Corpus Reporterre Downloaded and encoded by Olivier Kraif Reporterre - Le média de l'écologie 2010 fr Du danger de la concentration des pouvoirs François Reporterre 2010/01/01 François (1er janvier 2010 à 10h54,) Du danger de la concentration des pouvoirs. Reporterre. Tribune — fr

Du danger de la concentration des pouvoirs

Une discussion de la contribution de Jean Matouk sur l’organisation politique mondiale.

Je ne suis qu’un modeste (mais très fidèle !) lecteur de votre site et je prends connaissance ce matin de l’article de M. Matouk, sur ce que certains appellent de leur vœux concernant une concertation (concentration ?) des lieux et instances de prise de décisions/orientations sur la question climatique. Fort bien.

Mais a cette option (car c’est déjà plus qu’une thèse), j’éprouve un vague sentiment de malaise : la concentration équivaut invariablement dans les faits à l’uniformisation, pour des raisons bien entendues et dans le meilleur des cas (et des volontés...) de contrôle et d’étalonnage, de mesure des actions entreprises par chacun, résultantes de décisions validées en un seul lieu. C’est quasi inévitable, le quotidien nous le démontre.

Or, la question environnementale ne sera résolue, je ne peux le démontrer, mais le ressens intensément (intuitivement même) que par la multiplication des solutions, venant de l’appropriation des enjeux et actions, par chaque citoyen du monde et vice et versa.

N’est-ce pas cette concentration même du « leadership », de la gouvernance, nationale, mondiale, par des politiques, des industriels et financiers, qui nous a conduit là où nous en sommes ? Cette « crise » n’est-elle pas celle de l’expropriation, de la préemption du Pouvoir Politique, avec de grands « P », décisionnel, du citoyen lambda de son devenir ?

Les solutions tendant à plus de globalisation ne seraient-elles pas de fausses bonnes idées, allant in fine dans le sens de ce qu’il faut encore et toujours combattre ? N’est-ce pas le loup portant une peau d’agneau que certains tentent (consciemment ou non) de faire entrer à nouveau dans la bergerie, à présent que l’on voit mieux comme il est responsable des dégâts passés ?

Qu’il faille plus de cohésion et de cohérence, c’est indéniable, mais j’aime davantage l’idée d’une saine émulation, plus porteuse en elle-même de l’appropriation de chacun d’une réflexion, de sa part de responsabilité dans les défis collectifs, qu’un diktat érigé comme seule voie possible, Urbi et orbi, au prétexte (jamais ratifié démocratiquement, si l’on y réfléchit du reste...) toujours dangereux du bien être commun comme une évidence indiscutable.

Et pour ne pas finir sans propositions concrète, après avoir posé le problème, ne serait-il pas possible, pour un pays de bonne volonté (si l’on en croit notre président !) de prendre des mesures unilatérales, afin de donner l’exemple ? Taxer ou restituer via la TVA, par exemple, aux frontières tous les produits (nous avons pour ce faire un outil en plein démantèlement que le libéralisme combat farouchement, qui s’appelle les Douanes et dont c’est-était- le métier...) sur la base de leur différence carbonée avec l’engagement français unilatéral, quantifié et mesuré, de réduction des émissions de Gaz a Effet de Serre et mesuré sur nos produits intérieurs ?

Ainsi, on ne pénaliserait que les « mauvais » élèves, en encourageant les bons qu’ils soient nationaux ou non (ce qui ne serait donc pas du protectionnisme...), tout en créant cette émulation qui devrait rapidement faire tache d’huile partout, la soif et le besoin vital de conquête de « parts » du marché étant ce qu’elle est...

Là oui, nous pourrions nous prétendre volontaristes.

Un plan pour l’installation paysanne proposé en Champagne-Ardennes Eric Loiselet Reporterre 2010/01/01 Eric Loiselet (1er janvier 2010 à 10h48,) Un plan pour l’installation paysanne proposé en Champagne-Ardennes. Reporterre. fr

Un plan pour l’installation paysanne proposé en Champagne-Ardennes

Le candidat Europe Ecologie en Champagne-Ardennes veut mettre en oeuvre l’appel « Alimentons les régions ».

Eric Loiselet signe l’appel « Alimentons les régions » et propose de lancer, dès 2010, en Champagne-Ardenne, un plan emploi régional pour l’installation paysanne.

Tête de liste Europe Ecologie pour les élections régionales en Champagne-Ardenne, Eric Loiselet apporte son soutien et signe l’appel « Alimentons nos régions ».

Il s’engage à ce que le projet Europe Ecologie Champagne Ardenne pour les élections de mars 2010 propose :

- d’adopter, dès l’année 2010, un « plan Emploi régional pour l’installation paysanne, articulé notamment sur des processus d’apprentissage (initial ou continu) de recherche, de formation et d’accompagnement pour promouvoir les projets de petite taille et les techniques de culture agro-écologique, pour répondre entre autres aux besoins de la restauration collective (hôpitaux, maisons de retraite, cantines,..) ».

- de définir une « politique foncière ambitieuse » et les moyens d’intervention appropriés « pour protéger et développer la production alimentaire » dans la Région. Parmi les moyens à envisager figurera l’étude d’un partenariat avec la Foncière Terre de liens.

- la mise en place, toujours dès 2010, d’un « comité de suivi citoyen pour apprécier l’avancée de ce plan tout le long de la mandature ».

Eric Loiselet a précisé qu’en signant cet appel, « Nous proposons, dès la prochaine mandature, d’engager concrètement la transformation écologique de l’économie régionale. cela passe par des engagements et des actions concrètes par exemple dans le domaine alimentaire qui associent préoccupations de santé, développement de l’emploi local, développement des circuits courts (du producteur local aux consommateurs locaux), restauration de la biodiversité, aménagement et urbanisme qui permettent de soustraire les sols et leurs usages à la pression du productivisme. »

Un procès pour étouffer l’association dérangeante MDRGF Reporterre 2010/01/03 MDRGF (3 janvier 2010) Un procès pour étouffer l’association dérangeante. Reporterre. fr

Un procès pour étouffer l’association dérangeante

Le MDRGF avait publié une étude montrant la présence de pesticides dans le raisin de table. Le syndicat professionnel de celui-ci attaque l’association en justice en demandant une somme énorme, afin de l’étouffer.

Le Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) est assigné le 6 janvier 2010 à 14h00 devant le Tribunal de Grande Instance de Paris , 4 Boulevard du Palais, 75004 Paris, par la Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table. Cette Fédération de producteurs de la FNSEA nous assigne pour un soi disant dénigrement du raisin de table suite à la publication d’analyses (1) de résidus de pesticides dans des raisins de table vendus dans des supermarchés réalisées en novembre 2008 avec quatre autres associations européennes !

La Fédération Nationale des Producteurs de Raisins de Table (FNPRT) nous demande la somme astronomique de 500 000 Euros pour dénigrement !

Cette attaque scandaleuse vise simplement à nous faire taire car notre travail dérange tous ceux qui voudraient que rien ne change dans les pratiques agricoles polluantes actuelles.

Aujourd’hui, au-delà de la survie même de notre association qui est menacée, c’est la liberté que tout contre-pouvoir citoyen a dans ce pays de pouvoir réaliser et publier un travail d’information qui est mise en cause ! On nous fait aujourd’hui un procès pour nous faire taire, comme aux Etats Unis ou au Canada des entreprises intentent des ’poursuites baillons’.

Poursuites baillons

Cette assignation est bien sûr une menace pour la survie du MDRGF, cette association ne possédant pas les sommes demandées… Mais surtout une défaite du MDRGF menacerait gravement la liberté d’expression.

Depuis quelques années, aux Etats-Unis et au Canada, des « poursuites baillons » ou SLAPP de ce type menacent de plus en plus la liberté d’expression des citoyens. L’acronyme SLAPP (Strategic Lawsuits Against Public Participation = poursuite stratégique pour contrer la mobilisation citoyenne) sert à désigner des poursuites ou des menaces de poursuites, dirigées contre des groupes communautaires, des consommateurs ou des citoyens qui critiquent publiquement des produits, des services, ou plaident pour un changement quelconque. Il s’agit d’une poursuite dont l’objectif est de faire abandonner le groupe de citoyens dérangeant en l’étouffant financièrement ou en le dissuadant d’agir. Si nous ne réagissons pas maintenant, cette pratique pourrait devenir monnaie courante en France demain également !

De nombreuses personnes ont trouvé cette assignation choquante et déplacée, c’est pourquoi elles ont décidé de s’associer pour réagir et de créer "Ensemble pour les Générations Futures", une association de soutien au MDRGF

Son lancement a eu lieu lors d’une conférence de presse qui a permis de présenter à la presse les enjeux de cette action et la réaction du MDRGF face à cette attaque.

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Note :

(1) http://www.mdrgf.org/news/news24110...

Bonne année, les clowns ! Hervé Kempf Reporterre 2010/01/03 Hervé Kempf (3 janvier 2010) Bonne année, les clowns !. Reporterre. Tribune — fr

Bonne année, les clowns !

Le chroniqueur ne cache pas avoir du mal à fixer son esprit. Non qu’il ait abusé de bulles de champagne. Mais la suavité de la trêve hivernale, après l’avoir élevé à des considérations pachamamesques, l’incline maintenant à sourire du spectacle de ses contemporains plutôt qu’à gémir de leurs incohérences. Tenez, ce bon M. Borloo, encore en train de parler de « révolution » à propos de la taxe carbone. Eh, ministre ! Plutôt que de parler de révolution, réduis les inégalités, supprime le bouclier fiscal, discute du revenu maximal admissible, et tu verras comme ta taxe carbone sera ensuite acclamée ! Pas d’écologie sans justice !

Voici une nouvelle du 3 décembre, encore fraîche : « Nantes préside la Task Force, composée de cinq villes des cinq continents, qui a le mandat pour représenter les collectivités locales dans les négociations internationales sur le climat. » Si l’on sait que Jean-Marc Ayrault, le maire (PS) de Nantes, s’obstine à tenter de créer un nouvel aéroport sur plus de 1 000 hectares de champs au nord de sa ville, on comprend que la lutte contre le changement climatique a de beaux jours devant elle.

La télévision du chroniqueur est en panne depuis belle lurette, mais il est impossible d’échapper au marronnier du 1er janvier : le Dakar. En fait, le « Dakar » a lieu en Amérique latine. Une réminiscence de l’Aéropostale, sans doute. L’association Agir pour l’environnement a calculé que ce rallye aurait un bilan carbone supérieur à 20 000 tonnes de CO2. Question bête, mais alors vraiment bête : les sports de combat très violents sont interdits, n’est-ce pas ? Ne faudrait-il pas interdire les courses de voitures ?

Découvert que Vincent Courtillot, climato-sceptique, nourrit une grande estime pour Fred Singer, à qui il attribue le prix Nobel en tant que membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Las. Une enquête du site Contreinfo montre que M. Singer n’est pas membre du GIEC, mais directeur du « Science and Environnement Policy Project », qui s’est mobilisé pour nier le lien entre tabagisme passif et cancer, la dangerosité de l’amiante, celle des pesticides, le trou de la couche d’ozone. Et le changement climatique...

Ai écouté les voeux de Son Excellence Nicolas Sarkozy. « Son Excellence » est un titre honorifique régi par les conventions diplomatiques, traditionnellement utilisé pour désigner les chefs d’Etat, explique Wikipédia. Tout va bien, explique Son Excellence. Qui avait déclaré le 14 décembre, à propos du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) que « le CEA deviendra le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ». Ah ? Voyons... alternatives à quoi ? Et, hmm, voyons... Comment va-t-on dire ? C E A E A ? Ça sonne comme... chihuahua, ou... ouah ouah, ouah, ou... chabadabada. Oui, C E A chabadabada, tip, tip, tip, chabadabada. Bonne année, les clowns !

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Références :

- Nantes : http://www.nantesmetropole.fr/12597...

- Courtillot et Singer : http://contreinfo.info/article.php3...

- Son Excellence et le CEA : http://www.cea.fr/le_cea/actualites...

Vaccin contre les ovins : la grippe ne leur suffit pas ! Atanka Reporterre 2010/01/04 Atanka (4 janvier 2010) Vaccin contre les ovins : la grippe ne leur suffit pas !. Reporterre. fr

Vaccin contre les ovins : la grippe ne leur suffit pas !

L’administration veut imposer un vaccin coûteux aux éleveurs d’ovins, au nom de la lutte contre la fièvre catharale. La lutte s’organise.

Le gouvernement veut imposer la vaccination du bétail contre la FCO, maladie non transmissible à l’homme et contre laquelle les animaux développent une immunité naturelle. Coût de la campagne de vaccination : 98 millions d’euros de fonds publics (décidément, après la grippe A, l’industrie pharmaceutique est gâtée en ce moment !). Les agriculteurs qui refusent sont menacés d’amendes importantes qui les pousseraient à la faillite, voire d’abattage des troupeaux ! Ils ont besoin de votre soutien de toute urgence car ces menaces pourraient être mises à exécution à partir du 1er janvier 2010. La Coopérative Atanka s’engage à leur côté et vous invite à signer cette pétition, pour soutenir ces agriculteurs qui prennent de gros risques pour préserver une alimentation saine pour nous et nos enfants !

Qu’est-ce que la FCO ?

Petit cadeau de la mondialisation, la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) nous vient d’Afrique du Sud. Transmise par les moucherons, cette maladie virale n’affecte pas l’homme et ne présente aucun risque ni pour la population ni pour le consommateur (dixit le Ministère de l’Agriculture lui-même). Elle ne touche que les ruminants et particulièrement les ovins (moutons). Les animaux qui développent la maladie présentent différents symptômes pouvant aller jusqu’à la mort.

Pourquoi refuser la vaccination ?

Parce que ces vaccins contiennent des adjuvants très agressifs et allergisants tels que l’hydroxyde d’aluminium et les sels de mercure. Que l’immunité qu’ils confèrent n’est que de 6 à 12 mois et n’empêche pas la transmission de la maladie. Que leur efficacité est remise en cause par de nombreux vétérinaires et scientifiques. Que les animaux développent une immunité naturelle qui dure toute la vie.

Qui résiste ?

Un peu partout en France, des agriculteurs (bio notamment) refusent cette vaccination. Ils prennent de gros risques pour assurer la qualité de notre alimentation et de notre environnement. Organisés en collectifs départementaux, ils sont soutenus par des vétérinaires et des scientifiques, par la Confédération Paysanne et par la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique.

Quelle alternative proposent-ils ?

Réserver les campagnes nationales de vaccination aux maladies réellement dangereuses et pour lesquelles cette stratégie est utile et efficace. Utiliser cet argent (98 millions d’euros ! et dire que "les caisses sont vides"...) pour financer la recherche autour de l’immunité naturelle et des conditions d’élevage, alors que l’écrasante majorité des budgets de la recherche est aujourd’hui consacrée à une agriculture intensive et industrielle, utilisant massivement des intrants chimiques de toutes sortes.

Comment signer la pétition ? « Je souhaite pouvoir choisir de consommer de la viande et du lait exemptes de substances chimiques telles que les adjuvants à base d’hydroxyde d’aluminium et de sels de mercure. Je demande que les agriculteurs qui le souhaitent puissent ne pas vacciner leur bétail contre la FCO et choisir d’autres moyens de lutte contre cette maladie. »

Pourquoi la Coopérative Atanka s’engage-t-elle ?

La Coopérative Atanka regroupe des consommateurs qui refusent d’avaler n’importe quoi et des producteurs tournés vers l’avenir, qui inventent au jour le jour l’agriculture de demain. Pour survivre, ces producteurs doivent lutter contre le lobby de l’agro-business et ceux qui le servent. Pour les soutenir et donner à nos enfants la possibilité d’une autre agriculture et d’une autre alimentation, nous commercialisons leurs produits (ça tombe bien ils sont délicieux !) et soutenons leurs combats. Ensemble, consommateurs et producteurs, nous voulons montrer très concrètement qu’un autre monde est possible, et que l’on peut agir tout de suite pour imaginer et développer des alternatives.

Le film Avatar plus anticapitaliste que Cohn-Bendit Philippe Corcuff Reporterre 2010/01/04 Philippe Corcuff (4 janvier 2010) Le film Avatar plus anticapitaliste que Cohn-Bendit. Reporterre. Tribune — fr

Le film Avatar plus anticapitaliste que Cohn-Bendit

Après l’échec du Copenhague institutionnel et la vivacité du Copenhague mouvementiste, on peut être tenté de se tourner vers la vitrine du marketing électoral d’Europe-Ecologie. La bonne nouvelle ne viendrait-elle pas plutôt, et paradoxalement, d’un vieux routier de l’industrie hollywoodienne, James Cameron, avec son « Avatar » ?

En 1998, dans Une envie de politique (La Découverte), passé alors du statut d’icône soixante-huitarde à celui d’inspirateur d’un capitalisme vert, Daniel Cohn-Bendit écrivait ceci :

« Ce que la gauche doit donc faire valoir aujourd’hui, c’est que cette évolution a des aspects destructeurs, car la production menace de détruire la planète. Faire cette démonstration n’est pas facile, mais on peut le faire au nom même de l’économie de marché, car je suis pour le capitalisme et l’économie de marché. »

Pas le plus écolo, Marx pointait déjà la contradiction capital/nature

En se faisant le chantre d’un capitalisme chlorophyllisé et d’une écologie politique chloroformée, l’agité du bocage politicien a rejoint les rangs d’une défense consensuellement aseptisée de la nature : les Al Gore, Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et autres Jean-Louis Borloo.

Marx, quelque peu fasciné par le productivisme industriel de son époque, n’était pas exempt d’ambiguïtés quant au rapport capitalisme/nature. Toutefois, il avait également commencé à percevoir une des contradictions principales travaillant le capitalisme en interaction avec la contradiction capital/travail : la contradiction capital/nature.

Ainsi, pour lui, la production capitaliste épuisait « les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur » (Le Capital, livre I, 1867).

Pour Gorz, impossible d’éviter la catastrophe sans rupture radicale

André Gorz prolongea cette analyse en notre début de XXIe siècle : « La question de la sortie du capitalisme n’a jamais été plus actuelle », écrit-il dans Ecologica (éd. Galilée, 1998). Et d’ajouter par avance contre une possible cohn-benditsation de la radicalité écologiste :

« Il est impossible d’éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis cent cinquante ans. »

C’est dans une telle perspective que s’est récemment situé le journaliste Hervé Kempf : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (éd. du Seuil, 2009).

« Avatar » : Hollywood dans la galaxie anticapitaliste ?

Les dénonciations gauchistes du capitalisme hollywoodien sont si courantes que les esprits anticapitalistes pourraient avoir du mal à reconnaître des potentialités critiques dans une de ses productions. Et pourtant…

A des années-lumière de la Terre, la planète Pandora est sous colonisation américano-occidentale. Un minerai rare suscite la convoitise d’une multinationale (« The Company », comme dans la série des « Aliens »), appuyée par des troupes militaires.

L’argument de la rentabilité financière (la rétribution des actionnaires est directement évoquée dans le film) pousse à la double destruction de la nature et du peuple Na’vi. Ecocide et génocide constituent ici un double horizon de la logique du profit.

Cameron met en quelque sorte en images et en son une forme extrême de la contradiction capital/nature. La trame narrative de la science-fiction, reconfigurée avec de nouveaux effets spéciaux numériques, projetée en 3D, donne une vérité éthique et politique proprement cinématographique à une composition fictionnelle.

Une critique sociale, sur un plan sensible et intelligible

Ce dispositif cinématographique nous permet d’explorer au plus près de nos sensations un autre monde, celui de Pandora et des Na’vis, en jouant tour à tour sur la frayeur, la surprise ou la joie de la découverte. La critique sociale s’exprime sur un double plan sensible et intelligible. Cet univers étrange en 3D, qui nous fait d’abord peur, puis nous émerveille, constitue moins un des « autres mondes possibles » des altermondialistes que l’envers de notre propre monde, un lieu imaginaire qui permet de mieux repérer les failles de notre réalité quotidienne à la manière de l’île d’Utopia chez Thomas More.

Certes les Na’vis ont comme un parfum New Age, traînant une vision stéréotypée de la communion de « primitifs » et de la nature. Mais le savoir-faire particulier des auteurs les plus originaux des films et des séries télévisées hollywoodiens consiste justement à prendre appui sur certains stéréotypes pour en interroger d’autres.

Nous sommes pris par la main dans la familiarité d’autoroutes standardisées, mais ça et là s’ouvrent des sentiers critiques, dans un cocktail détonnant de douces évidences et de piments plus corsés.

Sully vit une conversion existentielle, comme ces militants anticapitalistes…

L’anticapitalisme d’« Avatar » est indissociablement collectif et individuel. Se désintoxiquer de l’imaginaire capitaliste passe aussi par une transformation de soi. Jake Sully (Sam Worthington, déjà remarqué dans « Terminator 4 »), ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant devenant « pilote » mental d’un avatar (corps hybride d’ADN humain et de Na’vi), va connaître une véritable conversion : d’inflitré chez les Na’vi à protecteur de leur mode de vie, de soldat impérialiste à eco-warrior.

Sully a quelque parenté avec la figure des « militants existentiels » anticapitalistes, caractérisée « par un travail spirituel et politique de chacun de nous sur lui-même, soutenu par des communautés de vie », promue récemment par le philosophe de l’économie Christian Arnsperger dans son stimulant ouvrage Ethique de l’existence post-capitaliste (éd. du Cerf, 2009).

Cette révolution culturelle personnelle prend les chemins de la fragilité dans « Avatar » : un handicapé à l’âme guerrière, fasciné au départ par les capacités supposées illimitées de son avatar, finira par assumer ses faiblesses d’être humain mortel.

Une écologie radicale, loin des niaiseries de Borloo ou Cohn-Bendit

Cepedant, Cameron ne suivrait pas Arnsperger dans son choix de la conversion existentielle contre la voie révolutionnaire classique des rapports de forces. Dans une conjoncture de menace extrême, « Avatar » justifie le recours au combat et à la force. Dans certaines circonstances, l’anticapitaliste vert conséquent doit aussi savoir prendre les armes (au sens métaphorique, n’impliquant pas nécessairement le maniement de la kalachnikov).

Cette écologie radicale n’a pas grand-chose à voir avec les niaiseries consensualistes de l’arc Borloo/Cohn-Bendit. Elle appelle des clivages, des conflits, des affrontements. La transformation personnelle et l’action collective contre les forces dominantes apparaissent associées et non pas opposées.

Le gouvernement encourage la privatisation de l’enseignement UFAL Reporterre 2010/01/06 UFAL (6 janvier 2010) Le gouvernement encourage la privatisation de l’enseignement. Reporterre. fr

Le gouvernement encourage la privatisation de l’enseignement

L’UFAL (Union des FAmilles Laïques) dénonce la privatisation de l’enseignement et s’interroge sur l’augmentation du nombre de postes proposés par le privé.

L’entreprise de privatisation de l’enseignement se poursuit au grand jour. Alors même que le projet de loi de finances prévoit la suppression de 16.000 postes dans le secteur public à la rentrée 2010, que les accords Kouchner-Vatican rendent désormais possible la reconnaissance des diplômes délivrés par des universités confessionnelles, que l’existence de l’école maternelle est remise en question à travers la création de simples structures d’accueil privées, nous apprenons que le nombre de postes ouverts aux concours externes du privé (CAFEP-CAPES) est, cette année, multiplié par deux.

Tandis que le gouvernement organise la pénurie dans le public, il organise le renforcement du secteur privé : le nombre de postes au CAPES externe public est en diminution et reste largement inférieur au nombre de départs à la retraite, mais le nombre de postes proposés par le privé passe, quant à lui, de 569 à 1260. Le déséquilibre est particulièrement criant dans certaines disciplines : en philosophie, par exemple, le nombre de postes dans le privé est multiplié par 4 alors que le public ne propose plus que 32 postes.

L’existence d’une concurrence « libre et non faussée » entre l’enseignement public et l’enseignement privé est un mythe. Rappelons que c’est l’État qui rémunère les enseignants des établissements privés sous contrat et qui verse une dotation pour les personnels administratifs. Les collectivités locales sont contraintes de participer aux frais de fonctionnement de ces établissements en fonction d’un forfait calculé sur la base du coût moyen d’un élève dans le public. Ces postes ouverts dans le secteur privé sont donc financés par des fonds publics. Il s’agit ni plus ni moins d’un nouveau cadeau consenti par le gouvernement au secteur privé pour une grande part confessionnel. Et d’un pas de plus vers la privatisation de l’enseignement.

Au lieu de garantir un enseignement public de qualité, le gouvernement n’a de cesse d’affaiblir l’institution scolaire et entérine la destruction de l’école républicaine. L’Ufal appelle le gouvernement à mettre fin à la réduction du nombre de postes dans l’enseignement public et demande l’abrogation de la loi Debré de 1959.

La décroissance - en 1993 Hervé Kempf Reporterre 2010/01/06 Hervé Kempf (6 janvier 2010) La décroissance - en 1993. Reporterre. Tribune — fr

La décroissance - en 1993

Dans un article publié en 1993 dans Libération, l’auteur employait, au détour d’une phrase, le terme de « décroissance ». Pour le reste, l’article reste hélas pertinent plus de quinze ans plus tard.

Se réjouir de la crise

Faut-il se réjouir de la crise ? Oui ! C’est du moins ce que devraient clamer sans complexe ceux pour qui l’écologie est autre chose qu’une question décorative. Car enfin, faut-il déplorer que la vente d’automobiles chute de plus de 20 % par an ? Non, dès lors que l’on critique l’engorgement absurde auquel conduit le “tout automobile”. Doit-on regretter le ralentissement du bâtiment et des travaux publics ? Non, quand cette activité, artificiellement soutenue à coups de fausses factures et de prévarication, conduit à la défiguration des paysages sans même l’excuse d’un bilan économique positif.

Devrait-on craindre la décroissance des consommations énergétiques ? Non, quand ici le gaspillage improductif est posé comme signe de la prospérité. Et plus généralement, faudrait-il se joindre au choeur des pleureuses, qui gémissent en contemplant le “taux de croissance du PIB” flirter avec la ligne étale du zéro ? Non, si l’on affirme que le niveau des productions matérielles a atteint un niveau où l’équilibre de la biosphère est compromis, sans que, pour autant, les sociétés humaines aient trouvé une plus grande sérénité.

Au total, il est urgent de critiquer l’absolutisme du taux de croissance, et de démontrer que la fixation obsessionnelle sur cet indice sert surtout à masquer le conservatisme foncier des sociétés occidentales. Par quoi se manifeste la récession ? Par une croissance du produit intérieur brut faible ou négative, d’une part, et par un taux de chômage croissant, d’autre part. Ces deux phénomènes sont-ils liés ? Non. Du moins, pas aussi étroitement que le discours monomaniaque dominant tend à le faire croire.

Le taux de croissance du PIB reflète l’évolution de la production. Quant au taux de chômage, il mesure le niveau d’utilisation de la main-d’oeuvre disponible. Assez strictement corrélés autrefois, ces deux indices sont découplés depuis que l’accroissement de la production dépend essentiellement de l’amélioration de la productivité du capital - autrement dit, des machines. C’est là l’effet majeur de la révolution informatique, qui a pris toute son ampleur dans les années 1980. Ainsi, il est possible d’accroître la production d’une société tout en diminuant le travail utilisé : ce stupéfiant résultat s’est observé nettement depuis 1985. Le phénomène est fondamental : il signifie qu’il faut analyser croissance de la production et niveau de l’emploi de manière distincte.

Du concept actuel de taux de croissance, on connaît bien les tares : il est, en premier lieu, inapte à saisir totalement le coût d’atteinte à la biosphère et de destruction des ressources naturelles des activités productives. Il favorise donc un travail artificiel et fragile, où la création d’emplois s’opère par la destruction du capital naturel. Le réflexe de faire payer à la nature les dysfonctionnements sociaux reste vivace : le plan balladurien prévoit ainsi l’achèvement du tunnel du Somport et la construction de nouvelles autoroutes, tandis que le projet de barrage de Serre de la Fare revient à la surface. Inversement, le taux de croissance n’enregistre pas les bénéfices de bien-être procurés par l’amélioration des indices sociaux (par exemple, une moindre violence ou une meilleure santé) ou environnementaux (un accroissement des espaces verts ou une diminution des embouteillages). Au total, cette conception exprime une structuration de l’économie dans laquelle la production de biens matériels est survalorisée, la fourniture de services immatériels ou non monétarisés sous-valorisée. Or, on l’a vu, la production matérielle requiert toujours moins de main d’oeuvre, tandis que le secteur des services, au potentiel d’emploi très grand et pour partie inconnu, est handicapé. C’est dans ce dysfonctionnement qu’il faut chercher une des racines les plus vigoureuses du chômage.

S’il perdure, malgré son effet délétère, c’est qu’il remplit une fonction sociale précise : maintenir une structure des revenus inégalitaire, d’une part au sein même des sociétés occidentales, d’autre part entre celles-ci et les pays de l’Est ou du Sud. La crispation égoïste des plus riches explique donc que soit entretenue la fiction selon laquelle un surcroît de ressources matérielles résoudra la crise sociale. La conséquence de cette situation est que crise sociale et crise écologique s’approfondissent et s’entretiennent l’une l’autre, et que la recherche désespérée de la “croissance” fragilise toujours plus l’équilibre écologique, sans pour autant guérir la plaie du chômage. Plus que dans les recettes d’une autre époque, les solutions sont à rechercher dans une adaptation au mouvement de récession matérielle : sur le plan de la réflexion économique, par la remise en cause des outils usuels de description de l’activité productive. Et plus généralement, en posant crûment la question de la redistribution des richesses, sans laquelle la proposition de partage du travail n’est pas opératoire.

Hervé Kempf

Journaliste, auteur de L’économie à l’épreuve de l’écologie (Hatier, 1992).

Les départements peuvent légalement interdire la culture d’OGM Philippe Martin Reporterre 2010/01/07 Philippe Martin (7 janvier 2010) Les départements peuvent légalement interdire la culture d’OGM. Reporterre. fr

Les départements peuvent légalement interdire la culture d’OGM

La question des OGM en plein champ est bien une question « d’intérêt départemental ». Le Conseil d’Etat donne raison au Département du Gers et condamne l’Etat.

Après plus de 5 ans de bataille juridique, le Conseil d’Etat vient de donner raison au Conseil Général du Gers en validant le vœu par lequel celui-ci s’était déclaré opposé aux essais d’OGM en plein champ.

Le 11 juin 2004, le Conseil Général avait adopté un vœu ou il exprimait son opposition aux essais de cultures OGM en plein champ, son souhait que les maires du Gers mettent en œuvre leurs prérogatives pour interdire de telles cultures afin de protéger la santé, la biodiversité et les productions existantes en agrobiologie ou labellisées, enfin sa volonté d’agir en liaison avec les maires dans les éventuels contentieux relatifs aux arrêtés municipaux d’interdiction d’OGM en plein champ.

Le 7 juillet 2004, le Préfet du Gers, Jean-Michel Fromion, exigeait que soit « retirée » cette délibération qui constituait à ses yeux un « abus de pouvoir manifeste ». Cette injonction était assortie, en cas de refus, d’une menace de saisine du tribunal administratif.

Le 15 juillet, Philippe Martin, Président du Conseil Général du Gers, indiquait au Préfet du Gers qu’il n’était nullement dans ses intentions de retirer une délibération qui lui apparaissait « recevable en droit » tout en exprimant clairement la « détermination du Gers à préserver son environnement sur la base du principe de précaution ».

Le 8 septembre 2004, le Préfet du Gers mettait sa menace à exécution en saisissant le Président du Tribunal Administratif de Pau afin de faire annuler la délibération en question.

Le 6 avril 2005, le Tribunal Administratif de Pau annulait la délibération du Conseil Général du Gers.

Le 12 juin 2007, la Cour administrative d’Appel de Bordeaux, saisi en cassation par le Conseil Général, confirmait le jugement du Tribunal Administratif de Pau et par conséquent l’annulation de la délibération.

Le 30 décembre 2009, le Conseil d’Etat, saisi en dernier ressort par le Conseil Général du Gers, décidait d’annuler les décisions du Tribunal Administratif de Pau et de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux, de rejeter le déféré du Préfet du Gers, de condamner l’Etat à verser au Département du Gers la somme de 3.000 €.

C’est donc une victoire sur toute la ligne pour le Conseil Général, assortie de « considérants » qui, non seulement rendent justice à la légalité du vœu adopté le 11 juin 2004, mais éclairent aussi ce dossier des OGM d’un jour nouveau.

Le Conseil d’Etat considère tout d’abord que le tribunal administratif a eu tort d’annuler le vœu du Conseil Général au motif qu’il avait délibéré sur une matière étrangère à ses attributions.

Plus important encore, le Conseil d’Etat rejoint pour la première fois le Conseil Général du Gers en considérant que dans un département « dans lequel l’activité agricole est significative », la délibération du Conseil Général marquant une opposition ferme aux essais de cultures OGM en plein champ portait bien sur un « objet d’intérêt départemental.

Cette reconnaissance de « l’intérêt départemental » de la question des OGM, pour des raisons de santé, de salubrité publique, de protection de la biodiversité et des productions existantes en agrobiologie ou labellisées, est une victoire de la démocratie qui replace le citoyen au cœur d’une décision.

La nature du régime de M. Sarkozy : le pétainisme Edwy Plenel Reporterre 2010/01/07 Edwy Plenel (7 janvier 2010) La nature du régime de M. Sarkozy : le pétainisme. Reporterre. Tribune — fr

La nature du régime de M. Sarkozy : le pétainisme

L’Appel de Mediapart, « Nous ne débattrons pas », est suffisamment explicite pour se passer de commentaires. En revanche, son succès en appelle. Son ampleur, la diversité de ses signataires comme leur croissance ininterrompue en ligne, est un événement qui va au-delà de son propos initial – le refus principiel de cautionner une machine infernale, de division et d’exclusion.

Pour nombre des premiers pétitionnaires qui, de plus, ne sont pas tous dans l’opposition systématique au pouvoir en place, il n’allait pas de soi de proclamer un refus symbolique de débattre alors même que la démocratie suppose la libre discussion et l’entière délibération. S’ils ont franchi ce pas, vaincu leurs réticences et, pour certains, quitté leur silence, c’est qu’ils partagent ce sentiment diffus que, dans cette affaire d’identité nationale, autre chose est en jeu qui nous dépasse et nous requiert : le salut d’une certaine idée de la France et du monde face à un pouvoir qui, l’abaissant et l’humiliant, nous fait honte.

Sans précédent depuis l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, ce sursaut a pour moteur la compréhension qu’avec ce « grand débat sur l’identité nationale », se donne à voir la nature profonde du régime. Non plus seulement ses apparences et ses tactiques, ses coups ou ses esbroufes, son agitation ou sa personnalisation, mais sa régression essentielle, sa dangerosité véritable. Car cette manœuvre détestable ne se réduit pas à l’évidente fuite en avant d’un pouvoir privé de résultat tangible et confronté à sa propre faillite – quadruple faillite financière, économique, sociale et morale, largement documentée sur Mediapart.

Tout en cherchant à masquer cet échec, cette exacerbation du national comme pathologie de l’identité et fantasme de l’autre, comme fixité et fermeture plutôt que comme mouvement et ouverture, dévoile ce qui est politiquement à l’œuvre derrière le personnage présidentiel, les références partagées qui unifient son propre entourage et celui de son premier ministre, le projet idéologique qui réunit leurs principaux collaborateurs et conseillers.

Ici, deux discours font preuve. Ils ont été pesés, pensés et mûris. L’un a inauguré la séquence « Identité nationale », explicitant la mission confiée à Eric Besson : c’est celui de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, le jeudi 12 novembre. L’autre l’a prolongée, maintenant le cap malgré la polémique croissante : c’est celui de François Fillon, au colloque de l’Institut Montaigne, à Paris, le vendredi 4 décembre. Deux discours, deux moments, deux personnalités, deux fonctions, et, cependant, du président de la République au premier ministre, le même contenu, les mêmes références et la même intransigeance.

Il faut les lire avec attention, mot à mot, ligne à ligne, afin de prendre l’exacte mesure du retour en arrière que MM. Sarkozy et Fillon veulent imposer à la France. Une régression dont le levier est une insidieuse négation historique, révision mensongère de notre passé aux fins de libérer, honorer et banaliser les idées, les hommes et les époques qui ont incarné le refus des idéaux démocratiques et républicains.

Effacé, le souvenir de l’Etat français de Vichy

Le discours de Nicolas Sarkozy, d’abord. « Depuis deux cents ans, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme » : ne se rendant même pas compte de l’énormité de ce qu’il affirme, le président de la République énonce ce mensonge juste avant d’affirmer qu’en 1989, avec la chute du « Mur de la honte », « les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient ».

Pour le coup, c’est la France qui, soudain, a honte. Car, d’une phrase d’une seule, l’actuel chef de l’Etat vient d’effacer le souvenir de l’Etat français de Vichy (1940-1944) et des indiscutables crimes du régime incarné par Philippe Pétain – synonyme de dictature personnelle, de terreur policière et de persécution raciale. Lequel régime, on l’oublie trop, issu de la droite extrême plutôt que de l’extrême droite, garda, au grand dam des authentiques fascistes français, trois des symboles nationaux auxquels Nicolas Sarkozy voudrait aujourd’hui, dans le même discours en Vercors, réduire l’« honneur d’être français » : le drapeau tricolore comme oriflamme, La Marseillaise comme hymne et le 14 juillet comme fête. Preuve, s’il en était besoin, que l’espérance républicaine ne s’y résume pas, et forcément les outrepasse.

Cette énormité fut donc prononcée dans un discours dont les trois autres points d’ancrage sont l’affirmation de « la Chrétienté » (avec majuscule) comme identité première de la France, placée pour la forme à équivalence avec les Lumières ; la dénonciation de « l’égalitarisme » comme source du renoncement et de l’abandon national ; enfin, la revendication du rétablissement de l’autorité comme priorité, autorité explicitement identifiée à celles de la police et de l’Etat, lesquelles institutions sont ici libérées de toute définition contraignante – « la Police », elle aussi avec majuscule, et non pas la police républicaine ; un Etat sans qualité, et non pas l’Etat de droit (la justice n’est pas mentionnée).

Ainsi entendue, la France serait, à la fois, une éternité dont « la morale chrétienne » serait le socle ; une distinction dont l’élitisme suppose le refus d’une égalité niveleuse ; et une discipline dont l’observation respectueuse suppose obéissance et cohésion. Une France, n’hésite pas à affirmer en 2009 celui qui la préside, où la République est surtout débitrice de l’Ancien Régime dont elle aurait « accompli le vieux rêve capétien d’une France une et indivisible et d’un Etat dominant les féodalités ».

La logique de cet énoncé est de désigner ceux qui, pour reprendre précisément les mots de ce discours présidentiel, ne méritent pas l’honneur d’être français ou ne peuvent le devenir car n’adhérant pas « à une forme de civilisation, à des valeurs, à des mœurs » dont les seuls symboles ici énumérés sont les cathédrales, le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris, la cathédrale de Reims et chaque église de village avec son clocher « qui le surplombe depuis dix siècles ».

Ces mauvais sujets sont évidemment étrangers, étrangers voulant nous rejoindre ou déjà parmi nous, étrangers même s’ils sont français d’apparence administrative, immigrés, Français d’ailleurs, Français différents, Français dissidents. C’est bien ce que suggère l’énumération présidentielle qui, par le détour d’une seule mention particulière, celle de la burka, évoque l’islam, confondu avec son extrémisme ultra-minoritaire, et, surtout, nie tout droit légitime à une partie de la population vivant en France, ne la rappelant qu’à des devoirs, devenus la condition de l’accès aux droits.

Ce passage du discours illustre parfaitement à quoi sert cette imposition de la question nationale comme ordre du jour central : à une immense régression sociale, à transformer des droits en privilèges, à remettre en cause l’idée même d’une justice sociale, bref, à renforcer les inégalités et à accroître les injustices. La France, dit Sarkozy, « demande qu’on la respecte. On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs ». Suivent alors les mentions de la sécurité sociale, des allocations chômage et de la gratuité des études comme trois avantages dont on ne pourrait ni « bénéficier » ni « profiter » si l’on ne se comporte pas en citoyen conforme, obéissant et discipliné, c’est-à-dire toujours prêt à « se demander ce que l’on peut faire pour son pays ».

L’ennemi, dans cette mise en guerre du pays avec lui-même, outre l’étranger immigré ou le Français fidèle à son passé étranger, c’est « l’assisté », dont il va falloir « exiger qu’il fasse tous les efforts » qu’appelle sa déplorable condition, et, bien sûr, tous ces mauvais Français incapables d’aimer suffisamment la France pour vibrer à cette définition sarkozyenne, pourtant d’une stupidité abyssale : « Un Français reconnaît d’instinct une pensée française, une région française et il s’y sent chez lui. »

François Fillon en disciple de Maurice Barrès

Loin de nuancer ce nationalisme d’un autre âge, comme l’ont cru des commentaires pressés, le discours de François Fillon à l’Ecole militaire, le 4 décembre, l’a accentué. Revendiquant sa volonté politique de mettre « la question nationale » au cœur du débat politique et critiquant vivement ceux qui s’y refusent, le premier ministre a prononcé cette phrase : « Ce mutisme assumé, je pense qu’il révèle bien des malentendus qu’un siècle de critiques a pu creuser entre les Français et l’idée même de la Nation. »

Il s’agit donc bien de revenir un siècle en arrière, de renouer avec le bouillon de culture des idéologies conservatrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, d’oublier leur responsabilité directe dans les catastrophes meurtrières qui ont ensanglanté l’Europe et de donner finalement tort à ceux qui, à la Libération, des gaullistes aux communistes, imposèrent à une droite conservatrice, défaite et discréditée, sinon la réalité accomplie du moins les valeurs référentielles d’une démocratie libérale et d’une république sociale qu’elle avait toujours eu en horreur.

« Être français, c’est d’abord appartenir à un très vieux pays d’enracinement. » La France de François Fillon, dans le même discours, est par essence une immobilité, une « France des origines » tissée de « lignées anciennes ». C’est pourquoi l’imaginaire de ce nationalisme conservateur est d’abord géographique, fait de paysages éternels, tant il redoute l’histoire imprévisible, ses ruptures, ses mouvements, ses aléas, sa liberté en somme.

Exprimant une peur panique du présent et du mouvement, de l’inattendu et de l’imprévu et, donc, de l’hôte de passage, de l’invité surprise, bref, du surgissement du monde, il a pour mot de passe, de l’antidreyfusard Maurice Barrès au souverainiste François Fillon, l’enracinement. Et pour cible, évidemment, les déracinés, titre du plus connu des bréviaires barrésiens. Les déracinés, autrement dit tous ceux qui témoignent d’identités de relations plutôt que de racines, d’identités en mouvement et en déplacement, faites de liens et d’échanges, de brassages et de mélanges, de rencontres et de partages.

Dès le début du discours du premier ministre, la référence à Maurice Barrès est explicite. Evoquant successivement, comme les trois périls qui menacent la France, « une société sans âme, dominée par un individualisme forcené », une Europe « plus technocratique que politique » et « une mondialisation désincarnée qui ferait de nous des pions anonymes », il les résume d’un seul mot, le déracinement : « Les Français ne peuvent souscrire à un tel déracinement. »

Contre ces trois perditions – l’individu, l’Europe et le monde –, il faudrait donc défendre nos racines. Et quelles sont-elles pour François Fillon ? Tout simplement, la chrétienté, la ruralité et l’unicité. Une France qui « tient aux rythmes d’une tradition chrétienne et rurale », une France qui « n’oublie ni ses villages, ni ses coutumes », une France qui, face à la « pluralité », « a su opposer les vertus centralisatrices d’un principe fort ».

Ici, les concessions à la laïcité sont de pure forme, balayées par l’insistance chrétienne : « La France est laïque, mais la France est tout naturellement traversée par un vieil héritage chrétien qui ne saurait être ignoré par les autres religions installées plus récemment sur notre sol. » « Plus récemment » est ici essentiel, affirmation non seulement d’une supériorité faite d’antériorité mais, surtout, d’un devoir de soumission des autres religions et, par extension, des cultures différentes.

Une droite maurrassienne, orléaniste et élitiste

« C’est aux étrangers qu’il revient de faire l’effort d’intégrer la France », lit-on quelques phrases plus loin, injonction qui transforme l’espoir de devenir français en épreuve contraignante plutôt qu’en rêve émancipateur : « Être français et vivre en France, c’est une chance mais c’est aussi une charge. » La France de MM. Sarkozy et Fillon n’accueille plus. Au mieux, elle recrute. Dans tous les cas, elle exige. Qu’on s’assimile, qu’on se soumette, qu’on se conforme, qu’on se convertisse, qu’on se noie et qu’on se perde. C’est une France de la ressemblance où la différence n’a pas sa place.

Quant à l’idéalisation de la ruralité, apparemment anachronique dans nos sociétés industrielles, elle résonne comme une citation qui fait sens, formule magique libérant une tradition politique refoulée. Dans son récent discours aux agriculteurs, Nicolas Sarkozy n’avait pas craint d’identifier la Terre, avec majuscule, à une saine identité nationale, comme en écho au fameux « la terre, elle, ne ment pas » du troisième appel du maréchal Pétain, lu le 25 juin 1940. Un appel rédigé par Emmanuel Berl, symbole de ces égarés de la gauche que leur égocentrisme sans boussole amènera à côtoyer Vichy, tout comme l’ancien communiste, socialiste, chevénementiste Max Gallo inspire aujourd’hui cette vision étatique d’une France éternelle fondée par la rencontre de la monarchie et de la chrétienté.

Vision mythologique bien sûr, fort éloignée de l’histoire avérée. Et pourtant vision désormais officielle, au risque international d’un ridicule qui ne tuera pas François Fillon : « Le fait est que, dans la tempête des invasions barbares, il n’y a guère que le petit peuple franc qui ait surnagé. Sans doute parce qu’en contrepoids d’un caractère belliqueux, incontestable, la légitimité et le droit étaient déjà deux obsessions françaises. »

C’est alors que, dans ce discours du premier ministre, surgit la référence à Jacques Bainville, évoquant Jeanne d’Arc tombant à genoux devant le dauphin. Bainville, ce fidèle de Charles Maurras, cette plume de L’Action française, dont les obsèques, le 13 février 1936, furent l’occasion d’une tentative de lynchage de Léon Blum, dont la voiture avait par mégarde croisé le cortège funèbre. Du leader socialiste, Maurras avait écrit : « Voilà un homme à fusiller, mais dans le dos », tandis que, pour son acolyte Léon Daudet, « Blum était le bruit que font douze balles dans la peau d’un traître ». Les processionnaires de l’enterrement de Bainville avaient ces mots-là en tête, et les mirent en pratique.

Soixante-treize ans plus tard, ce lapsus maurrassien dans la bouche d’un chef de gouvernement ne saurait relever de l’inculture. D’autant moins qu’il est cohérent avec l’ensemble des propos qui, du chef de l’Etat au premier ministre, dressent le portrait d’une France élue à la grandeur bien avant que la république ou la démocratie ne s’en mêle. Ou, mieux encore, grande malgré la république (réduite ici à la centralité du pouvoir) et malgré la démocratie (amputée ici de l’exigence d’égalité). Une France qui doit « être aimée et servie », dans l’obéissance, la cohésion et la discipline : « Les 65 millions de Français doivent faire bloc », insiste François Fillon, qui met en garde ceux qui ne voudraient pas en être, ceux qui critiquent, discréditent, voire, dit-il, « débinent constamment notre nation et ses valeurs » – ici, l’emploi d’un verbe familier élargit l’interdit à notre quotidienneté.

De cette Anti-France, M. Fillon dessine clairement les contours en trois mots : « Aujourd’hui, dans nos stades, dans nos cités, parmi nos élites, émerge parfois la tentation de défier la République, en affichant le mépris de ses symboles. » Stades, cités, élites : trois mots qui suggèrent le peuple, les immigrés et les intellectuels.

Evidemment, ces deux discours sont aussi parsemés de précautions ou d’allusions qui en masquent ou en atténuent la cohérence. Mais ce ne sont là que dénégations orwelliennes, mots vides de sens et références privées de signification. L’essentiel est ailleurs : pour la première fois depuis 1944-1945 s’énonce, au sommet de la République, l’idéologie de la droite extrême, celle qui fut au pouvoir avec Philippe Pétain sous Vichy, cette droite à la fois maurrassienne, orléaniste et élitiste qui n’avait jamais admis la démocratie libérale et qui vécut la victoire de l’Allemagne nazie comme sa divine surprise, cette droite que seules la victoire des Alliés et la personnalité de Charles de Gaulle obligèrent à admettre le principe de la République et sa devise de liberté, d’égalité et de fraternité.

Défendre l’esprit des Lumières et le droit naturel

La bataille des Lumières n’est donc pas terminée, et elle se joue ici même face à un pouvoir qui leur tourne le dos. C’est parce qu’elle les refusait que la droite extrême d’hier combattait la République sans Dieu. C’est parce qu’elle entend les remettre en cause que la droite extrême d’aujourd’hui veut nous imposer sa Nation de Chrétienté.

Qu’est-ce, en effet, que les Lumières sinon l’inverse de ce que rabâchent ces deux discours ? Un appel à l’émancipation du sujet humain des entraves du passé et de la religion, de l’obscurantisme de l’une et des immobilismes de l’autre. Une théorie du droit naturel où l’égalité est au principe des droits de l’homme. Une affirmation de la primauté de l’individu sur la société et de sa liberté comme garantie de l’émancipation. L’égalité, donc : des hommes naturellement égaux en droit, des droits égaux entre individus libres... Et pour l’intellectuel de cette droite extrême que fut Charles Maurras, l’ennemi, c’est justement l’égalité, et son credo l’inégalité – entre individus, entre classes, entre peuples, entre nations, etc.

Si la démocratie est le régime que Maurras abhorre, c’est parce que sa promesse subversive est celle de l’égale valeur politique des individus. La combattre suppose de rétablir des hiérarchies, des différences, des aristocraties, bref, un ordre stable d’inégalités garanti par l’autorité incontestée d’un pouvoir central capable de conjurer cette menace : la vitalité démocratique d’une pluralité d’égaux. C’est d’ailleurs pourquoi l’Eglise de Maurras est si peu chrétienne et purement d’ordre, à tel point qu’il considère l’Evangile comme un dangereux pamphlet révolutionnaire parce que d’esprit égalitaire.

De Maurras, par exemple, dans Mes idées politiques (1937) : « Toutes les fortes crises modernes ont un caractère oriental ; bibliques par leur esprit ou juives par leur personnel. » Où l’on croise le fantasme occidental des désordres orientaux, aujourd’hui ravivé par notre époque de transition et, donc, d’incertitude et de peur.

Critique de l’égalité, éloge de la chrétienté, hommage à la royauté, méfiance de l’étranger, enracinement de la nation, soumission à l’autorité, etc. : tous les refrains actuellement mis en musique par le pouvoir ramènent à ces sources idéologiques de la droite extrême d’avant-guerre, jusqu’alors tenues en lisières d’une droite de gouvernement peu ou prou issue du gaullisme.

Telle est la véritable rupture incarnée par Nicolas Sarkozy : la clôture du gaullisme comme s’il ne s’était agi que d’une parenthèse ouverte par un accident historique – la défaite de l’Allemagne nazie et, donc, de la « Révolution nationale » de Vichy qui avait saisi comme une divine surprise l’opportunité offerte par la collaboration avec le IIIe Reich. Les racines du sarkozysme plongent au-delà, retrouvant l’idéologie des droites extrêmes d’avant-guerre pour inventer la cohérence d’un pouvoir qui allie, de façon inédite, souverainisme nationaliste, libéralisme économique et illibéralisme politique.

Le discrédit moral qui, fort légitimement, accompagne le pétainisme nous fait trop souvent oublier l’effrayante normalité et continuité dont le régime de Vichy était porteur. « Dictature pluraliste », selon le mot de l’historien Stanley Hoffmann, il rassemblait autour d’un chef charismatique aussi bien la droite antirépublicaine que la droite technocratique, des catholiques et des libéraux, des traditionalistes et des modernistes, des maurrassiens de droite et des non-conformistes de gauche, etc.

Dans une remarquable synthèse sur cette période, l’historien Jean-Pierre Azéma – signataire de notre Appel – souligne combien l’idéologie vichyssoise est « un syncrétisme français », prenant « le contre-pied des principes de la démocratie libérale et des fondements de la synthèse républicaine : la condamnation définitive de l’individualisme, le refus de l’égalitarisme, un appel au rassemblement national, une pédagogie anti-intellectualiste, la défiance à l’égard de l’industrialisme, le rejet du libéralisme culturel, et enfin l’affirmation d’un nationalisme fermé et ethnocentrique ».

Où l’on retrouve bien des ingrédients de l’offensive idéologique actuelle... Quand Alain Badiou se risqua, dès 2007, à évoquer le pétainisme à propos du sarkozysme, la comparaison pouvait surprendre, voire scandaliser. Désormais, c’est le pouvoir lui-même qui y incite avec ses obsessions et ses références qui, loin d’être sans histoire et sans précédents, ont un parcours et des antécédents – des racines en somme.

« Je ne suis pas en train de dire que les circonstances ressemblent à la défaite de 1940, et que Sarkozy ressemble à Pétain, prenait soin de préciser Badiou dans De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007). Pas du tout. Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme. » Pétainiste, précisait le philosophe, étant entendu ici comme « le transcendantal, en France, des formes étatisées et catastrophiques de la désorientation ».

Le sarkozysme témoigne de la désorientation d’une partie de nos élites politiques, économiques, administratives, face à l’actuel décentrement du monde, au croisement d’une révolution industrielle imprévisible et d’une perte d’emprise de l’Occident. Sa perdition idéologique évoque irrésistiblement le constat dressé à l’été 1940 par un homme que les discours de MM. Sarkozy et Fillon convoquent mais qu’ils trahissent, faute de l’avoir bien lu : le grand historien et futur martyr de la Résistance Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite. « Français, je vais être contraint, parlant de mon pays, de ne pas en parler qu’en bien », prévenait-il avant de mettre en évidence la responsabilité dans l’affaissement moral de la nation d’une bourgeoisie qui « avait cessé d’être heureuse » et qui, devenue « anxieuse et mécontente, était aussi aigrie ».

L’Appel de Mediapart signifie simplement le refus de cette déchéance. A cette aigreur, remugle de méfiance et de crispation, de faiblesse et de violence, de petitesse et de peur, il oppose une façon très française de vouloir la France qui est toute de refus et de hauteur, d’exigence et de réclamation, d’alerte et d’ambition, de curiosité et de générosité. Car critiquer la France, c’est l’aimer. La vouloir, la réclamer, l’exiger. Et ne pas supporter qu’on la critique, c’est en revanche la déserter. L’ignorer, l’oublier, la délaisser.

Drapés dans l’alibi du national, les conservatismes de tous horizons, les renoncements de tout acabit voudraient une France immobile et éternelle, figée et achevée. La vérité, c’est qu’ils ne l’aiment pas telle qu’elle est. Telle qu’elle bouge, évolue, change, se transforme et se modifie dans une fidélité frondeuse à son histoire et à ses promesses, à sa présence au monde et aux autres.

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Références

- Discours de Nicolas Sarkozy : http://www.elysee.fr/documents/inde...

- Discours de François Fillon : http://www.gouvernement.fr/premier-...

Gaza, un an après. Nous n’oublions pas. Samir Abi Reporterre 2010/01/08 Samir Abi (8 janvier 2010) Gaza, un an après. Nous n’oublions pas.. Reporterre. Tribune — fr

Gaza, un an après. Nous n’oublions pas.

La Palestine ne cessera jamais d’être sur nos lèvres tant que ne cessera pas cette injustice. La plus grande injustice du siècle devant laquelle tout le monde semble impuissant. Une fois encore, la forte mobilisation citoyenne visant à libérer Gaza du blocus dont elle est victime depuis 4 ans se heurte à la volonté des Etats de laisser perdurer, au profit de leur intérêt particulier et de leur relation avec Israël, le triste sort des Palestiniens et Palestiniennes. Israël, un petit Etat qui nargue le monde entier et qui tient en laisse les plus grandes puissances du globe. Un petit Etat qui utilise toute sa puissance militaire, la quatrième du monde, pour brimer la volonté d’un peuple qui ne désire qu’une chose : être libre et indépendant sur une terre qui leur a été spoliée.

Il y a un an… Le massacre

Il y a un an, c’était le massacre de Gaza. Quel crime ont commis les 1.400 Palestiniens et Palestiniennes victimes de la barbarie de l’armée israélienne l’année dernière ? Quelles réparations ont été obtenues un an après pour les centaines de maisons, de commerces, de fabriques, d’infrastructures médicales et scolaires, de champs et de réserves d’eau détruits, rasés alors qu’Israël continue d’empêcher toute importation de matériaux de reconstruction par un blocus inhumain ?

Celles et ceux dont les maisons ont été détruites continuent à survivre sous des tentes de fortune malgré l’hiver qui vient de commencer. L’eau, le gaz, l’électricité font défaut. Comme la nourriture et les médicaments. Comme les chaussures des enfants, que les dirigeants israéliens refusent de laisser passer. Comme les vêtements. A cause de ce blocus, les habitants et habitantes de Gaza dépendent entièrement de l’aide internationale. L’aide internationale que voudraient leur apporter les 1.300 Athées, Chrétiens, Juifs, Musulmans venus de plus de quarante pays que le gouvernement égyptien empêche d’entrer à Gaza.

Pour survivre au siège dont elle est victime de la part de l’armée israélienne, la population palestinienne n’a d’autres recours que d’utiliser des tunnels clandestins où elle fait passer les produits de première nécessité au péril de la vie des passeurs, qui sont souvent victimes des bombardements israéliens. Et pour aggraver leur souffrance, le gouvernement égyptien est en train de construire un mur d’acier souterrain afin d’empêcher le passage des produits par les tunnels. Gaza est la plus grande prison au monde. Une prison affamée, assoiffée, mais qui résiste et à qui les citoyennes et citoyens du monde entier doivent apporter leur solidarité. Une solidarité active car le temps des mots est révolu. Il nous faut exiger que la communauté internationale contraigne enfin Israël à cesser les crimes de guerre, voire les crimes contre l’Humanité envers les Palestiniens comme l’a réaffirmé le Rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les événements d’il y a un an.

Il y a un an… Je ne l’oublierai jamais.

En trois semaines, Israël a tué des milliers d’innocents impunément, a fait des milliers de blessés, des milliers d’orphelins, de veufs et de veuves, des milliers de sans abris, a mis à terre l’économie de ce territoire déjà étouffée par le blocus et où l’espérance de vie ne cesse de diminuer. Elle a condamné une population qui souffrait déjà et qui souffrira encore d’avantage lorsqu’elle verra naître ses enfants déformés par l’uranium de ses bombes et qu’elle les verra mourir atteints de cancer. Et cela, je ne l’oublierai jamais, avec le soutien des pays qui défendent les « Droits humains » (Etats-Unis, Europe,…), des médias qui défendent la « démocratie », et même des pays arabes qui ont trahi leur frère, pour clamer la légitime défense de l’état d’Israël. Il y a un an, je me souviens encore de ces mots du prix Nobel de la paix, le président Barack Hussein Obama, déclarant que, s’il vivait en Israël avec sa femme et ses enfants et s’il voyait la sécurité de sa famille en danger, il agirait de la même manière que le fait l’état d’Israël. Oui, Monsieur le prix Nobel, vous avez sans doute oublié un détail. A qui appartient la terre sur laquelle est bâtie la maison qui abrite ces familles israéliennes ? On vole les terres d’un peuple, et on est indigné de voir qu’il résiste ? Comment ne pas être écœuré de voir un peuple souffrir en silence et qui n’a personne pour défendre ses droits, ni même informer le monde de la tragédie qu’il vit ?

Pour une solution… Laquelle ?

La nature du problème palestinien, faut-il le rappeler, dépasse les frontières religieuses et humanitaires malgré ce qu’on nous laisse croire. C’est un problème de droits, un problème de justice, un problème national né de la lâcheté des puissances colonisatrices et complices du nazisme qui, pour sauvegarder leurs intérêts au Moyen Orient, ont créé l’Etat d’Israël.

Depuis sa création, cet Etat est en guerre permanente contre ses voisins, contre ceux des Palestiniens qui ne veulent pas quitter leurs terres, contre les décisions de l’ONU qui a pourtant été à l’origine de sa création mais dont il ne respecte pas les décisions depuis soixante ans. Pour moins que cela Saddam Hussein a été déchu. Les Palestiniens, comme tous les peuples de la planète, aspirent à l’indépendance ; ils en ont assez de la colonisation, de l’apartheid et des massacres. Ils en ont eu assez des négociations de paix et des lourds sacrifices consentis par Yasser Arafat, qui a fini comme on sait, prisonnier à Ramallah et assassiné…

Pour cela ils ont fait confiance au Hamas en 2006. Le Hamas, qui a leur yeux est le seul mouvement de résistance qui pouvait encore les défendre après des décennies d’humiliations. Et en le faisant, ils ont décidément choisi de mourir les armes à la main plutôt que lentement … A leur place qu’aurions-nous fait ? Que ceux qui ont encore la mémoire se souviennent de nos luttes en Afrique pour les indépendances. De la révolte « Mau Mau » au Kenya, colonie de peuplement sous occupation britannique. Que ceux qui ont encore la mémoire se souviennent des résistants français et de leurs actions. Ils n’étaient pas des terroristes. Et pourtant leurs moyens d’action différaient-ils du Hamas ? La mémoire est certes infidèle mais pas pour les justes.

Le pic pétrolier est proche, reconnait l’AIE The Guardian Reporterre 2010/01/08 The Guardian (8 janvier 2010) Le pic pétrolier est proche, reconnait l’AIE. Reporterre. fr

Le pic pétrolier est proche, reconnait l’AIE

Des fonctionnaires de l’Agence Internationale de l’Energie reconnaissent que celle-ci minimise sciemment l’imminence de la pénurie de pétrole.

Le monde est beaucoup plus proche de manquer de pétrole que les estimations officielles ne l’admettent, selon un informateur de l’Agence Internationale de l’Energie qui affirme qu’elle a délibérément minimisé une pénurie imminente de peur de déclencher des achats paniques.

Ce haut fonctionnaire affirme que les États-Unis ont joué un rôle déterminant pour encourager l’agence à minimiser le déclin des champs pétroliers existants, tout exagérant les possibilités de découvertes de nouvelles réserves.

Ces allégations soulèvent de sérieuses questions sur l’exactitude du dernier World Energy Outlook, évaluant la demande et l’offre de pétrole, publié le 10 novembre 2009 par l’Agence. Ce document est utilisé par de nombreux gouvernements, dont le britannique, pour définir leurs orientations en matière de politique énergétique et concernant le changement climatique.

En particulier, elles mettent en doute la prévision du dernier World Economic Outlook, qui sera on le pense reconduite cette année, qui estimait que la production pétrolière pourra passer d’un niveau actuel de 83 millions de barils par jour à 105 millions de barils. Des critiques extérieurs à l’agence ont souvent fait valoir que cette affirmation ne pouvait être étayée par des preuves concrètes et ils affirment que le pic de production pétrolière a déjà été dépassé.

Désormais, la théorie du « pic pétrolier » trouve des partisans au cœur même du secteur de l’énergie. « L’AIE prévoyait en 2005 que la production de pétrole pourrait s’élever à 120 millions de barils par jour en 2030, mais elle a été contrainte de réduire progressivement ce chiffre à 116 mb/j puis 105 l’an dernier », déclare notre source à l’AIE, qui n’a pas souhaité dévoiler son identité par crainte de représailles en provenance de l’industrie pétrolière. « Le chiffre de 120 mb/j a toujours été un non-sens, mais même celui qui est utilisé aujourd’hui est beaucoup plus élevé que ce qui peut être justifié, et l’AIE le sait. »

« Nombre de personnes à l’intérieur de l’organisation estiment que le maintien de la production, même entre 90 mb/j et 95 mb/j sera impossible, mais il est à craindre que la panique puisse se propager sur les marchés financiers si les chiffres avaient été inférieurs. Et les Américains craignent la fin de la suprématie du pétrole parce que cela menacerait leur pouvoir sur les ressources pétrolières », ajoute-t-il.

Une deuxième source haut placée à l’AIE, qui a aujourd’hui quitté ses fonctions mais est tout aussi réticente à donner son nom, indique qu’une règle fondamentale de l’agence était l’« impératif de ne pas [mettre en] colère les Américains », mais que le fait est que les réserves de pétrole sont moins importantes qu’admises. « Nous sommes [déjà] entrés dans la zone du « pic pétrolier ». Je pense que la situation est très grave », a-t-il ajouté.

L’AIE est consciente de l’importance de ses propres chiffres, et affirme sur son site : « Les gouvernements participant à l’AIE et l’industrie mondiale ont appris à compter sur le World Energy Outlook pour leur fournir une base cohérente sur laquelle ils peuvent formuler des politiques et préparer leurs plans d’activité ».

Le gouvernement britannique, entre autres, utilise toujours les statistiques de l’AIE, plutôt que les siennes propres, pour affirmer qu’il n’y a que peu de danger pesant sur l’approvisionnement en pétrole à long terme.

L’AIE a indiqué ce soir que les tenants du pic pétrolier avaient souvent mis en doute à tort l’exactitude de ses chiffres. Un porte-parole a précisé qu’il était incapable de se prononcer par avance sur le rapport 2009 qui sera publié demain.

John Hemming, le député qui préside le groupe parlementaire sur le pic pétrolier et gazier, déclare que ces révélations confirment les soupçons sur le fait que l’AIE sous-estime la rapidité avec laquelle le monde commencerait à manquer de pétrole et que cela a de profondes implications quant à la politique énergétique du gouvernement britannique.

Il a indiqué avoir également été contacté par certains responsables de l’AIE qui regrettaient son manque d’indépendance pour les prévisions. « Les rapports de l’AIE ont été utilisé pour justifier l’affirmation que le pétrole et le gaz ne connaitraient pas de pic avant 2030. Il est clair maintenant que ce ne sera pas le cas et que les chiffres de l’AIE ne peuvent être invoqués », déclare M. Hemming.

« Tout cela redonne de l’importance aux négociations de Copenhague et indique que le Royaume Uni a un besoin urgent de se diriger plus rapidement vers une économie plus durable si il veut éviter de graves problèmes économiques », a-t-il ajouté.

L’AIE a été créée en 1974 après la crise du pétrole, afin de tenter de préserver l’approvisionnement énergétique de l’occident. Le World Energy Outlook est publié annuellement sous le contrôle Fatih Birol, l’économiste en chef de l’agence, qui a défendu les prévisions précédentes contre les attaques émanant de l’extérieur de l’agence. Les partisans de la thèse du pic pétrolier ont souvent mis en doute les chiffres de l’AIE.

Mais aujourd’hui, des sources internes à l’AIE ont contacté le Guardian pour dire que M. Birol était de plus en plus confronté à l’intérieur de l’organisation à des questions sur ces chiffres.

Matt Simmons, qui est un expert respecté de l’industrie pétrolière, a longtemps contesté les chiffres du déclin de la production et les statistiques pétrolières que l’Arabie Saoudite fournit sur ses propres champs. Il s’interroge sur le fait que le pic pétrolier puisse être beaucoup plus proche que beaucoup ne l’acceptent.

Un rapport publié le mois dernier par le Centre Britannique de Recherche pour l’Energie (UKERC) indique que la production mondiale de pétrole conventionnel pourrait passer par un « pic » et entamer son déclin terminal avant 2020, tout en jugeant que le gouvernement ne se préparait pas à faire face à ce risque. Steve Sorrell, auteur principal du rapport, a déclaré que les prévisions suggérant que la production de pétrole n’atteindrait pas son maximum avant 2030 étaient « au mieux, optimiste et au pire invraisemblable ».

Depuis 2004, plusieurs personnes ont lancé des avertissements similaires. Colin Campbell, un ancien cadre de Total France, a déclaré lors d’une conférence : « Si le chiffre des réserves réelles [de pétrole] sortait, il y aurait une panique sur les marchés boursiers... Au bout du compte cela n’arrangerait personne. »

Du climat à la guerre Olivier Kempf Reporterre 2010/01/09 Olivier Kempf (9 janvier 2010) Du climat à la guerre. Reporterre. Tribune — fr

Du climat à la guerre

Une lecture du livre important d’Harald Welzer, Les guerres du climat.

Je l’avais évoqué, je l’ai lu : il me semble opportun d’en parler, à la veille de la conférence de Copenhague. Il s’agit du livre de Harald Welzer, Les guerres du climat (titre original : Klimakriege), sous-titre « Pourquoi on tue au XXI° siècle »(Gallimard, 362 p., 2009).

1/ Une précision en premier lieu : l’auteur est un anthropologue. Son ouvrage n’est donc ni celui d’un stratégiste, ni même celui d’un géopolitologue, tendance géographique, climatologique ou relations internationales. Il est de plus allemand. Autant dire que le bain culturel du livre est très éloigné de ce à quoi les lecteurs habituels de ce blog sont accoutumés. Cela est gênant pour de multiples raisons, et en même temps cela apporte des aperçus nouveaux qui ne sont pas inutiles. Ces précisions expliquent, pour une bonne part, le sentiment mitigé que j’ai eu de la lecture de ce livre.

2/ Toutefois, cela ne suffit pas. Il y a en effet plusieurs imprécisions et incohérences qui ne me satisfont pas. Et en même temps, des éclairs et des illuminations passionnantes. Le livre est exigeant, autant le dire tout de suite : c’est un ouvrage d’intellectuel, et il n’est pas grand public. C’est un ouvrage d’idées et de concepts. Or, le principal champ conceptuel de l’auteur est celui de l’anthropologie. Et c’est une anthropologie qui s’intéresse à la violence, chose qui n’est pas, je crois, habituelle dans cette discipline, plus tentée par le décryptage des habitus sociaux qui réunissent que par ceux qui séparent. De ce point de vue, le livre est un utile contrepoint aux ouvrages de René Girard, qui se présente d’abord comme anthropologue de la violence. Il y a incontestablement une différence profonde entre les deux approches.

3/ Allons tout de suite à l’essentiel : va-t-on à des guerres du climat ? C’est ce que prétend le titre, et on attend une réponse. Elle est pour lui positive. Or, elle est bien plus ambiguë. Car le raisonnement de l’auteur est plus compliqué que le simplisme du titre ne le laisse entendre : le changement climatique provoque une tension sur les ressources, il augmente donc la violence sociale au niveau local, mais provoquera aussi des migrations qui seront soit la cause d’affrontements, soit la cause de répressions. On a donc un livre pessimiste, imprécatoire, légèrement paranoïaque, dégoulinant de pathos, parfois confus.

4/ Surtout, on est extrêmement rétif à certaines articulations logiques.

- Un seul exemple de guerre du climat est donné, celui du Darfour : outre qu’il est contestable de l’attribuer au seul dérèglement climatique, faire une loi d’un seul exemple est pour le moins spécieux. - Il y a surtout la permanente confusion entre la guerre et la violence, qui ne saurait satisfaire le stratégiste. - Il y a le biais malthusien permanent, présenté comme une évidence alors qu’on pourrait être, pour le moins, plus nuancé. - Il y a enfin la « conséquence guerrière » de ces dérèglements, qui ne convainc pas.

En fait, on est devant une pensée totalisante, qui encourt les défaut du genre, dénoncés en son temps par Karl Popper : toute pensée qui n’admet pas une contradiction logique interne est, par construction, erronée. Tout exemple est présenté comme une preuve irréfutable, sans qu’il soit permis de discuter ni les données de fait, ni surtout les conséquences qu’on en tire. Surtout, l’auteur mélange des domaines où il est visiblement compétent (l’anthropologie), d’autres qu’il a un peu parcouru (l’écologie), dans une juxtaposition parfois décousue.

5/ Plus gênant : on décèle une articulation logique qui, à la réflexion, n’est pas si étonnante : celle entre le malthusianisme (déjà mentionné) et la Geopolitik allemande à l’ancienne, celle du darwinisme étatique, celle du Lebensraum : il est curieux de voir un auteur pourfendre le nazisme et verser pour cela dans certains de ses soubassements intellectuels.... Et pour le coup, il est malthusien de considérer que chaque être vivant a droit à une certaine quotité territoriale, justifiant les déplacements de population, du « dominé » vers le « dominant », cette fois.

6/ A s’arrêter ici, on considérerait que le livre ne vaut pas la peine d’être lu. Et pourtant, il mérite l’effort. Tout d’abord parce qu’il est influent, si j’en crois le nombre de fiches de lecture qui existent sur le sujet : il y a fort à parier qu’on ne pourra s’abstenir de parler de la stratégie de l’environnement sans, malheureusement, s’y référer comme une évidence. D’autant que le discours post-marxiste rencontrera les faveurs d’un mouvement écologiste qui n’a pas l’habitude de penser la stratégie.

7/ Au-delà de ces considérations, l’ouvrage a des vertus. Tout d’abord en démontant les mécanismes de conformisme qui amènent les membres d’une communauté à admettre des procédés de violence collective ; ensuite en présentant la notion de shifting baselines (ou modification des références chronologiques) ; enfin en insistant sur une vérité pas toujours évidente, celle du rôle du politique dans la résolution des conflits.

Au total, un livre exigeant, souvent agaçant, mais qui est simultanément enrichissant. L’amateur éclairé peut oublier de le lire. Celui qui réfléchit à la géopolitique de l’environnement ferait mieux de le lire, mais avec un oeil critique.

Le Mouvement des objecteurs de croissance s’allie au Nouveau parti anticapitaliste MOC et NPA Reporterre 2010/01/09 MOC et NPA (9 janvier 2010) Le Mouvement des objecteurs de croissance s’allie au Nouveau parti anticapitaliste. Reporterre. fr

Le Mouvement des objecteurs de croissance s’allie au Nouveau parti anticapitaliste

Dans un communiqué commun, le Mouvement des objecteurs de croissance et le Nouveau parti anticapitaliste appellent à se regrouper dans une « Convergence de la Gauche anticapitaliste et de l’Ecologie radicale pour les élections régionales ».

Le capitalisme multiplie les crises majeures, économique, écologique et politique. Les licenciements, le chômage et la précarité progressent. Les droits sociaux reculent. L’humanité est menacée par une catastrophe climatique et l’épuisement des ressources, conséquences d’un mode de production capitaliste qui n’est pas supportable, sur le plan écologique comme sur le terrain social. De Copenhague à Paris, les pouvoirs au services des classes dominantes agissent pour sauver les banques et les profits, pas pour améliorer le sort de ceux qui souffrent, pas pour sauver le climat.

Face à la situation, pas de demi-mesure, pas d’eau tiède, il faut des réponses à la hauteur de l’enjeu, qui se déclinent à toutes les échelles. Ni accompagnement, ni évitement : chaque région doit pouvoir proposer un programme de rupture, décliné en mesures régionales, en relation avec les mouvements sociaux, liant systématiquement les injustices sociales, les irresponsabilités environnementales, les indécences sur le sens même de nos vies, les atteintes à la démocratie, les compétitions interrégionales (les arrogances des pays riches vis à vis des pays qu’ils appauvrissent sans cesse).

Il s’agit de : - proposer une politique en faveur du monde du travail, des salariés, des chômeurs, des précaires, pour le droit, de chacun, à vivre de son activité, des agriculteurs aux artistes ; contre l’accumulation des profits capitalistes qui contraint le plus grand nombre à vivre de plus en plus difficilement. - proposer également une alternative écologiste radicale, pour promouvoir des choix politiques courageux face aux logiques de rentabilité et de productivité sans limites qui se mènent au détriment de notre environnement, de notre santé, de l’avenir de la planète. - favoriser - au sein des institutions régionales - le renforcement mutuel des luttes sociales, des alternatives concrètes et des contre-pouvoirs. - Convaincre que la décroissance des inégalités et de notre empreinte écologique nous amènera à revoir notre façon de vivre.

Nous appelons donc, ceux qui ne se résignent pas à accepter comme inévitable la domination du capitalisme, ceux qui sans attendre les catastrophes planétaires à venir veulent dès à présent, engager des luttes de résistances et des alternatives concrètes (y compris dans les institutions ), à se regrouper dans une Convergence de la Gauche anticapitaliste et de l’Ecologie radicale pour les élections régionales.

Car s’il s’agit de s’opposer à la droite ultralibérale, nous ne pouvons continuer laisser la gauche sociale-démocrate adapter nos régions au libre échange européen, à la globalisation financière et à la destruction des ressources planétaires

Notes de voyage en écosocialisme Joël de Rosnay Reporterre 2010/01/10 Joël de Rosnay (10 janvier 2010) Notes de voyage en écosocialisme. Reporterre. Tribune — fr

Notes de voyage en écosocialisme

Illich + Internet = écosocialisme. Tel qu’on pouvait le penser en 1975. Ca se lit toujours bien...

Notes de voyage en écosocialisme (12 Août -15 Octobre, 8A.C.*)

- Ecosocialisme, écosociété, écocitoyen, écommunications, écosanté, écoparlement… Il ne s’agit pas d’un nouvel « écoculte » !... Le préfixe « éco » symbolise ici la relation étroite entre l’économie et l’écologie ; et met l’accent sur les relations entre les hommes et ce qu’ils appellent leur « maison », l’écosphère.

- Lors du premier référendum « électronique » organisé sur terminaux individuels, les écocitoyens ont préféré à tout hymne national une citation de Dennis Meadows (universitaire américain qui, en 1971, avait attiré l’attention sur la nécessité des limites de la croissance) :

« Après deux siècles de croissance, nous nous retrouvons avec des sciences naturelles et sociales grevées de partis pris et de taches aveugles. Il n’y a pas actuellement de théorie économique d’une société fondée sur la technologie où les taux d’intérêt se ramènent à zéro, où le capital productif ne tende pas à l’accumulation, et où le principal souci soit celui de l’égalité, plutôt que de la croissance. Il n’y a pas de sociologie de l’équilibre qui s’intéresse aux problèmes sociaux d’une population stabilisée, où les hommes et les femmes d’un certain âge soient en majorité. Il n’y a pas de science politique de l’équilibre capable de nous éclairer sur les moyens de pratiquer le choix démocratique, dans une société où le gain matériel à court terme cesserait d’être le critère de la réussite politique. Il n’y a pas de technologie de l’équilibre qui donne la priorité absolue au recyclage de la matière sous toutes ses formes, à l’utilisation de l’énergie solaire qui n’est pas polluante, à ma minimisation des flux tant de matière que d’énergie. Il n’y a pas de psychologie de l’état de stabilité qui permette à l’homme de trouver une nouvelle image de lui-même et d’autres motivations, dans un système où la production matérielle serait constante et équilibrée en fonction des ressources limitées de la terre.

"Tel serait donc le grand défi pour chacune de nos disciplines traditionnelles : élaborer le projet d’une société qui trouve ses ressorts matériels et son attrait dans l’état d’équilibre. La tâche serait lourde de difficultés techniques et conceptuelles : les solutions n’en seraient que plus satisfaisantes pour l’esprit, et d’un immense avantage pour la société ».

- L’avènement de l’écosociété s’est déroulé en trois grandes étapes, fondée chacune sur un type d’économie correspondant à un environnement donné : l’économie de survie (société primitive), l’économie de croissance (société industrielle), et l’économie d’équilibre (société post-industrielle ou éco-société).

L’économie d’équilibre (ou économie stationnaire) qui caractérise actuellement l’écosociété, n’implique pas, comme certains le pensaient vers la fin des années 70, une « croissance zéro ». La limitation du choix entre « la croissance à tout prix » et « l’arrêt de la croissance » était probablement due à l’emploi prépondérant d’une logique d’exclusion propre à l’époque et qui éliminait toute nuance ou toute complémentarité. On s’est aperçu que la vraie question n’était pas « croître ou ne pas croître ? » mais plutôt, « comment réorienter l’économie de manière à mieux servir, à la fois, les besoins humains, le maintien de l’évolution du système social et la poursuite d’une véritable coopération avec la nature. »

- L’économie d’équilibre qui caractérise l’écosociété est donc une économie « régulée », au sens cybernétique du terme. Certains secteurs peuvent passer par des phases de croissance ; d’autres sont maintenus à l’équilibre dynamique ; et d’autres encore à un taux de croissance « négative ». Mais « l’équilibre » de l’économie résulte de l’harmonie de l’ensemble. Comme pour la vie, cet état stationnaire est un déséquilibre contrôlé.

Un modèle de société proposé dans le courant des années 70, se rapprochait de l’écosociété : la société conviviale d’Ivan Illich. Mais ce modèle s’en éloigne aussi dès que l’on considère certains aspects que je décrirai dans un instant. Il faut d’abord rappeler, selon Ivan Illich, ce que signifient les deux notions fondamentales de convivialité et de monopole radical.

« J’appelle convivialité une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil. »

« L’homme qui trouve sa joie et son équilibre dans l’emploi de l’outil convivial, je l’appelle « austère »… L’austérité n’a pas vertu d’isolation ou de clôture sur soi. Pour Aristote, comme pour Saint Thomas d’Aquin, elle est ce qui fonde l’amitié. »

« Un monopole radical s’établit quand les gens abandonnent leur capacité innée de faire ce qu’ils peuvent pour eux-mêmes et pour les autres, en échange de quelque chose de « mieux » que peut seulement produire pour eux un outil dominant… Cette domination de l’outil assure le consommation obligatoire et dès lors restreint l’autonomie de la personne. C’est là un type particulier de contrôle social renforcé par la consommation obligatoire d’une production de masse que seules les grosses industries peuvent assurer. »

Mais Illich semble avoir sous-estimé dans son modèle certaines techniques dont le développement ne fut ralenti ni par les crises ni pas les changements de régime : l’explosion des télécommunications, la miniaturisation et la décentralisation de l’informatique, et la maîtrise par l’homme de certains processus naturels, particulièrement en biologie et en écologie. Les télécommunications et la micro-informatique ont ainsi permis la création de réseaux décentralisés « d’intelligence répartie », contrôlée par les utilisateurs eux-mêmes. Ces progrès ont été rendus possibles par une plus étroite association entre le cerveau humain et l’ordinateur ; cette association, fondée sur la reconnaissance de la voix, de l’écriture ou des formes, et sur un dialogue oral a peu à peu transformé l’ordinateur en un véritable assistant intellectuel.

- La maîtrise et l’imitation de certains processus naturels se sont effectuées au niveau industriel par l’utilisation de micro-organismes et d’enzymes dans la production d’aliments, de médicaments ou de substances chimiques utiles à la société. Et, au niveau écologique, par le contrôle et la régulation de cycles naturels, dans le but d’accroître les rendements agricoles ou pour éliminer plus efficacement les déchets du métabolisme social. Ces techniques de bio-engineering et d’éco-engineering ont ouvert la voie à de nouveaux processus industriels moins polluants, peu consommateurs d’énergie, et plus faciles à contrôler et à décentraliser que les anciens procédés de production de masse.

- Lénine disait : « Le communisme, c’est les Soviets, plus l’électricité. » Eh bien, l’écosociété, c’est la convivialité, plus les télécommunications !

Car les grandes crises économiques et les percées technologiques ont transformé la société industrielle classique, par suite d’un double mouvement : une décentralisation (ou différenciation) conduisant à la maîtrise et au contrôle des outils modernes ; et une recentration (ou intégration) résultant principalement des progrès des télécommunications et de la micro-informatique.

Ce double mouvement a permis un accroissement de l’efficacité de la gestion communautaire par la base (et donc la disparition progressive de certains « monopoles radicaux ») et un accroissement de la participation de chacun à tous les niveaux de la vie du système social.

La décentralisation se fonde sur les responsabilités individuelles. Tandis que la participation permet une régulation, (depuis le niveau décentralisé jusqu’à celui des grands régulations macroscopiques), du métabolisme de la société. Cette rééquilibration des pouvoirs s’est évidemment accompagnée de profondes modifications dans les structures politiques, économiques et sociales.

- A la différence des sociétés industrielles de type classique structurées « du haut vers la bas », l’écosociété s’est construite du « bas vers le haut ». A partir de la personne et de sa sphère de responsabilités ; par la mise en place de communautés d’utilisateurs, assurant la gestion décentralisée des principaux organes de la vie de la société. Notamment les moyens de transformation de l’énergie ; les systèmes d’éducation, les moyens électroniques de communication, de participation et de traitement des informations : et, dans certains secteurs industriels, des moyens de production.

L’écosociété admet la coexistence de la propriété privée des moyens de production et de la propriété par l’Etat. Dans le prolongement du régime libéral, elle favorise le don novateur et la capacité d’adaptation de la libre entreprise et la libre concurrence. Mais elle soumet les entreprises au contrôle strict des communautés de consommateurs et d’utilisateurs. Les communautés de la base collaborent avec les responsables de la politique du pays à une planification participative, permettant de choisir les grandes finalités et de fixer les principales échéances.

- La « rétroaction sociale » qui s’exerce à tous les niveaux hiérarchiques de la société, permet le contrôle et la mise en application de cette planification, ainsi que l’adaptation à de nouvelles conditions d’évolution.

Les grandes régulations portent principalement sur la régulation de la consommation en énergie ; la régulation du taux d’investissements ; la régulation du taux de croissance de la population ; et la régulation des principaux cycles correspondant aux fonctions d’approvisionnement, de production, de consommation et de recyclage.

La consommation en énergie est maintenue au niveau où elle se trouvait au début des années 80. Ce n’est pas l’austérité monacale, l’énergie est mieux répartie, mieux économisée, plus efficacement utilisée.

- Les nouveaux investissements servent principalement à équilibrer l’obsolescence du parc de machines et de constructions, ou pour ouvrir de nouveaux secteurs correspondant à des besoins sociaux.

- Le taux de naissance et maintenu au taux de renouvellement de la population ; laquelle se maintient à l’état stationnaire.

- On a complètement réorganisé les circuits d’approvisionnement, de production, de consommation, de recyclage. La création de filières de récupération et de systèmes de tri décentralisé a permis de reconnecter les cycles correspondant au métabolisme de l’organisme social avec les cycles naturels de l’écosystème.

- L’écosociété est décentralisée, communautaire, participative. La responsabilité et l’initiative individuelle existent vraiment. L’écosociété repose sur le pluralisme des idées, des styles et des conduites de vie. Conséquence : égalité et justice sociale sont en progrès. Mais aussi, bouleversement des habitudes, des modes de pensée et des mœurs. Les hommes ont inventé une vie différente dans une société en équilibre. Il se sont aperçu que le maintien d’un état d’équilibre était plus délicat que le maintien d’un état de croissance continue.

Grâce à une nouvelle vision, à une nouvelle logique de la complémentarité, à de nouvelles valeurs, les hommes de l’écosociété ont inventé une doctrine économique, une science politique, une sociologie, une technologie et une psychologie de l’état d’équilibre contrôlé. C’est ce que réclamait Dennis Meadows.

- Cette autre manière de vivre se traduit dans toutes les activités de la société : et surtout au niveau de l’organisation des villes, du travail, des rapports humains, de la culture, des coutumes et des mœurs. (Importance de l’intégration totale des télécommunications à la vie quotidienne.)

Les villes de l’écosociété ont été profondément réorganisées. Les quartiers les plus anciens sont rendus aux hommes, débarrassés de l’automobile, l’air y est devenu respirable et le silence y est respecté. Les voies piétonnières sont nombreuses. Dans les rues, dans les parcs, les gens prennent leur temps.

- Les villes nouvelles éclatent en multiples communautés composées de villages interconnectés. C’est une société « rurale », intégrée par un réseau de communication extraordinairement développé. Ce réseau permet d’éviter les déplacements inutiles. Beaucoup de gens travaillent chez eux.

- Dans les entreprises, de nombreux employés ne sont plus soumis à des horaires de travail rigoureux. L’extension des méthodes d’aménagement du temps de travail a entraîné une véritable « libération du temps ». L’éclatement des temps individuels et la désynchronisation des activités qui en résulte sont équilibrés par la comptabilisation d’un « temps collectif » qui permet une meilleure répartition des tâches ; au niveau des entreprises et au niveau social. L’aménagement du temps porte aussi sur d’autres périodes de la vie ; les vacances, l’éducation, la formation professionnelle, la carrière, la retraite.

- L’écosociété catalyse le jaillissement des activités de services. C’est la dématérialisation presque totale de l’économie. Une grande part des activités sociales se fonde sur les services mutuels, les échanges de services. Le brassage des hommes et des idées est facilité par les réseaux de consommation ; l’effort intellectuel par l’informatique décentralisée.

- Les sociétés industrielles, jadis, n’avaient pas été capables de supporter l’accroissement exorbitant des coûts de l’éducation et de la santé et la qualité de ces services s’étaient dégradée. L’écosociété est repartie des nœuds du réseau humain. L’enseignement mutuel et l’assistance médicale mutuelle sont réalisés à grande échelle. Mais, alors que la maîtrise de la mégamachine secrétée par les sociétés industrielles, exigeait une sur-éducation, l’enseignement de l’écosociété est considérablement réduit. Il est à la fois globale, plus pratique et plus intégré à la vie. Par ailleurs, on consomme moins de médicaments, on fait moins appel aux médecins ou l’on ne se rend à l’hôpital que dans des cas extrêmes. La vie est plus saine. Les méthodes de prévention des maladies plus efficaces ; et l’on cherche plus à stimuler les défenses naturelles de l’organisme qu’à agir de « l’extérieur » à coup de substances chimiques.

- Le pétrole et les énergies sont toujours largement utilisés dans l’écosociété, mais la stabilisation de la consommation d’énergie à un niveau permettant une répartition équitable des ressources, à entraîné de profondes modifications. Des programmes de mise en route de nouvelles centrales nucléaires ont été abandonnés. La décentralisation des moyens de transformation de l’énergie a conduit à l’exploitation de nouvelles sources. Mais ce sont toujours les économies d’énergie et la lutte généralisée contre le gaspillage qui ont permis de stabiliser la consommation en énergie. On a appris à utiliser l’énergie propre des systèmes sociaux ; énergie qui n’était jadis libérée qu’en périodes de crise, de révolution ou de guerres.

- La motivation qui conduit à l’action reposait jadis sur l’intérêt, (argent, honneurs), la contrainte (réglementation, peur de l’amende) ; ou, parfois sur la compréhension de l’utilité de son geste et le sens de la responsabilité sociale. La « transparence » de l’écosociété, une meilleure information, une participation plus efficace, ont conduit peu à peu à faire jouer les deux dernières motivations, sans lesquelles il n’y a pas de réelle cohésion sociale.

- Dans l’industrie et dans le secteur agricole, on a remplacé des procédés consommateurs d’énergie par des technologies plus douces et par des processus naturels. Dans certaines industries de transformation, comme la pétrochimie, on a abandonné plusieurs activités trop coûteuses en énergie. Le recyclage des calories et des matières premières est évidemment pratiqué à une très grande échelle. Les produits manufacturés sont plus robustes, plus faciles à réparer. Ce qui revitalise toutes sortes d’activités d’entretien et de réparation. L’artisanat renaît vigoureusement. Les objets sont déstandardisés, personnalisés.

- La révolution bio-technologique a radicalement modifié les méthodes de l’agriculture et de l’industrie alimentaire. De nouvelles espèces bactériennes sont devenues les grandes alliées de l’homme dans des activités de production et de recyclage. Des enzymes artificiels permettent de fabriquer engrais et aliments. Mais l’on connaît des restrictions en raison du gaspillage inconsidéré de la société industrielle.

- L’écosociété c’est aussi l’explosion du qualitatif et de la sensibilité. L’exploration et la conquête de l’espace intérieur. Moins préoccupés par la croissance, produisant et consommant moins, les gens ont retrouvé le temps de s’occuper d’eux-mêmes et des autres. Les rapports humains sont riches, moins compétitifs. On respecte les choix et les libertés d’autrui. Chacun est libre de poursuivre la recherche du plaisir sous toutes ses formes : sexuel, esthétique, intellectif, sportif… La création individuelle et l’accomplissement personnel reviennent souvent dans les conversations. On admire le caractère unique et irremplaçable d’une œuvre artistique, d’une découverte scientifique ou d’un exploit sportif.

- Les progrès scientifiques sont marqués par le prodigieux essor de la biologie. Mais, d’une manière plus aiguë que jamais, se posent les problèmes des rapports entre la science et la politique, la science et la religion, la science et la morale. Une « bio-éthique » renforce la nouvelle morale de l’écosociété. Elle se fonde sur le respect de la personne humaine ; oriente et guide les choix. Car les hommes de l’écosociété disposent de redoutables pouvoirs : manipulations hormonales et électroniques du cerveau, manipulations génétiques, synthèse des gènes, action chimique sur l’embryon, implantation d’embryon in vitro, choix des sexes, ou action sur les processus de vieillissement.

- Les relations entre les hommes et la mort ont évolué. La mort est acceptée, réintégrée à la vie. Les personnes âgées participent à la vie sociale ; elles sont l’objet du respect et de la considération.

- Un sentiment religieux (une religion émergente, et non pas seulement révélée) irrigue toutes les activités et l’écosociété. Il sous-tend et valorise l’action. Il confère l’espoir que quelque chose peut être sauvé. Parce qu’il existe en chacun un pouvoir unique de création ; et parce que l’issue est dans la création collective.

Voilà, c’est un scénario parmi d’autres. Dans un monde parmi d’autres. Il contient une grande part de rêve ? J’en conviens. Mais il est important de rêver. Et pourquoi ne prendrait-on pas ses rêves pour des réalités ?... Juste le temps de construire un monde.

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* 8 A.C. : « après la crise », c’est-à-dire après la grande crise mondiale des économies.

Un sommet des peuples sur le climat en avril et en Bolivie Agence Bolivienne d’Information Reporterre 2010/01/10 Agence Bolivienne d’Information (10 janvier 2010) Un sommet des peuples sur le climat en avril et en Bolivie. Reporterre. Climat fr

Un sommet des peuples sur le climat en avril et en Bolivie

Le président bolivien Evo Morales va organiser la Première conférence mondiale des peuples sur le changement climatique à Cochabamba, en avril. La conférence analysera les causes structurelles du changement climatique, discutera d’une Déclaration universelle des droits de la Terre mère et préparera un référendum mondial sur le climat.

Du 20 au 22 avril 2010, se tiendra en Bolivie la Première Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les droits de la Terre Mère, dont l’objectif sera de prendre des mesures pour défendre la vie et la survie de la planète.

Le président bolivien, Evo Morales, a fait part de cette décision lors d’une conférence de presse tenue au palais du Gouvernement, à la Paz. Il a souligné que ce sommet se tiendra dans la ville de Cochabamba au cœur de la Bolivie, à 400 km de la Paz.

Seront invités à cet événement des chefs d’Etat, des scientifiques, des représentants des mouvements sociaux et des organisations de peuples indigènes en défense de la vie. Constatant le grave danger, a-t-il déclaré, qui existe pour le monde et les écosystèmes du fait de la pollution de l’environnement et les émissions de gaz à effet de serre qui mettent en péril des populations entières, il est nécessaire que le monde entier puisse débattre de ces enjeux. Morales a souligné que les plus affectés par le changement climatique sont les populations pauvres de la planète, qui “verront détruits leur milieu de vie et leur source de survie, en étant obligés de migrer et de trouver refuge face aux menaces croissantes.”

Le mandataire bolivien a ajouté qu’il était désormais prouvé que 75% des émissions historiques de gaz à effet de serre proviennent des pays industrialisés du nord, et que le changement climatique est le produit du système capitaliste.

“Je déplore l’échec de la Conférence de Copenhague qui est dû à l’absence de volonté de la part de pays qui se disent “développés” de reconnaitre la dette climatique qu’il ont envers les pays en développement, envers les générations futures et la Terre Mère. C’est pour cela que j’ai opté pour convoquer cette nouvelle réunion mondiale."

Le président bolivien a exprimé sa conviction de la nécessité d’actions urgentes pour éviter des dégâts majeurs et des souffrances à l’humanité, la Terre Mère, et rétablir l’harmonie avec la nature. Il a ajouté que pour lui, les peuples du monde qui sont “guidés par des principes de solidarité, justice et respect de la vie" pourront sauver l’humanité et la Terre Mère..

Il a été décidé que cette rencontre de haut niveau se tiendra du 20 au 22 avril, soit la date de la journée internationale de la Terre Mère, créée par les Nations Unies.

Les objectifs de la Conférence Mondiale des Peuples seront d’analyser les causes structurelle et systémique qui provoquent le changement climatique et de proposer des mesures de fond qui puisse rendre possible un bien-être de l’humanité en harmonie avec la nature. On discutera également d’un projet de Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère.

Le troisième objectif sera d’accorder les propositions d’un nouvel engagement pour le Protocole de Kyoto et la conférence de Des Nations Unies sur le climat, qui guident l’action des gouvernements engagés avec la vie dans les négociations de changement climatique et dans tous les scénarios des nations unies en rapport entre autres avec la dette climatique, les réfugiés du climat, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation et le transfert de technologies, le financement, la reforestation, une vision commune, les peuples indigènes, etc ...

Le chef de l’Etat bolivien a souligné qu’un autre objectif de la Conférence de Cochabamba sera de travailler à l’organisation d’une référendum mondial des peuples sur le changement climatique, analyser et tracer le plan d’action et de mobilisation de la vie face au Changement Climatique et sur les Droits de la Terre Mère.

Morales a ajouté qu’à partir de mardi prochain, les ministères chargés de l’organisation du sommet feront connaitre au monde entier cet appel.

Enfin, cet événement se concluera le 22 avril par l’organisation d’une grande mobilisation mondiale pour demander aux pays du monde de trouver des solutions au problème qui met en péril sérieux l’existence de la vie humaine sur la Terre.

“De cette réunion nous tirerons des initiatives qui garantissent la réalisation du référendum mondial sur le changement climatique et la création d’un tribunal de Justice International qui sanctionne les pays qui portent atteinte à l’humanité. La défense des Droits de la Terre Mère c’est la défense des droits de l’humanité”

Une très bonne nouvelle Hervé Kempf Reporterre 2010/01/11 Hervé Kempf (11 janvier 2010) Une très bonne nouvelle. Reporterre. Tribune — fr

Une très bonne nouvelle

Son Excellence Nicolas Sarkozy a déclaré, lors de ses voeux aux Français le 31 décembre, que le sommet de Copenhague est « parvenu à faire prendre par tous les Etats des engagements chiffrés de lutte contre le réchauffement climatique ». Hélas ! C’est rigoureusement faux. S’agit-il d’un mensonge délibéré ou d’une incompréhension ? En toute candeur, posons que cette dernière hypothèse est la bonne.

Son Excellence a, en effet, déjà montré plusieurs fois son ignorance des principes du changement climatique : le 3 juillet 2008, il parlait du « CO2, les émissions qui font le trou dans la couche d’ozone ». Un an plus tard, il n’avait rien appris et expliquait doctement, le 23 septembre 2009, que « le carbone crée un trou dans la couche d’ozone ».

Vraiment, cela fait honte à mon identité nationale que le magistrat suprême de la nation ne connaisse pas le b.a.-ba du problème majeur du siècle. N’y a-t-il personne à l’Elysée pour lui faire un petit cours de deux heures sur le climat, afin qu’il comprenne ce dont il parle ?

Mais Son Excellence nous fait perdre notre temps. Je voulais vous faire part d’une très bonne nouvelle, dont nous instruit Lester Brown, vieux lion toujours rugissant et patron du Earth Policy Institute, basé à Washington. Brown observe qu’en 2009, pour la première fois depuis 1945, le parc automobile aux Etats-Unis a diminué ! Non seulement la production, qui a chuté comme partout, mais le parc : il y a moins de voitures en circulation aux Etats-Unis en 2009 qu’en 2008. Explication : le nombre de véhicules vendus (10 millions) a été inférieur à celui de ceux envoyés à la casse (14 millions), faisant passer le parc total à 246 millions de voitures. La tendance se poursuivra-t-elle ? Oui, estime Brown, à partir de l’analyse de l’âge du parc.

Il y a encore plus encourageant (je sais que vous tressautez de joie sur votre fauteuil, cela me fait plaisir de vous voir bien démarrer l’année) : « La tendance sociale la plus fondamentale affectant l’avenir de l’automobile est l’intérêt déclinant des jeunes pour la voiture », observe Brown. « Les jeunes socialisent sur Internet et sur les téléphones mobiles, pas dans les voitures. » American Graffiti, c’est fini. La bagnole, c’est - excusez-moi - un truc de vieux.

Eh oui, le modèle culturel de l’American way of life est en train de muter, l’équation fondatrice du désastre écologique (auto + télévision + maison individuelle) se modifie. La consommation, c’est une culture. Cette culture évolue. Aux Etats-Unis, et sans doute dans tout l’Occident.

Mais ! Horreur ! Les forces obscures du mal s’opposent au progrès. Plusieurs associations écologistes viennent de sonner l’alarme : le gouvernement français favorise une relance autoroutière en laissant progresser une série de projets dont l’énumération occuperait bien plus que l’espace qu’il me reste. Alerte ! Halte au retour du Vieux Monde !

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Références

- M. Sarzkozy et Copenhague : http://www.elysee.fr/documents/inde...

- M. Sarkozy et la couche d’ozone : http://www.rue89.com/2009/09/24/sar...

- Earth Policy Institute et la voiture aux Etats-Unis : http://www.earth-policy.org/index.p...

- Alerte à la relance autoroutière : http://www.reporterre.net//spip.php...

La dictature s’installe au Honduras Giorgio Trucchi Reporterre 2010/01/11 Giorgio Trucchi (11 janvier 2010) La dictature s’installe au Honduras. Reporterre. Monde fr

La dictature s’installe au Honduras

Après le coup d’Etat toléré par les Etats-Unis, les violations des droits de l’homme se multiplient au Honduras.

La politique de terreur ne s’est pas arrêtée un seul instant depuis le 28 juin passé au Honduras, renouant ainsi avec le fil de la violence des années 80. Les organisations honduriennes des droits de l’homme continuent de dénoncer des assassinats, des poursuites, des menaces et des tortures contre des membres de la résistance, ainsi que les épisodes inquiétants de violence contre des journalistes impliqués dans la lutte contre le coup d’État et la tentative grossière du gouvernement de facto de « tourner la page » sur tout ce qui est arrivé depuis les six derniers mois.

Le Département d’État nord-américain, au travers de son fonctionnaire Craig A. Kelly en visite au Honduras, a nouvellement demandé au président de facto, Roberto Micheletti, d’abandonner le pouvoir avant le 27 janvier, date de la passation de pouvor, et a appuyé la proposition du futur président en exercice Porfirio Lobo Sosa de décréter une amnistie incluant le président légitime Manuel Zelaya Rosales.

De cette façon, l’administration Obama et plusieurs pays européens cherchent à nettoyer le visage du nouveau gouvernement et à le rendre acceptable pour le reste de la communauté internationale. Cependant, pas un seul mot n’a été prononcé sur les cas innombrables de violation des droits de l’homme qui continuent d’ensanglanter le pays.

Pour le Comité des Parents de Détenus Disparus au Honduras (COFADEH), qui a réalisé le 1 janvier passé une manifestaton sur la Plaza La Merced, rebaptisée Plaza de los Desaparecidos (Place des Disparus), face au Congrès National, au Honduras « opère un escadron de la mort ayant une infrastructure terroriste, responsable d’exécutions, de poursuite et de morts sélectives contre des membres de la résistance, tout cela étant pleinement connu de la police et de l’armée ».

Dans un document rendu public à cette occasion, l’organisation historique dénonce qu’il existe « un modèle des violations systématiques des droits de l’homme commises par la même structure qui a cassé l’ordre constitutionnel le 28 juin 2009 ».

Les exécutions de Walter Tróchez et d’Edwin Renán Fajardo, éditeurs des documentaires et des reportages produits par le journaliste César Silva, en plus des séquestrations et des attaques continuelles conte le personnel du journal El Libertador et de Radio Globo, confirmerait l’existence de cette infrastructure assassine qui sème la terreur parmis les membres de la résistance.

« Aujourd’hui nous passons les premiers jours de 2010, et nous le faisons dans une ambience de terreur, grâce à laquelle les putschistes civils et militaires, nationaux et étrangers, cherchent à étouffer les voix de millions d’honduriens et d’honduriennes, qui rejettent la violence comme façon de diriger le consensus et de gouverner l’État », continue le document.

Edwin Renán Fajardo Argueta

Edwin Renán Fajardo Argueta, 22 ans, membre actif de la résistance, a été assassiné le 22 décembre dernier dans son appartement à Tegucigalpa, et ses assassins ont grossièrement essayé de simuler un suicide par pendaison. Dans les jours précédents l’assassinat, Edwin Renán Fajardo avait indiqué à ses amis se sentir préoccupé parce qu’il avait reçu plusieurs SMS menaçants sur son téléphone portable.

César Silva

César Silva, journaliste indépendant impliqué parce qu’il avait raconté et dénoncer à travers ses vidéos les horreurs du coup d’État, a été descendu d’un taxi par trois hommes armés le 28 décembre dernier et il a été emmené dans une prison clandestine où il a été frappé à maintes reprises pour qu’il donne des informations sur la résistance et des supposés dépôts d’armes provenant de l’étranger.

« A l’aube l’un des kidnappeur est entré. Il m’a pris par le cou, il m’a jeté au sol, il m’a donné des coups de pied et m’a mis une chaise sur le cou pour m’étouffer. Il a jeté un paquet d’eau dans le nez. Je m’asphyxiais, et il a essayé de me mettre un sac dans la bouche. Mais de dehors ils ont crié : »Hé je t’ai dit que tu ne te mets pas aux pets (dans des problèmes) : Laisse-le ! ", a raconté le journaliste à la presse internationale.

Après être arrivé aux bureaux du COFADEH, libéré après 24 heures d’interrogatoire sauvage, Silva a raconté que les lidnappeurs lui ont dit qu’il avait un ange gardien qui a plaidé pour sa vie.

Plus de journalistes menaçés

Le correspondant de Prensa Latina, Ronnie Huete, le journaliste de Radio Globo, Rony Martínez et la jeune journaliste du Libertador, Suny Arrazola ont été plusieurs fois menacés de mort par SMS et constament harcelés, tandis que l’éditeur du même journal, René Novoa, a été cruellement agressé et frappé par des membres de l’armée et de la police tandis qu’il était dans un taxi.

Depuis le coup d’État, les journalistes du Libertador ont été soumis à une répression constante et son illustrateur Delmer Membreño a dû partir en exil après avoir été séquestré et cruellement torturé.

La brutalité de ce régime oppresseur s’est même acharné contre l’une des « grands-mères de la résistance » :

María Yolanda Chavarría

María Yolanda Chavarría, 70 ans, a été arrêté par trois policiers et a été emenée dans une pièce obscure d’un poste policier le 22 décembre dernier. Comme l’a évoqué le COFADEH, les policiers ont continuée de l’insulter et ils lui ont dit que c’était un cuatrero [NDT : brigand, bandit de grand chemin] et qu’ils avaient pris des photos d’elle montrant qu’elle était avec la résistance.

Non à l’amnistie

Devant cette situation, le COFADEH lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle "continue de regarder ce qui se passe dans le pays et déclare le Honduras en alerte maximale en matière des droits de l’homme.

La situation au Honduras se dégrade vite, loin du regard international, et l’état d’incapacité absolue à se défendre doit être combattu", continue l’appel du COFADEH.

"Pour celles et ceux qui sont poursuivis par cette dictature nous exigeons des jugements équitables et un respect dans le processus, la liberté pour les quatre détenus politiques dans le Pénitencier National et le retour en sécurité d’environ une centaine de personnes qui se sont exilées du Honduras, à cause du danger mortel imminent qu’elles courent.

Sans un processus constituant populaire il n’y aura pas de paix et de tranquillité possible. Sans un nouveau Pacte Social et un consensus politique minimal, aucune possibilité de gouvernement ne sera possible", finit le document.

Certains objecteurs de croissance avec le NPA, d’autres non ADOC Reporterre 2010/01/12 ADOC (12 janvier 2010) Certains objecteurs de croissance avec le NPA, d’autres non. Reporterre. fr

Certains objecteurs de croissance avec le NPA, d’autres non

Rien n’est simple, avec les objecteurs de croissance. L’ADOC précise que c’est le MOC qui s’allie avec le NPA, mais pas l’ADOC. Diantre ! Le PPLD va-t-il intervenir ?

Bonjour à toutes et à tous,

Samedi 9 Janvier 2010 à 8h50 mn, vous avez reçu un courriel intitulé « Communiqué du NPA et du MOC à propos des élections régionales. »

Le MOC a pris l’initiative d’envoyer ce communiqué indépendamment de l’AdOC. L’AdOC est composée de plusieurs associations et structures, notamment du PPLD et du MOC. Ces trois structures partagent des membres actifs et indirectement quelques outils informatiques.

Nous nous excusons sincèrement pour les malentendus que cela a entraîné.

Concernant les élections régionales, l’AdOC, en cohérence avec sa plate-forme, a décidé de ne pas fonder d’alliances nationales et de laisser les régions libres de leur choix (expérimentations régionales, avec par exemple des alliances en fonction des régions et des partenaires). Toutes les différentes stratégies feront ensuite l’objet d’analyses critiques.

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Pour s’y retrouver :

- ADOC : Association d’objecteurs de croissance.

- MOC : Mouvement des objecteurs de croissance.

- PPLD : Parti pour la décroissance.

Rebondir après Copenhague : les nouvelles directions Bernard Cassen Reporterre 2010/01/12 Bernard Cassen (12 janvier 2010) Rebondir après Copenhague : les nouvelles directions. Reporterre. Tribune — fr

Rebondir après Copenhague : les nouvelles directions

L’Europe doit reprendre l’initiative après Copenhague, en s’appuyant sur les mouvements sociaux. La question de la taxe carbone aux frontières doit être clairement posée.

La déclaration politique issue du Sommet de Copenhague n’engage en pratique aucun Etat en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle n’a d’ailleurs aucun statut en droit international, faute d’avoir été approuvée à l’unanimité par les 193 membres de l’ONU, organisatrice de la conférence. Telle est en effet la procédure pour la prise de décision dans l’Organisation.

Ces sont plusieurs Etats membres de l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA), à savoir la Bolivie, Cuba, le Nicaragua et le Venezuela, qui, par leur détermination, ont fait capoter la manœuvre consistant à présenter rétrospectivement comme un document officiel du Sommet ce qui était seulement un texte émanant d’une sorte de G20 élargi à une trentaine de pays. Un texte préalablement élaboré, en petit comité, par les seuls Etats-Unis, Chine, Inde, Brésil et Afrique du Sud.

Tout comme le Japon, l’Union européenne (UE) s’est trouvée exclue des négociations menées au sein de ce club des Cinq sous la conduite de Barack Obama. Pour ce dernier, la seule interlocutrice qui comptait vraiment était la Chine. Le G2 informel Washington-Pékin est ainsi apparu comme le seul maître du jeu et le tenant du plus petit dénominateur commun (1).

Au point que le Brésil et l’Afrique du Sud ont rétrospectivement pris leurs distances avec un texte qu’ils avaient pourtant adopté. Le ministre sud-africain de l’environnement a même déclaré que certains de ses points étaient « inacceptables » (2).

L’UE, qui, au sein des pays les plus développés – ceux dits de l’Annexe 1 -, défendait les mesures les plus contraignantes en matière de réduction des émissions de GES (quoi que l’on pense de leur insuffisance par ailleurs), a été marginalisée et s’est ensuite piteusement alignée sur les Etats-Unis (3).

L’UE et les mouvements sociaux au pied du mur

Cette situation pose des questions inédites et fort délicates aussi bien aux gouvernements de l’UE qu’aux mouvements sociaux et citoyens européens qui, comme ceux du reste du monde, ont été des éclaireurs de consciences à Copenhague.

Pour l’UE, la question est de savoir si elle va rester inerte en attendant la prochaine conférence ministérielle de l’après-Copenhague (prévue à Mexico en décembre 2010) ou bien si elle va engager des actions unilatérales. Ensemble géopolitique économiquement intégré regroupant 27 Etats et parlant d’une seule voix en matière commerciale, elle dispose d’une capacité de levier considérable sur le reste du monde. Encore faut-il qu’elle soit disposée à l’utiliser.

Quant aux mouvements sociaux et citoyens européens qui, plus que n’importe où ailleurs dans le monde, peuvent exercer de fortes pressions sur des gouvernements ayant tous « verdi » leur discours, ils ne savent plus quelles sont exactement leurs cibles, sinon en termes de revendications générales.

Il est significatif que les réseaux mondiaux en faveur de la justice climatique auxquels ils appartiennent – Climate Justice Now (CJN) et Climate Justice Action (CJA) mettent en accusation – et à juste titre - les Etats-Unis, mais pas la Chine, pourtant premier pollueur de la planète.

Elle est en effet protégée par son statut d’intouchable puisqu’elle est censée être l’alliée du Sud rassemblé dans le Groupe dit des 77, nonobstant son appartenance à un G-2 de fait. Il serait donc politiquement très incorrect de lui demander également des comptes (4). La diplomatie « militante » sait aussi composer avec la realpolitik…

Nous entrons dans une phase insolite dans laquelle des initiatives que l’UE serait susceptible de prendre - dans son propre intérêt marchand et dans le cadre de la compétition intra-capitaliste - pourraient servir de tremplin à des mouvements sociaux animés, eux, de préoccupations de véritable justice climatique planétaire.

Pour une taxe carbone sur les importations

Prenons le cas le plus discuté actuellement, celui de l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’UE. On sait que la France et l’Allemagne y réfléchissent - en la baptisant pudiquement « ajustement aux frontières » - pour les produits importés de pays qui ne se sont pas fixé d’objectifs d’émission de GES comparables à ceux de pays de l’UE.

Cette idée est combattue avec véhémence par les gouvernements des grands pays « émergents » du Sud, au motif qu’elle serait « protectionniste ». Ce qui n’est d’ailleurs pas juridiquement exact dans la mesure où l’OMC elle-même reconnaît le droit de recourir à des protections pour la sauvegarde de l’environnement.

Une telle mesure poserait certes des problèmes techniques très délicats pour l’imputation du contenu carbone à tel ou tel pays. Par exemple, des produits comme les jeans font étape dans au moins une demi-douzaine de sites de production dans leur chaîne de fabrication, et parcourent ainsi entre 20 et 60 000 kilomètres avant de se retrouver dans un magasin d’habillement. Mais on a vu des questions autrement plus complexes trouver une solution.

A supposer que l’UE adopte unilatéralement cette mesure – ce qui est loin d’être acquis, beaucoup de dirigeants européens plaçant le libre-échange intégral au-dessus de toute autre considération -, quelle serait la réaction des mouvements sociaux européens ?

Entonneraient-ils un couplet « anti-protectionniste » de principe ? Se laisseraient-ils impressionner par des récriminations venant du « Sud », en fait, dans la plupart des cas, venant de lobbies de grandes entreprises locales, ou de filiales de transnationales (5) qui, médias à l’appui, se camoufleraient derrière les prétendus intérêts des petits producteurs ?

Un nécessaire « protectionnisme altruiste »

Une façon de répondre à cette objection consisterait à accepter la taxe carbone, mais à exiger que son montant n’entre pas dans les caisses de l’UE, comme c’était autrefois le cas pour les prélèvements variables sur les importations agricoles.

Les sommes collectées seraient reversées à un fonds mondial ou bien à des structures régionales ou nationales pour financer des projets « propres » et socialement responsables dans les pays « taxés », ou bien des projets prioritaires de réparation de l’environnement.

Les gouvernements de l’UE auraient politiquement beaucoup de mal à s’opposer à ce transfert de ressources. Il faudrait évidemment veiller à ce qu’il ne vienne pas en déduction de leur contribution financière de 10 milliards de dollars d’ici à 2012 au fonds d’aide immédiat aux pays pauvres décidé à Copenhague.

Il faudrait également un gros effort d’explication de ce « protectionnisme altruiste »(6) auprès des organisations populaires et des syndicats des pays du Sud pour qu’ils ne se laissent pas abuser par les campagnes qui ne manqueraient pas de lancer les grands groupes exportateurs et les gouvernements à leur service.

Donner une marge de manoeuvre aux pays du Sud

Pour garder ou reprendre la main, les mouvements européens pourraient également proposer une mesure de simple bon sens, mais qui changerait radicalement les paramètres de calcul des engagements des Etats : comptabiliser les émissions de GES induites par des productions destinées à l’exportation non pas dans le pays d’origine de ces produits, mais dans les pays auxquels ils sont destinés, comme le préconise Aurélien Bernier (7).

Selon la revue Nature Geoscience (août 2008), 25 % des émissions chinoises correspondent à des produits exportés. Ce nouveau mode de calcul ferait donc baisser de 25 % les émissions chinoises, et augmenter du même montant les émissions des pays importateurs de produits chinois, en majorité des pays riches.

Cette fois, ce serait les gouvernements des pays du Nord qui se trouveraient sur la sellette. L’imputation comptable des émissions occasionnées par les produits importés, les obligerait à revoir fortement à la hausse leurs engagements. Ou bien à freiner la délocalisation de leurs productions (et donc de leurs émissions) vers les pays du Sud à bas salaires et à législation écologique moins contraignante.

Inversement, délestés de leurs « exportations » d’émissions, les pays du Sud retrouveraient des marges de manœuvre et pourraient accepter des engagements chiffrés qu’ils ont refusé de prendre à Copenhague.

« Dans le combat politique, aucune outil légitime n’est à négliger »

Il ne faut pas cacher que les deux mesures évoquées plus haut auraient pour conséquence une forte baisse du volume du commerce international, avec toute une série de conséquences positives. Parmi elles, la réduction des émissions liées au transport et le recentrage de certaines économies « émergentes » pratiquant le « tout à l’export » vers leur marché intérieur et vers des systèmes de protection sociale. D’énormes intérêts, économiques et géopolitiques, sont donc en jeu.

Est-ce que les mouvements sociaux européens s’empareront de ces thèmes et les ajouteront à leur panoplie, déjà bien fournie, de mesures en faveur de la justice climatique ? Accepteront-ils le principe de mesures européennes unilatérales (au-delà de l’augmentation de 20 à 30 % des réductions d’émissions de l’UE à l’horizon 2020 ) en sachant qu’elles provoqueront de vifs débats au sein des réseaux mondiaux auxquels ils appartiennent ?

Dans le combat politique, aucun outil légitime existant n’est à négliger. L’UE, première « puissance » commerciale de la planète a un poids considérable qu’elle a largement utilisé jusqu’ici au détriment des pays pauvres, notamment au moyen des Accords de partenariat économique (APE) imposés aux pays ACP.

Ne faut-il pas canaliser et détourner cette arme commerciale vers d’autres finalités ? Cela impliquerait quelques révisions déchirantes chez certains. Mais certainement moins déchirantes que les conséquences annoncées du dérèglement climatique.

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Références

1- La Chine a refusé de prendre des engagements chiffrés sur la réduction globale de ses émissions de GES. Elle a mis en avant un autre critère : celui de l’intensité carbone, c’est-à-dire de la quantité de CO 2 émis par unité de produit intérieur brut (PIB). Elle a accepté de faire baisser cette intensité de 40 à 45 % d’ici à 2020.

2 - « UN urges end to climate wrangling », Financial Times, 24 décembre 2009.

3 - « EU in cold as climate deal redefines global relations », Financial Times, 30 décembre 2009. Lire également Hervé Kempf, « L’Europe a démissionné à la conférence de Copenhague », Le Monde, 24 décembre 2009 http://www.reporterre.net//spip.php....

4 - Dans les débats qui ont suivi Copenhague, cette « immunité » a commencé à être remise en question par différentes ONG qui ont peu apprécié le tête-à-tête Washington-Pékin et le refus chinois d’accepter le principe de vérifications internationales du volume d’émissions de GES.

5 - Lire Patrick Artus, « Que penser du programme d’Obama ? », Flash Natixis, n°24, 19 janvier 2009. Dans cette étude, l’auteur montre qu’environ 60 % des exportations chinoises sont le fait d’entreprises à capitaux étrangers ou de joint ventures, les entreprises chinoises publiques et privées se partageant à parts à peu près égales les 40 % restants.

6 - Bernard Cassen, « Inventer ensemble un protectionnisme altruiste », Le Monde diplomatique, février 2000.

7 - Voir son site.

M. Borloo disperse la radioactivité Ivan du Roy Reporterre 2010/01/12 Ivan du Roy (12 janvier 2010) M. Borloo disperse la radioactivité. Reporterre. fr

M. Borloo disperse la radioactivité

Les ministères de l’Ecologie, de la Santé et de l’Economie ont ouvert la porte au « recyclage » des déchets radioactifs issus de l’industrie nucléaire dans les biens de grande consommation. Du ciment radioactif pourra ainsi servir demain à bâtir des logements ou des écoles. Contre l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Faudra-t-il bientôt se munir d’un compteur Geiger pour vérifier le taux de radioactivité que dégageront les murs de votre logement, vos équipements contenant du métal ou les matériaux présents sur votre lieu de travail ? Scénario de science-fiction ? Malheureusement non. Depuis 2002, le Code de la santé publique interdisait l’ajout ou l’utilisation de substances radioactives pour la fabrication de biens de consommation et de matériaux de construction. Toute acquisition et cession de sources radioactives étaient sévèrement encadrées. Ce n’est désormais plus le cas. Le 5 mai 2009, quatre ministères – celui de l’Ecologie, de la Santé, de l’Economie et du Logement – ont signé un arrêté interministériel qui permet de déroger à cette interdiction. Le texte est entré en vigueur malgré l’avis défavorable de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Cela signifie que demain, si EDF veut se débarrasser de ses gravats faiblement radioactifs générés par le démantèlement de la centrale de Brennilis, en Bretagne (la première centrale nucléaire française à être démantelée), elle aura la possibilité de les céder ou les vendre à une cimenterie. Celle-ci transformera les gravats en matériaux de construction, qui serviront ensuite à bâtir des bureaux, des logements, des écoles ou des hôpitaux... Idem pour Areva. Si la multinationale ne sait que faire de fûts en métaux contaminés suite à un transport d’uranium, elle pourra les livrer à une fonderie qui le recyclera dans des produits de grande consommation : outils, véhicules, machines agricoles ou tuyaux (ce qu’avait déjà tenté de faire Areva en 2004). Seuls cinq catégories de produits restent exclues de toute dérogation : les aliments, les cosmétiques, les parures (bijoux), les jouets et les matériaux en contact avec les aliments et les eaux (les emballages par exemple).

Radioactivité lâchée dans la nature

Seuls les déchets radioactifs dits de « très faible activité » (TFA) sont concernés. Il n’empêche. Jusqu’à présent, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) entrepose ces déchets dans un centre de stockage situé dans l’Aube (Champagne-Ardenne). Les déchets sont enterrés « à quelques mètres de profondeur dans une roche argileuse », puis le lieu de stockage est ensuite recouvert « d’une couche d’argile compactée pour lui redonner son imperméabilité d’origine ». En cas de recyclage, seuls les acteurs de la filière nucléaire sont habilités à réutiliser du béton ou les gravats contaminés pour leurs installations. Ces précautions disparaissent avec le système de dérogation. Une fois lâchés dans la nature, ces matériaux ne seront plus tracés ni contrôlés.

« Même si ces déchets TFA seront dilués dans d’autres matériaux, cela va augmenter le bruit de fond de la radioactivité. Faible niveau de risque ne signifie pas absence de risque », explique Corinne Castanier, directrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Contrôler les rayonnements radioactifs coûte très cher. Les entreprises qui recycleront ces matériaux auront donc tendance à ne procéder qu’à des vérifications partielles sur des échantillons de ciment ou de ferraille « dilués ». Ce qui augmentera la possibilité de laisser passer un parpaing ou une tôle trop radioactive.

Multiplicateurs de cancers

Corinne Castanier ne comprend pas pourquoi le gouvernement a pris une décision si lourde de conséquences pour la santé, à l’heure où les pouvoirs publics cherchent, dans le cadre du « plan cancer », à diminuer l’exposition des populations à la radioactivité naturelle (notamment le radon, qui favorise les cancers pulmonaires selon l’Organisation mondiale de la santé). En rendant possible l’ajout de substances radioactives dans des biens et des matériaux destinés au grand public, le système de dérogation risque bien d’augmenter la radioactivité artificielle, et les risques de cancer. « Seuls les industriels y trouvent un intérêt. Au lieu de stocker ces déchets, ce qui coûte cher, ils pourront s’en débarrasser tout en récupérant de l’argent. » Avec le démantèlement progressif des centrales nucléaires vieillissantes, le volume des déchets radioactifs sera multiplié par trois d’ici 2020, selon les prévisions de l’Andra.

Ce retour en arrière est d’autant plus incompréhensible que l’on cherche à réparer les erreurs commises depuis un demi-siècle. Jusqu’en 1986, 50 000 paratonnerres radioactifs ont été disséminés dans toute la France, plus sept millions de détecteurs de fumée contenant de l’américium 241, radioactif pendant 433 ans ! « Nous sommes en train de courir pour retrouver les objets radioactifs disséminés sur tout le territoire et le gouvernement rouvre la porte à des dérogations. Il faut tirer les leçons de ces années-là ! », assène la directrice de la Criirad. L’interdiction, en 2002, d’ajouter ou d’utiliser des substances radioactives dans des matériaux ou des biens de grande consommation avait été obtenue après un long travail de la Criirad et des associations de consommateurs, comme l’UFC Que choisir.

Avant cette réglementation, presque tout était permis. Ainsi Saint-Gobain avait introduit des déchets radioactifs dans la fabrication de sa laine de verre (Isover) multipliant par vingt les rayonnements. Ou la Cogema (devenue Areva) qui avait ajouté de l’uranium appauvri dans la poudre d’émail jaune destinée à la fabrication de bijoux. « Si demain la législation autorise l’addition de substances radioactives, il s’agira de modes de fabrication standard. Ce ne sont plus seulement la laine de verre et les émaux qui seront radioactifs, mais le ciment, le béton, l’acier, les pièces métalliques, le carrelage, les appareils ménagers, les ustensiles quotidiens... On peut légitimement s’inquiéter car le risque est bien réel. Le démantèlement des installations nucléaires va générer 15 millions de tonnes de déchets », s’inquiétait alors l’UFC Que choisir. Tout est désormais à refaire.

Recours juridique et responsabilité politique

La Criirad a d’abord adressé un recours au Conseil d’Etat pour faire annuler l’arrêté sur la base de ses « anomalies juridiques ». En cause : les modalités d’information des consommateurs. Celles-ci restent à la discrétion des industriels qui se garderont bien de mettre le logo spécifique aux matériaux radioactifs sur les emballages ! On ne peut faire plus laxiste. Or, c’est aux ministères concernés de définir ces modalités d’information. Ensuite, une telle décision concernant le Code de la santé publique ne peut être prise que par décret, signé directement par les ministres. Mais seuls les chefs de service des administrations concernées ont apposé leur signature au bas de l’arrêté.

L’association a adressé à Jean-Louis Borloo, Roselyne Bachelot et Christine Lagarde une lettre ouverte le 6 novembre 2009 pour les alerter « sur le contenu et les conséquences d’un texte, pris en leur nom » et pour qu’ils l’annulent. Plus de 7 000 cartes pétitions ont également été envoyées par des citoyens. Après deux mois de silence gouvernemental, Corinne Castanier sera reçue le 11 janvier au ministère de l’Ecologie. « Ils ne pourront pas dire qu’ils ne sont pas au courant ». Si rien ne bouge, la campagne pour l’annulation de l’arrêté se durcira, avec l’entrée en lice des associations de consommateurs.

Si on prenait un peu aux riches, ça ferait combien pour les pauvres ? Jean Gadrey Reporterre 2010/01/13 Jean Gadrey (13 janvier 2010) Si on prenait un peu aux riches, ça ferait combien pour les pauvres ?. Reporterre. Tribune — fr

Si on prenait un peu aux riches, ça ferait combien pour les pauvres ?

Excellente question, non ? La réponse ne l’est pas moins : cela ferait beaucoup !

Question politiquement incorrecte quand on est gouverné par des riches, mais je la pose. Calculs et scénarios sur la base de chiffres officiels qui ont fait de gros progrès (merci au CNIS et à l’Insee), mais qui sous-estiment probablement encore un peu les revenus des très riches.

En 2007, en France, les 10 % les plus riches avaient un « niveau de vie » moyen de 50 778 euros par an et par « unité de consommation (uc) » ou « équivalent adulte isolé » (voir ci-dessous), soit 4231 euros par mois. Quant aux 10 % les plus pauvres, ils avaient en 2007 un niveau de vie par uc de 7698 euros, soit 641 euros par mois. DONC 6,6 FOIS MOINS. Source de ces chiffres

Parenthèse technique. Pour l’Insee, le niveau de vie d’une personne est égal au revenu disponible du ménage (après impôts directs) divisé par le nombre d’unités de consommation (uc). On attribue 1 uc au premier adulte du ménage, 0,5 uc aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 uc aux enfants de moins de 14 ans. Avec cette définition, toutes les personnes d’un ménage ont le même « niveau de vie ». En moyenne, on a en France 1,6 uc par ménage, avec des écarts (que j’ignore) selon les niveaux de vie. Les raisons pour lesquelles on adopte des conventions aussi abstraites tiennent, par exemple, au fait que deux personnes vivant en « ménage » sous le même toit, ont un niveau de vie supérieur à celui de deux personnes ayant les mêmes revenus mais vivant isolément. Fin de la parenthèse.

Décidons arbitrairement de prélever 10 % des revenus des 10 % les plus riches. En moyenne. Car on peut (et on doit) faire du progressif, mais peu importe ici. Il continueront à vivre très bien, merci. J’en fais partie, je sais. Cela fait un prélèvement de 423 euros par mois EN MOYENNE par uc (équivalent adulte).

Premier scénario. On transfère le tout aux 10 % du bas de l’échelle (le premier « décile »), là aussi en attribuant plus à ceux qui ont le moins. Ils voient progresser leur niveau de vie moyen de 66 %, ce qui change leur vie : ils passent en moyenne de 641 euros par uc, bien en dessous du seuil de pauvreté (908 euros pour une personne seule en 2007) à 1064 euros par uc.

Second scénario. On peut (et on doit), en conservant la progressivité, décider d’utiliser cette « redistribution solidaire des revenus » pour améliorer le sort des 20 % du bas de l’échelle, à raison par exemple de 2/3 de la somme prélevée pour le premier décile (soit 282 euros par uc et par mois), et 1/3 pour le second décile (dont le niveau de vie moyen était de 938 euros par uc et par mois). On améliore alors le niveau de vie du premier décile de 44 % (niveau de vie de 923 euros en moyenne à l’arrivée) et celui du second de 15 % (1079 euros en moyenne à l’arrivée).

Cet exercice hypothétique et abstrait – car il y a de nombreuses façons possibles de réaliser de tels transferts de revenus, en passant en partie par la réduction des inégalités de salaires et autres « revenus primaires », et en partie par de vrais impôts et prestations sociales - ne vaut que sur un point. Il prouve qu’en réduisant de façon modérée les hauts revenus, on pourrait ERADIQUER LA PAUVRETE MONETAIRE EN FRANCE et améliorer la situation matérielle de ceux qui sont un peu au dessus du seuil de pauvreté, sans toucher aux revenus de l’immense majorité, et sans invoquer le besoin de croissance. Le rapport entre les niveaux de vie moyens des déciles du haut et du bas passerait de 6,6 (4231/641) à 4,1 (3808/923) dans le second scénario, celui qui se propose d’améliorer le sort des 20 % du bas).

Si nos élites ne gravitaient pas, presque toutes, du côté des 10 % du haut, et assez souvent du côté des 1 % les plus fortunés et de leurs réseaux, il y a longtemps que cela aurait été envisagé. Qui plus est, ce serait excellent pour la fameuse « relance de la consommation ».

Au fait, combien représenterait au total cette « redistribution solidaire » aux effets sociaux immenses ?

Une ponction de 5 078 euros par an et par uc (équivalent adulte) en moyenne, pour environ 10 % d’un total de 41 millions d’uc, cela fait un peu plus de 20 milliards d’euros. Mais à combien se monte la perte annuelle de ressources fiscales liée aux réductions successives de l’impôt sur le revenu depuis 2000, sans même parler d’autres cadeaux ? Réponse : autour de 30 milliards d’euros, dont les deux tiers ont bénéficié exclusivement aux 10 % les plus riches. Les deux tiers de 30 milliards, c’est… 20 milliards ! Calculs à la louche, mais pas besoin de petite cuillère pour ces ordres de grandeur.

Ce « transfert solidaire » reviendrait donc à peu près à reprendre aux 10 % les plus riches les cadeaux fiscaux qu’on leur a offerts sur un plateau depuis dix ans.

-« Allo, la Gauche ? »

- « Tous nos opérateurs sont en ligne électorale, veuillez rappeler ultérieurement. »

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Définition : Revenu disponible = revenus d’activité, revenus du patrimoine et prestations sociales (y compris les retraites et les indemnités de chômage), nets des impôts directs (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS).

On a raison de s’insurger René Grappe Reporterre 2010/01/14 René Grappe (14 janvier 2010) On a raison de s’insurger. Reporterre. Tribune — fr

On a raison de s’insurger

En 2010, on aura beaucoup de raisons de s’insurger !

- Plus de décence vis à vis des démunis Est-ce la nature humaine qui a poussé l’homme à choisir ce système capitaliste, désormais hégémonique sur la planète ? Ce système qui ne peut fonctionner sans notre complicité, sans notre fièvre consumériste qui n’a d‘égale que notre avidité à posséder.

(J’ai vraiment tout à la maison…sauf un enrouleur à nouilles ; c’est vrai, je n’y ai jamais pensé…il faudra que je me le procure.)

Combien de temps encore accepterons-nous salaires mirifiques et « golden parachutes » alors que des « sans-abri » meurent de froid ? Est-il possible d’entériner cette situation insupportable entre pays riches et pays pauvres ? Nous devons nous interdire de gaspiller ici les matières premières qui font cruellement défaut là-bas.

Trente années se sont écoulées depuis la première mise en garde du club de Rome (1968 - attention ! les ressources ne sont pas inépuisables) jusqu’aux années 1990 où la quasi-totalité des gouvernements reconnaît enfin la justesse de cette lapalissade.

Que de temps perdu ! mais comme dirait Fred Vargas : « on s’est quand même bien amusé ! ».

Désormais, alors que la réalité s’impose avec rigueur, le capitalisme nous sort un lapin blanc de son chapeau noir et nous exhorte encore à y croire. Un petit coup de Ripolin vert sur le lapin et c’est une croissance durable qui assurera le maintien de notre prospérité économique. « Je ne vois pas où est le problème » assure notre président ou encore « Allez voir parler de décroissance aux chômeurs » ou aussi « Allez donc dire aux pays pauvres que la croissance c’est du passé ».

Pus de libre-arbitre dans notre comportement

Devant tant de mauvaise foi, il faut respirer profondément et faire appel à nos ressources les plus enfouies pour convoquer notre non-violente sagesse et notre détermination à mener un combat politique.

A aucun moment, ce système ne sollicitera le citoyen à consommer moins. Dans le meilleur des cas, il lui sera demandé de consommer mieux, c’est à dire de façon moins polluante mais uniquement pour pouvoir consommer plus. (Désormais, grâce à l’A 380 qui, comme chacun sait, offre un meilleur ratio consommation/passager, il nous sera possible d’aller nombreux encourager le handballeur Thierry Henry lors de la coupe du monde de football en Afrique du Sud.).

D’ailleurs, comment faire pour consommer moins lorsque l’on gagne beaucoup ? ( par rapport à la moyenne mondiale) la voilà bien la quadrature du cercle !

Allez, j’ose une hérésie économique : travaillons moins, mais travaillons tous. Si la responsabilité de ceux qui nous gouvernent est grande face à l’avenir désastreux qu’ils nous préparent, la nôtre ne l’est pas moins devant les générations futures à qui nous n’avons fait qu’emprunter cette Terre.

Plus de fierté à donner du sens à nos vies

Peut-on faire confiance au système qui nous a amenés là où nous sommes, pour nous emmener là où nous souhaiterions aller ? Certes pas !

Désormais, notre rôle consistera à dénoncer cette imposture. La tâche est suffisamment ardue pour mobiliser non seulement notre énergie mais aussi notre fierté d’être humain.

Il ne faut pas craindre de s’affirmer militant pour l’édification d’une société qui donnera une part plus importante à la réalisation de l’Homme.

Désencombrons nos vies !

« Modifier ses habitudes est l’une des vraies grandes libertés qui nous est laissé » Fabrice Nicolino (Bidoche)

Aussi ce proverbe zen : « La richesse d’un homme s’apprécie aux choses dont il est capable de se passer ».

Le terme « sobriété heureuse » martelé par Pierre Rabhi ne manque pas de saveur en cette période de fêtes où, par exemple, des milliers de téléphones portables en état de marche vont partir à la poubelle pour laisser place à une nouvelle génération de portables avec des fonctions supplémentaires absolument IN-DIS-PEN-SABLES (et tout cela ‘parce que je le vaux bien’ !).

La première des insurrections, celle que l’on peut réaliser à l’instant, c’est décoloniser notre esprit de la pensée unique ‘consumériste’ que véhicule le système pour notre plus grand malheur.

L’échec du sommet de Copenhague ne doit pas seulement nous motiver pour faire pression collectivement sur les autorités politiques mais il doit toucher aussi notre amour propre là où ça fait mal : « Même si l’humanité court à la tragédie, ce sera sans moi ».

Si chacun rentre dans sa coquille, celle-ci se brisera un jour sous le poids de l’aliénation et de la servilité au système.

Au contraire, « Toute conscience qui s’éveille et agit a déjà triomphé de la fatalité » Pierre Rabhi – Manifeste pour la Terre et l’Humanisme.

Forts de cette maxime, il nous incombe de déclarer 2010 Année insurrectionnelle.

Joyeuses fêtes !

La reconstruction de la planète selon l’imaginaire occidental progresse à vive allure Michel Tibon-Cornillot Reporterre 2010/01/14 Michel Tibon-Cornillot (14 janvier 2010) La reconstruction de la planète selon l’imaginaire occidental progresse à vive allure. Reporterre. Science et citoyens fr

La reconstruction de la planète selon l’imaginaire occidental progresse à vive allure

• Ceci est la présentation du séminaire d’anthropologie des techniques tenu par Michel-Tibon Cornillot à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

La représentation sphérique de la planète Terre tournant autour du Soleil s’imposa dès l’origine des sciences modernes. La diffusion de cette image proposa une sorte d’icône-archétype grâce à laquelle chacun pouvait anticiper sur une possible unification scientifique et technique de la planète. Cette vision ne fut pas seulement l’incarnation de la raison spéculative moderne, mais fut présentée en tant que plan de l’atelier et du laboratoire planétaire qui s’ouvraient devant les premières générations des bâtisseurs du monde moderne.

Icône et marque de fabrique des temps modernes, la planète Terre rassemble et annonce en une seule représentation le projet ultime, celui d’une planète reconstruite. Et ce travail de remodelage commencé, il y a cinq siècles, constitua et constitue encore le projet central des sociétés modernes, projet qui forme le cœur de leur histoire et vers lequel converge l’ensemble des performances scientifiques, techniques, industrielles et financières des sociétés industrielles.

L’apparition de plus en plus fréquente de phénomènes à dimensions planétaires indique que la reconstruction de la planète selon les structures imaginaires des Occidentaux modernes progresse à vive allure. Cette expansion, qui était déjà clairement lisible dans la réalisation d’armes à dimensions terrestres (tremblements de terre, épidémies, biodétériorations), concerne maintenant l’ensemble des performances scientifiques, techniques et industrielles. Ces performances interfèrent de plus en plus puissamment avec tous les milieux terrestres, provoquant des dégradations irréversibles des milieux végétaux et animaux et induisant des modifications climatiques importantes.

La réalisation du projet de la planète-laboratoire apparaît de plus en plus plausible à travers l’irruption croissante de projets de type géo-ingénierie, mais cette transfiguration terrestre n’engendre que la crainte face à la montée du nihilisme inspirant la marche des sociétés contemporaines confrontées à la « réussite » catastrophique de leurs performances elles-mêmes.

Cette entreprise de reconstruction « générale » du monde engendre plutôt sa destruction. La métaphore maritime s’impose alors pleinement : les temps modernes font-ils naufrage ?

A Dreux, les travailleurs de Philips voudraient produire eux-mêmes Parti de Gauche // Solidaires Reporterre 2010/01/14 Parti de Gauche // Solidaires (14 janvier 2010) A Dreux, les travailleurs de Philips voudraient produire eux-mêmes. Reporterre. fr

A Dreux, les travailleurs de Philips voudraient produire eux-mêmes

Face à la fermeture de leur usine, des salariés de Philips EGP Dreux ont voulu reprendre la production en s’organisant autour d’un comité ouvrier.

Texte du Parti de Gauche 28

Face à la fermeture de leur usine, les salariés de Philips EGP Dreux (Eure et Loir) ont décidé, le 5 janvier, de reprendre la production en s’organisant autour d’un comité ouvrier.

Le combat de ces salariés dépasse le simple cadre départemental. Cette lutte marquera, en France, une étape contemporaine dans les luttes sociales. Prenons, par ailleurs, conscience du courage qu’elle nécessite. En effet, à chaque instant et parce que la propriété de l’entreprise est toujours celle de Philips, les ouvriers/ employés s’exposent à des poursuites civiles et pénales.

Par le passé, des salariés s’étaient déjà réapproprié l’outil de production. Notons que depuis 2000, outre, la société ALCAN au Québec, nous pouvons citer les sociétés argentines ZANON (société de céramiques) et BRUKMAN (société de textiles) dont les salariés, en pleine crise économique (un licenciement par minute), ont réussi à préserver leur emploi et à sauvegarder une économie alors que leurs dirigeants avaient tout simplement mis la clé sous la porte.

A l’appel de la CGT, rejoignons les salariés de Philips EGP jeudi 14 janvier à 10h devant la préfecture de Chartres.

Cette lutte esquisse par ailleurs une alternative à l’organisation économique que nous connaissons. En effet, l’économie capitaliste se développe grâce à des outils telles que les sociétés : S.A (société anonyme), S.A.S (société par actions simplifiées), S.A.R.L, etc…Leur organisation ainsi que la fiscalité orientent, dans une économie mondialisée, les bénéfices vers le capital et non vers les salaires et la recherche.

A cette situation, il existe bien quelques solutions. Ainsi en est-il de la société coopérative de production qui, en France, n’existe qu’au travers de la S.A.R.L et de la S.A. Pour cette dernière, l’appellation consacrée est la Société Anonyme à participation ouvrière - SAPO (Art L 225-258 & suiv. du code de commerce). En son sein, les salariés / ouvriers forment une société commerciale coopérative de main d’œuvre qui siège au conseil d’administration et dont le titre de propriété prend la forme d’une « action de travail » à opposer à l’ « action en capital ».

Bridée par une législation peureuse et dénigrée par les investisseurs, cette structure demande à être développée et avantagée sur ses concurrentes. C’est donc tout un pan de la fiscalité et du droit des sociétés qu’il faut réformer.

Mais ce qui appartient au Législateur peut d’ores et déjà trouver des solutions à l’échelon régional. En effet, nous rappelons que la région Centre est actionnaire majoritaire de la société Centre Capital Développement. Ce fonds d’investissement peut, entre les mains d’une majorité soucieuse de l’intérêt collectif, changer la donne et venir en aide au secteur industriel ainsi qu’aux salariés.

Laurent Bourdeau

Texte du syndicat Solidaires

Philips fait partie de ses groupes qui cumulent les profits, non pas pour celles et ceux qui produisent, mais pour une petite minorité de privilégiés : 4,3 milliards en 2006, 5,1 milliards en 2007. « La crise » n’affecte pas vraiment les actionnaires : le 30 mars 2009, ils se partageaient 680 millions d’euros …

A Dreux, on fabrique ce qu’on appelle « l’électronique grand public », des téléviseurs, mais pas seulement, contrairement à ce que la direction a voulu faire croire au Comité d’Entreprise et à la Direction du travail. La direction y a déjà licencié plusieurs centaines de salarié-e-s, sous prétexte de « productivité insuffisante », ce qui signifie « pour rechercher encore plus de profits ». Le 22 septembre, elle annonçait la fermeture du site et programmait le licenciement des 213 salarié-e-s encore présent-e-s.

Outre tous les recours légaux contre une décision entachée d’irrégularités, les Philips ont pris plusieurs initiatives : manifestations, journée d’information et de débats, … L’Union syndicale Solidaires, par la présence de responsables nationaux et en faisant connaître ces initiatives, a marqué son soutien.

Le 5 janvier, 147 ouvriers, cadres, et ingénieurs ont décidé de reprendre la production, sans hiérarchie, en s’organisant eux-mêmes, avec l’idée que « l’usine est rentable, si on n’engraisse pas financièrement les actionnaires ». Depuis, les travailleurs/ses produisent des téléviseurs, pour l’instant stockés dans un atelier sous contrôle ouvrier.

Le 11 janvier, une Assemblée Générale a élu le conseil des travailleurs/ses, qui est maintenant leur porte-parole. Les organisations syndicales représentées sur le site soutiennent cette démarche.

L’Union syndicale Solidaires redit son soutien à l’ensemble de la lutte des travailleurs/ses de Philips à Dreux. La nouvelle phase qui a débuté le 5 janvier avec la prise de contrôle de l’usine est bien sûr difficile, mais elle est aussi source d’espoirs, au-delà de Dreux.

Il est de la responsabilité de toutes les organisations syndicales d’agir pour que les Philips gagnent.

Par l’action syndicale interprofessionnelle, il faut éviter l’isolement des Philips !

Comme le font les salarié-e-s de Philips/Dreux, nous devons affirmer et montrer que l’accumulation de richesses pour quelques uns, sur le dos des travailleurs/ses n’est pas une fatalité.

Une délégation de l’Union syndicale Solidaires sera présente jeudi 14 janvier à Chartres à la manifestation organisée par les « Philips ».

Le « débat public » sur les nanotechnologies bloqué à Lyon Nanomonde Reporterre 2010/01/15 Nanomonde (15 janvier 2010) Le « débat public » sur les nanotechnologies bloqué à Lyon. Reporterre. fr

Le « débat public » sur les nanotechnologies bloqué à Lyon

Le « 12e débat sur les nanotechnologies » organisé par la Commission Nationale du Débat Public devait avoir lieu jeudi 14 janvier à Lyon. Encore une fois, il a été annulé par des opposants.

Le 12e débat sur les nanotechnologies organisé par la Commission Nationale du Débat Public devait avoir lieu ce jeudi 14 janvier à Lyon. Encore une fois, il a été annulé par des opposants qui entendaient dénoncer une opération d’acceptabilité et refuser les nanotechnologies.

Le débat était organisé dans un amphi de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Une heure avant le début, la présence policière est déjà importante aux alentours. La CNDP s’attend à des débordements, et il s’agit d’impressionner les contestataires. Des flics en civil surveillent les bouches de Métro à proximité du débat, des camions de keufs tournent avec les girophares, les CRS ou gardes mobiles sont déjà en groupe, et casqués, et des groupes de BACeux sont prêts à intervenir.

A l’entrée du hall, on nous demande d’ouvrir nos sacs et nos vestes. Interdiction de rentrer nourriture et boisson. Sur une longue table, les documents de propagande de la CNDP sont en libre distribution. Avant d’entrée dans la salle, des hôtesses nous distribuent un questionnaire. Des vigiles sont disposés un peu partout, depuis les entrées, jusqu’à l’intérieur.

Dans la salle, ce qui choque d’abord, c’est le peu de personnes qui ont fait le déplacement pour une ville comme Lyon. Il y a là moins de 200 personnes ! Tout le monde est placé à l’avant de l’amphithéâtre, laissant plus de la moitié de la salle déserte. A croire que le boulot des opposants commence à payer, et que les gens ne veulent plus participer à cette mascarade. Cette semaine par exemple, l’association des Amis de la Terre, qui a participé à plusieurs pseudo-débats, a décidé de quitter cette opération, dénoncant un débat pipé, et qui n’a rien de public, et son instrumentalisation par la CNDP <http://www.amisdelaterre.org/Nanote...> .

Des tracts sont distribués dans toute la salle par des opposants. Peu après 19h30, les experts installés à la tribune, Jean Bergougnoux, président de la CNDP Nanos s’avance pour ouvrir la réunion. En vain...

Comme à Grenoble et à Rennes, les applaudissements, huées, cris, coups de sifflet commencent immédiatement. Le bruit est impressionnant. Les slogans fusent, quelques chansons aussi, et beaucoup de projectiles : boules de papier, documents de la CNDP déchirés, avions...

Trois banderoles sont déployées à plusieurs endroits de la salle :

« Les nanos, c’est pas vert, c’est totalitaire. » « Débat bidon, démocratie en toc » « nanomonde = maxiservitude »

Deux de celles-ci sont déplacées jusque devant la tribune. Ce soir, les opposants lyonnais sont majoritaires puisqu’ils sont plus d’une centaine. Et de tous les âges. On remarque quelques mamies particulièrement dynamiques parmi les opposants. Bergougnoux tente de faire taire la salle. Une pluie de boules de papiers s’abat sur la tribune. Les opposants, non contents de perturber le débat, décident d’expulser la CNDP. « Cassez vous ! » « Le débat on s’en fout, on veut pas de nanos du tout » « Fermez Minatec et le CEA, après on débattra »...

Jean Bergougnoux annonce que le débat est annulé, et qu’il se poursuivra entre experts dans une petite salle, retransmis sur internet. Alors que les membres de la CNDP commence à se retirer, des opposants montent sur la tribune. La CNDP est expulsée. Les écriteaux avec le nom des intervenants jetés dans la salle, tandis que les techniciens débranchent les micros. Les contestataires s’installent sur les sièges des experts. Les banderoles sont déployées sur scène. Au pied de chaque siège, une bouteille d’eau pour les experts. Alors qu’on nous a refusé d’entrer avec le moindre liquide. Eh oui, parler ça donne soif, mais la CNDP sait que les citoyens ne sont pas censés parler dans ses débats, et n’ont donc pas besoin d’eau.

Les bouteilles de la tribune tournent dans la salle, pour rafraichir les manifestants. Les vigiles sont sur la tribune sans intervenir. Après un flottement, quelques opposants demandent l’attention de la salle. Le silence se fait, et une personne propose : « Maintenant que les experts ont été mis à la porte, nous pouvons organiser un vrai débat contre les nanotechnologies. » Alors qu’elle s’apprête à donner la parole à la salle, Jean-Pierre Chaussade, vice-président de la CNDP nanos, assisté de deux ou trois autres pingouins, s’empare d’un micro et revient sur le devant de la scène pour prévenir un tel sacrilège. Chaussade a peur qu’un véritable débat s’instaure dans la salle. Lui et la CDNP seraient complètement désavoués. Avec le micro au volume maximum, il tente de couvrir les huées. Il devient la cible des projectiles de papier. Les banderoles, qui couvrent toute la largeur de la tribune se déploient devant sa tête pendant qu’il parle. Ses sbires essayent en vain de les arracher. Obligé de descendre de la tribune, Chaussade se rend à l’autre bout de la salle, vers le fond de l’amphi, pour reprendre le crachoir. Sur la tribune, la situation manque de dégénérer à deux reprises : des personnes isolées du public et transformées pour l’occasion en citoyens-flics, agressent et font tomber deux opposants. Leurs camarades les calment rapidement. Chaussade tente toujours de parler, mais personne ne l’entend. On le sent prêt à craquer à plusieurs reprises. C’est un fait, à la CNDP, on n’a pas l’habitude de se retrouver du côté des perdants.

Il est un peu plus de 20 h 30. La réunion annulée, et la CNDP expulsée, les opposants sortent en chaînes, pour éviter toute interpellation, derrière les banderoles en chantant, et en scandant : « à chaque faux-débat on sera là ! » Les CRS et la BAC avec brassard sont présents. Pas mal de journalistes aussi. La dispersion se fait dans le calme.

Après Lille, Grenoble, et Rennes, la réunion de Lyon est la 4e de la CNDP annulée par les opposants. Presque toutes les autres ont été perturbées d’une manière ou d’une autre. Et plus personne ne vient assister aux réunions.

Cette campagne censée prévenir un « syndrome OGM » dans la population a pour l’instant l’effet complètement inverse, et ce, malgré l’explosion de son budget de plus de 2 millions d’euros par la CNDP. A croire que le travail des opposants n’a d’égal que l’incompétence des organisateurs... ou la réticence d’une population qui désavoue de plus en plus, à chaque réunion, les experts en acceptabilité.

Prochain faux débat de la CNDP : Marseille, le 19 janvier.

Tournesol va au cinéma Laurent Ayrault Reporterre 2010/01/15 Laurent Ayrault (15 janvier 2010) Tournesol va au cinéma. Reporterre. Tribune — fr

Tournesol va au cinéma

Le bisséma parle de plus en plus d’éthologie, et c’est une bonne dose. Vous voulez dire... ?

Professeur Tournesol, vous avez fréquenté assidûment les salles obscures en 2006. Y avez–vous décelé une prise de conscience environnementale ?

Une prise de confiance ? Au contraire, certains films commencent à défendre l’idée que l’homme ne peut plus prendre de haut la nature. C’est le cas de The Host, film de genre coréen où un crime écologique engendre un monstre marin effrayant (le film interroge aussi le passé dictatorial de la Corée du Sud et l’ingérence américaine). Vu la volonté des écologistes d’anticiper, il est naturel de retrouver leurs préoccupations dans des films d’anticipation. Par exemple, dans Les Fils de l’homme, de Alfonso Cuaron, on se place en 2027, et l’humanité est littéralement stérile depuis 2009, année de la dernière naissance humaine. Seule l’Angleterre résiste au chaos mondial provoqué par le désespoir, en protégeant ses frontières. Pourtant, l’espoir de l’humanité pourrait reposer sur les épaules d’une « immigrée irrégulière », enceinte. Ce récit pose de façon radicale la question des générations futures et du respect des réfugiés.

Même sans l’accentuer, la réalité est inquiétante. Dans Une vérité qui dérange, Al Gore porte notamment sur ceux qui entretiennent allègrement le doute un regard ironique…

Mais nul besoin d’être onirique, la réalité suffit ! Solidement argumenté, Une vérité qui dérange s’adresse à tout le monde, en premier lieu à ceux qui ne sont pas convaincus d’avance. Malgré (ou grâce à, c’est selon) les ambiguïtés du parcours d’Al Gore lui–même, ce documentaire, pour une première approche, n’est pas mal du tout.

Mis à part quelques fictions d’anticipation ou des documentaires, peu de films en chair et en os traitent ce genre de problématiques. Faut-il se tourner vers des films animés ?

Des cimes anémiées ? Non ! On peut s’adresser à tous les publics, y compris par des films d’animation. Je pense en particulier à deux films d’animation japonais sortis en 2006 sur les écrans français. Pompoko, réalisé par Isao Takahata en 1994, est une fable qui raconte la lutte pour leur survie des tanukis, créatures mythiques au Japon qui ont un don transformiste, dont le biotope (la forêt) est menacé par l’étalement urbain. Et Nausicaä de la vallée du vent, réalisé par Hayao Miyazaki en 1984, pointe la responsabilité des humains dans les guerres et les destructions des écosystèmes. Sans niaiserie : faune et flore se montrent tour à tour menaçantes et protectrices. Autre exemple : le film français d’animation (et d’anticipation) Renaissance, qui se passe à Paris en 2050. Des questions éthiques s’y posent, sous la menace d’une puissante firme privée qui monopolise de géants panneaux publicitaires dans la capitale. Le danger totalitaire vient en effet principalement de multinationales hyper – puissantes désormais.

Effectivement, mais il n’y a plus de risque antidémocratique du côté des politiques ?

Des lobbies piquent … le pouvoir aux citoyens, vous voulez dire ? Effectivement, mais certains films n’oublient pas l’histoire, et la vigilance que l’on doit sans cesse renouveler, face à un trop grand éloignement de la sphère politique dirigeante vis à vis de ses sujets (la Cour ridiculement fastueuse de Marie–Antoinette, de Sofia Coppola) ou de ses électeurs (Jardins en automne, de Otar Iosseliani), ou à une trop grande proximité de cette sphère avec les milieux d’affaires (Le Caïman, de Nanni Moretti).

Quelle conclusion tirer pour le cinéphile citoyen ?

Quelle confusion ? Désolé. Pour finir, n’oublions pas que les questions sociales et environnementales sont indissociables. Sur les deux plans, les politiques actuelles de développement sont insoutenables. A titre d’exemple, le productivisme engendre des comportements de harcèlement moral, y compris dans des PME (Sauf le respect que je vous dois, de Fabienne Godet). Et les politiques d’ajustement structurel prônées par les institutions financières internationales freinent le développement au Sud (comme l’expliquent Les délibérations de Bamako, d’Abderrhamane Sissako). L’accumulation de richesses (surtout par une minorité de plus en plus restreinte) ne fait pas le bonheur. A titre d’illustration, les personnages d’Alain Resnais, qui ont les moyens d’habiter le nouveau 13è à Paris, ont les Cœurs en hiver, alors que celui de Lady Chatterley s’épanouit en relation harmonieuse avec la nature …

Propos recueillis par Laurent Ayrault (et très vaguement inspirés du personnage de Hergé).

Haiti. De l’aide ? Oui ! La dépendance ? Non ! Tony Rebecchi Reporterre 2010/01/16 Tony Rebecchi (16 janvier 2010) Haiti. De l’aide ? Oui ! La dépendance ? Non !. Reporterre. Tribune — fr

Haiti. De l’aide ? Oui ! La dépendance ? Non !

Je suis encore profondément choqué par ce que j’ai vu, entendu, et ressenti. Les monuments emblématiques de l’État haïtien sont en miettes. La ville a été détruite. Ne reste de Port-au-Prince, la capitale du pays, que des gravas. Les secousses du tremblement de terre [du 12 janvier] ont été ressenties dans tous le pays, jusqu’à Jérémie au sud-ouest et au Cap-Haïtien au nord. Jacmel est au trois-quarts détruite.

Le pays connaît la misère et les catastrophes, les cyclones dévastateurs sont des phénomènes réguliers. Mais depuis son indépendance (1804), le pays n’avait pas connu un tel événement. La ville, construite sur une faille sismique connue, avait déjà été complètement détruite en 1751 et 1771 ; mais le scénario, bien que prévu |1|, est un vrai drame catastrophique.

Chacun pleure ses morts, ses pertes matérielles. Au-delà d’une panique généralisée, nous sommes dans un deuil national.

Haïti est à terre, crie à l’aide, tend la main vers qui voudra bien la relever. La Terre de Hautes Montagnes |2| est au plus bas.

Le Président Obama a annoncé rapidement l’envoi de secours. L’ex-Président Clinton a légitimé l’intervention en clamant sur CNN, entre autres, que les Haïtiens n’ont jamais rien fait pour eux. Meilleure occasion ne pouvait être rêvée pour écarter de l’île les socialistes cubains et vénézuéliens qui fournissent en temps normaux médecins et pétrole avec facilité et tendent à contrebalancer la puissance étatsunienne.

La cathédrale de pierre est tombée mais la foi demeure ; la maison blanche haïtienne s’est écrasée mais la réalité rappelle à l’ordre. Elle est partout, nul ne peut y échapper.

Certains voient la catastrophe comme un malheureux mais simple phénomène naturel, d’autres comme une punition divine, quelques-uns comme la chance pour le pays de repartir à zéro.

Dans un pays qui reste un territoire sous hégémonie américaine depuis l’invasion de 1914 |3|, une colonie à l’emplacement géostratégique indéniable [face à Cuba] entrant dans la doctrine Monroe, il serait une bonne chose que de profiter de la situation pour libérer le pays de ses entraves impérialistes. Mais qui le fera ? A qui revient-il d’endosser ce rôle ? Au gouvernement marionnette dirigé depuis Washington, D.C. ? Au Président Sarkozy, soutenu par ses parlementaires partisans de la doctrine des bienfaits du colonialisme |4|, qui ressort son discours opportuniste et malhonnête déjà utilisé en mars 2007 en Guadeloupe d’une conférence internationale sur la reconstruction sponsorisée par Bouygues et Veolia ? Ou au peuple, aux vrais Haïtiens ?

Tout le monde est en deuil mais il faut garder la tête froide, il est sûr que ceux qui reconstruiront le pays y assoiront solidement leurs intérêts. Il faut dès lors espérer que « L’Union fait la Force » |5| résonnera dans le cœur de tous les compatriotes et permettra de transformer une catastrophe en bienfait.

...........................................................

Notes

|1| cf. les propos du géologue Patrick Charles publiés dans le journal Le Matin le 25 septembre 2008 : http://www.reporterre.net/spip.php?...

|2| Traduction littérale du mot taïnos (peuple indigène anéanti) Ayiti, ayant donné son nom au pays

|3| Essai sur l’histoire économique d’Haïti de 1491 à nos jours, T. Rebecchi

|4| Colonie française pendant deux siècles, l’économie de l’île a fait la richesse de la France.

|5| La devise du pays.

Haïti : le risque de séisme était bien connu Le Matin Reporterre 2010/01/16 Le Matin (16 janvier 2010) Haïti : le risque de séisme était bien connu. Reporterre. fr

Haïti : le risque de séisme était bien connu

En septembre, un géologue avait rappelé la forte probabilité d’un séisme majeur en Haïti. Mais les mesures de prévention sont restées lacunaires.

Article paru le 28 septembre 2009 dans Le Matin, quotidien haïtien

« Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince. Les habitants de la capitale haïtienne doivent se préparer à ce scénario qui finira, tôt ou tard, par arriver ». Patrick Charles, 65 ans, géologue et ancien professeur à l’Institut de Géologie appliquée de la Havane, se défend d’être alarmiste. Pourtant, il n’ y est pas allé par quatre chemins quand Le Matin lui a offert l’opportunité de réagir sur le dossier de menace sismique planant sur Port-auPrince. Le vieux chercheur a répondu à nos questions avec la rigueur d’un universitaire avisé.

À son avis, le danger est imminent « Dieu merci, la science met à notre disposition des instruments pouvant prévoir ces genres d’événements, tout en nous permettant de démontrer nos conclusions. C’est le temps et le hasard qui jouent en faveur de notre capitale. Une grande catastrophe plane sur notre tête », prédit-il.

Ce n’est pas tant la gravité des propos de Patrick Charles qui nous intrigue, mais sa conviction inébranlable dans sa prédiction. Pour nous convaincre, il n’hésite pas à nous exposer un cours détaillé de géologie, en se servant de cartes géologiques très précises et de son PC. « Port-au-Prince est construite sur une grande faille qui part de Pétion-Ville, traverse toute la presqu’île du Sud, pour aboutir à Tiburon. En 1751 et en 1771, cette ville a été complètement détruite par un séisme. Je parie mes yeux que cela se reproduira. La science peut aisément le confirmer », déclare-t-il.

Sur la base des connaissances et des données scientifiques qu’il a accumulées sur le sujet durant plusieurs décennies, Patrick Charles, en bon citoyen, a de quoi se révolter. L’imminence du danger se précise avec le temps et les événements. Et pour renforcer sa prédiction, M. Charles prend en exemple les dernières secousses enregistrées ces derniers jours au niveau de la capitale haïtienne. « Pendant ces dernières semaines, la terre a tremblé à plusieurs reprises au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Du 1er au 12 septembre, trois secousses mineures ont été enregistrées à Pétion-Ville, Delmas, Croix-desBouquets, plaine du Cul-de-Sacc. Le directeur du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), l’ingénieur Dieuseul Anglade, a confirmé ces informations. Ces secousses mineures sont inquiétantes. Elles annoncent généralement des séismes de plus forte intensité », avise-t-il.

Dieu merci, Patrick Charles n’est pas le seul intéressé par le sujet. La question de la menace sismique sur Port-au-Prince est un sujet d’actualité. Elle a été débattue, ces derniers jours, par beaucoup de personnes, dont des intellectuels de haut rang. Les conclusions sont unanimes : Port-au-Prince risque bien de se transformer, du jour au lendemain, en un amas de ruines au terme d’une violente secousse tellurique. « Durantant deux siècles, aucun séisme majeur n’a été enregistré dans la capitale haïtienne. La quantité d’énergie accumulée entre les failles nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2 d’amplitude sur l’échelle de Richter. Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer. Mais ce serait une catastrophe », admet le responsable du Bureau des Mines et de l’Energie, intervenant récemment dans la presse.

Le problème est posé dans toute son acuité. Des mises en garde sont régulièrement adressées. Mais les mesures ponctuelles sérieuses tardent à venir. En cas de violent séisme au niveau de la zone métropolitaine, M. Charles évoque deux scénarios catastrophiques : un tsunami géant au niveau du Lac Azuéi, inondant la plaine du Cul-de-Sac ; la désagrégation du morne l’Hôpital. « Dans les deux cas, le mal est infini. Ce sont des choses tout à fait possibles. L’essentiel est de prendre des dispositions pour atténuer leurs effets. Je suis prêt à endosser l’habit de pèlerin pour aider mes compatriotes à sortir de leur léthargie », affirme le géologue.

Face à une telle menace, très peu de mesures préventives ont été annoncées par les autorités. La bidonvilisation du morne l’Hôpital et de la Plaine du Cul-de-Sac, l’exploitation anarchique du Sable de Laboule se poursuivent inexorablement. Il faut toutefois signaler les efforts de la BME pour installer sur toute l’étendue du territoire national des instruments permettant de mesurer l’amplitude des secousses sismiques. Rappelons, pour nos lecteurs, que deux grandes failles traversent le pays. L’une au niveau de la région septentrionale et l’autre au niveau de la presqu’île du Sud. Tous nos départements, hormis le Centre, sont exposés au séisme et au tsunami. « Les autorités sont obligés de prendre des mesures ponctuelles quoique impopulaires pour protéger certaines zones. Le bilan du passage des trois derniers cyclones sur Haïti interpelle notre conscience. Nous vivons une période très difficile et nous devons agir. Le compte à rebours a commencé. La nature nous demande des comptes. Il faut agir pour sauver ce qui peut encore l’être », soutient Patrick Charles.

Par Phoenix Delacroix

La taxe sur les bonus annoncée par Mme Lagarde est une fumisterie Juan de Sarkofrance Reporterre 2010/01/16 Juan de Sarkofrance (16 janvier 2010) La taxe sur les bonus annoncée par Mme Lagarde est une fumisterie. Reporterre. Tribune — fr

La taxe sur les bonus annoncée par Mme Lagarde est une fumisterie

Taxer les bonus ? Le gouvernement veut le faire, mais au minimum, juste assez pour leurrer l’opinion, et très petitement, pour ne pas gêner Leurs Seigneuries, les banques.

Nicolas Sarkozy a envoyé Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, tacler Renault, soupçonné de vouloir délocaliser la production de la Clio IV en Turquie, malgré les aides de l’Etat. Le ministre de l’Industrie a promis d’empêcher cette délocalisation. On voit le gouvernement une nouvelle fois victime de son double discours libéral : Sarkozy crie beaucoup, mais, au mieux, concrétise mal. Il fallait aider l’industrie automobile, mais il fallait s’assurer que ce soutien public, et donc financé par les contribuables, serait assorti de contreparties.

Cette affaire Renault a masqué une autre fausse manœuvre, la future taxation des bonus bancaires. Une tartufferie connue mais insuffisamment commentée. Voici le story-telling du moment : Christine Lagarde a enfin préparé enfin sa taxe sur les bonus bancaires. Depuis 14 mois déjà, Nicolas Sarkozy a désigné les traders comme ses boucs-émissaires jugés responsables, par leur comportement irresponsable et spéculatif, des misères du monde. Le gouvernement respecte la parole présidentielle. Le voici qui agit. Story-telling, quand tu nous tiens...

En décembre dernier, le président français avait été débordé sur sa gauche par Gordon Brown, le premier ministre britannique. Ce dernier, soucieux de préparer ses propres élections législatives, avait annoncé unilatéralement sa décision de surtaxer les bonus des traders de la City. Sarkozy n’avait eut qu’à suivre. L’été dernier, le monarque élyséen avait déjà endossé les recommandations de prudence de l’autorité de régulation britannique, la FSA, qui suggérait d’étaler sur 3 ans le versement des bonus.

Le « coup » de Christine Lagarde

Cette fois-ci, la ministre des finances passe à l’acte : voici la taxe, la fameuse, celle qui corrigera les excès des rémunérations variables des traders. Christine Lagarde a présenté son projet au Conseil d’Etat cette semaine.

« Le Figaro- ­Quelle forme prendra votre dispositif de taxation exceptionnelle des bonus ? Christine Lagarde- Le texte prévoit de taxer à hauteur de 50 % tous les bonus, quel que soit leur mode de distribution et quel que soit le calendrier de distribution. Cela signifie que la disposition concerne aussi bien les versements, en cash comme en actions, réalisés cette année et les années suivantes dès lors qu’ils auront été décidés au titre de 2009. Enfin, cette disposition s’appliquera, comme au Royaume-Uni, aux bonus supérieurs à 27 500 euros réalisés par les opérateurs de marché payés depuis la France. Concrètement, les banques devront payer la taxe pour environ 2 500 de leurs salariés.

Le Figaro- Pourquoi les bonus bancaires devraient-ils être limités ? Christine Lagarde - Pour une double raison : les banques françaises sont aujourd’hui profitables car l’Etat les a soutenus ; et les traders sont incités à prendre des risques, rémunérateurs pour eux via les bonus, aux détriments de "l’économie réelle". »

La taxe prévue par Christine Lagarde répond-t-elle à ces objectifs ? Non.

La taxe sur les banques ira... aux banques

Primo, c’est une taxe étrangement modeste : 360 millions d’euros de gain estimés quand les gains des traders sont annoncés bien plus importants. La seule BNP Paribas avait annoncé qu’elle prévoyait (et provisionnait) un milliards d’euros de bonus pour 2009... Un montant qu’elle devait ramener par la suite à 500 millions après un coup de gueule de Nicolas Sarkozy.

La faiblesse du gain fiscal annoncé par Christine Lagarde ne cesse pas de surprendre. Si les bonus sont bien taxés à 50% et que la taxe couvre bien tous les bonus, comment imaginer que les dits bonus ne dépassent pas un milliards d’euros en 2010 sur l’ensemble des institutions financières ? Les banques sont muettes... évidemment.

Deuxio, cette taxe est exceptionnelle, limitée à l’année 2010. Le gouvernement ne cherche pas à réformer la finance, fusse-t-elle française. Nicolas Sarkozy se contente de répondre à l’impatience des foules, à corriger très modérément et ponctuellement les excès les plus voyants. Rien de plus, rien de mieux... Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy protège les banques. C’est simple, c’est clair, c’est prouvé.

Tertio, les sommes collectées iront ... aux banques. La ministre prévient que ces 360 millions d’euros récoltés iront abonder le Fonds de garantie des dépôts « pour renforcer la sécurité des déposants. » Pourquoi le produit de cette taxe ne sert-il pas à financer, par exemple, les déficits publics ? Ou le renforcement de l’indemnisation des chômeurs en fin de droits que le gouvernement N’A PAS décidé ? Non. Le gouvernement préfère qu’il abonde un fonds de garantie dont les sommes dorment dans un coin.

Quarto, la régulation bancaire mise en oeuvre par le gouvernement est minimaliste. Un comble quand on entend, presque chaque jour en cette période de voeux présidentiels tous azimuts, Nicolas Sarkozy fustiger les dérives bancaires de l’avant-crise 2006.

Mi-décembre dernier, le gouvernement a adopté en Conseil des ministres un projet de loi de régulation bancaire. Et surprise, il ne reprenait même pas les recommandations du G20 précédent en matière de fonds propres... Ces deux volets restaient plus que modestes : il se contente de créer un « Conseil de la régulation financière et du risque systémique », qui réunit les autorités de contrôle du secteur financier pour discuter des problèmes du moment, et de doter l’Autorité des marchés financiers (AMF) de « la capacité d’adopter des mesures d’urgence pour restreindre les négociations sur les marchés financiers en situation de crise » et lui confie « le contrôle des agences de notation désormais prévu par la réglementation européenne ».

Le contre-exemple américain

Enfin, les banques ont trouvé la parade : « Plusieurs banques augmentent leur salaire fixe pour contourner le problème. Selon une étude internationale du cabinet Mercer auprès de 42 banques, 65 % d’entre elles ont augmenté les salaires de base, tandis que 83 % diminuaient la part des bonus dans la rémunération », rapporte le Figaro. Qu’en pense Christine Lagarde ?

Aux Etats-Unis, l’aide et le contrôle des banques furent largement plus massif. la situation du pays l’exigeait. Mais Barack Obama est confronté au même problème que Nicolas Sarkozy : les banques, hier soutenues et sauvées de la faillite, ont rapidement remboursé leurs aides pour mieux se libérer de la tutelle de l’Etat. L’administration américaine réfléchit à une super-taxe qui devrait rapporter ... 120 milliards de dollars. La disproportion avec le minimalisme française est incroyable. Nicolas Sarkozy, sur ce sujet comme d’autres, s’affiche beau parleur mais piètre réalisateur.

Mercredi, Chistine Lagarde a expliqué qu’une rémunération de l’épargne populaire placée en Livret A à 1,25% était « un taux raisonnable ». Indulgente avec les puissants, « raisonnable » avec les modestes... Voici la Sarkofrance.

Haïti, solidarité à Fort-de-France Guillaume Pigeard de Gurbert Reporterre 2010/01/17 Guillaume Pigeard de Gurbert (17 janvier 2010) Haïti, solidarité à Fort-de-France. Reporterre. fr

Haïti, solidarité à Fort-de-France

Carrefour Dillon, Fort-de-France, Martinique, ce dimanche 17 janvier, midi.

Affluence exceptionnelle : parking saturé, cohue aux caisses. Les caddies laissent deviner, au milieu des courses ordinaires, quantité de produits de première nécessité (riz, conserves, eau, couches pour bébé) destinés de toute évidence à la collecte pour Haïti installée à la sortie des caisses, où des bénévoles effectuent la répartition, remplissent les cartons, préparent les palettes, chargent les camions garés à l’entrée. Nul ne compte ici son temps (son dimanche) ni son argent. Chacun donne sans compter, parfois sans doute au-delà du raisonnable, emporté par les lucidités du cœur. Océan de solidarité d’une humanité libérée de la tyrannie du chiffre, abandonnée à sa propre plénitude.

Affluence exceptionnelle égale plus-value exceptionnelle : aucun produit de première nécessité n’a fait l’objet d’un prix exceptionnel, sans marge (les couches pour bébé restent inabordables, le prix de l’eau déraisonnable). L’élan de solidarité s’arrête aux vitres sans tain derrière lesquelles se font les comptes. Preuve que dans le dos de l’humaine solidarité, la loi du chiffre fonctionne de plus belle. Occasion rêvée de faire un très bon chiffre.

Peut-être vaudrait-il mieux résister à la bouffée d’humanité qui nous soulève et faire directement un don qui court-circuite la rapacité sans foi ni frère. Mais il faudrait du coup soi-même se mettre à compter et il n’est pas sûr qu’en la circonstance on en ait l’idée... Un dimanche à marquer d’une croix.

Haïti, Sichuan, demain... Hervé Kempf Reporterre 2010/01/17 Hervé Kempf (17 janvier 2010) Haïti, Sichuan, demain.... Reporterre. Tribune — fr

Haïti, Sichuan, demain...

Comment pourrait-on, ici et aujourd’hui, ne pas penser à Haïti ? Et ne pas chercher au-delà de l’émotion, le sens que, comme tout événement, celui-ci porte, et qui permet de préparer l’avenir ? Mais, saturé d’émotion, le drame échappe encore à la discussion. « Raisonner quand tous ces gens souffrent ! N’avez-vous pas honte ? » Non. Raisonnons, pour ne pas rester silencieux, étranger à cette souffrance.

On pourrait rappeler que, dans la société du spectacle, l’émotion elle-même est spectacle, que l’organisation de la charité et de la « mobilisation » forme une tendre image d’unanimisme dans la « solidarité », qui renvoie à l’unanimité dans la souffrance des victimes. « Nous, bons riches Occidentaux, avons bon coeur et aidons malheureux pauvres d’Haïti, victimes de la fatalité. » La suite logique serait de reprendre l’histoire des relations de la France et des Etats-Unis avec Haïti, afin d’identifier les responsabilités de la faiblesse de cet Etat. Mais cette approche, légitime, est trop sèche pour résonner vraiment avec le drame de Port-au-Prince.

Suivons deux autres pistes de questionnement, dans le passé proche, puis dans un avenir indéterminé. Le passé proche, c’est le terrible séisme qui a frappé le Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 12 mai 2008 : 90 000 morts, 400 000 blessés, 370 000 bâtiments détruits. Un drame aussi fort qu’en Haïti. Mais une dramaturgie totalement différente : une bien moindre émotion mondiale, et une réaction rapide et assez efficace du gouvernement de Pékin. Et, comme l’observe Laurent Hou, doctorant de l’université Paris-IV (Sorbonne), qui a présenté ses recherches sur la catastrophe lors du séminaire « Histoire environnementale du communisme et du postcommunisme » le 15 janvier à Paris, une prise en charge réelle de la reconstruction dans les mois qui ont suivi. Si toutes les blessures ne sont pas cicatrisées, l’économie repart, fortement soutenue par Pékin : un quart du plan de relance de 2009 a été consacré au Sichuan !

D’où la question : les Occidentaux, dont les avions-cargos vont planter leur drapeau sur l’aéroport de Port-au-Prince, seront-ils là dans un an pour soutenir vraiment la reconstruction d’ Haïti, et son cheminement sur une voie de sortie de la misère qui passerait, prioritairement, par l’agriculture et la reforestation ?

Deuxième piste : que se passerait-il dans un monde aussi inégal qu’aujourd’hui, et où les catastrophes liées au changement climatique se multiplieraient ? Un monde inégal, dans lequel des Etats très faibles, comme Haïti, seraient assaillis de manière répétée par des inondations, sécheresses et autres cyclones ? Pourrait-on supporter des « aides d’urgence » de plus en plus répétées et les désordres géopolitiques que cela entraînerait ? Ne vaudrait-il pas mieux, dès aujourd’hui, prévenir la catastrophe globale plutôt que d’attendre d’avoir à en soulager les effets ? Pour que la souffrance d’Haïti n’ait pas été vaine...

De Haïti à Copenhague : l’exigence de solidarité Fidel Castro Reporterre 2010/01/19 Fidel Castro (19 janvier 2010) De Haïti à Copenhague : l’exigence de solidarité. Reporterre. Tribune — fr

De Haïti à Copenhague : l’exigence de solidarité

« Haïti pourrait devenir un exemple de ce que l’humanité peut faire pour elle-même. (...) Les changements climatiques menacent toute l’humanité. Le séisme de Port-au-Prince nous rappelle à tous, à peine trois semaines après, à quel point nous avons été égoïstes et suffisants à Copenhague ! »

Les nouvelles qui parviennent d’Haïti confirment le grand chaos qu’on était en droit d’attendre dans la situation exceptionnelle engendrée par la catastrophe.

Surprise, étonnement, commotion dans les premiers instants, désir, dans les recoins les plus éloignés de la planète, d’apporter de l’aide sans retard… Qu’envoyer et comment le faire vers une petite île des Caraïbes depuis la Chine, l’Inde, le Vietnam et d’autres endroits situés à des dizaines de milliers de kilomètres de distance ? L’ampleur du séisme et la pauvreté du pays font naître, dans les premiers instants, des idées de besoins imaginaires qui donnent lieu à toutes sortes de promesses possibles que l’on s’efforce ensuite de concrétiser par tous les moyens.

Nous, Cubains, avons compris que le plus important était de sauver des vies, ce à quoi nous sommes entraînés face non seulement à des catastrophes de ce genre, mais aussi à d’autres désastres naturels de caractère sanitaire.

Des centaines de médecins cubains étaient déjà sur place, ainsi qu’un bon nombre de jeunes Haïtiens d’origine modeste, devenus de bons professionnels de la santé. C’est à cela que nous avons consacré notre coopération avec ce pays frère et voisin depuis de longues années. Une partie de nos compatriotes était toutefois en vacances au moment du séisme, tandis que des Haïtiens se formaient ou étudiaient à Cuba.

Le tremblement de terre a dépassé tous les calculs : les modestes demeures de pisé et de torchis – dans une ville de presque deux millions d’habitants – ne pouvaient pas résister. De solides bâtiments publics se sont effondrés, des îlots entiers se sont écroulés sur leurs habitants qui se trouvaient chez eux, alors que la nuit tombait. Ils furent ensevelis sous les ruines, vivants ou morts. Les personnes blessées qui remplissaient les rues réclamaient des secours. La force des Nations unies (MINUSTAH), le gouvernement et la police se sont retrouvés sans direction ni commandement. Ces institutions, employant des milliers de personnes, se sont attelées, dans les premiers moments, à la tâche de savoir quelles sont celles qui étaient en vie et où.

La première chose qu’ont faite nos médecins dévoués en Haïti et les jeunes spécialistes de la santé formés à Cuba, a été de communiquer entre eux afin de connaître leur sort et de savoir sur qui ils pouvaient compter pour aider le peuple haïtien dans cette tragédie.

Ceux qui étaient en congé à Cuba et les médecins haïtiens qui suivaient une spécialisation dans notre pays se sont aussitôt préparés à partir. D’autres experts cubains en chirurgie, qui avaient déjà rempli des missions difficiles se sont portés volontaires pour les accompagner. Ainsi, en moins de vingt-quatre heures, nos médecins avaient déjà soigné des centaines de patients. Aujourd’hui, 16 janvier, à peine trois jours et demi après la tragédie, ils avaient traité plusieurs milliers de victimes.

Ce samedi midi, 16 janvier, la direction de notre brigade nous a apporté les témoignages suivants, entre autres :

« Ce que font les camarades est vraiment digne d’éloges. Ils sont tous d’avis que ce qui s’est passé au Pakistan pâlit en comparaison [il y a eu là-bas un grave séisme où certains ont travaillé]. Là-bas, ils avaient dû soigner bien des personnes ayant souffert de fractures, parfois mal consolidées, ou l’écrasement de membres, mais ici cela dépasse tout ce que l’on peut imaginer : de nombreuses amputations . Il faut pratiquement amputer en plein air : c’est l’image de ce qu’ils avaient supposé pouvoir se passer pendant une guerre.

« … L’hôpital Delmas 33 fonctionne déjà ; il compte trois blocs opératoires dotés de groupes électrogènes, des secteurs de consultation, etc., mais il est absolument saturé.

« …Quatre centres de diagnostic intégral fonctionnent aussi. »

Ces informations donnent une petite idée de ce que font en Haïti les personnels médicaux de Cuba et ceux d’autres pays qui travaillent avec eux, parmi les premiers à être arrivés dans ce pays. Notre personnel est disposé à coopérer et à unir ses forces à celles de tous les spécialistes de la santé envoyés de partout pour sauver des vies dans ce peuple frère. Haïti pourrait devenir un exemple de ce que l’humanité peut faire pour elle-même. La possibilité et les moyens existent ; c’est la volonté, toutefois, qui fait défaut.

Plus l’on mettra de temps à enterrer ou à incinérer les morts, à distribuer des aliments et d’autres produits vitaux, et plus les risques d’épidémies et de violence sociale s’aggraveront.

Haïti permettra de vérifier combien de temps durera l’esprit de coopération, avant que ne l’emportent l’égoïsme, le chauvinisme, les intérêts mesquins et le mépris des autres nations.

Les changements climatiques menacent toute l’humanité. Le séisme de Port-au-Prince nous rappelle à tous, à peine trois semaines après, à quel point nous avons été égoïstes et suffisants à Copenhague !

Les pays observent de près tout ce qu’il se passe en Haïti. L’opinion publique mondiale et les peuples seront de plus en plus sévères et implacables dans leurs critiques.

Prouvez que vous êtes français ! Ligue des Droits de l’Homme Reporterre 2010/01/19 Ligue des Droits de l’Homme (19 janvier 2010) Prouvez que vous êtes français !. Reporterre. fr

Prouvez que vous êtes français !

Une campagne est lancée pour protester contre les exigences administratives toujours plus lourdes lors d’un renouvellement de carte d’identité ou passeport.

Depuis plus de vingt ans, les différents gouvernements infligent un traitement discriminatoire aux Français nés à l’étranger, ou nés en France de parents étrangers ou devenus français par naturalisation.

À l’occasion du renouvellement de ses papiers d’identité, il est maintenant demandé systématiquement à chacun d’entre eux de faire la preuve de sa nationalité française. La situation continue de s’aggraver : d’une pratique qui se cantonnait à la carte d’identité, la délivrance du passeport fait désormais l’objet des mêmes attentions et on en arrive à l’ouverture d’un bureau spécialisé pour ces Français « différents ».

Au-delà de l’avalanche de preuves réclamées, de la difficulté de reconstituer des parcours que l’histoire de la France ou du monde a bouleversés et de la répétition stupide des mêmes demandes à chaque renouvellement, imagine-t-on ce que représente cette mise en cause directe de la personnalité de chacun et le réveil douloureux de souvenirs souvent dramatiques ?

Il y a quelque chose d’intolérable à faire ainsi de millions de Français d’origine les plus diverses des personnes suspectes a priori de fraude, puisque ce sont à elles de prouver leur nationalité et non à l’administration de démontrer une fraude ou une erreur. Cette attitude est d’autant plus vexatoire qu’en vertu de l’article 21-13 du Code Civil, la nationalité de ceux qui ont vécu en tant que Français depuis plus de dix ans ne peut plus être contestée.

Nous dénonçons une logique résultant d’une peur de l’Etranger, dont il importerait de se prémunir à toute force, y compris en suspectant des millions de Français. Et parce que nous refusons que ces situations se règlent par des passe-droits en faveur de ceux qui ont les moyens de protester contre de telles discriminations, nous exigeons que le gouvernement y mette un terme et rétablisse un traitement normal et égal pour tous de la délivrance des pièces d’identité.

Premiers signataires :

Michèle ANDRE, vice-présidente du Sénat ; Ariane ASCARIDE, comédienne ; Gérard ASCHIERI, syndicaliste ; Jean-Christophe ATTIAS, directeur d’études à l’EPHE-Sorbonne ; Edouard BAER, comédien ; Jeanne Balibar, comédienne ; Guy Bedos, comédien ; Esther Benbassa, directrice d’études à l’EPHE-Sorbonne ; Jean-Luc BENNHAMIAS, député européen ; Matthieu BONDUELLE, secrétaire général du syndicat de la Magistrature ; Pascal BONIFACE, universitaire ; Nicole BORVO, sénatrice ; Zabou BREITMANN, comédienne ; Annick COUPE, syndicaliste ; Didier DAENINCKX, écrivain ; Jean-Michel DUCOMTE, président de la Ligue de l’Enseignement ; Jean-Pierre DUBOIS, président de la LDH ; Kamel JENDOUBI, président du Réseau euroméditerranéen des droits de l’Homme ; Marie-Pierre DE LA GONTRIE, secrétaire nationale du Parti socialiste à la justice et aux libertés publiques ; Robert GUEDIGUIAN, cinéaste ; Françoise HERITIER, professeure au Collège de France ; Jean-Claude KAUFMANN, directeur de recherche au CNRS ; Christophe HONORE, cinéaste ; Henri LECLERC, président d’honneur de la LDH ; Patrick LOZES, président du CRAN ; Daniel KARLIN, cinéaste ; Marie NDIAYE, écrivaine ; Gilles PERRAULT, écrivain ; Lydie RAPPAPORT, directrice de recherche au CNRS ; Roland RAPPAPORT, avocat au barreau de Paris ; Jean-Marc ROIRANT, secrétaire général de la Ligue de l’Enseignement ; Benjamin STORA, professeur des Universités ; Michel TUBIANA, président d’honneur de la LDH ; Marie-Christine VERGIAT, députée européenne.

L’élection contre la démocratie ? Hector Reporterre 2010/01/20 Hector (20 janvier 2010) L’élection contre la démocratie ?. Reporterre. Tribune — fr

L’élection contre la démocratie ?

Le système représentatif, réduit à l’élection, est à la démocratie ce que les fast food sont à la gastronomie.

S’il y a une chose dont les politiciens ne se lassent pas, c’est des élections. Pendant que Ségolène se met en jambes pour les présidentielles par une irruption tellement tonitruante que des membres de son parti parlent de « psychiatrie lourde », les sarkozystes modifient les règles du jeu pour être sûrs d’emporter les régionales et les affairistes font leur nid dans toutes les listes... tout cela au nom de la démocratie un sujet sur lequel ils entendent bien nous faire la leçon. Voyons donc ce qu’il en est.

Le terme « démocratie » nous vient de la Grèce antique. Lorsque la démocratie y naît, “l’idée de représentation est totalement absente de la philosophie et de la pratique de la Grèce ancienne (...) le principe de l’élection était considéré comme aristocratique”. Et oui, selon le constat des « inventeurs » de la démocratie, l’élection est exactement opposée à la démocratie. L’élection est par essence aristocratique puisqu’il s’agit non de désigner quelqu’un d’égal à un autre, mais de choisir quelqu’un supposé meilleur, supérieur aux autres. C’est pourquoi les magistrats de la cité antique ne sont pas élus, mais - pratique démocratique oblige - tirés au sort. Quelques-uns seulement, pour des fonctions exigeant une compétence toute particulière sont élus ; mais ils ne sont jamais considérés comme des représentants des citoyens et leurs charges sont soumises à rotation régulière. D’ailleurs tout magistrat “peut à n’importe quel moment dans l’exercice de ses fonctions, être mis en cause, pour des raisons de fonds et de forme, et révoqué”. Le mouvement ouvrier fera de même avec ses délégués durant la Commune, dans les soviets, dans les Collectivités, les organisations anarchosyndicalistes ...

Mais la démocratie, ce n’est pas que cela : refusant les représentants qui légifèrent et gouvernent en leur nom. Les citoyens votent eux-mêmes les lois dans l’assemblée du peuple (Ekklésia), où tous ont un droit égal à la parole (Iségoria) et à la proposition de telle ou telle décision. Les citoyens y ont l’obligation “de dire franchement ce [qu’ils pensent] ... à propos des affaires publiques”.

Les inventeurs de la démocratie ont également beaucoup réfléchi (et trouvé des solutions) à la relation peuple/experts. Si les Athéniens reconnaissaient l’expertise, c’était toujours par rapport à une activité spécifique comme la construction d’un temple, d’un bateau...“Mais celui qui disait : ’Moi, je suis un technicien dans les affaires du gouvernement’ ne récoltait que des rires ». D’autre part, pour les Grecs démocrates, « aucun expert ne saurait se juger lui-même, et le juge de l’expert n’est jamais un autre expert mais l’utilisateur. Le juge de ce qu’est une bonne armure, ce n’est pas l’armurier, mais l’hoplite qui va s’en servir.”

“Il n’est que trop facile d’opposer cette vue concernant l’expertise à celle qui prévaut chez les modernes. L’idée dominante, aujourd’hui, c’est que les experts doivent être jugés par d’autres experts (...) Cette idée va de pair avec une autre (...) qu’il existe des experts politiques. Ce n’est pas le nom qu’on leur donnera, mais nos prétendus politiciens se présentent et sont élus en tant que spécialistes de l’universel, techniciens de la totalité, ou peu s’en faut. Il va de soit que c’est la dérision même de l’idée de démocratie (...) : on justifiera le pouvoir des politiciens par l’expertise politique qu’ils seraient les seuls à posséder, et on appellera ensuite la population - qui par définition est non experte - à choisir entre ces expert” !

Dernière réflexion utile que nous puisons toujours chez les inventeurs de la démocratie, celle qui concerne le couple population/Etat. "Le terme ’Etat’ n’existe pas en grec ancien (...) Il n’y a pas d’appareil d’Etat séparé de la communauté politique et qui la domine".

Ces trois points fondamentaux, sur lesquels la contradiction est totale entre les pratiques des Etats d’aujourd’hui et celles des inventeurs de la démocratie, permettent d’affirmer que ce qu’on nous vend aujourd’hui comme étant de la « démocratie » représentative est à la véritable démocratie ce que Mac Donald’s est à la gastronomie.

Loin d’être une démocratie, notre société est une oligarchie élective et plus ou moins libérale : dans les faits, dans la réalité, dans le quotidien, les élus qui disposent du pouvoir ne sont même pas « les meilleurs », ils sont surtout les rejetons de familles installées qui se croisent et s’entrecroisent, vivent entre elles et constituent ainsi une oligarchie opaque.

