ou ailleurs, à y aller, et moi, finalement, je ne m’y trouvais pas. Ce n’est pas malin, surtout à l’heure des commentaires. J’ai pourtant décidé d’apporter mon grain de sel, surtout depuis que j’ai reçu un courrier de mon ami François de Beaulieu, secrétaire général de Bretagne Vivante. J’espère qu’il ne prendra pas ombrage de ces mots, qui n’engagent d’ailleurs que moi. François tire un bilan inquiet de ce « camp climat », estimant que ces jeunes se sont montrés intolérants avec la presse et peu respectueux de ceux qui devraient pourtant mener le combat, c’est-à-dire les habitants. Il ajoutera les mots qu’il veut, bien entendu, mais il me semble qu’il voit dans le tout comme un détournement d’une lutte populaire naissante, par des incontrôlés.

Là-dessus, Hervé Kempf, que je peux également désigner comme un ami, signe un article dans le quotidien Le Monde http://www.reporterre.net/spip.php?.... Il y décrit le « camp climat », qu’il est allé regarder de près, comme suit : « Le camp a ainsi démontré la possibilité d’une vie sobre et à impact écologique faible. Eoliennes, plaques solaires et générateur à huile végétale assuraient une quasi-autonomie énergétique (la cuisine requérant cependant du bois et du gaz). Les participants se passaient d’équipements consommateurs d’électricité (sauf les téléphones portables), et il n’y avait pas de lumières le soir sauf dans les espaces communs. L’eau était fournie par un agriculteur voisin. Les toilettes étaient sèches, les excréments mélangés à la sciure constituant un compost récupéré pour l’agriculture. La nourriture était issue d’agriculture biologique ».

Et il ajoute en analyse : « Aussi bien dans les villages qu’à l’assemblée générale quotidienne, les décisions sont ainsi prises au consensus. Il n’y a pas de porte-parole, pas d’élu, pas de vote ; mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu’à l’atteinte du consensus sur les sujets débattus. “Le consensus, explique Jean-Pierre, cela signifie que les gens qui ne sont pas d’accord avec la décision sont invités à exprimer la raison pour laquelle ils ne sont pas d’accord, et la décision peut être modifiée de façon à trouver une troisième voie qui va convenir à tous”. »

On peut également lire avec intérêt le reportage de l’envoyée spéciale de Libération, Laure Noualhat http://www.liberation.fr/terre/0104..., qui raconte par le menu un voyage au pays des salades de riz et de la sainte méfiance à l’encontre des « médias dominants ». Qui a raison, qui a tort ? Mais surtout, cela vaut-il la peine de poser la question de la sorte ? Moi qui n’y étais pas, je m’interroge sur le sens profond de ces événements. Et je ne le connais pas. Mais il me paraît certain qu’un mouvement neuf, qui réfléchirait et agirait enfin, pour de vrai, ne pourrait qu’heurter tout ce qui existe. Y compris les organisations en place, aussi respectables soient-elles.

En l’occurrence, je ne doute pas que certains de ces jeunes se sont comportés comme des imbéciles. Il ne manquerait plus que cela, que la connerie soit réservée aux vieux jetons. Mais. Mais toute recherche sociale et politique passe par le dépassement, l’effacement des formes anciennes. Et donc la critique, et parfois l’affrontement avec ceux qui prétendent mieux savoir que quiconque. C’est une loi sociale, qui n’interdit pas les erreurs, les bavures, les impasses même. Je ne prétends pas que ceux du « camp climat » aient raison. Il est même certain qu’ils se plantent sur des bien des points. Et puis ?

N’oublions pas, s’il vous plaît, qu’il s’agit de modifier en profondeur, et très vite, la psyché humaine. De manière à ce qu’elle puisse enfin aborder les problèmes accumulés qui l’attendent sur le chemin. Ceux de Nantes, comme tous les jeunes du passé, déconnent certainement. Mais ils inventent. Et ce n’est pas une petite nouvelle.

Honduras : une oligarchie violente réinstaure la dictature Confédération Paysanne et Attac Reporterre 2009/08/20 Confédération Paysanne et Attac (20 août 2009) Honduras : une oligarchie violente réinstaure la dictature. Reporterre. fr

Honduras : une oligarchie violente réinstaure la dictature

C’est loin, c’est un petit pays. Mais une des lumières de la démocratie qui s’était allumée en Amérique latine est en train de s’éteindre...

Objet : lettre ouverte au Ministre français des affaires étrangères

Monsieur le Ministre,

Nous souhaitons attirer votre attention sur le coup d’état violent et répressif au Honduras.

Les informations récentes que nous recevons des paysans honduriens de notre mouvement, la Via Campesina, montrent à quel point la situation au Honduras se dégrade jour après jour depuis le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Manuel Zelaya, par une oligarchie réactionnaire incarnée par Roberto Micheletti et soutenue par l’armée.

Les observateurs étrangers de la société civile (délégations syndicales ou ONG), qui se sont rendus sur place, attestent de la violence dont font preuve l’armée et la police pour maintenir coûte que coûte au pouvoir leur chef auto proclamé Roberto Micheletti : couvre-feu, répression violente des manifestants, arrestations et détentions arbitraires, personnes disparues… Des témoignages concordants font aussi état de la présence de paramilitaires qui rappellent les tristement célèbres « escadrons de la mort », connus pour avoir liquidé tout opposant pendant les années sombres de la dictature hondurienne.

La semaine dernière, la nuit du 11 août, le bureau de nos camarades paysans de la Via Campesina Honduras a essuyé des tirs d’artilleries et Rafael Alegria, leader paysan et ex porte-parole de Via Campesina, a été emprisonné avant d’être relâché grâce à la pression du mouvement international.

La Coordination européenne Via Campesina, dont est membre la Confédération Paysanne, vient d’envoyer une délégation de deux paysans en solidarité avec le peuple hondurien en résistance. Cette initiative s’ajoute à de nombreuses autres. Chaque jour, des délégations d’observateurs dénoncent de nouvelles atteintes aux droits humains.

Face à cette mise-à-mal de la démocratie, à l’exacerbation des violences faites à la population qui se bat pour le retour du président légitime Manuel Zelaya, face aux risques de déstabilisation politique de la région et face à l’échec actuel des négociations entamées par l’intermédiaire du président du Costa Rica, il est grand temps que la France et ses partenaires européens prennent une position à la mesure des évènements récents.

Alors que de nombreuses initiatives diplomatiques se multiplient, dont la visite de la CIDH (Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme qui dépend de l’Organisation des États américains) au Honduras le 17 août, nous aimerions comprendre pourquoi la France, « le pays des droits de l’homme », reste en retrait.

Nous demandons quelles suites ont été données aux déclarations de l’Union européenne concernant la suspension de « la coopération au développement bilatérale » et quelles sont « les autres mesures ciblées » mises en place pour « rétablir au Honduras la démocratie, le respect des droits de l’homme et l’Etat de droit. »

Il est urgent que l’Union européenne, dont la France, passe des déclarations aux actes pour mettre fin aux violences.

Nous serons attentifs à la réponse que vous apporterez à ce courrier dont nous vous remercions par avance.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre, nos salutations respectueuses.

Philippe Collin Porte-Parole de la Confédération paysanne

Gilles Lemaire Membre du Bureau d’Attac France

Greenpeace et la prolongation des centrales nucléaires : quid ? Mathias Goldstein Reporterre 2009/08/20 Mathias Goldstein (20 août 2009) Greenpeace et la prolongation des centrales nucléaires : quid ?. Reporterre. Tribune — fr

Greenpeace et la prolongation des centrales nucléaires : quid ?

Alors que EDF voudrait pouvoir allonger la durée de fonctionnement des réacteurs nucléaires de trente ans à quarante, voire soixante, la position de Greenpeace sur ce sujet semble incertaine.

D’un côté, on peut lire :

Dans Direct Matin n°495, 29 juin 2009 :

"« Mieux vaut prolonger les centrales qu’en construire de nouvelles » Entretien avec Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France.

- Une grande partie des centrales pourrait voir leur vie prolongée de dix ans, voire même de vingt ans. On éviterait ainsi de se lancer à corps perdu dans un renouvellement du parc qui compromettrait la mise en oeuvre de toute vraie solution face aux changements climatiques. Mais prolonger la vie de véritables poubelles comme la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, en Alsace, est une aberration. En France, les bénéfices opérationnels issus de cette prolongation devraient être investis exclusivement dans le changement de notre modèle de production et de consommation de l’énergie." [...]

et dans Le Monde du 7 juillet 2009 :

Le "gendarme du nucléaire" ausculte les centrales

[...] "Pour Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France, fer de lance de la lutte antinucléaire, "une grande partie des centrales pourrait être prolongée de dix, voire vingt ans". Cela éviterait de "se lancer à corps perdu dans un renouvellement du parc qui compromettrait la mise en oeuvre de vraie solution face au changement climatique". A condition, dit-il, que la décision s’inscrive dans une politique de sortie progressive du nucléaire et que les bénéfices de la prolongation soient investis dans les renouvelables et les économies d’énergie." [...]

De l’autre, le 8 juillet 2009 sur le web de Greenpeace France, on peut lire :

"Nucléaire : rien ne peut justifier la construction de nouveaux réacteurs ou la prolongation des anciens !

« L’arrêt des centrales en fin de vie est une très bonne occasion de sortir de l’énergie nucléaire. Toute prolongation est contraire à la volonté annoncée d’une politique ambitieuse d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelable ! ajoute Yannick Rousselet (chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace France). [...] » "

- Alors, quelle est réellement la position de Greenpeace sur la prolongation des vieilles centrales ?

- Pascal Husting, souhaite-t-il que Greenpeace devienne coresponsable du désastre en cas d’accident sur une des centrales ainsi prolongées ?

Le comité de la transparence nucléaire un peu plus opaque Cedra Reporterre 2009/08/21 Cedra (21 août 2009) Le comité de la transparence nucléaire un peu plus opaque. Reporterre. fr

Le comité de la transparence nucléaire un peu plus opaque

Le sénateur Bruno Sido, partisan invétéré de l’enfouissement des déchets nucléaires dans l’est de la France, est nommé au « Haut comité pour la transparence » nucléaire.

L’une des caractéristiques essentielles du domaine nucléaire, chacun le sait, c’est la TRANSPARENCE. Elément si naturel que les pouvoirs publics ont quand même cru bon voici trois ans de créer un barbaresque HCTISN (Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire) (1).

Que fait ce « Haut comité », au qualificatif si peu modeste ? Et -surtout- de qui est-il composé, car de la nature de ses membres va dépendre sa ligne de conduite : aiguillon salutaire ou cache-misère supplémentaire ? Le CEDRA, qui suit de près les « affaires » nucléaires, vient d’avoir une grosse surprise concernant, justement, la nomination d’un titulaire : le sénateur Bruno Sido.

L’information est de taille, on va le voir. Pourtant, qui, même dans les milieux habituellement concernés, a eu vent de cette désignation ? Pourquoi n’a-t-elle pas transpiré, ou si peu, alors qu’elle remonte au 15 mai dernier (2) ? Mais c’est de par les fonctions et le profil de l’intéressé que le choix du sénateur Sido relève du gag.

Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne (Champagne-Ardenne), également président du Conseil général de ce département, compte assurément en matière(s) nucléaire(s). Monnayant les atouts de ce qui ne lui appartient pas, le sous-sol local, il s’est fait l’allié fort opportun(iste) de l’industrie de l’atome. Celle-ci, submergée par ses rebuts ingérables, peut à loisir fouiller les entrailles de la terre pour y préparer à Bure (Lorraine/Champagne) un immense dépotoir atomique souterrain. Pour B.Sido, devenu gardien de la transparence, il ne s’agit que d’un « laboratoire scientifique ». Scientifric disent certains, tant pleuvent les millions d’euros (3), ces millions qui font tant défaut ailleurs. Ces millions qui devaient sauver la Haute-Marne, foi de B.Sido, et qui bien au contraire voient (causent ?) un véritable effondrement démographique ces dernières années !

Bruno Sido, sénateur, et à ce titre rapporteur de la loi sur l’eau récemment. Grand spécialiste s’il en est , d’autant que le large secteur de Bure est reconnu depuis des lustres comme un véritable « château d’eau » naturel. Mais pour B.Sido, devenu gardien de la transparence, pas un mot pour informer que cet or bleu, cette richesse à court terme, aurait pour avenir de se voir pollué par la poubelle radioactive souterraine. Un B.Sido qui omet également et superbement de faire savoir que des études scientifiques indépendantes prédisent le pire : le déplacement de cette contamination souterraine non seulement sur tout le Bassin de la Meuse mais également vers le Bassin parisien dans son ensemble (4).

Bruno Sido, sénateur, et qui à ce titre a débattu et voté une loi en juin 2006 déterminant l’avenir des déchets nucléaires (et des générations qui nous suivront) pour les milliers d’années à venir. Pour B.Sido, les déchets nucléaires dits ’FAVL’ (faible activité-vie longue) -actuellement sous les feux d’une forte actualité- seraient « un petit truc » (5). Devenu gardien de la transparence, il s’est bien gardé de signaler les études d’organismes officiels (6) qui elles, et au contraire, font peur. B.Sido qui, en tant que président du Conseil général de Haute-Marne, pousse les municipalités du département à se porter candidates à un enfouissement de ces poisons dits ’FAVL’, escamotant de crues réalités : la géologie qui ne s’y prête absolument pas (St Blin, Juzennecourt, vallée du Rognon, etc), la recherche de l’appellation « champagne » et la proximité immédiate d’un futur parc naturel national (Bricon, Semoutiers-Montsaon) (7)

Bruno Sido, à qui la loi « déchets nucléaires » de juin 2006 a donné de nouvelles prérogatives : le choix du président du « Comité local d’information et de suivi » du projet d’enfouissement de Bure (Clis). Et qui B.Sido, de concert avec son homologue Christian Namy (président de Conseil général de Meuse), a-t-il nommé ? Le député Christian Bataille, concepteur de la loi « déchets nucléaires » de décembre 1991 et fanatique de l’enfouissement des poisons nucléaires (pour se débarrasser du problème). Mauvaise pioche pour B.Sido. Se croire au-dessus de tout et de tous a ses limites. Les associatifs siégeant au Clis ayant boycotté ce Comité manipulé, ayant informé, dénoncé, interpellé.... le sieur Bataille voici peu vient de s’enfuir, l’oreille basse.

Bruno Sido, sénateur, et à ce titre rapporteur de la récente loi Grenelle sur l’environnement. Un B.Sido, devenu gardien de la transparence, qui avait alors relégué dans l’obscurité des placards la question du nucléaire, et donc les problèmes que pose celui-ci. Un Grenelle dont nombre de laudateurs d’hier découvrent aujourd’hui l’envers des discours. Sentiment largement partagé et synthétisé par l’un de ses acteurs : « L’exemple du Grenelle illustre à merveille cette technique qui consiste à parler beaucoup et agir peu. Ou pire, agir à l’opposé de ce que l’on dit, délégitimant encore un peu plus les propos émis par la puissance publique ».

Alors, la désignation du sénateur Sido pour siéger au Haut comité pour la transparence sur le nucléaire : le gag de l’été pour dérider une situation générale bien sombre, ou une illustration supplémentaire de la duplicité de ceux qui gouvernent et de l’état de l’Etat ?

Le cas Sido porte à la caricature ce qu’est devenu notre système de « gouvernance ». Un système d’usurpation dans lequel les populations se retrouvent de moins en moins, ou plus du tout. Un système qui pousse nos concitoyens-concitoyennes à reprendre leurs affaires en main. On vient de le voir, de manière fracassante, avec les déchets nucléaires dits ’FAVL’ où les fossoyeurs (pouvoirs publics, élus locaux, Andra) viennent de se faire mettre à la porte des deux communes où ils avaient jeté leur dévolu... L’avenir est encourageant, aidons-le !

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Notes :

(1) Loi TSN du 13/06/2006 (article 23 à 27)

(2) Décret du 15 mai 2009 portant nomination de membres du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire.

(3) 20 millions d’euros, par an, et pour chacun des départements de la Haute-Marne et de la Meuse voisine.

(4) extrait voir : http://burestop.free.fr/spip/spip.p....

(5) L’affranchi de Chaumont du 27.06.08 + La Croix de la Haute-Marne du 27.06.08.

(6) ASN et CNE par exemple voir http://www.sortirdunucleaire.org/ac....

(7) Montsaon la superbe : seule commune de Haute-Marne a posséder 4 fleurs au concours des villes et villages fleuris (sur 12000 postulants par an en France seuls 250 obtiennent le label 4 fleurs). Parc naturel national : avec à ses portes le site « secret » de Valduc (commissariat à l’énergie atomique) et ses rejets radioactifs...

(8) « Agir pour l’environnement » - Bulletin trimestriel n° 24 - été 2009.

Limitons la vitesse à 60 km/h Samregarde Reporterre 2009/08/21 Samregarde (21 août 2009) Limitons la vitesse à 60 km/h. Reporterre. Tribune — Transports fr

Limitons la vitesse à 60 km/h

Le meilleur moyen de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports...

Ces temps de crise sont souvent propices à l’émergence d’idées nouvelles, et offrent souvent les conditions nécessaires aux changements en rapport.

Le document ci-joint propose une telle idée, dont la nature n’est pas technique, mais plutôt très pragmatique. Elle pourrait révolutionner l’univers des transports.

L’analyse des données les plus fondamentales (disponibilité des ressources s’amoindrissant, perspectives de croissance automobile insoutenables, techniques alternatives impuissantes en l’état, aliénation des comportements), permet de dégager une idée force : dans un monde ou l’être humain fait de plus en plus sentir le poids de ses actions, la décroissance doit passer par certains facteurs physiques avant tout. En matière de transport, la variable d’ajustement est la vitesse. Il convient en période d’urgence de la réduire drastiquement.

La proposition de réduire la vitesse maximale autorisée sur route à 60km/h de façon « universelle » pourra choquer ou faire rire. A la réflexion il n’en reste pas moins qu’elle constitue une solution à très court terme à de nombreux problèmes (énergétiques, environnementaux, économiques, industriels...). Ses conséquences vertueuses dépassent de très loin le simple cadre des transports (on peut citer l’urbanisme, la relocalisation économique, la ressocialisation des espaces, la réduction de la fracture technologique, etc...).

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SOMMAIRE

AVANT PROPOS CANDIDE

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE : LES SOLUTIONS TECHNIQUES

Idée reçue 1 : il y a bien assez de pétrole pour tous et pour des décennies encore Idée reçue 2 : améliorons simplement le rendement des véhicules « standards » Idée reçue 3 : remplaçons les produits pétroliers par les agrocarburants Idée reçue 4 : passons à la propulsion électrique Idée reçue 5 : vive la voiture hybride Idée reçue 6 : l’air comprimé comme vecteur énergétique Idée reçue 7 : la solution est la voiture à hydrogène Idée reçue 8 : « ils » vont bien inventer/trouver quelque chose au moment voulu

DEUXIEME PARTIE : LES SOLUTIONS COMPORTEMENTALES

La solution de l’autolimitation et les changements d’outils

TROISIEME PARTIE : LIMITER LA VITESSE DE MANIERE DRASTIQUE

Avantage 1 : limiter la consommation d’énergie, tout en permettant l’émergence de nouvelles techniques Avantage 2 : limiter l’impact des gaz à effet de serre Avantage 3 : favoriser les comportements les plus sobres Avantage 4 : permettre l’instauration d’une taxe carbone Avantage 5 : relocaliser et restructurer l’économie Avantage 6 : Donner la possibilité aux citoyen d’être acteurs du changement Avantage 7 : faire sortir du marasme une industrie automobile en panne, et au-delà une économie en récession Avantage 8 : diminuer le coût social et financier des accidents de la route

CONCLUSION

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Avant-propos candide

Au commencement de l’Histoire il y avait l’Homme, qui ne pouvait compter que sur ses propres forces. Après sans doute bien des tentatives et des échecs, Il parvint à dompter l’Animal, lequel lui fournît un surcroît de force dans son travail. La vie devint ainsi plus facile par certains aspects. D’ères en époques, l’Homme constata que mettre ses congénères au travail pour ses besoins personnels accroissait encore sa capacité d’agir. Ainsi certains individus se croyaient-ils puissants, ainsi se pensaient-ils libres. Mais l’Homme comprit un jour, au cours d’un cheminement difficile qui conduisait vers une société plus juste, que cela avait une conséquence désastreuse pour nombre de ses frères, qui d’esclaves devinrent alors citoyens. Par coïncidence (?) il réussit dans le même temps à remplacer la force musculaire par la force mécanique. Durant deux siècles, il se montra d’une ingéniosité prodigieuse, inventa toutes sortes de machines, se déplaça d’un bout à l’autre de sa planète, profitant de l’équivalent en puissance de plusieurs dizaines d’esclaves mis de la sorte à son service. Cette fois, il était vraiment libre, se disait-il. Hélas, en plus de certains de ses semblables, c’est sa propre planète qu’il exploitait dès lors sans vergogne pour alimenter les besoins toujours croissants de ses inventions. Cette Terre, devant le pouvoir fabuleux de son hôte, commença à donner des signes de fatigue inquiétants. Il devint bientôt évident qu’elle ne serait plus à même d’assurer sa mission. l’Homme regardait cela mais, ivre de sa propre réussite et confiant en son destin, ne voulait pas y croire. Pourquoi et comment se départir, au moins temporairement, d’une partie de ce pouvoir ? Il ne voyait pas encore que sa soif inextinguible de puissance l’entraînait vers la déchéance et le chaos. De maître, il allait devenir esclave, faute de savoir contrôler ses ambitions.

Introduction

Nous voici donc à l’heure où les grandes puissances commencent à constater avec hébétude les conséquences de la folie dans laquelle nous a plongé la quête d’une puissance illimitée. La crise économique actuelle n’est qu’un corollaire navrant des inconséquences de nos comportements boulimiques. Nombreux sont ceux qui prennent conscience aujourd’hui que toute exploitation non raisonnée conduit tôt ou tard à la déroute, à la misère, à l’esclavage, à la mort.

Il est un exemple illustrant parfaitement ce récit : les transports routiers motorisés. Ils représentent tout à la fois le symbole d’une certaine puissance, d’une forme de liberté et de rêve pour tous, tout en étant responsables de plus de 40% de la consommation pétrolière mondiale selon l’observatoire de l’énergie (alors que les transports totaux en représentent 60%), et de plus de 17% des émission de CO2 (secteur en très forte croissance). En France, les transports motorisés utilisent 56% du pétrole consommé, et sont responsables de 27% des émissions de gaz à effet de serre dues à l’activité humaine. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, le maintien des politiques énergétiques actuelles se traduira à l’horizon 2050 par une augmentation de la demande en pétrole de 70% (tandis que les émissions mondiales de CO2 augmenteront de 130 %). Cette tendance lourde est principalement liée au transports. Dans ce contexte, les réserves prouvées ne devraient alors être capables, selon les pétroliers eux-mêmes, de fournir matière à carburer que pour les 35 années à venir. Et encore, en supposant que nous en restions à notre niveau actuel de consommation ! Le moment crucial, économiquement et symboliquement parlant, sera en réalité représenté par l’instant où la demande excédera l’offre, et où l’offre sera de plus en plus difficile à assurer à un coût acceptable. Or, cet instant est proche.

La crise énergétique est pour très bientôt. Elle touche même déjà certains pays, avec son cortège de conséquences allant de la hausse des prix des biens essentiels à la naissance des conflits les plus violents. Elle devrait vraisemblablement s’accompagner des conséquences d’une autre crise d’envergure planétaire, climatique cette fois, engendrée par les mêmes causes. Malgré l’imminence de ces deux crises, toutes deux fortement liées aux transports, il faut bien avouer que nous ne bougeons guère, bercés par les effets d’annonces de constructeurs présentant des modèles « propres et économiques » , d’ingénieurs promettant des avancées techniques définitives, « d’experts » ne voyant aucun problème de ressource ou de pollution, ou de politiques se réclamant de la paradoxale et par certains côtés absurde, « croissance verte »...

Pourtant, envisagés à l’aune d’une population mondiale qui devrait atteindre d’après l’ONU 9 milliards d’habitants à l’horizon 2050, et dont une majeure partie souhaite vivre « à l’occidentale », ces effets d’annonces trop entendus se révèlent n’être que de simples idées reçues : des slogans formulés par la cupidité des uns, servant d’alibi à l’immobilisme des autres. Un passage en revue de ces idées permettra de mieux comprendre les tenants et aboutissants de la consommation énergétique liée aux transports routiers, et ouvrira des perspectives sur les solutions réellement envisageables, tout en donnant à réfléchir sur l’ampleur du défi qui nous attend. Nous postulerons en dernier ressort que si des alternatives techniques, comportementales et organisationnelles s’imposent absolument, elles ne peuvent être mises en place que dans un cadre légal fondamentalement modifié.

Des pesticides par avion contre la chrysomèle MDRGF et WWF Reporterre 2009/08/22 MDRGF et WWF (22 août 2009) Des pesticides par avion contre la chrysomèle. Reporterre. Pesticides fr

Des pesticides par avion contre la chrysomèle

La chrysomèle est un ravageur du maïs qui gagne du terrain en France. Mieux vaudrait y répondre par la rotation des cultures que par des pesticides répandus par avion.

Traitement de la chrysomèle du maïs par épandage de deltaméthrine en Rhône-Alpes : un nouveau risque de crise sanitaire et environnementale ?

Alors qu’un champ de maïs situé dans l’Ain a été touché par une infestation de la chrysomèle du maïs et doit faire l’objet d’un épandage aérien massif d’insecticides, le WWF-France, le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) et la Mairie de la commune de Leyment redoutent des répercussions sanitaires et environnementales de ce traitement.

Cela fait maintenant quelques années que la chrysomèle, coléoptère dont la larve se nourrit des racines de maïs, est apparue sur le territoire français. Force est de constater que les luttes pesticides n’ont eu aucun impact sur cette espèce invasive. Devant une généralisation des alertes en France (Alsace, Bourgogne, Rhône-Alpes), le WWF-France et le MDRGF demandent à ce que des méthodes non chimiques et donc non polluantes et sans impacts potentiels sur la santé humaine soient appliquées.

« Alors que les épandages de pesticides par voie aérienne sont interdits en France, il est surprenant qu’une telle solution soit envisagée sur une parcelle de Maïs proche d’habitations et d’une ressource en eau potable. La question du risque sanitaire pour les riverains est entière, il faudrait à minima évacuer les populations à risque » précise Cyrille Deshayes du WWF-France.

Le produit principal utilisé est la deltaméthrine qui est classé Toxique (T) et dangereux pour l’environnement (selon la base institutionnelle Agritox). Pourtant la législation sur les épandages aériens de mars 2004 interdit dans son article 5 l’utilisation des substances T ou T+ (Très Toxique) au sens de l’article L.5132-2 du code de la santé publique.

« L’utilisation de ces produits ne peut se faire au vu de leurs caractéristiques de toxicité et du fait que ses substances soient aussi classées comme Perturbateur Endocrinien par l’Union Européenne. Quel serait le prix à payer d’un point de vue sanitaire et quel bénéfice réel ? » s’interroge François Veillerette, Président du MDRGF.

En effet, la lutte chimique n’a rien prouvé sur les campagnes puisque la chrysomèle gagne toujours du terrain. L’agriculture se borne à une dépendance chimique alors que des solutions agronomiques alternatives existent. « La seule solution à long terme reste donc la rotation des cultures » précise Cyrille Deshayes.

Le WWF et le MDRGF demandent donc aux Préfectures de revoir immédiatement leurs plans de lutte locaux, pour gérer cette crise et demandent au Ministère de l’Agriculture d’imposer la rotation de la culture de maïs sur l’ensemble du territoire national pour la campagne 2010.

Relocalisons Copenhague ! Par Julien villalard Reporterre 2009/08/22 Par Julien villalard (22 août 2009) Relocalisons Copenhague !. Reporterre. Tribune — fr

Relocalisons Copenhague !

Nous voulons faire du grand raout climatique, en décembre, une quinzaine des alternatives locales.

Du 7 au 19 décembre 2009 aura lieu la Conférence de Copenhague, dont l’objectif est de donner suite au protocole de Kyoto.

A l’occasion de cet événement, une mobilisation internationale visant à faire pression sur les négociateurs est programmée. Des délégations du monde entier iront à Copenhague et organiseront sur place des actions.

Si envoyer des délégués susceptibles de suivre et, si possible, d’intervenir dans les négociations nous semble indispensable, nous trouvons aussi cela notoirement insuffisant, et certainement pas à la hauteur des enjeux.

En effet, depuis la signature de Kyoto en 1997, la situation a beaucoup empiré, mais elle a aussi évolué en termes d’alternatives :

- Elle a empiré car, alors que les causes humaines des dérèglements climatiques sont désormais irréfutables, ces derniers ne cessent pourtant d’augmenter du fait de la logique d’un système qui ne peut que fonctionner sur la base d’un productivisme et d’une surconsommation toujours croissants. Pour l’heure, la collectivité scientifique internationale préconise une diminution de 50% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 (soit plus de 80% pour les pays riches) afin de rester en deçà de l’augmentation globale de 2°C de température au-delà de laquelle la situation deviendra incontrôlable. Cet objectif est inatteignable dans le cadre de ce système, et cela même si toutes les volontés s’y attelaient, ce qui est loin d’être le cas. Si on ajoute à ce constat les effets cumulatifs des récentes crises financière, alimentaire, des divers conflits armés, on ne peut que craindre le pire pour l’avenir.

- Les choses ont cependant évolué car, face à cette situation, un mouvement aux multiples formes s’est constitué et se développe : prises de conscience et de responsabilité individuelles, alternatives de toutes sortes, projets politiques portés par des mouvements comme ceux de la décroissance, des villes en transition... Parmi les caractéristiques communes à ces mouvements, outre la nécessaire sobriété individuelle et collective, une démarche essentielle est la mise en place par les populations elles-mêmes, sur les lieux où elles vivent, d’une relocalisation de toutes les activités qui peuvent l’être, tant aux niveaux écologique, économique et social que politique.

La tenue de la Conférence de Copenhague est une occasion unique de mettre en lumière et de renforcer ces mouvements, ainsi que l’alternative globale dont ils sont porteurs : ce projet de société radicalement opposé à celui des fossoyeurs de notre planète. Car il s’agit bien aujourd’hui de l’affrontement de deux modèles de société, l’un mortifère, l’autre garant de la vie sur terre.

C’est pourquoi nous proposons de relocaliser Copenhague. Beaucoup d’entre nous n’iront pas à Copenhague, pour des raisons de choix ou tout simplement par manque de disponibilité ou de moyens. Nous ne voulons pas pour autant rester spectateurs de la comédie qui risque de s’y jouer.

Nous proposons donc :

- de créer partout des collectifs locaux, regroupant et fédérant sur le terrain, autour de mobilisations locales, les alternatives et initiatives de tous ordres ;

- de programmer des actions à définir ensemble dans la période de la Conférence, avec un point culminant le 12 décembre, journée de mobilisation internationale ;

- de préparer un appel international à la création de collectifs.

Premiers signataires : Michel Bernard (Revue S !lence), Brigitte Beroldo (Décroissante), Brigitte Bonnefille (AdOC France), Thierry Brulavoine (AdOC France), Alain Dordé (Les Amis de la Terre France), Jean-Michel Duclos (AlterEkolo Auvergne), Clément David ( HALEM), Thierry Eraud (Militant anti-OGM), Frederic Geral (Le Sens de l’Humus), Jean-Louis Gueydon ( Fondation pour une Terre Humaine ) ,Gilbert Haumont (Objecteur de crossance) , Bernard Legros (AdOC Belgique), Pierre Lucot (Utopia), Alicia Merino (Le Sens de l’Humus), Corinne Morel-Darleux (Parti de Gauche), Serge Muller (Amis de la Conf’), Reginald de Potesta de Waleffe (AdOC Belgique), François Schneider (Objecteur de croissance), Christian Sunt (AdOC France).

Premiers soutiens : les Objecteurs de Croissance (AdOC), la délégation des Alternatifs à la Semaine de résistance, Fondation pour une Terre Humaine (FTH)

Des écologistes s’opposent au développement des TGV Hervé Kempf Reporterre 2009/08/24 Hervé Kempf (24 août 2009) Des écologistes s’opposent au développement des TGV. Reporterre. fr

Des écologistes s’opposent au développement des TGV

Des écologistes contre les TGV ? L’hypothèse semblait improbable il y a peu. Les trains à grande vitesse apparaissaient comme le symbole d’une victoire environnementale sur les avions et les voitures. Et c’est sans difficulté que le Grenelle de l’environnement a produit un schéma de développement de nouvelles lignes à grande vitesse (LGV) de près de 2 000 km, avalisé par le Parlement, en juillet, puis par le gouvernement (Le Monde du 11 août).

Mais, dans plusieurs régions, les projets suscitent une vive contestation. Et des écologistes estiment que la modernisation du réseau existant, beaucoup moins coûteuse et sans impact environnemental, doit être étudiée beaucoup plus attentivement.

« Toute création de nouvelle ligne est pénalisante pour l’environnement », reconnaît Jean Sivardière, président de la Fédération nationale des associations d’usagers de transport (FNAUT), pourtant favorable au développement des TGV. Dans la Bresse, région de bocage et de zones humides, le projet Dijon-Lyon aurait « des conséquences irrémédiables sur des espèces protégées, car entraînant la destruction de zones naturelles classées (ZNIEFF) et rendant impossibles des corridors écologiques », écrit Thierry Grosjean, président de la CAPEN, une des associations de Saône-et-Loire qui se battent contre le projet.

Dans le Sud-Ouest, on redoute la répétition des destructions occasionnées par l’autoroute Pau-Langon, en cours de construction : « La LGV Bordeaux-Hendaye est aussi inutile et destructrice que l’A 65 », affirme Denise Cassou, de Landes Environnement Attitude. Sur le tracé Tours-Bordeaux, « l’atteinte à l’environnement est énorme, affirme Patrick Lantrès, du Comité TGV Réaction Citoyenne, dans le Poitou. Le projet a été conçu pour minimiser les dépenses de protection de l’environnement ».

La création de gares en rase campagne est aussi dénoncée : « Nous y sommes radicalement opposés, explique M. Sivardière. Soit elles rendent nécessaire pour s’y rendre de prendre la voiture, et l’on perd le gain environnemental du TGV, soit elles sont desservies par car, mais alors on perd le gain de temps. »

Ces nuisances sont d’autant moins acceptées que l’utilité des lignes nouvelles est souvent contestée. « Un record de vitesse a été battu en 1955 sur la ligne Bordeaux-Dax, à 300 km/h, ironise Simon Charbonneau, de Landes Graves Palus Environnement. Cela signifie que, si on l’ajustait, des trains classiques pourraient y rouler à 250 km/h. »

Le député Vert de Gironde, Noël Mamère, complète l’argument : « Compte tenu des coûts financiers et environnementaux entraînés par la création de ces voies nouvelles, la grande vitesse ne peut se réaliser qu’au détriment du réseau ferroviaire existant. Mieux vaut se contenter d’utiliser les voies existantes, en les modernisant. »

« Le problème, poursuit M. Sivardière, est que pendant qu’on investit pour faire de nouvelles lignes de TGV, on ne fait rien sur le réseau classique. La FNAUT a fait une étude, concluant que 10 milliards d’euros suffiraient à moderniser le réseau classique. A comparer aux 15 milliards que coûtera la ligne TGV en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un kilomètre de TGV, c’est 20 millions d’euros ; moderniser une ligne, 2 millions. »

De surcroît, les nouvelles lignes à grande vitesse nuiraient en fait l’aménagement du territoire : « Le TGV est conçu pour les villes d’échelon européen tous les 400 km, mais il pousse au déclin des villes moyennes », affirme Victor Pachon, de la Coordination des associations de défense de l’environnement (CADE), en Pays basque. Cela explique ce qu’observe M. Charbonneau : « Il y a un divorce : les élus de base sont plutôt du côté des associations, alors que les grands élus soutiennent toujours les grands projets. »

La polémique a aussi un enjeu social : selon M. Grosjean, « les clients des TGV et des liaisons régionales n’appartiennent pas aux mêmes catégories sociales : la grande vitesse génère de l’inégalité ».

Face à ces critiques, la SNCF indique que la construction des lignes n’est plus de sa compétence et renvoie à Réseau ferré de France. RFF répond par une logique de maillage du territoire : « Notre philosophie est de toujours chercher quel sera le service pertinent, dit Jean-Marc Charroud, responsable des grands projets à RFF. Pour que les lignes nouvelles soient efficaces, il faut qu’elles soient correctement reliées. » Mais pour lui, l’angoisse des villes moyennes est infondée : « Il ne faut pas les opposer aux grandes agglomérations : le coeur de ville ne va pas vivre parce qu’un train non rapide y passera, mais parce qu’il sera relié à une agglomération qui est un poumon régional. » Au total, le débat sur les nouveaux TGV renvoie à une vision différente de l’avenir. Pour M. Sivardière, « il faut raisonner sur vingt ans : le pétrole sera rare et cher, le climat sera dégradé, il y aura un report quasi autoritaire du fret routier vers le rail et le maritime ». Tout en revendiquant la modernisation des lignes classiques, la FNAUT accepte donc la majorité des nouvelles lignes annoncées en juillet.

Mais pour d’autres, c’est le développement de la mobilité lui-même qui pose problème : « Notre position, explique M. Pachon, est qu’il faut une décroissance des transports. On nous explique que le développement du TGV dégagera des lignes pour le fret. Mais cela n’a pas de sens par exemple d’envoyer des pommes de terre belges se faire conditionner en Italie. Il faut se poser la question de la société que l’on veut. »

Pays pauvres : vers une nouvelle crise de la dette Eric Toussaint Reporterre 2009/08/24 Eric Toussaint (24 août 2009) Pays pauvres : vers une nouvelle crise de la dette. Reporterre. Tribune — fr

Pays pauvres : vers une nouvelle crise de la dette

Qui paye la crise du capitalisme ? Sur le plan international, ce sont les pays les plus démunis.

Bien qu’il représente une ponction très importante sur les recettes des pouvoirs publics , le remboursement de la dette publique, entre 2004 et 2008, n’a pas constitué un grand problème pour la plupart des pays à moyens revenus et pour les pays exportateurs de matières premières en général. En effet, la plupart des gouvernements de ces pays trouvaient facilement des prêts à des taux historiquement bas leur permettant de trouver les fonds nécessaires. Néanmoins, la crise de la dette privée qui a éclaté dans les pays les plus industrialisés en 2007 a modifié radicalement les conditions d’endettement des pays en développement (PED), qui se dirigent vers une nouvelle crise de la dette.

Au cours des deux siècles précédents de l’histoire du capitalisme, plusieurs crises internationales de la dette ont éclaté (on en compte trois au 19e siècle et deux au 20e siècle ). Elles ont affecté directement le destin des pays émergents . Les origines des crises et les moments où elles éclatent sont intimement liés au rythme de l’économie mondiale, et principalement de celle des pays les plus industrialisés. Chaque crise de la dette a été précédée d’une phase de surchauffe de l’économie des pays du Centre au cours de laquelle il y a eu surabondance de capitaux dont une partie a été recyclée vers les économies de la Périphérie. La crise est généralement provoquée par une récession ou un krach frappant certaines des principales économies industrialisées. La crise qui a éclaté à partir de 2007-2008 dans la Triade confirme cette « règle ».

Entre 2004 et 2008, une grande partie des PED ont vu leurs recettes d’exportation fortement augmenter en raison de la hausse des prix des marchandises qu’ils vendent sur le marché mondial : hydrocarbures (pétrole et gaz), minéraux et produits agricoles. Cela leur a permis à la fois de puiser dans ces recettes en devises pour rembourser la dette et d’avoir la crédibilité suffisante pour contracter de nouveaux prêts.

De plus, les banques commerciales du Nord, qui avaient fortement réduit leurs prêts à partir de la fin des années 1990 suite aux crises financières dans les PED, ont progressivement rouvert toutes grandes les vannes des prêts de 2004 à 2008 . D’autres groupes financiers privés (fonds de pensions, sociétés d’assurance, hedge funds) ont fourni du crédit aux PED en achetant les bons qu’ils émettaient sur les principales places financières. Des Etats ont également augmenté l’offre de crédits aux PED, de la Chine qui prête tous azimuts au Venezuela qui finance l’Argentine et des pays de la Caraïbe. En général, les taux demandés étaient nettement plus avantageux que ceux qui ont prévalu jusqu’au début des années 2000. Il faut ajouter à cela l’abondant crédit octroyé à l’intérieur des PED par les banques locales ou étrangères qui opèrent au Sud.

Un changement est intervenu avec la crise de la dette privée dans les pays les plus industrialisés en 2007 . Le déclencheur en a été l’éclatement de la bulle spéculative dans le marché de l’immobilier aux Etats-Unis qui a entraîné l’effondrement de plusieurs marchés de la dette privée (marché des subprimes, des ABCP , des CDO , des LBO , des CDS , des ARS …). Cette crise est loin d’être terminée et le monde est seulement en train de découvrir ses multiples répercussions.

Alors que l’argent du crédit coulait à flot jusqu’en juillet 2007, les différentes sources privées se sont taries subitement au Nord. Les banques privées complètement engluées dans des montages chancelants de dettes ont commencé à se méfier les unes des autres et ont rechigné à se prêter de l’argent. Il a fallu que les pouvoirs publics des Etats-Unis, d’Europe occidentale et du Japon injectent massivement et à plusieurs reprises des liquidités (plus de 2 000 milliards de dollars et d’euros en 2007-2009) pour éviter la paralysie du système financier au Nord. Pendant ce temps, les banques privées qui se finançaient en vendant des titres non garantis n’ont plus trouvé acquéreur sur les marchés financiers du Nord. Elles ont dû commencer à assainir leurs comptes en amortissant les énormes pertes dues à leurs opérations aventureuses des dernières années. Pour s’en sortir, elles ont dû faire appel à des apports d’argent frais. Cet argent a été fourni au début par les fonds souverains des pays asiatiques et par ceux du Golfe persique. Ensuite, les Etats du Nord sont venus massivement à la rescousse.

Les banques qui n’ont pas trouvé à temps de l’argent frais ont été rachetées par d’autres (Bear Stearns et WAMU ont été rachetées par JPMorgan) ou par l’Etat (en Grande Bretagne, Northern Rock Bank, Royal Bank of Scotland et l’établissement de crédit hypothécaire Bradford & Bingley ; le gouvernement des Pays-Bas a acheté ABN Amro ; le gouvernement belge a acheté de manière temporaire Fortis Bank pour la revendre ensuite à BNP Paribas ; le gouvernement de Washington a « nationalisé » Freddie Mac et Fannie Mae ainsi que AIG , etc.). La nationalisation de Freddie Mac et de Fannie Mae est un exemple parfait de la privatisation des bénéfices en temps de prospérité économique et de socialisation des pertes en temps de dépression. Ces deux institutions ont été privatisées au moment où elles produisaient de gros bénéfices. Avec la crise dans l’immobilier qui a éclaté en 2007, la situation de Freddie Mac et de Fannie Mae s’est dramatiquement dégradée. Alors qu’elles avaient distribué des dividendes à leurs actionnaires privés en 2007, les deux institutions subitement aux abois ont appelé l’Etat à la rescousse afin qu’il prenne en charge leurs pertes. Leur portefeuille de crédits hypothécaires s’élève à 5 300 milliards de dollars (c’est-à-dire l’équivalent de quatre fois la dette publique externe de l’ensemble des PED). L’éditorial du très néolibéral The Economist du 30 août 2008 déclara lui-même : « C’est le pire aspect du capitalisme : il signifie que les actionnaires et les dirigeants jouissent des profits tandis que les contribuables paient l’ardoise quand il y a des pertes ».

Dans un premier temps, la plupart des PED n’a pas souffert.

En 2007, les Bourses de valeurs d’une série de PED ont vu affluer de l’argent spéculatif qui fuyait l’épicentre du séisme financier, c’est-à-dire l’Amérique du Nord. Les capitaux libérés par l’explosion de la bulle immobilière qui a traversé l’Atlantique d’Ouest en Est (l’Irlande, la Grande-Bretagne, l’Espagne ont été particulièrement touchées et la liste s’est allongée au fil du temps) se sont jetés sur d’autres marchés : les Bourses de matières premières et de produits alimentaires qui sont situées au Nord (renforçant par là même l’augmentation des prix) et certaines Bourses de valeurs du Sud. Mais cela n’a pas duré longtemps : en 2008, toutes les Bourses de valeurs du Sud étaient les grandes perdantes. Certaines d’entre elles sont reparties à la hausse en 2009 (Chine, Taïwan, Brésil, Russie…), mais pour combien de temps ?

Par ailleurs, la décision de la Réserve fédérale des Etats-Unis de baisser à plusieurs reprises son taux d’intérêt directeur a aussi allégé provisoirement le fardeau de la dette du Sud. Mais la situation changea radicalement mi-2008 quand les primes de risque-pays augmentèrent fortement et quand les banques du Nord restreignirent l’offre de nouveaux crédits destinés à refinancer le paiement de la dette. De la même manière, les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances, banques…) réduisirent l’achat de titres de la dette du Sud pour acheter en priorité les bons du Trésor des Etats-Unis. Les prix des matières premières, qui s’étaient maintenus à la hausse jusqu’en juillet 2008, entamèrent une chute brutale. De plus, en 2008-2009, les monnaies des pays latino-américains se dévaluèrent face au dollar. Cela augmenta à nouveau le coût de la dette externe qui se paie majoritairement en dollars.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) confirme : « La crise économique et financière a frappé de plein fouet les économies émergentes (ÉcÉm) au dernier trimestre 2008. La faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, a été suivie par un recul sans précédent de la demande d’exportations, qui a coïncidé avec un important reflux des prêts bancaires internationaux et de l’investissement de portefeuille étranger. Le cours de change de nombreux pays s’est déprécié, la valorisation des actions a baissé et le coût du financement extérieur a fortement progressé. Avec l’atonie de la consommation et des dépenses d’investissement dans les économies avancées, la demande d’exportations des ÉcÉm s’est effondrée, ce qui a accentué l’inversion des flux de capitaux et mis fin à une longue période de croissance tirée par les exportations et soutenue par les entrées de fonds . »

Baisse des réserves en devises des PED en 2008-2009

Toujours selon la BRI, les réserves en devises des PED se sont mises à baisser : « Le stock d’avoirs de change, après avoir culminé en 2008, a fortement diminué dans plusieurs ÉcÉm, s’établissant à plus de 4 300 milliards [de dollars] pour l’ensemble du groupe en janvier 2009. […] Ainsi, au premier trimestre 2009, le niveau des réserves de change était tombé à 80% de celui de juin 2008 en Corée et en Inde, à environ 75% en Pologne et à 65% en Russie. En cas de persistance des chocs extérieurs, ces ponctions soulèvent des interrogations, même si les stocks demeurent abondants, d’après les indicateurs classiques . »

Le ralentissement de la croissance économique, clairement perceptible en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, a entraîné une réduction des exportations de produits manufacturés, principalement par la Chine, le Mexique et d’autres pays asiatiques. La demande interne chinoise ne sera pas en mesure de pallier à la réduction de la demande externe.

Le reflux de l’activité économique dans les pays industrialisés, en Chine et dans d’autres pays asiatiques gros consommateurs de matières premières (Malaisie, Thaïlande, Corée du Sud…), ainsi que la réduction des capitaux financiers disponibles pour spéculer à la hausse sur les marchés du futur, ont entraîné une réduction des prix des hydrocarbures et de quasiment toutes les autres matières premières (y compris les produits agricoles) : « La baisse des dépenses en biens de consommation durable dans les pays avancés pendant le second semestre 2008 a lourdement pesé sur les exportations dans les secteurs de l’automobile et des technologies de l’information (TI). Pour l’automobile, qui représente une part notable du PIB dans plusieurs ÉcÉm (3 % en Turquie, 6 % au Mexique, 8 % en Corée et en Thaïlande et plus de 10 % en Europe centrale), les exportations ont chuté, par exemple de 45 % au Mexique en février 2009 et de 54 % en Turquie au premier trimestre 2009. […] De plus, le ralentissement de la croissance mondiale a précipité un fléchissement des cours des produits de base. Entre juillet 2008 et mars 2009, les cours du pétrole ont cédé 65 %, et ceux des autres produits de base, 34 %. […] Or, les produits de base comptent pour plus de 40 % des exportations en Amérique latine (au-delà de 20 % au Mexique) . »

Il faut y ajouter une forte réduction des transferts des migrants vers leur pays d’origine. Les travailleurs mexicains, équatoriens, boliviens qui travaillent dans le secteur de la construction aux Etats-Unis et en Espagne sont directement touchés par la crise de l’immobilier et perdent en masse leur emploi.

Durcissement des conditions de prêt

Pendant que les recettes des Etats baissent, les dépenses pour le remboursement de la dette augmentent. Les banques réduisent leur offre de crédits et exigent une augmentation des primes de risque. Les pertes que les banques doivent éponger se sont constamment élevées depuis 2007. Le nombre de défauts de paiements a augmenté dans le Nord. Le marché des Credit default swaps, ces produits dérivés non régulés qui étaient censés protéger les détenteurs de créances contre le risque de non paiement, est plongé dans l’incertitude tant les sommes en jeu sont énormes .

Et nous sommes seulement au début de ce durcissement des conditions. En juin 2008, la BRI écrivait : « Même si les primes souveraines (c’est-à-dire les primes de risque que paient les pouvoirs publics aux prêteurs) demeurent bien inférieures aux niveaux observés durant les précédents épisodes de turbulences financières, elles sont beaucoup plus élevées qu’au premier semestre 2007, de sorte que les tensions sur les financements risquent de devenir contraignantes » . La BRI ajoutait un peu plus loin : « En ce qui concerne les entreprises, la hausse récente des primes de risque sur leurs obligations a souvent été plus forte que celle des primes souveraines, ce qui laisse penser que certains emprunteurs commencent à ressentir les effets d’un durcissement des conditions de crédit, après de nombreuses années d’endettement facile . » Puis : « Dans le contexte de turbulences qui frappe les banques des économies avancées, la seconde grande source de vulnérabilité pour certaines économies émergentes est le risque de tarissement des entrées de capitaux bancaires. Par le passé, ces flux se sont inversés brutalement à plusieurs reprises, comme au début des années 1980 pour l’Amérique latine et en 1997-1997, pour l’Asie émergente . »

Dans la version suivante de son rapport, en 2009, la BRI affirme : « En Amérique latine, par exemple, au premier trimestre 2009, plusieurs grandes banques internationales n’ont reconduit que 50–60 % des lignes de crédit commercial octroyées en 2008. […] De plus, les rapatriements de bénéfices se sont fortement accrus dans certains cas, car, à l’instar des banques internationales, nombre de multinationales ont eu besoin de liquidité sur leur marché d’origine. D’après le Centre de développement de l’OCDE, les rapatriements de ressources financières vers les sociétés mères expliquent la chute du réinvestissement des bénéfices et des prêts intragroupes. Puisque la crise actuelle s’accompagne d’une contraction sans précédent de l’activité économique mondiale, il est extrêmement difficile de prévoir quand et dans quelle mesure les capitaux privés reviendront vers les ÉcÉm. »

Conclusions

En conséquence de la crise qui a éclaté dans les pays les plus industrialisés, les conditions de prêts se sont déjà considérablement durcies pour les PED. Les importantes réserves de change qu’ils avaient engrangées ces dernières années ont constitué un amortisseur des effets de ce durcissement, mais elles ne suffiront sans doute pas à les protéger totalement. Certains maillons faibles de la chaîne de l’endettement au Sud sont directement touchés par la chute des matières premières. C’est par exemple le cas de l’Equateur (chute du prix du pétrole) et de l’Argentine (chute du prix du soja exporté). La situation n’est absolument pas sous contrôle et il faut agir résolument pour que ce ne soit pas les peuples qui paient une fois de plus le prix fort .

Pour faire perdre la gauche, alliez-vous au centre Gérard Filoche Reporterre 2009/08/25 Gérard Filoche (25 août 2009) Pour faire perdre la gauche, alliez-vous au centre. Reporterre. Tribune — fr

Pour faire perdre la gauche, alliez-vous au centre

Le socialiste Gérard Filoche observe que, dans les dernières années, en Europe, les alliances de la gauche avec le centre ont toujours échoué.

Le meilleur moyen de faire perdre la gauche face à Sarkozy-UMP c’est de la diviser en prétendant qu’il faut s’allier avec la droite-UDF. C’est ce qui a été tenté par certains qui se sont fait une belle publicité à Marseille ce week-end, en réunissant des éléments du PS et du Modem à une même tribune. C’est une diversion. C’est une division. C’est ringard. Car de tout temps les alliances avec un « prétendu » centre ont échoué. Elles ont justement échoué le 7 juin aux européennes partout ou le PSE l’avait initié. Cela a totalement échoué en Italie laissant triompher Berlusconi et laissant un vrai champ de ruines. Cela échoue en Allemagne où il y avait une majorité nette à gauche et où le SPD a préféré s’allier avec la CDU d’Angela Merkel : ils vont en payer le prix fort aux élections du mois prochain. Cela avait conduit la vieille SFIO à échouer, et il en sera encore de même si par malheur la sinistre opération de Marseille se mettait réellement en place.

On avait rarement vu pareille mobilisation médiatique, pareille mise en scène, pareil tam-tam. Déjà en juillet ils avaient commencé en faisant paraître 1746 articles de presse en trois jours annonçant la “mort du PS”. L’enthousiasme des médias de la pensée unique devrait suffire à scandaliser ceux qui se posent des questions sur cette opération. Tout est là pour le prouver : ils tentent un forcing pour faire capituler la direction du PS en ce sens. Ce tam-tam se fait contre les votes du congrès de Reims, contre les aspirations à l’unité de toute la gauche, contre l’intérêt de millions de salariés.

D’ailleurs observez un des points de leur accord : de Valls à Peillon et De Sarnez, ils sont tous pour changer le système de retraite de notre pays pour mettre en place « la retraite par points » voulue par le Medef. Remplacer un système par répartition basé sur les cotisations par annuités de travail, et instaurer un système d’acquisition et d’achats de points, individualisés, comme pour une simple assurance, leur permettra sans doute de pousser des millions de salariés à travailler jusqu’à 67 ans.Notez que c’est le seul point sur lequel De Sarnez a été concréte dans son intervention que chacun peut écouter sur internet : elle parle de traailler un ou deux ans de plus au delà de 65 ans… Est-ce un programme de gauche, ou la gauche doit elle au contraire défendre la retraite à 60 ans ? Cet exemple d’élément de programme se retrouvera partout, car l’alliance avec la droite Modem implique ce genre de compromission.

Ils n’ont pas parlé des 2000 chômeurs par jour ni du contrôle sur les licenciements, d’ailleurs comment voulez-vous en revenir à une réduction sérieuse du temps de travail, aux 35 h avec Bayrou qui était contre ? Ils n’ont pas parlé de la hausse du Smic : comment voulez-vous proposer qu’il passe à 1600 euros en s’alliant avec le successeur de Lecanuet, Poher, Giscard, Barre ? Ils n’ont pas parlé de salaire maxima : comment voulez-vous le fixer à 20 fois le Smic avec un leader de la droite ? Ils ont parlé d’éducation, mais comment avancer avec Bayrou défenseur de l’école privée ? Relancer l’économie par la hausse des salaires, comment voulez-vous le faire avec un défenseur acharné des critères de Maastricht, du TCE, qui voulait inscrire dans la constitution française que les budgets de la France soient obligatoirement en équilibre ?

Allons, opposons l’unité de toute la gauche à cet insensé projet d’unité avec la droite. Cela a été tranché au congrès de Reims, que cela soit confirmé jour après jour, par la direction du parti socialiste, à La Rochelle et après. Des « primaires » ? C’est comme la langue d’Esope, cela peut être la pire ou la meilleure des choses. Oui, s’il y a un projet d’unité de la gauche. Oui pour un candidat unique de la gauche dés le premier tour. Non, si c’est une méthode pour diviser la gauche et faire diversion. Non, si ce n’est pas derrière un projet de transformation sociale. Oui, du NPA au PS en passant par le PCF, le PG, le MRC, le PR, avec tous ceux qui se disent à gauche. Non avec ceux qui sont de droite.

A Sète, un projet au détriment des paysans palestiniens Confédération paysanne Reporterre 2009/08/25 Confédération paysanne (25 août 2009) A Sète, un projet au détriment des paysans palestiniens. Reporterre. fr

A Sète, un projet au détriment des paysans palestiniens

Agrexco veut s’implanter à Sète pour favoriser l’importation de fruits et légumes d’Israël, y compris des territoires palestiniens colonisés illégalement.

La Confédération paysanne fait partie des organisations qui refusent l’implantation d’Agrexco, société d’import/export de fruits et légumes dont le capital est détenu à 50% par l’Etat israélien.

Ces produits proviennent tout autant des terres palestiniennes dont les paysans sont expulsés que de terres israéliennes, mais aucune traçabilité n’est appliquée sur ces produits, afin de masquer leur origine réelle ainsi que les conditions sociales de leur production.

Nous refusons la complicité politico-économique qui aboutirait à un soutien de la colonisation des terres de Palestine. Nous refusons que le port de Sète soit la porte d’entrée de produits issus de politiques coloniales et exigeons que ce projet d’implantation soit abandonné.

La Confédération paysanne réaffirme la nécessité de soumettre les échanges commerciaux et les accords économiques à la primauté des droits de l’Homme et des droits des paysans.

La paix ne peut s’installer sur une politique de colonisation et la reconnaissance de deux Etats sur deux territoires avec des droits égaux, permettant à toutes les populations de vivre sont des bases incontournables à l’élaboration d’une paix durable dans cette région du globe.

Comment fut inventé le sens giratoire Mathieu Flonneau Reporterre 2009/08/26 Mathieu Flonneau (26 août 2009) Comment fut inventé le sens giratoire. Reporterre. Tribune — Transports fr

Comment fut inventé le sens giratoire

... et ce qu’il nous dit de l’adaptation de la civilisation à l’automobile. A moins que ce ne soit l’inverse. Un raisonnement circulaire ? Qui a commencé ?

Mathieu Flonneau est historien à l’université Paris 1 ; ses recherches portent sur la ville et l’automobilisme. Il a notamment publié Paris et l’automobile. Une siècle de passion (Hachette, 2005).

Une révolution copernicienne s’impose dans les représentations contemporaines de l’automobile. Celles-ci, volontiers négatives vues de Paris, sont en fait trompeuses. En effet, au siècle dernier, une soixantaine d’années durant, l’auto a séduit et résolu plus de problèmes qu’elle n’en a posés. Autour d’elle et avec elle s’est joué positivement et de façon décisive une partie de l’entrée de Paris et, au-delà, de l’ensemble de la société française dans la modernité.

Hasardons cette hypothèse liminaire : à l’image d’un sens giratoire, toute la problématique de l’espace public parisien au XXe siècle ne tournerait-elle pas autour de l’automobile ? Pour le meilleur ? Certes non (mais, à l’image de l’âge d’or, la ville idéale existe-t-elle ?) ! Pour le pire alors ? Assurément si l’on en croit la rhétorique contemporaine accusatoire qui fait à l’auto et à la dépendance pathologique qui en découlerait une bien mauvaise presse. Chaque nouvelle « vélorution » (la première date précisément de 1976), chaque marche des « fiertés cyclistes ou rollers » (1) ne seraient dès lors qu’une étape dans la « reconquête » nécessaire et légitime d’un espace injustement spolié par l’idole à quatre roues jugée même « totalitaire » par quelques uns, peu regardants il est vrai sur les nuances et la véritable portée historique du terme...

Au regard d’une stricte analyse sociale et historique, ce type d’assertion relève d’une forme de bien pensance anachronique et inepte. Le mythe de l’inadaptation de la ville et des citadins à un objet technique qui leur aurait été imposé oublie le choix de société consenti par les différentes générations de Parisiens ainsi que l’adaptation réciproque de l’auto à la ville. Et s’il est donc courant de relever dans le débat public contemporain préoccupé comme jamais de « qualité de la vie », la stigmatisation de la place prise par l’auto dans les rues de la capitale, cette formulation néglige le fait que cette place lui a été accordée et concédée au regard des avantages qu’elle pouvait procurer à la vie de la cité.

L’invention du giratoire de la place de l’Étoile

Le concept « d’espace ou d’artère civilisés » mis à la mode récemment possède une réelle généalogie. Un antécédent dans la négociation progressive de la position de l’automobile dans l’espace public, auquel elle apporta une mise en ordre qui n’était pas qu’une mise au pas (le but était, justement, pour filer la métaphore, de ne pas rouler qu’au pas !...), peut être pris dans la réorganisation spectaculaire des trajectoires qui intervint en 1907 sur l’esplanade de la place de l’Étoile autour de l’Arc de Triomphe.

Ce haut lieu en devenir de la conduite à Paris (2) de l’« anarchie » présumée du trafic offrait au début du siècle un laboratoire in vivo des méthodes utilisables dans l’ensemble de la ville pour la discipline circulatoire : “l’ordre rectiligne devait céder le pas à l’ordre circulaire” (3). Une fois qu’elles furent éprouvées, il devint envisageable d’appliquer ces mesures giratoires à l’ensemble des carrefours dotés d’un centre identifiable et souvent monumental (colonne de la Bastille, place Clichy, etc.), toutes échelles prises en compte.

L’urbaniste Eugène Hénard en fit la tête de pont de l’application de son “système pour la régulation des carrefours à giration”, popularisé un temps sous l’appellation de “système Eno” (4). Du reste, une dispute confuse porta sur la paternité du “système” giratoire : il y eut en la matière une étrange captation médiatique de l’invention, provoquant l’ire du concepteur qui protesta par lettre adressée à Émile Massard. Eugène Hénard y revendiquait - photographies et références bibliographiques à l’appui - l’antériorité de ses raisonnements sur ceux de W. P. Eno, père putatif du giratoire de Columbus Circle à New York en 1905. L’essai d’Eugène Hénard sur Les voitures et les passants, carrefours libres et carrefours à giration, publié en mai 1906 (5), offrait une description “scientifique” de la dynamique des flux. Eugène Hénard fit en la matière une oeuvre “démontrée algébriquement et géométriquement”, en énonçant “une loi très simple qui fixe mathématiquement la largeur de l’anneau par rapport à la largeur des voies d’accès [...] : la largeur de la chaussée annulaire de giration doit être égale au quart de la somme des largeurs des chaussées qui y aboutissent”.

Fort “de considérations sur le débit d’une chaussée carrossable” estimé à partir du “coefficient d’encombrement des véhicules”, et du constat que “le mouvement le plus simple de deux voitures l’une par rapport à l’autre, le plus facile à exécuter, le moins dangereux est le mouvement de prise de file, de croisement oblique et de sortie de file dans le même sens”, Eugène Hénard envisageait la suppression totale des points de conflits aux carrefours, à partir du moment où le sacro-saint principe de la conduite à droite était scrupuleusement respecté. Logiquement, il en venait à conclure : “Aucun encombrement n’est donc possible à la seule condition que chaque cocher ou conducteur respecte bien sa droite”.

Le sens inverse de la marche des aiguilles d’une montre fut retenu pour l’application de sa formule qui consistait, finalement, à décomposer les changements de direction en une succession de virages à droite, quitte à rallonger le parcours visible. Large de 38 mètres, la place de l’Étoile paraissait à l’auteur expressément indiquée, au moment où il concevait son projet - soit vers 1905 - pour une mise à l’épreuve de ce procédé dans un avenir prochain :

“[La place est] très suffisante pour le mouvement actuel des voitures. La circulation intensive n’existe qu’entre l’avenue des Champs-Élysées, l’avenue du Bois de Boulogne et l’avenue de la Grande Armée, les autres avenues n’ayant qu’une circulation modérée ou très faible. Mais le jour où l’augmentation des véhicules en rendra la création nécessaire, rien ne sera plus facile que de transformer la place de l’Étoile en carrefour à giration, en augmentant de 11,5 m la largeur de l’anneau central, en établissant des éperons, et en évasant les douze avenues à leur embouchure” (6).

Ultérieurement, l’application était envisagée pour un gigantesque carrefour à giration aux Grands Boulevards, considéré comme une sorte de coeur du maelström urbain, pivot dans la cinétique urbaine.

Toutefois, à nouveau, l’adaptation à la réalité du réseau parisien se fit en deux temps. La préfecture de Police en jugea nécessaire l’application à la place de l’Étoile, dès 1907, et des essais provisoires en ce sens y furent réalisés, et officialisés par ordonnance, en 1908 (7). La simplicité apparente du principe était cependant si contraire aux habitudes de certains conducteurs qu’une spécification ménagea un temps le “bon sens”, qui consistait à prendre immédiatement à gauche pour aller finalement… à gauche.

Rapidement, cette possibilité s’avéra intenable, et sans doute ingérable pour les agents présents sur place. Même si cette pratique est difficilement vérifiable, certains conducteurs abusèrent effectivement de cette licence pour couper deux ou trois avenues à la suite. Tourner à gauche, “immédiatement ou presque”, fut donc interdit formellement par l’article 24 de l’ordonnance du 28 juillet 1910. La préfecture de Police fit aussi, à cette occasion, l’apprentissage de la rigueur dans ses prescriptions : autoriser approximativement certaines choses revenait à ouvrir des boulevards à des comportements irresponsables. Pour être cohérente, la politique de la circulation devait donc s’appuyer sur une règle absolue, y compris si celle-ci semblait heurter le sens commun. Enfin, un autre élément de confusion pour les usagers tenait à la présence sur certaines portions de la place de quatre lignes de tramways circulant pour certaines d’entre elles allègrement à contresens des autres véhicules. Cette aberration contre laquelle pestait le préfet de Police ne joua pas peu dans la disqualification du tramway à l’infrastructure “néfaste et encombrante” (Émile Massard) au cours des années 1920.

En définitive, cette étape revêt une importance capitale, dans la mesure où le sens de la ville, ainsi que sa perception, étaient devenus, à cet instant, exclusivement réglés par les mouvements circulatoires. Dans la foulée de la mise en ordre réussie “simple et élégante” de ces trajectoires circulaires, d’autres carrefours à giration furent installés place des Ternes, le 1er mars 1910, et places de la Concorde et de l’Opéra, le 20 mars. Cette même année, quatre mois plus tard, une ordonnance prescrivait que, dorénavant, tous les carrefours parisiens pour lesquels un centre pouvait être identifié fonctionneraient sur le même principe.

La place de l’Étoile devenait ainsi le premier « espace civilisé » automobile.

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Notes :

(1) Comment ne pas voir dans ces exemples récurrents la vérification des thèses de Philippe Muray sur l’Homo Festivus, Festivus, (Paris, Fayard, 2005) ?!

(2) Il faut aussi prendre en considération ce qu’est devenu ce point chaud dans la circulation parisienne et la fascination exercée, surtout sur les étrangers et les provinciaux, par ce “cap Horn des automobilistes !”, Michael Sadler, Un Anglais à Paris. L’éducation continentale, Paris, L’Archipel, 2000.

(3) Émile Massard, 1910, rapport cité, p. 102.

(4) Bulletin Municipal Officiel, Rapport et Document, rapport n° 41, 1910, p. 44-47 : “Note sur les carrefours à giration”. Avec le recul, l’historien semble en mesure de trancher en faveur d’Eugène Hénard, ce que d’ailleurs W. P. Eno reconnut lui-même en 1912.

(5) Eugène Hénard, Études sur les transformations de Paris et autres écrits sur l’urbanisme, Paris, L’Équerre, 1982.

(6) Eugène Hénard envisageait donc de retoucher la morphologie de la place de l’Étoile dont l’esthétique avait été conçue par le Baron Haussmann en personne, certain, pour sa part, d’avoir résolu « définitivement » les problèmes d’encombrement.

(7) Ordonnance du 10 janvier 1908 portant modification et complément de l’Ordonnance générale de police du 10 juillet 1900 concernant la circulation.

Les écolos du PS silencieux sur le nucléaire Tchernoblaye Reporterre 2009/08/26 Tchernoblaye (26 août 2009) Les écolos du PS silencieux sur le nucléaire. Reporterre. fr

Les écolos du PS silencieux sur le nucléaire

Mais ils tiennent leur réunion estivale à deux pas de la centrale du Blayais.

L’association antinucléaire Tchernoblaye, membre du Réseau « Sortir du nucléaire », interpelle le « pôle écologiste du PS » sur la question du nucléaire. En effet, de façon parfaitement symbolique, ce « pôle » organise son université d’été les 27 et 28 août à St-Ciers-sur-Gironde… au pied de la centrale nucléaire du Blayais.

Il faut rappeler qu’une bonne partie du parc nucléaire français a été construite dans les années 80 et 90 sous des gouvernements socialistes qui n’ont pas hésité à mobiliser CRS et gendarmes mobiles pour réprimer les citoyens qui, en très grand nombre, se sont opposés au nucléaire.

Aujourd’hui, le PS et son pôle supposé « écolo » n’ont toujours pas pris position contre l’atome et se contentent de promouvoir la construction de quelques éoliennes… entre les réacteurs nucléaires. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe dans le Blayais : M. Plisson, député mais aussi président de la Communauté des communes de l’Estuaire (où se trouve la centrale nucléaire !), soutient un projet éolien… sans pour autant s’opposer à l’atome.

D’ailleurs, l’association Tchernoblaye rappelle que M Plisson a récemment aidé EDF à investir les établissements scolaires du Blayais pour y développer des « formations » dans le nucléaire et offrir ainsi aux jeunes un avenir… radioactif.

Pourtant, les récentes grèves des « précaires de l’atome », condamnés à recevoir les plus fortes irradiations, et les suicides de plus en plus nombreux dans les centrales nucléaires montrent bien que l’atome est l’ennemi des êtres vivant autant que de l’environnement et de la démocratie.

Le pôle « écolo » du PS n’a pas souhaité inviter à ses débats le Réseau « Sortir du nucléaire », préférant certainement s’occuper de « tactique », voire de débauchage d’écologistes en vue des élections régionales. S’il existe vraiment des écologistes au PS, alors il est grand temps qu’ils prennent leurs responsabilités et se prononcent clairement contre le nucléaire qui, tout comme le réchauffement climatique, condamne l’avenir de la planète.

Les écologistes du PS tournés vers Copenhague Pôle Ecologique du PS Reporterre 2009/08/26 Pôle Ecologique du PS (26 août 2009) Les écologistes du PS tournés vers Copenhague. Reporterre. fr

Les écologistes du PS tournés vers Copenhague

Où l’on découvre que le Parti socialiste n’a pas inscrit le changement climatique à l’agenda de ses journées de La Rochelle.

Le Pôle Ecologique du Parti Socialiste, organise ses Rencontres les 27 et 28 août prochain à Saint-Ciers-sur-Gironde, coordonnées par Eric Loiselet, Secrétaire National adjoint à l’environnement du PS. De nombreuses personnalités du monde politique et associatif sont attendues, dont Daniel Cohn-Bendit, leader d’Europe Ecologie et député européen, qui participera à la table ronde « L’écologie politique au cœur du nouveau projet et du rassemblement de la gauche ».

Etape inattendue de la rentrée politique, les Rencontres du Pôle Ecologique du PS, prioritairement dédiées au défi climatique et à la préparation de la conférence de Copenhague de décembre 2009, veulent marquer une étape importante dans la mobilisation citoyenne et politique devant l’ultimatum climatique : celle de la rencontre entre les forces associatives et le monde politique.

Autour du thème « Préparer Copenhague 2009 : quelles réponses de gauche à la crise climatique ?", ces Rencontres sont construites autour de 5 tables rondes, qui permettront, à travers la variété des points de vue et des expertises, d’élaborer une feuille de route pour Copenhague 2009. Cette feuille de route associera enjeux climatiques, sociaux et économiques mais aussi géopolitiques et démocratiques. L’urgence climatique est déjà une urgence sociale et interpelle nos démocraties, fragilisées face à l’ampleur des défis à la fois énergétiques et climatiques. Elle prend place au cœur de la définition du nouveau projet de la gauche. Ces Rencontres, le pôle écologique veut les offrir à la gauche et d’abord au PS, puisque son Université d’été de La Rochelle n’a pas inscrit la question climatique à son agenda.

Ouvertes à tous, Les Rencontres du Pôle Ecologique associent toutes les sensibilités écologistes de gauche : de nombreuses personnalités du monde politique seront présentes : Daniel Cohn Bendit, Sandrine Bélier, Yannick Jadot, Pascal Canfin, député(e)s européens, François de Rugy, député, Denis Baupin, adjoint au maire de Paris pour Europe Ecologie et Les Verts, Christian Paul, député de la Nièvre et président du Lab, Aurélie Filippetti, députée de Moselle, Christophe Caresche, député de Paris, Philippe Plisson, député de Gironde, qui est l’hôte de ces Rencontres, Philippe Tourtelier, député d’Ille et Vilaine, Marie-Noëlle Lienemann, pour le PS et André Chassaigne pour le PCF.

Le monde associatif sera, notamment, représenté par Luc Lampriere, directeur général de Oxfam France, Robert Lion, Président de Greenpeace France, Jean-Stéphane Devisse, directeur des programmes du WWF, Sébastien Godinot, coordonnateur des campagnes des Amis de la Terre, Sandrin+e Mathy, Présidente du Réseau Action Climat France ou encore Jacques-Olivier Barthes, Directeur de la Communication du WWF.

Pour Eric Loiselet, « l’enjeu climatique pose la question de la société dans laquelle nous voulons vivre. Il exige le rassemblement de toutes les énergies, le dépassement des chapelles : les murs doivent tomber entre et au sein des mondes économiques, associatifs, politiques, syndicaux. Nos rencontres sont une étape de la mobilisation citoyenne vers Copenhague, qui est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seules mains des gouvernements ».

Les OGM clandestins dénoncés dans le Tarn-et-Garonne Par Julien villalard Reporterre 2009/08/27 Par Julien villalard (27 août 2009) Les OGM clandestins dénoncés dans le Tarn-et-Garonne. Reporterre. fr

Les OGM clandestins dénoncés dans le Tarn-et-Garonne

Faucheurs volontaires et paysans occupent une station de recherche sur les tournesols mutés.

Actuellement, deux cent personnes - faucheurs volontaires et militants de la Confédération paysanne, occupent la station de recherche Tournesol de la firme génétique Pioneer, à Montech dans le Tarn-et-Garonne.

Par cette action, ils dénoncent la présence de plantes de tournesols mutés, c’est à dire obtenus par mutagénèse incitée. Selon la directive européenne 2001/18, ces plantes sont des OGM. Elles ont pourtant été exclues de son champ d’application et de ce fait, ne nécessitent pas d’autorisation pour leur mise en culture.

Ces plantes obtenues par mutagénèse comportent les mêmes risques de dommages sur la santé et l’environnement que les plantes obtenues par transgénèse

Les manifestants ont demandé un rendez-vous au Ministre de l’environnement afin d’exprimer leur inquiétude sur le développement de ces cultures qui échappent à tout contrôle.

Ils exigent la réintégration des plantes mutées dans le champ d’application de la législation sur les OGM.

Les manifestants occuperont le site jusqu’à l’obtention d’un rendez-vous ferme et précis.

Les accidents du travail toujours plus nombreux Gérard Filoche Reporterre 2009/08/27 Gérard Filoche (27 août 2009) Les accidents du travail toujours plus nombreux. Reporterre. Tribune — fr

Les accidents du travail toujours plus nombreux

Plusieurs accidents mortels se sont produits dans des usines ou des chantiers durant l’été. Les statistiques montrent une progression depuis plusieurs années de ces accidents. Mais le gouvernement continue à affaiblir les dispositifs de protection des travailleurs.

Comme si c’était une question de malchance : 2 morts et 6 blessés, le 15 juillet dus à l’explosion chez Total Carling en Moselle, 2 morts le 16 juillet sur le chantier du vélodrome de Marseille – fermé pour deux mois. Un couvreur de 54 ans est victime d’une chute mortelle d’un échafaudage au Havre le 24 juillet.

Le ministre du Travail veut « faire toute la lumière » et « tirer les enseignements en termes de prévention » ? Mais ça fait trop longtemps que la mort frappe au travail et rien n’est fait.

Le « Bilan annuel sur les conditions de travail » (juin 2009) reconnaît 16 % d’accidents du travail mortels dans le privé en plus en 2007. Ça fait 2 ans qu’il y a 2 morts par jour au travail, 622 décès en 2007 contre 537 en 2006. Dans le seul secteur privé, il y a 720 150 accidents du travail avec arrêt par an, 39,4 accidents pour 1000 salariés, 184 tués en 2007 dans le seul bâtiment

Michel Bianco (son fils Jérôme a été tué à 32 ans en août 2006 par une chute dans le bâtiment) mène campagne avec la Fondation Copernic contre « le travail qui tue en toute impunité » : « L’exemple des efforts dans le domaine de la sécurité routière pourrait être utile. L’installation de radars a fait passer en quelques années le nombre de décès sur la route de 12 000 à 4 000 par an. Au travail une même volonté politique passe par le recrutement de plusieurs centaines d’inspecteurs du travail qui impulsent et contrôlent une véritable politique de prévention. »

Sarkozy qui se dérange toujours pour deux policiers tués, ne l’a évidemment pas fait pour les deux ouvriers de Total ni les deux ouvriers de Marseille. Copernic et Michel Bianco dénoncent la « deuxième mort » causée par « Le silence de plomb qui accompagne les morts liées au travail. La justice ne répare rien : du sursis pour les entreprises, des amendes dérisoires. Les sous-traitants servent de remparts aux donneurs d’ordre. Nul n’est responsable, personne n’est coupable, on accuse même parfois le salarié décédé. »

Ou alors l’accident est dissimulé comme l’a montré une enquête de l’inspection du travail à Renault-Cléon : « Il existe au sein de votre établissement un système organisé de pressions visant à ce que les salariés, victimes d’accident du travail, auxquels un arrêt de travail a été prescrit, renoncent à prendre tout ou partie de l’arrêt de travail. » 26 salariés, victimes d’accidents auxquels ont été prescrits des arrêts de travail, ont été auditionnés. Parmi eux, 22 se sont vu proposer un poste aménagé afin que l’accident du travail n’occasionne pas d’arrêt, malgré la prescription médicale. Il y a un « système de pressions contraire aux droits fondamentaux des salariés », avec convocations de salariés accidentés, « mises en garde » sur l’évolution professionnelle, promesses de promotions, de primes en cas d’acceptation et menaces en cas de refus…

Pour aller contre, les solutions sont simples : renforcer le code du travail au lieu de le détruire, protéger les précaires (car la fréquence et la gravité des accidents du travail est, pour eux, deux fois supérieures à celles de l’ensemble des travailleurs), former davantage aux dangers du métier, donner davantage de temps et de moyens aux Comités hygiène sécurité conditions de travail (CHSCT), doubler les effectifs de l’inspection du travail, augmenter les sanctions pénales dès que la responsabilité de l’employeur est engagée, imposer que le donneur d’ordre soit systématiquement visé…

OGM ou non ? La mutagenèse n’est pas la transgenèse Cetiom Reporterre 2009/08/28 Cetiom (28 août 2009) OGM ou non ? La mutagenèse n’est pas la transgenèse. Reporterre. fr

OGM ou non ? La mutagenèse n’est pas la transgenèse

Le Cetiom explique que la mutagenèse est une technique ancienne, alors que paysans et Faucheurs volontaires ont occupé une station de recherche.

Des manifestants anti-OGM se sont rendus le 26 Août 2009 à Montech pour dénoncer la présence d’OGM dans des parcelles expérimentales de tournesols. Or, il n’y a aucun OGM dans cette culture, dans cette région comme nulle part en France.

Un malentendu s’est introduit avec la technique de sélection variétale utilisée pour la création de nouveaux hybrides de tournesol : la mutagénèse.

Celle-ci n’est pas une technologie de transfert de gène d’une autre espèce et elle est très utilisée en création variétale. De nombreux exemples : en horticulture le chèvrefeuille, la pastèque sans pépin, le riz, le tournesol…

Le CETIOM, qui a réalisé des essais sur ces tournesols tolérants, tient à la plus grande transparence. Des essais ont été réalisés notamment à la coopérative de Bollène-Barjac (84). Le CETIOM a présenté au monde agricole, à la presse ainsi qu’au mouvement des faucheurs volontaires ces essais. Le CETIOM tient régulièrement informé l’ensemble des acteurs (communiqués de presse du 20 mai, 10 juin et 20 juillet 2009). Pour permettre au plus grand nombre de mesurer les enjeux de la relance de la culture du tournesol, le CETIOM a ouvert un dossier spécial sur le site www.cetiom.fr. Le CETIOM est ouvert à toutes demandes d’informations.

La Mutagénèse : une méthode ancienne de sélection

Toutes les agricultures bénéficient de la technique de la mutagénèse depuis plus de 50 ans. La plupart des variétés utilisées en agriculture conventionnelle et biologique en sont soit directement issues soit possèdent dans leurs ancêtres des variétés ayant bénéficié de cette technique.

Un exemple : Le tournesol oléique. Il est cultivé depuis plus de 15 ans en agriculture conventionnelle et biologique. 1 ha sur 2 de tournesol cultivé en France est du type oléique, soit 300 000 ha. 80 % de cette production est destinée à l’alimentation humaine. Le tournesol de type oléique améliore la qualité alimentaire de l’huile au profit des consommateurs.

Les variétés de tournesol tolérant aux herbicides de post-levée ne sont pas des variétés obtenues par la technologie de création des OGM (transgénèse). Il n’y a pas introduction d’un gène d’une autre espèce dans le génome de la plante. La tolérance aux herbicides du tournesol a été obtenue par la technique de la mutagenèse et les variétés ont été développées de façon conventionnelle par croisements successifs. Ces nouveaux hybrides tolérants pourront permettre une meilleure maîtrise du développement des adventices, telle que : l’ambroisie à feuille d’armoise. Cette dernière par son caractère allergène constitue un problème de santé publique.

Sur le plan réglementaire, les herbicides et les variétés de tournesol testés sont évalués avant leur mise en vente dans le cadre des réglementations actuelles (homologation herbicide et inscription variétale). Ces innovations technologiques sont d’ailleurs utilisées depuis plusieurs années chez nos voisins européens (Espagne, …).

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Hommage à Teddy Goldsmith Hervé Kempf Reporterre 2009/08/28 Hervé Kempf (28 août 2009) Hommage à Teddy Goldsmith. Reporterre. Tribune — fr

Hommage à Teddy Goldsmith

Edward Goldsmith est décédé le 21 août. Il était un des pionniers de l’écologie.

Le mouvement écologique vient de perdre un de ses parrains - dans le meilleur sens du terme - avec la disparition d’Edward, dit « Teddy », Goldsmith, survenue le 21 août, dans sa maison située près de Castellina in Chianti, en Toscane. Sans doute moins connu qu’Ivan Illich ou André Gorz, il n’en a pas moins imprimé une forte empreinte sur l’écologie politique. Son influence intellectuelle a été portée par la parole et par un journal, The Ecologist, autant que par ses ouvrages. Il assumait aussi un engagement militant original, soutenu par le hasard de la fortune, qui l’avait richement doté. Sur le même sujet

Teddy Goldsmith est né le 8 novembre 1928 à Paris de Frank Goldsmith et de Marcelle Mouiller. Frank avait quitté l’Angleterre en 1918, suite à la vague antiallemande qui sévissait alors dans ce pays. Il bâtit en France une affaire très prospère, la Société des hôtels réunis, donnant à ses deux enfants - le cadet de Teddy, Jimmy, est né en 1933 - une enfance dorée, la double nationalité (française et anglaise), et une fortune que Jimmy saurait multiplier et Teddy ne pas dilapider.

Edward a connu une enfance heureuse, entre les palaces cinq étoiles, quelques semestres aux Bermudes, pendant la deuxième guerre mondiale, où il développa une passion très bien informée sur les coquillages, avant d’entreprendre des études à Oxford, au Magdalen College, qu’il ne poussa pas au-delà de la troisième année. Il passa ensuite, entre 1953 et 1955, deux ans de service militaire dans les services de renseignement en Allemagne, avant de « s’essayer » aux affaires, dans une entreprise de distribution de composants électroniques. Sans grand succès, comme il l’indiquait lui-même : dans une courte notice autobiographique, il précise qu’il « consacrait l’essentiel de son temps libre à l’étude des sujets qui continuent à (le) préoccuper ». Grand lecteur, il put abandonner l’idée de gagner sa vie à la mort de son père, en 1967, pour se consacrer à des sujets plus proches de sa compétence.

Les deux frères, Teddy et Jimmy, auraient passé un accord oral selon lequel Jimmy aurait la disposition de l’héritage pour le gérer au mieux, tout en versant une rente à Teddy pour le reste de sa vie. L’accord, fidèlement respecté par un cadet qui deviendrait milliardaire, tout en restant très admiratif de l’envergure intellectuelle de son aîné, a permis à celui-ci de mener une vie dégagée des soucis matériels.

Mais certainement pas oisive. Dès 1968, Teddy, qui avait fait plusieurs voyages d’étude dans des contrées alors encore reculées, notamment au Botswana, participait à la fondation de ce qui allait devenir Survival International, l’organisation de défense des peuples premiers. En 1969, il lançait au Royaume-Uni The Ecologist, une revue austère, mais qui allait s’imposer comme une référence dans la réflexion sur l’actualité environnementale. En 1972, il publiait Blueprint for Survival (Changer ou disparaître, Fayard), qui est devenu un best-seller : il y expliquait, parmi les premiers, comment la poursuite de la croissance et du productivisme conduisait à une dégradation insupportable de la planète Terre.

CONCEPT DE DÉCROISSANCE

Le succès de ce livre allait lui permettre d’asseoir plus confortablement The Ecologist et de répandre ses idées avec plus d’efficacité. Il fut ainsi un des premiers à faire connaître Nicholas Georgescu-Roegen, l’économiste qui élabora le concept de décroissance. Il soutint le développement de la théorie Gaïa de James Lovelock et Lynn Margulis : selon cette théorie, le fait que la Terre manifeste une capacité extraordinaire à maintenir son équilibre (homéostasie) permettait d’inférer qu’il s’agissait en fait d’un être vivant.

L’activité intellectuelle ne l’empêchait pas cependant de militer activement, parfois sur le terrain, notamment contre le développement de l’énergie nucléaire, qui était une de ses bêtes noires.

En France, il participa à l’animation du réseau d’intellectuels Ecoropa (avec Denis de Rougemont, Jean-Marie Pelt ou Agnès Bertrand) qui allait devenir un des rouages discrets mais important du mouvement altermondialiste. Car, en 1984, à partir de l’analyse de la destruction des forêts tropicales ou de la construction des barrages, The Ecologist formula une critique virulente de la Banque mondiale. Cela contribuait à constituer une analyse globale des institutions financières internationales, conduisant aux grandes manifestations de Seattle en 1999 contre l’Organisation mondiale du commerce.

Membre actif de l’International Forum on Globalisation, Goldsmith se trouvait ainsi au coeur du mouvement d’idées - alliant écologie et souci de la justice sociale - qui a repris l’ascendant idéologique depuis le début des années 2000 sur un néolibéralisme en phase d’épuisement théorique. Son intégration pourrait paraître étrange dans un mouvement dont d’autres forces venaient d’un marxisme réinterprété. Mais elle était pleinement légitime : il représentait une écologie naturaliste mais lucide sur les rapports de pouvoir, revendiquant la sobriété et la critique du modernisme, assumant une philosophie inspirée de l’accord des peuples premiers avec la nature, rêvant de communautés à échelle humaine et autonomes.

Goldsmith a plus compté par sa parole éloquente et son influence que par ses ouvrages à vocation théorique. Il restera comme le grand témoin d’un courant essentiel de la critique écologique, que l’on pourrait qualifier de conservateur si ce mot avait encore un sens. Un courant que l’écologie politique ne saurait oublier, sous peine de s’assécher et de se stériliser.

Teddy Goldsmith était aussi un homme de contradiction, prenant par exemple l’avion plus souvent qu’à son tour. Mais personnage bachique, bon vivant, sachant que bien manger et rire est le meilleur moyen de faire jaillir l’étincelle qui lancera le feu des idées. Un homme de convivialité, sans laquelle l’écologie ne serait que triste morale.

Le secteur pétrolier français reçoit 400 millions d’euros de subventions Les Amis de la Terre Reporterre 2009/08/28 Les Amis de la Terre (28 août 2009) Le secteur pétrolier français reçoit 400 millions d’euros de subventions. Reporterre. Économie fr

Le secteur pétrolier français reçoit 400 millions d’euros de subventions

C’est un nouveau principe : « pollueur payé ». L’industrie pétrolière française et européenne reçoit de généreuses subventions. Dont Total, dont les profits sont énormes.

Les Amis de la Terre publient aujourd’hui la synthèse du rapport « Les subventions publiques aux combustibles fossiles en France et dans l’Union européenne ». Il révèle que le richissime secteur pétrolier français a bénéficié entre 2004 et 2008 de plus de 400 millions d’euros de soutiens financiers publics, principalement sous forme de garanties aux exportations de la Coface. Les Amis de la Terre dénoncent cette gabegie d’argent public qui profite à un secteur pollueur au détriment de la sobriété, de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.

Entre 2004 et 2008, le secteur pétrolier français a bénéficié de 404 millions d’euros de subventions publiques nationales dont 392 millions au titre de garanties publiques aux exportations via la Coface, et 12 millions de subventions à la recherche et au développement. De nombreuses entreprises pétrolières ou para-pétrolières ont bénéficié de ces fonds et garanties, ainsi que plusieurs organismes de recherche publics.

Gwenael Wasse, chargé de campagne pour la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, est très critique : « Le secteur pétrolier est déjà l’un des plus lucratifs au monde et en France. Le groupe Total, entre autres, a accumulé plusieurs dizaines de milliards d’euros de bénéfices nets ces dernières années et les entreprises de services para-pétroliers ont également très largement profité de la hausse structurelle du prix du baril. A l’heure d’une crise environnementale et climatique sans précédent, comment justifier des soutiens financiers publics à un secteur qui aggrave ses impacts ? »

Outre les pollutions locales lors de l’extraction, du traitement et du transport des hydrocarbures (marées noires), le secteur pétrolier est directement responsable du réchauffement climatique, du fait des émissions massives de gaz à effet de serre que ses opérations entraînent : Total émet ainsi à elle seule l’équivalent de 11 % des émissions françaises totales (1). Et produire toujours plus de barils pousse à la consommation et aggrave l’addiction mondiale au pétrole. Malgré cela, le secteur n’entend toujours pas investir dans les énergies renouvelables et réduire ses impacts. Il se jette désormais sur des combustibles fossiles ultra-polluants comme les sables bitumineux du Canada…

Pour les Amis de la Terre, la France doit couper court avec le principe du « pollueur payé », arrêter toute forme de soutien financier public aux fossiles, et ré-orienter ses financements pour soutenir plus activement sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables.

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(1) Voir le rapport des Amis de la Terre « Total : la mise en examen », Mai 2008, http://www.amisdelaterre.org/Rappor...

Source Amis de la Terre

Le capitalisme mobilise les « instincts animaux » de l’homme Alain Grandjean Reporterre 2009/08/30 Alain Grandjean (30 août 2009) Le capitalisme mobilise les « instincts animaux » de l’homme. Reporterre. Tribune — fr

Le capitalisme mobilise les « instincts animaux » de l’homme

Le raisonnement de ceux qui veulent bien faire sans imaginer changer de système.

Le changement climatique confronte l’humanité à des périls d’une ampleur jamais connue. À eux seuls, ils remettent en cause la survie de milliards d’humains, dans un calendrier incroyablement court : il nous reste dix ans pour mettre en oeuvre les changements de cap permettant d’éviter le pire. Le diagnostic est malheureusement sans appel et il n’est plus temps d’en débattre. La seule vraie question est bien : que faire ?

Il est tentant de faire porter la responsabilité de cette menace globale à notre système économique. C’est effectivement l’essor du capitalisme qui conduit, aujourd’hui, à la surexploitation des ressources et à l’emballement de l’effet de serre. Si la pollution de la Chine, par exemple, était importante lorsque son économie était collectiviste, sa contribution aux grands périls actuels s’est multipliée depuis qu’elle est devenue capitaliste.

Pourtant, le capitalisme, au sens de système économique où la propriété des moyens de production est privée (sauf pour les cas de biens collectifs), reste le moins imparfait des systèmes. Il a permis à une partie de l’humanité de sortir de la misère en valorisant les progrès scientifiques et techniques. Et il s’est imposé sur toute la planète sous des formes variées, car il réussit à mobiliser les « instincts animaux » de l’homme.

Le défi du changement climatique, à lui seul, nécessite d’énormes investissements de recherche et de production. Des techniques maîtrisées (construction, chauffage au bois...) aux innovations radicales (nucléaire de quatrième génération, nanotechnologies pour les batteries et le recyclage...), en passant par l’urbanisme, qui devra inventer des organisations spatiales optimales au plan énergétique, nous devons plus que jamais innover pour rendre nos technologies sobres et propres. Comment croire qu’on peut faire face si vite aux défis planétaires en se passant de tous les moyens possibles de mobilisation humaine et financière ?

Justice, élément clé de l’équilibre

Il serait, par ailleurs, tout aussi naïf de s’en remettre aux seules forces du marché. Les principaux acteurs économiques sont, en effet, plus que jamais focalisés sur le court terme. Et, livré à lui-même, sans régulation publique, le capitalisme est écologiquement dévastateur et socialement cruel. La concurrence mondiale acharnée ne donne aucun sens à l’action. Le capitalisme du seul marché est bien « sans projet ». Pour affronter le péril climatique, il faut agir ensemble. Il nous faut concilier l’inconciliable : la nécessaire solidarité des hommes entre eux et avec la nature, et la tout aussi nécessaire compétition économique. Nous devons donc nous organiser collectivement pour que les hommes puissent agir et entreprendre avec le maximum de liberté, à l’intérieur des contraintes globales définies par les capacités des écosystèmes. Et, bien entendu, en conformité avec un certain nombre de valeurs éthiques et sociales : la satisfaction du besoin de justice est un élément clé de l’équilibre et de la survie de toute société.

Pour faire décroître les émissions mondiales de gaz à effet de serre, nous savons qu’il faut mettre en place, au niveau international et dans chaque pays, une architecture adaptée de quotas, de taxes et de « politiques et mesures ». Ce sont les conditions nécessaires à une action décentralisée des acteurs économiques qui aille dans le bon sens et qui garantisse un minimum de justice sociale. Il nous appartient donc d’avancer rapidement vers un capitalisme durable, source de sens et de richesses, où il devient souhaitable et rentable de « sauver » la planète. Comment ?

En tant que citoyen, en faisant pression pour que les politiques mettent en place à tous les niveaux (national, européen, international) les indispensables cadres et règles nécessaires pour relever ces défis. En tant qu’entrepreneur, en innovant et en saisissant les opportunités créées par ces contraintes. En tant que financier, en y allouant les fonds. La Californie semble être sur le bon chemin.

Exemple californien

Le développement du « green business » s’y accélère grâce à une évidente synergie entre tous les acteurs concernés et une vision d’ensemble. La production électrique y est d’ailleurs fortement régulée après l’échec magistral de la dérégulation. Et les États-Unis ne sont sans doute pas loin d’emboîter le pas. Quant à la Chine, son président Hu Jintao a déclaré le 27 décembre 2006, dans un discours officiel : « Le développement économique et l’environnement sont également importants ; maintenant, l’environnement doit être placé en tête. »

La planète brûle, retroussons nos manches. Beau projet en perspective qui devrait être de nature à mobiliser jeunes et moins jeunes et à redonner du sens et du souffle à notre vie économique.

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Manif à vélo pour préparer Copenhague Bizi ! Reporterre 2009/08/30 Bizi ! (30 août 2009) Manif à vélo pour préparer Copenhague. Reporterre. fr

Manif à vélo pour préparer Copenhague

Moins de cent jours avant Copenhague ! Et une proposition : des transports en commun gratuits.

150 personnes ont participé à la manif en vélo organisée par Bizi ce samedi 29 août de Bayonne à Anglet, pour marquer le jour J-100 du Sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique.

A 100 jours exactement de ce sommet, Bizi entendait souligner que l’indispensable lutte contre le changement climatique exige aussi qu’ici et dés maintenant, nous changions nos modes de production, de consommation, d’aménagement du territoire et de transport.

Dans cette perspective, la manif vélo avait été convoquée pour appuyer le maintien, l’amélioration et l’extension de la voie en site propre Chronobus, reservée aux bus et aux vélos dont certains groupements de commerçants d’Anglet demandent la suppression car elle ralentit le traffic automobile.

Le mouvement Bizi a terminé la manif vélo devant la mairie d’Anglet par une prise de parole appelant à la mobilisation d’ici au sommet de Copenhague, pour exiger un accord amibitieux, efficace et juste contre le changement climatique.

Les représentant(e)s de Bizi ont également profité de la présence de plusieurs élus des majorités de Bayonne, Anglet et Biarritz, et d’une présence importante de la presse locale, pour formuler les deux propositions suivantes :

1) la création d’une instance de participation citoyenne sur le BAB ou habitants, usagers, associations pourraient aux côtés des élus et des représentants de la CABAB étudier et débattre de l’ amélioration et de l’extension des voies Chronobus et des autres alternatives à voiture : vélo, TAD, initiatives style pedibus, systèmes de co-voiturage, zones piètonnes etc...

2) étudier l’évolution vers la gratuité des transports en commun avec comme premier pas celle des lignes Chronobus. Cette stratégie redistributive en faveur notamment des plus démunis permettrait de renforcer l’adhésion à la politique indispensable au niveau environnementale, et serait un atout supplémentaire pour lutter contre le gaspillage insensé du Tout Voiture.

Bizi propose concrètement une première démarche, au coût très limité voire nul, qui serait d’étudier comment des villes et agglomérations de taille similaires aux villes de la CABAB (comme Chateauroux ou Aubagne) ont réussi le passage au transports en commun entièrement gratuits.

Le mouvement Bizi attend désormais les réponses à ces deux propositions concrètes.

De plus, Bizi a annoncé ce 29 août l’organisation d’une traversée du Pays Basque Nord en vélo, qui s’étalera sur trois jours, du vendredi 25 septembre au dimanche 27 septembre, de Mauléon à Bayonne, pour revendiquer une offre beaucoup plus importante en transports en commun sur l’ensemble du Pays Basque, et pour alerter la population sur l’urgence climatique.

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Joyeuse action antinucléaire à Cadarache Un rêveur idéaliste Reporterre 2009/08/30 Un rêveur idéaliste (30 août 2009) Joyeuse action antinucléaire à Cadarache. Reporterre. fr

Joyeuse action antinucléaire à Cadarache

Une action non-violente combinée du Théâtre de l’invisible, des Clowns activistes, et d’autres manifestants antinucléaires a eu lieu mercredi 26 au matin à Pertuis, pour dénoncer le centre de Cadarache, à l’issue des « Rencontres d’été du réseau Sortir du Nucléaire ». Cette semaine d’échanges et d’ateliers d’information s’est tenue cette année à Grambois dans le Luberon, avec le soutien de l’association locale Mediane.

« Incident nucléaire à Cadarache, voici les consignes à suivre, des informations supplémentaires vous seront communiquées au prochain rond-point. Veuillez fermer votre vitre » était le message diffusé aux automobilistes se rendant à leur travail, par des personnes en pantalon bleu foncé et en chemise bleu ciel ou en combinaison blanche (de peintre) distribuant les tracts. Quelques mètres plus loin une dame en tenue d’infirmière distribuait des fausses pastilles d’iode à la menthe. Bien sûr le tract réclamant la conversion de Cadarache en un centre de recherche sur les énergies renouvelables ne laisse aucune ambiguïté aux automobilistes qu’il ne s’agissait que d’une simulation dont ils étaient l’objet. Le rond-point suivant dédramatisait la situation avec une joyeuse troupe de clowns activistes chantant et dansant au son d’une mini-fanfare, décontaminant les voitures au plumeau, avec des banderolles « Stop Iter, oui aux énergies renouvelables » ou « CaCadarache, 35 000 m3 de déchets radioactifs » déployées sur le terre-plein central. Pour clore l’action, le rond-point suivant affichait une grande banderole de 10 m x 15 m : « Le nucléaire tue l’avenir ».

« L’objectif est de mettre l’espace d’une seconde les riverains dans la situation et si c’était vraiment le cas ? et de leur faire prendre conscience des risques liés aux déchets radioactifs des 19 installations nucléaires de base du très discret centre de Cadarache, juste à côté » confie un participant. André Larivière, du Réseau Sortir du Nucléaire, interviewé au téléphone par la radio France Bleu Provence, confie que « ce centre de CaCadarache est un vrai pustule pour la région ».

La grande majorité des gens, comme cette camionnette d’un installateur de panneaux solaires, souriaient aux clowns ou klaxonnaient ostensiblement en soutien, visiblement heureux qu’on ose briser le tabou du nucléaire et exprimer leurs inquiétudes. Quelques grincheux pressés passaient plus rapidement. La route s’étalant sur deux départements, on a pu constater une réaction différente des forces de l’ordre qui sont venues surveiller l’action.

Côté Cadarache, les agents étaient plutôt inquiets et pas très bons partenaires (sauf quand la présence ostensible de leur voiture de police crédibilisait encore plus la situation, et qu’ils faisaient la circulation pour les manifestants). Des activistes se présentent à la police dépêchée sur les lieux « Bonjour, on mène une petite action d’information sur les risques du nucléaire, on en a pour une heure. - Vous avez vos papiers ? On va relever les identités de tout le monde » La policière un peu hautaine cherchait visiblement la petite bête et semblait bien embêtée (pour son chef ?) de la présence des activistes. Un policier faisait parfois ostensiblement circuler les voitures sous le nez des agents d’information. Négociation avec la police : « Bon, nous on va rester jusqu’à ce qu’on ait fini de distribuer nos tracts, si on pouvait trouver le bon compromis entre fluidité du traffic et diffusion du message... - Ah bon ? Et il vous en reste beaucoup ? - Une bonne centaine ». Finalement les 600 tracts prévus ont été distribués. Les RG se sont également présentés, inquiets comme à leur habitude de savoir à la fin de l’action si les activistes n’allaient pas poursuivre avec une autre action plus loin : « Vous rentrez vraiment, là ? Parce que sinon, moi je me fais massacrer ! »

Dans le département voisin, la police était beaucoup plus détendue, et même souriante, se souciant de la sécurité des joyeux drilles. « Faites juste attention avec les voitures. Vous terminez votre semaine à Grambois, c’est ca ? Moi j’habite juste à côté. - Ah, vous allez nous soutenir, alors ? - Désolés on peut pas trop, là. Mais on a nos opinions personnelles nous aussi. » Ce qui semble confirmer l’hypothèse qu’un peu à l’écart des centres nucléaires, l’omerta ne soit pas aussi forte sur le sujet. A l’heure où les incidents dans les centrales se multiplient, tant d’inquiétude de la part du pouvoir face aux actions n’est pas le signe d’une confiance sereine dans cette technologie.

Rendez-vous à Copenhague Hervé Kempf Reporterre 2009/08/31 Hervé Kempf (31 août 2009) Rendez-vous à Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

Rendez-vous à Copenhague

Bel été, campagne, mer, amours, tout va bien ? Canicule, avions pleins, bouchons autoroutiers. La routine estivale. Des usines ont fermé ? Hmm. On s’est bien reposé. Et... c’est la rentrée.

Pour l’écologie, elle prend la forme d’un compte à rebours : dans moins de cent jours s’ouvrira la conférence de Copenhague sur le changement climatique. Rendez-vous historique, magique, civilisationnel, vital - préparez-vous à la grandiloquence. Des cohortes de diplomates vont converger vers le Danemark début décembre, et sans doute pléthore d’activistes, militants, citoyens - on attendrait 100 000 mille personnes !

Objet du raout : mettre au point le traité qui succédera au protocole de Kyoto afin d’organiser la lutte internationale contre le changement climatique. Enjeu : les pays industrialisés s’engageront-ils à réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre en échange d’un engagement des pays émergents à limiter les leurs ? Etat des lieux : la négociation est bloquée. Barack Obama, empêtré avec sa réforme de la santé, a peu de chances de faire voter avant décembre son projet de loi sur le climat. Du coup, les diplomates états-uniens sont sur les freins. La Chine et l’Inde répondent : tant que vous ne bougez pas, on ne bouge pas.

Un déblocage se produira-t-il ? On verra. Mais au fond, la clé ne se situe pas dans le jeu des grandes puissances. Ou plutôt, la lecture géostratégique n’a pas de sens si elle néglige la répartition des forces sociales dans les pays opulents. Le verrou à ouvrir se situe ainsi au coeur du fonctionnement du capitalisme contemporain. Vous avez entendu parler de l’affaire des bonus, bien sûr. De quoi est-ce le symptôme ? Du fait que les personnes les plus riches refusent obstinément de remettre en cause leurs privilèges.

Or si l’on veut lutter contre le changement climatique sans se payer de mots, il faut que toute la société s’y mette. Qu’on le veuille ou non, cela signifie une diminution de la consommation matérielle. Mais il est impossible pour les classes moyennes d’accepter d’aller vers la sobriété si les classes dirigeantes n’acceptent pas de réduire sérieusement leur mode de vie.

Rompre avec des décennies de culture de consommation est déjà très difficile ; cela devient insupportable si la transformation n’est pas équitablement partagée. La prévention du changement climatique suppose donc une remise en cause profonde du système social. Précisément ce contre quoi se ligue l’oligarchie aux Etats-Unis - en bloquant la réforme de la santé avant de tenter de faire dérailler la loi sur le climat -, mais aussi en Europe, comme l’illustre la comédie des bonus. Résultat : une position diplomatique faible, et l’enlisement de la négociation climatique.

Vous voulez réussir à Copenhague ? Proclamez qu’il faut redistribuer les richesses et plafonner les revenus en instaurant le revenu maximal admissible.

Taxe carbone : le gouvernement lui enlève son utilité France Nature Environnement Reporterre 2009/08/31 France Nature Environnement (31 août 2009) Taxe carbone : le gouvernement lui enlève son utilité. Reporterre. fr

Taxe carbone : le gouvernement lui enlève son utilité

Le gouvernement est en train d’enlever de la Contribution climat énergie les éléments qui en auraient fait un instrument écologique utile.

Alors que les déclarations politiques et ministérielles se succèdent, FNE s’inquiète des conditions dans lesquelles est rédigé le projet de loi de finances qui va créer la future taxe carbone / Contribution Climat Energie (CCE).

Et la concertation ?

Pour Sébastien Genest, Président de FNE (France Nature Environnement) : « Les conditions d’élaboration de cette contribution climat énergie, au fil des déclarations ministérielles, sont assez surprenantes. Nous souhaitons que le Gouvernement précise sa pensée et soumette ce projet au débat des acteurs du Grenelle de l’environnement lors de leur prochaine réunion, ce jeudi 10 septembre. Pour l’instant, les conditions d’annonce de cette taxe suscitent l’incompréhension des Français et permettent au populisme fiscal de s’exprimer. Il faut d’urgence changer de braquet ! ».

Arnaud Gossement, porte-parole de FNE ajoute : « A en croire les différentes déclarations ministérielles sur le sujet, le Gouvernement joue une valse à 4 temps : un pas en avant, trois en arrière. Nous applaudissons la redistribution intégrale du projet de la taxe mais regrettons de ne rien savoir des conditions précises de cette redistribution : combien ? Quand ? Comment ? »

Un pas en avant : une CCE intégralement redistribuée aux ménages

Dans un entretien récent au journal Le Monde, Christine Lagarde s’est prononcée pour une redistribution intégrale aux ménages des produits de la taxe carbone qu’ils supporteront. Pour FNE, c’est une bonne nouvelle : une telle redistribution est une garantie que la fiscalité écologique protègera les plus modestes, ce qui est indispensable pour en faire un outil de justice sociale et environnementale.

FNE attend cependant des précisions sur le mécanisme exact de redistribution. S’agira-t-il d’un « chèque vert » ? De quel montant, et distribué à quel moment ?

Premier pas en arrière : l’électricité

Le gouvernement semble avoir définitivement abandonné l’idée de taxer aussi l’électricité, passant d’une Contribution Climat Energie à une simple taxe carbone. Or, FNE rappelle que la CCE doit porter sur l’intégralité des consommations énergétiques. C’est le seul moyen d’éviter un report vers l’électricité et d’assurer une transition vers une société moins énergivore, ce qui est impératif dans la lutte contre le changement climatique.

Deuxième pas en arrière : un taux trop faible

Le montant de la taxe se réduit comme peau de chagrin. Des 32 euros recommandés par le rapport Rocard, on est passé à 15 euros… ce qui est clairement insuffisant, et ne permettra pas d’atteindre l’objectif du « facteur 4 » qui est celui de la France.

D’autant plus que ce chiffre de 32 euros ne concerne que le poids carbone, et pas l’électricité. Pour FNE : « La valeur proposée par le rapport Rocard est déjà un compromis social et économique. Il serait plus opportun de s’en tenir au taux de 32 euros pour les énergies fossiles, et de réfléchir sur le montant d’une taxation de l’électricité dès maintenant ».

Troisième pas en arrière : une taxe qui doit évoluer dans le temps

Le Gouvernement serait réticent à s’engager sur une hausse programmée des tarifs, qui inscrirait par exemple une trajectoire d’évolution des tarifs sur 5 ans dans la loi finance 2010. Or, la croissance progressive et programmée du taux est un des points clés du dispositif : seule une anticipation de la hausse pourra inciter les consommateurs et les entreprises à modifier leurs comportements, et ce, d’autant plus que le taux initial est faible.

Par ailleurs, il est important que la CCE prenne en compte les évolutions du système européen de transfert de quotas : FNE considère comme anormal que les industries polluantes soient exemptées de taxe sur l’énergie tant que l’allocation des permis d’émissions se fait gratuitement. En effet, en l’état actuel des choses, elles seraient les seules à ne pas payer pour chaque tonne de carbone émise.

Ne pas laisser passer l’occasion de lutte contre le changement climatique

Pour l’instant, la Contribution Climat Energie est donc en train de devenir une taxe carbone rachitique : pas d’incitation à réduire la consommation d’électricité, un taux trop faible pour avoir un réel impact sur le climat et dont la croissance régulière et transparente est remise en cause.

Pour FNE, il ne faut pas abandonner l’idée d’une fiscalité écologique forte, qui doit être un élément central dans une politique globale de lutte contre le changement climatique.

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Goldsmith et Petitjean, une amitié écologiste Jacques Grinevald Reporterre 2009/08/31 Jacques Grinevald (31 août 2009) Goldsmith et Petitjean, une amitié écologiste. Reporterre. Tribune — fr

Goldsmith et Petitjean, une amitié écologiste

Peu connu, Armand Petitjean a été un des inspirateurs de l’interrogation écologiste en France. Ses discussions fréquentes avec Teddy Goldsmith ont contribué à former leur pensée commune.

Armand Petitjean (1913-2003) a été le véritable père fondateur du mouvement Ecoropa, contrairement à ce que laisse entendre le politologue Jean Jacob pour qui Ecoropa était l’Internationale de Denis de Rougemont ! Rien - y compris dans les archives - ne permet de penser cela. C’est Armand Petitjean qui a appelé cette vieille connaissance (ils s’étaient rencontrés à la NRF chez Gallimard). Mis à part son titre honorifique de président d’Ecoropa, à la suite des réunions de Paris, en 1976, et de Metz, en 1977, Denis de Rougemont n’a jamais été vraiment engagé dans la nébuleuse de l’écologie politique (ses biographes ne disent pratiquement rien d’Ecoropa !) et il n’a jamais été un fidèle de ses réunions.

Teddy Goldsmith, lui, a été l’un des piliers d’Ecoropa. Armand Petitjean avait rapidement pris contact avec lui, dès la création de son magazine The Ecologist, dont le premier numéro date de 1970.

Ce que je veux dire ici, c’est que Teddy Goldsmith était l’un des fidèles compagnons de route d’Armand Petitjean. Il était l’un des hôtes privilégiés de La Baume, la retraite en Cévennes de Petitjean et de sa seconde épouse, Colette.

J’ai rencontré Teddy pour la première fois chez Petitjean, à La Baume, vers 1976-77. Notre amitié n’a cessé de grandir, notamment autour de la conservation de la nature, de notre amour de la Toscane, de notre passion pour la Biosphère et Gaïa, pour l’écologie théorique, etc. C’était mutuellement enrichissant et ce fut, je crois, durablement productif... Malgré ou plutôt grâce à certaines controverses intellectuelles et idéologiques, nos sentiments ne faiblirent jamais, bien au contraire. Cette diversité nous semblait mutuellement saine et féconde.

Après la disparition d’Armand, celle de Teddy, qui n’est pas une surprise, est pour moi une perte gigantesque et dont je mesure encore mal les implications. Heureusement, je sais que ce sentiment est partagé aux quatres coins de la planète, car Teddy avait des amis, des admirateurs et des critiques dans le monde entier.

Cette grande et apparemment paradoxale amitié entre Armand Petitjean et Teddy Goldsmith est essentielle pour comprendre l’un et l’autre, c’est-à-dire deux figures majeures et contrastées de l’histoire intellectuelle de la conscience écologique de la fin du XXe siècle de l’ère chrétienne...

Essentiel aussi pour comprendre les origines et l’histoire d’Ecoropa. Teddy et Petijean en formaient, à mon sens, les deux extrêmités, dans un spectre intellectuel et spirituel d’une grande diversité, mais réunie malgré tout autour d’une idée forte, critique et prophétique : l’écologie comme issue, dans tous les sens de ce mot, en français et en anglais.

With peace and love

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Taxe énergie : le PS a un avis Parti socialiste Reporterre 2009/08/31 Parti socialiste (31 août 2009) Taxe énergie : le PS a un avis. Reporterre. fr

Taxe énergie : le PS a un avis

Non à la taxe carbone de Nicolas SARKOZY, Oui à une contribution climat socialement juste et écologiquement efficace

A quelques jours du débat au Parlement sur la taxe carbone proposée par le gouvernement, le Parti socialiste confirme ses positions adoptées par le Bureau national du 2 juillet.

Nous sommes favorables à une fiscalité écologique permettant d’accompagner la modification profonde et nécessaire des modes de vie et de déplacement.

Mais nous sommes convaincus qu’une telle contribution pour être acceptable, doit recevoir l’adhésion de la population et donc être juste socialement.

C’est la raison pour laquelle le Parti socialiste s’oppose à la taxe carbone proposée par le président de la République, inefficace écologiquement car ne s’attaquant pas avec force aux grands pollueurs, et accroissant la pression fiscale sur les familles.

Nous prônons la création d’une contribution énergie-climat dont le produit serait intégralement consacré à des compensations sociales liées à la lutte contre le changement climatique.

Une raison de plus de s’opposer à la taxe carbone du gouvernement, dont le produit sera utilisé à réduire le déficit public ou à compenser la suppression de la taxe professionnelle.

Au-delà d’une contribution incitant au changement des comportements, le Parti socialiste défend des réponses qui s’attaquent aux causes du réchauffement climatique. Il faut redoubler d’efforts pour que les conditions de la construction ou la réhabilitation des logements permettent de réduire la consommation énergétique.

De même, à quoi sert de taxer financièrement la voiture si les Français n’ont pas la possibilité de prendre des transports collectifs proches de chez eux, rapides et peu coûteux ?

C’est dans cet esprit que le Parti socialiste demande, s’agissant des transports en commun, un grand « plan de transports carbone zéro » autour de deux propositions :

- Financement par l’Etat à hauteur de 50% de tous les projets de transports publics ;

- Incitation forte aux plans de déplacement d’entreprise pour ramener le coût des déplacements domicile-travail à moins de un euro par jour.

Sans ces mesures pour accompagner la fiscalité écologique, celle-ci ne sera qu’une nouvelle ponction fiscale sur les ménages sans effet pour l’environnement.

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L’EPR finlandais se révèle un gouffre financier Greenpeace Reporterre 2009/09/01 Greenpeace (1er septembre 2009 à 21h55,) L’EPR finlandais se révèle un gouffre financier. Reporterre. fr

L’EPR finlandais se révèle un gouffre financier

Pour couvrir les retards du chantier de l’EPR en Finlande, Areva provisionne 2,3 milliards d’euros. Soit un surcoût de 75 % par rapport au prix initial.

Areva vient d’annoncer une nouvelle provision de 550 millions d’euros pour couvrir les surcoûts engendrés par la construction de son réacteur en Finlande. Pour la première fois, Areva annonce le montant total des provisions liées à ce chantier -2,3 milliards d’euros. Ceci à rapporter au coût initial prévu : 3 milliards d’euros.

Depuis, la mise en chantier de cet EPR dit de 3e génération, Areva accumule les retards et les déconvenues qui ont aujourd’hui une traduction concrète en termes financiers : virtuellement, une multiplication par deux du coût initial.

Ces retards sont notamment consécutifs à des demandes répétées de la partie contractante finlandaise de revoir le système de sécurité de l’EPR. Ces demandes –du reste formulées par l’ensemble des potentiels clients étrangers d’Areva (la France continuant de demeurer mystérieusement à l’abri du risque nucléaire) -, sont consécutives à de graves erreurs de conception de ce réacteur

« Face à ce marasme économique, Areva menace aujourd’hui son client finlandais d’interrompre la construction de l’EPR. En clair, Areva prend en otage la sécurité des citoyens européens et lui impose un coût : les 2,3 milliards de provisions que l’entreprise vient de passer dans ses comptes », analyse Laura Hameaux, Responsable de Campagne Nucléaire à Greenpeace France.

Cette dernière turpitude de l’autoproclamée « renaissance nucléaire » nous éclaire sur la réalité de son modèle économique et politique. Le modèle nucléaire ne tient et n’a tenu qu’en l’absence de débat démocratique. Cette opacité a jusqu’alors maintenu dans l’ombre la structure de coût réel de ce modèle et les risques objectifs qu’il fait courir aux citoyens.

« Un réel débat démocratique doit être ouvert s’agissant de notre politique énergétique. Et ce débat devra d’abord poser des questions essentielles jusqu’alors totalement ignorées : quel est le coût réel de l’électricité nucléaire ? Quels risques techniques et géopolitiques ce modèle fait-il peser sur la planète ? Le nucléaire est-il réellement une réponse au défi du changement climatique comme le prétend Areva ? », explique Antoine Foucher, Directeur des Campagnes à Greenpeace France.

La « renaissance nucléaire » ne saurait résister à l’examen de ces questions. Ce modèle craquèle à mesure qu’il cherche à s’exporter et donc s’expose au débat.

Greenpeace réitère sa demande d’arrêt immédiat du programme EPR dans sa globalité, qu’il s’agisse d’Olkiluoto, de Flamanville ou du nouveau projet de Penly.

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La taxe carbone, une écologie antisociale Aurélien Bernier Reporterre 2009/09/01 Aurélien Bernier (1er septembre 2009 à 11h18,) La taxe carbone, une écologie antisociale. Reporterre. Tribune — fr

La taxe carbone, une écologie antisociale

« Une nouvelle fois, les plus pauvres paieront à la place des vrais responsables de la crise écologique » Pendant ce temps, les grandes entreprises bénéficient, pour quelques années, de quotas gratuits.

Nous ne connaissons pas encore tous les détails de la mise en oeuvre de la future taxe carbone préparée par le gouvernement français, mais une chose est sûre : une nouvelle fois, les plus pauvres paieront à la place des vrais responsables de la crise écologique. Le principe est en effet de taxer les énergies fossiles en fonction des gaz à effet de serre qu’émettent leur combustion à hauteur de 32 euros par tonne de carbone dans un premier temps, puis d’accroître progressivement le niveau des prélèvements.

Les factures de carburant, de gaz, de fuel et peut-être d’électricité, augmenteront donc à partir de 2010. Le gouvernement tente de faire passer la pilule en promettant un chèque « vert » censé compenser la taxe pour les ménages les plus modestes. Mais la ficelle est grosse.

D’une part, cette compensation sera calculée sur les consommations directes d’énergie. Or, si le prix de l’énergie augmente, les prix des biens et des services augmenteront proportionnellement. Le chèque vert ne compensera jamais intégralement ces hausses.

D’autre part, ce type de mesure peut prendre fin à tout moment. Aucune garantie n’a été donnée sur la pérennité de ce chèque, et nous pouvons parier qu’il sera de courte durée. Enfin, la baisse des cotisations patronales est déjà programmée, avec ses conséquences prévisibles : aucune embauche, aucune augmentation de salaire, mais une bénédiction pour les profits des grands groupes.

Pourtant, le scandale ne s’arrête pas là. Les principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans l’industrie sont déjà soumis au système des droits à polluer échangeables. Ils se voient allouer des quotas carbone qui peuvent être vendus et achetés en Bourse, la loi de l’offre et de la demande fixant le prix « optimum » pour la pollution. Or, les firmes en question seront exonérées de taxe carbone. Alors que le citoyen ou la PME paiera 32 euros à chaque tonne de carbone émise, ces grandes entreprises reçoivent leurs droits à polluer gratuitement.

Par exemple, Arcelor-Mittal dispose d’environ 8 millions de quotas par an pour six usines implantées en France, ce qui équivaut à un droit à émettre gratuitement 8 millions de tonnes de carbone. A 32 euros la tonne, le cadeau fait à cette multinationale en l’exonérant de taxe carbone dépasse les 250 millions d’euros par an. Mais ce n’est pas tout. Si ces firmes manquent de droits à polluer, elle les achètent sur le marché où le prix actuel est d’environ 14 euros par tonne, soit moins de la moitié du tarif qui sera appliqué aux particuliers. Enfin, les grands groupes qui ont habilement su pratiquer le lobbying ont obtenu bien plus de quotas qu’il ne leur en fallait. Pour l’année 2008, Arcelor-Mittal disposait d’un excédent de droits à polluer d’un million de tonnes en France. Vendus sur le marché au comptant, ils représentent plus de 15 millions d’euros de bénéfices.

Voilà donc à quoi sert le discours dominant sur l’écologie qui culpabilise le citoyen et sensibilise au problèmes de la planète grâce aux images dépolitisées d’Arthus-Bertrand. A faire accepter des mesures totalement antisociales. L’imposteur Cohn-Bendit, en passe de devenir le meilleur porte-parole du gouvernement, applaudit des deux mains. Il ose même parler de « révolution ». Et tout laisse à penser que nous n’en sommes qu’au début. Grâce à l’argument de la concurrence internationale, les grandes firmes parviendront toujours à éviter la contrainte en Europe tout en redéployant leur activité dans les pays à bas coût de main d’oeuvre. A l’inverse, les petites ou moyennes entreprises et les populations paieront... jusqu’à l’explosion sociale qui pourrait arriver plus vite qu’on ne le pense.

Pourtant, la taxe carbone n’est pas intrinsèquement mauvaise. Elle est comme tous les outils de fiscalité environnementale qui sont utilisés toutes choses égales par ailleurs : injuste et donc inacceptable. Il faut prendre le problème à l’envers.

C’est une répartition équitable des richesses qui permettra de promouvoir ou d’exiger des comportements plus écologiques. Il faut taxer le capital et augmenter les revenus du travail avant de mettre en place des contraintes environnementales que les citoyens pourront alors assumer. Pour cela, l’objectif premier doit être de casser le chantage aux délocalisations et de reconstruire une économie locale capable d’amener le plein emploi. Il existe un outil qui permettrait d’y parvenir : le protectionnisme écologique et social. Mais les dizaines d’articles parus récemment dans les médias sur la future taxe carbone ne présentent jamais cette mesure comme un préalable à tout véritable programme de protection de l’environnement. A regarder les profits de multinationales comme Arcelor-Mittal, on comprend très bien pourquoi.

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Le papier recyclé est en crise Daniel Lacaille Reporterre 2009/09/02 Daniel Lacaille (2 septembre 2009) Le papier recyclé est en crise. Reporterre. fr

Le papier recyclé est en crise

L’équilibre économique du secteur du papier recyclé est en danger, faute d’une fiscalité décourageant les produits polluants.

Lettre ouverte à Jean-Louis Borloo

Monsieur le Ministre d’État,

En 2007, vous avez eu l’audace et le courage de lancer le Grenelle de l’Environnement avec l’ensemble des acteurs de la société civile. C’est à cette époque que des éco-entrepreneurs se sont lancés dans l’action en faveur de l’économie verte pour inciter les agents économiques à changer leurs comportements en faveur de la préservation de la planète.

“Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous ; demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays”, disait très justement John Fitzgerald Kennedy. C’est ce que j’ai fait en créant COMPTOIR ÉCOLOGIQUE pour accompagner les entreprises dans leur conversion au papier recyclé, sachant que la déforestation à grande échelle est responsable de plus de 20% des émissions de gaz à effet de serre.

Dans le même secteur, en 2008, le groupe Matussière & Forest (700 salariés), pionnier du papier recyclé en France, a été liquidé. Aujourd’hui, après avoir pris le risque de la création d’entreprise, pratiquant des marges commerciales faibles, UN BUREAU SUR LA TERRE (fournitures de bureau écologiques) et COMPTOIR ÉCOLOGIQUE (vente en gros de papier recyclé) sont menacées de disparition rapide par insuffisance de commandes.

Malgré les prix très attractifs de nos papiers 100% recyclés, la concurrence avec le papier issu de la déforestation est inégale du fait du dumping social et environnemental dont il bénéficie. En Indonésie, au Brésil et au Congo, la forêt disparaît à grande vitesse. Il y a pourtant urgence climatique, et nos entreprises sont indispensables pour faire le lien entre les fabricants et les consommateurs de produits écologiques.

En attendant une fiscalité écologique qui pénalise les produits qui détruisent la planète et favorise les produits écologiques, nos entreprises se meurent. Même si l’idée d’une assistance est contraire aux lois du marché, il m’arrive d’imaginer une aide temporaire afin de passer le cap du seuil de rentabilité. Il y a pourtant quelques mesures simples qui pourraient nous aider sans nous assister :

- 1. Une TVA favorable aux éco-produits.

- 2. L’obligation pour tous les agents économiques de se fournir au moins pour 20% en papiers 100% recyclés munis de l’écolabel Ange Bleu (le seul qui garantisse un papier 100% écologique issu de la collecte sélective auprès des ménages).

Ces deux seules mesures permettraient de booster toute l’économie du recyclage en France, de la collecte des vieux papiers à la vente de produits finis, en passant par la fabrication en papeterie. De nombreux emplois seraient créés. Nous nous engagerions encore plus positivement dans la voie qui nous permettra d’atteindre les objectifs nécessairement ambitieux de lutte contre le réchauffement climatique. Il est encore possible d’agir. Osez nous aider et, surtout, osez prendre les dispositions nécessaires !

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Post-scriptum : Des précisions

On estime qu’une ramette sur 5 est issue de la déforestation des forêts primaires qui sont rasées pour l’élevage bovin, l’industrie du meuble, les agro-carburants et le papier. Tout est lié.

Le site de Greenpeace (cliquer sur “forêts”) en parle très bien, mais aussi l’ONG Awely (http://www.awely.org).

La gestion durable des forêts et le label FSC sont une vraie solution écologique, même si le label FSC n’est pas toujours très sûr (trafics sur l’obtention du label). Voir le nouveau papier Rey Nature fabriqué en Limousin avec du bois régional.

Le papier recyclé offre pleins d’avantages : matière première sur place (encore très gaspillée : en France, 80% des papiers de bureau ne sont pas récupérés selon l’ADEME), beaucoup moins de consommation d’eau et d’énergie lors de sa fabrication, réduction des gaspillages, emplois locaux (collecte, tri, fabrication...) et toutes les actions pédagogiques et de sensibilisation qui portent de bonnes valeurs (économie, recyclage, respect de l’environnement, souci du bien commun, etc.).

Le papier “écologique” est de plus en plus demandé par les acheteurs, mais souvent ces derniers ne font qu’une partie du chemin et s’arrêtent au papier FSC (dont la fabrication ne garantit pas le respect de l’environnement) ou au “100% recyclé” blanchi sans chlore mais avec des azurants optiques qui sont légèrement polluants... Ces papiers dits “100% recyclés” sont issus de chutes de fabrication (en papeterie ou chez les imprimeurs) et ne proviennent pas de vieux papiers de récupération. Ce qui explique leur très forte blancheur. On les appellent papiers pré-consommation (non encrés).

Voilà un des noeuds du problème : la demande de confort ! Les Français veulent du papier blanc comme neige, ce qui plombe le vrai papier recyclé (blanc plus ou moins cassé) et favorise le papier dit “classique”. En Allemagne, on ne se pose plus ce type de question. De Gaulle avait raison : les Français sont des veaux ! Incapables de changer leur papier du blanc au blanc cassé, je les vois mal embarquer dans la révolution verte. C’est pourquoi il faut des écologistes pour les informer, les accompagner, les inciter à se convertir au recyclé, etc. Les marchands de papier actuels (Inapa, Papyrus, Lyreco...) n’ont pas ces préoccupations environnementales.

De gauche comme de droite, on a beau organiser des colloques sur le développement durable et dépenser des sommes folles pour communiquer, les achats demeurent guère éco-responsables. Que font-ils pour notre environnement ? Je compte peu de syndicats dans ma clientèle (quand même : CFDT Services France, SUD-RAIL Bourgogne et SUD-SANTÉ Lorraine), un peu de politiques dans deux ou trois régions (Verts, PS). J’ai vu des lycées engagés dans l’Agenda 21 (et subventionnés pour cela) acheter du papier non écologique (mais à 70 grammes au lieu de 80...). D’autres refuser le papier recyclé pour des écarts de prix de quelques centimes par rapport au papier “classique”...

Ce qui ne m’empêche pas d’être en discussion avec de grands groupes multinationaux et nationaux, dans la banque, l’armement, les boissons, la distribution...

Mais d’autres s’engagent, on les trouve dans tous les secteurs de l’économie : hôpitaux, lycées, mairies, PME, artisans, professions libérales, associations, hôtellerie...

Le vrai papier recyclé est celui avec écolabel Ange Bleu (voir sur www.comptoir-ecologique.fr, cliquer sur “Ange Bleu” en rubrique COUP DE COEUR. Lire aussi les fiches techniques en rubrique TÉLÉCHARGEMENT). C’est un papier post-consommation (100% vieux papiers encrés, dont plus de la moitié sont très sales), non blanchi car nettoyé avec du savon noir. Il doit être accompagné de l’écolabel Nordic Swan (Cygne Blanc) qui garantit les normes les plus strictes au niveau de sa fabrication en usine, ce qui est une autre explication du différentiel de coût avec le papier issu de la déforestation.

Avec l’Ange Bleu, on entre vraiment dans le cercle vertueux de l’économie du recyclage.

Le recyclage des matières premières est l’un des piliers de l’économie verte, il est notre seule alternative au système de gaspillage et d’épuisement des ressources qui s’affaisse aujourd’hui. Mieux vaut s’y plonger au plus vite, quitte à y laisser un peu de son confort. Sinon, il s’imposera par nécessité. Et c’est alors toute notre économie qui s’effondrera, faut d’avoir su s’adapter et réagir au bon moment, c’est à dire aujourd’hui. Seul notre instinct de survie pourra nous apporter cette énergie qui nous arrachera de la léthargie actuelle.

La passion du pouvoir contre la démocratie Jean-Claude Michéa Reporterre 2009/09/02 Jean-Claude Michéa (2 septembre 2009) La passion du pouvoir contre la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

La passion du pouvoir contre la démocratie

« La démocratie est le système dans lequel nous sommes tour à tour gouvernants et gouvernés », disait Aristote. Mais comment prévenir le désir de pouvoir de certains ? Le texte que voici est extrait d’un entretien accordé par Jean-Claude Michéa au Bulletin de critique bibliographique A Contretemps.

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Comme promis, nous allons revenir, Jean-Claude Michéa, sur une question déjà évoquée, mais que j’aimerais vous voir approfondir. Pour ce faire, je lirai une citation – un peu longue – de votre livre. On la trouve en pages 164 et 165 de L’Empire du moindre mal. Je cite :

« On sait que Stendhal tenait en haute estime l’œuvre de Fourier, ce “rêveur sublime ayant prononcé un grand mot : Association”. Dans ses Mémoires d’un touriste, il élève, cependant, contre l’idée de phalanstère, une objection fondamentale, de nature à compromettre, selon lui, toutes les tentatives d’ “association” proposées par les différents courants du socialisme alors naissant. Fourier – écrit-il – “n’a pas vu que dans chaque village, un fripon actif et beau parleur (un Robert Macaire) se mettra à la tête de l’association et pervertira toutes ses belles conséquences”. Une telle critique, contrairement aux apparences, est très différente de celle des libéraux. Stendhal ne soutient pas (du moins dans ce texte précis) que c’est la nature même de l’homme qui rendrait utopique le projet d’une société solidaire et fraternelle. Il souligne simplement que les socialistes, sans doute par excès d’optimisme, ont systématiquement oublié que la volonté de puissance qui caractérise certains individus conduirait toujours à l’échec les entreprises politiques les mieux intentionnées. Si par anarchisme on entend le projet d’un monde où les “Robert Macaire” seraient, sinon impossibles eux-mêmes, du moins dans l’impossibilité pratique de s’emparer du pouvoir et d’arriver à leurs fins, il est donc beaucoup plus exact de dire que Stendhal soulève ici la question anarchiste par excellence. »

Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette « question anarchiste par excellence » ?

Nous avons déjà évoqué le sujet mais c’est vraiment une question essentielle. D’autant que le besoin pathologique de contrôler sans cesse la vie des autres se manifeste dans toutes les sphères de l’existence – à des degrés naturellement différents – depuis l’organisation militante jusqu’au couple (que l’on songe, par exemple, aux fondements psychologiques de la jalousie, c’est-à-dire de ce sentiment qui rend un sujet incapable de supporter la liberté de l’autre).

Et, comme je l’ai également dit, ce qui rend la volonté de puissance politiquement si dangereuse, c’est qu’elle s’exerce le plus souvent sous des formes très difficiles à identifier clairement. C’est, par exemple, pour essayer de saisir ces effets de pouvoir difficilement formalisables que le concept de « harcèlement », concept qui autorise lui-même bien des abus juridiques, a dû être forgé. Il est donc nécessaire que tous ceux qui estiment qu’il y a encore un sens à combattre collectivement pour un monde libre, égalitaire et décent, accordent une attention privilégiée à cette perversion aussi ancienne que l’homme (les mythes religieux nous l’enseignent), mais dont je persiste à penser, en bon orwellien, que la plupart des « gens ordinaires » en sont encore globalement exempts.

Il me semble, à la lumière de l’expérience historique des mouvements révolutionnaires, qu’on pourrait s’accorder ici sur quelques principes minimaux. Le premier serait évidemment la nécessité d’assurer une rotation perpétuelle des fonctions dirigeantes. Aucun militant ne devrait jamais pouvoir s’installer durablement à la tête d’une association, du moins lorsque celle-ci a atteint une certaine ampleur. Le statut de « dirigeant politique à vie » – ou de « révolutionnaire professionnel » – est clairement incompatible avec les exigences morales d’un combat pour une société égalitaire. Malatesta soulignait d’ailleurs que « le fonctionnaire est dans le mouvement ouvrier un danger comparable au parlementarisme ».

Ce principe démocratique radical n’implique d’ailleurs pas que l’activité militante se réduise à une participation épuisante de tous à des assemblées générales continuelles ou à des réunions interminables (ce genre d’existence ne pourrait convenir qu’à des militants mus par un idéal ascétique et dont l’engagement, à ce titre, est forcément suspect). La solution grecque me paraît nettement plus raisonnable. « La démocratie – disait ainsi Aristote – c’est le régime dans lequel nous sommes tous, tour à tour, gouvernants et gouvernés. » C’est plutôt sur les moyens concrets d’organiser ce « tour à tour » qu’une organisation radicale devrait donc réfléchir.

Un second principe, tout aussi essentiel, c’est qu’une organisation radicale devrait toujours entretenir un rapport critique avec les médias officiels (c’est évidemment un problème qui avait été épargné aux Grecs). C’est dans les années 60 qu’est apparue, aux États-Unis, l’idée assez curieuse que, dans une société moderne, le moyen le plus efficace de faire avancer les idées radicales c’était de « prendre les médias à leur propre piège » en jouant à fond la carte de la médiatisation. Dans une telle logique, les formes de luttes devaient donc être définies en fonction de leur seul aspect spectaculaire et de l’écho médiatique qu’elles suscitaient. Comme on le sait à présent, il s’agit là d’une illusion particulièrement meurtrière.

Chaque fois que vous croyez utiliser les médias, observait Tod Gitlin, ce sont en réalité les médias qui vous utilisent. Ce sont eux, par exemple, qui choisissent de médiatiser tel ou tel porte-parole du mouvement radical en fonction de leur seule logique et à partir de leurs propres critères. On l’a bien vu en 1968, lorsque le système médiatique n’a mis que quelques jours pour construire l’image d’un Cohn-Bendit « leader de la révolution » ou, lors de la dernière élection présidentielle, lorsque ce même système a pratiquement décidé que Ségolène Royal serait la candidate de la gauche. Cela pour ne rien dire, entre mille autres exemples, de la célèbre transformation du « Che » en icône intouchable, au détriment de tous les autres guérilleros de l’époque, dont certains étaient plus démocrates que lui mais aucun aussi photogénique.

Il conviendrait donc de réactualiser ainsi la célèbre formule d’August Bebel : « Quand l’ennemi de classe accepte de me médiatiser, je me demande toujours quelle bourde j’ai encore bien pu commettre. » Si TF1 ou Canal + accepte de vous envoyer trois journalistes chaque fois que votre association réunit 300 personnes, il est effectivement temps de vous interroger sur ce que vous êtes réellement en train de dire et de faire, surtout si quelques stars du showbiz ont décidé de se joindre à vous. D’autant, comme je l’ai dit, que les médias ne médiatisent naturellement que ce qu’ils veulent bien médiatiser.

Qu’est-ce que le grand public est ainsi autorisé à savoir des milliers d’expériences concrètes de vie autogérée ou coopérative, en France ou ailleurs, par exemple du développement des « systèmes d’échange locaux » ou des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne ? Je me souviens avoir tout fait, à l’époque, pour que les quelques journalistes que je connaissais puissent enquêter sur les luttes exemplaires menées, en Haute-Loire – et depuis 1993 ! – par les militants de la Ramade. Rien n’a jamais pu paraître.

Je vais prendre un autre exemple, qui me tient à cœur. J’ai milité dans ma jeunesse au sein du mouvement espérantiste – et notamment à la Sennacieca Asocio Tutmonda (SAT), qui en constituait l’une des fractions d’extrême gauche les plus importantes. Or malgré le fait que le mouvement espérantiste constitue une incarnation exemplaire du principe internationaliste, on constate qu’à la notable exception de Radio libertaire, son degré de médiatisation est, en France, à peu près égal à zéro. Et cela alors même que les espérantistes s’y comptent par milliers et ont su élaborer une culture impressionnante. La raison de ce silence est simple : la nature et les objectifs fondamentaux de ce mouvement sont incompatibles avec le rôle central que l’anglais d’affaires (qui n’est évidemment pas celui de Dickens ou d’Orwell) doit jouer dans le processus capitaliste d’unification juridico-marchande du monde. Le résultat, c’est qu’un congrès espérantiste réunissant quelques milliers de personnes sera toujours moins couvert par la presse officielle et les stars du showbiz que telle ou telle manifestation d’une organisation de 100 membres dont les objectifs ambigus et les formes d’action spectaculaires peuvent être récupérés sans grande difficulté par le « parti des médias et de l’argent », pour reprendre la formule du Plan B.

Je dirai donc, en résumé, qu’un mouvement radical conscient de ce que j’ai appelé la dimension anarchiste de la question politique (ou du syndrome de Stendhal) devrait toujours accorder une importance décisive aux trois principes suivants : en premier lieu, la rotation permanente des fonctions dirigeantes ; ensuite une politique de défiance systématique envers les micros et les caméras du système ; enfin – et c’est bien sûr le plus difficile puisqu’il s’agit d’un travail qui devrait concerner chaque militant en tant qu’individu singulier – un souci constant de s’interroger sur son propre désir de pouvoir et sur son degré d’implication personnelle dans le mode de vie capitaliste.

Or, sans vouloir être trop cruel, on doit bien constater que ces trois principes ne jouent généralement qu’un rôle assez modeste dans le fonctionnement réel des organisations et des associations qui prétendent lutter pour un monde plus décent. Il est vrai que leur mise en œuvre concrète se heurte à bien des obstacles. Le troisième principe suppose, en effet, des capacités de remise en cause personnelle, à la fois morales et psychologiques, que le monde militant n’a jamais trop encouragées (des choses essentielles avaient été dites à ce sujet dans la célèbre brochure Le militantisme, stade suprême de l’aliénation, parue en 1972 et qu’on peut consulter sur divers sites).

Quant aux deux autres principes énoncés, ceux qui ont dû jouer des coudes pour devenir les porte-parole attitrés d’une organisation politique, ne sont peut-être pas les plus qualifiés pour les mettre à l’ordre du jour. De la même façon, remarquons-le, qu’il serait utopique d’attendre des « élus du peuple » qu’ils décident d’eux-mêmes, un beau matin, que la politique ne doit plus être un métier réservé à une caste et qu’en conséquence, les mandats politiques ne seront plus renouvelables.

Pour être franc, je ne sais vraiment pas dans quelles conditions et sous quelles formes il sera un jour éventuellement possible d’établir un véritable gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. La seule chose dont je sois à peu près sûr, c’est qu’un tel mouvement ne partira pas d’en haut. L’histoire offre peu d’exemples de privilégiés renonçant d’eux-mêmes à leurs privilèges. Et ce n’est certainement pas sur nos capitalistes et sur nos intellectuels qu’il faudra compter pour connaître une nouvelle nuit du 4 août.

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Des instituteurs lancent la « résistance pédagogique » Par Julien villalard Reporterre 2009/09/02 Par Julien villalard (2 septembre 2009) Des instituteurs lancent la « résistance pédagogique ». Reporterre. fr

Des instituteurs lancent la « résistance pédagogique »

Les réformes en cours visent à ouvrir l’école au secteur marchand. Des instituteurs ont choisi d’y résister.

Les « réformes » structurelles et pédagogiques imposées par le ministère de l’Education Nationale ne permettent pas de construire une école équitable, humaine et respectueuse de tous les enfants. Elles conduisent à la déconstruction de l’école publique en vue de l’ouvrir au secteur marchand. Notre devoir est d’y résister.

En adhérant à la présente charte, je m’engage à agir dans le sens d’une éducation et d’un enseignement qui visent à :

1. respecter les droits de l’enfant tels que définis dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, notamment le droit à une éducation de qualité pour tous, le droit à l’épanouissement et au développement harmonieux de l’enfant.

2. favoriser l’autonomie et la responsabilité de l’enfant, être doué de raison et de conscience.

3. contribuer à la construction de sa pensée par une pédagogie privilégiant la coopération et le raisonnement, plutôt que la compétition et la simple répétition d’automatismes.

4. apprendre à s’exprimer, lire, écrire, compter aux élèves en les mettant en situation de réflexion et d’échanges.

5. assumer une autorité éducative, opposée à l’autoritarisme, fondée sur le respect de la liberté de conscience, le respect mutuel et la légitimité de règles élaborées ensemble.

6. réaliser des évaluations constructives qui permettent de mesurer réellement les progrès des élèves et de favoriser l’estime d’eux-mêmes.

7. créer les conditions de coopération au sein de la communauté éducative (Enseignants-RASED-Parents...) et au sein de la classe qui aident chaque enfant à entrer dans les processus d’apprentissage et à surmonter ses difficultés.

8. promouvoir une réflexion sur l’aménagement du temps de vie de l’enfant à l’école qui respecte ses rythmes chrono-biologiques.

En signant cette Charte, j’entre en résistance en n’appliquant pas tout ou partie des dispositifs contraires aux valeurs de respect, de coopération et de progrès. Je revendique, en conscience, par loyauté envers le service public d’éducation, et au nom de la liberté pédagogique inscrite dans la loi, la possibilité de mettre en place toute alternative pédagogique dans l’intérêt des enfants.

Chama n’a plus son papa Ligue des Droits de l’Homme Reporterre 2009/09/03 Ligue des Droits de l’Homme (3 septembre 2009) Chama n’a plus son papa. Reporterre. fr

Chama n’a plus son papa

Chama a cinq ans et demi. Son père pourrait être expulsé vers l’Angola. Laissant son fils en France.

Monsieur Besson, rendez son père au petit Chama !

Chama Dieumerci Abel Gabriel a cinq ans et demi. Il devait rentrer en cours préparatoire à Saint-Denis. Il vit déjà séparé de sa maman qui ne peut s’occuper de lui. Son père, qui vit en France depuis 2002, avait demandé en 2006 la régularisation au titre de la circulaire Sarkozy. Ne l’ayant pas obtenue, il est sur le point d’être expulsé en Angola.

Aujourd’hui, la famille d’accueil de Chama n’a même pas les moyens de lui acheter des fournitures scolaires nécessaires à sa rentrée. Son cartable est vide. Son papa va être sans doute renvoyé par vos soins à des milliers de kilomètres de lui. Il est seul.

Dans deux mois, la Convention internationale des droits de l’enfant, qui protège le droit à la vie familiale et le droit à l’éducation de tous les enfants vivant en France, aura vingt ans.

Combien de petites vies allez-vous encore briser d’ici là, monsieur le ministre ? A combien de petits garçons de cinq ans offrirez-vous le « choix » entre garder leur papa et aller à l’école ?

Hier vous prétendiez ne pas connaître le cas de Chama Dieumerci. A présent vous êtes informé.

La Ligue des droits de l’Homme vous tient pour responsable du drame que vit le petit Chama, comme des milliers d’autres enfants de ce pays. Il ne vous reste que quelques heures pour retrouver le sens de l’humanité.

« Nous avons le pied sur l’accélérateur et nous nous dirigeons vers un abîme » Ban Ki-moon Reporterre 2009/09/03 Ban Ki-moon (3 septembre 2009) « Nous avons le pied sur l’accélérateur et nous nous dirigeons vers un abîme ». Reporterre. fr

« Nous avons le pied sur l’accélérateur et nous nous dirigeons vers un abîme »

Le secrétaire général de l’ONU a le sens de la formule. L’ennui, c’est qu’il a raison.

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui vient de constater la « triste réalité » du changement climatique lors d’une visite dans l’Arctique, a appelé jeudi les Etats à faire des progrès rapides dans les négociations sur un nouveau traité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« On dit que l’Arctique est notre baromètre, le canari dans la mine. Mais c’est bien plus que cela. Les changements dans l’Arctique accélèrent le changement climatique mondial », a dit M. Ban lors de la Conférence mondiale sur le climat organisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à Genève.

Mercredi à Svalbard (Norvège), il a déclaré à des journalistes que sa visite en Arctique où il a pu constater la fonte des glaciers avait été « une expérience alarmante » et qu’il avait pu sentir à la fois la puissance de la nature mais aussi sa vulnérabilité.

« J’ai observé la sombre réalité de ce changement de mes propres yeux », a-t-il ajouté. « L’Arctique se réchauffe plus rapidement que n’importe quel autre endroit sur Terre. Elle pourrait être pratiquement sans glace d’ici à 2030 ».

Jeudi, il a expliqué aux participants de la conférence qu’au lieu de refléter la chaleur, l’Arctique l’absorbe alors que la glace diminue, accélérant ainsi le réchauffement climatique. En outre, la glace fondue risque d’élever le niveau de la mer et de modifier le flux du Gulf Stream qui réchauffe l’Europe.

« Notre pied est bloqué sur l’accélérateur et nous nous dirigeons tout droit vers un abîme », a dit M. Ban, appelant les pays à ne pas gaspiller de temps et à ’conclure l’accord’ sur un nouveau traité sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, avant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique en décembre à Copenhague.

Il a ajouté que l’adaptation au changement climatique méritait autant d’attention dans les négociations en cours que l’atténuation des effets de ce changement.

"Les scientifiques ont été accusés pendant des années de faire peur. Mais ceux qui font vraiment peur sont ceux qui disent qu’on ne peut pas se permettre d’agir, que cela fera reculer la croissance économique. Ils ont tort. Le changement climatique pourrait déclencher une catastrophe économique étendue », a-t-il prévenu, ajoutant que la réponse se trouvait dans une croissance ’verte’ et durable.

Le Secrétaire général a souligné que malgré cette réalité avérée, les progrès dans les négociations sur le climat étaient pour l’instant limités.

“Nous avons encore 15 jours de négociations jusqu’à Copenhague. Nous ne pouvons pas nous permettre des progrès limités. Il nous faut des progrès rapides », a-t-il dit.

En particulier, il a appelé à agir dans cinq domaines clés. Des mesures pour s’adapter aux effets inévitables du changement climatique doivent être prises et il faut notamment aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Il faut également que les pays développés établissent des objectifs d’atténuation à moyen terme et il faut reconnaître le besoin d’un consensus sur une limite supérieure pour l’élévation de la température.

Selon lui, il est également important pour les pays en développement d’agir pour réduire la croissance de leurs émissions, et de recevoir un soutien financier et technologique prévisible pour le faire.

Enfin, tous les arrangements institutionnels et les structures de gouvernance sous un nouveau régime du climat doivent répondre aux besoins des pays en développement, a-t-il dit.

“Nous savons quel est le problème. Nous savons ce que nous devons faire. Maintenant, il est temps d’agir. C’est le moment », a-t-il ajouté.

« Nous avons besoin d’un accord à Copenhague qui permettra de réduire fortement les émissions, qui fera la promotion de la croissance verte et qui fournira les ressources et les structures nécessaires pour l’adaptation », a dit le Secrétaire général, ajoutant que « le coût de l’inaction aujourd’hui sera bien plus grand que le coût de l’action demain, pas seulement pour les générations futures, mais pour cette génération ».

De son côté, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, John Holmes, a souligné dans un communiqué publié jeudi que le changement climatique jouait désormais un rôle important dans le déclenchement de catastrophes naturelles, avec des inondations, tempêtes et sécheresses de plus en plus fréquentes et intenses et touchant de plus en plus de gens à travers le monde.

Plus de 65 millions de personnes ont été touchées par des inondations et des tempêtes en 2008, soit 1% de la population mondiale. Cette tendance devrait se poursuivre et s’accélérer si rien n’est fait, a-t-il ajouté.

"Si des réductions drastiques des émissions mondiales de gaz à effet de serre ne sont pas instaurées d’ici à 2020, des catastrophes majeures incluant des inondations, des tempêtes ou le manque d’eau, combinées à d’autres facteurs tels que la croissance démographique, l’urbanisation, l’insécurité alimentaire, le déclin environnemental et la pauvreté, pourraient conduire à d’importantes migrations et des déplacements forcés dans de nombreuses parties du monde", a estimé John Holmes.

Une taxe Energie écologique et sociale est possible Pascal Canfin Reporterre 2009/09/03 Pascal Canfin (3 septembre 2009) Une taxe Energie écologique et sociale est possible. Reporterre. Tribune — fr

Une taxe Energie écologique et sociale est possible

Pour rendre juste la Contribution climat énergie, il faut la redistribuer selon les niveaux de revenus. Mais il faut aussi qu’elle reste écologique... D’où l’idée d’une d’une Carte verte, pour favoriser la production de produits et services à faible impact environnemental.

Les modalités pratiques de la future contribution climat énergie (CCE) sont débattues en ce moment. Même si la CCE est un premier pas dans la bonne direction, trois dimensions du projet actuel du gouvernement posent de graves problèmes.

Le premier concerne le périmètre de la contribution. Contrairement aux intentions gouvernementales il est souhaitable que l’électricité fasse partie du périmètre de la CCE. En effet, si l’essentiel de notre électricité est d’origine nucléaire, la France importe quand meme l’équivalent de la production de deux centrales nucléaires par an pour satisfaire ses besoins hivernaux en période de pic de consommation. Car si le nucléaire répond à nos besoins « de base », il n’est pas adapté aux pics de consommation. Résultat, nous importons notamment d’Allemagne de l’électricité produite à base de charbon. Si la consommation d’électricité n’était pas taxée, les émissions de CO2 liées à ce charbon ne le seraient donc pas non plus. On se trouverait alors dans la situation difficilement justifiable où le charbon consommé directement serait taxé, mais où le charbon consommé indirectement, via la production d’électricité, ne le serait pas.

Deuxième problème, le montant de la CCE. Le gouvernement semble s’accorder sur une valeur de 15 euros la tonne, alors que la proposition consensuelle de la commission Rocard donnait à la tonne de carbone une valeur de 32 euros. 15 euros c’est le prix actuel de la tonne de carbone sur le marché européen des permis à polluer. Un montant qui n’est absolument pas un point d’équilibre : le prix de marché a plongé depuis 2008 car la crise économique a diminué la demande de CO2 de la part des entreprises alors que l’offre est rigide, puisqu’elle est fixée dans le cadre des quotas pluri-annuels alloués par la Commission européenne. Le prix actuel du marché est ainsi considéré par tous comme insuffisant pour modifier les comportements des acteurs économiques, ménages comme entreprises. Ce qui est justement l’objectif de la CCE.

Pourquoi donc le gouvernement propose-t-il un tel montant ? De peur, principalement, de la réaction négative des ménages. Or, il serait tout à fait possible d’instaurer une CCE qui soit à la fois juste socialement et efficace écologiquement.

Et c’est la troisième dimension du projet gouvernemental qui pose problème : la redistribution de l’argent collecté. Avec la Fondation Nicolas Hulot, Europe Ecologie est favorable, pour des raisons de justice sociale, à la redistribution aux ménages de l’intégralité, ou de la plus grande part, de la CCE sous la forme d’un chèque vert. En taxant l’ensemble des ménages sur la base de leur consommation d’énergie en valeur absolue et en rendant l’argent aux ménages sur la base de leur revenu, on met en place un système très redistributif. Car un ménage aisé avec deux voitures, une grande maison et une résidence secondaire consomme beaucoup plus d’énergie qu’un ménage qui loue un deux pièces dans un HLM et possède une seule voiture.

Les calculs réalisés par l’Ademe pour préparer les travaux de la commission Rocard montrent bien que même si la part des dépenses énergétiques en pourcentage du revenu peut être plus élevée dans le second cas, la dépense énergétique en euro (celle qui est taxée) est moins élevée. Reste que si l’argent du chèque vert est utilisé pour consommer encore plus de carburant ou acheter un billet d’avion, la planète n’a pas gagné grand chose dans l’affaire !

On aura certes un dispositif socialement redistributif, mais insuffisamment efficace écologiquement. C’est pourquoi il est nécessaire que le chèque soit vert à la source (financé par le CCE), mais aussi à l’usage. Nous proposons donc que le chèque vert (qui pourrait de fait être une carte verte ou un compte vert) permette aux ménages qui le recevront d’acheter un panier de biens et services compatibles avec la réduction de leur empreinte carbone.

La carte verte permettrait par exemple de payer les transports en commun, d’acheter des légumes bio, des produits disposant de l’écolabel européen, des services à la personne fournies par des associations dans de bonnes conditions sociales, des services culturels, etc.

Il s’agirait à la fois de démocratiser l’accès à des produits verts et de contribuer à la conversion écologique de nos modes de consommation sans perte de pouvoir d’achat. Pour les entreprises, cela constituerait une incitation forte à produire davantage de produits à basse empreinte carbone : si la CCE était fixée à un 32 euros la tonne la première année, cela représenterait un montant collecté d’environ 6 à 8 milliards d’euros. Un marché dont seraient exclues les entreprises proposant les produits les plus polluants. Le chèque « doublement vert » est aujourd’hui une façon de sortir par le haut de la situation dans laquelle s’est mise le gouvernement : en ne redistribuant pas la CCE aux ménages, il crée une injustice. Pour la limiter, il diminue le montant de la taxe. qui du coup n’a plus d’intéret écologique. Mais seuls les imbéciles ne changent pas d’avis...

Les éoliennes violent les derniers sanctuaires Les Robins des bois de la Margeride Reporterre 2009/09/05 Les Robins des bois de la Margeride (5 septembre 2009) Les éoliennes violent les derniers sanctuaires. Reporterre. Tribune — fr

Les éoliennes violent les derniers sanctuaires

En Lozère, les associations écologistes tentent de stopper la marée des éoliennes.

Arbre de bois, arbre de fer,

Quand Bêtise voit son salut en enfer !

Eoliennes ! C’est à vous que je songe aujourd’hui, vous, belles envahisseuses qui sans cesse et sournoisement gagnez du terrain pour surgir sur notre horizon, par un beau matin, dans toute votre agressivité. Vous vous érigez là, triomphantes, sur ce gigantesque et inesthétique pied de métal blanc enraciné de béton dans notre mère nourricière si patiente, quand tout près gémissent nos arbres séculaires que la main de l’homme abat par sottise, inexorablement.

Ceux-là nous murmuraient la musique des vents mêlée au chant des oiseaux et nous confiaient la sagesse de la terre. Celles-là aliènent nos espaces et nos esprits. Ceux-là encourageaient la communauté des hommes en leur offrant l’abri, l’ombre et la fraîcheur. Celles-là sèment la discorde et violent le dernier sanctuaire, celui de nos forêts, lieu empreint du merveilleux dialogue entre homme et nature.

L’arbre, créature vivante, immobile et paisible est devenu pour l’homme irresponsable, un assassin et l’éolien, fièrement dressé sur nos subsides, son rédempteur.

Ces jolies valseuses, pourvoyeuses d’une énergie toujours plus grande à satisfaire la démesure de nos besoins inutiles, étendent sur notre environnement leurs longs bras enferrés et soporifiques et sur notre aveuglement et notre ignorance la complainte grinçante et salvatrice d’une énorme machine à profits.

Derrière ces mots qui bercent notre quotidien et endorment nos culpabilités, au nom d’un « développement durable » et d’une « économie d’énergie », se cache un despote intransigeant qui, hélas, trouve, tapi en chacun de nous, un écho prêt à répondre à sa cupidité…

Et si tout simplement et avec lucidité, nous cessions de répondre à nos caprices et, mettant un frein à nos dépenses parfois somptuaires, nous apprenions pour le respect de nous-mêmes et des générations à venir, la sobriété.

La réforme judiciaire en cours déséquilibre la procédure pénale Fédération nationale des unions de jeunes avocats Reporterre 2009/09/05 Fédération nationale des unions de jeunes avocats (5 septembre 2009) La réforme judiciaire en cours déséquilibre la procédure pénale. Reporterre. fr

La réforme judiciaire en cours déséquilibre la procédure pénale

La réforme judiciaire en préparation accroit le rôle du Parquet, qui est contrôlé par le pouvoir exécutif.

Pour les jeunes avocats, le rapport Leger manque son objectif premier : Une procédure pénale équilibrée.

Les jeunes avocats, qui nourrissent encore l’espoir qu’un jour notre pays atteigne les canons juridiques posés par la Convention Européenne des Droits de l’Homme rappelée régulièrement à la France par la Cour du même nom, se sont prononcés en faveur de l’avènement d’un juge de l’enquête et des libertés dans le seul but d’instaurer, au bénéfice de chacun, une procédure pénale contradictoire à armes égales permettant à tous de faire entendre leur point de vue et au juge de se prononcer en connaissance de cause.

Néanmoins, sans réel pouvoir de contrôle d’injonction ou de sanction lui permettant de sauvegarder les libertés individuelles, ce nouveau juge sera relégué au rang de simple spectateur d’un théâtre judiciaire où le Procureur de la république occupera seul le devant de la scène.

Le rapport LEGER, s’il préconise des avancées évidentes en matière notamment de détention provisoire ou de déroulement des audiences pénales, manque totalement son objectif pourtant affiché d’une procédure pénale équilibrée.

Il est une nouvelle fois scandaleux de découvrir, à la lecture du rapport LEGER, combien l’avocat, c’est-à-dire la voix et le droit du justiciable, est perçu, non pas comme une partie à entendre, mais comme un prétendu frein à une enquête menée donc cavalier seul par le Parquet.

Alors que selon les termes du discours du Président de la République en janvier dernier, il paraissait acquis que nous devions, au XXIe siècle, passer de la culture de l’aveu à celle de la preuve, tout concorde, dans le rapport LEGER, pour maintenir l’état antérieur.

Si comme les jeunes avocats, la Présidence de la République et le Garde des Sceaux ont la volonté de faire basculer notre pays d’un système judiciaire à une Justice apaisée, il conviendra, dans le cadre de la transposition de ce rapport en projet de loi, d’écarter son idée sous-jacente d’une vérité unique détenue par un Parquet omniprésent pour, tout au contraire, s’attacher dans les mêmes conditions que le Parquet à permettre l’expression des vérités détenues par les mis en cause et les victimes.

Les jeunes avocats se tiennent prêts, dans ce seul objectif, à participer activement à la concertation nécessaire à la mise en place d’une refonte globale de notre justice pénale sur la base notamment des préconisations formulées en sa motion pénale adoptée au congrès du 24 mai dernier.

Vive l’impôt sur l’énergie ! Hervé Kempf Reporterre 2009/09/06 Hervé Kempf (6 septembre 2009) Vive l’impôt sur l’énergie !. Reporterre. Tribune — fr

Vive l’impôt sur l’énergie !

Quel tohu-bohu, les amis ! « Antisociale », « populiste », « hold-up fiscal », « impôt Sarkozy », « ridicule », « écologie punitive », la contribution énergie climat - euh, la « taxe carbone » - fait rugir dans les chaumières.

Excellente nouvelle ! Si l’on se souvient qu’en 1992 le projet de taxe sur l’énergie avait été discrètement enterré sous la pression des milieux industriels, on mesure le chemin parcouru : la question écologique s’est imposée dans le débat démocratique. C’est le signe que le coeur de la politique dans les pays industrialisés, aujourd’hui, est de trouver comment établir une nouvelle relation avec la biosphère.

Deuxième point positif : le débat s’est organisé autour de la question de la justice. Le projet de taxe est-il équitable ? L’articulation entre justice sociale et écologie est mise en lumière comme cela n’avait jamais été le cas. Troisième observation : le mythe du « désert français » est mort. La vivacité du débat tient au fait qu’une large partie de la population vit en zone rurale, et dépend donc de l’automobile.

Cela étant observé, rappelons la logique de la démarche.

1 - Point de départ : la planète est engagée dans une crise écologique majeure, notamment par le changement climatique. Celui-ci pourrait avoir des conséquences immenses. Il découle de nos émissions de gaz à effet de serre.

Dès lors une conclusion s’impose :

2 - Il nous faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Or celles-ci sont liées à notre consommation d’énergie.

Donc :

3 - Il nous faut réduire notre consommation d’énergie. Comment ? Les technologies alternatives ne sont pas disponibles à grande échelle et à court terme. Pour diminuer la consommation d’énergie fossile, qui produit du CO2, il nous faut en augmenter le prix pour en dissuader la consommation.

4 - Si le prix augmente, soit on dépense plus, soit on consomme moins. Oui, c’est une perte de pouvoir d’achat. Mais les responsables politiques qui prétendent lutter contre la crise écologique sans envisager une modification du mode de vie... mentent.

5 - Combien de personnes en France sont dans une situation économique telle qu’une diminution de leur consommation énergétique de 10 % est absolument insupportable ? A la louche, 20 % de la population. Pour ceux-ci, l’aide est indispensable, vitale, indiscutable. Mais les autres doivent accepter de consommer moins de pétrole et d’électricité.

6 - Les revenus tirés de l’impôt énergie doivent être clairement compensés par davantage de transports collectifs et d’aides aux économies d’énergie.

7 - L’impôt envisagé reste injuste dans le contexte d’une répartition des revenus particulièrement inégalitaire. Son acceptation suppose une réforme fiscale corrigeant ce désordre social : abolition du bouclier fiscal, refonte des niches fiscales, revenu maximal admissible.

Un pillage chinois de la forêt tropicale au Gabon Robin des Bois Reporterre 2009/09/06 Robin des Bois (6 septembre 2009) Un pillage chinois de la forêt tropicale au Gabon. Reporterre. fr

Un pillage chinois de la forêt tropicale au Gabon

Une exploitation bien ficelée : on fait mine de reprendre une usine française, pour mettre la main sur des droits de coupe au Gabon.

Le 1er Avril 2009 les sociétés Shandong et Honest Timber Gabon ont racheté Plysorol ex-leader européen du contreplaqué. L’emploi de 470 salariés répartis sur 3 sites de production - Lisieux, Fontenay le Comte et Epernay - était soi-disant consolidé.

En plus du maintien de l’intégralité des emplois, le repreneur s’engageait à assurer la modernisation des usines, le développement des débouchés commerciaux et la mise en œuvre d’une certification de qualité pour les bois issus des concessions gabonaises appartenant à Plysorol. En effet Honest Timber Gabon a racheté en même temps que les sites industriels le droit d’exploiter 400.000 hectares de forêt primaire au Gabon.

Ces concessions situées au centre du pays dans la forêt des Abeilles et la réserve de la Lopé sont riches d’une biodiversité exceptionnelle en Afrique Centrale. Plusieurs espèces protégées y subsistent comme les éléphants, les gorilles, les chimpanzés, les singes soleil ; de nombreuses espèces végétales restent à décrire. La principale essence exploitée est l’okoumé qui permet de fabriquer du contreplaqué. Quand l’okoumé était exploité par la compagnie française Isoroy, ex-actionnaires de Plysorol, le regard extérieur des Organisations non gouvernementales (ONG) était toléré, ce qui permettait de réduire les abattages illégaux, le braconnage et la contrebande d’ivoire et d’autres parties d’animaux protégés.

Quatre mois après le rachat avalisé par le tribunal de commerce de Lisieux, toutes les usines marchent au ralenti, en particulier celle de Lisieux spécialisée depuis 1912 dans le déroulage et la transformation de l’okoumé. 110.000 m2 de placage d’okoumé produits par l’usine de Lisieux ont été utilisés pour les volets intérieurs des 4 tours de la Bibliothèque Nationale de France à Paris.

Aujourd’hui l’opacité règne autant dans les usines du groupe que dans les sites forestiers du Gabon. Monsieur Zhang ne donne plus de nouvelles et les grumes d’okoumé prennent depuis le port d’Owendo la direction de la Chine sans passer par Honfleur qui alimentait le site de Lisieux. Monsieur Zhang fait du petit bois avec les salariés et ses affaires de la biodiversité.

L’usine de déroulage d’okoumé de Plysorol basée à Owendo depuis mai 2002 et inaugurée par Omar Bongo est aujourd’hui exposée aux mêmes difficultés que les sites français.

Corinne Lepage rêve toujours de croissance Superno Reporterre 2009/09/07 Superno (7 septembre 2009) Corinne Lepage rêve toujours de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Corinne Lepage rêve toujours de croissance

Quand Superno entend les mots « développement », « relance », et « croissance », il voit rouge. Ce que n’est pas le Modem, assurément.

Je poursuis la série sur les (més)alliances de carpes et de lapins entre PC, P”S”, Modem et “Verts”, et sur les écotartuffes en général.

Aujourd’hui, je vais parler du Modem, et de sa spécialiste en écologie : Corinne Lepage. Elle a donné ce dimanche une petite interview sur RFI, que je vous invite à écouter (ça dure environ 9 minutes) :

Elle (ou un communicant du Modem) a ensuite floodé Twitter en découpant son discours en pièces de moins de 140 caractères… Remarquez, sans cela, ce billet n’aurait jamais vu le jour !

Premier leitmotiv : le projet : “les discussions sur les alliances sont de second ordre par rapport au projet”, et “on ne gagne pas sans un projet.” Oui, difficile d’être en désaccord avec ça. (Sauf au parti “socialiste”, bien entendu…). Elle parle même d’un “projet du 21e siècle” (ça tombe bien, nous y sommes indubitablement), qui serait “démocrate” (les projets dictatoriaux sont tout de même assez minoritaires) et “écologiste” (ils le disent tous en ce moment !)

Je me suis souvent moqué du Modem. Sans remords. Notamment dans ce billet , dans lequel je m’étonnais du décalage entre l’apparente exaltation de ses militants, et l’absence totale de caractère exaltant dans la ligne politique de ce parti de droite mollassonne.

Bon alors, il est où, ce projet ? Désolé, je ne l’ai pas trouvé… Il reste à construire, sans doute… Ah tiens, tout de même, quelques “principes fondateurs” sur le site du Modem. Bon, c’est très général et baratineur, mais deux articles sont tout de même assez inquiétants :

“VI L’essor de la société démocratique repose sur la dynamique d’une social-économie durable, économie de création, entreprenante et réactive, à haute exigence sociale, visant au développement durable”. Ben si ça vise au développement, c’est une économie de croissance. Qui ne peut pas être durable. C’est donc de la croissance avec un cache-sexe. Un bon point pour s’allier aux Verts et/ou au P”S” donc.

“VII- Le développement de la social-économie exige la liberté et la responsabilité des acteurs économiques, mais aussi des acteurs sociaux, civiques et associatifs.” Attends voir, un doute m’habite… “La liberté des acteurs économiques”. C’est plus connu sous un autre nom, ça… Ne serait-ce pas le “libéralisme“ ? Et pour la “responsabilité”, est-ce que la charte du MEDEF sera suffisante ou faut-il ajouter une ou deux virgules ici ou là ?

Du coup, quand Corinne Lepage dit qu’”Être anti-sarkosyste primaire ce n’est pas intéressant. Ce qui est intéressant c’est de montrer en quoi le projet est alternatif”, je suis pris d’un doute. Je ne vois pas en quoi un projet qui a pour principe la croissance et le libéralisme, même soi-disant “responsables” et “durables” pourrait être intéressant, alternatif ou révolutionnaire, puisque c’est à peu près ce que disent aussi l’UMP et le P”S”. Elle est d’ailleurs plus proche des Verts que du P”S”, Car elle ajoute “Il faut créer une majorité pour gouverner qui nous entraîne plus vers la gauche, mais en gardant ce que nous sommes. Si nous devenons un PS bis, le MoDem n’a plus d’intérêt”. La question à se poser serait plutôt de savoir s’il en a jamais eu un…

Et puis je m’inscris en faux, être antisarkozyste primaire, c’est intéressant, et c’est même indispensable ! Mais attention, antisarkozyste, c’est pas seulement être anti-bling-bling, ou contre les outrances style bouclier fiscal ou gamin de 3 ans en rétention, qui relèvent du truisme. Mais en vertu du système proposé par Hervé Kempf “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme”, être anti-sarkozyste, c’est d’abord s’opposer au libéralisme, à ses dogmes (suppression des fonctionnaires, casse des services publics, diminution de toute forme d’aides sociales (sécu, retraites) et des “charges” sur les entreprises…), à ses moyens (les traités européens, la pub, la propagande), et à ses fins (la croissance perpétuelle, le gavage des actionnaires…).

Or je ne sache pas que Corinne Lepage, pas plus d’ailleurs que les autres dirigeants du Modem (comme la giscardo-barro-lecanuetiste Marielle de Sarnez ou le banquier Jean Peyrelevade), aient l’intention de renoncer à tout cela, bien au contraire ! Et même si elle peut, à titre personnel, avoir des opinions originales (sur la Taxe Tobin par exemple), ce n’est pas pour autant que cela reflète la ligne de ce vieux parti de droite plan-plan, même repeint à la hâte en orange…

Je ne vois donc pas d’antisarkozysme là-dedans, mais plutôt du parasarkozysme !

“Il y a plus de points qui nous rapprochent du PS que de l’UMP”. Heu… Ne serait-ce pas seulement parce que Sarkozy, aussi minuscule soit-il, bouche tout l’horizon à droite ? Et que la seule possibilité pour un politicien de droite qui ne voudrait pas faire allégeance à Sarkozy mais voudrait néanmoins se faire élire, serait de faire mine d’être un peu plus à gauche, même au prix de quelques contorsions et quitte à prendre quelques libertés avec la réalité ? Exactement ce que Marie-Ségolène Royal a pathétiquement tenté de faire entre les deux tours de la présidentielle ?

Et elle ajoute “Je suis favorable à un rapprochement avec Europe Ecologie pour créer cette 3e voie“ : L’illustration parfaite du “théorème de Cohn-Bendit”, qui fut le prétexte du billet précédent : « Vous voulez avoir une majorité, oui ou merde ? S’il faut ajouter le Modem, on ajoute le Modem. Si vous voulez une majorité, il faut aller chercher les gens où ils sont, et non pas là où vous êtes ! »

Brassant les vieilles fadaises de Bayrou, elle assure que “la vraie alternative est de sortir du débat gauche / droite”. Je ne sais pas dans quel monde elle vit, Madame Lepage ! Certes, elle paie l’impôt sur la fortune et ne doit pas avoir une vision très précise de la situation sociale. Mais outre le fait que ce genre d’affirmation est toujours proférée par des gens de droite, qu’elle est surtout la conséquence regrettable de la droitisation forcée du P”S”, et qu’elle vise à la disparition de la Gauche, elle est de manière criante contredite par la réalité !

Rappelons aussi que Corinne Lepage fut en 2002, candidate “écolo” clairement identifiée “de droite”, envoyée en mission commando par Chirac pour torpiller les “vrais” écolos !

“Dans le civil”, elle est avocate, spécialiste de l’environnement. Ce qui lui confère une compétence certaine dans ce domaine, et ce n’est évidemment pas le cas de tous les politiciens qui grouillent sur ce sujet à la mode ! On peut aussi lui faire crédit d’être contre les OGM et contre le nucléaire. Encore que, au passage, il faudrait qu’elle nous explique comment, sans le nucléaire, elle arrivera à combler la demande d’électricité en perpétuelle augmentation inhérente à une société “croissantiste”… Bref.

J’ai aussi appris au cours de cette interview qu’elle était favorable au principe de la Taxe Tobin, cette taxe sur les transactions financières autour de laquelle s’est jadis montée l’association (de Gauche) ATTAC. Cette taxe était plus ou moins tombée dans les oubliettes, et je suppose que c’est la “crise financière” qui l’a ressuscitée… Juste un détail : quel taux préconise ATTAC ? Quel taux préconise Madame Lepage ?

Elle est aussi favorable à une taxe carbone, mais pas à la scandaleuse “taxe Sarkozy-Rocard”. Et elle s’explique, sur le site du Modem. Pour l’anecdote, soulignons que malgré toute sa compétence, elle commet la même erreur que Christine Lagarde, en mélangeant les euros et les centimes d’euros par tonne… Elle juge que 14 centimes d’euros la tonne (valeur qui risque d’être retenu par Sarkozy), c’est insuffisant face aux 32 proposés par Rocard. Elle aurait pu ajouter que Jancovici, qui lui ne s’encombre certes pas de préoccupations sociales, évoque pour une efficacité optimale 1000 ou 1500 euros la tonne [EDIT : comme je l’ai expliqué dans le billet sus-cité, Jancovici parle en tonnes de carbone, ce qui équivaut à 300 ou 400 euros la tonne de CO2, soit encore plus de 10 fois ce que propose Rocard et plus de 20 fois ce qui va être retenu !]

Voici donc sa conception de la “taxe carbone” : “Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut redistribuer (la taxe carbone) dans un but social, c’est-à-dire aider ceux qui sont les plus démunis d’abord à supporter le poids supplémentaire que cela représente, et surtout à pouvoir changer : changer de chauffage, changer de voiture, de manière à finalement abaisser sur la durée le coût supporté par le ménage.”

Bon, on pourrait ergoter sur le fait que commencer une phrase par “je fais partie de ceux qui pensent” est inutilement pompeux, et n’apporte guère plus d’information qu’un simple “je pense”. On pourrait surtout se demander en quoi le fait de subventionner une nouvelle voiture, quand on connaît le coût environnemental de sa fabrication, peut être “bon pour l’environnement”. D’autant que l’économie en carburant (et donc en CO2) par rapport à une vieille guimbarde reste le plus souvent anecdotique.

Mais là où on comprend qui est Madame Lepage et ce qu’est le Modem, c’est en lisant la suite :

“Si cette taxe est compensée “convenablement sur le plan social”, “c’est une occasion absolument formidable de relancer de l’activité économique dans notre pays, de relancer de l’industrialisation sur les économies d’énergie et l’efficacité énergétique, ça peut être un accélérateur de sortie de crise”.

Ite, missa est. Elle veut “relancer”. Toujours et encore. Sans fin. Le mythe de la “Croissance Verte”. Elle n’a rien compris. Rien de plus que les autres.

Sarkozy remplace le peuple par des figurants Gérard Filoche Reporterre 2009/09/07 Gérard Filoche (7 septembre 2009) Sarkozy remplace le peuple par des figurants. Reporterre. fr

Sarkozy remplace le peuple par des figurants

C’est gênant, les citoyens. Ils pourraient dire ce qu’ils pensent. Alors quand le Président va quelque part, il fait venir des figurants...

Combien de temps la grande presse sarkozyste va t elle étouffer le scandale ?

Sarkozy est allé jeudi 3 septembre, dans une usine Faurécia, isolée, dans des champs quadrillés par la police, à Caligny, prés de Flers, dans l’Orne, parler devant des ouvriers alignés en blouses blanches. Un reportage de la RTV [en fait, la RTBF] belge, démontre le bidonnage de cette “visite d’entreprise” avec des figurants amenés en car, déjà habillés, et le choix de ceux qui sont derrière Sarkozy parce qu’ils sont “plus petits”.

On y voit une trentaine de salariés répéter la mise en scène avant son arrivée, on voit des plans truqués donner l’impression de masse, alors qu’en fait, il y a peu de gens, sélectionnés, de dos avec blouses ad hoc, on le voit parler à cette assemblée artificielle, bidon comme du temps des “villages Potemkine” ou des “sorties” de Staline (qui était petit aussi..).

C’est la TV belge qui démonte cette pantalonnade diffusée sur Internet, heureusement, car pas un média français, pas un des articles répertoriés par Google ne transperce et dévoile ce scandale. Olivier Stirn a été chassé du gouvernement pour moins que cela dans le passé. Luc Chatel a déjà été pris la main dans le sac, à Intermarché avec des vraies fausses ménagères de l’UMP faisant leurs courses…

Là, on a une mise en scène qui est une véritable escroquerie médiatique. Combien de temps avant que cela ne perce et que toute la France sache comment ce pouvoir manipule grossièrement l’opinion sur ce point comme sur tant d’autres ?

Le co-voiturage se développe en Provence Green Cove Reporterre 2009/09/07 Green Cove (7 septembre 2009) Le co-voiturage se développe en Provence. Reporterre. Transports fr

Le co-voiturage se développe en Provence

Les 2000 salariés du Crédit Agricole Alpes Provence covoiturent grâce à Green Cove Ingénierie

Dans une démarche de développement durable et afin de faciliter les trajets domicile-travail de ses salariés, le Crédit Agricole Alpes Provence a souhaité mettre en place un service de covoiturage. Ayant eu vent du succès des sites Internet proposés par Green Cove Ingénierie, la banque coopérative régionale a sollicité l’éditeur pour permettre à tous ses salariés d’adopter ce mode transport.

Grâce à la base de données mutualisée proposée par Green Cove, les trajets domicile – travail en Provence deviennent économiques, écologiques et conviviaux. Encore un effort et les habitants de la région ne connaîtront plus les déboires des embouteillages.

Les entreprises sont de plus en plus encouragées à réfléchir à leurs problématiques de transports, notamment au travers de l’élaboration de Plan de Déplacement d’Entreprise (PDE). Le PDE est un ensemble de mesures visant à faciliter les changements de comportement sur un sujet sensible, la limitation de l’usage individuel de la voiture.

A la confluence des trois piliers du développement durable : écologie, économie et social, et parfaitement en phase avec ses enjeux, le covoiturage est un moyen de transport régulièrement envisagé dans le cadre de l’élaboration de PDE.

Il permet de disposer d’une alternative de déplacement supplémentaire (publics démunis, à mobilité réduite, enfants, etc.) ; de se déplacer de façon conviviale et solidaire (faire des rencontres, se rendre service, partager les frais) ; de prévenir l’insécurité et la violence routières (responsabiliser les conducteurs) et d’adopter une pratique de déplacement écologique et simple, complémentaire des transports en commun.

La sombre affaire des piques d’Attac : épilogue Attac France Reporterre 2009/09/07 Attac France (7 septembre 2009) La sombre affaire des piques d’Attac : épilogue. Reporterre. fr

La sombre affaire des piques d’Attac : épilogue

En 2006, une fraude électorale avait eu lieu au sein de l’association Attac, affaiblissant durablement l’association. Plainte avait été déposée. La justice vient de rendre un non-lieu.

L’association Attac a reçu à la fin du mois d’août 2009 l’ordonnance de non-lieu relative à la plainte contre X déposée à la suite de la fraude ayant marqué l’élection du conseil d’administration de juin 2006. Le Conseil d’administration du 12 septembre prochain devait arrêter une courte déclaration annonçant le non-lieu et informant les adhérents des résultats de l’enquête judiciaire. En effet, nous avons pris connaissance du réquisitoire du Parquet de la République ayant précédé l’ordonnance de non-lieu dans lequel sont établis les faits suivants.

Une personne, à l’époque salariée de l’association, Christophe Ventura, a reconnu, après l’avoir nié, avoir pénétré dans les locaux d’Attac, dans la nuit du 13 au 14 juin 2006 (celle après laquelle la tendance des résultats de l’élection a brutalement basculé), après minuit, donc hors des heures d’ouverture des locaux, dans lesquels tous les bulletins de vote en cours de dépouillement étaient entreposés, et pour un motif déclaré totalement étranger à l’activité de l’association. Cette personne a été, pendant cette intrusion, en communication téléphonique avec Jacques Nikonoff, Bernard Cassen et Michèle Dessenne, qui se trouvaient à proximité.

Ces faits sont authentifiés. Cependant, les règles de preuve du droit français exigeraient de relier directement et formellement cette intrusion nocturne et la fraude, ce qui est impossible matériellement. Le juge d’instruction ne pouvait donc que statuer qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre quiconque. Attac prend acte de cette décision.

Mais un non-lieu ne signifie pas que rien ne se soit passé. La commission d’enquête interne avait mis au jour les faux bulletins de vote et ses conclusions avaient été admises par Jacques Nikonoff et Bernard Cassen.

Malheureusement, en assumant le risque de relancer des querelles mortifères, Jacques Nikonoff et Bernard Cassen, ont publié vendredi 4 septembre un communiqué qui ignore ou qui cache les faits aujourd’hui établis par l’enquête judiciaire.

Nous avions fait le choix, au vu du réquisitoire, de ne pas poursuivre la procédure juridique, considérant qu’Attac avait tourné la page et que les résultats de l’enquête suffisaient à apporter la clarification indispensable qu’attendaient les adhérents qui avaient tant souffert de voir leur association aussi malmenée et déconsidérée.

Plus de trois ans après cet épisode douloureux, nous restons persuadés que le mieux était et reste de veiller à la préservation de l’outil que représente Attac, tout en informant sobrement les adhérents des faits dont nous avons connaissance. Aujourd’hui, la dissimulation de la violation nocturne des locaux de l’association nous oblige à rendre public le contenu du réquisitoire et de l’ordonnance de non-lieu, sans autre commentaire. Les adhérents sont en mesure d’apprécier ces événements passés, sereinement et sans esprit de revanche. Et nous aurons à cœur de continuer avec eux à promouvoir les analyses et les propositions d’Attac.

Extrait des trois derniers paragraphes de la page 7 du réquisitoire

Christophe VENTURA, salarié de l’association, indiquait ne pas avoir les clefs de la salle de réunion où se trouvaient les bulletins, mais avoir les clefs du local lui-même (D155).

Il disait ne pas être allé au restaurant avec Jacques NIKONOFF et Michèle DESSENNE le soir du 13 juin. Il reconnaissait - après l’avoir nié dans un premier temps - s’être rendu après minuit de sa propre initiative dans les locaux de l’association pour imprimer un document pour sa compagne. Celle-ci avait rédigé un document qu’elle devait utiliser le lendemain matin dans le cadre de son travail.

Il disait n’avoir vu personne sur place, être resté un quart d’heure dans les locaux, et être allé directement à son bureau, sans essayer d’accéder à la salle des urnes. Il niait toute falsification des bulletins et disait avoir été en contact téléphonique avec Jacques NIKONOFF, Bernard CASSEN et Michèle DESSENNE pour un autre motif que de s’assurer que les locaux étaient vides. Il ne sait pas où ils étaient quand ils l’avaient appelé.

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Extrait des deux derniers paragraphes de la page 8 du réquisitoire

L’exploitation des facturations détaillées et géo-localisations des téléphones portables laisse apparaître que Jacques NIKONOFF se trouvait sur la commune de MONTREUIL de 19h06 le 13 juin 2006 à 01h26 le lendemain, et à proximité immédiate du siège d’ATTAC à partir de 23h10, qu’il a, à ce moment-là, été en contact téléphonique avec Christophe VENTURA et Michèle DESSENNE (D43).

Quant à Bernard CASSEN, il est établi qu’il se trouvait également sur la commune de MONTREUIL le 13 juin 2006, jusqu’à 23h20, et avait eu un entretien téléphonique avec Christophe VENTURA.

Non au massacre durable en Lozère Les Robins des bois de la Margeride Reporterre 2009/09/09 Les Robins des bois de la Margeride (9 septembre 2009) Non au massacre durable en Lozère. Reporterre. Tribune — fr

Non au massacre durable en Lozère

Un coin de France encore épargné par l’urbanisation et la motorisation ? Qu’à cela ne tienne !

A l’initiative du Conseil Général de la Lozère et de la Bibliothèque départementale, Bruit de pages fut un réel événement sur le thème : « Construire un monde durable ? » Ce qui est gênant, c’est ce point d’interrogation.

Durant ces deux mois, nous avons assisté à de nombreuses conférences et nous tenons à féliciter les organisateurs pour leur choix des sujets traités, la qualité des intervenants, la convivialité et l’esprit qui s’en est dégagé.

Et ce point d’interrogation ? Pourquoi construire un monde durable ? Alors que cet événement a été organisé par le Conseil Général, sauf de très rares exceptions, nos élus ont brillé par leur absence.

Alors que depuis longtemps nos voisins proches ou éloignés viennent en Lozère pour se ressourcer, apprécier notre qualité de vie, le calme, nos paysages, nos élus veulent rattraper le retard sur les autres départements. Toutes les aberrations liées à la surconsommation qui nous ont conduit entre autres à la crise actuelle, économique et écologique : hypermarchés, zones commerciales, Mac Do, autoroutes, rond-points, flicage permanent, éoliennes, mise à mort des arbres le long des routes, tout ce qui est désormais rejeté ailleurs, nos élus le mettent en place en Lozère !

Les agriculteurs s’y mettent aussi : déforestation, coupes à blanc pour la « bioénergie », remplacement par des prairies, la pauvreté du sol étant compensée par des engrais chimiques. Ces mêmes engrais étant actuellement déversés à foison (à poison), rendement oblige, alors que le nombre de cancers dus à l’alimentation augmente. A quand le retour des vrais Paysans qui respectent la terre ?

Le tourisme vert en Lozère se porte bien, avec son porte drapeau « Le trèfle Lozérien » qui avec ses quelques mille motos polluent et dégradent pendant trois jours nos chemins, mais sont « indispensables » à l’économie locale. Suit ensuite la cohorte des quads dont les conducteurs vous regardent béatement et s’enfoncent dans nos forêts, mais sans faire de dégâts… grâce à la « charte de bonne conduite » signée par le Conseil Général.

Alors que certains subissent la crise de plein fouet, on érige à l’entrée du Malzieu, à l’image des rond-points des banlieues des grandes villes, des statues. Ce n’est pas la qualité de « l’œuvre » qui est contestable, mais la banalisation de notre territoire. Ridicule pour ridicule, il serait plus judicieux de mettre des nains de jardin, et baisser la facture du contribuable.

Les Robins des bois de la Margeride disent « Non au Massacre durable en Lozère ».

Taxe carbone : Sarkozy trahit une bonne idée Yves Cochet Reporterre 2009/09/10 Yves Cochet (10 septembre 2009) Taxe carbone : Sarkozy trahit une bonne idée. Reporterre. Tribune — fr

Taxe carbone : Sarkozy trahit une bonne idée

L’idée était bonne. Le principe était juste. Mais le président Sarkozy est passé à côté de son sujet. C’est un gâchis politique. Plusieurs erreurs ont été commises :

1/ La taxe carbone proposée n’a pas une assiette assez large. Elle n’inclut pas l’électricité qui est pourtant elle aussi émettrice de CO2. Elle ne peut donc pas être proposée aux Etats-membres européens. Elle contribue par là à intensifier le recours au chauffage électrique.

2/ Les taux proposés sont trop faibles pour être incitatifs. La hausse de 4 centimes le litre d’essence est encore plus basse que les fluctuations trimestrielles des prix du marché. Le signal prix n’est pas efficace.

3/ Pas un mot n’a été dit sur la progression annuelle de cette taxe jusqu’en 2030. Comment les ménages et les entreprises peuvent-elles planifier leurs investissements ?

4/ Hésitations sur l’agriculture et la pêche, pourtant fortement carbonées.

5/ Les mécanismes de compensation sont mesurés sur deux critères : la taille de la famille et la situation géographique. L’absence de critère sur les revenus maintient les inégalités fiscales.

Le Président Sarkozy a utilisé les grands mots en puisant dans le langage écolo : « économies d’énergie, énergie solaire, rénovation thermique, équilibre et survie… ». Il dévoie la pensée écologiste médiatisée par le pacte de Nicolas Hulot lors des présidentielles pour en faire un simple effet d’annonce marketing à l’efficacité douteuse.

Fidèle à l’illusion de la « croissance durable » ou de la « croissance verte » à laquelle il s’accroche comme à une formule magique, il reconnaît lui-même dans son discours « On a fait le minimum », avouant son manque de conviction. Les écologistes ne sont pas dupes de cette comédie verdâtre.

Les fausses performances du réacteur EPR Monique et Raymond Séné Reporterre 2009/09/12 Monique et Raymond Séné (12 septembre 2009) Les fausses performances du réacteur EPR. Reporterre. Tribune — fr

Les fausses performances du réacteur EPR

L’EPR « consommera moins de combustible, produira moins de déchets, aura un meilleur rendement ». Publicité mensongère. Et derrière l’EPR se cache une nouvelle doctrine de sécurité nucléaire qui se prépare à l’accident.

Dans l’article publié dans Le Monde du 3 février 2009 concernant l’EPR (European PressurisedReactor) les auteurs ont repris les données techniques fournies par AREVA NP, sans faire le moindre effort de compréhension, sans faire preuve du moindre esprit critique.

Et pourtant, il y a à faire.

Lors du débat Public sur l’EPR (2005-2006) le pétitionnaire (EDF) et le constructeur (AREVA) avaient présenté ces mêmes données, ce à quoi nous avions simplement objecté qu’à défaut de pouvoir en contrôler la véracité, cela s’assimilait à de la publicité mensongère. Afin d’avoir accès à ces données, une convention fut signée entre le GSIEN (Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire), EDF et la CPDP (Commission Particulière du Débat Public), convention nous permettant un accès au rapport provisoire de sûreté de l’EPR.

L’analyse faite par le GSIEN du dossier EDF de l’EPR figure en annexe du rapport de la CPDP. Puis un groupe de travail du CSSIN a également produit un rapport. Ce groupe pluraliste, qui comprenait, outre des membres du CSSIN, des représentants d’EDF, AREVA NP, CEA et des spécialistes extérieurs, était piloté par le professeur J.M. Loiseau, professeur de physique nucléaire à Grenoble.

Les conclusions de ce groupe contredisent les assertions publicitaires relatives à l’augmentation du rendement, à la diminution des déchets et à la consommation d’uranium. Mais, alors que ce CSSIN fut créé pour être un groupe de sages placé auprès du ministre de l’industrie, il est clair que les décideurs politiques, président de la République en tête, préfèrent écouter les sirènes de la communication d’EDF et d’AREVA, plutôt qu’un avis consensuel basé sur des données scientifiques.

Quelles sont ces données pour le moins bizarres citées dans l’article du Monde ? :

- Le rendement : « augmentation de 35% », écrit le journaliste.

Que ne s’est-il point renseigné auprès de physiciens nucléaires, de spécialistes des réacteurs, ou tout autre personne de bonne foi. La physique nous apprend que l’énergie obtenue dans un réacteur provient de la fission des atomes d’uranium 235 (et du plutonium qui s’y forme). Chaque fission produit, en moyenne 200 MeV, donc pour produire un Joule il faut 31 milliards de fissions. Quel que soit le type de réacteur, du « vieil UNGG » (Uranium Naturel-Graphite-Gaz) à l’EPR (European Pressurised Reactor), dit de 3e génération, il faut le même nombre de fissions pour produire la même quantité de chaleur. La seule différence peut provenir du rendement du groupe turbo-alternateur qui va produire l’électricité. Une amélioration, forcement limitée puisque ces machines produisent de la vapeur à des températures voisines, peut provenir de ce rendement. Dans le cas de l’EPR, il s’agit de quelques %, loin de ce qu’écrit votre journaliste et de ce qu’EDF indique dans ses prospectus.

- Les déchets radioactifs : « diminution de 30% » ... en activité ou en volume ?

Pour le combustible : pour la même quantité d’énergie produite, comme nous venons de le voir, il faut le même nombre de fissions... donc cela donne la même quantité de produits de fission. EDF nous répond que pour des raisons économiques, le combustible est prévu pour être remplacé moins souvent, pour « faire des campagnes plus longues ». Nous sommes ramenés au même problème : pour durer plus longtemps il faut « mettre plus de combustible », en l’occurrence, avoir un taux d’enrichissement en uranium 235 plus important.

Le résultat est que pour une même quantité d’énergie produite, nous avons la même quantité de radioactivité, dans un volume plus petit. Ce qui ne change rien au problème des déchets de haute activité.

Il y aura également un volume plus faible de structures constituant les combustibles.

Oui, mais comme elles restent plus longtemps dans le flux neutronique du coeur, leur activation sera plus importante et la radioactivité contenue sera globalement la même. Comme le paramètre qui compte pour ces déchets est l’activité totale et non leur volume, il n’y a aucun gain.

- « 17% de combustible en moins », oui, en volume. Mais ce combustible doit être plus enrichi en uranium 235 (le seul isotope de l’uranium naturel qui soit directement fissile). La triste réalité est que pour pouvoir enrichir à un taux plus élevé le combustible, il faut appauvrir une quantité plus importante de minerai. On retombe dans la même situation que précédemment : à quantité d’énergie produite égale, correspond la même quantité d’uranium 235 brûlé, donc la même quantité d’uranium naturel.

Tous ces chiffres affirmés officiellement ont une réalité scientifique aussi bien établie que les taux de diminution des rides dans les publicités pour cosmétiques.

Mais alors, pourquoi tous ces choix techniques ? Il nous apparaît qu’ils servent à justifier l’annonce d’un coût du kWh produit plus bas, niveau qui ne peut être obtenu que par un gain sur la disponibilité de la machine. Un rechargement en combustible tous les 2 ans, comparé à un tous les ans ou tous les 18 mois, diminue le temps d’arrêt, donc augmente le temps de production. Il est d’ailleurs prévu que certaines interventions de maintenance dans le bâtiment réacteur puissent se faire réacteur en marche.

Mais alors, quid de la radioprotection des travailleurs ? Ceci est une autre question que les travailleurs des centrales feraient bien d’étudier.

La déclinaison est immédiate : campagnes plus longues, donc combustible plus enrichi, donc taux de combustion plus élevés, d’où risques supplémentaires. Donc quand on présente le récupérateur de « corium », ce mélange en fusion, de combustible, de matériaux de structure, de béton,... comme une avancée pour la sûreté, ne serait-ce pas plutôt, une tentative pour compenser l’augmentation des risques ?

- D’où la question : a-t-on globalement augmenté la sûreté de l’EPR ?

Nous ne pouvons qu’être inquiets. L’ancienne doctrine consistait à mettre en oeuvre des moyens destinés à sauver la cuve du réacteur en cas de fusion du coeur. Aujourd’hui, on considère qu’en cas de fusion du coeur, la probabilité de percement de la cuve est tellement importante qu’il est indispensable de prévoir un système destiné à récupérer le corium sous le bâtiment.

On est passé de l’axiome de la sûreté absolue à la certitude de l’occurrence d’un accident, à tel point qu’on travaille sur le post-accidentel et l’acceptabilité de cet accident par les populations.

Il y a quelques années, dans les débats entre promoteurs et esprits critiques, le promoteur comparait la dangerosité du nucléaire avec celle des mines. Il est vrai qu’avant Tchernobyl, la comparaison pouvait sembler pertinente. Mais à la réflexion, on voyait qu’il manquait un volet à l’analyse : Pourquoi a-t-on investi autant d’efforts dans le nucléaire et si peu dans les mines ?

La réponse est apparue après l’accident de Three Mile Island en 1979. Un incendie, un coup de grisou dans une galerie va provoquer 100, 400, 1000 morts... et l’exploitation du site va reprendre 15 jours, un mois plus tard. A TMI, un coeur de réacteur, tout neuf, qui fond... pas un mort... mais c’est plusieurs milliards de dollars perdus, puis encore plusieurs milliards de dollars qui devront être dépensés pour le démantèlement...

La conclusion est cyniquement simple : la sûreté n’est pas là pour protéger les vies humaines, mais l’investissement que représente l’outil de production.

Aujourd’hui vient s’ajouter un autre paramètre. Si, suite à un incident, même mineur pour l’installation, des rejets imposaient une évacuation des populations proches, on risquerait un rejet du nucléaire dans l’opinion publique, et ce rejet serait une catastrophe pour tout ce pan de l’industrie dont « le président Sarkozy veut faire (des EPR) la vitrine du savoir faire nucléaire français ».

Le traité de Lisbonne ouvre la porte à la peine de mort Karl Albrecht Schachtschneider Reporterre 2009/09/12 Karl Albrecht Schachtschneider (12 septembre 2009) Le traité de Lisbonne ouvre la porte à la peine de mort. Reporterre. fr

Le traité de Lisbonne ouvre la porte à la peine de mort

Interview de Karl Albrecht Schachtschneider, professeur de droit

Olivier Janich, du magazine Focus-Money - D’après ce que vous affirmez dans la plainte contre le Traité de Lisbonne que vous avez adressée à la Cour constitutionnelle allemande, ledit Traité permet la peine de mort et le fait de tuer des personnes. Cela paraît énorme. Sur quoi fondez-vous votre argumentation ?

Karl Albrecht Schachtschneider - La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, dans les « explications » des droits fondamentaux, rend explicitement possible – contrairement à l’abolition de la peine de mort en Allemagne (art. 102 de la Loi fondamentale), en Autriche et ailleurs, fondée sur le principe de dignité humaine – le rétablissement de la peine de mort « pour des actes commis en temps de guerre ou de danger imminent de guerre » et également le fait de tuer des personnes « pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection ».

Mais la Charte n’interdit-elle pas la peine de mort ?

Ce qui est déterminant à cet égard, ce n’est pas l’article 2-2 de la Charte, qui interdit la peine de mort (« Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté »), mais l’« explication » reprise du commentaire de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH). Selon l’article 6 alinéas 1 et 3 du Traité de Lisbonne, « les droits, les libertés et les principes » de la Charte sont à interpréter en fonction des dispositions générales du Titre VII de la Charte qui en définit l’interprétation et l’application ainsi qu’en tenant dûment compte des « explications » mentionnées dans la Charte et où sont indiquées les sources de ces dispositions.

Pourquoi tant de complication ?

C’est pour dissimuler les choses. On ne présente aux députés que le texte du Traité, qui est de toute façon difficile à comprendre et beaucoup trop long.

Mais est-il maintenant tout à fait clair qu’il sera possible de tuer des personnes quand le Traité sera en vigueur ?

Oui. La Charte des droits fondamentaux a été adoptée en 2000 à Nice. Mais comme tous les pays n’étaient pas d’accord, elle n’avait pas de caractère obligatoire au regard du droit international. Lorsque le Traité entrera en vigueur, la Charte aura ce caractère obligatoire.

Mais le passage en question ne figure que dans les explications …

Mais selon l’article 53 alinéas 3 et 5 de la Charte, elles sont contraignantes. Elles figurent au Journal officiel de l’Union européenne. Il n’y a pas de marge d’interprétation.

En reconnaissant le Traité de Lisbonne, la Cour constitutionnelle allemande n’a-t-elle pas réfuté votre interprétation ?

Absolument pas. Elle ne s’est pas prononcée à ce sujet.

Est-ce habituel de sa part ?

C’est même la règle. Quand elle ne veut pas étudier une question, elle ne se prononce pas.

Est-ce juridiquement possible ?

C’est plus que discutable, mais habituel.

Selon l’explication, la peine de mort peut être introduite en temps de guerre ou de danger imminent de guerre. Il s’agit là d’un cas très théorique.Vous croyez ?

Ne sommes-nous pas en guerre en Afghanistan ? Qu’est-ce qu’un danger de guerre ? Qu’en était-il de la guerre en Yougoslavie ?

Mais n’est-il pas normal, en temps de guerre, d’exécuter des déserteurs, par exemple ?

Si, dans les dictatures.

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que l’on puisse tuer illégalement et sans ordonnance d’un juge lors d’un émeute ou d’une insurrection. Qui définit cela ?

C’est là le problème. A mon avis, les « manifestations du lundi » à Leipzig, en 1989, pourraient être qualifiées d’insurrection, comme pratiquement toute manifestation non autorisée. Prenons les émeutes en Grèce ou les manifestations récentes de Cologne et de Hambourg. Il suffit que quelques « autonomistes » lancent des pierres.

Il y a des politiques et des juristes qui affirment que les droits fondamentaux d’un pays ne peuvent qu’être améliorés par le Traité de Lisbonne, qu’ils ne peuvent pas être dégradés.

La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne n’affirme ni la priorité des droits fondamentaux nationaux ni un principe d’avantage et elle ne formule aucune clause restrictive. Ceux qui prétendent cela montrent qu’ils ne connaissent pas le droit communautaire.

Comment cela ?

Ils se fondent sur l’article 53 de la Charte, mais le texte ne dit pas cela. Il stipule qu’« aucune disposition de la présente Charte ne doit être interprétée comme limitant ou portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales reconnus, dans leur champ d’application respectif, par le droit de l’Union, le droit international et les conventions internationales auxquelles sont parties l’Union, la Communauté ou tous les Etats membres, et notamment la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que par les constitutions des Etats membres ». Le passage « dans leur champ d’application respectif » est essentiel. En effet, si c’est le droit communautaire qui s’applique, les droits fondamentaux de l’Union européenne sont déterminants (article 51-1) et si c’est le droit national, les droits fondamentaux nationaux sont déterminants. Les deux textes ne s’appliquent jamais simultanément.

Mais la Cour de justice européenne pourrait établir que dans ce cas, le droit national est prioritaire.

Mais c’est justement ce qu’elle n’a jamais fait. Elle s’estime toujours compétente. En outre, l’interdiction de la peine de mort n’est pas un droit fondamental, si bien que l’argument selon lequel les droits fondamentaux ne peuvent pas être dégradés n’est pas valable.

Un autre argument avancé par les milieux de la Commission européenne consiste à dire que ce passage devrait permettre d’accueillir la Turquie.

C’est grotesque. En tant que Communauté, nous devrions dire que nous n’accueillerons aucun pays dans lequel il est permis de tuer des personnes, et non l’inverse.

Les politiques sont-ils conscients de ce qu’ils décident, là ?

Peut-être pas tous, mais au moins le groupe parlementaire CDU/CSU. J’ai fait distribuer à cet effet un résumé de 5 pages seulement de ma plainte afin que les parlementaires n’aient pas trop à lire. Et le SPD devrait connaître le problème car l’un de leurs parlemen­taires, Meyer, a essayé de s’opposer au Traité de Nice.

Pouvez-vous imaginer une raison pour laquelle on prend ce genre de décision ?

Les gouvernements s’attendent manifestement à des insurrections. Le scepticisme à l’égard des gouvernements et de l’appareil européen ne cesse d’augmenter. La crise financière et économique accentue la pression sur la population.

Donc on a l’intention de tirer sur les manifestants ?

C’est ce qu’il semble.

Que peut-on faire là-contre ?

A mon avis, le Traité de Lisbonne justifie la résistance, également parce qu’il sape la démocratie.

A quelle forme de résistance pensez-vous ?

Par exemple à des manifestations et à toutes les formes d’opposition publique, à la voie suivie par Gandhi.

Manifestations qui vont être qualifiées d’insurrections. Cela évoque les dictatures.

Le terme de dictature est impropre mais très usité. Depuis la République romaine, on la définit comme une législation de l’état d’urgence d’une portée limitée dans le temps. Je parlerais plutôt de despotisme, lequel peut dégénérer en tyrannie. D’ailleurs, si en octobre les Irlandais acceptent le Traité de Lisbonne, la peine de mort sera rétablie. •

Les Indiens péruviens luttent contre une firme pétrolière française Survival International Reporterre 2009/09/13 Survival International (13 septembre 2009) Les Indiens péruviens luttent contre une firme pétrolière française. Reporterre. fr

Les Indiens péruviens luttent contre une firme pétrolière française

Perenco veut exploiter du pétrole dans une région d’Amazonie péruvienne où vivent des Indiens isolés.

L’AIDESEP, l’organisation nationale des Indiens d’Amazonie péruvienne, a porté plainte devant la Cour Constitutionnelle pour stopper un projet de prospection pétrolière dans la concession, dite Lot 67, située au nord-ouest de l’Amazonie péruvienne.

Ce projet est conduit par la mutinationale franco-britannique Perenco qui s’est engagée à investir 2 milliards de dollars dans ce gisement géant. Mais l’AIDESEP craint que les conséquences soient catastrophiques pour les Indiens isolés vivant dans cette région.

La compagnie espagnole Repsol-YPF, qui prospecte dans la même région, est également sous le coup de cette plainte.

Perenco a reçu l’autorisation de débuter ses opérations dans le Lot 67 treize jours à peine après qu’un violent conflit, décrit comme le ‘Tiananmen amazonien’, a été déclenché le 5 juin dernier à Bagua, au nord du Pérou, par l’attaque des forces de police contre une manifestation indigène pacifique, faisant plus de de trente morts parmi les policiers et les civils.

La compagnie Perenco, dirigée par François Perrodo, l’une des plus grandes fortunes de France, nie la présence d’Indiens isolés dans le Lot 67. Un récent article d’investigation publié dans un quotidien britannique a accusé un cabinet conseil contracté par Perenco d’avoir dissimulé les preuves de leur existence.

Le projet de Perenco a suscité une explosion de colère parmi les communautés indigènes du nord du Pérou. Des manifestations massives ont été organisées et le rio Napo a été bloqué pendant plusieurs semaines pour empêcher les bateaux de Perenco de pénétrer dans le Lot 67.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ’Le fait que les Indiens aient à recourir à la justice pour être écoutés par Perenco et leur gouvernement ne peut qu’inspirer de la honte. Suite à la tragédie de Bagua, les autorités avaient pourtant promis de consulter les Indiens avant de mettre en œuvre ces projets massifs, mais une fois de plus il agissent sans tenir compte de la volonté des principaux intéressés."

Tartufferie climatique Hervé Kempf Reporterre 2009/09/13 Hervé Kempf (13 septembre 2009) Tartufferie climatique. Reporterre. Tribune — fr

Tartufferie climatique

Cette chronique est dédiée à Molière, et à son immortel Tartuffe. Communiqué du président de la région Aquitaine, Alain Rousset : « En plein débat sur la taxe carbone et à trois mois du Sommet mondial sur le climat qui se tiendra à Copenhague, l’heure est plus que jamais à la responsabilité politique et citoyenne. » Mmmh, c’est beau comme l’Antique. La missive continue : « C’est pourquoi Alain Rousset a décidé de créer un »fonds carbone« pour financer en région Aquitaine des projets permettant de »séquestrer« le carbone. » But : compenser les émissions liées au chantier de l’autoroute A 65, qui doit relier Pau à Langon. Pour un million de tonnes de gaz carbonique générées par le chantier lancé fin 2008, on financera des actions, par exemple la plantation d’arbres, supposés absorber une masse équivalente de CO2.

Ça sonne écolo, ça brille écolo, c’est plus vert que vert... Sauf que c’est une hypocrisie de la plus belle espèce.

L’autoroute A 65 est en effet un projet d’infrastructure des plus contestés et contestables, imposé après le Grenelle de l’environnement sous la pression assidue de M. Rousset, entre autres. Sa réalisation va détruire des zones naturelles classées, fragmenter l’écosystème landais, et susciter un surcroît de trafic routier (Le Monde du 12 avril 2008). La décision de lancer l’A 65 a été finalisée en 2008, après le Pacte écologique de Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement, et une tornade de déclarations la main sur le coeur en faveur de la lutte contre le changement climatique.

Détail crucial. Alors que le trafic actuel entre Pau et Langon est de l’ordre de 7 500 véhicules par jour, l’autoroute ne sera rentable, estime le concessionnaire, l’entreprise A’lienor, que s’il atteint 14 500 véhicules par jour en 2020 : autrement dit, tous les efforts seront faits pour presque doubler la circulation automobile - ce qui ne peut qu’augmenter la quantité de gaz à effet de serre.

Est-ce qu’il est prévu de « compenser » cette augmentation inévitable ? Que nenni. On ne parle que des « émissions du chantier ».

Mais compenser, même, ne suffirait pas. La plupart des pays occidentaux - dont la France, dans sa loi sur l’énergie de 2005 - ont pris l’engagement de réduire leurs émissions de 80 % d’ici à 2050. Cela représente une diminution de l’ordre de 3 % par an. Il s’agit bien, non pas de stabiliser les émissions, mais de les réduire drastiquement et régulièrement. On attend avec intérêt la démonstration que l’A 65 aidera à atteindre cet objectif en Aquitaine.

Tiens ! Un autre communiqué. « Nantes Métropole prépare activement le Sommet de Copenhague sur le climat sous l’impulsion de son président, Jean-Marc Ayrault ». Ayrault, Ayrault ? Ce n’est pas le monsieur qui veut construire un aéroport au nord de Nantes ?

Merci, MM. Rousset et Ayrault, l’avenir de la planète est en de bonnes mains.

Copenhague nous concerne toutes et tous Txetx Etcheverry Reporterre 2009/09/15 Txetx Etcheverry (15 septembre 2009) Copenhague nous concerne toutes et tous. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague nous concerne toutes et tous

Le rendez-vous climatique de décembre concerne tous les citoyens engagés dans l’action militante pour sortir du système capitaliste.

Quand un thème devient trop « à la mode », trop unanimement repris par les médias, la classe dirigeante, il devient vite suspect aux yeux des militant(e)s. Les abertzale n’échappons pas à cette règle et certains s’énervent déjà d’en voir d’autres défendre la cause écologique ou s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant les abertzale avons toujours été en pointe au coeur du combat écologique global et en tant qu’Arbasoen Herriaren Zainzaleak, il ne devrait pas en être autrement.

Le fait est que la lutte contre le réchauffement climatique risque d’occuper une grande partie de l’espace médiatique et politique d’ici décembre prochain, du fait du COP 15 de Copenhague, plus grand sommet mondial jamais organisé sur la question du changement climatique. Et pourtant, ce n’est pas « une mode », créé par le système, un faux-fuyant destiné à détourner l’attention de l’opinion publique des vrais problèmes.

La réalité rattrape le système

C’est plutôt la réalité qui a rattrapé le système, et l’oblige à se positionner devant un phénomène sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, même s’il le fait avec 40 ans de retard (les premiers avertissements sérieux et audibles datent des années 60) - 40 ans qui vont coûter très cher à la planète et à nos sociétés.

Bien sûr, les intérêts économiques des élites dirigeantes, les carriérismes démagogiques d’une partie de la classe politique et sa soumission aux lobbies capitalistes font que les solutions envisagées ne sont pas celles qui seraient le plus efficaces et à la hauteur de la situation. Les solutions objet des négociations actuelles sont hélas en priorité celles qui ne remettent pas en question le type global de fonctionnement du système.

L’état des discussions internationales en perspective du COP 15 de Copenhague en est un inquiétant présage, où l’on privilégie les pistes de type Marché des droits d’émission carbone à celles de type Taxe carbone (et les propos de Jean Espilondo du PS Anglet ou de la représentante locale du NPA dans Le Journal du Pays Basque contre le principe même de la taxe carbone sont un symptôme inquiétant du hors-jeu total actuel d’une partie de la gauche française sur ces questions centrales, sans parler de la charge affligeante lancée par Ségolène Royal contre ce NOUVEL IMPÔT qui « se cache en fait derrière le principe de la contribution climat énergie » : depuis quand la gauche est contre le principe de l’impôt ? Je croyais au contraire qu’une telle position de principe était une des bases mêmes de l’idéologie de droite).

Tout va changer dans les années à venir

Tout cela n’enlève rien au fait que nous sommes devant un problème central et incontournable, le réchauffement climatique de la surface du globe, qui va tout changer dans les années à venir, et que la mobilisation des peuples de la planète est indispensable pour contrer les lobbies capitalistes afin que :

- les mesures prises à tous les niveaux, du mondial au local, soient réellement à la hauteur de la situation, de taille et de nature à stabiliser d’urgence le climat, autant que peut se faire. Bref, qu’on ne sacrifie pas le moyen terme de l’humanité au court terme des intérêts financiers d’une minorité.

- que ces mesures soient justes, c’est-à-dire que la lutte indispensable et inévitable contre le changement climatique ne soit pas l’occasion - et Copenhague sera un des premiers théâtres d’envergure de cette problématique - de refonder un ordre mondial encore plus injuste et barbare que celui qui condamne actuellement à la pauvreté et à la misère la majorité de l’humanité et qui marchandise chaque fois d’avantage la planète (eau, sols, énergie, génome, forêts, atmosphère...) et nos sociétés (lien social, culture, éducation, santé, souveraineté alimentaire, savoir...). C’est la seconde raison essentielle qui exige la mobilisation de tous(tes) dans cette bataille, dés aujourd’hui.

Adapter nos stratégies

Même si l’opinion publique est encore majoritairement très loin d’avoir pris conscience des bouleversements qui auront lieu dans les années à venir, nous devons adapter nos stratégies de lutte et de construction du Pays Basque de demain à la donnée fondamentale suivante : l’objectif fixé par les scientifiques du GIEC (Croupement Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) pour éviter les seuils de dangerosité, d’emballement et d’irréversibilité du changement climatique est une réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre de 80 à 95 % (par rapport au niveau de 1990) à l’horizon de 2050.

Cela implique tout simplement d’abandonner quasi-complètement en deux générations les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz...) alors même qu’ils représentent aujourd’hui 80 % de la production d’énergie au niveau mondial aujourd’hui. Soit nous le faisons et nous limitons les dégâts, soit nous ne le faisons pas et nous serons victimes de l’emballement climatique en même temps que les générations qui nous suivent devront malgré tout se passer des énergies fossiles du fait de leur disparition programmée dans quelques décennies, au rythme actuel de nos consommations. Répétons-le encore, la réalité s’impose à nos sociétés et seuls les intérêts financiers - à court terme - d’une minorité privilégiée et puissante retarde la mise en oeuvre des solutions adéquates.

Réaffirmer les fondements mêmes de notre projet

Dans tous les cas, l’avenir est à un autre type de système économique, d’organisation des sociétés : relocalisation des économies et du politique, sobriété énergétique et respect de l’environnement, bio-diversité, sociétés plus égalitaires et moins individualistes, privilégier le collectif et le communautaire au chacun pour soi et à la consommation matérielle (plus de liens et moins de biens), intérêt de chaque peuple à ce qu’aucun d’entre eux ne vive dans la misère et l’injustice, etc. Toutes ces mutations à venir, ou à arracher, vont dans le sens du projet abertzale, le constituent et lui confèrent toute sa modernité.

Les stratégies qui vont dans le sens inverse (productivisme, inégalités sociales, affaiblissement des services publics et de la régulation démocratique du marché, centralisation des systèmes énergétiques, consumérisme, mondialisation néo-libérale, absence de solidarité avec les parties les plus pauvres de la planète...) sont fondamentalement destructrices de toute perspective du projet abertzale. Ceux qui sont acteurs de ces stratégies - par exemple le PNV - ne comprennent tout bonnement pas qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis, qu’ils dissolvent les conditions sociologiques mêmes de leur propre protagonisme politique.

Les abertzale en première ligne

Aujourd’hui, un peu partout dans le monde, des gens se lèvent, des peuples se mobilisent en perspective du Sommet de Copenhague et de ses différents enjeux. Mouvements altermondialistes, écologistes, syndicalistes, peuples indigènes, organisations de femmes ou mouvements de paysans, ONG travaillant sur les questions des migrants et des réfugiés, de la dette du tiers-monde, des libertés et des droits de l’homme, etc. - c’est par centaines de milliers que les militant(e)s du monde entier s’apprêtent à se mobiliser sur les questions liées au changement climatique et les enjeux liés au Sommet de Copenhague et à ses suites (ayons dés aujourd’hui en tête que Copenhague n’est que le début d’une longue et cruciale bataille pour l’avenir de la planète et de nos sociétés).

Ici et maintenant, en Euskal Herria et en cette année 2009, les abertzale avons le devoir d’être aux premières lignes de ce combat là, dans lequel notre camp mondial - celui des peuples dominés, des classes exploitées, le camp de la diversité, de l’égalité, de la justice, de la solidarité, de l’intérêt des générations à venir - n’aura que quelques années pour se montrer victorieux ou défait.

Traversée d’Iparralde en vélo du 25 au 27 septembre :

Le mouvement Bizi ! créé il y a à peine 2 mois en Iparralde sera à Copenhague en décembre prochain, aux côtés des autres ONG, syndicats et mouvements sociaux de la planète entière. D’ici là, une campagne de sensibilisation et de mobilisation sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique -et des changements qu’elle exige au niveau du système de production, de consommation, de transports et d’aménagement du territoire- sera menée avec une intensité proportionnelle à la conviction qu’il s’agit là d’un enjeu central pour le Pays Basque et pour l’Humanité toute entière.

Parmi la multitude des rendez-vous qui seront proposés au cours des mois à venir, retenons en particulièrement deux dans nos agendas respectifs :

- du vendredi 25 au dimanche 27 septembre, de Mauléon à Bayonne, traversée d’Iparralde en vélo. Ce sera l’occasion pour tous(tes) ceux et celles qui -dans chaque canton ou village du Pays Basque nord- ont envie d’apporter leur contribution à cette campagne d’aider ainsi à sa réussite globale (pour rentrer en contact avec l’organisation de la traversée et de ses différentes étapes locales, téléphoner au 06 74 75 57 70)

- les 6 et 7 novembre en Iparralde, un Forum sur le réchauffement climatique, les fausses solutions à cette question et les alternatives globales et locales réelles.

Matières premières : l’Europe surconsomme Amis de la Terre Reporterre 2009/09/15 Amis de la Terre (15 septembre 2009) Matières premières : l’Europe surconsomme. Reporterre. fr

Matières premières : l’Europe surconsomme

Un Européen consomme jusqu’à dix fois plus de ressources naturelles qu’un habitant des pays pauvrfes.

Du 15 au 16 septembre 2009 se tiendra à Davos en Suisse le premier Forum Mondial sur les Ressources (FMR). A cette occasion, les Amis de la Terre Europe, l’institut de recherche SERI et les Amis de la Terre Autriche publient le nouveau rapport « Overconsumption ? Our use of the world’s natural ressources ». Chiffres à l’appui, le rapport met en évidence que nos sociétés ont développé ces dernières décennies une frénésie de consommation, générant une surexploitation de ressources naturelles principalement issues d’autres pays. Nos sociétés n’ont d’autre choix que d’opérer un virage radical pour préserver les générations futures et l’équité entre les peuples.

En 1995, Les Amis de la Terre publiaient déjà le rapport « Vers une Europe soutenable » qui sonnait l’alarme sur la surconsommation des ressources naturelles et sur les inégalités de consommation entre pays. Il proposait un concept innovant d’ « espace environnemental », fondé sur un principe d’équité, correspondant à la quantité d’énergie, d’eau, de territoire, de matières premières non renouvelables et de bois pouvant être utilisée de manière soutenable. Cet espace environnemental disponible par personne est plafonné, mais il propose également un plancher correspondant au niveau minimum de ressources dont chacun doit pouvoir disposer pour ses besoins fondamentaux.

Le nouveau rapport reprend ces concepts et publie des chiffres plus récents qui n’en sont que plus alarmants :

- Les hommes consomment aujourd’hui 50 % de ressources naturelles de plus qu’il y a seulement 30 ans, avec environ 60 milliards de tonnes de matières premières par an ;

- Les populations des pays riches consomment jusqu’à 10 fois plus de ressources naturelles par habitant que celles des pays pauvres. Un Européen consomme 45 kg de ressources par jour, soit 16 tonnes par an ;

- L’Europe est le continent avec le plus grand volume net d’importations de ressources, avec environ 3 tonnes par habitant et par an ;

- L’économie mondiale actuelle utilise environ 30 % de ressources de moins pour produire un euro de PIB qu’il y a 30 ans. Mais la consommation globale de ressources continue à augmenter.

Pour Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre France, « La surconsommation de ressources par les pays riches ne peut plus continuer : changements climatiques, conflits, pollutions, déforestation, atteinte à la biodiversité, et explosion des inégalités sociales. Autant de symptôme de sociétés malades qui nous rappellent que le bien-être de tous se construira sur d’autres concepts que la croissance du PIB. Les pays riches doivent réduire leur consommation de ressources naturelles en valeur absolue ; l’Europe doit diviser par trois sa consommation de ressources et cesser son pillage à bas prix des pays du Sud en réduisant fortement ses importations en volume ».

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Les Objecteurs de croissance s’assemblent Association des Objecteurs de croissance Reporterre 2009/09/16 Association des Objecteurs de croissance (16 septembre 2009) Les Objecteurs de croissance s’assemblent. Reporterre. fr

Les Objecteurs de croissance s’assemblent

Les Objecteurs de croissance constituent leur association les 19 et 20 septembre à Beaugency.

La création de l’Association des Objecteurs de Croissance (AdOC) fait suite à la dynamique initiée par les listes Europe-Décroissance. Elle s’inscrit dans la démarche de convergence des Objecteurs de Croissance qui souhaitent l’expression politique de la Décroissance au sein d’une structure unique et unie.

L’Assemblée Constitutive de l’Association des Objecteurs de Croissance aura lieu le 18 au soir, les 19 et 20 Septembre 2009 à Beaugency (à l’auberge de jeunesse de BEAUGENCY – Loiret).

C’est un moment très important de l’Objection de Croissance que vous êtes tous chaleureusement conviés à partager avec nous. Vos propositions et visions de la Décroissance sont attendues.

Nous vous invitons vivement à nous faire parvenir la (ou les) question(s) qu’il vous simple indispensable de traiter pendant ces journées. De la plus précise à la plus générale : l’idée, c’est de disposer d’une Foire aux questions préalable, à laquelle chacun a pu contribuer ; et surtout, de veiller tout au long de cette Assemblée Constitutive à y répondre. L’ensemble des réponses sera ensuite publiée sous la forme d’une FAR (Foire aux réponses) dans le Compte-rendu.

Ordre du jour

Toutes les rencontres seront organisées sur le principe d’une communication non violente calquée sur la « Méthode de Décision au Consensus ». Elles se partageront en réunions plénières ou ateliers en petits groupes. Dans le cas d’une réunion plénière, un rapporteur viendra avec une proposition initiale. Dans tous les cas, il sera secondé par un médiateur et/ou un facilitateur.

* L’ordre du jour étant très dense, il s’agira parfois d’ébaucher, de commencer, de démarrer le sujet en question.

* Toutes les décisions importantes feront l’objet d’un vote : ce peut être un texte, une résolution, la constitution d’une équipe de travail, une disposition de principes.

* Les noms des intervenants, ainsi que les détails des interventions sont en cours d’affinage.

* L’organisation peut aussi évoluer au besoin des circonstances.

* Les séquences de travail seront entrecoupées de moment de détente et de soirées conviviales.

Vendredi 18 Septembre

* A partir de 16h : Accueil des participants * 19h – 20h : Atelier : méthode de débat et de prise de décision au consensus. * A partir de 20h : Soirée conviviale

Samedi 19 Septembre

* 9h – 10h : Accueil et présentation du week-end (objectif du WE, petit historique) * 10h – 11h30 : organisation de l’association : ses objectifs, aspects administratifs et structurels (statuts, réglements). * 11h30 – 13h : Politique d’accueil des nouvelles et nouveaux venu(e)s * 13h – 14h30 : Pause déjeuner * 14h30 – 17h00 : Communication Interne (forum, listes de discutions, réseaux sociaux, net étiquette) * 17h – 18h : Communication externe (site internet, relations avec les médias en particulier TV, réseaux sociaux, logo…) * A partir de 19h : Soirée conviviale avec concert

Dimanche 20 Septembre 2009

* 9h – 10h30 : Plateforme de propositions politiques * 10h30-15h : Stratégie politique : les 3 pieds politiques & Elections Régionales, le manifeste. * 15h00 : Fin de l’Assemblée Constitutive de l’AdOC

Quelques documents de réflexions

* Cadre de notre projet politique : « Les trois pieds politiques de l’objection de croissance » de Michel Lepesant * CR de la réunion « Europe-Décroissance » de Notre Dame des landes par Vincent Liegey * CR du Camp Climat par Jean-Luc Pasquinet * NDDL : Comment la décroissance grignote la gauche « … Seul le représentant du parti pour la décroissance et d’Europe-décroissance, jeune mouvement qui a présenté des listes dans cinq régions lors des dernières élections européennes, parvient à soulever l’enthousiasme de la salle en faisant le lien entre l’écologie et le désir de s’affranchir de l’aliénation… » dans Marianne2 * La Décroissance croissante dans le Monde Diplomatique : « la Décroissance croissante » * La Décroissance sur Arrêt sur images : « Aller chez Giordano »

Les subventions aux énergies renouvelables sont trop élevées Sauvons le climat Reporterre 2009/09/17 Sauvons le climat (17 septembre 2009) Les subventions aux énergies renouvelables sont trop élevées. Reporterre. Tribune — fr

Les subventions aux énergies renouvelables sont trop élevées

L’investissement dans les énergies renouvelables n’est pas le moyen le plus efficace de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’obligation d’achat joue-t-elle contre les filières renouvelables nationales ?

Du fait des effets d’échelle et d’« apprentissage » industriel, on aurait pu s’attendre à une baisse continue et prononcée du coût d’investissement de l’électricité d’origine éolienne ramené à la puissance dont elle est capable (l’investissement unitaire, Iu exprimé en €/kW installé). Or, au terme d’une enquête [1] appuyée sur un échantillon d’une cinquantaine de projets, français ou étrangers, on observe le contraire : après une décroissance régulière depuis le début des années 90, le coût moyen d’investissement de l’éolien est passé de 850 €/kW en 2001 à plus de 1600 €/kW aujourd’hui, soit une hausse moyenne d’environ 7,5 % par an.

Par ailleurs, alors que la filière devient techniquement mature (quelque 100 000 éoliennes sont en service dans le monde) et que, en bonne logique, ses prix auraient dû fortement chuter puisque l’amortissement des investissements représente environ les trois-quarts du prix de revient (en €/kWh), on constate l’augmentation de cet investissement unitaire. La parfaite coïncidence entre les augmentations constatées et les étapes de mise en place d’un généreux système d’obligation d’achat ne peut donc être esquivée au-delà des hausses des cours de l’acier, du cuivre, etc. et des fluctuations du baril de pétrole.

Il s’agit là d’un constat qui conforte les réserves émises par « Sauvons le Climat » sur le niveau des tarifs octroyés dans le cadre du système d’obligation d’achat. Au niveau ou ils se trouvent, ces tarifs créent un effet d’aubaine, générateur de profits excessifs pour les constructeurs [2] et promoteurs, d’autant moins justifiés, qu’ils sont, en France, sans réelle retombée pour l’emploi, ni pour les émissions de gaz à effet de serre.

On ne peut que constater que la politique de soutien massif à l’éolien, initiée en France en 2001 et renforcée en 2006 [3], ne semble pas avoir rapproché cette filière de la compétitivité et a échoué dans son objectif de structuration d’une véritable industrie française du secteur. Il est à craindre que le « cercle vertueux », auquel se référaient les écologistes pour en appeler au soutien de cette énergie, se mue en cercle vicieux : n’a-t-on pas vu nos voisins allemands, en proie au doute, revaloriser de près de 30% leurs tarifs d’achat de l’éolien terrestre, à effet du 1er janvier 2009 ?

Les mêmes causes pouvant conduire aux mêmes effets, il convient de s’interroger sur l’adéquation du niveau des tarifs d’achat appliqués au photovoltaïque, parmi les plus élevés au monde [4]. Prenons garde aux conséquences de ces « libéralités » : si les objectifs fixés par le Grenelle, pour les seuls secteurs de l’éolien et du photovoltaïque étaient atteints dans le contexte tarifaire actuel, ce serait une hausse d’environ 50% de leur facture annuelle que les consommateurs auraient à subir [5]. Cette hausse sera d’autant plus importante que d’autres facteurs, notamment les quotas carbone, vont aussi contribuer à relever les prix de l’électricité, sans parler des effets de la déréglementation...

Nul doute que les généreux tarifs d’obligation d’achat actuels ne pourront être longtemps maintenus (les Danois pour l’éolien, les Espagnols pour le solaire, ont déjà dû en revenir !). Si, contre toute logique, ils devaient l’être, nous assisterions, tôt ou tard, dans les secteurs concernés à ce qui risquerait fort de s’apparenter à l’explosion d’une bulle spéculative, avec toutes ses conséquences.

Il serait sain que le législateur fasse en sorte qu’une plus grande proportion des capitaux susceptibles d’être investis dans les solutions énergétiques « bas carbone » le soit en tenant compte de critères objectifs de rentabilité pour la collectivité dans son ensemble. Il est également impératif que davantage de capitaux soient dirigés vers la recherche, non seulement en matière de photovoltaïque, mais aussi de stockage des productions électriques intermittentes (comme le solaire et, plus encore, l’éolien dont l’imprévisibilité est le handicap majeur).

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Notes :

[1] Cf l’étude intitulée « L’apprentissage de la subvention durable » sur le site de « Sauvons le Climat » http://sauvonsleclimat.org/new/spip...

[2] En dépit de la mainmise d’Areva sur l’allemand Multibrid, aucun constructeur français ne « joue dans la cour des grands » à une exception près : Vergnet S.A. leader mondial de la production, en France, des seules éoliennes adaptées aux régions exposées aux cyclones ou difficilement accessibles (concept de « Far Wind »). Ces engins ont leur pleine justification dans des zones insulaires (DOM, Corse, îles bretonnes) pour lesquelles les seules alternatives au fossile sont, évidemment, les énergies renouvelables.

[3] Arrêtés tarifaires des 8 juin 2001 et 10 juillet 2006 (l’invalidation en Conseil d’Etat de celui-ci n’a pas affecté les tarifs).

[4] Arrêtés des 13 mars 2002 et 10 juillet 2006 (ce dernier accordant un tarif presque un triple).

[5] Dans sa lettre « Décryptages n°15 », la Commission de Régulation de l’Energie annonce un surcoût potentiel de 2,25 milliards du seul fait des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque. Réparti sur quelque 25 millions de ménages, ce surcoût, dû aux 5400 MW solaires prévus, induirait une majoration moyenne de facture d’électricité annuelle de 120 € par ménage (TVA et Taxes Locales d’Electricité incluses). Et, en 2020, il est aussi prévu 25000 MW d’éolien bénéficiant de l’obligation d’achat. Pour mémoire, la facture EDF moyenne actuelle avoisine les 500 €TTC/ménage ! Voir aussi, sur le site de « Sauvons le Climat », l’étude sur le « surcoût des énergies éolienne et photovoltaïque à l’échéance 2020, selon l’ADEME » http://sauvonsleclimat.org/new/spip....

L’auto électrique est un mythe écologique FNE Reporterre 2009/09/17 FNE (17 septembre 2009) L’auto électrique est un mythe écologique. Reporterre. Tribune — fr

L’auto électrique est un mythe écologique

Plutôt qu’une technologie miracle, c’est une nouvelle façon de penser les transports qu’il faut mettre en oeuvre pour prévenir le changement climatique.

A a veille du salon Frankfort, la voiture électrique est partout et est présentée comme la solution miracle au dérèglement climatique. FNE remet les pendules à l’heure et publie son analyse.

Pour Sébastien Genest, Président de FNE : « Pour passer d’une civilisation automobile à une civilisation écomobile, la voiture électrique n’est pas la solution miracle. Pour l’heure, la voiture électrique est surtout une gigantesque campagne de communication dont le premier résultat n’est pas de baisser les émissions de gaz à effet de serre mais d’augmenter les financements publics des constructeurs automobiles ! »

Pour Michel Dubromel, responsable transports de FNE : « La question n’est pas d’être pour ou contre la voiture électrique ! La vraie question est de savoir où, quand et comment on pourrait utiliser intelligemment une voiture tout court, y compris électrique. Et pour nous la réponse est : pas n’importe où, pas n’importe quand et pas n’importe comment ! »

La voiture électrique est partout : vedette du salon de Frankfort, priorité du grand emprunt national, superbonus de 5000 euros et d’un grand plan annoncé le 23 septembre, achat de quads électriques à La Poste… Seul problème : la voiture électrique n’est nulle part !

Arnaud Gossement, porte parole de FNE, ajoute : « Sa commercialisation à grande échelle est annoncée depuis des décennies. Mais ce sont des fonds publics monstrueux qui seraient nécessaires à sa mise en circulation, notamment car il faut des infrastructures de recharge. Cessons de mettre sous perfusion une industrie automobile qui n’en a guère besoin. Le chantage à la protection de l’environnement et à l’emploi doit cesser. » La voiture propre : un mythe ? FNE publie aujourd’hui un dossier qui démontre que la voiture propre est aussi un slogan publicitaire. Pour FNE, la priorité est de repenser l’usage de la voiture pour la remettre à sa place…et sa place ne doit plus être au cœur de notre modèle économique et social.

Céline Mesquida, chargée de mission Transport de FNE précise : « La voiture électrique est un objet de fantasme ! Malheureusement, elle pollue elle aussi. Non seulement la production d’électricité émet toujours du CO2 à un moment ou un autre mais la voiture soi disant propre suppose aussi des embouteillages, des routes et génère des déchets. L’urgence est donc de repenser l’usage de la voiture. »

Trop d’humains en 2050 ? Hugues Stoeckel Reporterre 2009/09/18 Hugues Stoeckel (18 septembre 2009) Trop d’humains en 2050 ?. Reporterre. Tribune — fr

Trop d’humains en 2050 ?

Le pic pétrolier affectera la production agricole, donc la sécurité alimentaire d’une population mondiale plus nombreuse qu’aujourd’hui.

En réponse au dossier sur Malthus paru avec le numéro de juillet-août du Journal la Décroissance (où j’étais interpellé en page 2), j’ai commis une réponse intitulée « Le néo-malthusianisme pour les Nuls », que le Journal de la décroissance a refusé de publier, mais que Hervé Kempf a bien voulu publier le 5 août sur son blog. S’en est suivi un échange interne aux Verts avec un copain nataliste (ou du moins opposé à l’anti-natalisme) qui m’a fait pondre une longue réponse sur les listes vertes, avec de nouvelles données factuelles. Compte tenu de l’importance vitale du sujet (le 21e siècle peut-il ne pas être le siècle des famines globales ?), je me permets de vous reproduire ci-dessous l’essentiel de mon propos, en réponse aux arguments du copain.

Cette position du cahier de l’IEESDS joint au journal de La Décroissance n’est en rien à renier par l’essentiel des Verts. En dehors du seul texte rédigé par une femme et de celui de Vincent Cheynet, il n’est guère fait allusion aux constat des géographes et sociologues : les cartes mondiales des taux d’analphabétisation des femmes et du nombre d’enfants par femme sont quasi superposables.

Exact. Et ça permet de conclure une nouvelle fois que l’alphabétisation des femmes (et plus largement le développement) diminuent généralement la natalité (pas toujours, cf les pays du Golfe pétrolier). Mais sûrement pas que la planète pourra nourrir 9-10 milliards de personnes dans quelques décennies.

C’est donc l’éducation et la reconnaissance du statut d’égalité entre homme et femme qui est le meilleur garant d’une diminution de la population à moyen terme.

Le meilleur ? Une conscience générale, étayée et bien intériorisée des risques d’une natalité excessive ferait beaucoup mieux. Sur l’île de Tikopia, cette conscience est chevillée au mode de vie de tous les habitants (Effondrement, Jared Diamond), et leur effectif (un millier sur 5 km2) est stable depuis 3000 ans ! Quelle autre civilisation humaine peut en dire autant ?

Si cette conscience est aujourd’hui marginale au niveau planétaire, c’est dû à la méconnaissance générale des enjeux, au mythe tenace d’un progrès sans fin, au productivisme qui a besoin de fuite en avant dans la consommation pour que sa mécanique fonctionne, à l’obstruction cléricale et aux tabous religieux qui imprègnent y compris les rangs écologistes. Ainsi Vincent Cheynet, dans son papier de l’IEESDS, ne nie pas être influencé par des tabous religieux. Il me reproche seulement d’évoquer cette hypothèse sans que lui-même ait jamais fait état de ses croyances dans son journal. Ce qui n’établit évidemment pas leur inexistence.

Or la question posée pourrait être que les ressources risquent tant de se tarir que seule une décroissance de la population peut nous sortir de l’impasse environnementale dans laquelle nous allons. Il n’en n’est rien en réalité. Les exemples sont légions qui montrent qu’une diminution des taux de natalité peut se traduire par un accroissement de l’empreinte écologique (cas de la Chine), qu’une grande densité de population peut se traduire par un très faible impact environnemental avec un indice de développement humain élevé (cas du Kérala, état de l’inde fédérale).

Ces 2 exemples ne démontrent rien : ils rapprochent des faits sans lien de cause à effet, en utilisant la tournure spécieuse « peut se traduire par ». Jusqu’à preuve du contraire, la cause de l’envolée de l’empreinte chinoise n’est pas la baisse de la natalité, mais le développement économique concomitant (lequel a peut-être contribué à baisser la natalité). De même, la forte densité des Kéralais n’est pas la cause, mais bien un obstacle à leur faible empreinte : à mode de vie identique, leur empreinte serait forcément encore plus faible avec moins d’habitants au km2 et sans que leur IDH en souffre !! Ou alors il faudrait vite faire beaucoup d’enfants pour sauver l’humanité de la famine… ;-)

Seules les politiques publiques, volontaristes en matière d’environnement peuvent porter leurs fruits en la matière : ce doit être leur but premier. La baisse de la population est donc alors une conséquence des politiques éducatives et féministes et non un objectif premier en soi.

On arrive enfin au cœur du problème : une politique écologiste idéalement « poussée » (une décroissance solidaire) suffirait-elle pour empêcher un crash alimentaire global ?

Premier élément de réponse : le marché alimentaire actuel est déjà bien tendu. La possibilité de nourrir demain 9 ou 10 milliards d’humains serait donc plus crédible s’ils disposaient de davantage de terres arables, d’eau, de poissons, de minerais et d’énergie que ceux dont disposent les 6,8 milliards actuels, qui sont déjà loin de manger tous à leur faim. Or il se trouve au contraire que toutes ces ressources sont aujourd’hui en fort recul, sans perspective d’inversion de tendance. Il n’existe déjà plus de marges de productivité pour une nouvelle « révolution verte » basée sur la mécanisation et la chimie. La situation de Afrique sera bientôt dramatique. Et nos descendants hériteront en prime d’un climat de plus en plus hostile, surtout sous les tropiques. Moins de ressources pour nourrir davantage de monde : comment ce qui a échoué à 6,8 milliards pourrait-il fonctionner demain à 9-10 milliards ? Bref, comment le milliard actuel d’affamés pourrait-il ne pas grossir encore ?

Mais il y a pire : RIEN (rien de connu à ce jour, en tout cas) ne pourra empêcher le déclin du pétrole de provoquer un lent effondrement la productivité agricole mécanisée (la production par actif agricole), avec à terme une situation intenable. J’ai ainsi été stupéfait d’apprendre récemment que sans pétrole, la productivité d’un riziculteur camarguais ou américain (500 T/an) serait divisée par rien moins que 1000 ! (Cf Marc Dufumier). Si elle n’était divisée « que » par 10, la chute de productivité de riz (première céréale consommée au monde) serait compensable par un retour à la terre d’une partie raisonnable des citadins. Mais une multiplication par 1000 du nombre de riziculteurs dans les pays riches est un challenge impossible à relever dans un contexte qui verrait évidemment émerger une nécessité similaire pour les autres productions de base.

A ce propos, de quel facteur au juste la privation de pétrole (et donc de machines agricoles) fera-t-elle chuter la productivité de la culture mécanisée de blé ? Et celle de maïs, de pommes de terre, etc ? Je n’ai pas trouvé ces données, mais il existe un indicateur pertinent : depuis 1955, l’avènement du pétrole dans l’agriculture française a permis de multiplier la production cumulée de blé et de maïs par 4,1. Le tout avec 8 fois moins d’agriculteurs et 12% de surface agricole en moins, en bonne partie sacrifiée au béton (c’est écrit ici). Voilà qui situe l’envol historique de la progression du rendement céréalier à l’hectare autour d’un facteur 4,7 ≈ 4,1÷(1-0,12) et celle de la productivité par actif agricole aux alentours d’un facteur 33 ≈ 8x4,1 !! Il va sans dire que la quasi totalité du surcroît de rendement à l’ha repose sur la chimie tirée des hydrocarbures, le bio ne représentant que 2% de la surface agricole en France. Et c’est le cumul de ce gain avec celui - énorme - apporté par le machinisme agricole qui explique l’explosion de la productivité par actif.

Un petit aparté sur le rôle central des énergies fossiles (85% de notre consommation actuelle). On imagine souvent qu’elles seront remplacées peu à peu par les renouvelables. Erreur profonde : aussi abondant et durable soit-il, aucun renouvelable ne pourra se substituer quantitativement au carbone fossile. Il faut beaucoup d’investissement technologique pour valoriser la force de marée, la géothermie ou l’énergie solaire sous toutes ses formes (thermique, photovoltaïque, éolienne, à l’exception notable de la photosynthèse…). Or la technologie sans ressources fossiles, ça se réduira demain à très peu de choses comparé à aujourd’hui. D’autant qu’il y aura des besoins énergétiques bien plus prioritaires que la recherche-innovation, ou même l’investissement dans des éoliennes…

Corollaire brut de tout ça : une fois privés de pétrole et en l’absence de substitut en quantités comparables, les 751 000 actifs travaillant actuellement dans l’agriculture française devraient être 33 fois plus nombreux, rien que pour maintenir la production céréalière actuelle sur la base des rendements de 1955. Ce qui nous mènerait à près de 25 millions de travailleurs de la terre sur un total de… 28 millions d’actif (dont plus de 3 millions de chômeurs). Ce serait la fin des villes, et même la police devrait apprendre à semer, biner et faucher… ;-)

Ce constat calamiteux sera heureusement bien meilleur avec une conversion totale au bio. Le bio peut atteindre 80% du rendement de la chimie dans les pays tempérés. La productivité céréalière à l’ha serait alors 3,8 fois celle de 1955 (80% de 4,7). L’agriculture bio n’utilisant que très peu de produits de synthèse (bouillie bordelaise, etc), la privation de pétrole la pénaliserait très peu sur ce point. Reste la question déterminante du machinisme, qui constitue le gros facteur limitant de la production. Et là il est clair que privé lui aussi d’énergie mécanique fossile, l’agrobio nécessitera une force de travail humain et animal du même ordre que l’agriculture traditionnelle en 1955. Même l’utilisation du biodiesel produit sur place à partir de tournesol ou de colza serait assez vite compromise par la difficulté croissante de fabriquer et d’entretenir les machines elles-même, dans un contexte où les minerais eux aussi seront inéluctablement de plus en plus plus rares, chers et de qualité décroissante.

Retenons donc que dans cette hypothèse d’optimisation des rendements par le passage au « tout bio », le facteur 33 ci-dessus serait ramené à 33÷3,8 ≈ 8,7. En clair : à terme l’agrobio nécessiterait quand même 9 fois plus d’actifs agricoles qu’aujourd’hui, soit (même en proportion de la population) davantage qu’après guerre.

Une autre marge d’optimisation (et pas des moindres) sera dans la réduction de la part carnée de la nourriture occidentale. 78% de la surface agricole du monde sert aujourd’hui à nourrir les animaux d’élevage. En supprimant totalement l’élevage, le potentiel nourricier de l’agriculture pourrait donc être multiplié en théorie par un facteur 4. Mais cela supposerait que nous devenions tous végétaliens. Qui est d’accord ? Plus sérieusement, il existe des surfaces productives (steppe, pampa, alpages…) qui ne se prêtent guère qu’à l’élevage. Et puis, le bio a besoin d’importantes séquences enherbées dans ses rotations de culture, ainsi que de fumier animal. Contrainte qui permettra de conserver la production de laitages et d’oeufs, ainsi qu’une surface importante en herbe et cultures fourragères, avec en prime la consommation de la viande des poules, des vaches et des brebis laitières en fin de vie. Rappelons aussi l’incontournabilité des animaux de trait, eux aussi consommables en fin de vie, mais dont le nourrissage nécessitera de l’ordre de 20% des assolements. Ajoutons enfin que dans les faits, l’appétence humaine pour la viande sera difficile à brider jusqu’à son strict minimum, surtout dans nos pays habitués à des excès carnés. Il sera donc probablement difficile d’amener le facteur 4 susdit au-dela de 2. Ce n’est déjà pas mal, mais loin de résoudre notre problème !

Car d’autres réalités viendront largement tempérer cette poussée d’optimisme ;-) :

• Demain (faut-il le répéter ?) la population humaine à nourrir, et donc la production agricole, sont censés augmenter de 50%.

• La surface agricole sacrifiée au béton depuis 1955 est irrécupérable.

• les terres agricoles « chimiques » ont perdu une partie de leur humus et jusqu’à 90% de leur biomasse vivante (Cf : Claude Bourguignon). Elles ne font plus illusion que grâce aux engrais solubles et aux pesticides.

• les anciennes machines agricoles à traction animale (faucheuses, charrues…) ont quasiment disparu et leur fabrication nécessitera du temps, de l’énergie et des minerais dans un contexte où les trois feront défaut.

• la traction animale elle-même ne sera opérationnelle que des décennies plus tard, tant le cheptel d’animaux de trait de 1955, devenu aujourd’hui symbolique, sera long à reconstituer (les chevaux ne sont pas des lapins !). Je ne parle même pas des savoir-faire perdus.

• Les habitudes et aspirations de vie des Français (beaucoup plus citadins qu’en 1955) rendent illusoire un retour massif au travail manuel de la terre, même avec un Pol Pot ad hoc aux manettes :-((. Demandez-vous seulement où logeraient tous ces néo-campagnards…

Je n’évoque pas la concurrence des agro-carburants à filière industrielle, sans doute assez vite condamnés par leur bilan énergétique proche de zéro. Et puis, comment imaginer qu’un monde affamé accepte de brûler de la nourriture ou même de sacrifier des terres fertiles à la culture (au culte) de l’éthanol ?

Au total, le problème étant similaire dans tous les pays « développés » (≈ pétro-dépendants), l’humanité sera incapable d’empêcher la disparition progressive de l’agriculture mécanisée de la planète, aujourd’hui principale pourvoyeuse alimentaire du monde. Il suffit de penser au devenir des « greniers à blé » canadien et américain, ou de se demander, en traversant la Beauce, comment de telles surfaces pourraient êtres valorisées sans machines.

Une baisse rapide des besoins alimentaires (donc de la démographie) est en revanche susceptible d’atténuer le problème, et en tout cas de réduire le nombre de victimes de la méga-crise à venir. Or la dénatalité – seul type de recul démographique éthiquement acceptable – ne produit son effet qu’après plusieurs décennies. N’en déplaise à Vincent Cheynet, c’est donc dès aujourd’hui qu’il faut la poser en soi comme objectif public majeur, inscrit dans le paysage mental commun, et indépendamment des politiques éducatives et féministes qui ont leur utilité propre. Signalons à ce propos qu’il y a un siècle existait un féminisme qui intégrait la revendication de la « grève des ventres ». C’était alors une valeur progressiste, pacifiste et libératrice de la condition des femmes, qui était déjà décriée – avec curieusement moins de succès qu’aujourd’hui – par tous les productivistes et cléricaux du pays.

La plupart des natalistes le sont par pur conformisme à la doxa ambiante, en totale ignorance de l’enjeu alimentaire ici évoqué, et sont donc susceptibles de changer d’avis si on les éclaire. Certains se dédouanent volontiers de la peine d’examiner ce risque en taxant les alarmistes de malthusiens, de misanthropes, de « deep écologistes » (très commode, ça !) ou d’aigris qui haïssent les enfants. D’autres encore nient ce risque par simple foi en la capacité de l’humanité à résoudre tous ses problèmes à mesure qu’ils se posent. Il en est enfin qui, tout en comprenant bien ce risque, font le pari fou que l’Homme découvrira très bientôt une nouvelle source d’énergie aussi abondante, accessible, commode d’emploi et polyvalente que l’était le pétrole, et qui, en attendant, veulent bien que le principe de précaution s’applique à tout, sauf à la démographie. Et vous, dans quelle catégorie êtes-vous ? ;-)

Les Verts et Europe Ecologie prônent justement humanisme, féminisme et une politique écologiste poussée, c’est à dire globalement dans le sens des propos du cahier de l’IEESDS joint au journal la Décroissance.

Enfonçons donc le clou. Les besoins alimentaires vitaux par humain ne décroîtront pas. Or aujourd’hui ils pourraient probablement être satisfaits (je parle en ordre de grandeur) si les repus du Nord mangeaient moins de viande pour libérer les surfaces productives capables de nourrir les affamés du Sud. Demain, la conjonction de l’effondrement agricole post-pétrolier (qui est inéluctable) et d’une augmentation de 50% de notre nombre (qui n’est pas inéluctable) provoquerait des famines planétaires susceptibles de causer (directement ou par violence induite) des morts par milliards. En d’autres termes, que ça nous plaise ou non, il n’y aura jamais 9 Mds d’humains sur Terre ! Yves Cochet arrive à la même conclusion page 220 de son dernier livre (un bijou !) : « J’écris une dernière phrase d’une main tremblante : le déclin démographique proche sera catastrophique au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Dire que la population du monde va perdre 3 milliards d’habitants en 30 ans n’est pas un froid constat de prévisionniste statisticien. La perspective est humainement insupportable. Hélas, elle est devant nous ». Et Yves n’est bien entendu pas seul à penser cela : prenez donc le temps de lire ce texte de Dale Allen Pfeiffer, intitulé « Nous mangeons du pétrole ». Vous serez bien en peine de réfuter les chiffres de son implacable démonstration.

Il faut bien comprendre que l’amplitude de l’effondrement post-pétrolier de la production agricole mécanisée ne dépend que du niveau de ressources renouvelables accessibles dans l’ère post-fossile. « Humanisme, féminisme et politique écologiste », aussi « poussés » soient-ils, seront donc par nature strictement sans effet sur cette amplitude. Ils peuvent certes retarder cet effondrement en instaurant un droit de préemption absolu de l’activité agricole sur le reliquat d’or noir et sur la main-d’oeuvre. Ce qui suppose (outre un assouplissement du concept d’humanisme) un niveau inédit de rationalisation collective de l’alimentation (bio, frugale, végétale, saisonnière, relocalisée) et de partage planétaire des ressources. Lequel suppose à son tour la survivance des démocraties et la requalification généralisée de la production agricole en service public excluant toute spéculation. Le tout, bien sûr, en évitant les guerres, dont l’inhumanité n’aura pas échappé à personne ;-). Vaste et salutaire programme, qui mériterait d’être largement explicité et défendu par les Verts, car seul susceptible de rendre l’espoir en conjurant la perspective du chaos portée par le « chacun pour soi contre tous ».

Réalisons cependant que bien avant la fin de ce siècle, le pétrole, le gaz et le charbon résiduels finiront quand même par devenir inaccessibles (hors de prix), même si le climat nous autorisait encore à les transformer en CO2 (ce qui est fort douteux). En d’autres termes, le scénario optimiste sus-évoqué ne fait qu’étaler le même effondrement agricole (donc démographique) sur quelques décennies de plus. De fait, le niveau final auquel la population humaine s’ajustera durablement à la fécondité post-pétrolière de la Terre n’est pas négociable. Selon plusieurs auteurs, il pourrait être de l’ordre de 1 à 2 Mds (cf aussi : « Nous mangeons du pétrole », entre autres). Ce scénario pourrait même inclure la survivance d’une vie civilisée si tout se déroule pour le mieux (sans tueries majeures). Mais pour avoir le choix du mode d’ajustement de la population, il faut se décider maintenant. Soit nous anticipons une réduction rapide du nombre de bouches à nourrir, et nous aurons un reflux démographique à la fois plus limité (car entamé à 6,8 Mds) et étalé sur une durée plus longue (car commençant plus tôt). Soit nous persistons à vouloir en passer par ce fameux pic de 9 Mds, et nous remettons à un avenir relativement proche une abominable « régulation naturelle ».

J’attends toujours une réfutation sérieuse de cette analyse, certes quelque peu en décalage avec les préoccupations dominantes de cette fin 2009 ;-). À ceux que sa « noirceur » suffirait à fermer comme une huître, je rappelle que ce qui importera demain n’est pas la couleur de l’analyse, mais son exactitude. Je me doute que certain(e)s discuteront tel ou tel détail, mais seul importe un éventuel démontage argumenté des ordres de grandeur (qui d’ailleurs me comblerait d’aise !). En revanche épargnez-nous svp les contre-exemples « roses » tirés d’un présent encore très riche en pétrole qui ne prouvent strictement rien pour le futur. La prospective n’est pas l’art de transposer le présent dans l’avenir (ce que font tous les productivistes), mais l’art de décrypter les effets à venir des évolutions en cours et de celles qu’on sait inéluctables, dont l’épuisement des ressources fossiles et le réchauffement climatique sont de loin les moins anodines.

Le vote électronique entrave la démocratie Syndicat national de l’enseignement supérieur Reporterre 2009/09/18 Syndicat national de l’enseignement supérieur (18 septembre 2009) Le vote électronique entrave la démocratie. Reporterre. fr

Le vote électronique entrave la démocratie

Des parlementaires tentent discrètement d’imposer le vote électronique dans les universités.

Un projet de loi d’initiative parlementaire, autorisant le vote à distance par voie électronique pour l’élection des membres (personnels et étudiants) des conseils des EPCSCP, a été récemment divulgué. Il sera soumis aux votes des députés le 28 septembre prochain lors de la session extraordinaire du Parlement.

Cette disposition s’appliquerait à tous les collèges électoraux des EPCSCP, personnels et étudiants. Le SNESUP-FSU, première organisation de l’enseignement supérieur, n’a été consulté d’aucune manière et ce vote prévu dans la précipitation constituerait un nouveau passage en force de la majorité présidentielle et du gouvernement.

De multiples raisons motivent notre opposition à ce projet de loi :

o Les rares expériences de vote électronique montrent que la participation est plus faible en comparaison à un vote par correspondance ou sur place. L’exemple du vote au conseil d’administration du CNRS en baisse de 12 % de participation est éloquent, comme le vote aux élections prud’homales à Paris. Au contraire, les personnels, attachés à la collégialité ont participé largement aux élections dans les bureaux de vote sur place pour les conseils centraux d’université lors des derniers scrutins et le taux de participation aux élections par correspondance (CNESER, CNU) est fort, particulièrement chez les professeurs.

o Faute de véritable contrôle par les électeurs de la sincérité du scrutin, mais aussi des risques de bugs informatiques ou de fraudes, c’est la sincérité même du scrutin qui pourrait être mise en cause.

o L’absence d’isoloir rend la confidentialité du vote discutable et les pressions sur le vote sont potentiellement plus fortes.

o La suppression du vote par procuration pourrait exclure du vote de nombreux collègues en missions.

En outre, la mise en place d’un tel système de vote nécessiterait des moyens techniques et des personnes qualifiées. Quel coût de mise en place ? Quelles ressources seront mobilisées ? Et le recours à la sous-traitance par des entreprises privées est problématique.

De plus, la ministre par voie de presse n’a pas manqué de dévoiler les objectifs réels de ce projet : utiliser le vote électronique pour briser le mouvement étudiant et notamment le blocage des universités.

Pour le SNESUP, le vote à distance par voie électronique ne constitue pas, au jour d’aujourd’hui, ni une solution fiable, ni un progrès pour la vie démocratique de nos établissements. Il ne peut se substituer à la possibilité de vote « papier », avec possibilité de vote par procuration, actuellement possible. En conséquence, il demande que ce projet soit retiré.

La pensée magique Hervé Kempf Reporterre 2009/09/20 Hervé Kempf (20 septembre 2009) La pensée magique. Reporterre. Tribune — fr

La pensée magique

Bien sûr, il n’y a rien à voir entre nous, Occidentaux éclairés du XXIe siècle, et les misérables peuplades qui vouaient un culte au cargo ou attachaient des pouvoirs surnaturels aux esprits de la forêt. Non, nous sommes rationnels, libres, conscients, irréductibles à toute trace de pensée magique. La pensée magique ? L’idée que face à une situation inextricable, des forces mystérieuses vont intervenir, si on sait les solliciter avec les égards appropriés, et résoudre le casse-tête.

Oh, une auto électrique ! Elle est propre, elle est belle, elle ne pollue pas, elle arrive. Et hop ! Nous voilà débarrassés de ce satané problème de la voiture à pétrole qui émet plein de CO2. Ah, merci, merci, Technologie, merci Puissance miraculeuse de la Recherche et Développement, merci Ingénieurs et Chercheurs, prêtres du monde parfait, merci Capitalistes désintéressés, merci Industrie automobile au service de l’humanité !

Je caricature ? Non. Dans le capitalisme finissant, la technologie est une pensée magique, destinée à évacuer les questions délicates que génèrent les formes des relations sociales dans cette phase de l’histoire. Car l’auto, autant qu’objet technique, est un usage social.

Point central du dossier de l’auto électrique : d’où vient l’électricité ? Dans le monde, majoritairement de la combustion du charbon.

Si bien que l’absence de l’émission de CO2 par la voiture est compensée par l’émission de CO2 lors de la production d’électricité. Et d’ici à ce que les renouvelables soient à un niveau suffisant pour prendre le relais, de l’eau aura coulé sous les ponts. L’énergie nucléaire ? Pensée magique. Alignez les milliards d’euros et placez sous le tapis déchets nucléaires et risques d’accidents.

Autre point : la fabrication des autos et de leurs composants (notamment les batteries au lithium) a un impact environnemental majeur. Il faut opérer le bilan total de l’objet, de la production à la disparition. Une analyse dite du « cycle de vie » singulièrement absente des débats.

Mais l’enjeu est au fond ailleurs. D’accord, bien sûr, pour améliorer les techniques. Mais tout progrès sera annulé si on laisse augmenter le parc automobile. The Economist écrit ainsi sans s’émouvoir que « dans les prochaines quarante années, le nombre total d’autos dans le monde devrait quadrupler pour atteindre 3 milliards de véhicules ». Accepter cette idée, c’est se garantir l’aggravation de la crise écologique dans ses pires manifestations.

Il nous faut sortir de la pensée magique, arrêter de croire que la technologie tranchera les choix que nous ne voulons pas faire. La question de l’auto se pose en fait ainsi : comment allons-nous faire pour diviser par deux le parc automobile des pays développés ?

Passer en France, par exemple, de 37 millions de véhicules à 18 millions d’ici quarante ans ?

Mobilisation mondiale sur le climat le 21 septembre Avaaz Reporterre 2009/09/20 Avaaz (20 septembre 2009) Mobilisation mondiale sur le climat le 21 septembre. Reporterre. fr

Mobilisation mondiale sur le climat le 21 septembre

Des « flash-mobs » partout dans le monde pour signifier aux dirigeants l’importance de parvenir à un accord climatique.

Dans les villes et les villages des cinq continents, des milliers de personnes vont tirer la sonnette d’alarme pour le climat

La France va participer à la plus grande mobilisation mondiale pour le climat ce lundi 21 septembre ! Pour consulter la carte du monde avec plus de 2000 événements, dont 108 en France et 17 à Paris, consultez : http://www.avaaz.org/en/tcktcktck_map

Quelques-uns des événements prévus à Paris :

- 7h30, Place de la Nation : "Alarme pour le climat" Les participants ferons un maximum de bruit pour réveiller les dirigeants politiques. http://www.avaaz.org/en/sept21_rsvp...

- 12h18, Sacré Coeur à Montmartre : "On négocie pas avec le climat, on agit : Monsieur Sarkozy, réveillez-vous !" Une longue banderole sera déployée tandis que les alarmes des portables se mettront à sonner http://www.avaaz.org/fr/sept21_rsvp...

- 19h, Gare Montparnasse : "Asphyxie à Montparnasse" Les personnes tomberont au sol, avant de se redresser au déclenchement de l’alarme de leurs portables. http://www.avaaz.org/en/sept21_rsvp...

Des célébrités, des maires, des ONG et des entreprises se joindront à des millions de personnes le lundi 21 septembre pour mener une journée mondiale d’action intitulée « Alarme climatique mondiale » visant à « réveiller » les dirigeants du monde entier afin de relancer les négociations sur le climat et de parvenir ainsi à un nouveau traité « ambitieux, juste et contraignant » .

Cette mobilisation planétaire fait suite aux avertissements lancés par des spécialistes qui affirment que le pacte climatique de l’ONU qui sera conclu à Copenhague en décembre risque d’être voué à l’échec si les dirigeants du monde ne relancent pas, lors d’un sommet sur le climat que l’ONU tiendra le 22 septembre à New York, les négociations aujourd’hui enlisées. (Reuters, sommet, Oslo, 10 septembre),

Plus de 2000 événements organisés dans plus de 130 pays sonneront l’alarme ; les gens se rassembleront dans des lieux publics, déclenchant l’alarme de leurs portables et téléphonant directement aux politiques pour les « alerter » Des musiciens demanderont à leurs fans de jouer avec passion leurs airs favoris et des groupes musicaux de rue de Taiwan à Trinité-et-Tobago se préparent à lancer un cri de ralliement pour appeler « à faire le maximum de bruit ».

A la première américaine du film sur le climat Age of Stupid, diffusé simultanément dans plus de 400 salles, les différents publics verront des images des événements de la journée et participeront au mouvement en envoyant à leurs gouvernements une avalanche d’appels à l’action.

« L’idée d’une Alarme climatique mondiale a été lancée il y a quelques semaines de cela ; elle a fait boule de neige et s’est transformée aujourd’hui en une mobilisation massive de millions de personnes », a déclaré Ricken Patel, Directeur exécutif du réseau Avaaz.org qui a fourni à ses 3,6 millions de membres du monde entier un outil internet pour trouver un événement ou en organiser un eux-mêmes.

« Cela montre que le public tient énormément à ce que les négociations sur le climat avancent vite et bien afin d’aboutir à un traité qui permettra d’éviter la catastrophe climatique et de lancer une nouvelle économie verte. »

Les célébrités Peter Gabriel, Annie Lennox, Michael Stipe, Alanis Morissette, Stephen Fry, Harry Belafonte, Emiliana Torrini, Lila Downs, Groove Armada, Zap Mama et beaucoup d’autres ont promis d’appuyer cette campagne et demandent à leurs fans de se joindre à cette action mondiale.

Une vaste coalition de grandes organisations environnementales et de lutte contre la pauvreté ainsi que des réseaux religieux, civiques et de jeunes – sous la bannière de la campagne TCKTCKTCK qui évoque tic-tac d’une horloge rappelant l’urgence de la question climatique - est à l’origine de cette mobilisation.

« Les sondages indiquent que 90% de la population mondiale estime que les changements climatiques posent un problème grave. Déjà, de petites îles commencent à être recouvertes par l’élévation du niveau des mers. Des territoires autrefois fertiles luttent contre les inondations et la sécheresse. Et les chercheurs affirment que le temps presse car nous approchons d’un moment décisif pour le monde » a déclaré Patel.

« Les dirigeants doivent bien comprendre que leur priorité cet automne sera de conclure le traité climatique que le monde attend – un traité suffisamment ambitieux pour faire en sorte que nous puissions tous vivre sur une planète protégée ; juste pour les pays les plus pauvres qui n’ont pas provoqué les changements climatiques mais qui en souffrent le plus ; et contraignant afin de fixer des objectifs chiffrés qui puissent être imposées légalement. »

Extraits de la liste d’événements liés à l’alarme climatique mondiale :

- Les plus côtiers : Flashmob sur la plage d’Ipanema à Rio de Janeiro - tous les participants porteront des t-shirts verts -, et flashmob sur la plage de Bondi à Sydney, en Australie.

- Le plus long : Des groupes de personnes vont se réunir pour planter des arbres à San José dos Campo, au Brésil

- Le plus effrayant : A Fukuda, au Japon, des gens organiseront un flashmob au cours duquel les participants se peindront le visage rouge vif et déambuleront dans une partie animée de la ville avant de se rassembler pour un flashmob.

- La meilleure chanson : Kelowna, au Canada, sera le site d’un flashmob où les participants danseront sur la chanson d’ Elvis ’Little Less Conversation’ – faisant peut-être allusion aux débats politiques qui n’en finissent pas ?

- Les plus terre à terre : A Pembroke Dock, au Royaume-Uni, les participants à un flashmob se rencontreront dans le parking de délestage de Tesco et entonneront ensemble la chanson du groupe Queen’ "We are the Champions". Les organisateurs ont choisi cette chanson “ parce que tout le monde la connaît ‘’.

- Va-ton s’en rendre compte ? : A Whangarei, en Nouvelle- Zélande, des groupes de personnes prévoient de tenir un « sit-in » au Café Mokoba - c’est une bonne idée, mais quelqu’un va-t-il y voir une différence ?

- Le plus chaud : Flashmob à Titlagada dans l’Etat d’Orissa, en Inde, qui est officiellement l’endroit le plus chaud en Inde où la température monte jusqu’à 54 degrés Celsius. Cette flashmob se déroulera au cœur d’une région touchée de plein fouet par l’impact des changements climatiques.

- Le plus officiel : A Kinshasa, en République démocratique du Congo, des groupes de personnes défileront de l’Hôtel de ville au Palais de la Nation pour présenter leur pétition sur les changements climatiques.

- La rue la plus animée : La rue Trafalgar à Nelson, en Nouvelle- Zélande, sera officiellement la rue la plus animée le 21. Il y a deux flashmobs de prévus un à 11h15 du matin et l’autre à 12h18 –les commerçants de la rue se demanderont ce qui se passe.

- Le plus difficile à expliquer aux passants : A Vienne, des groupes de personnes se réuniront et marcheront comme des pingouins autour d’un square.

- Celui où on aimerait être le plus : A midi, dans la ville de Papeete, en Polynésie française, des personnes habillées de blanc et tenant une fleur de couleur à la main se réuniront sur les quais. A midi, tous les participants brandiront leurs fleurs en direction du soleil en jouant pendant une minute sur leurs téléphones portables une seule note mélodieuse. Cet événement sera suivi d’un concert acoustique gratuit dans le parc du coin. Wow.

- Le plus rythmé : A Guatemala City, au Guatemala, des gens se rassembleront pour battre tambour dans le parc du coin.

- Le plus souple : Le groupe de yoga de Gibson, au Canada, organisera une “alarme” pendant sa session de yoga.

- Le plus septentrional : A Dawson Creek, au Canada, des groupes de personnes organiseront un événement au kilomètre zéro , point de départ officiel de l’Autoroute d’Alaska.

- Les meilleurs arrêts de bus : Des flashmobs sont prévus à ces arrêts de bus très fréquentés : l’arrêt de bus de Badambada à Cuttack dans l’Etat d’Orissa en Inde et celui d’Ojodu à Ikeja, au Nigéria.

Temps forts de l’Alarme climatique mondiale :

* Compte à rebours humain : l’Alarme climatique mondiale commencera avec une image époustouflante (20 septembre). Des milliers de personnes formeront à Central Park, à New York, une sculpture humaine qui enverra un message fort.

* Des grandes villes ont signé pour tenir le 21 septembre des rassemblements et des flashmobs. Ce sont les villes suivantes ; Addis Abeba, Beyrouth, Le Caire, Johannesburg, Lagos, Ouagadougou, Sydney, Singapour, Bangkok, Hong Kong, Kuala Lumpur, Oulan-Bator, Beijing, Delhi, Hyderabad, Guwahati, Dhaka, Buenos Aires, Mexico, Rio de Janeiro, Sao Paulo, Londres, Paris, Copenhague, Bruxelles, Berlin, Amsterdam, Madrid, Toronto, Vancouver, San Francisco et New York – et il y aura des centaines d’autres événements sur chaque continent. Le Groupe européen des Maires a promis son appui. Voir la carte des événements sur : avaaz.org/tcktcktck

* Des gens munis de cloches, de sifflets, de tambours et de téléphones portables se rassembleront dans des villes et des villages et sur les campus des universités pour sonner l’alarme et appeler leurs dirigeants pour leur transmettre leur message.

* Des groupes musicaux de rue se préparent « à faire du bruit » dont les Mahotella Queens à Soweto, Johannesburg, les joueurs Saranghi devant un temple à Katmandou, l’orchestre Pan Revolution Steel de la Barbade, l’orchestre Silver Birds Steel en Jamaïque, les Steel Drummers de Trinité-et-Tobago, le Nasik Military Band de Mangalore, en Inde, et le groupe de percussions Ju de Taiwan.

* Des musiciens utilisent Twitter, Facebook et autres sites Web pour exhorter leurs fans à jouer à fond leurs airs favoris dans le cadre de cette Alarme.

* Un théâtre de rue à Pittsburgh, aux Etats-Unis, où les négociateurs du G-20 devraient discuter la semaine prochaine du financement nécessaire pour faire face aux changements climatiques dans le courant de la semaine, montera une pièce où l’on verra les dirigeants mondiaux dans un lit géant couverts par des drapeaux nationaux et réveillés par de jeunes militants climatiques brandissant des réveils.

* L’aventurier brésilien Richard Rasmussen très populaire sur le petit écrant, se joindra à la foule à Sao Paulo.

* Le dessinateur humoristique argentin Miguel Brea prévoit d’exécuter une peinture murale sur le thème de l’Alarme à Buenos Aires.

* Un court métrage son et images des événements liés à l’Alarme climatique mondiale sera diffusé à la première du film sur le climat Age of Stupid lors du lancement « sur tapis vert » dans une tente solaire transformée en salle de cinéma à New York, ainsi que dans plus de 400 salles aux Etats-Unis (21 septembre) et dans 40 autres pays le 22 septembre.

Notes

La campagne TckTckTck est une vaste alliance de groupes religieux et de jeunes, de syndicats et d’organisations non gouvernementales, y compris Avaaz.org, Greenpeace, 350.org, Oxfam et WWF, qui réclament un nouveau traité climatique international qui soit juste, ambitieux et contraignant. Plus d’un million de personnes ont déjà promis leur appui en ligne : http://www.tcktcktck.org

Selon une enquête de la société internationale de sondage Globescan, 90% de la population disent que les changements climatiques posent un grave problème : http://www.worldpublicopinion.org/p...

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Avaaz.org est une organisation non gouvernementale indépendante à but non lucratif, qui mène des campagnes mondiales pour faire en sorte que les opinions et les valeurs des peuples influent sur les décisions mondiales. (Avaaz signifie "voix" dans de nombreuses langues). Avaaz ne reçoit aucun financement d’aucun gouvernement ou entreprise. L’équipe d’Avaaz est basée à Londres, New-York, Paris, Boston, Genève, Buenos Aires et Rio de Janeiro.

En vélo sans voiture, une journée. Seulement ? Vélorution Reporterre 2009/09/22 Vélorution (22 septembre 2009) En vélo sans voiture, une journée. Seulement ?. Reporterre. fr

En vélo sans voiture, une journée. Seulement ?

22 septembre : Journée sans voiture !

Rendez-vous cycliste pour occuper la place de l’Étoile (Paris) à 18h30 très précises.

Qui se souvient de la Journée sans voitures ? Diluée petit à petit en semaine européenne de la mobilité puis aujourd’hui en "semaine de la mobilité et de la sécurité routière" dont personne n’entend parler, les velléités politiques de diminuer l’emprise de la voiture sur les villes ont cessé. La voiture est réhabilitée, et les piétons et cyclistes stigmatisés comme facteur d’insécurité routière. Un tour de force contre lequel nous allons tourner en rond.

À la fin de la « Semaine de la mobilité et de la sécurité routière » (!), le jour de l’ex-journée-sans-ma-bagnole, rassemblement spontané contre l’immobilité écologique et pour le triomphe des cyclistes urbains.

Rendez-vous à 18h30 très précises pour tourner place de l’Étoile, s’insérer dans le trafic et recycler de l’espace public au sol.

Les cyclistes montreront par l’absurde que, contre la pollution, tourner en rond n’est pas la solution.

Restructurons nos villes,relocalisons nos activités, réduisons nos besoins de transport.

Un seule solution : la Vélorution !

Dix raisons pour abandonner la voiture Réseau des objecteurs de croissance Reporterre 2009/09/22 Réseau des objecteurs de croissance (22 septembre 2009) Dix raisons pour abandonner la voiture. Reporterre. fr

Dix raisons pour abandonner la voiture

Le PARK (ing) Day est un événement mondial d’une journée où citoyens, artistes et militants collaborent pour transformer temporairement des places de stationnement en "PARK (ing)" : espaces verts et publics temporaires. L’objectif est d’amener les citoyens à repenser la manière dont on utilise les rues et l’espace urbain. Et finalement engager une réflexion globale sur la notion de qualité de vie en centre ville ainsi que la place qu’on y fait à la nature.

1 0 F A I T S S U R L A V O I T U R E

1. Depuis janvier 2009, on a compté 12 morts sur les routes genevoises... Chaque année dans le monde, 1,2 millions de personnes meurent dans des accidents de la circulation et 30 millions d’autres sont sérieusement blessées. Cela représente 3200 personnes par jour, v’est-à-dire autant que les victimes du World Trade Center (11 septembre 2001) chaque jour ! La moitié de ces victimes sont des piétons et des cyclistes. (OMS, Juin 2009)

2. Les enfants vivant en bordure de routes fréquentées par plus de 20’000 véhicules par jour (p.ex. rue de Lyon, bd du Pt d’Arve, etc.) ont 6 fois plus de risques de développer un cancer que ceux qui vivent aux abords de voies peu parcourues (moins de 500 véhicules/jour). (Monitor Publishing, avril 2000)

3. Les normes fédérales de pollution de l’air et du bruit sont dépassées plusieurs dizaines de fois par an, notamment au centre-ville de Genève où vit et travaille la majorité de la population.

4. Fin 2007, Genève comptait 216’438 voitures, lesquelles étaient immobiles 98% du temps, ce qui équivaut à 267 terrains de foot de parking ! Or, plus de la moitié des déplacements en voiture font moins de 5km (max. 20 minutes à vélo) et le taux d’occupation moyen aux heures de pointe est de 1.2 personne par voiture.

5. Le canton de Genève compte 468 voitures pour 1000 habitants (contre 343 à Bâle-Ville). Si l’on transposait ce taux à toute la planète, il faudrait près de 3 milliards de voitures ! C’est impossible à cause des quantités limitées de pétrole et de matières premières : la voiture est donc un moyen de transport impossible à généraliser !

6. Les voitures entraînent la dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles ! 97% des voitures actuelles fonctionnent au pétrole : on parle de futures « voitures propres » pour faire oublier qu’aujourd’hui circulent près d’un milliard de voitures sales ! Quel que soit son mode de propulsion, un quart des dégâts écologiques engendrés par l’automobile résulte de sa production.

7. L’automobile est responsable de 30% des émissions de CO2, contribuant massivement au réchhauffement climatique qui menace l’avenir de l’humanité. La Suisse, avec 184gCO2/km détient le record des voitures les plus fortement émettrices de toute l’Europe !

8. Deux voies de chemin de fer peuvent transporter autant de passagers par heure queseize voies d’autoroute. Dans un cas, il ne faut que 15 mètres de large, dans l’autre, 120 mètres.

9. L’industrie de l’automobile réinvestit annuellement 2,6 milliards de dollars en publicité pour nous vendre une idée de la liberté et de la performance mensongère, désuète et dangereuse pour la santé. Les médias dépendants de ces revenus publicitaires évitent le plus souvent d’aborder la servitude et la destruction qu’entraîne notre culture de l’automobile.

10. Près d’un million de Suisses vivent sans voiture. En Ville de Genève, 36% des ménages n’ont pas de voiture (à Bâle ou Paris, ils sont plus de 50%), à eux nos remerciements !

MARDI 22 SEPTEMBRE, PARTICIPEZ À LA JOURNÉE MONDIALE SANS VOITURE !

Le G 20 de Pittsburgh est une mascarade Attac Reporterre 2009/09/22 Attac (22 septembre 2009) Le G 20 de Pittsburgh est une mascarade. Reporterre. Tribune — fr

Le G 20 de Pittsburgh est une mascarade

Les dirigeants des plus grands Etats ne s’attaquent pas réellement au pouvoir financier.

Le G20 regroupe les économies les plus puissantes du monde. Après Washington et Londres, il se réunira à Pittsburgh les 24 et 25 septembre pour… sortir de la crise sans rien changer au système !

Ce qu’ils veulent : rhabiller le capitalisme

Partie des États-Unis, la « crise du siècle » s’est accélérée depuis un an, suite à la faillite de Lehman Brothers.

Enfin de l’action publique ! Oui, mais au service des banquiers... Non seulement les banques ont été sauvées de la faillite par de l’argent public, mais elles l’ont utilisé pour reconstituer leurs profits et continuer leurs opérations spéculatives, préparant ainsi la prochaine bulle. Pire, elles prévoient de verser des bonus faramineux à leurs traders.

Des listes de paradis fiscaux ont été établies et de maigres engagements ont été demandés à ceux-ci pour en sortir. Mais, loin de supprimer les paradis fiscaux, les critères retenus par l’OCDE ne font que légitimer leur existence.

Depuis la rentrée, les gouvernements s’agitent sur la question de la rémunération des traders, après que certaines banques ont été obligées de dévoiler la part de leurs bénéfices qu’elles comptaient allouer en fin d’année à leurs traders (1 milliard pour BNP Paribas, 11,3 milliards pour Goldman Sachs). Si en effet le système de rémunération des traders est un scandale, le cœur du problème n’est pas simplement là, mais dans le fait que les banques et le secteur financier engrangent suffisamment de profits pour attribuer de telles rémunérations à leurs traders et actionnaires, profits qui se font sur le dos des usagers et des salariés.

Ce que nous voulons : dégonfler la finance pour désarmer le capitalisme

Adair Tuner, à la tête du FSA, l’autorité britannique des marchés financiers, a déclaré récemment que la plupart des transactions de la place financière de Londres sont « socialement inutiles » (AFP, 27/08/09). Qu’un ancien responsable du Medef britannique en vienne à dénoncer « la dérégulation financière caricaturale » et à demander de « réduire la taille de ce secteur » révèle le trouble qui s’installe face au comportement des banques.

Il faut en finir avec des activités financières qui sont « socialement inutiles », parce qu’elles ont des conséquences dramatiques sur la vie des populations : c’est la leçon de la crise actuelle, que devraient retenir tous les dirigeants du monde : il est temps que ces derniers se fixent pour objectif non pas de sauver la finance, mais de la désarmer complètement.

Cela fait plus de dix ans qu’Attac démontre que la dérégulation des marchés financiers est au cœur du problème de nos société modernes. Attac, à l’occasion du G20, propose dix mesures pour remettre la finance à sa place et nous engager réellement vers une sortie durable de la crise.

Dix mesures à prendre d’urgence pour désarmer les marchés financiers

- Instaurer des taxes globales

Ces taxes seraient appliquées aux transactions financières, aux profits des multinationales et à la consommation d’énergie. S’appuyant sur des données reconnues, Attac chiffre à 1 500 milliards de dollars par an les fonds qui pourraient être levés grâce à ces taxes. Ces fonds serviraient à financer l’aide au développement, la préservation des biens publics mondiaux, la reconversion de l’économie vers un modèle soutenable pour la planète et la création d’emplois socialement et écologiquement utiles.

- S’attaquer aux paradis fiscaux

De véritables sanctions contre les banques, les entreprises et les États non coopératifs doivent être mises en œuvre, ainsi qu’une aide à la reconversion pour les territoires qui s’engageraient à mettre fin à leurs pratiques occultes. Cela passe par exemple par une harmonisation fiscale au plan européen.

- Mettre à bas la folie des « innovations financières »

Les hedge funds sont des fonds spéculatifs massivement implantés dans les paradis fiscaux. Échappant à toute régulation, ils ne servent à rien, sinon à enrichir quelques grandes fortunes abritées aux îles Caïmans et à augmenter l’instabilité des marchés financiers. Ils doivent être supprimés. Quant aux produits dérivés et à la titrisation, leur utilisation doit être strictement encadrée.

- Rétablir le contrôle sur les mouvements de capitaux

La mobilité des capitaux permet de spéculer librement entre les places financières, et de mettre en concurrence les pays de la planète, leurs travailleurs, leurs systèmes sociaux et fiscaux. Contrôler les capitaux par la fiscalité et par la réglementation est une œuvre de salut public. Tous les volets de libéralisation financière inclus dans les accords de libre-échange multilatéraux, régionaux et bilatéraux doivent être abrogés/révisés, en particulier ceux imposés par l’Union européenne aux pays émergents et en développement.

- Sortir des marchés financiers le financement des retraites

Dans les pays qui ont choisi de financer leurs retraites par capitalisation, des millions de salariés ont vu partir en fumée leurs économies. Les fonds de pension comme les hedge funds ne servent qu’à alimenter les bulles spéculatives et doivent disparaître.

- Instaurer une fourchette maximale de revenus, supprimer les stock-options et les bonus

Aujourd’hui, un dirigeant d’entreprise gagne en moyenne 400 fois le SMIC. Lier la rémunération des dirigeants et des traders aux profits, par l’intermédiaire de bonus et de stock-options, entraîne une gestion à court terme des entreprises. Attac propose de fixer des taux d’imposition prohibitifs sur les hauts revenus pour aboutir à un écart maximum de 1 à 5 entre les plus bas et les plus hauts revenus.

- Créer un pôle bancaire public

On ne peut pas demander aux citoyens de financer le sauvetage des banques sans contreparties. Le secteur privé a déjà démontré son incapacité à gérer ces biens publics que sont le crédit et la monnaie. Cela exige dans toutes les régions du monde, et notamment à l’échelle européenne, la création d’un secteur bancaire et financier public, contrôlé démocratiquement, et cela de manière permanente et non transitoire.

- Interdire la spéculation sur les matières premières

À commencer par l’énergie et les denrées agricoles, en organisant une régulation publique des prix. Les matières premières sont des ressources trop rares et précieuses pour être laissées à la seule loi du marché. Nous ne pouvons tolérer que perdurent les conditions de nouvelles émeutes de la faim comme celles de 2008. Cela nécessite de pouvoir garantir des prix rémunérateurs aux paysans du monde.

- Annuler la dette des pays pauvres

La charge de la dette des pays en développement est supérieure à l’aide publique au développement. Cette dette pèse lourd sur les pays pauvres. C’est une arme aux mains des pays riches qu’il faut supprimer. Cette annulation doit s’accompagner d’un nouvel accord international prévoyant des mécanismes justes de réendettement et de traitement de la dette qui écartent tout recours aux marchés financiers, notamment la titrisation des créances.

- Une fois mises en œuvre les neuf mesures précédentes, le G20, satisfait du devoir accompli, prononcerait la transformation du G20 en G192.

Le G192, soit l’ONU réformée et démocratisée, aurait en effet plus de chances d’apporter à la crise mondiale une réponse donnant satisfaction non pas aux gouvernements de quelques pays riches, mais à l’ensemble de ses États membres.

Un « débat public » pour faire accepter les nanotechnologies Pièces et main d’oeuvre Reporterre 2009/09/22 Pièces et main d’oeuvre (22 septembre 2009) Un « débat public » pour faire accepter les nanotechnologies. Reporterre. fr

Un « débat public » pour faire accepter les nanotechnologies

L’Etat lance un « débat public » sur les nanotechnologies. Il s’agit de faire accroire qu’une nouvelle révolution industrielle est à l’oeuvre.

Sur les conseils de Jean Therme, patron du Commissariat à l’énergie atomique de Grenoble et inventeur de Minatec, « premier pôle européen de nanotechnologies » inauguré à Grenoble en 2006, Nicolas Sarkozy investit dans les nécrotechnologies. Le plan Nano-Innov prévoit 70 M€ dès 2009, et la construction de nouveaux « Minatec », à Saclay et Toulouse. Les ministres Lagarde et Pécresse demandent au CEA de faire de la microélectronique et des nanotechnologies une priorité de son prochain contrat d’objectifs, de 2010 à 2013.

De Coppé, député UMP, à Devedjian, ministre de « la Relance », pas un des bons soldats de l’économie n’omet de citer les nanotechnologies dans ses discours sur la « reprise », la « compétitivité », la « croissance », rejoignant les socialistes du techno-gratin dauphinois dans la fuite en avant technologique.

Rien de surprenant. Les nanotechnologies sont la prochaine révolution industrielle, après l’informatique, et la France ne négligerait pas un marché potentiel de mille milliards de dollars en 2015.

Seul détail à régler : le risque d’opinion, au cas où celle-ci, après les OGM, entendrait les critiques de ceux qui, à Grenoble, enquêtent sur les nanotechnologies depuis huit ans pour en dénoncer les malfaisances. L’opinion, il y a des experts pour ça. La Commission nationale du débat public a été chargée par huit ministres d’organiser une tournée « participative » - 17 réunions publiques en France entre octobre 2009 et février 2010 – afin d’épuiser les opposants dans de stériles échanges, dont les conclusions décoreront sans doute les futurs budgets de Nano-Innov. Loin de servir un quelconque débat démocratique sur l’opportunité sociale et politique d’investir dans les nanotechnologies, cette campagne vise à leur acceptabilité par la population. « Faire participer, c’est faire accepter », disent les experts en acceptabilité de France Telecom.

Proclamons notre opposition à la tyrannie technologique

La seule attitude décente face à cette mascarade est le boycott total de ces pseudo-débats et la critique publique de la tyrannie technologique. Nous refusons de jouer le jeu, parce que nous refusons le nanomonde que ces divertissements citoyens sont censés rendre acceptable. Les soumis de la tyrannie technologique, les résignés de la survie artificielle dans le monde-machine, ne pourront pas dire que nous avons acquiescé avec eux.

Nous avons mis en ligne toutes les informations. Renseignez-vous, faites circuler dans vos groupes et associations : opposants à la société industrielle, à la biométrie, à la vidéosurveillance, anti-nucléaires, anti-OGM, anti-militaristes, anti-nécrotechnologies et autres luddites. Organisez des réunions.

Vous trouverez sur le site « Aujourd’hui le nanomonde » :

- Les ressources pour découvrir les nanotechnologies et le nanomonde ;

- Des informations et des révélations sur la campagne d’acceptabilité de la CNDP ;

- L’actualité de la contestation des nécrotechnologies ;

- Un agenda des débats et actions contre la tyrannie technologique ;

- Des outils pour organiser vos propres événements.

Bayer veut commercialiser le riz transgénique Greenpeace Reporterre 2009/09/23 Greenpeace (23 septembre 2009) Bayer veut commercialiser le riz transgénique. Reporterre. fr

Bayer veut commercialiser le riz transgénique

La firme agrochimique Bayer demande l’autorisation en Europe du riz transgénique LL 62.

Après le coton, le maïs, le soja ou encore le colza génétiquement modifiés (GM), Bayer s’attaque au riz, l’aliment de base le plus important au monde. Ce riz GM est pour l’instant seulement cultivé sur certaines parcelles expérimentales en plein champ, en Chine notamment, mais tout pourrait changer dans les mois à venir... Bayer a en effet déposé des demandes d’autorisation de culture commerciale dans plusieurs pays et l’Union européenne va prochainement devoir statuer sur son autorisation à l’importation.

Le riz LL62 de Bayer a été modifié afin de résister à un herbicide toxique, le glufosinate. Il a été évalué par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) qui a soulevé, sans y répondre, un certain nombre de questions concernant notamment des irrégularités au niveau moléculaire, les effets des résidus de glufosinate, ainsi que des différences de composition entre le riz LL62 et le riz conventionnel. Le risque sanitaire potentiel du LL62 n’est donc pas correctement évalué.

« Le gluphosinate est l’un des pesticides considérés comme nocifs pour la santé par le nouveau Règlement européen sur les pesticides et il sera prochainement interdit dans l’Union, explique Rachel Dujardin, chargée de campagne OGM pour Greenpeace France. Interdire un pesticide en Europe à cause de sa toxicité et en encourager son utilisation ailleurs dans le monde par le biais de ce le riz LL62 est incohérent et immoral ! »

La Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) se sont récemment accordées à dire que les OGM ne sont pas la solution contre la faim et la pauvreté. Permettre la modification génétique d’aliments de base, et confier ainsi le contrôle de l’alimentation à une poignée de multinationales, fait en revanche peser un risque grave sur la sécurité alimentaire mondiale.

Uranium au Congo, un militant en prison FIDH Reporterre 2009/09/25 FIDH (25 septembre 2009) Uranium au Congo, un militant en prison. Reporterre. fr

Uranium au Congo, un militant en prison

Un militant congolais des droits de l’homme a été jeté en prison. Il critiquait les conditions d’exploitation de la mine d’uranium de Shinkolobwe.

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en République démocratique du Congo (RDC).

L’Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite du procès mené contre M. Golden Misabiko, président de la section katangaise de l’Association africaine pour la défense des droits de l’Homme (ASADHO/Katanga).

Selon les informations reçues, le 21 septembre 2009, le Tribunal de paix de Lubumbashi a condamné M. Golden Misabiko à un an de prison avec sursis. Les avocats de M. Misabiko ont décidé de faire appel de cette décision.

L’Observatoire craint que cette décision vise uniquement à sanctionner les activités de défense des droits de l’Homme et la liberté d’expression de M. Golden Misabiko.

L’Observatoire dénonce le caractère disproportionné et inique de la décision rendue, notamment au regard du manque de preuves et demande à la justice congolaise d’exonérer M. Golden Misabiko des charges pesant contre lui.

Rappel des faits :

Le 24 juillet 2009, M. Misabiko avait été arrêté par l’ANR/Katanga, à la suite de la publication par l’ASADHO/Katanga d’un rapport sur l’exploitation artisanale de la mine uranifère de Shinkolobwe dans la province du Katanga en violation du décret présidentiel nº 04/17 du 27 janvier 2004 [1].

Le 25 juillet 2009, M. Misabiko a été transféré du cachot de l’ANR vers le Parquet du TGI de Lubumbashi, qui l’a placé sous mandat d’arrêt provisoire.

Le 28 juillet 2009, M. Misabiko a été présenté devant un juge en vue de l’examen de la demande de maintien en détention formulée par le parquet. Au moment où siégeait le juge, le ministre de la Communication et des médias, M. Mende Omalanga, organisait un point de presse à Kinshasa à l’occasion duquel il stigmatisait l’action de la FIDH et de ses organisations membres en RDC et exprimait la volonté du Gouvernement de poursuivre M. Golden Misabiko en raison des propos que celui-ci aurait tenu. Le ministre accuse en effet M. Misabiko d’avoir « déclaré sans ambages que le Gouvernement congolais était impliqué dans un commerce clandestin de l’uranium de Shinkolobwe (Katanga) avec l’Iran et la Corée du Nord », propos passibles, selon lui, de poursuites pour « atteinte à la sureté de l’Etat » et de « propos diffamatoires ».

Selon les informations en possession de l’Observatoire, M. Golden Misabiko n’aurait jamais tenu publiquement de tels propos, y compris lors de l’interview accordé à la BBC le 17 juillet 2009. Par ailleurs, l’Observatoire s’inquiète des moyens disproportionnés utilisés par les autorités et la justice congolaise à l’encontre des responsables de l’ASADHO/Katanga alors que le rapport de l’organisation congolaise de défense des droits de l’Homme tendait à alerter ces mêmes autorités sur les dangers de la non application d’un décret présidentiel.

Le 29 juillet 2009, le Tribunal de paix de Lubumbashi a confirmé le placement en détention préventive de M. Golden Misabiko, pour une durée de 15 jours pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » et « dénonciation calomnieuse ».

Le 3 août 2009 vers 17 heures, le Tribunal de grande instance (TGI) de Lumumbashi a rendu sa décision confirmant le maintien en détention de M. Golden Misabiko pour une durée de 15 jours. L’audience en appel s’était tenue le 31 juillet 2009, au cours de laquelle le magistrat du parquet avait demandé le maintien en détention de M. Misabiko, notamment pour des nécessités liées à l’instruction.

Enfin, le 4 août 2009, l’Agence nationale des renseignements (ANR) aurait transmis au parquet de Lumumbashi plusieurs « pièces à conviction », parmi lesquelles figure le rapport de l’ASADHO/Katanga sur l’exploitation d’une mine uranifère ainsi qu’une note explicative visant à appuyer les charges existant contre le prévenu. Au vu de ces nouveaux éléments, le magistrat instructeur a décidé de poursuivre l’instruction du dossier.

Le 12 août 2009, le procureur général de Lumbumbashi a décidé de poursuivre M. Misabiko pour « propagation de faux bruits de nature à alarmer les populations et exciter celles-ci à se soulever contre les pouvoirs établis » en application de l’article 199 du Code pénal congolais et encourt une peine de peine de 2 mois à 3 ans. La première audience a été fixée au 19 août 2009 à 9h00 devant le Tribunal de paix de Lubumbashi.

Par ailleurs, les 16 et 17 août, M. Misabiko s’est plaint de douleurs aigues au ventre, lesquelles se sont suivies de vomissements. Suite aux demandes insistantes de ses avocats, le procureur général a décidé le 17 août de transférer M. Misabiko à la polyclinique privée Medicare et a ordonné aux policiers de garde de n’autoriser aucune visite, surtout de la part de défenseurs des droits de l’Homme, sous peine d’arrestation.

Le 20 août 2009, le Tribunal de paix de Lubumbashi/Kamalondo a ordonné la libération de M. Golden Misabiko sous caution, suite à la demande de mise en liberté provisoire introduite lors de la première audience du procès le 19 août par ses avocats, invoquant l’état de santé précaire de M. Misabiko et contre l’avis du Parquet. Le jour même, M. Misabiko a été libéré après paiement d’une caution de 500 dollars. En raison de son état de santé, M. Misabiko continue d’être suivi par la polyclinique privée Medicare.

Le 26 août 2009, lors de la seconde audience pour laquelle l’Observatoire a mandaté une mission d’observation judiciaire, de nombreux éléments ont été relevés tendant à penser que le procès n’offrait pas toutes les garanties d’un procès juste et équitable : les questions soulevées par le juge n’ont fait que réitérer les accusations portées par le Ministère public, sans tenter de les faire étayer par ce dernier et il a soulevé des éléments ne figurant pas au dossier. Par ailleurs, le juge a posé plusieurs questions sur les déclarations faites par M. Misabiko sur BBC et Voice of America, sur les destinataires du rapport de l’ASADHO/Katanga, sur les motifs ayant poussé l’ASADHO/Katanga à publier son rapport, sur les sources d’information, etc.

L’audience du 2 septembre 2009 du procès visant M. Golden Misabiko a commencé par l’examen de deux demandes liminaires formulées par les avocats de la défense. La première demande visait à l’établissement du rapport médical sur l’état de santé de M. Misabiko, qui ne peut seulement être obtenu que par réquisition du Tribunal. La deuxième demande concernait un report d’audience afin de permettre aux avocats de la défense de déposer de nouvelles pièces auprès du Tribunal se rapportant à un autre dossier examiné par le Tribunal militaire de garnison de Likasi dans l’affaire Ngalamulume[2]. Aussi lors de cette audience, les magistrats avaient posé des questions à M. Golden Misabiko sur la nature de son rapport.

Lors de l’audience du 9 septembre, le parquet a demandé au tribunal qu’une peine de « deux ans de servitude pénale principale », soit 2 ans de prison ferme, soit prononcée à l’encontre de M. Golden Misabiko. Les avocats de Golden Misabiko ainsi que l’accusé ont plaidé l’acquittement. Puis le dossier a été mis en délibéré.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités congolaises en leur demandant de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de M. Golden Misabiko et de l’ensemble des défenseurs des droits de l’Homme congolais ;

ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire, à son encontre, ainsi qu’à celle de tous les défenseurs des droits de l’Homme en RDC, afin qu’ils puissent exercer leur profession et mener leur activité de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration” ;

iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la RDC.

Adresses

- Le Président de la République, S.E M. Joseph Kabila, Cabinet du Président de la République, Palais de la Nation, Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo, Fax +243 88 02 120 - Le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, M. Alexis Thambwe Mwamba, Cabinet du Ministre, bâtiment du Ministère des Affaires Etrangères, Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo - Le Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, M. Luzolo Bambi, Ministère de la Justice et Garde des Sceaux, BP 3137, Kinshasa Gombé, République Démocratique du Congo, Fax : + 243 88 05 521 - Ministre des Droits Humains, M. Upio Kakura Wapol, Cabinet du Ministre, Boulevard du 30 juin, Kinshasa/Gombe, République Démocratique du Congo, Fax : + 243 12 20 664 ; + 243 9939971 ; Email : min_droitshumains@yahoo.fr - Mission permanente de la République démocratique du Congo auprès des Nations unies, Avenue de Budé 18, 1202 Genève, Suisse, Email : missionrdc@bluewin.ch, Fax : +41 22 740.16.82

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de RDC dans vos pays respectifs.

***

Notes

[1] Dans ce rapport, publié le 13 juillet 2009 et intitulé : « Mine uranifère de Shinkolobwe : de l’exploitation illicite artisanale à l’accord entre la République démocratique du Congo et le groupe nucléaire français AREVA », l’ASADHO/KATANGA dénonce la poursuite à petite échelle de l’exploitation de la mine uranifère de Shinkolobwe malgré sa fermeture officielle par décret présidentiel nº 04/17 du 27 janvier 2004 portant classement de Shinkolobwe comme zone interdite à l’activité minière.

[2] Dans le cadre d’une mission d’enquête sur l’exploitation clandestine et illégale d’uranium, M. Ngalamulume, inspecteur de police, avait été tué par des exploitants clandestins d’uranium.

Pour une démocratie écologique Dominique Bourg et Kerry Whiteside Reporterre 2009/09/25 Dominique Bourg et Kerry Whiteside (25 septembre 2009) Pour une démocratie écologique. Reporterre. Tribune — fr

Pour une démocratie écologique

« Notre consommation ne cesse d’augmenter et la planète est exsangue. Confier notre salut au progrès technologique et à l’économie relève de l’illusion. Car la solution est politique : c’est à la refondation de notre démocratie représentative qu’il faut tendre. » Ce texte est long. Mais il pose bien la question cruciale des conséquences politiques de la crise écologique.

Nous partirons d’une hypothèse acquise pour les environnementalistes, mais dont la réception est mitigée dès qu’on sort d’un cercle restreint, soit pour des raisons d’ignorance, soit au nom d’une autre posture. Quelle que puisse être l’issue de la crise financière et économique actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons. L’expression « inversion des raretés », parfois évoquée, caractérise assez bien le monde qui vient. À une population mondiale massive, quasiment 7 milliards et 9 au milieu du siècle, dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue.

Il est probable que nous ne parviendrons jamais à extraire plus de 100 millions de barils de pétrole par jour alors que l’Agence internationale de l’énergie estime à 120 millions la production nécessaire en 2020. Nous aurons épuisé au début du siècle prochain l’héritage fossile de l’humanité avec un taux de croissance de la consommation annuelle de 2 %, alors que le rythme était encore de plus de 3 % ces dernières années [1]. À consommation constante, les réserves d’or, d’argent et de palladium s’élèvent à une quinzaine d’années ; elles se situent entre 15 et 30 ans pour le plomb, le cuivre ou le zinc. Nous provoquons la disparition d’un grand nombre d’espèces, les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont pour 60 % d’entre eux dégradés [2].

À quoi s’ajoute le changement climatique en cours. Avec une hausse d’un degré de la température moyenne, que nous atteindrons avant le milieu du siècle, c’est par exemple l’Ouest des États-Unis, du Texas au Dakota, qui pourrait redevenir ce qu’il fut il y a quelques millénaires, un immense désert de sable. La prochaine disparition de la banquise estivale arctique, dans une ou deux décennies, déplacera le front polaire vers le Nord. Il en résultera un changement non moins perturbant du régime des pluies, asséchant par exemple régulièrement et sur de longs mois l’Angleterre. Les ouragans qui ont fait leur apparition sur les côtes du Brésil et au Sud de l’Europe seront plus nombreux et pourraient s’étendre à la Méditerranée [3].

On peut toujours croire que le génie humain permettra, en dépit de ces conditions nouvelles et hostiles, non seulement de continuer à honorer les promesses de la fête industrielle, mais de les étendre à des centaines de millions de convives nouveaux. Qu’on nous permette d’en douter, en dépit des capacités indéniables du génie en question. Cette croyance repose en effet sur un raisonnement par induction relativement étroit. Certes, les exemples qui attestent de la capacité de sociétés à se sortir d’impasses ne manquent pas. Une déforestation précoce avait conduit la Londres du XIIIe siècle à se chauffer déjà largement au charbon ; un ingénieur anglais avait calculé au seuil du XIXe que le crottin de cheval devait atteindre à la fin du siècle le 1er étage des immeubles londoniens ; les révolutions vertes successives n’ont cessé de contredire Malthus. Ces exemples ne confirment qu’une chose : qu’il en est allé maintes fois ainsi, ce qui ne prouve nullement qu’il en ira toujours et systématiquement de la sorte. Le croire reviendrait à omettre trois choses.

La première est qu’il existe de nombreux contre-exemples, ceux recensés par Jared Diamond, comme l’abandon par les Anasazis du Chaco Canyon pour déforestation notamment, la ruine pour la même raison de la civilisation des Mayas, la chute des établissements vikings de l’Est et de l’Ouest en terre groenlandaise, l’effondrement de la civilisation pascuane, etc. [4]

La seconde raison est la systématicité de la crise à laquelle nous sommes en butte. Nous faisons en effet face à la finitude sur presque tous les fronts. Avec le premier cliché de la planète bleue vue de l’espace, comme l’avait dès les années 1950 relevé Bertrand de Jouvenel, le monde nous est apparu à la fois petit et fragile [5]. Les décennies qui ont suivi nous ont appris que nous ne saurions devenir « maîtres et possesseurs de la nature ». Nous parvenons certes à maîtriser localement, en termes d’espace et de temps, des phénomènes de plus en plus nombreux. Mais nous avons également appris à nos dépens, avec le changement climatique, la déplétion, c’est-à-dire la réduction de la couche d’ozone, les pseudo-hormones, la pollution nucléaire, que la domination de la nature pouvait engendrer à plus ou moins long terme des effets aussi dommageables qu’imprévisibles.

Enfin, les sociétés de marché modernes sont les seules à être organisées pour satisfaire ce que Keynes appelait les « besoins relatifs », par définition infinis, à la différence des « besoins absolus », d’un nombre d’hommes jamais égalé, et qui devrait encore croître [6]. Nous sommes de plus en plus nombreux sur cette planète. Et des centaines de millions de personnes supplémentaires partagent et partageront le rêve occidental d’une consommation matérielle croissante.

On aurait tort de croire qu’il sera possible d’affronter une telle nouveauté en recourant seulement à des instruments économiques du style des politiques carbone en gestation [7]. Ces politiques seront bien plutôt le vecteur de bouleversements plus profonds, touchant l’organisation même de nos sociétés, et donc le politique. Il y a, en effet, une contradiction désormais frontale entre le cahier des charges de nos sociétés, hérité de la philosophie du contrat, selon lequel il convient de permettre à chacun de produire et de consommer le plus possible, et la sauvegarde de ces nouveaux biens publics que sont la stabilité du climat ou l’intégrité des services écologiques. C’est un nouvel équilibre entre les droits de l’individu, et ce qui conditionne leur exercice, les biens publics en question, et plus largement l’intérêt collectif, qu’il va falloir inventer.

Notre propos est de mettre tout particulièrement en lumière quelques-unes des implications de l’intégration de cette problématique quant aux conceptions modernes du gouvernement représentatif. Nous commencerons avec les deux affirmations suivantes : en premier lieu, la confiance en l’État est incontournable pour l’observance de cette nouvelle conception de l’intérêt collectif ; en second lieu, la forme de l’État doit rester démocratique. Cette seconde affirmation nous conduira à chercher à relever les défis les plus difficiles. « Démocratie » signifie aujourd’hui une forme représentative de gouvernement conçue durant les deux derniers siècles, et construite de telle sorte qu’elle obère grandement la capacité à faire face aux grands problèmes environnementaux. Ces obstacles tirent en outre leur origine de défauts propres à ses fondements métaphysiques : à savoir la conception moderne qui ignore l’idée de limites aux manipulation et contrôle techniques. À la fin de cet article, nous présenterons quelques réflexions préliminaires quant à la manière d’adapter nos institutions, participatives et législatives, afin de les rendre plus réactives face à l’urgence et la hauteur des problèmes que nous connaissons. État et écologie : le préalable démocratique

L’État est la seule instance qui permette de préserver et de promouvoir l’intérêt général. La crise économique et financière vient de nous le rappeler avec les dérives attachées au marché financier, et plus généralement avec les conséquences cumulées d’une quarantaine d’années de politiques de dérégulation. Ce faisant, l’État assure une fonction à la fois traditionnelle et nouvelle. La recherche de l’intérêt général est en effet consubstantielle à toute forme de société, ne serait-ce que sous la forme minimale de la préservation de son existence et de celle de ses membres. Plus largement, l’État a traditionnellement pour fonction de veiller au maintien de la hiérarchie des fins, d’empêcher qu’une partie du corps social n’instrumentalise le reste de la société à son seul profit et ne transforme ainsi l’ensemble du corps social en simple moyen au service de sa seule fin. La fonction première de l’État, assurer l’existence de la communauté nationale face à ses ennemis potentiels, a connu durant les dernières décennies une singulière extension. Le bien-être présent et futur de la communauté nationale, et même son existence future, ne sont plus en effet seulement menacés par d’autres États, mais par le pouvoir que l’humanité a acquis sur la biosphère et ses mécanismes régulateurs. La préservation de ces mécanismes et plus largement des biens publics environnementaux relève désormais de la défense de l’intérêt général. La difficulté de l’exercice procède de la nécessité pour l’État d’anticiper et de prévenir des dégradations futures et irréversibles, et de soutenir d’éventuelles contraintes au présent au nom du futur.

Revenons au volet classique de la préservation de l’intérêt général. Elle s’exercera bien sûr différemment selon qu’il s’agit d’une société hiérarchique ou d’une démocratie, selon la conception qui l’anime, utilitariste cherchant le bonheur du plus grand nombre, ou rawlsienne cherchant à rendre la condition des moins favorisés la meilleure possible. Quoi qu’il en soit, l’État veillera à ce que les confits qui surgissent au sein de la société n’entraînent pas son implosion. Il veillera également à la hiérarchie des fins, la fin suprême étant le bien-être des citoyens, lequel présuppose l’existence de la communauté nationale. Ceci implique qu’aucune strate, qu’aucun secteur, qu’aucune activité (au sein) de la société civile ne saurait devenir une fin en soi, et non un moyen au service du bien-être commun. Ni les mécanismes du marché, ni l’accroissement du PIB, ni même la science, ne sauraient devenir des fins en soi, alors même que chacun de ces domaines tend à s’autonomiser. L’État doit veiller à ce qu’aucune logique sociale partielle ne s’autonomise, ne devienne à elle-même sa propre fin. Et ce n’est guère ce à quoi nous avons assisté.