Cette pseudo élite qui pullule dans la haute bureaucratie du gouvernement, des partis, des syndicats, des grosses entreprises (on ne compte pas ceux qui passent avec aisance de l’une à l’autre) constituent une véritable aristocratie. C’est parmi elle, et elle seulement (à de rarissimes exceptions près) que le pouvoir choisit ses leaders, par ce que Cornelius Castoriadis appelle “les règles du jeu de l’appareil bureaucratique de l’appareil partisan”. Reste au commun des mortels un vague veto électoral “plus fictif que réel pour la simple raison que le jeu est truqué (...) parce que les choix offerts sont toujours prédéterminés”.

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Les réflexions ainsi que les citations sont puisées dans l’oeuvre de Cornelius Castoriadis, en particulier son Séminaire à l’EHESS : Ce qui fait la Grèce. 2 : Cité et lois et Les enjeux actuels de la démocratie (livres édités au Seuil). Il ne s’agit pas de prendre l’Athènes du Ve siècle comme modèle démocratique absolu. Cela n’aurait aucun sens, d’autant plus qu’étaient exclus de la communauté politique les femmes (comme en France jusqu’en 1945), les métèques (comme c’est le cas encore chez nous) et les esclaves ; et que l’inégalité sociale entre les citoyens était profonde. Cependant, même avec ces tares, la civilisation athénienne a inventé la démocratie, l’a longuement pratiquée et réfléchie. Il est donc logique de s’y référer quand c’est de démocratie qu’on cause.

Les habitants des yourtes se regroupent Cheyen Reporterre 2010/01/20 Cheyen (20 janvier 2010) Les habitants des yourtes se regroupent. Reporterre. Habitat et urbanisme fr

Les habitants des yourtes se regroupent

L’association des habitants des yourtes est créée à l’initiative d’un collectif de personnes, pour qui cette forme d’habitat est un choix de vie responsable, d’empreinte écologique quasi nulle.

Nous avons la joie de vous annoncer la création de l’Association des Yourtes CHEYEN (Coordination des Habitants/usagers En Yourte sur Espaces Naturels).

Logement, autosuffisance alimentaire et jardinage biologique, autonomie partagée, simplicité, transmission des savoirs, protection de la biodiversité, sont à l’origine de la création de l’Association CHEYEN, qui a vu officiellement le jour le 10 janvier 2010 au Cantoyourte à Bessèges, dans les Cevennes.

Cette Association, créée à l’initiative d’un collectif de personnes résidant en yourtes, représente un choix de vie responsable, d’empreinte écologique quasi nulle.

La yourte, patrimoine sacré de l’humanité, extraordinairement durable (trois millénaires), articule tradition et modernité, artisanat et technologies pionnières des énergies renouvelables, relocalisation des activités et réduction des pollutions à la source.

La vocation des Yourtes CHEYEN est donc d’offrir une réponse sociale, écologique, économique, mobilière et immobilière, à la crise du logement, qui soit cohérente avec l’état du monde, et capable de satisfaire harmonieusement les droits fondamentaux de toute forme de vie.

Elle a pour objectif la mutualisation et la mise en réseau des pratiques, des usages et des expériences des habitants en yourte, la défense du droit au logement en tente ou habitat léger écologique lié au droit à la terre, et l’élaboration de solutions et d’évolutions socio-écologiques solidaires.

Ces nouvelles façons d’habiter sont liées à la volonté et au droit de se loger modestement, de se nourrir sainement, de développer un mode de vie non prédateur, respectueux de l’humain, des écosystèmes et de la biosphère.

Nous souhaitons promouvoir de riches interrelations et une synergie fructueuse avec d’autres partenaires, particuliers, institutions, associations mobilisées pour le droit au logement, à la terre, agriculteurs bio, etc, tout en affirmant, dans une vision globale du droit aux établissements humains sobres et légers, nos spécificités.

Les habitants en yourte, les auto constructeurs, les fabricants de yourtes, les hébergeurs en yourtes éthiques, les usagers et les porteurs de projets, les propriétaires fonciers, toutes les personnes ou organisations soutenantes, sont appelés à contribuer au dynamisme de l’Association.

On peut adhérer activement, en animant des groupes locaux, en participant aux commissions, en s’impliquant dans nos travaux, ou simplement comme sympathisant, pour défendre notre choix d’un mode d’habitat alternatif léger, circulaire, réversible, démontable, biodégradable, anti-sismique, en particulier lors des discriminations, menaces d’expulsion, privations d’accès aux droits ou procès abusifs.

Le Peuple des yourtes, dans un contexte de huit millions de précaires, ne cesse de croître. L’implantation de la yourte dans l’espace rural, conjuguée à une mise à disposition de parcelles, doit permettre la réinsertion ou le maintien dans le circuit relationnel humain et environnemental, constituant ainsi un outil précieux contre l’exclusion.

La yourte, abordable économiquement, soit par auto construction, soit par achat à des entreprises locales honnêtes, est une solution de réhabilitation de la dignité humaine, en même temps qu’un outil de responsabilisation et de guérison personnelle et collective.

L’entraide et la coordination des habitants et usagers en Yourte se déclinera aussi dans un manifeste et une charte, comprenant un cahier des charges, définissant ensemble les moyens d’assurer la reconnaissance du peuple des yourtes, ses us et coutumes, ses revendications et ses innovations, liés à la pérennité écologique et sociale d’une fraternité à réinventer partout sur nos territoires.

L’Association CHEYEN vous invite à adhérer, et vous remercie de vos idées et implications dans ce nouvel élan vers un avenir soutenable.

Composition de l’Association :

Présidente : Sylvie Barbe, habitante, fabricante, hébergeante, auteure de Yurtao, la voie de la yourte...

Vice président : Christian Sunt, paysan bio, fondateur et porte-parole de l’association des Objecteurs de Croissance.

Secrétaire : Hélène Valentin, habitante, maraîchère bio.

Secrétaire adjointe, communication et publication : Martine Derouineau, auto constructrice, infographiste.

Trésorier : Michel Seiller, habitant, paysan bio.

Chargée de mission : Anaïs Angeras, usagère, étudiante stagiaire en anthropologie.

Accompagnement auto-construction : Hervé Lhortolat, habitant, fabricant, hébergeant.

Conseils menuiserie : Hugues Régis, habitant, auto constructeur de yourtes en bois.

Juriste : Sophie Ribot-Astier, professeure de droit.

Relations politiques : Jean-François Castel, habitant, photographe.

Médiation interne : Cathy Landrault, usagère, Communication Non Violente (CNV.)

La fin du dollar Robert Fisk Reporterre 2010/01/22 Robert Fisk (22 janvier 2010) La fin du dollar. Reporterre. Tribune — fr

La fin du dollar

Au Moyen Orient, les producteurs de pétrole préparent un remplaçant au dollar, avec l’appui de la Chine.

En septembre 2009, l’Iran a annoncé que ses réserves de devises étrangères seraient, dorénavant, libellées en euros, et non pas en dollars.

Dans ce qui est le plus profond changement financier de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient, les pays arabes du Golfe sont en train de préparer – avec la Chine, la Russie, le Japon et la France – la cessation du recours au dollar pour les transactions pétrolières, au profit d’un panier de devises comportant le yen japonais, le yuan chinois, l’euro, l’or et une nouvelle devise unifiée préparée par les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, qui regroupe notamment l’Arabie saoudite, Abu Dhabi, le Koweït et le Qatar.

Des réunions secrètes ont d’ores et déjà été tenues entre ministres des finances et gouverneurs des banques centrales, en Russie, en Chine, au Japon et au Brésil, afin de travailler à ce projet, qui aura pour effet que le pétrole ne sera désormais plus échangé contre des dollars.

Ces projets, que des sources des milieux bancaires tant du Golfe arabe que chinois de Hong Kong nous ont confirmés, peuvent expliquer pour partie une hausse soudaine des prix de l’or. Mais ils augurent aussi d’une extraordinaire transformation des marchés libellés en dollars, qui sont appelés à disparaître peu à peu au cours des neuf années à venir.

Les Américains, au courant de ces réunions – bien qu’ils n’en aient pas mis au jour les détails – vont certainement lutter contre cette cabale internationale qui inclura dorénavant y compris certains de leurs fidèles alliés, comme le Japon et les pays arabes du Golfe. Dans le contexte de ces négociations monétaires, Sun Bigan, ex-envoyé spécial chinois au Moyen-Orient, a mis en garde contre le risque qu’elles n’approfondissent les divisions entre la Chine et les Etats-Unis, qui sont en concurrence pour l’influence et le pétrole, au Moyen-Orient. « Des querelles et des clashes bilatéraux sont inévitables », a-t-il dit à notre confrère Asia and Africa Review. « Nous ne pouvons en aucun cas baisser la garde, au Moyen-Orient, autour des enjeux de l’énergie et de la sécurité ».

Cela sonne comme une inquiétante prédiction d’une future guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine, pour la conquête du pétrole moyen-oriental – transformant, de surcroît, les conflits endémiques de cette région en une bataille pour la suprématie de la première puissance mondiale. La Chine consomme plus de pétrole que les Etats-Unis, et elle en consomme de plus en plus, sa croissance économique étant moins efficace énergétiquement. La monnaie de transition, dans le mouvement prévu d’abandon du dollar, pourrait fort bien être l’or, laissent entendre certaines sources des milieux bancaires chinois. La richesse d’Abu Dhabi, de l’Arabie saoudite, du Koweït et du Qatar, qui, ensemble, détiennent des réserves estimées à 2,1 milliers de milliards de dollars, donne une idée des sommes gigantesques en cause.

Le déclin de la puissance économique américaine, liée à la récession économique mondiale actuelle, a été implicitement reconnu par le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick : « Un des legs de cette crise sera sans doute la prise de conscience d’un bouleversement total dans les relations entre puissances économiques », a-t-il déclaré, à Istanbul, en prélude à la réunion du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale qui doit s’y tenir, cette semaine. Mais c’est l’extraordinaire puissance financière, totalement inédite, de la Chine – conjointement à l’irritation des pays producteurs et consommateurs de pétrole contre la capacité américaine d’interférer dans le système financier international – qui a motivé les négociations récentes impliquant les pays du Golfe.

Le Brésil a manifesté son intérêt pour une collaboration à des paiements pétroliers en non-dollars, ainsi que l’Inde.

De fait, la Chine apparaît comme la plus enthousiaste de toutes les puissances économiques concernées, et ses énormes échanges commerciaux avec le Moyen-Orient n’y sont pas pour rien… En effet, elle importe 60 % de son pétrole, essentiellement du Moyen-Orient et de Russie. Les Chinois détiennent des concessions pétrolières en Irak – qui étaient restées bloquées par les Etats-Unis jusqu’à cette année – et, depuis 2008, ils mettent en œuvre un accord signé avec l’Iran, pour un montant de 8 milliards de dollars, visant à développer les capacités de raffinage et les ressources gazières de ce pays. Elle a des accords pétroliers avec le Soudan et elle continue à négocier des concessions pétrolières avec la Libye, un pays dans lequel tous les contrats de cette nature ne peuvent qu’être des joint ventures.

De plus, les exportations chinoise vers le Moyen-Orient représentent désormais non moins de 10 % des importations de chacun des pays de cette région, y compris un large éventail de produits allant des automobiles aux systèmes d’armement, en, passant par les produits alimentaires, l’habillement, et même… les poupées ! En une claire indication de la musculature croissante de la Chine, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a plaidé, hier [le 5 octobre], auprès de Pékin, afin de lui demander de laisser s’apprécier le yuan par rapport à un dollar en dégringolade et, par extension, de relâcher la dépendance de la Chine par rapport à la politique monétaire américaine, afin de contribuer à rééquilibrer l’économie mondiale et d’atténuer les pressions à la hausse sur l’euro.

Depuis les accords de Bretton Woods – ces accords, conclus juste après la fin de la Seconde guerre mondiale, qui définirent l’architecture du système financier international actuel – les partenaires commerciaux de l’Amérique ont eu affaire à l’impact du contrôle de Washington, ainsi, ces dernières années, qu’à l’hégémonie du dollar, en tant que réserve de devises mondiales dominante.

Ainsi, les Chinois sont, par exemple, persuadés que si les Américains ont convaincu la Grande-Bretagne de rester à l’extérieur de l’euro, c’est uniquement afin d’empêcher un mouvement d’abandon du dollar, qui se serait déjà produit, sans cela. Mais nos sources dans les milieux bancaires chinois disent que leurs pourparlers sont d’ores et déjà allés trop loin pour pouvoir être bloqués, désormais. « Les Russes vont finalement mettre le rouble dans la cagnotte des devises (non-dollar) », nous a ainsi déclaré un éminent courtier de Hong Kong. « Les Brits sont coincés au beau milieu du gué, et ils vont devoir adopter l’euro : ils n’ont pas le choix, dès lors qu’ils ne pourront plus utiliser le dollar américain… »

Nos sources des milieux financiers chinois pensent que le Président Barack Obama est trop occupé à soigner l’économie américaine pour se concentrer sur les implications extraordinaires de la transition conduisant à l’abandon total du dollar d’ici neuf ans. La deadline actuelle, pour le parachèvement de la transition monétaire est, en effet, l’année 2018.

Les Etats-Unis ont brièvement évoqué cette tendance lors du sommet du G20 à Pittsburgh ; le gouverneur de la Banque centrale chinoise et d’autres responsables se plaignaient de manière audible du dollar, depuis des années. Leur problème, c’est qu’une part considérable de leur richesse nationale est constituée d’avoirs en dollars…

« Ces projets changeront le visage des transactions financières internationales », a indiqué un banquier chinois. « L’Amérique et la Grande-Bretagne peuvent se faire du mouron : vous saurez à quel point elles sont emmerdées au tonnerre de démentis que cette information ne manquera pas de susciter… »

En septembre, l’Iran avait annoncé que ses réserves de devises étrangères seraient dorénavant en euros, et non plus en dollars. Les banquiers se souviennent, bien évidemment, de ce qui est arrivé au dernier producteur de pétrole du Moyen-Orient à avoir vendu son pétrole en euros, et non en dollars : quelques mois seulement après qu’un certain Saddam Hussein eut annoncé cette décision avec tambour et trompette, les Américains et les British envahissaient l’Irak…

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Traduction : Marcel Charbonnier.

Un revers pour le projet de contournement de Strasbourg Djamila Sonzogni Reporterre 2010/01/22 Djamila Sonzogni (22 janvier 2010) Un revers pour le projet de contournement de Strasbourg. Reporterre. fr

Un revers pour le projet de contournement de Strasbourg

Le rapporteur public du Conseil d’Etat s’est prononcé le 20 janvier pour que cette juridiction rende un avis défavorable au projet de contournement autoroutier de Strasbourg.

Décidément, les revers s’accumulent pour le gouvernement UMP et les écologistes s’en félicitent.

Nous saluons la position du rapporteur public qui demande purement et simplement l’annulation de la déclaration d’utilité publique du projet autoroutier de Grand Contournement Ouest de Strasbourg (GCO). Nous nous réjouissons qu’un vent de bon sens souffle face à ceux qui défendent ce projet en dépit de tout bon sens économique et écologique.

Ce projet signé de la plume du ministre Jean-Louis Borloo et soutenu par la sénatrice et ancienne maire de Strasbourg Fabienne Keller, qui pourtant se revendiquent tous les deux écologistes, compte parmi les projets d’aménagement incompatibles avec le Grenelle de l’environnement.

Cette autoroute ne peut être qu’un appel d’air supplémentaire aux transports routiers sans soulager l’engorgement de l’agglomération strasbourgeoise. Sa construction entraînerait la disparition du Grand Hamster d’Alsace et détruirait des terres agricoles fertiles. Mis à part les entreprises de BTP qui collecteront l’argent des péages, pas grand monde n’a à gagner de la réalisation de ce projet.

Dans les cartons depuis trente ans, ce contournement autoroutier d’un autre siècle n’est pourtant pas encore définitivement enterré. Les écologistes et tous ceux qui veulent d’un mode de développement régional qui ne porte atteinte ni aux hommes ni à la nature continueront de se battre jusqu’à l’abandon définitif de cette nouvelle autoroute.

Les Objecteurs de croissance ne participeront pas à la liste de gauche dans le Pays de la Loire. Voici pourquoi. Thierry Brulavoine Reporterre 2010/01/23 Thierry Brulavoine (23 janvier 2010) Les Objecteurs de croissance ne participeront pas à la liste de gauche dans le Pays de la Loire. Voici pourquoi.. Reporterre. Tribune — fr

Les Objecteurs de croissance ne participeront pas à la liste de gauche dans le Pays de la Loire. Voici pourquoi.

Texte explicatif de la sortie de Région Décroissance de la liste unitaire "Ensemble, la gauche vraiment !"

Chers camarades du Front de Gauche, des Alternatifs, de la Fase, de République et socialisme et du NPA,

Le contenu de l’accord tel que rédigé au 7 janvier 2010 grâce au remarquable travail de synthèse de Christophe Mauras (Parti de Gauche) nous agrée. Nous constatons que les idées du Mouvement de la décroissance commencent à faire leur chemin dans les esprits. Nous sommes heureux d’avoir contribué, notamment le 19 décembre 2009 avec l’intervention de Bernard Gontaud (Objecteur de croissance - OC) à ce que le symbole d’une société fondée sur la foi illimitée en la croissance, qu’est le projet aéroportuaire à Notre Dame des Landes, soit enfin rejeté par tous les acteurs de cette liste unitaire.

Dans cet accord, nous avons tenu à sceller notre « engagement » en affirmant que « cette liste sera celle de toutes celles et ceux qui aspirent à rendre majoritaire une alternative à la logique du système capitalisme, du libéralisme et des modèles productivistes. » Nous estimons que c’est un tournant historique dans le champ politique.

Néanmoins, deux éléments ont modifié les données d’un processus si bien engagé.

Le premier élément a trait à la conception que nous nous faisons de la politique.

Si nous (OC) avons choisi d’investir le champ politique pour mettre la décroissance dans le débat public, c’est aussi pour faire de la politique autrement. Or l’annonce de la tête de liste en Vendée, occupée par un des vice-présidents sortant de l’équipe de M. Auxiette au Conseil Régional, nous paraît être pour le moins, du point de vue tactique, une magistrale erreur vis-à-vis des médias. Il nous semble évident que les journalistes mettront le doigt sur des contradictions telles que les subventions attribuées à l’Université Catholique de l’Ouest, par exemple. Cette contradiction est pour les Objecteurs de croissance rédhibitoire.

Le second élément est plus fondamental : comment peut-on, à la fois, désirer une sortie du productivisme et du capitalisme et proposer les amendements suivants, comme l’a fait le PCF, le 10 janvier 2010, dans le domaine « Economie et social » ?

« Introduire un paragraphe sur les enjeux des filières industrielles, notamment : Reprendre tout le dossier de l’aménagement de la Basse Loire et de l’estuaire, en donnant la priorité à un véritable renouveau industriel qui prenne en compte les besoins en emploi, en formation, en recherche- développement, tout en respectant l’exigence écologique trop souvent abandonnée au profit de la seule course à la rentabilité financière et à la concurrence. Les chantiers navals, l’aéronautique ne sont pas des industries ’dépassées’. Elles doivent être relancées à partir d’une véritable ambition de maîtrise publique des grandes filières industrielles nationales. S’agissant de la filière automobile, développer à partir de l’IAM (Institut Automobile du Mans) les recherches et la mise en chantier de l’automobile propre. » (sic)

Nous rappelons que pour nous, Objecteurs de croissance de Région Décroissance, il est nécessaire de débattre d’abord des besoins des hommes plutôt que de mettre en avant « le besoin en emploi » qui caractérise tant cette société où l’obsession plaçant le travail au centre des activités humaines nous paraît problématique. La sortie du productivisme s’accompagne inéluctablement d’une remise en cause de la centralité du travail. D’autant qu’il est principalement devenu une variable d’ajustement à la rentabilité financière du capital.

Le secteur de l’aéronautique ne peut quant à lui pas s’envisager sans la question de la raréfaction et du renchérissement inéluctables de cette fabuleuse énergie fossile qu’est le pétrole. Il nous semble aujourd’hui nécessaire de poser la question de la pertinence de la massification du transport aérien via le tourisme. Les actrices et acteurs de la liste en seront-ils capables ?

Quant à l’industrie navale, si nous voulons sortir du libéralisme tout en proposant une relocalisation de l’économie, n’est-ce pas en allant vers une décroissance des échanges de marchandises transportées par la mer et ses autoroutes ? Il nous semble nécessaire de penser à réduire la voilure dans cette activité et mettre plutôt l’argent public dans la relocalisation et la création d’activités économiques nouvelles. De plus la relance de la Navale risque de se faire aussi par le biais de commandes de bateaux militaires, ce qui est pour nous inconcevable.

Cerise sur le gâteau, « s’agissant de la filière automobile, il faudrait développer à partir de l’IAM (Institut Automobile du Mans) les recherches et la mise en chantier de l’automobile propre. » Automobile propre ! Certains se bercent encore des illusions portées par le scientisme et la croissance verte alors que le programme met en avant le développement des transports collectifs. Il y a des choix à faire et les Objecteurs de croissance de Région Décroissance ne feront pas celui de la voiture, fut-elle verte, carburant à l’énergie nucléaire ; nucléaire dont le PCF, dans ses propositions, ne veut pas « tourner la page » mais « le dépasser progressivement ».

Nous constatons simplement que les imaginaires sont toujours aussi colonisés par la référence à la croissance (« La Région des Pays de la Loire se situe au 4e rang des régions françaises pour le taux de richesses produites »). Nous constatons que la logique qui émerge est celle du « polluer moins pour polluer plus longtemps ». Bref qu’avec de telles propositions, c’est la part belle au développement durable qui nous paraît si peu anti-productiviste, si peu anticapitaliste.

Et cocasse broutille pour terminer, cet amendement à la « Page 6 : Programme 1er chapitre. Après ’objecteurs de croissance’ mettre, ’et avec la participation active de citoyens engagés dans le mouvement social, associatif, culturel, avec des salariés en lutte pour l’emploi, la formation, le pouvoir d’achat’ ».

Dans la même phrase, mettre « objecteurs de croissance » et « pour le pouvoir d’achat », c’est faire montre d’un manque cruel de connaissance des idées que nous portons, tout comme des altermondialistes d’Attac telle que Geneviève Azam, ainsi que beaucoup de gens ayant pris conscience que la croissance consumériste ne peut plus être une finalité puisque nous sommes dans un monde fini. En quoi l’achat est-il un pouvoir dans nos vies ? Faire de la politique pour les colporteurs de la décroissance, c’est aussi veiller aux mots que nous employons. Wittgenstein écrivait : « Les limites de notre langage fournissent les limites de notre monde. »

Vous comprendrez ainsi, chers camarades, que nous, Objecteurs de croissance de Région Décroissance ne pouvons plus dans ce contexte, avec des sensibilités que l’on sent encore attachées aux fondements du productivisme, participer à la liste unitaire ; ceci afin de ne pas trahir nos idées qui sont en totale incompatibilité avec les propositions ci-dessus énumérées, et ce, malgré les avancées notables et remarquables effectuées, notamment en matière d’agriculture.

Pour autant, nous notons les bonnes intentions de chaque parti qui augurent une convergence dans les luttes et débats d’idées à venir. Nous partageons en effet de nombreuses valeurs communes.

Nous vous invitons à découvrir et à lire les auteurs creusant la question de la décroissance (Paul Ariès, Vincent Cheynet, Serge Latouche) ainsi que les journaux (La Décroissance, le Sarkophage) et revues (Entropia, Limites) dédiés à ce courant de pensée.

Les Objecteurs de Croissance regroupés sous l’emblème Région Décroissance des Pays de Loire restent à votre disposition pour engager tout débat et tout travail de réflexion communs car nous savons que notre diversité est notre richesse et que le monde que nous voulons c’est ensemble que nous le construirons.

Pour les Objecteurs de croissance de Région Décroissance Pays de la Loire, Thierry Brulavoine

Des moteurs imbéciles ou des chiens sous la lune ? Denis Cheissoux Reporterre 2010/01/23 Denis Cheissoux (23 janvier 2010) Des moteurs imbéciles ou des chiens sous la lune ?. Reporterre. Tribune — fr

Des moteurs imbéciles ou des chiens sous la lune ?

Les « randonneurs » à moteur veulent faire fumer la neige. Bizarre et désastreuse addiction. Mieux vaut courir avec les chiens, sous les étoiles.

Pour les habitants du plancher des vaches, c’en est fini de la Terra Incognita ! Hormis l’Antarctique, il ne reste plus aujourd’hui aux grands navigateurs terrestres que cinq ou six continents quadrillés de part en part de routes, autoroutes, radars et itinéraires GPS...

On comprend l’angoisse des chevaliers de l’ordre auto-moto-mobile, la-plus-noble conquête-de-l’homme qui, faute de sillonner librement les étendues sauvages de l’ouest américain, finissent coincés dans un bouchon ou bien derrière un camping-car sur une route de campagne...

Avec, parmi ces héros de l’ère du pétrole pas cher, une espèce particulièrement menacée : celle des conducteurs de grands chemins . D’après les comptages récents des scientifiques il en resterait à peine 400 dans les Alpes - la descendance n’est pas assurée ! Et le conducteur est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées

Il est temps d’agir !

Une poignée d’élus et le Préfet des Hautes-Alpes se sont mobilisés pour sauver les derniers grands randonneurs à moteur. Aussitôt dit, aussitôt fait, puisque sauf recours de dernière minute, on inaugure mardi prochain à l’occasion de la « Croisière blanche » la première grande réserve naturelle d’engins motorisés... 250 km d’itinéraires enneigés dans les vallées du Champsaur et du Valgaudemar, où nos amies les bêtes, 230 véhicules à 4 roues, pourront batifoler en toute liberté. Après les frustrations de l’année dernière, où la « Croisière blanche » avait été interdite, cette année, comptez sur les randonneurs à moteur pour faire fumer la neige !

Schizophrénie des élus locaux, qui vantent la seule chose que possèdent les Hautes Alpes et qui lui rapportent plus de 80% de sa richesse, la beauté des lieux et le tourisme.

Le Valgaudemar ! ses routes de montagnes offertes aux 4-4 de la Croisière blanche massacrées après son passage ; le Champsaur ! son rallye en zone naturelle sensible, à deux pas du Parc National des Ecrins, pays des marmottes, du lagopède qui hibernent dans le silence des pots d’échappement ; venez chez nous ! ici on aime les animaux/ les chevaux surtout / quand il y en a 150 sous le capot.

L’association Moutain Wilderness a collé un référé au Tribunal de Grande Instance de Gap et la meilleure issue serait l’annulation de cette verrue pétaradante dans ce département innovant… qui fête sûrement à sa manière l’année de la biodiversité hivernale.

Quant à vous autres, amis du tétras lyre, du chamois de l’air pur et du silence, du vrai, plutôt que de la chevauchée des walkyries motorisées, rassurez-vous ! La rubrique actualité de nos montagnes, c’était aussi cette semaine la « Grande Odyssée » des Alpes du nord : 1000 km sans une goutte d’essence, parce que les chiens de traîneau, ça carbure aux croquettes et à l’estime de soi, celle que le chien de tête perçoit dans la voix ou le regard « musher »,le conducteur de traîneau .

Ne cherchez pas la pédale d’accélérateur ni la poignée des gaz, Une meute de chiens nordiques, est-on tenté de dire, ça se pilote à la « relation humaine ».

Et pour peu qu’elle soit bonne, la meute tout entière fonce dans la poudreuse ventre à terre, à 20 km/h de moyenne... Pendant des heures nuit ou jour, on enchaîne les cols, les dénivelés, et puis pas même fatigués passée l’arrivée, on continue de sauter dans les harnais...

Ce soir c’est le bivouac. Les huskies, les malamutes, sont couchés sur la paille de la « Station polaire » installée à 2000 m d’altitude face au lac du Mont-Cenis en Haute Maurienne.

Les êtres humains dorment à côté sous la tente... Au beau milieu de la nuit, l’un d’entre eux distribue des snacks aux membres de la meute. L’homme est aux petits soins. Les chiens sont attentifs. Chacun son rôle...

Et pourtant depuis les milliers d’années que nous parcourons ensemble les grands espaces de cette petite planète, qui saurait dire lequel, du chien ou de l’homme, est la plus noble conquête de l’autre ?

La revue Regards lutte pour rebondir Regards Reporterre 2010/01/23 Regards (23 janvier 2010) La revue Regards lutte pour rebondir. Reporterre. fr

La revue Regards lutte pour rebondir

Regards, mensuel originellement issu du PC, travaille à une réflexion pour renouveler la gauche vivante et démocratique. Il a besoin de soutien pour repartir d’un bon pied.

En ce début d’année 2010, la situation de notre journal, Regards, est des plus préoccupantes. Nous sommes au bord du dépôt de bilan. Toute l’équipe est cependant déterminée à poursuivre l’aventure. Pour cela, nous devons très concrètement trouver 200 000 € au 15 février 2010. C’est pourquoi nous avons lancé un appel « Pour que Regards continue de vivre ! », dont vous trouverez ci-dessous les premiers signataires.

Nous appelons également ceux qui le souhaitent à nous soutenir en utilisant une disposition récente, à laquelle Regards est éligible, qui permet à tout particulier de déduire de ses impôts 66 % de ses dons à la presse.

Adressez vos chèques et libellez-les à l’ordre de :

- Presse et pluralisme/Regards,

TSA 32649,

91764 Palaiseau Cedex.

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Appel pour que Regards continue de vivre !

A l’initiative d’Eric Fassin, sociologue, et de Michel Husson, économiste, chroniqueurs de Regards

Porté à force de volonté politique, de désir militant, de curiosité citoyenne et de savoir-faire, Regardsoccupe une place particulière dans la presse et dans la gauche critique. C’est un laboratoire d’idées, un espace de confrontation de différentes cultures et traditions, qui s’intéresse à la marche du monde dans toutes ses dimensions, politiques, économiques, sociales et culturelles.

Aujourd’hui, ce mensuel auquel nous sommes attachés va mal. Concrètement, si Regards ne trouve pas 200 000 € d’ici le 15 février, la SCOP é́ditrice du journal devra déposer le bilan. Une issue que nous refu- sons d’envisager à ce jour. En un mois, Regards doit rassembler les fonds qui lui permettront de survivre puis de travailler aux conditions de la pérennisation du titre. Nous lançons cet appel à contribution pour que cette période difficile s’achève par une relance du journal. Il y a urgence.

Presse et pluralisme est l’association chargée par les pouvoirs publics de vous faire parvenir le récépissé fiscal à joindre lors de votre déclaration de revenu.

Premiers signataires :

- Christophe Aguiton (chercheur et militant syndical)

- Nicolas Bayart (éditions Le passager clandestin)

- Julien Bayou et Manuel Domergue (Jeudi Noir)

- Eric Beynel (Union syndicale Solidaires)

- Paul Bouffartigues (sociologue)

- Laurent Cantet (réalisateur)

- Thomas Coutrot (coprésident d’Attac)

- Michel Dreyfus (historien)

- Didier Eribon (philosophe)

- Laurent Hazgui (photojournaliste)

- Samuel Johsua (revue Contretemps)

- Jean-Christophe Le Duigou (CGT)

- Daniel Le Scornet (vice- président de l’Appel des appels)

- Frédéric Lebaron (revue Savoir/Agir)

- François Longérinas (Directeur général de l’EMI-CFD)

- Philippe Mangeot (revue Vacarme)

- Gustave Massiah (président du CRID)

- Serge Portelli (magistrat)

- Jacques Rancière (philosophe)

- Denis Sieffert (directeur de Politis)

- Robert Terzian (La Marseillaise)

- Aurélie Trouvé (coprésidente d’Attac)

Les 4x4 de nouveau à l’assaut des Alpes Collectif contre les loisirs motorisés dans les espaces naturels Reporterre 2010/01/23 Collectif contre les loisirs motorisés dans les espaces naturels (23 janvier 2010) Les 4x4 de nouveau à l’assaut des Alpes. Reporterre. fr

Les 4x4 de nouveau à l’assaut des Alpes

La « Croisère blanche », un rallye automobile en zone naturelle sensible, s’apprête de nouveau à envahir les abords du Parc national des Ecrins. Les écologistes tentent d’empêcher cette nuisance.

Depuis plusieurs années, les associations constituant le « Collectif contre les loisirs motorisés dans les espaces naturels et pour l’arrêt de la Croisière Blanche » dénoncent les atteintes portées à l’environnement par l’organisation d’un rallye-randonnée hivernal de véhicules motorisés en pleine nature : concentration de véhicules, dérangement de la faune, dénaturation de lieux, pollution et émission de gaz à effet de serre, mauvais exemple de comportement... A plusieurs reprises, la justice a donné raison à ce collectif, invalidant les Croisières Blanches de 2006, 2007 et annulant la veille de la manifestation la Croisière Blanche 2009.

Apprenant par la presse que les organisateurs récidivaient en 2010, le collectif a accepté de participer à la réunion de concertation organisée par Mr le Préfet des Hautes-Alpes, Nicolas Chapuis, avec la volonté de trouver une solution s’inscrivant dans le développement durable de ces vallées du Champsaur et Valgaudemar. Suite à cette rencontre, le préfet proposait un protocole d’accord indiquant entre autre que « L’édition 2010 de la Croisière Blanche ne portera pas d’atteinte majeure à l’environnement ».

Or bien que les organisateurs, les Grands Randonneurs motorisés se targuent d’avoir limité les parcours sur les zones les plus sensibles, d’avoir limité le nombre de véhicules à 399, de mettre en place une charte de développement durable, de faire une compensation carbone auprès de Good Planet , le collectif des opposants démontre que c’est faux.

En 2009, la Croisière Blanche accueillait 360 véhicules (Actu-quad du 27/01/09). La charte de développement durable se borne à informer les participants sur ce qu’est un Parc National, etc. Et l’association Good Planet oeuvrant sous l’impulsion de Yann Arthus-Bertrand dans le cadre des compensations carbone, a indiqué n’avoir aucun partenariat avec les Grands Randonneurs Motorisés.

Dans ces conditions, il est bien évident exclu que le collectif signe un tel protocole.

La décision des juges les années précédentes a démontré une nouvelle fois que les services de l’État ne peuvent laisser se dérouler une concentration aussi importante de véhicules motorisés en périphérie immédiate du Parc National des Écrins, qui abrite de nombreux sites naturels sensibles bénéficiant de protections nationales et communautaires (zones Natura 2000 notamment).

Cette manifestation « sportive » est en totale contradiction avec les objectifs de préservation et de valorisation du Champsaur-Valgaudemar. Des enquêtes l’ont prouvé, la valeur essentielle du département est la haute qualité de son environnement ; il faut le préserver pour et par des activités touristiques responsables. La Croisière Blanche ne répond pas à ces critères et nuit à l’image des Hautes-Alpes.

Notons que le Collectif a reçu l’appui de Jean-Louis Etienne dans ses démarches de protection de la nature.

Le XXI è siècle devra concilier l’activité des hommes et la protection de la nature. Des manifestations comme la Croisière Blanche sont anachroniques. Son abandon doit permettre aux champsaurins et aux haut-alpins de travailler dans une voie d’avenir.

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Mountain Wilderness a déposé un référé au TGI (Tribunal de grande instance) de Gap vendredi 22 janvier, le jugement sera rendu lundi 25 janvier à 11 h, le départ de la Croisière Blanche étant prévu mardi matin 26 janvier.

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Collectif contre les loisirs motorisés dans les espaces naturels et pour l’arrêt de la Croisière Blanche :

- Coordination nationale pour l’Adaptation des Loisirs Motorisés à l’Environnement (CALME)

- Délégation française de la Commission Internationale pour la Protection des Alpes (CIPRA France)

- Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM)

- France Nature Environnement (FNE)

- Mountain Wilderness France,

- Paysages de France

- Société Alpine de Protection de la Nature (SAPN)

- Ligue de protection des Oiseaux (LPO)

- SOS Environnement Haute-Durance

L’exportation de déchets nucléaires par la France bloqué à Cherbourg Greenpeace Reporterre 2010/01/25 Greenpeace (25 janvier 2010) L’exportation de déchets nucléaires par la France bloqué à Cherbourg. Reporterre. fr

L’exportation de déchets nucléaires par la France bloqué à Cherbourg

EDF et Areva expédient des déchets nucléaires en Russie, ce qui est illégal, juge Greenpeace. L’association bloque une telle cargaison ce 25 janvier.

Cherbourg, le 25 janvier 2010, à 8h30 – Quatre activistes enchainés sur la voie à Cherbourg hier à 21h, deux activistes qui stoppent le train en pleine voie à hauteur de Valogne à 5h30. C’est maintenant un camion de Greenpeace qui vient d’être placé sur la voie ferrée dans Cherbourg même pour bloquer une nouvelle fois le convoi de déchets nucléaires en route pour le port. Le Kapitan Kuroptev, navire chargé d’apporter les déchets en Russie, n’aura pas sa cargaison à l’heure…

A 8h30, le convoi de déchets nucléaires attendu au port est donc quand même arrivé dans le centre de Cherbourg mais s’est retrouvé nez à nez avec ce camion sur lequel il est écrit « La Russie n’est pas une poubelle » et donc totalement bloqué. Cinq activistes de Greenpeace se sont enchaînés au camion pour empêcher tout mouvement.

« Nous avions annoncé que nous ferions tout pour imposer un moratoire sur l’exportation de déchets nucléaires vers la Russie, déclare Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire de Greenpeace. Il faut que les pouvoirs publics réagissent et interdisent ces exportations. Nous serons intraitables là-dessus ! »

Une lutte qui prend de l’ampleur

Ces derniers mois Greenpeace le combat de Greenpeace pour obtenir un moratoire et in fine une interdiction sur ces exportations des déchets nucléaires vers la Russie s’intensifie. Les actions vont crescendo et ne sont pas prêtes de s’arrêter.

« En décembre dernier je m’étais moi-même enchainé seul à la voie, dit Yannick Rousselet. Aujourd’hui nous avons bloqué le train à trois endroits différents et de trois manières différentes. Tant que ces exportations illégales continueront, nous serons sur le qui-vive et nous mettrons toute notre créativité à profit pour empêcher le bon déroulement de ces convois. »

Une mobilisation de plus en plus importante

Areva et EDF continuent de clamer le contraire mais ces exportations sont bien illégales. « Nous avons prouvé, chiffres à l’appui*, que ces exportations sont illégales par rapport à la jurisprudence de 2005. »

L’argument des industriels serait valable si 100 % des fûts exportés revenaient en France, sous une forme différente et exploitable. Cela n’est pas le cas, la plupart de ces matières sont abandonnées en Russie.

Cela place Areva et EDF dans l’illégalité par rapport à deux points juridiques :

- La jurisprudence de 2005, qui affirme qu’est considéré comme déchet nucléaire tout produit issu d’un processus industriel non destiné à être réutilisé. - La directive cadre de l’Union européenne, qui interdit l’importation et l’exportation de déchets dangereux qui ne sont pas destinés à être valorisés.

Greenpeace mobilise le grand public pour obtenir un moratoire de la part de Jean-Louis Boorlo en proposant de lui écrire une lettre : http://write-a-letter.greenpeace.org/764

Le Ministre a ainsi déjà reçu plus de 5600 lettres.

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Note :

* http://www.greenpeace.org/raw/conte...

La destruction silencieuse Hervé Kempf Reporterre 2010/01/25 Hervé Kempf (25 janvier 2010) La destruction silencieuse. Reporterre. Tribune — fr

La destruction silencieuse

Oh, splendide élan ! Magnifique concert ! Les premiers trilles s’élèvent, préparant le choeur des pleureuses, bientôt la voix héroïque du ténor enchaînera l’air de la mobilisation : « Biodiversité, bio bio bio-diversité, biodiversité, c’est la, c’est la, c’est l’aaaannée, ô l’année, l’année, de la bio, de la bio, de la bio-di-ver-si-té ! » Le final se prépare : « Sauvons, oui, sauvons, sauvons la biooooo, la biooooo, sauvons, oui, sauvons, c’est l’année, sauvons, la bio-di-ver-si-teeeee ! » Boum !

On va pleurer sur le sort du lamantin du Brésil, des forêts de Papouasie, du requin-marteau des Galapagos, se précipiter voir Océans et Avatar. Mais pendant qu’on regarde ailleurs, le massacre continue ici.

La biodiversité, en France et en 2010, qu’est-ce ? Des champs, de l’herbe, des terres où l’eau pénètre, où les semences prennent racine, où les vers de terre pullulent... Eh bien, ces champs, ces herbes, ces terres, on les recouvre par milliers d’hectares de béton et de ciment avec une inconscience qui vire au criminel. C’est ce que nous rappelle un dossier de Campagnes solidaires, le mensuel de la Confédération paysanne. La France gaspille les terres en les artificialisant à un rythme effréné.

Artificialisation des sols ? Un mot compliqué, une réalité tristement banale : parkings, zones industrielles, voies de TGV, autoroutes, aéroports, bases logistiques, centrales solaires, maisons individuelles, centres de loisirs... Philippe Pointereau, dans une étude (dont une version détaillée se lit dans le Courrier de l’environnement de l’INRA, n° 57, 2009), montre que la transformation des terres agricoles en urbanisation sous toutes ses formes se poursuit au rythme de 66 000 ha par an soit, en dix ans, plus que la surface moyenne d’un département.

La démographie n’explique pas le phénomène : la « consommation » d’espace naturel croît bien plus rapidement que la population. Grande responsable : la maison individuelle, qui pousse à l’étalement urbain et à de nouvelles infrastuctures de transport et autres surfaces bétonnées. Egalement en cause, une indifférence générale à l’espace, aux paysages, à la nature. Sans oublier qu’il est presque toujours plus facile pour un élu - en raison, certes, de l’indifférence de ses mandants - de « développer » son territoire en l’urbanisant que de chercher à concentrer l’habitat et à maintenir des exploitations agricoles vivantes. Quant à la biodiversité, cette nature banale qui est indispensable à l’équilibre de l’écosystème, cette respiration simple de la terre, on s’en fiche, en gémissant sur le sort des tropiques, ce qui a le grand avantage de ne pas gêner, ici, la spéculation foncière.

Quand comprendrons-nous que l’espace est une ressource rare ? Pointereau rappelle que, si l’on tient compte des importations agricoles, la France n’est plus vraiment autosuffisante. Bah, qu’importe ? Du commerce international et du béton, c’est bon pour la croissance, non ?

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Référence :

- Dossier de Campagnes solidaires : http://www.confederationpaysanne.fr...

- Etude en anglais de Philippe Pointereau : http://agrienv.jrc.ec.europa.eu/pub...

Je quitte la direction du NPA. Voici pourquoi Leila Chaibi Reporterre 2010/01/25 Leila Chaibi (25 janvier 2010) Je quitte la direction du NPA. Voici pourquoi. Reporterre. Tribune — fr

Je quitte la direction du NPA. Voici pourquoi

J’ai considéré pendant des années que c’était dans les espaces non partisans qu’on faisait vraiment de la politique. Je pensais que le meilleur moyen de faire avancer des causes, c’était d’agir dans le cadre de collectifs sectoriels et non-partisans. Combat après combat, je me retrouvais face à un problème identique : la marchandisation de toutes les dimensions de nos vies, et la dictature du profit. Je ne pouvais plus ignorer la racine globale de l’ensemble des injustices : le capitalisme. Par conséquent, lutter efficacement contre la précarité, pour l’accès au logement, contre toutes les injustices sociales, c’était lutter contre le capitalisme. Pour cette première raison je me suis engagée dans la construction d’un projet politique global anticapitaliste avec le NPA.

Si je suis venue au NPA, c’est aussi et surtout pour que ce projet politique anticapitaliste prenne part dans les institutions, dans le paysage politique institutionnel. Pour permettre l’existence d’une force politique indépendante à la gauche du PS, une force qui porte dans les institutions les revendications du mouvement social. Un parti qui donne un débouché politique aux luttes.

Comme la plupart de mes camarades, j’étais présente activement dans le mouvement social avant d’entrer au NPA, j’y suis pendant mon engagement au NPA, et il n’y a aucune raison pour que je n’y sois pas après. Si ce soir la révolution arrive, nulle doute que je serai dans la rue (peut-être plus que que certains d’ailleurs, qui s’autoproclament « révolutionnaires », et qui flippent à la moindre action militante un tant soit peu illégale). Donc à quoi sert le NPA ?

Si le NPA sert uniquement à appeler à la grève générale de façon incantatoire, pas la peine d’avoir choisi la forme « parti », un syndicat aurait fait l’affaire.

Si le but du NPA, c’est d’attendre la révolution, je préfère rester couchée d’ici là.

Il me semble qu’en 2010, l’utilité d’un parti politique anticapitaliste, c’est d’amener les revendications du mouvement social dans les institutions. Je pense que cela n’est contradictoire, ni avec l’appel à la grève générale, ni avec l’attente du grand soir. Si demain, la région Ile-de-France vote la gratuité des transports en commun, c’est bien, j’applaudirai. Si demain, une loi d’interdiction des licenciements est votée à l’assemblée nationale, c’est bien, j’applaudirai. A part la référence obsessionnelle, quasi religieuse et largement élitiste au clivage théorique réforme / révolution, qu’est-ce qui empêcherait qui que ce soit d’applaudir ?

C’est dans cet état d’esprit que je suis venue au NPA. Parce qu’il était nécessaire de construire un parti qui qui donne corps à une gauche de combat dans l’espace laissé vide à côté de la gauche de résignation. Ce qui me gêne, c’est que beaucoup font comme si les questions sur la participation du NPA aux institutions, la stratégie politique de notre parti, les raisons de sa présence aux élections et l’intérêt d’avoir des élus, étaient déjà réglées alors que nous n’avons jamais eu ces débats. Le fait même d’invoquer l’action du NPA dans les institutions est en train de devenir tabou.

Si ce que j’écris sur le rapport du NPA aux institutions vous paraît scandaleux, comprenez qu’il en soit de même de mon point de vue vis-à-vis d’un grand nombre de propos de « révolutionnaristes » entendus au NPA. Quand je suis venue au NPA on ne m’a pas expliqué qu’il fallait que je devienne une militante communiste révolutionnaire. Est-ce que les communistes révolutionnaires et les militants anticapitalistes comme moi et comme tant d’autres peuvent travailler ensemble à un projet politique commun, sans que l’un n’impose à l’autre sa vision des choses ? C’était le défi du NPA, et je commence à en douter.

A ce titre, le choix de partir seul aux élections régionales est pour moi l’expression de l’échec du projet NPA tel que décrit ci-dessus.

En voulant faire de la question de la participation aux exécutifs un préalable à un accord unitaire, au delà de la question du programme, nous avons volontairement rompu le cadre unitaire national. Le PCF ne voulait pas du NPA dans ce cadre unitaire, ok, on est d’accord. Est-ce une raison pour lui tendre la perche ? Cette position victimisante est en contradiction avec l’arrogance du NPA à vouloir que dans ces négociations unitaires, l’ensemble des forces politiques partie prenantes s’alignent sur notre position de non-participation aux exécutifs.

En réalité, cette histoire d’exécutifs n’était qu’une excuse pour ne pas faire l’unité. Tout comme, à l’époque des élections européennes, l’argument du « front durable » n’était qu’une excuse pour partir tout seul. Tout comme, au début des discussions sur les élections régionales, l’argument d’un « accord national entre composantes sinon » rien n’avait aucun sens. Sinon, comment expliquer que trois CPN plus tard, les mêmes qui revendiquaient un « accord national » prônaient une négociation région par région ? ! Comment expliquer, de la même manière, que des accords unitaires NPA/PG/PCF sont conclus en Languedoc Roussillon, Pays de la Loire, et Limousin, sur la base de la liberté de participation ou non aux exécutifs. Ce qui était scandaleux aux yeux de certains deviendrait tout un coup tolérable, comme par miracle ?

Bref, quels que soient les arguments invoqués pour ne pas faire l’unité des forces à la gauche du PS, ce choix signifie qu’on se fiche que le NPA prenne part à la recomposition d’une gauche de combat à la gauche du PS. Qu’on se fiche que le NPA ait des élus. Qu’on se fiche que par ces élus, le NPA porte dans les institutions un programme de rupture. Qu’on se fiche que les électeurs assistent au spectacle lamentable de l’émiettement de la gauche radicale. Qu’on se fiche que le sarkozyme gouverne et écrase les miettes d’acquis sociaux dont nous bénéficions encore.

Tout ça alors que d’un point de vue programmatique, j’en suis persuadée, il y a nettement plus de points communs que de divergences.

Lors de notre consultation des militants quant à la politique à adopter aux élections régionales, je faisais partie de ceux qui portaient la position unitaire, position C. Le score a été honorable, mais nous n’avons pas été majoritaire. J’en prend acte. Cela signifie que la vision que j’ai du NPA n’est pas partagée par la majorité de ses militants.

Dans ce contexte, il y a deux possibilités. La première consiste à laisser passer la période des élections régionales et à continuer le combat en interne pour un NPA ouvert, largement anticapitaliste, qui repose sur cette conception de l’importance d’une présence dans les luttes ET dans les institutions. Mais j’ai peur que cette option ne soit déjà plus en accord avec la culture du NPA. Ou alors, peut-être avais-je simplement mal compris l’intitulé de l’invitation à créer un Nouveau Parti Anticapitaliste... Quoi qu’il en soit, j’en ai ras-le-bol de me battre contre des moulins à vent, et je sais que je ne me transformerai jamais en militante communiste révolutionnaire, je vous l’ai déjà dit. Quant à exercer pendant des années un travail minoritaire, dans un parti lui-même minoritaire, non merci ! Je suis rentrée au NPA pour que nous changions les choses ici et maintenant, pas dans 30 ans. L’urgence sociale rend nécessaire et légitime cette impatience.

La deuxième possibilité consiste à mettre en œuvre, en dehors du NPA, la dynamique que je souhaitais trouver en son sein. Concrètement, il s’agit d’aller là où le NPA aurait dû aller, et de faire campagne pour la recomposition d’une gauche radicale dynamique, rassembleuse, ne considérant pas qu’une présence dans les institutions soit forcément le signe d’une compromission. Je pensais que notre organisation serait l’outil pour y parvenir, il n’en a pas été ainsi. Dans le paysage politique, à la gauche d’Europe Écologie et du PS, il existe le rassemblement du PCF, du PG, de la FASE, des Alternatifs et jusqu’à la semaine dernière, du Mouvement des Quartiers Populaires. Évidemment cela aurait été largement mieux que le NPA y soit. Cela aurait limité l’influence du PCF dans cette coalition, cela aurait aussi facilité le travail de négociation des petites forces de ce rassemblement. Mais on ne fait pas de politique avec des « si ». La situation est ainsi, il faut faire avec le réel.

Après avoir donné ma démission de la direction du NPA, je me suis dit que je ne pouvais rester les bras croisés en attendant qu’une nouvelle séquence politique remplace celle-ci.

Quitte à prendre le risque de se tromper, j’ai testé, avec d’autres camarades, cette deuxième possibilité. Depuis quelques semaines, nous participons à des réunions avec la FASE, les Alternatifs, et le MCQP. Nous avons aussi discuté avec le Parti de Gauche, qui a joué courageusement un rôle de facilitateur dans les discussions unitaires.

Dans le cadre de la campagne « Ensemble, pour des régions à gauche, solidaires, écologistes et citoyennes » en Ile-de-France, nous avons voulu vérifier, de façon collective, les conditions d’une démarche unitaire, et la possibilité pour les militants du mouvement social et des quartiers populaires d’intégrer des listes en créant une véritable dynamique politique et sociale, et non un simple accord national entre un cartel d’organisations politiques.

Il s’avère aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies, essentiellement parce que le PCF n’a pas souhaité sincèrement jouer le jeu d’une campagne dynamique et unitaire. Il a ainsi privilégié la logique d’appareil à la mise en œuvre d’une campagne innovante et rassembleuse.

J’ai rejoint le NPA avec l’idée de faire de la politique autrement. Déçue par l’orientation du NPA depuis quelques mois, je ne peux pas envisager néanmoins, de rejoindre par défaut une coalition qui ne correspond pas, au final, aux espoirs qu’elle aurait pu susciter. Sans doute, la présence du NPA comme interlocuteur aurait pu changer cet état de fait mais il n’en a pas été ainsi.

J’ai donc décidé de ne pas être candidate sur la liste "Ensemble" en Ile de France, ni sur aucune autre liste, mais je continuerai à soutenir toute initiative qui favoriserait l’unité indispensable d’une gauche de transformation sociale. Les prochains mois seront surement riches en débats au sein du NPA ainsi que dans les composantes de la gauche radicale, et je compte y participer. Cela me permettra de mieux juger de la finalité du projet d’un Nouveau Parti Anticapitaliste, et de la continuité de mon engagement en son sein et dans la gauche de gauche.

Copenhague, un succès paradoxal Jean-Louis Gueydon et Anana Terramorsi Reporterre 2010/01/26 Jean-Louis Gueydon et Anana Terramorsi (26 janvier 2010) Copenhague, un succès paradoxal. Reporterre. Tribune — fr

Copenhague, un succès paradoxal

Ce que montre Copenhague, c’est l’urgence de la relocalisation.

Alors que les militants et autres représentants d’ONG internationales font grise mine et peinent à se remettre de l’échec de Copenhague, avant de repartir bientôt « comme en 40 » pour la prochaine grande conférence, à Mexico ou ailleurs, et alors que les politiciens se lamentent unanimement, nous sentons comme une euphorie nous envahir, euphorie liée au fait que la preuve a été enfin apportée, et cette fois çi sans le moindre doute, que la solution de la « crise » climatique ne viendra pas, ne pourra jamais venir, d’une union mondiale des nations ou d’une quelconque « Haute Autorité » mondiale de l’environnement.

Pour la simple raison que jamais les gens qui nous gouvernent n’auront un niveau de conscience suffisant pour s’entendre entre eux, tout affairés qu’ils sont à défendre leurs intérêts nationaux et leurs entreprises, leur soif de pouvoir mondial, leurs aides au développement bien juteuses, ou leurs chances de réélection.

Et cet échec rend évident le fait qu’il n’y a qu’une seule voie, si l’humanité veut survivre (et elle le veut bien sûr), c’est celle des initiatives individuelles conscientes en vue d’une relocalisation de toute l’activité humaine, de l’alimentation, des transports, de l’économie, de la production d’énergie...

Car vouloir traiter la question climatique en négociant de façon concertée au niveau mondial une diminution de la production et/ou du stock existant de CO2 et des autres gaz à effet de serre, c’est s’attaquer au symptome et non aux causes.

S’attaquer aux causes, ce serait diminuer drastiquement les transports mondiaux et par conséquent relocaliser l’économie. Ce serait diminuer drastiquement le nombre de grandes centrales électriques et des grandes industries fonctionnant avec du gaz ou du pétrole et les remplacer pas des petites industries ou centrales locales fonctionnant avec des énergies renouvelables et des matériaux locaux. Ce serait cesser de déforester, pour cela diminuer la consommation de viande nourrie au soja et consommer des productions végétales locales, etc.

De tout cela bien sûr il n’a pas été question à Copenhague, et ce n’est pas par hasard. Car si les « grands » de ce monde ont choisi de s’attaquer au problème climatique de façon mondialiste et technologique, et en utilisant la main invisible du marché, c’est bien sûr pour ne pas remettre en cause les profits, le contrôle social des populations, et celui des nations faibles par les nations puissantes, que permet cette approche. Et que l’on ne vienne pas nous seriner avec la « justice » climatique, ou la « dette » climatique, qui ne sont que façons irresponsables de demander encore et toujours plus de sous, et donc d’entretenir la « servitude volontaire » des donataires, au lieu pour ceux-ci de s’interroger sur leurs propres comportements, et de se rendre eux-mêmes autonomes...

C’est pourquoi la relocalisation est non seulement la seule solution à la crise climatique, mais aussi la meilleure voie de la résistance à l’oppression, la voix de la liberté des peuples et des individus confrontés à un Nouvel Ordre Mondial qui se resserre sur eux peu à peu. Alors arrêtons de donner des sous à Greenpeace ou au WWF, dont on voit bien qu’ils n’ont rien obtenu par la négociation et le partenariat avec les institutions publiques ou privées, arrêtons de signer des pétitions et de blablater sur des forums, cultivons plutôt notre propre autonomie et nos solidarités locales. Créons des AMAP, des jardins collectifs, cessons de prendre l’avion à tout bout de champ, alimentons-nous de façon locale, arrêtons de manger de la viande à tous les repas, tout cela sera beaucoup plus efficace pour juguler la crise climatique.

Les farces du businesss vert et du marché mondial du carbone étant enfin révélées, vive Copenhague !!

La campagne de vaccination H1N1 a-t-elle été pilotée par les lobbies ? Michèle Rivasi Reporterre 2010/01/26 Michèle Rivasi (26 janvier 2010) La campagne de vaccination H1N1 a-t-elle été pilotée par les lobbies ?. Reporterre. fr

La campagne de vaccination H1N1 a-t-elle été pilotée par les lobbies ?

Michèle Rivasi, député européenne, demande une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise dans l’Union européenne. Les informations signalant le caractère modéré de la pandémie n’ont pas été pris en compte.

Alors que le Conseil de l’Europe organise ce mardi 26 janvier une audition de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et des fabricants de vaccins sur la transparence de la gestion de pandémie H1N1, Michèle Rivasi, eurodéputée du Groupe des Verts/ALE (Europe Ecologie), interpellera ce même jour la Commission européenne pour demander la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire sur la gestion par l’UE de cette pandémie.

"Je demande à faire toute la lumière sur les conflits d’intérêts possibles entre des organismes européens tels que l’Agence Européenne pour l’Evaluation des Médicaments (EMEA), le Centre Européen de Prévention et de Contrôle des Maladies (ECDC), et les laboratoires pharmaceutiques", déclare Mme Rivasi.

Pour l’eurodéputée spécialiste des questions de santé « le bilan de la gestion de la pandémie de grippe H1N1 est une gabegie financière dans chaque Etat-Membre et nous amène à nous interroger sur les velléités de certains organismes à mettre en place de telles campagnes de vaccination massive en fustigeant notamment les milliards d’euros dépensés pour une grippe que l’on savait bénigne depuis août 2009 et les risques pris envers les populations par rapport aux effets indésirables.

Autant, en avril, le principe de précaution pouvait justifier de telle mesure" poursuit l’eurodéputée, "mais le bilan modéré de la grippe H1N1, connu dès la fin de l’été 2009, aurait dû amener nos institutions à réviser leur stratégie. Cela n’a pas été le cas et cela s’est traduit, en particulier en France, par une campagne et un acharnement vaccinal non justifié."

La France déplore 220 décès et 3 000 effets indésirables différents alors que la Pologne, qui a refusé de mettre en place une campagne de vaccination, compte au total 120 morts et aucun effet secondaire. J’aimerais donc des explications précises sur les choix ayant conduit à la mise en place de telles opérations compte tenu du faible rapport bénéfice/risque".

Note :

En juin 2009, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la phase 6 du niveau d’alerte pandémique pour le virus H1N1, juste après avoir modifié, un mois plus tôt, la définition de la notion de pandémie de façon à ce que la gravité de la maladie n’entre plus en ligne de compte, mais seulement son extension géographique.

La Commission Européenne a admis dès septembre 2009 que la grippe A (H1N1) ne provoquait que des "symptômes modérés" et que la plupart des patients ne souffrait que d’une affection bénigne et limitée. Malgré cela, la Commission a déterminé comme cible potentielle de la vaccination des groupes représentant de 34 % à 60,5 % de la population totale.

Selon les informations du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, le nombre des décès annoncés depuis le début de la pandémie par les États membres de l’Union européenne ou de l’Association européenne de libre-échange totalise 1045 cas en 2009. Par ailleurs, la Commission estime que la grippe saisonnière cause près de 40 000 décès en année ordinaire et 220 000 en cas de grippe particulièrement sévère.

Références :

Question orale de Michèle Rivasi à la Commission européenne - Mardi 26 janvier 2010, à partir de 17h30 : http://www.europarl.europa.eu/meetd...

Audition « Gérer les risque – Mercredi 27 janvier 2010 , de 12h30 à 15h : http://europeecologie.eu/Audition-p...

Retraites : le gouvernement défavorise les jeunes Génération précaire Reporterre 2010/01/26 Génération précaire (26 janvier 2010) Retraites : le gouvernement défavorise les jeunes. Reporterre. fr

Retraites : le gouvernement défavorise les jeunes

M. Sarkozy annonce que 2010 sera « l’’année des retraites ». Il commence par sabrer les droits des apprentis. Et laisse libre de cotisations le travail gratuit (pour l’employeur) que sont les stages...

A la veille du grand débat sur les retraites, le gouvernement, par un simple arrêté, a modifié le calcul des cotisations de Sécurité sociale des apprentis.

Cet arrêté du 22 janvier va conduire à une perte des droits à retraite pour 30% des jeunes concernés ! La moitié perdrait 2 trimestres, l’autre moitié 1 ; ceci pour une « économie » de 70 millions d’euros (1).

"2010 sera l’année du grand chantier des retraites", a déclaré le Président de la République.

Pour combler le déficit record des retraites et assurer la pérennité du système par répartition du fait de la démographie française il faut : - soit augmenter la durée de cotisation (+ de 60 ans) ; - soit l’élargir l’assiette de cotisation (trouver d’autres sources de financements).

Il n’y a en effet plus assez d’actifs qui cotisent pour les retraités (14,5 actifs en 2008 contre 41,4 en 1960 pour 10 retraités (2).

Génération-Précaire rappelle qu’il y a pourtant presque 1,5 millions de personnes qui travaillent en entreprises sans cotiser.

Il ne s’agit pas de travail au noir mais bien légal.

A l’heure ou l’on souffre cruellement du manque d’actifs cotisants il parait impensable de laisser des pans entiers de la population travailler sans cotiser au risque de faire éclater notre système de solidarité et faire supporter une charge insupportable aux cotisants.

C’est pourtant le chemin que semble prendre le gouvernement en attaquant les retraites des apprentis et en exonérant de rémunération les élèves orthophonistes en leur faisant "bénéficier" d’une exception à l’obligation de gratification des stages (Proposition de loi Sénat n° 190 du 22 décembre 2009 tendant à faciliter l’accès aux stages des étudiants et élèves travailleurs sociaux).(3)

Qui sont ces millions de travailleurs légaux qui ne cotisent pas ?

Il s’agit des 1,2 millions de stagiaires par an et des quelques centaines de milliers d’apprentis qui ne cotisent pas ou presque pas (4).

Comment les intégrer au dispositif de protection sociale ? Il faut assurer une rémunération obligatoire décente (permettant de vivre au-dessus du seuil de pauvreté) pour tous les stagiaires et apprentis. Cette rémunération intègrerait les cotisations.

Cela permettrait de remettre une égalité "inter-travailleurs" : entre les différents types de contrats (pas de dumping social), et "intra-travailleurs" : de lutter contre les discriminations (pas d’inégalité entre ceux qui peuvent se permettent de travailler sans rémunération et les autres).

Cela permettrait de lutter contre le chômage des jeunes : ces derniers souffriraient moins de concurrence déloyale contre un stagiaire, un stagiaire hors cursus par exemple (30% du SMIC).

Il y a 23% de 15/24 ans au chômage en France (actifs qui ne cotisent pas) fin 2009. Malheureusement, cette statistique ne prend pas en compte tous les « faux inactifs » (stages hors cursus) qui se réinscrivent à la fac pour travailler en stage par exemple.

Génération Précaire rappelle donc sa volonté d’obtenir :

- Une rémunération pour les stagiaires au titre de l’équité et de la justice sociale : supérieure justement au seuil d’exonération de cotisations sociales fixé à 30% du SMIC ; - L’interdiction des stages hors cursus et attend le décret d’application de la loi interdisant vraiment les stages hors cursus (tout stage étant par définition dans un cursus du fait de sa convention).

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Notes :

(1) selon la CGT (Confédération générale du travail).

(2) source CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse).

(3) source : Proposition de loi Sénat n° 190 du 22 décembre 2009 tendant à faciliter l’accès aux stages des étudiants et élèves travailleurs sociaux.

Auteurs : ABOUT (Nicolas), DESMARESCAUX (Sylvie), SENAT

Résumé : L’article 9 de la loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances a prévu la gratification des étudiants stagiaires, lorsque la durée de leur stage est supérieure à trois mois consécutifs. L’expérience montre que cette mesure restreint considérablement l’offre de stage, les structures d’accueil n’ayant pas toujours les moyens financiers de rétribuer leurs stagiaires. Cette considération pratique a conduit, paradoxalement, les élèves orthophonistes à demander à "bénéficier" d’une exception à cette obligation de gratification. Cette requête a été prise en compte et traduite dans la loi "HPST" (art. 59). Il apparaît que la même difficulté se pose désormais pour les étudiants et élèves de la filière de formation des travailleurs sociaux, pour lesquels les stages obligatoires conditionnent l’accès à la profession : les établissements médico-sociaux ne disposant pas, au titre de leur prix de journée, des financements nécessaires à la gratification des stagiaires, ils ne sont pas en mesure d’accueillir favorablement les demandes de ces étudiants. Pour ces motifs, la présente proposition de loi prévoit donc que les stages liés à un cursus pédagogique intégré à la formation de ces auxiliaires n’emportent versement d’aucune forme de rémunération ou de gratification, à l’exclusion des indemnités justifiées par les contraintes liées à ce stage. Référence : 015400

(4) source : DGEFP Bercy et Ministère de la Prospective.

La démocratie est-elle soluble dans la crise économique ? Olivier Brumaire Reporterre 2010/01/27 Olivier Brumaire (27 janvier 2010) La démocratie est-elle soluble dans la crise économique ?. Reporterre. Tribune — fr

La démocratie est-elle soluble dans la crise économique ?

2010 déploie à peine ses ailes. Beaucoup d’analystes ayant annoncé la crise sont (très) pessimistes sur le devenir économique à court terme. Bien entendu, leur impact reste à ce jour limité, le système médiatique restant en phase « autoprotection » et limitant leurs possibilités d’expression.

Pourtant, un bref regard rétrospectif sur l’année 2009 suffit à embrasser l’étendue du vide des actions ayant suivi la « pire crise depuis 1929 » – voire peut-être la pire « crise » tout court, qui captera sans doute pour elle-même ce seul terme à l’avenir.

Bien entendu, tous les discours (y compris quasi marxistes), toutes les rodomontades, tous les coups de menton, toutes les gesticulations nous auront été imposés – quel dommage que nos dirigeants ne soient pas des éoliennes, cela aurait été un début d’alternative à la déplétion pétrolière…

2009 restera probablement pour des générations d’historiens un magnifique cas de sociologie de la pathologie politique, de l’inaction camouflée en « reforme », de débats incongrus régulièrement lancés pour détourner notre attention (bien que la Perse soit revenue sur le devant de la scène, nous en sommes bêtement restés à « comment peut-on être Français » – attention, le manque de lecture nuit gravement à votre réflexion, et peut provoquer des maladies graves…), de communication à la place de l’action, se résumant dans la formule « dire, c’est faire ». Mais après tout, on a aussi les hommes politiques qu’on mérite en démocratie.

Ont donc défilé les boucs émissaires (les paradis fiscaux, les banquiers, les traders, …), mais bien entendu, jamais les politiques définissant ou ayant défini les règles du jeu de notre économie mondialisée et hyper-financiarisée, profitant à une seule infime minorité, ayant transformé l’Homme en coût salarial à réduire d’urgence, politique ayant emporté dans sa logique court-termiste le consommateur qui soutenait la croissance passée (mais n’est pas Henry Ford qui veut, même avec 3 grandes écoles dans son parcours « d’élite »).

Comme cela était prévisible, vu ses réseaux d’influence et son idéologie ayant irrigué la caste que Thorstein Veblen nommait si bien « la classe de loisir » (la finance ayant avantageusement remplacé tout à la fois la guerre, la religion et la chasse), aucune reforme sérieuse n’a été entreprise sous la pression du lobbying de la Finance, qui a déjà renoué avec son arrogance, et, pire, ses pratiques néfastes et suicidaires, savonnant la planche pour des problèmes à très court terme, bref une re-crise en lieu et place d’une reprise.

Or, force est de constater que nous sommes toujours dans la phase de déni, première phase du deuil de notre (illusoire et non durable) prospérité passée, bâtie à coups de traites sur la société, sur les autres pays, sur la planète, bref, sur l’avenir.

Quand on regarde beaucoup de réactions récentes – « Les Islandais seront responsables », « Un défaut des États-Unis est impossible », « La probabilité de mouvements populaires est très faible », « La Chine est obligée de soutenir les États-Unis », etc. –, on constate finalement que ce déni s’alimente d’une analyse en « poursuite de tendance ». Cela fait 60 ans que les États-Unis et le dollar dominent la planète « donc » cela continuera, le pétrole coule à flots « donc » ça continuera, nous vampirisons depuis toujours sans trop de problèmes la planète « donc » ça peut continuer.

Sans doute que, quand une tendance dure très longtemps par rapport à une vie humaine, notre esprit a-t-il du mal à concevoir que les choses puissent changer brutalement, ou, si nous le savons, imaginons-nous que cela surviendra toujours plus tard, car face à une perspective difficile avec peu de solutions, « nous ne croyons pas ce que nous savons » comme l’a écrit Jean-Pierre Dupuy.

C’est ainsi que les meilleurs esprits scientifiques ont prêté et prêtent encore à un État dont 12 % de la population vit de bons alimentaires (35 millions…), qui est en train de perdre 2 guerres (et probablement bientôt 3), voit certaines de ses régions en faillite, a 20 % de sa population au chômage, n’a aucun moyen de relancer ni investissement, ni consommation, ni exportations, est drogué au pétrole au début du pic pétrolier, et enfin, annonce tranquillement 9 000 milliards de $ de déficits dans les 5 ans qui viennent ? Mais pas de problème, c’est écrit AAA dessus… Connaissez-vous la notion de soutien abusif et ses conséquences naturelles ?

Or la deuxième phase d’un deuil est malheureusement la colère.

Comment réagira un peuple lorsqu’il réalisera qu’il aura été berné par ses dirigeants politiques, par les médias, par des économistes « en vue » complices ? Comment réagira une jeunesse dont le seul avenir se réduira à un choix entre le chômage et du travail précaire destiné à rembourser les dettes de leurs parents, a fortiori dans un contexte de rationnement des ressources ? Comment réagira la première génération, droguée depuis sa prime jeunesse au matérialisme, à la gloriole éphémère, à la croissance et la consommation de produits inutiles, quand elle comprendra que son destin sera de vivre bien moins confortablement que la génération précédente, et pire, pour le maintien des standards de vie de ladite génération, cupide et irresponsable ?

Comment réagiront les Chinois et les Indiens – 2 milliards d’humains bâtis de la même chair que la nôtre, avec les mêmes espoirs et les mêmes rêves que les nôtres – qui ont moins de 30 voitures pour 1000 habitants, quand on leur expliquera qu’il n’y aura pas assez de ressources pour en construire plus et qu’ils devront continuer le vélo, quand les 4×4 et les 900 voitures pour 1000 habitants des États-Unis rouleront encore ?

Comment ne pas imaginer que se lèveront des leaders nocifs, à visée totalitaire, jouant sur les peurs, excitant les jalousies, flattant le nationalisme et la xénophobie, réduisant les libertés et acquis sociaux tissant le lien sociétal ? – nous en discernons et vivons déjà les prémices…

Qu’opposera alors un système démocratique qui finira discrédité si nous ne changeons pas RAPIDEMENT les choses ? Car le compteur est enclenché, les mécanismes souterrains sont à l’œuvre. Les tensions s’accumulent, et un jour, brutalement, la faille glisse, le tremblement de terre emporte tout et détruit ces murs et cette société que l’on pensait si solide.

Une nouvelle politique de Civilisation est à construire, en sortant de la pensée « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Des réformes urgentes, finalement pas si difficiles, doivent être entreprises. Rapidement. Très rapidement. L’heure des débats d’experts est terminée, le bateau prend l’eau, peu importe que votre cabine ne soit pas encore inondée. Chaque pays n’agit qu’en fonction de ses intérêts et de celui de son peuple, penser le contraire est d’une naïveté confondante. Guérissons-nous au plus vite de ce « syndrome Bisounours ».

La génération de mes parents est la première à ne pas avoir connu la guerre.

Il nous appartient à chacun, au plus vite, avec nos moyens, de faire en sorte que cela ne soit pas la dernière…

« L’Histoire n’est pas faite de victoires ou de défaites momentanées, mais bien des grands mouvements qui entraînent des peuples entiers vers la gloire ou la destruction. » [Louis Bromfield]

« L’expérience montre qu’il est plus facile aux peuples de mourir que de réfléchir. » [Gaston Bouthoul]

Appel pour une journée sans viande le 30 janvier Par Julien villalard Reporterre 2010/01/27 Par Julien villalard (27 janvier 2010) Appel pour une journée sans viande le 30 janvier. Reporterre. fr

Appel pour une journée sans viande le 30 janvier

La revendication d’abolition de la viande est « politique ». Explication.

Cette journée est destinée à ouvrir le débat citoyen autour de la revendication d’abolition de la viande.

Des collectifs et associations seront présents dans la rue pour dialoguer avec le public autour de ce thème.

Qu’est-ce que la revendication politique d’abolition de la viande ?

Il s’agit :

- de soumettre au débat public l’idée que la production de chair animale devrait être prohibée, - de faire grandir l’adhésion à cette idée, - jusqu’à ce qu’une loi interdisant l’élevage et la capture (pêche, chasse) d’animaux pour la consommation alimentaire puisse être adoptée dans chaque pays.

Une résolution résume cette revendication :

- Parce que la production de viande implique de tuer les animaux que l’on mange, - parce que nombre d’entre eux souffrent de leurs conditions de vie et de mise à mort, - parce que la consommation de viande n’est pas une nécessité, - parce que les êtres sensibles ne doivent pas être maltraités ou tués sans nécessité,

l’élevage, la pêche et la chasse doivent être abolis.

Projet farfelu ? Initiative liberticide ? Ou bien réforme juste, réaliste et nécessaire ? Le 30 janvier prochain sera l’occasion d’en débattre.

Les événements programmés en France et dans le monde le 30 janvier :

Des stands d’information, conférences, animations et distributions de tracts sur le thème de l’abolition de la viande auront lieu à Paris, Lyon, Rennes, Lodève, Metz, Toulouse, Besançon, Die, Gap, Millau, Nancy, Strasbourg, Romans, Épinal, Nice, Narbonnes, Vannes entre autres.

Voir aussi les actions annoncées dans le monde, en Italie, Suisse, Belgique, Angleterre, Irlande, Allemagne, Portugal, Bolivie, USA, Inde, Afrique du Sud : http://fr.m-eat.org/wiki/JMAV2010-v...

Associations et collectifs francophones soutenant l’initiative :

Association végétarienne de France - PETA-France - L214 - Droits de Animaux - CLAM - CLEDA - Pense-bête - VegLorraine - VegNord - CAC83 - Animal Amnistie - Collectif du Diois pour l’égalité - Collectif antispéciste de Besançon - NEA - Animalsace - Animal Destiny - Lausanimaliste

Il faut annuler la dette d’Haïti Avaaz Reporterre 2010/01/28 Avaaz (28 janvier 2010) Il faut annuler la dette d’Haïti. Reporterre. Tribune — fr

Il faut annuler la dette d’Haïti

Le constat est choquant : alors que l’aide afflue à Haïti pour venir en aide à la population durement touchée par le séisme, l’argent s’écoule hors du pays pour rembourser la dette écrasante contractée il y a des années. Des gouvernements et prêteurs sans scrupules ont en effet laissé se creuser une dette injuste de plus d’un milliard de dollars.

L’appel à l’annulation complète de la dette d’Haïti ne cesse de s’amplifier de par le monde et a été repris par plusieurs responsables politiques - mais certains pays riches qui ont prêté à Haïti semblent vouloir résister. Et le temps presse : les ministres des finances du G7 pourraient adopter une décision finale la semaine prochaine lors d’un sommet prévu au Canada.

Faisons résonner un appel mondial à la justice, à la compassion et au sens commun en cette heure tragique pour le peuple haïtien. Avaaz et ses partenaires remettront notre appel à l’annulation de la dette aux responsables politiques participant à ce sommet - cliquez ci-dessous pour signer la pétition, puis faites la suivre à vos amis.

Avant même le séisme, Haïti était l’un des pays les plus pauvres au monde. Après le soulèvement des esclaves haïtiens ayant conduit à l’indépendance de l’île en 1804, la France exigea des milliards en guise de réparation, plongeant le pays dans une spirale de pauvreté et d’endettement injuste qui dure depuis plus de deux siècles.

Ces dernières années, la grande campagne mondiale pour l’annulation de la dette a réveillé les consciences. Et ces derniers jours, sous la pression grandissante de l’opinion publique, les créanciers ont fait un pas dans la bonne direction en commençant à parler de la possibilité d’un effacement de la dette haïtienne, dont le poids devient insupportable.

Mais le diable se cache dans les détails. Après le tsunami de 2004, le FMI avait annoncé une suspension des paiements de la dette des pays affectés - mais les intérêts de la dette n’ont cessé de croître. Une fois que l’attention du public s’est détournée de la région, les montants des paiements exigés pour la dette ont été plus importants que jamais.

Il est temps d’annuler totalement la dette d’Haïti, sans conditions, et de s’assurer que l’aide prévue pour l’urgence et la reconstruction soit faite de dons et non de prêts. Une victoire aujourd’hui pourrait changer le destin de la population haïtienne, même quand l’île ne sera plus au coeur des préoccupations internationales. Rejoignez l’appel pour l’annulation de la dette et faites passer le message à ceux qui se sentent concernés par cette action.

Il est difficile de rester insensible à ces images diffusées sur nos écrans de télévision et d’ordinateur depuis le 12 janvier dernier. Et l’histoire des relations entre les pays riches et Haïti est marquée par des périodes bien sombres.

Mais une telle tragédie peut être l’occasion d’une grande transformation. Des gens du monde entier ont fait un don pour sauver des vies à Haïti - les membres d’Avaaz ont ainsi donné plus d’un milliard de dollars ces 10 derniers jours. Nous devons à présent faire entendre notre voix en tant que citoyens du monde, pour faire face aux tragédies causées par l’homme et qui ont rendu le peuple haïtien si vulnérable aux catastrophes naturelles.

Il n’est jamais trop tard pour agir. A nous de mobiliser dès maintenant tous nos efforts.

Le tigre du Mékong traverse une sale passe WWF Reporterre 2010/01/28 WWF (28 janvier 2010) Le tigre du Mékong traverse une sale passe. Reporterre. fr

Le tigre du Mékong traverse une sale passe

La population du tigre du Mékong a fortement diminué : il ne reste plus que 350 fauves dans la région. Des mesures urgentes sont nécessaires pour sauver la sous-espèce.

Un nouveau rapport du WWF « Les Tigres sur la brèche : affronter le défi au Grand Mékong » indique que la population des tigres du Grand Mékong a chuté de façon dramatique en une décennie. De 1200 individus en 1998, la population est ainsi passée à moins de 350 survivants répartis sur le territoire de cinq pays de la région : Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande et Vietnam. C’est une perte de 70% de la population qui est constatée. Les Tigres sur la brèche parait aujourd’hui, alors que les chefs des Etat dits « du Tigre » - Bangladesh, Bhutan, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Népal, Russie, Thaïlande et Vietnam - se préparent à assister à la première Conférence Ministérielle Asiatique sur la préservation du tigre se déroule du 27 au 30 janvier à Hua Hin en Thaïlande.

Une espèce à l’agonie

Ce déclin du tigre du Grand Mékong se reflète nettement au niveau mondial puisque la population de tigres à l’état sauvage a atteint un niveau historiquement bas avec 3200 individus alors qu’elle était estimée à 6000 en 1998, précédente Année du Tigre. « Une action décisive doit être entreprise avant que cette sous-espèce emblématique ne parvienne au point de non-retour », déclare Nick Cox, Cordinateur du Programme Tigre du Grand Mékong. (WWF). « La probabilité pour que les populations de tigres de cette région s’éteignent d’ici la prochaine Année du Tigre en 2022 est réelle si nous ne prenons pas de mesures pour les protéger. »

Médecine chinoise et fragmentation des habitats

Le rapport établit clairement que les deux causes de cette extinction de l’espèce sont à chercher d’une part du côté de la demande croissante de certaines parties de l’animal pour la médecine chinoise traditionnelle et d’autre part, du côté de la fragmentation des habitats du fait du développement non durable d’infrastructures.

Tout n’est pas perdu

Malgré cette tendance négative, il est encore possible de sauver les tigres du Grand Mékong. La région comprend les plus grands habitats juxtaposés du tigre au monde. Des espaces forestiers s’étendent sur une aire de 540 000 km², équivalente à la taille de la France, et constituent actuellement la zone prioritaire en terme d’initiative de conservation des tigres. « Cette région dispose d’un potentiel important permettant d’augmenter le nombre des tigres, à condition de coordonner les efforts sur une échelle sans précédent afin de protéger les tigres existants, leurs proies et leurs habitats » ajoute Nick Cox.

Le WWF demande donc aux Ministres des 13 Etats du Tigre d’accroître leurs efforts afin de doubler le nombre de tigres à l’état sauvage d’ici 2022. « Il y a là une opportunité sans précédent pour inverser la tendance quant au nombre de tigres, mais pour cela il va falloir faire preuve de courage politique en mettant un terme au braconnage et au commerce illégal de produits dérivés de l’espèce et surtout sanctuariser l’habitat du tigre » indique Mike Baltzer, Responsable de l’Initiative Globale du Tigre WWF).

* NB : Dans le cadre du processus global pour la préservation du tigre, un Sommet du Tigre aura lieu à Vladivostok, en Russie, en septembre sous la houlette de Vladimir Poutine, Premier Ministre russe et co-présidé par le Président de la Banque Mondiale Robert Zoellick.

Manifeste de l’armée des clowns CIRCA Reporterre 2010/01/30 CIRCA (30 janvier 2010) Manifeste de l’armée des clowns. Reporterre. Tribune — Armée fr

Manifeste de l’armée des clowns

« Une résistance qui ne fait pas usage du conflit tout en ayant le pouvoir de parodier et de ridiculiser »

Le clown activisme

Avertissement :

Le vocabulaire mili-terre est volontaire, vous allez comprendre. A toutes les âmes sensibles veuillez bien rigoler, car nous sommes fous et folles. Bref, soyez idiot-e-s, rejoignez l’armée des clowns. Ce texte reste quand même quelque chose de sérieusement « débile ».

La CIRCA : Clandestine Insurgent Rebels Clowns Army

L’armée clandestine des clowns insurgé(e)s et rebelles est une armée de « fous et de rebelles, de radicaux et racailles, escrocs et traîtres ».

Pourquoi ?

Nous sommes clandestin-e-s :

Car nous refusons le spectacle de la célébrité : nous montrons que nos mots, nos rêves, nos désirs sont plus importants que nos biographies !

Car nous rejetons la société de surveillance, de contrôles, de records… Car nous reconnaissons le pouvoir de nos actes et que nous résistons avec farce...

Nous sommes insurgé-é-s :

Car nous rions de tout et n’importe où. Nous improvisons nos tactiques sur le terrain. Tout est possible !!!

Nous proclamons la liberté absolue et immédiate pour tous les êtres vivants.

Il suffit de vouloir faire tout ce que l’on veut pour pouvoir faire tout ce qu’on veut.

Nous sommes rebelles :

Car nous aimons la vie, nous ne voulons pas changer le monde, mais « notre » monde.

Nous désobéirons et déserterons tous ceux/celles qui abusent et accumulent du pouvoir et détruisent la vie.

Nous transformons tout : notre façon de vivre, de créer, d’aimer, de manger, de rire, de jouer, d’apprendre, d’écouter, de penser...

Nous sommes clowns :

Ce que nous faisons est idiotement intelligent : nous créons de la cohérence avec de la confusion, nous développons le clown qui est en nous, oui !!! Celui qui permet de toujours dire oui, car nous pouvons avancer avec n’importe quoi et qui, et aller vers tout.

Nous sommes une armée :

Car nous vivons sur une planète en guerre permanente (guerre de l’argent contre le vivant, du progrès contre le futur).

Le combat requiert de la solidarité. Notre guerre est absurde car nous les clowns, sommes pathétiques et qu’en groupe nous sommes une force dangereuse.

La CIRCA fonctionne sans chef et sans centralisation. Les clowns fonctionnent sous la forme de « troupeaux de clowns », soit des groupes affinitaires ayant une grande autonomie !

Le premier communiqué date du 13 novembre 2003, soutenu par le sous commandant Marcos et donc l’EZLN. Il appelait à manifester contre la venue de Bush « d’égout » au Royaume Uni ventant les bienfaits de la guerre en Irak. On les a vus aussi au contre sommet du G8 en Ecosse. La CIRCA a été impulsé par les activistes de « Reclaims the Street », groupe militant très imaginatif. Avec en partie à sa tête, le colonel Klepto, alias John Jordan.

On ne prétend pas être des clowns, nous sommes des clowns qui manifestent. CIRCA vise à rendre l’art de la pitrerie à nouveau dangereuse, à le ramener dans la rue, à se réapproprier son pouvoir de désobéissance, mais non-violente, et à lui rendre la fonction sociale qui fut la sienne : sa capacité à perturber, critiquer et guérir la société.

CIRCA n’est pas une bande de déguenillé-e-s, mais une armée disciplinée, une « milice » d’authentiques fous et folles. C’est une forme d’activisme politique qui unit les anciennes pitreries et l’action directe non-violente. Il s’agit de transformer et soutenir en profondeur la vie émotionnelle des activistes et d’élaborer une technique permettant l’action directe. Nous incarnons ainsi les contradictions de la vie, nous sommes à la fois effrayant-e-s et innocent-e-s, sages et stupides, amuseur-se-s et dissident-e-s, thérapeutes et ridicules, boucs émissaires et subversif-ve-s.

Nous sommes à la limite entre la vie et l’art comme dans les écosystèmes ou dans les zones intermédiaires singulières ou l’on trouve le plus de biodiversité et d’évolution.

Pour cela de nombreux entraînements sont nécessaires. En effet, dévoiler le clown qui se cache en nous est un travail difficile. Trouver son propre clown, c’est apprendre à cultiver une façon d’être plutôt qu’une technique. On devient clown avec tout son cœur et ses pieds, l’on joue avec tout et avec chacun. Jouer nécessite de s’abandonner à la spontanéité, d’abandonner toute expectative de succès, de renoncer à la compulsion d’être intelligent …

La culture activiste est souvent paralysée par le désir de bien faire, l’action parfaite freine la créativité !?! Le clown sait que tout problème peut être une solution.

Pour un clown novice, la difficulté est de se déconstruire et donc lâcher une certaine rationalité pour la créativité.

Nous devenons actifs quand les injustices du système, les inégalités, la catastrophe écologique ne sont plus ressenties comme inévitable. Nous nous rebellons en consacrant nos vies à la lutte et à la création d’un monde meilleur !?!

Nous ne sommes pas téméraires mais plutôt courageux. Le courage, c’est le sentiment de force donné par un cœur de chair. Agissant avec tous les sentiments et donc armé de courage, nous faisons la guerre avec amour.

La confusion :

CIRCA est une force de combat qui se tient donc entre l’ordre et le chaos, l’obéissance et la désobéissance, la raison et la folie. Nous existons pour la résistance dans les rues pour faire de l’action directe et gripper les machines de l’oppression et de la violence.

A la différence de la plupart des armées, nous ne pratiquons ni l’assaut, ni le retrait. Nous ne nous confrontons jamais à l’autorité car celle-ci est entraînée à la confrontation, au lieu du conflit, nous avons développé la tactique de la confusion ;

Une certaine part de l’être (policiers, tortionnaires, autoritaires …) ne peut comprendre une résistance qui ne fait pas usage du conflit tout en ayant le pouvoir de parodier et de ridiculiser.

Exemple :

Parce que le clown aime l’échec, des actes de répression peuvent devenir occasion de jeu. La cellule devient aire de jeu en nous y précipitant et en demandant à y retourner quand on nous en renvoie. Pour les fouilles, nous mettons pleins d’objets idiots dans nos poches. Des policiers fouillant une armée de clowns prêtent ainsi à un spectacle absurde.

Attaques de bulles de savons, tibiazookas, cacatapultes, plumeaux, se cacher dans les poubelles, se mettre à ramper ou avancer en courant et en rang comme une armée, pistolets à eau, confettis, ballons de baudruches, instruments de musique, etc… sont nos outils d’armes !?!

Le plus inconfortable pour les forces de répression, c’est que nous ne quittons jamais notre personnage de clown.

« Nous sommes vous », ont déclaré les zapatistes.

C’est aussi faire revivre aux forces de l’oppression ce qu’ils ne souhaitent pas mettre au jour : l’abîme sans fond de leur propre folie.

Message radio de la police le 4 juillet 2004, action contre la base des services secrets de Menwith Hill :

« Les clowns s’organisent…les clowns s’organisent. » Fin de la transmission.

Le monde est à l’envers, le carnaval politique nous attend.

Brigades nationales :

En France, l’armée des clowns a débarqué au printemps 2005 après le forum social européen de Londres par l’intermédiaire de la BAC (brigade activiste de clown) dont le QG est à Paris. Elle a poursuivi son offensive jusqu’à Marseille, Lyon, Clermont Ferrand…

Des actions follement offensives :

Karchérisation de la mairie de Neuilly, incarcération du nuisible africain « Chiracus africanus », et autres pique-niques champêtres dans les zones commerciales et macdoliennes…

Peace and landes à Biscarosse en Septembre

Attaque de la base militaire de l’Ile Longue en Août

Défilé mili-terre de l’armée des clowns le 14 juillet à Paris

Et autres activités ludiques et mili-terre en France, renseignez vous auprès des brigades.

Actuellement vous pouvez rejoindre la CIRCA en France en contactant les différentes brigades activistes :

Notre objectif :

ridiculiser le pouvoir pour mieux le combattre.

Mais surtout réhabiliter la joie de vivre dans le monde...

- La Brigade activiste des clowns de Paris :

http://www.brigadeclowns.org

Contact : contact (arobase) brigadeclowns.org

- Le CAC40 à Lille

Contact : cac40lille (arobase) hotmail.fr

http://cac40.zeblog.com

- Le 73 eme bureau des clowns affranchis en Savoie

Contact : 73bac (arobase) no-log.org

http://bca73.free.fr

- Les Rigolos Grenoblois de Grenoble

http://rigolos-grenoblois.sansinter...

- Les clowns résistants d’intervention de Marseille

Contact : contact@criii.org

http://www.criii.org

- L’armée des 12 clowns à Nantes

http://arméedes12.keuf.net

- Greenpitre de Vendée

greenpitre (arobase) no-log.org

http://greenpitre.canalblog.com

Sinon, il existe de nombreuses brigades de l’armée des clowns dans le monde, adresses suivantes :

- Le CIRCA en Angleterre -----> http://clownarmy.org - L’armée Danoise -----> http://www.klovne.net - Les Clolonels Hollandais --------> http://www.clolonel.nl - Le bataillon Belge -------> http://www.clownarmybelgium.org - Le BROUHAHA québécois ------> http://brouhahabatailon.spaces.live.com

PS : désolé pour les contacts Internet, mais notre bureau de communication n’est pas encore bien formé à la décroissance.

Conclusion :

Smile is not dead.

Comme vous l’avez compris-e-s, nous sommes à l’image de nos sociétés, fous. Ceci dit, nos luttes se veulent déjantées et sérieuses.

Bref, engagez vous pour une bonne rirevolution.

Clown un jour, clown toujours.

Ce qui se passe au Forum social mondial, au Brésil Christophe Ventura Reporterre 2010/01/30 Christophe Ventura (30 janvier 2010) Ce qui se passe au Forum social mondial, au Brésil. Reporterre. Tribune — fr

Ce qui se passe au Forum social mondial, au Brésil

En discussion : l’avenir du mouvement altermondialisation, la lutte sociale autour du changement climatique, l’alliance entre paysans et urbains.

Pour le 10e anniversaire du Forum social mondial (FSM), deux rencontres sont organisées au Brésil : l’une à Porto Alegre, du 25 au 29 janvier ; l’autre à Salvador de Bahia, du 29 au 31.

A Porto Alegre, cinq ans après que le FSM y ait été organisé pour la dernière fois, se tient une série de séminaires internationaux, rassemblés sous le titre « 10 ans après, défis et propositions pour un autre monde possible ». Parallèlement, sont proposées près de 300 activités : rencontres, séminaires, ateliers, etc.. La ville de Salvador de Bahia, quant à elle, accueillera le Forum social mondial autour de la thématique « Dialogues, diversité culturelle et crise de civilisation ». Il s’agira, entre autres, de préparer la prochaine édition du FSM 2011 à Dakar au Sénégal.

Il ne faut pas longtemps de présence sur place pour vérifier à quel point la nécessité de bâtir un nouveau projet stratégique pour le FSM a fait son chemin au cours de ces dernières années. Il s’agit, pour les Forums sociaux, d’aller au-delà de leur périmètre historique, tout en préservant leur principal acquis : être l’espace d’échanges et de coordination privilégié des mouvements sociaux au niveau mondial. Ce projet, dont une des premières manifestations avait été le Manifeste de Porto Alegre de janvier 2005 (http://medelu.org/spip.php ?article27), avait trouvé un début de concrétisation lors du FSM de Belém en janvier 2009 avec la rencontre entre des gouvernements progressistes d’Amérique latine et les mouvements sociaux du sous-continent (http://medelu.org/spip.php ?rubriqu...)

Au cœur de cette réflexion - comment construire des lignes d’action plus avancées ?, pour reprendre une formule de Marta Harneker - se trouve la question de la méthode et des modalités de l’articulation à construire entre mouvements sociaux, forces politiques et actions de gouvernement. Ce que nous avons appelé le post-altermondialisme.

Allons-nous vers la redéfinition d’un « consensus altermondialiste » (http://medelu.org/spip.php ?article166), dans un contexte mondial très différent de celui qui a présidé à la naissance du processus des Forums en 2001 ? Les nouveaux paramètres sont légion : crise globale ; changement de pouvoir politique aux Etats-Unis ; émergence de nouvelles puissances - Brésil, Russie, Inde, Chine - qui cherchent à modifier à leur avantage la hiérarchie capitaliste mondiale ; délégitimation croissante des institutions financières internationales et mise sur orbite du G 20 ; persistance et extension des conflits planétaires ; arrivée (ou consolidation) au pouvoir de gouvernements progressistes en Amérique latine - Bolivie, Equateur, Venezuela - dont les dernières positions à Copenhague, dans le cadre de l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (Alba), ont montré qu’ils pouvaient désormais jouer un rôle politique significatif sur la scène internationale, etc.

Il est trop tôt pour le dire, mais on ne peut que se réjouir de cette préoccupation désormais affichée, après quelques années de piétinement sur la stratégie à suivre, quant à la relation de la « société civile » avec les processus de transformation concrets, notamment en Amérique latine.

La question de cette articulation a notamment été au menu d’une rencontre sur l’après-Copenhague. Autour de la même table étaient réunies plusieurs organisations ayant participé aux mobilisations réussies lors du Sommet tenu dans la capitale danoise du 7 au 19 décembre dernier. Elles ont pu dresser un bilan de leurs actions et engager un travail de préparation internationale des prochaines échéances, notamment celle de la prochaine Conférence plénière des Nations unies sur le réchauffement climatique qui se déroulera à Cancun du 29 novembre au 10 décembre 2010.

Pablo Solon, ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations unies, a renouvelé l’invitation lancée par Evo Morales, le 16 décembre à Copenhague, aux mouvements sociaux du monde entier à participer activement au Sommet des peuples et des mouvements sociaux sur le changement climatique qui se tiendra du 20 au 22 avril à Cochabamba (http://medelu.org/spip.php ?article317).

Il en a rappelé quelques objectifs centraux :

- mettre en évidence les causes structurelles du réchauffement climatique : le capitalisme et son modèle productiviste ; - débattre de la dette climatique contractée par les pays industrialisés envers les pays du Sud ; - mettre en place un Tribunal permanent de la justice climatique ; - construire un mouvement durable pour la justice climatique ; - préparer l’organisation d’un référendum mondial sur le réchauffement climatique.

Pour Pablo Solon, le succès de la lutte contre le réchauffement climatique dépendra de notre capacité collective à « construire une articulation entre un engagement des gouvernements progressistes et une pression internationale très forte des mouvements sociaux ».

Selon lui, la base politique de cette articulation doit être le rejet du texte issu des négociations de Copenhague. Pablo Solon a en effet rappelé qu’il n’y avait pas eu d’accord lors du Sommet, ni du point de vue politique ni du point de vue juridique.

Il a signalé un point important pour tous les mouvements sociaux impliqués dans cette bataille : c’est au mois de mars que les gouvernements décideront de la base de discussion pour Cancun : texte de Copenhague ou protocole de Kyoto ? Cochabamba permettra de dresser un premier bilan de la situation après cette décision.

Texte de Copenhague ou protocole de Kyoto ?

Le rejet du texte de Copenhague est une nécessité politique de première urgence qui va devoir mobiliser l’ensemble des forces qui se battent contre le réchauffement climatique. Mais, dans le même temps, nous ne devons pas oublier que si le Protocole comporte des points positifs (engagements contraignants pour les pays riches et objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre chiffrés), il formule et promeut les mécanismes de marché des droits à polluer et la finance carbone, que nous dénonçons par ailleurs.

La réflexion, à moyen terme, sur la construction d’un cadre de coopération internationale alternatif doit s’inscrire dans l’agenda de travail collectif.

Enfin, Pablo Solon a appelé de ses vœux un « approfondissement de ce débat sur la relation entre mouvements sociaux et gouvernements ».

Pour sa part, l’un des plus emblématiques mouvements sociaux du monde, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST), bien présent à Porto Alegre (après avoir peu participé à Belém), considère que le temps est venu pour lui d’ouvrir « un moment de réflexion » sur sa stratégie.

Cette expression est celle de Joao Pedro Stedile, membre de la coordination nationale du MST : « Nous sommes à un moment de réflexion où il s’agit de réfléchir à un nouveau modèle pour avancer », a-t-il ainsi indiqué. « Aujourd’hui, les occupations de terre [principal mode d’action du MST depuis sa création dans les années 1980] ne nous apportent plus d’alliés supplémentaires. Ainsi, nous devons aller plus loin. Nous cherchons de nouvelles alternatives pour développer nos alliances (…) avec les travailleurs des villes ».

Nous y reviendrons dans un prochain billet…

300.000 nouveaux emplois Hervé Kempf Reporterre 2010/02/01 Hervé Kempf (1er février 2010 à 09h28,) 300.000 nouveaux emplois. Reporterre. Tribune — fr

300.000 nouveaux emplois

Cette chronique est inspirée par un dangereux gauchiste, un agitateur crypto-écologiste, un individu qui sape les valeurs les plus éternelles de la liberté des marchés, un... Car enfin ! Oui, il faut « lutter contre l’enrichissement sans cause » ! Oui, « il faut taxer les profits »tombés du ciel’’« ! Oui, il faut »une taxation des plus-values" ! Oui, Gérard Larcher, président du Sénat, vous avez eu raison de l’écrire, oui Gérard Larcher, vous renvoyez Chavez ou Morales au rang d’épouvantails juste bons à exciter l’ire flapie du Wall Street Journal et des plumitifs capitalistes, oui Larcher, vous êtes un pionnier de la nouvelle humanité !

Je ne me lasse pas de relire votre rapport sénatorial « La gestion des espaces périurbains ». En 1998, dans une prose habilement terne, vous y démontiez les mécanismes de la spéculation foncière qui livre l’espace aux spéculateurs de tout poil.

Résumons : aux alentours des villes - sur une superficie toujours plus importante du territoire -, l’espace est mangé par l’étalement urbain, ce qui chasse les paysans et crée des conditions de vie de plus en plus tendues, mais génère des profits démesurés pour ceux qui parviennent à se saisir d’un foncier livré aux « lois du marché ».

Par subtile tactique, vous n’avez pas évoqué les conséquences écologiques du phénomène, pensant que cela donnerait une arme aux profiteurs, qui auraient crié d’un air entendu, « Ah, les petits oiseaux ! »

Je relis votre rapport, companero Larcher, en pensant aux chiffres du chômage. Ils montent, stagnent, vont remonter : nul être sensé ne peut imaginer que dans le système actuel, ils puissent descendre franchement.

Il faut donc imaginer des solutions nouvelles. L’une - partielle certes, mais importante - est de favoriser l’installation de jeunes paysans. Il y a un an, les initiateurs de l’appel « Alimentons l’Europe » estimaient qu’une politique adéquate susciterait trois millions d’emplois agricoles en Europe, directs et induits. En France, cela ferait, disons, 300 000 emplois. Une paille. Ont-ils été entendus ? Non. Une étude gouvernementale sur les « métiers verts » n’a même pas été leur poser quelques questions, comme s’il était inimaginable que l’agriculture devienne autre chose qu’une activité sans travailleurs ! Mais, soutenu par des dizaines d’associations et d’intellectuels, ils relancent l’appel « Alimentons les régions ».

Or, pour créer ces emplois, il y a une clé, que vous aviez bien ciblée, Gérard Larcher : l’accès au foncier. Les jeunes ne peuvent pas s’installer parce que l’usage du sol est trop cher, livré qu’il est à l’urbanisation sous toutes ses formes. Il faut donc, d’urgence, créer des offices fonciers pour permettre leur usage agricole et lutter contre l’enrichissement sans cause. A moins, bien sûr, qu’on veuille continuer à créer du chômage et à détruire l’écologie de nos pays.

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Références :

- Rapport sur La gestion des espaces périurbains : http://www.senat.fr/rap/r97-415/r97...

- Appel Alimentons l’Europe : http://www.alimentons-l-europe.eu/s...

- Appel Alimentons les régions : http://www.alimentons-les-regions.fr/

Les squatteurs de la Place des Vosges continuent le combat Jeudi Noir Reporterre 2010/02/01 Jeudi Noir (1er février 2010 à 09h39,) Les squatteurs de la Place des Vosges continuent le combat. Reporterre. fr

Les squatteurs de la Place des Vosges continuent le combat

Les militants de Jeudi-Noir ont décidé de rester et de faire appel.

Désormais expulsables ils engagent une médiation et proposent de participer aux charges à hauteur du préjudice reconnu par la justice à la propriétaire pour les mois de novembre et décembre, soit 3400 euros par mois (voir « Pourquoi nous restons » http://ministeredelacrise.blogs.lib...

Dans l’attente de l’issue de cette médiation, ils ont décidé d’ouvrir le bâtiment sur l’extérieur pour démontrer que l’occupation ne nuit pas, bien au contraire. Après la nuit de solidarité de mardi, la journeé portes ouvertes de samedi, le ciné club (tous les lundi) et le prêt de salles aux artistes ou troupes de théatre, Jeudi-Noir accueille le lancement de la semaine anticoloniale.

Par ailleurs, et puisque le mal logement ne frappe pas qu’à Paris, le collectif « Jeudi-Noir Lyon » a décidé de remettre le couvert et vous invite à sa prochaine action mercredi 3. A Lyon évidemment.

Mardi 2

Les habitants accueillent la conférence de presse de la semaine anti-coloniale. Mardi 2 février 10h30 - Entrée par le 11 bis rue de Birague

Mercredi 3

Action à Lyon avec les « gones » galériens du coin. Rdv mercredi 3 février 16h45 place du Carroussel (à Lyon)

5€ pour une attestation CAF, consignes données aux salariés de tout faire pour conserver la caution (5€ pour trou au mur, 140 € pour frais de nettoyage de parking,...) facturation de frais de relance ou de quittance illégaux, frais d’agences astronomiques,...

« 77% des agences immobilières sont des escrocs d’après la DGCCRF, nous demanderons des comptes sur place... »

Lire : http://www.minefe.gouv.fr/direction...

Une heure de silence contre la publicité Mouvement pour une alternative non violente, et Objecteurs de croissance Reporterre 2010/02/01 Mouvement pour une alternative non violente, et Objecteurs de croissance (1er février 2010 à 22h03,) Une heure de silence contre la publicité. Reporterre. fr

Une heure de silence contre la publicité

Dans le cadre de la campagne pour interdire la publicité télévisée visant les enfants, des citoyens se placent dans la rue, en silence, pendant une heure. Cela s’est passé le 23 janvier, au Havre.

Les anti-pub gardent le silence :-)

Organisée par le ChOC* et MAN*, soutenue par ATTAC*, au Havre, Samedi 23 janvier 2010, deuxième heure de silence , “Télé, pas de pub destinée aux enfants de moins de 12 ans”

Cette deuxième édition fut encore un succès. La mise en place fut plus rapide, on commence à se roder et nous avons pu recueillir encore plus de signatures. La bonne humeur était toujours au rendez-vous, ce qui est pour nous l’essentiel. Les police municipale et nationale sont venues nous dire bonjour et nous espérons bien la prochaine fois les faire participer ;-)

Quelques impressions des participants après 1heure de manifestation :

Nathalie :

Ma deuxième heure de silence, comme la première, bien que la météo fut très différente, a été un véritable plaisir. J’adore passer une heure sans parler, à respirer, faire un petit effort physique en extérieur, tout en faisant passer un message auquel je crois. Je trouve ce mode de communication excellent. Les gens sont très amicaux parce qu’on ne les agresse pas en essayant de les convaincre ou de leur faire prendre un tract à tout prix. Certains hochent juste la tête, ou nous disent "bon courage", pour faire part de leur assentiment. Bref, que du bonheur, je signe pour toutes les autres.

Stéphane :

Il faisait froid !!!! Sinon merci pour organiser cela. Ce qui m’a donné l’occasion de militer activement pour la première fois depuis longtemps. Pour ma part je suis trop flemmard pour m’investir plus. Suggestion pour les autres : changer d’heure (après-midi - plus de consommateurs !!!) et d’endroit ?

Alain :

L’heure de silence est pour moi une façon de renouer avec les actions non-violentes que je pratiquais jadis... car je suis maintenant très vieux !!! Cette action simple a pour vocation de s’amplifier pour devenir efficace. Pour cela non seulement nous devons appeler nos amis à y participer mais il serait intéressant que la presse s’y intéresse aussi. Elle n’est pas venue samedi... Dommage !

Stéphane :

- J’aime être dans cette situation de statue, de mobilier de rue.

Je suis toujours partant. J’espère que tous ceux qui sont déjà venus vont encore revenir.

Convaincus ? Envie de participer ?

Nous vous attendons encore plus nombreux

- le samedi 6 mars à 11H - le samedi 3 avril à 11H - le samedi 15 mai à 11H - le samedi 26 juin à 11H

au même endroit : devant la Librairie Sillage, rue Victor Hugo, au Havre.

Les pesticides nocifs pour la santé des paysans, reconnait la justice Confédération paysanne Reporterre 2010/02/01 Confédération paysanne (1er février 2010 à 09h44,) Les pesticides nocifs pour la santé des paysans, reconnait la justice. Reporterre. Pesticides fr

Les pesticides nocifs pour la santé des paysans, reconnait la justice

La justice vient de reconnaitre que l’herbicide Lasso, produit par Monsanto, était dangereux pour les agriculteurs.

La cours d’appel de Bordeaux vient de donner raison à un agriculteur victime d’une intoxication due au lasso, un herbicide de Monsanto. Une action a été par ailleurs engagée devant le TGI de Lyon contre Monsanto pour « faute » sur « le manque de renseignements sur la dangerosité du produit » qui avait déjà été interdit avant 2007 dans d’autres pays que la France.

Au moment où l’INRA écrit qu’il est possible de se passer immédiatement de 20% des produits phytosanitaires, sans préjudice pour les volumes produits ou les revenus des paysans, la Confédération paysanne rappelle que les conséquences de l’utilisation des phytosanitaires concernent l’ensemble de la société avec des effets pervers sur :

1. La santé des utilisateurs que sont les paysans eux-mêmes ainsi que leurs salariés et leur famille : la Confédération paysanne constate qu’enfin les maladies causées par l’utilisation de ces produits toxiques commencent à être officiellement reconnues comme des maladies professionnelles.

2. la santé humaine et animale : développement des cancers, des allergies, baisse de la fertilité humaine et animale, mortalité des insectes pollinisateur,

3. la qualité des produits avec des résidus dans les produits de consommation.

4. l’environnement : pollution, perte de biodiversité et de fertilité des sols.

Ce système subsiste néanmoins alors que ses limites techniques, sanitaires et environnementales sont de plus en plus évidentes. La Confédération paysanne réaffirme que la réduction de l’utilisation des phytosanitaire ne peut pas être subie comme une contrainte mais comme un enjeu à relever.

Vers un bouclier rural Jean-Philippe Huelin Reporterre 2010/02/02 Jean-Philippe Huelin (2 février 2010) Vers un bouclier rural. Reporterre. Tribune — fr

Vers un bouclier rural

Dans quelques jours, Michel Mercier, ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire, va conclure les Assises des territoires ruraux. Ce grand débat sur la ruralité en France s’est déroulé depuis le mois d’octobre dernier dans l’ombre du débat sur l’Identité nationale. Avec ici moins de tapage médiatique, le résultat risque d’être le même : beaucoup de bruit pour rien. Plein de bonnes intentions, Michel Mercier n’a cependant pas les moyens de sa politique. Ces assises de la ruralité n’auront été qu’un supplément d’âme pour un gouvernement qui n’en a plus depuis qu’il a décidé de maintenir, en pleine crise économique, son « bouclier fiscal ».

Croyant certainement le monde rural acquis à sa cause, le gouvernement essaie de masquer ses choix politiques : toujours plus à ceux qui ont déjà trop et rien pour ceux qui ont de moins en moins. Aujourd’hui, il est plus que temps de construire ensemble un « bouclier rural », c’est-à-dire un projet politique absolument contraire au bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy. La gauche doit se saisir de cette question et comprendre que des pans entiers de notre pays sont en train de décrocher socialement. Un véritable « exode urbain » se fait jour car la campagne accueille de plus en plus de populations urbaines qui ne peuvent plus se payer le « luxe » de loyers toujours plus chers en ville.

Ainsi, les près de 20% de la population qui résident dans le monde rural se situent en dessous des moyennes nationales en matière de revenu, de qualification et d’emploi. Cet espace compte plus de personnes âgées, plus d’ouvriers et d’employés que le monde urbain. La pauvreté y est plus présente et on peut, à bon droit, parler de territoire de relégation sociale. On devrait y toucher, par exemple, plus le RSA qu’ailleurs mais le manque d’information ou le réflexe taiseux de ses habitants fait que beaucoup de bénéficiaires n’en profitent pas. Cette situation a été très justement évaluée par un récent rapport de l’IGAS… qui n’a pas été repris, sauf exception, dans la presse nationale.

Heureusement, notre pays dispose encore d’élus locaux qui tentent de sortir de l’oubli la situation du monde rural. Parmi les nombreuses initiatives locales, on peut citer les députés Lassalle et Chassaigne qui ont lancé un appel pour des états généraux des campagnes françaises ou le conseiller général de la Nièvre Fabien Bazin qui, le premier, a dressé la liste de ce qui pourrait devenir un véritable bouclier rural. Ces initiatives méritent d’être plus largement rendues publiques et coordonnées afin de construire un grand projet national pour le monde rural.

La première des dimensions à prendre en compte concerne bien évidemment les services publics. Comment ne pas exiger aujourd’hui un moratoire sur la suppression des services publics ruraux ? Il faut que cesse le démantèlement des services de l’Etat à la campagne : hôpitaux, maternités, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmeries…etc. Mais il faut aussi donner les moyens à cet espace de se développer économiquement afin que se réduisent ces déplacements pendulaires de plus en plus longs entre lieux de résidence et de travail. Parmi les mesures à prendre, la plus symbolique et une des plus utiles serait la couverture totale de notre pays en fibre optique qui puisse apporter partout, dans chaque foyer et dans chaque entreprise, grande ou petite, le haut débit. Pourquoi ce qui a été réalisé pour l’électricité après la deuxième guerre mondiale ne serait plus possible dans le France du XXIe siècle ?

Face à la crise, la nouvelle droite révèle son véritable visage. Loin de la droite d’hier qui savait s’appuyer sur la campagne, la droite néolibérale d’aujourd’hui est au service des « gagnants », ces catégories supérieures qui vivent entre les centres urbains, les aéroports et les grands hôtels du monde entier, une catégorie totalement coupée du territoire et presque déracinée.

Méprisée par des élites qui agitent en toute bonne conscience une taxe carbone qui serait surtout une taxe anti-rurale, délaissée par cet archipel métropolitain et ultra-riche, la France rurale ne peut se tourner que vers la gauche qui l’a trop longtemps oubliée. Il est encore temps d’apporter des réponses politiques à cette fracture territoriale et sociale qui se creuse continuellement entre ces deux Frances.

Pour orienter le débat public vers cette question fondamentale, un site internet vient d’être lancé qui s’intitule « Vers un bouclier rural ». Il vise à rassembler tous les outils d’analyse sociologiques, démographiques et économiques qui permettent de mieux comprendre le monde rural. Il recensera également les actions locales et les propositions qui émergeront pour renforcer la protection des habitants de la campagne. Nous avons besoin de rassembler toutes les bonnes volontés, le monde rural en a besoin !

L’Europe doit protéger les travailleurs agricoles migrants Via Campesina Reporterre 2010/02/03 Via Campesina (3 février 2010) L’Europe doit protéger les travailleurs agricoles migrants. Reporterre. fr

L’Europe doit protéger les travailleurs agricoles migrants

De nombreux travailleurs saisonniers venant du Maghreb travaillent dans le sud de l’Europe dans des conditions d’exploitation proches de l’esclavage. L’Europe peut prendre des mesures pour empêcher cette situation.

Le Groupe de Travail « travailleurs saisonniers, migrations et agriculture » de la Coordination Européenne Via Campesina s’est réuni les 29 et 30 janvier 2010 à Turin 15 jours après les évènements à Rosarno.

[NDLE : Dans cette petite ville du sud de l’Italie, des travailleurs africains ont été violentés par la population locale les 9 et 10 janvier].

Le groupe de travail constate :

- que la PAC a favorisé la concentration et l’industrialisation de la production agricole européenne ce qui a entraîné l’appauvrissement et la disparition de nombreux paysan(ne)s et un accroissement de l’exploitation des travailleurs.

- que les événements de Rosarno font partie d’une politique migratoire indigne du respect des droits humains, pratique malheureusement répandue dans toute l’Europe et générée par une globalisation des échanges économiques au détriment des populations et d’une juste répartition des bien communs.

La Coordination Européenne Via Campesina revendique :

- L’établissement d’une aide spécifique aux petites fermes, reconnaissant leur fonction économique, sociale et territoriale.

- La mise en place, dans le cadre de la Politique Agricole Commune, de la conditionnalité des aides liée au respect de droit du travail.

- L’interdiction aux États d’aider ou subventionner les exploitants agricoles qui ne respectent pas leurs obligations d’employeurs.

- La politique agricole commune stipule la création d’un observatoire de surveillance des conditions d’emploi de la main d’œuvre saisonnière.

- La signature, ratification et application par tous les pays européens de la Convention Internationale sur les travailleurs migrants.

- La signature, ratification et application par tous les pays européens de la Convention Internationale 184 sur la santé et la sécurité dans l’agriculture de l’Organisation Internationale du Travail.

- La régularisation des travailleurs et travailleuses agricoles sans papiers

La Coordination Européenne Via Campesina s’engage à soutenir les luttes des travailleurs saisonniers pour améliorer leur statut et leurs conditions de vie et apporte son soutien à la grève des migrants prévue pour le 1er mars 2010.

L’annulation du débat sur les nanotechnologies est un mauvais coup à la démocratie Les Verts Reporterre 2010/02/03 Les Verts (3 février 2010) L’annulation du débat sur les nanotechnologies est un mauvais coup à la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

L’annulation du débat sur les nanotechnologies est un mauvais coup à la démocratie

Les Verts déplorent les actes de vandalisme qui empêchent la tenue du débat sur les nanotechnologies prévu hier soir 26 janvier à Orsay. Cette dérive vers la violence était hélas prévisible, tant les termes mêmes du débat sont faussés et générateurs de frustration.

Depuis le lancement du débat en mars 2009, la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) s’obstine à ne traiter que la question des risques et à considérer comme acquis - et même nécessaire - un développement sans limite du recours aux nano-objets. Des questions pourtant fondamentales comme celle de l’utilité sociétale des nanos-sciences ou de la pertinence d’un financement massif des développements par des fonds publics sont exclues des discussions.

Ainsi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le débat démocratique sur les nanos menace de tourner à l’affrontement, comme ce fut le cas pour le nucléaire ou plus récemment les OGM, autres grands choix de société faits en catimini et sous la pression de lobbies technico-industriels. Les échanges ne sont plus possibles qu’abrités derrière des cordons de police ou dématérialisés sur internet : ils sont redevenus l’affaire de spécialistes, et sont donc dans une impasse.

Les Verts demandent que le débat soit repris sur des bases beaucoup plus larges de manière à permettre le retour des nombreux acteurs associatifs et citoyens qui avaient fait le pari du processus démocratique et souhaité apporter leur contribution aux discussions.

Face aux incertitudes sanitaires et aux risques éthiques que posent les nano-technologies, Les Verts rappellent leur opposition à l’engagement par les pouvoirs publics de sommes énormes dans leur développement, et leur demande de financements équilibrés en faveur de tous les champs de recherche.

Il est inacceptable qu’un débat public tardif et tronqué serve de paravent, tandis que la construction de plusieurs bâtiments Nano-Innov est entamée à marche forcée à Saclay. Là, à Toulouse et à Grenoble, des dizaines de millions d’euros seront dépensés. Quand le CEA est maître d’ouvrage, les contrats sont passés en dehors de toute procédure de marché public. Ce régime spécial est révélateur d’un système dont les Verts rejettent le manque absolu de transparence.

Mobilisation à Bayonne pour le climat et contre le TGV Bizi ! Reporterre 2010/02/04 Bizi ! (4 février 2010) Mobilisation à Bayonne pour le climat et contre le TGV. Reporterre. fr

Mobilisation à Bayonne pour le climat et contre le TGV

Paysans et cheminots ensemble le 6 février

Le mouvement Bizi ! appelle la population à se mobiliser massivement le samedi 6 février à Bayonne, le matin aux côtés des paysans, l’après-midi aux côtés des cheminots.

Ensemble, nous clamerons l’urgence écologique et réclamerons la justice sociale, pour défendre une société et une planète vivable pour nous et nos enfants !

Le matin à 11H00, une chaîne humaine géante reliera la sous-préfecture de Bayonne à la maison natale de René Cassin, rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Elle aura pour but d’exiger des pouvoirs publics le respect de la liberté d’association et l’arrêt de 5 ans de harcèlement systématique contre l’association Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG) (Plus d’infos sur : http://www.ehlgdoitvivre.org ).

Nous devons être le plus nombreux possible à exiger qu’on laisse EHLG vivre et travailler en paix, pour que puisse se renforcer au maximum son projet d’agriculture paysanne et durable, socialement équitable et écologiquement responsable.

L’après-midi, la mobilisation citoyenne continue sur le mot d’ordre « Urgence écologique justice sociale ! » avec plusieurs événements co-organisée par le CADE, la CGT et Bizi !, dans le quartier Saint-Esprit de Bayonne.

Il s’agira cette fois de dénoncer la volonté actuelle de la direction SNCF de liquider une bonne partie du transport de marchandises par les rails, sous sa forme du « wagon isolé ». Ce plan national aberrant jettera 1,2 millions de camions supplémentaires sur les routes, démantèlera un certain nombre d’infrastructures ferroviaires de proximité et supprimera 65 postes de travail sur les 160 que compte le Fret SNCF de la côte basque !

Un rassemblement massif aura lieu devant la gare de Bayonne à 16H30, et sera précédé et suivi de films, conférences et fêtes populaire dans divers endroits du quartier Saint-Esprit (Voir le programme détaillé sur : http://www.copenhague2009bizi.org/?... )

Paysans d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara, cheminots du Fret SNCF de la Côte basque, ces deux catégories professionnelles montrent ici une vision dépassant largement le corporatisme étriqué. Elles posent aujourd’hui la question du sens et de l’impact de leur activité sur l’ensemble de la société et sur la nature, la santé, le lien social et l’aménagement du territoire. Elles allient l’exigence de justice et de bien-être social à celle d’urgence et de responsabilité écologique.

C’est en cela que leurs deux combats sont exemplaires et porteurs d’avenir. C’est pour cela que les citoyens, élus, consommateurs, salariés, usagers, citadins, ruraux avons tous un intérêt évident à renforcer leurs revendications et leur manière de les poser.

Forum social mondial au Brésil, la conclusion Christophe Ventura Reporterre 2010/02/04 Christophe Ventura (4 février 2010) Forum social mondial au Brésil, la conclusion. Reporterre. Tribune — fr

Forum social mondial au Brésil, la conclusion

« C’est en essayant encore et encore que le singe apprend à bondir »

Après Porto Alegre, Salvador… Le dimanche 31 janvier, environ 5 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale de l’Etat brésilien de Bahia. Ainsi s’est terminé, dans une ambiance particulièrement jeune et joyeuse, ce Forum social mondial thématique 2010 qui a réuni 10 000 personnes du 29 au 31 janvier dans la ville qui fut la première capitale du Brésil (plus exactement de l’empire colonial portugais) de 1549 à 1763. On l’appelle parfois la « perle noire du Brésil » car la majorité de sa population est issue de l’esclavage d’Afrique, seulement aboli en 1898.

Le cortège, essentiellement composé des syndicalistes brésiliens de la Centrale unique des travailleurs (CUT), de la Centrale des travailleurs du Brésil (CTB) et de l’Union générale des travailleurs (UGT), ainsi que du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), a défilé autour de quelques principaux mots d’ordre : revendication de la réduction du temps de travail sans perte de salaire (de 45 à 40 heures hebdomadaires) ; solidarité avec Haïti (le MST est particulièrement impliqué sur place par la présence d’une brigade de 40 personnes) ; lutte contre le réchauffement climatique.

Ce Forum bahianais a-t-il été utile pour renforcer les luttes sociales ? Au niveau brésilien, certainement. Une assemblée des mouvements sociaux s’est tenue à Salvador le 31 janvier. Rassemblant une quinzaine d’organisations nationales (syndicats, MST, Union brésilienne des femmes, etc.), elle a permis de mettre sur orbite la Coordination des mouvements sociaux (CMS). Cette structure sera désormais permanente et permettra une articulation plus étroite de l’ensemble des forces qui la composent dans les mobilisations sociales nationales.

Sa base programmatique et son calendrier d’action sont contenus dans la déclaration finale de l’assemblée. Celle-ci considère qu’ « au Brésil, beaucoup d’avancées ont été obtenues pendant les 7 années de gouvernement Lula. L’Etat a été renforcé et a permis davantage de développement. Il y a eu une certaine redistribution des richesses et des progrès sociaux, notamment avec la revalorisation du salaire minimum et les politiques sociales comme la Bolsa familia (dispositif d’aide de l’Etat aux familles pauvres). L’intégration solidaire du continent a été stimulée ». Mais, dans le même temps, « beaucoup reste à faire. Les réformes structurelles capables d’enraciner les conquêtes démocratiques n’ont pas été effectuées et les profondes inégalités sociales qui perdurent depuis cinq siècles dans ce pays sont loin d’être résorbées ».

Ainsi, la déclaration formule des critiques importantes contre le modèle économique et social actuel du Brésil, notamment contre le modèle de développement basé sur les « monocultures prédatrices » [1].

La prochaine réunion de cette assemblée aura lieu le 31 mai à São Paulo. Il s’agira de mettre en place un programme de campagnes ambitieux :

• contre la présence des bases militaires des Etats-Unis en Amérique latine et dans les Caraïbes ; •pour le retrait de leurs troupes d’Afghanistan et d’Irak ; •pour l’approfondissement des nouvelles formes d’intégration solidaire sur le continent (Unasur, Alba) ; •contre le coup d’Etat au Honduras ; •pour la défense de l’Amazonie comme patrimoine national ; •contre le modèle agricole fondé sur les monocultures et les agrocarburants ; •pour la réforme agraire ; •pour la réduction de la journée de travail sans perte de salaire ; •pour un projet populaire de développement national de redistribution et de valorisation du travail ; •contre la criminalisation des mouvements sociaux ; •contre les monopoles médiatiques et pour la démocratisation des moyens de communication.

Il n’est pas aisé de tirer un bilan à chaud des rencontres de Porto Alegre et Bahia. Les deux évènements, de bonne tenue et riches du point de vue des débats et analyses, notamment sur la crise systémique du capitalisme, ont essentiellement attiré des organisations et des militants brésiliens. La participation des autres pays d’Amérique latine et du reste du monde est restée modeste. Il ne s’agissait certes pas d’un FSM en tant que tel, mais d’évènements liés à son processus. D’autres (environ une trentaine) ont également eu lieu ou auront lieu dans le monde. Force est de constater que, à ce jour, ce déploiement international n’a paradoxalement pas donné au cru 2010 une grande visibilité dans l’opinion publique.

Par ailleurs, reste toujours ouverte la question de son aptitude à peser concrètement sur la marche du monde.

Mais n’est-ce pas demander l’impossible à ce processus qui se retrouve dans une situation contradictoire ? Processus unique de débats et de maillage pour des mouvements sociaux et citoyens issus du monde entier (dont la limite structurelle est qu’il ne peut déboucher, en tant que tel, sur l’élaboration d’un projet politique), il a, au bout de 10 éditions, déjà rempli une partie de son rôle historique. D’une part, il a fourni aux syndicats, partis, associations, ONG, etc., une nouvelle matrice intellectuelle pour décrypter l’évolution de la mondialisation néolibérale dans la dernière décennie. D’autre part, il a donné la possibilité à tous ces acteurs de construire de nouvelles formes d’internationalisme - thématiques et/ou sectorielles - par la constitution de réseaux qui développent leur propre agenda, etc.

Une conséquence de ce processus est que beaucoup de ses acteurs se sont, en réalité, autonomisés par rapport à lui. De nouveaux réseaux internationaux, dans le champ syndical, partidaire ou associatif, se sont peu à peu créés ou consolidés au cours de ces dernières années (Forum de Sao Paulo, Confédération syndicale internationale, Forum mondial des alternatives, plateformes thématiques d’ONG, etc.). Et ce, notamment, grâce à leur passage ou leur immersion dans le FSM.

L’année 2011 sera année de FSM unique à Dakar au Sénégal. A la fin des journées bahianaises, un représentant du comité de préparation sénégalais glissait à ce propos : « Dans la préparation de Dakar, nous comptons bien mettre sur la table quelques questions concrètes sur l’utilité de ce Forum. Il faut qu’il joue un rôle politique sur la scène internationale ».

Les défis à relever ne manqueront pas pour transformer cette volonté en réalité. Ainsi, plus que jamais, le combat contre le réchauffement climatique va nécessiter une coordination d’une ampleur et d’une nature inédites entre mouvements sociaux, syndicats, partis politiques, gouvernements. Ce que nous avons appelé le post-altermondialisme. Alors, peut être, le FSM doit-il faire sien le proverbe africain : « C’est en essayant encore et encore que le singe apprend à bondir ».

Taxation de la finance et partage du travail pour assurer les retraites Appel « Retraites, chômage – Arrêtons la désinformation ! » Reporterre 2010/02/05 Appel « Retraites, chômage – Arrêtons la désinformation ! » (5 février 2010) Taxation de la finance et partage du travail pour assurer les retraites. Reporterre. Tribune — fr

Taxation de la finance et partage du travail pour assurer les retraites

"Nous n’acceptons pas que les jeunes soient les premières victimes de la prochaine « réforme » des retraites" « Le chômage de masse n’est rien d’autre qu’une répartition autoritaire du temps de travail. »

Nous sommes des syndicalistes, des salariés, des économistes, des sociologues, des retraités. Les retraites et le chômage concernent toutes les générations. La désinformation permanente sur ces deux dossiers, volontaire ou involontaire, est dangereuse pour notre démocratie. Ensemble nous souhaitons ouvrir une brèche dans ce mur de la désinformation.

Le chômage de masse, la précarité, le déficit des retraites, de la santé, du budget de l’Etat, ne sont que les multiples symptômes d’une même maladie. Celle de l’explosion des inégalités au cours des 30 dernières années, suite aux dérégulations qui ont laissé le champ libre à la goinfrerie sans bornes des dirigeants des grands groupes financiers et de leurs principaux actionnaires.

Nous n’acceptons pas que les jeunes soient les premières victimes de la prochaine « réforme » des retraites. Repousser l’âge minimal de départ à la retraite ou augmenter le nombre d’annuités nécessaires aggraverait encore le chômage des jeunes qui est déjà de 24% parmi les jeunes « actifs ». Le chômage étant ce qu’il est, mieux vaut un senior de 60 ans à la retraite qu’un jeune de 23 ans au chômage. Nous n’acceptons pas que les femmes, déjà lourdement pénalisées tout au long de leur vie au travail (salaires inférieurs, temps partiels imposés...) le soient encore au moment de prendre leur retraite (manque d’annuités…). Nous n’acceptons pas que la France se dirige vers un système de retraites à l’anglo-saxonne basé sur l’individualisme et la logique financière.

Nous n’acceptons pas l’idéologie du « travailler toujours plus » qui accentue les inégalités et peut conduire, parfois, aux pires extrémités. Nous n’acceptons pas la répartition actuelle des patrimoines et des revenus. Des « réformes » irresponsables ont déjà été mises en oeuvre. En 2007, le gouvernement a encouragé les heures supplémentaires, en les exonérant de cotisations sociales. En 2008, il a autorisé le cumul d’une retraite à taux plein et d’un salaire à temps complet ou partiel, sans limite de revenus.

Le chômage de masse est la cause des déficits sociaux et de la crise

Le chômage de masse n’est rien d’autre qu’une répartition imposée du temps de travail, entre ceux qui se ruinent la santé au travail et ceux qui n’ont pas d’emploi, ou seulement des petits boulots précaires. La persistance d’un chômage élevé depuis 30 ans a instauré un rapport de force défavorable aux salariés et conduit à une répartition intenable des richesses créées (60 % pour les salaires, 40 % pour les profits). La répartition autoritaire et imposée du temps de travail est donc la cause première de la crise.

C’est ce qu’expliquait en novembre 2008 l’économiste Michel Aglietta dans "La crise d’un modèle de croissance inégalitaire", à lire sur : http://gesd.free.fr/inegaaa.pdf :

"Les évolutions des salaires réels et de la productivité ont été déconnectées, entraînant une modification de la répartition des revenus. Comment entretenir dans ces conditions la croissance dans les pays riches ? Il a fallu déconnecter la dépense et le revenu, en stimulant la consommation par le crédit. [...] La croissance ne pouvant plus être dopée par l’endettement, il va falloir que le revenu salarial se remette à progresser en ligne avec la productivité. Pour le dire autrement, le degré d’inégalité atteint dans les sociétés occidentales est devenu un frein à la croissance. [...] Il faudra revenir sur les cadeaux fiscaux systématiques qui ont été faits aux plus riches pendant des années."

Expliquer, proposer

Nous devons expliquer aux « 18 – 45 ans », que seul un système de retraite intégralement par répartition et à prestations définies peut leur garantir, le moment venu, une pension de retraite correcte. En effet, la caractéristique principale de la retraite par répartition est sa sécurité, puisque son financement repose sur un indice peu aléatoire, la masse salariale globale. Dans 30 ou 40 ans, il y aura toujours des dizaines de millions d’actifs qui cotiseront pour payer les retraites.

Nous appelons chacun à exiger que toutes les propositions de financement des retraites soient débattues dans la transparence. Par exemple :

- suppression des avantages fiscaux et sociaux accordés à l’épargne salariale par capitalisation

- suppression de quelques autres exonérations sociales et fiscales puisque leur montant total s’élève à 140 milliards d’euros par an (Libération du 28 janvier)

- cotisations sociales sur l’ensemble des revenus liés aux salaires (intéressement, participation, primes diverses, stock-options …)

- élargissement de l’assiette des cotisations à l’ensemble de la valeur ajoutée des entreprises et aux revenus des placements financiers

- augmentation de la progressivité de l’impôt sur le revenu

- les 10 milliards d’euros versés chaque année dans les systèmes d’épargne retraite en capitalisation devraient dorénavant être versées pour la répartition

- pas de pension inférieure au Smic. Indexation des pensions sur l’évolution des salaires

Nous appelons chacun à exiger une autre répartition du temps de travail. Par exemple :

- abrogation des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires

- rétablissement des contingents annuels autorisés d’heures supplémentaires

- majoration des cotisations chômage sur les heures dépassant les 1600 heures annuelles

- incitations au retour à 35 heures et à la semaine de 4 jours

- suite à la démolition de la loi sur les 35 heures, plus de 2 millions de salariés subissent le contrat de travail en jours, sans aucune référence horaire, avec tous les dangers en termes de santé et d’emploi. Arrêtons cette dérégulation qui se justifie au plus pour quelques dizaines de milliers de cadres

- hormis pour ceux ayant de faibles pensions, le revenu cumulé d’une pension et d’un salaire ne devrait pas être supérieur au dernier salaire d’activité à temps complet

Parmi les premiers signataires :

(DS = délégué syndical DSC = délégué syndical central)

- André Martin (ingénieur, UGICT-CGT, formateur retraites )

- Henri Sterdyniak (économiste)

- Jean-Luc Cassi (ingénieur, UGICT-CGT)

- Caroline Mécary (co-présidente de la fondation Copernic)

-Jacques Généreux (économiste)

- Julien Bayou (cofondateur de Génération Précaire)

- Jesus-Alberto Zambrano (informaticien, DS CFDT )

- Leila Chaibi (L’Appel et la Pioche)

- Christian Liard (informaticien, DS CFDT)

-Alain Lipietz (économiste)

- Xavier Petrachi (DSC CGT AIRBUS)

- Robert Joumard (Attac)

- Henri Tord (DSC CFTC Thales)

- Bertrand Bony (Formation et Action Citoyennes, Attac)

- Pierre Lairesse (membre du collectif FTM/CGT protection sociale)

- Dominique Rols (Inspecteur du travail)

- Florence Boizard (fonctionnaire territoriale, FSU)

- Gilbert Rachmuhl (UGICT-CGT, formateur retraites)

- Jean-Claude Mamet (CGT La Poste)

- Cédric Mulet-Marquis (enseignant ENS Lyon)

En 2006, c’est ensemble (jeunes, étudiants, salariés, retraités …) que nous avons empêché la généralisation de la précarité que le gouvernement voulait nous imposer avec le CPE.

En 2010, c’est ensemble (jeunes, étudiants, salariés, retraités …) que nous défendrons le droit de chacun à un véritable emploi et le droit à une retraite par répartition à prestations définies.

Les trois derniers débats sur les nanotechnologies sont annulés PMO Reporterre 2010/02/05 PMO (5 février 2010) Les trois derniers débats sur les nanotechnologies sont annulés. Reporterre. fr

Les trois derniers débats sur les nanotechnologies sont annulés

Prenant acte du naufrage de sa campagne de promotion, la Commission nationale du débat public (CNDP) annonce ce mercredi 3 février 2010 l’annulation de ses trois dernières réunions prévues à Montpellier le 9 février, à Nantes le 16 février et à Paris le 23 février 2010.

Pour sauver la face, elle improvise en lieu et place des visio-conférences d’experts sur Internet, invitant les internautes à leur poser des questions par mail et par téléphone, comme dans n’importe quel talk-show à la radio ou à la télé.

Après la conduite de Grenoble subie le 1er décembre 2009, Jean Bergougnoux, président de la CNDP-Nanos, avait claironné à la manière du général Mac Arthur qu’il reviendrait. « A Grenoble, le débat n’est que suspendu, il n’est pas annulé, et reprendra sous une autre forme », déclarait-il le soir du 1er décembre [1] . Confirmation le 26 janvier à L’Express.fr [2] : « Je me suis promis d’y retourner ».

On voit qu’il n’en est rien pour l’instant, à notre vif regret. Nous espérions rendre à M. Bergougnoux le Pipeau d’Or que nous lui avions décerné lors d’un précédent passage, et qu’il a oublié d’emporter dans sa prompte retraite.

Nous avions appelé au boycott et au sabotage de la campagne de promotion du nanomonde par la CNDP. L’échec de cette mascarade est une bonne nouvelle. Les dispositifs d’acceptabilité et de « démocratie technique » ont été démasqués et défaits. En dépit de moyens considérables, et de l’explosion d’un budget initial de deux millions d’euros fourni par le ministère de l’Ecologie. Explosion sur laquelle les journalistes ne manqueront de demander des comptes.

Nous menons depuis janvier 2003 le débat public sur les nanotechnologies et l’avènement du nanomonde à travers des livres, des films, des articles, des émissions de radio, des réunions publiques, des manifestations, et nous allons continuer avec tous les opposants à la tyrannie technologique, qui partout en France ont fait dérailler le train publicitaire des nanotechnologies. Et en tout premier lieu avec les collectifs anti-nanos de Montpellier, de Nantes et de Paris, qui poursuivront, eux, leur travail d’information, d’alerte, et de débat direct dans les mois à venir.

Quant à nous, nous invitons les rhônalpins à Grenoble les 5 et 6 février pour le 3e café luddite avec l’historien François Jarrige, auteur de Face au monstre mécanique (http://www.piecesetmaindoeuvre.com/...).

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Notes :

[1] http://www.grenews.com/nano-le-deba...

[2] http://www.lexpress.fr/actualite/sc...

Contre l’ouverture des chemins à la circulation des autos Fédération des parcs naturels régionaux Reporterre 2010/02/05 Fédération des parcs naturels régionaux (5 février 2010) Contre l’ouverture des chemins à la circulation des autos. Reporterre. fr

Contre l’ouverture des chemins à la circulation des autos

Motion de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France

Opposition à la proposition de loi étendant l’usage de véhicules motorisés en zone de montagne

Bureau du 27 janvier 2010

Le Bureau de la Fédération des Parcs naturels régionaux s’inquiète de la proposition de loi déposée par le député Francis Saint Léger le 15 septembre 2009, visant à réformer la loi n°91-2 du 3 janvier 1991, relative à la circulation des véhicules terrestres dans les espaces naturels :

Article unique : La phrase ci-après est ajoutée à la suite du premier alinéa de l’article L. 362-1 du Code de l’Environnement :

« En territoire de montagne tel qu’il est défini par la loi n°85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, toute voie praticable par des véhicules homologués pour une circulation routière et adaptés à ses caractéristiques est considérée comme carrossable et ouverte à la circulation ».

Cette évolution législative permettrait à tous les engins motorisés dits homologués, de parcourir et d’emprunter toutes les voies, y compris les sentiers de montagne. Cela aurait de très graves conséquences sur les milieux naturels, sur la flore et faune de montagne et la sécurité sur les pistes. De plus, un tel texte complexifierait la conciliation des activités liées à la montagne et renforcerait les conflits d’usage.

Cette proposition de loi s’inscrit en totale opposition avec les volets du Grenelle de l’Environnement et se met en contradiction avec la loi Montagne qui vise à maintenir un équilibre entre le développement et la protection de la montagne, milieu naturel sensible. Elle est enfin à contre courant avec le contexte récent du sommet de Copenhague.

En conséquence, le Bureau de la Fédération s’oppose à l’ouverture à la circulation de l’ensemble des voies et chemins privés en montagne et donc à la modification de la loi n°91-2 du 3 janvier 1991 contenue dans la proposition du député Saint Léger.

Les Parcs naturels régionaux, territoires habités couvrant 13% du territoire national représentent un réseau de 46 territoires dont le rôle est essentiel dans : - La conservation de la biodiversité et la sauvegarde de la qualité et de la diversité des paysages français. - L’impulsion d’un développement durable sur des territoires ruraux en mutation dans lesquels vivent plus de trois millions d’habitants. - L’intégration des enjeux énergétiques et climatiques, qui passe par un développement raisonné des énergies renouvelables intégrant les enjeux paysagers et sociaux spécifiques aux Parcs et dans le sens d’une réelle plus value locale. - Les Parcs ont par ailleurs l’obligation légale d’avoir un article sur les sports motorisés dans les chartes de Parc.

Un camp de concentration va s’ouvrir à Mesnil Amelot Cimade Reporterre 2010/02/06 Cimade (6 février 2010) Un camp de concentration va s’ouvrir à Mesnil Amelot. Reporterre. fr

Un camp de concentration va s’ouvrir à Mesnil Amelot

« Camp de rétention », « camp d’internement » : ne tourne-t-on pas autour du pot, ou plutôt du mot : « Camp de concentration » ?

FUTUR CENTRE DE RETENTION DU MESNIL-AMELOT : NON A L’OUVERTURE D’UN CAMP D’INTERNEMENT DES ETRANGERS !

La construction du nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) est quasiment achevée. L’ouverture est prévue dans quelques semaines. Avec 240 places de rétention, ce centre sera le plus grand de France. Il s’ajoutera au premier centre de rétention du Mesnil-Amelot de 140 places.

L’entrée en fonction de ce véritable camp marque une nouvelle étape de ce que les associations de défense des droits des migrants ont qualifié depuis 2004 d’industrialisation de la rétention. D’exceptionnel, l’enfermement des personnes en situation irrégulière devient peu à peu un mode de gestion des populations migrantes.

Le centre de rétention comptera 240 places dont 40 places réservées aux familles. Il est organisé en 6 unités de vie de 40 places autour de deux bâtiments administratifs jumeaux eux-mêmes reliés par une passerelle de commandement. Une double enceinte grillagée et barbelée entoure l’ensemble du camp. Des dizaines de caméras, des détecteurs de mouvements s’ajoutent à cet univers carcéral.

Présenté par l’Administration comme constituant deux centres de rétention il n’y a pas de doutes sur le fait que l’ensemble fonctionnera comme un seul centre de rétention en contradiction avec la réglementation. L’article R 553-3 du CESEDA limite à 140 places la capacité maximale d’un centre de rétention. Comme pour le centre de rétention de Vincennes, l’Administration utilise la fiction de deux centres de rétention côte à côte pour contourner cette interdiction.

Dans ce nouveau camp, les effets combinés du nombre de retenus, de la division en « modules de vie », des difficultés de circulation des retenus, limiteront considérablement la possibilité pour la société civile de connaître la réalité du fonctionnement d’un tel centre.

Dans ces conditions, la possibilité pour les étrangers d’exercer leurs droits et de bénéficier d’une véritable aide juridique est très limitée. Dans un avenir proche, les audiences du juge des libertés et de la détention (TGI de Meaux) auront lieu dans deux salles intégrées à un ensemble de bureaux de police attenant au camp. Ce juge sera compétent pour statuer sur la situation des retenus des centres du Mesnil-Amelot, c’est-à-dire 380 personnes. La masse de dossiers" à traiter conduira à un traitement très rapide et superficiel de la situation de chacun. C’est une véritable justice d’exception pour les étrangers qui s’organise.

Un centre de 240 places représente une moyenne de 40 arrivées par jour (c’est par exemple ce qui était le cas à Vincennes avant l’incendie du 22 juin 2008). Cet univers est celui de l’anonymat, de la déshumanisation des personnes. Comme la situation de Vincennes l’a montré le non-droit, les violences, les auto-mutilations et les tentatives de suicide seront, encore plus qu’ailleurs, le résultat quotidien de cet internement.

Les associations signataires dénoncent cette criminalisation des migrants et s’opposent à l’ouverture de ce camp. Elles appellent les citoyens, les élus à se mobiliser contre l’internement administratif des étrangers.

Premiers signataires :

ADDE - Comede - ELENA-France - Emmaüs France- Fasti-Gisti - La Cimade - Ligue des droits de l’homme - Migreurop - MRAP - Réseau Education Sans Frontières - Secours Catholique - Syndicat des Avocats de France - Syndicat de la Magistrature

Il faut s’appuyer sur l’accord de Copenhague malgré ses faiblesses Hervé Le Treut Reporterre 2010/02/06 Hervé Le Treut (6 février 2010) Il faut s’appuyer sur l’accord de Copenhague malgré ses faiblesses. Reporterre. Tribune — Climat : de COP en COP fr

Il faut s’appuyer sur l’accord de Copenhague malgré ses faiblesses

Bien sûr, Copenhague est loin, très loin de ce qui était souhaitable. Mais compte tenu de l’ampleur de la transformation à opérer par les Etats-Unis et la Chine, il constitue un pas utile.

Il est évident que l’accord de Copenhague est loin de ce que le diagnostic scientifique demande pour éviter de modifier de manière substantielle le système climatique – et c’est bien parce que ce risque existe de manière toujours plus forte que le développement des pays du Sud est aussi un enjeu toujours plus fort. A aucun moment l’addition des promesses ne s’est approché de ce qui était nécessaire.

Je crois suffisamment à l’importance du problème climatique pour y consacrer des exposés grand-public réguliers, un peu partout et depuis plusieurs années. Je suis bien sûr le premier à regretter que l’accord n’aille pas plus loin. J’espérais aussi que la dynamique qui s’est développée autour de Copenhague amènerait quelques gestes en plus, lors de la conférence elle-même, en particulier au niveau des engagements des Etats-Unis, que les chef s d’Etat n’oseraient pas venir les mains vides..

Mais je n’ai jamais pensé que les Etats-Unis ou la Chine pouvaient venir avec des positions drastiquement différentes de celles déjà annoncées, ni que le problème allait se résoudre en 15 jours. Tenir une réduction de 30%, pour les pays européens, représente déjà une véritable révolution, bienvenue, mais qu’il sera très difficile à mettre en œuvre, ne serait-ce que pour convaincre tout le monde, aux niveaux régional, municipal, individuel, dans un contexte où chaque solution proposée (taxe carbone, éolien, agrocarburants, …) trouve vite ses limites en terme d’acceptabilité et d’efficacité réelle.

Mais pour les Etats-Unis, pour la Chine, la transformation structurelle qui est réclamée est infiniment plus forte.

Il est évident que le système « capitaliste » actuel est à la racine du problème. En même temps, si, en scientifique concret, on pense à la planète, à l’urgence face aux changements en cours, il n’y a pas le choix : il faut réduire les émissions qui croissent le plus vite et le faire avec les gouvernements en place, convaincre le géant non-démocratique qu’est la Chine, l’immense et complexe nébuleuse indienne, une Amérique qui ne s’est encore associée à aucune forme de pouvoir ou de contrainte supranationale, etc. Cela n’est plus au scientifique de le dire, mais je n’ai jamais cru que cela pouvait se faire en un jour, ni même en 15.

Maintenant il me semble que les semaines et les mois qui viennent seront critiques, car si l’on déconsidère complètement le processus qui s’est mis en route avant Copenhague, si on estime qu’il n’a été capable de rien, que ses résultats sont insignifiants, quelle autre démarche pourra-t-on proposer à la place ? Je n’en vois personnellement aucune, du moins dans un délai compatible avec les urgences scientifiques.

Génération Ecologie s’allie au Modem en Ile-de-France Michel Verna Reporterre 2010/02/07 Michel Verna (7 février 2010) Génération Ecologie s’allie au Modem en Ile-de-France. Reporterre. fr

Génération Ecologie s’allie au Modem en Ile-de-France

Protéger l’environnement ne suffit plus. Il faut faire plus, il faut inventer une économie positive pour l’environnement c’est-à-dire une économie qui non seulement ne détruit plus la planète mais une économie qui répare aussi les dégâts du passé, la région est le territoire idéal pour faire naître ce nouvel élan.

Le projet humaniste du mouvement démocrate parti de François Bayrou est proche des valeurs modernes de développement durable que défend Génération Ecologie

Génération Ecologie Ile de France se félicite de l’accord politique et programmatique trouvé avec le parti de François Bayrou pour les prochaines élections régionales.

Le temps de l’évidence fainéante est révolu, le temps des attitudes irresponsables doit être derrière nous.

Le Mouvement Démocrate et Génération Ecologie porteront ensemble l’évidence courageuse et les attitudes responsables pour mettre la région Ile de France sur les rails de l’éco-humanisme.

Mobilisation contre le projet d’autoroute A 45 entre St Etienne et Lyon Julia Lourd Reporterre 2010/02/08 Julia Lourd (8 février 2010) Mobilisation contre le projet d’autoroute A 45 entre St Etienne et Lyon. Reporterre. fr

Mobilisation contre le projet d’autoroute A 45 entre St Etienne et Lyon

L’automobile est la pierre angulaire des économies capitalistes des sociétés occidentales du siècle passé. Déjà on observe une inflexion des comportements de beaucoup d’automobilistes - surtout ceux qui vivent dans les zones périurbaines et rurales mal ou pas du tout desservies par les transports en commun. Ils achètent des voitures moins gourmandes, roulent moins vite, regroupent ou limitent leurs déplacements quotidiens, utilisent les transports collectifs (la fréquentation des trains en Rhône-Alpes est en hausse de 10% par an).

La première urgence est donc la réorientation des choix en matière d’infrastructures de transports et mettre en place tout un panel de mesures comme : - Mettre en place des circuits courts et repenser les transports de marchandises. - soutenir les transports en commun ; - restructurer l’industrie automobile ; - réduire l’espace dédié à l’automobile ; - mettre en place une écotaxe sur les transports camions (taxe à la tonne) ; - développer l’usage du vélo ; - arrêter l’étalement urbain et périurbain ; - transformer les banlieues.

Dans le département de la Loire, la problématique transports est, depuis des décennies, un enjeu purement politique. Ceci a entraîné une situation, aujourd’hui certes urgente, mais paradoxalement propice aux innovations et à la réflexion pour un meilleur aménagement de notre territoire.

En effet les élus ligériens de gauche ou de droite, guidés d’une part par l’idée que la croissance ne peut se faire que par la consommation et, d’autre part par « le syndrome de l’enclavement », ont décliné à qui mieux-mieux l’adage des faiseurs de bitume qui dit que « sans autoroutes pas d’avenir ».

C’est ainsi que nous avons les projets :

- A89 ( Balbigny- La tour de Salvagny) ; - A45 ( La fouillouse- Brignais) ; - COSE (contournement Ouest de Saint Etienne).

Nous parlerons certainement plus tard de l’aéroport Andrézieux-Bouthéon.

Quelle est la pertinence économique de projets autoroutiers ou aéroportuaires conçus au siècle dernier, lorsque nous croyions encore ne jamais manquer de pétrole ?

L’Etat qui déclaré la A89 et la A45 d’utilité publique, doit absolument revoir sa copie, il a d’ailleurs commencé à le faire timidement en renonçant aux rocades de Bordeaux et Toulouse considérées encore récemment comme indispensables.

Le projet de deuxième autoroute entre Lyon et Saint Etienne A45 est aberrant, le contournement ferroviaire de Lyon Est ( CEFAL) est autrement décisif.

Pour un urbanisme non capitaliste Objecteurs de croissance, Ateliers de l’Usologie, Attac Cévennes Reporterre 2010/02/08 Objecteurs de croissance, Ateliers de l’Usologie, Attac Cévennes (8 février 2010) Pour un urbanisme non capitaliste. Reporterre. fr

Pour un urbanisme non capitaliste

Dans le cadre des « Alternatives pour se débarrasser du capitalisme », un séminaire sur le thème « Habiter : une critique de l’urbanisme » est organisé à St Jean du Gard les 6 et 7 mars prochains.

Dans le cadre du Rassemblement de l’Ecologie Radicale (anti-capitaliste, anti-productiviste, altermondialiste), il a été envisagé d’explorer certaines pistes et de les traduire en projet et alternatives concrètes.

Les Objecteurs de Croissance, les Ateliers de l’Usologie (distributisme), Attac-Cévennes, organisent un Séminaire francophone « Habiter , une critique de l’Urbanisme ».

Ce Séminaire est ouvert aux différentes sensibilités anti-capitalistes et écologistes souhaitant dépasser l’approche néo-keynésienne de régulation et de répartition des profits pour proposer des alternatives remettant en question les fondamentaux du capitalisme. C’est dans le cas présent une critique d’un Urbanisme au service du capitalisme industriel (qui a entrainé une ségrégation urbaine), puis ensuite au service de la grande distribution et de l’industrie automobile (qui a entrainé isolement et éloignement)

Une équipe locale, ouverte et diversifiée, s’est mise en place pour gérer l’élaboration du programme, l’inscription et l’accueil des participants. Tous ceux qui veulent contribuer à l’élaboration thématique peuvent se faire connaître et commencer à proposer des intervenants (chercheurs, associations…) ou des contributions.

Tarifs d’inscription : Faible revenu : 5 € ; autres : 20 €,

chèque à l’ordre de ADEROC (cette somme correspond à une souscription lancée pour permettre le déplacement et l’accueil des personnes à faible revenu)

Repas sur place et bio : 10 € le repas (du vendredi soir au dimanche midi)

Hébergement sur place, en gîte collectif et chauffé :6 € ou 14 € la nuitée suivant les revenus.

Navette à partir de la gare d’Alès vendredi soir. Covoiturage organisé sur le site.

Assez de développement durable ! Yves Verilhac Reporterre 2010/02/08 Yves Verilhac (8 février 2010) Assez de développement durable !. Reporterre. Tribune — fr

Assez de développement durable !

« Protéger la cétoine dorée et aimer son prochain participent de la même logique. Encore faut-il savoir que la cétoine dorée existe. »

La conférence internationale sur la biodiversité se tiendra en octobre prochain au Japon ; les scientifiques affirment que nous avons à faire à une extinction cent à mille fois plus rapide que les précédentes. De nombreuses espèces disparaissent avant même que nous n’ayons eu le temps de les identifier. Nous en portons la responsabilité directe par l’artificialisation des milieux et la surconsommation des ressources. Utilisé à tort comme une stratégie d’évitement, le développement durable nous fait perdre un temps précieux pour inverser le mouvement.

Alors que les idées de protection de la nature piétinaient depuis les années 1960, le concept de développement durable leur a donné une crédibilité vingt ans plus tard. Son anthropocentrisme a fourni la légitimité attendue : il faut protéger l’eau pour la boire, l’air pour le respirer, la faune et la flore pour manger et nous soigner. Plus question d’altruisme ou de morale, mais de santé et d’efficacité. Dont acte. Les progrès notamment dans le domaine de la réduction des pollutions sont considérables, et nous aurions tort de bouder notre plaisir. Rappelons-nous qu’il y a quelques années seulement, il fallait une cause humanitaire comme la lutte contre le cancer pour motiver notre déplacement jusqu’à la benne à verre recyclé. Aujourd’hui la cause environnementale se suffit à elle-même. Mais nos marges de progrès dans ces domaines se réduisent de plus en plus.

L’application du développement durable est assez ancien pour en mesurer les limites : contre toutes les promesses, la quantité de déchets produits par individu n’a cessé de croître depuis la loi Déchets il y a vingt ans déjà. Un petit logo sur chaque emballage nous rassure, alors qu’il signifie simplement que le producteur dudit déchet (en fin de compte le consommateur) a bien payé sa taxe. Des emballages écologiquement baptisés qui finissent souvent dans la nature.

Les fontaines à eau se multiplient : des camions livrent l’eau dans des bonbonnes en plastique. Est-ce bien raisonnable de laisser croire que la question n’est pas de réduire les emballages mais de savoir dans quelles poubelles on va les mettre ? Quand nous nous posons la question du choix entre un incinérateur ou une décharge d’ordures, c’est déjà trop tard.

Côté énergie, est-il sérieux de couvrir nos campagnes avec des milliers d’éoliennes industrielles, d’hectares de colza et de panneaux photovoltaïques en achevant une agriculture extensive à bout de souffle, pour justifier en % d’énergie dite renouvelable une consommation exponentielle ? Le problème des centrales nucléaires n’est pas seulement les déchets et la sécurité, c’est la centralisation, le gaspillage, la concentration, la confiance aveugle dans la technique. L’énergie propre est un fantasme. L’écologie s’accommode mal de l’ouverture des magasins le dimanche, de la « prime à la casse » ou du tout climatisé. Elle ne fait pas bon ménage avec la privatisation des ressources et services essentiels comme l’eau et l’énergie.

Le nombre d’oxymores générés par ces concepts de développement durable témoignent de leurs propres paradoxes : voiture propre, ferme éolienne, vélo électrique, plastique biodégradable, biocarburants etc. Développement « durable » est lui-même une mauvaise traduction de l’anglais sustainable. Nous nous arrangeons avec l’idée que nous changerons nos modes de consommation demain. Qu’après Dieu, la technique verte y pourvoira. Pire qu’un seul alibi à l’ultra libéralisme, le développement durable redonne espoir à une surcroissance à bout de souffle. Des systèmes de compensation, véritables indulgences, se mettent en place : taxe sur l’emballage, taxe carbone, mesures compensatoires pour les milieux naturels détruits. Et les Shadocks pompaient, pompaient… Les crises économiques, sociales et écologiques, ont les mêmes ressorts ; elles sont autant d’avertissements à l’impérieuse nécessité de changer le modèle.

Les tenants de l’écologie réclament un autre rapport à l’animal, au sauvage. Ils défendent la sobriété, la diversité, cultivent la marginalité, le droit à la différence, les minorités. Le moteur de l‘évolution n’est pas la compétition, contrairement à une compréhension simpliste du darwinisme, mais la solidarité et la capacité à nouer des alliances, même et surtout avec la nature qui nous entoure.

L’écologie laisse à penser qu’une autre forme de développement est possible. Que la question n’est pas de savoir quelle technique doit être utilisée pour aller de plus en plus vite, de plus en plus loin, de plus en plus nombreux au même endroit. Le terme de décroissance fait peur car il porte malgré lui l’idée de régression. Il n’empêche : c’est bien la consommation exponentielle du vivant, des matières premières, de l’énergie, de l’espace, qui nous conduit dans l’impasse.

Il s’agit de favoriser le qualitatif plutôt que le quantitatif, de reconnaître les valeurs non marchandes, dont la biodiversité fait partie, de développer des circuits courts et des réseaux de solidarité. D’inverser le mouvement en déconcentrant les services, les lieux de vie, de production et de consommation. Oui il vaut mieux favoriser les petites exploitations d’agriculture biologique extensive que l’industrie agricole.

Donnons à chacun d’entre nous la possibilité de se reconnecter avec ce qui l’entoure. A s’intéresser au vivant, à le respecter. N’en déplaise à Luc Ferry, protéger la cétoine dorée et aimer son prochain participent de la même logique. Encore faut-il savoir que la cétoine dorée existe.

Il s’agit d’inverser nos regards de l’infiniment loin vers l’infiniment proche. Il s’agit ni plus ni moins de redonner du sens à l’humanité, dans un espace fini.

10 millions d’emplois ! Hervé Kempf Reporterre 2010/02/08 Hervé Kempf (8 février 2010) 10 millions d’emplois !. Reporterre. Tribune — fr

10 millions d’emplois !

Mais où donc le chroniqueur avait-il la tête ? Avait-il goûté l’herbe de la petite fumée ? Observé la pleine lune trop longtemps ? Abusé du nectar dont les fidèles de Dionysos croient qu’il leur assure l’immortalité ? Appliqué une recette inédite de l’Ouvroir de littérature potentielle ?

Ce qui est certain, c’est que quand il découvrit dans le journal (daté 31 janvier-1er février) le titre « Merci M. Larcher ! », surmontant un article des plus sérieux sur la création d’emplois, il tomba de l’armoire sur laquelle il faisait la chasse aux perroquets, comme à son habitude. Car, au vrai, l’intention du plumitif était de titrer « 300 000 nouveaux emplois », afin d’attirer l’attention sur le sujet majeur de son billet.

Rangeons l’incident dans l’incommensurable collection des mystères de la presse, que recouvre si rapidement la poussière de l’oubli.

Le chroniqueur doit maintenant s’excuser auprès de M. Larcher de ne pas vouloir lui dire merci prématurément. Si le sénateur a porté naguère un bon diagnostic sur le gaspillage insensé des espaces agricoles, il n’a pas ensuite pesé suffisamment pour faire appliquer les remèdes qu’il recommandait. Que M. Larcher relance ses propositions pour « lutter contre l’enrichissement sans cause », à savoir « taxer les profits ’tombés du ciel’’ » et alors on le louera, sincèrement.

Surtout, il faut rappeler, quand la France perd 400 000 emplois en 2009 (note de l’INSEE du 10 décembre 2009), combien est vitale la réflexion sur de nouvelles activités, telles les installations agricoles dont parlait la chronique. Le travail a toujours été une préoccupation majeure de l’écologie politique. Par exemple, en 1984, Les Amis de la terre rassemblaient les meilleurs esprits sur la question (L’écologie contre le chômage, La Découverte, 1984) ; en avril 1989, Reporterre, le magazine de l’environnement, titrait « Un million d’emplois en l’an 2000 » ; dans les années 1990 un gourou de l’écologie politique, André Gorz, a renouvelé l’interrogation sur le sens du travail. Et en 2009, Europe Ecologie plaçait au premier plan de son programme le projet de « 10 millions d’emplois verts en 10 ans » ! L’enjeu : des emplois nouveaux, réellement utiles, et à empreinte environnementale faible.

Décrire la gravité de la crise écologique, il faut le faire, bien sûr, encore et toujours. Analyser les logiques destructrices, c’est indispensable. Mais il est tout aussi important d’ouvrir largement les perspectives d’un post-capitalisme écologique et social. Un exemple encourageant qui montre combien cet esprit gagne : le collectif Flins sans F1, qui a gagné la bataille contre le projet absurde d’un circuit de formule 1, ne s’est pas dissous. Il continue à réfléchir aux moyens de convertir l’industrie automobile, en perte de vitesse, vers des activités assurant aux travailleurs de nouveaux moyens d’existence.

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Note explicative

Cette chronique paraît tous les week-ends dans Le Monde. La semaine précédente, un secrétaire de rédaction avait changé le titre de l’article originel, « 300 000 nouveaux emplois » en « Merci M. Larcher ». Les lecteurs de Reporterre avaient lu d’emblée la bonne version.

Requiem pour dirigeants Claude Grasland Reporterre 2010/02/09 Claude Grasland (9 février 2010) Requiem pour dirigeants. Reporterre. Tribune — fr

Requiem pour dirigeants

Quel était donc la distance à la mort des chefs d’Etat qui ont décidé de l’avenir de la planète à Copenhague ? Et que se passait-il au moment de leur mort ?

1. Stabilité, Croissance, Emploi ... et Vie ?

Réunis au sommet du G20 de Londres en 2009, les responsables des plus grands Etats du Monde se sont mobilisés pour sauver l’économie mondiale. Les milliards ont coulé à flot pour sauver la finance mondiale et les bonus ... sans parler de la sacro-sainte croissance. Mais croissance de quoi, au juste : des bonus ? des profits ? des émissions de gaz carbonique ?

« Stability, Growth, Jobs » : Stabilité, Croissance et Emploi formaient certes un vaste programme.Mais auquel il manquait juste ce petit ajout insignifiant : la Vie !

2. Copenhague, mon amour ...

Ces chefs d’Etats qui avaient le sort du Monde entre leurs mains n’ont rien su conclure, rien su décider de concret et de tangible pour l’avenir de la Planète et des générations futures. Mais qui sont-ils donc ces hommes et ces femmes qui ont sacrifié la vie et l’avenir de leurs frères et soeurs humains ?

Et quand mourront-ils ?

3. Pour qui sonnera le glas ...

Nous pensons toujours à notre âge en partant de la distance à la naissance. Si je suis né en 1963, alors je dis que j’ai 46 ans en 2009. Mais en réalité cet âge ne signifie pas grand chose d’autre qu’une expérience cumulée (si tant est que l’on apprenne de ses erreurs). En réalité, il vaut mieux mesurer son âge en distance à la mort. Si j’ai 46 ans en 2009 en France, je peux estimer qu’il me reste environ 34 ans à vivre si je suis un homme et que je mourrai donc aux alentours de 2043. Je ne serai donc guère touché par le changement climatique dont les effets ne se feront guère sentir avant 2050. Si je suis une femme de 46 ans, il me reste tout de même 40 ans à vivre et je franchirai sans doute l’année 2050...

Quel était donc la distance à la mort des chefs d’Etat qui ont décidé de l’avenir de la planète à Copenhague ?

4. Nécrologie des grands chefs d’Etat présents à Copenhague en 2009.

Wen JIABAO (China, 1942-2024) : né en 1942, le premier ministre chinois avait 67 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait donc environ 15 ans à vivre. Au moment de son décès vers 2024, le réchauffement climatique n’était pas encore un problème majeur même si plusieurs provinces chinoises avaient été ravagées par des inondations et si la rupture du barrage des Trois Gorges avait provoqué la plus grande catastrophe humaine de l’histoire du pays (depuis la révolution culturelle).

Barack OBAMA (USA, 1961-2040 ) : Le président des Etats-Unis d’Amérique avait 48 ans au sommet de Copenhague et était l’un des plus jeunes participant. Il lui restait en effet environ 32 ans à vivre. Au moment de son décès vers 2040, le monde avait connu les grandes migrations de la faim et chacun gardait en mémoires la guerre provoquée par la militarisation des frontières des pays riches face aux pays pauvres.

Luiz Inacio LULA DA SILVA (Brésil, 1945-2028) : Le président brésilien avait 64 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait environ 20 ans à vivre. Au moment de son décès vers 2028, la forêt amazonienne avait pratiquement disparu, faute d’accord sur la prise en compte de cette ressource dans le bilan carbone des pays du monde. Mais les terres mises en culture sur les friches (bioéthanol) commençaient déjà à voir leur production décliner sous l’effet de la sécheresse et de l’érosion.

Manmohan SINGH (Inde, 1932-2017) : Le président Indien avait 77 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait moins de 10 ans à vivre. Au moment de son décès en 2017, on était enfin en train d’aboutir à un accord mondial sur le changement climatique, mais la décennie perdue ne serait jamais rattrapée et la trajectoire d’accroissement des températures était désormais de +4°C vers 2050. En dehors d’irrégularités plus fréquente dans la mousson (entrainant tout de même plusieurs centaine de milliers de morts en Inde et au Bangladesh), Mr Singh n’eût pas à connaître les effets les plus dévastateurs du changement climatique sur son pays.

Vladimir POUTINE (Russie, 1952-2037) : Le président russe avait 57 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait encore près de 30 ans à vivre. Au moment de son décès en 2037, on commençait à mettre en culture les terres situées sur l’emplacement de l’ancienne taïga sibérienne. Mais les rendements n’étaient pas à la hauteur des espérances car les nouveaux sols étaient fragiles et bien moins fertiles que les anciennes terres noires du sud, revenues au désert. L’essentiel du budget était occupé à militariser la frontière méridionale et orientale du pays pour contenir le flux des migrants à la recherche de terres cultivables.

Angela MERKEL (Allemagne, 1954-2040) : La chancelière allemande avait 55 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait encore près de 30 ans à vivre. Au moment de son décès vers 2040, l’Allemagne ne comptait plus guère que 50 millions d’habitants en raison de la réduction rapide de l’espérance de vie de la majorité des habitants (pollution aérienne) et surtout de l’effondrement général de la fécondité en raison des incertitudes sur l’avenir des générations futures.

Gordon BROWN (Royaume-Uni, 1951-2035) : Le premier ministre britannique avait 58 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait environ 25 ans à vivre. Au moment de son décès vers 2035, le Royaume-Uni était au bord de la faillite à la suite de l’explosion de la bulle boursière des Credits Carbone. Londres était en effet devenu le centre de la spéculation sur les crédits carbone, seul mécanisme mis en place après l’échec du sommet de Copenhague en 2009. Mais la régulation des émissions de gaz à effet de serre par les mécanismes de marché avait visiblement échoué et les principales banques d’affaires avaient décidé en 2034 de les vendre massivement pour racheter des actions dans le domaine industriel de la liquéfaction du charbon.

Silvio BERLUSCONI (Italie, 1936-2020) : Le président du conseil italien avait 73 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait environ 10 ans à vivre. Peu avant son décès à Venise vers 2020 dans les bras d’une courtisane célèbre, il prononça la phrase demeurée ensuite tristement célèbre : « Moi le réchauffement climatique, je m’en bats les couilles. La chaleur c’est bon pour le tourisme ». C’est 20 ans après, vers 2040, que la ville de Venise fut démontée pierre à pierre pour être rebâtie à Mestre en raison de la montée des eaux dans le golfe Adriatique.

Nicolas SARKOZY (France, 1955-2035) : Le président français avait 54 ans au sommet de Copenhague. Il lui restait environ 26 ans à vivre. Lors de son décès en 2035, les humoristes rappelèrent sa célèbre déclaration du 19 Décembre 2009 à l’issue du sommet de Copenhague : « L’accord n’est pas parfait », mais c’est « le meilleur accord possible ».

5. Terriens, encore un effort si vous voulez être humains ...

Si les chefs d’Etat qui avaient le sort de la planète entre leurs mains n’ont pas su faire mieux que nous abreuver de vaines paroles, c’est à nous, citoyens du monde, de prendre notre destin en main. Pour le temps qu’il nous reste, nous pouvons tous faire quelque chose localement dans nos villages, nos villes, nos régions. Pourvu que nous pensions un peu au delà des 10, 20 ou 50 ans qui nous restent à vivre.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin)

Le gouvernement fait un nouveau cadeau aux sociétés d’autoroutes Emmanuel Levy Reporterre 2010/02/09 Emmanuel Levy (9 février 2010) Le gouvernement fait un nouveau cadeau aux sociétés d’autoroutes. Reporterre. Économie fr

Le gouvernement fait un nouveau cadeau aux sociétés d’autoroutes

Cinq des six sociétés concessionnaires d’autoroutes ont obtenu du gouvernement la prolongation d’un an de leur concession. L’équivalent d’un cadeau de 2 milliards d’euros.

Décidément, les bétonneurs Eiffage et Vinci, qui ont mis la main sur les sociétés d’autoroutes, ont fait une super affaire. Ils les avaient raflées à vil prix sous Villepin, pour 15,5 milliards d’euros au lieu des 22 milliards auxquels les estimait la Cour des comptes — ce que nous confirme un des banquiers d’affaires qui a conclu le deal : « Mon client, en accord avec nos calculs était prêt à payer 40% plus cher ». Ça fait mal, mais Bercy avait trouvé une parade pour se refaire : augmenter la redevance domaniale à laquelle les sociétés d’autoroutes sont astreintes. Raté. Le doublement de cette redevance, soit 200 millions d’impôts supplémentaires, initialement prévu dans la loi de finances, a mystérieusement disparu en juin 2009.

Comme si cela ne suffisait pas, c’est maintenant un énorme cadeau de plus de 2 milliards d’euros qui tombe dans le bec d’Eiffage et Vinci. En prolongeant d’un an leur droit de concession, qui prend fin aux environs de 2030, l’accord passé avec Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Environnement, leur permet de continuer à percevoir des péages (9,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires aujourd’hui) sur les usagers 12 mois de plus. À la différence que, à ce moment-là, les deux entreprises n’auront plus un sou de dette. Tout ira donc dans la poche des heureux actionnaires — une fois payés l’entretien des infrastructures et le personnel. Du moins ce qui restera du personnel. Car en épluchant la ventilation des « engagements verts » de 1 milliard d’euros sur trois ans, une chose saute aux yeux : près d’un tiers des sommes détaillées, soit 800 millions d’euros sur 1.030 annoncés, sont destinés à la mise en place de péages automatiques — en remplacement d’employés en chair et en os.

Sous couvert de réduction de CO2 — moins d’arrêts, donc moins de bouchons, donc moins de gaz d’échappement —, les bons vieux péages feront place à des portiques à facturation automatique. « Voilà typiquement le genre d’investissements que les sociétés d’autoroutes auraient de toute façon réalisé, et qu’elles font d’autant plus facilement qu’ils sont de fait subventionnés », s’amuse un haut fonctionnaire du ministère des Transports. 200 autres millions d’euros iront à la rénovation des aires de repos « éco responsables » et de certains bâtiments, avec « Tri sélectif des déchets », « rénovation des sanitaires ». Sanef s’engage ainsi à « la création d’un bâtiment ’Eco Pole’ regroupant les services techniques, péage et maintenance. » Bref, la construction de simples locaux… Alors bien sûr, il y a des fonds prévus pour la « biodiversité » (les petites bébêtes) : 3 % du milliard…

Quant aux sommes — 200 millions tout de même — dont l’affectation n’est pas précisée, la réponse de la porte-parole de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes résume bien les choses : « Ecologiquement, c’est pas très parlant ». Car là aussi, sous couvert de réduction des émissions de CO2, les sociétés d’autoroutes vont en réalité investir dans des programmes très rentables pour leur compte d’exploitation : la gestion dynamique du trafic. C’est-à-dire des systèmes d’information pilotant des matériels de signalisation pour fluidifier le trafic, par exemple en calculant puis en indiquant aux usagers la vitesse de circulation optimale. Du CO2 en moins, certes, mais aussi, et surtout, plus de trafic (donc plus de CO2 au bout du compte).

Bref, pour Eiffage et Vinci, c’est encore Noël : des cadeaux comme s’il en pleuvait. Et l’avenir s’annonce tout aussi généreux. Le gouvernement vient en effet d’accorder une hausse de 0,5% des péages, alors que l’inflation sur la période de calcul (octobre 2008-octobre 2009) fut nulle. Mieux : d’autres tronçons vont être mis en concession : fin décembre a été lancé l’appel d’offre pour la transformation en autoroute de la RN10 pour la traversée les Landes et sa mise en concession pour 50 ans.

Ce que nous dit Copenhague du renouveau des luttes Mouvements Reporterre 2010/02/11 Mouvements (11 février 2010) Ce que nous dit Copenhague du renouveau des luttes. Reporterre. Tribune — fr

Ce que nous dit Copenhague du renouveau des luttes

Entretien avec Michael Hardt. La justice climatique impulse-t-elle la dynamique de construction d’un autre monde ?

Mouvements - Il y a un peu plus d’un an, lors du Forum Social Mondial de Belém, tu estimais que les conditions étaient réunies pour que s’ouvre une nouvelle phase de « multitudes ». Après plusieurs années de concentration des luttes, autour d’un adversaire commun (la politique impériale menée par Bush), la crise économique et financière, l’enlisement des guerres en Irak et en Afghanistan, et la défaite des républicains, créaient pour toi les possibilités d’un nouveau cycle. Cette analyse se confirme-t-elle ? Comment s’y insère le mouvement pour la justice climatique et ce qui s’est passé à Copenhague ?

Michael Hardt - Il semble bien que Copenhague pourrait être le moment initial d’un nouveau cycle de luttes. Mais les caractéristiques de cette phase ne sont pas encore claires. Ce qui est clair, c’est l’énergie, la colère, l’indignation et l’expertise – dont l’intensité était très impressionnante, à Copenhague. En revanche, ce qui est encore flou, du moins pour moi – peut-être tout simplement parce que le mouvement est encore en construction – c’est sa structuration : est-ce que la justice climatique sera la question centrale, qui définira ce nouveau cycle, dont dépendront les autres luttes, et à laquelle seront subordonnées les autres questions et thématiques ? Ou bien parviendra-t-on, à l’inverse, à partir de l’étincelle de Copenhague, à construire un ensemble horizontal de luttes, structurées en réseau, sans que l’une ne prédomine par rapport aux autres ?

À Copenhague, bien sûr, toutes les questions, toutes les thématiques, toutes les luttes sont orientées vers la question climatique. On y parle également d’autres questions, de la domination raciale, de la domination du Nord sur le Sud, du genre, etc., mais à chaque fois dans le contexte, et d’une certaine manière, dans l’ombre, des problèmes climatiques.

Si nous devions continuer ainsi, nous assisterions à quelque chose qui diffère nettement des luttes précédentes, à l’émergence desquelles nous avons assisté il y a une dizaine d’années, et qui étaient, je crois, connectées de manière bien plus horizontale. À Seattle, à Gênes, à Porto Alegre, il n’y avait pas de thématique centrale – à l’exception, peut-être, du néolibéralisme, mais c’est une notion trop vague pour remplir ce rôle. De ce point de vue, la lutte contre le néolibéralisme était très ouverte, et d’une façon très créative. Mon hypothèse, et mon espoir, c’est que nous allons à nouveau vers une telle phase, et que, de Copenhague, émergera un cycle pluriel de luttes, structurées de manière horizontale.

M. - Quels sont les éléments qui te le font penser ?

M. Hardt - Deux choses : les opportunités, et l’énergie. L’époque et le contexte sont propices à un tel cycle. Je ne pense pas tant à la fin de Bush et au début d’Obama qu’à ce avec quoi ils coïncident, qu’il s’agisse de l’enlisement de la guerre contre le terrorisme ou de la crise du néolibéralisme. Bien sûr, la crise de 2008 n’a pas marqué la fin du néolibéralisme, au sens où ce dernier ne fonctionnerait plus. Il a, en revanche, perdu l’idéologie qui le guidait. Les conditions objectives sont donc réunies pour que s’ouvre une phase de lutte beaucoup plus ambitieuse. D’autre part, il y a ce sentiment d’énergie, d’excitation et d’agacement que l’on trouve un peu partout – avec une intensité inédite, ici, à Copenhague.

Pour que nous y parvenions, l’une des choses qu’ils nous faudra comprendre, c’est ce qu’apporte la nouvelle génération d’activistes qui attise cela. À Copenhague, les gens sont très jeunes. Il nous faudra du temps pour comprendre ce qu’ils amènent de neuf par rapport à la génération de militants qui a émergé en 1994 avec les zapatistes.

M. - À Copenhague, le capitalisme est plus ouvertement remis en cause qu’il n’a pu l’être à Seattle ou à Porto Alegre : ici, les critiques ne concernent pas le seul néolibéralisme. Pour autant, et c’est assez surprenant, la critique du keynésianisme reste relativement faible…

M. Hardt - Je crois que l’une des faiblesses des critiques du néolibéralisme, c’est qu’elles faisaient toutes implicitement l’hypothèse que la seule alternative, c’est le keynésianisme. Et nous restons encore trop souvent prisonniers de ce schéma. Mais, si le néolibéralisme est un zombie, ce que je crois qu’il est, le keynésianisme est mort depuis longtemps. C’est ce qui explique nos difficultés à dépasser la question de la propriété : soit nous promouvons la propriété privée, soit nous nous plaçons du côté de la propriété publique : soit le marché, soit l’Etat, sans autre possibilité.

Ce que je trouve fantastique, dans les mouvements sociaux, et ça se confirme à Copenhague, c’est la variété des niveaux et registres de théorisation. Et je pense que l’un des objectifs théoriques du mouvement actuel, c’est d’en finir avec cette alternative, pour inventer des formes qui ne relèvent ni du de la propriété privée, ni de la propriété publique.

M. - Le dernier ouvrage que vous avez publié, avec Toni Negri (The commonwealth, encore inédit en France) porte précisément sur la question des communs, dont vous distinguez deux formes différentes : les communs rares, et ceux qui sont disponibles en quantité illimitée.

M. Hardt - La question des communs, c’est le terrain où mener la bataille pour ce qui ne devrait pas être régi par la propriété, qu’elle soit privée ou publique. Nous devons pour cela penser comment organiser les communs, comment les gérer, et penser leurs institutions, au sens des pratiques et des relations sociales qui leurs sont liés. Penser une alternative au néolibéralisme et au keynésianisme, basée sur la gestion des communs est un élément central de l’agenda du mouvement. Et c’est un enjeu étroitement lié au changement climatique, même s’il ne s’y résume pas entièrement.

Avec Toni, nous nous sommes d’abord intéressés aux communs de la deuxième catégorie, ceux qui résultent de la production humaine : les idées, les relations humaines, les technologies, etc. Nous réfléchissons depuis longtemps à la manière dont ces communs deviennent un élément de plus en plus central de l’économie capitaliste, et débouchent sur de nouvelles relations de propriété, via des luttes dont l’enjeu est le contrôle de ces communs, ou de ces communs potentiels. Pour ce type de communs, il n’y a aucune limite déterminée, même s’ils ne sont pas toujours disponibles en quantité infinie : il n’y aucune entrave à écouter ma production d’idées. Nous pouvons partager des idées encore et encore sans que ça ne vienne limiter mes propres usages, au contraire. Il n’y a là aucune logique de rareté.

C’est sur ce point précis que ce type de communs se distingue des communs de la première catégorie, qui sont les communs au centre des discussions sur l’environnement et le changement climatique. Ces communs, que l’on pense à l’eau, à la terre, aux forêts, sont réellement limités. Ces limites sont objectives, insurmontables, et s’imposent à nous : nous ne devons pas dépasser 350 ppm de CO2 dans l’atmosphère, 2°C d’accroissement de la température, etc. Ces communs sont régis par un principe de rareté.

Malgré ces différences, dans les deux cas, c’est une logique de communs qui est à l’œuvre. La lutte contre la propriété, et la lutte contre la privatisation est une lutte fondamentale. Elle requiert de reconnaître que la propriété privée comme la propriété publique sont des solutions inadaptées. C’est cela que les deux types de communs partagent, même s’ils divergent sur la question des limites et de la rareté.

M. - Mais la traduction de ces différences dans un même mouvement ne va pas de soi – ce que souligne la contradiction entre le slogan de Seattle « We want everything for everyone » [Nous voulons tout pour tout le monde] et l’un de ceux visibles à Copenhague « There is no planet B » [Il n’y a pas de planète B]. Deux revendications contradictoires – et, du même coup, deux stratégies opposées ?

M. Hardt - Je crois que le mouvement est traversé par de vraies contradictions idéologiques – et ces contradictions se trouvent même en chacun de nous. L’impossibilité de mettre en accord ces deux slogans l’illustre bien. Dans le contexte du changement climatique et de la justice climatique, revendiquer « nous voulons tout pour tout le monde » est une folie. Mais d’un autre côté, les appels à l’austérité sonnent comme une nouvelle manière d’imposer un contrôle extérieur.

Il y a deux stratégies, et deux approches, un peu comme deux démarches, ou deux types de foulées. Cela ne va pas sans générer de l’agacement. Ces dernières années, j’ai été très proche des luttes anticapitalistes, et je dois reconnaître que ces luttes sont souvent mal à l’aise avec les discours et l’activisme sur le changement climatique. Nombreux sont ceux qui se montrent méfiants vis-à-vis des discours sur l’austérité. Parce que jusqu’à présent, l’austérité à toujours signifié « Moins pour vous, plus pour les riches ». De l’autre côté, ceux qui se sont investi dans les luttes sur le changement climatique et dans le militantisme environnemental en général ont l’impression que les gens qui leur disent « Nous voulons tout pour tout le monde » et « Un autre monde est possible » ne sont pas conscients de l’urgence et des limites, qu’il n’y a pas d’autre planète.

Il y a une dissonance conceptuelle. Mais je crois que cette dernière n’est pas nécessairement un obstacle. En fait, je ne crois pas qu’il s’agisse de divergences insurmontables. À bien des égards, c’est un faux problème, un peu comme la contradiction local/global qu’on a souvent opposée au mouvement après Seattle, mais il faut au préalable confronter ces approches, et ainsi trouver des manières de résoudre leur contradiction.

M. - Les revendications altermondialistes tournaient beaucoup autour de la démocratie : « Radicaliser la démocratie », la rendre plus directe, plus participative. Avec les questions climatiques, on est confronté à un autre problème, une autre nécessité : l’autolimitation. Comment la traduire en slogan ? « We want less for everyone ? » [Nous voulons moins pour tout le monde

M. Hardt - Poser la question de l’autolimitation est une manière stimulante de considérer le problème. Mais je n’aime pas du tout ce slogan. L’une des raisons pour lesquelles je pense que la contradiction apparente entre les deux slogans et les deux approches est un faux problème, c’est que chacun se réfère à des biens très différents. Les communs rares ne sont pas du tout les mêmes que ceux qui ne sont pas régis par la rareté. Le danger d’un discours construit autour de l’idée « Nous voulons moins », c’est qu’il est un discours d’austérité, opposé à ce que nous revendiquons en fait, et qui est parfaitement réaliste : une vie toujours plus créative et toujours plus riche. Bien sûr, l’une des tâches théoriques du mouvement sera de reconsidérer ce qu’est la richesse, et ce qu’est la pauvreté.

Le problème des revendications n’est pas le plus important. Je crois que la question cruciale, c’est que nous ne sommes pas encore parvenus à inventer des pratiques autonomes réellement efficaces, qui soient alternatives à la propriété, privée ou publique.

M. - Peut-être du côté de la piraterie ?

M. Hardt - La piraterie est un bon exemple de la manière dont les communs, sous l’une ou l’autre de leurs formes, sont détruits lorsqu’ils sont transformés en biens régis par la propriété. Les savoirs indigènes, sur la valeur médicinale d’une plante, par exemple, sont détruits lorsqu’on les privatise, l’accès à ces savoirs n’est alors plus possible, et ils disparaissent peu à peu. Il faudrait d’ailleurs éviter de parler de biopiraterie, et défendre la dignité des pirates : les pirates volent la propriété. Mais là, ce dont on parle, c’est d’un vol du commun, pour le transformer en bien régi par la propriété. C’est une bonne manière de comprendre comment les deux formes de communs se rejoignent, en quoi elles s’opposent à toute forme de propriété, privée comme publique. On retrouve une idée similaire dans les débats sur les marchés carbone. On assiste en effet à la construction, par le marché, d’une forme de propriété plus abstraite encore à partir de quelque chose qui est commun – ici l’atmosphère, l’environnement au sens le plus global.

M. - Je pensais plutôt aux autres formes de piraterie, au téléchargement, aux partis pirates, etc.

M. Hardt - Cette forme de piraterie revient à voler de la propriété pour la transformer en commun. Il s’agit bien de fabriquer du commun à partir de la propriété.

Mais je ne suis pas certain que ça suffise. Jusqu’à présent, nous menons les débats sur les questions climatiques de telle manière que les réponses dépendent avant tout des États. Bien sûr, nous avons des discussions autonomes, à la base. Mais nos discussions débouchent presque systématiquement sur des appels aux États. Nous n’avons pas encore la capacité à construire des espaces autonomes. Ou alors ils n’existent que sous forme de choix individuels, rapportés à la consommation de biens ou de service : choisir un mode de transport plutôt d’un autre, un type de biens plutôt qu’un autre.

L’idée que nous pourrions construire quelque chose par en bas reste lointaine, presque inaccessible. Nous sommes dans l’idée que ces problèmes ne peuvent se résoudre que par en haut, que nous pouvons, depuis en bas, pousser les gouvernements à agir, mais que c’est à eux de le faire. L’un des changements que j’attends le plus, c’est que nous parvenions à trouver des moyens de construire des approches par en bas plutôt que d’en rester à « tout ce que nous pouvons faire, c’est les contraindre à changer ».

Peut-être les dynamiques comme les « Camps action climat » son-ils des pistes vers de telles pratiques autonomes. On y retrouve des pratiques autogestionnaires, et des pratiques expérimentales, et collectives, d’autosuffisance, bref, pour le dire vite, des éléments issus du mouvement ouvrier, et des éléments propres aux luttes climatiques…

Les luttes ouvrières, du moins celles dont je me sens proche, se sont construites autour de l’idée que les ouvriers ne sont pas seulement opposés à leur patron ; mais qu’ils ont aussi une très bonne connaissance du système de production. Ils ont donc à la fois le désir d’attaquer le système et les moyens de le transformer. Bien sûr, il leur reste à trouver des formes d’organisation, et des manières d’exprimer leurs revendications.

Ici, c’est différent : lorsque nous ferons l’expérience concrète des changements climatiques, ce sera bien trop tard. Nous avons bien sûr quelques indices mais ils reposent sur des informations plutôt techniques, que nous devons apprendre à comprendre, ou que nous devons accepter de croire, sans pouvoir en faire directement l’expérience.

Et c’est un vrai défi pour les luttes climatiques : comment construire des pratiques autonomes, alors que nous ne pouvons nous en remettre à nos seules expériences ?

Elisabeth Badinter est milliardaire, elle possède 10 % de Publicis Corinne Morel-Darleux Reporterre 2010/02/11 Corinne Morel-Darleux (11 février 2010) Elisabeth Badinter est milliardaire, elle possède 10 % de Publicis. Reporterre. fr

Elisabeth Badinter est milliardaire, elle possède 10 % de Publicis

Après le matraquage du produit BHL, nous avons droit au matraquage du produit Badinter, estampillé « 100 % féminisme » - et subliminalement 100 % anti-écolo. Un seul détail oublié par les médias, libres, comme chacun sait : Mme Badinter est un des plus gros actionnaires du trust publicitaire Publicis.

Aujourd’hui, les messages se sont succédés sur ma boite mail en réaction à la journée France Inter d’Elisabeth Badinter et ses propos sur l’écologie, qui donnerait la part belle au machisme et favoriserait le retour de la « maternité naturaliste ».

On apprend également qu’elle aurait refusé, par le biais de son attachée de presse, de parler de voile, pour « ne pas perturber la campagne promotionnelle de son livre ». Elle s’était pourtant déjà prononcée sur cette question.

Des messages déçus et perplexes, donc, sur ces positions d’Elisabeth Badinter... Quelle mouche l’a donc piquée ?

Peut-être la réticence d’Elisabeth Badinter est elle liée au fait que celle-ci, comme nous le rappelle fort opportunément D Schneidermann, fille et héritière de Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, est aujourd’hui la deuxième actionnaire, et la présidente du conseil de surveillance de la multinationale publicitaire...

On interprète différemment, à la lumière de cette information, qu’Elisabeth Badinter ait pu être « scandalisée » par l’interdiction faite aux hôpitaux publics de continuer à se faire les relais, dans les maternités, de la publicité, dons d’échantillons gratuits à l’appui, des fabricants de biberons et de lait maternisé, et qu’elle trouve apparemment choquant et « régressif » qu’on puisse préférer donner aux enfants de la purée de brocolis frais plutôt qu’un petit pot industriel, ou encore privilégier les couches lavables / réutilisables plutôt que jetables...

Serait-ce finalement là un nouveau plaidoyer contre la régression écolo qui assassine le commerce ?

... Mais ce n’est qu’une hypothèse, encore du mauvais esprit ;)

Si le combat écologique ne doit pas être synonyme de régression sociale, il doit à coup sur l’être de régression capitaliste et publicitaire, qu’on se le dise !

Réponse à Mme Badinter : non, l’écologie n’est pas anti-féministe Corinne Morel-Darleux Reporterre 2010/02/13 Corinne Morel-Darleux (13 février 2010) Réponse à Mme Badinter : non, l’écologie n’est pas anti-féministe. Reporterre. fr

Réponse à Mme Badinter : non, l’écologie n’est pas anti-féministe

Mme Badinter, actionnaire de Publicis et auteure d’un livre lourdement promu par les médias officiels, essaye d’associer l’écologie à une régression du féminisme. On peut voir les choses de manière plus subtile...

Mon billet initial sur le passage d’Elisabeth Badinter sur France Inter a suscité pas mal de réactions, et je crois qu’il mérite quelques développements. Je me lance ici dans quelques réflexions à titre expérimental... Poursuivons le débat !

D’abord, si le combat féministe ne doit surtout pas être abandonné, singulièrement dans cette phase de régression sociale où l’on sait qu’elles sont les premières touchées et incitées à sortir du monde du travail, je ne crois pas non plus que l’émancipation des femmes passe par la distribution de publicités dans les maternités, ni par la condamnation de l’allaitement ou des petits pots faits maison comme quelque chose de régressif. On remplace une culpabilisation par une autre... Et qui donne le biberon et qui va au supermarché acheter les couches jetables et les petits pots industriels aujourd’hui ?! Si on y va par ce biais là, on tourne en rond.

Par ailleurs, Elisabeth Badinter va semble-t-il un peu vite en besogne en associant le féministe naturaliste à l’écologie. Cet amalgame procède au mieux d’une ignorance de l’écologie politique, au pire d’une divergence d’intérêts... L’émancipation ne peut passer que par le changement des rapports sociaux et culturels, et en ce sens l’écologie politique, en tant que lutte contre toutes les formes de domination, est aussi un combat féministe... Féministes, écologistes, même combat ! ;)

Mais Elisabeth Badinter semble confondre écologie politique et « deep ecology », ce mouvement venu des US qui pour faire court préfère sacrifier les droits sociaux sur l’autel de l’environnement et place les droits de la nature au dessus de ceux de l’être humain. Cet amalgame est dangereux, car une fois de plus il procède d’un raccourcissement de la pensée critique et il handicape un peu plus l’indispensable prise de conscience du fait que l’urgence sociale et l’impasse écologique s’abreuvent aux mêmes sources. Tant qu’on ne convaincra pas les citoyen-ne-s que l’écologie politique est avant tout un levier pour changer radicalement de société et passer de la compétition à la coopération, et de l’asservissement à l’émancipation, on n’en sortira pas. Assimiler l’écologie à la réaction, c’est donc aussi retarder la nécessaire mobilisation pour un véritable changement de modèle de société. Qui inclut le changement des rapports sociaux et donc du féminisme... C’est totalement contre-productif.

D’autant que si je refuse très clairement l’éco-fascisme, qui consisterait à imposer par la contrainte des comportements et modes de consommation individuels et donc, pour ce qui nous intéresse ici, à culpabiliser les femmes dites « modernes », je refuse aussi l’inverse : pourquoi les petits pots au brocoli seraient ils une régression sociale et les femmes qui allaitent des asservies ?! Hier soir j’en discutais avec une militante de la génération de mes parents, et on était toutes les deux d’accord pour se dire que l’allaitement était infiniment plus pratique et simple que de se trimballer les biberons, le stérilisateur, les conserves de lait en poudre et les dosettes... Sans parler du Bisphénol A.

... Et puis, j’aimerais bien comparer le temps passé à travailler pour payer la bagnole, l’assurance et l’essence (merci Illich !) qui permettent d’aller au supermarché acheter des petits pots, le temps de transport, de remplissage du caddie, de vidage et rangement dans le frigo, réchauffage etc - au temps passé pour faire les petits pots de la semaine... Si ils viennent de circuits courts, dans des pots en verre remplis par des travailleurs autogestionnaires en SCOP, de produits de qualité, sans OGM, issus de l’agriculture paysanne et bio, c’est encore mieux bien sur ! ;)

Bref, plutôt que l’anathème, parions plutôt sur l’éducation et le développement d’un esprit critique. Les opérations de matraquage publicitaires et les discours réducteurs du type « écologie = régression » ne font pas avancer le débat. Elisabeth Badinter sait l’impact qu’elle a, il est dommage qu’elle ne l’utilise pas pour aider à la prise de conscience écologique, aussi, qui n’est en rien contradictoire avec le combat féministe... Alors, pourquoi les opposer ?

Et j’en reviens à cette explication de l’opposition inconciliable, non entre l’écologie et le féminisme, mais entre l’écologie et la publicité, pilier du productivisme, de la société de consommation et de la marchandisation de tout. C’est en ce sens que je crois que l’on a le droit de savoir qu’Elisabeth Badinter occupe cette place au sein de Publicis. Cette information n’est pas anodine. On ne peut pas sous estimer l’importance de ce type d’intérêts particuliers sur la manière dont une personnalité envisage la lutte des classes, la nature des rapports sociaux et le combat pour l’émancipation... ;)

Hum... Je dis des bêtises ?

« L’écologie est politique » Renaud Reporterre 2010/02/13 Renaud (13 février 2010) « L’écologie est politique ». Reporterre. Tribune — fr

« L’écologie est politique »

« Oldies but goldies ». On a retrouvé un entretien du chanteur Renaud avec Reporterre daté de 1989 ! Toujours intéressant, à vingt ans de distance.

Reporterre - Dès 1984, tu t’es impliqué dans Greenpeace à une époque où on ne parlait pas beaucoup d’environnement. Quel a été le déclic ?

Renaud - Le déclic est venu avec la naissance de ma fille qui m’a fait ouvrir les yeux sur des problèmes fondamentaux. Avant, je ne vivais pas que pour moi, mais disons que je m’attachais plus aux Droits de l’Homme ou à des thèmes purement politiques ou sociaux. Ma fille est née, et quand j’ai commencé à la promener dans les rues de Paris, dans sa poussette-canne, le nez à la hauteur des pots d’échappement, quand j’ai commencé à la voir ouvrir des yeux émerveillés devant les animaux du zoo de Vincennes, devant les serres du jardin des Plantes ou les arbres tropicaux, devant des choses comme ça, j’ai vu que tout était en danger, que plus tard, elle ou ses éventuels enfants devaient continuer à profiter de ce que la nature a donné à l’homme.

Parce que toi, quand tu étais petit, tu ne voyais pas ces choses ?

Si, je les voyais. J’en profitais mais il me semble que tout ça était moins en danger qu’aujourd’hui. Alors quand ma fille est née, la première auprès de qui j’ai milité, c’est elle. Pour lui faire prendre conscience que les éléphants, il n’y en avait presque plus en-dehors des zoos, et parallèlement, depuis quelques mois, j’étais fasciné par les actions de Greenpeace, bien organisées, non violentes, spectaculaires. Un jour, je suis allé avec elle au bureau de Greenpeace France, et j’ai commencé à m’investir avec eux. J’ai organisé un concert au Zénith en solidarité avec Greenpeace, qui a été une soirée magique, j’ai vu 6 000 ou 7 000 personnes qui étaient enthousiastes, pas seulement pour les gens du concert, mais pour la cause qu’on défendait tous.

Puis tous les potes que j’avais à Greenpeace France se sont fait virer par d’autres membres pour d’obscures raisons de pouvoir, de luttes intestines. J’ai trouvé ça tellement nul, je me suis dit, allez hop, je milite dans mon coin, tout seul, Quelques semaines après, il y a eu l’affaire du bateau de Greenpeace, le Rainbow Warrior, coulé en 1985. Il y a eu mort d’homme commandée par la raison d’Etat sous un régime de gauche, ce qui a été pour moi un premier coup de poignard dans le dos de la part d’un gouvernement en lequel j’avais espéré. Et le plus étonnant, c’est qu’au bout du compte, ça s’est retourné contre le mouvement Greenpeace, avec la fermeture du bureau français. Quand mes copains ont été « démissionnés », ils ont monté une association qui s’appelle Robin des Bois et je les ai suivis.

Quand tu vois des gens comme Fabius, Mitterrand, tous les politiques qui parlent d’environnement...

Mais demain, si les jeunes et les électeurs s’intéressent... je ne sais pas... au billard, ils ne vont parler que de billard. C’est de la récupération pure et simple. C’est le problème fondamental, avec les Droits de l’Homme, et c’est maintenant qu’ils s’en rendent compte, c’est grotesque, risible, pitoyable. Tous les mouvements de gauche, de droite, du centre, ont leur alibi : « On a sur notre liste quelqu’un qui est spécialiste d’environnement ». Cela dit, c’est bien qu’ils s’y intéressent, il était temps. Mais on sent tellement de leur part une manœuvre de récupération de l’électorat qu’ils ont perdu, à juste titre puisqu’ils sont nuls aussi bien à gauche qu’à droite.

Quelle est ta position par rapport à des gens comme Waechter ?

Quand je l’écoute parler, tout ce qu’il dit me semble être le B.A. BA de la lucidité et du bon sens, mais j’ai un peu l’impression que c’est un type qui rêve d’être un notable, et je me méfie des gens qui ont des ambitions parce que je sais que le pouvoir corrompt. Par délicatesse, je ne vous rappellerai pas l’attitude d’Haroun Tazieff, ni de Lalonde une fois au gouvernement. Waechter, on ne peut pas dire qu’il soit doté d’un charisme... exceptionnel. Je n’arrive pas à me désolidariser de son discours, même si j’ai des réticences.

Mais y a-t-il moyen de faire avancer les choses en matière d’environnement sans passer par la politique ?

Non, je ne pense pas. Je suis de ceux qui disent que tout est politique : les rapports entre les gens, la vie quotidienne, l’harmonisation de vivre ensemble, respecter la liberté d’autrui, la nature, la solidarité. Cela dit, je n’ai confiance en aucun mouvement politique pour résoudre les problèmes planétaires qui se posent.

Je fais plus confiance aux gens de base qui n’ont pas accès aux tribunes et qui sont confrontés aux vrais problèmes, qui crèvent et luttent tous les jours. Mais s’il faut passer par une reconnaissance officielle, par un parti, par les suffrages, pour faire avancer les choses, je trouve ça dommage, mais c’est quand même mieux. Je ne peux que me réjouir si après les élections, il y a 100, 200, 300 députés écologistes. Dans la bande des « grands », ce sont les seuls qui remettent fondamentalement en cause le système économique mondial et veulent le modifier complètement.

Il n’est pas possible de rester intègre dès l’instant où on a un certain pouvoir ?

Dès qu’on a du pouvoir, on est soumis à des pressions, à des contraintes. On lâche du lest pour avoir ci ou ça. Par exemple, un projet de barrage nuit à l’environnement, mais des hommes politiques vont t’expliquer que le barrage sauve des vies, que des gens sont au chômage et qu’ils vont du coup trouver du travail... c’est l’éternelle contradiction ! Ils réagissent à court terme, parfois pour des buts nobles, pour enrichir une région, mais en même temps, au détriment des gens qui préfèrent le fleuve sauvage, non balisé.

Tu reproches une politique à court terme ?

Je ne sais pas ce que je reproche. Je dis que je me méfie de l’engagement politique des écologistes, alors que pendant longtemps, j’ai dit que la solution au problème écologique était forcément une solution politique. On ne conçoit pas une défense de l’environnement sans une transformation de la société, des systèmes économiques, de la gestion de l’entreprise, des ressources. Ce sont des décisions politiques qui ne peuvent être appliquées que par les maires, les préfets... les gens qui ont le pouvoir politique.

Le problème ne peut-il pas être réglé par ce qu’on fait quotidiennement ?

Ouais, mais là, il y a du boulot. Pour Paris, le principal problème est l’automobile. Quelles sont les solutions que les écologistes suggèrent ? Développer les transports en commun, la sécurité dans le métro sans forcément rajouter des flics, je ne sais pas. A Paris, il y a moins de taxis qu’ailleurs mais il y a le trust des taxis, il y a des lobbies.

Tu ne crois pas qu’il y a aussi le fait que les gens prennent leur automobile ?

Moi-même, je roule dans une bagnole qui pollue, mais je préférerais être obligé d’aller foutre mille balles pour mettre un pot catalytique et prendre de l’essence sans plomb que de payer 1000 balles de vignette.

Alors, il faut obliger ?

On ne peut pas faire des lois en demandant son avis à tout le monde. On a aboli la peine de mort moyennant la majorité de la population qui était pour. Parfois, la dignité d’un ministre c’est de faire adopter des lois impopulaires. Les gens vont râler si demain ils doivent tous mettre le pot catalytique, mais tant pis.

Tu ne crois pas que la conscience d’un danger peut changer le comportement ?

Moi si. Quand j’entends que les lessives aux phosphates polluent les rivières, je change de lessive. Il y a des gens qui s’en foutent, parce qu’ils ne lisent pas les journaux, qu’ils disent : c’est les autres. Ils pensent qu’au niveau individuel,ce n’est pas parce qu’ils vont arrêter d’acheter une bombe ou une laque que ça va changer. C’est comme quand tu jettes ton paquet de cigarettes vide sur un parking d’autoroutes, on te dit : « Oui mais si tout le monde faisait ça. » Et tu dis : « Oui, mais justement je le fais parce que tout le monde le fait pas... »

Au niveau individuel, j’essaie d’être en harmonie avec des objectifs plus larges au niveau planétaire, mais c’est pas évident. Par exemple, je pollue autour de moi avec mes cigarettes, je pollue ma fille. Ça devrait être le premier acte individuel anti-pollution, arrêter de fumer quand tu as des enfants, ou quand tu as un partenaire qui ne fume pas. Non ?

C’est quoi, le plus gros problème d’environnement ?

Ma plus grosse trouille c’est la maîtrise des déchets nucléaires. Le plus gros danger, c’est le nucléaire civil ou militaire au niveau de la sécurité et de la gestion des déchets. Le second danger, c’est le trou dans la couche d’ozone et le réchauffement de l’atmosphère qui va causer l’élévation du niveau de la mer. C’est hallucinant que l’homme puisse être responsable de ce qui se passe dans la stratosphère. Et puis une priorité fondamentale, c’est la défense des animaux en voie de disparition.

Tu es plutôt pessimiste ?

Je suis pessimiste, je suis même carrément désabusé, mais malgré tout, je continue... Un jour, je partirai dans un coin pas pollué, sur un versant du Mont Lozère, par exemple, mais pour l’instant, même si j’ai la certitude que malgré quelques victoires, on continue à se faire avoir, je persiste à lutter. Je suis ravi et en même temps un peu énervé de voir Brigitte Bardot s’investir dans la défense des éléphants.

Pourquoi énervé ?

Parce qu’il était temps : ça fait vingt ans qu’elle nous baratine avec les animaux domestiques qui sont un problème mineur par rapport aux éléphants, à l’atmosphère, à l’air qu’on respire. Les chiens et les chats ne sont pas en voie de disparition. Je me dis qu’il était temps. Il y a quand même des priorités. Quand on pense à ce que dépense chaque individu des sociétés occidentales pour le confort des animaux domestiques, c’est hallucinant par rapport aux besoins des pays africains qui crèvent de faim à 3.000 km d’ici. Je n’ai pas de mépris pour les animaux domestiques, mais il y a des priorités. Enfin, je dis bravo à un mec qui s’arrête sur l’autoroute pour ramasser un chien perdu et qui le nourrit. C’est déjà un bon point. Tout est bon à prendre. Je suis ravi que Brigitte Bardot élargisse son champ d’action. Une heure d’émission télé avec elle, et 3 jours après Brice Lalonde annonce l’interdiction de l’importation de l’ivoire, ce que Robin des Bois réclamait dans le vide depuis 3 ans. Merci à elle, à son pouvoir.

Tu as monté un concert publie à Paris, le 8 juillet. A-t-il un lien avec l’environnemment ?

Au départ, c’est un concert de protestation contre la tenue à Paris du Sommet des 7 pays les plus riches du monde. On le considère comme une insulte aux pays pauvres qui sont victimes de l’impérialisme économique de ces pays-là. On considère que le Tiers-Etat, maintenant, c’est le Tiers-Monde. Nous, on organise un contre-sommet avec les mouvements de libération des pays les plus pauvres, et une manifestation contre la dette, contre l’apartheid en Afrique australe, et contre les dernières colonies.

Quel lien entre ces problèmes et la nature agressée ?

La nature - et l’homme aussi. Ce n’est pas que pour des raisons climatiques que le désert gagne du terrain tous les jours, c’est aussi pour des raisons économiques, liées à l’exploitation de ces pays-là par les nôtres. Le massacre de la forêt amazonienne, c’est bien pour des raisons économiques. Et ça se fait au détriment, et de la nature, et des Indiens d’Amazonie. Là j’ai reçu un dossier du Labrador sur une réserve où vivent des Indiens, les Montagnais, je crois, et sur laquelle l’OTAN a créé une base d’entraînement de toutes ses forces aériennes. Jour et nuit, il y a des tirs de missiles, de bombes, de mitraillettes, 32 000 passages par an à 30 mètres au-dessus de la réserve, de l’endroit où vivent ces Indiens. Ils font pétition sur pétition, mais on ne touche pas à... Dès qu’un pays, comme le Burkina Faso, essaie d’apporter des solutions pour faire avancer les choses, comme par hasard, le type qui est à la base de ça se fait assassiner. Par exemple, Thomas Sankara avait développé à très grande échelle la culture du jojoba, qui est une plante formidable pour arrêter la désertification. Le programme a été remplacé après sa mort. Et les ministres du nouveau régime roulent de nouveau en Mercedes alors que Sankara les avait dotés de R5.

Comment vois-tu le monde dans vingt ans pour ta fille ?

Comme les plus cyniques des hommes politiques doivent aussi avoir des enfants, j’ai le vague espoir qu’ils n’iront pas plus loin que là où ils sont allés, et que ça s’arrange. Ou alors, c’est qu’ils n’ont pas d’enfants ou alors qu’ils ne viennent pas dire qu’ils les aiment. Les hommes politiques à tous les niveaux, local, régional, européen, mondial. Soit ils se bouchent les yeux et ne voient qu’à court terme, soit ils voient à long terme et ils décident très vite de tout changer. Je ne peux pas imaginer ce qui se passe dans la tête des maîtres du monde. Ils doivent penser que tout ça, c’est le cadet de leurs soucis, et c’est vrai qu’il n’y a pas que ça : le problème de la drogue aux Etats-Unis, c’est quelque chose de monstrueux aussi. Des priorités, il y en a plein : lutter contre la pauvreté, le chômage, le racisme, c’est bien, mais encore faut-il qu’on soit vivant pour ça.

Comment tu sens réagir les jeunes par rapport aux thèses environnementales ?

Ils sont très sensibles. La phrase de mon répertoire qui soulève le plus d’ovations, c’est dans Le Déserteur : « Je ne suis qu’un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l’eau ». Chaque fois que je chante cette phrase, devant 200 ou 10.000 personnes, ça me vaut une ovation plus forte qu’à la fin de la chanson ou au début. Ça me remonte, le moral, je me dis je ne suis pas tout seul. Mais je ne peux pas me dire : je suis écologiste avant tout. Je suis militant pour la vie, pour les hommes. Mais tout ça, c’est le même message de révolte et de refus de ce monde tel qu’il est géré.

Propos recueillis par Hervé Kempf et Nelly Pégeault

Appel de Bordeaux pour le vélo Par Julien villalard Reporterre 2010/02/14 Par Julien villalard (14 février 2010) Appel de Bordeaux pour le vélo. Reporterre. fr

Appel de Bordeaux pour le vélo

Nous appelons à la généralisation des choix et des engagements en faveur du vélo.

Nous souhaitons que le développement de l’usage du vélo soit une nécessité qui, rapidement, s’impose à tous les décideurs. Persuadés que les transports actifs apportent des réponses aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques du 21e siècle, aux questions de pollution atmosphérique, de bruit, de pathologies, de pouvoir d’achat des ménages, de difficultés budgétaires des collectivités territoriales, d’érosion du lien social,

Nous appelons à :

- une refonte du code de la route pensé pour les transports passifs qui ne correspond plus à l’émergence du vélo et à son développement. Le nouveau code devra faciliter l’usage du vélo et sécuriser les cyclistes, la coexistence entre les modes de déplacement s’appuyant sur un partage de l’espace urbain et l’accès de tous des jeunes comme des seniors à la pratique du vélo,

- l’inscription du vélo dans la définition des politiques urbaines, notamment son intégration systématique dans la voirie, permettant aux transports actifs de s’effectuer de manière sûre et efficace,

- la production de nouveaux vélos, grâce à l’innovation industrielle proposant des vélos confortables, sûrs, et d’un prix accessible au plus grand nombre, fruits d’une collaboration active entre la recherche et l’industrie,

- choisir le vélo, au quotidien dans les différents déplacements urbains et interurbains afin de conjuguer santé, équilibre personnel et plaisir de ville.

Attali, Oh la la, l’adéqroissance Hervé Kempf Reporterre 2010/02/14 Hervé Kempf (14 février 2010) Attali, Oh la la, l’adéqroissance. Reporterre. Tribune — fr

Attali, Oh la la, l’adéqroissance

Ce qui est rassurant, dans notre époque incertaine, c’est que nous pouvons nous reposer sur des géants de la pensée. Il y a peu, Bernard-Henri Levy a occupé comme un torrent les pages et les écrans. Il avait écrit un livre impérissable, ai-je compris, mais dont le titre m’échappe présentement. M. Levy devrait à mon avis être enterré au Panthéon, puisque Camus a laissé la place. Quoi ? On ne peut pas y enterrer les écrivains vivants ? Dommage.

Cette semaine, Elisabeth Badinter a envahi pages et ondes, reflet sans doute de la profondeur d’un ouvrage qui renvoie Simone de Beauvoir à la Bibliothèque rose . Au rang de ses talents immenses, Mme Badinter se pique d’être climatologue : elle nous a donc appris que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a tout faux. “Les grandes crises climatiques sont une réalité millénaire qui n’ont pas attendu la pollution humaine”, assure-t-elle (Le Point du 4 février). Et il y a encore des gens qui croient au changement climatique !

Mais il y a plus grand encore, un “hypergénie”, comme dit justement Vincent Cheynet, de la revue La Décroissance. J’ai nommé le grand, l’admirable, l’immarcescible Jacques Attali. La rumeur nous apprend que Son Excellence Nicolas Sarkozy lui confierait la tâche de réanimer la Commission pour la libération de la croissance.

On ne saurait faire meilleur choix pour remettre le pays sur ses pieds. M. Attali est un prévisionniste hors pair. Dans l’éternel Une brève histoire de l’avenir (Fayard, 2006), il rangeait la firme AIG parmi “les entités les mieux capables de réunir les moyens d’un projet mondial durable” (p. 278). Las ! En septembre 2008, AIG était sauvé de la faillite grâce à un prêt de 85 milliards de dollars de la Réserve fédérale.

Dans le prodigieux Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, livré début 2008 à la République, il proposait d’harmoniser les règles financières et boursières de la place de Paris pour l’aligner sur celles de Londres (décision 97). Las ! La crise financière éclatait dans l’année, en raison des bulles spéculatives insensées créées sur les places anglo-saxonnes.

Et voilà qu’Attali promeut la décroissance ! Enfin, “l’adéqroissance”. Dans un article publié sous ce titre par L’Express le 15 décembre 2009, il reconnaissait que l’idée de décroissance “fait sens : si on l’entend comme un désir de mettre un terme aux errements de notre modèle de production, aux folies et aux fatigues de la vitesse, du rendement, du gaspillage, de l’accumulation et du remplacement irréfléchi de gadgets par d’autres gadgets ; et, surtout, comme la volonté de remettre en question la définition marchande du mieux-être.”

Mais Attali ne peut accepter le terme de “décroissance”. Alors il propose “l’adéqroissance”. Heureusement, personne n’a prêté attention à ce néologisme. Il va donc pouvoir recommencer à “libérer la croissance”. Un génie, je vous dis.

Le projet de Grand Métro est au service des riches Claude Grasland Reporterre 2010/02/16 Claude Grasland (16 février 2010) Le projet de Grand Métro est au service des riches. Reporterre. fr

Le projet de Grand Métro est au service des riches

L’analyse des lieux de travail et des temps de transport montre que le projet de Grand Métro promu par l’UMP bénéficiera aux couches sociales les plus aisées.

S’il est un point sur lequel on peut être d’accord avec l’UMP, c’est sur le fait que la question des transports sera au coeur des enjeux de la campagne des élections régionales en Ile de France.

Valérie Pecresse critique le bilan de la majorité actuelle, mais que propose-t-elle réellement ?

Un tract distribué par les militants UMP le long du RER A donne la réponse : « PECRESSE 2010 : DIX PROPOSITIONS ET UNE CARTE DE GEOGRAPHIE », distribué jeudi 14 Janvier par les militants UMP-Nouveau Centre à la gare de Sucy-en-Brie, dans le cadre d’une semaine d’action de la fédération Nouveau Centre du Val de Marne. Nous n’avons malheureusement pas pu retrouver sa version originale PDF sur le site de campagne de Valérie Pecresse et nous avons dû scanner le tract qui nous avait été distribué.

Il faut féliciter les militants UMP d’accompagner leurs propositions d’une carte permettant aux électeurs de mieux saisir les tenants et les aboutissants de leurs propositions. Deux remarques s’imposent d’emblée à la lecture de la légende de la carte :

- Le tract UMP reprend à son compte plusieurs projets de la région : en effet, la plupart des tracés indiqués en bleu ont été portés par la région ou par des départements à majorité de gauche, à l’exemple du TCSP Pompadour-Sucy-Bonneuil dans le Val de Marne.

- La seule proposition réellement originale de l’UMP concerne le métro automatique du Grand Paris : cette fameuse double boucle tracée en rouge est sans nul doute une idée originale de l’UMP et c’est donc par rapport à celle-ci qu’il faut juger de l’intérêt du projet Transport proposé par Valérie Pecresse aux franciliens.

TRANSPORT « BLINGBLING » : DESSERVIR EN PREMIER LES PLUS RICHES

Le projet de métro automatique du Grand Paris vise à « servir en premier ceux qui sont les plus riches », comme le montre très clairement la superposition de la carte du métro automatique et celle des revenus moyen des habitants publiée récemment. (Source : Les disparités sociales se renforcent en Ile de France, Atlas de la Santé en Ile de France).

SEGREGATION SOCIALE, CHOMAGE ET TEMPS DE TRANSPORT

Les études menées par le ministère des Transports montrent en effet que les ouvriers disposent de moins d’offre d’emploi que les cadres dans une zone d’une heure autour de leur domicile. La politique de transport a donc un impact direct, non seulement sur la fatigue (temps de déplacement) mais aussi sur l’activité (risque de chômage).

Or, le projet de métro automatique du Grand Paris va contribuer à renforcer encore les écarts de temps de transport entre les cadres supérieurs d’une part, les ouvriers et employés d’autre part. C’est ainsi une véritable ségrégation socio-spatiale qui sera renforcée par l’action combinée du Grand Paris et de l’abandon de la loi SRU. (Source : « L’accessibilité au marché du travail en Ile-de-France : inégalités entre catégories sociales et liens avec les localisations résidentielles », IAURIF).

La mesure de la part de l’emploi régional à laquelle permet potentiellement d’accéder un parcours domicile-travail d’une heure (durée maximale regroupant 80% des actifs, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle) montre des disparités entre les individus des différentes catégories socioprofessionnelles. Tous modes de transport confondus, le marché de l’emploi accessible en une heure de transport est en moyenne plus étendu pour un cadre que pour un ouvrier (en moyenne 83% de l’emploi cadre francilien accessibles pour les uns contre 69% de l’emploi ouvrier francilien pour les autre). De même, l’accessibilité aux emplois est différenciée entre catégories socio-professionnelles selon le mode : pour les cadres, les transports publics permettent d’atteindre les 2/3 des emplois accessibles en voiture alors que le marché de l’emploi accessible en transports publics par les ouvriers ne représente que la moitié de celui que la voiture circonscrit. Qui plus est, l’écart entre tailles de marché de l’emploi accessible selon la catégorie socioprofessionnelle se creuse avec l’éloignement du centre de l’agglomération. (Source : CERTU, 2005)

LE METRO DU GRAND PARIS AU SERVICE DE LA SPECULATION FINANCIERE

Est-ce à dire qu’au moins les rares communes voyant passer le Métro du Grand Paris ont des raisons de se réjouir, quitte à ignorer égoïstement les « laissés pour compte » ? Pas si sûr... car le gouvernement UMP souhaite financer les 35 milliards que coûterait le nouveau métro par la spéculation financière sur les terrains situés autour des nouvelles gares. Les créations d’emplois de bureau vont continuer à se concentrer autour de Paris-La Défense et des nouvelles stations du Métro du Grand Paris. Pour une grande partie des franciliens, le projet se traduira à la fois par un appauvrissement des ressources de leurs communes et par des déplacements toujours plus lointains. Seuls les privilégiés pourront se payer des logements à proximité des nouveaux pôles d’emplois du Grand Paris...

(Sources : « Gains d’emplois induits par les nouvelles construction de bureau, IAU, et : »Construction de bureaux : proche du métro, loin de l’objectif polycentrique. Note rapide Économie, n° 490, IAU).

CONCLUSION : LES TRANSPORTS SONT L’ENJEU SOCIAL ET POLITIQUE MAJEUR DE LA CAMPAGNE

On l’aura compris, le tract de l’UMP sur les transports est beaucoup plus qu’une simple critique de la politique actuelle de la région francilienne. Changer le nombre de zones de carte orange et leur tarification n’a pas une grande importance et relève de la politique gadget...

En revanche, c’est un véritable projet de société au profit des plus riches qui est proposé à travers le tracé du métro du Grand Paris. Si nous devons nous battre, c’est bien contre ce projet « blingbling » en défendant une politique moins spectaculaire mais plus efficace de desserte fine de l’ensemble des territoires franciliens par des modes de transports performants et écologiques. Là est l’enjeu de la campagne !

Pour une contribution climat universelle Jean Sireyjol Reporterre 2010/02/16 Jean Sireyjol (16 février 2010) Pour une contribution climat universelle. Reporterre. Tribune — fr

Pour une contribution climat universelle

Et si l’on raisonnait en fonction du droit de chaque humain à émettre le MEME volume de gaz à effet de serre ?

Voici une suite de questions réponses menant à une nouvelle donne : la Contribution Climat Universelle

Y a-t-il un réchauffement climatique actuellement ?

Oui, sûr à plus de 90% par le GIEC (1), oui à 84% pour les Français selon IPSOS le 19 janvier 2010.

L’homme est il responsable de ce réchauffement climatique ?

Oui, sûr à plus de 90% dit le GIEC, et à 80% pour les Français selon IPSOS. Ce sont nos émissions de gaz à effet de serre (CO2 en particulier) qui, comme une couverture devenant de plus en plus épaisse, réchauffe lentement (mais sûrement selon le GIEC) notre atmosphère.

Que faut il faire pour limiter ce réchauffement ?

Diminuer fortement nos émissions de gaz à effet de serre (le GIEC à 90% de certitude) et ainsi enlever une épaisseur de couverture.

Comment se répartir l’effort entre les pays ?

On ne sait pas (résultat de la conférence de Copenhague décembre 2009)

Sur ce constat d’échec à Copenhague, l’association Taca n’est pas d’accord et vous propose une autre suite de questions réponses.

Comment diminuer efficacement une pollution comme les émissions de CO2 ?

Le principe pollueur-payeur est l’outil indispensable (nécessaire, mais pas suffisant) pour réduire les pollutions. Il faut mettre un prix sur le carbone, et la justice et la simplicité, c’est que ce prix soit le même pour tout le monde.

Que faire de l’argent ainsi récolté auprès des pollueurs ?

Cet argent représente l’utilisation d’une ressource commune, l’atmosphère, et donc chaque humain a droit a exactement la même part de ce bien commun. C’est la suite logique du principe pollueur-payeur. Donc le principe juste c’est de partager également les revenus entre chaque citoyen du monde.

Que donnerait au niveau mondial l’application de ces deux principes ?

A partir des données mondiales de consommation de carburants fossiles publiées par l’AIE pour 2007 (2), et en appliquant le prix de 32€ par tonne de CO2 (soit 8 centimes par litre d’essence) proposé par les experts de la commission Rocard, Taca a le plaisir de vous annoncer les chiffres annuels suivants : - Redistribution annuelle individuelle : 140€ - Dépense individuelle moyenne par habitant des pays suivants :

Américain du nord : 640€,

Européen de l’ouest : 270€,

Chinois, 100€,

Indien : 40€,

Sénégalais : 11€.

Ce sont des chiffres moyens, chaque individu payant en fait exactement selon sa quantité consommée de carbone, tandis que la redistribution, elle, est la même pour tout le monde.

Que disent ces chiffres ?

Ces chiffres disent que ceux qui vont payer sont ceux qui polluent le plus, ça tombe bien il se trouve que ce sont les habitants des pays riches (et aussi les riches des pays pauvres).

Si nous, pays riches, avons le courage de regarder cette vérité qui nous dérange, eh bien, au prix de quelques efforts financiers, nous pouvons mettre en mouvement l’ensemble des pays grâce à cette Contribution Climat Universelle pour décarboner l’économie mondiale et protéger notre atmosphère et l’avenir de nos enfants.

Des économistes amis nous ont dit connaitre ces chiffres mais n’osent pas proposer cette solution trop « coûteuse » (financièrement et aussi politiquement) pour les gouvernements des pays développés (USA et Europe). Pourtant ces chiffres ne sont que le résultat de l’application basique du principe pollueur payeur et du principe chaque être humain a droit à la même part !

Sommes nous prêts à payer pour la pollution qu’on émet ? Sommes nous prêts à payer notre part pour protéger le climat ? Est-ce que ça ne vaut pas le coup de se poser quelques questions, de s’informer, d’étudier cette nouvelle donne et de mobiliser autour de soi ?

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Notes :

(1) GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. http://www.ipcc.ch/home_languages_m...

(2) Sondage IPSOS du 19 janvier 2010 : http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/arti...

(3) AIE : Agence Internationale de l’Energie. http://www.iea.org/publications

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Précisions de l’auteur :

- Biais producteur consommateur - Les chiffres de l’AIE (p. 91 du rapport cité) attribuent les consommations de CO2 là où l’énergie est utilisée. Pour les produits manufacturés, il faut donc effectuer une correction pour attribuer le CO2 au consommateur final. Pour cette raison, le chiffre de la Chine a été diminué de 30% et celui des autres pays cités augmenté de 5%. Les chiffres données ne prennent pas en compte la diminution de consommation que va entraîner cette contribution, alors que c’est précisément le but recherché. Cette diminution ne change pas la signification générale de ces chiffres et de l’action proposée.

- Nucléaire - Les chiffres de l’AIE ne comptent que le CO2 et donc l’énergie nucléaire n’est pas taxé dans cet article alors que l’association Taca soutient l’application de la taxe carbone sur l’électricité d’origine nucléaire comme proposé par la Fondation Nicolas Hulot.

- Autres gaz à effet de serre (GES) - Les autres GES (méthane, oxyde d’azote et hexafluorure) pourraient aussi être taxés à la source pour appliquer le principe pollueur-payeur sur le consommateur final. Par exemple le méthane émis par les ruminants pourrait être taxé à l’abattoir en fonction du poids du bétail. Cette taxe se répercuterait naturellement jusque dans le prix final de vente au particulier.

- Modalités de mise en œuvre de la contribution climat universelle - Elles doivent être négociées, ce qui est proposé ici est une utopie, une boussole indiquant la direction à suivre. Par exemple faut-il distribuer la totalité des 140€ à chaque individu, ou en comptabiliser une partie par pays et financer ainsi des projets collectifs d’adaptation au réchauffement climatique ? La redistribution égalitaire pour chaque individu, en plus du principe d’égalité universelle, a pour objet de permettre aux personnes à revenus modestes de recevoir suffisamment d’argent pour faire face au coût du CO2 pour son mode de vie.

Nous n’augmenterons pas les salaires Le Plan B Reporterre 2010/02/17 Le Plan B (17 février 2010) Nous n’augmenterons pas les salaires. Reporterre. Tribune — fr

Nous n’augmenterons pas les salaires

« Le salaire serait davantage versé sous forme de prestations en nature, choisies au terme d’une délibération politique, que par une somme d’argent injectée dans les comptes en banque et redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire »

Que ferez-vous quand vous aurez pris le pouvoir ? Jugeant la perspective trop lointaine, les principaux partis de gauche débobinent un catalogue invertébré de réponses. Les grands travaux idéologiques (GTI) lancés cette année par Le Plan B pallient cette défaillance et façonnent la tourbe des idées progressistes.

André Breton et Philippe Soupault laissèrent glisser leur plume sur le toboggan des songes ; ce fut l’écriture automatique [1]. Avec le Parti communiste, le Parti de gauche, le Nouveau Parti anticapitaliste, Lutte ouvrière, voici la revendication automatique. Elle sort de toutes les bouches, résonne dans tous les meetings, luit dans tous les programmes – et grésille à chaque apparition médiatique.

En 2007, le PS promettait : « Nous porterons le Smic au moins à 1 500 euros brut le plus tôt possible dans la législature. » Le PCF, lui, entendait « en finir avec les bas salaires ». Et, pour y parvenir, énonçait la même année « quatre engagements pour une politique de gauche qui change vraiment la vie ». Dont, en gras et en gros, « Le Smic à 1 500 euros brut par mois tout de suite pour 35 heures ». Plus vague, le Parti de gauche demande « une élévation générale des salaires » en Europe [2]. Arlette Laguiller ne l’entend pas de cette oreille : « Il faut revaloriser le Smic à 1 500 euros net immédiatement, et augmenter tous les salaires de 300 euros. Voilà ce que les travailleurs seraient en droit d’attendre d’un gouvernement de gauche », écrit elle dans Lutte ouvrière le 6 avril 2007. Le Nouveau Parti anticapitaliste lui suce la roue deux ans plus tard : « Il faut donc se battre pour augmenter le Smic : 1 500 euros net, c’est vraiment le minimum. Mais il faut le faire en confortant le salariat, c’est-à-dire en luttant aussi pour une augmentation générale des salaires vers le haut (300 euros pour tous). » [3]

Plus d’euros ? Miam-miam : Le Plan B signe. Mais, au fait, pour quoi faire ? Pour épargner (15 % du revenu en moyenne), rembourser des dettes, payer des impôts, acquitter des cotisations sociales et… consommer. Consommer quoi ? En 2007, les ménages français consacraient en moyenne 23,2 % de leurs dépenses à l’alimentation (dont les deux tiers étaient achetés dans de grandes surfaces) et à la restauration, 18,8 % au logement (proportion beaucoup plus importante chez les pauvres), 17,6 % aux transports, 8 % aux loisirs et à la culture. En outre, 5,9 % de leur budget passait dans les services et biens de communication, 4,7 % dans les services financiers et assurances, 4,2 % dans les biens et services de santé non remboursés par la Sécurité sociale [4].

Au fond, la satisfaction des besoins élémentaires non couverts par les services publics gratuits appelle deux philosophies radicalement divergentes. La première imprègne notre existence : les ménages disposent d’une somme provenant des salaires et des prestations sociales ; le marché dispose de services marketing qui s’emploient à aspirer cette somme vers la consommation de biens et de services. Ainsi les ménages se saignent-ils pour construire des pavillons, acquérir des véhicules si bien conçus qu’il faut changer tout l’avant quand on grille une ampoule de phare, procurer à chaque membre de la maisonnée un téléphone portable doté des applications « sabre laser » et « maracas cubaines », ou offrir aux rejetons une console de jeu qui sera obsolète avant deux ans (les dépenses de technologies de l’information et de la communication ont augmenté de 268 % entre 2000 et 2008). Les sociaux-démocrates estiment le bonheur économique atteint quand les ménages se trouvent suffisamment solvables et le marketing suffisamment persuasif pour faire tourner la machine productive.

L’autre philosophie s’inspire de la protection sociale : les besoins définis comme élémentaires sont financés par la collectivité et fournis gratuitement ou presque. C’est le cas actuellement – pour combien de temps ? – de l’éducation, de la santé, des retraites et de la couverture chômage, financées soit par l’impôt, soit par les cotisations sociales. Ces dernières constituent la face cachée du salaire, sa part socialisée acquittée par le patron et le salarié.

La première tâche d’un programme de gauche consisterait à définir collectivement la nature des nouveaux besoins communs, comme nos aînés définirent jadis les « risques » redevables d’une couverture socialisée. Pourquoi ne pas commencer par ceux qui coûtent le plus aux ménages : logement, nourriture, transport, culture, loisirs, communication, énergie ? Leur production serait financée par la cotisation et l’impôt – chacun contribuant à proportion de ses revenus – afin de fournir à tous des prestations de base de haute qualité à prix modique.

Ainsi le salaire serait-il davantage versé sous forme de prestations en nature, choisies au terme d’une délibération politique, que par une somme d’argent injectée dans les comptes en banque et redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire. En 2007, un quart des dépenses des ménages français étaient assurées par la collectivité (éducation et santé pour l’essentiel), les trois autres quarts découlaient de la consommation [5]. Une organisation de gauche soucieuse d’édifier une société de services publics pourrait proposer d’inverser la proportion. Chacun serait ensuite libre de s’offrir avec le quart restant un téléviseur moustachu de 8 mètres carrés avec option grille-pain.

Le cas du logement est éclairant : si la collectivité sollicite des entreprises publiques pour construire ou rénover des immeubles délicieux dont les logements sont loués à bas coût, elle produit une offre socialisée et réduit le circuit marchand au minimum. Si, comme c’est le cas aujourd’hui, l’État aide les ménages à acheter ou à louer des logements au prix de marché via les prêts à taux zéro et les aides personnalisées au logement, il crée une demande solvable et encourage la spéculation. Socialiser l’offre plutôt que solvabiliser la demande, voilà la philosophie du Plan B. Aux dégénérés inquiets d’une soviétisation du système, il suffit de répondre que la liberté de l’individu se trouve accrue par la prise en charge collective des nécessités quotidiennes dont la quête permanente empêche chacun de se réaliser.

Pareil choix de société ne serait pas sans conséquences. Une formation politique qui emprunterait cette voie devrait organiser son programme autour de cette visée. Puis décliner les mesures nécessaires à sa réalisation (changements institutionnels, nationalisations, redéfinition des relations avec l’Union européenne, activité des retraités dans le système), plutôt que d’empiler des propositions hétéroclites destinées à agréger les publics, comme le font actuellement les partis de gauche. Or, à bien y regarder, les éléments d’un tel programme figurent bien dans les textes de LO, du PCF ou du NPA. Mais sous une forme éparse, noyés entre deux propositions badigeonnées d’écologie. La vraie écologie, c’est la Sardonie ! Si l’on désire socialiser les revenus pour bâtir une société de services publics, on ne met pas en avant la hausse des salaires versés.

Las, il est tellement plus simple, quand on accepte de se soumettre au jeu médiatique, de réclamer 300 euros pour tous que de détailler le raisonnement qui dessine un autre projet de société. Face à la caméra, un seul message : « Votez pour moi, vous aurez de l’or ». Mais ceux qui votent y croient-ils encore ?

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Notes

[1] André Breton, Philippe Soupault, Les Champs magnétiques, 1920.

[2] Communiqué de Jean-Luc Mélenchon, 5.5.09.

[3] « Smic : des experts contre les salaires », communiqué du 17.6.09.

[4] Insee, Cinquante ans de consommation en France, 2009.

[5] Insee, ibidem.

Un carême sans carbone Taca Reporterre 2010/02/17 Taca (17 février 2010) Un carême sans carbone. Reporterre. fr

Un carême sans carbone

Le 17 février est le « mercredi des Cendres », jour d’entrée en carême dans la religion chrétienne. L’Eglise d’Angleterre diffuse une recommandation pour un carême « sans carbone ».

Pour les chretiens, le carême 2010 commence mercredi 17 février, et dure 40 jours jusqu’au dimanche des Rameaux. Pourquoi ne pas essayer le carême sans carbone organisé l’an dernier, avec humour par les évêques de l’Eglise d’Angleterre ?

Ceci est la traduction fidèle du texte original (en particulier le tutoiement), complétée de quelques ‘customisations’ locales par l’association Taca.

Pour le Carême de cette année, l’Eglise d’Angleterre incite ses fidèles à réduire leur consommation de carbone, plutôt que de chocolat. C’est pour protéger les populations les plus pauvres de certains pays du tiers monde qui souffrent déjà du réchauffement climatique qu’il est urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, disent ensemble les évêques.

A chaque jour suffit sa peine mais il n’est pas interdit de cumuler chaque jour l’effort demandé à celui de la veille, et même de continuer au-delà des 40 jours :

17 février : Mercredi des Cendres : Enlève une ampoule électrique dans un lieu important de ton logement pour toute la durée du Carême, ce sera un aide mémoire quotidien de ce carême carbone.

18 février : Vérifie avec des rubans ou des plumes les courants d’air dans la maison. Si la plume flotte, bouche le trou (par exemple avec la mousse d’isolation thermique qu’on trouve en quincaillerie et qui se pose autour des portes et des fenêtres).

19 février : Vas y mollo avec l’essence de ta voiture. Il faut trouver une façon de réduire tes émissions de CO2 quand tu te déplaces aujourd’hui. Essaie à la place la marche, le vélo, le tram, le bus, le train ou le covoiturage.

20 février : Baisse ton thermostat d’1°C.

Dimanche 21 février : Peux tu parler de ton jeûne Carbone aujourd’hui à la messe ? Encourage d’autres à se joindre à toi.

22 février : Et si on prenait l’habitude de ne plus manger de viande 1 jour dans la semaine ? Limiter notre consommation de viande, en particulier la viande rouge, est un moyen très efficace pour protéger notre Climat.

23 février : Dis bye bye aux veilleuses. Vérifie que tous les appareils électriques sont éteints quand ils ne servent pas. Rien que pour la télé tu vas économiser ainsi 5,5 kg de carbone par an.

24 février : Débranche ton chargeur de portable. Il consomme même lorsqu’il ne charge pas.

25 février : Le réchauffement climatique affecte déjà des pauvres dans le monde. Prie pour les bénévoles qui les aident à faire face.

26 février : Donne un jour de congé à ton lave-vaisselle, ou remplace le par un appareil certifié basse consommation.

27 février : Utilise les commerces de proximité ou les marchés au lieu d’aller en voiture dans la grande surface de périphérie. Ils vont te remercier et les grandes surfaces ne vont même pas remarquer ton absence.

Dimanche 28 février : Va visiter le site internet de TACA, http://taca.asso-web.com et fais ton bilan carbone personnel. Il faut préparer tes factures de gaz et d’électricité de 2009 et avoir son kilométrage en voiture. Ca prend moins de 20 minutes et si tu n’as pas internet, demande à le faire chez des amis.

1 mars : Dis aux hommes politiques qu’il faut agir maintenant.

2 mars : Prends une douche au lieu d’un bain, ça chauffe moins d’eau.

3 mars : Snobe les poches en plastique. Prend un sac à dos si tu vas au supermarché, ou alors n’hésite pas à faire rétro avec un caddy. Dans le supermarché, demande à ce qu’on t’enlève les emballages inutiles.

4 mars : Eteins les lumières quand tu quittes une pièce

5 mars :Ne remplis la bouilloire qu’avec la quantité d’eau nécessaire.

6 mars : Au tour du transport aérien : n’achète rien qui ait été importé par avion !

Dimanche 7 mars : Grâce Maglasey et son mari Andrew ont du mal à faire pousser leur nourriture parce que leur village au Malawi subit une succession d’inondations et de sécheresses. Prie avec Grâce aujourd‘hui : « Nous prions pour que les paysans puissent récolter suffisamment de nourriture et que nous n’ayons pas faim cette année. Au nom de Jésus Christ, amen ».

8 mars : Composte ! Mets tes déchets alimentaires dans un compost, pas dans une décharge qui va émettre du méthane.

9 mars : Ne lance la machine à laver le linge que lorsqu’elle est vraiment pleine.

10 mars : Trouve aujourd’hui un moyen d’économiser du papier ; réutilise une vieille enveloppe, imprime recto verso.

11 mars : Ferme bien les robinets. En un jour, un robinet qui goutte peut remplir tout un bain d’eau chaude.

12 mars : Va voir ta municipalité. Remercie les pour les conteneurs de tri sélectif. Demande leur s’ils ne pourraient pas faire plus.

13 mars : Qui c’est qui bosse le plus à la maison ? Papa ? Maman ? Eh non, c’est le frigo, 24h sur 24, 7 jours sur 7 ! Un bon dégivrage va lui permettre de faire des économies d’énergie.

Dimanche 14 mars : « L’amour ne fait aucun mal à ses voisins » (Romains 13 :10). Mais alors que notre mode de vie nous fait consommer de plus en plus d’énergie, cela fait souffrir de plus en plus les pauvres du monde. Réfléchis aux moyens d’aimer tes voisins tout en vivant dans ce monde de plus en plus interconnecté.

15 mars : Est-ce que tu recycles tout ce que tu peux ? Regardes y donc de plus près aujourd’hui.

16 mars : Fais un test de l’efficacité énergétique de ta maison en allant sur le site de l’ADEME. On peut économiser ainsi plus de 300 € par an.

17 mars : Mets la machine à laver à 30°C au lieu de 40°C, ça consomme 40% d’électricité en moins !

18 mars : Découvre toi-même un fait nouveau à propos des effets du changement climatique, et parles-en à tes amis pour les étonner.

19 mars : Mets une feuille d’aluminium derrière un radiateur, tu peux économiser ainsi 12€ par radiateur dans l’année.

20 mars : As-tu un vieux fer à repasser ? S’il est sur la fin, remplace le par un fer basse consommation, tu dois pouvoir économiser ainsi un tiers d’électricité.

Dimanche 21 mars : Accorde-toi un dimanche de contemplation du silence. Eteins tout. Pas de télé, pas de radio, pas de hi-fi, pas de voiture. C’est bon pour l’âme.

22 mars : Va de nouveau visiter le site internet de Taca. Suggère-leur une suggestion d’action à organiser dans ton quartier.

23 mars : Mets une protection isolante sur ton réservoir d’eau chaude. Si tous les Français le faisaient, on pourrait gonfler 150 000 montgolfières avec tout le CO2 économisé.

24 mars : Réutilise un objet que d’habitude tu aurais jeté, comme un pot de confiture, une enveloppe ou un bac de crème glacée.

25 mars : N’oublie pas le couvercle sur la casserole, et utilise une bouilloire pour chauffer l’eau.

26 mars : Utilise les rideaux et les volets pour garder la chaleur à l’intérieur

27 mars : Est-ce que l’église pourrait être plus verte ? Parles en à ton prêtre.

28 mars - Dimanche des Rameaux : Remplace l’ampoule manquante par une ampoule basse consommation. Pendant sa durée de vie, tu vas économiser 17 kg de carbone et jusqu’à 70 € d’électricité. Prends un engagement personnel de fraternité avec les autres en continuant cet effort pour avoir un mode de vie plus soutenable.

Femmes et écolo : le nouveau féminin. Réponse à Mme Badinter Les vertes de rage Reporterre 2010/02/18 Les vertes de rage (18 février 2010) Femmes et écolo : le nouveau féminin. Réponse à Mme Badinter. Reporterre. Tribune — fr

Femmes et écolo : le nouveau féminin. Réponse à Mme Badinter

« Le vrai défi d’aujourd’hui n’est pas de savoir comment faire entrer les femmes dans un système inchangé et destructeur pour la cellule familiale comme pour la planète, mais de changer le système pour que les femmes y pénètrent, faisant valoir leur point de vue, leur sensibilité, et de faire émerger les valeurs écologistes et post-féministes d’aujourd’hui. »

Lettre ouverte à Madame Badinter

Considérer que l’écologie, au nom d’un certain naturalisme, renvoie les femmes à la maison et les conduit à déserter la sphère sociale et professionnelle relève de la grossière caricature, voire d’une malhonnêteté intellectuelle reposant sur une méconnaissance manifeste des valeurs philosophiques de l’écologie et de ses acteurs dans le monde contemporain.

Le développement durable, l’agronomie et les sciences de la vie sont les domaines où les femmes ingénieures sont les mieux représentées. Les directeurs du développement durable des grosses entreprises les plus reconnues aujourd’hui sont des femmes. Les premiers cabinets de consulting en développement durable ont été fondés par des femmes, comme le comité 21 qui régit les agendas 21 sur le territoire et est toujours dirigé par une femme. Les personnalités politiques de l’écologie sont des femmes, de Gro Harlem Brundtland qui la première a imposé le concept de développement durable en 1987 à aujourd’hui Dominique Voynet, Cécile Duflot, Corinne Lepage, Nathalie Kosciuzco-Morizet ou même Ségolène Royal, l’une des seules personnalités politiques à parler de l’écologie au PS. Qui enfin a su le mieux faire résonner l’alerte écologique sinon la canadienne Rachel Carson et son Printemps silencieux dès les années 1960 ? Bref l’écologie est l’un des seuls secteurs d’activité où les femmes sont déjà en place du bas jusqu’en haut de la pyramide, et où elles peuvent faire valoir leur vision.

Non Mme Badinter, l’écologie ne va pas à l’encontre du féminisme. L’expérience montre qu’au contraire, elle est une opportunité pour le féminisme ! Nous ne renions rien des droits chèrement acquis par nos aînées, mais les visages du féminisme ont changé. Nous ne pouvons plus nous contenter d’analyser notre engagement à l’aune de structures mentales héritées des années 1970.

Nous affrontons désormais une nouvelle donne : la destruction accélérée des ressources naturelles de la planète, la survie même de l’humanité et le principe de responsabilité à l’égard de nos familles et au-delà, de nos sociétés toutes entières.

Femmes, écolos, mères, nous connaissons les risques du bisphénol A dans les biberons et savons que notre lait maternel est contaminé par des polluants chimiques. Mais nous savons, aussi, que le liquide amniotique est composé des mêmes éléments que le milieu marin et que dans notre corps circule de la « poussière d’étoile », comme le dit joliment Hubert Reeves. Alors pas question de se replier dans nos foyers pollués au formaldéhyde !

Considérer la couche lavable comme rétrograde, c’est regarder le doigt du sage qui montre la lune. Car il s’agit aussi de lutter contre une imbrication de systèmes qui, s’ils nous ont libérées du lavoir et de la nurserie, nous aliènent maintenant tant par leurs coûts environnementaux, financiers, humains que par les pollutions qu’ils entraînent.

Notre écologisme au féminin ne se résume pas à protéger nos enfants, il est un combat affirmant notre place d’êtres humaines - au-delà de tout anthropocentrisme - en lien avec la terre et toutes ses espèces vivantes, les racines, le ciel et les étoiles.

Il nous semble par ailleurs douteux de focaliser sur un clivage masculin-féminin : la femme serait garante de la fertilité, de la terre, emprisonnée dans ce rôle trop grand pour elle de gardienne de la vie ? Or, le combat écologique est truffé d’amazones, de guerrières, de chasseresses, telles l’Indienne Vandana Shiva, qui lutte contre l’introduction des OGM dans son pays ou encore la Kenyane nobélisée Wangari Maathai, qui se bat pour la préservation d’un écosystème viable. La femme écologiste ne s’affirme pas seulement comme mère potentielle mais aussi comme une combattante farouche, indépendante et entrepreneuse ...

Nous refusons autant de nous déguiser en costume-cravate dans des structures de gestion économique et politique obsolètes, contre-productives et insoutenables, que de retourner au foyer revêtir le tablier, fut-il en chanvre !

En tant que femmes écologistes, nous nous battons au quotidien pour concilier activité professionnelle, mandats électifs et responsabilités politiques pour certaines (encore trop peu nombreuses) et rôle de mère, en cohérence avec le devenir de la planète que nous savons en danger. Tel est l’enjeu de notre modernité, tel est notre défi.

Oui, les femmes portent toujours le lourd fardeau de devoir concilier leur désir d’être actives, socialement épanouies et maternantes. Mais renvoyons la responsabilité de ce fardeau à ce qui a créé cette distorsion : un système historiquement décidé par et pour les hommes.

Comment changer la donne si les femmes restent toujours les parias des structures de décision ? Le vrai défi d’aujourd’hui n’est pas de savoir comment faire entrer les femmes dans un système inchangé et destructeur pour la cellule familiale comme pour la planète, mais de changer le système pour que les femmes y pénètrent, faisant valoir leur point de vue, leur sensibilité et de faire émerger les valeurs écologistes et post-féministes d’aujourd’hui. C’est la condition indispensable à la métamorphose de nos sociétés vers un monde égalitaire et durable.

Signé :

Nelly Bonnefous, rédactrice en chef « Passage au vert » (Ushuaïa TV)

Odile Chabrillac, fondatrice de The different magazine

Isabelle Delannoy, journaliste et co-auteure du film « Home »

Pascale d’Erm, journaliste et présidente EcoMamans

Anne Ghesquière, fondatrice de FemininBio.com

Laurence Mermet, conseillère information écoresponsable

Laure Noualhat, journaliste à Libération

Nanotechnos : le débat à Paris le 23 février PMO Reporterre 2010/02/18 PMO (18 février 2010) Nanotechnos : le débat à Paris le 23 février. Reporterre. fr

Nanotechnos : le débat à Paris le 23 février

A Paris, le 23 février 2010, la CNDP annule son débat sur les nanotechnologies. Les opposants à la « tyrannie technologique » vous invitent à un vrai débat public.

Prenant acte du naufrage de sa campagne de promotion des nanotechnologies, la Commission nationale du débat public (CNDP) a annoncé le 3 février 2010 l’annulation de ses trois dernières réunions prévues à Montpellier, Nantes et Paris.

La dernière soirée, à Paris le 23 février, se déroulera en présence d’un public trié sur le volet et sommé de présenter ses papiers.

Après avoir inventé le débat public sans public, l’obligation pour les participants de signer un engagement à ne pas perturber la réunion, puis le débat virtuel, la CNDP inaugure la réunion publique privée, sur invitation.

Bienvenue dans le nanomonde !

Cette campagne et l’opposition qu’elle a suscitée auront porté un coup aux procédures d’acceptabilité de la prétendue démocratie technique et participative.

Certes les opposants au nanomonde ne sont pas les premiers à contester et à s’enrager contre les multiples « panels citoyens », « sondages d’opinion », « forums hybrides », « conférences de consensus », concoctés par les sociologues d’Etat pour apprivoiser la plèbe et la ramener sous le magistère de l’expertocratie ; mais la contestation n’avait pas jusqu’ici atteint cette intensité ni cette ténacité.

Afin d’enterrer l’opération de la CNDP, nous tiendrons une réunion publique, sans carton d’invitation, le mardi 23 février 2010 à Paris, où nous débattrons des raisons et moyens de contester la tyrannie technologique.

Ceux qui, à Strasbourg, Toulouse, Clermont-Ferrand, Lille, Besançon, Caen, Grenoble, Rennes, Lyon, Marseille, Orsay, ont fait dérailler le train publicitaire des nécrotechnologies, opposants à l’industrie nucléaire et à l’enfouissement de ses déchets, aux OGM, au puçage électronique des animaux et des hommes, à la police technologique, à la société de surveillance et de contrainte, aux nanotechnologies, à la machinisation de nos vies et de la planète – sans oublier les luddites - invitent à échanger et discuter tous ceux qui considèrent le fait technologique comme un enjeu politique trop sérieux pour être confié aux experts.

Sans agences de communication ni attachés de presse, sans budget de deux millions et demi d’euros, sans moyens logistiques, médiatiques ou policiers, sans cahiers d’acteurs ni retransmission Internet.

Venez nombreux avec vos idées, vos questions, vos réflexions et vos amis.

Brochures, livres, documents disponibles sur place.

Lieu et horaire : « Des nanotechnologies à la tyrannie technologique » mardi 23 février 2010 à 20h A la CIP (Coordination des Intermittents et précaires) 14-16 quai de la Charente, Paris 19e Métro Corentin-Cariou

Un tour en vélo et en tracteur contre le fol aéroport Acipa Reporterre 2010/02/19 Acipa (19 février 2010) Un tour en vélo et en tracteur contre le fol aéroport. Reporterre. fr

Un tour en vélo et en tracteur contre le fol aéroport

Les opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes organisent un tour en vélos et tracteurs du 1 au 6 mars prochains.

La coordination des associations et mouvements politiques, forte de 32 groupes opposés au projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, organise du lundi 1er au samedi 6 mars 2010 un tour de la Région des Pays de la Loire en tracteurs et vélos pour :

- Informer la population de la région (tractage, réunions ...) sur l’aberration de ce projet du siècle passé qui ne correspond pas aux réalités et enjeux de notre monde d’aujourd’hui.

- Protéger la Terre et lutter contre le réchauffement climatique en associant les opposants à d’autres projets dévastateurs de terres agricoles, énergivores ou gaspilleurs d’argent public dans la région.

- Interpeller les responsables politiques et les électeurs en vue des élections régionales à venir : inviter les premiers à débattre car le débat sur la pertinence du projet doit devenir incontournable ; appeler les électeurs à ne pas donner leurs voix à ceux qui soutiennent le projet d’aéroport.

- Amplifier la lutte au niveau régional et national. L’aspect original et sympathique de cette marche dans la région doit permettre d’y associer de nombreux partenaires, localement et dans les communes / villes traversées. Elle aura un retentissement national dans le prolongement de la Semaine de Résistance de l’été 2009.

Le tour partira de Notre-Dame-des-Landes le lundi 1er mars 2010 et se terminera le samedi 6 mars 2010 à Nantes en passant par : Blain, Redon, Guer, Rennes, Vitré, Laval, Sablé, Angers, Cholet, La Roche-sur-Yon et St Philbert-de-Grandlieu

A la fin de chaque étape journalière de 75 km environ, une réunion d’information avec diaporama, suivie d’une éventuelle animation musicale, rassemblera élus, associations, paysans et citoyens qui accueilleront cette « Régionale Tracto-Vélo contre le projet d’aéroport ».

MANIFESTATION à NANTES : LE SAMEDI 6 MARS 2010 à 14H30

Allègre, vraiment n’importe quoi. Les preuves. Sylvestre Huet Reporterre 2010/02/19 Sylvestre Huet (19 février 2010) Allègre, vraiment n’importe quoi. Les preuves.. Reporterre. Tribune — fr

Allègre, vraiment n’importe quoi. Les preuves.

Il est infatué, injurieux, méprisant. Et il raconte n’importe quoi.

Claude Allègre a publié un nouveau livre, intitulé L’imposture climatique, ou la fausse écologie (Plon, 293 p, 19,90 €). Sous réserve d’un inventaire plus complet futur, voici quelques debuggages rapides.

L’ancien ministre de Lionel Jospin mélange dans ce livre... le chaud et le froid : des remarques pertinentes, des rappels de bons sens, et certaines analyses, en particulier sur les mouvements écologistes, intéresssantes, mais aussi des affirmations et des analyses susceptibles de tromper ses lecteurs. Ce texte mérite une analyse plus approfondie sur certains sujets, à venir sur ce blog bientôt.

Je procède par citations du livre, en gras, puis par une remarque, en caractères normaux. Je ne suis pas l’ordre d’apparition dans le livre afin de les grouper par sujet. Par ailleurs, ce blog a déjà relevé certains propos de Claude Allègre, comme ici sur l’observation du climat , et ici après une énième déclaration polémique.

« Comment un commando d’hommes – les uns scientifiques les autres politiques – a t-il pu utiliser tous les rouages de notre société moderne – mondialisée, médiatisée, « internétisée » à outrance – pour mobiliser la Planète autour d’un mythe sans fondement ? Comment 112 chefs d’Etats ont-ils pu se réunir d’urgence à Copenhague pour se pencher gravement – avec à la clé, débats, disputes, compromis, conciliabules, tractations, pétitions et , finalement, désunion – sur un enjeu virtuel : le climat de la Terre dans un siècle » p 7

« Bref, cette aventure - qui a mobilisé à Copenhague 112 chefs d’Etat et plus de 1000 journalistes du monde entier - a été le résultat de l’activisme d’une trentaine de personnes tout au plus. A part la prise de pouvoir, je l’ai dit, par les bolcheviks en Russie en 1917, je me demande s’il y a beaucoup d’exemples d’une minorité à ce point agissante. » p 217

« Des scientifiques dévoyés ambitionnant l’argent et la gloire, des politiques peu nombreux mais fanatisés à l’idée de sauver le monde et de se faire un nom, de jeunes journalistes, des enseignants et des militants de gauche révoltés contre la société et ayant perdu, pour les plus âgés d’entre eux, leurs repères marxistes : voilà les ingrédients du cocktail initial, mais ils n’auraient pas conduit au débouché que l’on connaît sans l’action de l’ONU et, en son sein, de quelques hauts fonctionnaires. » p 233

Mon commentaire : Le commando est constitué par les milliers de scientifiques travaillant sur l’atmosphère, les océans, les glaces, les services météo nationaux et l’Organisation météorologique mondiale pour la physique du climat. S’y ajoutent bien d’autres compétences (géographie, agronomie, économie, ingéniérie...) qui ont été mobilisées. Le commando d’hommes politiques est constitué, suivant Claude Allègre de : Olof Palme, Margaret Thatcher, Jimmy Carter, Tony Blair ... Faut-il vraiment commenter ??? Pour les internautes assez jeunes, soulignons qu’Olof Palme est classé par Allègre parmi les comploteurs réchauffistes pour son action comme premier ministre suédois en... 1973 !

Le mythe sans fondement est fondé sur... quelques milliers d’articles scientifiques parus depuis 30 ans, des mesures réalisées par des satellites, des bouées, des ballons sondes, des thermomètres et des projections du futur climatique sur ordinateurs par des modèles numériques tout aussi capables de simuler un refroidissement qu’un réchauffement : il suffit de leur "dire" qu’il y a de moins en moins de gaz à effet de serre dans l’air, et ils vous simulent un climat qui refroidit. Le problème c’est qu’il y a et aura de plus en plus de gaz à effet de serre dans l’air. Cela, d’ailleurs, n’est pas nié par Claude Allègre.

La présentation de la conférence de Copenhague comme une "réunion dans l’urgence" est du plus haut comique, cette date et ce lieu étaient connus de tout le monde plus d’un an à l’avance... où est l’urgence ?

Un enjeu virtuel, le climat dans un siècle ? Posez la question à nos voisins néerlandais qui ont décidé d’investir plusieurs dizaines de milliards d’euros dans le renforcement de leur protection contre la hausse du niveau marin. Cet argent et ce béton ne sont pas vraiment virtuels...

« le Giec est une machine de guerre construite par l’occident pour l’Occident. » p 146

« Ce sommet était bel et bien – de façon camouflée, en tous cas non assumée – une tentative pour préserver la suprématie occidentale sur une planète qui change, qui bouge, qui n’aura plus demain les mêmes chefs ni les mêmes repères. » p 8

Examinons le bureau actuel du Giec : Président Rajendra Pachaury (Inde), Vice présidents : Ogunlade Davidson (Sierra Leone), Hoesung Lee (Corée du Sud), Jean-Jacques van Ypersele (Belgique). Si l’on regarde les bureaux des trois groupes de travail, on trouve : Thomas Stocker (Suisse), Christopher Field (USA), Ottmar Edenhoer (Allemagne), Taka Hiraishi (Japon), Dahe Qin (Chine), Vicente Barros (Argentine), Ramon Pichs-Madruga (Cuba), Thelma Krug (Brésil), Youba Sokona (Mali), Abdalah Mokssit (Maroc), Nirivololona Raholijao (Madagascar), Ismail Gizouli (Soudan), Fatemeh Rahimsadeh (Iran), Amjad Abdjlla (Maldives), Suzana Ribeiro (Brésil), Françis Zwiers (Canada), Eduardo Buendia (Perou) Antonina Ivanova (Mexique), Fredolin Tangang (Mlaisie), Neville Smith (Australie), Carlo Carraro (italie), David Wratt (Nouvelle Zelande), José Moreno (Espagne), Jim Skea (Grande Bretagne), Jean Jouzel (France), Sergey Semenov (Russie).

Comment un groupe très majoritairement constitué de scientifiques des pays du sud peut-il constituer une "machine de guerre construite par l’Occident pour l’Occident" ? Mystère et boule de gomme.

Comment un processus, qui reconnait que les pays riches portent la responsabilité principale du changement en cours, et doivent commencer à réduire d’abord leurs émissions pour que les pays pauvres puissent augmenter les leurs, comme la nécessité de transferts financiers vers les plus pauvres pour les aider à s’adapter à un changement inéluctable, pourrait être destiné à assurer la "suprématie de l’Occident"... Il est vrai que cette accusation était portée, il y a 15 ans, par certains pays du sud. Elle n’est plus de mise aujourd’hui, tant il est clair qu’il ne s’agit pas de cela. En outre, tous les économistes sérieux ont affirmé que le problème du climat justifie un transfert de technologies (pour parler clair, l’abandon de la propriété intellectuelle) pour que les plus pauvres puissent utiliser les technologies les moins émettrices le plus vite possible.

« Il (Al Gore) signe le protocole de Kyoto, mais avec une condition qui l’annule : ’Sous réserve que la Chine, l’Inde et la Russie le signent aussi’. Il sait bien que c’est impossible. Du coup les Etats-Unis ne ratifieront pas le protocole de Kyoto alors que Bill Clinton est président. »

Claude Allègre ignore t-il vraiment que la Chine, l’Inde et la Russie ont signé et ratifié le Protocole de Kyoto ? Si c’est le cas, je lui conseille d’aller sur ce site, (officiel de la Convention Climat de l’ONU) il y trouvera un tableau avec les drapeaux des pays qui l’ont signé et ratifié, peut être ce moyen mnémotechnique (les petits drapeaux c’est joli), lui permettra d’arrêter de répéter en boucle cette ânerie. Si ce n’est pas le cas, pourquoi ce nouveau mensonge, qu’un enfant de 12 ans peut démonter en allant sur Wikipédia ?

"Pourtant, pour les Etats-Unis et l’Europe, la volonté de réduire de 20% les émissions de CO2 en 2050 était un objectif certes ambitieux mais pas totalement hors de portée. (...) Pour la Chine et l’Inde il était plus difficile de fixer des chiffes, et donc il ne fallait pas le faire » p 15

Claude Allègre lit-il les textes qu’il prétend commenter du haut de son savoir gigantesque ? Moins 20% en 2050 pour l’Europe ? Non, c’est pour 2020. Pour les Etats-Unis c’est moins 17% en 2020 (mais par rapport à 2005, donc pour comparer à l’UE, c’est moins 4%) et pour 2050, une annonce à -83% (toujours relativement à 2005). Soyons sympa, les engagements des pays après Copenhague sont ici, et j’ai fait une note sur le sujet ici. A l’inverse de ce qu’il écrit, la Chine et l’Inde ont annoncé des chiffres, ils sont ici.

L’énormité des erreurs factuelles commises par Allègre dans sa présentation de la diplomatie du climat et des textes existants laisse planer un doute sur sa capacité à raisonner sur le sujet.

« D’abord, les enjeux. On affirme, à longueur de journaux télévisés, que la Terre serait menacée par un réchauffement climatique – une espèce de canicule généralisée – qui, demain, détruirait la planète. Un réchauffement dont l’homme – c’est à dire nous tous – serait « le » responsable ou – pardon – l’irresponsable. Mais d’un autre côté, depuis trois hivers, tout le monde patauge dans la neige, le froid, parfois la glace. Et nous ne sommes pas les seuls : les Américains comme les Chinois sont logés à la même enseigne. » p 7

Si Claude Allègre veut des informations sérieuses sur le climat, il devrait éviter de regarder les JT. Aucun scientifique n’a jamais présenté le réchauffement climatique comme "une espèce de canicule généralisée qui détruirait la planète"... c’est quoi ce délire ?

Opposer à la prévision selon laquelle augmenter l’effet de serre changera le climat les températures des hivers derniers ici ou là est tout simplement ridicule. Osons une prévision : d’ici 20 ans, la planète sera en moyenne plus chaude, et il y aura encore des hivers où on sortira les doudounes à Paris. Et rappelons quelques données de base de la climatologie récente : depuis 40 ans, chaque décennie a été plus chaude que la précédente. Pour mémoire, et pour le seul hexagone national, l’hiver plus froid que la moyenne en 2008-2009 n’a pas empêché l’année 2009 d’être parmi les dix les plus chaudes depuis 150 ans.

"Pareillement, lorsqu’on me dit que les paysans des mangroves du Bangladesh sont menacés par une migration des tigres à cause des émissions de CO2, on se moque du monde." p. 15

Il est certain que si les paysans du Bangladesh ont comme seul souci l’invasion des tigres, il n’y a pas de mouron à se faire... Je crains qu’ils en aient d’autres, liées au changement climatique : l’évolution de la mousson, et la submersion partielle du delta où ils vivent sous le triple effet des aménagements locaux (pompage des eaux) et en amont (barrages), de l’évolution géologique locale et de la montée du niveau marin global.

« Depuis dix ans et pas seulement ces derniers mois – le climat ne donne guère raison aux prévisions alarmistes des experts du Giec. L’hiver 2008-2009 a été, comme le précédent, froid en France, au Canada, en Sibérie. (...) la température moyenne de l’océan n’augmente pas depuis 2003. Depuis dix ans la température moyenne du globe a désormais tendance à décroître. »

D’après toutes les équipes du monde qui compilent et analysent les données météo, la décennie 2000-2009 est la plus chaude depuis que les séries de thermomètres sont disponibles. Ci dessus, la carte des anomalies de température de la moyenne 2000-2009 relativement à la moyenne climatique 1951-1980. Ci-contre le graphique des températures moyennes par décennies depuis 1850 selon le Met Office Britannique.

Quant à l’océan, Claude Allègre se livre à une de ses manipulations habituelles : il prend l’année 2003 comme référence, alors qu’il s’agit d’un pic dû à El Niño, puis 2008, qui est en Niña. La réalité, c’est que l’océan continue de se réchauffer, même si le rythme des dernières années est moindre que celui des années 1990, comme l’explique Anny Cazenave (Legos, Toulouse) que Claude Allègre connait très bien. C’est pas joli-joli de raconter des menteries sur le travail des collègues. Le graphique ci contre n’est pas le réchauffement des océans, mais la hausse du niveau marin qui résulte du réchauffement (dilatation thermique) et de la fonte des glaces continentales. On y voit très bien le petit coup de mou de 2008, puis la reprise, en partie dûe à l’effet thermique. Mais Allègre n’est pas "up to date" comme on dit dans les labo, car en 2009, ça repart... Zut alors !

« Mon combat c’est celui du bon sens et de la mesure ». p 17

Du coup, on se demande ce qu’aurait donné un pamphlet un peu vigoureux... jusqu’où serait-il allé ?

Bonne journée pour Laborantza Ganbara, mais la bataille n’est pas finie Jean-Noël Etcheverry Reporterre 2010/02/20 Jean-Noël Etcheverry (20 février 2010) Bonne journée pour Laborantza Ganbara, mais la bataille n’est pas finie. Reporterre. fr

Bonne journée pour Laborantza Ganbara, mais la bataille n’est pas finie

La mobilisation du 18 février à Pau, pour le procès de Laborantza Ganbara, a été forte, et le procès s’est bien déroulé. Le procureur a requis une amende de 2.000 euros. Mais c’est la relaxe qu’il faut obtenir.

Bonjour,

Voici quelques nouvelles du procès contre l’association EHLG (Euskal Herriko Laborantza Ganbara) qui s’est déroulé jeudi 18 février (nous vous adresserons bientôt des compte-rendus plus exhaustifs).

Plus d’un millier de personnes se sont mobilisés à Pau de 13H00 à la fin du procès qui s’est terminé vers 20H00.

Le pocureur a requis une amende de 2.000 euros au terme d’un réquisitoire qualifié de trés « politique » par la défense (évocation du contexte basque, de la revendication d’un département spécifique...). Selon lui, une nouvelle relaxe pourrait encourager la création de structures similaires dans des zones comme la Bretagne, voire l’Alsace.

La défense assurée par Maitres Corinne Lepage, Joseph Montier et Jean-René Etchegaray a dénoncé le harcèlement que l’Etat fait subir à EHLG depuis sa création en 2005, a qualifié le réquisitoire de l’avocat général de « dérisoire » et a insisté sur le caractère « inconstitutionnel » de la poursuite judicaire dans laquelle elle voit une atteinte à la liberté d’association.

Le jugement sera rendu le 6 mai 2010.

Le Préfet Rey n’attendra pas ce jugement pour poursuivre son harcèlement contre l’association. On vient d’apprendre qu’il a saisi le tribunal administratif de Pau en référé contre la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle pour avoir voté une subvention de 2.000 euros pour des actions d’EHLG en soutien aux agriculteurs de cette commune. La délibération avait été reçue au contrôle de légalité le 22 décembre dernier. La mairesse de Saint-Pée-sur-Nivelle, Mme Christine Bessonnart (par ailleurs candidate sur la liste régionale du Modem et présidente de l’association des maires du Pays Basque, regroupant la totalité des maires du Pays Basque), annonce son intention de « se battre jusqu’au bout » pour maintenir sa subvention. L’affaire viendra au Tribunal administratif de Pau le 9 mars prochain.

Il est donc clair que si la montagne semble accoucher d’une souris, même une condamnation à l’euro symbolique serait inacceptable, et dangereuse pour l’avenir de l’association.

La moindre condamnation contre l’association EHLG viendrait légitimer les cinq ans de harcèlement et d’abus de pouvoirs commis par l’administration et les pouvoirs publics à son encontre. Et plus grave encore, qu’une telle condamnation encouragerait le Préfet à continuer dans son acharnement à faire mourir Euskal Herriko Laborantza Ganbara.

C’est pourquoi, sûrs de notre bon droit, nous espérons fermement la relaxe pure et simple de l’association.

En attendant, nous tenons d’ores et déja à vous remercier pour l’aide et la solidarité que vous nous avez apportés dans cette épreuve.

Alerte : l’économie veut s’emparer de la culture ! Cassandre/Hors Champ Reporterre 2010/02/20 Cassandre/Hors Champ (20 février 2010) Alerte : l’économie veut s’emparer de la culture !. Reporterre. Tribune — fr

Alerte : l’économie veut s’emparer de la culture !

« Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. »

Dès novembre 2006, nous avions lancé un appel aux candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils considèrent avec plus de sérieux la place de l’art et de la culture dans leurs programmes politiques. Depuis, la situation est loin de s’être améliorée.

L’absence actuelle de vrai débat public sur la place de l’art et de la culture dans notre société est un symptôme historique extrêmement inquiétant.

Elle annonce, pour la première fois depuis la Libération, le risque d’abandon d’une part fondamentale de l’histoire de notre pays.

Une part de notre histoire dont est issue la valeur accordée aux choses de l’esprit, à travers notre littérature, notre théâtre, les arts et leur circulation, dans la vision du monde que nous partageons et la place que nous avons su leur donner dans notre vie réelle. Cette absence fait planer la menace d’une défaite devant l’invasion délétère de l’esprit marchand imposée par ce que l’on nomme « globalisation ».

Les politiques qui refusent l’ordre néolibéral doivent le comprendre : non seulement la culture - au sens le plus large du mot -, est un enjeu fondamental de civilisation, mais c’est aussi pour eux un atout politique majeur.

Comme le dit le grand dramaturge Edward Bond, « Que nous resterait-il aujourd’hui des Grecs s’ils ne nous avaient laissé une philosophie, un théâtre, une mythologie, des temples, des statues ? » Autrement dit un immense arrière-plan artistique et culturel créé à partir d’outils symboliques : une langue, des codes, des signes qui nous relient à une mémoire commune, à une volonté d’être ensemble et de rencontrer l’autre, de se frotter à l’inconnu, qui nous constituent en tant qu’êtres pensant, rêvant, imaginant, désirant, créant, construisant l’improbable avenir.

Ce sont ces outils qui nous permettent de nous penser, de nous ressentir, autrement qu’en tant que consommateurs ou marchands…

Notre histoire récente fut traversée de soubresauts où cette aspiration - ce désir collectif, parfois confus, souvent éclatant et vibrant - s’est manifestée. Des outils ont été construits avec le Conseil National de la Résistance. C’est ce que l’on appelle « le service public de la culture ». Il ne s’agit, en réalité, de rien d’autre que la manifestation concrète, politique, d’une volonté de donner à l’esprit sa vraie valeur dans la collectivité. Ce service public, qui en France fut incarné par un ministère de la Culture, est en passe d’être démantelé.

Deux événements peu commentés, font figure de symptôme.

Au moment précis où plusieurs études alertent sur la désaffection de la lecture parmi les jeunes Français, la direction du Livre du Ministère a été supprimée l’automne dernier ; celles du théâtre, de la musique, de la danse et des arts plastiques ont depuis subi le même sort.

Dans le cadre d’une révision générale des politiques publiques qui veut tout soumettre, y compris l’inquantifiable, à la « rationalité économique », l’ensemble des directions artistiques sont réduites à une Direction générale de la création artistique, coincée entre une Direction des patrimoines et celle des médias et des industries culturelles.

On peut craindre que l’art ne soit plus la priorité de ce ministère...

La même rationalité économique a présidé aux débats du Forum d’Avignon : « économie et culture », présenté comme un « Davos de la culture ». Le symbole est fort. Au moment où la « crise » prouve l’inanité des dogmes néolibéraux qui dominent l’Europe, la culture devient l’ultime nappe phréatique où puiser, au service d’intérêts qui lui sont totalement étrangers.

Quel crédit porter à une « économie créative » initiée par des dirigeants d’entreprises comme Nicolas Seydoux, Didier Lombard et Axel Ganz ? Que peut véhiculer une telle « culture », réduite et instrumentalisée par les impératifs d’une « économie de la connaissance ? »

Dans l’Europe néolibérale, un faisceau de signes innombrables converge vers la destruction de ce que nous appelons l’humain. Brutalité d’une main, propagande de l’autre, encouragement général à cesser de penser et échanger. Cet encerclement qui concerne tous les aspects de nos vies tend à faire de chacun un individu dénué de sens collectif. On peut s’inquiéter de ce qu’il adviendrait d’une civilisation déjà très altérée par un individualisme stérile, une fois amputée de ce qu’il lui reste de capacité à utiliser le symbole comme moyen d’échange et de construction d’une richesse culturelle commune.

À leur échelle, de nombreuses collectivités territoriales, avec des politiques qui prennent en compte différents niveaux de l’action artistique et culturelle et pallient les désengagements de l’État, tentent de résister à ce rouleau-compresseur. Comment pourront-elles agir demain, face à un gouvernement qui risque de les priver de toute marge de manœuvre en leur déniant la compétence culturelle ?

Il est temps de l’affirmer : nous avons ici des valeurs essentielles à défendre et à promouvoir.

Ces valeurs, ne doivent pas, sous peine d’effacement, se soumettre à la tyrannie du chiffre. Voici un débat public qui mérite vraiment d’être ouvert !

L’heure du choix Hervé Kempf Reporterre 2010/02/21 Hervé Kempf (21 février 2010) L’heure du choix. Reporterre. Tribune — fr

L’heure du choix

En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l’Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes.

L’histoire est faite de choix. Comment organiser son action en fonction d’une information imparfaite ? Des générations se sont divisées, des hommes se sont trompés, d’autres ont choisi juste. Ceux qui font les bons paris dessinent l’avenir.

Il fallait choisir : Munich ou Londres ; l’URSS ou le monde libre.

Il faut choisir : les climato-sceptiques ou la communauté des climatologues.

La comparaison est-elle exagérée ? Non. La crise écologique – dont le changement climatique n’est qu’un volet – pose à cette génération un défi d’une ampleur historique. En reconnaître l’ampleur permet d’imaginer comment l’enrayer. Du choix que nous ferons dépendra l’équilibre des sociétés humaines de ce siècle. Soit l’on considère le changement climatique comme un défi majeur appelant une mutation profonde de nos sociétés, soit l’on en nie la réalité, et l’on tente de conserver l’ordre établi.

La connaissance du fonctionnement du climat terrestre est-elle parfaite ? Non. Les informations dont nous disposons sont-elles suffisantes pour décider ? Oui. Toutes les questions ne sont pas résolues, tous les débats ne sont pas clos, toutes les recherches ne sont pas achevées. Mais le tableau général prédisant le changement est bien posé et solidement structuré. Parmi les climato-sceptiques (en France, MM. Allègre, Courtillot, Galam, Gerondeau, Rittaud, etc.), aucun n’a produit un argument suffisamment fort pour passer avec succès le test des procédures de validation scientifique. En revanche, pas une question légitime n’a été mise de côté par les climatologues. Et pour celles qui restent sans réponse, l’investigation continue. Ce que la science nous explique n’est pas un dogme. Mais compte tenu de l’importance de ce qui se joue, les citoyens ont suffisamment d’éléments en mains pour déterminer qui décrit le mieux l’état de la biosphère.

Pourquoi le climato-scepticisme, malgré la faiblesse de son argumentation, trouve-t-il un terrain si favorable à sa prolifération ? Parmi moult explications, une parait décisive. Dès que l’on prend conscience de la gravité du problème écologique, une conclusion finit par s’imposer : pour empêcher le désastre, il faut drastiquement transformer un système qui repose sur une croissance continue de la production matérielle. Changer d’habitudes. Bousculer, aussi, nombre de situations acquises.

Refuser d’admettre ce qu’annoncent les climatologues permet de croire que rien ne changera, que rien ne sera bousculé. C’est pourquoi derrière le climato-scepticisme se décrypte à livre ouvert l’idéologie la plus platement réactionnaire.

Il faut ouvrir les bibliothèques universitaires le soir BU by night Reporterre 2010/02/22 BU by night (22 février 2010) Il faut ouvrir les bibliothèques universitaires le soir. Reporterre. fr

Il faut ouvrir les bibliothèques universitaires le soir

Eh oui, les étudiants, ça travaille. Et ils aimeraient pouvoir le faire après 19 h. Ils demandent donc la prolongation des heures d’ouverture des bibliothèques universitaires.

18h55, j’attaque mon troisième chapitre de biochimie. Tout à coup une voix claire me tire de mon bouquin : « La bibliothèque va fermer ses portes ! ». Zut, je n’ai pas fini... Où vais-je pouvoir aller travailler à cette heure-ci ?

Vous vous êtes peut-être déjà retrouvés dans cette situation, car cela arrive tous les soirs. Et c’est de là que l’association BU by night (pour Bibliothèque Universitaire ) est née.

- Parce que tous les étudiants devraient avoir accès à une bibliothèque quand ils en ont besoin, avec les livres dont ils ont besoin,

- Parce qu’une B.U. c’est aussi un accès gratuit à Internet, indispensable de nos jours et privilégié dans nos études par la mise en ligne des cours, l’Environnement Numérique de Travail..., et que tout le monde ne peut pas se le permettre,

- Parce que notre pays n’est pas à la hauteur dans ce domaine, et que Nancy serait la première ville à tenter une telle expérience,

Nous demandons que nos B.U. soient ouvertes 24h/24, 7j/7 !

Vous trouverez sur notre site un exemplaire du questionnaire que nous avons distribué ces derniers mois dans la rubrique enquête. N’hésitez pas à utiliser le forum pour débattre de vos idées, et nous en soumettre de nouvelles, nous sommes à votre écoute... Enfin, si vous êtes convaincus et que vous voulez faire bouger les choses, vous trouverez dans la rubrique téléchargement le bulletin d’adhésion à notre association.

Merci à tous pour votre soutien,

L’équipe du site.

Un maïs et une betterave OGM renvoyés dans les cordes Eric Meunier Reporterre 2010/02/22 Eric Meunier (22 février 2010) Un maïs et une betterave OGM renvoyés dans les cordes. Reporterre. fr

Un maïs et une betterave OGM renvoyés dans les cordes

Le Haut conseil des biotechnologies (HCB) a rendu un avis très critique sur les demandes d’autorisation d’un maïs et d’une betterave transgéniques.

Le Haut conseil des biotechnologies (HCB), un des deux comités d’experts (avec l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, Afssa) en charge d’évaluer les demandes d’autorisation commerciale d’OGM pour le gouvernement français, a rendu publiques début février 2010 trois réponses sur des dossiers en cours concernant la betterave H7-1, le maïs NK603 et le maïs 89034*NK603 [1].

A la lecture de ces réponses, composées de l’avis du Comité scientifique (CS) et des recommandations du Comité éthique, économique et social (CEES), on comprend que le HCB a décidé de maintenir une ligne très stricte sur la nature et la forme des données nécessaires aux autorisations.

Ainsi, dans les trois dossiers, le HCB souligne que l’outil statistique utilisé ne correspond pas aux lignes directrices émises par l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA) en 2009. Et pour cause, les demandes ont été déposées avant 2009.

Le HCB rappelle dans tous les cas que les prochains dossiers devront donc suivre ces lignes directrices qui vont dans le sens d’une amélioration des analyses statistiques, l’outil précédent ayant été jugé insuffisant depuis le dossier de renouvellement de l’autorisation du maïs Mon810 [2].

Plus étonnant, le HCB demande même dans le dossier de la betterave que les données d’analyses toxicologiques soient dorénavant fournies au format électronique afin « de permettre l’utilisation directe des données pour la réalisation de tests statistiques complémentaires » ! Ce point soulève donc la question des données fournies au HCB pour faire son travail, ce dernier expliquant donc clairement ne pas pouvoir le faire en l’état.

Enfin, le HCB a soin de rappeler, pour chaque dossier, le besoin de mise en place, par les autorités nationales, de plans de surveillance générale (concernant l’apparition d’effets inattendus comme l’émergence d’adventices tolérant le glyphosate et la réduction de la biodiversité) et spécifique (concernant la dissémination des transgènes hors des champs de culture et la non contamination des filières de production et de transformation sans OGM). Le besoin de financement approprié pour ces opérations de surveillance est également souligné.

Du côté du CEES, il est souligné l’importance d’analyser les PGM dans le cadre du « binôme » qu’elle forme avec le principe actif des herbicides auxquels elles sont tolérantes, comme le glyphosate. Or, pour ce dernier, le CEES note qu’il n’est pas homologué en France pour être utilisé sur betterave et maïs, limitant donc les données disponibles pour rendre son opinion.

Enfin, concernant les aspects économiques, le CEES note « la nécessité de développer le volet économique du travail du CEES et de consulter de façon plus approfondie les acteurs de la filière quant à leur façon d’envisager les PGM et leur impact sur l’organisation de la production ».

Au final, selon le HCB, beaucoup de données sont encore à apporter pour pouvoir rendre des opinions fondées !

Concernant la betterave H7-1, le CS insiste sur les risques « particulièrement aigus » d’apparition de betteraves adventices tolérantes au glyphosate du fait d’une pollinisation de betteraves « sauvages » ou d’un mauvais nettoyage des champs par exemple (risques de repousses de betteraves GM l’année suivante).

Le CS interroge donc l’intérêt même, à long terme, de cette betterave, du fait des risques de contamination ! De son côté, le CEES considère ne pas disposer des données nécessaires à une analyse sérieuse concernant l’intérêt d’une telle PGM d’un point de vue socio-économique.

Concernant le maïs 89034*NK603, le CS affirme qu’il « n’est pas en mesure de fournir un avis positif pour la culture », des données supplémentaires de laboratoire et d’essais en champs étant nécessaires afin de « faire une étude de risque sérieuse dans le domaine de la santé et de l’environnement ». Cette position est motivée par trois arguments principaux : l’absence de communication des réponses de Monsanto à l’avis négatif des experts néerlandais de 2007 (même si en 2009 ces mêmes experts ont finalement donné une réponse positive pour ce dossier) ; le manque de tests d’alimentarité adéquats ; et enfin, la non communication de données quant aux impacts de ces PGM sur des espèces d’invertébrés.

Par ces trois avis, le HCB se démarque donc de la précédente CGB qui ne portait pas ces demandes d’amélioration de l’outil statistiques ou de considérations socio-économiques.

Vers une éthique de l’environnement Jean Cornil Reporterre 2010/02/23 Jean Cornil (23 février 2010) Vers une éthique de l’environnement. Reporterre. Tribune — fr

Vers une éthique de l’environnement

« La déshumanisation des rapports humains est le reflet de la dégradation de la nature. »

“ Et si l’aventure humaine devait échouer ”. Tel est le titre, provocateur, prémonitoire ?, d’un livre du naturaliste Théodore Monod paru en l’an 2000, à l’aube du troisième millénaire.

Il pose ce que je crois être la question centrale de ce nouveau siècle : l’espèce humaine aura-t-elle la capacité - le génie ? - de faire face à la transformation radicale de la nature, à freiner son dépérissement, à déjouer les ravages de la société thermo-industrielle depuis le milieu du XVIIIe siècle ? Saurons-nous éviter, comme l’écrit Serge Latouche, une sixième extinction des êtres vivants, la dernière ayant eu lieu il y a 65 millions d’années ?

L’altération, chaque jour plus inquiétante, des conditions de vie sur la terre nous conduit à redouter un destin apocalyptique. A imaginer l’impensé, l’impensable, la catastrophe absolue. L’extinction de la vie. Même si “ la catastrophe n’entrant pas dans le champ du possible avant qu’elle se réalise ne peut être anticipée. On ne se projette pas en elle ”, comme l’analyse Jean-Pierre Dupuy.

Edgar Morin, dans son étude des problèmes qu’il nomme de première évidence, et qui concernent toutes les nations et toutes les civilisations, met clairement en relief le péril écologique. Et le géophysicien André Lebeau, en ouverture de son livre consacré à l’engrenage de la technique, affirme : “ La transformation que connaît le système technique est le phénomène le plus gigantesque et le plus menaçant de tous ceux auxquels l’humanité a jamais été confrontée depuis ses origines ”. Savants et penseurs, avec mille nuances, se rejoignent, se croisent, varient dans les analyses mais aboutissent à un constat : il y a une urgence absolue, un défi majeur, radicalement nouveau, vertigineux : sauver la planète. Au-delà du slogan et des effets de mode, cette injonction se doit d’être au cœur du projet politique contemporain et non un chapitre, égaré parmi d’autres, de programmes par trop classiques, qui énumère de manière lénifiante la succession des problématiques traditionnelles. C’est notre rapport au monde de la nature qu’il faut réinterroger. Face au gouffre, l’époque requiert une nouvelle éthique.

Mais pourquoi la catastrophe la plus probable est-elle celle qui inquiète le moins ? Réponses du psychologue américain Daniel Gilbert : « Parce que le cerveau humain a évolué de telle sorte qu’il ne réagit qu’à des menaces présentant quatre caractéristiques précises que l’on retrouve dans le terrorisme et pas dans le réchauffement climatique ». D’abord nous ne réagissons qu’à des actes humains intentionnels : si un tyran sanguinaire ou un “ Etat-voyou ” se montrait à l’origine des dérèglements du temps, nul doute que cet enjeu deviendrait la priorité absolue du politique.

Deuxièmement, le réchauffement n’a pas de connotation morale : « Toutes les sociétés humaines ont des règles éthiques en matière de nourriture ou de sexualité, mais aucune n’en a en matière de chimie atmosphérique », écrit Daniel Gilbert. Si le changement climatique était causé par l’homosexualité ou les amateurs de ragoût de chaton, des millions de manifestants seraient déjà dans la rue ». Ensuite, le rapport au temps. La menace, même si elle se rapproche et s’accélère considérablement, reste cantonnée dans l’avenir plus ou moins lointain, celui des générations futures. Or nous ne réagissons qu’à un danger précis et immédiat. Enfin, si le changement se fait avec une certaine lenteur, il passera quasi inaperçu dans notre existence quotidienne. Bref, il n’est pas encore assez rapide pour mobiliser une part importante de l’opinion mondiale. Et Anne Crignon de conclure : “ Autrement dit, si Ben Laden était responsable du réchauffement, l’ennemi numéro un de la planète serait le réchauffement”.

Une révolution cognitive pour une prise de conscience de cet enjeu incommensurable devient impérative. “ La révolution verte est d’abord une révolution intérieure ”, écrit Charlotte Luyckx Verdin. Ce dont nous avons besoin pour affronter la crise écologique, c’est d’un changement des individus dans leur rapport au monde. “ Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui ”, affirme Hans Jonas dans sa préface au Principe Responsabilité. Il faut tout repenser, notre rapport à l’univers, au monde, à la nature, à l’animal, aux autres, à soi. Entreprise haletante et démesurée où certains s’engagent, face à l’éclipse de la nature et à l’artificialisation du monde. Faire éclater nos certitudes et nos modèles face au temps, face à l’espace, face à l’histoire. Interroger nos habitudes de consommation, notre culture existentielle, nos valeurs, nos définitions du bonheur, notre sens de la vie, du progrès, de la science et de la technique.

Foisonnantes contradictoires, dans une quête perpétuelle, les points de vue éclosent, s’affrontent, se questionnent. Cette nouvelle relation à la nature pourrait s’exprimer, comme la conçoit Michel Serres, dans le cadre d’un contrat rééquilibré, une symbiose, entre l’homme et son environnement, chacun rendant service à l’autre et assurant sa survie. Aujourd’hui l’homme-parasite prend tout et ne rend rien.

La nature quitte la planète qui devient totalement modelée par l’entreprise humaine. Le monde n’est plus mystère, il est miroir. L’homme-dieu crée tout à son image. A l’inverse, ce contrat naturel octroierait à la nature les qualités d’un sujet de droit, ce qui suppose que “ la valeur suprême est la nature elle-même, c’est-à-dire la totalité des espèces vivantes ainsi que les milieux qui leur sont associés, autrement dit la biosphère ”.

C’est le principe de l’écologie profonde – la deep ecology – qui sacralise la nature. Nostalgie du sanctuaire face à l’emprise anthropocentriste. Retour au biocentrisme, à la nature sujet et non objet, selon laquelle “ une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique ”. Point de vue radical qui confierait des droits aux arbres, aux rivières, aux montagnes ! Thèse combattue férocement par Luc Ferry qui raconte le procès intenté en 1587 par des paysans contre une colonie de charançons, accusés de dévorer les vignobles. Thèse qui, pour le philosophe français, contrevient à la sensibilité écologique, laquelle naît justement de l’humanisme moderne qui place l’homme au-dessus de tout. Nécessité alors de concevoir la nature, ni objet ni sujet, mais comme un projet selon l’analyse de François Ost. Une vision dialectique, faite d’allers et de retours sans cesse répétés entre l’homme et son milieu.

Plus encore, à l’impérieuse nécessité de redéfinir fondamentalement notre rapport à la nature, la crise écologique dont nous commençons à ressentir les effets dramatiques, s’ajoute l’urgence de réfléchir à un nouveau rapport à nous-mêmes. Hélène Védrine : “ La réconciliation de l’homme avec l’homme ne passe plus par un changement de système mais par une attitude radicalement différente vis-à-vis de la nature, du travail, de la répression ”. Max Horkheimer et Theodor W. Adorno : “ Toute tentative ayant pour but de briser la contrainte exercée par la nature en brisant cette nature n’aboutit qu’à une soumission plus grande au joug de celle-ci ”. En d’autres termes, la culture de la domination de la nature, depuis la Bible en passant par le René Descartes de l’homme “ maître et possesseur de la nature ”, au travers de la raison triomphante et de la toute puissance des techno-sciences, aboutit aussi à l’exploitation et à l’asservissement de l’homme. La déshumanisation des rapports humains est le reflet de la dégradation de la nature. Suprématie de l’homme, hostilité vis-à-vis des végétaux, mépris envers les animaux, le monde désenchanté du vivant autorise toutes les conquêtes, tous les massacres. La planète est un grand réservoir pour satisfaire nos besoins et nos désirs compulsifs. Pour les théories classiques du libéralisme, inscrites dans le siècle des Lumières, la nature est d’ailleurs neutre. Elle ne compte que pour assouvir l’appétit gargantuesque de l’homme occidental jusqu’au triomphe actuel du capitalisme mondialisé.

En un sens, l’écologie est subversive car elle s’oppose à cette culture de domination. “ Domination des humains sur la plante et l’animal, de l’homme sur la femme, du civilisé sur le sauvage ”. Puisse-t-on s’inspirer un jour des convergences entre physique et éthique, comme chez les anciens, où la contemplation primait sur l’action et où “ … la rationalité de l’action humaine se fonde sur la rationalité de la nature ” (Pierre Hadot).

Un lieu pour les intermittents Coordination des intermittents précaires d’Ile-de-France Reporterre 2010/02/23 Coordination des intermittents précaires d’Ile-de-France (23 février 2010) Un lieu pour les intermittents. Reporterre. fr

Un lieu pour les intermittents

« Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde. » La Mairie de Paris veut expulser les intermittents de l’espace depuis lequel ils luttent.

Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde. La Coordination des Intermittents et Précaires doit être relogée.

À l’été 2003, le mouvement des intermittents et précaires s’opposait massivement à une restructuration de l’assurance-chômage instaurant un principe de capitalisation individuelle des droits sociaux. Profondément excluante et inégalitaire, cette contre-réforme visait à détruire le principe de mutualisation des ressources qui, à travers les annexes 8 et 10 de l’UNEDIC, caractérisait jusque-là l’intermittence.

Les intermittents et précaires font grève dans de nombreux festivals (notamment à Avignon), manifestent, s’invitent sur le plateau du JT de France 2, occupent des ministères, le Medef, l’Unedic... C’est dans ce contexte que le 14 quai de Charente, à Paris, est obtenu de la Mairie de Paris en novembre 2003. Dans le prolongement de ce refus initial de l’individualisation et de la concurrence de tous contre tous, cet espace est devenu par la force des choses un point d’appui pour diverses formes d’action, de pensée, d’accueil, de fabrication, un lieu de lutte et de convivialité, hors du circuit marchand.

Il abrite des permanences sociales d’information et de défense des droits auxquelles se sont adressés pour l’heure plus de 3.000 intermittents, chômeurs et précaires. Autant de pratiques d’entraide à partir desquelles s’engagent des initiatives collectives face aux institutions (CAF, Pôle emploi) et aux employeurs. Dans un contexte d’insécurité sociale croissante, ces permanences permettent de débloquer des centaines de dossiers litigieux, de faire respecter des droits, d’annuler des « indus » et des radiations. En lien avec d’autres collectifs, la coordination contribue à une campagne d’actions qui vise à enrayer la machine à précariser que constituent la mise en place de Pôle emploi et l’instauration du RSA.

Depuis trois ans, une Université Ouverte centrée sur l’analyse du néolibéralisme s’y invente, ainsi qu’une recherche collective, à laquelle sont associés des chercheurs, sur les mutations et les enjeux de l’intermittence et de la précarité. Des films y sont conçus et réalisés. Il abrite également une cantine, des cours de sport, une bibliothèque, des concerts, des projections, des lectures... Le prix libre et la gratuité sont de principe. De multiples collectifs s’y réunissent, s’y organisent et s’y côtoient : travailleurs sociaux, féministes et anti patriarcaux, sur le refus de l’enfermement, contre-culturels, de lutte contre le racisme et les discriminations, de résistance à la criminalisation, antifascistes, compagnies de théâtre, revues, media alternatifs...

Alors que les structures syndicales peinent à prendre en compte les besoins et les aspirations d’un précariat en expansion, ce lieu fait figure, mutadis mutandis, de nouvelle Bourse du travail, une maison des précaires - des étudiants aux sans-papiers - où se créent des formes d’auto-organisation. Ce lieu de coopération sociale, politique, culturelle, est aujourd’hui un creuset d’expériences, de pratiques et de rencontres où des transversalités s’inventent quand tout travaille à établir des séparations.

La Mairie de Paris motive l’expulsion de la coordination par l’aménagement de la ZAC Claude Bernard, au coeur d’un gigantesque projet urbain de 200 hectares qui fait la part belle aux bureaux et aux logements privés et « intermédiaires », réservés aux classes moyennes et aisées. Après avoir proposé deux solutions de relogement qui ne permettaient pas le maintien a minima des activités existantes, la Ville de Paris assigne la Coordination au tribunal. À l’instar des chômeurs menacés de radiation dès lors qu’ils osent refuser deux « offres raisonnables d’emploi », même dans des conditions dégradées et sous-payées, il faudrait, sous la menace d’une expulsion et de lourdes pénalités financières, se montrer, là aussi, raisonnables et accepter des propositions aussi inadéquates qu’impératives.

Dans cette ville de riches où vivent tant de pauvres, la municipalité finance des projets coûteux et de « prestige » tels le 104 rue d’Aubervilliers ou la future Halle Pajol. Mais elle n’aurait ni les moyens ni la place de concéder aux intermittents, aux chômeurs et aux précaires des lieux d’organisation et d’activités ouverts à tous ? Nous savons qu’il n’en est rien et que c’est affaire de décision politique.

Nous nous opposons à la mise à mort de cette expérience de fabrication et de partage. La coordination des intermittents et précaires ne doit pas être expulsée sans un relogement qui permette le maintien et le développement des activités en cours.

La publicité est jugée le 12 mars Les Déboulonneurs Reporterre 2010/02/24 Les Déboulonneurs (24 février 2010) La publicité est jugée le 12 mars. Reporterre. fr

La publicité est jugée le 12 mars

Une action contre l’affichage publicitaire a été menée le 8 janvier. Ses auteurs sont poursuivis par la justice. Le procès aura lieu le 12 mars. Hervé Kempf sera témoin, avec Claude Got, Chantal Jouanno, Jacques Muller.

Vendredi 12 mars 9 heures : procès de deux (huit ?) Déboulonneurs pour l’action de janvier 2008 - Palais de justice de Paris (13e chambre/2)

Le Collectif des déboulonneurs pratique la désobéissance civile contre le système publicitaire. Une action de barbouillage de panneaux se déroule chaque fin de mois dans plusieurs villes en France. Ce type d’action symbolique vise à dénoncer les multiples renoncements des pouvoirs politiques face à la publicité extérieure et à ses professionnels. A nos yeux, de telles actions sont nécessaires et légitimes. Pour la troisième fois depuis sa création en 2005, le Collectif de Paris est appelé à répondre de ses actes devant la justice. Ce sera le onzième procès au niveau national. Il se tiendra le vendredi 12 mars 2010 à 9 heures au Palais de justice de Paris (13e chambre/2).

Ce procès fait suite au barbouillage de 6 panneaux publicitaires le 26 janvier 2008 sur les Champs Élysée à Paris. Alors que huit personnes avaient effectivement agi et avaient été contrôlées par les forces de l’ordre, seules deux, choisies au hasard, avaient finalement été interpellées et emmenées au commissariat. Tous les militants revendiquaient pourtant leur acte et sont toujours prêts à en assumer les conséquences. Aujourd’hui, le parquet poursuit ces deux militants. Les six autres se porteront bien évidemment comparants volontaires lors de l’audience.

Lors de ce procès, nous aurons pour témoins : - Claude Got : Médecin et professeur honoraire de la Faculté de Médecine de Paris-Ouest ; - Chantal Jouanno : Secrétaire d’Etat à l’Ecologie ; - Hervé Kempf : Essayiste, auteur notamment de Comment les riches détruisent la planète et de Pour sauver la planète, sortez du capitalisme ; - Jacques Muller : Sénateur Vert du Haut-Rhin rattaché au groupe Socialiste.

Notre avocat sera Maître William Bourdon, spécialiste, notamment, des droits de l’homme.

Ce procès sera l’occasion de faire le point sur l’actualité politique qui a été riche en 2009 autour de l’affichage publicitaire. Le triste épisode du Grenelle de l’Environnement devrait se clore avec le passage à l’Assemblée Nationale dans les mois prochains.

« Claude Allègre ment allègrement » Jean-Louis Fellous Reporterre 2010/02/24 Jean-Louis Fellous (24 février 2010) « Claude Allègre ment allègrement ». Reporterre. Tribune — fr

« Claude Allègre ment allègrement »

Revue par un scientiifique de quelques impudentes erreurs de M. Allègre.

« Ce n’est pas par provocation » que Claude Allègre a intitulé son nouvel opuscule L’imposture climatique, assure-t-il dans le Figaro du 15 février : « C’est un choix réfléchi, grave, fondé hélas ». Ce n’est pas par ignorance non plus. « Hélas », Claude Allègre ment allègrement. Et sa démagogie n’a d’égale que son impudence.

Première assertion mensongère : « Imposture que d’affirmer qu’on peut prévoir, qu’on sait prévoir le climat qu’il fera dans un siècle. (…) On sait, au contraire, que la météo est imprévisible à plus de quatre jours, et parfois moins ». Elève Allègre, vous êtes recalé ! Vous confondez (mais vous le faites exprès, je n’en doute pas) la prévision météorologique et la projection climatique. Un médecin serait imprudent de prévoir votre disparition à court terme. Mais il lui est facile d’affirmer que dans un siècle vous ne serez plus des nôtres (moi non plus d’ailleurs). De même, la prévision déterministe du temps météorologique trouve ses limites dans une fourchette de 4 à 15 jours, selon la latitude. Mais on peut prédire la prochaine glaciation, rythmée par les oscillations de l’orbite terrestre sous l’influence des autres astres du système solaire. Et on peut projeter la température moyenne au cours du siècle à venir, en extrapolant le bilan radiatif de la Terre sous l’influence d’un effet de serre accru – phénomène que les physiciens du siècle dernier comprenaient déjà mieux que vous ne faites mine de le faire – et en fonction de scénarios de comportement de nos sociétés, hélas trop optimistes (et vous aurez à répondre de votre minuscule rôle dans la fuite en avant que vous encouragez).

Deuxième mensonge : « affirmer que le changement climatique que l’on observe – sans savoir dans quel sens, finalement, il aura lieu – serait dû à un facteur unique : les teneurs en gaz carbonique de l’atmosphère ». Mensonge renforcé d’autres assertions non moins fielleuses : « incapacité (congénitale ?) des climatologues à maîtriser certaines méthodes statistiques », « observations accréditant l’idée que le Soleil joue un rôle majeur ». Les climatologues parlent des gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone n’est que le plus important, mais n’ignorent ni le méthane, ni les oxydes d’azote, ni les CFC, et quelques autres, ni surtout la vapeur d’eau dont le rôle d’amplification de l’effet de serre additionnel est fondamental. Mais ils soulignent que le long temps de résidence dans l’atmosphère du dioxyde de carbone, de l’ordre du siècle, en fait le problème numéro un. Ce que Claude Allègre feint d’ignorer.

Quant au changement climatique observé, il est « sans équivoque ». N’en déplaise à Claude Allègre, il n’y a pas de satellite climato-sceptique (non plus d’ailleurs que les autres systèmes d’observation). Au demeurant, les satellites, les flotteurs et les mouillages océaniques, les systèmes de mesure au sol, en avion ou en ballon, n’ont pas d’opinion : ils se bornent à observer et mesurer plus de vingt variables climatiques essentielles. Et ce qu’ils imagent et mesurent est « sans équivoque » : le niveau de l’océan s’élève d’un peu plus de 3 mm par an, à un rythme double de celui du 20e siècle ; les glaces de mer arctiques se réduisent en été comme peau de chagrin : plus de 5 millions de km2 disparus en 30 ans ; le Groënland fond bien plus vite que prévu ; la déforestation ne ralentit pas, et elle compte pour 15 % des 10 milliards de tonnes de carbone déversés chaque année dans l’atmosphère, qui s’enrichit chaque année de 3 parties par million de CO2 ; le contenu thermique de l’océan augmente ; l’océan renferme un réchauffement global retardé qui viendra inexorablement s’ajouter à celui déjà enregistré ; l’acidité des océans s’accroît elle aussi, par suite de la dissolution du gaz carbonique en excédent dans l’atmosphère, au grand dam des organismes marins qui n’ont rien connu de tel au cours des derniers 25 millions d’années au moins.

Quant au Soleil, il sort tout juste d’une période de calme remarquable, et les satellites qui scrutent son activité n’ont rien noté qui permette d’expliquer le réchauffement global observé. En revanche, les modèles numériques de climat ne peuvent reproduire celui du 20e siècle, pour lequel on dispose de mesures globales de qualité, qu’en prenant en compte ce que les climatologues appellent le « forçage anthropique », c’est-à-dire, l’effet de serre accru dû à l’usage des combustibles fossiles. Les « forçages naturels » (fluctuations du rayonnement solaire, impact des éruptions volcaniques) n’y suffisent pas. Une bonne raison de leur accorder une certaine confiance pour les projections du climat futur, sauf à adopter l’attitude de l’autruche.

Troisième mensonge : aucun climatologue ne prétend que le changement climatique serait le seul problème auquel l’humanité aurait à faire face. Les défis cumulés et interconnectés de l’énergie, de l’eau,de l’alimentation, de la démographie, sans parler des maladies émergentes ou de la prolifération nucléaire, sont bien réels, et le problème climatique ne fait qu’aggraver les conditions de leur solution, notamment pour les plus pauvres dont Claude Allègre prétend se faire le héraut.

Je n’aime guère les attaques ad hominem, mais force est de constater que Claude Allègre ne se prive pas de traîner dans la boue des scientifiques honnêtes, manière de toujours occuper le devant de la scène pour y pérorer sans fin sur ce qu’il ne connaît pas. Force est aussi de constater qu’il préfère la quiétude d’une interview journalistique à la confrontation avec « ses pairs », selon l’usage dans toute communauté scientifique qui se respecte. A l’opposé de sa virulence, j’ai apprécié en son temps la modestie et la rigueur de Paul Tapponnier, éminent sismologue de l’Institut de Physique du Globe de Paris, qui écrivait dans Le Monde, après le tsunami de décembre 2004 : « Je savais tout, je ne savais rien ». On est loin des rodomontades de l’impatient ex-ministre.

Décryptage du climato-scepticisme : anxiété et manipulations Julien Cochard Reporterre 2010/02/25 Julien Cochard (25 février 2010) Décryptage du climato-scepticisme : anxiété et manipulations. Reporterre. Tribune — Climat fr

Décryptage du climato-scepticisme : anxiété et manipulations

"En cherchant un peu qui sont ces personnes promouvant le « climato-scepticisme », on trouve de tout, mais quasiment aucun scientifique ayant les compétences ou spécialisations nécessaires pour apporter des arguments convaincants."

Bien qu’actuellement plus répandu dans les pays anglo-saxons, le « scepticisme » quant à la réalité ou à l’intensité du réchauffement global gagne peu à peu la France. Ce phénomène qui a commencé en 1989 et est allé crescendo ces dernières années représente un danger potentiel non seulement pour nous qui vivons aujourd’hui, mais aussi pour les générations futures et le reste de notre biosphère.

En sciences, le scepticisme est la base de tout progrès. Il suppose de connaître et de comprendre l’état des connaissances dans un domaine précis, de l’analyser et de se demander ce qui pourrait être amélioré, approfondi, ou bien remis en cause, critiqué, développé. Le scepticisme a pour origine la curiosité, l’honnêteté intellectuelle, la soif de connaissances, et se traduit par l’adoption d’une démarche scientifique rigoureuse et rationnelle visant à garantir la qualité et la pertinence de son résultat. Mon travail et celui des milliers de scientifiques sur cette planète peut être caricaturé à un état permanent de scepticisme vis-à-vis des résultats de ses collègues aussi bien que des siens.

Ce que l’on observe actuellement dans les rangs des « sceptiques » n’a que très peu de choses à voir avec le scepticisme décrit ici. La critique, la remise en cause des connaissances actuelles, oui, ils sont spécialistes. La soif de connaissances, peu probable. La démarche scientifique, rarement. La justification des critiques par des observations, des expériences ou des calculs dans les règles de l’art, non. La reconnaissance de la validité des arguments et de leur justification par leur publication dans des revues scientifiques suivant le procédé de peer-reviewing, non plus. Les « sceptiques » passent beaucoup de temps à critiquer mais bien peu à être constructifs, ce qui peut s’expliquer en étudiant ce qu’ils sont réellement.

Les « sceptiques » n’en sont pas. En cherchant un peu qui sont ces personnes promouvant le « climato-scepticisme », on trouve de tout, mais quasiment aucun scientifique ayant les compétences ou spécialisations nécessaires pour apporter des arguments convaincants. On y trouve des hommes politiques, des think tanks variés (ex : The American Enterprise Institute, The Competitive Enterprise Institute, etc), des scientifiques et autres acteurs bien trop souvent financés par des multinationales ayant beaucoup à perdre à l’adoption d’énergies décarbonées, des bloggeurs reprenant les arguments biaisés ou absurdes des précédents (pléthore), et en bout de chaîne, une partie de l’opinion publique qui se laisse prendre au jeu.

Les « sceptiques » sont des entités (individus ou entreprises) qui ont peur ou se sentent menacées. Dresser un parallèle de ce mouvement avec une campagne de désinformation est tout à fait pertinent : c’est exactement ce qu’est le climato-scepticisme. Plusieurs études détaillées à ce sujet ont été ou sont sur le point d’être publiées [1-4]. Les médias et une partie de l’opinion publique se laissent cependant avoir.

Aux origines, des industriels ou dogmatiques qui refusent de voir leurs activités ou convictions politiques compromises par la refonte de notre économie décidée par des gouvernements engagés dans la lutte contre les changements climatiques. La stratégie est simple et a déjà été employée à maintes reprises : tabac, ozone, pluies acides. En créant le doute dans l’opinion publique « la science n’est pas mâture, il n’y a pas de consensus parmi les scientifiques » et en utilisant les difficultés de l’opinion publique à réellement comprendre la complexité de la science et de ses méthodes, on retarde toute prise de mesures néfastes à l’industrie concernée. Fait marquant, les arguments pseudo-scientifiques avancés sont systématiquement détruits par une analyse rigoureuse, et ce sans devoir faire appel à autre chose que la littérature scientifique existante (cf. [5] en ce qui concerne les changements climatiques, par exemple).

Comme toute campagne de propagande, l’objectif est de gagner les foules et les rallier à sa cause. Les cibles clefs de ces dogmatiques, assurant un impact maximum de la campagne de désinformation, ont été définies dès 1991 [6]. Un grand nombre des « sceptiques » sont finalement des personnes sans expertise scientifique, membres de l’opinion publique. Ce sont aussi des personnes qui comprennent inconsciemment les conséquences catastrophiques et sans précédent qu’a le réchauffement global sur notre civilisation et notre biosphère, mais dont la psyché refuse l’acceptation et se réfugient dans le refus ou le déni [7]. Les « sceptiques » sont, volontairement ou non, effrayés.

Tout argument sera bon à prendre pour gagner l’opinion. On se proclamera expert en climatologie sans avoir une once de compétence. On publiera des articles non revus par des pairs en les déguisant pour faire croire à leur véracité. On se concentrera volontiers sur des détails de la science en évitant de les mettre en perspective, ne prenant jamais de recul pour contempler la complexité et la multidisciplinarité du problème [6, 8]. On pointera quelques erreurs dans les milliers de pages du 4e rapport du GIEC pour crier à l’incompétence du groupe, bien qu’elles ne remettent en aucun cas en cause les bases physiques. Au passage on publiera maints articles et rapports truffés d’erreurs et de manipulations douteuses sans jamais s’en excuser pour autant, quitte à les ressortir plusieurs années plus tard (suivre par exemple les sites [8-10]). On prétendra qu’il n’y a pas de réchauffement mais refroidissement, puis que si malgré tout c’est un réchauffement il s’est arrêté ; ou s’il est bien réel que l’humanité n’en est pas responsable. On se plaindra que les données utilisées par les scientifiques ne sont pas disponibles alors qu’elles le sont, et ainsi de suite. Et si au passage l’opinion publique croit au complot monté par les scientifiques voulant contrôler le monde, tant mieux. On critiquera les modèles des climatologues mais on n’en proposera aucun en échange et oubliera au passage le point essentiel : il est impossible de retracer l’augmentation de température enregistrée au cours du XXe siècle sans tenir compte du forçage radiatif des gaz à effet de serre injectés par l’Homme dans l’atmosphère depuis le début de la révolution industrielle. On montrera des graphiques tronqués, montrant ce que l’on veut y trouver, mais qui n’auront aucune validité mathématique. On distordra en toute connaissance de cause les dires de climatologues renommés. Et ainsi de suite.

Les critiques ne peuvent être arrêtées car celles-ci n’ont aucun fondement tangible et ne seront que rarement scientifiquement justifiées. Si elles l’étaient, elles seraient publiées dans des revues peer-reviewed et discutées entre scientifiques, pas dans la sphère publique. Mais peu importe, on en réfèrera (encore) à la théorie du complot, les tenants du réchauffement anthropique interdisant toute publication contredisant leur théorie dans la totalité des revues, et ce depuis qu’Arrhenius a prédit l’augmentation de la température atmosphérique causée par le doublement de sa teneur en dioxyde de carbone il y a plus d’un siècle (sic).

N’en déplaise à certains, les résultats scientifiques ne connaissent pas la démocratie. Les conclusions tirées de l’expérience et de mesures, confirmées par des modèles physiques et mathématiques, n’en ont que faire de savoir si oui ou non le public est prêt à les accepter. La physique semble déranger, et ce n’est pas en se voilant la face et en refusant de l’accepter qu’on changera ses règles. Le climato-scepticisme, ou plutôt la peur climatique, ne tient pas la route face aux multiples faisceaux coïncidents qui confirment de jour en jour l’Homme comme responsable du bouleversement climatique qui a d’ores et déjà commencé. Malgré les erreurs reconnues et corrigées des rapports du GIEC, ceux-ci restent la référence à laquelle nous devons faire confiance [11]. Nos sociétés connaîtront des changements profonds au cours de ce siècle, non seulement du fait des changements climatiques, mais aussi de la raréfaction des ressources naturelles et de la destruction systématique des écosystèmes que nous sommes en train de causer. Le vrai débat, celui qui devrait mobiliser les foules, n’est plus de savoir si le réchauffement est réel ou si l’humanité en est responsable. La question est de savoir si nous acceptons d’éviter le pire en changeant notre course aujourd’hui, ou si nous préférons continuer comme si de rien n’était pour subir impuissants les conséquences dramatiques de notre inaction dans un futur proche. Face à la menace, l’ignorer n’est pas une option, le fatalisme non plus. Il ne tient qu’à nous de faire face.

Notes et références :

[1] The Heat is on, Ross Gelbspan, 1998

[2] Boiling Point, Ross Gelbspan, 2005

[3] Climate Cover-Up, James Hoggan & Richard Littlemore, 2009

[4] Merchants of doubt, Erik Conway & Naomi Oreskes, 2010

[5] http://www.skepticalscience.com

[6] The American Denial of Global Warming, presentation par Naomi Oreskes (disponible sur http://www.youtube.com/watch?v=2T4U...). Voir aussi [4].

[7] http://climatedenial.org est un site qui se concentre sur la question de l’aspect psychologique des changements climatiques. Divers rapports d’instances officielles soulignent l’importance de la dimension psychologique dans la lutte contre les changements climatiques (ex : http://www.apa.org/science/about/pu...)

[8] http://www.realclimate.org

[9] http://www.deepclimate.org

[10] http://tamino.wordpress.com

[11] Chaque rapport du GIEC est un état de l’art de la science qui déjà lors de sa publication est âgé de quelques années. Ceci est dû à leur processus de rédaction qui suppose plusieurs allers-retours entre contributeurs afin de garantir leur qualité. Un rapport plus récent a été publié peu avant COP15 fin 2009 : http://www.copenhagendiagnosis.org

120 installations nucléaires arrêtées : on en fait quoi ? Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2010/02/26 Réseau Sortir du nucléaire (26 février 2010) 120 installations nucléaires arrêtées : on en fait quoi ?. Reporterre. fr

120 installations nucléaires arrêtées : on en fait quoi ?

Plus de cent installations nucléaires sont arrivées au terme de leur fonctionnement. Un débat est nécessaire pour savoir ce qu’on en fait. Une pétition est lancée en ce sens.

Il existe 121 installations nucléaires en France, imposées aux Français sans aucune consultation démocratique. 14 d’entre elles sont arrêtées. Se pose aujourd’hui la question de leur démantèlement et du devenir de leurs déchets radioactifs.

Les autorités tentent d’occulter cette question en morcelant les dossiers enquête par enquête. Le 6 juin 2007, le Réseau « Sortir du nucléaire » a obtenu gain de cause devant le Conseil d’Etat, qui a annulé le décret autorisant le démantèlement de la centrale de Brennilis, aucun débat public n’ayant eu lieu. A plusieurs reprises, le Réseau « Sortir du nucléaire » a demandé aux ministres concernés l’ouverture d’un débat public sur la question globale du démantèlement des installations nucléaires et du devenir de leurs déchets, conformément aux directives européennes en vigueur.

Pourquoi engager précipitamment les opérations de démantèlement, alors que les travailleurs seront beaucoup plus exposés à la radioactivité et qu’il n’existe à ce jour aucune installation pour le stockage des déchets les plus radioactifs ?

Au sortir du Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy a pris l’engagement de ne pas créer de nouveau site nucléaire. En contradiction avec cette promesse, les autorités cherchent pourtant à créer un nouveau site d’enfouissement dans l’Est de la France pour accueillir les déchets issus du démantèlement. Les populations locales refusent avec raison que leur territoire subisse pendant des millénaires les rejets de radioactivité d’une poubelle nucléaire.

Le bilan catastrophique du site d’enfouissement allemand d’Asse II et le coup d’arrêt porté au projet de Yucca Mountain (Etats-Unis) par le président Obama montrent que l’expérience de Bure (Meuse) doit être arrêtée, et l’option de l’enfouissement des déchets radioactifs doit être définitivement proscrite.

De même, il n’est pas acceptable que soit créé, sur le site du Bugey (Rhône), un site d’entreposage provisoire des déchets les plus radioactifs issus du démantèlement. Cette option augmenterait le nombre de transports de déchets hautement radioactifs et dangereux à travers toute la France.

Il faut examiner et débattre la possibilité du stockage des déchets radioactifs sur les sites mêmes où ils ont été produits. Chacun des sites de stockage déjà existants (Morvilliers, Soulaines, Cadarache, La Hague…) doit être reconsidéré.

Il est impossible de confiner les déchets radioactifs pendant des millénaires, et le danger qu’ils représentent est avéré. Se pose ainsi la question d’arrêter d’en produire.

Je demande l’ouverture d’un débat public contradictoire, équitable envers toutes les parties prenantes, honnête et non truqué, sur le démantèlement des installations nucléaires et le devenir de leurs déchets radioactifs. Tout chantier en cours visant à démanteler une installation nucléaire doit être stoppé tant que ce débat public n’aura pas eu lieu.

La guerre des OGM est-elle finie ? Daniel Evain Reporterre 2010/02/27 Daniel Evain (27 février 2010) La guerre des OGM est-elle finie ?. Reporterre. OGM fr

La guerre des OGM est-elle finie ?

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Daniel Evain est agriculteur biologique à Dourdan, en Ile-de-France, et membre du Haut conseil des biotechnologies.

Un manifeste pour le renouveau de la démocratie Fonda et Adels Reporterre 2010/02/27 Fonda et Adels (27 février 2010) Un manifeste pour le renouveau de la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Un manifeste pour le renouveau de la démocratie

CITOYENS, ELUS, ASSOCIATIONS : FACE AUX MEMES ENJEUX.

Nous, Fonda, Adels et signataires de ce manifeste, attirons l’attention des élus et des citoyens sur la nécessité de renforcer le pacte démocratique sur tous nos territoires. Alors que des réformes institutionnelles se dessinent, alors que les municipalités dressent un premier bilan de leur action depuis 2007 et que s’élaborent les projets pour la prochaine mandature des conseils régionaux, la coopération entre société civile et collectivités territoriales doit être renouvelée.

La crise de notre modèle de développement est structurelle et globale. Elle est économique, sociale, écologique, culturelle et politique. Le pire ne pourra être évité sans une transformation radicale de nos modes de vie, de nos manières de penser, de consommer, de produire, d’être solidaires.

Pour réussir, il faut une volonté politique ferme et partagée, mobilisant non seulement la puissance de l’action publique mais aussi les ressources de la société civile.. Nous avons besoin de l’énergie, des compétences et des convictions de nos concitoyens et des organisations dont ils se sont dotés, notamment leurs associations.

Cette conjonction des forces sociales et de la puissance publique se construit avant tout sur les territoires, par la proximité et les relations humaines qui s’y nouent dans la reconnaissance mutuelle et la coopération. C’est aux niveaux territoriaux que doit d’abord s’élaborer et se mettre en mouvement le nouveau pacte démocratique dont nous avons besoin.

Nous partageons le souci d’une meilleure organisation des compétences entre les différentes collectivités publiques, et d’une réforme de la fiscalité locale, sous réserve qu’elles n’affaiblissent pas la capacité des collectivités territoriales à soutenir les initiatives citoyennes, à coproduire le bien commun avec le milieu associatif. Les réformes de l’organisation politique et administrative doivent renforcer la capacité de tous les acteurs à agir ensemble pour la collectivité, dans le respect de l’autonomie de chacun. C’est pour cela que nous demandons qu’un débat citoyen ouvert, et le plus large possible, soit engagé sur l’acte III de la décentralisation et la réforme de la fiscalité locale.

Mais la seule rationalisation des structures ne saurait suffire. C’est notre capacité collective à coproduire l’intérêt général qu’il faut renforcer en permettant au plus grand nombre d’oeuvrer à sa définition, sa mise en oeuvre et son évaluation. Les associations doivent y jouer un rôle essentiel en coopération avec les élus locaux, en inscrivant leurs actions communes et respectives dans un ensemble d’engagements réciproques précis et formalisés.

Pour permettre cette consolidation des relations entre société civile et élus, quatre objectifs prioritaires doivent être poursuivis :

• Définir des règles de relations entre élus et société civile,

• Soutenir les associations et les habitants, dans leurs capacités à être des forces de propositions,

• Ouvrir le jeu démocratique avec la création d’espaces de débats permettant une appropriation collective des politiques publiques,

• Construire des politiques associatives territoriales.

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Paradis fiscaux : la transparence bancaire n’est pas au rendez-vous Stop Paradis fiscaux Reporterre 2010/02/27 Stop Paradis fiscaux (27 février 2010) Paradis fiscaux : la transparence bancaire n’est pas au rendez-vous. Reporterre. fr

Paradis fiscaux : la transparence bancaire n’est pas au rendez-vous

La loi contraint les banques à dévoiler leurs activités dans les paradis fiscaux. Les citoyens doivent le leur rappeler.

Alors que la loi française contraint à partir de jour les banques à faire preuve de transparence quant à leurs activités dans les paradis fiscaux [1], les organisations membres de la campagne « Stop Paradis fiscaux ! » [2] invitent les citoyens à adresser une lettre [3] à leurs directeurs d’agence pour leur demander toute la lumière sur les activités réelles de leur banque dans ces territoires.

Quelques jours après la publication par la France de sa propre liste de paradis fiscaux réduite à 18 ‘territoires confettis’, la campagne « Stop paradis fiscaux ! » rappelle que l’essentiel de la finance mondiale opaque est épargné par la liste française. De grands centres financiers toujours adeptes du secret, tels que les îles Caïmans, le Luxembourg, la Suisse, le Liechtenstein et autres Îles Vierges britanniques, ont rapidement rejoint la liste blanche de l’OCDE [4] et sont donc hors de la liste française.

Pourtant, si le gouvernement veut connaître l’activité des banques françaises dans les 18 territoires qu’il a épinglés, pourquoi les banques refuseraient-elles de communiquer des informations sur l’ensemble des pays où elles sont présentes ? Ainsi, pour ne citer que deux exemples, on dénombre 189 filiales de la BNP–Paribas dans des paradis fiscaux qui ne figurent pas sur la liste française (dont 21 dans les Iles Caïman, 27 au Luxembourg ou encore 4 à Singapour) et pas moins de 115 filiales pour le Crédit agricole [5].

Outre l’impact délétère de l’évasion fiscale sur les finances publiques en France, et plus encore dans les pays en développement, les épargnants français ont tout à craindre de la présence de leurs banques dans les trous noirs de la finance mondiale où sont pris des risques inconsidérés, catalyseurs de la crise actuelle. Ils doivent rester vigilants face au double langage sur la transparence et la responsabilité des banques et peuvent, en tant que clients, agir de manière concrète comme le propose la campagne « Stop paradis fiscaux ! ».

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Notes :

[1] Suite à l’arrêté d’octobre 2009, la législation française exige des banques françaises qu’elles produisent en annexe de leurs comptes annuels une liste de leurs implantations dans les territoires désignés comme paradis fiscaux par la France et la nature des activités qu’elles y mènent.

[2] « Stop paradis fiscaux ! » est une campagne de mobilisation citoyenne et syndicale qui a été lancée en septembre 2009. Elle vise à diffuser largement un appel contre les paradis fiscaux et invite chacun à agir en proposant différentes initiatives. Organisations membres : CFDT, CGT, Snui, Solidaires et des associations Attac, CCFD-Terre Solidaire, Oxfam France et de la Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires.

[3] Modèle de lettre disponible sur le site de la campagne www.stopparadisfiscaux.fr.

[4] Le prix à payer pour être « blanchi » réside pourtant dans la signature de seulement 12 conventions, souvent entre paradis fiscaux comme pour Monaco. La liste française « oublie » également les Etats européens et les territoires ayant signé une convention fiscale aux normes de l’OCDE avec la France, comme les Bahamas ou Andorre qui sont pourtant toujours sur la liste grise de l’OCDE.

[5] Résultats de l’enquête d’Alternatives économiques, en mars 2009, tous les chiffres sont disponibles à l’adresse suivante : http://www.alternatives-economiques...

La tempête Xinthia, un avant-goût des effets du changement climatique France Nature Environnement (FNE) Reporterre 2010/03/01 France Nature Environnement (FNE) (1er mars 2010 à 18h23,) La tempête Xinthia, un avant-goût des effets du changement climatique. Reporterre. fr

La tempête Xinthia, un avant-goût des effets du changement climatique

La tempête qui a frappé la côte atlantique montre la nécessité d’une maîtrise de l’urbanisation littorale.

Ce week-end la tempête Xynthia, l’une des plus violentes depuis celle de 1999, s’est abattue sur la côte atlantique faisant une cinquantaine de morts sur son passage et de nombreux dégâts matériels. Pour FNE, cet événement tragique doit servir d’électrochoc.

Vents violents, forte marée (plus de 110 de coefficient), pluies diluviennes et crues ont entraîné des ruptures de digues, des chutes d’arbres, des arrachages de toiture, des dégâts dans les stations de ski pyrénéennes mais aussi la désorganisation des services de transports, vraisemblablement des pollutions issues des stations d’épuration submergées, des coupures d’électricité.

Le même scénario pourrait se répéter

Au vu des prévisions du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) qui annonce une élévation du niveau de la mer de 1 mètre d’ici la fin du siècle, ce phénomène exceptionnel en soi sera amené à se répéter de plus en plus fréquemment.

Ce type de phénomènes, submersions et inondations, pourrait donc avoir des impacts aussi conséquents, de plus en plus souvent, et de plus en plus loin dans les terres, si l’on prend en considération l’élévation du niveau marin. « Il est donc urgent de définir une carte fine des risques inondation/submersion, carte qui sous-tendra un plan stratégique national, régional et local concerté », explique Christian Garnier, vice-président de FNE et co-pilote des questions mer et littoral.

Se replier ou combattre, il faudra choisir

Au-delà des aides aux victimes, ou des mesures de solidarité nationale annoncées par le gouvernement, la France a besoin de mettre en place un plan stratégique face à ce phénomène de submersion, objet parmi d’autres du Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques, lancé en décembre, auquel FNE contribue.

« Si un haut lieu historique tel que Saint-Malo doit être préservé à tout prix de la montée des eaux, il faut garder à l’esprit que sa conservation engendrera un coût continu et mal maitrisé, analyse Benoit Hartmann, chargé de mission mer et littoral à FNE. L’artificialisation du littoral et des zones inondables ne doivent se faire qu’en dernier recours si l’on estime que le bénéfice que l’on en retire justifie le coût continu de la stratégie. »

Mais l’on peut aussi choisir la stratégie du repli. Cette dernière induirait, entre autres, de redéfinir la bande des 100 mètres (Loi Littoral), d’abandonner certaines zones de peuplements, et ainsi protéger les personnes et leurs biens, voire même laisser des marais maritimes se recréer en arrière des dunes, comme dans les Landes.

Pour Christian Garnier : « artificialisation inconsidérée des côtes ou repli en bon ordre, comme aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne, cela relève d’un choix stratégique qui doit se faire collectivement ».

Une cartographie pour l’aide à la décision et à l’acceptation du risque

Après une cartographie des côtes de la France face au changement climatique et en particulier face aux risques de submersion et d’inondation, une consultation nationale, régionale et locale devra être mise en place, y compris Outre-Mer. Cette carte, couplée à cette concertation, nous semble être le seul outil qui permettra de faire les choix les plus rationnels. « Il est donc urgent de mettre en place un plan stratégique, accompagné d’une cartographie des risques, pas seulement en bord de mer car nous pourrions avoir de mauvaises surprises ailleurs, comme cela a pu être le cas ce week-end » estime Sébastien Genest, président de FNE. « Si l’on n’anticipe pas aujourd’hui les risques que pourront subir nos côtes, le réveil pourrait s’avérer encore une fois brutal ».

L’imposture croissanciste Hervé Kempf Reporterre 2010/03/01 Hervé Kempf (1er mars 2010 à 08h42,) L’imposture croissanciste. Reporterre. Tribune — fr

L’imposture croissanciste

Après avoir ingurgité divers pamphlets dénonçant « l’imposture » et le « mythe » climatiques, le chroniqueur s’est intéressé au colloque du conseil scientifique du Front national sur le réchauffement climatique, qui s’est tenu à Nanterre, le 30 janvier. On doit à la journaliste Jade Lindgaard, qui l’a signalé sur Médiapart, de ne pas avoir ignoré cette nouvelle aventure de la pensée.

Jean-Marie Le Pen a conclu le colloque. Citant Claude Allègre, il a exposé combien était fausse la théorie selon laquelle l’activité humaine causait le changement climatique en cours. « Il s’agit d’un dogme. Un dogme, par définition, se passe de toute preuve rationnelle. »

Mais plus intéressant que ce renfort de poids aux climato-sceptiques est que M. Le Pen a révélé l’enjeu idéologique de l’affaire : « Sachant que la dépense d’énergie est à la base de la croissance économique, la recherche de la croissance entraîne donc le réchauffement climatique », a-t-il expliqué. En effet, « il ne peut y avoir croissance s’il n’y a pas développement de l’économie, et donc de l’énergie qui la sous-tend ».

Conclusion implicite : comme il ne faut pas remettre en cause la croissance économique, il est nécessaire de ne pas reconnaître la responsabilité de la consommation d’énergie dans le réchauffement climatique.

Par coïncidence, c’est la semaine où les climato-sceptiques occupaient micros et caméras que Nicolas Sarkozy a relancé la Commission pour la libération de la croissance française , présidée par Jacques Attali. Il faut, indique l’Elysée, le 23 février, que la France « s’inscrive sur un chemin de croissance forte et durable ».

La croyance dans les bienfaits de la croissance est-elle un dogme ? Je laisse ce point à la sagacité des lecteurs.

En tant qu’objecteur de croissance, notons que deux illusions animent les croissancistes.

La première est de croire que l’on peut revenir à une croissance forte du PIB (produit intérieur brut). Comme le montre bien Pierre Larrouturou (Crise, la solution interdite, éd. Desclée de Brouwer, 2009), le rythme de la croissance, en France, diminue régulièrement depuis 1960, c’est une tendance historique de fond dont rien ne permet de penser qu’elle peut s’inverser.

La seconde illusion est de croire que la croissance entraîne nécessairement une baisse du chômage. Au contraire, l’économiste Jean Gadrey démontre dans Alternatives économiques de février qu’il faut découpler ces deux grandeurs. « Produire des biens (ou des services) de façon écologiquement durable ou socialement préférable exige plus de travail que produire les »mêmes« biens en détruisant les ressources naturelles et le climat, ou en industrialisant les services. »

Eh oui : on créera plus d’emplois en accordant plus d’importance à l’écologie. Encore faut-il reconnaître la gravité du changement climatique et la crise écologique.

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Références :

- M. Le Pen au Colloque du conseil scientifique du FN : http://www.frontnational.com/?p=3720

- Article de Jean Gadrey : http://www.alternatives-economiques...

Manifestation à Nérac contre le projet de TGV Très Grande Vigilance Albret Reporterre 2010/03/01 Très Grande Vigilance Albret (1er mars 2010 à 08h05,) Manifestation à Nérac contre le projet de TGV. Reporterre. fr

Manifestation à Nérac contre le projet de TGV

MANIFESTATION à NERAC (47) Samedi 6 Mars à 10h30

NON aux Lignes LGV OUI aux lignes existantes

Cette manifestation est organisée par Très Grande Vigilance Albret avec le soutien de l’Association de Sauvegarde des Landes et Côteaux de Gascogne et LEA

NON aux nouvelles Lignes à Grande Vitesse OUI à l’aménagement et à l’amélioration des voies existantes.

L’Etat, Réseau Ferré de France et certains grands élus veulent imposer la construction de deux nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse : Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Espagne, composantes avec les lignes Tours-Bordeaux et Poitiers-Limoges de l’ensemble baptisé LGV Sud Europe Atlantique.

Considérant que : - les LGV n’ont jamais enlevé les camions des routes ; - la très grande vitesse gaspille beaucoup trop d’énergie ; - les grands chantiers ne respectent ni les hommes ni la nature ; - le gain de temps entre grandes métropoles ne revêt pas un intérêt public majeur : 6 min entre Bordeaux et Dax et 14 min entre Bordeaux et la frontière, par rapport aux voies existantes mises aux normes ; - les gares TGV loin des centres ville, incitent à l’usage de la voiture ; - les LGV sont des barrières qui enclavent, séparent les hommes, perturbent les activités humaines, fragmentent l’espace et détruisent la biodiversité d’un territoire ; - les contribuables n’ont pas à payer les chantiers inutiles qui vont saccager leur cadre de vie, tout en endettant les générations à venir ; - le prix à payer, financier, social et écologique, est disproportionné par rapport aux services attendus.

Considérant que : - l’aménagement des voies existantes, beaucoup moins coûteux, est compatible avec un service ferroviaire de proximité efficace ; - cet aménagement permettra le développement du fret ferroviaire et la circulation des TGV à 220 km/h ; - l’aménagement des voies existantes est ainsi l’unique choix pertinent et d’intérêt général.

Nous, signataires,

Exprimons notre refus des projets inutiles, ruineux et dévastateurs de lignes nouvelles à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Espagne ;

Demandons l’amélioration rapide, la mise aux normes et l’entretien du réseau existant ainsi que le renforcement optimal de la protection des riverains.

Le Développement durable, c’est le développement du capitalisme Lemi Reporterre 2010/03/02 Lemi (2 mars 2010) Le Développement durable, c’est le développement du capitalisme. Reporterre. Tribune — fr

Le Développement durable, c’est le développement du capitalisme

A propos du livre de Romain Felli, « Les deux âmes de l’écologie ».

Il y a eu Grenelle et le sourire niais de la Hulotte – profession, sauveur de terre –, benêt médiatique aux anges d’être instrumentalisé. Arthus-Bertrand et ses raids « écolo » hélitreuillés, son film « grandiose » matraqué partout. L’avènement d’Europe Ecologie et de Dany le-moins-rouge-que-jamais, désormais intronisé homme politique incontournable de ce début de décennie. La mascarade Sarkozy levant ses petits poings rageurs pour l’avenir de nos enfants. Le lancement récent de ce nouveau magazine, Green-Business, dont le nom dit tout. La débandade de Copenhague après les annonces en cascade… Une avalanche d’épisodes tragi-comiques – et pléthore de vedettes éco-tartuffes – dont on s’échinerait en vain à faire le compte. Avec cette vérité émergeant peu à peu du barnum : le green maquillage permet au capitalisme de se racheter une virginité à peu de frais et à ses maquignons – hommes politiques & chefs d’entreprise main dans la main – de se poser en sauveurs. Finies les postures industrielles et les discours ultra-libéraux, place aux pollueurs hypocrites la bouche en cœur [1], à la croissance relookée because beaucoup plus pimpante dans ce green qui désormais l’enrobe.

Le principal symptôme de cette évolution est sans nul doute ce développement durable vendu comme nouvel horizon indépassable pour une humanité soudain – c’est magique – responsable. C’était facile en fait, pas besoin de s’alarmer, il suffisait de jouer à fond les green tech. Le hic, évidemment, c’est qu’en s’accaparant le discours écologique, les tenants du développement durable ont vampirisé l’idéal écologique de l’ensemble de ses principes de base, hold-up parfait. « L’écologie est devenue un facteur de stabilité voire de légitimation de l’ordre existant », explique ainsi Romain Felli [2], auteur du très instructif Les Deux âmes de l’écologie [3].

Développement durable : le casse écologique du siècle

On a l’impression qu’il est là depuis la nuit des temps, que déjà à l’âge de pierre ; des pantins lugubres s’agitaient pour te vendre leur viande de mammouth certifiée durable, bobos néolithiques. Mais non. Le concept de développement durable est relativement neuf, une vingtaine d’années. Par contre, il s’est développé et généralisé avec une telle voracité qu’il a été rebaptisé « concept-glouton » par Sylvie Brunel [4], équivalent d’une sorte de Pacman lexical polymorphe qui a su s’imposer partout, sous toutes les formes, dans toutes les bouches.

À cela, il faut surtout ajouter la généralisation à tout va de l’idée de complémentarité entre croissance et écologie. Le capitalisme vert a le vent en poupe et le critiquer vous expose à être illico taxé de gros salopard cynique (ou de rêveur indécrottable). Si bien que Romain Felli en arrive à le désigner comme « horizon indépassable de notre temps ». Interrogé sur l’origine du concept, il en retrace les débuts :

"L’émergence internationale de ce concept date très clairement de 1989 et du fameux rapport « Brundtland » (du nom de l’ancienne première ministre norvégienne qui dirigeait la commission ayant assuré sa rédaction) qui le définit et le propose comme fondement de la politique environnementale internationale. Ce rapport a servi à préparer le « sommet de la Terre » en 1992 à Rio.

L’opération produite par le rapport Brundtland consiste à renverser l’orthodoxie précédente qui opposait croissance économique et protection de l’environnement, en posant au contraire la complémentarité de la croissance et de la protection de l’environnement. On comprend que sur ces bases, l’écologie cesse d’être un problème, une limite ou un obstacle à l’accumulation du capital et en devient au contraire une de ses possibilités. Ce projet de « modernisation écologique » a depuis été poursuivi avec enthousiasme dans l’ensemble des pays industrialisés."

L’écologie cesse d’être un problème un obstacle à l’accumulation du capital et en devient au contraire une de ses possibilités. Tout est dit. À la suite de ce rapport Brundtland, l’idée que la croissance n’est pas incompatible avec l’écologie s’impose progressivement sur la place publique. Dans le même temps, les principes de base de l’écologie politique se retrouvent catalogués comme poussiéreux, bêtement utopiques.

Cette écologie politique, que l’on retrouve dans les thèses de Jacques Ellul ou Ivan Illich, de René Dumont ou André Gorz (entre autres), et désignée par Romain Felli sous le terme d’ « écologie par en bas », a toujours été basée sur des principes d’autonomie, de décentralisation, de critique de la technique et de la croissance à tout prix. A l’inverse, l’écologie qui triomphe avec le développement durable est une « écologie par en haut », conservatrice. « Deux tendances se sont opposées dès l’origine et continuent à le faire. Réduire la pensée écologique au développement durable, c’est nier cette opposition et naturaliser la pratique actuelle », rappelle ainsi Romain Felli. Dès lors que l’écologie politique, « par en bas », n’a plus le vent en poupe, c’est son pendant conservateur qui vampirise le débat :

"Une forme de révolution conservatrice a été opérée par laquelle de contestataire, l’écologie devient un facteur de stabilité voire de légitimation de l’ordre existant. Il n’est plus question aujourd’hui, grâce au développement durable, de contester radicalement le capitalisme, la « société de consommation » ou l’Etat policier. Le but est au contraire de conserver ce monde existant, de le rendre durable en opérant une forme de modernisation écologique du capitalisme. On observe aujourd’hui tout une rhétorique de la « croissance verte », et de nouveaux secteurs économiques (énergies renouvelables, dépolution,...) qu’on ne peut pas comprendre si on considère le développement durable comme une forme de contestation de l’ordre social existant."

On retrouve cette position chez Paul Ariès, rédacteur du journal La Décroissance, qui caractérise le développement durable comme la « une barbarie qui vient ». Dans La Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance [5], il écrit : « Ce projet [le développement durable] d’adapter la planète mais aussi les humains aux besoins du "toujours plus" ne pourra se faire qu’au détriment du plus grand nombre, au prix d’un clivage de l’humanité. […] Si le sarkoproductivisme peut accepter un tel projet, une gauche véritablement sociale et une écologie antilibérale ne le peuvent pas. »

Remettre l’écologie politique au centre du débat ?

Les petits bouts d’écologie qui naviguent dans le débat politique institutionnel sont appelés à se multiplier. Rien de plus normal : le capitalisme post-crise ne peut que se féliciter de leur prolifération. Outre que ce vernis permet de se dédouaner à bon prix de tout saccage planétaire, c’est un pan économique presque vierge qui s’offre aux entrepreneurs de tous bords. Dans ces conditions, la croissance verte est partout encensée, encouragée, posée comme unique solution, chez les verts comme ailleurs. Un unanimisme critique qui équivaut à une démission.

En se diluant et en ne se positionnant plus dans une critique globale, l’écologie perd sa crédibilité, conforte le système même qu’elle est censée combattre. De critique acerbe, elle devient alliée à qui - parfois - l’on donne un os à ronger. Pour le chercheur suisse, revenir à l’écologie politique implique un renversement total de nos cadres de pensée. Il ne suffit pas de plaider la décroissance, il faut reconstruire un autre système, nous confie-t-il.

"En l’état du système économique actuel, un ralentissement du taux de croissance, voire sa baisse produisent des catastrophes sociales. On aurait tort de penser, mais je crois que personne ne défend vraiment cette idée, qu’il faudrait aller vers une simple « décroissance » d’un indicateur du PIB. Un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes. La critique de la croissance est donc nécessairement une remise en cause des rapports de propriété, du but de la production, du contrôle de l’économie, etc."

C’est également un rapport au savoir qui se joue, une capacité à maitriser les outils de production. L’écologie telle qu’elle s’impose dans le débat publique est de plus en plus proche de ce que Hans Jonas appelait de ses vœux : « Une tyrannie bienveillante ». Concentrée entre les mains d’experts et de groupes censés disposer du savoir, elle s’éloigne de plus en plus des idéaux d’autonomie et de la participation de la société civile. Pour Romain Felli, inverser la tendance implique de repolitiser l’écologie :

"Il faut arriver à sortir de l’idée qu’il y aurait des experts qui produisent une vérité au sujet de la nature et qui proposeraient des solutions nécessaires. On ne peut pas simplement se soumettre aux « limites de la nature » mais arriver à fixer collectivement, c’est-à-dire démocratiquement des limites. Ces limites sont sociales et politiques."

A cet égard, je pense qu’il faut sortir de la vieille opposition entre « classe ouvrière » et « nouveaux mouvements sociaux ». Les résistances à la crise écologique sont de plus en plus comprises comme des luttes anti-capitalistes et c’est une bonne chose. La jonction entre syndicats et mouvement écologique s’est faite dans les manifestations contre l’OMC à Seattle, par exemple. C’est quelque chose qu’il s’agit d’approfondir. Les syndicats doivent recommencer à porter un discours alternatif sur les conditions de vie, la réduction du temps de travail, l’autogestion,etc.

Rassembler, donc, et convaincre, faire jonction, voilà ce qui pourrait donner de l’ampleur à une critique anti-productiviste constructive. Face à ce principe de réalité agité partout, tout le temps - il faudrait être réaliste, regarder les choses en face et cesser de s’accrocher à des chimères écologiques -, Romain Felli répond par un éloge de l’utopie, seule manière de reconquérir des alternatives sociétales :

"Le critique littéraire Frederic Jameson nous enjoint, à raison je crois, à être anti-anti-utopiste. Le monde nous semble aujourd’hui largement unidimensionnel et se refuse à toute critique. Pire, une certaine forme de catastrophisme écologiste (notamment autour de la crise climatique) en vient explicitement à dire que l’urgence écologique oblige à remettre à plus tard la critique du système existant, l’urgence étant la « survie de l’Humanité ». Au nom de cette urgence, il s’agirait de s’allier avec les grandes entreprises et d’accepter la logique du marché (éco-taxes, marché de permis de polluer) comme seules solutions à la crise. Comme le dit Jameson, il devient plus difficile d’imaginer la fin du capitalisme que la fin du monde."

Je pense que nous avons besoin d’un renouveau de la pensée utopique, c’est-à-dire de la possibilité d’imaginer un monde différent du notre, et qui, par différence, montre que ce qui est pris pour normal ou évident est en réalité spécifique à notre société. L’urgence c’est d’être capable de se représenter des alternatives.

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Notes

[1] Voir par exemple cet article de François Ruffin dans Fakir, "Votre label écolo en 10mn". Ou cet autre d’Aurélien Bernier dans le même Fakir, "Trader de vents".

[2] Dans un entretien réalisé par mail qu’il a gentiment accepté de nous accorder.

[3] Editions l’Harmattan, 2008.

[4] In Le Développement durable, Paris, PUF, 2004. Cité dans l’ouvrage de Romain Felli.

[5] 2010, Editions La Découverte/Les Empêcheurs de penser en rond.

La Commission européenne autorise de nouveaux OGM Corinne Lepage Reporterre 2010/03/02 Corinne Lepage (2 mars 2010) La Commission européenne autorise de nouveaux OGM. Reporterre. fr

La Commission européenne autorise de nouveaux OGM

La Commission européenne autorise une pomme de terre transgénique et le maïs MON 863, ré-ouvrant l’Europe aux OGM.

Alors que la Commission Européenne s’apprête aujourd’hui à annoncer l’autorisation de culture d’une pomme de terre génétiquement modifiée, Corinne Lepage, député européen, vice-présidente de la commission Environnement du Parlement, affirme sa détermination à dénoncer et à s’opposer à une véritable offensive pro-OGM de la part de José-Manuel Barroso et du nouveau Commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs, John Dalli.

« Cette décision de reprendre les autorisations de dissémination d’OGM dans l’environnement, en évacuant le débat sur leurs risques, est inacceptable et constitue une véritable déclaration de guerre à l’égard des citoyens européens majoritairement opposés aux cultures OGM, de la part de M. Barroso », affirme Corinne Lepage.

« Si c’est cela le "changement" que M. Barroso avait promis au Parlement avant son investiture, cela augure mal de la politique environnementale et sociale de la nouvelle Commission. »

« M. Barroso veut ouvrir les vannes aux OGM au niveau européen et espère faire passer la pilule des risques mal évalués pour la santé en laissant les gouvernements décider de leur mise en culture ou non sur leur territoire national, afin de passer outre les blocages au sein du Conseil des Ministres. Cela ne change évidemment rien à la protection de la santé des consommateurs, au contraire, la volonté de M. Barroso est de réduire encore les études préalables qui restent secrètes », analyse Corinne Lepage.

La pomme de terre de BASF modifiée génétiquement pour produire plus d’amidon serait la première autorisation de mise en culture d’un OGM en Europe depuis 1998. En parallèle, la Commission prévoit également de revoir les exigences d’évaluation à la baisse, alors même que les procédures actuelles de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) ne permettent pas une évaluation sérieuse des risques à long-terme des OGM pour la santé et l’environnement.

« M.Barroso s’empresse de donner des gages aux pays exportateurs d’OGM alors qu’il n’a rien fait pour répondre aux exigences des Etats-membres, portées par la présidence française en 2008, d’améliorer l’évaluation des risques des OGM et de réformer le fonctionnement de l’EFSA, agence non exempte de conflits d’intérêts » , dénonce Corinne Lepage. « Les OGM sont un enjeu de société qui ne peut pas être traité en dehors des procédures démocratiques, sous couvert de considérations techniques et commerciales », ajoute-t-elle.

Des procédures techniques dites de « comitologie » permettent en effet à la Commission d’autoriser des OGM en l’absence de majorité au sein du Conseil, et sans que le Parlement n’ait son mot à dire.

La Commission s’apprête également à autoriser plusieurs maïs transgéniques destinés à l’importation, à faire passer un texte détaillant les données que les industriels doivent fournir pour recevoir une autorisation, et M. Barroso et M. Dalli ont annoncé leur volonté de « re-nationaliser » les décisions de mise en culture d’OGM.

« Alors que nous devons redonner confiance à nos concitoyens dans les institutions européennes, le fait que les premières décisions de la nouvelle Commission soient d’autoriser les OGM pour satisfaire les lobbys qui les soutiennent est un détestable signal en direction de l’opinion publique européenne ».

La guerre des OGM connait un tournant historique Eric Meunier et Christophe Noisette Reporterre 2010/03/03 Eric Meunier et Christophe Noisette (3 mars 2010) La guerre des OGM connait un tournant historique. Reporterre. fr

La guerre des OGM connait un tournant historique

C’est un tournant : avec l’autorisation donnée par la Commission européenne à la culture d’une pomme de terre transgénique est mis fin à douze ans de moratoire de fait sur ces autorisations. Voici les principaux éléments relatifs au dossier de la pomme de terre de BASF.

La pomme de terre transgénique Amflora, mise au point par l’entreprise allemande BASF, a été autorisée le 2 mars par la Commission européenne... Il s’agit de la première autorisation d’une plante génétiquement modifiée à la culture depuis 1998, date de l’autorisation du maïs Mon810. La nouvelle Commission Barroso commence donc son mandat par une décision qui risque d’être largement impopulaire. Cette décision n’est pas surprenante pour autant, car dès le mois de janvier, des bruits dans les couloirs de la Commission circulaient annonçant que Barroso souhaitait en terminer avec le blocage sur le dossier OGM.... Cette autorisation, extrêmement controversée, s’accompagne de trois autres pour l’importation de trois variétés de maïs génétiquement modifiés : les variétés Mon863xMon810, Mon863xNk603 et Mon863xMon810xNk603.

La pomme de Terre Amflora (EH92-527-1) a été modifiée par transgénèse afin de contenir un taux d’amidon, sous forme d’amylopectine, plus élevé. L’amylopectine intéresse l’industrie pour la fabrication de textiles, béton ou papier. Selon le dossier déposé par l’entreprise, l’industrie du papier serait la principale destinataire de l’amidon produit par cette PGM. Autre caractéristique, la pomme de terre Amflora contient le gène nptII qui confère une résistance à l’antibiotique kanamycine. Or pour ce dernier, les experts sont en conflit : ceux de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments (AESA) considèrent que l’utilisation d’un gène de résistance à la kanamycine n’est pas problématique ; ceux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en revanche, considèrent qu’il s’agit d’un antibiotique important en médecine qu’il importe donc de préserver en limitant la possibilité de création de bactéries résistantes par la diffusion du gène nptII.

Dossier d’autorisation

C’est en 2003 que l’entreprise BASF déposait un dossier de demande d’autorisation pour la culture, la transformation industrielle de cette pomme de terre GM et l’alimentation animale, selon la procédure 2001/18 (référence SE/96/3501). En 2005, elle déposait une seconde demande, pour l’alimentation humaine et animale, selon la procédure 1829/2003 cette fois (référence UK/2005/14). Ce second dossier est pour le moins intriguant, la pomme de terre étant principalement destinée à la seule utilisation par l’industrie du papier. Rien à voir avec l’alimentation... Mais comme le souligne l’AESA dans son avis du 7 décembre 2005, « le pétitionnaire a conclu qu’il ne pouvait pas être exclu que cette pomme de terre transgénique et certains produits de transformation de l’amidon soient utilisés ou soient présents dans l’alimentation humaine » (1). Reconnaissant donc que les filières de production et de transformation des PGM ne sont pas étanches, la proposition d’autorisation formulée par la Commission européenne sur le dossier concernait donc également l’alimentation humaine mais, première dans l’histoire des autorisations , seulement en cas de présence fortuite ou techniquement inévitable, avec, dans ce cas, un plafond maximum de présence autorisée à 0,9% ! (2) La décision du 2 mars de la Commission européenne porte sur les deux dossiers qui ont été gérés en même temps depuis la première proposition d’autorisation par la Commission européenne. Il faut enfin noter que si la pomme de terre Amflora a reçu l’aval des experts européens, les Etats membres n’avaient eux pas réussi à s’entendre sur une décision puisque ni le comité des experts en décembre 2006, ni le Conseil des ministres en juillet 2007 n’avaient atteint une majorité qualifiée pour autoriser ou rejeter cette pomme de terre. Le dossier était donc revenu sur le bureau de la Commission européenne dont la décision finale était attendue depuis.

A quoi sert la fécule de pomme de terre ?

La fécule de pomme de terre est un amidon haut de gamme. Actuellement, au niveau mondial, la fécule de pomme de terre représente 5% de l’ensemble de la production d’amidon (derrière l’amidon de maïs et l’amidon de blé), mais elle est recherchée dans certaines utilisations spécifiques de l’agroalimentaire, de la papeterie-cartonnerie, de la chimie et autres industries diverses (adhésifs, textile, forages...).

BASF met la pression

Comme nous venons de le voir, depuis 2007, la Commission européenne a les « mains libres » pour autoriser cette pomme de terre transgénique. Cependant, du fait d’une opposition très forte des Européens aux OGM, la Commission européenne précédente n’osait pas autoriser une nouvelle PGM à la culture. Elle a donc repoussé ce dossier. BASF, et ses partenaires suédois - Plant Science Sweden AB et Amylogene HB – ont alors décidé en 2008 de faire pression sur la Commission européenne, en déposant une plainte le 24 juillet 2008, devant le Tribunal de première instance de l’Union européenne (3). cette plainte demandait au tribunal d’obliger la Commission à autoriser la pomme de terre étant donné que la votation des Etats membres n’avaient pas obtenu la majorité qualifiée requise pour rejeter l’autorisation. Pour BASF, la Commission a failli à ses obligations découlant des articles 18 de la Directive 2001/18 et de l’article 5 de la décision du Conseil 1999/468. La plainte visait aussi à faire annuler la demande de la Commission européenne à l’AESA le 14 mars 2008 au sujet de l’utilisation de gènes marqueurs de résistance à des antibiotiques dans la construction génétique de cette pomme de terre. Pour BASF, cette demande ne servait qu’à retarder l’autorisation et n’était pas fondée scientifiquement. Il ne s’agissait en effet pour la Commission que d’obtenir de l’AESA une « opinion consolidée » par rapport à l’usage de ces gènes marqueurs. En moyenne, le Tribunal de première instance rend ses décisions dans les 2 ans et à ce jour, aucun jugement n’est encore intervenu.

En parallèle, BASF a organisé, en avril 2008, en Allemagne, une grande campagne de publicité pour la pomme de terre Amflora. BASF a fait publier dans les plus importants journaux allemands une lettre ouverte à Stavros Dimas, alors Commissaire européen à l’Environnement. Le titre résume bien la teneur de cette lettre : « Amflora est un produit sûr et respectueux de l’environnement qui offre des avantages aux agriculteurs et à l’industrie en Europe » (4).

Enfin, de façon plus informelle, BASF a menacé la Commission européenne et le gouvernement allemand de déménager ses activités de recherche si cette pomme de terre n’était pas autorisée avant la fin février 2010...

Les risques

Principal risque pour la médecine : rendre l’antibiotique kanamycine inopérant à terme. Concernant les impacts sur l’environnement, il est à noter que la pomme de terre GM n’avait été testée aux champs que dans un seul pays, la Suède, au moment du dépôt des dossiers d’autorisation (cf. dossier UK/2005/14). Si les essais en champs ont donc bien eu lieu, la question de leur exhaustivité est tout de même posée puisque la Suède ne peut que difficilement prétendre représenter l’ensemble des paysages de culture européens. Notons que des essais en champs ont été réalisés depuis dans d’autres pays, mais seulement après que les dossiers de demande d’autorisation aient été montés et envoyés...

L’Amflora n’est pas nécessaire

En Allemagne, un projet mené par Emsland Group et Europlant a permis la mise au point, par des méthodes de sélection conventionnelle, d’une pomme de terre qui possède le même intérêt que la pomme de terre Amflora, à savoir une haute teneur en amylopectine. Cette nouvelle pomme de terre est donc une alternative moins risquée, car sans transgène, à la pomme de terre Amflora (5).

Qui va cultiver cette pomme de terre en Europe ?

La question est donc désormais de savoir qui pourrait être intéressé par cultiver cette pomme de terre. D’après la Commission européenne, la culture de cette pomme de terre serait envisagée par BASF dès avril 2010, en République Tchèque et en Allemagne. Les années suivantes, elle pourrait avoir également lieu aux Pays-Bas et en Suède. En Allemagne, BASF a d’ores et déjà organisé les cultures. D’après Simone Knorr, responsable de l’association allemande Informationdienst Gentechnik (6), quelques agriculteurs ont déjà déclaré aux autorités compétentes leurs champs comme accueillant des pommes de terre transgéniques pour être prêts au cas où l’autorisation serait délivrée avant les semis. Ces quelques agriculteurs sont proches de l’entreprise BASF.

A noter qu’en Allemagne, depuis plusieurs années, des essais en champ de pomme de terre Amflora ont eu lieu. Les derniers essais auraient ainsi servi à produire les plants nécessaires à mise en culture commerciale. Par rapport à ces essais, l’opposition allemande a, à plusieurs reprises, déposé des questions au gouvernement, sur la localisation des parcelles d’essais, sur le niveau de productivité des pommes de terre GM testées, sur le devenir des pommes de terre issues de ces essais, et sur les conditions de sécurité et de contrôle de ces essais. Ces questions sont restées pour l’instant sans réponse.

En France, Inf’OGM a cherché à connaître la position des professionnels de la filière « pomme de terre » par rapport à cette autorisation imminente. Nous avons pu joindre seulement le responsable de la Chambre syndicale professionnelle nationale de la féculerie de pomme de terre qui nous a répondu, brièvement. Son organisation n’a pas de position particulière sur ce dossier, mais en tant que syndicat interprofessionnel, la priorité, précise-t-il, est d’être à l’écoute de ses clients, eux-mêmes à l’écoute des consommateurs. Ainsi, actuellement, il n’est donc pas question d’acheter des produits GM. Il ajoute : « La situation est bloquée et ça ne sert à rien de vouloir la débloquer quand elle n’est pas mûre ».

Une opposition citoyenne active

Le 1er mars 2010, à Berlin, 500 militants de Greenpeace ont formé une immense table dessinant, vue du ciel, un « Nein » (non) devant la Porte de Brandenbourg (7). A cette table était servi un repas de pommes de terre biologiques. Cette action visait précisément à dénoncer l’arrivée imminente de la pomme de terre transgénique Amflora.

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Notes :

1. http://www.efsa.europa.eu/EFSA/efsa...

2. http://register.consilium.europa.eu...

3. Affaire n°T-293/08 : http://www.infogm.org/spip.php?arti...

4. http://www.infogm.org/spip.php?arti...

5. http://www.keine-gentechnik.de/news...

6. http://www.keine-gentechnik.de

7. http://www.greenpeace.de/themen/gen...

« Le Réseau Sortir du nucléaire est votre Réseau - Vous avez le droit de savoir » Des membres du Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2010/03/03 Des membres du Réseau Sortir du nucléaire (3 mars 2010) « Le Réseau Sortir du nucléaire est votre Réseau - Vous avez le droit de savoir ». Reporterre. Tribune — fr

« Le Réseau Sortir du nucléaire est votre Réseau - Vous avez le droit de savoir »

Le Réseau Sortir du nucléaire traverse une grave crise. Derrière des conflits personnels se pose la question du choix d’une ligne stratégique.

Nous nous devons de porter à votre connaissance les faits qui se sont déroulés au sein de l’administration et de la direction du Réseau Sortir du nucléaire depuis décembre 2009, jusqu’à l’AG du 6 et 7 février 2010 à Lyon. Ces faits ont gravement remis en cause le fonctionnement démocratique du Réseau dont vous êtes membres, et les fondements même de la lutte antinucléaire.

Début décembre, le Conseil d’Administration (CA) s’est trouvé mis devant le fait accompli suivant :

1/ Une lettre du directeur administratif Philippe Brousse décidant, sans concertation avec le CA, l’engagement d’une procédure « pouvant aller jusqu’au licenciement » du porte-parole Stéphane Lhomme.

2/ Une lettre des autres salariés posant un ultimatum de grève illimitée... si le CA entravait la procédure.

3/ Le sort de Stéphane Lhomme devait être « tranché » lors d’une simple réunion téléphonique le 9 décembre.

Résistant à la pression des salariés, et en l’absence de faute grave, la majorité du CA a rejeté le 3 janvier le licenciement de notre porte-parole. Tandis que la majorité des salariés se mettait en grève, le directeur administratif tentait le lendemain même d’imposer le licenciement, au mépris de la légitimité du CA-employeur. Une semaine plus tard, il menaçait le CA par lettre recommandée de mettre l’affaire devant les prud’hommes pour « remise en cause de ses prérogatives ».

La majorité des salariés a poursuivi la grève durant le mois de janvier malgré la présence d’une médiatrice mandatée à leur demande. Des négociations, des recherches de solutions au quotidien, et des déplacements des membres du CA à Lyon eurent lieu pendant toute cette période mais les « revendications » des grévistes étaient irrecevables : demander des sanctions contre un autre salarié et la restriction de ses missions, cela ne relève pas de revendications professionnelles mais de la prise de pouvoir. Du coup, la situation est restée bloquée et, l’AG approchant, les salariés ont décidé de l’instrumentaliser pour avoir un CA à leur convenance. C’est inadmissible.

C’est pourtant ce qui s’est passé lors de l’AG des 6 et 7 février qui fut littéralement prise en otage, les salariés, le directeur administratif et la minorité du CA ayant dramatisé la situation à outrance :

- Par une mise en scène de la grève qui ne laissait supposer d’issue que dans la révocation du CA ;

- Par une alerte sur la situation financière du réseau, de la part des directeurs administratif et financier (confortée par un commissaire aux comptes) pour imposer le caractère « urgent » et « indispensable » de débarquer la majorité du CA, présentée comme responsable de cette situation ;

- Par la main-mise sur la tribune, les débats, la rédaction des motions, et par l’utilisation de méthodes inqualifiables (censure sur l’accès au micro, empêchement physique de l’accès à la tribune).

C’est dans ces conditions que l’AG a voté la révocation du CA dans son ensemble (malgré les statuts qui prévoient un renouvellement annuel par tiers), et l’installation d’un CA provisoire dans des circonstances et modalités précipitées et pour le moins contestables : absence de listes des inscrits, attribution fantaisiste de nombreuses procurations, ordre du jour non suivi (1), sans oublier une brusque augmentation du nombre d’adhésions juste avant l’AG.

La tentative de licenciement de Stéphane Lhomme, qui reste sur un « siège éjectable », et la révocation du CA cacheraient-elles en réalité une divergence stratégique et politique de fond (2) ? Nous sommes nombreux à le penser. Par ailleurs, face à une tentative de prise de pouvoir bureaucratique, il est indispensable de préserver l’organisation démocratique, décentralisée et non hiérarchisée qui a fait la force du Réseau jusqu’à aujourd’hui.

L’AG de juin 2010 devra élire un nouveau CA et juger du bilan du CA provisoire qui a été élu sur une « feuille de route » technique. Un processus démocratique, clairement défini et ne pouvant souffrir aucune contestation, doit désormais être mis en oeuvre dans le Réseau Sortir du nucléaire. C’est pourquoi nous vous invitons de toute urgence à signer la proposition en annexe afin qu’elle soit en vigueur lors de la prochaine AG en juin 2010.

Si vous êtes d’accord avec cette proposition de scrutin, merci de nous le faire savoir sur reseau.democratie (at) free.fr

Signataires : Didier Anger, Frédéric Boutet, Chantal Cuisnier, Stéphane Maimbourg, Véronique Marchandier, Pierre Péguin, Alain Rivat, Isabelle Taitt.

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Notes :

(1) En particulier : l’assemblée générale exceptionnelle, qui était régulièrement convoquée et devait se tenir le 7 février à 10h, n’a pas eu lieu. Or, elle devait entre autre permettre d’adopter des mesures visant à protéger le Réseau, comme l’impossibilité pour un représentant d’une autre association nationale de se faire élire au CA du Réseau (problème de double porte-parolat).

(2) Le conflit a éclaté juste avant Copenhague à propos de la signature par le Réseau de l’appel « Ultimatum climatique », adressé à Sarkozy, et qui « oublie » de préciser qu’il ne faut pas utiliser le nucléaire sous prétexte de protéger le climat. La majorité du CA et Stéphane Lhomme ont pris clairement position contre la signature de ce texte, contrairement aux autres salariés et à une minorité du CA. Il est d’ailleurs à noter que, lors de l’AG de février, une motion a tranché le débat et nous a donné raison en rejetant la signature par le Réseau de tout texte sur le climat qui ne condamne pas explicitement le nucléaire. Dans le Réseau, certains veulent privilégier la lutte contre le changement climatique au détriment de la lutte contre le nucléaire. Mme Lauvergeon a déclaré à l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2009 : « Dans les années soixante-dix, le mouvement écolo s’est développé à partir de sa lutte antinucléaire, mais je pense qu’une scission interviendra sous peu entre les écolos ’canal historique’, qui resteront antinucléaires jusqu’à la fin des temps, et les écolos modernes qui vont finir par reconnaître que le nucléaire fait partie des solutions. » La prophétie de Mme Lauvergeon serait-elle en marche jusque dans le Réseau ?

Proposition pour un scrutin démocratique dans le Réseau « Sortir du nucléaire »

Dans le cadre de la période provisoire en cours, suite à la crise interne et dans le but d’éviter toute contestation possible, un nouveau mode de scrutin doit être mis en place pour être en vigueur dès la prochaine élection prévue en juin 2010.

A ce jour :

- un administrateur n’est élu sur aucune orientation ou positionnement, il se présente juste devant l’assemblée, en expliquant d’où il vient et quelle association il représente. Il est nécessaire que les administrateurs soient enfin élus sur des orientations, sur un programme.

- sur 870 associations membres du Réseau, et environ 500 à jour de cotisation, quelques dizaines seulement sont présentes et décident pour tout le monde. Cela laisse la place à des manœuvres indignes comme ce fut le cas en février 2010. Ces méthodes d’un autre temps, qui ont permis le renversement du CA en bafouant les statuts, doivent disparaître.

Ce que nous proposons :

Il faut mettre en place pour l’élection de juin 2010 d’un système comparable à ce qui existe dans diverses grandes organisations démocratiques.

Ainsi, ce scrutin : - doit se faire sur la base de textes d’orientations défendus par des listes de candidats. - doit comprendre un vote par correspondance (*) complété à l’AG par les présents qui n’auraient pas voté par correspondance. Le dépouillement a ainsi lieu lors de l’AG comme d’habitude.

Auparavant, une commission électorale pluraliste (et comprenant des personnes extérieures) doit être mise en place afin de vérifier la sincérité de la liste des associations adhérentes, et en particulier d’expliquer : - la brutale augmentation, juste avant l’AG de février 2010, du nombre des associations adhérentes - le nombre surprenant de procurations utilisées lors de cette AG

Pour éviter toute suspicion légitime, il est indispensable de réserver le droit de vote aux adhérents de l’année n-1 (en l’occurrence 2009) comme cela se fait dans la plupart des grandes organisations démocratiques. Ce mode de scrutin démocratique et transparent est compatible avec les statuts actuels et peut donc être en vigueur dès juin 2010. A défaut, le « putsch » de février 2010 sera malheureusement légitimé. Il est encore temps de refaire du Réseau une organisation démocratique.

(*) Les associations adhérentes reçoivent, avec les documents préparatoires de l’AG : les textes d’orientation et les listes de candidats, une enveloppe pour voter à mettre dans une enveloppe « T » adressée à une boite postale au nom d’une personne neutre (avocat du Réseau, huissier, etc)

Le marché des pauvres est une source d’opportunités Association internationale des sinistrés de la crise Reporterre 2010/03/04 Association internationale des sinistrés de la crise (4 mars 2010) Le marché des pauvres est une source d’opportunités. Reporterre. fr

Le marché des pauvres est une source d’opportunités

Les pauvres et la crise écologique sont une source prolifique d’opportunités commerciales. Elles sont étudiées à Paris lors du Forum des innovations innovants pour le développement.

Au terme de sa première journée, le Marché international des financements innovants pour le développement a répondu aux espoirs de l’Association internationale des sinistrés de la crise (AISC).

Nous saluons le travail effectué sous l’égide de l’AFD, de la Banque mondiale et de la Fondation Gates lors de ces deux journées. Les invités d’importance internationale rassemblés lors de cette première journée, Christine Lagarde, l’Aga Khan ou encore Robert Zoellick, ont su imprimer l’esprit du capitalisme refondé à une assemblée enthousiaste face aux multiples opportunités qu’offre le marché mondial de la pauvreté et du désastre écologique imminent : micro-finance carbone, services bancaires électroniques, micro-assurances par téléphone mobile, transferts des risques vers les marchés financiers off-shore... offrent enfin aux riches de retrouver ce rôle et cet espace d’enrichissement hégémoniques que la crise" avait momentanément remis en cause.

Au delà des nombreuses technologies proposées aux acteurs de la finance, de la téléphonie ou encore de l’énergie, l’AISC se félicite tout particulièrement de l’implacable résistance témoignée par les institutions organisatrices, fondations ou bailleurs de fonds publics, face aux revendications fantaisistes des associations dites « altermondialistes » pour une taxe sur les transactions financières susceptible de désarmer la finance et d’entamer une réelle redistribution des richesses. Etats et institutions financières internationales ont rappelé combien ils se doivent au service des vrais acteurs économiques de cette planète, multinationales, banques et investisseurs, dont l’AISC représente activement les intérêts à Paris lors de ces deux journées.

Nous l’affirmons : le capital ne peut être mis dans toutes les mains, surtout pas celles des pauvres.

C’est pour saluer de nos chants et de nos messages le courage et le sens des responsabilités des organisateurs du salon international des financements innovants et de leurs partenaires, en particulier publics, que nous nous retrouverons demain vendredi 5 mars à 13h, devant la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris-La Villette

Point de rendez-vous : Esplanade face cité des Sciences de la Villette à 13h00

Les raisons du chaos Immanuel Wallerstein Reporterre 2010/03/04 Immanuel Wallerstein (4 mars 2010) Les raisons du chaos. Reporterre. Tribune — fr

Les raisons du chaos

« Oui, les Etats-Unis sont politiquement instables, et il est probable qu’ils le deviennent encore plus, pas moins, au cours de la prochaine décennie. »

Vous savez que vous vivez dans une situation chaotique lorsque : (1) les grands médias sont constamment surpris par ce qui arrive ; (2) les prédictions à court terme de divers experts partent dans tous les sens et sont assorties de nombreuses réserves ; (3) l’Establishment ose dire des choses ou employer des mots auparavant tabous ; (4) les gens ordinaires ont peur, sont en colère mais ne savent pas très bien quoi faire. C’est une bonne description des deux dernières années dans le monde entier, ou du moins dans la plus grande partie.

Jugez-en par les récentes énormes « surprises » : l’élection d’un sénateur républicain dans le Massachusetts ; la déconfiture financière de Dubaï ; la quasi-banqueroute de divers grands Etats des Etats-Unis et de quatre ou cinq Etats membres de l’Union européenne ; les violentes fluctuations mondiales des taux de change.

Ces « surprises » sont chaque jour commentées dans la presse internationale et par des dirigeants politiques. Ils ne sont absolument pas d’accord entre eux sur ce qui arrive et encore moins sur ce que l’on devrait faire pour améliorer la situation. Par exemple, je n’ai relevé que deux déclarations intelligentes sur les résultats de l’élection aux Etats-Unis.

L’une venait de Barack Obama lui-même : « Ce qui a fait élire [le Républicain] Scott Brown [dans le Massachusetts] et ce qui m’a propulsé au pouvoir, c’est une seule et même chose. Les gens sont furieux, ils sont énervés. » La seconde venait de l’éditorialiste africain-américain Charles M. Blow dans le New York Times. Il avait intitulé sa tribune « Le règne de la populace ». « Bienvenue à la populace, dit-il : un électorat furieux, blessé, mis à fleur de peau par la récession, virant d’un bout à l’autre du spectre politique, toujours en quête de changement, voulant du sang. » D’abord, ils avaient élu Obama ; maintenant ils le rejettent. Pourquoi ? « Les masses sont capricieuses ».

Que voit-on en Californie, en Grèce, dans la plupart des Etats de la planète ? Les revenus des Etats sont moindres, essentiellement à cause de recettes fiscales en diminution, baisse elle-même provoquée par le fait que partout, les gens consomment moins par crainte de manquer d’argent. Dans le même temps, précisément parce que le chômage mondial est considérablement plus important, les demandes de dépenses auprès des Etats ont augmenté.

Les gouvernements ont donc moins d’argent pour faire face à des demandes plus importantes. Que peuvent-ils faire, alors ? Ils peuvent augmenter les impôts. Mais les imposés sont rarement favorables aux hausses de taxes qui les touchent. Et les gouvernements redoutent la fuite des entreprises. Eh bien, alors, ils peuvent sabrer les dépenses, actuelles ou futures, comme les pensions de retraites. Ils sont alors confrontés à des troubles, voire à des révoltes populaires.

Pendant ce temps, le « marché » réagit. Mais qu’est-ce donc que ce marché qui réagit, par exemple en changeant ses préférences monétaires ? Ce sont de très grandes entreprises ou des structures financières comme les hedge funds, les fonds spéculatifs, qui exploitent le système financier international pour en tirer des gains à court-terme aussi rapides qu’importants. Par conséquent, les gouvernements sont face à des choix impossibles, et les individus plus encore. Ils sont incapables de prédire ce qui a des chances de se produire. Ils n’en deviennent que plus frénétiques. Ils se déchaînent en devenant protectionnistes, xénophobes ou démagogiques. Ce qui, bien sûr, ne résout pas grand chose.

Entre ici en scène le plus grand des grands pontes mondiaux, Thomas L. Friedman, qui commet une tribune titrée « Jamais entendu parler de ça avant ». De quoi donc n’avait-il jamais entendu parler avant ? Il a entendu des non-Américains parler à Davos de « l’instabilité politique » des Etats-Unis. Il dit qu’à sa connaissance, jusque là, une telle expression n’avait été utilisée que pour des pays comme la Russie, l’Iran ou le Honduras. Imaginez donc cela. Des gens pensent en fait que les Etats-Unis sont politiquement imprévisibles. Et Thomas Friedman n’en avait jamais entendu parler avant.

Certaines personnes l’ont écrit, l’ont expliqué, depuis près de quarante ans au moins, mais Thomas Friedman n’en avait jamais entendu parler avant. La raison, c’est qu’il vit dans un cocon protecteur auto-construit, celui de l’Establishment politique des Etats-Unis et de ses acolytes ailleurs. Les choses doivent vraiment aller mal pour eux pour qu’ils se rendent compte désormais de cette réalité de base. Oui, les Etats-Unis sont politiquement instables, et il est probable qu’ils le deviennent encore plus, pas moins, au cours de la prochaine décennie.

L’Europe est-elle plus stable ? Un peu seulement. L’Amérique latine est-elle plus stable ? Un peu seulement. La Chine est-elle plus stable ? Un peu, peut-être, mais sans garantie aucune. Quand le géant vacille, il peut entraîner bien des choses dans sa chute.

Bien, c’est ce à quoi ressemble un chaos quotidien, une situation qui n’est pas prévisible à court terme, encore moins à moyen terme. C’est, par conséquent, une situation dans laquelle les fluctuations économiques, politiques et culturelles sont amples et rapides. C’est ce qui est effrayant pour la plupart des gens.

Mal à l’Europe Hervé Kempf Reporterre 2010/03/07 Hervé Kempf (7 mars 2010) Mal à l’Europe. Reporterre. Tribune — fr

Mal à l’Europe

Un des premiers actes notables de la nouvelle Commission européenne présidée par M. Barroso a été, le 2 mars, de briser le moratoire qui s’était instauré, en Europe, sur les autorisations d’organismes génétiquement modifiés (OGM).

De quoi découlait ce moratoire ouvert en 1998 ? Du fait que les gouvernements des Etats ne s’accordaient pas pour leur donner le feu vert. Pourquoi ne s’accordaient-ils pas ? Parce que, étant élus, ils entendaient l’hostilité ou la méfiance de la majorité des citoyens européens à l’égard de cette technologie.

M. Barroso - et les « élites » - jugent que les citoyens ont tort. La Commission a donc choisi d’autoriser la culture d’une pomme de terre transgénique. La décision est prise sans que le collège des commissaires en ait discuté en réunion. Le dossier n’est plus géré par le commissaire à l’environnement, mais par celui chargé de « la santé et de la protection des consommateurs », comme si la question des OGM se résumait à un enjeu sanitaire.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments, sur l’avis de laquelle la Commission se fonde, est critiquée par les Etats eux-mêmes (conseil des ministres de décembre 2008). Et l’autorisation accordée concerne un OGM intégrant un gène résistant aux antibiotiques, alors que tout le débat qui a eu lieu durant les années 1990 avait conclu qu’il ne fallait pas utiliser de tels gènes - une conclusion inscrite dans la directive 2001-18 qui est censée guider les choix en la matière.

Déni de démocratie, volonté de se plier aux desiderata des industriels, mépris implicite d’une agriculture qui ne serait pas productiviste : voilà ce qu’est cette décision. Mais il y a plus grave encore, qui touche à l’idéal européen lui-même. Pour continuer à imposer les OGM, la Commission veut que chaque Etat puisse choisir s’il les autorise ou pas chez lui. Cela revient à diviser l’Union, à la laisser aller à hue et à dia sur une question éminemment importante, qui n’est pas de simple convenance nationale, mais implique une politique agricole commune. C’est entériner sa faiblesse, dans le sens souhaité par le « parrain » dont elle n’arrive pas à se défaire, les Etats-Unis.

La décision de la Commission résonne avec un autre échec, à Copenhague, lorsque l’Europe a abandonné aux Etats-Unis et aux pays émergents la conduite de la discussion sur le changement climatique. Durant les années 1990 et au début des années 2000, l’Europe commençait à trouver, par les OGM, par le climat, le chemin d’une diplomatie écologique, où elle esquissait le modèle d’un développement respectueux des humains et de l’environnement.

Elle est en train d’abandonner cette ambition, sans doute la seule qui lui donnait sens. Que les eurocrates et les « élites » ne s’étonnent pas si, décidément, les Européens n’adhèrent pas au conglomérat mou et soumis aux multinationales qu’ils leur imposent.

Le revenu maximal progresse (un peu) à Strasbourg Karima Delli Reporterre 2010/03/07 Karima Delli (7 mars 2010) Le revenu maximal progresse (un peu) à Strasbourg. Reporterre. fr

Le revenu maximal progresse (un peu) à Strasbourg

Instaurer un revenu plafond de 40 fois le revenu médian : l’idée entre dans le circuit.

A l’aube de cette année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, alors que BNP Paribas vient d’annoncer des profits records pour l’année 2009, avec plus de 8 milliards d’euros, et que les bénéfices des dix plus grandes banques européennes dépassent les 50 milliards d’euros, le débat sur la régulation des marchés financiers bat son plein au Parlement européen. Cette semaine, c’est au tour de la Commission de l’Emploi et des Affaires sociales, dont je suis membre, de se pencher sur la question à travers deux textes aux implications différentes.

Le premier texte est un avis de mon collègue Patrick Le Hyaric sur le rapport d’initiative relatif aux Questions de déontologie liées à la gestion des entreprises. Prenant appui sur la recommandation de la Commission publiée en avril 2009, cet avis invite la Commission à aller plus en avant dans la législation communautaire en encadrant de manière plus stricte les politiques de rémunération des administrateurs et dirigeants des sociétés cotées et dans le secteur des services financiers. Il prévoit notamment de plafonner les salaires, bonus et retraites des dirigeants des entreprises aidées. Il propose également que les aides soient conditionnées par des engagements en termes d’emploi, de formation et de conditions de travail, et que l’élaboration des politiques de rémunérations se fasse dans la transparence et la concertation avec les représentants des salariés.

Une partie de ces recommandations sont toutefois en passe d’être déjà mises en œuvre grâce à un second texte sur lequel la Commission de l’Emploi et des affaires sociales a insisté pour émettre un avis, et qui concerne la surveillance prudentielle par les autorités de régulation bancaire des politiques de rémunérations dans le secteur des services financiers (révision de la directive de 2006 sur les exigences de fonds propres).

L’un et l’autre de ces deux textes sont l’occasion de promouvoir les idées du Collectif "Sauvons les riches !", et notamment notre proposition phare d’instaurer un revenu maximum européen. J’ai ainsi proposé, par voie d’amendement au rapport Le Hyaric, d’instaurer un plafond équivalent à 40 fois le revenu médian pour le montant global des rémunérations perçues par les cadres et dirigeants des entreprises du secteur financier, incluant bonus, stock-options et retraites, mais aussi de promouvoir l’égalité salariale hommes-femmes, la lutte contre les paradis fiscaux ou encore la démocratie sociale dans les entreprises.

De même, j’ai proposé dans le rapport de M. Christensen sur la surveillance prudentielle des politiques de rémunérations, l’interdiction pure et simple des « Golden hello », bonus versés sans contrepartie aux nouveaux traders embauchés dans une banque, ainsi que l’étalement sur une durée d’au moins cinq ans du versement des bonus et leur plafonnement à 20% de la rémunération totale, de manière à décourager les comportements spéculatifs guidés par la perspective d’un profit personnel à court terme.

La question de la régulation bancaire et de l’encadrement des marchés financiers ne doit pas rester une préoccupation de quelques économistes. Au contraire l’opinion publique doit s’en emparer car c’est avant tout une question de déontologie et de responsabilité sociale du secteur bancaire dont les comportements excessifs ont conduit à la crise non seulement économique et sociale mais aussi environnementale (comme le montre mon ami Hervé Kempf dans son essai Comment les riches détruisent la planète).

Le secteur financier doit assumer son rôle de financement de l’économie et cesser de faire passer l’intérêt à court terme de l’actionnaire-roi avant l’intérêt général de la collectivité. C’est l’objet des amendements que je défendrai cette semaine devant la Commission de l’Emploi et des affaires sociales du Parlement européen. Croisons les doigts pour qu’ils soient adoptés d’ici quelques semaines et qu’un premier pas soit ainsi fait en direction de l’instauration d’un revenu maximal européen.

L’EPR est susceptible d’un accident grave Réseau « Sortir du nucléaire » Reporterre 2010/03/08 Réseau « Sortir du nucléaire » (8 mars 2010) L’EPR est susceptible d’un accident grave. Reporterre. fr

L’EPR est susceptible d’un accident grave

Des documents d’EDF révèlent que le réacteur EPR peut connaître un scénario d’accident grave.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » révèle des documents confidentiels, divulgués par une source anonyme interne à EDF. Ces documents démontrent que la conception de l’EPR implique un sérieux risque d’accident majeur – risque pris en conscience par EDF pour des raisons de calcul économique. Potentiellement sujet à un emballement dont les conséquences seraient incontrôlables, l’EPR s’avère donc extrêmement dangereux.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" a constitué un groupe d’experts pour analyser de façon approfondie ces documents, qui nous ont été envoyés très récemment. Voici les premiers enseignements que l’on peut en tirer, ils sont de première importance.

Certains modes de pilotage du réacteur EPR peuvent provoquer l’explosion du réacteur à cause d’un accident d’éjection de grappes (qui permettent de modérer, d’étouffer la réaction nucléaire). Ces modes de pilotage sont essentiellement liés à un objectif de rentabilité économique, qui implique que la puissance du réacteur puisse être adaptée à la demande électrique. Ainsi, dans le but de trouver une hypothétique justification économique à l’EPR, ses concepteurs ont fait le choix de prendre le risque très réel d’un accident nucléaire. De plus, l’essentiel des arguments en faveur de l’EPR (puissance, rendement, diminution des déchets, sûreté accrue) s’avèrent faux.

EDF et Areva ont tenté de modifier le pilotage du réacteur : ces efforts n’ont pas abouti à des parades éliminant cette classe d’accidents. L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a semble-t-il été tenue à l’écart de ces questions.

Il semble donc bien que la conception de l’EPR accroisse le risque d’un accident de type Tchernobyl, qui entraînerait la destruction de l’enceinte de confinement et la dispersion massive de radionucléides dans l’atmosphère.

Les 8 et 9 mars, Paris accueille une conférence internationale pour inviter 65 pays à se doter de la technologie nucléaire. Cette conférence sera ouverte par Nicolas Sarkozy et animée par le Directeur Général de l’AIEA. Il est scandaleux que la France continue ainsi à faire la promotion du nucléaire en général, et de l’EPR en particulier, alors même que la dangerosité de ce réacteur est aujourd’hui démontrée. Il faut donc abandonner immédiatement la construction de l’EPR en Finlande, en France et en Chine, et annuler impérativement le projet prévu à Penly. Le meilleur moyen d’éviter l’accident nucléaire reste la sortie du nucléaire.

Le scénario accidentel en détail :

Selon les calculs d’EDF et d’Areva, le pilotage du réacteur en mode RIP (retour instantané en puissance) et la disposition des grappes de commande du réacteur peuvent provoquer un accident d’éjection des grappes de commande à faible puissance et entraîner la rupture de l’enveloppe du mécanisme de commande de la grappe (i). Cette rupture provoquerait le passage du réfrigérant en-dehors de la cuve du réacteur nucléaire. La perte de réfrigérant (un type d’accident nucléaire très grave) entraînerait la rupture d’un nombre important de crayons par échauffement du combustible et des gaines (ii) et donc le relâchement de vapeur extrêmement radioactive dans l’enceinte de confinement. Il y a alors un risque important d’excursion critique qui résulterait en une explosion (iii), la puissance du réacteur EPR étant démultipliée de façon extrêmement brutale. Suite aux éjections des grappes de commande à faible puissance (EDG), le réacteur EPR pourrait ne pas se mettre en arrêt automatique (iv). Quelle que soit la configuration des grappes de commande, l’accident d’éjection de grappe de commande entraîne un taux important de rupture du combustible (NCE) et donc un risque élevé d’excursion critique (v).

Quand les climato-sceptiques inventent les erreurs du GIEC... Sylvestre Huet Reporterre 2010/03/09 Sylvestre Huet (9 mars 2010) Quand les climato-sceptiques inventent les erreurs du GIEC.... Reporterre. fr

Quand les climato-sceptiques inventent les erreurs du GIEC...