Le nouveau domaine auquel s’étend désormais l’exercice de l’intérêt général, celui de la préservation des conditions biosphériques du bien-être commun, se présente différemment. Là où la défense de l’intérêt général en passait nécessairement par des conceptions particulières, s’impose, au bout du compte, la brutalité de l’universel. La dégradation des biens publics environnementaux, en effet, n’engendre plus à terme de gagnants. Si la température de la planète devait s’élever de trois degrés, nous prendrions le risque de rétroactions en chaîne dramatiques : le devenir aride de l’Amazonie et la destruction de sa forêt susciteraient un surcroît massif de CO2 qui pourrait nous conduire à un réchauffement non plus de trois mais de quatre degrés, lequel pourrait libérer des quantités gigantesques de méthane qui conduiraient à leur tour à un réchauffement plus élevé, débouchant sur une réduction drastique des terres encore habitables. La complexité extrême de nos sociétés, la puissance nouvelle des technologies, celle des lieux de pouvoir économique, les menaces qui pèsent désormais sur les biens publics environnementaux (stabilité du climat, bon état des écosystèmes et des services écosystémiques), exigent désormais des régulations nouvelles, faute desquelles la défense de l’intérêt général ne saurait plus être assurée.

Quelle est la forme ou le régime politique le plus apte à répondre à ces nouvelles exigences ? Quelques penseurs ont affirmé que les problèmes écologiques globaux requéraient une réduction de la démocratie au profit de structures plus autoritaires, capables d’imposer de nouvelles normes, écologiquement fondées. Cette position, défendue en vérité par une petite minorité de penseurs environnementalistes [8], surestime dangereusement la capacité de régimes autoritaires, n’ayant aucun compte à rendre, à gérer rationnellement les problèmes. L’argument d’Amartya Sen comparant l’aptitude des systèmes démocratiques et autoritaires à faire face aux catastrophes sociales n’est pas négligeable : il n’y a pas de famines dans les démocraties, et ce sans doute en raison de la liberté de circulation de l’information et du principe du suffrage universel ; on voit mal comment on pourrait réélire des responsables qui vous condamnent, ou vos concitoyens, à la famine [9]. Jusqu’à un certain point, le même argument peut être étendu à la prévention des catastrophes environnementales. On ne saurait évidemment solliciter l’attention des citoyens sur les menaces qui pèsent sur le futur sans libre circulation de l’information, tout spécialement scientifique. L’environnementalisme autoritaire cherche à éviter d’innombrables difficultés de négociation et de persuasion, à couper court au manque de civisme et à corriger une information tronquée. Plus sérieusement, il minimise le défi de la prévention des abus de pouvoir que ne manqueraient pas d’occasionner les tentatives de corrections autoritaires et écologiques des modes de vie de populations habituées aux plaisirs de la société de consommation [10]. Ce type de régime mettrait encore en danger les valeurs d’égalité politique et de dignité humaine qui sont de la plus grande importance pour elles-mêmes. Nous affirmons donc, on ne peut plus clairement, qu’une politique écologique doit rester démocratique. Liberté et représentation modernes dans un monde fini

Nous pensons cependant qu’une démocratie écologique devrait être, au bout du compte, aussi différente de la forme moderne du gouvernement représentatif que cette dernière l’était de la démocratie grecque antique. L’opposition développée par Benjamin Constant dans son célèbre essai de 1819 entre les formes antique et moderne de démocratie constitue un excellent point de départ pour une discussion sur la magnitude des changements à venir. De même que Constant soutenait que la liberté des anciens, avec sa condition, la démocratie directe, était inadaptée au monde moderne, nous proposons de montrer que la liberté des modernes et son corollaire, le gouvernement représentatif, sont impuissants à prévenir la catastrophe environnementale.

Constant mettait en lumière les différences entre les gouvernements démocratiques antique et moderne en fonction de l’extension géographique, du pouvoir, des fins collectives et de la liberté. Les anciennes républiques réunissent des populations sur un territoire proche et rendent leurs citoyens souverains. Les démocraties modernes couvrent un territoire beaucoup plus vaste et embrassent de plus grandes populations, en abandonnant à chaque individu citoyen une infime fraction de pouvoir. Les électeurs modernes ne conservent, affirme Constant, « qu’un semblant de souveraineté » [11]. La principale action civique des citoyens est d’élire des représentants qui font les lois en leurs noms. Là où les anciens pouvaient avoir la fierté de prendre directement part, par leur voix, aux décisions de la plus grande importance pour la Cité – le plus souvent la guerre ou les alliances –, les modernes exigent de leurs représentants qu’ils garantissent la satisfaction de leurs intérêts quotidiens. Ces intérêts renvoient dans une large mesure au commerce et à la consommation. Constant explique que le commerce, à son tour, inspire « un vif amour pour l’indépendance individuelle ». Il crée des individus qui « ressentent l’autorité collective comme un harcèlement ». Les républiques modernes, soutient encore Constant, sont adaptées à un monde dans lequel le « commerce remplace la guerre », comme principal moyen d’obtenir ce que désire le peuple. La création moderne de richesse met en relation les individus au travers d’échanges volontaires et non de conquêtes. Elle recourt au travail libre et à la mécanisation en lieu et place de l’esclavage. Dès lors, de plus en plus de citoyens cultivés peuvent manifester leur capacité à prendre leurs responsabilités quant à la recherche de leur propre bonheur. En déléguant l’autorité publique à leurs représentants, les individus libèrent eux-mêmes le temps nécessaire à la poursuite de leurs « plaisirs privés ». Le gouvernement représentatif supporte ainsi le sens moderne de la liberté : non la liberté d’exercer la souveraineté avec ses concitoyens, mais bien plutôt celle d’épanouir son individualité en exprimant ses opinions, en choisissant ses croyances, en déterminant ses investissements, en exerçant la profession de son choix et en tirant du plaisir de la consommation, et ce avec un minimum d’interférences des autorités publiques.

Au XIXe siècle, quand des penseurs comme Constant, J. S. Mill et Alexis de Tocqueville défendaient les valeurs du gouvernement représentatif, il était difficilement imaginable que les activités humaines puissent dégrader ces immenses systèmes naturels que sont les océans et l’atmosphère. Les disciplines scientifiques permettant de dégager et de comprendre les conditions naturelles et écosystémiques favorables au développement de la vie étaient encore dans l’enfance. Aujourd’hui, des problèmes globaux comme le changement climatique ou la déplétion des ressources constituent en outre des conditions radicalement nouvelles ; ils diffèrent fondamentalement des problèmes traditionnels comme le maintien de l’ordre public, la conciliation d’intérêts matériels concurrents, la défense nationale ou même la redistribution de la richesse nationale. La difficulté est que les réponses aux grands problèmes environnementaux heurtent les prémisses organisationnelles et éthiques du gouvernement représentatif moderne.

Considérons en premier lieu que la plupart des problèmes environnementaux contemporains transcendent les bases territoriales de la liberté des modernes. Le modèle de gouvernement représentatif qui, selon Constant, autorise la liberté des modernes, est en revanche géographiquement délimité, bien qu’il intègre les intérêts de populations plus grandes et diverses que les républiques antiques. En se développant dans le cadre d’États-nations, la représentation moderne impose des limites territoriales à la capacité des citoyens de se sentir concernés par les problèmes de leurs voisins. Ce fondement territorial est encore renforcé quand des élections régulières sont organisées dans le cadre d’un découpage du territoire national en sous-unités géographiques. Les individus sont représentés en vertu de leur appartenance à un territoire particulier [12]. Ces limitations territoriales sont essentielles aux fonctions des représentants. Elles permettent à des conditions locales et concrètes, et à des valeurs historiquement définies, d’accéder à une part de pouvoir. La territorialité garantit en effet aux représentants (tout particulièrement au sein d’une fédération, et notamment aux États-Unis) une assise à partir de laquelle résister au développement de normes requérant des changements ou des sacrifices dont les bénéfices iraient de façon disproportionnée aux populations situées en dehors de leur district électoral.

Or c’est une caractéristique d’un grand nombre de problèmes environnementaux de ne pas être territorialement contenus. La pollution des rivières et des mers se propage d’une nation à l’autre ; les espèces migratoires en danger traversent les frontières. Les coûts et bénéfices de la réduction des dommages environnementaux concernent souvent des populations différentes. Il y a cinquante ans, pour résoudre de tels problèmes, les démocraties occidentales se sont efforcées d’inventer des accords politiques plus englobant, créant alors des niveaux nouveaux de gouvernement, à l’échelle régionale, négociant des traités interétatiques. Ces accords, qui ne constituent que des ajustements mineurs à la représentation moderne, ont connu un succès variable. Mais, désormais, le changement climatique et la déplétion des ressources modifient considérablement les enjeux. Il ne s’agit plus simplement de définir des intérêts communs entre provinces et États voisins, mais d’inciter les populations à prendre leurs responsabilités, et donc à agir en vue de protéger la santé des écosystèmes à l’échelle globale.

Les problèmes écologiques nous contraignent ainsi à réexaminer les relations mises en lumière par Constant entre représentation, commerce et consommation. Constant suggère que la légitimité de la représentation moderne dépend de la liberté laissée aux citoyens en matière de production et de consommation. Les représentants sont investis du pouvoir législatif pour des sujets limités. John Stuart Mill soutenait que, pour respecter la liberté, le corps législatif devait se limiter pour l’essentiel à voter des lois protégeant les citoyens, leur interdisant de se nuire mutuellement [13]. L’accroissement de l’État régulateur au XXe siècle n’a pas modifié ce point fondamental : les citoyens attendent des lois qui affectent au minimum leurs choix en matière de modes de vie. Constant soutenait que les institutions représentatives sapent leur propre légitimité en interférant trop avec la vie quotidienne des citoyens. Les citoyens modernes doivent décider seuls de leur profession, du groupe auquel appartenir, de la façon de jouir de leur richesse. La représentation moderne est intrinsèquement conditionnée par une conception particulière de la liberté : celle pour laquelle la production et la consommation sont virtuellement considérées comme illimitées et comme les instruments principaux du bonheur individuel.

Il y a de bonnes raisons pour supposer, cependant, que la solution des problèmes écologiques globaux contemporains requerra des sociétés qu’elles acceptent des changements touchant la vie économique d’une portée considérable. Réduire l’usage des énergies fossiles ne peut qu’affecter le choix des lieux de résidence et de travail, ce que nous consommons et la manière dont nous occupons nos loisirs. Garantir le développement de nombreuses espèces implique d’économiser les espaces voués aux constructions humaines et de réguler les activités qui dégradent les habitats naturels. Atteindre des objectifs écologiques altérera significativement les modèles standards de consommation, précisément fondés sur la conception moderne de la liberté. Si l’on suit le raisonnement de Constant sur les liens entre consommation, liberté et représentation, la démocratie représentative apparaît doublement déficiente eu égard à l’ampleur des problèmes environnementaux. Primo, l’une des caractéristiques de la représentation moderne est précisément d’affirmer la liberté de consommer des individus. Loin de conduire les citoyens à réfléchir aux conséquences de leurs choix de consommation, le gouvernement représentatif soutient une conception de la vie politique pour laquelle une telle réflexion devient ipso facto suspecte, aux yeux des citoyens eux-mêmes. Le second défaut découle du premier : on peut douter de ce que les institutions représentatives modernes aient assez de légitimité pour légiférer de manière routinière sur des questions touchant les individus dans l’intimité de leur vie quotidienne.

Les problèmes écologiques contemporains posent encore des défis originaux relatifs à la dimension temporelle du gouvernement représentatif. En décrivant l’organisation du pouvoir législatif, Constant distinguait deux chambres, l’une représentant l’opinion actuelle par une assemblée d’élus, l’autre représentant « la durée » – la continuité et le long terme – grâce à une assemblée héréditaire [14]. La représentation moderne essaie en effet de trouver un équilibre entre la considération du présent et le respect du passé. Les chambres basses rassemblent des élus pour un cycle relativement court, deux à cinq ans dans la plupart des démocraties occidentales modernes. Des élections rapprochées contraignent les législateurs à répondre aux mouvements rapides de l’opinion publique. Bien qu’une bonne articulation du procès législatif à l’opinion publique soit vitale pour le gouvernement représentatif, elle n’en crée pas moins le danger d’une politique erratique ; elle peut en outre favoriser des mouvements démagogiques d’inspiration populiste. Les démocraties modernes ménagent, ce faisant, un espace constitutionnel pour une seconde chambre dont les membres sont élus pour un plus long terme et ce souvent sur une base territoriale différente. Les mandats plus longs de la chambre haute sont calculés pour rendre les élus plus prudents, plus enclins à préserver la continuité, que leurs homologues de la chambre basse. Bien que la plupart des gouvernements représentatifs modernes aient abandonné les chambres héréditaires, il est encore loisible pour les chambres hautes de représenter « la durée » avec des membres plus fortunés, et donc plus enclins à préserver le statu quo, et élus pour une période plus longue. Les procédures des chambres hautes sont généralement plus empreintes de tradition et de dignité. La représentation moderne, dans sa conception institutionnelle, donne ainsi le pouvoir de légitimer à la fois le présent et le passé.

Qu’en est-il du futur ? Ce serait exagéré d’affirmer que la représentation moderne est tout simplement aveugle au futur. Des arguments en faveur du bien-être à venir de la nation se font certes entendre dans les chambres basses. Anticiper les dépenses pour les futurs retraités, préparer la défense de la nation contre les menaces à venir constituent en effet la matière de l’activité législative. Mais la vulnérabilité des élus face au court terme électoral les rend réticents à considérer des changements politiquement risqués, dont les bénéfices ne concerneraient que de futurs électeurs. Un véritable intérêt pour le futur apparaît-il dans les chambres hautes ? Le souci de la « durée » y concerne en réalité essentiellement la préservation des biens présents de telle sorte qu’ils se maintiennent dans l’avenir. Dans les faits, les chambres hautes ont généralement été enclines à se tourner vers le passé. Elles ont plutôt résisté à l’innovation au nom de la propriété, de la tradition, de la continuité et de la liberté, qu’anticipé des changements originaux. Eu égard au temps, les chambres hautes se sont plutôt comporté à l’instar des basses. Les sociétés démocratiques, comme Tocqueville l’a prédit, ressentent la pression croissante des sentiments égalitaires, et tolèrent de moins en moins les formes de représentation qui ont pour effet de soustraire des représentants à la volonté populaire. Pour cette raison, la plupart des chambres hautes d’aujourd’hui sont électives, et non pas héréditaires, et leur cycle électoral est légèrement plus long que celui des chambres basses. En d’autres termes, dans le monde d’aujourd’hui, le présent est plus avantagé que jamais.

Le futur est la circonscription négligée de la politique représentative moderne. Or c’est plus tard qu’un problème comme le changement climatique libérera ses conséquences les plus dommageables. Inévitablement, réduire le changement climatique ou lutter contre la surpêche dans les océans sont des entreprises intrinsèquement prospectives. Elles requièrent prédiction, précaution et de l’innovation politique. Toutes choses qui confrontent les représentants modernes à des choix difficiles, parfois politiquement impossibles. Nombre des individus qui seront sérieusement affectés par le changement climatique ne sont pas encore nés. Les représentants qui défendent les intérêts des générations futures ne pourront certainement pas compter sur leur appui aux prochaines élections. Dans le même temps, ceux qui répondent aux préoccupations des électeurs – leurs désirs d’emploi, de consommation de biens divers – augmentent leur chance de réélection. Même l’argument de Sen en faveur de la démocratie n’est pas suffisant ici. Les famines qu’il s’agit ici en effet de prévenir concernent moins le présent que le moyen et long terme. Les décisions qui pourraient conduire à une « famine » future (i.e., une catastrophe environnementale) n’auront pas à être assumées par ceux qui les auront prises. En d’autres termes, les incitations fondamentales régulant le fonctionnement des institutions représentatives ont pour effet de différer la confrontation aux problèmes d’environnement, distants dans le temps ou se développant lentement. Métaphysique de la liberté moderne

Ce ne sont pas seulement le nombre de citoyens et ses conséquences en termes de participation à la souveraineté, ou l’objet même de la liberté, privé selon les modernes et public pour les anciens, etc., qui séparent les démocraties modernes et antiques, mais deux cosmologies, et même deux métaphysiques. Poursuivons, dans l’esprit de Constant, la comparaison en abordant un troisième défi à la conception moderne du gouvernement représentatif.La démocratie grecque nous paraît en effet profondément solidaire d’une cosmologie close et hiérarchisée, et plus généralement d’une métaphysique de la finitude qui trouva dans l’œuvre d’Aristote son expression la plus parfaite. Le cosmos antique bornait en effet tout autant les désirs que les possibilités d’action des citoyens. Rappelons que l’univers était conçu de façon intrinsèquement hiérarchique et se scindait en deux parties : un monde céleste inaccessible et divin, incorruptible, éternellement identique à lui-même, nécessaire, ne connaissant de mouvement que circulaire, et un monde sublunaire, demeure des hommes et des autres animaux, voué à la contingence, celle de l’action humaine comme celle du devenir de tous les êtres sublunaires. L’action humaine est ainsi, comme nous allons le voir plus précisément, bornée de toutes parts. La technique n’a nullement pour objet, aux yeux des anciens, de transformer le monde, mais seulement de l’aménager pour y rendre la vie plus facile. À la différence de ce qu’il adviendra avec les modernes, elle ne constitue pas un enjeu politique, lequel enjeu découlera de la reconnaissance de l’aptitude de la technique à bousculer la nature, et ainsi à changer la donne sociale. Rappelons que le projet moderne aura été pour une grande part de rendre possible l’affirmation, via la domination techno-scientifique de la nature, de l’égalité de tous en termes de dignité et de condition. La condamnation du grand nombre à l’esclavage apparaissait en revanche aux anciens comme la condition à l’épanouissement de l’humanité d’un petit nombre. Que le lecteur nous permette le détour nécessaire pour éclairer le statut antique de la technique, et plus généralement la métaphysique qui sous-tendait alors la compréhension de la condition humaine.

L’art ou la technique, « d’une manière générale, écrit Aristote, ou bien exécute ce que la nature est impuissante à effectuer, ou bien l’imite » [15]. Hors de tout contexte, cette phrase pourrait laisser entendre qu’il existe une supériorité de l’art sur la nature. Il n’en est rien. L’activité technique est bornée par la nature, qu’elle se contente d’imiter un produit naturel, ou qu’elle imite la force productive de la nature. En « exécutant ce que la nature est impuissante à effectuer », l’homme ne fait jamais que déployer sa nature de producteur, en réalisant des possibles naturels, dans le cadre exclusif, qui plus est, d’une partie de l’univers, le monde sublunaire. L’homme et la technique ne sauraient s’élever au-dessus de la nature, ils lui sont au contraire totalement immanents, et soumis. L’art n’aboutit pas à une surnature qui viendrait compléter et parachever, et encore moins menacer ou dépasser la nature, mais bien plutôt à un détournement temporaire des êtres naturels. Les produits de l’art leur sont congénitalement inférieurs.

Certes, à l’instar de la nature, l’art informe la matière. Relativement à la présence de la cause finale dans la nature, qui renvoie quant à elle à la cause formelle, Aristote n’hésite pas à affirmer que « si une maison était chose engendrée par la nature, elle serait produite de la façon dont l’art en réalité la produit ». Il en irait de même en sens inverse : « Si les choses naturelles n’étaient pas produites par la nature seulement, mais aussi par l’art, elles seraient produites par l’art de la même manière qu’elles le sont par la nature » [16]. Toutefois, alors que la relation entre forme et matière ou substrat relève d’un principe interne lorsqu’il s’agit des substances naturelles, il en va tout autrement avec les réalités artificielles. Les produits de l’art ne possèdent pas en eux-mêmes leur principe de fabrication : c’est nous qui imposons du dehors au bois comme matériau la forme-lit. D’où le caractère éphémère et superficiel d’une telle association. Comme le fait encore remarquer Aristote, le lit ne naît pas du lit, comme l’homme naît de l’homme ; si on plante un lit, il bourgeonnera et produira un arbre, car seule la substance bois, l’information naturelle de la matière par la forme-bois, possède à titre essentiel « un principe et une cause de mouvement » [17]. Voués à une existence précaire, incapables de s’auto-reproduire, les produits de l’art ne sont guère que des sous-produits de la nature. Ils lui sont en ce sens inférieurs.

Par ailleurs, « principe et cause de mouvement et de repos pour la chose en quoi elle réside immédiatement, par essence et non par accident », la nature renvoie à la nécessité (à ce qui ne peut pas ne pas être ou être autre qu’il n’est), alors que l’action humaine, qu’il s’agisse du faire ou du fabriquer, relève de la contingence (de ce qui peut ne pas être ou être autre qu’il n’est). En d’autres termes, l’action technique commence là où cesse le règne du nécessaire. C’est pourquoi la technique ne saurait en droit occuper la moindre place au sein du cosmos céleste, de part en part nécessaire. Il n’est en effet de technique, pour Aristote, qu’au sein du monde sublunaire, terrestre, dans la mesure même où il n’est pas saturé par la nécessité : les phénomènes qui s’y produisent peuvent, en dehors de la nature, avoir également pour cause le hasard et l’action humaine. La technique n’a d’autre domaine que celui ménagé par la contingence. Elle ne saurait se confondre avec la science dont l’objet est la nécessité même de la nature. Il y a bien sur ce point une séparation radicale entre science et technique. La science est une chose noble qui nous élève vers les lois nécessaires du cosmos divin ; la technique nous renvoie en revanche aux routines des artisans.

Qu’on le comprenne bien, ceci signifie que la technique ne saurait rien produire de réellement extraordinaire. La part qui lui est allouée est à jamais modeste, elle ne saurait permettre à l’homme de se surpasser en quoi que ce soit. L’idée d’un homme cooperator Dei, pour reprendre l’expression de l’apôtre Paul, n’a aucun sens ici ; et encore moins l’idée cartésienne d’une humanité « maître et possesseur de la nature ». Les possibles ouverts à l’inventivité technique sont par avance bornés.

Or il n’en va pas autrement des désirs des citoyens. La finitude en ce domaine est tout aussi prégnante que pour l’action technique. Le fondement de cette finitude est ontologique. En effet pour Aristote être un être, c’est être un être. Ce sont les limites même des êtres qui les définissent. L’apeiron, l’indéfini, est ravalé au rang du non être. Et rien n’échappe à cette extrême sensibilité à la finitude. Il n’est d’autre espace qu’une somme de lieux, le lieu des lieux étant le cosmos lui-même, dont les limites absorbent toute forme de réalité. Il n’est rien en dehors de ce cosmos unique et fini. Or le désir est lui-même fini. Sauf à être travaillé par l’hubris, qui ne saurait toutefois l’ouvrir à l’infini, mais au néant et à l’informe de l’indéfini. Il suffit de rappeler ici la différence établie par Aristote entre l’échange économique et l’échange chrématistique. Dans le cadre du premier, l’échange monétaire est utilisé pour satisfaire des besoins par définition finis : se nourrir, se vêtir, se loger, etc. Dans le second, en revanche, il vise une thésaurisation que rien ne saurait borner ; d’où justement la condamnation aristotélicienne [18].

La démocratie moderne est en revanche inséparable des possibilités en apparence infinies de la puissance des technologies et du marché, et ce dans un univers ouvert ; l’action humaine y est appelée à transgresser toutes les limites. Elle est même est le fruit de cette obsession de la transgression. Avec le principe de la souveraineté populaire, comme l’a montré Bertrand de Jouvenel dans Du Pouvoir [19], les modernes ont pensé un pouvoir sans bornes, ne connaissant d’autre limite que lui-même. Et l’on ne saurait à cet égard confondre la démocratie athénienne et la démocratie moderne. S’il y a bien dans les deux cas une affirmation de l’autonomie de la Cité, de sa capacité à se donner ses propres lois, c’est toutefois dans un contexte éminemment différent. La démocratie antique n’a pas pour dessein de déloger les dieux de l’Olympe et elle s’inscrit au sein d’un cosmos fini qui impose son ordre aux dieux comme aux hommes. La démocratie moderne est en revanche inséparable d’un effort d’arrachement à la tutelle d’un dieu infini et tout-puissant, au sein d’un cosmos désormais muet et insensé. « Come, let us march against the powers of heaven, écrivait déjà dans Tamburlaine the Great (deuxième partie, acte 5, scène 3) Christopher Marlowe, le contemporain de Bacon, And set black streamers in the firmament, To signify the slaughter of the gods. » (« Allons, marchons contre les puissances du ciel, Et plantons des banderoles noires sur le firmament, Pour signifier le massacre des dieux »). Elle ouvre le désir humain comme l’action technique à l’infini. Elle se conçoit encore comme le mode d’organisation de la société qui permet à chacun de maximiser son avantage, c’est-à-dire de produire et de consommer toujours plus. C’est pourquoi il n’a pas seulement résulté de l’affirmation moderne de l’autonomie du politique la démocratie moderne, avec l’auto-limitation du pouvoir politique qui la caractérise, mais également son autre, le totalitarisme et son affirmation d’un pouvoir sans limites. Totalitarisme dont Hannah Arendt caractérisait précisément l’essence par le mouvement continu.

Ce programme de transgression ne se borne pas aux seuls domaines scientifiques, techniques et politiques. Une intolérance diffuse aux normes morales est en effet un des traits des sociétés modernes ; ces mêmes sociétés n’ont d’ailleurs eu de cesse de produire toutes sortes de tentatives de délégitimation de la morale : au nom des classes sociales, du ressentiment, du biocentrisme, etc. L’esthétique moderne est aussi pour l’essentiel une esthétique de la transgression des canons antérieurs. Le sport professionnel se présente comme un mouvement indéfini de transgression des limites du corps humain, associant artefacts et exercice. Tous ces débordements ont nourri et nourrissent le mouvement général d’une croissance économique elle-même conçue comme un procès et un progrès sans fin. Et c’est ce type de croissance qui aboutit aux courbes exponentielles des flux de matières et aux risques globaux qui en découlent [20]. Une liberté qu’aucun principe ne viendrait borner permet déjà à chacun de contribuer à l’épuisement de la biosphère ; elle permettra encore demain, grâce aux anthropotechniques, de contribuer à la création d’espèces nouvelles au sein du genre humain, voire à celle d’un nouveau genre intelligent, transhumain.

Or nous n’habitons plus le monde des modernes, même si la modernité comme projet perdure de maintes façons. Nous nous heurtons en effet de plus en plus, et ce tous azimuts, à la finitude. Celle en premier lieu de notre planète évoquée précédemment avec Bertrand de Jouvenel. Celle de notre pouvoir technologique : affirmons-le de nouveau, nous avons durant la seconde moitié du XXe siècle appris à nos dépens, avec le changement climatique, la déplétion de la couche d’ozone, les pseudo-hormones, la pollution nucléaire, etc., que la domination de la nature pouvait engendrer à plus ou moins long terme des effets aussi dommageables qu’imprévisibles. La finitude affecte encore notre prétention au savoir. À propos de la biologie du développement, une épistémologue comme Evelyn Fox Keller affirme par exemple que le « monde est tortueux […], qu’il est trop complexe pour s’adapter parfaitement à nos modèles, à nos théories et à nos explications » [21]. Les domaines scientifiques où l’on bute sur une pluralité réduite d’interprétations divergentes ne manquent effectivement pas. Qu’il s’agisse de « problèmes partiels, locaux, circonscrits à des circonstances particulières », pouvant même relever de l’ingénierie, ou « des grandes questions globales, il y a le plus souvent quelques ontologies » écrit le mathématicien spécialiste de l’analyse fonctionnelle et de la théorie du potentiel Nicolas Bouleau [22]. Plus généralement, l’épistémologie contemporaine a entériné l’historicité du savoir scientifique, le fait que les lois sont vouées à voir le temps réduire leur aire de validité [23]. Il n’est plus loisible d’opposer avec les Lumières l’universalité de la raison à la contingence et aux circonstances du récit. Le développement de la raison et des sciences relève lui-même d’un récit, que rien ne saurait ni borner, ni assurer par avance, à la différence de la phénoménologie hégélienne de l’esprit. Il n’y a pas même jusqu’à l’idée d’universel et d’universalisme qu’il ne faille en un sens moduler et relativiser, comme le fait l’anthropologue Philippe Descola avec son « universalisme relatif » [24]. Les développements les plus récents de la physique, concernant le mouvement des galaxies, jettent par ailleurs une ombre nouvelle sur l’un des apports majeurs de la physique galiléenne : l’idée selon laquelle les lois physiques sont universelles [25]. Or cette idée, solidaire de l’effondrement du cosmos hiérarchisé des anciens, est notamment au fondement de la réinterprétation moderne de la démocratie. Elle était grosse tant de la Révolution française que de la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique. Les économistes classiques postulaient quant à eux un monde aux ressources surabondantes ; les économistes néo-classiques ont parié sur l’aptitude technologique de l’humanité à substituer indéfiniment au capital naturel immanquablement détruit par nos activités du capital reproductible. Au lieu de quoi nous nous heurtons sur tous les plans à la finitude et de la façon la plus concrète : celle de la biosphère à digérer nos émissions carbonées, celle attachée aux limites de notre héritage fossile, celle de nos réserves d’eau douce ça et là sur la planète, celle des ressources halieutiques. Nous nous heurtons encore aux bornes de notre patrimoine minéral dont les réserves approchent l’épuisement pour certains métaux précieux, semi-précieux ou lourds, à la fragilité des services écologiques rendus par les écosystèmes, aux limites de nos capacités de recyclage.

Il y a quelque chose de spectaculaire dans cet empilement de bornes et limites de toutes sortes, eu égard à ce que fut le rêve moderne. Et pourtant ce dernier ne désarme nullement. Le désir d’une consommation matérielle croissante continue à s’étendre numériquement, géographiquement, et mentalement. Le transhumanisme a pris le relais de l’ancienne idéologie du progrès en promettant désormais l’immortalité, mais pour un petit nombre d’élus (sic), etc.

Nous parions ici en revanche sur un basculement de paradigme relativement proche, sous la pression conjuguée de la pénurie des ressources – fossiles, minérales, aquatiques et généralement issues du vivant –, et des effets du changement climatique. Or un tel basculement ne pourra qu’affecter hautement les fondements organisationnels de nos sociétés. Il devrait en découler l’affirmation nouvelle d’une métaphysique de la finitude. Une métaphysique associant d’un côté le caractère paradoxal de nos techniques, à la fois puissantes et bornées, la pénurie de ressources, la réduction attendue de l’écoumène et, de l’autre, le maintien de la reconnaissance de l’égale dignité de tous face à l’adversité nouvelle du milieu. Ladite métaphysique devrait sous-tendre une conjugaison nouvelle des droits de l’individu et de l’impératif de survie de l’espèce, et donner lieu à des dispositifs institutionnels tout aussi nouveaux. Représentation et technoscience

Ces observations sur la métaphysique de la modernité posent au gouvernement représentatif un troisième type de défi, au delà de la territorialité et de la temporalité : celui du gouvernement de la technoscience. Les possibilités de transformation du monde via les technosciences pouvaient en effet à peine être thématisées au XIXe siècle quand des penseurs comme Constant ou Mill écrivaient. Mais durant la centaine d’années qui a suivi la mort de Mill, les innovations technoscientifiques ont révolutionné la vie quotidienne en Occident de manière non moins radicale que les plus grands bouleversements politiques [26]. La représentation moderne s’est accommodée de cette révolution en ne changeant que marginalement son mode opératoire.

Les gouvernements du XXe siècle ont considérablement accru le rôle des conseillers scientifiques dans leurs actions et cette expansion a été conduite de telle sorte qu’elle apparaisse congruente vis-à-vis des présupposés de la représentation moderne. Cela a pu se faire car la science pouvait premièrement apparaître comme jouant un rôle clé pour la liberté moderne : elle étend l’éventail des choix disponibles pour les citoyens en leur offrant de nouveaux produits et de nouvelles formes de contrôle du monde environnant. La technoscience apparaît donc comme poursuivant le projet d’émancipation moderne. Deuxièmement, elle est censée le faire de manière axiologiquement neutre. Dans le discours moderne, la science est dépeinte comme source de connaissances objectives de la nature et de maîtrise technologique de cette même nature [27]. Ainsi, quand les démocraties représentatives se tournent vers les experts pour obtenir des réponses d’intérêt public – ce produit est-il sûr ? cette technique peut-elle produire de l’énergie à un coût raisonnable ? – elles attendent des réponses fermes et objectives. Ne fournissant que des faits et des outils, la technoscience ne risque pas d’orienter le jugement des représentants en faveur de ses propres orientations.

Ce modus vivendi entre la représentation moderne et la technoscience a fini par devenir hautement problématique. Premièrement, la puissance transgressive de la science, et la puissance des technologies créées dans son sillage, s’avèrent provoquer d’immenses problèmes d’environnement. Le problème politique de la science moderne n’est pas la tyrannie, mais la montée en puissance d’une personne ou d’une classe dominante poursuivant ses propres intérêts. Le problème est que la techno-science remodèle le monde de façon controversée. Elle est porteuse de valeurs et ne cesse de transformer la qualité de la vie communautaire. Parce qu’elle est intrinsèquement vouée à transformer et à instrumentaliser le monde, la science ne peut plus apparaître uniquement comme le conseiller impartial de l’action collective. Pourtant, les gouvernements représentatifs modernes ne sont généralement pas organisés de manière à favoriser la réflexion et la discussion au sujet de ces changements avant qu’ils n’aient irrévocablement contribué à produire notre monde commun. À partir de 1996, la réaction de défiance des Européens à l’introduction d’OGM dans leurs champs et leurs assiettes – avec l’appui des institutions représentatives – a mis en lumière de façon irréfutable cet écart.

Cette difficulté quant à la relation de la technoscience à la représentation ne doit cependant pas être confondue avec un appel à la volonté populaire pour trancher les questions sur l’état du monde naturel. Il ne saurait être question de résoudre démocratiquement les problèmes d’environnement en renonçant à la science, tout comme il ne saurait être question de « démocratiser » la science au sens d’une intervention systématique de la volonté populaire dans le processus d’évaluation des hypothèses scientifiques [28]. L’expertise scientifique, avec ses méthodes d’observation et de contrôle des hypothèses, joue précisément un rôle civique clé en alertant le public quant aux problèmes écologiques. Révéler que des cancers actuels peuvent être causés par une exposition à l’amiante remontant à une trentaine d’années, qu’une sécheresse peut être la conséquence du changement climatique d’origine anthropique, exige des recherches méticuleuses.

Cette fonction cognitive a été à peine anticipée au sein de la structure du gouvernement représentatif moderne. Le présupposé fondamental de la représentation moderne est que les citoyens ordinaires sont les mieux placés pour comprendre s’ils souffrent des conditions que les politiques publiques pourraient changer. Les citoyens peuvent ne pas savoir ce que les politiques pourraient faire pour les aider au mieux, mais au moins savent-ils qu’ils se sentent menacés, affamés ou malades. L’auto-interprétation du peuple vis-à-vis de ce qui le concerne fournit le matériel de base pour le savoir-faire parlementaire en matière d’action politique. Ces auto-interprétations s’accumulent dans des réservoirs de critique et de méfiance lorsque les autorités échouent à considérer ces problèmes publics. Cette méfiance vis-à-vis des pouvoirs constitue une sorte de mécanisme de contrôle qui aide le gouvernement représentatif à ne pas dériver vers des politiques arbitraires et irresponsables [29]. Cependant, l’auto-interprétation par les citoyens de leurs problèmes et aspirations perd son efficacité par rapport à des questions telles que le changement climatique ou l’accumulation de pesticides qui sont pratiquement invisibles à la perception ordinaire. Face à de telles questions, c’est à la communauté scientifique d’aider à réaliser cette fonction d’alerte et ce en s’appuyant sur des méthodes et un fonctionnement qui doivent rester distincts de ceux du gouvernement représentatif. Même comprise ainsi, la science ne suffit pas à orienter la politique. En partie, parce qu’on ne peut supposer que les conseillers scientifiques n’ont pas de programmes politiques qui leur seraient propres. Les scientifiques sont en effet généralement liés à des intérêts économiques et politiques, tributaires de subventions, d’emplois et de soutiens commerciaux. En outre, même si la science est nécessaire à la perception des problèmes environnementaux et à l’élaboration de solutions, elle n’en est pas moins souvent sujette à des incertitudes. Ces dernières l’empêchent de revendiquer une autorité incontestable quant à ce qu’il faudrait faire.

En somme, la techno-science constitue simultanément une part importante de la crise environnementale, celle des causes, et une part nécessaire, mais non suffisante, de la solution. En conséquence, de même que l’approche moderne transgressive et transformatrice du monde a subverti la cosmologie antique, et avec elle la conception antique de la liberté, une conception écologiquement informée de la nature, considérant les limites, l’incertitude et la prudence, appelle de nouvelles relations entre la science et la volonté populaire. Représentation et délibération dans une démocratie écologique

En réponse aux conditions esquissées ci-dessus, le gouvernement représentatif moderne a déjà commencé à se métamorphoser. De nouveaux contours institutionnels, de nouvelles pratiques – et de nouvelles tensions – ont commencé à émerger en ce qui concerne la territorialité, la temporalité, et la gouvernance de la technoscience. Nous nous référons à cette configuration émergente en tant que « démocratie écologique » et cherchons à mettre notamment l’accent sur son caractère participatif et délibératif.

L’aggravation des problèmes environnementaux globaux comme le changement climatique et déplétion de la biodiversité créent une pression croissante en faveur d’une réglementation supranationale. Seules, les nations ne peuvent contrôler les émissions de gaz à effet de serre pour réduire le changement climatique mondial ; il est presque inutile de protéger les espèces migratrices dans un pays si leur habitat est détruit dans d’autres. Des accords internationaux comme le Protocole de Montréal de 1987 relatif à la protection de la couche d’ozone ou le protocole de Kyoto de 1997, ainsi que la législation environnementale de l’Union européenne, prouvent que les gouvernements représentatifs modernes ont largement reconnu que la prévention des dommages environnementaux exige de transcender les territoires et la compétence territoriale sur lesquels la représentation moderne s’est construite. Comme on pouvait s’y attendre, la réaction des institutions représentatives a souvent été de faire valoir les intérêts nationaux commerciaux et la protection des emplois et donc de retarder et d’entraver la mise en œuvre des accords supranationaux. Même avant l’arrivée au pouvoir de l’administration Bush, notoirement anti-Kyoto, le Sénat des États-Unis avait refusé de ratifier le protocole de Kyoto signé par Clinton.

La représentation moderne ne va pas disparaître dans un avenir prévisible. Quelles que soient les formes que prendront les institutions internationales, elles coexisteront – et nécessairement de façon concurrentielle – avec les institutions nationales. Nous voyons deux voies pour la politique écologique dans ce contexte. La première est la poursuite du développement d’institutions supranationales représentatives. L’Union européenne offre la version la plus frappante d’un modèle dans lequel des institutions produisant un droit transnational se superposent progressivement aux gouvernements représentatifs modernes. Les pouvoirs du Parlement européen ont notablement augmenté au cours des dernières années, de telle sorte que pour environ les trois quarts de la politique de l’Union européenne, il a désormais un pouvoir de « co-décision » avec les gouvernements nationaux représentés au sein du Conseil des ministres. En ce début du XXIe siècle, l’Union européenne réglemente les nombreux polluants de l’air et les produits chimiques dangereux. Elle dispose de lois protégeant les espèces migratoires, la pollution sonore et contrôle le transport des déchets au travers des frontières nationales. Elle gère la qualité de l’eau des eaux intérieures et côtières [30].

Le Parlement européen peut même prétendre que l’une des principales pièces de la législation environnementale de l’Union européenne – la directive REACH de 2006, à savoir la mise en place de nouvelles normes de sécurité pour des milliers de produits chimiques commercialisés – résulte de sa position supranationale, et ce par-delà les objections des gouvernements nationaux [31]. Dans la mesure où les membres du Parlement européen sont organisés en groupes politiques transnationaux et sont chargés de délibérer sur les politiques régissant les vingt-sept États-membres, ils peuvent prétendre transcender l’étroitesse territoriale de la représentation moderne.

Mais, en vérité, le bilan de ce modèle de représentation supranational met peut-être plus en lumière les difficultés à reconstruire la représentation que ses perspectives positives. Les institutions de l’Union européenne ont été construites après des négociations préalables entre États, chacun devant être convaincu de renoncer à des fragments de sa souveraineté nationale. Après plus de cinquante ans de développement, les États-membres et leurs parlements nationaux n’ont pas encore accordé suffisamment de pouvoirs au Parlement européen pour lui permettre d’introduire ou de promulguer des lois de son propre chef. La représentation « moderne » prévaut encore. En outre, les élections législatives européennes sont toujours organisées au sein des juridictions nationales. En conséquence, ces élections ont tendance à se transformer en tests de popularité des gouvernements nationaux plutôt que de constituer des occasions de débattre de questions à l’échelle proprement européenne. Pire encore, une baisse constante du taux de participation à ces élections (le taux d’abstention était de 56 % en juin 2009) peut difficilement être interprétée comme un signe que l’Union européenne est la création d’une conscience civique transnationale [32]. Le fait que les institutions européennes doivent toujours composer avec des institutions préexistantes et plus prestigieuses dans les vingt-sept pays a fini par les rendre opaques et peu populaires. C’est le prix à payer pour un modèle qui essaie de mettre à jour la représentation moderne au lieu de la remplacer.

La seconde voie, celle de la démocratie écologique, introduit systématiquement des organisations non gouvernementales dans les institutions délibératives. Des organismes bien connus comme les Amis de la Terre, le WWF (World Wide Fund for Nature) and le World Resources Institute, et d’autres ONG plus nombreuses et plus locales, comme la Fondation Nicolas Hulot en France, se sont développées au sein des sociétés civiles, en dehors des structures formelles de la représentation moderne. Ces ONG constituent ce que des politistes appellent des « représentants auto-investis » dans le sens où ils entendent parler au nom du bien public, pour une cause, et non pour quelques intérêts aussi limités que privés, sans être pour autant électoralement validés [33]. Comme l’a observé John McCormick, les ONG environnementales « ont contribué à l’élaboration d’une société civile mondiale au sein de laquelle les hommes ont appris à apprécier de plus en plus que la plupart des problèmes économiques et sociaux – et les problèmes environnementaux en particulier – sont une partie de l’expérience commune de l’humanité et doivent être traités en conséquence » [34]. Des organisations internationales telles que la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement ont été particulièrement proactives pour l’accréditation des ONG environnementales et les ont invitées précocement à participer à leurs réunions. Depuis 1983, la Banque mondiale s’est concertée régulièrement avec les ONG environnementales afin d’obtenir leurs commentaires sur l’impact environnemental de ses projets. La France a récemment intégré les ONG environnementales au sein du Conseil économique et social, devenu le Conseil économique, social et environnemental ; et c’est d’abord le Grenelle de l’environnement qui a introduit les organismes environnementaux dans le processus de décision politique nationale [35].

Les ONG environnementales peuvent être des vecteurs de démocratie écologique. Elles aident à surmonter les lacunes de la représentation moderne. Beaucoup sont de portée internationale ou sont organisées en fonction de territoires environnementaux définis. Elles offrent un contact direct avec des populations très dispersées. Leurs ordres du jour ne sont pas liés au court terme des cycles électoraux. Dans de nombreux cas, en opposition à la politique passive, au comportement consumériste favorisé par la représentation moderne, elles promeuvent une éthique activiste dans laquelle et les politiques publiques et les modes de consommation sont soumis à une critique écologiquement bien informée. À l’appui de leurs positions critiques, les ONG environnementales ont souvent mis en place de la recherche et des programmes de suivi environnemental. « Leurs études et leur expertise produisent une bonne part de la connaissance mobilisée dans le discours environnemental global », constate Andrew Jamison [36]. C’est cette combinaison de traits qui les rend dignes de figurer dans les organes délibératifs, à tous les niveaux politiques.

Le mot-clé est ici « délibératif », et non « représentatif ». Au moins en théorie, la représentation suppose le jeu de miroirs d’une volonté populaire préexistante et d’un processus de décision, et ce en fonction du nombre relatif des citoyens de part et d’autre d’une question. La démocratie délibérative favorise, en revanche, le poids public des raisons évoquées. Elle implique un dialogue dans lequel les participants échangent des raisons et tentent de se persuader les uns les autres par la force de leurs arguments [37]. Notre revendication pour une démocratie écologique est que les ONG environnementales aient un rôle particulier à jouer dans les organes délibératifs : mettre en lumière, avec preuves et raisons, les jalons environnementaux – pour le présent et l’avenir, pour les territoires proches et lointains – des politiques publiques à travers l’ensemble des activités gouvernementales.

Certains environnementalistes craignent que siéger au sein d’organismes officiels conduise à une cooptation des ONG et affaiblisse leur pouvoir critique. Avec Andrew Jamison, ils préféreraient voir progresser le mouvement environnemental vers ses objectifs par le biais de moyens plus conflictuels que consensuels [38]. Mais il n’y a aucune raison d’imaginer que toutes les ONG environnementales aient besoin de se voir comme des candidats à l’accréditation officielle. Si Greenpeace ou Earth First ! choisissent l’activisme d’opposition comme mode favori d’influence politique, les démocrates écologiques n’ont pas d’objection de principe. Ils devraient même applaudir le niveau supplémentaire de « contre-politique » avec lequel un tel activisme critique les défaillances de la politique officielle. Dans le même temps, ce que les défenseurs de la dissidence verte ont besoin de reconnaître est ceci : en tant qu’outsiders, les résistants verts peuvent politiser des questions particulières, ils peuvent parfois stopper des évolutions choquantes, mais ils ne sont pas en mesure de participer aux délibérations et de prendre part aux processus de détermination des politiques d’intérêt public.

Ce chemin vers la démocratie écologique engendre de nouveaux défis et des difficultés originales. Comment par exemple choisir les ONG officielles ? Cette difficulté ne semble pas insurmontable. Comme point de départ, la France a proposé des normes telles que l’indépendance, la capacité de mobiliser les gens, et la capacité à promouvoir le débat environnemental [39]. Pourtant, il y a toutes les raisons de prendre au sérieux les critiques qui soulèvent des questions quant à la responsabilité des ONG ou qui affirment que les ONG défendent systématiquement les vues du monde développé [40]. Il est essentiel de veiller à ce que la responsabilité – assurément l’une des grandes réalisations du gouvernement représentatif – ne soit pas oubliée. Il serait également important de s’assurer, peut-être par l’intermédiaire d’une rotation des ONG, qu’une diversité suffisante de programmes et d’agendas environnementaux obtienne des porte-parole au sein des organismes officiels pertinents.

La question de la représentation des générations futures pose de plus grands défis encore. En ce qui concerne les générations futures, la notion même de « représentation » est en effet déroutante. Comment peut-on « re-présenter » une personne qui n’est même pas encore présente ? Que signifie le fait de parler au nom de personnes qui, parce qu’elles ne sont pas même nées, n’ont jamais eu la chance de développer une personnalité particulière avec des intérêts propres et une culture spécifique ? L’expression « générations futures » offre par ailleurs, pour reprendre les catégories de G. Frege, un sens (Sinn) mais pas de dénotation (Bedeutung) [41] ; cette expression ne permet donc aucun contrôle de son usage. Nous ne parviendrons d’ailleurs pas, par principe, à connaître ce que penseront les générations futures. La représentation ne signifie-t-elle pas que les « représentés » ont une chance de faire entendre leurs propres préoccupations et de réagir à des propositions politiques, quelles qu’elles soient ? Cela ne signifie-t-il pas, au minimum, qu’ils ont la possibilité de contester des décisions législatives dans lesquelles ils ne verraient pas traduite leur volonté ? La promesse originelle d’un gouvernement représentatif renvoie par ailleurs à son potentiel d’intégration. Comme le droit de vote a été étendu à des groupes auparavant exclus, comme les femmes ou les minorités raciales, les générations futures pourraient se voir mobilisées et leurs intérêts pris en compte dans l’arène politique. Mais les générations futures ne sont pas mobilisables de la sorte. Parler au nom des générations signifie-t-il qu’il faille toutes les représenter ? Si la représentation des générations futures impliquait qu’il faille donner aujourd’hui à certaines personnes les votes par procuration de tous les individus à venir, il en résulterait de troublantes conséquences politiques. Les votes par procuration doivent être en effet distribués en proportion du nombre. Or, étant donné que les générations futures sont potentiellement beaucoup plus nombreuses que les générations actuelles, ceux censés les représenter disposeraient d’une puissance écrasante. Paradoxalement, l’application littérale du modèle moderne de représentation aux générations à venir débouche sur une sorte de dictature de l’avenir, et non sur une extension de la démocratie. Pour ces raisons, on ne saurait représenter les générations futures et leurs intérêts de manière analogue à la représentation politique classique.

Ce qui est nécessaire, ce sont des institutions dont la mission est de se soucier du long terme et dont la structure est conçue pour protéger leur capacité à le faire. On peut imaginer deux façons d’y parvenir. On pourrait prendre appui sur le bicamérisme, et instituer une chambre haute dévolue à la représentation du long terme. Les élus ne parviennent en effet que très difficilement à considérer à la fois le court et le long terme ; ce sont systématiquement les intérêts à court terme qui l’emportent. Tel serait moins facilement le cas si nous pouvions élire des représentants sur une durée plus longue, à l’instar des neuf ans des sénateurs français, pour incarner spécifiquement et exclusivement les intérêts de long terme, et ce au nom et avec la légitimité du souverain, puisqu’élus sur des programmes relatifs aux seuls enjeux de long terme.

Ce qui poserait deux problèmes : en premier lieu celui de la procédure de sélection et de répartition des décisions entre le court et le long terme ; en second lieu, celui de la procédure d’arbitrage final. Le premier problème n’est qu’apparent. Il ne s’agirait nullement de répartir les projets de lois en fonction du court et du long terme ; ce qui serait absurde, une décision portant sur le court pouvant avoir des effets importants sur le long terme. L’idée est bien plutôt de disposer d’un corps législatif dont les membres seraient élus sur des programmes divergents certes, mais touchant exclusivement la défense du long terme, tant en matière environnementale qu’en ce qui concerne d’autres enjeux comme le devenir du soubassement biologique de notre condition humaine commune. Tous les projets examinés par la chambre basse le seraient également par la chambre haute. La chambre haute devrait pouvoir l’emporter in fine en cas de litige avec la chambre basse. Telle serait la solution au second problème. On pourrait aussi imaginer que tout candidat à la présidence soit contraint de défendre un programme spécifiquement afférent aux enjeux de long terme, en plus du programme traditionnel. Ledit président disposerait ainsi d’une majorité spécifique, dans chaque chambre. Dans un tel contexte, les études d’impacts préalables recouvriraient une importance capitale ; elles permettraient de faire clairement apparaître l’orientation et le bienfondé des décisions de la chambre haute ; elles devraient s’appuyer sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs, environnementaux et sociaux, mais non monétaires. Pour autant que nous sommes devenus capables de compromettre l’existence de l’espèce, soit en déstabilisant les mécanismes régulateurs de la biosphère, soit en cherchant à en modifier le soubassement biologique avec le transhumanisme, la démocratie perdrait une grande part de son contenu si elle ne parvenait à encadrer ces enjeux nouveaux.

Bornons-nous pour le moment à rappeler le principe de l’incomplétude du principe représentatif [42] et la nécessité d’un système politique plus complexe. Il conviendrait d’associer au système représentatif l’intervention d’autres instances composées de sages/experts – du type conseil constitutionnel, conseil d’État à la française, commissions de sages ad hoc, etc. –, et de le conjuguer avec le principe participatif, voire avec la démocratie directe (style votations suisses ou référendum à la française). Compte tenu de la complexité de ces enjeux nouveaux, on ne voit guère comment ne pas entrelacer les différentes modalités de l’exercice de l’influence des citoyens sur la décision publique : la démocratie représentative ou délégative qui permet d’influer sur une trajectoire de décisions ; la démocratie participative qui permet notamment à un panel de citoyens, préalablement et formellement informés, de peser sur une décision particulière en éclairant le décideur, en introduisant des arguments dans le débat public ; soit, exceptionnellement, par la démocratie directe [43].

Si cette première proposition concentre l’orientation future de la société dans une institution particulière et organise la participation populaire au travers de la société civile organisée, la deuxième voie possible consiste à diffuser la fonction politique dans l’ensemble de la société et vise à accroître l’implication directe des citoyens dans des processus jusqu’alors dominés par le pouvoir de décision des experts. Il s’agirait alors de retenir les meilleures pratiques en ce qui concerne l’avenir, dont beaucoup ont déjà été peu ou prou essayées, puis de les appliquer de façon innovante à des institutions destinées à prendre les décisions pour la société. Ainsi, la démocratie écologique répondrait à la fois aux défauts de la représentation moderne en ce qui concerne les générations futures et à la nécessité d’une plus grande participation populaire dans l’évaluation des innovations techno-scientifiques. Ainsi, la démocratie orientée vers le futur étend la pratique d’exiger des déclarations d’impact sur l’environnement et des audiences publiques avant d’entreprendre des projets d’aménagement. Elle favorise la prolifération d’autres institutions prospectives : instituts de recherche sur l’environnement, conseils consultatifs scientifiques, conférences de citoyens sur l’évolution technologique. Elle transforme de tels organes consultatifs en leur conférant plus de pouvoirs. Face aux secrets commerciaux et au refus des gouvernements de diffuser les résultats de certaines de leurs études, la démocratie écologique insiste sur les valeurs d’ouverture et de transparence. Le secret et la fermeture sont des stratégies visant à protéger le passé, et non à prévenir les problèmes de l’avenir. La démocratie écologique débat et précise les instruments normatifs orientés vers le futur comme le principe de précaution [44].

Plus généralement, la démocratie écologique multiplie les possibilités de contribution du public à l’élaboration des normes environnementales, non seulement par le biais d’audiences de pure forme, mais grâce à des dispositifs tels que les sondages délibératifs et les conférences de citoyens. Dans ces forums, les gens parviennent à une réflexion sur les conséquences futures du développement et sur les décisions de réglementation prises en leur nom. La démocratie écologique pourrait choisir certains groupes ou ONG comme « gardiens » des systèmes naturels qui conditionnent l’existence de la société et leur permettre de donner rapidement l’alerte en cas de risque de dégradation [45]. Il convient de noter que dans aucun de ces exemples nous soutenons que des non-spécialistes ont une expertise particulière dans l’évaluation de l’information scientifique. En revanche, le rôle des non-experts est d’aider à débusquer d’éventuels préjugés mêlés aux témoignages des experts, de contester des choix politiques inopportuns, de débattre de l’acceptabilité de certains risques, d’exprimer des préférences parmi un large éventail de solutions de remplacement, d’injecter des valeurs humanistes – le souci de l’égalité, de la beauté, de l’équité – dans des discussions techniques. Ainsi, la démocratie écologique prolonge la représentation moderne dans son souci de contrôler d’éventuels abus de pouvoir. Pourtant, elle s’écarte fondamentalement du modèle moderne selon Constant en cherchant à étendre et à stimuler la participation citoyenne, et non à la tenir à distance. Elle construit une extension de la notion de citoyenneté. Conclusion : protéger la nature comme test du bon gouvernement

Contrairement à la représentation moderne, la démocratie écologique ne se mesure pas principalement à sa capacité de satisfaire les préférences immédiates du peuple. Elle exprime la volonté de prendre au sérieux sa responsabilité, celle de léguer un monde viable et beau à ses descendants. Bien sûr, même moderne, la représentation a toujours prétendu poursuivre de nobles objectifs. Les plus grands partisans du gouvernement représentatif ont en effet fait valoir ses effets bénéfiques sur la nature humaine. Constant exigeait de ses institutions qu’elles « achèvent l’éducation morale des citoyens ». John Stuart Mill affirmait que l’une des principales caractéristiques du bon gouvernement était sa tendance « à augmenter la somme des qualités des gouvernés » [46]. Les deux croyaient que le gouvernement représentatif serait un agent de transformation morale, rendant le citoyen plus actif, indépendant et intelligent. Ce qui devait produire cet effet, cependant, n’était pas l’activité politique courante, mais surtout l’exercice régulier de la liberté privée [47]. Non seulement la représentation moderne incite les citoyens à poursuivre leurs propres désirs, mais elle attribue de la vertu à cette quête. La perspective moderne suggère que le gouvernement représentatif est bon précisément parce qu’il engendre une attitude d’auto-suffisance dans les affaires, ainsi qu’un esprit de résistance aux normes collectives qui pourraient contrecarrer la jouissance des plaisirs privés. Sa fierté à rendre les citoyens « indépendants » valide, en même temps, certaines habitudes d’esprit.

Les démocrates écologiques s’inquiètent au contraire lorsque l’éducation morale est interprétée principalement en termes de capacité des personnes à défendre exclusivement leurs intérêts. Dans la mesure où la liberté moderne, par définition, consiste en l’accroissement de la sensibilité des individus aux décisions collectives qui affectent la vie « privée », elle risque de faire obstacle aux mesures nécessaires pour prévenir de graves dommages écologiques, et à grande échelle. À une époque où l’impact négatif de l’humanité sur l’environnement est chaque jour plus évident, il est inquiétant de lire le raisonnement de Mill, qui associe l’aptitude des gens à devenir « auto-dépendants » à la réalisation d’« un degré élevé de succès dans leur lutte contre la nature » [48]. La liberté, dans son essence même, dresse l’intelligence humaine et le raisonnement moral contre la nature.

Que faire si, croyant à l’instar des modernes en l’égalité, se faisant les avocats du pouvoir du public à croître intellectuellement, nous sommes cependant convaincus du pouvoir de l’humanité à détruire ses conditions naturelles d’existence, et ce en partie à cause des habitudes modernes de penser ? Le test du bon gouvernement devrait alors rompre avec la conception de l’indépendance qui dresse l’individu contre la nature. Les démocrates écologiques proposent au contraire que désormais la mesure du bon gouvernement soit sa tendance à susciter un souci intense de protection de la « nature », selon ses multiples significations.

Depuis plus d’un siècle, des écologistes visionnaires ont tenté de décrire les vertus d’une telle sensibilité écologique. Une conscience écologique perçoit l’humanité non pas comme un dominateur extérieur à la nature, mais comme solidaire de son devenir. Elle s’efforce d’être consciente des effets indirects, à distance et à long terme des activités humaines sur la santé des écosystèmes. Hésitant à séparer les formes de vie de leur contexte environnemental, elle tend vers le holisme. Elle développe le sens du respect de la vie dans toutes ses formes, plutôt que de voir la valeur de la vie non humaine en termes exclusifs d’utilité. Elle est sensible à la beauté et à l’intégrité des choses naturelles et, à la fois, voit dans ces qualités des raisons de les préserver contre la tentation de les consommer ou de les transformer. Elle est sceptique face à la foi en la capacité du progrès technologique à finalement surmonter les conséquences néfastes des activités humaines pour l’environnement. Elle est prête à prendre au sérieux l’idée que les valeurs de sobriété et de modération, et non la poursuite de désirs sans limites, suffisent à fonder une vie humaine bonne.

Sans aucun doute, ces vertus contiennent des ambiguïtés et des contradictions potentielles. Néanmoins, elles partagent une caractéristique qui distingue la sensibilité écologique de la liberté moderne : elles transforment d’emblée la définition et la préservation de la nature en un problème politique. Un engagement en faveur de la démocratie écologique conduit à préférer des formes institutionnelles qui favorisent la sensibilité à l’impact environnemental des activités humaines et qui génèrent une inclination à identifier le bien avec de bonnes normes de protection des services écologiques. Pour les anciens comme pour les modernes, la politique se borne aux relations interhumaines. Il s’agit de susciter la vertu chez les citoyens ; de régler des conflits entre des intérêts concurrents grâce à des lois impartiales ; de distribuer avec justice les biens produits par une coopération humaine. Ces points de vue considèrent la « nature » comme allant de soi. L’environnement matériel ne figure dans ces réflexions qu’à la marge. L’environnement est un lieu, un site historique, le territoire d’une population, une source de matières premières, un bien négociable. Il constitue essentiellement une chose secondaire, dont on traite à l’occasion de la poursuite d’autres priorités. Ce qui caractérise au contraire la sensibilité écologique est de ne plus considérer la nature comme secondaire, toujours à propos d’autre chose. La nature est d’emblée partie prenante des délibérations sur la meilleure organisation possible de la société. Elle constitue une entité qui a une identité propre, qui ne se réduit pas à nos représentations. Son importance ne peut pas non plus être réduite à l’utilité qu’elle nous apporte. L’engagement de la société à comprendre et à préserver ces caractéristiques irréductibles apparaît comme une composante essentielle de la conception d’une bonne vie pour tous.

Nous ne disons pas qu’il faut régler les sociétés sur des normes particulières dont décideraient a priori les philosophes de l’environnement. Ces philosophes eux-mêmes sont divisés sur les significations de la nature. Il n’y a pas de réponse unique, absolue. Ne serait-ce que pour cette raison même, le débat démocratique est incontournable. La part de l’héritage libéral qu’il convient absolument de préserver, outre la liberté et la pluralité d’information, est le principe de l’expression de la société civile, dans sa diversité, pour faire contrepoids à la tendance des responsables politiques à ne tenir compte que des enjeux qui les avantagent. Ainsi, les démocrates écologiques font appel à plusieurs des vertus les mieux connues de la démocratie moderne : la capacité à obtenir des informations de tous les coins de la société et à vérifier l’information par le débat ; la quête de l’inclusion et du respect mutuel ; l’ouverture à la diversité des valeurs ; la détermination à confronter les valeurs dans le dialogue, à les classer par ordre de priorité ou à surmonter leurs contradictions qu’elles génèrent.

Alors que les démocrates écologiques ne peuvent se permettre de sous-estimer la séduction exercée par la liberté moderne, ils ont pourtant raison de ne pas désespérer de la possibilité d’inventer de nouvelles perspectives pour la liberté. La liberté moderne a été inventée pour protéger les citoyens de l’arrogance des monarques, des religieux fanatiques et des factions populaires. L’arbitraire des décisions, la partialité, ou l’obscurité de l’exposé des motifs ont justifié la résistance et la volonté de protéger les préférences « privées » des individus. Mais les problèmes écologiques conduisent à une pression sur les choix « privés » qui offre peu de ressemblance avec les décrets autoritaires d’une élite irresponsable. Les arguments en faveur de la lutte contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité sont accessibles au public ; ils sont scientifiquement fondés et ouverts au débat. Si la démocratie écologique exige de changer les modes de production et de consommation, c’est à cause de problèmes écologiques constatés, nécessitant d’importants ajustements pour le bien-être de la société au sens large, au delà des limites mêmes de l’espèce humaine. Les futures démocraties auront à veiller sur la puissance de nos technologies dans un monde bondé et fragile, où le pouvoir de consommer des uns pourra compromettre le substrat naturel du bien-être, voire de la vie, de tous, ainsi que le sens même de l’aventure humaine. Elles devront concilier les droits et devoirs de l’individu et l’impératif suprême de la survie de l’espèce. L’audace des démocrates écologiques de conviction est de croire qu’il est possible de concevoir, grâce à la participation, des lois environnementalement justifiées et moins onéreuses ; et ce, parce que les gens arrivent à comprendre leur dépendance vis-à-vis des biens publics, à jouer un rôle dans leur développement, à voir que les charges sont réparties de manière équitable et à utiliser leur aptitude au discernement pour empêcher des abus de pouvoir dangereux.

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Notes

[1] Voir le calcul de J.-M. Jancovici et d’A. Grandjean dans Le Plein s’il vous plaît, Paris, Seuil, 2006, p. 38.

[2] Voir Millennium Ecosystem Assessment, Ecosystems and Human Well-Being. Synthesis, Washington, Island Press, DC, 2005, document disponible sur le site du Millenium : www.millenniumassessment.org

[3] Voir M. Lynas, Six degrés. Que va-t-il se passer ?, Paris, Dunod, 2008, p. 15-54.

[4] Voir J. Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Paris, Gallimard, 2006.

[5] Voir Bertrand de Jouvenel, « La terre est petite » (1959) in Arcadie. Essais sur le mieux-vivre, Paris, Gallimard, 2002, p. 66-77.

[6] J. M. Keynes, « Perspectives économiques pour nos petits-enfants » (1930) in Essais sur la monnaie et l’économie, Paris, Payot, 1971, p. 133-134.

[7] Voir Patrick Criqui, Benoît Faraco et Alain Grandjean, Les États et le carbone, ouvrage à paraître dans la collection « Développement durable et innovation institutionnelle » aux PUF en novembre 2009.

[8] Hans Jonas, Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Cerf, 1990 ; William Ophuls, Ecology and the Politics of Scarcity (1977) ; Robert Heilbroner, An Inquiry into the Human Prospect (1980).

[9] A. Sen, Development as Freedom, 1999.

[10] Voir D. Bourg, Les Scénarios de l’écologie, Paris, Hachette, 1996 et Le Nouvel âge de l’écologie, recueil d’articles, collection « TechnoCité », éditions Descartes et Cie, 2003.

[11] Benjamin Constant, « De la liberté des anciens comparée à celle des modernes » (1819) dans De la liberté chez les Modernes, présenté par Marcel Gauchet, Paris, Hachette, 1980.

[12] A. Rehfeld, The Concept of Constituency. Political Representation, Democratic Legitimacy and Institutional Design, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.

[13] John Stuart Mill, « Introduction » à On Liberty (1859).

[14] Benjamin Constant, « Principes de politique », dans De la liberté chez les Modernes, op. cit., p. 280.

[15] Physique, II, 8.

[16] Ibid.

[17] Physique, II, 1.

[18] Politique, I.

[19] Du Pouvoir, Histoire naturelle de sa croissance (1945), Paris, Hachette, 1972.

[20] Cf. W. Steffen, P. J. Crutzen & J. R. McNeill, « The Anthropocene : Are Humans Now Overwhelming the Great Forces of Nature ? » Ambio 36-8, 2007, p. 614-621 (Royal Swedish Academy of Sciences) ; et D. Bourg, A. Grandjean, & Th. Libaert. 2006. Environnement et entreprises. En finir avec les discours. Paris, Village Mondial, 2006, p. 26-27 pour les courbes.

[21] E. Fox Keller, Expliquer la vie. Modèles, métaphores et machines en biologie du développement, Paris, Gallimard, 2004, p. 327.

[22] Voir N. Bouleau, « La Question ontologique. Mathématiques et ontologie. Pragmatisme et Quine. Relativisme et préjugé de supériorité analytique » (à paraître).

[23] Voir J.-M. Lévy-Leblond, Aux contraires. L’exercice de la pensée et la pratique de la science, Paris, Gallimard, 1996.

[24] « Pour un universalisme relatif », entretien avec Ph. Descola, Revue des deux mondes, mars 2009 et plus généralement Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

[25] Voir Étienne Klein, notamment Galilée et les Indiens, allons-nous liquider la science ?, Paris, Flammarion, 2008.

[26] Pour une comparaison suggestive entre le changement technologique et les changements d’ordre constitutionnel, voir Langdon Winner, La Baleine et Le Réacteur. À la recherche de limites au temps de la haute technologie, Paris, Descartes et Cie, 2002.

[27] Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes, Paris, La Découverte, 1991.

[28] Latour semble faire quelques propositions semblables. Pour une approche critique, voir Kerry Whiteside, Divided Natures. French Contributions to Political Ecology, MIT Press, 2002, p. 134-140 et 249-257 ; Kerry Whiteside, Precautionary Politics. Principle and Practice in Confronting Environmental Risk, MIT Press, 2006, p. 101-111.

[29] Pierre Rosanvallon, La Contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Paris, Seuil, 2006.

[30] Voir Andrew Jordand and Duncan Liefferink, eds., Environmental Policy in Europe. The Europeanization of National Environmental Policy, Routledge, 2004.

[31] « Wanted : A vigorous debate, » The Economist, juin 2009, p. 49.

[32] http://www.elections2009-results.eu/en/index_en.html

[33] Nadia Urbinati and Mark E. Warren, « The Concept of Representation in Contemporary Democratic Theory, » The Annual Review of Political Science novembre 2008, p. 403, disponible en ligne à http://polisci.annualreviews.org.

[34] John McCormick, « The role of environmental NGOs in international regimes, » in The Global Environment. Institutions, Law, and Policy, ed. Norman, J. Vig et Regina S. Axelrod, Congressional Quarterly Press 1999, p. 53.

[35] Pour une analyse du Grenelle, voir K.H. Whiteside, D. Boy & D. Bourg, « France’s “Grenelle de l’environnement ” : Openings and Closures in Ecological Democracy », à paraître en 2010 dans Environmental Politics.

[36] Andrew Jamison, « The Shaping of the Global Agenda : The Role of Non-Governmental Organisations, » in Risk, Environment and Modernity : Towards a New Ecology, ed. S. Lash, B. Szerszynski, et Brian Wynne, Sage Publications, 1996, p. 226.

[37] Walter F. Baber, W.F. and Robert V. Bartlett, Deliberative Environmental Politics : Democracy and Ecological Rationality, The MIT Press, 2005, p. 6.

[38] Jamison, p. 243.

[39] Groupe 5, Construire une démocratie écologique, Le Grenelle de l’Environnement. 2007. Synthèse et principales mesures, 27 Septembre.

[40] Voir Michele M. Betsill et Elisabeth Corell, NGO Diplomacy : The Influence of Nongovernmental Organizations in International Environmental Negotiations, MIT Press, 2008, p. 205-206.

[41] G. Frege, Écrits logiques et philosophiques, Paris, Seuil, 1995.

[42] Voir P. Rosanvallon, Le Peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998.

[43] Voir D. Bourg et D. Boy, Conférences de citoyens mode d’emploi, Paris, Descartes et Cie/Charles Léopold Mayer, 2005.

[44] Concernant ce principe, outre le livre de K. Whiteside signalé plus haut, voir également D. Bourg et J.-L. Schlegel, Parer aux risques de demain. Le Principe de précaution, Paris, Seuil, 2001 et D. Bourg et A. Papaux, « Des limites du principe de précaution : OGM, transhumanisme et détermination collective des fins », Économie publique - Public Economics, n° 21 (2007/2), p. 95-123.

[45] Carolyn Raffensperger et Nancy Myers, « Becoming Guardians : Some ideas on how to move forward », The Networker. The Newsletter of the Science and Environmental Health Network, Septembre 2006, Volume 11, N° 5.

[46] John Stuart Mill, Considerations on Representative Government (1861), Bobbs-Merrill Educational Publishing, Library of Liberal Arts, 1958, p 25.

[47] Mill a également affirmé que le système représentatif pouvait conforter le sentiment de « l’intérêt public ». Il pensait cependant que ce ne pouvait être le cas que si les gens participaient « même rarement » à des fonctions publiques. Voir Mill, Considerations, p. 54-55. La plupart de ses arguments sur les effets moraux de la représentation mettent l’accent sur leur développement dans le cadre d’un individualisme quotidien et assidu, voire excentrique.

[48] Mill, Considerations on Representative Government, p. 43.

Une vigne OGM détruite en Alsace Faucheurs volontaires Reporterre 2009/09/26 Faucheurs volontaires (26 septembre 2009) Une vigne OGM détruite en Alsace. Reporterre. fr

Une vigne OGM détruite en Alsace

Le Collectif des Faucheurs Volontaires approuve la destruction, par Pierre Azelvandre, de porte-greffes de vignes génétiquement modifiés résistants au court noué, au centre d’expérimentation de l’INRA de Colmar, le 7 septembre dernier.

L’INRA de Colmar avait formulé une demande d’essai pluriannuel de 2004 à 2008. La CGB a formulé un avis positif le 7 Mai 2004 pour la période précitée. L’INRA s’engageait, au plus tard à l’automne 2008 à détruire et incinérer les plants ayant servis à cette expérimentation.

Le collectif des faucheurs volontaires considère que la destruction de ces plants en dehors de cette période permet de mettre en évidence le non respect par l’INRA de ses engagements et du contrat d’autorisation par le Gouvernement. Pour le collectif des faucheurs volontaires cette action ne constitue donc pas un délit mais une action citoyenne responsable.

D’autre part Pierre Azelvandre est intervenu après qu’il ait utilisé des moyens légaux pour interpeller politiques et chercheurs sur les risques liés aux cultures et expérimentations de plantes G.M. : demande de communication d’informations sur les sites d’implantation d’OGM auprès des élus locaux, de la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs), du Conseil d’Etat, de la Cour Européenne de Justice. Celle-ci a d’ailleurs condamné la France, le 7 février dernier, à rendre public toutes les informations sur les lieux d’implantation des essais et champs d’OGM.

La démarche progressive utilisée par Pierre Azelvandre est fidèle à celle que les Faucheurs Volontaires mettent en œuvre avant de passer aux actions de désobéissance civique en neutralisant des essais et cultures G.M. Comme lui, ils dénoncent l’absence d’autres recherches alternatives par l’INRA sur les moyens de lutter contre les plantes adventices et les attaques virales et microbiennes agricoles.

Les Faucheurs Volontaires réaffirment que la recherche publique sur la problématique des OGM doit tenir compte des besoins et des intérêts de la société civile et doit privilégier l’utilité sociale aux intérêts financiers des grands groupes semenciers.

Cette action de désobéissance civique est largement justifiée par l’absence de débat public.

Le collectif des Faucheurs Volontaires salue l’acte de Pierre Azelvandre et l’assure de sa solidarité.

Contact :

Jean-Marie MIRE

03 87 50 44 63

jeanmariemire@wanadoo.fr

Bonus des banquiers : pas touche ! Jean Matouk Reporterre 2009/09/26 Jean Matouk (26 septembre 2009) Bonus des banquiers : pas touche !. Reporterre. Tribune — fr

Bonus des banquiers : pas touche !

Contrôler les bonus des spéculateurs banquiers entraînerait logiquement la remise en cause de toute la pyramide des rémunérations.

Tout plutôt que plafonner ! Aux dernières nouvelles, l’administration américaine vient de sortir de ses cartons une nouvelle proposition qui, sous des aspects plus rigoureux, écarte, en fait, la proposition européenne de plafonner les bonus des traders. La banque centrale américaine, le Federal reserve system, serait autorisée à « contrôler la structure des rémunérations » de 5000 holdings bancaires américaines pour vérifier qu’elle ne leur fait pas courir de risques excessifs. Dans cette dernière hypothèse, elle pourrait imposer des changements et même des remboursements. A charge pour chaque banque centrale régionales d’en faire autant avec ses banques.

Pourquoi ce refus de plafonner ?

Il est donc inutile d’imposer un plafond aux revenus des traders et, par la même, de tirer plus ou moins vers le bas, les rémunérations de l’ensemble des dirigeants… du moment que les banques peuvent les supporter sans trop de risques. Voici un premier point qui permettra aux gouvernants des vingt Etats de se congratuler publiquement à Pittsburgh. J’analyserai ailleurs les autres « points » du futur accord à grand « spectacle », en essayant, en contrepoint, d’exposer les réformes vraiment nécessaires. Mais l’on peut déjà se poser la question : pourquoi ce refus de plafonner ?

La raison avancée depuis Londres en avril, c’est que si une banque ne peut pas rivaliser en matière de revenus avec les banques des autres pays, elle perdra ses bons opérateurs qui s’expatrieront. Mais si un accord était justement passé entre les vingt Etats pour plafonner ensemble et simultanément ces revenus, ou leur imposer une fiscalité confiscatoire, une telle vague d’expatriations serait tarie à la source. Derrière les traders, les dirigeants

Mais plafonner les bonus des « traders », ce serait aussi remettre en cause, les revenus « obscènes » de leurs dirigeants. Et les remettre en cause, ce serait ébranler une pyramide des revenus dont les étages supérieurs n’ont cessé de s’élargir, parce que les plus hauts s’envolaient. Les revenus des financiers jouent à cet égard le même rôle légitimant que ceux des sportifs professionnels.

Selon deux économistes américains Friedman et Saks, entre la fin 1940 et la fin 1960, le rapport entre le revenu moyen et celui des trois principaux dirigeants des 100 premières firmes américaines était de 35/40 ; il est aujourd’hui supérieur à 1501 !

Cet écartement des revenus vaut pour tout le monde développé, qu’il se manifeste entre les plus bas et les plus hauts revenus, ou comme en France, en raison des mesures sociales comme le RMI ou la CMU, entre les revenus moyens et supérieurs. Je cite l’Insee : l’augmentation des revenus ne s’est pas faite de manière uniforme au sein de la population ; les personnes ayant un niveau de vie inférieur au 1er décile ont vu leur niveau de vie moyen augmenter de 5%, c’est-à-dire un peu plus que la moyenne.

A l’inverse, les niveaux de vie moyens des plus aisés ont augmenté et ce d’autant plus que l’on se situe sur le haut de la distribution. En effet, le niveau de vie moyen des 20% de la population la plus aisée s’est accru de près de 8% sur la période.

Des inégalités qui « font système »

Cet élargissement de l’éventail des revenus n’est pas seulement moralement condamnable. Il n’est pas seulement socialement destructeur, et économiquement inutile car ces hauts revenus, surtout en Europe, s’investissent peu dans l’entreprise. Il fait surtout système, et c’est pourquoi il ne saurait être remis en cause.

Comme l’ont montré de nombreux économistes, à commencer par Thorstein Veblen, ce sont les personnes les plus aisées qui fixent le « mode de vie » à imiter pour avoir « réussi ». La lutte pour la reconnaissance que mène chaque homme pour acquérir confiance en soi et estime de soi passe, dans notre société, par la possession et l’usage des mêmes biens que ceux qui sont au-dessus dans l’échelle sociale. Et cette lutte, c’est la mécanique qui entretient la demande et donc la croissance économique, financée depuis vingt ans, non plus par la hausse des salaires, aujourd’hui bloqués par la mondialisation, mais par l’endettement.

Malheureusement cette dynamique économiquement et socialement insoutenable à long terme, est devenue aujourd’hui écologiquement désastreuse.

Plus de riches, plus de pollution

Comme le dit fort justement Hervé Kempf, les consommations ostentatoires des « riches » sont celles qui gaspillent le plus et sont les plus polluantes. En cherchant à les imiter, les autres citoyens des pays développés, mais aussi, à travers le spectacle de la marchandise, « télé-visible » partout dans le monde, ceux des pays émergents, ne peuvent que polluer de plus en plus la planète.

A la fin de l’ancien régime, l’aristocratie nobiliaire française était persuadée que ses privilèges politiques et économiques étaient de plein droit. Les réformateurs d’alors, les Necker, et Turgot n’ont pas pu y porter atteinte car c’était faire écrouler tout le système. Aujourd’hui, il en va exactement de même de cette nouvelle « aristocratie financière », au niveau mondial. Elle est persuadée de la parfaite légitimité de ses privilèges financiers exorbitants, et ceux-ci tiennent et tirent le système par le haut.

Nicolas Sarkozy, comme Angela Merkel ou Gordon Brown, pour peu qu’ils le veuillent tous vraiment, pas plus qu’Obama, ne sont en mesure, hors d’une véritable révolution, d’ébranler le système et de ramener à la raison ces dirigeants économiques menés par ceux de Goldman Sachs et Barclays. Les bonus de leurs traders, comme les leurs, vont donc continuer comme avant à caracoler au détriment du lien social et de la planète.

Il ne s’est rien passé au G 20 de Pittsburgh Attac Reporterre 2009/09/26 Attac (26 septembre 2009) Il ne s’est rien passé au G 20 de Pittsburgh. Reporterre. fr

Il ne s’est rien passé au G 20 de Pittsburgh

Pour les dirgeants des principaux Etats, il n’est pas question de remettre en cause le fonctionnement du système financier.

Pour la troisième fois en moins d’un an, le G20 vient d’administrer la preuve de son obstination à conforter le système financier mondial dans ses pires travers, ceux qui ont conduit à la plus grave crise depuis quatre-vingts ans.

Les décisions

- Bonus : l’arbre qui cache la forêt

Le G20 braque les projecteurs sur les bonus des traders : les bonus pourront être fixés "en pourcentage du revenu net bancaire", lorsqu’une banque "ne dispose pas de fonds propres suffisants".

Les traders seraient récompensés quand ils font faire des bénéfices à leur banque et seraient pénalisés en cas de perte. Qu’est-ce que ce système, sinon une légitimation des profits d’une finance « socialement inutile » par définition, selon les propres termes de M. Adair Turner, président de l’Autorité des services financiers du Royaume-Uni ?

- G20 et FMI : les nouveaux directoires de l’économie mondiale

Le G20 annonce le retrait du G8 pour se promouvoir nouveau gouvernement de l’économie mondiale, laissant de côté une grande partie de l’humanité, celle qui est la plus pauvre. La modification minime des droits de vote au sein du Fonds monétaire international en faveur des pays émergents n’est pas en mesure de changer véritablement la réalité du pouvoir ni les fondements de ses politiques d’ajustement structurel.

- OMC : la libéralisation des marchés reste la seule solution

Encore une fois, le G20 a défendu une conclusion du cycle de Doha à l’OMC dès l’année prochaine. "Nous maintiendrons l’ouverture et la liberté des marchés et réaffirmons les engagements pris à Washington et à Londres : nous nous abstiendrons d’élever des obstacles aux investissements ou aux échanges de biens et de services ou d’en imposer de nouveaux" et "nous ne recourrons pas au protectionnisme financier, notamment à des mesures qui restreindraient les flux de capitaux à l’échelle mondiale". L’idéologie néolibérale est intacte, malgré les dégâts qu’elle a entrainés depuis 30 ans.

Les absences

- Les paradis fiscaux seront-ils démantelés ?

Non, ils sont blanchis, alors qu’à peine 5% d’entre eux ont signé des accords de coopération qui ne les engagent à pas grand-chose tant que les banques et les fonds spéculatifs ne seront pas empêchés d’y faire des opérations marquées par la fraude et l’évasion fiscales. Et la plupart des secrets des banquiers resteront bien enfouis.

- Les marchés de gré à gré et les hedge funds seront-ils interdits, et les produits dérivés et la titrisation fortement encadrés ? Les banques de dépôts et les banques d’affaires seront-elles séparées ?

Non, tous les mécanismes financiers pratiquement incontrôlables sont maintenus et ils continueront à imposer des critères de rentabilité exorbitants et à générer des actifs financiers dont la valeur sera d’autant plus fictive qu’elle sera énorme.

- Les transactions financières seront-elles taxées ?

Non, et pour donner le change, quelques voix gouvernementales parlent de la taxe Tobin, mais c’est aussitôt pour la rendre facultative, pour lui fixer un taux ridiculement bas, ou conditionner sa mise en œuvre à l’accord de l’ensemble des places boursières. De quoi rassurer les financiers.

- Des mesures concrètes et efficaces seront-elles prises au niveau international contre le changement climatique ?

Non, l’appel des pays du G20 sur la question apparaît complètement creux, puisqu’aucune proposition concrète en terme de mesure et de financement n’est avancée. Leur intention affichée de "ne pas ménager leurs efforts pour conclure un accord à Copenhague" ne doit pas faire oublier que les positions actuelles des pays riches empêchent tout accord sérieux, à la hauteur des exigences écologiques.

Les conclusions d’Attac

Le G20, dans ses trois réunions de Washington (novembre 2008), Londres (avril 2009) et Pittsburgh, confirme que les gouvernements des pays les plus puissants considèrent que le système financier doit être remis en selle et non pas remis en cause : la foi en la capacité des marchés à s’autoréguler reste globalement intacte. Pourtant, la gravité de la crise, s’étendant de la finance à l’économie, au social et à l’écologie aurait dû servir de dernier avertissement.

Le sauvetage des banques et de l’ensemble du système financier sans aucune contrepartie pour la société, la relance de l’économie à coups de déficits publics sans imaginer un mode de développement écologique, et les atermoiements face au dérèglement climatique dont la régulation est confiée au marché créeront malheureusement les conditions d’une prochaine crise encore plus grave.

Les services publics, l’assurance maladie et les retraites continuent d’être privatisés dans les pays du G20, sous la pression des compagnies d’assurance et des fonds de pension, acteurs majeurs de la spéculation financière.

Les revenus du capital ne seront pas limités et ceux du travail attendront d’être revalorisés. Le G20 ne dit rien sur cette question d’autant plus cruciale que la montée extraordinaire des inégalités est l’une des principales raisons du caractère systémique de la crise.

L’association Attac réaffirme son opposition radicale à un système économique et financier prédateur et inégalitaire et son engagement en faveur : - d’une socialisation du secteur bancaire et financier avec un contrôle citoyen ; - d’une taxation internationale des transactions financières ; - d’une limitation stricte des revenus financiers ; - du placement hors marché des biens publics mondiaux ; - d’une régulation mondiale de la finance, de l’économie et de l’écologie (en particulier du climat) sous l’égide de l’ONU.

Les paysans sans terre se rassemblent dans l’Hérault Via Campesina Reporterre 2009/09/28 Via Campesina (28 septembre 2009) Les paysans sans terre se rassemblent dans l’Hérault. Reporterre. fr

Les paysans sans terre se rassemblent dans l’Hérault

Les jeunes de la Coordination Européenne Via Campesina organisent un campement européen du 30 septembre au 4 octobre, à Minerve (Hérault), pour rassembler les jeunes et futurs paysans, les personnes avec des projets d’installation, les paysans sans terre et celles et ceux qui veulent reconstruire la souveraineté alimentaire en Europe.

Les jeunes de la Coordination Européenne Via Campesina organisent un campement européen du 30 septembre au 4 octobre, à Minerve (Hérault), pour rassembler les jeunes et futurs paysans, les personnes avec des projets d’installation, les paysans sans terre et celles et ceux qui veulent reconstruire la souveraineté alimentaire en Europe.

Le crise mondiale de l’alimentation de l’agriculture, du climat, de l’énergie, de la biodiversité et de nos sociétés toutes entières touchent des milliards de personnes. Cette crise est étroitement liée au remplacement de l’agriculture paysanne et familiale par des modes de production et de consommation industriels contrôlés par les entreprises multinationales. Alors que des milliards d’euros ont été donnés aux banques ces derniers mois, l’entreprise d’anéantissement de l’agriculture paysanne par les politiques néo-libérales continue. Ces politiques détruisent des modes de vie qui ont prouvé leur capacité à maintenir un lien harmonieux entre les êtres humains et entre les sociétés et leur environnement. En Europe, les forces dominantes ont presque réussi à exterminer totalement la paysannerie en faisant en sorte qu’il soit impossible pour les petits agriculteurs de survivre du travail de la terre et pour les jeunes de s’installer comme paysan.

Nous voulons devenir paysans pour reprendre le contrôle de nos vies et pour mettre nos valeurs en pratique. En cultivant la terre, nous exprimons notre engagement vis à vis de nos territoires, de notre environnement et des personnes avec qui, dans notre voisinnage ou dans un lointain pays, nous partageons cette petite planète. De cette façon, nous participons à assurer un futur viable pour les générations à venir. Nous pouvons en finir avec la machine de dévastation en renforcant le mouvement des jeunes paysans et de ceux et celles qui veulent s’installer, en relocalisant l’économie et en utilisant notre créativité pour reconstruire des campagnes vivantes. Il n’y a de futur possible en Europe que si de nombreux jeunes paysans et paysannes peuvent s’installer !

Les luttes à mener sont nombreuses : pour l’accès à la terre, pour des prix agricoles rémunérateurs, pour la reconnaissance social du travail paysan, contre la domination du modèle d’agriculture industrielle et pour des politiques agricoles plus justes. Nous voulons nous rassembler pour nous renforcer et ouvrir la possibilité à ceux et celles qui veulent cultiver la terre de le faire.

Le campement Reclaim the Fields est destiné aux jeunes paysan-ne-s et à toutes celles et ceux qui souhaitent le devenir. Vous êtes chaleureusement invité-e-s à venir partager vos expériences et s’inspirer de celles des autres. Il y aura de nombreux ateliers, pratiques et théoriques, sur l’accès à la terre, l’agriculture urbaine, les politiques agricoles, l’agroécologie, les alliances producteurs-consommateurs, etc...

Le campement aura lieu sur la ferme collective de Cravirola, dans la Sud de la France. Tous les participants sont invités à prendre en charge son bon déroulement. Chaque jour, une assemblée organisera la vie collective, comme les repas, le nettoyage et les annoncements sur le programme. Une petite contribution vous sera demandée pour le campement (5 euros pour toute la durée du campement) et pour les repas.

La gauche perd quand elle est au centre Gérard Filoche Reporterre 2009/09/28 Gérard Filoche (28 septembre 2009) La gauche perd quand elle est au centre. Reporterre. Tribune — fr

La gauche perd quand elle est au centre

En Allemagne, Angela Merkel a remporté les élections du 27 septembre, pendant que le SPD s’effondrait. Die Linke et les Verts progressent, mais le pays a voté à droite.

En Allemagne, la défaite du SPD est sévère et légitime.

Elle était prévisible. Toute alliance avec la droite nourrit la droite. La « troisième voie » est une voie maudite. Déjà perdante le 7 juin dans toute l’Europe, elle reperd spectaculairement le 27 septembre en Allemagne. Les vieux schémas SFIO, alliance au centre ou à droite des années 50, tant vanté par les Valls, Peillon, cie perdent encore et toujours.

Pour gagner, car il y a deux camps, il faut construire, renforcer, unifier le camp du salariat contre celui de l’actionnariat. Celui qui brouille les frontières entre les deux camps, embrouille son camp. Les alliances de la gauche avec la droite sont contre-nature : en Allemagne avec la CDU, en France avec la droiteUDFmodem.

C’est donc le prix de la trahison qui vient d’être payé par le SPD qui a gouverné carrément avec la droite sur des bases de droite pendant cinq ans. Pourtant aux dernières élections allemandes, la gauche avait plus de voix que la droite : SPD, Verts et Die linke étaient majoritaires ensemble. Faute de s’être uni pour gouverner à gauche, c’est le choix de la « grande coalition » CDU-SPD qui a conduit le pays là où il est, chômage, misère, inégalités. Il est arrivé ce qui devait arriver : finalement les électeurs de droite ont préféré l’original à la copie, les électeurs de gauche se sont découragés et divisés.

La participation cette fois a été historiquement au niveau le plus bas, c’est comme si la gauche avait tout fait pour donner le pouvoir à Angela Merkel. Résultat : à la fois division, démobilisation et radicalisation de l’électorat de gauche. 22 %, le pire score du SPD en 60 ans, il perd 10 millions d’électeurs, et puis 10 % pour les Verts, alors qu’avec 12 %, Die linke progresse, traduisant l’impatience de ceux qui résistent. C’est parfaitement lisible : les responsables du SPD sont légitimement sanctionnés, l’abstention à gauche est énorme, Die linke capte fort justement les aspirations de gauche et passe même devant les Verts. Mais le total des voix ne progresse pas et Merkel est au pouvoir pour cinq ans de plus.

C’est seulement maintenant que le dirigeant du SPD Frank-Walter Stenmeier affirme qu’il « est temps de construire une véritable opposition ». Hé, oui, mais tout cela est de sa faute…

Jean-Luc Mélenchon appelle la gauche Française à méditer les résultats allemands : il a raison. Si l’on veut éviter le même résultat, il faut travailler sans tarder à unir TOUTE la gauche contre TOUTE la droite : sinon 2012 est connu d’avance.

Plus que jamais la gauche du PS a la responsabilité d’influer sur le cours de ce parti, elle doit se dynamiser comme elle a commencé à le faire ce week-end dans son assemblée générale des Landes, elle doit s’unifier elle-même davantage pour peser sur la majorité de Martine Aubry. Elle a montré la voie en réunissant la Gauche unitaire, le NPA, les Verts, le PCF, le MRC, le PG… On a vu qu’un programme commun de toute la gauche était possible…

En fait, à la tribune, à Vieux-Boucau, on parle tous le même langage sur le fond, on peut bâtir une unité de toute la gauche, et pas seulement une petite gauche. Le cœur d’un programme commun saute aux yeux : l ! (C’était le titre de la contribution de D&S au dernier congrès de Reims) : la redistribution des richesses.

Pour redistribuer les richesses, le moyen le plus simple, direct, évident c’est d’augmenter massivement les salaires. C’est de réduire la durée du travail pour travailler tous, moins, mieux, 35 h. C’est donner la priorité au travail des jeunes et de défendre la retraite à 60 ans. C’est une révolution fiscale juste : priorité aux impôts directs et progressifs sur le revenu et les sociétés, suppression des taxes indirectes et proportionnelles injustes. Pour faciliter cela, il faut lutter contre la mondialisation libérale, rétablir des règles de l’échange. C’était le sens de la conclusion de Benoit Hamon en notre nom à tous.

Les médias sarkozystes, méprisants et méprisables, ont boycotté cette réunion de l’espoir à gauche : alors qu’ils valorisaient Marseille et Montpellier, ils ont ignoré Vieux Boucau. C’est la preuve que l’union du PS avec le Modem, c’est ce que veut Sarkzoy pour gagner comme Merkel en Allemagne. Et que la voie vers l’union de toute la gauche, c’est ce que la presse sarkoziste veut étouffer.

Allez, au travail : construisons partout des rencontres unitaires de toute la gauche, agissons en commun aussi, comme le 3 octobre pour défendre la Poste

Les Verts allemands obtiennent le meilleur score de leur histoire Les Verts Reporterre 2009/09/29 Les Verts (29 septembre 2009) Les Verts allemands obtiennent le meilleur score de leur histoire. Reporterre. fr

Les Verts allemands obtiennent le meilleur score de leur histoire

Les Verts félicitent chaleureusement leurs homologues allemands qui viennent d’obtenir aux élections législatives du 29 septembre le meilleur score de leur histoire avec 10,7 % des voix et 68 sièges (contre 8,1 % et 51 sièges en 2005).

Ces résultats sont corroborés par ceux des deux élections régionales qui ont eu lieu le même jour au Schleswig-Holstein et au Brandebourg. Au Schleswig-Holstein les Verts ont doublé leur score précédent en obtenant 12,4 %, au Brandebourg ils ont réintégré le Parlement dont ils étaient absents depuis 15 ans en obtenant 5,6 % des voix. Aux trois élections provinciales du 30 août, en Sarre, en Saxe et en Thuringe, les Verts étaient déjà en légère hausse partout.

Ces résultats démontrent que les Verts allemands sont devenus un acteur stable, fiable et en progression constante dans la vie politique allemande. Leur campagne a été axée sur la création d’un million d’emplois verts, à promotion des énergies renouvelables, des transports propres, des économies d’énergie, le refus d’une remise en cause de la sortie du nucléaire en 2020.

Petite ombre au tableau : malgré leur score record, les Verts n’arrivent qu’en 5e position derrière les deux mastodontes conservateur (CDU en légère régression) et social-démocrate (SPD en chute libre) mais aussi derrière les libéraux du FDP et le parti de gauche radicale Die Linke, tous deux en forte progression.

Grosse ombre au tableau : le pays sera désormais dirigé par une coalition de droite CDU/FDP qui ne manquera pas de mettre en place des politiques libérales. C’est dans l’opposition que les Verts allemands devront agir pour que le réchauffement climatique et le sort des plus défavorisés ne passent pas par pertes et profits, aux côtés du SPD et de Die Linke. Nous leur souhaitons d’y parvenir, en prévision d’autres succès à l’avenir !

Le gâteau ne peut plus grossir, il faut bien le partager Jean Gadrey Reporterre 2009/09/30 Jean Gadrey (30 septembre 2009) Le gâteau ne peut plus grossir, il faut bien le partager. Reporterre. Tribune — fr

Le gâteau ne peut plus grossir, il faut bien le partager

La maladie croissanciste continue à ravager le monde de l’économie. Fondée sur l’idée devenue d’une stupidité affligeante qu’il faut toujours faire grossir le « gâteau » pour que les pauvres puissent en profiter.

Parmi les grands commandements de la religion de la croissance figure en bonne place le « théorème de la croissance comme préalable ». Ce théorème est à ranger verticalement après celui, plus ancien, d’Helmut Schmidt : les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. On a vu depuis ce qu’il en était.

Variante imagée du théorème : il faut d’abord faire grossir le gâteau (des richesses économiques comptées dans le PIB) si l’on veut mener des politiques sociales et créer des emplois. Donc il nous faut et il nous faudra toujours de la croissance pour le bien de tous. Recourir à d’autres critères et d’autres indicateurs ? Bof. Croissez, le reste suivra.

Cette idée traîne partout. Elle est d’une bêtise affligeante. D’abord, un enfant de deux ans peut comprendre qu’avec le même gâteau, on peut avoir des parts très inégales ou très égales, ce qui fait des sociétés très différentes. L’équité dans la distribution change tout. Mais on nous rétorque : en faisant grossir le gâteau, on peut promettre aux plus pauvres un morceau un peu plus gros, non ? Cela les aiderait à supporter le spectacle de ceux qui se goinfrent, non ?

Outre que la dernière période a montré que, en dépit de la croissance, le sort des plus pauvres ne s’améliorait pas (et empirait aux Etats-Unis, où la croissance était plus forte), outre que ce sort s’évalue aussi en termes relatifs, le contre argument le plus important est le suivant : le gâteau PIB est de plus en plus empoisonné. À force de vouloir le gonfler en substances socialement et écologiquement toxiques, en crédits toxiques, en surexploitation des ressources humaines et naturelles, en carbone embarqué, il va nous exploser à la figure. Distribuer plus équitablement un gâteau plus gros mais pourri, ce n’est un cadeau pour personne.

Non, il ne faut pas toujours produire plus pour pouvoir mener des politiques sociales et environnementales en répartissant un gâteau PIB toujours plus gros. Il faut produire mieux et autre chose, changer la recette et donc le gâteau, et mieux le partager. Il faut veiller à n’intégrer dans ce qu’on produit, dans la valeur ajoutée, dans le gâteau PIB, que des ingrédients d’utilité sociale et écologique et des biens communs. Il faut s’assurer que ce qu’on produit fait du bien aux personnes, au lien social et à la nature, ce qui n’a rien avoir avec le « toujours plus », et ce qui s’y oppose de plus en plus. Et il faut valoriser tous les gâteaux autres que le PIB pour s’intéresser à un chariot de desserts où l’on trouve le temps libre choisi, les liens sociaux, et tous les ingrédients de la qualité de vie dans une société soutenable. C’est le fondement d’une écologie sociale et politique de la production, marchande ou non. Cela implique à coup sûr de réduire fortement les inégalités. Ce n’est pas contradictoire avec la progression de l’emploi, si on fait ce qu’il faut (voir d’autres textes de ce blog).

BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS

Ce que j’écris là a été explicité plus longuement et plus brillamment, dans un rapport récent au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, par mes amis Laurent Cordonnier, économiste, et Gérard Grass, consultant. Voir ce lien.

En voici de courts extraits :

« … la dichotomie entre l’intérêt collectif et les agents “ privés ” est pour une part largement trompeuse : il y a toujours des biens communs dans la richesse produite … Sans contenu en biens communs, la valeur marchande des biens et services (ou leur prix payé par l’impôt) serait bien plus faible que ce qu’elle est. Le prix d’une voiture s’explique au moins autant par ses qualités sociales et environnementales [salaires décents ou non, sécurité, innovations pour réaliser des économies de carburant ou de matières ou pour limiter la pollution, qualités esthétiques…] que par le nombre de kilomètres passagers qu’elle réalisera dans sa vie. … Or les biens communs ne peuvent pas être produits (la plupart du temps) dans des fabriques à biens communs, même si, pour une part, l’Etat producteur de services publics a tenté d’en incarner la figure parfois exclusive. Si certains biens communs ne sont pas intégrés directement à la production marchande, ils ne peuvent pas être produits “ après coup ” ni même “ ailleurs ” (ex : l’égalité salariale entre les hommes et les femmes). Quant aux biens communs qui peuvent être produits “ ailleurs ” ou “ après coup ” (ex : la dépollution), leur production après coup donne l’idée d’une richesse supplémentaire (puisque ça fait du PIB), alors qu’il ne s’agit que d’un gaspillage de travail et de capital. La question ne peut donc plus être présentée dans ses termes anciens : produisons le plus possible de biens particuliers, et après on sera assez riche pour se payer et distribuer des biens communs. Si l’on produit des maisons mal isolées, avec des matériaux polluants détruisant la santé, dans des zones périphériques multipliant les déplacements et augmentant la surface artificialisée des sols, on sera assez riche pour se payer et se distribuer des maisons mal isolées, avec des matériaux polluants, etc., mais il sera trop tard pour se payer et se distribuer des logements HQE, positifs en énergies, dans un urbanisme densifié et convivial (ce n’est qu’un exemple). Les biens communs doivent donc se trouver dans les produits et dans les manières de produire, pour construire une valeur ajoutée durable. L’objectif est très précisément d’intégrer plus largement les biens communs à la valeur ajoutée. »

ET LA PROTECTION SOCIALE ? ET LES INVESTISSEMENTS ÉCOLOGIQUES ?

Nous faut-il de la croissance à perte de vue pour financer la protection sociale, les retraites, les investissements écologiques ? Non, il nous faut de la valeur ajoutée (d’un contenu requalifié, durable) et il faut l’affecter démocratiquement et équitablement aux différents groupes et générations. Les richesses monétaires existent en abondance pour cela. Quitte à me répéter, les réductions d’impôt sur le revenu décidées depuis 2000 représentent 30 milliards d’euros de manque à gagner annuel pour l’action collective et le progrès social. Selon la commission des finances de l’Assemblée Nationale, les niches fiscales ont coûté 73 milliards en 2008 et la majorité d’entre elles ne va pas dans le sens de l’intérêt général. La fraude fiscale coûterait, selon Éric Woerth lui-même, 30 milliards par an. L’évasion dans les paradis fiscaux, forme de fraude organisée, représenterait entre 30 et 40 milliards d’euros pas an. Les dépenses de publicité en France se montent à 11 milliards par an selon ZenithOptimedia. La France est au troisième rang mondial des dépenses militaires (après les Etats-Unis et la Chine) : le budget de la défense se monte à près de 50 milliards pour les seuls crédits de paiement. C’est 50 % de plus que l’Allemagne en dépenses par habitant.

La liste est longue de ce qui pompe des ressources économiques par dizaines de milliards pour les dévier d’un objectif de progrès partagé et durable. Dernier exemple : le coût social du chômage. Ses évaluations ont été plus ou moins abandonnées ces dernières années (il est vrai que c’est complexe), mais on sait qu’il est plusieurs fois supérieur au seul coût des politiques publiques de l’emploi, soit 33 milliards en 2006. Or on peut considérer le coût social du chômage comme le coût du non partage du travail, le coût du déni du droit à l’emploi.

LES VIRUS PROPIBES ET LE VACCIN STIGLITZ

Les virus propibes (ou pro-PIB) sont une colonie qui s’installe dans un corps sain et qui provoque ensuite son obésité sans limite, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ils y accumulent indistinctement le bon cholestérol et le mauvais. Un vaccin expérimental vient d’être mis au point par le docteur Stiglitz, mais les virus ont réagi avec violence. Les premiers à l’avoir fait ont même profité de la présentation du vaccin à la Sorbonne pour se manifester.

Le virus Olivier Blanchard, qui sévit au FMI, a indiqué que le vaccin Stiglitz était bien gentil, mais que les propibes avaient raison de vouloir l’obésité de tous comme solution à tout. Ce virus avait lui-même secrété au FMI un produit toxique qui consiste à privilégier la consommation privée par rapport à celle de biens collectifs pour relancer la croissance, exigeant des coupes sombres dans les dépenses sociales fondées sur des droits (retraites, santé…). Le virus Jacques Barrot, qui avait sévi à la commission européenne comme porte-parole du lobby des croissants, a lui aussi campé sur ses positions propibes.

Mais il a fallu attendre quelques jours pour que les plus virulents se manifestent. Il s’agit d’abord du virus Antoine Delhommais, qui a instillé dans Le Monde une substance vénéneuse assimilant le vaccin Stiglitz à une « mode bobo-décroissance ». Les analyses du vaccin montrent portant qu’il ne contient aucune molécule de ce type. Le même virus a délivré cette information qui fera date dans les cafés du commerce : « mieux vaut vivre en Norvège (55 600$ de PIB par habitant…) qu’au Zimbabwe (500$…) ».

Mais cela n’est rien à côté de l’offensive du redoutable virus Éric Le Boucher, qui fut membre de la colonie des croissants présidée par le mégavirus Attali. Tous crocs dehors, il a successivement accusé le vaccin Stiglitz d’être « de la pure gesticulation » qui « ne débouchera sur rien », un « gros mic-mac de présupposés » inspiré par « les idéologies de la décroissance », et de la « masturbation intellectuelle ». À ceux qui en douteraient, ce siècle n’est décidément pas celui des Lumières. Le tout conclu par « Que le PIB augmente ! Et vive le PIB ! ».

Qu’en conclure pour le vaccin Stiglitz ? Vu la résistance des virus propibes et du lobby des croissants, il aura peu d’effet si d’autres traitements ne sont pas administrés en complément, par une multi-thérapie incluant la prévention de la contagion, la mobilisation du corps social et la mise en quarantaine des virus irrécupérables.

Plus grave que la grippe A, la grippe P L’Appel et la Pioche Reporterre 2009/09/30 L’Appel et la Pioche (30 septembre 2009) Plus grave que la grippe A, la grippe P. Reporterre. fr

Plus grave que la grippe A, la grippe P

La grippe Précarisation frappe de plus en plus fort. Une intervention thérapeutique est programmée le 30 septembre à Paris.

Empêchons la propagation de la plus pernicieuse des pandémies, la précarisation.

Pour 2009, le BIT avait notifié officiellement une augmentation de 200 millions de cas d’infection par le virus de la précarité (grippeP), dont 1 million en France. Une phase d’alerte est actuellement en vigueur contre cette pandémie de précarité et de chômage. L’OMS recommande la plus grande vigilance, car le taux de morbidité est proportionnel à l’inégalité des richesses.

Comment se protéger contre la Grippe Précaire (dite Grippe P) ? N’attendez rien des institutions, elles sont déjà dépassées. Ne comptez pas sur le RSA, ce placebo va multiplier les miettes d’emploi avec travail obligatoire et n’est même pas disponible pour les moins de 25 ans. Seuls ceux qui ont déjà travaillé 2 ans pourraient, peut-être, y avoir accès, autant dire quil leur faudra pour cela être très fidéles aux emplois à temps partiel et au SMIC horaire chez carouf, mac do et les autres. Prenez soin de bien vous couvrir le nez et la bouche, une cagoule fait l’affaire. Rejoignez les collectifs de personnes souffrant des mêmes maux, car seuls les remèdes fabriqués par les premiers concernés semblent à même de vaincre la pandémie.

Les actions anti Grippe P en vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=RG5R...

Face à l’urgence sociale, et dans le cadre de la préparation des marches régionales contre les précarités, une nouvelle intervention sanitaire de mise en quarantaine anti Grippe P est prévue ce mercredi 30 septembre 2009, à 14h, métro Opéra. Rendez-vous au niveau du 3 place de l’Opéra, à l’angle de la place de l’Opéra et du boulevard des Capucines. Vêtus de combinaisons blanches, la bouche recouverte d’un masque sanitaire, nous nous introduirons dans un lieu de propagation de la Grippe P. Nous dégainerons des rouleaux de scotch de sécurité et procèderons à une sécurisation des lieux, des personnes et du matériel : ordinateurs, guichet, téléphones, bornes libre-service, panneaux d’information.

Mettons en quarantaine les organismes publics et privés qui précarisent.

Cette action est à l’initiative de l’Appel et la Pioche et du collectif Droits Nouveaux, qui organise avec les associations de chômeurs et d’autres structures collectives des marches régionales contre le chômage, les précarités et les licenciements (départ le 20 novembre) aboutissant en manifestation le 5 décembre.

La sombre affaires des piques d’Attac : post-épilogue Christophe Ventura Reporterre 2009/09/30 Christophe Ventura (30 septembre 2009) La sombre affaires des piques d’Attac : post-épilogue. Reporterre. fr

La sombre affaires des piques d’Attac : post-épilogue

Ce texte pour en finir avec le sombre chapitre de l’histoire d’Attac. Qui saura le vrai ? Quoi qu’il en soit, cet épisode pénible montre que la lutte politique est indissociable de, comment dire, la morale.

*Pourquoi je quitte Attac*

En République, il n’existe qu’une seule justice souveraine. La mise en place de procès parallèles – ou plus exactement a posteriori - où l’on désigne, entre soi, au nom de la vertu, et de manière insidieuse mais pesante, des coupables choisis par avance en dépit des décisions des juges, est chose inadmissible. Dans la vie militante, cette méthode, trop bien connue, rappelle certains épisodes de l’histoire d’organisations du mouvement ouvrier qui, lorsqu’elles en arrivent à verser dans la recherche de boucs émissaires, trahissent, en réalité, leurs grandes difficultés politiques.

Dans leur communiqué du 7 septembre signé au nom du Bureau de l’association, Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé, co-présidents d’Attac, viennent d’en fournir un nouvel exemple. Dans ce document, ils remettent, de fait, en cause une ordonnance concluant au non-lieu dans les poursuites engagées par Attac sur le dossier de la fraude présumée lors des élections de juin 2006. Au terme d’une très longue enquête, cette décision a été prise par deux magistrats : le procureur, dans son réquisitoire, et le juge d’instruction, dans son ordonnance.

Non seulement les dirigeants d’Attac ne s’inclinent pas devant la décision des juges, mais ils désignent à la vindicte publique des noms, dont le mien, en concoctant un scénario dont ils ont par avance décidé l’issue et désigné les coupables, tout en prenant garde, par le soin apporté aux formulations, de n’accuser personne explicitement. Ils le font à partir d’une utilisation biaisée du réquisitoire du procureur qui débouche pourtant sur une décision de non-lieu.

Les luttes politiques sont une chose. Les coups bas en sont une autre. Je ne me reconnais plus dans une association dont les dirigeants n’hésitent pas à utiliser de tels procédés.

Le 7 septembre, Jean-Marie Harribey et Aurélie Trouvé ont diffusé un communiqué intitulé « Fraude, plainte contre X, non-lieu : épilogue ».

Celui-ci a circulé sur les listes électroniques internes de l’association - et au-delà -, auprès du réseau des Attac d’Europe, et il a également été publié sur le site de l’association. Dans un second temps, il a été repris, sous des formes diverses, par certains amis de la direction d’Attac dans quelques médias. Ces derniers, sautant sur l’occasion, en ont manifestement profité pour régler, à peu de frais, de vieux comptes personnels et politiques.

Je n’ignore pas que la lecture de ma lettre pourra apparaître pénible pour des militants légitimement fatigués de querelles qui n’honorent pas notre mouvement, mais j’ai considéré qu’il me revenait, puisque centralement mis en accusation par le communiqué du 7 septembre, à mon tour, de réagir.

Rappelons-le d’emblée. Dans cette affaire, toutes les explications données par les uns et par les autres aux enquêteurs et aux magistrats ont été jugées satisfaisantes par eux. Elles constituaient des éléments d’une enquête poussée ayant reposé, pendant deux ans, sur des auditions, des géolocalisations d’appels téléphoniques, des vérifications d’emplois du temps, etc.

De ce fait, je n’ai en aucune manière à me justifier plus avant sur mon emploi du temps du 13 juin 2006. Pour autant, mis en cause dans un document public et officiel du Bureau de l’association, je me dois de réagir au contenu et au récit qu’il développe. En effet, le communiqué des co-présidents utilise de manière biaisée des éléments d’un réquisitoire dont le statut institutionnel indiscutable est convoqué ici pour étayer un scénario de mauvais film dans lequel des noms de militants de l’association sont jetés en pâture. Toutefois, ce que les auteurs omettent de signaler au sujet de ce réquisitoire, c’est qu’il aboutit à l’impossibilité « d’attribuer à une personne identifiée des actes matériels de commission ou de participation aux infractions de faux et usage de faux dénoncés ».

Voilà qui, sur le principe, est grave, et expose les auteurs à une réponse proportionnée. On ne fait pas dire à un texte, surtout celui d’un juge, ce qu’il ne dit pas. En effet, et j’attire l’attention du lecteur sur ce document (joint en annexe avec des passages en gras), à aucun moment les éléments du réquisitoire invoqués pour la circonstance ne racontent le scénario insinué par les rédacteurs.

Tout d’abord, ces éléments n’indiquent nulle part qu’il y a eu « intrusion » dans les locaux de l’association. Ce terme, lourd de sens, n’est pas utilisé de manière innocente par les rédacteurs. J’y reviendrai plus loin. Ils n’indiquent pas non plus ma présence dans « des locaux dans lesquels tous les bulletins de vote en cours de dépouillement étaient entreposés ». Cette affirmation est particulièrement retorse car elle laisse entendre que ces bulletins étaient en « libre accès » dans les locaux, alors que le réquisitoire indique clairement que ces derniers étaient centralisés dans une salle à part, fermée avec une clé dont seulement deux personnes, dont je ne faisais pas partie, détenaient des exemplaires.

De même, le réquisitoire ne fait nulle part état – et pour cause – d’appels téléphoniques avec les autres personnes citées, que j’aurais passés ou reçus « après minuit », au local de l’association. Il signale effectivement des contacts téléphoniques avec deux - et non trois, ce n’est pas un détail - de ces personnes et moi. Mais il précise bien, par ailleurs, que ces contacts sont antérieurs à l’heure du scénario d’ « intrusion » présenté par les co-présidents. Enfin, il n’indique nulle part que l’ensemble des personnes citées étaient « à proximité » du siège d’Attac « après minuit », heure à partir de laquelle, selon un communiqué prétendant que tous « ces faits sont authentifiés », j’aurais été « en communication téléphonique avec Jacques Nikonoff, Bernard Cassen et Michèle Dessenne, qui se trouvaient à proximité ».

Il n’est pas indispensable d’aller plus loin dans le décryptage factuel de ce communiqué pour en comprendre la fonction : mettre en cause des personnes considérées comme des adversaires politiques.

Reste un point que je ne veux pas contourner : mon passage dans les locaux de l’association. En effet, bien que l’enquête n’ait pas retenu qu’il ait eu un lien quelconque avec l’objet de la plainte, le communiqué des co-présidents suggère lourdement le contraire.

A posteriori, on peut effectivement considérer que ma présence dans ces locaux, alors que régnaient une tension énorme et un véritable climat de guerre civile dans Attac, était imprudente. Si certains peuvent ou veulent le penser, ils peuvent le faire seulement a posteriori. On ne refait pas l’histoire. Ce siège, j’y suis allé week-ends, jours fériés et soirées pendant plusieurs années pour travailler et utiliser une logistique (téléphones, imprimante, etc.) indispensable dans un travail de développement de relations internationales pour notre association. Beaucoup peuvent en témoigner. C’est d’ailleurs sur ce travail que s’appuient aujourd’hui les responsables d’Attac France. Les décalages horaires, les communications téléphoniques internationales, une certaine souplesse dans ma vision du travail et de ma relation à Attac, etc., m’avaient habitué à ce type d’ « intrusion ». Il s’agissait pour moi d’une démarche naturelle et habituelle.

Je tire de tout cela quelques leçons pour l’avenir. Loin de moi l’idée de me faire passer pour un acteur neutre dans la période de crise interne. J’ai participé aux âpres batailles politiques de l’association en 2006 et soutenu une orientation politique qui me paraissait juste, ce que je ne renie pas. De ce fait, j’ai contribué, d’une certaine manière, à la dynamique de crise, mais jamais je n’aurais imaginé que, chez certains, les choses puissent aller aussi loin.

Je souhaite ardemment que tout cela cesse, et que l’engrenage de la haine ne l’emporte pas. C’est pourquoi je ne souhaite pas utiliser contre le communiqué des co-présidents et du Bureau les possibilités que m’offre le droit. L’esprit de responsabilité politique doit prévaloir. Cependant, je considère que le cadre de confiance minimal permettant de travailler avec les dirigeants actuels d’Attac France est brisé.

J’en tire les conséquences en cessant, dès aujourd’hui, d’occuper mes fonctions d’animation dans l’association (notamment dans la Commission Europe et la Commission internationale) et en ne renouvelant pas ma cotisation.

A partir d’aujourd’hui, je ne répondrai plus à quelque message que ce soit concernant cette affaire qui, pour moi, était close depuis longtemps.

Je remercie enfin toutes les personnes, nombreuses, qui m’ont apporté leur soutien depuis le 7 septembre 2009.

Les Objecteurs de croissance adoptent leur plate-forme ADOC Reporterre 2009/10/01 ADOC (1er octobre 2009 à 12h02,) Les Objecteurs de croissance adoptent leur plate-forme. Reporterre. fr

Les Objecteurs de croissance adoptent leur plate-forme

Réunie en assemblée constitutive à Beaugency, le 19 septembre, l’Association d’Objecteurs de croissance a adopté sa Plate-Forme, dont voici le texte.

Face à une crise multidimensionnelle, nous opposons la radicalité et la cohérence de l’objection de croissance.

Après la campagne Europe-Décroissance, première expérience de campagne politique nationale autour des idées de la Décroissance, pourquoi ne pas avoir l’audace de continuer cette aventure d’un mouvement politique dont les objectifs sont l’émancipation, le bien-être et l’épanouissement individuels et collectifs dans la simplicité volontaire ? Et par conséquent, l’audace de proposer à des individus, des associations, des collectifs, des réseaux, informels ou organisés, une plate-forme pour définir les contours de notre démarche, pour s’ouvrir à toutes celles et ceux qui pourraient s’y retrouver pour la construire ensemble, pour bâtir d’autres mondes écologiquement et socialement responsables, humainement décents et démocratiques.

La société de croissance accumule dramatiquement toutes les crises : énergétique, environnementale, sociale, économique, culturelle, politique. Mais il s’agit au fond d’un seul et même égarement : un monde devenu inhumain, comme si la croyance du « toujours plus » suffisait à donner du sens.

Face à la radicalité de ces « crises », nous opposons une autre cohérence : celle des sorties immédiates du capitalisme et de tout productivisme par toutes les alternatives concrètes de vie déjà existantes et à créer. Cette cohérence est notre radicalité. Nous ne voulons pas d’un autre développement, d’une autre croissance, d’une autre consommation, d’un autre productivisme. Nous voulons sortir de la religion de la croissance qui accroît les inégalités, qui dévore les ressources, qui épuise le vivant, qui confisque la dignité des humains.

Même si une croissance infinie dans un monde fini était possible, elle resterait absurde. Comment ouvrir des chemins vers d’autres mondes ?

Face à la stratégie classique de la prise de pouvoir préalable à tous changements, nous opposons la radicalité et la cohérence d’une Stratégie de l’Escargot.

La Décroissance ne doit pas seulement être le but d’un tel projet mais aussi son chemin et sa méthode. La stratégie politique de la Décroissance est une stratégie de rupture, et non pas d’accompagnement : cette stratégie de l’escargot, implique d’abord d’avoir abandonné l’illusion qu’il suffirait d’une prise préalable de pouvoir – qu’elle soit réformiste ou révolutionnaire – pour changer le monde. Nous ne voulons pas « prendre le pouvoir » mais agir contre les dominations en affaiblissant les pouvoirs ; et créer sans attendre les conditions de la maîtrise du sens de nos vies.

Notre rejet des chemins absurdes de la mondialisation marchande ne doit pas pour autant nous entraîner dans les impasses des replis individualistes ou isolationnistes. C’est pour cela que l’Association d’Objecteurs de Croissance (AdOC) entend apparaître en politique en s’engageant dans toutes les dimensions de l’émancipation individuelle et sociale par l’action politique, sans en sacrifier aucune :

Celle de la présence non-électoraliste dans le champ politique classique : par les manifestations, les pétitions, les campagnes électorales, des élus, des soutiens critiques et ponctuels à des majorités, pour permettre des avancées et la pérennisation d’expérimentations sociales, écologiques et politiques.

Celle des expériences et des sorties immédiates du capitalisme : par les alternatives concrètes et les contre-pouvoirs.

Celle du projet : par les uto-pistes mises en cohérence.

Pour ne pas réduire notre résistance à des oppositions, repolitisons la société et resocialisons la politique. S’il ne suffit pas de résister mais qu’il faut aussi créer en inscrivant des propositions dans une plate-forme qui fait démarrer localement le global, nous proposons une Décroissance sereine et conviviale :

Au cœur de notre projet, les relocalisations : habiter, se déplacer, fabriquer, distribuer, échanger, décider. Elles sont pour les Objecteurs de Croissance les seuls trajets ayant du sens pour retrouver la maîtrise de nos usages, ménager le territoire, nous réapproprier nos modes de vie et mettre en partage les Biens communs.

L’encouragement et la légalisation des monnaies locales et autres systèmes d’échanges locaux non spéculatifs.

Pour permettre l’activité choisie et la fin du travail contraint : une dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA).

Un revenu maximum autorisé (RMA) dont l’écart est démocratiquement discuté.

La gratuité des services publics et des usages reconnus socialement utiles et écologiquement responsables.

La gratuité du bon usage de l’eau, de la terre, de toutes les ressources « de haute nécessité » et le renchérissement ou la prohibition du mésusage.

La sortie de la société de surconsommation, de concentration et de gâchis énergétiques : de la menace destructrice du nucléaire jusqu’à l’automobile.

Le renoncement au culte de la technique qui impose une société des écrans et des biens à la place d’une société des liens, ceux de la solidarité par la coopération et le partage.

Emanciper l’éducation et les cultures des modèles de la compétition et de la concurrence.

La mise en oeuvre de la démocratie : en finir avec les conditionnements médiatiques et publicitaires, opérer des choix collectifs pour les orientations économiques, relocaliser les contrôles démocratiques, mettre en place des garde-fous pour ne pas être pris par le pouvoir (mandats électoraux courts, non cumulables et révocables, monopole des représentants du peuple sur l’élaboration des lois, droits de vote effectivement universels).

L’autostop réinventé Auto stop participatif 44 Reporterre 2009/10/02 Auto stop participatif 44 (2 octobre 2009) L’autostop réinventé. Reporterre. fr

L’autostop réinventé

Une nouvelle formule de partage de voiture se met en place dans le canton de La Chapelle sur Erdre (Loire-Atlantique).

L’auto-stop participatif est un moyen de déplacement qui présente la souplesse et la simplicité de l’auto-stop et qui intègre une participation aux frais, comme dans le co-voiturage (0,50 € de 0 à 10 km). L’auto-stoppeur participatif se signale par une plaquette, le conducteur peut se signaler également par un autocollant.

C’est une solution locale, à la portée de chacun : solution à la circulation importante sur le canton, au gaspillage d’énergie et à la production de CO2. Plus de 3000 voitures sortent du canton le matin par Le Limeur et Ragon. Dans 90 % d’entre elles le chauffeur est seul.

L’échelle des quatre communes du canton de La Chapelle sur Erdre nous parait intéressante pour lancer ce mode de déplacement : - Possibilité de le faire connaitre (bulletins municipaux, affiches, tracts, dépôts de plaquettes, vente d’autocollants) - Territoire de l’association Solidarités Ecologie qui est à l’initiative du projet

L’auto- stop participatif est appelé à se diffuser au-delà du canton : - Le blog s’appelle autostopparticipatif44 - Il sera sans doute nécessaire que d’autres équipes locales relaient le système au-delà du canton.

Tu seras trader, mon fils ! Yann Morel Reporterre 2009/10/02 Yann Morel (2 octobre 2009) Tu seras trader, mon fils !. Reporterre. Tribune — fr

Tu seras trader, mon fils !

« Lettre à un fils virtuel »

Ayant atteint l’âge du raisonnement durable, pour tes 20 ans d’intoxiqué par l’informatique et par les métaux lourds, cloîtré dans ton 4x4 bunker, rejetant la bagatelle de 300g de CO2au km, mais chaussé de pneus verts pour sauver la planète, tu seras alors en mesure de t’élever dans l’échelon antisocial.

A un poste de « leader-chips » standard. C’est ainsi que l’on progresse maintenant aux antipodes des foutaises d’un monde meilleur espéré par les hippies chevelus de 68 ou de Woodstock 69.Tu m’as souvent reproché de n’être qu’un pauvre has been, un radoteur remixé de justice et d’humanité ; sur un solo de guitare de Jimi Hendrix et envoûté par la voix de Joan Baez. Bref, un poilu contestataire des barricades de mai.

Un ancien combattant dans la lignée des révoltés de 36.Un rebelle en somme.

C’était le temps ou les chanteurs n’avaient pas forcément de la voix, mais tout au moins, se mobilisaient pour défendre quelques valeurs, à leurs yeux, nobles et justes.

A présent il faut montrer son « Q » sous toutes ses facettes grassouillettes et siliconées comme dans « Secret Story ».Le QI de base, lui, victime d’une forte fièvre, s’est couché sur la paillasse des navets médiatiques.

Toi, tu passes des jours, que dis-je, des nuits entières au chevet des bourses mondiales. Voilà ton credo, ton rêve, celui du désir d’avenir de tes semblables ?

Trader ou expert en nonos pour criminologie. Sacré choix !

Avec un tout petit peu de chance et beaucoup de vénalité, tu mettras de côté un paquet de bonus, lessive bancaire devenue banale.Avec la complicité de ton chef.De quoi s’offrir quelques apparts ou villas au bon goût de côte bulgare, ou, pourquoi pas, sur la riviera bretonne déjà très bétonnée.

On y vend de superbes fermettes en style néo-parisien, paraît-il. Parfois, tu surferas sur le portail du Vendée Globe, pour assister au départ des Brontosaures nautiques, larguant les amares,hissant bien haut le nom de la banque renflouée par l’état. Par nos impôts donc.

Très cher fils, mes documents ici présents, me parlent encore de poésie, de sensibilité d’écriture et autres balivernes.Ils n’étaient pas traders, en effet, les Cendrars, Verlaine, Baudelaire, Xavier Grall, Glenmor.

Toi, tu ne rêves plus .Tu fais des cauchemars plutôt.Peuplés de placements douteux, de coups bas et tordus comme le vieux chêne de notre talus, rescapé, lui, des remembrements. Et ta vie s’écoule ainsi identique à ce monde speedé, accaparé par les spidermen des cotations internationales. Du lundi au dimanche inclus.

A chatter sur le dernier iPhone explosif, avec tes potes déjà congelés par le capitalisme renaissant, relooké en libéralisme de technocrates.

Tes potes acculturés, adeptes de l’asepsie du langage vrai et de la poésie minimale.

Un jour tu verras, on s’aimera peut-être, mais surtout, l’imagination reviendra au pouvoir. Avec quelques poètes rebelles.

Pique nique à Bordeaux pour sauver le climat Taca Reporterre 2009/10/03 Taca (3 octobre 2009) Pique nique à Bordeaux pour sauver le climat. Reporterre. fr

Pique nique à Bordeaux pour sauver le climat

Un pique nique sans carbone dimanche 4 octobre, pour envoyer un signal à moins de 70 jours de Copenhague.

L’association TACA organise dimanche 4 octobre 2009 son 3e picnic sans carbone au coeur de l’agglomération bordelaise. Cet événement sans précédent vise à adresser aux décideurs un signal fort de mobilisation citoyenne à moins de 70 jours du sommet de Copenhague.

Invités à se prononcer sur l’urgence de l’enjeu climatique, de nombreux élus locaux parmi lesquels Vincent Feltesse, Alain Juppé et Noël Mamère ont indiqué leur présence.

Les citoyens en provenance de toutes les villes de la CUB convergeront dès 11h00 vers le Parc des Sports St Michel par tout mode de déplacement éco-responsable de leur choix (vélo, tram, marche à pied). Sur place, un picnic géant, des stands d’information et des animations festives permettront de partager, apprendre et agir en faveur de l’environnement afin d’inciter chacun à diviser ses émissions de gaz à effet de serre par 4.

A cette occasion, une photo des centaines de vélos présents sur le site et rangés de telle sorte qu’ils composent le chiffre 350 sera réalisée. Cette valeur exprimée en “parties par million” (ppm) correspond à la concentration en carbone dans l’atmosphère qu’il s’agit de ne pas dépasser afin d’éviter un réchauffement climatique dangereux.

De nombreuses personnalités ont confirmé leur soutien à cet événement bordelais dont Serge Orru (Directeur general de WWF France), Sandrine Mathy (Présidente du Réseau Action Climat France) et Bill McKibben (fondateur de 350.org).

Sarkozy et les jeunes : cosmétique Karima Delli Reporterre 2009/10/03 Karima Delli (3 octobre 2009) Sarkozy et les jeunes : cosmétique. Reporterre. Tribune — fr

Sarkozy et les jeunes : cosmétique

L’annonce de l’extension du RSA aux jeunes, sous conditions, est de la poudre aux yeux. Il faut instaurer un revenu universel pour tous.

Nicolas Sarkozy a annoncé le 29 septembre lors d’un discours sur la jeunesse à Avignon sa décision d’étendre le bénéfice du Revenu de Solidarité Active aux jeunes de 18 à 25 ans ayant au préalable travaillé l’équivalent de 27 mois à temps plein. Il a également précisé qu’en 2010 une enveloppe budgétaire de 250 millions d’euros serait prévue pour financer cette extension du RSA aux jeunes.

250 millions ? Des cacahuètes comparées aux 2,4 milliards donnés aux restaurateurs selon une bonne vieille pratique de clientélisme électoral. Des miettes comparées aux 15 milliards du paquet fiscal concocté par la majorité et qui favorise les foyers français les plus aisés !

« Près d’un pauvre sur deux a moins de 25 ans »

Avec 160.000 bénéficiaires annoncés, ce RSA-jeune exclut énormément de jeunes galériens : 98 % des 6,5 millions de 18-25ans Resteront Sans Argent, alors qu’ils sont de plus en plus nombreux à commencer leur vie active par un chômage subi (voir premiers résultats de l’enquête AFIJ).

Le Président n’a donc pas retenu la proposition initiale du Haut Commissaire aux Solidarités actives et à la jeunesse, Martin Hirsch, qui suggérait d’étendre le RSA à tous dès 18 ans.

Alors que dans la plupart des pays européen, les minima sociaux sont accessibles dès l’âge de la majorité, le gouvernement a fait le choix de continuer le "bizutage social" de la jeunesse au nom du vieux fantasme de la prétendue oisiveté des jeunes.

Alors qu’en France près d’un pauvre sur deux a moins de 25 ans, le gouvernement ne répond à la misère des 18-25 ans que par de la poudre aux yeux.

Plutôt qu’une mesure au rabais pour les jeunes, proposons le revenu universel pour tous !

Et bonne chance aux journalistes qui vont peiner à trouver les rares futurs bénéficiaires du rsa-jeune pour illustrer cette « poudre aux yeux ».

Nicolas Hulot et l’oligarchie Hervé Kempf Reporterre 2009/10/04 Hervé Kempf (4 octobre 2009) Nicolas Hulot et l’oligarchie. Reporterre. Tribune — fr

Nicolas Hulot et l’oligarchie

Le film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, Le Syndrome du Titanic, sur les écrans le 7 octobre, dérangera. Ce documentaire écologiste ne montre presque pas de nature : rompant avec l’esthétique de carte postale habituelle en la matière, il se confronte à la dure réalité de la misère et de l’injustice. Il tente de dire, malaisément, que la dégradation vertigineuse de la biosphère est le résultat d’un ordre social devenu fou, et qui fait porter le poids de ses conséquences sur les faibles, les pauvres, les exploités.

Il répète que la clé de sortie de cette logique destructrice est dans la baisse de la consommation matérielle dans les pays riches. Gageons que ce discours, plus âpre que celui sur les « petits gestes pour la planète », recueillera un accueil mélangé. Et si Nicolas Hulot allait commencer à déranger ?

La force du personnage est de rester populaire en allant à la pointe de ce que la société française - ou plus exactement le système médiatique qui donne accès à celle-ci - accepte d’entendre à un moment donné.

Depuis une dizaine d’années, il a ainsi fortifié et peu à peu durci son discours : alarmant d’abord sur l’ampleur du désastre écologique, il a ensuite cherché à impliquer les citoyens, puis a porté la question sur le terrain politique. Il arrive maintenant à montrer que l’écologie est d’abord un enjeu social, et critique - mais en termes encore très généraux - le « libéralisme ».

Dans le commentaire habillant les images, il dit : « Je suis perdu. » Perdu ? Ah ? Je lui téléphone pour comprendre. Il répond : « Je suis perdu parce que je ne comprends pas qu’il faille autant d’énergie pour placer des évidences auprès de nos élites. Des gens qui ont une intelligence parfois fulgurante ont des angles morts, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à comprendre que leur modèle économique ne tiendra pas. »

C’est le problème de Nicolas Hulot, et donc notre problème : il croit que l’action politique est aujourd’hui inspirée par la recherche du bien commun. Mais il oublie la force des intérêts : l’intérêt individuel et l’intérêt de classe. Ce qu’Hulot appelle les élites, c’est aujourd’hui une oligarchie. Elle ne veut pas entendre l’évidence de la crise écologique et de la désagrégation sociale, parce que le but principal de l’oligarchie est de maintenir ses intérêts et ses privilèges. Elle ne s’intéresse au bien commun que pour autant que cela ne remet pas en cause sa position.

Quand on est gentil, il est difficile d’assimiler le fait que les autres ne sont pas tous gentils. Nicolas Hulot est au bord de le faire, et surtout d’en tirer les conséquences. Soit : ne plus parler vaguement du « libéralisme », mais porter le couteau dans la chair des égoïsmes de classe. Il peut le faire. Mais il sait qu’alors, tout soudain, nombre de médias et de puissances plus discrètes lui trouveraient beaucoup de défauts.

10 000 manifestants anti-nucléaires à Colmar Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/10/04 Réseau Sortir du nucléaire (4 octobre 2009) 10 000 manifestants anti-nucléaires à Colmar. Reporterre. fr

10 000 manifestants anti-nucléaires à Colmar

La manifestation samedi 3 octobre, pour demander la fermeture de la centrale de Fessenheim, a été un succès. Sortir du Nucléaire demande aussi un débat public sur l’allongement de la durée de fonctionnement des réacteurs.

- Beaucoup de manifestants sont bloqués hors de la ville - Avec plus de 10 000 manifestants, la mobilisation antinucléaire est néanmoins très réussie - Une fois de plus, les autorités françaises bafouent la démocratie - La question de la prolongation ou de l’arrêt des réacteurs nucléaires est posée

Le Réseau « Sortir du nucléaire » se félicite de la réussite de la mobilisation aninucléaire à Colmar, avec plus de 10 000 manifestants pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus vieille et une des plus dangereuses de France.

Par contre, le Réseau « Sortir du nucléaire » dénonce avec force les manoeuvres injustifiables des autorités : à 15h30, le rassemblement est scindé en plusieurs tronçons et, pire, de très nombreux manifestants ont été bloqués à l’extérieur de la ville et en particulier aux frontières pour les manifestants allemands et suisses.

Les autorités (mairie, préfecture) n’ont pas réussi à démobiliser les citoyens qui se sont donc exprimés de façon parfaitement démocratique et pacifique : une fois de plus, ce sont les antinucléaires qui ont fait preuve de responsabilité et les tenants du nucléaire qui tenté de porter tort à la démocratie.

Pourtant, les raisons de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim sont nombreuses et le risque nucléaire est plus élevé que jamais. Qui plus est, alors que la construction du parc nucléaire français a coûté des sommes gigantesques (que EDF n’a pas encore fini de payer !), des dizaines de milliards d’euros sont à nouveau en jeu.

Prolongation des réacteurs : 20 milliards d’euros… et pas de débat public !

Il est intolérable que EDF et l’Etat aient décidé sans le moindre débat public d’investir 400 millions d’euros dans chaque réacteur nucléaire français pour lui permettre de continuer à fonctionner… tant bien que mal. Cette somme, multipliée par 58 réacteurs, amène à un total de plus de 20 milliards d’euros.

Alors qu’un débat public est désormais exigé par la loi pour des investissements coûtant parfois moins d’un milliard, aucun débat public n’est prévu pour cet investissement gigantesque. Une fois de plus, le lobby nucléaire tente de passer en force… et sans que les citoyens ne soient avertis des enjeux.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » pose la question : quelles que soient leurs positions sur le nucléaire, les citoyens sont-ils vraiment d’accord pour que cet investissement gigantesque soit une fois de plus attribué à l’atome ? Ces 20 milliards d’euros seraient assurément plus utiles dans les plans d’économie d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » va saisir la Commission nationale du débat public pour demander que la question de ces 20 milliards d’euros soit mise en débat avec les citoyens.

Après la reprise,... la rechute Jean-Marc Jancovici Reporterre 2009/10/05 Jean-Marc Jancovici (5 octobre 2009) Après la reprise,... la rechute. Reporterre. Tribune — fr

Après la reprise,... la rechute

Les économistes officiels s’excitent déjà sur « la reprise ». Négligeant le fait que celle-ci entraînerait une hausse du prix du pétrole, qui ferait revenir la récession. Et si l’on changeait de logiciel ?

C’est évident : après le trou d’air actuel, il y aura la reprise ; après les 80 % de dette ramenée au PIB, çà va revenir à 10 % ; après les 3 % de récession, on va retrouver 2,5 % de croissance par an, et tout cela ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir. En sommes-nous si sûrs ?

Ce dont nous sommes sûrs, c’est que depuis 1970 il n’y a pas un choc pétrolier qui ne soit suivi d’un ralentissement économique, voire d’une franche récession selon les zones. La période actuelle n’y fait pas exception. Le pétrole, c’est comme le tabac : ce n’est pas au moment de la hausse du prix que nous avons les ennuis, çà peut être 3, 5 ou même 20 ans après, l’explosion de l’endettement privé depuis 30 ans étant par exemple une conséquence assez logique du choc pétrolier de 1979 (ne pas oublier que, pour l’essentiel, les banquiers ne peuvent faire les cons que si en face il y a des clients pour çà). Avant on a calé la machine sur 5 % de croissance par an, après on a eu « seulement » 2 % et c’est en recourant au crédit que l’on a maintenu une machine « en marche rapide » (et donc une consommation en croissance rapide).

Question : combien de temps cela vat-il durer ? Si l’on en croit les dirigeants du monde pétrolier.... c’est en train de prendre fin. Un ancien dirigeant de Saudi Aramco (premier producteur mondial de brut à parité avec Gazprom) vient par exemple de déclarer que la production pétrolière est à son plateau et qu’elle ne va plus jamais augmenter à partir de maintenant, avant de baisser « plus tard » : http://contreinfo.info/article.php3...

N’allez pas me dire que je me méfie suffisamment de la presse pour éviter de citer un média particulier (ContreInfo), en l’espèce je connais l’individu et il disait déjà la même chose en novembre 2007 à "Oil and Money Conference" à Londres :-)

Ca veut dire quoi si notre ami a raison ? Que lorsque les efforts pour relancer l’économie produiront leurs fruits, ce qui a pour objet de faire « repartir » la consommation, donc la consommation d’énergie, nous allons buter sur le mur des ressources pétrolières (la production n’augmentera pas même si on veut en consommer plus), et que le plus probable alors est que nous allons repasser par l’enchaînement que nous venons de vivre : augmentation forte des prix du pétrole, récession à la suite, et que les Français et les autres pourront oublier l’idée qu’après le trou d’air actuel nous aurons de nouveau une croissance robuste pour payer les retraites, boucher le déficit, réaugmenter le pouvoir d’achat et trouver un job de bureau à tout le monde dans un contexte de productivité croissante du travail. Bref si cet homme a raison, après la récession, nous aurons quelques brèves années de rémission, puis... la récession à nouveau.

Notre ami a-t-il raison ? Il dit la même chose que De Margerie, que l’Institut Français du Pétrole, que Shell, que le premier banquier d’affaires dans le pétrole aux USA (Matthew Simmons), et tout cela est cohérent avec le fait que la production mondiale de pétrole n’a pas augmenté en 2007 et 2008 malgré des prix très élevés (et donc une envie très forte des consommateurs pour en acheter à ceux qui en avaient à vendre) et encore un certain nombre d’autres détails que je vous passe.

Il me semble que, si nous voulons éviter de nous retrouver dans une sombre m... par aveuglement confortable, on pourrait parler un peu plus de cet homme et de ses pairs dans les colonnes des journaux, non ? En tous cas ca me paraît mériter un peu plus de place dans le canard que la méthode Coué, dont l’essentiel des tenants (qui incluent un bon paquet de nos ministres actuels) sont hélas largement ignorants sur la place réelle de l’énergie dans nos activités et sur les perspectives d’approvisionnement futur (même conclusion pour le changement climatique !).

C’est pourtant cette méthode Coué qui se taille la part du lion actuellement dans les visions pour l’avenir, à quelques exceptions près. Il ne s’agit pas de démoraliser les troupes ou de vouloir le malheur de chacun, mais au contraire de l’éviter : l’histoire l’a amplement montré, la mauvaise surprise est très mauvaise conseillère.... et l’éviter est rendre un très bon service à tout le monde !

Ce petit mot n’a donc qu’une seule ambition : vous inciter à ne pas éluder les sujets qui fâchent, parce que c’est vous qui fournissez à nos chers électeurs l’essentiel de leur information et donc à nos chers élus l’essentiel de ce qui guide leur action (c’est comme çà, j’ai désormais suffisamment vu de conseillers ministériels pour l’avoir compris, quoi que l’on en pense par ailleurs). Et à très bref délai parler plus souvent de cette affaire de pic de production - et non de « fin du pétrole », ânerie que l’on voit encore circuler le plus souvent quand il est question de cette affaire - serait rendre un grand service à mes concitoyens (et à tous ceux de vos confrères qui n’ont toujours rien compris au problème, même s’ils causent à plein de téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs :-) ).

Un exemple parmi d’autres, à 40 milliards celui-là : selon que l’on croit ou non à cette contrainte énergie-climat et à ce que j’évoque ci-dessus, on pense que le grand emprunt doit aller à "un monde meilleur grace à la techno.com« , ou à »tout ce qui permet d’enlever du pétrole de l’économie.com« . Dans le premier cas, c’est nanotechs, biotechs, et autres »meilleure-tech qui va nous mettre devant les Amerloques dans le classement international de ceci-cela", avec quand même un poil de train - mais grande vitesse s’il vous plaît -, et dans le second ça n’aura rien à voir (formation des maçons et des urbanistes, financement de la baisse de la demande de mobilité, réinjection de paires de bras dans l’agriculture, etc, la liste des courses est déjà faite : www.manicore.com/documentation/arti...). Et c’est juste un petit exemple !

Les sans terre agissent à Montpellier Confédération Paysanne Reporterre 2009/10/05 Confédération Paysanne (5 octobre 2009) Les sans terre agissent à Montpellier. Reporterre. fr

Les sans terre agissent à Montpellier

La SAFER ne joue pas son rôle d’aider à l’installation des jeunes. Elle privllégie l’extension des exploitations existantes.

La Confédération paysanne soutient l’action entreprise à Montpellier lundi 5 octobre à la Safer Languedoc-Roussillon par une centaine de jeunes issus du mouvement « Reclaim the fields ». Ce collectif est composé de jeunes européens (France, Belgique, Allemagne, Norvège, Espagne, Royaume-Uni) qui s’étaient réunis pour réfléchir à la problématique de l’installation dans une ferme associative dans l’Hérault.

Ce que sont venus réclamer ces jeunes, en s’enchaînant aux grilles d ?accès du bâtiment, c ?est une réelle mise en disponibilité des terres pour l’installation et la reconnaissance sur le terrain de la diversité et donc la richesse des projets que beaucoup de jeunes portent.

La Safer a ainsi été logiquement ciblée car elle est investie de la mission d’agir, depuis presque 50 ans, sur le marché du foncier pour permettre prioritairement l’installation. Or, elle faillit à sa mission, participant activement à l’agrandissement des structures, au renchérissement du prix du foncier et contribuant à empêcher l’accès aux moyens de productions pour les projets dits « hors-cadre ».

Il est à ce titre curieux, qu’à l’heure où se prépare une loi dite de modernisation de l ?agriculture, un audit de l’action de la Safer ne soit pas réalisée afin de tirer toutes les conséquences de sa politique foncière et de moderniser l’appréhension de l’accès au métier de paysan.

Pour la Confédération paysanne, de telles actions rappellent la nécessité d’assurer réellement la transparence sur le marché du foncier et de permettre l’équité quant à l’accès aux moyens de productions.

La Confédération paysanne, qui était présente sur place, entend se montrer totalement solidaire avec cette première action du collectif « Reclaim the fields ».

Le centre de déchets de La Hague est en piteux état Greenpeace Reporterre 2009/10/06 Greenpeace (6 octobre 2009) Le centre de déchets de La Hague est en piteux état. Reporterre. Nucléaire fr

Le centre de déchets de La Hague est en piteux état

Une étude révèle que le centre de stockage de déchets de La Hague laisse fuir des liquides radioactifs vers la nappe phréatique et menace de s’effondrer.

Nappe phréatique contaminée, structure d’entreposage qui s’effondre, déchets de longue vie stockés dans des conditions inadmissibles : le bilan du Centre de stockage de la Manche (CSM), le seul centre de déchets nucléaires « fermé » en France est accablant. Une semaine avant la diffusion le 13 octobre sur Arte d’un documentaire choc sur l’industrie des déchets, Greenpeace France publie un rapport sur l’état de ce site commandé à l’ACRO, un laboratoire indépendant d’analyse de la radioactivité.

Avec 527 217 m3 de déchets de faible et moyenne activité entreposés entre 1969 et 1994, le CSM est un élément fondamental de compréhension des problèmes que pose le stockage pour des dizaines de milliers d’années des matières nucléaires. Pour le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), « le site de la Manche, après vingt-cinq ans de bons et loyaux services, figure désormais comme une référence technique internationale dans le stockage des déchets ». Malheureusement, à l’heure où l’industrie nucléaire voudrait croire et faire croire à sa renaissance, il apparaît plutôt que le CSM est symbolique de l’incapacité des industriels du nucléaire à gérer leurs déchets.

« Avant que l’irréparable ne se produise, le Centre de stockage de la Manche doit être réouvert et ses déchets reconditionnés, explique Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire de Greenpeace France. Ce stockage est la tragique illustration de ce qu’il ne faut justement pas faire ! »

A de nombreuses reprises ces dernières années, des associations, dont Greenpeace, mais aussi des responsables du site ont dénoncé les conséquences désastreuses de la gestion de ce centre. Le témoignage récent d’un des ingénieurs de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA), chef d’exploitation du site pendant de nombreuses années, est proprement accablant. Le site continue de fuir vers dans les eaux de la nappe souterraine de La Hague et menace de s’effondrer à tout moment.

« La crise de gestion des déchets nucléaires est la même partout dans le monde, explique Yannick Rousselet. Les industriels se rejettent la patate chaude, les pays nucléarisés exportent leurs déchets à l’étranger, et les politiques reportent la responsabilité de tout ça sur leurs successeurs… Résultat : l’humanité offre en héritage aux futures générations des milliers de tonnes de déchets radioactifs, le fruit pourri de quelques dizaines d’années de production d’énergie ! C’est inadmissible. »

Pour Greenpeace, le problème posé par les déchets nucléaires ne peut être balayé d’un revers de main : il est inconcevable de continuer à utiliser le nucléaire comme source d’énergie alors que le retour d’expérience de la gestion des seuls déchets de faible et moyenne activité est catastrophique. Qu’en sera-t-il pour la très haute activité ?

Il convient de reprendre complètement le Centre de Stockage de la Manche et d’assainir la zone déjà contaminée. Plus globalement, afin de résoudre l’origine d’un tel désastre, tous les nouveaux projets de centrales nucléaires doivent être abandonnés et les installations déjà existantes fermées.

A 75 jours du sommet de Copenhague, et alors que le lobby nucléaire prétend pouvoir aider à la lutte contre les changements climatiques, il est important d’avoir en tête ce que génère cette industrie : déchets, risques de sûreté et de sécurité, coûts et délais exorbitants, monopolisation des ressources au détriment de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Le nucléaire ne peut pas être une solution face à l’extrême urgence climatique.

La surpopulation, un mythe George Monbiot Reporterre 2009/10/06 George Monbiot (6 octobre 2009) La surpopulation, un mythe. Reporterre. Tribune — fr

La surpopulation, un mythe

Ce n’est pas une coïncidence si la plupart des obsédés de la surpopulation mondiale sont de vieux riches blancs ayant passé l’âge de la reproduction : c’est à peu près le seul point environnemental qu’on ne puisse leur reprocher. Le brillant scientifique des mécanismes terrestres James Lovelock, par exemple, a déclaré le mois dernier que « ceux qui ne voient pas que la surpopulation mondiale et le changement climatique sont les deux faces d’une même pièce, sont des ignorants ou des menteurs. Ces deux énormes problèmes environnementaux sont inséparables et discuter de l’un en ignorant l’autre est irrationnel » (1). Mais c’est Lovelock qui est ignorant et irrationnel.

Un article publié hier dans le journal Environnement et Urbanisme montre que les zones où la population a le plus augmenté sont celles où le taux d’oxyde de carbone s’est le moins élevé et vice-versa. Entre 1980 et 2005, par exemple, l’Afrique Sub-saharienne a produit 18,5% de la population mondiale et seulement 2,4% de l’augmentation de CO2. Par contre, l’Amérique du Nord qui n’a produit que 4 % de la population mondiale a augmenté ses émissions de gaz de 14 %. 63 % de l’accroissement de la population mondiale se situe dans des zones à très faibles taux d’émissions de gaz (2).

L’article indique qu’environ un sixième de la population mondiale est si pauvre qu’il ne produit quasiment aucune émission. C’est aussi le groupe dont le taux de croissance démographique est le plus élevé. En Inde, les foyers qui gagnent moins de 3.000 roupies par mois ne consomment, par tête, qu’un cinquième de l’électricité et un septième du carburant que consomment les foyers gagnant 30.000 Rps et plus. Les gens qui dorment dans les rues ne consomment rien. Ceux qui vivent du recyclage des déchets (une grande partie du sous-prolétariat urbain) épargnent souvent davantage de gaz à effet de serre qu’ils n’en produisent.

Beaucoup des émissions de gaz pour lesquelles nous blâmons des pays plus pauvres devraient en fait nous être imputées. Les torchères des compagnies qui exportent le pétrole du Nigéria, par exemple, produisent à elles seules plus de gaz à effet de serre que toutes les autres sources d’Afrique Sub-saharienne réunies (3). De même la déforestation des pays pauvres est conduite essentiellement par des opérations commerciales d’approvisionnement en arbres, viandes et nourriture animale pour les riches consommateurs. Les pauvres qui vivent dans les campagnes causent beaucoup moins de mal (4).

L’auteur de l’article, David Satterthwaite de l’Institut International pour l’Environnement et le Développement, nous apprend que la vieille formule enseignée à tous les étudiants en Développement – l’Impact total est égal à Population fois Richesse fois Technologie (I = PRT) – est fausse.

L’impact total devrait être mesuré de la sorte : I = CRT soit : Consommateurs fois Richesse fois Technologie. Nombreux sont ceux de la population mondiale qui consomment si peu qu’ils ne figureraient pas dans cette équation. Ce sont eux qui ont le plus d’enfants.

Tandis que la corrélation est mince entre réchauffement climatique et accroissement de la population, elle est forte entre réchauffement climatique et fortune.

J’ai jeté un coup d’œil à quelques supers yachts afin de pouvoir divertir, à l’occasion, des ministres du Travail dans un style auquel ils soient habitués. En premier, j’ai regardé les plans du RFF135 Royal Falcon Fleet, mais quand j’ai découvert qu’il ne consommait que 750 litres de carburant à l’heure (5), j’ai réalisé que ça n’allait pas impressionner Lord Mandelson. Je pourrais peut-être faire soulever un demi sourcil à Brighton avec le 105 Overmarine Mangusta, qui suce jusqu’à 850 l/h (6). Mais celui qui m’a vraiment tapé dans l’œil est fabriqué par Wally Yachts à Monaco. Le 118 Wally Power (qui donne aux complets imbéciles (wallies) une sensation de puissance) consomme 3.400 l/h à la vitesse de 60 nœuds (7). C’est presque un litre à la seconde. Ou encore 31 litres au kilomètre (8).

Bien entendu, pour faire plus d’effet il faut l’avoir agrémenté de teck et d’acajou, de quelques jet-ski et d’un mini sous-marin, transborder ses invités en jet privé ou en hélicoptère jusqu’à la marina, leur offrir des sushi de thon rouge et du caviar de bélouga et piloter la bête à une vitesse capable de bousiller la moitié de la vie aquatique Méditerranéenne. En étant propriétaire de l’un de ces yachts on inflige plus de dégâts à la biosphère en dix minutes que la plupart des Africains ne le feront en toute une vie. Là, ça commence à chauffer, chéri.

L’une de mes connaissances, qui traîne avec les très riches, m’a confié que parmi les banquiers établis dans la basse Vallée de la Tamise il y en a qui chauffent l’eau de leur piscine extérieure toute l’année. Ils aiment y flâner durant les nuits d’hiver en regardant les étoiles, moyennant 3.300€ de carburant par mois. Cent mille personnes vivant comme ces banquiers épuisent plus vite les ressources vitales de la planète que 10 milliards de personnes vivant comme les paysans Africains. Mais au moins, les riches ont la bonne manière de ne pas faire trop d’enfants, de telle sorte que les vieux riches qui s’en prennent à la reproduction humaine les laissent tranquilles.

En Mai dernier, le Sunday Times a publié un article intitulé : « Un club de millionnaires tente d’enrayer la surpopulation ». Il nous révélait que « certains des plus gros milliardaires Américains se sont discrètement réunis » pour choisir quelle bonne cause ils allaient soutenir. « Le consensus a émergé qu’ils soutiendraient la stratégie selon laquelle la croissance de la population doit être enrayée au titre de la menace potentiellement désastreuse qu’elle représente sur les plans environnemental, social et industriel » (9). Les ultra-riches, en d’autres termes, ont décidé que c’était les plus pauvres qui bousillaient la planète.

James Lovelock, tout comme Sir David Attenborough et Jonathan Porrit, est un patron de l’Optimum Population Trust (OPT). C’est l’une de ces douzaines de campagnes et autres kermesses organisées dans le seul but de décourager les gens de faire des enfants au nom de la sauvegarde de la biosphère. Mais je n’ai pas trouvé une seule campagne dont l’objectif soit de dénoncer l’impact des très riches.

Les obsédés vont prétendre que ceux qui se reproduisent vite aujourd’hui pourraient un jour devenir plus riches. Mais la part des riches devenant toujours plus grosse et les ressources de plus en plus rares, il reste peu de chance pour que cela arrive. Il y a de fortes raisons sociales d’aider les gens à gérer leur reproduction, mais de faibles raisons environnementales, excepté parmi les populations fortunées.

L’Optimum Population Trust passe sur le fait que le monde traverse une période de transition démographique : les taux d’accroissement de la population ralentissent presque partout et, selon le journal Nature, la population mondiale va vraisemblablement atteindre son pic autour des 10 milliards au cours de ce siècle (11). La plupart de l’accroissement aura lieu parmi ceux qui ne consomment presque rien.

Mais personne n’envisage une transition de la consommation. Les riches se reproduisent moins mais ne consomment pas moins ; ils consomment plus. Comme le montrent les habitudes des super-riches, il n’y a pas de limite à l’extravagance humaine. On peut s’attendre à ce que la consommation grimpe au fil de la croissance économique jusqu’à en faire exploser la biosphère. Celui qui ayant compris cela, persiste à considérer la population comme étant le vrai problème et non la consommation, est, selon les mots de Lovelock « un menteur ». C’est la pire espèce de paternalisme ; blâmer le pauvre des excès du riche.

Alors, où sont les mouvements contre les sales riches qui détruisent notre système vital ? Où en est l’action directe contre les super yachts et les jets privés ? Où en est la guerre des classes quand il y a besoin d’elle ?

Il est temps que nous ayons les tripes de nommer le problème Ce n’est pas le sexe ; c’est l’argent : ce n’est pas le pauvre ; c’est le riche.

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NOTES :

1. Optimum Population Trust, 26th August 2009 Gaia Scientist to be OPT Patron. http://www.optimumpopulation.org/re...

2. David Satterthwaite, September 2009, « The implications of population growth and urbanization for climate change », Environment & Urbanization, Vol 21(2) : 545–567. DOI : 10.1177/0956247809344361.

3. http://www.foei.org/en/publications...

4. For example, Satterthwaite cites the study by Gerald Leach and Robin Mearns, 1989. Beyond the Woodfuel Crisis – People, Land and Trees in Africa, Earthscan Publications, London.

5. http://www.ybw.com/auto/newsdesk/ 2...

6. http://www.jameslist.com/advert/5480

7. http://machinedesign.com/article/11...

8. 15 US gallons/nm = 56.775l/nm = 31 l/km.

9. John Harlow, 24th May 2009, « Billionaire club in bid to curb overpopulation », The Sunday Times.

10. Wolfgang Lutz, Warren Sanderson and Sergei Scherbov, 20th January 2008, « The coming acceleration of global population ageing », Nature. doi:10.1038/nature06516

11. UN Department of Economic and Social Affairs, 2005, World Population Prospects. The 2004 Revision. http://www.un.org/esa/population/ p...

Les Afghans de Calais expulsés Les Verts Reporterre 2009/10/07 Les Verts (7 octobre 2009) Les Afghans de Calais expulsés. Reporterre. fr

Les Afghans de Calais expulsés

M. Besson annonce l’expulsion des Afghans de la « jungle » de Calais vers leur pays d’origine. Expulser des personnes vers un pays en guerre est prohibé par les conventions internationales.

M. Besson vient de confirmer que des Afghans sans permis de séjour allaient être envoyés à Kaboul, en dépit des conventions internationales qui proscrivent les expulsions groupées, de surcroît dans les pays en guerre.

M. Besson déclare que ces expulsions se feront sous conditions : garantie de la sécurité des personnes « à l’arrivée » et possibilité d’aide à la réinstallation. Comment prendre au sérieux de telles allégations, comme garantir la sécurité des personnes juste à leur arrivée. Mais ensuite ? Qui peut croire à l’aide à la réinstallation dans un pays en proie à tous les désordres ?

Cette opération inqualifiable n’a qu’un objectif : appliquer la demande du président qui avait affirmer que l’opération « jungle » n’avait aucun sens s’il n’y avait pas d’expulsions.

Ce n’est qu’une opération de communication dans la poursuite du « nettoyage » de Calais. A la veille des élections, encore une fois, on ressort l’épouvantail de l’immigration pour faire oublier la crise, le chômage, les vrais problèmes pour lesquels le gouvernement n’a aucune solution. Les citoyens ne sont pas assez idiots pour croire que l’arrestation d’une centaines de sans-papiers à Calais et le renvoi d’une quarantaine d’Afgans à Kaboul va régler leurs problèmes.

On pensait que Hortefeux serait le plus redoutable ministre de l’immigration, Besson l’a dores et déjà dépassé et on peut se demander avec inquiétude jusqu’où continuera cette dérive inquiétante.

Trop de police à la manifestation antinucléaire François Mativet Reporterre 2009/10/07 François Mativet (7 octobre 2009) Trop de police à la manifestation antinucléaire. Reporterre. fr

Trop de police à la manifestation antinucléaire

Un déploiement de forces démesuré, et le droit à manifester librement bafoué : ce qui s’est passé à Colmar les 3 et 4 octobre.

La dictature désigne un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune loi ou institution ne les limite

Les 3 et 4 octobre dernier, avec une dizaine de militants antinucléaires non violents et néanmoins amis, nous sommes partis pour Colmar pour rejoindre le rassemblement organisé par le Réseau Sortir du Nucléaire afin d’éviter la prolongation de la centrale de Fessenheim.

La semaine qui avait précédé fut riche en événements. A l’origine, il était prévu une manifestation, mais le maire de Colmar en a décidé autrement : au mépris des lois de ce pays, il a pris puis retiré des arrêtés totalement illégaux et surréaliste comme celui interdisant la circulation de tout véhicule et de tout piéton pendant la durée de l’événement.

Je vous passe les détails de l’autorisation qui avait été donnée par écrit en mars et qui se voyait de fait refusée à 8 jours de la date fatidique, de l’interdiction de manifester et de l’obligation de transformer la manif en rassemblement... Déjà là, on ne sent plus très bien la teneur de la démocratie, on voit les libertés se dissoudre dans la vapeur d’eau des réacteurs nucléaires. Mais nous sommes des non-violents, et donc on ne voulait pas aller au clash.

Arrivés dans la région la veille au soir, nous avons été accueillis dans un gîte magnifique à quelques kilomètres de Colmar par des gens ouverts, d’une gentillesse incroyable vivant dans un paysage magnifique. Le lendemain matin, quelle ne fut pas notre surprise de constater que, la veille pour certains, le matin pour d’autres, nous avions tous pris notre douche avec de l’eau chaude solaire. Renseignements pris auprès de la propriétaire, c’est assez courant dans la région car ils ont bien reçu le nuage qui n’a jamais passé la frontière et sont donc bien engagés dans les énergies renouvelables.

Après un long petit déjeuner, nous partons vers Colmar et commençons à prendre peur en voyant à 10 km de la ville tous les ronds-points occupés par des camionnettes bleues et les hommes qui vont avec. Et plus on approche du centre ville et plus ils sont nombreux. Les camionnettes sont remplacées par des cars avec des remorques, bientôt c’est un hélicoptères qui nous survole, puis 2. État de siège ?

On arrive tant mal que bien à garer notre véhicule et nous dirigeons vers le rassemblement près de la gare. Et là on se demande vraiment si nous ne sommes pas tombés dans la machine à remonter le temps de quelques 41 ans en arrière. Au bout d’un petit kilomètre, nous tombons sur une première barricade anti-émeute et toutes les options disponibles : les robocop au grand complet avec tous leurs gadgets qui font mal, les véhicules sortis de Mad Max avec grilles de protection, lance incendie et tout le toutim.

Les plus novices d’entre nous commencent sérieusement à ne plus être très fiers. Mais notre motivation les rassure et nous continuons notre parcours du non combattant. Une deuxième puis une troisième, toutes du même tonneau, nous donnent à penser que ce pourrait être drôle si ce n’était si grave pour la démocratie, si ce n’était si préoccupant pour nos libertés, si ça ne coûtait autant d’argent prélevé sur nos impôts... et nous n’avons pas encore tout vu !

Nous arrivons enfin sur le lieu du rassemblement. C’est le moment des grandes retrouvailles qui sont toujours très chaleureuses dans cette grande famille. C’est vrai qu’on a maintenant des amis dans presque tous les départements français, car bien peu sont épargnés par le fléau nucléaire ; mais bien vite, de nouvelles rencontres arrivent avec les Allemands, les Suisses. Tiens les Allemands, parlons-en !

Nous sommes en Europe lorsque nous sommes à Colmar, et nos voisins allemands ont été volontairement « ralentis » à la frontière sous le prétexte fallacieux de « contrôles ». Pour voyager beaucoup (trop ?), ça fait des années que je n’ai pas vu un douanier, que ce soit pour aller en Allemagne, Autriche, Italie, Espagne ou Suisse, et d’un seul coup d’un seul, voilà t’y pas que nos douaniers français se réveillent pour contrôler nos amis allemands qui arrivent quand même, mais avec 1 heure de retard.

Pendant ce temps, une équipe de France 3 apprenant la chose veut aller vérifier de visu. On leur interdit la sortie de Colmar... Etonnant non ? 2 hélicoptères se relaient pour faire du stationnaire chaque fois qu’il y a une prise de parole, mais ce n’est qu’un malheureux hasard.

Les prises de parole se font malgré tout, une Américaine vient même expliquer comment elle est surprise de voir autant de monde à ce rassemblement alors qu’EDF et Areva, au travers de leurs nombreuses filiales, racontent sur tout le territoire américain que tout va bien dans la France nucléaire. Elle est scotchée et ça se sent au micro.

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut bien se rendre compte de la situation. Nous sommes entourés de barricades anti émeutes nous interdisant l’accès au centre-ville. Les bleus canalisent toutes les entrées et interdisent les sorties sauf à leur remettre tous signes distinctifs tels tee-shirts, badges et autres matériels auquel chaque militant attache un peu de son histoire personnelle.

Deux d’entre nous se feront arracher des feuilles contenant un message clair : « nucléaire = démocratie bafouée ». Ces mêmes deux verront une militante tellement pressée de satisfaire un besoin naturel qu’elle le fera, bien obligée, devant les barricades au pied d’un groupe de bleus médusés.

3000 bleus, les véhicules, les transports, leur matériel, leur ravitaillement, les frais de déplacements, 2 hélicoptères, la police montée, la pose et la dépose des barricades et des milliers de barrières par les services techniques, les commerces obligés de fermer, ...

Je ne sais comment avec des mots vous faire sentir de quel côté était la violence, même encore le samedi soir tard dans la ville, quand passer à côté d’eux est une prise de risque, quand on sent les regards, qu’on aperçoit les appareils photos ou les camescopes qui nous filment sans notre autorisation. Cette ambiance délétère, jamais nous ne l’avons ressentie sur le lieu du rassemblement, mais beaucoup en dehors.

Cette ghettoïsation est insupportable à titre personnel, mais elle est encore plus insupportable pour l’avenir de la démocratie et pour celui de nos enfants. Jamais au cours de ma vie de militant, il n’a été aussi difficile de rester non violent face à cette gabegie d’argent public et à de tels dénis de démocratie.

Mais nous avons gagné, nous les avons ridiculisé et il faut le dire, le score est sans appel : 3000 policiers à 0 incident

Et la colère me fait oublier de vous parler de cette magnifique banderole de 150 m2 descendu le long d’un immeuble, de ces groupes de musique incroyables, des sandwichs de la Confédération paysanne, du jus de pomme du stand d’à côté, des danseurs Stop Fessenheim, des ateliers énergies renouvelables, du succès des démonstrations de moteur Pantone, des concerts jusqu’à 3 h du matin, et j’en oublie encore bien plus.

La vraie vérité, c’est que le lobby nucléaire commence vraiment à avoir peur, de ce toujours plus de monde aux rassemblements et manifestations, de ces articles et reportages trop souvent contre lui dans les médias ; peur de ses échecs à répétition dans la vente de l’EPR, peur de ses magouilles, de ses mensonges de plus en plus évidents auprès d’un public toujours plus nombreux.

La vraie vérité, c’est que le nucléaire malgré tout cela n’est pas mort... Il bouge encore, mais la tendance s’est inversée. Il est passé de dominateur à dominé ; il est sur la défensive. Alors ne lâchons rien, luttons sans compter, notre énergie est renouvelable et sans CO2, luttons pour que nos enfants puissent faire des enfants !

Les sables bitumineux accélèrent le changement climatique Greenpeace Reporterre 2009/10/08 Greenpeace (8 octobre 2009) Les sables bitumineux accélèrent le changement climatique. Reporterre. fr

Les sables bitumineux accélèrent le changement climatique

L’exploitation des sables bitumineux pour en tirer du pétrole est une activité extrêmement polluante. Une campagne est menée en Alberta (Canada) pour en demander l’arrêt.

Après plus de 24 heures de blocage d’une usine du Groupe Shell à Fort Saskatchewan dans l’Alberta, les 13 militants de Greenpeace qui occupaient encore le site ont été délogés et arrêtés par la police ce dimanche 4 octobre à 5 heures du matin (heure locale). Greenpeace enchaîne depuis 3 semaines les actions pour dénoncer la scandaleuse exploitation des sables bitumineux dans l’Alberta au Canada. Des militants venus de France, du Brésil, du Québec ou d’Australie ont successivement occupé et bloqué deux mines à ciel ouvert exploitant les sables bitumineux avant cette usine Shell.

Les sables bitumineux, c’est un bitume très visqueux, mélangé à du schiste et du sable à partir duquel –à l’issu d’un processus long et complexe- on extrait du pétrole.

Les sables bitumineux : un crime climatique et environnemental absolu

« Les sables bitumineux, c’est la façon la plus sale et la plus chère d’extraire et de produire du pétrole, explique Yannick Rousselet, chargé de campagne Energie chez Greenpeace France. La production d’un baril de pétrole à partir de ces sables émet 3 à 5 fois plus qu’un baril de pétrole conventionnel. L’exploitation de ce pétrole nécessite un gaspillage ahurissant d’énergie (gaz, électricité, carburant, etc.) et d’eau. C’est un véritable crime contre le climat dans lequel investissent de nombreux groupes pétroliers !" tempête Yannick Rousselet.

En Alberta, l’exploitation des sables bitumineux a déjà dévasté plus de 3000 km² de forêt boréale, créé d’immenses lacs de déchets miniers, pollué de nombreuses rivières, etc.

A dix semaines de Copenhague : un crime qui compromet tout effort des Etats

Dans dix semaines, les chefs d’Etat du monde entier se retrouveront à Copenhague pour tenter de trouver un accord pour lutter contre les changements climatiques et donner une suite au protocole de Kyoto. « Comment lutter efficacement contre les changements climatiques si l’on laisse des groupes pétroliers, des Etats, et des intérêts économiques divers investir dans une telle catastrophe environnementale et climatique, s’interroge Yannick Rousselet. Tout accord pris Copenhague serait sapé si les investissements et les projets de développement des sables bitumineux au Canada et dans le monde se poursuivent. Alors qu’on nous parle sans relâche de « moralisation » du capitalisme, il faut aussi que les chefs d’Etats se positionnent contre les pratiques irresponsables des intérêts économiques privés », conclut Yannick Rousselet.

La dette publique découle de la baisse des impôts Jean Matouk Reporterre 2009/10/08 Jean Matouk (8 octobre 2009) La dette publique découle de la baisse des impôts. Reporterre. Tribune — fr

La dette publique découle de la baisse des impôts

En 28 ans, l’impôt sur le revenu a baissé de 5 points de PIB. Inverser la tendance permettrait de combler le déficit budgétaire, donc le problème de la dette publique.

Le problème de la dette française ressort. Elle avait été au cœur de la campagne présidentielle de 2007 , mais la crise et la nécessité où était notre gouvernement, comme tous les autres, de recapitaliser les banques puis de relancer la croissance économique, l’a remise à l’ordre du jour. Aujourd’hui, elle est de 1429 milliards € soit 74% du PIB. Elle atteindra 80% du PIB en 2010 en France, mais dépasse 100% en Italie, Grèce, Japon, Etats-Unis et se trouve bien proche de 80% aussi en Grande Bretagne et Allemagne.

Dans son interview télévisée de New York, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’en période de crise il était normal que les déficits publics se creusent, qu’il n’y avait pas d’autre solution. Ceci est exact mais il oublie d’ajouter que, dès son arrivée, en juillet 2007, il a alourdi le déficit et la dette de l’ordre de 15 milliards par an, du fait des baisses d’impôt de la loi TEPA, favorables aux plus aisés.

Un phénomène économique doit toujours être apprécié avec recul. En 28 ans, de 1980 à 2008, la part des impôts d’Etat a baissé de 3%, celle des collectivités locales a progressé de 2% ( et nous n’en sommes qu’au début) et celle des cotisations sociales s’est envolé de 5%.

La baisse des impôts d’Etat est entièrement due à celle de l’IRPP (impôt sur le revenu). Selon les chiffres disponibles de l’INSEE la part de l’IRPP sur le revenu net (devenu revenu fiscal de référence) est passée de 15,5% en 1989-90 à 10,6% aujourd’hui. 3% du PIB, c’est ce que représentait le déficit budgétaire en 2008, avant la relance qui, évidemment, l’a creusé. C’est à peu de chose près, le double du plan de relance.

La baisse régulière de l’IRPP n’a apporté aucun avantage économique. Depuis le début des années 80 la France expose un taux de croissance faible par rapport aux autres, notamment parce que les investissements productifs dans l’industrie et les services ont été trop faibles. L’épargne fiscale ne s’est pas réinvestie.

Aujourd’hui, le salut économique national exigerait, certes, que l’on réduise puis annule le déficit de la sécurité et sociale, et, en particulier de l’assurance maladie par des mesures nécessairement impopulaires, comme l’augmentation du forfait hospitalier. Les revenus remboursables des professions paramédicales devraient cependant aussi être appelés à la solidarité. Mais ce salut exigerait aussi que l’on remette l’IRPP en pourcentage du revenu à son niveau de 1980. Ce serait d’abord un acte de saine gestion budgétaire, réduisant le déficit donc la dette. Ce serait aussi un acte de justice sociale.

Ce serait enfin modérer un peu la frustration permanente de tous ceux qui voient leur pouvoir d’achat n’augmenter que fort peu, et rêvent donc en permanence d’accéder au modèle de consommation des gens plus aisés qu’eux ; un tel rêve du « toujours plus » , qui entretient cette frustration permanente, est le fondement de la croissance matérielle ininterrompue sur laquelle sont assis les profits des entreprises mondiales, mais aussi d’une pollution croissante de la terre et de son atmosphère , létale pour notre planète.

Total exploite les sables bitumineux Greenpeace Reporterre 2009/10/09 Greenpeace (9 octobre 2009) Total exploite les sables bitumineux. Reporterre. fr

Total exploite les sables bitumineux

La multinationale française du pétrole participe à l’exploitation des sables bitumineux au Canada.

En parallèle de l’action menée hier par Greenpeace sur la raffinerie Total du Havre, d’autres militants de Greenpeace ont interpellé le groupe pétrolier français, cette fois au Canada, pour dénoncer la responsabilité du groupe pétrolier français dans les changements climatiques, notamment au travers de ses investissements faramineux dans l’exploitation des sables bitumineux, à l’ouest du Canada, dans l’État de l’Alberta, mais aussi à Madagascar. Le pétrole extrait de ces sables génère cinq fois plus de gaz à effet de serre que celui issu des gisements classiques.

Au moment où les activistes de Greenpeace s’apprêtaient à passer une partie de la nuit sur les cheminées de la raffinerie Total du Havre, au Canada, à Edmonton, d’autres militants de Greenpeace ont détourné des panneaux publicitaires géants présentant la campagne de communication menée par Total pour verdir son image.

Ce détournement publicitaire fait écho à la campagne menée par Greenpeace également sur Internet contre le géant pétrolier français avec une vidéo virale à découvrir sur http://www.greenpeace.fr/destructio...

Ces opérations visant Total s’inscrivent dans le sillage d’actions menées depuis trois semaines par Greenpeace dans l’État de l’Alberta, au Canada. Des opérations similaires devraient encore avoir lieu. À moins de dix semaines du sommet de Copenhague, Greenpeace dénonce ainsi la responsabilité des groupes privés et de certaines entreprises dans les changements climatiques.

C’était beau, Copenhague Michael Löwy Reporterre 2009/10/10 Michael Löwy (10 octobre 2009) C’était beau, Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

C’était beau, Copenhague

L’écosocialisme promu par un conte. Il était une fois en 2049...

COPENHAGEN, AVRIL 12, 2049

Avril 12, 2049. C’était une belle et fraîche journée de printemps, la température n’était pas montée au-dessus de 42° à l’ombre. La grand-mère Sarah, âgée de 71 ans, est sortie pour une promenade au bord de la mer avec son petit-fils Stefan, agé de 10 ans. Ils ont engagé une passionnante conversation.

Stefan : Grand-mère, est-ce vrai ce que père m’a raconté ce matin, à savoir, que sous la mer devant nous se trouve toute une ville qui était une fois appelée Copenhagen ?

Sarah : Oui, cher Stefan. C’était une grande, belle, charmante ville, pleine de palais, églises, tours, théâtres, universités. C’était là que nous habitions, avec nos amis et notre famille, avant la Catastrophe.

Stefan : Qu’est-il arrivé ?

Sarah : Tu ne l’a pas encore appris à l’école ? Les gaz à effet de serre produits par les énérgies fossiles - le charbon, le pétrole – ont déclenché une montée de la température, et des milliards de tonnes de glace de l’Antarctique et du Groenland ont fondu. Cela a commencé lentement, mais il y a quelques années c’est devenu un processus soudain, des énormes blocs de glace ont glissé dans la mer, et le niveau des océans est monté de plusieurs mètres.

Stefan : Je vois…C’est arrive seulement ici, au Danemark ?

Sarah : Pas du tout, mon petit. C’est arrivé partout dans le monde. Beaucoup d’autres villes merveilleuses, comme Venise, Amsterdam, Londres, New York, Rio de Janeiro, Dacca, Hong-Kong sont maintenant sous l’océan…

Stefan : Est-ce que je ne verrai jamais Copenhagen, et toutes ces autres belles villes ?

Sarah : Je crains que non, Stefan. Certains climatologues disent que dans quelques milliers d’années, quand le climat changera à nouveau, la mer pourra rétrocéder, révélant les ruines de ces splendides villes. Mais nous ne seront plus là pour voir.

Stefan : Mais grand-mère, personne n’a prévu la Catastrophe ?

Sarah : Si, beaucoup de personnes l’on fait ! Certains scientifiques, comme James Hansen, le climatologue de la NASA, a assez correctement prévu, il y a une quarantaine d’années, ce qui arriverait, si l’ont continue avec « business as usual », les pratiques économiques courantes. D’autres scientifiques ont aussi prévu ce qui est arrivé en Europe du Sud : à la place des vertes plaines de l’Italie du Sud, de la France et de l’Espagne, nous avons maintenant l’ainsi nommé Desert du Sahara de l’Europe du Sud.

Stefan : Dis-moi, grand-mère, est-ce que la Catastrophe était inevitable ?

Sarah : Pas vraiment, mon petit. Il y a quelques dizaines d’années il était encore possible de l’empêcher, si des changement radicaux avaient été engagés.

Stefan : Pourquoi est-ce que les gouvernements de ces années n’ont pas pris des initiatives ?

Sarah : La plupart d’entr’eux servait les intérêts des classes dominantes, qui refusaient d’envisager tout changement qui menaçait leur système économique - l’économie de marché capitaliste - leurs privilèges et leur mode de vie. Ils constituaient une sorte de « oligarchie fossile » qui s’accrochait obstinément au pétrole et au charbon, et qui considérait toute proposition de les remplacer rapidement par des alternatives renouvelables (comme l’énergie solaire) comme « non réalistes » ou une menace pour la « compétitivité » de leurs entreprises. Le même vaut pour l’industrie automobile, le transport de marchandises par camions, etc.

Stefan : Comment pouvaient-ils être aussi aveugles ?

Sarah : Regarde, en 2009, quand la ville de Copenhagen existait encore, les maîtres du monde se sont rencontrés ici pour une Conférence Mondiale sur le Changement Climatique. Ils ont fait des beaux discours, mais ne sont pas arrivés à aucune conclusion significative sur ce qu’il fallait faire dans les prochaines années ; quelques pays industriaux riches ont annoncé qu’ils allaient réduire de moitié leurs émissions…vers 2050. Et en attendant, ils n’ont rient trouvé de mieux que d’établir un « Marché des droits d’émission », grâce auquel les grands pollueurs ont acheté le droit de continuer à polluer.

Stefan : Et personne n’a protesté ?

Sarah : Bien sûr qu’il y a eu de la protestation ! Des masses de gens en colère sont venues d’Europe, mais aussi de contrées lointaines, à Copenhagen, pour exprimer leur protestation, et exiger des mesures immédiates et radicales, comme la réduction d’émissions de 40% jusqu’à 2020 (nous aurions dû exiger 80% !). Entre les gens qui soutenaient ces mesures, certains - j’en étais - se réclamaient de l’ecosocialisme.

Stefan : Qu’est-ce que vous proposiez ?

Sarah : Nous disions qu’il fallait un changement social radical, enlevant les moyens de productions des mains de l’oligarchie capitaliste pour la donner au peuple ; nous avons plaidé pour un nouveau mode de civilisation, un nouveau paradigme de production - utilisant l’énergie solaire – et de consommation, en supprimant la publicité et les camelotes inutiles qu’elle promouvait. A la place de la “croissance” illimitée, fondée sur le profit sans limites et l’accumulation du capital, nous avons propose la planification démocratique de la production, selon les vrais besoins sociaux et la protection de l’environnement.

Stefan : Tout cela me semble raisonnable ! Mais quelle a été la réponse des autorités ?

Sarah : Eh bien, nous et tous les jeunes protestataires fûmes reçus avec des coups de matraque et du gaz lacrymogène.

Stefan : Est-ce qu’on t’a frappé, grand-mère ?

Sarah : Eh oui ! J’ai été atteinte par un flic avec une matraque en caoutchouc, et mon oreille gauche a presque été coupée. Regarde, j’ai encore une marque ici, sous mes cheveux…

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Ce document a été préparé grâce à la machine à voyager dans le temps de H.G.Wells, par le Réseau Ecosocialiste International http://www.ecosocialistnetwork.org. Le rédacteur a été Michael Löwy, avec l’aide de Klaus Engert, Danièle Follet, Joel Kovel, Joaquin Nieto et Ariel Salleh.

Le ministre Estrosi s’attaque au Parc du Mercantour La Garance voyageuse Reporterre 2009/10/10 La Garance voyageuse (10 octobre 2009) Le ministre Estrosi s’attaque au Parc du Mercantour. Reporterre. fr

Le ministre Estrosi s’attaque au Parc du Mercantour

Un projet de développement destructeur, « Les Balcons du Mercantour », est en cours dans ce parc national.

En juillet 2009, un nouveau président a été nommé au parc du Mercantour : M. Ciotti. Avec comme vice-président Christian Estrosi (qui est à l’origine du projet des Balcons du Mercantour lancé en 2008) , ce projet de "développement" scandaleux risque de ressurgir sous une forme déguisée.

Début août, La Garance a envoyé au nouveau président du Parc une lettre ouverte pour réclamer l’application de la loi qui règle la gestion du Parc, la poursuite des responsables des destruction d’espèces protégées commises par les travaux illégaux de 2008 et pour lui demander de respecter la mission de protection du Parc.

A ce jour aucune réponse ne nous est parvenue et des travaux de « développement » sans aucune concertation légale se poursuivent (agrandissement de parkings par exemple).

Nous nous adressons donc à tous pour que la pression de l’opinion publique s’exerce sur les responsables et que la loi qui protège les espèces menacées soit appliquée.

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Lettre ouverte adressée par l’association La Garance voyageuse à M. Ciotti, Président du Parc National du Mercantour

Monsieur,

En août 2008, l’ouverture d’un chantier de terrassement dans le Parc national du Mercantour, première étape pour créer un itinéraire touristique de randonnée, et ceci au mépris des lois et de toutes les règles de gestion du Parc, a provoqué une levée de boucliers. La Garance voyageuse s’est jointe aux protestations car : - 1) des plantes protégées avaient été détruites en plein parc national, dont l’emblématique Saxifraga florulenta ; - 2) le projet complet, dit « Les Balcons du Mercantour », n’était pas compatible avec le respect de l’environnement alpin (paysages, flore et sols) ; - 3) le projet avançait dans l’opacité, en l’absence de concertation et sans respecter les préconisations du conseil scientifique du Parc national.

Où en est ce projet en juillet 2009 ?

Vous avez été nommé président du Parc du Mercantour en juillet 2009 et avez annoncé que le projet restait en discussion.

En tant qu’association de protection du monde végétal, La Garance voyageuse est très inquiète pour l’avenir du parc. Des espèces protégées ont déjà été détruites pendant les travaux de terrassement entre le refuge de Rabuons et le lac de Lagonot (vallée de la Tinée). Bien que la constatation en ait été faite par des agents du Parc et de l’ONF, ces destructions en infraction évidente avec la loi n’ont, à ce jour, toujours pas été punies. Le plus grand brouillard entoure la suite des évènements.

La Garance voyageuse s’adresse à vous, nouveau Président du parc, pour réclamer l’application de la loi à l’encontre des délits commis en 2008 et la protection effective des espèces protégées menacées par ce projet, en particulier Saxifraga florulenta, Primula marginata, Jovibarba allionii, Cardamine asarifolia, Androsace vandellii et Gnaphalium uliginosum inventoriées sur le parcours.

Nous espérons que vous aurez à cœur de promouvoir le rôle primordial du Parc du Mercantour qui est d’être une zone de protection de la nature.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Ékopédia invite au partage des solutions écologiques Jean-Luc Henry Reporterre 2009/10/11 Jean-Luc Henry (11 octobre 2009) Ékopédia invite au partage des solutions écologiques. Reporterre. fr

Ékopédia invite au partage des solutions écologiques

Une encyclopédie des solutions écologiques sur Internet.

L’encyclopédie Ékopédia, basée au Québec, vient de dépasser les 2000 articles en français et invite les citoyens et organismes à partager les solutions écologiques grâce au formidable outil collaboratif qu’est Ekopedia.org

Qu’ils soient scientifiques, spécialistes, passionnés ou citoyens, les milliers de contributeurs d’Ékopédia partagent et collaborent dans un but commun : donner les moyens à tous de poser les gestes nécessaires pour créer un monde meilleur.

Devant l’urgence des problèmes écologiques, nous avons pour devoir moral de communiquer les solutions applicables ici et maintenant. Sans cesse en quête de nouveaux contributeurs, nous invitons citoyens et organismes à participer à Ékopédia et à faire circuler notre appel. Il y a beaucoup de façons de contribuer (rédactions, corrections grammaticales, ajout d’images, aide aux nouveaux arrivants...) et en plus c’est très facile.

Notre société doit transformer l’individualisme et la concurrence en responsabilité sociale et en collaboration. Les milliers d’articles, d’illustrations et de photos du projet Ékopédia sont librement copiables, diffusables et transformables (tant que ces libertés sont conservées). Ainsi, les individus, les écoles, les organismes, etc. peuvent bénéficier librement de ces connaissances, les améliorer et les réutiliser pour les diffuser dans leurs propres réseaux.

Durant les 7 dernières années, nous avons réalisé notre rêve de créer une base de connaissances pour devenir plus autonomes et respectueux de notre environnement. Nous rêvons aujourd’hui qu’Ékopédia devienne un lieu de collaboration pour les organismes sans but lucratif souhaitant partager les solutions écologiques au plus grand nombre.

Ékopédia a été créé en 2002, il existe maintenant en 7 langues et ses visiteurs et contributeurs proviennent de plus de 200 pays. Les informations y sont structurées autour de 12 thèmes et on y trouve aussi bien des solutions et alternatives relatives à la naissance, l’alimentation, le transport, le logement, etc. Les articles vont de la simple recette de pâte dentifrice, à la fabrication d’un système de phytoépuration. Pour un projet d’intérêt public tel qu’Ékopédia, il est essentiel de penser en premier aux bénéfices de la communauté, les informations y sont donc gratuites et sans publicité. Avec plusieurs centaines de milliers de visites chaque mois, Ékopédia est devenu un des sites Web francophones les plus visités du domaine de l’écologie.

Le Parti de gauche propose une nouvelle fiscalité écologique Parti de Gauche Reporterre 2009/10/12 Parti de Gauche (12 octobre 2009) Le Parti de gauche propose une nouvelle fiscalité écologique. Reporterre. fr

Le Parti de gauche propose une nouvelle fiscalité écologique

Le Revenu maximal autorité (RMA) proposé à l’Assemblée nationale. Et plein d’autres bonnes choses...

Martine Billard, député écologiste de Paris, Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche, et les parlementaires du Parti de Gauche présentent leur Proposition de loi « pour une autre fiscalité écologique » le mardi 13 octobre à l’Assemblée nationale.

Alors que le gouvernement se contente de repeindre en vert le capitalisme avec sa taxe carbone, cette proposition de loi pose les bases d’une autre fiscalité écologique en rupture avec le productivisme et le consumérisme.

Elle prévoit notamment la création du Revenu maximal autorisé, l’abrogation de niches fiscales néfastes pour la planète et l’introduction de taxes écologiques ciblées. Le grand écart des disparités de revenus est non seulement la cause de grandes inégalités sociales mais également la cause du renforcement d’une classe de riches, gaspillant et détruisant, par des consommations de loisir de luxe, les ressources de la planète.

Titre Ier : Revenu maximum autorisé

- abrogation du « bouclier fiscal »

- instauration du « Revenu maximum autorisé » (20 fois le revenu médian annuel, soit 352 000 euros) et création de tranches d’imposition assurant la progressivité de l’impôt jusqu’au niveau du Revenu maximum

- en même temps : salaire maximum légal (20 fois le SMIC ou le minima salarial de branche quand celui-ci est supérieur au SMIC).

Titre II : abrogation de niches fiscales anti-écologiques

- abrogation des exonérations de taxe intérieure de consommation (TICPE) sur le transport aérien (autre que de tourisme privé, déjà assujetti),

- abrogation du remboursement d’une fraction de la taxe intérieure de consommation sur le gazole utilisé par certains véhicules routiers

- abrogation des exonérations en soutien au développement des agrocarburants (abusivement appelés « biocarburants » dans le code des douanes)

- fin des exonérations de TICPE sur les carburants et combustibles utilisés par le Ministère de la Défense car ils sont tout autant émetteurs de gaz à effet de serre.

Titre III : autres incitations fiscales pour la conversion écologique de l’économie

- renforcement des exigences du Bonus/Malus sur les véhicules automobiles. Des efforts supplémentaires sont atteignables, vu que les émissions moyennes de véhicules neufs sont passées de 149 g de CO2/km à la fin de 2007 à 133 g de CO2/km en août 2009.

- durcissement du Malus annuel pour la détention de voitures individuelles très polluantes, immatriculées à partir de 2010 : abaissement des seuils à 240g pour 2010 ; 230g pour 2011 et 220g pour 2012, en augmentant le montant dû à 250 euros ; instauration d’une première tranche taxable à hauteur de 160 euros annuels, pour des taux d’émission de 160 g de CO2 par kilomètre en 2009, jusqu’à 130g en 2012.

- durcissement du Malus à l’acquisition de voitures individuelles : passer dès 2010 aux objectifs actuel de 2012, en faisant débuter le malus lors de l’achat à 150g de CO2 par kilomètre ; puis accentuation réduction annuelle de 10g jusqu’à 130g pour 2012.

- resserrement du Bonus d’ici 2012 (seuil à 120g pour 2010, 110g pour 2011 et 100g pour 2012).

- limitation du bénéfice du Bonus à raison de deux aides par foyer fiscal.

- suppression du « super bonus » de 5.000 euros lors de l’achat de voitures électriques individuelles qui ne sont aucunement des « voitures propres ».

- demande de rapport sur la faisabilité d’une taxe carbone kilométrique aux frontières sur les importations comme sur les exportations, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de favoriser la relocalisation de l’économie.

- augmentation sensible des taxes sur les publicités imprimées et prospectus ainsi que sur les spots publicitaires audiovisuels.

- demande d’un rapport sur la mise en chantier d’une nouvelle taxation générale de la publicité qui reposerait sur deux principes : taxation à la source de la dépense publicitaire des entreprises et taxation nationale de la publicité extérieure (enseignes, panneaux publicitaires) qui pourrait être majorée par les communes.

Titre IV : diverses mesures fiscales permettant le financement de la conversion écologique de l’économie

- fin du régime de défiscalisation des heures supplémentaires par exonération d’impôt sur le revenu des heures introduite par la loi TEPA d’août 2007

- fin du crédit d’impôt sur le revenu au titre des intérêts d’emprunts supportés à raison de l’acquisition ou de la construction de l’habitation principale (également loi TEPA)

- fin de l’exonération de l’impôt de solidarité sur la fortune des placements financiers des personnes physiques qui n’ont pas en France de domicile fiscal

- fin de la réduction de l’impôt de solidarité sur la fortune en raison du nombre d’enfants du déclarant

- fin de l’application à la location directe des yachts et autres navires de plaisance du dispositif « Girardin » de réduction d’impôt sur le revenu pour les investissements réalisés dans les départements, territoires et collectivités territoriales d’Outre-mer, avant le 31 décembre 2017

- prélèvement exceptionnel pour les exercices 2010, 2011 et 2012, sur les bénéfices des sociétés établies en France qui réalisent leur chiffre d’affaires principalement dans le domaine de l’énergie afin de financer l’effort d’investissement public pour la conversion écologique de l’économie.

- demande de rapport sur la mise en oeuvre d’un droit minimum à l’énergie électrique et à l’eau à travers la gratuité pour une première tranche minime de consommation électrique, appuyé sur une forte taxation progressive des sur-consommations afin d’enrayer le mésusage et le gaspillage.

Jean Sarkozy a bien mérité son diplôme de fils à papa Sauvons les riches Reporterre 2009/10/12 Sauvons les riches (12 octobre 2009) Jean Sarkozy a bien mérité son diplôme de fils à papa. Reporterre. fr

Jean Sarkozy a bien mérité son diplôme de fils à papa

Le plan Jeunes du gouvernement fonctionne bien : la présidence de l’EPAD est proposée à Jean Sarkozy.

Le 8 octobre, on a pu apprendre que Jean Sarkozy briguait la présidence de l’Etablissement public d’aménagement du quartier d’affaires de La Défense (l’EPAD) pour remplacer Patrick Devedjian atteint par la limite d’âge.

Immédiatement se sont élevées des voix pour dénoncer qui son incompétence, qui le caractère népotique de la chose (Jean Sarkozy est accessoirement le fils de Nicolas Sarkozy, président de la République et ancien président du conseil général du 92).

Sauvons les riches tient à rappeler à ces contestataires que Jean Sarkozy, s’il n’a pas encore mené ses études de droit à leur terme, a déjà un diplôme, celui de fils à Papa.

Cette possible présidence honore d’ailleurs la mention Balkany décernée à l’impétrant à l’unanimité par le jury.

Surtout, cette possible présidence s’incrit dans le cadre du Plan Jeunes annoncé par le chef de l’Etat et Sauvons les riches s’en félicite. Les gauchistes et extrêmes centristes ont pu dénoncer le fait que l’on consacrait 5 fois moins aux restaurateurs qu’aux jeunes de moins de 25 ans ou que l’extension du RSA était en fait une mesure qui allait laisser de côté 98% des moins de 25 ans.

Mais là, force est de reconnaître que confier un établissement amené à jouer un rôle décisif dans le Grand Paris à une personne de moins de 25 ans est une belle preuve de confiance dans la jeunesse. Dans quelques années, quand Jean Sarkozy aura redressé la Défense et obligé quelques entrepreneurs de start-up (Bouygues, Vinci etc..), les mauvaises langues se rendront compte que ce pied-à-l’étrier-à-son-jeune était finalement la mesure la plus décisive du plan Jeunes de Nicolas Sarkozy.

Rendez-vous d’ici le 4 décembre pour une action-piqûre-de-rappel avant l’intronisation de Jean par ses pairs et par son père.

La crise commence Hervé Kempf Reporterre 2009/10/12 Hervé Kempf (12 octobre 2009) La crise commence. Reporterre. Édito — fr

La crise commence

Dans le monde fantasmagorique des responsables et analystes de l’économie, le bien et le mal se résument aux frémissements d’un totem : le produit intérieur brut (PIB). Il chute de 2 %, c’est la catastrophe, il remonte en tremblant à 0,3 %, la reprise s’annonce. Et l’obsession est de rejoindre les 2-3-4 % « normaux » afin que la vie redevienne belle. Je ne caricature pas : des dizaines de déclarations et d’articles dans le Wall Street Journal, The Financial Times, The Economist, Les Echos, La Tribune - et bien sûr, notre cher Monde - ratiocinent autour de ce thème.

Parlons de la vraie économie, celle qui se préoccupe de la subsistance durable des sociétés.

La récession de 2008-2009 est née de l’éclatement d’une bulle financière gonflée par un endettement démesuré. Les morceaux ont été recollés par une intervention rapide et forte des autorités publiques. Pour éviter l’effondrement de l’économie, on a de surcroît opéré des relances budgétaires massives. Donc, l’endettement public, déjà important avant la récession, a encore augmenté. Comme il y a des limites à la dette, il ne sera plus guère possible de soutenir artificiellement l’économie.

D’ailleurs, il y a... l’énergie. De son bas prix dépend la croissance du PIB. Or le pic pétrolier - dans le voisinage duquel nous sommes - signifie que le prix des combustibles fossiles est à la hausse, alors qu’il restera dans la décennie à venir le prix directeur pour toutes les énergies. Si donc se produit une « reprise », elle augmentera la demande de pétrole, le prix de celui-ci montera, ce qui refroidira les ardeurs du PIB.

Autre pièce essentielle, le changement climatique. Il est urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Les pays riches - même les Etats-Unis - affirment vouloir les diminuer de 80 % d’ici à 2050 : cela représente en gros une réduction annuelle de 3 % par an. On en est loin. Soit on s’y engage réellement, et cette baisse de la consommation d’énergie transforme le système économique, mais pas vers la « croissance » ; soit on attend, et les désordres du climat vont rendre la vie très difficile. La Chine et l’Inde commencent à le ressentir, entre manque d’eau, moussons déréglées, inondations, etc. Les taux de croissance de 10 % de la Chine, c’est fini !

Troisième pièce oubliée : l’agriculture. Un milliard d’humains ont faim tous les jours. Avec une population mondiale en augmentation et des contraintes écologiques de plus en plus sévères, l’agriculture redevient une question prioritaire. C’est là qu’il faut investir, pas dans le soutien au niveau de vie des habitants des Etats-Unis.

Il n’y aura pas de « sortie de crise ». La crise commence. En fait, ce n’est pas une crise, mais le début de la grande transformation : celle qui nous conduira à une société humaine s’adaptant aux limites de la biosphère ou, si nous restons dans le vieux schéma « croissanciste »,... à l’explosion.

Oui ! Le Parti socialiste veut le salaire maximum ! Pour un salaire maximum Reporterre 2009/10/12 Pour un salaire maximum (12 octobre 2009) Oui ! Le Parti socialiste veut le salaire maximum !. Reporterre. fr

Oui ! Le Parti socialiste veut le salaire maximum !

Le Parti socialiste ose à peine le dire. Et pourtant, le fait est là : il dépose une proposition de loi sur le salaire maximum. Ce n’est pas le RMA (Revenu maximum autorisé), mais...

Proposition de loi des députes socialistes "visant à rendre plus justes et plus transparentes les politiques de rémunérations des dirigeants d’entreprises et des opérateurs de marché". Elle sera défendue le 15 octobre prochain.

Salaire maximum : proposition de loi socialiste Exposé des motifs

Il y a des discours du président de la République, Nicolas Sarkozy, auxquels même une femme ou un homme de gauche peut adhérer. Depuis un an, le Chef de l’Etat a condamné avec force certaines pratiques en matière de rémunérations, choquantes pour la « morale ».

Le 24 mars dernier, à Saint Quentin le président s’exprimait ainsi : « Il ne peut pas y avoir d’économie sans morale (…) Alors il ne doit plus y avoir de parachutes dorés. Il ne doit plus y avoir de bonus, de distribution d’actions gratuites ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l’Etat ou qui met en oeuvre un plan social d’ampleur ou qui recourt massivement au chômage partiel. Pourquoi ? Parce que quand on met en oeuvre un plan social ou que l’on recourt au chômage partiel, on recourt aux fonds publics. Et ces fonds publics, ce n’est pas honnête de les utiliser à autre chose que le redressement d’une entreprise et ce n’est pas honnête de les utiliser même de façon petite, pour rémunérer des gens qui ne le méritent pas. Le mérite, cela existe dans la République française. »

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La crise économique est loin d’être achevée, et déjà les revenus de certains dirigeants d’entreprises ou de « traders » retrouvent des niveaux vertigineux. Tout continue comme avant. Y compris dans des entreprises qui bénéficient de l’aide de l’Etat, c’est-à-dire des contribuables.

Alors que des centaines de milliers de nos concitoyens se trouvent précipités vers le chômage, que l’actualité égrène la souffrance des salariés licenciés, certaines entreprises persévèrent, ignorant l’indécence de leurs décisions. Le chef de l’Etat a prévenu qu’il ne se contenterait pas de « recommandations » ou de « signaux de bonne volonté ». Il a affiché clairement la sanction : si « vous ne le faites pas, c’est la loi qui l’imposera ». La période d’évaluation des changements était même précisée : « la clause de rendez-vous, ce n’est pas la fin de cette année, c’est la fin du premier trimestre. Chacun est mis devant ses responsabilités. En période de crise, chacun doit faire un effort et personne ne comprendrait que des conséquences ne soient pas tirées immédiatement pour que les excès d’hier ne se reproduisent plus. »

Nous sommes à la fin du second semestre. Rien n’est venu. Ni des entreprises visées, ni du gouvernement. Il est donc grand temps à la loi d’intervenir là où la volonté fait défaut.

La présentation récente d’un système de bonus/malus, à l’issue de la septième rencontre des banquiers avec l’Elysée ne changera rien. Ce système découragera-t-il les pratiques risquées ? Rien n’est moins sûr, tant il ressemble au mécanisme des stocks options, qui consiste à immobiliser pendant un certain temps la récompense accordée sous forme d’actions, dans l’espoir que celles-ci engendrent des plus-values. Ce système des stocks options a notamment été créé pour inciter les cadres à tout faire pour que la valeur de l’action grimpe. Ce qui passe, pour rendre l’action attractive, par la maximisation de la rentabilité financière des banques, donc la « prise de risques » de ses cadres. Dans les faits, pour contourner les restrictions posées, le trader sera incité à prendre des risques à très court terme. Tout ce avec quoi la crise actuelle nous invite justement à rompre.

Si rien n’est maintenant entrepris, les scandales réapparaitront. Ils ne provoqueront pas seulement l’indignation de nos concitoyens. Ils entraineront dans un même mouvement la condamnation des élites financières qui s’accaparent des privilèges indus, mais aussi celle des politiques qui n’ont pas tenu l’engagement de rupture avec ces abus et qui plient devant la puissance insolente de l’argent facile.

C’est pourquoi les députés SRC redéposent aujourd’hui une proposition de loi posant les bases d’une politique des hauts revenus.

Ces propositions ne sont pas la traduction intégrale de ce que ferait la gauche si elle était aujourd’hui majoritaire. Le choix qui a été fait est de ne retenir que les dispositions qui pourraient faire l’objet d’un consensus puisqu’elles reprennent les intentions maintes fois exprimées par l’exécutif, sans trouver jusqu’ici d’occasions de se concrétiser. Ainsi la proposition d’abrogation de suppression du bouclier fiscal n’est pas réitérée. Le débat a eu lieu à notre initiative le 30 avril dernier dans l’hémicycle et nous prenons acte du fait que la majorité actuelle a clairement exprimé son refus de corriger son erreur originelle contenue dans le paquet fiscal de juillet 2007. La suppression de cette injustice fiscale attendra l’alternance.

Au total, la proposition de loi « hauts revenus et solidarité » permettra de poser les bases minimales d’une politique concernant les hauts revenus sans lesquelles les fondements même de la cohésion nationale sont menacés.

Il est d’abord nécessaire de contrôler drastiquement l’usage de l’argent des contribuables lorsque l’Etat participe à la recapitalisation d’une entreprise. Ainsi, il est suggéré :

- le plafonnement des salaires des dirigeants d’entreprises aidées

Ensuite, il est indispensable de mettre fin au chapelet de scandales dévoilés ces derniers mois sur les avantages disproportionnés que se sont accordés certains dirigeants d’entreprises. Ainsi il est proposé :

- la limitation des bonus des traders, la part variable de leur rémunération ne pouvant plus dépasser la part fixe, - la suppression des stocks options sauf pour les salariés des entreprises de moins de cinq ans, - la suppression des parachutes dorés, - la limitation des retraites chapeaux. - La transparence des rémunérations des dirigeants d’entreprises - Le plafonnement entreprise par entreprise des rémunérations des dirigeants, chaque conseil d’administration étant conduit à fixer un salaire maximal.

Le titre I prévoit les exigences en termes de rémunérations des dirigeants d’entreprises, mandataires sociaux et opérateurs de marché.

L’article 1 prévoit plafonner la rémunération des dirigeants d’une société dès lors que la société bénéficie d’aides publiques sous forme de recapitalisation.

Ce plafond est fixé sous la forme d’un rapport entre la rémunération la plus élevée et la plus basse rémunération constatées dans l’entreprise. Les écarts de rémunérations au sein notamment des grandes entreprises sont devenus incompréhensibles. Ainsi, les dirigeants des entreprises cotées au CAC 40 gagnaient en 2007, toutes formes de rémunérations comprises, en moyenne l’équivalent de 400 SMIC à temps plein, ce rapport atteignant même parfois 1000 SMIC ! Lorsqu’une entreprise fait appel à l’aide publique, ces rémunérations indécentes sont inacceptables.

L’article 2 vise à rendre la rémunération des dirigeants de société plus transparente.

Cet amendement prévoit d’instaurer, au sein même du conseil d’administration, un comité « indépendant » des rémunérations, qui devra remettre un rapport à l’assemblée générale des actionnaires, sur les rémunérations des dirigeants de l’entreprise et sur la politique passée et à venir de rémunération de la société. Ce comité contrôle ainsi les rémunérations, notamment celles de ses dirigeants.

L’article 3 vise à clarifier la rémunération des dirigeants de société. Il prévoit de rendre transparente la rémunération des dirigeants d’une société. Pour cela, un plafond fixé par le conseil d’administration est soumis à l’avis du comité d’entreprise, donnant aux salariés, via leurs représentants, une information sur la rémunération de leurs dirigeants. Cette rémunération est alors validée par l’assemblée générale des actionnaires, qui s’informent ainsi pleinement des sommes versées aux dirigeants de la société dont ils sont propriétaires, au titre de leur fonctions.

Ce plafond est fixé sous la forme d’un rapport entre la rémunération la plus élevée et la plus basse rémunération constatée dans l’entreprise. Les écarts de rémunérations au sein notamment des grandes entreprises sont devenus incompréhensibles. Ainsi, les dirigeants des entreprises cotées au CAC 40 gagnaient en 2007, toutes formes de rémunérations comprises, en moyenne l’équivalent de 300 à 400 SMIC à temps plein, ce rapport atteignant même parfois 1000 SMIC ! A titre d’exemple, le directeur général de la BNP Paribas, Baudoin Prot, avait perçu en 2008, selon le rapport financier de la banque, 3 913 734 euros, soit plus de 325 SMIC. Les conventions contraires sont réputées non écrites.

L’article 4 limite les indemnités de départ des dirigeants de société Cet amendement prévoit de limiter les indemnités de départ ou « golden parachutes ». L’indemnité de départ d’un dirigeant de société ne peut être excessive. Thierry Morin devrait quitter Valeo avec 3,2 millions d’euros alors que l’équipementier automobile est en difficulté. Serge Tchuruk aurait perçu 5,7 millions d’euros de parachute doré en quittant Alcatel, Noël Forgeard devait percevoir 2,5 millions d’euros à son départ de EADS, et Antoine Zacharias a reçu 13 millions d’euros à son départ de Vinci. Toutefois, il convient de préserver pour l’immense majorité des mandataires sociaux qui prennent le risque de diriger une société, une protection sociale raisonnable. Les conventions contraires sont réputées non écrites.

L’article 5 limite les retraites chapeau des dirigeants de société.

Il prévoit de limiter les montants des retraites dites chapeau. Certes, les dirigeants de société souhaitent disposer d’un niveau de revenu suffisant lorsqu’ils partent à la retraite. Et le contrat salarial dont ils disposent peut s’avérer insuffisant lorsqu’il s’agit de calculer la pension. La retraite chapeau compense l’écart entre cette pension et un pourcentage défini dans son contrat de travail. Ce régime différentiel permet à un ancien dirigeant de percevoir un pourcentage fixe de son ancien revenu. Mais la retraite chapeau ne peut pour autant être excessif et amener la pension à un niveau trop élevé. Les « retraites chapeau » ont des conditions communes : les dirigeants doivent avoir atteint 60 ans, l’âge légal de la retraite, et achever leur carrière dans l’entreprise. Le montant de la pension varie, et est généralement compris entre 50% et 60% du dernier salaire, ou d’une moyenne du salaire sur deux à trois ans.

La Sécurité sociale n’est pas mise à contribution, car elles sont entièrement financées par les entreprises, qui, pour faire face à ces dépenses futures, sont contraintes de provisionner ces sommes. Ainsi, selon les rapports financiers, la Société générale aurait provisionné 33 millions d’euros pour six mandataires sociaux au titre de leur retraite « supplémentaires à prestations définies ». La BNP-Paribas aurait provisionné 28,6 millions d’euros pour ses quatre plus hauts responsables, soit en moyenne 7,15 millions d’euros. Les conventions contraires sont réputées non écrites.

Les articles 6 et 7 visent à replacer les stocks options dans leur mission d’origine.

L’article 6, compte tenu des abus observés en matière d’attribution et de réalisation des stocks options, en particulier dans les grandes entreprises, propose de replacer ce produit dans le cadre de ses missions d’origine, à savoir aider les sociétés qui viennent de se créer et accompagner le risque pris par les créateurs d’entreprises. C’est pourquoi, l’attribution de stocks options est interdite sauf dans le cas d’une société ayant moins de cinq années d’exercice.

L’article 7 prévoit d’interdire d’une part l’attribution de stock-options et d’autre part l’attribution gratuite d’actions aux dirigeants de sociétés dès lors que ces dernières bénéficient des aides publiques précitées. Cette disposition vise à interdire tout contournement du plafonnement mis en place à l’article 7 et à éviter que les dirigeants de société bénéficient indirectement des résultats positifs de l’intervention publique.

L’article 8 prévoit de limiter la partie variable (bonus) des revenus des opérateurs de marchés financiers (« traders »), afin que la logique des bonus n’entraîne plus des prises de positions toujours plus risquées de la part de ces négociants financiers et que la rémunération de ces opérateurs financiers reste en lien avec les performances réelles de l’entreprise.

EDF doit rapatrier ses déchets de Russie Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2009/10/13 Réseau Sortir du nucléaire (13 octobre 2009) EDF doit rapatrier ses déchets de Russie. Reporterre. fr

EDF doit rapatrier ses déchets de Russie

Comme l’a rappelé le film d’Eric Gueret et Laure Noualhat, « Déchets, le cauchemar du nucléaire », EDF entrepose en Russie des dizaines de tonnes d’uranium radioactif.

Alors que la ministre de l’écologie Chantal Jouanno se contente de demander « une enquête », dans le but évident de gagner du temps pour que l’affaire disparaisse de l’actualité, le Réseau Sortir du nucléaire demande le retour en France des déchets radioactifs français abandonnés par EDF en Russie.

En effet, il est injustifiable que l’industrie nucléaire française se débarrasse à l’étranger de ses déchets radioactifs. L’argumentation trompeuse d’EDF, qui prétend qu’il ne s’agit pas de déchets mais de « matières valorisables », ne peut nous être opposée : il n’est en effet pas plus justifiable de laisser en Russie des « matières valorisables » que des déchets.

Il faut que la France nucléaire assume les conséquences de ses activités et en rende enfin compte devant l’opinion publique. Les citoyens français doivent à cette occasion prendre conscience de l’accumulation dramatique de différentes catégories de déchets et résidus radioactifs générés par l’industrie nucléaire, et de l’absence de solutions pour ces déchets.

Le rapatriement en France des déchets radioactifs expédiés en Russie obligera les autorités françaises à tenter de trouver un site de stockage... sachant qu’il est plus difficile de trouver un tel site en France qu’au fond de la Sibérie. Cela permettra de rappeler que, malgré des manoeuvres indignes, l’Etat français ne parvient pas, depuis plusieurs mois, à imposer la création d’un site d’enfouissement des déchets radioactifs : les tentatives faites dans l’Aube début 2009 ont été repoussées par les populations locales et les associations antinucléaires.

D’autres déchets et résidus générés à l’étranger par l’industrie nucléaire française devraient d’ailleurs être rapatriés en France, par exemple les « stériles » (véritables montagnes de résidus d’extraction de l’uranium) abandonnés à ciel ouvert au Niger par Areva : cet uranium servant à alimenter les réacteurs nucléaires français, les déchets ainsi générés appartiennent moralement à la France.

Le Réseau Sortir du nucléaire appelle l’opinion publique à prendre acte de ce que le nucléaire est une des industrie les plus polluantes et que, malgré 50 ans de promesses, aucune solution n’existe pour les déchets radioactifs. La seule conclusion sensée est donc de faire cesser au plus vite les activités de l’industrie nucléaire afin de na pas produire de nouveaux déchets radioactifs.

Le débat public sur les nanotechnologies vise à les faire accepter Pièces et main d’oeuvre Reporterre 2009/10/13 Pièces et main d’oeuvre (13 octobre 2009) Le débat public sur les nanotechnologies vise à les faire accepter. Reporterre. Tribune — fr

Le débat public sur les nanotechnologies vise à les faire accepter

Il y a vingt ans, le gouvernement socialiste avait décidé la suppression des postes et télécommunications pour créer France Télécom et la Poste. Modernisation, compétition économique, impératifs technologiques. Les Français, attachés à leurs PTT, renâclaient. Comment les soumettre ? En montant un simulacre de démocratie : un débat public. « La réflexion sur les difficultés rencontrées pour décider de grandes opérations ou mener de profondes réformes (à l’occasion du »renouveau du service public« ), ont (sic) conduit à initier de grands débats. Celui mené, en 1989, sous la responsabilité de Hubert Prévot a accompagné la transformation des services du ministère des postes et télécommunications en deux entités : France Télécom et la Poste. » [1]. On sait ce qu’il advint des PTT, de France Télécom et de la Poste.

Ce succès, entre autres, mena à la création en 1995 d’un organe chargé de le renouveler chaque fois que le pouvoir aurait besoin de faire accepter l’inacceptable : la Commission nationale du débat public. En 2002 celle-ci fut aménagée en « Autorité administrative indépendante », dont l’imposture est démontée ci-dessous.

La CNDP fait partie des outils d’acceptabilité des nouvelles technologies à la disposition des décideurs, pour vaincre la méfiance de citoyens-consommateurs échaudés par trop de scandales techno-industriels : amiante, vache folle, OGM.

Ses débats publics répondent parfaitement aux préconisations des inventeurs de la « démocratie technique ». Des sociologues jaunes, spécialisés dans l’acceptabilité de l’innovation, qui proposent aux décideurs des dispositifs pour gérer les « controverses ».

Vous craignez une opposition aux nanotechnologies ? Michel Callon, de l’Ecole des Mines, ingénieur en rapport de forces, vous transforme les réfractaires en acteurs du débat grâce à ses « procédures de dialogue avec le peuple » [2] .

Mode d’emploi : n’entrez pas dans la confrontation directe, tâchez d’« organiser, maîtriser les débordements sans vouloir pour autant les empêcher. Montez des »forums hybrides« , mêlant scientifiques et »profanes« , pour favoriser les compromis. Multipliez les débats publics. Admirez le résultat avec ce cas concret : »Le nucléaire qui en sortira sera socialement, politiquement et même techniquement complètement différent du nucléaire qui aurait été décidé en dehors des forums hybrides. Parler « du » nucléaire en général n’a aucun sens. Jouer au jeu de ceux qui sont pour et de ceux qui sont contre est encore plus inepte." Ce miracle qui transforme votre problème-nucléaire en solution-nucléaire s’appelle une forfaiture.

Chacun voit qu’il n’y a pas plus de « démocratie technique » que de roue carrée : la démocratie est la participation de tous aux choix politiques, quand la technique est l’affaire des spécialistes. Cette chimère politique a été bricolée, on s’en doute, par des experts pour fourguer leurs services à une démocratie « en crise ».

Quand les sciences humaines se vendent à « l’innovation », elles deviennent plus royalistes que le roi. Jamais Michel Callon et ses semblables ne recommandent d’introduire le politique dans la technique, de rappeler aux scientifiques leur responsabilité sociale. Leur solution au contraire consiste à imposer la logique technicienne au corps social, à encourager chaque citoyen à faire valoir son expertise. La « démocratie technique », c’est la négation du politique.

Revenons à France Télécom, brillamment transformée en société de droit privé grâce au débat public, et dont les salariés jouissent désormais d’un management expéditif. Dans les laboratoires de recherche & développement de l’opérateur collaborent des sociologues des usages, dont la mission est de concocter les dispositifs d’acceptabilité pour vous vendre les futurs objets communicants. Mission remplie admirablement, à en juger par le succès du téléphone portable et autres smartphones. Connaissez-vous le credo de ces pros de la manipulation ? « Faire participer, c’est faire accepter. » C’est dire si les Verts et toute la piétaille associative-de-bonne-volonté les enchanteront en se ruant dans les débats de la CNDP sur les nanotechnologies cet automne.

Voilà qui explique pourquoi le président de ladite commission a pris la peine de nous écrire pour nous inviter une fois de plus à prendre part à son débat.

Participer, c’est accepter. Voilà pourquoi nous appelons au boycott et au sabotage de cette opération de propagande.

.................................................................................... ;

[1] Site de la Commission nationale du débat public : http://www.debatpublic.fr

[2] in Agir dans un monde incertain – essai sur la démocratie technique, co-écrit avec Pierre Lascoumes et Yannick Barthe (Seuil, 2001).

La révolte des sans-papiers se poursuit et se renforce Droits devant !! Reporterre 2009/10/14 Droits devant !! (14 octobre 2009) La révolte des sans-papiers se poursuit et se renforce. Reporterre. fr

La révolte des sans-papiers se poursuit et se renforce

C’est passé inaperçu, mais dix mille (selon Droits Devant !!) travailleurs sans papiers ont manifesté samedi 12 octobre à Paris.

Tous les sans-papiers installés en France travaillent, c’est désormais une réalité qu’une majorité de l’opinion publique a compris, notamment depuis le premier mouvement de grève de travailleur (e)s sans-papiers lancé le 15 avril 2008 par la CGT et Droits devant !!, qui a permis aujourd’hui la régularisation de plus de 3000 d’entre eux.

Les sans-papiers travaillent dans diverses conditions :

- Déclarés et travaillant (sous leur propre nom ou celui d’un alias) à plusieurs dans une même entreprise, notamment le BTP, la restauration, le nettoyage, l’intérim…

- Déclarés et isolés dans leur entreprise

- Isolés et travaillant « au noir », particulièrement les dizaines de milliers de femmes de l’Aide à la Personne ou les travailleurs sans-papiers Algérien(ne)s exclus de la régularisation par le travail.

Ces différents cas représentent la quasi-totalité des quelques 400.000 à 500.000 sans-papiers vivant, travaillant et, pour le plus grand nombre, cotisant en France, armée de réserve inépuisable qui alimente les « délocalisations sur place », mise en compétition pour saper les acquis sociaux des salariés français.

Il est plus que temps de mettre fin à ce marché aux esclaves moderne, véritable injure à un Etat dit de droit.

Dans le sillage des offensives d’hier et celles d’aujourd’hui, il est désormais certain que la révolte de ces « damnés de la terre » est en marche et que rien ne saura l’endiguer, à commencer par les contorsions médiatiques et les effets de menton de Besson and co.

L’opinion publique a progressivement compris que cette chasse et cette surexploitation des travailleurs sans-papiers n’étaient que démagogie électoraliste et hypocrisie pour tenter d’estomper une faillite sociale qui jette aujourd’hui dans la précarité et l’exclusion des milliers de citoyens.

Les travailleurs sans-papiers n’accepteront plus d’être les boucs émissaires privilégiés d’un gouvernement en mal de légitimité.

Aussi, les mobilisations vont encore s’amplifier à Paris, en Ile de France, en province pour obliger le gouvernement à prendre la seule et unique mesure qui mette un terme à ce combat commencé il y a 14 ans : la régularisation globale, dans l’égalité des droits, des travailleur(e)s sans-papiers.

Un monde sans l’OMC est possible M’PEP Reporterre 2009/10/14 M’PEP (14 octobre 2009) Un monde sans l’OMC est possible. Reporterre. Tribune — fr

Un monde sans l’OMC est possible

En 1947, la communauté internationale avait élaboré la Charte de La Havane, qui posait de nouveaux principes au commerce international. Sa tonalité était très différente de celle de l’actuelle Organisation mondiale du Commerce (OMC). La relire aujourd’hui est très instructif.

Le libre-échange, principal pilier du néolibéralisme, est imposé comme une vérité révélée, sans alternative possible. Or, on constate que l’augmentation du commerce international, censée être le résultat de la suppression des barrières douanières et de la concurrence qui en résulte, ne favorise pas la croissance économique.

De plus, le libre-échange avec les pays en développement, donc entre pays de développement économique très différent, n’a pour résultat que de bloquer leur propre développement et de placer ces pays sous domination des pays riches.

La mondialisation a ceci de redoutable, qu’elle dissuade tout pays de faire des réformes sociales et même de conserver son niveau de vie. Les citoyens ont fini par intégrer qu’ils doivent toujours être plus performants pour rendre les entreprises plus compétitives, dans le cadre de la concurrence internationale. Ils sont prêts à des sacrifices pour garder leur emploi et conserver une partie de leur protection sociale, convaincus qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Dans le système libéral, il est fait croire qu’il y a contradiction entre commerce international et sauvegarde des économies nationales. Pourtant un projet de système de commerce international se donnant pour perspective le développement de tous les pays et non la conquête de nouveaux marchés a existé.

La Charte de la Havane fut élaborée du 21 novembre 1947 au 24 Mars 1948, par 53 pays capitalistes. Le but était de créer une Organisation Internationale du Commerce (OIC), dans le cadre de l’ONU, en complément du FMI et de la Banque mondiale, afin de reconstruire un ordre économique international cohérent, l’ONU reconnaissant les fondements économiques de la paix énoncés dans l’article 55 de la Charte des Nations Unies. Cette OIC n’a jamais vu le jour car le Congrès américain, qui venait de changer de majorité, s’est opposé à sa ratification. Il estimait que les Etats unis devaient s’assurer une totale liberté pour écouler leur surplus de marchandises aux pays qui en étaient dépourvus au lendemain de la guerre. C’est ainsi que nous avons eu l’OMC, indépendante de l’ONU, à la place de l’OIC.

Les points les plus importants de la Charte de la Havane sont :

Les objectifs du commerce international (art. 1 et 2). La charte établit des liens inédits entre commerce international d’une part, emploi et développement d’autre part.

L’article 1 qui fixe les buts de celle-ci dit clairement qu’il s’agit « d’atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement ».

L’article 2 précise que « la prévention du chômage et du sous-emploi est une condition nécessaire pour (…) le développement des échanges internationaux et par conséquent pour assurer le bien-être de tous les autres pays ».

C’est l’exact contre-pied du discours néolibéral pour lequel le chômage est la « variable d’ajustement » de l’économie et qui nous assène que le développement du commerce international favorise la croissance donc l’emploi.

Le principe de l’équilibre de la balance des paiements (art. 3- 4- 21).

C’est un des principes essentiels de la Charte et qui montre le mieux les différences entre les mesures préconisées par l‘OIC et celles pratiquées par l’OMC.

Selon la Charte, les relations bilatérales doivent reposer sur ce principe. « Aucun pays, à long terme ne peut fonctionner avec une balance déficitaire » nous dit-on dans ce texte qui précise que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays » ! Et l’art. 21 détaille « les restrictions destinées à protéger la balance des paiements » strictement encadrées par l’OIC toutefois.

Tout ceci est à l’opposé de la concurrence effrénée pour la conquête des marchés et de la « priorité aux exportations » pratiquées dans le cadre de l’OMC. La Charte par ailleurs n’hésite pas à avoir recours au protectionnisme, diabolisé par le néolibéralisme. Grâce à ce principe d’équilibre de la balance des paiements le commerce international devient un lieu de coopération et non d’affrontement.

Des normes de travail équitables (art.7)

Cet article propose que « les Etats membres reconnaissent que l’existence de conditions de travail non équitables, particulièrement dans les domaines travaillant pour l’exportation, crée des difficultés aux échanges internationaux » et prévoit que l’OIC « consultera l’OIT et collaborera avec elle ».

Comme nous le préciserons plus loin, le dumping social n’était donc pas permis.

Favoriser la coopération économique (art. 10)

Dans cet article la Charte établit que l’OIC travaillera avec l’ONU en vue d’assurer le développement économique général et en particulier pour améliorer la situation des pays en développement en matière de financement, d’outillage, d’assurance technique et de personnel de direction.

Avec de telles mesures, la concurrence effrénée et la domination des pays en développement auraient été exclues au profit de la coopération !

Le contrôle des mouvements de capitaux (art. 12)

Les investissements étrangers sont autorisés mais c’est à chaque Etat membre de déterminer s’il les « autorisera (…) et dans quelle mesure et à quelles conditions il les autorisera ».Chaque Etat membre pourra de plus prendre toutes les mesures de sauvegarde nécessaires pour s’assurer que ces investissements étrangers « ne serviront pas de base à une ingérence dans ses affaires intérieures ou sa politique nationale ».

L’application de ce texte aurait donc évité un certain nombre de pratiques bien connues actuellement (OPA, fusions et acquisitions transfrontalières…).

L’intervention de l’Etat est autorisée (art. 13, 14 et 15)

L’article 13 propose que « les Etats membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’Etat et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous forme de mesures de protection est justifié » Les articles suivants énumèrent ces protections telles que subventions , contrôle des prix…Les accords préférentiels entre plusieurs pays sont même autorisés mais tout ceci se négociera dans le cadre de l’OIC entre tous les Etats concernés.

Toutes ces mesures sont aux antipodes des idées du libre échange qui s’acharne à supprimer tous les « obstacles » au développement du commerce et tout particulièrement les aides des Etats.

L’interdiction du dumping (art. 26)

Le dumping est interdit car « aucun Etat membre n’accordera directement ou indirectement de subvention à l’exportation d’un produit quelconque, n’établira ni ne maintiendra d’autre système, lorsque cette subvention ou ce système aurait pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour le produit similaire aux acheteurs du marché intérieur ».

Son application aurait permis d’échapper à la disparition presque complète en France de secteurs économiques comme le textile, la chaussure, l’ameublement….

La possibilité de « restrictions quantitatives » (art. 20)

Tout en recommandant de les éliminer, la Charte les autorise dans des conditions très précises et sous le contrôle de l’OIC.

Ici, les mesures protectionnistes ne sont donc pas taboues mais strictement encadrées.

Des garanties sur les produits de base (art. 27)

Selon la Charte, les produits alimentaires de première nécessité (blé, riz, mil…) doivent bénéficier d’un régime spécial. L’article 27 considère en effet « qu’un système destiné à stabiliser soit le prix intérieur d ‘un produit de base, soit la recette brute des producteurs nationaux d’un produit de ce genre (…) ne sera pas considéré comme une forme de subvention à l’exportation ». Ce « système » devra, là encore, être l’objet d’une négociation de tous les pays concernés, au sein de l’OIC.

L’OIC devait adhérer à l’ONU et déléguer à celle-ci tout problème politique. Si un différend entre pays ne peut être réglé par l’organisation, aucun pays n’a le droit de prendre des mesures unilatérales, il sera déféré à la Cour Internationale de Justice qui dépend de l’ONU. Ainsi ce n’est pas l’organisation qui tranche comme c’est le cas à l’OMC. Cependant, aucune sanction n’était prévue en cas de non-respect de la Charte, seulement des recommandations.

Les Etats-Unis, après le refus de ratifier ce texte, entamèrent les négociations du GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) qui, tout en reprenant certaines des dispositions de la Charte, faisaient sauter celles qui s’opposaient à un libre-échange sauvage. Le GATT a donné naissance à l’OMC en 1995.

La Charte de La Havane montre qu’il est possible de faire du commerce sans dumping social et que la concurrence à base de subventions faite par les pays du Nord à ceux du Sud n’est pas une fatalité. La Charte est donc très actuelle. Signalons d’ailleurs que beaucoup d’altermondialistes réclament que l’OMC soit intégrée à l’ONU comme l’était l’OIC.

Qu’est-ce qu’un groupe de simplicité volontaire ? Dominique Masset Reporterre 2009/10/14 Dominique Masset (14 octobre 2009) Qu’est-ce qu’un groupe de simplicité volontaire ?. Reporterre. Quotidien fr

Qu’est-ce qu’un groupe de simplicité volontaire ?

Dominique Masset est membre d’un des quelque quarante groupes de simplicité volontaire créés depuis 2005 en Belgique francophone à partir des Amis de la terre.

Les nucléaristes oublient du plutonium à Cadarache Greenpeace Reporterre 2009/10/15 Greenpeace (15 octobre 2009) Les nucléaristes oublient du plutonium à Cadarache. Reporterre. fr

Les nucléaristes oublient du plutonium à Cadarache

Areva et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) avaient égaré plusieurs kilogrammes de plutonium.

Alors que le stockage de déchets nucléaires français en Russie défraie la chronique, Greenpeace accuse Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) d’être incapables de gérer le plutonium, matière dangereuse issue de l’activité des réacteurs nucléaires.

« Nous estimons que la découverte, à Cadarache, de plusieurs kilos de plutonium ayant échappés à tout inventaire constitue une des situations les plus graves et les plus critiques que l’on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps. C’est tout simplement hallucinant, déclare Yannick Rousselet, responsable de la campagne Énergie/Nucléaire à Greenpeace France. Uranium de retraitement abandonné en Russie, kilos de plutonium oubliés à Cadarache : comment l’industrie nucléaire ose-t-elle prétendre qu’elle gère ses déchets ? »

Quel est le problème ?

Mercredi 14 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a exigé l’arrêt des opérations de démantèlement de l’usine ATPU (atelier technologie plutonium) de Cadarache (Bouches-du-Rhône), estimant que « la situation présente un risque grave et imminent ». L’ASN affirme qu’Areva, qui exploite ce site, « n’est pas en mesure de démontrer l’exactitude des inventaires comptables des inventaires de matières fissiles présentes ».

Alors que le site de l’ATPU est en plein démantèlement, le CEA vient d’avouer avoir découvert l’existence de plusieurs dizaines de kilos de plutonium perdus dans l’usine. Selon l’ASN, « évalués à environ 8 kg pendant la période d’exploitation de l’installation, les dépôts récupérés à ce jour sont, selon le CEA, de l’ordre de 22 kg et le CEA estime que la quantité totale pourrait s’élever à près de 39 kg ».

« En clair, cela signifie qu’Areva et le CEA reconnaissent leur incapacité à gérer leur plutonium qu’ils laissent traîner par kilos, alors qu’il s’agit d’une matière si dangereuse qu’elle doit être réglementairement mesurée au gramme près !, reprend Yannick Rousselet. Comment est-il imaginable qu’on découvre dans un vieil atelier fermé depuis six ans de quoi faire environ 5 bombes nucléaires ? »

Qu’est-ce que le plutonium ?

Le plutonium représente 1 % des déchets nucléaires, c’est-à-dire des combustibles irradiés issus du fonctionnement des réacteurs. Séparé du reste des déchets à La Hague, ce plutonium est, pour une petite partie, réutilisé dans la fabrication du combustible Mox.

Le plutonium est un matériau fissile classé catégorie 1 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), car il peut être directement utilisé pour fabriquer des bombes nucléaires. Seuls quelques microgrammes suffisent à déclencher un cancer mortel des poumons ou des voies respiratoires. 7 à 8 kg de plutonium permettent de confectionner une bombe nucléaire de la puissance de Nagasaki.

Qu’est-ce que cette installation Atpu ?

L’usine ATPU, mise en service par le CEA en 1964 et exploitée par Cogema, rebaptisée ensuite Areva, a fabriqué jusqu’en 2003 du combustible Mox (Mixed Oxyde), un mélange d’uranium appauvri et de plutonium, tous deux issus de l’activité des réacteurs nucléaires et considérés par l’industrie comme des déchets valorisables. Compte tenu du risque de séisme inhérent à la région de Cadarache et des faiblesses présentées par l’ATPU face à ce risque, l’Autorité de sûreté nucléaire a demandé dès 1998 à Areva de fermer cet atelier. Chose faite en 2003, le démantèlement effectif de l’installation n’ayant commencé qu’en mars dernier.

Vive le roi, vive le prince Sarkozy ! Sauvons les riches Reporterre 2009/10/15 Sauvons les riches (15 octobre 2009) Vive le roi, vive le prince Sarkozy !. Reporterre. fr

Vive le roi, vive le prince Sarkozy !

Le bon peuple est invité à manifester sa joie devant l’accession du prince Sarkozy à la tête d’un splendide gâteau immobilier.

Sauvons les riches présente…

Revival « Ancien Régime »

Manifestation vendredi 23 octobre 2009 à 10h au début de la séance du Conseil général du 92

« Désormais ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être "bien né", c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve par ses études de sa valeur » Nicolas Sarkozy

Chaise à porteurs, manants et petits marquis… : le collectif Sauvons les riches, gagné par l’ambiance régressive qui plane sur le royaume, appelle à une grande manifestation revival Ancien Régime, le jour de l’élection de Jean Sarkozy à l’EPAD par le Conseil général du 92. Solidaires d’un jeune homme otage de son propre clan, les militants du collectif Sauvons les riches volent à la rescousse de leur ami en péril autour d’un mot d’ordre simple : « Touche pas à mon népote ! »

Assis sur ses privilèges et son tas d’or, le dauphin et ses courtisans ne savent que répéter à la face du monde que « s’appeler Sarkozy ne donne pas moins de droits ». On avait cru comprendre, Jean, merci du rappel !

Sauvons les riches appelle tous les stagiaires surdiplômés et sous-payés de la Défense à prendre une pause bien méritée pour venir remettre au Dauphin de la Porte Dauphine une version géante du célèbre « diplôme de fils à papa – mention Balkany » qui a ouvert tant de portes à Sarkozy II.

Vendredi 23 octobre, venez vous aussi vous payer la tête du roi, en souvenir d’un temps heureusement révolu où l’on les coupait pour moins que ça… Après une première tentative au Rotary Club de Paris, qui a manifestement échoué à ramener « Junior » sur terre, Sauvons les riches réitère sa charitable opération pour rappeler aux dignes représentants de l’élite qu’il y a tout de même des limites à l’indécence.

Pour paraphraser le ministre de l’Intérieur et parrain de Jean : « les Sarkozy, quand il y en a un, ça va, c’est quand ils sont plusieurs que ça commence à poser des problèmes ».

Après avoir refusé un débat public, Jean Sarkozy avait tout de même accepté de recevoir le collectif Sauvons les riches dans le plus grand secret en son donjon alto-séquanais, le 28 avril 2009. Une oreille attentive à nos propositions ? Que nenni ! Le « Dauphin de la Porte Dauphine » avait préféré pérorer pendant deux heures, en particulier au sujet (déjà) des tours de la Défense (« écolos » bien sûr) sur lesquelles il lorgnait déjà.

Car derrière ce coup de force monarchique se cache un vrai projet politique : faire main basse sur 610 hectares supplémentaires essentiellement de Nanterre, et court-circuiter leurs élus locaux. Avec l’idée fixe de grossir encore et encore le quartier d’affaires et de déséquilibrer encore un peu plus l’aménagement de la région, au mépris de l’objectif officiel du Schéma directeur d’IDF (SDRIF) de mieux répartir zones d’activités et de logements. Bref, un projet anti-social, anti-écolo et anti-démocratique que l’Elysée pilotera directement à travers ce blond pantin.

La précarité des jeunes de son âge de son département semble le passionner un peu moins. Ainsi, lorsque nous l’avons alerté sur le projet de son ami Patrick Devedjian et de Valérie Pécresse de démolir 800 logements étudiants de la cité U Jean Zay à Antony, le dauphin s’est bien gardé de prendre position, et a préféré nous répondre, à côté de la plaque, que le Conseil général avait vraiment envie de construire des logements étudiants… mais avait tant de mal à « dégager du foncier » pour le faire ! Manifestement, pour les tours de la Défense, on dégage du foncier avec beaucoup plus de facilités…

Le pic pétrolier est tout proche Sadad Al Husseini Reporterre 2009/10/15 Sadad Al Husseini (15 octobre 2009) Le pic pétrolier est tout proche. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Le pic pétrolier est tout proche

Nous allons assister à une insuffisance de la production pétrolière dans les deux ou trois ans à venir, estime cet expert saoudien.

Sadad Al Husseini, ancien cadre de la compagnie saoudienne Aramco, répond aux questions de Dave Bowden et Steve Andrew, pour ASPO USA, le 28 septembre 2009

Sadad : Je suis géologue de formation et ingénieur en champs pétroliers - ingénieur de production - de par mon expérience. J’ai débuté chez Aramco en 1970 et je suis en retraite depuis 2004. J’ai passé beaucoup de temps sur des activités d’exploration et de production mais aussi en gestion de projets. J’ai continué ensuite en tant que consultant.

Question : Prenons pour hypothèse que le déclin de la demande se stabilise et qu’une modeste croissance se manifeste d’ici environ un an. Y a-t-il de nouveaux projets pétroliers en cours pour répondre à une augmentation de la demande dans les années à venir ?

Sadad : J’ai suivi de nombreux projets, à l’échelle mondiale, depuis longtemps à la fois au Moyen-Orient et dans le reste du monde - Russie, Brésil, côte ouest de l’Afrique... Beaucoup d’informations sur ces projets sont dans le domaine public, il n’y a donc pas de mystères. L’Agence Internationale de l’énergie (IEA) à récemment publié ces mêmes chiffres. La conclusion, c’est qu’il n’y a pas assez de projets. Il n’y a pas de nouvelles capacités de production à venir, disons dans les cinq à six ans qui viennent, pour compenser le déclin de la production mondiale. Et cela suppose une baisse très modérée - 6% à 6.5% pour les producteurs hors OPEC, et peut-être 3.5% à 4% pour l’OPEC.

Même avec ces taux de déclins modestes, nous allons en fait assister à une insuffisance de la production dans les deux ou trois années à venir. Nous nous laissons à l’heure actuelle bercer par un excès de capacité qui a plus à voir avec une faiblesse de la demande qu’avec la production. Nous avons donc un problème à court terme. A plus long terme c’est encore pire car le temps nécessaire pour découvrir, développer, et mettre en production une exploitation pétrolière est de 10 ans. Les efforts à long terme sont également insuffisants. C’est à la fois un problème de court terme et de long terme.

Question : Pour l’Arabie-Saoudite, la production qui est à l’heure actuelle de 12,5 millions de barils par jour est-elle durable et y a t-il des projets pour accroitre cette capacité ?

Sadad : L’Arabie Saoudite est très crédible et très professionnelle concernant la publication de ses capacités et le respect de ses objectifs de productions. Quand le royaume a annoncé l’objectif d’une capacité de production de 12,5 millions de barils par jour, il a réellement engagé des fonds pour financer cette capacité et nous constatons aujourd’hui qu’il met en service : 250 000 barils/jour supplémentaires à Shaybah, 1,2 millions à Khurais, 500 000 à Khursaniyah et 900 000 à venir dans environ deux années à Manifa.Ces projets et ces capacités sont donc bien réels. Je ne pense pas que cela sera un problème pour l’Arabie Saoudite de délivrer la production qu’elle annonce. La question est : qu’en est-il du reste du monde ? Sera t-il capable de faire la différence ?

Si l’on considère les 85 à 90 millions de barils produits par jour, l’Arabie Saoudite en délivre 12,5 millions, qui pourra produire la différence et quel effort sera nécessaire pour y parvenir ? Et avec une production déclinant de 7% à 8% [par an], c’est 4 ou 5 millions de barils par jours de capacités nouvelles qui devraient provenir de nouveaux projets. C’est donc là le défi. Je ne pense pas que le problème soit l’Arabie-Saoudite. Je pense que le problème vient du reste du monde.

Question : Pourquoi pensez-vous qu’il y ait une telle dénégation sur le fait que la production de pétrole approche ou ait déjà atteint un plateau ?

Sadad : Il y a une résistance à accepter cette notion de plateau de l’offre mondiale de pétrole, qui est largement basée sur un manque d’information ou un manque de curiosité. En fait, si on se penche sur les informations publiées - par exemple le rapport annuel de la British Petroleum- elles indiquent très clairement que depuis 2003 la production a à peine augmenté. Donc l’information est disponible. Si vous regardez les publicités que Chevron utilise depuis quelques années, ils disent clairement que nous avons utilisé la moitié des réserves mondiales. L’information est là. Les faits sont là. Les prix du pétrole n’ont pas bondi autant en trois ou quatre années pour une autre raison qu’un manque de production. Certes, on a pu constater une volatilité, récemment en 2008, mais la tendance à l’augmentation est réapparue depuis 2002-2003. Donc ça se sont des réalités et ces résistances montrent que d’une certaine manière le marché ne sais pas prendre en compte ces réalités, que quelque part les gens ne peuvent pas faire face à ces réalités.

D’un autre coté, si on n’aborde pas ces problèmes, on n’améliorera pas la situation. La situation ne va pas aller en s’arrangeant. Elle va empirer car il y a une augmentation de la population partout dans le monde, et les standards de vie s’améliorent dans le monde entier, il existe dans le monde entier des aspirations pour une meilleure qualité de vie, et les gens veulent de l’énergie. Il est donc important de parler des faits et de venir avec des solutions plutôt que de faire comme si ces problèmes n’existaient pas et attendre que des solutions surgissent de nulle part. C’est le rôle des gouvernements de mettre en évidence ces problèmes et de trouver des solutions, ou au moins d’y réfléchir de d’essayer de les solutionner. Je pense donc que cette résistance est probablement peu avisée.

Question : Selon vous, quelle place occuperont les hydrocarbures non conventionnels dans le futur ?

Sadad : Je pense qu’il est très important de comprendre la différence entre les projets pétroliers classiques et les projets sur les gisements non conventionnels, comme par exemple les bruts extra-lourds. L’AIE a publié en 2008 un rapport sur les perspectives à long terme. Ils ont recensé toutes sortes de projets. Si l’on observe comme je l’ai fait les projets pétroliers classiques, et que l’on comptabilise la capacité cumulée par rapport au coût cumulé, on arrive à 30 000 à 32 000 dollars par baril de capacité de production quotidienne de pétrole conventionnel [1]. Voilà pour les projets des années 2008 à 2015.

En observant les pétroles non-conventionnels, comme l’extra-lourd du Canada, dans lesquels j’ai inclus deux projets qatari de conversion de gaz en carburant liquide, le coût par baril de capacité de production est de 92 000 dollars. C’est trois fois le coût du pétrole conventionnel.

Cela signifie que si vous voulez 100 000 barils de pétrole non conventionnel (Brut synthétique), vous devez investir 9 milliards de dollars. Et ce ne sont là que les coûts à l’heure actuelle. Pour le pétrole classique, quand on parvient à en trouver, c’est 3 milliards de dollars pour 100 000 barils/jour. Mais même le pétrole classique est devenu très coûteux. Si vous regardez les champs de Tengiz et de Kashagans, on y a investi de 40 à 50 milliards de dollars pour obtenir 500 000 à 600 000 barils de pétrole/jour. Tout devient donc beaucoup plus cher et plus lent à développer.

Je pense que nous utiliserons effectivement du pétrole synthétique. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands utilisaient des carburants obtenus à partir du charbon, mais c’était une solution très coûteuse. Nous ne pouvons pas remplacer les 80 millions de barils consommés chaque jour par des carburants produits à partir du charbon. Ce seront des compléments importants, mais pas des remplacements.

Question : Est-ce que les coûts énergétiques nets associés aux ressources pétrolières non conventionnelles seront un frein important pour leur développement ?

Sadad : Il ne fait aucun doute que l’énergie requise pour l’extraction des bruts extra-lourds, que ce soit sous la forme de combustibles comme le gaz naturel, pour chauffer les bitumes les liquéfier, ou en termes de processus d’exploitation minière en surface - où deux tonnes de sable sont extraites par baril de pétrole - puis dans le craquage et le raffinage, afin de les convertir en bruts synthétiques, ces coûts sont très élevés.

C’est la même chose pour la filière des carburants obtenus depuis le gaz ; fondamentalement on consomme un tiers du gaz pour livrer les deux autres tiers sous forme liquide. Donc, ceux-ci ont des rendements décroissants. Certes, on sera en mesure de produire. Je pense que tout le monde prévoit que 4 à 5 millions de barils par jour seront obtenus à partir de bruts non conventionnels, et cela atteindra peut-être 8 ou même 10 millions de barils d’ici 2030. Mais 8 millions de barils par jour ne représentent que 10 pour cent de la consommation totale. Ce n’est pas une solution.

Question : Il y a eu récemment de nombreuses annonces de découvertes de nouveaux champs de pétrole. Comment voyez-vous cela ? Quand et comment seront-ils capables de contribuer à l’approvisionnement mondial ?

Sadad : Il y a eu un nombre régulier de découvertes dans les derniers, disons cinq à dix ans, en termes de champs importants, et même de gisements géants, par exemple dans les grandes profondeurs du Golfe du Mexique. Mais ce sont des gisements très coûteux. Lorsque l’on fore un puits qui coûte entre 80 et 90 millions de dollars, ce puits ne vous dit pas ce que sont les réserves, et l’on doit forer quatre ou cinq puits supplémentaires pour les déterminer. Ensuite il faut trouver comment parvenir à fragmenter ce qui est fondamentalement de la roche à cette profondeur. Cela devient des champs dont le développement est très coûteux.

Les champs d’Afrique de l’Ouest, par exemple en Angola, sont un formidable succès en termes d’exploration, mais on se déplace désormais vers le plateau continental profond, et on est à court de zone de concessions, de superficies exploitables. Au Brésil, le gisement Tupi est une découverte fantastique. Géophysiquement parlant, les données sismiques ont été superbes, la précision de sa délimitation est merveilleuse. Ce sont des formations qui devraient avoir beaucoup de perméabilité.

D’autre part, [avec certaines de ces nouvelles découvertes] se pose le problème des bruts paraffinés, du gaz très acide qui doit être séparé de la production et réinjecté dans le réservoir. Vous avez des zones de sel qui sont très plastiques et pourraient être un problème en termes de maintien d’intégrité des puits. Il y a donc de nombreux défis pour ces champs, qui exigeront des innovations technologiques. Oui, il y a eu des découvertes, elles sont importantes, mais leur développement sera lent.

Si Tupi, qui a été découvert il y a quelques années, n’est pas en production avant 2017 ou 2018, cela représente beaucoup de temps à attendre. Quelle est la cible [de la production de ces nouveaux gisements] ? Un million de barils par jour. Les baisses de production auront dépassé ce niveau bien avant, et certainement au Brésil lui-même. Nous restons donc fondamentalement dans la même situation.

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[1] calculé ainsi : Investissement total/production quotidienne

Objecteur de croissance, pas Décroissant Jean Gadrey Reporterre 2009/10/16 Jean Gadrey (16 octobre 2009) Objecteur de croissance, pas Décroissant. Reporterre. Tribune — fr

Objecteur de croissance, pas Décroissant

Voici une très bonne explication des raisons pour lesquelles on peut apprécier la logique de la décroissance, se revendiquer « Objecteur de croissance », et pour autant ne pas utiliser le terme de décroissance comme définition de la politique à mener.

J’ai été invité le 6 octobre par les Amis du Monde Diplomatique et Attac à débattre avec Serge Latouche de la croissance et de la décroissance. Théâtre bondé dans la banlieue lilloise, 450 personnes. Nous sommes l’un et l’autre des « objecteurs de croissance ». Mais pour ma part, je n’utilise pas le terme de décroissance.

Pourquoi suis-je devenu, comme d’autres dont le nombre grossit, un objecteur de croissance ? Pour au moins trois séries de raisons.

La première est que, sur le plan social, celui du bien-être individuel et collectif, on peut montrer, statistiques à l’appui, qu’à partir d’un certain niveau d’abondance matérielle que nous avons nettement dépassé en France, depuis environ 20 ans, il n’y a plus aucune relation entre d’un côté les grandes variables sociales et humaines et, de l’autre, le niveau d’abondance mesuré par le PIB [produit intérieur brut] par habitant. On peut par exemple être de loin le pays le plus riche du monde dit développé (les Etats-Unis), et avoir pourtant une espérance de vie bien plus faible que des pays nettement moins riches, des performances éducatives moins bonnes, bien plus de pauvreté et d’inégalités (y compris entre les hommes et les femmes), six ou sept fois plus de violences, d’homicides et de personnes en prison, etc.

La croissance des 20-30 dernières années s’est plutôt faite contre le social, en tout cas elle n’a pas produit d’effet positif sur ce plan. Et, même dans certains pays pauvres, l’obligation de croissance à tout prix a fait des dégâts.

La seconde raison est plus philosophique, et elle puise aussi bien dans certaines convictions religieuses sur l’importance relative de l’être et de l’avoir, que dans des philosophies athées dont André Gorz, influencé par le marxisme, est un bon représentant. Cette seconde raison met par exemple en avant la façon dont nous sommes piégés par l’injonction du toujours plus matériel, par la consommation ostentatoire, par la production de l’avidité permanente organisée par un capitalisme de la démesure à la recherche incessante de nouvelles sources de profit. Par les 500 milliards de dollars de publicité mondiale annuelle sans laquelle nombre d’innovations ne trouveraient pas preneur et dont le rôle est de nous faire prendre le futile pour l’utile, de pousser à l’endettement à risques, en renforçant le sentiment de privation de ceux qui ne peuvent pas se payer ce qu’on voit à la télé.

Enfin, la troisième raison, qui a accéléré ma conversion et celle de beaucoup d’autres, c’est l’ampleur de la crise écologique, dont les manifestations sont multiples, et dont le réchauffement climatique inexorable constitue le risque humain majeur, bien analysé dans le rapport 2007-2008 du PNUD [Programme des Nations unies pour le développement].

On débouche alors sur la question posée par les organisateurs de ce débat : croissance verte, arrêt de la croissance ou décroissance ? Je mentionne pour mémoire une conviction des avocats de la décroissance, conviction que je partage : même s’il n’y avait pas de crise écologique, il y aurait de bonnes raisons de refuser la perspective d’une croissance indéfinie. Mais l’essentiel pour convaincre aujourd’hui n’est pas là.

L’essentiel, c’est qu’il n’y aura pas de croissance durable, parce que je crois impossible de concilier la poursuite de la croissance avec l’impératif de division par 5 ou 6 des émissions de GES (gaz à effet de serre) en France d’ici 2050 (et par plus de 2 dans le monde), soit une réduction de 4 % par an.

Je m’en suis expliqué dans une tribune de Politis « Le chiffon rouge de la croissance verte », dont je ne retiens qu’un argument, parmi d’autres. Supposons une croissance économique permanente de 2 % par an. Cela veut dire en résumé qu’on produit chaque année 2 % de biens et de services de plus que l’année précédente. En passant, cela veut dire que nos descendants auraient, en 2100, six fois plus de biens et de services à consommer… Sans croissance, il faudrait déjà réduire de 4 % par an les émissions PAR UNITE PRODUITE, CE QUI EST ENORME. Avec une croissance de 2 % par an, il faudrait les réduire de 6 % par an, soit trois fois plus vite qu’au cours des dernières années. On fait comment ? On laisse les savants fous type Allègre nous assurer des lendemains qui chantent grâce à la science ?

Vouloir prolonger la croissance quantitative, même réorientée, c’est comme si vous mettiez un coup d’accélérateur d’émissions au moment où il faut freiner très fort. Le tête-à-queue n’est pas loin.

Passons aux deux autres options qui me sont proposées : arrêt de la croissance, et décroissance. Aucune des deux ne me convient, et surtout pas l’arrêt de la croissance ou la croissance négative. Je rejoins sur ce point Serge Latouche : tant que nous sommes dans une « société de croissance », une société productiviste de fuite en avant dans le « toujours plus », où tout semble dépendre de la réalisation de cet objectif, y compris l’emploi et la protection sociale, la panne de croissance ou la récession conduisent à des désastres sociaux, dont le chômage. Une société droguée qui n’a plus accès à ses doses souffre. C’est comme un avion à réaction à qui l’on imposerait le sur place. Il tombe, parce que ces avions sont dépendants de la poussée des réacteurs, ils ne peuvent pas planer.

C’est seulement dans une société où l’on cesserait de faire tout dépendre de la croissance que l’on pourrait se passer de ce réacteur et du kérosène, pour apprendre à planer. Mais il faut changer de modèle d’avion et de forces motrices. J’arrête cette analogie limitée, mais dont l’intérêt est de nous pousser à réfléchir à d’autres possibles, sans régression sociale, à une « société soutenable ». J’y reviendrai en conclusion.

Et la décroissance ? Bien que je rejoigne ses avocats sur bien des plans, je n’utilise pas ce terme. Ma principale réticence est la suivante : pour le commun des mortels, décroître c’est le contraire de croître et il est vraiment très difficile de comprendre que la décroissance n’est pas la croissance négative. Bien entendu, quand on lit Latouche, Ariès ou Cheynet, on voit bien que ce qu’ils veulent dire concerne une critique radicale de la religion de la croissance, à laquelle j’adhère. On pourrait parler de post-croissance, ou d’anti-croissance, comme il y a l’anti-pub.

Mais choisir un mot slogan qui exige ces lectures pour comprendre qu’il veut dire autre chose que ce qu’il dit, c’est une sérieuse limite à la popularisation des idées ! N’est-ce pas un peu une démarche intellectuelle d’un collectif d’avant-garde doté d’un signe de reconnaissance clair pour ses membres et pas pour les autres ? Voilà pourquoi, dans le souci d’éducation populaire qui est le mien, j’ai des réticences avec ce mot-slogan.

Mais pour comprendre pourquoi décroissance a été préféré à anti-croissance ou à objection de croissance, il faut pousser plus loin l’examen. En réalité, les avocats de la décroissance ne sont pas très clairs et il y a bien une dimension de croissance négative dans leur discours. Dans le Petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche, au demeurant un excellent bréviaire, il est par exemple écrit (p. 90) que le retour à une empreinte écologique soutenable en France pourrait se faire, entre autres mesures, par une réduction du volume de la consommation finale (« réduction de moins de 50 % »). Bien que le slogan d’André Gorz - « moins, mais mieux » - me convienne (sauf quand même pour les 30 à 40 % de personnes qui vivent déjà avec pas grand-chose), on a bien là une stratégie qui emprunte à la croissance négative.

Pourquoi pas d’ailleurs, il faut en débattre et voir comment la majorité pourrait vivre mieux avec moins de quantités et plus de qualité dans une société post-croissance, mais il vaudrait mieux être clair.

Mais si les tenants de la décroissance clarifiaient leur analyse sur ce point, cela les amènerait à creuser une question où ils restent légers selon moi : l’avenir de l’emploi et de la protection sociale dans la « grande transformation » vers une société soutenable. Je crois en fait que l’avenir de l’objection de croissance tient essentiellement à la possibilité de convaincre les gens qu’on peut créer des emplois utiles, réduire le chômage et préserver la protection sociale sans le moteur à réaction de la croissance. Or que répondent les avocats de la décroissance, pour l’essentiel ? « Réduction drastique du temps de travail », prise de distance avec la « société travailliste » et partage des richesses.

Cela ne peut me suffire. J’ai souvent insisté (voir sur ce blog mes textes du 20 mai et du 30 juin) sur le point suivant : dans les prochaines décennies, il faudra mobiliser beaucoup de travail pour produire, sans progression globale des quantités (sans croissance), des biens et services « propres », verts, répondant à des besoins sociaux mis en délibération, selon des processus économes en ressources naturelles.

Et cela d’autant plus qu’il faudra beaucoup réparer parce qu’on a beaucoup endommagé. La sobriété et la durabilité ne sont pas des ennemis de l’emploi, contrairement au productivisme. Les nouveaux gisements d’emploi utile de la durabilité, de la proximité et des activités de soins aux personnes, aux biens, au lien social et à la nature, pourraient compenser les réductions parfois fortes dans les secteurs les plus polluants, réductions dont il faudrait anticiper l’évolution et les conversions en préservant le potentiel humain. Cela n’exclut nullement la RTT [réduction du temps de travail], car le temps vraiment libéré a une valeur émancipatrice en soi, mais seulement après avoir fait le bilan des besoins et des contraintes collectives de la société à (re)construire.

En résumé, défendre le projet d’une société soutenable de sobriété et de plein emploi, débarrassée de l’obligation de croissance et impliquant une forte réduction des inégalités, c’est sans doute moins fun et moins radical que de parler de décroissance, mais l’attente des citoyens est désormais sur le « comment réorienter, et avec quels effets sur nos vies » et je doute que le « mot-obus » qu’est la décroissance réponde à cette attente. Il est rare que les obus aident à soigner et guérir. Mais je peux me tromper.

Les petits désobéissants font peur aux gros capitalistes Les Désobéissants Reporterre 2009/10/16 Les Désobéissants (16 octobre 2009) Les petits désobéissants font peur aux gros capitalistes. Reporterre. fr

Les petits désobéissants font peur aux gros capitalistes

Un concert de soutien aux Désobéissants - et une fête - vendredi prochain en Ardèche. Même si le pouvoir veut l’empêcher.

Les Ogres de Barback s’engagent aux côtés des Désobéissants, alors que ce collectif subit une surveillance de plus en plus pressante de la part des autorités

Les Ogres de Barback, le rappeur Duval MC et le slameur Zob se produiront à Saint-Paul Le Jeune (Ardèche) le vendredi 23 octobre 2009 pour un grand concert sous chapiteau en soutien aux Désobéissants. Un soutien bienvenu pour ce collectif très surveillé par les autorités.

Le petit village de Saint-Paul Le Jeune, en Ardèche, donne ces jours-ci des frayeurs au ministère de l’Intérieur. Il s’apprête en effet à accueillir un événement peu banal : un millier de personnes sont attendues le 23 octobre prochain pour un concert de soutien au collectif de résistance non violente « Les Désobéissants ». Des démarches discrètes auraient déjà été entreprises par le Ministère de l’Intérieur pour faire interdire le concert. Il est vrai que les Désobéissants, qui se présentent comme un « outil au service des luttes » et forment chaque année près d’un millier de militants à l’action directe non violente, semblent inquiéter les services de sécurité français, comme en témoignent quelques faits que nous rappelons ici :

- Découverte d’un agent de la Direction des Renseignements Militaires infiltré pendant 4 mois auprès des désobéissants, en 2007 ; - Découverte d’une caméra militaire camouflée sur un stage des Désobéissants, en 2008 en Bretagne (Le Télégramme de Brest, 4 janvier 2009) ;

- Tentative de faire condamner Xavier Renou pour « happy slapping » pour la diffusion sur le site des désobéissants des images prises lors d’une action menée contre Hubert Védrine en novembre 2007, et perquisition de l’appartement du porte-parole du collectif à la recherche de son ordinateur. Le juge déclare Xavier Renou non coupable de ce chef d’inculpation ;

- Tenue à l’automne 2008 d’un séminaire au Ministère de la Défense, organisé par le DPSD (contre-espionnage militaire) sur, notamment, les Désobéissants ;

- Cambriolage de la maison d’un Désobéissant au mois de septembre 2009 : seuls des clés USB et des carnets de numéros de téléphone ont été emportés...

- Pressions diverses des forces de l’ordre sur les événements organisés par les Désobéissants.

Dernières en date, les pressions du Ministère n’arrêteront pas les organisateurs du concert, et pas davantage les artistes courageux qui ont décidé d’apporter leur soutien bénévole au collectif.

« Devant l’urgence de désobéir au fanatisme néolibéral, qui démantèle les services publics et ruine notre environnement, le soutien apporté aujourd’hui par les Ogres de Barback, Duval MC et Zob, ainsi que par Enhancer (1) l’an dernier, est extrêmement précieux. Il nous permet de renforcer notre engagement dans les luttes locales et globales, et de faire face aux frais de justice qui accompagnent parfois cet engagement", déclare Xavier Renou, membre-fondateur des Désobéissants.

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(1) Le dernier album du groupe Enhancer (50.000 albums vendus en France), paru fin 2008 et intitulé sobrement « Désobéir », est un vibrant hommage à la désobéissance civile en général et aux « désobéissants » en particulier.

On a retrouvé une libellule ! OPIE Franche Comté Reporterre 2009/10/16 OPIE Franche Comté (16 octobre 2009) On a retrouvé une libellule !. Reporterre. fr

On a retrouvé une libellule !

On la croyait disparue. Un entomologue amateur a retrouvé la Déesse précieuse, dans une tourbière du Jura.

Après 133 ans d’éclipse, une libellule rare et menacée est redécouverte en France. C’est par le plus grand des hasards que la Déesse précieuse Nehalennia speciosa a été redécouverte par un membre de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) de Franche-Comté dans une tourbière du massif jurassien. Cette espèce, qui n’avait été mentionnée en France qu’en Savoie il y a 133 ans, est la plus petite libellule d’Europe Continentale, elle se rencontre de la Sibérie à l’Allemagne et a été récemment redécouverte en Suisse.

Cette demoiselle est extrêmement exigeante (sténoèce) et a un milieu de vie très particulier. Disparue de plusieurs pays, elle figure sur la liste rouge des espèces les plus menacées du monde établie par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

La population découverte est extrêmement réduite et potentiellement menacée. Des recherches ultérieures permettront d’établir s’il s’agit d’une population relictuelle ou de la reconquête d’un site restauré récemment par son gestionnaire.

Elle fait partie des 18 espèces menacées de libellules françaises qui font l’objet d’un plan national d’actions, dont la rédaction a été confiée par le Ministère en charge de l’environnement à l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE), en collaboration avec la Société Française d’Odonatologie (SFO).

Les jeunes se mobilisent pour la justice climatique Collectif Jeunes pour le climat et la justice sociale Reporterre 2009/10/17 Collectif Jeunes pour le climat et la justice sociale (17 octobre 2009) Les jeunes se mobilisent pour la justice climatique. Reporterre. fr

Les jeunes se mobilisent pour la justice climatique

Plusieurs associations de jeunes écologistes ou politiques se regroupent pour peser sur la conférence de Copenhague.

Le collectif "jeunes pour le climat et la justice sociale" appelle à une mobilisation des militants au niveau local dans le cadre de la campagne Copenhague, ainsi qu’à multiplier les collectifs locaux avec l’aide des autres organisations faisant partie du collectif (une liste de référents et contacts locaux sera bientôt diffusée).

Copenhague 2009 : sommet international sur le changement climatique.

Ne les laissons pas jouer avec notre avenir

Du global au local, mobilisons-nous ! Multiplions les collectifs locaux !

Montée des mers, destruction des écosystèmes, désertification, migrations forcées… Si nous ne réduisons pas massivement et rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, les conséquences environnementales et sociales du changement climatique seront catastrophiques.

En décembre 2009 aura lieu à Copenhague le 15e sommet des Nations Unies qui doit parvenir à un nouvel accord mondial de réduction des gaz à effet de serre. Les pays développés, qui ont une responsabilité historique particulière, doivent selon la communauté scientifique internationale diminuer de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, de 95% d’ici 2050, mais de tels engagements ne sont pas vraiment à l’ordre du jour…

Face à l’inertie et à l’irresponsabilité des classes dirigeantes, organisons-nous, et faisons entendre notre voix ! Jeunes militants associatifs, altermondialistes, politiques, écologistes, syndicalistes, nous avons décidé de nous coordonner au sein du collectif « Jeunes pour le climat et la justice sociale ».

Nous revendiquons :

- Un accord international ambitieux de réduction des émissions, correspondant aux objectifs préconisés ;

- Une justice climatique, avec notamment des transferts technologiques et financiers significatifs vers les pays du Sud ;

- Des politiques radicales, alternatives et solidaires, du local au global : taxation internationale, sobriété énergétique, relocalisation et démocratisation de l’économie, protection des biens publics mondiaux…

En lien avec le collectif français « Urgence climatique Justice Sociale » et le réseau international « Climate Justice Action », nous voulons contribuer à l’organisation d’une mobilisation large, notamment dans la jeunesse, par des campagnes d’information, l’organisation de la participation au sommet, la construction et mise à disposition d’outils de mobilisation pour les militants.

Pour faire vivre la campagne partout où il sera possible de mobiliser et de démocratiser la question climatique, nous appelons à la multiplication des collectifs locaux, afin de porter une mobilisation qui soit la plus large possible.

Face à l’urgence climatique et sociale, agissons du local au global !

Ne les laissons pas jouer avec notre avenir !

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Le Collectif « Jeunes pour le Climat et la Justice sociale » regroupe : Attac Campus, Avenir Climat, Fac Verte, Fédération Sud Etudiant, Jeunes Alternatifs, Jeunes Laïcs et Solidaire, Jeunes Verts, Mouvement des Jeunes Socialistes, Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, NPA Jeunes, Parti de Gauche Jeunes, Union nationale des Etudiants de France, Zone d’écologie populaire.

Obama, le Nobel, la guerre Hervé Kempf Reporterre 2009/10/18 Hervé Kempf (18 octobre 2009) Obama, le Nobel, la guerre. Reporterre. Tribune — fr

Obama, le Nobel, la guerre

Mon cher Barack,

Les commentateurs n’ont pas compris ton prix Nobel de la paix. C’était drôle : on aurait dit des poules devant une brosse à dents. Mais toi, tu es intelligent, tu as compris. Ce n’est certes pas pour tes réalisations que le jury d’Oslo t’a décerné le prix : tu patauges en Afghanistan, le sac de noeuds iranien te reste insaisissable, tu laisses faire la colonisation israélienne, tu plies sur les droits de l’homme - non, cela n’est pas brillant, président.

Alors quoi ? Le communiqué du Nobel, quoique ciselé en langue de bois, laissait transparaître le propos à qui voulait sortir des sentiers battus. Toi, tu as saisi, évoquant dans ton discours du 9 octobre d’abord le désarmement nucléaire, puis le changement climatique. Eh oui ! Le climat !

Aurait-on oublié le prix Nobel de la paix de 2007 ? Il avait couronné Al Gore et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui sonne l’alarme à grands sons de trompe. Pourquoi ? Parce que les jurés d’Oslo savent que le changement climatique est source de guerres. Et toi aussi, tu le sais, parce que le rapport du National Intelligence Council, en novembre 2008 (Global Trends 2025), plaçait les ressources naturelles, le pic pétrolier et le changement climatique au premier rang des problèmes à venir de sécurité nationale, parce que ton directeur pour l’information stratégique, Dennis Blair, l’a dit dès février devant le Sénat, parce que la CIA a ouvert le 25 septembre le Centre sur le changement climatique et la sécurité nationale.

« Dans les situations de stress écologique, la guerre pourrait devenir le moyen ultime de redistribuer des ressources en diminution », résumaient des chercheurs dans la revue Human Ecology en juillet 2007. Des guerres suscitées par la dégradation de l’environnement ? Tu l’appréhendes, les jurés d’Oslo l’appréhendent, et nous sommes de plus en plus nombreux à l’appréhender. Barack, tu n’as pas le temps de lire, mais fais-toi faire une note sur le livre d’un psycho-sociologue allemand, Harald Welzer, Les Guerres du climat (Gallimard) : il démontre avec une froideur étincelante que guerre et paix vont maintenant se jouer autour des conséquences de la crise écologique, il prévoit que la guerre viendra si nous ne parvenons pas à enrayer la course à la dégradation de la biosphère et l’inégalité dans la distribution des ressources naturelles.

Les jurés t’ont décerné le Nobel de la paix pour que tu viennes à Copenhague, lors de la conférence mondiale sur le climat. Recevant le prix à Oslo, le 10 décembre, tu seras moralement obligé d’aller à Copenhague dans la foulée, et de signer l’accord. Les jurés d’Oslo t’invitent à forcer ta nature de compromis, à bousculer l’opinion de ton pays. Ils pensent que la paix du monde dans les décennies à venir va se jouer là, à Copenhague, et que les Etats-Unis, donc toi, en détiennent la clé.

L’assèchement du lac Tchad est une catastrophe humanitaire FAO Reporterre 2009/10/18 FAO (18 octobre 2009) L’assèchement du lac Tchad est une catastrophe humanitaire. Reporterre. fr

L’assèchement du lac Tchad est une catastrophe humanitaire

30 millions de riverains du lac Tchad patissent de sa contraction spectaculaire : la superficie du lac est passée de 25 000 km2 en 1962 à 1500 en 2001.

Une véritable catastrophe humanitaire menace la région du lac Tchad du fait du tarissement des ressources en eau du lac du même nom, met en garde la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui se préoccupe du sort des populations de cette partie centrale de l’Afrique.

Les pays riverains du lac sont le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigéria. Autrefois, ce lac était un des plus grands réservoirs d’eau du monde. Du fait des caprices du climat, du changement climatique et de la pression démographique au cours des dernières décennies, il s’est réduit de 90 pour cent, passant de 25 000 km2 en 1963 à moins de 1 500 km2 en 2001.

Si le niveau de l’eau continue de baisser à son rythme actuel, ce lac disparaîtra dans une vingtaine d’années, selon les prévisions climatiques de la NASA.

30 millions de personnes menacées

Quelque 30 millions de personnes vivent dans la région du lac Tchad. Elles souffrent énormément de l’assèchement du lac et de la détérioration des capacités de production agricole de la région. Toutes les activités socio-économiques s’en trouvent affectées et la surexploitation des ressources en eau et en terre entraîne conflits et migrations.

Outre la baisse de 60 pour cent de la production halieutique, les pâturages se sont dégradés, entraînant une baisse des disponibilités en fourrage (de l’ordre de 46,5 pour cent dans certaines zones en 2006) et une réduction du cheptel et de la biodiversité.

« Intervenir d’urgence »

« La catastrophe humanitaire qui succédera au désastre écologique nécessite des interventions urgentes », déclare M. Parviz Koohafkan, directeur de la Division terre et eau de la FAO. « Il faut stopper la disparition tragique du lac Tchad et sauver les moyens d’existence des millions de personnes qui vivent dans cette vaste région. »

La FAO coopère étroitement avec la Commission du bassin du lac Tchad, créée en 1964. Les responsables des pays riverains se réunissent régulièrement pour réglementer et contrôler l’utilisation de l’eau et des autres ressources naturelles du bassin du lac Tchad. Ils recherchent activement de nouveaux modèles de gestion adaptée de l’eau qui tiennent compte à la fois des techniques agricoles traditionnelles et de la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire des populations.

Selon la Commission du bassin du lac Tchad, le tarissement des sources d’approvisionnement en eau requiert un changement radical des techniques de gestion de l’eau et un plan pour reconstituer le lac.

Les eaux provenant des deux principales sources d’approvisionnement du lac, les rivières Chari et Logone, ont nettement décru au cours des 40 dernières années. Une étude de faisabilité pour un programme ambitieux de détournement des eaux de l’Oubangui, principal affluent du fleuve Congo, vers le système de la rivière Chari, a été présentée à Rome le 16 octobre.

Les jolies filles d’Eole Thierry Salomon Reporterre 2009/10/19 Thierry Salomon (19 octobre 2009) Les jolies filles d’Eole. Reporterre. Tribune — fr

Les jolies filles d’Eole

Plaidoyer quasiment amoureux pour les éoliennes.

J’y pense chaque matin en me rasant !

Allons bon, allez-vous dire, lui aussi … Mais non, mes pensées sont plus légères : chaque matin, en me rasant, j’admire de mes fenêtres l’élégance des neuf éoliennes accrochées depuis quelques mois sur les collines de ma garrigue languedocienne.

J’en ai rêvé pendant trente-cinq ans. Et maintenant elles sont là, vivantes dans l’azur, tournant avec une régularité apaisante. Modèles d’équilibre, jolie combinaison de l’intelligence industrieuse de l’homme et des ressources renouvelables de la nature, belles sculptures cinétiques à la géniale simplicité : un mât, trois pales au savant profil, un zest d’électro-mécanique et le tour est joué !

Dignes descendantes des moulins d’antan, ces neuf filles d’Eole me font vibrer de plaisir comme leurs si jolies cousines, les voiles des gréements : toutes se jouent avec subtilité des forces aérodynamiques entre terre et ciel, entre mer et azur. Alors le matin, en me rasant, lorsque je les vois tourner dans la Tramontane ou le vent d’Autan, je me dis que oui, ça y est, la grande transition énergétique est en marche.

Mais, parfois, il arrive qu’il n’y ait pas un souffle d’air. Les neuf sœurs sont alors immobiles et elles s’ennuient autant qu’une grand-voile tristement déventée. Compatissant, je les taquine alors en parodiant Baudelaire : « Exilées sur le sol au milieu des huées, vos pales de géantes empêchent de tourner … »

Pauvres éoliennes ! On les a accusées de massacrer le paysage : elles redonnent vie aux courbes un peu mornes des collines languedociennes, sèches et rudes. On a jeté sur elles mille rumeurs : le bruit sera infernal, le raisin va s’aigrir, les oiseaux seront hachés menus et, crime parmi les crimes, la télé sera toute brouillée.

Rien de tout cela n’est survenu. Le bruit est le plus souvent plus faible que le vent lui-même, le vin des coteaux ne s’est pas éventé, et les perdrix ont survécu plus sûrement qu’à l’ouverture de la chasse. Quant à la télé, de toute façon, elle n’offrait déjà que du vent !

Bien sûr, je suis conscient que mes neuf filles d’Eole ne sont pas parées de toutes les vertus : j’aimerais les voir plus citoyennes, propriété coopérative de tous ceux qui à proximité consomment de l’électricité ; j’aimerais qu’elles laissent tranquille le ciel étoilé, plutôt que de lancer des flashs nocturnes, ridicule exigence de l’aviation civile ou militaire ; j’aimerais qu’elles soient au plus près des lieux de consommations, par exemple dans ces zones péri-urbaines qui ont été saccagées en silence pendant des décennies alors qu’aujourd’hui s’élèvent des cris d’orfraie contre l’éolien. Tiens, comme ceux, poussés par exemple par Valéry Giscard d’Estaing : il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’en matière d’énergie, Monsieur l’ex-Président, vous n’avez pas toujours été un très pertinent renifleur des bons choix pour la France …

Bien sûr, la priorité absolue doit être à la sobriété et l’efficacité énergétique, c’est-à-dire à l’énergie évitée, et j’y consacre mon activité professionnelle et bien au-delà. Mais même dans un scénario poussant les « négaWatts » au maximum, il faudra produire physiquement de l’énergie électrique et en quantité : pas moins de 380 milliards de kWh par an. Pour cela nos modernes éoliennes sont l’une des réponses les plus intelligentes face aux urgences climatique et énergétique. Elles collectent une énergie inépuisable, renouvelable, locale. De l’électricité, et rien d’autre : pas d’émissions, pas de déchets, pas de radiations. Et pour nos descendants, pas de fardeau, mais des rentes !

Il n’y a pas d’énergie idéale, mais je sais qu’il y a de mauvais choix. Des choix risqués et insoutenables, nous contraignant à être prédateurs des minerais d’uranium du Niger, prisonniers des gisements d’Arabie ou de Sibérie, carbonisateurs de l’atmosphère, encrotteurs de déchets toxiques laissés à nos descendants pour des milliers d’années. Un comportement de pillards enivrés par des illusions de croissance sans limites : servons-nous, vite, il n’y en aura pas pour tout le monde ! Et après-nous, la Terre brulée et le déluge climatique.

Alors, pour questionner l’avenir, pour inventer un futur encore possible, soyons réalistes et audacieux. Sachons écouter Eole et ses filles qui nous murmurent gentiment à l’oreille, à portée de zéphyr, une partie de la réponse : « Du vent partout, de l’énergie pour tous ! »

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Sur le très inspiré Président renifleur, maintenant à l’avant-garde de croisades anti-éoliennes, on s’amusera à redécouvrir cette rocambolesque aventure dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Affair...

Deux nouveaux fichiers de police Ligue des Droits de l’Homme Reporterre 2009/10/19 Ligue des Droits de l’Homme (19 octobre 2009) Deux nouveaux fichiers de police. Reporterre. fr

Deux nouveaux fichiers de police

Un an après la mobilisation de centaines de milliers de citoyens contre Edvige, le gouvernement récidive : il a mis en place, dimanche 18 octobre, deux nouvelles bases de données pour surveiller les citoyens.

Deux décrets signés le jour de la… sainte Edwige viennent empêcher le législateur de jouer son rôle constitutionnel de protection des libertés, alors que la commission des lois de l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de loi encadrant la création des fichiers de police. Cette manœuvre en dit long sur le mépris des droits du Parlement que l’on disait vouloir revaloriser.

Sur le fond, ces deux décrets, même s’ils traduisent certains reculs face à la mobilisation de 2008 (renonciation au fichage de la vie sexuelle et au mélange des finalités dans un même fichier), sont entachés des mêmes violations des libertés fondamentales que leurs prédécesseurs.

Ils vont même plus loin dans la méconnaissance des libertés et de l’égalité en prévoyant le fichage de « l’origine géographique » de personnes suspectes aux yeux de la police : chacun comprend que cette notion indéfinissable, qui ne renvoie ni à la nationalité ni au domicile, est à l’origine « ethnique » ce que les « Auvergnats » sont aux Maghrébins dans le vocabulaire ministériel, et permet un fichage au faciès.

On retrouve de plus le fichage des enfants dès l’âge de 13 ans, alors que la Convention internationale sur les droits de l’enfant, ratifiée par la France, protège les mineurs de toute assimilation aux personnes majeures jusqu’à l’âge de 18 ans. Et une fois encore il s’agit de ficher non de jeunes délinquants mais des enfants que le « ressenti » d’un policier aura tenu pour « susceptibles » de le devenir, au mépris de toute présomption d’innocence.

Enfin, les deux décrets permettent le fichage des activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales : est tenu pour dangereux ou incompatible avec la candidature à un emploi l’exercice même par les citoyens de leurs libertés constitutionnelles.

La Ligue des droits de l’Homme, membre du collectif « Non à Edvige », appelle dès aujourd’hui à une mobilisation aussi massive que l’an dernier pour obtenir le retrait de ces deux décrets et le vote d’une loi protégeant les libertés fondamentales contre le fichage abusif.

Un milliard cash pour un milliard d’affamés ! Frédéric Dévé Reporterre 2009/10/20 Frédéric Dévé (20 octobre 2009) Un milliard cash pour un milliard d’affamés !. Reporterre. Tribune — fr

Un milliard cash pour un milliard d’affamés !

APPEL A DISTRIBUER UN MILLIARD DE DOLLARS CASH AUX AFFAMES DU MONDE CHAQUE JOUR PENDANT UNE GENERATION

Vingt-cinq mille à trente mille personnes meurent chaque jour de faim et d’autres causes connexes (eau, carences, etc.). Un milliard d’humains vivent dans la pauvreté extrême, l’angoisse du lendemain, affamés, « au dessous du seuil de un dollar par jour ».

Le premier des « Objectifs de développement du millénaire » – l’objectif de référence que nous nous sommes fixés collectivement à l’ONU à travers nos gouvernements - est de réduire de moitié d’ici à 2015 le nombre de ceux qui vivent dans la faim et la pauvreté extrême. Au train où vont les choses, avec la crise économique et financière (qui se répercute dramatiquement au Sud, réduit les envois d’argent par les émigrés, mine la viabilité des économies les plus vulnérables et fait baisser les investissements, etc.) et la crise alimentaire de 2008 (émeutes de la faim dans quarante pays, hausse durable des prix des denrées alimentaires), cet objectif ne sera jamais atteint.

Ce que l’on propose ici, c’est que soit multiplié par deux le revenu monétaire du milliard des plus pauvres de la planète. Que cet argent leur soit distribué cash, directement : remis aux bénéficiaires à fréquence fixe (par mois ou par trimestre ou par an), sur la longue durée (trente ans), et en priorité, nominalement, aux femmes et aux familles mono-parentales.

Il y a pour cela des moyens simples, c’est une affaire de volonté politique et d’organisation. Il faut une table et une chaise, un ordinateur portable, une liste de noms, un sac de billets de banque. Une distribution qui fasse appel aux grandes ONG qui ont du savoir-faire en la matière (CARE, OXFAM, Concern, etc.) et aux expériences gouvernementales qui ont fait leurs preuves (Afrique australe, Amérique latine, Bangladesh, Indonésie, Inde, etc.)

Les bienfaits de tels programmes ont déjà été étudiés. Les transferts sociaux cash sortent du gouffre ceux qui s’y trouvent, et « boostent » les économies locales et les marchés locaux, avec des effets multiplicateurs importants (sur la croissance, la cohésion sociale, la sécurité des Etats, le développement du capital humain, la résistance et la résilience aux chocs aussi bien au niveau des ménages qu’à celui des économies nationales, les marchés locaux du travail, la gestion des risques et l’augmentation des investissements , etc.), et créent un terrain propice au décollage de l’efficacité des autres programmes d’aide au développement. Une telle initiative garantirait que les nouvelles ressources financières débloquées arrivent effectivement et directement aux populations ciblées.

Une bonne organisation peut permettre que soient contrôlées les fuites et la corruption, et ceci plus facilement que dans les dispositifs classiques de l’aide. Dans nos pays développés, nous avons les moyens de faire en sorte que les transferts Nord-Sud au titre de l’ « aide publique au développement » soient fixés à 2% ou plus de notre produit intérieur brut. Ces transferts représentent actuellement 0,5% de notre PIB (pays de l’OCDE), soit 100 milliards de dollars par an....

Nous pouvons multiplier ce chiffre par quatre, le porter à 400 milliards par an. En dépit de la crise économique, nous avons les ressources financières pour le faire. C’est une affaire de volonté citoyenne et de volonté politique, une question d’opinion publique, de pression sur les gouvernements, de décision de nos gouvernants et de résolution du G8. Une question de cohérence politique.

Ceci en est un appel à ce que le scénario ci-dessus soit pris en considération et débattu par les instances de la FAO, puis par celles du G8, de l’OCDE, du G20 et de l’Assemblée générale de l’ONU.

Les arguments contre ? La plupart ne tiennent pas la route.

Le premier : « C’est trop cher »… Macroéconomiquement, c’est supportable, quoique important. La difficulté relève de l’économie politique : comment faire payer le contribuable ? Il faudra d’abord satisfaire aux urgences domestiques – les SDF, les sans-emplois, les victimes de la crise et des délocalisations, etc., ce qui n’est en rien incompatible avec l’action proposée.

Regardons d’un peu plus près maintenant la question coûts/bénéfices.

L’addition des coûts financiers, sociaux, politiques, moraux et même environnementaux d’une continuation du scénario actuel pourrait être beaucoup plus salée que le coût de l’opération proposée : crises alimentaires, émeutes de la faim et conflits, réfugiés, instabilités et troubles sociopolitiques, plans d’urgence internationaux et nationaux, épidémies et coûts de santé structurellement durables, émigration chaotique, urbanisation sauvage, criminalité et « assainissement » des bidonvilles, pertes de capital humain par maladies, par décès, et par défaut de bonnes conditions de scolarisation, pertes considérables de productivité du travail, dégradation de l’environnement du fait de la pression sur les ressources naturelles exercée comme ultime recours de survie - déforestation, épuisement des sols et des ressources en eau.

Et quid du droit humain à l’alimentation qui est nié à un sixième de l’humanité, quid du droit à la vie qui est bafoué dans une sorte d’étouffement collectif permanent : un mort de faim par seconde, nous y sommes, quel est le coût, quel est le prix de cela ?

Le second argument : « Les effets pervers de l’aide »

Parmi ceux-ci, citons au plan économique la réduction de la compétitivité des secteurs productifs et de la capacité à exporter, et désincitation des populations locales (et entre autres celle des agriculteurs). Citons encore les détournements institutionnels majeurs et la corruption (l’argent n’arrive pas aux bénéficiaires), la dépendance des bénéficiaires, le soutien à des régimes politiques iniques, et enfin la transformation de formes de pauvreté dignes, solidaires et conviviales en misère crasse.

Mais observons et rétorquons : premièrement, que les critiques d’inefficacité économique visent avant tout les formes conventionnelles de l’aide mise en place au cours des cinquante dernières années (y compris l’aide alimentaire en nature), et non pas les transferts sociaux cash massifs dont il est question ici, et pour lesquels les expériences de ces dernières années montrent qu’il y a tout a parier qu’ils auront des effets économiques (macro et macro) particulièrement positifs ; ce n’est pas une désincitation des acteurs, mais au contraire une stimulation à l’initiative, à l’investissement et à la recherche d’emploi qui est observée, suivie d’effets multiplicateurs sur la productivité.

Deuxièmement, ces expériences montrent que l’usage de registres nominaux centraux uniques (des bénéficiaires) et les possibilités de recours en cas de défauts de paiement permettent de limiter la fraude et la corruption, laquelle trouve dans les autres formes d’aide un terrain beaucoup plus propice et opaque.

Troisièmement, la « dépendance » est une notion discutable. Répondons qu’un transfert ancré dans le Droit remplace l’idée de dépendance par celle d’une garantie fiable, et que cette assurance elle est fondatrice d’autonomie.

Deux critiques restent pertinentes : - a) la paix sociale facilite la tâche des gouvernants dictatoriaux et cyniques (dont acte, mais est-ce une raison pour la non-ingérence humanitaire, qui dessert les indigents ?) ;

- b) il y a risque de dégradation de la pauvreté et de déstructuration des tissus sociaux (il faudra contourner ce risque par des approches judicieuses, avec respect et méthode, en impliquant pleinement les collectivités locales). Ces dernières critiques n’invalident pas la proposition dans son ensemble : elles indiquent un problème politique qu’il faudra aborder par d’autres voies (les « régimes »), et un problème de méthode (le ciblage, la définition de critères et la gestion locale de l’outil).

Le troisième argument : « Il y a eu des échecs avec les filets de sécurité sociaux… ». Diverses modalités de filets sociaux existent et restent pertinentes (déjeuners scolaires, alimentation contre travail, distribution d’aliments et aides en nature, etc.), et certaines (l’aide alimentaire en nature en particulier) ont pu avoir des effets pervers décriés, mais les transferts sociaux cash dont il s’agit ici sont devenus techniquement plus simples, moins coûteux, moins risqués et plus réalisables que jamais . Leur principal problème, c’est la colossale insuffisance des moyens qui leur sont consacrés. Il faut une rupture, un saut drastique dans notre vision des choses, un changement d’échelle. Où est le réalisme, où, la realpolitik ? Dans le status quo, ou dans la décision de transférer cash 365 milliards de dollars par an, qui ne seront pas une panacée, mais simplement un investissement intelligent et substantiel, une base décente pour faire un peu de place à l’espoir et un tremplin pour permettre aux effets positifs de certaines autres formes d’assistance d’émerger, peut-être, enfin, et durablement ?

IL EST TEMPS QU’UN TEL SCENARIO SOIT SERIEUSEMENT ENVISAGE POUR NE PAS AVOIR A DIRE : « ON SAVAIT ET POURTANT ON N’A RIEN FAIT ».

HALTE A LA NON-ASSISTANCE A UN MILLIARD DE PERSONNES EN DANGER !

Center Parc prépare le saccage d’une forêt d’Isère Quelques opposants à Center Parcs (QoCP) Reporterre 2009/10/20 Quelques opposants à Center Parcs (QoCP) (20 octobre 2009) Center Parc prépare le saccage d’une forêt d’Isère. Reporterre. fr

Center Parc prépare le saccage d’une forêt d’Isère

Au nom de « l’emploi », une ville nouvelle touristique pourrait être créée en Isère, artificialisant bois et campagne.

Les pouvoirs publics ont décidé de soutenir le projet de construction d’un Center Parcs à Roybon (Isère). Le Conseil régional a accordé une aide de 7 millions d’euros, tandis que le Conseil général devrait porter son aide à hauteur de 15 millions d’euros.

« Après deux ans et demi d’implication personnelle, de mobilisation locale et de contacts à Paris, je confirme que le plan financement du projet de Center Parcs des Chambarans est bouclé », affirme le président du Conseil général de l’Isère. André Vallini a su profiter de sa stratégie mise en place il y a un peu plus d’un an. À ce moment-là, il avait demandé le soutien du Conseil général en lui demandant de le mandater « pour engager les négociations en vue de définir le niveau de soutien du Conseil général de l’Isère ». À une abstention près, l’ensemble des conseillers généraux (Verts, droites et gauches confondus) ont voté ce soutien et donné par conséquent le mandat à André Vallini pour engager les négociations avec l’industriel du tourisme.

Ce soutien se traduit aujourd’hui par une aide qui représenterait 8 millions d’euros pour les équipements nécessaires à l’accès, à l’alimentation en eau et à l’assainissement de cette ville nouvelle de près de 5000 habitants sans cesse renouvelés, et par un beau cadeau de 7 millions d’euros pour aider les investisseurs à acheter les 1021 bungalows à 250 000 euros chacun (soit au total le prix de 28 bungalows).

La raison principale pour laquelle les élus aient voulu soutenir ce projet de la société Pierre & Vacances serait la création de 700 emplois dans ce Center Parcs.

Mais la destruction des Chambarans par sa transformation en zone touristique avec l’abattage d’une partie de la forêt, l’épuisement de sa nappe phréatique, la destruction de la vie sauvage et de la vie sociale locale, et son remplacement par une vie artificielle basée sur son inutilité et sa marchandisation, n’est-ce point déjà cher payé pour le bénéfice de quelques emplois creux ?

Peut-on résumer un projet et son opposition seulement avec quelques chiffres ?

Vous trouverez ci-joint un texte « Cette insubordination qui ne vient pas » que nous avons distribué dans les boîtes aux lettres de Roybon et ses alentours.

Merci de faire suivre.

Il ne faut pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère ! 350.org Reporterre 2009/10/20 350.org (20 octobre 2009) Il ne faut pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère !. Reporterre. fr

Il ne faut pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère !

Une mobilisation mondiale a lieu samedi 24 octobre sur le climat. A Sucy-en-Brie comme dans des centaines d’endroits à travers le monde.

Des associations citoyennes proches de la terre dans le Sud Est parisien se rencontrent pour la

JOURNEE D’ACTION EN FAVEUR DU CLIMAT

PLUS DE 2000 EVENEMENTS DANS 140 PAYS

Le 24 octobre, des citoyens et citoyennes de Sucy en Brie, Créteil, Champigny, Chennevières , St Maur, Mandres les Roses et autres…….. vont se réunir pour une RENCONTRE FESTIVE et ENGAGEE pour L’HUMANITE et participer à la journée internationale en faveur de l’action pour le CLIMAT.

L’événement est coordonné par 350.org pour pousser les leaders mondiaux à prendre des mesures rapides et effectives concernant le réchauffement climatique lors du Sommet de Copenhague. Celle-ci est la première campagne mondiale qui ait jamais existé autour d’une donnée scientifique : 350 parties par million de CO2, la limite maximale supportable pour l’atmosphère.

- QUI : des hommes, des femmes, des enfants proches de la terre et sensibles aux enjeux climatiques regroupés au sein de Jardins partagés, d’ AMAPs, d’associations environnementales locales , des amoureux de la terre et de la nature..

- QUOI : réaliser ensemble UNE PHOTO qui exprime « 350 » en faisant des PIEDS et des MAINS

- QUAND : Le 24 octobre 2009 à 15 heures précises jusqu’à 16 Heures

- OU : SUCY en BRIE (94370), dans le Parc Montaleau, en dessous de la Salle des fêtes J.M. Poirier (RER A Sucy Bonneuil – rue Montaleau)

Les photos de cet événement, ainsi que celles des autres événements dans le monde, seront disponibles sur le site : http://350.org/media

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A PROPOS DE 350.org : Cette initiative a été fondée par l’écrivain et écologiste Bill McKibben. Il s’agit de la première campagne populaire mondiale à grande échelle contre le changement climatique. Ses sympathisants sont des scientifiques réputés, les gouvernements de 89 pays, et une large variété d’ONG qui s’occupent de thèmes liés à l’environnement, la santé, le développement et la religion. Tous considèrent que les niveaux actuels de concentration de CO2 dans l’atmosphère—390 parties par million—sont en train de nuire à la planète et à ses habitants, et qu’il est nécessaire que les gouvernements agissent lors de la conférence de Copenhague sur le climat pour diminuer rapidement le niveau de carbone de la planète.

Total se prépare au pic pétrolier Reporterre Reporterre 2009/10/21 Reporterre (21 octobre 2009) Total se prépare au pic pétrolier. Reporterre. fr

Total se prépare au pic pétrolier

Devant les actionnaires, les dirigeants de la multinationale pétrolière reconnaissent qu’il faut s’adapter au pic pétrolier.

J’ai participé le 20 octobre à la réunion des actionnaires du groupe TOTAL en présence de Patrick de La Chevardière, directeur Financier.

Pour ceux qui aurait encore le moindre doute sur l’orientation des marchés à moyen terme, voici des extraits de son intervention :

« Nous produisons aujourd’hui 800 millions de barils par an mais nous n’en découvrons que 500, le reste doit être acheté sous forme de concessions ou rachats d’entreprises »

« Je confirme : le marché du pétrole sera rapidement contraint par l’offre ; à court terme ne resteront que les usages du transport et de la pétrochimie ».

En résumé il n’y a plus à lire entre les lignes, il suffit d’ouvrir les oreilles. Nous allons au devant d’une période extraordinaire au sens propre du terme.

Comment résoudre le problème des algues vertes Michel Evrard Reporterre 2009/10/21 Michel Evrard (21 octobre 2009) Comment résoudre le problème des algues vertes. Reporterre. Tribune — fr

Comment résoudre le problème des algues vertes

En déconcentrant les élevages de porcs.

Il y a bien longtemps que je m’inquiète du développement délirant des élevages industriels en Bretagne que j’ai découverts en 1964-1965, lors d’une année passée dans la région de Lorient. C’était l’époque du poulet aux hormones « chanté » par Jean Ferrat. Aujourd’hui, c’est l’horreur absolue avec le développement quasi exponentiel des élevages industriels de porcs, de volailles et les usines à lait. En voyant cela, Tino Rossi chanterait :« Ah, quelle est belle ma Bretagne, ses algues vertes et ses cochons ». Il est arrivé que des éleveurs augmentent leur cheptel illégalement. Mise devant le fait accompli, l’Administration Préfectorale acceptait de régulariser cette violation de la loi. Il est arrivé que les volailles prêtes à être envoyées à l’abattoir soient ramassées nuitamment par des clandestins. Aujourd’hui, vu la folie ultra-libérale qui s’est emparée du secteur agricole, tout le monde est perdant, sauf le petit club de ceux qui ont organisé cette gabegie et encore.

Il faut sortir de ce cercle vicieux et polluant et remettre les filières agricoles d’aplomb. Il y a quelques années, José Bové nous parlait de souveraineté alimentaire. Sans autre indication, j’ai essayé de voir comment on pourrait mettre en œuvre cette idée. Je vous livre le résultat de mes cogitations.

On calcule le nombre de tonnes de porc que les Français ingurgitent, chaque année. On le traduit en nombre de cochons à élever. On répartit sur tout le territoire, des unités de production de 1.000 cochons, en deux lots de 500 gardés six mois environ, contre quatre mois et demi dans la filière productiviste. Le prix du porc engraissé sera calculé pour que l’éleveur gagne 18 euros nets, par unité, ce qui lui fera un revenu net de 1.500 euros par mois. Etant donné qu’il pourra compléter ce revenu par un jardin potager, quelques poules etc. ou un cochon élevé pour ses propres besoins, il ne sera pas à plaindre. S’il ne fait pas bien son boulot, il en subira les conséquences qui pourront aller jusqu’au retrait de son habilitation, en cas de négligence grave. Mieux vaut un peu d’autoritarisme, que la Pagaille Agricole Commune actuelle.

Le consommateur-contribuable s’y retrouvera, car il n’aura plus à donner des aides aux agriculteurs, à l’Industrie agro-alimentaire et à ceux qui sont privés de travail, en raison de la monstruosité de certains élevages et encore des sous, pour enlever les algues vertes.

Cependant, la France pourra produire une quantité de viande de porc légèrement supérieure à ses besoins, en accord avec les autres pays de l’UE. Cet excédent sera vendu aux pays qui ne peuvent pas en produire suffisamment, pour des raisons écologiques. Autre possibilité : leur vendre des aliments pour bétail produits dans les pays dont les terres agricoles le permettent. Les animaux seront alors élevés au plus près des consommateurs.

Pour vous prouver que ma proposition est beaucoup moins bizarre qu’elle n’en a l’air, voici ce que rapporte Alain Remond (journaliste de renom) dans le billet humoristique qu’il a publié dans La Croix du 22 Septembre. Un lecteur lui a envoyé l’étiquette qu’il a récupéré sur un paquet de « Haché de porc maigre ». Sous cette indication, était écrit en tout petits caractères : « Né au Canada, élevé en Australie, abattu et découpé en Belgique ».

Vu ce qui se passe déjà dans l’UE, cela n’a rien d’étonnant. Je rappelle le cas des pommes de terre produites en Bavière, envoyées par camion dans le sud de l’Italie, pour y être épluchées et taillées en frites, puis ramenées en Belgique pour y être cuites et commercialisées. Plus croustillant encore : la graisse animale récupérée dans certains pays de l’UE, emmenée dans une usine de Naples et transformée en un ersatz de beurre, à l’aide de 80 kg de produits chimiques par tonne. Cette mixture était mélangée à du vrai beurre qui avait déjà beaucoup voyagé et qui n’en avait pas fini avec ses pérégrinations à travers l’Europe.

Voilà pourquoi il faut impérativement renverser la vapeur, au propre, comme au figuré.

La taxe carbone pour torpiller les gogos Patrice Lanoy Reporterre 2009/10/22 Patrice Lanoy (22 octobre 2009) La taxe carbone pour torpiller les gogos. Reporterre. Tribune — fr

La taxe carbone pour torpiller les gogos

Un scénario parano : l’affaire de la taxe carbone a été montée par Sarkozy pour torpiller le début de consensus sur l’écologie sociale.

Etrange, ce théâtre de la taxe carbone. Je veux dire l’histoire que l’on nous en brosse à travers les médias. Les derniers sondages nous disent que 3/4 des Français sont à présent hérissés contre cette taxe.

Je ne suis pas (plus) dans le secret des alcoves et des couloirs, mais tout de même, sachant comment cela se passe en coulisse, et ayant quelque notion sur la manière dont travaillent les « story tellers » et autres réseaux communicants du Sarko Band, j’aurai tendance à rapprocher les faits suivants.

1. L’Ecologie est l’élément émergeant à gauche.

2. L’Ecologie « sociale » risque de fédérer le peuple de gauche (démonstration des élections européennes)

3. Les Français détestent les impôts (manque de solidarité redistributive, horreur historique de l’impôt, méfiance à l’égard de la gestion du budget...)

4. La peur et l’infantilisation fonctionnent particulièrement bien dans le climat actuel (insécurité, crise, réchauffement...)

A la place des conseillers et consultants du Prince voici ce que j’aurais proposé à Président Bling :

1. Un épouvantail. Par exemple une commission rendant un verdict technique et proposant une taxe carbone très élevée à plus de 30 Euros, bien en phase avec les pays européens la possédant déjà (Rocard serait parfait dans ce rôle, il fait peur et personne ne le comprend Président)

2. Attendre que le consensus d’écologie sociale de gauche éclate, entre « durs » et « mous » de la ligne Verte. Ils sont assez stupides pour s’étriper devant les Français. Suggérer à quelques journalistes et directeurs de journaux amis que gauchistes, socialistes et Verts ne sont que des guignols. Agiter le bocal au moment des universités d’été de tous ces partis.

3. Etape suivante. Le gouvernement fait machine arrière, modérément. Borloo se tait. Fillon jouerait le jeu bien mieux que lui. Annoncer une baisse de la menace de taxe carbone de 50 %, ce qui démontre bien sa faiblesse politique et la discrédite d’entrée. Commencer à faire de la pédagogie seulement à ce moment (ce n’est pas une taxe, mais une incitation/redistribution à changer de modèle économique, mais surtout ne pas le dire)

4. Attendre que l’hystérie « impot écolo bobo » monte d’un cran et annoncer l’imminence d’une annonce présidentielle dissipant les malentendus, et la trouille d’une taxe nouvelle (rassure l’électeur de base et donne des arguments aux amis de la finance et de l’industrie). Apparaître comme le seul « sage » au-dessus de toute cette bande de gauchos et d’écolos des cavernes.

5. Bilan : une torpille sous la ligne de flottaison du consensus d’écologie sociale qui commençait à mobiliser et à unir le pays. La priorité étant de fracturer l’alliance socialo-verts-gauches, dans la droite ligne des élections régionales.

Liberté de la presse : la France recule Reporters sans frontières Reporterre 2009/10/22 Reporters sans frontières (22 octobre 2009) Liberté de la presse : la France recule. Reporterre. fr

Liberté de la presse : la France recule

Le classement annuel sur la liberté de la presse voit la position de la France se dégrader : la presse y est moins libre qu’en Uruguay ou au Ghana.

« La liberté de la presse doit être défendue partout dans le monde, avec la même force et la même exigence », a déclaré Jean-François Julliard, à l’occasion de la publication du huitième classement mondial de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, le 20 octobre 2009.

« Il est inquiétant de constater que des démocraties européennes comme la France, l’Italie ou la Slovaquie continuent, année après année, de perdre des places dans le classement. L’Europe doit faire preuve d’exemplarité dans le domaine des libertés publiques. Comment dénoncer les violations commises dans le monde si l’on n’est pas irréprochable sur son territoire ? L’effet Obama, qui a permis aux Etats-Unis de regagner 20 places, ne suffit pas à nous rassurer. Dans le bas du classement, nous sommes particulièrement préoccupés par la situation en Iran. Le pays se rapproche dangereusement du trio infernal pour la liberté de la presse, constitué depuis des années par l’Erythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan », a ajouté le secrétaire général de l’organisation.

Le classement mondial de la liberté de la presse est établi comme chaque année par Reporters sans frontières, grâce aux centaines de journalistes et experts des médias qui ont répondu à son questionnaire. Il prend en compte les violations de la liberté de la presse commises entre le 1er septembre 2008 et le 31 août 2009.

La fin du modèle européen ?

L’Europe a longtemps été exemplaire en matière de respect de liberté de la presse, mais cette année, plusieurs pays européens reculent très nettement. Même si les treize premières places restent occupées par des Etats européens, d’autres tels que la France (43e), la Slovaquie (44e) ou l’Italie (49e), continuent leur descente, perdant respectivement huit, trente-sept et cinq places. Ils se font distancer par de jeunes démocraties africaines (Mali, Afrique du Sud, Ghana) ou latino-américaines (Uruguay, Trinidad et Tobago). Des journalistes sont encore menacés physiquement, en Italie, en Espagne (44e), mais aussi dans les Balkans, notamment en Croatie (78e) où le 23 octobre 2008 le propriétaire et le directeur marketing de l’hebdomadaire Nacional ont été tués dans un attentat à la bombe. Mais la principale menace, plus grave à long terme, vient des nouvelles législations en vigueur. De nombreuses lois promulguées depuis septembre 2008 viennent remettre en cause le travail des journalistes. En Slovaquie (44e), elle a permis d’introduire la notion dangereuse de droit de réponse automatique et accroît fortement l’influence du ministre de la Culture dans les publications.

Israël : opération chape de plomb sur la presse

L’opération militaire "Plomb durci" menée par Israël contre la bande de Gaza a eu également des répercussions sur la presse. Israël perd quarante-sept places et se retrouve au 93e rang du classement. Cette chute libre fait perdre à Israël son statut de premier pays du Moyen-Orient, en le faisant passer derrière le Koweït (60e) et les Emirats arabes unis (86e). Sur son territoire, Israël commence à appliquer les mêmes méthodes qu’à l’extérieur. Reporters sans frontières a ainsi pu recenser cinq arrestations, parfois en dehors de tout cadre légal, et trois emprisonnements de journalistes. La censure militaire appliquée à tous les médias fait également planer une menace sur la profession. En dehors de son territoire, Israël atteint la 150e place. Le bilan de la guerre est très lourd : une vingtaine de journalistes ont été blessés dans la bande de Gaza par les forces armées israéliennes et trois ont péri alors qu’ils couvraient le conflit.

L’Iran aux portes du trio infernal

Les journalistes ont souffert plus que jamais cette année dans l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad. La réélection contestée du Président a plongé le pays dans une véritable crise et instauré une paranoïa à l’égard des journalistes et blogueurs. Censure préalable et automatique, surveillance des journalistes par l’Etat, mauvais traitements, journalistes obligés de fuir le pays, arrestations illégales et emprisonnements, tel est le tableau de la liberté de la presse cette année en Iran. Déjà proche de la fin du classement les années précédentes, l’Iran est arrivé aux portes du trio infernal, toujours composé par le Turkménistan (173e), la Corée du Nord (174e) et l’Erythrée (175e), où la presse a été tellement bâillonnée qu’elle y est aujourd’hui inexistante.

L’"effet Obama" ramène les Etats-Unis parmi les vingt premiers pays

En un an, les Etats-Unis sont remontés de 20 places, passant du 40e au 20e rang. L’arrivée du nouveau président Barack Obama et son attitude moins belliqueuse que celle de son prédécesseur à l’égard de la presse y est pour beaucoup. Mais cette forte remontée ne concerne que l’état de la liberté de la presse sur le territoire américain. Si Barack Obama a obtenu le Nobel de la paix, son pays reste engagé dans deux guerres. Malgré une légère amélioration de la situation, l’attitude des Etats-Unis à l’égard des médias en Irak et en Afghanistan est préoccupante. Plusieurs journalistes ont été blessés ou détenus par l’armée américaine. L’un d’eux, Ibrahim Jassam, est toujours détenu en Irak.

Flash mob pour le climat Ultimatum climatique Reporterre 2009/10/23 Ultimatum climatique (23 octobre 2009) Flash mob pour le climat. Reporterre. fr

Flash mob pour le climat

Rendez-vous samedi 24 octobre à 12 h 18 place de la Bourse à Paris.

Quoi ? Une Grande Flash Mob pour réveiller Nicolas Sarkozy !!!

Quand ? Samedi 24 octobre / 12h18

Où ? Place de la Bourse

Rendez-vous à 11h45 à la sortie du métro Bourse

Il est temps de réveiller les dirigeants mondiaux et leur rappeler leurs responsabilités en matière de lutte contre les changements climatiques, ceci à moins de 50 jours de la cruciale Conférence de Copenhague sur le climat. C’est pourquoi avant la rencontre des Chefs d’Etat européens qui va fixer la feuille de route de l’Europe pour Copenhague, des milliers de citoyens vont se mobiliser le 24 octobre, à 12h18 (en référence au 18.12, date de la clôture de la conférence de Copenhague), dans des centaines de villes http://www.350.org).

En France, l’Ultimatum Climatique - coalition inédite de 11 des plus importantes organisations françaises de défense de l’environnement, des droits de l’homme et de solidarité internationale - organise une Flash Mob (mobilisation éclair) dans le centre de Paris, le 24 octobre à 12h18 pour renouveler leur appel au Président Nicolas Sarkozy.

Le Sommet européen des 29 et 30 octobre marque une étape cruciale sur la route de Copenhague. Il s’agit de la dernière chance pour l’Europe d’afficher son ambition pour Copenhague, en dévoilant sa position sur le soutien financier à apporter aux pays en développement, et notamment les plus pauvres. C’est le cœur de la négociation internationale. Un signal clair, concret et ambitieux de l’Europe conditionne la création d’une alliance solide avec les pays en développement, seule à même de sortir de l’enlisement des négociations qui piétinent depuis de longs mois, et d’arriver à un accord à la hauteur du défi climatique.... Mais cette alliance ne peut se faire sans la reconnaissance des pays industrialisés de leur responsabilité historique et leur engagement clair et précis vis-à-vis des besoins des pays en développement, non seulement pour qu’ils puissent s’adapter aux impacts des changements climatiques dont ils sont les premières victimes, mais aussi pour les soutenir dans le développement d’un modèle énergétique sobre en carbone et la protection des forêts.

Pour l’heure, l’Europe est restée très silencieuse, reportant de Conseils en Sommets l’adoption d’une position claire. C’est notamment le résultat de la stratégie française de négociation : on agite le bâton et on cache la carotte. La France exige une réduction de la croissance des émissions des pays en développement de 15 à 30% par rapport à un scénario « business as usual », - et menace les pays en développement de taxer leurs produits à l’entrée de l’Europe s’ils n’adoptent pas de tels objectifs. Parallèlement, l’Europe n’a toujours pas proposé de soutien financier public concret pour aider à la réalisation des ces objectifs, et reste par ailleurs très loin de s’engager sur une diminution suffisante de ses émissions de gaz à effet de serre. Selon la stratégie française, le sujet des financements, condition sine qua non d’un accord mondial sur le climat, ne devrait être abordé qu’à Copenhague… Et pendant ce temps, les Conseils et autres Sommets se suivent et se ressemblent, attisant à chaque étape les tensions entre pays en développement d’un côté, et pays industrialisés de l’autre.

Le Sommet d’octobre est le dernier avant Copenhague. C’est donc la dernière opportunité de débloquer le processus avant le Sommet de décembre.

L’Ultimatum Climatique a lancé un appel au Président français en mai dernier, afin qu’il pousse au sein de l’UE une position forte de l’Union Européenne lors de la conférence de Copenhague.

250 000 personnes ont déjà signé l’Ultimatum Climatique.