Hélas, oui : l’Amazonie se dirige vers la sécheresse.

Climategate ou mediagate ? L’Amazongate fait pencher la balance vers mediagate. Lancé par le Sunday Times, l’Amazongate accuse le Giec d’avoir dupé le public et les gouvernements sur le risque de secheresses menaçant l’Amazonie en citant un rapport du WWF et de l’UICN écrit par Andy Rowell et Peter Moore publié en 2000.

Raté : le chiffre de 40% cité par ce rapport provient directement d’un article publié par Nature en 1999, et son premier auteur, Daniel Nepstad, un scientifique réputé du Woods Hole Research Center (Massachussets, USA) vient de publier un communiqué énervé contre cette nouvelle manipulation médiatique.

Ce nouveau scandale a démarré par un article du Sunday Times du 24 janvier, repris par le Wall Street Journal. Argument : le rapport 2007 du Giec, en citant un texte du WWF et non la littérature scientifique, aurait exagéré le risque de sécheresse en Amazonie. Or, ce rapport cite en référence un très grand nombre d’articles scientifiques parus dans les meilleures revues. Dont celui de Daniel Nepstad d’où est tiré le chiffre cité. Même si le rapport Rowell ou sa citation dans le rapport 2007 du Giec sont parfois imprécis quant aux surfaces étudiées, l’avis de Daniel Nepstad est catégorique : « En résumé, la conclusion du Giec est correcte. »

L’énervement de Daniel Nepstad est logique : un éditeur du journal l’avait contacté avant parution de l’article soit disant en quête "d"informations". Et Daniel Nepstad lui avait donné des informations, par oral et par ecrit (un mail) qui auraient dû empêcher le journal de monter ce soi-disant scandale amazonien. Pire : l’auteur du rapport du WWF, Rowell, affirme n’avoir jamais été contacté par le journaliste qui a signé l’article, Jonathan Leake. Mais il semble que désormais toute déontologie professionnelle devient inutile dès lors que l’on cherche à casser du Giec. Tous les coups sont bons, surtout s’ils sont sous la ceinture.

Il est intéressant de noter que ces études sur le risque de sécheresse en Amazonie sont multiples et que les dernières parues confirment celles de Nepstad. Ainsi, une équipe de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) vient de publier deux articles sur l’évolution des pluies depuis 40 ans en Amazonie - dans International Journal of Climatology en décembre 2008, et dans Journal of Hydrology en 2009.

Ce travail, permis par l’implantation de l’IRD en Amérique latine et des collaborations scientifiques est expliqué ici en termes simples par une fiche scientifique de l’IRD. On y lit ceci : « En 40 ans, sur l’ensemble du bassin, ces dernières montrent une nette tendance à la diminution des précipitations, avec une baisse relative estimée à 9% entre 1975 et 2003 (avec des disparités saisonnières et régionales)." Leurs recherches, basées sur les données de plus de 750 stations pluviométriques réparties dans les cinq pays du bassin, complètent les études précédentes, focalisées sur l’Amazonie brésilienne.

Les chercheurs de l’IRD ont pu étudier une plus vaste zone, alors que jusqu’à présent, les recherches restaient centrées sur la partie brésilienne du bassin du fait d’une politique de diffusion libre des données météorologiques au Brésil, ce qui en facilite l’accès pour les chercheurs. « Dans les pays andins, explique l’IRD, en raison de la politique des services météorologiques, ces informations étaient moins facilement disponibles. Mais elles sont surtout plus rares dans les régions escarpées, couvertes de forêts impénétrables et difficiles d’accès, du versant amazonien des Andes. Dans cette étude, menée en partenariat entre institutions de recherche et services météorologiques et hydrologiques des pays du bassin, la base de données exploitée est particulièrement riche sur la région andine (Bolivie, Pérou, Équateur et Colombie). Cette étude a donc permis de compléter les travaux précédents et de proposer, pour la première fois, une analyse de la variabilité spatio-temporelle des précipitations sur l’ensemble du bassin amazonien. »

Une autre étude intéressante sur le sujet se trouve sur le site de la FAO.

D’autre part, une vision historique permet de mieux cerner l’ampleur du problème. La forêt amazonienne n’est pas un géant vert indestructible et éternel. Il y a 5 000 ans, la majorité de sa surface actuelle offrait plutôt le spectacle d’une savanne plus ou moins arborée. L’étendue actuelle de la forêt dense n’a pas plus de 1000 ans.

Les Islandais montrent l’exemple Aurélie Trouvé et Einar Mar Gudmundsson Reporterre 2010/03/10 Aurélie Trouvé et Einar Mar Gudmundsson (10 mars 2010) Les Islandais montrent l’exemple. Reporterre. Tribune — fr

Les Islandais montrent l’exemple

Le 6 mars, les citoyens islandais ont refusé de rembourser les dégâts commis par des banquiers spéculatifs. Ils montrent le chemin à une Europe qui devrait reprendre le contrôle de la finance après l’avoir sauvée du gouffre.

Le peuple islandais vient de dire non. C’est une bonne nouvelle pour les peuples européens en proie aux diktats de plus en plus insupportables de l’industrie financière internationale, relayés par les gouvernements et l’Union européenne.

En 2008, en pleine crise économique, le système bancaire islandais s’écroulait et avec lui, la banque en ligne Icesave, filiale de Landsbanki, une des trois grandes banques islandaises, qui opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Cette banque avait pris tous les risques, dans un pays où le monde de la finance, en lien étroit avec le gouvernement, misait à fond sur la dérégulation et les combines. A l’autre bout figurent des clients britanniques et néerlandais appâtés par des rémunérations mirobolantes de leurs dépôts. La grande majorité des contribuables islandais refuse aujourd’hui de payer l’addition pour les errements du système bancaire privé et d’un gouvernement irresponsable.

Face à l’écroulement d’Icesave, les autorités britanniques ont recouru en 2008 à la législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais au Royaume-Uni. La manœuvre aggrava encore les problèmes en étouffant davantage l’économie islandaise, prise en otage dans cette affaire. A présent, le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à l’Islande le remboursement des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager individus, entreprises et institutions lésées par la faillite d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer sur le droit européen, ce que les Islandais contestent : selon ces derniers, le fonds de garantie des dépôts était de la responsabilité exclusive des banques islandaises, sans garantie en dernier ressort de l’Etat islandais.

Quoi qu’il en soit, la note présentée est inacceptable pour les 320 000 habitants de ce petit pays : 3,8 milliards d’euros, soit 40 % du PIB islandais, 12 000 euros par habitant ! Pour faire payer cette dette, sans doute sur plusieurs générations, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement économique. Ils reçoivent l’appui du Fonds monétaire international et des autres pays riches. A la clé : annulation des soutiens promis pour la reconstruction du pays et refus d’adhésion à l’Union européenne. Le choix est clair : mieux vaut sauver l’image du secteur bancaire européen face aux agences de notation et au monde financier, que porter secours à un pays qui s’écroule.

Pour ce faire, il s’agit d’obliger l’Islande à adopter une loi rétroactive reconnaissant sa responsabilité dans la faillite du système bancaire islandais. Sous les menaces, le Parlement islandais a voté une première loi dans ce sens, plafonnant cependant les montants remboursés selon une certaine proportion du PIB islandais. Le texte ayant été refusé par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, le Parlement a revoté une loi levant toute condition au remboursement. Face à une pétition signée par un quart des électeurs, le président islandais a alors refusé de signer le texte de loi et a suspendu la décision au référendum du 6 mars. Le non a été soutenu par de nombreuses organisations de la société civile dont Attac, qui vient de se créer en Islande.

Bien entendu, les agences de notation ont rétrogradé l’Islande au plus bas. Les lobbies financiers accusent déjà les Islandais de ne pas prendre leurs responsabilités et de reporter les conséquences sur les contribuables britanniques et néerlandais. Mais ne pourrait-on pas, au contraire, considérer que les Islandais prennent la seule position responsable et envoient ainsi un signe vers le reste de l’Europe ? Pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une super rentabilité de leur capital. N’ayant guère vu la couleur de ces profits toujours croissants au doux temps de l’euphorie financière, les contribuables ne se résignent pas à devenir les dindons de la farce.

Les avoirs qui subsistent de la banque Landsbanki devraient servir à dédommager en partie le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Au-delà subsiste une question : qui doit payer pour les dégâts et les énormes déficits publics provoqués par la crise financière ? Ces dernières semaines une vague de grèves a secoué la Grèce : là aussi les salariés et les contribuables refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire. Nul doute que dans de plus en plus de pays, les contribuables refuseront de laisser libre cours à un système financier prédateur qui, après avoir été sauvé du gouffre par les Etats, veut maintenant les mettre à genoux. Les gouvernements se retrouvent face à leurs responsabilités : imposer de fortes régulations publiques au système financier, à commencer par la suppression des hedge funds et des marchés de gré à gré, un encadrement très strict des marchés de dérivés, une mise sous contrôle public des agences de notation, un démantèlement des paradis fiscaux, la construction d’un pôle financier public européen sous contrôle démocratique et enfin, une taxation internationale sur les transactions financières, seule à même de juguler la finance et de financer les urgences sociales et écologiques au plan mondial.

Cohn-Bendit préfère Stiglitz et Krugman à Kempf Gérard Andrieu Reporterre 2010/03/10 Gérard Andrieu (10 mars 2010) Cohn-Bendit préfère Stiglitz et Krugman à Kempf. Reporterre. Politique fr

Cohn-Bendit préfère Stiglitz et Krugman à Kempf

Réussir à situer le leader d’Europe écologie sur l’échiquier politique est périlleux. Pour y voir plus clair, peut-être faut-il s’intéresser à ceux qu’ils citent en référence…

Où crèche Daniel Cohn-Bendit ? Dans quel camp le leader d’Europe écologie a-t-il posé ses valises politiques ? C’est l’éternelle inconnue. Invité mardi 9 mars de France Inter , DCB a fustigé Nicolas Sarkozy (« Le représentant de l’écologie cynique »), tendu la main à ceux qui « voulaient changer la donne contre le bipartisme » (les électeurs du MoDem) et taclé le PS (pas foutu, dit-il, de mettre en place une « coordination nationale des politiques régionales » depuis qu’ils sont à la tête des exécutifs locaux). Mais dans le même temps, Daniel Cohn-Bendit rappelle qu’il propose au Parti socialiste, pour le second tour, « un partenariat de gestion ».

Plus instructif finalement pour réussir à placer sur l’échiquier politique le très volatil Cohn-Bendit, se pencher sur les personnalités à qui il se réfère. En réponse par exemple à une auditrice qui citait Hervé Kempf, auteur de Comment les riches détruisent la planète et dont la thèse consiste à dire qu’il est impossible de résoudre la crise écologique sans s’attaquer aux racines d’une autre crise, la crise sociale, DCB, lui, préfère citer Joseph Stiglitz et Paul Krugman. Le premier, Prix Nobel d’Economie, a conseillé Bill Clinton. Le second, lui aussi Prix Nobel, est un célébrissime éditorialiste du New York Times qui a vu certains de ses travaux servir de bases au programme économique de Bill Clinton lors de la campagne de 1992. On y voit plus clair : Cohn-Bendit, en fait, est clintonien ! Cohn-Bendit est un démocrate — ça on le savait — mais américain !

Les étudiants se rebellent contre la marchandisation du savoir Réseau Europe Reporterre 2010/03/10 Réseau Europe (10 mars 2010) Les étudiants se rebellent contre la marchandisation du savoir. Reporterre. fr

Les étudiants se rebellent contre la marchandisation du savoir

Mobilisation en Europe le 12 mars contre la politique européenne visant à privatiser les universités pour les « adapter » à la mondialisation capitaliste.

Veuillez trouvez ci-dessous l’appel de plusieurs organisations étudiantes et universitaires à une mobilisation et à une grève européenne dans les universités le 12 mars, jour de mobilisation européenne dans le cadre du contre-sommet de Vienne à l’occasion de la célébration par les Etats des dix ans du processus de Bologne.

Aujourd’hui, des mobilisations s’amplifient dans toute l’Europe face à la marchandisation du savoir. Un sommet alternatif sera organisé à Bruxelles à l’occasion du conseil européen des 25 et 26 mars qui fera le bilan de la stratégie de Lisbonne, et alors que les Etats vont célébrer à Vienne, les 11 et 12 mars, les dix ans du processus de Bologne, des réseaux étudiants et universitaires dans différents pays européens agissent, préparent un contre-sommet militant, et appellent ensemble à une grève européenne.

Ces mouvements sociaux percent l’épaisse couche de consensus qui prévaut dans les institutions : sous prétexte d’ « harmoniser » les systèmes d’enseignement supérieur, le processus de Bologne prépare leur mise en concurrence et privatisation rampante. Il s’inscrit dans la stratégie de Lisbonne, dite pour « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde », et qui a guidé les politiques européennes depuis dix ans. Celle-ci prévoit entre autres choses l’édification d’un marché européen de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les récentes réformes mise en œuvre au niveau national dans les différents pays européens.

Au nom de la « compétitivité », ces réformes obligent les Universités à recourir à des financements privés et à augmenter les droits de scolarité. Elles creusent les inégalités en contraignant de plus en plus d’étudiants à un endettement massif qui décourage les plus démuniEs de la poursuite des études. Le service public est sacrifié à la rentabilité : sur le « marché du savoir », les étudiantEs sont sélectionnéEs en fonction de leurs ressources. Avec la mise en place de méthodes de gestion managériales, la précarisation des personnels, l’accroissement du pouvoir des entreprises, le savoir tend à être mis entièrement au service des intérêts économiques, au détriment de ses fonctions sociétales, et les filières jugées « peu rentables » sont le plus souvent promises à la disparition…

L’éducation est l’une des plaques tournantes du système, sa transformation traduit et détermine des rapports de forces nouveaux dans la société, qui pèsent sur les droits sociaux des (futurs) travailleurs/chômeurs.

C’est en effet tout un modèle social que la stratégie de Lisbonne entreprend plus largement de déconstruire, en poursuivant un objectif général de déréglementation et dérégulation. Ce n’est pas seulement le monde de la connaissance qui est attaqué mais aussi celui du travail, flexibilisé et précarisé, les grands services publics, tels que l’énergie ou les transports, qui sont soumis à la concurrence, désorganisés et privatisés, les systèmes de solidarités et de redistribution grignotés par le dumping social et fiscal, l’environnement ravagé par les logiques productivistes d’une pseudo « croissance économique durable » ...

Par la nécessaire « adaptation à la mondialisation », on justifie ainsi toutes les régressions sociales et catastrophes écologiques, alors même que c’est la Commission européenne de concert avec les gouvernements qui a développé le libre-échange comme moyen de faire peser une contrainte sur les choix publics. L’objectif de ces politiques est d’augmenter toujours plus les profits et revenus des classes dominantes, et d’asseoir leur pouvoir à la fois économiquement et culturellement. Quand la Commission européenne ambitionne de « diffuser dès les petites classes l’esprit d’entreprise », ce n’est pas seulement le savoir, mais aussi la pensée et la société entière au service d’une minorité détenant le pouvoir économique.

Les résistances et mobilisations doivent converger, ici et en Europe, contre toutes ces attaques, contre la précarité, le chômage, la casse des solidarités et des services publics, le pillage de l’environnement, la marchandisation du savoir...

Nous devons mettre en réseau et solidariser les luttes en Europe, initier un nouveau processus militant, amorcer les premiers contours d’un contre-système éducatif qui irait de pair avec une nouvelle définition des priorité économiques et sociales.

Aussi appelons-nous à participer au contre-sommet de Vienne et nous inscrivons-nous pleinement dans l’appel aujourd’hui lancé à la grève européenne. Solidaires des actions menées dans ce cadre dans toute l’Europe, nous appelons à faire grève sur nos universités lors de la journée d’action du 12 mars pour faire de celle-ci un temps fort de la mobilisation européenne. Nous appelons aussi à deux semaines d’actions locales du 11 au 26 mars, faisant la jonction entre le contre-sommet de Vienne et le Sommet alternatif de Bruxelles, entre les luttes contre la marchandisation du savoir et les enjeux plus larges de la stratégie de Lisbonne qui au nom de la compétitivité détruit les droits sociaux. Il faut nous réapproprier l’espace public, par le débat et l’action militante, dans les amphis et les cafés, dans la rue et le métro, pour montrer et faire entendre qu’une autre Europe existe, une Europe résistante et en mouvement…

Signataires : Attac Campus, Fédération Sud Etudiant, Fac Verte, Front de lutte pour l’éducation, Jeunes Alternatifs, Jeunes de l’Union démocratique bretonne, Jeunes Laïcs et Solidaires, Jeunes Verts, NPA Jeunes, SUD Education, SUD Recherche, SUD Lycéen Manche, Collectif des collectifs.

Avec les soutiens de : AC ! (Agir ensemble contre le chômage), ATTAC France, Alternatifs, FASE (Fédération pour une alternative sociale et écologique), Fondation Copernic, Marches Européennes contre le chômage, la précarité et les exclusions, Stop Précarité

Le vent nous porte sur le système Courant Alternatif Reporterre 2010/03/11 Courant Alternatif (11 mars 2010) Le vent nous porte sur le système. Reporterre. Tribune — fr

Le vent nous porte sur le système

« Ou comment être antinucléaire sans devenir pro-éolien » « L’éolien est le nom du refus de toute transformation radicale de la société »

Les champs d’éoliennes se multiplient. Cette industrie crée des emplois. Pour l’écologie citoyenne, la remettre en cause c’est « naturellement » être pronucléaire. Et pourtant…

Un antinucléaire anticapitaliste

Cette brochure (1) part du constat du dérèglement climatique étroitement lié à la consommation croissante de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel) : « Politiciens, hommes d’affaires, scientifiques lanceurs d’alertes experts nous somment de rejoindre leur union sacrée, censée nous préserver durablement de la catastrophe tout en nous épargnant le sacrifice de ce mode de vie “non négociable” au premier rang duquel se tient fièrement notre consommation d’électricité (2) » qui, en France, a triplé entre 1973 et 2005. Rappelons que la production d’électricité en France provient à 80 % de l’énergie nucléaire, qui est l’atout maître des pouvoirs économiques et politiques permettant d’assurer le confort du plus grand nombre sans aggraver l’effet de serre. C’est ainsi que la France et d’autres Etats reprennent le parti du nucléaire sans oublier leurs besoins militaires. « Aujourd’hui, la contestation antinucléaire est presque entièrement accaparée par des organisations écologistes de lobbying raisonnable, acceptable, disposant de moyens financiers aussi confortables que leurs mots d’ordre. » Le réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace récusent la relance du nucléaire au nom de rationalités économique et écologique. Le nucléaire est trop dangereux, c’est un gouffre financier, les réserves d’uranium s’amenuisent, le Réseau allant jusqu’à affirmer, sans rire, que le nucléaire est une « énergie archaïque(3) ».

Mais le nucléaire est loin d’être seulement un choix technologique ; c’est aussi un choix de société centralisée, policière, fait par l’Etat français au sortir de la guerre, en 1945. Cet Etat en tire les bénéfices en se montrant comme étant « le seul recours à la peur qu’il suscite lui-même : il s’occupe de tout, il est nécessaire ». « Loin de désirer un possible au-delà de la société industrielle et de l’Etat, Greenpeace et le Réseau se font un plaisir de suggérer des alternatives compatibles avec l’aberration existante : sortie du nucléaire étalée dans le temps – comme s’il en restait –, économies d’énergie pour changer dans la continuité et, cerise sur le gâteau : l’éolien industriel pour l’électricité. »

Les capacités techniques des éoliennes

Il y a un peu plus de 2 000 éoliennes terrestres installées sur le territoire métropolitain français d’une puissance comprise entre 1 et 3 MW. Cela fait au total 3 300 MW, soit le vingtième de la puissance nucléaire. Mais, au niveau des quantités d’électricité produites, l’éolien industriel produit 75 fois moins que le nucléaire ! Eh oui ! Les éoliennes ne fonctionnent que lorsqu’il y a un vent régulier de 15 à 90 km/h. L’éolien a un facteur de capacité (4) d’environ 20 %, contre 75 % pour le nucléaire, de 30 à 60 % pour le charbon et 40 % pour l’hydraulique. Le Grenelle de l’environnement s’est fixé l’objectif d’une puissance éolienne de 25 000 MW en 2020… Ce qui signifie l’installation de 900 éoliennes par an de 2 MW chacune pendant douze ans. C’est ainsi que pour remplacer la totalité de la production électronucléaire en 2008, il aurait fallu au moins 100 000 éoliennes, soit une tous les 5 km2 ! Impossible ! Au niveau technique, « on peut conclure qu’il n’y a pas à envisager pour l’éolien industriel, quoi qu’en disent ses promoteurs de tout poil, de fantastique perspective de développement, compte tenu de ses faiblesses structurelles par rapport aux modes de production dits classiques. Même dans les pays qui l’ont développé massivement ces dernières années (Allemagne, Danemark, Espagne), l’énergie éolienne » représente au maximum 20 % de l’électricité produite. Ces Etats ont dû d’ailleurs mettre en place de puissants moyens thermiques capables de pallier les manques de vent. Les techniciens du Réseau ont leur solution pour résoudre le problème de l’intermittence du vent : le couplage écologiquement optimal entre l’éolien et l’hydraulique. Là, c’est théorique, mais le Réseau n’hésite pas à argumenter : « Seuls ceux qui ne croient pas au progrès sont sceptiques sur la mise en œuvre de ces techniques “antiintermittence” » !

Un investissement alibi vert

Areva, Siemens, General Electric, EDF, Total, etc., sont « toutes à jour de cotisation au Syndicat des énergies renouvelables. Ces entreprises ont créé des filiales ou absorbé des sociétés déjà présentes sur le marché, dont certaines spécialisées dans l’éolien industriel… Il y a de fortes chances que le renouvelable reste pour elles une rente parmi d’autres, mais surtout un commode alibi vert, profitable à leur image de marque. » Le Réseau s’en félicite tout en regrettant qu’Areva ou Total continuent de développer leurs activités dans le nucléaire ou les énergies fossiles. Afin de promouvoir cette industrie, le Réseau n’hésite pas à « faire gratuitement sur son site la retape pour le compte des industriels de l’éolien (5) ». Pour conclure ce chapitre : « L’éolien est le nom de l’eau tiède citoyenniste visant à nous maintenir, via le développement de technologies “propres”, dans le bain bouillant du système capitaliste (…) ; il est en somme le nom du refus de toute transformation radicale de la société. »

Le désastre

Après avoir évoqué les points faibles des luttes anti-éoliennes en Lozère, la brochure s’attache à montrer que la seule position réaliste réside « dans la critique complète et énergique de la société capitaliste industrielle : pourquoi tant d’énergie ? Pour quels besoins ? Pour quel genre de vie ? » Dans notre société capitaliste, l’électricité, quel que soit son mode de production, ne constitue que 23 % de l’énergie totale consommée. Les consommations de l’industrie et des transports représentent 58 % de cette énergie totale. L’évolution de la consommation d’énergie de la société industrielle est désastreuse. Ce désastre est environnemental mais aussi social.

Ce dernier aspect est primordial puisque seule la résolution préalable du problème qu’il pose pourrait limiter les dégâts du désastre environnemental. « La société industrielle comme nous l’entendons (…) désigne l’industrialisation incessante et autoritaire d’une part croissante de la vie individuelle et sociale : du travail, des “loisirs”, de l’alimentation, de la santé, de l’habitat, des déplacements, du temps, de l’espace, etc. Capitalisme, Etat, « progrès » scientifique et technologique, somnifères citoyennistes, croyances écologistes diverses, tels sont les leviers de cette machine à soumettre. Tout projet d’émancipation qui viserait à donner aux individus le pouvoir, confisqué de si longue date, de maîtriser leur destin collectif serait donc nécessairement et tout à la fois anticapitaliste, anti-industriel, antiscientiste et anti-étatique. » Nous, nous ajouterions antipatriarcal…

Denis

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Notes :

(1) 32 pages, format A 4, elle est éditée par le collectif libertaire antinucléaire amiénois : CNTAIT, 8 rue des Cordeliers, 80000 Amiens.

(2) Toutes les citations, sauf indication contraire, sont extraites de cette brochure.

(3) Cf. « Eoliennes : vent de polémiques », août 2008.

(4) Rapport en prourcentage entre la production d’électricité annuelle d’une installation et la quantité maximale théorique qui aurait dû être produite pendant un an.

(5) h t t p : / / w w w . s o r t i r -... : > s ’ i n - former>brochures>aberrationnucléaire> renouvelables.

Le cirque de Navacelles menacé par le béton Terre de Causses Reporterre 2010/03/11 Terre de Causses (11 mars 2010) Le cirque de Navacelles menacé par le béton. Reporterre. fr

Le cirque de Navacelles menacé par le béton

Les Élections régionales ,c’est aussi et d’abord le DEVOIR Écolo-électoral ! Merci de faire « tourner » cette info.

Bonjour, Je vous adresse une pétition qui est signable en ligne, c’est important, merci de prendre 1 minute pour le faire ! Et si possible, de la diffuser. Il s’agit de sauvegarder le superbe site naturel du CIRQUE DE NAVACELLES (Hérault), que beaucoup d’entre vous connaissent, menacé aujourd’hui de bétonnage massif à des fins purement lucratives ! Et entre autres prétextes, sous couvert d’accessibilité aux personnes handicapées... Eh bien, il est tout à fait accessible en l’état, nous en avons fait l’expérience le 13 septembre dernier avec nos joëllettes dans le cadre d’une sortie Handi Cap Evasion avec l’association Terre de Causse, qui se bat contre ce projet rejetté par la population locale.

De ce côté-ci du Gard nous faisons déjà la triste expérience, depuis 2000, du « réaménagement » de l’un de nos plus beaux sites, celui du Pont du Gard, avec arrachage et terrassement de plusieurs dizaines d’hectares de garrigue remplacée par un bâtiment « moderne », verrue qui jure avec le paysage, sans lien avec l’architecture locale, et par... un immense parking, au tarif prohibitif mais obligatoire pour accéder au pont.

Nous pouvons encore éviter un tel carnage au cirque de Navacelles !

A vos souris !

Régionales : les candidats n’osent pas s’attaquer au lobbying ETAL Reporterre 2010/03/13 ETAL (13 mars 2010) Régionales : les candidats n’osent pas s’attaquer au lobbying. Reporterre. fr

Régionales : les candidats n’osent pas s’attaquer au lobbying

Les partis politiques prennent conscience de la distorsion de la démocratie par les groupes de pression. Mas ils n’osent pas s’y attaquer.

Le Réseau citoyen ETAL (Encadrement et Transparence des Activités de Lobbying) regroupe 20 ONG et syndicats sur la base d’un "Appel citoyen pour un encadrement et une transparence des activités de lobbying en direction des instances de décision publique".

ETAL a interrogé les têtes de liste des différentes formations politiques républicaines se présentant aux prochaines élections, dans chacune des régions.

Les points de vue et engagements des candidat-es ont été sollicités (et le restent pendant la campagne électorale) sur trois points :

- Les procédures concrètes de régulation effective des activités de lobbying. - Les procédures permettant de se prémunir contre les conflits d’intérêts dans le processus de désignation des candidat-es, puis dans le contrôle de l’indépendance des élu-es. - Les procédures participatives permettant d’associer des citoyen-nes et des organisations de la société civile aux grandes politiques régionales.

Au vu des réponses, le réseau citoyen ETAL constate que les partis politiques commencent à prendre conscience de l’impact des activités de lobbying d’intérêts industriels et financiers sur la décision publique. Ainsi, la proposition de registres obligatoires des représentants d’intérêt rencontre un écho favorable.

Le réseau ETAL souligne toutefois que les engagements en matière de « transparence » et « d’encadrement » doivent être précisés : la transparence implique une véritable « traçabilité » des décisions, avec la retranscription et la publication des comptes-rendus d’audition de groupes d’intérêts.

L’encadrement nécessite que le registre obligatoire recense les représentants d’intérêt reçus par des élu-es, les budgets mis en œuvre par les lobbyistes et les clients pour lesquels ils travaillent.

La prévention et la sanction des conflits d’intérêts doit concerner notamment au premier chef les personnes assurant déjà une fonction de conseil ou assumant une responsabilité de haut niveau dans des entreprises sollicitant des aides ou soumissionnant à des contrats importants auprès de la collectivité, personnes assurant une fonction de conseil ou une responsabilité au sein d’organisations de promotion d’intérêts financiers, industriels… Les conflits d’intérêts identifiés doivent être explicités dans les procès-verbaux de séances avec mention de la façon de les traiter et d’en neutraliser les conséquences.

Pour le réseau ETAL, il ne s’agit là que de mesures élémentaires qui déboucheraient sur un minimum de visibilité, condition nécessaire pour que les élu-es et les citoyen-nes puissent effectuer une analyse de plus en plus approfondie de ce phénomène dont l’ampleur et l’impact concret sur la vie de la collectivité sont implicitement reconnus, mais restent peu documentés faute d’outils adéquats.

Mais l’impact du lobbying de groupes d’intérêt ne sera moindre que lorsque des mécanismes crédibles seront enfin mis en place en matière de démocratie participative, de prise en compte équitable de l’expertise de l’ensemble des acteurs de la société civile et d’un soutien effectif à l’expertise scientifique indépendante intégrant la protection des lanceurs d’alerte et tous les dispositifs politiques et juridiques nécessaires.

Sur ce plan, les décideurs et candidats politiques restent généralement trop frileux ; s’ils soulignent souvent la nécessité « de rendre compte aux citoyen-nes de leurs actions », ils semblent moins enclins à associer les citoyen-nes à la prise de décision, donc à mettre en place des mécanismes innovants sur le long terme en lieu et place de consultations ponctuelles insuffisantes et inefficaces.

L’échelon régional est particulièrement important en matière de développement humain solidaire et de préservation des équilibres écologiques. Le réseau ETAL effectuera une veille et un suivi actifs des engagements pris par les partis politiques et répercutera les bonnes pratiques afin de favoriser une mutualisation des expériences.

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Addendum :

Parue le 11 mars, la dernière étude d’Alter EU révèle que presque deux ans après le lancement du registre facultatif pour la transparence du lobbying de la Commission européenne, 60% des agences de lobbying présentes à Bruxelles ne sont toujours pas inscrites. Télécharger l’étude : ==> http://www.alter-eu.org/documents/briefings-info-sheets/2010/03/11/blacklist-of-unregistered-lobbying-consultancies

Les grandes entreprises s’intéressent-elles vraiment au développement durable ? Sophie Garrigou Reporterre 2010/03/13 Sophie Garrigou (13 mars 2010) Les grandes entreprises s’intéressent-elles vraiment au développement durable ?. Reporterre. Économie fr

Les grandes entreprises s’intéressent-elles vraiment au développement durable ?

Sophie Garrigou est consultante en environnement.

Ecouter ici : http://www.reporterre.net/IMG/mp3/G...

Le Réseau « Sortir du nucléaire » n’est pas en crise et travaille Des membres du Conseil d’administration du Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2010/03/13 Des membres du Conseil d’administration du Réseau Sortir du nucléaire (13 mars 2010) Le Réseau « Sortir du nucléaire » n’est pas en crise et travaille. Reporterre. Tribune — fr

Le Réseau « Sortir du nucléaire » n’est pas en crise et travaille

Chers sympathisants, adhérents et donateurs du Réseau "Sortir du nucléaire"

Bonjour,

Notre dernière Assemblée Générale (AG) s’est tenue les 6 et 7 février 2010 à Lyon.

Comme chaque année, nous mettons à votre disposition en toute transparence l’ensemble des documents de l’AG : documents préparatoires, comptes rendus des débats, campagnes et motions. Téléchargez ces documents sur la page : http://www.sortirdunucleaire.org/info

Cette année, cette rencontre a eu lieu dans un contexte plus complexe que les années précédentes. En effet, notre fédération traversait depuis plusieurs semaines une crise interne sérieuse. Suite à un conflit salarial grave et récurrent, 11 des 13 salariés étaient en grève, et le Conseil d’Administration (CA) était divisé sur la gestion de ce conflit.

Tous les groupes adhérents avaient reçu avant l’AG un dossier complet relatant ces difficultés.

Les participants de l’Assemblée Générale ont décidé à une large majorité d’élire un CA renouvelé et provisoire jusqu’en juin prochain, ce qui a permis de débloquer la situation.

Une polémique regrettable, en plein chantier de sortie de crise

Le 1er mars, 8 des 18 membres de l’ancien CA ont diffusé un texte pour remettre en cause le déroulement de l’AG. Suite à un détournement des listes mails du Réseau, ce texte a été diffusé à près de 100 000 adresses, adhérents, sympathisants individuels de l’association, mais aussi auprès des médias. Ce texte faisait état de soupçons de "manipulation" et d’"instrumentalisation" antidémocratique en raison de "divergences politiques". Ces accusations graves veulent faire croire que le Réseau se détournerait de son engagement antinucléaire. Il n’en est évidemment rien : comme vous le constaterez dans notre carnet de route et d’actions ci-dessous, nous menons fermement la bataille contre l’industrie nucléaire !

Nous déplorons qu’une telle démarche intervienne alors que l’Assemblée Générale a strictement respecté les règles démocratiques. Le Conseil d’Administration était bloqué : sa révocation est apparue à l’AG comme étant la seule issue. Cette révocation, qui a été votée avec une majorité de 75%, est un acte parfaitement légal. Chaque administrateur sortant pouvait présenter sa candidature au nouveau CA. A la demande du précédent CA, le juriste de l’association était présent et a veillé à la légalité du déroulement de l’assemblée générale.

Le nouveau CA s’est vu confier une mission complexe, ainsi qu’une charge de travail très conséquente en un temps limité. Nous ne voulons pas nous perdre dans des querelles internes. Nous souhaitons consacrer nos forces à la lutte contre notre adversaire commun : le nucléaire. Et conserver la confiance, votre confiance, pour mener à bien les projets constructifs que le Réseau a toujours su vous proposer.

Vous êtes nombreux à nous avoir demandé des explications. Les documents d’AG devraient répondre à la plupart de vos interrogations. En complément, vous trouverez des réponses à vos questions les plus fréquentes, mises à jour régulièrement, sur le site : http://www.sortirdunucleaire.org/info .

Evoluer... pour mieux fonctionner

L’Assemblée Générale de février a souhaité qu’une nouvelle AG se tienne assez rapidement. Pourquoi ? Tout au long de ces années, le Réseau a grandi. Il est passé de 30 à 872 groupes, de 2000 à plus de 26 000 sympathisants signataires de sa Charte, de 1 à 13 salariés.

Au fil du temps, le Réseau a multiplié le nombre de projets et d’actions, représentant une masse de travail énorme qui repose sur la bonne volonté de salariés et de bénévoles très sollicités. Comment faire face à tous nos projets en tenant compte de nos forces, qui restent limitées à nos moyens associatifs ? Comment adapter nos règles de fonctionnement pour faire vivre une fédération d’ampleur nationale, et même internationale ?

Pour répondre à ces questions, le nouveau CA a été mandaté pour présenter lors de la prochaine AG les bases d’un chantier de re-fondation. Cette Assemblée générale extraordinaire se tiendra les 19 et 20 juin prochain à Lyon. Nous sommes au travail pour la préparer !

Notre carnet de route et d’actions

L’AG a également décidé de grandes actions que nous devons mener cette année et les suivantes.

- Le 26 avril, à l’occasion du Chernobyl Day, de très nombreuses actions auront lieu partout en France et à l’étranger.

Chernobyl Day sera l’occasion de mettre en lumière l’actuelle catastrophe sanitaire en Biélorussie et d’aider l’Institut Belrad, seul organisme scientifique totalement indépendant de l’industrie nucléaire, à aider les populations des zones contaminées. Toutes les informations relatives au Chernobyl Day 2010 seront bientôt accessibles ici : http://chernobyl-day.org .

- Le Réseau s’engage pour l’obtention d’une Convention d’élimination des armes nucléaires.

Alors que se profile, en mai 2010, la Conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération, le Réseau s’engage au côté de Armes nucléaire Stop et du Mouvement de la Paix pour l’obtention d’une Convention d’élimination des armes nucléaires. La communauté internationale se dit prête à engager un processus de désarmement nucléaire, mais la France s’y oppose explicitement.

Du 28 avril au 5 mai, plusieurs militants jeûneront à Paris pour porter le message de cette campagne. A suivre…

Le Réseau apporte également son soutien au Collectif "Non au missile M51", qui organise le samedi 3 avril une inspection citoyenne de la base militaire de Mont de Marsan.

- Déjà 15 000 personnes ont signé la pétition exigeant un vrai débat public sur le démantèlement des centrales… et vous ?

A nos côtés, demandez l’ouverture d’un débat public contradictoire, équitable envers toutes les parties prenantes, honnête et non truqué, sur le démantèlement des installations nucléaires et le devenir de leurs déchets radioactifs. Signez la pétition : http://www.sortirdunucleaire.org/do...

- Faire de la sortie du nucléaire un enjeu majeur des élections présidentielles et législatives.

Afin que la sortie du nucléaire soit au coeur de la campagne et des élections de 2012, nous entamons la préparation d’un plan d’action sur 2010, 2011 et 2012.

Actualité... à suivre de près

Bien sûr, en fonction de l’actualité, il faut se tenir prêts à réagir. C’est ainsi que le Réseau a lancé il y a quelques jours une action d’alerte, qui a été largement reprise par les médias.

Les 8 et 9 mars a eu lieu à Paris une « Conférence internationale sur l’accès au nucléaire civil » à laquelle étaient invités 65 pays. La veille de cette foire promotionnelle du nucléaire, nous avons révélé au public des documents confidentiels d’EDF, qui démontrent que l’EPR présente un sérieux risque d’accident majeur – risque pris en conscience par EDF pour des raisons de calcul économique.

Nous avons organisé à proximité de la conférence une action militante et une conférence de presse qui a été très suivie.

Pour en savoir plus, consulter les nombreuses reprises dans les médias et télécharger les documents confidentiels : http://www.sortirdunucleaire.org/do...

L’actualité du nucléaire et de ses alternatives, c’est aussi bien sûr la revue trimestrielle Sortir du nucléaire, dont le n°45 est en cours de bouclage. Si vous ne connaissez pas encore notre revue, découvrez gratuitement le précédent numéro ici : http://www.sortirdunucleaire.org/do...

Le nucléaire et son lobby ont la vie dure. Mais le Réseau, avec vous, avec tous, poursuit son aventure fédératrice unique : rassembler un maximum de groupes, d’idées, de sensibilités, de luttes... pour sortir du nucléaire au plus vite !

Très cordialement,

Signataires : Les 9 administrateurs bénévoles du Réseau "Sortir du nucléaire" : Jacky Berthomé, Rémi Filliau, André Larivière, Cédric Lucas, Jean-Marc Luquet, Steven Mitchell, Daniel Roussée, Nadine Schneider.

L’abstention, triste triomphatrice des régionales Collectif Indépendance des Chercheurs Reporterre 2010/03/14 Collectif Indépendance des Chercheurs (14 mars 2010) L’abstention, triste triomphatrice des régionales. Reporterre. Tribune — fr

L’abstention, triste triomphatrice des régionales

Le premier tour des élections régionales a vu un niveau d’abstention record. Les citoyens manifesteraient ainsi leur rejet d’une politique identique, qu’elle soit administrée par la droite ou par la « gauche ».

Le 14 mars, le record d’abstention lors des élections régionales françaises met une nouvelle fois en évidence la faillite d’un système politique où les instances de type parlementaire ne répondent pas aux attentes d’une population en détresse, et où la planète de la grande majorité des humains se trouve de plus en plus déconnectée du monde des véritables « décideurs ».

De quoi décide vraiment la politique que l’on nous montre à la télévision ? A « droite » comme à « gauche », les candidats n’ont plus rien de très tangible à proposer aux citoyens. Car, même s’ils sont élus, ils n’auront aucune emprise réelle sur l’évolution d’une société où les réseaux de la grande finance imposent leur politique. Dans ces conditions, les élections sont-elles autre chose qu’une course aux bonnes places pour quelques-uns ?

Nicolas Sarkozy annonce une « réforme » des retraites dont le « petit citoyen » peut raisonnablement craindre le pire, mais les retraites des professionnels de la politique et de la « haute administration » se portent bien. La montée de l’abstention semble indiquer que les citoyens sont de plus en plus nombreux à avoir compris qu’ils ont affaire à des figurants.

S’agissant de l’avenir de la recherche et de l’éducation publiques, force est de constater l’absence de réelle opposition, au sein du monde politique ou de la part des coupoles syndicales : à la mise en application de la Loi dite « relative aux libertés et responsabilités des universités » (LRU) ; à la stratégie de démantèlement du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et des autres organismes de la recherche publique française ; à l’utilisation des fonds du « grand emprunt » pour accélérer la privatisation de la recherche et de l’éducation ; à la « managérisation » de ces services jusqu’à la mise en place de fait d’un corps de « cadres supérieurs » dans la recherche publique et les universités... Et c’est un rapport à façade « de gauche » mais rédigé à la demande de l’actuel gouvernement, le Rapport Aghion, qui propose une recherche sans le CNRS et les autres établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST), et basée sur le fonctionnement des universités privées des Etats-Unis.

Après le vote du premier tour des élections régionales françaises, un taux d’abstention record (autour de 52.5%) est annoncé. Quelles sont les raisons de cet abandon des urnes par les citoyens, en pleine période de crise ?

Il ne paraît pas difficile de s’en faire une idée, à l’examen du comportement récurrent des dirigeants politiques et syndicaux depuis les années 1980, et encore dans la période récente.

Relevons d’emblée qu’avec 30% des voix, le Parti Socialiste représente un peu plus de 14% des électeurs. Pour les autres partis, c’est encore pire.

Au printemps 2009, des présidents d’université « de gauche » ont aidé Valérie Pécresse à réprimer un mouvement universitaire qui affichait de plus en plus clairement la revendication d’abrogation de la LRU. La réalité est que la LRU fait l’affaire d’un certain nombre de coupoles, toutes étiquettes politiques confondues. On en arrive à l’absence de véritable différence entre la position de l’UMP et celle du PS par rapport à la LRU, tout simplement à cause d’une communauté d’intérêts entre les groupes influents des deux partis.

Pareil en ce qui concerne la Traité de Lisbonne, porteur d’une marchandisation accrue de l’éducation et de la recherche.

De même, lorsque la direction « des ressources humaines » (DRH) du CNRS ouvre une rubrique « cadres supérieurs et dirigeants », traitant comme un corps de fait un ensemble de catégories de personnels en réalité mal défini et sans vocation à constituer une filière professionnelle. Et ceci alors que les statuts de la recherche publique ne prévoient aucunement l’existence d’un tel corps, que faut-il conclure devant le silence systématiquement gardé par les directions des organisations syndicales devant une telle pratique de la DRH ? De toute évidence, les bénéficiaires des places de « cadres supérieurs et dirigeants » ne sont pas uniquement « de droite ».

Pourtant, la notion même de « cadre supérieur » ou de « dirigeant à vie » est radicalement opposée à la tradition de la recherche publique française, où les personnels exerçant des responsabilités dirigeantes étaient normalement censés retourner à leur travail de recherche après un exercice de durée limitée dans le temps.

(...)

La situation n’est pas différente dans d’autres secteurs. En décembre dernier, un proche de Nicolas Sarkozy comme Alain Minc, n’a pas hésité à dire « chapeau bas aux syndicats » pour avoir fait preuve d’un « sens de l’intérêt général impressionant », « cogéré la crise avec l’Etat » et « canalysé le mécontentement » au cours de l’année 2009 (son interview dans Le Parisien du 27 décembre, http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...

La « gauche parlementaire » cautionne à son tour la casse du Code du Travail au nom de la « flexisécurité », qui fut déjà l’un des grands thèmes de campagne de Ségolène Royal lors des élections présidentielles de 2002. C’est une machine à licencier sans précédent dans l’après-guerre, qui se met en marche par ce biais.

De même, la « gauche parlementaire » n’a même pas jugé utile de saisir le Conseil Constitutionnel en juillet dernier contre la loi Loi n° 2009-972 « relative à la mobilité et aux parcours professionels dans la fonction publique ».

Et quel fut le bilan du gouvernement de « gauche plurielle » de Lionel Jospin ? On « doit » à ce gouvernement, entre autres : - Le Processus de Bologne - La stratégie de Lisbonne - La Loi Organique Relative aux Lois de Finances (LOLF) d’août 2001 - Les accords de Barcelone, qui furent déjà une grave attaque contre les retraites - Plusieurs textes européens contre les services publics - Un record de privatisations - Une défense systématique des délocalisations au nom d’une prétendue « division internationale du travail »

(...le texte de l’accord de Barcelone...)

En clair, plus de véritable stabilité d’emploi, généralisation du schéma dit de « flexisécurité », contrôle rapproché des chômeurs, augmentation de l’âge de la retraite... Est-ce autre chose que l’actuelle politique de Nicolas Sarkozy ? Ces accords furent pourtant signés par le gouvernement de « gauche plurielle » de Lionel Jospin.

Après la signature de ces accords, Le Monde Diplomatique publia un article de Bernard Cassen intitulé : « Est-il encore utile de voter après le sommet de Barcelone ? » :

http://www.monde-diplomatique.fr/20...

En effet, à quoi servent dans la pratique les institutions théoriquement « démocratiques » des pays membres de l’Union Européenne ?

Force est de constater que l’Union Européenne peut, par une réunion gouvernementale de deux jours et dans un contexte où le lobbying des grands industriels et financiers a bien plus de poids que le vote populaire, passer outre aux lois et travaux parlementaires des différents pays et imposer des stratégies contraires à des droits reconnus depuis des décennies.

A quoi sert d’aller voter, si telle est la « règle du jeu » ?

Pourtant, l’avertissement d’avril 2002 n’empêcha pas la majorité des dirigeants de « gauche » de soutenir de projet de Traité Constitutionnel Européen lors du référendum de mai 2005. Pire, le vote négatif opposé à ce Traité n’a pas empêché le Traité de Lisbonne d’être adopté par le Parlement passant outre à toute idée de nouveau référendum.

De même, lors des élections présidentielles de 2007, Ségolène Royal défendit, avec la soutien de la « gauche de la gauche », un programme qui en réalité n’était rien d’autre que l’application à la France de la politique antisociale de l’Union Européenne.

Et c’est une constellation d’anciens ministres du gouvernement Jospin, de conseillers de ces ministres et de parlementaires de cette période qui, aujourd’hui, exerce un quasi-monopole de l’activité politique, à « gauche » comme à « gauche de la gauche ». Au juste, à combien montent les retraites prévisibles de ces professionnels de la « gouvernance » ?

L’Etat, le paysan, et le moucheron Hervé Kempf Reporterre 2010/03/14 Hervé Kempf (14 mars 2010) L’Etat, le paysan, et le moucheron. Reporterre. Tribune — fr

L’Etat, le paysan, et le moucheron

Il était une fois, dans l’hémisphère Sud, un mal qui frappait les ruminants. On l’appelait « maladie de la langue bleue ». Elle n’était pas contagieuse et ne se transmettait pas à l’homme. Elle pouvait entraîner de nuisibles conséquences sur les animaux, mais enfin, elle était là depuis longtemps, et ruminants domestiques et sauvages s’étaient, avec le temps, immunisés.

Or, cette maladie se transmettait par des moucherons. On sait depuis La Fontaine combien il faut se méfier des moucherons, « chétif insecte, excrément de la terre ». Est-ce un effet du changement climatique ? Dans les années 2000, les moucherons d’Europe ont commencé à y transmettre le virus de la maladie.

Elle se répandait vite, et comme plusieurs troupeaux connurent de désagréables effets, le lion, pardon, l’Etat, rugit et décida d’« éradiquer » le virus honni. En France, une campagne de vaccination de tous les bovins et ovins fut engagée en 2008 et rendue obligatoire en 2009.

Or, il advint que des gueux commencèrent à refuser l’injonction. A interroger. A réfléchir. Pourquoi tant de zèle, alors que l’Organisation mondiale de la santé animale indique que la maladie n’est pas contagieuse, et précise que les bêtes « se trouvant dans les zones où la maladie est endémique sont naturellement résistantes » ? Pourquoi ne pas laisser des troupeaux développer leur immunité naturelle ? Comment croire qu’on pourrait éradiquer une maladie qui devient endémique en Europe ? Pourquoi ne pas étudier le cas d’autres pays, comme la Grèce ou l’Allemagne, qui ne vaccinent pas, ou plus ? A-t-on bien examiné les effets secondaires des vaccins sur les animaux, voire dans l’assiette du consommateur ? Pourquoi, enfin, si peu d’écoute des principaux concernés ? N’avait-on rien appris de l’expérience de la grippe A ?

C’est incroyable comme les gueux ont des arguments, quand on les écoute ! Et le chroniqueur de s’étonner de la faiblesse de ceux qu’avançait le ministère de l’agriculture, que, bien sûr, il interrogea. Mais l’histoire prend un triste tour. Car non content d’ignorer les questions des paysans, on écume, on étincelle, on convoque les éleveurs rétifs à la maréchaussée, et même, on les amène au tribunal, comme le 19 mars à Sélestat, et bientôt à Auch. « Vous ne voulez pas vacciner, manants ! Qu’on les condamne ! »

Il est un peu tôt pour tirer la morale de l’histoire. Des paysans se battent, et l’affaire n’est pas close. Mais voici une phrase, entendue d’un éleveur des Cévennes : « On n’a jamais reçu d’explication. On a fait appel à notre servilité, pas à notre intelligence. Je le ressens comme un déni de compétence. » Et une question : pourquoi tant d’insistance à imposer les vaccins, et pourquoi refuser d’examiner comment évoluera l’immunité naturelle des troupeaux ? Est-il bien raisonnable de recourir au marteau de la justice pour... écraser des moucherons ?

Libérons les terres ! A Dijon le 28 mars Par Julien villalard Reporterre 2010/03/14 Par Julien villalard (14 mars 2010) Libérons les terres ! A Dijon le 28 mars. Reporterre. fr

Libérons les terres ! A Dijon le 28 mars

"Pour défricher ensemble les bases d’une agriculture locale, directe, bio et s’émanciper collectivement du modèle productiviste et industriel... Pour faire sauter le verrou de l’accès au foncier en zones rurales ou péri-urbaines. Libérons les terres !"

Libérons les terres ! 28 mars - Dijon - 13h place Wilson

Manifestation pour l’accès aux terres et l’autonomie alimentaire - Pique-nique, concert, déambulation, action, interventions et débats...

Pour défricher ensemble les bases d’une agriculture locale, directe, bio et s’émanciper collectivement du modèle productiviste et industriel...

Pour faire sauter le verrou de l’accès au foncier en zones rurales ou péri-urbaines. Libérons les terres !

Avec la participation/intervention de : la Confédération Paysanne 21, Terre de liens, de jeunes agriculteurs locaux, Reclaim The Fields , Plombières environnement, Kir, Espace autogéré des Tanneries, les Faucheurs volontaires 21, Food not Bombs Dijon, Groupe libertaire Dijon...

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Dans sa course au rendement, le modèle agricole dominant, basé sur une logique industrielle et productiviste requiert un usage massif de pétrole, de pesticides, d’engrais, d’emballages plastiques, le transport des aliments sur des milliers de kilomètres et provoque la stérilisation des sols et des cours d’eau, la désagrégation de liens sociaux dans les campagnes et l’exode rurale, l’exploitation et le maintien dans la misère de millions de sans-papier-e-s et sans-terres en Europe et dans le monde. Son développement à l’échelle mondiale n’aura fait qu’aggraver les inégalités sociales, la destruction de la biosphère et livrer le vivant, des champs jusqu’aux semences et engrais, aux tenants de l’agro-industrie mondiale et à leurs trusts.

L’agriculture industrielle est un cercle vicieux dévastateur. Des mythes progressistes aux mentalités conservatrices, du rouleau compresseur économique aux choix étatiques, son offensive est toujours féroce, même relookée « écolo ». Partout dans le monde, des millions de paysans se battent pour garder un contrôle sur leur ressources, pouvoir nourrir les leurs et ne pas finir dans des bidonvilles. En Europe, les politiques alimentaires ont presque réussi à faire disparaître totalement la « paysannerie » en faisant en sorte qu’il soit presque impossible pour les petits agriculteurs de vivre du travail de la terre et pour les jeunes de s’installer comme paysan. Elles ont rendu la plupart d’entre nous complètement dépendant-e-s, coupé-e-s de tout savoir-faire, espaces et pratiques connectées à la production de notre alimentation.

Autour de Dijon, des maraîchers, paysans et des associations regroupant des citadins ou des ruraux, dénoncent et défient la domination de l’agriculture conventionnelle. Des initiatives variées mettent l’accent sur les divers freins institutionnels et politiques à l’installation que rencontrent notamment des projets bios orientés vers la vente directe et locale ou vers des associations. Mais l’accès au foncier demeure souvent verrouillé face à des visions en porte à faux avec l’agro-industrie et ses hypermarchés.

Chaque jour des hectares de terres dans le monde sont grignotées par le béton, et les anciennes ceintures maraîchères font sans cesse place à des zones commerciales, des parkings et des immeubles. Dijon ne transige pas à la règle : les campagnes alentours sont tenues par les gros producteurs, la ceinture maraîchère est en friche ou bitumée, et les jardins ouvriers, reflets de communautés sociales et trésors de débrouilles, tendent à disparaître, malgré les fortes demandes à ce sujet. On nous parle sans cesse d’éco-quartiers, mais au delà-du flon flon vert pour l’image et de la réalité eco-aseptisée qu’elle cache, ce que nous souhaitons (re)créer aujourd’hui, ce sont des zones maraîchères au sein et en périphérie des villes. Nous voulons des terres où puissent se développer des projets agricoles pour des paysans qui souhaitent s’installer, aussi bien que des potagers qui permettent à des citadins de cultiver une partie de leur nourriture.

Les initiatives de libération de terres laissées en friche ou vouée au béton, et la mise en place de potagers collectifs sont parmi les moyens possibles pour défricher les bases d’une agriculture, locale, directe, bio.... Elles questionnent les modes de production et le cloisonnement producteurs-consommateurs. Elles permettent de briser en acte le brevetage et la commercialisation systématique du vivant, et de fertiliser les liens qui se tissent à partir d’une terre partagée, habitée et travaillée...

Parce que la nourriture est un besoin primaire, parce qu’autonomiser l’alimentation de l’agro-industrie est à la charnière de tout projet social émancipateur, parce que nous voulons mettre nos idées en pratique et relier des actions locales aux luttes globales, parce que le refus de la nourriture industrielle ne se situe pas sous plastique et hors de prix dans un rayon high tech de supermarché. : libérons les terres !

Un désastre commercial en projet à Toulouse Agnès Rousseaux Reporterre 2010/03/15 Agnès Rousseaux (15 mars 2010) Un désastre commercial en projet à Toulouse. Reporterre. fr

Un désastre commercial en projet à Toulouse

Les « Portes de Gascogne », ses centaines de commerces, ses milliers de places de parking, doivent s’ériger sur le plateau de la Ménude, dans l’ouest toulousain. Un projet inutile, obsolète, destructeur d’emplois et polluant. Après cinq ans de bataille juridique et de décisions opaques, c’est l’heure du dernier round.

Un hypermarché de 12.000 m², 28 grandes et moyennes surfaces, 140 boutiques, 6.000 m² de restauration, 4200 places de parking... c’est le projet de méga-centre commercial - « Portes de Gascogne » - qui pourrait voir le jour en 2010, à l’ouest de Toulouse. Après cinq ans de bataille juridique, le permis de construire a finalement été délivré en septembre dernier. Mais les citoyens, mobilisés au sein du collectif « Non aux Portes de Gascogne », n’entendent pas baisser les bras. « Nous voulons mettre en évidence l’inutilité du projet, qui représenterait une augmentation de 9% de la surface commerciale. La région de Toulouse est pourtant déjà sur-dotée en hypermarchés, avec 993 m² de surface commerciale pour 1 000 habitants au lieu de 839 m² pour la moyenne française", explique Progreso Marin, président du collectif. Selon le Schéma de développement commercial de l’aire urbaine de Toulouse, le « taux de couverture » en offre commerciale du grand Toulouse était déjà de 91% en 2006. Mais les promoteurs de centres commerciaux lorgnent sur un « potentiel de consommation » local de 5,6 milliards d’euros.

8 millions d’euros de taxe qui font saliver les élus locaux

Pour le collectif, ce projet est aussi une aberration du point de vue écologique. Le bétonnage accentuerait les risques d’inondation autour d’un plateau, « où l’eau a déjà du mal à s’évacuer », prévient Progreso Marin. Surtout, la zone n’est pas desservie par les transports en commun. Résultat ? « Une augmentation du trafic de 20.000 à 30.000 voitures chaque jour. Soit 80.000 tonnes de CO² rejetées chaque année dans l’atmosphère à cause de ce projet pharaonique ». Et le risque de transformer en « jungle automobile » une périphérie semi-urbaine déjà sinistrée du point de vue de la circulation routière. Pourtant, pour convaincre, le promoteur a surfé sur la vague du marketing durable : démarche HQE, « liaisons douces » (?)... la zone commerciale devrait accueillir un théâtre d’eau et un jardin aquatique, un centre d’accueil petite enfance, un centre d’information sur le développement durable, une maison des associations.

Une pétition contre le projet a recueilli 30.000 signatures. Le collectif citoyen organise une manifestation le 6 mars, pour maintenir la pression sur les élus et sur le promoteur immobilier. A Plaisance-du-Touch, la commune concernée, les avis sont partagés sur ce projet. Les promesses du promoteur immobilier, le groupe américain Simon Ivanhoé [1], ont convaincu le maire : 300 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, 2000 emplois créés, et une estimation de 8 millions d’euros de taxes pour les collectivités locales (avant suppression de la taxe professionnelle). De quoi faire saliver les élus locaux. « D’après les études menées sur l’implantation des grandes surfaces [2], on sait que le solde en emploi est négatif au bout de quelques années. Les estimations donnent trois ou quatre destructions d’emplois pour un emploi créé », relativise Progresso Marin. Pour contrer ces critiques, les défenseurs du projet ont monté leur propre site. Selon eux, 62 % des habitants de l’ouest toulousain seraient favorables à l’implantation du centre commercial, d’après un sondage.

Guerre de tranchées juridique

Un des principaux argument de cette association de riverains ? 63.000 m² de commerces répartis sur 36 hectares, ce n’est pas un projet « démesuré » : ce ne serait que « le troisième plus grand centre commercial de Haute-Garonne ». Sauf que le territoire semble aujourd’hui saturé. Au niveau national, la fréquentation des centres commerciaux est en chute depuis 2007. Paradoxe : on en construit de plus en plus. Les chiffres sont effrayants : 1,2 million de m² sont prévus en 2010, soit trois fois plus qu’en 2007 [3] ! 30 à 40 nouveaux centres commerciaux sont prévus cette année, alors que la fréquentation a chuté de 4% l’an passé [4]. Sur les 117 communes concernées par le Centre commercial « Portes de Gascogne », 110 se sont prononcé contre. Problème : elles n’ont pas voix au chapitre au sein de la Commission départementale d’équipement commercial (CDEC) qui a délivré un avis favorable au projet en 2005 [5]. Seul le président de la chambre de métiers avait voté contre, craignant pour l’avenir des « deux mille entreprises artisanales » de l’ouest toulousain et de l’est du Gers. Les élus PS et UMP présents au sein de la CDEC ont préféré les promoteurs à la préservation de l’artisanat.

Pour les convaincre, les arguments étaient de taille. Confronté au scepticisme de certains élus et de la Chambre de commerce, le promoteur Simon-Ivanhoé n’a pas hésité à mettre sur la table 400.000 euros pour la revalorisation du centre-ville de Toulouse. Une manière d’acheter la paix sociale et de convaincre les commerçants de la ville. Et une opacité dénoncée par les opposants au projet. En 2007, le collectif d’opposants remporte une victoire : le Conseil d’État annule l’autorisation commerciale. Le motif ? Le promoteur utilise comme argument le fait qu’il n’existe pas d’autres grands centres commerciaux située à moins de 25 minutes. Sauf que dans un rayon de 30 minutes - unité habituellement employée - se trouvent quatre grands centres commerciaux (Portet sur Garonne, Roques, Blagnac, Toulouse).

Le promoteur dépose un autre dossier et obtient une nouvelle autorisation commerciale. De nouveau les opposants se tournent vers le Conseil d’Etat. C’est l’Union Professionnelle des Artisans (UPA) départementale qui doit déposer le recours, car le collectif citoyen n’est pas habilité à le faire. Vingt-quatre heures avant la date limite de dépôt du recours, l’UPA se désiste prétextant un ordre venu d’en haut. « Comment l’UPA peut-elle baisser pavillon à ce moment-là ? Comment peut-elle laisser tomber les artisans de la région ? », s’interroge Progreso Marin. Des commerçants, soutenus par le collectif, déposent le recours, qui n’aboutit pas. La démarche est aujourd’hui en appel, auprès du Conseil d’Etat pour s’opposer à l’autorisation commerciale, et auprès Tribunal administratif pour le permis de construire. Appuyé par 1200 correspondants locaux, le collectif cherche à se faire entendre pendant la campagne électorale. « On a reçu le soutien du Parti de Gauche et d’Europe Ecologie. On attend la réponse du PS, qui est très divisé sur cette question ». Des pistes d’aménagements alternatifs sont aussi évoqués : pépinière d’entreprises sur les énergies renouvelables, cultures agricoles ou zone verte mélangeant ces activités. En attendant les dernières décisions juridiques, les recours déposés ne sont pas suspensifs. « Demain il peut y avoir des bulldozers », soupire Progreso Marin.

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Notes :

[1] racheté depuis par Unibail-Rodamco

[2] notamment La grande distribution, système de corruption à la française, de J. Bothorel et P. Sassier, éditions Bourrin

[3] 930.000 m² en 2009, 767.000 en 2008, et 434.000 en 2007.

[4] « 2009 a été une année record en termes d’autorisations de nouvelles surfaces. Plus de 7 millions de mètres carrés sont prévus pour les cinq ans à venir, ce qui fait de la France le pays le plus actif en la matière ». Source : Le Figaro.

[5] Une CDEC est composée de 6 membres : le maire de l’agglomération concernée par le projet (en l’occurrence Louis Escoula, maire PS de Plaisance du Touch), le maire de la commune la plus peuplée (Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse à l’époque), le Président de la communauté de communes (Yves Chambenoit, président PS de la communauté de communes), d’un représentant des associations de consommateurs (Jacques Garcia, de l’Association de défense, d’éducation, et d’information du consommateur), le président de la Chambre de commerce et d’industrie et le président de la Chambre de métiers. Seul ce dernier a voté contre le projet.

L’abstention, une sécession silencieuse Eros Sana Reporterre 2010/03/15 Eros Sana (15 mars 2010) L’abstention, une sécession silencieuse. Reporterre. Tribune — fr

L’abstention, une sécession silencieuse

Le niveau record d’abstention au premier tour des élections régionales manifeste une fracture sociale et démocratique. Partis de gauche et écologistes doivent répondre réellement à la question sociale.

Quels enseignements tirer de ce premier tour des régionales ? Une gauche (au sens large) presque majoritaire, un mouvement écologiste politiquement renforcé, une gauche anticapitaliste en reconstruction, une droite sarkozyste considérablement affaiblie. Et pourtant… une ombre inquiétante se profile, signe d’une considérable fracture sociale et démocratique. Sans que l’on sache ce qu’il en sortira.

On l’appelle parfois « le parti de l’abstention ». Il ne dispose pas de QG d’où les télévisions peuvent faire leur duplex sur des sympathisants euphoriques ou déprimés. Il ne dispose pas de leader souriant qui formulera de nouvelles promesses. Pourtant, au soir du premier tour des régionales, c’est le parti qui est largement majoritaire : 53,6% des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. C’est un record absolu pour des élections régionales. En 1998, « seulement » 42 % des électeurs inscrits ne s’étaient pas déplacés pour voter.

Ce chiffre renforce notre constat : la profondeur de la crise sociale et démocratique dans laquelle la France se trouve est sans précédent. Le niveau de cette abstention est d’autant plus alarmant qu’il concerne directement les classes les plus populaires et les zones les plus sinistrées. La Lorraine affiche un taux d’abstention de 58,5 %, près de 57% en Champagne-Ardenne, plus de 55% en Nord-Pas-de-Calais. C’est autant de territoires industriels frappés de plein fouet par la crise, ses charrettes de licenciements, son déclassement social, son désespoir. Les grandes régions urbaines et leurs périphéries, comme l’agglomération lyonnaise et l’Ile-de-France, ne sont pas en reste avec plus de 56% d’abstention. Dans des villes comme Villeurbanne (62,1% d’abstention), Saint-Denis (64,20%) ou Sarcelles (71,91%), de nombreux intérimaires, chômeurs, retraités ou jeunes étudiants, se sentant déclassés, n’ont pas ressenti le besoin d’aller voter. Pour eux, la région n’apparaît pas comme une protection efficace face à la crise qu’ils subissent de plein fouet. Ce à quoi nous assistons relève davantage d’une sécession silencieuse, d’une fracture qui ne cesse de s’aggraver entre élus ou représentants politiques et une partie de la population de plus en plus nombreuse, qui ne se sent ni comprise et encore moins défendue.

FN, le retour

Lorsque cette sécession ne se fait pas dans le silence assourdissant de l’abstention, elle peut parfois se retrouver dans le fracas du vote Front national qui récolte près de 11,5%. Dans de nombreuses régions en forte souffrance sociale et économique, le FN obtient des résultats extrêmement importants : 15% en Lorraine, 16% en Champagne-Ardenne, 19% dans le Nord-Pas-de-Calais. Dans ces régions, ce n’est ni Europe écologie, encore moins le Front de gauche, qui s’élèvent au rang de troisième force politique, mais le FN que l’on croyait étouffé par l’UMP et son discours national identitaire. Cela est d’autant plus inquiétant que le séisme social et économique est loin d’être terminé. Ses répliques (licenciements, baisse des salaires, suppression de droits sociaux…) risquent de se multiplier.

L’ampleur de la crise ne saurait expliquer seule la remontée du parti frontiste. Du Quick halal, au voile intégral, en passant par le débat sur l’identité nationale, le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’a cessé de braconner sur les terres du parti lepéniste. Pensant remobiliser une partie de son électorat, l’UMP semble au contraire leur avoir ouvert un boulevard. Les 20% obtenus par la liste conduite en PACA par Jean-Marie Le Pen le démontrent aisément.

Et la gauche dans tout ça ? Le Parti socialiste (29,5%), Europe Ecologie (12,5%) et le Front de gauche (6%) présentent ensemble des résultats exceptionnels : près de 50% des voix. Ils semblent bénéficier de la faible participation des électeurs de droite (le « bastion » alsacien affiche un taux d’abstention record de 56,6% !), de la volonté des électeurs de gauche de sanctionner la politique du gouvernement Sarkozy et... de l’effondrement du Modem (moins de 4%) qui semble avoir permis un sensible report de voix vers le Parti socialiste et Europe Ecologie.

Quelles seront les conséquences sur l’orientation et l’équilibre des forces à gauche ? Martine Aubry et le PS sortent bien sûr renforcés de cette séquence électorale (et plutôt Martine Aubry que DSK, toujours au FMI). L’ampleur du score des présidents sortants est une réelle surprise, même pour la rue de Solferino. Il n’est pas sûr que les socialistes, enivrés par le fait qu’ils se considèrent désormais comme la « première force politique du pays » ne cèdent à la tentation du réflexe hégémonique à gauche et ne reproduisent encore une fois les erreurs de leur ancien leader en 2002...

Rompre avec le capitalisme ?

Les résultats affichés par ses « partenaires » peuvent tenter de les en dissuader. Europe Ecologie, avec un score national de 12,5% et des percées « historiques » en Rhône-Alpes (plus de 17%) et en Ile-de-France (plus de 16%), confirme la réussite électorale du rassemblement des écologistes. Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Noël Mamère et Eva Joly représentent désormais la troisième force électorale en France. Même s’il convient de relativiser : au niveau national, Europe Ecologie perd 100 000 électeurs – et 2% des voix – comparé aux dernières élections européennes. Dans certains territoires socialement et écologiquement sinistrés, le FN passe largement devant.

Cette remarque s’applique également au Front de gauche. Lancé avec difficulté dans ces élections, il réussit à sauver la mise dans de nombreuses régions et parfois à présenter des résultats supérieurs à 10%, dans le Limousin (13%) ou en Auvergne (14,5%). Comme pour Europe Ecologie, le choix du rassemblement (entre le Parti de gauche, le Parti communiste et, selon les régions, des formations comme Alternative citoyenne et les Alternatifs) semble avoir été bénéfique. A l’inverse du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, dont la stratégie d’isolement, dans la majeure partie des régions, est un échec électoral. En Ile-de-France, la liste conduite par le porte-parole du NPA n’affiche que 3,13%. Ce choix de faire bande à part est d’autant plus fragilisé que, dans certains cas, le Front de gauche et le NPA présentent séparément des résultats honorables. Il est donc probable qu’ensemble ces listes auraient pu créer une dynamique plus forte. Par exemple en Auvergne où le Front de gauche et le NPA attirent à eux deux plus de 18% des suffrages.

Quels enseignements doit-on tirer de ce nouveau paysage électoral ? Europe Ecologie ne constituera pas une « alternative » crédible pour une frange plus large de la population tant que cet attelage hétérogène ne s’attaquera pas plus sérieusement aux questions sociales, en lien avec l’impératif écologique. Les formations à la gauche du PS manqueront de crédibilité tant que leurs divisions et querelles d’appareil passeront - de fait - avant la nécessité d’une résistance commune aux méfaits du néolibéralisme. Leur difficulté à formuler des alternatives, à la fois concrètes et globales, disqualifient pour l’instant leur volonté de rompre avec le capitalisme. Quant au PS, sa performance électorale ne doit pas faire oublier l’absence de projet collectif, autre que gérer au jour le jour les conséquences néfastes de la crise sociale sans s’attaquer à ses causes. Bref, nous ne sommes pas encore sortis de l’ornière.

Pour une écologie républicaine Aurélien Bernier et Corinne Morel-Darleux Reporterre 2010/03/16 Aurélien Bernier et Corinne Morel-Darleux (16 mars 2010) Pour une écologie républicaine. Reporterre. Tribune — fr

Pour une écologie républicaine

« Se contenter de miser sur les changements de comportements, c’est aussi cautionner une approche libérale qui voit dans la liberté individuelle la matrice d’une société harmonieuse. C’est oublier que l’émancipation individuelle et collective nécessite un cadre, un projet de société qui permette à tous de vivre bien, soi-même et avec les autres. »

L’ÉCOLOGIE RÉPUBLICAINE, POUR TORDRE LE COU AU CAPITALISME « VERT »

Nous le pressentions, mais les débats récents sur la taxe carbone le confirment : nous sommes confrontés à l’émergence dans la sphère politique d’une vision libérale de l’écologie dont nous aurions tort de sous-estimer la capacité de nuisance. Dans les mains de l’actuel gouvernement, la crise environnementale devient une nouvelle source de profits, habilement maquillée sous le terme de « capitalisme vert », et constitue un alibi supplémentaire pour mettre en œuvre des mesures antisociales. Comme le rappelle Nicolas Sarkozy au congrès de Versailles, pour lui, la seule voie pour sortir de la crise est de « produire plus pour consommer plus » (sic). Dès lors, tous les moyens sont bons : des superbonus pour l’achat de voitures électriques, la relance du nucléaire et des agrocarburants, la promotion d’énergies « décarbonées » détenues par Areva, les autoroutes écologiques de Vinci, le marché du carbone et ses projets de « développement propre »...

De vieilles recettes productivistes remises au goût du jour, une couche de finance, et le tour est joué. Rien qui ne vienne perturber le refrain « croissance-production-consommation » ravalant le citoyen au rang de consommateur. Pas la moindre mesure qui permettrait une redistribution des richesses, bien au contraire. Pour ceux qui n’avaient pas encore compris ce qui se tramait lors du Grenelle, les choses s’éclaircissent : grâce à l’alibi écologique, le capitalisme se prépare une deuxième jeunesse.

Contradictions de l’écologisme

Malheureusement, une partie de la gauche de l’échiquier politique reste aphone, empêtrée dans une approche purement environnementaliste de l’écologie. Ainsi, le discours porté par Europe Écologie durant la campagne des européennes multipliait les incohérences. En se plaçant au-delà du clivage gauche-droite, en acceptant l’ultralibéral Traité de Lisbonne qui interdit toute politique progressiste, en laissant croire finalement qu’on peut faire l’économie d’une critique radicale du système, des Verts entrainés par Daniel Cohn-Bendit ont facilité la récupération marchande et libérale de l’écologie.

Certains d’entre eux assument avec de moins en moins de complexes la défense d’une écologie d’accompagnement et d’une fiscalité « verte » qui pénalise pourtant les plus pauvres, la perspective d’alliances avec le centre-droit ou encore la collaboration avec de grandes multinationales transformées en pionniers de l’écologie par la voix de leurs chargés de communication. Pour eux, l’avenir, c’est le capitalisme plus les énergies renouvelables. C’est la croissance « verte » au Nord pour compenser les émissions de gaz à effet de serre d’une croissance « sale » délocalisée dans les pays à bas coûts de main d’œuvre, loin des regards des électeurs. C’est la culpabilisation individuelle et l’écologie antisociale pour tout projet politique. C’est, enfin, une majorité de militants écologistes sincèrement de gauche pris au piège de ce hold-up réussi grâce à l’appui des médias dominants.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard, et sans doute l’écologie paie-t-elle au prix fort certaines erreurs historiques. Les mouvements écologistes en France se sont principalement construits dans l’après-mai 68 sur la lutte anti-nucléaire et sur un rejet viscéral de l’État. Le géant public EDF était le diable, et les gouvernements successifs ses suppôts. De défauts réels, ils ont alors fait des fatalités. Des intellectuels, renonçant à changer la société pour, à la place, changer « la vie », ont conduit le mouvement à abandonner l’ambition de mettre la puissance publique au service de l’intérêt général, et à tout miser sur l’union des peuples, dans une vision idyllique et mondialiste. Ce faisant, l’écologie politique a pris deux risques.

Le premier fut de se replier sur les seules alternatives individuelles et les expérimentations en petits collectifs. Ces initiatives sont certes nécessaires, mais il est néanmoins évident que les Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), les Système d’échange locaux (SEL) ou les « camps climat » ne suffiront pas à renverser les grandes multinationales et à changer radicalement la société. Les bulles locales permettent à une minorité d’échapper en partie au système, mais elles laissent intacte une mondialisation capitaliste qui peut très bien composer avec des alternatives marginales. Se contenter de miser sur les changements de comportements, c’est aussi cautionner une approche libérale qui voit dans la liberté individuelle la matrice d’une société harmonieuse. C’est oublier que l’émancipation individuelle et collective nécessite un cadre, un projet de société qui permette à tous de vivre bien, soi-même et avec les autres.

Mondialisme romantique

La seconde impasse dans laquelle s’est enfermée une partie du mouvement écologiste est le mondialisme, qui consiste à conditionner toute transformation de la société à des changements mondiaux. Rien de politique ne pourrait se faire à une échelle autre que supranationale. Toute perspective de sortie du capitalisme est alors suspendue à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à la création d’une Organisation mondiale de l’environnement, à un accord de l’ensemble des États de la planète ou à une convergence universelle des luttes sociales. Autant de projets respectables, mais qui, compte-tenu du contexte, ne peuvent aboutir que dans un futur lointain, dans des délais incompatibles avec les urgences sociales et environnementales.

Bien sûr, les changements de comportements individuels, les expérimentations collectives et les utopies qui montrent la société vers laquelle nous voulons tendre sont importants. Ils favorisent des prises de conscience, tracent des pistes, ouvrent de nouveaux horizons et il ne s’agit pas de les décrier. Mais ils deviennent contre-productifs lorsqu’ils servent à nier l’importance d’autres leviers. Or, nous avons plus que jamais besoin d’inverser le rapport de forces, de proposer des ruptures immédiates et de briser ce fatalisme qui produit l’abstention et le recul du politique. Ces maux sont précisément les effets recherchés par les pouvoirs économiques, la disparition de la chose publique, la res publica, étant une des meilleures garanties de maintien du système.

Diaboliser l’État

Dans ce contexte, diaboliser l’État et lui refuser toute légitimité au prétexte de ses erreurs passées, c’est oublier un peu vite qu’il n’existe à l’heure actuelle aucun autre espace où puisse s’exercer la souveraineté populaire. Par quels canaux pourrait bien émerger une démocratie supranationale ? Par l’Union européenne, qui s’est organisée pour mener ses politiques libérales à l’abri du regard des peuples ? Par l’Organisation des nations unies, qui permet dès 1997 qu’un marché des droits à polluer soit créé dans le dos des citoyens, sans le moindre débat public ? Par l’OMC, cette construction qui vise à soumettre les États aux volontés des grandes puissances financières et qui s’emploie à éliminer toute réglementation environnementale ou sociale qui « entraverait le commerce » ? Non, à l’évidence.

En revanche, un peuple souverain est encore en mesure d’élire un gouvernement de gauche radicale qui puisse engager la rupture avec le capitalisme et la logique productiviste. Pour contrer le capitalisme « vert » et ses alliés objectifs, nous devons promouvoir une écologie profondément républicaine, et donc sociale, qui s’appuie sur la souveraineté populaire. Ceci suppose de réhabiliter l’État, non pas comme horizon indépassable, mais comme espace de réappropriation de la démocratie. Il ne s’agit évidemment pas de revenir à un centralisme étatique autoritaire, ni de tout miser uniquement sur lui, mais de remettre la puissance publique au service de l’intérêt général en menant une profonde réforme institutionnelle et en créant les conditions d’une nouvelle implication populaire.

Donner à la souveraineté populaire toute sa force, c’est d’abord faire preuve de courage politique en s’attaquant à la racine des problèmes, en osant dire clairement les choses, dans une démarche d’écologie « radicale ». La vérité est qu’on ne sortira pas de l’impasse écologique sans sortir du capitalisme et du productivisme, qui provoquent la hausse des inégalités et l’exploitation sociale, qui pillent les ressources des pays du Sud, qui ne reconnaissent que la loi du profit maximum, qui, en somme, exploitent d’un même mouvement les individus et les écosystèmes dans une version marchande de la double peine. Comment croire que le capitalisme, dont la survie suppose de consommer toujours plus, d’évaluer l’intérêt de chaque activité en termes de profits au mépris des conséquences sociales et environnementales, pourrait soudain changer de nature sous l’effet du dérèglement climatique ? Comment les groupes de production d’énergie ouverts à des actionnaires privés, qui exigent des dividendes toujours plus importants, pourraient-ils inciter leurs clients à la sobriété, c’est-à-dire à acheter et consommer moins ?

Écologie républicaine

Au contraire, l’écologie républicaine et sociale suppose de remettre au premier plan l’intérêt général et la notion de bien commun. Elle nous oblige à réfléchir sur le long terme, ce temps qu’ignorent les intérêts capitalistes. Dès lors, l’échelon de l’État reste indispensable pour planifier la rupture, organiser le débat public, construire un cadre de société émancipateur et garantir l’égalité d’accès aux droits fondamentaux pour tous, sur tout le territoire. Ceci doit s’accompagner d’un vaste mouvement de réappropriation sociale, par l’implication des citoyens et des usagers, comme le proposent les travaux d’Elinor Ostrom sur la gestion des biens publics, récemment couronnés par le Prix Nobel d’économie.

Au lieu de puiser ses arguments dans une morale dogmatique, de culpabiliser les citoyens jusqu’à l’insupportable alors que les grandes entreprises sont simplement invitées à s’auto-responsabiliser, l’écologie républicaine doit se fonder également sur le droit. Autant la loi peut-être injuste lorsqu’elle permet l’instauration d’un bouclier fiscal pour préserver les grandes fortunes, autant elle peut être source de liberté et d’émancipation dans le cadre d’une politique véritablement de gauche. Établissons des lois contraignantes pour les grands groupes. Créons un grand pôle public de l’énergie. Développons l’éolien ou le solaire, mais sans les confier à Vivendi, Total ou Areva, qui transforment tout ce qu’ils touchent en dividendes, y compris les technologies « vertes ». Planifions une reconversion ambitieuse de la production, avec un triple objectif : réduire l’empreinte écologique, imposer la démocratie au sein de l’entreprise et permettre le plein emploi afin de renverser le rapport de forces entre capital et travail.

Les moyens existent bel et bien. Ainsi, à l’échelle nationale, la commande publique et les aides publiques aux entreprises pèsent 300 milliards d’euros chaque année. Intégrer des critères sociaux et environnementaux drastiques impulserait une transformation profonde des méthodes de production. La mise en place de taxes sur le capital et d’un Revenu maximal autorisé (RMA) contribueraient non seulement à plus de justice sociale, mais pourraient servir à financer la rénovation et l’isolation thermique des bâtiments, la redensification urbaine, la réouverture de commerces de proximité, la relocalisation et les circuits courts, l’accès aux transports collectifs... jusqu’à la réintégration totale dans la sphère publique de la production d’énergie, des services postaux ou des activités ferroviaires.

Internationalisme

Au niveau international, commençons par faire payer les coûts des externalités aux firmes qui délocalisent, en appliquant des taxes aux frontières basées sur des critères environnementaux et sociaux. Quel meilleur moyen de négociation pouvons-nous imaginer pour tirer vers le haut les normes dans les pays émergents que de réguler et taxer les importations ? Quel meilleur moyen de relocaliser l’économie pour décider collectivement des choix de production et des conditions dans lesquelles elle doit se faire ? Refuser cette possibilité au nom d’un mondialisme romantique nous condamnerait à l’impuissance politique, et, in fine, à accepter la dictature du libre-échange et de son corollaire, le productivisme. Loin de nous isoler, de telles mesures peuvent au contraire être le point de départ d’une autre ère de négociations basées sur des échanges justes, sur la souveraineté alimentaire et industrielle des peuples.

Pour y parvenir, elles doivent s’accompagner d’initiatives marquantes en matière de solidarité internationale : l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du Sud, le remboursement de la dette écologique sous forme de projets socialement responsables et « propres », l’augmentation de l’aide publique au développement et la création d’un statut de réfugié climatique pour les populations victimes des catastrophes naturelles. Il s’agit bien d’impulser un nouvel internationalisme, fondamentalement républicain, qui ne verse pas dans un mondialisme abstrait mais devienne une véritable alternative au capitalisme néolibéral.

Il resterait bien sûr un sérieux problème dans tout ce raisonnement si nous ne posions pas la question des institutions. En effet, nous savons tous qu’aucune de ces initiatives ne franchira paisiblement les fourches caudines de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale du commerce. Les marges de manœuvre sont étroites. Pour rompre avec les logiques ultralibérales de l’OMC, la question du droit de retrait prévu pour les accords internationaux doit être posée.

En ce qui concerne l’Union européenne, rappelons que l’unanimité des État membres est nécessaire en matière de fiscalité, et qu’il existera toujours un pays sur les vingt-sept pour s’opposer à une fiscalité écologique ou à des mesures de taxation aux frontières. Souvenons-nous aussi que le Parlement ne dispose d’aucune compétence en matière de commerce international ou d’accords internationaux, et que la Commission conserve l’exclusivité de l’initiative législative. Dans ces conditions, la gauche ne peut faire l’économie d’une véritable réflexion sur la désobéissance européenne. Dans un esprit parfaitement légaliste qui ne remet pas en cause la force contraignante de la loi nationale, il s’agit de construire un droit juste, élaboré dans un cadre démocratique par un peuple souverain, en assumant le fait qu’il puisse s’opposer aux directives, règlements et traités communautaires.

Revendiquer l’écologie républicaine, c’est avoir une vision sociale de l’écologie. C’est finalement défendre l’intérêt général, l’égalité, les solidarités, les biens communs... et leur donner un débouché politique concret et immédiat. C’est construire les bases d’un nouveau modèle d’émancipation combinant démocratie, justice sociale et impératif écologique en refusant la culpabilisation et le dogmatisme. Ce n’est rien d’autre que la volonté d’appliquer les valeurs de la Gauche dans le monde d’aujourd’hui, pour redonner l’espoir du changement.

Appel à soutien : Relocalisons ! Par Julien villalard Reporterre 2010/03/16 Par Julien villalard (16 mars 2010) Appel à soutien : Relocalisons !. Reporterre. fr

Appel à soutien : Relocalisons !

Relocaliser : une démarche à dimension universelle et solidaire mêlant respect environnemental et humain. Pétition discrètement en cours.

Sur nos étals, nous trouvons à longueur d’année des yaourts ayant parcouru 9 000 km, des pommes ayant parcouru 20 000 km et 10% des légumes consommés en France ont été cultivés en Chine.

Des forêts primaires, telles que la forêt amazonienne, sont détruites pour cultiver soja et maïs OGM afin de nourrir le bétail occidental, ceci au détriment d’un élevage écologique et paysan. Les cultures vivrières telles que le mil et le sorgho sont remplacées par des cultures d’exportation, telles que les haricots verts. D’autres forêts ou cultures vivrières sont même converties en cultures d’exportation destinées aux agrocarburants comme le palmier à huile. Ces monocultures intensives épuisent les sols et les ressources en eau et chassent les paysans de leurs terres.

Des fraises, des tomates et même du bétail vivant parcourent l’Europe dans un défilé constant de camions sur nos routes.

Inversement des quantités de poulets industriels subventionnés sont déversées sur les marchés africains, provoquant la faillite des producteurs locaux. Outre la malbouffe et les problèmes de santé induits, tout ceci conduit pour les plus pauvres de la planète à des crises alimentaires et à des migrations forcées.

A l’heure de l’urgence climatique et des délocalisations massives, nous ne voulons plus consommer ces produits qui ont parcouru des milliers de kilomètres et qui peuvent être produits à proximité.

Il est temps de mettre fin à ces aberrations et de relocaliser nos productions.

Nous appelons à consommer et à produire local, à développer des circuits courts entre producteurs et consommateurs qu’il s’agisse de biens agricoles ou manufacturés ou de services.

Certains choix nous sont imposés par les logiques marchandes et d’accumulation de profits. Il est cependant possible de changer nos modes de consommation par des actes quotidiens en les rendant plus équitables, plus écologiques et plus solidaires.

La relocalisation est un moyen de promouvoir la qualité éthique des productions, le respect de conditions de travail décentes ainsi que le respect du vivant et de la biodiversité.

Loin d’un repli protectionniste qui isole et oppose les humains, nous vous invitons à rejoindre une démarche à dimension universelle et solidaire mêlant respect environnemental et humain : réduire la consommation d’énergie et l’empreinte écologique, favoriser l’emploi et les activités locales, développer la souveraineté alimentaire, l’indépendance énergétique et industrielle au Nord comme au Sud.

Mille Milliardaires en dollars ! Un impôt, vite ! CADTM Reporterre 2010/03/18 CADTM (18 mars 2010) Mille Milliardaires en dollars ! Un impôt, vite !. Reporterre. Tribune — fr

Mille Milliardaires en dollars ! Un impôt, vite !

Un impôt de 20% sur le patrimoine des milliardaires permettrait de récupérer 720 milliards de dollars.

Chaque année, le magazine Forbes publie sa très célèbre liste des milliardaires. Le classement 2010, qui vient d’être rendu public, indique que le nombre de milliardaires en dollars est passé de 793 à 1 011. Leur patrimoine cumulé représente 3 600 milliards de dollars, en hausse de 50% en un an.

Pour le CADTM, peu importe que Bill Gates ne soit que second, dépassé par le Mexicain Carlos Slim dont la fortune atteint 53,5 milliards de dollars. Le plus grave est qu’un tel montant, concentré entre les mains d’une seule personne, représente 12 fois le budget d’un pays comme la République démocratique du Congo (RDC), qui abrite plus de 68 millions de personnes.

Le CADTM affirme que cette forte hausse du nombre de milliardaires, alors que des milliards de personnes voient leurs conditions de vie se dégrader suite à la crise, prouve que les très riches ont réussi à faire supporter le coût de cette crise au plus grand nombre. Dans de nombreux pays, au Nord comme au Sud, la dette publique des Etats a explosé, notamment pour venir au secours des responsables de cette crise (banques privées, fonds spéculatifs…) ou pour en payer les conséquences. L’accroissement de cette dette est ensuite le prétexte pour imposer des mesures antisociales qui pénalisent les populations mais épargnent les plus riches.

A l’opposé du système capitaliste qui montre chaque jour ses désastreuses conséquences sociales, le CADTM revendique avec force l’idée d’un impôt mondial sur les grandes fortunes. Un impôt de 20% sur le patrimoine d’un petit millier de personnes permettrait de récupérer 720 milliards de dollars, soit la moitié de la dette extérieure publique de tous les pays en développement en 2008 et 3,5 fois le montant total des remboursements annuels au titre de cette dette.

Selon le CADTM, la publication de ce classement doit être l’occasion de remettre en cause les bases du modèle économique et financier en place et de proposer des mesures radicales pour que les milliardaires cités dans le classement Forbes et tous ceux qui ont amassé des fortunes extravagantes supportent le coût d’une crise dont les peuples sont les victimes.

Alors que les préceptes néolibéraux étaient vilipendés suite au déclenchement de la crise en 2007-2008, aucun enseignement n’a été tiré et ce sont toujours les mêmes qui profitent de la mondialisation financière et de l’injuste répartition des richesses qu’elle organise.

« Le jeu de la mort », à la télé. Et quelques questions Simon Marty Reporterre 2010/03/18 Simon Marty (18 mars 2010) « Le jeu de la mort », à la télé. Et quelques questions. Reporterre. fr

« Le jeu de la mort », à la télé. Et quelques questions

« Doit on en conclure que la soumission à l’autorité médiatique est plus forte qu’à l’autorité scientifique, que les Français sont plus soumis que les Américains ou que, en 40 ans, la soumission générale des individus à une autorité quelle qu’elle soit ait augmenté ? »

Au sortir de la projection de presse, dans les locaux de France 2, du « Jeu de la mort », un documentaire à vocation scientifique produit par Christophe Nick que France 2 diffuse le 17 mars à 20h35, les spectateurs ressentaient tous une stupeur mêlée d’un étrange malaise. Ils venaient d’assister à un simulacre de jeu télévisé où un candidat doit infliger des décharges électriques d’intensité croissante à un autre candidat (en réalité un acteur).

Réalisée en avril 2009, cette expérience conduite sous la houlette du Professeur en psychologie sociale Jean-Léon Beauvois tendait à mesurer le degré d’obéissance de n’importe quel individu à une autorité reconnue par lui comme supérieure, en l’occurrence ici la télévision. Cette expérience se base sur une autre, créée dans les années 60 par le psychosociologue Stanley Milgram, de l’Université de Yale, aux Etats Unis. A ceci près que, chez Milgram, l’autorité supérieure à laquelle devaient obéir les cobayes était un scientifique en blouse blanche. Cependant, dans la nouvelle mouture, le principe est toujours le même : aussi simple que cruel. Après un casting aléatoire, un candidat se retrouve dans le bureau d’un soi disant producteur.

On l’informe qu’il doit participer au pilote d’un jeu télévisé consacré à la mémoire. Le « producteur » ajoute que, puisqu’il s’agit d’un simple pilote, les candidats ne gagneront aucune somme d’argent. Leur journée de participation sera juste défrayée à hauteur de 40 €. Aux côtés des candidats, dans le bureau du producteur, se trouve l’acteur Laurent Ledoyen (que les nostalgiques de la télé des années 80 connaissent bien, c’est lui qui incarnait Gilles de Tournemine dans la célèbre série « Le Gerfaut »). Il est présenté comme un autre candidat. « Certains me disaient que mon visage ne leur était pas inconnu. Je leur répondais le plus naturellement que j’avais l’habitude de participer à de nombreux jeux télé et que je passais donc régulièrement à l’antenne », raconte Laurent Ledoyen.

Le producteur annonce alors les règles du jeu aux deux candidats. Après tirage au sort, l’un sera le « moniteur » et l’autre l’« élève ». L’élève disposera d’un certain temps pour retenir une liste d’adjectifs associés à des mots. Puis, en plateau, il sera attaché à une chaise électrique. Le moniteur se placera devant un pupitre muni de plusieurs curseurs. Il énoncera un à un les mots de la liste et l’élève devra alors donner l’adjectif correspondant. A chaque erreur, le moniteur poussera l’un des curseur qui enverra une décharge à l’élève. Les décharges croissent de 20 Volts à 440, la fameuse « zone extrême ». Ces conventions acceptées, le producteur procède au tirage au sort afin de déterminer qui des deux candidats sera l’élève. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr de l’acteur.

Puis arrive la seconde phase. Sur un plateau de télévision aux couleurs criardes, le candidat moniteur prend place. A sa droite, debout, l’animatrice Tanya Young fait office de maîtresse de cérémonie. C’est elle qui incarne l’autorité télévisuelle. Imperturbable, elle commande aux candidats de pousser les différents curseurs. « J’avoue que les premières heures ont été difficiles. Mais rapidement, je suis rentrée dans mon rôle. Je parle de rôle car, sachant que la chaise électrique n’était reliée à aucun fil, ce « jeu » n’était pour moi pas plus délicat que de tourner une fiction. Par ailleurs, je savais que les candidats seraient à leur sortie pris en charge par une équipe scientifique », nous indique-t-elle.

Le « jeu » débute. A l’écran, différents candidats (appelons-les à présent des cobayes) commencent à infliger les décharges. Au départ, Laurent Ledoyen (enfermé sous une cloche métallique juste à côté du plateau) reçoit ses premières électrocutions de 20 à 80 Volts avec humour. Le cobaye, qui ne le voit pas mais l’entend, rit à l’unisson. A 100 Volts, l’acteur ne s’amuse plus « Là ça fait vraiment mal ». « Continuez. Vous devez aller jusqu’au bout », intime l’animatrice.

Au final, 81% des cobayes iront jusqu’à l’ultime décharge de 440 Volts, malgré les supplications crescendo de l’acteur, qui cesse tout bonnement de répondre dans les dernières minutes du « jeu », laissant supposer qu’il est évanoui… voire pire. A titre de comparaison, lors de l’expérience de Milgram, 62,5 % d’entre eux avaient accepté de pousser le dernier curseur. Doit on en conclure que la soumission à l’autorité médiatique est plus forte qu’à l’autorité scientifique, que les français sont plus soumis que les américains ou que, en 40 ans, la soumission générale des individus à une autorité quelle qu’elle soit ait augmenté ? On ne le saura pas. Dommage. Car c’est sans doute ce qui aurait été le plus intéressant. Au lieu de cela, la conclusion de l’émission est un happy end façon « Surprise sur prise » : chaque cobaye est reçu par la production, l’équipe scientifique et Laurent Ledoyen, qui s’emploient à le déculpabiliser.

Si le résultat de cette expérience est édifiant, son déroulement soulève plusieurs questions éthiques.

En premier lieu, les cobayes sont leurrés. En termes scientifiques, une expérience impliquant des humains ne peut être fiable s’ils ne connaissent pas d’emblée les tenants et les aboutissants de son déroulement. D’autre part, les cobayes sont stimulés tout au long de l’émission par un public surexcité qui pousse avec moult vivas le « candidat » à aller jusqu’au bout. Lorsque nous avons posé la question au producteur ainsi qu’à Tanya Young de savoir si ce public était complice ou s’il agissait naturellement, les réponses furent confuses. Certains publics — l’assistance a été renouvelée en cours de tournage — savaient d’autres ne savaient pas, nous a-t-on répondu. Dans le montage final du documentaire, le téléspectateur ne sait jamais à quel type de public il a affaire.

Enfin, et là réside sans doute la plus grave interrogation, quel est l’intérêt de diffuser un tel programme — en plus sur le service public — si on n’en tire qu’un seul enseignement : la télé fait faire n’importe quoi — chose qu’on savait déjà depuis Fear Factor, Koh Lantah et autres ?

NB. Le jeudi 18 mars, à 22h46, France2 diffuse un autre documentaire de Christophe Nick, qui initialement devait être programmé à la suite du « Jeu de la mort ». Il s’agit d’un 52 minutes intitulé « Le temps de cerveau disponible ». Moins racoleur mais bien plus cruel à l’égard de la télévision — d’où sans doute sa diffusion en deuxième partie de soirée — il livre une réelle réflexion sur le petit écran et ses innombrables dérives, sur la glorification par la télé de la pulsion au détriment du désir. A ne pas manquer (Marianne2 publiera demain un article sur cette émission).

Le Conseil d’Etat encourage les autoroutes France Nature Environnement (FNE) Reporterre 2010/03/18 France Nature Environnement (FNE) (18 mars 2010) Le Conseil d’Etat encourage les autoroutes. Reporterre. Politique fr

Le Conseil d’Etat encourage les autoroutes

Le Conseil d’Etat, contre l’avis du Rapporteur public, vient de confirmer la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg.

Le GCO est un exemple symbolique des projets autoroutiers conçus pendant les 30 glorieuses, au siècle du « tout automobile ». « Les dinosaures du tout routier vont se ravir de cet avis, explique Michel Dubromel, responsable Transports de FNE. Tournant le dos à toute solution alternative, ignorant les problèmes d’environnement, l’Etat continue à réaliser des autoroutes passéistes et inutiles. Nous regrettons la validation de la DUP par le Conseil d’Etat ».

Il s’agit en effet d’une infrastructure supplémentaire qui va accentuer le morcellement du territoire, morcellement néfaste à la pérennité du grand hamster, une espèce menacée de disparition.

Pour Stéphane Giraud, Directeur d’Alsace Nature : « Alors que l’Etat à l’ambition de ’montrer l’exemple’ en terme de protection de l’environnement, avec la poursuite de ce type de projet autoroutier, il passe à côté de la plus belle occasion de joindre des actes à la communication abondante sur la biodiversité. Nul doute que pour la sauvegarde du grand hamster, c’est un revers sévère. »

La Cour de Justice Européenne qui doit se prononcer sur la plainte contre l’Etat français en la matière dans les mois qui viennent saura sans doute apprécier et les associations n’hésiteront pas à lui faire connaître leur point de vue. Ce projet va créer de nouvelles coupures dans notre territoire et compromettre toutes les actions engagées pour la protection du grand hamster. C’est un véritable contre sens en 2010, année de la biodiversité.

Ce projet autoroutier avait été dénoncé par de nombreux acteurs, avec une mobilisation qui a transcendé les clivages traditionnels. De plus, élus, agriculteurs et associations ont su promouvoir des solutions pour une autre mobilité, basée sur des transports collectifs et des solutions plus respectueuses de l’environnement.

Maurice Wintz, Président d’Alsace Nature : « Face à une mobilisation exemplaire des acteurs du territoire, nous sommes déçus de l’avis rendu par le Conseil d’Etat, et ne comprenons pas comment l’Etat peut imposer des solutions technocratiques qui ne répondent pas aux demandes légitimes de tout un territoire. »

FNE, Alsace Nature et l’ensemble des partenaires de ce dossier, mobilisés depuis de nombreuses années contre le GCO et contre tout projet autoroutier, maintiennent leur détermination à faire échec à tout projet à contre-courant des évolutions du transport et de la mobilité.

Les dispositifs sonores anti-jeunes sont contraires à la Convention des droits de l’homme Conseil de l’Europe Reporterre 2010/03/19 Conseil de l’Europe (19 mars 2010) Les dispositifs sonores anti-jeunes sont contraires à la Convention des droits de l’homme. Reporterre. fr

Les dispositifs sonores anti-jeunes sont contraires à la Convention des droits de l’homme

Sous le nom de « Mosquito » sont vendus des dispositifs générant des ultra-fréquences, afin de disperser les groupes de jeunes. Des parlementaires européens estiment que les Mosquito enfreignent la Convention des droits de l’homme.

La Commission de la culture, de la science et de l’éducation de l’APCE (Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe) s’est prononcée le 10 mars 2010 à l’unanimité pour l’interdiction en Europe de la commercialisation, la vente et l’utilisation dans tous les lieux publics des dispositifs sonores anti-jeunes « Mosquito ». Selon les parlementaires, ces dispositifs traitent les jeunes « comme des oiseaux ou des insectes indésirables » et leur utilisation peut s’apparenter à un traitement dégradant tel qu’interdit par la Convention européenne des droits de l’homme.

Le texte adopté, rédigé par Piotr Wach (Pologne, PPE/DC), considère que l’utilisation de ces appareils constitue « une ingérence disproportionnée dans l’exercice du droit au respect de la vie privée qui inclut le droit au respect de l’intégrité physique » et contrevient à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, notamment en ce qui concerne le droit à la santé et à la sécurité.

Bien qu’il n’existe aucun élément prouvant l’existence de risques sur la santé liés à l’utilisation de cet appareil, le texte estime que des tests médicaux supplémentaires sont nécessaires. « On ignore par exemple quel est l’impact des sons à haute fréquence sur le fœtus. Le principe de précaution doit par conséquent s’appliquer », souligne-t-il.

L’appareil « Mosquito » est actuellement commercialisé et utilisé au Royaume-Uni, où 3 500 appareils sont en service, en Belgique, en France, en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas et en Suisse. Il émet un puissant signal sonore audible par presque tous les jeunes de moins de 20 ans, mais difficilement perceptible par les personnes de plus de 25 ans. Les adolescents exposés à ce type de bruit sont obligés de quitter les lieux.

Le texte devrait être débattu en session plenière par l’Assembléee en juin 2010.

Le climat entre imposteurs et sophistes Olivier Godard Reporterre 2010/03/19 Olivier Godard (19 mars 2010) Le climat entre imposteurs et sophistes. Reporterre. Tribune — fr

Le climat entre imposteurs et sophistes

« Ce qui est reproché à Allègre ce n’est pas d’avoir des idées et des opinions, aussi farfelues et brouillonnes soient-elles, mais d’usurper l’autorité de la science sans en respecter aucune des règles »

Ce qui est déjà parti pour être un best seller, le dernier livre de Claude Allègre dénonçant une imposture climatique, a trouvé dans la presse des journalistes rétifs. Le 25 février Anne Bauer, journaliste aux Échos en faisait une recension honnête, mais sans fard : par sa mauvaise foi et son simplisme, l’ouvrage s’assimilait à un pamphlet ; ce n’était pas le livre d’un homme de science. Elle aurait pu être plus mordante envers ce mauvais roman d’une prise supposée du pouvoir par un petit groupe d’hommes, qui n’aurait de précédent que celle des bolcheviks lors de la révolution russe de 1917… Le lendemain, Stéphane Foucart, journaliste au Monde, pointait le « Cent-fautes de Claude Allègre ». Le livre est truffé d’erreurs et d’affabulations, nous dit-il : référence à des auteurs ou des articles qui n’existent pas, assimilation des opinions des présentateurs météo de la télé américaine à celle des scientifiques du climat, enrôlement arbitraire de scientifiques au service de points de vue qu’ils ne défendent pas, etc.

C’est dans ce contexte que le 2 mars, Les Échos publiaient une « apologie de Claude Allègre » signée François Ewald, cet ancien assistant de Michel Foucault devenu l’intellectuel de la Fédération française des sociétés d’assurance puis le titulaire d’une Chaire au Cnam [Conservatoire national des arts et métiers]. Ewald s’en prenait aux journalistes qui auraient fait preuve d’intolérance et cédé à leurs convictions militantes. Protestant avec gravité, il le faisait, prétendait-il, au nom de l’éthique des sciences : pointer les erreurs serait une manière d’esquiver la thèse centrale de l’ancien ministre. Et Ewald de juger impératif un débat national sur les conditions de transformation d’une « hypothèse douteuse » (sic) (celle du réchauffement climatique en cours et à venir) en « dogme » (sic). Et de voir en Allègre un nouveau Michel Foucault déconstruisant l’imposture climatique née des amours adultères de la science et du pouvoir ! Pauvre Foucault !

Jusqu’où notre sophiste ira-t-il pour défendre l’indéfendable ? L’éthique des sciences, cela commence par respecter les règles de la vie scientifique : le souci de la démonstration et de la preuve, la précision des sources, la publication de travaux dans des revues scientifiques, tous éléments qui mettent à l’épreuve des allégations ou hypothèses avant d’en faire un savoir admis digne d’être communiqué comme tel au grand public. Ce qui est reproché à Allègre ce n’est pas d’avoir des idées et des opinions, aussi farfelues et brouillonnes soient-elles, mais d’usurper l’autorité de la science sans en respecter aucune des règles. Allègre le revendique d’ailleurs en faisant de sa position de sniper de la communauté scientifique compétente la preuve intrinsèque et ultime qu’il a raison : tous les génies n’ont-ils pas bousculé les préjugés et les routines de leur temps ?

A la suite d’Allègre, Ewald met en cause les modèles numériques utilisés par les climatologues. Il y voit une base précaire. Il oublie de dire que les modèles du climat ne sont pas de pures constructions statistiques montées à l’aveugle, mais qu’ils sont fondés sur la théorie physique la plus incontestable ; qu’un système unique d’équations permet de reproduire les saisons et les différents climats régionaux et qu’ils ne parviennent à reproduire les évolutions observées depuis le XIXè siècle qu’en prenant en compte l’effet de l’accumulation atmosphérique de gaz à effet de serre. Foin des humeurs du soleil et du magnétisme ! Aucune équipe de modélisation n’a encore réussi à construire un modèle du climat compatible avec la physique et avec les données d’observation qui ne conduise pas à un réchauffement global de la planète. Pourtant il y aurait le Nobel à la clé en cas de succès. Alors, parler d’hypothèse douteuse comme le fait Ewald !

Quant à la théorie du complot ourdi par une science appliquée assoiffée de crédits, elle n’est pas nouvelle du tout. Yves Lenoir l’avait mobilisée en des termes très similaires dans un livre publié en 1992, au titre évocateur : La vérité sur l’effet de serre. Le dossier d’une manipulation planétaire. Il utilisait déjà des procédés rhétoriques, révélés en leur temps pour ce qu’ils étaient (1). Il y eut aussi, la même année, sur le problème connexe de l’ozone stratosphérique, Ozone, un trou pour rien. Le genre n’a pas désempli depuis lors.

Il est troublant de voir le succès des balivernes climato-sceptiques auprès de l’opinion et de certains médias tout frétillants de pouvoir mettre à terre ce qu’ils avaient porté, il y a peu, au rang des causes les plus élevées. Il est triste de voir une certaine intelligentsia, écrivains, "penseurs médiatiques", philosophes de salon, qui ne connaissent pas plus la science du climat que la science tout court, se rallier aux faussaires ou aux bouffons dans lesquels ils voient le nec plus ultra d’une science innovante qui ose renverser la pensée unique avec courage. Du haut de leur incompétence, ils jugent que les milliers de scientifiques qui font leur travail avec sérieux sont des idéologues ou des incapables, sauf dans l’art de la manipulation, mais que nos imposteurs médiatiques sont les savants qui disent enfin la vérité sur la nudité du roi…

Il y a un point d’importance dans la rhétorique d’Ewald le sophiste, comme de tous ceux qui veulent accréditer des thèses que la science n’admet pas, qu’il s’agisse des créationnistes ou des négationnistes de la Shoah : l’invocation du nécessaire débat public pour que chacun puisse se faire son opinion. S’abritant derrière le paravent de la démocratie, il s’agit en l’occurrence de faire reconnaître un contenu de vérité à des allégations qui n’ont pas passé les épreuves de la critique scientifique. Comme l’écrivait en avril 2006 Susan Woodbury, présidente de la Société météorologique et océanographique canadienne, face à une demande pressante de climato-sceptiques au premier ministre canadien Harper, d’organiser un débat national où seraient confrontées les « thèses » en présence : « Nous soutenons l’idée d’un programme d’information du public sur le changement climatique. Cependant, nous ne croyons pas que la consultation du public soit un moyen crédible d’évaluer la science du changement climatique ». Et Woodbury de renvoyer aux travaux du GIEC, meilleure synthèse disponible des connaissances mondiales sur le sujet. Se référer au débat public pour juger de la scientificité de différents énoncés, c’est transposer dans l’ordre de la connaissance scientifique une procédure politique, au rebours d’une éthique des sciences. N’était ce pas Raymond Aron qui voyait dans la soumission de la science au politique l’une des sources du totalitarisme ?

Sans relever du même type d’épreuves que l’activité scientifique, les compétitions sportives offrent un exemple à méditer : les journalistes et les passionnés, même les penseurs, peuvent bien donner leur appréciation, avant et après les épreuves, sur la valeur des sportifs en compétition, les radios peuvent bien organiser des débats sur les atouts, les chances ou les mérites des athlètes, ce n’est pas la mise en débat public qui forme le cœur de l’épreuve sportive. Il en va de même pour la science, à la différence près que le public ne peut pas observer de visu les épreuves et leurs résultats, c’est-à-dire disposer d’une intelligibilité sensible immédiate. Ce spectacle lui est fermé du fait qu’il n’y a pas de science sans détour par une construction, une abstraction, une généralité, pas de science sans connaissances et sans compétences préalablement acquises. Alors le public est tenté de renvoyer chacun dos à dos, ou de choisir l’une des « thèses » en fonction de croyances a priori, ce qui est le but recherché par les détracteurs.

Quel est le rôle des médias dans tout cela ? S’ils n’y prêtent attention, ils offrent une plateforme inespérée aux faussaires. Le détournement du principe de l’équilibre démocratique de l’expression des opinions en est le vecteur. Au concret, c’est au mieux la règle de l’égalité des moyens (présence, temps de parole) donnés aux deux « camps » en présence : les pour et les contre, agençant ainsi une fausse symétrie du vrai et du faux. « L’équité » commanderait de traiter de façon égale la parole des représentants des « défenseurs » de la thèse du changement climatique d’origine anthropique et celle de ses détracteurs.

Un piège redoutable se referme alors sur les scientifiques concernés, ceux qui, à travers le vocable « officiel » dont on les affuble ou du fait de leur participation aux travaux du GIEC, voient l’indépendance de leur jugement scientifique récusée sans discussion. Accepter le débat revient implicitement et indûment à reconnaître un statut scientifique à des allégations que la communauté scientifique s’est refusé à admettre : les conditions d’un débat public orchestré par les médias ne permettent pas, en pratique, la mobilisation des ressources (temps nécessaire au développement d’une argumentation, mobilisation de données, étude critique de la littérature scientifique publiée) indispensables aux scientifiques pour faire un sort à des propos non fondés. Refuser le débat, c’est donner à voir l’apparence d’une attitude fermée, qui sera interprétée comme sectaire, dogmatique et contraire à l’éthique de la discussion scientifique ; c’est donner l’impression d’avouer qu’on a quitté le terrain scientifique fait d’inter-critique des concepts, méthodes et résultats et de confesser une situation de faiblesse ou d’incapacité à réfuter les propos des détracteurs, ou bien l’adhésion idéologique à un dogme.

Que le débat politique soit légitime pour déterminer la politique climato-énergétique à adopter, il n’y a aucun doute. Encore faudrait-il qu’il puisse s’engager sur une base saine et non sur la confusion entretenue à laquelle Allègre et Ewald contribuent autant qu’ils le peuvent. Établir une base de connaissances partagée à l’échelle mondiale, c’est le projet qui a présidé à la création du GIEC et qu’il a remarquablement mené jusqu’à présent malgré les nombreuses tentatives de déstabilisation qu’il a connues depuis sa création en 1988. Une erreur empirique faite dans le rapport de 2007 du Groupe 2 du GIEC concernant la date de fonte des glaces de l’Himalaya, n’est pas de nature à remettre en cause le bilan scientifique établi dans le rapport du Groupe 1, ou les scénarios d’émission et l’analyse des instruments de politique présentées dans le rapport du Groupe 3…

Inversant les rapports du faux et du vrai et surfant sur les thèmes à la mode comme la déconstruction de la science et le débat public, l’imposteur et le sophiste en viennent à leur objet véritable : délégitimer à la racine des politiques publiques du climat « aussi coûteuses qu’inefficaces ». Avec un certain talent ils pratiquent les recettes bien décrites par David Michaels dans son livre (2) dévoilant les stratégies de dé-crédibilisation des bases scientifiques de la gestion des risques sanitaires aux États-Unis. Tout ça pour venir à la rescousse du conservatisme le plus étroit ! La France de l’esprit est soumise ces temps-ci à de bien mauvais vents.

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Notes

(1) Olivier Godard, « Sciences et intérêts : la figure de la dénonciation - A propos d’un livre d’Yves Lenoir sur l’effet de serre », Natures, Sciences, Sociétés, 1(3), juillet 1993, pp. 238-245.

(2) D. Michaels, Doubt is their product - How industry’s assault on science threatens your health, Oxford University Press, 2008. Dans ce livre, l’auteur analyse les stratégies mises en œuvre par des consultants spécialisés recrutés par des groupes industriels, dont les plus connus opéraient dans l’industrie du tabac, pour pervertir l’information et mettre en doute de façon systématique les résultats scientifiques pouvant aboutir à mettre en cause leurs produits.

Les leçons du deuxième tour Philippe Cohen Reporterre 2010/03/22 Philippe Cohen (22 mars 2010) Les leçons du deuxième tour. Reporterre. Tribune — fr

Les leçons du deuxième tour

« La gauche doit se saisir de l’affaire grecque pour poser la question d’une vraie rupture avec un système pour lequel la prospérité du pays se réduit à celle du CAC 40. »

Quel ennui que cette soirée électorale, alors qu’il y a tant à dire et à méditer ! Le deuxième tour de ces élections régionales nous a appris trois choses que l’on savait déjà :

1) Le gouvernement Fillon et le Président lui-même ne sont pas plus populaires que la semaine dernière : 20 ministres candidats ont mordu la poussière. Ce soir, certains ont même chaud aux fesses : et si le Boss décidait de remanier ? Certes, le Président a dit le contraire voici quelques jours. Mais agir au contraire de ce qu’il dit, n’est-ce pas ce qu’il s’acharne à faire depuis qu’il est élu ?

2) Les électeurs d’Europe Ecologie sont de gauche. Seul Xavier Bertrand en doutait.

3) Les abstentionnistes n’étaient pas spécialement de droite. Ce sont des Français tétanisés par la crise qui n’ont pas l’impression que cette élection peut changer quoi que ce soit pour eux.

Et puis il y a des choses qui sont passées davantage inaperçues :

La gauche pavoise, mais le spectacle que montrent ses leaders ce soir ne rend guère optimiste. Le refrain de l’Unité, la défense des 35 heures, le déni de la crise, bref, une langue de plomb qui n’annonce rien de bon. Sans parler de la forme et des discours à la Castro de Martine Aubry, qui doit se trouver d’urgence un Guaino (mais y a-t-il des candidats ?) si elle entend maintenir ses ambitions. Martine Aubry a déclaré notamment que les Français étaient en attente de sincérité et de vérité. Exact. Quand commence le PS ?

Les ténors de l’UMP et Sarkozy lui-même ne donnent pas forcément l’impression d’avoir entendu les Français comme on dit sur les plateaux de télévision. Mais Martine Aubry a-t-elle « entendu » le vote écrasant en faveur de Georges Frêche et de Ségolène Royal, les deux candidats de gauche qui font les meilleurs scores dans les catégories populaires ? Et au-delà, comment compte-t-elle s’y prendre pour nous éviter une issue à l’italienne, avec une gauche molle dont l’ambition se limitera à soulager les souffrances sociales ? Certes, on nous dit que les socialistes travaillent à préparer l’alternance. Mais pour le moment, les électeurs ne voient rien venir de nouveau.

Le score remarquable de la liste Front de Gauche-NPA dans le Limousin (19% après 13% au premier tour) montre bien qu’une bonne partie de l’électorat de gauche attend une action résolue contre le néolibéralisme et le capitalisme financiarisé. Et encore, le Front de gauche se limite-t-il dans un registre essentiellement défensif.

Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de sauver le Front national. Sa progression est en effet considérable : le FN, largement enterré par la plupart des éditorialistes avant le scrutin, a recueilli 11,4% des suffrages au premier tour. Sans aucune chance de l’emporter, il totalise en moyenne 17,5% (estimation SOFRES) des votes dans les douze régions où il était présent au second tour. Au premier tour, le Front n’a franchi la barre des 12% que lorsque ses listes étaient emmenées par des stars (Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch). Au deuxième tour le FN progresse même lorsque ses listes sont dirigés par d’illustres inconnus, qui peuvent aussi être des activistes implantés. Il fait 15% en Alsace malgré le risque de faire gagner la gauche que l’on annonçait au coude à coude, 19% en Lorraine et en Languedoc-Roussillon, 17,6% en Champagne-Ardennes.

Et puis, il y a ce dont personne ne parle ce soir à la télévision. Pendant que nous simulons une démocratie qui s’éteint tranquillement (cf. l’abstention), une Europe encore instrumentalisée par l’Allemagne cherche à imposer aux peuples, à travers le refus de prêter à la Grèce à des taux humains, une régression sociale accentuée pour rattraper les jeux dangereux des traders et des banquiers. Les gens ont beau voter contre les Traités européens, manifester contre les plans d’austérité, nos chers démocrates de droite et, hélas, trop souvent de gauche (Martine Aubry n’a-t-elle pas évoqué le plan courageux de Papandréou, qui mobilise les classes moyennes contre son gouvernement ?) persistent à les ignorer. Les fourriers des populismes montants, ce sont eux ! Sarkozy doit changer de politique, s’il en est capable. Mais surtout la gauche doit se saisir de l’affaire grecque pour poser la question d’une vraie rupture avec un système pour lequel la prospérité du pays se réduit à celle du CAC 40.

Un appel pour l’alliance de la gauche et des écologistes Gauche 2012 Reporterre 2010/03/22 Gauche 2012 (22 mars 2010) Un appel pour l’alliance de la gauche et des écologistes. Reporterre. fr

Un appel pour l’alliance de la gauche et des écologistes

Du succès des régionales au changement de politique : un appel est lancé pour une plate-forme commune à la gauche et à l’écologie.

Adresse aux responsables des partis et des mouvements de gauche et écologistes

Devant les dégâts de la politique actuelle de la droite, les Français sont de plus en plus nombreux à souhaiter un changement radical de politique.

Pour être au rendez-vous de leurs attentes, la gauche et les écologistes ne doivent pas se contenter de préparer l’alternance, mais proposer une véritable alternative, que la crise, avec ses graves conséquences sociales, rend plus indispensable.

A deux ans de l’élection présidentielle et des élections législatives qui suivront, le temps presse.

Des personnalités, venant d’horizons variés, ont proposé ici des accords législatifs, là une plate-forme commune avant la prochaine élection présidentielle. Au-delà de ces suggestions, de nombreuses voix s’élèvent pour proposer que les partis de gauche et écologistes, dépassant les vœux, passent aux actes et définissent ensemble les moyens d’aboutir au nécessaire rassemblement pour l’alternative, sans laquelle la victoire est peu probable.

Nous partageons cette opinion et nous considérons que cette dynamique unitaire doit partir de l’établissement d’un manifeste, d’orientations partagées, d’une base commune en vue d’une nouvelle majorité législative et gouvernementale. Nous pensons indispensable d’associer étroitement à cette démarche, celles et ceux qui, engagés dans les syndicats, les associations, la vie citoyenne, constituent les forces vives de la gauche et de l’écologie.

Nous refusons d’être prisonniers des institutions actuelles de la Ve République qui tendent à réduire la démocratie à des choix de personnes.

La gauche et les écologistes doivent et peuvent privilégier des choix de société et des changements engagés par l’action collective. Nos concitoyens savent que celle-ci est plus efficace, d’autant plus qu’ils constatent les dangers et les limites de l’hyper-présidentialisation,

Cette volonté unitaire ne pourra se manifester que si une confrontation large et constructive est organisée, au cours d’Etats généraux, où seront débattues et élaborées les grandes orientations d’une politique de gauche et écologique pour la France.

Conscients de l’urgence, nous demandons aux responsables des partis et des mouvements de gauche et écologistes d’engager, au plus tôt, les contacts nécessaires pour lancer un « Comité de préparation des Etats généraux », qui en précisera la forme, l’organisation et les finalités.

Le casse-tête gazier Hervé Kempf Reporterre 2010/03/22 Hervé Kempf (22 mars 2010) Le casse-tête gazier. Reporterre. Tribune — fr

Le casse-tête gazier

C’est É-NOR-ME ! Gigantesque ! Monstrueux ! Le genre de truc qui renvoie la « renaissance du nucléaire » dans le bac à sable. Qui transforme les « centrales solaires » en simples opérations spéculatives. Qui change la donne. Qui... Pas dans cent ans. Maintenant.

Quoi ? Qu’est-ce ? Quid ? Le gaz de schiste, « shale gas », comme on dit en anglais. Du gaz identique à celui qui fait bouillir votre eau du matin, mais qui, au lieu d’être concentré dans des réservoirs, est disséminé à 5 000 mètres de profondeur dans des couches argileuses très compactes et très imperméables.

On ne savait pas l’exploiter. Jusqu’à ce que la conjonction de deux innovations techniques - le forage horizontal et la fracturation hydraulique des roches - permette à des petites compagnies de commencer à pomper le gisement du bassin de Barnett (Texas). La course a démarré au début des années 2000 et, en moins de dix ans, la production de gaz de schiste représente... près de 20 % de la production de gaz aux Etats-Unis ! Et pourrait atteindre la moitié en 2030.

« C’est la plus grande innovation énergétique de la décennie », dit un gourou de l’industrie des hydrocarbures, Daniel Yergin, de Cambridge Energy Research Associates. L’Agence internationale de l’énergie écrit dans son World energy outlook 2009 que ce « boom inattendu (...) devrait contribuer à un important excédent de gaz dans les prochaines années ». Quant au « pic gazier », ce moment où la production mondiale devrait diminuer, il est vraisemblablement repoussé de plusieurs décennies.

Réserves mondiales : près de 900 téramètres cubes, selon l’Institut français du pétrole, plus de quatre fois les ressources de gaz conventionnel. Dans tous les coins du monde, on cherche frénétiquement le nouveau fluide : en Pologne, avide de s’affranchir du voisin russe, en Allemagne, en Chine, au Québec - où la vallée du Saint-Laurent est visée - et en France, où paraîtront prochainement au Journal officiel des permis de recherche dans les régions de Villeneuve-de-Berg (Ardèche), Montélimar (Drôme) et Lodève (Hérault).

Ah, la vie est belle ! Plus de problème d’énergie ! Le drapeau US va continuer à flotter fièrement sur les centrales électriques - qui émettront moins de gaz à effet de serre, puisque le nouveau combustible génère moins de dioxyde de carbone que le charbon. Non ?

Eh bien... Ce n’est pas si simple. Il faut beaucoup, mais alors beaucoup d’eau pour fissurer les roches. Et quand on la récupère, elle est souvent chargée en métaux lourds, donc toxique. Ensuite, il faut de très nombreux puits pour exploiter ce gaz, parce que la ressource est disséminée : au Texas, déjà des dizaines de milliers. On tire le gaz - mais les paysages en prennent un sacré coup. Notre mode de vie vaut-il le saccage de l’environnement ? En tout cas, les cartes du grand jeu énergétique sont rebattues.

La Grèce, modèle de l’Europe Jean-Marc Salmon Reporterre 2010/03/23 Jean-Marc Salmon (23 mars 2010) La Grèce, modèle de l’Europe. Reporterre. Tribune — fr

La Grèce, modèle de l’Europe

Le traitement de choc appliqué par les capitalistes à la Grèce préfigure ce qu’ils préparent pour les autres pays européens.

LE FANTÔME DU THATCHERISME

Si le moment de votre départ en retraite était retardé de deux ans ? Prendriez-vous votre mal en patience ? Et si leur montant était gelé, augmenteriez-vous votre épargne ? Si en sus on décrétait une amputation d’un tiers de vos treizième et et des deux tiers de votre quatorzième mois ? Adieu les vacances ? Et si la rutilante cerise sur le gâteau de l’austérité était une augmentation de la TVA de 19% à 21% ? Adieu les restos et les concerts ? Imaginez-vous en fonctionnaire, si on ne remplaçait qu’un collègue sur cinq quand ils partiraient en retraite ? Danseriez-vous une nuit du 4 août ? Et si en contrepartie de vos privilèges, on réduisait votre salaire mensuel de plus ou moins 10%, en amputant vos primes ? Vendriez-vous votre voiture ? Si j’en crois les Athéniens qui ont le ressort de manifester, après tant d’annonces en deux mois, vous seriez perdu. Egarés dans vos comptes. A statut égal, les uns calculent qu’ils perdent un mois et demi de salaires et d’autres trois mois...

Inouï : pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale, dans un pays d’Europe occidentale, on ne rogne pas en douce les rémunérations par de l’inflation ou des taxes. On les coupe à la hache.

Bien entendu, tant que la droite était au pouvoir à Athènes, le ministre des finances allemand ne manquait pas de mots assez forts pour assurer la Grèce de la solidarité de la zone Euro et dissuader, avec succès, les spéculateurs. Un an de cela. A la veille des élections d’octobre 2009, Durao Barroso, le président de la commission, ni une, ni deux prenait, à Bruxelles, l’avion d’Athènes pour se montrer aux côtés des dirigeants de droite.

Le PASOK gagnant haut la main les élections, les yeux des responsables européens se dessillent. La Grèce serait mal gérée. Le nouveau gouvernement nettoie les statistiques que les précédents gouvernements lui ont léguées ? Punissons-le. Pour Durao Barroso, ex-mao devenu libéral, la vérité d’hier est le mensonge d’aujourd’hui. Le nouveau ministre allemand des finances n’a pas de mots assez durs : pas un sou pour les Hellènes.

La spéculation internationale entend très vite le message et se rue à nouveau sur l’affaire : c’est à qui pariera au plus vite sur la banqueroute de l’Etat grec si l’on en croit les hausses des Credit Default Swaps et des spreads, les statistiques des marchés. Celles des institutions économiques internationales racontent une autre histoire. Avec une dette de l’Etat qui tourne autour de 123 % du PIB, la Grèce est au niveau de l’Italie et en bien meilleure position que le Japon… avec ses 197 %. Le déficit public des Hellènes rapporté au PIB est au niveau des Britanniques et un petit 1 % plus haut que celui des Américains. L’indicateur qui compte en dernière instance, c’est l’endettement total d’un pays vis-à-vis de l’étranger : en France, il représente 190 % du PIB, en Allemagne 161 % et en Grèce 163 %.

Hier, Athènes, aujourd’hui, Madrid. Demain, Rome ? Après-demain, Paris ?

L’agence de notation Merkel a rehaussé, le 5 mars, le rating de la Grèce se félicitant de son « effort énorme et rapide ». Perché sur l’Acropole, le fantôme de Thatcher hante toute la vieille Europe. Récapitulons : le retardement de la retraite se discute à Madrid et à Paris à des niveaux comparables. L’alourdissement de deux points de la TVA dans l’Union européenne serait un secret de polichinelle si l’on a bien entendu Alain Minc, samedi 6 mars, sur France Culture. Les coupes de salaires dans le privé s’opèrent du Pirée à Amiens plus ou moins discrètement sous la menace de licenciements collectifs, Angela Merkel ne désespère pas de couper les allocations chômages, malgré la censure constitutionnelle des mesures Hartz IV, etc.

Pour les économistes de renom, l’expansion de la zone OCDE ne retrouvera pas les niveaux antérieurs à la crise de 2008. Une nouvelle fois, comme dans les années 70, diminuer la part des salaires au profit du capital dans le partage de la valeur ajoutée permettrait de maintenir des profits élevés. Que pèse la Grèce ? Peu. Imposé à Athènes, un scénario néothatchérien deviendrait la référence. Des prix Nobel comme Joseph Stiglitz et Paul Krugman espéraient, il y a un an de cela, que la sortie de la crise serait rapide et un triomphe de leurs idéaux néo-keynésiens. Ce n’est pas dans l’Eurozone de 2010 qu’ils trouveront matière à se réjouir. Les salariés non plus.

Gaz : les grandes manoeuvres ont commencé Sylvie Barbier Reporterre 2010/03/25 Sylvie Barbier (25 mars 2010) Gaz : les grandes manoeuvres ont commencé. Reporterre. fr

Gaz : les grandes manoeuvres ont commencé

Le gaz apparait de plus en plus à l’Union européenne comme la clé magique permettant de desserrer le goulet énergétique. En minorant au passage les problèmes environnementaux.

De nombreux indices laissent penser que de grandes manoeuvres sont en cours pour amener l’Europe à recourir massivement au gaz, en le présentant comme « énergie propre », en particulier pour la production d’électricité « de pointe » (présentée comme devant accompagner nécessairement le développement des énergies renouvelables intermittentes), avec comme arguments économiques le faible prix « spot » actuel ainsi que le meilleur rendement, le moindre coût et la plus grande rapidité de construction des centrales CCG.

La Commission européenne doit en principe présenter en juin un rapport et des propositions pour une politique énergétique commune de l’UE et le lobbying fait rage. Les investisseurs susceptibles de s’intéresser aux possibilités offertes par le gaz se placent en attente du fait des incertitudes actuelles, d’où la suspension d’un certain nombre de projets ; mais si la Commission donne de sérieux indices d’un infléchissement vers un fort recours au gaz en Europe, je crains que ce soit la ruée, d’autant qu’une autre innovation technique est susceptible d’introduire de grands changements dans le transport maritime du gaz et l’exploitation de gisements estimés non rentables jusqu’ici.

En effet, nous avons pu recueillir des informations dans ce sens en participant aux journées « Ports et Environnement » où, entre autres intervenants de divers pays, nous avons pu entendre le représentant de l’OMI (Organisation Maritime Internationale, dépendant de l’ONU) faire en passant état de préoccupations nouvelles, ayant trait en particulier au gaz. J’ai essayé d’en savoir plus en lui posant hors séances diverses questions, mais il apparaît que les éléments dont il dispose sont assez lacunaires. Voici ce que j’ai pu apprendre, en partie de cette personne, en partie après une pêche aux infos (peu fructueuse) sur Internet : l’OMI est sollicitée pour étudier les problèmes posés par la conversion au gaz naturel de la propulsion de la plupart des navires, d’une part, et pour élaborer une réglementation (à l’horizon 2012) concernant le transport du méthane sous forme d’hydrates, d’autre part. Simultanément, à terre, les études de conversion au gaz naturel d’une bonne part du parc roulant avancent rapidement, contribuant à offrir des perspectives d’extension des utilisations du gaz.

Concernant le recours aux hydrates de méthane : il ne s’agit pas prioritairement d’exploiter de façon massive les gisements connus (même si des stations pilotes assez avancées commencent à fonctionner), il s’agit d’une conversion du transport maritime du méthane consistant à passer du GNL à une formule plus souple, moins coûteuse et moins dangereuse, permettant d’exploiter de petits gisements jusqu’ici délaissés, et combinable avec le transport du CO2 en retour (réinjecté dans les gisements) ; pour le moment, plusieurs procédés de transformation en hydrates du méthane extrait sous forme gazeuse tiennent la corde, avec semble-t-il, en tête et concurrents, Mitsui et Mitsubishi ; des unités pilotes fonctionnent ; c’est Mitsubishi qui a demandé à l’OMI d’élaborer une réglementation pour 2012 au plus tard ; un certain nombre de constructions de méthaniers, suspendues à cause de la crise, seraient reprises en les adaptant à cette nouvelle technologie et une étude de modifications modulaires vise à exploiter simultanément (avec les mêmes navires) le marché naissant du transport maritime de CO2 capté sur les installations industrielles (marché pour lequel une chaire industrielle « Captage, transport et stockage du CO2 » se crée au Havre, avec l’École des Mines).

Bref, tout cela incite à penser qu’on s’apprête à recourir encore plus aux énergies fossiles, dûment « verdies » à l’occasion, avec le danger supplémentaire de l’intense effet de serre du méthane, largement méconnu, quand il n’est pas nié implicitement par tous ceux qui présentent le gaz comme une « énergie propre ».

Les écolos sont trop bobos Gaetan Brustier Reporterre 2010/03/25 Gaetan Brustier (25 mars 2010) Les écolos sont trop bobos. Reporterre. Tribune — fr

Les écolos sont trop bobos

« La question de l’égalité est la seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits. »

- Dans le détail, dans quel état est la gauche ?

Gaël Brustier : Le PS n’a pas gagné cette élection. Il ne parvient pas à reconquérir l’électorat populaire. Quand on regarde les taux de participation aux marges de Paris, c’est très faible. Ségolène Royal y est un peu parvenue dans sa région. C’est pourtant cette catégorie de population qui fera la décision en 2012.

Le NPA a chuté sur l’histoire du voile. Il y a eu une démobilisation massive. Le Front de gauche fait un bon score nationalement, mais les espaces périurbains n’adhèrent pas à ce discours de la gauche de gauche. Ils font 6,4% dans le 3è arrondissement et 5,7% dans le Val d’Oise…

On parle beaucoup du score d’Europe écologie, intronisé troisième force politique du pays. Il ne représente que 6% des électeurs. C’est un électorat très friable et très « ville-centre ».

Il y a toute une France que les intellectuels de système ne veulent pas voir. La gauche ne parvient pas à leur parler. Du côté du PS, Ségolène Royal y est un peu parvenu.

- Vous soulignez la déconnexion de la gauche et du peuple. Y-a-t-il une prise de conscience à gauche de cette déconnexion ?

Il y a un début de prise conscience transversale. Chez les proches de Royal et d’Aubry, au PC, même chez Europe Ecologie avec quelqu’un comme Stéphane Gatignon. Mais, ils n’ont pas réussi à faire faire à Duflot la campagne qu’elle aurait dû faire pour gagner. L’idée d’un tarif unique du pass Navigo était excellente. Mais très vite, ils retombent dans leurs travers bobos-urbains sur le thème : « il faut pas désespérer Montorgueuil ».

Pour revenir au PS, c’est un parti qui est encore beaucoup trop connecté à la sociologie de la nouvelle synthèse socialiste. Ceux qui résistent sont ceux qui « pensent savoir ». Par exemple Delanoë a une vraie difficulté à appréhender la France périphérique. La seule question que doit se poser ce parti, c’est celle de l’égalité, c’est la seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits. Tant que les partis de gouvernement s’appuieront sur des bases électorales de 10 à 15% des inscrits, ce pays sera ingouvernable.

- Est-ce que cette élection sonne la fin du mirage sarkozyste ?

Je n’en suis pas sûr. Sarkozy n’est pas stupide. Personne ne s’opposera à lui à l’UMP. Il est bien entouré. Je ne parle pas du gouvernement mais de ses conseillers. Tant que Buisson et Guaino seront à la manœuvre, il peut retourner la situation. Ces deux-là sont d’une astuce redoutable. Il y a une droitisation que la gauche ne veut pas voir et cet électorat sarko-lepéniste qui s’est éloigné de lui à l’occasion de ces régionales, il n’aura pas grand mal à le récupérer lors des présidentielles. Les régionales ne sont pas des élections très politiques. Contrairement à ce qu’il se dit, le débat sur l’identité nationale a été plus utile à la droite qu’on le prétend. La gauche est retombé dans ses vieux travers, les réflexes pavloviens des années 80, criant immédiatement à l’anti-racisme. Et aujourd’hui la ligne du PS ne permet pas la reconquête des électeurs d’en face.

- Dans votre livre vous espériez une alternative avec l’émergence d’une coalition sociale majoritaire. Ca progresse ?

C’est difficile. Il y a un frémissement. Le vieux monde ne veut pas mourir. Mais des éléments de l’ancien monde prennent conscience des choses. Est-ce que pour autant la gauche saura construire un programme, un projet, un discours d’ici à 2012 ? Je crois assez à l’hypothèse Prodi 2006. Une gauche sans véritable programme alternatif victorieuse sur le fil mais sous la pression culturelle permanente de la droite. D’où une véritable difficulté à gouverner dans la durée.

Propos recueillis par Régis Soubrouillard

Taxe carbone et inégalités Hervé Kempf Reporterre 2010/03/28 Hervé Kempf (28 mars 2010) Taxe carbone et inégalités. Reporterre. Tribune — fr

Taxe carbone et inégalités

C’est un président de la République. Il prononce un discours. Date : 10 septembre 2009. Lieu : Artemare, dans l’Ain. Voici : « Je ne comprends pas comment on peut avoir signé le pacte de Nicolas Hulot, au printemps de 2007, et aujourd’hui renier sa parole et ne pas faire ce que l’on a dit que l’on ferait. Je l’ai signé. Je le fais. C’est une question d’honnêteté. Si l’on ne le fait pas, on n’est pas honnête. La démocratie républicaine et parlementaire ne peut pas continuer à fonctionner avec des gens qui ne respectent pas la signature qu’ils ont donnée. »

La taxe carbone est un des deux grands engagements pris par le président dans le fameux pacte et cités dans son discours. Six mois plus tard, il renvoie aux calendes grecques, ou plutôt européennes, ladite taxe. Le président de la République ne respecte pas sa signature.

La démocratie peut-elle continuer à fonctionner avec « des gens qui ne respectent pas la signature qu’ils ont donnée » ? On ne sait. Mais il y a bien, dans cet écart devant l’obstacle, dans ces petites manoeuvres après tant de grands mots, un problème de démocratie, c’est-à-dire de fiabilité de la parole dans l’espace de la délibération collective.

Indépendamment de ce que l’épisode révèle du caractère de M. Sarkozy, l’abandon de la taxe carbone est la conséquence logique d’une contradiction fondamentale : on ne peut pas mettre en oeuvre une fiscalité environnementale quand la fiscalité générale des revenus est inégalitaire.

Certes, il est d’utilité publique de renchérir par l’impôt le coût de l’énergie, afin d’en réduire la consommation. Le produit doit en être redistribué par des mesures d’accompagnement environnemental, afin d’aider à la transformation des habitudes de vie et de façon que la charge soit nulle pour les classes les plus pauvres. Mais cette redistribution ne peut pas compenser totalement l’effort fourni par les classes moyennes.

Dès lors, cet effort ne sera admis et compris que si les citoyens ont le sentiment qu’il est partagé par l’ensemble de la société, et en particulier par les classes dirigeantes. Or celles-ci s’attribuent une part exagérée du revenu collectif. Cela constitue une situation d’autant plus insupportable que les difficultés entraînées par l’affaissement du système capitaliste s’accroissent pour tous sauf pour elles.

Faute de vouloir mettre en cause la position anormale des classes privilégiées, le gouvernement ne pouvait qu’attirer l’hostilité des populations à l’égard de la nouvelle taxe. Le principe est simple : il n’est pas possible de mener de politique écologique dans l’injustice sociale.

C’est une leçon à retenir pour la gauche et les écologistes, qui aspirent à reprendre les rênes d’une République mal-en-point. Dont une version positive s’énoncerait ainsi : l’impératif écologique doit être le moteur d’une politique sociale renouvelée.

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Référence :

- La vidéo du discours de M. Sarkozy à Artemare le 10 septembre 2009 : http://www.liberation.fr/politiques...

L’armée française réfléchit à la privatisation Philippe Leymarie Reporterre 2010/03/28 Philippe Leymarie (28 mars 2010) L’armée française réfléchit à la privatisation. Reporterre. Armée fr

L’armée française réfléchit à la privatisation

Des entreprises privées emploient en nombre croissant des mercenaires sur les terrains d’opérations militaires. Ces « Sociétés militaires privées » concurrencent les armées nationales, qui s’en accommodent de plus en plus.

« Les forces armées face au défi de la privatisation de l’action militaire » : ce colloque international organisé le 18 mars dernier à l’Ecole militaire à Paris, a mis en évidence le gouffre qui sépare, dans ce domaine, les pays dits anglo-saxons – Usa, Canada, Royaume uni – où de larges pans de l’activité de défense et de sécurité sont abandonnés aux sociétés militaires privées (SMP), de la plupart des autres, soucieux de conserver dans le giron des Etats l’essentiel des fonctions « régaliennes », et plus regardants sur les activités qui pourraient être concédées à des entreprises privées…

Il y a actuellement en Afghanistan moins de soldats réguliers américains que d’effectifs de « contractors » privés : gardes du corps ; techniciens ; agents pour la protection de bâtiments ou de personnalités, la sécurité d’ONG, l’escorte de convois, le déminage, etc. Une partie de ces 100 000 hommes sont recrutés sur place, parmi les anciens militaires, policiers ou miliciens (dont se débarrassent les chefs de guerre locaux).

En Irak, 160 000 civils (dont plus de 13 000 « soldats de fortune », armés) assistent, complètent, côtoient les 189 000 militaires réguliers, en majorité américains. La Cour des Comptes, à Washington, vient d’étudier cinq cas particuliers de SMP américaines opérant dans ce pays : quatre interventions sont considérées comme meilleur marché, au final, que le recours aux forces régulières ; mais la Cour pointe les autres facteurs à prendre en considération (sélection, légalité, qualité, contrôle, perte de savoir-faire). Dans les faits, la population ne fait pas la différence entre les étrangers en armes et leurs statuts.

Fonds opaques

Même s’il a pris des proportions extraordinaires en Irak, et maintenant en Afghanistan, et que l’actuel « appel d’air » pourrait se réduire une fois ces pays évacués par leurs occupants étrangers, le phénomène des SMP paraît s’enraciner :

- les budgets militaires sont partout en relative ou nette régression, certains pays étant tentés de « boucher les trous » en recourant au privé dans certaines fonctions ; - la lourdeur des engagements crée des tensions sur les effectifs, notamment aux Etats-Unis, qui ont 350 000 soldats en garnison ou en opérations à l’extérieur ; - un véritable secteur industriel et commercial de prestations militaires privées a vu le jour en une vingtaine d’années, avec un marché, et des clients : les grands pays occidentaux ; des Etats faibles du sud ; des Ong, et des organisations internationales - à commencer par l’ONU ; - les spécialistes évoquent un chiffre d‘affaire global de 100 à 200 milliards de dollars selon les estimations (très vagues), avec une fraction de « fonds opaques » ; et un effectif total évalué grossièrement à un million d’hommes, avec une gamme de services qui ne cesse de s’étendre (au point qu’on a pu parler – très abusivement – de « seconde armée du monde ») ; - les SMP sont intégrées dans la planification américaine et britannique, et donc également dans les pratiques de l’OTAN ; - sous le vocable de « partenariat public-privé », elles figurent également dans les plans de l’Union européenne.

Force maîtrisée

Un document signé à Montreux (Suisse) en septembre 2008 par une trentaine d’Etats – mais non contraignant – réaffirme l’obligation pour eux d’encadrer juridiquement ou réglementairement l’activité des SMP, et de respecter le droit humanitaire ainsi que le droit relatif aux droits de l’homme, lorsqu’elles opérent lors de conflits armés. Le document énumère soixante-dix « bonnes pratiques » (ce qui équivaut d’ailleurs à une forme de reconnaissance, voire à un encouragement…).

Dit autrement : la spécificité des armées est, en principe, un savoir-faire qui comporte l’utilisation d’une force maîtrisée et proportionnée, dans un cadre légitime, au nom de la volonté publique, d’un Etat, etc. Sous-traiter une fraction de cette « force légitime » à des privés plus ou moins contrôlés, c’est franchir une crête, créer la confusion, changer de nature, prendre le risque de dévaloriser les armées, les militaires. Il ne faut pas confondre le recours ponctuel à des prestataires (services, maintenance, transport par avions ou hélicoptères, etc.), et une action de longue durée, impliquant un Etat, une armée, une chaîne de commandement, des règles d’engagement et une tradition, etc.

Il ne faudrait pas non plus, plaident certains, que le recours aux SMP suscite plus de difficultés nouvelles qu’il n’apporte de solutions (par manque de capacités) ou d’économies (étant entendu que ces services « délocalisés » seraient par nature moins chers). Des experts européens redoutent notamment que, dans des pays où la pratique du contrat commercial est moins ancrée, les mécanismes de contrôle ne génèrent des coûts qui rendraient l’opération nulle ou négative. Il y aurait donc à identifier des seuils de rentabilité, et à les mettre en balance avec les limites du genre : rupture de la chaîne de commandement ; difficultés de coordination ; poids du contrôle d’exécution des marchés, etc.

Coeur de métier

Les militaires insistent, pour leur part, sur le fait que leur « cœur de métier » (la mission, l’action au milieu des populations, le recours aux armes éventuellement offensives, etc) n’est pas externalisable ; et qu’il convient de ne jamais mélanger, sur le terrain, les soldats réguliers et les privés en armes.

Un colonel français, spécialiste de doctrine, résumait au cours de ce colloque les (bonnes) raisons de ne pas recourir à des SMP :

- normes insuffisantes (casier judiciaire douteux, etc) ; - confusion, dans le regard de l’opinion, avec les troupes régulières ; - fonctionnement trop autonome (comme la société Blackwater en Irak) ; - déséquilibre de l’économie locale (en raison des émoluments hors de proportion des personnels « mercenaires ») ; - manque de cadre réglementaire et juridique…

Il recommandait la création de procédures d’habilitation ou de labellisation, pour les SMP ; des normes éthiques pour l’embauche (hors clans, ethnies,etc.) ; l’imposition de règles d’engagement ; la mise en place de processus de coordination ; la collecte des armes et matériels (en cas de départ, dissolution, évacuation, etc…).

Un professeur d’université israélien a énuméré de son côté les conditions dans lesquelles il serait possible de recourir dans son pays à des personnels de sociétés militaires privées :

- si ce n’est pas pour des opérations ; - seulement si c’est à long terme, dans un cadre planifié ; - seulement s’il y a concurrence entre plusieurs SMP ; - si ces personnels peuvent être déployés dans l’urgence ; - s’il n’y a pas de savoir-faire à préserver (tactiques ou armes secrètes, par exemple) ; - si cela n’entame pas les capacités opérationnelles des forces régulières ; - si leur sécurité peut être préservée ; - si une partie des économies ainsi réalisées sont effectivement réinjectées dans le budget militaire.

Questions d’éthique

Vu de Paris, en tout cas, les SMP sont – au minimum – une « réalité opérationnelle », par exemple en Afghanistan où le contingent français – comme celui d’autres pays de la coalition – est bien obligé de « faire avec » : inutile donc de se rester dans le déni ou de se voiler la face. Et – au maximum – une préoccupation centrale, ou disons éthique puisqu’en dernier ressort, l’appel à ces soldats privés, assimilables à des mercenaires (même s’il s’agit souvent d’anciens militaires) repose le problème du rôle du soldat, de la légitimité de la guerre : des questionnements relativement maîtrisés au niveau des Etats et de la diplomatie internationale (même s’ils sont battus en brèche par certaines luttes de libération ou conflits régionaux de forme « asymétrique ») ; mais qui ne sont plus maîtrisés du tout lorsqu’un agent de la compagnie Haliburton arrose préventivement un groupe de citoyens afghans, sous prétexte qu’il pourrait présenter un danger…

Il n’y a pas encore de position doctrinale française sur la question : c’est une des raisons d’être de ce colloque. La fondation St-Cyr et le Centre de doctrine d’emploi des forces prévoient des groupes de travail, et une nouvelle rencontre, dans un an, pour faire le point. On peut cependant remarquer que le parlement français avait pris soin de ne pas inclure les sociétés militaires privées dans la loi de 1983 sur le mercenariat. Et que le général Henri Bentegeat, chef d’état-major des armées, avait affirmé, en 2004, que « la plupart des SMP sont contrôlables et contrôlées, et peuvent rendre des services aux armées », remarquant toutefois au passage que « certaines n’ont pas d’éthique ». Ce qui ne manque pas d’inquiéter.

Conclusion provisoire de ce colloque : il est de plus en plus difficile de faire comme si cette part croissante prise par les SMP n’existait pas. Privatisation et robotisation (les fameux drones) de la guerre sont les deux grandes problématiques du moment, d’ailleurs liées entre elles.

Le jeûne, outil de la sobriété heureuse Jean-Claude Noyé Reporterre 2010/03/30 Jean-Claude Noyé (30 mars 2010) Le jeûne, outil de la sobriété heureuse. Reporterre. Tribune — fr

Le jeûne, outil de la sobriété heureuse

« Le jeûne est un moyen privilégié de se préparer à la société de sobriété heureuse qui désormais s’impose à nous comme le seul vrai recours à la crise écologique »

Ceux qui ont pour habitude de s’abstenir volontairement de toute nourriture pendant un temps donné, à intervalles réguliers (deux à trois jeûnes annuels de 6 jours chacun, en ce qui me concerne), savent d’expérience tout le bénéfice que l’on peut retirer d’une telle discipline. Le corps, mis au repos, entreprend en effet une salutaire opération de nettoyage intérieur. Il élimine le superflu et les tissus malades tout en préservant les tissus sains. « C’est une opération sans bistouri » (Erwin Hof). Il détoxique (ou détoxine) l’organisme et, ce faisant, le vitalise. Particulièrement indiqué pour les personnes qui ont tendance à faire de l’hypertension artérielle ou dont les taux de cholestérol et de triglycérides sont trop élevés, le jeûne est encore bénéfique pour celles dont la glycémie flirte avec les maxima autorisés, celles qui ont trop d’acide urique ou sont victimes de polyglobulie. J’arrête-là cette liste de recommandations que les (trop rares) médecins spécialisés dans le jeûne préventif et/ou thérapeutique peuvent longuement dérouler, avec force arguments.

Et exprime ma conviction intime que si les Français savaient s’arrêter de manger de temps à autre, en suivant un protocole ad hoc fort simple, ils seraient tout simplement en meilleure santé. Ne serait-ce que parce que le jeûne induit à terme l’habitude de manger mieux. C’est-à-dire moins vite, moins gras, moins sucré et salé, moins de viande et plus de légumes, de fruits et de céréales. Félicitons nous, à ce sujet, que l’équation frugalité = santé = longévité, qui relève du bon sens, fasse désormais consensus.

Une autre idée fait son chemin : nous sommes corps-âme-esprit. Il ne faut rien séparer. Et, même, l’univers entier est régi par un principe d’unité. Le fameux principe d’interdépendance, particulièrement mis en lumière par les bouddhistes. Le rapport avec le jeûne ? Celui-ci : dans le même temps qu’il fait du bien à notre corps, il nous aide à nous détendre, à prendre du recul avec les soucis quotidiens, à nous poser. Pour les croyants, il est un rappel que « l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Il creuse en nous un plus grand désir d’intériorité, d’harmonie. Il nous ouvre à la souffrance d’autrui et nous rend plus assoiffé de justice et d’égalité entre les hommes.

Enfin, last but not least, il est à mes yeux un moyen privilégié de se préparer à la société de sobriété heureuse qui désormais s’impose à nous comme le seul vrai recours à la crise écologique. Moins de biens, plus de liens. Ce slogan est décidément promis à un bel avenir. Et tout jeûneur ne peut que le faire sien. La faim essentielle n’est-elle pas la faim de relations ? Une faim d’amour, d’amitié et de reconnaissance ?

Nicolas Hulot rompt avec le Grenelle Fondation Nicolas Hulot Reporterre 2010/03/30 Fondation Nicolas Hulot (30 mars 2010) Nicolas Hulot rompt avec le Grenelle. Reporterre. fr

Nicolas Hulot rompt avec le Grenelle

Dans une « Lettre ouverte aux citoyens signataires du Pacte écologique », la Fondation Nicolas Hulot annonce se retirer des groupes de travail gouvernementaux.

Cher-e-s ami-e-s,

En 2007, vous avez signé, comme 750 000 Français le Pacte écologique porté par la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme. Votre mobilisation sans précédent a permis d’obtenir l’engagement de Nicolas Sarkozy, de 9 autres candidats à la présidentielle, et de plus de 400 députés et sénateurs de faire de l’environnement une priorité de l’action publique. Des avancées concrètes ont été obtenues : création d’un n°2 du gouvernement en charge du développement durable, les conclusions du Grenelle de l’Environnement et le vote à l’unanimité de la loi Grenelle I... qui ont suscité beaucoup d’espoir.

Le Pacte Ecologique n’est plus respecté

Avec le Grenelle de l’Environnement, nous pensions le constat partagé, nous pensions pouvoir nous concentrer sur la recherche de solutions, il n’en est rien. Les mots clefs des années à venir sont désormais exclusivement la compétitivité, l’emploi, la santé, comme si toutes ces problématiques ne dépendaient pas profondément de l’état de notre environnement.

Le développement durable n’est décidément pas l’axe structurant de l’ensemble des politiques publiques. C’est au mieux un axe parmi d’autres : l’économie, le social, l’agriculture, la culture. Au pire, un axe opposé aux autres. Le discours dominant redevient celui d’il y a plusieurs années : la réponse aux défis écologiques est de nouveau systématiquement opposée à la compétitivité économique et à la protection des emplois. L’environnement redevient un simple enjeu électoral, une variable d’ajustement. Ce n’est pas l’esprit du Pacte écologique.

Il nous faut changer de modèle économique, poser les bases d’une croissance sélective, ancrées sur la préservation et un meilleur partage des ressources naturelles. Les emplois, la compétitivité des entreprises, sont menacés par les crises environnementales. La raréfaction des ressources énergétiques, la destruction des écosystèmes vont accentuer la vulnérabilité des plus faibles d’entre nous, fragiliser nos économies et nos démocraties et générer de nouvelles sources d’affrontements. C’est ce que n’ont pas compris la plupart des responsables politiques et économiques.

Une suspension nécessaire pour plus d’efficacité

C’est pourquoi, la Fondation Nicolas Hulot décide de suspendre sa participation aux groupes de travail mis en place par le gouvernement jusqu’à ce que des décisions fortes remettent le développement durable au cœur des politiques publiques. Depuis 3 ans, nous participons activement à de nombreux groupes de travail du gouvernement, notamment issus des Grenelle de l’Environnement et de la Mer, afin de faire émerger des solutions concrètes. Or, les récentes déclarations des responsables politiques montrent que l’engagement des parties prenantes aux groupes de travail gouvernementaux est de moins en moins suivi d’effets. Il nous apparaît donc absolument nécessaire d’analyser les raisons du recul que nous vivons et d’évaluer nos modes d’action pour nous tourner vers plus d’efficacité, pour concentrer nos forces là où elles sont utiles et pour nous préparer aux échéances où nous pourrons faire la différence.

Nous sommes convaincus que la mutation environnementale ne se fera que dans le dialogue et dans le débat. Cependant, l’annonce surprise au lendemain des élections régionales de l’abandon du projet de loi sur la taxe carbone, sans la moindre concertation des parties prenantes, marque non seulement une rupture des ambitions françaises en matière de protection de l’environnement, mais aussi un renoncement au débat tel qu’il a été mis en place avec le Grenelle de l’Environnement. La levée de boucliers de tous bords et la cacophonie qui en a résulté ont largement contribué à ce résultat.

L’écologie ne doit pas être un choix opportuniste

À gauche comme à droite, certains sont convaincus de la nécessité de changement. La Fondation Nicolas Hulot salue ainsi l’action du ministre du développement durable, Jean-Louis Borloo, et de sa secrétaire d’Etat, Chantal Jouanno. Mais dans ce gouvernement comme dans d’autres partis politiques, la conversion à l’écologie n’est trop souvent qu’opportuniste. Cela crée des dégâts importants. Aujourd’hui, les signaux envoyés risquent de briser net l’élan du changement. Dans les entreprises, les collectivités territoriales, les syndicats, les associations et dans votre quotidien vous êtes nombreux à vous être mobilisés, à agir. Cela doit continuer, même si les messages négatifs ou le climato-scepticisme renforcent les résistances.

Nous concentrer sur de nouvelles formes d’actions

Au moment du Pacte écologique, Nicolas Hulot a créé au sein de sa Fondation l’observatoire du Pacte écologique. En 3 ans, nous avons suivi de près l’avancée de nos propositions. Le premier bilan est clairement insuffisant. Il est temps d’inventer de nouvelles formes d’actions, plus proches des acteurs du changement.

La Fondation Nicolas Hulot souhaite poursuivre le dialogue avec l’ensemble des acteurs sociaux économiques, mais aussi politiques qui acceptent de réfléchir sur les solutions du long terme pour préparer l’avenir.

Nous devons analyser les raisons pour lesquelles nos propositions et notre approche n’ont pas été comprises. Nous portons sans doute une part de responsabilité. Nous n’avons pas su expliquer et convaincre de la nécessité d’anticiper les modifications inéluctables du monde du travail, de faire basculer notre fiscalité pour libérer l’emploi et réduire l’utilisation des ressources naturelles.

Avec vous, citoyens signataires du Pacte écologique, nous allons développer le dialogue et l’échange. Nous avons besoin de vos points de vue, de vos analyses, pour être plus efficaces. Tout au long de l’année 2010, la Fondation sera à vos côtés, vous proposant des outils, des actions dans le domaine de la protection de la biodiversité, d’une alimentation plus responsable et de la lutte contre le changement climatique. Prochainement, nous reviendrons vers vous pour connaître vos avis sur les modes d’action que nous allons mettre en place. Car c’est aussi et surtout par votre engagement que nous répondrons au défi de la crise écologique et climatique pour construire ensemble une société sobre et désirable.

Que s’est-il passé au Congrès sur la décroissance à Barcelone ? Bertille Darragon Reporterre 2010/03/31 Bertille Darragon (31 mars 2010) Que s’est-il passé au Congrès sur la décroissance à Barcelone ?. Reporterre. Culture et idées fr

Que s’est-il passé au Congrès sur la décroissance à Barcelone ?

ECOUTER ICI : http://www.reporterre.net/IMG/mp3/D...

Bertille Darragon milite au Collectif décroissance de Lyon.

Objecteur de croissance Hervé Kempf Reporterre 2010/03/31 Hervé Kempf (31 mars 2010) Objecteur de croissance. Reporterre. Tribune — fr

Objecteur de croissance

L’habit ne fait pas le moine, bien sûr, mais une belle apparence inspire le respect. C’est pourquoi il est tout sauf anecdotique que l’idée de décroissance, si allègrement injuriée par les thuriféraires du dogme croissanciste, ait été accueillie dans un lieu imprégné de pensée. Du 26 au 29 mars s’est tenue dans la belle université de Barcelone la deuxième conférence sur la décroissance économique.

Ouverte par le recteur, organisée par l’Institut de science et de technologie environnementales (ICTA) de la capitale catalane, elle a réuni plus de 500 chercheurs et activistes venus de nombreux pays européens et américains. On sait maintenant que décroissance se dit degrowth en anglais, decrecimiento en espagnol, decreixement en catalan, decrescita en italien.

Pourquoi ce mot suscite-t-il tant d’intérêt ? Parce qu’il repose les questions radicales qui sont au coeur de l’écologie et que les logiques de développement durable, de croissance verte et de capitalisme vert ont affadies.

En se voulant « réalistes », nombre d’écologistes se retrouvent à teinter de vert un système économique qui ne change pas sa logique de destruction de l’humain et de la biosphère. Radicaux, les objecteurs de croissance affirment que la crise de l’orée du troisième millénaire ne peut se résoudre selon les voies suivies depuis le XIXe siècle.

Sous l’étendard de cette posture peut se redéployer la liberté de pensée contre le dogme, dont un autre important colloque, à Paris, en 2002, avait défini le programme : « Défaire le développement, refaire le monde ».

On ne saurait résumer ici la variété des pistes de recherche présentées à Barcelone et la vivacité des discussions qui s’y sont tenues. Le programme, consultable sur le site http://www.degrowth.eu, en donne un aperçu.

Deux idées, rapidement, émergent. La préoccupation de la justice sociale est au coeur du projet de refondation écologique, et Barcelone a continué sur la route ouverte à Copenhague par les mouvements de la société civile avec la revendication de la justice climatique : « Changer le système, pas le climat ». Et pour les objecteurs de croissance, le système, c’est le capitalisme.

Autre élément nouveau, la parole des mouvements du Sud, qui disent que, chez eux aussi, le développement tel qu’il est porté par les gouvernements est destructeur. Ils apportent de nouveaux concepts, tel celui de « bien-être » opposé au « mieux vivre ».

La conclusion de l’économiste Juan Martinez-Allier : « La décroissance va devenir le courant majeur de l’économie. » A Barcelone, les colonnes du dogme ont été ébranlées.

Climat : les scientifiques se rebiffent Par Julien villalard Reporterre 2010/03/31 Par Julien villalard (31 mars 2010) Climat : les scientifiques se rebiffent. Reporterre. fr

Climat : les scientifiques se rebiffent

Les meilleurs climatologues français s’insurgent contre les attaques injurieuses et sans rigueur de MM. Allègre et Courtillot.

Destinataires : Mme la Ministre de la Recherche, M. le Directeur de la Recherche, M. le Président de l’Académie des Sciences, Mmes et MM. les Directeurs des acteurs de la recherche publique regroupés au sein de l’Alliance thématique AllEnvi (BRGM, CEA, CEMAGREF, CIRAD, CNRS, CPU, IFREMER, INRA, IRD, LCPC, Météo France, MNHN), M. le Président de l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, M. le Président du Comité d’Éthique du CNRS.

Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte

Nous, scientifiques du climat, attachés au devoir de rigueur scientifique, interpellons les structures référentes de la recherche scientifique française, face aux accusations mensongères lancées à l’encontre de notre communauté.

Un pacte moral relie les scientifiques et la société. Rémunérés principalement par les crédits publics, les scientifiques doivent déployer une rigueur maximale, pour la conception, la réalisation, la publication de leurs travaux. Leurs pairs sont les arbitres de cette rigueur, à travers les processus critiques de relecture, de vérification, de publication des résultats. Les hautes instances scientifiques sont les garants de cette rigueur. C’est sur cette éthique scientifique que repose la confiance que la société peut accorder à ses chercheurs.

Reconnaître ses erreurs fait également partie de l’éthique scientifique. Lorsqu’on identifie, après la publication d’un texte, des erreurs qui ont échappé aux processus de relecture, il est d’usage de les reconnaître, et de les corriger, en publiant un correctif. Ainsi, des glaciologues ont mis en évidence une erreur dans le tome 2 du 4e rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat (« Impacts, Adaptation et Vulnérabilité, chapitre 10 : Asie ») concernant le devenir des glaciers de l’Himalaya. En l’absence de procédure formelle d’« erratum », le GIEC a publié son « mea culpa » ( http://www.ipcc.ch/pdf/presentation...), reconnaissant l’erreur, et soulignant que les processus de relecture du rapport n’avaient pas fonctionné pour ce paragraphe. En cela, le GIEC a respecté la déontologie scientifique.

Depuis plusieurs mois, des scientifiques reconnus dans leurs domaines respectifs dénigrent les sciences du climat et l’organisation de l’expertise internationale, criant à l’imposture scientifique - comme le fait Claude Allègre dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie (Plon, 2010), pointant les prétendues « erreurs du GIEC », comme le fait Vincent Courtillot dans Nouveau voyage au centre de la Terre (Odile Jacob, 2009) et dans des séminaires académiques. Ces accusations ou affirmations péremptoires ne passent pas par le filtre standard des publications scientifiques. Ces documents, publiés sous couvert d’expertise scientifique, ne sont pas relus par les pairs, et échappent de ce fait aux vertus du débat contradictoire.

Ces ouvrages n’auraient pu être publiés si on leur avait simplement demandé la même exigence de rigueur qu’à un manuscrit scientifique professionnel. De nombreuses erreurs de forme, de citations, de données, de graphiques ont été identifiées. Plus grave, à ces erreurs de forme s’ajoutent des erreurs de fond majeures sur la description du fonctionnement du système climatique. Leurs auteurs oublient les principes de base de l’éthique scientifique, rompant le pacte moral qui lie chaque scientifique avec la société.

Ces attaques mettent en cause la qualité et la solidité de nos travaux de recherche, de nos observations, études de processus, outils de modélisation, qui contribuent à une expertise nécessairement internationale.

Vous constituez les structures référentes de la recherche scientifique française. Les accusations publiques sur l’intégrité des scientifiques du climat sortent des cadres déontologiques et scientifiques au sein desquels nous souhaitons demeurer. Nous pensons que ces accusations demandent une réaction de votre part, et l’expression publique de votre confiance vis-à-vis de notre intégrité et du sérieux de nos travaux. Au vu des défis scientifiques posés par le changement climatique, nous sommes demandeurs d’un vrai débat scientifique serein et approfondi.

Liste des premiers signataires

Valérie Masson-Delmotte (LSCE)- Edouard Bard (Collège de France / CEREGE)- François-Marie Bréon (LSCE)- Christophe Cassou (CERFACS)- Jérôme Chappellaz (LGGE)- Georg Hoffmann (LSCE)- Catherine Jeandel (LEGOS)- Jean Jouzel (LSCE)- Bernard Legras (LMD)- Hervé Le Treut (IPSL)- Bernard Pouyaud (IRD)- Dominique Raynaud (LGGE)- Philippe Rogel (CERFACS)

Aux Etats-Unis, le fichage ADN des nouveaux-nés se généralise Napakatbra Reporterre 2010/03/31 Napakatbra (31 mars 2010) Aux Etats-Unis, le fichage ADN des nouveaux-nés se généralise. Reporterre. fr

Aux Etats-Unis, le fichage ADN des nouveaux-nés se généralise

Bon nombre d’Etats américains prélèvent, analysent et stockent ad vitam aeternam l’ADN de leurs nouveau-nés, sans même en informer les parents.

Imaginez qu’un mois après la naissance de votre enfant, son pédiatre vous appelle pour vous annoncer qu’il est porteur d’une anomalie génétique. Panique à bord. Quelques jours plus tard, après moult analyses médicales, le calme revient. Votre marmot est en bonne santé, il n’est pas porteur de la maladie tant redoutée. Puis vient le temps des questions. Et là, re-panique. Comment ce doc’ de choc a-t-il pu découvrir l’anomalie ? Simple : votre gouvernement veille sur vous, il a décidé d’analyser l’ADN de votre enfant, sans même prendre la peine de vous en informer. Et il conservera indéfiniment son emprunte génétique. Prévoyant avec ça...

Sans gêne éthique

Malheureusement, il ne s’agit pas d’une fiction mais bien d’une information, balancée à la sauvette par CNN. Un fichage ADN généralisé se met discrètement en place, dans de nombreux Etats américains tels que la Californie ou la Floride, sans que les citoyens en soient informés. Officiellement, cette base de données est destinée à détecter d’éventuelles nouvelles anomalies génétiques, à mesure que le science progresse. Elle pourrait aussi permettre d’aider à la recherche de personnes disparues ou d’identifier des corps. Et bien plus... Car si les prélèvements sont réalisés par des laboratoires publics, ils peuvent aussi être transférés au privé.

Assureurs et employeurs tatillons se frottent les mains...

Régulièrement, des parents découvrent par hasard que l’ADN de leur enfant est prélevé, analysé et stocké. Régulièrement, ils comprennent en même temps que leur progéniture est porteuse d’un gène « discriminatoire » (ou pourrait le devenir). Et même si le bambin est finalement déclaré « sain », les traces de ce « risque » resteront à jamais gravées dans cette base de données qui ne manquera pas, un jour ou l’autre, de tomber entre les mains de personnes malintentionnées. Et régulièrement, les parents se plaignent... dans le vide, puisque c’est pour leur bien.

Réflexions sur les cultures françaises Sylvie Grasland-Deslot Reporterre 2010/04/01 Sylvie Grasland-Deslot (1er avril 2010 à 07h56,) Réflexions sur les cultures françaises. Reporterre. Tribune — fr

Réflexions sur les cultures françaises

Au potager, les cultures se croisent et s’enrichissent.

Par les temps qui courent où l’ identité française est sujet à débats, en tant que citoyenne française mais aussi européenne et même terrienne, consciente de l’ urgence de la réflexion sur le développement durable, je me permets d’ apporter ma pierre à cet édifice voulu par Monsieur Besson.

Je suis Française. Je parle et j’écris français. Je connais des histoires, celles de Perrault, mais aussi de Grimm et d’ Andersen (moins, c’ est plus adapté aux petites filles masochistes). Tout ça m’ a été transmis par ma mère, via ma langue maternelle, et au travers d’elle par sa propre mère, Renée Dejans, que la France a accueillie après la fuite de ses parents de Gand face à l’ invasion allemande. Rattrapés par la grippe espagnole, ils ont laissé une très jeune orpheline qui y a survécu tant bien que mal avant de devenir une trop jolie jeune fille (j’ ai vu une photo) employée de maison. Adolescente, j’ai longtemps écouté son assourdissant silence concernant cette partie de sa vie. Mais elle y a élevé ses enfants et je suis née, par hasard, Française.

Comme elle, je suis futée et gourmande, bonne cuisinière, bavarde et ayant la main verte.

Et considérant mon potager, je me fais la réflexion qu’il est très peu gaulois, ce potager. Il n’ y a même pas de salade. Pas l’ombre d’ une feuille de navet ni de céleri ni de panais. Les haricots et les tomates viennent d’ Amérique, la vigne du croissant fertile, les artichauts d’ Italie, les échalotes de Palestine. La cuisine française, celle de Brillat-Savarin, de Curnonsky et de quelques autres, serait une cuisine de légumes immigrés ?

Et si l’ identité française c’ était la capacité d’ assimiler la culture de l’ autre pour la faire sienne ? Si nous étions , nous tous les Français, vêtus de costumes d’ Arlequin constitués de petits losanges :

- écru pour la découverte de la halwa à côté d’ une médina bruissante - jaune cédrat pour la découverte d’ une conduite automobile où le klaxon est la seule signalisation fiable... sans que les voitures napolitaines soient plus cabossées que chez nous ? - roux pour la découverte des bulles de la Kilkenny, - etc...

Si l’ identité nationale française reposait sur le génie de l’ assimilation ? Avec toutes ses difficultés stimulantes pour l’ intelligence, capacité de s’ adapter à la nouveauté ?

Les Déboulonneurs emportent une « victoire historique » Les Déboulonneurs Reporterre 2010/04/02 Les Déboulonneurs (2 avril 2010) Les Déboulonneurs emportent une « victoire historique ». Reporterre. fr

Les Déboulonneurs emportent une « victoire historique »

Le procès des Déboulonneurs s’est conclu par une relaxe des huit prévenus. C’est la première fois qu’une telle bataille contre la publicité est gagnée. Il faut maintenant que le gouverrnement en tire les conséquences.

C’est un jugement historique que vient de rendre le tribunal de grande instance de Paris. Les huit prévenus ayant barbouillé 5 panneaux publicitaires sur les Champs-Elysées en janvier 2008 ont tous été relaxés [1].

Le Collectif des déboulonneurs de Paris annonce un moratoire sur ses actions de barbouillage. La balle est maintenant très clairement dans le camp des pouvoirs politiques.

A la sortie du tribunal, quinze membres du collectif se sont immédiatement rendus à l’Hôtel de Rocquelaure (secrétariat d’Etat à l’Ecologie). Nous avons été reçus par le cabinet de Mme Jouanno. Alors que l’examen de la loi Grenelle II est actuellement en cours au sein des commissions de l’Assemblée Nationale, et alors que de nouvelles dérogations pour les afficheurs ont été votées au Sénat en octobre, le gouvernement a ici une occasion parfaite de mettre en oeuvre ce qu’il clame publiquement.

Nos revendications à très court terme sont les suivantes : - abandon pur et simple des dérogations votées au Sénat ; - reprise des discussions sur le pouvoir de police de l’affichage et sur les sanctions encourus pour dispositifs illégaux ; - ouverture de discussions sur tous les nouveaux dispositifs publicitaires profitant actuellement d’un vide juridique (écrans animés, écrans espions avec caméras cachées, …) ; - nous demandons au gouvernement de s’exprimer publiquement sur la question et de justifier ses choix et orientations.

Le cabinet de Mme Jouanno s’est engagé à mettre en place une réunion de travail avec les associations sur ces points avant le début de l’examen du texte à l’Assemblée Nationale le 4 mai. La date de cette réunion sera communiquée la semaine prochaine.

A plus long terme, nos revendications restent inchangées : - ouverture d’un large débat sur la place de la publicité dans l’espace public - reconnaissance de la liberté de réception (réduction des formats et densités des dispositifs) ; - interdiction des dispositifs consommant de l’énergie.

Cette victoire est dédiée à David [2].

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Note :

[1] http://www.deboulonneurs.org/articl...

[2] Ecouter David Sterboul : http://www.reporterre.net/spip.php?...

Derrière le bouclier fiscal, le gâchis des heures supplémentaires Gérard Andrieu Reporterre 2010/04/02 Gérard Andrieu (2 avril 2010) Derrière le bouclier fiscal, le gâchis des heures supplémentaires. Reporterre. Tribune — fr

Derrière le bouclier fiscal, le gâchis des heures supplémentaires

Supprimer le bouclier fiscal, bien sûr. Et en égale urgence, supprimer l’exonération de charges sur les heures supplémentaires, qui suscite le chômage.

La suppression du bouclier fiscal est sur toutes les langues. Mais ce débat ne doit pas masquer une autre mesure plus coûteuse encore, en recettes pour l’Etat et surtout en emplois : l’exonération des heures supplémentaires.

La suppression du bouclier fiscal, c’est le débat du moment. Chaque jour qui passe fait de nouveaux convertis. Et même des gens que l’on ne croyait vraiment pas perméables à cette idée semblent s’engager sur cette voie. C’est peut-être même le cas de Jean-Pierre Elkabbach ! Recevant ce matin le tout nouveau ministre du Budget, François Baroin, voilà que l’interviewer en chef d’Europe 1 s’est laissé aller à évoquer la « crise » qui devrait peut-être appeler « plus de justice sociale » ! « A l’origine en 2007, il s’agissait de créer un “choc de confiance et de croissance”. Or, aujourd’hui, le bouclier fiscal est perçu comme un Himalaya d’injustice » !

Bravo Jean-Pierre (et jolie formule, au passage) , tu tiens le bon bout ! Mais sans doute faut-il aller plus loin. Comme le rappelait ce matin François Baroin, le bouclier fiscal « concerne environ 20 000 personnes » et sa restitution devrait s’élevait cette année à « 650 à 700 millions d’euros » (au passage, le ministre nous apprend ainsi que le dispositif va coûter 20% de plus en 2010...). Alors si le bouclier fiscal est « un Himalaya d’injustice », que dire de l’exonération de charges et d’impôts sur les heures supplémentaires ? Voilà une autre mesure phare de Nicolas Sarkozy. Il s’agit même de la mise en pratique de son fameux « travailler plus pour gagner plus ». Mais sur ce sujet, Jean-Pierre ne posera pas de questions…

Et pourtant, comme l’expliquait récemment Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques (1), « cette incitation fiscale coûte cher au budget de l’Etat (4 milliards d’euros) et les heures sup se substituent à des emplois nouveaux ». En 2008, les « 727 millions d’heures supplémentaires » enregistrées représentaient selon lui « l’équivalent de 466 000 emplois à temps plein » ! En 2009, crise oblige, les heures sup’ sont retombées à hauteur de « 676 millions », mais cela représenterait encore près de « 434 000 emplois » !

Malheureusement, dans une posture qui confine à l’autisme, il n’en est pas un à la tête de l’Etat pour admettre qu’il y a bien interaction entre l’exonération des heures supplémentaires et l’évolution du chômage. Et la planète média se contente actuellement d’évoquer à qui mieux mieux la suppression du bouclier fiscal, bien sûr nécessaire mais certainement pas suffisante. Mais les journalistes apprennent un peu plus chaque jour. La preuve avec Jean-Pierre. Laissons-lui encore quelques mois (mais pas plus) et formulons le vœu pieu qu’il finisse par crier au micro d’Europe 1 : « Haro sur les heures sup’ » (un Everest d’injustice ?) !

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Note :

(1) http://www.alternatives-economiques...

A Dijon, citoyens et paysans ont libéré des terres Divers ollectifs Reporterre 2010/04/02 Divers ollectifs (2 avril 2010) A Dijon, citoyens et paysans ont libéré des terres. Reporterre. fr

A Dijon, citoyens et paysans ont libéré des terres

A Dijon, le 28 mars, l’occupation de terres en friche a été un succès populaire. Dans la bonne humeur, des manifestants ont défriché des parcelles vouées à l’urbanisation. L’enjeu : libérer les terres des logiques spéculatives.

Lors de la manifestation du dimanche 28 mars, divers collectifs, des citadins bêches à la main, des jardiniers en herbe ou des maraîchers en luttes ont libéré des terres.

Malgré le temps très mauvais ce jour là, le noeud lunaire réputé défavorable au travail du sol, et le changement d’heure, autant de facteurs propres à décourager tout-e participant-e-s potentiel-le au pique-nique annoncé, c’est environ deux cents personnes qui se sont retrouvées vers 13h sous l’abri du kiosque de la place Wilson et autour.

Quelques interventions introductives ont d’abord eu lieu. Un représentant de l’AMAP de Plombières a souligné la demande croissante sur ce type de structure et le besoin que des terres soient laissées à disposition pour des projets paysans locaux. Un maraîcher affilié à la Confédération paysanne a rappelé les luttes menées par son syndicat à ce sujet et mentionné avec une certaine émotion qu’il y a dix ans, lui et sa compagne avaient dû partir des très bonnes parcelles qui allaient être occupées aujourd’hui à cause d’un hypothétique projet d’urbanisme et qu’elles avaient été laissées en friche depuis. Une militante de Terre de liens a parlé des initiatives d’aides collectives développée par son association pour accéder au foncier, tandis que des agriculteurs du réseau Reclaim the Fields (Réclamons les terres), venues de Mayenne, d’Ardèche ou du Morbihan, ont appuyé sur la pertinence d’action de ce type en ville ou à la campagne, et au-delà, sur la nécessité de développer une nouvelle « paysannerie » pour sortir del’impasse de l’agriculture industrielle.

Au son d’une batukada internationaliste, la manifestation a pris les allées du Parc et s’est dirigée droit au but (tenu caché), avec des brouettes pleines de petits plants et quelques dizaines de bêches, pioches, faux et fourches brandies qui lui donnait des airs de jacquerie urbaine. A l’arrivée au coin de la rue Phillipe Guignard, l’ensemble des manifestant-e-s ont pénétré directement sur la première parcelle en friche de la rue, s’avançant mètre par mètre en défrichant en ligne ce champ envahi par les ronces. Au bout de quelques heures d’intense ébullition collective, grâce au ravitaillement assuré par Food not bombs et sous les rythmes véhéments de la batukada, une bonne partie du champ était déjà retourné et en voie d’être ensemencé. Les quelques policiers présents se sont contentés d’observer et de condamner, médusés.

Une première assemblée du potager a permis de se donner rendez-vous pour la suite, d’organiser la diffusion de l’information, le début des cultures et le maintien de l’occupation. Bon nombre de voisins, qui voyaient les terres et les maisons alentour se dégrader depuis des années, sont venus s’enquérir avec enthousiasme de l’action et sont repartis en promettant de repasser bêche à la main ou avec quelques prospectus pour relayer l’information dans le quartier.

Voici pour continuer le texte du tract qui a été distribué ce jour-là et depuis dans Dijon afin d’expliquer le contexte et les objectifs de cette « libération de terres » et esquisser comment elle peut prendre corps par la suite, notamment, à travers des potagers collectifs :

"Cette belle parcelle endormie représentait une partie de plusieurs hectares d’anciennes terres maraîchères à fort potentiel agronomique ("une terre noire, profonde, sol limoneux, sableux, plein d’humus, parfaite pour le potager", selon les connaisseurs).

Ces hectares sont laissés progressivement à l’abandon depuis unedizaine d’années. Ces terres situées dans le quartier dit des Abattoirs, le long de la rue Philippe Guignard, font en effet l’objet d’un projet d’urbanisme chapeauté par la mairie de Dijon dans un ensemble plus grand d’une vingtaine d’hectares destinés à devenir un nouveau quartier. Certaines ont déjà été rachetés par la Mairie, d’autres, sur lesquelles elles exercent son droit de préemption, sont « gelées » en l’attente d’un rachat. Elles risquent de rester en friche pendant plusieurs années encore. A terme, le Plan Local d’ Urbanisme, en cours de validation, affiche une volonté de conserver une partie de ces terres pour du maraîchage local en zone péri-urbaine ou des potagers. En réalité, il semble que priorité pourrait être laissée au béton. Au-delà des effets d’annonce officiels parfois trompeurs, nous avons donc voulu montrer qu’il était possible dès aujourd’hui de cultiver une partie de ces terres.

A travers cette occupation, nous souhaitons mettre en avant qu’il y a bel et bien des terres disponibles en zone péri-urbaine pour du maraîchage bio, local, direct -que ce soit ces terres ou d’autres- et qu’il y a de fortes demandes à ce sujet.

Nous proposons, à partir de l’occupation de ce dimanche, de mettre en place sur ces parcelles des projets de potagers collectifs larges et ouverts à tou-te-s celles et ceux qui désirent un bout de jardin en ville pour produire une partie de leur nourriture et apprendre. Elles s’ouvrent aussi à des paysans encore "sans-terres" qui voudraient se faire les dents, bénéficier de soutien et partager leur savoir avec d’autres.

Nous voulons faire en sorte qu’une zone large du terrain en question reste réellement en zone potagère/maraîchère et ne soit pas bétonnée par la suite.

L’occupation d’aujourd’hui est le début d’une aventure. Ses dynamiques et formes d’organisation restent à défricher, à expérimenter collectivement et (on l’espère) à essaimer au fil du du temps avec toutes les personnes intéressées.

Il sera possible de passer tous les jours dès cette semaine pour démarrer progressivement les potagers et se rencontrer. Un petit local avec des panneaux d’infos, outils, plan(t)s, graines, coin cuisine a été installé rue Philippe Guignard. Pour cette semaine, nous projetons notamment des moments de jardinage collectif plus larges mercredi et samedi après midi, ainsi que des assemblées-goûters à 18h mercredi et samedi pour s’organiser.

Les propositions d’ateliers, échanges de savoirs, jeux, discussions, repas et autres moments partagés sur place sont les bienvenus.

- Pour l’accès aux terres et l’autonomie alimentaire

- Pour défricher ensemble les bases d’une agriculture locale, directe, bio et s’émanciper collectivement du modèle productiviste et industriel...

- Pour faire sauter le verrou de l’accès au foncier en zones rurales ou péri-urbaines. Libérons les terres !"

Dans sa course au rendement, le modèle agricole dominant, basé sur une logique industrielle et productiviste, requiert un usage massif de pétrole, de pesticides, d’engrais, d’emballages plastiques, le transport des aliments sur des milliers de kilomètres et provoque la stérilisation des sols et des cours d’eau, la désagrégation des liens sociaux dans les campagnes et l’exode rurale, l’exploitation et le maintien dans la misère de millions de sans-papier-e-s et sans-terres en Europe et dans le monde. Son développement à l’échelle mondiale n’aura fait qu’aggraver les inégalités sociales, la destruction de la biosphère et livrer le vivant, des champs jusqu’aux semences et engrais, aux tenants de l’agro-industrie mondiale et à leurs trusts.

L’agriculture industrielle est un cercle vicieux dévastateur. Des mythes progressistes aux mentalités conservatrices, du rouleau compresseur économique aux choix étatiques, son offensive est toujours féroce, même relookée « écolo ». Partout dans le monde, des millions de paysans se battent pour garder un contrôle sur leur ressources, pouvoir nourrir les leurs et ne pas finir dans des bidonvilles. En Europe, les politiques alimentaires ont presque réussi à faire disparaître totalement la « paysannerie » en faisant en sorte qu’il soit presque impossible pour les petits agriculteurs de vivre du travail de la terre et pour les jeunes de s’installer comme paysan. Elles ont rendu la plupart d’entre nous complètement dépendant-e-s, coupé-e-s de tout savoir-faire, espaces et pratiques connectées à la production de notre alimentation.

Autour de Dijon, des maraîchers, paysans et des associations regroupant des citadins ou des ruraux, dénoncent et défient la domination de l’agriculture conventionnelle. Des initiatives variées mettent l’accent sur les divers freins institutionnels et politiques à l’installation que rencontrent notamment des projets bios orientés vers la vente directe et locale ou vers des associations, pour lesquels l’accès au foncier demeure souvent problématique.

Chaque jour, dans le monde, des hectares de terres sont grignotées par le béton, et les anciennes ceintures maraîchères font sans cesse place à des zones commerciales, des parkings et des immeubles. Dijon ne transige pas à la règle : les campagnes alentours sont tenues par les gros producteurs, la ceinture maraîchère est en friche ou bitumée, et les jardins ouvriers, reflets de communautés sociales et trésors de débrouilles, tendent à disparaître, malgré les fortes demandes à ce sujet. On nous parle sans cesse d’éco-quartiers, mais au delà du flon flon vert pour l’image et de la réalité eco-aseptisée qu’elle cache, ce que nous souhaitons (re)créer aujourd’hui ce sont des zones maraîchères au sein et en périphérie des villes. Nous voulons des terres où puissent se développer des projets agricoles pour des paysans qui souhaitent s’installer, aussi bien que des potagers qui permettent à des citadins de cultiver une partie de leur nourriture.

Les initiatives de libération de terres laissées en friche ou vouée au béton, et la mise en place de potagers collectifs sont parmi les moyens possibles pour défricher les bases d’une agriculture, locale, directe, bio.... Elles questionnent les modes de productions et le cloisonnement producteurs-consommateurs. Elles permettent de briser en acte le brevetage et la commercialisation systématique du vivant, et de fertiliser les liens qui se tissent à partir d’une terre partagée, habitée et travaillée...

Parce que la nourriture est un besoin primaire, parce que sortir l’alimentation des mains de l’agro-industrie est à la charnière de tout projet social émancipateur, parce que nous voulons mettre nos idées en pratique et relier des actions locales aux luttes globales, parce que le refus de la nourriture industrielle ne se situe pas sous plastique et hors de prix dans un rayon high tech de supermarché. : libérons les terres !

Avec la participation de : la Confédération Paysanne 21, de jeunes agriculteurs locaux, le réseau européen Reclaim The Fields,l’association Plombières environnement, l’association Kir, Espace autogéré des Tanneries, les Faucheurs volontaires 21, Food not Bombs Dijon, Groupe libertaire Dijon...

Appel pratique :

Avant tout compte-rendu, un peu de pratique : le potager collectif qui s’installe sur les terres libérées cette semaine à Dijon, rue Phillipe Guignard (au rond point juste à coté du collège des Lentillères et le long de la voie ferrée) est ouvert à tous et toutes. Son maintien, son ampleur et sa dynamique ne tiennent qu’à vous. Des moments de jardinage, bêchage, défrichage et préparations de semis sont prévus tout au long de la semaine, en particulier mercredi et samedi après-midi. Ces mêmes jours a 18h auront lieu des assemblées-goûters des usager-e-s du potagers pour s’organiser ensemble sur la suite.

Le gaz miracle est super polluant Hélène Crié-Wiesner Reporterre 2010/04/05 Hélène Crié-Wiesner (5 avril 2010) Le gaz miracle est super polluant. Reporterre. fr

Le gaz miracle est super polluant

L’exploitation du gaz de schiste produit une très importante pollution. Démonstration aux Appalaches, aux Etats-Unis.

Echange énergie 100% américaine et milliers d’emplois dans région en crise, contre environnement pourri et eau non potable. Tel est le dilemme des Appalaches, qui vivent une incroyable ruée vers l’or gazeux. Economie contre écologie, un choix pas nouveau sous le soleil.

Ce marché de dupe n’est de toute façon pas soumis à référendum. Les millions d’habitants de Pennsylvanie, d’Ohio et de l’Etat de New York ont certes besoin de l’eau qui vient des montagnes, ils ne remettent pas pour autant en question la nécessité d’exploiter les gisements récemment découverts : ils veulent les jobs, et ils veulent que leur pays ne dépende plus des importations de l’étranger.

Résumons l’affaire. La moitié nord-est des Appalaches, vaste comme la Grèce, est un massif schisteux nommé Marcellus Shale. Cette formation contient la majorité des réserves gazières et pétrolières découvertes aux USA ces dernières années.

Les géologues disent que ce champs gazier pourrait être le plus important des Etats-Unis et qu’il serait capable de répondre aux besoins du pays pour au moins deux, voire trois décennies. Ces réserves ont été détectées dans les années 90, mais elles n’étaient pas facilement accessibles à cause de la manière dont elles sont piégées dans la roche.

Injecter de l’eau pour fracturer la roche

Les compagnies de forage ont mis au point une technique adaptée : la fracture -ou fracturation- hydraulique -, dite « fracking ». Des millions de mètres cube d’eau, de sable et d’additifs divers sont pulvérisés dans les puits. Les schistes sont brisés, le gaz est relâché.

Le fracking n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est sa combinaison avec une nouvelle technique de forage horizontal. La technologie est chère, elle consomme de folles quantités d’eau, mais la production de gaz est également phénoménale.

Que devient l’eau qui a servi à craquer la pierre ? On a vu qu’au départ, elle avait été mélangée à quelques produits chimiques. Lesquels ? Eh bien… nul ne le sait, car les industriels ne sont pas tenus par la loi de divulguer la composition des additifs utilisés pour le fracking. Ah !

Il se trouve qu’en 2005, le Vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney, avait spécifiquement fait exempter le fracking des techniques régulées par l’EPA (l’agence de l’environnement), au prétexte que les additifs ne représentaient que 0,5% du fluide total.

L’eau, donc, après être passée au travers des roches et du gaz, est devenue déchet industriel. Elle est maintenant ultra salée, chargée de sulfates, de chlorides et de benzène, un hydrocarbure présent dans le gaz naturel.

Le foreur en récupère une partie, le reste - entre 15% et 40% selon les sites - retourne ou reste dans le milieu naturel. Ce déchet liquide rejoint tout naturellement les aquifères, qui alimentent les rivières.

Des stations d’épuration pas conçues pour ça

Au début de l’exploitation, l’eau récupérée était envoyée vers les stations municipales d’épuration des eaux usées, pour y être pré-traitée avant d’être rejetée en rivière.

Mais ces stations sont conçues pour des eaux usées domestiques, pas pour des déchets industriels liquides. Les traditionnelles filtrations et décantations sur sable laissent passer beaucoup de polluants : les benzènes, à coup sûr, ainsi que les fameux additifs dont on ne connaît pas la composition.

Pour limiter les dégâts, les foreurs ont commencé à recycler la partie de l’eau usée qu’ils parviennent à récupérer. Ils la réinjectent dans les puits pour des nouveaux fracking. Mais cela ne peut résoudre le problème de fond : la pollution progressive des eaux naturelles.

Les polluants se retrouvent dans les rivières. Ces rivières coulent vers l’aval, vers les grandes villes, qui y puisent l’eau qui va être « potabilisée » par une série de traitements censés ôter ce qui est mauvais pour la santé.

Les traiteurs d’eau et les scientifiques, appelés à la rescousse par les écologistes, constatent que l’eau venue des Appalaches présente des traces de benzène de plus en plus importantes. Elle contient aussi des perturbateurs endocriniens qui n’étaient pas là avant l’exploitation du gaz [1].

On veut les jobs, pas la pollution

Tout cela promet des lendemains sanitaires difficiles, car on est aux Etats-Unis, un pays où les citoyens estiment avoir le droit à une eau potable de qualité.

Ces mêmes citoyens qui applaudissent à l’exploitation de ces gisements de gaz vont détester payer les taxes que vont bientôt leur réclamer les pouvoirs publics. En effet, il va falloir investir dans de nouvelles usines de potabilisation, capables d’éliminer les polluants dérivés du fracking.

Ça s’appelle vouloir le beurre sans payer le prix du beurre. Vouloir l’industrialisation sans les défauts de l’industrialisation.

On peut aussi voir les choses avec une perspective radicalement différente : l’autre gros problème des Appalaches - de leur partie sud-ouest cette fois - est l’exploitation du charbon [2]. L’extraction s’y pratique en rasant les montagnes une à une, rien de moins.

Les dégâts sur le paysage sont irréversibles et la pollution induite est effroyable. Bien pire que celle générée pour l’instant par l’exploitation du gaz. En outre, à condition d’y mettre le prix, il est toujours possible de rendre potable une eau polluée. Enfin, la combustion du gaz émet moins de carbone que celle du charbon.

On en revient au constat du début : échangerai peste contre choléra…

Lire aussi : Appalachia gas drilling infects drinking water, kills fish, sur le Huffington Post (en anglais) [3]

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Notes :

[1] http://www.emagazine.com/view/?5065

[2] http://www.rue89.com/american-ecolo...

[3] http://www.huffingtonpost.com/2010/...