Pour participer à cet événement international et connaître le lieu et l’heure précis de rendez-vous, les citoyens doivent envoyer un mail à flashmob.climat@gmail.com ou s’inscrire sur Facebook http://www.facebook.com/event.php?eid=125101042223

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Ils soutiennent l’appel :

4 D, Agir pour l’Environnement, Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, Alofa Tuvalu, Association Santé Environnement France, ATTAC, AVES France, Bolivia Inti-Terre Soleil, CCFD-Terre Solidaire, Colibris – Mouvement pour la Terre et l’Humanisme, Collectif de Liaison des Energies Renouvelables, Ecologie Sans Frontières, Fac Verte, Festival du vent, GERES, Goodplanet, GRET, Handicap International, L’Alliance pour la planète, Les Amis du Vent, Ligue de Protection des Oiseaux, Max Havelaar France, Planète Urgence, Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable, Réseau Sortir du Nucléaire, Scouts et Guides de France, Solar Generation, Tara Océans.

Les OGM sont mal évalués par l’Europe Corinne Lepage Reporterre 2009/10/24 Corinne Lepage (24 octobre 2009) Les OGM sont mal évalués par l’Europe. Reporterre. fr

Les OGM sont mal évalués par l’Europe

Corinne Lepage a reçu au Parlement européen le rapport d’un nouveau centre de recherche indépendant sur la nécessité d’améliorer l’évaluation des risques des plantes transgéniques en Europe.

Christoph Then, directeur de l’ONG TestBiotech et co-auteur du rapport, a indiqué à Mme Lepage, 1re Vice-présidente de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, que « les techniques employées pour créer des plantes transgéniques perturbent bien plus les mécanismes d’expression des gènes que ne l’affirme le lobby de l’industrie biotech. Ces perturbations peuvent entraîner des effets inattendus, et donc des risques nouveaux, de la part des plantes transgéniques, notamment sous des conditions de stress. »

Mme Lepage a déclaré : « Nombre d’études indépendantes montrent que les risques des OGM sont mal évalués en Europe. Il est temps que l’EFSA et la Commission prennent en compte d’autres avis scientifiques que ceux fournis par les compagnies biotech elles-mêmes. En tant que parlementaire, je ferai tout mon possible pour rendre l’expertise européenne transparente, pluraliste et contradictoire. Les enjeux sanitaires, environnementaux et sociaux des nouvelles technologies sont trop importants pour que l’on continue à sacrifier le principe de précaution sur l’autel des intérêts des commerciaux. »

Ce rapport confirme l’analyse et les propositions qu’avaient faites Corinne Lepage dans le rapport remis pour la présidence français en juin 2008, dont certaines avaient été reprises par le conseil des ministres de l’environnement de décembre 2008, mais qui n’ont toujours pas été traduites dans les faits. Corinne Lepage a affirmé sa volonté de reprendre le sujet de l’expertise et de l’évaluation des OGM dans le cadre de son travail de parlementaire.

Corinne Lepage s’est réjouit par ailleurs du refus hier des ministres européens de l’Agriculture de permettre un projet d’autorisation d’importation des maïs OGM (MON 88017, MON 89034 et Pioneer 59122xNK603) par les Américains Monsanto. Elle avait du reste écrit préalablement au Ministre de l’Agriculture Bruno Lemaire pour l’alerter sur le sujet.

Testbiotech est un nouveau centre de recherche indépendant allemand enregistré en tant qu’ONG et dédié à la promotion d’une recherche indépendante et du débat public sur les biotechnologies. Leur premier rapport, Risks reloaded - Comment les risques des plantes génétiquement modifiées sont évalués dans l’UE, remis à Corinne Lepage, est disponible (en anglais et en allemand), sur http://www.testbiotech.org

Du RMA au bien vivre Hervé Kempf Reporterre 2009/10/25 Hervé Kempf (25 octobre 2009) Du RMA au bien vivre. Reporterre. Tribune — fr

Du RMA au bien vivre

Dîner d’amis. On parle du ministre indigne, du fils à papa président, de l’oligarchie cynique. Anne a un point de vue original : « Et si tout cela était un rideau de fumée, pour occuper la galerie, et dissimuler les vrais problèmes ? » Ah, tiens !

Exemple : on s’est indigné des bonus des banquiers, traders, et autres patrons. Réponse logique : les limiter. Rien ne se passe. Mais voyez : après que le revenu maximal admissible (RMA) a été mis au programme d’Europe Ecologie, au printemps, il entre dans la panoplie du Parti de gauche, qui a présenté le 13 octobre un « plan de fiscalité écologique » élaboré et roboratif, dont le premier article prévoit un revenu maximal autorisé. Le grand écart des inégalités est « la cause du renforcement d’une classe de riches, gaspillant et détruisant, par des consommations de loisir de luxe, les ressources de la planète », écrit ce parti.

Et voici qu’à son tour le Parti socialiste a présenté une proposition de loi le 15 octobre sur les « rémunérations des dirigeants d’entreprise et des opérateurs demarché », qui prévoit pour les dirigeants des entreprises ayant reçu une aide publique un « salaire maximal ». Donc, toute la gauche met à son programme le revenu maximal admissible, et... quasi pas une ligne dans les journaux, pas un mot sur les radios, rien sur les télés. Motus et bouche cousue. Ça n’intéresse personne ? Allons !

Explication ? Les médias sont aux trois quarts (je suis optimiste) sous le contrôle de l’oligarchie. Mais on ne peut parler de censure : les politiques eux-mêmes ne poussent pas très fort sur le sujet, ils le mettent au programme, mais ne s’engagent pas vraiment.

J’appelle Patrick Viveret, un de ceux qui ont lancé l’idée du RMA, pour mieux comprendre. « Les politiques mettent le revenu maximum en évidence, c’est nouveau, mais ils y vont à reculons, dit-il. Dans une société où le seul imaginaire est l’imaginaire de l’avoir, le RMA est perçu comme une restriction de la liberté. Pour convaincre de son utilité, il faut une vraie campagne : d’abord montrer que le revenu est déjà plafonné pour l’immense majorité de la population. Et surtout, travailler l’imaginaire positif, tel que celui de la sobriété heureuse, du bien-vivre. Cela va à l’encontre de tout l’économisme dominant : il propose une compensation au mal-être par la consommation, il apporte la consolation par la publicité. »

« Mais, poursuit Patrick Viveret, ce registre est bouché : la consommation devient écologiquement insupportable. Alors, les logiques dominantes remplacent peu à peu le registre compensateur-consolateur par un registre autoritaire. Si tu dis, ’la voie compensatrice-consolatrice’ n’est plus possible et qu’on refuse la voie autoritaire, il faut travailler sur la démocratie et sur la sobriété heureuse. » Etre plus heureux en ayant moins, certes. Mais surtout en rêvant autrement.

Pourquoi le socialisme ? Albert Einstein Reporterre 2009/10/25 Albert Einstein (25 octobre 2009) Pourquoi le socialisme ?. Reporterre. Tribune — fr

Pourquoi le socialisme ?

En 1949, pour le premier numéro de la revue américaine Monthly Review, ancrée à gauche, Albert Einstein, très influencé par le philosophe britannique Bertrand Russell et le leader socialiste américain Norman Thomas, publiait un texte remarqué intitulé, « Pourquoi le socialisme ? », qui sera repris par la suite dans son livre Ideas and opinions. En voici quelques extraits.

"Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

(…)

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

(…)

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

(…)

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une « armée » de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’un façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle."

Le changement climatique, un génocide en cours Pierre-Emmanuel Neurohr Reporterre 2009/10/29 Pierre-Emmanuel Neurohr (29 octobre 2009) Le changement climatique, un génocide en cours. Reporterre. Tribune — fr

Le changement climatique, un génocide en cours

"ENTRER EN RÉSISTANCE. Appel sur la destruction du climat de la terre et le génocide qui en résultera"

Le texte qui suit n’a pas été écrit pour vous faire plaisir. Le texte qui suit remet en cause votre vision du monde. Le texte qui suit ne vous fera pas bien voir en société. Le texte qui suit est trop long pour vous. Le texte qui suit, en un mot, est un texte de résistance. Vous êtes libre de vous arrêter ici.

Demain, vous recevrez une liste de citations, avec le nom de leurs auteurs et leurs sources, explicitant le fait que les Français, en détruisant le climat de la terre à l’aide de machines telles que l’avion ou la voiture, procèdent en toute connaissance de cause à la préparation méthodique, scientifique, d’un génocide.

Les personnes citées sont des journalistes, des scientifiques, des militants, etc., qui affirment qu’il s’agit d’un génocide mais oublient encore, pour l’instant :

1) leur propre tendance à plus s’appesantir sur le sort de la grenouille à dos mordoré du Costa Rica que sur celui de millions d’enfants, de femmes et d’hommes poussés cyniquement vers un génocide, via la destruction du climat qui leur permet de se nourrir ;

et ces auteurs cités oublient également :

2) la question centrale : s’il y a génocide, par définition, il y a des responsables. En 2009, il y a des gens qui, de par leur mode de vie, préparent ce génocide. Ce sont principalement les habitants des pays dits « riches », dont la France.

Aujourd’hui, le texte qui suit présente un argumentaire logique décrivant les 3 principales étapes de ce génocide. Elles sont évidentes, et les preuves nécessaires pour parvenir à cette conclusion vous sont connues. Il n’y a nulle part de complot. Cependant, l’énormité du crime, et le fait que c’est notre société qui le commet, les gens que nous connaissons qui y participent, rendent la connection dans votre cerveau inacceptable. Mais il y aura un moment où la logique et la morale de base feront céder les murs mentaux qui caractérisent le débat sur le climat.

Bien que cela demande plus de développements, il vous est proposé ici une version relativement courte, sous la forme d’une description aussi lucide que possible de la situation actuelle, suivie d’une anecdote historique.

Tout d’abord, comment répondriez-vous à la question suivante : "S’il était possible de décrire - de manière ramassée et claire - la situation de la France en 2009 par rapport à la destruction du climat de la terre, quel mot choisiriez-vous ?" On peut aborder la chose de la manière suivante, en commençant par le résultat, puis en remontant le cours chronologique des choses.

1. Si une population n’a plus de quoi se nourrir, physiologiquement parlant, les hommes, femmes et enfants meurent. Or, selon les Nations Unies, en 2009, un milliard d’êtres humains manquent de nourriture et sont donc déjà en situation de « pré-famine ».

2. Si des extrêmes climatiques - pour faire court, sécheresses et inondations - détruisent les récoltes, une population n’a plus de quoi se nourrir.

3. La destruction du climat de la terre entraîne des extrêmes climatiques. La grande majorité des études scientifiques en attestent (1).

4. Battez des bras très fort, soufflez fort : vous n’aurez pas d’impact sur le climat. Pour détruire le climat, il « faut » utiliser des machines, appelées par exemple « avion » et « voiture ». Les transports sont responsables à eux seuls d’un quart de la pollution du climat. En y ajoutant la construction industrielle desdites machines et l’infrastructure qu’elles nécessitent, cela représente près de la moitié de la pollution en question.

5. Est-ce que la destruction du climat est le fait de méchants petits hommes verts débarqués de Mars ? Non. Est-ce que c’est Dame Nature, qui fait un caprice ? Non. Ce sont des êtres humains qui détruisent le climat. Notez le « des » : des êtres humains. En effet, l’un des mensonges les plus grossiers que l’on entend actuellement consiste à faire croire « qu’on est tous responsables ». En fait, la pollution climatique engendrée par un Français est sans commune mesure avec celle de la majorité de l’humanité. Mettre sur un plan d’égalité la responsabilité d’un Français et d’un Malien, ou d’un Indien, constitue un mensonge. C’est donc une petite partie de l’humanité qui utilise, sciemment, des machines qui détruisent le climat de la terre.

Remettons maintenant ces enchaînements logiques dans l’ordre chronologique et résumons :

1. Une minorité d’humains - dont les Français - utilise des machines ostentatoires qui détruisent le climat de la terre.

2. Cette destruction du climat entraîne des aléas climatiques qui vont détruire les récoltes de la majorité des habitants de la planète.

3. Parmi le milliard d’êtres humains déjà en situation de stress alimentaire, ces pertes de récoltes vont avoir pour résultat la mort de millions d’êtres humains.

Il y a dans la langue française un mot, précis, pour décrire ce que fait la minorité de personnes décrite plus haut. Ce mot est : génocide (2).

Même d’un point de vue juridique, c’est une évidence, bien que la législation internationale contre le génocide ait été écrite à une époque où il était difficilement imaginable que des humains assassineraient d’autres humains en masse, en détruisant leur climat à l’aide de machines (3).

De quoi ? Comment ? La France de 2009 est une société génocidaire ? Quelle blague ! Nous sommes tous très gentils, moi, ma famille, mes amis, mes voisins ne sont pas des génocidaires !

Pour vous faire comprendre l’inanité d’une telle réaction, un petit morceau d’histoire. Début 42 commence le génocide « industriel » des Juifs. On peut dire ce que l’on veut de la population allemande de l’époque, qu’elle était immorale, etc., mais on ne peut pas dire qu’elle était « bête » - malheureusement, sinon il aurait été plus rapide de se débarrasser du nazisme. La population allemande de 1942 est l’une des plus éduquées, des plus avancées techniquement au monde.

Or, à ce moment crucial, Goebbels va faire quelque chose qui éclaire singulièrement la situation dans laquelle nous nous trouvons en 2009. Il va s’adresser à la population allemande, et à ce peuple "éduqué et avancé techniquement" qui est en train de participer, à différents niveaux, à un génocide, il va dire la chose suivante. Il va dire qu’il faut lancer un concours national... de politesse. Authentique (4).

Il semble donc que l’esprit humain soit capable d’un tel niveau d’auto-intoxication qu’un peuple éduqué et avancé techniquement puisse se livrer à un concours de politesse... en même temps qu’il massacre des enfants dans des chambres à gaz. En fait, il y a là, à l’oeuvre, une certaine logique. Si nous sommes tous en train de parler de la manière d’améliorer le niveau de politesse dans le pays, il serait grotesque de prétendre que nous sommes, en même temps, en train de procéder à un génocide.

En 2009, en France, un peuple éduqué et avancé techniquement utilise des machines qui, clairement, préparent le génocide de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Ce peuple-là ne fait pas de concours de politesse. Mais nous avons l’équivalent idéologique : des « responsables » lui expliquent qu’il faut fermer le robinet quand on se brosse les dents.

La « normalité » autour de vous ne constitue pas un argument rationnel pour prétendre que la France ne se livre pas, en ce moment, à la préparation d’un génocide. S’il n’y avait pas eu les aviations alliées, l’Allemagne génocidaire de 1942 aurait été un pays où les gens vont acheter leur pain, mettent leurs enfants à l’école, prennent un verre dans un café... ou s’adonnent à des concours de politesse. Dans La supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, une témoin raconte qu’elle a "compris que, dans la vie, des choses horribles se passent de façon paisible et naturelle..." (5).

En d’autres termes, présenter la destruction du climat comme un problème écologique, c’est être en retard d’une guerre. C’est ne rien comprendre au monde autour de nous, non pas parce que l’on est bête, mais parce que la réalité est quelque peu gênante à admettre.

Oubliez les petits oiseaux, les baleines, etc., nous n’en sommes plus là. La France de 2009 a commencé un génocide à une échelle jamais vue dans l’histoire de l’humanité. Mais, dites-vous, il y a tout de même un point qui reste ambigu. Contrairement aux génocides commis dans l’histoire de l’humanité, les Français ne veulent pas explicitement la mort de millions d’autres êtres humains. Là encore, l’inanité de l’argument est patente. Jamais au grand jamais un peuple génocidaire n’a dit, en substance : « Nous sommes des salauds, et nous prenons plaisir à assassiner en masse ». A chaque fois, les génocidaires expliquent qu’ils sont des pauvres petits qui ne font que défendre leur propre peuple. Les Allemands « défendaient » la pureté de leur race contre les méchants banquiers juifs anglo-saxons, les Hutus ont génocidé les Tutsis pour se « défendre » durant une guerre civile, etc.

Le génocide que planifie et met en oeuvre la France au jour d’aujourd’hui ne déroge pas à la règle du genre. Ainsi, officiellement, le président ne relance pas la fabrication de machines qui détruisent le climat dans le but avoué d’assassiner des millions d’êtres humains - même si c’est là l’effet principal -, mais juste pour « défendre » la croissance face à la « crise ». Un système idéologique de malades en remplace un autre, mais les monceaux de cadavres sont les mêmes.

En conclusion, en tant qu’adulte, vous êtes responsable de vos actes. Le fait d’utiliser certaines machines - avion et voiture par exemple - a pour effet de provoquer un génocide via la destruction du climat de la terre, aussi clairement que 2 + 2 = 4. Aucune excuse ne tient. Il n’y a pas d’excuse pour participer à un génocide. En conséquence de quoi, si vous utilisez ou souhaitez continuer à utiliser malgré cela ces machines, vous participez en toute connaissance de cause à un génocide (6). Il est possible dès à présent de cesser d’utiliser la machine génocidaire appelée « avion », et il est possible à courte échéance, collectivement, de s’organiser pour vivre sans cette autre machine génocidaire appelée « voiture ».

Que faire ? Il est toujours possible de refouler ces faits dans un coin de son cerveau, comme le fit la majorité de la population française durant l’occupation. Et il est possible de faire ce que fit un Jean Moulin ou une Lucie Aubrac. Nous vous proposons d’entrer en résistance.

Entendons-nous bien. Les exaltés qui croient que la violence peut résoudre les problèmes du XXIe siècle nous répugnent. Les références à la Résistance sont voulues, mais elles s’entendent d’un point de vue intellectuel et spirituel (7). De même qu’il fallut du courage à un de Gaulle pour désobéir, il vous faudra du courage pour voir que nous vivons effectivement dans une société génocidaire, et tout autant de courage pour en tirer les conséquences qui s’imposent en termes de combat politique. Il est clair qu’il est plus confortable de dire que le PDG de Total est très, très méchant, mais d’utiliser son kérosène, avec cette hypocrisie dégoulinante de bonne conscience qui caractérise une partie non négligeable des mouvements environnementalistes actuels.

L’une des caractéristiques du Parti de la Résistance sera de commencer par se libérer du « Qu’en dira-t-on ? ». Nous nous fichons de passer pour des fous ou des clowns ou des extrémistes. Les résistants durant la seconde guerre mondiale n’étaient-ils pas traités de terroristes ? Nous nous soucions de ce qui est juste et vrai. Après, libre aux Français de voter ou pas pour notre vision politique, mais au moins ils leur sera proposé une option sérieuse qui n’insulte pas leur intelligence.

Ainsi, l’avion est actuellement la machine la plus « efficace » à détruire le climat, alors que ladite machine est utilisée par une ultra-minorité à la surface de la terre. Or il ne s’agit que de machines. Dès lors que l’on pense que la vie d’êtres humains est plus importante, on comprend qu’il faut interdire l’aviation, et cela immédiatement.

Le même raisonnement, peu ou prou, vaut pour cette autre machine appelée « voiture ». Si les classes moyennes chinoise et indienne peuvent se « développer » et rouler en voiture comme le font les Français, on peut arrêter de parler du climat de la terre. Donc, à moins d’être raciste et de penser que nous seuls pouvons utiliser cette machine, il faut interdire la voiture en France. Oser parler de « voiture verte » dans ce contexte international est grotesque.

Parmi les quatre premières mesures que le Parti de la Résistance mettra en oeuvre, nous proposons donc : - l’interdiction immédiate de l’aviation ; - l’interdiction progressive, en un an, de la voiture individuelle (on garde bien entendu des véhicules pour les pompiers, des ambulances...) ; - l’interdiction progressive, en deux ans, de toute importation de biens ou de services qui peuvent être produits ou réalisés en France (ce qui permettra de réduire significativement le transport par camion) ; - l’instauration d’un Revenu moral maximum (RM2) de 3000 euros net par mois (grosso modo trois fois le SMIC), qui s’appliquera aux 10 % de Français qui dépassent cette somme, mais qui les maintiendra, au niveau mondial, parmi les plus riches des plus riches.

Ces mesures peuvent sembler surréalistes. En réalité, elles sont très simples, comparées à celles voulues par les résistants de la première heure, durant la seconde guerre mondiale. A l’époque, comme le racontait le résistant Serge Ravanel dans des entretiens à France Culture, il fallait une certaine dose d’optimisme béat pour prétendre qu’il était encore possible de renverser le cours des choses et vaincre la machine nazie. Aujourd’hui, interdire l’utilisation de quelques machines ostentatoires est, en comparaison, un but politique raisonnable. Quant à la « rapidité » apparente de la mise en oeuvre de ces mesures, peut-on parler de « rapidité » alors qu’il s’agit de l’interdiction de machines génocidaires ? Et si vous hésitez encore, méditez ces paroles de Romain Gary :

" Je suis sans rancune envers les hommes de la défaite de 40. Je comprend fort bien ceux qui avaient refusé de suivre de Gaulle. Ils étaient trop installés dans leurs meubles, qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient la « sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût douceureux d’humilité, de renoncement, d’acceptation " (8).

En définitive, nous vous proposons d’entrer en résistance. D’ici un mois, nous allons réaliser l’acte fondateur du Parti de la Résistance (9). Votre aide est cruciale. Ne pensez pas que les habitants du tiers-monde vont mettre longtemps à vous traiter de génocidaire, avec raison. En fait, cela a déjà commencé (10).

Vous pouvez :

1. Faire suivre cet appel par e-mail à un maximum de gens. Même quelques e-mails, envoyés par chacun, peuvent permettre une large diffusion de ces informations.

2. Nous envoyer vos coordonnées à snowhobbes (at) gmail.com ; ainsi, nous resterons en contact, vous informerons du développement de cette initiative, et pourrons vous proposer de joindre la Résistance dès que nous aurons mis sur pied une structure adéquate ; et nous vous tiendrons au courant de la manière dont vous pouvez participer à ce combat.

Entrez en résistance.

Fraternellement

..........................................................

Notes :

(1) Compendium sur la science du changement climatique, PNUE, 2009.

(2) Parmi les famines qui ont été le plus médiatisées sur les étranges lucarnes occidentales, il y a bien sûr les famines du Sahel, dans les années 70. Or, la " véritable origine du désastre du Sahel a été révélée en novembre 2003, quand des climatologues du Centre national pour la recherche atmosphérique à Boulder, au Colorado, publièrent une étude méticuleuse « qui montrait qu’ » une seule variable climatique était responsable pour une grande partie de la baisse des pluies : les températures de la surface de la mer en hausse dans l’Océan Indien, qui résultaient d’une accumulation de gaz à effet de serre. "

Le biologiste Tim Flannery note que " malgré l’importance des implications morales de cette étude, il semble qu’elle soit passée inaperçue dans les médias internationaux « . Il ajoute que le » changement climatique du Sahel est emblématique de la situation à laquelle le monde fait face en général (...) " (Les faiseurs de temps, Tim Flannery, 2005).

De plus, selon l’ancien secrétaire des Nations Unies, Kofi Annan, déjà 300 000 personnes meurent chaque année du fait de la destruction du climat.

(3) La France est signataire de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, du 9 décembre 1948. Cette Convention s’applique, y compris « en temps de paix » (art. 1). La notion de génocide n’est pas limitée à des caractères raciaux, puisque le génocide s’entend, entre autres, comme l’intention de détruire « un groupe national », y compris « en partie » (art. 2). Ainsi, dans les pays du tiers-monde, même si les classes aisées peuvent éventuellement s’en sortir, cela ne permet pas d’assassiner impunément la population générale...

De plus, l’acte de génocide est « commis dans l’intention de détruire » des êtres humains. Ici, on voit à l’avance les arguments nauséeux qui ne vont pas manquer d’être avancés. Si la France développe la production de machines qui détruisent le climat - telles qu’avions et voitures -, ce n’est pas dans l’intention de détruire des populations entières. Cet argument est spécieux et ne tient pas à l’analyse. On sait qu’utiliser des machines qui détruisent le climat... détruit le climat. Et on sait tout aussi clairement que détruire le climat... détruit des êtres humains.

S’il fallait accepter une telle défense, alors un meurtrier qui plante son couteau dans le coeur de sa victime peut affirmer le plus sérieusement du monde qu’il n’avait pas l’intention de la tuer, il voulait juste vérifier que son couteau de cuisine est bien aiguisé. Si l’on utilise une machine dont le principal résultat consiste à assassiner des populations entières, le fait que cette machine serve aussi à prendre ses vacances à une minorité d’humains peut difficilement être considéré comme une bonne raison de procéder au massacre.

Enfin, d’après la Convention, le procédé utilisé par les génocidaires peut consister en la " soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle " (art. 2, c)). Clairement, le fait de détruire le climat qui permet à un groupe de cultiver ses champs, et donc de se nourrir, constitue un acte de génocide.

(4) Pour les germanistes, la version originale est encore plus impressionnante, particulièrement du point de vue des euphémismes employés, un autre parallèle avec l’époque actuelle. Der Spiegel rapporte ce fait historique en précisant que Goebbels trouvait que " die allgemeine Reizbarkeit deutlich zugenommen hatte « ( »l’irritabilité générale avait clairement augmenté").

(5) Zoïa Danilovna Brouk, inspecteur de la préservation de la nature, dans La supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, Svetlana Alexievitch, 1997.

(6) Il est presque drôle, quelque part, de se rendre compte à quel point cette notion de génocide est finalement évidente, et déjà présente en filigrane dans le discours de nombreuses personnes traitant de ce sujet, mais nous ne voulons pas le voir. Et cette auto-critique est tellement insupportable que soit la responsabilité de ce génocide n’est pas évoquée, soit l’épouvantail habituel - George Bush - sert de bouc émissaire.

Ainsi, et cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut, Michel Rocard, au détour d’une phrase, parle d’" assassinat collectif de la planète " ;

les journalistes britanniques Mark Lynas et George Monbiot parlent, respectivement, de " crime, plus innommable que même le plus cruel des génocides « pour lequel il n’y a pas d’excuse car » comme l’ont établi les procès de Nuremberg après la guerre, l’ignorance ne peut être utilisée comme défense (...) « , et de » crime contre l’humanité " ;

le climatologue James Hansen, de renommée mondiale, parlant de la disparition d’espèces vivantes, fait une comparaison dont la référence humaine n’est pas un hasard : il dit que " si nous ne pouvons pas stopper la construction supplémentaire de centrales à charbon, ces trains transportant du charbon seront des trains de la mort, pas moins répugnants que s’il s’agissait de wagons à bestiaux se dirigeant vers les fours crématoires, chargés d’un nombre incalculable d’espèces irremplaçables « , et il ajoute par ailleurs que » les patrons des entreprises produisant de l’énergie à partir de ressources fossiles savent ce qu’ils font et sont conscients des conséquences à long terme s’ils continuent sur ce chemin. A mon avis, ces patrons devraient être jugés pour crimes contre l’humanité et la nature " ;

Joe Romm, un ancien de l’administration Clinton et excellent connaisseur des questions climatiques, parle également « d’un crime impardonnable contre l’humanité » ;

David Suzuki, écologiste très en vue au Canada, déclare que « quand vous dirigez un pays dont tous les grands scientifiques ou économistes vous disent qu’il faut agir et que vous ne faites rien, vous devez être jugé et peut-être même accusé de crime contre l’humanité » ;

enfin, parlant de l’« adaptation au dérèglement climatique » prônée par certains économistes, qui consiste à ne rien changer à nos modes de vie, le biologiste Tim Flannery estime qu’une « adaptation de cette sorte est un génocide » ;

les polytechniciens Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean préviennent que « si nous associons difficilement des milliards de morts à un changement climatique de grande ampleur, ce n’est pas que le risque est inexistant », et par rapport aux changements de société nécessaires, ils demandent s’il fallait « conserver les camps de concentration pour ne pas mettre au chômage tous ceux qui vivaient de la déportation ».

(Michel Rocard, France Inter, 22.7.09, cité par La Décroissance, 9.2009 ; Six Degrees, Mark Lynas, 2007 ; One Shot Left, George Monbiot, The Guardian, 25.11.08 ; Coal Mining : President and CEO, 21.11.07, et Global Warming Twenty Years Later : Tipping Points Near, 23.6.2008, James Hansen www.columbia.edu/~jeh1/ ; Pew Center : Bush team at Poznan doing « a very good job, actually, of representing US interests », comment on this dispatch by Joe Romm, Climate Progress, 13.12.08 ; David Suzuki, cité dans « David Suzuki, télé-écologiste », Martine Jacot, Le Monde, 10.9.09 ; The Weather Makers, Tim Flannery, 2005 ; Le plein s’il vous plaît !, Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, 2006).

(7) Par contre, nous ne prétendons pas avoir le millième du courage physique de ces gens qui savaient qu’ils risquaient la torture et la mort.

(8) La promesse de l’aube, Romain Gary, 1960.

(9) L’outil choisi pour opérer ces changements prend la forme d’un parti politique parce que les associations d’environnement s’interdisent, de par leurs statuts, d’accéder au pouvoir politique pour... pouvoir changer les choses. De plus, leurs résultats jusqu’à présent sont abysmaux. Ainsi, peut-être la « moins pire » des grosses associations en France est Greenpeace, étant donné que ce sont des adhérents qui la financent, et non les pires pollueurs de la planète, comme dans le cas du WWF. Or la critique la plus déchirante qui puisse se faire à l’égard de Greenpeace se lit... dans leur bulletin d’adhésion. Pour peu que l’on prenne le temps de lire posément ce qui est écrit noir sur blanc.

En effet, ils nous y apprennent que " depuis 35 ans, Greenpeace (...) agit pour protéger l’environnement " et que l’association bénéficie d’une « efficacité reconnue ». Ce qui est un peu embêtant, c’est que quelques lignes plus loin, ils nous apprennent que " près de 80 % des forêts primaires de la planète ont été détruites ". Effectivement, avec de tels chiffres, parler d’« efficacité reconnue » est tout-à-fait justifié. Plus loin, ils ajoutent que " les flottes de pêche industrielle ont déjà décimé 90 % des poissons les plus consommés ". C’est clair, avec de tels résultats, qui oserait encore douter de l’« efficacité reconnue » de Greenpeace ? Et caetera (« Embarquez ! », Greenpeace, bulletin d’adhésion non daté distribué en juin 2009). Nota bene : cette critique est également une auto-critique, étant écrite par une personne qui a travaillé pour Greenpeace et n’a pas fait mieux. La forme « parti politique » ne donne pas d’assurance de succès, mais au moins la direction est la bonne, à savoir le pouvoir politique à travers le vote des citoyens. Les associations ont depuis longtemps sombré dans le « commentaire sportif » : elles jugent, s’insurgent, réclament, mais s’interdisent, de par leurs statuts, d’avoir le pouvoir de changer les choses.

(10) Voilà par exemple ce que peut d’ores et déjà dire une personne vivant en Inde, s’adressant à nous : " L’incroyable injustice que vous, les pays développés, avec une population d’un milliard, souhaitez faire, nous remplit d’horreur (...). Vous les pays développés êtes vraiment écoeurants dans votre incapacité à changer votre mode de vie non-soutenable, rester chez vous, être content de la beauté autour de vous, faire preuve d’intérêt pour vos voisins et leur prodiguer des soins, et prendre au sérieux vos propres scientifiques (...) Si vous ne baissez pas drastiquement [votre pollution par les gaz à effet de serre], vous aurez tout simplement déclaré la guerre aux générations présentes et futures, avec vos armes climatiques de destruction massive. Vous êtes des êtres humains pitoyables, pitoyables. " L’incroyable injustice, Anandi Sharan, Sujets d’actualité sur le climat, 17.7.09.

Le marché des fous Hervé Kempf Reporterre 2009/11/01 Hervé Kempf (1er novembre 2009 à 08h50,) Le marché des fous. Reporterre. Tribune — fr

Le marché des fous

L’idéologie capitaliste - selon laquelle le marché peut résoudre tous les problèmes - a atteint ces derniers jours un sommet dans l’absurde. On a appris, grâce au député européen Vert Claude Turmes, que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, bloquait un « projet » d’action sur l’efficacité énergétique. Ce texte est censé rendre contraignante pour les Etats membres une réduction de 20 % de leur consommation d’énergie et proposer des mesures pour atteindre cet objectif. Réduire la consommation d’énergie est le meilleur moyen de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

La raison de ce blocage par la Commission ? La mise en oeuvre de l’efficacité énergétique pèserait sur les prix du marché du carbone. En effet, si l’on économise l’énergie, on émet moins de gaz carbonique. Donc il y a moins de demande de « droits d’émission » sur le marché. Donc leur prix baisse. Or la Commission européenne - avec l’aval des Etats membres - a fondé l’essentiel de sa stratégie de lutte contre le changement climatique sur le marché des émissions.

On en vient donc à refuser le plus efficace pour privilégier... un moyen qui n’a pas encore vraiment fait ses preuves. Mis en oeuvre depuis 2005, il avance cahin-caha de chute des prix en fraude à la TVA. Le cours de la tonne de CO2 y est en ce moment à 15 euros, en dessous de la taxe sur l’énergie que vont payer les consommateurs français. En fait, les règles de son fonctionnement, résultat du compromis avec les industriels qu’il concerne, sont trop laxistes : le prix qui se forme reste donc trop bas pour inciter à réduire les émissions rapidement.

Par le biais d’un autre type de marché, dit « mécanisme de développement propre », l’Union européenne entend par ailleurs éviter de réaliser sur son territoire une grande partie de ses engagements de réduction. Mais vraiment, il me faudrait dix articles comme celui-ci pour bien expliquer le fonctionnement de tout le dispositif. Le marché du carbone est à peine plus simple que le marché des produits dérivés, si vous voyez ce que je veux dire.

Le problème de fond est qu’il revient à confier la gestion de la lutte contre le changement climatique à l’industrie financière. Celle-ci a causé la crise que l’on sait, et démontré sa capacité à échapper aux contrôles des Etats. Faites-vous confiance à Goldman Sachs pour agir dans l’intérêt de l’humanité sur le marché du carbone ? En fait, tant que la puissance publique - qui, en principe, porte l’intérêt commun - n’aura pas repris le contrôle du système financier, on ne peut remettre au marché le soin de lutter contre le changement climatique.

A court terme, une chose est claire : l’Union européenne doit se fixer de vrais objectifs d’économie d’énergie. Si elle y renonce, elle perdra toute crédibilité face au changement climatique, et, surtout, le principal moyen d’y faire face.

Le défi du développement écologique de l’Afrique Elodie Vaxelaire Reporterre 2009/11/05 Elodie Vaxelaire (5 novembre 2009) Le défi du développement écologique de l’Afrique. Reporterre. Tribune — fr

Le défi du développement écologique de l’Afrique

Toute société est confrontée à la gestion et la préservation des ressources naturelles. Les Mayas ont semble-t-il disparu après avoir coupé toutes leurs forêts. Les aborigènes d’Australie pratiquent un brûlis lourd de conséquences pour la faune et la flore. L’Empire romain a également déforesté toutes les régions méditerranéennes.

Les sociétés occidentales ont développé un rapport spécifique de domination de la nature (Aristote, le Livre) à l’inverse d’autres cultures (chinoise, indiennes, etc.). Elles ont exporté cette vision en deux temps, d’abord avec les premières grandes vagues de colonisation (qui ont été les premières catastrophes écologiques massives), et désormais avec la mondialisation du mode de développement capitaliste.

Le système capitaliste pose en effet un problème particulier pour la préservation des ressources naturelles. Marx a très bien montré comment la création, par le capital, de plus-value exige l’élargissement continu de sa sphère de circulation, et donc la création de nouveaux besoins, de nouveaux marchés jusqu’à la mise en place d’un marché mondial, et la marchandisation de toute chose, dont la nature qu’il transforme en simple objet d’échange.

Désormais, le marché est mondial. Tout s’y vend. Les forêts primaires sont dévastées pour ouvrir des routes vers l’exploitation des mines ou pour offrir des meubles exotiques bon marché dans les jardins occidentaux. Les entreprises ont pu décomposer leurs processus de production entre différents pays en fonction du coût salarial le plus faible, avec une explosion des gaz à effet de serre à la clé : en Europe, un pot de yaourt fait 9 000 kilomètres pour être produit et un jeans 30 000 ; les crevettes de Young Seafood sont aujourd’hui pêchées en Ecosse, décortiquées en Thaïlande et revendues en Ecosse. Les mesures environnementales prises dans les pays du Nord ont pour principal effet de délocaliser les lieux de production dans les pays moins contraignants, avec interdiction d’imposer des normes aux frontières car l’OMC les considère comme des barrières douanières déguisées. Et les marchés financiers ont pu organiser une fantastique économie de casino avec les conséquences que l’on connaît. Ils souhaitent désormais se refaire une santé avec la mise en place d’une finance carbone.

Ainsi, le système économique n’emporte pas seulement les conséquences sociales effrayantes que l’on connaît (explosion des inégalités de richesse, appauvrissement des Etats, tensions géopolitiques), elle a aussi pour conséquence la crise écologique que nous connaissons.

Problématique de la préservation des ressources naturelles en Afrique

Dans ce contexte, la question de la préservation des ressources naturelles de l’Afrique est double : - d’abord, y a-t-il, un problème, ou non, de préservation des ressources en Afrique ? - ensuite, d’où viennent ces éventuels problèmes ?

Si l’on se réfère au calcul de l’empreinte écologique, un indicateur créé par le WWF qui mesure la pression du mode de développement d’un pays sur sa biodiversité, il n’y a globalement pas de problème de préservation des ressources naturelles en Afrique. Le dernier rapport de WWF montre que l’ensemble des pays africains ont une empreinte largement inférieure à leur biocapacité. Le stade de développement est donc soutenable pour la planète.

En regardant plus précisément, on note cependant un certain nombre de menaces pour la biodiversité et les ressources naturelles. Certaines sont liées à des pratiques traditionnelles, comme la pratique du brûlis ou des pratiques de déforestation villageoise pour le bois de chauffe. Elles nécessitent d’être réaménagées à l’aune de leur impact sur la biodiversité.

Mais la plupart des menaces pour les ressources naturelles sont aujourd’hui liées à l’entrée de l’Afrique dans le grand marché mondial. Cela a commencé par le trafic de défenses et la pratique du safari pour le bonheur des touristes blancs. Cela s’est amplifié avec l’exploitation des richesses du sous-sol africain (minerais, gaz, pétrole) et le commerce des innombrables richesses naturelles de l’Afrique, et notamment les bois exotiques. Et cela se renforce désormais avec le passage dans certaines zones à des pratiques capitalistiques et intensives de l’agriculture, qui se répandent d’ailleurs avec la mise en concession ou la vente d’immenses parcelles de terres agricoles. Depuis les émeutes de la faim de 2008, la vente de terres s’est renforcée provoquant de nouveaux conflits majeurs avec les populations comme à Madagascar où le gouvernement est tombé après avoir tenté de concéder 1/3 de l’île à l’entreprise Daewoo.

Enfin, l’exode rural et l’extension anarchique des villes qui s’ensuit portent également avec eux des problématiques fortes de pollution locale en plus des problèmes sociaux liés au chômage des populations : érosion des sols, gestion difficile des eaux usées et des déchets, développement anarchique des transports (pollutions de l’air, bruit, émissions de GES).

Ainsi globalement, les menaces sur la préservation des ressources naturelles de l’Afrique sont majoritairement liées à son entrée dans la mondialisation libérale, et peu aux conditions de son développement endogène.

Dans ce contexte, le réchauffement climatique représente une menace importante pour l’Afrique, et notamment la partie subsaharienne si l’on se réfère aux prévisions du GIEC qui prévoient l’accroissement des températures, la diminution des précipitations, la poursuite de l’avancée du désert et donc la baisse de fertilité des sols et de biodiversité. D’ores et déjà, la modification des saisons accroît les conflits entre éleveurs et agriculteurs, et nécessite non seulement d’imaginer de nouvelles pratiques culturales adaptées aux nouvelles conditions climatiques et d’aménager le droit coutumier des pays.

Dépasser l’opposition entre développement et préservation des ressources naturelles : les conditions d’un développement endogène

Comment envisager les voies d’un développement de l’Afrique qui, à l’inverse du développement des pays occidentaux, concilierait progrès social et respect des équilibres écologiques ?

Trois pistes de réflexion avec, en préalable, un mot sur la dette. Si l’on fait la différence entre les fonds perçus par l’Afrique et les remboursements effectués depuis 1985, le solde s’élève à – 739 milliards de dollars. C’est donc l’équivalent de 7,5 Plan marshall que l’Afrique a payé aux pays industrialisés depuis 20 ans par le redoutable mécanisme de la dette. Ce chiffre mérite d’être rappelé à l’aube des négociations financières sur l’adaptation au changement climatique de Copenhague.

Première piste de réflexion pour un développement durable : la question du développement agricole. C’est la condition sine qua non du développement de l’Afrique. Dans les régions subsahariennes, et dans celles qui menacent de le devenir avec le réchauffement climatique, la question posée est celle de techniques qui concilierait augmentation de la productivité et respect des équilibres biologiques. Ces techniques existent. Elles ne sont pas issues de la recherche sur les modifications génétiques comme tenteraient de le faire croire les lobbies semenciers, mais commencent à se développer dans le domaine de ce qu’on appelle l’agro-écologie.

L’Afrique a besoin d’une révolution verte, mais pas d’une révolution qui renforce sa dépendance aux technologies du Nord, et donc sa dette et sa perte d’autonomie. De nombreux chercheurs et associations travaillent aujourd’hui dans ce domaine, il en existe d’ailleurs des exemples au Burkina, comme dans la ferme pilote de Guié ou les expérimentations menées avec l’association terre et humanisme à Kokologo. Elles sont forcément moins médiatisés que les chimères génétiques de Monsanto, mais elles méritent toute l’attention des décideurs africains. Selon le dernier rapport du PNUE, de telles pratiques permettraient de multiplier par deux la production africaine.

La deuxième condition, pour cette révolution verte, c’est la possibilité pour l’Afrique de garantir sa souveraineté et son autosuffisance alimentaire. Quand les paysans maliens ou burkinabés ne peuvent plus vendre leurs productions sur les marchés locaux car elles sont concurrencées par des produits moins chers importés d’Asie, c’est non seulement un drame pour les paysans qui les plonge dans la misère, mais c’est également une menace pour l’indépendance du pays. On l’a vu pendant les émeutes de la faim en 2008. Le libre échange dans le domaine agricole a renforcé partout l’exode rural, il plonge dans la pauvreté des millions de paysans, et il ne garantit pas la satisfaction des besoins alimentaires des populations.

Dès lors, l’Afrique doit pouvoir bénéficier d’un régime de protectionnisme international, qui la soustrait des règles du commerce mondial de l’OMC. Les dirigeants africains doivent pouvoir protéger leurs paysans, leur garantir l’accès à la terre et à un revenu garanti, investir dans les circuits locaux de distribution et de transformation, bref, s’organiser comme l’a fait l’Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale pour organiser leur autosuffisance alimentaire régionale. Les négociations en cours avec l’Union européenne pour la mise en place d’accords de libre-échange censés prendre la suite des accords de Cotonou/ Lomé (condamnés par l’OMC) rendent cette question brûlante. L’ouverture totale des frontières africaines, notamment aux produits agricoles, terminerait de ruiner la petite paysannerie et risquerait d’éloigner à jamais la possibilité d’une souveraineté alimentaire. Celle-ci est pourtant la condition sine qua non du développement durable de l’Afrique.

La deuxième piste de réflexion questionne le rythme et les technologies du développement. L’Afrique reçoit régulièrement les nouvelles vagues de technologies occidentales, et les intègre à ses modes de vie avec plus ou moins de rapidité. Cependant, à la différence des précédentes, les nouvelles technologies posent de réels problèmes de recyclage et de réemploi. Une 4L pouvait durer des décennies, tandis que les composants d’un téléphone portable risquent de poser des problèmes insurmontables de déchets dans les années qui viennent.

Le « développement durable » pose cette question particulière : quel est le niveau de développement acceptable par les populations et les systèmes écologiques ? Pendant longtemps, les économistes et décideurs ont considéré que les « pays en développement », c’est-à-dire ceux qui dans leur esprit "devaient se développer", pouvaient, grâce au libre marché, bénéficier de « sauts » de technologie et passer directement au stade considéré comme supérieur sans passer par les étapes précédentes. Cette hypothèse mérite d’être réévaluée. Toutes les technologies occidentales ne sont pas bonnes à prendre. Certaines sont insoutenables du point de vue écologique des pays quand les structures de production et de démantèlement ne sont pas en place. D’autres risquent d’enfermer les pays dans une dépendance forte vis-à-vis de ces technologies et des finances (OGM) sans garantie aucune sur les transferts de savoir-faire nécessaires à l’autonomie.

Ainsi, gare au mécanisme de développement propre, mis en place par le protocole de Kyoto, qui devrait être généralisé à Copenhague. Le mirage de nouveaux financements (qui pour l’instant se concentrent sur 5 pays émergents) risque de se transformer en nouveau colonialisme « vert » en favorisant l’implantation de projets des entreprises multinationales, sans aucune garantie sur leur acceptabilité par les populations et l’environnement, et en créant une forte dépendance à l’égard des technologies inadaptées aux besoins des populations et des milieux. Il est donc proposé ici d’examiner ce processus avec une grande prudence et de focaliser plutôt l’attention dans les négociations à venir sur la mise en place du Fonds d’adaptation des pays aux changements climatiques, financé par les pays industrialisés, et géré par l’ONU ou la BAD qui permettra aux pays africains de choisir réellement leurs process technologiques et leurs modalités de développement.

La troisième piste de réflexion est centrée sur la question de l’exploitation des ressources naturelles. Le gouvernement d’Equateur réfléchit actuellement, dans le cadre des négociations de Copenhague, à laisser dans son sous-sol 20% de ses réserves pétrolières et demande à la communauté internationale de financer la moitié du manque à gagner, l’Equateur en prenant en charge l’autre moitié. Pourquoi une telle offre alors que le pétrole représente 65% de ses recettes ? Le gouvernement a fait le constat que depuis la première exploitation pétrolière en 1972, l’Equateur a reçu l’équivalent de 90 milliards d’euros, mais a pour cela non seulement ravagé la forêt équatorienne dans laquelle sont basés les puits, mais également exterminé certaines communautés indiennes. Et tout cela, sans avoir réussi à transformer cette manne financière en moteur de développement. Aujourd’hui, l’Equateur fait donc le constat suivant : si le pétrole ne lui permet pas de se développer, autant profiter des négociations de Copenhague pour penser l’après pétrole, et réfléchir à des conditions de développement endogène.

L’Afrique est immensément riche de son sous-sol : minerais, pétrole, gaz... Mais combien de pays et de gouvernements ont su transformer cette richesse en facteur de développement pour leurs populations ? Dans combien d’autres cette richesse s’est -elle finalement révélée un grand malheur, encourageant la corruption des gouvernements, les liant aux intérêts des entreprises multinationales, ravageant leur biodiversité, les rendant incapables d’imaginer un processus de développement autonome et endogène ?

Si le réchauffement climatique peut être une opportunité pour l’Afrique, c’est aussi parce que c’est le moyen de réfléchir, avec l’appui des financements onusiens, à de nouvelles formes de développement en lien avec les besoins réels des populations.

Des tonnes de CO2 un jour, des grammes un autre... Jean Sireyjol Reporterre 2009/11/07 Jean Sireyjol (7 novembre 2009) Des tonnes de CO2 un jour, des grammes un autre.... Reporterre. Tribune — fr

Des tonnes de CO2 un jour, des grammes un autre...

On parle de tonnes de CO2 pour la taxe carbone, mais de grammes de CO2 pour la consommation d’une automobile : derrière cette ruse sémantique se cache la volonté de ne rien changer.

Sommes nous stupides ? Nous créons en 1988 un groupe d’experts pour étudier le climat. Une initiative unique en son genre, le GIEC : 2500 experts du monde entier confrontant leurs résultats pour parvenir à une meilleure connaissance d’un phénomène complexe : l’évolution du climat. Mais lorsque le GIEC livre son diagnostic, catégorique - « ce sont les gaz à effet de serre provoqués par les activités humaines qui causent le réchauffement climatique en cours », - nous commençons à le regarder de travers.

Quant à la solution qu’il propose, tout aussi catégorique, c’est une vérité qui dérange : « Il faut diviser par 2 les émissions mondiales de CO2, soit pour un pays riche comme la France une division par 4 ; c’est le facteur 4 ». Diviser par 4 nos déplacements en avion ? Diviser par 4 notre consommation d’essence en voiture ? Diviser par 4 notre consommation d’énergie pour chauffer nos logements ? Diviser par 4 notre consommation de viande rouge ? Diviser par 4 nos achats ? Qui parle de tout ça, ou plutôt, qui ose en parler ?

Sommes nous stupides ? Serions nous incapables de comprendre la gravité de l’enjeu et l’importance de notre rôle individuel ?

Le CO2 en grammes

Les constructeurs automobiles nous informent à longueur de publicités sur les émissions de CO2 de leurs petits bolides. Ainsi, apprenons nous que cette voiture qui consomme 6,2 l aux 100 km, émet 165 g de CO2 au km. 165 g, voilà un nombre bien précis : au fait, les grammes de CO2, c’est encore plus léger que les grammes de plume ?

En tout cas, ce qui est léger, c’est de donner les émissions de CO2 au km et pas aux 100 km, alors que la quantité de CO2 émise est exactement la quantité de carbone contenue dans les litres de carburant utilisés, donnés, depuis la nuit des temps, aux 100 km. Donc cette voiture elle émet 16,5 kg de CO2 aux 100 km ! Ce serait trop culpabilisant ainsi ? Si on nous parle ainsi en gramme, c’est bien pour nous faire sous estimer le problème qui nous fait face.

Le CO2 à la tonne

Avec le débat de l’été autour du prix de la taxe carbone, on a eu un exemple opposé. Souvenez vous, cette tonne de CO2, à combien il faut la taxer ? 32€ disaient les experts de la commission Rocard, c’est beaucoup trop nous a expliqué Fillon, 12€ c’est bien suffisant. Finalement le Président a tranché, ce sera 17€ la tonne.

Cette valse des chiffres et des arguments a été bien distrayante et parfaitement irréelle tant qu’on n’a pas établi la correspondance avec le litre d’essence : 32€ la tonne de CO2 c’est 8 centimes au litre, 17€ la tonne c’est environ 4 centimes.

Comme se l’est demandé le journal Sud-Ouest cet été : « Une tonne de CO2 à quoi ça ressemble ? » Qui se souvient de la réponse ?

Parler aux Français soit en tonnes de CO2 pour leur dire : « ceci ne vous concerne pas, c’est trop gros pour vous », soit en grammes de CO2 pour leur dire : « c’est insignifiant, surtout ne changez pas vos habitudes avec la voiture », est-ce une façon intelligente et sincère de mettre en œuvre le projet Facteur 4 ?

Viande, culture et climat Hervé Kempf Reporterre 2009/11/09 Hervé Kempf (9 novembre 2009) Viande, culture et climat. Reporterre. Tribune — Agriculture et climat fr

Viande, culture et climat

Dans son autobiographie, Gandhi raconte ce qu’il appelle « une tragédie ». Il est alors adolescent, et son meilleur ami veut l’habituer à manger de la viande. La famille de Gandhi est de religion hindoue, dans sa variante vaishnava, et le régime végétarien y est de règle. Comment enfreindre une coutume d’autant plus naturelle que les parents de Gandhi, à qui il voue une véritable dévotion, n’imaginent pas une seconde de s’en éloigner ? « Nous sommes un peuple faible parce que nous ne mangeons pas de viande, lui dit son ami. Les Anglais peuvent nous dominer parce que ce sont des mangeurs de viande. » Gandhi, qui se sent alors chétif et est déjà animé, même s’il ne le sait pas encore, d’une farouche volonté d’indépendance pour son pays, se force donc, quelque temps, à manger de la viande. Il se libérera assez aisément de cette sujétion, tant la question de l’alimentation – à laquelle il va donner une dimension spirituelle dépassant largement l’enjeu hygiénique – va devenir pour lui essentielle.

Que nous dit cette histoire la semaine où le décès de Claude Lévi-Strauss nous rappelle l’impérieuse nécessité d’un regard sur les autres cultures pour comprendre la nôtre ? Que se nourrir n’est pas un acte métabolique, mais d’abord un fait culturel. Autrement dit, que l’infinie variété des façons de s’alimenter n’est que le reflet de l’infinie variété des cultures. Gandhi le montre bien en opposant clairement les coutumes d’une Angleterre impériale et d’une Inde alors asservie.

Faut-il, par respect de toute vie, s’abstenir de manger de la viande, comme le font les hindous ? A tout le moins, on peut se rappeler la pratique de ces peuples amérindiens qui s’excusent auprès de l’animal chassé de lui prendre la vie. Ou se remémorer cette culture paysanne française toute proche encore, qui établissait des liens complices entre l’homme et l’animal, comme en témoigne le fil qui va du Roman de Renard aux contes de Marcel Aymé.

Mais notre culture, aujourd’hui, quelle est-elle ? Elle ingurgite par millions de tonnes les produits d’immenses usines à viande, où l’animal n’est plus qu’une sorte à peine particulière de matière première. En lui déniant toute dignité, notre culture affiche son mépris du monde qui lui est extérieur, et qui n’est pas seulement biologique.

Mais revenons à une considération plus en accord avec l’esprit de l’époque. Selon le rapport Livestock’s Long Shadow, publié par la FAO en 2006, l’élevage est dans le monde la source de 18% des émissions de gaz à effet de serre. 18 % ! Presque un cinquième. Pour lutter contre le changement climatique, il ne faut pas seulement faire du vélo, mais aussi manger beaucoup moins de viande. Oui, c’est moins brillant que de planter des éoliennes ou du nucléaire partout. Et – horreur ! – cela ne crée pas de profit monétaire. Mais c’est d’un résultat plus certain.

Le Parlement taille dans le budget de la CNIL Ligue des droits de l’homme Reporterre 2009/11/09 Ligue des droits de l’homme (9 novembre 2009) Le Parlement taille dans le budget de la CNIL. Reporterre. fr

Le Parlement taille dans le budget de la CNIL

La Commission nationale informatique et libertés (CNIL) est chargée de contrôler les fichiers informatiques. Ses moyens, déjà étriqués, vont encore être réduits par les députés de droite.

La majorité parlementaire, à l’occasion du débat budgétaire, s’apprête à réduire massivement les moyens d’autorités indépendantes en charge de la protection des droits et libertés.

Après avoir programmé la suppression de la CNDS et de la Défenseure des enfants, « coupables » de prendre au sérieux la défense des droits contre l’arbitraire dans leurs domaines de compétences, le pouvoir actuel cherche à présent à porter un coup décisif à la plupart de ces contre-pouvoirs indépendants.

Ainsi, alors que des dizaines de fichiers de police ont été créés dans les dernières années, la Cnil, dont les moyens sont déjà très inférieurs à ceux de ses homologues allemandes ou britanniques, verrait ses crédits réduits de 15 %.

La LDH, sans partager nécessairement toutes les positions prises par ces autorités indépendantes, considère leur existence et leur développement comme essentiels à la préservation des droits et libertés.

Elle appelle la représentation nationale à ne pas sacrifier la séparation des pouvoirs et la garantie des droits à des règlements de compte partisans à courte

La France réduit encore son aide au développement Coordination Sud Reporterre 2009/11/10 Coordination Sud (10 novembre 2009) La France réduit encore son aide au développement. Reporterre. fr

La France réduit encore son aide au développement

L’engagement de la France de consacrer 0,5% de son PIB à l’aide au développement ne sera, une fois de plus, pas tenu en 2010.

Le 10 novembre, l’Assemblée nationale se réunit en commission élargie pour débattre des moyens consacrés à l’Aide publique au développement (APD) française pour 2010. Or ceux-ci seront largement insuffisants pour permettre à la France de respecter son engagement de consacrer 0,51% du Revenu National Brut (RNB) à l’APD en 2010. Un constat d’autant plus alarmant que les faibles moyens consacrés à l’aide française sont de moins en moins utilisés pour lutter contre la pauvreté et les inégalités, au profit de dossiers tels que la lutte contre l’immigration et la promotion des entreprises françaises.

Après une hausse en 2009, le montant de l’APD stagnera en 2010 à hauteur de 0,44% du RNB, soit 8,6 milliards d’euros. La France s’était pourtant engagée avec ses homologues européens, à porter son APD à 0,51% du RNB en 2010 pour atteindre 0,7% en 2015. Une promesse non tenue en 2010, qui pose la question du respect des objectifs pour 2015.

Les volumes d’APD en 2009 et 2010 reposent sur d’importants montants d’allègements de dettes (1,3 milliard € en 2010) et de prêts octroyés par l’AFD, pour l’essentiel à des pays émergents ou à revenu intermédiaire (1 milliard €), au détriment des moyens consacrés aux dons finançant les secteurs sociaux, en particulier en Afrique sub-saharienne. Les dons en chute libre depuis 2006, passent en effet de 322 millions € en 2006 à 175 millions € en 2010. La priorité donnée dans les discours à l’Afrique et à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement est loin de se traduire dans la réalité.

En outre, l’aide française est de plus en plus instrumentalisée pour répondre aux objectifs de lutte contre l’immigration (notamment via les accords de gestion concertée des flux migratoires), sécuritaires (en Afghanistan, où l’aide civile est fléchée sur les zones de présence militaire française), ou de promotion des entreprises françaises (51% des marchés attribués par l’AFD en 2008 sont revenus à des entreprises françaises ou à leurs filiales).

Plus préoccupant, la France se serait alliée à l’Italie pour demander une suppression des références aux engagements de 2010 dans les conclusions du Conseil Affaires générales et relations extérieures de l’Union européenne des 16 et 17 novembre. Malgré l’opposition de pays tels que la Grande-Bretagne et de l’Espagne qui prévoient d’ailleurs de consacrer 0,6% de leur richesse nationale à l’APD en 2010, le plaidoyer franco-italien semblerait efficace, car le dernier projet de conclusions du Conseil ne comprend aucune référence aux engagements d’APD.

On gère mieux les ressources en coopération que par la compétition Jean Matouk Reporterre 2009/11/11 Jean Matouk (11 novembre 2009) On gère mieux les ressources en coopération que par la compétition. Reporterre. Tribune — Biens communs fr

On gère mieux les ressources en coopération que par la compétition

L’attribution du prix « Nobel » d’économie à Elinor Ostrom constitue une reconnaissance de l’importance de l’économie coopérative

Au moment où tous les politiques critiquent les excès du capitalisme financier, sans d’ailleurs proposer de modèle économique alternatif et en laissant les banques repartir exactement dans les mêmes errements, le jury du Nobel, rappelant une troisième voie économique trop ignorée, a fait novation en élisant deux économistes originaux : Olivier Williamson et Elinor Ostrom.

Le premier, initialement ingénieur, a développé une analyse institutionnelle de l’industrie, étudiant notamment l’organisation des échanges entre firmes industrielles et les fusions-absorptions auxquels ces échanges peuvent conduire pour des raisons techniques ou d’organisation (par exemple entre constructeurs automobiles et leurs sous-traitants) quand les relations se complexifient.

Des consommateurs associés gèrent mieux la ressource commune

Mais c’est surtout le second lauréat, une femme pour la première fois, Elinor Ostrom, qui retient l’attention. Cette professeure à l’Université d’Indiana a, en effet, démontré, à partir d’exemples concrets et en donnant une interprétation théorique, que des hommes associés en égaux, par exemple autour de l’exploitation d’une ressource locale, l’eau entre autres, aussi bien dans des pays pauvres que dans la riche Californie, géraient mieux cette ressource que l’administration ou une entreprise capitaliste privée.

Sa démonstration va donc directement à l’encontre de l’hymne au marché et à l’entreprise capitaliste que l’on nous sert depuis vingt ans, comme fondement incontournable de l’économie.

Par parenthèse, sa démonstration va aussi a posteriori à l’encontre de l’étatisation, plus exactement la propriété publique des biens de production sous contrôle de l’Etat, que proposaient, comme modèle alternatif, les économies dites « socialistes » jusqu’à leur déliquescence à la fin des années 80. Elinor Ostrom propose une troisième voie.

Mais cette troisième voie est-elle vraiment nouvelle ? Non ! Spontanément, depuis le XIXe siècle avec l’Anglais Owen, dans le concret, se sont constituées des « coopératives » de consommation, tandis qu’en France se développaient d’abord les coopératives de production, les SCOP. Elles n’ont jamais disparu, et connaissent même aujourd’hui un regain réel.

Les coopératives de consommation ont disparu en France, la FNAC en ayant été le dernier avatar. Mais elles survivent à l’étranger. De plus les Mutuelles en sont une forme moderne dans les secteurs de l’assurance notamment. Ces types d’entreprises constituent ce que l’on dénomme aujourd’hui « l’économie sociale ». Or Charles Gide (l’oncle de l’écrivain), dès la fin du XIXe siècle, a théorisé ce type d’économie et montré ses avantages par rapport au capitalisme.

Pour Charles Gide, l’économie toute entière pouvait être dirigée de l’aval par les consommateurs associés dans une sorte de « république des coopératives » qui peut inclure des coopératives de production. Loin de s’en tenir à cette description d’un idéal, il a dans moult articles analysé le fonctionnement des coopératives dans le milieu capitaliste et dans l’économie de marché, sous le plus grand dédain des économistes néoclassiques de l’époque que l’on qualifierait aujourd’hui d’ultralibéraux.

Plusieurs facteurs ont cependant rendu impossible un vrai développement de l’économie coopérative. Ils ont même conduit de grandes coopératives à la faillite, à l’image de la Verrerie ouvrière d’Albi crée en 1896, avec l’appui de Jean Jaurès, et absorbée en 1993 par Saint Gobain Emballages, ou, du côté de la consommation, de la FNAC absorbée par la GMF en 1986, puis par PPR en 1994.

La voie coopérative est la voie d’une économie humaine

Premier facteur négatif : l’hostilité de l’aile gauche des socialistes ( Jules Guesde notamment) au principe même des coopératives de production « voie trompeuse (qui) oblige les ouvriers à souscrire une action pour pouvoir travailler » et qui conduisait les prolétaires à s’exploiter eux -mêmes et à se détourner de la « lutte de classes ».

Second facteur négatif : la méfiance pour ne pas dire l’hostilité des banques aux formes coopératives, où le chef est élu et la stratégie définie selon le principe « un homme , une voix » et où les réserves ne sont pas distribuables. En l’absence de crédit, les fonds propres des coopératives sont, par construction, assez faibles, les seules cotisations des adhérents ne pouvant constituer des capitaux suffisants , compte tenu des investissements nécessaires pour résister à la concurrence des entreprises capitalistes.

Troisième facteur : l’assiduité des adhérents aux assemblées s’est fortement réduite au fil des ans, du fait de la montée de l’individualisme, engendrée elle-même par le fonctionnement du capitalisme.

Enfin, dans nombre de cas, la forme coopérative a été adoptée en désespoir de cause quand la situation financière de la firme privée était déjà désespérée.

Dans le domaine agricole, nombre de coopératives laitières ou céréalières, et dans le secteur financier, nombre de banques dites mutualistes, fonctionnent aujourd’hui plus sur le mode capitaliste vis-à-vis des coopérateurs agricoles de base ou des « clients » déposants et emprunteurs.

Réfléchir aux voies de la transformation des entreprises

Pour autant l’idéal coopératif et mutualiste est loin d’être désuet, et les travaux d’Elinor Ostrom montrent, dans ce sens, que les hommes associés sont tout à fait capables de gérer au mieux des ressources communes à l’avantage de tous.

On ne peut guère attendre de gouvernements venus au pouvoir en plein triomphe théorique du capitalisme et du profit individuel, qu’ils favorisent un retour vers cette forme d’économie. Au moins les économistes qui se veulent alternatifs, ou simplement objectifs, devraient-ils réfléchir concrètement aux voies et moyens pour transformer nombre d’entreprises capitalistes individuelles, lorsque leur créateur ou propriétaire prend de l’âge, ou n’a pas trouvé de successeur, ou bien lorsque ce dirigeant s’avère incapable de donner un futur à son entreprise, en entreprises coopératives, avant qu’il ne soit trop tard.

Ils devraient aussi réfléchir au moyen de relancer la coopération dans le domaine de la consommation par exemple autour des fruits et légumes « bio » proches des villes. Un collectif d’hommes et de femmes est sans aucun doute plus soucieux de son avenir commun et de ce qu’ils consomment concrètement, que ne peut l’être un conseil d’administration prioritairement soucieux du profit maximum des actionnaires. En tous cas les jurés du Nobel ont judicieusement rappelé cette troisième voie, vers une économie vraiment humaine.

Le vaccin contre la grippe A n’est pas anodin Réseau Environnement santé Reporterre 2009/11/12 Réseau Environnement santé (12 novembre 2009) Le vaccin contre la grippe A n’est pas anodin. Reporterre. Tribune — fr

Le vaccin contre la grippe A n’est pas anodin

Le fondement scientifique de la campagne de vaccination envisagée est discutable. D’autant plus que le vaccin contre le virus H1 N1 présente un danger non négligeable.

Le Réseau Environnement Santé (RES) a été créé pour mettre les questions de santé et d’environnement au coeur des politiques de santé. Il tient à exprimer ses préoccupations devant les risques que peut représenter une vaccination massive comme celle qui est aujourd’hui envisagée par les autorités de santé ainsi que sur le caractère disproportionné de ces mesures, eu égard à d’autres facteurs de risque infectieux et non infectieux.

- Evaluation coûts-bénéfices

Le RES constate qu’il y a aujourd’hui un large consensus pour caractériser ce nouveau virus comme très contagieux, mais peu virulent. C’est ce que montre l’avancée de la maladie, dans des territoires bénéficiant d’un système de santé de même nature que celui de la France métropolitaine, comme la Nouvelle Calédonie ou la Polynésie. Le RES s’interroge donc sur le fondement scientifique de la campagne de vaccination annoncée par les autorités sanitaires et demande que les preuves scientifiques soient fournies démontrant que le bénéfice de cette vaccination est supérieur aux effets secondaires attendus.

L’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) par la voix de sa chef du département de pharmacovigilance vient en effet de rappeler que les vaccins contre la grippe A-H1N1 présentent un risque individuel non négligeable (entre autre le syndrome de Guillain-Barré, maladie auto-immune pouvant être mortelle et entraînant des séquelles graves pouvant aller jusqu’à une paralysie des membres). En 1976, une campagne de vaccination massive portant sur 45 millions de personnes contre un précédent virus H1N1 a été arrêtée aux Etats-Unis en raison de la survenue de cas de syndrome de Guillain-Barré. En tout, 4000 personnes ont porté plainte ultérieurement.

>>> Quelle analyse a été faite de ce précédent et quels sont les éléments qui permettent d’affirmer que la situation présente ne sera pas de même nature ?

- Composition du vaccin

La composition de tous les vaccins concernant la grippe A et leurs adjuvants est connue par l’AFSSAPS.

>>> Quelles sont les études concernant la toxicité de chaque composé et les interactions entre les différents composés du vaccin (en séparant celles fournies par les industriels de celles fournies par les scientifiques sans conflit d’intérêt) ?

- La question de la protection de la femme enceinte

Pour la grippe saisonnière, le fabricant du Vaxigrip® (Sanofi Pasteur) annonce en date d’avril 2009 sur son site au Canada « Comme l’effet de VAXIGRIPMD sur la reproduction n’a pas fait l’objet d’études chez l’animal, on ignore si l’administration de VAXIGRIPMD à une femme enceinte risque de nuire au foetus ou de compromettre les capacités de reproduction. Les données concernant l’administration de ce vaccin à la femme enceinte sont limitées. VAXIGRIPMD ne doit être administré à la femme enceinte qu’en cas de nécessité clairement établie et après une évaluation des avantages et des risques ».

>>> Quels sont les éléments qui justifieraient une approche différente pour le vaccin contre H1N1 ?

- La prévention

Le RES approuve la poursuite des efforts en ce qui concerne la prévention pour limiter la contamination interindividuelle. Celle-ci passe par un bon lavage des mains notamment dans les écoles, mais pourquoi n’y a-t-il, selon l’AFSSA, en moyenne que 1 robinet pour 150 enfants et dans 20 % des cas ni savon ni moyen propre/jetable de s’essuyer les mains ?

La prévention passe aussi par un message nutritionnel adapté. Les liens entre alimentation et immunité sont clairement démontrés. Toute malnutrition augmente la vulnérabilité aux infections. La dénutrition (30 millions de personnes en Europe) augmente le risque infectieux et la suralimention (excès de consommation de certains lipides et de produits avec sucres ajoutés) est un facteur identifié de dépression immunitaire.

>>> Qu’est ce qui est envisagé pour prendre en compte cette situation et pallier à ces carences ?

Avoir une approche proportionnée entre risque infectieux et risque non infectieux

Le devenir de la santé d’un individu est largement dépendant des événements pendant la vie foetale. C’est la raison pour laquelle le Réseau Environnement Santé mène campagne sur les risques liés à l’exposition chimique, notamment aux perturbateurs endocriniens comme le Bisphénol A - pour lequel le RES demande depuis longtemps son interdiction. Aujourd’hui la quasi-totalité des nourrissons est imprégnée par cette substance, qui est impliquée dans les cancers, les atteintes de la reproduction, les troubles du comportement, le diabète et l’obésité.

Malgré des données scientifiques qui s’accumulent, la ministre de la santé continue de nier la réalité du problème.

Le RES demande que les risques infectieux et non infectieux soient pris en considération de la même manière et avec la même réactivité, et, renouvelle, dans l’immédiat, sa demande d’interdiction du Bisphénol A dans les plastiques alimentaires.

En conclusion, la lutte contre les épidémies, qu’elles soient infectieuses ou non infectieuses, ne se limite pas à des mesures de type technocratique. Les décisions doivent être prises sur la base des meilleures connaissances scientifiques, dans la plus grande transparence, dans le respect des conflits d’intérêts et après consultation des parties prenantes.

A Clermont-Ferrand, les citoyens investissent le débat sur les nanotechnologies Anonyme Reporterre 2009/11/12 Anonyme (12 novembre 2009) A Clermont-Ferrand, les citoyens investissent le débat sur les nanotechnologies. Reporterre. fr

A Clermont-Ferrand, les citoyens investissent le débat sur les nanotechnologies

Mardi 10 Novembre à Clermont Ferrand avait lieu la 5e réunion de la campagne d’acceptabilité des nanos organisée par la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). 200 personnes au maximum dans la salle. Visiblement beaucoup d’invités institutionnels, scientifiques et industriels. La CNDP avait été remarquablement discrète dans l’annonce de cette réunion. Ni affiches, ni tracts, ni articles dans la presse locale du jour. Le débat avait lieu dans un amphithéatre de la faculté de lettres et de sciences humaines.

Dès l’ouverture de la réunion, des tracts anti-nanos ont été distribués à l’intérieur de la salle. L’allocution d’ouverture de Bergougnoux, président de la CNDP nano a été immédiatement interrompue par une personne qui, micro en main, s’est livré à une parodie d’allocution de bienvenue, façon « Yes Men ». Habillée chic (tailleur d’agence de com’ parisienne). Elle a déclaré à peu prés que toutes les opinions pourraient s’exprimer ici librement : aucune importance, aucune conséquence. L’essentiel étant que les décideurs connaissent les arguments des opposants pour pouvoir mieux y répondre. Applaudissements.

Elle a exhibé une liste dont le public n’a pas connaissance, de 147 questions préparées par la CNDP, et auxquelles celle-ci s’attend à devoir répondre. Blêmissement du président de la CNDP. Vif intérêt de la salle. Tandis que Bergougnoux tentait vainement de reprendre le débat en main, des questions fusaient déja de la salle pour en savoir plus sur cette liste et pour contester ce faux débat. Pendant plus d’une demi heure, la confusion la plus totale a régné, avec des échanges d’arguments au sein même du public, tandis que le président restait impuissant. Nombre de personnes ont insisté pour que le débat reste dans la salle, et ne soit pas confisqué par les experts de la tribune. Il faut noter que la majorité du public souhaitait se soumettre à l’autorité de l’expertise.

Par la suite, les organisateurs ont tenté de reprendre la parole, constamment harcelés, interrompus, contredits, par un feu roulant d’intervention de contestataires. Le débat a des limites. Le greffier de la soirée a suggéré à Bergougnoux : « Ce serait le moment de les sortir ». Sans effet.

A 22 heures, aprés 2h30 de violents échanges, seuls deux des intervenants de la tribune avaient pu s’exprimer. Le représentant de Michelin (vous savez, les pneus « verts ») a été verbalement fusillé par les arguments écologiques, sanitaires et politiques des opposants. Le moment le plus poignant étant celui ou un étudiant a évoqué son père ouvrier chez Michelin, mort d’un cancer de l’amiante, et qui a expliqué qu’il valait mieux traiter les causes des cancers, plutôt que de croire les promesses de la nanomédecine.

Nombre d’interventions ont concerné les problèmes de surveillance, le domaine militaire, l’artificialisation du monde et des hommes, et le profit recherché par les industriels, débordant le thème imposé du débat (les pneus !).

Si on peut dire qu’à un moment donné ce faux débat a été subverti, et est devenu un débat authentique, force est de constater que la majorité des gens présents restaient concentrés sur les questions sanitaires et environnementales, encouragés par les organisateurs, qui savent bien que ces dernières sont les plus consensuelles.

Leur sabotage achevé, les opposants ont quitté la salle, suivi par les spectateurs les plus offusqués de la manipulation de la CNDP.

Des comptes-rendus plus détaillés suivront. Nous les attendons.

Prochain arrêt de la caravane publicitaire des nanos, Lille, le 17 Novembre. Infos et matériel sur http://www.nanomonde.org

Nous voulons la terre ! Morgan Ody Reporterre 2009/11/12 Morgan Ody (12 novembre 2009) Nous voulons la terre !. Reporterre. Tribune — fr

Nous voulons la terre !

« Faute d’opposer à cette grisaille quelque chose de rayonnant et de fort, quelque chose qui soit la promesse d’un recommencement dans des lieux entièrement nouveaux, nous sommes perdus, perdus pour de bon et pour toujours » (1). Le sentiment d’urgence qui poussait Etty Hillesum à écrire ces lignes en 1942 résonne aujourd’hui d’une actualité fracassante.

J’ai trente ans et chaque matin, en écoutant les nouvelles, je vois l’étau se refermer. Précarité, fichage génétique, privatisations, militarisation, destruction de la biosphère : voyez le bel avenir auquel nous sommes promis ! Alors nous avons commencé à chercher. Je dis nous, parce que, très vite, je me suis aperçue que nous étions des tas, à 20, 25, 30, 35 ans et plus, à chercher QUOI FAIRE ? Quoi faire pour ne pas se noyer dans la colère, la peur ou le désespoir, quoi faire pour ne pas sombrer dans le vide sidéral du non-sens qu’on nous propose comme seule perspective de vie ?

Certains sont allés dans les pays du Sud, et là on nous a dit « Rentrez chez vous, c’est de là que viennent nos plus grands problèmes, c’est vos sociétés qu’il faut changer ! ». Nous avons lu des livres, sommes allés à des conférences et à des forums sociaux, avons participé à des manifestations. Et puis nous en avons eu assez de toute cette impuissance.

Nous avons décidé de devenir paysans et paysannes. Nous voulons reprendre en main nos destinées individuelles et notre avenir collectif. Nous voulons vivre, enfin, prendre à bras le corps cette responsabilité d’êtres humains qui mangeons et buvons, qui façonnons le paysage, qui nourrissons la terre pour qu’en retour elle nous nourrisse.

Cette perspective est pour nous ce « quelque chose de rayonnant et de fort ». Elle est, à l’heure où chacun de nos gestes et de nos gènes tendent à être contrôlés, brevetés, expropriés et privatisés, une entrée en résistance.

Ce faisant, nous nous engageons avec vous dans les luttes pour la souveraineté alimentaire et la réforme agraire, dans la réappropriation de nos territoires et la reconstruction de sociétés plus solidaires.

« Reclaim the fields » est notre mouvement ! Nous voulons la terre ! Nous voulons devenir paysan-ne-s pour changer le monde, pour reconstruire, avec tous ceux et celles qui eux-aussi étouffent sous l’engrenage capitaliste, un espoir pour le futur.

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(1) Etty Hillesum (Pays-Bas 1914 – Auschwitz 1943), in Une vie bouleversée, coll. Points, 1995

Appel mondial pour le revenu de vie OPDLM Reporterre 2009/11/13 OPDLM (13 novembre 2009) Appel mondial pour le revenu de vie. Reporterre. Tribune — fr

Appel mondial pour le revenu de vie

« Au delà des clivages sociaux, des corporations, des écoles de pensée, nous, signataires du présent appel, voulons contribuer à provoquer dès maintenant une transformation réaliste et constructive de la société : celle du revenu de vie. »

Le collectif pour le revenu de vie n’a pas de représentant particulier. Chaque signataire de l’appel est fondé à en être le porte parole : VOUS !

Qu’est-ce que le revenu de vie ?

L’idée est soutenue de longue date par de nombreuses personnalités, de tous horizons politiques, de toutes confessions et de toutes nationalités. Elle est connue sous des appellations diverses : allocation universelle, revenu d’existence, revenu citoyen, revenu universel, revenu social garanti, etc.

Le revenu de vie ne doit pas être confondu avec le RMI, le RSA et autres allocations attribuées de manière conditionnelle. Le revenu de vie, lui, est automatique, inconditionnel et inaliénable. Il concerne tout le monde, riches ou pauvres. Il est attribué à chaque individu, de la naissance à la mort. Son montant est suffisant pour garantir à chacun une existence décente - quoi qu’il arrive -. Il est cumulable avec les autres revenus (salariés ou non). Il ne peut être saisi aux plus modestes, mais il entre dans l’assiette d’imposition des plus aisés.

Le revenu de vie ne rémunère pas l’emploi, mais le travail au sens large

Ni l’emploi salarié, ni les revenus du capital, ni les aides sociales classiques ne peuvent prétendre désormais garantir le droit à l’existence de chacun tel que défini à l’article III de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. C’est un fait : en raison de l’informatisation et de l’automatisation de la production, le plein-emploi ne peut plus être atteint. Par contre le travail est toujours d’actualité, et sa tâche est immense.

Il est plus que jamais nécessaire que chacun puisse travailler, d’abord à prendre soin de lui-même, de ses parents, de ses enfants et de ses proches, travailler ensuite pour contribuer aux biens communs accessibles à tous (connaissances, arts, culture, logiciels, etc.), travailler enfin à inventer et à mettre en oeuvre à toutes les échelles les moyens qui permettront de léguer une planète vivable aux générations futures.

Loin d’être un encouragement à la paresse, nous affirmons que le revenu de vie permettra à chacun, dans la mesure de ses capacités et de son désir, de s’engager de manière sereine, libre et responsable, dans des travaux essentiels pour l’intérêt général que les emplois traditionnels n’ont pas vocation à assumer.

Comment financer le revenu de vie ?

Il s’agit précisément d’engager pour le financement du revenu de vie tous les moyens alloués à l’entretien de la chimère du plein emploi. L’institution du revenu de vie implique pour les pays qui le mettront en place de revoir leur système fiscal et social, et probablement de reprendre un certain niveau de contrôle sur la création monétaire qu’ils avaient abandonné aux banques. Les calculs des économistes qui ont réfléchi en profondeur à cette question montrent que cela est parfaitement possible.

Il n’est nul besoin d’attendre quelque cataclysme pour envisager cette profonde transformation. Cela peut se faire progressivement et sans dommage, à condition qu’il existe une prise de conscience et un engagement suffisamment massif. C’est à cet engagement que nous, signataires de cet appel, voulons amener.

Qu’avons-nous à perdre ?

L’illusion d’un emploi salarié et dûment rémunéré pour tous s’est volatilisé avec la crise. Avec cette disparition, va s’évanouir aussi pour beaucoup le réflexe de se définir en fonction de son activité professionnelle. Il ne faut pas le cacher, l’institution du revenu de vie amènera probablement à s’interroger plus encore, sur notre identité, notre rôle dans la société, notre aspiration à procréer en regard des problèmes de démographie, et sur la nature de ce que nous voulons transmettre à nos enfants.

L’institution du revenu de vie ne va pas sans mises en cause profondes de nombreuses habitudes. Nous pensons néanmoins que cette mutation des consciences et des comportements peut s’effectuer sans violence, et dans un esprit d’entr’aide mutuelle afin que se développe une nouvelle culture de la responsabilité.

Qu’avons-nous à gagner ?

L’institution du revenu de vie remet en cause le “travail” tel qu’il est compris usuellement, à savoir comme base du capital et des rapports sociaux. On le sait, la réduction du “travail” au seul “emploi” provoque automatiquement l’exclusion de ceux qui en sont privés, la peur du chômage chez les salariés, et le contrôle social des assistés. Cette confusion entre “travail” et “emploi” a un coût énorme pour la société aussi bien financièrement que socialement. Les pathologies sociales et psychiques qu’elle entraîne ne sont tout simplement plus soutenables.

Nous n’attendons pas du revenu de vie qu’il règle tous les maux, mais nous affirmons qu’il est absolument nécessaire pour surmonter la crise de confiance actuelle en réduisant le niveau intolérable, de pauvreté, d’exclusion et de peur.

Au moment où les médias annoncent quotidiennement l’imminence de catastrophes provoquées par l’effondrement des économies, le réchauffement climatique ou les pandémies, nous affirmons qu’il existe un moyen efficace pour faire face collectivement et pour mobiliser les forces vives : c’est la voie du revenu de vie.

Nous citoyens signataire de cet appel, demandons, aux politiques de tous bords, aux syndicats et aux experts, en France et partout dans le monde, de prendre en compte cette voie dans les délais les plus brefs et d’engager avec nous cette grande transformation.

Les initiateurs de l’appel pour le revenu de vie et ses signataires forment un collectif de citoyens indépendants de tous les partis politiques ou groupes d’opinion.

Ce collectif n’a pas d’autre objet que de soutenir cet appel et d’amplifier les voix de tous-ceux, experts, militants isolés ou membres d’associations qui oeuvrent de longue date, en France ou dans le monde , pour l’instauration d’une forme ou une autre de revenu de vie

Nous serons le vendredi 13 Novembre à Couleur Café 1pl .Jacques Roure 072OO Aubenas à 20H 30

Nous vous invitons aussi à participer à partir 19H (même adresse) au café philo autour de la décroissance et des écrits d’Ivan Illich, "la désaccoutumance à la croissance"

Nous serons aussi le mardi 17 novembre à 20H30 à VALLON-PONT-D’ARC salle dans la cour, derrière la Mairie

En nous associant à cet "appel mondial" nous ne cherchons pas à présenter une revendication politico-syndicale pour de nouveaux acquis sociaux. Nous voulons très simplement comme nous le faisons depuis quelques années , permettre dans un premier temps à nos contemporains au local comme au mondial de participer à un débat (et ceci en dehors de toute pression politicienne ) sur ce sujet qui devrait dans l’avenir apporter des réponses pour plus d’équité .

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Signer l’Appel : http://appelpourlerevenudevie.org/

Contre la consommation du dimanche Bizi ! Reporterre 2009/11/15 Bizi ! (15 novembre 2009) Contre la consommation du dimanche. Reporterre. fr

Contre la consommation du dimanche

A Bayonne, des citoyens festifs ont occupé le supermarché pour y jouer et s’amuser pluôt que pour acheter.

Le mouvement Bizi ! a réalisé le dimanche 15 novembre une action non-violente et humoristique pour dénoncer l’ouverture de l’Intermarché de Bayonne les dimanche matin.

Répondant à un appel parodique de Nicolas Sarkozy dont le texte était distribué par tract, 40 militant(e)s sont venus dès 11H00 passer leurs loisirs dominicaux traditionnels à l’Intermarché situé Chemin de Hayet à Bayonne : grasse matinée, parties de pétanque, rollers et vélo, badmington ou farniente, apéritif et pique-nique. Les rayons du supermarché ont ainsi été le théâtre de scènes toutes plus cocasses les unes que les autres, destinées à dénoncer l’appel au « travailler plus-consommer plus -polluer plus » du Président de la République.

Bizi ! entendait ainsi exprimer son refus de la précarisation des conditions de travail, et de la mise en cause des temps de rencontres conviviales en famille et entre amis, de vie associative culturelle et sportive, etc..

Bizi ! a dénoncé dans le même temps la spirale infernale du travailler plus, consommer plus, et donc polluer plus, qui revêt un caractère dramatique aujourd’hui où tous les grands équilibres écologiques de la planète sont au rouge et pose ainsi la question « quel monde voulons nous laisser à nos enfants ? ».

Selon M. Nicolas Ducolombier, porte-parole des manifestant(e)s de Bizi, « il est de notre devoir de consommateur-citoyen de boycotter les supermarchés ouverts le dimanche, en refusant d’y faire nos courses, non seulement le dimanche, mais également les autres jours de la semaine ».

Les militant(e)s de Bizi ont remis un courrier au directeur de l’Intermarché, lui demandant un rendez-vous pour « discuter ensemble de cette question fondamentale du travail le dimanche ».

Le retour de la bougie Hervé Kempf Reporterre 2009/11/15 Hervé Kempf (15 novembre 2009) Le retour de la bougie. Reporterre. Tribune — fr

Le retour de la bougie

Veuillez vérifier qu’il y a des bougies dans le tiroir de la cuisine. Pourquoi ? Pour passer l’hiver, tiens. Pourquoi ? Ben, il y a plein de nucléaire en France, donc il faut revenir à la bougie. Quoi, quoi, quoi ? Bougie, nucléaire ! Ben oui, beaucoup de nucléaire = retour à la bougie. Vous ne saviez pas ?

Expliquons. Le 30 octobre, Réseau de transport d’électricité (RTE) a annoncé que la « disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver » sera en « très net retrait ». Des importations d’électricité seront nécessaires entre novembre et janvier. Mais « avec des températures de 7 à 8 °C durablement sous les normales saisonnières, le niveau d’importation pourrait atteindre la limite technique ». Auquel cas, il faudra envisager des actions de sauvegarde, telles que « baisse de tension de 5 %, voire délestage de consommation » - c’est-à-dire coupures, c’est-à-dire bougies.

Remarquez, c’est très moderne, les bougies. Sur le Net - consultez avant la panne, parce que bien sûr, l’ordinateur... -, vous trouverez des magasins bien approvisionnés, on peut payer par carte Bleue.

Bon, mais des températures inférieures de 7 à 8 °C aux normales saisonnières, ce doit être très rare, non ? Non.

« Allô, Météo France ? - Attendez, je regarde les chiffres. Voyons, voyons : une journée inférieure de 8 °C à la normale saisonnière en janvier 2009, deux jours inférieurs à 6 °C en 2008, deux jours inférieurs à 7 °C en 2006, oh, tiens, un coup de froid inférieur à 9,7 °C le 27 février 2005. » Aïe, aïe, aïe, ce n’est pas si rare. Et en 1987, dix jours inférieurs à 10 °C par rapport à la normale, près de dix jours en 1985...

Voyons les choses du côté positif : s’il fait froid, le nucléaire va relancer la production française de bougies, et donc... la croissance ! Whaoô, trop génial !

Au fait, comment nous retrouvons-nous dans cette situation, alors que, cocorico !, la France dispose de cinquante-huit réacteurs nucléaires que le monde entier nous envie ? Eh bien voici :

1 - pour justifier le suréquipement nucléaire, on a stimulé le chauffage électrique ; l’inconvénient du chauffage, c’est qu’on s’en sert quand il fait froid. Donc, en hiver, il y a des pointes très fortes de demande ;

2 - aucune restriction n’étant suggérée à nos concitoyens, la consommation d’électricité croît rapidement : de 450 térawattheures en 2002 à 494 en 2008 ;

3 - le parc nucléaire français connaît plein de problèmes techniques. Plus de dix réacteurs, sur cinquante-huit, sont en ce moment à l’arrêt.

Les solutions existent. La solution gros boeuf : on augmente la production, on construit des centrales thermiques, on construit des centrales nucléaires.

La solution élégante : on réduit la consommation d’énergie, on s’interroge sur ce dont on a vraiment besoin, on fait attention à l’environnement. Le test de l’hiver : gros boeuf, ou élégant ?

Climat : un changement radical est nécessaire Collectif Urgence climatique, justice sociale Reporterre 2009/11/18 Collectif Urgence climatique, justice sociale (18 novembre 2009) Climat : un changement radical est nécessaire. Reporterre. Tribune — fr

Climat : un changement radical est nécessaire

Nous sommes à la croisée des chemins. Issu de l’activité humaine, dans le cadre d’un modèle de production agricole et industriel que les sociétés industrialisées ont mis en place et qui se répand sur l’ensemble de la planète, le réchauffement climatique met en danger les moyens d’existence et les vies de milliards d’êtres humains, et menace d’extinction des millions d’espèces. D’ores et déjà, des populations entières sont affectées, en particulier les femmes, les peuples indigènes, les paysan-ne-s et, de façon générale, les plus défavorisés.

Face à cette crise écologique et sociale, mouvements sociaux, organisations écologistes, politiques et scientifiques du monde entier appellent à une action urgente et radicale.

Du 7 au 12 décembre prochains, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique se tiendra à Copenhague. Elle doit déterminer les objectifs et les solutions à mettre en œuvre à l’échelle internationale pour prolonger le protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012.

Selon les climatologues, il faudrait que les pays industrialisés, premiers responsables de l’émission des gaz à effet de serre (GES), réduisent leurs émissions de 25 à 40 % d’ici à 2020 et de 80 à 95 % d’ici à 2050 (par rapport à 1990). Faire diminuer les émissions dans ces proportions est impératif pour limiter à 2°C la hausse des températures par rapport au niveau de l’ère préindustrielle. Au-delà, l’emballement climatique se produirait. Il ne serait plus possible de maintenir une température vivable sur terre.

Les politiques actuelles sont dans l’impasse

Jusqu’ici, les mesures mises en œuvre et prévues par les différents États sont tout à fait insuffisantes. Les mesures que préconise notamment l’Union Européenne, qui n’envisage de réduire ses émissions que de 20 % en 2020, sont très en deçà des enjeux. Et alors que leurs émissions de GES par habitant sont les premières au monde, la proposition des Etats-Unis (réduction de 5 % des émissions sur la même période) est, quant à elle, une véritable provocation vis-à-vis des autres Nations.

Les solutions proposées actuellement ne sont pas crédibles. Car elles reposent essentiellement sur les mécanismes de marché alors que la crise économique et financière a, une fois encore, montré leur incapacité à se substituer à l’action publique et collective. La politique du « marché pilote » international de droits à polluer est clairement défaillante et les projets de l’Union européenne et des Etats-Unis en la matière relèvent du mirage idéologique.

Les fausses solutions sont également technologiques. Le nucléaire, outre qu’il s’agit d’une technologie porteuse de risques majeurs, ne peut être en aucun cas la solution : même un développement ambitieux du parc nucléaire ne réduirait les émissions de gaz à effet de serre que de façon très marginale. Les agrocarburants industriels quant à eux posent de nombreux problèmes environnementaux et aggravent la crise alimentaire sans contribuer à la baisse des émissions.

Des mesures véritablement alternatives sont nécessaires

Les objectifs de réduction des émissions de GES à atteindre ne peuvent l’être que par l’adoption, par les collectivités, les pays et les ensembles régionaux, de mesures radicales et alternatives :

- Démocratisation de l’économie, qui doit être orientée vers la satisfaction des besoins sociaux et le respect des contraintes écologiques, et non par le profit à tout prix, par les diktats de la société de consommation et du productivisme ; cela implique le soutien aux circuits courts, à l’économie sociale et solidaire, au secteur coopératif ;

- Réorientation des investissements (notamment de recherche) vers les énergies renouvelables, la cogénération, l’efficacité énergétique et les projets écologiquement soutenables ; valorisation de la sobriété énergétique ;

- Reconnaissance et protection des biens publics mondiaux tels que l’énergie, le climat, les forêts, la terre et l’eau ; arrêt de la déforestation, protection des forêts primaires et des océans, et, de façon générale, défense de la biodiversité sauvage et cultivée ;

- Relocalisation des activités économiques, rapprochement des lieux de vie et de travail, maîtrise de l’urbanisation, développement des transports collectifs, limitation du transport aérien ; taxation juste et progressive, au niveau national et international, de l’énergie et des transports les plus polluants ;

- Retour à la régulation du commerce international, garantissant notamment la souveraineté alimentaire et le développement massif de l’agriculture paysanne, au Nord comme au Sud ;

- Promotion d’un modèle alimentaire alternatif au modèle des pays industrialisés (majoritairement à base de protéines animales) afin de pouvoir diminuer les surfaces cultivées pour l’alimentation animale, donc réduire les émissions de GES du secteur agricole ;

- Rénovation massive des bâtiments et promotion de la construction écologique.

La Justice climatique et sociale doit être au centre des politiques mises en œuvre

Les responsabilités historiques des pays du Nord et du mode de développement productiviste dans cette crise globale doivent être reconnues. La justice et l’équité exigent que soit réparée la dette écologique du Nord, a minima par l’annulation des dettes du Tiers-Monde. Les transferts technologiques respectueux de l’environnement et des sociétés au Sud doivent être financés et l’aide publique au développement augmentée, sans que cela exonère le Nord de ses propres objectifs de réduction des émissions. Les réfugiés climatiques doivent être reconnus et accueillis.

Au sein de chaque pays, des mesures d’accompagnement et de justice sociale sont indispensables afin que chacun puisse faire face aux changements à opérer, en ayant la certitude que les efforts seront partagés par tou-te-s. Il faut garantir un accès juste et équitable aux biens et services essentiels tels que l’énergie, qui ne doivent pas être laissés au marché mais faire l’objet d’une réappropriation par la société.

Une autre répartition des richesses doit permettre une transition solidaire vers des économies écologiques, au Nord comme au Sud. Le droit au travail pour tous est au cœur de cette répartition. C’est pourquoi un emploi décent permettant un revenu digne doit être garanti à chacun-e. Les revenus financiers et du patrimoine doivent être lourdement taxés afin de dégager les moyens nécessaires à la transformation des économies. La gestion des financements doit être démocratique et garantir la participation des populations locales.

Les sommes colossales investies dans le sauvetage du système bancaire montrent que les moyens financiers existent. Les mesures à prendre doivent être débattues démocratiquement et faire l’objet de politiques publiques audacieuses, passant outre les intérêts des grands lobbies – notamment des hydrocarbures, et définissant une production industrielle axée sur les besoins et non sur le profit ainsi qu’une répartition plus juste des richesses naturelles et produites.

En France, nous appelons les associations de défense de l’environnement, syndicats, associations de solidarité internationale, organisations politiques, collectivités locales, et plus généralement tous les citoyen-ne-s à rejoindre la mobilisation internationale et à organiser des initiatives communes pour peser sur les décisions du sommet de Copenhague de décembre 2009.

Mobilisons-nous maintenant pour le climat et la justice sociale

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Premiers Signataires :

Action Consommation, A.C. ! Agir ensemble contre le chômage, Aitec - IPAM, Amis de la Terre, Attac, Bizi !, CADTM France, Confédération Paysanne, Ecorev’, Fac Verte, FSU, Fondation Copernic, LDH, Mouvement de la Paix, MRJC, Réseau Féministe « Ruptures », Réseau Sortir du nucléaire, Solidaires, Vélorution Paris Île-de-France, Zone d’Ecologie Populaire

Soutenu par : Alter Ekolo, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), Les Alternatifs, Les Verts, Parti de Gauche, NPA.

Une habitante de Neuilly défend son bien Jeudi Noir Reporterre 2009/11/18 Jeudi Noir (18 novembre 2009) Une habitante de Neuilly défend son bien. Reporterre. fr

Une habitante de Neuilly défend son bien

Un appartement vide depuis... 1965. Des habitants l’occupent. Ils sont poursuivis en justice.

Il aura donc fallu moins d’un mois pour que se tienne l’audience du bâtiment de 2000m² réquisitionné place des Vosges par Jeudi-Noir à l’occasion de la trêve hivernale.

A l’audience jeudi, les habitants se verront peut être réclamer 69 663 € par mois à compter du 31 octobre et 1 500 € d’astreinte par jour de retard… soit environ 115.000 euros par mois pour les 12 personnes assignées.

115 000 euros par mois, c’est la somme proprement hallucinante qu’ose demander la propriétaire pour ce bâtiment vide depuis 1965 !

C’est donc une propriétaire de 87 ans, née à Neuilly et propriétaire par ailleurs d’autres hôtels particuliers dans la capitale qui réclame pas moins de 86 SMIC mensuels aux 12 habitants assignés, soit la coquette somme de 9500 euros par personne et par mois. De quoi rattraper un peu le gâchis de n’avoir jamais loué cet immeuble depuis qu’il a été acheté en 1963 et vidé en 1965 !

Les jeunes actifs paient les loyers les plus chers, mais interrogé, Benoits Apparu ne voit pas de blocage générationnel sur le logement… (http://www.la-croix.com/article/ind...)

« Au-delà du cas particulier de la propriétaire, cette affaire illustre une double carence de l’Etat » selon Julien, de Jeudi-Noir : « Celle de l’Etat en tant que tuteur, car la propriétaire est sous tutelle depuis mars 2009 et aucun projet n’est envisagé pour le bâtiment ; carence de l’Etat sur le plan du logement car rien n’a permis de contrecarrer l’abandon du bâtiment depuis 44 ans ».

« Au contraire, une proposition socialiste visant à lutter contre le logement vacant vient même d’être retoquée au Sénat » explique Manuel de Jeudi-Noir (http://www.cbanque.com/actu/13391/l...)

Stéphane, Lila ou Samantha et leurs colocataires entendent rééquilibrer le droit à la propriété en faveur du droit au logement. A l’inverse de Benoist Apparu, eux n’ignorent pas que le logement constitue avec l’emploi le point de cristallisation principal des difficultés des jeunes actifs aujourd’hui.

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RDV Audience jeudi 19 novembre 14h Tribunal d’instance du 4e

2 place Baudoyer – 75004 Paris

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L’auto tue davantage dans les pays pauvres OMS (Organisation mondiale de la santé) Reporterre 2009/11/19 OMS (Organisation mondiale de la santé) (19 novembre 2009) L’auto tue davantage dans les pays pauvres. Reporterre. fr

L’auto tue davantage dans les pays pauvres

70 % des décès dus aux accidents de la route en Europe surviennent dans les pays les plus pauvres. Dans 40 % des cas, les victimes sont des piétons, des motocyclistes et des cyclistes.

Selon les résultats d’une nouvelle étude réalisée par le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe et publiée le 19 novembre 2009, deux décès sur trois dus aux accidents de la route surviennent dans des pays à revenus faible et intermédiaire. En outre, la première évaluation complète de la sécurité routière dans la Région européenne de l’OMS a permis de révéler que, sur les 120 000 personnes qui perdent la vie dans des accidents de la circulation chaque année, près de 50 000 sont en fait des piétons, des motocyclistes et des cyclistes.

L’European status report on road safetyprésente la première analyse approfondie de la situation en matière de sécurité routière dans 49 des 53 États membres de la Région, soit 99 % de la population européenne. Servant de complément au Rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde, cette étude permet de démontrer que si beaucoup de pays européens, notamment dans la partie occidentale du continent, ont mis en œuvre des mesures intersectorielles efficaces et ainsi diminué le nombre de vies perdues avec le temps, les progrès accomplis à cet égard varient de part et d’autre de la Région.

« Alors que seulement 26 % des véhicules de la Région sont immatriculés dans des pays à revenus faible et intermédiaire, le taux de mortalité de ces derniers représente le double de celui des pays à revenu élevé. Cette situation est d’autant plus inacceptable que nous disposons désormais d’informations factuelles démontrant que les traumatismes dus aux accidents de la route peuvent être évités. Les pays doivent déployer davantage d’efforts pour renforcer la sécurité sur leurs routes, et la collaboration internationale peut aider à relever ce défi », déclare le docteur Nata Menabde, directrice adjointe du Bureau régional de l’OMS pour l’Europe. « Prendre des mesures à l’égard de la sécurité routière équivaut à investir dans un avenir plus équitable, pour des citoyens en meilleure santé. Cette nouvelle publication fait l’inventaire de toutes les interventions déjà mises en œuvre à cet effet et vise à renforcer les efforts et les actions dans l’ensemble de la Région. »

Selon le rapport, les pays peuvent perdre annuellement jusqu’à 3 % de leur produit intérieur brut en termes de dépenses en soins de santé, de décès prématurés et d’absentéisme au travail. Cette situation s’explique surtout par le fait que la majorité des accidentés de la route sont jeunes, et que 2,4 millions de traumatismes non mortels sont une cause majeure d’invalidité chaque année. Il est à remarquer que les sommes consenties par les gouvernements pour renforcer la sécurité routière sont largement inférieures aux pertes économiques imputables aux accidents de la route.

Autres points saillants du rapport : - un tiers des pays n’effectuent pas de contrôle efficace de la vitesse en milieu urbain ; - un pays sur sept n’a pas défini de limites adéquates du taux d’alcoolémie comme mesure visant à réduire l’ébriété au volant ; - il n’existe aucune loi rendant obligatoires les ceintures de sécurité à l’arrière des véhicules dans 10 % des pays, et moins d’un tiers des pays signalent des taux de port de la ceinture supérieurs à 90 % ; - un pays sur sept n’a promulgué aucune loi relative aux dispositifs de retenue pour enfants ; - un quart des pays ne possède aucune stratégie multisectorielle pour prévenir les traumatismes dus aux accidents de la route.

Les piétons, les motocyclistes et les cyclistes constituent les catégories d’usagers les plus vulnérables Comme en témoignent les statistiques, les besoins des usagers vulnérables de la route ont été trop longtemps ignorés : 40 % des victimes sont en effet des piétons, des motocyclistes et des cyclistes. Certaines mesures comme l’aménagement de passages pour piétons surélevés, de trottoirs et de pistes cyclables, la lutte contre la conduite en état d’ébriété et la vitesse au volant, et le développement de l’utilisation de casques et de dispositifs de retenue pour enfants peuvent sauver des dizaines de milliers de vies chaque année. Selon le rapport, seulement un tiers des pays d’Europe considèrent avoir adopté une législation appropriée à cet égard ; mais même des lois parfaitement adaptées n’ont aucun effet si elles ne sont pas appliquées dans les règles. À titre d’exemple, seuls 19 % des pays estiment que l’application des limitations de vitesse est adéquate. Ce taux atteint 34 % en ce qui concerne l’application des lois contre l’ivresse au volant.

(...)

Il importe particulièrement d’investir dans les transports publics et la sécurité routière de manière à encourager les déplacements à pied et à bicyclette et, par conséquent, à inciter la population à opter pour des modes de transports favorables à la santé. Le rapport indique que 41 % des pays ont élaboré des politiques nationales visant à promouvoir les déplacements à pied et/ou à bicyclette, et que 63 % des pays ont adopté des stratégies favorisant les transports en commun. En d’autres termes, des progrès peuvent encore être accomplis dans ce domaine.

(...)

La Fédération de Russie accorde une plus grande attention à la sécurité routière, et la situation s’améliore. Le pays a enregistré 33 000 décès en 2007, soit un quart de l’ensemble des décès survenus dans la Région européenne de l’OMS. La mortalité due aux accidents de la route est toujours supérieure à la moyenne de la Région européenne.

Le risque de décéder d’un accident de la route est particulièrement élevé chez les jeunes adultes âgés de 16 à 39 ans. Il ressort de l’étude que seulement 33 % des occupants des sièges avant portent une ceinture de sécurité, une situation qui est loin d’être idéale. La sécurité routière pourrait être grandement améliorée en abaissant les limitations de vitesse dans les zones urbaines et résidentielles (50 km/heure ou moins), en renforçant l’application des lois relatives à l’ivresse au volant, aux limitations de vitesse, aux ceintures de sécurité et aux dispositifs de retenue pour enfants, et en mettant en œuvre des mesures spécifiques visant à accroître le niveau de sécurité des piétons.

Le pouvoir doit être en bas Jean-Pierre Lefebvre Reporterre 2009/11/19 Jean-Pierre Lefebvre (19 novembre 2009) Le pouvoir doit être en bas. Reporterre. Tribune — fr

Le pouvoir doit être en bas

« Un spectre hante l’Europe : l’absence d’un parti autogestionnaire de toute la gauche ! »

Une information est passée inaperçue dans les médias en octobre : le parti de gauche, le PCF, le NPA ont mis à leur programme l’institution par la loi d’un RMA, revenu maximal autorisé (1). Même le PS songerait à incorporer une formule assez vague s’y référant ! Après un an de crise générale du système capitaliste, à l’heure où, lâchement soulagée par l’injection massive d’argent de la société civile dans les déficits bancaires, la cohorte des vautours retourne sans faiblesse à ses occupations premières, la mesure réformiste prend soudain un sens proprement révolutionnaire. Un homme n’en vaut jamais mille autres, cinq autres, c’est déjà beaucoup, il faudra bien s’y résoudre, fut-ce en franchissant de nombreux paliers.

Aujourd’hui qu’un Badinguet affaibli dispense spoliation hystérique et bonapartisme insidieux, sur fond de recul social généralisé, l’avenir socialiste du peuple de gauche se cherche, après avoir frôlé les précipices de l’atomisation versus du débauchage et du vertige sulpicien.

Parviendra-t-elle enfin à sa gauche, pour les régionales, à franchir le gué et à unir ses meilleurs éléments, du PCF au NPA et aux milliers de militants des comités, vers, comme en Allemagne Die Link, l’émergence d’une formation unique qui mette l’épée dans les reins à une social-démocratie abandonnée par les siens car elle a déserté son rôle historique ?

Nous entrons dans des décennies d’agonie du capitalisme et de chaos. Ou bien celui-ci se résoudra dans une régression sans pareille, un apartheid en cours d’expérimentation en Israël ou à Calais, ou bien un pas décisif sera franchi, comme l’humanité en a connu pendant de brèves scansions de l’histoire, vers un élargissement sans précédent de la démocratie réelle, un juste partage entre citoyens de la responsabilité décisionnelle.

Au-delà des calculs étroits de boutiques empoussiérées de scories historiques, confinées aux délices de l’isolement stérile, aux ratiocinations des vérités premières d’un marxisme sans prise sur l’empirie, quel risque prendrait à l’union le NPA, phalange anticapitaliste la plus résolue ? Quantitativement, l’appareil essoufflé du PCF serait vite équilibré et dissout dans le courant d’air frais des comités. Sa base militante quitterait ses post-stalinisme et proto-réformisme pour contribuer à la prise du ciment nouveau d’une vérité révolutionnaire en élaboration plurielle. C’est naturellement un pari mais comme toujours l’audace utopiste tracerait dans l’effort, le sens à donner à l’événement. Le PS d’Aubry et de Hamon pourrait être amené, pour sa propre survie et s’il brise avec son armada capitularde ralliée à l’horrible « bisness as usual », à accompagner comme force d’appoint précieuse, le basculement anticapitaliste, pourvu que la morsure à ses basques ait suffisamment d’appétit.

A ce point il faut bien s’interroger. Le RMA, certes. Sans doute aussi la RTT comme objectif central à l’effort des hommes, en remplacement de la fuite éperdue dans la compétition de l’avoir prédateur d’humanité et dévastateur de planète. Mais le seul éclairage capable d’ensoleiller la perspective, en dissipant les cumulus laissés par la tragique tentative léniniste, c’est la construction d’un socialisme par en bas. Sans ce choix radical, il n’existe aucun avenir pour la gauche. Cette stratégie manque cruellement, au-delà des salamalecs rituels à la doctrine, à nos tribus gauloises dispersées où règne une manque de confiance étonnant dans l’initiative de salariés immensément majoritaires (90% des actifs). Pourtant, ceux-ci possèdent désormais les armes techniques d’une maîtrise économique qui se réconcilie avec un confort partagé et l’épanouissement des subjectivités.

Contre chacune des tares précises du système archaïque, aucune voix ne s’élève pour opposer chaque fois l’issue véritable, audacieuse autant que de bon sens. Ce qu’attendent les militants recroquevillés dans leur pessimisme :

- La course vers l’abîme spéculatif des banques exige l’instauration légale d’un conseil de surveillance des usagers, des titulaires de comptes, doté des pleins pouvoirs.

- Les délocalisations ne pourront être réellement bloquées que par l’extension des pouvoirs des comités d’entreprise qui s’opposent aux dégraissages boursiers, au brigandage des fonds d’investissements, aux spéculations hasardeuses, aux gouvernances assassines, etc.

- Déficit de la sécurité sociale : toujours plus de démocratie de base, pouvoir accru du salariat pour s’opposer au pouvoir exorbitant du mandarinat médical et des laboratoires dans une gestion rigoureuse et non mercantile.

- Crise de la ville, grands ensembles : comités de quartiers constitués en armée de l’An deux pour contrer les menées prédatrices des Bouygues, aérer le mandarinat au talent virtuel, faire pénétrer le débat architectural dans les foyers.

- Crise de l’enseignement : étendre le pouvoir de gestion des citoyens à tous les niveaux, organiser sa rencontre avec une pédagogie enfin libérée du carcan jules ferryste.

- Médias : les libérer de la tutelle oligarchique (dépérissement de la pub), autogestion au sein du marché, contrôle citoyen.

- Ecologie : Instituer dans tous les organes de production et de finance le contrôle citoyen à la base (CE), à la source des grands choix écologiques par la rencontre avec la science.

- Inégalités : Instituer partout dans l’entreprise le RMA et le juste partage de la plus-value produite, par le CE, formule transitoire vers l’autogestion.

Ces campagnes concrètes seraient assorties d’un travail théorique-pratique systématique des forces de gauche pour traduire dans la loi républicaine :

1/ la priorité au contrôle de la base ;

2/ le tri des fonctions utiles dans les appareils d’Etat vers le dépérissement des structures obsolètes.

Une condition est d’opérer la distinction entre la nécessaire défense des salariés du public contre les empiètements du capital et la perspective à terme du dépérissement de l’Etat, le remplacement des bureaucraties par des entités autogérées et concurrentielles.

Il faut donc abandonner les billevesées antédiluviennes que sont la revendication de l’embauche demain matin d’un million de fonctionnaires en plus, la création d’une banque d’Etat unique, d’un plan centralisé, etc. Tout cela a déjà été expérimenté en 1917, 30, 45, 50, 81, avec l’immense succès qu’on connaît. De quoi, la victoire une fois acquise, désespérer un siècle de plus les élans de l’humanité en cours d’hominisation !

Parti de gauche, PCF, NPA, Comités alter, socialistes sincères, unissez-vous pour l’autogestion !

................................... (1) Du RMA au bien-vivre http://www.reporterre.net//spip.php...

Le surcoût de l’éolien est provisoire et justifié François Dauphin Reporterre 2009/11/21 François Dauphin (21 novembre 2009) Le surcoût de l’éolien est provisoire et justifié. Reporterre. Tribune — fr

Le surcoût de l’éolien est provisoire et justifié

Le soutien à l’énergie éolienne n’est pas exagéré, compte tenu de l’évolution du prix des autres énergies.

Mon cher Eole,

Cela fait un petit moment que nous n’avons pas échangé par courrier mais j’ai finalement trouvé dix minutes malgré les temps troublés que nous traversons. En effet, je souhaitais te faire savoir que le nombre de tes opposants ne cesse d’augmenter en France. Certains de leurs arguments sont justes, mais souvent ils ne sont que le reflet d’une incompréhension du mode de fonctionnement de ce que les spécialistes appellent du jargon de « marchés électriques ». J’ attire en particulier ton attention sur ce qui représente, à mes yeux, le plus gros danger si tu désires poursuivre ton développement sans trop de soucis … selon tes détracteurs, tes petits couteraient fort chers aux Français.

Depuis de long mois, plusieurs associations, et parfois des spécialistes,@ font remarquer que les éoliennes sont plus chères à mettre en œuvre que les centrales nucléaires ou les centrales à gaz. En cela, nous savons que le tableau n’est ni tout noir, ni tout blanc. Un réacteur nucléaire coûte 2 à 3€/W installé contre 1,5€/W pour une éolienne et moins de 1€/W pour une centrale à gaz (1).

Si tes petits restent encore chers à leurs yeux, c’est que, contrairement à leurs cousins éloignés, les détracteurs font remarquer qu’ils ne travaillent qu’à temps partiel … lorsque te prend l’envie de souffler. En cela tu es partiellement responsable mais tu m’as déjà expliqué que tu ne pouvais pas souffler en permanence et qu’il te fallait bien aussi te reposer. Ils ont en revanche un avantage énorme : pour produire, ils ne consomment ni uranium, ni charbon, ni gaz et ne rejettent surtout aucun gaz à effet de serre. L’autre avantage est que la totalité de l’énergie qu’ils produisent est injectée dans le réseau ce qui est loin d’être le cas pour les autres modes de génération dont la fonction première est parfois de réchauffer les moineaux. Bref, des amours de bébés en prévision des températures printanières qui nous attendent dans les années à venir.

C’est la raison pour laquelle une bonne fée, nommée CSPE, est venue se pencher sur leurs berceaux et a décidé de les subventionner jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de raison. Néanmoins, la fée CSPE récupère l’argent de leur éducation dans la poche de l’ensemble des Français et c’est là que le bât blesse. Chaque Français paye de l’ordre de 3 % de sa facture (2) (montant plafonné par les députés à 5% environ) pour tes chérubins. D’où leur crainte lorsqu’on leur explique qu’il faudra élever de plus en plus de tes rejetons et créer de nouvelles nurseries. Si le chiffre de 3% reste faible, une fois multiplié par le nombre de consommateurs, ça fait quand même la bagatelle de près de 2 milliards d’Euros. De quoi payer un bon paquet de biberons et de couches culottes !

Bien que le chiffre global soit correct, ces associations font pourtant plusieurs erreurs de raisonnement et il serait probablement bon que tu prennes le temps de leur écrire.

En tout premier lieu, il conviendrait de rappeler que la fée CSPE ne s’occupe pas que de tes mômes mais aide aussi nos amis antillais, qui, grâce à elle, payent l’électricité au même prix qu’en métropole. Sans elle l’électricité produite à Pointe à Pitre serait de l’ordre de 50% plus chère.

Elle assiste aussi les élèves de la cour des grands : les industriels qui avaient choisi le marché libre et qui, pris dans la tourmente de la hausse des prix des matières premières, ont souhaité revenir sur un tarif semi-régulé. Pour ces derniers il y avait urgence car sinon ils menaçaient de quitter notre douce France pour des prairies plus polluées.

Au bout du compte, tes petits coûtent à la fée CSPE un montant de 657 M€ (3) pour un prix unitaire de production de 87,7€/MWh. Cela reste, il est vrai, 60% plus cher que le prix du marché français de l’électricité (4), mais c’est déjà plus raisonnable et c’est surtout inférieur au prix du marché d’il y a un an seulement.

Les associations oublient également un phénomène important. Tes petits anges produisent individuellement très peu mais, mis bout à bout, leur production finit toutefois par représenter une part non négligeable de la consommation. On m’a raconté récemment que de l’autre côté du Rhin tes kinders auraient produit jusqu’à 30 % de la consommation instantanée. Ces stakhanovistes en herbe auraient même maintenant un impact sur le prix des marché de l’électricité qu’ils auraient contribué à faire baisser en moyenne de 7,83 €/MWh (5). Cela représente une économie globale de 5 milliards d’Euros pour les compatriotes d’Angela. Finalement un montant suffisamment important pour justifier que la fée CSPE passe quelques nuits blanches à bercer tout ce petit monde !

Malgré ces avantages, il te faudra néanmoins argumenter aussi auprès des argentiers et grands commis de l’Etat, car eux, tes petits moulins, ils s’en méfient un peu. Le mieux serait de leur expliquer que la fée CSPE est un peu voyante et qu’elle voit à long terme. Elle fixe donc pour 15 ans le prix auquel elle rachètera le MWh. Aujourd’hui ce prix est supérieur au prix du marché, mais comme l’on ne connait pas le prix du marché dans 15 ans, on ne déterminera son gain (ou sa perte) qu’à cette issue. La fée CSPE a bonne mémoire, elle a déjà fait un bon coup avec la micro-hydraulique qu’elle a subventionné dans le passé et qui lui procure des bénéfices depuis l’année 2007. Les contraintes sur la disponibilité des énergies fossiles s’accroissant elle espère bien refaire un bon coup et sortir un Taux de Rendement Interne (TRI) positif au bout des 15 ans. Ce sera le cas si l’augmentation des prix des marchés électriques est de 4% supérieure à celle des indices de révision des prix de rachat. Comme la production annuelle des puits pétroliers et gaziers existants baisse de 7% l’an, ça na rien d’improbable. Cela amènerait le prix final de l’électricité autour de 230 €/MWh. Un prix exorbitant … pas si sûr : c’est presque celui que payent déjà les Danois.

J’espère donc que ces arguments t’aideront et que tu continueras à disposer d’assez de ressources pour l’éducation de tes petits moulins. J’ai hâte qu’ils rejoignent rapidement la cour des grands … et qui sait peut être un jour, intégrer à leur tour, la grande école Powernext. Il parait qu’en Espagne, certains se sont déjà inscrits au concours d’entrée (6).

A très bientôt.

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Notes

(1) Le coût initial de 3,5 milliard pour un EPR a été sérieusement revu à la hausse sur les deux premières têtes de série. A l’inverse, le prix des éoliennes qui avait beaucoup augmenté suite à la hausse de l’acier est actuellement orienté significativement à la baisse.

(2) Le montant précis est de 4,5€/MWh pour un montant préconisé par le CRE de 3,5 €/MWh. Le plafond est fixé par la loi à 5,4 €/MWh

(3) Communication CRE – charges prévisionnelles 2009 pour la CSPE

(4) Prix de Powernext électricité de base pour 2010 au 6 mai 2009 : 54,50 €

(5) Assessment of the impact of renewable electricity generation on the German electricity sector, Mario Ragwitz et Frank Sensfuss, Fraunhofer Institute, 2008.

(6) Les conditions d’accès et de prix du marché Espagnols font que les producteurs éoliens préfèrent vendre leur production sans bénéficier des prix subventionnés.

La culture d’OGM augmente la consommation de pesticides MDRGF Reporterre 2009/11/21 MDRGF (21 novembre 2009) La culture d’OGM augmente la consommation de pesticides. Reporterre. OGM fr

La culture d’OGM augmente la consommation de pesticides

Aux Etats-Unis, la généralisation des cultures transgéniques s’est accompagnée d’une forte augmentation de la consommation d’herbicides.

Une nouvelle étude montre une augmentation importante de l’usage des pesticides aux USA depuis l’introduction des OGM il y a 13 ans !

L’introduction de cultures résistantes aux herbicides comme le fameux Round Up a conduit à une augmentation de consommation de 382 millions de livres de la consommation d’herbicides de 1996 à 2008 aux USA !

Le nouveau Rapport du scientifique Charles Benbrook (un ancien de l’Academie des sciences des USA) dénonce l’explosion de l’usage des pesticides aux USA liée à l’introduction massive de cultures OGM, principalement, maïs, coton, soja.

Quelques chiffres sur l’évolution de la consommation de pesticides aux USA (comparaison de la situation par rapport à la consommation avant l’introduction des OGM en 1996) :

- + 382 millions de livres d’herbicides consommés depuis 1996 - - 64 millions de livres d’insecticides consommés depuis 1996

soit un bilan de + 318 millions de livres de pesticides utilisés pendant cette période.

- L’augmentation de l’usage des herbicides est due à plus de 90% à l’usage de variétés de soja résistantes à un herbicide

- Rien qu’en 2008 l’utilisation de pesticides sur les cultures OGM a augmenté de 26%

- L’augmentation des quantités de pesticides utilisées sur les cultures OGM est presque entièrement expliquée par l’apparition d’herbes concurrentes devenues résistantes aux herbicides à base de glyphosate, comme le RoundUp.

- Cette augmentation devrait se poursuivre à l’avenir...

Un rapport à lire absolument (en anglais, désolé...) pour comprendre pourquoi l’idée selon laquelle les cultures OGM seraient une solution pour se passer de pesticides est une idée totalement fausse !

Le capitalisme brun Hervé Kempf Reporterre 2009/11/22 Hervé Kempf (22 novembre 2009) Le capitalisme brun. Reporterre. Tribune — fr

Le capitalisme brun

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Pour tenter de se débarrasser des écologistes, on les taxe de fascisme larvé.

Le procédé avait été utilisé au début des années 1990 lorsque, devant la dégénérescence du socialisme de gouvernement, les écologistes remportaient d’étonnants succès électoraux. La presse, avec l’esprit grégaire qui la caractérise souvent, avait alors dénoncé la menace des « verts-bruns », en s’appuyant sur le livre de Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique (Grasset, 1992). Cet ouvrage constitue un modèle de manipulation intellectuelle : les citations tronquées ou carrément inventées des auteurs que dénonçait Ferry conduisaient le lecteur candide à la conclusion incontournable que l’écologie était le meilleur chemin pour la dictature (1).

A l’époque, la faiblesse intellectuelle du mouvement écologiste ne lui avait pas permis de faire face à cette grossière offensive, qui l’avait durablement affaibli. La même opération semble être menée, de manière moins systématique mais persistante, à l’encontre des objecteurs de croissance. On suggère ainsi une proximité entre la décroissance et l’extrême droite, en s’appuyant sur un groupuscule et quelques individus isolés.

Cette thèse ne résiste pas à l’examen des propos abondants des objecteurs de croissance. La lecture des journaux La Décroissance ou Silence, des revues Entropia ou Ecorev, des textes de l’Association des objecteurs de croissance (ADOC), atteste sans ambiguïté qu’ils s’inscrivent dans la perspective d’une démocratie et d’une gauche renouvelées par le questionnement écologique.

En revanche, si l’on consulte le programme du Front national, on ne trouve aucune apologie de la décroissance, mais bien au contraire une obsession de la croissance qui ne le distingue pas de l’UMP, du MoDem ou du PS. Le fait que ces partis sacrifient comme le FN à la déesse croissance les range-t-il à l’extrême droite ?

D’une certaine manière, oui. Augmenter la taille du gâteau permet de distribuer des miettes à tout le monde et de calmer la colère montante des exclus et des classes moyennes. L’obsession de la croissance découle ainsi du refus du capitalisme de remettre en cause des inégalités devenues ahurissantes.

Mais comme la croissance du PIB est de plus en plus freinée par le désordre financier et la crise écologique qu’elle aggrave, les tensions sociales se durcissent. Cela conduit au raidissement autoritaire du capitalisme. Répression policière accrue, vidéosurveillance, fichage généralisé, contrôle des médias, multiplication des prisons, recours au nationalisme (« identité nationale »)... « Dans l’avenir, la logique inhérente au capitalisme le conduira à limiter les libertés », notait naguère Slavoj Zizek (2). L’avenir, c’est aujourd’hui. La question qui se pose : le capitalisme devient-il brun ?

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Notes

(1) Luc Ferrry, un modèle de manipulation intellectuelle http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) Slavoj Zizec : http://www.humanite.fr/2006-01-04_P...

Un vaccin imposé sans précaution aux troupeaux ovins Nature et Progrès Reporterre 2009/11/22 Nature et Progrès (22 novembre 2009) Un vaccin imposé sans précaution aux troupeaux ovins. Reporterre. fr

Un vaccin imposé sans précaution aux troupeaux ovins

Les éleveurs luttent pour ne pas se voir imposer un vaccin à l’utilité discutable contre la Fièvre catharale ovine.

La fièvre catarrhale ovine (FCO) ou langue bleue, originaire d’Afrique, semble vouloir s’installer dans les élevages du Nord, sans doute à cause du réchauffement climatique. Véhiculée principalement par des insectes piqueurs, cette maladie sévit en France depuis quelques années. Cette fois encore, malgré tous les éléments scientifiques montrant que l’éradication du virus est impossible, le gouvernement se lance à corps perdu dans une stratégie vaccinale aussi incompréhensible que coûteuse et surtout moins efficace sur les troupeaux que l’immunité naturelle. Un collectif d’éleveurs s’élève contre cette politique dénuée de vision à long terme.

Entretien entre Nelly Pégeault, rédactrice en chef de la revue Nature & Progrès et Thierry Machard, porte parole de la Coordination Nationale des collectifs FCO contre l’obligation de vacciner.

Pouvez-vous nous resituer le contexte qui a prévalu à la création des collectifs FCO ?

Thierry Machard - La Fièvre Catarrhale Ovine est apparue en France début 2006, avec d’emblée une proposition de règlement de la maladie par la vaccination. Mais celle-ci était facultative et le vaccin gratuit. Courant 2008, il y a eu quelques milliers de foyers (1), et donc, en décembre, Michel Barnier a décidé de rendre la vaccination obligatoire. C’est là que ça a commencé à réagir dans les départements, surtout du côté des éleveurs bio. L’ITAB, l’Institut Technique d’Agriculture Biologique, a bien tenté d’obtenir des dérogations en proposant que les élevages Bio servent de « troupeaux sentinelles », mais la proposition a été rejetée. Les seuls qui ont obtenu des dérogations sont les centres d’insémination artificielle : autrement dit les animaux considérés comme "ayant de la valeur". Tous les autres devaient se faire vacciner ! C’est à ce moment que la contestation a grandi dans pas mal de départements et que les premiers collectifs se sont créés, vers février 2009 : c’est une date importante en ce sens qu’il était déjà trop tard pour contester l’arrêté ministériel imposant la vaccination.

Certains éleveurs ayant fait vacciner leur bêtes contre la FCO auraient connu ensuite des problèmes de santé sur leur troupeau, avez-vous des informations à ce sujet ?

Il n’y a aucune information officielle sur les « dégâts » de la vaccination. Aucune ! Parce que la fameuse pharmacovigilance n’a jamais été respectée. Elle est pourtant obligatoire avec des vaccins n’ayant qu’une autorisation temporaire d’utilisation, comme c’est le cas ici. Sans autorisation de mise sur le marché, certains protocoles sont à respecter : le vétérinaire aurait du fournir aux éleveurs un document où figurent la date de vaccination du cheptel, le lot de vaccins utilisés, le lieu de l’injection, permettant de tracer l’effet du produit sur les animaux. Mais ce document n’a jamais été transmis aux éleveurs. Du coup, les abcès de 20 cm de circonférence se formant après l’injection, les avortements, les naissances avec des malformations ou des animaux morts nés, etc., aucun de ces symptômes, pourtant observés par certains éleveurs après la vaccination, n’est remonté jusqu’aux Directions des Services Vétérinaires. C’est comme ça qu’officiellement "il n’y a pas de problème avec la vaccination".

Votre collectif réclame un déclassement de la maladie, comment comptez-vous y parvenir ?

Jusqu’au mois d’Août, les discussions avec le Ministère et la Direction des Services Vétérinaires (DSV) laissaient entendre qu’on allait trouver un consensus en se dirigeant vers une vaccination facultative. Puis au mois d’Août, Monsieur Mortureux est arrivé à la tête de l’AFSSA… Et nous voilà repartis vers l’obligation vaccinale ! Début septembre, dans un discours, le ministre Bruno Lemaire a même présenté la FCO comme un fléau. Un fléau ! Alors qu’il n’y a eu que 79 foyers déclarés en 2009 sur le territoire national, contre environ 7 à 8000 foyers en 2008 : si ça, ça ne ressemble pas à une campagne de désinformation ! Sans être un adepte de la théorie du complot, il y a de quoi se poser des questions quand on sait que Michel Barnier, le premier à avoir préconisé une campagne vaccinale, a été vice-président de Mérieux industrie. Et que Mortureux, lui, a été directeur général adjoint de l’Institut Pasteur ! Que ces deux-là choisissent justement la vaccination pour gérer la fièvre catarrhale, cela ne vous semble pas bizarre ? D’autant que les scientifiques de l’AFFSA se montrent de plus en plus réservés quant à l’efficacité de la vaccination sur cette maladie…

Que risquent les éleveurs qui refusent de vacciner quand c’est obligatoire ?

Dans le Doubs et en Vendée, les processus ont été enclenchés en rapport avec la campagne de vaccination 2009… Les éleveurs risquent une amende de 450 € par animal non vacciné. Mais nous, on attend le procès pour avoir une tribune. Car les média jusque là ne reprennent pas nos informations. Vous rendez-vous compte que, pour cette campagne de vaccination, le Ministère est parvenu à débloquer 98 millions d’euros ? Qui vont passer directement de la poche des contribuables à celles des laboratoires ! Comme s’il n’y avait pas d’autres priorités pour les agriculteurs en ce moment !

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Note

(1) Les foyers ne concernent pas forcément des animaux ayant déclenché les symptômes de la maladie. Une simple prophylaxie (une prise de sang par exemple) présentant des traces de FCO est considérée comme un foyer.

Un bétonnage délirant en projet dans l’Hérault Collectif Salamane Reporterre 2009/11/23 Collectif Salamane (23 novembre 2009) Un bétonnage délirant en projet dans l’Hérault. Reporterre. fr

Un bétonnage délirant en projet dans l’Hérault

Les citoyens de Clermont L’Hérault et d’alentour se battent contre un contrat léonin attribuant au distributeur System U des terrains immenses au détriment de la collectivité.

La communauté de communes du Clermontais a décidé le 10 juin 2009 de transformer une partie de la plaine agricole dénommée la Salamane, entre Brignac/Canet et Clermont, en une ZAC qui accueillera prioritairement une plate-forme logistique de 60 000 m2 à l’enseigne System U (la plus grosse du Sud pour cette enseigne). Cet emplacement est à proximité de l’autoroute A 75, mais totalement isolé de toute voie ferroviaire. Le 25 septembre 2009, le Président de la Communauté de Communes signait un protocole d’accord avec SystemU qui est joint en annexe.

Dès juin 2009 se créait un collectif contre ce projet aberrant. Ce document qui doit être lu en regard de ce protocole d’accord ne traitera que des conditions financières extraordinaires qui ont été consentis à SystemU. La collectivité expliquant sûrement ces largesses par la création de 120 emplois.

Il est utile de mentionner que System U a cherché a s’implanter sur la commune de Bessan à proximité de l’autoroute A 9, sur celle de Béziers à proximité de l’autoroute A9 et d’un noeud ferroviaire et du canal du midi. L’implantation sur Clermont l’Hérault est la moins attrayante sur le plan logistique. De nombreuses études de professionnels du transport concluent à la nécessité de s’implanter près de nouveaux modes de communications : fleuves, voies ferrés.

Dans ce contexte, l’emplacement de Clermont n’est pas porteur d’avenir. Il s’explique donc par les conditions très avantageuses proposées par la Communauté de communes. Comme le dit le protocole, « ce projet présente, par sa nature et son ampleur, un caractère totalement inédit... » C’est le moins que l’on puisse dire..Le choix a été de mettre en concurrence les territoires et le plus offrant l’a emporté...Clermont a tout offert...C’est d’ailleurs ce que signale le procès verbal du conseil communautaire de Clermont du 10 juin 2009 : « Le critère principal dans le choix final du porteur de projet était le délai de livraison et de mise à disposition de ce site, le prix n’étant bien entendu pas une donnée négligeable. »

Largesses insoupçonnées

Le protocole d’accord mentionne que System U est déjà présent sur Clermont l’Hérault avec un magasin HyperU. Nous serions donc en présence de vieilles connaissances entre la Communauté de Communes et l’entreprise. L’intuitu personnae est fort dans ce type de contrat c’est-à-dire que la confiance réciproque doit être totale ; du reste, le protocole prévoit des réunions préalables avant toute saisine de juridictions en cas de désaccord. Cette confiance n’est elle pas devenue un aveuglement ?

C’est pourtant ce que la lecture de ce document pourrait laisser suggérer : - Le prix ferme forfaitaire et définitif. « Les terrains sont livrés nus libres de toute occupation bornés aux frais du vendeurs et viabilisés . » « Dans le cadre de la réalisation des travaux nécessaires à la viabilisation de la ZAC, la Communauté de Communes s’engage à financer la réalisation des bassins de rétention correctement dimensionnés afin de prendre en compte notamment les besoins de systemU au regard de son projet de construction et de ses extensions . » Tout cela pour un prix ferme, forfaitaire et définitif de 21 euros HT en précisant bien que « le maire de Clermont l’Hérault ne demande à System U aucune participation soit financière, soit sous forme de travaux . » Ainsi les contraintes notamment en eaux pluviales de l’énorme bâtiment de System U seront financés par les contribuables, soit 20 % de la superficie de la ZAC, soit six bassins de rétention et deux énormes drainages périphériques pour évacuer les eaux de pluie et noues.

Au total sont prévus 59 300 m2 de bassin soit l’équivalant en surface de 47 piscines olympiques. Tout cela conduit a affecté 9 ha d’espace destiné aux eaux de pluie du fait de l’importance du bâtiment de la plate-forme. Auquel s’ajoute la viabilisation...Si cela coûte plus cher que le différentiel entre le prix proposé actuellement aux viticulteurs, 6,50 euros HT et les 21 euros HT, ce sera pour le compte du contribuable... La communauté va même jusqu’à s’engager au jour de la signature à ce que SystemU ne dépense plus que « le coût normal de tels travaux » ...

- Une réserve foncière gratuite pour SystemU. Le projet d’extension du bâtiment de systemU est découpé en tranches. La communauté de communes gèle gratuitement pendant 5 ans les terrains qui pourraient être concernés. A ce terme le prix sera toujours de 21 euros HT simplement indexé mais « SystemU pourra ne pas lever l’option qui lui sera réservée sur les terrains sans indemnité... » Bien sûr la CCC aura fait quand même les travaux de bassins de rétention...on ne sait jamais...

- L’exonération de taxes. SystemU est exonéré de Taxe Locale d’Equipement, de Taxe d’Enlèvement d’Ordures Ménagères, mais aussi est protégée contre toute augmentation jusqu’en 2015 de taxe professionnelle, taxes foncières et taxe d’habitation. Mieux encore si une augmentation était envisagée, la communauté devra verser une indemnité à titre de clause pénale à SystemU...... C’est donc SystemU qui prend le contrôle de sa fiscalité locale pour 5 ans ....Curieux retournement, d’autant plus que nombre de professionnels du territoire, des commerces de distribution alimentaire aux garages automobiles, payent cette taxe alors qu’ils ont eux aussi une filière professionnelle d’élimination de leurs déchets. Pourquoi ne seraientils pas exonérés eux aussi ?

- Quand la Communauté de Communes protège SystemU Chose encore plus étrange est la clause de non concurrence au profit de systemU. En effet, « le surplus des terrains de la ZAC et les biens qui y sont ou y seront édifiés seront grevés d’une servitude de non concurrence au profit des terrains cédés à SystemU ». Sont interdits les commerces de détail généralistes à dominante alimentaire... Aucun délai n’est fixé à cette interdiction. Ou comment une collectivité protège à perpétuité une enseigne commerciale... Si vos enfants font leurs courses à HyperU, leurs petits enfants le feront aussi....Cela grâce au contribuable de Clermont....Du moins tant qu’il y aura une plate-forme logistique...

- Quand la Communauté de Communes devient le Comité d’Entreprise de SystemU.. System U indique partout que 20 ou 30 cadres devraient venir de Vendargues. Quoi de plus normal, ils ont effectivement l’expérience de la logistique. Mais cela sera sûrement difficile de convaincre ces salariés qui ont peut être acheté une maison, ont leurs habitudes... Ces changements d’affectation font souvent l’objet d’aménagements entre l’employeur et son salarié : prise en charge des frais de déménagement, prêts relais, etc..Mais à Clermont c’est mieux, la communauté devient Comité d’Entreprise : C’est la communauté de communes qui se porte fort « d’intervenir auprès des agences immobilières du Clermontais sur l’offre locative... à l’effet d’obtenir des conditions privilégiées en matière de rémunération (pas de commission pour les locations ; limitations des commissions pour les vente) . » Cette promesse de « porte fort » engage la collectivité qui devra finalement indemniser les généreuses agences immobilières et compréhensifs notaires...

- Economie d’investissement pour le recyclage des déchets professionnels recyclables Si System U est exonéré totalement de taxe d’ordures ménagères, il ne faudrait pas que le recyclage des déchets coûte trop cher, aussi il est prévu une mutualisation des déchets professionnels recyclables générés par l’activité logistique avec le syndicat centre Hérault... Les investissements c’est pour les contribuables, les services pour SystemU ....

Une rupture définitive de tous devant la loi fiscale locale au profit d’un groupe

Après de telles facilités, que reste-t-il au contribuable de Clermont ? Aller faire ses courses à HyperU qu’il subventionne par ses impôts, voir son fils jouer dans son club de foot sous le maillot System U, respirer l’air vicié de camions tournoyant sur la plaine...

Pour les entreprises qui s’installeront sur la ZAC, il semble que la CCC prévoit de leur faire payer le prix du m2 plus cher qu’à SystemU pour « faire une opération blanche » selon les termes du Président de la CCC. C’est sûr : s’il faut privilégier un opérateur autant que ce soit une entreprise nationale qui en 2008, a réalisé un chiffre d’affaires de 17,92 milliards d’euros.

En conclusion, un excès de Pouvoir...pour un contrat léonin...

Les différentes clauses qui compose ce protocole d’accord aboutissent à la qualification juridique d’un contrat léonin c’est-à-dire qui donne « la part du lion » à SystemU.

Mais plus encore, le Président de la Communauté de Communes avait-il le pouvoir de signer de tels engagements qui vont hypothéquer pendant longtemps les finances de la communauté ? Tel est l’objet de notre recours, car aucune décision de la Communauté de Communes n’autorise un tel déséquilibre financier au profit d’une seule et même entreprise ainsi par exemple pour l’exonération de TLE ou pour l’engagement de vendre à prix ferme forfaitaire et définitif...

L’enjeu de Copenhague ? La modernité. Fabrice Flipo Reporterre 2009/11/23 Fabrice Flipo (23 novembre 2009) L’enjeu de Copenhague ? La modernité.. Reporterre. Tribune — fr

L’enjeu de Copenhague ? La modernité.

La discussion internationale sur le climat est aussi une discussion sur les valeurs universelles, qui sont inséparables du mode de vie adéquat au monde du changement climatique.

Tout le monde semble penser que les négociations sur le climat ont pour enjeu les émissions de gaz à effet de serre. Rien n’est moins vrai. C’est une négociation à caractère civilisationnel qui aura lieu dans la capitale danoise.

Dans les semaines à venir, les articles portant sur le changement climatique et la négociation de Copenhague vont pleuvoir. Les débats étant extraordinairement techniques, les journalistes et les associations feront de leur mieux pour les traduire, chacun avec leur regard, en enjeux politiques compréhensibles – et dès lors appropriables - des citoyens.

Pourtant nous l’affirmons ici : toutes ces lourdeurs techniques sont accessoires. Elles ne font que masquer le véritable enjeu. Les négociations sur le climat ne portent pas sur le climat : elles portent sur la modernité. Elles indiquent l’urgence d’un réexamen en profondeur de la modernité, vers ce que Bruno Latour a appelé une « anthropologie symétrique ».

Pareille affirmation surprendra. Pourtant revenons sur ce que « modernité » signifie, en regard au contexte international. Louis Dumont, l’auteur d’Homo Hierarchicus et d’Homo Aequalis, une théorie de la modernité qui a fait date, peut à cet égard servir de référence.

Dumont dit que la modernité est née d’une triple scission. Scission avec la religion tout d’abord, et naissance d’un domaine séparé, séculier : le politique. C’est l’œuvre des Lumières que d’avoir accompli cela. Scission avec l’économique, ensuite, qui se constitue en domaine propre au 19e siècle. La Fable de Mandeville joue le rôle de révélateur, elle affirme que le libre déploiement des vices privés est une garantie du bien public. Marx et le marxisme sont le triomphe de « l’idéologie économique ». L’individu est né. Son existence et son indépendance sont garanties par la propriété privée, dont le philosophe anglais John Locke (1632-1704) a fourni la justification. Les sociétés se mettent à échanger, elles sortent ainsi de leur torpeur séculaire et se mettent à innover. Elles entrent dans une histoire qui n’est plus subie. Tel est le miracle moderne.

L’Inde hors de l’histoire ?

Selon Dumont, l’Inde, actuellement le quatrième plus gros pollueur mondial, est tout l’inverse. Son Etat est à peine sécularisé. La société est à dominante hindoue et malgré la partition de 1947, le communalisme reste récurrent. La question du Cachemire est irrésolue. L’égalité n’est que superficielle, les castes, groupes endogames définis par « la pureté », se sont adaptées à la modernisation économique. L’individu n’existe guère, seul le groupe, la caste, a une substance et commande la vie de l’individu. Elle commande sa naissance, son mariage, sa profession et sa mort. L’Inde vit hors de l’histoire. C’est une société immobile, tout comme ces Africains dont M. Sarkozy a parlé à Dakar.

La thèse de Dumont a eu un énorme succès. Pourtant il a fait une double erreur. Et cette double erreur explique bien des blocages persistants dans les négociations.

La première erreur est relative à Locke. Si l’empiriste anglais avait admis la propriété privée, c’était seulement dans la mesure où elle ne dégradait les ressources naturelles ni en qualité ni en quantité. C’est ce qu’on appelle la « clause de Locke ». Dumont a écarté ces réserves, jugeant qu’elles étaient la marque de conceptions médiévales et théologiques. Ceci conduit les Modernes à assimiler toute forme de propriété collective ou de res communis à un retour en arrière vers le Moyen-âge, une sorte de mise à mort de l’individu si chèrement conquis – en bref, une menace pour la démocratie. Leur démocratie, la seule, la vraie. En témoigne encore la manière dont les mouvements écologistes sont souvent traités : comme des écofascistes en puissance.

Or ce que revendiquent les pays en développement, c’est précisément cette res communis, ce droit à utiliser l’atmosphère. Ils ne rechignent certes pas à faire payer les pollueurs. Mais avant tout ils revendiquent la reconnaissance d’un droit d’usage. Ce droit d’usage se répercute jusqu’à l’échelle individuelle, puisque les gaz à effet de serre sont émis partout et par tout le monde, ce qui en fait un authentique enjeu cosmopolitique. L’ensemble de la construction dumontienne est prise à revers. Les res communis sont donc qualifiés de « prémodernes », c’est un parti qui ne peut trouver grâce aux yeux de Dumont.

La modernité est dans l’impasse

La seconde erreur de Dumont est d’avoir proposé une vision de l’Inde qui confine à la caricature. Si les pays « en développement » sont incapables d’innover, de proposer, de faire partie de l’histoire, s’ils sont irrémédiablement engoncés dans leurs traditions répétitives, alors seuls les Modernes peuvent sauver le monde. Et c’est bien ce qui se passe dans les négociations, qui voit surtout les pays « développés » discuter entre eux, à partir du même souci de « rester modernes » envers et contre tout, puisque ce n’est qu’ainsi, pensent-ils, que peut être garanti le progrès de l’humanité.

Pourtant la Modernité à la Louis Dumont est dans l’impasse. C’est la Modernité qui est responsable de 80% du problème climatique, sans avoir rien de clair à proposer à la place. La modernisation s’accompagne partout d’un accroissement formidable de la consommation de ressources, y compris en inde. S’il n’y a pas de salut hors la modernité, alors nous sommes dans l’impasse totale.

Peut-être faut-il alors cesser de considérer les autres modes de vie dans leur ensemble comme étant irrémédiablement « traditionnels », et donc irrationnels – comme le dit Dumont. L’Inde innove. La mobilité entre et hors castes est parfois plus importante que celle qui est permise par le système des grandes écoles. L’Inde possède des courants de pensée originaux qui peuvent être considérés des ressources dans les négociations, notamment le gandhisme. Elle fait souvent preuve de comportements plus équilibrés envers les non-humains. Elle possède une vraie expérience de la démocratie rurale. La solution, c’est peut-être le dialogue. La rénovation de l’Universel ne peut dignement exclure le quart de la population mondiale du débat.

La chasse aux sans papiers trahit les valeurs de la République Elodie Vaxelaire Reporterre 2009/11/24 Elodie Vaxelaire (24 novembre 2009) La chasse aux sans papiers trahit les valeurs de la République. Reporterre. Tribune — fr

La chasse aux sans papiers trahit les valeurs de la République

L’identité française ? Elle est dans la résistance, la dignité, la liberté, la fraternité.

Un sentiment de honte.

Honte devant les interpellations de parents d’enfants nés en France, chez eux à 6 heures du matin puis devant les écoles. Honte quand les circulaires dans les préfectures demandent aux fonctionnaires de prévenir la police quand les personnes viennent régulariser leur situation. Honte quand les convocations au Pôle emploi se transforment en piège pour incarcérer les sans papiers. Honte quand les interpellations se font dans les lieux de la solidarité, aux restos du coeur et à la soupe populaire. Honte quand la « jungle » est fermée et son annonce médiatisée suffisamment à l’avance pour que les passeurs s’en aillent et que seules soient arrêtés les personnes qui n’ont pas d’autre endroit où aller. Honte enfin quand on renvoie ces trois Afghans dans leur pays en guerre.

Oui, c’est d’abord un sentiment de honte qui nous envahit quand progressivement, insidieusement, la République française se coupe de toutes ses valeurs et met en place des procédures d’inhumanité. Quand son ministre de l’immigration se met à justifier l’injustifiable au nom du respect des textes. « On obéissait aux ordres » ont plaidé la cohorte des agents collabo de l’Etat au sortir de la deuxième guerre mondiale.

C’est ensuite un sentiment de révolte.

Personne ne choisit de naître quelque part. Dans le bon pays. Dans la bonne famille. Contre cette injustice naturelle fondamentale, nos ancêtres ont su créer les Droits de l’Homme et du citoyen. La France peut en être fière. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Cet article premier de la Déclaration n’est pas une vieillerie à remiser aux rencarts de la mondialisation libérale, ce n’est pas une pensée magique ou une formule incantatoire, cet article est puissant car il nous indique le sens d’un combat toujours renouvelé, le chemin de la résistance, celui de la dignité.

Personne ne choisit de naître quelque part. La planète est notre patrimoine commun. Les migrations sont une richesse.

Mais la mondialisation libérale a non seulement renforcé les mouvements migratoires forcés, mais elle les a aussi rendus plus difficiles. La liberté de circulation est aujourd’hui totale pour les capitaux, les investissements, les patrons et les banquiers. Ceux-ci mettent en concurrence les peuples, les acculent à la misère et les empêchent de circuler. Les accords de libre échange sur les produits agricoles ont fait partout exploser l’exode rural, la constitution de bidonvilles et la misère. Demain, le réchauffement climatique risque, selon les prévisions du GIEC, de provoquer l’afflux de 50 millions de migrants en 2020, principalement entre les pays du Sud.

Et que nous disent ceux qui nous gouvernent ? Ne vous inquiétez pas. Nous allons poursuivre ces politiques libérales. Nous ne trouverons pas d’accord à Copenhague et ne paierons pas notre dette écologique à l’égard des pays en développement. Mais nous construirons des murs autour de l’Europe.

12 000 morts depuis 1998 dont 8 000 par noyade dans la Méditerranée. 700 millions d’euros par an. C’est le coût de ces politiques sécuritaires aux frontières de l’Europe. Car aucun mur, aucune barrière, n’arrêtera jamais l’espoir d’une vie meilleure. La conséquence des politiques de la honte européenne, ce sont donc non seulement les terribles naufrages qui transforment la Méditerranée en cercueil pour les migrants, mais c’est aussi de transformer ces migrants sans papiers en personnes sans droit, exploitables à merci par le patronat européen, population invisible, nouvel esclavage moderne, à domicile.

Lorsque les Mexicains sans papier font grève aux Etats-Unis, l’Etat de Californie est en quasi banqueroute. Car le système capitaliste a besoin des sans papiers, il a besoin des personnels sans droit, prêts à accepter n’importe quelles conditions de travail et n’importe quel salaire pour exercer les métiers les plus pénibles et faire pression sur les autres travailleurs. Et plus les sans papiers sont pourchassés, plus ils précarisés, plus l’exploitation peut être totale.

C’est alors un sentiment d’espoir.

La grève historique des sans papiers qui dure depuis maintenant 4 semaines [texte publié originellement le 8 novembre], à l’initiative, saluons-la, de la CGT, est une formidable leçon d’espoir et de courage. Ces hommes et ces femmes, victimes du système, décident de vaincre leur peur et de résister, de se montrer au grand jour et de combattre. Ils refusent l’inhumanité de ce système qui les contraint à vivre en clandestin et supporter l’insupportable. Ils refusent l’hypocrisie de ce système qui ne leur reconnaît aucun droit quand ils en sont un rouage essentiel.

Ces travailleurs sont les dignes descendants de nos grands-pères les mineurs, des sans culottes de la Révolution, de tous ceux à qui on a dit un jour « vous n’avez pas de droit » et qui ont refusé cette situation, faisant avancer par leur combat celui de l’Humanité.

Oui. L’espoir renaît quand malgré la peur, la résistance s’organise et la dignité rejaillit.

Qu’est-ce qu’être français nous a demandé Monsieur Besson. Thomas Jefferson disait : « Tout homme a deux pays : sa patrie et la France ». Etre Français, c’est vouloir un avenir commun et exercer sa citoyenneté pour le construire ensemble. C’est vouloir un avenir commun conforme aux frontons de nos mairies « Liberté, égalité, fraternité »]. Etre Français, c’est croire en l’universalité des droits de l’Homme, et se battre pour les concrétiser. Etre Français, c’est entrer en résistance quand la République se perd.

Oui Monsieur Besson, l’identité nationale est en danger. La République est menacée. Elle est menacée quand l’action déterminée de son président Sarkozy détruit progressivement tous les services publics : la Poste, l’école, le système de santé. Elle est menacée quand on remplace la solidarité nationale par l’assurance privée. Elle est menacée quand on organise la compétition de tous contre tous. Elle est menacée, et l’Etat de droit avec elle, quand on demande aux fonctionnaires de se transformer en collaborateurs de politiques injustifiables et quand on enferme des citoyens au motif de leur solidarité.

Alors dans ce moment je vous le dis. Les vrais Français ne sont pas ceux qui nous gouvernent. Les vrais Français, ce sont ces travailleurs privés de leurs papiers qui organisent aujourd’hui cette magnifique grève et redonnent à la République tout son sens. Oui Monsieur Besson, ces personnes sont bien plus françaises que vous, qui en organisant cette politique de la honte, nous replongez aux heures d’une France qui n’était plus la France.

En France, l’éolien est à maturité Green Business Reporterre 2009/11/24 Green Business (24 novembre 2009) En France, l’éolien est à maturité. Reporterre. fr

En France, l’éolien est à maturité

« On peut toujours installer des éoliennes dans des régions peu ventées, mais elles ne produiront pas beaucoup d’électricité »

Dans l’éolien en France, tous les grands projets sont lancés, l’avenir est à la maintenance, explique Olivier Duguet, fondateur et ancien PDG de la Société Française d’Eoliennes, revendue au groupe d’énergie italien Sorgenia Spa en 2007. A la tête du fonds Hanalei Finance, créé en septembre 2007 et doté de 10 millions d’euros, il a pris des participations dans six sociétés, dont les prestataires Windtechnics et Wind Direct Services.

GreenUnivers - Comment jugez vous le marché français de l’éolien aujourd’hui ?

Tous les grands projets d’éolien terrestre sont aujourd’hui lancés et je ne vois guère de nouvelles possibilités de développement. Les bons terrains très exposés aux vents, notamment dans le Massif central et la Vallée du Rhône, sont pris, avec des fermes déjà construites ou en projet. Aujourd’hui, avec plus de 900 MW installés en 2008, nous atteignons un total de 3 400 MW. Le potentiel du marché est de 6 à 7 000 MW, les objectifs du gouvernement de 12 000 MW me paraissent illusoires. On peut toujours installer des éoliennes dans des régions peu ventées, mais elles ne produiront pas beaucoup d’électricité. Sauf à miser sur des innovations technologiques pour améliorer la portée des turbines, qui pourraient leur permettre de tourner avec des vents de 5 mètres seconde.

GU - Vous avez pris des participations dans deux sociétés qui font de la maintenance, Windtechnics et Wind Direct Services. Est-ce là que vous voyez le plus de perspectives ?

Clairement, oui. La maintenance est capitale : il faut compter, en moyenne, deux interventions de 60 heures par an pour qu’une éolienne tourne. Mais encore faut-il le faire au bon moment. Une turbine de 1,5 MW, la plus répandue en France, représente un investissement de l’ordre de deux millions d’euros et génère un chiffre d’affaires d’environ 10 000 euros par mois. Mais elle réalise l’essentiel de ce chiffre sur 4 jours seulement par mois, ceux où il y a le plus de vent. Autant dire qu’il ne faut pas les rater. Si une panne se produit la veille d’un grand pont ou s’il faut 15 jours pour trouver une pièce de rechange, la perte d’exploitation peut être importante. Et si c’est la première éolienne de la ligne qui s’arrête parce qu’elle a été frappée par la foudre, c’est toute la ligne qui est stoppée tant qu’on ne la réactive pas. Les services de maintenance 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sont donc capitaux.

GU - Le vieillissement des parcs va-t-il faire émerger un marché ?

Bien sur. Les installations sont encore très jeunes, mais elles vont vieillir vite. Les éoliennes de 3 MW ont des pales de 50 à 60 mètres avec un rotor d’une puissance de près de 120 MW. On a très peu d’historique sur ce type de matériel, la référence technologique la plus proche est celle des bateaux en fibre de carbone. Une éolienne est conçue pour durer vingt ans, en moyenne, mais beaucoup de ses composants ont une longévité qui ne dépasse pas 5 ou 10 ans. Aujourd’hui, la plupart des constructeurs offre à l’exploitant une garantie de deux ans d’une efficacité à 97% s’il y a du vent. Cela ouvre des perspectives pour couvrir les années qui suivent ! Or, il y a encore très peu d’entreprises sur ce segment de marché. Les principaux acteurs sur le marché français sont allemands et espagnols.

GU - Le recyclage peut-il aussi représenter une opportunité ?

C’est moins évident, même si la loi française oblige les propriétaires à démanteler leurs éoliennes en fin de vie, avec une obligation de provisionnement qui sera compensée par les gains sur les matériaux recyclés. Une éolienne est à plus de 90% composée d’acier - entre 80 et 120 tonnes par éolienne quand on intègre les fondations et la tour - que l’on sait déjà très bien recycler. D’autres matériaux sont plus délicats à recycler comme la fibre de carbone. Et puis, il y aura tout un marché secondaire qui va se mettre en place pour des turbines d’occasion. Il peut y avoir des opportunités dans ce domaine.

La croissance verte plait aux capitalistes, pas à la planète Aurélien Boutaud Reporterre 2009/11/26 Aurélien Boutaud (26 novembre 2009) La croissance verte plait aux capitalistes, pas à la planète. Reporterre. Tribune — fr

La croissance verte plait aux capitalistes, pas à la planète

La technologie + le marché = plus de problème écologique. Elle est pas belle, la vie ? Merci MM. Allègre, Attali, Borloo, Sarkozy (et tous leurs amis)...

Dans une tribune publiée le 17 juillet dans les colonnes de Libération, Claude Allègre expliquait sa vision d’une écologie politique fondée sur la " croissance verte ". En ces temps de crise économique, l’idée a de quoi séduire : réparer la planète, voilà un marché qui s’annonce prometteur ! Nos gouvernants l’ont d’ailleurs bien compris : de Jean-Louis Borloo, qui n’hésite plus à affirmer que « l’adaptation aux changements climatiques va doper la croissance », à Nicolas Sarkozy, pour qui la croissance verte est le « stade ultime du capitalisme ». Autant dire que M. Allègre n’a sans doute pas grand-chose à craindre de cette « écologie punitive » qu’il dénonce avec véhémence et qui, selon ses propres termes, serait défendue par de dangereux écologistes qui ont « la haine des hommes » et ne désirent rien d’autre que « la multiplication des taxes, les interdictions diverses et l’arrêt du progrès ».

Pourtant, ce que ne dit pas assez M. Allègre, c’est que l’idéologie qu’il défend présente également quelques dangers pour l’avenir de l’humanité.

La technoscience nous sauvera…

Pour bien le comprendre, il faut se souvenir que les scientifiques considèrent que l’impact d’une société sur l’environnement relève de trois facteurs : la démographie, le niveau « moyen » de consommation ou de production par habitant, et les technologies utilisées. Tout projet politique visant à réduire notre empreinte écologique est donc voué à agir sur un ou plusieurs de ces trois leviers d’action : population, consommation-production et technologie.

Il faut tout de suite constater que la question démographique est quasi systématiquement laissée de côté par les différents courants de pensée de l’écologie politique. C’est donc essentiellement sur les deux autres facteurs de l’équation que les projets s’affrontent. Et il va sans dire que pour les tenants de la « croissance à tout prix », à qui on a appris que « plus » équivalait à « mieux », il faut croître… c’est-à-dire consommer et produire toujours davantage. C’est d’ailleurs cela qu’ils nomment progrès. Pour faire face aux enjeux écologiques, ne reste à leur disposition que le troisième levier d’action : la technologie.

On comprend pourquoi celle-ci exerce une telle fascination sur les décideurs politiques et économiques, mais aussi sur les médias : la croyance en une technoscience capable de résoudre à elle seule tous nos soucis présente le grand avantage de ne pas remettre en cause les bonnes vieilles recettes productivistes. « Continuez à consommer, nos savants s’occuperont du reste. »

… A condition de laisser faire le marché

Bien entendu, tout cela doit s’opérer grâce à la main invisible du marché. C’est là le second point central de l’idéologie de la croissance verte décrite par M. Allègre : il ne faut pas que l’Etat intervienne. Point de taxes ! Point d’interdictions !

Pour éviter toute réglementation contraignante, les champions du libre marché n’ont alors qu’un mot à la bouche : « internalisation ». Autrement dit, il suffit de donner un prix à une pollution. Ajoutez à cela une bonne dose de flexibilité, un système de quotas à la fois très généreux et très négociables, le tout organisé autour d’un marché des droits à polluer, et vous obtiendrez une solution « optimale » qui incitera les agents économiques à devenir naturellement vertueux. Cette merveilleuse mécanique a été testée sur le marché des quotas de CO2 européen ; en 2007, elle permit à la tonne de CO2 de descendre à un prix de quelques centimes… c’est-à-dire rien du tout. On se doute que l’incitation à moins polluer s’est avérée très relative.

Une idéologie dangereuse

La technologie et le libre marché : voilà donc les deux facettes de l’idéologie de la croissance verte. Autant dire qu’un bel avenir est promis aux solutions technologiques les plus folles - celles que M. Allègre défend si vaillamment. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les questions du nucléaire et des OGM ont été tenues à l’écart du Grenelle de l’environnement : pour nos dirigeants aussi, loin d’être un problème, elles sont au contraire la solution. Et c’est à présent dans le domaine de la géo-ingénierie que les projets les plus fous se multiplient : enfouir le carbone sous terre, refroidir l’atmosphère en y injectant des millions de tonnes de soufre ou de sulfate d’hydrogène, ensemencer les océans avec des sulfates de fer pour doper leurs capacités de séquestration du carbone… Plus rien ne semble aujourd’hui impossible à envisager pour les tenants de la croissance verte.

Il ne restera alors qu’à reléguer le principe de précaution aux oubliettes. C’est exactement ce que préconisait le rapport Attali pour la libération de la croissance française. Car, dans cette perspective de fuite en avant du tout technologique, les marges de manœuvre risquent de s’avérer très étroites. La population devra apprendre à accepter sans rechigner les risques engendrés par les technologies mises en œuvre. Et, comme l’appelait déjà de ses vœux, en 1958, un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) consacré au développement de l’énergie nucléaire, le plus souhaitable serait encore de « voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude ».

A refuser de vouloir changer les modes de vie et de consommation des pays les plus riches, voilà le « progrès » auquel pourrait nous conduire l’idéologie de la croissance verte : une société soumise aux règles du marché et à la toute-puissance de la technoscience. Le « stade ultime du capitalisme ».

Himalaya : le recul des glaciers pèse sur l’avenir de l’Asie Hervé Kempf Reporterre 2009/11/26 Hervé Kempf (26 novembre 2009) Himalaya : le recul des glaciers pèse sur l’avenir de l’Asie. Reporterre. Climat fr

Himalaya : le recul des glaciers pèse sur l’avenir de l’Asie

On ne peut dire que les glaciers himalayens disparaîtront en 2035. Ce qui n’empêche pas que le changement climatique a des effets négatifs importants sur le plus grand massif montagneux de la planète.

(Leh (Inde), envoyé spécial).

De la neige à 5 606 mètres d’altitude ? Non, presque pas. Le col de Khardung La, dans le district du Ladakh, au nord de l’Inde, a beau être la route carrossable la plus élevée du monde, le blanc n’y règne pas. L’air est rare, le ciel immaculé, et les militaires qui surveillent ce passage qui conduit au détroit de Karakoram, vers la Chine, scrutent avec patience des pentes dénudées et silencieuses. Mais, comme dans tout le Ladakh, les montagnes sont brunes et sèches, leurs flancs rarement couverts d’une fine couche de neige poudreuse.

Et le glacier de Khardung La ? Ah, le glacier, il est plus loin, explique-t-on, sur la route de Nubra. « Les gens qui ont de la mémoire disent qu’il était beaucoup plus grand auparavant, dit Tundup Ango, de l’association d’origine française Geres. Mais est-ce dû au changement climatique, ou au trafic sur la route de construction récente qui le traverse ? »

Cette question sans réponse définitive, il semble qu’on puisse la poser à propos de tout le massif himalayen : les glaciers fondent-ils massivement, ou pas ? La question est d’une importance vitale pour plus d’un milliard d’habitants en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, au Tibet et en Chine. Recouvrant près de 3 millions d’hectares, les 15 000 glaciers himalayens forment la troisième masse glaciaire de la planète après les pôles. Avec la neige accumulée, le massif montagneux stocke 12 000 km3 d’eau douce, et constitue le réservoir des grands fleuves Indus, Gange, Brahmapoutre, Yang-Tse, Fleuve jaune et Mékong.

En 2005, un rapport du WWF (Fonds mondial pour la nature) alertait sur la menace que faisait peser le réchauffement sur cette masse glacée. Une alerte reprise en 2007 dans le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) : « Les glaciers de l’Himalaya reculent plus vite qu’en aucun autre endroit du monde, et si cela continue au taux actuel, la plupart d’entre eux auront disparu en 2035 », y lisait-on.

Mais l’affaire est plus compliquée qu’il n’y paraît, parce que la situation n’est pas identique en tout point du massif. Des petits glaciers, comme à Gangotri et à Kafni, dans l’Etat d’Uttarakhand, bien étudiés par les chercheurs soutenus par le WWF, fondent rapidement. Mais d’autres, comme le très grand glacier Siachen, situé à une centaine de kilomètres de Khardung La, semblent stables (Current Science, 10 mars 2009). « Les données sur lesquelles s’appuyait le GIEC étaient très peu nombreuses, dit Syed Iqbal Hasnain, un glaciologue indien réputé. Sur les quatre glaciers que nous suivons régulièrement, on observe un retrait. Mais il est difficile d’extrapoler. »

Plusieurs facteurs incitent à la prudence. D’abord, la masse même du massif, qui signifie que ce qui est vrai dans un endroit peut ne pas l’être ailleurs. Ensuite, il n’est pas encore possible de bien articuler les données de terrain, trop éparses, et les observations par satellites, encore peu nombreuses et pas toujours fiables. Autre problème : les équipes chinoises et indiennes ne peuvent pas bien collaborer, à cause des préoccupations militaires. « Mes collègues de Pékin sont pessimistes, affirme M. Hasnain : ils prédisent une réduction de 45 % de la masse des glaciers en 2070. Mais il faudrait qu’on puisse mutuellement visiter nos glaciers. »

Si l’ampleur prévisible du retrait des glaciers est incertaine, le mouvement est cependant assuré. Et d’autres indices le confirment, comme le réchauffement observé par les habitants du Ladakh. « Nous avons fait une étude sur la perception du changement climatique en interrogeant des anciens et des paysans réputés pour leur savoir-faire, dit Tundup Ango. Tous témoignent d’une réduction des chutes de neige dans les dernières décennies, et d’un recul des petits glaciers des vallées. » Le manque d’eau, dans un pays déjà très sec, devient très préoccupant. Des événements jamais vus de mémoire d’homme adviennent aussi, comme des inondations à Leh, la capitale du Ladakh, en 2004 et 2005 ou une invasion de criquets en 2005.

Quant à la cause du changement, elle reste à préciser. Le réchauffement planétaire joue un rôle, certes, mais aussi le « carbone noir », ces particules de suie émises par le diesel et par les foyers domestiques usant de bois ou de bouses.

Leur importance a été mise en évidence par un autre savant indien, V. Ramanathan : « En tombant sur la neige, explique-t-il à New Delhi, le carbone noir l’obscurcit, la neige reflète moins le soleil, et elle se réchauffe et tend à fondre. »

Cette cause de réchauffement pourrait être assez simplement contrôlée, dit M. Ramanathan, en posant des filtres sur les moteurs diesel et en changeant le mode de combustion des foyers. Un vrai défi pour l’Inde, qui l’obligerait à agir chez elle, sans se contenter de reporter la responsabilité du changement climatique sur les pays du nord. Mais c’est sans doute son avenir qui se joue sur les hauteurs de l’Himalaya.

Un lycéen condamné à trois mois de prison pour avoir manifesté Par Julien villalard Reporterre 2009/11/26 Par Julien villalard (26 novembre 2009) Un lycéen condamné à trois mois de prison pour avoir manifesté. Reporterre. fr

Un lycéen condamné à trois mois de prison pour avoir manifesté

Mon fils Léo et trois de ses camarades ont été interpellés jeudi, placés 24 heures en garde à vue et condamnés à trois mois de prison avec sursis pour avoir participé à la manifestation devant le lycée Roosevelt jeudi 19 novembre, lors de la visite de F. Fillion, venu présenter la réforme des lycées. (...)

J’apporte ce jour le témoignage d’un père de famille dont le fils est passé en comparution immédiate suite à cette manifestation et a été condamné à 3 mois de prison avec sursis après avoir passé 24h en garde à vue.

Mon fils Léo Belenguier a 18 ans donc majeur et il est étudiant en fac d’histoire à Reims. Il n’est pas inscrit à un parti politique et s’est rendu à la manif par solidarité avec ses camarades et amis du lycée Roosevelt. Il a un casier judiciaire vierge, un attachement profond aux valeurs de justice et de solidarité doublé d’un tempérament doux et pacifiste. Il s’intéresse à l’actualité politique en tant que personne majeure porteur d’un droit de vote particulièrement en ce qui concerne ses pairs.

Mon fils a déjà participé à des manifestations et n’a jamais commis aucune violence ni exaction d’aucune sorte allant même jusqu’à redresser des containers de poubelles en déplorant ces actes susceptibles selon lui de discréditer les actions menées.

C’est ce même jeune garçon qui s’est fait interpeler et menoter jeudi après la manifestation au cours d’une rafle commise par la BAC alors qu’il attendait assis sur un plot pour reprendre son vélo garé devant le lycée, alors que la manifestation était terminée et qu’il avait demandé aux CRS à quel moment son vélo serait accessible.

Cette arrestation brutale est motivée par l’accusation d’avoir jeté des pierres sur les policiers pendant la manifestation avec soi disant pour preuve une vidéo le montrant distinctement. Mon fils fort de son innocence a demandé aussitôt à voir la vidéo qui le mettait en cause.

Il a été placé en garde à vue pour 24 heures, sans jamais pouvoir visionner ce document qui était censé l’accabler. La raison en était, d’après la police que la vidéo était sous scellés pour le tribunal.

Après 24 heures de garde à vue traumatisantes (refus de l’informer de notre connaissance de sa situation, annonce que sa garde à vue pouvait être prolongée s’il niait,refus de nous contacter pour que nous communiquions aux forces de l’ordre les coordonnées de notre avocat...), il a été jugé en comparution immédiate qu’il a acceptée pour éviter de se retrouver en « préventive », chantage odieux qui ne lui laissait d’autres choix que le procès expéditif ou la prison.

Il n’a rencontré son avocat commis d’office que quelques minutes avant d’entrer dans le prétoire ce qui laisse perplexe sur le temps accordé pour préparer sa défense. Malgré la demande des avocats et des inculpés, malgré l’absence complète de preuves (le seul témoignage écrit est celui du policier blessé qui disait n’avoir reconnu personne et expliquait que les jets de pierre venant de l’arrière de la manifestation ne leur étaient pas imputables puisqu’ils étaient sur l’avant) et malgré les dénégations des quatre inculpés, cette bande vidéo n’a jamais été présentée à quiconque et le procès s’est conclu par une peine de sursis de trois mois pour chacun alors même qu’aucun témoin n’avait été entendu et qu’aucune preuve n’existait.

La conclusion de tout cela dépasse ce qu’un citoyen français peut imaginer : la condamnation sans preuve d’un innocent pour l’exemple, un traumatisme psychologique évident provoqué par une garde à vue visant prioritairement à faire d’un innocent un coupable à coup d’intimidation et de brimades de toutes sortes : autorisation d’aller aux toilettes plus d’ une demie heure après la demande, nuit passée dans des conditions d’hygiène épouvantables , refus d’appeler les parents pour le choix de l’avocat, refus des policiers du commissariat de Reims alors que je me suis rendu sur place sur leur conseil ,de me donner les informations sur les suites de la garde à vue jusqu’à la comparution immédiate après avoir soufflé le chaud et le froid et m’avoir donné des informations erronées ou contradictoires, refus du tribunal de prendre en compte l’absence de preuves et au final une condamnation avec sursis mettant directement en péril l’accès à la vie professionnelle de mon fils au terme de ses études.

J’espère que beaucoup de parents auront accès à cette information pour s’alarmer des conséquences désastreuses d’une politique sécuritaire et paranoïaque capables de briser la vie d’un jeune homme jusque là libre et heureux.

Renault fait du blanchiment écologique Agir pour l’Environnement Reporterre 2009/11/27 Agir pour l’Environnement (27 novembre 2009) Renault fait du blanchiment écologique. Reporterre. fr

Renault fait du blanchiment écologique

En présentant sa nouvelle gamme de voitures électriques comme « écologique », Renault trompe le public. Le bilan environnemental de l’auto électrique n’est pas très bon.

Alors que Renault organise ce jour une série d’essais à l’attention de la presse (alias le ZE.shooting dynamique...) visant à promouvoir sa nouvelle gamme de voitures électriques dite Zéro Emission, l’association Agir pour l’Environnement met en ligne un site internet http://www.renault-ze.fr dont le but est de dénoncer l’opération de blanchiment écologique mis en œuvre par le constructeur automobile français. Un argumentaire fiable et précis est ainsi mis en ligne sur ce site associatif.

La crise qui frappe le secteur automobile amène certains constructeurs à privilégier des slogans qui fleurent bon la publicité mensongère. En laissant penser qu’une voiture électrique serait (par essence) sans émission de gaz à effet de serre, Renault semble tenter d’occulter le bilan carbone lié à la construction du véhicule et celui induit par la production de l’électricité, qui selon les heures peut s’avérer extrêmement carbonée. Pour l’association, à l’approche de Copenhague, l’excellence climatique semble se résumer à des simples arguments mensongers.

Dans une étude datée de juillet 2009 intitulée "Les transports électriques en France ", l’Ademe considère pourtant que « concernant les émissions de CO2, les véhicules particuliers électriques ne présentent pas un bilan global, ’du puits à la roue’ systématiquement à leur avantage par rapport aux autres modes de transport, notamment par rapport au véhicule thermique. »

De plus, dans les scénarios les plus optimistes, les véhicules électriques, dont le bilan carbone est loin d’être positif, ne représenteront que 3% du parc automobile hexagonal en 2020... Renault tente de faire passer un véhicule de niche réservé aux déplacements urbains pour une révolution écologique. L’urgence climatique mérite mieux que des faux-semblants.

Dans le cadre de cette opération de greenwashing, Agir pour l’Environ-nement diffuse aujourd’hui, à l’attention de la presse appelée à tester ce véhiculetomobile, un modèle de lunettes conçu pour verdir artificiellement cette gamme dite Zéro Emission, bien loin d’être sans émission de CO2. Cette paire de lunettes peut également verdir tout ou partie du Koléos, des projets de circuit de Formule1 et autres projets d’infrastructures climaticides…

Le progrès et son au-delà Michel Tibon-Cornillot Reporterre 2009/11/27 Michel Tibon-Cornillot (27 novembre 2009) Le progrès et son au-delà. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

Le progrès et son au-delà

Par la « sécularisation », la culture occidentale a prétendu s’affranchir de la transcendance chrétienne. Mais en s’organisant autour du concept de « progrès », elle se vit toujours en fonction d’une eschatologie - doctrine sur le destin de l’homme après sa disparition.

Michel Tibon-Cornillot est philosophe. Il anime le séminaire de philosophie des techniques à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, à Paris.

Élaboré à partir de recherches philosophiques et théologiques, le concept de sécularisation a permis de renouveler les analyses des sociétés modernes. Il désigne d’abord le long processus au cours duquel « on assiste dans la vie privée comme dans la vie publique quotidienne à un dépérissement des liens religieux, des partis pris d’ordre transcendant, des attentes d’un au-delà de la vie, des pratiques cultuelles » (H. Blumenberg). Cette notion insiste aussi sur l’importance de l’idée de progrès interprétée comme la transfor­mation d’une histoire du salut guidée par la providence. Les approches fondées sur la sécularisation reconnaissent à la fois l’historicité du salut comme invention du christianisme et son retraitement métaphorisé, lissé dans le concept de progrès et encadré par la « raison » et la « méthode ».

Cependant, cette migration conceptuelle s’est faite au prix de la disparition d’une dimension fondamentale du christianisme, celle de la transcendance, car les discours eschatologiques impliquent la présence d’événements qui font irruption dans l’histoire mais ne lui appartiennent pas.

L’idée de progrès par contre se projette vers l’avenir en extrapolant vers lui les analyses des structures passées et de leurs effets sur le présent. Le thème de la sécularisation ne permet pas de rendre compte des liens essentiels unissant l’idée de progrès et l’eschatologie chrétienne. Or il n’est pas certain que ces liens soient réellement rompus. S’engager dans la voie royale du progrès illimité, n’est-ce pas aussi préparer le retour d’événements imprévus, inconcevables ? Cette question n’est pas triviale, car le déroulement des événements qui se mettent en place dans les sociétés industrielles ne vont pas dans le sens d’un parcours progressif et maîtrisé : depuis quelques décennies, l’apparition de menaces nouvelles rendent plausible le naufrage de la modernité.

Faut-il alors reconnaître qu’entre le christianisme et sa sécularisation moderne, il n’y a pas de rupture essentielle car, selon Karl Löwith, ils appartiennent au même versant fatal, celui qui relie étroitement « l’action temporelle unique de type biblique et chrétien » et la catastrophe générale ?

Delanoë veut filmer les Parisiens Utopia Reporterre 2009/11/28 Utopia (28 novembre 2009) Delanoë veut filmer les Parisiens. Reporterre. fr

Delanoë veut filmer les Parisiens

Mais qu’ont-ils dans la tête, les « socialistes » ? Delanoë se fait le supplétif du préfet de police et veut installer des caméras de surveillance dans la capitale.

Pendant que Nicolas Sarkozy réveille les électeurs du Front National sur fond de déclarations sécuritaires en vantant les mérites de la vidéosurveillance, le maire de Paris, Bertrand Delanoë répond positivement en proposant au Conseil de Paris la mise en service de plus de 1000 caméras de surveillance dans les rues de la capitale !

Cette mesure liberticide prise conjointement avec le Préfet de Police a été condamnée notamment par les élus Verts parisiens qui ont déposé 1000 amendements mettant en avant : - Le caractère inefficace de cette décision concernant la lutte contre la délinquance, - Son coût exorbitant : 5 millions d’euros de contribution pour la Ville et un manque à gagner de 60 millions d’euros sur 15 ans par exonération des droits de voierie.

De nombreuses associations, réunies au sein du Collectif Démocratie et Libertés, http://www.paris-sans-videosurveill..., dénoncent avec raison « la mise en place d’un contrôle généralisé des individus, sans avoir aucune garantie sur l’utilisation des images enregistrées ».

Utopia, mouvement transparti de gauche, présent aussi bien au PS, au Parti de Gauche, que chez les Verts, invite les militants de tous les partis de gauche à interpeller leurs dirigeants au niveau local et national pour que soit condamnée cette décision sécuritaire.

Delanoë, serait-il devenu le « bras armé » (de caméras) de Sarkozy à Paris ? UTOPIA dénonce cette mesure électoraliste, inefficace et dangereuse, contraire aux valeurs que nous défendons.

Nous invitons également tous les citoyens à se mobiliser en interpellant leurs élus afin que s’organisent localement des débats citoyens autour de ces questions de liberté et de sécurité.

A l’heure où pèsent pour les plus défavorisés des menaces sur le logement, à l’heure où les libertés fondamentales comme le droit d’asile ou l’accueil des étrangers sont bafouées, il est urgent de changer de perspective dans l’analyse du droit à la sécurité et des réponses citoyennes à y apporter.

Utopia interpelle les partis et les citoyens et invite au débat, à la vigilance et à la mobilisation.

L’Inde, une démocratie malade Hervé Kempf Reporterre 2009/11/28 Hervé Kempf (28 novembre 2009) L’Inde, une démocratie malade. Reporterre. fr

L’Inde, une démocratie malade

Rencontre avec l’écrivain Arundhati Roy, qui dénonce les tendances fascistes de la « plus grande démocratie du monde ».

Si l’on débat en France de la panthéonisation d’Albert Camus, c’est sans doute pour célébrer une figure disparue dans ce pays : celle de l’écrivain engagé. A mille lieues de là, à New Delhi, Arundhati Roy ne se pose pas la question : l’auteur du best-seller mondial Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998) emmène le journaliste de passage à un meeting de soutien aux victimes de la répression militaire au Manipur, un petit Etat de l’est de l’Inde. L’écrivain s’assied sagement sur un banc de pierre de l’université de Delhi, parmi une centaine de participants, et attend son tour de parole. A l’écart, une banderole proclame : « Un monde différent ne peut être bâti par des gens indifférents. »

S’ils lisent Arundhati Roy, ses compatriotes ne peuvent rester indifférents : dans Listening to Grasshopers (Penguin Books, New Delhi, 2009), l’écrivain la plus connue en Inde se livre à une critique circonstanciée et convaincante de la « plus grande démocratie du monde », dont elle dénonce les tendances fascistes.

Manipur, justement, pourrait être le prototype de ces dérives : en 1958, pour lutter contre le mouvement indépendantiste, le gouvernement désigna le petit Etat comme une « zone perturbée », dans laquelle l’armée serait dotée de pouvoirs spéciaux. Cela a conduit à de nombreux excès, dénoncés par exemple par l’association Human Rights Watch en 2008. Mais l’action militaire violente se poursuit dans les Etats du Nord-Est comme au Cachemire et dans les Etats de l’est de la Fédération indienne, où se développe la puissante rébellion naxalite.

« Dans la dernière décennie, dénonce Roy, les personnes tuées par les forces de sécurité se comptent par milliers. » Mais, selon elle, le virus de la violence militaire n’est pas seulement localisé dans les régions troublées : c’est l’ensemble du pays qui serait en proie à un fascisme rampant : « Après la chute du mur de Berlin, explique-t-elle à la table de sa cuisine, à côté d’une pile de livres et de journaux, l’Inde s’est réalignée sur les Etats-Unis. Au même moment, ceux-ci sont passés presque instantanément du soutien à l’islam - contre l’Union soviétique - à la démonisation des mouvements musulmans, présentés comme terroristes. Cela a permis au BJP (le parti nationaliste hindou) de prendre son essor sur le thème de la »fierté hindoue« . L’ouverture de l’économie n’a pas contrarié cette tendance, au contraire : »Comme dans l’Allemagne nazie, le fascisme est associé à la régénération économique. Les grandes compagnies soutiennent les leaders du BJP parce qu’ils privatisent et leur donnent les terres prises aux paysans."

Les contrôles de sécurité très poussés lors des vols intérieurs, mais aussi la présence de soldats en armes derrière des sacs de sable dans le métro de Delhi, témoignent que la sérénité ne règne pas dans le pays. Et, presque quotidiennement, les journaux parlent d’un accrochage dans les régions de rébellion naxalite que le gouvernement ne parvient plus à contrôler.

Mais c’est au coeur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée : « La majorité des députés sont millionnaires, dit Arundhati Roy. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux Etats-Unis ? »

Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l’essentiel passés aux mains des élites américanisées. Pour avoir critiqué la Cour suprême, l’écrivain a passé un jour en prison en 2002. « Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites », affirme-t-elle. Quand on lui fait valoir qu’elle est libre de s’exprimer, d’écrire et de parler, elle répond : « Ce n’est pas ça, la démocratie. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple et pour le peuple. »

L’écrivain exagère-t-elle ? Kalpana Sharma, une journaliste de Mumbai engagée à gauche, juge utiles l’analyse et le travail de Roy mais tempère son pessimisme : « Il y a eu de grands progrès au niveau des villages, dit-elle, avec de plus grands pouvoirs accordés aux conseils locaux, les panchayat, ou avec la loi en faveur de l’emploi rural, la Negra. La lutte n’est pas perdue. » Ce à quoi Roy rétorque : « Je ne vois pas mon travail comme devant maintenir un subtil équilibre des positions. Le fascisme, c’est une infiltration lente de tous les instruments du pouvoir d’Etat, une lente érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires. »

Dans ces conditions, demeure-t-il quelque espoir ? « Il y a une chose très positive en Inde : les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, ils sont au courant. » L’écrivain aimerait se mettre à l’écart de l’actualité, progresser dans le livre de fiction qu’elle médite. Mais elle avoue l’« excitation »’ de cette vie. Le lendemain, elle part au Cachemire. Enquêter et, sans doute, dénoncer.

Pourquoi nous lutterons CONTRE un accord à Copenhague Morgan Ody Reporterre 2009/11/28 Morgan Ody (28 novembre 2009) Pourquoi nous lutterons CONTRE un accord à Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

Pourquoi nous lutterons CONTRE un accord à Copenhague

Pur sauver le capitalisme, Copenhague veut faire du climat un marché.

D’ici quelques jours, des milliers de militants d’Europe et du monde entier convergeront vers Copenhague à l’occasion du sommet mondial sur le climat. Alors que les médias donnent la parole exclusivement à ceux qui, parmi les gouvernants, les entreprises et les grandes ONG, appellent à un « accord ambitieux », nous serons nombreux dans les rues de la capitale danoise à agir contre la signature d’un nouveau protocole. Et nous avons de bonnes raisons !

Kyoto 2, la bouée de sauvetage du capitalisme

Le sommet de Copenhague vise à trouver un accord entre les Etats sur la suite à donner au protocole de Kyoto, qui expire en 2012. Le projet sur la table des dirigeants est très semblable à celui de Kyoto, c’est à dire qu’il est basé sur le commerce du carbone et même étend les sphères auxquelles le marché des émissions pourra être appliqué. Au prétexte de réduire les émissions de gaz à effet de serre, on a commencé depuis 2005, date d’entrée en application de Kyoto, à faire du carbone, l’élément le plus basique de la vie sur terre, une marchandise. L’accord de Kyoto n’est que cela.

Toutes les réductions d’émissions auxquelles se sont engagés les pays riches depuis 1997 peuvent se monnayer en échange de la construction d’une centrale hydraulique ici, d’une plantation de palmiers à huile là-bas. Cet accord a-t-il permis de réduire les émissions ? Non, puisque depuis 1990, le volume d’émission a augmenté de 40%, et cela malgré la dégringolade des économies de l’ex-URSS et des « démocraties populaires » qui ont largement participé à baisser le niveau des émissions en Europe. Jamais la croissance des émissions n’a été aussi rapide que depuis que Kyoto est entré en vigueur. Mais à quoi sert ce protocole alors ? A faire de l’argent pardi ! Et, pour être plus précis, à sauver le capitalisme mondial.

La guerre pour les ressources a commencé

Notre système économique a besoin, pour survivre, de produire toujours plus. C’est le principe même de la croissance et de l’accumulation du capital. Pour cela, il utilise toujours plus de ressources naturelles, des ressources toujours plus rares, qu’il doit arracher aux communautés rurales qui en dépendent. Ces vingt dernières années, on a donc vu un accaparement exceptionnel des richesses du monde par quelques dizaines de multinationales qui, pour prendre possession des terres, des réserves d’eau, des minerais et des ressources génétiques (semences et races animales) de la planète, n’hésitent pas à assassiner, à jeter en prison, à terroriser et à affamer des centaines de millions de personnes. Le protocole de Kyoto participe à cet élan d’expropriation en lui offrant une légitimité morale et un appui financier.

Les grandes entreprises ont un besoin particulièrement important d’énergie pour pouvoir continuer à produire en masse et à transporter les biens de consommation d’un bout à l’autre de la planète. Le protocole de Kyoto permet aux pays riches d’éviter de réduire leurs émissions en financant le développement d’énergies soit-disant « propres » dans le Sud. Monocultures d’agrocarburants, barrages géants et méga-projets éoliens sont ainsi mis en place. L’énergie est ensuite acheminée vers les centres industriels ou les pays riches. De façon quasi-systématique, les populations locales sont chassées de leur territoire et n’ont aucun accès à l’énergie produite. L’aspect durable de ces productions est plus que douteux : les plantations de maïs ou de palmiers à huile pour l’éthanol par exemple détruisent la biodiversité, consomment des quantités gigantesques d’eau, sont aspergés d’engrais et de pesticides et s’étendent le plus souvent au détriment de la forêt primaire.

Mais surtout, ces énergies renouvelables ne permettent en rien une réduction des émissions de gaz à effet de serre, puisque la consommation d’énergies fossiles, loin d’être remplacée, continue elle aussi de progresser. Il est prévu que la consommation énergétique mondiale augmente de 50% d’ici à 2030, essentiellement grâce à la progression de la production de charbon, de gaz et de pétrole. Malgré des investissements massifs, les énergies renouvellables ne constitueraient alors que 2% de la consommation totale (1). Cette perspective, prise comme référence par l’Agence Internationale de l’Energie, est apocalyptique. Elle a néanmoins le mérite de montrer que les beaux discours sur les énergies renouvelables servent plus à légitimer une croissance généralisée de la production d’énergie qu’à sauver le climat. A Bali et à Poznan, les négotiations ont visé à introduire de nouveaux secteurs dans le commerce du carbone : les forêts (via le mécanisme intitulé REDD) et les terres agricoles.

Une entreprise polluante en Europe pourra choisir de ne pas réduire ses émissions et compenser en achetant des crédits-carbone à une entreprise en Indonésie qui possède une forêt. D’ores et déjà, et alors même que l’accord n’est pas encore signé, des investisseurs en recherche d’un placement « durable » commencent à acheter des territoires entiers au détriment des populations qui les habitaient (2). Ils vendent ensuite les crédits-carbone sur des marchés volontaires et font double profit en commercialisant le bois. La protection de l’environnement est en quelques années devenu l’alibi le plus commun pour expulser des communautés et laisser la place libre aux multinationales. Alors qu’en 2008 40 milliards d’ha de terres ont déjà été accaparées par les multinationales et certains pays (3), Kyoto va encore accélérer l’expropriation des territoires des populations rurales.

Pauvres et coupables

Le changement climatique et le commerce du carbone n’offrent pas seulement la possibilité pour les grandes entreprises de s’emparer des richesses du monde, ils permettent aussi de justifier auprès des travailleurs le retour de la rigueur. A Poznan lors du sommet sur la climat de 2008, de grandes pancartes affichées dans la gare centrale présentaient les 10 Commandements du 21e siècle. On pouvait lire « Ne prends pas l’avion, Recycle, Utilise le vélo plutôt que la voiture, Evite tous les produits avec emballage plastique, Evite tous les produits venant de loin, N’achète pas à moins d’être sûr que tu as besoin de ce produit, Ne produis pas plus de deux enfants, Ne fais rien qui nécessite des terres ou de l’eau jusqu’ici non-utilisées, Suis tous ces commandement de façon facile et économique, pour toi et les autres ».

Chacun sait que les grands de ce monde ne fréquentent pas les gares, ce message ne leur était donc évidement pas destiné. Pendant qu’on s’évertue à convaincre la population de changer ses ampoules et de fermer le robinet pour se brosser les dents, d’autres peuvent tranquillement continuer leur travail de pillage de la planète. Et nous faire la leçon pour accepter une petite réduction salariale, quelques heures de travail en plus, au nom de la simplicité volontaire et de la solidarité avec les ours polaires. Cet accaparement massif des richesses et le démantèlement des politiques sociales ont conduit à une explosion de la misère dans le monde. Un tiers des urbains habitent maintenant dans des bidonvilles et un milliard de personnes ont faim (un milliard !). Jamais le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a été si gigantesque. Le terme « pays en voie de développement » cache pudiquement une vérité autrement plus crue : la pauvreté s’accroit. Dans le Sud, mais aussi dans nos pays soit-disant prospères.

Toujours plus de profits pour une catastrophe toujours plus proche

Pour une fois, soyons clairs : la crise climatique n’est qu’un aspect de la crise environnementale globale, qui elle-même n’est que le résultat de l’accaparement et de la surexploitation des richesses naturelles par une poignées d’entreprises multinationales dans le seul but de faire du profit. La sur-consommation des ressources naturelles, et notamment des énergies fossiles, ne visent pas à alimenter, chauffer, abriter les gens, bref, à répondre aux besoins des populations, mais à produire des voitures, des gadgets, du soja transgénique, des voyages aux îles Baléares, pour nourrir la croissance mondiale. Nous pillons la planète pour produire de l’inutile ! Et cela alors même qu’une personne sur six ne mange pas à sa faim ! Le monde regorge d’assez de richesses pour assurer à 9 milliards d’êtres humains une vie digne, mais pas pour produire toujours plus de biens superflus dans le seul but de garantir la pérennité d’un système économique et financier basé sur la rémunération du capital (les taux d’intérêt sont le premier maillon qui justifie la croissance économique).

La question posée par le changement climatique est donc celle du partage des richesses. Kyoto, de même que l’accord proposé à la signature à Copenhague, accroissent l’inégalité de l’accès aux richesses naturelles en accélérant la privatisation du monde. C’est pour cela que ces accords sont pour nous inacceptables.

Changeons le système, pas le climat !

C’est sous ce slogan que manifesteront le 12 décembre les partisans de la « justice climatique ». Une manifestation pour dire NON aux fausses solutions présentées dans le sommet officiel - non au commerce du carbone, non aux agrocarburants, non au nucléaire,...-, mais aussi et surtout pour proposer de vraies solutions. Le 16 décembre, Climate Justice Action4 tentera de s’emparer de la conférence pour y donner la parole à celles et ceux, peuples autochtones, paysan-ne-s, femmes rurales, pêcheurs artisanaux, qui depuis des millénaires contribuent par leur travail à stocker du carbone dans les sols, à renouveler la biodiversité, à prendre soin de l’eau, tout en produisant ce dont les communautés ont besoin pour bien vivre. Les solutions face à la crise climatique ne requièrent ni haute technologie ni des sommes d’argent colossales ; elles demandent de la volonté et du courage politique. En lieu et place du commerce du carbone, quatre priorités devraient s’imposer pour faire face à la grave crise actuelle :

- La réforme agraire, c’est à dire la redistribution des ressources naturelles telles que la terre, l’eau et les semences, au bénéfice des populations. En 2006, lors de la Conférence Internationale sur la Réforme Agraire et le développement Rural, 92 pays se sont mis d’accord sur la nécessité de relancer le processus de réforme agraire dans le monde. Cependant, l’opposition farouche de l’Union Européenne et des Etats-Unis a bloqué tout progrès dans ce sens depuis lors.

- La relocalisation de la production, et notamment de la production alimentaire, en appliquant la souveraineté alimentaire et énergétique. Le transport des marchandises tient une place importante dans les émissions de gaz à effet de serre ; il faut donc soutenir les productions locales, nationales et régionales et autoriser la protection des marchés. L’OMC doit être démantelé et les accord bilatéraux de libre-échange stoppés.

- L’annulation de la dette des pays pauvres, qui les contraint à favoriser les productions d’exportation au détriment du bien-être de leurs populations.

- La réforme totale du système financier avec notamment l’interdiction pour les banques de créer de la monnaie via le crédit.

Nos gouvernements actuels, englués dans la corruption, ne sont pas ceux par qui le changement aura lieu. Ils jouent tout juste le rôle de marionnettes dociles aux mains du pouvoir économique et financier. L’enjeu majeur des mobilisations de Copenhague est de bouleverser le rapport de force entre les multinationales et les populations, de reprendre le pouvoir (Le nom de l’action du 16 décembre est « Reclaim Power ! »), de mettre en lumière la duperie monstrueuse que représente Kyoto et le marché du carbone pour que des milliers, des millions de personnes, rejoignent les luttes pour la réappropriation des territoires, des savoirs, pour des vies dignes et solidaires.

Décembre 2009 n’est qu’une étape dans le processus de renforcement de ce mouvement. Qu’un accord soit signé ou non à Copenhague, nous sommes maintenant en marche.

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Notes

|1| World Energy Outlook 2009, novembre 2009

|2| Des paysans victimes du commerce de carbone sur les forêts, 11 décembre 2008, communiqué de la Via Campesina. Disponible sur ESSF : Des paysans victimes du commerce de carbone sur les forêts

|3| Main basse sur les terres agricoles en pleine crise alimentaire et financière, rapport de GRAIN, Octobre 2008.

De Seattle à Copenhague Hervé Kempf Reporterre 2009/11/28 Hervé Kempf (28 novembre 2009) De Seattle à Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

De Seattle à Copenhague

En décembre 1999, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’apprêtait à célébrer triomphalement à Seattle les bienfaits du libre-échange. Mais une contestation massive unissant syndicats, écologistes et tout ce qu’on allait appeler la société civile transformait la cité radieuse en une ville assiégée et la réunion en une pantalonnade.

Dix ans plus tard, la question écologique a pris le dessus dans la liste des priorités internationales : Copenhague sera, dans dix jours, le lieu d’un psychodrame diplomatique et médiatique tout à fait singulier. Ce basculement en une décennie témoigne de l’évolution rapide des esprits et de la réalité.

Voilà que l’OMC se réunit à Genève une semaine avant la conférence sur le climat de Copenhague. Le télescopage n’est qu’apparent : les deux thématiques du commerce et de l’environnement sont intimement liées.

La décennie passée a enregistré l’abaissement de la puissance des Etats-Unis relativement à celle de la Chine. Cette évolution s’est traduite notamment dans le fait que les émissions de gaz à effet de serre de la Chine surpassent dorénavant celles des Etats-Unis. Cependant, selon une étude parue dans la revue Energy Policy en 2008 (Weber C. et al., p. 3572), un tiers des émissions chinoises sont attribuables aux exportations.

Les exportations des uns étant les consommations des autres, les consommateurs des produits chinois sont responsables d’une grande partie des émissions chinoises. Si l’on veut réduire les émissions de la Chine, ce qui est très souhaitable, un moyen efficace est de moins importer de produits chinois. Et d’accepter de payer plus cher un certain nombre de biens, ce qui réduira la consommation matérielle, tout en préservant des emplois dans les pays importateurs.

Comment faire ? En instaurant une taxe aux frontières liée à l’environnement. Les pays ayant adopté des mesures rigoureuses sur l’environnement taxeraient les produits importés des pays n’appliquant pas de telles mesures.

La Chine, cela va de soi, s’oppose vigoureusement à cette idée, qu’Européens et Américains ne soutiennent que prudemment. Pourtant, Pékin recourt sans barguigner au protectionnisme, d’une part en maintenant le yuan largement sous-évalué, d’autre part en appliquant et en renforçant de nombreuses mesures protectionnistes (L’Expansion de décembre).

Il faut parler plus fort. Tant du point de vue de l’environnement que de celui de l’emploi dans les pays occidentaux et de celui du rééquilibrage d’une économie chinoise en surchauffe, une taxe environnementale aux frontières est souhaitable. Pour être juste, son produit devrait être affecté, comme l’a proposé un rapport du Centre d’analyse stratégique (note n° 104, juin 2008) au Fonds d’aide aux pays pauvres pour s’adapter au changement climatique.

Cela s’appelle protectionnisme ? Oui, protection du bien commun qu’est le climat de la planète.

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Références

- Weber et al., « The contribution of Chinese exports to climate change », Energy Policy, 36 (9), 2008, p. 3572-3577. http://homepages.see.leeds.ac.uk/~l...

- Mathieu, Béatrice, « Pékin, superexportateur et ultraprotectionniste », L’Expansion, n°747, décembre 2009. http://www.lexpansion.com/economie/...

- Centre d’analyse stratégique, Note de Veille n°104 (juin 2008), « Régulation climatique globale : quels mécanismes d’inclusion des importateurs de carbone en Europe ? », http://www.strategie.gouv.fr/articl...

En Chine, un comité officiel est favorable à la culture du riz transgénique Greenpeace Reporterre 2009/11/29 Greenpeace (29 novembre 2009) En Chine, un comité officiel est favorable à la culture du riz transgénique. Reporterre. Chine fr

En Chine, un comité officiel est favorable à la culture du riz transgénique

En Chine, le Comité de biosécurité vient de rendre un avis positif relatif à la culture de riz transgénique. Greenpeace demande au gouvernement chinois de renoncer à autoriser la culture commerciale de riz OGM sur son territoire.

Une telle autorisation mettrait en péril l’alimentation de base de la Chine, le pays le plus peuplé au monde. Si le gouvernement chinois décidait de suivre la recommandation du Comité de biosécurité, la Chine deviendrait le tout premier pays à cultiver commercialement du riz génétiquement modifié.

« La commercialisation du riz GM est une menace très sérieuse pour la sécurité alimentaire de ce pays car la plupart des brevets des semences transgéniques sont détenues par des multinationales étrangères », explique Lorena Luo, en charge de la campagne Agriculture durable de Greenpeace en Chine.

Aucun pays au monde n’a encore pris le risque de cultiver commercialement du riz génétiquement modifié. Et pourtant, Greenpeace l’a déjà signalé à plusieurs reprises, il y a déjà eu des cas de contamination du riz conventionnel par des essais de riz chinois et américain. En 2005, des tests sur des échantillons de produits élaborés à base de riz vendus dans les magasins d’alimentation asiatique, dont Tang Frères en France, avaient révélé la présence de riz illégal dans leur composition.

« Comment le gouvernement chinois pourrait-il faire face aux risques qu’implique une culture à grande échelle alors qu’il n’a pas été en mesure d’interdire les cultures illégales de riz transgénique ? La Chine doit suivre la voie de la raison et renoncer à ses ambitions au nom du principe de précaution », conclut Rachel Dujardin, chargée de la campagne OGM de Greenpeace en France.

La vaccination massive H1N1 ? Une explication originale. Alain Bouras Reporterre 2009/11/29 Alain Bouras (29 novembre 2009) La vaccination massive H1N1 ? Une explication originale.. Reporterre. Tribune — fr

La vaccination massive H1N1 ? Une explication originale.

Campagne massive de vaccination. Bien nécessaire ? Pour Alain Bouras, il faut faire le lien avec le démantèlement des services publics.

« J’ai compris ! »

Compris pourquoi ils nous enquiquinent tant avec cette grippe H1gningnin et ces vaccins.

Pendant assez longtemps, je me disais « bon, c’est comme pour les éleveurs que les vetos contraignent à faire vacciner les bêtes qui n’en ont nul besoin. Juste une histoire de blé ».

Mais là, ils poussaient loin le bouchon, au risque que les gens – qui ont assez de soucis comme ça, et savent que de toutes façons on leur ment, mais bon, à quoi bon faire la Révolution – puissent finir par s’indigner.

Qu’est ce qui valait la peine comme ça ?

Pas l’appât du gain : le pognon, les dominants savent le faire cracher depuis des siècles, ce ne sont pas les méthodes qui manquent (l’informatique « contraint et forcé » par exemple, ou la voiture, le téléphone portable, autres exemples), et notamment dans le domaine de la médecine (sic) humaine, les faux cancers et les pseudos Alzheimer rapportent des milliards d’euros, via la chimio, les nuitées, les opérations chirurgicales incessantes, les drogues administrées, etc.

Donc, ce n’était pas le mobile du crime. Pas le seul.

Là où j’ai eu la conviction que se cachait une autre sous- logique, c’est lorsque j’ai appris que la Russie allait rendre le vaccin obligatoire.

La Russie !

Un des pays les plus riches du monde, où la médecine publique est l’une des pires. Tu peux crever devant l’hôpital si tu n’as pas les sous pour payer un médecin.

Alors, que ce pays où l’on se contrefiche de la Santé Publique rende la vaccination obligatoire … faut pas sortir de saint Cyr (ou si, pardon : il faudrait en sortir) pour comprendre que l’arnaque est de taille.

Voyons ? Maastricht. C’est de ce côté qu’il faut chercher chaque fois qu’une arnaque de taille doit être tenue dissimulée « un certain temps ».

Que dit Maastricht ? Que la Justice, l’Armée et la Police resteront les seuls domaines souverains. Le reste doit être taillé en pièces, déréglementé, privatisé : c’est quand même pas nouveau, et il faudrait s’appeler La Belle au Bois Dormant pour ne pas avoir observé le phénomène progresser depuis que le Traité a été voté.

La Santé, les Transports, la Poste, l’Education …

Tiens ? L’éducation.

Maigret sortirait son « Bon sang, mais c’est bien sûr ».

Attends un peu : une école ferme parce qu’il y a 3 cas.

Trois cas de quoi ? De grippe. Qui peut dire si c’est la x la y ou la H1N1 ? Principe de précaution. : on ferme. On trouvera toujours des parents qui diront « on veut la sécurité ». Sinon, on trouvera toujours des journaux pour faire croire qu’ils l’ont dit. Sinon, on trouvera toujours des potaches qui se mettront d’accord pour dire qu’ils ont « quelque chose » (on parie ?), et des gros niais – peut-être dans le Privé, va savoir ? – qui crieront qu’il faut fermer.

Ensuite ?

Ensuite, on trouvera toujours des profs assez bêtes pour proposer en bon citoyen de faire de cours par Internet. Bénévolement, à la place de leur temps de cours. Seulement 40% des foyers en France sont équipés d’Internet. Qu’est ce que ça peut faire ? On ne va pas s’embêter pour quelques pauvres ! D’ailleurs, s’il y avait moins de pauvres, il y aurait moins de misère ! Ils ont une part de responsabilité.

Les cours étant assurés par Internet, gratuitement d’abord, on peut faire durer la fermeture de l’Ecole pendant – allez ! – trois semaines. La sécurité ! la sécurité !

Economie de chauffage, de maintenance. Pour l’instant, que cela.

Mais après ?

Les épidémies bidons – mais qui peut diagnostiquer dans l’urgence ? – se multiplient. Les écoles ferment. On s‘habitue aux cours par Internet. On somme les parents indignes qui ne sont pas équipés de faire un effort. On est bon : on va payer les enseignants pour faire leurs cours via les ordis : ca y est, la compétition est lancée. Hé oui, il n’y aura plus de place pour tout le monde, puisque le nombre d’élèves ne sera plus 25 à 35 par classe, mais … toute la population d’un niveau scolaire, compte tenu de ce que les programmes sont uniformes. La compétition étant ouverte, la solidarité disparaît : vieille tactique de dominant.

Ca y est ? Ca se précise ?

Affabulation ? Parano d’une machination machiavélique ?

Parce que la dérégulation de la santé, de la poste, des prisons, ne l’est pas ? Parce que Maastricht ne l’est pas, qui place le Marché en Dictature, qui instaure le règne du Veau d’Or, de l’argent roi ? Qui remplace – c’est presque fait, un peu de patience – la morale par le pognon ?

Le scénario, que ces messieurs-dames ont bien pensé, se poursuit. Les cours, d’abord payés par l’Etat, sont privatisés. Doucement, progressivement, comme à l’habitude : on « ouvre » d’abord à une « saine » concurrence. Puis, ils ne sont plus que privés. Les meilleurs seront les plus chers. Normal. Les pauvres auront les moins bons. La logique ne change pas.

Calculons.

Calculons maintenant l’économie : pour la France, un million de salariés en moins à payer. Des bâtiments à ne plus chauffer, à ne plus entretenir, que l’on peut vendre de surcroît. Un Ministère à fermer. Des contestataires et des trublions idéologues et utopistes en moins. Je comprends mieux que la Russie, mère-patrie de la Mafia, se soit ruée dans la brèche : quelle économie gigantesque : d’autant que les dominants, les nantis, n’y perdent rien. Cool !

On sait tous que c’est le pognon qui fait prendre les décisions. Si le scénario vous semble de fiction, allez-y : dites-moi alors à qui le crime profite ?

Moi, je ne vois pas d’autre logique. Je la trouve même sacrément logique.

Les CRS s’entraînent sur une base militaire Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires Reporterre 2009/11/30 Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires (30 novembre 2009) Les CRS s’entraînent sur une base militaire. Reporterre. Armée fr

Les CRS s’entraînent sur une base militaire

Confusion des genres : l’armée, en principe chargée de défendre le pays contre l’extérieur, prête ses bases pour que les policiers s’entraînent à réprimer les manifestations. Incidemment, les manifestations prévues ici concernent le nucléaire.

Enquête publique, comité d’information, débat public... ne trompaient déjà plus grand monde pour ce qui touche au nucléaire. Vendredi 26 novembre, entre Nancy et Bure (Lorraine), s’est déroulé un évènement qui aurait pu passer inaperçu. Il ressemble pourtant furieusement à un dérapage démocratique majeur et la "Fédération Grand-Est STOP déchets nucléaires" lance une alerte.

C’est le quotidien régional L’Est Républicain qui, dans son édition de samedi, a révélé le pot-aux-roses (cf article en bas de page) : "Les compagnies républicaines [de CRS] s’entraînent avec un réalisme bluffant (...). Hier c’était sur la base de Toul-Rosières. Exercice musclé de maintien de l’ordre (...). Alors que le premier ministre entre à peine dans la zone pour saluer les élus favorables à l’extension des capacités de stockage de leur site d’enfouissement nucléaire (...)"

Les voilà prévenues les populations à qui les pouvoirs publics tentent d’imposer depuis des années les déchets de l’industrie nucléaire. Jusqu’à présent c’est le terrorisme qui était pointé comme "ennemi intérieur". Aujourd’hui, on découvre avec stupéfaction par cet exercice de Toul qu’un dérapage majeur se met en place. Les gouvernants ciblent à présent les populations qui refusent de voir leur territoire empoisonné par les déchets radioactifs.

Curieuses et inacceptables méthodes dans un pays républicain que d’entendre ses gouvernants affirmer que l’énergie nucléaire est propre alors que dans le même temps ils tentent d’escamoter des montagnes de déchets. Curieuses et inacceptables méthodes pour faire accepter aux élus locaux les poubelles nucléaires : hier fausses promesses et mensonges (cf poubelle nucléaire de Soulaines), aujourd’hui achat des consciences par des flots d’argent (cf poubelle nucléaire de Bure). Demain matin, faut-il s’attendre à ce que la force vienne écraser le peuple pourtant "souverain" (cf poubelles nucléaires FAVL et HAVL) ?

La Fédération attend de tout-e élu-e qu’il-elle dénonce dès ce jour et publiquement cette dérive - notamment les Conseils régionaux de Lorraine et de Champagne-Ardenne -, qu’il-elle se "lève" et rejoigne l’association d’élus-es EODRA.

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Voici l’article de L’Est Républicain, par Pascal Salciarini, publié le 28 novembre 2009.

Cœur de manif avec les CRS

Les compagnies républicaines s’entraînent avec un réalisme bluffant trois fois par an. Hier c’était sur la base de Toul-Rosières. Exercice musclé de maintien de l’ordre.

Passe-montagnes, cagoules, treillis, pneus et faux cocktails Molotov en guise de projectiles : manifestants et casseurs ont pris position aux abords de la gare de X ville.

Alors que le premier ministre entre à peine dans la zone pour saluer les élus favorables à l’extension des capacités de stockage de leur site d’enfouissement nucléaire, première échauffourée : « Tant que la manifestation est pacifique, on n’intervient pas, on se contente de contrôler le périmètre et d’y assurer la liberté de circulation. Le but est de rester maître de la situation et de son sang-froid. Dès que cela dégénère, on intervient de façon calculée, graduée. La difficulté est aussi de différencier le militant pacifique du voyou venu pour casser », explique le commandant Glorian, qui sourit. Il sait bien lui, que le scénario concocté tout exprès pour les patrons de compagnie de Jarville, Thionville et Metz est plus chinois qu’il n’y paraît.

C’est même le but de l’exercice qui a lieu sur la base de Toul-Rosières, cadre idéal pour déployer sans nuisance pas moins de 300 CRS. La 30, la 36, la 39 de Jarville : ils sont tous là, harnachés comme des Ninja, avec véhicules, protections, armes et matériels. Une répétition générale qui entre par la grande porte dans une période de recyclage où tout est passé en revue. D’un côté les CRS. De l’autre... des CRS qui connaissent leur métier mais jouent les assaillants, plus malins que des vrais, plus résistants aussi physiquement.

Alors on s’en donne à cœur joie sous le regard des chefs de section, qui ne font pas que compter les points. Dans un langage plus militaire que policier, on appelle ça du « drill », la répétition continuelle de gestes qui doivent devenir des acquis : « Pas d’initiative individuelle. La violence se maîtrise des deux côtés. Là, on a des jets de projectiles, des tentatives de forcer le barrage. On ne peut pas laisser faire », explique un commandant radio en main, en liaison avec l’état-major du préfet.

Ça tombe bien, le « vrai » directeur de cabinet du préfet, Frédéric Bernardo, est venu passer la matinée dans les bourrasques de vent qui balaient la base de Rosières. Nouveau crépitement sur la « conférence », la fréquence radio de l’exercice : « Le préfet a décidé que la manif n’a que trop duré. On regroupe les deux compagnies pour la dispersion. Au départ de l’OPJ qui fera les somations ! ». Brassard police orange sur la manche, un capitaine empoigne son mégaphone et siffle la fin du match : deux compagnies chargent alors dans un nuage de lacrymo. « Les manifestants ont reculé de cent mètres, et semblent se disperser. Dans ce cas-là on doit veiller à ce que d’autres groupes ne se reforment pas ailleurs, charriant derrière eux des casseurs qui n’ont rien à voir avec la défense de l’écologie », confirme un CRS, qui a déjà rechargé son fusil lance-grenades. Portée utile 100 m : « On ne recherche pas l’affrontement. C’est juste un outil de dispersion à distance ! » Mais quel outil...

N’oubliez pas le méthane ! Benjamin Dessus et Bernard Laponche Reporterre 2009/11/30 Benjamin Dessus et Bernard Laponche (30 novembre 2009) N’oubliez pas le méthane !. Reporterre. Tribune — fr

N’oubliez pas le méthane !

Les Etats-Unis pourraient assez aisément réduire les très importantes émissions de méthane dont ils sont responsables. Le méthane est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le gaz carbonique.

Les récents engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines des Etats-Unis annoncés par le gouvernement américain (-17% par rapport à 2005, dont on peut supposer, en l’absence d’informations plus détaillées, qu’ils portent presque exclusivement sur les émissions de CO2) ont été accueillis en Europe avec un optimisme mitigé. Ils sont en effet à la fois indispensables pour permettre d’engager la négociation de Copenhague, mais chacun est conscient, y compris aux Etats-Unis, qu’ils restent très en deçà des engagements indispensables pour un pays qui concentre à lui tout seul environ 20% des émissions de la planète.

Le retard pris depuis 1990 dans la lutte contre le réchauffement (+ 16% entre 1990 et 2007 selon l’EPA, Environment Protection Agency) rend en effet très difficile pour ce pays une chute plus spectaculaire des émissions de CO2 à brève échéance (2020) que celle actuellement proposée. Ces émissions, majoritairement liées à la consommation d’énergies fossiles, sont en effet directement liées à un mode de vie et à des infrastructures (d’urbanisme, de transport et de production d’énergie) qui présentent des inerties importantes. D’où l’importance de compléter ces premiers engagements de perspectives à plus long terme.

Reste qu’à l’échéance 2020-2030 le compte n’y est pas.

Il reste une marge de manœuvre à ces horizons, actuellement largement négligée, et qui mérite pourtant qu’on s’y arrête. La focalisation des efforts sur le principal gaz à effet de serre qu’est le CO2 a en effet fait quelque peu oublier l’importance des autres gaz à effet de serre, en particulier du méthane.

En 2007 les émissions de méthane des Etats-Unis atteignaient 27 millions de tonnes, en légère régression depuis 1990 (29 Mt) mais assez stables depuis le début des années 2000. Avec les conventions d’équivalence retenues à Kyoto de prise en compte d’un effet intégré de ces émissions à 100 ans (un « potentiel de réchauffement global » de 21 par unité de masse par rapport au CO2 sur la période 2007-2107), ces émissions comptent pour 585 Mt d’équivalent CO2 dans le bilan d’émission des Etats–Unis en 2007, soit environ 8% du total de ces émissions.

Mais ce coefficient 21, valable pour l’horizon 2107, ne l’est plus à plus court terme. Le méthane se caractérise en effet à la fois par une efficacité radiative beaucoup plus élevée que celle du CO2 et un temps de résidence dans l’atmosphère beaucoup plus faible que celui du CO2. Son potentiel de réchauffement global à 10 ans (2020) atteint ainsi une valeur de 90 et à 20 ans (2030) de 72 (rapport 2007 de l’IPCC).

Toute action de réduction des émissions de méthane qui viendrait s’ajouter au programme proposé par les Etats-Unis, aurait donc, au delà de son rôle reconnu à long terme, une efficacité environ 4 fois plus importante aux horizons 2020-2030 qui font l’objet des préoccupations internationales. L’analyse de l’origine des émissions de méthane des Etats-Unis montre que ce pays dispose de marges de manœuvre non négligeables pour agir à court terme dans ce domaine, avant 2020.

En effet, à côté des émissions liées à l’agriculture et à l’élevage qui comptent pour 33% environ du total, la plus grosse part de ces émissions provient des secteurs miniers (gaz pétrole et surtout charbon) ou de la gestion des déchets urbains et du traitement de l’eau : 7,5 Mt pour les émissions des décharges ménagères et le traitement de l’eau, 5 Mt pour le système de production et distribution du gaz naturel, 3 Mt pour les mines de charbon, 1 Mt pour le pétrole, etc. Dans ces différents domaines les possibilités d’actions efficaces, rapides, peu onéreuses, sont nombreuses.

C’est tout particulièrement le cas pour les décharges d’ordures ménagères dont les émissions occupent la seconde place au Etats-Unis, juste derrière la fermentation entérique des animaux d’élevage. Le volume de déchets mis en décharge augmente rapidement (298 millions de tonnes en 2007 contre 209 en 1990). Une partie des 12 Mt de CH4 émis est récupérée à des fins énergétiques ou torché, mais plus de 50% (6,35 Mt) restent encore émis dans l’atmosphère. Les émissions correspondantes par habitant de ces décharges (21 kg de méthane par habitant et par an pour 0,95 tonne/habitant/an de déchets) sont donc beaucoup plus importantes que dans un pays européen comme l’Allemagne par exemple (6,3 kg/hab/an de méthane pour 0,62 tonne/hab/an de déchets) qui a engagé depuis 20 ans une politique active dans ce domaine, puisqu’elle a divisé par 3,5 les émissions de ses déchets depuis 1990.

Une division par deux des émissions des décharges est donc parfaitement envisageable avant 2020. Il en est de même pour le traitement de l’eau. De la même manière, une récupération plus systématique du méthane des mines en fonctionnement et des mines abandonnées, sur le modèle des opérations partielles aujourd’hui engagées aux Etats-Unis, permettrait de réduire les émissions de ce secteur de 1 Mt à court terme.

L’ensemble de ces mesures, sans même compter la méthanisation les fumiers et lisiers et la chasse systématique aux fuites des réseaux gaziers, devrait permettre une réduction supplémentaire d’émissions de CH4 d’au moins 5 millions de tonnes avant 2020 à des coûts économiques faibles du fait de la valorisation énergétique du méthane très souvent envisageable.

Cet effort supplémentaire sur le méthane aurait des conséquences bénéfiques sur le climat en 2020-2030 analogues à une réduction supplémentaire de l’ordre de 400 millions de tonnes de CO2. Quand on sait que la réduction de 17% des émissions de gaz à effet de serre envisagée aujourd’hui représente à peine un milliard de tonnes d’équivalent CO2, cette contribution à la lutte contre le changement climatique serait loin d’être négligeable et apporterait un complément de poids aux efforts indispensables des Etats Unis pour la réduction des émissions de CO2.

Le débat sur les nanotechnologies mais sans les citoyens Pièces et main d’oeuvre Reporterre 2009/12/01 Pièces et main d’oeuvre (1er décembre 2009 à 21h33,) Le débat sur les nanotechnologies mais sans les citoyens. Reporterre. fr

Le débat sur les nanotechnologies mais sans les citoyens

Quoi de plus reposant qu’un débat sans contradiction ? La Commission nationale du débat public continue à discourir dans des salles emplies de « citoyens » soigneusement sélectionnés.

« Le grand public est au centre de notre mission », proclame la Commission particulière du débat public Nanotechnologies sur son site. Et Bergougnoux, son président, d’espérer dans le Monde, le jour du lancement de sa campagne d’acceptabilité, la participation de 10 000 à 12 000 personnes aux pseudo-débats – soit une moyenne de 590 à 700 participants par ville.

Les compte-rendus des sept premières réunions, établis par la CNDP elle-même, nous informent que seules 200 à 300 personnes se déplacent en moyenne, soit moins de la moitié que prévu. Un échec pour la CNDP ? Certes non. En réalité, l’organisation de ces réunions bidon écarte minutieusement le « grand public » pour réserver le prétendu débat aux experts et contre-experts du nanomonde.

A Strasbourg, Toulouse, Orléans, Bordeaux, Lille, Clermont-Ferrand, Besançon et Grenoble, nul n’a vu d’affiches sur les murs, ni reçu de tract dans sa boîte aux lettres. A chaque étape le même refrain chez les habitants interrogés : personne n’est au courant. Ce n’est certes pas faute de budget – deux millions d’euros pour cette campagne de promotion – si la CNDP néglige la plus élémentaire information de la population.

Au contraire son agence de manipulations publiques, I&E Consultants, envoie-t-elle en masse des invitations insistantes aux universités, laboratoires, instituts de recherche. A Grenoble les chercheurs de l’Université Joseph-Fourier (scientifique) et des instituts de sciences dures du CNRS ont ainsi reçu des mails les incitant à bourrer la salle pour soutenir la tribune et riposter à d’éventuelles manifestations d’opposition. I&E invite également les associations environnementalistes ou de consommateurs à étaler leur contre-expertise pour un échange démocratique sur les taux de nano-pollution admissibles. Ainsi s’assure-t-on le respect de la consigne délivrée par Jean-Louis Borloo dans le film d’introduction aux réunions : « Notre façon de vivre va être bouleversée par ces nanotechnologies, la question c’est pas d’être pour ou contre » (sic).

Résumons : 250 personnes dans la salle. Les premiers rangs réservés aux représentants des sept ministères maîtres d’ouvrage. Des intervenants officiels disséminés dans le public. Les invités issus des labos, de la Chambre de commerce, des boîtes locales ; et des citoyens spécialistes délégués par leurs associations. Combien d’anonymes du « grand public » dans ces débats bidon ? Leur présence est si peu souhaitée que d’honorables représentants de ceci-cela ont pu s’offusquer de la distribution par des contestataires sans appartenance, de tracts « sans signature d’association ». La CNDP quant à elle le déclare tout de go : « Nous ne sommes pas intéressés par les slogans et les déclarations anonymes ». D’autant moins que la commission, tout en invitant le public à « éclairer les décisions du gouvernement », a établi à l’avance la liste des 147 questions susceptibles d’être soulevées en réunion, ainsi que les thèmes à exclure du débat (la biologie synthétique, le transhumanisme, les sciences cognitives – bref, l’homme-machine dans le monde-machine). Cette liste a été rendue publique par Pièces et Main d’oeuvre sur les sites www.piecesetmaindoeuvre.com et www.nanomonde.org.

A Besançon, le dispositif anti-public est monté d’un cran sécuritaire. Les participants, accueillis par un triple contrôle de vigiles, furent priés, une fois à l’intérieur, de signer un engagement à ne pas « perturber le débat ». A Grenoble, c’est dans un bunker que le grand public est invité à s’exprimer en toute liberté. Police partout, vigiles privés en nombre renforcé ont été convoqués pour le show dans la capitale des nanos, à Alpexpo. La sécurité, nous dira l’honnête Bergougnoux, est l’affaire du responsable de la salle ; la CNDP ne touchant pas à ces basses ¦uvres. Ça tombe bien, le patron d’Alpexpo est un expert en la matière. Guy Chanal, également patron du Palais des Sports et de la course cycliste des Six Jours de Grenoble, est réputé pour sa poigne qui lui vaut une réputation de « cow-boy » parmi ses employés. Son expertise en maintien de l’ordre fait de lui depuis 2007 le conseiller technique auprès du préfet de l’Isère en matière de grands rassemblements, « en liaison avec le chef du service interministériel de défense et de protection civile » (prefecture.isere.fr). Nous voilà rassurés.

Tel qu’il est, avec ses multiples trucages et manipulations, ce pseudo-débat de la CNDP ne peut se dérouler autrement, puisque précisément il est destiné à simuler un exercice de démocratie impossible. Les opposants au nanomonde ayant dénoncé cette mascarade organisée trois ans après l’inauguration de Minatec à Grenoble, il ne restait à la CNDP qu’à ramasser les gestionnaires des nuisances pour servir de marionnettes dans ses numéros de ventriloques.

Il est notoire que les seuls débats publics sur les nanotechnologies depuis 2003 ont eu lieu à l’initiative obstinée des opposants et que celui de la CNDP n’existerait pas s’il ne s’agissait d’enfouir ces manifestations critiques. Du reste, serions-nous seuls contre tous à clamer notre opposition au nanomonde, que nous persisterions.

Une chose est sûre : OGM, déchets nucléaires, ITER ou nanotechnologies, l’hostilité croît vis-à-vis de la « démocratie technique », des sociologues de l’acceptabilité et des organisateurs de la fausse concertation qui mettent en oeuvre la devise de leurs collègues de France Telecom : « Faire participer, c’est faire accepter ». Pas plus que les OGM ou le nucléaire, les nanotechnologies ne se gèrent. Face au nanomonde nous ne pouvons nous satisfaire de règlements à la marge. Voilà pourquoi nous ne participerons pas au débat bidon de la CNDP à Grenoble le 1er décembre.

Obama pire que Bush en Amérique latine Immanuel Wallerstein Reporterre 2009/12/01 Immanuel Wallerstein (1er décembre 2009 à 21h46,) Obama pire que Bush en Amérique latine. Reporterre. Tribune — fr

Obama pire que Bush en Amérique latine

La Maison Blanche laisse s’opérer la remontée de la droite militaire en Amérique latine. Cela s’explique par la faiblesse politique intérieure de M. Obama.

Quelque chose d’étrange se passe actuellement en Amérique latine. Les forces de droite de la région sont sur le point de faire mieux sous la présidence de Barack Obama que pendant les huit années de George W. Bush. Bush a dirigé un régime d’extrême droite qui n’avait absolument aucune sympathie pour les forces populaires latino-américaines. A l’inverse, Obama dirige un gouvernement centriste qui cherche à reproduire la « politique de bon voisinage » proclamée en son temps par Franklin Roosevelt pour signaler la fin des interventions militaires directes des Etats-Unis en Amérique latine.

Pendant la présidence Bush, la seule tentative sérieuse de putsch soutenue par les Etats-Unis fut celle commise contre Hugo Chavez au Venezuela en 2002, et elle échoua. S’en suivit une série d’élections dans toute l’Amérique latine et dans les Caraïbes qui virent les candidats de centre-gauche l’emporter presque à chaque coup. Le point culminant fut atteint en 2008 au Brésil lors d’un sommet [le Sommet du Groupe de Rio, NdT] auquel les Etats-Unis ne furent pas invités et où le président cubain Raúl Castro fut pratiquement traité en héros.

Depuis que Barack Obama est devenu président, il s’est produit un coup d’Etat, au Honduras, et il a réussi. En dépit de la condamnation du putsch par Obama, la politique américaine a été ambiguë et les putschistes sont en train de gagner leur pari, celui de rester au pouvoir jusqu’aux prochaines élections qui doivent désigner un nouveau président. Au Paraguay, le président Fernando Lugo, un catholique de gauche, a évité un coup d’Etat militaire. Mais son vice-président de droite, Federico Franco, est à la manœuvre pour obtenir d’un parlement national hostile à Lugo un putsch qui revêtirait la forme d’une procédure d’impeachment. Et les militaires s’aiguisent les dents dans plusieurs autres pays.

Pour comprendre cette apparente anomalie, il faut se pencher sur la politique intérieure américaine et comment elle affecte la politique étrangère des Etats-Unis. Il était une fois, il n’y a pas si longtemps, deux grands partis qui représentaient chacun des coalitions de forces sociales tendant à se chevaucher. Au sein de ces coalitions, les équilibres internes étaient situés à peu près au centre-droit pour le Parti républicain et à peu près au centre-gauche pour le Parti démocrate.

Comme les deux partis se chevauchaient, les élections avaient tendance à pousser les candidats à la présidence des deux partis plus ou moins vers le centre, et ce afin d’y gagner les faveurs de la fraction relativement réduite des électeurs centristes « indépendants ».

Ce n’est plus le cas. Si le Parti démocrate demeure la grande coalition qu’il a toujours été, le Parti républicain s’est, lui, déporté loin sur la droite. Ce qui signifie que les républicains disposent d’une base électorale plus réduite. Logiquement, ils devraient se trouver en grand danger sur le plan électoral. Comme on peut cependant le constater, ce n’est pas exactement ainsi que les choses fonctionnent.

Les forces d’extrême droite qui dominent le Parti républicain sont extrêmement motivées et assez agressives. Elles cherchent à purger le parti de tous les éléments considérés comme trop « modérés » et elles cherchent à faire régner au sein du camp républicain au Congrès une attitude invariablement négative à l’égard de tout ce que le Parti démocrate, et en particulier le président Obama, peut proposer. Les compromis politiques ne sont désormais plus considérés comme quelque chose de politiquement désirable. Au contraire. Les Républicains sont fermement invités à marcher au pas.

Pendant ce temps, le Partie démocrate opère comme il l’a toujours fait. Sa grande coalition va, en gros, de la gauche jusqu’au centre-droit. Les démocrates du Congrès consacrent la plus grande partie de leur énergie à négocier entre eux. Ce qui veut dire qu’il leur est très difficile d’adopter des lois importantes, comme on peut l’observer actuellement avec la tentative de réforme de la santé.

Quelle est la signification de tout ceci pour l’Amérique latine (et aussi pour les autres régions du monde) ? Bush pouvait obtenir quasiment tout ce qu’il voulait des Républicains au Congrès, Congrès au sein duquel il a disposé d’une majorité claire pendant les six premières années de son régime. Les vrais débats ont eu lieu au sein de la garde rapprochée de Bush, entourage sur lequel le vice-président Cheney a exercé sa domination pendant les six premières années. Quand Bush a perdu les élections au Congrès en 2006, l’influence de Cheney a décliné et la politique a légèrement changé.

L’ère Bush a été marquée par l’obsession de l’Irak et, dans une moindre mesure, par l’obsession du reste du Moyen-Orient. Il restait encore un peu d’énergie pour traiter de la Chine et de l’Europe occidentale. Du point de vue du régime Bush, l’Amérique latine a disparu du paysage. A sa grande déception, la droite latino-américaine n’a pas bénéficié du type d’engagement qu’elle s’estimait, comme d’ordinaire, en droit d’attendre et d’obtenir de la part du gouvernement américain.

Barack Obama fait face à une situation totalement différente. Sa base est disparate et son programme ambitieux. Ses prises de position publiques oscillent entre un ferme ancrage au centre et des gestes modérés en direction du centre-gauche. Son positionnement politique n’en est rendu que plus fragile. Les électeurs de gauche qu’il avait émoustillés pendant la campagne sont désabusés et se mettent en retrait du jeu politique. La réalité de la dépression mondiale conduit certains de ses électeurs centristes indépendants à prendre leurs distances, effrayés qu’ils sont par l’endettement croissant du pays.

Pour Obama, comme pour Bush, l’Amérique latine n’est pas la première des priorités. Toutefois, Obama (contrairement à Bush) se bat pour se maintenir politiquement la tête hors de l’eau. Il a de grosses inquiétudes sur les élections de 2010 et 2012. Et ses craintes ne sont pas infondées. Sa politique étrangère est considérablement influencée par son impact potentiel sur ces élections.

Ce que les droites latino-américaines sont en train de faire, c’est de profiter des difficultés politiques internes d’Obama pour lui forcer la main. Elles voient bien que, politiquement, il n’a pas l’énergie suffisante pour les contrarier. A cela s’ajoute que la responsabilité de la situation économique mondiale tend à retomber sur les gouvernements sortants. Et en Amérique latine aujourd’hui, les sortants, ce sont des partis de centre-gauche.

Qu’Obama remporte quelques succès politiques importants dans les deux prochaines années (une loi sur la santé correcte, un vrai retrait d’Irak, une réduction du chômage) et le retour de la droite latino-américaine s’en trouverait atténué. Mais ces succès viendront-ils ?

Les shadoks adorent le pé i bé Aurélien Boutaud Reporterre 2009/12/02 Aurélien Boutaud (2 décembre 2009) Les shadoks adorent le pé i bé. Reporterre. Tribune — fr

Les shadoks adorent le pé i bé

Les shadoks veulent aller le plus vite possible vers le progrès. Le problème, c’est que le cosmogol se fait rare. Comment faire ? Changer le compteur de cosmogol ? Les shadoks savants trouvent la réponse...

La Commission Stiglitz-Sen (CSS) a réuni pendant plus d’un an quelques-uns des économistes les plus célèbres. Leur mission : proposer une alternative au Produit Intérieur Brut (PIB) pour mesurer le bien-être et la richesse des nations. Prendre en compte ce que le PIB ignore, et en particulier les inégalités ou les atteintes à l’environnement : l’intention était tout à fait louable ! Mais c’est bien connu, "Lorsqu’on a appris à réfléchir comme un marteau, on voit tous les problèmes comme des clous". Certains de nos économistes ont donc proposé de mesurer la dégradation du "capital naturel" en donnant à ce dernier une valeur monétaire. Ainsi, si le PIB reste supérieur au coût estimé de la dégradation de la nature... le bilan reste positif : tout va bien, on peut continuer ! C’est ce qu’on appelle l’Epargne Nette Ajustée (ENA). Une véritable usine à gaz... digne des Shadoks.

Sur la planète Shadok, vivaient des Shadoks. L’activité préférée des Shadoks consistait à pomper. Les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient. Ils pompaient essentiellement du Cosmogol, dont les usages étaient multiples et variés. Sur la planète Shadok, on utilisait le Cosmogol pour faire tourner des machines de toutes sortes, qui permettaient aux Shadoks de se mouvoir, de travailler, de manger ou encore de se divertir. Bref, on peut dire sans se tromper que le Cosmogol était au cœur de la pompeuse civilisation des Shadoks.

Ainsi donc, pendant des décennies, les Shadoks pompèrent et brûlèrent des quantités tout à fait pharamineuses de Cosmogol. Jusqu’au jour où, l’air saturé de gaz cosmogolique étant devenu irrespirable, et les ressources de Cosmogol venant à manquer, les Shadoks prirent la sage décision de quitter leur planète. « Ce coup-ci, la maison a cramé ! » s’exclama l’un des plus grands Shadoks de tous les Shadoks, lors d’une grande allocution publique. Et dans un tonnerre d’applaudissements, il ajouta : « A présent, on se casse ! »

Ni une ni deux, les Shadoks les plus savants se réunirent afin d’élaborer un vaisseau spatial d’une immense et tout à fait shadockienne sophistication. C’était de la belle ouvrage, pour sûr ! Et d’ailleurs, parmi la population, on ne s’y trompa guère : « Oh ! Le bel engin ! » s’écria-t-on en découvrant la bête. Et on lui donna le joli nom de « mégamachine ».

Ainsi, après avoir bourré les réservoirs de la mégamachine avec les dernières réserves de Cosmogol, nos amis Shadoks s’envolèrent droit dans le ciel, mettant le cap sur une planète qui depuis bien longtemps leur avait semblé plus accueillante – mais qui était néanmoins fort lointaine – et qu’en langage Shadok on nommait « l’astéroïde du Progrès ».

C’est malheureux à admettre, mais certains problèmes shadokiens ne manquèrent pas de se faire jour au cours du grand exode interplanétaire. Il faut dire que la mégamachine avait été construite à la hâte. En particulier, ses commandes de bord étaient très rudimentaires. Partant du principe que l’essentiel était d’aller au plus vite vers le Progrès, les savants Shadoks s’étaient contentés de munir leur tableau de bord d’un seul et unique cadran : le compteur de vitesse. Ainsi, par facilité, les Shadoks avaient fini par considérer que, pour atteindre le Progrès, le plus important était d’aller toujours plus vite.

Mais là n’était pas le seul défaut de la mégamachine. A partir d’une certaine vitesse, et du fait d’une malfaçon que les savants Shadoks avaient encore bien du mal à s’expliquer, les gaz de combustion du Cosmogol emplissaient peu à peu la cabine où vivaient les Shadoks, rendant l’air de plus en plus irrespirable. Certains Shadoks remarquèrent également que le rendement cosmogolique de la mégamachine diminuait fortement à partir d’une certaine vitesse. Ainsi, l’accélération continue de la mégamachine, que tout le monde considérait à l’origine comme vertueuse, se vit progressivement remise en cause par certains mauvais esprits – dont on soupçonna rapidement qu’ils ne voulaient pas du Progrès. A quoi bon accélérer encore, disaient ces mauvais esprits, si cela devait se traduire par un gaspillage disproportionné de Cosmogol, et une pollution accrue de l’air ambiant ? Et pourquoi ne pas ralentir, si le voyage vers le Progrès venait à être menacé par cette utilisation irraisonnée de Cosmogol ?

Diantre ! La question n’était pas mince. Le capitaine Sharkozy décida donc de réunir les plus grands savants Shadoks au sein d’un grand conseil : la Commission des Shadoks les plus Savants (CSS). Et les débats furent houleux.

Car entre temps, certains Shadoks, moins savants que les grands savants (mais tout de même un peu savants), avaient élaboré un outil qui permettait de mesurer l’état du réservoir à Cosmogol : la jauge cosmogolique. La population des Shadoks trouvait cela très astucieux. En comparant la vitesse et l’état du réservoir à Cosmogol, on pouvait ainsi estimer la vitesse optimale de déplacement : celle-là même qui permettrait à la mégamachine de voler le plus durablement possible – c’est à dire sans gaspillage inutile. Et les conclusions de ces « savants moins savants que les grands savants » étaient claires : pour arriver au bout du chemin, il fallait urgemment réduire la vitesse de la mégamachine Shadok.

Les grands savants Shadoks de la CSS ne se laissèrent pas impressionner par de si futiles conclusions. A quelques exceptions près, ces thermodynamiciens de haut vol n’appréciaient guère que de vulgaires bricoleurs de jauges portent un jugement sur la manière dont devrait fonctionner leur shadokienne mégamachine. « Qu’est-ce que c’est que ces tocards ? » se demanda-t-on au sein de la Commission. Les grands savants firent remarquer que réduire la vitesse rendrait le voyage plus long. Or, personne n’avait envie que le voyage soit plus long – surtout dans les conditions rendues si peu agréables par les émissions de gaz cosmogolique. Raisonner ainsi, c’était vouloir aller à l’encontre du Progrès. Par conséquent, ajouter une jauge cosmogolique au tableau de bord ne servait à rien : mieux valait améliorer la précision du compteur de vitesse de la mégamachine, ce qui permettrait de ne garder qu’un seul et unique cadran.

Pour ce faire, les savants de la CSS mirent toute leur finesse et leur grande intelligence en branle, et ils parvinrent à une conclusion éminemment shadokienne : il suffisait de corriger la vitesse réelle de la mégamachine en retranchant une vitesse fictive négative obtenue en convertissant les pollutions et l’épuisement du Cosmogol en perte de vitesse. Il va sans dire que les Shadoks savants prétendaient maîtriser parfaitement cette technique de conversion, où tout pouvait s’exprimer en vitesse. Ainsi, si la vitesse réelle restait supérieure à la vitesse fictive négative, alors le nouveau compteur de vitesse ajustée continuerait d’afficher une avancée. Cette « vitesse nette ajustée » (c’est ainsi qu’ils la nommèrent) pourrait ainsi continuer à être la meilleure mesure possible de la durabilité du voyage de la mégamachine vers son objectif inconditionnel : le Progrès.

La masse des Shadoks, elle, aurait préféré qu’on utilisât une jauge. La masse n’y comprenait que plouc, à toutes ces élucubrations savantesques. Elle n’arrivait plus à suivre, la masse. Elle était larguée, la masse. « C’est bon signe ! » s’écrièrent les savants qui, arrivés à ce point fondamental de leur réflexion, ne manquèrent pas de s’auto-célébrer. Quelle hauteur de vue ! Quelle finesse ! Quelle subtilité ! Plus personne n’y comprenait rien !

Mais pour bien faire, il restait encore à transformer les quantités de Cosmogol et de gaz cosmogolique en une unité de mesure de vitesse. Le problème fut vite résolu par nos grands savants, qui se mirent à réaliser des enquêtes auprès des Shadoks afin de les interroger sur leur consentement à voyager moins vite, ou à respirer un air meilleur. « De combien de temps seriez-vous prêt à allonger le voyage vers le Progrès pour garder un air respirable ? » leur demandait-on par exemple. « Ben, j’en sais rien » disait la plupart d’entre eux. Mais dans le tas, il en restait toujours suffisamment qui répondait afin que l’on puisse en faire de shadokiennes équations. La moyenne des temps ainsi savamment obtenue, rapportée au temps de voyage estimé en prenant en compte la distance restante et la vitesse probable de la mégamachine, était ensuite transformée en vitesse moyenne, qu’il suffisait alors de retrancher de la vitesse réelle de la mégamachine pour obtenir sa « vitesse nette ajustée ». C’était vraiment très beau.

Mis bouts à bouts, ces travaux d’une immense finesse permirent ainsi de démontrer la grossièreté des raisonnements des « bidouilleurs de jauge » (comme les appelaient en riant les thermodynamiciens de la CSS). Un exercice rétrospectif prouva en effet que la « vitesse nette ajustée » avait toujours été corrélée à la vitesse réelle. Autrement dit, la vitesse réelle avait toujours été supérieure à ce que les savants Shadoks de la CSS appelaient désormais la « vitesse négative ». Et tout laissait à penser qu’il en serait de même à l’avenir. Pour s’assurer que la « vitesse nette ajustée » continuerait bel et bien d’être positive, la CSS se permit même de formuler une suggestion à l’endroit du capitaine : « Un bon coup d’accélérateur, nom de Dieu ! »

Le capitaine Sharkozy fut ravi. Il fit une grande fête pompeuse pour célébrer la clairvoyance de la Commission des Shadoks Savants. Et chacun se vit remettre une belle médaille Shadok, ainsi qu’une paire de talonnettes.

De l’Apocalypse Jean-François Lefèvre Reporterre 2009/12/03 Jean-François Lefèvre (3 décembre 2009) De l’Apocalypse. Reporterre. Tribune — Écologie et spiritualité fr

De l’Apocalypse

On a reçu ça, comme on dit. Etrange, mais pas dénué d’à propos.

Vers 96 de notre ère, Jean (l’évangéliste), exilé sur l’île de Patmos, écrivit le livre de la « Révélation ».

Littéralement : “ Action de découvrir, Dévoilement ”. Grec : Apokalupsis ; latin : Apocalypsis.

Il note au chapitre 11 verset 18 : « Ta colère est venue, ainsi que le temps fixé (…) de causer la ruine de ceux qui ruinent* la terre »

*Littéralement : “ Corrompent complètement ”.

Traduit dans différentes versions françaises [de la Bible] :

Nouvelle Segond : « ruiner ceux qui ruinent la terre ! »

Français courant : « destruction pour ceux qui détruisent la terre ! »

Parole de Vie : « détruire ceux qui détruisent la terre. »

La Colombe : « détruire ceux qui détruisent la terre. »

Traduction Œcuménique : « destruction pour ceux qui détruisent la terre. »

Jérusalem : « perdre ceux qui perdent la terre. »

Liturgie Catholique : « détruire ceux qui détruisent la terre. »

Augustin Crampon : « perdre ceux qui perdent la terre. »

André Chouraqui : « détruire ceux qui détruisent la terre. »

King James : « détruises ceux qui détruisent la terre. »

Darby : « détruire ceux qui corrompent la terre. »

Ostervald : « perdre ceux qui perdent la terre. »

Martin : « détruire ceux qui corrompent la terre. »

Semeur : « détruisent la terre seront détruits. »

Traduit dans différentes versions anglaises :

King James : « destroy them which destroy the earth. »

American Standard : « destroy them that destroy the earth. »

Basic English : « destruction for those who made the earth unclean. »

Darby’s : « destroy those that destroy the earth. »

Douay Rheims : « destroy them who have corrupted the earth. »

Noah Webster : « destroy them who destroy the earth. »

Weymouth : « destroy those who destroy the earth. »

World English : « destroy those who destroy the earth. »

Young’s Literal : « destroy those who are destroying the land. »

L’Utopie de More était un pays qui, pour être imaginaire (en aucun lieu), n’en était pas moins idéal (bon lieu).

Les hommes politiques sont toujours à la recherche du “bon lieu” (grec eu-topos), et celui-ci ne se trouve toujours “en aucun lieu” (grec ou-topos).

Fraternellement

Un déboulonneur en procès pour refus d’ADN Les Déboulonneurs Reporterre 2009/12/03 Les Déboulonneurs (3 décembre 2009) Un déboulonneur en procès pour refus d’ADN. Reporterre. fr

Un déboulonneur en procès pour refus d’ADN

A Rouen, le 7 décembre prochain, un déboulonneur est jugé pour son refus de rejoindre un million de personnes fichées dans le FNAEG (fichier des empreintes génétiques).

Il y a de la joie dans l’air ! François Vaillant, déboulonneur de pub à Rouen, refuse toujours de donner son empreinte ADN à la police. Il refuse que son ADN entre dans le FNAEG (Fichier national automatisé des Empreintes Génétiques). Son procès devait avoir lieu le 21 septembre. Il a été reporté au 7 décembre. François Vaillant risque 1 an de prison et 15.000 € d’amende.

Plus d’un million de personnes sont déjà fichées dans le FNAEG, sans être pour autant de dangereux criminels ! L’actuel gouvernement aimerait tant que les 60 millions de citoyens(nes) soient ainsi recensés ! Que ferez-vous si demain la police décide de prélever votre ADN en plongeant délicatement un joli coton-tige dans la salive de votre bouche ?

L’ADN détermine pour toute personne ses caractéristiques organiques, morphologiques et pathologiques. Un empreinte ADN, c’est le « code barre » d’une personne. Le FNAEG est conçu pour conserver les empreintes durant 40 ans, c’est donc à perpette ! Il est à craindre qu’un éventuel gouvernement de type « Vichy » ou « stalinien » utilise le FNAEG pour discriminer telle ou telle partie de la population. Ce fichier assure en réalité notre insécurité ! - tout en entretenant aujourd’hui la suspicion généralisée et la politique de la peur. C’est pourquoi François Vaillant, comme notamment bon nombre de Faucheurs volontaires, combat l’actuel FNAEG par la désobéissance civile non-violente.

Ce procès devait avoir lieu à Rouen le 21 septembre. Des journaux en ont alors parlé : Paris Normandie, Le Monde, Témoignage Chrétien, Le Canard enchaîné, Ouest France, Politis…(lire les articles sur le site du MAN, http://nonviolence.fr/spip.php?arti...) Ce procès fut alors reporté au lundi 7 décembre. Pour y assister, venir avec sa carte d’identité et suivre les consignes de non-violence qui seront alors données sur place. Entrée gratuite et spectacle assuré par François Vaillant (le prévenu), François Roux (l’avocat) et trois témoins (du 1er choix !) : Jean-Marie Muller (philosophe, écrivain), Matthieu Bonduelle (secrétaire général du Syndicat de la magistrature) et Jacques Muller (sénateur, Verts). Et surtout, ne ratez pas la chaleureuse et passionnante soirée-débat à 20h30 !

Procès : lundi 7 décembre, 13h15 - Palais de justice de Rouen

et dans la foulée de ce procès :

Soirée - débat : lundi 7 décembre, 20h30 - Halle aux Toiles (entrée Place de la Bourse, Rouen) : "Action non-violente et désobéissance civile » :

- Échos du procès, par François Vaillant

- Pourquoi l’action non-violente et la désobéissance civile ? par Jean-Marie Muller, écrivain et philosophe

- En quoi la désobéissance civile est-elle créatrice de droit ? par le sénateur Jacques Muller

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NB : Pour aider aux frais de justice qui s’élèveront à environ 4.000 €, merci d’envoyer votre don à : MAN Centre 308, 82 rue Jeanne d’Arc, 76000 Rouen. Chèque à l’ordre de : MAN Normandie ; par exemple 10 € ou 20 €, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières.

Justice sociale, justice climatique ! AC ! (Agir ensemble contre le chômage) - Stop Précarité - Collectif Jeunes pour le Climat et la Justice Sociale Reporterre 2009/12/04 AC ! (Agir ensemble contre le chômage) - Stop Précarité - Collectif Jeunes pour le Climat et la Justice Sociale (4 décembre 2009) Justice sociale, justice climatique !. Reporterre. Climat fr

Justice sociale, justice climatique !

Lutter contre le chômage, c’est lutter contre le productivisme. Appel à manifester le 5 décembre contre le chômage et le 12 décembre autour de Copenhague.

Appel à une convergence des chômeurs, précaires et militants des luttes climatiques les 5 et 12 décembre.

Qui paie la crise climatique, sinon les plus précaires ?

Crise sociale et crise climatique se conjuguent et s’entremêlent. Elles sont issue d’un même système économique qui bafoue les droits sociaux et saccage notre environnement, sans d’autre logique que l’accumulation des profits par et pour une petite minorité dirigeante.

Au chômage massif – plus de 4 millions de chômeurs, dont plus de la moitié non indemnisés, licenciements en cascades, précarité généralisée – s’ajoute le changement climatique avec son cortège de catastrophes environnementales et sociales : montée des mers, instabilité du climat, désertification, migrations forcées, renchérissement du coût des énergies, biens essentiels dont l’accès se trouvera de plus en plus limité…

Ce sont les plus précaires, au Nord comme au Sud, qui paient le prix fort de la crise climatique. Les plus exposé.e.s à la pollution et aux conséquences du changement climatique, ils et elles sont aussi dépourvu.e.s des moyens de s’adapter au nouveau contexte climatique et énergétique, et prisonnier.e.s de la hausse des dépenses liées à des infrastructures énergétivores : coût du chauffage dans les habitats non rénovés, de l’essence pour la recherche d’emploi ou pour se rendre sur le lieu de travail…

Lutter contre le chômage, c’est aussi refuser le productivisme.

On ne sortira pas du chômage et de la précarité par une croissance dévoreuse d’énergies fossiles, émettrice en masse de CO2, gaspilleuse de ressources naturelles et destructrice de l’environnement. Seules une politique de création massive d’emplois socialement et écologiquement utiles (transports collectifs, énergies renouvelables, agriculture paysanne, services publics de proximité…), et une réduction massive du temps de travail, répondront à la crise sociale.

Lutter contre le chômage, c’est aussi lutter contre le diktat du productivisme et du consumérisme, et pour une économie relocalisée, démocratisée, solidaire, coopérative, réorientées vers la satisfaction des besoins sociaux et écologiques.

Lutter contre le réchauffement climatique, c’est aussi lutter pour une transition juste et solidaire, une autre répartition des richesses, avec un revenu décent pour tous, avec ou sans emploi, un accès équitable aux biens et services essentiels, des politiques de protection et de développement des services publics notamment de l’énergie, la gratuité des transports publics…

Les 5 et 12 décembre : mobilisons-nous ensemble contre la précarité et pour le climat et la justice sociale !

Aussi appelons-nous les chômeurs, précaires, et militants des luttes climatiques à se rejoindre et à converger lors de la Manifestation nationale annuelle contre le chômage, les précarités et pour la justice sociale le 5 décembre, et des mobilisations autour du Sommet de Copenhague du 12 décembre.

Signataires : AC ! - Agir ensemble contre le chômage

Stop Précarité

Collectif Jeunes pour le climat et la Justice Sociale (Attac Campus, Avenir Climat, Fac Verte, Fédération Sud Étudiant, Jeunes Alternatifs, Jeunes Laïcs et Solidaire, Jeunes Verts, Mouvement des Jeunes Socialistes, Jeunes de l’Union Démocratique Bretonne, Mouvement rural de jeunesse chrétienne, Nouveau parti anticapitaliste Jeunes, Parti de Gauche Jeunes, Réformistes et Solidaires, Union nationale des Étudiants de France, Utopia Jeune, Zone d’écologie populaire)

La Terre, gagnante de la loterie cosmique Alain Viguier Reporterre 2009/12/05 Alain Viguier (5 décembre 2009) La Terre, gagnante de la loterie cosmique. Reporterre. Tribune — fr

La Terre, gagnante de la loterie cosmique

« Un objet pas comme les autres, un diamant isolé dans un sac de gravats. Comment ne pas ressentir à la fois une fierté, une jouissance, mais aussi une exigence, celle de garder en l’état ce joyau dont un extraordinaire hasard nous a gratifiés ? »

Mesure-t-on à sa juste valeur l’extraordinaire concours de circonstance qu’il a fallu pour que la vie se développe avec une telle vigueur, une telle générosité, une telle diversité sur cette planète, probablement unique dans l’Univers ?

Car ne nous y trompons pas, s’il est possible, voire probable, que d’autres formes de vie se soient établies par-delà l’infini galactique, il est inimaginable qu’un environnement et une biodiversité soient en mesure de soutenir la comparaison avec le cadeau que nous avons reçu. Que la masse de cet agglomérat d’atomes qui nous supporte eût été un tant soit peu différente et la distance qui nous sépare du soleil en eût été modifiée. La Terre se serait alors fondue dans la multitude des boules de feu ou de glace qui tournent dans l’infini de l’espace et du temps. La loi des grands nombres et des probabilités a distingué la Terre comme devant échapper à la banalité des espaces inanimés ; à l’image des rares joueurs de Loto qui emportent la mise, alors que leurs chances au départ sont infinitésimales. Nous faisons partie du lot gagnant de cette gigantesque loterie, nous devrions nous en réjouir tous ensemble et faire en sorte que cette chance ne se transforme pas à terme en cauchemar, du seul fait de nos idioties.

Les astronautes, qui ont le privilège de contempler notre monde à distance, ne peuvent pas revenir indemnes de leurs sauts dans l’espace. Parmi la foule des objets cosmiques inhospitaliers qu’ils ont le loisir d’observer, un seul fourmille de vies et c’est celui dont ils sont issus, celui sans lequel ils ne seraient pas. Un objet pas comme les autres, un diamant isolé dans un sac de gravats. Comment alors ne pas ressentir à la fois une fierté, une jouissance, mais aussi une exigence, celle de garder en l’état ce joyau dont un extraordinaire hasard nous a gratifiés ? Allons-nous prendre le risque de transformer l’or en plomb pour satisfaire la cupidité de quelques-uns ?

Allons-nous sacrifier nos forêts, nos océans, mettre à sac nos réserves, empoisonner notre atmosphère, exterminer des espèces animales par dizaines de milliers et ne léguer à nos enfants que la faculté de s’entre-tuer parce qu’ils n’auront plus rien à partager ?

Notre modestie dût-elle en souffrir, nous sommes les représentants d’une des formes les plus abouties de l’Evolution. Si tel n’était pas le cas, nous n’aurions pas investi et vassalisé la planète comme nous l’avons fait. Nous avons soumis le reste du monde vivant à notre domination, profitant au maximum du rapport de force que nous avons établi en notre faveur. Cette supériorité manifeste, qui fait de nous des êtres à part, nous confère une responsabilité que nous n’avons pas encore prise en compte.

Cette planète Terre est notre seul réel patrimoine que nous nous transmettons de génération en génération. L’intelligence, dont la Providence nous a gratifié, nous oblige à gérer et à conserver ce patrimoine. Un patrimoine universel dont personne ne peut revendiquer la propriété. Nous pourrions être les dinosaures de notre époque, à la différence que nous avons forgé nous-mêmes les armes de notre destruction. En deux cents ans, nous aurons probablement réussi à vider le grenier que la nature a mis des millions d’années à constituer, et pour aggraver le tout, nous aurons transféré dans l’atmosphère la colossale quantité de carbone qui se trouvait dans le sol. Réchauffement du climat, asphyxie des coraux, destruction des lieux de reproduction comme les mangroves, inondations, incendies volontaires, aucune des actions de l’Homme ne se solde sans traces néfastes et souvent indélébiles.

Deux options se présentent à l’humanité : « Après moi le déluge » ou « Vous êtes prié de laisser cet endroit en sortant aussi propre que vous aimeriez le trouver en arrivant ».

Il faut choisir, et vite.

Une grève de la viande est lancée... pour le climat Par Julien villalard Reporterre 2009/12/05 Par Julien villalard (5 décembre 2009) Une grève de la viande est lancée... pour le climat. Reporterre. fr

Une grève de la viande est lancée... pour le climat

L’industrie de la viande génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Pour réduire celle-ci, une « grève de la viande » est lancée.

La crise environnementale que nous traversons est sans précédent.

Même si des initiatives se dessinent aujourd’hui pour freiner la catastrophe, le gouvernement français passe sous silence un élément majeur de notre responsabilité : la surconsommation de viande.

En effet la surconsommation de produits d’origine animale est largement responsable :

- du réchauffement climatique, de la déforestation et de la dégradation des sols, - de la faim dont souffre plus d’un milliard d’êtres humains, - de milliards d’animaux terrestres et aquatiques élevés et abattus dans des conditions innommables, - du gaspillage et de la pollution des eaux.

La production mondiale de viande a quintuplé entre 1950 et 2000. Celle de l’aquaculture est passée de 1 million de tonnes en 1950 à 52 millions de tonnes en 2006. Où sont les actions pour endiguer cette boulimie collective ?

L’élevage industriel intensif gagne l’ensemble du monde. Considérés comme de simples protéines sur pattes, les animaux souffrent en intensité et en nombre comme jamais.

Rien n’est venu enrayer l’extension de ce modèle et la toute puissance des filières agroalimentaires qui le portent. Aujourd’hui, la famine et la crise environnementale s’aggravent et les responsables politiques français ne s’aventurent toujours pas sur ces questions : l’éthique passe après la viande ; la souffrance et l’environnement après les intérêts économiques.

C’est ainsi que ce système perdure contre toute logique et contre l’opinion publique en bénéficiant largement de l’argent des contribuables et de la complicité des pouvoirs publics.

C’est pourquoi, nous, citoyens de cette planète, exigeons dès aujourd’hui en France des mesures énergiques pour faire baisser la consommation de viande et un moratoire sur l’élevage intensif.

Symboliquement, pendant la durée du sommet, nous sommes en grève ! Une grève de la viande.

Une femme à la tête de l’Internationale des coopératives Jean-Paul Biolluz Reporterre 2009/12/06 Jean-Paul Biolluz (6 décembre 2009) Une femme à la tête de l’Internationale des coopératives. Reporterre. fr

Une femme à la tête de l’Internationale des coopératives

800 millions de coopérateurs dans le monde ! Pauline Green vient d’être élue pour les représenter.

Pour la première fois, les 600 délégués de l’Alliance internationale coopérative, réunis du 16 au 20 novembre en assemblée générale à Genève ont élu une femme à la tête de l’organisation.

Pauline Green a, auparavant, dirigé la Confédération des coopératives au Royaume-Uni. Par ailleurs, elle était depuis sa création co-présidente de Coopeurope, l’organisation européenne des coopératives. Femme d’expérience, elle a aussi été députée européenne pour le Parti travailliste au Parlement de Strasbourg.

La nouvelle présidente de l’Alliance internationale des coopératives a été élue à l’unanimité. Le nouveau conseil d’administration du mouvement coopératif international compte cinq femmes parmi ses quinze membres.

Lors de quatre jours de débats intensifs, les délégués du mouvement coopératif se sont interrogés sur le rôle qui pouvait être le leur dans le monde en crise.

Avec 250 000 coopératives dans le monde et 800 millions de coopérateurs, le mouvement est puissant. Et pourtant, comme bien souvent au niveau national, il est mal connu et ignoré.

Parmi de nombreuses décisions adoptées par les délégués, trois domaines firent l’objet d’une attention particulière avec la définition d’objectifs et d’une stratégie pour les années à venir.

Crise, climat, énergie, démocratie

Quinze jours avant la Conférence de Copenhague consacré au climat, l’AIC a demandé à l’ensemble des gouvernements de contribuer à une diminution d’au moins 50 % des émissions de gaz à effet de serre. Les délégués de l’AIC appellent les pays développés, au regard de leur responsabilité historique dans ce phénomène, à prendre une plus grande charge dans cette stratégie de diminution de l’effet de serre. Ils invitent également les pays en voie de développement à entrer dans un processus de développement durable.

Face à la crise et à ses conséquences tant sur l’emploi que sur la production, le mouvement coopératif, qui estime disposer de certains atouts pour y apporter des réponses, considère qu’il lui est nécessaire de renforcer son action et de promouvoir ses valeurs et ses principes de démocraties coopératives.

L’énergie a été l’un des autres grands sujets débattus par les congressistes. Jeremy Rifkin, auteur de l’essai La fin du travail et en son temps conseiller de Bill Clinton à la Maison Blanche, a invité les coopérateurs à investir le secteur énergétique au niveau mondial. La sécurité énergétique et le changement climatique seront des questions fondamentales du 21e siècle, estime-t-il.

« Si des millions d’individus et des communautés prennent dans le monde entier le contrôle de l’avenir énergétique à travers des engagements locaux en faveur d’énergie renouvelable et des améliorations de rendement énergétique, expliqua-t-il, la donne serait radicalement changée. »

Les populations locales seraient moins soumises à la volonté et aux appétits de pouvoir et de profit des grands groupes. Les communautés pourraient ainsi mieux contrôler la production de marchandises et de services de proximité contribuant ainsi à une démocratisation du secteur d’énergie et au développement économique durable dans le monde entier.

Par leurs valeurs et leurs principes, aussi bien que par leur couverture géographique, les coopératives sont bien placées pour développer cette stratégie économique et sociale favorable au développement économique et humain.

En définissant des objectifs d’action dans les domaines énergétiques et climatiques, et en poursuivant avec détermination son entreprise de démocratisation économique, le mouvement coopératif international prend date avec le 21e siècle, un siècle où il entend bien peser de tout son poids.

Copenhague est le sommet du capitalisme vert Aurélien Bernier Reporterre 2009/12/06 Aurélien Bernier (6 décembre 2009) Copenhague est le sommet du capitalisme vert. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague est le sommet du capitalisme vert

Pas de lutte efficace contre le changement climatique sans remise en cause du dogme du libre échange.

Plus la conférence de Copenhague approche, plus il semble évident qu’il s’agira d’un échec. Rien d’étonnant à cela, puisque la communauté internationale s’est enfermée dès le protocole de Kyoto dans des mécanismes inefficaces et dangereux, et refuse obstinément d’en sortir. Mais certains mouvements contestataires portent également une part de responsabilité pour ne pas avoir posé les véritables termes des débats.

Depuis les années 1970, toutes les négociations internationales sur l’environnement obéissent à une loi fondamentale : aucune mesure adoptée ne doit entraver le commerce mondial et la concurrence. Pour cette raison, les objectifs de réduction des gaz à effet de serre adoptés en 1997 par les pays développés à Kyoto sont dérisoires : 5,2% d’ici fin 2012 par rapport à l’année de référence 1990. Or, pour contenir le changement climatique dans des limites supportables, il faudrait diviser par deux les rejets mondiaux avant 2050.

L’effondrement des économies d’Europe de l’Est permettra peut-être d’atteindre l’objectif de Kyoto. Mais ce résultat est un véritable rideau de fumée. En effet, les émissions des pays riches sur la période ont progressé de 12,8%. Surtout, les émissions mondiales, pays émergents inclus, ont bondi d’au moins 25% entre 1997 et 2006. Logique, puisque les pays occidentaux sont en phase de désindustrialisation, la production étant déplacée dans les pays à bas coût de main d’œuvre et sans réglementation environnementale grâce aux politiques de libre-échange de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Union européenne.

Pour faire semblant d’agir, les États ont décidé à Kyoto de créer un marché des droits à polluer pour contrôler les gaz à effet de serre. Ils ont donc donné aux entreprises des quotas d’émission comme on donne des quotas de pêche, et ouvert une Bourse du carbone où ces quotas peuvent s’acheter et se vendre. Les acteurs de la finance se sont précipités sur ce nouveau marché porteur, et y spéculent honteusement. En quelques années, les fonds d’investissement spécialisés dans le commerce des droits à polluer se sont multipliés, les marchés à terme ont gonflé, et des produits dérivés sont apparus, reproduisant presque à l’identique le scénario qui a conduit à la crise de septembre 2008 sur le marché des « subprimes ».

Le bilan de Kyoto a beau être déplorable, les négociations en cours s’inscrivent dans l’exacte continuité. Le marché du carbone sera conforté, puisqu’on y intègrera progressivement la gestion des forêts, l’agriculture, le transport... Il est tout simplement amené à devenir d’ici trois ou quatre ans le premier marché au monde ! Les prochains objectifs chiffrés de réduction font couler beaucoup d’encre, mais tout indique qu’ils seront bien en deçà du nécessaire. De toute façon, la contrainte juridique qui découle de ce type d’accords est inexistante puisqu’il n’est prévu aucune sanction pour les États qui ne tiendraient pas leurs engagements.

Les gouvernements continueront par contre à promouvoir le « capitalisme vert », c’est-à-dire à servir sur un plateau les profits des technologies faiblement émettrices de carbone aux grandes multinationales. Areva, Suez ou Veolia mettent la main sur les énergies renouvelables. Total ou General Electric testent l’enfouissement du dioxyde de carbone dans d’anciens puits de pétrole ou d’anciens gisements de gaz, largement soutenus par les aides publiques. Grâce à la crise environnementale, le capitalisme est en train de vivre une seconde jeunesse. Et rien de tel que l’argument du climat pour faire tout accepter au public, sans le moindre débat de fond.

Malheureusement, les mouvements écologistes et altermondialistes iront à Copenhague avec des mots d’ordre vagues. Ils réclameront des engagements de réduction des gaz à effet de serre élevés et des transferts de fonds vers les pays pauvres pour l’adaptation aux modifications du climat. De bonnes intentions, mais qui oublient l’enjeu majeur : celui du libre-échange et de son corollaire, le productivisme. Que personne ne fasse le lien entre les négociations de l’OMC, qui étendent la mondialisation néolibérale, et celles sur le climat, qui préservent les acquis du libre-échange, est tout à fait regrettable.

Pourtant, dix ans après le contre-sommet altermondialiste de Seattle, l’occasion est belle de dépasser le procès de la mondialisation pour énoncer des revendications concrètes et radicales. D’une part, il faut absolument fermer la Bourse du carbone, qui nous prépare le prochain krach financier et privatise de façon scandaleuse les ressources naturelles. D’autre part, il faut réguler le commerce international en créant des normes, des interdictions, des taxes aux frontières basées sur des critères sociaux et environnementaux. Enfin, pour ne pas pénaliser les populations des pays à bas coût de main d’œuvre, cette régulation doit s’accompagner de mesures exemplaires de solidarité internationale : annulation de la dette, reconnaissance et remboursement de la dette écologique par les pays du Nord, création d’un statut de réfugié climatique.

Voilà le premier pas à faire pour casser le chantage aux délocalisations pratiqué par les grandes firmes, amorcer une relocalisation et une mutation écologique de l’économie et, au final, imposer une sérieuse redistribution des richesses. Bien sûr, l’OMC et l’Union européenne condamneront ces initiatives. Il faudra donc passer outre.

Sommet sur le climat, sommet sur la faim : mêmes résultats ? Damien Millet et Eric Toussaint Reporterre 2009/12/07 Damien Millet et Eric Toussaint (7 décembre 2009) Sommet sur le climat, sommet sur la faim : mêmes résultats ?. Reporterre. Tribune — fr

Sommet sur le climat, sommet sur la faim : mêmes résultats ?

Il y a quelques semaines s’est tenu à Rome un Sommet de l’alimentation. Boudé par les pays les plus riches, malgré l’aggravation de la crise alimentaire pour les plus pauvres. Pourquoi cette indifférence ne se retrouverait-elle pas, en réalité, au Sommet sur le climat ?

Par les temps qui courent, les grands sommets internationaux ont ceci de remarquable que les pires craintes s’y confirment : les pays riches montrent ostensiblement leur indifférence sur les questions socio-environnementales malgré les mobilisations des mouvements sociaux et les pays présents se mettent d’accord sur une déclaration de bonnes intentions tout en prenant soin de ne signer ni engagement chiffré contraignant ni agenda trop précis.

Du 16 au 18 novembre, Rome accueillait le sommet de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui devait s’attaquer au problème de la faim, d’autant plus sensible avec la grave crise alimentaire que traverse le monde depuis 2007. Le seuil du milliard de personnes sous-alimentées a été franchi, soit 150 millions de personnes en plus depuis 2006. En deux ans, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie en raison d’une très forte hausse du prix des aliments combinée à une augmentation brutale du nombre de chômeurs en raison de la crise économique et financière qui a éclaté dans les pays industrialisés. Cela a entraîné des protestations massives de par le monde au cours du premier semestre 2008. Le premier objectif du millénaire pour le développement, consistant à réduire de moitié entre 1990 et 2015 la proportion des êtres humains souffrant de la faim, se soldera par un échec puisqu’en avril 2009, les ministres de l’Agriculture des pays du G8 reconnaissaient que « le monde est très loin d’atteindre cet objectif ».

Les causes sont connues. Une faible partie des aliments produits dans le monde est exportée, l’écrasante majorité de la production étant consommée sur place, mais ce sont les prix sur les marchés d’exportation, fixés principalement aux Etats-Unis (à la Bourse de Chicago, de Minneapolis et de Kansas City), qui déterminent les prix sur les marchés locaux. En conséquence, le prix du riz, du blé ou du maïs à Tombouctou, à Mexico, à Islamabad est directement influencé par l’évolution du cours de ces grains sur les marchés boursiers. Après l’éclatement de la bulle de l’immobilier aux Etats-Unis (crise des subprimes à l’été 2007), nombre de spéculateurs ont trouvé refuge sur les marchés des matières premières, poussant les cours à la hausse, d’autant qu’une partie croissante de la production est destinée aux funestes agro-carburants.

Le premier semestre 2008 a été dramatique sur ce plan. Il faut dire que durant plusieurs décennies, les gouvernements ont supprimé progressivement toute forme de protection pour les producteurs locaux et ont suivi les recettes néolibérales dictées par la Banque mondiale et le FMI. Après la crise de la dette au début des années 1980, ces deux institutions ont imposé des plans d’ajustement structurel aux pays surendettés. Au menu, l’abandon des subventions aux produits de première nécessité, la réduction drastique des budgets sociaux, la suppression des différents mécanismes de régulation ou encore l’ouverture totale des marchés. Ces plans d’ajustement structurel ont certes enrichi les grands créanciers et les élites locales, mais ils ont surtout mis en grave danger les populations du Sud et réduit fortement les possibilités d’intervention des Etats.

Devant une telle situation, une large mobilisation de tous les pays semblait aller de soi. Pourtant, seule une soixantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement, essentiellement d’Afrique et d’Amérique latine, ont participé à ce sommet boudé par la totalité des dirigeants du G8, sauf Silvio Berlusconi. Mais la présence de Berlusconi avait une raison bien simple : lui éviter de devoir comparaître devant un tribunal italien ce jour-là… Aux dires même du directeur de la FAO, Jacques Diouf, le sommet fut décevant : « Si nous n’avons pas les dirigeants qui ont autorité sur tous les dossiers, qui peuvent coordonner l’action, (...) je pense que nous passons à côté du problème, nous réduisons la question à sa dimension purement technique, alors qu’elle a une dimension économique, sociale, financière, je dirais même culturelle. » Evidemment l’objectif d’éradication de la faim a été renouvelé, mais aucune date-butoir n’a été fixée pour l’atteindre. Des mots en l’air donc…

Prochaine étape ? Le climat. Un réchauffement climatique de grande ampleur est en cours, d’autant plus inquiétant qu’il se produit à une vitesse que l’humanité n’a jamais connue. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), prix Nobel de la Paix en 2007, estime que « l’essentiel de l’élévation de la température moyenne du globe observée depuis le milieu du XXe siècle est très probablement attribuable à la hausse des concentrations de GES » (gaz à effet de serre). Si cette élévation est aussi rapide, c’est à cause des changements radicaux survenus dans les activités humaines. Face à de tels dérèglements climatiques, des mesures drastiques s’imposent, à commencer par la remise en cause du modèle économique qui a conduit le monde dans cette impasse.

Depuis des décennies, les mesures néolibérales imposées notamment par le FMI et la Banque mondiale ont fragilisé, et souvent irréversiblement détérioré, les écosystèmes. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les pays du Sud ont dû orienter leur économie vers l’exportation : pétrole, minerais, productions agricoles « tropicales ». Les conséquences environnementales ont été désastreuses : surexploitation des ressources, déforestation, pollutions, érosion des sols, désertification, accumulation de déchets très toxiques, mégaprojets énergétiques destructeurs, soutien aux industries extractives…

Le protocole de Kyoto, lancé en 1997, impose une réduction des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avec des quotas différents suivant les pays. Sitôt entré en fonctions en janvier 2001, le président George W. Bush a retiré la signature des Etats-Unis. Pour sa part, l’Europe a mis en place une « solution » taillée sur mesure pour l’économie capitaliste, en créant un marché des droits à polluer, qui peuvent donc s’acheter ou se vendre. La pollution est devenue une marchandise comme une autre : celui qui paie peut polluer.

Nul n’ignore que se tient actuellement à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat. L’enjeu est de taille pour préparer l’après-2012, mais les pays riches ne semblent pas vouloir agir à la hauteur de leurs responsabilités historiques. En effet, les populations des pays pauvres, qui sont les premières touchées et n’ont pas les moyens de se prémunir des effets des changements climatiques, ont très peu contribué à l’accumulation de pollution dans l’atmosphère (moins de 20%). Même si les émissions des pays en développement risquent à l’avenir de dépasser celles des pays riches, la responsabilité de ces derniers restera plus élevée pendant encore longtemps.

Des pistes alternatives peuvent être avancées, parmi lesquelles la réorientation des financements vers la mise au point d’alternatives technologiques, des plans de transition à tous les niveaux (global, régional, national, local) vers une société sans combustibles fossiles, un transfert massif de technologies propres vers le secteur public des pays en développement débarrassés de leur dette, la création d’un fonds mondial pour l’adaptation aux effets du changement climatique alimenté par une ponction sur les profits des secteurs responsables du changement climatique (pétrole, charbon, automobile, production d’électricité…), la suppression du régime des brevets dans la santé et dans les technologies permettant de produire des biens de consommation et des services essentiels, sans oublier la nécessité d’une alternative anticapitaliste.

Si ce prochain sommet n’opère pas un tel virage bien réel et radical, le risque est grand que la seule différence de fond entre Rome et Copenhague soit juste une différence… de climat !

Le sens de Copenhague Hervé Kempf Reporterre 2009/12/07 Hervé Kempf (7 décembre 2009) Le sens de Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

Le sens de Copenhague

Que la conférence de Copenhague se conclue par un « échec » ou par un « succès » est une question assez secondaire. Car ce moment dramatique n’est pas un achèvement, mais le point d’émergence des forces puissantes qui se meuvent sous la surface de l’actualité, des battements longs de l’aventure humaine.

De quoi s’agit-il, en réalité ? De la mise en scène de la contradiction qui s’est forgée au long de la révolution industrielle entre une logique économique et la contrainte écologique. Le développement des forces productives a conduit à un niveau jamais atteint de la richesse matérielle collective et de la productivité du travail, mais au prix d’une destruction massive de l’environnement naturel. D’abord insensible, elle commence maintenant à perturber le fonctionnement de la biosphère, menaçant de rompre l’équilibre toujours fragile des tensions qui caractérise les sociétés humaines.

Quel est maintenant l’enjeu pour la civilisation devenue planétaire ? De laisser se creuser cette contradiction, au risque du chaos. Ou de faire décroître et transformer les forces productives - devenues, en réalité, destructrices - pour rétablir un équilibre pérenne entre l’activité humaine et la biosphère. D’exprimer, en fait, un nouveau développement : qui ne serait plus matériel, mais mental, cognitif, relationnel. Ou, s’il est possible d’employer un mot provocant : un développement spirituel.

Comment se définit le paysage du premier plan, par rapport à cet horizon ? La contradiction s’exprime par le fait que la paix sociale dépend d’une surproduction qui aggrave la crise écologique. Comme l’a révélé un rapport publié le 28 novembre par la Chambre économique européenne de Chine (« Overcapacity in China »), l’empire du Milieu est en état de surproduction massive, exagérée par une relance, début 2009, qui a encore augmenté les capacités manufacturières.

La Chine ne peut maintenir son précaire équilibre social qu’au prix d’une croissance frénétique. Mais celle-ci dépend de la capacité de consommation des pays occidentaux, qui a atteint ses limites en raison de l’endettement de ceux-ci. L’endettement, d’ailleurs, n’est que l’autre nom de la surconsommation. Aucun dirigeant, cependant, d’un côté ou de l’autre, n’ose remettre en cause la surproduction ou la surconsommation : cela impliquerait un bouleversement de l’ordre social, caractérisé des deux côtés par une très grande inégalité.

Or réduire les émissions de gaz à effet de serre ne peut se faire, à court terme, qu’en réduisant la production matérielle, pour privilégier des activités beaucoup moins polluantes.

Voilà l’essence de la contradiction que Copenhague illustre. Il faut la dénouer autrement que par l’explosion sociale généralisée, ou par la guerre.

Mais elle ne se résoudra pas sans la réduction des inégalités, clé d’une politique économique moins destructrice.

Pendant Copenhague, le massacre continue Franck Deboise Reporterre 2009/12/09 Franck Deboise (9 décembre 2009) Pendant Copenhague, le massacre continue. Reporterre. Tribune — fr

Pendant Copenhague, le massacre continue

Pendant qu’on équipes les salles de conférence à Copenhague, que se passe-t-il dans nos campagnes, à 70 km de Paris ?

Petit à petit, le monstre construit son nid : suite à la décision du conseil municipal de Verberie, le 19 octobre dernier, de modifier son PLU, Direct-Energie a déposé le permis de construire pour sa centrale.

Mais aujourd’hui, la proximité de Copenhague éclaire d’un jour nouveau le projet de centrale au gaz de Verberie, et les habitants de la région ne savent plus s’ils doivent en rire ou en pleurer : - à Copenhague, la France va jouer les bons élèves de la classe Européenne, - à Copenhague, nous entendrons déclamer le nouveau sauveur de la planète, le président de la république française, M. Nicolas Sarkozy - à Copenhague, notre ministre de l’environnement et de l’énergie M. Jean-Louis Borloo va concourir pour la médaille d’or des championnats du monde de l’écologie

Mais pendant ce temps, à Verberie, dans l’Oise...

Une poignée de conseillers municipaux, d’un bourg de 3500 habitants, décide d’implanter sur son territoire une centrale thermique au gaz qui va émettre chaque année 2.600.000 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère, une augmentation à elle seule de 75% du quota de CO2 industriel de toute la région Picardie, le 10e site le plus polluant dans le PNAQ français.

Comment notre pouvoir politique peut-il assumer une telle contradiction ? Comment quelques élus locaux peuvent-ils prendre, sans contrôle, une décision qui engage largement au-delà des limites de leur commune, qui engage l’avenir .... de la planète ?

Et pourtant, sur place... - à l’issue de l’enquête publique, le commissaire a émis un avis DEFAVORABLE - les manifestations de rues se sont succédées rassemblant jusqu’à 1000 personnes dans les rues de Verberie - les enquêtes publiques ont recueilli plus de 2300 contributions, avec 97% d’avis défavorables - un référendum populaire a été refusé par le conseil municipal, alors qu’il était présenté par plus d’électeurs que le maire n’avait eu de voix en mars 2008 - 7 associations de citoyens opposés au projet, rassemblant près de 2000 citoyens, ont vu le jour à Verberie et dans les communes environnantes

Qu’est-ce donc qui pousse un maire totalement désavoué à promouvoir contre vents et marées un projet dont personne ne veut ? Le diner offert le 25 novembre au maire et ses conseillers par Direct-Energie, dans la meilleure auberge de la ville, peut-il suffire à emporter la décision ?

Le fait qu’un actionnaire principal de Direct-Energie, Stéphane Courbit, un des invités du « diner du Fouquet’s », soit un proche de Nicolas Sarkozy, est-il un élément suffisant pour renier la politique environnementale nationale ?

Et sur le fond, comment allons-nous remplir nos engagements de réduction de gaz à effet de serre si nous commençons par en rajouter ? Sous prétexte de remplacement des centrales thermiques au fuel et au charbon, des industriels mettent à profit la liberté d’établissement pour multiplier les projets de centrales thermiques au gaz (Centrales à Cycle Combiné Gaz = CCG). Et compte-tenu des impératifs de rentabilitié et de leur nombre... les 30 unités de CCG existantes ou en projet émettront 10 à 20 millions de tonnes de CO2 en plus que les centrales à fuel ou charbon !

Un train pour Copenhague Climat et justice sociale Reporterre 2009/12/10 Climat et justice sociale (10 décembre 2009) Un train pour Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

Un train pour Copenhague

« Les changements climatiques nous confrontent aux limites de la Terre. »Verte« ou pas, une croissance matérielle infinie est impossible. Nous voulons le respect des limites naturelles dans la justice et l’égalité des droits. Il n’y a tout simplement pas d’autre choix acceptable. »

Du 7 au 18 décembre 2009, lors de la prochaine conférence internationale sur le climat, les dirigeants du monde entier tenteront de se mettre d’accord sur un nouvel accord international de lutte contre les changements climatiques. Leurs décisions conditionneront l’avenir de notre planète. Les Etats parties à la conférence doivent entendre les voix qui montent de la société civile.

Pour se faire entendre, 770 représentants de celle-ci prendront « Un Train pour Copenhague » le 12 décembre prochain. « Un Train pour Copenhague » est une initiative de « Climat et Justice Sociale » (Belgique), mise en œuvre avec le soutien et la participation des Amis de la Terre (France), d’Oxfam Magasins du Monde (Belgique), d’Oxfam-Solidarité (Belgique), de la « Campaign against Climate Change » (Grande-Bretagne), sur la base du Manifeste suivant :

MANIFESTE

Citoyennes et citoyens d’Europe et du monde, nous monterons au Danemark le 12 décembre prochain pour y clamer pacifiquement notre exigence d’un accord climatique international écologiquement efficace et socialement juste. Nous nous engageons à porter dans la grande manifestation organisée le 12 décembre à Copenhague les milliers de messages que nous auront confiés celles et ceux qui ne pourront être du voyage, mais qui soutiennent notre engagement.

Nous dénonçons les propositions officielles des gouvernements des pays industrialisés en vue de la conférence de Copenhague, car elles ne sont pas à la hauteur des conclusions à tirer du quatrième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Nous les dénonçons aussi parce qu’elles signifient davantage d’injustices et d’inégalités, entre Nord et Sud, mais aussi au Nord et au Sud. A la politique du profit égoïste, nous opposons les notions de bien commun à partager, de solidarité sans frontières et de respect de la Terre comme de ses habitants.

Nous affirmons notre solidarité avec toutes celles et ceux qui se mobilisent dans le monde entier et partagent nos objectifs. Venant de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, des Pays-Bas, d’Espagne, de Belgique, nous voyagerons ensemble de Bruxelles à Copenhague pour symboliser le besoin d’unité et de mobilisation active des peuples du monde. Nous voulons une tout autre réponse au défi climatique.

Nous paierons plus cher qu’en avion ou en autocar pour dénoncer l’absurdité d’un système qui privilégie des modes de transport insoutenables, aux frais de la collectivité. Nous voulons montrer la voie de changements sociaux structurels et d’investissements publics indispensables pour garantir à toutes et à tous le droit à une mobilité responsable, dans le cadre d’un autre système énergétique et d’une maîtrise retrouvée du temps social.

Nous clamons notre conviction que la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre est compatible avec la réduction drastique des inégalités sociales ainsi qu’avec le droit de toutes et tous à un emploi de qualité. L’efficacité environnementale peut aller de pair avec la justice sociale. En vérité, la seconde est une condition de la première. Nous voulons « vivre bien, bien vivir ». L’efficacité implique de mettre tout en œuvre pour que le réchauffement soit maintenu au-dessous de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, sans reporter les problèmes sur les générations futures.

La justice sociale implique que les pays industrialisés tirent les conséquences de leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre. Nous voulons qu’ils financent l’adaptation et l’atténuation dans les pays du Sud et cessent d’entraver les efforts de chacun pour limiter les dégâts.

Les sommes colossales investies dans le sauvetage du système bancaire montrent que les moyens financiers ne font pas défaut. Nous voulons qu’ils soient mobilisés massivement et sous contrôle démocratique afin de sauver notre climat et de venir en aide à toutes celles et ceux qui souffrent déjà des catastrophes climatiques

Les changements climatiques nous confrontent aux limites de la Terre. "Verte" ou pas, une croissance matérielle infinie est impossible. Nous voulons le respect des limites naturelles dans la justice et l’égalité des droits. Il n’y a tout simplement pas d’autre choix acceptable.

555 pour Copenhague Attac Reporterre 2009/12/10 Attac (10 décembre 2009) 555 pour Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

555 pour Copenhague

Attac énonce cinq considérants, pose cinq principes, définit cinq axes stratégiques relativement au changement climatique. Soit 5-5-5 !

Pour ATTAC France, le « message » sur le climat peut se décliner en cinq considérants, cinq principes et enfin cinq axes stratégiques qui en découlent mais qui dépendent également des conditions précises des débats et négociations.

Sommaire

* 1er considérant * 2e considérant * 3e considérant * 4e considérant * 5e considérant * 1er principe * 2e principe * 3e principe * 4e principe * 5e principe * 1er axe stratégique pour Copenhague * 2e axe stratégique * 3e axe stratégique * 4e axe stratégique * 5e axe stratégique

1er considérant

La rapide augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre conduit à un réchauffement global de la planète et au déclenchement de processus non-réversibles (fonte de la calotte glaciaire, disparition du permafrost, etc.) qui accélèreront encore ces évolutions. Ce réchauffement extrêmement rapide à l’échelle des évolutions climatiques passées va produire, si la tendance n’est pas inversée, des effets dramatiques pour l’espèce humaine comme pour un grand nombre d’écosystèmes.

2e considérant

La cause principale de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre est l’utilisation humaine d’énergie fossile depuis la 1re révolution industrielle en Europe, Amérique du Nord, Japon et autres pays développés et la tendance à la généralisation d’un modèle de société productiviste fondé sur l’illusion d’une croissance infinie.

3e considérant

Chaque révolution énergétique s’est accompagnée – sans qu’il n’y ait de lien mécanique ni de déterminisme énergétique - d’une redistribution des rapports de pouvoir et des formes de la production : apparition de la « fabrique » autour de la machine à vapeur, domination impérialiste pour s’assurer le contrôle des gisements de pétrole, etc.

4e considérant

Le réchauffement climatique dû aux émissions de gaz à effet de serre s’inscrit dans une conjonction de crises, crise écologique globale liée au caractère fini de notre planète, crise financière et économique, crise alimentaire, crise de légitimité démocratique.

5e considérant

Tout en ayant des responsabilités différencies, tous les pays du monde et tous les peuples sont étroitement dépendants face à la crise climatique et une solidarité internationale est à construire. Les réponses apportées au niveau local comme au niveau global, et donc les négociations internationales, sont l’un des défis les plus décisifs et les plus universels de l’histoire moderne de l’humanité, un défi qui a pour enjeu l’avenir de la planète et la durabilité des sociétés qui l’habitent.

1er principe

Seule une action humaine rapide et conséquente pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourra stopper ou au moins limiter le réchauffement de la planète et ses conséquences. Elle suppose des engagements politiques explicites à tous les échelons de décision des sociétés. ATTAC demande que les préconisations du GIEC soient la base des politiques décidées au niveau international comme national ou local.

2e principe

La responsabilité historique des pays industrialisés dans l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre ne fait aucun doute. En conséquence de quoi, ATTAC défend le principe de réparation de la part de ces pays vis-à-vis des pays du Sud, selon le principe de la dette écologique rapportée à la question climatique. L’engagement immédiat des pays riches vers des systèmes de production et de consommation sobres en énergie est une première condition de la reconnaissance de cette responsabilité.

3e principe

La transition énergétique nécessaire renvoie à un changement des modèles de production et de consommation, à une redéfinition de la richesse et de la prospérité et à une réduction forte des inégalités sociales. Ce changement de modèle de société doit être démocratiquement discuté. Pour ATTAC, la durabilité des sociétés et des écosystèmes exigent une relocalisation des activités, le raccourcissement des circuits de production et de consommation et l’usage de sources d’énergies contrôlable par la population, à l’inverse des mirages technologiques et autres « fausses solutions » qui, comme les agro-carburants amèneront les grandes puissances à vouloir s’approprier les terres agricoles des pays du Sud ou , comme pour l’énergie nucléaire et sans oublier le problème des déchets, obligent au développement d’une technostructure éloignée de la population avec les risques écologiques avérés.

4e principe

Le contrôle par la population des programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique est une nécessité. Elle est antinomique avec des systèmes tels que les « mécanismes de développement propre » et les marchés de droits d’émission de gaz à effet de serre qui permettent aux pays et aux grandes entreprises du Nord de ne pas réduire leurs émissions, de ne pas engager une véritable transition sociale et écologique, de transmettre aux pays du Sud des modèles souvent peu adaptés à leurs contraintes propres et aux savoirs propres qu’ils ont à développer. ATTAC refuse d’autant plus l’élargissement des MDP aux forêts (programme REDD), au nucléaire, aux terres agricoles, etc.

5e principe

La responsabilité des pays du Nord doit les conduire à des principes de solidarité financière et « technique » avec les pays du Sud, qui doit se traduire en transferts de fonds conséquents pour l’adaptation au réchauffement climatique et pour favoriser des activités respectueuses des équilibres écologiques (climat, biodiversité, etc.). La reconnaissance et l’extension de nombreux savoirs traditionnels, respectueux des écosystèmes et des populations, souvent détruits quand ils ne sont pas piratés par les transnationales, tout comme les transferts gratuits de technologie « propre » sont au centre des transformations nécessaires. C’est un des enjeux du somme de l’OMC à Genève fin novembre. Pour cela, nous demandons que soit créé un fonds mondial pour le climat, géré par l’ONU, et alimenté par des contributions obligatoires, publiques et différenciées des États.

1er axe stratégique pour Copenhague

ATTAC soutiendra, avec CJN ! [Climate Justice Now], mais aussi CAN [Climate action network] et l’essentiel du groupe des 77, les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre tels qu’ils ont été préconisés par le GIEC et le paiement par les pays du Nord, sous la forme de financements publics, des sommes nécessaires pour l’adaptation et les réductions d’émission dans les pays du sud.

2e axe stratégique

ATTAC soutiendra, avec CJN ! et le groupe des 77, le principe de la responsabilité historique des pays industrialisés dans l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, principe dont la traduction pratique sera de refuser la remise en cause de la partie des accords de Kyoto qui attribue des objectifs contraignants aux pays industrialisés.

3e axe stratégique

ATTAC s’opposera, avec CJN ! et certains pays, comme la Bolivie, aux mécanismes de développement propre et les marchés de droits d’émission de gaz à effet de serre qui permettent aux pays et entreprises du Nord de ne pas réduire leurs émissions ainsi qu’aux extensions envisagées pour les forêts (REDD), le nucléaire ou l’agriculture et qui achèveraient la marchandisation des biens communs à l’échelle de la planète.

4e axe stratégique

ATTAC préconisera, avec CJN ! et le groupe des 77, la mise en place d’un système de distribution des sommes nécessaires pour les pays du sud sous l’égide de l’ONU, sans ingérence de la Banque mondiale ou du FMI.

5e axe stratégique

Pour ATTAC, comme pour CJN ! et de nombreux pays du groupe des 77, le seul accord acceptable serait un « bon accord » reprenant les points énoncés ci-dessus ; comme il est prévisible que ce « bon accord » ne sera pas obtenu, ATTAC annonce dès aujourd’hui que la mobilisation après Copenhague demeurera un enjeu majeur pour l’avenir de nos sociétés.

Une télévision populaire, c’est possible ! Corinne Morel-Darleux Reporterre 2009/12/11 Corinne Morel-Darleux (11 décembre 2009) Une télévision populaire, c’est possible !. Reporterre. fr

Une télévision populaire, c’est possible !

ViVe, El canal del poder popular

Quand on connait l’influence de la télévision dans nos sociétés dites modernes, et la fabrique de l’opinion que sont devenus les médias, on se prend à rêver d’outils de communication populaires animés dans un esprit de service public, au service de la démocratie et d’alternatives concrètes. L’exemple de ViVe au Venezuela mérite d’être observé, car il tente aujourd’hui de réinventer la télévision, à l’aune du socialisme du 21e siècle. A suivre...

La première chose qui frappe quand on arrive à ViVe, c’est cette ambiance informelle. Ça bouge, ça discute, ça circule, dans une sorte de joyeux désordre.

Des lits parapluie, un bac improvisé de récupération de vêtements en solidarité à des travailleurs sinistrés, une bibliothèque de révolutionnaire poète... Visite guidée de la chaine de télévision populaire Vénézuelienne.

ViVe : la télévision du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Ici, les enfants sont les bienvenus et ViVe sert aussi de garderie. On y croise à la fois des militantes féministes, des réfugiés afro-colombiens, des étudiants en philosophie, des historiens, des écrivains et des sociologues. Car à ViVe, le recrutement se fait sur d’autres critères que le diplôme : l’expérience sociale et la vocation artistique. Histoire de donner une chance à ceux qui n’en ont pas. Tous réunis autour d’un même concept : la « produccion integral » ou le service public au service de l’émancipation et de l’éducation populaire.

C’est Thierry Deronne, le Vice Président de « Formacion Integral », qui me guide pour la visite. Gros avantage, je ne parle pas un mot d’espagnol et il est francophone. On s’est rencontrés pour la première fois deux jours avant, et après avoir entamé une discussion passionnante sur ViVe, Bourdieu, l’Acrimed et le plan B autour d’un verre, nous avons finalement décidé d’approfondir tout ça par une visite des locaux à Caracas.

ViVe a été créée en 2002 pour lutter contre l’idéologie dominante véhiculée par les chaines privées tenues par l’opposition de droite (qui représentent encore 85% du paysage télévisuel). Il a fallu surmonter les vieux réflexes de luttes de pouvoir, de techniques marketing et bousculer un certain nombre de préjugés avant de pouvoir les remplacer par les concepts de « poder popular » ou de « horizontalidad regional ». Mais plus de six ans après, ViVe emploie près de 800 personnes, et dans un mouvement volontariste de décentralisation, la proportion des effectifs de Caracas se réduit au profit des antennes régionales qui se développent un peu partout dans le pays... Au plus près des citoyen-nes qui font ViVe. 1 les Américains ont regardé la télévision en moyenne 4 heures 49 minutes par jour entre septembre 2008 et septembre 2009 (étude Nielsen ). « Voilà Betty. Aujourd’hui, elle balaye le studio. Mais Betty ne passera pas sa vie à passer le balai. »

Car la singularité de cette chaine de service public, c’est qu’elle est entièrement animée par les citoyen-nes euxmêmes, de la conception de l’émission à son montage final. C’est le concept de « produccion integral », qui vise à casser la division du travail. C’est ainsi qu’à ViVe, on pense que personne ne doit être condamné à faire la même chose toute sa vie. Le centre de formation intégrale de Caracas est là pour ça, comme peuvent en témoigner les 30 « producteurs intégraux » issus de la première promotion. Des centres de formation comme celui-ci, installé au milieu de la grande pièce commune, il y en a dans chaque antenne régionale. Avec un système de parrainage et d’accompagnement, chacun-e apprend à maitriser l’ensemble de la chaine de production.

Des programmes d’éducation populaire

Au programme de ViVe, des cours collectifs de partage des savoirs, des reportages par et sur les mouvements sociaux, des programmes culturels, des films de Pierre Carles, des lectures de Cortazar, ou encore des dessins animés pour les enfants, comme « Samuel et les choses » sur la souveraineté alimentaire, où l’on parle manioc, maïs et pommes de terre. Et le « Alo Presidente » d’Hugo Chavez, déjà transmis sur l’autre chaine publique V-TV, Venezuela de Television, mais relayé par ViVe qui dispose maintenant de relais régionaux mieux répartis dans le pays.

Et bien sûr, l’incontournable journal télévisé, réalisé par l’équipe « communication populaire ». Mais un JT d’un genre particulier, qui vise à privilégier les reportages de fond et à se détacher de plus en plus de l’actualité quotidienne pour re-prendre le temps. ViVe joue ainsi sur la complémentarité avec l’autre chaine publique V-TV qui dispose déjà d’un JT plus traditionnel.

A titre d’exemple, Benjamin, un des responsables du JT, m’explique qu’ils viennent justement de recevoir un CD d’une des six antennes régionales. Un reportage d’une coopérative agricole qui utilise des insectes à la place des pesticides, ou encore une émission sur les « barrios adentros », dispensaires ouverts dans les quartiers populaires qui dispensent des soins gratuits et de proximité.

Le JT de ViVe est à l’image de la chaine, articulé autour de 4 grandes rubriques : « poder popular », qui décrit les luttes du peuple et la manière dont s’organisent les quartiers ; « dialogo de saberes », sous la forme de conférences de savoirs ; une rubrique de décryptage de la crise mondiale à partir d’exemples concrets et les réponses que le socialisme peut y apporter ; et enfin, « union de los pueblos », avec des sujets sur l’international.

Ne pas dissocier la forme du fond

ViVe veut aussi réinventer la manière de filmer et de faire de la télévision : pas de mise en scène, le moins d’intervention possible sur les lieux de tournage. Et dans le studio du journal télévisé, un plateau circulaire pour éviter l’effet « homme tronc », entouré de baies vitrées pour voir les travailleurs de la chaine circuler dans les locaux.

Élément notable : une nouvelle loi impose désormais à toutes les chaines de télévision, publiques comme privées, la traduction simultanée en langage des signes. On imagine les parties de rigolade des mômes des villages quand les émissions sont tournées en plein air...

… Pour le peuple ?

Reste l’épineuse question de l’audimat, un terme aux antipodes de l’esprit qui anime ViVe, certes, mais tout de même : combien de téléspectateurs pour ces programmes du réel, du quotidien ? Les personnes qui travaillent à ViVe y trouvent clairement leur compte, mais une télévision sans téléspectateurs, avec un objectif d’éducation populaire et de service public, ne remplirait qu’à moitié sa mission... Or, sans mise en scène, sans dramatisation, finalement qui a envie de retrouver sa vie quand il allume son poste ? Alors, ViVe a décidé de se lancer dans la fiction. A voir. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’on sera surement loin des telenovelas.

La visite s’achève sur le toit, où trônent les antennes relais qui assurent le lien avec le reste du pays. Et avec le peuple.

Copenhague est à côté de la plaque Fabrice Nicolino Reporterre 2009/12/11 Fabrice Nicolino (11 décembre 2009) Copenhague est à côté de la plaque. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague est à côté de la plaque

Il ne vous aura peut-être pas échappé que l’on parle en ce moment de climat. Des milliers de bureaucrates, des dizaines de milliers d’activistes courent d’un bout à l’autre de Copenhague, la ville où tout va se jouer.

La ville où l’on prétend que tout va se jouer, ce qui n’est pas la même chose. Je vous laisse ci-dessous un article que j’ai écrit dans Charlie-Hebdo, publié le mercredi 9 décembre 2009. Il résume très exactement ce que je pense de la conférence sur le climat. Il est donc parfaitement inutile que j’en écrive un autre. Et je demande respectueusement, mais fermement, aux « climato-sceptiques » de s’abstenir de leurs commentaires habituels. Qu’ils aillent exercer leur art du complot mondial ailleurs qu’ici. Ce n’est pas l’espace, ce n’est pas le cyberespace qui manque.

Ma position est celle de James Hansen, le climatologue américain directeur de l’Institut Goddard pour l’étude de l’espace (Goddard Institute for Space Studies). Le dérèglement climatique en cours est « semblable au problème de l’esclavage affronté par Abraham Lincoln ou au problème du nazisme auquel Winston Churchill a fait face (…) Sur ce genre de problèmes, vous ne pouvez pas faire de compromis. Vous ne pouvez pas dire : “réduisons l’esclavage, trouvons un compromis et réduisons-le de 50% ou réduisons-le de 40%” ».

En bonne logique, je ne veux pas dialoguer avec ceux qui nient ce phénomène extraordinaire qu’est le réchauffement global. Je sais que cela fait mauvais genre, mais je m’en fous royalement. Je ne veux pas. Et voici donc l’article que j’ai écrit pour Charlie-Hebdo :

Oubliez tout ce que vous lisez sur Copenhague. Non que tout soit faux, non que tout soit idiot. Mais la conférence sur le climat est définitivement saccagée par une armada d’experts autoproclamés, qui usent de sigles inconnus enrobés dans une langue insaisissable. Ils sont les maîtres de la discussion, et signent la mort du débat et de toute démocratie à coup de REDD, CCNUCC, FIC, FCPF, SREP, PSA, FEM, FA, PPCR. Ça fait tout de suite envie.

Une caste tient donc le manche d’une gigantesque partie de poker menteur. Ou de pouilleux, ce jeu où il ne faut surtout pas se retrouver avec le valet de pique à la fin. Tout le monde ment, et personne ne veut être le pouilleux de Copenhague. Il faudra montrer qu’on est le meilleur, et en tout cas pas le pire. D’un côté les mastodontes du Sud, Chine en tête, qui ne veulent pas qu’on les oblige à diminuer leur croissance. Et d’un, ils n’ont que ça dans la tête. Et de deux, si ça s’arrête, c’est l’explosion sociale, avec eux au milieu. De l’autre, le Nord, pour lequel la frénésie de consommation matérielle n’est pas négociable. Il n’y a, pour ses dirigeants, qu’une voie et une seule : l’expansion, le ravage, la télévision plasma dans toutes les pièces. Entre les deux, les pégreleux d’Afrique ou des îles menacées par la montée des mers, qui vont tenter d’arracher des miettes.

Pour ce qui nous concerne, nous les Français, la chance est au rendez-vous. Car nous avons Sarkozy, bien entendu. Dans son univers d’esbroufe et de sondages, il suffit de trois caméras pour monter tout un cirque. Le Grand Barnum n’attend plus que lui. Que va-t-il se passer ? Rien. Il va chanter la gloire du piteux Grenelle de l’Environnement, vanter notre magnifique nucléaire, qui émet si peu de gaz à effet de serre, et serrer la main des Indiens, et des Mexicains, et des Indonésiens et des Malgaches et des Surinamais et des Fidjiens.

La loi sur l’énergie votée le 13 juillet 2005 oblige théoriquement à diviser par quatre nos émissions de gaz avant 2050. Ce qu’on appelle une révolution, qui passerait par une rupture dans nos modes de vie. Mais les connaisseurs du dossier ricanent ouvertement, et certains l’écrivent. Jean Syrota, rapporteur de la très officielle Commission Énergie, en 2008 : « Les résultats des scénarios volontaristes traduisent l’extrême difficulté pratique de dépasser le facteur 2,1 à 2,4, sans changement profond des comportements et sans rupture technologique prévisible à ce jour (1) ». Traduction : l’objectif de division par 4 à l’horizon 2050 est une vue de l’esprit. Disons une pignolade. Et Syrota le polytechnicien d’ajouter cette phrase faite pour les inventeurs de la prime à la casse automobile : « Il est clair que les tendances actuelles en matières de déplacements privés, de transport de matières premières pondéreuses ou de produits manufacturés ne sauraient être durablement prolongées ».

Cela, Sarko le sait évidemment, mais comme il veut être réélu tranquillement en 2012, il lui faut à la fois ne rien faire et prétendre le contraire. Ne rien faire qui indispose sa base sociale, pour qui – exemple entre 100 -, la bagnole est sacrée. Et faire croire aux naïfs qui ont cru au Grenelle que Sarko est écolo, ce qui ne pourrait qu’aider à ratisser des voix au premier tour des présidentielles, décisif pour creuser l’écart.

Donc, rien de vrai. Le vrai, c’est que les émissions mondiales de gaz explosent. Elles ont augmenté de 41 % entre 1990 et 2008, alors que le protocole de Kyoto espérait une baisse de 5,2 % en 2012, c’est-à-dire demain. Ces chiffres vont au-delà du scénario le plus pessimiste établi par le Giec, comme vient de le constater, effaré, le climatologue Hervé Le Treut.

Encore y a-t-il peut-être pire. 26 climatologues de grande réputation parlent désormais d’une augmentation moyenne de la température de 7° aux alentours de 2100 (2). Un authentique cataclysme, qui balaierait tout. Fermez donc la télé, car vous n’y apprendrez rien. La clé de Copenhague est ailleurs. Notre Nord à nous, Etats-Unis compris, a un besoin vital que le Sud continue à produire des merdes à prix cassés. Des fringues, des jouets, des ordinateurs. C’est ainsi et seulement ainsi qu’ils pourront continuer à acheter nos turbines, nos avions, nos centrales nucléaires, nos parfums. Le Sud ne peut donc que poursuivre la marche en avant vers l’abîme, et augmenter massivement ses émissions de gaz. Et nous aussi, mais un peu moins, car nous cramons du combustible fossile depuis déjà deux siècles.

Un exemple, pour la route. L’élevage mondial, essentiellement industriel, émet selon la FAO (2006) plus de gaz à effet de serre - 18 % - que tous les transports humains réunis, de la bagnole à l’avion, en passant par le train et le bateau. Mais une nouvelle étude américaine sérieuse (3), reprenant les comptes à zéro, estime que l’élevage représenterait 51% des émissions humaines. Le meilleur moyen de lutter contre le dérèglement climatique, dans tous les cas, serait de diviser l’hyperconsommation de viande par trois ou quatre. Mais aucun responsable n’en parle, car ce serait s’attaquer enfin à un lobby industriel. Et donc, silence.

Ce qui est en cause à Copenhague, c’est un principe d’organisation. Une histoire enracinée, dominée par un imaginaire devenu fou. Le monde est devenu une industrie. Elle commande tout. Navré de le dire brutalement, mais ce sera elle, ou nous.

…...............................

Notes

(1) Perspectives énergétiques, 2008

(2) The Copenhagen Diagnosis, 2009 : Updating the World on the Latest Climate Science

(3) Livestock and Climate Change, WorldWatch, novembre-décembre 2009

Dans les coulisses du Sommet de Copenhague Patrick Piro Reporterre 2009/12/12 Patrick Piro (12 décembre 2009) Dans les coulisses du Sommet de Copenhague. Reporterre. fr

Dans les coulisses du Sommet de Copenhague

Le récit de Patrick Piro, mis en ligne le 11 décembre midi.

Pas facile de se représenter à quoi ressemble le sommet climat de Copenhague avant d’y avoir mis les pieds… Quand on aborde l’enceinte du Bella center, on n’a pas vraiment le sentiment de pénétrer dans le conclave chargé de sauver la planète (puisqu’on nous le dit). C’est plutôt un aéroport à grand trafic. Une vingtaine de lignes de portiques détecteurs de métal, avec personnel aguerri, cagettes plastiques pour s’y déballer, et de plus en plus. Une blague court : le réchauffement climatique justifiera qu’on s’y mette à poil bientôt. Dedans, une fois badgé électroniquement, ça grouille. Les costumes-cravates gris, ce sont des négociateurs gouvernementaux (peu de femmes). Bien qu’il s’agisse de leur territoire, ils sont minoritaires.

Puis il y a les agités, qui trimballent un trépied ou une caméra, des appareils photos ostensibles — du matériel, quoi : les journalistes. C’est plutôt la veste indéchirable, avec un air blasé ou accablé. Population respectable : 3 500 accréditations, et pas une de plus. À l’entrée, les hôtesses (là, ce sont des femmes) ont des consignes hyper-strictes face aux attardés de la presse qui tentent de jeter dans la balance qu’ils « auraient fait tout ce voyage pour rien ! ».

L’autre catégorie d’agités : les militants. La société civile a le droit d’entrer au Bella center. D’ailleurs, c’est la salle des stands que l’on traverse avant d’accéder aux salles de travail. Des ONG, mais aussi le business vert, on ne se refait pas. Le dress-code des militants, c’est T-shirts à couleurs vives. Il faut que ça pète, que ça fasse du bruit. « Don’t braket our future ! » ; ne mettez pas notre avenir « entre crochet » — c’est l’expression qui désigne les points qui ne font pas consensus chez les négociateurs (bref, le principal encore).

Enfin, pour une partie seulement des militants : ce n’est pas pour l’image que les grosses ONG ont déplacé des équipes, importantes. C’est pour suivre les plénières et les dizaines de groupes de travail à la minute près. Ils produisent des synthèses, posent des questions hyper pointues et gênantes à Yvo de Boer, secrétaire général de la conférence. « Sur le point 20 du chapitre xxx du protocole, confirmez-vous que blablabla… ? ». « Franchement, je ne sais pas… »

Dans le grand hall central, un personne sur deux tapote sur un ordinateur portable. L’écran plat, prothèse indispensable de tout homo bellicentrus, toute catégorie confondue. Derrière le côté melting-pot sympa, ça bosse. C’est bien sûr encore assez confus, on est au début de la conférence.

Samedi, les choses sérieuses s’enclenchent, un cran au-dessus, avec l’arrivée des ministres. Yvo de Boer montre donc sa face positive de convenance, il y aurait « des avancées » — sur le transfert de technologies propres vers le Sud, par exemple. Mais tout cela, c’est pour alimenter l’immense machine à produire des messages vers l’extérieur, qui a soif : il paraît que « Copenhague » a été le mot-clef le plus tapé sur le moteur de recherche Google, ces derniers jours. Une époque passe, on regarde avec une certaine compassion les piles de papiers : rapports, charte, prises de positions, numéros spéciaux, etc. Il en restera sûrement beaucoup, et peu seront lus. Internet règne.

Le négociateur en chef de l’Union européenne reconnaît que ce sont les chefs d’État qui pourront faire sauter les verrous. Bien sûr. Donc pas avant le 18 voire le 19. Pierre Radanne, conseiller des pays africains, déboule agacé. « C’est très mal barré… » On frémit à l’énoncé de la vérité. Laquelle ? « les États-Unis ne bougent pas d’un poil ». Aïe, on a cru instant à la mort de Johnny, la France entière est à son chevet. Il paraît qu’il s’est réveillé de son coma artificiel. Le sommet peut continuer.

Il ne sera pas interrompu par le Klimaforum, le repaire des mouvements sociaux et des militants radicaux à 10 minutes du Bella center (on y reviendra, c’est plus cool qu’au Bella center, et on y mange mieux). « Don’t seattle Copenhagen ! » C’est l’un des slogans qui y courent- : Ne faites pas de Copenhague un nouveau Seattle. Dans la ville étasunienne, la conférence du millénium de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avait été mise en échec par les manifestants dans la rue. Pas de tendresse particulière pour les délégations gouvernementales qui pinaillent la moindre virgule au Bella center. « Mais pour une fois qu’il y a une attention médiatique comme jamais sur les problèmes qui nous concernent, n’allons pas livrer aux médias des images de vitrines brisée ! », réclame Naomi Klein, l’icône altermondialiste.