Un paysan refusant le vaccin obligatoire met fin à ses jours Reporterre 2010/04/06 (6 avril 2010) Un paysan refusant le vaccin obligatoire met fin à ses jours. Reporterre. Agriculture fr

Un paysan refusant le vaccin obligatoire met fin à ses jours

Jean-Luc Tournaire, un éleveur bio, refusait la vaccination obligatoire de ses bêtes contre la maladie de la langue bleue. Il s’est suicidé le 26 mars. Un de ses amis témoigne.

A Jean Luc Tournaire

Il faisait parti de ces hommes qui refusent les valeurs d’une société dirigé par l’argent, l’hypocrisie et la connerie. Une société qui met au second plan les valeurs humaines et la nature.

Il y a plus de trente ans, Jean Luc a quitté la région parisienne avec Françoise pour s’installer au Bousquet, un petit village de quelques dizaines d’habitants perché à 1100 m d’altitude dans les Pyrénées.

Il a vécu et parfois survécu avec dans le massif de Madre avec ses vaches, ses veaux, ses chevaux (appaloosa), la terre, les randonnés…… pour vivre la nature avec Françoise, sylvain, Bertrand et Mélanie.

La culture bio, l’homéopathie, étaient une approche naturelle de sa vie. Avec Françoise, ils ont produit de la viande bio bien avant les labels. Certains d’entre nous avons eu la chance de commander les colis de veaux-broutard.

Jean-Luc était fort et fragile à la fois. Fort de vivre dans des conditions rudes, fort d’essayer de vivre en accord avec ses convictions, il aimait la vie et essayait de la vivre.

Ces derniers mois, il a refusé de céder aux pressions de l’administration qui lui demandait au mépris de toutes ses valeurs de vacciner ses bêtes contre la fièvre catarrhale. La gendarmerie laquais du capital l’a convoqué pour lui donner l’ordre de vacciner ses bêtes et le menacer s’il n’obtempérait pas de lui infliger une amende par tête de bétail et l’interdiction d’envoyer ses bêtes en estive sur le massif de Madre qui se trouve en face de sa fenêtre.

Trop dur ! Cela faisait des mois qu’il luttait contre cette obligation de vacciner. Cette injonction infernale contre ses convictions a eu raison de lui, Il n’a pas supporté. Jean-Luc s’est tiré une balle dans la tête ce vendredi 26 mars au matin.

Le business s’empare de tout, des valeurs humaines, de la sauvegarde de la planète, développement durable, de l’école …. Quel cynisme !!!

Jean Luc faisait partie de ces hommes qui refusent le compromis.

Jean Luc : La vie, l’administration t’a broyé !

Jean Luc, je respecte ton dernier acte dévastateur mais je ne suis pas d’accord.

Tu nous laisses bien seul.

Même si ton acte nous déstabilise, il faut continuer à ramer même lorsque le bateau recule face à une vague trop forte. Dimanche dernier, Françoise m’a dit que tu déprimais face aux coups que tu recevais, je lui ai répondu que je ne savais pas quoi dire, que faire. J’étais démuni. Cette semaine je me suis réveillé en pensant à toi, je me suis dit, il faut que j’appelle, je voulais te dire de continuer à ramer mais en baissant le rythme, afin de t’épargner une peu. Je voulais te dire de laisser le bateau reculer et d’attendre que ta tempête se calme. Je ne l’ai pas fait, les occupations de la vie m’ont embarqué et aujourd’hui je me dis que j’ai eu tort de me laisser envahir, prendre le temps et délaisser les amis, les amours.

Jean Luc tu restes dans ma mémoire,

« Tu aurais pu vivre encore un peu pour notre bonheur pour notre lumière avec ton sourire, ton esprit ouvert ton air généreux.

Tu aurais pu vivre encore un peu mon fidèle ami, mon copain, mon frère au lieu de partir tout seul en croisière et de nous laisser comme des chiens galeux. »

Le travail peut faire du bien Collectif du printemps Reporterre 2010/04/07 Collectif du printemps (7 avril 2010) Le travail peut faire du bien. Reporterre. fr

Le travail peut faire du bien

Eh oui, on peut aimer son travail, quand il est libre et créatif. Pour y réfléchir, un collectif d’organisations lance un Printemps pour une économie équitable.

Que l’on soit commerçant, agriculteur, artiste, ouvrier, artisan, journaliste, employé..., exercer librement son activité avec plaisir et au bénéfice de convictions sociales et environnementales est un enjeu au service de l’intérêt général. Aujourd’hui la construction d’une société plus équitable doit se faire à travers un travail qui respecte les êtres humains et la nature au lieu de les épuiser. Travailler ne doit pas renforcer l’exclusion et l’exploitation.

La logique économique actuelle, productiviste et spéculative, renforcée par certaines technologies aveugles, nous fait perdre le sens de nos métiers et dégrade nos conditions de travail. Le cuisinier se transforme en manutentionnaire, le paysan en exploitant agricole, le commerçant en distributeur.

Promouvoir une économie équitable, c’est contester l’organisation actuelle du travail et la rendre non discriminante, afin de permettre à chacun de se réaliser et d’inventer collectivement une manière de produire mieux des biens utiles et durables, en économisant l’énergie.

Pour y parvenir, il est nécessaire de questionner le travail et son organisation pour le mettre au service d’un bien être collectif, du respect du vivant et de nouvelles formes de solidarités des plus jeunes aux plus vieux. De nombreuses initiatives et pratiques alternatives vont dans ce sens, nous vous invitons à les découvrir…

Du 21 mars au 21 juin les organisateurs du « Printemps pour une économie équitable » invitent à travers toute la France à se rencontrer, discuter, découvrir et agir ensemble pour promouvoir un travail au service d’une économie équitable, ici et ailleurs.

Démocratie printanière Hervé Kempf Reporterre 2010/04/07 Hervé Kempf (7 avril 2010) Démocratie printanière. Reporterre. Tribune — fr

Démocratie printanière

Il y aurait mille raisons d’être pessimiste. Eh bien... oublions-les un moment. Les arbres s’habillent timidement de feuilles, l’air frais du matin a un fond printanier, on s’ébroue enfin après cet hiver qui n’en finissait pas et - au diable politiques égocentriques et arrangeurs d’impostures !

Tiens, on nous fait penser à Rabelais. Bonne idée. Voici, dans Gargantua, des paroles revigorantes, portées dans « L’Inscription mise sur la grande porte de Thélème » : « Cy n’entrez pas, hypocrites bigots, vieux matagots, marmiteux boursouflés ; torcols, badauds, plus qu’estoient les Goths ou les Ostrogoths, précurseurs des magots : porteurs de haires, cagots, cafars ampantouflés. Gueux emmitouflés, frappards écorniflés, bafoués, enflés, qui allumez les fureurs, filez ailleurs pour vendre vos abus. »

Et pourquoi être de bonne humeur ? Grâce à un joli film, qui sort sur les écrans, comme on dit, après une tournée discrète aux quatre coins de la France, où il a rencontré un succès ignoré des vigies. Solutions locales pour désordre global est tout à fait réjouissant. Enfin, une réjouissance paradoxale : le documentaire de Coline Serreau montre comment l’agriculture industrielle détruit les sols et les sociétés rurales. Mais il le fait au travers des regards de ceux qui refusent cette fatalité, et qui montrent en action qu’une autre agriculture est possible : vous n’oublierez pas de sitôt les Pierre Rabhi, Philippe Desbrosses, Devinder Sharma, Claude et Lydia Bourguignon qui illuminent ce film qui pourrait être désespéré de leur énergie positive.

Quand on demande à la réalisatrice : pourquoi des solutions locales au désordre global ?, elle répond : « Parce que le local, c’est la démocratie, tandis que le global, c’est la puissance marchande. Pour contrer cette puissance qui a globalisé l’économie, le vivant, qui l’a acheté, vendu, et qui le considère comme une marchandise, nous n’avons qu’une arme : la démocratie, c’est-à-dire la solution à petite échelle et locale - qui est d’ailleurs aussi la solution agricole - qui pourra nous faire survivre. »

Un film écologique ? Oui, mais un film politique, radical, qui affirme que la question agricole est l’enjeu politique central, autour duquel peut se réorganiser la société. C’est là que le pouvoir serait le plus à portée des citoyens : dans ce désir d’aller directement du champ à l’assiette, de se réapproprier la production, d’établir des liens humains plutôt que de simplement passer à la caisse. « Cette société nouvelle, encore latente, encore minoritaire, avance comme un tsunami inéluctable et deviendra bientôt manifeste et majoritaire », affirme Coline Serreau. Elle est optimiste. C’est bien.

Les éoliennes signent la mort de la campagne Yves Verilhac Reporterre 2010/04/08 Yves Verilhac (8 avril 2010) Les éoliennes signent la mort de la campagne. Reporterre. Tribune — fr

Les éoliennes signent la mort de la campagne

« Le développement anarchique de l’éolien industriel pose cruellement la question du devenir de nos campagnes en général, et de l’agriculture extensive en particulier. »

Actu Environnement : La demande de moratoire sur l’implantation d’éoliennes en France que vous avez initié il y a quatre mois compte près de 6.000 signataires. Pourquoi cette démarche ?

Yves Verilhac : Ma prise de fonction de directeur du Parc Naturel Régional (PNR) des Monts d’Ardèche, dont j’avais préalablement coordonné l’élaboration de la charte, a coïncidé avec l’adoption du premier arrêté (du 8 juin 2001) fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations utilisant l’énergie mécanique du vent. L’éolien véhiculant l’image d’un développement durable, et les Parcs naturels étant des outils conçus pour, j’étais a priori favorable. C’est la pratique de ce dossier qui m’a ouvert les yeux. Très vite nous avons vu les limites des soit disant « vertus » de cette industrie. Et comme tout le monde nous avons dit, grâce à un schéma de développement éolien, que nous étions favorables mais qu’il serait préférable d’ériger ces machines encombrantes de 120 mètres de haut... en limite ou mieux à l’extérieur du Parc, chez les voisins. C’est ce que font trois-quart des collectivités ou territoires qui essayent tant bien que mal de s’organiser. Une sorte de force centrifuge, appelée autrement Nimby (not in my back yard). Dès 2008, 65 mâts avaient été érigés dans le seul département de l’Ardèche la plupart en dehors du Parc. Mais ça continue et la pression augmente dans le parc naturel ! Dans la vallée de l’Eyrieux, sur les contreforts du Massif Central, un projet envisage l’implantation d’une dizaine d’éoliennes sur les crêtes, entre Gluiras et Saint-Genest-Lachamp. Un projet inconcevable, en ce haut-lieu de résistance des Huguenots (assemblées du désert) où une route sommitale donne à voir toute la Chaîne des Alpes ! Heureusement, le préfet vient d’en refuser le permis de construire. Mais il n’est pas rare que les promoteurs fassent appel, et les Préfets sont relativement désarmés, ou peu enclins à résister. Sur l’ensemble du territoire français, nous en sommes déjà à près de 2.300 pylônes. Aux vues de l’objectif du « Grenelle de l’environnement » d’atteindre une capacité de 25 000 MW électriques éoliens en 2020, 8 à 12.000 autres sont à venir. Et nous sommes de plus en plus nombreux à dire « ça suffit ! ».

D’où vient ce terme ’’éolien industriel’’, utilisé pour désigner ce qui est communément dénommé ’’ferme éolienne’’ ?

’’Ferme éolienne’’ est un anglicisme de « wind farmer », mais c’est surtout un véritable oxymore car ces projets n’ont rien de rural. Au contraire et c’est bien ce que je leur reproche, ils signent la mort de la campagne ! Cinq éoliennes aux pieds du massif du Mézenc, c’est Beaubourg au milieu des champs ! Sur les grands plateaux bocagers agricoles du Massif Central, on vient poser des mats de 120 m de haut qui occasionnent mouvement, bruit et pollution lumineuse. Finis les ciels étoilés ! C’est un viol du territoire. Certains n’ont pas d’autre argument que « oui, mais c’est beau ». La plupart de ces donneurs de leçons ne les ont pas sous les yeux. Qu’est-ce qui leur permet de dire ça ! Je leur impose mon goût du beau, moi ? J’ai vu des gens pleurer, parce qu’on avait détruit leur environnement immédiat. L’éolien industriel ne respecte même pas l’histoire des lieux. En Ardèche, l’industrie est dans les fonds de vallée, les villages sont à mi-pente, et les pâturages au sommet. Là, où l’agriculture recule, ils érigent ces éoliennes industrielles comme les croix d’un vaste cimetière rural ! Au Puy-en-Velay, la FRSEA (Fédération Régionale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) Auvergne a même constitué une société spécialisée dans les énergies renouvelables, Agréole Développement, pour hypothéquer des terres agricoles à des fins de développement de panneaux photovoltaïques et d’éolien industriel. Est-ce la vocation des exploitants agricoles ?! Et puis, dans l’éolien industriel, il y a un côté colonisateur : le développement se fait sans logique, sans planification. On jette les dés sur le tapis vert. On discute d’un projet de 20 mats et cinq ans après, 30 autres se dressent au même endroit sans que ça n’ait été annoncé au départ. En écologie, on ne peut pas soutenir un projet dont on ne connaît la réalité donc l’impact final. En ce moment il y a de nouveaux permis déposés à Cros-de-Géorand (07) pour un parc pré existant. Qui va se déplacer pour l’enquête publique en plein hiver là-haut sur le plateau ardéchois, une énième fois ?

Etes vous satisfait de la perspective de classement des parcs éoliens en Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE), comme le prévoit la loi Grenelle 2 ?

Peu m’importe, car avec l’éolien, on est plus dans une problématique urbanistique ou paysagère que de risque ou de pollution. On est plus dans une logique de cohérence, de greffe, de tolérance avec le monde agricole en milieu rural. En France, on a pourtant construit des systèmes de protection des milieux naturels et des paysages. Une quinzaine de garde-fous ont des conséquences très concrètes et très contraignantes, qui s’imposent à tout le monde. Ainsi, on a évité le mitage, construit des paysages agréables à l’oeil. Dans le Massif central, la loi Montagne interdit de construire une maison neuve à plus de 100 m d’un village ou d’un hameau. Sur les côtes, la loi Littoral s’applique. Et partout ailleurs, tous les nouveaux projets doivent respecter les plans d’occupation des sols, les plans locaux d’urbanisme. Mais pas pour l’éolien industriel : on est en pleine iniquité ! Et on détruit des paysages extraordinaires comme ceux des PNR, dont le malheur avait pourtant fait la force : c’est parce qu’ils ont loupé les trente glorieuses, qu’ils se retrouvent aujourd’hui détenteurs de patrimoines naturels, culturels et paysagers qui sont leurs meilleurs atouts pour un développement intelligent. Sauf si on coupe la branche sur laquelle ils sont assis. Le développement anarchique de l’éolien industriel pose cruellement la question du devenir de nos campagnes en général, et de l’agriculture extensive en particulier.

En tant qu’écologiste convaincu, qu’est ce qui fait que vous ne vous reconnaissez pas dans l’attitude actuelle des associations de défense de l’environnement à l’égard du développement de l’éolien ?

Comme elles, je suis ’’pour’’ le développement des énergies renouvelables, mais à condition qu’il soit réalisé localement, à l’échelle humaine, des familles, des hameaux et conduit en même temps qu’un plan national d’économie. C’est à cette échelle qu’il prend tout son intérêt. On ment aux gens en prenant des exemples de consommation dans les villages avoisinants pour justifier des installations puisqu’il n’y a pas d’utilisation locale. Instaurons des incitations fiscales pour installer des panneaux photovoltaïques sur les maisons neuves et réhabilitées, du solaire thermique, de la biomasse. Et considérons ces éléments comme constitutifs d’une ressource énergétique à domicile : quand ça marche, vous vous en servez ; quand ça ne marche pas, vous accédez au réseau ; quand vous en avez trop produit, vous vendez à EDF. Et cessons de développer des centaines de parcs éoliens et des milliers d’hectares photovoltaïques industriels (dont l’emprise au sol gèle des terres agricoles, et le développement pollue les prix du foncier) qui nécessitent le raccord au réseau électrique et de nouvelles lignes à THT ! Avec les pertes d’énergie qui en découlent...

Je ne me reconnais pas dans les associations de défense de l’environnement favorables au développement de l’éolien industriel. Le fait que nombre d’entre elles réalisent les volets écologiques des études d’impact (trop souvent d’ailleurs de simples inventaires) contre rémunération m’interroge sur leur capacité à être de véritables contre pouvoirs... Comment ces associations dites de « protection de l’environnement » peuvent-elles encourager des projets qui portent dommage à l’avifaune, aux chiroptères ?

Si on m’avait dit un jour que je verrai des Préfets ou des ingénieurs de l’équipement donner des avis défavorables à des équipements aussi impactant et ce pour protéger les patrimoines, tandis qu’en face des associations dites de protection de l’environnement les cautionnent, je ne l’aurais pas cru ! Si on m’avait dit que France Nature Environnement publierait des communiqués de presse pour s’offusquer de ce que le Sénat veuille planifier et encadrer un développement industriel (alors que nous poursuivions ensemble des promoteurs moins « impactants » devant les tribunaux administratifs) j’aurais pensé à un canular. Les naturalistes semblent avoir fondu comme neige au soleil dans les associations au profit d’environnementalistes. Les associations elles-mêmes ne connaissent pas l’effet cumulé à terme de tous ces aérogénérateurs ! Sans parler des milliers de tonnes de béton à jamais enfouies dans le sous-sol puisqu’on n’enlève que le tiers supérieur quand on démantèle.

Le débat ’’pour ou contre l’éolien’’ semble dévier vers le débat ’’pour ou contre le nucléaire’’, un sujet écarté des discussions du Grenelle de l’environnement. Comment expliquez-vous cela ?

Pour le mouvement écologiste français, la principale motivation dans la défense du développement de l’éolien industriel semble être de ’’sortir du nucléaire’’. Or l’éolien industriel est structuré comme le nucléaire, d’une manière centralisée. Comme pour le nucléaire, mais en pire compte tenu de la dispersion des sources de production, il faudrait pouvoir compenser le manque de production éolienne (lors des périodes d’absence de vent) par des centrales thermiques. Et cet objectif de 10% de production électrique d’origine éolienne en 2020 fixé lors du Grenelle de l’environnement, c’est l’histoire du tonneau percé...

Globalement, la consommation électrique française est exponentielle : plus 5,8 TWh entre 2007 et 2008. Alors qu’on pourrait se fixer un objectif de 30 à 40 % d’économies d’énergie sans plus attendre. Mais on ne peut se fixer un pourcentage de capacité de production sur une courbe de consommation qu’on ne maîtrise pas ! Au résultat, la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique sera proportionnellement forcément plus faible qu’elle ne l’est aujourd’hui. Et le reste, ce sera quoi ? Du nucléaire. Alors arrêtons l’hypocrisie pour les uns et la politique de l’autruche pour les autres : si on ne change pas les règles du jeu de la centralisation et du gaspillage représentatifs de l’éolien industriel, on aura à la fois le nucléaire et nos plus beaux paysages balafrés.

Ce qui vous dérange, c’est donc la politique publique qui entoure le développement de l’éolien ?

Oui ou plutôt l’absence de politique publique : depuis cet objectif de 10 % en 2020 qui dope le développement de l’éolien industriel, on court derrière pour encadrer un développement anarchique. C’est une course à l’échalote ! C’est comme la prime à la casse : on n’a jamais autant vendu de voitures ! Et puis pour faire une voiture il faut beaucoup de pétrole... Une démarche écologique serait de faire en sorte qu’une voiture dure le plus longtemps possible...

Et puis le développement de l’éolien industriel est confié à des sociétés privées qui n’ont pas d’agrément et qui de plus ne garantissent pas le ré investissement dans l’environnement. Certaines collectivités auraient voulu créer une société d’économie mixte (SEM) pour gérer un parc éolien mais très peu y arrivent. Par contre, je connais une collectivité qui en a eu la volonté mais qui, devant la complexité de l’affaire, a dû confier l’exploitation du parc à une entreprise locale, bien vite rachetée par une société canadienne... Alors d’un côté, on oblige EDF à acheter l’électricité produite par les éoliennes à un coût fixe et supérieur à celui du marché de gros de l’électricité ; une opération que l’opérateur historique mène grâce à une taxe incluse dans la facture d’électricité que le citoyen paye. De l’autre côté, n’importe qui peut investir dans des équipements industriels, jusqu’au particulier fortuné dans son jardin sous les yeux du voisin ! Et rien n’oblige ces investisseurs en herbe à s’inscrire dans un cercle vertueux, à réinvestir les bénéfices engendrés par l’exploitation du parc dans la protection de l’environnement ou les économies d’énergie. Aussi, le tarif de rachat imposé à EDF s’apparente à un dopage, qui permet de raccourcir le taux d’amortissement de ces investisseurs. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est une branche qui rapporte, y compris pour les exploitants nucléaires.

Propos recueillis par Camille Saïsset

Pour les retraites, partagez les richesses Attac et Fondation Copernic Reporterre 2010/04/08 Attac et Fondation Copernic (8 avril 2010) Pour les retraites, partagez les richesses. Reporterre. fr

Pour les retraites, partagez les richesses

Lancement d’une pétition pour remettre le débat sur ses bases : le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites a été chiffré entre 1 et 2 points de PIB. A comparer avec la part des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007.

Attac et la fondation Copernic ont rendu public un appel "Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites" signé par 370 responsables syndicaux, associatifs et politiques ainsi que de nombreux universitaires, chercheurs... Cet appel veut mettre la question du partage de la richesse produite au centre du débat public qui s’ouvre sur l’avenir des retraites. Il doit être un point d’appui pour engager une vaste campagne d’éducation populaire qui se traduira par la multiplication de réunions publiques unitaires partout en France.

Face à la régression sociale programmée, il faut créer un vaste courant d’opinion qui affirme que d’autres solutions sont possibles. L’appel "Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites" peut en être le catalyseur.

Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites

Le gouvernement français s’apprête à engager une nouvelle réforme qui risque de porter un coup fatal au système de retraite par répartition en jurant une fois de plus que c’est pour le sauver. Le bilan des réformes menées depuis 1993 est déjà catastrophique car toutes les dispositions prises (calcul sur les 25 meilleures années, indexation sur les prix et non plus sur les salaires des actifs, allongement de la durée de cotisation sous peine de décote...) ont déjà fait baisser le niveau des pensions d’environ 20 %. Elles ont aggravé les inégalités déjà fortes entre les pensions des hommes et des femmes. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) prévoit que le taux de remplacement moyen - niveau de la retraite par rapport au salaire -, passerait de 72 % en 2007 à 59 % en 2050. Cette dégradation continuera donc de frapper les actuels retraités et touchera également les générations suivantes.

Malgré ce bilan désastreux, le gouvernement veut aller encore plus loin en supprimant l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans en le portant à 62, voire 65 ou 67 ans, comme le demande le Medef, et en remettant en cause le calcul sur les six derniers mois d’activité des retraites du secteur public. Jumelées avec un nouvel allongement de la durée de cotisation pour obtenir une retraite à taux plein, ces mesures condamneraient à la pauvreté la plupart des futurs retraités, surtout les femmes et tous ceux et celles qui ont connu et connaîtront des périodes de chômage et de précarité importantes. Ce sont les salarié-es les plus jeunes qui subiraient les effets cumulés de ces orientations au moment de partir à la retraite.

Le gouvernement et le patronat persistent à vouloir durcir les conditions de départ en retraite alors même que les entreprises continuent de se débarrasser des salariés âgés avant qu’ils aient acquis la totalité de leurs droits. Exiger que les salariés travaillent et cotisent plus longtemps, alors que l’âge moyen de cessation d’activité est de 59 ans, ne vise qu’à baisser le niveau des pensions. De plus, cette logique remet en cause la solidarité intergénérationnelle. Il n’y a aucun sens à augmenter l’âge de la retraite alors que le chômage de masse sévit pour les jeunes. Au lieu de voir dans la retraite par répartition une transmission perpétuelle et solidaire de la prise en charge d’une génération par la suivante, le gouvernement et le patronat, afin d’attiser la division, la stigmatisent comme un fardeau pour la seule génération à venir.

Le danger ne s’arrête pas là. Le COR dessine les contours d’une réforme pour remplacer notre système par un autre « par points » ou « par comptes notionnels ». Dans les deux cas, il s’agirait de ne plus avoir à assurer un taux de remplacement du salaire défini à l’avance et de faire de la variation du niveau des pensions le moyen d’équilibre financier des régimes. Cela aggraverait encore la baisse du niveau des pensions et contraindrait les salariés, particulièrement les salarié-es pauvres et effectuant les travaux pénibles, à travailler toujours plus longtemps.

La vraie raison des mesures qui s’annoncent n’est pas liée à la démographie. La crise financière a provoqué une récession et donc une flambée des déficits publics. Les États continuent benoîtement à financer leurs déficits en empruntant sur ces mêmes marchés financiers qui ont provoqué la crise. Réduire ces déficits pourrait se faire par une taxation du capital. Mais les spéculateurs refusent évidemment cette solution, demandent que les États donnent des gages et exigent une réduction des dépenses publiques.

Une alternative à cette régression sociale existe pourtant. A moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.

La question des retraites pose celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Nous ne pouvons accepter la paupérisation programmée des futurs retraité-es, l’idéologie absurde du « travailler toujours plus » et la destruction des solidarités sociales. Nous souhaitons contribuer à une vaste mobilisation citoyenne (réunions publiques, appels locaux…) pour stopper cet engrenage.

Pour la semaine de quatre jours Frédéric Lutaud Reporterre 2010/04/10 Frédéric Lutaud (10 avril 2010) Pour la semaine de quatre jours. Reporterre. Tribune — Emploi et travail fr

Pour la semaine de quatre jours

Certains économistes soutiennent que « le travail ne se partage pas » (1). Leur principal argument retient l’idée qu’une « masse fixe d’heure de travail devant être partagée est fausse ». Effectivement la masse d’heures de travail n’est pas fixe et pour cause, elle diminue… Entre 1949 et 2007, le nombre d’heures travaillées a baissé exactement de 12,7 % quand la population active passait de 19,5 millions à près de 28 millions. C’est donc bien mal connaître son organisation que de dire « la masse de travail ne se partage pas ». Il suffit de prendre la mesure des recherches menées sur la division du travail (2) qui font le succès du capitalisme industriel depuis un siècle.

Les détracteurs du partage du travail constatent aussi que les entreprises qui possèdent la meilleure productivité embauchent le plus. Certes, mais l’entreprise qui embauche détruit de l’emploi chez la concurrence en gagnant des parts de marché quand celui-ci arrive à saturation. La généralisation macroéconomique n’est pas valable. Pour d’autres encore « la destruction créatrice d’emplois serait le principal moteur de la croissance (3) ».

La croissance ne crée pas d’emplois à long terme

Globalement le capitalisme industriel en développant ses outils de production a décimé la main d’œuvre agricole pour la « déverser » dans l’industrie lourde et absorbé celle-ci dans l’économie du tertiaire suite à l’automatisation et la désindustrialisation des pays riches. Il n’est pas question ici de remettre en cause la destruction d’activité qu’entraîne le progrès technologique, mais de contester le caractère automatique de la compensation d’emplois par la croissance. L’histoire nous montre que les effets de percolation (la destruction créatrice) n’ont jamais pu compenser la destruction d’emplois. Seule l’économie de guerre de 1940 a sorti les Etats-Unis de la dépression liée à la première révolution industrielle et ceci malgré le New Deal. Quant au taux de chômage chez les Noirs américains descendants de la main d’œuvre agricole, il reste très élevé encore de nos jours.

Les grands chantiers de reconstruction d’après-guerre en Europe sont maintenant terminés. La troisième révolution industrielle détruit des emplois dans le tertiaire en reconfigurant entièrement les modèles de distribution (Internet) et l’organisation hiérarchique des entreprises (mise en réseau, concentration des tâches sur un poste informatique, intelligence artificielle, production à flux tendu...). Ce n’est pas la création de postes ultra-qualifiés dans les secteurs high-tech qui absorbera le nombre de chômeurs laissés pour compte dans la destruction massive d’emplois tertiaires et l’hyper productivité dans tous les domaines de l’économie.

Entre 1995 et 2002, la production industrielle globale a augmenté de 30 % et la productivité de 4,3 % par an, tandis que chaque année, l’emploi industriel a chuté dans toutes les régions du monde jusqu’à perdre 31 millions d’actifs (4). Même si on retranche les emplois intérimaires, qui sont désormais comptabilisés dans les services aux entreprises, le compte n’y est pas. Notre époque réclame une redéfinition de l’emploi, en qualité et en volume, comme construction et responsabilité collectives. Car si la productivité crée de nouveaux emplois, c’est en nombre insuffisant pour compenser les pertes. Que faire ?

La durée du travail est la variable clé de l’évolution de l’emploi

Nous observons en France avec l’Insee, entre 1949 et 1974, une décrue du nombre d’heures travaillées de 45,7 milliards à 42,3, soit une baisse de 6% dans une conjoncture où la croissance dépasse les 5% par ans. Sur cette période, c’est la diminution du temps de travail qui a maintenu le quasi-plein-emploi malgré l’augmentation de la population active. Elle est passée d’environ 45,5 heures par semaine à un alignement sur la durée légale, soit 40 heures.

Entre 1974 et 2007 le volume d’heures travaillées connaît une nouvelle décrue de 7 % avec une croissance ralentie, mais en constante augmentation (5) (la richesse créée a augmenté de plus de 16%). Entre temps, nous sommes passés à 39 heures puis officiellement à 35 heures. Mal déployées, les 35 heures n’ont diminué à l’époque que de 4 % (6) la durée moyenne tous secteurs confondus et ont depuis largement été déconstruites par les aménagements successifs de la droite. Cette fois-ci la diminution de la durée légale du temps de travail se révèle insuffisante pour enrayer la monté du chômage. Il aurait pu être contenu par une réduction annuelle du travail de l’ordre de 16% au lieu des 10,5% constatés. « La durée du travail est la variable clé articulant l’évolution de l’emploi et donc du chômage d’un côté, et le partage des revenus de l’autre » (7).

La diminution du volume global d’heures travaillées s’accompagne de l’augmentation du nombre d’heures effectuées sous le statut de salarié. En se généralisant, le salariat consacre la victoire de la productivité de l’entreprise par la division du travail sur les professions indépendantes. Mais le recours croissant au temps partiel creuse les inégalités. En 2007, déjà plus de 4 millions de chômeurs faisaient en France 0 heure par semaine, 19 millions d’actifs travaillaient plein pot (parfois trop) et 4 millions à temps partiel (CDD ou intérim). La question qui se pose à nous aujourd’hui serait plutôt « quel partage du temps de travail voulons-nous ? » ou « jusqu’où pouvons-nous descendre la durée légale du temps de travail ? ».

Des précédents instructifs

Les 35 heures sont la cible de nombreuses critiques pour contester une nouvelle diminution du temps de travail. Les modalités de leur application ont compromis en partie de son succès. L’expérience du passage à 32 heures pour plus de 400 entreprises avec la loi de Robien nous paraît un exemple beaucoup plus pertinent pour avoir fait ses preuves (8). Ces entreprises ont toutes embauché et gagné en productivité. Comment faire bénéficier de cette expérience à l’ensemble du tissu économique sans que cela soit vécu comme une contrainte imposée de l’extérieur mais comme une chance unique d’améliorer la productivité ?

Il faut se donner les moyens d’accompagner les entreprises suivant leur rythme et par branche pour optimiser la division du travail afin de permettre l’intégration croissante de nouveaux travailleurs sans augmenter la masse salariale et sans baisser les salaires. Les grandes réformes nécessitent beaucoup de pédagogie, de diplomatie et l’ajustement d’un dispositif fiscal. Celui-ci a fait l’objet d’un bouclage macroéconomique très poussé réclamé par la Confédération européenne des syndicats. Entre indemniser des chômeurs ou permettre aux entreprises d’embaucher, notre choix est fait. Les énormes gains de productivité doivent être impérativement redistribués à travers un meilleur partage des revenus et du temps de travail. D’autre part, les services qualifiés autour du temps libre sont l’industrie de l’avenir tout comme la formation continue permise par le temps libéré est indispensable à la montée en compétence réclamée par nos changements de société. Comme le dit William Green : « Le temps libre est une certitude. À nous simplement de choisir entre loisir et chômage ». Même si la réduction du temps de travail n’est pas la seule solution au chômage, elle y contribue fortement.

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Notes

(1) P. Cahuc & A. Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion 2004.

(2) Voir les entreprises Kellog’s, Télérama, Monique Ranou, Brioche Pasquier, Danone, Volvo, etc…

(3) Suivant la Théorie de l’évolution économique de Joseph Schumpeter, 1934.

(4) Joseph G.Cardson, Manufacturing payrolls declining globally, Alliance Berstein 2003.

(5) De 1978 à 1994, le PIB va augmenter de 40 %, Insee.

(6) Insee.

(7) Ires, La France du travail, 2009.

(8) Les travaux de l’OFCE, le rapport du Sénat, l’évaluation du BIP, Pierre Larrouturou : la semaine de 4 jours.

Le 6e Prix du Livre environnement est lancé Maison de la nature et de l’environnement de l’Isère Reporterre 2010/04/11 Maison de la nature et de l’environnement de l’Isère (11 avril 2010) Le 6e Prix du Livre environnement est lancé. Reporterre. fr

Le 6e Prix du Livre environnement est lancé

Une année marquée sous le signe de la biodiversité pour le Prix du Livre environnement. A découvrir - et à choisir : tout le monde peut voter.

« Si l’on ne devait lire qu’un seul ouvrage en 2010, année internationale de la biodiversité, pour comprendre les enjeux de la protection, de la conservation et de la restauration de la biodiversité, ce serait le lauréat du Prix du Livre Environnement. »

La Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère et sa médiathèque ont officiellement lancé le 6e Prix du Livre Environnement, co-organisé cette année avec les librairies Decitre.

7 ouvrages ont été sélectionnés et nous vous invitons à nous transmettre vos coups de cœur pour élire le Prix des lecteurs ! Vous pouvez lire 1, 2, 3 ou même les 7 livres, qu’importe... Si vous avez aimé un des ouvrages, dites-le nous en remplissant le bulletin de vote téléchargeable et en attribuant 1,2 ou 3 cœurs aux livres qui vous auront séduits.

Les 7 ouvrages sélectionnés :

- Biodiversité, l’avenir du vivant Patrick BLANDIN Ed. Albin Michel, 2010

Quels sont les enjeux de la protection des espèces et des milieux naturels, essentiels pour l’avenir de la biosphère et des hommes ? A l’occasion de l’Année de la Biodiversité, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature va promouvoir une « Ethique de la Biosphère ». L’auteur est l’un des initiateurs de ce projet ; il nous présente ses propositions pour que « Nature vive ».

- L’abeille, sentinelle de l’environnement Henri CLEMENT Ed. Alternatives, 2010

Depuis la nuit des temps, l’abeille assure une pollinisation irremplaçable qui contribue à développer et sauvegarder la biodiversité, essentielle à l’espèce humaine. Pourtant, à l’instar d’un milieu naturel qui ne cesse de se dégrader, sa survie devient préoccupante… et la nôtre avec.

- Humanité et biodiversité, manifeste pour une nouvelle alliance Collectif d’auteurs Ed. Ligue ROC-Descartes et Cie, 2009

La biodiversité, premier pilier du bien-être humain, dont nous dépendons au quotidien, va mal. Toutes les études le confirment. Les auteurs de ce Manifeste, venus d’horizons variés, mettent en débat à la fois un cadre d’action, des propositions concrètes pour changer la donne, et fonder une nouvelle alliance entre l’humanité et la biodiversité.

- Résistants pour la Terre Sébastien VIAUD et Anne GOUYON Ed. Viatao, 2009

Héros ordinaires, ils luttent au quotidien, souvent au péril de leur vie, contre l’avancée du désert, le pillage des forêts, le massacre des gorilles, pour une agriculture saine, un accès équitable à l’eau, un tourisme respectueux de la nature et des hommes : pour le droit de tous à vivre dignement sur une Terre préservée. En France, en Bolivie, en Thaïlande, Sébastien Viaud les a rencontrés dans son tour du monde.

- Le grand roman de la vie Yves PACCALET Ed. J.C. Lattès, 2009

Une saga de la vie depuis le Grand Bang, où l’on voit apparaître l’énergie et la matière, le système solaire, la Terre et le vivant. Un « roman » des existences et des possibilités, du hasard et de la nécessité, une ode à la nature et à toutes ses richesses.

- Les dons précieux de la nature Jean-Marie PELT Ed. Fayard, 2010

L’humaniste Jean-Marie Pelt, par le biais de savoureuses anecdotes, plaide pour la sauvegarde d’une biodiversité qu’il considère comme une véritable assurance-vie pour l’humanité, étant donné la richesse des ressources qu’elle nous procure.

- Les montagnes de Balé une richesse insoupçonnée au coeur de l’Ethiopie Delphin RUCHE Ed. Berger, 2009

Jusqu’ à ce livre, l’exceptionnelle richesse des montagnes de Balé nous était inconnue, alors qu’elle est l’un des hauts lieux de la biodiversité mondiale. L’auteur nous offre un carnet de voyage très illustré, un tour guidé des paysages, de la flore et de la faune, tout en portant une attention spéciale à la compréhension de la fragilité de cet écosystème et aux valeureux efforts qu’on y déploie pour le protéger.

Le Réseau Sortir du nucléaire en grande difficulté financière Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2010/04/11 Réseau Sortir du nucléaire (11 avril 2010) Le Réseau Sortir du nucléaire en grande difficulté financière. Reporterre. fr

Le Réseau Sortir du nucléaire en grande difficulté financière

Chères amies, chers amis,

Vous appréciez le travail indispensable mené par le Réseau « Sortir du nucléaire » depuis 12 ans.

Face à un lobby opaque et puissant, 881 associations très diverses bataillent ensemble au quotidien. Ce Réseau, c’est le vôtre.

Nous vous devons donc la vérité : le Réseau connaît actuellement de très graves difficultés financières qui pourraient remettre en question son existence.

La lutte antinucléaire est une lutte citoyenne : elle vit uniquement de l’engagement et des dons de milliers de particuliers, sans aucune subvention.

Nous avons besoin de recevoir rapidement l’équivalent de 5 000 dons de 20 € pour que nous puissions continuer notre lutte commune contre le nucléaire.

Si vous êtes imposable, un don de 20 € ne vous coûtera en réalité que 6,80 € après déduction fiscale. Bien sûr, selon vos moyens, un don même de quelques euros est également bienvenu.

5000 MERCIS !

Soutenez nos actions, faites un don sécurisé par carte bancaire en cliquant maintenant sur : http://www.sortirdunucleaire.org/do...

Vous pouvez également :

- envoyer un chèque à : Réseau "Sortir du nucléaire" - 9 rue Dumenge 69317 Lyon Cedex 04 - Chèque à l’ordre de "Sortir du nucléaire".

- autoriser un prélèvement automatique sur votre compte pour nous aider dans la durée.

- faire un virement direct sur le compte du Réseau.

VOTRE réseau indépendant maintient fermement son engagement radicalement antinucléaire.

Nous agissons avec force et détermination pour un monde sans nucléaire. Nous vous invitons à consulter la liste de nos nombreuses actions présentes et à venir, ainsi que des explications sur notre situation financière, en cliquant sur "Pour en savoir" dans le lien suivant : http://www.sortirdunucleaire.org/do...

Nous avons besoin de votre soutien aujourd’hui pour poursuivre cette aventure fédératrice unique qu’est le Réseau "Sortir du nucléaire" : rassembler un maximum de groupes, de citoyens, de sensibilités, de luttes... pour sortir du nucléaire au plus vite !

Nous vous remercions chaleureusement pour votre indispensable soutien !

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Toute l’équipe du Réseau "Sortir du nucléaire" (les administrateurs bénévoles et les salariés)

Ah, qu’il est difficile d’être écologiste devant un beau jambon ! André Abreu de Almeida Reporterre 2010/04/11 André Abreu de Almeida (11 avril 2010) Ah, qu’il est difficile d’être écologiste devant un beau jambon !. Reporterre. Tribune — fr

Ah, qu’il est difficile d’être écologiste devant un beau jambon !

"Il faut que la Raison, l’Intuition, tous les ministres de la Conscience, du Sens, du Goût, le président de l’Assemblée des Désirs et les grands représentants de la Gourmandise, du Budget, du Travail, enfin toutes les « Parties » du moi puissent trouver un accord définitif entre elles."

Hier soir en faisant mes courses au supermarché du coin, entre deux réflexions écologiques sur la charcuterie française et sur le saumon de Norvège, j’ai pu enfin renouer avec une idée que m’était venue à Copenhague pendant les sept heures d’attente que j’ai dû déguster sous la neige pour essayer de rentrer dans la fameuse conférence climatique dite COP 15.

En fait, il va falloir que j’organise ma COP à moi ! Je ne peux plus attendre ni l’ONU, ni l’Europe, ni Obama, ni Lula, ni les gouvernements. J’ai besoin d’en finir avec mes prises de tête intérieures sur le saumon d’élevage, sur les origines illégales du thon rouge. Je ne veux plus de doutes devant le rayon de tomates irriguées d’Espagne, devant les bouteilles de jus d’orange trafiqué de Californie. Basta du désordre, il faut que la Raison, l’Intuition, tous les ministres de la Conscience, du Sens, du Goût, le président de l’Assemblée des Désirs et les grands représentants de la Gourmandise, du Budget, du Travail, enfin toutes les « Parties » du moi puissent trouver un accord définitif entre elles.

Toutes sont d’accord : nous ne pouvons plus nier que notre mode de vie « industrielle » alimente la surconsommation et la pression sur les ressources naturelles, cause principale du réchauffement, du changement climatique et aussi des inégalités sociales. Oui, je dois donc changer mes modes de consommation et d’alimentation, mon rapport avec les sacs et les emballages, mes déplacements et ma voiture, la gestion de ma maison et surtout mon rapport avec l’argent.

Oui, parce que de l’autre côté la pression monte du coté de la conscience collective : après le succès des films d’ecolo-fiction « La vérité qui dérange », « Le Grenelle de l’environnement » et « Home », après le retour de Dany et le score d’Europe Ecologie aux européennes, les écolos sont de plus en plus armés, et ils ont raison. Ils ciblent à nouveau les carnivores avec la récente sortie du livre écolo « Bidoche ». Forts de ce nouveau document-choc, mes amis végétariens ont brandi des nouvelles menaces face à ma consommation encore importante de viande.

Oui, je sais. Il faut réduire, je sais. Mais là il faut que j’avoue qu’il s’agit d’un terrain où les négociations seront très difficiles : les élus les plus populaires de la Faim continuent en fait d’avoir largement plus d’influence que les hauts représentants de l’Ethique. OK donc : le fameux steak frites de la brasserie d’à côté de mon bureau est encore une priorité à midi et ne devra pas se voir menacé. Ouf ! Mais par contre la Gourmandise devra faire preuve de responsabilité et modération le soir pour éviter les charcuteries avant le dîner. Avec les nouvelles révélations sur les effets de la suinoculture dans le dossier de la nappe phréatique en Bretagne, les lobbies anti charcuterie sont en train de monter en puissance, grâce à l’appui de ma Conscience Ethique, très forte en ce moment dans le domaine de l’eau, symbole majeur de la planète en danger.

Dans l’opposition, mes forces épicuriennes ont par ailleurs émis des réserves face au manque de jambon et de saucisson sec à la maison en période de grand froid. Mais il semblerait que la décision de réduire la charcuterie va être maintenue, ou se limitera seulement aux saucisses de Strasbourg avec les enfants et à un bon jambon fumé (bio) du Jura récemment découvert parmi les cochonneries bretonnes qui dominent les rayons du supermarché du coin.

Sur un autre terrain de négociations, le Ministre de la Conscience Professionnelle a déclenché une grave crise diplomatique contre les nouvelles résolutions concernant la Santé. Il refuse d’accepter la décision d’éteindre les lumières et de dormir plus tôt, par crainte de perdre des horaires nocturnes pour la recherche et pour la révision des textes. Les juges du Portefeuille Economique sont aussi inquiets avec ces résolutions qui demanderont des nouvelles dépenses de santé – notamment avec le cours de yoga et la piscine deux fois par semaine - ce qui augmentera encore plus le déficit dans mon Budget mensuel. C’est vrai que depuis des mois que la Raison Economique lance des alertes, les découverts bancaires sont à chaque fois plus élevés, notamment avec le froid intense, les nouvelles dépenses au magasin bio et grâce aux dettes venant des travaux réalisés pour installer le double vitrage avant l’hiver. Même si le Ministère de l’Intelligence assure que ces investissements auront des retours au long terme, il faut avouer que la dégradation de l’état de mon compte en banque est un facteur qui complique les négociations, notamment dans un contexte de récession et de crise du marché du travail. La crise économique et les déficits risquent en effet de menacer frontalement certaines résolutions demandés par la Conscience Ethique de Consommation depuis pas mal de temps, comme la fin des courses au supermarché hard-discount, le boycott aux produits Nestlé, la priorité totale à la fromagerie artisanale face aux laitages industrielles, juste pour citer quelques points phares de mes décisions prises à la fin de l’année 2009.

Contre toute attente, les négociations sont dures aussi pour la question du recyclage. Si les experts de l’Intelligence Rationnelle peuvent argumenter parfaitement sur le besoin de recycler les déchets et de ne pas gaspiller la nourriture, la Raison Pratique demande par ailleurs beaucoup d’attention pour ne pas passer trop de temps à séparer des emballages et à laver des barquettes, histoire de ne pas menacer l’emploi du temps pour le travail nocturne.

Enfin les représentants de la Paresse - souvent absents et sous-estimés - continuent malgré tout d’avoir une forte influence, surtout en période d’hiver et notamment après le dîner, où la gestion des déchets devient plus difficile après quelques verres de vin. Pour compliquer un peu plus la situation, même la Raison Politique est venue récemment soutenir la paresse avec des infos chocs sur la mauvaise gestion des déchets recyclables par les entreprises privés, notamment à Marseille mais aussi à Paris où les opérateurs des incinérateurs de déchets brûlent joyeusement des tonnes de papier, cartons et plastiques - au lieu de les recycler – pour aider à faire disparaitre les déchets « non recyclables ».

A la maison aussi certains lobbies internes résistent même aux consignes les plus simples d’économie d’énergie. La Perception refuse d’accepter les nouvelles lampes blanches à baisse consommation : trop froides, ambiance pas chaleureuse, en fait ça ne plait pas du tout dans l’Assemblé des Sens. L’Esprit Artistique - qui n’a jamais apprécié cette lumière blanche - est bien d’accord pour soutenir la Perception. Donc, pour l’instant, pas question de virer les ampoules jaunes normales. Plus récemment le Ministère de l’Intelligence a demandé un test avec des ampoules LED, avec plein d’arguments pertinents et intéressants, mais pour l’instant le Portefeuille Economique bloque la proposition : ces technologies vertes sont encore trop chères pour un militant classe moyenne de la banlieue, donc il va falloir attendre un peu pour suivre la tendance des quartiers parisiens.

Sur la question du chauffage, apparemment avec des enjeux plus consensuels, les négociations sont hélas aussi très dures. Les représentants de la Santé et du Bien Etre refusent les quotas de réduction de température proposés par la Conscience Collective. Ils argumentent que l’hiver est rude et qu’en légitime Brésilien de Rio, je ne serai jamais à l’aise avec une température interne de moins de 25° chez moi. Les divers sentiments représentant la « Saudade du pays brésilien » sont aussi farouchement contraires à toute réduction de température. Ils insistent que la température idéal est de 28°. Mais cette demande ne semble pas très réaliste en France, surtout parce que de son côté la Conscience Ecologique est soutenue par l’Autorité des Finances, qui pointe du doigt mes vieux radiateurs électriques comme cause principale des factures d’électricité très élevés.

Côté transport, les choses ne sont pas plus simples. Les différends portent surtout sur les demandes ambitieuses de la Conscience Ecologique sur l’achat d’une voiture moderne plus économe que ma vieille Coccinelle année 72, très sympa mais définitivement condamnée par ces époques qui ne jurent que par l’injection électronique, les biocombustibles ou les moteurs électriques. Mais attention, ici aussi les voix qui représentent le domaine affectif organisent une opposition farouche. En effet elles restent très attachées à la vielle voiture rondelette avec son charisme sans pareil, surtout si on la compare à la pléthore de caisses modernes sans âme qui se ressemblent toutes. Et surtout face aux pressions de la Conscience Sociale qui s’enflamme contre l’industrie automobile, refusant toute achat de voiture nouvelle pour ne pas alimenter cette puissante industrie qui a englouti plus de six milliards d’argent public en subventions l’année dernière, sans parler des licenciements et délocalisations de Renault et PSA en Turquie et en Roumanie. Alors, tous comptes faits, avec ou sans vignette écologique, je devrais plutôt garder ma veille caisse en attendant que les constructeurs automobiles montrent des vrais signaux de changement.

Oui, je dois avouer : même avec ma ferme décision d’organiser ma COP 15 à moi, tout seul, je n’ai pas trouvé le consensus espéré parmi mes différentes « parties ». Mais quelques mois après Copenhague, et avec le recul, je crois avoir trouvé les sources du problème. En fait nous essayions de trouver un consensus pendent l’hiver (rude) et en Europe, sous un climat de grand froid, de crise sociale. Nous étions tous réunis pour parler de réchauffement… sous un climat très froid avec des tempêtes de neige abondantes !

Alors une fois rentré au Brésil, sous le soleil et sans crise économique, les choses me paraissent bien plus simples. La plage est gratuite, la mer est bonne, la bière pas chère et la musique est partout dans la rue. Les gens se touchent et se parlent, s’échangent des choses, vivent ensemble, même si l’argent est rare. Cela change tout. Pour comprendre le futur, il faut voir le monde depuis le sud, où il fait bon vivre, mais où les gens sont pauvres. Oui mais, de quoi vraiment sommes-nous pauvres ? quelles sont les richesses que nous devons préserver ? Questions pour nous tous qui voulons construire un futur possible pour nos enfants.

Après l’échec de Copenhague, la négociation officielle devient très compliquée, même Yvo De Boer l’a avoué, et Sarko qui enfonce le clou avec son « l’écologie, ça commence à bien le faire ». Mais ne désespérons pas, au moins nous avons une bonne nouvelle : la COP 16 ne se déroulera pas sous la neige, mais au Mexique, sous le soleil de Cancun ! Au moins cette fois-ci, on ne gèlera pas pendant qu’on fait la queue pour rencontrer les officiels. Et peut-être que, regardant le monde sans le rideau de fumée tiré par nos héros écolos européens - les Barroso, Sarko, Borloo, Jouanno, comme disait Marc Jolivet - mais avec une vision progressiste et pragmatique tirée par les acteurs du sud – nous pouvons espérer une meilleure issue. Viva Mexico, même si , franchement, je n’attends plus grand-chose.

Pour une Europe sans OGM, il faut désobéir à Bruxelles M’Pep Reporterre 2010/04/12 M’Pep (12 avril 2010) Pour une Europe sans OGM, il faut désobéir à Bruxelles. Reporterre. Tribune — fr

Pour une Europe sans OGM, il faut désobéir à Bruxelles

« Aucun gouvernement de gauche ne pourrait gouverner sans pratiquer la désobéissance européenne, comme l’illustre très bien le dossier agricole. »

Dès sa réélection, le Président de la Commission européenne, M. Barroso, avait dévoilé son ambition de relancer le développement des Organismes génétiquement modifiés (OGM) en Europe. La mise en œuvre n’a pas tardé : le 2 mars 2010, la pomme de terre transgénique Amflora commercialisée par l’entreprise allemande BASF était autorisée à la culture. Cette date marque un tournant dans les politiques communautaires sur les biotechnologies pour deux raisons. D’une part, il s’agit de la première autorisation accordée à la culture d’une variété de plante transgénique depuis le maïs Monsanto MON 810 en 1998. Un moratoire de fait vient donc d’être levé après douze ans. D’autre part, la décision sur la pomme de terre concerne cette fois une entreprise européenne et non plus américaine. L’argument de la compétitivité internationale pourra jouer à plein pour justifier cette manœuvre pro-OGM.

Mais il y a encore plus grave. Si le contexte politique le permet, la Commission pourrait réviser la procédure d’autorisation des OGM en court-circuitant les États et en se basant seulement sur les avis pseudo-scientifiques de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (AESA). Ceci constituerait un nouveau déni de démocratie dans une Union européenne où les peuples refusent très majoritairement les produits transgéniques.

Par la voix de la secrétaire d’Etat française à l’écologie, Chantal Jouanno, le gouvernement Fillon a manifesté son opposition à la décision communautaire sur la pomme de terre Amflora. Mais ne nous y trompons pas. Avec l’abandon de la scandaleuse taxe carbone et le recul global sur les questions écologiques, la posture gouvernementale sur le dossier des OGM est plus que jamais le fil ténu par lequel tient encore le Grenelle de l’environnement. Aucune conviction anti-OGM chez Nicolas Sarkozy et ses ministres, mais plutôt une stratégie politique de circonstances...

Le M’PEP propose d’en finir avec la guérilla juridique qui oppose depuis des années plusieurs États membres (notamment l’Autriche, la Hongrie ou l’Irlande) à la Commission européenne et à l’Organisation mondiale du commerce. Il faut faire de la désobéissance européenne, c’est à dire dénoncer la directive 2001-18 et le règlement 1829/2003 sur les OGM, dénoncer le Traité de Lisbonne, et interdire purement et simplement les cultures et les importations de plantes transgéniques. Interdire les importations d’OGM doit s’accompagner d’une réorientation radicale des productions agricoles : désintensification de l’agriculture, diversification, relocalisation, contrôle des prix et des quantités... ce qui générera des bénéfices sociaux et environnementaux conséquents. Aucun gouvernement de gauche ne pourrait gouverner sans pratiquer la désobéissance européenne, comme l’illustre très bien le dossier agricole.

Dans l’immédiat, le M’PEP appelle à signer deux textes concernant les OGM en Europe :

- la pétition lancée par Inf’OGM, intitulée « Le gouvernement français doit réclamer à la Commission européenne une réévaluation des OGM ! » : http://www.infogm.org

- l’Initiative Citoyenne Européenne sur la régulation des OGM lancée par le mouvement Avaaz : http://www.avaaz.org/fr/eu_health_a...

Des enseignants s’opposent au fichage des enfants du primaire Anna Topaloff Reporterre 2010/04/12 Anna Topaloff (12 avril 2010) Des enseignants s’opposent au fichage des enfants du primaire. Reporterre. fr

Des enseignants s’opposent au fichage des enfants du primaire

Le fichier « Base élève » comprend de nombreuses informations sur les élèves du primaire et pourrait permettre d’identifier les enfants de sans papiers.

Le 30 mars dernier, deux directeurs d’école primaire ont été démis de leur fonction pour avoir refusé de remplir le fichier « Base Elève ». Appartenant au mouvement de « Désobéissance civile », très en vogue à l’Education Nationale, ils font jouer « l’objection de conscience » au nom de leur « devoir de protection des élèves ». Concrètement, que reprochent-ils à ce registre compilant des informations sur tous les enfants dès leur entrée au CP ?

Expérimenté dans certaines académies depuis 2005, il est censé permettre la gestion administrative et le suivi pédagogique des élèves. Louable intention qui répond à une exigence de partage des informations entre les différents acteurs qui interviennent dans la scolarité des élèves : les directeurs d’école remplissent donc ce fichier qu’ils transmettent aux maires (au titre, notamment, de son rôle de contrôleur de l’obligation scolaire) et au ministère.

En 2008, Xavier Darcos, le ministre de l’Education Nationale avait lui-même qualifié ce fichier de « liberticide ». Il faut dire qu’à l’origine, il comportait des données pour le moins sensibles : la religion pratiquée par l’enfant, le pays d’origine de ses parents ou la langue parlée au domicile. Autant d’informations permettant de dresser le profil « ethnique » des élèves. Et, surtout, d’apporter des informations susceptibles de localiser les familles sans-papiers. Sous l’impulsion du ministre, un texte expurgé de ses éléments les plus controversés a donc été publié en octobre 2008 et mis en application à la rentrée scolaire 2009. Mais cette nouvelle version continue de susciter des inquiétudes tant du côté des fonctionnaires de l’Education Nationale, que des parents d’élèves, des associations de défense des Droits de l’Homme et même de… l’ONU ! En France, l’autorité française chargée de veiller au respect de la vie privée en matière de fichier informatique, la CNIL, n’a rien trouvé à redire. Contactée par Marianne2.fr, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés n’a pas souhaité y revenir. Pourtant, en juin dernier, le comité des Droits de l’Enfant de l’ONU, lui, a vivement rappelé la France à l’ordre. Près d’un an plus tard, ni le gouvernement, ni le nouveau ministre ne lui ont répondu…

Pour ses détracteurs, la nouvelle version de « Base Elève » n’a pas évacué la question de la localisation des familles sans-papiers. « Le lieu de naissance des parents à été supprimé mais pas celui de l’élève, ce qui ne change pas grand-chose. Un enfant né au Congo, par exemple, a plus de chance de vivre avec des parents sans-papiers que celui né à l’hôpital du coin…Et comme l’adresse où vit l’enfant est inscrite, il suffit à la Police Municipale d’aller vérifier », explique Jean-Claude Vitran, président du groupe de travail sur les libertés et les techniques de l’information et de la communication au sein de la Ligue des Droits de l’Homme. Il est somme toute logique qu’un directeur d’école primaire connaisse le lieu de naissance et l’adresse des élèves qui fréquentent son établissement. Même Claude Didier, le directeur qui vient d’être sanctionné, en convient. Ce qui l’inquiète, c’est que ces données soient transmises à la Mairie et « au Ministère de l’Education Nationale qui pourrait les faire parvenir au Ministère de l’Immigration et, du coup, faire de moi un collaborateur de la chasse aux sans-papiers ».

La mise à disposition de ce registre à d’autres services, c’est justement ce qui alarme le comité des Droits de l’Enfant de l’ONU. En juin 2009, il pointait « l’insuffisance des garde-fous légaux empêchant son interconnexion avec les bases de données d’autres administrations » et s’interrogeait sur son utilisation pour « la détection de la délinquance et des enfants migrants en situation irrégulière ». À la LDH, on imagine déjà les « discriminations » dont pourraient être victimes « les chômeurs, les anciens prisonniers et les Français aux noms étrangers » si ces informations tombaient dans les mains des autorités policières, judiciaires ou sociales. Car, grâce à « Base Elève », on peut savoir la profession des parents, leur lieu d’habitation et leur nom… Le livret scolaire de l’élève (ses absences, ses notes et ses avertissements) est aussi intégré au registre qui, mis entre les mains d’employeurs, obligera le futur candidat à l’embauche à justifier une adolescence indisciplinée : « et ce pendant 35 ans ! », s’insurge Claude Didier, le directeur « désobéissant ».

Au fond, toutes ces polémiques pourraient être balayées par la décision du Ministère de l’Education Nationale de rendre de registre anonyme. Même les opposants les plus virulents à « Base Elève » reconnaissent l’utilité d’un recensement des parcours scolaires ou des situations sociales des jeunes scolarisés en France : « cela pourrait être instructif de savoir combien d’élèves de CM2 mangent à la cantine grâce aux services sociaux où combien d’élève de 3e disposent d’un bureau au calme pour faire leurs devoirs Mais quel est l’intérêt de connaître leur nom ? », s’interroge Jean-Claude Vitran. On aurait aimé poser cette question à la CNIL.

L’Afsset reconnait la dangerosité des lignes à haute tension Michèle Rivasi Reporterre 2010/04/13 Michèle Rivasi (13 avril 2010) L’Afsset reconnait la dangerosité des lignes à haute tension. Reporterre. fr

L’Afsset reconnait la dangerosité des lignes à haute tension

L’Agence de sécurité sanitaire préconise « de ne pas installer de nouveaux établissements accueillant des enfants à proximité immédiate des lignes à très haute tension »

A la demande des ministères de la santé et de l’environnement, l’AFSSET [Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail] a rendu le 29 mars dernier un avis sur les champs électromagnétiques « extrêmement basses fréquences » (EBF), principalement émis par les lignes électriques, ou par tout appareil branché sur le réseau électrique. Sur les risques éventuels de leucémie infantile et l’exposition des plus fragiles, l’Afsset préconise « de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des enfants (écoles, crèches…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements ». L’agence recommande aussi une distance minimum de 100 mètres entre les lignes à très haute tension et ces établissements.

"Il était temps que l’AFSSET reconnaisse ce risque, mais cela va-t-il vraiment changer les choses ?," s’interroge Michèle Rivasi, députée Europe Ecologie PACA/Rhône-Alpes. "Il faut savoir que le lien entre l’apparition des leucémies infantiles et la proximité des lignes électriques a été mis en évidence depuis 1979", poursuit l’élue Verte, également biologiste et fondatrice du Crirem (Centre de Recherche et d’Information sur les Rayonnements Electromagnétiques). Ce lien a ensuite été démontré à de nombreuses reprises, en particulier avec l’étude Draper publiée en Angleterre en 2005.

"Réalisée sur plusieurs dizaines de milliers d’enfants, l’étude Draper montre un risque de leucémie infantile 69 % plus élevé que la moyenne si le lieu de naissance se trouve à moins de 200 mètres d’une ligne à haute tension, et encore 23 % supérieur à la normale si l’on se trouve à une distance comprise entre 200 et 600 mètres de distance", résume la députée européenne.

"D’autres études indiquent un doublement du risque de leucémie infantile pour une exposition supérieure à 0,4 microTesla, l’unité du champ magnétique des champs EBF, signale Michèle Rivasi. Pourtant, en France, un arrêté de 2001 fixe la limite d’exposition à 100 microTesla ! Soit plus de deux cent fois plus. C’est cela la réglementation actuelle. A mes yeux, elle est inacceptable."

"C’est pourquoi il faut exiger des pouvoirs publics qu’ils suivent les recommandations de l’AFSSET. Mais aussi d’aller plus loin, en appliquant les servitudes de 30 mètres prévues par le décret du 19 août 2004, et en arrêtant d’attribuer des permis de construire sous des lignes à très haute tension, demande Michèle Rivasi. Il est également nécessaire de limiter l’exposition du public à 0,2 microTesla, telle que le recommandent les institutions internationales."

Plaidoyer pour un agrocarburant paysan Yves Lubraniecki Reporterre 2010/04/13 Yves Lubraniecki (13 avril 2010) Plaidoyer pour un agrocarburant paysan. Reporterre. Tribune — fr

Plaidoyer pour un agrocarburant paysan

Pensée écologiquement et sur des utilisations locales, l’huile végétale pure est un agrocarburant acceptable.

Parmi les solutions envisagées pour économiser le pétrole, le recours à des combustibles d’origine végétale occupe une place bien en vue, mais une telle révolution n’est pas sans susciter d’interminables discussions.

Il existe une alternative en la matière :

1 - Ou bien on transforme industriellement le produit végétal pour le faire ressembler au pétrole et l’utiliser dans un moteur non modifié ou peu modifié. Cela concerne l’éthanol pour l’essence et l’ester méthylique d’huile végétale pour le diesel.

2 - Ou bien on modifie le moteur pour qu’il devienne polycarburant et brûle indifféremment du gazole ou de l’huile végétale dite « pure », c’est-à-dire non modifiée. Notre préférence va vers cette seconde formule qui n’intéresse que la filière diesel.

Mais, les agrocarburants en général subissent deux attaques devenues très classiques :

- D’une part, ils ne sauraient être une réponse aux difficultés actuelles concernant l’énergie et le climat car ils ne pourront jamais satisfaire que quelques pour cent des besoins.

- D’autre part, les agrocarburants industriels, par essence, nécessitent de grandes surfaces. Ils entraînent donc de gros dégâts sous deux formes : d’une part, on convertit des terres immenses à ces cultures en rasant des forêts et, d’autre part, on pénalise l’accès de certaines populations à l’alimentation en abandonnant des cultures vivrières traditionnelles.

Les agrocarburants industriels sont liés à ces inconvénients car ils sont justement le fruit d’un process industriel, c’est-à-dire que, pour amortir les installations dans de meilleures conditions, les producteurs ont tendance à construire des usines les plus grosses possibles pour générer des économies d’échelle.

Pour alimenter ces usines, ils vont planter de vastes étendues de monoculture, ce qui induit deux gros inconvénients :

- D’une part, on appauvrit les sols car on ne peut plus faire de rotation de cultures, ce qui nécessite l’usage d’engrais. Or, la fabrication d’un engrais azoté est très gourmande en énergie et son utilisation génère l’émission de protoxyde d’azote dont un gramme est l’équivalent de 290 grammes de CO2 par rapport à l’effet de serre.

- D’autre part, les grandes étendues de monoculture attirent les maladies, les insectes et autres parasites, ce qui infère l’utilisation massive de pesticides lesquels demandent beaucoup d’énergie pour leur fabrication et sont des poisons pour la terre, l’eau et l’air.

Avec les agrocarburants industriels, tout cela est une fatalité. On n’imagine pas que l’on puisse organiser une telle agro-industrie sans rechercher sa rentabilité maximale, c’est sa raison d’être. Elle n’est pas concernée par les problèmes environnementaux et n’a pas d’éthique intrinsèque.

Si l’on n’y prend garde, la filière HVP (huile végétale pure) peut présenter les mêmes inconvénients, mais ce n’est pas du tout une fatalité, c’est même diamétralement l’inverse de sa logique. Autant, la logique des agrocarburants industriels est financière et pousse à la concentration, autant la logique de la filière HVP est humaine et agricole et tend vers l’atomisation de la production.

Ici, les agriculteurs, regroupés en coopératives, visent simplement à satisfaire un marché local. À terme, la coopérative pourra aussi satisfaire un marché circum local puis plus lointain, voire international, mais, là aussi, elle ne fera rien d’autre que de satisfaire un marché, c’est-à-dire qu’elle ne fera rien d’autre que ce pour quoi les agriculteurs l’auront créée. Cette approche change tout car, ici, la priorité n’est pas la recherche inconsidérée du profit, mais le respect de la déontologie d’un métier millénaire, le métier de paysan.

Si l’on se place aux côtés des agriculteurs et sur un plan plus citoyen, la filière HVP peut répondre aux défis économiques (y compris, la satisfaction du besoin de rééquilibrage entre les pays les plus pauvres et le reste du monde) et, en même temps, aux défis environnementaux.

Mais, il y a une triple condition :

1 – pour une raison élémentaire d’efficacité, elle ne peut se mettre en place sans les pétroliers ni les motoristes et encore moins contre eux. Ils sont en capacité de faire et en capacité d’empêcher, il faut donc que, par des incitations de politique économique, ils soient mis en position de comprendre qu’ils ont plus intérêt à faire qu’à empêcher.

2 – pour les raisons qui viennent d’être exposées à propos des agrocarburants industriels, la culture des oléagineux doit être la plus « propre » possible c’est-à-dire avec le moins d’intrants chimiques possible.

3 – pour une raison économique évidente, le commerce international de l’huile ou des graines doit suivre les préceptes du commerce équitable, sinon, l’objectif du développement ne sera pas atteint. À ce propos, n’oublions pas que, en dehors de toute considération humaniste, nous avons tous intérêt à ce que tous les humains vivent sur terre dans des conditions matérielles acceptables. Il n’y a que les marchands d’armes et les « néo-esclavagistes » qui ne sont pas concernés par cette affirmation.

Ces conditions doivent être garanties par un cahier des charges officiel accompagnant obligatoirement chaque transaction. De cette façon, on vérifiera le respect des objectifs économiques, humains et environnementaux.

Ceci posé, de nombreuses objections s’élèvent disant qu’il n’est pas normal de consacrer des terres agricoles à la production d’énergie. Cet argument ne tient pas car il n’y a guère que 160 ans environ que l’énergie n’est plus produite par l’agriculture. Depuis la préhistoire, jusqu’à la révolution industrielle - et bien après - la principale source d’énergie était le bois et, jusqu’aux années 1950, les tracteurs d’aujourd‘hui étaient les animaux de trait alimentés quotidiennement par le fourrage produit par les agriculteurs. Par ailleurs, il faut bien un carburant pour la mécanisation agricole, sinon on ne produira plus grand-chose, énergétique ou pas.

On objecte aussi que tout cela va donner une énergie chère. C’est juste, mais, il faut prendre conscience que l’énergie va de toute façon devenir très chère et, si nous ne nous préparons pas à ce choc, ce n’est pas « chère » qu’elle va être l’énergie, c’est « absente » car, compte tenu des tensions prévisibles sur les marchés, le jour où son prix va commencer à monter en flèche, l’accès vers elle se fera alors les armes à la main – bien plus qu’aujourd’hui - et ce ne sont pas les agrocarburants industriels qui nous sauveront.

Enfin, il n’est pas juste, tant s’en faut, de dire que nous ne pourrons jamais satisfaire les besoins de pétrole de l’agriculture et des transports avec des agrocarburants. C’est sans doute vrai pour les agrocarburants industriels à cause des graves inconvénients dénoncés plus haut, mais c’est faux pour l’HVP qui fonctionne en filière courte, par taches d’huile alimentée par l’agriculture locale. Si, tout autour du monde, on multiplie ces taches par millions pour satisfaire, à chaque fois, les besoins environnants, cela deviendra vite significatif et, quelques décennies plus tard, le complément proviendra de deux sources très importantes en volume : les forêts contiguës aux zones désertiques en partie plantées en arbres oléagineux et les microalgues oléagineuses. Ces sources devenues suffisantes permettront de passer en filière longue mais 100% HVP d’un bout à l’autre de la chaîne, c’est-à-dire sans émission de CO2 durant le fonctionnement.

Nous devons faire face à trois des dangers les plus globaux que l’humanité aura connus (et provoqués) depuis qu’elle existe :

a - L’augmentation de l’effet de serre par des émissions anthropiques grandissantes. Celle de CO2 se situe, selon les chiffres officiels américains de 2006, à 31 milliards de tonne par an soit 1000 tonnes par seconde et en forte augmentation ;

b - La fin, proche ou lointaine, des combustibles fossiles alors qu’aucune réponse crédible n’est donnée à la question « Par quoi allons-nous remplacer le pétrole dans l’agriculture et les transports ? » ;

c - La différence de niveau de vie de plus en plus criante entre les pays pauvres et les autres avec un rapport de PIB/capita de 1 à 50, voire 1 à 60 entre certains pays africains et l’Europe ou les États-Unis.

La place manque ici pour expliquer ce que pourraient être ces trois sources capables de changer la face du monde en quelques décennies, mais vous trouverez un argumentaire plus complet dans la note « Énergie et développement sans augmentation de l’effet de serre » que nous pouvons vous envoyer par mel gratuitement et sans aucun engagement sur simple demande à .

La France traite mal ses porcs Anne Vonesch Reporterre 2010/04/14 Anne Vonesch (14 avril 2010) La France traite mal ses porcs. Reporterre. fr

La France traite mal ses porcs

Alsace Nature porte plainte contre la France pour non-respect de la directive sur les conditions de vie des cochons.

Alsace Nature, avec la participation de la PMAF, de la LFDA, de l’OABA, a déposé une plainte contre la République française à la Commission européenne, pour ses manquements systématiques en matière d’application de la directive 2008/120/CE concernant les normes minimales pour la protection des porcs. Cette plainte repose sur l’analyse des non conformités concernant :

- la formation et l’information des éleveurs

- les pratiques administratives, et notamment les critères et la transparence des contrôles.

Ces manquements avaient déjà été constatés en 2006, mais la situation n’a guère évolué sur le fond. Selon le bilan des inspections de 2008, entre 80 et 90 % des élevages seraient conformes sur les deux points détaillés ci-dessous. Or, au contraire, selon diverses publications et témoignages, l’immense majorité des élevages dits standard ne sont justement pas conformes. Comment comprendre cela ? La méthodologie des contrôles n’est pas communicable !

Les besoins des porcs : paille, foin, tourbe…

Rappelons les besoins comportementaux des porcs : explorer et fouiller. Entassés dans une case sur un caillebotis nu, et sans occupation, la frustration et le stress favorisent le « cannibalisme » enclenché par des morsures des queues des congénères (caudophagie). Pour éviter cela, la queue est sectionnée chez le porcelet. Or toutes les expertises s’accordent pour dire que ce mal-être des porcs peut être prévenu par des matériaux manipulables appropriés. Pour cette raison la directive impose « un accès permanent à une quantité suffisante de matériaux permettant des activités de recherche et de manipulation suffisantes, tels que la paille, le foin, la sciure de bois, le compost de champignons, la tourbe ou un mélange de ces matériaux, qui ne compromette pas la santé des animaux ». Ces matériaux naturels posent quelques difficultés pour les sols perforés (caillebotis), où ils risquent de boucher le système d’évacuation du lisier. Bref, il faut quelques aménagements. C’est l’heure d’innover.

La paille se transforme en chaîne

Mais l’innovation semble déranger. Déjà la fiche ‘conditionnalité’ du ministère fait un tour de passepasse en remplaçant ‘ou un mélange de ces matériaux’ par ‘ou autres matériaux’. Les organisations professionnelles poursuivent la modification du texte originel en inventant : ‘tout objet ou matériau satisfaisant … (ballon, chaîne, rondin de bois...)’ ou ‘ une chaîne, une corde ou un jouet….’. Ces matériaux ne répondent pas aux besoins des porcs.

Quant aux queues, leur section en routine est interdite. Il faut d’abord modifier les conditions d’ambiance et les systèmes de conduite, avant de sectionner. Pour des organisations professionnelles la solution est plus simple : elle consiste à fournir une attestation vétérinaire.

Où est le problème ?

La DGAL délègue volontiers les questions de bien-être aux filières professionnelles. Pour le porc, c’est l’IFIP. Or l’IFIP a comme mission de défendre le caillebotis intégral signifiant « système lisier », qui se pratique par définition sans litière, sans confort ni occupation des animaux, en claustration et à très forte densité. Dans le Conseil scientifique de l’IFIP sont représentés l’INRA, l’AFSSA, etc. Or l’AFSSA collabore avec les fabricants de systèmes de ventilation pour réduire les maladies respiratoires des porcs entassés en claustration sur caillebotis… alors qu’une autre solution consiste à ouvrir les porcheries et à faire respirer l’air frais, bref, à s’engager dans des systèmes alternatifs, à moindre densité, où, entre autre, le stress ne dégrade pas l’immunité.

Que peut apporter la plainte ?

Les auteurs de la plainte espèrent que le bien-être animal soit enfin pris au sérieux et bénéficie des moyens nécessaires. Ils cherchent à le sortir de la langue de bois. L’information des éleveurs doit évoluer. Les contrôles doivent devenir transparents et crédibles. La plainte veut aussi alerter la distribution sur la non-conformité des produits vendus. Les pratiques d’élevage ont besoin d’innovation. - En attendant, de nouvelles inspections européennes auront lieu.

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Compléments :

- dossier concernant la plainte : http://www.alsacenature.org/images/...

- Brochure « Nous et les cochons » http://www.alsacenature.org/images/...

Les déchets renaissants Hervé Kempf Reporterre 2010/04/14 Hervé Kempf (14 avril 2010) Les déchets renaissants. Reporterre. Tribune — fr

Les déchets renaissants

C’est un cargo. Un cargo semblable aux milliers de cargos qui parcourent inlassablement les mers du globe. Il devait arriver à destination, à Saint-Pétersbourg, en Russie, mardi 13 avril, à moins que ce soit mercredi 14. Il s’appelle Kapitan Kuroptev. Que transporte-t-il ? De l’uranium appauvri sans utilité. Normalement, sa cargaison sera débarquée puis expédiée en Sibérie, à Tomsk. Elle y sera entreposée à l’air libre, dégageant, pour des milliers d’années, sa faible radioactivité.

Et d’où vient-il, cet uranium appauvri ? De France. Un pays merveilleux illuminé par l’énergie nucléaire, une énergie nucléaire qui ne produirait pas de déchets, ou si peu, grâce à la merveilleuse invention du « retraitement des combustibles irradiés ».

Citons un personnage de haute culture, Nicolas Sarkozy, le 8 mars : « Il est commun de dire aujourd’hui que nous sommes entrés dans une nouvelle ère nucléaire, celle de sa »Renaissance« . L’analogie avec cette période glorieuse de l’histoire européenne suscitera sans doute bien des débats. Mais il y a des éléments communs avec la Renaissance : la remise en cause de schémas de pensée anciens, la remise en cause de peurs irrationnelles, la foi dans la science, la foi dans la technique, qui étaient les éléments de la Renaissance. Il nous appartient de faire que cette redécouverte de l’énergie nucléaire soit une chance de progrès et de coopération pour l’humanité. »

La Renaissance ! La comparaison paraît extravagante. Pour preuve de coopération, la France envoie des déchets radioactifs en Russie. De l’uranium appauvri, issu de la fabrication de combustible nucléaire avec de l’uranium naturel, ou du retraitement des combustibles irradiés. En quatre ans, de 2006 à fin 2009, selon le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, Areva et EDF ont expédié 32 200 tonnes d’uranium appauvri vers la Russie. En principe, celle-ci doit le réenrichir et le réexpédier en France. Mais comme cela coûte très cher, seules 310 tonnes sont revenues vers l’usine FBCF de Romans-sur-Isère (Drôme). Moins de 1 %. Le reste ? On n’en a pas l’usage, et il dégage, à Tomsk, pour des milliers d’années, sa faible radioactivité.

Mais il ne s’agit pas de déchets, vous dira-t-on. Ce sont des matières va-lo-ri-sa-bles ! Peut-être, dans cinquante ou dans cent ans, la science - ayez « foi dans la science, foi dans la technique » - trouvera-t-elle un moyen d’utiliser cet uranium dans de nouveaux réacteurs. En attendant, comme le répète Greenpeace avec raison, il s’agit de déchets, et la réalité est que la France, qui ne sait qu’en faire, va les cacher en Russie.

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Références

- Discours de Nicolas Sarkozy : http://www.elysee.fr/president/les-...

- Document du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire : http://www.hctisn.fr/documentation/...

- Actions de Greenpeace : http://energie-climat.greenpeace.fr...

Suites de l’histoire

- Areva arrête les exportations en juillet 2010 : http://www.areva.com/FR/actualites-....

Voir aussi la version de Greenpeace : http://energie-climat.greenpeace.fr...

Bolkenstein en bas de chez moi Superno Reporterre 2010/04/15 Superno (15 avril 2010) Bolkenstein en bas de chez moi. Reporterre. Tribune — fr

Bolkenstein en bas de chez moi

Au nom de l’Europe et de la concurrence, les capitalistes continuent à exploiter la main d’oeuvre la moins chère et à accroître le chômage.

Episode 1

Devant chez moi, il y a un pré. Dans lequel broutent à la belle saison des vaches. Des charolaises, dont les conditions de vie feraient pâlir d’envie la plupart de leurs congénères. Seule concession à la “modernité”, une ligne à haute tension, là-haut tout au fond.

Et justement, un beau matin, il y a quelques mois, un nouveau pylône électrique est posé dans le pré. Puis, un peu plus tard, des gens s’activent autour, le relèvent. Enfin, un ballet de bagnoles blanches, d’ouvriers, qui installent des fils. Ils sont toujours là, d’ailleurs. Au cours de mes promenades dans le secteur, j’avise une de ces bagnoles : pas banale. Un espèce de Pick-up japonais, de marque Mitsubishi. Pas un de ces 4x4 germaniques destiné à flatter l’ego de bourges suffisants et asseoir leur supériorité sociale sur le manant. Non, un vrai 4x4 rustique, aux roues crottées, fait pour travailler. Et surtout, immatriculé en Espagne.

Au fil des jours, j’en croise d’autres. Jusqu’à ce que je trouve le nid, un soir par hasard en passant devant l’hôtel du Technopôle : plus d’une dizaine de ces engins en rang d’oignons. Je m’approche pour trouver un signe distinctif, et bingo ! Un discret logo sur le flanc : “SEMI”.

SEMI comme “Sociedad Española de Montajes Industriales”.

Hum.

Il me semblait qu’en France nous avions une société publique qui s’occupait de ce genre de choses. Oui, EDF, c’est ça. “Mais, mon brave monsieur, vous retardez ! EDF est une société privée !”. Ah, oui, c’est vrai ! Maastricht, ouiouistes, euro, Chirac, Jospin, Barcelone, Traité, Non, Sarkozy, déni de démocatie, Irlande, déni de démocratie, Lisbonne, Irlande, dans le cul. La curée pouvait commencer. Elle ne s’en priva pas.

Bref, EDF a pourtant une filiale (ERDF) destinée à ce genre de choses. Ces spécialistes, que l’on appelle des “lignards”, sont mêmes mis en avant et glorifiés à chaque tempête, où l’on souligne leur courage et leur acharnement à travailler jour et nuit pour “rétablir le courant”. Mais ERDF est bien sûr (le “bien sûr” ne caractérise pas une évidence absolue, mais une évidence dans le cerveau perturbé des libéraux qui nous dictent leur loi) en situation de concurrence.

Je suppose que ces concurrents (libres et non faussés) espagnols sont aussi compétents que leurs homologues français. Que s’ils sont là, c’est qu’ils ont remporté un appel d’offres public. Et qu’ils étaient donc moins chers. Et pourquoi étaient-ils moins chers ? Cela aurait-il quelque chose à voir avec des salaires plus bas, une protection sociale moindre ? L’Espagne n’est certes pas le Vietnam, mais on peut se poser la question.

[14/04 : selon un commentateur bien informé de cet article repris par Marianne, la SEMI ne serait pas un concurrent, mais un… sous-traitant d’ERDF. C’est bien de le préciser pour rétablir la vérité. Hélas, pour la reste, je ne vois guère ce que ça change sur le principe et son aberration…]

Et cela n’explique pas que des travailleurs espagnols fassent plus de 1000 km pour faire un boulot qui pourrait évidemment être fait par des travailleurs locaux, dans une région particulièrement frappée par le chômage

Mais c’est dans l’air du temps. Plus exactement, c’est conforme au dogme libéral. La Poste a acheté une filiale en Allemagne, et la Poste allemande pourra bientôt distribuer le courrier en France. On dit même que la RATP pourrait perdre l’exploitation du métro parisien… au profit d’un concurrent, pourquoi pas de …Stockholm (ou de Tombouctou) ! Mais pourrait se refaire en allant exploiter le métro de… Pékin (même pas besoin de changer de logo !). Quant à la société pékinoise, elle pourrait par exemple rebondir en gagnant le marché du métro de … Stockholm (ou de Tombouctou)… C’est le raisonnement le plus con depuis le 22 à Asnières !

Episode 2

À moins de deux kilomètres de là, le chantier du futur hôpital de Mercy. Il s’agit d’un grand établissement public, destiné à remplacer les divers hôpitaux du centre de Metz, apparemment obsolètes. Le chantier dure depuis des années. Tout autour, le béton grignote la campagne. On a transformé la départementale d’à côté en route à 4 voies, et on ne compte plus les lotissements, zones commerciales et chantiers divers qui bouffent les champs pour étendre la ville. Plus il y a de chômage et de récession, plus on bétonne. Va comprendre. Je suppose que la construction de cet édifice public, au financement public, a donné lieu à des appels d’offres publics. Qui ont certainement été remportés par de grosses entreprises du BTP. La routine. Ici, le maître d’œuvre est une filiale de Bouygues.

Et puis soudain, une dépêche AFP, que je vous laisse savourer in extenso

“METZ, 8 AVR 2010 (AFP) - 17H38

Onze ouvriers lettons, employés sur le chantier de construction d’un hôpital à Metz, ont intenté une action en justice contre leur employeur, une société luxembourgeoise, à qui ils reprochent d’être sous-payés, surexploités et mal logés, a-t-on appris jeudi auprès de leur avocat. Depuis leur arrivée à Metz le 9 mars, c’est-à-dire depuis un mois, les ouvriers concernés “ont touché 150 à 200 euros en liquide, ce qui ne rembourse même pas l’essence”, s’est emporté Me Florent Kahn, qui a intenté une action en référé devant les prud’hommes contre la société Bamolux pour obtenir le paiement des arriérés de salaires. Les ouvriers lettons déposeront par ailleurs une plainte “dans les prochains jours” contre leur employeur pour “les avoir logés dans un appartement insalubre, en profitant de leur vulnérabilité”, selon Me Kahn. “Ils travaillent 11 heures par jour, six jours sur sept”, et vivent à 11 dans un deux-pièces de 30 m2 “qui ne répond pas aux normes d’hygiène et de décence : ils dorment sur des matelas pneumatiques”, a ajouté l’avocat. La société visée, qui a recruté les Lettons dans leur pays via un intermédiaire, est elle-même sous-traitante d’une entreprise ayant remporté le marché public d’isolation et de plâtrerie du chantier. Elle affirme de son côté que les ouvriers sont sous contrat, sans toutefois avoir été payés, “mais ils le seront la semaine prochaine”, a indiqué à l’AFP un responsable d’exploitation de Bamolux. Une adjointe au maire (PS) de Metz, Danielle Bori, a apporté son soutien aux ouvriers concernés “On ne peut pas laisser les gens dans cette situation, il faut que l’employeur les paie et les loge”, a-t-elle estimé. Le nouvel hôpital de Metz, dont la construction a commencé en 2008, doit ouvrir à la fin de l’année.”

À tomber sur le cul. Je dois être naïf, mais voir se concrétiser tout près de chez soi, dans le secteur public, les conséquences des pratiques douteuses de sous-traitance du BTP, et le spectre de Bolkestein, ça fout un coup !

Alors que le passant naïf ne voit qu’un hôpital public en construction, il y a en fait un concentré du mondialisme libéral le plus stupide et scandaleux, l’exploitation la plus vile de la misère humaine, et le cynisme triomphant de gros cupides, esclavagistes modernes qui s’en foutent plein les fouilles. Avec les deniers publics.

Pour rire un peu (c’est tout ce qui nous reste), vous pourrez lire sur internet que le dirigeant de la société luxembourgeoise incriminée donne des leçons de bonnes pratiques sociales.

[EDIT 14/04 : la société luxembourgeoise se justifie dans un communiqué de presse http://www.bamolux.lu/communique-de.... Fort bien, la situation de ces pauvres hères va (peut-être) s’arranger. Cela n’empêche pas de se demander ce qu’il serait advenu si l’affaire n’avait pas éclaté au grand jour, et ne répond évidemment pas aux interrogations de fond du billet…]

On croit que l’hôpital est bâti par une société française (en fait, on ne se pose même pas la question, tant c’est évident ! ), et ce sont en fait des esclaves lettons surexploités par une société sous-traitante luxembourgeoise qui font le boulot. Eh oui, la Lettonie, comme le Luxembourg, fait partie de l’Union Européenne. Les détails sont cruels : 11 heures par jour, 6 jours sur 7. Ça nous fait du 66 heures par semaine. Pour 200 euros par mois en liquide. Si mes calculs sont bons, cela fait environ 70 centimes de l’heure.

Rappelons que la loi française, même attaquée depuis des décennies par les libéraux, prévoit toujours une durée légale de travail de 35 heures, avec majoration pour heures supplémentaires, et un salaire horaire minimum (qui n’a aucune raison de s’appliquer à des ouvriers disposant d’une qualification) de 8,86 euros. Gag, le bon maître des esclaves étant luxembourgeois, le salaire minimum pour des ouvriers qualifiés est dans ce pays supérieur à 2.000 euros par mois !

Rappelez-vous Bolkestein, que l’on croyait enterré ! La “Directive Services” http://fr.wikipedia.org/wiki/Direct... ! Celle qui prévoyait que des “prestataires de services” de l’Union Européenne pourraient librement exercer leur talent dans tout autre État de l’Union, aux conditions de leur pays. C’est le fameux et scélérat “principe du pays d’origine”, porte ouverte au dumping social et à l’esclavage, mais aussi à de juteux profits pour les canailles cyniques qui tirent les ficelles du système. Si vous voulez rire (jaune), vous pouvez consulter le point de vue libéral sur le sujet.

Pourquoi les prestataires de service ? Parce que pour l’industrie, c’est beaucoup plus simple : elles ont depuis longtemps délocalisé en masse dans les “paradis sociaux”, ou y font fabriquer leur camelote. Une émission de M6 dimanche soir montrait un dynamique “web-entrepreneur” marchand de vêtements de sport sur Internet, et dont la marchandise était fabriquée au Vietnam (la Chine, c’est devenu trop cher !) par des ouvrières payées 70 euros par mois. Et c’est le cas d’à peu près tout ce que votre “pouvoir d’achat” peut vous offrir.

Les “services” ont ceci de particulier qu’ils nécessitent souvent la présence physique de la personne sur place. C’est ainsi que nos ouiouistes ont imaginé qu’un ouvrier d’un “paradis social” (mais attention, hein, européen !) puisse venir travailler dans un autre pays, en gardant les conditions en vigueur chez lui. D’où les aventures du célèbre “plombier polonais”, image particulièrement parlante et pertinente, dont la popularisation a permis une levée de boucliers et le rejet démocratique du Traité constitutionnel. Démocratie sur laquelle nos dirigeants sans scrupules se sont donc assis.

La fameuse “directive Bolkestein” a donc été provisoirement enterrée, le temps de se faire oublier. Mais ils n’allaient tout de même pas renoncer aussi facilement ! La démocratie, pour ces gens-là, ce n’est qu’un mot. Et on ne va quand même pas se laisser emmerder par des mots quand il y a tant de pognon à se faire, non ? Du coup, la directive Bolkestein, débarrassée de son encombrant nom, est revenue en catimini. Je vous encourage à lire cet article édifiant http://www.observatoiredeleurope.co....

Car évidemment, mes électriciens espagnols et mes plâtriers lettons ne sont pas des cas isolés. Si j’ai pu les observer, c’est que ces pratiques sont en voie de généralisation ! Je cite quelques cas, tirés du lien précédent :

- Le passage sous pavillon estonien d’un ferry finlandais et de son équipage, pour pouvoir le payer au salaire estonien. La Cour a donné raison à l’entreprise Viking Line au nom de « la liberté d’établissement » (Arrêt Viking, 11 décembre 2007 ) ;

- 35 travailleurs lettons d’une entreprise lettone construisant une école en Suède avec des salaires lettons 40% moins chers que ceux de la Convention collective suédoise : la Cour a préféré le dumping social au nom de « la libre prestation de service » plutôt que d’imposer le droit du travail suédois. (célèbre Arrêt Laval, 18 décembre 2007 ) V. Pierre Avril, L’Europe légitime le dumping social, Le Figaro, 19 décembre 2007 ) ;

- 53 maçons polonais détachés d’une entreprise sous-traitante travaillant en Allemagne sur un chantier de construction publique et payés au salaire polonais 46% du salaire minimum : la Cour a jugé que payer des salaires conformes aux conventions collectives constitue un obstacle à l’accès au marché pour les sociétés d’autres États membres. (Arrêt Rüffert, 3 avril 2008 ) ;

- Des éleveurs et abattoirs allemands ont embauché des milliers de porchers et bouchers polonais au salaire polonais pour travailler dans des élevages et ateliers de découpe. L’Allemagne peut ainsi exporter vers la France en cassant les prix. (L’Humanité, 14 février 2009) ;

- 32 électriciens slovaques en sous-traitance dans une entreprise de robotique près de Rouen et payés deux fois moins chers que les salariés français. (Paris Normandie, 28 juin 2008) ;

- Une entreprise de plomberie polonaise (avec des salariés payés au tarif polonais) sous-traitante d’une entreprise vosgienne pour l’extension immobilière d’une station de ski. (L’Est Républicain, 2 octobre 2008) ;

Le même article énumère un extrait (il y en a 4000 !) de la liste des métiers concernés, et donc condamnés : “maçons, plombiers, coiffeurs, agents commerciaux, charpentiers, électriciens, agents immobiliers, guides touristiques, conseils en management, agents de voyage, loueur de voiture, agents d’entretien, soutien aux personnes âgées, parcs d’attraction, services aux entreprises, services aux consommateurs, publicité”.

Je suis particulièrement dégoûté par ces preuves flagrantes et démontrées par les faits, que les nonistes de 2005 avaient 1000 fois raison ! Quant à ces pitres de politiciens, journalistes, Bernards Guettas, juristes, et ouiouistes lambdas qui nous ont roulé dans la farine, nous ont vendu leur “idéal européen”, se sont gaussés de nous, nous ont traité de tous les noms, de menteurs, d’abrutis, de ploucs, d’arriérés, d’étriqués, d’antieuropéens, et j’en passe, qui ont tenté de faire croire que le “plombier polonais” n’était qu’un fantasme, qui ont justifié le passage en force du Traité de Lisbonne, le plus scandaleux des dénis démocratiques et s’en sont bruyamment réjouis, je n’en ai pas entendu un seul s’exprimer sur le sujet. Ils trouveront toujours le moyen de noyer le poisson sous des flots d’arguties juridiques, mais puisque Bolkestein s’invite désormais chez chacun d’entre nous, ils vont avoir de plus en plus de mal à planquer l’évidence.

C’est d’autant plus incroyable et scandaleux qu’on nous serine quotidiennement que la France est frappée par la crise. Qu’il y a des millions de chômeurs. La Lorraine est encore plus touchée que la moyenne. Or les deux cas que je cite sont des marchés publics ! Sur lesquels les décideurs ont encore théoriquement un pouvoir ! Le Maitre d’ouvrage de l’hôpital de Mercy est la communauté de communes de Metz-Métropole. Cette communauté de communes est présidée par le maire UMP de Montigny-les-Metz, qui était candidat aux dernières régionales sur la liste nommée sans rire “Priorité Emploi”. Parmi tous les “vice-présidents” (connus sous le nom d’"Armée Metzicaine”, il y a tous les notables UMP et P”S” de la région. Qui pour la plupart sont des ouiouistes convaincus.

Tous ces baratineurs encravatés qui, dès lors qu’il s’agit de nous convaincre de voter pour eux, larmoient et s’enflamment sur la nécessité de “lutter contre le chômage”®, de “se battre pour l’emploi”®, sont pour la plupart les mêmes qui ont voté ces lois scélérates. Des pompiers pyromanes. Qui votent d’ailleurs aussi les lois qui cassent les services publics, le code du travail et les retraites. Entre autres saloperies.

Il serait temps de se pencher d’urgence sur la vision de la société dans les années à venir. Allons-nous vers une société d’oligarques régnant sur un pays de chômeurs qui avec les maigres subsides de Pôle-Emploi feraient travailler des coiffeuses estonniennes, des putes slovaques, des électriciens espagnols, des plâtriers lettons, ou les fameux plombiers polonais ? En plus de devoir acheter du “Made in China” ? Allons-nous devoir, sous prétexte de compétitivité, aller chercher du travail où c’est moins cher, où les “pauvres entrepreneurs rackettés” n’auront pas à payer de “charges inacceptables” pour des broutilles aussi inutiles que notre santé, notre chômage ou nos retraites ? Comme l’offre faite aux ouvriers de Continental d’aller travailler en Tunisie pour 137 euros brut par mois ?

Pas un politicien n’osera dire en face à un de ses électeurs que c’est la société qu’il souhaite. Ce qui ne les empêchera pas de voter en ce sens à la première occasion. Ne pourrait-on donc pas les envoyer, tous ces ouiouistes, en stage rémunéré 200 euros par mois, en Lettonie, logés à 11 dans 30 mètres carrés, sur des matelas pneumatiques ? Et confier en leur absence les rênes du pays à de vrais politiciens, responsables, visionnaires, désintéressés et non soumis aux diktats du MEDEF et des multinationales ?

Halte aux centrales thermiques au gaz René Momper Reporterre 2010/04/16 René Momper (16 avril 2010) Halte aux centrales thermiques au gaz. Reporterre. Tribune — fr

Halte aux centrales thermiques au gaz

Les projets de centrale à gaz se multiplient, ce qui limite les chances de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les projets d’installation de centrales thermiques au gaz se multiplient dans l’hexagone, c’est une très mauvaise nouvelle pour le climat ! Ces centrales sont appelées Cycle Combiné Gaz (C.C.G.). L’actualité énergétique en France, cet hiver, était surtout braquée sur l’importation d’électricité du fait de l’arrêt de nombreuses tranches de centrales nucléaires. Il faut pourtant s’intéresser à un autre phénomène qui se prépare tout en douceur. La construction et les projets de C.C.G. et leurs conséquences.

Afin de remplacer les centrales thermiques au charbon à l’horizon 2015, il est fait appel à cette forme de production. Actuellement plus d’une vingtaine de C.C.G. sont en projets. Parmi ces projets 13 sont autorisées administrativement et sont en cours de procédure administrative. D’une puissance d’environ 450 Mégawatts par tranche, cela représente donc 9.000 Mégawatts (ou 9 Gigawatts) de production thermique.

Néanmoins, RTE (le gestionnaire du réseau de transport d’électricité) aurait précisé que les demandes de raccordement de C.C.G. représenteraient une puissance de 16 Gigawatts. Nous pouvons donc en déduire que d’autres études de C.C.G. sont en cours.

En étudiant les plans de Programmations Pluriannuelles d’Investissement (P.P.I.) électricité et gaz de 2006 et 2009, nous pouvons nous rendre compte d’une évolution non maîtrisée du nombre de C.C.G. en France.

P.P.I. gaz 2006 : « Au total, le PIP prend comme hypothèse de travail l’implantation de 6 nouveaux CCG sur la période 2009-2015 représentant une puissance électrique supplémentaire de 2 500MW, pour une durée de fonctionnement de 6 000 h, ce qui entraîne un surplus de consommation en gaz naturel de 23,8 TWh en 2010 et de 28,3 TWh en 2015. »

P.P.I. gaz 2009 :

« A ce jour, 20 tranches de projets de CCCG ont été autorisées au titre de la loi 2000-108. Au total, plus de 40 projets ont été identifiés par les opérateurs de transport de gaz. Compte tenu de l’état d’avancement de ces différents projets, 10 ont atteint un stade d’irréversibilité, pour une mise en service d’ici 2012. A l’horizon 2020, si la PPI ne pointe pas de besoins spécifiques d’investissements eu égard aux objectifs de maîtrise de la demande énergétique d’une part, et de développement d’un parc décarboné d’autre part (ENR et nucléaire), elle n’interdit pas les projets des industriels. Pour notre exercice, nous retenons comme hypothèse une borne haute de 20 tranches de CCCG. »

P.P.I.électricité 2006 :

« Il ressort des connaissances actuelles que des potentiels de stockage existent et que le potentiel de développement pourrait être du même ordre que les capacités de stockage actuelles. De plus, la flexibilité offerte par les stockages existants permet d’envisager des développements en quantité suffisante d’ ici 2015 pour la mise en service de plusieurs cycles combinés à gaz (CCG). »

« On peut donc envisager le positionnement de CCG à proximité de stockages de gaz naturel, ce qui facilitera leur utilisation en modulation. »

« Les travaux de la PPI ont toutefois permis de conclure que la mise en service de plusieurs CCG ne posait pas de problème en matière de sécurité d’approvisionnement. La question de la sécurité d’approvisionnement et de dépendance énergétique deviendrait plus prégnante en cas d’un développement de plus grande ampleur des CCG en France (ensemble du parc thermique, participation à la base…). »

P.P.I.électricité 2009 :

« La PPI constate le grand nombre de projets de cycles combinés à gaz (CCG) (20 tranches ont été autorisées au titre de la "loi électrique" et une dizaine sont en construction), permettant de compenser le déclassement des plus anciennes centrales à charbon et de réduire les émissions atmosphériques associées. Au-delà des besoins pour l’équilibre offre-demande, la PPI ne fixe pas d’objectif de développement des CCG qui constitueront un moyen d’ajustement du parc de production et, suivant le principe de liberté d’établissement, la PPI préconise d’autoriser, au titre de la loi électrique, les projets des investisseurs, ce qui contribuera à la sécurité d’approvisionnement. »

En ne maîtrisant pas ce développement anarchique, nous allons au devant de gros problèmes : surproduction d’électricité thermique, pollution atmosphérique croissante, impossibilité de maîtriser les émissions de CO2, problèmes d’approvisionnement de gaz etc.

Le pôle écologique du PS propose le Revenu maximal admissible (RMA) Pôle écologique du PS Reporterre 2010/04/16 Pôle écologique du PS (16 avril 2010) Le pôle écologique du PS propose le Revenu maximal admissible (RMA). Reporterre. fr

Le pôle écologique du PS propose le Revenu maximal admissible (RMA)

Le RMA pourrait être fixé à 200.000 ou 250.000 euros. Les recettes financeraient une politique écologique.

Aller vers un revenu maximal admissible

pour favoriser les projets utiles et durables

En cette période de crise, l’accroissement considérable des écarts de revenus constaté depuis quelques temps devient un sujet majeur et pose un triple problème social, écologique et républicain.

C’est pourquoi nous lançons un appel pour aller vers un revenu maximal admissible, pour favoriser les projets utiles et durables.

Les modalités possibles d’un tel mécanisme, sur lesquelles nous avons travaillé et qui figurent dans le document ci-dessous, peuvent naturellement être discutées. Mais il nous paraît important que cette perspective soit tracée. Elle permet de concilier simultanément la justice sociale, l’efficacité économique et la révolution écologique, et de donner un sens lisible au nouveau modèle de développement que nous voulons construire.

Nous proposons que le Parti socialiste, lors de sa convention consacrée à ce sujet, débatte et adopte cette orientation, une de celles, parmi d’autres, qui incarnera la rupture dont nous avons besoin.

Signataires : Isabelle Besnault, Christophe Caresche (député de Paris), Geneviève Gaillard (députée des Deux-Sèvres), Géraud Guibert (porte-parole du pôle écologique), Roger Leron, Michel Mousel, Philippe Plisson (député de la Gironde), Maurice Ronai, Benoît Thieulin, Philippe Tourtelier (député d’ile-et-Vilaine)

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Texte complet

Aller vers un revenu maximal admissible pour favoriser les projets utiles et durables :

Le dispositif possible

La gauche commence à définir son projet politique pour 2012. Cette étape est essentielle car elle ne pourra battre la droite sur le seul rejet de Sarkozy, mais sur la base de propositions concrètes, réalisables et alternatives. Il ne suffit pas de prévoir, à juste titre, la remise en cause des nombreuses mauvaises décisions qui ont été prises depuis trois ans, il faut trouver le chemin, par des idées nouvelles, d’une alternative renouvelée à la politique actuelle.

En cette période de crise, l’accroissement considérable des écarts de revenus constaté depuis quelque temps devient un sujet majeur. Le phénomène le plus marquant est l’arrêt, depuis vingt ans, du mouvement séculaire de réduction des inégalités. Les très hauts revenus augmentent de façon spectaculaire : selon l’Insee, l’accroissement de ceux des très aisés[1] a atteint 39% entre 2004 et 2007, contre 9% seulement pour les autres catégories de la population. Cette évolution vient recréer une nouvelle aristocratie de l’argent, une véritable « ploutocratie », qui, par derrière, joue un rôle majeur dans les décisions publiques.

Elle est d’autant plus choquante qu’elle ne correspond pas toujours, loin s’en faut, à une prise de risque ou un talent particulier, mais qu’elle est le plus souvent le résultat de phénomènes de rentes ou de pratiques abusives sur les marchés financiers.

Cette situation pose un triple problème social, écologique et républicain : elle ne favorise elle génère un sentiment majeur d’injustice dans la population ; elle entretient une élite financière hyper consommatrice autorisée à gaspiller de manière outrancière les ressources de la planète ; elle met gravement en cause le modèle républicain, dont une des composantes fondatrices est la recherche de l’égalité.

Pour les classes moyennes, elle représente une véritable double peine, la menace de déclassement s’accompagnant, sous ses yeux, de l’existence d’une surconsommation ostentatoire qui mine la légitimité d’un discours écologique de modération. Pour les catégories populaires, elle accentue ce sentiment de ne pas appartenir au même pays ou même monde, ce qui joue un rôle majeur dans la crise démocratique.

Contrairement à ce que suppose la pensée libérale, elle est enfin loin de garantir que la richesse ainsi gagnée sera utile à l’économie et à l’intérêt général.

Pour y faire face, plusieurs propositions sont indispensables, mais insuffisantes, car défensives (comme la suppression du boucler fiscal), à finalité strictement budgétaire (comme la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu) ou concernant les seuls salaires (comme l’encadrement des écarts de rémunération dans une entreprise). Nous devons avancer des idées nouvelles, qui caractérisent pleinement le sens de la politique que nous voulons mener.

C’est pourquoi nous proposons une réforme de fond, à triple dimension sociale, écologique et républicaine. L’objectif est d’aller vers la création d’un revenu maximal admissible permettant de mieux encourager les projets utiles et durables.

Au-delà d’un certain seuil, fixé de manière relativement élevée, par exemple entre 200 000 à 250 000 € de revenu par personne et par an, et qui peut être différentiée selon sa nature (travail ou rente), le surplus devrait être obligatoirement investi dans des projets productifs respectant les principes du développement durable (industries propres, bâtiment locatif à basse consommation, création d’entreprises, recherche et développement,...). À défaut, la personne se verrait appliquer, au-delà de ce seuil, un taux d’impôt sur le revenu très majoré, y compris par rapport à celui d’une éventuelle nouvelle tranche supérieure du barème d’imposition.

Cette mesure constituerait un vrai changement, sur deux plans :

- pour la première fois, il serait reconnu que gagner beaucoup d’argent n’est certes pas illégitime en soi, mais qu’au-delà d’un seuil (élevé), ce revenu doit être utilisé pour des activités utiles à la société. Il ne s’agirait donc pas de prélever des impôts supplémentaires ou de décourager le travail ou la prise de risque, puisque l’arme fiscale ne serait utilisée que de manière dissuasive, en dernier recours, mais de faire en sorte que la richesse de quelques-uns soit utilisée au mieux ;

- la gauche montrerait qu’il est possible de concilier simultanément la justice sociale, l’efficacité économique et la révolution écologique. Le risque de « délocalisation fiscale » serait fortement réduit par le fait que ces revenus ne sont pas « confisqués » ni même stérilisés, mais simplement orientés obligatoirement vers des investissements à la fois utiles et rémunérateurs.

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[1] L’Insee nomme « très aisés » les ménages appartenant au millième de la population ayant les revenus les plus élevés, soit environ 60 000 personnes ayant un revenu par unité de consommation supérieur à environ 225 000 €.

Des cendres de l’Europe Biffo Reporterre 2010/04/18 Biffo (18 avril 2010) Des cendres de l’Europe. Reporterre. Tribune — fr

Des cendres de l’Europe

Le souffle du volcan islandais cloue au sol la classe dirigeante européenne.

Je suis bloqué dans une belle cité de la côte occidentale norvégienne qui s’appelle Trondheim. Juste en face de l’Islande. Je devais partir jeudi et voler jusqu’à Bologne, où il y avait une réunion de « Bologne ville libre ». Mais ce matin, mon amie Jean m’a téléphoné pour me dire qu’il se passait quelque chose qui entrainait l’annulation de tous les vols, et que je devrais partir le lendemain. Le lendemain, je vais à l’aéroport et on me dit que je devrais attendre le lendemain. Puis j’ai commencé à réfléchir. La cendre ne s’en ira pas si vite. Elle va rester dans le ciel européen pendant des jours et des semaines. Les journaux d’ici le disent désormais clairement. Les compagnies aériennes sont en train de chercher à imaginer l’effet sur leurs affaires déjà éprouvées par la crise financière. Mais l’important n’est pas là.

L’important est que la classe dirigeante européenne est bloquée à terre. Ils ne peuvent pas bouger. Le groupe dirigeant polonais, homophobe et raciste, a été anéanti par l’imprévisibilité du ciel. Maintenant le ciel est tout simplement en train de déclarer la fin de cette Union européenne basée sur l’avarice et le racisme.

L’Union européenne, qui n’a pas su ni voulu affronter la crise grecque, qui ne veut ni ne sait affronter la récession avec l’abandon des politiques néo-libérales qui ont provoqué la récession, est maintenant condamnée.

Ce qui est en train de se passer est un appel à l’action, et à la pensée. Les producteurs de l’intelligence collective et les poètes de toute l’Europe devraient commencer à combattre pour Europe02, pour un nouveau concept qui soit fondé sur la puissance du travail intellectuel non sur le commandement financier de la Banque centrale.

Mais personne ne répond à l’appel. Les intellectuels français sont morts, ceux qui respirent et écrivent sur les journaux sont de vieux maoïstes repentis de leur passé qui lèchent le cul au pouvoir économique. Les intellectuels italiens sont aveuglés par les paillettes de la dictature du bouffon. Ils disent des mantras en défense de la constitution italienne (et ils font bien) mais ne comprennent pas que l’infection ne sera pas déracinée du peuple italien. Le peuple italien n’a pas été capable de se libérer de Mussolini en 1939, ils ont pendu par les pieds le cadavre d’un dictateur battu par les Anglo-américains. Mon père a été partisan, mais il ne m’a jamais caché cette vérité. La même chose est en train de se passer : Berlusconi ne sera jamais battu par les Italiens, il sera battu par les nouveaux Européens.

Il y a quelques jours, en parlant dans une assemblée publique dans la ville de Stavanger, en Norvège, j’ai demandé aux intellectuels norvégiens d’entrer dans l’Europe. Eux m’ont répondu : pourquoi devrions-nous le faire ? L’Europe existante n’est capable que d’exploiter le travail et de déplacer les énergies et les ressources sociales vers les profits des banques. Nous, Norvégiens, nous utilisons la richesse qui provient du pétrole pour le bien commun. En effet, les ouvriers norvégiens gagnent des salaires de 50.000 euros par an et les services sociaux sont bien meilleurs que dans n’importe quel pays du continent néo-libéral.

Pourquoi devraient-ils renoncer à leur pétrole en échange du despotisme avare de la Banque centrale européenne ?

Mais moi je leur ai répondu : je vous comprends. Mais l’Europe dont vous parlez est destinée à mourir bientôt. Une nouvelle Europe devrait être construite, basée sur l’amitié et sur la créativité, non sur l’avarice et la grossièreté et le racisme. Venez en Europe nous aider à détruire la dictature de la Banque centrale. Venez en Europe nous aider à détruire le racisme ignorant de Schengen.

Traduction de Serge Quadruppani

Les paysans se retrouvent à Cochabamba Via Campesina Reporterre 2010/04/18 Via Campesina (18 avril 2010) Les paysans se retrouvent à Cochabamba. Reporterre. fr

Les paysans se retrouvent à Cochabamba

La Journée internationale des luttes paysannes a été célébrée le 17 avril, avant la Conférence des peuples sur le changement climatique qui s’ouvre à Cochabamba, en Bolivie.

Les paysannes et les paysans des mouvements paysans à niveau mondial, membres de La Vía Campesina, ont célébré le 17 avril, la Journée internationale des Luttes paysannes, date à laquelle ils réaffirment leur engagement en vue de l’intensification des mobilisations en faveur des droits des paysannes et des paysans du monde entier. En souvenir de cette date, les délégué(e)s de différents pays, se sont retrouvés Plaza del 14 de septiembre à Cochabamba, en Bolivie, afin qu’elle ne soit pas oubliée et que les luttes du secteur paysan acquièrent de plus en plus de force.

Les femmes et les hommes de La Vía Campesina Bolivia ainsi que les délégué(e)s de toutes les parties du monde commémoraient l’assassinat, en 1996, de 19 paysannes et paysans qui luttaient pour l’accès à la terre dans l’Etat de Para au Brésil. Elle rappelle également l’assassinat de 5 de nos camaradas des peuples autochtones, dont un enfant et une femme, assassinés le 17 avril 1997, pour avoir mené une vigile pendant 3 mois en défense de la Madre Tierra et de la culture de la feuille de coca en Bolivie.

Soulignons également, qu’en Bolivie, justement à Cochabamaba, des milliers de paysannes et de paysans du monde entier se retrouveront au début de la semaine qui vient pour participer à la Conférence des Peuples sur le Changement climatique et les Droits de la Mère Terre convoquée par le président Evo Morales, évènement auquel participent plus de 300 membres de La Vía Campesina. Selon les organisateurs, il y a plus de 7.500 inscrits à ce sommet. En outre, nous avons appris que près de 3.000 paysannes et paysans de La Vía Campesina Bolivia descendront de leurs communautés pour défendre l’agriculture paysanne et la justice climatique.

L’éruption du volcan Eyjafjöll initie une pédagogie de l’après-pétrole. Utopia Reporterre 2010/04/20 Utopia (20 avril 2010) L’éruption du volcan Eyjafjöll initie une pédagogie de l’après-pétrole.. Reporterre. Tribune — fr

L’éruption du volcan Eyjafjöll initie une pédagogie de l’après-pétrole.

Un phénomène naturel aura montré la fragilité de l’organisation mondiale du système économique fondé sur les échanges internationaux.

Cette « crise » éphémère préfigure ce que nous promet la fragilité d’un système d’échanges reposant sur l’exploitation sans limite du pétrole, ressource naturelle pourtant limitée. Elle révèle une nouvelle fois l’aveuglement et le court termisme d’un modèle économique mondialisé dont le seul moteur est le profit immédiat en même temps qu’elle nous donne à réfléchir sur le sens de cette organisation productiviste.

Fabriquer et produire loin au moindre coût, dans un système d’échange fondé sur la délocalisation, n’est possible qu’en sous-évaluant le coût réel et global du transport, et en exploitant le déséquilibre économique et social entre pays producteur et pays consommateur.

Une part importante des échanges internationaux se fait par voie aérienne. Il s’agit principalement des produits à forte obsolescence : les fruits, les légumes, les fleurs...

Sous l’effet de la suie, les roses et les haricots verts devront patienter au Kenya avant de retrouver nos étals de marchés.

Les conséquences mondiales d’un tel système sont désastreuses ! La délocalisation a totalement déstructuré les économies locales. Au delà de la casse industrielle dont sont victimes les ouvriers des bassins de production, elle est à l’origine de la paupérisation des peuples du sud privés volontairement de leurs moyens de subsistance.

70% des habitants de bidonvilles péri-urbains sont d’anciens paysans qui forment la masse corvéable des nouvelles usines ou champs de production agricoles du monde.

Plus, plus loin, moins cher, plus souvent, plus vite !

Un nuage de suie et ce sont plus de 16.000 vols qui sont annulés et 7 millions de passagers bloqués.

200 millions de dollars de pertes journalières pour les compagnies aériennes, et aussitôt une demande de soutien public autorisée par l’Union européenne ! Face à ce constat, nous ne soutiendrons pas les amoureux des safaris et autres plages exotiques qui auront dû « patienter » quelques jours avant de retrouver le soleil printanier de l’Europe. Un comble pour ces inconditionnels du consommer vite, loin, pas cher !

Cette logique est celle d’un système de croissance économique reposant sur la consommation et l’assouvissement immédiat de « désirs » devenus des « besoins » pour le seul bénéfice immédiat d’une minorité.

Ce volcan islandais pourrait ainsi être un bon augure.

Au delà du signal pédagogique qui préfigure l’ère de l’après pétrole, la pollution induite par ce phénomène naturel sera partiellement atténuée par l’annulation de plus de 16.000 vols. Plusieurs millions de litres de kérosène auront ainsi provisoirement attendu avant de produire les tonnes de CO2 susceptibles d’aggraver encore davantage le dérèglement climatique résultant principalement du caractère productiviste de l’économie mondialisée. Ce nuage, qui ne s’arrête pas aux frontières, pourrait ainsi n’être que la préfiguration d’autres catastrophes moins « naturelles ».

A l’heure du 24e anniversaire de l’explosion de Tchernobyl, nous devons interpeller nos modes de consommation et de production et rappeler l’urgence de la relocalisation.

Une alternative est possible et nécessaire. C’est le sens de l’action que le mouvement Utopia conduit au sein des partis de gauche et des organisations citoyennes pour construire et préparer le nécessaire dépassement du capitalisme.

Prisonniers du paradis Hervé Kempf Reporterre 2010/04/21 Hervé Kempf (21 avril 2010) Prisonniers du paradis. Reporterre. Tribune — fr

Prisonniers du paradis

Ayons une pensée émue pour les milliers de voyageurs dont les plans ont été contrariés. Pensée émue.

Et goûtons la surprise toujours renouvelée du torrent de la vie, qui bouscule l’ordonnancement des flux et des êtres, rend possible l’impossible et réel l’inimaginable. Un volcan explose, et les avions s’arrêtent. Qui l’eût cru ?

Un des traits remarquables de l’épisode - avant que les rouages de la machine sociale se remettent à pesamment fonctionner -, c’est l’espèce de soulagement qui a parcouru le week-end, un sentiment de vacance, d’entre-deux, de pause, de pied de nez à l’ordre. Soudain, on fit un pas de côté, comme dans L’An 01, de Gébé, et une autre vie s’ouvrait. Ou alors, nous devînmes ces héros d’Arto Paasilinna, qui par une brusque lubie ou suivant l’injonction de la fatalité, s’engagent dans une voie totalement inattendue. Grâce au volcan Eyjafjöll, nous sommes devenus paasilinnesques. C’est imprononçable ? Tant mieux.

Pourquoi ce dérèglement de la société technologique a-t-il créé ce vaporeux sentiment de liberté ? Peut-être parce qu’il désemparait les puissants. D’habitude, les aléas des transports publics frappent les salariés, les travailleurs du petit matin, les éprouvés de la navette quotidienne. Là, des présidents ont dû cesser leur agitation, des ministres prendre la voiture, des secrétaires importants deviner plus longtemps que prévu les charmes de New Delhi. Et même si l’avion est devenu un transport de masse, il reste l’apanage d’une minorité : 15 millions de Français montent à bord d’un aéronef chaque année (selon la Direction des transports aériens, « Note de synthèse et d’actualité », n° 14, juillet 2003). Un habitant sur quatre. Pendant quelques jours, les trois autres ont discrètement souri.

Et puis, s’agit-il de voyages ou de déplacements ? On m’a cité le cas de personnes empêchées de s’envoler vers l’Ethiopie, où elles devaient marcher quinze jours. N’y a-t-il pas quelque chose d’absurde à aller marcher quinze jours en Ethiopie ? « Oh, c’était si beau, et le contact avec la nature... On se désaltérait d’une simple gourde d’eau, en contemplant le coucher du soleil. Tu retrouves les vraies valeurs, tu sais ? » 1,5 tonne et demie de gaz carbonique, l’aller-retour.

Nous ne voyageons plus. Nous consommons de l’éloignement. Le vrai voyage est lent. Et les voyageurs sont ceux pour qui la route est une aventure, un danger et un espoir. Aujourd’hui, ce sont les travailleurs migrants, qui mettent leur vie dans la balance, partant de Kaboul, d’Abidjan ou de Tegucigalpa, pour atteindre, plusieurs mois plus tard, par les mers et par les chemins, ces pays où la paralysie de l’aviation semble une libération.

La CNIL ne trouve rien à redire aux écrans espions Résistance à l’agression publicitaire Reporterre 2010/04/21 Résistance à l’agression publicitaire (21 avril 2010) La CNIL ne trouve rien à redire aux écrans espions. Reporterre. fr

La CNIL ne trouve rien à redire aux écrans espions

La RATP s’apprête à installer dans le métro des écrans publicitaires permettant d’observer le comportement des consommateurs. Avec l’aval de la CNIL.

Les associations Résistance à l’Agression Publicitaire, Souriez vous êtes filmés et Big Brother Awards ne peuvent qu’exprimer leur déception à la lecture de l’avis de la CNIL qu’elle a, non sans humour, intitulé "Dispositifs d’analyse du comportement des consommateurs : souriez, vous êtes comptés !". En effet, la CNIL ne répond que très partiellement aux questions que le collectif d’associations avait soulevé au premier trimestre 2009, en assignant la RATP et METROBUS en justice [1].

La CNIL, après avoir longtemps hésité à se déclarer compétente sur le sujet, affirme clairement que la loi Informatique et Liberté s’applique à ces dispositifs. Notons que nous ne saurons toujours pas si la loi sur la vidéosurveillance s’applique également [2].

La loi Informatique et Liberté implique l’anonymisation des données recueillies. La CNIL s’est donc contentée des observations faites qui lui garantisse cette anonymisation "à bref délai". Les contrôles de la CNIL sur ce point devront se faire régulièrement car les technologies employées permettent parfaitement d’identifier les passants.

En argumentant sur le refus de l’exercice du droit d’accès aux données, la CNIL détourne sciemment un article de la loi [3] . Il est en effet précisé à l’article 6 qu’ « un traitement ultérieur de données à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique est considéré comme compatible avec les finalités initiales de la collecte des données, [...] s’il n’est pas utilisé pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ». La loi envisage donc clairement les statistiques sous l’angle de l’intérêt collectif telles que celles de l’INSEE ou des universitaires. Ce qui n’est en rien le cas des dispositifs en question. Enfin, ces statistiques visent bien à prendre des décisions à l’égard des personnes concernées puisqu’elles ont pour but d’optimiser les campagnes publicitaires, voire, à terme, de les modifier en temps réel en fonction de la reconnaissance de certains critères des passants (age, sexe, tenue vestimentaire).

De plus l’information du public se devra d’être "affichée dans les lieux où sont mis en place ces dispositifs afin de garantir une réelle transparence vis-à-vis du public. Cette information doit, notamment, préciser la finalité du dispositif et l’identité de son responsable." Gageons que la RATP devra assumer clairement ici l’utilisation à des fins publicitaires de ses murs.

Mais la CNIL fait une véritable impasse sur deux sujets majeurs : la légitimité même des écrans espions et le consentement des personnes concernées.

En effet, l’article 6 de la loi prévoit qu’un "traitement ne peut porter que sur des données à caractère personnel qui (...) sont collectées pour des finalités déterminées, explicites et légitimes".

La finalité commerciale et publicitaire est ici incontestable. Cette finalité est bien loin du service public des transports en commun. Rappelons que ces écrans doivent être installés dans les couloirs du métro parisien. Déjà quelques écrans sont opérationnels, notamment à la station de métro Villiers et ce sont bien 1200 écrans qui doivent être implantés dans le réseau RATP, puis SNCF.

L’article 7 précise quant à lui les conditions permettant d’être exempté du recueil du consentement des personnes concernées. On constate, là encore, que le dispositif de mesure d’audience ne répond à aucun des 5 points présentés.

Enfin, nous constatons que la CNIL a préféré dialoguer avec METROBUS et s’assurer de la bonne application de cette nouvelle doctrine a minima avant de la rendre public. Malgré nos nombreuses relances, cet avis rendu fin février a mis deux mois à être communiqué.

Nous demandons donc instamment à la CNIL de compléter son avis et, notamment, de s’exprimer très clairement sur la question de la légitimité de ces dispositifs de mesure d’audience.

Nous interpellons également les politiques du Conseil Régional pour qu’ils décident si ces écrans espions ont leur place dans le réseau des transports en commun francilien.

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Notes :

[1] Résumé des étapes précédentes : http://www.antipub.org/spip.php?rub...

[2] Le dossier technique et juridique remis à la CNIL est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.antipub.org/IMG/pdf_Doss...

[3] http://www.cnil.fr/en-savoir-plus/t...

Des rejets radioactifs facilités par le Grenelle Réseau Sortir du nucléaire Reporterre 2010/04/22 Réseau Sortir du nucléaire (22 avril 2010) Des rejets radioactifs facilités par le Grenelle. Reporterre. fr

Des rejets radioactifs facilités par le Grenelle

Un amendement au projet de loi Grenelle 2 faciliterait l’augmentation des rejets radioactifs par les centrales nucléaires.

Un amendement gouvernemental dans le projet de loi Grenelle 2 propose de supprimer purement et simplement la procédure d’enquête publique pour toutes les demandes d’augmentation des rejets radioactifs et chimiques et des prélèvements d’eau des installations nucléaires.(1)

Le Réseau « Sortir du nucléaire » s’indigne d’un amendement délirant au projet de loi Grenelle 2 qui exonèrerait toutes les installations nucléaires de base d’une enquête publique sur « un accroissement significatif » de leurs rejets radioactifs et chimiques, ainsi que des prélèvements d’eau, ce qui accroîtrait encore les dangers pour la santé de toutes les populations riveraines.

Si cet amendement était voté, une simple autorisation administrative suffirait pour augmenter les rejets polluants et toxiques et les prélèvements sur la ressource aquatique au lieu d’une procédure contraignante et longue aujourd’hui : l’enquête publique qui est accompagnée d’une étude d’impact.

La dispense d’enquête publique serait un déni de démocratie : les populations accéderaient très difficilement à l’information et ne pourraient plus donner leur avis sur ces augmentations.

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », cet amendement entraînerait la banalisation des pollutions nucléaires. Il constituerait un véritable blanc-seing donné à l’industrie nucléaire pour accroître discrètement les atteintes à l’environnement et aux êtres vivants, la pollution des milieux naturels et la mise en péril de la biodiversité des milieux aquatiques.

Pourquoi l’Etat souhaite-t-il faciliter les augmentations de rejets et de prélèvement d’eau ?

- Le recours à un combustible nucléaire plus enrichi en uranium, pour produire plus d’électricité, conduit les réacteurs à rejeter beaucoup plus d’éléments radioactifs et chimiques dans le milieu ambiant (2).

- Les installations nucléaires vieillissantes ne sont plus à même de maîtriser leurs rejets.

Dans les deux cas, il s’agit donc de privilégier la rentabilité des installations nucléaires au détriment de la santé des populations et de la protection de l’environnement.

Le fait que cet amendement s’inscrive dans le projet de loi Grenelle 2 montre que l’exécutif français est passé du stade de la promesse électoraliste verte à la régression totale du droit de l’environnement. Depuis l’annonce du Grenelle, le pouvoir exécutif a annoncé unilatéralement la construction de deux réacteurs nucléaires, tandis que le développement de l’énergie éolienne sera entravé par les préconisations du rapport Ollier. Il s’agit maintenant de diminuer sensiblement la contrainte réglementaire afin d’octroyer à l’industrie nucléaire un droit à contaminer l’environnement et l’homme.

Cet amendement confirme une fois de plus que le "Grenelle de l’environnement" favorise les intérêts de l’industrie nucléaire, en parfaite contradiction avec les ambitions écologiques affichées.

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Notes :

(1) Article 94 quater : http://www.assemblee-nationale.fr/1...

(2) Par exemple, le programme actuel de gestion de combustible type Galice concernant les réacteurs 1300 MWé.

Références des amendements :

La proposition d’amendement concerne le point II de l’article 29 de la loi n° 2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire.

Article 94 quater (Non modifié)

Après le II de l’article 29 de la loi n° 2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, il est inséré un II bis ainsi rédigé :

« II bis. – Un projet de modification de l’installation ou de ses conditions d’exploitation soumis à l’accord de l’Autorité de sûreté nucléaire qui, sans constituer une modification notable de l’installation, est susceptible de provoquer un accroissement significatif de ses prélèvements d’eau ou de ses rejets dans l’environnement fait l’objet d’une mise à disposition du public selon les modalités définies à l’article L. 122-1-1 du code de l’environnement. »

ASSEMBLÉE NATIONALE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 9 avril 2010.

PROJET DE LOI portant engagement national pour l’environnement,

TEXTE DE LA COMMISSION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE

ET DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

http://www.assemblee-nationale.fr/1...

La femme, la mère et la publicité Marie-Paule Nougaret Reporterre 2010/04/23 Marie-Paule Nougaret (23 avril 2010) La femme, la mère et la publicité. Reporterre. Tribune — fr

La femme, la mère et la publicité

A propos du livre d’Elisabeth Badinter.

Ne pas enfanter est un droit, comme celui de montrer son visage. Pour savoir que les jeunes Afghanes enlevées dans les camps de réfugiés au Pakistan n’ont pas été retrouvées, car personne ne connaît leur face ; pour avoir vu à Haridwar, en Inde, une forme en burqua, grillagée sur les yeux, monter dans l’autocar, puis 5 km plus loin, le retirer pour paraître en sari, souriante comme les autres passagères, je n’hésite plus. Ceci posé, qu’on s’habille en nonne, pourquoi pas ? A l’âge des affiches de soutien–gorge dans la rue, ça détend (nous inventions la mini jupe, nous n’avions pas à subir ça : seuls nus dehors, des statues de pierre en ce temps là). Mais l’écolo en moi se rebelle si le voile se compose de nylon noir chaud au soleil comme une photopile, propice à la sueur et aux macérations, électrique sur la peau, crispant, prompt à flamber avec celle qu’il contient en dégageant des gaz toxiques ; de nylon fabriqué en polluant la biosphère au profit de princes du pétrole qui s’enrobent eux, de coton blanc d’Egypte de haute qualité. Ne pas enfanter aussi est un droit, sans doute moins vital pour une femme que d’aller visage nu, mais même ici, pas toujours évident.

On peut chercher la peur de la femme autonome, libre d’aller et venir, non vissée au foyer par un nourrisson, ses tétées et ses lessives, dans la misogynie antique grecque, juive et romaine, catholique par filiation. On peut noter, avec Jacques Brosse (de l’Académie française) que la médecine chez les Celtes appartenait aux femmes, chose intolérable à l’Eglise ; que les persécutées ont fui dans les forêts, où elles continuaient de prescrire et guérir, d’où le mythe des fées. C’est l’antiquité grecque qui a fourni la figure de la sorcière, munie d’une passoire pour ses philtres et potions, connaissant les plantes abortives, toutes très dangereuses, qui lorsqu’elles ne tuent pas vous ratent de peu.

En France, au XVIe siècle cependant, en pleine répression de la sorcellerie et guerres de religion, les femmes de haut statut : aristocrates et bourgeoises, ont commencé à exister en dehors du rôle de mère, confiant leurs nouveaux-nés à des nourrices un an ou davantage (s’ils survivaient). Pas d’instinct maternel alors, ni d’amour maternel, ces inventions récentes, note Elisabeth Badinter dans Le conflit : la femme et la mère (Flammarion). Sitôt la délivrance, liberté ! Pas pour toutes, bien sûr, pas pour les pauvres. L’auteur perçoit pourtant encore, de nos jours, une « tradition » de ne pas se laisser manger. Cela se traduit par l’usage du biberon (que le père aussi peut actionner) et le retour rapide des accouchées au travail salarié. Voilà pourquoi on fait davantage d’enfants en France qu’alentour. Mais l’auteur s’inquiète : l’idéologie naturaliste impose l’allaitement au sein et culpabilise les Françaises qui cesseront, elles aussi, de se reproduire, si ça continue. « Les jeunes femmes continuent à n’en faire qu’à leur tête mais jusqu’à quand ? »

Pour notre philosophe, ne pas avoir d’enfant n’est plus un « objectif politique » comme au début du XXe siècle où l’on refusait de mettre au monde de la chair a canon. L’argument circulait pourtant en 68, dans la génération d’après guerre : elle ne l’aura pas entendu. Il semble lui échapper aussi que 80 millions d’Allemands vivent sur un territoire plus petit de moitié ou presque que la France qui compte 58 millions d’habitants. La manie de confiner la mère avec le nourrisson, et un hédonisme légitime, empêchent seuls, pour elle, les Allemandes de procréer. Aucune réflexion écologique ne la perturbe. Elles semble habiter le monde merveilleux de la fable qui renouvelle l’air, l’eau, les sols, les forêts, les peuples, les semences, tel une corne d’abondance, à mesure des destructions.

Qu’elle ne crédite pas les femmes de plus d’intelligence, peu importe. Reste qu’on les culpabilise, et pas elles seulement. Derrière l’injonction « Mères, vous leur devez tout ! » qui produit maint enfant-tyran, s’en cache une autre : celle de consommer. Il faut un lit pliant pour les voyages de Bébé. Adieu, les couffins déposés au sol chez les amis ou les berceaux hauts des grands mères, qui ne demandaient pas de se pencher. Vous n’achèterez jamais assez.

On sait que la publicité agit par identification. Des patients ont raconté sous hypnose, leurs ruminations inconscientes au supermarché : « prendre le petit déjeuner X, comme ça la famille sera unie, le matin, plus de disputes » dans la revue écologiste Coevolution en 1977 http://wholeearth.com/issue-electro....

Du fait qu’en vidéo, il n’existe pas d’image fixe (à l’inverse du cinéma) et que le cerveau, occupé à construire ce qu’il voit, ne peut en même temps le critiquer, seule l’émotion passe à la télévision (pleurs à tous les journaux). Des psychiatres conseillaient de réfuter les spots de pub’ à haute voix. Aujourd’hui bien souvent, la publicité ne vante même plus de produit, seulement des notions morales, a montré Naomi Klein dans No Logo (2001) : telle chaussure fait de vous un champion magnanime, telle voiture un père aimant, etc.

Alors oui, il existe ce règlement cité par Elisabeth Badinter, voté à l’OMS en 1981, qui limite la publicité pour les substituts de lait maternel, mais il ne tombe pas du ciel de l’idéologie. Auparavant, les affiches et Tshirts pour lait en poudre fleurissaient dans le Tiers Monde, les parents se privaient pour ce produit qui faisait les joues rebondies, et les bébés mouraient dans les diarrhées de « la maladie du biberon », faute d’argent pour leur en donner assez ou faute d’eau bouillie. Le Sauvage l’a raconté, dans son numéro « pour manger sans en crever » (1979). Il a fallu une commission d’enquête menée par Edward Kennedy aux États-Unis, en 1978, et un boycott de Nestlé avec une baisse des ventes de 20 %, pour en arriver là.

Leçon tirée pour Nestlé a qui réagi très vite, en mars dernier, à un film avec menace de boycott qui se diffusait comme un virus sur Internet : http://www.youtube.com/watch?v=QV1t.... La firme a rapidement promis de ne plus utiliser d’huile de palme et de laisser les orang-outangs en paix.

Elisabeth Badinter, héritière de Publicis, vit dans un autre monde, complètement. Un monde où allaiter ne représente pas la liberté de voyager au loin avec un enfant de six mois. Un monde qui ignore, bizarrement, qu’allaiter procure le plaisir des endorphines, morphines internes au cerveau (peut être devrait-on en parler aux jeunes mères, plutôt que de les sermonner). Un monde où ça ne compte pas que ce soit gratuit. Réaction de mon amie Ebba, une Allemande, imitant Marie-Antoinette : « Donnez leur de la brioche ! » Une Française de ma génération n’oserait pas ce mot, je crois : nous nous souvenons trop de la guillotine, et de Robert Badinter, votre mari, Madame ; mais de grâce redescendez parmi nous.

En direct de Cochabamba Tadzio Müller Reporterre 2010/04/23 Tadzio Müller (23 avril 2010) En direct de Cochabamba. Reporterre. Climat fr

En direct de Cochabamba

La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique s’est achevée jeudi soir 22 avril. Quelques échos des gamberges qui y ont phosphoré...

Prélude à la conférence sur le climat à Cochabamba – une excitation joyeuse et de nombreuses questions (article du 19 avril 2010)

Au petit déjeuner, pris au coin de la rue, la ville apparaît étonnamment vide. Pourtant, plus de 20 000 participants, de plus de 100 pays sont annoncés au sommet alternatif sur le climat (ou, pour être exact, la « Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre-mère » - un peu lourd, mais ça a du sens en espagnol). Il est désormais plus probable que ne viennent que de 10 000 à 15 000 personnes. Conséquence de l’éruption du volcan islandais ou du fait que le gouvernement bolivien, qui a ses racines dans les mouvements sociaux de cultivateurs de coca et de peuples indigènes, ait exagéré à l’avance les chiffres, comme nous le faisons si souvent dans nos actions ? Ca n’est pas clair.

L’excitation est néanmoins palpable. Pour la deuxième fois, depuis la « guerre de l’eau », lorsque que Cochabamba a lutté avec succès contre la privatisation de l’accès local à l’eau, la ville est au centre des processus politico-économiques globaux.

Retour en arrière, en décembre 2009. Après la débâcle de la conférence sur le climat manquée – une surprise pour une conférence présentée par une propagande de haut-niveau comme un « espoir pour le monde » (mot clef : « Copenhague, dernière chance ») et pour de nombreux mouvements environnementaux ; mais un échec annoncé plus d’un an à l’avance par les mouvements globaux pour la justice climatique émergents – la même question se pose partout : comment continuer la politique climatique ? Après 15 sommets sur le climat, doit-on continuer à miser sur la Convention cadre sur le changement climatique, qui semble toujours un peu plus faible ? Que faire de l’expansion continue des échanges d’émissions, qui certes ouvre des perspectives massives de profits potentiels, mais que même la Deutsche Bank, a décrit comme étant dénué de sens d’un point de vue écologique ? Et où peut-on vraiment parler des changements structurels, nécessaires pour au moins parvenir à passer la crise climatique partiellement sous contrôle, comme par exemple la suppression progressive des combustibles fossiles, de l’agriculture industrielle et, pour finir, de la folie d’une croissance économique infinie dans une planète finie ?

Face à ce vide, le gouvernement bolivien a été le plus prompt à réagir, du moins à gauche. Evo Morales a appelé à organiser un sommet alternatif sur le climat, dont le but est de créer un espace où formuler une nouvelle politique climatique. Une politique qui appréhende le changement climatique comme un symptôme, au moins indirect, de l’économie capitaliste, une politique qui fasse au moins autant confiance aux mouvements sociaux mondiaux qu’aux gouvernements, une politique du climat qui, pour finir, ambitionne de prendre au sérieux les transformations structurelles.

Et ils sont maintenant tous là – bon, d’accord, tous ceux qui n’ont pas été bloqués en Europe, en Asie ou ailleurs par un volcan. Des délégations gouvernementales de pays de tous les continents, les autonomes qui prennent d’assaut les sommets, les bureaucrates de l’ONU, les cultivateurs andins de coca. Comment vont-ils pouvoir s’entendre ? Personne ne le sait encore vraiment. Je frémis d’avance en pensant aux problèmes de traduction, pas seulement linguistiques, mais aussi culturels. Sur quoi doivent-ils se mettre d’accord, sur quoi est-il possible de se mettre d’accord ici ?

Sur des actions, sur – c’est une proposition du gouvernement bolivien – un referendum mondial sur le changement climatique, voire sur un tribunal international de l’environnement ? S’agit-il ici d’abord d’une sorte de Forum Social Mondial du climat, convoqué cette fois-ci non par les mouvements mais par un gouvernement ? Et pour moi, qui ai toujours préféré protester à l’extérieur des sommets que discuter de l’intérieur : où sont les contradictions, qu’est-on en train de cacher sous le tapis, de sorte que de l’extérieur, tout ait l’air harmonieux et joli ?

De nombreux critiques ont déjà levé la voix, Evo et son parti-mouvement/mouvement-parti (le MAS, le mouvement pour le socialisme) excluent d’autres groupes et des Indigènes de la conférence, et sont, à la maison, favorables à un « nouvel extractivisme », pour l’exploitation classique des ressources naturelles, même si internationalement ils parlent de manière intelligente de la « Pachamama », « la Terre-mère » des indigènes.

Beaucoup de questions. On verra quelles réponses les prochains jours nous apporteront. Je dois maintenant y aller, je suis déjà en retard : soit pour me rendre à une action critique contre le sommet, soit pour le discours d’ouverture d’Evo. Un sommet complètement différent, ou bien l’éternel retour du même ? Plus d’informations là-dessus dans les prochains jours…

D’un côté, de l’autre (article du 20 avril 2010)

Sommet ou Forum Social Mondial pour le climat ? Intervention concrète dans l’équilibre global des pouvoirs ou bien événement purement discursif ? Faire la fête ou bien critiquer ? Le premier jour du sommet alternatif sur le Climat de Cochabamba n’a pas vraiment apporté de réponse évidente, mais plutôt un d’un-côté/de-l’autre permanent.

Sommet : la conférence est surveillée par tant d’uniformes qu’on en viendrait à perdre la vue d’ensemble. Ai-je été réprimandé par la police régulière, par la police militaire ou bien par un soldat ? Peu importe. Qui ces hommes au regard sombre, équipés de leurs énormes fusils de chasse, protègent-ils ? et qui intimident-ils ?

Forum Social Mondial : de nombreux-ses participant-e-s ne prennent pas part aux groupes de travail organisés longtemps à l’avance mais sont allongés sous le soleil agréablement chaud, debout dans une file attendant leur nourriture gratuite issue de l’économie solidaire, ou observent les flux multicolores de gens qui s’activent sur le campus de l’université.

Comme je l’ai dit : d’un côté, de l’autre… D’un côté, la conférence est un signe politique incroyablement important. Ici, on ne parle pas seulement du changement climatique comme un problème abstrait lié à l’accumulation invisible de gaz, mais comme la conséquence de la croissance capitaliste folle. Evo Morales s’est construit, ainsi qu’aux mouvements, une scène sur laquelle il est possible de raconter une histoire (anticapitaliste) sur le monde, qui n’a ailleurs que très peu d’espace. Cela ne doit pas être sous-estimé.

D’un autre côté, on ne sait pas ce qu’il adviendra vraiment des déclarations solennelles – entre autres parce qu’Evo Morales et son gouvernement semblent parfois jouer un double jeu, qui ne devrait pas être inconnu des observateurs des négociations de l’ONU sur le climat : au niveau international, tenir de très beaux discours, mais au niveau national mettre en œuvre le « business as usual » courant et sale. La Bolivie n’est, par exemple, pas seulement l’avant-garde d’une nouvelle politique climatique anticapitaliste, mais aussi – aux côtés du gouvernement du camarade Hugo Chavez, celle de ce que l’intellectuel Uruguayen Eduardo Gudynas décrit comme « nouvel extractivisme », autrement dit un modèle de développement qui s’inscrit pleinement dans la logique du capitalisme fossile prédateur de ressources. Que cela soit contrôlé étatiquement ou par le secteur privé n’est pas vraiment important.

Cela sans même aborder les critiques internes sur la politique de son mouvement MAS, particulièrement la marginalisation des groupes indigènes qui ne sont pas conformes à la ligne du MAS, de son culte grandissant de la personnalité, et bien plus encore.

La question suivante se pose alors : comment exprimer la critique ? Après tout, ce ne sont pas vraiment les hommes au regard sombre avec leur fusil de chasse qui cachent les forces sceptiques vis-à-vis du MAS et d’Evo qui formulent cette critique, mais plutôt la situation interne à la Bolivie. Les gouvernements de gauche en Amérique Latine doivent toujours, comme le montre l’histoire, faire face à un ensemble puissant formé par l’élite interne réactionnaire et ses alliés internationaux (souvent, mais pas uniquement, les Etats-Unis). Quelqu’un se souvient-il encore du coup d’état manqué contre Chavez au début de la décennie passée ? Sans parler du Chili, du Guatemala ou d’autres pays. En Bolivie, cette opposition de droite, clairement contre-révolutionnaire prend la forme d’un « mouvement pour l’autonomie » des régions de plaine les plus riches du pays contre les régions pauvres des plateaux, dans lesquelles le MAS est actif. Ces demandes d’autonomie ont à plusieurs reprises amené le pays au bord de l’effondrement. Dans une telle situation, toutes les forces de gauche doivent être prudentes, pour éviter que leurs critiques éventuelles envers Evo et le MAS ne jouent pas le jeu de la droite radicale (c’est clairement une question que l’on retrouve à l’échelle internationale à propos du climat : les personnes qui critiquent l’ONU ne jouent-elles pas le jeu des USA et des climatosceptiques ?).

Le résultat concret de ce complexe d’un-côté/de-l’autre : hier soir, je devais me rendre à une rencontre avec un collectif critique du MAS, pour préparer une action qui devait permettre d’exprimer une position critique, mais pas complètement antagoniste à l’intérieur de la conférence. La réunion (très pittoresque, presque gothique/morbide : elle devait se tenir dans un cimetière) a été annulée au dernier moment. Pourquoi ? Au lieu de préparer l’action, le collectif s’est décidé à collecter les ordures sur les lieux de la conférence.

D’un côté, de l’autre : ça ne changera pas vraiment d’ici la fin de cette rencontre. À ce propos, un de mes amis m’a dit hier : une politique qui n’est pas aussi un petit peu bordélique, compliquée et peu claire n’en vaut pas la peine. À cela, pas d’alternative.

Discussion sur le mouvement du climat : tourisme des sommets ou journée mondiale d’action ? 21 avril 2010

Hier soir, j’ai enfin participé à un atelier, ou plutôt à un des « événements parallèles », ces activités qui ont lieu en dehors des groupes de travail officiels, et dans lesquels on trouve dans bien des cas les discussions les plus intéressantes. Le thème : comment les mouvements sociaux doivent-ils se comporter vis-à-vis des Nations Unies après l’échec du sommet de Copenhague ? La réponse semble souvent être : il suffit de continuer. Mobiliser pour Cancun, au Mexique (où aura lieu à la fin de cette année le 16è sommet sur le climat), en espérant à nouveau que rien de mauvais ne s’y passe. Portés par la conférence de Cochabamba, certains pensent même que les relations de pouvoir pourront être inversées, et que nous pourrons enfin obtenir cet accord « juste, ambitieux et contraignant », dont certaines organisations environnementales rêvaient encore à quelques heures même de l’effondrement du sommet. Hier soir, certains ont à nouveau défendu cette thèse rigide : toutes les forces vers Cancun.

À ce sujet, je me souviens toujours de la manière dont Albert Einstein définit la folie : toujours recommencer à faire la même chose, en espérant que quelque chose de différent en sorte. Après 15 sommets ratés, alors que les émissions globales (de CO2) augmentent, et toujours plus rapidement, malgré les conventions cadre de l’ONU et malgré Kyoto, bien que le seul effet concret de ce sommet soit l’existence d’un terrain de jeu de plus de 100 milliards de dollars pour le capital financier (le marché des droits d’émission, sur lequel de 80 à 90 % de l’ensemble des transactions sont des produits dérivés et où aucun « droit d’émission » significatif n’est vendu), après que les organisations environnementales se soient cassées les dents sur ce processus pendant 15 ans et qu’elles aient, l’année dernière, vendu Copenhague comme la véritable « dernière chance » - encore une fois la même merde ? Same procedure as last year ? Same procedure as every year, James…

Heureusement, les choses changent parfois : la discussion d’hier a été tendue et pleine de controverses, celles et ceux qui sont partisans de continuer à se centrer sur l’ONU ont été mis sur la défensive. Tom Kucharz, du groupe espagnol Ecologistas en Acción a proposé – à l’instar de ce qu’a fait Jürgen Maier, de la Klimaallianz en Allemagne – que l’on se concentre plutôt sur le déplacement des rapports de pouvoir dans les espaces locaux et nationaux. Le réseau international activiste Climate Justice Action (grosse révélation : réseau dans lequel je suis également actif) a expliqué qu’il ne devrait pas y avoir de mobilisation globale vers Cancun – que devrait-on d’ailleurs en attendre ? À la place, on parle d’une « journée mondiale d’action pour la justice climatique », une journée d’action directe pour la justice climatique, qui devrait avoir lieu le 12 octobre 2010. L’argument : puisqu’il n’y a aucune preuve des effets positifs sur le changement climatique, encore moins sur la justice climatique, des négociations des Nations Unies, nous devons prendre les choses en main dès à présent. L’appel précise : « Ce n’’est pas une journée pour des manifestations ou des pétitions. C’est une journée au cours de laquelle nous devons reprendre le pouvoir » et lutter contre le changement climatique et pour la justice climatique. On verra bien comment l’appel sera perçu…

PS : ce qu’est vraiment la justice climatique, personne ne semble le savoir véritablement. Mais au moins, nombreux sont ceux qui en parlent ici. Plus à ce sujet demain…

Vers une confédération des objecteurs de croissance Mouvement des objecteurs de croissance Reporterre 2010/04/25 Mouvement des objecteurs de croissance (25 avril 2010) Vers une confédération des objecteurs de croissance. Reporterre. fr

Vers une confédération des objecteurs de croissance

L’Association des objecteurs de croissance (Adoc) a tenu son assemblée générale, confirmant sa volonté de s’engager sur le terrain politique.

Rassembler les objecteurs de croissance.

Le mouvement des objecteurs de croissance (MOC), membre cofondateur avec le PPLD et le RESEDA, de l’Association des Objecteurs de Croissance (AdOC) se félicite que celle-ci, lors de son Assemblée générale des 17 et 18 avril à Beaugency, confirme sa volonté de rassembler autour de sa plate-forme de convergence l’ensemble des Objecteurs de Croissance souhaitant intervenir sur le plan politique.

La décision de son Collège - entièrement renouvelé - de s’adresser à l’ensemble des OC sur le territoire pour préparer une future assemblée constituante va dans le sens de son implantation dans les régions et du rôle que celles-ci doivent jouer pour faire émerger un projet d’organisation réellement nouveau, décentralisé, rassembleur et visible.

Pour la première fois, lors des dernières élections régionales, la présence de listes autonomes reprenant les thèmes de la décroissance a montré en Alsace et en Franche-Comté que malgré la faiblesse de nos moyens, l’objection de croissance faisait des scores proches de ceux de la gauche anticapitaliste. Ailleurs, l’appel à des listes de rassemblement de la gauche anticapitaliste et de l’écologie radicale a permis des campagnes dynamiques et riches d’acquis (Bretagne, Limousin, Auvergne, Languedoc, Midi-Pyrénées).

Notre mouvance est porteuse d’espoirs et de propositions nouvelles, qui rassemblent et enthousiasment en particulier la jeunesse et tous ceux qui, pour de multiples raisons, se sont éloignés de la politique. C’est pourquoi, tout à fait conscients de la faiblesse de notre présence politique sur le territoire et du manque de liens entre les réseaux actifs, nous devons rapidement trouver des structurations locales et thématiques qui, loin des schémas archaïques et hiérarchiques des partis politiques, nous permettent de faire vivre les idées de la décroissance.

Pour se débarrasser du capitalisme et du productivisme, pour un projet désirable de décroissance conviviale, il faut avoir l’audace de proposer un cadre d’organisation qui s’adresse à tous ceux qui agissent aujourd’hui et refusent les vieux modèles de domination ; c’est pourquoi le Mouvement des Objecteurs de Croissance pense qu’une Confédération de l’Objection de Croissance s’appuyant sur des unions territoriales et des réseaux thématiques est une piste pour renouveler et enrichir la nécessaire organisation d’un mouvement naissant.

Cette forme coopérative, en réseau, sans centre de pouvoir, mais avec des outils communs de communication et de prise de décision est la forme nouvelle que devrait prendre le politique. L’objection de croissance, l’après-développement doivent rester au coeur de nos réflexions et de nos actions pour une rupture radicale d’avec nos modes de vie, en faveur d’une société juste, responsable, décente et démocratique.

Le Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC) adresse ses fraternels souhaits de succès au nouveau Collège de l’AdOC et l’assure de son soutien présent et futur.

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Les prochains rendez-vous des objecteurs de croissance

- A la suite du Forum de la convivialité et de la désaccoutumance à la croissance, le 24 mai à Vinezac (07), invitation à prendre l’initiaitive pour un revenu/dotation de vie/existence/autonomie

- Du 2 au 5 juillet, 1 an après la semaine de résistance contre l’aéroport, retour à Notre Dame des Landes (44) pour les premières rencontres nationales sur la « Relocalisation »

- Les 27, 28 et 29 août à Marlhes (42) les (F)Estives de l’objection de croissance : 1/ Contre-pouvoirs et masse critique pour résister aux dominations et se débarrasser du capitalisme ; 2/ Les Objecteurs de Croissance, hériter du socialisme utopique ?

Campagne de Margeride, la banalisation Michel Cogoluègnes Reporterre 2010/04/25 Michel Cogoluègnes (25 avril 2010) Campagne de Margeride, la banalisation. Reporterre. Tribune — fr

Campagne de Margeride, la banalisation

Le député (UMP) de la Lozère, Francis St Léger, vitupère les écologistes et milite, entre autres, pour que tous les véhicules à moteur puissent emprunter les chemins. Ca sera si bien quand ici sera comme partout...

A Francis Saint-Léger

Monsieur le Député,

En ce beau matin de printemps, au cœur de cette Margeride en partie massacrée, je viens de découvrir avec stupéfaction vos propos tenus lors de l’AG des chasseurs.

S’il est vrai « que nos ancêtres avaient construit des chemins pour entretenir les campagnes », nos contemporains « exploitants » agricoles en suppriment bon nombre, à leur propre guise, pour faire de grandes prairies en monoculture de pissenlit bien azoté, de très grandes fermes et des villages désertés. Alors là, le quad devient indispensable pour aller chercher les vaches ! Bien sûr, des vaches écornées. Mais comme il n’y a pas assez de pissenlit pour les vaches, on rase les bois pour faire encore plus de prairies artificielles, et ces bois vont alimenter "le réseau chaleur " de l’écoville de Mende dont l’écomaire vient de recevoir la médaille du développement durable pour cette économie d’artifices. On est vraiment à côté de la plaquette... de bois !

Et au milieu de cette future Beauce Margeridienne, de ces étendues nues, les arbres de bord de route sont devenus des intrus. Il faut raser ! 21 arbres sont en attente d’abattage depuis 3 mois entre Rieutort et la Villedieu. Il paraît qu’ils sont « accidentogènes » !

Mais après, par « principe de précaution » il faudra aussi combler les fossés, puis supprimer les clôtures, puis finalement supprimer les voitures...

Et comme il y a moins d’arbres, mince ! il faut mettre des jalons pour la neige. Mais comme il faut toujours faire vite, on retire les jalons. Mince ! il reneige et on ne perçoit plus les bas cotés de la route. Et c’est l’accident ! C’est sans fin...

Et les éoliennes ? Vous faisiez partie de la commission qui, entre autres, dans son rapport du 31 mars 2010 vient de conclure au bout de 115 pages qu’il faut faire des schémas régionaux de l’éolien, qui eux, avaient été décidés en février 2009... et qu’il faut implanter les éoliennes à plus de 500m des habitations. N’y avait-il pas déjà des jurisprudences pour cela ? Combien a coûté ce rapport ? Malgré votre présence dans cette commission vous auriez pu soutenir l’amendement Carayon* comme votre collègue Pierre Morel qui le soutenait pour le Parc naturel régional de l’Aubrac. Il a eu au moins ce mérite, même s’il se refuse, selon ses dires, à parler de ce sujet, « car on se fâche avec tout le monde ».

Il ne reste plus qu’à faire la 2e autoroute, planter des éoliennes comme un champ de poireaux, installer un Macdo à Marvejols et à St-Chély, et la boucle est bouclée. Cela serait un bel exemple de « biodiversité » moderne, et nous serions enfin comme tout le monde !

Que faites-vous pour arrêter le massacre actuel de la Margeride ? Peut être ne le voyez-vous pas ? Ne serait t-il pas plus judicieux de s’atteler au PNR de la Margeride plutôt que de faire de la démagogie à l’AG des « chasseurs-électeurs ».

Heureusement, la planète Terre est une rebelle, elle ne se laisse pas faire. Un sacré coup de chapeau à son volcan Eyjafjöll qui cloue au sol tous ces voyageurs pollueurs. Ah c’est rigolo de voir çà ! Au moins il nous permet de redécouvrir le train.

Un « radical- écolo » qui aime les grives sur canapé et le lièvre en civet... tués par de vrais chasseurs et non par une armée de Rambos qui traquent le sanglier avec portables, motos et 4x4 comme cela se voit fréquemment ici.

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Note

* Cet amendement donnera ainsi au préfet les moyens d’exclure, le cas échéant, les zones de développement de l’éolien terrestre d’un parc naturel régional ou national.

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Renault invente le 4x4 écolo super-polluant Agnès Rousseaux / Basta Reporterre 2010/04/27 Agnès Rousseaux / Basta (27 avril 2010) Renault invente le 4x4 écolo super-polluant. Reporterre. fr

Renault invente le 4x4 écolo super-polluant

« Un 4x4 respectueux de l’environnement à un prix jamais vu », annonce sur Google le lien commercial de la société Dacia. Cette filiale de Renault vient de sortir son nouveau 4x4 « low cost », le Duster. La publicité n’est pas du goût de l’association Agir pour l’Environnement, qui dépose plainte auprès de l’Autorité de régulation des professionnels de la publicité : « La société Dacia instrumentalise le respect de l’environnement pour vanter les mérites de son nouveau 4x4, dont les émissions de CO2 peuvent aller jusqu’à 177 grammes de CO2 par kilomètre parcouru (...), soit un rejet de CO2 dépassant les 200 grammes en zone urbaine. » Selon les normes françaises, un véhicule doit émettre moins de 125 g/CO2 pour bénéficier du bonus écologique. Pour l’administration fiscale, le Duster n’est donc pas un véhicule propre.

Fan de Claude Allègre

Agir pour l’Environnement dénonce la stratégie « climaticide » de Dacia. Elle réclame « l’interdiction de cette communication mensongère » aux slogans « abusifs » qui « induisent en erreur les internautes et consommateurs » . L’association regrette également l’absence d’efficacité du système d’autorégulation de la publicité, qui laisse passer ce genre de campagne « d’écoblanchiment », et réclame « la création d’un organisme étatique de contrôle de la publicité permettant de sanctionner, a priori, les errements multiples et répétés des professionnels de la publicité ».

Alors que Renault vante sur son site « les ailes élargies, l’imposant bandeau de calandre chromé ainsi que le bouclier protecteur [qui] ne laissent aucun doute sur les gènes 4X4 de Dacia Duster », les Greenwashers lui ont réservé un accueil agité. Ces « spécialistes en verdissement écologique » ont détourné le nom de domaine www.duster.fr que Renault avait oublié de déposer. Ils ont aussi opéré un « verdissement » du stand de Dacia lors du Salon de l’auto de Genève, sous les slogans « Vive la croissance verte ! » et « Fan de Claude Allègre ! ».

Un capitalisme détaché de la démocratie… Hervé Kempf Reporterre 2010/04/27 Hervé Kempf (27 avril 2010) Un capitalisme détaché de la démocratie…. Reporterre. Tribune — fr

Un capitalisme détaché de la démocratie…

Un entretien avec Bruno Villalba, pour le numéro de la revue Ecorev consacré à la démocratie.

EcoRev’ : La question écologique permet-elle de faire bouger les frontières politiques ?

Hervé Kempf : La question écologique a gagné en influence dans les vingt dernières années, à partir de l’accident de Tchernobyl, qui a montré l’ampleur des conséquences que pourraient avoir les catastrophes écologiques, tandis que le changement climatique s’est imposé comme une structure de l’histoire contemporaine. Dans le champ politique, la question s’impose à tous les partis occidentaux et devient souvent un enjeu important dans les autres pays. Dans nos pays, la préoccupation écologique n’est plus un monopole des Verts, cela contribue à déplacer les frontières politiques.

En quoi cette question permet-elle d’appréhender différemment l’enjeu démocratique ?

Pour le comprendre, il me semble qu’il faut partir de l’analyse de Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, publié en 1979 en Allemagne (1). Ce philosophe raisonne en fonction de la perspective apocalyptique que dessine la puissance technique de l’action humaine. Afin de prévenir la réalisation de la catastrophe, il préconise « de renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties du monde » et d’adopter la « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité ». En termes concrets, et avec d’autres mots, cela signifie mettre en œuvre la baisse de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie.

Comment, en démocratie, adopter ce choix ? Comment, majoritairement, décider de cette transformation radicale de la culture de consommation qui définit l’Occident depuis la révolution industrielle ? Ces sacrifices ne sont imaginables que si l’on est inspiré par une vision de long terme. La question que posait Jonas était ainsi de savoir si le « processus démocratique » pourrait prendre « des mesures que l’intérêt individuel des sujets concernés ne se serait jamais imposées spontanément ».Jonas pensait que « seule une élite peut éthiquement et intellectuellement assumer la responsabilité pour l’avenir que nous avons examinée », mais il n’excluait pas l’option démocratique, à condition qu’elle soit animée par un « idéalisme public » à la mesure de la tâche. La question qu’on peut aujourd’hui reposer, trente ans après Jonas, c’est de savoir si l’état présent de la démocratie est à la hauteur du défi historique que pose la crise de la biosphère.

La démocratie dans sa manière de fonctionner ?

Qu’est-ce que la démocratie ? En simplifiant, c’est un triptyque : - un temps de délibération collective informée par des médias indépendants des différents pouvoirs ; - une décision prise par la majorité au terme de cette délibération ; - un respect du droit de la minorité qui permet de relancer la délibération sur les conséquences de la décision ou sur d’autres décisions à prendre. C’est à ce schéma que se réfère implicitement Jonas. Pour lui, la société capitaliste – qu’il associait, au moment où il écrivait son livre, c’est-à-dire avant 1979, à la démocratie –, la société capitaliste, donc, n’en est pas capable, parce qu’elle ne répond qu’à l’intérêt de court terme.

Mais il y a une différence essentielle entre aujourd’hui et l’époque de Jonas : c’est que le capitalisme s’est en quelque sorte détaché de la démocratie, il ne la considère pas comme intrinsèque à son existence, il la rejette même de plus en plus nettement puisqu’elle conduit logiquement à la remise en cause des pouvoirs en place. Si le libéralisme économique a pu se confondre longtemps avec le libéralisme politique, ce n’est plus vrai depuis une vingtaine d’années, au sens où les classes dirigeantes considèrent maintenant que la démocratie nuit à leurs intérêts. Elles se comportent comme une oligarchie, c’est-à-dire un groupe de personnes contrôlant les pouvoirs politique, économique et médiatique, qui délibèrent entre eux puis imposent leurs choix à la société. Ce nombre peut être assez important – mettons plusieurs centaines de milliers de personnes -, ce qui est peu rapporté au nombre total des citoyens. L’oligarchie se compose des détenteurs du capital, mais aussi de ceux qui bénéficient directement de ce fonctionnement économique (les 5-10% des revenus les plus élevés), et bien sûr des principaux politiques élus. La France de Sarkozy, l’Italie de Berlusconi, les Etats-Unis d’Obama illustrent de manière impressionnante la réalité de cette oligarchie.

La démocratie serait devenue un régime oligarchique ?

La philosophie politique grecque, qui fonde la culture politique de l’Occident, distinguait la tyrannie, la démocratie et l’oligarchie. Nous sommes dans une zone incertaine entre démocratie et oligarchie. Le politologue anglais Colin Crouch décrit bien cette situation, qu’il nomme « post-démocratie » : « Derrière le spectacle du jeu politicien, les choix politiques sont en réalité déterminés en privé par l’interaction entre les gouvernements élus et les élites qui représentent massivement les intérêts des milieux d’affaires »(2).

Nous serions donc dans un système assez pervers, qui prendrait en compte la crise écologique, en essayant de la mettre au service de la défense d’une position dominante des oligarques ?

Je ne pense pas qu’elle la prend vraiment en compte, sinon pour essayer d’adapter les logiques de profit dans ce qu’on appelle le "capitalisme vert". C’est pourquoi il faut renverser la conclusion de Jonas, qui reposait sur l’idée que les élites pourraient être plus sages que le peuple – j’entends par « peuple » l’assemblée des citoyens. Dans la situation actuelle, l’oligarchie cherche avant tout à maintenir sa position, quelles qu’en soient les conséquences : une démonstration aveuglante de ce fait est l’acharnement que manifestent les dirigeants, les banquiers et autres spéculateurs pour maintenir leurs bonus et divers émoluments, alors même que leur conduite a conduit le système financier à une situation de faillite qui n’a été évitée que par l’intervention des Etats.

Par ailleurs, l’oligarchie – ou la classe dirigeante, si vous préférez – veut maintenir à tout prix le système de croissance et de surconsommation qui accélère notre marche vers la crise écologique.

Donc oui, Jonas avait raison de penser la perspective apocalyptique, oui, il avait raison d’évoquer clairement « l’automodération de l’humanité », mais non, il ne faut pas croire qu’une élite éclairée sauvera la situation, parce que cette « élite » joue actuellement contre l’intérêt collectif. Nous ne pourrons aller vers les mesures nécessaires que par un renouveau de la démocratie, qui suppose de renverser le pouvoir de l’oligarchie et sa reprise par le peuple. Alors qu’une interprétation simpliste et tronqué de Jonas laisse penser que la solution à la crise écologique passe par une sorte de despotisme éclairé, nous devons au contraire comprendre que pour éviter la catastrophe, il nous faut retrouver les voies d’une décision réellement collective.

La démocratie serait donc, aujourd’hui, bloquée ?

Je dirais plutôt qu’elle est malade. Les conditions d’un bon exercice de la démocratie sont largement altérées. La délibération libre est viciée par le fait que les médias sont très largement contrôlés par l’oligarchie. Le choix majoritaire est vicié par le poids des lobbies ou, parfois, le déni pur et simple du choix populaire, comme on l’a vu lors du référendum de 2005 sur l’Europe. La reconnaissance des minorités se perd sous l’effet de la répression de plus en plus ouverte des rebelles, tandis que le respect des droits de l’homme et des libertés publiques est bafoué au nom des politiques anti-migratoires.

Or, si l’on veut trouver les mesures adaptées à l’enjeu écologique, il faut revitaliser ces principes. Par exemple, si l’on veut convaincre de la nécessité d’une baisse de la consommation matérielle, il faut un vrai débat démocratique pour exposer comment elle suppose une réduction des inégalités et l’épanouissement d’autres activités sociales. Eh bien, il est tout à fait frappant que ce thème de la réduction drastique des inégalités ne parvienne pas à s’exprimer fortement dans l’espace de la délibération : c’est l’effet du contrôle des médias, des intellectuels eux-mêmes oligarques qui refusent d’en débattre, des politiques qui détournent l’attention du public.

Cette évolution est-elle réversible ?

Oui, mais à la condition que notre société soit capable de penser la situation dans sa gravité historique. Il nous faut notamment surmonter une difficulté notable. La démocratie s’est développée aux XIXe et XXe siècle en synchronisation avec l’augmentation du niveau de vie et l’amélioration des conditions d’existence. La démocratie était en quelque sorte le marqueur du progrès – ce qui est assez logique, puisque c’est un régime politique qui favorise l’épanouissement des capacités de tous les citoyens.

Or, nous nous trouvons désormais dans une situation où il nous faut – et mieux vaudrait mieux que ce soit volontairement - réduire cette richesse matérielle. Autrement dit, disjoindre progrès de la démocratie et amélioration matérielle des conditions d’existence. Comment orienter l’être ensemble non-violent et coopératif – ce qu’est au fond la démocratie – vers le projet non pas d’avoir plus, mais d’éviter le pire, et aller vers un mieux-vivre en décalage complet avec la société de consommation dans laquelle nous baignons tous depuis notre enfance ?

Comment garder l’essentiel du progrès incontestable que l’humanité a connu depuis deux cent ans – la santé, la communication mondiale – tout en abandonnant l’obsession de la surconsommation et les satisfactions qui lui sont attachés ?

C’est une question de propositions politiques ?

Oui, en posant nettement que l’autre terme de l’alternative, c’est la crise écologique, ou, pour reprendre les termes de Jean-Pierre Dupuy (3), la catastrophe, ou ceux de Hans Jonas, la perspective apocalyptique. Une proposition politique qui consiste à dire qu’il faut faire des choix qui rompent avec nos habitudes pour éviter un mal beaucoup plus grand. C’est au fond le message essentiel de l’écologie politique. C’est aussi la question que devrait mettre en scène une presse libre. Et bien sûr, c’est un combat contre l’oligarchie, car celle-ci refuse de penser la sobriété, elle réfute donc la perspective apocalyptique.

Une des principales propositions de vos livres est qu’il faut échapper à l’emprise du modèle culturel valorisé par les classes dominantes — les riches — en réfléchissant sur les contre-propositions, les contre-valeurs ?

Oui. Un des instruments les plus puissants de la domination des classes dirigeantes est l’alimentation de la consommation ostentatoire, fondée sur le désir d’imiter les personnes mieux placées sur l’échelle sociale. De ce point de vue, la bataille est culturelle : il s’agit de casser le modèle dominant de prestige, de proposer d’autres rêves, d’autres signes de statut, d’autres symboliques de réussite.

Mais tout ceci doit se faire en tenant compte de cette urgence écologique… Comment mener, de front, ce combat pour l’amélioration du fonctionnement de la démocratie et la prise en compte de l’urgence ?

Justement en les menant de front, parce qu’ils sont indissociables, et en disant qu’ils sont indissociables. En montrant que le capitalisme, qui est dans l’incapacité intrinsèque de prévenir l’aggravation de la crise écologique, affaiblit en même temps, jour après jour, l’idéal démocratique. Une expérience très concrète me donne confiance dans la possibilité que ce discours soit bien compris. J’ai fait beaucoup de conférences depuis la sortie de mes livres. A chaque fois, j’ai constaté le très vif intérêt du public pour ces questions, l’envie de débattre, le goût de réfléchir en commun. La préoccupation écologique est encore très jeune ; mais elle est désormais devenue un élément de la conscience collective, et pas seulement en Europe. Les choses bougent dans les têtes et dans les représentations.

Il faut aussi rappeler une autre évolution profonde et importante : nous avons une conscience collective de plus en plus claire de la croissance des inégalités sociales.

La rencontre de ces deux enjeux – écologique et social - est fondamentale pour l’avenir. Elle s’est spectaculairement manifestée lors de la conférence de Copenhague, avec les collectifs Climate Justice Action et Climate Justice Now. Il est frappant et encourageant de voir la mobilisation des jeunes sur ces questions, très souvent accompagnée d’une recherche de nouvelles pratiques de démocratie réelle.

Comment la question économique intervient-elle dans la reformulation du projet démocratique ?

C’est sa puissance économique qui permet à l’oligarchie de dominer la scène politique. Il faut donc réintégrer la question des moyens de production et des modalités de gestion de la richesse collective dans la question politique. Non seulement la question de la décision (qui décide et comment) mais aussi la question de la propriété des outils de création de la richesse. L’entreprise n’est pas qu’une organisation de production, elle est aussi un moyen d’imposer une vision du monde dans sa hiérarchie, ses valeurs, son rapport au travail. Ainsi, il faut soutenir d’autres modèles d’organisation du travail et du capital, notamment celui des coopératives de production. Il n’est guère utile de se focaliser sur les pratiques de la démocratie participative, si dans le même temps on ne promeut pas la recherche d’une économie elle aussi démocratique.

Propos recueillis par Bruno Villalba

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Notes :

(1) Jonas, Hans, Le Principe responsabilité : une éthique pour la civilisation technologique, Paris, Flammarion, 1995.

(2) Crouch, Colin, Post-democracy, Polity Press, Londres, 2004, p. 4.

(3) Dupuy, Jean-Pierre, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, Paris, 2002.

Pour sauver la Grèce, faites-en une banque Paul Giacobbi Reporterre 2010/04/28 Paul Giacobbi (28 avril 2010) Pour sauver la Grèce, faites-en une banque. Reporterre. Tribune — fr

Pour sauver la Grèce, faites-en une banque

Aux banques, on prête l’argent sans rechigner à 1 %. Aux Etats...

Les mésaventures de la Grèce, berceau de notre civilisation européenne, me surprennent. Les Etats européens semblent bien frileux pour prêter moins de vingt milliards d’euros à ce pays membre de la zone euro, la banque centrale européenne est aux abonnés absents et le FMI plus que réticent.

Pourtant les uns et les autres n’ont pas fait tant de chichis quand il s’agissait de sauver des banques... La vertueuse Allemagne a placé des milliards, des dizaines de milliards d’euros du trésor public dans le capital de la catastrophique « Hypo Real Estate », la BCE a prêté à un an et à un pourcent, sans contrepartie plus de huit cent milliards d’euros aux banques européennes et le placement de ce pactole s’est fait en une heure ou deux ; le FMI a passé deux ans à dire que les trésors publics ne donnaient pas assez pour sauver les banques.

Je recommande à la Grèce de changer de statut : qu’elle abandonne celui de République pour celui de banque et alors plus de réticences, la BCE lui allongera cent milliards en une heure, à un pourcent, le trésor allemand quelques dizaines et le FMI lui fera les yeux doux.

Le Parlement se prépare à faciliter encore l’affichage publicitaire Collectif des Déboulonneurs Reporterre 2010/04/28 Collectif des Déboulonneurs (28 avril 2010) Le Parlement se prépare à faciliter encore l’affichage publicitaire. Reporterre. fr

Le Parlement se prépare à faciliter encore l’affichage publicitaire

La loi Grenelle 2 sera discutée au Parlement à partir du 3 mai. Ses amendements ouvrent encore plus grandes les portes à l’affichage publicitaire.

A une semaine de l’examen du texte Grenelle II par l’Assemblée nationale, nous pouvons tirer un premier bilan des travaux réalisés sur le thème de la publicité extérieure. En l’état actuel, après le vote au Sénat et le passage en commissions à l’Assemblée nationale, le texte sur lequel les députés vont devoir se prononcer est tout simplement catastrophique [1].

S’il n’est pas correctement amendé par le gouvernement et les parlementaires, nous aurions alors une législation bien pire que celle qui est actuellement en vigueur. Pire, cela signifie qu’un boulevard serait désormais ouvert pour les professionnels de l’affichage. Alors que l’objectif annoncé était clairement de réduire la pression publicitaire sur le paysage, nous avons vu le projet de loi s’aggraver au fil des discussions. La liste des dérogations s’est fortement allongée. Elles occultent très largement les rares avancées votées au Sénat.

Véritables points noirs, les deux amendements votés en commission du développement durable sur proposition de messieurs Marlin et Jacob viennent ainsi vider le texte de toute sa substance [2]. Un principe fort avait été reconnu par le Sénat et le gouvernement : les règlements locaux de publicité (RLP) ne peuvent être que plus restrictifs que la loi nationale. Ce n’est en effet pas le cas aujourd’hui. On peut en avoir de magnifiques exemples aux portes de Paris avec des bâches gigantesques installées grâce à des RLP complaisants par les municipalités limitrophes. Un premier amendement propose tout simplement que les maires puissent désormais, sur simple arrêté, autoriser l’installation de bâches publicitaires gigantesques sur tous les bâtiments.

Pire, le second amendement indique qu’en l’absence de RLP, le maire peut tout simplement passer outre à toute la réglementation nationale. C’est une véritable incitation à ne pas créer de RLP.

Les associations souhaitaient que les RLP soient plus restrictifs, voilà qui est voté ! Les professionnels souhaitaient pouvoir installer des dispositifs gigantesques partout, voilà qui est maintenant possible ! Nos responsables politiques auront ainsi l’occasion de dire que cette loi satisfait tout le monde et que le processus de discussion du Grenelle est une réussite. Pour eux, peut-être. Pour les paysages et le cadre de vie, assurément pas.

Ces deux véritables provocations s’ajoutent aux autres dérogations (légalisation de dispositifs illégaux sur les devantures de commerces ainsi qu’autour des gares et aéroports) et aux manques flagrants du texte (rien sur l’amélioration concrète de la police de l’affichage ni sur les nouveaux procédés publicitaires).

Il est toujours possible de corriger ces énormités. Encore faudrait-il pour cela une réelle volonté politique qui, semble-t-il, est loin d’être à l’ordre du jour sur cette thématique.

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Notes :

[1] http://www.assemblee-nationale.fr/1... (article 15)

[2] http://www.assemblee-nationale.fr/1...

Le colibri et le papillon collaborent Colibris et Ekopedia Reporterre 2010/04/29 Colibris et Ekopedia (29 avril 2010) Le colibri et le papillon collaborent. Reporterre. fr

Le colibri et le papillon collaborent

Le Mouvement Colibris et l’encyclopédie Ékopédia fondent une collaboration pour le partage des solutions écologiques.

Les membres du Mouvement Colibris, ainsi que les visiteurs et contributeurs du projet Ékopédia sont invités à « trouver, produire et partager les ressources dont nous avons besoin pour transformer nos territoires ». Une douzaine d’articles ont déjà été amorcés au sein du portail Colibris (http://fr.ekopedia.org/Portail:Colibris). Parmi ceux-ci, on retrouve « Comment créer une AMAP », « Comment convertir une cantine au bio », « Comment s’installer en agriculture biologique », etc. Il y a là une volonté commune pour la diffusion de solutions concrètes, accélératrices de changement.

Pour Ékopédia, le Mouvement Colibris est une magnifique plateforme qui s’adresse à tous ceux qui veulent agir ou développent des alternatives. Initié en 2006 par Pierre Rabhi, le Mouvement Colibris a pour vocation d’encourager l’émergence et l’incarnation de nouveaux modèles de société fondés sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme.

Coproducteur du film de Coline Serreau « Solutions locales pour un désordre global », le Mouvement Colibris porte cette année une attention particulière à l’agriculture et à l’alimentation. Cette question est au cœur de toutes les préoccupations et son objectif est de donner à chacun les moyens d’agir pour changer de modèle de consommation.

Pour le Mouvement Colibris, Ékopédia est un formidable outil de collaboration et de partage. Créé en 2002 sur le principe des wikis, Ékopédia diffuse des connaissances pratiques pour qu’ensemble nous puissions devenir plus autonomes et forger les bases nécessaires pour construire un monde meilleur. Ses contenus sont rédigés coopérativement et sont librement réutilisables. Chaque mois Ékopédia sensibilise plusieurs centaines de milliers de personnes.

L’art du mensonge Hervé Kempf Reporterre 2010/04/29 Hervé Kempf (29 avril 2010) L’art du mensonge. Reporterre. Tribune — fr

L’art du mensonge

Les 120 000 personnes dont on nous dit qu’elles ont acheté L’Imposture climatique de Claude Allègre (Plon, 300 p., 19,90 euros) semblent inspirées par le louable désir de s’informer. Il paraît donc tout à fait nécessaire qu’afin de se forger une opinion bien assurée sur le changement climatique, elles lisent L’Imposteur, c’est lui, de Sylvestre Huet (Stock, 198 p., 12 euros).

Il n’est pas besoin de présenter M. Allègre. Quelques mots, en revanche, sur M. Huet. Celui-ci est journaliste scientifique au quotidien Libération depuis 1995 et est connu pour - on emploie ici un mot devenu désuet - son sérieux.

M. Huet a prolongé le travail commencé dans Le Monde le 28 février. M. Huet a lu le livre de M. Allègre. Il a vérifié chaque assertion de cet éminent personnage. Il a consulté les documents évoqués et interrogé directement plusieurs scientifiques cités.

Le résultat est proprement stupéfiant, compte tenu du calibre de l’ancien ministre : L’Imposture climatique est tissé d’erreurs factuelles, de références fausses ou inventées, de graphes falsifiés, de confusions, de théorie du complot. Des présentateurs météo sont présentés comme des climatologues, des scientifiques inexistants sont évoqués, d’autres connus se voient attribuer des opinions qu’ils ne partagent pas.

Comme l’indique Hakan Grudd, un chercheur suédois dont M. Allègre a présenté de façon fausse un résultat, l’acte de celui-ci est « trompeur » et « contraire à l’éthique ». M. Huet conclut : « Certains ont fait du mensonge et de la mauvaise foi leur ligne de conduite. En France, Claude Allègre représente une sorte de spécialiste hors pair, le champion incontesté de cette catégorie. »

Une question que pose cette affaire est celle de l’éthique des médias en démocratie. Dès la parution du livre de M. Allègre, des scientifiques et des journalistes ont pointé ses erreurs multiples. Le géochimiste s’est néanmoins vu ouvrir sans réserve et le plus souvent sans contradicteur plateaux de télévision, studios de radio, et couvertures de magazines, comme s’il était indifférent que sa critique soit fondée sur des bases manifestement douteuses. La capacité à susciter de l’audience, la notoriété, l’aplomb l’emportent clairement chez les maîtres du système médiatique sur le souci d’un débat entre interlocuteurs honnêtes. A-t-on le droit de mentir effrontément ? Si l’on pèse son poids d’Audimat et que l’on va dans le sens de l’idéologie conservatrice, la réponse donnée par l’affaire Allègre est un oui tonitruant et très inquiétant.

Pour un Premier mai écologique Bizi Reporterre 2010/04/30 Bizi (30 avril 2010) Pour un Premier mai écologique. Reporterre. fr

Pour un Premier mai écologique

Manifester non pour des hausses de salaires, mais pour une autre société, où l’on répartit mieux et travaille autrement.

Perdre sa vie à la gagner ?

Travailler le dimanche, travailler plus d’années pour financer les retraites, travailler plus pour gagner plus.

Travailler plus... Essaie-t-on seulement de comprendre ce que cela peut vouloir dire, au delà du stress, de la fatigue, de l’usure de nos corps et de nos têtes, ce dont ce « toujours plus » est responsable ?

Travailler plus, c’est consommer plus d’énergie, de matières premières, plus de ressources diverses, rejeter plus de déchets et de pollutions.

Un mode de vie insoutenable :

Tout le monde sait aujourd’hui que le mode de vie d’un français moyen « consomme » l’équivalent de trois planètes. Or, nous n’en n’avons qu’une !

Ce que nous prélevons en trop, nous le faisons au détriment des pays du sud, au détriment de nos enfants et de nos petits enfants, en mettant sérieusement en danger l’existence même de conditions de vie civilisées sur terre.

Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Nous n’en n’avons tout simplement pas le droit.

Pour s’attaquer à la pauvreté, au chômage, aux problème des retraites (proportionnellement moins d’actifs pour financer les revenus de plus de retraités), il faut s’appuyer sur d’autres logiques que celle du « travailler plus », écologiquement criminel, socialement inefficace et moralement inacceptable.

Nous devons recentrer le débat politique, orienter les mobilisations sociales et syndicales autour du « répartir plus et produire autrement ».

Produire autrement :

Produire autrement, c’est mettre fin aux productions inutiles, écologiquement nuisibles. C’est privilégier le collectif à l’individuel (au niveau transports, logement , loisirs, équipements divers) et en finir avec l’obsolescence programmée des produits (devant être rapidement jetés, remplacés, ne pouvant pas être réparés etc...). C’est également regagner du terrain sur la marchandisation chaque jour croissante de nos vies et de nos sociétés, avec comme première des batailles le refus du travail le dimanche.

Répartir plus :

Répartir plus, en réduisant et partageant le travail pour en finir avec le chômage, facteur d’exclusion sociale. Pour que les réductions de productions inutiles et nuisibles soit possibles sans aggravation de ce chômage.

Répartir plus les richesses produites, par exemple pour résoudre le problème des retraites : pour maintenir le taux en cours de retraite avec un PIB qui n’augmenterait plus d’ici 2050, il faut prélever autour de 4 points de PIB. Ce chiffre est à comparer avec l’explosion des dividendes des actionnaires, du capital financier, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007. Où est donc ce terrible problème des retraites dont on nous rabat les oreilles ? Dans un choix politique, qui se résume à la question suivante : appauvrit-on les retraités, ou les actionnaires de la bourse ?

Cortège festif et combatif le 1er Mai à Bayonne :

Nous devons remplacer le « travailler plus pour gagner plus » par le « répartir plus et produire autrement ». Cela nécessite à la fois un combat sur le terrain des idées, du débat, et des luttes s’inscrivant concrètement dans cette logique d’urgence à la fois écologique et sociale.

C’est le cas aujourd’hui du combat contre l’ouverture des grandes surfaces le dimanche ou de la lutte des cheminots contre le démantèlement du Fret ferroviaire.

Il faut plus que jamais encourager cette voie là du combat syndical et social, et pour faire reculer le gouvernement et le MEDEF dans leur offensive criminelle contre nos vies et notre société.

Nous avons nos vies à gagner, et le monde de nos enfants à préserver. Ce combat est essentiel : soyons nombreux(ses) à animer le cortège festif et combatif organisé par Bizi ! pour défendre le « répartir plus et produire autrement » au sein du mouvement social et syndical local.

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Signataires :

Xabi Betelu, ouvrier ; Bart Camedes-Casse, intérimaire ; Xalbat Daguerressar, langile ; Fabienne Deyris, médecin ; Mendi Esteban, étudiante ; Marie-Pierre Lamarque, employée ; Magali Lartigue, employée ; Marie Larzabal, chômeuse ; Eric Lecoutre, employé ; Adrien Pinsolle, chômeur ; Jean-Louis Piquet, retraité ; Patxi Quéheille, professeur des écoles ; militant(e)s de Bizi !

Cochabamba : le texte de l’« Accord des peuples » Par Julien villalard Reporterre 2010/04/30 Par Julien villalard (30 avril 2010) Cochabamba : le texte de l’« Accord des peuples ». Reporterre. Tribune — fr

Cochabamba : le texte de l’« Accord des peuples »

Voici la traduction en français de la déclaration finale de la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Mère-Terre qui s’est achevée le 22 Avril, à Cochabamba, en Bolivie

ACCORD DES PEUPLES

Au jour d’aujourd’hui, notre Mère-Terre est blessée et le futur de l’humanité est en danger.

Avec une augmentation du réchauffement global de plus de 2°C, conséquence des soi-disant « Accord de Copenhague », il existe 50 % de chances pour que les dommages infligés à notre Mère-Terre soient totalement irréversibles. Entre 20 et 30 % des espèces seraient en voie d’extinction. De grandes étendues de forêts seraient affectées, les sécheresses et les inondations affecteraient différentes régions de la planète, il y aurait une augmentation des déserts et la fonte des calottes glaciaires aux pôles, des glaciers des Andes et de l’Himalaya s’accentueront. Beaucoup d’Etats insulaires disparaîtraient et l’Afrique subirait une augmentation de température de plus de 3°C.

De la même manière, la production d’aliments dans le monde diminuerait avec des effets catastrophiques pour la survie des habitants des grandes régions de la planète, et le nombre de personnes affamées augmenterait de manière dramatique, bien qu’il dépasse déjà le nombre de 1.020 millions de personnes.

Les corporations et les gouvernements des pays dits « les plus développés », avec la complicité d’une branche de la communauté scientifique, nous obligent à débattre du changement climatique comme un problème qui ne se limiterait qu’à une augmentation de la température sans remettre en question l’origine du problème qu’est le système capitaliste.

Nous y opposons la crise finale d’un modèle de civilisation patriarcale basée sur la soumission et la destruction d’êtres humains et de la nature, destruction qui s’est accélérée avec la révolution industrielle.

Le système capitaliste nous a imposé une logique de concurrence, de progrès et de croissance illimitée. Ce régime de production et de consommation est la recherche du bénéfice sans limites, tout en séparant l’être humain de l’environnement, établissant une logique de domination sur la nature, convertissant tout en marchandise : l’eau, la terre, le génome humain, les cultures ancestrales, la biodiversité, la justice, l’éthique, les droits des peuples, la mort et la vie elle même.

Sous le capitalisme, la Mère-Terre ne constitue qu’une source de matières premières et en ce qui concerne les êtres humains, en moyens de production et en consommateurs, en personnes qui importent pour ce qu’elles ont et non pour ce qu’elles sont.

Le capitalisme requiert une industrie militaire puissante pour étayer son processus d’accumulation ainsi que le contrôle de territoires et de ressources naturelles, tout en réprimant la résistance des peuples. Il s’agit d’un système impérialiste de colonisation de la planète.

L’humanité fait face à une grande alternative : continuer dans le chemin du capitalisme, du pillage et de la mort, ou entreprendre le chemin de l’harmonie avec la nature et le respect de la vie.

Nous avons besoin de l’établissement d’un nouveau système qui rétablisse l’harmonie avec la nature et entre les êtres humains. Il ne peut y avoir d’équilibre avec la nature que s’il existe de l’équité entre les êtres humains.

Nous invitons les peuples du monde à la récupération, la revalorisation et au renforcement des connaissances, des pratiques et savoirs-faire ancestraux des Peuples Autochtones, confirmés dans l’expérience et la proposition du « Vivre bien », en reconnaissant la Mère-Terre comme un être vivant, avec lequel nous avons une relation indivisible, interdépendante, complémentaire et spirituelle.

Pour faire face au changement climatique, nous devons reconnaître la Mère-Terre comme la source de vie et former un nouveau système basé sur les principes suivants : - Harmonie et équilibre entre tous et avec tout - Complémentarité, solidarité et équité - Bien-être collectif et satisfaction de besoins fondamentaux de tous en harmonie avec la Mère-Terre - Le respect des Droits de la Mère-Terre et des Droits Humains - La reconnaissance de l’être humain pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il possède - L’élimination de toute forme de colonialisme, d’impérialisme et d’ingérence - La paix entre les peuples et la Mère-Terre.

Le modèle que nous avons proposé ne consiste pas en un développement destructif ni illimité. Les pays ont besoin de produire des biens et des services pour satisfaire les besoins de base de leur population, mais ils ne peuvent en aucune manière continuer sur ce chemin de développement dans lequel les pays les plus riches ont un poids écologique 5 fois plus grand que ce que la planète est capable de supporter. Actuellement, on a dépassé de 30 % la capacité de la planète à se régénérer. A ce rythme de surexploitation de notre Mère-Terre, on aura besoin de deux planètes en 2030.

Dans un système interdépendant où les êtres humains ne sont qu’une des composantes, il n’est pas possible de reconnaître des droits à la seule entité humaine sans provoquer un déséquilibre dans tout le système. Pour assurer les droits humains et rétablir l’harmonie avec la nature, il est nécessaire de reconnaître et d’appliquer effectivement les droits de la Mère-Terre.

C’est pour cela que nous soumettons le projet conjoint de Déclaration Universelle des Droits de la Mère-Terre dans lequel repose : - Le droit à la vie et à l’existence - Le droit au respect - Le droit au déroulement de ses cycles et de ses processus vitaux libres sans qu’ils soient troublés par l’intervention humaine. - Le droit de conserver son identité et son intégrité en tant qu’êtres différenciés, autorégulés et interdépendants - Le droit à l’eau comme source de vie - Le droit à la pureté de l’air - Le droit à la pleine santé - Le droit d’être libre de contamination et de pollution, de déchets toxiques et radioactifs ; - Le droit de ne pas être modifiée génétiquement et dans son organisation, ce qui compromettrait son intégrité, son fonctionnement vital et son équilibre. - Le droit à un dédommagement complet et rapide pour les violations aux droits reconnus dans cette déclaration en conséquence de l’activité humaine.

La vision commune étant de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre pour rendre effectif l’Article 2 de la Convention Cadre de Nations Unies sur le Changement Climatique qui détermine « la stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche les interférences anthropogéniques dangereuses pour le système climatique ». Notre vision consiste, sur le principe des responsabilités historiques communes mais distinctes, à exiger que les pays développés s’engagent par des objectifs quantifiés de réduction des émissions qui permettent de faire revenir le niveau de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à 300 parties par million et ainsi, limiter l’augmentation de la température moyenne globale à un niveau maximum de 1°C.

Mettant l’accent sur la nécessité d’une action urgente pour atteindre cette vision, et avec le soutien des peuples, des organisations et des pays, les pays développés devront s’engager par des objectifs ambitieux de réduction des émissions qui permette d’atteindre des objectifs à court terme, en soutenant notre vision en faveur de l’équilibre du système climatique de la Terre, en accord avec l’objectif final de la Convention.

La « vision commune » pour l’ « Action Conjointe à Long Terme » ne doit pas se limiter, dans la négociation du changement climatique, à définir une limite de l’augmentation de la température ainsi que la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, mais elle doit inclure de manière globale et équilibrée un ensemble de moyens financiers, de technologies, d’adaptation, de développement d’aptitudes, de schémas de production, de consommation et autres facteurs essentiels tel que la reconnaissance des droits de notre Mère-Terre pour rétablir l’harmonie avec la nature.

Les pays développés, principaux responsables du changement climatique, en assumant leur responsabilité historique et actuelle, doivent reconnaître et honorer leur dette climatique dans toutes ses dimensions, comme base pour une solution juste, effective et scientifique au changement climatique. Dans ce contexte, nous exigeons des pays développés qu’ils : - Rétablissent les pays en voie de développement dans leur espace atmosphérique qui reste occupé par leurs propres émissions de gaz à effet de serre. Ceci implique la décolonisation de l’atmosphère par le biais de la réduction et l’absorption des émissions des pays développés - Qu’ils assument les coûts et les besoins de transfert de technologie des pays en développement pour la perte des occasions de développement dû aux espaces atmosphériques restreints - Qu’ils se rendent responsables pour les centaines de millions qui devront émigrer en conséquence du changement climatique qu’ils ont provoqué et qu’ils suppriment leurs politiques restrictives d’émigration et qu’ils offrent aux immigrants une vie digne avec tous les droits de leurs pays - Qu’ils assument la dette d’adaptation en relation avec les conséquences du changement climatique dans les pays en développement en fournissant les moyens de prévenir, minimiser et pallier aux désastres découlant de leurs émissions excessives - Qu’ils honorent ces dettes comme faisant partie d’une dette plus importante avec la Mère-Terre consistant à adopter et à appliquer la Déclaration Universelle des Droits de la Mère-Terre aux Nations Unies - L’attention ne doit pas être seulement mise sur la compensation économique, mais principalement sur une justice de restauration – c’est à dire en restituant la totalité aux personnes et aux membres qui forment une organisation vivante sur la Terre

Nous déplorons la tentative d’un ensemble de pays pour annuler le Protocole de Kyoto, l’unique instrument juridiquement contraignant spécifique pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés.