Ici, c’est Tuvalu, 15 000 habitants, qui menace de casser la baraque. Oh, bien symboliquement. Au Bella center, les trois délégués et leur négociateur ont demandé la suspension de la conférence ! Motif : il faut sortir de Copenhague avec un « truc » contraignant, raz-le-bol des envolées compassées. Tuvalu, poussière d’îlots du Pacifique, sera peut-être la première nation à disparaître pour cause de hausse du niveau des mer. Stupéfaction de la plénière, interruption, 200 T-shirt colorés immédiatement rassemblés devant la salle. Yvo de Boer y est revenu hier. « La proposition de Tuvalu est toujours sur la table ». On n’est pas obligé de le croire.

Décroissance heureuse Xavier Reporterre 2009/12/12 Xavier (12 décembre 2009) Décroissance heureuse. Reporterre. Tribune — fr

Décroissance heureuse

Ecrire en coopération un avenir réjouissant.

Bonjour,

J’entends de plus en plus de penseurs de la décroissance dire : « libérons la pensée », « décolonisons l’imaginaire », ou encore : « rêvons l’après-pétrole ».

Je les prends au mot et lance une espèce d’oeuvre littéraire décroissante (quoique le nombre d’épisodes va tout de même en croissant...).

http://www.chapitre3.net

L’idée est d’en finir avec le catastrophisme, de rêver un avenir possible et réjouissant.

C’est une sorte de roman blog, que j’espère d’autres viendront alimenter ou commenter. Il se veut tout public, décomplexé (lui aussi) et ludique. C’est peut-être une utopie aussi de croire qu’il trouvera son public, mais on est bien forcé de se lancer sans tout maîtriser.

J’invite les internautes à le commenter, à développer l’histoire en devenant co-auteur, à apporter de nouvelles idées, à partager des liens, à offrir un dessin ou une photo de leur cru…

Quant à reporterre.net, recevoir déjà vos premières réactions me ferait grand plaisir.

Meilleurs messages

La police danoise a peur de l’huile de tournesol Les désobéissants Reporterre 2009/12/13 Les désobéissants (13 décembre 2009) La police danoise a peur de l’huile de tournesol. Reporterre. fr

La police danoise a peur de l’huile de tournesol

En plein sommet de Copenhague, la police Danoise confisque 250 litres d’huile végétale recyclée, réserve de « carburant » d’un bus de militants non-violents soucieux de leur empreinte écologique.

Ce vendredi 11 décembre, alors que le car affrété par les désobéissants, avec à son bord 34 militants écologistes, circule pacifiquement dans Copenhague, la police Danoise saisit 250 litres d’huile végétale recyclée, carburant du bus de la « Caravane Solidaire ». Ce bus était parti de Paris le 8 décembre afin de rejoindre Copenhague, parcourant 1300 Km à l’aide de ce substitut au pétrole, réduisant ainsi son impact écologique.

La raison invoquée de cette saisie est le soupçon d’une utilisation de cette huile pour la fabrication d’explosifs. Même l’huile d’olive bio destinée à la cuisine des militants s’est vue confisquée. La police compte ne restituer cette huile que le 22 décembre, soit 5 jours après le retour prévu de cette « Caravane Solidaire » vers la France.

Recyclée après avoir servi dans l’alimentation (friture), contrairement aux agro-carburants, cette huile offre l’énorme avantage de ne libérer dans l’atmosphère lors de sa combustion dans le moteur que l’équivalent du CO2 accumulé par la plante pour sa croissance.

Ce matin encore, une délégation de la caravane venue récupérer son bien a essuyé un refus catégorique de la part des autorités policières.

Alors même que le sommet de Copenhague, doit mettre en place des solutions d’urgence de réduction des émissions de CO², les forces de l’ordre danoises, obnubilées par le tout sécuritaire, œuvrent au contraire, pour le réchauffement climatique par la réquisition d’un carburant plus écologique.

Une loi renforçant le pouvoir de la police a été adoptée au Danemark Ronack Monabay Reporterre 2009/12/13 Ronack Monabay (13 décembre 2009) Une loi renforçant le pouvoir de la police a été adoptée au Danemark. Reporterre. fr

Une loi renforçant le pouvoir de la police a été adoptée au Danemark

Au Danemark, de nouvelles mesures législatives controversées donnent à la police de vastes pouvoirs en matière de détention provisoire et étendent les peines de prison pour les actes de désobéissance civile. Les citoyens européens attendus aux diverses mobilisations autour du sommet de Copenhague ne semblent pas être les bienvenus.

Jeudi 26 novembre, le parlement danois, dominé par les libéraux et les conservateurs avec le soutien du parti d’extrême droite dit du « Peuple Danois », a adopté une nouvelle loi renforçant les pouvoirs de la police dans le cadre des manifestations. Cette loi, proposée le 18 octobre par le ministère de la Justice, a pour but officiel d’instaurer des sanctions suffisamment dissuasives afin d’éviter tout débordement pendant les deux semaines de la conférence onusienne sur le changement climatique. Le point d’orgue de la mobilisation sera la manifestation internationale du 12 décembre.

Minority Report en danois

Le texte procure à la police des pouvoirs élargis en matière d’arrestation préventive et accentue les sanctions à l’encontre des actions de désobéissance civile. La police danoise aura la possibilité d’arrêter les manifestants pendant une durée de douze heures (contre six précédemment) si elle soupçonne ceux-ci de vouloir enfreindre la loi. « Si, par exemple, des manifestants étrangers louent un autocar pour se rendre à une manifestation légale au centre de Copenhague, la police aura la possibilité d’arrêter l’autocar et tous les passagers, même si ceux-ci ont des intentions pacifiques uniquement, parce qu’elle estimera que l’endroit où se rend l’autocar va être le lieu d’affrontements » , nous explique l’avocat danois Bjørn Elmquist. La garde à vue pour les « étrangers » (nous ne sommes plus Européens dans ce cas) est portée à 72h, contre 24h pour les Danois.

Au-delà de la garde à vue, si la police considère que les manifestants ont entravé le bon déroulement de son travail, elle pourra les embastiller pendant… 40 jours, sur simple décision d’un procureur ! Enfin, l’amende sanctionnant les actions de désobéissance civile (regroupement après la dispersion d’une manifestation par exemple) augmente drastiquement. Elle s’élève désormais à 403 euros et peut atteindre 603 euros si la police estime qu’il y a eu rébellion lors de l’interpellation.

L’anti-terrorisme appliqué aux écologistes

Le ministre de la Justice Brian Mikkelsen, membre du parti conservateur, a déclaré que le gouvernement avait la responsabilité de sévir contre ceux qui tentaient de saboter le travail de la police. « Nous avons récemment constaté, via les médias, que les activistes planifient des actions illégales pour nuire au travail de la police lors de la conférence. (…) Nous voulons donc avoir à notre disposition un cadre juridique solide et cohérent en cas de troubles civils graves », a-t-il déclaré au quotidien danois Politiken. De son côté, Per Larsen, surintendant de la police de Copenhague, précise que la nouvelle loi ne serait appliquée qu’en cas d’une « situation incontrôlable ».

Nombreux sont ceux qui pensent que le climat politique général danois est propice à faire adopter une loi liberticide à la hâte afin d’entériner une criminalisation des mouvements sociaux. « Le gouvernement profite du sommet climatique pour faire une loi répressive plus générale puisqu’elle restera en application après la conférence », estime l’avocat Bjørn Elmquist. « On a fait exactement la même chose avec les attaques terroristes en 2001 et le soutien du Danemark à la politique américaine. Les partis politiques de droite attendaient depuis très longtemps la possibilité de rendre plus stricte tout notre régime juridique. Ils ont trouvé un alibi. Les sanctions sont durcies pour décourager les citoyens, et notamment les jeunes, de se mobiliser. Les tribunaux ont reçu des instructions du ministère afin de rester disponibles pendant les deux semaines du sommet pour poursuivre les manifestants. C’est d’autant plus facile qu’une partie de l’opposition, autour des sociaux-démocrates, a l’impression qu’il faut argumenter de la même façon que la majorité actuelle pour remporter les élections. »

Une opposition réelle… mais discrète

Une partie de l’opposition parlementaire constituée de l’Alliance Rouge et Verte (extrême gauche) et du parti centriste (progressiste et libéral) a contesté le texte jusqu’au dernier moment en le qualifiant d’anti-démocratique et en posant plus d’une centaine de questions et d’amendements. L’opposition a dénoncé les termes très vagues du texte de loi et a jugé très préoccupant le fait que « les personnes qui ne prennent pas directement part à la protestation mais se trouvent sur les lieux peuvent être arrêtées et condamnées à un maximum de 40 jours ». L’administration pénitentiaire et l’institut des droits de l’Homme ont également exprimé leur opposition.

Fait plus rare, l’association des magistrats danois est montée au créneau en organisant une conférence publique en réponse au ministère de la Justice. « Les magistrats au Danemark travaillent à la Cour et veillent en général à rester les plus neutres possible afin de ne pas se retrouver dans une situation délicate s’ils doivent appliquer une loi qu’ils ont contestée », précise Bjørn Elmquist. « Ils ont critiqué sévèrement les changements en mettant notamment en avant le besoin d’apporter une base juridique plus précise pour justifier l’extension des pouvoirs de la police, ce qui signifie la nécessité d’avoir un contrôle juridique lors de ces arrestations, ce qui n’est pas le cas ici. Enfin, un autre problème soulevé est que la police n’aura pas l’obligation de notifier aux personnes arrêtées ni le motif ou le soupçon à la base de leur arrestation, ni leurs droits – comme la possibilité de voir un avocat afin de contester par la suite cette arrestation – ce qui constitue une atteinte grave aux droits élémentaires ».

« Legal team » et guide juridique

Des activistes environnementaux ont protesté contre la loi, notamment via une lettre publiée par le quotidien britannique The Guardian ainsi que par une pétition. Beaucoup d’organisations se sont contentées d’envoyer des communiqués de presse sans signer l’appel à manifester, préférant sans doute se focaliser sur le sommet climatique à venir. Le collectif « Message from the Grassroots », créé pour dénoncer la dérive islamophobe de la société danoise lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, a tenté de fédérer l’opposition à ce projet de loi en organisant un happening et un « sound system » afin de troubler les différentes séances parlementaires. Malgré l’ambiance festive, ces manifestations n’ont pas reçu le soutien des autres organisations et n’ont rassemblé guère plus de 200 personnes, des jeunes pour la plupart.

Alors que cette loi répressive aurait pu être, pour le mouvement social, un formidable moyen de se rassembler par delà ses différences, le sentiment général est que les différentes organisations environnementales, politiques et syndicales sont restées timorées et n’ont pas voulu contester haut et fort cette loi. Est-ce par peur d’apporter de l’eau au moulin du gouvernement qui stigmatise depuis des mois les mobilisations citoyennes à venir ?

Heureusement, le Forum climat de Copenhague (Klimaforum, en anglais) organisera les 8 et 17 décembre deux séminaires sur la coopération des mouvements populaires face à la répression [1]. Ce sera l’occasion de réfléchir sur les façons de lutter efficacement contre la prochaine loi prévue, à savoir la possibilité, suite à son arrestation dans les conditions précédemment décrites, d’expulser vers son « pays d’origine » un manifestant étranger ayant vécu toute sa vie au Danemark !

100 000 manifestants à Copenhague Attac France Reporterre 2009/12/13 Attac France (13 décembre 2009) 100 000 manifestants à Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

100 000 manifestants à Copenhague

Pour une justice climatique, changer le système pas le climat

100 000 manifestants à Copenhague

Autour de 100 000 personnes du monde entier ont manifesté pacifiquement à Copenhague pour la justice climatique. Avec leurs couleurs, leur diversité et le plaisir d’un monde partagé, malgré l’interpellation de plus de 700 manifestants qui se sont trouvés pris dans une coupure de la manifestion en deux par les forces de l’ordre.

Cette démonstration témoigne d’un tournant dans les luttes, avec des convergences entre les mouvements sociaux et les mouvements écologistes, pendant que les pays du Sud se battent dans la conférence pour faire reconnaître leurs droits et leur refus de payer pour les délires expansionnistes des pays riches et pour la prédation des ressources qu’ils ont subie au premier chef. Une nouvelle expression de l’altermondialisme, avec des propositions concrètes, et une nouvelle détermination.

L’OMC aggrave la crise climatique Raphaël Kempf Reporterre 2009/12/13 Raphaël Kempf (13 décembre 2009) L’OMC aggrave la crise climatique. Reporterre. Tribune — fr

L’OMC aggrave la crise climatique

Le droit de l’Organisation mondiale du commerce interdit de nombreuses mesures étatiques de lutte contre le chagement climatique. }

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) sait soigner son image. Elle avance ainsi l’idée de « soutien mutuel » entre commerce et environnement pour se présenter sous un jour écolo, alors que tout la désigne comme un élément du problème climatique. Décryptage, alors que se tient sa réunion annuelle, à quelques jours du sommet de Copenhague.

Comme il le répète depuis plusieurs années, Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, a affirmé récemment que la libéralisation du commerce international et la lutte contre le changement climatique n’avaient rien de contradictoire. Bien au contraire, elles peuvent se renforcer mutuellement ! Un rapport publié en juin 2009 par l’OMC et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) visait à renforcer cet argument. Même si ce document ne faisait que présenter des faits bien connus relatifs à l’OMC et à l’environnement, les médias l’ont pris comme une preuve de la conversion de l’OMC à l’écologie. Nous avons même pu lire que, depuis ce rapport, l’OMC autorisait les Etats à adopter des taxes carbone aux frontières. Rien n’est plus faux, comme nous le verrons. Mais cet épisode montre à quel point l’organisation genevoise sait soigner son image.

Elle a ainsi développé cette idée de « soutien mutuel » entre commerce et environnement comme la pièce maîtresse d’une stratégie de communication la présentant sous un jour écolo, alors que tout la désigne comme un élément du problème climatique. Cet article cherchera donc à montrer en quoi les objectifs de l’OMC s’opposent clairement à une lutte efficace contre le réchauffement global.

Les « biens environnementaux » : un distributeur de billets sauvera-t-il la planète ?

Aux dires de l’OMC, reprenant à son compte les conclusions d’un rapport de la Banque mondiale, le meilleur service qu’elle pourrait rendre au climat serait de libéraliser le commerce des biens et services environnementaux. Les Etats discutent en effet de ce sujet depuis plusieurs années, mais les négociations n’avancent guère car les intérêts en jeu sont très éloignés des préoccupations climatiques. Les pays les plus développés cherchent ainsi à conquérir de nouveaux marchés pour des produits… qui n’ont rien d’environnemental ! Les Etats-Unis ont par exemple proposé, en 2005, de libéraliser le commerce des distributeurs automatiques de billets de banque, et l’Union européenne celui des compteurs d’eau (probablement dans le but d’accompagner la privatisation des marchés de l’eau dans le Sud…).

Ce discours exprime également une croyance dans les vertus de la technique. Il suffirait ainsi de diffuser sur toute la surface de la planète les technologies les plus propres pour résoudre le problème du changement climatique. Or, les « technologies non polluantes », ou « sans incidence sur le climat », ainsi que les décrit l’OMC, n’existent pas : il faudra toujours, à un moment ou un autre, émettre du dioxyde de carbone pour produire, puis vendre, un panneau solaire ou une éolienne. Il est par contre évident que de telles technologies sont moins polluantes que d’autres, mais le problème est de savoir si elles viendront remplacer ces dernières, ou si elles viendront s’y ajouter, ne faisant que combler l’augmentation de la demande. Dans ce dernier cas, ces technologies ne contribueront pas à la diminution des émissions de gaz à effet de serre, mais à la maîtrise de leur augmentation.

Ce point essentiel n’a pas été perçu par la Banque mondiale, et l’OMC à sa suite, qui répètent que la libéralisation du commerce des biens et services environnementaux résulterait en une augmentation de ce commerce allant de 7,2 % à 13,5 %. Mais rien n’est dit sur les effets environnementaux de cette ouverture des marchés. Ainsi, même la Banque mondiale ne sait pas si cela aurait pour effet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Il faudrait encore, dans le cas où ces deux problèmes seraient surmontés, que la diffusion de technologies propres se fassent dans des conditions équitables. Or, les règles de l’OMC imposent aux Etats de protéger les droits de propriété intellectuelle. C’est-à-dire que, si une technologie se révélait réellement indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, l’OMC empêcherait la création de licences obligatoires permettant à certains Etats de fabriquer cette technique sans rétribuer le titulaire du droit de propriété intellectuelle. Le droit de l’OMC oblige ainsi les échanges à être marchands, quand bien même l’intérêt général imposerait le contraire.

L’impossible taxe carbone aux frontières et la privatisation du politique

L’OMC est un système juridique contraignant, un ensemble de règles appliquées par un juge, l’Organe de règlement des différends (ORD). L’étude de ses décisions – ou jurisprudence – nous montre que les mesures prises par les Etats pour protéger l’environnement doivent respecter des conditions très strictes. Cela est dû au principe fondamental du droit de l’OMC connu sous le nom de « principe de non-discrimination » (à ne pas confondre avec les politiques de lutte contre les discriminations contre certaines catégories de personnes). Ce principe postule que des produits se trouvant en concurrence sur un marché doivent être traités de manière identique. C’est-à-dire qu’un produit « écolo » (fabriqué selon des méthodes peu émettrices de GES, ou en émettant lui-même peu) sera considéré comme identique à un produit plus polluant. Ce principe empêche les Etats qui le désireraient d’imposer aux produits importés une taxe carbone aux frontières.

Il s’agit là du bref résumé d’un long exposé juridique. Mais il convient d’en retenir, qu’en l’état actuel du droit de l’OMC, celui-ci s’oppose à de nombreuses mesures étatiques de lutte contre le réchauffement climatique. Cela tient au susdit principe de non-discrimination, mais également à la préférence implicite de l’OMC pour la régulation privée. Ainsi, des mesures environnementales adoptées volontairement par des entreprises, dans leurs codes de conduite, ne seraient pas soumises au droit de l’OMC. Nous voyons ici se déplacer le lieu de la décision politique : les Etats étant soumis à des règles internationales contraignantes abandonneraient leur rôle de définition du bien commun aux entreprises. Or, les bénéfices concrets en termes environnementaux de ces règles privées (qui, soit dit en passant, restent à démontrer) permettent-ils de compenser l’abandon d’une définition de la politique comme étant la capacité pour les hommes de déterminer collectivement leur destin ? Quelle redéfinition de notre philosophie politique ces tendances annoncent-elles ? Contre ceux qui croient qu’il est possible réguler directement le marché sans en passer par la politique, il est important de réaffirmer le rôle de la décision collective, spécialement dans un domaine aussi important que le changement climatique.

L’OMC semble ainsi s’opposer frontalement aux efforts de lutte contre le changement climatique. La planète nous impose de coopérer et de prendre collectivement des décisions politiques, quand l’OMC favorise de fait les acteurs privés et l’autorégulation des entreprises. Il faudrait prendre la mesure de notre foi technologique et de son rôle dans le réchauffement global, de façon à nous libérer de ces illusions, tandis que l’OMC est convaincue que la solution ne pourra qu’être technique. Enfin, l’OMC a pour objectif premier d’accroître la production et les échanges au niveau mondial. Rien ne doit diminuer les échanges commerciaux internationaux. Or, le réchauffement climatique impose une relocalisation des activités économiques.

Apparaît alors l’opposition soulignée par André Gorz entre « l’impératif économique de rendement », promu par l’Organisation, et « l’impératif écologique de ménagement ». Il est en effet impossible, dans un monde de ressources rares comme le nôtre, dont les dégradations environnementales, en premier lieu climatiques, nous imposent une forme de retenue et de respect du « monde » – c’est-à-dire de diminution de la production et de la consommation matérielles, surtout dans les pays riches -, il est donc impossible dans notre siècle de poursuivre dans une logique qui pouvait se comprendre à une époque où les ressources étaient prétendument infinies et les dommages causés à l’environnement localisés et réversibles. L’OMC est bien une institution du siècle passé et, comme l’affirmait Edgar Morin en 1999, « le XXIe siècle est né à Seattle ».

La police danoise accusée de violer les droits de l’homme Climate Justice Action Reporterre 2009/12/13 Climate Justice Action (13 décembre 2009) La police danoise accusée de violer les droits de l’homme. Reporterre. fr

La police danoise accusée de violer les droits de l’homme

La police danoise a arbitrairement arrêté plus de 900 activistes du climat lors d’une manifestation sur le changement climatique qui rassemblait 100 000 personnes hier à Copenhague. Le fait que les arrestations aient été effectuées à un endroit et à une heure différente de celui où des troubles momentanés ont eu lieu plus tôt dans la journée a soulevé beaucoup de questions. La presse a été écartée du site des arrestations à 18h00.

Plus de 1OO personnes ont été maintenues menottées assises en lignes sur la route par une température glaciale pendant plusieurs heures. Elles n’ont eu aucun accès à de l’eau, des soins médicaux ni même à des toilettes dès 15h30. De nombreux activistes ont rapporté s’être fait pipi dessus pendant qu’ils étaient retenus par terre. Des centaines de personnes ont été emmenées dans des cars. Plusieurs personnes se sont évanouies vers 19h45.

Helga Matthiassen, détenue pendant une heure avant d’être relâchée en raison d’une blessure récente, dit : “Bien sûr nous sommes en colère – partout dans le monde des gens sont en colère après les gouvernements qui leurs mentent et établissent des accords d’entreprise pendant les négociations sur le climat, et maintenant, quand nous essayons de protester contre cela dans la rue, nous sommes retenus au hasard par la police. Non seulement on nous prive de notre droit à manifester, mais nos libertés fondamentales sont ignorées dans cette mise-en-scène policière risible. Il semble que la police danoise a une nouvelle devise : pourquoi simplement criminaliser les manifestants, quand on peut aussi les déshumaniser ?”

Autre communiqué, même source :

14h15, 13 Decembre 2009

La police de Copenhague répète ses actes de violence injustifiés sur les manifestants

Plus de 200 manifestants sont actuellement retenus et arrêtés par la police danoise du côté de l’Ambassade américaine. La manifestation fait partie de la journée d’action “Hit the Production”. Sans justification, la police a violemment chargé la foule et commencé les arrestations, obligeant les manifestants à s’asseoir menottés sur le bitume.

La scène semble être la répétition à l’identique des violations des Droits de l’Homme d’hier.

Ed Thompson, un activiste de la justice climatique anglais, est sur place : “Je suis venu ici pour montrer que les négociations des Nations-Unies ne me représentent pas, que les grandes entreprises et les gouvernements des pays riches ne peuvent régler les problèmes du changement climatique, que nous allons tous devoir s’impliquer pour échapper à la catastrophe climatique – et la police répond avec du gaz lacrymogène, des matraques et des arrestations arbitraires massives.”

A 13h40, 50 activistes climatiques étaient arrêtés, et des témoignages rapportent que des lacrymogènes et des matraques ont été utilisés sur les manifestants comme sur les journalistes. Un journaliste du groupe de presse danois Ekstra Bladet a été signalé comme arrêté.

Ecouter la manifestation du 12 décembre cent mille personnes Reporterre 2009/12/14 cent mille personnes (14 décembre 2009) Ecouter la manifestation du 12 décembre. Reporterre. fr

Ecouter la manifestation du 12 décembre

Des sons enregistrés à la volée le samedi 12 décembre à Copenhague, juste pour vous donner une bonne idée de la bonne humeur et de l’énergie qu’il y avait ce jour-là.

Ce n’est pas de la grande radio, on est d’accord. Cela dure à peu près cinq minutes. Ouvrez un autre onglet pour faire autre chose pendant ce temps.

Le climat, la dette, l’âme Hervé Kempf Reporterre 2009/12/14 Hervé Kempf (14 décembre 2009) Le climat, la dette, l’âme. Reporterre. Tribune — fr

Le climat, la dette, l’âme

Blork émergea de la lecture du Traité de philosophie morale , de Wasserchinzegoten, totalement inconnu, il faut bien le dire, et dont l’existence même est niée par les érudits. Ouvrant l’oreille aux bruits du monde, Blork apprit que celui-ci s’intéressait fort aux activités organisées dans un petit royaume nordique autour du changement climatique.

Sacré Blork ! En un éclair, il parvint au coeur des discussions. De quoi s’agit-il, pensa-t-il ? De justice et de responsabilité collectives. Avec deux particularités par rapport à l’approche usuelle : la justice doit être planétaire ; la responsabilité doit être intergénérationnelle.

Ainsi, les pays du Sud insistent sans relâche sur « la responsabilité historique des pays du Nord ». Durant leur développement industriel au long des XIXe et XXe siècles, ceux-ci ont émis des quantités énormes de gaz carbonique. D’où la notion de « dette climatique » : c’est, explique l’écologiste Muttiah Yogananthan, « la dette que doivent les pays du Nord aux pays du Sud, et qui correspond à leur excédent d’émissions » (1).

Selon l’Agence internationale de l’énergie, citée dans le numéro de novembre de L’Usine à GES (2), les Etats-Unis sont responsables de 30 % des émissions cumulées de gaz carbonique entre 1900 et 2005, l’Union européenne de 23 %, la Chine de 8 %, le Japon de 4 %, l’Inde de 2 % et le reste du monde de 33 %. Etats-Unis et Europe comptent donc pour plus de la moitié.

Il n’y a pas là une querelle d’experts, mais un enjeu moral : « Les pays riches doivent payer pour leurs péchés », dit ainsi un Ougandais, Fred Machulu Onduri. « Nous reconnaissons absolument notre rôle historique dans l’injection d’émissions dans l’atmosphère, mais je rejette catégoriquement un sentiment de culpabilité ou de réparation », répond Todd Stern, le représentant des Etats-Unis à Copenhague. La veille, le Chinois Yu Qingtai appelait les Occidentaux à « fouiller leur âme ».

Péché ? Culpabilité ? Ame ? C’est ce dont on discute à Copenhague, conclut Blork, qui se rappela que le terme de « querelles byzantines » désignait les importantes discussions théologiques qui agitèrent l’Empire romain d’Orient.

Mais l’argument du Sud pèche sur le plan moral : un Occidental d’aujourd’hui est-il responsable des actes de son grand-père ? Et que peut-on reprocher au grand-père, qui n’avait aucune idée de ce qu’était l’effet de serre ?

Le Nord reste coi, cependant, car le visage que présente la génération actuelle n’est pas défendable : surconsommation, inégalités et domination d’une oligarchie financière essentiellement cupide.

Les petits-enfants ne peuvent payer pour les fautes hypothétiques des grands-parents. En revanche, ils sont responsables de leur situation présente. Qu’ils la changent - c’est-à-dire acceptent l’unification planétaire des conditions de vie, donc la baisse de leur propre consommation matérielle.

.......................................... Notes

(1) Qu’est-ce que la dette climatique ?

Ce qui aurait pu déraper le 12 décembre Par Julien villalard Reporterre 2009/12/14 Par Julien villalard (14 décembre 2009) Ce qui aurait pu déraper le 12 décembre. Reporterre. fr

Ce qui aurait pu déraper le 12 décembre

Il y n’y a eu qu’un vrai incident, dans la manif, provoqué par les blacks blocks. Raconté dans le Copenhago Blobo. Et là, vous avez le son des fusées, et Besancenot dans l’action.

Se pisser dessus et dans des cages : interpellations du 12 décembre Anonyme Reporterre 2009/12/15 Anonyme (15 décembre 2009) Se pisser dessus et dans des cages : interpellations du 12 décembre. Reporterre. fr

Se pisser dessus et dans des cages : interpellations du 12 décembre

Un témoignage sur les conditions de garde à vue du 12 décembre à Copenhague.

copenhague samedi 12 dec 14:00 grosse manif avec partis et orga en tete du cortege manif oú beaucoup on montré leur creativité il doit etre possible de trouver des photos(magnifique costume) en queue de cortege une partie de manif de personnes toute en noir sans que l on puisse appeler un black bloc n étant pas du tout un bloc ici ambiance detendues aucune action directe ...

15:30 cette partie du cortege est attaqué par la police depuis une rue laterale dans le but de bloquer l arriere du cortege il s en suis l arrestation de 300 a 400 personnes la foule est divisé en petits groupes entouré chacun de flic matraque a la main et petit a petit chaque personne est menotte avec serflex et assise par terre (a savoir la nuit est tombé la temperature proche de 0) en file d une trentaine de personnes chacun entre les jambes de celui de derriere (impréssion bobsleig) position extrement incorfortable et obligeant le contact des mains nu avec le sol et je vous jure ca fais mal assez vite quelques slogans sont lancé « voici a quoi ressemble votre democratie » « A A anticapitalista » et aussi des pluies d insultes contre les keufs dans des langues qu il ne comprenait pas ( le francais en est une) petit a petit nous sommes emenéEs dans des bus le police et de la ville requisisionné certain attendrons jusqu a 18h30 pour attendre les bus et certaine personnes disent s etre pissé dessus durant l attente vous pouvez imaginé le resultat avec la temperature

nous sommes emmené dans un endroit crée pour l evenement bureau dans des containers un grand hangar divisé par des paroi en bois en 3 parties une immense salles ayec des cages au sens propes 3*3*2 metres alignés une salle de fouille avec une dizaine (ou plus )de bureau aligné et une salle d attente ou l on etait reassis comme dans la rue mais moins strictement

l attente entre le moment de l arrivé du bus et l entrer dans le hangar etait d environ 1 heure et demi (lors de ma sortie a 21 heure ily avait encore 6 bus)

le seule moment ou allé au toilette a ete possible etait entre le bus et le hangar pas avant pas apres

dans un des bus garé a coté a coté de nous une personne a demandé a allé au toillette durant plus d´une heure et a fini par s enervé il a alors ete enmené dehors et matraquer et jete au sol frapper jusqu a qu il se pisse dessus les keuf l ont fait reste allongé un petit peu dans sa pisse avant de le rammené dans le bus

dans la salle d « attente » les toillettes ont aussi ete la principale revendication (« let s us pee,on you » laissez nous pisser ,sur vous ) l autre revendication etait le desserage des serflex qui etaient tres souvent tres serrés il y avait une grande solidarité entre les interpellés dans cette salle

apres dans la salle de fouille 4 flic par personne et premiere fois ou il m ont enleve les serflex 6 heures apres les avoir posé apres avoir du enlevé chaussure manteau bijoux foulard et signé la fouille une de mes connaissance a ete relache j ai pris mon air le plus innocent et idiot que possible pour leur demandé apres sa disparition pourquoi mon ami a ete relache et pas il m ont alors expliquer que cel avait un rapport avec le fait de rebellion ou non rebellion durant l arrestation (en gros on t arrete on te traite mal et si tu rebelle cest que tu est coupable et donc on avait raison de t arreté sinon t avait qu a pas etre là) avant de décider de me relaché tout en me demandant de ne pas faire trop de bruit dans la rue et que si j en faisait je serait punis

Dimanche 13 dec manif pour bloquer le port durée de la manif 400 metre tous le cortege arreté il sont resté 6 heures dehors et emmené au lieu de detention des cages ont ete brisé et pour raison de bruit intempestif ils ont gazés a la familale par le plafond de la cages les personnes presente a l interieur

bilan tous va bien dans le meilleur des mondes depuis là bas ou on s amuse comme des fous

Copenhague : les dossiers de la négociation Climate Action Network Reporterre 2009/12/15 Climate Action Network (15 décembre 2009) Copenhague : les dossiers de la négociation. Reporterre. fr

Copenhague : les dossiers de la négociation

Pour comprendre à peu près de quoi discutent les gouvernements à Copenhague. Le point sur les dossiers au lundi 14 décembre.

Les délégués retournent aujourd’hui au Bella Center, rejoints par leurs ministres. Plus tard, ce sera aux chefs d’Etat et de Gouvernement de prendre la relève.

Sur quels sujets doivent-ils concentrer leurs efforts pour arriver à un accord équitable, ambitieux et contraignant ? ECO est ravi que vous posiez la question car il est en mesure de vous répondre précisément sur ce point !

Réduction des émissions

Samedi, le groupe AOSIS a encore une fois attiré l’attention sur la menace que le changement climatique fait peser sur la survie des petits Etats insulaires. Ces derniers ne sont pas en ce moment en train de jouer au « jeu de la négociation ». Quand ils demandent un objectif de réduction des émissions des pays industrialisés de 45% pour 2020 par rapport à 1990, ils définissent en fait leur droit à survivre au-dessus de l’eau.

Alors que nous entrons dans la deuxième semaine de négociations, les propositions de réduction des émissions des pays industrialisés restent, une fois aggrégées, désespéremment faibles. Sans compter qu’une fois pris en compte certaines échappatoires telles que les règles de comptabilisation LULUCF et le problème de l’air chaud, cela peut aboutir à une augmentation de +4% des émissions par rapport à 1990.

Ce faible niveau d’ambition a finalement été facilitée par l’Union européenne (UE). Celle-ci aurait pu envoyer un signal positif en augmentant son objectif de réduction lors du tout récent Conseil des chefs d’Etat. Signal qui aurait potentiellement engendré une réaction en chaîne d’augmentation du degré d’ambition des autres pays. Mais non, l’UE a encore une fois manqué une occasion d’être leader.

Les objectifs de réduction des émissions ne sont pas le seul problème. Les pays continuent de pinailler sur l’année de référence pourtant largement reconnue, 1990. Il n’y a toujours pas de clarté sur la durée de la prochaine période d’engagement, qui devrait pour Eco être de 5 ans, ni sur la nécessité de prévoir une clause de révision au plus tard en 2015 pour tenir compte du cinquième rapport du GIEC.

ECO attire ainsi l’attention de l’ensemble des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays industrialisés sur le défi qui les attend. Ils doivent revoir l’ambition de leurs objectifs de réduction, supprimer les échappatoires, se mettre d’accord sur 1990 comme année de référence ainsi que sur une période d’engagement de cinq ans, et s’entendre sur une clause de révision assez rapprochée.

Adaptation

Les dommages et impacts inévitables liés aux changements climatiques doivent trouver un traitement approprié. Ils sont la conséquence de l’échec des pays industrialisés à réduire leurs émissions dans le passé. Le Greenwashing ne doit pas permettre de sacrifier les plus vulnérables. Dès lors, l’adaptation est un élément crucial de l’accord de Copenhague. ECO espère que quand les pays en développement mettront en oeuvre leurs stratégies d’adaptation, ils accorderont la priorité aux peuples et communautés les plus exposés aux risques du changement climatique.

Financement

La semaine dernière, de nombreux pays ont dévoilé leurs propositions sur le financement. Il était temps ! ECO voudrait tout de même souligner deux points essentiels :

- Tout d’abord, les financements précoces doivent faire partie d’un accord plus large et contraignant, comprenant des financements de long terme d’au moins 195 milliards de dollars par an d’ici 2020. Ces financements doivent être additionnels aux objectifs d’aide publique au développement.

- Ensuite, ces financements doivent passer par un fonds placé sous l’autorité et relevant de la responsabilité de la COP. Un accès direct aux fonds est tout aussi essentiel. Une fois encore, de la clarté est nécessaire quant à la responsabilité de la COP et le rôle que joueront les populations les plus vulnérables dans les différentes propositions de gouvernance.

La semaine dernière, l’enthousiasme semble être revenu autour de sources de financements innovantes, et en particulier sur la réaffectation des subventions aux énergies fossiles, les droits de tirages spéciaux et la taxe sur les transactions financières. Les délégués ont l’air davantage concentrés sur ces sujets. Mais ECO attend de voir ces propositions intégrées dans les textes discutés actuellement. D’ailleurs, ECO rappelle aux délégués qu’il y a justement dans le texte de négociations entre 25 et 37 milliards de dollars provenant du transport maritime et aérien qui attendent impatiemment d’être utilisés. Pourquoi ne pas non plus en profiter pour inclure l’idée d’une mise aux enchères des Unités de Quantités Attribuées (UQA) des pays industrialisés ?

Forme Juridique de l’accord

Cette question a été au coeur des débats de la première semaine, avec les demandes répétées de Tuvalu, ainsi que les nouveaux textes proposés par les présidents des groupes de travail. ECO salue l’idée que les deux voies de négociations progressent vers des textes juridiquement contraignants. Le temps est compté, et les Parties doivent se mettre au travail sur la base des textes existants.

Les ministres et les chefs d’Etats doivent maintenant sauter dans le train en marche et dépasser leurs différends sur ce point. Des progrès en début de semaine sont indispensables pour arriver à un accord complet sur la forme et sur le fond, ici à Copenhague.

C’est maintenant ou jamais ! Ces sujets doivent être au centre des discussions cette semaine. Chers délégués, votre succès ou votre échec sur ces questions détermineront le succès de Copenhague. Ce sera aussi retenu au coeur de votre bilan politique !

EXCLUSIF : Hervé Kempf : « Je suis un objecteur de croissance » Reporterre Reporterre 2009/12/16 Reporterre (16 décembre 2009) EXCLUSIF : Hervé Kempf : « Je suis un objecteur de croissance ». Reporterre. Édito — fr

EXCLUSIF : Hervé Kempf : « Je suis un objecteur de croissance »

Exclusif : au prix d’efforts indescriptibles, Reporterre a réussi à interviewer Hervé Kempf. Il nous déclare : « Oui, je suis un objecteur de croissance. »

Vincent Cheynet, du journal La Décroissance, s’interroge : « Hervé Kempf est-il devenu un objecteur de croissance ? »

Reporterre a cherché le dit interrogé pour mettre les choses au clair. Au prix d’efforts remarquables, nous l’avons déniché en train de roupiller gravement.

Reporterre - Etes-vous devenu objecteur de croissance ?

Hervé Kempf - Je suis objecteur de croissance. J’ai bien dû le devenir à un moment ou à un autre, mais je ne saurai vous dire quand. J’ai fait pas mal de conférences depuis deux ans, où je répond souvent à des questions sur la décroissance, et je me range alors comme « objecteur de croissance ». Il faudrait réécouter tout ça, mais entre nous, ce serait un peu répétitif. En revanche, j’aimerais bien retrouver une tribune que j’ai écrit dans Libération vers 1993 et qui attaquait frontalement l’idéologie de la croissance. Je vais fouiller les archives quand j’aurai le temps et je vous communiquerai l’article. Vous savez faire des PDF ?

Euh, non, mais ce n’est pas très compliqué, je crois. Hmm. Mais revenons à nos moutons. M. Cheynet vous qualifie « d’adversaire » et « d’ennemi de la décroissance ». Comment réagissez-vous ?

J’ai beaucoup d’amis avec lesquels je ne suis pas d’accord sur tout. Et le fait de ne pas être d’accord ne signfie pas que je suis un « ennemi » ou un « adversaire ». En résumé, je ne suis ni un ennemi ni un adversaire de la décroissance, et j’ai beaucoup d’amis qui se disent « décroissants » sans, à vrai dire, en faire un fromage. Vous pouvez témoigner, à Reporterre, que je vous envoie beaucoup de textes sur la décroissance. Tenez, cherchez le mot « décroissance » dans la fonction « recherche ».

Oui, mais...

Ecoutez, vraiment là, excusez-moi, mais... En fait, là je bosse comme un fou sur cette affaire de Copenhague, et à l’instant, un coup de fil m’oblige à partir. Je voulais juste vous dire : je répondrai en détail et en public, sur votre site, si vous voulez bien, au texte de Vincent Cheynet. Mais je veux le lire au calme - je ne l’ai même pas lu complètement -, pour réfléchir à froid. Je crois aux vertus du débat, et je suis très heureux de le faire avec Vincent, comme cela nous est déjà arrivé, par courriels et parfois en public, courtoisement, et j’espère, amicalement. Laissez-moi sortir de Copenhague, et prendre un peu de temps. A bientot.

Religion du réel Hervé Naillon Reporterre 2009/12/16 Hervé Naillon (16 décembre 2009) Religion du réel. Reporterre. Tribune — fr

Religion du réel

« Copenhague c’est le début d’une nouvelle humanité qui apprendrait à échanger, donner, partager mais aussi à vivre avec sa planète. »

Après avoir lu sur un post de Libération cette phrase : « Vous faites partie de l’église de climatologie, la nouvelle secte, la nouvelle religion bien pensante du climat »

Religion. Ce mot vient-il de religere (relire, revoir avec soin, rassembler) ou de "religare" (relier) ? Peut-être que ces menaces que nous nous sommes posées sont l’ébauche d’une religion du réel où nous relisons avec soin les analyses et les faits scientifiques.

Elle nous rassemble dans une unité humaine découverte face à la menace de sa disparition. Elle nous relie dans cette prise de conscience d’une seule planète viable, limitée, à partager en intégrant les interdépendances qui nous relient au vivant.

Copenhague, ce n’est pas trouver un terrain d’entente pour pouvoir continuer comme avant. Ce n’est pas une conférence qui finirait en partage du butin Terre, comme pourrait le faire une assemblée de mafieux des territoires du Nord troublés par l’arrivée d’une nouvelle bande du Sud, à laquelle il faudrait donner un peu de matière pour conserver la paix.

Copenhague c’est avant tout le début d’une nouvelle humanité qui apprendrait à échanger, donner, partager mais aussi à vivre avec sa planète. Une religion du réel, un lien nouveau, un nouveau matérialisme dialectique par le retour de la matière dans notre pensée. Cette matière que nous avons cru pouvoir plier et piller sans limite, cette matière qui est aussi l’air, l’eau...

Nous avons manqué de réalisme. Longtemps nous avons cru. Nous avions nos superstitions et nos fois inébranlables. Nous avons confondu croissance et progrès, bonheur et confort, matière et objet. Nous ne voyons pas l’évident, cette matière et cette énergie que nous épuisons pour fabriquer ces objets de confort qui font la croissance. Energie grise, épuisement des ressources, rejets polluants ne sont pas inscrits sur le paquet ? Alors ils n’existent pas pour nous.

Peut-être assistons-nous aux derniers soubresauts d’une humanité incapable de faire preuve d’esprit. Peut-être que ces égoïsmes cumulés ne donneront qu’un plat de mots qui ne résolvent en rien les maux à venir. Mais peut-être aussi, à Copenhague et dans le monde, nous tissons un nouveau lien, une nouvelle façon de nous relier. Peut-être que de cette menace enfin comprise naîtra une nouvelle humanité.

Il y a 10 000 ans, un changement climatique nous fit sortir de nos cavernes et passer de millions d’années de chasse et de cueillette à une nouvelle ère. La Terre devenait féconde, nul besoin de fuir en permanence ou de poursuivre sa pitance. De ce changement climatique naquit notre humanité avec ses champs, ses villes, ses échanges. Saurons-nous inventer cette troisième humanité face à ce nouveau bouleversement climatique que, cette fois, nous avons créé ? Ou retournerons-nous dans la caverne, à regarder nos cultes anciens et vénérer ces objets désormais inutiles comme autant d’idoles d’un âge d’or révolu ?

Paysans boliviens et français : la rencontre Nature et Progrès Reporterre 2009/12/17 Nature et Progrès (17 décembre 2009) Paysans boliviens et français : la rencontre. Reporterre. Tribune — fr

Paysans boliviens et français : la rencontre

Promouvoir la réappropriation de la vie économique par les peuples : un objectif commun à 8 000 km de distance.

MINGA, fédération d’acteurs engagés dans le commerce équitable, a organisé à la demande de l’ambassade de Bolivie, une rencontre entre travailleurs de terrain œuvrant pour une économie respectueuse des hommes et du vivant.

La Bolivie a inscrit le « vivre bien » pour le peuple dans sa nouvelle constitution. Vivre bien, qui s’oppose au « vivre mieux en consommant plus », dominant pour beaucoup notre système actuel.

C’est donc en Bolivie, plus précisément à Villa Tunari dans le département de Cochabamba, qu’ont eut lieux ces rencontres fin novembre 2009. L’occasion pour une trentaine de paysans, transformateurs et distributeurs de partager leurs savoirs, leurs idées et leurs expériences. Nature et Progrès était aux côtés de MINGA et des associations et syndicats partenaires de ce projet (dont le film verra le jour à la fin du premier trimestre 2010).

De la mise en commun des expériences boliviennes et françaises ont également émergés des réflexions et des propositions (que vous pouvez lire dans la déclaration commune ci-dessous). Promouvoir la réappropriation de la vie économique par les peuples - aux échelles locale, régionale, nationale et internationale- est une des grandes ambitions née de ces journées d’échange. Tous les acteurs sont tombés d’accord pour faire perdurer et concrétiser les propositions formulées, à travers des engagements concrets tels que l’interpellation des responsables politiques, la coopération entre travailleurs et enfin le développement de systèmes participatifs d’évaluation des pratiques, véritables alternatives au monopole des organismes de certification.

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Rencontre Franco-Bolivienne pour une économie équitable et solidaire

DECLARATION FINALE

Nous, petits paysans producteurs, transformateurs et commerçants, représentants de diverses organisations, sommes présents pour échanger nos pratiques et les valeurs qui nous guident dans nos relations humaines et avec la nature.

Ces valeurs culturelles, économiques, sociales et politiques sont le fondement même d’une économie populaire et équitable au service de l’être humain. On est arrivé à la conclusion commune que les problématiques sont partagées par tous les participants à la rencontre et que les luttes et résistances doivent s’organiser collectivement.

1- LE CAPITALISME, UNE SOCIETE DESTRUCTRICE DE LA NATURE ET DES ETRES HUMAINS

La mauvaise répartition de la richesse mondiale et l’uniformisation d’un modèle économique et culturel sont génératrices des inégalités post-coloniales à l’échelle planétaire. L’économie mondialisée favorise un productivisme sans limites, avec l’utilisation des produits chimiques, des semences hybrides et autres OGM. La surexploitation des ressources naturelles bouleverse les équilibres environnementaux tandis que les inégalités sociales s’accroissent. La crise globale a réactivé le débat autour des préoccupations alimentaires et du rôle nourricier des paysans. Les négociations agricoles doivent sortir de l’agenda de l’Organisation Mondiale du Commerce pour permettre aux peuples de retrouver leur souveraineté dans leurs choix politiques.

L’orientation du « bien vivre » inscrite dans la nouvelle constitution bolivienne est une voie à suivre. L’environnement économique participe à la destruction des solidarités et à la perte d’identité accentuée par l’homogénéisation d’un modèle culturel basé sur des valeurs individualistes et consuméristes. Le débat autour de la préservation de la planète est largement récupéré par les multinationales du « capitalisme vert ».

Le changement climatique est la plus forte manifestation de la non-durabilité des modèles de développement économique. Nous devons participer à la construction d’un projet politique universel basé sur la justice environnementale, par la reconnaissance de la dette écologique, en luttant contre la marchandisation de la nature et des fonctions vitales de l’homme (eau, alimentation). Nous devons aussi participer à la maîtrise démocratique et collective des biens publics mondiaux (santé, éducation) afin de construire un monde meilleur pour tous sans aucune discrimination quelles qu’elles soient.

Les discussions à Copenhague (Décembre 2009) autour de la réduction des gaz à effet de serre (aménagement du protocole de Kyoto) doivent prendre la mesure des bouleversements climatiques qui impactent en premier lieu les pays du Sud et les populations paysannes des deux cotés de l’Atlantique.

2- PROPOSITIONS

- Soigner et préserver la Terre Mère contaminée pour obtenir une nourriture saine dans une perspective de santé publique et éducative - développer une économie au service de l’être humain dans le respect des générations futures et qui encourage la sobriété en lien avec la finitude des ressources naturelles - sauvegarder et transmettre les savoir-faire traditionnels - protéger et sauvegarder les semences et favoriser la biodiversité - encourager une agriculture respectueuse de l’environnement et de ses paysans par la promotion de la souveraineté alimentaire - avoir une éthique de comportement envers la nature, des êtres humains et de leur diversité culturelle - promouvoir les échanges entre producteurs locaux, nationaux et internationaux dans la perspective de rapports non marchand et de partage des connaissances - encourager et pratiquer les circuits courts de distribution en participant au rapprochement des mondes urbain et rural par l’autonomie alimentaire de chacun dans la proximité - promouvoir les échanges directs en s’organisant entre producteurs, transformateurs, distributeurs, usagers en limitant les intermédiaires et en assurant une transparence sur toute la chaîne - contrôler les effets nuisibles de la technologie en la mettant au service de l’homme - encourager la gestion autonome et les pratiques autogestionnaires - participer à la conscientisation des jeunes sur la nécessité de la promotion de l’agriculture biologique à travers l’éducation et la formation de l’être humain - participer à des recherches socioculturelles avant de proposer un projet de développement - conserver et multiplier les exploitations agricoles à taille humaine de type familial - chercher un nouveau modèle de certification sur la base de systèmes participatifs de garantie

3- ENGAGEMENTS DES SIGNATAIRES

Créer un comité de suivi et d’animation franco-bolivien pour coordonner les actions suivantes :

- Envoyer cette déclaration à d’autres organisations dans le monde et nos deux pays, afin d’élargir notre coopération et de fédérer nos différents réseaux - Rédiger un document sur les conclusions de cette première rencontre - Élaborer un site internet (avec un annuaire des organisations et des acteurs économiques, des documents, photos, forums de débats, etc.) - Interpeller et soumettre des propositions concrètes aux responsables politiques - Expérimenter des systèmes participatifs d’évaluation et de certification contrôlés par les acteurs eux- mêmes - Soutenir des coopérations concrètes entre des travailleurs de Bolivie et de France - Développer des banques de semences et des mesures de protection de la biodiversité - Renouveler et renforcer les rencontres par un second rendez-vous co-organisé en mai 2010 par la Communauté d’Agglomération d’Aubagne et de l’Etoile (France) et les organisations signataires de cette déclaration.

Fait à Yapacani, le 21 novembre 2009

Attali se raccroche aux branches Vincent Cheynet Reporterre 2009/12/18 Vincent Cheynet (18 décembre 2009) Attali se raccroche aux branches. Reporterre. Tribune — fr

Attali se raccroche aux branches

L’hypergénie passe de la « libération de la croissance » à l’« adéqroissance ».

Après avoir offert ses talents à Nicolas Sarkozy pour présider l’éphémère « Commission de libération de croissance française », Jacques Attali reviendrait-il à ses réflexions de jeunesse ? On se souvient que dans les années soixante-dix, quand c’était encore à la mode, notre hypergénie national rudoyait sèchement l’idéologie de croissance. Ne voilà t-il pas que l’ancien conseiller spécial de François Mitterrand vient de publier, le 15 décembre 2009, dans le sac-à-pub L’Express, une chronique intitulée "L’adéqroissance" (1).

Lisons-le : « L’idée, qui devient de plus en plus à la mode, selon laquelle il faudrait souhaiter et organiser une décroissance de l’économie, pour lutter contre les destructions qu’elle engendre, peut sembler a priori totalement stupide ». D’ailleurs, Jacques Attali ne disait-il pas lui-même voici deux ans au micro d’Europe 1 : « Opposer écologie et croissance est une bêtise intellectuelle profonde. En réalité on ne peut pas améliorer l’environnement sans croissance. Ce n’est pas la croissance qui pollue, c’est la production. » (24 octobre 2007).

« Et pourtant, » nous reprenons la chronique de Jacques Attali du 15 décembre. Oui, et pourtant : « l’idée fait sens : si on l’entend comme un désir de mettre un terme aux errements de notre modèle de production, aux folies et aux fatigues de la vitesse, du rendement, du gaspillage, de l’accumulation et du remplacement irréfléchi de gadgets par d’autres gadgets ; et surtout comme la volonté de remettre en cause la définition marchande du mieux être. Pourtant, pour accomplir une telle mutation, ce n’est pas d’une décroissance au sens propre du mot, dont le monde a besoin. Ni même d’une autre croissance, qui ne changerait rien à la structure de la production. Mais bien d’une mutation radicale de la nature même des biens matériels produits et de leurs rapports avec le temps, avec les sensations et les sentiments. »

Ça se complique un peu car l’hypergénie recopie la définition que donnent les objecteurs de croissance à la décroissance tout en en contestant le terme. C’est oublier que ces objecteurs de croissance appartiennent au commun des mortels. Pendant que Jacques Attali se dépensait sans compter pour libérer la croissance, l’hypercerveau de l’hypergénie n’était alors pas disponible pour les empêcher de se fourvoyer car : « une telle mutation, qui devrait conduire à une croissance adéquate, (d’où le néologisme d’ « adéqroissance »). »

Cela se complexifie plus encore ici car Jacques Attali vient justement d’expliquer plus haut, et d’ailleurs très justement, pourquoi l’« autre croissance » est un leurre. Ne cherchons pas à comprendre et avouons bien modestement que le propre du génie est de ne pas pouvoir être compris par la masse de ses contemporains. Alors, quand il s’agit d’un hypergénie, vous pensez !

Continuons donc : « [adéqroissance] exigerait de penser le système social comme étant au service du meilleur usage du temps, même non marchand ; de construire un système de production sans cesse adapté aux connaissances nouvelles en matière de conservation des ressources ; d imaginer un système de santé fondé sur la prévention, même non marchande, plutôt que sur les soins, eux-mêmes très couteux ; de mettre en place une gouvernance sans cesse améliorée pour tenir compte des désirs et des préférences à long terme des gens . L’économie finirait alors par laisser beaucoup plus de place à la production et l’échange de biens immatériels gratuits, allant du savoir à l’art ; et le marché devrait se contenter d’en assurer l’infrastructure, en particulier par la production des besoins de base. »

En fait – nous ne l’apprendrons à personne – la raison pour laquelle le terme « décroissance » ne convient pas à Jacques Attali est qu’il n’a pas été trouvé par Jacques Attali. D’où sa trouvaille hypergéniale :« l’adéqroissance ». Ultra-lucide, la première de ses facultés est la reconnaissance qu’il pose sur ses qualités extraordinaires (une capacité que des jaloux présentent comme une mégalomanie hors du commun). Du bas de notre fange, doutons néanmoins que ce terme d’« adéqroissance » fasse école et ceci même si les grands médias s’aventuraient à la marteler comme toutes les trouvailles et les travaux du grand homme.

Bref, « cette mutation exigera d’énormes investissements, qui se traduiront, pendant longtemps encore, par une forte croissance de la production matérielle, devenue adéquate, c’est-à-dire de plus en plus économe en énergie et soucieuse de préserver l’environnement ; tournée vers des réalisations immatérielles, faites de gratuité et d’altruisme, de spiritualité et de plénitude. Cette évolution donnera sa pleine valeur au temps vécu, et non plus au temps contraint. Elle fera peut- être un jour oublier l’idée même de croissance, pour la remplacer par celle d’épanouissement. »

Ouf ! que les amis de Jacques Attali se rassurent, ils peuvent continuer à faire des affaires, tout cela n’est pas pour demain la veille, car il faudra pour arriver à la décroissance (pardon « L’adéqroissance ») : « pendant longtemps encore, une forte croissance de la production matérielle ». C’est encore plus compliqué car on se demande bien comment une « forte croissance de la production matérielle » peut être faite d’une spiritualité par essence immatérielle. Mais l’essentiel est que chacun y trouve son compte. Le propre de la pensée « attalienne » est d’avoir tout dit et son contraire ce qui lui permet d’affirmer avoir eu raison sur tout.

En tout cas, c’est sans aucun doute pour cette raison que notre hypergénie a présidé la très néolibérale Commission de la libération de la croissance. Sa « forte croissance de la production matérielle » préparait secrètement la venue de la décroissance. Il était, en fait, un agent infiltré dans le système productiviste. Non, vraiment, c’est trop fort.

De surcroît, son plan a été pensé de son hôtel particulier à Neuilly, où notre hypergénie mène un train de vie très éloigné des thèses de la « simplicité volontaire », comme disent nos cousins québécois. C’est que « sa forte croissance de la consommation matérielle » personnelle est en réalité une phase de mutation qui prépare sa future entrée dans la simplicité volontaire. D’ailleurs, Jacques Attali n’a-t-il pas écrit, aussi, une biographie de Gandhi ?

On comprend alors mieux ce portrait mémorable, tout en nuance critique, qu’a dressé de lui le journal d’Edouard de Rothschild et de Laurent Joffrin : « Si c’était une voiture, ce serait une Ferrari, si c’était un piano, un Steinway. Le cerveau de Jacques Attali est une mécanique précise, rapide, souple, sans anicroche. Attali, c’est un Christian Jacq de la futurologie : il vulgarise le travail des autres, défriche l’avenir et rend le présent intelligible. (..) En fait, Jacques Attali s’est trompé d’époque. Il était programmé pour la Renaissance... » etc. (Christophe, Ayad, Libération, 26-1-2008).

Pendant ce temps, des esprits effrontés osent tourner en ridicule une pareille vache sacrée. N’est-ce pas odieux ?

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Note :

(1) http://www.lexpress.fr/actualite/ec...

La journée d’un interpellé ordinaire Nicolas Haeringer Reporterre 2009/12/18 Nicolas Haeringer (18 décembre 2009) La journée d’un interpellé ordinaire. Reporterre. fr

La journée d’un interpellé ordinaire

Dans les démocraties nouvelles, des policiers en civil vous arrêtent en marge d’une manifestation autorisée et vous emmènent passer quelques heures dans une cage. Danemark, 2009.

Le 16 décembre, nous étions probablement plus de cinq mille, peut-être dix mille, à manifester sous le slogan « Reclaim Power ». Une manifestation autorisée par les autorités danoises, parfaitement légale, donc. Nous formons le « bloc bleu », et devons rejoindre les délégués à la COP15 qui doivent quitter le Bella Center, pour protester contre l’accord qui se dessine, et mettre en lumière les solutions portées par le réseau Climate Justice Now !, les organisations participant au Klima Forum, etc.

Au même moment, quelques centaines d’activistes se retrouvent un peu plus à l’Ouest, avec pour objectif de s’approcher le plus possible du Bella Center. Enfin, le Bike Bloc est censé créer des diversions un peu partout dans le quartier, et ainsi occuper la police, pour laisser plus de chances aux autres blocs.

Pour le Bloc bleu, rendez-vous est donné à la gare de Tarnby, au sud-est du Bella Center, vers lequel nous devons marcher. Peu de monde à l’arrivée, j’en profite, avec d’autres militants des réseaux Climate Justice Action ! et Climate Justice Now !, pour caler les derniers détails. Pas mal de choses à régler, d’autant que le camion sono est en retard. Surtout, la crainte d’arrestations rend tout le monde un peu méfiant. La banderole de tête doit être tenue par quelques militants internationaux. Aussitôt après, un bloc compact de militants rompus à l’action directe non-violente est censé assurer la sécurité du cortège, entouré dans son entier par un cordon de militants, pour éviter que la police ne puisse y pénétrer.

Il faut donc s’assurer que chacun soit à sa place au début de la manif, et rester en contact permanent, ou presque, avec les délégués qui sont à l’intérieur du Bella Center, pour qu’ils sortent au moment où nous arrivons. Bref, passer des coups de fil, courir d’un bout à l’autre de la manif, faire des allers-retours. Rien de bien méchant, rien que de très classique. Et puis ça tombe bien, j’ai un portable danois, et un portable français.

Au bout d’une petite heure, je m’éloigne de quelques mètres du cortège, pour regarder le plan de la ville, à un arrêt de bus, histoire de savoir où nous en sommes, et de donner aux copains à l’intérieur du Bella des indications un peu plus précises sur le moment où ils doivent sortir.

La scène suivante ne dure que quelques secondes. Elle commence par une bousculade, et s’achève dans un jardin. Je suis soulevé de terre, je vois des cagoules, des matraques télescopiques, et la rue qui défile, sans que je ne marche ni ne coure. Pendant un instant, panique : et si c’était des militants d’extrême-droite qui m’enlevaient, comme ça, pour casser du gauchiste ? Un instant seulement : j’entends les premiers « police, police ». Jamais je n’aurais cru être soulagé d’être en les mains de flics, mais c’est presque le cas à ce moment là.

Des flics en civil, donc. Ils sont cinq ou six, et me jettent sur le sol d’un fourgon, qui démarre aussitôt, en trombe. J’ai juste le temps de leur dire « I won’t resist, you don’t need to hurt me ». Je suis maintenu par deux flics, qui me tiennent sous les aisselles. Les flics s’informent : « you understand English ? », puis m’informent : « you have been arrested by the danish police, because we consider that you are a threat to the public order. You have the right to remain silent. We will bring you to the climate jail, you know what it is ? ». « Vous avez été arrêté par la police danoise parce que nous pensons que vous êtes une menace à l’ordre public. Vous avez le droit de rester silencieux. Nous allons vous emmener dans la prison climatique, vous savez ce que c’est ? ». Tout est donc dans ce « nous pensons ». Des supputations, et aucune présomption d’innocence. On s’arrête, la porte latérale s’ouvre sur une haie, qui s’ouvre sur un jardin, et un cabanon. Mauvais film : et s’ils me cassaient la gueule là-bas derrière ?

La scène suivante va durer 7 heures. Je descends dans le jardin. Fouille au corps, de mes affaires, et premier relevé d’identité. Dans mon sac, quelques autocollants « strip the cops » (déshabillez les flics, COP se référant également à la Conference of Parties de l’ONU). Et ça commence à tourner : vu qu’ils m’arrêtent pour un trouble que je n’ai pas encore commis mais qu’ils pensent que je vais commettre, ils ont sans doute l’esprit assez tordu pour considérer que ces stickers sont un appel à la violence contre agents dépositaire de l’autorité publique.

De fait, déshabiller un flic n’est pas aisé, et par ce froid, c’est sûr que ce serait criminel. Mais les flics sont plutôt joviaux, et corrects. Sensation étrange, c’est un peu comme s’ils annonçaient, avec un grand sourire : « Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. Peut-être que vous allez finir en détention préventive, voire passer en comparution immédiate. Mais ça n’est pas si grave. Au fait, vous voulez un verre d’eau ? Excusez-nous, mais on doit vous mettre des menottes, c’est la procédure ». Bon, ils ne m’ont pas dit exactement ça, mais l’esprit y est, et ils m’ont passé des bracelets rislan.

Le jardin n’est pas attenant à un commissariat secret. Nous sommes sur la propriété d’un danois, qui sort de chez lui, intrigué, et visiblement un peu agacé, peut-être apeuré aussi (maintenant que je ne vois pas que leurs rangers, leurs cagoules et leurs matraques, je leur trouve un petit côté « Ya Basta ! », mais l’impression « milice d’extrême droite » est tenace). Je remercie le propriétaire de nous accueillir ainsi, et jette un coup d’œil vers la rue. « Don’t even try to run », me dit l’un des flics : « with you arms locked, you would fall on the ground » (N’essayez pas de courir, avec vos bras attachés, vous tomberiez par terre). Vu qu’il est plutôt balèze je lui dis que de toute manière, c’est à peu près sûr que je cours moins vite que lui.

La fouille est finie, ils me font signe de rentrer vers le fourgon. Je m’assure qu’ils n’ont rien perdu : passeport, portefeuille, téléphone : « yes, we have your two cell phones » (Oui, on a vos deux téléphones portables), avec un regard entendu. Je leur demande si je peux pisser : « I guess this is my last opportunity for the next hours » (Je suppose que je ne pourrai plus le faire dans les heures prochaines). Ils m’assurent que non. Comme ça n’est ni mon jardin, ni leur commissariat, je n’insiste pas.

Ils me font monter dans le van, et me montrent l’arrière « sit down here » (Asseyez-vous). Je fais mine de m’asseoir sur le siège du fond. « No, sit on the ground » (non, par terre) : le van a juste assez de siège pour les flics, ils n’allaient quand même pas me passer le leur. Et là, attente. Ils rigolent, mangent des sucreries, qu’ils se passent sous mon nez. Si je n’étais pas assis par terre dans un fourgon de la police danoise, et que les types autour de moi n’étaient pas des flics en civil qui venaient de m’arrêter, le moment serait presque agréable.

Ca tourne toujours un peu. Tadzio Mueller a été arrêté la veille, par des flics en civil, dans des conditions similaires : une arrestation ciblée, dans la foule. Il est depuis inculpé pour incitation à la violence. Même scenario ? Pas le temps d’y penser plus, le fourgon repart. Quelques mètres seulement. Le temps pour un autre camion de nous rejoindre. Je suis transféré d’un fourgon à l’autre, et change d’équipe. Les civils retournent probablement à la manif, avec leur fourgon. Rationalisation de la répression, premier acte.

Avant de monter dans le nouveau van, ils me prennent en photo, avec l’un des flics qui m’a arrêté. Vu qu’il avait tiqué sur mes cartes de visite, je lui demande « would you mind sending me the picture, you’ve got my email ? » (Pourriez-vous m’envoyer la photo, vous avez mon adresse électronique). Toujours rien reçu, mais ça viendra peut-être. La photo est imprimée, ils l’accrochent à mon sac : rationalisation de la répression, deuxième acte.

Je monte, j’ai un siège à moi, et même une ceinture de sécurité. Il ne sont plus que deux pour s’occuper de moi : rationalisation de la répression, troisième acte.

Et on part. Direction la climate jail ? Non, direction un troisième fourgon, cellulaire, celui-ci. Rationalisation de la répression, quatrième acte.

Il y a déjà du monde dedans, des Allemands. Dans ma cellule, Fred (prénom changé). Il a été arrêté alors qu’il tentait de franchir les grilles protégeant le Bella Center, comme tout le green bloc. On repart. Après quelques minutes, on distingue, à travers les hublots, des immeubles et des maîtres-chiens sur la gauche, un bâtiment blanc tout moche et des grilles sur la droite. On doit être arrivés à la climate jail. La portière s’ouvre, et rentre Aneke (prénom modifié aussi). Les cellules du fourgon sont mixtes. Pas super pour l’intimité (les types d’à côté sont dedans depuis longtemps, sans accès à des toilettes). Limite humiliant. Rationalisation de la répression cinquième acte.

En fait, Aneke vient de se faire arrêter. On est dans la zone rouge, le bâtiment tout moche, c’est le Bella Center. Elle est rentrée sans soucis, mais a eu peur des chiens et a donc préférer se faire arrêter : ‘UN security, on y rentre plus facilement qu’on en sort’. On en profite pour s’informer de ce qui s’est passé. Apparemment, une partie du bike bloc n’est pas loin. Bonne nouvelle, donc.

Et on repart. Direction la climate jail, cette fois pour de bon. Réouverture de la portière. « Nicolet ? » demande un flic en ouvrant la première porte, et en prenant mon sac. Avantage de la photo, scotchée par la deuxième équipe de flics qui m’a prise en charge, le flic se rend tout seul compte que d’une, il cherche un Nicolas plutôt qu’un Nicolet, et que de deux, ce n’est pas l’Allemand qu’il s’apprêtait à faire descendre. Rationalisation de la répression, sixième acte.

Il me fait donc descendre, et entrer dans le hangar. Boucan d’enfer à l’intérieur, registre « No justice, no peace, fuck the police » : je ne suis pas le seul a avoir été arrêté. Dans le hangar, plusieurs comptoirs, ambiance guichet d’embarquement d’une compagnie aérienne. Rationalisation de la répression, septième acte.

Un flic me prend mes affaires, les examine à nouveau, pendant qu’un autre m’amène vers une sorte de tableau blanc. Au feutre effaçable, un numéro, un nom et une date de naissance, qu’il efface aussitôt, et remplace par les miens, avant de prendre en photo de face, profil droit, de dos, profil gauche. Je suis le numéro 056, du panneau n°3, il y en a une bonne dizaine. Rationalisation de la répression, huitième acte.

Ils m’ôtent mes bracelets rislan. Retour au guichet. Je demande si je peux prendre mes boules quies avec moi. C’est mon côté petit-bourgeois. Le bruit m’empêche de dormir. Et quitte à passer la nuit là-dedans, autant roupiller un peu, histoire d’être en forme si, par le plus grand des hasards, je devais passer devant un juge le lendemain. Un des trois flics accepte. Il pose les boules quies sur la table. Un de ses collègues les remet dans la boîte où sont mes affaires. Le flic sympa les remet sur la table, et dit un truc en danois au méchant. Comme d’habitude, chez les flics, c’est le méchant qui gagne : les boules quies retournent dans la boîte. Tant pis pour le juge et mon confort petit bourgeois.

Ils me font enlever mes chaussures, et prendre ma boîte en plastique, puis m’amènent dans le hangar attenant. La photo qui circule depuis le début de la COP15, et ce que racontent les copains arrêtés la semaine passée était donc vrai : des cages, côte-à-côte, deux mètres de haut, trois de large et neuf de long. Je suis dans la cage 25. Il y a en a au moins 40. Au centre, des remorques, qui servent de toilettes. On trouve les mêmes à Cristiania. Rationalisation de la répression, neuvième acte.

Les voix de la rationalisation sont parfois impénétrables : dans ma cage, nous sommes deux. Ils sont sept dans celle d’à-côté, et continueront à la remplir, jusqu’à douze. Tous, ou presque, Allemands, tous, ou presque, arrêtés dans le green-bloc, tous, ou presque, plutôt tendance black-bloc. Mes compagnons de fourgon cellulaire arrivent une bonne heure et demie plus tard. Ca gueule dans tous les sens, contre les flics. Pas le meilleur moyen de s’assurer un séjour aussi bref que plaisant dans cette prison ou dans une autre, mais je n’ose pas vraiment dire à mon voisin que ces insultes ressortissent d’une tactique politique dont l’efficacité m’échappe. Les flics amènent de l’eau à certaines cages. J’en demande, réponse « yes, but you’ll have to wait a little, we are very busy » (Oui, mais attendez un peu, on est très occupés). C’est sûr qu’à force de multiplier les arrestations arbitraires, on a beau être nombreux, on est vite en sous-effectif.

Dès qu’un flic vient chercher quelqu’un, il se dirige sans hésiter vers la cage en question, et, grâce aux photos collées sur les boîtes, repère la tête qui correspond au nom qu’on lui a donné. Rationalisation de la répression, dixième acte.

Trois officiers viennent me chercher. « We’re going to the station, where you will be questioned » (on va au poste, où vous serez interrogé). On remet les bracelets rislan. Côté petit bourgeois, deuxième acte : « not too tight, please » (pas trop serré, s’il vous plait), je leur demande. « Are you going to resist ? » (allez-vous résister), me répond un officier. « Well, I guess you’re stronger than me, so I won’t » (non, je suppose que vous êtes plus fort que moi), je leur rétorque, moyennant quoi, ce sera moins serré, tellement que c’en est inutile. On sort par la porte arrière, camionnette banalisée. Et ma petite boîte, avec ma photo dessus, me suit encore. Rationalisation de la répression, onzième acte.

Pas de sirène cette fois-ci. On arrive dans un parking souterrain, au fond duquel s’ouvre un portail, derrière lequel se trouve un autre parking, plein de véhicules banalisés. La portière de la voiture ne s’ouvre pas. Le flic qui est à l’arrière essaie de l’ouvrir, sans succès. « I guess you’re under arrest too » (Vous êtes arrêté, je suppose), je lui dis. « Yes probably », il répond. « So tell me, what have you done » (Alors dites-moi ce que vous avez fait). Il hésite : « well, I don’t know, bad behavior probably » (Sais pas, mauvaise conduite, probablement). Une arrestation préventive de plus ?

Non, finalement, la porte coulisse. Heureusement pour le flic, et tant pis pour moi. Une petite porte s’ouvre dans le parking. Derrière, cinq flics. Grands sourires de circonstance. Et ma boîte, toujours, qui me suit, jusqu’à la porte de ma cellule. En béton, la cellule, individuelle, cette fois, avec un ‘vrai’ matelas, et frigorifique. On m’amène une couverture, et des fruits, et bientôt un compagnon. Il était dans la cage à côté de la mienne, et pense être transféré ici parce qu’il s’est rebellé. Il « pense », parce qu’on n’en sait rien. Quand je demande à mes chauffeurs ce qui va se passer, ils me disent « We don’t know. We’re just doing the transport » (On ne sait pas. On ne s’occupe que du transport). La division du travail est un bon moyen de noyer l’info, et de nous maintenir dans l’incertitude. D’ailleurs, il n’y a d’horloge nulle part. Impossible de savoir depuis combien de temps je suis arrêté. Ca n’aide pas à faire valoir des droits. Rationalisation de la répression, douzième acte.

Au bout d’un moment, deux officiers arrivent, et me demandent si je les autorise à récupérer des données de mes deux téléphones. Je réponds que je souhaite d’abord parler à un avocat, leur rappelle que c’est mon droit, et que je n’ai pas encore pu passer mon coup de fil. Sa réponse : votre situation dépend de ce qu’on trouvera dans vos téléphones. « Si on trouve des choses, vous pourrez appeler un avocat ». Gros coup de lassitude : ils sont tous aimables, répondent à chaque demande en disant que ça va aller vite, et au final, je n’en sais pas plus qu’il y a 5 heures ? 6 heures ? 7 heures ? Je n’en sais trop rien. De toute manière, que je les autorise à toucher à mes téléphones ou non, ils le feront probablement. Vu qu’il n’y a rien de sensible, que des numéros publics, j’accepte. Pas très glorieux, tout ça. Côté petit bourgeois, troisième acte. On m’annonce alors qu’ils reviendront m’interroger plus tard.

Deux heures après, je suis libéré. Aucune charge n’est retenue contre moi. Au final, pourquoi ai-je été victime d’une arrestation ciblée et « préventive » ? Parce que j’avais été identifié comme l’un des coordinateurs de la manif, par ailleurs autorisée par les autorités ? Parce que je connais des militants et des activistes internationaux ?

Et quelle est l’infraction, ou le crime, que cette arrestation était censée prévenir ? J’ai passé au moins 6 heures en garde-à-vue, sans avoir pu passer le coup de fil auquel j’ai droit, et que j’ai demandé à pouvoir passer à peu près toutes les 30 minutes. Je n’ai eu aucune information sur ce qui se passait, si ce n’est « on va vous emmener d’ici à là ». Mais je n’ai eu affaire qu’à des flics aimables, corrects. C’est tout juste s’ils ne m’ont pas accompagné jusqu’à la gare, à ma sortie du commissariat, pour s’assurer que je ne m’égare pas en rentrant.

Être poli, affable, et souriant : un pas vers l’humanisation de la répression ? Pas du tout, rationalisation, treizième et dernier acte : un moyen de noyer le poisson, de ne donner les infos qu’au compte goutte, et de balader les personnes en garde-à-vue à sa guise. À la « climate jail », les flics remettent à chaque gardé à vue trois pages, avec les droits des personnes arrêtées, dans leur langue maternelle (ils ont au moins danois, français, anglais et allemand). Transparence ? Pas si sûr : ainsi « la garde-à-vue ne devra pas excéder six heures, si possible ». Et « dans le cas d’une arrestation lors d’un rassemblement collectif (une manifestation par exemple) la garde-à-vue ne devra pas excéder douze heures, si possible ». Tout est dans le si possible, laissé à l’appréciation de la gigantesque machine policière déployée par le Danemark. « Si possible » : on se croirait à la COP : nous réduirons les gaz à effet de serre, « si possible ».

Une machine bien huilée, rationalisée à l’extrême, dans laquelle le militant arrêté n’est qu’un objet, celui là même qu’il faut gérer avec le plus d’efficacité possible. C’est-à-dire, entre autres, sans lui communiquer d’informations sur ce qui lui arrive. Pour la simple et bonne raison que ce qui lui arrive, c’est l’absurde, l’arbitraire, et que le lui dire, le reconnaître, entrerait en contradiction totale avec la rationalisation des procédures de répression prévues par les lois spécialement votées avant la COP15. Lois qui ne seront sans doute jamais abrogées… et s’appliqueront donc désormais à toute manifestation organisée au Danemark.

Tadzio, Styne et Tina sont, aux côtés d’une bonne dizaine d’activistes, maintenu-e-s dans les geôles danoises. Tou-te-s trois ont été arrêtés par des agents en civil. Styne et Tina étaient sur le camion qui transportait la sono du bloc bleu. Manif autorisée, camion inclus. Ils/elles seront prochainement jugé-e-s, et sont inculpé-e-s d’incitation à la violence : l’arbitraire ne dure pas toujours seulement six ou sept heures. Dans leur cas, s’ils et elles sont condamné-e-s, il pourrait bien durer plusieurs années.

La pétition pour demander la libération des activistes détenus se trouve ici : http://www.petitiononline.com/Tadzi...

Evo Morales propose un référendum mondial sur le climat La Revolucion Vive Reporterre 2009/12/18 La Revolucion Vive (18 décembre 2009) Evo Morales propose un référendum mondial sur le climat. Reporterre. fr

Evo Morales propose un référendum mondial sur le climat

Evo Morales et Hugo Chavez ont rendu visite au mouvement pour la Justice Climatique, jeudi 17 décembre, à Copenhague. Le président bolivien a exposé son projet de référendum mondial sur l’’écologie.

" (..) En quoi consiste le fait que les peuples du monde décident du futur de l’humanité ? Il consiste en un réferéndum mondial sur le changement climatique. Que les peuples du monde décident avec leur vote conscience du destin de l’Humanité. Comme dirigeant syndical, j’ai une petite expérience du pouvoir de l’organisation, de la conscientisation, de l’unité pour changer de petites comme de grandes choses. Je crois dans nos mouvements sociaux : ils connaissent leurs problèmes, ils connaissent aussi les solutions.

Je veux vous lire la première proposition de ce référéndum :

1. - Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la nature, et pour reconnaître les droits de la Terre Mère ?

2. - Êtes-vous d’accord pour changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?

3. - Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de Co2 à effet de serre pour que la température ne monte pas de plus d’un degré centigrade ?

4. - Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui a été dépensé dans les guerres et pour consacrer un budget supérieur à la défense de la Terre face au changement climatique ?

5. - Êtes-vous d’accord avec un tribunal de justice climatique pour juger ceux qui détruisent la Terre Mère ?"

(cris et applaudissements d’approbation de la salle à chacune des questions)

Compagnon Chávez : "Le document vient d’être approuvé dans ce sommet sur le Changement climatique. De nouveau je salue l’effort et la mobilisation des mouvements sociauxs. Nous sommes des présidents alliés des mouvements sociaux. Je veux continuer à apprendre de vous. Je suis élève des mouvements sociaux de Bolivie et du monde.

Je veux vous dire que je ne me sens plus seul. Ne vous sentez pas seuls dans cette lutte pour la vie, pour l’humanité, pour la défense de la Terre Mère. Que nous accompagnent les mouvements sociaux, nous présidents qui essayons d’exprimer la pensée de nos peuples, est indispensable. Seuls, Evo ou Hugo nous ne pouvons avancer, mais si les peuples nous accompagnent nous sommes ici pour changer les politiques capitalistes qui font tant de mal à l’humanité.

Patrie ou Mort ! Nous vaincrons. Planète ou mort ! Quand, quand, carajo !"

J’étouffe de colère Philippe Robichon Reporterre 2009/12/19 Philippe Robichon (19 décembre 2009) J’étouffe de colère. Reporterre. Tribune — fr

J’étouffe de colère

J’étouffe de colère après Copenhague !

Qu’ils crèvent !

En 1947, je lançais avec André Breton, du haut de la terrasse de la vieille gare Montparnasse, les premiers tracts des Citoyens du Monde.

Hiroshima et Nagazaki, alors, avaient accompli le miracle provisoire de voir par milliers des hommes et des femmes écrire, par sacs entiers, pour dire : "Je renonce à ma citoyenneté et je demande à être enregistré comme Citoyen du Monde"...

Aurons nous assez peur cette fois- pour que ça marche, et que l’idée d’un gouvernement mondial serve d’espoir à des révoltés comme moi ?

IL FAUT HURLER ! NE NOUS CONTENONS PLUS ! C’EST TROP, CETTE FOIS !

HONTE, HONTE !

Pour la libération des arrêtés de Copenhague Par Julien villalard Reporterre 2009/12/19 Par Julien villalard (19 décembre 2009) Pour la libération des arrêtés de Copenhague. Reporterre. fr

Pour la libération des arrêtés de Copenhague

Plusieurs activistes non-violents restent détenus à Copenhague, en application des lois donnant à la police des pouvoirs extraordinaires. Une pétition a été lancée pour leur libération. Si Tadzio a été élargi le 19 décembre, d’autres porte-paroles du Climate Justice Action et organisateurs de la journée d’action du 16 décembre, « Reclaim power », Stine Gry Jonassen et Tannie Nyboe, restaient emprisonnées.

Au Parlement Danois :

Depuis une semaine, des dizaines de milliers de personnes du monde entier sont descendues dans les rues de Copenhague pour demander de vraies et justes solutions au changement climatique. Mais dans les rues comme à l’intérieur de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, les délégués comme les personnes de l’extérieur doutent de la possibilité que la conférence débouche sur un accord qui ne soit pas un désastre pour la plus grande partie de la planète.

A l’intérieur du Bella Centre, où se réunissent les délégués des Nations Unies, de nombreuses voix critiques ont été marginalisées par des manœuvres techniques et procédurales. D’autres, comme les Amis de La Terre International, ont vu leurs accréditations être annulées. Dehors, le contrôle policier des protestations a été systématiquement draconien et parfois brutal.

Le samedi 12 décembre, près de 1000 participants à la Marche sur le Climat à travers Copenhague ont été arrêtés. Le lundi 14 décembre, des centaines d’autres ont été arrêtés à une soirée festive dans le district de Christiania suite à une réunion publique, à laquelle assistait entre autres la journaliste canadienne Naomi Klein. Le mardi 15 décembre, Tadzio Mueller, un des porte-paroles du réseau Climate Justice Action, a été arrêté par des officiers de police en civil à la sortie d’une conférence de presse au Bella Centre.

Ce matin, mercredi 16 décembre, Tadzio a comparu devant un juge sur la base de plusieurs accusations liées à son soutien public à la manifestation Reclaim Power d’aujourd’hui. L’objectif déclaré de Reclaim Power - soutenu également par de nombreux mouvements sociaux, délégués de la Conférence et d’autres acteurs de la société civile – est de tenir une Assemblée des Peuples au Bella Centre, pour discuter des vraies solutions pour lutter contre le changement climatique. Lors de l’audience au tribunal ce matin le juge a décidé de détenir Tadzio trois jours de plus, après quoi il recomparaîtra devant la cour. Selon certaines informations, l’audience a été fermée au public.

Au même moment, des centaines de manifestants supplémentaires ont été arrêtées aujourd’hui et il y a eu de nombreux signalements de violences policières et d’usage étendu de matraques, gaz au poivre et gaz lacrymogène. Nous avons également eu vent de nombreuses autres arrestations de militants individuels par des policiers en civil.

Nous, signataires de cette lettre, apportons notre soutien à ceux et celles qui à Copenhague cherchent à pousser pour l’adoption de vraies et justes solutions au changement climatique. Nous portons également les exigences suivantes :

• La libération immédiate de Tadzio Mueller et de tous les autres prisonniers climatiques ; • L’arrêt de la criminalisation et de l’intimidation des activistes, y compris le placement en détention préventif à Copenhague ; • La restauration immédiate des accréditations annulées pour les ONGs et autres voix critiques au sommet sur le Climat

(Cette lettre ouverte a été élaborée par les éditeurs de Turbulence : Ideas for Movement, dont Tadzio Mueller est un éditeur.)

Premiers signataires :

• Ben Trott (Turbulence editor) • David Harvie (Turbulence editor, University of Leicester) • Michal Osterweil (Turbulence editor, US based lecturer, UNC Chapel Hill) • Keir Milburn (Turbulence editor) • Rodrigo Nunes (Turbulence editor) • Kay Summer (Turbulence editor) • Naomi Klein • Katja Kipping (Member of the German Bundestag) • Ulla Jelpke (Spokeswoman for internal affairs of the faction DIE LINKE in the Bundestag) • Alexis Passadakis (Member of the Coordination Committee of Attac Germany) • Dr. Simon Lewis (University of Leeds and UN accredited science advisor in COP15) • Emma Dowling (Lecturer, University of London) • Ingo Stützle (editor, ak - analyse & kritik) • Zoe Young (writer and film maker) • Friends of the Earth International

Le jour d’après Fabrice Nicolino Reporterre 2009/12/20 Fabrice Nicolino (20 décembre 2009) Le jour d’après. Reporterre. Tribune — fr

Le jour d’après

« La prolifération de marchandises est le moteur de la crise climatique. » « La stratégie suivie par les ONG françaises depuis le Grenelle de l’Environnement a lamentablement échoué. »

Je ne souhaite pas, en ces moments effarants, me montrer sarcastique. Cela serait facile, cela serait surtout indigne. La conférence de Copenhague a échoué, d’abord pour la raison qu’elle ne pouvait pas réussir. Le plus éprouvant, à mes yeux critiques en tout cas, aura été de voir comment les écologistes officiels ont tenté de maintenir, jusqu’au bout, l’idée que tout était affaire de bons sentiments et de volonté.

Ce serait bien, d’un certain côté, mais comme c’est totalement faux, une telle vision ne sert en définitive qu’à enfumer les opinions et désarmer l’opposition. L’embrouillamini devient tel que plus personne ne semble comprendre quoi que ce soit au réel. Pourtant, et je l’ai dit, et je l’ai écrit, et je ne suis ni devin ni génial, ce qui était en jeu est le principe même de l’organisation du monde. Autrement dit son industrialisation désormais pleine et entière, en tout cas jamais aussi étendue qu’aujourd’hui.

Tenter d’obtenir des mesures chinoises et indiennes n’était que chimère et faux-semblant. Pourquoi ? Mais vous le savez ! Notre niveau de vie et de gaspillage repose sur l’échange entre nos réacteurs nucléaires, nos turbines et nos parfums d’une part, leurs jouets, leurs ordinateurs, leurs vêtements en coton, leurs innombrables objets programmés pour la benne d’autre part. Produire ces saloperies ne peut, mécaniquement, qu’augmenter de façon inouïes les émissions de gaz à effet de serre. Mécaniquement. La prolifération de marchandises est le moteur de la crise climatique. Et nous ne cessons, dans les faits, de plébisciter ce modèle sans avenir. Sarkozy, Obama, Hu Jintao, Manmohan Singh sont absolument d’accord pour que la production de choses inutiles augmente encore, encore, encore. Le reste n’est que billevesée.

Les associations présentes à Copenhague ont rivalisé de mots emphatiques pour parler de cette funeste conférence. Honte, désastre, catastrophe, tragédie, entre autres. Je veux espérer, contre une certaine évidence, que Greenpeace, le WWF, FNE, les Amis de la terre et les autres trouveront, dans ces circonstances extrêmes, la force de changer de route, radicalement. Car lorsqu’on a répété sur tous les tons, pendant des mois et des années, que Copenhague était le rendez-vous de la dernière chance, le moins qu’on puisse attendre est un bilan courageux. La stratégie suivie par les ONG françaises depuis le Grenelle de l’Environnement a lamentablement échoué.

Tous les acteurs en conviendront-ils ? Je vais garder pour moi mes doutes, car sait-on jamais ? Je ne peux pourtant vous laisser sans signaler les propos d’un certain Nicolas Hulot. J’ai déjà dit de nombreuses fois ma sympathie pour cet homme, qui a trouvé la force de beaucoup (se) changer à l’échelle de sa vie. Je maintiens, comme l’on dit. Il reste que les quelques mots lancés à la suite du fiasco planétaire de Copenhague me semblent - voyez comme je suis parfois mesuré - absurdes et déplacés. Après avoir jugé le résultat de la conférence « affligeant et consternant », il a aussitôt ajouté : « La diplomatie française, avec (le président) Nicolas Sarkozy et (le ministre de l’Ecologie) Jean-Louis Borloo, a été en pointe. Ils ont fait leur boulot. Quand ça ne va pas, il faut le dire mais quand ça va, il faut le dire aussi ».

Je ne sais pas ce que vous en penserez, mais pour ce qui me concerne, je bouts intérieurement. Qu’a donc fait Sarkozy en dehors de ses moulinets habituels ? Queud, rien, nib. Les prochaines semaines seront très importantes pour le mouvement écologiste français. Certains groupes, poussés par un tropisme dont la cause est entendue, continueront à jouer le jeu politicien de Sarkozy et de ses amis. Ils poursuivront leur rôle de rabatteurs de voix écologistes pour le premier tour des présidentielles de 2012, l’obsession de notre maître. Et les autres, peut-être, admettront qu’il faut refonder un mouvement pour lequel Copenhague sonne et sonnera comme un glas. Attendons. Espérons.

Copenhago Dico Hervé Kempf Reporterre 2009/12/20 Hervé Kempf (20 décembre 2009) Copenhago Dico. Reporterre. Tribune — fr

Copenhago Dico

Activistes : le mot sonne mieux que « militants ».

Afrique : doute d’elle-même.

American way of life : dépassé, dégoûtant ou décadent ?

Avenir : mieux vaut qu’il soit pris en charge par les citoyens que par des leaders sélectionnés par l’oligarchie.

Banques : elles vont bien, merci.

Bike Bloc : drôle, non violent, beau, insurrectionnel. Vive la Vélorution !

Capitalisme : désigné par certains comme la cause du changement climatique.

Chameau : « passe plus facilement par le chas d’une aiguille qu’un riche n’entre au paradis » ; selon Jésus-Christ, rapporté par Hugo Chavez, lecteur de livres.

Changement climatique : volet de la crise écologique globale.

Chine : lancée sur une voie sans issue. Freiner avant la catastrophe.

Consommation : toxicomanie.

COP 15 : 15e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Frénétique.

Danemark : confortable.

Développement durable : roue de secours de plus en plus dégonflée.

Double contrainte : ou injonction contradictoire. Exemple : vouloir obtenir en même temps la croissance économique et la décroissance des émissions de gaz à effet de serre (cf. effondrement).

Effondrement : solution trouvée par un individu ou une civilisation pour sortir d’une situation prolongée de double contrainte.

Empreinte écologique : méthode de mesure discutable, mais beaucoup moins que celle du PIB (produit intérieur brut).

Espoir : bien sûr !

Etats-Unis : voir American way of life et Capitalisme.

Europe : à l’image de Barroso ; de droite, molle, à la remorque des Etats-Unis.

Jeunesse : s’intéresse à la politique, qu’est-ce que vous croyez ? Peine à se dégager de vingt ans d’endoctrinement publicitaire et télévisuel. Devrait y parvenir.

Justice climatique : unit écologistes, altermondialistes, autonomes.

Lois policières danoises : pas vers la dictature douce. Ou : dégénérescence de l’esprit démocratique.

Marché du carbone : a du plomb dans l’aile.

Noël : joyeux Noël à tous, du fond du coeur.

Pachamama : Terre-Mère. Idée d’Evo Morales. A étudier.

Petits oiseaux : l’écologie, c’est aussi les petits oiseaux.

Protocole de Kyoto : valide jusqu’en 2012. Valétudinaire ?

Récession économique : meilleur moyen de prévenir le changement climatique en l’absence de politique écologique ET sociale.

Simplicité volontaire : c’est comme le vélo, cela s’apprend. Pas facile au début.

Syndicats : quand vous réveillerez-vous ?

Tiers-monde : remplacé par le couple « Pays émergents-pays pauvres ».

Copenhague blues Attac, Greenpeace, Parti de Gauche Reporterre 2009/12/20 Attac, Greenpeace, Parti de Gauche (20 décembre 2009) Copenhague blues. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague blues

Trois réactions sur les résultats de la COP 15 de Copenhague.

ATTAC France

Copenhague ou le fardeau légué par les riches

« Le plus grand rendez-vous de l’histoire de l’humanité » selon Jean-Louis Borloo se solde par un échec politique historique, un déni du réel et des savoirs scientifiques, une honte morale, une insulte aux plus pauvres.

Alors que sous la pression des opinions publiques, plus de cent chefs d’État ou de gouvernement étaient réunis, aucun accord digne de ce nom n’a pu être conclu. Les pays riches, en refusant de prendre des mesures qui reconnaîtraient leur responsabilité historique dans le changement climatique, ont précipité l’échec. Soumise aux lobbies du green business et enfermée dans des logiques diplomatiques héritées des périodes coloniales, la tribu des pays riches n’a pas su voir que le chaos climatique, subi déjà par nombre de pays du Sud, rendait dérisoires leurs tentatives de division. Les manipulations néocoloniales de Nicolas Sarkozy en direction de l’Afrique n’ont pas suffi !

Ils n’ont pas su voir, eux qui se pensent toujours les maîtres du monde et de la nature, qu’une nouvelle configuration des relations entre le Nord, à bout de souffle, et le Sud est en train de se dessiner et qu’on ne négocie pas avec la nature, comme le scandaient de nombreux manifestants.

Après avoir expulsé des négociations les ONG qui contestaient le fiasco en gestation, après avoir concocté des textes dans des salles obscures au mépris des règles multilatérales minimales, ils s’en prennent désormais à l’ONU, où il est vrai, la Bolivie, les pays de l’ALBA , Tuvalu, et tant d’autres peuvent s’exprimer en principe à égalité avec des pays dont la superpuissance s’avère dérisoire face aux enjeux. Pourtant le texte final a été concocté, en dehors de toute procédure onusienne, par le MEF (Major Economies Forum), équivalent du G20. Un texte qui ne mentionne pas d’objectif de réduction des émissions à court, moyen et long terme, un texte dont le principal motif est de refuser tout traité international contraignant pour les pays riches. Un texte qui met à nu la logique des intérêts privés.

Après avoir tenté de criminaliser les multiples mouvements sociaux présents à Copenhague par des techniques policières d’arrestation de masse, ils ne sont pas venus à bout d’un mouvement pacifique, déterminé, massif et imaginatif, un mouvement international, porteur d’un nouvel espoir et conscient de ses responsabilités. Desmond Tutu a déclaré : « il est préférable de ne pas avoir d’accord plutôt qu’un mauvais accord. » Nous y sommes. Et Copenhague n’est qu’une étape pour que la déclaration des peuples, issue du forum alternatif et lue dans l’enceinte de l’ONU, devienne la base d’un accord entre les peuples.

À Copenhague, une convergence inédite entre mouvements sociaux, mouvements écologistes, mouvements de solidarité internationale a fait naître un nouvel espoir et constitue un tournant du mouvement altermondialiste. Plus que jamais, nous avons à poursuivre partout sa construction, à nous engager dans des initiatives locales, à faire pression sur les élus, et nous serons présents aux prochains rendez-vous jusqu’à Mexico, fin 2010. C’est leur échec, ce n’est pas le nôtre !

GREENPEACE

"Copenhague : une bataille essentielle est perdue. Le combat continue…"

Copenhague, 19 décembre 2009 – Après une nuit mouvementée ; les États membres des Nations unies ont clôturé le sommet mondial de Copenhague dans le chaos, l’amertume et la confusion. Les représentants des pays les plus vulnérables ont fini par perdre leur dernière bataille : l’assurance d’obtenir un accord juridiquement contraignant l’année prochaine, au Mexique.

Copenhague n’ouvre même pas la voie à un accord contraignant

« La conférence n’a même pas réussi à imposer la conclusion d’un accord juridiquement contraignant pour 2010. Certes, les négociations se poursuivront l’année prochaine. Mais il va falloir repartir de la case départ. Nous voilà exactement là où nous étions à Bali, il y a deux ans », déplore Pascal Husting, directeur de Greenpeace France.

Face à ce désastre, Greenpeace condamne fermement l’arrogance et l’égoïsme des chefs d’État et de gouvernement des pays les plus puissants au monde, qui ont tenté d’imposer un texte « à prendre ou à laisser », négocié entre eux et vendu aux médias avant même d’être présenté aux Nations unies.

Immense déception provoquée par les pays industrialisés

Principal responsable du désastre de Copenhague, le président des Etats-Unis, dont la venue avait soulevé d’immenses espoirs. Barack Obama a terriblement déçu en s’inscrivant dans la droite lignée de George W Bush son prédécesseur.

L’Europe a fait la preuve de son impuissance totale, incapable d’améliorer son objectif de réduction de ses émissions comme de chiffrer son soutien aux pays en développement après 2012. Incapable aussi de parler d’une seule voix. En témoignent les initiatives aventureuses et isolées de Nicolas Sarkozy, par exemple. A la tribune onusienne, le président français a certes interpellé avec vigueur ses homologues avec une série de provocations sur le mode « Qui osera dire ? ». Mais il s’est montré incapable de passer des belles paroles aux actes et laisse sans réponse la seule question vraiment importante : « Qui osera faire »…

Quant à la Chine, elle n’a certes pas facilité les négociations, mais il faut admettre qu’elle n’a pas à assumer comme les pays riches la responsabilité historique de la situation de crise climatique actuelle.

Les politiciens parlent, les leaders agissent

Le leadership n’est pas venu des pays responsables du dérèglement climatique et qui auraient pu faire de Copenhague un succès. Il est venu des millions de personnes qui se sont mobilisées pour les pousser à agir. Il est venu des pays les plus vulnérables, qui ont résisté jusqu’au bout de la nuit à l’accord que tentait de leur imposer une poignée de pays riches, leur donnant une leçon méritée de gouvernance mondiale.

« Des millions de personnes, riches ou pauvres, au Nord comme au Sud, ont pris conscience que notre avenir commun est en jeu et dépend des solutions que nous apporterons à la plus grande menace qui pèse sur notre planète. Si cette conférence est un échec, elle a ouvert la porte à un débat mondial sur la nécessité d’agir pour sauver la planète, c’est une première. Et la seconde étape c’est Mexico, l’année prochaine, conclut Karine Gavand, responsable de la campagne climat à Greenpeace France. Nous ne pouvons changer la science, alors il faut changer la politique. Et si nous ne pouvons changer de politique, alors changeons d’hommes politiques ! »

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PARTI DE GAUCHE

Le compromis pourri du G20 déguisé en Sommet de Copenhague

C’est bien d’un "compromis pourri" qu’il s’agit. Le Sommet de Copenhague, qui aura réuni pendant deux semaines près de 200 pays du monde entier, vu défiler les « grands » dirigeants de la planète, rassemblé près de 100.000 citoyen-ne-s dans les rues de la capitale Danoise... Tout ça se résume finalement à un accord politique au rabais, une déclaration d’intention scandaleusement vide et à une gifle infligée aux pays du Sud, aux mouvements citoyens et à la planète toute entière.

On espérait encore assister à un sursaut à Copenhague, on récolte pire qu’un échec : une régression honteuse.

Un déni de concertation multilatérale...

En guise de négociations multilatérales et transparentes, de ce Sommet sort un texte rédigé en huis clôt par un petit groupe de moins de 30 pays, menés essentiellement par les États Unis, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud. Il y aurait donc une concertation à deux vitesses ? Les pays qui comptent et ceux qui n’ont pas voix au chapitre ?! C’est à une mascarade de G20, déguisé en Sommet international, qu’on a assisté. Dont ont en outre été écartées les délégations pourtant dûment accréditées des ONG. Loin des regards on s’entendrait donc mieux entre « grands de ce monde » ?

... aux relents néocolonialistes

Les pays industrialisés, au premier rang desquels les États Unis et la France, ont été à la manœuvre pour diviser les pays du Sud, ils se sont une fois de plus montrés prêts à tout pour pouvoir annoncer un accord et continuer à se partager les juteux droits à polluer sur le marché carbone. La demande initiale de financement du groupe Afrique est ainsi curieusement passée par pertes et profits après la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre d’Ethiopie Meles Zenawi ; les plus coriaces des négociateurs philippins ont été évincés après la rencontre entre Hillary Clinton et la présidente des Philippines Gloria Arroyo. On est en droit de s’interroger sur ce qui s’est réellement passé dans les coulisses du Bella Center et quelle a été la nature des pressions exercées.

Les pays africains et insulaires sacrifiés

Les pays africains et insulaires savent pourtant bien, eux, ce que signifient les effets du changement climatique. Et ce à quoi les condamne l’absence d’accord contraignant. L’objectif de limitation de la hausse des températures à 2°C en 2050 inscrit dans le texte correspondrait à une augmentation de 3 à 3,5°C en Afrique. Selon le Pan African Climate Justice Alliance, cela signifierait 55 millions de personnes de plus souffrant de famine, et 350 à 600 millions de personnes de plus victimes du stress hydrique. Les victimes climatiques présentes et à venir se souviendront de la diplomatique pondération du texte de Copenhague.

Une coquille vide

Le texte indique la volonté de limiter la hausse des températures à 2°C mais ne prévoit ni moyens, ni engagements, ni objectifs chiffrés, ni mécanismes de contrôle ! C’est une farce bien amère. Il ne comprend aucun engagement chiffré de réduction des émissions d’ici 2020, ni même d’ici 2050. L’Union Européenne, malgré pendant ses annonces la nuit, reste sur ses positions de 20% en 2020, les autres pays sont censés faire connaître leurs engagements début 2010.

Le texte ne comprend aucun mécanisme contraignant. Le projet d’une instance internationale de contrôle a été abandonné devant le refus sans appel de la Chine. Au nom de la souveraineté nationale, le texte se contente donc d’inviter les pays à rendre compte de leurs efforts devant les Nations Unies tous les deux ans, sans aucune contrainte juridique. En ce qui concerne la protection des forêts, le texte en reconnaît l’importance mais se contente de proposer des mesures incitatives.

Plus qu’un échec, Copenhague entérine donc un recul violent par rapport à Kyoto. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dire qu’il aurait mieux valu ne pas avoir d’accord du tout. Bref, c’est le règne de la pensée magique : tout ceci est bigrement important, on l’écrit noir sur blanc, on signe tous en bas et ouf, on a sauvé le monde... Nos dirigeants nous prendraient-ils pour des imbéciles ?

Pour un contrôle citoyen : la balle est dans notre camp !

Ce texte est une gifle à la face du monde. Il ne sert que la cause des chefs d’État, en sacrifiant les populations les plus pauvres et les générations futures. Insulte aux pays du Sud, attitude néocoloniale, suprématie des logiques capitalistes et des intérêts privés, égoïsme des nations et aveuglement des dirigeants. La balle est désormais dans notre camp. Nous sommes nombreux, comme l’ont prouvé les déclarations des dirigeants de Bolivie et du Venezuela, les positions fermes et courageuses de nombreux pays du Sud, et les milliers de manifestants qui ont défilé dans les rues pour réclamer une justice sociale et climatique malgré la répression et les tentatives de musellement des forces de l’ordre.

L’opinion publique doit se faire entendre et sanctionner durement ces dirigeants sans morale qui bafouent l’intérêt général au nom de la logique économique et diplomatique. Les mouvements écologistes et altermondialistes qui se sont découverts forces militantes durant ce Sommet doivent poursuivre la convergence avec les syndicats, partis politiques, mouvements populaires, pour que se mette en place un véritable contrôle citoyen de notre avenir commun.

Prochains rendez-vous des représentants des gouvernements à Bonn dans 6 mois, puis à Mexico fin 2010... On y sera. Et d’ici là ils n’ont pas fini de nous entendre.

COPENHAGO BLOGO - Hervé Kempf Reporterre 2009/12/21 Hervé Kempf (21 décembre 2009) COPENHAGO BLOGO -. Reporterre. fr

COPENHAGO BLOGO -

Eh oui ! Comment Reporterre pourrait-il ne pas être focalisé sur Copenhague ? D’autant plus que son actuel principal animateur est en mission dans la capitale danoise pour le journal Le Monde. Le meilleur de ce qu’il y fait se trouve dans les colonnes du quotidien vespéral. Mais le dit missionné, pour ne pas trop abandonner Reporterre se livre à la blogomanie. Des notes à la volée, à prendre comme telles.

Lundi 7 décembre 2009

Avion. Eh oui, avion ! Quand on a pris le billet, en juin dernier, l’aéroplane était nettement moins cher que le train. Et vu l’état des finances du journal, l’administration n’a pas hésité. Etrange époque où ce qui est le plus polluant coûte le moins cher.

Arrivée. Copenhague, bien riche, dès les couloirs de l’aéroport. Des affiches d’ours blancs et du WWF, qui paraissent pitoyables, à côté de l’enfilade des magasins sinon luxueux du moins très prospères qu’on longe en allant chercher les valises.

Attente des bagages. Retrouve une Française très bien informée des affaires climatiques et qui vit à Washington. Etonnée de voir la place que la presse française accorde au Sommet de Copenhague. Aux Etats-Unis, dit-elle, les gens s’en foutent. Je lui dit que cela confirme le fossé entre l’Amérique et l’Europe. En Inde, où j’ai été en reportage il y a un mois, les journaux de Delhi parlaient beaucoup de Copenhague, avec même un logo signalant le sujet, un mois à l’avance ! Elle me dit qu’’elle a lu un très bon article dans le Hindustan Times du 2 décembre, « la meilleure analyse du sujet ». Ah ?

Un accord, il y aura ? Mais lequel ? Si tous les chefs d’Etat viennent, c’est bien pour déboucher sur quelque chose, ne serait-ce que pour sauver la face politique. Paradoxalement, dit-elle, c’est Obama qui a le moins à y gagner, un accord pourrait même le desservir sur le front intérieur. Ils sont vraiment grave, nos amis des States ! En revanche, Sarkozy en veut un à tout prix, quel qu’il soit ! Il s’agit de revenir à Paris en sauveur de la planète.

Taxi. En gros, on dit « Goday », ça veut dire bonjour, et « Tak », ça veut dire merci. C’est la nuit, je ne vois rien. Hôtel. Petite chambre, genre dix mètres carrés. Mais le wifi fonctionne impeccablement. Comment les journalistes travaillaient-ils il y a dix ans quand il n’y avait pas d’internet facile ni de téléphone portable courant ?

Je participe au téléphone à « Face à l’info », l’émission sur la RTBF (radio belge) de Eddy Caekelberghs, avec Pierre Radanne, et un spécialiste de l’énergie dont je n’ai pas noté le nom. Pierre parle de la crise de civilisation, je dis qu’il ne faut pas oublier l’inégalité, et que ce sommet verra émerger la question sociale au coeur de la question climatique.

Aller manger un morceau, après avoir consulté les dizaines de courriels d’infos. J’en oublie de regarder l’AFP. Climate Justice Action annonce qu’il bougera le 12 décembre, mais aussi le 16, « à l’extérieur et à l’intérieur ». Voici un extrait de leur communiqué : « 12th ‘System change not climate change’ block on the Climate March ; 16th Reclaim Power ! Push for Climate Justice – On this day several thousands people will disrupt the COP15 sessions, from inside and outside, to set an agenda for climate justice. Therefore we will create the Peoples assembly inside the UN area. » Ouf ! Ca va swinguer, les amis ! (Voir http://www.climate-justice-action.org/)

Me perd dans les rues de Copenhague. On dirait que les plaques ne correspondent pas aux noms sur le plan. Mais la ville est calme, des vélos passent, une galerie présente des peintures de Tintin manifestement intéressé par les charmes de femmes nues qu’il serre de près, et je n’arrive pas à trouver le lieu où a lieu une conférence sur l’agriculutre et le changement climatique. Eh bien, tant pis, manger dans un resto, en prenant des notes fulgurantes pour... un prochain livre, tiens !

Mardi 8 décembre

Ca y est, la vie de fou a commencé. Il est minuit, et la journée, commencée assez calmement se finit sur les chapeaux de roues. C’est simple : vous réunissez dix à trente mille personnes pas complètement idiotes, au minimum convaincues de l’importance de ce qu’elles font, très souvent passionnées, pour parler, discuter, réfléchir au problème le plus important de l’époque. Il est assez logique que cela produise un tourbillon assez puissant. Quand on est dedans, on est comme une molécule d’eau dans une bouilloire en ébullition...

Matin, vais au Centre de conférences (Bella Center) par des rues luxueuses - entre centre ville bourgeois de toute bonne ville de province et rue Saint Honoré à Paris, pour vous donner une idée - jusqu’au métro. Noté ce grand placard : « Helping turn Copenhagen into Hopenhagen by saving millions of tons of C02 with energy efficient building modernization. » Signé : Siemens.com. Me suis demandé si c’était bien, la modernisation. Et puis, Siemens. Je me rappelle que cette multinationale allemande a été plongée dans un scandale de corruption qui a atteint un milliard d’euros.

Métro, très bien, on peut monter avec son vélo. D’ailleurs, il y a plein de vélos, à Copenhague. Arrivée au centre. Une queue de plusieurs centaines de mètres pour se faire enregistrer. Je renonce, retourne en ville, vais au Klimaforum, de l’autre côté de la ville, c’est un centre sportif où s’est installé le « sommet alternatif ». Pas grand monde, encore, pas mal de stands, de la bouffe bio. Dans le gymnase, une conférence de presse où je ne comprends rien. C’est la coalition Climate justice now qui explique sa démarche : en résumé, les mouvement sociaux qui ne veulent plus que la négociation climatique soit abordée du seul point de vue environnemental. « Les paysans, les indigènes, les femmes, les pêcheurs ont leur mot à dire », m’explique Dorothy Grace Guerrero, des Philippines.

Discuté avec deux Français, l’un me parle de plantations d’arbres sur le lieu où Boudha a connu l’éveil (il me parle aussi de la dette climatique : http://www.reporterre.net/spip.php?...), l’autre comment Veolia devrait changer le contenu de ses contrats de façon à gagner autant en organisant la décroissance des consommation d’eau, de déchets ou d’énergie.

Atelier passionnant sur « Tackling capitalism and climate change », « S’empoigner au capitalisme et au changement climatique ». 50 personnes, surtout des jeunes, je suis vraiment triste de ne pas avoir le temps de vous raconter. En gros, c’est dans Le Monde de demain :)

File vers le Bella Center. Là, plus trop de queue, me fais enregistrer - après une attente : l’ordinateur me croyait envoyé par une télé danoise. Croise ma collègue Laure Noualhat, qui va voir des nucléaristes, Charlotte Mijeon, du Réseau sortir du nucléaire, bientôt sur Reporterre..., Pierre Radanne qui s’exclame, « Ca démarre mal, tout est planté », vais voir le centre de presse, cours à droite à gauche, prends mes marques, fais une ITV qui apporte une très bonne info, téléphone pour recauser de l’évolution du mouvement social par rapport à la négociation et... tiens, il est déjà huit heures, le moment de partir, pour aller gratter un article, après une pizza. Minuit, article pas écrit, et ce que je vous raconte à toute vitesse est moyennement intéressant, parce que le temps manque pour bien dire tout ce qui se passe vraiment. Je commence à douter de l’intérêt d’un blog. Ecrire ne s’improvise pas.

Mercredi 9 décembre

On commence à 6 h 30 pour écrire l’article sur le mouvement social et écologiste de plus en plus critique du processus de négociation. Ils parlent de justice sociale, refusent le marché du carbone, et pour les plus avancés (ou radicaux... ce qui pourrait bien être la même chose), pointent le système capitaliste lui-même. Du coup, nombre d’associations écologiques se retrouvent décalées : les Amis de la Terre se partagent, Greenpeace hésite.

Très bien : théoriser la rencontre de la question sociale et de la question écologique finit par rencontrer la réalité. Ou plutôt, une bonne théorie aide la réalité, encore indistincte, à se cristalliser. Enfin bref, je ne sais pas comment ça fonctionne, mais c’est en train de se faire. Il restera à voir samedi comment ça se traduit dans la rue. D’ici là, j’espère aller refaire un tour chez les alter de tout poil.

Car aujourd’hui, c’était la conférence. Lecture rapide de la masse d’informations à digérer. Noté un article que je me réserve de déguster plus tard : « Cuba, a world climate leader ». Eh oui ! Vous saviez que Cuba était le pays qui avait le meilleur point de rencontre entre le développement humain et l’empreinte écologique ? Ce n’est pas cet article qui le dit, mais le rapport annuel sur l’empreinte écologique dont le concepteur, Wackernagel, n’est pas un gauchiste (je ne sais pas ce qu’il est, d’ailleurs, un écologiste, tout simplement). Ah oui, et les types qui font la grève de la faim jusqu’a la fin de Copenhague. Personne - enfin, les journalistes, me semble-t-il - n’a eu le temps d’aller les voir, et ils jeûnent discrètement. Courage, les gars.

A l’accueil de la conférence, grosse présence d’un mouvement végétarien. C’est sûr : moins de viande, c’est bon pour le climat. Ensuite, ben, je ne sais plus trop, dans l’agitation générale. Je tombe sur un camarade du Bangladesh, qui est surtout préoccupé d’aller se faire enregistrer. Je vais m’installer à la salle de presse - un immense hangar où les tables blanches sont alignées, le long desquelles des journalistes studieux planchent devant leur ordinateur. En fait, ça ressemble à une usine. C’est une usine ! Une usine d’informations ! La prolétarisation des journalistes passe d’abord par la normalisation des formes de production. Sauf que... chers amis, on essaye chacun de trouver notre petite musique. Vous allez voir. On est des artisans dans une forme industrielle, en quelque sorte.

Une conf de De Boer, le secrétaire de la Conférence ? J’arrive quand il finit. Mais en sortant, je vois Naomi Klein et Amy Goodman. Celle-ci est l’animatrice de Democracy Now, une chaîne de télévision qui est l’équivalent aux Etats-Unis de Politis en France. Elle m’avait interviewé il y a un an, pour la sortie de How the rich are destroying the earth aux USA. Première question qu’elle m’avait posée : « Comment fonctionne la Sécurité sociale en France ? » Ben euh... Et puis l’ITV n’est pas passée, si bien que je ne suis pas devenu le promoteur de la sortie du capitalisme aux USA.

Peu importe : les analyses d’Amy Goodman sont très pertinentes (c’est le genre de journaliste qui prend position en dehors de son boulot d’info. C’est possible ? Ben, oui vous voyez.). Elle se fait maquiller pour son émission (« en direct de Copenhague », peut être), je lui dis que j’aimerais bien l’interroger sur Obama, les USA, etc., on s’échange nos téléphones, j’espère qu’on pourra discuter dans les jours qui viennent.

Après, euh, quoi ? Ah oui, le plus important. J’ai obtenu hier par une sorte de hasard qui n’en est pas un le texte qu’ont élaboré la Chine, le Brésil, l’Afirique du sud et l’Inde et qui est leur position pour l’accord de Copenhague. Ils le gardent secret, et voilà, j’ai une copie. C’est un scoop, quoi. On le publiera demain, on verra si ça prend...

Je cherche à joindre une écolo chinoise pour savoir si le « draft » est bien totalement hors public. Entretemps, Brice Lalonde fait un point presse, c’est utile, j’y vais. Au retour, je vois ma Chinoise, elle n’a pas eu ni vu le draft. Et coup de pot, elle m’informe que l’ambassadeur chinois donne une conférence de presse. La première conférence de presse de la Chine dans toute l’histoire des COP ! On y va. C’est bourré à craquer. Il cause en chinois, un interprète traduit en anglais. Yu Qingtai parle posément, mot à mot, précisément, et repète souvent les mêmes idées, dans une sorte de langue de bois qui me fait penser qu’il n’y a pas si longtemps, nos amis devaient bien être dans la ligne du Parti. Mais c’est intéressant de voir la force sereine de la position de la Chine. J’arrive à lui poser une question sur le texte secret, il me le confirme implicitement.

Ensuite, trouver le « business center » pour scanner les photocopies du fax que j’ai, le mettre sur une clé USB, et revenir en salle de presse pour l’envoyer au journal. Puis rédiger un « teasing » - un excitateur - pour lemonde.fr. La rédaction en chef a peur que d’autres l’aient avant notre parution demain jeudi midi, alors ils veulent marquer notre avance en le signalant de suite http://abonnes.lemonde.fr/le-rechau....

Bon sang, il est 19 heures passées. Discuter un peu avec mes collègues de La Croix et du Figaro, partir, récupérer manteau, prendre le métro, manger un morceau, revenir pour écrire le papier. Il est minuit, et je suis en train d’en rajouter en grattant un blog. Faut être dingue ! Bonsoir.

Jeudi 10 décembre

Une grosse tuile, les amis. Je venais de vous gratter plein de choses intéressantes, et puis, la machine me l’a perdu. Et là, je n’ai vraiment pas le courage de recommencer. Moralité : il faut toujours enregistrer en cours d’écriture !

En attendant, aller voir le "blog live" sur http://www.nouveaux-medias-direct.c..., c’est coopératif et intéressant.

Vendredi 11 décembre

La fatigue perce.

Réveillé à sept heures par le journal (couché la veille à une ou deux heures). « Il y a une phrase que je ne comprend pas, dans ton papier… » « Hmm, oui… ah, oui, voilà… » Je me rendors. Ré-émerge à dix heures. Trop tard pour un café. Courriels, nouvelles, ah oui, il faut se mettre à la chronique, téléphone du journal, « Tu as vu le draft qui vient de sortir, ce que dit l’AFP ? » « Oui, non, hmmm » « Il faut en parler demain » « Heu oui, c’est-à-dire, je prévoyais d’aller voir pour les préparatifs de la manif, ah, et on m’a parlé de ‘Bike Block’, des autonomes qui préparent des actions à vélo » « Bon, je te rappelle ». Courriels, nouvelles, ah oui, la chronique, tiens, je vais poursuivre l’idée d’hier sur la dette et la justice, bon, il faudrait aller se chercher du café. « Allo… Ecoute, le rédacteur en chef adore l’idée des Bike Block, vas-y » « Tu lui as bien dit qu’ils sont contre le capitalisme », je dis pour rire. « On pourrait faire une photo, et il y a aussi le papier sur les négoc’ », elle répond. « Euh, bon, mais tu sais, j’ai la chronique, bon, je ne garantis rien, je vais essayer de les trouver, je te rappelle ». Courriel envoyé au contact des Bike Block – nos amis vont-ils accepter la visite d’un journaliste ? La réponse vient, toute amicale, "pas de problème, voici l’adresse". Coup de fil à Anne Chaon, de l’AFP, c’est elle qui a sorti l’info sur le draft. « Tu peux me l’envoyer par courriel ? je ne peux pas venir au Centre ». Elle l’expédie dans la foulée, merci Anne, tu es toujours la meilleure. Ah, et la chronique ? et le café ? Décision radicale : je vais aller manger un morceau et un café, avec l’ordinateur, et j’écrirai la chronique là-bas. Sitôt dit, sitôt fait, et Blork est là pour me tirer d’un mauvais pas.

Retour à ma piaule, courriels, nouvelles, OK pour les Bike Bloks, bon, comment on va dans ce bled ? Carte. En route. Métro : pas si simple, il faut changer, prendre un train, puis un bus. Ouh la la. Taxi ? Dehors, aucun. En revanche, plein de flics partout, des barrières. Ils se préparent à la manif. Au milieu des gens qui font leurs courses, c’est bientôt Noël. Ah bon, et Copenhague, vous vous en foutez ? Mais nous vivons à Copenhague, espèce d’Ostrogoth, et à Noël, à Copenhague, on fait les courses de Noël. Bon sang, mais c’est bien sûr. Enfin bon, pas de taxi. Je redescend au métro. Descend à la station suivante, et là, prend un taxi ! Qui m’amène dans la nuit au repaire des Bike Blocks. Isa m’accueille, gentiment et bien pédagogique. Il y a des vélos partout, des types qui s’agitent, tapent du marteau, jouent de la soudure, retapent les roues, etc. Au mur, sur la planche à outils, une affiche : "Tools for the people" (outils pour le peuple). Isa m’explique que l’idée est partie d’un groupe d’artistes anglais, le Laboratory for insurectionnary resistance, qu’ici on récupère tous les vélos cassés que les gens veulent apporter – il parait qu’il s’en perd 200 000 par an, c’est pas croyable -, et voilà que débarque Karine Plantier, du mouvement de protestation contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, et Guillaume, un faucheur volontaire, on se tombe dans les bras, ils sont venus en bus, alimenté à l’huile de tournesol, mais ce matin la police a saisi leur réserve de 250 litres d’huile ! Ils sont en pétard. Et partent de ce pas mener une action devant le commissariat. On reprend avec Isa, qui me montre les machines étranges que préparent les Bike Blocks pour la manif du 16 décembre, puis me parle de la désobéissance civile, de la sortie du capitalisme, des assemblées du peuple – et hop, une minute, une question, pour que vous puissiez en profiter, dans un ou deux jours.

Bon, allez salut, je retourne en ville, tout content : les vélorutionnaires vont être dans la rue ! Direction le Klimaforum, centre alternatif où se retrouve le « mouvement social » à base d’altermondialistes et d’écolos. Bonne ambiance, plein de monde (l’autre jour, ca ne vibrait pas trop). Il y a des gens de partout, venus en train, en bus, du Brésil, d’Asie, de France, ca bouge dans tous les sens, et l’on retrouve végétariens, décroissants anglais (voyez la NEF, New Economic Foundation), paysans de Via Campesina, Bangladeshis, Argentins contre les OGM, boudhistes écolos, adeptes de la permaculture, antinucléaires, indigènes des Etats-Unis, écovillagistes de Norvège, et des gens gentils qui circulent parmi tout ça, entre femme avec bébé sur le ventre et groupes de discussion sur la justice climatique ou l’utilisation des ressources. Je discute avec un étudiant danois qui me dit : "Je vivrai avec moins de consommation que mes parents, je pense plus aux conséquences des produits qu’on achète."

Dehors, ca cause, ça bouge, ça mange, ça consulte l’ordinateur, ça réunionne, et voilà mon copain Patrick Piro, de Politis, et des jeunes vus au Camp Action Climat de Notre Dame des landes, et des Brésiliens, et … la tour de Babel, mais une qu’on ne voudrait pas faire s’effondrer.

Grande réunion, au sous-sol, dans une salle normalement dédiée au basket ball. On parle anglais. 150 personnes, à peu près, écoutent attentivement une fille qui explique où on en est sur les négociations au Bella Center. Puis une autre explique comment se passera la manif de demain, avant que Jorn Andersen, un Danois qui a contribué à organiser la manif vienne rapidement dire un mot. D’où l’on retient que plus de 500 organisations de 67 pays soutiennent la manifestation de demain. Peu après, je lui demande combien il pense qu’il peut y avoir de monde. « Entre 20 000 et 50 000 » « Il y a en déjà eu autant, au Danemark ? » « Rarement, mais la manif contre la guerre en Irak avait fait plus ». Bravo, les Danois.

Bon, il est 20 h00, il faut aller gratter les articles. Je dis au revoir aux copains, et retourne dans la nuit. Un plat de pâtes dans un resto italien sympa, et me voici. Bon, il est trop tard, je dors, j’écrirai les papiers demain, à 6 heures du mat’. Ciao.

PS : au fait, allez voir le "blog live" sur http://www.nouveaux-medias-direct.c..., c’est fait par Jade Lindgaard - qui m’a filé le contact des Bike Blocks - et ses copains.

Récit du Samedi 12 décembre

Lever 5-6 heures. Ecrire article de pré-manif, tout l’art étant de faire en sorte que ça tienne debout alors que le journal, paraissant l’après-midi, sera lu quand la manif sera en cours ou finie. Puis écrire article sur l’état des négociations, après le texte que Michael Zammit Cutajar a écrit et qui est sur la table. J’angle : "Le duel Chine - Etats-Unis commence".

Rendormi. 11 h 30. Debout. Je vous mets en ligne deux entretiens, préparés par mon épouse Véronique, que je salue ici :) Eh oui, ia du boulot, dans la machinerie d’un site, on n’imagine pas ! En fait, il faut rentrer photo et son dans l’ordinateur, envoyer par courriel, et à Paris, préparer une fiche sur SPIP, transcrire son et photo par je ne sais quel logiciel, et c’est prêt. Ensuite, il reste à éditer la fiche, et la mettre en ligne. Internet reste un jouet fascinant.

Dans l’air, des hélicoptères tournent. 12 h 30. Je pars au Klimaforum retrouver Corinne Morel-Darleux et Christophe Ventura, du Parti de Gauche, et deux de leurs copains, que je prie de me pardonner d’avoir oublié leurs noms. Ils sont venus dans le train des Amis de la terre, dix-huit heures de voyage, puis, a l arrivee, du temps pour aller dormir dans un gymnase ou je ne sais quoi, a 40 km du centre, avant de venir ici. Fatigant, mais il parait que l ambiance etait super dans le train rempli de 800 ecologistes, Amis de la terre, Verts, Reseau sortir du nucleaire, Oxfam, Attac, plein d autres. Discussions, rires, chansons. Avait meme ete installee une radio speciale pour le train. Corinne a fait un debat avec Cecile Duflot, qui etait dans le train - relations un peu froides, Duflot a annule recemment une rencontre avec Melenchon... Les deux partis sont de facto en concurrence electorale - et Europe Ecologie penche vers le Modem, meme si les Verts sont plus a gauche. La politique... On mange un morceau - le cuisinier du Klimaforum est un Francais installe au Danemark, il nous vanne, "Alors, les Francais, c’est bien les vacances ? - Super, on va a la plage, là." En fait, il fait plutot en-dessous de zero, et tout le monde est chaudement couvert. Je raconte aux amis l’etat des negociations, tel que je les comprend, et on y va.

La je vous laisse, parce que le clavier est qwerty et c est trop dur. A tout’

13 15 : la place du Parlement est bourrée de monde. Des gens font des discours de je ne sais où, on entend pas très bien. Patrick Piro me dira plus tard que Mary Robinson, l’ancienne présidente de l’Irlande a fait un beau discours, émouvant, partant du coeur, pas de la tête. Je circule ici et là. En fait, près de la place, serrée par la rivère, la foule est très dense. Et comme pendant tout l’après-midi, colorée, joyeuse, familiale, étonnamment jeune, mêlant écolos, de toutes les nuances, gens, tout simplement, venant là sans affiliatiion mais pour dire... quoi, au fait ?

Lisons les pancartes, les banderoles, les drapeaux : "Bla bla bla, Act now" ; "Grow solidarity, no economy" (faites croître la solidarité, non l’économie) - celle-ci collée sur la robe rose et vaporeuse d’un barbu rigolard ; des moines boudhistes chantent Are Krishna ; des jeunes femmes poussent des enfants dans des landeaux ; des cyclistes essayent de se frayer un chemin dans la foule ; pancartes : "Nature doesn’t compromise" (la nature ne fait pas de compromis), "Change the politics, not the climate" (changez la politique, pas le climat), "Climate justice now" (maintenant, justice climatique). Un orchestre de tambours et de caisses passe, les musiciens sont déguisés, colorés, leurs battements donnent de l’énergie. Des drapeaux verts, bleus, rouges, des ballons mauves, des pancartes jaunes. Tiens, un drapeau rouge "Die Linke". Banderole : "Denmark should support Norway’s climate proposal" (Le Danemark devrait soutenir la proposition sur le climat de la Norvège) - là, c’est entre cousins scandinaves, faut connaître. "Capitalism means war" (le capitalisme, c’est la guerre). En Danois : "Grön Kapitalism exiterar int..." ; je demande la traduction à une des jeunes filles qui tiennent la banderole : "le capitalisme vert, ça n’existe pas", me répond-elle en souriant ; l’organisation qui dit ça, c’est Farbundet.

La foule a commencé à bouger, à avancer, on passe un pont. Il y d’autres orchestres. Une femme un chien dans les bras. Encore des enfants en poussette. Deux gamines qui tiennent une banderole, ça cause de nature et d’agriculture biologique. Des personnages déguisés en rennes. Un garçon sur une trotinette. Tiens, voilà Tadzio Mueller, il distribue le canard Turbulence - tendance anar intello anticapitaliste, je l’ai pris l’autre jour, pas eu le temps de faire plus que le feuilleter. Il a un stick "TckTckTck" collé sur le front. "On a tiré 30 000 exemplaires, m’explique-t-il d’un ton haché, en donnant le journal aux passants. Il est auto-financé, ça coûte 10 000 euros à peu près, on est un groupe, on le paye, plusieurs, on bosse dans des universités. Le principe, c’est de le distribuer dans les manif’ de masse". Il n’a plus d’exemplaires, "Allez salut".

14 h 30. Je m’arrête sur le pont pour laisser passer le cortège, pour me faire une idée du nombre. Beaucoup, beaucoup. Une charette de Greenpeace sur laquelle des marionnettes de chefs d’Etat font la révérence. Un groupe de jeunes à ma droite qui crient des slogans. Un camion passe, c’est l’organisation SF, avec des grands ballons bleus. Un vieil homme, déguisé en père Noël râpé. Des drapeaux verts des Grünen, qui sont en train de passer, bien nombreux. Une grosse boule représentant la planète. Un orchestre accordéon, violon, tuba. J’ai chopé quelques sons de la manif’, on va le mettre en ligne, ça vous donnera une idée. Un groupe de punks en cuir noir. A tiens, un drapeau rouge avec un drrôle de sigle, tenu par un barbu d’une cinquantaine d’années - et quand je dis barbu, c’est une très belle barbe, Fidel Castro serait jaloux ; d’ailleurs, il porte une casquette cubaine sur la tête, siglée d’un étoile rouge. "C’est quoi, ce signe sur le drapeau ?", l’interrogé-je. "C’est le signe de l’écologie. Sur fond rouge, pour le parti Enhedlisten, qui fait une liste unique de communistes et d’écologistes. On a quatre députés au Parlement." Ah bravo. "’Je peux prendre une photo". Bien sûr. Il prend la pause. A la prochaine. Passe le syndicat CNE, de Belgique, une bonne pêche, derrière une banderole bleue, et de temps à autre, ils se mettent à courir tous ensemble en riant, sur dix mètres. Voici la coordination des ONG de Corée du sud. (Du son pour vous donner une idée de l’ambiance : http://www.reporterre.net/spip.php?...)

La foule continue, jeune et joyeuse. J’ai recommencé à marcher. Soudain, derrière moi, une explosion.14 H 50. BANG ! Vraiment fort. Tout le monde est interloqué. On se retourne. A nouveau, BANG. Je reviens en arrière. Le vide s’est fait devant un batiment dont j’apprendrai ensuite que c’est le ministère des Affaires étrangères, quelques camions de police (« Politi ») sont devant, avec des policiers. Confusion. Je me rapproche encore, vois une sorte de fusée partir vers le ministère et taper à peu près au deuxième étage, BANG ! Ouf ! Ils n’y vont pas avec le dos de la petite, cuillère, les Black Blocks. Je branche mon micro. Bruits de foule, une voix dans un haut-parleur, « ... capitalisme... manifestation pacifique... », sirènes de police, brouhaha, je me retrouve près de la délégation du NPA, Nouveau Parti Anticapitaliste, Besancenot est là, blouson, je lui demande, la première question qui me vient à l’esprit, « Vous êtes d’accord avec eux - Les Totos qui se barrent - Vous êtes d’accord avec eux ? » Il est interloqué. « Comment ? » Je répète, « Hervé Kempf, du Monde, vous êtes d’accord avec eux ? - Avec qui ? - Ceux qui viennent de lancer des bombes. - On essaye de structurer le cortège face à eux, vous voyez bien le problème. » Il discute avec ses camarades, « On reste là, on reste là », des sirènes, le haut-parleur, « Eh, les camarades, le cortège il est là, on essaye de regrouper tout le monde, et on va y aller tranquillement. » Un autre : « On reste groupés avec la camionnette là, la camionnette, c’est le point de repère. » « Eh, i ya des copains qui sont restés là-bas ». Des cris, agitation, je vais ailleurs. Au fait, Totos, je crois que ça veut dire Autonomes. (La scène à écouter ici : http://www.reporterre.net/spip.php?...)

Des manifestants pacifiques s’éloignent au pas de course, des policiers avancent, les journalistes, d’autres manifestants, qu’est-ce qui se passe, cris, bruits. Soudain, je vois surgir un jeune type habillé tout de noir, il court vers un policier qui est au milieu de la chaussée, près d’un feu de signalisation, sans casque, isolé, il arrive par derrière, vlan, lui colle un coup de poing à l’arrière du crâne, repart en courant et disparaît pendant que le policier roule par terre.

Tout bouge, ça se calme, apparemment, les blacks blocks se sont évanouis, la police fait un cordon devant chaque rue transversale, deux types ont été arrêtés, là, assis, rue Standgade, d’ailleurs, ils sont en parkas vert beige. Tiens, il est 15 h 10. Ah, la Brigade des Clowns, de la bonne humeur de nouveau, ils clament leur amour du capitalisme. Bien sûr, je les interroge : « Pourquoi êtes-vous pour le capitalisme ? » En ligne, tout bientôt. Le clown me reconnait ? Quoi ! Je repars en avant, retrouve des camarades journalistes. Une vitrine de banque fissurée par une pierre. Mais voilà que la police bloque le boulevard. On passe la bande tendue en travers de la rue, et l’on comprend : ils sont arrêtés une trentaine de manifestants, blacks et beiges, et les ont fait accroupir le long d’un magasin. Ils vont les embarquer, apparemment. Mais plus loin, il y a un autre barrage de police, leurs véhicules barrant la chaussée, et une ligne de forces de l’ordre casqués et harnachés. Hmm, après avoir humé la situation, on décide de sortir de cette nasse. Parlementer avec la police, montrer les cartes de presse, on s’extrait avec Agnès Sinaï, d’Actu Environnement.

On reprend notre marche, discutons, croisons Patrick Piro, la foule se distend un peu, le jour commence à tomber.

Avec Agnès, on retrouve Besancenot, et on profite de la marche pour l’interroger sur sa conception de l’écologie. « Pas d’environnement sans social », etc., répond-il dans son élocution fluide et parfaitement carrée. Mais il a du mal à trouver d’autres références à l’écologie que la lutte anti-nucléaire, la lutte anti-OGM, sans les reformuler dans une conception globale. Le NPA ne pourrait-il pas discuter plus ouvertement avec le Parti de Gauche, avec les Verts, avec d’autres, pour essayer d’arriver à trouver les points communs sur la question écologique ? Oui, oui, mais bon... Il cite la Fondation Copernic, comme lieu de références, le travail de Michael Loewy sur l’écosocialisme.... Agnès l’interroge sur la décroissance. Il n’est pas pour la décroissance, qui toucherait les classes populaires. La baisse de la consommation matérielle et d’énergie, alors ? Pas vraiment, non, cette perspective n’est clairement pas la sienne. Il nous parle ensuite de planification démocratique à l’échelle mondiale. A l’échelle mondiale ? Ouh la, comment on ferait ?

Discussion intéressante, mais qui nous laisse l’impression, quand on s’éloigne, que le NPA, ou Olivier Besancenot, n’a pas vraiment intégré la problématique écologique à leur analyse politique. Ca sonne encore vieille gauche, qui n’a pas encore quitté sa vieille peau productiviste qui imprègne le marxisme. Quand on aura le temps, on mettra le son sur Reporterre, j’ai enregistré la discussion.

C’est la nuit. On gagne les abords du centre de conférence. Le boulevard passe sous la ligne de métro, ici aérienne. Des grillages de police, des policiers. A gauche, beaucoup de monde, des lumières, des musiques, des discours. On décide de rentrer dans le centre, ce qui est possible en montrant nos badges. A l’intérieur, c’est un autre monde, totalement différent, et j’ai l’impression que celui-ci - où dans le hall d’accès, des personnes en costume continuent imperturbablement à visualiser leurs ordinateurs sous des panneaux vantant le marché du carbone ou les voitures électriques - est le faux, que le vrai était dehors, dans l’après-midi. Agnès parle très justement de la « déréalisation » par la « technologie politique » - on met en ligne tout bientôt, vous verrez, c’est bien.

Une télé, devant le centre de presse : on voit des jeunes alignés assis par terre, manifestement menottés, les policiers qui passent entre les rangs, parfois les déplacent. C’est la nuit, il y a des projecteurs. On saura ensuite que près de 1000 manifestants ont été ainsi arrêtés, et gardés plusieurs heures sur le macadam, dans le froid. Pas pour des actions invasives ou autres, type Black Block (qui ne sont d’ailleurs pas là), mais, me dit-on, parce qu’ils ont organisé un sit-in devant l’entrée du centre (ceci pas vérifié, donc pas assuré. En revanche, je suis certain qu’il n’y a pas eu d’action violente).

Retrouver le centre de presse, les collègues, Pierre Radanne qui explique l’état des discussions : « L’Empire du milieu est bien au milieu », c’est-à-dire, la Chine est au centre du jeu. Plus loin, José Bové : « Seattle marquait la fin du XXe siècle, Copenhague le début du XXIe. C’est aussi la fin de Yalta, d’une forme de domination du monde. Le Sud impose une nouvelle gouvernance mondiale. » Yannick Jadot, autre député Europe Ecologie : « Borloo et la France jouent cavalier seul au lieu d’être avec les Européens. Ils contribuent à abaisser la voix de l’Europe. »

Fatigue. On va dîner avec Patrick Piro et Laurence Caramel, ma co-équipière du Monde, qui est arrivée ce matin. Près de la gare centrale. Discussion sur... en gros, l’avenir de la civilisation. Un aspect des choses, qui me frappe : la forte manifestation de cet après-midi était très jeune ; ce qui se passe, aussi, c’est que la jeune génération dit à l’ancienne - la soixante-huitarde -, « Vous avez laissé la crise écologique s’installer, vous gardez tous les postes et tout le fric, ça ne va plus ! » Ce sont eux qui vont changer « le système », pas la génération actuellement au pouvoir. Et pour le changer, il faudra qu’ils bousculent celle-ci.

Récit du Dimanche 13 décembre

Réveillé à 9 h 30 par Anna, qui assure les relations avec la presse francophone pour le Climate Justice Action. « Vous voulez qu’on se voit tout à l’heure, à 13 H 30 ? - Hmm, ah oui, bien sûr, d’accord. Où ? - Un café, rue Rantzaus. » Bon, pas de repos pour les braves. Ce matin, du thé et du pain. Puis courriels, ordinateur : Reporterre, transférer sons et images d’hier - ça prend du temps, les sites internet, ne pas oublier -, et le Copenhago Blogo - pourquoi me suis-je lancé là-dedans je ne sais pas, ne pas laisser Reporterre et ses quelque 500-600 visiteurs quotidiens sans pitance, et du coup, c’est un fil à la patte, mes amis !

En plus, le blog, c’est pas vraiment mon truc. En fait, c’est la version moderne du « Journal » que les gens écrivaient autrefois. Bien, mais n’est pas James Joyce qui veut. (Ah bon, il tenait son journal, James Joyce ? Aucune idée, je dis ça pour faire le malin, en plus je n’ai jamais lu Ulysse. En revanche, je viens de finir de lire La politique de l’oxymore, de Bertrand Méheust, éd. La Découverte, il y a à boire et à manger, comme on dit, il faudrait en parler un peu plus précisément, mais bon, pas mal d’idées bien frappées, j’aime bien celle-ci, par exemple :

"Il y a un hiatus fatal entre la profondeur de champ de l’économie et de la politique, et celle de la cosmologie et de la paléo-anthropologie contemporaines, un hiatus qui condamne notre temps et qui alimente sa schizophrénie profonde. L’homme que dévoilent la cosmologie et la paléo-anthropologie n’est pas un être fixe, mais un processus dont le développement se joue sur des centaines de milliers, voire sur des millions d’années. A cette échelle, l’affaire est ’pliée’, la question de l’avenir de notre société est tranchée, et le problème qui subsiste est de savoir si et comment l’humanité pourra sortir de l’impasse dans laquelle elle s’est fourvoyée.

C’est précisément parce qu’il est un être historique, au sens fort et noble du terme, c’est parce que son devoir est de s’envisager dans la très longue durée, que l’être humain doit s’économiser, s’autolimiter. C’est précisément au nom d’une conception élargie de l’histoire et du progrès qu’il faut refuser par tous les moyens la marchandisation du monde." C’est page 160.

Je pars pour la rue Rantzaus. Près de la gare centrale, un déflié de voitures électriques. Et peu après, une manifestation d’environ 300 personnes, Friends of the Earth, des anticapitalistes, des clowns qui se fichent de la gueule des policiers d’une façon irréprochable, et cette banderole : « We don’t want just one cake, we want the whole fucking bakery, ABOLISH CAPITALISM » (Nous ne voulons pas seulement un gâteau, nous voulons toute cette foutue boulangerie, ABOLIR LE CAPITALISME).

Bus. Discussion avec Anna et Rebecca William sur la philosophie politique et la praxis de Climate Justice Action (CJA). Je vais le raconter dans Le Monde dans deux trois jours, si tout va bien, alors... tous aux kiosques !

Retour sur le centre. Tadzio annule le rendez-vous qu’on s’était fixé, Karine me dit qu’elle m’a trouvé un vélo - elle et ses copains des Désobéissants essayent toujours de récupérer l’huile de tournesol que leur a piqué la police (http://www.reporterre.net/spip.php?...), parfois, on se dit qu’il n’y a même pas besoin de la Brigade des clowns pour nous faire rire, Laurence me dit que Borloo a fait un point presse à 17 h. Borloo ? Ah oui. Encore un qui me paraît totalement ailleurs : la manif d’hier, et tout le mouvement derrière, démodent soudain tout un tas de personnages et d’attitudes. Dont ce ministre. Bon, la Brigade des clowns a pris possession de mon cerveau, on dirait.

Repars dans la nuit vers Ragnhildgade, une sorte d’usine désaffectée où logent, vivent et se réunissent bon nombre d’activistes du CJA. Dans la cour, les gens - moyenne d’âge inférieure à trente ans, parkas vertes ou bleues, nattes, bonnets, barbes et cheveux plus ou moins longs, chaussures de marche, enfin, un aspect banal par chacun de ses points mais dont l’ensemble crée une identité au premier coup d’oeil. Avec mes groles de ville et la gueule de mon âge, je ne suis clairement pas de la bande, genre Dupont et Dupond chez les zoulous, mais bon... Donc, les gens, mangent, tout simplement, allant chercher une assiette à une cantine ambulante postée près du mur. Ca discute, c’est tranquille, de bonne humeur. Plus loin, il y a des toilettes. Des bâtiments longs qui ont dû être usines ou entrepôts, et où logent les activistes. Je cherche le lieu où est censé avoir lieu la réunion. Une affichette, « CJA meeting » avec une flèche, j’entre. Il y a une sorte de grande salle à manger bar, aménagée avec des tables et des chaises de récupération, dans un coin, une grande cheminée où flambe un bon feu. Ca discute et boit un coup, des Français sont là, je leur demande où ça peut avoir lieu, « généralement en haut », je monte un escalier, il y a une réunion en cours, une trentaine de jeunes, français ou belges et anglais, chaque prise de parole est suivie de sa traduction dans l’autre langue.

Assis par terre en rond, ils discutent de l’action de demain en accompagnement des « No Borders » (qui ne font pas partie de la coalition CJA) : ceux-ci veulent marcher sur le ministère de la Défense pour dénoncer les politiques anti-migrations, alors que le changement climatique causé par les pays du nord crée justement des migrations nouvelles. Là, le groupe - je crois que ce sont des clowns, mais comme ils ne sont pas déguisés et qu’ils parlent tout à fait sérieusement, je n’en suis pas sûr :) - cherche à monter une action à part de la manifestation principale pour investir ou bloquer des ambassades. La discussion se poursuit selon la méthode de « recherche de décision par consensus » (écouter par exemple http://www.reporterre.net/spip.php?...) et http://www.reporterre.net/spip.php?...). On s’écoute, quelqu’un distribue la parole à ceux qui la demandent, on manifeste son accord en agitant les mains en l’air, on signifie sa désapprobation en les agitant vers le bas, les idées apparemment les plus saugrenues sont entendues sans moquerie, la discussion baigne dans une vraie atmosphère de respect. Faut-il investir les ambassades, empêcher ceux qui y travaillent d’y rentrer, les noyer sous les papiers puisqu’elles en sont pleines, barrer la rue en mimant la difficulté de migrer, déguiser des personnages en noir qui marcheraient à quatre pattes au bout d’une laisse pour montrer le sort qu’on réserve aux migrants, partir en petits groupes sur chaque ambassade ou rester unis, faire un escadron de cyclistes pour faire passer l’info d’un groupe à l’autre, ... ?

Ah, la grande réunion n’a pas lieu ici, dans un autre bâtiment, et puis c’était à 18 h, me dit un garçon que j’avais rencontré au Camp Action climat de Notre Dame des Landes. Bah, tant pis.

Téléphone à José Bové pour lui poser une question apparemment idiote - mais je veux vérifier pour l’article de demain : « Tu étais bien à la manif, hier ? ». Au passage, il me dit que le nombre de délégués d’ONG admis dans le Bella Center va être divisé par trois ou quatre, pour faire de la place aux délégations des gouvernements qui vont arriver mardi.

Voir aussi le blog coopératif : http://www.nouveaux-medias-direct.c...

Buenas noches, il est minuit.

Récit du Lundi 14 décembre

Peu dormi. L’excitation, ou l’énervement, produit par cette conférence. Heureusement, j’ai un compagnon d’insomnie avec Mes voyages avec Hérodote, de Ryszard Kapuscinski, un reporter polonais prodigieux. Aujourd’hui décédé, il a parcouru la planète entière, et raconté ce qu’il voyait avec un sens de l’analyse et un talent de conteur extraordinaires. Son Ebène est, à ma connaissance, le meilleur livre qu’un Européen a écrit sur l’Afrique, c’est-à-dire qu’il va à la limite extrême de ce qu’un Européen peut comprendre de l’âme ou de la culture africaine. Quant au Shah, il n’y a pas mieux pour comprendre ce qu’est une dictature - je le range presque au niveau de L’Archipel du Goulag (du moins le premier tome, le seul que j’ai lu). Bref. Laissez tomber ce blog et filez acheter ou emprunter Kapuscinski. Tiens, cette phrase :

Tous s’agitent en silence, avec tant de prudence et d’harmonie qu’ils donnent l’impression d’être constamment effarouchés. Pourtant ils s’activent sans nervosité, sans précipitation ni gesticulation, à croire qu’un tigre du Bengale rôde dans les parages et que le seul moyen d’être épargné par le fauve consiste à éviter tout mouvement intempestif. A croire qu’un tigre du Bengale... l’art du conteur, c’est l’image.

Fini par dormir, pour être réveillé à 6 h 30. Ecrire article et envoyer au journal. Douche, thé, coups de fil pour caler des rendez-vous, et arranger avec Laurence les articles à faire ce jour. Pour ma part, ce sera Bike Block. Aller à la Poste, dans la gare. Une gare superbe, immense, la gare d’une grande capitale. D’ailleurs, il faudrait parler de la ville Copenhague, de ses bâtiments et de ses avenues si profondément européens, de cet aspect qui donne à toutes les villes du continent, malgré les variations architecturales et ornementales presqu’infinies, une identité commune, de Poznan à Valence ou de Rennes à Naples. L’Europe, par ses villes, marque une culture singulière et incontestable.

En même temps, ici, les bâtiments ont une raideur, une froideur, propres aux villes du nord, habituées à affronter les rigueurs de l’hiver. Et quand on s’écarte du centre ville, on trouve - du moins dans deux quartiers où je me suis rendu - des blocs longs et des avenues larges, l’austérité froide et anonyme des villes russes, la prospérité et le soin apporté aux détails en plus.

Posté une lettre, donc, après avoir trouvé des timbres. Une lettre, c’est bien mieux qu’un courriel, non ? Traversée de la ville vers le métro - au passage, croisé une petite manifestation de soutien aux peuples indigènes ; il s’agit surtout de Canadiens en lutte contre les sables bitumineux, dont l’exploitation se fait au détriment des peuples qui vivent dans cette région du nord de l’Alberta, par la destruction incroyable du milieu naturel (voir, si vous me pardonnez cette publicité intempestive, le chapitre 2 ou 3 de Pour sauver la planète, sortez du capitalisme).

Le métro ne s’arrête pas à la station du Bella center, mais à la station précédente - en raison de la trop grande affluence, explique le panneau électronique. On finit le trajet à pied, environ 500 mètres, ce qui permet de voir un grand ballon qui doit bien faire cinq mètres de diamètre, et sur lequel est écrit : « Ceci est la taille d’une tonne de CO2 ». Ouh ! Impressionnant !

Beaucoup de monde, effectivement, au Bella Center, une longue queue pour se faire enregistrer : on est lundi, il y a encore plein de délégués qui débarquent. Si on a le badge, cela va assez vite. Je galope pour retrouver Tadzio Mueller, du Climate Justice Action (CJA), repéré l’autre jour à l’atelier « Tackling the capitalism » pendant lequel il était intervenu brillamment, et avec qui je veux m’entretenir. Mais quand je finis par le trouver, je m’aperçois que j’ai perdu mon carnet de notes. Aïe ! Ca, c’est une véritable tuile. Il a dû tomber de ma poche sur le chemin depuis l’entrée, mais avec la foule qu’il y a ici, aucune chance de le retrouver. Notes d’interviews, de choses vues, d’idées, téléphones, contacts... Bon, tant pis. Je croise Laurence Caramel, qui me file des pages de son cahier à spirale, et je retrouve le dit Mueller.

Il me raconte la naissance du CJA, en septembre 2008, lors de la rencontre d’activistes danois, qui voulaient préparer quelque chose pour le sommet de Copenhague, d’ONG frustrées du rythme pour le moins décevant des négociations sur le climat, d’altermondialistes en recherche d’un rebond, et d’activistes plus radicaux, intervenant notamment dans les réunions G 8 comme à Gênes ou à Evian.

1e idée : la COP ne pourrait pas résoudre le changement climatique ;

2e, il faut des changements structurels : laisser les carburants fossiles dans le sol, arrêter le développement du commerce international, etc. La cause du changement climatique, c’est un système qui privilégie la croissance sur tout autre objectif, et l’accumulation des profits - il n’y a pas besoin d’appeler ça capitalisme ;

3e, on ne peut attendre des leaders qu’ils réalisent les changements structurels, il faut que ce soit fait par les mouvements populaires.

Et là, Tadzio me parle du rôle du mythe dans la création du mouvement populaire, nécessaire selon Georges Sorel et Durkheim. Ah ? Etrange. Voici ce que dit Wikipedia sur Sorel : Plus que ses réflexions d’ordre métaphysique et religieux ou encore son intérêt pour l’histoire ainsi que pour les sciences mécaniques et physiques, ce qui caractérise le penseur est son interprétation originale du marxisme, qui fut foncièrement antidéterministe, politiquement anti-étatiste, antijacobine, et fondée sur l’action directe des syndicats, sur le rôle mobilisateur du mythe — en particulier celui de la grève générale — et sur la fonction anti-intégratrice et régénératrice de la violence. Eh bien mes amis, plutôt que de passer votre temps à lire des blogs, vous pouvez aller chercher à la librairie Réflexions sur la violence et Les illusions du progrès... Ho, n’oubliez pas Kapuscinski, hein ?

Mais aussi, poursuit Tadzio, une alliance avec les mouvements du Sud : « Ils luttent pour la terre ou pour l’eau,même s’ils n’appellent pas forcément ça changement climatique ». Et donc, l’idée était que Copenhague serait le point focal de ce mouvement en convergence, son moment fusionnel et constituant. Et qu’il fallait que les choses se passent dans la rue, pas dans les conférences ; dans l’action, pas seulement dans la discussion. Ce qui conduit à la journée « Reclaim Power », Reprenez le pouvoir, du mercredi 16 décembre.

Depuis septembre 2008, il y a eu six réunions de constitution du CJA, réunissant environ 120 personnes venues de nombreux pays.

Pour mercredi, le CJA attend cinq à dix mille manifestants, à l’extérieur de la conférence, bien sûr ; mais il essaye aussi d’organiser une sortie des délégués qui rejoindraient « l’assemblée du peuple » organisée sur le parking. Il s’agit de prendre d’assaut le Bella Center. On peut bien sûr présumer que la police souhaitera s’y opposer. La philosophie des activistes (faute d’autre nom, leur philosophie libertaire interdit de les rassembler sous une étiquette qui altérerait leur liberté - c’est simple, pour les journalistes, je vous jure !) est « d’utiliser les outils de la désobéissance non-violente ». L’exemple le meilleur, à mon sens, que n’évoque d’ailleurs pas Tadzio, est celui des Faucheurs volontaires d’OGM. Quant aux décisions, elles ont prises par « la méthode du consensus direct » dont je vous ai parlé hier.

Je l’interroge sur les Black Blocks, sujet toujours épineux. « On respecte les différences de tactiques, mais il est très important que l’action soit non violente, et que l’on préserve un espace sûr pour les délégués des pays du Sud qui sortiraient du Bella center pour nous rejoindre. On a eu beaucoup de discussions en face à face avec les Blacks Blocks, on espère que ce travail de discussion en amont portera ses fruits ».

On se quitte. Je file dehors, rejoins le métro, repasse à l’hôtel chercher un nouveau carnet, et, vais à Laerkevej, près de la gare Norrebro, à la Candy Factory, où se trouve le Bike Block. Au moment où j’arrive débarque le bus de la Caravane solidaire, avec Karine, Guillaume, et d’autres. Ils sont de bonne humeur, mais n’ont toujours pas récupéré leur huile de tournesol (http://www.reporterre.net/spip.php?...). Le problème, c’est qu’ils en ont besoin... pour rentrer en France.

Dans la Candy Factory règne une agitation de bon aloi : les uns mangent à la cuisine collective - prix libre, une assiette recueille les donations, il y a toujours assez d’argent pour couvrir les frais et davantage -, les autres retapent les vélos - il y en a plein, des dizaines, des centaines, récupérés dans la rue où ils sont souvent abandonnés, et dans un sale état, alors ça soude, ça visse, ça frappe, ça redresse, ça rustine, ça pompe, bref, ça bricole d’arrache-pied. Il y a aussi de la musique : une bicyclette sur pied alimente une batterie qui énergise un poste radio ou CD, on pédale et ça produit de la musique - en ce moment, un entrainant Fela Anikulapo Kuti. Tout cela tient de la Cour des miracles, de l’entreprise de feraillage, du camp scout et de l’assemblée révolutionnaire. Mais chacun s’y retrouve, et l’humeur est joyeuse.

Bruno, le chauffeur-animateur du bus, me prête le vélo de son frère. De son frère, donc,il faut vraiment ne pas le perdre. Il y a une chaîne, avec le code 2012, comme la catastrophe maya à venir. Il faut regonfler le pneu arrière. Et bien, preuve irrécusable de l’efficacité de l’anarchie, j’en trouve une en deux minutes - et regonfle le pneu, très fier de ma maîtrise d’une technologie d’avenir.

Discuté de nouveau avec Isa Michel, qui me raconte plus en détail l’histoire du projet Bike Block, né du Laboratory of insurrectionnary imagination (LII). En deux mots, celui-ci vise à faire se féconder l’imagination des artistes et l’audace des activistes. Le constat, c’est que beaucoup d’artistes sont talentueux, mais peu engagés, tandis que les activistes sont souvent tristounets. La rencontre permet de faire "des choses magiques", comme le Bike Block, si tout se passe bien. Il faut trouver, dit Isa, "des formes d’action qui rendent la résistance désirable". "Autant que le résultat compte la façon dont l’opération est menée". Isa et ses camarades du LII sont des artistes, et elle insiste sur la recherche de cet équilibre : "Il ne faut pas perdre la cohérence politique et écologique au nom de l’esthétique, et inversement".