Nous avertissons le monde qu’en dépit du fait que les pays développés aient été légalement obligés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, ces dernières ont augmentées de 11,2 % entre 1990 et 2007.

A cause de leur consommation sans limites, les Etats-Unis ont augmenté de 16,8 % leurs émissions de gaz à effet de serre pendant la période allant de 1990 à 2007, en émettant une moyenne comprise entre 20 et 23 tonnes annuelles de CO2 par habitant, ce qui représente plus de 9 fois les émissions correspondantes à un habitant moyen du Tiers- Monde, et plus de 20 fois les émissions d’un habitant de l’Afrique Subsaharienne.

Nous rejetons de manière absolue l’illégitime « Accord de Copenhague », qui accorde à ces pays développés de proposer des réductions insuffisantes de gaz à effet de serre, basées sur des engagements volontaires et individuels, qui violent l’intégrité environnementale de la Mère-Terre et qui nous conduisent à une augmentation d’environ 4° C.

La prochaine Conférence sur le Changement Climatique qui se tiendra à la fin de l’année au Mexique doit approuver l’amendement au Protocole de Kyoto, pour la seconde période d’engagements qui débutera de 2013 à 2017 et dans laquelle les pays développés doivent engager des réductions domestiques significatives d’au moins 50 % en rapport avec l’année référence qu’est 1990, sans inclure de marchés de carbone ni d’autres systèmes de déviation qui cacheraient la non-exécution des réductions réelles d’émissions de gaz à effet de serre.

Nous exigeons d’établir premièrement un objectif pour l’ensemble des pays développés pour ensuite accomplir l’assignation individuelle pour chaque pays développé dans le cadre d’une comparaison des efforts pour chacun d’eux, en gardant ainsi le système du Protocole de Kyoto pour la réduction des émissions.

Les Etats- Unis d’Amérique, en sa qualité d’unique pays de la Terre de l’Annexe 1 qui n’a pas ratifié le Protocole de Kyoto, a une responsabilité significative devant tous les peuples du monde pour signer le Protocole de Kyoto et s’engager à respecter et donner suite aux objectifs de réduction des émissions à l’échelle de toute son économie.

Comme peuples, nous avons les mêmes droits de protection devant les résultats du changement climatique et nous rejetons la notion d’adaptation au changement climatique entendue comme résignation aux résultats provoqués par les émissions historiques des pays développés, qui doivent adapter leurs styles et de vie et de consommation face à cette urgence planétaire. Nous nous voyons obligés d’affronter les effets du changement,climatique, en considérant l’adaptation comme un processus et non comme une contrainte, ainsi qu’un outil qui servira à les neutraliser, faisant la démonstration qu’il est possible de vivre en harmonie avec un mode de vie différent.

Il est nécessaire d’initier un Fonds d’Adaptation, comme un fonds exclusif pour faire face au changement climatique faisant partie d’un mécanisme financier contrôlé et dirigé de manière souveraine, transparente et équitable par nos Etats.

Ce fonds doit permettre de prendre en considération : les effets et leurs prix dans les pays en voie de développement ainsi que les besoins que ces effets engendrent, enregistrer et diriger le soutient fournit par les pays développés. De plus, ce fonds doit aussi gérer un mécanisme pour l’indemnisation des dommages, les conséquences passées et futures, pour la perte d’occasions et le renouvellement pour des évènements climatiques extrêmes et progressifs, et des indemnités supplémentaires qui pourraient tomber si notre planète dépasse les seuils écologiques tout comme ces effets qui freinent le droit à Vivre Bien.

Le « Sommet de Copenhague », imposé aux pays en voie de développement par certains Etats, en plus d’offrir des ressources insuffisantes, prétend dans son contenu diviser et confronter les peuples, déranger les peuples en voie de développement en conditionnant l’accès aux ressources d’adaptation en échange de mesures très palliatives. Il est établi comme inacceptable que dans les processus de négociation internationale, l’on essaye de catégoriser les pays en voie de développement selon leur vulnérabilité au changement climatique, créant des disputes, des inégalités et de la ségrégation parmi eux.

L’énorme défi auquel l’humanité fait face pour arrêter le réchauffement global et refroidir la planète sera atteint seulement en effectuant une transformation profonde dans le domaine de l’agriculture vers un modèle durable de production agricole paysanne indigène, et d’autres modèles et pratiques ancestrales écologiques qui contribueraient à solutionner le problème du changement climatique et qui assurent la Souveraineté Alimentaire, comprise comme le droit des peuples à avoir le contrôle de leurs propres semences, terres, eau et la production d’aliments.

Droit garantissant au travers d’une production, locale et culturellement appropriée, en harmonie avec la Mère-Terre, l’accès des peuples a une alimentation suffisante, variée et nutritive en complément avec la Mère-Terre améliorant ainsi la production autonome (participative, communautaire et partagée) de chaque nation et peuple.

Le changement climatique provoque déjà de profonds changements sur l’agriculture et sur les modes de vie des peuples autochtones/natifs et paysans du monde. Ces changements s’aggraveront dans le futur.

Au travers de son modèle social, le commerce agro-alimentaire, économique et culturel de production capitaliste globalisé et sa logique de production d’aliments pour le marché et non pour pallier au droit à l’alimentation, est une des causes principales du changement climatique. Ses outils technologiques, commerciaux et politiques ne font qu’augmenter la crise climatique ainsi que la faim dans le monde. Pour cette raison, nous rejetons les Traités de Libre Echange, les Accords Associatifs et toute forme d’application des Droits de Propriété Intellectuelle sur la vie, les paquets technologiques actuels (agrochimiques, transgéniques) et ceux qui s’offrent comme des fausses solutions (agro combustibles, géo-ingénierie, nanotechnologie, technologie Terminator et similaires) qui ne feront qu’augmenter la crise actuelle.

En même temps, nous dénonçons la manière dont ce modèle capitaliste impose des gros projets d’infrastructure, envahissant des territoires avec des projets extractifs, privatise et marchande l’eau, militarise les territoires en expulsant les peuples autochtones et les paysans de leurs territoires, empêchant ainsi la Souveraineté Alimentaire et creusant la crise socio- environnementale.

Nous exigeons de reconnaître le droit de tous les peuples, des êtres vivants et de la Mère-Terre a avoir accès et à jouir de l’eau et nous soutenons la proposition du gouvernement de Bolivie pour reconnaître l’eau comme un Droit Humain Fondamental.

La définition de forêt utilisée dans les négociations de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui inclue les plantations, est inacceptable. Les monocultures ne sont pas des forêts. En conséquence, à des fins de négociation, nous exigeons une définition qui reconnaisse les forêts locales, la jungle et la diversité des écosystèmes de la terre.

La Déclaration de l’ONU sur les Droits des Peuples Autochtones doit être pleinement reconnue, appliquée et intégrée dans les négociations sur le changement climatique. La meilleure stratégie et action pour éviter la déforestation, la dégradation et protéger les forêts et la jungle est de reconnaître et de garantir les droits collectifs des terres et territoires en considérant tout particulièrement que la majeure partie des forêts et jungles sont sur les territoires de peuples et de nations autochtones, de communautés paysannes et traditionnelles.

Nous condamnons les mécanismes de marchés, tel que celui de REDD (Réduction des émissions pour la déforestation et la dégradation des forêts) ainsi que leurs versions développées + et ++ qui violent la souveraineté des Peuples et leur droit au libre consentement, préalable et au droit d’être informé, tout comme la souveraineté des Etats, ce qui violent les droits, les us et les coutumes des Peuples ainsi que les Droits de la Nature.

Les pays pollueurs sont contraints de transférer directement les ressources économiques et technologiques pour payer le reboisement et l’entretient des forêts et des jungles, en faveur des peuples et des organisations organiques ancestrales autochtones, natives et paysannes. Cela sera une compensation directe et additionnelle aux sources de financement pour lesquelles les pays développés se seront engagées, en dehors du marché du carbone et ne se substituant en aucun cas aux compensations de carbone (offsets).

Nous demandons aux pays d’empêcher les initiatives locales basées sur des mécanismes de marché dans les forêts et jungles. Ces initiatives ne fournissent que des résultats inexistants et contraignants.

Nous exigeons des gouvernements qu’ils fournissent un programme précis de reboisement des forêts originales et des jungles, que ce programme soit dirigé et géré par les peuples, en utilisant des semences d’arbres, de fruits et de flore autochtone. Les gouvernements doivent éliminer les exploitations forestières et encourager la conservation du pétrole sous la terre et que l’on arrête d’urgence l’extraction des hydrocarbures dans les forêts vierges.

Nous exigeons des Etats qu’ils reconnaissent, respectent et garantissent l’application effective des règles internationales des droits humains ainsi que les droits des Peuples Autochtones, en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, la Convention 169 de l’OIT (BIT), entre autres instruments pertinents, dans le cadre des négociations, des politiques et des mesures pour résoudre les défis générés par le changement climatique.

En particulier, nous demandons aux Etats qu’ils reconnaissent juridiquement la préexistence du droit sur nos territoires, nos terres et nos ressources naturelles pour favoriser et fortifier nos modes de vie traditionnels et contribuer de manière effective à la solution au changement climatique.

Nous demandons l’application pleine et positive du droit à la consultation, à la participation et le consentement préalable, libre et renseigné des Peuples Autochtones dans tout les processus de négociation tout comme la conception et l’application des mesures relatives au changement climatique.

Aujourd’hui, la dégradation environnementale et le changement climatique atteignent des nivaux critiques, étant l’une des principales conséquences de la migration interne et vers l’internationale. Selon certaines estimations, en 1995, il y avait environ 25 millions d’émigrants climatiques, aujourd’hui, on estime leur nombre à 50 millions et les estimations pour 2050 sont de 200 à 1 milliard de personnes qui seront exilées pour des raisons de changements climatiques. Les pays développés doivent assumer la responsabilité des migrants climatiques, en les accueillant sur leur territoire, en reconnaissant leurs droits fondamentaux, par la signature des accords internationaux qui envisagent la définition de migrant climatique pour que tous les Etats observent leurs résolutions.

Constituer un Tribunal International de Conscience pour dénoncer, rendre visible, recenser, juger et sanctionner les violations des droits des migrants, réfugié(e)s dans les pays, d’origine, de transit et de destination en identifiant clairement les responsabilités des Etats, compagnies et autres acteurs.

Le financement actuel destiné aux pays en développement pour le changement climatique et la proposition de l’Accord de Copenhague est minime. Les pays développés doivent s’engager à un nouveau financement annuel, supplémentaire à l’Aide Officielle au Développement et de source publique, d’au moins 6 % de leur PIB pour faire face au changement climatique dans les pays en développement.

Ceci est possible si l’on considère qu’ils gaspillent un montant similaire en défense nationale et qu’ils ont dépensé 5 fois plus pour sauver des banques et des spéculateurs en faillite, ce qui remet sérieusement en question leurs priorités mondiales et leur volonté politique. Ce financement doit être direct, sans condition et ne pas affaiblir la souveraineté nationale ni l’autodétermination des communautés et des groupes les plus touchés.

En prévision de l’inefficacité du système actuel, il faudra établir un nouveau système de financement lors de la Conférence du Mexique. Il devrait fonctionner sous l’autorité de la Conférence des Etats Parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, rendra des comptes à la sus-nommée, avec une représentativité significative des pays en voie de développement pour garantir l’accomplissement des engagements de financement des pays mentionnés dans l’Annexe 1.

Il a été constaté que les pays développés ont augmenté leurs émissions durant la période 1990-2007, en plus d’avoir manifesté que la réduction serait substantiellement soutenue par des systèmes de marchés.

Le marché du carbone s’est transformé en un négoce lucratif, ramenant notre Mère- Terre à un niveau purement financier, ceci ne représente pas une alternative pour le changement climatique, du fait que cela pille, dévaste la terre, l’eau et la vie elle même.

La récente crise financière a prouvé que le marché est incapable de maîtriser le système financier, qui est fragile et incertain devant la spéculation et l’apparition d’agents intermédiaires. En conséquence, il serait totalement irresponsable de lui laisser le soin et la protection de l’existence humaine et de notre Mère-Terre.

Nous considérons comme inadmissible que les négociations en cours nécessitent la création de nouveaux systèmes qui amplifient et font la promotion du marché du carbone a tel point que les systèmes existants n’ont jamais résolus le problème du Changement Climatique et qu’ils ne se soient pas, non plus, transformés en actions concrètes et directes pour la réduction des gaz à effet de serre.

Il est fondamental d’exiger l’accomplissement des engagements pris par les pays développés dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique en rapport au développement et au transfert de technologie, tout comme il est important de rejeter la « vitrine technologique » proposée par des pays développés qui ne font que commercialiser la technologie. Il est fondamental d’établir la direction pour la création d’un système multilatéral et multidisciplinaire pour le contrôle participatif, la gestion et l’évaluation continue de l’échange de technologies.

Ces technologies doivent être utiles, propres et socialement adéquates. De la même manière, il est fondamental d’établir un fonds de financement avec un inventaire des technologies appropriées et libres de droits de propriétés intellectuelles, en particulier, de brevets qui doivent passer du monopole privé au domaine publique, d’accès libre et à un prix bas.

La connaissance est universelle, et ne peut en aucun cas être l’objet d’une propriété privée et d’une utilisation privatisée, de même que ses applications sous forme de technologies.

C’est le devoir des pays développés de partager leur technologie avec les pays en voie de développement, de créer des centres de recherche pour la création de technologies et d’innovations propres. C’est aussi leur devoir de défendre et de stimuler leur développement et son application pour vivre bien.

Le monde doit retrouver, apprendre, réapprendre les principes et les objectifs de l’héritage ancestral de ses peuples natifs afin de retarder la destruction de la planète, tout comme les connaissances, les pratiques ancestrales, ainsi que retrouver la spiritualité par la réinsertion du Vivre Bien avec notre Mère-Terre.

En prenant en compte le manque de volonté politique des pays développés pour s’acquitter efficacement de leurs engagements et de leurs obligations pris lors de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et durant la Protocole de Kyoto, et face à l’inexistence d’une instance juridique internationale qui pallie et sanctionne tout ces crimes et délits climatiques et environnementaux qui porte atteinte aux droits de la Mère-Terre et à l’humanité, nous demandons la création d’un Tribunal International de Justice Climatique et Environnemental qui ait la capacité juridique inaliénable de parer, juger et sanctionner les Etats, les entreprises et les personnes qui par action ou omission, provoquent le changement climatique.

Soutenir les Etats qui présentent des plaintes devant la Cour Internationale de Justice contre les pays développés qui ne s’acquittent pas de leurs engagements pris lors de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et lors du Protocole de Kyoto en incluant leurs engagements de réduire les gaz à effet de serre.

Nous prions instamment les peuples de proposer et de promouvoir une réforme profonde de l’Organisation des Nations Unies (ONU), afin que tous ses Etats membres respectent les décisions du Tribunal International de Justice Climatique et Environnementale.

Le futur de l’humanité est en danger et nous ne pouvons pas accepter qu’un groupe de dirigeants des pays développés puissent décider pour tous les pays comme ils ont essayé de le faire lors du Sommet des Nations de Copenhague. Cette décision incombe à tous les peuples. Pour cela, la réalisation d’un Référendum Mondial, plébiscite ou consultation populaire, sur le thème du Changement Climatique, afin que nous soyons tous interrogés sur :

- le niveau de réduction des émissions que doivent réaliser les pays développés et les multinationales - le financement que les pays développés doivent fournir - la mise en place d’un Tribunal International de Justice Climatique - la nécessité d’une Déclaration Universelle de Droits de la Mère-Terre - nécessité de changer l’actuel système capitaliste

Le processus du Référendum Mondial, plébiscite ou consultation populaire sera le fruit d’un processus de préparation qui assurera son développement avec succès.

Dans l’objectif de coordonner notre action internationale et de mettre en oeuvre les résultats du présent « Accord des Peuples », nous appelons à la construction d’un Mouvement Mondial des Peuples de la Mère-Terre qui se fondera sur les principes de complémentarité et de respect de la diversité d’origine et d’opinion de ses participants, constituant ainsi en une vaste plateforme démocratique de coordination et d’articulation d’actions au niveau mondial.

A cette fin, nous adoptons le plan d’action mondiale ci-joint pour qu’au Mexique, les pays développés de l’Annexe 1 respectent le cadre juridique en vigueur et qu’ils réduisent leurs émissions de gaz à effets de serre de 50 % et qu’ils assument les différentes propositions contenues dans cet Accord.

En conclusion, nous convenons de réaliser la 2e Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les Droits de la Mère-Terre en 2011, comme constituante de ce processus de construction du Mouvement Mondial des Peuples pour la Mère-Terre et afin de réagir face aux résultats de la Conférence sur le Changement Climatique qui se déroulera à la fin de l’année à Cancún.

Grenelle : les associations se rebiffent Un collectif de 13 ONG Reporterre 2010/05/03 Un collectif de 13 ONG (3 mai 2010) Grenelle : les associations se rebiffent. Reporterre. fr

Grenelle : les associations se rebiffent

Le Grenelle a recouvert « d’un vernis vert pâle une politique essentiellement productiviste et consumériste », selon les associations qui ont soutenu le processus. Et qui appellent à manifester le 4 mai, jour d’ouverture des débats à l’Assemblée nationale sur la loi Grenelle .

Après plusieurs mois et années de tergiversations, la loi Grenelle2 arrivera enfin devant les députés le 4 mai 2010. Face à l’urgence écologique, le gouvernement et les parlementaires ont opté pour une course de lenteur que les grands discours écologiques n’ont pas cachée bien longtemps. En deux ans et demi, certains groupes politiques et lobbies ont ainsi eu le temps de raboter les modestes acquis du Grenelle de l’environnement et du Grenelle des ondes.

Plus que jamais aujourd’hui, nous sommes fondés à nous inquiéter des dérives d’un processus démocratique qui, au lieu de mettre au coeur de l’action publique les contraintes écologiques, s’est astreint à recouvrir d’un vernis vert pâle une politique essentiellement productiviste et consumériste.

Centrale nucléaire à Penly, lignes à très haute tension, construction de nouvelles autoroutes et mises en concession autoroutière de routes nationales, projet de nouvel aéroport, terminal charbonnier, épandage et renouvellement de pesticides tueurs d’abeilles, implantation d’antennes relais sans contrainte réelle, construction d’incinérateurs, abandon de la fiscalité écologique (taxe carbone et taxe poids lourds), lois anti-éoliennes, financement des nanotechnologies, absence de contrôle réel et efficace des publicités faussement écologiques, développement des agro-carburants, abandon du fret ferroviaire... la longue liste des anicroches, reculades et décisions anti-écologiques et unilatérales qui ont plombé le processus « grenelle » nous amène à une grande amertume et une non moins grande inquiétude.

Quels que soient les faux-semblants de l’idéologie dominante, les mensonges des climatosceptiques, les errements d’experts à la solde des lobbies ou les renoncements d’élus qui organisent systématiquement leur irresponsabilité, les contraintes écologiques ne sont pas négociables et les crises écologiques adviendront.

La non régulation écologique de l’économie et des politiques publiques aboutira inévitablement à une crise systémique dont les plus faibles économiquement et socialement seront les premières victimes.

Nous, acteurs et actrices engagé-es de la société civile, appelons les citoyens et citoyennes à participer à un rassemblement devant l’Assemblée nationale le mardi 04 mai 2010 à 16h.

Pour que les parlementaires ne restent pas sourds à nos demandes, ce rassemblement intitulé « Plus de bruit pour l’environnement » se fera en musique.

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Signataires :

Agir pour l’Environnement – Réseau Action Climat France – Réseau Sortir du Nucléaire – Les Amis de la Terre – MDRGF – Résistance à l’Agression Publicitaire – CNIID – Association pour un Contrat Mondial de l’Eau – ACIPA –PRIARTéM – Union Nationale de l’Apiculture Française – Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique – Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports

Grèce : ce qu’on ne nous dit pas Jacques Sapir Reporterre 2010/05/03 Jacques Sapir (3 mai 2010) Grèce : ce qu’on ne nous dit pas. Reporterre. Tribune — fr

Grèce : ce qu’on ne nous dit pas

La présentation de la Grèce comme d’un pays de paresseux est non seulement injurieuse, mais erronée, comme l’indiquent les statistiques sur la productivité. Quant à la politique qui lui est imposée, elle a toutes les chances de l’enfoncer dans une spirale de crise ininterrompue.

Les récents événements en Grèce et dans la zone Euro ont donné lieu à beaucoup de commentaires, au sein desquels on peut constater que certains mythes ont la vie (très) dure. Sans prétendre leur faire la peau définitivement, il convient de rappeler ici certains faits, par sympathie pour les travailleurs grecs mais aussi par amour de la vérité.

La presse allemande, et même française, a usé de termes, en réalité, bien plus injurieux. On se souvient des « cueilleurs d’olives » et même de l’exécrable calembour (la « mauvaise Grèce ») par lequel un quotidien français s’est déshonoré. Il convient de rétablir ici les faits.

Un pays se juge à sa productivité du travail. Mais, cette dernière dépend aussi des activités qui dominent dans ce pays. Ainsi, les services non financiers ont-ils une productivité plutôt basse, tandis que l’industrie a une productivité qui, toutes choses étant égales par ailleurs, est plus élevée. Les services financiers aujourd’hui sont l’activité dont la productivité est la plus forte, sans d’ailleurs que cela préjuge de leur contribution réelle à la richesse du pays ou de leur utilité. La Grèce est plutôt une économie de services (le tourisme et les services associés), avec aussi un secteur agricole qui – pour des raisons géographiques – est plutôt intensif en travail qu’en capital. Or la productivité de la Grèce, en dépit de tous ces facteurs, et loin d’être ridicule (1). La productivité de la Grèce (calculée en parité de pouvoir d’achat) est supérieure à celle du Portugal et de tous les pays « nouveaux entrants » de l’Union Européenne (qui n’ont pas la réputation, pourtant, d’être peuplés de fainéants). En fait, la Grèce à une productivité égale à 85% de la productivité allemande, ce qui n’est pas mal pour des « cueilleurs d’olives »…

Maintenant, si l’on compare les rythmes des gains de productivité sur 10 ans (199s-2005), on peut faire une autre constatation. Avec une moyenne de 2,4%, la Grèce a un taux de croissance de la productivité du travail sensiblement égal au double de l’Allemagne (1,2%). Elle est aussi nettement au-dessus de la moyenne de la zone Euro et de l’UE-25. En fait, et compte tenu de la structure de l’économie grecque, les travailleurs ont consenti des sacrifices importants.

La Grèce a incontestablement des problèmes, mais ils n’ont rien à voir avec le travail des Grecs. On peut rapidement, sans prétendre à l’exhaustivité, évoquer :

- 1. Une évasion fiscale des hauts revenus, largement rendue possible par la libéralisation financière dans la zone Euro. On constate d’ailleurs aujourd’hui une baisse des comptes bancaires en Grèce au profit des banques de Chypre…

- 2. La surévaluation de l’Euro a des effets dramatiques sur la Grèce se voit concurrencée dans les activités touristiques par des pays comme la Turquie, la Tunisie ou encore la Jordanie, et qui perd une partie des revenus qu’elle tirait de l’affrètement de la flotte de commerce (revenus en dollars…).

- 3. La politique allemande au sein de la zone Euro a d’ailleurs aggravé cette situation dans le domaine commercial. La balance courante de la Grèce (le déficit commercial) s’est brutalement aggravée depuis 2005 et a atteint en 2007 14% du PIB.

Qu’il y ait eu des scandaleux abus de la part du précédent gouvernement est indéniable. Que ces abus trouvent aussi leurs échos dans les pratiques des autorités locales avec une corruption et un népotisme endémiques, est aussi indéniable. Mais, ces abus n’expliquent pas tout et de plus, ils ne concernent pas l’immense majorité des Grecs à qui l’on va demander des sacrifices.

La solution la meilleure pour la Grèce serait de pouvoir dévaluer (ce qu’elle ne peut faire bien entendu tant qu’elle reste dans la zone Euro) et de faire défaut sur une partie de sa dette dont les intérêts représenteront 93 milliards d’Euros d’ici fin 2012. Si l’on additionne les intérêts à payer, la dette à faire rouler (ou dette de court terme arrivant à échéance et qu’il faut renouveler faute de pouvoir la rembourser) et la nouvelle dette qu’il faudra de toute manière placer, on arrive à un total de près de 150 milliards d’Euros qui seront nécessaires (au minimum) d’ici fin 2012.

En fait, cette estimation ne tient pas compte de la contraction du PIB que le plan d’ajustement qui est actuellement proposé à la Grèce va provoquer. Or, toute contraction du PIB provoque une contraction des recettes fiscales…

Le déficit est ainsi amené à se perpétuer, engendrant un nouveau plan d’ajustement, qui lui-même provoquera une nouvelle baisse du PIB, et des recettes fiscales. C’est une situation absolument intenable pour un pays de la taille de la Grèce, et ce d’autant plus que l’estimation de 150 milliards correspond à des hypothèses de recettes publiques qui ne sont pas réalistes. Un chiffre compris entre 180 et 200 milliards apparaît comme beaucoup plus probable.

Dans ces conditions, l’aide promise le dimanche 2 mai (et qui est de l’ordre de 110 milliards d’Euros sur 3 ans) serait certainement bien plus efficace si elle venait après une sortie de la zone Euro et une dévaluation, sous la forme d’une annulation de certaines créances ou de leur rachat. Ainsi, la Grèce pourrait retrouver rapidement le chemin de la croissance.

Il faut ici se souvenir du défaut russe de 1998 (2). C’est bien de ce défaut que date le redémarrage de l’économie russe. Les prix du pétrole n’ont joué aucun rôle jusqu’en 2001/2002.

Une dévaluation et un défaut ne sont donc pas la fin du monde et peuvent, au contraire, être l’occasion d’un nouveau départ. ......................................................

Notes :

(1) J-F. Jamet, « Productivité, temps de travail et taux d’emploi dans l’Union européenne », Fondation Robert Schuman, Questions d’Europe n°45.

(2) Sapir, J. "The Russian Economy : From Rebound to Rebuilding", in Post-Soviet Affairs, vol. 17, n°1, (janvier-mars 2001), pp. 1-22.

Eolien : une querelle de lobbies Hervé Kempf Reporterre 2010/05/04 Hervé Kempf (4 mai 2010) Eolien : une querelle de lobbies. Reporterre. Tribune — fr

Eolien : une querelle de lobbies

La focalisation sur l’éolien fait oublier la question bien plus importante des économies d’’énergie. Mais celle-ci n’a pas de lobby pour la porter.

Les éoliennes sont-elles un élément central du Grenelle de l’environnement ? Pas sûr, et l’arbre du vent risque fort de cacher la forêt de la politique énergétique.

Contrairement à ce qui est souvent répété, les « engagements du Grenelle » n’ont pas fixé d’objectif à la capacité éolienne du pays : parmi les 268 engagements énumérés dans le « Document récapitulatif des tables rondes » (1), le n° 55 prévoit que les énergies renouvelables devront représenter 20 % de l’énergie finale, mais ne pose pas de but chiffré aux énergies évoquées, qui sont la biomasse, la géothermie, l’éolien, le photovoltaïque et l’hydraulique. Cette proportion représente un doublement par rapport à la situation actuelle.

Mais si cela suppose que ces énergies doivent voir leur part augmenter, rien n’oblige à un chiffre précis de capacité éolienne, ni d’ailleurs des autres formes d’énergie. En effet, une même portion du gâteau représente une part plus petite si le gâteau est plus petit. « Une politique de forte sobriété permet d’avoir moins d’énergie renouvelable, note Thierry Salomon, de l’association Negawatt. C’est important pour le nombre d’éoliennes à implanter. »

Dans la Programmation pluriannuelle des investissements publiée en janvier 2010 (2), le gouvernement prévoit que le pays passera d’une consommation électrique de 434 TWh (terawatt-heure) en 2007 à un minimum de 492 TWh en 2020. C’est-à-dire un médiocre effort de maîtrise de la consommation. Dans cette situation, 23 % en énergies renouvelables supposent, si le vent en représente le quart, près de 25 000 MW de capacité éolienne. Cette capacité serait bien moindre si la consommation était moindre.

Mais ce n’est pas la voie suivie, alors que la politique d’économies d’énergie a l’avantage d’être la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en coûtant le moins et en créant le plus d’emplois, comme l’ont montré de nombreuses études, telle celle du cabinet McKinsey en janvier 2009 (3).

Pourtant, la politique actuelle ne favorise pas suffisamment cette voie. « La taxe carbone aurait fortement poussé aux réductions de consommation », note-t-on à l’Ademe. Mais elle a été repoussée en mars à des jours meilleurs par Nicolas Sarkozy. Les économies d’énergie ne sont pas fortement soutenues sur des terrains plus discrets : « Le crédit d’impôt sur les installations photovoltaïques – qui bénéficient déjà d’un tarif de rachat très favorable – est de 50 %, alors qu’il n’est que de 25 % sur les travaux d’isolation », note Frédéric Utzmann, de CertiNergy, entreprise spécialisée sur les certificats d’économie d’énergie. Dans le bâtiment aussi, les choses n’avancent pas assez vite. Si le Grenelle 2 prévoit des mesures très positives pour les constructions neuves, rien de significatif n’est prévu pour la réhabilitation des logements existants, où le gisement d’économies d’énergie est très important.

En fait, la question des éoliennes s’apparente à une querelle de lobbies : nucléaire d’un côté, professionnels des énergies renouvelables de l’autre. Mais la voie qui permettrait d’apaiser le conflit – en diminuant le nombre d’éoliennes nécessaires – n’a pas de lobby puissant : même si des milliers d’artisans et d’entreprises du bâtiment auraient intérêt à une politique volontariste d’économies d’énergies, ils n’ont pas su former un groupe de pression capable de faire entendre ce son de cloche.

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Notes :

(1) http://www.legrenelle-environnement...

(2) http://www.developpement-durable.go..., p. 44.

(3) http://unfccc.meta-fusion.com/kongr...

Afrique : face au climat, il faut soutenir l’agriculture FAO Reporterre 2010/05/04 FAO (4 mai 2010) Afrique : face au climat, il faut soutenir l’agriculture. Reporterre. fr

Afrique : face au climat, il faut soutenir l’agriculture

Le continent africain sera touché plus que les autres par le changement climatique, rappelle la FAO. Pour s’y adapter, la priorité politique devrait être donnée à l’agriculture.

Le changement climatique peut réduire à néant les progrès accomplis vers la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire en Afrique, selon un document présenté à la Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique à Luanda (Angola) cette semaine.

La principale conséquence de la hausse des températures et de l’imprévisibilité croissante du climat serait un recul probable des rendements agricoles (6,9 pour cent dans le cas du maïs, une denrée vivrière de base) ainsi que des risques accrus d’insécurité alimentaire.

Le document (Climate Change Implications for Food Security and Natural Resources Management in Africa) (1) met en garde sur le fait qu’il n’est plus possible de continuer comme si de rien n’était, et exhorte les gouvernements africains à « accorder la priorité à des mesures ciblées sur l’essor de l’agriculture et la gestion durable des ressources naturelles ».

Un tiers de la population africaine vit dans des zones sujettes à la sécheresse et sur les dix plus grandes villes d’Afrique, six sont situées sur le littoral. Or, ces deux typologies sont vulnérables aux changements climatiques.

Le changement climatique touchera les pays africains les plus pauvres de façon disproportionnée, et les plus lourdes répercussions se feront sentir sur leurs habitants les plus démunis. L’agriculteur africain de subsistance compte parmi les plus vulnérables et les individus ayant de moindres capacités d’adaptation seront frappés le plus durement.

Aliments locaux

L’adaptation au changement climatique par des pratiques durables, notamment la promotion et la protection des aliments traditionnels et locaux et des savoirs agricoles, devrait constituer une priorité, affirme le document.

Le changement climatique affectant les plus pauvres, des politiques de développement sont indispensables pour les groupes les plus vulnérables, plus particulièrement les femmes dont la charge de travail s’alourdira suite aux impacts du changement climatique sur les ressources en eau et en terres.

Le document note également un besoin urgent de promouvoir et de renforcer les capacités de l’Initiative de la FAO de gestion durable des terres (GDT) en Afrique qui utilise les connaissances pour atténuer les impacts du changement climatique en intégrant la gestion des terres, de l’eau, de la biodiversité et de l’environnement.

Marchés du carbone

Le document fait en outre remarquer que les pays africains disposent d’un potentiel croissant pour tirer profit du marché du carbone et autres instruments internationaux tels que le Mécanisme de développement propre. Les stratégies de réduction des émissions de carbone par des projets de boisement et de reboisement communautaires peuvent créer des synergies pour accroître la production vivrière des petits paysans.

La réunion de cinq jours examinera, entre autres, les effets de la flambée des prix des aliments sur la sécurité alimentaire en Afrique et les enjeux et opportunités liés à la production de biocarburants dans les pays africains.

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Note :

(1) http://www.fao.org/docrep/meeting/0...

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La vraie dette Hervé Kempf Reporterre 2010/05/05 Hervé Kempf (5 mai 2010) La vraie dette. Reporterre. Tribune — fr

La vraie dette

Nouvelles en vrac. On apprenait, le 30 avril, que deux membres du peuple surayaku, au sud de l’Equateur, avaient été blessés par un groupe d’hommes armés - les Surayaku s’opposent à l’exploitation du pétrole sur leur territoire.

Le 30 avril, des manifestants ont protesté à Madrid devant le siège du géant pétrolier hispano-argentin Repsol-YPF contre son projet de prospection pétrolière en Amazonie péruvienne.

Le 5 mai, l’organisation Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) publie un rapport montrant que les compagnies européennes investissent massivement dans l’exploitation des sables bitumineux au Canada et ailleurs ; ces sables contiennent du pétrole, dont l’extraction est particulièrement polluante et destructrice de l’environnement.

Le 29 avril, la Norvège et la Russie ont passé un accord sur leur frontière en mer de Barents, afin de faciliter l’exploitation du pétrole dans cette mer arctique.

Le 4 mai, une marée noire provoquée par l’explosion d’une plate-forme pétrolière, le 22 avril, continue à faire sentir ses effets catastrophiques dans le golfe du Mexique.

Que se passe-t-il ? Le pic pétrolier commence à se manifester et de plus en plus de pays producteurs voient diminuer le volume de pétrole qu’ils peuvent extraire de leur territoire. Mais la demande de pétrole se maintient. Alors on cherche du pétrole ailleurs : en Amazonie, sous les mers, en Arctique. C’est-à-dire dans des écosystèmes fragiles, et dans des conditions de plus en plus difficiles. Cela promet des destructions écologiques quasi certaines, sans pour autant garantir de repousser le pic pétrolier global très longtemps.

Trois possibilités s’ouvrent alors : on continue en se disant qu’on verra ce qui arrivera ; on parie que la fée technologie résoudra les problèmes, que nucléaire et éoliennes prendront le relais dans quelques décennies ; on s’organise pour réduire la demande. Le chroniqueur ne croit pas exagérer en estimant que cette dernière possibilité suscite assez peu d’intérêt. C’est pourtant la seule qui permettra d’éviter la grande crise, sachant que le temps est compté. Elle n’exclut pas la technologie, mais elle pose que l’enjeu principal est celui du changement des modes de vie.

Nous avons développé une dette écologique énorme. Pour tenter d’éviter l’épreuve de vérité, nous inventons des « actifs écologiques pourris » : exploitation pétrolière en Arctique et offshore profond, multiplication des déchets et des risques nucléaires, banalisation des environnements. Mais toutes les bulles explosent un jour. Il faut payer la dette, dit-on aux Grecs. Quand paierons-nous la dette écologique ?

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Références :

- Surayaku : http://guylesoeurs.com/2010/05/amaz...

- Pérou : http://www.survivalfrance.org/actu/5899

- Mer de Barents : http://planetark.org/wen/57824

- Sables bitumineux : http://www.foeeurope.org/press/2010...

- Marée noire : http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...

Nous sommes tous Grecs ! Attac Reporterre 2010/05/05 Attac (5 mai 2010) Nous sommes tous Grecs !. Reporterre. fr

Nous sommes tous Grecs !

Le « plan d’aide » à la Grèce est un des plus féroces jamais imposés par le FMI. D’autres crises se préparent, où les mêmes solutions seront adoptées - si les peuples ne se rebellent pas. Il faut soutenir la grève générale grecque de ce 5 mai.

Plan d’« aide » à la Grèce : un ajustement féroce et inutile

Adopté par l’Union européenne et le FMI, le plan « d’aide » à la Grèce ne va faire qu’enfoncer encore celle-ci. Baisse de 15% des salaires des fonctionnaires, réforme et diminution brutale des retraites, hausse de 4 points de la TVA, libéralisation des licenciements dans le secteur privé... : en fait d’aide, il s’agit d’un « plan d’ajustement structurel » qui dépasse en férocité ceux que le FMI a l’habitude d’imposer aux pays en difficulté.

Car la dévaluation de la monnaie aide généralement ces pays à rétablir leur situation financière, même avec des dégâts sociaux. Sans pouvoir dévaluer sa monnaie nationale (puisqu’elle n’en a plus), la Grèce va essayer de payer sa dette et de rétablir sa compétitivité par la seule déflation salariale et sociale, au prix d’une récession d’autant plus violente. Chômage, baisse des salaires et des retraites, précarité, insécurité : le coût en sera exorbitant pour la population.

Pire encore : les marchés financiers, qui ont profité largement de cette crise, préparent déjà la prochaine. Rien n’ayant été fait pour les désarmer, ils vont maintenant s’attaquer à une prochaine victime - Portugal, Espagne ou Irlande pour commencer. C’est une question de jours, de semaines ou de mois avant qu’une nouvelle crise, plus violente encore, ne secoue la zone euro. Et à nouveau, les mêmes « solutions » absurdes seront avancées par des dirigeants européens incapables de questionner les fondements néolibéraux de l’Union européenne.

La résistance des peuples européens est le seul espoir d’imposer un changement de logique.

Les mouvements sociaux en France et en Europe doivent manifester leur solidarité avec le peuple grec, qui prépare une grève générale pour mercredi 5 mai. Aujourd’hui en Europe, nous sommes tous Grecs !

Attac appelle donc tous les citoyens à exprimer leur refus de ce féroce plan d’ajustement, qui préfigure d’autres plans en Europe, en participant au rassemblement ce mercredi 5 mai à 18 h 30 devant la délégation de la Commission européenne, 288 bvd Saint-Germain 75007 Paris.

Le 1e mai, on a pris son temps Objecteurs de croissance du Havre Reporterre 2010/05/05 Objecteurs de croissance du Havre (5 mai 2010) Le 1e mai, on a pris son temps. Reporterre. fr

Le 1e mai, on a pris son temps

Manifestation très paisible le 1e mai dernier, au Havre, pour demander, non pas la retraite, mais du temps libre toute la vie.

Le 1er mai, l’Escargot de la Décroissance a tenu parole !

Les Objecteurs de Croissance du Havre ont participé à la manifestation du 1er mai à leur manière : en questionnant la centralité du travail dans nos sociétés. Ils osent crier :

Nous ne sommes pas des forçats du travail !

Ils se sont installés à une table de camping place Thiers. Et ils ont attendu le passage du cortège. Ainsi ils ont pu se mettre à la disposition des citoyens pour échanger à propos du travail, des salaires, de la retraite.

Voici quelques revendications que pourrait soutenir le ChOC :

- Les objecteurs de croissance ne veulent pas d’augmentations de salaires mais une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie pour tous.

- Les objecteurs de croissance ne veulent pas d’une retraite mais du temps libre toute la vie .

- Les objecteurs de croissance ne veulent pas d’un emploi mais d’un métier.

Le ChOC souhaite s’associer à la peine des 2 journalistes qui, faute de temps, n’ont pas pu prendre un café ou un croissant et encore moins se renseigner sur la présence du ChOC à cet endroit. La société hypercapitaliste leur autorise un travail : photographier le cortège mais leur interdit d’exercer leur métier c’est-à-dire d’être curieux.

A noter, qu’à Rouen, la même type d’action a eu lieu. Ils étaient deux fois moins nombreux qu’au Havre, mais comme ils ont eu l’idée de se poster au début... puis à la fin du parcours, nous sommes ex-aequo (voir ci-dessous).

La Décroissance c’est aussi prendre le temps.

Témoignage Rouennais

Nous étions 4 personnes, 2 fixes et 2 qui suivaient le cortège. Nous avions 5 panneaux format A3 au bout d’un manche , 3 escargots « Haute Normandie décroissance », et 2 avec slogan « une croissance infinie dans un monde fini est une absurdité » et « Décroissance choisie ou récession subie ».

Isabelle et Philippe, les 2 « fixes » se sont posté à 400 m du départ et à 1Km de l’arrivée. Sans table ni chaise, nous étions assis sur le trottoir au départ, et sur un banc au 2e passage. Notre banc sur la fin du parcours était beaucoup plus visible. Nous avons été pris en photo 6 à 7 fois. Nous avons eu 2 remarques-insultes : « vous êtes des clowns » , « vous voulez le retour à la bougie ». Nous avons eu 1 demande d’info sur un site, et avons retrouvé une personne qui été à la réunion de Rouen du 23 janvier.

Grèce : il faut mettre fin à l’hypocrisie Daniel Cohn-Bendit Reporterre 2010/05/06 Daniel Cohn-Bendit (6 mai 2010) Grèce : il faut mettre fin à l’hypocrisie. Reporterre. Tribune — fr

Grèce : il faut mettre fin à l’hypocrisie

Mercredi 5 mai 2010, les eurodéputés ont débattu, avec José Manuel Barroso, de la préparation du Sommet des chefs d’Etats et de Gouvernements sur « l’espace Euro » du 7 mai. S’exprimant au nom du Groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, coprésident du Groupe des Verts/ALE a estimé que :

"Au delà de la responsabilité indéniable de la Grèce et de ses gouvernements successifs face à la crise économique et sociale qui la touche, Il est impossible d’exiger du gouvernement grec de régler son problème de finances et ses difficultés structurelles en trois mois. On ne donne pas le temps à Papandréou de trouver un consensus, et ceci est intolérable. De combien de temps auront besoin la France et l’Allemagne pour changer leurs régimes des retraites ? Nous devons trouver, au niveau européen, un véritable consensus afin de sortir de cette crise.

Je propose par conséquent, et pour tenir compte de manière équilibrée des enjeux financiers et des enjeux sociaux, que le pilotage de l’aide à la Grèce soit réalisé en commun par la DG ECOFIN et par la DG Emploi pour la partie qui relève de l’argent européen.

Et pour la partie relevant du FMI, l’Europe doit exiger l’association de l’Organisation Internationale du Travail. Cette proposition est indispensable pour légitimer l’intervention du FMI, très mal perçue par la population grecque, et pour élaborer un plan d’aide qui tienne compte de l’impact social des mesures proposées qui ne soit pas uniquement centré sur les aspects financiers.

A trop tirer sur la corde en posant des exigences supplémentaires ces derniers jours, les Etats membres ont pris le risque de la casser et de rendre la situation ingouvernable en Grèce comme le montre malheureusement les dramatiques événements d’aujourd’hui.

Enfin, il faut souligner l’hypocrisie de certains Etats membres qui n’hésitent pas à poursuivre le commerce des armes avec la Grèce, comme par exemple la France qui a vendu 6 frégates à 2 milliards et demi, plusieurs hélicoptères, des rafales pour un coût de 100 millions d’euros, et l’Allemagne, elle, a vendu 6 sous-marins à hauteur d’un milliard et cela au cours des deux derniers mois. Afin qu’il y ait plus de transparence, je demande à la Commission européenne et au Conseil de faire un rapport au Parlement européen sur toutes les ventes d’armes effectuées par certains Etats membres de l’UE à la Grèce."

Les paysans basques gagnent la bataille Euskal Herriko Laborantza Ganbara Reporterre 2010/05/07 Euskal Herriko Laborantza Ganbara (7 mai 2010) Les paysans basques gagnent la bataille. Reporterre. fr

Les paysans basques gagnent la bataille

Il y a aussi des bonnes nouvelles. La Cour d’appel de Pau a confirmé jeudi 6 mai la relaxe de l’association Laborantza Gambara. Celle-ci va pouvoir continuer sereinement son travail pour renforcer l’agriculture paysanne.

• Euskal Herriko Laborantza Ganbara se félicite de la décision de relaxe prononcée par la Cour d’Appel de Pau. La décision du Tribunal Correctionnel de Bayonne est ainsi confirmée. Tous les éléments de droit, de légitimité et de contexte avaient été mis en valeur pour que la démarche et le « paquet global » que constituent le nom et l’objet de l’association ne soient pas remis en cause juridiquement. La relaxe était donc espérée. Elle a été prononcée et nous tenons, à nouveau, à rendre hommage à l’indépendance de la Justice.

• Euskal Herriko Laborantza Ganbara sort renforcée de cette épreuve. Depuis sa création, elle a subi des agressions permanentes, davantage animées par la volonté de casser une démarche légitime que par des fondements juridiques. Toutes ces attaques, compilées dans le Livre noir et celles qui ont été portées après sa publication, témoignent d’un comportement absurde et inacceptable. Euskal Herriko Laborantza Ganbara espère que cette décision de la Cour d’Appel constituera le point final d’une période qui n’aura que trop duré.

• Euskal Herriko Laborantza Ganbara est heureuse pour tous les paysans qui lui font confiance et tous ceux qui ont été injustement amenés à douter. Heureuse également pour toutes les personnes, élus ou simples citoyens, qui ont apporté leur soutien si utile et réconfortant. Cette décision de justice est une victoire de la démocratie.

• La seule finalité de Euskal Herriko Laborantza Ganbara aujourd’hui est de concentrer l’ensemble de l’énergie et du temps à développer l’agriculture paysanne et durable pour répondre aux attentes des paysans et de la société et pour développer une alternative à un modèle agricole en crise et à bout de souffle.

• Lors de la signature du Contrat Territorial Etat-Pays Basque en 2008 à Bayonne en présence du Premier ministre François Fillon, le Président du Conseil des Elus du Pays Basque n’a-t-il pas affirmé à plusieurs reprises la nécessité de « donner à ce pays la maitrise de son destin » ? Qu’est Euskal Herriko Laborantza Ganbara si ce n’est une contribution à cette nécessité ?

• Plus que jamais, la nécessité d’un Établissement public spécifique à l’agriculture du Pays Basque est posée comme une exigence à laquelle les pouvoirs publics doivent répondre sans chercher à chicaner, dénaturer ou dévier la question posée. En ce sens, les différentes options proposées lors des négociations avec la Préfecture en 2009 restent d’actualité, mais d’ores et déjà, à partir d’aujourd’hui, il faut laisser Euskal Herriko Laborantza Ganbara vivre et travailler en paix.

Génération 68, arrêtez ! Yaël Frydman Reporterre 2010/05/07 Yaël Frydman (7 mai 2010) Génération 68, arrêtez !. Reporterre. Tribune — fr

Génération 68, arrêtez !

J’ai la rage, la rage, la colère et la rage

En moi il y a l’orage que je dois tout le temps faire taire

Calme-toi, ne t’énerves pas, ça ne sert à rien

Qu’à subir un peu plus de répression.

Garde la maîtrise, contrôle la situation.

On nous parle d’être le maître du jeu,

L’acteur de sa vie, les créateurs du monde de demain.

Génération 68

Qu’avez-vous fait à vos enfants ? Ils ne vont pas bien.

Génération 68

Les enfants d’après-guerre reconstruction de l’Europe mise par terre,

L’Europe à feu et à sang sous la coupelle des tyrans.

Génération 68

A la vie douce, du sexe et du boulot pour tous,

La vie en communautés, la communauté des biens

La consommation à portée de main

La tête dans la lune, la réussite de chacun

Génération 68

Qui s’est vue accoucher du monde,

Des belles idées et des promesses d’humanité,

Des droits de chacun, de la santé et l’éducation pour tous,

Assis bien calés dans votre sofa, en disant : « Plus jamais ça ! »

Parce qu’en 73 déjà les premières secousses de la crise pétrolière

Vous laissiez vos parents refermer les frontières

Imposant un visa à ceux qu’ils avaient colonisés hier.

Vous êtes en train de nous ramener en arrière.

Génération 68

Aujourd’hui le pouvoir est entre vos mains,

Vous avez : les postes à responsabilités, les médias, les moyens

Vous parlez : de démocratie, d’écologie, de votre retraite demain

Et aujourd’hui vos soucis sont la sécurité pour vous et vos biens

Préférant faire taire :

Que vos filles sont violées par leurs pères,

Vos fils traités comme des moins que rien

On n’a pas de boulot, on ne sait pas ce que l’on va manger demain

Et vous nous demandez de nous tenir bien ?

Voyez-vous que la France n’a plus la même couleur qu’hier

Et que l’on ne veut pas revenir en arrière !

« La France n’est plus blanche et ne le sera jamais plus », comme l’a dit Christiane Taubira

Vos enfants viennent de partout, on a grandi ensemble dans les cours d’écoles,

Vous nous dites qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde,

Mais c’est nos frères, nos soeurs que vous nous imposez de laisser derrière

Que l’on voit mourir de faim, de peur, sous les balles ou noyés dans les mers

Parce qu’ils essayent de traverser les frontières pour fuir la misère.

Et, non, vous ne les aidez pas, vous dites : « immigration choisie », « chacun sa galère »,

Ca me met tellement en colère !

Génération 68

Vous avez inventé les « sociétés à responsabilités limitées » comme le dit mon ami Bamba Gueye,

Chacun se renvoie la balle, plus personne n’est responsable

On nous parle des choses, des technologies, de la troisième dimension

Et ce serait tant pis pour ceux qui ne comprennent plus rien ?

Tant pis pour ceux de plus en plus nombreux qui ne lisent pas bien ?

Ceux qui ne vont pas bien et ceux qui ont peur de demain

Génération 68, vous n’avez honte de rien ?

Arrêtez, arrêtez, arrêtez cette machine infernale !

Contrôles, administrations, centres de rétention, racket d’Etat, privatisations, familles éclatées,

Police à faciès, prisons, HP bondés, flics dans les lycées, étrangers expulsés, OGM à manger.

Et des médicaments destressant pour nous soulager de la détresse

Ne voyez-vous pas que vous faites mal ? Que vous êtes en train de tout foutre en l’air ?

Pour vos carrières, protéger vos arrières, pour votre bien-être,

Vous pondez des lois de plus en plus répressives, de moins en moins de liberté,

Des boucs émissaires désignés, c’est nous que vous déchirez.

Nous, vos enfants voulons encore voir fleurir le printemps,

Danser, chanter, parler en liberté

La vie passe si vite, nous voulons en profiter, apprendre et partager,

Nos voyages, nos souffrances et nos idées,

Personne à côté, personne au-dessus, personne en-dessous

Nous sommes là. Arrêtez !

Nous sommes las. Arrêtez !

Nous sommes là !

Cochabamba, succès et problèmes François Houtart Reporterre 2010/05/08 François Houtart (8 mai 2010) Cochabamba, succès et problèmes. Reporterre. Tribune — fr

Cochabamba, succès et problèmes

Retour à froid sur la Conférence des peuples sur le changement climatique. Personne n’en a parlé ? Personne a tort.

Convoquée par Evo Morales, suite à l’échec de la Conférence des Nations-unies sur le climat à Copenhague, préalablement à celle de Cancun (Mexique) en décembre 2010, cette conférence se tint à Cochabamba, ville restée célèbre pour son combat contre la privatisation de l’eau en 1990.Un accord boiteux avait été conclu à Copenhague et imposé par quelques grands pays, un certain nombre d’entre eux, dont la Bolivie et l’Equateur, ayant refusé de le signer.

L’originalité de la démarche fut d’avoir convoqué ensemble, mouvements sociaux et gouvernements. En fait, seuls deux chefs d’Etat furent présents, Evo Morales et Hugo Chavez et deux vice-présidents, celui de Cuba et celui du Burundi. Les délégations officielles furent au nombre de 47, plus quelques organisations internationales, tel le secrétariat des Nations-unies. Il y eut 147 nationalités présentes et quelques 35.500 inscrits, ce qui dépassa de loin les 15.000 attendus. Plus de 800 européens et un certains nombre d’Africains et d’Asiatiques furent empêché d’y prendre part, à cause de l’interruption du trafic aérien, due à l’activité volcanique.

La Conférence se tint à l’UNIVALLE, une université privée d’un faubourg de la ville, qui avait mis son campus et des centaines d’étudiants au service de cette activité. Dix-sept groupes de travail (mesas) sur le thème central préparèrent la déclaration finale et rédigèrent des rapports sur des thèmes, tels que les données scientifiques, les causes structurelles des changements climatiques, les migrations et la dette climatiques, les Droits de la terre-Mère, un Referendum mondial sur le climat, l’installation d’un Tribunal pénal international sur les délits contre la nature, etc.

Un dix-huitième groupe de travail, non-officiel, se réunit à l’extérieur du campus, dans une salle de restaurant. Il traita dune question non-abordée au sein de la Conférence : la contradiction entre la défense de la nature (la Pacha-Mama) et les politiques extractives (pétrole, gaz, mines) des pays progressistes de l’Amérique latine. Des critiques très dures y furent émises par des groupes écologistes et indigènes, qui en général, cependant, reconnaissaient le bien fondé des politiques sociales de ces mêmes pays.

Il y eut aussi des centaines d’ateliers autogérés, organisés par des mouvements sociaux ou des ONG, traitant de questions diverses, telles que le rôle des Banques internationales (Banque mondiale, Banque interaméricaine de développement, etc.) la culture et les changements climatiques, les glaciers, l’eau, les effets sur la santé, les peuples indigènes, plus de nombreux cas concrets, comme le Yasuni en Equateur (région de haute biodiversité habitée par des peuples indigènes et qui recèle une énorme réserve de pétrole que le gouvernement est prêt à ne pas exploiter, si la Communauté internationale lui accorde la moitié du gain financier que cela aurait rapporté au pays) ou les exploitations minières au Canada, Etats-Unis, Australie et Amérique latine. L’Assemblée des Mouvements sociaux aborda aussi divers aspects de ces thèmes et c’est la Via Campesina qui joua le rôle central, avec son président indonésien et le MST (Mouvement des Paysans sans Terre) du Brésil.

Le dernier jour, une réunion commune entre représentants des pays et des organisations internationales et les mouvements et ONG (société civile) permit de présenter les rapports de synthèse des divers groupes , qui furent commentées par les représentants des gouvernements. C’est là que le Ministre des Affaires étrangères de l’Equateur, Ricardo Platiño, signala que son pays et la Bolivie, avaient respectivement subi une réduction de 2,5 millions et de 3 millions de dollars de la coopération des Etats-Unis pour n’avoir pas signé le document de Copenhague. Il annonça que l’Equateur était prêt à accorder aux Etats-Unis une somme de 2,5 millions de dollars, s’ils ratifiaient le protocole de Kyoto.

Dans son discours d’inauguration, Evo Morales, donna le ton de la Conférence. C’est le mode de développement, dominé par les principes du capitalisme, qui est en jeu, car il est destructeur de la Terre-Mère et des communautés humaines. Hugo Chavez ajouta à la clôture, que seul le socialisme pouvait apporter une réponse complète. Evo Morales illustra d’exemples symboliques les conséquences insolites d’un modèle productiviste, se demandant pourquoi les Européens devenaient chauves, alors que les indigènes de l’Amérique latine conservaient leur chevelure et attribuant malencontreusement des changements d’orientation sexuelle chez les hommes, dus aux hormones féminines présentes dans la nourriture des poulets industriellement produits. La presse bolivienne particulièrement hostile au régime du président Morales, s’empara de cette aubaine médiatique, pour en faire la une des journaux. La presse internationale ne fut pas en reste, du New York Times au País, exprimant une fois de plus à quel niveau se situe la communication sociale, quand il s’agit de dénigrer un projet qui remet en jeu le système dominant.

Lors de la cérémonie d’ouverture, la représentante du Secrétaire général des Nations-Unies fit un discours très engagé. Malgré cela, elle fut huée par une grande partie de l’assemblée, non sur le contenu de son discours, mais parce qu’elle représentait une institution qui avait perdu son prestige et sa crédibilité suite à la Conférence de Copenhague.

La déclaration finale

La déclaration finale comprend, après avoir constaté un certain nombre de faits, à la fois une série de principes et des propositions concrètes. Il s’agit en premier lieu de déclarer la Terre-Mère, source de vie et d’affirmer le principe d’harmonie et d’équilibre entre tous et par tous. Sur cette base, le système capitaliste doit être remis en question, car il a semé la déprédation et la mort et donc brisé l’harmonie avec la nature et contredit le respect de la vie. En effet, il imposa une logique de compétitivité, de progrès et de croissance illimitée, en recherche de profit sans fin, séparant l’homme de la nature, établissant un régime de domination sur cette dernière et convertissant tout en marchandise. Il faut, au contraire, créer un nouveau système, basé sur les principes de complémentarité, de solidarité et d’équité, du bien-être collectif et de la satisfaction des besoins de tous, en harmonie avec la Terre-Mère et considérer l’être humain pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il possède. En effet, il ne peut y avoir d’équilibre avec la nature que s’il y a équité entre les êtres humains.

Sur le plan pratique, une série de propositions seront transmises à la Conférence des Nations-unies à Cancun : la ratification par tous les pays industrialisés du protocole de Kyoto ; la réduction de 50 % d’émission de CO2 pour 2050, sur base de la situation de 1990 ; une limite de 1 degré centigrade d’augmentation de la température de la planète et non de deux, comme prévu à Copenhague ; une charte des Droits des migrants climatiques ; un encouragement à l’éducation sur les questions climatiques et environnementales. Un ensemble de mesures concrètes seront aussi proposées à Cancun, telles que l’élaboration d’une Déclaration universelle du Bien Commun de la Terre-Mère et de l’Humanité, dont un projet fut rédigé et présenté par le Père Miguel D’Escoto, ancien président de l’Assemblée générale des Nations-Unies, comme base d’une réforme de l’ONU ; un Referendum mondial, sur le respect et le droit de la nature, dont les questions avaient été rédigées par le groupe de travail formé à cet effet et enfin la constitution d’un Tribunal pénal international sur les crimes contre le climat et l’environnement.

Questions pendantes

Si le sommet de Cochabamba a permis de poser des questions fondamentales et de progresser dans la pensée et dans les propositions politiques, il reste, comme dans tout processus en cours, un certain nombre de questions qu’il faudra résoudre dans l’avenir. Il est bon d’en signaler deux, l’une d’ordre théorique et l’autre d’ordre pratique, les réflexions qui suivent servant d’hypothèses de travail.

Sur le plan théorique c’est la conception des rapports entre l’humanité et la nature qui est en cause et donc aussi le vocabulaire utilisé. Ce n’est peut-être pas tellement le mot Terre-Mère, qui a posé problème. En effet celui-ci a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations-unies en 2009, quand le 22 avril, date choisie d’ailleurs pour clôturer le sommet de Cochabamba, fut déclaré : jour de la terre-Mère. Cependant, certaines voix se sont élevées, au cours de la Conférence, pour demander une extension du concept. C’est plutôt le texte de l’introduction du document de la Conférence et certains discours, qui de manière très explicite, dépassaient l’expression métaphorique, pour attribuer à la Terre-Mère, les caractéristiques d’une personne vivante, capable d’écouter, de réagir, d’être aimée et pour cette raison d’être un sujet de droit. La déclaration finale demande de revaloriser la sagesse et les savoirs ancestraux des peuples indigènes et de « reconnaître la Terre-Mère comme un être vivant, avec lequel nous avons une relation indivisible, interdépendante, complémentaire et spirituelle ». La Déclaration parle, entre autres, du droit de la terre-Mère à la vie et à l’existence ; d’être respectée ; de continuer ses cycles et processus vitaux libre d’altérations humaines ; de maintenir son identité et intégralité avec ses êtres différenciés et en interaction.

Il n’est évidemment pas question de remettre en question la nécessaire harmonie entre nature et genre humain et l’impératif de la régénérescence de la planète, ni d’avaliser le concept capitaliste d’exploitation destructrice de la nature, en fonction d’un développement conçu comme une croissance matérielle illimitée. Il ne s’agit pas non plus de nier la nécessité de revoir une philosophie de ce rapport qui ignore les autres espèces vivantes et la capacité de reproduction de l’équilibre de la nature. On ne peut accepter non plus de mépriser et de marginaliser des cultures qui peuvent apporter à l’humanité d’aujourd’hui une salutaire critique, tant du rapport d’exploitation véhiculé par la logique du capitalisme, que de l’individualisme exacerbé du modèle de consommation et des autres comportements qui caractérise cette dernière. Mais il s’agit de reconnaître qu’il existe des cultures différentes. Vouloir exprimer le changement nécessaire, uniquement dans les termes d’une pensée symbolique, qui tend à identifier le symbole à la réalité, signifie se heurter à une culture caractérisée par une pensée analytique, qui replace la causalité des phénomènes dans leur champ spécifique, que ce soit physique ou social.

Les deux cultures coexistent aujourd’hui. La première avec une richesse d’expression, qui rappelle la force du symbole et la réalité de l’idéel, particulièrement utile dans le domaine des rapports à la nature et dont les paramètres pratiques sont parfaitement traduisibles en savoirs, en comportements et en politiques, mais dont la cosmovision est difficilement assimilable par une culture urbaine et industrielle, où que ce soit dans le monde. La seconde qui, certes, a réduit la culture à une rationalité instrumentale ou à une simple superstructure (une cerise sur le gâteau, dirait Maurice Godelier) et donc renforcé la logique du capitalisme et contribué à sa reproduction, mais qui a aussi permis un développement important des connaissances, utiles pour résoudre des problèmes pratiques et politiques. En réagissant contre les contradictions du capitalisme, qui conduisent l’humanité et la nature au désastre, ne serait-il pas sage de permettre l’expression de diverses cultures et d’appliquer le principe de la multi-culturalité dans toutes ses dimensions.

C’est un simple début de réflexion, sans prétention d’imposer un cadre de pensée sur ce problème, mais pour ouvrir la discussion et arriver à des solutions permettant une lutte commune dans la diversité et le respect mutuel. C’est notamment important pour l’aspect juridique. Comment définir ce que signifie le Droit de la Terre-Mère et parler d’un Tribunal international de Justice climatique et environnemental ? Evidemment les conceptions juridiques peuvent évoluer et le respect d’un équilibre naturel est indispensable. Encore faut-il savoir si l’on utilise une métaphore pour exprimer une réalité concrète ou si l’on crée de nouveaux concepts pour définir l’harmonie nécessaire. Tout cela a des conséquences sur la manière de dire le droit, de préciser les responsabilités et d’appliquer des sanctions.

La deuxième question est celle posée par le groupe dix-huit, c’est-à-dire la contradiction entre les politiques extractives et la défense de la nature. Il est évident que l’activité extractive comporte un certain degré de destruction naturelle et que la production et l’utilisation de ces ressources naturelles entraine des dommages écologiques. Par ailleurs on ne peut demander au Venezuela de cesser demain l’exploitation du pétrole, ni à la Bolivie celle du gaz ou à l’Equateur de fermer ses mines immédiatement. Les revenus de ces activités forment la base des politiques nouvelles, notamment sur les plans sociaux et culturels. Une solution pourrait être d’utiliser de manière opérationnelle le concept de transition et de le définir en termes politiques. Il s’agirait de quatre orientations fondamentales. Tout d’abord développer une économie centrée, non sur l’extraction pour l’exportation, mais sur le marché interne. Cela ne se fait évidemment pas du jour au lendemain et cela suppose le moyen et le long terme. Plusieurs pays prennent déjà des mesures dans ce sens. Ensuite, établir des règles strictes du point de vue écologique et social, de façon à limiter les dégâts à la nature et à respecter les droits des populations. En troisième lieu, exiger des pays industriels (le Nord) en faveur desquels la majeure partie de cette extraction se réalise, de réduire leur consommation de ressources naturelles, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de financer les efforts des pays du Sud pour la protection de la nature et le respect des droits sociaux. Finalement établir des normes internationales dans ces domaines, sanctionnées par un tribunal international, afin d’évider que ceux qui respectent strictement les principes de protection et d’équité, soient pénalisés économiquement. Sur cette base, des progrès réels pourraient être accomplis.

Les leçons de Cochabamba

La mobilisation populaire pour l’harmonie entre l’humanité et la nature (la Terre-Mère) est une condition indispensable pour que les responsables politiques prennent les décisions qui s’imposent. A cet effet, le diplomate mexicain en charge de la préparation de la Conférence de Cancun, Mr de Alba, a souhaité la bienvenue à tous les mouvements sociaux. Certains parmi la délégation mexicaine ne cachaient pas cependant leur inquiétude, craignant que la présence des mouvements ne remette en question la tranquillité des débats. Les présidents Morales et Chavez ont assuré qu’ils présenteraient les conclusions de Cochabamba dans l’enceinte officielle. Le dossier n’est pas clos et c’est peut-être le plus important.

La religion du marché Eric Toussaint Reporterre 2010/05/10 Eric Toussaint (10 mai 2010) La religion du marché. Reporterre. Tribune — fr

La religion du marché

Presque tous les dirigeants politiques, qu’ils soient de la gauche traditionnelle ou de la droite, qu’ils soient du Sud ou du Nord, vouent un véritable culte au marché, aux marchés financiers en particulier. Il faudrait plutôt dire qu’ils fabriquent une religion du marché. Chaque jour, une messe est dite pour honorer le dieu Marché dans chaque foyer muni d’une télévision ou d’une connexion internet, au moment où l’on rend compte de l’évolution des cotations en Bourse et des attentes des marchés financiers. Le dieu Marché envoie des signaux par la voix du journaliste économique ou du chroniqueur financier. Ce n’est pas seulement vrai pour tous les pays les plus industrialisés, c’est vrai aujourd’hui pour la majeure partie de la planète. Que l’on soit à Shanghai ou à Dakar, à Rio de Janeiro ou à Tombouctou, on recevra les “signaux envoyés par les marchés”. Par exemple, en Europe, tout un chacun saura le matin comment a évolué le Nikkei à la Bourse de Tokyo alors que quasiment personne n’est concerné : les rares personnes à l’être sont tenus au courant par d’autres biais que la radio d’information en continu… Partout, les gouvernants ont procédé à des privatisations, on a créé l’illusion que la population pouvait participer directement aux rites du marché (en achetant des actions) et recevoir un bénéfice en retour dans la mesure où l’on a bien interprété les signaux envoyés par le dieu Marché. En réalité, la petite partie de ceux d’en bas qui ont fait l’acquisition d’actions n’ont aucun poids sur les tendances du marché.

Dans quelques siècles, peut-être lira-t-on dans les livres d’Histoire que, à partir des années 1980, un culte fétichiste a fait fureur. La montée en puissance du culte en question sera peut-être mise en relation avec deux noms de chefs d’Etat : Ronald Reagan et Margaret Thatcher. On notera que ce culte a bénéficié dès le début d’une aide des pouvoirs publics (qui se sont inclinés volontairement devant ce dieu qui les privait d’une grande partie de leur pouvoir d’antan) et des puissances financières privées. En effet, pour que ce culte rencontre un certain écho dans les populations, il a fallu que les grands médias lui rendent hommage quotidiennement.

Les dieux de cette religion sont les Marchés financiers. Des temples leur sont dédiés qui ont pour nom Bourses. Seuls les grands prêtres et leurs acolytes y sont conviés. Le peuple des croyants est invité à communier avec les dieux Marchés par l’intermédiaire du petit écran de TV ou d’ordinateur, du journal quotidien, de la radio ou du guichet de la banque.

Jusqu’aux coins les plus reculés de la planète, des centaines de millions d’êtres humains, à qui on nie le droit de satisfaire leurs besoins élémentaires, sont conviés à célébrer les dieux Marchés. Au Nord, dans les journaux lus en majorité par les salariés, les ménagères, les chômeurs, une rubrique du type “où placer votre argent ?” est quotidiennement imprimée alors que l’écrasante majorité des lecteurs et lectrices n’a pas les moyens – ni parfois la volonté – de détenir la moindre action en Bourse. Des journalistes sont payés pour aider les croyants à comprendre les signaux envoyés par les dieux.

Pour amplifier, dans l’esprit des croyants, la puissance des dieux Marchés, des commentateurs annoncent périodiquement que ceux-ci ont envoyé des signaux aux gouvernements pour indiquer leur satisfaction ou leur mécontentement. Le gouvernement et le parlement grecs ont enfin compris le message envoyé et ont adopté un plan d’austérité de choc qui fait payer ceux d’en bas. Mais les dieux sont mécontents du comportement de l’Espagne, du Portugal, de l’Irlande et de l’Italie. Leurs gouvernements devront aussi apporter en offrande de fortes mesures antisociales.

Les endroits où les dieux sont susceptibles de manifester leurs humeurs avec le plus de poids sont Wall Street à New York, la City à Londres, les Bourses de Paris, de Francfort ou de Tokyo. Pour mesurer leur contentement, on a inventé des instruments qui ont nom Dow Jones à New York, Nikkei à Tokyo, le CAC40 en France, le Footsie à Londres, le Dax à Francfort. Pour s’assurer la bienveillance des dieux, les gouvernements sacrifient les systèmes de sécurité sociale sur l’autel de la Bourse. Ils privatisent, aussi.

Pourquoi a-t-on donné des atours religieux à de simples opérateurs ? Ils ne sont ni des inconnus, ni de purs esprits. Ils ont un nom, une adresse : ce sont les principaux dirigeants des deux cents grandes transnationales qui dominent l’économie mondiale avec l’aide du G7, la complaisance du G20 et des institutions telles que le FMI, revenu grâce à la crise sur le devant de la scène après une période de purgatoire. Il y a aussi la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (celle-ci est assez mal en point, mais elle sera peut-être aussi à nouveau élue par les dieux). Les gouvernements ne font pas exception : ils ont abandonné les moyens de contrôle qu’ils détenaient sur ces marchés financiers. Les investisseurs institutionnels (les « zinzins » : grandes banques, fonds de pensions, assurances, hedge funds…) qui les dominent ont reçu des gouvernements des milliers de milliards de dollars sous forme de dons ou de prêts qui servent à les remettre en selle après la débâcle de 2007-2008. La Banque centrale européenne, la Réserve fédérale des Etats-Unis, la Banque d’Angleterre leur prêtent chaque jour, à un taux inférieur à l’inflation, des mannes de capitaux que les « zinzins » s’empressent d’utiliser de manière spéculative contre l’euro, contre les trésoreries des Etats, sur le marché des matières premières…

Aujourd’hui, l’argent peut circuler d’un pays à l’autre sans le moindre prélèvement d’impôt. Trois mille milliards de dollars circulent chaque jour dans le monde par-dessus les frontières. Moins de 2% de cette somme servent directement au commerce mondial ou aux investissements productifs. Plus de 98% servent à des opérations spéculatives principalement sur les monnaies, sur les titres de la dette, sur les matières premières.

Il faut mettre fin à cette banalisation d’une logique de mort. Il faut créer une nouvelle discipline financière, exproprier le secteur financier et le mettre sous contrôle social, taxer fortement les « zinzins » qui ont provoqué puis profité de la crise, auditer et annuler les dettes publiques, mettre en œuvre une réforme fiscale redistributive, réduire radicalement le temps de travail afin d’embaucher massivement tout en garantissant le montant des salaires… Face à cette religion du Marché, commencer à mettre en oeuvre un programme fondamentalement laïc. Anticapitaliste, en somme…

La Grèce sous le joug : un autre regard Par Julien villalard Reporterre 2010/05/10 Par Julien villalard (10 mai 2010) La Grèce sous le joug : un autre regard. Reporterre. fr

La Grèce sous le joug : un autre regard

Des témoignages en direct de Grèce présentent une autre version que celle des médias dominants sur le déroulement des manifestations.

"Voici le mail envoyé par un jeune camarade du NPA qui vit à Athènes. La situation a l’air bien différente de ce que les médias français laissent entendre, en tout cas beaucoup plus tendue.

Pour décryptage : ANTARSYA = coalition de groupes révolutionnaires (trotskystes entre autres) ; SYRIZA = coalition "antilibérale-anticapitaliste", structurée autour d’un courant eurocommuniste (issu de la crise du PC grec) à laquelle participent aussi des groupes d’extrême-gauche ; KKE = parti communiste grec (PAME = courant syndical du KKE)."

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Salut Vincent,

J’ai suivi un peu les infos françaises sur la situation ici. C’est assez paradoxal. D’un coté les journalistes français sont capables de s’enflammer en parlant de processus pré révolutionnaire, et de l’autre ils minimisent les chiffres des manifestations et les violences policières. J’ai entendu sur France 2 des chiffres hallucinants ; 30 000 selon la police et 50 000 selon les organisateurs. En réalité les chiffres ici en Grèce c’est 100 000 selon la police et le double sinon.

La manif a été ultra violente. Les flics nous ont attaqué dés le début sans grands motifs, du coup ça a dégénéré... Puis les flics ont découpé le cortège et ont contraint les bouts de manifs de se séparer de parfois plusieurs km. Perso, dans celle où je me suis retrouvé, les gens ont beaucoup cassé sur le passage. Une annexe de la mairie d’Athènes et une du ministère de l’économie ont été brulées, ainsi que des camions de flics et de pompiers et toutes les voitures de luxe trouvées sur le passage.

D’un autre coté les manifestants ont brulés des banques dont une dans laquelle il y a eu trois morts... Apparemment il se dirait maintenant, ce qui n’excuse pas la connerie de ceux qui ont foutu le feu et qui ont donc tué ces trois personnes, que le patron de ces trois employés leur a refusé le droit de grève et les a enfermé dans le bâtiment pour pas qu’ils partent... Mais je ne pense pas qu’il sera inquiété dans cette affaire.

Durant et après la manif les flics ont fait preuve d’une extrême violence. Personnellement j’ai vu pas mal de gens blessés. J’en ai moi même vu bien plus que le chiffre officiel de 8... Les flics ont utilisé énormément de gaz, et on a été chargés des dizaines de fois par les voltigeurs à moto... Ce matin il est encore impossible de savoir le nombre des personnes en gardav’. On peut noter aussi que tout de suite après la manif, les voltigeurs ont été envoyés à Exarchia, le quartier militant d’Athènes et qu’ils ont saccagé les bars de "gauchistes" et tabassé tout ce qui s’y trouvait. Une camarade a des blessures au bras après avoir été jetée dans les bouts de verre dans le bar autogéré de Stéki, qui a été sacagé...

Après cette manif, je pense qu’il devient clair que le mouvement est loin d’être mort. Donc ça va continuer. Ce sursaut a été créé par l’annonce du deuxième paquet de mesures qui prévoit entre autre le passage de la retraite à 67ans. Il y a maintenant une réelle dynamique. Les syndicats ADEDY et GSEE appellent à des nouvelles manifs aujourd’hui. On verra ce qu’il en est. Mais les bureaucraties ont un peu été débordées. De plus, il faut savoir que certains petits secteurs sont contrôlés par des orgas révolutionnaires (les travailleurs du métro, les cuisiniers, les journalistes, les ingénieurs...) ce qu’il ne faut pas minimiser.

Du coté des orgas : les positions d’ANTARSYA restent les mêmes que celles exprimées dans la lettre que j’ai envoyée. Il faut absolument continuer le mouvement et tenter de l’étendre, notamment au niveau européen. Ils faut que les révolutionnaires européens s’unissent dans le refus des diktats du FMI et de l’UE.

Syriza, je ne sais pas trop quelles sont leurs positions après la manif d’hier. Dans tous les cas ils sont pour continuer le mouvement. Les orgas révolutionnaires de RIZA ne l’ont quitté à aucun moment. Il faut continuer cette unité de lutte.

Comme tu le dis, la surprise vient du KKE. Hier les militants de PAME ont chargé les flics et tenté de rentrer dans le parlement. Bien sur ils se sont fait sérieusement casser la gueule. D’habitude ils évitent ce genre d’actions gauchistes. Ca prouve que chez eux aussi la base fait pression. Les gens sont révoltés et prêt à tout. C’est la même chose chez eux. En plus comme tu le dis ils avaient des banderoles un peu moins sectaires que d’habitude. Je ne pense pas qu’il est envisageable de faire une manif commune avec eux bientôt, mais en tous cas ils ont montré une volonté de continuer activement le mouvement.

Le plus gros risque vient des syndicats de masse. ADEDY et GSEE, les syndicats du public et du privé sont officiellement dirigés par des tendances syndicales proches du PASOK, le PS grec au pouvoir. Ca représente énormément de gens. Le risque est qu’ils fassent comme il y a quelques semaines, qu’ils appellent à se calmer peu à peu. J’espère que leurs bureaucraties pourront cette fois etre totalement dépassées par la colère populaire de leur base.

Voilà, pour le moment les infos ne sont pas forcément très précises. Je pense que les perspectives seront plus claires ce soir quand tout le monde aura pu se réunir, parce que pour le moment c’est le gros bordel, les cortèges ont été disloqués et on sait pas trop comment ça s’est fini dans certains coins.

SR, Johann"

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Le 10-05-06 à 23:49, XXX a écrit :

Pour info : je me permets de relayer la lettre d’un employé de la banque, trouvé sur le site de l’OCL et relayé sur Indymedia Paris.

A propos de l’incendie mortel de la Marfin Egnatia Bank

Les trois personnes décédées seraient des employés de la banque Marfin Egnatia Bank. Cette banque est propriété du magnat grec Andreas Vgenopulos, surnommé le "nouvel Onassis", est considéré comme un des hommes les plus riches du pays : propriétaire de Olympic Air et d’autres entreprises (Marfin Investment Group). On ne connaît pas encore les circonstances exactes de l’incendie. La porte d’entrée en bois aurait été touchée par un cocktail molotov et le feu se serait rapidement propagé dans les étages. D’après les témoins, les pompiers ont remarqué qu’il n’y avait pas d’extincteurs dans la banque et que la sortie de secours était fermée avec un cadenas ! Alors que le pays était paralysé par la grève générale, que dans tout le quartier les magasins avaient leurs rideaux baissés, il semble que dans cette banque les employés avaient été contraints de travailler.

Le syndicat des employés de banque (OTOE) a appelé ce soir à une journée de grève pour demain jeudi. L’identité des 3 personnes décédées reste encore inconnu : on sait seulement qu’il s’agit de deux femmes et d’un homme.

Dans une lettre publiée ce soir mercredi sur le site Indymedia d’Athènes, un employé de la Marfin Egnatia Bank fait une déclaration, demandant qu’elle soit rendue publique.

« Je me sens dans une obligation envers mes collègues qui sont décédé si injustement aujourd’hui à parler et à dire quelques vérités objectives. J’envoie ce message à tous les médias. Toute personne qui possède encore une certaine conscience devra le publier. Les autres peuvent continuer à jouer le jeu du gouvernement. »

Dans cette lettre, l’employé déclare que « les pompiers n’ont jamais délivré la licence d’exploitation de l’immeuble », que « le bâtiment en question n’a pas de mécanismes de sécurité incendie » correspondant à sa taille (gicleurs au plafond, issues de secours, tuyaux d’incendie). « Il y a seulement quelques extincteurs portatifs qui, bien entendu, ne peuvent en rien aider à combattre un feu important dans un bâtiment construit avec des normes de sécurité depuis longtemps dépassées. La direction utilise également le coût élevé de ces exercices comme prétexte et n’a même pas pris les mesures les plus élémentaires pour protéger son personnel. »

Il souligne aussi qu’aucun membre du personnel n’a été formé au risque d’incendie, qu’il n’y a jamais eu d’exercice d’évacuation. « Les seules sessions de formation qui ont eu lieu à la Marfin Bank ont été sur des scénarios concernant l’action terroriste et en particulier la planification de l’évacuation des "grosses têtes" de leurs bureaux dans une telle situation. »

Absence de local incendie, matériaux inflammables (papiers, plastiques, fils, mobilierŠ). « Aucun membre de la sécurité n’avait la moindre connaissance sur les premiers secours à donner ou comment éteindre un feu. »

Par ailleurs, « la direction de la banque a formellement interdit aux salariés de s’absenter aujourd’hui, bien qu’ils l’aient demandé constamment eux-mêmes très tôt ce matin - tandis qu’elle a aussi forcé les salariés à verrouiller les portes et a confirmé à plusieurs reprises par téléphone que l’établissement restait fermé pendant la journée. "Ceux qui partent aujourd’hui, ne viennent pas au travail demain", a été une menace constante. La direction leur a même fermé leur accès à Internet afin d’empêcher les salariés de communiquer avec le monde extérieur. »

La lettre dit aussi qu’ au cours des derniers jours qui ont précédé la grève générale, la direction n’a cessé de terroriser les employés en utilisant oralement l’"offre" suivante : ou vous venez travailler, ou vous êtes virés.

« Enfin, messieurs, faites votre autocritique et cessez de faire semblant d’être choqués. Vous êtes responsables de ce qui s’est passé aujourd’hui, et dans n’importe quel Etat de droit (comme ceux que vous souhaitez utiliser de temps en temps comme les meilleurs exemples dans vos émissions de télévision) vous auriez déjà été arrêtés pour les actions ci-dessus. Mes collègues ont perdu la vie aujourd’hui par préméditation : la préméditation de la Marfin Bank et de M. Vgenopoulos en personne qui a explicitement déclaré que quiconque ne venait travailler aujourd’hui [le 5 mai, journée de grève générale !], n’avait pas à se déranger le lendemain [où ils seraient renvoyés]. »

Signé : un employé de la Marfin Bank

Sources : Athens Indymedia, UK Indymedia., Presse grecque (TaNea, Kathimerini), http://libcom.org

Version anglaise du témoignage : http://www.occupiedlondon.org/blog

http://www.occupiedlondon.org/blog/...

Traductions OCL : http://oclibertaire.free.fr

http://oclibertaire.free.fr/spip.ph...

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Egalement sur le site de l’OCL le vendredi 7 mai 2010

Terreur d’État à Exarchia (Athènes)

Article en anglais sur libcom Traduction sur jura libertaire avec photos et Videos

Dans une orgie de punition collective, la police grecque a mené une attaque brutale sur le quartier d’Exarchia, à l’issue de la manifestation d’hier, saccageant des boutiques et des centres sociaux, expulsant un squat à main armée et brutalisant les habitants.

La brutalité policière qu’on a pu voir dans les rues d’Exarchia hier soir après la fin de la manifestation du deuxième jour de grève générale à Athènes est inédite. On peut nourrir de sérieux doutes sur la nature du régime actuel en Grèce, qui laisse tomber son masque démocratique pour se montrer tel qu’il est réellement : la poursuite de la junte des colonels.

À l’issue de la manif des centaines de policiers antiémeute et voltigeurs ont fondu sur Exarchia, le quartier du centre d’Athènes qui est un bastion extrémiste depuis le début du XXe siècle. La police a travaillé à matraquer les passants et les gens aux terrasses des cafés, saccageant le vieux café de la place Exarchia malgré le fait qu’il soit bondé de clients. Voyez plutôt :

Les habitants ont naturellement gueulé des slogans antifascistes, rappelant le souvenir récent des années de junte militaire et assimilant les flics aux SS. La fureur policière a redoublé, frappant tous ceux qui se trouvaient sur leur passage et investissant un immeuble d’habitation. Ioanna Manoushaka était à l’entrée de chez elle criant que les flics avaient fait de la vie un enfer dans le quartier quand ces derniers l’ont attaqué, lui cassant le bras et des dents.

Elle a couru se réfugier à l’étage s’enfermant chez elle, ce qui n’a pas empêché les policiers antiémeute de la suivre et d’essayer de forcer sa porte cinq minutes durant lesquelles elle et son mari, un compositeur célèbre, ont dû se barricader.

Gueulant « ce soir on vous nique », la police a ensuite envahi et dévasté le centre social Diktio qui accueille les immigés, le Réseau des droits sociaux et civils, un collectif de gauche actif contre le terrorisme d’État depuis plusieurs décennies. Selon le communiqué de Diktio, « le gouvernement du FMI et de la junte du marché tente d’exploiter le geste criminel de la banque pour imposer un régime de terreur dans le pays. L’orgie de gouvernance policière par l’usage d’armes chimiques et de matraquages de masse a atteint son paroxysme cet après-midi à Exarchia. »

Au même moment une armada de forces de police entourait le squat anarchiste de la rue Zaimi au-dessus de Polytechnique, pour l’envahir et évacuer ses occupants l’arme au poing. Le fait qu’un policier ait tiré en l’air pendant cette opération n’a pas été confirmé. Tous les occupants ont été raflés.

La pratique de la vengeance collective à l’encontre de la résistance populaire aux mesures annoncées est une méthode caractéristique du gouvernement de collaboration avec les Nazis dans les années 1940, justifiant le sobriquet devenu commun adressé aux flics de « tsoliades allemands » (l’escadron de la mort).

Rationnés et heureux Hervé Kempf Reporterre 2010/05/11 Hervé Kempf (11 mai 2010) Rationnés et heureux. Reporterre. Tribune — fr

Rationnés et heureux

Un mot scandaleux : le rationnement. « Distribuer de façon limitée, mettre à la ration, restreindre la quantité. » Quoi ? Nous rationner ? Horreur, atteinte à la liberté ! Non, toujours plus, toujours mieux, plus, plus, plus, on veut plus !

Les seuls à ne pas s’effrayer du concept sont les écologistes, enfin, ceux qui ne sont pas totalement grenellisés. Et dans la revue Silence de ce mois-ci, on lira un fort intéressant dossier sur le rationnement, réalisé par deux chercheurs des universités Lille-II et Paris-I, Luc Semal et Mathilde Szuba.

Ils ont exploré une contrée exotique, située outre-Manche, et dénommée Grande-Bretagne. Des groupes y réfléchissent aux conséquences logiques que l’on peut tirer de l’analyse du changement climatique et du pic pétrolier. Prévenir l’aggravation du changement climatique implique de réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre. Quant au pic pétrolier, il annonce la fin de l’énergie abondante à bon marché. Conclusion : « Une distribution rationnée de l’énergie semble la seule solution pour qu’une pénurie importante n’entraîne pas automatiquement une explosion des prix et des inégalités sociales. »

Ils joignent le geste à la parole, et plusieurs tentent de vivre en n’étant pas responsables de plus de 1,5 tonne de gaz carbonique par personne et par an - environ cinq fois moins que la moyenne européenne. Les objecteurs de croissance britanniques notent bien que, si l’on n’entre pas dans une logique de rationnement choisi, l’ajustement se fera de manière foncièrement inégale, par l’inflation.

On peut aller plus loin. La crise économique qui se développe en raison de l’endettement financier, mais aussi écologique, est l’expression du heurt avec les limites.

A son corps défendant, le peuple grec l’expérimente de la manière la plus absurde : les « marchés » leur imposent un rationnement violent, des « marchés » qui parasitent l’économie sans se poser une seule seconde la question de leur propre rationnement. En fait, l’épisode montre, s’il en était encore besoin, qu’il n’est ni possible ni acceptable de proposer une logique de limitation si, dans le même temps, on ne reprend pas le contrôle sur les puissances financières, tout en posant des limites aux possibilités d’enrichissement personnel.

A cet égard, la proposition d’un revenu maximal admissible par le pôle écologique du Parti socialiste va dans le bon sens : le rationnement des riches est indispensable. On pourra leur offrir Vers la sobriété heureuse, de Pierre Rabhi (Actes Sud, 144 p., 15 euros), ça leur mettra du baume au coeur.

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Références :

- Silence : http://www.revuesilence.net/index.p...

- RMA et Pôle écologique du PS : http://www.monpoleecologique.fr/con...

Bolloré en Afrique : silence, la justice veille David Servenay Reporterre 2010/05/15 David Servenay (15 mai 2010) Bolloré en Afrique : silence, la justice veille. Reporterre. Libertés fr

Bolloré en Afrique : silence, la justice veille

Un reportage sur les plantations de palmiers à huile de la compagnie Bolloré au Cameroun a déplu à la multinationale. Elle poursuit le journaliste, la justice lui donne raison. La justice est de plus en plus souvent utilisée par les grandes entreprises pour empêcher les investigations.

Vincent Bolloré voulait faire un « exemple » en attaquant en diffamation France Inter pour l’émission « Cameroun : l’empire noir de Vincent Bolloré ». Il a été suivi par la XVIIe chambre du tribunal de Paris : 1 000 euros d’amende pour la radio du service public et 1 euro symbolique pour les dommages et intérêts.

Jeudi 6 mai, il aura fallu cinq minutes à la présidente Anne-Marie Sauteraud pour sonner la cloche. France Inter et le journaliste Benoit Collombat (avec qui j’ai co-écrit un livre sur le patronat) ont été reconnus coupable de diffamation envers un particulier : Vincent Bolloré.

Jugement (assez) lourd :

* 1 000 euros d’amende pour chaque prévenu, * 1 euro symbolique de dommages et intérêts, * 10 000 euros au titre de l’article 475-1 (les frais d’avocats).

Cette dernière somme étant loin des honoraires (124 059,87 euros) réglés par l’homme d’affaires à son conseil, maître Olivier Baratelli, et dont ce dernier réclamait le remboursement.

Sur six passages, quatre considérés comme diffamatoires

Sur le fond, le tribunal a pris ses grands ciseaux pour découper en tranches les 44 minutes de reportage diffusé dans l’émission dominicale Interception. Parmi les principales imputations qualifiées de diffamatoires, on retiendra notamment :

1. Le fait que les « engagements financiers pris par Camrail lors de l’obtention de la concession en 1999, en particulier le versement à 603 employés d’une indemnité totale de 26 milliards » de CFA sont une obligation de l’Etat camerounais, pas de la société française ; 2. qu’il est aussi diffamatoire de dire que Bolloré a « négligé gravement les investissements dans le domaine du transport des passagers » ou d’« utiliser abusivement le personnel du port autonome dans le cadre de la concession de dragage » ; 3. ou encore de « ne pas assurer la sécurité minimale des salariés de la palmeraie exploitée par la SOCAPALM et les loger dans des conditions indignes ».

En revanche, les juges ont reconnu comme relevant du droit « au libre débat d’opinion sur un sujet d’intérêt général » les liens incestueux du groupe avec les autorités, en particulier :

« La nature de ces liens, l’influence acquise par le groupe Bolloré auprès du président Biya ou de ses proches, l’aide financière qu’il dispenserait à certains relais d’opinion (la fondation Chantal Biya, épouse du président de la République, ou telle radio catholique présentée comme proche du pouvoir). »

Pour les juges, l’enquête est bien « contradictoire »

Sur la méthode, le tribunal a rejeté les accusations de l’avocat de Bolloré, reprochant au journaliste de ne pas avoir contacté à temps ses clients.

L’avant-veille de la diffusion, Dominique Lafont, directeur Afrique du groupe, avait finalement accordé un entretien, non intégré à l’émission mais diffusé sur le site de France Inter.

Conclusion des juges :

« C’est à tort que les parties civiles font reproche aux prévenus d’avoir délibérément manqué au principe de l’enquête contradictoire, faute pour eux de les avoir mises en demeure de faire utilement valoir leur point de vue.

[…] les journalistes sont libres de leur méthode de travail et invoquent, en l’espèce, la difficulté de mener une enquête sur des grands groupes capitalistiques, le plus souvent soucieux de faire prévaloir une communication institutionnelle sur de libres investigations journalistiques. »

Enfin, le cas de la Socapalm, que nous avions détaillé lors de la seconde audience du procès, a été longuement examiné. Cette palmeraie exploitée par Bolloré et la famille belge Fabri connaît des conditions de travail assez pitoyables, surtout pour les journaliers payés à la tâche. Sur ce passage de l’émission, les juges ont retenu la bonne foi. Au total, Benoit Collombat n’est reconnu coupable que sur une seule imputation, celle de la Camrail.

Le communicant du CAC 40, Michel Calzaroni, nous l’avait dit à l’audience : en attaquant France Inter, « Vincent » veut faire un « exemple ». Calzaroni, sortant du prétoire : « Nous ne laisserons plus les médias dire n’importe quoi. Chaque fois que des propos diffamatoires seront prononcés, nous attaquerons. »

Voilà la presse avertie. Au prochain écart, direction la XVIIe chambre du TGI.

Marée noire : elle continue... Robin des Bois Reporterre 2010/05/17 Robin des Bois (17 mai 2010) Marée noire : elle continue.... Reporterre. fr

Marée noire : elle continue...

Ce sont plus de vingt mille tonnes de pétrole qui ont maintenant fui dans le golfe du Mexique à la suite de l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon de BP. La comparaison avec une autre catastrophe intervenue en 1979 est utile.

Le précédent IXTOC 1

A partir du 3 juin 1979, le golfe du Mexique subit un désastre écologique et économique dû à l’explosion d’une plate-forme d’exploration du gisement de pétrole IXTOC 1 dans la baie de Campeche. La SEDCO 135, une plate-forme semi-submersible travaille pour le compte de Petroleos Mexicanos (PEMEX). Le plancher de la mer est à moins 52 mètres. Le jour du sinistre, le forage atteint moins 3,657 mètres de profondeur sous les sédiments marins. Une anomalie dans l’injection des boues de forage qui maintiennent le pétrole dans sa cavité géologique sous-marine a provoqué l’éruption du brut au fond de la mer. Le dispositif de fermeture de la tête du puits (BlowOut Preventer, BOP) n’a pas fonctionné. Les vapeurs explosives ont enflammé la plate-forme qui a coulé, recouvert la tête du puits et répandu 3.000 mètres de tuyaux et une nappe de déchets au fond de la mer. La fuite initiale est estimée à 30.000 barils soit 4.770 tonnes par jour. Une intervention de plongeurs sous-marins et de robots pilotés par Red Adair et d’autres experts réussit à enclencher le BOP. Mais la pression est telle que le pétrole arrache les soupapes de sécurité et l’ensemble du dispositif de fermeture.

PEMEX tente par la suite d’installer au dessus de la fuite un « Sombrero » chargé de canaliser le pétrole et de le brûler en surface dans une torchère en attendant que des forages de dérivation du gisement soient creusés et opérationnels. Le « Sombrero » a eu un rendement totalement insuffisant et il a été rapidement disloqué par un cyclone. Des injections dans le forage de 100.000 tonnes de grenailles d’acier de plomb et de fer ont permis dans un troisième temps de réduire la fuite de 30.000 barils à 10.000 barils par jour soit 1.590 tonnes. Deux mois après le début de la catastrophe des boulettes de goudron et de galettes arrivent sur le littoral du Texas, touchant 260 km de plages et engluant plusieurs milliers des oiseaux répartis en une dizaine d’espèces considérées 30 ans après comme vulnérables. Les rapports de l’époque disent qu’il n’y a pas eu d’impact significatif sur l’état sanitaire des poissons et des crevettes et sur l’économie de la pêche au Texas. La fréquentation touristique a baissé de 60% pendant l’été 1979 par rapport aux années précédentes. Le coût global des dépenses aux Etats-Unis est estimé à 8 millions de dollars. Sept millions de dollars de prêts ont été consentis à des petites entreprises en difficulté à cause de la marée noire ; les pertes de revenus touristiques sont évaluées à environ 5 millions de dollars. Le Mexique a refusé de payer les frais ou pertes induits par la marée noire de l’IXTOC 1 aux Etats-Unis. Au total 260 km de plages ont été touchés au Texas et 10.000 m³ de sables pollués ont été retirés avec des râteaux et des pelles pour éviter l’excavation de trop grandes quantités de sables par des engins de travaux publics ; des boulettes de pétrole ont été ramassées jusqu’en août 1981.

C’est seulement le 23 mars 1980 que la source de pétrole brut s’est tarie grâce au creusement des forages de décompression ; un dispersant chimique, le Corexit 9527 fabriqué par Exxon a été épandu en mer via 500 missions aériennes. Les Etats-Unis ont alors interdit cette pratique mise en oeuvre par PEMEX dans les eaux sous juridiction américaine à l’intérieur d’une ligne Brownsville-Miami. Ce même dispersant a été cependant utilisé après la marée noire de l’Exxon Valdez en 1989 et est accusé d’avoir provoqué des maladies neurotoxiques chez les sauveteurs dépollueurs. Il contient des éthers de glycol. En Alaska, le Corexit était dispersé dans l’environnement marin depuis des navires.

La couverture de l’événement IXTOC 1 par la presse américaine ou internationale a été faible. C’était un an après l’Amoco Cadiz. Elle ne s’est pas intéressée aux effets de la catastrophe pour le Mexique et les pêcheurs mexicains. Le pic d’articles date du mois d’août 1980 quand les déchets sont arrivés sur le littoral du Texas. Selon la compagnie nationale mexicaine PEMEX, 3 à 5 millions de barils soit 477.000 tonnes à 795.000 tonnes de pétrole ont fui et 58% auraient été brûlés à la surface de la mer, au droit du geyser. D’autres évaluations évoquent le volume total de 1.500 000 tonnes. Il n’y pas eu de bilan écologique final ; deux scientifiques suédois ont écrit en 1981 dans la revue scientifique Ambio que 24.000 tonnes de pétrole ont atterri sur le littoral mexicain et que 15.000 km ² dans le golfe du Mexique ont été directement contaminés.

Quel retour d’expérience pour Deepwater Horizon ?

Après IXTOC 1, l’industrie pétrolière et les Etats-Unis se sont interrogés sur les capacités de réponse aux accidents similaires (BlowOut) dans des conditions de grande profondeur. Il a été constaté que le brûlage serait difficile à maintenir compte-tenu de la dilution du pétrole dans une colonne d’eau de plus d’un kilomètre de profondeur, que les trajectoires du pétrole et de ses résidus seraient difficile à prédire à cause des courants sous-marins, que les cloches, dômes, et autres « Sombreros » pour PEMEX et « chapeau haut de forme » pour BP et ses associés américain et japonais destinés à canaliser les mélanges de pétrole et d’eau de mer seraient difficiles à installer et à faire fonctionner. D’autres incertitudes relèvent de la capacité à déplacer les déchets métalliques issus de la dislocation de la plate-forme et pouvant empêcher ou compliquer l’accès à la tête du puits accidenté.

Les catastrophes de l’IXTOC 1 et de Deepwater Horizon présentent des analogies géographiques, environnementales et industrielles ; elles concernent toutes les deux le golfe du Mexique. Le traitement de l’événement Deepwater Horizon pose plus de difficultés à cause de la profondeur de la mer (52 m pour IXTOC 1, et 1,500m pour Deepwater Horizon).

PEMEX et BP ont envisagé ou mis en œuvre des solutions analogues.

1 - Le brûlage du pétrole.

2 - Le creusement parallèle de puits d’interception et de décompression.

3 - La couverture de la fuite.

4 - Le « junk shot », c’est-à-dire l’injection massive de déchets solides dans le forage accidenté.

Seul le scénario de l’introduction d’un raccord dans la tête de puits pour canaliser et remonter à la surface le pétrole fuyard n’a pas été tenté par PEMEX.

Une autre famille de dispersant Corexit est utilisée pour traiter le pétrole de Deepwater Horizon. Le fabricant NALCO n’a pas réalisé d’étude spécifique de toxicologie humaine ou environnementale. Les Corexit 9500 et EC9527A contiennent toujours des éthers de glycol. Pour éviter l’exposition directe aux vapeurs des sauveteurs et techniciens, ils sont injectés directement dans le milieu sous marin.

Etant donné la durée probable du déroulement de la catastrophe, le début dans deux semaines de la saison des cyclones et la répétition possible de ces événements, les marées noires de cette envergure devraient, selon Robin des Bois, être considérées comme internationales et à ce titre faire l’objet d’une concertation entre le Mexique, Bahamas, Cuba et éventuellement les Etats de la mer caraïbe. Début avril 2010, Shell a entrepris l’exploitation de 3 champs pétroliers par 2.500 mètres de profondeur d’eau dans le golfe du Mexique. A ce niveau, les spécialistes parlent d’exploitation « ultra profonde ».

Le débit de la fuite Deepwater Horizon est évalué initialement à 800 tonnes par jour. A ce jour lundi 17 mai environ 22.000 tonnes seraient parties à la mer. Des nouvelles évaluations non officielles parlent maintenant d’un débit 10 fois plus élevé.

L’invraisemblable attaque de Max Haavelar contre Christian Jacquiau Simon Marty Reporterre 2010/05/18 Simon Marty (18 mai 2010) L’invraisemblable attaque de Max Haavelar contre Christian Jacquiau. Reporterre. fr

L’invraisemblable attaque de Max Haavelar contre Christian Jacquiau

Christian Jacquiau dévoile les dessous du commerce équitable. Ce qui déplait à l’association Max Haavelar, qui l’attaque en justice à partir d’une interview bidonnée.

Les journalistes connaissent bien la dix-septième chambre du tribunal de Paris. Elle se consacre, en effet, aux affaires de diffamation. En général, ce type de procès oppose un plaignant (telle présentatrice télé photographiée à son insu en bikini ; tel personnage politique violemment brocardé et qui se sent « atteint dans son honneur » ou encore une éphémère starlette de télé réalité qui cherche à glaner quelques milliers d’euros en prévision de jours sombres) à un organe de presse juridiquement incarné par son directeur de la publication. A ce titre, l’audience du lundi 17 mai opposant l’association de commerce équitable Max Havelaar à l’écrivain journaliste Christian Jacquiau fait figure d’exception.

Lors d’une interview accordée au mensuel L’Echo des Savanes en 2008 (N° 269), Jacquiau explique que selon lui, Max Havelaar « ne s’adresse qu’aux producteurs, mais ignore les salariés de ces producteurs. Ils font travailler des quasi esclaves sur les sites de production, parfois des femmes aux corps rongés par les produits chimiques ». Face à des propos d’une telle virulence, Max Havelaar s’empresse de porter l’affaire en justice et réclame 100 000€ de dommages et intérêts…mais directement contre Jacquiau et non contre l’Echo des Savanes.

Or, d’une part Jacquiau affirme n’avoir jamais proféré de telles critiques à l’encontre de l’association, ni même de phrases synonymes. Il explique s’être fait duper par le journaliste qui l’a interrogé, un certain Daniel Audion, qui en fait n’existe pas (il s’agit de Fred Neidhardt, un ancien pigiste de l’Echo des Savanes qui s’illustre surtout dans des canulars et autres impostures sur les plateaux télé). « Mon client n’aurait sans doute pas donné cette interview s’il avait connu la véritable identité de celui qui l’interrogeait », explique son avocat Maître Alexis Guedj.

De son côté, l’éditeur actuel du titre, Claude Maggiori, semble plutôt se désolidariser de ses prédécesseurs : « Les propos on été visiblement mal restranscrits. Chez Glénat, personne ne s’est penché sur la question. Je ne peux même pas dire que Jérome Bonnet ait fait une bêtise, je n’en sais rien. »

Mais surtout, il est rarissime de voir dans ce type d’affaires le plaignant s’en prendre directement à une personne civile et non au journal, support des propos incriminés. « Cela survient parfois et cela n’a rien d’illégal. Mais il s’agit le plus souvent de règlements de comptes personnels », confie un magistrat. Certes, dans son livre ainsi qu’au cours des nombreuses interviews qu’il a donné, Jacquiau s’est toujours montré dubitatif quant aux vertus du commerce équitable en général et de Max Havelaar en particulier. Mais jusqu’à présent, il n’avait jamais été question de diffamation. Du reste, pour sa défense, Christian Jacquiau explique que depuis qu’il enquête et s’exprime sur le commerce équitable, pas une ligne en dehors de la « retranscription » de son interview dans l’Echo des Savanes ne fait état d’accusations d’esclavagisme. « Si j’avais effectivement dit ou pensé cela, ce serait de la diffamation », clame-t-il. Du coup, l’écrivain poursuit Glénat, la société éditrice de l’Echo des Savanes, à laquelle il reproche d’avoir publié une interview « bidonnée ». L’affaire a été mise en délibéré jusqu’au 21 juin.

Taxer les transactions financières, maintenant Un collectif Reporterre 2010/05/18 Un collectif (18 mai 2010) Taxer les transactions financières, maintenant. Reporterre. Tribune — fr

Taxer les transactions financières, maintenant

À un mois du G20 de Toronto, de nombreuses organisations de la société civile lancent une mobilisation internationale en faveur d’une taxe sur les transactions financières (TTF).

Cette semaine se réunissent les Ministres des Finances européens, ainsi que la Conférence internationale du G20 sur la régulation financière, accueillie par Angela Merkel le 20 mai à Berlin. Ces réunions se tiennent alors que les Etats de la zone Euro annoncent des plans de restrictions pour satisfaire les exigences des marchés.

À un mois du G20 de Toronto, de nombreuses organisations de la société civile ont choisi cette semaine pour affirmer une mobilisation internationale en faveur d’une taxe sur les transactions financières (TTF). Depuis plusieurs mois, un mouvement international se développe en effet pour des taxes sur les transactions financières : aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Australie... En France, s’est formée une coalition sans précédent d’organisations syndicales, écologiques, de solidarité internationale et citoyennes [1]. Dans leur diversité d’actions et de préoccupations, elles se rejoignent sur le même diagnostic : de telles taxes doivent être établies d’urgence pour répondre aux défis globaux d’aujourd’hui.

Ensemble, ces organisations lancent en France, lors de cette semaine d’action, une pétition qui rejoint un mouvement citoyen international appelant les leaders du G20, dont Nicolas Sarkozy, à mettre en place une taxation globale des transactions financières [2].

Chaque jour, 6 000 milliards de dollars s’échangent sur les marchés financiers : même à un faible taux, la taxation de ces transactions dégagerait chaque année des centaines de milliards de revenus à redistribuer et contribuerait à dissuader les comportements les plus spéculatifs.

La taxation des transactions financières permettrait :

* De financer les urgences sociales et environnementales mondiales, telles que la lutte contre la pauvreté, le changement climatique et les pandémies meurtrières. * De promouvoir aussi une plus grande stabilité du système financier, en réduisant la spéculation, néfaste à l’économie réelle.

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Notes :

[1] Action consommation, AIDES, AITEC, Les Amis de la Terre, Attac France, CCFD – Terre solidaire, CFDT, CGT, CRID, FSU, Oxfam France, Réseau Foi et Justice, Ritimo, Solidaires, WWF.

[2] Le texte de la pétition citoyenne à la laquelle appellent les organisations est disponible sur leurs sites respectifs, ainsi que sur le site centralisateur : http://www.makefinancework.org/?lang=fr

Un essai d’OGM sur la vigne va être autorisé Confédération paysanne Reporterre 2010/05/19 Confédération paysanne (19 mai 2010) Un essai d’OGM sur la vigne va être autorisé. Reporterre. fr

Un essai d’OGM sur la vigne va être autorisé

Le Ministère de l’agriculture va autoriser un essai d’OGM en plein champ. Il s’agit aussi de tester la réaction de l’opinion et la procédure de consultation suivie.

Le Ministre de l’agriculture vient de s’exprimer en faveur de la poursuite de l’essai en plein champ de porte-greffes de vigne génétiquement modifiés pour résister au court-noué. La Confédération paysanne déplore cette décision et rappelle sa position, exprimée au CEES du HCB (Comité économique, éthique et social du Haut conseil sur les biotechnologies) (1) et lors de la consultation du public par l’Etat. La Confédération paysanne est défavorable à la poursuite de l’essai en milieu ouvert.

La plus-value des vins réside dans leur image de qualité et de produit naturel, qui serait compromise par l’introduction d’OGM. Le développement des OGM accapare l’énergie et les moyens financiers qui pourraient être consacrés à des recherches sur des voies agroécologiques, dont certaines sont déjà expérimentées par les vignerons ou d’autres chercheurs.

Par ailleurs, l’essai en plein champ va nécessiter de disséminer le virus du court-noué, ce qui constitue une menace inutile pour le vignoble local et la biodiversité. Il est par ailleurs incohérent et risqué de proposer des essais OGM en plein champ avec des gènes de résistance aux antibiotiques, aucune évaluation des effets cumulés à long terme n ?ayant été réalisée. Enfin, l’essai n’est pas protégé des oiseaux ni des insectes, qui sont vecteurs de plusieurs maladies du vignoble.

La Confédération paysanne s’interroge sur l’intérêt d’un essai en plein champ : pour éviter la dissémination du pollen vers d’autres parcelles, l’INRA prévoit de détruire les fleurs et d’empêcher la fructification. Quel sera l’apport d’un tel essai, sachant que la vigne n’est cultivée que pour son fruit ?

La déclaration de Bruno Le Maire évoque d’ici quatre ou cinq ans « une nouvelle procédure pour voir si on peut utiliser la culture en plein champ » : contrairement à l’orientation officielle de l’INRA, une commercialisation des porte-greffes OGM serait d’ores et déjà envisagée ! C’est un pas de plus vers la privatisation du vivant.

Enfin, au-delà des risques encourus, il semble que l’intérêt scientifique de cette expérimentation est secondaire devant la volonté d’utiliser cet essai controversé comme test sociologique et opération de communication, sur la capacité de la société et du monde professionnel viticole à accepter, malgré leur opposition, un essai en milieu ouvert.

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Note :

(1) Réponse de la Confédération paysanne à la consultation du public sur la prolongation de l’essai : http://www.confederationpaysanne.fr...

Coupables Hervé Kempf Reporterre 2010/05/19 Hervé Kempf (19 mai 2010) Coupables. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Coupables

Monsieur le président du tribunal, je plaide coupable. Je n’ai pas su couvrir l’importante affaire dont jugement a été rendu le 6 mai ni convaincre des collègues plus avertis de le faire. Ainsi donc, le 6 mai, le tribunal de grande instance de Paris a condamné l’ex-président de Radio France, Jean-Paul Cluzel, et le journaliste Benoît Collombat. Ils auraient diffamé Vincent Bolloré dans le reportage diffusé le 29 mars 2009 sur l’antenne de France Inter, réalisé par M. Collombat et [intitulé « Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré ».

Les éléments apportés par le journaliste sur la société Camrail et sur le port de Douala ont été jugés diffamatoires. Mais cela n’a pas été le cas pour les informations relatives aux plantations de palmiers à huile exploitées par la société Socapalm (filiale de la société Socfinal, possédée à 38 % par le groupe Bolloré). Plusieurs travailleurs de cette société décrivent dans le reportage les conditions déplorables qui y règnent, l’un allant jusqu’à dire : « Nous subissons un esclavage modernisé, ici, à la Socapalm. » Des enquêtes menées indépendamment par la photographe Isabelle Alexandra Ricq et par le chercheur Julien-François Gerber sont citées par le jugement et montrent la même réalité. Dans tous les pays où elle est produite - Indonésie, Malaisie, Colombie - l’huile de palme a aussi des impacts écologiques très nuisibles. Sur le Cameroun, l’utile éclairage de Mme Ricq est consultable sur son site.

Mais je ne veux pas tant vous entretenir de palmiers à huile que de la politique nouvelle des puissances économiques : elles cherchent à faire taire journalistes et investigateurs environnementaux en les poursuivant en justice. Nos amis québécois parlent de « poursuites-bâillons » - de bâillonner, faire taire. Ainsi de grandes compagnies minières poursuivent les auteurs du livre Noir Canada (éd. Ecosociété 2008), la Fédération nationale des producteurs de raisin de table a récemment tenté de faire condamner la publication d’une enquête sur les pesticides, Max Havelaar assignait, le 16 mai, au tribunal Christian Jacquiau, auteur du livre Les Coulisses du commerce équitable (éd. Mille et une nuit 2006). Et Mme Ricq est citée devant le tribunal le 2 juillet par M. Bolloré, pour ce qu’elle a dit à France Inter sur les plantations de palmiers. Ce qui est en cause derrière ces affaires n’est rien d’autre que la liberté d’informer. Mieux vaudrait pour la santé de la démocratie ne plus être coupables d’inattention.

Claude Allègre attaque Politis Denis Sieffert Reporterre 2010/05/21 Denis Sieffert (21 mai 2010) Claude Allègre attaque Politis. Reporterre. fr

Claude Allègre attaque Politis

À l’heure où nos lecteurs découvriront ces lignes, les auteurs d’une tribune publiée par Politis le 18 juin 2009 (1), ainsi que le directeur de la publication, auront été mis en examen pour « diffamation publique envers un fonctionnaire public ». Ledit fonctionnaire n’est autre que Claude Allègre, dont Patrick Piro brosse le portrait dans les pages suivantes. Nous n’aimons guère l’adjectif « controversé » qui, dans tant de débats publics, sert à insinuer pour ne pas avoir à affirmer. Mais s’il s’applique à quelqu’un, c’est bien à Claude Allègre. L’homme est de nouveau, aujourd’hui, au cœur d’une controverse qu’il a lui-même provoquée en contestant violemment les travaux des climatologues qui nous mettent en garde contre les conséquences de certaines activités humaines sur l’avenir de la planète. Il est entré dans ce débat comme toujours, sans être trop regardant sur les moyens ni les arguments. Comme un mauvais rugbyman dans la mêlée : en piétinant ses adversaires. Contrairement à la présentation que l’on fait de lui dans certains médias complaisants, il n’est pas un « sceptique ». Le scepticisme ne peut pas plus s’appliquer aujourd’hui aux conclusions des climatologues du monde entier qu’à la rotondité de la terre. Ce que M. Allègre appelle improprement scepticisme, c’est l’incrédulité de l’ignorance. Et pire encore : l’exploitation de cette incrédulité par quelqu’un qui sait.

Mais, en juin 2009, lorsqu’est paru sous le titre « Claude Allègre : question d’éthique » le texte de Politis, l’important personnage avait une autre actualité. On parlait de lui comme ministrable dans le gouvernement Fillon. Il s’apprêtait à devenir dans le domaine des sciences et de l’éducation ce qu’Éric Besson, ancien socialiste comme lui, est à la solidarité et aux droits de l’homme. Aurions-nous, malencontreusement, interféré dans ce calendrier ? Serait-ce la cause de la colère de Claude Allègre à notre égard ? Quoi qu’il en soit, nous voulons dire ici que, ce texte, nous sommes fiers de l’avoir publié et nous l’assumons pleinement aux côtés de nos sept amis – sept, hélas, et non pas huit, puisque Jean-Yves Barrère, emporté par la maladie, nous a quittés depuis. Ce texte, il peut se lire comme un bilan critique de toute une carrière. Mais aussi comme prémonitoire de la polémique sur le climat. Preuve de sa double actualité.

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Notes :

(1) http://www.politis.fr/Claude-Allegr...

Le temps et la croissance Didier Harpagès et Serge Latouche Reporterre 2010/05/21 Didier Harpagès et Serge Latouche (21 mai 2010) Le temps et la croissance. Reporterre. Tribune — fr

Le temps et la croissance

Derrière l’obsession de la croissance, il y a un rapport au temps bouleversé. La dé-croissance, c’est reconquérir le temps, le goûter, le vivre.

L’heure de la décroissance a sonné !

Dans les années soixante, l’humoriste Pierre Dac remarquait : « Il est encore trop tôt pour dire s’il est déjà trop tard ». Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui. Après le quatrième rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de 2007, et plus encore depuis son actualisation par les climatologues à la réunion de Copenhague de mars 2009, nous savons qu’il est désormais trop tard. Même si nous arrêtons du jour au lendemain tout ce qui engendre un dépassement de la capacité de régénération de la biosphère (émissions de gaz à effet de serre, pollutions et prédations de toute nature), autrement dit, si nous réduisons notre empreinte écologique jusqu’au niveau soutenable, nous aurons deux degrés de plus avant la fin de siècle. Cela signifie des zones côtières sous l’eau, des dizaines sinon des centaines de millions de réfugiés de l’environnement , des problèmes alimentaires importants, une pénurie d’eau potable pour beaucoup de populations, etc. Plus prosaïquement, "Il est à redouter que l’expression ’respirer au grand air ne relève pour nos enfants que du seul usage des langues mortes".

Les hommes de la modernité avaient manifesté une foi aveugle dans le progrès spontané. Persuadé que le temps de l’innovation ne pouvait suspendre son vol, chacun affirmait avec autorité ce qui était à la fois une évidence et une assurance : on n’arrête pas le progrès !

Nous savons que par nature, le capitalisme n’est jamais stationnaire et qu’il ne peut le devenir puisque l’impulsion majeure de cette redoutable machine est la recherche obsessionnelle d’un profit immédiat toujours plus important. Enfermé dans une logique évolutionniste, pour ne pas disparaître, il est condamné à croître puis à auto entretenir cette croissance. L’histoire s’accélère. « Nous vivons aujourd’hui sous le joug d’un temps standardisé, un temps industriel qui s’impose à nous quoi que nous fassions, où que nous soyons. Un temps unique qui, comme la monnaie unique, n’a d’autre finalité que de nous mettre tous en concurrence, d’un bout à l’autre de la planète. Pour survivre à l’intérieur de ce temps unique, nous devons courir plus vite que les autres. Nous nous sommes laissé voler le temps ! »

Prisonnier d’un conditionnement totalitaire, notre emploi du temps était organisé, planifié, normalisé, rythmé par l’utilisation de produits, « des produits, toujours des produits, qui ponctuent, qui ritualisent l’existence quotidienne », observait François Brune. Avides de publicité, les grands médias prenaient le contrôle de nos rythmes de vie, et nos comportements grégaires engendraient un « bonheur conforme » aux codes définis, sélectionnés, imposés par l’idéologie publicitaire. L’obsolescence calculée, programmée, devenait complice de la publicité. L’éphémère régnait en maître, générait la nouveauté et alimentait la frénésie de l’acheteur.

Devenant mécanique et réversible, le temps commence à perdre sa « concrétude ». Il n’est plus relié aux cycles solaires et lunaires, au rythme des saisons et des moissons, des avènements et des événements. Les repères du vécu ne sont plus donnés par la tâche (faire les semailles, faucher, récolter, tailler les arbres fruitiers, etc), ni rythmé par les fêtes religieuses ou profanes, mais par un mécanisme abstrait. Le temps devient une grandeur homogène qui n’a plus de lien avec le vécu, transformé lui aussi, et de plus en plus, en une bouillie inconsistante. Toutes les activités se fondent dans le travail, toutes les valeurs dans l’argent. Le travail, le temps, l’argent sont une seule et même substance monnayable sur laquelle le marchand peut spéculer.

Le philosophe et sociologue Jean Baudrillard, dans certains de ses ouvrages majeurs, posa un regard iconoclaste sur le fonctionnement symbolique du monde occidental. Il avait notamment évoqué le miracle de l’achat devant lequel se prosternaient les consommateurs. Le crédit, qui rimait avec magie, allait bouleverser la perception et la gestion de notre temps. Les objets nouveaux imposaient leur rythme aux hommes alors qu’auparavant l’homme imposait le sien aux objets. Et Baudrillard concluait : « Le système du crédit met ici un comble à l’irresponsabilité de l’homme vis-à-vis de lui-même : celui qui achète aliène celui qui paye, c’est le même homme, mais le système par son décalage dans le temps fait qu’il n’en prend pas conscience. »

Une écologie politique subversive s’installa sur la scène politique durant les années dites glorieuses. En dépit de leur proximité sémantique, l’écologie et l’économie se heurtaient vigoureusement et malgré l’échec de mai 68, le capitalisme chancelait. Les sociologues analysaient scrupuleusement cette nouvelle contestation teintée d’antiproductivisme et très éloignée, comme sa cousine le Féminisme, de l’opposition entre le capital et le travail. Ils évoquaient avec enthousiasme ces « nouveaux mouvements sociaux », alternatifs, créatifs, dont le modèle culturel tournait le dos à l’ancien monde.

Cependant au beau milieu des années 70, une parenthèse s’ouvre : la crise économique est de retour et la courbe du chômage grimpe inexorablement. Le rêve doit céder la place au réalisme, au pragmatisme. C’est par la fuite en avant dans un monde financier toujours plus virtuel depuis l’abandon du dernier lien entre le dollar et l’or en août 1971, que le système réussit à prolonger l’illusion statistique de la croissance. Durant cette période, l’idéologie néo-libérale creuse impitoyablement son sillon. Moins d’Etat, plus de concurrence, moins de règlementation, plus de liberté sauvage, moins de protection et de protectionnisme et plus d’échanges. La mondialisation ou globalisation triomphe et montre très vite son vrai visage : exploitation accrue de l’homme et de la nature, financiarisation de l’économie, dérégulation, délocalisations, exclusions, détérioration des liens sociaux, uniformisation culturelle, occidentalisation du monde, dégradation du climat et des sols, déforestation, désertification…

Les crises sociale et environnementale nous rattrapent comme un boomerang à la fin du XXe siècle. Le temps est compté, un mur se dresse face à l’humanité. La machine économique s’est emballée et nous sommes allés trop vite et trop loin. Le fleuve de l’économie de croissance est sorti de son lit, il déborde et menace de tout emporter sur son passage. La décrue est plus que souhaitable, elle est indispensable à la survie. Il faut ralentir, modifier notre rapport au temps, changer de rythme. L’heure de la décroissance a sonné !

En Inde, les paysans se battent contre l’industrie Eglises d’Asie Reporterre 2010/05/24 Eglises d’Asie (24 mai 2010) En Inde, les paysans se battent contre l’industrie. Reporterre. fr

En Inde, les paysans se battent contre l’industrie

Des heurts ont opposé le 18 mai des policiers et des manifestants dans l’Orissa, un Etat de l’est de l’Inde. Paysans et indigènes refusent d’être chassés par un gigantesque complexe sidérurgique.

En Orissa, des affrontements entre la police indienne et des opposants à l’implantation d’un complexe sidérurgique ont fait une centaine de blessés, rapporte Eglises d’Asie, l’agence des Missions étrangères de Paris (MEP).

Samedi 15 mai, plus d’une centaine de manifestants ont été blessés et une quinzaine d’entre eux arrêtés par la police, lorsque celle-ci a forcé les barrages avec lesquels ils bloquaient depuis des mois l’accès au site d’implantation du géant de la sidérurgie sud-coréenne Pohang Iron and Steel Company (Posco).

L’action des forces de police a été vivement condamnée par de nombreux leaders politiques, qu’ils soient membres du Parti communiste de l’Inde (CPI), du Parti du Congrès ou encore du Bharatiya Janata Party (BJP). L’Eglise catholique a également dénoncé les violences policières par la voix de plusieurs de ses représentants, dont l’évêque catholique de Rourkela, Mgr John Barwa, qui s’était déjà clairement engagé aux côtés des manifestants. « Nous sommes opposés à tout ce qui va contre les intérêts des communautés locales, avait-il notamment exprimé le 9 mars dernier. L’Eglise ne peut accepter un projet qui envisage de chasser les gens de leurs terres » (1).

En 2005, la firme sud-coréenne, qui est le 4e plus gros sidérurgiste mondial, avait signé un contrat avec l’Etat de l’Orissa pour y installer un gigantesque complexe industriel intégré, comprenant l’extraction du minerai de fer, des usines sidérurgiques et la construction d’un port. Ce projet colossal d’un montant de 12 milliards d’euros et qui avait pour ambition de faire de l’Orissa « la Ruhr de l’Asie » s’est cependant heurté dès le départ à l’opposition farouche des habitants de la région, en majorité des aborigènes, des dalits et des chrétiens qui vivent des ressources de la forêt, de la pisciculture et de l’agriculture.

L’Orissa détient plus de 27 % des gisements de minerai de fer de l’Inde, laquelle voit aujourd’hui ses besoins en acier grossir rapidement. Avec des ressources en eau abondantes (proximité de la mer, territoire bordé par deux cours d’eau), le district de Jagatsinghpur, choisi par Posco, était un site idéal pour l’implantation d’un complexe sidérurgique.

Afin d’obtenir les 1 600 hectares de terrain nécessaires à la réalisation du projet, la firme sud-coréenne a vainement tenté de convaincre les habitants du district de Jagatsinghpur, à grand renfort de campagnes d’information, de réunions et de prospectus. Sur le site Internet de Posco-India, où le projet sidérurgique, virtuel depuis cinq ans, s’affiche en vidéos, graphiques et vues d’artiste, des enfants indiens souriants se rendent dans les écoles créés par la firme et bénéficient des soins médicaux prodigués par des équipes sud-coréennes. Dans l’argumentaire proposé par Posco, l’accent est mis sur le développement économique de l’Orissa, la création d’emplois, le respect de l’environnement ainsi que des cultures autochtones.

Les opposants au projet en ont une toute autre vision : dénonçant un désastre écologique à venir, la pollution du milieu naturel ainsi que le non-respect des droits des communautés minoritaires, les habitants de la région ont multiplié les manifestations et les mouvements de protestation, refusant une expropriation qui les priverait de tout moyen de subsistance, mise à part une indemnisation insuffisante en raison de la qualification de la région en Zones économiques spéciales (SEZ) (2).

Encadrés par la guérilla communiste, très présente dans la région, les villageois se sont organisés rapidement en groupes de résistance. Le conflit s’est durci en janvier dernier lorsque les habitants des villages concernés ont décidé de bloquer la route menant à Balithutha, point d’accès principal au futur site de la firme, afin d’empêcher l’entrée des responsables du groupe sud-coréen et des autorités de l’Etat. Plusieurs centaines d’entre eux se sont relayés pendant près de quatre mois dans un sit-in pacifique mais déterminé.

Le 15 mai dernier, après avoir donné l’ordre aux manifestants de libérer le passage menant au futur site de Posco, la police a tiré sur la foule avec des balles en caoutchouc et fait usage de gaz lacrymogène. Selon les forces de l’ordre, les manifestants les auraient provoqués, lancé des pierres et de petites bombes artisanales (3). Selon les manifestants et quelques témoins - comme Suryashankar Das, réalisateur de plusieurs documentaires sur la question -, hommes et femmes sans distinction auraient été frappés par la police et grièvement blessés par les balles et les coups de matraque, sans qu’il y ait eu de provocation de leur part. La structure temporaire qui servait d’abri aux opposants aurait également été incendiée par les forces de l’ordre, qui ont déclaré, le 17 mai, avoir repris le site et contrôler la situation (4).

A l’annonce des affrontements de Balithutha, le Parti communiste de l’Inde (CPI) a immédiatement organisé des manifestations dans plusieurs villes de l’Orissa et annoncé un grand mouvement de protestation le 20 mai prochain à New Delhi. Abhaya Sahu (Sahoo), l’un des leaders de la résistance aborigène au projet, a déclaré de son côté à l’agence Ucanews (5) que la « brutale » répression par la police d’une manifestation du peuple sapait les fondements même de la démocratie indienne et aurait certainement pour conséquence de désespérer encore davantage la population des démunis.

Agé de 52 ans, le chef de file du mouvement d’opposition au projet de Posco (Posco Pratirodha Sangram Samiti, PPSS) est l’un des hauts responsables du PCI de l’Orissa. Après avoir rappelé les fondements pacifiques de cette « lutte démocratique », il a ajouté : « [Nous] n’accepterons le rachat des terres à aucun prix. Nous sommes prêts à sacrifier nos vies. »

Ces dernières années, les mégaprojets d’implantation industrielle sur des terres agricoles font régulièrement la Une des journaux. En septembre 2008, dans le district de Singur, au Bengale Occidental, de violentes manifestations ont contraint Tata Motors à transférer la construction de son usine d’assemblage de la voiture Nano au Gujarat, où, à nouveau, le groupe s’est heurté à des manifestations. En Orissa et au Jharkhand, ArcelorMittal tente depuis plusieurs années d’implanter des aciéries, mais, là aussi, l’opposition des aborigènes et des paysans à vendre leurs terres bloque les réalisations. Dans le Maharashtra, NPCIL, société indienne d’électricité nucléaire, ne parvient pas à acquérir un millier d’hectares de terrains pour y construire des réacteurs nucléaires Areva. Soucieux d’éviter les conflits politiques, les Etats régionaux comme l’Etat central tentent, souvent en vain, de concilier leur désir de favoriser l’investissement et la croissance économique avec leur volonté de tenir compte de l’opinion publique et de leur électorat.

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Notes :

(1) AsiaNews, 9 mars 2010.

(2) Les SEZ ou « zones économiques spéciales » ont été mises en place en 2006 par le Premier ministre Manmohan Singh afin de favoriser l’implantation des entreprises, par des rachats de terres à bas prix dans des régions qualifiées de « sinistrées ».

(3) Press Trust of India, 17 mai 2010 ; The Hindu, 16 mai 2010.

(4) The Telegraph, 17 mai 2010.

(5) Ucanews, 17 mai 2010.

La crise de la démesure Simon Charbonneau Reporterre 2010/05/24 Simon Charbonneau (24 mai 2010) La crise de la démesure. Reporterre. Tribune — fr

La crise de la démesure

La « crise économique » est le résultat d’une politique de croissance, qui vise à toujours investir - donc à s’’endetter - plutôt qu’à simplement entretenir. Sans sortie de ce paradigme, la crise ne peut que s’aggraver.

La cigale ayant chanté tout l’été ……… Il semble que La Fontaine ait anticipé la crise actuelle qui frappe les économies des pays surdéveloppés dont les peuples ont vécu depuis près de cinquante ans au-dessus de leurs moyens en tirant toujours plus de chèques sans provision sur l’avenir tout en provoquant une empreinte écologique démesurée. Et aujourd’hui, ce qui est en train de se passer démontre que nous nous heurtons aux limites socio-économiques d’un système fondé sur l’utopie d’une croissance éternelle. Le cas de la Grèce est certes révélateur, mais il ne fait qu’illustrer la situation des autres pays de la zone euro, comme l’ont bien compris les dirigeants pompiers de la crise. Car, par delà la spéculation financière, la question des causes économiques structurelles qui en sont à l’origine est rarement posée.

Dans le cas de la Grèce, ce sont les dépenses pharaoniques engagées par ce pays pour les jeux olympiques (9 milliards d’euros selon un article du Figaro) aggravées par un énorme budget militaire causé par le vieux contentieux avec la Turquie. D’où un déficit public important (23 milliards d’euros) entraînant un endettement insupportable pour un petit pays. Mais d’autres pays européens sont aussi concernés par de tels déficits comme l’Angleterre (179 milliards) qui était jadis montré en exemple pour l’efficacité de son économie, suivie par la France (144 milliards). A l’origine de tels déficits, il y a souvent des programmes technologiques d’infrastructures de transport (autoroutes, LGV etc…), ou de grands aménagements urbains (Grand Paris et métropoles régionales) fondés sur l’idéologie de la performance qui, dans le cas d’un pays comme la France, sont aggravés par un budget militaire surdimensionné (force de frappe avec le laser mégajoule du CEA et présence dans plusieurs régions du monde). L’Europe, elle-même, a encouragé cet endettement par l’intervention des fonds structurels (FEDER, Fond de Cohésion) destinés à faire rattraper leur retard économique à un certain nombre de pays du sud comme l’Espagne et le Portugal. Elle est aussi engagée dans le financement du projet ITER, fondé sur l’utopie techno-scientifique d’une production d’énergie inépuisable, dont le budget a récemment explosé (15 milliards d’euros).

Cet endettement public se combine avec un endettement privé des ménages piégés par la surconsommation, mais également des entreprises auprès des banques d’affaires qui, elles mêmes, sont obligées d’emprunter auprès d’autres banques. De là résulte une pyramide de dettes fondée sur de l’argent virtuel et dont la solidité repose sur la confiance dans l’avenir, une croyance collective qui peut parfaitement s’effondrer d’un jour à l’autre, comme l’a parfaitement montré la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2008. Pour alimenter cette confiance ébranlée par la défiance croissante des opinions en l’avenir, contrairement à la période des trente glorieuses, les Etats sont alors obligés d’injecter massivement d’énormes sommes d’argent (750 milliards d’euros alimentant un Fond Européen) pour pérenniser le système. Or en agissant ainsi, les Etats s’endettent bien sûr un plus pour alimenter une croissance de plus en hypothétique. Le cercle vicieux est alors complètement bouclé par une accumulation les dettes au fil des ans pouvant provoquer un effondrement économique comme celui de Dubaï dont la tour inachevée de 1 km en est le symbole. C’est ainsi que la cigale se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue !

A l’origine de cette situation pourtant prévisible, il y a la course à l’investissement, tant privé que public qui est au cœur de l’idéologie de la croissance. Alors que les dépenses de fonctionnement sont toujours considérées comme un poids qu’il faut à tout prix alléger (en particulier les dépenses en personnel), celles d’investissement sont au contraire supposées nous enrichir davantage pour l’avenir. Toutes les politiques de croissances sont fondées sur ce prêt à penser, pourtant démenti aujourd’hui par les faits. Si, pour les pays en développement cette croyance repose sur une certaine réalité comme en Chine ou au Brésil qui ont encore des besoins essentiels à satisfaire, elle se heurte dans les pays surdéveloppés à des obstacles représentés par des coûts socio-écologiques croissants. Le chômage, l’exclusion, le vieillissement des populations, le coût des matières premières, dont, bien sûr, le pétrole, la protection de l’environnement et la sécurité sanitaire coûtent de plus en plus cher (voir l’affaire du HSN1). La concurrence internationale qui ressemble de plus en plus à une guerre économique rend par ailleurs encore plus précaires ces paris sur l’avenir. Combien d’entreprises ont fermé après avoir investi en vain dans des projets censés les rendre plus compétitives ? Puis il y a aussi un facteur de renchérissement des investissements dont on parle peu, à savoir les coûts croissants des technologies toujours plus sophistiquées et complexes. Les nouveaux chantiers représentés par les réacteurs nucléaires EPR et les LGV représentent des investissements énormes dans la mesure où doivent maintenant être pris en compte les risques technologiques et la protection de l’environnement. Ces équipements qui relèvent souvent du pur prestige technologique peuvent s’avérer ruineux pour des pays en développement, comme, par exemple le train rapide destiné à desservir l’aéroport de Johannesburg dont le budget s’élèverait à 2,5 milliards de dollars. Cet ensemble de facteurs limitant explique que les retours sur investissements, tant vantés pour justifier des projets pharaoniques, relèvent souvent de l’illusion. A l’origine de cette fascination par la démesure, il y a la fameuse « honte prométhéenne » chère à Günther Anders. Or la situation actuelle doit être interprété comme un rappel à la réalité : l’homme moderne habité par l’hubris n’est plus à la mesure de la puissance des instruments qu’il a créé. Il s’agit là d’un thème cher à la science fiction.

Une chose apparaît, en tous les cas, évidente : face à de tels défis, nos élites donnent l’impression d’un désarroi total qui s’explique par un déficit complet de réflexion sur les processus économiques et financiers en cours. De cet aveuglement a résulté leur incapacité à anticiper l’effondrement au quel les populations des pays les plus développés assistent impuissantes et dont elles vivent aujourd’hui les premières conséquences douloureuses. Les mesures envisagées pour répondre à ces défis restent dominées par le court terme et relèvent de choix politiques marqués par des contradictions économiques inextricables.

En premier lieu, d’un côté les plans de rigueur destinés à rassurer les marchés visent à diminuer les dépenses publiques avec un impact négatif incontournable sur le niveau de consommation alors que, d’autre part, la relance de la croissance exige des investissements tant publics que privés qui entraînent forcément des emprunts alimentant un peu plus l’endettement généralisé. D’où l’orientation privilégiée consistant à donner la priorité aux grands chantiers et à la recherche-développement, censée nous rendre plus compétitif vis-à-vis de nos concurrents et ceci au détriment de la consommation. Les plans de rigueur, actuellement en cours dans de nombreux pays européens, vont alors consister à imposer des tours de vis financiers draconiens aux salariés, aux fonctionnaires et aux retraités en diminuant traitements et pensions, tout en augmentant la pression fiscale afin de lutter contre les déficits publics. Mais ces choix risquent en fait d’aggraver l’endettement public sans pour autant relancer la croissance en raison de la chute de la consommation due à l’appauvrissement généralisé. De telles mesures, accompagnées de décisions de rationnement, font penser aux politiques publiques économiques pratiquées pendant la guerre, lorsque les contribuables étaient appelés à « soutenir l’effort de guerre ». Il est vrai qu’au plan international nous sommes en pleine guerre économique mais avec une différence majeure ; la mobilisation des opinions publiques pour soutenir cet effort reste quasi impossible malgré la propagande sur la relance.

En second lieu, l’Europe est incapable d’affronter un tel défi en raison de la faiblesse de sa structure politique. De ce point de vue là, les Etats membres de l’Union Européenne sont pris dans une autre contradiction insurmontable puisque d’un côté ils ne peuvent consentir à des abandons supplémentaires de souveraineté, en particulier dans le domaine financier et économique, mais que d’autre part ils ne peuvent pas non plus laisser éclater la zone euro, ce qui signifierait la fin du projet européen.

Aujourd’hui donc, nous sommes entrés dans une phase historique qui signifie l’échec final du modèle industriel fondé sur l’illusion d’une croissance économique « durable » transgressant les multiples limites qui jusqu’à présent bornaient les sociétés humaines. Il faut donc envisager pour l’humanité un autre avenir que celui qui nous mène actuellement dans le mur. Seule la voie de l’autolimitation de nos moyens, exigeant des modes de vie plus modestes, accompagnés de solutions économiques à taille humaine et expérimentés à l’échelle locale peut être envisagé. Cela signifie d’abord qu’il nous faudra renoncer à la course à la puissance économique et technique pour donner la priorité aux finalités de nos actions. La nécessité peut nous aider à négocier un tel virage à 180 degré, mais cette reconversion ne se fera pas sans douleur en raison des immenses bouleversements qu’elle implique. Dans le contexte catastrophique actuel qui fait suite au déni des décennies précédentes, il est indispensable de cultiver l’espérance dans une optique de pessimisme actif sous peine de sombrer.

Un pique-nique pour la décroissance Par Julien villalard Reporterre 2010/05/25 Par Julien villalard (25 mai 2010) Un pique-nique pour la décroissance. Reporterre. fr

Un pique-nique pour la décroissance

Pique nique décroissance le dimanche 6 juin à Paris.

Dans le cadre de l’International Pic Nic décroissance / decrescita / decrecimiento / degrowth

Nous vous invitons au pique-nique Décroissance Le dimanche 6 juin 2010 à partir de 12h Au parc de la Villette (Prairie du cercle en bas de l’Argonaute)

La Décroissance est avant tout une remise en question de notre société de consommation, sans hypothéquer nos acquis démocratiques, sociaux et culturels.

La Décroissance n’est pas la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo bonheur perdu, mais bien un virage, une bifurcation, que nous devons prendre afin de sortir de l’engrenage destructeur de la société de croissance. A l’aide de ses meilleurs outils que sont le capitalisme, le libéralisme, l’ultra-libéralisme et autres néo… la société de croissance accumule dramatiquement les crises environnementales, sociales, économiques, culturelles et politiques.

Devant ce constat, il est urgent de dire à tous les citoyens qu’il ne s’agit pas de choisir entre « croissance et décroissance » mais bien entre une Décroissance volontaire et une récession subie.

Les problèmes sociaux et environnementaux de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres, ni par les seules initiatives personnelles.

Pour une Décroissance sereine, soutenable, conviviale et tout simplement humaine.

Une croissance infinie dans un monde fini est une absurdité !

Guerre aux paysans Hervé Kempf Reporterre 2010/05/26 Hervé Kempf (26 mai 2010) Guerre aux paysans. Reporterre. Tribune — fr

Guerre aux paysans

Journée mondiale de la biodiversité, tagada-tsoin-tsoin. C’était le 22 mai. Entendu parler ? Non. Ah si, le truc sur les Champs-Elysées, le colza, les herbes, c’était beau. Le site Nature Capitale nous apprend que le Fouquet’s s’est associé à l’événement (1) : il faut « parvenir à un »luxe respectable« , un luxe qui honore l’environnement », explique le directeur de l’établissement célèbre pour avoir accueilli diverses notabilités après le concert de Mireille Mathieu le 6 mai 2007. A vrai dire, on ne peut pas reprocher au monde de se ficher de la biodiversité comme de l’an 40. On n’y comprend rien, les scientifiques n’ont jamais réussi à bien l’expliquer. Des grenouilles disparaissent au fin fond de la Papouasie ? La belle affaire...

Mais, en réalité, la crise de la biodiversité renvoie à un conflit à la fois massif et soigneusement caché : une guerre contre la nature, qui prend la forme d’une guerre contre les petits paysans.

Prenez la Thaïlande, et la rébellion des « chemises rouges » : « C’est un mouvement issu de populations défavorisées du nord et du nord-est du pays, explique dans Témoignage chrétien Benoît de Tréglodé, de l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine. Le clivage jaune-rouge est en train de donner corps à une opposition de classes sociales jusqu’alors dissimulée : paysans pauvres contre urbains aisés » (2). Voyez en Inde, dans les Etats de l’Est, la lutte constante des paysans contre les compagnies minières et industrielles. Le 18 mai encore, dans l’Orissa, une centaine de manifestants ont été blessés dans des heurts avec la police. Ils s’opposent au projet d’un immense complexe sidérurgique, qui pourrait déloger les paysans des 1 600 hectares convoités par Posco, un industriel coréen (3).

Partout, les maîtres des villes font la guerre à la campagne : pour y étendre faubourgs et industries, ou pour imposer une agriculture industrielle à base de machines et de pesticides. Résultat : un recul continu de la biodiversité. En Argentine, l’expansion du soja transgénique a chassé des dizaines de milliers de petits paysans. En Afrique, l’abaissement des frontières douanières a cantonné l’agriculture vivrière à une précaire survivance. Dans de nombreux pays, l’achat de terres par des compagnies étrangères se joue au détriment des petits. Et, en France, le développement sans frein de la grande distribution transfère sauvagement la plus-value agricole sur les comptes en banque des géants du commerce.

La biodiversité ? Il ne s’agit pas que de petits oiseaux, mais aussi du conflit violent et très humain entre la course au profit maximal et le souci de vivre dignement de son travail et de la terre.

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Notes :

(1) http://resonance.naturecapitale.com...

(2) http://www.temoignagechretien.fr/ar...

(3) http://www.reporterre.net/spip.php?...

Enfin une bonne nouvelle : le FMI fait des bénéfices Christophe Ventura Reporterre 2010/05/26 Christophe Ventura (26 mai 2010) Enfin une bonne nouvelle : le FMI fait des bénéfices. Reporterre. fr

Enfin une bonne nouvelle : le FMI fait des bénéfices

Plus la crise s’aggrave, plus le FMI s’enrichit.

L’étape actuelle de la crise du système financier et monétaire international, provoquée par un endettement massif des Etats résultant du sauvetage des banques et des gages donnés aux « marchés » ne fait pas que des malheureux. En particulier, les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI) ont de bonnes raisons de se frotter les mains… Après avoir vu ses capacités d’intervention financière bondir de 250 à 750 milliards de dollars, suite à la décision du G-20 de Londres (2 avril 2009), il vient d’annoncer, le 19 mai dernier - et dans une relative indifférence médiatique - la multiplication par quatre de ses bénéfices pour l’exercice 2009-2010 (clos fin avril). Pour l’institution dirigée par Dominique Strauss-Kahn, c’est la fin d’une période difficile… Il faut en effet savoir que le budget de fonctionnement du FMI provient des intérêts des prêts qu’il accorde aux pays en crise, ainsi que des placements qu’il effectue. Pas de prêts, pas d’intérêts, chute des recettes, « plans sociaux » comme dans une entreprise quelconque.

En 2007(exercice mai 2006-avril 2007) et 2008 (exercice mai 2007-avril 2008), le FMI a même connu deux années de pertes (165 et 135 millions de dollars) et a dû décider le licenciement de 385 des 2 900 postes du « staff ».

Fort heureusement, la crise globale est arrivée ! Et prêter à des Etats exsangues, ça rapporte ! L’institution annonce, pour cette seconde année consécutive de bénéfices, des revenus record de 534 millions de dollars (429 millions d’euros) pour l’exercice mai 2009-avril 2010, contre 126 millions de dollars lors de l’exercice précédent (mai 2008-avril 2009). « Ces perspectives améliorées résultent en premier lieu de rentrées plus importantes que prévu du portefeuille d’investissement du Fonds » indique sobrement le communiqué officiel du FMI du 19 mai[1]. La multiplication des prêts à des conditions scandaleuses pour les populations - en particulier pour les fonctionnaires et les retraités - et les placements (élargis suite à une réforme du règlement intérieur en date du 7 avril 2008[2] mais non rendus publics) ont enrichi la maison cette année. La vente d’or (près de 13 millions d’onces d’or[3]) appartenant à l’institution, et des mesures de restructuration interne complètent l’explication de la superforme 2010 du principal garde-chiourme des intérêts des banquiers et financiers internationaux.

Curieusement, cette bonne nouvelle - qui tranche avec un contexte plus que morose pour les populations touchées par les plans du FMI – n’a pas été saluée comme il se doit par les grands médias. Il est vrai qu’ils ont été très mobilisés par la campagne de promotion personnelle du patron du FMI : émission télé, sondages et articles flatteurs pour l’échéance présidentielle de 2012, etc. Une seule et même brève, copié-collé des dépêches AFP et Reuters dans les colonnes du Monde, sur le site du Point, du Nouvel Observateur et du Parisien… Le FMI, dont la mission est de « de promouvoir la coopération monétaire internationale, de veiller à la stabilité financière, de faciliter le commerce international, de susciter des niveaux d’emploi et de croissance durable, et de faire reculer la pauvreté dans le monde », démontre que la lutte contre la pauvreté, sur un mode néolibéral, est aussi un très bon business. Mais nous le savons, dans notre monde de plus en plus orwellien, la cupidité, c’est la générosité. Et ce ne sont pas nos Brille-Babil[4] qui diront le contraire. D’ailleurs, à en croire l’étude publiée par OpinionWay pour Le Figaro du 20 mai, les sympathisants de gauche ne pensent-ils pas que DSK est le plus apte à battre Nicolas Sarkozy en 2012 ?

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[1] Lire, en anglais, le communiqué officiel du FMI du 19 mai :http://www.imf.org/external/np/sec/...

[2] Avec cette réforme proposée aux Etats membres par le Conseil d’administration du FMI, l’institution est désormais habilitée à « déterminer sa stratégie d’investissement (…) en prenant en compte une évaluation prudente des niveaux acceptables de risques étant donné la nature publique des fonds investis ». Jusqu’à 2008, le budget de fonctionnement du FMI était essentiellement assuré par la différence entre les intérêts perçus (sur l’encours des crédits) et les intérêts versés (sur le montant de quotes-parts qui sert à financer les crédits accordés, appelé “position créditrice ou position de réserve”). Désormais, placements financiers et vente d’or complètent le dispositif. Pour en savoir plus : http://www.imf.org/external/np/exr/...

[3] Le rapport complet, Review of the Fund’s Income Position 2010-2011, est disponible, en anglais, sur le site du FMI : http://www.imf.org/external/np/pp/e...

Non aux voitures et motos sur les chemins Fédération des parcs naturels régionaux de France Reporterre 2010/05/29 Fédération des parcs naturels régionaux de France (29 mai 2010) Non aux voitures et motos sur les chemins. Reporterre. Transports fr

Non aux voitures et motos sur les chemins

Le député Saint Léger dépose une nouvelle proposition de loi pour motoriser les chemins. Un acte « en totale opposition avec les principes généraux de nos politiques environnementales tant nationales que locales », s’insurge la Fédération des parcs naturels.

Motion de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France

Opposition à la proposition de loi visant à préciser la notion d’ouverture à la circulation publique des chemins.

Le Bureau de la Fédération des Parcs naturels régionaux s’inquiète de la nouvelle proposition de loi (cf. articles ci-dessous) du député Francis Saint Léger, enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 février 2010 visant à modifier les articles L.161-1 et L.162-1 du code de la voirie routière, définissant les conditions de circulation sur les chemins ruraux.

Cette proposition de loi fait suite à celle, déposée le 15 septembre 2009, visant à étendre l’usage de véhicules motorisés en zone de montagne. Les arguments évoqués sont les mêmes, seuls changent la forme de la proposition, sa portée géographique ainsi que le code visé.

En effet, l’évolution législative proposée porte cette fois-ci sur le code de la voirie routière et vise à rendre inopérante la jurisprudence qui permet au citoyen de déterminer s’il peut circuler sur une voie privée, à l’aide d’un véhicule à moteur, en fonction de la praticabilité de cette voie pour un véhicule ordinaire. Cela permettrait de fait aux véhicules tout terrain et quads de circuler sur les voies privées appartenant aux collectivités (notamment les chemins du domaine privé des communes) ou à des personnes physiques ou morales de droit privé. Cette fois-ci, l’ensemble du territoire français est concerné, rendant cette proposition de loi d’autant plus préoccupante.

Face à cette récidive, nos arguments ne diffèrent pas de ceux développés à l’encontre de la proposition de loi du 15 septembre 2009 : - Remise en cause d’un dispositif général équilibré qui concilie liberté de circuler et préservation des espaces naturels ; - Préjudices pour les habitats naturels, la flore et la faune sauvages ; - Risques de conflits d’usage entre les différentes catégories d’usagers fréquentant ces espaces naturels (randonneurs, agriculteurs, forestiers, ...) ; - Insécurité des chemins et voies privées ; - Atteinte au droit de propriété.

Avec le récent vote de la loi Grenelle 2, il ne paraît pas utile de préciser que cette proposition de loi s’inscrit en totale opposition avec les principes généraux de nos politiques environnementales tant nationales que locales. Le Bureau de la Fédération s’oppose donc à la modification des articles L.161-1 et L.162-1 du code de la voirie routière, et par conséquent à l’ouverture des chemins et des voies privés à la circulation publique des véhicules à moteur, sur l’ensemble du territoire français, quand ces véhicules sont adaptés aux caractéristiques de ces voies et chemins.

Proposition de loi :

Article 1er L’article L.161-1 du code de la voirie routière est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Tout chemin rural praticable par des véhicules homologués pour une circulation routière et adaptés à ses caractéristiques est considéré comme ouvert à la circulation publique sauf décision contraire motivée de la commune. »

Article 2 L’article L.162-1 du code de la voirie routière est complété par deux alinéas ainsi rédigés :

« Toute voie appartenant au domaine privé de la commune ou des propriétaires particuliers dont l’utilisation est non réglementée, praticable par des véhicules homologués pour une circulation routière et adaptés à ses caractéristiques est considérée comme ouverte à la circulation publique.

« Conformément aux dispositions de l’article L.2213-4 du code général des collectivités territoriales, le maire conserve la possibilité d’interdire par arrêté motivé la circulation des véhicules sur des voies, portions de voie ou secteurs de sa commune. La fermeture de la voie doit être signalée matériellement et réglementairement sur le terrain.”

Débat : les voies de montagne doivent rester ouvertes aux véhicules motorisés Gérard Métral Reporterre 2010/05/31 Gérard Métral (31 mai 2010) Débat : les voies de montagne doivent rester ouvertes aux véhicules motorisés. Reporterre. Tribune — fr

Débat : les voies de montagne doivent rester ouvertes aux véhicules motorisés

Après avoir lu le commentaire sur l’« envahissement des 4x4 », je ne peux m’empêcher de faire les commentaires suivants.

Pratiquant de la haute montagne et un peu de randonnée, j’habite la vallée de Chamonix et connais bien le problème. Il est vrai que lorsque l’on se balade, on apprécie peu de retrouver bruit et gaz d’échappement lors de notre bol d’air. Pour autant, il est regretable que nombre de citadins pratique une intolérance à la hauteur de leur ignorance des modes de vie montagnard. Exiger le renoncement à tous véhicules chez les autres révèle un comportement pour le moins égoïste et peu courageux. Pourquoi les mêmes citadins (et même certains ruraux) ne luttent pas pour la suppression des voitures dans leurs propres agglomérations ou régions ? Eux seuls auraient le droit d’être motorisés au quotidien ? Je tiens à vous rappeler que bien des chemins carrossables existaient bien avant la pratique courante de la randonnée pédestre. La montée en alpage, ou en ferme isolée, de même que les parcours pour diverses raisons se faisaient à dos de mulet puis en tracteurs puis en 4x4. Le fait que la montagne comporte des pentes, des forêts et des alpages ne limitaient en rien le droit des habitants à se motoriser comme les autres habitants du pays. Les randonneurs sont arrivés plus tard et prétendent aujourd’hui transformer notre terrain de vie en leur salle de jeu et souhaiteraient nous faire vivre de la façon qu’eux même souhaitent seulement pendant leurs vacances... S’ils détestent tant les odeurs et les bruits de moteurs, ils devraient commencer par améliorer leur propre cadre de vie en y supprimant les véhicules conformément à leurs prétentions, ils en bénéficieraient au quotidien et pourraient ainsi éviter d’aller le chercher en montagne les week end et autres vacances, déplacements peu écologiques s’ils restent cohérents, et lors desquels ils empoisonnent les riverains de routes qu’ils empruntent. (A ce que je sache, ils s’y rendent bel et bien en voiture contrairement à leur idéologie de circonstances).

Si une voie carrossable de montagne existe, c’est qu’elle est utile et qu’elle a été faite pour que sa largeur soit utile, et n’a donc pas été construite pour le seul plaisir de randonneurs. Les organisations « nature » ou écologistes devraient plutôt considérer que la pratique de la randonnée pédestre doit se faire sur des *_sentiers piétons _*et lorsqu’elle emprunte une voie carrossable c’est en acceptant que les utilisateurs originaux y soient à leur pleine et entière place. S’ils souhaitent une pratique égoïste où eux seuls seraient acceptés, ils doivent alors construire leurs propres chemins et ne pas utiliser les voies construites par les locaux à d’autres fins et dont ils cherchent à en détourner la finalité. Il est plus facile de construire des sentiers que de déplacer des voies existantes.

Pour finir, j’ai le regret de préciser que la plupart du temps, les utilisateurs les moins respectueux des routes de montagne et de leurs utilisateurs, sont hélas des utilisateurs d’occasion en vacances qui ignorent les bases du bon usage : Accélérations désastreuses qui creusent les ornières et saccagent les renvois d’eau et autres ouvrages, qui forcent le passage en ignorant que le véhicule montant a priorité, ou alors qu’une place d’évitement est plus proche d’eux, oublient de se ranger et couper le moteur au croisement de troupeaux, et j’en passe...

Vous considérez que la pollution est trop importante ? Moi aussi, mais ne vous trompez pas de cible et restez cohérents et surtout égalitaires : Suppression de trajets inutiles de semi-remorques, de déplacements moutonniers lors de vacances, usines tournant à plein régime pour la fabrication de gadgets inutiles ou impression de prospectus à l’encre empoisonnée, déplacements aériens injustifiés etc. sont bien plus polluants que le droit au déplacement des montagnards ou ruraux dans leur propre environnement.La montagne doit rester vivante et garder ses traditions (en évolution comme ailleurs) et ne doit pas devenir un disneyland au seul usage de citadins en mal de nature et de loisirs. Nous avons le droit d’être considérés autrement que comme un musée ou une réserve de ce que les utilisateursoccasionels n’ont su préserver chez eux.

A bon entendeurs...

L’Europe doit condamner l’agression israélienne contre la flotille de la paix Europe Ecologie Reporterre 2010/05/31 Europe Ecologie (31 mai 2010) L’Europe doit condamner l’agression israélienne contre la flotille de la paix. Reporterre. Tribune — fr

L’Europe doit condamner l’agression israélienne contre la flotille de la paix

Les députés européens d’Europe Ecologie prennent connaissance avec effroi des décès des personnes intervenus la nuit dernière à l’issue de la prise d’assaut par l’armée israélienne des bateaux de la flottille de la Paix. Acheminant du matériel humanitaire, les bateaux civils de la flottille de paix voulaient décharger sur la bande de Gaza des marchandises qui manquent cruellement à la population gazaoui en raison du blocus, imposé par Israël, qui interdit toute reconstruction notamment depuis la fin de l’opération militaire « plomb durci ».

De retour, vendredi dernier, d’une délégation officielle du Parlement européen en Palestine et Israël, Eva Joly et Nicole Kiil-Nielsen ont pu constater combien le blocus créait une situation humanitaire et sociale dramatique pour le million de gazaouis qui se sent aujourd’hui totalement abandonné par la communauté internationale.

Nicole kiil-Nielsen déclare :

« Poussée par l’inertie de l’Europe à jouer un rôle dans la recherche de la paix, la population civile s’organise pour apporter le minimum aux habitants de Gaza. L’assaut meurtrier d’une armée sur des civils constitue une escalade de plus dans la violence, l’Europe doit réagir et condamner avec énergie cet acte de guerre ».

Eva Joly estime que « l’inadmissible réaction de l’armée israélienne, qui a entrainé la mort d’au moins dix personnes et de nombreux blessés, ne peut pas rester sans suite diplomatique. L’Europe doit non seulement condamner cette opération mais doit en plus prendre toutes les initiatives possibles pour que des négociations internationales s’ouvrent pour lever le blocus sur Gaza et ouvrir des négociations globales ».

Hélène Flautre, Présidente de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie déclare : « J’invite les États membres de l’Union européenne à saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies en s’appuyant sur l’influence grandissante de la Turquie, membre actuel non permanent. Il est impératif que les Nations Unies se saisissent de cette attaque inacceptable et qu’une mission d’enquête soit lancée sur les circonstances de ce qui apparait comme une nouvelle violation du droit international par Israël. Madame Ashton doit immédiatement appeler les États membres à cesser toute coopération militaire avec Israël et renouveler sa demande d’un accès libre pour Gaza. Elle doit, d’autre part, réagir à la mesure de la gravité des évènements et du risque évident d’escalade en se rendant immédiatement sur place ».

Pour sa part, José Bové demande « la suspension de tous les accords de partenariats économiques entre l’Union européenne et Israël et la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies pour faire appliquer, dans les plus brefs délais, les résolutions visant à la création d’un État palestinien ».

Enfin, Malika Benarab-Attou indique que « notre compassion va aux familles des victimes. Les gouvernements des pays d’Europe et la haute représentante de l’UE, Mme Ashton, doivent réagir fermement contre les violations des lois internationales par Israël. Les crimes commis contre des civils en convoi humanitaire sont inacceptables. A quand la fin du double standard entrainant l’aveuglement face aux crimes du gouvernement d’Israël ? Le blocus illégal de Gaza doit être levé maintenant. »

Les citadins africains grossissent IRD (Institut de recherche pour le développement) Reporterre 2010/06/01 IRD (Institut de recherche pour le développement) (1er juin 2010 à 10h30,) Les citadins africains grossissent. Reporterre. fr

Les citadins africains grossissent

Le nombre de citadins des pays en développement va plus que doubler entre 2000 et 2025. Cette urbanisation s’accompagne d’un changement des habitudes alimentaires : plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés, des repas pris sur le pouce en dehors de la maison. Paradoxalement, alors que la sous-nutrition reste un problème très préoccupant dans de nombreux pays d’Afrique, l’obésité fait son apparition dans les villes.

Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires (1) révèlent que dans deux quartiers de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, 36% des femmes et 14,5% des hommes sont en surpoids. Les nutritionnistes montrent que cet embonpoint est lié au mode d’alimentation « moderne » adopté par ces habitants, en particulier les plus riches.

Ces travaux permettent de mieux comprendre les causes de l’obésité de populations urbaines, pour la mise en place à terme de programmes appropriés pour en prévenir ses conséquences sur la santé.

L’urbanisation est en extension rapide dans les pays en développement. Au Burkina Faso, par exemple, la population urbaine a été multipliée par sept depuis 1975. Ce phénomène s’accompagne de changements profonds de mode de vie et d’alimentation. Cette « transition nutritionnelle », déjà accomplie dans les pays du Nord, se manifeste par l’apparition de problèmes d’obésité. Le surpoids n’est plus uniquement un problème des pays développés, il augmente de façon spectaculaire en Afrique, notamment en ville. De par ses conséquences sur la santé, il va constituer un enjeu majeur pour les politiques de santé publique pour ces pays dans les années à venir.

Un régime en transition

Pour établir le lien entre alimentation et surpoids, des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires ont examiné les modes de consommation, les caractéristiques des régimes et des types d’aliments consommés dans deux quartiers très contrastés de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso : l’un central et plutôt riche, l’autre en périphérie et plutôt pauvre. Les nutritionnistes ont montré que chez ces ménages, 36% des femmes et 14,5% des hommes étaient en surpoids. Plus de 1000 habitants, âgés de 20 à 65 ans, ont détaillé tous les repas, sauces, casse-croûtes et boissons consommés au cours de la semaine et répondu à un questionnaire qualitatif sur leurs habitudes alimentaires : combien ont-ils pris de repas par jour ? Les ont-ils pris au domicile ou en dehors ? Ont-ils grignoté entre les repas ?

Les nutritionnistes ont alors montré que les personnes qui consomment des aliments dits « modernes » ont davantage tendance au surpoids. Bien que le régime alimentaire de ces Ouagalais demeure traditionnellement basé sur les céréales, les légumes et l’huile végétale, d’autres aliments ou recettes « importés » s’y ajoutent, comme l’omelette, le poulet, les sandwiches, les salades, les pâtes, le pain, etc. En revanche, le grignotage, autre mode de consommation typiquement urbain, souvent incriminé comme un facteur de surpoids, ne semble pas entraîner ici de surnutrition. Cependant, il faut noter que nombre de casse-croûtes à Ouagadougou restent de type traditionnel.

Les plus riches sont les plus touchés

Cette étude met en lumière l’étroite relation entre le mode de vie des citadins et leur comportement alimentaire. Le grignotage est associé à des conditions de vie moins structurées, telles que celles des jeunes gens ou des célibataires. Les personnes plus âgées ou mariées sont en effet plus enclines à prendre des repas planifiés et à heure régulière. De même, les actifs, ayant moins de temps disponible, mangent plus fréquemment sur le pouce.

L’environnement et l’accessibilité de la nourriture jouent également un rôle dans le choix des aliments. Les habitants du quartier périphérique, plus pauvres, ont une alimentation constituée de produits de base, plus traditionnelle, que ceux du quartier central, plus riches, qui consomment plus d’aliments « modernes » et plus coûteux.

Urbanisation et transition nutritionnelle

Tout comme la sous-nutrition, la surnutrition peut être causée par un ensemble de facteurs économiques, sociaux et culturels, souvent liés à la pauvreté qui entraîne des difficultés d’accès à une alimentation équilibrée. Les citadins subissent moins les variations saisonnières, ont un plus large choix et une meilleure disponibilité des denrées alimentaires que leurs concitoyens des zones rurales. Mais l’urbanisation est aussi synonyme de changements d’habitudes alimentaires, d’une occidentalisation des régimes (plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés), d’une sédentarisation et de changements de modes de vie en général. Grignoter entre les repas principaux, acheter des plats préparés et pris en dehors de la maison deviennent des pratiques fréquentes. Ce phénomène, connu sous le nom de « transition alimentaire », s’accompagne d’une augmentation du surpoids et de l’obésité et d’un plus grand risque de maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardio-vasculaires et certains cancers.

L’Afrique doit désormais faire face à un double fardeau : alors que la faim tenaille encore une large part de sa population, l’obésité et ses graves conséquences sur la santé gagnent les villes. La population urbaine en Afrique ne cesse de croître : les citadins seront en majorité d’ici 2020. Avec les changements d’alimentation qui s’ensuivent, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime que la proportion de femmes africaines de plus de 30 ans en surpoids devrait atteindre 41% dans 5 ans.

Cette étude, menée dans deux quartiers caractéristiques de Ouagadougou, permet de mieux cerner les causes de l’obésité et, à terme, d’améliorer les politiques de surveillance et de prévention et de mettre en place des programmes nutritionnels appropriés.

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Note

(1). Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec la Direction Nationale de la Nutrition du Ministère de la Santé burkinabé, l’Institut Supérieur des Sciences de la Population et l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé à Ouagadougou au Burkina Faso.

Le secret Hervé Kempf Reporterre 2010/06/02 Hervé Kempf (2 juin 2010) Le secret. Reporterre. Tribune — fr

Le secret

C’est tout à fait simple : imaginez qu’un document officiel contienne, d’une manière ou d’une autre, une référence à la chose militaire. Il vous suffit de le déclarer « secret-défense » pour en empêcher la communication publique.

Autre méthode du même tonneau : un document officiel contient des données relatives à une entreprise privée. Vous lui demandez si vous pouvez le communiquer, elle vous répond que ces données relèvent du « secret commercial », et vous retenez le document, ou le caviardez des pages relatives à cette entreprise. Cette entreprise assume un service public ? La belle affaire !

Vous retenez donc à votre gré ce qui vous arrange. Mais, comme vous avez adopté une loi « sur la transparence », que vous avez signé une convention internationale sur « le droit à l’information du public » et que, depuis la Révolution de 1789, vous êtes labellisé « démocratie », tout va bien, vous êtes un pur et parfait démocrate.

La France, en ce qui concerne le nucléaire, se trouve dans cette situation. Le président a commandé en janvier - à grands sons de trompe - un rapport à François Roussely sur « l’évolution du nucléaire civil à l’horizon 2030 ».

Le rapport est rendu au président début mai, mais classé secret-défense. Circulez, rien à voir.

Un débat public sur Areva, EDF, GDF-Suez, et les arrangements entre gens du même monde ? Secret, on vous dit. Le président rendra « sa » décision quand le temps sera venu.

Autre anecdote, moins visible, mais aussi significative : un consultant en énergie demande à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) son rapport sur la « gestion des compétences et des habilitations des personnels d’exploitation des réacteurs à eau sous pression d’EDF » ; l’IRSN consulte EDF et transmet le rapport de 150 pages allégé de... 93 pages.

Le plus étonnant, dans tout cela, est l’indifférence.

Comme si l’on s’était définitivement habitué à l’idée que le nucléaire échappe aux règles démocratiques qui régissent les autres sujets intéressant la société.

La seule conclusion que l’on puisse tirer de ce mépris continu des dirigeants pour la discussion est que seule est efficace l’action des citoyens. Comme celle des citoyens obscurs de Champagne et Lorraine qui ralentissent le stockage de nouveaux déchets dans leur région. Ou comme le travail de journalistes et de Greenpeace pour empêcher l’exportation de déchets nucléaires en Russie. Areva a annoncé qu’elle arrêtait cette exportation (1). Bravo aux citoyens et activistes ! Parce que, des « responsables », il y a peu à attendre.

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Note :

(1) http://www.areva.com/FR/actualites-.... Voir aussi la versioin de Greenpeace : http://energie-climat.greenpeace.fr...

Les yourteurs expulsés violemment Sylvie Barbe Reporterre 2010/06/02 Sylvie Barbe (2 juin 2010) Les yourteurs expulsés violemment. Reporterre. fr

Les yourteurs expulsés violemment

Dans la nuit du 28 au 29 Mai, des individus de l’agence immobilière Solimmo, située aux Mages (Gard), se sont introduit illégalement au local de domiciliation de Sylvie Barbe, présidente et fondatrice de la Coordination des Habitants-usagers En Yourtes sur Espaces Naturels, (CHEYEN), association nationale de défense de l’habitat en yourte, siégeant à Bessèges, dans les Cevennes minières.

Les délinquants ont arraché tous les verrous du domicile et les ont remplacé par d’autres verrous leur appartenant. Ils ont sectionné les fils électriques d’alimentation du camp de yourtes attenant et fouillé les dossiers du bureau. Puis ils ont arraché le panneau de l’association CHEYEN collé à l’intérieur de la porte vitrée et l’ont remplacé par un panneau « à louer », signant ainsi leurs méfaits.

Dans la journée du 29 Mai était prévu le démontage de la grande yourte de l’association Demeures Nomades au Cantoyourte, par un collectif de soutien, étape décisive du démantèlement du camp de yourtes après cinq années d’action sociale et culturelle et plusieurs procédures d’expulsion, instiguées par des spéculateurs marchands de biens, des agents immobiliers et des notables locaux du Gard .

Cet événement, qui clôt plusieurs années de lutte citoyenne locale, a ainsi été gravement mis en difficulté par l’impossibilité d’accès au local domiciliaire et donc aux affaires personnelles et associatives.

Après trois heures de retenue à la gendarmerie, où Sylvie Barbe a exigé la constatation du délit de violation de domicile et la prise en compte de son dépôt de plainte, ces actes légaux ont été obtenus grâce à la venue des journalistes prévue l’après-midi, couvrant l’événement de démontage de la grande yourte.

http://www.midilibre.com/articles/2...

Les violeurs de domicile peuvent revenir : ils ne semblent s’embarrasser ni de la loi ni de la légalité. Comme la France n’est pas le Far-West, mais un pays de droit où, quelque soit le titre d’occupation d’un local ou d’un logement, une procédure devant un tribunal est obligatoire avant toute expulsion, nous appelons à la plus grande vigilance et à la solidarité citoyenne sur ce nouveau dossier, qui a certainement des accointances avec celui du Cantoyourte.

Climat : sortir des incantations Maximes Combes Reporterre 2010/06/03 Maximes Combes (3 juin 2010) Climat : sortir des incantations. Reporterre. Tribune — fr

Climat : sortir des incantations

La négociation climatique a repris à Bonn. Mais en l’absence d’actes concrets pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette négociation est vaine. Les mouvements sociaux se préparent à peser.

Plus de 5 mois après la clôture calamiteuse de la COP-15 de Copenhague, et 6 mois avant la Cop-16 de Cancun au Mexique (29 nov – 10 déc), la rencontre intermédiaire de Bonn (31 mai – 11 juin) s’est ouverte dans un climat de défiance.

D’Yvo de Boer à Christiana Figueres qui va lui succéder le 1er juillet, en passant par les négociateurs et observateurs les plus avertis, les déclarations annonçant qu’il n’y aura pas d’accord sur le climat cette année et qu’il faudrait se contenter des mesures « opérationnelles » pour aider les pays les plus pauvres et protéger les forêts, ne cessent de se multiplier.

Comme s’il était possible d’écarter le cœur des négociations – les engagements contraignants de réduction de GES (gaz à effet de serre) des pays développés – pour se concentrer sur ce qui serait plus aisé. De fait, les pays développés agitent quelques milliards d’euros et des mécanismes de financements de projets moins carbonés au Sud pour masquer leur propre incapacité à réduire leurs émissions domestiques de GES et transformer leurs modèles économiques. Certains pays du Sud, comme la Bolivie, et les mouvements sociaux ne sont pas dupes et réclament que les propositions contenues dans l’accord des peuples de Cochabamba, notamment un engagement de réduction de 50 % d’ici 2020, soient intégrées dans les textes des négociations au même niveau que celles du pseudo-accord de Copenhague.

Il faut rappeler à celles et ceux qui disent souhaiter redonner « confiance dans le processus de négociations » que cette « confiance » nécessite des actes et non plus des engagements vagues au final non tenus. Aujourd’hui, l’incurie des principaux gouvernements de la planète ont de fait ouvert la porte à l’offensive des climato-sceptiques. Face à cela, les mouvements sociaux sont revenus de Cochabamba avec un agenda de rendez-vous et d’initiatives pour 2010 – ici à Bonn et semaine internationale d’actions décentralisées du 10 au 16 octobre – afin d’imposer de véritables solutions, dans les négociations et sur le terrain. Seul un véritable rapport de force, s’appuyant sur des revendications globales ancrées dans des pratiques alternatives le permettra.

Le projet de réacteur ITER trois fois plus cher que prévu Groupe Europe Ecologie au Parlement européen Reporterre 2010/06/03 Groupe Europe Ecologie au Parlement européen (3 juin 2010) Le projet de réacteur ITER trois fois plus cher que prévu. Reporterre. fr

Le projet de réacteur ITER trois fois plus cher que prévu

Cela fait cinquante ans que dans cinquante ans, la fusion nucléaire doit fournir une énergie miracle. Mais ce mirage coûte des milliards, et le projet de prototype ITER crève son budget prévisionnel.

La Commission européenne est venue s’expliquer devant les parlementaires européens, sur le triplement des coûts estimés du réacteur expérimental thermonucléaire international (ITER) en projet à Cadarache en France. Son représentant souhaite que les contribuables européens, et en particulier français, paient l’addition très lourde de ce mirage scientifique, devenu scandale financier. Les pays européens doivent trouver d’ici mi-juin une solution commune à la crise d’ITER. Les discussions n’ont toujours pas abouti.

Pour Yannick Jadot, député Europe Ecologie :

"Le projet ITER est dans une impasse financière. Son coût total a été réévalué de 6 à 16 milliards d’euros -à ce premier stade de construction ! - Le coût qui incombe à l’Europe passe de 2,7 à 7,2 milliards, sans d’ailleurs que cela n’ait déclenché un quelconque dispositif d’alerte des autorités de contrôle budgétaire européennes.

A cet échec des institutions européennes, la Commission ajoute l’impensable : il souhaite que les citoyens européens paient ce dépassement budgétaire malgré la crise sociale, les plans d’austérité et la pénurie des financements publics. Il faudra alors soit rogner sur d’autres dépenses européennes, soit que les pays européens remettent de l’argent au pot. Dans ce cas, il a précisé que la France, en tant qu’hôte du site principal du projet, devrait continuer à payer 20% du coût européen, soit un nouveau chèque de 800 millions d’euros qui viendrait s’ajouter aux 500 millions déjà promis.

Il faut absolument suspendre ce projet né à la fin de la guerre froide, misant sur un mirage scientifique, dont le coût est devenu un puits sans fond. En pleine crise sociale, budgétaire, climatique et énergétique, la recherche européenne doit se doter d’objectifs réalistes, répondant aux attentes des citoyens et aux impératifs planétaires, bien loin de ces éléphants blancs irresponsables".

Pour Michèle Rivasi, députée Europe Ecologie :

"Quand s’arrêtera la facture ? Comment avoir confiance en la Commission lorsqu’elle nous dit que les coûts n’augmenteront plus ? Cela relève d’une croyance aveugle que les parlementaires ne peuvent cautionner. Qui plus est la Commission laisse entendre que ses six partenaires internationaux, dont la Chine, les Etats-Unis ou encore l’Inde accepteront de leur côté de faire face au dérapage des coûts, et ce alors même que l’administration Obama prévoit de réduire de 40% son financement à ITER dans son projet de loi de 2011 !

Il est temps de suspendre le projet ITER et de réfléchir à sa pertinence, à la lumière des avancées technologiques dans les énergies renouvelables comme le solaire concentré ou encore l’éolien off-shore, des technologies bien moins aléatoires, bien moins risquées, et bien plus créatrices d’emplois. Il faut se rendre compte qu’avec ITER on parie littéralement à très long terme sur une technologie dont on ne sait même pas si elle fonctionnera un jour : la première réaction ’serait’ prévue pour 2027.« Après l’échec de leurs discussions sur le sujet la semaine dernière, les Ministres européens en charge de la recherche devraient se retrouver dès la semaine prochaine pour tenter de définir une position commune face à cette crise, avant la réunion des 16 et 17 juin qui rassemblera en Chine l’ensemble des pays partenaires d’ITER. »

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Monsanto s’invite à Haïti Confédération paysanne Reporterre 2010/06/04 Confédération paysanne (4 juin 2010) Monsanto s’invite à Haïti. Reporterre. fr

Monsanto s’invite à Haïti

Monsanto « offre » ses semences hybrides à Haïti. Un acte jugé destructeur de la petite paysannerie par les mouvements locaux.

Une marche de protestation initiée par le Mouvement Paysan Papaye (MPP) se déroule à Haiti ce 4 juin 2010. Il s’agit de protester contre les dons de semences de Monsanto, de Pionners Hybrid et la politique dévastatrice du projet Winner lancé par l’Agence américaine d’aide au développement international (USAID).

Sous prétexte d’action humanitaire, Monsanto et Pionner tentent de saisir l’opportunité d’implanter ses semences et le modèle agricole industriel qui l’accompagne.

Ces multinationales se présentent comme salvatrices, alors qu’elles font partie des principales actrices du désastre environnemental, économique et social subi mondialement par le secteur agricole.

Jusqu’à présent les paysans haïtiens ont peu recours aux hybrides F1 de Monsanto et Pioneer, dont ils ne peuvent pas utiliser la récolte comme semence. Ils utilisent essentiellement les semences paysannes locales et s’inscrivent dans une démarche de promotion de la Souveraineté alimentaire, de la priorité à la production et la consommation locales et traditionnelles ; seul projet capable de répondre aux besoins des populations. L’arrivée massive de semences hybrides et du paquet technologique qui les accompagnent ne seront pas un facteur de reconstruction mais de déstabilisation supplémentaire, d’autant qu’il est très prévisible qu’une vague OGM s’en suivra.

Haïti, l’un des pays les plus pauvres, subit une forte dépendance alimentaire, mais l’origine de ce problème n’est pas du aux techniques agricoles mais aux politiques agricoles et au libéralisme économique auxquels elles sont soumises.

Chaque fois qu’une catastrophe climatique frappe une région, elle est suivie par une seconde secousse tout aussi violente qui tente d’expulser les paysans et d’anéantir les savoir-faire locaux au profit de quelques transnationales nécrophages.

La Confédération Paysanne s’associe au MPP pour condamner ardemment les politiques et les pratiques de destructions des agricultures paysannes partout dans le monde.

Le réchauffement de la planète se poursuit Taca Reporterre 2010/06/05 Taca (5 juin 2010) Le réchauffement de la planète se poursuit. Reporterre. fr

Le réchauffement de la planète se poursuit

Les mesures de la Nasa montrent que le réchauffement de la planète se poursuit. 2010 pourrait être l’année la plus chaude enregistrée.

Le Goddard Institute (GISS, chargé de suivre les données climatiques avec la NASA) vient d’annoncer que la température moyenne sur les 12 derniers mois vient de battre le dernier record établi en 2005.

Cette courbe est une preuve inexorable du réchauffement climatique en cours. En l’analysant de plus près, on comprend pourquoi les négationistes (ou climato-sceptiques) se réfèrent toujours à l’année 1998 qui correspond à la pointe isolée, pratiquement à la verticale du 2 de 2000. 1998 a été exceptionnelement chaude, mais ensuite, il y a eu maintien puis dépassement de cette valeur, c’est ce qui s’est passé en 2005 et recommence actuellement. Donc aujourd’hui on a déjà battu le record de T° sur 12 mois glissant, ce qu’on va suivre sur cette page c’est si nous allons aussi battre le record détenue par l’année 2005 (juste devant 1998) pour la moyenne sur les 12 mois calendaires.

Mise à jour 1er juin 2010 : Vague de chaleur en Asie du Sud Est avec un record absolu de 53,5°C mesuré au Pakistan (température record jamais mesurée en Asie) (source climateprogress.org). Pendant ce temps la banquise arctique qui a commencé à fondre plus tard que d’habitude le fait à un rythme exceptionnel et a battu le record de surface de banquise la plus faible au 1er juin, en route pour battre le record de 2007. (à vérifier à la fin de la fonte courant septembre 2010 ; Source guardian).

Mise à jour 8 mai 2010 : Les mesures automatiques de T°C du satellite NOAA mettent le mois d’avril 2010 comme le mois d’avril le plus chaud (le précédent record était celui de 1998, avec le phénomène El Nino tres puissant). La période Janvier -Avril 2010 est nettement la plus chaude jamais mesurée. Comme expliqué ci dessous, le réchauffement climatique se poursuit inexorablement, et ce n’est pas parce qu’on parle d’autres choses dans les nouvelles que ce problème a disparu, AU CONTRAIRE. (...)

Maudit soit le pétrole Nicolas Hulot Reporterre 2010/06/05 Nicolas Hulot (5 juin 2010) Maudit soit le pétrole. Reporterre. Tribune — fr

Maudit soit le pétrole

Au large de la Louisiane, ce serait l’équivalent d’un Exxon Valdez tous les quinze jours, ou d’un Erika tous les huit jours, qui se déversent dans la mer. Les mots sont vains pour qualifier cette catastrophe écologique sans précédent aux allures de profanation planétaire. A l’heure où j’écris ces lignes, le puits vomit encore ses millions de litres de souillures sans que BP ne soit parvenu à colmater la fuite. Une hémorragie sinistre, comme si la terre se vidait de son sang.

Pourtant, cet événement s’est dissous dans le bruit de fond de notre société et l’on y prête à peine attention. L’addition est pourtant à ce jour celle de cinq Erika ! Comme pour la dette de nos Etats, les chiffres sont tellement énormes qu’ils finissent par nous étourdir ou simplement ne plus rien signifier.

Cette pollution spectaculaire d’hydrocarbures s’ajoute à d’autres, plus ordinaires, mais tout aussi destructrices et passées sous silence. Le mois dernier, au Nigeria, un oléoduc s’est rompu, déversant 4 millions de litres de brut dans le delta du fleuve Niger, l’une des 300 marées noires de toutes tailles qui affecteraient chaque année ce seul delta. Un exemple édifiant parmi d’autres, qui atteste qu’un peu partout sur le globe, pour cause de fuites permanentes, il y a chaque année des millions de barils qui dégradent l’environnement et affectent les populations. Pourtant, au-delà des conséquences économiques inestimables et des préjudices humains, cet événement est une fois encore la tragique illustration de notre inconséquence et de notre vanité. La nature fait les frais de notre avidité. Dans ce sacrilège, l’homme se mutile lui-même.

J’observe d’ailleurs le profil bas des écolosceptiques, des confréries du tout pétrole et des pourfendeurs récurrents du principe de précaution. « La science a fait de nous des dieux avant de faire de nous des hommes », craignait Jean Rostand. La technologie sans finalité consentie et sans humilité peut faire de nous des monstres. Comme pour Tchernobyl, la démonstration est faite encore que le génie humain a ses limites, que l’homme est faillible et donc que le pire est toujours possible. À l’aune des OGM, des nanotechnologies, de la fusion nucléaire, et de toutes ces promesses qui mettent en transe les scientistes de tout poil, actons que l’homme est désormais en mesure de générer des phénomènes qui lui échappent et qu’il ne contrôle plus. Quel symbole pathétique de voir tous les moyens économiques et technologiques de BP impuissants pour réparer leurs erreurs ! Comme avec le volcan islandais Eyjafjöll, il est dommage que la nature ait besoin de nous confronter violemment à notre propre insignifiance pour nous rappeler l’ordre des choses.

Qu’au moins ce qui se passe là-bas nous permette lucidement de nous interroger sur notre addiction à cette énergie fossile. Pourrions-nous enfin entrer en période de dégrisement et admettre que le bal est clos ! Loin de moi l’idée de nier que le pétrole, comme le charbon, a propulsé l’humanité dans un virage historique en démultipliant sa force et en le libérant de beaucoup de pénibilités ; comme l’ordinateur décuple aujourd’hui notre intelligence et libère peut-être notre esprit.

Allons-nous pour autant saccager et retourner toute la planète pour extraire jusqu’à la dernière goutte de l’or noir, ou enfin nous projeter dans l’après pétrole ? À creuser toujours plus profond, les risques que la production nous échappe sont toujours plus grands. Il en va du pétrole en grande profondeur comme des schistes bitumineux du Canada. Quels sacrifices sommes-nous prêts à imposer à notre environnement pour quelques litres en plus ? Allons-nous attendre que la physique s’impose, en clair que les stocks s’épuisent, pour décréter la mobilisation, ou au contraire planifier la transition ? Allons-nous observer l’économie s’étouffer à mesure que les réserves se contractent, ou au contraire en créer une nouvelle autour de l’efficacité énergétique, des économies d’énergie et des énergies alternatives et renouvelables ? Pouvons-nous douter que les relations géopolitiques se crisperont en même temps que les réserves s’amenuiseront ? Combien de guerres et de millions de dollars faudra-t-il encore pour que chacun essaye de faire main basse sur les reliques du précieux liquide ?

Puis-je rappeler qu’il en est du pétrole comme de nos autres ressources naturelles ? Nous ne bénéficions pas d’un stock illimité dont l’approvisionnement serait régi par les forces du marché. Puis-je également rappeler que pour le moment, et sans doute pour longtemps, il n’y a pas de substitut efficient ?

Au moment où l’Europe semble hésiter sur ses ambitions climatiques, toutes ces questions font sens, car les moyens pour lutter contre les changements climatiques sont autant d’outils indispensables pour s’affranchir des énergies fossiles et anticiper l’après pétrole. Dit autrement, le climat et le pic pétrolier sont deux arguments massues pour réduire drastiquement notre dépendance au sacré pétrole !

La Chine, notre destin Fabrice Nicolino Reporterre 2010/06/06 Fabrice Nicolino (6 juin 2010) La Chine, notre destin. Reporterre. Tribune — Chine fr

La Chine, notre destin

Peut-on être plus bête qu’un économiste ? Sans doute, car la limite, en ce domaine, n’existe pas réellement. Il n’empêche que si l’on faisait un concours - mais qui l’organiserait ? -, ce spécialiste-là serait assuré de monter sur le podium. Oui, l’économiste est massivement con, je suis désolé de froisser ainsi la sensibilité de mes lecteurs. L’économiste ordinaire se délectera de la prose du journal Le Figaro, ce qui est déjà un bien mauvais signe. J’ai trouvé et lu deux petits chefs-d’œuvre consacrés à la Chine, que je vous invite à lire (1) et (2). Comme je ne suis pas certain de votre patience, je vais vous en résumer l’essentiel.

Le premier papier annonce que la Chine va probablement devenir le plus grand importateur de charbon au monde au cours de cette année 2010. Ce n’est pas une petite nouvelle, au moins pour deux raisons. Un, la Chine est déjà le plus gros producteur mondial de charbon, et de très loin : en 2005, la Chine a produit 2 milliards et 430 millions de tonnes de charbon, tandis que le deuxième, les États-Unis, ne dépassait pas 1 milliard et 131 millions de tonnes. Deux, la combustion de charbon, dans les centrales ou pour des usages domestiques, est l’un des plus puissants contributeurs à l’effet de serre.

Au-delà, il faut bien s’interroger. Comment un tel phénomène est-il possible ? Comment diable la Chine peut-elle brûler autant de charbon ? J’en viens au deuxième article. La Chine ne se contente pas de cramer de la houille et du lignite. Elle est devenue un gigantesque aspirateur à matières premières. Une gueule insatiable qui avale le fer, le pétrole, le nickel, l’uranium, le manganèse, le cobalt, les « terres rares » si nécessaires dans de nombreux usages industriels, le bois, le caoutchouc, etc. La croissance chinoise serait sous-estimée par les bureaucrates au pouvoir à Pékin, pour ne pas effrayer le reste du monde. Elle pourrait avoisiner le pourcentage annuel de 15 %. Une démence, une pure démence.

L’économiste de service, qui n’a jamais entendu parler du rôle des écosystèmes, qui n’a jamais songé aux innombrables services « gratuits » que prodigue la nature aux hommes - leur « valeur » est bien plus grande que le PIB mondial -, ne voit pas où est le problème. Au mieux, il parlera alors de « surchauffe » de l’économie chinoise, et suggérera de prendre des mesures pour freiner ce qu’il croit être un nouveau cycle historique du développement des sociétés. Et c’est en ce sens, précisément, qu’il révèle l’étendue de son idiotie. Attention ! je ne veux pas dire qu’un économiste est fatalement une buse. Ce que je crois, c’est que l’économie interdit de penser la réalité du monde.

Car si l’on ajoute au tableau l’incroyable détérioration des équilibres naturels les plus élémentaires, il n’est qu’une seule conclusion possible : l’hypercroissance chinoise annonce un chaos intégral et planétaire. Le temps n’est plus de l’accumulation de capital d’antan, comme l’ont réussie, sur le dos des ouvriers et des colonies, les nations d’Occident, dont la nôtre. Pour la raison très simple que les limites physiques se sont rapprochées au point que nous les touchons désormais. Les espaces et les ressources engloutis dans la mise en orbite de l’Allemagne, de la France de l’Angleterre de ce côté-ci de l’Atlantique, et des États-Unis sur l’autre bord, n’existent plus. Il faut maintenant effacer et dissoudre, araser les forêts, assécher les fleuves, vider les océans, disloquer ce qui reste de l’ancien équilibre climatique.

Il n’y a plus aucun ailleurs, comme j’ai eu l’occasion de déjà l’écrire. Il n’y a plus que ce que nous voyons, qui disparaît à une vitesse accélérée. La marmite chinoise, qui nous fournit l’immonde tambouille que l’on sait, des tee-shirts aux ordinateurs, des chaussettes aux bières Tsingtao, fait bouillonner ensemble les forêts de Nouvelle-Guinée et le pétrole d’Angola, l’uranium du Niger et le caoutchouc du Cambodge. Il n’y aura bientôt plus rien. Ce bientôt peut signifier dix ans, ou cinquante. Ne sous-estimons pas l’inventivité technologique des humains, qui fera gagner du temps, en toute hypothèse.

Pour nous, cela peut faire une différence. Pour ce qui se meut, pour ce qui vit encore, guère. La Chine, comme métaphore. La Chine, comme parabole. La Chine, notre destin.

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Notes

(1) http://www.lefigaro.fr/matieres-pre...

(2) http://www.lefigaro.fr/matieres-pre...

Quand le Bilderberg se retrouve... Flore Vasseur Reporterre 2010/06/06 Flore Vasseur (6 juin 2010) Quand le Bilderberg se retrouve.... Reporterre. Politique fr

Quand le Bilderberg se retrouve...

Le club Bilderberg - réunissant responsables politiques et hommes d’affaires du sommet de la pyramide - s’est réuni à Sitjes, près de Barcelone, du 3 au 6 juin. Des activistes, sur place, essayent de faire la lumière sur ce club des puissants.

JOUR Deux

Rumeurs, rumeurs du Bilderberg 2010

Hier, dès l’aube, nous avons campé devant le 1er check point dans l’attente d’apercevoir les participants au Bilderberg 2010 à leur arrivée. Nous n’avons vu que des « bossos des escadras », des agents sur les dents déguisés en gardes de camping (véridique) et quelques limousines, vides, conduites par des hommes derrière des lunettes noires. Daniel Estulin, un journaliste canadien connu pour son travail d’enquête sur le Bilderberg, est arrivé en milieu de journée. Il a été assailli par les journalistes présents. Ils étaient à cran de ne rien à avoir à se mettre sous les dents. Il a été insulté par les militants anti-conspirationistes dont il fustige les thèses. D. Estulin semblait gonflé à bloc après son intervention au Parlement Européen puis par les 20 interviews enchainées au pas de course. En pré-promo pour son nouveau livre Conspiracion octopus (sortie le 15 août), une organisation secrète encore plus puissante que le Bilderberg, mieux informé que quiconque, il était à Sitges comme en son royaume. Il a livré ses « insider infos ». Reste à vérifier la source et à faire bon usage de la distance nécessaire (mais laquelle ?). Les listes qui suivent sont donc à prendre avec des pincettes.

A l’agenda de l’édition 2010 du Bilderberg, Il y aurait 10 points (personnellement, je ne vois pas comment ils peuvent dérouler ce programme en 3 jours, d’ailleurs, je n’en liste que 8)) :

- L’Espagne, sa dette, son devenir. A ce sujet Zapatero aurait prononcé le discours d’ouverture sur la bonne santé et les perspectives de son pays. L’assistance aurait balayé son plan d’un revers de main, condamnant l’Espagne au Sirtaki. - La Grèce, sa dette, son devenir : comment endiguer le risque de contamination du soulèvement populaire - Nos institutions nous permettent-elles de bien gérer et de résoudre la crise ? - L’Euro survivra-t-il ? Exit strategy pour l’Europe - L’Irak - L’Iran - Comment quitter l’Afghanistan sans lâcher son opium - Et enfin (mais je ne suis pas sûre d’avoir bien compris) : la réduction de la population mondiale par la famine et le nucléaire. Pour Estulin, le projet du Bilderberg serait la survie de la planète (et donc des puissants) par le retour de Malthus et du Nucléaire.

Parmi les participants français à l’édition, il cite : H de Castries, B. Kouchner, C. Lagarde, DSK, Trichet. De fausses listes circulent sur internet (notamment une reprenant les noms des participants de 2009 mélangés à quelques noms de ministres espagnols : méfiance ! ). La plus crédible est probablement celle-ci : http://periodismohumano.com/socieda...

Le reportage de la chaine de TV Antena 3 diffusé ce soir montrerait un des agendas distribués : http://noticiaserb.wordpress.com/20...

Certains sites relaient l’information selon laquelle l’hôtel Dolce était hier cerné par les manifestants. C’est faux : Il y avait une trentaine de militants dont une majeure partie de partisans des thèses anti-conspirationnistes.