Vers 15 h 00, on part à l’entraînement. Une soixantaine de vélocipédistes, montés sur des machines essouflées, mais vaillantes. La plupart ont dans les vingt-trente ans. On ne va pas loin, un grand terrain dégagé au coin du carrefour de la gare Norrebro. C’est John Jordan, un autre membre de LII, qui anime la séance. Casquette cubaine, barbe, voix forte et amicale, pas très grand, gilet jaune fluo. On se met en cercle, chacun sur son vélo, et on fait le tour des présentations : chacun dit son nom et ce qu’il aime le plus et qui commence par la première lettre de son prénom. La plupart disent des trucs anodins, genre marmelade pour Mark, etc. Rappel des principes : action non violente, personne ne doit être intentionnellement blessé. Il faudra perturber la conférence à l’intérieur du Bella Center.

John décrit ensuite les essaims qu’il faut constituer - "on va bouger sans arrêt comme des papillons". Il évoque aussi les bandes d’oiseaux, et l’intelligence collective dont elles font preuve dans leur voyage. Il s’agit de trouver la même intelligence collective dans le comportement de groupe. John nous fait aussi tendre les bras horizontalement, et bouger les doigts : "Regardez sans bouger la tête, vous les voyez ? Cela montre l’extension de votre champ de vision périphérique. Au XXe siècle, on a focalisé la vision", se coupant des autres.

Ensuite, on se met tous en ligne, côte à côte. Il ne faut personne derrière, afin que personne ne soit oublié ou négligé. On se forme en groupes de dix, qui vont former les "essaims". On va ensemble toucher le mur - qui représente la barrière du centre - et l’on revient se regrouper. On recommence. Il s’agit de créer une unité de groupe, et de se mouvoir le plus efficacement possible. On tourne aussi dans tous les sens, comme des autos-tamponneuses qui veilleraient à ne pas se rentrer dedans.

Ensuite, on joue à la confrontation - la situation à éviter, mais bon... Une partie de la bande reste à vélo, l’autre se met à pied et va jouer les policiers. On va tester la méthode du "cheval" : les cyclistes sont en ligne, serrés les uns contre les autres. La police charge. Les cyclistes lèvent leur vélo sur la roue arrière, et agitent le guidon pour faire tourner la roue, ce qui complique incontestablement la tâche du policier - comme on s’en rend compte quand on échange les rôles.

Tiens, eh bien justement, voilà deux camionnettes siglées Politi qui arrivent. Hmm. John parlemente. En fait, on ne fait rien de mal, mais il ne sera pas permis aux vélos sans lumière de rouler, puisque la nuit, les phares sont obligatoires. Après une discussion - on a fait le cercle, examiné les hypothèses, agité les mains pour marquer l’accord -, on pose les vélos et l’on fait une sorte de jeu de chat et de la souris, à pied. Le chat est le policier, bien sûr, mais il ne peut pas attraper deux cibles qui seraient ensemble. Il s’agit en fait de s’habituer à toujours regarder s’il y a des camarades près de soi, pour ne pas rester isolé. Pendant un court moment, un vrai policier se mêle au jeu. "Des choses magiques", avait dit Isa.

C’est la nuit, décidément. Les policiers sont partis. On se disperse. Je discute un peu avec John. "Il s’agit d’appliquer la créativité au mouvement social, pas de représenter celui-ci." "Le mouvement social est la matière de l’artiste". Une phrase de Lénine - il n’est pas léniniste, bien sûr, mais cette idée lui plait : "Nous devons considérer l’insurrection comme un art - et l’art comme un moyen de l’insurreciton".

Chose étrange, le projet Bike Block avait été retenu par le Centre d’art contemporain de Copenhague pour se produire pendant la Conférence. Pourtant, le LII n’avait pas caché qu’il s’agissait d’organiser la désobéissance civile. Il a fallu arriver au contrat pour que le Centre d’art se rende compte que - eh bien, il y avait un problème. Et le contrat n’a pas été signé. Les artistes du mouvement social se sont débrouillés autrement.

Retour avec Rémi, un désobéissant qui est venu avec la Caravane solidaire. La roue arrière de son vélo est crevée. On repasse à la Candy Factory, où John me donne un badge où il est écrit "Postcapitalist" (on a parlé de ça, aussi - je lui ai dit, "il faut dépasser l’anticapitalisme, passer à la suite, au post-capitalisme", on était d’accord).

Avec Rémi, on dépose le vélo du frère de Bruno au Ranghilde, où loge Rémi. Il est de la bande des Désobéissants, a obtenu un master 2 d’arts du spectacle, n’a pas d’emploi. Il vit du RSA et de petits boulots. Mais ça va, puisqu’il y a un niveau de consommation qui ne requiert pas beaucoup d’argent - la sobriété volontaire, autrement dit. On prend le bus (du transport public) vers le centre ville. Il s’agit d’aller à Christiana, où il y a une fête-meeting. Mais le téléphone sonne, c’est le journal. Le groupe Afrique a suspendu la séance plénière ce matin, ça secoue dans la conférence, il faut réorienter la page - enfin, je vous passe les détails, c’est le boulot. C’est vrai, on est à Copenhague pour la grande négociation sur le climat !

Récit du Mardi 15 décembre

En fait, là, on est mercredi 16, 9 h 30. Fini bosser 1 h 30 du matin, réveillé par la télé qui s’est mise en marche toute seule dans la nuit - pourquoi mettent-ils toujours des télés dans les hôtels ? Et presque jamais de radio ? -, j’ai failli casser l’appareil en cherchant à l’éteindre avant de trouver la prise murale, lever 7 h 00, finir articles. Pause. Flash Back sur hier le 15. Vous vous y retrouvez ? Parce que moi, je ne sais plus très bien, je vérifie tous les matins quel jour on est, ça file trop vite dans le continuum temporel.

Hier, bon, la routine de l’exceptionnel. Lever, article, pause, courriels. L’un attire mon attention, venant de la délégation du Brésil. Sans trop réfléchir, j’appelle, demande une interview avec Carlos Minc, le ministre de l’environnement. Voix chantante, amicale, de Maysa Provedello : "On va voir". Discuter avec Laurence des pistes de la journée. Brésil, l’une d’entre elles. Et Lesotho, financement, autres.

Equipement pour aller au Bella center : sac à dos, ordinateur, câbles, téléphone, appareil photo, magnétophone, toutes ces choses. 10 h 10 : sur la place de la station de métro, un groupe de gus déguisés et masqués, avec peau de panthère et crinière de lion. Ils dansent et chantent en roulant de gros yeux, et disparaissent dans le métro, comme une apparition ironique, des lutins venus du Swaziland.

Métro. Impression que je suis moi-même en pilotage automatique.

Avant le Bella center, puisque maintenant on marche, il y a un champ en friche, qui souigne l’horizon sur lequel s’inscrivent les halls du centre, derrière des grues et une éolienne. Au premier plan ont été installés - par qui ? - trois mâts d’une vingtaine de mètres enveloppés de grandes toiles, l’une bleue, l’autre pourpre, la troisième orange. On dirait des sentinelles tibétaines, formes animées par le vent qui donnent un sens sacré à cette scène d’artifices.

Encore une foule énorme pour se faire enregistrer, les délégués continuent à arriver - ce sont les entourages des ministres, les élus, les... Il paraît que Ségolène Royal est dans le lot. Des heures d’attente dans le froid. C’est arrivé à Laurent Chemineau, un bon camarade de La Tribune, qui est arrivé lundi : sept heures...

Discuté au téléphone avec Pierre Radanne, en passant le contrôle de sécurité : "Les grands émergents ne veulent pas apparaitre comme les méchants. Les Chinois ne veulent pas porter l’échec. Les Etats-Unis ne bougent pas d’un pouce. Il y a eu une réunion du groupe sur le protocole de Kyoto jusqu’à quatre heures du matin."

Foule du centre. Pas eu le temps de vous décrire ce lieu, je crois. En tout cas, des milliers de gens qui se croisent et circulent, quasiment tous dans le même état frénétique dont je vous rends témoignage. Téléphone à Karine Gavand, de Greenpeace, amère parce qu’on va virer une bonne partie des ONG pour faire de la place aux délégations présidentielles : "La négociation nous échappe. On ne va plus pouvoir être là, peser, alors qu’un accord au rabais se dessine."

Vais à la conférence de presse du Climate Action Network (CAN), le collectif des ONG qui suivent de près la négociation. Il y a notamment Raman Metha, un écologiste indien que j’ai rencontré à New Delhi, toujours très clair et précis. Message général : ce qui se dessine n’est pas brillant. Metha : "Rien n’a été conclu. La discussion ne se poursuit pas dans la bonne foi". Je pose une question : le CAN est-il au courant de l’action organisé le lendemain par Climate Justice Action (CJA) ? Non, répond le porte parole, qui expédie et passe à une autre question. Je suis interloqué. Le reste porte sur la cuisine diplomatique, intéressant, mais bon,... En sortant, je vais ré-interroger Hunter Cutti (je ne garantis pas l’orthographe) : "Vraiment, vous n’êtes pas au courant de l’action de demain ? - Non. - Mais vous connaissez Climate Justice Action ? - Non, non." On poursuit un dialogue de sourds pendant quelques instants, il finit par dire, "Je ne suis pas un expert du CJA", puis il brandit son carton de délégué, pendu au cou (on a tous ça, comme des moutons dans la bergerie, rose quand on est membre d’une délégation officielle, jaune, d’une ONG, orange de la presse, etc.), et s’exclame en colère, "Je suis accrédité, je suis accrédité, et il part furibond ! Ouh la la, cool...

Je discute avec Raman, beaucoup plus tranquille. Non, il n’est pas au courant, il me donne un contact de quelqu’un qui fait le contact avec le CJA et CJN (Climate justice now), lui, il se concentre sur la négoc. Et m’explique sereinement son point de vue. Au fait, il a été interviewé par Fox News. Fox News !

Et puis après, c’est la course, qu’il serait fastidieux de raconter en détail, et sans doute de lire. En résumé, j’essaye d’attraper Carlos Minc, je perds mon carnet, des copains le retrouvent et me le font passer par une jolie petite chaine de solidarité, on interviewe l’ambassadeur climatique du Brésil, on tombe sur Minc en train de déjeuner, et il nous cause douze minutes, entre deux coups de fils, et pendant que son assistant travaille sur l’ordinateur, dans le brouhaha de la cocote qui monte à ébullition chaque heure un peu plus, on remet la main dessus dans un couloir deux heures plus tard, et il nous dit au détour d’une phrase que Lula arrive dès demain matin pour entrer directement dans la fournaise - et ça, vous voyez, c’est BINGO ! L’info. Qui fera la page, et si tout va bien, la manchette du journal, genre "Le Brésil veut sauver Copenhague". Achetez Le Monde, plutôt que de lire des blogs bavards...

Après ? Continuer à courir dans tous les sens, en ramassant les nouvelles, les potins, les rumeurs, les tendances, aller écouter la conférence de presse du Brésil - Dilma Rousseff, la possible successrice (ça se dit, ça ?) de Lula, tient le micro, sortir, voir Al Gore, tenter l’ITV, non, il ne veut pas, dommage, camarade, je t’aurais demandé : "Quelle comparaison faites-vous entre Copenhague, et Kyoto, où vous étiez ?", et ta réponse géniale t’aurait fait entrer dans l’histoire, attroupement des médias brésiliens autour de Dilma Rousseff, Connie Hedegaard arrive, je l’ITV, c’est magique, ces petits magnétos, "il faut des compromis, sinon on va au casse pipe", enfin, ce n’est pas exactement le mot qu’elle emploie, conférence de presse de Ban ki moon, le secrétaire général de l’ONU, qui se dit "raisonnablement optimiste", ce qui, traduit du langage diplomatique, signifie à peu près, "si on arrive à un accord qui ait un sens quelconque, ce sera vraiment un miracle, foi de Ban".

Au fait, j’allais oublier un moment presque désopilant. Point presse avec Chantal Jouanno, qui doit bien être secrétaire d’Etat à l’écologie, et qui vient présenter à la presse française la déclaration commune signée le jour même à Paris par Sarkozy et Zelawi, premier ministre ethiopien qui préside le groupe Afrique. Le message à peinesubliminal, c’est : "Le glorieux président français fait l’union de l’Europe avec l’Afrique et va sauver la conférence". On lit le texte. Mais, euh, il n’y a pas mention du protocole de Kyoto ? Elle cherche. Euh, non. Et le mot "contraignant", il y est ? Elle cherche. Euh, non. Ah. Et, au fait, un objectif pour 2020, c’est quelque part ? Il y a la date de 2020 ? Elle cherche. Euh, non. Hmm, et à propos, il y est fait mention d’un financement additionnel ? Eh bien, euh, c’est-à-dire, enfin, pour la France, on va mettre 420 millions d’euros, mais seuls 130 millions en plus de l’aide déjà engagée. Ah, très bien, madame la secrétaire d’Etat, cocorico.

En fait, cette double feuille est carrément et totalement en-dehors des sujets qui font débat dans la négociation de Copenhague. Mais ça peut impressionner le 20 h de TF1, ce qui est le but essentiel.

Mauvaise nouvelle : la police a arrêté Tadzio Mueller, saisi des vélos des Bike Blocks, et interpellé, mais ce n’est pas sûr ou pas clair, des Français de la Caravane solidaire.

Avec tout ca, il est dans les 19 h, on est sur les genoux - la salle de presse du Centre, impressionnant, à mon avis, la plus grande salle de rédaction du monde, je vais compter demain, mais plusieurs centaines de journalistes réunis dans une seule salle, ça carbure. On part avec Laurence pour gratter nos trucs dans nos hôtels respectifs. Zut, j’ai oublié l’ordinateur dans la salle, faut y retourner. Mon vieux camarade Louis-Gilles Francoeur, le champion du journalisme écologique au Québec - et tiens, en Amérique du nord pendant qu’on y est ! -, m’attend et on va manger "une bouchée" dans une pizzeria. Il me rafraichit la tête en m’expliquant - c’est un bricoleur - comment il a installé un plancher chauffant dans sa "cabane", ce qui lui fait économiser 50 % d’énergie. Et d’un poêle à vent , qui chauffe les maisons, et de la géothermie, et des fenêtres à triple vitrage, et des dispositifs suédois pour économiser l’énergie, et... Un vent d’enthousiasme nous emporte. Mais il est d’aller bosser.

Et me voici là, à me dire aussi qu’il faut répondre à Vincent Cheynet, de La Décroissance, qui se demande gravement : "Hervé Kempf est-il devenu objecteur de croissance ?" Mazette, la question. Il faut que je réponde. A vrai dire, c’est simple : OUI, depuis longtemps. Caser une demi-heure pour faire un mot... Ah, et un truc super, mais vraiment bien, pourrait se produire aujourd’hui.

Dernière nouvelle : Bové coincé dans le Bella Center.

Récit du Mercredi 16 décembre

Réveil, thé, article, pause. Route vers le Centre. Aujourd’hui, grosse manif’ Reclaim the power, mais j’ai décidé de suivre les négociations, plutôt. Et puis, je suis parti trop tard : dans les onze heures. En chemin, coup de fil de Christophe, du CJA (Climate Justice Aciton), ah oui, il était au Camp action climat de Notre Dame des Landes, l’été dernier : "Le groupe bleu continue d’avancer, allée Vejlands, il y a eu deux arrestations. La police a tenté de scinder le groupe, mais n’a pas réussi. Il y a eu des arrestations du bloc vert. Pas de nouvelles du Bike Block. Au Bella Center, les ONG accréditées sont poussées dehors, Friends of the earth fait un sit-in." Poursuite du chemin, coup de fil d’Ignacio Ramonet : "Chavez est arrivé, dans l’avion, il a potassé ton livre, il pourrait le citer dans son discours. Il voudrait te voir avec d’autres experts pour parler du changement climatique, tu as des idées pour d’autres ?". Oh ! Chavez ! Ca se fait ? Ca renvoie à une autre histoire au Venezuela, mais... je ne vais pas vous la raconter, c’est un blog ici, pas des Mémoires.

Le métro, en arrivant au Bella Center, est aérien. Du coup, on voit d’en haut la manif au contact des policiers. Le métro roule, la vision est fugitive, mais c’est assez... beau, étrange, magique ? cette foule de points colorés mêlés aux points noirs de casques policiers, sur l’avenue, belle image, pfuitt, disparue.

Métro, station après, on revient à pied, voitures de polices, une camionnette blindée, des gars harnachés, il fait froid, un grand centre commercial hypermoderne, acier et verre. Aux abords du Centre, c’est une foule sur plusieurs dizaines de mètres. Les délégués qui essayent de rentrer, la police filtre sévèrement. Les manifestants sont à cinquante ou cent mètres, derrière les barrières de béton, rumeurs, brouhaha, ca pousse et tangue, mais les délégués sont très tranquilles. J’essaye de rejoindre Laurence, qui est près de la porte, et ce faisant, m’inscruste dans la masse en court-circuitant l’essentiel de la queue. Au bout d’un moment, ça commence à bouger, on pousse, pour exercer la pression et se faufiler sous l’oeil des policiers qui scrutent les cartons d’accréditation.

Après le contrôle de sécurité, un sit-in d’écologistes, sous la surveillance des vigiles. A l’intérieur, la foule, déjà totalement speedée. La plénière a commencé. Ecran télé, Nafie Ai Nafie, le représentant du Soudan, qui préside le G 77 : "Manque de transparence... sérieuses préoccupations sur l’organisation de la session..." : les G 77 sont très remontés contre la présidence danoise, qui s’y prend comme un manche, et veut absolument, mais sans le dire expicitement, pousser une "décision politique" proche de la position américaine. Ca tangue fort, et de plus en plus toute la journée. Zenawi, d’Ethiopie, sur l’écran : "Si la question du changement climatique n’est pas réglée, cela voudra dire que le système économique, bâtie sur des mauvaises bases, s’écroulera."

Conférence de presse d’Evo Morales : "Le capitalisme est une culture de la mort.... Il y a eu des trillions de dollars pour la guerre en Irak, mais dix milliards de dollars pour le climat, ce n’est pas juste... Les migrations causées par le changement climatique chez nos frères d’Afrique, on a été envahis et spoliés en tant que peuples indigènes, mais quand les frères viennent chercher du travail aux Etats-Unis ou en Europe, ils sont jetés dehors... On parle du marché libre ; mais il n’y a pas de liberté de mouvement pour les êtres humains... La cause réelle du changement climatique est le système capitalisme. Si vous voulez sauver la planète, il faut en finir.... L’objectif est de limiter le réchauffement global à 1° C, sinon, l’Afrique connaîtra l’holocauste".

Morales sort. Foule. José Bové est là. Morales le voit : "Eh, compagnon !" Il le fait venir à lui, le serre dans ses bras, ils font trois pas, parlent un peu. Morales repart, avec la nuée.

Discute avec José et Jean-Marc Desfilhes, qui travaille avec lui. Ils me racontent la matinée, comment José s’est joint à Friends of the earth, a failli être expulsé, a été retenu un moment dans une salle. Mais député européen, son passeport l’immunise. Policiers embêtés, ils l’ont relâché.

On discute du capitalisme. Bové pense qu’il vaut mieux parler du productivisme, du système technicien. Et puis, si l’on parle du capitalisme, quelle alternative on propose ? Je ne suis pas d’accord avec lui, on discute. Patrick Piro surgit sur ces entrefaites. On décide d’aller tous les quatre manger un sandwich. Chemin faisant, on passe à côté de la salle plénière, qui nous est normalement interdite d’accès. Voilà que des gardes de l’ONU courent derrière nous, rentrent tout agités dans la grande salle. On se faufile à leur suite.

Deux manifestants ont réussi à parvenir à la tribune et à crier des slogans. Ils sont emmenés par les gardes de l’ONU, sans brutalité, et ils continuent à crier sous les applaudissements des délégués, qui apprécient. Je file vers eux avec mon magnéto, voir ce qui se passe, quand je suis interpellé : "Eh Hervé !" C’est Maximilien, un conseiller de Chavez. "Reste, il va parler dans un moment". Bové est là. Maximilien propose d’aller saluer Chavez. On y va. Sur sa table (on est dans une salle contenant mille personnes à l’aise, assises en rang derrière des tables, chacun avec un panonceau portant le nom de son pays ; les pays sont alignés par ordre alphabétique). C’est une salle, vous mettriez deux terrains de football. José discute avec Chavez, photo. El presidente a, sur sa table, un exemplaire de Como los ricos destruyen el planeta. Maximilien me présente (tout ça, alors qu’un autre président est en train de parler à la tribune), "c’est l’auteur. - Ah, très bien". Il me serre la main, il serre ferme. "Et comment ça se prononce, votre nom, Kempé ? Et Arve ?" Je lui dis. On retourne à notre place, ça va bientôt être son tour.

Ca y est. Il monte à la tribune, ses documents dans la main. Vingt minutes de festival. Tiens, Alain Juppé arrive, va s’assoir. Chavez : "A bas la dictature impériale... il n’y a pas de démocratie... Deux jeunes sont montés à la tribune, je salue tous ceux qui sont dehors [les manifestants], ce sont des jeunes, ils sont préoccupés de l’avenir... Un fantôme rôde parmi nous, dans les couloirs, dans cette salle, personne n’ose le nommer, c’est le capitalisme !... Les manifestants ont deux slogans que je reprends mon compte : ’Changer le système, pas le climat’, et ’Si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé". Applaudissements, comme souvent ensuite, et comme quand les deux jeunes criaient, tout à l’heure. La majorité des délégués viennent de pays du sud, et ils se défoulent.

Et puis Chavez dit : « Je recommande le livre de Hervé Kempf, vous pouvez l’avoir en espagnol et en français, en anglais probablement, Como los ricos destruyen el planeta, Hervé – Kempf,- il insiste bien sur les mots, c’est pour cela qu’il voulait vérifier la bonne prononciation, il y a un instant - Como los ricos destruyen el planeta. Le Christ a dit : il est plus facile à un chameau de passer dans le trou d’une aiguille qu’à un riche de rentrer au paradis. Les riches détruisent la planète. Peut-être pensent-ils qu’il y en aura une autre quand ils auront détruit celle-ci, mais je ne peux en voir aucune dans la galaxie pour l’instant. Ignacio Ramonet m’a donné ce livre, il est quelque part dans la salle. Je le regardais, et à la fin de l’introduction, il y a une phrase très importante : Kempf dit ceci : ‘Nous ne pourrons pas réduire la consommation matérielle si nous ne veillons pas à ce que les tout puissants descendent de plusieurs échelons, et si nous ne luttons pas contre les inégalités. … Moins consommer, mieux partager.’ Je crois que c’est un excellent conseil que nous donne cet écrivain français, Hervé Kempf. Ceci dit, Monsieur le président, le changement climatique… »

Ouah ! C’est fort, ça ! Le discours se poursuit, je continue à prendre des notes. "... 7 % de la population font 50 % des émissions mondiales, 50 % de la population font 7 % des émissions... le changement climatique n’est pas le seul problème dont souffre l’humanité..." Il cite Leonardo Boff, un théologien de la libération, Simon Bolivar, rappelle qu’en 1999, le Venezuela a connu "la tragédie la plus grave de notre histoire", évoque "le socialisme, autre fantôme qui hante nos salles. Voilà la voie à suivre pour sauver la planète", lève "le drapeau du Christ, de Mahomet, de la paix, de l’amour", cite Fidel Castro, Rosa Luxemburg, et conclut sur le Christ : "Bienheureux les pauvres". (Le discours filmé : http://www.dailymotion.com/video/xb...

Applaudissements. Une foule se rassemble autour de Chavez, revenu s’assoir. C’est une star, pas de doute. Je me barre, assez stupéfait de ce qui s’est passé, et retourne à la salle de presse. Où le mieux est de citer un journaliste espagnol, Clemente Alvarez, qui m’a interviewé pour El Pais : « Dans l’énorme salle de presse du Sommet du Climat de Copenhague il y avait hier un journaliste français dont beaucoup de collègues s’approchaient pour lui donner quelques tapes dans le dos et plaisanter avec lui. Il s’agit de Hervé Kempf, un envoyé spécial du journal Le Monde et un vétéran de ces conférences. Il s’était transformé en nouvelle, puisque le président venezuelien Hugo Chávez avait cité en plénière son livre Comment les riches détruisent la planète ». « Transformé en nouvelle » : eh oui, et même cité dans une dépêche AFP. La vie est drôle, parfois (assez souvent, en fait).

Ensuite, boulot de discussions à droite à gauche pour comprendre la façon exacte dont cette négociation est plantée, sans qu’elle le soit tout à fait, mais, etc. Ce n’est pas la peine de se fatiguer à chercher le résultat du match quand il est en cours, autant regarder le spectacle. Ceci dit, comme nos papiers doivent tenir 24 h alors que la situation évolue à toute vitesse, il vaut quand même mieux savoir où souffle le vent. A vos journaux, les amis...

Discuté au passage avec Yann Arthus-Bertrand venu avec 25 membres de « ma petite ONG ». On n’a pas vraiment les mêmes idées, mais on se parle courtoisement. Je l’ITV pour Reporterre, vous entendrez ça dans quelque jours.

Au milieu des rumeurs, discussions de couloirs, conférences de presse, une scène presque surréaliste. Dans le coin où les Etats-Unis ont installé une petite salle de conférences - rideaux bleus profond, drapeaux étoilés, lumières partant du sol - se tient un débat sur la « sécurité nationale et le changement climatique ». J’entre. Deux militaires en uniforme, ornés de décorations. Une question me vient comme ça et je la pose : « Ne vaudrait-il pas mieux utiliser l’argent dépensé à faire la guerre en Afghanistan pour aider les pays pauvres à lutter contre le changement climatique ? ». Réponse - j’enregistre - de Dan Chiu, Deputy assistant secretary of defense for strategy, au Pentagone (on est en videoconférence) : « J’apprécie le commentaire et comprend la préoccupation. Nous faisons de notre mieux pour porter nos engagements au coeur de nos opérations, et veillons à ces problèmes. Cela vient très fortement de cette administration et du ministère de la défense, et on établit le meilleur équilibre possible pour relever ces défis à la fois maintenant et à long terme. » Ah oui, bien sûr, certainement, sans doute...

Après ? Tiens, couché avant minuit, c’est cool.

Récit du Jeudi 17 décembre

Lever tôt, thé, préparation article. Passer un coup de fil à « une source bien informée », comme on disait autrefois, pour vérifier ce qui s’est passé pendant la nuit. Echange avec Laurence Caramel, qui a eu comme convenu une autre source ; on compare, analyse, ajuste. J’écris, soumets à mes camarades (Laurence et Arnaud Leparmentier, arrivé la veille), envoie au journal. Info : après le chaos de la veille, un texte ONU est sur la table pour éviter de faire dérailler la conférence.

Après ? Je reste au chaud, blog, courriels, téléphone... Cinq heures à peu près tranquilles, presque du repos. On convient de se partager le boulot : mes camarades suivent la négociation, je travaille sur le mouvement de la justice climatique, afin de donner le bilan de leur action, que Le Monde a bien suivi depuis le début.

Pas grand chose à raconter, désolé. Ca vous intéresse de savoir que j’ai mal à une dent ? Pas trop, heureusement, ca devrait tenir quelques jours. Car, miracle presque aussi grand que Chavez promouvant ses lectures à la tribune des Nations unies, j’ai un rendez-vous avec le dentiste mercredi prochain ! Sans importance, hein ? Vous vous rappelez le début du bouquin de Sepulveda, Le vieux qui lisait des histoires d’amour, la description du dentiste dans l’Amazonie ? Arracheur de dents, oui. Il y a une chose que je n’oublie jamais, à propos de la civilisation actuelle, quels que soient ces défauts, c’est qu’en gros, elle sait soigner les dents et ce genre de choses. Du moins, on est bien d’accord, « chez nous » ; parce que je ne sais pas très bien ce qui se passe quand on a une rage de dents dans un village du Niger ou dans un bidonville de Guatemala Ciudad. Il y a des dispensaires, peut-être, parfois. Mon fils Adrien, qui a fait la route du côté de l’Amérique centrale http://guatenama.uniterre.com/, m’a dit qu’il y a des dispensaires très bien, au Honduras, je crois : on se pointe, on ne paye rien, on est soigné.

Bon, je m’égare, mais voyez-vous, le cheval sent l’écurie, il se laisse aller, on est vendredi là, quand j’écris, et je pense plus à dimanche qu’à l’accord que vont nous pondre les « chefs d’Etat » à Copenhague. Ou peut-être pas ? Car ils se sont réunis la nuit, mais on ne sait pas encore s’ils ont accouché d’un texte, là, à 10h11, et l’on ne sait pas ensuite s’il sera avalisé par l’assemblée plénière de la conférence.

Hier, donc, en fin d’après-midi, je vais prendre la température des alter : coup de fil à CJA, puis aller au Klimaforum. Bon, suis trop fatigué, là, pour raconter. Lisez « Le Monde » de cet après-midi, et puis tiens, ce récit d’une arrestation ordinaire : http://www.reporterre.net/spip.php?.... Ce qui s’est passé autour de ce sommet, l’instauration de pouvoirs policiers temporaires ( ?) hors droit, est glaçant, si on y réfléchit une seconde.

Au fait, Tadzio Mueller, que vous connaissez maintenant (voir ci-dessous, le récit du 14 décembre), est toujours en prison, et pourrait y rester encore deux semaines. Une pétition est lancée : http://www.petitiononline.com/Tadzi...

Ah, une bonne nouvelle, que m’a donnée Jean de Pena, photographe http://www.jdelsur.org : les Bike Bloc ont réussi leur coup, ils sont même parvenus à bloquer une autoroute, en roulant lentement. Les flics étaient bien emmerdés : s’ils amenaient des camions pour les embarquer, ils auraient encore plus bloqué l’autoroute.

Vincent Cheynet m’a envoyé un texte sur Attali. Je le poste avec plaisir (http://www.reporterre.net/spip.php?...), on est sans doute en désaccord sur plusieurs choses, avec Vincent Cheynet, mais je suis infiniment plus proche de lui que d’Attali.

A voir, le blog coopératif : http://www.nouveaux-medias-direct.c...

Un autre regard sur les Bike bloc, par Laure Noualhat : http://environnement.blogs.liberati...

Et pendant qu’on se plaint pour une malheureuse dent de rien du tout, Patrick Piro et Claude-Marie Vadrot se pèlent de froid dans leur camping car dont le chauffage a lâché : http://www.politis.fr/A-Copenhague-.... Il ne vous reste plus qu’à acheter Politis, dossier spécial Copenhague cette semaine, pour qu’ils puissent se racheter du gaz.

Ciao.

Récit des Vendredi 18 décembre, Samedi 19 et Dimanche 20

Là, c’est dimanche matin, valise faite, chambre vidée, prêt pour le départ. Il y a longtemps, très longtemps, quelque chose s’est passé qui s’appelait "Conférence de Copenhague". Mmmmm, quoi, déjà ?

Ah oui, retour sur vendredi matin. Lever, papier, thé, etc. Téléphone : François Capelier, de France Bleue Gard Lozère (je suis une espèce d’enfant adopté du pays ; enfin, adopté, n’anticipons pas : disons que dans deux ou trois générations, les Kempf pourraient se dire vaguement lozériens...). Il m’ITV : "Qu’est-ce ça fait de voir son livre lu par Chavez ?" "Eh bien, un honneur et du plaisir, bien sûr, mais surtout le contentement de voir que les idées sont diffusées, que la nécessité de joindre social et écologie est de plus en plus reconnue".

Aller au Bella, pour commencer le marathon final de la négoc. Sur la route, les danseurs habillés en peau de léopard. Je photographie, j’enregistre, je vous les fais entendre dans quelques jours, c’est marrant. Trouvé leur nom : "les panthères de Copenhague".

Je n’ai sans doute pas assez décrit le lieu de la conférence elle-même, cette ambiance agitée, frénétique, bruissante de milliers de conversations, cette excitation des télés, journalistes, délégués, ces conciliabules, détours secrets, abattements cachés, traits tirés, stratégies subtiles, brouhaha, affiches, ce tumulte de dix mille voix et cerveaux qui s’agitent autour de la même chose mais en tirant à hue et à dia. Les chefs d’Etat sont derrière un rideau blanc qui coupe depuis deux jours le grand hall central du Bella center, mais le protocole est envolé, on ne serait pas plus étonné que ça de voir passer Gordon Brown ou Lula d’un pas pressé au milieu d’un aréopage de courtisans et conseillers - sauf Obama, bien sûr, empereur inaccessible, tenu à distance de tous par une sécurité obsessionnelle.

Tiens, lisez Patrick Piro, une description plus précise de la machinerie de la conférence : http://www.reporterre.net//spip.php...

Donc, ce vendredi, tout le monde est comme une boule de flipper qui passe d’un contact à un autre à la recherche de la dernière bribe d’information sur "l’accord de Copenhague". Car pendant toute la journée de vendredi, ça patauge, les "chefs d’Etat et de gouvernement" essaient de pondre un texte à peu près montrable à partir du désordre de mots et de papiers que leur lègue une présidence danoise malhabile et complètement dépassée. On se précipite sur "le troisième" draft de la journée, on commence à analyser les formules, à décoder ce jargon où les signaux sont in fine assez clair, à noter en vrac (et si l’on y pense, avec les heures, genre "13 50, Dupont, notes, 14 00, Martin, notes, 14 05", etc.).

C’est un immense Café des sports, où on commenterait passionnément un match en train de se dérouler mais que l’on verrait à peine : "L’Europe n’est pas à 30 %, les Belges bloquent... Le discours d’Obama vise son opinion intérieure... je n’ai jamais pensé qu’on arriverait à l’accord, mais à ce point de désaccord, je n’imaginais pas... Les Chinois n’ont pas besoin de fric... Si on continue les émissions au rythme actuel, on va droit au changement climatique majeur..." Tiens, je compte enfin le nombre de tables et de rangs dans la salle de presse, dont toutes les places sont occupées : 50 par table, multiplié par 6 rangs, multiplié par 5 rangs en profondeur, égale 1500. 1500 journalistes dans la même salle, la plus grande rédaction du monde, je vous dis ! A moins qu’aux Jeux olympiques, peut-être ?

Sandwich froid, bon sang, ça me réveille la dent, aïe... Je n’ai pas fini d’avoir mal. Au fait, dans tout ça, on cale les pages de demain avec Laurence Caramel et Arnaud Leparmentier, en discutant avec Paris. Deux pages, cinq papiers, on ouvrira bien sûr sur le résultat de la conférence, en espérant qu’à 9 heures samedi matin heure du bouclage, on l’aura.

Conférence de presse de l’ALBA (alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique) : Chavez, Morales, le vice-président cubain, une ministre équatorienne. Morales : "Le capitalisme fait de la Terre-mère une marchandise". Le Cubain : "L’Alliance bolivarienne n’est pas seulement pour les peuples d’Amérique, mais pour les peuples du monde". L’Equatorienne : "On ne peut accepter que les pays en première classe décident pour les autres". Les présidents partent, mais leurs délégués restent. A la sortie, confusion, attroupement, sur la tribune, Amy Goodman, de Democracy Now, est montée avec son cadreur et espère l’interview. Avec quelques autres journalistes, qui vont vite former une petite troupe, on monte et se place derrière elle, débordant la sécurité. Chavez revient vers la caméra.

Chavez répond à Goodman, je suis juste derrière elle, je pourrais poser mon bras sur son épaule, bras au bout duquel il y a mon magnéto, qui espère capter Chavez en face, la traductrice à gauche, au milieu de la jungle des micros, caméras, perches de son, appareils photo. Chavez regarde intensément la journaliste, comme si c’était vraiment à elle qu’il parlait, et c’est vraiment à elle qu’il parle, visage carré, fort, un peu en sueur, énergique mais avenant. Je pense que ces personnages – Chavez, Obama, Sarkozy, tous ces gens, quel que soit ce que l’on pense d’eux – sont des piles d’énergie, des miroirs fascinants, des charmeurs envoûtants. S’ils sont là où ils sont, c’est aussi grâce à ce don étrange de capter les regards et l’attention, comme la reine dans la ruche. Je pense à cette remarque lue il y a longtemps à propos de Mick Jagger : quand il parle à quelqu’un, il lui donne vraiment l’impression de lui accorder toute son attention. Leçon retenue : quand on parle à quelqu’un, lui être vraiment attentif. C’est ce que fait Chavez : il parle, et c’est vraiment à son interlocuteur qu’il parle, de ses mots, de son de son cerveau et de son âme. Et c’est par cette attention donnée que, anges ou démons, les types comme lui gagnent.

Je n’écoute pas vraiment, je m’imprègne de la situation, observe Chavez à un mètre de moi à peine, entend une question de Goodman : « Aux Etats-Unis, on dit que vous êtes un dictateur ». Il sourit en coin, et plutôt que de s’indigner, il renvoie la balle en parlant de « l’Empire » et de sa guerre en Afghanistan.

Décryptage de l’enregistrement, ce dimanche : « Goodman : Quel niveau de réduction des émissions de gaz à effet de serre soutenez-vous ?

- Chavez : 100 % ! Il faut un nouveau modèle de vie, changer de système, sortir du capitalisme.

- Merveilleux. Merveilleux. L’empire m’appelle un dictateur (rire). Je suis heureux. » Je ne comprends pas la suite, je vous la dirai quand un ami me l’aura traduit.

« Merci, je dois partir, bonne chance ». L’entretien a duré moins de dix minutes, la forêt de micros se dissout, le président quitte la salle entouré d’un essaim d’humains, Goodman, isolée, se détend, ravie de son coup – ce n’est pas si facile que ça d’attraper quelqu’un comme Chavez -, se tourne vers son équipe en souriant : « On l’a eu ! » « C’est bien en boîte », assurent ses équipiers.

Je la suis, j’aimerais bien discuter avec elle, mais n’obtient que quelques minutes d’interview, elle est pressée. Elle prend une sorte de pose, c’est une vedette, elle aussi, en deuxième ou troisième division, à moins que son corps se raidisse pour bien réfléchir, bien répondre. Elle a raison : mieux vaut maitriser sa parole face à un micro. Je l’interroge. Dans ses réponses, elle emploie souvent "the people", difficile à traduire, c’est entre "le peuple" et "les gens". Voilà :

« Il y a un an, vous disiez qu’Obama avait été élu à 50 % par les corporations (les grandes entreprises), et à 50 % par le peuple. Un an plus tard, qui a le plus d’influence, les corporations ou le peuple ?

- Goodman : Les corporations influencent plus Obama que le peuple. Sur chaque problème, que ce soit la guerre en Afghanistan ou la loi sur la santé, quand on voit la quantité d’argent qu’ont déversé les compagnies d’assurance aux lobbyistes, quand on voit ce qui se passe sur le changement climatique ici au sommet, où le pétrole, le charbon, le gaz, déversent beaucoup d’argent pour empêcher un changement de la politique des Etats-Unis sur le changement climatique – les corporations gagnent jusqu’à présent. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont les plus puissants. Le peuple reste plus puissant. Mais Obama a-t-il concrétisé (fulfill) le rêve qu’ont fait ceux qui ont voté pour lui ? Cela ne dépend pas que de lui, mais de chacun."

Elle continue : "Pendant des années, les gens avaient l’impression de cogner leur tête contre le mur. Maintenant, ce mur a une porte, la porte est légèrement ouverte, et la question est de savoir si les gens vont l’ouvrir franchement ou si elle va être claquée. Elle se ferme, il n’y a pas de doute. C’est au peuple de faire en sorte qu’elle s’ouvre. (…) Barack Obama était un organisateur de communauté, et l’organisateur en chef est devenu le commandeur en chef. Les gens doivent trouver leurs propres leaders, et se battre comme ils le feraient avec n’importe quel président. (…)

- Il faudrait qu’ils entendent le signal du réveil (wake-up call). Mais il y a aux Etats-Unis un système médiatique qui ne fait pas entendre ceux qui ont des demandes. Le peuple doit se battre contre deux forces : un, le gouvernement et les politiciens, deux, les médias. Mais il y a une passion brûlante pour la justice aux Etats-Unis.

- Je pense qu’il y a le potentiel pour que les gens exercent leurs droits. Une démocratie est une chose active, organique. Il y a certainement un espace (pour s’exprimer). Que les gens voient cet espace en ce moment est la question".

Elle arrête là, elle est pressée. Etrange réponse, n’est-ce pas ? Si proche du "Non".

Retour à la course à l’info, aux rumeurs. La balle de flipper. L’énervement grandit. Les chefs d’Etat ne sont toujours pas sortis de leurs réunions. Vers 19 h, on annonce une conférence de presse d’Obama. Tous les journalistes se ruent vers la salle de presse, et quand je dis se ruent, c’est qu’ils se ruent. Attroupement, ça pourrait tourner à l’émeute, on annonce que c’est annulé, ou que c’était une rumeur… L’essaim se disperse.

20 55, suspension de la plénière. Elle continuait. Au fait, pour faire quoi ?

Boule de flipper. On parle de l’ « accord de Copenhague ». Je ne sais plus à quel moment on a le texte, enfin le texte à cette heure de la soirée. Pas brillant.

22 10 : annonce de conférence de presse de l’Union européenne. Les journalistes se ruent. Ah non, ce n’est pas dans cette salle, c’est dans Asper Gron, de l’autre côté. La meute galope comme si on venait d’annoncer une distribution gratuite de lingots d’or.

23 15 : conférence de presse d’Obama à la télé. Je regarde un peu. Une sorte de langue de bois, "il faut agir", pour recouvrir le néant. Ca m’ennuie, je n’écoute plus, qu’il parle.

Je croise Hervé Le Treut. "Si le réchauffement dépasse 2°C, le danger majeur sera la perte de la biodiversité."

Sur les marches d’un escalier près du centre de presse, le délégué soudanais, dont le pays préside le G 77. Une meute de micros et de caméras, les journalistes sont avides d’information, la bête médiatique a faim. C’est l’heure de gloire du délégué. Il en rajoute. "La façon dont s’est conduit Obama aujourd’hui ne fait pas de différence avec Bush… Un réchauffement de 2° C entraînera la dévastation de l’Afrique…" Une chose vraie, en tout cas : "Les pays développés n’ont pas encore admis que d’importantes réductions d’émissions sont absolument nécessaires".

Minuit et trente minute, on est samedi, la nuit blanche commence. Peu auparavant a eu lieu une mini conférence de presse avec Sarkozy. Je n’y ai pas été, c’est Arnaud qui suit le président français. Qui, à ses dires, a tout fait, tout sauvé, et forcé ce magnifique "accord de Copenhague".

Point presse dans une petite salle avec Jean-Louis Borloo. Il est fatigué, les yeux rouges, il n’a pas dû beaucoup dormir depuis deux jours, collant à Sarkozy pour parvenir à "l’accord de Copenhague". On est une dizaine de journalistes. "… Je considère comme acquis le 30 % [la décision par l’Europe de réduire ses émissions de 30 % en 2020], il y avait sept-huit chefs d’Etat dans cette pièce tout à l’heure, le Conseil européen le confirmera formellement." On lui pose des questions sur le texte qu’on n’a pas, enfin, on a une version de 19 h, c’est dépassé, il répond très confusément, affirme qu’il y a des chiffres de réduction d’émissions dans le texte – ce qui se révélera faux. Il essaye de vendre l’accord : "Un accord général de 150-160 pays" – 150, oui, parce qu’il sait qu’une partie des 192 Etats présents vont gueuler : l’écriture de "l’accord de Copenhague" par une vingtaine de pays court-circuite complètement la procédure de l’ONU. "Ils se mettent en mouvement, sous tension". Puis il démolit la procédure de l’ONU, le processus même de la COP – que les Européens ont cherché depuis le début à court-circuiter, en laissant la présidence danoise tenter d’élaborer un texte hors COP et à le négocier plus ou moins discrètement. Cela a été fait avec une subtilité si grande que tous les pays du G 77 se sont braqués, et d’autant plus que les Danois tendent beaucoup vers les positions des Etats-Unis.

Vers deux heures du matin, conférence de presse des Européens. Le premier ministre suédois présente l’"Accord de Copenhague". "Ce n’est pas un accord parfait, dit-il, cela ne sauvera pas la planète, mais cela implique les joueurs majeurs, c’est un début." Barroso, le président de la Commission européenne : "C’est clairement en-dessous de notre ambition. C’est un premier pas. Il y aura de nombreux pas dans le futur."

La plénière reprend à trois heures du matin. Le président Rasmussen, premier mnistre du Danemark, présente "l’accord de Copenhague", et propose de suspendre la séance pendant soixante minutes pour avoir le temps de l’examiner avant, espère-t-il, de l’endosser. Protestations. Tuvalu rejette. Le Vénézuela parle d’"un coup d’Etat contre la Charte des Nations Unies". La Bolivie affirme que la procédure ne respecte pas "les mécanismes démocratiques, c’est une tentative de nous imposer une décision, les chefs d’Etat non représentés (dans le groupe des vingt-six qui ont négocié l’accord) n’ont pas lu le texte." Cuba – tout l’ALBA monte à l’assaut, c’est une première -, "Ce papier ne contient aucun chiffre de réduction des émissions". Nicaragua : "C’est une dégradation de la forme démocratique internationale". On suspend la séance.

Les journalistes sont dans la salle de presse. On commence à écrire les papiers. De temps en temps, la douleur de ma dent remonte, violemment, mes mains tremblent alors que je tâche de finir la transcription de l’interview de Le Treut, Laurence me file de l’aspirine, Louis-Gilles de l’Isobuprène, ça va mieux, tout le monde est fatigué, sandwich mou, la salle se vide au cours de la nuit – restent les agenciers (dans des cabines à part), les radios, les quotidiens qui doivent sortir leur papier ce matin tôt, selon le décalage horaire. Nous, Le Monde, il faut avoir tout fini à 9 heures, dernier carat.

Reprise de la plénière après quatre heures du matin. Les pays parlent les uns après les autres, les uns soutiennent, d’autres refusent. Ca dure. On a l’œil sur la télé, on peut écouter ce qui se dit en prenant des écouteurs qui ont été mis à disposition par l’organisation. Je vous passe les détails. Cela va patauger jusqu’après dix heures, au final, l’"accord de Copenhague" n’est pas entériné par la COP, il est annexé comme une note d’information.

08 40 : Je cause dans le poste :

http://www.europe1.fr/Radio/ecoute-...

On arrive à neuf heures. Tous les articles sont envoyés. On avait laissé quelques lignes ouvertes, au cas où on aurait le résultat définitif des courses. Non, la plénière continue, mais il n’y aura plus de surprise, notre affaire tient la route.

Soulagement. Je l’avais plus ou moins décidé et dit depuis quelques mois, mais ma décision est prise : "C’est ma dernière COP". Je couvre la négociation climatique depuis 1998, il est temps de passer la main. Je finis sur une conférence exceptionnelle, vibrante et passionnante, et qui ne se résume pas, loin de là, à ce piteux "accord de Copenhague". C’est la fin d’un cycle, le début d’un autre. D’autres le raconteront...

Salut aux amis, discussions ici et là, petit matin glauque, on s’en va, métro, bise, "Salut Laurence, on a bien bossé. - Salut Hervé", rue de Noël, les gens font leurs courses, dormir.

Le soir, dîner avec Louis-Gilles. C’est un chasseur, un amoureux de la nature. Un jour, dans la forêt, il voit un couple de loups avec leurs louveteaux. Les parents regardent les enfants jouer. Passe, non loin, une perdrix. Un louveteau va pour la saisir, hop là, la patte du père le rattrape et l’en empêche. La perdrix continue son chemin. Explication de Louis-Gilles : les loups savent conserver les réserves dans leur territoire proche, et vont chasser en-dehors. Comme cela, quand viendra le temps de la disette, ils pourront subsister en exploitant les réserves de proximité. "Les hommes ne savent pas gérer leurs ressources comme les loups", affirme Louis-Gilles.

Il neige.

A mon poignet, un bracelet de ficelle, accroché d’autorité par une collègue guatemaltèque. Comment refuser à une dame qui s’appelle Vida Amor de Paz - Vie Amour de Paix ? Authentique ! Il fallait faire trois voeux. J’ai fait trois voeux.

Dimanche. Aéroport. Une affiche de Greenpeace est restée, elle montre Sarkozy en 2020, vieilli, blanchi : « Vous saviez, et vous n’avez rien fait ».

Plus loin, exposées au milieu des boutiques de luxe, deux Porsche.

Ecrans télé, dans un des restaurants : un match de football américain se déroule.

Vers 1952, Kapuscinski prend l’avion : "A l’époque (c’était bien avant l’explosion démographique), les conditions de voyage étaient confortables, très souvent les avions transportaient peu de passagers." (p. 24 de Mes voyages avec Hérodote, Pocket). 20 décembre 2009 : le Copenhague-Paris est plein comme un oeuf.

Il semblerait qu’une statue représentant une petite sirène soit installée dans le port de Copenhague. Je ne peux confirmer cette information.

.......................FIN DU COPENHAGO BLOGO..............................

.................................C’était sympa de vous raconter tout cela............ merci de votre attention...............................

Les Objecteurs de croissance préparent les régionales ADOC Reporterre 2009/12/22 ADOC (22 décembre 2009) Les Objecteurs de croissance préparent les régionales. Reporterre. fr

Les Objecteurs de croissance préparent les régionales

Et définissent des uto-pistes.

Parce que les élections régionales sont une occasion de débattre des politiques menées sur nombre de sujets essentiels à nos vies, l’AdOC propose d’agir pour une sortie du capitalisme et du productivisme tout en cherchant à mieux vivre en région.

Même si la décroissance constitue un projet politique de gauche parce qu’elle se fonde sur une critique radicale de la société de consommation, du libéralisme et renoue avec l’inspiration utopique du socialisme originel, nous réfutons les politiques d’accompagnement de la quasi-totalité des régions qui ont surtout brillé par leurs options développementistes.

C’est pourquoi, en cohérence avec sa plate-forme, l’AdOC lance cet appel dans les régions :

* Proposer des uto-pistes dans chaque région.

* Se rencontrer, créer des réseaux régionaux et, pour celles et ceux qui le souhaitent

* créer des listes et participer aux régionales.

Nous souhaitons ouvrir le débat sur les politiques régionales et proposer des « Uto-pistes » Régions-Décroissance, s’appuyant sur les « 10 chantiers de la Décroissance », et en particulier :

1. Favoriser l’expérimentation locale, associative et collective, encourager le bon usage. Faire évoluer le rapport à la propriété et au partage des richesses. Construire une politique de « ménagement du territoire » au service des individus. Améliorer la coopération territoriale.

2. Favoriser le transport par TER par une politique tarifaire incitative, privilégier les transports doux (vélo, marche à pied) ou collectifs dans le sens de la gratuité. Créer des sites de co-voiturage et de voitures partagées.

3. Développer une agriculture paysanne et biologique de proximité qui protège l’environnement et enrichit la vie rurale, en favorisant la mise à disposition de terres. Rechercher l’autonomie individuelle et locale par les jardins partagés, les réseaux d’acteurs et les circuits courts.

4. Mettre en œuvre des plans de réduction de la consommation d’énergie notamment dans les lycées, encourager la production locale d’énergie, agir pour le recyclage et le tri à la source des déchets organiques.

5. Promouvoir la mise en place d’une dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) à travers des droits de tirage sur les services collectifs tels que l’énergie, l’information, la formation, la santé, la culture, les transports.

6. Concevoir des conférences régionales sur l’innovation sociale et écologique en particulier sur les expériences coopératives, l’habitat partagé, l’économie sociale et solidaire et la limitation des revenus.

7. Relancer la « production » de biens basés sur les échanges relationnels et conviviaux par le soutien ou la création de monnaies locales et régionales, de Systèmes d’Echanges Locaux, de groupement d’achats et de banques du temps.

8. Encourager une croissance de la richesse des rapports humains en soutenant la transmission des savoir-faire traditionnels locaux. Soutenir les pédagogies alternatives et les initiatives d’auto-construction dans le domaine de l’habitat.

9. Réorienter la recherche et la formation vers la transition écologique et création de filières dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de l’habitat, des transports, de l’artisanat et du tourisme écologique.

10. Permettre aux citoyens de s’impliquer réellement dans les instances de démocratie participative, organiser rencontres et débats. Œuvrer contre l’agression publicitaire et soutenir la mise en place de médias locaux indépendants.

Nous vous invitons à rejoindre les collectifs régionaux et à venir enrichir nos réflexions pour une Décroissance régionale sereine, soutenable et conviviale.

Qui sont les « néo-écologistes » ? Michel Villeneuve Reporterre 2009/12/22 Michel Villeneuve (22 décembre 2009) Qui sont les « néo-écologistes » ?. Reporterre. Tribune — fr

Qui sont les « néo-écologistes » ?

Il y avait les néo-colonialistes, les néo-libéraux, les nouveaux philosophes, voici qu’arrivent en force les « néo-écologistes ».

Qui sont-ils ?

Ce ne sont pas les disciples de Nicolas Hulot ou de Yann Arthus-Bertrand, non : ce sont tous ceux qui s’agitent devant les médias pour faire croire que l’échec de Copenhague est une catastrophe contre laquelle ils ont vaillamment lutté. Après avoir approuvé sans rechigner, des années durant, toutes les mesures productivistes, voilà–t-il pas qu’ils fustigent les chinois et les américains qui seraient , d’après eux, les seuls responsables du désastre de Copenhague.

Ils, ce sont des responsables de l’UMP atteints d’une frénésie écologique depuis quelques semaines. En fait depuis que le débat sur « l’identité nationale » censé ramasser des voix parmi les électeurs du Front National coule à pic. Pour éviter une défaite cuisante aux prochaines élections régionales, il ne leur reste plus qu’à draguer des suffrages du coté des électeurs qui ont permis aux deux formations écologistes engagées dans les européennes de juin dernier (Europe Ecologie et l’Alliance Ecologiste Indépendante) de dépasser les 20% des voix.

Certes, les médias leur sont acquis, mais convaincre l’électeur sera une autre paire de manches. Pas plus que le débat sur « l’identité nationale » n’a trompé les citoyens sur sa finalité électorale, la danse du ventre de certains responsables UMP repeints rapidement en vert, ne convaincra ces mêmes électeurs qu’ils ont été touchés par la grâce de « Gaïa ».

Mais comme le dit le proverbe « à quelque chose malheur est bon » et cette frénésie écologique subite aura au moins eu pour effet de crédibiliser le discours des vrais écologistes que, hier encore, les « néo-écologistes » raillaient ou vilipendaient.

Il est trop tôt pour savoir si cette posture électoraliste portera ces fruits mais, au moins elle aura remis l’écologie à la place qui lui revient, c’est à dire sur le devant de la scène politique.

Le gouvernement prépare une relance autoroutière Agir pour l’Environnement - Réseau Action Climat France - Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports - Collectif « Stop Autoroutes » Reporterre 2009/12/23 Agir pour l’Environnement - Réseau Action Climat France - Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports - Collectif « Stop Autoroutes » (23 décembre 2009) Le gouvernement prépare une relance autoroutière. Reporterre. Autoroutes fr

Le gouvernement prépare une relance autoroutière

Les associations environnementalistes et d’usagers des transports dénoncent l’abandon des engagements du Grenelle de l’environnement en matière d’infrastructures de transports. Selon la loi Grenelle1, l’Etat devait produire un nouveau Schéma National des Infrastructures de Transport avant la fin 2009 : cet engagement ne sera pas tenu, laissant la voie libre aux lobbys et aux pouvoirs locaux pour opérer, sur le terrain, une véritable relance autoroutière.

Le secteur des transports engendre en France 26% des émissions de GES. La loi Grenelle 1 (article 9) a acté une inversion de la tendance et une réduction des émissions de 20% d’ici à 2020. « Cet objectif implique une réduction de la demande de transport motorisé, une amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules routiers et un transfert vers des modes de transport plus sobres en carbone et en énergie » rappelle Olivier Louchard, directeur du RAC-France ; « une relance de la construction autoroutière serait irresponsable et condamnerait d’avance ces ambitions ».

Afin d’engager une vraie rupture, les ONG avaient porté, lors des négociations du Grenelle, l’exigence d’un abandon des projets autoroutiers. Mais l’écriture diplomatique de l’article 10 de la Loi Grenelle 1 en permet une large interprétation dans laquelle s’engouffrent les tenants du tout-routier : « L’Etat veillera à ce que l’augmentation des capacités routières soit limitée au traitement des points de congestion, des problèmes de sécurité ou des besoins d’intérêt local, en limitant les impacts sur l’environnement ». Cette série d’exceptions aurait pu être contrebalancée par l’article 17 qui prévoit que « le Schéma National des Infrastructures de Transport, qui constitue une révision des décisions du CIAT, le Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire, de décembre 2003, [soit] élaboré en 2009, en concertation avec les parties prenantes du Grenelle ».

Force est de constater qu’en violation de la loi, le processus de concertation pour l’élaboration du SNIT, n’a pas été mené à son terme et que le projet de SNIT semble encore très loin d’être abouti ! Pendant ce temps, quasiment tous les projets autoroutiers prévus par le CIAT ont continué de progresser, au point qu’en lieu et place de l’abandon initialement réclamé par les associations, c’est bien à une relance autoroutière généralisée que nous assistons.

Nos associations demandent donc au gouvernement de publier l’actuel projet de SNIT et de rétablir le processus de concertation inscrit dans la loi. Elles estiment par ailleurs que de nombreux projets d’infrastructures ne répondent qu’aux intérêts des lobbys de la route : leur maintien serait incompréhensible.

« Les grands travaux routiers sont contre-productifs : plus on en fait, plus il faut en faire car ils induisent du trafic ; il faut concentrer l’effort financier sur les transports collectifs urbains et le rail » rappelle Jean Sivardière, président de la FNAUT. « Les mythes du désenclavement et du développement économique ont vécu ; il faut leur opposer les réalités des destructions environnementales et du dérèglement climatique » martèle Julien Milanesi, porte-parole du collectif Stop Autoroutes. « Il faut en finir avec la schizophrénie de cette gouvernance qui se drape de beaux discours écologiques à Copenhague et poursuit des politiques climaticides sur le terrain » conclut Yannick Vicaire, d’Agir pour l’environnement.

Trois leçons rapides sur le « Flopenhague » Maxime Combes Reporterre 2009/12/23 Maxime Combes (23 décembre 2009) Trois leçons rapides sur le « Flopenhague ». Reporterre. Tribune — fr

Trois leçons rapides sur le « Flopenhague »

Un accord qui n’en est pas un. Deux ans de négociations pour aboutir à une déclaration très en retrait par rapport aux objectifs fixés à Bali en décembre 2007 par tous les pays. On nous avait annoncé Hopenhague –à partir du mot « hope » signifiant « espoir »– nous avons eu Flopenhague. Il est temps de tirer quelques premiers enseignements.

1- La réal-géopolitique l’emporte sur les bonnes intentions climatiques.

Avant l’ouverture de la COP-15, nous avions pointé ici les risques de remise en cause du cadre onusien multilatéral de négociations. Annabella Rosemberg en avait fait autant dans son premier post sur ce blog.

Au final ce sont bien les 27 pays composant le Forum des Économies Majeures qui ont peu ou prou négocié et conclu un texte qu’ils ont cherché à imposer aux gouvernements des autres pays, avec beaucoup d’arrogance semble-t-il. Si le résultat est mitigé, puisque les parties n’ont fait que « prendre note » du texte proposé, le détournement des processus de négociations officielles onusiennes est bien réel avec la création d’un circuit parallèle. Comme l’ont dit certains observateurs, « on a commencé avec l’ONU et on a fini avec le G20 », peut-être de manière irréversible.

Depuis quelques jours d’ailleurs, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ne cessent de tacler le « système onusien » qui serait « à bout de souffle » et d’un « autre temps », ne laissant pas suffisamment de place « aux grands émergents ». Des pays comme Tuvalu ou la Bolivie crient au scandale anti-démocratique en pointant une « forfaiture » insupportable. Il est clair aujourd’hui que la diplomatie climatique d’Obama ou Sarkozy avait peu à voir avec les enjeux climatiques mais beaucoup avec les nouveaux équilibres géopolitiques mondiaux en train de se construire. Ainsi se comprennent les velléités d’isoler la Chine de ses alliés, tels les pays africains ou l’Inde. Si l’on ne sait pas encore de quoi demain sera fait, il ne semble pas qu’Obama et Sarkozy sortent renforcés sur la scène internationale.

Au contraire, à en croire les journaux danois de ce samedi, la Cop-15 a révélé que « le vieux modèle de la Banque mondiale - où le pouvoir est partagé entre Washington et Bruxelles - ne fonctionne plus » et que la Chine a « imposé son statut de superpuissance » sur la scène diplomatique. Ne pas en tenir compte et considérer que la science et la justesse des propositions suffiraient à sauver le climat seraient une erreur. La réal-géopolitique s’est invitée dans les négociations climatiques. Il y aura bien un avant et un après Copenhague. Mais peut-être pas celui que les ONG espéraient.

2- Le lobbying climatique a atteint ses limites

Depuis plus de 20 ans, les ONG environnementales n’ont cessé d’alerter les opinions publiques et ont finalement obtenu une véritable prise de conscience des problèmes climatiques et environnementaux produits par nos modes de consommation et de production. C’est décisif, nous ne pouvons que les remercier de ce travail. Ces derniers mois, elles n’ont pas ménagé leurs efforts. Des dizaines de rapports et de propositions, un nombre incalculable de rencontres avec les gouvernements ou négociateurs officiels, des campagnes d’interpellation publique pour mobiliser les populations, etc… Tout y est passé.

En vain. Il est bien-entendu possible de se lamenter de l’inaction des puissants, de leur aveuglement et de leurs mensonges. Depuis samedi les réactions en ce sens se multiplient. Mais le Flop de Copenhague doit aussi interroger les stratégies des uns et des autres. Il montre en creux les limites des actions de plaidoyer et de lobbying. Preuve semble faite que la maitrise de l’expertise technique et l’interpellation des opinions publiques par opérations de communication ou mass médias ne suffisent pas à obtenir des décisions à la hauteur des enjeux. Se retrouver en tête-à-tête avec les décideurs sans disposer du rapport de force social nécessaire pour imposer ses solutions revient à espérer que seul l’intérêt général dicte les décideurs de ce monde.

C’est peu probable dans le cas général, ça l’est encore moins lorsque la real-géopolitique s’invite au cœur des négociations. Et dans la mascarade que nous venons de vivre, les ONG qui s’étaient concentrées sur le lobbying interne semble à la fois démunies et abattues. Entendons-nous. Le propos n’est pas de conclure que le lobbying et la communication grand public sont inutiles. Mais qu’ils ne peuvent être fructueux que pensés dans la construction d’un rapport de force social ne transigeant pas avec des véritables objectifs de transformation du monde dans lequel nous vivons.

3- L’arrivée massive des mouvements sociaux dans la bataille climatique

Finalement, si le sommet de Copenhague restera dans les mémoires, c’est parce qu’il marque l’arrivée massive des mouvements sociaux dans la bataille climatique. C’est décisif. Il y aura aussi un avant et un après Copenhague 2009 de ce point de vue. L’avenir nous dira si, 10 ans après Seattle, la « convergence inédite entre mouvements sociaux, mouvements écologistes, mouvements de solidarité internationale » observée à Copenhague fait réellement « naître un nouvel espoir et constitue un tournant du mouvement altermondialiste », comme le dit Attac. A l’image de Seattle, des tactiques et pratiques militantes très diverses ont pu se côtoyer, se mêler et se renforcer mutuellement. f

A l’immense manifestation du 12 décembre réunissant 100.000 personnes, se sont ajoutées l’excellente déclaration « Changeons le Système ! Pas le Climat ! » et les 300 initiatives (débats, présentation de rapports, expositions, théâtre, concerts…) du KlimaForum, portées par plus de 250 organisations.

Il faut y rajouter les multiples actions de rue qui ont maintenu la pression et l’expression citoyenne durant les deux semaines. Et notamment l’initiative du 16 décembre, « Reclaim Power », portée par les coalitions Climate Justice Now ! et Climate Justice Action, mêlant une manifestation et des actions visant à se rapprocher au plus près du Bella Center et des interventions à l’intérieur même des négociations (vidéo ici et ici) pour bousculer les négociations officielles en créant un « Forum des Peuples » et faire entendre les propositions de celles et ceux qui sont ne sont jamais écouté-e-s. Avec les tensions et divisions entre pays et blocs de pays au sein de négociations, tous les ingrédients de Seattle étaient donc réunis. Avec une différence notable. Il y a dix ans, il s’agissait de bloquer les négociations de l’OMC visant à libéraliser des pans entiers de services publics et d’activités essentielles aux populations.

A Copenhague, les coalitions d’ONG et de mouvements sociaux exigeaient l’obtention d’un accord contraignant, juste et à la hauteur des enjeux. Le climat étant le premier sujet politique planétaire à solidarité obligatoire, l’obtention d’un tel accord, dans un cadre onusien multilatéral, est une absolue nécessité. Après Copenhague, il devient évident que seul un rapport de force mondial construit par des mobilisations citoyennes et sociales sans précédent peut l’autoriser. Il faut s’y mettre dès aujourd’hui. En ancrant nos revendications globales dans des mobilisations et alternatives locales et nationales. Sans transiger sur le fond.

Le Taser utilisé dans les centres de rétention RAIDH Reporterre 2009/12/24 RAIDH (24 décembre 2009) Le Taser utilisé dans les centres de rétention. Reporterre. fr

Le Taser utilisé dans les centres de rétention

Oui, c’est Noël. Au fait, le jour de Noël, les personnes sans papiers « retenues » dans les centres de rétention - elles y restent, non ? Une pensée qui nous vient en lisant ce communiqué de RAIDH.

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) vient de rendre public un avis caractéristique de l’ensemble des dérives possibles de l’usage du Taser X26 en France. L’institution indépendante - dont la disparition est programmée - dévoile les violations des conditions d’usage du Taser à l’encontre d’une personne retenue au CRA de Vincennes, met à jour les dysfonctionnements de l’arme et s’interroge sur la non coopération de la police des polices. Face à ces violations manifestes des droits de l’Homme, RAIDH saisit le Comité contre la Torture des Nations Unies.

Une décharge de 50 000 volts adressée à une personne accroupie et le dos au mur, ne représentant aucune menace de l’avis même du policier qui en est l’auteur, des coups portés sur une personne ayant perdu connaissance et d’autres personnes retenues, un refus de communiquer des pièces de la part de l’Inspection Générale des Services (police des polices), un dysfonctionnement du système d’enregistrement vidéo des Taser X26, tels sont, parmi d’autres, les éléments observés par la Commission nationale de déontologie de la sécurité dans un avis rendu le 18 décembre dernier faisant le point sur une intervention de la BAC au Centre de rétention administrative de Vincennes dans la nuit du 11 au 12 février 2008.

RAIDH n’a de cesse de rappeler que la dotation généralisée de Taser ne peut qu’engendrer pareils comportements. Cette arme, qualifiée de torture, par les Nations Unies, ne peut que contribuer à la multiplication d’usages disproportionnés. En l’espèce, l’arme n’a pas été utilisée en cas de légitime défense, mais comme instrument de punition et de soumission. Comme nous l’indiquions en 2006, dans un rapport qui nous vaut un procès par le distributeur du Taser en France (gagné par RAIDH mais toujours en appel), le dispositif d’enregistrement vidéo censé équiper les Taser s’avère un gadget ne permettant pas de prendre connaissance des circonstances de l’usage de l’arme.

Outre le suivi des recommandations de la CNDS qui demande des poursuites disciplinaires et pénales à l’encontre des auteurs, RAIDH réitère sa demande de voir interdire la dotation de Taser à l’ensemble des unités de police, de gendarmerie, des gardiens de prison, à l’exception des seules unités d’élite dans un cadre strictement défini. RAIDH rappelle également son attachement au maintien et au développement de la Commission nationale de déontologie de la sécurité dont la disparition est programmée au profit d’un « défenseur des droits » dont les attributions généralistes laissent présager de sérieux doutes quant au contrôle indépendant de l’action de la police et des acteurs privés de la sécurité.

En conséquence, RAIDH s’apprête à saisir le Comité contre la torture afin que le gouvernement rende des comptes sur ces pratiques d’un autre âge à l’occasion de l’examen du rapport périodique de la France qui se tiendra du 26 avril au 14 mai 2010. Nul doute que si le gouvernement n’agit pas d’ici là, la France se verra condamnée à l’instar de la Suisse et du Portugal qui avaient équipé leurs policiers de l’arme controversée.

L’Europe a démissionné à Copenhague Hervé Kempf Reporterre 2009/12/24 Hervé Kempf (24 décembre 2009) L’Europe a démissionné à Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

L’Europe a démissionné à Copenhague

La conclusion de la conférence de Copenhague mérite mieux qu’un concert de lamentations. Qu’attendait-on ? Que dans une émouvante unanimité, 120 chefs d’Etat signent, l’oeil humide et en se tenant la main, un texte annonçant une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre de 30 % en 2020 ? Evidemment non. Il est déjà extraordinaire que la réunion ait pu accoucher d’un texte qui a, si on le lit bien, un contenu concret. Un départ honteux et sans aucun accord était tout à fait possible.

Et puisque la discussion sur le climat est devenue le coeur de la diplomatie internationale, il est naturel que s’y expriment nettement les lignes de force qui esquissent le nouvel ordre mondial du XXIe siècle - un siècle qui sera structuré par l’adaptation des sociétés à une crise écologique de plus en plus pressante.

A cet égard, le résultat de la conférence est positif sur deux points. D’une part, « l’accord de Copenhague » enregistre l’engagement des pays dits émergents à réduire leurs émissions. Il prépare un jeu de normes internationales permettant la comparaison des actions de tous. Et la mention de la limite à 2°C du réchauffement planétaire implique logiquement un niveau donné de concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, donc des objectifs précis de réduction. Autrement dit, l’accord préfigure un engagement précis et concret de tous les grands joueurs : Etats-Unis, Chine, Inde, Brésil, etc.

D’autre part, et ce point est trop souvent occulté, la présence d’une société civile tonique durant la conférence est un élément prometteur. Les organisations non gouvernementales (ONG) ont toujours joué un rôle important dans la négociation climatique. Mais jusqu’à présent, elles cherchaient à peser de l’intérieur et avaient une approche essentiellement environnementale du problème climatique. A Copenhague s’est opérée la fusion entre les écologistes et les altermondialistes, conduisant à poser la question climatique en termes beaucoup plus politiques, en relation avec la justice sociale. Cette évolution est importante : de même que le changement climatique pousse à la recomposition des rapports géopolitiques, il ébranlera l’ordre social. La crise écologique implique en effet une adaptation du système économique et social qui ne pourra pas maintenir l’état d’inégalités établi à l’orée des années 2000.

Mais le résultat de Copenhague reste très insuffisant au regard de la gravité de l’enjeu. Si Barack Obama, ligoté sur son front intérieur par le Congrès, par les lobbies, et par une droite extrêmement agressive, pouvait peu bouger, si Wen Jiabao, tenu en Chine par un équilibre social ne se préservant que par une croissance trop rapide, avait peu de marges de manoeuvre, ils auraient pu aller plus loin. Mais l’Europe, manquant de tonus et de vision, n’a pas osé les pousser. Alors qu’elle mène la politique climatique la plus cohérente, qu’elle tire depuis une vingtaine d’années une négociation climatique difficile, qu’elle trouve dans le sujet une exemplarité qui lui permet de dessiner une économie bien moins polluante que celle de la Chine et des Etats-Unis, elle leur a abandonné le terrain.

Faute de préparation, d’abord. Angela Merkel était occupée par ses élections, Silvio Berlusconi et Donald Tusk (en Pologne) indifférents ou hostiles, José Manuel Barroso focalisé sur le renouvellement de son mandat, tandis que la France et la Grande-Bretagne travaillaient chacune de leur côté. Côté français, Jean-Louis Borloo a sillonné la planète armé d’idées généreuses, mais en négligeant la concertation européenne. Si bien que la Suède et le Danemark ont préparé la conférence quasiment en cavaliers seuls.

Cette préparation insuffisante reflétait surtout un manque de compréhension de l’enjeu : comme si, fatiguée d’avoir porté longtemps la cause du climat, l’Europe s’en remettait à deux grands de l’avenir du monde. Durant la conférence, elle s’est ainsi de facto alignée sur la position des Etats-Unis. Et elle a cédé sur trois points essentiels. D’une part, elle a accepté que Washington ne contribue que pour 3,5 milliards de dollars au fonds d’aide immédiat (d’ici à 2012) quand l’Europe et le Japon contribueront chacun pour 10 milliards.

Ensuite, elle n’a pas insisté pour que soit mentionné dans « l’accord de Copenhague » le protocole de Kyoto. Cet abandon est absurde. D’une part, le protocole de Kyoto est un moyen pour l’Europe de conserver une bonne relation avec les pays du Sud, qui y sont très attachés ; d’autre part, l’Union européenne (UE) ayant décidé pour elle-même de réduire ses émissions de 20 % en 2020, il lui est facile de soutenir la pérennité du protocole après 2012.

Enfin, elle a systématiquement dénigré et sapé le processus des Nations unies. Celui-ci est certainement lourd et inconfortable, mais il n’est pas, en matière climatique, aussi inutile que veulent bien le dire certains, et il reste un terrain privilégié de dialogue avec les pays du sud.

Il est encore difficile de prévoir si l’UE saura prendre conscience de son faux pas pour redresser la barre, ou persistera, divisée et sans ambition, à jouer les supplétifs des deux premiers pollueurs de la planète.

Eoliennes ? D’abord réduire drastiquement la consommation d’électricité Raymond Bodard Reporterre 2009/12/25 Raymond Bodard (25 décembre 2009) Eoliennes ? D’abord réduire drastiquement la consommation d’électricité. Reporterre. Tribune — fr

Eoliennes ? D’abord réduire drastiquement la consommation d’électricité

La seule question à poser : peut-on compter sur les éoliennes pour assurer notre avenir énergétique ?

L’expert Bernard Laponche a, depuis longtemps, bien exposé le problème :

Les Energies Renouvelables : " C’est forcément la solution sur le long terme et le très long terme - objectif clair qui n’est atteignable et qui n’a de sens que s’il est couplé avec la maîtrise des consommations d’énergie. Ca veut dire que si je développe les énergies renouvelables au milieu d’un système productiviste qui explose, ça n’a aucun sens" (1).

Or l’hiver dernier, nous avons en 3 fois établi un nouveau record de consommation d’électricité. La France doit d’urgence programmer la construction de nouvelles centrales pour faire face à une demande croissante ou importer.

Rappelons qu’une grosse centrale thermoélectrique - que la chaudière soit un réacteur ou des brûleurs -, c’est 1000 MW disponibles plus de 90% du temps.

Les plus grosses des éoliennes en projet, c’est 2 MW .

Le vent est par nature aléatoire, instable et donc non programmable. De ce fait, les éoliennes imposent d’être couplées en permanence à des centrales conventionnelles prêtes à prendre le relais. Sur les sites les plus favorables le vent est efficace 25% du temps, c’est à dire un jour sur 4 et on ne sait pas lequel.

Il est évident que même si on défigure tous les paysages français avec des éoliennes, ce sera « un pipi de chat » dans un lac et ne permettra d’arrêter aucune centrale conventionnelle.

La logique voudrait que dans l’ordre des priorités nous mettions :

- les économies drastiques d’énergie sans lesquelles développer les ER n’a pas de sens : maisons bioclimatiques, solaire passif, solaire thermique (parce qu’on sait stocker la chaleur alors qu’on ne saura jamais stocker l’électricité), interdiction du chauffage électrique par résistance et de la climatisation etc.

- les ER de substitution, sûres, stables, programmables : biomasse sous toutes ses formes (bois, méthanisation, carburants d’origine végétale), hydraulique, géothermie.

Ce sont les seules qui soient de sérieuses alternatives au pétrole.

- ensuite et ensuite seulement les ER d’appoint, éolienne et photovoltaïque. Cette dernière est certes prévisible mais la nuit il n’y a pas de soleil - il faut le rappeler !

Les maires de petites communes souvent sans grands moyens financiers sont démarchés. On leur vend de l’éolienne comme on leur vendrait un appartement sur la Costa Brava ou un aspirateur, en leur faisant miroiter des revenus mirobolants. Nous sommes loin des préoccupations du développement durable.

Conclusion :

Oui il faut arrêter d’élever des éoliennes, non pas seulement à cause de leurs nuisances mais d’abord parce que ce n’est pas une priorité et que tous les budgets disponibles doivent servir à financer des économies.

Lorsqu’on aura réduit notre consommation d’électricité de 50%, nous pourrons en reparler - ce ne sera pas demain !

Il faudra bien qu’un jour les journalistes mais aussi les écolo prennent conscience que le SER (syndicat des énergies renouvelables) est un syndicat professionnel comme un autre dont l’unique objectif est d’assurer la promotion des fabrications de ses adhérents et non l’avenir de l’humanité.

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Note

(1) Citation de Bernard Laponche : http://www.cite-sciences.fr/francai...

Lire aussi : Entretien entre Bernard Laponche et Hervé Kempf : http://www.global-chance.org/spip.p...

Les papetiers non recyclés se préoccupent aussi d’environnement Daniel Leoni Reporterre 2009/12/25 Daniel Leoni (25 décembre 2009) Les papetiers non recyclés se préoccupent aussi d’environnement. Reporterre. fr

Les papetiers non recyclés se préoccupent aussi d’environnement

Les papetiers classiques sont aussi préoccupés d’environnement.

Je découvre sur votre site la phrase suivante qui cite mon entreprise : « Les marchands de papier actuels (Inapa, Papyrus, Lyreco...) n’ont pas ces préoccupations environnementales. »

J’accepte totalement que votre site pratique la libre expression sur vos pages, mais je ne peux laissé passer le jugement sans appel que votre correspondant porte sur la société LYRECO sans réagir.

Nous avons en effet mis en place un système de management environnemental en 2001 qui est certifié ISO 14001 depuis juillet 2002. La mise en place de ce SME nous a permis de mener de nombreuses actions afin de limiter au maximum les impacts de notre activité sur l’environnement. Cela passe par la diminution des tonnages de cartons d’emballage générés par notre activité, la diminution de la consommations de carburant de notre flotte de véhicules, par la diminution des consommations de fluides (Gaz, eau, électricité) sur nos différents établissements, et même par la récupération de déchets chez nos clients (158 tonnes pour ce premier semestre).

Revenons à la problématique qui à soulever l’ire de votre correspondant : Le papier. En premier lieu il convient d’avoir présent à l’esprit que Lyreco est un généraliste qui se doit d’avoir à son catalogue une offre produit qui réponde aux besoins de ses clients. Nous ne travaillons pas comme votre correspondant sur une niche environnementale mais bien sur le marché global et nous nous devons en conséquence de proposer une offre globale.

Cette offre comprendra du papier recyclé et du papier pâte vierge. Nous nous interdisons de nous approvisionner sur des marchés à risques et refusons de commercialiser des papiers qui ne nous donnent pas l’assurance de la provenance de leur pâte et des bois qui la compose.

Notre processus de sélection fournisseur et produit nous permet aujourd’hui de valider la provenance de nos papiers et transformés de papier, de privilégier les certifications forestières (FSC, PEFC) de mettre en avant les Eco Labels : Fleur Européenne, L’ange Bleu, NF environnement...et sur les papiers recyclés très bien représenté dans notre catalogue l’eco label APUR.

Il est vrai que le papier recyclé ne représente aujourd’hui que 5% de notre volume de vente global, mais il est intéressant de noter que la progression des ventes sur le recyclé est d’environ 25% sur un an.

Il est vrai également que le papier recyclé ne se recycle que 5 fois et qu’il nous faudra toujours produire du papier Pâte vierge pour alimenter le marché et faire du recyclé.

Nous travaillons en permanence avec nos clients à offrir une meilleure compréhension de cette problématique, leurs fournissant des outils d’analyse pour mesurer les impacts de leurs décisions d’achat, les encourageant a prendre des papiers de grammages moins élevés (60 ou 75 gr au lieu de 80 gr), les informant sur les gammes recyclées et ce qui est vrai pour le papier est vrai également pour les autres produits de notre catalogue.

Notre rôle est d’influencer le marché, d’encourager des nouveaux modes de consommation, de fournir des informations vérifiées à nos clients lorsque nous leur présentons une offre « produit vert », nous assumons ce rôle avec modestie, car nous savons que les problématiques sont complexes et doivent être appréhendée dans leur ensemble.

Nous ne pensons pas être parfait, mais nous avons la prétention d’analyser nos imperfections pour les transformer en axes d’améliorations, c’est le sens des démarches que nous menons dans le cadre de nos actions « Développement Durable » qui sont régulièrement audités par nos clients.

Conte de Noël - pas vraiment gai Yannick Morel Reporterre 2009/12/26 Yannick Morel (26 décembre 2009) Conte de Noël - pas vraiment gai. Reporterre. Tribune — fr

Conte de Noël - pas vraiment gai

De notre envoyé spécial cyborg 16804 à bord du croiseur SPECTRA.

24 décembre 2058 17h00

(Pour des raisons de compréhension intergalactique et par respect pour nos lecteurs, nous utiliserons l’ancien temps terrestre )

Nous n’avons pu approcher à moins de 500 km de la terre, le commandant s’étant refusé à mettre le bâtiment en danger en deçà de cette limite. Les deux sondes explorator 1 et 2 ont enregistré auparavant des paramètres critiques lors de la descente. Les analyses révèlent des taux élevés de C02, strontium, plutonium, cobalt, mercure, benzène et autres composants critiques. Explorator 2 a pu fournir des données supplémentaires depuis le toit de l’ancien Empire state building, ainsi que le nommait l’ homo sapiens de cette zone. Il s’agissait là de l’un des seuls sites possibles sécurisés pour la sonde et ses instruments embarqués.

Les relevés effectués confirment donc bien la disparition de la vie et cela depuis 2048 comme fortement supposé par les explorations précédentes envoyées d’ urgence par suite des différentes explosions d’origine nucléaire observées à cette époque et ayant entraîné des cataclysmes épouvantables ainsi que des pollutions et contaminations à grande échelle, rendant donc impossible même toute survie végétale ou animale et sûrement humaine.

La confédération se réunira donc début janvier pour déterminer quelle décision prendre concernant cette planète morte :

La laisser errer à jamais dans l’espace de sa galaxie ou bien la détruire pour ne pas gêner la circulation de nos vaisseaux de croisières touristiques et autres cargos confédérés.

Le président cyborg 15134 ayant la certitude que nul terrien n’a pu trouver refuge sur l’un des satellites de sauvetage proches de cette planète.

24 décembre 2058 minuit

Explorator 2 est entrée il y a quelques minutes à l’intérieur du building dans le but d’y prélever quelques débris épars : un sapin, une guirlande, un billet d’aéronef New York-Copenhagen ainsi qu’un livre très détérioré Comment les riches détruisent la planète.

Le commandant remettra ces reliques à l’Académie de l’Archéologie spatiale.

Cyborg 16804

Envoyé spécial du galactic news à bord du Spectra

Justice climatique : la déclaration du Klimaforum à Copenhague Klimaforum Reporterre 2009/12/26 Klimaforum (26 décembre 2009) Justice climatique : la déclaration du Klimaforum à Copenhague. Reporterre. fr

Justice climatique : la déclaration du Klimaforum à Copenhague

A Copenhague, les coalitions Climate Justice Now et Climate Justice Action ont élaboré la plate-forme des peuples pour la justice climatique. Voici ce document.

Déclaration du Klimaforum 2009 : Changeons le Système ! Pas le Climat !

Résumé

Il existe des solutions à la crise climatique. Ce dont les populations et la planète ont besoin, c’est d’une transition juste et durable de nos sociétés vers un modèle qui garantisse le droit à la vie et à la dignité de tous les peuples et transmette une planète plus fertile et des vies plus enrichissantes aux générations futures.

Nous, les participants, communautés et organisations du Klimaforum09 à Copenhague, appelons toute personne, organisation, gouvernement et institution, y compris les Nations Unies (ONU), à contribuer à cette nécessaire transition. Ce sera un vrai défi. La crise actuelle revêt des aspects économiques, sociaux, environnementaux, géopolitiques et idéologiques, qui interagissent et se renforcent mutuellement, de même qu’ils renforcent la crise climatique. Pour ces raisons, nous appelons d’urgence à des actions pour le climat :

- Un abandon complet des carburants fossiles dans les trente prochaines années, avec des objectifs chiffrés contraignants dans un délai de cinq ans. Nous demandons une réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays industrialisés d’au moins 40% par rapport aux niveaux de 1990, d’ici 2020. - La reconnaissance, le paiement et la compensation de la dette climatique, due à la surconsommation de l’espace atmosphérique, et des effets néfastes sur tous les groupes et populations concernés. - Le rejet des fausses solutions techniques et des solutions basées sur le marché, qui représentent un danger, telles que l’énergie nucléaire, les agros-carburants, la capture et le stockage du carbone, les mécanismes de développement propre, le "charbon vert", les graines « génétiquement adaptées » au climat, la géo-ingénierie et le mécanisme REDD (Réduction des émissions résultant du déboisement et de la dégradation forestière), qui aggravent les conflits sociaux et environnementaux.

De vraies solutions à la crise climatique basées sur une utilisation sécurisée, propre, renouvelable et durable des ressources naturelles, ainsi qu’une transition vers une souveraineté alimentaire et énergétique, foncière et sur les ressources hydriques.

Par conséquent, nous demandons à la COP15 de conclure un accord qui engagera le rétablissement de l’équilibre environnemental, social et économique de la planète par des moyens environnementalement et socialement durables et équitables, et finalement d’aboutir à un traité légalement contraignant.

Les impacts négatifs du changement climatique provoqué par l’activité humaine entraînent de graves violations des droits de l’Homme. Les nations sont tenues de coopérer à l’échelle internationale afin d’assurer le respect des droits de l’Homme partout dans le monde dans le cadre de la Charte des Nations Unies. Un accord spécifique concernant le changement climatique doit être intégré dans un contexte plus large, celui de l’accomplissement d’une transition durable de nos sociétés.

Nous, les peuples et organisations participants au Klimafourm09, nous nous engageons à continuer de promouvoir pleinement et activement une telle transition, qui implique un changement fondamental dans les structures sociales, politiques et économiques et une résorption des inégalités et injustices liées au genre, aux classes sociales, à la race, aux générations ou aux origines.

Ceci implique le rétablissement de la souveraineté de nos communautés locales en tant qu’unités sociales, politiques et économiques fondamentales. La propriété et le contrôle local et démocratique, l’accès aux ressources naturelles sont la base d’un développement significatif et durable des communautés et permettre la réduction simultanée des émissions des gaz à effet de serre. Il y a aussi un besoin de renforcer des accords coopératifs régionaux et internationaux afin de gérer les ressources communes et partagées.

Enfin une ONU plus forte et plus démocratique est plus que jamais nécessaire.

Nous appelons tous les citoyens, ainsi que tous les mouvements sociaux, culturels, politiques ou économiques à nous rejoindre dans la construction d’un mouvement des mouvements, qui peut faire progresser les visions et les revendications des populations à tous les niveaux de la société.

Ensemble,nous pouvons transformer les transitions globales en futurs durables.

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Déclaration du Klimaforum09 – version finale

Changeons le Système ! Pas le Climat !

Déclaration des peuples au Klimaforum09

1. Préambule

Il existe des solutions à la crise climatique. Ce dont les peuples et la planète ont besoin, c’est d’une transition juste et durable de nos sociétés vers un modèle qui assurera les droits à la vie et à la dignité de tous et transmettra une planète plus fertile et des vies plus épanouissantes aux générations actuelles et futures. Cette transition doit être basée sur des principes démocratiques et de solidarité, spécialement pour les plus vulnérables, sur la non-discrimination, l’égalité des sexes, l’équité, la durabilité, en prenant compte que nous sommes une part de la nature que nous aimons et respectons. Cependant, pour faire face à la crise climatique, la prise de conscience et le passage à l’action, dans un cadre basé sur les droits, sont nécessaires. Les nations sont tenues à la coopération internationale pour assurer le respect des droits humains partout dans le monde conformément à la Charte des Nations unies.

Nous, les peuples participants, les communautés et toutes les organisations du Klimaforum 09 à Copenhague, appelons chaque personne, organisation, gouvernement et institution, y compris les Nations Unies (ONU), à contribuer à cette transition nécessaire. C’est une tâche difficile. La crise actuelle comporte des aspects économiques, sociaux, environnementaux, géopolitiques et idéologiques qui interagissent et se renforcent entre eux, renforçant également la crise climatique. Ce moment précis de conjonction des crises climatique, énergétique, financière, alimentaire et de l’eau, entre autres, nous exhorte à nous unir et à transformer le système social et économique dominant ainsi que la gouvernance mondiale, qui font barrage aux solutions nécessaires pour faire face à la crise climatique. Pour cette raison, nous appelons à l’action un mouvement global partant de la base.

Les dettes environnementales et climatiques doivent être payées. Aucune solution fallacieuse, dangereuse ou court-termiste ne devrait être promue ou adoptée, telle que l’énergie nucléaire, les agros-carburants, les compensations, la capture et le stockage de carbone (CSC), le charbon vert, la géo-ingénierie, le commerce du carbone. A la place, nous devons mettre en oeuvre une transition réellement durable, basée sur des ressources propres, sûres et renouvelables et la sobriété énergétique. Nous sommes favorables aux alliances entre les mouvements et secteurs sociaux, représentant toutes les générations, les sexes, les origines, les croyances, les communautés et les nationalités. Nous voulons prendre en main le futur en construisant un mouvement populaire fort, rassemblant : les jeunes, les femmes, les travailleurs, les paysans, les pêcheurs, les indigènes, les personnes de couleur, les groupes sociaux urbains et ruraux. Ce mouvement est capable d’agir à tous les niveaux de la société, de lutter contre les dégradations et le changement climatiques. Nous appelons à un nouvel ordre économique et soutenons une ONU forte et démocratique, en opposition aux G8 ou G20, ou tout autre groupe fermé propres aux pays les plus puissants.

2. Le défi, tel que nous le voyons :

La concentration de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère est d’ores et déjà si élevée que le système climatique n’est plus équilibré. La concentration en CO2 et les températures globales ont augmenté plus rapidement que jamais durant les 50 dernières années et cette accélération va s’amplifier encore plus rapidement durant les prochaines décennies. A ceci s’ajoute d’autres déséquilibres écologiques sérieux dont les impacts menacent les vies et les modes de vie des peuples du monde entier, en particulier les populations pauvres et les groupes les plus vulnérables. Le déséquilibre du système climatique conduit à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des pics de chaleur et des régimes de précipitations, des cyclones tropicaux, des ouragans et des typhons, des ras de marée et des sécheresses, à la diminution de la biodiversité, à des glissements de terrain, la hausse du niveau des mers, la pénurie d’eau potable, la diminution des périodes où la culture est possible, la perte ou la détérioration des terres, la réduction de la production agricole, la perte de bétail, l’extinction d’écosystèmes, de la diminution des réserves piscicoles.

Ces phénomènes débouchent sur des crises alimentaires, des famines, des maladies, des morts, des déplacements de populations et sur l’extinction des modes de vie durables. L’introduction des organismes génétiquement modifiés (OGM), les exploitations de monocultures et l’industrialisation de l’agriculture fortement promue par les grandes entreprises menacent sérieusement la stabilité et la diversité des écosystèmes et interagissent avec ces phénomènes. Il en résulte une marginalisation et un appauvrissement de la petite paysannerie ainsi qu’un affaiblissement de la souveraineté alimentaire. L’agriculture contrôlée par les grandes entreprises est orientée pour satisfaire la demande mondiale de surconsommation, particulièrement au Nord, plutôt que pour répondre aux besoins fondamentaux. Le même constat peut être fait concernant la pêche industrielle moderne, l’exploitation forestière intensive et l’exploitation minière qui détruit les écosystèmes, diminue la biodiversité et détruit la vie et les modes de vie des communautés locales.

Les effets du changement climatique, les inégalités sociales grandissantes et les effets néfastes sur notre environnement commun, dévastent déjà les vies de millions de personnes ainsi que leurs communautés locales. Néanmoins, nous -le peuple- ne sommes pas prêts à l’accepter. C’est la raison pour laquelle les mouvements populaires se renforcent rapidement, déterminés à défendre leurs moyens de subsistance, et à se dresser contre les forces et les causes, qui nous ont guidées sur cette route suicidaire de la destruction de notre environnement.

En Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique du Sud, en Amérique Centrale ainsi qu’à la périphérie de l’Amérique du Nord et de l’Europe, des mouvements populaires se développent pour s’opposer à l’exploitation de leur terre par des intérêts étrangers afin de retrouver le contrôle de leurs propres ressources. Un nouveau type d’activisme a redonné un souffle aux mouvements environnementaux, amenant une large variété de protestations et d’actions contre notamment l’exploitation minière, les grands barrages, la déforestation, les centrales à charbon, les voyages aériens et la construction de nouvelles routes. Il y a une prise de conscience grandissante du besoin de changer fondamentalement le paradigme économique actuel. Parmi ces divers mouvements, des modes de vie alternatifs prolifèrent. Dans le même temps, il devient évident que les détenteurs actuels du pouvoir ne sont pas prêts à affronter ni à faire face aux menaces du changement climatique et à la dégradation de l’environnement. La soi-disant stratégie pour une « croissance verte » ou pour une « croissance durable » s’est avérée être une excuse pour poursuivre le même modèle de développement économique, qui est l’une des causes profonde de la destruction environnementale et de la crise climatique.

3. Les causes, telles que nous les voyons :

La cause première et immédiate du changement climatique provoqué par l’activité humaine est l’émission sans précédent de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère ayant pour origine l’accroissement de la combustion de carburants fossiles dans l’industrie, le commerce, le transport, ou à des fins militaires, pour ne nommer que quelques secteurs significatifs. Les autres éléments importants du changement climatique sont la déforestation, les industries extractives, la dégradation forestière – excluant la pratique durable des peuples indigènes des cultures nomades –, la perturbation du cycle de l’eau, l’expansion de l’accaparement des terres pour l’agriculture industrielle, l’augmentation de la production industrielle de viande et les autres types d’utilisations non-durables des ressources naturelles.

Inégalités de contrôle et de propriété sur les ressources Ces causes immédiates sont le résultat d’un système économique non durable construit sur un accès et un contrôle inégal des ressources limitées de la planète et sur les avantages qui découlent de leur utilisation. Ce système est fondé sur l’appropriation des biens communs locaux, nationaux et planétaires par les élites locales et mondiales. Ce qui a été annoncé comme de grandes avancées dans la technologie, la production et le progrès humain a en fait précipité des désastres écologiques et de développement mondiaux. Pourtant, une élite mondiale privilégiée se livre à une production irresponsable guidée par le profit et une consommation grossièrement excessive pendant qu’une très large proportion de l’humanité est enlisée dans la pauvreté consommant à peine assez pour sa survie et sa subsistance, et moins encore. C’est le cas dans les pays du Sud, mais également dans les pays du Nord. Les plus grandes sociétés transnationales (STN) mondiales basées principalement dans les pays du Nord et dans les paradis fiscaux, avec des opérations en expansion au Sud, ont longtemps été à l’avant-garde de ces excès. La compétition entre les sociétés mondiales et les nations riches pour les ressources et de plus grandes parts de marché, autant que les traités et des accords de libre échange, ont abouti à une élimination néocoloniale des peuples du Sud, leur refusant le contrôle et la propriété sur leurs ressources. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et les institutions financières internationales, comme l’Union Européenne (UE) et les États-Unis (USA), en utilisant des accords commerciaux bilatéraux, augmentent la privatisation et la marchandisation des ressources publiques, intensifiant le pillage des ressources naturelles des pays sous-développés et imposant les conditions de leur dépendance.

Les modes de pensées dominants et les alternatives

Le modèle de développement promu par ces institutions n’est pas seulement une question « d’économie ». Le paradigme économique prévalant est fortement lié à un système de pensée, lui-même basé sur une l’idée que l’être humain est un « homme économique » (homo economicus). Cette idéologie est renforcée par les médias de masse et les firmes de marketing qui favorisent l’égoïsme, la concurrence, la consommation de matières et de l’accumulation infinie de richesses privées, au mépris des conséquences sociales et écologiques de tels comportements. Ce système de pensée est intimement entrelacé avec les schémas patriarcaux et paternalistes.

Si nous voulons vraiment faire face à cette crise, nous devons reconnaître que l’espèce humaine fait partie de la nature et de la société et qu’elle ne peut non plus exister sans elles.

Par conséquent, si l’humanité veut survivre, nous devons respecter l’intégrité de la Terre-Mère, s’efforcer d’être en harmonie avec la nature et promouvoir la paix au sein et entre les cultures. Nous sommes à la fois citoyens de différentes nations et d’un seul monde. Tout le monde partage la responsabilité du présent, le bien-être futur de l’humanité et plus largement du monde du vivant. L’esprit de solidarité et de fraternité avec toute forme de vie est renforcée lorsque nous vivons selon le principe « d’un parmi les autres ».

4. Une transition juste et durable

Il est clair que pour résoudre la crise climatique nous avons besoin de transformations profondes, qui sont actuellement écartées de l’agenda des décideurs politiques au sein des gouvernements comme des institutions multilatérales. Nous demandons un changement de système et non pas le « business-as-usual » ni l’utilisation aveugle de « solutions » technologiques ou basées sur le marché que de puissants lobbies ont mis à l’agenda climatique et auxquelles celui-ci a été confiné.

Les mouvements populaires ne manquent pas de visions alternatives pour la société ni d’étapes concrètes à suivre en vue d’aller vers un avenir durable tout en répondant aux crises climatique, alimentaire, de l’eau, et aux crises économiques. Une telle transition durable commence par de nombreuses initiatives. Certaines de ces étapes vers une transition durable sont : La souveraineté alimentaire et l’agriculture écologique : Défendre les droits des peuples, des communautés et des pays à choisir leurs propres politiques foncières et systèmes de production dans les domaines de l’agriculture, la pêche, l’alimentation, la foresterie qui sont écologiquement, socialement, économiquement et culturellement adaptées aux contextes. L’accès et le contrôle des ressources productives comme la terre, les semences et l’eau doivent être respectés et garantis, notamment pour les femmes. La production agricole doit s’appuyer principalement sur les connaissances locales, sur une technologie appropriée et des techniques écologiquement durables qui permettent l’absorption du CO2 via le systèmes des plantes diverses et indigènes, retenant l’eau et retournant plus d’éléments nutritifs dans le sol que ce qui en est pris. La production alimentaire et agricole doit être principalement axée sur la satisfaction des besoins locaux, encourager l’autosuffisance, promouvoir l’emploi local, et minimiser l’utilisation des ressources, la production de déchets et les émissions de GES dans le processus productif.

• La propriété et le contrôle démocratiques de l’économie : La réorganisation des unités productives de la société autour de formes plus démocratiques de propriété et de gestion, afin de répondre aux besoins fondamentaux des populations comme la création d’emploi, l’accès à l’eau, le logement, la terre, le système de santé et l’éducation, la souveraineté alimentaire et la durabilité écologique. Les politiques publiques doivent s’assurer que le système financier serve les intérêts publics et canalise les ressources pour la transformation durable de l’industrie, de l’agriculture et des services.

• La souveraineté énergétique : une réduction substantielle de la consommation énergétique, en particulier dans les pays injustement enrichis, combinée avec une palette variée de sources d’énergies publiques et renouvelables telles que le solaire, l’éolien, la géothermie, l’hydroélectrique à petite échelle, des vagues ainsi que le développement de la distribution d’électricité hors-réseau pour sécuriser l’approvisionnement énergétique des communautés, et la propriété publique du réseau.

• Planification écologique des zones urbaines et rurales : L’objectif est une réduction radicale de la consommation d’énergie, de la production de déchets et de la pollution tout en favorisant l’approvisionnement local en fonction des besoins des citoyens. Une planification urbaine et rurale construite sur la justice sociale et un service égal à tous en réduisant la nécessité de transport. Promouvoir des systèmes de transport public comme les trains légers et rapides ou les vélos, réduisant ainsi la nécessité d’avoir recours à des véhicules motorisés désengorgeant ainsi les routes, améliorant la santé et réduisant la consommation d’énergie.

• Éducation, science et les institutions culturelles : Réorientation de la recherche publique et de l’éducation pour répondre aux besoins des personnes et de l’environnement, plutôt que tendance actuelle au développement de technologies privées et commercialement rentables. Le domaine de la recherche et du développement devraient être avant tout une entreprise ouverte et collaborative pour l’intérêt commun de l’humanité, ce qui implique la suppression des brevets sur les technologies et les idées. Un échange juste et équitable des technologies, des savoirs traditionnels, des pratiques autochtones innovantes et des idées devrait être encouragé.

• Mettre fin au militarisme et aux guerres : Notre modèle de développement actuel basé sur les combustibles fossiles conduit à la violence et aux guerres pour le contrôle de l’énergie, des terres, de l’eau et des autres ressources naturelles. Les invasions, dirigées par les Etats-Unis, de l’Irak et de l’Afghanistan mais aussi la militarisation croissante à travers le monde dans les régions riches en combustibles fossiles et en ressources naturelles en sont la démonstration flagrante. Les paysans et les communautés indigènes sont chassés de leurs terres pour faire place aux plantations d’agrocarburants. Des milliards sont consacrés au complexe militaro-industriel, engendrant ainsi un gaspillage considérable de ressources matérielles et humaines, qui devraient être plutôt consacrées à la mise en oeuvre d’une transition durable.

L’apprentissage passera par l’action. Les mesures que nous prendront nous aideront à convaincre une large majorité qu’une transition soutenable est la promesse d’une vie meilleure et plus épanouissante. Les questions sociales, politiques, économiques et environnementales sont étroitement liées. L’idée de transition durable implique d’aborder chacune d’entre elles. L’un des aspects de ce concept est la nécessité de revenir aux ommunautés locales à la place du marché mondial comme base sociale, politique et économique fondamentale La cohésion sociale, la participation démocratique, la responsabilité économique et environnementale ne peuvent être atteintes que par le rétablissement des prises de décision à l’échelle appropriée la plus basse. C’est une des leçons fondamentales que nous avons appris des cultures et communautés locales à travers le monde. Une approche locale n’est pas contradictoire avec la nécessité d’une vaste coopération internationale. Au contraire, cela nécessitera des alliances renforcées à l’intérieur et par delà les frontières entre les producteurs directs dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et de l’industrie. Ces alliances doivent également être construites sur le respect de l’égalité des sexes et sur la reconnaissance et le dépassement des relations inégales de pouvoirs à tous les niveaux. Cela inclut également le besoin d’une coopération régionale et internationale renforcée afin d’assurer la gestion des ressources communes et partagées telle que les réserves d’eau interfrontalières De plus, la coopération internationale favorisera les échanges d’idées, de technologies et d’expertise à travers les frontières et permettra également un dialogue ouvert et respectueux entre les cultures.

5. Les chemins vers la transition

De nombreuses personnes sont impliquées dans la création concrète d’alternatives durables dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, de la pêche, de la sylviculture ainsi que dans le secteur des énergies renouvelables. Ces initiatives au sein du système ont déjà permis la création d’alliances avec d’autres secteurs de la société, les syndicats, les consommateurs, les habitants, les enseignants-chercheurs qui luttent tous pour des moyens d’existence durable.

Les Nations Unies et la Conférence des Parties (COP)

Nous devons aborder les négociations des Nations Unies sur le changement climatique et la 15e conférence des parties (COP15) à la convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CNUCC). Les leçons des précédentes négociations ne sont pas très prometteuses. En dépit des grands projets d’actions concertés démarrés lors de la Convention Cadre sur le changement climatique à Rio de Janeiro en 1992 et plus tard avec la création du protocole de Kyoto, les résultats sont minces et les problèmes n’ont toujours pas été résolus. En effet, la situation a empirée étant donné que les principes, les objectifs et les échéances de la Convention et du Protocole n’ont que peu progressé. Les intérêts des grandes entreprises qui sont largement responsables de la crise climatique, semblent avoir une immense influence sur les politiques climatiques et ce au niveau national comme international.

Nous nous opposons fermement à l’influence anti-démocratique du lobby des entreprises dans les négociations actuelles. Nous appelons, au contraire, les États à un mettre un place un système d’évaluation pour toutes les politiques et instruments mis en place sous la CNUCC afin d’assurer un processus inclusif et délibératif entre toutes les parties prenantes dans les négociations de la COP qui soit en mesure de réduire les inégalités existantes qu’elles soient basées sur le genre, la couleur, l’âge, le handicap ou sur d’autres formes de discrimination.

Nous exigeons que la COP15 aboutisse à un accord qui mette en oeuvre un équilibre environnemental, social et économique de la Terre avec des moyens qui soient environnementalement, socialement et économiquement durable et équitable pour obtenir un accord légalement contraignant.

Nos Revendications

Nous élevons nos voix pour que les dirigeants de la CNUCC proposent les revendications et les alternatives des peuples.

1. Suppression progressive des combustibles fossiles : Nous appelons à une stratégie claire visant la disparition des énergies fossiles dans les 30 prochaines années. Celle-ci doit préciser des objectifs précis pour les 5 années à venir. Nous demandons une réduction immédiate des gaz à effet de serre (GES) des pays industrialisés d’au moins 40% d’ici 2020 par rapport au niveau d’émission de 1990.

2. Réparations et compensations de la dette et des crimes climatiques : Nous demandons une réparation financière pour les pays du Sud appauvris par les Etats du Nord, les transnationales, et les paradis fiscaux. Ainsi nous répondons partiellement aux injustices historiques provenant de l’inégale industrialisation et du changement climatique, qui trouvent leurs origines dans le génocide des nations indigènes, la traite esclavagiste transatlantique, l’ère coloniale et les invasions. Cela doit s’accompagner d’une stratégie claire pour indemniser les populations appauvries en raison de la dette climatique et écologique due par les pays riches. Un fond mondial et démocratique doit être mis en place afin d’apporter un soutien direct aux victimes du changement climatique. Les pays développés doivent fournir obligatoirement de nouvelles sources de financement suffisantes et fiables ainsi que des technologies libres de droits afin d’assurer une meilleure adaptation face aux effets négatifs du changement climatique et pour réduire les émissions de gaz à effets de serre. Cela permettrait aux pays en développement de jouer un rôle dans le processus d’atténuation du changement climatique tout en respectant les besoins et les aspirations de leurs peuples. Les institutions financières internationales, les agences d’aide et les mécanismes commerciaux ne doivent être parties prenantes de ces réparations.

3. L’interdiction immédiate de la déforestation des forêts primaires et la création parallèle d’un programme ambitieux de plantation d’arbres à partir d’espèces locales et diversifiés en partenariat avec les peuples indigènes et les communautés dépendantes des forêts. De même nous demandons l’interdiction de la pèche industrielle à grande échelle et un retour essentiellement aux pratiques de pêche locale et durable. Enfin, nous demandons l’interdiction de l’accaparement des terres par des intérêts étrangers et la reconnaissance pleine et entière de la souveraineté des peuples sur les ressources naturelles.

4. Nous nous opposons radicalement aux fausses et dangereuses solutions basées sur l’économie de marché et techno-centrées mises en avant par de nombreuses entreprises, les gouvernements et les institutions financières internationales. Celles-ci comprennent l’énergie nucléaire, les agrocarburants, la capture et le stockage du carbone, les mécanismes de développement propres, le biochar, les cultures OGM, la géoingéniérie et le mécanisme de réduction des émissions par la déforestation et la dégradation des forêts puisque la définition de la CNUCC ne produit que de nouvelles menaces sans résoudre la crise climatique. Le commerce du carbone et les mécanismes de compensations sont également des instruments faux et injustes puisqu’ils traitent le bien commun planétaire– l’atmosphère – comme un produit qui peut être possédé et échangé. Jusqu’à présent, le système n’a pas fait les preuves de ses mérites en autorisant les pays riches à compenser leurs obligations de réduction de gaz à effets de serre, il a maintenu ce système injuste et non-durable.

5. Une taxe équitable sur les émissions de carbone : A la place d’un système de quotas d’émissions échangeables, nous demandons une taxe équitable sur les émissions de carbone. Les recettes de cette taxe doivent être redistribuées équitablement. Une partie de cette taxe doit servir à dédommager et à contribuer à financer l’adaptation et l’atténuation du changement climatique.

Cependant, ce n’est pas un substitut au remboursement de la dette climatique déjà accumulée.

Cette compensation et le financement doivent être non conditionnels et dégagés des mécanismes de marché et des institutions financières. La réduction des émissions doit être fortement encouragé par une taxe carbone transparente, augmentant par tranches en complément de mesures directes visant l’élimination directe des combustibles fossiles tout en permettant l’émergence de sources d’énergies sures, propres et renouvelables.

6. Les institutions multilatérales et les transnationales : Les institutions financières injustes, non-durables et irresponsables telles que l’OMC, la Banques Mondiale et le FMI, les banques régionales de développement, les agence d’aide, les accords commerciaux doivent être remplacés par des institutions démocratiques et équitables conformément à la charte des Nations Unies, respectant la souveraineté des populations sur les ressources, et promouvant la solidarité entre les peuples et les nations. Un mécanisme de surveillance stricte et de contrôle des actions des transnationales devrait être crée également.

Enfin, nous nous engageons à une participation pleine et entière dans la réalisation des transitions durables de nos sociétés suivant le modèle mis en avant dans cette déclaration.

6. Un mouvement mondial pour une transition durable Indépendamment de l’issue du Sommet de Copenhague, il y a un besoin urgent de construire un mouvement des mouvements mondial consacré à la promotion d’une transition durable dans nos sociétés. Contrairement aux structures actuelles du pouvoir, ce mouvement doit être construit de la base vers le sommet Nous avons besoin d’une alliance large de mouvements environnementaux et sociaux, de syndicats, de paysans et de toutes les autres personnes partageant nos convictions afin de travailler ensemble dans notre lutte quotidienne aussi bien au niveau national qu’international. Une telle alliance implique dans le même temps un nouvel état d’esprit et de nouvelles stratégies. Ce mouvement mondial doit être capable non seulement de réagir aux pratiques non-durables mais également de montrer par l’exemple comment une nouvelle économie durable peut fonctionner.

Nous, participant-e-s, communautés et organisations sociales au Klimaforum09, sommes tous engagés, à nous appuyer sur les résultats obtenus par cet événement, pour poursuivre la construction d’un mouvement mondial des mouvements. Cette déclaration vise à être une source d’inspiration pour les développements ultérieurs d’un tel mouvement en indiquant la direction générale dans laquelle nous nous inscrivons. Nous pouvons, ensemble, réaliser des transitions durables pour un futur durable.

Copenhague forever Anonyme Reporterre 2009/12/26 Anonyme (26 décembre 2009) Copenhague forever. Reporterre. fr

Copenhague forever

Un succès de Copenhague : off, alter, autonome, radical... Ca a bougé. Plein de liens pour s’en rappeler.

Récit des actions à Copenhague

Revue de presse : pleins de supers liens vers des films, photos, journaux, à la fin du message !

On était quelques françaisES à Copenhague pour une semaine d’actions avec le réseau Climate Justice Action : http://www.climate-justice-action.org/

En gros, le consensus politique de ce collectif international est que la seule réponse possible au changement climatique est un changement radical du système en place ( en anglais : « System change ! Not climate change. ). Il s’agit d’une position anti-capitaliste, en opposition à l’« apolitisme » de certaines organisations militant pour la protection du climat. L’autre pilier du collectif est l’action confrontative de désobéissance civile.

La logistique sur place était facilitée par le « Climate collective » danois qui avait ouvert des lieux d’hébergement, organisé les cantines, les centres de convergences, les info-points, le soutien juridique... Très ouverte, et auto-gérée cette logistique a été assez impressionnante, on reconnaît là l’efficacité nordique et anglo-saxone !

La Cop15 (Conference Of Parties, le sommet officiel sous l’égide de l’ONU) avait lieu dans le sud de la ville, dans le « Bella Center ». A noter, pour comprendre certains jeux de mot, que « COP » signifie « FLIC » en anglais. En exagérant à peine, la COP15 ressemble à une grosse foire-expo avec des stands, des affiches de publicité. Le marketing dans tous ses états ! En ville, c’est le capitalisme vert débridé qui règne. Des entreprises réunies dans l’opération « Hopenagen » étaient très très présentes sur les panneaux de pub : http://farm5.static.flickr.com/4006...

Des cibles de choix pour les anti-pub : http://farm3.static.flickr.com/2548... Traduction : « Cette entreprise est aussi verte que cet auto-collant. N’achetez pas le mensonge »

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Quels ont été les actions et leur sens ?

Il y a eu la grosse manif du samedi 12 décembre avec plus de 100 000 personnes.

Les autres jours il s’agissait d’actions liées à certaines thématiques : les entreprises prenant part à la COP, l’industrie du transport maritime et la logique de capitalisme mondialisé, la production industrielle de viande, l’agriculture, la repression des migrations (manif No Border).

La mobilisation activiste était prévue pour s’accentuer jusqu’à la grosse action du mercredi 16 : « Reclaim Power » (Reprennons le Pouvoir)

Action directe de désobéissance contre la COP, refusant un accord dangereux, dominé par les multinationales et les états du Nord racistes et obsédés par la croissance économique à tout prix, même celui de rayer l’Afrique de la carte (réchauffement de 3°C en moyenne en négociation dans la COP ; nous ne sommes pas touTEs égaLESux devant le changement climatique ).

L’idée était de pénétrer dans le le territoire de l’ONU, devant le Bella Center (ce qui a été fait) pour déligitimer les pseudos-négociations à l’intérieur et tenir une « Assemblée des Peuples » dénonçant le processus de l’ONU et ses fausses solutions et reprenant le pouvoir pour mettre en place les solutions justes et réelles à la crise climatique (dissolution du FMI, le l’OMC, avènement de formes de prises de décisions horizontales) . La symbolique était très importante, mais l’assemblée était aussi très concrète avec un processus de discussions plus efficace, plus respectueuse que les négociations officielles. Cela a aussi permi aux gens du monde entier de se rencontrer

Cette assemblée des peuples a eu lieu devant le Bella Center, mais il manquait le groupe qui devait sortir du centre (Climate Justice Now !, des militants d’ONG, des délégués des peuples du Sud,...). Plus de 300 personnes voulaient rejoindre l’Assemblée et ont été bloquées et malmenées par la police danoise. Ceci constitua l’acte le plus désepéré de la part du système en place pour tenter de contenir la révolte contre ce processus injuste et raciste qui grondait partout.

Au préalable, l’action était constitué de plusieurs « blocs » : le bloc bleu pour la manif « légale », le bloc vert pour la diversion venant de l’autre coté du Bella center, les blocs affinitaires autonomes pour les actions coup de poing (diversions, barricades, banderoles, franchissement, clowns), les « insiders » (les gens à l’interieur du centre censés converger vers le bloc bleu. Enfin, il y avait le Bike Bloc à vélo, qui devait faire des diversions, des barricades, semer le trouble dans le dispositif policier. Ce nouveau genre de composante d’une action de masse comme celle-ci a été très enthousiasmant, car très mobile, très réactive, assez confrontative (barricades de vélos, vélos jetés sous les roues des camions de police pour les empêcher d’avancer...), très complémentaire des autres blocs.

La violence policière a été au rendez-vous, mais la détermination, et la radicalité « positive » des activistes a empêché une certaine escalade de la violence. CertainEs se sont quand même pris des sprays au poivre (genre de lacrymo en gel, très puissantes), des coups de matraques.

Voir plus bas, aussi, certains articles sur la répression.

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Photos, vidéos, articles (parfois c’est brutal, mais il n’y a pas eu que des violences policières, le très bon moment ne sont parfois pas pris en photos ou filmé !)

La manif du 12 et l’arrestation massive :

Action Hit the production : http://www.liberation.fr/terre/0101...

http://indymedia.dk/articles/1718

http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

No Borders manif : http://icop15.org/content/slide-sho...

http://www.copenhague-a-vifs.org/po...

Actions clowns aux embassades :

http://indymedia.dk/articles/1782

http://icop15.org/content/clown-arm...

Reclaim Power du 16 décembre La castagne : http://www.nationalpost.com/multime...

http://indymedia.dk/videos/1882

http://www.youtube.com/watch?v=Gz_Y...

Le bloc bleu (manif légale) : http://indymedia.dk/videos/1924 et http://politiken.tv/nyheder/udland/...

Le bloc vert (manif sauvage) : http://indymedia.dk/videos/1868

Divers (on voit l’utilisation du bike bloc comme barricade, et l’utilisation du radeau gonflable pour franchir le canal) : http://www.bt.dk/nyheder/onsdagens-...

Le bike bloc

Le teasing : http://www.youtube.com/watch?v=xZtU...

Un reportage en Francais : New Kids on the Bike Bloc http://www.copenhague-a-vifs.org/po...

http://www.liberation.fr/terre/0101...

http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

http://indymedia.dk/articles/1864

http://indymedia.dk/articles/1876

http://modkraft.dk/IMG/jpg/reclaim_...

http://modkraft.dk/IMG/jpg/reclaim_...

http://www.alexandrebuisse.org/gall...

http://www.flickr.com/photos/431922...

http://www.flickr.com/photos/431922...

La Candy Factory (lieu de preparation du Bike Bloc) :

http://www.flickr.com/photos/benkam...

Divers : http://www.flickr.com/photos/filkal...

http://politiken.dk/fotografier/nyh...

Articles très intéressants d’Hervé Kempf :

http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

Les arrestations : http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

http://www.mediapart.fr/club/blog/g...

http://www.guardian.co.uk/environme...

Tadzio Muller vient d’être relâché. 89 personnes sont encore en détention.

http://www.romandie.com/infos/news2...

http://www.romandie.com/infos/news2...

Sur le fond politique de la déclaration finale (en fait l’échec politique de la Cop15) : http://www.lemonde.fr/le-rechauffem...

http://mouvements.info/Mieux-vaut-p...

http://www.marianne2.fr/Chavez-Si-l...

Resistance is fertile !

Pachamama Hervé Kempf Reporterre 2009/12/27 Hervé Kempf (27 décembre 2009) Pachamama. Reporterre. Tribune — fr

Pachamama

Belle fête que celle de Noël ! La démesure marchande n’occulte pas qu’elle constitue, par le rituel des cadeaux, la plus éclatante manifestation dans la société de consommation de la logique du don.

Selon cet archétype anthropologique, l’échange entre humains obéit à d’autres motifs que la seule recherche de l’intérêt (voir Ce qui circule entre nous, de Jacques Godbout, Seuil, 2007). A Noël nous est rappelée la nécessité de la solidarité, puisque ce qui nous réunit, le solstice d’hiver, est le moment dans l’année où l’aventure humaine ressent le plus vivement sa fragilité.

Pour le comprendre, il nous faut tenter de retrouver ce sentiment d’anxiété qui étreignait les sociétés préhistoriques de l’hémisphère Nord à mesure que rétrécissaient les jours et que la nuit froide, étrangère, menaçante, gagnait jour après jour. Offrir, alors, est le signe du soutien réciproque. Moyen, aussi, d’illustrer l’abondance qu’annonce le retour de la lumière. Les jours rallongent, le monde sort des ténèbres, la vie - l’Enfant Jésus - revient avec sa prodigalité et ses promesses.

La mère nature semblait inépuisable. Mais ces archétypes anthropologiques datent d’un monde où le rapport à la nature était autre qu’aujourd’hui. Lévi-Strauss expliquait dès 1952 qu’avec la révolution industrielle nous sommes sortis de l’ère néolithique (Race et Histoire, Gallimard). Les géologues parlent aujourd’hui de l’ère anthropocène : l’homme lui-même est devenu force tellurique, il menace la nature.

Ce n’est pas dans la voie technique que nous trouverons la solution à la crise écologique. Elle est une crise civilisationnelle qui appelle une analyse spirituelle et/ou anthropologique. Il revient à Evo Morales, président de la Bolivie, d’avoir posé ce constat sur le plan politique. La Bolivie milite pour la reconnaissance de Pachamama, nom de la Terre mère dans les cultures indigènes. « La Terre ne peut être considérée comme une simple ressource naturelle », écrit-il dans The 10 Commandments to Save the Planet, Humankind, and Life. « La Terre est la maison de tous les êtres vivants. La Terre est la vie elle-même. »

Mais sa démarche s’inscrit dans une analyse politique qui définit le système dominant par sa culture : « Pour guérir Mère Terre, continue Morales, il est nécessaire de comprendre que sa maladie a un nom : le système capitaliste mondialisé. Il n’est pas suffisant, pas juste, de dire que le changement climatique est le résultat de l’activité des êtres humains. Il est nécessaire de dire que c’est un système, une façon de penser et de sentir, une façon de produire la richesse et la pauvreté, un mode de ’développement’ qui nous conduisent au bord de l’abîme. » Et de conclure : « Afin de préserver la planète, la vie, et l’espèce humaine, nous devons en finir avec le capitalisme. »

La bataille écologique est culturelle, anthropologique, structurelle. Bon Noël !

Une marche sur Gaza Les Désobéissants Reporterre 2009/12/27 Les Désobéissants (27 décembre 2009) Une marche sur Gaza. Reporterre. fr

Une marche sur Gaza

Un an après la terrible agression d’Israël contre Gaza, une marche est organisée sur Rafah pour obtenir la levée du blocus qui maintient un million et demi de Palestiniens en prison.

Une marche internationale et non violente, destinée à lever le blocus de Gaza, doit commencer le 27 décembre au Caire (Egypte), et franchir la frontière égyptienne vers Gaza le soir du réveillon. Plus de 1300 marcheurs, venus de 42 pays, dont 400 Français (dont Mgr Gaillot, la sénatrice Alima Boumédienne-Thiery, des astrophysiciens, des artistes comme le groupe Ministère des Affaires Populaires...) et parmi eux, une dizaine de « désobéissants », sont attendus, et espèrent bien rejoindre les palestiniens assiégés depuis un an par Israël.

Le ministère égyptien des affaires étrangères vient d’annoncer que la frontière de Rafah serait fermée pendant plusieurs semaines à venir, du fait de tensions nouvelles entre l’Egypte et Gaza. Il est peu probable qu’elle soit ouverte par la suite, compte tenu de l’intransigeance israélienne et de la construction actuelle d’un mur, côté égyptien, destiné, précisément, à en rendre le franchissement plus difficile encore. Nous estimons quant à nous que la tension est permanente à la frontière, du fait du blocus, que nous ne nous sentons pas particulièrement menacés, et que si risques il y a, nous sommes prêts à les assumer. Il est de toute façon trop tard pour que les marcheurs puissent changer leurs plans maintenant. Nous poursuivons donc les négociations avec les autorités égyptiennes, tout en nous organisant pour partir à Rafah d’ici la fin du mois.

En fait, aucune délégation, quelle que soit sa taille, qui a réussi à entrer dans Gaza au cours des 12 derniers mois ; n’avait reçu de feu vert des autorités égyptiennes avant la frontière de Rafah. Bon nombre de délégations se sont entendu dire qu’elles ne pourraient même pas partir du Caire, en direction de Rafah. Certaines ont eu leur bus bloqué sur la route. Certaines se sont vu signifier dès le départ qu’elles ne pourraient entrer dans Gaza. Mais après des pressions politiques et publiques exercées, le gouvernement égyptien a changé d’avis et permis l’entrée dans Gaza.

« Nous voulons rappeler l’impunité totale dont jouissent encore les responsables politiques et militaires israéliens qui décidèrent les massacres de civils gazaouis l’an dernier, déclare Xavier Renou, marcheur et membre fondateur des Désobéissants. Nous espérons que les autorités égyptiennes seront sensibles à l’importance symbolique de cette initiative de solidarité internationale, et nous laisseront passer. Et que les autorités françaises soutiendront notre marche, et cesseront enfin leur coopération militaire avec Israël. »

La marche est organisée en France par de nombreuses associations, telles que CAPJPO-EuroPalestine, et se déroule du 27 décembre au 2 janvier.

SFR attaque Sud au nom de la « propriété, valeur républicaine » Sébastien Crozier, Frédérique Limido, Hélène Marcy Reporterre 2009/12/28 Sébastien Crozier, Frédérique Limido, Hélène Marcy (28 décembre 2009) SFR attaque Sud au nom de la « propriété, valeur républicaine ». Reporterre. fr

SFR attaque Sud au nom de la « propriété, valeur républicaine »

Sous Sarkozy, les « valeurs républicaines » se transforment en arme anti-syndicat. Et l’autogestion enfreindrait le droit « républicain » de propriété.

Pour contester la représentativité de SUD, SFR service clients attaque en justice, prétendant que l’organisation syndicale ne « respecte pas les valeurs républicaines ». Manœuvre politicienne ou véritable prise de position, SFR a néanmoins, par cette déclaration, ouvert un débat qui dépasse largement la simple présence d’un délégué syndical dans l’un de ses établissements.

Les règles de représentativité syndicale doivent en effet respecter plusieurs critères dont le premier (loi du 30 août 2008) est désormais « le respect des valeurs républicaines ».

Ces valeurs républicaines sont énoncées dans quatre textes fondateurs, dont trois font partie de la Constitution française : la Constitution de 1958 (plus particulièrement le préambule et le titre I), le préambule de la Constitution de 1946, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Le quatrième texte fondateur est la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui de son côté s’impose aux 192 États, dont la France, membres des Nations Unies.

L’argumentation de SFR service clients se fonde plus particulièrement sur l’une de ces valeurs, le droit de propriété, qui serait battu en brèche par les statuts du syndicat SUD, revendiquant « le socialisme autogestionnaire ». Selon SFR, cela constituerait « la négation de l’employeur et de la liberté d’entreprendre ».

Pierre Khalfa, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires, note à juste titre qu’une telle attaque permettrait aussi de contester la légitimité de syndicats « comme la CGT qui prône la fin de ’l’exploitation capitaliste’, comme FO qui se prononce pour la disparition du ’salariat et du patronat’, ou même comme la CFDT qui ’combat toutes les formes de capitalisme’… dans ses statuts », et renvoie assez justement sur le principe de la liberté d’opinion.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 rappelle dans son article 2 les droits « naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ». Mais on peut également lire, dans l’article 17 : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité », et dans l’article 9 du préambule de la Constitution de 1946 : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité ».

Les télécommunications, service public ou pas ?

Qui pourrait nier la pertinence d’une qualification en service public pour une infrastructure et des services qui participent à la sécurité des citoyens et à l’aménagement du territoire, au point que même la libérale Commission européenne a jugé bon de définir un « service universel de télécommunications » ?

Concernant le monopole de fait, gardons en tête que la majeure partie des services d’accès fixes en France sont délivrés au client final sur une infrastructure unique, la boucle locale de cuivre, déployée et maintenue par l’opérateur historique. Il a fallu créer un principe spécifique de « dégroupage », assorti d’aménagements techniques et réglementaires, pour permettre à de nouveaux acteurs de l’exploiter pour s’installer sur le marché.

Les valeurs républicaines ne sont donc pas univoques sur la question de la propriété. Nul doute que selon l’idéologie défendue par le pouvoir politique en exercice, on peut positionner les services de télécommunications en tant que service public, ou au contraire en confier l’exploitation à la propriété privée sur le marché concurrentiel… sans pour autant cesser d’être républicain. C’est ce que l’histoire des télécommunications françaises démontre, sauf à dire que depuis 1958 aucun gouvernement français n’a été républicain !

L’attaque de SFR contre SUD est inédite. Elle étonne, mais invite surtout à revisiter plus largement ces fameuses « valeurs républicaines » .

Que se passerait-il si, au nom de l’article 5 du préambule de la Constitution de 1946 selon lequel « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi », l’État imposait à l’entreprise de recruter ?

Même lorsqu’on se prétend « entreprise citoyenne » et que la défense de l’emploi en cette période de crise devient une vraie cause nationale, il est bien plus confortable de ne plaider que sur le droit de propriété. Mais SFR a régulièrement recours aux plans sociaux ou dits « de départs volontaires », et peut donc difficilement se poser en donneur de leçons.

C’est là que l’existence des syndicats prend toute son importance et trouve sa justification… La Constitution de 1946 le rappelle, dans l’article de son préambule : « Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale et adhérer au syndicat de son choix. »

La question des délégués et de la gestion collective y est aussi abordée (article 8) : « Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises. » Si la liberté d’entreprendre est un droit fondamental dans toute société démocratique, on voit que les droits de ceux qui travaillent dans l’entreprise sont constitutionnellement étendus à sa gestion, même si certaines directions ont parfois tendance à faire de ce domaine leur prérogative exclusive.

Pour nous, il n’y a pas de doute. Les syndicats, dont bien évidemment SUD, défendent l’emploi, les droits des travailleurs et l’application de la loi, notamment le code du travail. Ils sont ainsi parfaitement dans leurs missions, et au cœur même des valeurs républicaines… qu’il convient assurément de lire et de comprendre dans leur intégralité pour pouvoir les invoquer à juste titre.

Climat : repenser l’organisation politique mondiale Jean Matouk Reporterre 2009/12/28 Jean Matouk (28 décembre 2009) Climat : repenser l’organisation politique mondiale. Reporterre. Tribune — fr

Climat : repenser l’organisation politique mondiale

Pour faire face au changement climatique, il faudra redéfinir les formes de la décision politique internationale.

Une nouvelle géographie politique pour l’environnement

Dans un article récent (Le Monde du 22 décembre) Michel Serres compare la réunion de Copenhague au « duel à coup de gourdins » de Goya, dans lequel les deux hommes qui se battent à coup de bâtons, s’enfoncent en même temps dans les sables mouvants. Pour lui, dans le débat de Copenhague, qu’il ramène à un dialogue entre deux protagonistes, manquait un partenaire qu’il appelle la « Biogée », ou encore notre écosystème.

L’analyse est élégante ; le « polylogue » à 168 pays, s’est résumé finalement à un « dialogue » contradictoire entre les Etats-Unis et la Chine, ls deux plus gros pollueurs. A l’idéal, c’est vrai, il aurait fallu, entre ces duopoleurs, un tiers arbitre , faisant primer l’avenir de notre « Terre patrie » sur les nécessités immédiates de la politique et de l’économie. La société civile abondamment représentée à Copenhague, incarnait un tel tiers-arbitre, appuyé sur les conclusions du GIEC, mais sans l’onction du suffrage des divers pays.

Le seul vrai résultat positif de ce sommet est que les conclusions scientifiques sont désormais géo-politiquement validées. Mais l’absence de tout objectif contraignant rend ce verdict sans effet.

Comment donc se passer de ce tiers-arbitre, de cette « Biogée » qui , au demeurant, ne sera jamais investie d’aucun pouvoir réel ? Une autre partie de l’article de Michel Serres, suggère une piste. Selon lui, la crise financière « n’est que le révélateur de ruptures autrement plus profondes » au sein desquelles il met en premier lieu la disparition des majorités paysannes. Cette disparition, c’est, à son sens, la fin d’une ère qui a commencé avec le néolithique, donc il y a environ 10.000 ans. On peut, en effet, considérer que le monde, est entré, avec l’apparition de l’agriculture ( et différemment, de l’horticulture) dans une nouvelle « ère » sociale. Je l’ai dénommée, par ailleurs (1) « ère politique », parce que ces apparitions ont permis un développement plus rapide du produit agricole, donc facilité de vastes regroupements humains , qui ont eux-mêmes exigé de nouveaux rapports sociaux.

Jusqu’à cette époque les rapports familiaux ou tribaux « fonctionnaient » (2) aussi comme rapports politiques , économiques, idéologiques. Après le néolithique, les rapports « politiques » se sont en quelque sorte autonomisés par rapports à ces rapports familiaux initiaux. Leur évolution, avec une autre autonomisation des rapports économiques à l’ère moderne (3), a conduit, en passant par Royaumes, Cités esclavagistes, Etats féodaux aux Etats-nations modernes, où s’est installée la démocratie. Celle-ci est évidemment un vrai progrès pour l’humanité ; elle reste un objectif dans nombre de pays. Mais cette démocratie propre à chaque Etat montre ses limites dans le combat mondial qu’impose aujourd’hui la contrainte écologique. Les représentants de chaque Etat sont évidemment soumis en priorité à leurs électeurs, et fondés à n’accepter que ce que ces électeurs accepteraient.

Pour parvenir à un accord écologique mondial, entrer dans une ère où les hommes se soumettent collectivement au verdict de la science, et s’accordent pour sauver ensemble la Terre (4), il faut donc prolonger l’évolution politique du monde dans deux directions.

Il faut d’abord que les Etats-nations petits et moyens acceptent de se regrouper en « continents » ou « unions », du même type que l’Union européenne, au sein desquels ils abandonnent , au moins une part de leurs souverainetés nationales à des institutions « fédérales » : Amérique du nord, Amérique du sud, Afrique, Chine , Asie orientale , Inde et sous-continent, Union européenne, Europe « russe » (?). Une sorte de concentration du G20, un G8 « densifié ». C’est fort des décisions prises dans ces institutions fédérales - à condition que chacun des chefs de petits ou moyens Etats ne transforme pas de tels sommets en scène médiatique- qu’à six ou sept, un accord sur telle contrainte particulière deviendrait évidemment plus plausible.

Mais il faut surtout aussi admettre la réalité d’un vrai quatrième pouvoir, le pouvoir d’information scientifique, une sorte de parlement mondial du savoir. Le GIEC le préfigure mais reste trop vaste pour le constituer. Dans tous les domaines concernant la terre dans son ensemble, ce Parlement scientifique fixerait clairement les responsabilités des « politiques » .

On entrerait, en quelque sorte , dans une quatrième ère sociale, une ère dans laquelle la composante scientifique de l’idéologie au sens large, s’autonomiserait vis-à-vis des rapports économiques et politiques. Une ère qui, elle-même, exigerait les regroupements politiques nouveaux des Etats-nations évoqués plus haut. Y sera-t-on déjà parvenu à Mexico ? Probablement pas encore ! Mais, selon la maxime de Lao Tseu « le chemin de mille lieux commence par un pas » . Et plusieurs pas sont déjà franchis !

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Notes

(1) L’humanité à la croisée des chemins (Pharos-Laffont, 2006), disponible gratuitement par internet sur demande (jean.matouk@wanadoo.fr).

(2) C’est la vision de l’anthropologue Maurice Godelier, dans ses divers livres.

(3) La Grande transformation, de Karl Polanyi (Gallimard).

(4) Dans une lutte contre eux-mêmes, et leurs besoins infinis de croissance qui s’apparente au vrai sens du « djihad » musulman, un combat contre soi-même.

Des films pour dire la question sociale La Bande passante Reporterre 2009/12/28 La Bande passante (28 décembre 2009) Des films pour dire la question sociale. Reporterre. fr

Des films pour dire la question sociale

Le travail, la précarité, la corruption, les leçons de 68... des entretiens à voir et à écouter : avec Charles Piaget, Robert Castel, Renaud Van Ruybeke, Christophe Dejours...

La Bande Passante présente 8 films-entretiens sur le travail et les luttes sociales.

Réalisés par Thomas Lacoste

Avec Etienne Balibar, Robert Castel, Patrice de Charette, Christophe Dejours, Charles Piaget et Renaud Van Ruymbeke.

Visionnez les entretiens et soutenez l’initiative sur http://www.labandepassante.org/trav...

La valeur travail : on se souvient que lors de la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’avaient de cesse de s’y référer. Elu président, Sarkozy ne parle désormais plus du travail, dans un contexte pourtant marqué par la crise financière et ses effets délétères sur l’emploi : licenciements massifs, mobilité forcée, etc.

Les entretiens réunis par La Bande Passante reviennent sur ce qui est bien « la » question sociale, aujourd’hui comme hier : le travail. Cette série d’entretiens croise les regards du philosophe, du sociologue, du psychologue, du juriste, du syndicaliste sur la centralité du travail, la souffrance qu’elle génère aussi (Christophe Dejours), l’installation d’une partie croissante des travailleurs dans le précariat (Robert Castel), les mobilisations passées autour du travail (Etienne Balibar sur 68, Charles Piaget sur LIP) qui permettent aussi de penser les révoltes présentes, les tentatives du pouvoir pour corseter l’action des juges en matière de droit du travail (Patrice de Charette) ou de lutte contre la corruption financière (Renaud Van Ruymbeke).

Une pédagogie du travail, des films d’intervention aussi.

- Penser le travail, une urgence politique - Christophe Dejours (45’28, DVD, LBP/Mouvements, 2007, 12€, incluant La centralité du travail 10’22).

- La société du précariat - Robert Castel (27’21, DVD, LBP/Mouvements, 2007, 12€, incluant La question sociale 17’14).

- L’ébranlement 68 - Vers une universalité émancipatrice - Etienne Balibar (63’26, DVD, LBP, 2009, 12€, incluant Le surgissement du Syndicat de la magistrature 9’22).

- LIP, une école de la lutte à l’usage des jeunes générations - Charles Piaget (131’, DVD, LBP, 2009, 12€).

- Le droit du travail en France - Un rapport de force - Patrice de Charette (27’50, DVD, LBP, 2009, 12€, incluant L’Affaire de Charrette par lui-même 9’).

- Corruption et criminalité économique et financière - Un juge face aux puissants - Renaud Van Ruymbeke (42’, DVD, LBP, 2009, 12€, incluant Le Syndicat de la magistrature et la corruption financière 4’).

Soutenez et achetez les DVD 12 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site http://www.labandepassante.org/lbp_... ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris.

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EPR : il est temps de tirer le bilan Stéphane Lhomme Reporterre 2009/12/30 Stéphane Lhomme (30 décembre 2009) EPR : il est temps de tirer le bilan. Reporterre. Tribune — fr

EPR : il est temps de tirer le bilan

Le réacteur EPR aligne déconvenue sur déconvenue. Dernière en date : l’émirat d’Abou Dhabi lui a préféré son concurrent sud-coréen. L’occasion de faire le point sur une série d’échecs.

Présenté comme le « fleuron » de l’industrie nucléaire française, le réacteur EPR accumule les plus graves déconvenues, dont la dernière en date est un échec tonitruant à Abou Dhabi. Bien sûr, il n’existe pas de « bon » réacteur puisque tous sont dangereux et produisent des déchets nucléaires. Mais, conçu au début des années 90, le réacteur EPR est déjà un vieux réacteur, archaïque avant même d’entrer en service.

Pire : issu de compromis entre le réacteur français N4 de Framatome et le réacteur Konvoi de Siemens, l’EPR est finalement une véritable... usine à gaz, si complexe qu’il est pratiquement impossible à construire.

Ce n’est donc pas une surprise que l’EPR soit recalé à Abou Dhabi, mais aussi aux USA, en Grande-Bretagne, etc. Une fois de plus, il est démontré que la France « championne du monde du nucléaire » n’est qu’un mythe qui n’a pas grand chose à voir avec la réalité.

EPR : autopsie d’un flop gigantesque

Deux chantiers catastrophiques en Finlande et à Flamanville

Deux EPR sont en construction à ce jour et ces deux chantiers rivalisent de retards, de malfaçons et de surcoûts.

Finlande : Commencé fin 2005, dirigé tant bien que mal par Areva, le chantier compte à ce jour (en attendant de probables nouvelles révélations) 44 mois de retard et 3 milliards d’euros de surcoût, qui vont d’ailleurs être payés par les français. Cf http://bit.ly/2k2gNG

Un comble ; Areva attaque en justice internationale son client finlandais TVO. Voilà qui ne risque pas de décider d’autres sociétés d’acheter un EPR ! Cf http://www.romandie.com/infos/news2...

Flamanville : Commencé fin 2007, dirigé (lui aussi tant bien que mal) par EDF, le chantier compte déjà un an de retard et un milliard d’euros de surcoût. Cf http://www.lemoniteur.fr/137-energi... ou http://www.lexpress.fr/actualite/ec... De toute évidence, ce chantier suit le triste « exemple » de celui de Finlande et va aggraver ses retards et ses surcoûts tant les déboires s’accumulent. Cf par exemple : http://bit.ly/2joCDs

L’EPR en construction en Chine ?

On a pu lire ici où là que deux EPR était en construction en Chine, ce qui est faux. Les informations venant de Chine sont difficiles à vérifier mais il est certain que, au maximum, le « premier béton » d’un seul EPR aurait été coulé. Il est probable que le second EPR ne soit jamais construit, et rien ne prouve que le premier sera vraiment mené à terme vu les graves déconvenues du programme EPR (voir l’ensemble du présent dossier)

Le Réseau « Sortir du nucléaire » a ainsi révélé en août 2009 que la cérémonie dite du « premier béton » avait été reportée. EDF et Areva ont prétendu fin août qu’il ne s’agissait que d’un contre temps causé par... des intempéries. Cf http://www.romandie.com/infos/news2...

Depuis, EDF a annoncé avoir reçu le 22 octobre l’accord final du gouvernement Chinois donc, l’excuse des intempéries était clairement un mensonge d’EDF et Areva. Cf http://www.romandie.com/infos/news2...

Quant on voit ce qui se passe en Finlande, il est certain que, si le chantier chinois est réellement lancé, la première question à se poser est : « Combien de milliards cette affaire va-t-elle coûter (et non rapporter) aux Français ? »...

L’EPR ne sera probablement jamais construit aux USA

Régulièrement, Areva et EDF annoncent qu’ils vont construire des réacteurs EPR aux USA. Cf par exemple : http://bit.ly/2YlQk9

Or, il ne s’agit que de belles déclarations sans aucun lien avec la réalité. En effet, l’EPR n’est pas certifié par la NRC (l’autorité de sûreté nucléaire américaine). Le processus est en cours jusqu’en 2012. Cf http://www.nrc.gov/reactors/new-rea...

Or, tout laisse à penser que l’EPR sera recalé, du fait de ses différentes failles de sûreté et en particulier de sa vulnérabilité en cas de crash d’avion de ligne (voir plus loin). D’ailleurs, la NRC n’a pas hésité à recaler l’AP 1000, le concurrent américain de l’EPR. Cf http://www.cbsnews.com/stories/2009...

Il faut être bien naïf pour croire que, après avoir rejeté leur propre réacteur, les USA vont dérouler le tapis rouge pour l’EPR...

Un projet d’EPR a d’ores et déjà été annulé aux USA

Avant même que ne soient mises à jour les graves failles de la sûreté de l’EPR, un projet de construction de ce réacteur a été annulé dans le Missouri pour de simples raisons financières : l’électricien américain AmerenUE est arrivé à la conclusion que produire de l’électricité avec l’EPR était beaucoup trop cher. Cf http://www.romandie.com/infos/news2...

De nouveaux EPR ne seront vraisemblablement jamais exportés

A ce jour, la Finlande est le seul pays à avoir acheté un EPR et elle s’en mord les doigts. Nous avons vu que la Chine hésitait encore à construire ou non les deux EPR envisagés. Mais aucun autre pays n’envisage sérieusement de construire l’EPR. Lors de ses déplacements à l’étranger, M Sarkozy a signé un « memorendum » ou un « accord de coopération » qui évoque la possibilité théorique de construire des EPR. C’est ainsi que beaucoup de gens croient que le président français a vendu de nombreux EPR, ce qui est totalement faux.

Finalement, M Sarkozy n’a vendu qu’un seul EPR... à lui-même (mais avec notre argent). Il s’agit du projet EPR annoncé à Penly (Seine-Maritime). Il est évident que ce projet, dont le chantier est annoncé pour 2012, année d’élection présidentielle, est directement à la réélection ou non de M Sarkozy. Cf http://bit.ly/4EX1VL

Le système de contrôle de l’EPR est défaillant... et l’Autorité de sûreté française n’avait rien vu !

Le lundi 2 novembre, les autorités de sûreté nucléaire britannique, finlandaise et française ont publié un communiqué commun mettant en lumière de graves failles du système de contrôle du réacteur nucléaire EPR. Cf http://bit.ly/3Y70He

Mais cette démarche unanime masque la réalité : c’est l’autorité de sûreté britannique qui a détecté le problème en juin 2009. Cf http://bit.ly/PB5k2

Or, l’autorité de sûreté française (ASN) avait depuis longtemps autorisé la construction de l’EPR. Cf http://bit.ly/D2ETo

L’ASN française n’a donc rien vu... ou rien dit. Dans les deux cas, il avéré que l’ASN est aussi peu fiable que l’EPR

L’EPR n’est pas conçu pour résister à un crash d’avion de ligne

Dès 2003, le Réseau « Sortir du nucléaire » s’est procuré un document confidentiel défense qui reconnaît que, contrairement à ce que prétendent les autorités françaises, le réacteur EPR n’est pas conçu pour résister au crash d’un avion de ligne.

Dans le cadre de cette affaire, sur réquisition du Parquet de Paris... section antiterroriste, la DST (aujourd’hui DCRI) a placé deux fois en garde à vue un porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire », accusé de « compromission du secret de la défense nationale ». Cf http://www.sortirdunucleaire.org/do...

Conclusion

Le programme EPR est un véritable désastre industriel et financier. Conçu au début des années 90, l’EPR est archaïque avant même d’être construit. Il est si lourd et compliqué que même ses inventeurs, Areva et EDF, n’arrivent pas à le construire, et ses graves défauts de conception obèrent son avenir.

De toute façon, personne ne peut construire un réacteur pouvant résister au crash d’un avion de ligne, un réacteur à la sûreté sans faille, un réacteur ne produisant pas de déchets radioactifs (pour lesquels n’existe aucune solution) et du plutonium (qui sert à faire des bombes atomiques), un réacteur ne nécessitant pas de polluantes mines d’uranium pour l’alimenter en combustible, etc.

L’EPR est bien le pire de tous les réacteurs nucléaires, mais aucun réacteur nucléaire ne vaut beaucoup mieux que l’EPR. Le sens de l’Histoire est clair : l’avenir est aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables, le nucléaire est une énergie du vingtième siècle…

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La chasse à l’oie nourrit des petits profits ASPAS Reporterre 2009/12/30 ASPAS (30 décembre 2009) La chasse à l’oie nourrit des petits profits. Reporterre. fr

La chasse à l’oie nourrit des petits profits

Les chasseurs veulent repousser la date limite du tir de l’oie. Une revendication qui dissimule un négoce discret et juteux.

Le dérèglement climatique a décalé les dates de migration des oies. Mais les chasseurs n’entendent pas s’y adapter en arrêtant plus tôt de chasser : leur activité cache un business pas très réglementaire, mais bien trop rentable…

Toutes les études françaises et européennes, dont celles du GEOC (Groupe d’experts sur les oiseaux et leur chasse), montrent que depuis quelques années, les dates de migration de retour se sont fortement avancées à cause du dérèglement climatique. Par voie de conséquence, la chasse aux oies se doit de fermer au 10 ou 15 janvier, nouvelle date du début de migration du si convoité palmipède. Mais les chasseurs demandent le 20… février ( !!!) à l’occasion de la table ronde chasse, initiée par Jean-Louis Borloo et présidée par Jérôme Bignon, qui est également le président du groupe chasse à l’Assemblée Nationale.

Pourquoi un tel écart ? Il faut rechercher l’explication du côté des drôles de pratiques qui entourent la chasse au gibier d’eau, et notamment des profits exorbitants générés par les locations à la journée (en fait à la nuit…) des installations de chasse (huttes, gabions et autres tonnes). Ce commerce rapporte énormément d’argent à leurs propriétaires : de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros par nuit, le plus souvent au nez et à la barbe du fisc ! En cette période de crise où l’argent public est rare, il serait temps que les ministères de l’Écologie, des Finances et du Budget s’intéressent à ces “petits paradis fiscaux cynégétiques” qui prospèrent sur le dos des oiseaux migrateurs.

On est là bien loin des pratiques traditionnelles dont le parti politique de l’extrême chasse (CPNT) se gargarise. En réalité, on est bien plus proche d’un laxisme complice des pouvoirs publics envers une corporation très chouchoutée. Il faut rappeler que ce parti populiste rural est maintenant allié à celui de… Jean-Louis Borloo et Jérôme Bignon !

En France, la chasse au “gibier d’eau” n’est qu’une affaire de gros sous et le jour où le “ jeu de l’oie” ne sera plus un Monopoly, un réel dialogue pourra enfin voir le jour entre chasseurs et protecteurs de la nature.

Copenhague – Taxe carbone : même logique, même échec Denis Baupin Reporterre 2009/12/31 Denis Baupin (31 décembre 2009) Copenhague – Taxe carbone : même logique, même échec. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague – Taxe carbone : même logique, même échec

Mêmes causes, mêmes effets. Du flop de Copenhague au rejet de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, c’est le greenwashing de l’économie productiviste, c’est la tentative de faire passer pour écologiste la poursuite d’une croissance éternelle, fut-elle repeinte en vert, qui sont en échec.

À Copenhague, c’est l’acharnement des États-Unis à rester dans une logique « 20e siècle » et à considérer prioritaire sa compétition économique avec la Chine — et donc à limiter tout ce qui pouvait réduire la sacro-sainte productivité — plutôt qu’à inventer de nouvelles règles de coopération planétaires « 21e siècle » qui a conduit à l’échec. Et ce d’autant plus que les autres pays riches (Union Européenne compris) se sont alignés sur cette logique. Ce sont alors les pays victimes (les États insulaires, les pays les plus pauvres) et les ONG qui ont dénoncé le fait que le compte n’y était pas.

Dans le cas de la taxe carbone, c’est la même logique « 20e siècle » qui a conduit le Président Sarkozy et le gouvernement à vider de son contenu la contribution climat-énergie, sous la pression des lobbies économiques (qui ont obtenu l’exonération de l’électricité et des industries polluantes) et de sa majorité législative (qui a obtenu l’abaissement de la taxe à un niveau inefficace et une redistribution injuste de son produit), ne conservant que l’enveloppe (pour la comm’, et encore une comm’ extrêmement maladroite privilégiant le terme « taxe » à celui de « contribution ») et reportant à plus tard les inévitables réformes. Mais là, plus surprenant, c’est le Conseil constitutionnel qui a dit que le compte n’y était pas, validant a posteriori la stratégie écologiste de reconnaissance des enjeux planétaires dans la constitution (principe de précaution, Charte de l’environnement, etc.).

Selon que l’on considère le verre à moitié vide ou à moitié plein, on peut donc se désespérer de ces deux situations, ou au contraire trouver matière à se consoler.

Se désespérer de voir le vieux monde résister à ce point aux évolutions rendues indispensables, et constater que décidément, ce ne sont pas les vieux responsables politiques — enfermés dans les vieilles logiques du 20e siècle et n’acceptant de prendre en compte les enjeux du 21e qu’à reculons, et donc de façon inefficace écologiquement et injuste socialement — qui arriveront à nous sortir de l’ornière, tant le court terme et la vision traditionnelle l’emporte sur le long terme et l’invention d’une nouvelle doctrine économique et écologique.

Profitons de l’occasion pour préciser que les communiqués triomphateurs du Parti socialiste, certes à l’origine du recours, ne l’exonèrent nullement des mêmes travers, tant ses propres contradictions dans l’opposition (quand sa propre candidate à la Présidentielle et cheffe de file pour les prochaines régionales se prononce avec force démagogie contre toute fiscalité carbone) ou en situation de pouvoir (quand dans les municipalités, il préfère retirer les délégations des élus écologistes ici, rejeter les amendements budgétaires là, construire des autoroutes et des aéroports ailleurs, plutôt que de mettre ses actes en accord avec ses propos écologistes de circonstances) s’apparentent à celles du parti au pouvoir.

Ou se consoler de constater que les « cordes de rappel » sont aujourd’hui suffisamment puissantes pour mettre en échec le storytelling de Sarkozy. Qu’elles prennent la forme des victimes actuelles et futures du dérèglement climatique à Copenhague, ou celles de la plus haute juridiction en France, elles montrent qu’il n’est plus si facile aujourd’hui de se prétendre écologiste en restant productiviste, qu’il n’est plus aussi facile de prétendre qu’on sauve les générations futures quand on continue de les enfoncer, de prétendre être au service des victimes quand en fait on ne sert que les lobbies. Et maintenant, « que faire ? » comme dirait Dany.

J’ai eu l’occasion ici de livrer des pistes sur la façon dont on pourrait rebondir après l’échec de Copenhague, et à quel point les mois à venir seront cruciaux tant en ce qui concerne la reprise des négociations planétaires que sur la mise en place de politiques écologistes au niveau des régions, particulièrement en France.

Il en va de même pour ce qui concerne ce que nous continuerons d’appeler la contribution climat énergie. La solution est aujourd’hui connue. EIle est pour l’essentiel contenue dans les propositions de la commission Rocard :

* n’exonérer aucune source d’énergie non renouvelable ; * n’exonérer aucune industrie ; * revenir à un niveau de taxation efficace en tant que signal prix ; * consacrer le produit de la taxe à corriger ses effets pervers sociaux (redistribution aux plus bas revenus) et à la mise en place de politiques écologiques (transports collectifs, isolation thermique, etc.).

Et accompagner ce dispositif d’une communication enfin à la hauteur expliquant en quoi cette contribution est indispensable pour impulser de nouveaux comportements (bonus) et pénaliser les plus polluants (malus) tout en mettant en place — et c’est essentiel — les outils permettant à nos concitoyens de choisir ces comportements vertueux…

Faute de quoi, en culpabilisant sans donner le choix, le politique serait loin de jouer son rôle.

La résolution des deux questions — Copenhague et la taxe carbone — est intimement liée. Sortir rapidement de l’échec de la taxe carbone est d’autant plus urgent que la France pèse en Europe, et que l’Europe détient une partie des clés du succès de l’après-Copenhague. Et ce, dès le 31 janvier prochain, quand l’Union Européenne devra déclarer ses objectifs de réduction d’émission de GES à l’horizon 2020, conformément à l’engagement pris à Copenhague.

La France est dorénavant au pied du mur. Soit elle fait preuve de volonté politique et assume que lutter contre le dérèglement climatique nécessite une contribution climat-énergie efficace écologiquement et juste socialement, et elle aura acquis la crédibilité nécessaire pour porter une parole forte au sein des 27 et en direction du monde. Soit, comme il est à craindre, elle cède de nouveau à la facilité et aux lobbies et sa capacité à incarner un quelconque leadership climatique aura vécu avant même d’être éclos.

Au pied du mur, Nicolas Sarkozy doit choisir : s’en tenir à un storytelling défraichi, ou passer enfin au « storymaking » .