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JOUR Un

Le Bilderberg 2010 : participants attendus (et on les attend toujours)

Le Roi et la Reine d’Espagne, Zapatero, différents ministres espagnols, Robert Zoellick (Banque Mondiale), Dominique Strauss Khan (FMI), Jean Claude Trichet (Banque Centrale Européenne), le président du groupe de presse El Pais, Bill Gates ainsi que les membres permanents David Rockfeller, Zbigniew Brzezinski seraient attendus à la réunion annuelle du Bilderberg à Sitges en Espagne. Serait débattus : l’avenir de l’Euro, la place de l’Espagne dans l’Europe, l’Iran. Au moins, trois équipes de télévision et radio publiques et privées espagnoles sont sur place pour couvrir l’événement, attestant de la mobilisation des media espagnols. Par contre, aucun journaliste du groupe El Pais n’est sur place, confirmant la censure « organique » autour de l’évènement.

Un petit groupe d’altermondialistes, pour la plupart partisans des thèses anti-conspirationnistes, manifestent devant le cordon de sécurité, tenu par des CRS et des policiers, à plus d’un kilomètre du complexe hôtelier. Ils exigent une conférence de presse et l’accès à la liste complète des participants ainsi que l’agenda des discussions, qui se tiendront du 3 au 6 juin. Selon Estaban Cabal, Secrétaire Général du parti écologiste espagnol, Groupo Verde, du mouvement vert espagnol, les décisions du Bilderberg ont un impact direct sur le contenu des réunions du G20 puis du G8 qui se tiendront à la fin du mois de Juin au Canada, à un jour d’intervalle. Estaban Cabal est le seul homme politique présent parmi les quelques manifestants. Il dénonce la rencontre, inconstitutionnelle selon lui, entre hommes d’Etat et du pouvoir privé. De fait, quel est le pouvoir réel du Bilderberg, qui vient et surtout, pourquoi est-ce si secret ? Dommage que ceux qui se posent la question soient immédiatement dé-crédibilisés (mon tour viendra-t-il ? A ver ! )

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Bilderberg 2010 – Jour 0

Nous sommes arrivés ce matin à Barcelone. Dans le taxi, j’ai sondé le chauffeur avec mon espagnol impossible. Il a été patient, m’a dit que la finance n’était qu’un jeu, les fins de mois difficiles, l’Espagne, pas la Grèce. Savez-vous ce qu’est le Bilderberg ? Jamais entendu parler. Il nous demande où nous allons. Au Dolce Resort, le complexe hôtelier censé accueillir le sommet annuel du Bilderberg, lequel est censé démarrer demain. « Censé » car cette information n’est pas officielle, ni publique ni rien. Des blogs en ont parlé. Ils sont bien les seuls à s’intéresser au Bilderberg. Depuis 1954, ce groupe se réunit une fois par an dans le plus grand secret. La liste des participants des éditions précédentes a largement fuité sur Internet : des ministres, des patrons d’entreprises, de presse, les chefs des armées. On sait qui vient, qui protège la réunion des quelques activistes (les CRS locaux, mais aussi des agents, des avions de l’Otan). On ne sait pas ce qui s’y décide, ni surtout pourquoi les media de masse n’en parlent jamais. Le participants représentent est la crème de la crème transatlantique des quatre pouvoirs : militaires, politique, économique, médiatique. Peu d’articles, aucun communiqué quand en France, n’importe quelle descente de sous-ministre dans une caisse d’allocation familiale est couverte par la presse nationale. Tout ce que j’ai trouvé sur Internet sur le sujet est écrit soit par des partisans des thèses conspirationistes, soit par une poignées de journalistes freelance.

Quand nous arrivons à proximité du complexe hôtelier, j’en suis à me dire que probablement il n’y aura rien, que je suis entrain de me laisser emporter par mon sujet, que le Bilderberg est le dernier nonosse des exaltés. J’ai hésité à venir. Au pire, je passe quelques jours à Barcelone, au mieux, je vois de mes yeux quelque chose que je n’ai pour l’instant qu’imaginé. Et que je ne comprends pas. Le chauffeur de taxi peste soudain parce que la route est barrée, je découvre l’alignement de cars de CRS. Juste devant une école maternelle dans laquelle les enfants jouent. Une poignée d’activistes piercés soutiennent des banderoles et des cartons écrites à la main. Cela paraît absurde. Nous nous fondons dans le petit groupe. Un Allemand en short qui ne connaît que deux mots d’anglais répète « fucking bastards of bilderberg », des Suisses qui ne croient pas au 11 septembre sortent des photos du Pentagone assiégé, une femme hurle « Assassin » sans discontinuer.

« Todo eso es une mentira, tu connais Matrix » me demande un type de Barcelone. Il est une heure de l’après midi, les activistes sont déçus. Ils s’étaient donnés rendez-vous sur Facebook. Je plaisante en leur demandant s’ils ont prévu un apéro géant à la santé du Bilderberg. Personne ne rigole, déçu par la faible mobilisation. Ca sera mieux demain paraît-il. Quand la réunion aura démarré. Pour l’heure l’hôtel est vide. Les journalistes se reconnaissent. Ils ne sont que 5 ou 6 à couvrir l’évènement, c’est un peu leur morceau de bravoure annuel. Qui vient ? Les noms circulent : le patron de la Banque mondiale, la Reine Sofia, Zapatero, Bill Gates…. De quoi vont-ils parler ? D’une intervention militaire en Iran, de l’Euro, d’une possible sortie de l’Union par l’Espagne… Who knows ? Les sujets ne manquent pas. Au programme : Jeudi : débats ; vendredi : décisions ; samedi : golf. Trois petits tours et puis s’en vont ?

Le check point est gardé par six membres des « mossos d’esquadra ». A leurs pieds, les activistes ont écrit : « Monsieur le policier, les criminels sont à l’intérieur, pas à l’extérieur ». « S’ils sont chargés de la sécurité des participants au Bilderberg, qui me protège d’eux ? », me demande un sociologue, « hippy activiste » comme il se définit lui même. « Si eux représentent le pouvoir, et s’ils se réunissent dans le plus grand secret, c’est qu’il n’y a plus de démocratie, c’est qu’ils sont des seigneurs et que nous sommes des esclaves. Je ne veux pas être un esclave. » Dont acte. Il a inventé une monnaie sociale. Pour un monde sans euro ?

Comme aucun participant n’est encore arrivé, nous avons pu avancer jusqu’à un deuxième check point. On a découvert le golf, vu l’hôtel de plus près. Première conclusion de la journée : les bilderbergers ont un goût douteux. L’un des bâtiments dispose d’un toit pointu. Tu ne reconnais pas la Pyramide des illuminati, s’écrit l’Allemand en Short. Nous attendons le défilé d’Audi et de Cayenne aux vitres teintées. L’objectif des activistes : révéler qui vient grâce à un safari photo organisé de l’aéroport jusqu’au check point. Ils espèrent reconnaître les passagers. Tout ce qu’ils voient : un ballet de fourgons blindés, de camionnettes de fleuristes et de livreurs. De bon enfant en début de journée, la tension monte à mesure que les heures passent. Un hélicoptère surgit, avance au ralenti, sondant le bois qui longe le Golf de l’hôtel. Des agents seraient répartis dans la forêt, les policiers filtrent à l’entrée, commencent à vérifier les coffres des voitures autorisées à passer. L’hélico s’excite et surplombe maintenant l’entrée. On sait que les participants vont commencer à arriver. « Assassinos, criminales, mercenarios » hurle une activiste. La seule chose que l’on voit : un dragon géant gonflable à l’arrière d’un camion de chantier. « L’année dernière en Grèce, cette année en Espagne. L’économie ne ment jamais" rappelle un tag inscrit à la craie. Les activistes posent leurs banderoles et sortent leurs bières. Le Bilderberg se réunit bien ici. Les hélicos, patrouilles, agents, sécurisent le périmètre. Le camping dans lequel nous logeons a été passé au crible. La sécurité déployée est disproportionnée. Pourquoi ? Info, intox ? Suis-je là trop tôt ? Ou est-ce déjà trop tard. C’était un jour 0. Ce petit monde s’échange les numéros. Un tour de garde s’organise devant le check point. RDV demain, 4 heures du matin.

Déchets nucléaires : un « plan de gestion » qui enterre le problème Réseau « Sortir du nucléaire » Reporterre 2010/06/08 Réseau « Sortir du nucléaire » (8 juin 2010) Déchets nucléaires : un « plan de gestion » qui enterre le problème. Reporterre. Tribune — fr

Déchets nucléaires : un « plan de gestion » qui enterre le problème

• Le nouveau « plan de gestion national des déchets radioactifs » (PNGMDR) maquille leur dangerosité réelle. • Il escamote l’opposition des populations à l’enfouissement des déchets radioactifs. • Il propose une « solution » totalement illusoire pour gérer les déchets nucléaires. • Il oublie la question prioritaire : peut-on continuer à produire des déchets nucléaires ?

Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », le deuxième Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) présenté le vendredi 4 juin 2010 est un magistral exercice d’enfouissement… de l’information. Le nouveau plan de gestion des déchets nucléaires se veut rassurant, alors que la filière électronucléaire est engagée dans une impasse majeure.

Pour reprendre les mots du célèbre philosophe et sociologue Ulrich Beck à propos du nucléaire, « les acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité - l’Etat, la science et l’industrie – […] exhortent la population à monter à bord d’un avion pour lequel aucune piste d’atterrissage n’a été construite à ce jour. » (1)

Un « plan de gestion » qui maquille la dangerosité réelle des déchets nucléaires :

Le PNGMDR emploie des définitions qui relèvent de l’escroquerie intellectuelle, et sont dénuées de tout fondement scientifique (2). Il qualifie ainsi de déchets « à vie longue » ceux dont la période physique est supérieure… à 31 ans ! Cette durée arbitraire, qui paraît anodine, est sans comparaison avec la période réelle de la plupart des déchets radioactifs : celle du plutonium-239 est de 24 390 ans, celle du radium-226 de 1600 ans, celle du chlore-36 de 302 000 ans, celle de l’uranium-235 de 710 millions d’années, et caetera.

Un « plan de gestion » qui escamote l’opposition des populations :

En 2008 et 2009, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a essuyé un véritable échec dans sa recherche d’un site où enfouir les déchets radioactifs dits « FAVL » (« de Faible Activité à Vie Longue »). Les deux communes (Auxon et Pars-lès-Chavanges, dans l’Aube) retenues par l’Andra se sont désistées sous la pression citoyenne.

Le PNGMDR parle de « nouvelle concertation », de « transparence », d’ « exemplarité », de « principe de volontariat des territoires ». En contradiction avec ces belles affirmations, il évite pourtant toute évocation de l’ampleur et des raisons de l’opposition rencontrée. Entre les lignes, on voit évoluer la stratégie de l’État : le PNGMDR prévoit en effet un entreposage provisoire des déchets FAVL à Morvilliers (Aube) où se trouve déjà un site de stockage de déchets dits « TFA » (« de Très Faible Activité »). Cet entreposage provisoire donne du temps à l’Andra, qui se prépare aujourd’hui à relancer ses démarches pour trouver un site d’enfouissement d’ici à 2012, sous couvert d’une soi-disant « concertation ». (3)

Le Réseau « Sortir du nucléaire » appelle donc à nouveau à la plus grande vigilance et à la mobilisation des populations dans les secteurs concernés, principalement dans l’Aube, la Meuse et la Haute-Marne.

Un « plan de gestion » qui promeut une « solution » totalement illusoire :

L’homme est totalement impuissant face à la radioactivité des déchets nucléaires, car il est impossible de la réduire artificiellement. Seul le temps permet que la radioactivité des déchets nucléaires décroisse, dans la plupart des cas sur une durée de plusieurs centaines de milliers d’années au minimum. Une éternité à l’échelle humaine...

Stocker les déchets en surface ou sous terre, ce n’est rien d’autre qu’essayer de les « isoler » pour retarder le moment où la radioactivité fuira hors du stockage, en espérant qu’elle aura alors suffisamment baissé. Le triste exemple des centres d’entreposage de la Manche (4) et de Soulaines démontre que la radioactivité contamine l’environnement après seulement quelques années de stockage en surface !

En 2008 et 2009, le scandale du site allemand d’Asse II (5) a montré à quel point l’enfouissement des déchets en couche géologique profonde est un pari d’apprenti sorcier. Aucun scientifique ne peut sérieusement garantir la stabilité d’un sous-sol sur des dizaines ou des centaines de milliers d’années.

Pour faire passer la pilule de l’enfouissement des déchets nucléaires les plus dangereux (6), prévu sur le site de Bure, le PNGMDR fait la promotion de la soi-disant « réversibilité » du stockage. La « réversibilité » va fait l’objet de la future de loi de 2015 qui débouchera sur l’autorisation de création du site d’enfouissement en Meuse/Haute-Marne. Un comble, puisque le centre est conçu par l’Andra pour être bouclé définitivement au bout de 100 ans : il sera alors définitivement impossible de récupérer les déchets enfouis, même en cas de danger.

Le PNGMDR : une « vision d’ensemble » frappée de cécité

Les ministères et l’Autorité de Sûreté du Nucléaire se félicitent : « le PNGMDR permet de développer une vision d’ensemble de la gestion des matières et déchets radioactifs ». Cette « vision d’ensemble » ferme pourtant les yeux sur la question prioritaire : peut-on se permettre de continuer à produire des déchets nucléaires ?

Le fonctionnement et le démantèlement des centrales nucléaires ne peuvent qu’augmenter la masse considérable des déchets radioactifs à stocker. Conséquence inévitable : une multiplication des sites de stockage sur le territoire français, et un accroissement de leur dramatique impact sanitaire et environnemental. Mais le PNGMDR se garde bien d’évoquer cette « gangrène nucléaire » du territoire national.

Stocker et enterrer les déchets nucléaires, ce n’est que repousser de quelques décennies le problème majeur qu’ils posent. La seule véritable solution est d’arrêter de produire ces déchets. Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », c’est donc à l’élaboration d’un « plan national de sortie du nucléaire » que l’État doit s’atteler au plus vite, au lieu de prétendre gérer les déchets toxiques de cette industrie.

........................... Notes

(1) « Le danger nucléaire escamoté », Le Monde, 7 août 2008

(2) Définitions extraites du document « Conférence de presse du 4 juin 2010 : Classification et mode gestion des déchets » : Vie Très Courte (période < 100 jours), Vie Courte (période < 31 ans), Vie Longue (période > 31 ans).

(3) Le 4 juin 2010, Marie-Claude Dupuis, directrice générale de l’Andra, a déclaré à l’AFP : ’’Grâce au laps de temps que le gouvernement nous octroie nous allons reprendre les choses calmement. On va débuter par la concertation locale avant d’entamer des reconnaissances géologiques plus précises’’.

(4) France 3 Normandie, mardi 10 juin 2008.

(5) « Scandaleuse contamination radioactive en Allemagne », revue Sortir du nucléaire, n°40, novembre 2008, http://www.sortirdunucleaire.org/in...

(6) Il s’agit des déchets dits « HMVAL », c’est-à-dire « de Haute et Moyenne Activité à Vie Longue ».

Le climat et la démocratie ? Al Gore Reporterre 2010/06/08 Al Gore (8 juin 2010) Le climat et la démocratie ?. Reporterre. fr

Le climat et la démocratie ?

Rencontre le 10 octobre 2006 avec Al Gore. Toujours intéressant...

La Commission européenne veut bouleverser le système d’autorisation des OGM Par Julien villalard Reporterre 2010/06/08 Par Julien villalard (8 juin 2010) La Commission européenne veut bouleverser le système d’autorisation des OGM. Reporterre. fr

La Commission européenne veut bouleverser le système d’autorisation des OGM

L’Union européenne s’apprête à changer radicalement son système d’approbation pour les semences génétiquement modifiées, ouvrant la porte à une culture à grande échelle des OGM en Europe.

A présent, les Etats membres de l’UE sont seulement capables de restreindre les cultures d’OGM sous des conditions strictes. Les autorisations sont valides à travers l’UE, en accord avec les principes sur marché intérieur.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a exprimé son soutien pour tout plan qui préserverait le pouvoir de l’UE sur l’approbation et l’évaluation de la sécurité des OGM, tout en laissant aux Etats la liberté de décider de cultiver ou non des OGM.

Face à une majorité d’Européens peu enthousiastes à retrouver des OGM dans leurs assiettes, les politiques européens ont pour le moment autorisé la culture de deux variétés en douze ans, contre 150 dans le reste du monde.

Selon les propositions qui doivent être adoptées le 13 juillet, la Commission européenne se verra conférer davantage de liberté pour approuver de nouvelles cultures OGM. En échange, elle laissera les gouvernements européens décider s’ils veulent en cultiver ou non.

« L’idée est de maintenir un système d’approbation au niveau européen, mais de laisser ensuite aux Etats membres l’entière liberté de décider s’ils veulent en cultiver ou non », a déclaré à Reuters une source européenne proche du dossier.

La culture d’OGM commercialisables couvrait l’année dernière moins de 100 000 hectares, principalement en Espagne. Dans le monde, le nombre d’hectares s’élève à 134 millions.

Les propositions de la Commission ouvriraient la voie à une culture commerciale de grande échelle dans les Etats favorables aux OGM comme l’Espagne, les Pays-Bas et la République tchèque, tout en avalisant des interdictions dans des pays comme l’Italie, l’Autriche et la Hongrie.

Des critiques s’élèvent néanmoins contre d’éventuels conflits à l’intérieur du marché unique. L’UE pourrait également devoir rendre des comptes à l’OMC, organisation qui a largement soutenu une plainte américaine en 2006 qui disposait que la politique européenne était dénuée de fondements scientifiques.

Les nouvelles règles ont été forgées par le commissaire maltais à la Santé et à la protection des consommateurs John Dalli, qui a suscité la controverse en mars en approuvant la culture d’une pomme de terre modifiée utilisée dans la production d’amidon.

Fondée sur une initiative austro-hollandaise, José Manuel Barroso l’avait incluse dans son programme pour sa nomination en 2009.

Deux approches

La proposition de la Commission contient deux éléments principaux, ont confirmé des sources proches du dossier.

La première est une approche rapide qui verra la Commission délivrer des nouvelles lignes directrices aux Etats membres sur la coexistence des cultures modifiées et non-modifiées.

Cela permettrait aux pays de mettre en place leurs propres standards techniques pour la culture d’OGM. Par exemple, réserver des zones tampons de 10 km entre les champs d’OGM et des cultures traditionnelles. En pratique, cela éliminerait toutes possibilités de cultiver des OGM dans des régions entières.

La deuxième est une approche qui restreindrait la législation européenne actuelle sur la dissémination d’OGM dans l’environnement. Cela permettrait aux Etats d’interdire la culture d’OGM dans son ensemble pour des raisons autres que la sécurité et la coexistence.

Le changement législatif devrait être voté par une majorité qualifiée des gouvernements et par le Parlement européen.

Si le débat ne peut pas se limiter à ce seul changement comme l’espère la Commission, cela pourrait signifier deux ou trois ans supplémentaires de querelles politiques complexes avant qu’une décision soit prise.

Mais puisque la possibilité d’interdire la culture existe déjà, l’exécutif européen est confiant et pense obtenir une majorité de soutiens, a déclaré une source européenne.

Contacté par Reuters, le porte-parole de John Dalli a refusé de confirmer les détails du plan, mais il est supposé que le commissaire ait déjà donné son soutien à l’idée et ait promis de présenter la proposition avant l’été.

« Par-dessous tout, il veut s’assurer que les opérateurs de marchés aient une base légale claire », a déclaré le porte-parole.

Les opposants font part de leurs inquiétudes

« Ces propositions sont légalement contestables, contraires au marché unique et vont créer des divisions profondes entres les Etats membres », a déclaré une source industrielle proche du dossier qui a souhaité ne pas être nommée.

Ce changement pourrait ouvrir les marchés européens à des entreprises comme Monsanto, Dow Agrosciences, une filiale de Dow Chemicals et Syngenta.

Les activistes environnementaux qui ont été informés de la proposition par la Commission le 3 juin ont déclaré que cela confirmait l’intention de José Manuel Barroso de promouvoir la culture OGM en Europe.

« Bien que nous accueillions favorablement la possibilité pour les Etats d’interdire les cultures OGM, un déblocage des procédures d’approbation est mis en avant, ce qui autoriserait davantage de cultures OGM », a déclaré Adrian Bebb, un militant de Friends of the Earth.

« Le public et l’environnement seront protégés si la proposition de la Commission est appuyée par des mesures dans toute l’Europe pour empêcher notre nourriture d’être contaminée. Jusque-là, nous avons besoin d’une interdiction immédiate sur les cultures OGM », a-t-il ajouté.

Les multinationales continuent à harasser le livre « Noir Canada » Ecosociété Reporterre 2010/06/09 Ecosociété (9 juin 2010) Les multinationales continuent à harasser le livre « Noir Canada ». Reporterre. fr

Les multinationales continuent à harasser le livre « Noir Canada »

Noir Canada, publié au Québec par les éditions Ecosociété, est une enquête fouillée sur les agissements des compagnies minières canadiennes. Celles-ci ont réagi en lançant une poursuite judiciaire demandant des millions de dollars aux auteurs. Il s’agit d’empêcher de telles investigations. Sous la menace, un autre livre d’enquête a renoncé à paraître. La bataille pour la liberté continue cependant.

Voilà deux ans que les Éditions Écosociété et les auteur(e)s de Noir Canada font face à l’une des plus incroyables tentatives de censure ayant jamais pesé sur un livre au Québec : deux poursuites-bâillon de 11 millions $, intentées par deux géantes mondiales de l’or, Barrick Gold et Banro. Il appert aujourd’hui que de puissantes multinationales sont légitimées d’entreprendre une action en justice pour « rétablir leur réputation », sans égard au coût que cela suppose pour le débat public et la démocratie.

Plus que jamais, nous savons que la liberté dans son essence n’est pas une absence de contrainte, mais un devoir exigeant. Et aussi qu’elle n’est jamais acquise, radicalement fragile et toujours à défendre contre toute forme de pensée unique.

Ces deux années éprouvantes ont également été ponctuées de moult gestes solidaires, de bouleversants témoignages de soutien et d’amitié et de rencontres on ne peut plus déterminantes. À tous ceux-là, à toutes celles-là, qui ont contribué de quelque façon que ce soit à nous soutenir dans cette lutte, merci.

Évènements marquants de l’année 2009-2010

L’assureur des Éditions Écosociété s’implique dans le dossier

Environ 50 ans de revenus annuels (11 millions $ au total) sont réclamés aux Éditions Écosociété pour avoir publié un essai critique qui rend compte de questions d’intérêt public. Heureusement, ce fardeau financier se trouve allégé par l’intervention de l’assureur des Éditions Écosociété, qui a reconnu cette année son obligation à défendre la maison d’édition dans le cadre de l’action en responsabilité civile intentée par Barrick Gold. Nos nouveaux procureurs de Langlois Kronström Desjardins travaillent maintenant à la défense de la maison. Les auteurEs de Noir Canada, par contre, ne bénéficient d’aucune couverture d’assurance, et continuent d’assumer leur défense grâce au travail de Me Normand Tamaro à Montréal et de Me William Macdowell en Ontario, ainsi que grâce aux dons au fonds de défense des Éditions Écosociété.

67 juristes dénoncent les poursuites

Qualifiées de poursuites-bâillons par plus de 12 000 citoyens, dont de nombreux politiciens, intellectuels et artistes, mais aussi par de nombreux mouvements et groupes, les actions en justice intentées par Barrick Gold et Banro sont à présent dénoncées par 67 juristes dans les pages du Devoir, dans le cadre de la Journée mondiale des droits de l’homme. Pour ces juristes de formation et de profession, ces poursuites se présentent comme des menaces directes à la liberté d’expression des citoyens, à la recherche de la vérité et au libre exercice du débat public : « Si nous évitons de nous interroger aujourd’hui sur la responsabilité des compagnies canadiennes à l’étranger, c’est à notre pensée critique libre que nous renonçons. »

L’article : http://slapp.ecosociete.org/fr/node...

Des actionnaires demandent à Barrick de rendre des comptes

Des actionnaires de Barrick Gold estiment que le recours intenté par la multinationale a toutes les allures d’une poursuite-bâillon. En effet, les groupes Bâtirente et Placement NordOuest & Ethiques mènent actuellement des représentations conjointes auprès de la société minière pour lui exprimer leurs appréhensions et exiger des explications. Pour lire la lettre de Bâtirente et Placement NordOuest & Ethiques adressée à Barrick Gold : http://batirente.qc.ca/fr/nouvelle-....

La date du procès est fixée à septembre 2011

Après plus de 20 mois de procédures judiciaires, la date du procès opposant Barrick Gold aux Éditions Écosociété et aux auteurEs de Noir Canada, Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher, a enfin été fixée : septembre 2011. Quarante jours d’audience, échelonnés sur quatre mois, seront nécessaires pour présenter les centaines de pièces déposées comme preuves, ainsi que pour entendre les différents témoins, témoins-experts et plaidoiries respectives des parties concernées. Pour en savoir davantage : http://slapp.ecosociete.org/fr/node....

Barrick empêche la publication d’un ouvrage à Vancouver

Barrick Gold utilise une fois de plus l’appareil judiciaire pour intimider pas moins de deux éditeurs, sept auteurs et deux traducteurs ! En effet, la multinationale leur a fait parvenir une mise en demeure « préventive » relative à la publication éventuelle, par l’éditeur Talonbooks de Vancouver, du livre Imperial Canada Inc : Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries, pourtant encore à l’état de manuscrit ! Pour lire toute la presse relative à cette affaire : http://slapp.ecosociete.org/fr/revu....

Alain Deneault lance son dernier livre : Offshore

Alain Deneault, coauteur de Noir Canada, vient de lancer aux Éditions Écosociété son tout nouveau livre Offshore : Paradis fiscaux et souveraineté criminelle.

« Ce livre, l’un des meilleurs et des plus étoffés sur le sujet, est une contribution majeure contre la peste des paradis fiscaux », selon Yves Michaud, Président fondateur du mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). « Alain Deneault montre comment les prédateurs puisent dans les paradis fiscaux la justification de leur enrichissement et y dissimulent la nocivité de leur pouvoir », selon le juge Jean de Maillard, vice-président du Tribunal de Grande Instance d’Orléans -

En savoir plus : http://www.ecosociete.org/t137.php.

La parole est d’or – Soirée haute en couleur pour le 2e anniversaire de Noir Canada

Le 22 avril dernier, les artistes et auteurEs Paul Ahmarani, Paul Chamberland, Alain Deneault, Francis Dupuis-Déri, Bertin Dzangué, Lomomba Emongo, Jean-François Lessard, Maia Loinaz, Nadine Walsh & Stanley Péan ont prêté leurs voix, en poésie, contes et chansons, à une soirée émouvante et haute en couleur pour célébrer la libre parole. Tous les détails, le texte d’Alain Deneault et plusieurs photos sont accessibles à l’adresse suivante : http://slapp.ecosociete.org/fr/node....

Écosociété lance son tee-shirt Libre d’être … Écosociété

Vous pouvez maintenant afficher fièrement votre soutien aux Éditions Écosociété et aux auteurEs de Noir Canada en portant ce superbe tee-shirt qui célèbre la liberté d’expression dans tous ses états. Les recettes ramassées par la vente de ces tee-shirts iront au fonds de défense juridique, notamment pour venir en aide aux auteurEs, qui ne bénéficient pas du soutien de notre assureur. Pour se procurer un tee-shirt : http://slapp.ecosociete.org/fr/tee-shirt.

Merci de continuer à nous soutenir !

Les Éditions Écosociété continuent de solliciter votre aide financière, afin de pouvoir poursuivre cette lutte en faveur de la liberté d’expression.

Vous pouvez faire un don au fonds de défense des Éditions Écosociété via leur site Internet http://slapp.ecosociete.org/fr/node/32 ou en envoyant un chèque à l’adresse suivante : Les Éditions Écosociété, C.P. 32052, Comptoir Saint-André, Montréal (Québec) H2L 4Y5, Canada.

Les Bisounours Hervé Kempf Reporterre 2010/06/09 Hervé Kempf (9 juin 2010) Les Bisounours. Reporterre. Tribune — fr

Les Bisounours

Deux hypothèses : Blork était trop jeune pour avoir connu Les Bisounours, ou sa télévision était en panne depuis longtemps. Aussi, quand Yann Arthus-Bertrand lui dit : « Je suis un Bisounours et je l’assume », Blork ne savait pas très bien de quoi il s’agissait. « Mais si, voyons, lui expliquèrent ses camarades, le dessin animé pour les enfants ! » Et d’entonner en dodelinant de la tête : « Bisou, bisou, gentil Bisounours, un p’tit bisou, rien de plus fou, bisou, bisou, gentil Bisounours. » Poussant l’enquête, Blork apprit que les Bisounours sont de petits oursons vivant dans les nuages et se déplaçant sur des arcs-en-ciel.

Eh oui, le photographe croyait à la bonne volonté générale. « Il n’y a pas d’un côté les méchants industriels, qui veulent absolument gagner de l’argent, et les très gentils consommateurs, qui souffrent, précisa-t-il. Je pense que c’est tous ensemble qu’on va y arriver. »

Le même 3 juin, Blork recevait deux courriels. L’un, envoyé par BNP Paribas, lui apprenait que cet honorable établissement « concrétisait son engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique » avec des instruments permettant d’identifier « les moyens de soutenir la transition vers une économie faiblement émettrice de carbone » (1). L’autre, expédié par les Amis de la Terre, faisait état d’un rapport sur les investissements dans des industries polluantes réalisés par des grandes banques (2). BNP Paribas y était citée en bonne place, notamment pour un prêt important à Suncor, qui exploite le pétrole des sables bitumineux en Alberta - un désastre écologique dénoncé de longue date. Bisounours ? Tu parles !

Mais voici que la radio relatait la convention d’Europe Ecologie du 5 juin : les sauveurs de la planète s’étaient invectivés, l’un parlant de « vieille éthique » à propos d’une candidate potentielle, l’autre répliquant avec des « crétin » tonitruants (3). Les dénommés Jean-Vincent Placé et Daniel Cohn-Bendit, dépassés par la marée noire de leur inconscient, ignoraient à l’évidence la maxime de La Rochefoucauld : « Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons. »

Ces anecdotes reflètent l’époque : entre infantilisme et vulgarité, la parole publique ne trouve plus son équilibre. On croit convaincre en dissimulant la dureté sociale sous le coton, on croit parler vrai en lâchant la bonde. Mais la dureté des temps, de plus en plus évidente, requiert une lucidité et une rectitude à la mesure du désordre qui menace. Cela s’appelle la gravité, peut-être. On peut espérer qu’elle soit inspirée par la générosité, à défaut d’être parée d’élégance.

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Notes

(1) http://www.algerie.bnpparibas.com/f...

(2) http://www.amisdelaterre.org/Nouvea...

(3) http://www.liberation.fr/politiques...

Réseau Sortir du nucléaire : une lettre de Stéphane Lhomme Stéphane Lhomme Reporterre 2010/06/12 Stéphane Lhomme (12 juin 2010) Réseau Sortir du nucléaire : une lettre de Stéphane Lhomme. Reporterre. Tribune — fr

Réseau Sortir du nucléaire : une lettre de Stéphane Lhomme

Le Réseau Sortir du nucléaire se réunit en Assemblée générale les 19 et 20 juin. Son ex-porte-parole accuse l’actuelle direction.

Aux groupes, adhérents et sympathisants du Réseau Sortir du nucléaire

NB : voir à la fin mes propositions pour l’AG des 19 et 20 juin 2010

Le Réseau Sortir du nucléaire traverse une crise gravissime qui met clairement en cause sa survie ou au moins sa continuation en tant qu’organisation véritablement antinucléaire. Actuellement, le Réseau est sous la coupe de personnes qui, pour arriver à leurs fins, n’ont pas hésité à organiser une fausse grève, à bafouer les statuts pour débarquer des administrateurs dignes et courageux, à me licencier brutalement, et à attaquer en justice des militants antinucléaires irréprochables.

Pour tenter de se « blanchir », ces gens ont lancé une pseudo consultation et font pour l’AG des 19 et 20 juin 2010 des propositions qui, en fait, sont déjà ficelées et qu’il ne reste plus qu’à adopter en l’état. Ce simulacre de « rénovation du Réseau » ne doit tromper personne et ne doit pas détourner l’attention des vrais problèmes : peut-on continuer avec un directeur qui a délibérément ouvert la crise du Réseau ? Peut on accepter des administrateurs qui attaquent en justice des militants antinucléaires ?

Voici mon propre point de vue sur cette triste affaire et mes propositions dans la perspective de l’Assemblée générale des 19 et 20 février 2010 et de la suite des évènements. Vous pouvez rediffuser librement ce document pour contrebalancer, autant que faire se peut, la désinformation de ces véritables putschistes qui disposent, eux, de tous les moyens de communication du Réseau.

Une crise soigneusement préparée et délibérément ouverte

Avant toute chose, chacun doit savoir que la grave crise traversée par le Réseau Sortir du nucléaire n’est pas fortuite : elle a été soigneusement préparée par diverses personnes (dont certaines extérieures au Réseau, cf plus loin) et délibérément ouverte par le directeur administratif Philippe Brousse. Ainsi, dès le mois de novembre, dans le dossier qu’il a monté pour me licencier, il écrivait : "Stéphane tire une importante part de sa légitimité, tant interne que publique, de son double statut de porte-parole et de salarié du Réseau. A partir du moment où ce statut lui sera retiré par son licenciement, sa légitimité se verra grandement amoindrie. Lui seront également retirés de droit l’autorisation de s’exprimer au nom du Réseau et les moyens de travail correspondant à son poste. Une communication adaptée devra être faite auprès des associations membres du Réseau pour leur expliquer la situation« Chacun pourra constater le cynisme émanant de ces considérations. Les putschistes étaient parfaitement conscients des dommages qu’ils risquaient causer au Réseau, mais ils pensaient que tout se passerait »bien", sous-estimant gravement la juste réaction de nombreux adhérents.

Les dessous de la crise

Pourquoi cette crise a-t-elle été délibérément ouverte ? En partie pour des raisons internes : le directeur administratif voulait un pouvoir bureaucratique total (voir plus loin), et certains salariés se voyaient bien à ma place… ce qui est désormais le cas. (Ils n’ont pas compris que le fait de s’exprimer parfois dans les médias n’est pas une gratification mais juste un moyen de faire connaître les positions du Réseau. Et il n’ont pas compris que « passer dans les médias » est le résultat d’un travail acharné : il ne suffit pas de se décréter porteparole pour que les micros se tendent). Mais ce serait une erreur de croire que la crise du Réseau est seulement une question interne. En effet, depuis plusieurs années, le directeur administratif rêvait de rapprocher le Réseau des associations écologistes « raisonnables » (comme FNE, WWF, etc), participant au Grenelle de l’environnement (malgré l’interdiction d’y parler de nucléaire !), invitées de temps à autre à l’Elysée pour cautionner la politique « écologiste » de l’Etat, etc.

Ces organisations supportaient mal le positionnement clairement antinucléaire du Réseau qui, par comparaison, faisait trop ressortir leurs compromis ou leurs compromissions. Sachant que j’étais porte-parole du Réseau depuis 8 ans et que, avec d’autres, je m’assurais que le Réseau restait bel et bien fidèle à ses engagements antinucléaires, quitte à pointer parfois les positionnements ambigus de certaines associations (FNE, WWF, etc) ou personnalités (Arthus-Bertrand, etc), il est clair que mon élimination (et celle des administrateurs militants) convient à tout ce petit monde...

Par ailleurs, des mouvances écologistes entendent désormais faire alliance avec le très pronucléaire PS pour les élections à venir (présidentielle, législatives, etc) : il est clair que certains souhaitent que le Réseau reste tranquille et ne vienne pas tout gâcher avec un petit « détail » appelé nucléaire…

La preuve par l’Ultimatum climatique

Ces divergences se sont cristallisées fin 2009 autour de l’affaire de l’appel Ultimatum climatique. Lancé par Greenpeace et le WWF avant le sommet de Copenhague sur le climat, cet appel demande à M Sarkozy de « prendre la tête de la lutte contre le changement climatique » mais, « oubli » aussi grave que délibéré, sans préciser qu’il ne fallait pas utiliser le nucléaire à cet effet (alors que, justement, M Sarkozy ne cesse de promouvoir le nucléaire pour « sauver la planète »). Des discussions vives - pour ou contre signer cet appel - ont eu lieu en octobre et novembre. Philippe Brousse, son assistant X. Rabilloud ainsi que la nouvelle porte-parole Charlotte Mijeon se sont violemment engagés pour cet appel, la majorité du CA et moi-même contre. Finalement, à la mi-novembre, le Conseil d’administration du Réseau a rejeté la signature de cet appel.

C’est précisément en réaction (voir ci-dessous les 20 et 26 novembre) à cette décision qu’a été lancée la cabale qui a finalement permis de me licencier et de débarquer au passage les courageux administrateurs (dont Didier Anger) qui avaient pris position contre Ultimatum climatique ET refusé mon licenciement.

Bien sûr, les putschistes se sont bien gardés de porter la discussion sur le plan du débat d’idées, sachant qu’ils seraient totalement minoritaires dans le Réseau, comme l’a montré l’adoption lors de l’AG de février de la motion proposée par mon groupe local, Tchernoblaye : « Concernant le climat, le Réseau ne signera aucun texte qui n’écarte pas explicitement l’option nucléaire ». Se sachant marginalisés sur le fond, les putschistes ont donc eu recours à la calomnie et aux accusations les plus basses contre la majorité du CA et contre moi.

Chacun aura noté que des représentants d’associations écologistes nationales (APE, RAC, etc) ont directement participé au putsch lors de l’AG de février. C’est ainsi que, en contradiction avec les statuts (qui prévoient le renouvellement annuel d’un tiers seulement du CA), tous les administrateurs ont été débarqués et remplacés par d’autres… dont certains que personne n’avait jamais vu auparavant ! Oui, il y a actuellement au CA du Réseau des gens sortis de nulle part, mais qui n’y sont certainement pas par hasard.

Une cabale politique masquée par des accusations bidons

Pour ceux qui douteraient encore que mon élimination soit le résultat d’une cabale, j’invite chacun à prendre note de ces deux faits séparés de 6 jours à peine : - 20 novembre 2009 : la salariée Nouara Scalabre envoie à 11h17 sur la liste Copenhague2009 (qui regroupait le CA, les salariés, et des personnes extérieures proches) un mail explicite : "Nous sommes plusieurs salariés du réseau à être accablés par le retrait du réseau d’Ultimatum climatique". - 26 novembre 2009 : douze salariés écrivent au directeur (qui en réalité, a sollicité et co-rédigé ce courrier) pour lui demander de me licencier… mais sans aucunement évoquer l’Ultimatum climatique : subitement, je serais devenu un véritable tortionnaire qui les harcèlerait !

Six jours ! Et même quatre en décomptant le week-end : juste le temps pour le directeur de rédiger une écoeurante lettre de délation et de la faire signer par les salariés… dont plusieurs m’ont avoué être « obligés » de signer, « pour soutenir leur directeur ». L’un d’eux était embauché depuis 15 jours, je ne l’avais jamais vu !

Pour mémoire, depuis 8 ans, je travaillais à mon domicile en Gironde, à 600 km du siège de Lyon : qui peut sérieusement croire que je pouvais harceler à distance un groupe de douze personnes, soudées entre elles et surtout au directeur administratif et au directeur financier ? D’ailleurs, aucune preuve de ce « harcèlement » (de supposées menaces et insultes !) n’est apportée, et pour cause : tout est inventé.

D’autre part, je n’ai jamais eu le moindre pouvoir hiérarchique sur qui que ce soit. Pendant que Philippe Brousse construisait sa carrière bureaucratique (il cumule aujourd’hui les postes de directeur, directeur administratif et DRH !), je suis resté un salarié ordinaire et, surtout, un militant de terrain (avec mon groupe local Tchernoblaye). C’est aussi cela que mes « collègues » de Lyon me reprochaient sans l’avouer, eux qui vivent sur l’argent militant… mais sans jamais « militer » ailleurs qu’au bureau !

On note d’ailleurs, dans les modifications des statuts édictées par le directeur et le CA provisoire, l’interdiction pour un salarié de représenter un groupe à l’AG. C’est clair : pour eux, les salariés du Réseau ne doivent pas être des militants !

Une fausse grève pour « ficeler » l’AG de février 2010

Le 3 janvier 2010, le CA a logiquement et courageusement rejeté mon licenciement et même toute sanction contre moi. Mes « chers collègues » se sont alors « spontanément » mis en grève pour obtenir mon licenciement. Il s’agit d’une honte indélébile pour le Réseau : des salariés en grève pour faire licencier un autre salarié qui, faut-il le rappeler, n’avait aucun pouvoir hiérarchique sur eux.

Qui plus est, il s’agissait en réalité d’une fausse grève puisqu’ils avaient dès le départ l’assurance d’être payés (le « directeur financier » du Réseau, Jacques Caclin, était d’ailleurs parmi les « grévistes » !) Finalement, en poussant leur fausse grève jusqu’à l’AG des 6 et 7 février, les salariés ont réussi à faire débarquer les administrateurs dignes et courageux qui s’étaient opposés à mon licenciement ET à la signature d’Ultimatum climatique. Les nouveaux administrateurs ont au contraire été choisis pour leur soumission au directeur.

Bien sûr, on peut se demander pourquoi l’AG, composée majoritairement de gens de bonne foi, a accepté ce véritable coup de force. L’explication est simple : avec le plus grand cynisme, les salariés ont exposé que, étant en grève, ils n’ouvraient plus le courrier, les dons n’entraient donc plus, les finances s’effondraient et le Réseau allait sous peu disparaître. Par contre, si tout le CA était débarqué, les salariés accepteraient alors d’arrêter la grève et de ne pas tuer le Réseau ! C’est donc par ce chantage indigne que les « grévistes » ont réussi leur coup, en menaçant de couler le Réseau. Comment leur faire encore confiance ?

Un nouveau CA… à la botte

Il est à noter que, lors de la préparation des AG, seul le directeur administratif détient la liste des inscrits et il ne s’est pas gêné pour utiliser les moyens du Réseau pour présenter la crise à sa façon, mais aussi pour s’offrir à nos frais le concours d’un avocat (autre que Me Busson, l’avocat habituel du Réseau) avec lequel il a préparé le débarquement des administrateurs et les procédures contre moi.

Le nouveau CA, installé par les salariés, ne leur apporte logiquement aucune résistance. A peine élu, il a ainsi voté (comme prévu à l’avance) le paiement intégral des jours de « grève » et, comme dans une organisation stalinienne, il a décidé que je devais faire des excuses par écrit au directeur et au directeur financier (ce que j’ai bien sûr refusé de faire). Et enfin, à la demande express du directeur administratif, le CA a voté mon licenciement début avril en bafouant le vote de l’AG du 7 février qui a interdit tout licenciement d’ici juin 2010.

Une plainte en justice qui humilie le Réseau

Pire : se pliant à l’exigence du directeur administratif, le CA a déposé début avril une plainte en justice « contre Stéphane Lhomme et contre X ». Il s’agit là d’un acte gravissime : d’habitude, les militants antinucléaires sont perquisitionnés sous la pression du lobby nucléaire. Cette fois-ci, la police va intervenir… envoyée par les actuels dirigeants du Réseau Sortir du nucléaire (directeur et CA). Honte à eux. Derrière les prétextes avancés (« faux, usage de faux, atteintes au système automatisé de données de l’association »), pour faire croire que des actes graves ont été commis, les putschistes visent en réalité la simple diffusion d’une lettre des 8 administrateurs qui ont été « débarqués » en février : désormais, dans le Réseau, il est interdit de discuter (sauf à passer sous les fourches caudines du directeur administratif).

Cette plainte en justice étant en cours, je ne souhaite pas en dire plus pour le moment, mais il faut savoir que je n’ai strictement rien à me reprocher dans cette affaire qui, à nouveau, relève de la manipulation et de la désinformation : il fallait bien trouver (et même inventer) un prétexte pour me licencier…

Le Réseau reste hélas signataire de l’appel Ultimatum climatique

De façon édifiante, le CA actuel et le directeur administratif bafouent une décision d’AG en maintenant la signature de l’appel « Ultimatum climatique » (Cf http://ultimatum-climatique.org ; Bandeau défilant du bas : « Ils soutiennent l’appel »). Pourtant, une motion proposée par mon propre groupe (Tchernoblaye) a été adoptée par l’AG le 7 février et dit que "Concernant le climat, le Réseau ne signera aucun texte qui n’écarte pas explicitement le recours au nucléaire". Mais la signature du Réseau est maintenue sous l’incroyable prétexte que la motion…. ne serait pas rétroactive : voilà une écoeurante méthode bureaucratique permettant de bafouer la volonté de l’AG et d’enterrer le positionnement antinucléaire du Réseau.

Conclusion : verdict le 21 juin 2010

Mon modeste cas personnel est réglé : licencié, je « travaille » désormais au Pôle emploi. Mais il faut être clair : le Réseau ne peut, ne doit pas continuer après l’AG de juin 2010 avec les gens qui ont organisé des cabales, licencié tels des patrons-voyous, débarqué illégalement des administrateurs intègres, dévoyé l’engagement antinucléaire du Réseau et finalement attaqué des antinucléaires en justice.

Les participants à l’AG des 19 et 20 juin doivent prendre leurs responsabilités : si le directeur, le directeur financier, et les administrateurs putschistes sont toujours en place le 21 juin, comme si de rien n’était, alors le Réseau sera définitivement décrédibilisé et sera même passé du côté de nos adversaires. Il faudra alors en tirer toutes les conséquences. L’AG de juin est la dernière chance pour sauver le Réseau…

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Annexe 1 - Des méthodes écoeurantes

J’ai été licencié le 8 avril. Pourtant, le mandat donné par l’AG des 6 et 7 février 2010 au CA provisoire excluait explicitement tout licenciement d’ici la prochaine AG prévue les 19 et 20 juin… Par ailleurs, fait extraordinaire, une salariée (Nadège M) a directement participé à la préparation de mon licenciement avec le directeur administratif et son avocat, comme en atteste un e-mail… qu’elle m’a envoyé en copie par inadvertance. C’est une honte définitive pour cette personne… et hélas pour le Réseau.

Début mars, ma connexion Internet et ma ligne téléphonique personnelles (à mon nom et à mon domicile) avaient été résiliées par des manoeuvres menées par le directeur administratif qui s’est fait passer pour moi auprès de Free et de France télécom (j’ai depuis réussi à récupérer mes abonnements).

Les e-mails envoyés entre le 1er mars et le l2 mai 2010 à mon ancienne adresse stephane.lhomme@sortirdunucleaire.fr ont été volés et lus par le directeur administratif avec la collaboration de la webmestre. Ce n’est que le 12 mai, à la réception d’une lettre recommandée de ma part, qu’ils ont désactivé mon ancienne adresse.

Annexe 2 - Des salariés… qui veulent dépendre d’un chef suprême

La plupart des salariés ont été recrutés par le directeur administratif qui a tout pouvoir sur eux… mais pas sur moi : signé en 2002, mon contrat précisait que je travaillais "selon les instructions du Conseil d’administration". Intolérable pour le directeur administratif qui exige que tous les salariés lui soient soumis, et qui voulait rapatrier à Lyon la communication, dernier secteur qui échappait encore à son emprise. C’est désormais chose faite.

Constatant que la majorité du CA résistait à la grève et refusait de me licencier, mes collègues ont revendiqué « l’égalité de traitement ». Cette formulation trompeuse a laissé croire à beaucoup de gens qu’il s’agissait d’une simple revendication salariale. Il s’agissait en réalité de me faire placer comme eux sous l’autorité de leur chef. Cette supposée « égalité de traitement » d’ailleurs ne va pas jusqu’à remettre en cause les statuts supérieurs du directeur et du directeur financier. Quel manque de dignité…

Annexe 3 - Des avertissements… à la place des félicitations

Pour tenter de me nuire et de « justifier » la procédure de licenciement lancée contre moi, le directeur administratif et les salariés de Lyon ont mis en avant le fait que j’avais reçu par le passé plusieurs rappels à l’ordre.

D’abord, les salariés ne sont pas censés être informés des sanctions de leurs collègues. Or, non seulement ils en sont informés mais ils se sont autorisés à s’en saisir pour s’adresser au directeur et au CA et demander mon licenciement ! Mais le pire est que ces sanctions ont toutes été demandées (et hélas obtenues) par le directeur administratif et que ces sanctions sont injustifiées.

Par exemple, fin 2008, j’ai été averti pour avoir lancé d’urgence, avec l’avocat du Réseau, un référé pour tenter d’empêcher EDF de lancer une opération dangereuse (récupérer des barres de combustible « suspendues » au dessus du coeur du réacteur) au moment même d’une manifestation devant la centrale nucléaire du Tricastin.

Le directeur administratif, lui, n’a pas levé le petit doigt pour protéger les manifestants (il est vrai qu’il ne s’était pas déplacé, contrairement à moi !). Par contre, il a obtenu un avertissement contre moi parce que j’avais « seulement » informé le CA de la démarche du référé au lieu d’organiser un vote formel…

Annexe 4 - Réponse à ma lettre de licenciement

Les « patrons-voyous » qui se sont accaparés le Réseau me mettent au défi de publier ma lettre de licenciement : non pas pour faire oeuvre de transparence, mais pour pouvoir ensuite la diffuser telle quelle, sans mes réponses. Il est donc hors de question que je leur fasse ce cadeau mais, comme je n’ai rien à cacher, j’ai rédigé un document présentant point par point les accusations portées contre moi… et mes réponses.

Cf ici : http://reseau.democratie.free.fr/Re...

Annexe 5 - Des associations « adhérentes » qui apparaissent subitement

Le nombre des associations adhérentes a brutalement augmenté juste avant l’AG de février 2010, de même que le nombre de procurations (qui, en quasi-totalité, ont servi à voter en faveur du putsch !). Le règlement intérieur prévoit qu’une liste des nouveaux groupes adhérents est établie à chaque début de trimestre or, malgré de nombreuses demandes, impossible d’obtenir la liste de ces associations subitement apparues début 2010. Sommes-nous au Réseau ou bien dans une organisation verrouillée par une mafia ?

Annexe 6 - Un « manager » au Réseau Sortir du nucléaire

Pour illustrer la situation interne qui prévaut actuellement dans le Réseau, voici ce qu’écrivait le directeur administratif Philippe Brousse, le 10 janvier 2010, au Conseil d’administration : « Je vous rappelle que, selon l’avenant à mon contrat de travail, mes fonctions de Directeur Administratif et des Ressources Humaines ne font l’objet d’aucune limitation de la part du conseil d’administration. (…) Sont notamment concernées les procédures disciplinaires, parmi lesquelles toute procédure de licenciement. »

La réalité est brutale : pendant que nous agissons contre le nucléaire, lui mène une carrière de « manager », avide de sanctionner et licencier. Il ferait mieux d’être DRH à France télécom (il a d’ailleurs déjà poussé un salarié à la dépression puis à la démission. Cf http://reseau.democratie.free.fr/PE...)

La situation actuelle est d’autant plus affligeante que le Réseau « Sortir du nucléaire » a été construit de façon à éviter - du moins le pensait-on - les prises de pouvoir : il n’y a pas de Président mais un Conseil d’administration (CA) de neuf membres, aucun d’eux n’ayant plus de pouvoir que les autres.

IMPORTANT : les projets de modification des statuts prévoient de limiter le nombre de mandats des administrateurs à 6 ans pour écarter « la tentation pour un administrateur de »s’installer à demeure" avec le risque d’un accaparement des pouvoirs". Fort bien, mais le directeur est là depuis 12 ans lui, et il s’est accaparé tous les pouvoirs ! Il doit donc partir. Idem pour le directeur financier.

PROPOSITIONS POUR L’AG des 19 et 20 JUIN 2010

1) Retirer la confiance au directeur administratif Philippe Brousse Comme expliqué ci-dessus, c’est le directeur administratif qui a froidement et délibérément ouvert la crise qui mine le Réseau depuis des mois et met en cause sa survie. Il n’est certes pas le seul à avoir souhaité et préparé cette crise, mais c’est par lui que tout est passé, dans la mesure où, au fil du temps, il s’est accaparé tous les pouvoirs dans le Réseau. Seule l’Assemblée générale du Réseau peut mettre le holà à cette prise de pouvoir bureaucratique et dénoncer le lancement délibéré de la crise. Il faut voter une « motion de défiance » (retrait de la confiance). Ce sera alors au directeur administratif et/ou au futur CA d’en tirer les conséquences.

2) Imposer un audit des finances du Réseau Alors que nous dénonçons l’opacité du lobby nucléaire, il se trouve que les militants et sympathisants du Réseau sont empêchés de savoir ce qui est réellement fait avec leur argent (cotisations, dons). Un exemple parmi d’autres : des faits très curieux ont eu lieu lors de la campagne pour le climat, comme le voyage à Copenhague de tous les salariés et administrateurs fidèles au directeur administratif ! L’Assemblée générale du Réseau doit exiger la transparence financière absolue par la mise en oeuvre d’un véritable audit financier qui doit être réalisé par une structure extérieure.

3) Condamner la plainte en justice en votant contre le rapport d’activité du CA. Le CA provisoire a été élu pour 5 mois, de février à juin 2010, sur une feuille de route purement technique afin de préparer l’AG de juin. En réalité, ce CA s’est conduit comme une faction agissant au service du directeur administratif, en particulier en stigmatisant les anciens administrateurs, en me licenciant, et finalement en déposant une plainte en justice contre ces ex-administrateurs et contre moi. L’AG du Réseau peut condamner ce triste bilan, et en particulier le dépôt de plainte en justice, en votant contre le rapport d’activité.

DES « TUYAUX » POUR L’AG DE JUIN 2010

Six mois de crise et de cabales ont permis de comprendre les méthodes insidieuses du directeur et du CA actuel, et les « arguments » mensongers qu’ils diffusent. Voici donc quelques « tuyaux » en prévision de l’AG. Un licenciement ne peut pas être « justifié »… par ses propres conséquences ! Les putschistes tentent de justifier mon licenciement par mes réactions et protestations véhémentes… suite à ce licenciement ! Les accusations écoeurantes avancées auparavant pour me licencier (menaces, insultes, etc) sont des affirmations gratuites qui ne sont étayées par aucune preuve, et pour cause : tout a été inventé. Des attaques dans la presse. Les putschistes prétendent que les ex-administrateurs et moi-même avons porté l’affaire dans les médias alors que ce sont eux qui l’ont fait, y agitant à mon encontre les accusations les plus diffamatoires (cf par exemple accusations mensongères de P. Brousse dans Politis : « menaces, insultes, etc »).

Une « radicalisation » de circonstance. On peut noter ces derniers temps une surprenante multiplication et radicalisation des communiqués du Réseau (qui sont néanmoins très mal fagotés et totalement ignorés par les médias). On pourrait se féliciter de cette soudaine « radicalité » mais ne soyons pas naïfs : il s’agit juste pour les dirigeants actuels de présenter un visage antinucléaire lors de l’AG des 19 et 20 juin, avant de reprendre ensuite la pente glissante vers un Réseau édulcoré et institutionnalisé.

Un pseudo processus de « refondation »… pour détourner l’AG. Le directeur et le CA provisoire ont lancé par Internet un pseudo processus de « refondation » avec une commission qui pourrait aboutir en 2011 ou 2012. C’est bien connu, « quand on veut enterrer un problème, on crée une commission ». L’objectif réel de ce processus est d’ « occuper » les participants à l’AG et détourner leur attention des responsabilités écrasantes du directeur, du directeur financier et du CA provisoire dans la crise du Réseau.

OGM : mise en cause des affirmations de Monsanto Crii-Gen Reporterre 2010/06/12 Crii-Gen (12 juin 2010) OGM : mise en cause des affirmations de Monsanto. Reporterre. fr

OGM : mise en cause des affirmations de Monsanto

L’évaluation de l’impact sur la santé des OGM agricoles (plantes à pesticides), ainsi que des pesticides, repose sur certaines bases scientifiques ineptes mettant en péril la santé publique. Le CRIIGEN répond de manière détaillée sur son site aux organismes officiels qui les évaluent .

Le CRIIGEN a réalisé et publié des expertises sur les tests sanitaires effectués par Monsanto avant la mise sur le marché de trois de ses maïs génétiquement modifiés (Mon863, Mon810 et NK603) (1). Ce que révèlent les réponses de Monsanto et de certains organismes officiels (HCB, EFSA, FSANZ) est effarant (2).

Hormis le fait que Monsanto et ces organismes accréditent l’idée que trois mois d’expérimentation sur de jeunes rats suffisent à garantir une innocuité pour les citoyens, ils soutiennent indirectement, entre autres, les trois contrevérités scientifiques majeures suivantes (3) : 1) il existe toujours une proportionnalité entre la dose d’un traitement et l’effet biologique ; 2) les effets d’un produit toxique sont toujours identiques chez les mâles et les femelles ; 3) toute anomalie biologique ou biochimique doit être corrélée à une modification anatomopathologique.

Les protocoles expérimentaux ainsi que les bases scientifiques qui sous-tendent l’évaluation des OGM et des pesticides ne sont donc pas aptes à garantir l’innocuité de ces produits. S’ils l’étaient nous ne subirions sans doute pas aujourd’hui la recrudescence de pathologies environnementales, véritable catastrophe sanitaire. Une réforme urgente et drastique de l’évaluation des OGM et des pesticides s’impose.

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Notes

(1) Séralini et al., Arch. Environ. Contam. Toxicol., 52, 596-602 (2007) ; J. Spiroux de Vendômois et al., Int. J. Biol. Sci, 5, 706-726 (2009).

(2) Voir dossier « Réponse à Monsanto et al. », site du CRIIGEN, rubrique "Communiqués de presse 2010".

(3) Séralini et al., Int. J. Biol., 5, 438-443 (2009).

Babeuf arrive-t-il ? Des Amiénois Reporterre 2010/06/14 Des Amiénois (14 juin 2010) Babeuf arrive-t-il ?. Reporterre. fr

Babeuf arrive-t-il ?

Pour écouter, cliquez en bas de cette page, en-dessous du texte de la chanson, que voici :

Babeuf est arrivé

Un Picard qui conspire dans la nuit

Il court pour soulever Paris

Sa plum’ légère réclame un monde neuf

D’un B qui veut dire Babeuf.

Ach’teur « la révolution est finie ! »

Clamaient les bourgeois / les nantis

Tertous ils avaient vaincu Robespierre

Jeté l’Egalité par terre.

Refrain : Mais… Babeuf est arrivé eh eh,

Sans trembler eh eh,

Le fier Babeuf, le brav’ Babeuf

Pour refaire quatre-vingt neuf.

Derrière ses pas de Montdidier à Roye,

Nos campagnes s’enflammaient déjà,

C’était Cartouche, Zorro, Robin des bois,

Les pauvres qui faisaient la loi.

Un soir, il réunit ses amis,

Et solennel, il leur dit :

"A bas ce gouvernement oppresseur,

On va le frapper en plein cœur"

Refrain : Mais… Babeuf est arrivé eh eh,

Un conjuré l’a dénoncé,

Mais même trahi, emprisonné,

La tête posée sur le billot,

Il a prêché pour les Egaux,

Et alors… et alors…

Même raccourci, enterré, mort,

Son fantôme rodait encore,

Depuis Karl Marx au grand Jaurès,

Son nom revient comme une promesse,

Refrain : Mais… Babeuf est arrivé eh eh,

Libellules et papillons, ça va mal UICN Reporterre 2010/06/14 UICN (14 juin 2010) Libellules et papillons, ça va mal. Reporterre. Animaux fr

Libellules et papillons, ça va mal

La Liste rouge européenne des espèces menacées vient d’être publiée. Elle révèle que de nombreux insectes européens risquent l’extinction.

La disparition des habitats et le changement climatique ont de graves conséquences pour les libellules, les scarabées et les papillons d’Europe. La dernière liste rouge européenne, réalisée à la demande de la Commission européenne, révèle que 9 % des papillons, 11 % des scarabées qui dépendent du bois en décomposition pour leur subsistance et 14 % des libellules sont menacés d’extinction en Europe. Certaines espèces sont même menacées d’extinction totale et ont été incluses dans la dernière version de la liste rouge des espèces menacées de l’UICN.

Janez Potočnik, membre de la Commission européenne chargé de l’environnement, a déclaré : « L’avenir de la nature est notre avenir et s’il est en péril, le nôtre l’est aussi. Donc, lorsqu’une liste rouge tire la sonnette d’alarme, les implications pour nos écosystèmes et notre avenir sont claires. Il s’agit d’un déclin préoccupant. »

D’après Jane Smart, directrice du groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN, « lorsqu’on parle d’espèces menacées, les gens pensent plutôt à de grandes créatures plus charismatiques, telles que les pandas ou les tigres, mais nous ne devons pas oublier que les petites espèces de notre planète sont tout aussi importantes et ont également besoin d’être protégées par des actions de conservation. Les papillons, par exemple, jouent un rôle pivot en tant que pollinisateurs dans les écosystèmes où ils vivent. »

Un tiers des espèces européennes de papillons en déclin

Les études actuelles révèlent que près d’un tiers (31 %) des 435 espèces de papillons en Europe voient leur population décliner et que 9 % de ces espèces sont déjà menacées d’extinction. La piéride du chou de Madère (Pieris wollastoni) est en danger critique d’extinction et pourrait être éteinte, n’ayant plus été aperçue sur l’île depuis au moins 20 ans. L’ocellé macédonien (Pseudochazara cingovskii) dans l’ancienne république yougoslave de Macédoine est également en danger critique d’extinction en raison des activités extractives qui réduisent son habitat. Un tiers des papillons européens (142 espèces) n’existent qu’en Europe et 22 de ces espèces endémiques (15 %) sont menacées au plan mondial.

Les scarabées et les libellules également en danger

C’est la première fois que l’UICN évalue la situation des scarabées saproxyliques, qui dépendent du bois en décomposition pour leur subsistance et jouent un rôle essentiel dans le recyclage des substances nutritives. Un tiers des 431 espèces étudiées sont uniques en Europe. Près de 11 % (46 espèces) des espèces risquent de disparaître de la région, tandis que 7 % (29 espèces) sont menacées d’extinction à l’échelle mondiale. Treize pour cent des espèces (56 espèces) sont également considérées comme presque menacées en Europe.

Les principales menaces à long terme pour ces scarabées sont la disparition de leur habitat en raison de l’exploitation forestière et la diminution du nombre d’arbres adultes. Le taupin violacé (Limoniscus violaceous) est une espèce en danger qui vit traditionnellement dans de grandes cavités d’arbre contenant de la moisissure de bois. Il est menacé par les nouvelles pratiques de gestion forestière.

Les libellules se trouvent dans toute l’Europe et en majorité dans le sud de la France, aux pieds des Alpes et dans certaines parties de la péninsule balkanique. Quatorze pour cent des 130 espèces de libellules étudiées sont en danger ; cinq d’entre elles sont menacées d’extinction totale, tandis que 11 % d’entre elles sont considérées comme presque menacées en Europe. À l’instar des papillons, la plupart des espèces menacées sont confinées dans les régions méridionales de l’Europe. Des étés de plus en plus chauds et secs, associés à l’intensification de l’extraction d’eau à des fins de consommation et d’irrigation, provoquent l’assèchement des habitats des zones humides dans lesquels vivent les libellules.

Trois des espèces de libellules les plus menacées en Europe sont endémiques des ruisseaux et des petites rivières de Grèce et des pays voisins, dont l’Albanie, la Bulgarie et la Turquie. En l’absence d’action, des espèces telles que la nymphe de Grèce pourraient s’éteindre au cours de la première moitié de ce siècle.

Contexte

La liste rouge européenne – compilée sur la base des mêmes critères que ceux utilisés pour la Liste rouge mondiale des espèces menacée de l’UICN, mais limitée à l’Europe – est une étude de l’état de conservation de près de 6 000 espèces européennes (mammifères, reptiles, amphibiens, poissons d’eau douce, papillons, libellules et certains groupes de scarabées, de mollusques et de plantes vasculaires). Elle identifie des espèces qui sont menacées d’extinction au niveau régional afin qu’une action de conservation puisse être entreprise dans le but d’améliorer leur état de conservation. La liste rouge européenne est principalement financée par la Commission européenne.

Les espèces sont classées dans l’une des huit catégories de menace. Les espèces classifiées comme étant en danger critique, en danger ou vulnérables sont toutes décrites comme étant « menacées ». La liste rouge de l’UICN est une compilation d’informations relatives aux menaces pesant sur les espèces, aux exigences écologiques et à l’endroit où ces espèces vivent ainsi que d’informations sur les actions de conservation qui peuvent être menées pour réduire ou prévenir les extinctions.

La Commission élabore actuellement sa position relative à nouvel objectif mondial visant à mettre un terme au déclin de la biodiversité, qui sera discutée lors de la conférence des parties à la convention sur la diversité biologique, prévue pour octobre 2010 dans la ville de Nagoya.

L’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, est le réseau mondial de protection de l’environnement le plus ancien et le plus vaste. Il rassemble plus de 1 000 gouvernements et ONG et près de 11 000 scientifiques et experts bénévoles répartis dans quelque 160 pays. Le réseau de l’UICN s’appuie sur un secrétariat de plus de 1 000 personnes dans 60 bureaux et sur des centaines de partenaires des secteurs public et privé et des ONG du monde entier. Le siège de l’UICN est situé à Gland, près de Genève, en Suisse.

On cherche Jean-Jacques Rousseau Pièces et Main d’oeuvre et les éditions L’Echappée Reporterre 2010/06/14 Pièces et Main d’oeuvre et les éditions L’Echappée (14 juin 2010) On cherche Jean-Jacques Rousseau. Reporterre. fr

On cherche Jean-Jacques Rousseau

Un concours est ouvert. Il s’agit de répondre au mieux à la question : « Pourquoi perdons-nous depuis trente ans ? »

L’année 1750 est l’un de ces millésimes anodins où rien ne se passe en apparence, où tout bascule en profondeur. De cette année choisie un peu arbitrairement - il en fallait bien une -, les historiens ont coutume de dater les débuts de la révolution industrielle et du machinisme à vapeur, tandis que les démographes y voient les premiers ralentissements de la natalité dans les campagnes françaises. Les paysans, comme disent les curés, ayant appris "à frauder la nature".

Ces développements ne passent pas inaperçus de ceux que par anachronisme on pourrait nommer les "intellectuels" de l’époque. En octobre 1749, l’académie de Dijon met au concours la question suivante : "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les moeurs". Concours remporté l’année suivante par Jean-Jacques Rousseau avec son "Discours sur les sciences et les arts", inaugural de ce que l’on a nommé le "rousseauisme", bientôt suivi et couronné par cette même académie de Dijon, du "Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes".

Désireux d’encourager la pratique de la réflexion et de l’écriture, notoirement délaissée et ruinée dans les écoles, les partis et les associations, à l’ère de l’informatique et de l’"audio-visuel", Pièces et Main d’oeuvre, site de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, et les éditions L’Echappée, soumettent au public cette question d’un paysan du Tarn, irréductible ennemi de la société industrielle et du machinisme totalitaire : "Pourquoi perdons-nous depuis trente ans ?"

Ce "nous" renvoyant évidemment à tous ceux qui ne veulent ni régresser dans l’animalité ni sombrer dans l’automatisation de l’espèce humaine, et plus précisément à tous ces partisans de l¹émancipation qui, jusqu’à l’automne 1977, et en tout cas avant les années 80 néo-réac’, ont cru, un moment au moins, à la possibilité d’un heureux bouleversement social, ainsi qu’aux plus jeunes qui ont dû depuis surmonter la douleur et l’incompréhension de cet échec.

Comme il est clair qu¹en France au moins, les mouvements contestataires n’ont pas fait l¹objet d¹une répression de masse, ni sanglante, ni carcérale ; que leurs protagonistes n’ont dans l’ensemble subi ni bannissement, ni déportation, à la différence d’autres temps et d’autres lieux (Guerre d¹Algérie, Occupation, Italie, Chili, etc) ; que leur situation générale, y compris le chômage, ne fut pas pire que celle de l¹entre-deux guerres ; on s’abstiendra de toute explication facile par des facteurs externes au mouvement contestataire, pour se concentrer sur l’analyse interne. Que manque-t-il à cette contestation, du point de vue moral, intellectuel, théorique, pratique, et autres, pour faillir si piteusement et continûment ?

Les réponses sont à envoyer d’ici septembre 2009, par texte imprimé et/ou par courrier électronique à Pièces et Main d’oeuvre et/ou aux éditions L’Echappée qui, 260 ans après l’académie de Dijon, publieront conjointement le ou les meilleurs envois. A moins bien entendu, que les propositions reçues ne soient par trop indigentes d’expression et de réflexion. Anonymes et pseudonymes acceptés. L’envoi implique l’accord pour publication. Les textes imprimés ne seront pas retournés en cas de refus.

Les États-Unis instaurent un revenu maximum… en 1942 Jean Gadrey Reporterre 2010/06/14 Jean Gadrey (14 juin 2010) Les États-Unis instaurent un revenu maximum… en 1942. Reporterre. fr

Les États-Unis instaurent un revenu maximum… en 1942

Notre cadeau de Noël : le revenu maximal admissible, c’est possible !

Ce n’est pas un gag. Le Président des Etats-Unis vient de décider qu’il fallait fixer un plafond de revenu pour contribuer à sortir de la crise. Cela se passe en… 1942, et le Président est Franklin Roosevelt. Il s’ensuivra une période de trente-cinq ans au cours desquelles ce pays connaîtra des inégalités réduites. En 1942, Roosevelt déclare : « Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 dollars par an ». C’est l’équivalent de 315 000 dollars actuels, soit 8,5 fois le revenu disponible médian par personne (37 000 dollars), lequel vaut environ trois fois les plus bas salaires à temps plein. On aurait donc, si l’on appliquait aujourd’hui la norme de Roosevelt, un éventail de revenus de l’ordre de 1 à 25, hors personnes vivant sur la base de petits boulots ou d’aide sociale. C’est un écart encore énorme, mais c’est peu au regard de l’éventail de 1 à plusieurs milliers qui a cours actuellement. Roosevelt n’a toutefois pas pris une décision du type « au-dessus de 25 000 dollars, je prends tout ». Il a mis en place une fiscalité sur le revenu avec un taux d’imposition de 88 % pour la tranche la plus élevée, puis 94 % en 1944-45. De 1951 à 1964, la tranche supérieure à 400 000 dollars actuels a été imposée à 91 %, puis autour de 70-75 % jusque 1981. C’est ensuite la plongée néolibérale, l’idéologie des « baisses-d’impôts-pour-la-croissance-et-l’emploi-et-contre-le-trop-d’état », avec des taux maximaux de 50 %, puis entre 28 % et 39 % depuis 1987 (actuellement 35 %).

Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Income_tax_in_the_United_States

Même si d’autres facteurs interviennent (la guerre ampute les très hauts revenus à partir de 1940), le résultat de cette politique fiscale se voit sur le graphique suivant, que j’ai déjà commenté dans mon blog du 29 avril, sans avoir alors la possibilité technique de vous reproduire le graphique. Il repose sur les données d’Emmanuel Saez. Il représente la part du revenu total des ménages revenant aux 10 % les plus riches entre 1917 et 2006. Cette part diminue très fortement pendant la guerre (elle passe de 45 % à 32 %), et, ce qui est plus important, elle se maintient pendant 35 ans à un niveau relativement bas. Depuis 1981, la spectaculaire remontée des inégalités s’explique largement par les baisses d’impôt dont bénéficient essentiellement les plus riches, et elle trouve une seconde explication dans les rémunérations brutes de plus en plus extravagantes des dirigeants et hauts cadres des grandes entreprises du capitalisme actionnarial.

Cette courte histoire montre en tout cas que :

- l’idée d’un revenu maximum n’est pas une utopie ;

- elle peut apparaître non seulement comme une exigence morale, mais aussi comme l’une des voies de sortie des crises majeures. Il y a trois grandes façons de réduire les inégalités de revenu. La première, en bas de l’échelle, consiste à défendre des salaires décents, et des minima sociaux qui fassent (au moins) sortir les gens de la pauvreté. La seconde repose sur une fiscalité très progressive. Et la troisième porte sur les « revenus primaires » avant impôt. Actuellement, elle reviendrait à s’en prendre d’abord aux revenus financiers, boursiers, dividendes et stock-options, et aux « salaires » indécents. Mais tout cela a peu de chances de se produire si la société civile ne met pas les pieds dans le plat mal réparti de la richesse, entre autres plats socialement et écologiquement toxiques que le néolibéralisme a produits depuis les années 1980.

Un homme quitte Facebook Laurent Chambon Reporterre 2010/06/14 Laurent Chambon (14 juin 2010) Un homme quitte Facebook. Reporterre. fr

Un homme quitte Facebook

« Une dictature, c’est un endroit où des gens que vous ne connaissez pas peuvent vous priver de liberté et de vie sociale sans raison, à tout moment. C’est exactement ce qu’est Facebook : une entreprise à but lucratif qui peut vous bannir à tout moment, sans raison claire, et sans recours. »

La semaine dernière, j’ai décidé de fermer mon compte Facebook, malgré les photos, les vidéos, les centaines d’amis, les liens et les messages échangés. Cela faisait quelques semaines que je me tâtais, mais que je n’osais pas : Facebook est en train de devenir un outil tellement essentiel à notre vie en ligne que ne plus avoir de compte FB me fait penser au bannissement antique. Je n’ai pas choisi de fermer mon compte par avant-gardisme poseur ou par snobisme parce que même les beaufs ont leur profil FB, mais pour sauver ma peau.

Avant de parler de la mort de la confidentialité ou des divers niveaux de transparence, il faut comprendre que Facebook est une vraie révolution sociale. Pas uniquement pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il est en train de devenir. Avant internet, choisir ses amis était un processus compliqué, car la distance physique mettait fin à la relation : à part passer du temps au téléphone (c’était alors hors de prix), il n’y avait que le fax (pour les nantis) ou la poste (pour le peuple) pour s’échanger des documents et communiquer. Je me souviens que j’envoyais des cassettes de mix à mes amis : si j’étais à l’étranger, il fallait une semaine pour que la cassette leur parvienne, et s’ils y répondaient dans la journée, une semaine après j’avais leurs réactions et commentaires. Deux semaines pour dire « j’adore cette chanson » et qu’on me réponde « ouais c’est super ».

Avec Facebook, on peut partager en direct des vidéos, des musiques, des liens, papoter dans une petite fenêtre, s’envoyer des sourires ou se tirer la langue même si on ne vit pas à côté les uns des autres. Ça ne remplace pas le temps qu’on passe en vrai avec ses amis, à écouter de la musique ensemble sur le canapé, à se raconter nos histoires ou à partager un repas, mais cela le prépare en amont et permet de maintenir la relation en forme par la suite.

Mon expérience est que Facebook ne permet pas vraiment de se faire de nouveaux amis, mais d’approfondir les relations amicales que l’on a déjà. Dans mon cas, Facebook est aussi un moyen de maintenir l’amitié que j’ai avec des personnes qui vivent au loin, dans mon pays d’origine comme avec ceux et celles qui vivent aussi à l’étranger. Bien plus pratique que l’email, plus complet que MSN ou iChat, Facebook est déjà un outil social essentiel.

Mieux, les ingénieurs et mercateux de la firme américaine ont proposé une mutation qui est en passe de rendre Facebook essentiel à notre vie sociale. Avec les liens « J’aime » qu’on va pouvoir partager avec nos amis en dehors du site, il va se produire une synergie de nos passages en ligne : comme on aime savoir ce que nos amis sont en train de lire ou d’écouter quand on leur rend visite, on va aimer savoir ce qu’ils lisent, regardent et écoutent quand ils sont en ligne.

Les adolescents, en particulier, vont adorer. Quand j’étais ado, à la fin des années 1980, je passais des heures avec les copines à parler de Duran Duran et de A-ha, de lire les notes des pochettes de disques et de regarder avec adoration des vidéos que nous avions fait venir à grand frais d’Angleterre. J’imagine très bien les ados d’aujourd’hui partager l’essentiel de leurs coups de coeur musicaux et cinématographiques avec leurs amis, tchatter sans fin sur la robe minimaliste de Lady Gaga, la grosse caisse du nouveau Black Eyed Pea ou des choses dans le genre. Dès qu’un aura découvert un truc « génial », tous les autres seront au courant et adoreront aussi, ou au contraire détesteront. Car c’est comme ça que ça fonctionne, les ados : en meutes idiotes. Je sais de quoi je parle, moi aussi j’ai eu été ado.

Dans la plupart des articles critiques envers Facebook, on pleure notre vie privée. C’est vrai, le niveau de contrôle de ce qu’on veut révéler, et à qui, est insuffisant. Mark Zuckerberg, le fondateur de FB, a beau déclarer que la vie privée c’est du passé, on n’est pas non plus obligé de partager ses idées. Surtout, on devrait pouvoir avoir la possibilité de changer d’avis, de cacher certaines parties à certaines personnes, les montrer à d’autres, exactement comme on fait dans la vie : on ne raconte pas la même chose de la même façon à sa mère, à ses collègues et à ses potes.

Mais connaissant l’avidité de ses investisseurs et l’opportunisme de Zuckerberg et de ses sbires, ce problème va être réparé : c’est plus facile de vendre un peu de votre vie privée que de tout exposer à n’importe qui et de risquer de perdre des clients. La question de la confidentialité en ligne va donc être résolue, car Facebook ne peut pas se permettre, symboliquement, politiquement ou économiquement, de devenir le grand méchant loup du net. Le lynchage du vilain Bill Gates, le-monopoliste-sans-cœur, ou la perte de réputation récente de Steve Jobs, gourou-devenu-dictateur-qui-n’aime-pas-le-porno, ont je crois servi de leçon à Zuckerberg.

Non, les vrais problèmes sont ailleurs.

Facebook, ça prend plein de temps.

Trop, en fait. Beaucoup trop.

Le premier problème, c’est l’efficacité réelle d’un tel site social. C’est super d’aller mater ce que font les gens, de les voir dans des situations ridicules, de se marrer de leurs goûts de merde ou de se demander qui est vraiment leur ami pour de vrai. C’est super d’échanger instantanément des vidéos, des liens de lolcats et le nouveau tube de Kylie avec ses copines. Mais après des heures à rigoler tout seul derrière son écran, on se dit qu’on aurait quand même préféré papoter avec Pierre sur Skype ou aller boire un coup avec Paul au café d’à côté. Ou inviter Jacques à manger ce couscous dont personne ne comprend la recette. Être sur FB, c’est être comme les vieilles qui passent leur temps à la fenêtre à épier les autres car cela fait longtemps qu’il ne se passe plus rien dans leur vie. Spammer les gens avec ses photos et passer son temps à mettre son profil à jour, c’est encore plus effrayant : c’est comme passer son temps avec un faux micro devant la glace à avoir l’air cool en chanteuse-à-succès-que-tout-le-monde-adule-alors-que-personne-n’y-croyait-même-pas-sa-mère. Franchement...

En fait, le vrai frein à la vie en ligne, c’est la vie IRL. Car si c’est super de s’amuser sur Facebook, c’est infiniment mieux de voir les gens en vrai. On le voit avec la communauté gay : internet a tué les bars homos traditionnels, ceux où le serveur méchant vous arnaquait avec son coca sans bulles et trop de glaçons en vous tirant la tronche, car internet c’est plus simple et moins cher pour lever un mec. Mais les cafés sympathiques, les soirée Bingo avec dragqueen et les parties avec de la bonne musique sont en train de tuer internet, car on n’a pas besoin que de sexe, mais aussi de rigoler, de danser ensemble et de voir des gens en chair et en os. Quitte à ce que ça se transforme en sexe éventuellement.

La plupart des sites gay sont devenus une sorte de zoo où tout le monde cherche à savoir si son voisin en a vraiment une grosse et à extorquer les photos à poil comme autant de trophées : les mecs sympa et/ou normaux ont disparu et ont depuis longtemps laissé le champ libre aux freaks qui mentent sur leur âge, sur leurs mensurations et l’état de leur personnalité.

Quant à la propagande du succès viral grâce aux sites en ligne, le masque a commencé à tomber. MySpace n’a pas spécialement boosté la carrière musicale de groupes qui n’avaient pas auparavant signé avec une grosse maison de disques. Twitter n’a pas eu d’effet mesurable sur le nombre de voix récoltées par les politiciens en ligne, et ce n’est pas faute de twitter 50 fois par jour. Facebook n’a pas accru votre popularité : ces 800 amis ne sont pas tous vos amis, en fait. Facebook n’est pas le miracle dont nous parle la presse qui décidément n’y comprend pas grand chose : ça prend beaucoup de temps et ça ne rapporte pas tant que ça, ni en buzz, ni en amis, ni en opportunités de carrière.

À force de subir les tchats intempestifs des Ghanéen(ne)s qui cherchent un mari thuné en Europe ou se taper les commentaires débiles de ceux qui n’ont rien d’autre à faire de leur journée, les gens qui par ailleurs on une vraie vie vont se tourner vers autre chose. Car ce qui plaît aux troupeaux d’ados grégaires/rebelles n’est pas forcément ce dont rêvent les adultes équilibrés qui ont aussi une vie familiale et amicale normale.

Personnellement, j’ai décidé de me concentrer sur mes vrais amis, et d’utiliser le temps que je passais à lire des profils d’inconnus pour organiser des bouffes, aller avec les chiens à la plage et m’occuper de mon mari.

Facebook est une dictature.

L’arbitraire total y règne, ainsi que la loi du plus fort.

L’autre problème, et selon moi, le plus sérieux, c’est celui de l’équilibre des pouvoirs.

Il y a deux mois, le profil de Didier Lestrade a été fermé. Il a probablement partagé un homme nu de trop avec ses amis, il a peut-être été dénoncé par des folles jalouses, un assistant de Delanoë qui voulait venger son maître ou des membres d’une secte chrétienne quelconque qui n’ont toujours pas digéré Act Up et le coup du préservatif rose sur l’obélisque. Who knows… Les robots de Facebook ont mis son compte hors ligne sans qu’on sache pourquoi. Plus d’amis, plus de photos, plus de liens : Didier a simplement disparu du net. Babaille Didier. Après des emails de protestation d’un peu tout le monde, son compte a été rouvert, on ne sait ni pourquoi ni par qui, mais ça a été une sacrée leçon.

De plus en plus de gens sont ainsi bannis tous les jours, pour un mot de travers, une photo malvenue, ou parce qu’ils ont été dénoncés par des gens malintentionnés. On parle beaucoup de ces groupes intégristes qui font fermer les pages et les profils des laïcs et des progressistes dans le monde arabe. Ou des chrétiens intégristes qui sonnent l’alarme de Facebook contre leurs ennemis, qu’ils soient pour la liberté de l’avortement ou le mariage des couples de même sexe. Un robot reçoit des messages, il ferme le compte, et ensuite tout dépend du bon vouloir d’un employé de Facebook, qui ne parle pas forcément votre langue, et qui suit des règles qui sont tout sauf évidentes.

Facebook est en train de devenir un morceau essentiel de notre socialisation en ligne, mais nos données personnelles, notre sécurité en ligne et notre existence sociale sur internet dépendent de dénonciations incontrôlables, de robots sans âme qui voient de la nudité partout ou de petites mains lointaines contres lesquels il n’y a aucun recours. Une dictature, c’est un endroit où des gens que vous ne connaissez pas peuvent vous priver de liberté et de vie sociale sans raison, à tout moment. C’est exactement ce qu’est Facebook : une entreprise à but lucratif qui peut vous bannir à tout moment, sans raison claire, et sans recours. En tant que citoyen français, résidant aux Pays-Bas, je n’ai aucun moyen de récupérer ma vie en ligne si Facebook décide, pour une raison ou une autre, de me couper de mes amis, de confisquer mes photos et mes liens. Pas un juge, pas un policier, pas un élu n’a le moyen de m’aider.

Les gens qui militent pour la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et les libertés publiques dans leur pays acceptent d’être traités comme les sujets d’une dictature obscurantiste juste parce que c’est cool, que le logo bleu est impeccable et que la Californie est un État sympa et ensoleillé, et que Facebook c’est vraiment trop moderne. Moi, je refuse de voir une partie de ma vie sociale dépendre du bon vouloir d’une société basée à 9.000 kilomètres de chez moi, sans règles claires ni organes de contrôle indépendants.

On parle d’un projet de réseau social alternatif décentralisé, open source où chacun peut contrôler ses propres données. Il a levé assez de fonds pour démarrer, et on parle de l’automne 2010 pour la mise en ligne bêta si tout va bien. Je croise les doigts pour qu’il soit aussi facile d’utilisation que Facebook, et qu’il devienne un succès. En attendant, il va falloir que j’organise ma vie sociale en ligne autrement, avec Adium, ma boîte à mails comme en 1994, de liens envoyés à la main et de morceaux de musique partagées un par un avec ceux dont la boîte de réception accepte des fichiers assez gros.

Voilà. Deux semaines déjà, mon compte a normalement été supprimé définitivement si FB ne me raconte pas des salades, et je vis toujours. À votre tour de vous demander si votre présence en ligne passe nécessairement par le géant bleu.

American Tchernobyl Hervé Kempf Reporterre 2010/06/16 Hervé Kempf (16 juin 2010) American Tchernobyl. Reporterre. Tribune — fr

American Tchernobyl

Une catastrophe industrielle incontrôlable, un système vermoulu contrôlé par une nomenklatura figée, un leader dynamique qui veut changer les choses : ça ne vous dit rien ? Si, bien sûr : Tchernobyl, le PC soviétique, Gorbatchev.

Rappelons-nous les années 1980 : les gens de l’époque savaient que l’URSS allait mal, mais qui aurait parié 1 franc ou 1 dollar sur son effondrement rapide ? Et d’autant moins qu’elle avait trouvé un dirigeant sympathique et moderne. Il engagea d’entrée de jeu des réformes vigoureuses (glasnost et perestroïka) tout en modifiant sa politique étrangère par la détente avec Ronald Reagan.

Et puis Tchernobyl explosa. La catastrophe révélait la fragilité du système. En 1989, le mur de Berlin s’écroulait, en 1991, l’URSS était dissoute. La Russie entrait dans une décennie de dure récession économique.

Les gens d’aujourd’hui savent que les Etats-Unis vont mal, mais qui parierait 1 euro ou 1 yuan sur leur effondrement rapide ? Et d’autant moins qu’ils ont élu un dirigeant sympathique et moderne. Il a engagé d’entrée de jeu des réformes vigoureuses (plan de relance et loi sur la santé), tout en reconnaissant que les Etats-Unis ne pourraient pas tout diriger dans le monde.

Et puis Deepwater Horizon a explosé... L’inextinguible fuite de pétrole provoquée se révèle une catastrophe écologique historique. Elle démontre à la fois l’impéritie des grandes compagnies privées et l’incapacité de l’Etat (après un premier échec lors de l’ouragan Katrina, en 2005) à maîtriser la situation.

Comme Tchernobyl, Deepwater Horizon tire son sens du contexte. Celui d’une société dominée par une oligarchie capitaliste qui refuse toute évolution profonde malgré le désastre financier dont elle est responsable : Wall Street reste aussi solidement accroché à ses privilèges que l’étaient les dignitaires soviétiques.

Par ailleurs, politiques, publicité et médias maintiennent la fiction que le rêve américain peut perdurer sans bouleversement. Mais un pilier de la puissance américaine est ébranlé : celui d’une énergie peu chère. M. Obama essaye de le faire comprendre à ses concitoyens : « Nous pouvons prédire que la disponibilité des combustibles fossiles va diminuer, qu’ils vont être plus chers à extraire, et qu’ils comportent un coût environnemental que nos enfants, nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants vont devoir supporter », a-t-il dit dans son interview sur Politico.com, le 13 juin (1).

La fin du pétrole bon marché, c’est la fin de l’« american way of life ». Les Etats-Unis y résisteront-ils ? On peut penser que oui. Ou que non.

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Note

(1) http://www.politico.com/news/storie...

Et le soleil vint Hervé Kempf Reporterre 2010/06/22 Hervé Kempf (22 juin 2010) Et le soleil vint. Reporterre. Tribune — fr

Et le soleil vint

On a connu des périodes plus joyeuses. Entre les ministres indignes, le temps pourri, des footballeurs déplaisants et un journal qui s’apprête à la vente, on a du mal à rester optimiste. Et voici que l’hebdomadaire scientifique Science en rajoute une louche. Dans son numéro du 18 juin, il consacre un dossier aux océans.

Que disent les chercheurs de ce qu’ils ont trouvé ? Que ça va mal. Ces masses énormes d’eau qu’on pensait inaltérables aux coups de griffes de l’activité humaine, voilà qu’on sait qu’elles sont, comme tout écosystème sur cette Terre, fragiles et mal en point. Des myriades de bouts de plastique jonchent le Pacifique et l’Atlantique, les polluants industriels « altèrent fondamentalement la chimie de l’océan », le niveau des mers s’élève plus rapidement qu’on ne l’imaginait il y a encore cinq ans, les bateaux font un ramdam d’infrasons dans ce Monde du silence qu’avait découvert Jacques-Yves Cousteau, l’acidification explose : « Mis à part la mort des dinosaures du fait de l’impact d’un astéroïde, le monde n’avait probablement jamais vu ce qui est en train d’infuser dans l’océan. » C’est un journal scientifique qui l’écrit, pas un magazine à sensation !

Quant aux effets du changement climatique, ils sont maintenant observés dans tous les écosystèmes océaniques. « C’est comme si la Terre fumait deux paquets de cigarettes par jour », explique un des chercheurs, Ove Hoegh-Guldberg, à l’agence Reuters.

Pendant ce temps, des pseudo-élites s’achètent pour 12 000 euros de cigares. Et n’ont qu’un rêve : la croissance. M. Blanc, amateur de havanes payés par la République, a écrit un livre intitulé La Croissance ou le Chaos (Odile Jacob, 2006). Son occupation actuelle consiste à chercher à étendre davantage la mare de béton de l’agglomération parisienne, comme si c’était la panacée.

Pessimiste, moi ? Non ! Une lumière nous vient d’ailleurs - et aujourd’hui même, le soleil revient ! C’est un livre de l’économiste Tim Jackson, Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable (De Boeck, 248 p., 17 euros). Il explique, avec un solide appareillage d’analyse économique, combien le système actuel est bloqué. Il montre que la crise financière découle de l’endettement - on le savait -, mais que cet endettement forcené découlait de la recherche obsessionnelle de la croissance, seul moyen trouvé pour maintenir un équilibre instable. Il explique qu’on peut en revanche concevoir une économie prospère sans détruire la biosphère. Bien sûr, cela suppose de changer les principes du système. C’est la seule chose qui peut nous rendre optimiste : la volonté de changer.

La crise résolue ! Collectif « Piquons une crise » Reporterre 2010/06/24 Collectif « Piquons une crise » (24 juin 2010) La crise résolue !. Reporterre. Tribune — fr

La crise résolue !

Un revenu minimal de 1.500 euros par mois, un revenu maximal de 15.000 euros : la solution aux crises.

VIVRE AVEC 15 000 € PAR MOIS ?

Si vous estimez qu’il est possible de vivre décemment avec 15 000 €/mois, alors , en interdisant à quiconque de gagner plus, et en mettant l’argent récolté dans le pot commun :

- la « crise » que nous vivons est résolue - le financement des retraites (à 55 ans) est résolu - le financement de la sécurité sociale est résolu - le financement de l’éducation et de la recherche est résolu - les services publics sont renforcés - la faim dans le monde est résolue - la précarité est résolue - les pollutions de toutes sortes sont résolues - la destruction des forêts est résolue - la destruction de la biodiversité terrestre et maritime est résolue - la spoliation des terres cultivables est résolue, etc…

POURQUOI ?

Parce que l’origine de TOUS les problèmes majeurs sur cette planète est l’AVIDITE de quelques uns au détriment du plus grand nombre et le refus de partager les richesses. Parce que l’avidité n’existe en l’homme que pour combler un VIDE. Parce que le partage avec les autres comble ce vide, alors que la consommation effrénée pour soi l’accroît. Parce que les richesses ainsi libérées permettraient de faire les recherches indispensables pour développer des énergies et des modes de production non polluants et équitables, et de redonner à chacun la possibilité de s’inscrire dans la société de façon créative et satisfaisante.

COMMENT ?

Nous, des citoyens ordinaires, affirmons que :

- TOUT PEUT ETRE RESOLU en INTERDISANT 1. les revenus par habitant et par mois INFERIEURS A 1500 € 2. les revenus par habitant et par mois SUPERIEURS à 15 000 € - tous revenus :salaires, actions, loyers perçus, pensions, etc.

- TOUT DOIT ETRE RESOLU par l’ACTION DES CITOYENS Le système est en bout de course et la solution ne viendra pas des politiques livrés à eux-même : ils la connaissent mais ne veulent pas la mettre en œuvre. Au nom de la démocratie, ils refusent d’interdire les privilèges, privant ainsi l’énorme majorité d’une vie décente.

- TOUT PEUT ETRE RESOLU en CESSANT DE CROIRE que nous sommes des VICTIMES et n’avons pas le pouvoir de changer les choses

- TOUT PEUT ETRE RESOLU si nous sommes des MILLIONS, à l’échelle de la France, à POSER CETTE SEULE INTERDICTION : pas moins de 1500 €, pas plus de 15000 € par mois pour chacun. EXIGEONS (en tant que citoyens(nes) ou militants(tes) que tous les mouvements politiques intègrent dans leur programme ce principe de base !

UTOPIQUE ?

Si nous parvenons à imposer ce fonctionnement en France, aucun peuple sur Terre ne voudra être de reste. Imposer un fonctionnement juste et équitable n’est pas une « atteinte à la démocratie ». Ce qui l’atteint, ce sont les mensonges destinés à nous faire croire que les mesures actuelles sont la démocratie. Dévoiler les mensonges n’est pas utopique et, une fois dévoilés, rien ne sera plus comme avant…

RIEN, sinon l’avidité, ne s’opposera objectivement à la mise en œuvre d’une telle interdiction. Sa réalisation remettrait toutefois en cause des systèmes beaucoup plus complexes mais qui ne sont d’AUCUNE utilité aux citoyens seulement désireux de vivre décemment, c’est-à-dire l’immense majorité sur cette planète.

« Ils ne voudront jamais le faire » ? Bien entendu ! Mais si NOUS le voulons, cela se fera. Non pas parce que cela est la « solution » à tous les problèmes de l’humanité, mais parce que si nous OSONS exiger une seule chose qui remet en question ce système, si nous insistons de manière déterminée, alors rien ne pourra s’y opposer.

Assez de Blabla et de demi- mesures inefficaces, LA CRISE EST FINIE… si nous le voulons !

SI VOUS ETES D’ACCORD, MERCI DE FAIRE CIRCULER ce texte largement … afin que ce soit possible !

« Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre » (Gandhi)

A SUIVRE…ENSEMBLE !

Le collectif « Piquons une « crise » ! »

Le noeud de la crise Hervé Kempf Reporterre 2010/06/29 Hervé Kempf (29 juin 2010) Le noeud de la crise. Reporterre. Tribune — fr

Le noeud de la crise

Entre le G20 qui s’est achevé à Toronto, dimanche 27 juin, dans une ambiance morose, et le plan de rigueur français qui doit être annoncé, mercredi 30 juin en conseil des ministres, les économistes font grise mine : oui, la crise est là, et elle va durer.

Rien de surprenant si l’on regarde l’horizon. Qu’est-il en train de se jouer durant ces premières décennies du XXIe siècle ? La convergence progressive des niveaux de vie à travers la planète. Du fait de l’unification de la culture mondiale, la logique d’une égalisation des niveaux de vie s’impose progressivement.

L’étonnante émergence de puissances comme la Chine, l’Inde ou le Brésil n’est pas autre chose que la manifestation de ce basculement historique.

Il s’agit de retrouver la situation précédant la révolution industrielle, quand un Chinois ou un Indien partageait peu ou prou les mêmes conditions d’existence qu’un Européen. Mais la contrainte écologique fait que cette convergence ne peut pas se faire par le haut : les dirigeants du G20, dont le communiqué est marqué de l’économisme le plus étroit, l’ont oublié, mais l’environnement frappe sans arrêt à la porte, comme le montrent par exemple en ce moment la marée noire du golfe du Mexique, les pluies diluviennes en Chine ou les inondations au Brésil.

La convergence ne pourra pas se faire au niveau dont jouissent les Occidentaux, parce que l’équilibre écologique, déjà mal-en-point, n’y résisterait pas. Elle va s’établir bien plus bas. Cela signifie qu’Américains et Européens doivent réduire leur consommation matérielle. S’appauvrir, pour parler clair.

C’est ce qu’ils commencent à faire, nolens volens, du fait de la crise économique, qui est née de leur oubli de l’environnement par une surconsommation qu’a entretenue un endettement démesuré. Comme le disait Angela Merkel à Paris dès janvier 2009, « les pays industrialisés doivent absolument comprendre que nous avons vécu au-dessus de nos moyens ».

C’est cela qui se joue en ce moment. Mais on ne saurait oublier une donnée vitale, toujours tue par les économistes médiatiques : l’inégalité immense qui règne aujourd’hui.

La réduction de la consommation matérielle ne peut être bénéfique que si elle se fait équitablement. Cela suppose une redistribution drastique de la richesse, la socialisation du système financier, et l’investissement dans les biens communs utiles socialement et peu dommageables écologiquement : l’éducation, la culture, la santé, l’agriculture, une autre énergie. Les maîtres au pouvoir font l’inverse. Et la crise continue.

Pendant l’affaire Woerth, une loi sur la prise illégale d’intérêt Antoine Dulin Reporterre 2010/07/06 Antoine Dulin (6 juillet 2010) Pendant l’affaire Woerth, une loi sur la prise illégale d’intérêt. Reporterre. fr

Pendant l’affaire Woerth, une loi sur la prise illégale d’intérêt

Le Sénat vient d’adopter le 24 juin une modification législative sur la prise illégale d’intérêt.

Le Sénat est en train d’apporter des modifications sur la proposition de loi sur la prise illégale d’intérêts visant à contrecarrer la jurisprudence de la Cour de cassation et surtout à vider de sa substance cette infraction. Pendant que les hommes politiques, et le premier d’entre eux, nous parlent de moralisation de la vie politique, les mêmes sont en train de faire passer dans l’indifférence générale cette proposition de loi !

- Texte ancien : Le fait par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver directement ou indirectement un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou en partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

- Modification apportée : un « intérêt quelconque » est changé par « un intérêt personnel distinct de l’intérêt général ».

Il s’agit de la proposition de loi n° 268 (2008 -2009) de Bernard Saugey, député de l’Isère.

Ce texte a été adopté par le Sénat le 24 juin 2010 et transmis à l’Assemblée nationale le même jour.

A un moment où l’on s’interroge sur l’application à Eric Woerth de ce délit, une telle modification serait vraiment bienvenue pour lui (voir Le Monde du 4 et 5 juillet 2010).

Les informations peuvent être consultés sur le site du Sénat du 4 juin 2010 : http://www.senat.fr/basile/visio.do...

L’éolien industriel terrestre est une erreur Thierry Jaccaud Reporterre 2010/07/06 Thierry Jaccaud (6 juillet 2010) L’éolien industriel terrestre est une erreur. Reporterre. Tribune — fr

L’éolien industriel terrestre est une erreur

Qui peut bien refuser l’éolien ? Tout simplement des habitants mal informés ? C’était mon hypothèse : il suffirait d’apporter quelques éléments d’information et, au lieu de provoquer une polémique, l’installation d’éoliennes se ferait dans la convivialité. Je suis donc allé rencontrer des « anti-éoliens »… et j’ai du constater que c’était moi qui était mal informé. J’ai seulement pu expliquer les dangers du nucléaire, sans commune mesure avec ceux de l’éolien. Mais j’ai appris qu’une éolienne industrielle moyenne fait aujourd’hui 150 mètres de haut, trois fois la hauteur du plus haut pylône de transport d’électricité. J’ai vu des personnes témoigner de la perte de valeur de leur habitation, de la perte de clientèle pour leurs gîtes ruraux, des nuisances sonores, de l’impact visuel indéniable d’une installation aussi gigantesque. Face à ces inconvénients, je n’ai pas pu décrire précisément les avantages qu’apporterait l’éolien industriel. J’ai donc cherché des arguments chiffrés. Les voici.

Combien coûte à la collectivité une tonne de CO2 évitée lorsqu’elle subventionne l’isolation thermique des bâtiments ? Deux euro. Combien coûte à la collectivité une tonne de CO2 évitée lorsqu’elle subventionne l’éolien industriel terrestre ? Entre 230 et 280 euro. Ces données sans équivoque sont bien connues et régulièrement rappelées de rapport en rapport.

Quelle est la part de la production d’électricité espérée avec les 14 000 MW restant à construire pour atteindre d’ici 2020 les 19 000 MW d’éolien terrestre d’ici 2020 prévus par la loi Grenelle I ? Environ 5 %. Notons au passage que les sites les plus ventés sont logiquement déjà équipés, d’environ 5 000 MW, il ne reste par définition que les sites les moins intéressants. Sans être négligeable donc, la contribution que pourraient apporter 14 000 MW supplémentaires d’éolien industriel terrestre est donc très faible.

Combien des quelques 58 réacteurs nucléaires pourrait-on fermer grâce au développement de l’éolien industriel terrestre ? Non pas 5 % des réacteurs, car l’énergie intermittente produite par les éoliennes se substitue à 75 % à de l’énergie thermique dont les centrales peuvent démarrer et s’arrêter rapidement, et seulement à 25 % à de l’énergie produite par le nucléaire dont la production n’est pas réglable rapidement. Le calcul est vite fait : l’électricité produite par les 14 000 MW d’éoliennes à venir permettrait donc de remplacer seulement 0,7 réacteur. Même pas un réacteur.

Résumons donc : concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, subventionner l’éolien industriel terrestre est un gaspillage d’argent public. Concernant une sortie du nucléaire, sa contribution est infime. La conclusion s’impose : le choix du développement massif de l’éolien industriel terrestre est une erreur.

Pourtant, les dirigeants des grandes associations environnementales qui ont participé au Grenelle de l’environnement multiplient les prises de position en faveur de l’industrie éolienne, à quelques bémols près. Ainsi, le WWF indique très clairement qu’il s’opposera à tout projet d’éoliennes à proximité de sites de nidification du Grand Tétras, car ce gallinacé est très sensible au dérangement. Peut-on amicalement rappeler au WWF que les êtres humains riverains des éoliennes sont, eux aussi, des êtres sensibles ?

Plus sérieusement, alors que le gouvernement et le président de la République multiplient les initiatives pour développer le nucléaire tant en France qu’à l’étranger, ces mêmes associations du Grenelle restent silencieuses… On ne comprend plus. Le nucléaire est un danger absolument majeur sur lequel aucun arrangement n’est possible. Inversement, l’éolien industriel terrestre est comme on vient de le montrer une solution très marginale qui ne justifie donc ni de détruire l’environnement des riverains, ni de transformer un paysage rural typique en un paysage industriel banal.

N’imposons pas aux autres ce que nous ne voudrions pas pour nous-mêmes, voilà une sage règle de conduite. Existe-t-il des écologistes prônant l’éolien industriel et habitant eux-mêmes à proximité ? Oui. Par exemple, Thierry Salomon, président de l’excellente association Négawatt pour laquelle la priorité est de réduire notre consommation d’énergie, qui l’explique dans une tribune publiée à l’automne. Quelle hauteur font ses éoliennes ? 100 mètres. A quelle distance habite-t-il ? Trois kilomètres. On est loin de la bien trop faible distance minimale aux habitations de 500 mètres adoptée par la loi Grenelle II.

La France ne comporte pas de vastes déserts très ventés comme aux Etats-Unis ou en Chine. Le milieu rural français est un milieu habité, ne l’oublions pas ! En France donc, l’éolien industriel terrestre a atteint son seuil de contre-productivité. Cette notion forgée par Ivan Illich est simple : au-delà d’une taille critique, une solution devient un problème. Le Danemark en est une illustration exemplaire. Ce pays s’est équipé de nombreuses éoliennes, certes, mais de faible taille. A part le nom, il n’y a rien de commun entre une éolienne de 20 mètres de haut et une éolienne de 150 mètres de haut. Aujourd’hui, la population danoise elle aussi refuse les éoliennes géantes. Depuis dix ans, la croissance de la hauteur, de la puissance et des problèmes générés par les éoliennes industrielles a été exponentielle. Il est temps de le réaliser et de choisir d’autres solutions, vraiment efficaces et à échelle humaine.

Béton de progrès Hervé Kempf Reporterre 2010/07/08 Hervé Kempf (8 juillet 2010) Béton de progrès. Reporterre. Tribune — fr

Béton de progrès

Chers amis, vous le savez, l’autoroute est la voie du progrès, le témoin de la modernité, le chemin d’un avenir heureux, désenclavé et motorisé. Grâce à elle, les investissements se multiplient comme les champignons après la pluie, le chômage recule, la félicité s’installe.

Des écologistes retardataires, qui veulent nous faire revenir à l’âge des cavernes, avant même l’invention de la roue [rires dans l’assistance] s’obstinent à tenter d’arrêter l’extension du réseau routier, sous les plus fallacieux prétextes.

Ils parlent d’environnement, de biodiversité, de - que sais-je ? Ils affirment que la France possède déjà le réseau le plus étendu d’Europe et que toutes les nouvelles infrastructures routières sont déficitaires faute de trafic suffisant, ils prétendent que le pétrole va manquer, ils s’inquiètent des effets du gaz carbonique des voitures sur le changement climatique.

Billevesées !

Le climat, on n’en sait rien, comme l’a démontré l’admirable Claude Allègre, un des plus grands savants dont s’honore la patrie de Louis Pasteur.

Quant au pétrole, s’il y a un problème, la technique y répondra, et notamment nos formidables centrales nucléaires, que nous allons multiplier pour approvisionner les autos électriques mises au point par nos magnifiques entrepreneurs.

Et puis, construire, construire, construire constitue le meilleur moyen de renouer avec la croissance, qui est, comme vous le savez, la solution à tous nos problèmes.

Bon, il a fallu, sous la pression d’une opinion manipulée par les prophètes de malheur, faire un Grenelle de l’environnement, qui a promis qu’on ne construirait plus d’autoroutes. Mais, heureusement, le bon sens reprend le dessus, et j’ai le plaisir, mes chers amis, de vous annoncer à nouveau l’engagement de nouvelles autoroutes, comme l’a indiqué le Journal officiel le 1er juillet, entre Toulouse et Castres (Tarn), ainsi qu’entre Nonancourt (Eure) et Allaines (Eure-et-Loir)(1). Le ministre Jean-Louis Borloo, à qui nous devons ces décisions salvatrices, a aussi adressé, le 11 juin, au député Jean-Pierre Grand (UMP, Hérault) une lettre lui annonçant son accord pour un doublement de l’A9 à côté de Montpellier (2). Ce ministre a droit à notre reconnaissance [applaudissements]. Et j’ai bon espoir que, dans le schéma national d’aménagement d’infrastructures de transport qui se prépare dans le secret du ministère, de nouvelles liaisons seront inscrites, pour le bénéfice de tous et de nos si désintéressées entreprises de génie civil. Oui, chers amis, à bas l’écologie de malheur, vive le progrès, vive la raison, vive le béton !

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Notes :

(1) http://www.journal-officiel.gouv.fr...

(2) http://www.jeanpierregrand.fr/archi...

Internet et les injonctions de la démocratie Simon Charbonneau Reporterre 2010/07/09 Simon Charbonneau (9 juillet 2010) Internet et les injonctions de la démocratie. Reporterre. Tribune — Libertés fr

Internet et les injonctions de la démocratie

Un texte écrit en 1996. Témoignage historique ou question toujours pertinente ?

Depuis quelque temps les médias français assomment leurs lecteurs d’articles de vulgarisation vantant les mérites de ce nouveau moyen de communication constitué par le réseau Internet. On y apprend que les Français ne semblent pas se ruer sur cette nouvelle technique dont l’utilité ne leur paraît pas évidente contrairement à la machine à laver ou au téléphone. Cette inadmissible attitude de frilosité est vigoureusement dénoncée car la France doit bien sûr à tout prix rattraper son retard par rapport aux Etats-Unis. Les réticences initiales vis-à-vis de cette innovation sont dorénavant écartées d’un revers de main ; les professionnels des médias, les intellectuels et les industriels nous le disent : il faut à nouveau foncer sur la voie royale du progrès !

Observons tout d’abord que comme d’habitude, une propagande technicienne forcenée se manifeste d’autant plus vigoureusement au moment du lancement d’une innovation technologique que celle-ci rencontre quelques réticences au sein de la société civile. C’est ainsi que par le passé fut lancé en France le programme électronucléaire, la télématique dans les années soixante-dix et plus récemment les techniques du génie génétique . Un consensus est ainsi artificiellement créé par un véritable matraquage multimédiatique auquel participe tous les représentants de notre oligarchie technicienne, à savoir journalistes, scientifiques, industriels, économistes et politiques dont certains sont réunis au sein du bien nommé Club Saint Simon, ce haut lieu de l’idéologie du progrès.

Notons cependant un petit changement par rapport au passé : on fait aujourd’hui semblant parfois de peser le pour et le contre de cette énorme innovation tout en suggérant immédiatement qu’il va falloir impérativement nous adapter, c’est-à-dire se préparer à accepter les bouleversements incalculables induits par la diffusion mondiale de ces réseaux. C’est ainsi que l’on dresse l’opinion à subir un déterminisme technico-économique savamment orchestré.

Ainsi, sans le moindre débat contradictoire effectif, sans d’ailleurs qu’intervienne ni le marché ni le pouvoir politique, notre oligarchie technicienne engage les Français à marche forcée dans des voies totalement inconnues qui ne peuvent donc être que très dangereuses . Car où donc se trouve l’étude d’impact psychiatrique, sociale, culturelle, économique et même écologique de cette nouvelle technologie ? Il y a de toute manière une évidence : ces réseaux immatériels vont induire autour de la planète des transferts massifs d’informations à la vitesse de la lumière et un véritable mouvement brownien d’images, de sons et de messages de toutes sortes va inonder les sociétés humaines comme cela est déjà le cas avec les moyen actuels de la radiotélévision. Les conséquences d’un tel phénomène risquent en effet d’être incalculables en raison de la rapidité de diffusion de ces nouvelles techniques. On peut penser plus particulièrement que la combinaison de ces réseaux avec les flux financiers internationaux pourrait susciter une gigantesque crise monétaire mondiale plongeant les pays les plus développés dans le chaos. Car par nature la diffusion actuelle de ces réseaux ne peut se faire qu’au détriment des régulations et des équilibres nationaux, régionaux et locaux. S’il y a en tous les cas une évidence, c’est bien celle d’une accélération du processus actuel de mondialisation par interaction de l’innovation technologique et des échanges économiques internationaux. Tout cela ne peut bien entendu que pousser à la naissance d’Etat Planétaire, cauchemar antidémocratique du siècle à venir .

Où donc les errances internationales sur cybernet vont-elles nous mener ? Qu’importe, du moment que l’on accède à l’ivresse technologique, nous répondent les pratiquants-croyants ! En effet, contrairement au passé où le progrès technique était toujours censé être porteur d’un progrès moral et politique de l’humanité, aujourd’hui la question du sens et des finalités a été évacuée dès le départ. Toutes ces vieilleries que sont la fraternité, la justice, la liberté, la beauté et le bonheur n’ont décidément plus aucun intérêt ! Qu’on se le dise, on vit dorénavant, fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité, dans une société qui a sacralisé ses moyens au détriment de toute finalité. Pourtant savoir où l’humanité va, comment et pourquoi y elle y va, devraient au contraire être considérées en cette fin du XX siècle comme des interrogations fondamentales et pas seulement spirituelles mais aussi pratiques car, comme le disait Doudinsev, l’homme ne vit pas de pain seulement.

Méfions nous donc, il pourrait y avoir un jour le retour du refoulé sous une forme dégénérée, le succès actuel des sectes en Occident et de l’intégrisme islamique au Moyen-Orient est là pour nous prouver que l’homme n’est pas seulement un producteur-consommateur ! Il a besoin de repères spirituels qui lui permettent de s’interroger en permanence sur ses actes quotidiens. Ces repères, l’homme moderne ne paraît pas jusqu’à présent être en mesure d’en inventer de différents de ceux que lui a légué, du moins pour l’Occident, notre vieil héritage judéo-chrétien . A moins alors que l’humanité n’ait inconsciemment décidé de s’abandonner au chaos menaçant qui appelle l’ordre total et à renoncer à maîtriser son destin, il faut pourtant encore parier sur un sursaut de la liberté de l’esprit, seul capable de la sortir de l’impasse actuelle. Au pire des moments de l’existence, chercher la petite lueur qui nous indique l’issue de secours a toujours un sens même si nous n’arrivons pas à la trouver momentanément.

La Creuse abandonnée Sept curés creusois Reporterre 2010/07/09 Sept curés creusois (9 juillet 2010) La Creuse abandonnée. Reporterre. fr

La Creuse abandonnée

Lettre ouverte de sept curés de la Creuse à propos de la fermeture du service de radiothérapie du département.

Madame la Ministre de la santé, Monsieur le Préfet de la Creuse,

Il n’est pas dans notre usage d’interférer dans le débat politique. Nous n’avons aucun pouvoir et nous ne le revendiquons pas. De par notre autorité morale et spirituelle, nous entendons chaque jour les préoccupations des Creusois, et nous pouvons témoigner des efforts considérables de tous ses élus pour faire vivre dignement ce département.

Permettez-nous d’exprimer ce qui est si douloureusement ressenti au-delà des clivages de convictions et d’engagements. Nous voulons ajouter la voix de l’Eglise catholique à celles des élus de la Creuse et des professionnels de la santé concernant la fermeture du service de radiothérapie de l’hôpital de Guéret.

Avec la disparition de ce service nous franchissons à nouveau un degré supplémentaire dans la spirale de désertification du département. Année après année, les services de proximité s’affaiblissent pour une population rurale souvent âgée, et les acteurs de ce département agricole qui se lèvent tôt pour nourrir leur pays et gagner si peu leur pain.

Jusqu’où l’avenir démographique, agricole, économique de la Creuse va-t-il se dégrader ? Au jour le jour, nous sommes témoins privilégiés de la vie des familles, des villages, des communes de cette région. Nous ne pouvons nous résoudre à voir ce département perdre ses forces vives, et les structures vitales qui permettraient de le développer à égalité avec d’autres départements ruraux.

Madame la ministre, vous vous montrez capable de vous mettre au chevet d’une équipe de France de football bien malade. Montrez-nous que vous êtes capables de vous mettre à l’écoute et au chevet d’un département qui ne veut pas rester sur le banc de touche, et qui demande à vivre avec les mêmes moyens que les autres.

En espérant que vous comprendrez le caractère exceptionnel de notre démarche, son urgence et son importance, veuillez recevoir, Madame la ministre et Monsieur le préfet de la Creuse, l’expression de notre haute considération.

Signataires : Père Gilles Gracineau, vicaire épiscopal Abbé Pierre Morin, Abbé Jean-Luc Puig, Abbé Michel Lateras, Abbé Maurice Dajczlinder, Abbé Jean-Michel Bortheirie, Abbé Arnaud Favart.

Des climato-sceptiques à l’affaire Woerth Jean-Michel Masson Reporterre 2010/07/10 Jean-Michel Masson (10 juillet 2010) Des climato-sceptiques à l’affaire Woerth. Reporterre. Tribune — fr

Des climato-sceptiques à l’affaire Woerth

A propos de ce qu’on appelle l’affaire Woerth et concernant la dénonciation par le pouvoir en place des quelques rares média qui osent mettre sur la place publique des informations non-formatées, il serait judicieux de rappeler que pendant des mois, ce même pouvoir a laissé se développer une campagne des « climato-sceptiques-sauf-d’eux-mêmes »... sans la moindre réaction, ni condamnation, ni appel à la raison, face à des affirmations parfois ignominieuses. Comme quoi les cris d’orfraie sont parfois à géométrie variable...

Je n’ai pas non plus beaucoup entendu parler des points de vue alternatifs, comme celui d’Attac, sur le dossier des retraites...

Quand ce pouvoir n’arrive pas à contrôler l’information, il pousse des cris de vierge effarouchée si par hasard une information qui ne lui sied pas se répand.

Ceci dit, au-delà de l’aspect glauque de cette affaire, si tout est avéré, le problème de fond n’est pas posé : si l’instinct d’accaparement qui a mené à la « réussite » de certains entrepreneurs n’était pas flatté si méthodiquement, si l’impôt redistribuait massivement les sommes énormes (par exemple pour isoler l’habitat et ainsi lutter contre les crises environnementales à venir) confisquées par la réussite dans ce système , si les campagnes électorales se faisaient avec un temps de parole correct et similaire pour tous, attribué réglementairement, avec interdiction d’acheter des campagnes publicitaires massives ou des commentateurs orientés, les sources de certains actes peu vertueux se tariraient d’elles-mêmes.

La nature humaine n’étant pas parfaite, il y aura toujours des « profiteurs », mais si l’on encourage le système fondé, comme l’avait bien remarqué Adam Smith, sur un vice, à savoir l’instinct d’accaparement, il n’est pas étonnant, de voir les petits ou moyens...accapareurs tenter de profiter des gros accapareurs.

Le risque de tout cela est bien sûr de favoriser l’abstention électorale ou le vote pour des mouvements qui prétendent avoir les « mains propres ». Il serait intéressant de rappeler les diverses compromissions entre régimes autoritaires de droite et la ploutocratie qu’ils dénoncent avant d’arriver au pouvoir.

La solution passe par le revenu maximum à définir collectivement.

La démocratie est-elle en danger ? Al Gore Reporterre 2010/07/12 Al Gore (12 juillet 2010) La démocratie est-elle en danger ?. Reporterre. Tribune — fr

La démocratie est-elle en danger ?

Un entretien réalisé fin 2006 avec Al Gore. Surprise : il parlait plus de démocratie que de changement climatique. Toujours intéressant...

Hervé Kempf - Quel est le message que vous voulez transmettre à travers votre film, Une vérité qui dérange ?

Al Gore - Nous sommes confrontés à une crise climatique qui a le caractère d’une urgence planétaire. Même si ces mots semblent terrifiants, ils sont malheureusement pertinents pour décrire la relation radicalement nouvelle qui s’est établie entre l’espèce humaine et l’écologie terrestre. Rien, dans notre expérience passée, ne nous prépare au défi auquel nous sommes maintenant confrontés, mais c’est un défi que nous devons surmonter.

La bonne nouvelle est que nous avons tout ce qui est nécessaire pour résoudre la crise, si nous agissons rapidement. Ce qui manque peut-être, c’est la volonté politique. Mais en démocratie, la volonté politique est une ressource renouvelable, et le moyen de la renouveler est de diffuser la connaissance de cette situation auprès d’autant de personnes que possible.

Vous estimez qu’il y a une crise dans la démocratie. Quel est le lien entre le fait que la démocratie soit en mauvaise forme et la difficulté à faire avancer les solutions à la crise climatique ?

L’information dans une société circule selon un mode de fonctionnement écologique. J’utilise le mot « écologie » comme une métaphore, mais il est incontestable que l’écologie de l’information après la révolution de l’imprimerie a créé les bases des Lumières, au XVIIIe siècle. Les individus ont pu participer à la discussion publique et, bientôt, une méritocratie des idées a émergé. Le succès des idées individuelles a commencé à dépendre de leur intérêt public. Cette écologie de l’information a formé la base de la démocratie représentative, dans la république française et aux Etats-Unis.

Mais il y a cinquante ans, la télévision est devenue la source dominante d’information. Et dans mon pays, beaucoup plus qu’en France, sa domination est maintenant si écrasante que les journaux perdent des abonnés. En dépit d’Internet, qui est une source d’espoir pour rouvrir le forum public aux individus, la télévision accroît son importance année après année. Chaque Américain regarde en moyenne la télévision quatre heures et demie.

Donc, la crise de la démocratie provient de la domination de la télévision ?

La télévision est un medium à sens unique, à la différence de la presse écrite. Elle est pilotée par les annonceurs, qui l’utilisent pour vendre des produits, et pour capter l’audience la plus large avec le dénominateur commun le plus bas. Dans mon pays, le dialogue politique est maintenant conduit pour l’essentiel au moyen d’annonces télévisées de trente secondes. L’influence malsaine de l’argent en politique est largement due à la nécessité pour les hommes politiques de rassembler suffisamment d’argent pour se payer ces annonces. Nous avons des élections dans une trentaine de jours. 80 % du budget des candidats est employé à acheter des spots télévisés de trente secondes. Et ces spots ne ressemblent pas aux textes de Voltaire ou de Thomas Paine ! [rire].

Ils sont plutôt sur le mode « Achetez Coca-Cola ! »

Oui, ou des images de Ben Laden, ou de Saddam Hussein, ou ce genre de choses. L’espace nécessaire en démocratie pour échanger des idées complexes et des informations abondantes a été réduit à une aire très petite. La veille du jour où le Sénat a voté la guerre en Irak, un sondage a été réalisé, montrant que 77 % des Américains croyaient que Saddam Hussein était à l’origine de l’attaque du 11-Septembre. Le sénateur de Virginie de l’Ouest, Robert Byrde, a pris la parole au Sénat : « Pourquoi cette salle est-elle vide ?, a-t-il demandé, pourquoi cette maison est-elle silencieuse ? » La chambre était vide parce que les sénateurs étaient dans des petites réunions destinées à lever des fonds pour se payer des annonces à la télévision.

Et la maison était vide parce que ce qui se dit au Sénat est maintenant largement hors de propos : les élus pensent que ce qui compte est ce qui est dit dans les spots de trente secondes. Alors, sur des questions aussi complexes que la crise climatique, qu’il est si difficile d’appréhender... c’est pourquoi j’ai décidé d’aller vers les gens, au moyen de ce film, afin de changer l’état d’esprit de la masse, afin que la crise climatique devienne un sujet d’intérêt public et que les citoyens fassent pression sur leurs représentants politiques.

Mais quel est le lien entre Internet et l’écologie ? Internet permettrait un vrai débat entre les gens ?

Oui, bien sûr. De la même manière que la presse a cassé le monopole d’information de l’Eglise, de même que la télévision est devenue dominante au milieu de XXe siècle, Internet sera finalement le médium dominant. Auprès des jeunes, il est déjà le médium dominant. Mais les trois quarts des gens qui se connectent à Internet regardent en même temps la télévision, qui a une qualité qu’Internet n’a pas. L’image animée en direct a un effet quasi hypnotique sur les gens. Les spécialistes en neurosciences appellent cet effet le « réflexe établi », qui se déclenche quand un mouvement se produit dans notre champ de vision. Nos prédécesseurs dans la savane africaine, il y a des centaines de milliers ou des millions d’années, étaient assis, et ceux qui ne regardaient pas les feuilles bouger ne sont pas nos ancêtres [rire]. La télévision active ce réflexe que nous avons tous, en moyenne toutes les deux secondes. Les gens qui regardent la télévision ne participent pas à la démocratie s’ils la regardent quatre à cinq heures par jour.

La première version d’Internet a été créée au début des années 1960, afin de garantir la pérennité des communications en cas de guerre nucléaire. Cela fonctionne selon le principe de la commutation de paquets : tout message est cassé en petits morceaux qui voyagent selon des chemins différents et se combinent à l’arrivée. Cela fait qu’il est impossible d’utiliser Internet pour une diffusion de masse en direct. On ne peut envoyer les informations qu’à une personne ou à un groupe.

En ce moment, la télévision et Internet commencent à s’imbriquer, se mêler, on peut charger une émission et la regarder plus tard - il n’empêche que la télévision reste le média dominant. Le résultat en est que le dynamisme de l’échange intellectuel, qui est fantastique sur Internet, n’influence pas encore la politique, le résultat des élections ou le vote du Congrès sur des questions importantes. Cela arrivera. Mais nous sommes dans une période de vulnérabilité, où la démocratie est fragile. Pas seulement aux Etats-Unis : la Russie contrôle complètement la télévision et maintenant intimide les reporters de la presse écrite. Quelques démocraties naissantes, comme en Afrique du Sud, contrôlent la télévision. En Italie...

Avec Berlusconi.

C’est l’exemple parfait de la façon dont les choses peuvent se passer. De plus, la propriété des chaînes de télévision a été concentrée entre les mains de quelques conglomérats. Dans mon pays, ils ont beaucoup d’activités qui ont à voir avec le gouvernement. Tout cela est complexe, mais la télévision a eu un effet de suppression sur le débat démocratique. C’est Internet qui le fera revenir au premier plan.

Et poser le changement climatique sur la scène publique.

Oui, regardez ce qui s’est passé au moment des Lumières : les individus pouvaient enfin utiliser la connaissance pour participer à la décision. Si quelqu’un savait lire et écrire et avait un talent de communication, l’instinct de la vérité, et pouvait persuader les autres de ses idées, cela devenait une source de pouvoir, et cela rendait possible la démocratie. Cela a conduit à prendre les décisions collectives sur la base de la raison. Nous avons remplacé les souverains par le règne de la raison, qui était soutenu par l’écologie de l’information dont je vous parlais.

Maintenant, la raison a un rôle moindre. Quand la raison se retire, un vide se crée dans lequel s’engouffrent le fondamentalisme religieux, l’idéologie, et la manipulation de l’opinion par la peur. En Allemagne, quand il devint clair que la radio et la propagande étaient les outils principaux de Hitler, un philosophe allemand a écrit que « toutes les questions de faits sont devenues des questions de pouvoir ». Ce n’était pas la première fois : les faits établis par Galilée étaient devenus une question de pouvoir. Mais quand l’espace public a été ouvert aux individus pour qu’ils s’expriment clairement, alors les faits ont gagné leur importance intrinsèque. Ils en ont moins aujourd’hui. A la fin, ils retrouveront leur place, parce qu’il y a quelque chose qui est la réalité, et les politiques basées sur l’illusion entreront en collision avec la réalité.

Le président Bush a focalisé l’attention sur le terrorisme. Quel est le problème principal : le terrorisme ou le changement climatique ?

C’est une erreur de forcer le choix entre les deux. C’est comme de comparer les pommes et les oranges : elles sont différentes. En pointant le caractère unique du danger, l’urgence de la crise climatique, je ne veux pas qu’on pense que je minore l’importance du terrorisme. Je ne contredis pas que nous devons combattre et vaincre le terrorisme. Mais ayant dit cela, il est indiscutable que la crise la plus sérieuse que nous avons jamais affrontée est la crise climatique. Elle met en danger l’avenir même de la civilisation humaine.

Vous dites qu’il y a des solutions. Sera-t-il possible de combattre le changement climatique sans diminuer la consommation dans les pays riches ?

Combattre avec succès impliquera de diminuer les habitudes de gaspillage. Cependant, la qualité de vie pourra continuer à augmenter. Par définition, la pollution est un gaspillage. Au fur et à mesure que nous irons vers une société de l’information, dont les valeurs dominantes seront les idées, l’innovation, l’ingéniosité, on utilisera moins le bois, le plastique, l’acier, le caoutchouc. Cela fait partie du chemin que nous devons suivre.

Nous avons besoin de meilleures architectures, de meilleurs designs, de meilleurs systèmes, de sources d’énergie renouvelable, et, surtout, nous avons besoin de contrôler les rejets des technologies datant d’une centaine d’années. Par exemple, le moteur à explosion. Si vous analysez combien d’énergie est utilisé dans un litre de pétrole pour déplacer une personne en voiture d’un point A à un point B, vous découvrez que c’est 1 %. 90 % sont gâchés, 9 % servent à déplacer la voiture elle-même. On peut faire mieux que ça. Nous devons reconcevoir tous les systèmes qui gaspillent l’énergie. C’est possible, c’est à notre portée. On doit le faire, on n’a pas le choix.

La France et la Grande-Bretagne ont adopté l’objectif de diviser par quatre leurs émissions de gaz à effet de serre en 2050. Est-ce possible pour les Etats-Unis ?

Oui.

Le protocole de Kyoto est-il toujours un bon outil ?

Cela reste un bon point de départ. Il a besoin d’être beaucoup renforcé, de voir ses exigences augmentées, les réductions doivent être plus sévères, et le processus de négociation en cours vise à le renforcer. Les Etats-Unis se joindront au processus aussitôt que Bush aura quitté la place, et peut-être même avant le départ de Bush. Parce que beaucoup de ses supporteurs ont changé d’opinion et le pressent de changer lui-même d’opinion. La Californie, le plus grand Etat, vient juste de passer une loi restreignant les émissions de CO2. Le gouverneur, Schwarzenegger, a vu mon film en juin, il m’a dit, « Je vais vendre mon Hummer ».

L’a-t-il fait ?

Il l’a fait. Trois cents villes ont adopté l’objectif de réduction fixé par Kyoto. Beaucoup d’hommes d’affaires sont dans la même optique. Le changement est définitivement en marche. Le processus de Kyoto reste le moyen principal par lequel le monde se rassemblera pour réduire les émissions de CO2.

La Chine et l’Inde suivront-elles ?

Oui. Le moyen de les faire rejoindre le processus est que les pays les plus riches bougent d’abord. Depuis la seconde guerre mondiale, tous les traités ont suivi la même architecture : les pays riches les appliquent d’abord, et ensuite les pays avec un revenu par tête plus bas suivent. Il n’y a pas moyen de faire marcher autrement un traité dans le monde divisé où nous sommes.

Est-il exact que vous avez présenté votre film au président Chirac il y a quelques semaines ?

Je lui en ai donné une copie personnellement, oui. Je lui avais présenté ma conférence il y a quatre ans. Il a été un des héros de la question du changement climatique, souvent de manière discrète, derrière la scène, mais chaque fois qu’il y a eu besoin d’influencer la négociation climatique dans le bon sens, le président Chirac a toujours eu la volonté d’aller de l’avant. Une grande partie de ce qu’il a fait pour faire avancer le monde dans la bonne direction n’est pas connue ou appréciée, parce que cela s’est passé derrière la scène.

Il vous a peut-être dit qu’il avait été candidat plusieurs fois avant d’être président.

Il ne me l’a pas dit, mais je le sais. Où voulez-vous en venir avec ça ? [rire]

Voulez-vous être le premier président écologiste des Etats-Unis ?

Je ne prévois pas d’être candidat à nouveau. Je n’ai pas totalement exclu cette possibilité, mais je ne pense pas le faire. En partie parce que je pense que le système politique est devenu toxique pour le genre de propositions que je ressens si passionnément, et que je pense que le moyen de les réaliser est de changer l’esprit des gens à la base. Je me concentre sur ce travail de changer l’opinion des gens aux Etats-Unis et ailleurs, de façon que les candidats soient confrontés à une très forte demande de mener les actions nécessaires.

Une nouvelle députée verte Anny Poursinoff Reporterre 2010/07/12 Anny Poursinoff (12 juillet 2010) Une nouvelle députée verte. Reporterre. fr

Une nouvelle députée verte

Anny Poursinoff a remporté dimanche 11 juillet le second tour de l’élection législative partielle de Rambouillet avec 51,72 % des suffrages. « Nos convictions », dit-elle : « Justice sociale et environnementale ».

Réaction d’Anny Poursinoff :

« Bonsoir, Je veux dédier ce magnifique résultat aux militants de nos différents partis. Nous avons su additionner nos talents, pour la cause d’une politique, qui met l’humain et son environnement, au cœur de ses préoccupations. »Merci à Didier mon aillier gauche qui a su mobiliser ses camarades socialistes, jusqu’à Martine Aubry. Merci à Jean Luc Mélenchon, Vincent Lietchi, Pierre Dejean qui nous ont rejoints au deuxième tour. Parmi les talents, je veux souligner la capacité d’écoute et de dialogue qui permet d’entendre l’autre pour que chacun puisse évoluer, s’enrichir dans un débat honnête. Je veux aussi souligner le talent de Pascal Zabu qui dans ses vidéos a montré l’important de cette campagne : le plaisir que nous avions à rencontrer les gens dans la rue, pour parler avec eux et leur transmettre nos convictions. Car des convictions, nous en avons ! Je les résume en trois mots lourds de sens : justice sociale et environnementale.

« Nous avons des valeurs à défendre, qui s’appellent dignité humaine, respect de l’autre, ces valeurs, nous refusons qu’elles soient bafouées par ceux que j’ai appelé les accapareurs, et qui sont aussi des tricheurs. Monsieur Poisson, vous trichez, quand vous m’attribuez des qualificatifs qui ne m’appartiennent pas. »Pourquoi me faire passer pour une gauchiste ? alors que j’ai passé ma vie à faire des propositions pragmatiques.

« Pourquoi faire croire que je n’ai pas de bilan à la région ? alors que mon travail est reconnu, même par des personnes de votre bord politique, qui m’ont fait l’honneur, par exemple, de travailler avec moi sur le développement de l’agriculture biologique. »Pourquoi madame Boutin suggère-t-elle, dans votre meeting du 8 juillet, que je serai favorable à l’euthanasie, alors que j’ai participé à la création d’un service de soins palliatifs ? Ce service a pour rôle de former le personnel médical et para médical afin d’éviter les souffrances de fin de vie et l’acharnement thérapeutique qui sont source de demande d’euthanasie. Vous préférez supprimer des postes dans les hôpitaux, au nom de la rentabilité, au détriment de la prise en charge des malades, je ne vous remercie pas !

« Vous trichez de façon caricaturale en mettant sur votre site une vidéo où un soi-disant grand maître chinois de l’économie, dénonce les fonctionnaires fainéants qui ne servent à rien. Vous oubliez que les fonctionnaires sont policiers, infirmières, médecins, chercheurs, juristes, enseignants !!! Monsieur Poisson, j’ai honte de vous, de vos amis et de votre grand maître Sarkozy. »Les citoyens ne sont pas dupes de ces mauvais jeux. Vous pouvez bâillonner la presse, elle s’organise avec les citoyens pour résister, car nous rentrons en résistance contre l’arrogance, le mépris, le bling bling. Cécile Duflot a dit que j’étais la candidate anti bling bling, merci à elle de ce beau compliment et de son soutien, autant amical que politique.

« L’écologie politique porte un autre projet de société, où la coopération supplante la compétition, où le partage remplace l’accaparement, où la justice se substitue à la charité. L’écologie politique s’inquiète du local en pensant le global : la planète Terre qui porte notre Humanité et accueillera les générations futures. »Nous ne pouvons plus feindre de ne pas savoir que notre gaspillage de matières premières, notre frénésie de consommation, non seulement empêche les pays pauvres de se développer, mais en plus pollue leurs territoires. La France est riche d’expériences, de savoir-vivre, de diversité culturelle, de migration ; c’est notre force et notre avenir.

« Stigmatiser, exclure, monter les uns contre les autres, voilà ce que nous propose la majorité actuelle. »Le résultat de cette élection, me donne encore plus de responsabilités, mais il vous oblige, vous aussi, à être encore plus exigeants. Plus exigeant sur la place des femmes en politique, plus exigeant sur le non cumul, plus exigeant sur la transparence des financements des partis politiques.

« Je suis fière de la demande de nos trois députés Verts, d’une commission d’enquête parlementaire sur le financement des partis politiques. Je suis fière de vous annoncer, que je reverserai la totalité de mes indemnités de conseillère régionale, si les Verts me demandent de rester à la région. »Avec vous je continuerai de débattre, d’écouter, pour avancer ensemble vers un monde plus fraternel et pour arrêter le gâchis de la présidence de M. Sarkozy. Le gâchis d’un pouvoir qui s’exerce sans partage, sans écoute, sans scrupules - et sans élégance, seulement préoccupé de sa propre reproduction. Vous m’avez donné votre voix, je serai la vôtre."

Les déchets nucléaires ne sont pas recyclés à 96 % mais à 12 % Greenpeace - FNE - ACRO Reporterre 2010/07/13 Greenpeace - FNE - ACRO (13 juillet 2010) Les déchets nucléaires ne sont pas recyclés à 96 % mais à 12 %. Reporterre. fr

Les déchets nucléaires ne sont pas recyclés à 96 % mais à 12 %

Aujourd’hui le Haut comité sur la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) remet son rapport (1). Il avait été saisi par Jean-Louis Boorlo et par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques pour faire la lumière sur la gestion des matières et des déchets nucléaires.

Le rapport présente (seulement) deux avancées majeures :

- d’abord le taux de recyclage annoncé dans le rapport est loin, très loin de celui habituellement mis en avant dans la communication d’Areva. Alors que l’industriel communique partout autour d’une énergie recyclable à 96%, le rapport annonce une économie d’uranium liée au recyclage de 12% ! Le collège associatif a même pu établir que sur les dernières années le taux effectif de recyclage se situe entre 3,9 et 1,7% (Voir pages 5 et 6 du document).

- Dans la même veine, la communication des industriels autour du « cycle » nucléaire est condamnée. Le rapport fait la preuve que certains déchets ne sont jamais réutilisés et qu’on ne peut donc pas parler de « cycle fermé ».

« Ces deux exemples prouvent qu’en France le nucléaire ne survit pas à la transparence, déclare Christine Gilloire de FNE (France Nature Environnement). Les industriels ne vont plus pouvoir faire croire que le nucléaire est une énergie propre et renouvelable. Et faire reposer l’avenir des déchets accumulés sur une hypothétique génération 4 est parfaitement illusoire. »

Un rapport basé sur une démarche positive mais perverti par les industriels

Alors que la plupart des participants au Haut comité ont montré une bonne volonté franche, les industriels et les exploitants (EDF et Areva) ont su profiter d’une faille méthodologique pour tourner progressivement le rapport plutôt à leur avantage.

Une partie du collège associatif décide donc de ne pas avaliser le rapport en soulignant que le principe même du Haut comité et sa bonne volonté ne sont pas en cause.

Ils demandent que la diffusion du rapport soit accompagnée d’une note sur leurs points de désaccord, rédigée avec Yves Marignac (WISE-Paris), expert invité du groupe de travail (2).

« Nous sommes extrêmement déçus par la qualité du rapport, ajoute Yannick Rousselet, chargé de campagne Nucléaire de Greenpeace France. Le travail a, en majorité, été positif. Nous avons eu accès à des informations inédites et nous avons pu faire avancer la transparence là où l’opacité régnait. Le problème méthodologique que nous avons rencontré a malheureusement permis à EDF et Areva de rester flou sur certains sujets ou de modifier le rapport sans aucune validation. »

Des points de fond pas assez étudiés

Certains sujets évoqués dans le rapport ne sont pas suffisamment traités en profondeur. Par exemple, la dimension historique n’est pas prise en compte, ce qui apparaît comme une aberration : le bilan fait du « cycle » nucléaire est incomplet en ne donnant qu’une synthèse approximative des bilans actuels qui ne reflète ni les difficultés rencontrées dans les années passées ni la question de la gestion de l’accumulation de stocks passés.

« Le rapport est incomplet sur certains points et nous sommes en désaccord sur d’autres. Nous ne pouvions cautionner un tel document. Il ne s’agit pas, pour nous, de condamner le HCTISN mais bien de réclamer plus de moyens et plus de temps pour lui assurer un fonctionnement optimal », conclut Pierre Barbey de l’ACRO.

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Notes :

(1) Rapport du HCSTIN : "Avis sur la transparence de la gestion des matières et des déchets nucléaires produits aux différents stades du cycle du combustible"

(2) Note de Yves Marignac : "Transparence et gestion du « cycle » du combustible : un travail imparfait et inachevé"

Béton de profit Hervé Kempf Reporterre 2010/07/13 Hervé Kempf (13 juillet 2010) Béton de profit. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Béton de profit

Les courriels que suscite la chronique Écologie constituent un de ses charmes. « Béton de progrès » (1) a nourri, entre autres, un petit débat sur ce qui avait été dit lors du Grenelle à propos des autoroutes.

On a rappelé ceci : le Grenelle de l’environnement indiquait (paragraphe 1.2 du Récapitulatif daté du 23 novembre 2007) que "le paradigme actuel, fondé sur la priorité accordée aux infrastructures routières et autoroutières et sur le développement séparé des modes de transport, doit être abandonné pour une logique de développement intégrée, multimodale, dans laquelle la route et l’avion deviennent des solutions de dernier recours imposées par l’état des technologies ou la géographie. La capacité routière globale du pays ne doit plus augmenter, sauf pour éliminer des points de congestion et des problèmes de sécurité, ou d’intérêt local." (2) De surcroît, le ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo déclarait lors de la présentation du Grenelle, en octobre 2007 : « Pendant trente ans, on a fait beaucoup de routier et d’autoroutier. C’est fini : on n’augmentera plus la capacité routière » (3). On est donc fondé à croire qu’il ne faut plus construire d’autoroutes en France.

Un vagabondage sur internet conduit au rapport financier d’une société d’autoroutes, Cofiroute. On y apprend qu’en 2009, son PDG a gagné 473 000 euros, plus 290 000 euros d’actions gratuites, plus 131 000 euros de stock-options, soit un total de 894 000 euros (4). On néglige voiture de fonction et régime de retraite complémentaire. Le temps a manqué pour explorer les émoluments des dirigeants des autres sociétés d’autoroutes. Il va sans dire que ces considérations ne jouent aucun rôle dans le désir de construire de nouvelles infrastructures.

Soyons positif. On sait que l’étalement urbain – auquel contribuent les autoroutes – est un désastreux gaspillage de ressources, néfaste pour les plus pauvres, qui doivent se loger loin et dépendent étroitement de leur voiture. Un haut fonctionnaire m’adresse à ce propos une suggestion : « On peut améliorer les subventions à la construction dans un sens social, écologique et économe pour les finances publiques : c’est de réduire ces aides dans les zones d’étalement urbain et de mitage, et de les réserver aux périmètres d’agglomérations dans lesquels existent des besoins et des transports en commun. » Aujourd’hui, précise-t-il, les dispositifs tel que le prêt à taux zéro contribuent à l’étalement urbain puisque, pour fonctionner, ils nécessitent des coûts du foncier bas, donc en périphérie.

Mais… si on écoutait ce fonctionnaire, il y aurait ENCORE moins besoin d’autoroutes ? Quelle horreur !

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Notes :

(1) http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) www.legrenelle-environnement.fr/spi...

(3) Le Monde du 26 octobre 2007. http://www.lemonde.fr/doublon/artic...

(4) Cofiroute Rapport financier 2009 p. 12.

Les lobbies essayent d’imposer les OGM à l’Europe José Bové Reporterre 2010/07/14 José Bové (14 juillet 2010) Les lobbies essayent d’imposer les OGM à l’Europe. Reporterre. Tribune — OGM fr

Les lobbies essayent d’imposer les OGM à l’Europe

Le commissaire européen John Dalli a proposé mardi 13 juillet que chaque Etat de l’Union décide chez lui l’autorisation ou l’interdiction des OGM, abandonnant de ce fait l’idée d’une attitude commune de l’Europe. José Bové analyse, dans un « chat » sur lemonde.fr

Toublant : L’Europe est-elle assez forte devant les lobbies des grandes multinationales ?

José Bové : Les lobbies sont tous basés à Bruxelles, et essaient d’imposer leurs objectifs, dont les OGM, à la Commission, mais aussi au Parlement. Néanmoins, on sent de plus en plus de résistance au sein du Parlement européen sur les questions qui touchent à l’alimentation et à la santé. Et le dernier vote du Parlement pour interdire la viande clonée et les nanoparticules dans les produits alimentaires en est la preuve.

Maxime : J’aurais voulu savoir si vous n’étiez pas trop découragé par ces multinationales assoiffées d’argent qui feraient n’importe quoi afin de commercialiser leurs semences ? Gardez-vous toujours espoir ?

Depuis douze ans que ce combat a commencé contre les semenciers OGM, nous avons malgré tout obtenu un résultat important qui est une affirmation de l’opinion publique européenne contre les OGM dans l’agriculture et dans l’alimentation.

Et le Parlement, la semaine passée, à Strasbourg, a majoritairement dit qu’il était favorable à l’étiquetage des produits issus d’élevage qui consomment des OGM. Ce qui montre que les choses sont en train d’évoluer dans le sens d’une agriculture sans OGM.

isabelle : Qu’est-ce qui vous inquiète dans la proposition de la Commission ? Après tout, c’est un peu comme si elle rendait aux Etats leur libre choix dans ce dossier ?

Il y a une double inquiétude dans les propositions de la Commission. Ces dernières s’inscrivent dans un cadre où le commissaire Barroso dit très clairement qu’il est, lui, favorable à l’extension des OGM à l’intérieur des frontières européennes. Les propositions qui sont faites par le commissaire Dalli aujourd’hui même constituent le cadre pour faire entrer ces OGM.

Il y a plusieurs problèmes : le premier est un affaiblissement de l’organe d’évaluation de l’EFSA (AESA : agence européenne de sécurité des aliments), avec notamment la mise en avant de l’équivalence en substances qui est le cheval de Troie qui avait été utilisé aux Etats-Unis au lancement des OGM.

Deuxièmement, la proposition de Dalli est une fausse bonne réponse, car la renationalisation des OGM va poser des problèmes en terme de commerce intra-européen. Puisqu’il n’y a pas de contrôle par les Etats à leurs frontières, les produits OGM pourront circuler dans tous les sens et contaminer l’alimentation des consommateurs dans la mesure où il sera impossible d’organiser des filières alimentaires distinctes.

Dans ce registre, le commissaire Dalli dit que les mesures prises par les Etats doivent être en conformité avec le traité, en particulier en ce qui concerne le principe de non-discrimination entre les productions nationales et les productions non nationales.

Autre problème posé par cette renationalisation : la distorsion de concurrence pour les agriculteurs biologiques. En effet, entre un agriculteur biologique d’un pays où les OGM sont interdits et un producteur biologique d’un pays où ils sont autorisés, leur capacité de vendre sous label bio sera complètement différente.

Ces deux premières raisons amèneront clairement des risques de conflit entre Etats qui ne pourront trouver leur solution que devant la Cour européenne de justice.

Dernier problème : le casse-tête face à l’OMC. En effet, les 27 Etats membres sont aujourd’hui représentés par la Commission européenne face à l’OMC. Or quelle va être l’attitude des entreprises comme Monsanto et autres ?

Vont-elles se retourner contre les Etats via par exemple les Etats-Unis ou l’Argentine, et quelle sera la réaction de la Commission ? Défendra-t-elle sa propre proposition de laisser faire ou soutiendra-t-elle les pays qui auront décidé d’interdire l’usage des variétés OGM ?

TVR : L’Europe ne risque t-elle pas de se priver d’une grande partie de l’innovation et de l’investissement en recherche et développement (R&D) en adoptant une position trop ferme sur ce thème ? Des groupes européens comme Bayer Crop délocalisent leurs travaux de R&D.

Je ne pense pas qu’aujourd’hui la principale innovation en matière agricole soit les OGM.

Je pense qu’il y a véritablement matière à développer l’agriculture à partir de la biodiversité, notamment en favorisant une recherche participative entre agriculteurs et chercheurs.

Cela notamment en raison des changements climatiques et des nécessités de faire face à des nouvelles contraintes liées soit au manque d’eau, soit à des conditions agronomiques nouvelles.

charles : « La science doit nous montrer la voie à suivre » - cette phrase de John Dalli dans Le Monde de cet après-midi est à elle seule inquiétante, qu’en pensez vous ?

La science, quand elle a pour objectif la connaissance, ne peut pas avoir de limites. Mais croire aujourd’hui que toutes les technologies élaborées en laboratoire peuvent avoir leur utilité relève du domaine de la superstition.

Il y a aujourd’hui nécessité d’évaluer les choix technologiques issus de la recherche à partir de critères scientifiques, écologiques, économiques, sociaux et éthiques. Et ce n’est que cette évaluation qui peut légitimer l’entrée dans le domaine social d’une application scientifique.

Chantal : Qui, selon vous, a « contaminé » M. Dalli, le commissaire européen à la santé : Monsanto, Bayer-BASF, Pioneer ?

Je ne suis pas dans les petits papiers de M. Dalli, mais je pense que celui qui a eu le plus d’influence sur lui, c’est celui qui l’a nommé à son poste, c’est-à-dire M. Barroso.

sev : Je ne suis pas très bien informé sur les OGM, mais j’ai entendu dire qu’ils permettent d’augmenter la production de denrées à moindre coût, au même titre que les engrais et pesticides. Nous connaissons déjà les effets néfastes des engrais, notamment sur la qualité de l’eau, et pourtant ils sont autorisés en France. Pourquoi refuser les OGM alors que les engrais eux sont autorisés ?

Aujourd’hui on se rend compte que les OGM n’ont jamais permis d’augmenter les rendements. En revanche si l’on regarde les ventes d’herbicides ou d’insecticides vendus par les firmes qui produisent les OGM, on se rend compte qu’elles augmentent de plus en plus vite dans les pays qui utilisent les OGM.

Ce qui tend à prouver que les OGM n’ont pas été mis en place pour utiliser moins d’herbicides ou d’insecticides, mais pour pouvoir vendre les semences modifiées et les produits de traitement qui les accompagnent. C’est donc clairement une bonne opération commerciale au détriment de la biodiversité et de l’environnement.

Pierre M : Le lobby de l’agriculture biologique a-t-il une chance d’être écouté des politiques face à ceux des semenciers et de la chimie ?

Aujourd’hui, ce sont les consommateurs qui sont en train de faire le choix. On voit que dans tous les pays européens, la demande en produits issus de l’agriculture biologique ne cesse d’augmenter.

Il y a donc de manière évidente, y compris dans les politiques publiques européennes, de plus en plus d’expressions pour favoriser une agriculture respectueuse de l’environnement. Et je le vois tous les jours à la Commission de l’agriculture biologique au Parlement européen.

Toublant : Sentez-vous une quelconque corruption au niveau des instances de l’Union Européenne ?

Je n’ai pas d’éléments qui permettent de prouver que telle ou telle personne de telle ou telle institution soit corrompue.

Néanmoins, un événement troublant s’est produit l’an passé, quand la responsable de l’évaluation OGM à l’EFSA, Mme Renckens, a quitté son bureau pour rejoindre la société Syngenta, qui fait des OGM, avant que ne soit écoulé le délai théorique pour qu’il n’y ait pas de confusion d’intérêts, délai de deux ans dans son cas. Cet exemple est troublant et amène à dire qu’il faut modifier le recrutement de cet organisme.

Guest : Nous avons entendu se prononcer récemment sur la question le président de la Commission européenne, M. Barroso, ainsi que le commissaire Dalli, mais je suis surpris de ne pas entendre plus le commissaire européen à l’agriculture, Dacian Ciolos qui semblait assez favorable à l’agriculture biologique. Quelle est sa position ?

Le dossier des OGM est aujourd’hui dans les mains du commissaire santé-consommation. Dans la précédente Commission, c’était le commissaire Environnement qui gérait le dossier. Ce qui veut dire clairement que l’agriculture aujourd’hui n’a pas la maîtrise du dossier OGM.

Nous pensons que cette question des OGM devrait être cogérée par les trois commissaires : santé-consommation, environnement et agriculture, et marché intérieur. Le commissaire en charge de l’agriculture Ciolos est effectivement favorable à une agriculture qui soit écologiquement responsable, et il défend aussi la nécessité du maintien des petites fermes. Ce qui est une évolution très importante par rapport à ses prédécesseurs.

Toublant : Vos homologues, les députés des autres pays européens, ont-ils le même point de vue que vous sur les OGM ?

Comme je le disais précédemment, les parlementaires majoritairement à Strasbourg, la semaine passée, ont voté pour l’étiquetage des produits issus des élevages ayant consommé des OGM. Je suis notamment frappé par la très grande conscience des députés venant des douze pays entrants – les pays de l’Est – et d’ailleurs la Bulgarie a été un des premiers pays européens à dire qu’elle refusait l’utilisation de la pomme de terre OGM Amflora.

Baltazar : Le MON810 permet de réduire de 75 % les contaminations par les mycotoxines (cancérigènes), bien plus efficacement qu’un traitement fongicide (voir travaux de l’INRA publié au printemps dernier). Pourquoi devrait-on ignorer une telle innovation alors qu’aucune étude n’a jamais mis en évidence un effet néfaste de ce maïs pour la santé ou l’environnement ?

Il faut, par rapport à cela, partir sur la problématique liée à la monoculture, et donc ne pas vouloir chercher à résoudre tous les problèmes sans faire un peu d’agronomie. Aujourd’hui, l’augmentation des mycotoxines est liée aux grandes surfaces de production et au problème de stockage. Une autre pratique agronomique, notamment de rotation des cultures, permet d’éliminer ce problème.

sebastien : Comment lutter contre les OGM en tant que simple citoyen ?

Vaste question... Je crois qu’en tant que citoyen, un nouvel outil va être à disposition des Européens : le droit de pétition d’initiative citoyenne. Ce nouvel outil à la disposition des Européens va permettre, à partir du printemps 2011, on l’espère, à un million de personnes qui auront signé cette pétition de demander à la Commission de revoir une de ses politiques.

La question des OGM devrait être une des premières initiatives dans le cadre de ce nouvel outil démocratique. Mais en même temps, chaque citoyen est aussi un consommateur, et c’est en soutenant l’agriculture biologique et l’agriculture de proximité qu’il peut favoriser une alternative à l’agriculture industrielle.

Zoé : Hier M. Sarkozy a dit qu’il défendrait les agriculteurs et la politique agricole de la France au G20...N’est-ce pas inquiétant ? N’est-il pas temps de changer de politique agricole en France ?

Nicolas Sarkozy devrait se rappeler que l’agriculture est de compétence européenne depuis 1957, et que la politique agricole européenne est une politique qui concerne l’ensemble des territoires européens, et pas simplement le territoire hexagonal.

Il est clair aujourd’hui qu’il faut changer la PAC. C’est l’objectif des débats sur la PAC après 2013. Il faut une PAC qui soit appuyée sur quatre piliers : rendre l’Europe autosuffisante pour nourrir les 500 millions d’habitants européens ; avoir une PAC qui garantisse la qualité des produits et qui inscrive la production agricole dans une agriculture durable ; une politique agricole qui installe les agriculteurs en garantissant un revenu équitable à tous ; une PAC qui ne se fasse pas au détriment des autres agricultures du monde, notamment celles des pays du Sud. Ce sont les quatre piliers sur lesquels doit être reconstruite la politique agricole européenne.

Jean : une question un peu hors sujet : Que pensez-vous d’une possible candidature d’Eva Joly aux présidentielles de 2012 ?

Même si aujourd’hui il est prématuré de savoir quel pourrait être le candidat d’Europe Ecologie en 2012, je réponds néanmoins qu’Eva Joly ferait à mon avis une très bonne candidate, et que dans le contexte actuel déliquescent du pouvoir, son expérience, son indépendance et le respect pour tout le travail qu’elle a effectué en tant que magistrate en font de manière évidente une candidate tout à fait présentable.

Chat modéré par Hervé Kempf

Lutte contre la corruption : Sarkozy loin du compte Transparence International France Reporterre 2010/07/14 Transparence International France (14 juillet 2010) Lutte contre la corruption : Sarkozy loin du compte. Reporterre. fr

Lutte contre la corruption : Sarkozy loin du compte

Nicolas Sarkozy a respecté certains engagements en matière de lutte contre la corruption. Mais d’autres choix majeurs, comme la volonté de supprimer le juge d’instruction et le recours accru au « Secret défense », sont de grands pas en arrière.

Loi du 13 novembre 2007 relative à la lutte contre la corruption, rôle moteur de la France dans la relance du combat international contre les abus des paradis fiscaux, durcissement du secret défense opposable aux enquêteurs, annonces présidentielles de suppression du juge d’instruction et de dépénalisation de la vie des affaires, allégement des procédures de passation des marchés publics : en deux ans de Présidence de Nicolas Sarkozy, nombreuses sont déjà les initiatives prises par le gouvernement et la majorité parlementaire qui ont eu une incidence directe sur le cadre législatif et institutionnel de prévention et de lutte contre la corruption.

Ces multiples évolutions, déjà mises en oeuvre pour certaines et en cours d’examen pour les autres, conduisent TI (Transparency International) France à dresser un premier bilan des engagements électoraux du Président de la République, au moment où celui-ci achève la deuxième année de son quinquennat.

Durant la campagne électorale, notre association avait en effet pris l’initiative d’adresser un questionnaire appelant les 12 candidats à prendre publiquement position sur des mesures précises qui nous paraissent de nature à promouvoir l’intégrité et la transparence, tant dans la vie publique que dans la vie économique.

Du point de vue de TI France, certaines des réformes et initiatives mises en oeuvre depuis mai 2007 constituent des avancées réelles dont il faut se féliciter. D’autres, au contraire, appellent des interrogations, si ce n’est de vraies inquiétudes.

Satisfactions

La France a joué un rôle décisif dans l’offensive récente menée contre les centres financiers non-coopératifs (paradis fiscaux) dont l’opacité constitue l’un des principaux obstacles à la lutte internationale contre la corruption. La diplomatie française a aussi activement milité en faveur de la mise en place d’un mécanisme de suivi des engagements des 140 Etats signataires de la convention des Nations Unies contre la corruption.

Le renforcement et la mise en cohérence des incriminations de corruption en droit français opérés dès le début du quinquennat par la loi du 13 novembre 2007, constitue un autre progrès. Cette même loi a par ailleurs offert au salarié du secteur privé une protection légale – de notre point de vue essentielle – contre les représailles lorsque, par civisme, il dénonce de bonne foi un acte de corruption au sein de son entreprise. Cette loi a enfin armé les juges et policiers anti-corruption de moyens d’enquêtes renforcés jusque-là réservés à la lutte contre la grande criminalité (écoutes, sonorisations, etc.).

Interrogations et inquiétudes

Paradoxalement, ces avancées, très positives, n’ont pas achevé de convaincre TI France de la volonté du pouvoir politique de doter la police et la justice françaises des capacités et des instruments suffisants pour mettre à jour et traiter les dossiers de corruption et,notamment, les grandes affaires politico-financières. Deux projets sont à l’origine de cette perplexité.

Le premier préconise la suppression du juge d’instruction sans prévoir de renforcer l’autonomie du parquet par rapport au pouvoir exécutif pour l’ouverture et la conduite des enquêtes. Dans ces conditions, le risque est grand que l’action de la justice ne soit même plus initiée dans des dossiers de corruption, de trafic d’influence ou d’abus de biens sociaux susceptibles de gêner des dirigeants politiques ou économiques.

Le second propose de limiter davantage l’accès des juges aux documents classés secret défense alors même que, comme l’a démontré l’affaire des « Frégates de Taïwan », le dispositif actuel entrave déjà excessivement l’action du juge anti-corruption.

Mises en perspectives avec l’affaiblissement continu ces dernières années des différents corps d’enquêteurs spécialisés en matière de délinquance financière, ces deux annonces sont perçues par de nombreux magistrats comme les points d’orgue d’une « réaction des élites » à la vague des dossiers politico-financiers des années 90.

Rappelons enfin la défiance que continuent d’exprimer les Français et les milieux d’affaires internationaux lorsque TI les interroge sur leurs perceptions du niveau d’intégrité de la classe politique française. Ces résultats, même s’ils sont sans doute excessivement sévères par rapport à la réalité des comportements de la grande majorité du personnel politique, devraient néanmoins susciter des mesures concrètes pour restaurer la confiance rompue.

Au bal de la décroissance Parti de la décroissance Reporterre 2010/07/15 Parti de la décroissance (15 juillet 2010) Au bal de la décroissance. Reporterre. fr

Au bal de la décroissance

Le vendredi 16 juillet 2010 à partir de 20h, Paris, bord de la Seine, square Tino Rossi.

C’est Parti Pour La Décroissance !

Suite au pique-nique Décroissance, aux ballades en vélo, aux manifs et en partenariat avec le Café-Décroissance parisien, nous vous invitons :

Au Bal Décroissance Le vendredi 16 juillet 2010 à partir de 20h Au bord de la Seine, square Tino Rossi, amphithéâtre du milieu.

La Décroissance est avant tout une remise en question de notre société de consommation, sans hypothéquer nos acquis démocratiques, sociaux et culturels.

La Décroissance n’est pas la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo bonheur perdu, mais bien un virage, une bifurcation, que nous devons prendre afin de sortir de l’engrenage destructeur de la société de croissance qui accumule dramatiquement les crises environnementales, sociales, économiques, culturelles et politiques.

Devant ce constat, il est urgent de dire à tous les citoyens qu’il ne s’agit pas de choisir entre « croissance et décroissance » mais bien entre une Décroissance volontaire et une récession subie.

Les problèmes sociaux et environnementaux de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres, ni par les seules initiatives personnelles.

Pour une Décroissance sereine, soutenable, conviviale et tout simplement humaine, retrouvons nous le 16 juillet au bord de la Seine, square Tino Rossi, amphithéâtre du milieu pour un « bal Décroissance » afin que la convivialité soit plus qu’un mot mais une façon d’être et de discuter ensemble d’alternatives, de propositions et d’actions à mener en Ile-de-France.

Pour une Décroissance sereine, soutenable et surtout conviviale.

Une économie sans limites dans un monde limité va inexorablement à la crise Stéphane Hallegatte Reporterre 2010/07/15 Stéphane Hallegatte (15 juillet 2010) Une économie sans limites dans un monde limité va inexorablement à la crise. Reporterre. Tribune — fr

Une économie sans limites dans un monde limité va inexorablement à la crise

Crise financière et crise environnementale ont des causes du même type : l’absence d’anticipation de la fin des stocks. Stocks de dette absorbable par les ménages américains dans le premier cas, stocks de gaz à effet de serre à émettre, d’eau ou de pétrole à puiser dans le second.

Le monde vit aujourd’hui une double crise d’une ampleur peu commune. D’abord, la crise financière et bancaire commencée en 2008 aux Etats-Unis s’est transformée en une profonde crise économique, créant des dizaines de millions de chômeurs supplémentaires, repoussant des millions de personnes dans la pauvreté, et augmentant le sentiment général d’insécurité économique. Et la durée de cette crise reste incertaine, les économistes et les politiques oscillant, en fonction du signe de la dernière statistique publiée, entre un optimisme forcené et le pessimisme le plus noir.

Mais nous vivons aussi les conséquences de l’échec de la conférence de Copenhague, où devait se décider l’avenir du protocole de Kyoto et les objectifs de tous les pays du monde concernant le changement climatique. En l’absence d’une réelle volonté des grands pays de prendre des engagements contraignants, la conférence s’est soldée par un accord a minima, qui rend quasiment inatteignable l’objectif européen de limiter le réchauffement à 2°C. Et au-delà de la question climatique, le contexte environnemental est tendu sur l’ensemble du globe : la possibilité d’une raréfaction proche des ressources pétrolières a été rendue plus tangible par l’envolée des prix du pétrole en 2008, des crises alimentaires ont parcouru les pays en développement en 2007, les ressources en eau deviennent de plus en plus insuffisantes dans de nombreuses régions du monde, du Moyen-Orient aux Etats-Unis, et les ressources halieutiques [1] semblent plus menacées que jamais.

Ces deux crises parallèles sont liées à des processus bien différents, purement économiques dans un cas, en lien avec l’environnement et la nature dans l’autre. Mais elles ont des causes communes : elles sont liées aux comportements d’agents économiques qui consomment une ressource d’une manière incompatible avec l’exploitation durable du stock.

L’origine des crises financière et environnementale

L’origine première de la crise financière et économique de 2008 et 2009 ne se trouve pas dans le monde de la finance. La cause initiale est la stagnation du revenu des classes moyennes aux Etats-Unis, elle-même liée aux évolutions technologiques et à la globalisation, qui mettent les travailleurs en compétition à l’échelle mondiale et engendrent un tassement des revenus des travailleurs les moins qualifiés dans les pays riches. Or, comment maintenir un taux de croissance élevé quand les revenus de la majorité de la population –et donc sa consommation– stagnent ? En leur permettant de s’endetter toujours plus, et donc de consommer plus, même avec des revenus inchangés. C’est bien ce qu’ont favorisé l’administration américaine et la Réserve Fédérale dans les années 2000 en dérégulant largement l’obtention des prêts (notamment hypothécaires) et en maintenant des taux d’intérêt très bas malgré l’inflation du prix des actifs (notamment immobiliers). Poussée à l’extrême, cette politique a conduit le taux d’épargne moyen des ménages américains à devenir négatif.

Mais la solution de l’endettement croissant ne fonctionne qu’à court terme, car elle nécessite que d’autres acteurs économiques acceptent de prêter de plus en plus aux ménages américains : sur le long terme, un « endettement soutenable » ne peut augmenter qu’au même rythme que le revenu. Pendant les années 2000, cette limite a été repoussée par l’augmentation des prix de l’immobilier, qui augmentait la richesse des ménages et donnait l’illusion d’une capacité de remboursement plus élevée. Mais il existe une limite à la dette que peut rembourser un ménage dont les revenus stagnent. Comme les revenus des ménages étaient quasiment stables, le niveau soutenable d’endettement n’augmentait que très lentement. Quand l’endettement réel a atteint ce niveau maximum soutenable et que le stock disponible de dette soutenable a été épuisé –c’est-à-dire quand la dette des ménages américains a atteint la limite au-delà de laquelle le remboursement devient impossible et que cela est devenu évident pour tous les acteurs financiers– la croissance de la dette s’est arrêtée brutalement, entraînant la chute du marché de l’immobilier, la quasi-faillite du système bancaire, et une chute de la consommation et de la confiance dans l’économie[2]. C’est donc bien une croissance fondée sur l’épuisement d’un stock non (ou plutôt faiblement) renouvelable –la dette soutenable– qui s’est effondrée en 2008.

On voit donc bien le parallèle avec la crise environnementale, qu’elle soit pétrolière, liée à l’eau, ou climatique. Dans ces trois cas, l’humanité dispose d’un stock fini d’une ressource naturelle. L’économie du pétrole s’est construite sur des réserves souterraines accumulées sur des centaines de millions d’années. La Libye comme l’Ouest américain se développent aujourd’hui en puisant dans des nappes d’eau qui seront un jour épuisées. Et notre système économique –production d’énergie, transport, industrie, agriculture, etc.– émet dans l’atmosphère plus de gaz à effet de serre que la planète ne peut en absorber, saturant ainsi l’air de gaz qui capturent l’énergie au niveau du sol, font augmenter la température, et modifient les climats locaux.

Dans le cas de la crise financière comme de la crise environnementale, on utilise donc un stock fini de manière accéléré, sans prendre en compte le fait que ce stock va s’épuiser à un horizon plus ou moins éloigné. Comment expliquer ce comportement apparemment absurde ? Il vient d’une part des limites de la rationalité des agents économiques et de leurs capacités d’anticipation, et d’autre part de « l’aléa moral », c’est-à-dire le fait que les responsables d’une crise ne sont pas forcément ceux qui en subissent les conséquences.

Rationalité limitée et horizons d’anticipation

Une première explication du comportement menant à ce type de crises est l’incapacité des agents économiques à se projeter suffisamment loin dans le futur pour prendre en compte l’épuisement des ressources ou, lors qu’ils anticipent la crise, leur incapacité à adapter leur comportement en conséquence.

Si les acteurs financiers ont continué à prêter aux ménages américains malgré des taux d’endettement très élevés, c’est parce qu’ils pensaient que les prix de l’immobilier allaient continuer à augmenter. Mais les prix de l’immobilier n’augmentaient que parce que le taux d’endettement augmentait. Il était donc évident que le système allait exploser à un moment. On peut d’ailleurs noter que s’ils étaient incapables de dire quand le système allait craquer, les économistes avaient dans leur grande majorité diagnostiqué le déséquilibre intenable de l’endettement des ménages américains, et le caractère non durable du mode de croissance des années 2000. Ce n’est donc que parce qu’ils n’ont pas anticipé sur l’épuisement prévisible du stock de dette acceptable des ménages américains que les acteurs financiers ont conduit le système financier au bord de la faillite.

Le même mécanisme est clair pour l’utilisation du pétrole : alors que l’on s’attend encore à plusieurs décennies de disponibilité d’un pétrole relativement bon marché, comment espérer que les agents économiques modifient leur comportement ? Pourtant, se préparer à l’augmentation rapide du prix du pétrole prendra du temps, et il est crucial d’anticiper autant que possible ce choc : si les infrastructures de transport doivent être remplacées, il est préférable de le faire à bas coût sur plusieurs décennies plutôt que dans l’urgence à l’occasion d’une crise énergétique...

On observe les mêmes éléments pour l’eau. Une ville comme Phoenix aux USA se développe aujourd’hui très rapidement et reçoit des investissements massifs : nouveaux immeubles de bureau, nouvelles habitations, nouvelles infrastructures de transport, nouveaux services et entreprises. Pourtant ce développement se fait alors que les ressources renouvelables en eau de la région sont déjà insuffisantes pour satisfaire la demande actuelle. Aujourd’hui, cette demande ne peut être satisfaite qu’en puisant dans des nappes qui diminuent d’année en année. Si aucune solution n’est trouvée, les tendances actuelles conduisent à une situation où la fourniture d’eau en quantité suffisante sera impossible ou trop chère, ce qui mènera directement à la disparition de certaines activités. A ce moment, les investissements réalisés aujourd’hui dans ces activités nous paraîtront absurdes, comme nous paraissent absurdes les prêts « sub-primes » accordés à des ménages non solvables.

On peut d’ailleurs remarquer que dans tous ces exemples, il est facile de prédire que le stock va s’épuiser, mais on est malheureusement incapable de dire quand. Les économistes savaient que le comportement d’épargne des ménages américains allait devoir se modifier, sans savoir si cela pouvait se passer progressivement ou si le rééquilibrage allait passer par une crise comme on la connaît aujourd’hui. De plus, une telle crise est difficile à prévoir précisément, car il n’existe pas de limite absolue à la capacité d’endettement, qui dépend largement de conventions et de la « confiance » dans les emprunteurs, qui peut basculer très rapidement et pour des raisons apparemment secondaires. De la même façon, les scientifiques nous disent qu’il existe très probablement un seuil de concentration de gaz à effet de serre au-delà duquel les impacts sur les écosystèmes et les sociétés augmenteront rapidement, mais ils sont incapables de dire avec exactitude où ce seuil se situe. Et s’il est évident que le pétrole facile à exploiter et transformer existe en quantité finie, cette quantité est très incertaine et il existe des substituts au pétrole qui rendent incertain le moment où la crise pétrolière se produira.

Dans tous ces cas, on sait donc qu’il existe une limite, mais on n’en connaît pas la position précise. En conséquence, on observe que les acteurs économiques se comportent comme si la limite n’existait pas, jusqu’à la crise. La crise est donc une conséquence de l’incapacité des acteurs à se projeter dans l’avenir, et à anticiper l’épuisement d’une réserve quand le moment exact de cet épuisement ne peut être prédit à l’avance.

A cela s’ajoute le fait qu’un acteur unique décidant unilatéralement d’anticiper l’épuisement de la ressource sera gagnant sur le long terme, mais risque de disparaître bien avant, car cette anticipation aura un coût qui le désavantagera sur le court terme face à des concurrents qui négligent cette contrainte. Ainsi, un acteur financier refusant d’investir dans les produits basés sur l’immobilier américain en 2005 aurait vu ses résultats souffrir comparé à ses concurrents, et aurait été immédiatement sanctionné. De la même manière, une entreprise cherchant seule à réduire ses émissions de gaz à effet de serre ou sa consommation d’eau verra ses coûts de production augmenter, et donc ses profits baisser. En l’absence de politiques publiques visant à compenser les pertes des acteurs économiques qui anticipent, l’horizon temporel trop court des marchés rend donc impossible la prise en compte des contraintes d’épuisement de stock par des acteurs économiques précurseurs.

Aléa moral

A cette incapacité à anticiper les crises s’ajoute un effet supplémentaire, qui vient aggraver la situation : les responsables d’une crise ne sont pas toujours victimes de la crise, ce qui diminue l’incitation à l’anticiper.

Dans le cas du changement climatique, il est clair que les responsables de l’épuisement du stock ne sont pas ceux qui subiront les conséquences les plus dramatiques de cet épuisement. D’abord, le changement climatique est un processus très lent, et l’essentiel des conséquences se produiront après 2050, voire après 2100. La génération actuelle qui émet des gaz à effet de serre et qui oriente l’économie vers des modèles énergivores n’est donc pas la génération qui subira le plus fortement les conséquences de ses décisions.

Aussi, les pays actuellement industrialisés et les grands émergents sont les pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre et ils sont donc les principaux responsables du changement climatique. Pourtant, les premières victimes seront les pays les moins avancés : pays africains, petites îles du Pacifique, pays les plus pauvres d’Asie, etc. Et même à l’intérieur de chaque pays, il est probable que les catégories sociales les moins favorisées, qui émettent le moins, seront les plus touchées. On est donc dans une situation où les agents qui devraient prendre des décisions coûteuses pour éviter l’épuisement du stock sont ceux qui ont le moins d’intérêt (à première vue) à éviter l’épuisement.

Le même mécanisme explique en partie la crise financière. Dans ce cas, c’est la titrisation qui a permis à ceux qui accordaient les prêts aux ménages les moins solvables de se débarrasser des risques associés. En pratique, des ensembles de prêts aux ménages étaient rassemblés dans des produits dits « structurés », qui étaient ensuite vendus à des investisseurs. Evidemment, ces investisseurs n’avaient pas les moyens d’évaluer sur le terrain le risque associé à chacun des prêts qui composaient les produits. Ils avaient donc à faire confiance à des agences de notation pour évaluer les risques des produits structurés. Mais compte tenu des difficultés d’évaluation et des pressions auxquelles sont soumises ces agences, l’évaluation s’est révélée beaucoup trop optimiste et sous-estimait les risques de défaut. En conséquence, les acteurs qui prêtaient à des ménages non solvables ont pu se débarrasser des risques associés en les revendant un bon prix à des acteurs mal informés. Ainsi, ceux qui avaient la possibilité d’éviter l’épuisement du stock de dette acceptable en refusant de prêter à des ménages non solvables n’avaient (à première vue) aucun intérêt à anticiper la crise et à refuser d’accorder des prêts [3].

Bien sûr, tout ceci est « à première vue », car lorsque la crise se réalise, elle a des conséquences sur l’économie et la société dans son ensemble, et même les acteurs qui se pensent protégés peuvent être affectés. C’est le cas entre plusieurs catégories sociales, car le chômage des catégories vulnérables a des conséquences sur la demande, sur le climat social, et sur la croissance en général ; c’est le cas entre pays, car il est évident aujourd’hui que l’effondrement d’un pays peut avoir des conséquences mondiales ; mais ce n’est évidemment pas le cas entre générations... ce qui fait du changement climatique un problème particulièrement difficile à traiter.

Même causes, mais conséquences bien différentes

La crise financière et économique actuelle a donc des causes extrêmement proches des crises environnementales qui se profilent. Mais si les causes sont comparables, les effets sont très différents.

En particulier, pour sortir de la crise économique actuelle, il est aujourd’hui nécessaire de reconstituer le stock de dette acceptable et de confiance, perdu lors de la crise. Pour que l’économie reparte, il faut donc apurer les mauvaises dettes de la période précédant la crise. Ceci peut se faire en une dizaine d’années ou moins. Et on peut même décider d’accélérer ce processus, par exemple en renforçant l’inflation par une politique monétaire et fiscale laxiste[4]. Certes, l’accélération de la reprise se ferait alors au prix d’une redistribution de richesses non maîtrisée et du sauvetage « inéquitable » des acteurs économiques qui sont responsables de la crise. L’important est que nous avons des moyens pour accélérer la reprise. Et la crise elle-même peut être atténuée par des politiques publiques visant à remplacer la consommation des ménages et l’investissement des entreprises par de la demande publique, par exemple en investissant dans des infrastructures de transport ou des logements sociaux. Les systèmes sociaux comme l’assurance chômage permettent aussi de limiter les effets de la crise en soutenant la demande des ménages et en réduisant les impacts sociaux irréversibles. Il existe donc tout une gamme d’outils permettant de répondre à la crise, à la fois en atténuant ses effets et en accélérant la reprise.

Suite à une crise liée à l’épuisement du pétrole ou à l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, en revanche, il semble impossible d’attendre la reconstitution naturelle du stock : cela prendrait des millions d’années pour le pétrole, et des milliers d’années pour le climat. En revanche, on peut imaginer pour le pétrole une sortie de crise fondée sur une transition énergique et le développement d’autres sources d’énergie, comme le solaire et la biomasse. Suite à une crise climatique, la seule solution serait de s’adapter à un climat différent et changeant. Mais il ne faut pas sous-estimer le coût de telles transitions, surtout en situation de crise : il serait extrêmement difficile de modifier toutes les infrastructures et les technologies en quelques années ou même décennies. Dans le cas des contraintes environnementales, on a donc à faire face à des crises d’une durée potentielle beaucoup plus longue que pour une crise économique et financière.

Et on ne pourra pas compter sur la Fed, la BCE et les gouvernements pour atténuer une crise énergétique ou climatique par un apport de liquidité, du déficit public supplémentaire, ou des systèmes sociaux généreux. Face aux contraintes environnementales, nous n’aurons pas d’amortisseur, et les crises qu’elles peuvent entraîner sont donc potentiellement bien plus dramatiques que les crises purement économiques.

Toutes ces raisons poussent avant tout à chercher des moyens d’éviter les crises environnementales, plutôt que de chercher comment en sortir ou les amortir. Pour éviter ces crises, il faut répondre aux deux mécanismes générateurs de crise : d’un côté, l’horizon temporel trop court des acteurs économiques et leur incapacité à anticiper une crise dont la date est incertaine ; de l’autre côté, la disjonction entre les acteurs potentiellement responsables de la crise et les victimes de la crise.

Anticiper pour éviter les crises environnementales

Pour cela, il est possible de mettre en place certaines politiques visant à inciter les acteurs à prendre en compte l’épuisement des stocks, à récompenser ceux qui le font et à les protéger d’une concurrence déloyale des acteurs qui n’anticipent pas. D’abord, l’introduction d’un prix des émissions de gaz à effet de serre par une taxe carbone ou un marché des quotas d’émissions force les entreprises et les ménages à prendre en compte sur le court terme l’exploitation du stock fini dans leurs décisions économiques. Pour le pétrole, l’introduction d’une taxe flottante qui garantit une croissance régulière du prix de l’énergie finale semble un moyen efficace pour faciliter l’anticipation de l’augmentation du prix de l’énergie par les acteurs économiques et pour lutter contre le bruitage de ce signal par les hauts et les bas des marchés de l’énergie.

Bien entendu, introduire un prix du carbone ne règle pas tous les problèmes, et une telle mesure doit être accompagnée d’autres politiques ciblées sur certains secteurs, comme l’introduction de normes et de réglementations (par exemple pour les logements et les bâtiments) et de labels (par exemple pour l’électroménager ou les voitures).

Aussi, le soutien public à la recherche et au développement dans les domaines des énergies renouvelables et des économies d’énergie est essentiel pour créer les technologies capables de concilier développement et respect de l’environnement. Et quand ces mesures ont des effets particulièrement durs sur certaines catégories sociales (par exemple sur les ménages modestes qui se sont installés en banlieue à la suite de l’augmentation des prix de l’immobilier), des actions peuvent être mises en place pour aider les plus fragiles, ceux qui souffrent le plus de la transition vers une économie qui préserve ses ressources.

On peut comprendre la difficulté de mise en place de telles politiques : pour les acteurs économiques, cela revient à leur imposer des contraintes supplémentaires à celles qu’ils connaissent déjà. Le défi est de leur faire comprendre qu’il ne s’agit pas de contraintes supplémentaires ; il s’agit de contraintes existantes qu’ils ne prennent pas en compte pour des raisons psychologiques, institutionnelles, ou pratiques mais qu’ils ont tout intérêt à intégrer dans leur stratégie.

C’est l’unique moyen d’éviter de se retrouver dans quelques décennies dans une situation comparable à la situation actuelle. On se demande aujourd’hui comment les acteurs économiques ont pu agir d’une façon qui paraît absurde, en prêtant à des ménages qui manifestement n’avaient pas les capacités de rembourser ? Demain, si rien n’est fait, on se demandera certainement comment on a pu investir aussi massivement dans des infrastructures et des technologies qui sont si vulnérables à l’épuisement des ressources en eau, des ressources d’énergie fossiles, et au risque climatique.

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Notes :

[1] Les ressources halieutiques sont les ressources vivantes (animales et végétales) des milieux aquatiques marins ou dulcaquicoles (eau douce) exploitées par l’homme (pêche, aquaculture).

[2] On peut même noter que la question des ressources naturelles a joué un rôle dans la crise financière et économique, car la montée des prix du pétrole tirés par la demande des pays émergents - jusqu’à 150$ le baril - a fortement pesé sur le budget des ménages, et a probablement agit comme le « déclencheur » d’une crise qui aurait eu lieu de toute façon à un moment ou à un autre.

[3] A l’intérieur même des entreprises financières, on peut ajouter qu’en raison des modes de rémunération, basés sur des résultats annuels, les employés n’ont pas intérêt à anticiper la crise : il est rationnel pour eux de profiter des gains pendant les périodes de croissance, puisque leurs revenus ne deviennent pas négatifs lors de la crise.

[4] C’est principalement l’inflation qui a permis d’éliminer les dettes publiques liées à la seconde guerre mondiale.

La marée noire, un choc pour les mammifères marins Robin des Bois Reporterre 2010/07/16 Robin des Bois (16 juillet 2010) La marée noire, un choc pour les mammifères marins. Reporterre. fr

La marée noire, un choc pour les mammifères marins

Alors que l’écoulement du pétrole dans le golfe du Mexique semble avoir été stoppé le 15 juillet, le temps du bilan va commencer. Un aspect : le sort des mammifères marins dans la zone.

Le déversement cumulé de pétrole dans l’océan est estimé entre 300.000 et 500.000 tonnes. Le golfe du Mexique a une superficie de 1.500.000 km². Le 2 mai, 17.000 km² étaient interdits à la pêche. A ce jour la « no take » zone s’étend à 225.000 km². Il faut éviter la vente de produits de la mer contaminés et les risques d’intoxication sanitaire des américains.

Mais d’autres mammifères se nourrissent exclusivement des produits de la mer dans le golfe du Mexique et les mers adjacentes. 29 espèces de mammifères marins sont présentes dans le golfe du Mexique selon la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). En temps « normal », elles sont toutes exposées au risque de collision et aux perturbations acoustiques du transport maritime et de milliers de plates-formes off shore. Les plus vulnérables d’entre elles sont les lamantins. Menacées d’extinction, ces vaches marines pacifiques et peu mobiles, déjà soumises à la mortalité par les hélices des navires et des engins de loisirs, sont très sensibles aux rejets d’hydrocarbures et à l’imprégnation de leurs aliments préférés : les algues des prairies sous-marines.

Il y a aussi les baleines bleues qui se nourrissent de crevettes et les cachalots amateurs de céphalopodes.

Les risques aigus auxquels les cétacés sont soumis par la faute de la marée noire sont l’ingestion directe d’hydrocarbures et des dispersants pendant le nourrissage et l’inhalation des vapeurs toxiques quand ils remontent à la surface de la mer pour respirer. Les yeux et les conduits auditifs peuvent être durablement colmatés ou irrités. Les nouveaux-nés sont particulièrement fragiles pendant les allaitements. Déjà sont observés sur le littoral sinistré les échouages d’un cachalot et de 50 dauphins entre le 30 avril et le 31 juin.

Les risques à long terme relèvent de la contamination des chaînes alimentaires marines par les hydrocarbures aromatiques polycycliques contenus dans le pétrole ; certains d’entre eux sont cancérigènes.

Il est généralement invoqué que les marées noires déclenchent des réflexes de fuite chez les mammifères marins. Mais cette hypothèse n’est pas sûre et elle n’est pas applicable à toutes les espèces et à tous les âges. En tout état de cause, l’évitement par les cétacés de cette vaste zone contaminée les priverait d’une source alimentaire majeure et diversifiée.

Prenons la Bastille pétrolière ! Ulrich Beck Reporterre 2010/07/16 Ulrich Beck (16 juillet 2010) Prenons la Bastille pétrolière !. Reporterre. Tribune — fr

Prenons la Bastille pétrolière !

Pourquoi, face à la marée noire provoquée par Deepwater Horizon, une des plus grandes catastrophes environnementales de l’histoire des Etats-Unis, n’assiste-t-on pas à un assaut contre la Bastille écologique des grandes compagnies pétrolières ? Pourquoi ne réagit-on pas aux problèmes les plus urgents de notre temps — la crise écologique et le changement climatique — avec la même énergie, le même idéalisme et le même esprit démocratique qu’aux tragédies passées de la misère, de la tyrannie et de la guerre ? La situation de l’industrie pétrolière rappelle l’Ancien Régime peu de temps avant sa chute.

La catastrophe dans le Golfe du Mexique comporte plusieurs vérités. Il y a le laisser-aller et l’indifférence de BP. Mais aussi l’échec de la tutelle étatique. Il est trop facile de ne s’en prendre aujourd’hui qu’à BP. Deepwater Horizon est le symbole de la défaite insidieuse d’une expérience mondiale, d’un modèle de croissance qui repose sur l’exploitation des ressources fossiles. Personne ne peut dire qu’il ne savait pas. Depuis 200 ans, le feu et la vapeur font tourner machines et moteurs. Entre-temps, du reste, toute une génération a grandi en sachant qu’une industrie qui repose sur les carburants fossiles consume ses propres fondations.

"Transformons les déserts en sources d’énergie solaire !"

Il y a déjà plus d’un siècle, Max Weber avait anticipé cette fin du capitalisme pétrolier avec l’image : “Jusqu’à ce que soit brûlé l’ultime quintal de carburant fossile”. Pourquoi un monde auquel le soleil fournit chaque jour maintes fois l’énergie qui lui est nécessaire sans frais et sans s’épuiser, devrait-il accepter des nuages de pétrole à 1 500 mètres de profondeur et qui asphyxient toute vie ? Effectivement, la capacité d’innovation tant vantée du capital et l’exaltation utopique de l’ingénierie se trouvent confrontées à un défi. “Transformer les épées en charrues”, telle était la devise du mouvement pacifiste. Celui du mouvement écologique est : transformons les déserts en sources d’énergie solaire !

Face à cette catastrophe à long terme qui s’annonce, qui menace la sécurité de la population américaine tout autant que sa survie politique, le président Obama a déclaré la “guerre” au sombre ennemi des profondeurs. C’est le reflet de l’échec de la pensée militaire dans la société du risque mondial, où les plus grands dangers pour l’homme ne viennent plus de l’extérieur, d’Etats hostiles, mais de l’intérieur, de ce que l’on appelle les “conséquences invisibles” des agissements dans l’économie, les sciences et la politique. Que compte donc faire le “commandant en chef” ? Dépêcher sa flotte de sous-marins pour torpiller la fuite de pétrole ? Dans sa “guerre contre le pétrole qui se déverse”, Obama devrait-il maintenant rendre la Grande-Bretagne responsable de cette “attaque” catastrophique, en tant que pays d’origine supposé, comme George Bush Jr., dans la “guerre contre le terrorisme” avait rendu responsable les Etats censés soutenir des réseaux terroristes opérant au niveau international ?

Du reste, il y a déjà longtemps que “BP” a été rattrapé par le destin de la mondialisation. “British Petroleum” n’est pas britannique. Car en 1998, le groupe a fusionné avec le géant américain du pétrole Amoco et, à cette occasion, face à la prise de conscience écologique croissante, a proscrit l’adjectif “britannique” pour le remplacer par le petit mot-clé synonyme d’espoir vert, “beyond” (“au-delà”), afin que, dès lors, les lettres BP signifient “Beyond Petroleum”, au-delà du pétrole. Qui croit avoir ainsi pris la “British” Petroleum en flagrant délit devrait savoir qu’il s’agit en fait d’un groupe qui appartient aussi à des Américains, dont la plate-forme a été construite par des Coréens, et qui déclare ses impôts au ministère des Finances de la Confédération helvétique, à Berne (“BP” veut donc aussi dire “Berne Petroleum”). Comme la catastrophe nucléaire de Tchernobyl avait été présentée comme l’échec d’un réacteur “communiste”, Deepwater Horizon est rejeté sur le nouvel ami-ennemi en tant que catastrophe “britannique”. Le commandant en chef de la plus grande puissance militaire du monde a besoin — selon ses propres mots — “d’un cul à botter”.

Une ère "au-delà du pétrole" pourrait commencer

La prospérité de l’après-guerre en Occident ayant créé les conditions nécessaires à l’apparition d’une conscience environnementale, ces dernières doivent désormais accoucher des conditions nécessaires à la prospérité dans les pays en développement : ces pays mettront justement en place une politique durable dans la mesure où les pays riches investiront dans leur développement et se doteront d’une nouvelle vision de la richesse et de la croissance à la rencontre de l’autre global. La Chine, l’Inde, le Brésil et les pays d’Afrique n’approuveront aucune approche internationale qui prétendrait imposer des limites à leur développement économique — à juste titre !

La politique environnementale doit-elle se résumer à un trafic d’indulgences mondiales pour des péchés carboniques qui trahissent les contradictions de la planète ? Ou doit-elle plutôt incarner le courage d’inventer un nouveau courant en faveur de l’énergie solaire, où la prospérité n’est pas un péché écologique et où tout, des vaches aux brosses à dents électriques, sera jugé en fonction de son bilan en CO2 ? Obama avait glorieusement annoncé à sa nation et au monde : “Le temps est venu d’adopter des énergies plus propres.” C’est ainsi que pourrait commencer l’assaut sur la “Bastille du Pétrole” (BP) afin d’entrer dans une nouvelle ère, celle d’au-delà du pétrole, “Beyond Petroleum” (BP).

Les économistes sont incapables de penser le long terme Nicolas Bouleau Reporterre 2010/07/17 Nicolas Bouleau (17 juillet 2010) Les économistes sont incapables de penser le long terme. Reporterre. Tribune — fr

Les économistes sont incapables de penser le long terme

Si un particulier veut acheter du terrain et planter des arbres pour du bois de construction, si un industriel veut innover et faire évoluer sa production vers des techniques plus sobres en carbone, si une agglomération veut prévoir des transports en commun pour sa banlieue, si l’Etat souhaite développer la recherche pour mieux former les enseignants de demain ou encore prendre des mesures pour diminuer les pesticides agricoles qui polluent l’eau souterraine, il faut des moyens de financement à long terme, c’est à dire pour des opérations sans profit immédiat.

Or le système économique actuel est myope, il ne pense qu’à court terme. Cela s’exprime par le taux d’actualisation. Laissons de côté les distinctions de spécialistes sur cette notion : qu’on l’entende comme le taux d’intérêt d’un emprunt ou comme un coefficient choisi par le planificateur pour rationaliser la décision entre divers investissements, est finalement secondaire. En 2010, les prêts en euros ou en dollars à 20 ou 30 ans se font au taux de 5,3% (source OCDE). Dans ces conditions, un euro gagné dans 30 ans est équivalent à 0,21€ gagnés aujourd’hui, un euro apporté dans 50 ans est traité par l’économie comme 0,075€ aujourd’hui.

Ce système est totalement défaillant pour le changement climatique, chacun ayant intérêt à dépenser de l’énergie aujourd’hui pour faire des profits aujourd’hui, d’où une course effrénée sur les ressources fossiles. Ce constat accablant est bien connu, tout le monde sait aussi que les remèdes de surface n’y font rien, des changements profonds de structure et de mentalités sont indispensables. Aussi, après le quasi échec de Copenhague, les yeux des économistes étaient-ils tournés vers la conférence internationale organisée au Collège de France les 7 et 8 juin derniers qui venait clôturer le cours annuel fait par Nicholas Stern et dont le thème était « L’économie du long terme et la promotion de l’innovation ».

Cette initiative heureuse était le débouché attendu de l’enseignement de Nicholas Stern où celui-ci avait présenté une vision panoramique des problèmes climatiques dans leur configuration physique, économique et politique dont une des principales conclusions était que pour penser l’avenir et sortir de l’impasse des intérêts divergents il convenait que les pays riches régulent leurs émissions et en outre participent au financement d’une réorientation moins polluante de l’économie des pays en développement, position proche de celle à laquelle arrivait la Banque mondiale dans son rapport diffusé avant Copenhague. Elle semble, en effet, la seule réaliste devant cet immense problème dont la caractéristique principale actuelle est l’immobilisme qui signifie toujours autant de carbone rejeté dans l’atmosphère donc par effet de stock, aggravation.

Dans ce contexte, les attentes de ce colloque au Collège de France dépassaient les enjeux habituels des rencontres académiques. Les économistes allaient s’efforcer d’élucider ce sujet crucial autour duquel s’entremêlent plusieurs contradictions de notre époque.

La première surprise fut pour moi le choix des intervenants où figuraient bon nombre de ténors de l’économie néo-classique, ainsi désignée pour qualifier l’orientation prise par le libéralisme, surtout à partir des années 1980, marquée par une dominance et une complexification des marchés financiers.

Deux des personnalités les plus célèbres M. L. Weitzman (Harvard) et W. Nordhaus (Yale) ont centré leurs exposés sur les incertitudes liées aux événements rares qui font que les lois de probabilités sont mal connues ; on n’est pas sûr de ce qui va se passer physiquement, on ignore largement comment vont réagir les décideurs, donc on sait très mal combien le changement climatique va coûter et à qui.

Il faut bien voir que dans cette configuration d’intérêts divergents chaque type de discours se positionne implicitement. Si vous tentez de décrire ce qui va se passer dans 50 ans vous vous placez sous l’angle de l’équité intergénérationnelle, si vous mesurez les efforts à faire entre pays riches et pays pauvres, vous raisonnez en géopolitique et misez sur un certain rôle des instances internationales, et si vous focalisez votre discours sur les incertitudes, vous plaidez finalement pour le business as usual. C’est incontestable (voir l’excellent livre de David Michaels Doubt is their product). On peut s’étonner que ce soit justement le registre choisi par ces deux célébrités.

Un mot également de R. Guesnerie qui a présenté un travail conjoint sur le thème du taux d’actualisation au titre prometteur Intuition écologique versus « raison » économique. Mais hélas, la façon d’aborder cette intéressante question a relevé d’un véritable rituel à mon avis de moins en moins convaincant. Il s’agit d’un raisonnement à partir d’un modèle mathématique soi-disant simple mais couvrant néanmoins plusieurs pages de calculs dont le cœur est une fonction d’utilité dite CES (constant elasticity substitution) de sorte que les conclusions de la réflexion sur la pertinence de l’intuition écologique reposent sur la valeur d’un exposant dans une formule et de la concavité ou convexité d’une fonction. Cette argumentation n’est-elle pas dérisoire devant le champ de bataille désolé que l’on risque de laisser à nos petits enfants ? Quelle est cette « raison » économique mise ici à l’épreuve ? On nous ressert toujours ces petits modèles mathématiques pour aborder les questions du comportement des humains et de l’organisation sociale. Quelle est la relation véritable de ce type de discours avec la réalité ?

Finalement le bilan de cette conférence est que les économistes n’ont guère apporté de réponse à cette grande question qu’est le financement du long terme et la détermination d’un taux d’actualisation. Ce dont ils ont fourni la preuve en revanche, c’est que les conventions du langage économique (disons : petits schémas mathématisés fondés sur la quête d’équilibres tels qu’en a décrit la littérature théorique) obèrent sérieusement une pensée pertinente sur une telle question. La conclusion raisonnable devrait être dès lors que l’économie ne doit pas à toute force chercher à étendre son empire mais laisser la place à la négociation politique pluraliste au sein d’instance internationales renforcées.

Derrière tout ça qu’est-ce qui ne va pas ? C’est que le langage économique —dans sa forme courante la plus utilisée et enseignée — est un cadre de pensée abusif, avec ses petits raisonnements marginaux et ses petits diagrammes, il est totalement incapable de prendre en compte les limites, limites d’espace, limites de ressources, et les limites dans le temps.

L’idée accrédité par cette discipline mi-scientifique mi-religieuse que le mieux pour nos petits enfants est que chacun gagne, aujourd’hui, le plus possible, il n’y a plus que les économistes qui y croient.

La réforme des marchés financiers avance aux Etats-Unis Karima Delli et Pascal Canfin Reporterre 2010/07/17 Karima Delli et Pascal Canfin (17 juillet 2010) La réforme des marchés financiers avance aux Etats-Unis. Reporterre. fr

La réforme des marchés financiers avance aux Etats-Unis

Le Sénat des Etats-Unis a adopté le 15 juillet une loi de régulation des marchés financiers. Il est difficile d’en mesurer encore la portée réelle.

Que va changer ce texte ? Impossible de répondre dans le détail ici car il fait plus de 2000 pages et traite de 15 sujets différents ! De l’aveu même des négociateurs, peu de gens au Congrès l’ont lu en totalité. Pour autant, les nombreuses discussions que nous avons cette semaine à Washington dans le cadre de la délégation de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, avec, d’un côté, les négociateurs du texte au Sénat et à la Chambre des représentants, et, de l’autre, les régulateurs (la Banque centrale, la SEC qui est l’homologue américain de l’Autorité des Marchés Financiers en France, la CFTC qui s’occupe des dérivés, le Trésor américain), nous ont permis de mieux en appréhender la philosophie d’ensemble.

Il ressort que les négociateurs ont d’abord poursuivi deux objectifs. Le premier est de pouvoir faire face de manière préparée et organisée à la faillite d’une banque pour éviter un nouveau Lehman Brothers. La faillite surprise de la banque d’investissement new-yorkaise [en octobre 2008] avait paralysé le système financier mondial pendant plusieurs semaines et son démembrement n’est toujours pas réglé aujourd’hui. Le second objectif de la réforme est d’assurer aux contribuables américains qu’ils n’auront plus jamais à contribuer aux sauvetages des banques d’investissement. Le soutien public sera réservé aux seules banques de dépôt qui collectent l’argent des particuliers. Une filiale spécifique pour les activités à risque

Pour atteindre le premier objectif, le projet de loi oblige les banques à établir une cartographie précise de leurs filiales et de leurs engagements. Les activités les plus risquées des banques (comme les transactions sur les produits dérivés sur les matières premières et les produits agricoles) et celles qui n’ont rien à voir avec l’activité naturelle d’une banque devront être hébergées dans une filiale spécifique. En cas de problème cette filiale ne sera pas aidée par l’argent du contribuable. De plus, l’ensemble des transactions sur les produits dérivés, comme les fameux dérivés de crédit sur les subprimes, devront être enregistrées de façon à sortir ce marché de l’opacité. Henry Paulson, l’ancien secrétaire au trésor américain, a déclaré récemment que s’il avait eu les outils du nouveau projet de loi en septembre 2008 il aurait pu voir venir les problèmes et gérer différemment la faillite de Lehman Brothers.

Le second objectif sera, lui, plus compliqué à atteindre. Pour obtenir les voix républicaines nécessaires à l’adoption du texte (qui a besoin d’une majorité de 60 % au Sénat), les Démocrates ont dû renoncer à la création d’un fonds de résolution des crises bancaires. Il s’agissait de faire payer aux banques d’investissement, comme Goldman Sachs, une cotisation à un « fonds de sauvegarde » destiné à payer les pots cassés en cas de problème. Le projet prévoit quand même d’alimenter un fonds qui en cas de faillite d’une des banques cotisantes et d’insuffisance des ressources, verrait son différentiel payé non par le contribuable mais par des cotisations supplémentaires —ex-post— des autres banques. Un système étonnant car le coût des erreurs de l’une serait payée par les banques qui restent, autrement dit celles qui n’ont pas forcément pris le plus de risques...

La mise en œuvre de la loi dépendra des futures majorités politiques

Que va-t-il se passer quand la loi sera signée par le Président Obama ? Un nouveau combat va commencer : ce sont les régulateurs qui vont alors devoir produire de nombreux textes pour donner corps à la loi. Par exemple, la loi dit qu’il faut identifier les banques qui posent des problèmes systémiques et leur imposer des contraintes supplémentaires. Ce sera aux régulateurs, parmi lesquels la Banque centrale, d’en donner une définition concrète. Les discussions que nous avons pu avoir lors de nos différents entretiens avec les membres du Congrès et les régulateurs nous montrent déjà que le lobby bancaire a compris qu’il ne pouvait plus empêcher l’adoption de la loi, mais qu’il compte bien en atténuer au maximum les conséquences concrètes. Certaines dispositions du texte ne seront effectives que dans un à deux ans, voire quatre ans pour certaines d’entre elles.

Au delà du lobby bancaire, la mise en œuvre de la loi dépendra aussi des futures majorités politiques. Si les Républicains se renforcent lors des élections de novembre, toutes les personnes rencontrées cette semaine estiment qu’ils exerceront une pression sur les régulateurs pour tirer l’application des textes dans un sens le plus favorable aux banques. Pour les Démocrates que nous avons rencontrés, il est essentiel qu’un maximum de sections du texte soit mis en œuvre de manière effective avant la prochaine élection présidentielle en 2012 . En cas de victoire des Républicains, un retour en arrière serait moins probable : les banques auront changé leurs pratiques et leurs organisations, auront supporté les coûts d’adaptation et ne voudront pas forcément changer de nouveau de système.

Les faucheurs volontaires agissent en Espagne Christophe Noisette - Info’GM Reporterre 2010/07/17 Christophe Noisette - Info’GM (17 juillet 2010) Les faucheurs volontaires agissent en Espagne. Reporterre. fr

Les faucheurs volontaires agissent en Espagne

Le 12 juillet 2010, plusieurs dizaines de militants ont détruit deux essais en champs de maïs génétiquement modifié appartenant à Syngenta, dans la commune de Torroella de Montgrí, en Catalogne.

Dans un communiqué de presse, ils expliquent ainsi leur action : « Nous avons détruit ouvertement l’essai de plantes génétiquement modifiées appartenant à Syngenta parce que, selon nous, ce genre d’action directe constitue la meilleure façon de répondre à la politique du fait accompli par laquelle le gouvernement autonome de la province, l’État et les entreprises multinationales des biotechnologies nous imposent les OGM dans l’agriculture et l’alimentation depuis douze ans » [1]. Ils considèrent que les OGM perpétuent les aberrations du modèle agricole actuel aux conséquences environnementales et sociales graves.

Par ailleurs, cette action visait aussi à neutraliser une source potentielle de contamination. Ils rappellent que de très nombreux cas de contamination par des OGM ont été découverts en Espagne. Pour les militants, la coexistence entre OGM et agriculture conventionnelle ou biologique est résolument impossible : « La prolifération de l’agriculture transgénique sur notre territoire a entraîné la disparition d’au moins deux variétés de maïs traditionnel (’morat’ et ’del queixal’) et la réduction de 95% des cultures de maïs bio entre 2002 et 2008 ».

L’Espagne est le pays européen qui cultive le plus de maïs transgénique, avec plus de 75 000 hectares en 2009. A elle seule, elle représente donc plus de 80% des cultures transgéniques européennes.

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Note :

(1) http://www.escletxa.org/2010/07/12/...

Le Crédit Agricole nettoyé de ses investissements dégoûtants Bizi Reporterre 2010/07/19 Bizi (19 juillet 2010) Le Crédit Agricole nettoyé de ses investissements dégoûtants. Reporterre. fr

Le Crédit Agricole nettoyé de ses investissements dégoûtants

Le mouvement altermondialiste basque Bizi ! (« Vivre ! » en langue basque) a réalisé à Anglet ce samedi 17 juillet une action non-violente et humouristique pour dénoncer les investissements internationaux à grave incidence environnementale du Crédit Agricole.

A 11H15, 25 militant(e)s de Bizi ! ont surgi autour de l’agence du Crédit Agricole située Avenue de Bayonne à Anglet.

Certain-ne-s d’entre eux, habillé-e-s en femmes de ménage, sont rentrés dans l’agence et ont commencé à nettoyer sol et glaces à grandes eaux, sous les regards ébahis du personnel et des clients présents. Pendant ce temps, d’autres installaient une grande banderole clamant « Banque écologiquement nuisible – Kasu zure bankuaren hautuarekin (« Attention au choix de votre banque » en langue basque) ».

Enfin, un tract « C’est plus le Crédit Agricole, c’est le Crado Agricole ! » était distribué aux clients et aux passants.

Au bout de quelques minutes, des « décontaminateurs » en combinaison blanche et portant des masque à gaz sont entrés en scène, évacuant tout le monde et apposant des panneaux « Zone contaminée. Ne pas entrer ».

Bizi ! entendait ainsi dénoncer le financement par le Crédit Agricole de projets particulièrement pollueurs à travers la planète : exploitation particulièrement polluante des sables bitumineux au Canada ; mine de Grasberg-Freeport McMoRan ; technique barbare à l’explosif employée dans les mines de charbon des Appalaches ; oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan ; centrale à charbon de Dynegy à fortes émissions de CO2, centrale nucléaire particulièrement dangereuse de Mochovce etc.

Selon M. Daniel Junquas, porte-parole des manifestant(e)s de Bizi, « cette action signe le lancement d’une campagne de longue haleine. Bizi ! entend informer la population sur la forte implication des 3 banques BNP-Paribas, Société Générale et Crédit Agricole-LCL dans le financement d’un grand nombre de projets très controversés à travers le monde. Ces investissements sont financés avec notre argent, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières ».

Le mouvement Bizi ! appelle les familles à en faire un élément de leur choix au moment d’ouvrir un compte ou de changer de banque. Il diffusera tout au long des mois à venir un tableau réalisé par les Amis de la Terre - France classant les principales banques françaises en fonction des risques environnementaux et sociaux qu’elles présentent.

Pourquoi la révolution n’est pas près d’arriver Elie Arié Reporterre 2010/07/19 Elie Arié (19 juillet 2010) Pourquoi la révolution n’est pas près d’arriver. Reporterre. Tribune — fr

Pourquoi la révolution n’est pas près d’arriver

Ce n’est pas parce qu’une révolution n’aboutit jamais au résultat qu’elle espérait (celle de 1789 a débouché sur le Directoire, l’Empire, et le retour de la monarchie ; celle de 1848 sur le Second Empire ; la révolution russe de 1917 et la révolution maoïste, sur la dictature, puis sur le mélange actuel de dictature et de du capitalisme sauvage) qu’il ne faut jamais en faire.

Une révolution aboutit à ce que les choses ne soient plus jamais comme avant ; elle se réalise lorsqu’un nombre suffisant de gens ne veulent plus que les choses soient comme elles sont, même si tous souhaitent des choses contradictoires, et qu’en fin de compte, ce qui en sortira ne correspond aux souhaits d’aucun des révolutionnaires ; ce qui rend possible une révolution, c’est le "n’importe quoi, mais ce qu’on a, ça suffit".

Elle réunit donc, pour pouvoir se faire, des gens qui veulent mettre fin à un état actuel, mais qui veulent aussi le remplacer par des choses totalement contradictoires entre elles et qui devront obligatoirement s’affronter entre eux, à un moment donné, par la violence (puisqu’une révolution, c’est la mise en œuvre de la violence). C’est pourquoi « toute Révolution dévore ses enfants », artificiellement réunis un court moment dans le « ça, ça suffit » qui permet de la déclencher.

Les Montagnards et les Girondins ne voulaient pas la même chose, et ont été obligés de se mettre à se guillotiner entre eux une fois la monarchie absolue abattue ; dans la Russie de 1917, les socio-démocrates, les mencheviks et les bolcheviks ne voulaient pas la même chose et ont été obligés de s’exterminer une fois le régime tsariste abattu, etc.

Les seules révolutions qui réussissent sont les « révolutions de velours », dans lesquelles les révolutionnaires règlent ensuite leurs différents de façon démocratique, parce qu’à aucun moment le processus de la violence n’a été mis en route.

Sommes-nous, en France, dans une situation pré-révolutionnaire ? Je ne le crois pas.

La majorité du pays, qui a toujours été de droite, se satisferait d’un remplacement pacifique de Sarkozy par un DSK ou équivalent, ce qui peut se faire de façon tranquille en 2012. C’est un peu le résultat de l’« anti-sarkozysme primaire », qui a focalisé beaucoup de mécontentements sur la personne de Sarkozy, en faisant abstraction de toute analyse politique de fond. D’une certaine façon, la personnalité atypique et dérangeante de Sarkozy aura servi de paratonnerre à un vrai changement de politique ; c’est sans doute le meilleur service qu’il aura rendu à la droite, « à l’insu de son plein gré ».

Mais c’est toujours un « sentiment », beaucoup plus qu’une analyse de politologue, qui déclenche les mouvements insurrectionnels et met en mouvement les masses (ceux qui ont vécu Mai 68 le savent bien : on ne savait pas du tout ce qu’on voulait, mais on le voulait). Ce qui transforme un mouvement insurrectionnel en révolution, c’est la présence, derrière ces masses en mouvement, d’une minorité de gens qui savent ce qu’ils veulent mettre en place, et la lutte à mort qu’ils se livrent entre eux (ce qui a manqué en Mai 68, et qui manque aussi aujourd’hui) ; dans une révolution, les masses ne sont que le bélier qu’on envoie abattre la porte du château-fort avant que ceux qui les utilisent ne viennent prendre possession des lieux.

C’est pourquoi l’écœurement que provoque chez tous le « monde pourri » dans lequel nous vivons, et dont l’affaire Woerth/Bettencourt n’est qu’un épiphénomène sans intérêt (Woerth sera remplacé si besoin par un clone de Woerth, et Bettencourt partira vivre en Suisse si le fisc l’emmerde trop) ne peut déboucher sur une révolution, et que les appels réguliers et pavloviens de certains internautes à « descendre dans la rue » resteront toujours aussi vains, tant que, une fois dans la rue, on se demandera « et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? »

Une situation révolutionnaire pourrait-elle apparaître le jour où il y aura une conjugaison entre :

- un écœurement généralisé face à un monde de plus en plus cyniquement inégalitaire,

- et une classe politique tellement corrompue que beaucoup de gens seront prêts à renoncer au système démocratique dans lequel nous vivons (mais oui, malgré le licenciement d’ailleurs justifié de Porte et Guillon, on a connu bien pire) ?

Si on observe ce qui se passe en Grèce, où ces deux conditions sont réunies, la réponse semble être « non », la majorité de la population ayant compris qu’il n’y a pas de réponse nationale à un problème mondial - même s’il restera toujours sur Internet quelques révolutionnaires anonymes du clavier pour clamer dans le désert et amuser la galerie.

La Fondation Allègre, faux nez de tous les lobbies Corinne Lepage Reporterre 2010/07/20 Corinne Lepage (20 juillet 2010) La Fondation Allègre, faux nez de tous les lobbies. Reporterre. Tribune — fr

La Fondation Allègre, faux nez de tous les lobbies

La création par Claude Allègre d’une fondation qui se dissimule derrière le mot ’’écologie’’ pose un double problème de confusion, et d’avantages fiscaux accordés aux donateurs.

Certes, le débat scientifique nécessite la contradiction, comme le débat des idées. Par voie de conséquence, le fait qu’un climato sceptique, même peu regardant sur le sérieux et la solidité de ses arguments scientifiques monte une fondation pour entretenir la contradiction, ne devrait pas poser problème dans un système démocratique.

Toutefois, et chacun le sait, nous ne vivons pas dans un monde idéal et cette fondation dont la référence à l’écologie n’est pas la moindre des contradictions soulève deux questions essentielles.

Entretenir la confusion

D’une part, l’utilisation du mot écologie dans son titre qui va faire disparaître progressivement la référence à Claude Allègre est bien entendu de nature à entraîner a minima la confusion, probablement la désinformation. C’est la raison pour laquelle il est absolument fondamental d’appeler systématiquement cette fondation la fondation Allègre afin que chacun sache bien ’’au nom de qui elle parle’’ et ’’qui elle est’’. Que cette fondation assume la production d’idées et de thèses destinées à démolir le travail du GIEC, les propositions de l’écologie y compris en s’appuyant sur des bases scientifiques trafiquées, c’est son droit.

Mais elle ne doit pas ajouter à cela une oeuvre de désinformation destinée à faire croire qu’elle parle au nom de l’écologie. A cet égard , la présence annoncée de Luc Ferry, qui a fait perdre 20 ans à l’écologie en France et qui, à propos du changement climatique a indiqué qu’il n’avait rien à faire du sort des générations à la fin de ce siècle, n’est évidemment pas là pour nous rassurer. Ennemis acharnés les uns comme les autres du principe de précaution, d’un développement soutenable qui accepte de discuter du progrès technologique, les promoteurs de cette fondation se dotent d’un outil permettant de renforcer une présence médiatique qui est déjà considérable grâce à leurs liens avec les annonceurs et le pouvoir politique.

Avantages fiscaux et greenwashing

D’autre part, la création d’une fondation appelle la réunion de fondateurs et d’avantages fiscaux. Chacun sait qu’une grande partie du combat mené par Claude Allègre vient de la disparition des crédits dont disposait l’institut qu’il dirige au bénéfice des sciences dont le changement climatique nécessite la promotion. Or, c’est précisément là que se pose la deuxième difficulté.

Lorsqu’on voit l’argent qui coule à flots venant des lobbys pour désinformer et éviter des législations qui protègent les consommateurs et les citoyens, on ne peut être qu’extrêmement inquiet vis-à-vis de cette future fondation. Ainsi, c’est par le biais de fondations qu’Exxon et plus généralement le lobby pétrolier, ont alimenté aux États-Unis la désinformation autour du changement climatique depuis 25 ans. C’est probablement par le même biais que l’espionnage des scientifiques du GIEC a été mis en place et que sont dépensés des millions pour promouvoir des Think Tank destinés à maintenir l’addiction au pétrole et à éviter le plus longtemps possible la sortie de la dépendance pétrolière. Or, les sciences de la Terre intéressent évidemment le monde du pétrole car c’est sous la terre et sous la mer que se trouvent les réserves. Dès lors, il est plus que probable que les généreux donateurs de la fondation Allègre se trouvent être précisément tous ceux qui ont intérêt à la défense du pétrole. Ils risquent de n’être pas les seuls.

Quand on voit comment le lobby des sucreries a su se mobiliser au Parlement européen (on parle de plus d’un milliard d’euros) pour empêcher le vote de dispositions permettant une information rapide et simple du consommateur sur le sucre, le sel, les graisses et des aliments (ceci ne concerne ni les fruits ni les légumes ni le lait ni la viande) et qu’il y est parvenu, l’inquiétude est grande. Elle l’est encore plus lorsque l’on voit fleurir sur Internet une campagne de désinformation prétendant que les étiquettes obligeront le Nutella à indiquer qu’il favorise l’obésité alors que c’est totalement faux, puisque la réalité est que ces mêmes industriels ne sont pas parvenus à supprimer une disposition qui permet le contrôle des allégations nutritionnelles, c’est-à-dire d’éviter la publicité mensongère.

Dès lors, le fait qu’une fondation, qui se prétend dans le monde des idées et au-dessus de la mêlée soit créée dans le but de promouvoir une autre écologie permet tout simplement de bénéficier d’avantages fiscaux pour les entreprises qui pourront ainsi financer quasi gratuitement un greenwashing à grande échelle.

Déjà, le monde contemporain fait que le rapport entre la défense des citoyens des consommateurs et les moyens des multinationales est disproportionné. Cette initiative va renforcer encore ce déséquilibre en le parant des plumes du paon intellectuel et désintéressé. Il n’est évidemment pas question de s’opposer de quelque manière que ce soit à cette initiative. En revanche, la réponse doit être double : refuser d’appeler cette fondation autrement que la fondation Allègre et s’opposer à ce qu’elle soit revêtue d’une quelconque appellation d’intérêt général.

Algues vertes : toujours pas de remise en cause du système agricole breton FNE Reporterre 2010/07/20 FNE (20 juillet 2010) Algues vertes : toujours pas de remise en cause du système agricole breton. Reporterre. fr

Algues vertes : toujours pas de remise en cause du système agricole breton

Lundi 19 juillet, Chantal Jouanno se rendait, avec le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, à Binic, dans les Côtes d’Armor, pour faire le point sur la mise en œuvre du plan gouvernemental de lutte contre les algues vertes. La fédération France Nature Environnement rappelle la nécessité de remettre en cause le modèle agricole de l’élevage industriel si le gouvernement veut mettre fin à ce phénomène et à ses impacts économiques et sanitaires.

Les impacts sanitaires pointés du doigt par l’ANSES

Selon l’agence, les algues vertes doivent être ramassées dans les 24 heures qui suivent leur arrivée sur les plages, et traitées rapidement. Le ramassage des algues fraîches serait le seul moyen de dispenser les travailleurs de "contraintes lourdes de protection". Lorsqu’elles sont en état de putréfaction avancée, ces algues dégagent de l’hydrogène sulfuré, gaz très toxique qui peut provoquer des irritations des yeux, des voies respiratoires, voire, en cas de concentration élevée, des troubles neurologiques ou même entraîner un arrêt cardiaque.

Changer de modèle agricole

Avec cinq porcs par habitant, la Bretagne dépasse sa capacité d’accueil maximum, liée à la superficie disponible pour l’épandage de lisier. Un rapport du préfet des Côtes d’Armor, sorti en septembre 2009, désignait les pratiques agricoles comme principales responsables de la prolifération des algues vertes. Pour FNE, la prolifération des algues vertes ne sera enrayée que si on s’attaque à la cause du problème : la concentration de porcs sur le territoire breton.

Pour Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles : « C’est tout un modèle économique qui doit être remis en cause : il s’agit de favoriser des productions adaptées au terroir (actuellement, l’élevage breton est massivement nourri par des aliments importés), orientées vers la qualité, et donc rentables avec un cheptel réduit. L’agriculture biologique et l’agriculture de Haute Valeur Environnementale doivent être particulièrement encouragées. »

Risque de séisme sur le nucléaire à Cadarache David Coquille - La Marseillaise Reporterre 2010/07/21 David Coquille - La Marseillaise (21 juillet 2010) Risque de séisme sur le nucléaire à Cadarache. Reporterre. fr

Risque de séisme sur le nucléaire à Cadarache

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) enjoint au CEA de procéder à des travaux de sécurisation de ses installations de Cadarache en cas de séisme.

Au terme de plusieurs années de bras de fer, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) s’est décidée à mettre en demeure le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de réaliser un dispositif anti-sismique qui garantit, en cas de tremblement de terre, le confinement des matières nucléaires stockées au Lefca, une des dix-sept installations nucléaires de base de Cadarache. Un délai de deux ans lui est imparti.

Passée inaperçue, la décision prise par le collège de l’ASN, réuni à Paris le 29 juin 2010, est pourtant assortie de menace de sanctions administratives et pénales.

Mis en service en 2001, le laboratoire d’études et de fabrications expérimentales de combustibles avancés (Lefca) contient cent « boites à gants » de manipulation d’uranium, de plutonium, d’américium et de neptunium. Des ingénieurs y réalisent des études et des essais d’irradiation pour comprendre le comportement des combustibles dans les réacteurs nucléaires.

Un si long bras de fer

Jugé vulnérable en 2004 au risque sismique, des travaux de rénovation ont été réalisés en 2005-2006 mais sont insuffisants. « La remise à niveau concerne notamment l’ancrage et le renforcement des râteliers d’entreposage des matières nucléaires et des boîtes à gants, la mise en place d’un système de coupure des alimentations électriques en cas de séisme, le renforcement d’éléments du génie civil permettant de respecter les objectifs de sûreté en cas de séisme », explique-t-on à Cadarache. Le risque n’est pas vain au centre de Cadarache situé sur la faille de la Moyenne Durance. Une secousse de magnitude 3, le 7 juillet dernier, dont l’épicentre était à Manosque, l’a rappelé. La production de Mox a d’ailleurs été arrêtée en 2003 pour ce motif.

L’historique des échanges de courriers entre l’ASN et l’exploitant nucléaire révèle un vrai bras de fer, et une volonté manifeste de la part du CEA de différer au plus tard les nécessaires, et coûteuses rénovations techniques.

En janvier 2004, après avoir identifié des risques liés au séisme et à la liquéfaction des sols à l’aplomb de l’installation, le CEA s’était engagé à réaliser une étude et à réaliser le dispositif prévu de prévention du risque de liquéfaction avant mi-2006. Promesses vaines. En juin 2007, le CEA remettait en cause le risque d’effondrement de ses sols sur la foi d’investigations géotechniques, mais s’engageait à achever des travaux de renforcement du génie civil du laboratoire d’ici fin mars 2010.

L’année suivante, en juillet 2008, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) (l’expert technique du « gendarme du nucléaire ») déclarait qu’on ne pouvait véritablement exclure de risques en cas de séisme. Le CEA temporisait encore et estimait le délai de ses travaux à 24 mois, délai que l’ASN jugeait toutefois acceptable à condition de réaliser « sans délai » ce dispositif de prévention.

Risque réel de liquéfaction des sols

Le dialogue de sourds continuait et Cadarache s’engageait à transmettre d’ici septembre 2009 une étude confirmant… l’absence de risque ! Tenace mais diplomate, l’ASN soumettait alors au CEA des prescriptions techniques pour lui « imposer » la réalisation du fameux dispositif de prévention. Quelques joints de polystyrène étaient retirés entre les bâtiments de l’installation nucléaire de base n°123. Promis, tout devait être achevé d’ici le 30 mai 2011, jurait encore le CEA en février 2009, avant de revenir sur sa parole. Car le 1er mars 2010, le CEA faisait savoir qu’« il ne prendrait aucun engagement relatif à la réalisation d’un dispositif ».

L’heure n’est plus au dialogue. L’ASN a donc décidé de passer à l’étape supérieure, celle de la contrainte. Dans sa décision publiée, l’ASN impose au CEA de « réaliser avant le 29 juin 2012 le dispositif de prévention du risque de liquéfaction des sols ».

En cas de carence, l’Autorité brandit les articles 41 et 48 de la loi Transparence et sécurité nucléaire (TSN) du 13 juin 2006 qui l’autorise à mettre à l’arrêt l’installation. La loi énonce que l’exploitation d’une installation nucléaire de base « sans se conformer à une mise en demeure de l’autorité administrative de respecter une prescription » est passible de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

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Note :

- La décision de l’ASN : http://www.asn.fr/index.php/Les-act...

Borloo lance 900 km d’autoroutes au coeur de l’été Agir pour l’Environnement Reporterre 2010/07/21 Agir pour l’Environnement (21 juillet 2010) Borloo lance 900 km d’autoroutes au coeur de l’été. Reporterre. Politique fr

Borloo lance 900 km d’autoroutes au coeur de l’été

Le ministère de l’Ecologie a publié discrètement le SNIT (Schéma national d’infrastructures de transport) qui programme le lancement de 879 km d’autoroutes, l’aéroport Notre Dame des Landes et l’extension du Port du Havre.

Profitant de la période estivale, le ministre de l’Ecologie vient de diffuser un avant-projet de Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) prévoyant une relance massive de la construction d’autoroutes en France. Pas moins de 17 autoroutes pour un coût théorique de 7,4 milliards d’euros (soit sans doute une enveloppe qui dépassera les 10 à 12 milliards d’euros !) sont inscrites au SNIT prévu à l’article 16 de la loi Grenelle 1.

Alors que le Grenelle affirmait doctement que le réseau routier français n’augmenterait plus, le ministre de l’Ecologie a benoitement engagé la France dans une extension de son réseau autoroutier de plus de 8%, soit 879 kilomètres inscrits au SNIT (pour un réseau autoroutier de 11.042 km) !

Profitant des ambigüités du Grenelle de l’environnement, le ministre de l’Ecologie a répondu favorablement à toutes les demandes du lobby de BTP et des bétonneurs en tout genre. Pour Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, « Alors que le Grenelle énonçait un certain nombre de principes assez flous, le ministre adopte, a contrario, un vaste programme autoroutier qui marque le grand retour de l’Etat pollueur et décomplexé ! La croissance verte de Borloo ressemble à s’y méprendre à celle qui nous a conduit, durant un siècle, dans le mur écologique ! Après le Grenelle de l’environnement qui ne fut qu’une mise en bouche... Jean-Louis Borloo a donc annoncé, le 15 juillet 2010, l’organisation d’un nouveau Grenelle, celui des autoroutes ! Parions que celui-là sera immédiatement appliqué si la mobilisation citoyenne n’est pas au rendez-vous !"

Pour l’association, « nous payons comptant l’écriture diplomatique du Grenelle qui adopta, voilà trois ans, un pseudo moratoire sur toutes nouvelles constructions autoroutières, sauf "intérêt local, enjeux de congestion ou de sécurité"… ». L’intérêt local ou les enjeux de congestion ou de sécurité permettent ainsi de justifier 17 nouveaux projets scandaleusement inutiles, dispendieux, énergivores et climaticides.

Etonnamment, le ministre de l’Ecologie justifie sa démarche au nom d’une concertation qui n’a jamais eu lieu et toujours repoussée à plus tard !

Gap, Rouen, Mâcon, Toulouse, Lille, Chartre, Moulins, Montpellier, Tours, Orgeval, Salon-de-Provence, Arles, Lyon, Vesoul, Auxerre… sont donc quelques-unes des villes qui vont à nouveau connaître les conséquences de l’Etat planificateur !

Plus d’autoroutes et de TGV égale plus d’inégalités Simon Charbonneau Reporterre 2010/07/21 Simon Charbonneau (21 juillet 2010) Plus d’autoroutes et de TGV égale plus d’inégalités. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Plus d’autoroutes et de TGV égale plus d’inégalités

Le développement des systèmes technologiques se fait maintenant au détriment des classes populaires.

Il fut un temps où le progrès social rimait avec celui de la technologie malgré les coûts multiples qui pouvaient déjà en résulter. Les avantages tirés du progrès technique pouvaient justifier la dureté de la condition ouvrière comme celle des mineurs, ces soutiers de la première société industrielle. Les transports rapides, l’électricité, l’équipement des ménages profitaient à tous ou du moins, tous pouvaient espérer en profiter. C’est ainsi que Ford incita ses ouvriers à s’endetter pour acquérir une automobile. Cette situation dura en France jusqu’à la fin des « trente glorieuses ».

Aujourd’hui, il en va tout autrement, non seulement à cause de la crise écologique qui remet en question notre foi dans le progrès, mais aussi parce que les avantages découlant de ce développement apparaissent aux yeux de tout un chacun comme de plus en plus réduits. Par un effet de seuil cher à Ivan Illich, les coûts sociaux de la course à la puissance et à la sophistication sont en voie de dépasser largement ses avantages. Tout le monde peut constater que la fameuse croissance, jadis créatrice d’emplois pérennes, en détruit davantage qu’elle n’en suscite.

Cela s’est d’abord manifesté dans le domaine de l’agriculture et de la pêche où l’équipement productif a entraîné une concentration croissante des exploitations découlant de l’endettement obligé des agriculteurs et de pêcheurs. L’exode rural massif et l’élimination des petits paysans de ces cinquante dernières années n’a pas d’autres causes. Et aujourd’hui, c’est au tour de l’industrie d’être victime de ce processus destructeur résultant d’une course mondiale à la compétitivité des entreprises. Les licenciements massifs découlent de la combinaison du progrès technique et de la concurrence internationale. Seules peuvent survivre chez nous les usines sans ouvriers et dirigés par des cadres exploitant des technologies innovantes.

En matière de transport collectif, on assiste au même processus. L’énormité des investissements représentés par les projets autoroutiers et les LGV en Aquitaine est déjà à l’origine d’une discrimination sociale entre usagers. L’augmentation des péages autoroutiers prévus par exemple pour l’A65 ainsi que celui des tarifs SNCF pour les nouvelles lignes de TGV illustre ce phénomène. Les TER pour les pauvres, l’AGV pour les riches, comme en matière de transports aériens !

Mais il y a aussi des causes autres qu’économiques qui expliquent ces discriminations sociales. Ces causes d’ordre culturel résident dans l’opacité croissante des systèmes technologiques qui constituent l’environnement quotidien des catégories sociales les plus défavorisées. Qu’il s’agisse de l’informatisation galopante de la société, de la complexité et du changement permanent des organisations entraînées par le progrès technique, des risques liés à certains produits de consommation, les gens les plus modestes ont de plus en plus de mal à comprendre le monde dans le quel ils vivent. A l’opposé, on assiste au plan planétaire, à une concentration toujours plus importante de richesses, de privilèges et de pouvoirs entre les mains d’une oligarchie surinformée qui seule est véritablement au fait des choses. De ce point de vue, la classe moyenne, menacée actuellement de prolétarisation, pourrait être amenée à se radicaliser.

La question sociale doit donc aujourd’hui être complètement repensée. Les représentations politiques héritées du XIXe siècle associaient mécaniquement progrès technique et social, vitesse et justice sociale. Nous avons d’abord besoin d’une technologie qui soit à l’échelle humaine et ne s’inscrive pas dans une course épuisante qui n’a d’autre finalité qu’elle même. Autrement dit, une technologie plus simple, plus robuste, moins coûteuse pour la collectivité et inutilement sophistiquée. Tout cela implique une révolution culturelle dans la formation de nos ingénieurs jusqu’à présent dominée par l’obsession de la performance et par delà un enseignement qui réintègre la dimension sociale, politique et éthique de la technologie.

Le Camp Action climat s’ouvre au Havre campclimat.org Reporterre 2010/07/22 campclimat.org (22 juillet 2010) Le Camp Action climat s’ouvre au Havre. Reporterre. Climat fr

Le Camp Action climat s’ouvre au Havre

Le Camp Action Climat s’ouvre à Gonfreville, près du Havre, à côté d’une grande raffinerie de pétrole appartenant à Total.

Le Camp Action Climat se déroulera du 22 juillet au 1er août à côté du Havre. Il s’inspire notamment des Camps Climat anglais, et de ceux qui se tiennent un peu partout dans le monde cette année. Le camp est organisé par un collectif d’individus de tous bords, qui constatent que la crise climatique n’est pas seulement un problème environnemental de plus, mais qu’elle doit être lue comme la faille de l’ensemble du système dans lequel nous vivons. C’est la crise la plus urgente à laquelle nous sommes confronté..

A l’échelle globale, nos pays développés sont relativement adaptables à ce problème qui se fait déjà sentir. D’autres zones, et des populations entières, sont en revanche beaucoup plus fragiles et l’impact sur ceux-ci pourrait être rapide, et dramatiquement violent. Cet impact se répercuterait sans tarder sur l’ensemble de la planète, dans un contexte de ressources en diminution..

Si les gouvernements et les industriels poursuivent le « business as usual », la politique de l’autruche, c’est à nous d’agir dès maintenant, pour limiter l’impact de cette crise et sortir de la voie sans issue dans laquelle nous sommes embarqués. Le système actuel est responsable du changement climatique. Soyons responsables et changeons de système !.

Le camp climat est l’occasion d’agir directement pour opérer une transition juste vers une société équitable, soutenable, indépendante par rapport aux énergies fossiles et neutre en terme d’émissions de CO2..

Chaque Camp Climat est organisé horizontalement par quiconque souhaite s’investir. Il a une empreinte écologique minimum, et développe quatre thématiques principales :.

- la résistance aux pires « crimes climatiques » par l’action directe créative et non-violente ; - le développement d’alternatives concrètes pour un mode de vie soutenable ici et maintenant ; - l’éducation, à travers un large éventail d’ateliers et de discussions ; - la construction d’un large mouvement international pour une justice climatique ;

La vraie et lourde facture des déchets nucléaires Corinne Lepage Reporterre 2010/07/22 Corinne Lepage (22 juillet 2010) La vraie et lourde facture des déchets nucléaires. Reporterre. Tribune — fr

La vraie et lourde facture des déchets nucléaires

En jouant sur la notion de déchet valorisable en attente d’un hypothétique recyclage, le nucléaire français s’exonère de l’évaluation du prix de revient réel de sa technologie.

La reconnaissance du secret de polichinelle, par le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire, que constitue le non-recyclage de la quasi-totalité des déchets nucléaires français appelle plusieurs observations.

Jeux de mots

Le mensonge nucléaire institué par Areva qui a pu impunément pendant des années axer sa publicité sur le fait qu’elle travaillait en circuit fermé a abouti à la croyance que les déchets nucléaires étaient recyclés. Pour toute autre industrie, un tel comportement aurait été stigmatisé et sanctionné. Mais, visiblement, pas de souci pour Areva qui peut faire couler des litres d’encre de contre-vérités sans conséquences…

Dès lors que l’uranium stocké en Russie n’est pas recyclé, c’est évidemment un déchet. Or, Areva joue sur les mots grâce à la définition aberrante que la loi française a donnée du déchet nucléaire, en violation avec le droit communautaire du déchet qui le définit comme tout objet dont son producteur se « défait », c’est-à-dire n’a aucun usage immédiat, même si le déchet est commercialisé et même réutilisé ultérieurement. Areva prétend qu’il ne s’agit pas de déchet au motif que peut-être en 2040, ce déchet sera réutilisable.

Cette argumentation est irrecevable tant au plan de la loi française car l’échéance est trop incertaine, qu’au plan de la législation communautaire qui exclut un tel raisonnement. Or, ce raisonnement permet à Areva d’échapper à toutes ses obligations en terme de producteur de déchet (notamment la surveillance et la responsabilité), de violer la convention de Bâle sur l’exportation des déchets dangereux. Remettre en cause cette interprétation juridique fantaisiste est donc lourd de très grosses conséquences judiciaires pour Areva.

Jeux de dupes

Mais plus encore, c’est l’équilibre économique de la filière qui est interpellé. En effet, si ces déchets sont traités comme ils doivent l’être, alors le coût du retraitement et sa rentabilité sont davantage mis en cause. On peut déjà plus que douter de la rentabilité de la filière du retraitement comme les négociations entre EDF et AREVA en témoignent. Le départ de la plupart des clients (Allemagne, Belgique notamment) a rendu la situation très tendue ; l’obligation d’investir réellement pour tous les déchets issus du retraitement rendrait la situation encore plus délicate. Or, précisément, il est impossible, en France, d’avoir une image même approchée des coûts effectifs de la filière nucléaire. Or, les investissements sont colossaux et ce secteur est un des seuls à être épargné par tout effort de rigueur budgétaire. Jusqu’à quand, accepterons-nous d’investir dans le nucléaire en sacrifiant au passage la sobriété énergétique et les énergies renouvelables sans même accepter de jouer la transparence dans la réalité des coûts ?

Une victoire des paysans : le vaccin FCO n’est plus obligatoire Confédération paysanne Reporterre 2010/07/23 Confédération paysanne (23 juillet 2010) Une victoire des paysans : le vaccin FCO n’est plus obligatoire. Reporterre. Agriculture fr

Une victoire des paysans : le vaccin FCO n’est plus obligatoire

La lutte paie : le ministère de l’agriculture a annoncé le 21 juillet que le vaccin contre la fièvre catharale ovine n’était plus obligatoire.

A l’occasion du Comité National de Suivi de la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) qui s’est tenu le 21 Juillet, les pouvoirs publics ont annoncé leur décision de rendre la vaccination contre la FCO volontaire à compter de la prochaine campagne de prophylaxie. En d’autres termes, le ministère renonce à l’obligation vaccinale.

La Confédération Paysanne sera vigilante sur les conditions d ?application de ces mesures. La Confédération paysanne souhaite que l’Etat français tire les enseignements de son changement de politique et abandonne les poursuites engagées à l’encontre les éleveurs ayant refusé de vacciner.

De la même manière la CP demande à l’Etat de prendre en charge les dégâts sur les troupeaux occasionnés par la vaccination. En effet, l’obligation vaccinale d’une part et l’absence définition des conditions de vaccination d’autre part, ont concouru à des dégâts très importants sur les troupeaux vaccinés. Quelle que soit l’attitude de l’Etat, la Confédération Paysanne continuera à soutenir ces deux catégories d’éleveurs.

La confédération Paysanne se félicite enfin de cette décision, certes d’inspiration budgétaire, mais qui montre que la vaccination obligatoire n’est pas la réponse adaptée à la situation.

La fin de l’obligation vaccinale signifie l’abandon de l’objectif de l’éradication de la FCO ce qui apparaît réaliste au vu de l’importance des réservoirs de porteurs de virus : caprins, cervidés, chevaux. Le recul de la maladie ne peut être attribué uniquement à la vaccination massive : il met en valeur le rôle de l’immunité naturelle acquise.

Si on envoie un singe sur la lune, peut-on dire que c’est un cosmonaute ? Lionel Jamon Reporterre 2010/07/23 Lionel Jamon (23 juillet 2010) Si on envoie un singe sur la lune, peut-on dire que c’est un cosmonaute ?. Reporterre. Tribune — fr

Si on envoie un singe sur la lune, peut-on dire que c’est un cosmonaute ?

Depuis plusieurs années, se tenaient dans le petit dôme du Théâtre de Roanne des lectures publiques… Ces petites formes intimes, épurées, chaleureuses, expérimentales parfois, avaient au fil du temps, trouvé leur auditoire.

Madame l’adjointe à la Culture et Madame la nouvelle directrice du Théâtre n’en veulent plus. Ces instants, là-haut, n’auront donc plus lieu. Madame l’adjointe à la culture dans son tout nouveau bureau, maladroite et fuyante, se justifie d’abord vaguement. Puis dans un élan et une inhabituelle clarté, mesurant l’intérêt d’un bien culturel à l’aune des repères capitalistes, elle m’affirme avec l’aplomb d’un Patrick le Lay que ces lectures ne font pas assez d’audience.

Moi, je suis stupéfait… déconcerté… la démocratie moderne autorise-t-elle d’être adjoint(e) à la culture, lorsqu’on en est dépourvue ? La réponse est triste, mais oui.

Quant à Madame la directrice, elle me laisse entendre qu’il est inutile de pérenniser ce genre d’exercice, qu’il peut y en avoir, mais que trop c’est trop ! Qu’aujourd’hui, elle a été nommée directrice PRO-FE-SSION-NELLE et que c’est elle qui choisit, qui décide et que c’est comme ça. Je suis abasourdi… si l’on envoie un singe sur la lune, peut-on dire qu’il est cosmonaute ? La réponse est affreusement cynique, mais une nouvelle fois, oui.

Voilà, je lisais depuis cinq ans, là haut dans ce petit dôme. J’aurais aimé être congédié pour des raisons artistiques, mais les deux décideuses, durant toutes ces années ne sont jamais venues voir et entendre mon travail !

J’ai le sentiment que l’inconsistance politique s’accorde bien avec la misère culturelle. Licencié de chez Viboud certes, mais libre de ma parole et libre de faire entendre la parole de grands auteurs !

Dès l’automne, près des feuilles, le soir à l’heure d’un conseil municipal, je lirai La grève des électeurs d’Octave Mirbeau et Le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie.

L’opposition aux nouveaux TGV devient européenne Collectif des Trois régions Reporterre 2010/07/23 Collectif des Trois régions (23 juillet 2010) L’opposition aux nouveaux TGV devient européenne. Reporterre. fr

L’opposition aux nouveaux TGV devient européenne

Dans plusieurs régions europénnes, les écologistes s’opposent à de nouveaux TGV, prônant la réanimation du réseau de chemin de fer existant. Ils ont remis leur argumentaire au Parlement européen le 18 mai.

Notre collectif interrégional né en janvier 2010 de l’Union de associations et comités de citoyens/riverains s’opposant à la branche Sud [de la ligne LGV Rhin-Rhône], s’inscrit désormais dans une alliance d’ampleur nationale et internationale (Allemagne, Espagne, Italie, France…), partageant les mêmes valeurs d’un projet de société plus écologique dans le domaine des transports. Cette alliance avait abouti le 23 janvier, à Hendaye, à une Charte, qui a été remise à la présidente de la Commission Transports et aux députés européens le 18 mai à Strasbourg. Une délégation d’une trentaine de militants, de responsables associatifs et d’élus du Collectif des 3 Régions a participé à cette rencontre.

Après avoir rappelé leur attachement au développement prioritaire du ferroviaire, les délégations ont souligné devant les députés présents (1) les points suivants :

1) CES PROJETS NE CORRESPONDENT PLUS AUX PRIORITES ET AUX CAPACITES FINANCIERES DE L’EUROPE EN CRISE

Dans la situation de crise financière, d’endettement et d’étranglement budgétaire dans lesquels se trouvent les pays de la Communauté Européenne et les collectivités régionales, l’endettement français de RFF (Réseau Ferré de France) et la carence de la SNCF dans l’entretien du réseau « secondaire », il est irresponsable de s’engager plus avant dans des projets dont le coût global serait de plus de 30 milliards d’euros (celui annoncé pour la branche Sud, de 3 milliards d’euros risquant de se multiplier par deux à l’instar de la branche Est passée de 1,2 à 2,5 milliards).

Or, contrairement à la propagande, il n’y a aucun financement européen d’assuré, pas plus que de financement des Etats contraints à une cure « d’austérité ». Personne aujourd’hui ne peut affirmer que la branche Sud « se fera ».

C’est la fin de l’âge d’or des TGV et LGV dont RFF ET la SNCF sont aujourd’hui obligés de réduire « le train de vie » car la grande vitesse se fait au détriment des autres lignes et des villes moyennes et ne correspond plus aux besoins et aux moyens de la très grande majorité des usagers !

2) UN DETOURNEMENT DES PROCEDURES DEMOCRATIQUES ET LE NON RESPECT DE LA CONVENTION D’AARHUS

RFF, les décideurs et des élus utilisent des procédures voulant faire croire à une concertation, mais les débats publics sont fondés sur des dossiers grossièrement manipulés : surestimation des trafics, sous-estimation des coûts, absence d’études sur les capacités des réseaux existants, etc. C’est un détournement de démocratie, et les délégations ont demandé l’application de la Convention d’Aarhus, signée par l’Europe, qui exige que les citoyens soient consultés lorsque toutes les options sont encore possibles, sur la base d’informations fiables.

Sur ce point, nous avons obtenu des assurances unanimes.

3) UN ENGAGEMENT SOLIDAIRE A POURSUIVRE NOS COMBATS ET A PROPOSER DES ALTERNATIVES

Bien évidemment, le développement des transports ferroviaires est toujours pour nous la priorité et nous souhaitons qu’ils soient privilégiés de préférence au réseau routier ou au transport aérien dont les impacts sur l’environnement sont considérablement plus négatifs. Notre proposition reste celle, réaliste, d’une optimisation des lignes existantes conjuguée à une maîtrise des déplacements de personnes et marchandises. Nous avons conscience que les intérêts de lobbies très puissants espérant capter des marchés ferons obstacle à la démocratie et à l’intérêt général et lançons un appel aux syndicats à participer à nos combats.

4 ) L’OBJECTIF DE NOTRE ALLIANCE EUROPEENNE EST L’ABANDON DE TOUS LES PROJETS ALLEMANDS, ESPAGNOLS, FRANÇAIS ET ITALIENS

Aussi, concernant la France et ses projets, nous exigeons dans l’immédiat :

- la publication du Schéma National des Infrastructures de Transports (SNIT) ;

- une expertise actualisée de l’utilité publique des LGV, capable d’apporter les éléments qui manquent actuellement tant au plan environnemental qu’économique ou social et de répondre prioritairement aux enjeux ci-dessus évoqués ;

- des études techniquement approfondies et chiffrées de la modernisation du réseau des lignes existantes et de l’extension/connection de dessertes de proximité ;

- une position claire et argumentée sur la part réservée au fret ferroviaire dans les projets européens, nationaux et régionaux.

......................................

Notes :

(1) Outre des député(e) italiens (soutenus pas une forte délégation anti-mafia..), espagnols, irlandais, allemands, les députés français étaient représentés par Sandrine Bélier, José Bové et Catherine Grèze, solidaires de notre démarche.

La croissance des TGV n’est pas écologique Simon Charbonneau Reporterre 2010/07/24 Simon Charbonneau (24 juillet 2010) La croissance des TGV n’est pas écologique. Reporterre. Tribune — fr

La croissance des TGV n’est pas écologique

La multiplication des projets de TGV n’est pas une bonne nouvelle. Leur impact environnemental serait lourd, et ils n’ont pas que des avantages sur les régions traversées. Mieux vaudrait réhabiliter les lignes existantes - et accepter de ne pas aller toujours très vite !

Alors même que Réseau Ferré de France se débat aujourd’ hui dans un déficit faramineux, les projets de lignes à grande vitesse pour le sud ouest se sont multipliés. Après la LGV Tours/Bordeaux qui a échappé à la procédure du débat public et entré directement au stade de l’enquête publique en janvier 2005, c’est le projet de LGV Bordeaux/Toulouse le moins justifié qui a été soumis à la procédure du débat public l’année dernière, puis celui de sud europe atlantique (SAE) vers Hendaye en 2006 approuvé malgré l’opposition massive des populations du Sur Gironde et du Pays Basque. A l’ unanimité, le Conseil Régional d’Aquitaine, tous groupes politiques confondus y compris certains élus écologistes, a donné son feux vert (si j’ ose dire !) à ces projets pharaoniques dont les investissements se montent à 15 milliards d’euros, soit 120 millions d’euros par minute gagnée sur le temps de parcours actuel entre Paris et Bordeaux.

Habituellement, les associations de protection de l’environnement se mobilisaient peu face à ce type de projet, le rail étant considéré comme la seule alternative face aux autoroutes. A l’occasion de l’opposition à la LGV Bordeaux/Toulouse, un nouveau positionnement associatif a vu le jour, à savoir celui d’une opposition de principe à toute ligne nouvelle, compte tenu des impacts sur les derniers espaces naturels restés encore non aménagés et du montant des investissements prévus, la modernisation des voies existantes étant privilégiée. C’est sur ce positionnement ambitieux qui évite le piège du « nymbisme » que le réseau associatif local a réussi à mobiliser avec succès les populations et leurs élus du Sud Gironde.

Il existe plusieurs motifs à cette opposition de principe.

En premier lieu, il y a la nature même de toute LGV qui est conçue pour relier uniquement les grands centres urbains au détriment des villes petites et moyennes situées sur l’itinéraire. Plus précisément, pour le milieu rural, c’est une véritable catastrophe car il n’y a aucun échangeur prévu comme pour les autoroutes. Des villages, des hameaux et des familles seront dorénavant « enclavés » et isolés les uns des autres, sans compter l’ impact écologique de ces nouvelles infrastructures linéaires qui ne fera alors que s’ ajouter à celui représenté par les autoroutes existantes. Quel que soit le tracé adopté, ce seront de nouveaux espaces naturels et de nouvelles terres agricoles qui vont être sacrifiées une fois de plus sur l’ autel du "développement " en dépit des fameux engagements de Grenelle. Faut-il le rappeller ? La LGV comme l’ autoroute assèche le milieu rural et exclut les villes et les régions laissées pour compte du "progrés" et qui en plus sont appelés à financer le projet !

Autre aspect négatif, le gain de temps très limité entraîné par la voie nouvelle au regard de l’importance de l’investissement. Tant qu’ à vouloir gagner du temps, les transports de proximité devraient être considérés comme prioritaires (TER, Tram etc…), car s’il y a du temps perdu, c’est bien dans les embouteillages. En toute hypothèse, il faut savoir que par définition les gains de temps entraînés par l’amélioration de la vitesse des trains ne peuvent aller qu’en décroissant alors que les coûts multiformes explosent, telle est la loi d’ airain du progrès technique dont nous n’ avons pas encore réalisé la portée !

Reste la justification ultime avancée par les tenants du projet au sein des associations de protection de l’environnement, à savoir le fait de la libération de la ligne actuelle au profit du transport de marchandise. Cet argument serait recevable si la SNCF s’était engagée fermement en sa faveur. Or le fret est actuellement en voie d’abandon total au profit de la route, sans que le gouvernement ne prenne aucune mesure crédible de réorientation de la politique des transports dans ce domaine. Or là devrait être la priorité des investissements dans notre région ! D’ailleurs, l’expérience le montre : partout où les lignes anciennes ont été libérées par la construction de LGV, aucun progrès dans le transport de marchandise n’a été noté !

Enfin, on ne soulignera jamais assez le coût exorbitant représenté par ces investissements, compte tenu des inconvénients signalés et surtout de l’ endettement public actuel. La moitié du déficit actuel de RFF est dû à la création du réseau LGV qui , comme on pouvait s’en douter, a été réalisé au détriment de la maintenance du réseau des lignes régionales.

Par ailleurs , les miracles économiques attendus par les villes desservies par le TGV n’ ont guère été au rendez-vous. Il suffit pour cela de comparer Bordeaux avec Toulouse qui est une ville très dynamique sur le plan économique par rapport à la première, bien qu’elle soit aujourd’hui à cinq heures de Paris dans la meilleure des hypothèses. Au terme de cette analyse , s’il est incontestable qu’ une priorité absolue doit être donnée au rail par rapport à la route et à la voie aérienne pour des motifs d’ ordre écologique et social, il n’ apparaît pas du tout souhaitable pour la collectivité de donner la priorité à la grande vitesse au détriment du réseau ferroviaire restant, compte tenu des coûts financiers et environnementaux entraînés par la création de ces voies nouvelles .

Mieux vaudrait se contenter d’ utiliser les voies existantes en les modernisant, même si cela fait perdre une heure tout les cinq cent kilomètres . Cela est aujourd’ hui d’ autant plus vrai que les fameux TGV-pendulaires prévus pour la ligne POLT et abandonnés depuis, constituent une réponse technique crédible pour des gains de temps raisonnables. Et par delà les questions posées par ce dossier , il faudra également bien qu’ un jour, contraint et forcé, l’homme moderne accepte de voir sa vitesse et sa mobilité limitées, du moins s’ il veut encore vivre dans un monde à l’ échelle humaine et tenir compte de l’épuisement des ressources naturelles de la planète ! De ce point de vue là, le grand chantier des LGV devrait être notre dernière vache sacrée à sacrifier sur l’autel d’un vrai progrès.

Comment s’opposer juridiquement aux projets d’autoroutes Hervé Cassara Reporterre 2010/07/26 Hervé Cassara (26 juillet 2010) Comment s’opposer juridiquement aux projets d’autoroutes. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Comment s’opposer juridiquement aux projets d’autoroutes

Le Ministère de l’Ecologie ressort des cartons - que l’on croyait très poussiéreux - une multitude de projets autoutiers sur l’ensemble de l’hexagone. Bien que le Ministre assure du contraire, il semble donc bien que le « tout routier » ne soit pas derrière nous.

Voilà donc un projet quelque peu « Grenello-incompatible », quelques jours après l’entrée en vigueur de la loi Grenelle II, et près d’un an depuis celle de la loi Grenelle I. L’esprit du Grenelle de l’environnement semble donc bien loin.

L’occasion est donc donnée de rappeler comment s’opposer à un projet autoroutier du point de vue juridique.

Un projet autoroutier nécessite, comme tout projet d’infrastructure routière ou ferroviaire, d’acquérir la maîtrise foncière des terrains qui constitueront l’emprise du projet.

Cela siginifie donc que l’Etat devra déclarer d’utilité publique l’expropriation des terrains, au bénéfice du maître d’ouvrage.

L’acte administratif principal d’une procédure d’expropriation est donc la déclaration d’utilité publique (DUP). Cet acte, qui peut revêtir la forme d’un arrêté préfectoral ou d’un Décret, est suceptible de recours dans un délai de deux mois à compter de l’achèvement des formalités de publicité, devant le Tribunal administratif territorialement compétent, ou directement devant le Conseil d’Etat, selon l’ampleur du projet.

Le second acte administratif suceptible de recours dans le même délai est l’arrêté de cessibilité, dont l’objectif est d’identifier précisément les parcelles de terrain qui seront expropriées.

Faut-il pour autant attendre que la DUP ou l’arrêté de cessibilité sortent pour combattre un projet de cette ampleur ? Certainement pas.

Il est en effet nécessaire de prendre ce type de dossier le plus en amont possible.

Plusieurs raisons à cela :

- tout d’abord, fédérer autant que faire se peut, les oppositions, au sein d’une association par exemple. Il faudra alors attacher le plus grand soin à la rédaction des statuts, qui conditionneront la recevabilité des recours en justice éventuels ; - ensuite, se constituer un trésor de guerre, car toute bataille contre ce type de projet est longue et coûteuse ; - procéder à une analyse la plus fine possible du terrain, en s’attachant éventuellement l’aide d’experts, afin de de déterminer, par exemple, s’il existe des espèces végétales et/ou animales protégées sur le tracé pressenti ; - peser dans le cadre du débat public éventuel, de la concertation préalable, puis, bien évidemment, au stade de l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique et de l’enquête parcellaire. L’objectif sera en effet d’obtenir un avis défavorable du commissaire enquêteur ou de la commission d’enquête, ou, à tout le moins, un avis favorable assorti de fortes réserves. L’intérêt n’est pas que factuel, car, sur le plan procédural, un avis défavorable de la commission d’enquête ou une réserve non levée, permettent d’être dispensé de démontrer l’urgence dans le cadre d’une procédure de référé-suspension.

L’autre volet d’une procédure d’expropriation est la phase indemnitaire, qui doit être juste et préalable comme le dispose la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 16 août 1789, ayant valeur constitutionnelle. Elle comprend une phase amiable, puis, en cas d’échec de celle-ci, une phase contentieuse, qui se déroulera cette fois-ci devant le juge judiciaire, juge naturel de la propriété privée.

Pour les autres, c’est-à-dire pour tous ceux qui sont suffisamment loin de l’infrastructure pour ne pas être expropriés, mais suffisamment proches pour en subir les nuisances de plein fouet, ils pourront se plaindre de dommages permanents de travaux publics devant le juge administratif. Afin de se préparer à cette éventualité, il est vivement conseillé de réaliser un « état zéro » le plus précis et détaillé possible, éventuellement dans le cadre d’un référé-constat ou d’un référé-expertise devant le juge administratif, afin d’évaluer au mieux les dommages qu’ils subiront une fois l’autoroute mise en service.

On constate donc que les possibilités de recours sont multiples, mais l’essentiel est encore une fois de bien se préparer à ces éventualités, et d’opérer les choix stratégiques les plus judicieux au bon moment.

La traversée de France à vélo - contre le mensonge sur Tchernobyl Jean-Marie Banderet - Le Courrier Reporterre 2010/07/26 Jean-Marie Banderet - Le Courrier (26 juillet 2010) La traversée de France à vélo - contre le mensonge sur Tchernobyl. Reporterre. fr

La traversée de France à vélo - contre le mensonge sur Tchernobyl

Un militant d’un collectif demandant que l’Organisation mondiale de la santé soit libérée de l’influence des lobbies a traversé la France pour manifester devant l’agence onusienne.

Pédaler peut s’avérer un geste militant. C’est en tout cas dans cet esprit qu’un membre nantais du collectif Independent WHO (ou indépendance pour l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé) a relié sa ville d’origine à Genève. Un périple de presque huit cents kilomètres à travers la France, avalé en quatre jours. Arrivé dimanche 18, il a terminé mercredi 21 juillet son tour de garde comme « vigie » du collectif devant le siège de l’OMS. Ses militants se relayent en effet depuis le 26 avril 2007 pour demander que soient dénoncés les accords entre l’organisation et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) empêchant d’enquêter librement sur les retombées d’accidents nucléaires civils.

« J’ai voulu ajouter une épreuve sportive à mon engagement militant », déclare Henri Tendron. Ce secouriste de 63 ans, originaire d’un village aux alentours de Nantes, poursuit : « L’effort physique fourni pour le voyage me permet de participer symboliquement à la souffrance des victimes de la catastrophe de Tchernobyl. »

Ecoeuré par les chiffres avancés par l’OMS dans les mois qui ont suivi l’explosion de la centrale nucléaire ukrainienne, qui faisaient état de trente-deux, puis de cinquante-six morts, quatre cents irradiés et quatre mille cancers dus à l’exposition aux rayons ionisants, le collectif cherche à mettre fin à la « censure » imposée par l’AIEA. Car, selon Henri Tendron, il existe un conflit d’intérêts entre l’information et la prise en charge des victimes par l’OMS d’une part, et les exigences de l’AIEA de l’autre. Un accord en particulier, qui porte le nom barbare de WHA 12-40, lie depuis 1959 les deux agences de l’ONU en leur interdisant de prendre des positions publiques pouvant nuire à leurs intérêts mutuels. « Allez expliquer au million, voire deux, d’enfants souffrant de malformations, de maladies, que la promotion du nucléaire civil interdit qu’on les aide », fulmine le militant cycliste.

Ne pas relâcher la pression, tel est le maître mot des vigiles du collectif. Voilà plus de trois ans qu’ils occupent quotidiennement ce coin de trottoir. Pas question cependant de convoquer la presse pour l’arrivée du marathonien de Nantes. Son voyage est, à l’en croire, plus proche d’un pèlerinage engagé, sans pour autant être complètement dénué de plaisir, reconnaît cet amateur de randonnée cycliste. Lors de la précédente tentative, en septembre 2009, – Henri Tendron ayant dû terminer sa traversée de la France en voiture à cause de mauvaises conditions météo –, la rédaction locale du quotidien Le Progrès lui avait consacré un article lors de son passage dans la région de Bourg-en-Bresse. Sa démarche est pourtant bien reçue dans les localités qu’il traverse sur son vélo flanqué d’un panneau explicatif. Et aux sceptiques qui lui demandent quelle actualité il peut bien y avoir dans les statistiques sur les victimes de Tchernobyl, il répond que le parc de centrales nucléaires vieillissant dans toute l’Europe ne laisse personne à l’abri d’une nouvelle catastrophe.

Départ 21 juillet pour le chemin du retour, passant par Lyon et Auxerre pour rencontrer des membres de l’association Sortir du nucléaire dont il fait aussi partie. Puis ce sera la fin de ses vacances et une nouvelle année passée comme secouriste à Nantes.

Mme Bachelot oublie douze ans de son passé... Fakir Reporterre 2010/07/26 Fakir (26 juillet 2010) Mme Bachelot oublie douze ans de son passé.... Reporterre. fr

Mme Bachelot oublie douze ans de son passé...

Sur le site du Ministère de la Santé, Roselyne Bachelot oublie un détail dans son CV : ses douze années passées au service de l’industrie pharmaceutique. Mais qu’a-t-elle fait, exactement, pour SoguiPharm, Ici-Pharma, Astra-Zaneca ? Le plus simple, c’était de lui demander. Sauf que la ministre se fâche et s’échappe en courant...

On s’ennuie au bureau, alors sur Google on tape « Bachelot ». Voir qui elle est, un peu.

La grippe A l’a si bien propulsée sous le feu des caméras.

Sur Wikipedia, c’est marqué ça : « Roselyne Bachelot-Narquin a occupé, avant d’entrer dans la politique au début des années 1980, le poste de déléguée à l’information médicale au sein du laboratoire ICI Pharma de 1969 à 1976, puis elle est chargée des relations publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989 ». Tiens tiens, on ne savait pas. Mais faut vérifier, hein, Wikipédia raconte parfois n’importe quoi...

D’autant que son CV officiel, sur le site du ministère de la Santé, ne cause pas de ça du tout. On apprend plein de choses passionnantes, que « ses deux parents étaient docteurs en chirurgie dentaire », qu’elle a « approfondi ses recherches en spectrophotométrie infrarouge », qu’elle est même balaise sur « l’influence des atomes métalliques sur les liaisons carbone-hydrogène dans les molécules complexes », etc. Mais rien sur les douze années qu’elle aurait – conditionnel de rigueur – passé au service de l’industrie pharmaceutique. Un trou, là. Alors, qui dit vrai ? Wikipédia ou le Ministère de la Santé ? Et puis, on tombe sur ce document.

C’est son vieux CV, lorsqu’elle était au Parlement européen, en 2004. Tout en haut, juste sous « née le 24 décembre 1946 à Nevers », elle détaille son « activité professionnelle » : « Déléguée à l’information médicale - laboratoires ICI Pharma - de 1969 à 1976. Chargée des Relations Publiques chez Soguipharm de 1984 à 1989. » C’était une fierté, apparemment, à l’époque : la preuve qu’elle avait travaillé dans la vraie vie. Celle de l’entreprise... Mais pourquoi, alors, le cacher maintenant ? Pourquoi oublier ces douze années, qui pèsent quand même dans une (brève) carrière ? Pourquoi cette omission, alors que Roselyne Bachelot promet que « la transparence sera la plus totale, suivie scrupuleusement » ? Pourquoi ce silence, alors que la loi oblige les experts à déclarer leurs « conflits d’intérêts » ? Le plus simple, c’était de lui demander. On a essayé. On s’est entêtés, même.

Vendredi 6 novembre. La com’ communique peu

« Service de presse de Roselyne Bachelot, bonjour.

- Excusez-moi de vous déranger. J’appelle concernant le parcours de Madame la ministre dans les laboratoires pharmaceutiques... Elle a bien été « déléguée à l’information médicale chez ICI Pharma de 1969 à 1976 ?

- Est-ce que vous auriez la gentillesse de m’envoyer un mail, s’il vous plait ? »

On envoie un mail. On rappelle.

« Service de presse de Roselyne Bachelot, bonjour.

- J’appelle pour savoir : est-ce que Madame Bachelot a bien été « déléguée à l’information médicale chez ICI Pharma de 1969 à 1976 ?

- Ouh la. Non, à mon niveau je n’ai pas cette information. Est-ce que vous voulez que je demande à la conseillère presse de vous rappeler ?

- Oui, volontiers. »

Dimanche 8 novembre. Visiteuse médicale à Bouguenais

En attendant, on contacte le sénateur du Parti de Gauche François Autain (l’oncle de Clémentine). Venant de Loire-Atlantique, comme Roselyne, lui a des vieux souvenirs de « Madame Bachelot » : « Je l’ai rencontrée, mais dans des circonstances qui étaient liées à l’exercice de ma profession et de la sienne : moi j’étais médecin généraliste dans une petite commune de la banlieue nantaise, à Bouguenais, et elle était représentante d’un laboratoire pharmaceutique, Astra Zaneca ; elle m’avait vanté les produit de ce labo et elle m’en avait parlé avec beaucoup de compétence et de chaleur. Je ne suis pas étonné de la voir aujourd’hui assumer de si hautes fonctions parce qu’elle m’avait impressionné par la maîtrise avec laquelle elle connaissait le dossier de ce médicament. »

D’un click de souris, le site pharmactua.com (« l’information en ligne pour les décideurs et les acteurs du monde de la santé ») nous informe que « Astra Zeneca développe un nouveau vaccin pour le virus H1N1 : 200 millions de doses sous forme de spray nasal, un marché de 2,3 milliards pour le groupe. »

Jeudi 12 novembre. Ministre souriante, médias riants

Aujourd’hui, c’est le grand jour : « A l’occasion de l’ouverture des centres de vaccination, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé et des Sports, visitera le centre de vaccination Auguste Renoir à Paris. Lors de ce déplacement, la ministre se fera vacciner contre la grippe A (H1N1). » On va la croiser , enfin. On va pouvoir lui poser la question qui nous tracasse. Canal plus, BFM, Europe 1, RTL, M6, tout le monde est là. Caméras, micros, appareils photos sont parqués derrière une barrière en fer, aux premières loges, grimpés sur des chaises, ou se bousculant pour la meilleure prise. De l’autre coté, le théâtre de la future vaccinée est bien régi : petite table d’écolier au fond, avec un médecin qui attend pour connaître le dossier de sa patiente. La scène est préparée, l’héroïne arrive, et lance sa tirade : « Je veux dire de façon forte à mes concitoyens que nous devons nous faire vacciner. Cette grippe elle présente des formes qui peuvent être très très graves, il y a aujourd’hui vingt-cinq personnes qui sont hospitalisées dans les hôpitaux de Paris, avec dix petits enfants qui présentent des formes extrêmement graves », on connaît sa chanson.

La vaccination débute : soulevant sa manche, la ministre fait mine d’entamer un strip-tease – avant de blaguer, pull retroussé : « J’arrêterai là ! » Charmés par tant d’humour, et par son sourire, les journalistes rient aux éclats. Vient l’heure des impertinentes questions : « Madame Bachelot, les Français sont méfiants pourquoi ? », « Madame la ministre, Jean François Coppé hésite encore à se faire vacciner : que lui dites-vous pour le convaincre ? », etc. Jusqu’à la mienne : « Madame Bachelot, est ce que c’est vrai que vous avez été porte-parole pendant douze ans de deux laboratoires pharmaceutiques ? » Son sourire s’efface : « Ah, écoutez, c’est absolument, écoutez, vraiment, cette accusation est absolument répugnante...

- Mais c’était bien Ici pharma et Soguipharm ? »

Elle se fâche :

« Pendant 6 ans j’ai travaillé dans un laboratoire pharmaceutique comme visiteuse médicale à 1 000 francs par mois comme boulot de, comme boulot d’étudiante pendant 6 ans, c’est comme, c’est comme si vous disiez aux jeunes gens qui travaillent chez Mac Do à vendre des... des hamburgers qu’ils sont à la solde de l’industrie agro-alimentaire ! » Roselyne Bachelot s’échappe alors par la porte de derrière.

La réaction des collègues, mécontents eux aussi, ne tarde pas : « Elle n’a pas aimé », « Ah, ben merci, elle est partie », « Heureusement que tu as posé ta question pas trop tôt sinon elle serait partie toute de suite et on aurait rien eu ».

« Mais, je les interroge, vous le saviez ?

- Non, mais l’investigation serait trop longue...

- Y a juste à regarder son ancien CV de députée européenne. Maintenant que vous le savez, vous reprendrez l’information ?

- Non. On n’est pas venus pour ça. On est venus pour la vaccination. »

Sur le retour, je réfléchis en marchant : si j’étais élue au Parlement européen, je ne crois pas que je mettrais tout en haut de mon CV, comme « activité professionnelle », que j’ai travaillé comme serveuse chez Mac Do... Et puis, restent en suspens ces cinq années comme « Chargée des Relations Publiques chez Soguipharm » : c’était pas plus important que du baby-sitting, peut-être ?

Mardi 17 novembre. Propagandiste des labos

« Chargée des relations publiques, c’est une dénomination des lobbyistes », affirme Roger Lenglet. Lui a publié Lobbying et Santé.

« C’est un titre qui avait été inventé par Edouard Bernays, un des fondateurs du lobbying, qui disait "on hésitait entre le mot de propagandiste mais ça la foutait mal, donc on a inventé relations publiques", ça consiste simplement à obtenir auprès des élus des positions ou des lois favorables aux intérêts de l’industrie qu’on représente. Donc Roselyne Bachelot a exercé cette activité pour le compte du groupe pharmaceutique Soguipharm, elle a été aussi visiteuse médicale pour d’autres laboratoires pharmaceutiques, elle se retrouve ministre de la Santé. Evidemment, ce n’est pas sain puisqu’on peut avoir toutes sortes de collusions, de complicités, et donc les décisions qui sont prises dans le cadre d’une campagne de vaccination massive, par exemple, peuvent être mise en doute et vont susciter une méfiance. Cette campagne non seulement a été expertisée par des experts qui ne sont pas indépendants, puisqu’ils travaillent pour l’industrie pharmaceutique, donc il y a déjà conflit d’intérêts, mais la ministre elle-même est dans une situation qu’on peut considérer comme douteuse. »

La si souriante Roselyne Bachelot avait-elle travaillé comme « lobbyiste » pour l’industrie pharmaceutique ? Nous n’y croyions pas : il fallait la laver de tous soupçons...

Mardi 17 novembre. Eloge de la transparence

« Service de presse de Roselyne Bachelot, bonjour.

- J’appelle concernant le parcours dans les laboratoires pharmaceutiques de Madame la ministre...

- Ah oui. »

Y a de la gêne, dans la voix. De l’hésitation.

« Quand vous me demandez ce qu’a fait la ministre entre 69 et 76, elle a elle a travaillé, mais elle n’avait pas du tout un poste de comment dirais-je, attendez, elle n’avait pas un poste stratégique...

- L’intitulé, c’est « déléguée à l’information médicale »... - Le titre exact, enfin, franchement, je peux vous dire, j’ai pas le titre exact... Concernant la deuxième date, elle a travaillé chez Soguipharm mais là encore, elle avait, c’est un petit poste quoi... Elle a ouvert avec son mari un labo, enfin, voyez...

- Ah elle était elle-même entrepreneur, elle tenait elle-même un laboratoire pharmaceutique alors ? »

Silence.

Long silence.

« Bah elle a fait elle elle... Bah vous savez c’était pas un laboratoire pharmaceutique comme vous l’entendez... Ca n’avait rien à voir. Elle était vraiment euh...

- C’était un laboratoire pharmaceutique, mais pas vraiment un laboratoire pharmaceutique ?

- Beh oui. Nan mais au sens où vous l’entendez parce que là, actuellement, y a toute une polémique sur tous ces labos qui sont des grosses firmes. A l’époque, ça n’avait rien à voir. Vous voyez ce que je veux dire ?

- Elle le fait, d’après son CV, en même temps qu’elle est députée, elle travaille au sein du RPR notamment sur le thème du médicament...

- Là on a l’impression qu’on décortique tout son passé. J’ai beau chercher, je me dis : où il est le lézard, quoi ? Voilà.

- Le plus simple, ça serait qu’il y ait une interview avec Madame Bachelot, qu’elle explique en toute transparence ce qu’elle a fait dans les labos pharmaceutiques à ces deux périodes de sa vie.

- Oui. Absolument. Mais reconnaissez, y a une chose que je ne comprends pas : on peut avoir exercé des fonctions dans sa vie, vous voyez, pour autant est-ce qu’on peut systématiquement remettre en cause l’éthique, la déontologie d’une personne ?

- Est-ce que vous m’avez entendu à un moment mettre en cause la déontologie irréprochable de Madame Bachelot ?

- Nan nan.

- Ce que je trouve regrettable, c’est que ça comprend quand même une dizaine d’années de sa vie, et au moment où elle entre au ministère, on l’élimine de sa biographie officielle.

- Mais mais moi je vais la bio de quelqu’un, Dupont va faire la même bio, et on ne la fera pas du tout de la même manière. Ca n’a pas du tout un, dans le but euh de cacher comme tout le monde hein je vous assure.

- Non, c’est pas possible. Elle le met en avant dans ses biographies précédentes, et là au moment où elle est ministre on sait que ses parents sont docteurs en chirurgie dentaire, qu’elle est spécialiste en spectrophotométrie infrarouge, qu’il y a son CV politique intégral, et que là, paf, y a dix années de sa vie qui passent à la trappe.

- Là oui... »

Mercredi 18 novembre. Pas d’interview chez nous

Dernier essai : « Est-ce que Madame Bachelot accepte l’interview, en toute transparence, sur ses activités dans l’industrie pharmaceutique ? » En gros, c’est non. En revanche, elle devrait passer chez Nicolas Demorand, le matin, sur France Inter. On est jaloux : pourquoi Demorand et pas nous ? Enfin bon, peu importe : ce « meilleur interviewer politique de l’année » va, à coup sûr, poser à Madame la ministre toutes les questions qui fâchent, sur l’indépendance, la transparence, les conflits d’intérêts. Et sans doute s’échappera-t-elle du studio par la porte de derrière...

Le combustible prévu pour l’EPR est défaillant Crilan Reporterre 2010/07/28 Crilan (28 juillet 2010) Le combustible prévu pour l’EPR est défaillant. Reporterre. fr

Le combustible prévu pour l’EPR est défaillant

Le CRILAN REITERE SA DEMANDE d’ANNULATION du DECRET d’AUTORISATION du réacteur EPR de Flamanville .

Sur son site, les précisions données par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), suite au communiqué du CRILAN, repris par l’AFP (15-07-10), à propos du nouveau matériau de gainage (M5) du combustible des centrales, justifient les demandes de l’association d’annuler les autorisations administratives en ce qui concerne le réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Décret d’autorisation de création) et les demandes d’extensions de rejets des réacteurs 1&2 et 3-(DARPE).

En effet, l’ historique fait par l’IRSN, de l’utilisation du nouveau matériau de gainage du combustible irradié M5 (1), montre à l’évidence, que son introduction à l’échelle industrielle, d’abord dans le réacteur de NOGENT 2 en 2004, puis depuis dans 3 réacteurs de 1300 MWe et des 4 réacteurs 1450 MWe est loin d’être satisfaisante :

“En 2006, des pertes d’étanchéité continuant à se produire, l’ASN a estimé qu’il était nécessaire « d’adopter une démarche prudente » quant à l’introduction d’assemblages de combustible à gainage en alliage M5 et a estimé nécessaire que « le dialogue technique se poursuive notamment sur […] la fiabilité des fabrications d’assemblages en alliage M5 ».

Des actions mises en oeuvre par EDF pour tester un produit combustible à pastille dopées au chrome n’ont pas permis de démontrer une amélioration quant à l’interaction pastilles-gainage. Aussi, a-t-il été décidé d’abandonner, semble-t-il, ce nouveau procédé pour l’EPR.

Or, c’est sur les bases de l’emploi de ce combustible à haut taux de combustion que les documents préparatoires de l’enquête publique et du décret d’autorisation de création pour l’EPR et l’enquête publique pour l’augmentation des rejets des réacteurs ont été finalisés et présentés au public.

C’est pourquoi, le CRILAN, attaché au respect par l’Etat, des règles qu’il s’est lui-même données, entend faire appliquer les préconisations de l’article 4 du décret d’autorisation et de l’article 29 la loi TSN de 2006 à propos des modifications notables de l’installation.

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Note :

(1) www.irsn.fr/FR/.../irsn_surete-parc...

Le problème n’est pas Woerth-Bettencourt, mais... Jean Lévy Reporterre 2010/07/28 Jean Lévy (28 juillet 2010) Le problème n’est pas Woerth-Bettencourt, mais.... Reporterre. Tribune — fr

Le problème n’est pas Woerth-Bettencourt, mais...

Le monde politique – et les médias – sont centrés sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Woerth-Liliane Bettencourt-L’Oréal ». Le Parti socialiste tire à boulets rouges sur la personne de l’ex-ministre du Budget, promu récemment au Travail. Cela conduit l’UMP à dénoncer un « acharnement » scandaleux visant l’honorabilité d’Eric Woerth…

De quoi s’agit-il en fait :

Un enregistrement pirate des propos tenus par le gestionnaire de l’actionnaire majoritaire, monsieur Patrice de Maistre, le patron de Clymène, la société qui gère certains actifs de L’Oréal fait ressortir :

1 – que la femme du ministre, Florence Woerth, avait été embauchée en 2007, à la demande de son mari, dans l’entreprise chargée de « gérer » la fortune de Liliane Bettencourt (l’une des plus considérables de France, évaluée à 11 milliards d’euros).

2 – que cette activité visait à « optimiser », comme on dit, cette dite fortune, c’est-à-dire à lui permettre d’échapper à sa fiscalisation en France.

3 – que l’actionnaire principale de l’Oréal (30% des actions), admet cette évasion vers des paradis fiscaux (Suisse, Uruguay…), et sa possession, non déclarée, d’une île dans les Seychelles, d’une valeur estimée à plusieurs centaines de millions d’euros.

4 – que, contrairement aux déclarations d’Eric Woerth, l’évasion fiscale constituait une éventualité probable, qui a conduit le juge Courroye à transmettre aux services fiscaux, dépendant du ministère du Budget, une demande d’enquête approfondie dès 2008.

5 – que cette requête n’a été suivie d’aucun effet…

6 - que le ministre, gérant le budget de la France, parallèlement celui de l’UMP en tant que trésorier du parti majoritaire…

7 – qu’à ce titre, il présidait le « Premier cercle », l’organisation collectant les plus généreux donateurs de l’UMP (400 riches cotisants, versant jusqu’à 7500 euros annuels au Parti) ;

8 – que parmi ceux-ci, on pouvait nommer Liliane Bettencourt, soupçonnée de fraude fiscale massive, fraude organisée par Clymène, à laquelle était associée Florence Woerth ;

9 - qu’en outre, Eric Woerth réunissait des fonds privés au bénéfice d’une association personnelle, domiciliée à Chantilly, ville d’où il est maire.

10 – que le ministre du Budget était assez intime avec la patronne de l’Oréal pour déjeuner avec elle en janvier 2008.

11 - que ce déjeuner a eu lieu quelques jours avant que Liliane Bettencourt ne bénéficie d’un chèque de 30 millions d’euros de l’Etat, dans le cadre du "bouclier fiscal", mesure phare de Nicolas Sarkozy en faveur des privilégiés de la fortune.

Tous ces faits sont aujourd’hui du domaine public, relayés par tous les médias.

Mais, posons la question, cette saga financière et ces intérêts mêlés n’engagent-t-ils que la responsabilité d’un seul homme, fût-il ministre, comme la virulente campagne socialiste le laisse penser ?

« Exiger » la démission d’Eric Woerth réglerait-il le problème ?

N’est-ce pas, de la part des dirigeants du PS, une manœuvre dilatoire esquivant l’essentiel, qu’il refuse de prendre en compte ?

Quel est donc « l’essentiel » à nos yeux ?

L’affaire en question est emblématique de la dégénérescence d’un système, celui du capitalisme, arrivé en bout de course. La concentration des capitaux et la globalisation des échanges, liée à son accélération dans le temps et dans l’espace, facilitée par les nouvelles techniques de communication, conduisent à une concentration inouïe du capital.

Les entreprises, en proie à une concurrence sauvage, se font une guerre sans merci à l’échelle mondiale, situation aggravée par l’entrée en lice des économies des pays émergents, qui veulent leur part du gâteau.

L’exploitation éhontée des salariés et de la population des pays du tiers monde, les délocalisations massives de la production dans les Etats à bas coût de main d’œuvre, ces moyens utilisés massivement, ne suffisent plus au grand patronat pour atteindre ses objectifs.

Pour obtenir une rotation toujours plus rapide du capital et la réalisation de profits toujours plus élevés et à court terme, pour pratiquer la spéculation à grande échelle, le concours du pouvoir politique est, plus que jamais, impératif. Celui-ci ferme les yeux sur les opérations illégales des banques et des grandes entreprises, sur leurs paradis fiscaux qui leur servent de paravent.

Il faut, en plus, que les budgets nationaux soient mis à contribution

Des coupes sombres réduisent les dépenses à caractère social de l’Etat, la santé, l’éducation, les retraites, la fonction publique, pour mettre au service des possédants les milliards ainsi « économisés ».

Toutes les conquêtes sociales – et politiques – la protection et les droits syndicaux des salariés, le Code du travail, sont considérés comme autant « d’entraves » à l’envol des profits privés.

Le gouvernement n’est plus que le « chargé d’affaires » du grand patronat.

Et nos dirigeants ne l’avouent-t-ils pas quand ils motivent leurs réformes par la nécessité première de « rassurer les marchés » ?

Les pouvoirs en place en France comme dans toute l’Union européenne, ne font que traduire juridiquement, par la loi, les désirs du capital.

Et rien d’autre.

Une bonne raison pour les détenteurs de capitaux d’en être reconnaissants aux gouvernants. Le Premier cercle des bienfaiteurs de l’UMP, et plus massivement les grandes entreprises, leurs actionnaires, ne sont pas des ingrats. Ils payent bien les services rendus.

Parfois, leurs largesses bénéficient, au-delà du parti, à certains de leurs membres, pris individuellement, pour services rendus. Florence Woerth entre au Conseil d’Administration d’Hermès. Des voyages de luxe sont offerts à celui-ci, à celui-là. On fait partie du même monde. On se retrouve entre amis au Fouquet’s, sur un yacht de Vincent Bolloré…

Mais ce ne sont que scories d’un système, dont l’essentiel, est la confusion totale de la puissance publique et des intérêts privés, la première au service des seconds.

« L’affaire Woerth-Liliane Bettencourt-L’Oréal » n’est que le dernier avatar d’une société sur le déclin, d’un monde qui n’en finit pas de mourir. Cette affaire est un signe, parmi beaucoup d’autres, de la dégénérescence d’un système totalement pourri.

Le problème ce n’est pas Eric Woerth, c’est le capitalisme.

Les transports estivaux de M. Borloo : moins d’écologie, moins de social Hervé Kempf Reporterre 2010/07/28 Hervé Kempf (28 juillet 2010) Les transports estivaux de M. Borloo : moins d’écologie, moins de social. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Les transports estivaux de M. Borloo : moins d’écologie, moins de social

La torpeur de l’été est propice aux décisions qui, en des temps moins lascifs, déclencheraient les polémiques. Le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, a ainsi cherché à déjouer la vigilance des écologistes en prenant d’abord trois arrêtés d’autorisation de nouvelles sections d’autoroute, publiés au Journal officiel du 1er juillet, puis en communiquant, la veille du 14-Juillet, un avant-projet du Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) comportant le projet de 880 km d’autoroutes, d’un aéroport très contesté au nord de Nantes et d’éléments non moins disputés du Grand Paris et d’agrandissement du port du Havre (1). Le 15 juillet, enfin, un accord de financement du projet de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) était signé par l’Etat.

Cette série d’annonces intervient alors que les associations écologistes et syndicales (CGT et CFDT) participant à la réflexion sur le SNIT avaient expressément demandé au ministre, dans une lettre du 30 juin, un report à septembre de sa présentation.

Il y a matière à vive discussion, car ce schéma rompt avec les engagements du Grenelle : celui-ci prescrivait en effet, en novembre 2007, que « le paradigme actuel, fondé sur la priorité accordée aux infrastructures routières et autoroutières et sur le développement séparé des modes de transport, doit être abandonné ». De surcroît, le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, déclarait, lors de la présentation du Grenelle, en octobre 2007 : « Pendant trente ans, on a fait beaucoup de routier et d’autoroutier. C’est fini : on n’augmentera plus la capacité routière. »

En fait, les projets inscrits au SNIT représentent une augmentation de la capacité autoroutière de 8 %. Même si le gouvernement peut arguer qu’il s’agit de régler des problèmes de « congestion, de sécurité ou d’intérêt local », il s’agit bien d’une forme de « relance autoroutière », selon l’expression de l’association Agir pour l’environnement. Quant aux 4 000 km de nouvelles lignes, essentiellement de LGV, annoncées, nombre d’entre elles suscitent une vive opposition, notamment sur le trajet Bordeaux-Espagne, alors qu’écologistes et syndicats soulignent que le réseau ferroviaire traditionnel est mal entretenu et que le plan fret de la SNCF - en supprimant le fret par « wagons isolés » (formation d’un convoi à partir de wagons de marchandises de plusieurs compagnies) - se traduirait par un report de transport de marchandises sur la route.

Mais plus encore que les blessures nouvelles infligées au corps martyrisé du Grenelle, c’est l’esprit même du SNIT qui est discutable, du moins du point de vue environnemental, qui devrait être celui du ministère « de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer ». Tout l’exercice apparaît comme une acrobatie destinée à faire apparaître une logique générale d’augmentation de toutes les infrastructures de transport comme l’expression de la recherche de la sobriété et de la minimisation des impacts environnementaux.

C’est pourtant dans le texte même du SNIT que l’on trouve les raisons de stopper l’extension indéfinie des infrastructures de transport : « Elles ont un coût environnemental qui peut parfois être important. Elles consomment des ressources rares (artificialisation des espaces naturels, segmentation des milieux naturels avec destruction des liens nécessaires entre écosystèmes). »

Alors que la fragmentation des espaces menace la biodiversité, le SNIT relève de même que, sur 1 100 espaces naturels non fragmentés de plus de 100 km2, 20 à 45 pourraient être touchés par les infrastructures projetées. 12 % des zones de protection Natura 2000 pourraient également être affectées. Quant au bilan des émissions de gaz à effet de serre, il est avancé que le SNIT les réduirait de 1,7 million de tonnes par an (soit 4 pour 1 000 des émissions de 2010 !) - mais sans compter le coût carbone de construction des infrastructures ni l’effet d’induction du trafic généré par les nouvelles autoroutes.

L’impact écologique du schéma envisagé est donc lourd. Il semble en totale contradiction avec le discours officiel, qui vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici à 2050. Il contredit aussi la Stratégie nationale pour la biodiversité, dont l’objectif est de « stopper l’érosion de la biodiversité ».

Le développement autoroutier paraît de surcroît contraire aux pratiques nouvelles des Français : selon les chiffres de la commission des comptes des transports de la nation, le trafic automobile stagne depuis 2002. Avec l’augmentation du coût des carburants, cette tendance devrait se prolonger.

Une dernière dimension est oubliée dans la philosophie inspirant ce schéma : la prise en compte de l’inégalité. Tant le développement des TGV au détriment du réseau secondaire que celui des autoroutes à péage implique une augmentation des coûts de transport : acceptable pour les classes aisées, qui privilégient un gain marginal de vitesse, il devient de plus en plus difficile à supporter pour les classes -populaires. Ce phénomène est une illustration supplémentaire du fait fréquent qu’une politique -nuisible écologiquement est socialement inégalitaire.

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Note :

(1) Le texte du SNIT : http://www.developpement-durable.go...

Les Temps nouveaux, une nouvelle revue Les Temps Nouveaux Reporterre 2010/07/29 Les Temps Nouveaux (29 juillet 2010) Les Temps nouveaux, une nouvelle revue. Reporterre. fr

Les Temps nouveaux, une nouvelle revue

Les trois dernières décennies ont vu le plein d́éploiement de la mondialisation capitaliste. L’idéologie néolibérale conservatrice et les politiques qu’elle a inspirées ont bouleversé la situation héritée de l’après seconde guerre mondiale et engendré de graves reculs dans tous les domaines.

Militantes et militants syndicaux et associatifs, intellectuel-le-s engagé-e-s et acteurs du mouvement social, nous ne supportons plus la poursuite de ces politiques destructrices du progrès social .et des libertés, normalisatrices de la pensée et de la culture, génératrices de désastres écologiques, attentatoires à la paix entre les peuples. Nous enrageons de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires pour que le monde retrouve le chemin d’un authentique progrès humain.

Nous voulons contribuer, par nos expériences et nos réflexions, au renouveau de la pensée critique du capitalisme et à la reconstruction d’une perspective d’espoir. Pour fonder une politique de transformation, l’irruption du social dans le champ politique est nécessaire ; une dialectique entre mouvement social et lutte politique est à construire dans le respect des responsabilités respectives.

Nous voulons constituer un lieu de réflexion syndical, associatif et politique, pour celles et ceux qui font objection à l’ordre actuel du monde et ambitionnent une transformation radicale des rapports économiques et sociaux pour l’émancipation humaine.

Pour cela, nous décidons de nous donner les outils nécessaires à l’élaboration, au débat, à la lutte idéologique, aux propositions à formuler, aux initiatives à prendre, et de mettre progressivement en place :

- une revue adossée au mouvement social, carrefour de rencontre du syndical, du social et du politique, ainsi qu’un site internet ; - un réseau d’initiatives et de débats sous forme d’une association des amis et lecteurs avec, dans un premier temps, des structures décentralisées régionales permettant, entre autres, d’organiser forums, colloques, et sa lettre électronique. ...............................................

SOMMAIRE

. Déclaration fondatrice et signataires

. Éditorial par Claude Debons.

. Le Bloc-notes par Marie Agnès Combesque.

Libre propos

. Israël-Palestine : vers une prise de conscience internationale, par Denis Sieffert.

MOUVEMENTS – Luttes et résistances sans frontières...

. Les travailleurs sans-papiers réinventent la grève, par Pierre Barron, Anne Bory, Sébastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette.

. Espagne : chronique de crise, par la revue Mientras Tanto.

. L’avenir d’un mouvement pour la justice climatique, par Maxime Combes et Christophe Aguiton.

DOSSIER - La crise n’est pas finie...

. Le capitalisme et ses crises : 1873, 1929, 2008 par Dominique Plihon. . Le rôle du secteur bancaire et financier, par Jean Claude Branchereau et Jean Marie Roux. . Exploitation du travail et transformations de l’emploi, par Jacques Rigaudiat. . Europe, sortir de l’emprise des marchés, par Pierre Khalfa. . Sortie de la crise ou sortie du capitalisme, par Jean Marie Harribey. . Quelles réponses progressistes, par Michel Husson.

EMANCIPATION - La démocratie et l’égalité malmenées...

. Les racines de la disqualification du politique, par Cécile Braconnier. . Réforme des collectivités territoriales et démocratie, par Anicet Le Pors. . Banlieues, police partout, justice nulle part ? par Evelyne Sire-Marin.

CONFRONTATION - Les retraites attaquées...

. Les retraites, enjeu social, choix de société, par Daniel Rallet. . Femmes, l’enjeu de l’égalité, par Christiane Marty. . Retraités, retour à la case pauvreté, par Didier Gelot. . Anniversaire : les ROP ont cent ans, par Jacques Rigaudiat.

ENTRETIEN avec Claire VILLIERS

. Social et politique : dépasser la frontière !, Propos recueillis par Dominique Mezzi et Gérard Vidal.

Le béton menace la plaine de l’Hérault Gilles Sainati Reporterre 2010/07/29 Gilles Sainati (29 juillet 2010) Le béton menace la plaine de l’Hérault. Reporterre. fr

Le béton menace la plaine de l’Hérault

A Clermont L’Hérault, un projet de plate forme logistique de Système U menace d’ouvrir la plaine à l’urbanisation. Le Collectif de la Salamane promeut une autre voie.

La commune de Clermont a mis en en oeuvre une révision de son PLU (Plan local d’urbanisme) ; l’enquête publique doit se terminer le 30 juillet 2010, elle aura duré un mois depuis le 1 juillet, pendant l’été en période de vacances.

Cela fait bientôt un an et demi qu’un regroupement de citoyennes et citoyens veulent fait vivre ce débat autour de l’installation d’une plate-forme logistique sur la plaine agricole irriguée de la Salamane.

Je suis clairement opposé à ce projet .

La Salamane

Selon une étude universitaire de Mme Marie Hélène HUMPHRIES dont le titre est "la dérivation toponymique dans l’Hérault" en date de mai 1986 de l’Université British Colombia (Canada), le nom de Salamane viendrait d’un nom de famille rattaché au nom de Salomon. On retrouve l’appellation Salamane comme étant le nom d’une plage à Mostaganem, en Algérie. De là qu’un pas que certains franchissent pour dire que cette terre avait été réservée à une peuplade, ou une famille descendant de la tribu de Salomon.

De toute évidence cette plaine est à proximité du fleuve qui donne son nom au département l’Hérault et est un très ancien foyer de peuplement, comme en témoigne l’étude approfondie menée par Virginie ROPIOT en 2007 pour le titre de docteur en Archéologie "Peuplement et circulation dans les basins fluviaux du Languedoc occidental du IX eme siècle au début du II ème siècle avant notre ère."

L’histoire humaine s’est donc déroulée sur plus de vingt siècles sur cette plaine.

Le nom de Salomon, Salamane, est finalement un symbole sémantique fort , comme dans la tradition biblique qui rappelle le passage du jugement de Salomon : Le Premier livre des Rois (3, 16-28) raconte ainsi le différend qui opposa deux femmes ayant chacune mis au monde un enfant, mais dont l’un était mort étouffé. Elles se disputèrent alors l’enfant survivant. Pour régler le désaccord, Salomon réclama une épée et ordonna : « Partagez l’enfant vivant en deux et donnez une des moitiés à la première et l’autre moitié à la seconde ». L’une des femmes déclara qu’elle préférait renoncer à l’enfant plutôt que de le voir sacrifié. En elle, Salomon reconnut la vraie mère, et il lui fit remettre le nourrisson. Alors « tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi, et ils vénérèrent le roi car ils virent qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice ». Ce célèbre épisode de la vie du Roi Salomon a donné lieu à l’expression « jugement de Salomon ». Il peut signifier soit que face à l’impossibilité d’établir la vérité dans un litige, on partage les torts entre deux parties, soit qu’on met ces mêmes parties devant une situation qui oblige l’une d’elles au moins à changer sa stratégie. Ce cas fait partie de ceux étudiés en théorie des jeux à somme non-nulle au même titre que la crise des missiles à Cuba, avec laquelle elle a des affinités (mettre l’une des parties dans une position intenable, et forcer l’issue vers un arrangement gagnant-gagnant).

Nous ne sommes pas à Cuba, mais le projet de ZAC de la communauté de communes et la modification du PLU dévoile un projet pour le territoire et oblige chacun a se positionner. Ce projet est simple a constater, il s’agit de mettre entre Clermont l’Hérault, Brignac et Canet une zone commerciale et d’habitations continue afin de créer une agglomération sur la totalité de la plaine du coeur d’Hérault. Ce choix de développement, on en retrouve les indicateurs dans la spéculation foncière organisée par la commune de Clermont et par une seule préoccupation : orienter l’économie de cette région vers les services.

Le choix politique d’une économie de services à énergie fossile au détriment des terres agricoles

Reprenant une antienne de la politique régionale, le maire et son Conseil municipal ne pensent qu’à une seule chose : développer une économie de services. Pourtant ce territoire à une vocation agricole, en témoigne l’activité viticole, maraîchère, oléicole.

Pourtant dans l’Hérault, la valeur de la production agricole était en 2005 de 530 millions d’euros dont selon le Groupe de travail Urbanisme agriculture (regroupant collectivité locales, services de l’Etat, Chambre d’agriculture), et comme le note cette étude, "depuis trente ans, on constate une grande consommation d’espaces agricoles dans les zones littorales et périurbaines. La consommation d’espaces pour l’urbanisation prend aujourd’hui des proportions alarmantes. le foncier agricole dans l’Hérault, un capital à ne pas gaspiller".

Chaque année en France c’est près de 60 000 ha qui disparaissent, soit un département français moyen qui disparaît tous les dix ans sous le bitume et le béton.

Dans l’Hérault, en 2003, cette artificialisation des sols représente 10 % de la surface du département (la Seine-et-Marne présente un chiffre étonnamment proche de 13% ) !!!! Ce taux d’artificialisation a augmenté de 29 % sur dix ans

Ces chiffres sont incontournables, le choix de la plaine de la Salamane, agricole, viticole, irriguée (ne subissant sur le lieu du projet d’aucun arrachage et composée aussi de plantations de vignes jeunes) pour construire une ZAC et ensuite d’autres encore, est simplement à l’opposé de toute politique d’aménagement et foncière raisonnable.

Le principal objet de cette ZAC est d’installer une plate forme logistique Système U de 60 000 m2 sur une zone de 70 hectares. La Lettre numero 14 de la commune le confirme : "installer des entreprises du tertiaire" et la principale système U .

Quand les intérêts de la grande distribution effacent l’intérêt collectif

Pour ce faire la Communauté de Commune a signé avec Systeme U le 25 septembre 2009 un protocole d’accord qui non seulement fait apparaître des échéances précises de déroulement du processus au bout duquel Système U pourra utiliser la nouvelle ZAC de la Salamane pour y installer son hangar, installation classée, mais favorise au détriment de tous les autres acteurs économiques du territoire une société de la grande distribution. En témoigne les clauses totalement léonines de ce contrat en faveur de cette société :

- vente à prix ferme de 21 euros HT, le terrain est aménagé (y compris bassins de rétention) aux frais du contribuable ;

- exonération de TOEM et de taxe Locale d’Equipement (ce qui est surprenant car les réseaux et travaux de voiries sont pris en charge par la collectivité) ;

- gel de toute imposition de taxe foncière et taxe d’habitation jusqu’en 2014, à défaut la communauté devra payer des pénalités ;

- clause de non concurrence sur la zone en faveur de système U, à perpétuité....

- promesse de porte fort de la communauté de communes pour obtenir des prix des agences immobilières et des notaires pour installer les cadre de Système U. La collectivité devient le comité d’entreprise de Système U.

Des citoyens ont fait un recours contre ce protocole devant le tribunal administratif de Montpellier. Seul pour le moment Systeme U a conclu, se substituant complètement à la communauté de communes dans ses intérêts.

Ainsi ce n’est pas la nature du projet, ni son impact sur l’environnement et le développement durable de la commune que M. le Maire prend en compte, mais plutôt les impératifs qui lui sont dictés par le principal acquéreur de la ZAC : Système U

Le choix de la perpétuation des énergies fossiles

En aparté, les cadres dirigeants de Système U en conviennent eux aussi, avec la crise énergétique de pétrole qui guette, il aurait mieux valu installer cette plate forme proche d’une voie de chemin de fer, voire du canal du Midi, ou d’un port... Mais, en fait l’offre de Clermont L’Hérault est tellement attractive et puis la SNCF lambine trop sur le fret ferroviaire...

L’association des professionnels du transport et de la logistique LR le dit clairement dans sa contribution au Grenelle de l’environnement, il s’agit de classer comme objectif stratégique "la promotion et l’utilisation des modes fluvial, ferroviaire et le cabotage maritime au rang d’intérêt général et de mettre en place un " Plan de développement du fret ferroviaire à l’horizon 2025".

Pourquoi soudain cet intérêt pour les énergie fossiles ? Parce qu’elles contribuent au réchauffement climatique, mais aussi parce qu’elles se raréfient, le pic de production devrait intervenir dans les dix prochaines années au maximum, rendant l’énergie du pétrole de plus en plus chère

L’étude du Service d’Etudes Techniques et des Routes et des Autoroutes ne dit rien d’autres dans son rapport de juin 2008 et donne des chiffres exacts de l’activité poids lourds dans le sud de la France : "En moyenne, [les plate formes] génèrent en entrée 37 poids-lourds par semaine pour 1000 m² de bâti (en variant de 9 à 111), et en sortie 34 poids-lourds par semaine pour 1000 m² de bâti."

A la Salamane nous sommes à 60 000 m2 de bâti soit 2220 entrées de poids lourds par semaine et 2040 sorties des poids lourds par semaine...

Plate forme multi-modales embranchés fer, économies d’énergie, reconversion des bâtiments, dégagement du CO 2,... tout cela passe au dessus de la tête des dirigeants de Système U et des politiques de la communauté de communes

Bien la peine que Serge Papin ait écrit avec un livre avec un célèbre écologiste, sur l’écologie et l’entreprise.....

Toutefois lors de la réunion des personnes associés lors de la révision du PLU, l’Architecte des Bâtiments des France, la Chambre d’Agriculture et le service de l’agriculture de l’Etat ont donné un avis négatif au projet...

Cette situation décrite, il semble bien que l’infrastructure routière qui borde la future ZAC ne soit pas du tout adaptée compte tenu du trafic généré. Le seul échangeur pour accéder à Clermont l’Hérault sera saturé par les poids lourds d’autant plus qu’il n’est pas adapté à une insertion rapide dans le trafic routier, imposant de longs détours vers une autre ZAC et l’entrée de la ville.

Qui paiera la modification de cette infrastructure qui deviendra ensuite disproportionnée ?

L’esprit des lieux

En fait, la Salamane est une zone agricole et doit le rester. Mais nos élus locaux souhaitent faire autrement.

Ils se sont déjà lancés dans une série d’achat de terrain signant avec les propriétaires des terrains concernés des promesses d’achat sous condition suspensive de réalisation de la ZAC ou de modification du PLU...

Les prix annoncés par ces actes avoisinent les 10 euros le mètre 2.

Or ce territoire est clairement une zone viticole classé tel que au Journal Officiel de la République Française au prix de 1 euro le mètre carré (au maximum 1,50 euros le m2).

Personne ne peut ignorer cette situation , c’est le prix évalué judiciairement lors de dissolution d’indivisions successorales ou matrimoniales.

En plaçant délibérément le prix à 10 euros le M2, la commune de Clermont l’Hérault met en place une spéculation foncière digne de l’économie casino... (10 hectares égalent 1 million d’euros...)

Toute la plaine devient dès lors impraticable pour des mutations de propriété et pour un renouvellement des exploitations agricoles ou même de la diversification vers d’autres cultures que la vigne.

L’argument est de venir en aide à des viticulteurs en difficulté, ou d’autres qui veulent se mettre à la retraite. Il doit certainement y en avoir, mais si l’on sauve quelques personnes on supprime la viticulture et l’agriculture sur toute la plaine, définitivement.

Place aux investisseurs et promoteurs immobiliers en tout genre. Cet aspect de spéculation foncière est certainement le plus sombre et le plus ambigu de cette opération. Il s’y lit une politique délibérée d’extension des surfaces bâties pour ou à cause de la promotion d’intérêts très locaux et restreints.

L’intérêt général n’a jamais été la somme des intérêts particuliers en République.

Pourtant l’emploi agricole est le seul porteur d’avenir dans cette partie du territoire, la conversion en maraîchage de circuits courts serait de nature à créer des emplois et des revenus pour environ une famille par hectare. Il suffirait d’investir dans cette filière (l’argent du projet), de dédommager correctement les propriétaires viticoles qui veulent partir et d’installer sur des baux emphytéotiques les candidats à l’installation....

Mais les politiques locaux n’y croient pas, l’enseigne de la grande distribution brille de mille feux, alors que l’on sait que c’est la plus grande prédatrice d’emplois locaux et des commerces artisanaux...

L’emploi créé sera forcement délocalisé, c’est-à-dire qu’il viendra de Vendargues ou de Miramas, il ne concernera pas exclusivement le bassin d’emploi de Clermont, puisque cette base logistique sera à 20 minutes de grands centres urbains comme Béziers.

Ce sera un emploi précaire, car dans la logistique, l’emploi est la variable d’ajustement. Au gré de la demande, du flux de marchandises, et du coût du pétrole.

Bref pas de quoi pavoiser, mais justement il faudra faire un bilan coût/avantage entre les sommes publiques investies dans ce projet et la création net d’emploi.. On risque d’être loin du compte

Cette ZAC sera le premier panorama des touristes qui rentreront dans Clermont l’Hérault et se dirigeront vers le lac du Salagou... elle aura un impact dépréciatif énorme : ce n’est plus du tourisme de qualité de l’on recherche.

Autant que cela soit dit : Le projet du territoire est la création d’un village des marques, d’un pôle logistique, d’un agglomérat de zones de parking et d’hôtels à bas coût, à l’image de ceux que l’on retrouve à la Jonquère près de la frontière en Espagne.

Certes la plus value aura été prise, par l’actuelle génération, quid des générations futures, sans compter l’endettement de la collectivité....

L’esprit du temps

En dehors de l’emploi, il y a aucun autre argument. Les élus d’ailleurs ne veulent pas débattre de quoi que ce soit. Il faut en prendre acte, en tout cas cela à le mérite de la clarté.

L’esprit du temps est à la relance économique comme le décrète le gouvernement et le pointe du doigt le Président du Conseil Régional.

Il ne s’agit pas de chercher d’autres modes de développement, l’on assiste avec le projet de la Salamane à la victoire :

- des climato-sceptiques. le Grenelle est loin, et l’équipe municipale ne veut pas s’encombrer de ces regards écologistes. L’écologie est d’ailleurs un gros mot associé , sans doute à l’homme des cavernes, ou aux gauchistes chevelus... Du reste ces gens qui s’opposent ont un "accent pointu", ils "ne sont pas de chez nous". La République a définitivement sombré dans cet imaginaire collectif commercial.

Pourtant l’histoire nous apprend que les migrations de populations sont le lot d’un territoire comme l’Hérault et que l’appartenance à lieu est plus complexe que les apparences.

Quant à la science, le GIEC base ses observations sur l’avancement le plus abouti de diverses disciplines scientifiques....

- du management à la petite semaine. Le maire se prend pour un manager et croit avoir arraché un accord exceptionnel avec une grande enseigne, nous savons ce qu’il est est... Il impose une feuille de route à tous ses élus et discrédite ses électeurs. C’est une manière de faire de la politique, mélangeant allègrement lors d’une cérémonie du 13 juillet la devise de la République avec le favoritisme économique, la liberté avec la surveillance etc. En traitant systématiquement certains de ces administrés de "groupuscule", il fait référence implicite à une notion guerrière et transforme la démocratie locale en deux camps qui devraient s’affronter. Il sera dès lors responsable des violences qui pourraient apparaître, car il place au sens littéral les citoyens qui ne sont pas d’accord avec lui "en dehors du ban", comme au Moyen Age, en en faisant des parias à qui l’on ne cause plus (ce qui est le cas), dont "on a les noms", qui "disent n’importe quoi" sans que l’on discute argument à l’appui.

Cette tendance s’inscrit dans un clientélisme qui s’affranchit de tout sens politique, et oublie le contexte de plus en plus prégnant de la mondialisation hyper capitaliste.

- l’emploi à la petite semaine

En fait sont habilement mélangées la création d’emplois et l’augmentation de l’activité économique due à la création d’un nouveau chantier. Système U annonce 40 millions d’euros d’investissement. Ce n’est pas rien. Seront ils réservés aux seules entreprises du Clermontais ? Il doit bien y avoir des promesses de l’entreprise à ce sujet, mais les promesses n’engagent ceux qui y croient.

Cette activité sera t-elle créatrice d’emplois ? Sûrement quelques uns, mais ce ne sera pas plus, pas moins que tous les chantiers de construction dans la région, peu importe le lieu.....

L’emploi sera donc présent, précaire, 35 heures annualisés, cdd, emploi saisonnier. Au moins sachons rendre hommage à Système U qui ne dit rien d’autre dans sa contribution pour cette enquête.

Quant aux 100 emplois net promis, ils existeront, reste à savoir s’ils permettront une relance économique locale et de combattre la précarité qui se développe dans notre région. Il serait long de développer les causes de cette précarité : héliotropisme assumé par les collectivités, absence d’industries, crises viticoles répétées, fragilité du marché touristique, explosion du coût du foncier et des loyers, baisse corrélative des prestations sociales, surendettement des ménages, familles mono parentales etc. Aussi ce problème devient tout de suite plus complexe qu’un simple conversation de bistro...

Quelques chiffres simples pour le replacer dans une perpective : En 1968 un ouvrier gagnait 800 francs par mois, une baguette coûtait 0,45 et un litre d’essence un franc, un journal 0,35, etc.

Actuellement la génération d’ouvriers touche 1000 euros (et encore souvent plutôt 800 euros), une baguette coûte 1 euro, l’essence 1,35, un journal 0,80, etc. Un salarié pouvait acheter 1777 baguettes contre 1000 aujourd’hui, etc.

Pour accéder à la consommation telle que vantée par la grande distribution, il faut deux salaires pour vivre actuellement.....

La précarité est là, dans abaissement total du pouvoir d’achat et du travail, la création d’une ZAC à la Salamane n’y changera rien.....

En conclusion,

Le lancement de cette révision simplifiée ne correspond pas à l’impact et l’ampleur du projet

Une révision simplifiée n’est possible que dans trois cas (article L123-13 du code de l’urbanisme) :

• la réalisation d’une construction ou d’une opération publique ou privée présentant un intérêt général pour la commune ou toute autre collectivité,

• pour la rectification d’une erreur matérielle,

• pour l’extension des zones constructibles ne portant pas atteinte à l’économie générale du PADD et ne comportant pas de graves risques de nuisance.

La création de la ZAC ne présente pas un intérêt général , bien au contraire, le caractère exorbitant des facilités et avantages accordés à Système U perverti cette procédure. La plate forme est la seule opération immédiatement revendiquée par la communauté de communes sur cette ZAC, et la commune pour réviser le PLU.

Ainsi la révision simplifiée mise en oeuvre par la commune de Clermont l’Hérault consiste bien en l’extension des zones constructibles. C’est un continuum de ZAC (ZAC des tannes basses, ZAC des Tannes hautes) qui constituera l’entrée du bourg de Clermont l’Hérault, en modifiant immédiatement la perception et la nature.

Cette révision porte ainsi atteinte au PADD dont la commune s’était doté le 2 octobre 2008, celui ci a été révisé en catimini par un PADD de mars 2010 sans débats sur la base d’une séance du Conseil Municipal du 14 décembre 2009.

Il conviendra de s’interroger de cette étrangeté, alors qu’une consultation publique était en cours à la communauté de commune.

La ZAC de la Salamane se trouve à l’entrée de la ville et prolonge d’autres ZAC, elle banalise totalement les abords de Clermont l’Hérault avec la prime donnée à une urbanisation commerciale de piètre esthétique et la multiplication de réseaux de voiries à destination de poids lourds.

La ZAC de la SALAMANE aboutira, à terme, à la création d’une immense zone commerciale et à lotir au lieu et place de l’actuelle plaine agricole.

Cette révision simplifié portant la création de la ZAC de la Salamane porte atteinte à l’économie générale du territoire et rend nécessaire et urgente la mise en place d’une révision générale du PLU. Elle s’oppose totalement avec le projet urbain exprimé dans le PADD de 2008 et dont le traces ont été soigneusement gommées dans le PADD de mars 2010

Lors de la réunion des personnes associés aussi bien le Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine et la Direction Départementale des Territoires et de la Mer ont émis un avis défavorables à cette révision simplifiée. En effet la destruction irréversible d’hectares de terres agricoles irriguées, la construction d’une plate forme logistique entraînant un urbanisme de hangars dévalorisant tous les points de vues des collines environnantes imposent un débat plus approfondi et plus large sur l’avenir paysager et urbain de la commune de Clermont l’Hérault.

A cette situation s’ajoute la spécificité du projet qui consiste principalement a implanter une plate forme logistique routière générant, par définition, un accroissement de trafic routier très polluant et nuisible et ne correspond pas, voire n’est pas pris en compte par le PADD aux chapitres "Assurer les contraintes et les atouts de l’A75" et "organiser la structure viaire de l’agglomération". Seule suite à l’ouverture de l’A75, le Département a réaménagé l’entrée de la ville par la RD2, entre la ZAC les Tannes-Basses et l’entrée de la ville, aménagement qui a bien été réalisé, mais pas du tout en direction de Canet. Les dessertes des abords de cette nouvelle ZAC de la Salamane va nécessairement conduire à un recalibrage de son accès par la RD 2 voire risque de nécessiter une nouvelle adaptation de l’échangeur routier avec l’autoroute qui est actuellement la seule entrée de la commune et de la ZAC commerciale des Tannes basses adjacente.

En conséquence en adoptant la voie de la révision simplifiée du PLU, la commune de Clermont L’Hérault a fait une analyse erronée des conséquences de la création de la ZAC de la salamane, portion de territoire agricole classé en zone NA

Enfin le caractère complexe de l’opération qui engage la commune envers une personne privée, en terme de délai et d’équilibre financier, rend plus que jamais urgente la révision générale du PLU pour analyser le coût induit de ce projet en termes, certes environnementaux mais aussi de développement durable, car la transformation de la commune de Clermont l’Hérault en noeud routier de transports de marchandises reconverti radicalement la plaine agricole du centre Hérault, notamment au lieu dit la Salamane

Il convient non seulement de dire non à ce projet mais de rediscuter d’un projet de territoire équilibré dans le cadre d’une révision générale du PLU et de l’adoption d’un SCOT ( entre autres).

Du béton radioactif pour les autoroutes ? François Reporterre 2010/07/29 François (29 juillet 2010) Du béton radioactif pour les autoroutes ?. Reporterre. Autoroutes fr

Du béton radioactif pour les autoroutes ?

Un arrêté ministériel autorise depuis Mai 2009 l’utilisation de déchets radioactifs dans les biens de consommation et les matériaux de construction. Quand on apprend ça, on croit d’abord à une mauvaise blague. Quand on creuse le sujet, on en reste estomaqué et révolté. Explications.

C’est d’abord via un article du journal Ouest-France que j’ai appris la nouvelle. En creusant, j’ai découvert que le CRIIRAD, la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité, dispose d’un dossier complet sur le sujet.

La radioactivité a la capacité d’induire des cancers et des maladies génétiques chez les descendants, aussi depuis 2002, le Code de la Santé Publique interdit t-il formellement :

* d’ajouter délibérément des substances radioactives dans les aliments, les biens de consommations et les produits de construction (Article R.1333-2) * d’utiliser des matériaux et des déchets provenant d’une activité nucléaire – et qui sont CONTAMINES ou susceptibles de l’être – pour la fabrication de biens de consommation et de produits de construction (Article R.1333-3)

En Septembre 2004, en infraction totale avec le Code de la Santé Publique, le Préfet de la Loire autorisait la société SOCATRI (filiale d’AREVA) à procéder à des essais de fusion de 550 Tonnes de ferrailles radioactives à la fonderie de FEURMETAL. Ces essais constituaient un préalable à l’autorisation d’utiliser en continu des ferrailles issues de l’industrie nucléaire afin de les intégrer à hauteur de 15 à 20% dans la fabrication des pièces en acier moulé destinées au domaine public.

En Mai 2007 (presque 3 ans après !), suite à l’action de la CRIIRAD, le tribunal administratif de Lyon annulait l’arrêté du Prefet de la Loire.

Mais les lobbies ont poursuivi leur travail de fond, puisque le 5 mai 2009, un arrêté ministériel (du ministère de la Santé) remettait en cause les garanties essentielles du Code de la Santé Publique en introduisant une procédure de dérogation, et ce en dépit d’un avis défavorable de l’Autorité de Sureté Nucléaire.

Le 10 Juillet 2009, le CRIIRAD a adressé au conseil d’Etat un recours pour excès de pouvoir et à adressé une lettre ouverte aux ministres concernés. Mais à ce jour, pas de nouvelles.

Depuis Mai 2009 donc, les industriels, AREVA en tête, peuvent tout à fait légalement recycler leurs déchets nucléaires en les introduisant gentiment dans les biens de consommation ou les produits de construction. Le nucléaire : une industrie “propre” assurément.

Journées festives des objecteurs de croissance fin août Mouvement des objecteurs de croissance Reporterre 2010/07/29 Mouvement des objecteurs de croissance (29 juillet 2010) Journées festives des objecteurs de croissance fin août. Reporterre. fr

Journées festives des objecteurs de croissance fin août

Les (F)Estives 2010 auront lieu du 27 au 29 août près de Saint Etienne.

Depuis 4 ans, nous organisons pendant l’été des rencontres des objecteurs de croissance ; cette année, nous les appelons les (F)Estives et elles auront lieu du vendredi 27 août au dimanche 29 août, à Marlhes (c’est dans la Loire, 42, une vingtaine de km sous Saint-Etienne).

Sur le site du MOC (Mouvement des Objecteurs de Croissance), vous pourrez trouver :

- des renseignements pratiques (hébergement, transports, repas...) : http://www.les-oc.info/?cat=46

- un ordre du jour (régulièrement peaufiné et mis à jour) : http://www.les-oc.info/?p=296

- un formulaire pour vous inscrire (et nous permettre d’organiser l’hébergement, les repas et aussi le covoiturage, voire des navettes avec Saint-Etienne) : http://www.les-oc.info/?p=178

Il y a deux thématiques principales pour ces rencontres ; et l’objectif est bien de discuter sur ces 2 questions :

- celle de la transition : la masse critique, les pouvoirs/contre-pouvoirs/anti-pouvoirs, les oppositions réforme/révolution ou rupture/accompagnement (une façon de se décaler d’avec les gauches) ;

- celle de notre héritage : ne pas faire partir la décroissance du dernier quart du 20e siècle mais retrouver les pistes du socialisme utopique (associatif, coopératif) du 19e siècle (une façon d’hériter de certaines gauches).

Ces deux thématiques feront l’objet de tables rondes (présentations courtes par 2-3 intervenants puis discussion avec la salle). Et elles pourront être prolongées par des ateliers (certains sont déjà prévus mais chacun pourra organiser comme il l’entend d’autres ateliers que ceux qui sont prévus).

De toute manière, les demi-journées se concluent par des ateliers (en parallèle les uns des autres, dans des « petites » salles de travail) : à chacun de faire des propositions...

Enfin, pendant les soirées, nous proposerons des projections de films en rapport avec nos thématiques.

Que vous puissiez venir ou non, vous pouvez nous envoyer des contributions sur ces thématiques ; voire, écrire une contribution et demander à participer à l’animation d’une table ronde ou d’un atelier (écrire à : aderoc@les-oc.info ou utiliser le formulaire-contact du site)

Nous espérons vous rencontrer à cette occasion.

Une vidéo racontant la conférence sur la décroissance de Barcelone lachaine.ch Reporterre 2010/07/30 lachaine.ch (30 juillet 2010) Une vidéo racontant la conférence sur la décroissance de Barcelone. Reporterre. fr

Une vidéo racontant la conférence sur la décroissance de Barcelone

Retour sur la conférence de Barcelone, en mars 2010.

C’EST ICI : http://www.lachaine.ch/spip/spip.ph...

Réponse aux économistes croissancistes Parti pour la Décroissance Reporterre 2010/08/06 Parti pour la Décroissance (6 août 2010) Réponse aux économistes croissancistes. Reporterre. Tribune — fr

Réponse aux économistes croissancistes

Pour un bonheur humain et non économique

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » (Kenneth E. Boulding)

Que penser alors de la Déclaration des Rencontres d’Aix du Cercle des économistes(1) dont l’objectif est de présenter des pistes pour inventer la croissance de demain ?

Le constat et les solutions proposées sont simplistes. D’après nos « économistes », le monde est à un tournant historique et son salut passe obligatoirement par l’invention d’une « autre croissance », surtout en Europe et aux États-Unis car, comme ils l’expliquent : « le monde ne pourra pas connaître de véritable développement si l’Europe, et a fortiori les États-Unis, étaient en panne de croissance ».

Selon le « Cercle des économistes », la croissance comme seule visée de notre société a encore de beaux jours devant elle. Heureusement, cette croissance sera plus efficace pour répondre aux besoins spécifiques du XXIe siècle, avec une orientation vers de nouveaux secteurs comme le « green business », l’économie des seniors, la société numérique, les nanotechnologies, la robotique ou l’invention de technologies économes. Ils ont trouvé : croissance et foi dans la technologie vont nous permettre d’avancer vers un monde forcément meilleur mais dont les objectifs restent finalement les mêmes.

Le Parti Pour La Décroissance ne peut que combattre cette vision croissanciste de l’avenir. Nous estimons que la croissance n’est pas la solution mais bien le problème. Au regard des trente dernières années, notre civilisation a connu une croissance sans précédent sans pour autant faire cesser la « crise », le pillage et la dégradation de la planète (pollutions, diminution de la biodiversité, destruction de paysages …), l’installation d’une misère sociale et culturelle grandissante, avec une uniformisation de nos modes de vie, une standardisation du bonheur, finalement, une aseptisation de nos existences.

La crise que nous traversons est bien plus globale que le pense ce petit « Cercle de fous » et touche le monde à des échelles différentes prouvant bien que c’est le système capitaliste, productiviste, consumériste et libéral qui est en crise. La situation actuelle est le fruit d’une crise multidimensionnelle, à la fois énergétique, environnementale, sociale, économique, culturelle et politique.

La question n’est donc pas de sauver le système capitaliste, responsable de la situation catastrophique dans laquelle se trouve l’humanité mais bien d’en sortir. Il faut cesser de soigner le capitalisme par la prise de médicaments qui nous font renoncer à rechercher les causes de ses maux, arrêter de se bercer avec l’illusion de le rendre humain, vert ou plus équitable.

Nous proposons de faire ce pas de côté – c’est-à-dire changer de paradigme et ne plus croire que le « toujours plus » suffit à donner du sens – pour sortir de la logique capitaliste, productiviste, consumériste et travailler sur des alternatives crédibles, existantes ou à créer.

Le « Cercle des économistes » estime que la Décroissance aboutirait à un monde qui se meurt, nous pensons l’inverse. C’est bien l’idéologie croissanciste qui détruit la planète et les humains.

Se positionner contre la publicité, la civilisation de l’automobile, l’agriculture industrielle, amorcer une politique de ménagement du territoire fondée sur un questionnement sur le transport, le travail, les énergies, la santé publique ou être en faveur d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie c’est-à-dire essayer de proposer une alternative crédible à l’échec du système croissanciste, où le bonheur n’est plus que synonyme de consommation et d’individualisme, est davantage qu’une posture anticapitaliste mais bien un positionnement positif en faveur d’un monde plus juste et soutenable. C’est redonner le sourire et l’envie de vivre autrement et ensemble. A nous d’imaginer des façons acceptables et attirantes pour s’adapter aux limites écologiques de la planète et faire, enfin, vivre les hommes dignement.

Sortons de l’idéologie de la croissance pour entrer en Décroissance afin que le bonheur soit humain et non économique.

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Note

(1) http://www.lecercledeseconomistes.a...

Le Groupe Casino tremble devant Fakir Fakir Reporterre 2010/08/07 Fakir (7 août 2010) Le Groupe Casino tremble devant Fakir. Reporterre. fr

Le Groupe Casino tremble devant Fakir

Fakir sort son numéro d’été, avec un reportage consacré à « Jean-Charles Naouri, l’économie casino ». Mais avant même la parution du dossier, nous avons reçu des assignations au tribunal : le Groupe Casino et son PDG réclament 75 000 € à notre multinationale... Le journal Fakir est un journal papier, en vente chez tous les bons kiosquiers ou sur abonnement. Il ne peut réaliser des enquêtes, des reportages, que parce qu’il est acheté.

« CASINO et son président, Monsieur Jean-Charles Naouri sont les victimes d’un véritable acharnement médiatique piloté par le journal FAKIR. »

Vous ignoriez, ça, vous. Nous aussi.

On se croyait un petit canard militant, brinquebalant, entièrement rédigé, dessiné, mis en page par des bénévoles, essaimant timidement depuis la Picardie, mais voilà qu’en dix minutes chez l’huissier, hier après-midi, mercredi 23 juin, d’un coup, il nous est poussé des ailes de géant. Mieux que l’Incroyable Hulk, hop, d’un coup, notre association se transformait en conglomérat médiatique, en super-lobby, capable de « piloter » un « véritable acharnement médiatique ». On est fortiches, non ?

On comprend qu’ils tremblent, en face. Ils sont si chétifs, si fragiles. Le pauvre Jean-Charles Naouri, seulement la 63e fortune du pays, à la tête du petit Casino, 11 000 magasins dans le monde, 200 000 « collaborateurs » , 26,8 milliards de chiffres d’affaires – et cette frêle société, contre l’énorme, la puissante, la gigantesque multinationale Fakir. Ce choc contre un titan de la presse doit leur donner des sueurs froides, la nuit.

On comprend, dès lors, que ces malheureux nous réclament plus de 75 000 €. C’est une paille, pour une holding comme la nôtre. 75 000 €, notre trésorière, Aline, elle va à peine s’en rendre compte : des chèques comme ça, avec plein de zéros, elle en signe deux trois chaque matin en prenant son café. Et au pire, en décembre, les dirigeants de la Fakirie diminueront un peu leurs stock-options...

On ne va pas pleurnicher. On le sait bien, en dix années d’enquête, que notre journalisme est un sport de combat. Que notre canard a frôlé la mort judiciaire, un paquet de fois, déjà. Et bizarrement, pourtant, de toutes ces batailles – dévoreuses de temps, d’énergie, d’argent – à chaque fois nous sommes sortis plus forts. Parce que vous étiez là, camarades lecteurs. Parce que vous serez là, on le devine déjà, enthousiastes, solidaires, combatifs. A la dernière Assemblée Générale de Casino, nous étions huit – et à huit seulement, nous avons perturbé le ronron. L’an prochain, prenons les paris : nous serons huit cents.

Pourquoi le cacher, enfin ? Il y a un soupçon de fierté. Jean-Charles Naouri, face à nous, c’est l’homme qui, dans les années 80, aux côtés de Pierre Bérégovoy, a libéré la Finance. Depuis, de fonds de pension en « private equity » (il a d’ailleurs fondé le sien), de rentabilité à 15 % en super-dividendes, la dictature des actionnaires dévaste l’économie comme un nuage de sauterelles : la crise, c’est un peu, beaucoup, sa crise. Dans une démocratie normale, Jean-Charles Naouri devrait s’expliquer, en pleine lumière, au journal de 20 heures, devant des commissions parlementaires, sur les choix qu’il a opérés, dans l’ombre, il y a un quart de siècle. Mais il n’a pas à s’expliquer. Il trône tranquillement sur sa fortune, qu’il a bâtie depuis – grâce à la Finance. Alors, il y aura un espace public, maintenant, où cette histoire sera évoquée : ce ne sera pas son procès, ce sera le nôtre. Bon voilà.

Maintenant, c’est l’été. On va réfléchir à comment on se défend, comme on contre-attaque avec une gigantesque campagne nationale. Si vous avez des idées, si vous souhaitez nous soutenir, envoyez un courriel à laurent@fakirpresse.info.

Et puis, on vous souhaite de bonnes vacances. Qui seront quand même plus belles avec un Fakir sur la plage...

Dans le numéro d’été de Fakir, vous trouverez surtout :

- Gros pognon et ballon : 50 ans de capitalisme racontés par le football

- Petits budgets : Bricolez votre sex machine

- Vie de famille : Mes cousins sont des terroristes, comment réagir ?

- Ecologie : L’échec de la technique (la preuve par le chasse d’eau de BP)

- Décomplexé : La France fière de ses patrons

- Agences de notation : la Voix de la finance

Nous, les anti-industriels Miquel Amoros Reporterre 2010/08/09 Miquel Amoros (9 août 2010) Nous, les anti-industriels. Reporterre. Tribune — fr

Nous, les anti-industriels

La foi en la croissance économique illimitée comme solution aux maux de la société est inhérente au régime capitaliste, mais ce n’est que depuis les années cinquante du siècle précédent qu’elle est devenue, sous le nom de développement, une politique d’État. Dès lors, la raison d’État devint essentiellement raison de marché. Pour la première fois, la survie des structures de pouvoir étatiques ne dépendait pas des guerres, fussent-elles « froides », mais d’économies, « chaudes » de préférence. La liberté, toujours associée au droit civil, s’exprimait toujours plus dans le droit commercial. Être libre, dorénavant, cela voulait dire, exclusivement, pouvoir travailler, acheter et vendre en toute liberté, sans réglementations ni entraves. Par la suite, le degré de liberté des sociétés capitalistes tendit à être déterminé par le pourcentage de chômeurs et le niveau de la consommation, c’est-à-dire par le degré d’intégration des travailleurs. Et, corollairement, la contestation sociale la plus authentique se définit comme refus du travail et de la consommation, c’est-à-dire comme négation de l’économie autonomisée vis-à-vis de la collectivité, comme critique anti-industrielle.

Rapidement, le développement s’est mué en une menace, non seulement pour le milieu ambiant et le territoire, mais en outre pour la vie des personnes, dès lors ramenée aux impératifs du travail et de la consommation. L’altération des cycles géochimiques, l’empoisonnement de l’environnement, la dissolution des écosystèmes et l’épuisement des ressources mettent littéralement en danger la survie de l’espèce humaine. La relation entre la société urbaine et l’environnement suburbain devient toujours plus critique, car l’urbanisation généralisée du monde emporte sa banalisation destructrice non moins généralisée : uniformisation du territoire à travers son accès facilité ; destruction de la terre par la contamination et le bitume ; effondrement de ses habitants par l’immersion dans un nouveau milieu artificialisé, sale et hostile.

Le développement, dans son appétit de valoriser le territoire et la vie, ne pouvait qu’entraîner la dégradation du milieu naturel et la décomposition sociale, mais, à partir du moment où toute forme de croissance devint fondamentalement une forme de destruction, la destruction tendit elle-même à devenir un facteur économique nouveau et se convertit en condition sine qua non. Le développement rencontra ses limites dans le pic de la production de pétrole, le réchauffement global, le cancer et la production de déchets. Les forces productives autonomes étaient principalement des forces destructrices, ce qui rendit problématique et dangereuse toute fuite en avant. Mais la solution au problème, dans la logique capitaliste, résidait dans ce même péril. Grâce à lui, on put convertir en valeur d’échange les éléments naturels gratuits comme le soleil, le climat, l’eau, l’air, le paysage… Ou les symptômes de décomposition sociale comme l’isolement, l’agressivité, les vols, la marginalisation… Le risque et la névrose se muèrent en capital. Les critiques écologiques et sociologiques fournirent des idées et des arguments aux dirigeants du monde. Ainsi, la nouvelle classe dominante liée à l’économie globalisée a cru trouver la solution dans le syndicalisme de concertation, la convivialité marchandisée, la technologie policière, le consumérisme « critique », le recyclage et l’industrie verte ; en résumé, dans le développement « soutenable » et son complément politique, la démocratie « participative ».

La croissance économique, à partir des années soixante-dix, ne put se maintenir plus longtemps par le recours à la main d’oeuvre et en vint à dépendre du développement technique. La technologie se transforma en la principale force productive, supprimant les contradictions qui jaillissaient de la prépondérance de la force de travail. Plus avant, les ouvriers cessaient de constituer l’élément principal du procès de production, et par conséquent, perdaient de leur intérêt comme facteur stratégique de la lutte sociale. Si les conflits du travail n’avaient jamais interrogé la nature aliénante de celui-ci, ni l’objet ou les conséquences de la production, étant entendu que les luttes ouvrières se mouvaient en permanence dans l’orbite du capital, encore moins questionneraient-ils maintenant le noeud du problème, à savoir la machine, se condamnant par là à l’inefficacité la plus absolue dans le cours des luttes pour la liberté et l’émancipation. Les idéologies ouvriéristes étaient progressistes ; elles considéraient le travail comme une activité moralement neutre et affichaient une confiance aveugle dans la science et la technique, auxquelles elles assignaient un rôle de pilier du progrès une fois que les moyens de production seraient tombés dans les mains du prolétariat. Elles critiquaient la domination bourgeoise sur le fait de ne pas être en mesure de développer à fond ses capacités productives, c’est-à-dire de ne pas être suffisamment en faveur du développement. Elles démontrèrent leur égarement sur ce point : le capitalisme, au lieu d’inhiber les forces productives, les développe au contraire au maximum. La société pleinement bourgeoise est une société d’abondance. Et c’est précisément cette abondance, produit de ce développement, qui a détruit la société.

Au pôle opposé, les anti-industriels, répugnant par définition à l’augmentation des forces productives, questionnent les moyens de production mêmes, vu que la production, dont la demande est déterminée par des besoins fictifs et des envies manipulées, est dans sa plus grande part inutile et préjudiciable. Loin de vouloir se les approprier, ils aspirent à les démanteler. Ils ne fondent pas leur cause sur l’autogestion de ce qui existe, mais sur le retour au local. Ils interrogent aussi l’abondance, en tant qu’elle est seulement abondance de marchandises. Et ils critiquent le concept ouvriériste de crise comme moment favorable aux forces révolutionnaires. Bien au contraire, le capitalisme a appris à s’installer dans la crise et à démontrer plus de capacité de manoeuvre que ses ennemis supposés. L’histoire de ces dernières années nous enseigne que la crise, loin de faire émerger un sujet historique quelconque, n’a pas fait autre chose que propulser la contre-révolution.

La vision du futur prolétarien était la société convertie en usine, rien de bien différent de ce qui existe, dans laquelle la société entière est un hypermarché. La différence tient à ce que dans la période de domination réelle du capital, les centres commerciaux ont remplacé les usines et, par là même, la consommation prime sur le travail. Pendant que les classes dangereuses se convertissaient en masses salariées dociles, objets passifs du capital, le capitalisme a approfondi sa domination, tout en relâchant les liens avec le monde du travail.

À sa façon, le capitalisme moderne est aussi contre le travail. Dans la phase antérieure de domination formelle du capital, on travaillait pour consommer ; dans l’actuelle, il faut consommer sans cesse pour que le travail existe. La lutte contre le développement cherche à rompre ce cercle infernal, raison pour laquelle elle part de la négation tant du travail que de la consommation, ce qui la conduit à questionner l’existence de ces lieux qu’on appelle à tort des cités, où ces activités sont prépondérantes. Elle condamne ces agglomérats sans forme peuplés de masses solitaires au nom du principe oublié qui présida à leur fondation : l’agora. C’est la dialectique travail/consommation qui caractérise les villes en même temps comme entreprises, marchés et usines globaux. Ainsi, l’espace urbain a cessé d’être un lieu public pour la discussion, l’autogouvernement, le jeu ou la fête, et sa reconstruction se conforme aux choix les plus spectaculaires et les plus en faveur du développement.

La critique du développement est alors une critique de l’urbanisme ; la résistance à l’urbanisation est une défense par excellence du territoire. La défense du territoire, qui se situe, après la disparition de l’agriculture traditionnelle, au coeur de la question sociale, est un combat contre sa transformation en marchandise, c’est-à-dire contre la constitution d’un marché du territoire. Le territoire est maintenant un facteur de développement fondamental, source inépuisable de sol pour la construction, promesse de gigantesques infrastructures, lieu pour l’installation de centrales de production d’énergie ou de gestion des déchets, espace idéal pour le tourisme et l’industrie de l’oisiveté… C’est une mine sans fond d’impôts et de postes de travail précaires, ce qu’il faut pour mettre d’accord les autorités régionales, les forces vives municipales et les écologistes néo-ruraux, pour lesquels la question du territoire est surtout un problème fiscal et de bassin d’emploi. La logique de la marchandise fragmente et colonise le territoire à partir des conurbations, en composant avec le tout un seul système métropolitain.

Les luttes contre le développement disposent donc dans la défense du territoire d’une digue contre la vague urbanisatrice du capital. Elles tentent de faire reculer les frontières urbaines. Elles sont des luttes pour la récupération du collectivisme agraire et pour la désurbanisation. Mais elles sont aussi des luttes qui cherchent la rencontre et la communication entre les personnes, des luttes pour le rétablissement de la vie publique.

Pour que la critique anti-industrielle nourrisse les luttes sociales, il faut que surgisse une culture politique radicalement différente de celle qui prédomine aujourd’hui. C’est une culture du « non ». Non à tout impératif économique, non à toute décision de l’État. Il ne s’agit donc pas de participer au jeu politique actuel pour contribuer en aucune manière à l’administration du présent état de choses. Il s’agit bien mieux de reconstruire parmi les opprimés, en dehors de la politique mais au sein même du conflit, une communauté d’intérêts opposés à ce même état. Pour cela, la multiplicité d’intérêts locaux doit se condenser et se renforcer dans un intérêt général, afin de se concrétiser à travers un débat public en objectifs précis et en alternatives réelles. Une telle communauté doit être égalitaire et guidée par une volonté de vivre autrement. La politique contre le développement se fonde sur le principe de l’action directe et de la représentation collective, pour lequel il faut se garder de reproduire la séparation entre dirigeants et dirigés qui a cours dans la société existante.

Dans ce retour au public, l’économie doit retourner au domus, redevenir ce qu’elle a été, une activité domestique. D’un côté, la communauté doit se garantir contre tout pouvoir séparé, en s’organisant sur un mode horizontal à travers des structures assembléistes, et en contrôlant le plus directement possible ses délégués et émissaires, de telle sorte qu’ils ne reconstituent pas des hiérarchies formelles ou informelles. De l’autre, elle doit rompre la soumission à la rationalité marchande et technologique. Elle ne pourra jamais dominer les conditions de sa reproduction inaltérée si elle agit autrement, à savoir si elle croit au marché et à la technologie, si elle reconnaît la moindre légitimité aux institutions du pouvoir dominant ou adopte ses modes de fonctionnement.

Pour récupérer et désactiver la rébellion sociale, en premier lieu celle de la jeunesse, contre les nouvelles conditions de la domination, celles qui obéissent au mécanisme de construction/destruction/reconstruction typique du développement, on met en branle une version dégradée de la lutte des classes, celle que l’on appelle les « mouvements sociaux », y compris ceux des plateformes. S’il est acquis qu’il ne s’agit pas de désirer un autre ordre social, le mythe du « citoyen » peut se substituer avantageusement à celui du prolétariat dans les nouveaux schémas idéologiques. Le citoyennisme est le fils le plus légitime de l’ouvriérisme et du progressisme caducs. Il n’apparaît pas pour les enterrer, mais pour en revitaliser le cadavre. Au moment où il n’y a dialogue plus authentique que celui qui se noue entre les noyaux rebelles, celui-là est seul à prétendre dialoguer avec les pouvoirs, se poser en lieu de négociation.

Mais la communauté des opprimés ne doit pas chercher à coexister pacifiquement avec la société qui opprime, car son existence ne trouve sa justification que dans la lutte contre elle. Une façon de vivre différente ne doit pas se fonder sur le dialogue et la négociation institutionnels avec la forme esclave précédente. Sa consolidation ne viendra donc ni d’une transaction, ni d’une crise économique quelconque, mais d’une sécession massive, d’une dissidence généralisée, d’une rupture drastique avec la politique et le marché. En d’autres termes, d’une révolution d’un nouveau type. Vu que le chemin contraire à la révolution conduit non seulement au malheur et à la soumission, mais en outre à l’extinction biologique de l’humanité, nous, les anti-industriels, nous déclarons en sa faveur.

La pensée contre le développement, ou anti-industrielle, ne représente pas une nouvelle mode, une critique purement négative de la pensée scientifique et des idéologies progressistes, ni un vulgaire primitivisme qui proposerait de retourner à un moment quelconque de l’Histoire ou de la préhistoire. Elle n’est pas non plus une simple dénonciation de la domestication du prolétariat et du despotisme du capital. Encore moins est-elle quelque chose mystificatrice comme une théorie unitaire de la société, chasse gardée de la dernière des avant-gardes ou du dernier des mouvements. Elle va plus loin que cela. Elle est le stade le plus avancé de la conscience sociale et historique. C’est une forme déterminée de conscience, de la généralisation de laquelle dépend le salut de l’époque.

Times Square Hervé Kempf Reporterre 2010/08/16 Hervé Kempf (16 août 2010) Times Square. Reporterre. Tribune — fr

Times Square

Blork se déguise en n’importe qui. Tiens, journaliste. Ouvre les oreilles. Entend des chefs d’Etat et autres éminences parler du changement climatique. Ils disent « génocide silencieux », « meurtre de masse », « catastrophe irréversible », marche « vers l’abîme ». Ah ? C’est si grave que ça ?

Blork se promène dans la ville où ces personnages s’agitent. New York. Il atteint Times Square : mille feux clignotants, pixels scintillants, éclats, écrans, images, couleurs, le capitalisme dans son incontestable habit de lumière. L’espace est saturé de réclames publicitaires, le spectacle est fascinant. Coca-Cola promet le bonheur, Samsung l’ubiquité, CNN le savoir, Gap le plaisir, Broadway et Hollywood l’évasion, tous, l’abondance. Ah ? C’est si bien que ça ?

Blork tombe sur un livre commentant le discours de Winston Churchill, le 13 mai 1940 : « Je n’ai à vous promettre que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Churchill, politicien sur le déclin, annonçait depuis des années, seul, que la menace grandissait, et qu’il ne fallait pas croire les promesses de la paix sans effort. Il a fallu que le cours des choses confirme sa lucidité pour qu’il soit enfin entendu. Ah ? Si tard ?

Blork s’interroge : comment les responsables politiques peuvent-ils parler de catastrophe irréversible et faire comme si les feux de Times Square ne devaient jamais s’éteindre ? Comment peuvent-ils prétendre lutter contre le changement climatique et laisser croire aux foules occidentales que rien ne va changer dans l’abondance matérielle ? A quel point exact de la « marche vers l’abîme » dira-t-on aux citoyens, par exemple : « Ce serait bien qu’on ne roule plus en voiture le dimanche, pour commencer » ? Blork pense que la politique ne consiste pas à être populaire, mais à mettre les mots en accord avec la réalité, et les actes en accord avec les mots.

Le New York Times du jour annonce que les découvertes de pétrole se multiplient. Les hauts prix des années précédentes ont relancé l’exploration, les techniques ont progressé et permettent de forer de plus en plus profondément, le « pic pétrolier » est repoussé de... quelque temps. On entend presque les soupirs de soulagement souffler dans les canyons de la ville haute.

Mais davantage de pétrole, ce sera... encore plus de gaz carbonique, non ? Peut-être faudrait-il arrêter... de chercher du pétrole ? Et peut-être le vrai courage politique, ce serait de dire, non pas « Yes, we can », mais « No, we should not ». Non, on ne devrait pas vouloir toujours plus de voitures, de lumières, de pétrole, de toutes ces merveilles que promettent les écrans scintillants. De dire « Yes, We Must ». Oui, on doit changer de monde. Et, oui, le nouveau brillera moins.

Blork n’est pas drôle aujourd’hui. Il contemple les lumières de Times Square, et pense aux pyramides d’Egypte. Civilisations - mortelles.

Les agrocarburants vampirisent l’Afrique Les Amis de la Terre Reporterre 2010/08/30 Les Amis de la Terre (30 août 2010) Les agrocarburants vampirisent l’Afrique. Reporterre. fr

Les agrocarburants vampirisent l’Afrique

Pour s’approvisionner en agrocarburants, l’Union européenne provoque la confiscation de terres en Afrique, au détriment des paysanneries.

Bruxelles, Montreuil et Benin City, Nigeria - Le rapport que les Amis de la Terre / Friends of the Earth publient aujourd’hui montre les conséquences funestes de la politique « Agrocarburants » de l’Union européenne. Pour satisfaire ses besoins, l’UE provoque une vraie ruée sur l’Afrique où des étendues toujours plus vastes de terres sont confisquées aux populations locales. Le phénomène échappe à tout contrôle et est largement sous-estimé (1).

Le rapport « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises » examine la situation de onze pays de ce continent. Il en ressort que 4,5 millions d’ha de terres – soit la surface du Danemark – sont sur le point d’être acquis par des investisseurs étrangers afin de produire des agrocarburants destinés essentiellement au marché européen.

Cette pratique appelée « accaparement des terres » est de plus en plus répandue et dominée par des compagnies européennes. Mais comme les informations officielles publiques sur la dimension réelle de ce problème restent très rares, les chiffres disponibles ne reflètent que très partiellement la réalité et sont de toute évidence largement sous-estimés.

Le rapport « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises » révèle à la fois comment les populations locales sont dépossédées de leurs terres et le peu de moyens dont elles diposent pour faire valoir leurs droits. Des zones de forêts et de végétation naturelle sont défrichées et les agrocarburants entrent en concurrence avec les cultures vivrières pour les terres cultivables.

Selon l’étude, si l’Union européenne maintient son objectif de 10 % d’énergie renouvelable dans les transports – essentiellement des agrocarburants – d’ici 2020, il faudra encore beaucoup plus de terres.

Pour Adrian Bebb, coordinateur de la campagne « Alimentation et agriculture » des Amis de la Terre Europe : « Les firmes européennes sont en train de faire main basse sur des terres partout en Afrique, menaçant la subsistance des populations locales et leur environnement, dans le seul but de satisfaire l’appétit insatiable de l’Europe pour les agrocarburants. Quand l’Europe cessera-t-elle sa politique en faveur des agrocarburants, pour enfin investir dans une agriculture respectueuse des peuples et de l’environnement et s’attaquer sérieusement au gaspillage énergétique causé par nos transports ? »

Un rapport de la Banque mondiale obtenu par une fuite (2) confirme cette tendance. On peut y lire que « les consultations avec les populations locales sont très faibles… Les conflits sont chose commune et portent habituellement sur le foncier ». La Banque Mondiale a refusé jusqu’à maintenant de rendre public ce rapport controversé.

Les premières protestations ont eu lieu en Tanzanie, à Madagascar et au Ghana suite à l’accaparement de terres par des compagnies étrangères.

Pour Mariann Bassey, coordinatrice de la campagne Alimentation et agriculture des Amis de la Terre Nigeria (Environmental Rights Action) : « L’expansion des agrocarburants sur notre continent transforme les forêts et les zones naturelles en cultures énergétiques. Les terres destinées à l’agriculture vivrière sont prises aux populations locales. Nous exigeons de vrais investissements dans l’agriculture afin de pouvoir nourrir les Africains et non alimenter les moteurs de véhicules européens. »

Selon Christian Berdot, référent de la campagne Agrocarburants des Amis de la Terre France, « Avec ce rapport, nous voyons bien le rôle central que joue la demande européenne en agrocarburants dans l’accaparement des terres en Afrique. Il est révoltant de voir les firmes européennes s’abattre sur l’Afrique comme un nuage de criquets, confisquant des millions d’hectares à des communautés déjà démunies, dans le seul but de faire rouler des autos et des camions en Europe. Les agrocarburants sont une tragique illustration de la surconsommation européenne de ressources mondiales. »

Les Amis de la Terre demandent à l’Union européenne et à ses Etats membres de mesurer et diminuer leur consommation de terres, d’eau, de matières premières et leurs émissions de gaz à effet de serre, partout dans le monde (3).

Une carte montrant l’étendue des problèmes et une liste des compagnies impliquées dans la culture des agrocarburants en Afrique peut être trouvée sur http://www.foeeurope.org/agrofuels/...

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Notes :

[1] Amis de la Terre /Friends of the Earth Europe (juillet 2010). « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises » : http://www.foeeurope.org/agrofuels/...

[2] Financial Times (27 July 2010) http://www.ft.com/cms/s/0/62890172-...

[3] http://www.foeeurope.org/activities...

Une rencontre avec Stephen Hawking Marie-Paule Nougaret Reporterre 2010/08/30 Marie-Paule Nougaret (30 août 2010) Une rencontre avec Stephen Hawking. Reporterre. Tribune — fr

Une rencontre avec Stephen Hawking

Stephen Hawking est un être de légende. Fils spirituel d’Einstein atteint de paralysie, comme pour expier le péché de la physique – la Bombe -, son esprit supérieur démonte patiemment les mécanismes de l’univers. Tel nous le montrent les media. Trouvera-t-il un jour la formule cachée qui unit les théories de la science ? « Lit-il les pensées de Dieu ? » s’est demandé Newsweek. Le monde de l’édition vibre sous le choc du succès populaire de son traité, A short history of time* , Brève histoire du temps. Beau titre, vite épuisé. Livre écrit en anglais par le mouvement limité, imperceptible, de deux doigts, sur un petit boîtier relié à un écran. Après la sclérose multiple, après la trachéotomie qui lui ont volé le geste et la parole, Stephen Hawking donc, subit la gloire, qui prive de vie privée. Mais, que se montre-t-il ? à le voir sur les photos, assis tout empoté dans sa chaise roulante, l’épaule de travers, un sourire de terreur sur son visage épuisé, je n’avais aucune envie, mais aucune, de le rencontrer.

C’était l’idée de Globe. Personnellement la physique me tue. Je me souviens du bac : avaler en deux mois le programme depuis la seconde. Car c’est une pyramide : si on ne connaît pas les bases, impossible de s’amuser dans les hauteurs. N’ayant jamais rien su par cœur, pas même les tables de multiplication, virée du cours depuis Noël, je décrétai la physique fastidieuse. J’eus la meilleure note de l’académie, un mois plus tard j’avais tout oublié. Un an plus tard, je décidai que les maths tournent en rond, comme une spirale d’Archimède, dont l’équation est si belle que je me suis arrêtée là. Pourtant, j’ai lu le livre de Stephen Hawking, et vous aussi l’aimerez.

« Un grand savant anglais (on dit parfois Bertrand Russel) donnait un jour une conférence d’astronomie. Il expliquait comment la Terre tourne autour du soleil, et comment le soleil, à son tour, tourne autour du centre du grand amas d’étoiles que l’on appelle notre galaxie. A la fin de la conférence, une vieille dame se lève au fond de la salle et dit : « vous dites des sottises. Le monde est en réalité un disque plat posé sur le dos d’une tortue géante ”. Le grand savant émet un sourire condescendant : “et cette tortue, sur quoi se tient-elle, Madame ? » “Ne faites pas le malin, jeune homme, répond elle. Vous êtes très malin, mais c’est la tortue jusqu’en bas ! » »

Pardon monsieur Hawking, de vous voler vos effets, le début délicieux de votre premier chapitre, c’est pour vous présenter aux lecteurs. J’espère que la traduction vous agrée. Il y faudrait un poète. Je crains qu’un physicien n’ajoute des images. Il faut, pour ne pas vous trahir, un maître de la concision (je ne mets pas sur les rangs). Merci de nous expliquer Newton et Albert Einstein comme personne, et pour le plaisir vengeur de voir le succès venir à qui fait encore crédit à l’intelligence des gens.

C’était l’idée de Globe, pas la mienne. Dès le début de l’été, avant l’explosion de la bombe devant la porte du journal. Avant de lire Hawking, et qu’il soit un best seller. J’aurais bien préféré pondre le papier magistral sur l’abandon de la botanique en France ; montrer la mort du Jardin des Plantes de Montpellier, l’un des deux plus anciens du monde, dénoncer une politique scientifique à courte vue. Citer l’Université du Wisconsin, l’Institut Botanique de Moscou, les Japonais à Paris, béats devant la vigne sur le vieil hôtel de poste que l’on va démolir, âme du Muséum moribond. Peindre les sommités scandalisées de l’état de nos collections. Mais Globe voulait Hawking. Un physicien en plus : autant dire l’ennemi : la physique a ruiné la recherche publique. La biologie pouvait crever. L’écologie n’est plus. Pendant que ce malade joue à Dieu sur sa chaise roulante, 3O ha de forêt tombent à la minute ; un quart de la flore est condamné** ; le remède de la leucémie enfantine, une fleur tropicale, ne pousse déjà plus dans son habitat, devenu un désert. Peut-être perdons nous, à cet instant précis, la plante qui peut guérir ce physicien à roulettes ou le SIDA. Voilà ce que je pensais de la riche idée de Globe. Mais l’été est passé, j’ai vu Stephen Hawking, et, par conséquent, je me fais du souci pour lui.

Les raisons qui m’ont fait accepter ne sont pas des plus claires. Il y a la bombe devant le journal, un vieux conseil de Bob Dylan : « ne te fie pas aux flics en imper. Si l’on te demande ce que tu fais, dis que tu es un mathématicien exact. »***. Une révolte ancienne contre un prof de math obtus qui enfonçait l’incapacité dans la tête des élèves (comment la résignation s’imprime dans le cerveau mou des enfants est proprement vertigineux). Et pour couronner le tout, la découverte ahurie de la pollution des mers, le temps d’une floraison d’algues toxiques, par la presse ânonnant de vagues notions d’écologie. J’étais loin du niveau mais fuir, agir, changer d’air, rencontrer un génie.

Il faudrait montrer patte blanche. La bonne fée, ma marraine, s’est occupée de tout. Un matin de soleil je me suis retrouvée sur la pelouse piquée de boutons d’or du parc de l’Observatoire de Meudon. « La science est d’abord un jeu » disait Jean Pierre Luminet, jeune physicien d’une santé rayonnante, tandis que les canards décollaient et se posaient sur l’étang. Qu’on puisse travailler dans un endroit pareil me semblait merveilleux. Il y avait même un potager avec des delphinium annuels, sauvages, qu’aucune main assassine n’était venu désherber.

On parlait du Big Bang. Ce n’est pas tout à fait ce que je croyais. Disons, tout simplement, une phase très chaude, à un moment donné du grand début de tout. Pas le début, une phase. L’explosion, semble-t-il, continue. L’univers est en expansion. Les galaxies s’éloignent, au moment où j’écris. On le sait depuis I929, je viens de le vérifier dans Hawking (grâce à lui, dès demain, je bazarde deux bouquins ; ce manuel vaut une encyclopédie, index compris). Plus les galaxies sont loin en fait, plus elles fuient. Edwin Hubble l’a découvert, en I929, en analysant leur lumière. « La théorie du Big Bang était bien antérieure, expliquait Luminet sous les arbres, mais la cosmologie, l’étude de l’univers, était considérée jusqu’alors comme un pur jeu gratuit ». Autre indice d’explosion, le rayonnement du fond du ciel à 3° Kelvin (-270° C.), écho de la grande déflagration, découvert dans les années 6O. Tertio, l’abondance de l’hydrogène et de l’hélium, exigeant une phase chaude et concentrée. « Ces éléments légers n’ont pas pu se former dans les étoiles qui fabriquent tous les autres éléments ; car nous somme constitués de morceaux d’étoiles ». Je trouvais ça très beau, mais, sur quoi se fondait-on ? « sur la compréhension des réactions nucléaires répondait Luminet, les mesures sont assez précises pour que l’on puisse dire que l’univers a dû passer dans tel domaine de température pendant une centaine de secondes. Disons que c’est sûr à 99%. Stephen Hawking s’est intéressé, lui, à ce qui s’est passé avant la phase chaude. A l’état plus primitif de l’univers. La théorie de l’expansion a beaucoup évolué ces dernières années. Elle est née dans les années 2O. C’est un mathématicien russe, Friedman, qui a donné les solutions cosmologiques des équations d’Einstein de la relativité générale… »

Stop, moment de réflexion. Imaginez Cambridge, au nord de Londres, ville étudiante hérissée de flèches gothiques, avec les statues dorées sur les portes crénelées, les fenêtres à meneaux, les boutiques de mode, dans un climat glacial ; la chaise roulante du professeur Hawking garée devant l’ordinateur, sous les néons ; l’unique porte du bureau fermée sur la cafetaria, tout à tour vide et bruissante. Le professeur pèche des mots sur l’écran. Il écrit Brève histoire du temps : « le concept de temps n’a aucun sens avant le début de l’univers. St Augustin fut le premier à l’indiquer. A la question : que faisait Dieu avant de créer l’univers ? Augustin n’a pas répondu : Il préparait l’Enfer pour ceux qui osent de telles questions. Mais bien plutôt : le temps est une propriété de l’univers que Dieu a créé, le temps n’existait pas avant le début de l’univers ».… pour les théoriciens le temps s’inscrit sur un axe de coordonnées, dans la géométrie courbe d’Einstein, où, pour aller tout droit, la Terre tourne autour du soleil.

Retour sur la pelouse de Meudon. Luminet parlait d’or. « les équations d’Einstein disait il, relient la géométrie de l’univers à son contenu matériel. Elles sont extrêmement complexes. On ne peut pas les résoudre dans leur généralité ; pour trouver des solutions il faut des simplifications…. Hawking s’est d’abord intéressé aux singularités. Les singularités, dans une théorie, c’est l’apparition de l’infini. Cela signifie, en général, que la théorie est appliquée hors de son domaine de validité ; les physiciens n’aiment pas les infinis : c’est la négation de toute loi physique. Il y avait des singularités dans certaines solutions des équations d’Einstein. Précisément dans les solutions de trous noirs****. Et puis, dans les solutions cosmologiques, une singularité initiale : un début du temps, avec une température infinie et une densité infinie de la matière, découlant de la courbure infinie de l’espacetemps. Ces singularités étaient-elles un produit mathématique, dû à une trop grande simplification des choses ? le grand résultat de Stephen Hawking et Roger Penrose a été précisément de montrer qu’elles faisaient partie intégrante de la relativité générale. Que, moyennant quelques hypothèses, assez plausibles, qui ne sont pas simplificatrices, des singularités devaient apparaître ; ça ne veut pas dire qu’elles existent ; le physicien veut quand même éliminer les singularités ; ça veut dire plutôt que la théorie de la relativité devient invalide, dans certaines conditions extrêmes, près de l’instant zéro de l’univers et au voisinage des centres de trous noirs ».

La démonstration eut lieu en I97O. « Ensuite, Hawking s’est intéressé aux trous noirs. Il a eu une bonne idée… ». Ce travail de près de vingt ans devait déboucher sur des « fiançailles monstrueuses » entre la relativité générale, qui décrit les phénomènes à grande échelle, comme la gravitation des planètes, et la mécanique quantique, qui traite des particules élémentaires, de l’infiniment petit. Ces deux théories ne sont pas du même monde : l’expérience pour les unir demande la construction d’un accélérateur de particules plus grand que le système solaire. Les deux fonctionnent pourtant : la mécanique quantique sous tend l’électronique. La relativité générale s’intègre aux données des satellites précis qui mesurent la Terre à 5 cm près. Mais on est loin de les marier en équations – de l’avis général, mister Hawking excepté.

Luminet, qui a consacré un livre aux trous noirs ****, m’a décrit un système d’étoiles doubles, dont l’une, la petite, l’invisible, pourrait bien être l’un de ces trous voraces, une étoile effondrée qui aspire la grosse : « chacune tourne autour de l’autre, comme la terre et le soleil… » pardon ? « Le soleil tourne aussi un peu autour de la terre : deux corps tournent autour de leur centre de gravité commun ; le soleil étant bien plus massif, le centre du gravité du système terre soleil coïncide presque avec lui » … Hélas, si j’avais lu Newton, je ne commettrais pas de telles erreurs. Mon dictionnaire, toutefois, n’est guère mieux qui ignore madame du Chastelet, auteur de la traduction, en I759, de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica d’Isaac Newton (1687), livre le plus important de l’histoire des sciences, fondant la théorie de la gravitation. Les femmes doivent combattre jusqu’aux préjugés de la postérité. Avant de quitter Luminet je posai la question qui me brûlait les lèvres : Hawking est-il Le meilleur ou un malade fascinant ? « Peut être les deux …. Il semble que sa maladie l’ait obligé à se concentrer sur les véritables problèmes. Que peut-il faire d’autres que penser ?… seulement Hawking pense… mais il trouve ! »

J’allais frapper à la porte de Thibault Damour dans mes petits souliers. Damour était le seul Français invité pour le tri centenaire de la publication du de Principia…etc. Le professeur Hawking occupant à Cambridge la chaire de Newton, Damour est donc notre meilleur spécialiste de la gravitation, cqfd. Ce métier de théoricien ne demande qu’une tête, du papier et un crayon « c’est pour ça que je l’ai choisi » me dit-il, précisant que l’ordinateur lui servait de boite à lettre. Je tremblais à l’idée qu’il me prenne pour une journaliste vampire assoiffée de malheur, mais non :« allez voir Stephen. Je pense que ce livre est une très bonne chose, pour lui, pour tout le monde. Il apprécie les contacts humains ; il est tellement isolé… ». Damour a passé l’après midi à me donner une idée de la méthode des intégrales de Richard Feynman, utilisée par Hawking en cosmologie quantique, la nécessité de l’emploi du temps imaginaire (dont le carré est négatif) pour tourner le principe d’incertitude qui m’a toujours enchantée (on ne peut à la fois connaître la position et la vitesse d’une particule, prendre une mesure perturbant la trajectoire de ce corps). Aussi beau que Robert Redford sur les photos, « Rick », l’Américain Richard Feinman, était adulé de ses étudiants.

Avec les bénédictions du physicien théoricien, j’emportai son article sur la Relativité Générale*****. Einstein, raconte-t-il, en a tiré l’intuition d’une rêverie, où il s’imaginait tombant d’un toit : le chapeau, le portefeuille, les clés et lui même (bouche fermée j’imagine, pour ne pas se mordre la langue) arrivaient tous en bas, en même moment. Au milieu du texte un peu hermétique mon oeil critique relevait « fortuit mais significatif« , « magique« , horreur métaphysique » « zoo astronomique » et « providentiel« , toutes formules rares dans La Recherche. Je rédigeai en tremblant un téléfax pour Cambridge. Deux jours plus tard, mon répondeur annonçait que le professeur Hawking serait heureux de me voir « any day, after four« .

Malgré les insistances de Globe je n’avais pas lu l’article sur Einstein dans Les temps modernes******, dont la description d’Hawking m’aurait glacée d’effroi. Je pouvais avaler cinquante pages d’Histoire du temps par jour, et tout oublier dans la semaine ; j’avais repris le début trois fois, sans en épuiser les beautés. Bref, c’est d’une aile insouciante que je m’envolai. A l’avion, hasard objectif – mes amis Hélène et Patrice F. – lui dans un fauteuil roulant-je savais qu’il avait eu un accident mais… « rassurez vous je marche ; c’est seulement pour les aéroports. J’ai beaucoup de chance ». Hawking le dit aussi : à part la sclérose et la trachéotomie, j’ai eu beaucoup de chance – et moi donc, assez pour me convertir au bouddhisme tibétain… passage de la douane à Londres sans attente, Patrice étant dans un fauteuil roulant. Cambridge s’affairait dans un froid de canard.

Stephen Hawking dans la chaise roulante derrière la table, pâle, frêle, les yeux au sol. La timidité incarnée. La dame en blanc au fond, sous la fenêtre, avec son tricot : « mettez vous près de lui, et présentez vous ».Je m’assieds à sa droite en décidant de révéler mon âge à la tête inclinée vers moi sur le dossier – un regard d’amitié des plus grands yeux du monde dit merci. Un regard de bébé : je t’aime, ne me fais pas de mal. Les cils blonds se referment : Hawking fixe l’écran, à gauche, où des mots défilent trop vite, je ne vois rien. « How are you ? » d’où vient la voix d’homme ? « pas mal, à part le froid (en fait je suis bourrée de drogues pour ne pas lui cracher dessus et le tuer). « La version française du livre est-elle sortie ? » « non ; j’ai le bouquin avec moi, tout griffonné » ; j’ouvre le sac à l’envers ; le contenu se répand à mes pieds. La dame derrière moi rit doucement, les grands yeux gris aussi. « L’avez vous compris ? » la voix est très en retard. « Pas sûre d’avoir tout saisi. Puis je poser des questions ? » « yes » …« ce système est génial » dis je, réalisant soudain : les belles mains jointes sur le boîtier ne bougent pas, un effleurement suffit pour sélectionner un mot dans la partie supérieure de l’écran ; le mot s’inscrit en bas, au bout de la phrase. Hawking écrit très correctement, sans oublier un point, ni une majuscule. Il a arrêté la voix et continue par l’écran, à donner les réponses les plus confidentielles que l’on puisse rêver. Grand sentiment d’intimité. Voilà comment il les a tous piégés.

Globe : « vous avez écrit : « »si tout dépend fondamentalement de tout dans l’univers, peut-être ne peut-on approcher de la solution complète par l’étude isolée des parties du problème. C’est pourtant ainsi que nous avons progressé… nul besoin de connaître la structure des planètes pour calculer leur orbite »". L’espace temps n’est il donc pas affecté par tout ce qui se passe dans l’univers ? Hawking : Si, mais pas tellement. De sorte que l’on peut considérer l’espace temps comme plat, en première approximation, puis calculer la petite courbure introduite par les corps massifs ». Les yeux de mon nouvel ami vérifient que j’ai compris. Tout va bien. Globe : « Une seconde après le big bang , la température de l’univers serait tombée, à dix mille millions de degrés. Mille fois celle du centre du soleil mais, écrivez vous, on atteint de telles températures lors des explosions de bombe H… -le soleil n’est pas si chaud que ça. S’il l’était, il brûlerait aussi vite qu’une bombe. » je suis ravie, mais pour lui, quel effort. Il souffle, il sursaute, son système endocrinien est complètement déréglé. Si j’ai une mauvaise pensée, il tombe raide mort. « Avez vous mal ? » « non » dit la voix sans réplique. Globe : « Vous mentionnez à deux reprise la « matière sombre ». S’agit-il de matière qui n’émet pas de lumière ou ne peut en émettre ? -le terme matière sombre est employé pour dénoter… »stop. Nouvel écran. « Voulez vous faire entrer ce mot : / dénoter/ dans votre lexique ? votre avez déjà 275O mots, vous pouvez en ajouter 25. »Il pèse le pour et le contre, longuement … « dénoter la matière non encore détectée, dont nous pensons qu’elle pourrait bien être là. Peut être sous la forme d’étoiles trop faibles pour qu’on les voie, ou sous la forme de particules élémentaires. Peut être y a t-il très peu de matière sombre et peut être y en a t il assez pour que l’univers s’effondre » regard intense, comme un cri.

Globe : « Je suis curieuse des nombres fondamentaux aux quels vous faites allusion (les yeux sourient) la taille de la charge électrique de l’électron…Hawking : C’est 1 / 137, nous ne savons pas pourquoi. Mais s’il en allait différemment, nous ne serions pas ici » regard appuyé. « -le rapport de masse entre le proton et l’électron…- 1 : 1830, je crois. -comment peut -on affirmer que le monde contient1 suivi de zéros particules ? – Il se peut que l’univers en contienne plus. C’est le nombre pour la partie visible. Nous connaissons la taille de la partie visible et la densité approximative de particules. - Einstein a t-il reconnu qu’il s’était trompé en essayant de décrire un univers statique ? Pouvez vous me laisser……une minute » j’ai cru qu’il me chassait définitivement.

L’infirmière est venue me chercher dans la cafétaria déserte ornée des photos grises des grands prédécesseurs. Déjà six heures. Où étions nous ? Einstein… :« – Einstein a dit quelques années plus tard, que la constante cosmologique était la plus grosse erreur de sa vie . -Donc quand vous le dites dans le livre, c’est une citation » Approbation…« Vous donnez comme exemple de l’entropie l’effort nécessaire à la lecture de votre livre qui augmente le désordre de l’univers de vingt millions millions millions millions d’unités. Quelle est l’unité de mesure du désordre ? La réponse à une question de réponse oui ou non est une unité d’ordre. Si l’univers contient n unités de désordre, cela signifie qu’il peut se trouver dans 2 multiplié par lui même n fois, 2n états différents. - Vous écrivez que le temps imaginaire est peut être le seul vrai temps… » les yeux sourient « -Je dois mener mes affaires en temps réel. Le temps imaginaire, c’est pour la physique seulement. – Croyez vous que la vie existe ailleurs dans l’univers ? -Peut être mais si des êtres très avancés s’y trouvent, pourquoi ne nous ont-ils pas contactés ? je ne crois pas les OVNIs viennent de l’espace. Si nous étions visités, je pense que ce serait bien plus évident. – les exobiologistes disent que l’on va trouver la vie organique sur Europe, un satellite de Jupiter… -Ce serait excitant, mais je pressens que non. Mars était un lieu plus vraisemblable, mais on n’a rien trouvé. - Cette recherche vous paraît-elle vaine ? il faut continuer de chercher, même si on ne trouve rien ».

- vous citez la vision antique des civilisations, régulièrement détruites par des cataclysmes. Vous croyez au progrès des sciences. Croyez vous à celui de la civilisation ? » Hawking (content) : « Le rythme du progrès scientifique est bien plus rapide que celui de l’évolution biologique. Le comportement humain est gouverné par des facteurs génétiques » regard vers moi « en partie. Cette part là de notre comportement ne va pas changer. Elle risque de nous détruire tous avec les armes que le progrès scientifique a rendu possibles Ce que vous dites de la biologie peut faire penser que vous la réduisez à la chimie… Oui. je crois qu’on peut tout expliquer par la biologie moléculaire, qui n’est que de la chimie. - Les êtres vivants entiers ont des propriétés que n’ont pas la somme de leurs composants …- On peut le dire aussi des ordinateurs, mais vous ne pensez pas qu’ils ont une âme » regard hyper violent. Un violence de chat méchant.

- mais qu’est ce qui a bien pu vous pousser à écrire ce livre ? Je voulais expliquer aux gens les progrès excitants de la science. La science affecte la vie de chacun, il faut que nous comprenions tous un peu. Et (très déterminé) je voulais de l’argent pour payer l’école de ma fille. Mais quand j’ai eu terminé, elle etait sur le point de quitter l’école.- ça a pris combien de temps ? six……ans,- je le crois, c’est très écrit… écrire est- ce moins agréable que les maths ? j’ai plaisir à écrire -vous avez parlé de destruction par les armes modernes. La physique peut elle être indépendante de l’establishment militaire ? » ha ha ! disent les yeux, nous y voilà « mon travail est sans utilité pour les militaires.- Un ami journaliste a enquêté au CERN*******, entreprise en principe pacifique. Il a découvert que les fabricants d’appareils pour l’anti matière sont les mêmes que les fabricants d’armes » Long silence. « Je ne crois pas que les accélérateurs les intéressent. Et mon travail ne leur est d’aucune utilité, aucune.

- Revenons à la biologie : la biosphère perd en ce moment de la diversité, nous perdons les gènes très vite. Des biologistes disent que c’est à force d’analyser, de ne plus voir la plante ou l’animal entier, mais les mécanismes biochimiques, que l’on ne fait rien pour protéger les espèces menacées – on va peut être pouvoir recréer la diversité . -Pour transférer un gène, il faut en disposer… -Nous espérons faire bien mieux. Mais je dois encore opérer dans le vrai temps et ma femme m’attend. » Déjà sept heures. « - Vouliez vous ajouter quelque chose ? les mots sont arrivés un à un lentement : That would take forever ». On n’en finirait jamais.

C’était plutôt gentil. J’ai fait une photo de ses yeux doux. Puis il a paniqué. Je n’oublierai jamais cette vision de terreur : tête tombante, bouche ouverte, les yeux au ciel. Voilà le prix. L’infirmière a remis la tête à sa place. De nouveau le regard innocent. « Veuillez excuser l’accent américain de ma voix » . Trop sympa. – je suis très émue ai je dit. J’avais envie de l’embrasser comme un bébé, j’ai effleuré sa main. En partant je lui souhaitai « bon passage dans la vie ». Mais rien. Les yeux baissés. Il m’ignore. Je suis oubliée. Comme je fermai la porte la voix a répondu très fort, avec un accent américain : « merci ».

(Globe 1988, inédiy)

Notes

* a short history of time, 198 p. Bantam books, Londres, I988

** selon l’UICN, Union Internationale de Conservation de la Nature, 60 000 plantes sont en voie d’extinction, soit un quart de la flore recensée (250 000 espèces)

*** Advice to geraldine for her miscellanous birthday in Bob Dylan Writings and Drawings, I973, Random house, New York.

**** Les trous noirs sont des états de la matière si dense qu’elle s’effondre. Pour un point très actuel sur la question, consulter « lers trous noirs » de Jean Pierre Luminet, aux éditions Belfond, Paris I987.

***** Thibault Damour, La relativité générale, in la Recherche n° I89, juin I987

****** Roy Liskar, « Einstein In memoriam » in Les Temps Modernes, decembre I979.

******* CERN Centre Européen de Physique Nucléaire, situé près de Genève, sur les trois frontières Italo- Suisse -Française, lieu d’experiences de physique théorique.

Pourquoi je suis devenu activiste James Hansen Reporterre 2010/08/31 James Hansen (31 août 2010) Pourquoi je suis devenu activiste. Reporterre. Tribune — Climat fr

Pourquoi je suis devenu activiste

Le grand climatologue James Hansen, directeur du Goddard Institute aux Etats-Unis, explique pourquoi il est sorti de sa réserve de scientifique.

Un militant, moi ? « Comment êtes vous devenus un militant ? » La question m’a pris par surprise. Je ne m’étais jamais considéré comme un militant. Je suis un scientifique du Midwest plutôt taciturne et un peu lent. Mon entourage familial est plutôt conservateur, et le terme militant y est mal vu. J’allais donc réfuter cette appellation mais de fait j’ai déjà été arrêté par la police plus d’une fois. Et aussi j’ai témoigné en justice, pour défendre des personnes accusées de ne pas avoir respecté la loi. Bien sur ces personnes protestaient contre notre dépendance aux carburants fossiles.

Mais n’y a-t-il pas des moyens légaux pour protester dans une démocratie ? Comment en étais je arrivé à me retrouver avec cette pancarte de militant ? En fait, mes petits enfants y sont pour beaucoup. Ca s’est passé progressivement. D’abord en 2004 j’ai rompu un vœu personnel de 15 ans de non intervention dans les medias. J’ai donné une conférence publique s’appuyant sur les travaux scientifiques qui montraient la nécessité de ralentir nos émissions de gaz à effet de serre, et j’ai critiqué l’administration Bush sur ce sujet. A cette occasion mes petits-enfants ont joué le rôle de figurants qui tenaient dans les mains des ampoules de 1 watt du genre que l’on met sur le sapin de Noël, pour illustrer les mécanismes du changement climatique.

14 mois plus tard, j’ai donné une autre conférence publique, reliant les causes du réchauffement climatique avec les choix que doit faire notre société et dénonçant les actions de désinformation des lobbys pétroliers. Je justifiais la vigueur du propos car je ne voulais pas entendre plus tard mes petits enfants dire : « Papi il a tout compris, mais il n’a pas su le rendre évident ». Et ce qui était devenu évident c’est que notre planète est toute proche du point de grand dérèglement climatique. Partout les glaces fondent, sur la banquise arctique, au Groenland, en Antarctique et dans toutes les montagnes. Des tas d’espèces sont menacées par la destruction de leur environnement et le changement climatique. Si on ne ralentit pas notre consommation de carburants fossiles, la montée des mers et la disparition des espèces vont s’accélérer et devenir incontrôlables. L’augmentation de la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère accentue déjà les phénomènes climatiques extrêmes, augmentant les précipitations, aggravant les inondations et les tempêtes.

La stabilisation du climat passe par le rétablissement de l’équilibre énergétique de notre planète. La science est absolument claire. L’augmentation du CO2 dans l’atmosphère déséquilibre le bilan énergétique de la Terre ; les mesures de la chaleur supplémentaire stockée dans les océans le confirment. C’est une question de géophysique, la capacité qu’a notre terre, et son atmosphère, d’absorber le CO2 dégagé par les carburants fossiles. Dit simplement, l’atmosphère ne peut pas absorber plus qu’une certaine quantité de CO2. On ne peut pas brûler tous les carburants fossiles.

Concrètement, on doit (1) arrêter progressivement l’utilisation du charbon, (2) laisser les sables bitumineux là où ils sont sous terre et enfin (3) ne pas extraire tout le pétrole jusqu’à la dernière goutte. Des initiatives sont possibles qui permettront au monde de progresser vers les énergies renouvelables du futur. En rétablissant une atmosphère et des ressources en eau propres, on rendrait aux générations futures le monde de la création, la terre qu’ils sont en droit d’exiger. Mais rien n’a été fait.

J’ai pensé au début qu’il s’agissait d’un problème de communication. Les savants n’avaient pas su bien expliquer la chose aux dirigeants des grands pays. Il devait bien y avoir quelque part des pays capables de saisir l’injustice foncière des politiques énergétiques actuelles envers les générations futures ! Alors j’ai écrit des courriers à des dirigeants, je suis même allé voir plus d’une demi douzaine d’entre eux, visites que je décris dans mon livre Les Tempêtes de mes petits enfants.

A chaque fois, ce que j’ai entendu, c’est du greenwashing, de l’écoblanchiment. On fait semblant de se préoccuper de réchauffement climatique mais ce sont les intérêts du lobby pétrolier qui dictent les décisions politiques. La Norvège m’en a fourni un exemple -type. Je pensais que ce pays, historiquement en pointe en écologie, pourrait s’affirmer parmi les autres nations avec des actes concrets qui montreraient l’hypocrisie des discours et des pseudos actions d’autres pays. Ainsi j’ai écrit au premier ministre pour lui proposer que la Norvège, actionnaire majoritaire de la compagnie StatOil, intervienne pour bloquer leurs projets de schistes bitumineux au Canada. J’ai reçu une réponse polie du ministre délégué au Pétrole et à l’Energie. La position du gouvernement c’est que les projets de sables bitumineux relèvent des choix commerciaux de l’entreprise, que le gouvernement ne devrait pas intervenir et que le Parlement pense majoritairement qu’il s’agit en l’occurrence d’une » bonne gouvernance d’entreprise ». Le ministre délégué concluait ainsi sa lettre : « Je vous assure cependant que nous allons continuer à tenir une position très ferme sur les enjeux du changement climatique, que ce soit en Norvège ou à l’international »

Un ami norvégien, lui aussi grand-père, après avoir lu cette lettre, a cité Saint Augustin : l’hypocrisie est le tribut que le vice doit payer à la vertu. L’attitude du gouvernement norvégien est une dramatique confirmation de la situation globale actuelle : même le pays le plus respectueux de l’environnement trouve trop dérangeant de faire face à la réalité des faits scientifiques sur le climat.

Il devient évident que les actions nécessaires n’arriveront que si le grand public, d’une façon ou d’une autre, s’implique en force. Pour les citoyens, une façon de faire c’est de s’opposer aux projets de centrales à charbon, et de sables bitumineux, et de forages pétroliers dans des zones naturelles et les océans profonds. Cependant pour nous sevrer de notre dépendance aux carburants fossiles il nous faut bien comprendre qu’aussi surement que la gravité fait tomber les objets, aussi certain est le fait que nous continuerons à utiliser les carburants fossiles tant qu’ils seront moins chers que les autres énergies. La solution c’est donc de faire monter progressivement le prix du pétrole, du gaz et du charbon ; mettre un prix sur le carbone et le collecter auprès des entreprises fournisseurs de ces carburants fossiles, localement dès la mine ou le puits et pour les importations dès l’arrivée au port. Tous les fonds récoltés doivent être redistribués au public avec strictement la même part pour chacun, afin d’inciter chacun à adapter son mode de vie et les entreprises à innover pour des solutions sans carbone. Avec l’augmentation du prix du carbone, les carburants fossiles seront progressivement remplacés par des énergies propres et par plus d’efficacité énergétique. Une taxe sur le carbone c’est la seule solution globale réaliste.

La Chine et l’Inde n’accepteront jamais des quotas, mais elles ont besoin d’une taxe sur le carbone pour développer les énergies propres et éviter la dépendance aux carburants fossiles. Aujourd’hui les gouvernements, au contraire, parlent de marchés de quotas échangeables avec compensation, un système dévoyé par les grandes entreprises de la finance et du lobby pétrolier. Le marché des quotas c’est une incitation à la corruption. Pire, c’est inefficace, prolongeant notre dépendance jusqu’à la dernière goutte de pétrole et la catastrophe environnementale qui ira avec.

Stabiliser le climat, c’est un devoir moral, c’est une question de justice vis-à-vis des générations futures. Les jeunes gens, et les plus âgés aussi, qui défendent les jeunes et les autres espèces de la création, doivent s’unir en exigeant la mise en œuvre d’une démarche concrète pour protéger notre planète. Vu que les pouvoirs exécutifs et législatifs de nos pays restent sourds au discours scientifique, le pouvoir judiciaire représenterait peut-être la meilleure voie pour redresser la situation.

Les gouvernements ont la responsabilité institutionnelle de protéger les droits des jeunes et des générations à venir. Aux jeunes gens, je dis : défendez vos droits, exigez que les gouvernements soient sincères et reconnaissent les conséquences de leurs politiques. Aux personnes âgées je dis : il est temps de se ceindre les reins et combattre avec ces jeunes pour protéger le monde dont ils vont hériter. Je suis impatient de me tenir à leurs cotés, à les aider à développer leurs actions pour exiger ce qui leur est dû et préserver la nature et leur futur.

Je suis devenu un militant ? Sans doute.

Un paysan refuse le fichage ADN Confédération paysanne Reporterre 2010/09/01 Confédération paysanne (1er septembre 2010 à 08h05,) Un paysan refuse le fichage ADN. Reporterre. fr

Un paysan refuse le fichage ADN

Lundi 30 août 2010 à 13h30 Hervé Georges, maraîcher en gironde, membre de la Confédération paysanne a été entendu à huis clos par le Procureur de la République pour refus de prélèvement d’ADN et d’inclusion dans le FNAEG. Refuser de s’y soumettre peut être puni d ?une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d ?amende.

Hervé était convoqué pour une « Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité » (CRPC) qui consiste à proposer au prévenu une peine inférieure à celle encourue en échange de la reconnaissance de sa culpabilité.

La Confédération Paysanne félicite Hervé d’avoir refusé la proposition du procureur d’une condamnation à 300 € et soutient sa demande de relaxe. Ce « marchandage », symbole d’une justice rapide, loin du procès public, a pour objectif de museler les militants et de confisquer le débat de fond sur la pertinence du FNAEG. Il enclenche de plus un processus de « délit continu » car un prélèvement est à nouveau ordonné, suivi d’un nouveau refus, d’une nouvelle peine.

Hervé Georges, citoyen lanceur d’alerte avait participé à la neutralisation du silo de maïs génétiquement modifié Mon 810 à Lugos (interdit de culture par la suite). Il ne s’agissait aucunement d’un acte de délinquance mais bien d’une action de défense de l’agriculture paysanne et biologique, c’est-à-dire une action collective des Faucheurs Volontaires réalisée au grand jour et revendiquée par les participants.

Nous serons à nouveau nombreux aux cotés de notre camarade pour témoigner de notre solidarité et soutenir son acte de résistance politique à la tentative de fichage généralisé le 14 octobre 2010 à la 5e chambre correctionnelle du tribunal de Bordeaux.

Le Pakistan ploie sous le poids de la dette Damien Millet, Sophie Perchellet et Eric Toussaint Reporterre 2010/09/01 Damien Millet, Sophie Perchellet et Eric Toussaint (1er septembre 2010 à 07h54,) Le Pakistan ploie sous le poids de la dette. Reporterre. Tribune — fr

Le Pakistan ploie sous le poids de la dette

Confronté aux pires inondations de son histoire, le Pakistan se noie aussi sous une dette insupportable.

A cause de pluies torrentielles, le Pakistan fait face à l’une des pires situations humaines et matérielles qu’il ait connues depuis plus de 80 ans. Les dégâts sont impressionnants.

Environ 22 millions de personnes sont touchées par de graves inondations. De nombreuses infrastructures n’ont pas supporté la violence des pluies. Beaucoup de routes sont impraticables, de même que des ports. Des millions de personnes ont été obligées de quitter précipitamment leurs logements, et l’ONU avance le chiffre de 5 millions de sans-abri. Des camps de fortune sont mis en place et environ 1 million de personnes y vivent déjà, dans des conditions sanitaires déplorables. Le sud du pays, et notamment la province de Sindh, est extrêmement fragilisé par cette catastrophe. Les pertes économiques se comptent en milliards et le secteur agricole est particulièrement touché puisque de nombreuses terres arables ont été dévastées.

Le Pakistan a besoin d’aide. Le 20 août 2010, les pays membres de l’ONU se sont engagés à lui apporter 200 millions de dollars, mais il ne s’agit là que de promesses et les expériences précédentes en la matière montrent qu’une faible part de cette somme arrivera dans le pays. La Banque asiatique de développement, qui a déjà connu le tsunami de décembre 2004, s’est auto-désignée leader de l’effort de reconstruction au Pakistan et a déjà annoncé un prêt de 2 milliards de dollars. La Banque mondiale a ajouté un prêt de 900 millions de dollars. Touché par une catastrophe naturelle, le Pakistan va donc voir sa dette s’accroître de manière significative.

Si l’aide d’urgence est indispensable, il est important de revenir sur les enjeux réels de la situation pakistanaise. En août 2008, le pays était au bord du défaut de paiement. Contraint d’accepter l’aide du Fonds monétaire international (FMI), il a reçu au total un prêt de 11,3 milliards de dollars, mais les conditionnalités attachées au prêt sont particulièrement brutales : mise en vente d’un million d’hectares de terres arables, fin des subsides du gouvernement sur le carburant, augmentation du prix de l’électricité, coupe drastique dans les dépenses sociales… Seul le budget militaire n’est pas visé par la rigueur. En bout de course, ce prêt a détérioré les conditions de vie de la population tout en fragilisant grandement la souveraineté du pays.

Aujourd’hui, le Pakistan a une dette extérieure de 54 milliards de dollars et consacre chaque année 3 milliards à son remboursement. Cette dette, qui a notamment explosé depuis les années 2000, est en grande partie d’origine odieuse. En effet, l’ancien régime du Général Pérez Musharraf était un allié stratégique des Etats-Unis dans la région, surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001. Les principaux bailleurs de fonds n’ont jamais hésité à prêter à la dictature pakistanaise de Musharraf les fonds nécessaires pour mener sa politique. A l’automne 2001, les Etats-Unis ont demandé le soutien du Pakistan dans leur guerre contre l’Afghanistan. Musharraf avait alors accepté que son pays serve de base arrière aux troupes militaires des Etats-Unis et de leurs alliés. Le régime de Musharraf a ensuite continué d’endetter le Pakistan, avec le soutien actif de la Banque mondiale et des grandes puissances. Les prêts accordés n’ont aucune légitimité, ils ont servi à renforcer la tyrannie de Musharraf et n’ont amélioré en rien les conditions de vie des citoyens pakistanais. La dette contractée par ce régime despotique est odieuse. Les créanciers qui ont prêté à Musharraf l’ont fait en connaissance de cause et, dans ces conditions, il est inadmissible que le peuple pakistanais soit contraint de rembourser aujourd’hui la dette odieuse contractée par Musharraf.

Dans ces conditions, son annulation pure et simple est une exigence minimale. Plusieurs pays, à l’image de l’Equateur en 2007-2008, ont réalisé un audit de leur dette afin d’en annuler la partie jugée odieuse. Le Pakistan est tout à fait en mesure de suivre cet exemple.

Un autre mécanisme juridique de non paiement est à prendre en compte par le Pakistan soumis à des inondations dévastatrices : l’état de nécessité. Dans ce cas, il peut invoquer cet état de nécessité pour consacrer les fonds aux besoins vitaux de sa population meurtrie au lieu de rembourser sa dette, sans craindre des poursuites pour n’avoir pas respecté ses obligations. Les trois milliards de dollars ainsi économisés doivent alors être réorientés vers des dépenses sociales en faveur des Pakistanais.

Il est donc temps pour le gouvernement du Pakistan à la fois de suspendre le paiement de sa dette extérieure, de pratiquer un audit de celle-ci et de décider la répudiation de sa part odieuse. Loin de représenter une fin en soi, il devrait s’agir là du premier pas vers un modèle de développement radicalement différent, basé enfin sur la garantie des droits humains fondamentaux.

Découplage Hervé Kempf Reporterre 2010/09/01 Hervé Kempf (1er septembre 2010 à 08h11,) Découplage. Reporterre. Tribune — fr

Découplage

Le printemps, les oiseaux chantent. L’été, les couples se forment. A la rentrée, les affaires sérieuses reprennent. Tiens, le découplage. Quand, à la fin de l’été ou dans la vie, les couples se défont, on parle de séparation. Si l’on a préalablement convolé dans le mariage, c’est le divorce. Et chez les pacsés ? On dépacse ? Enfin bon.

Revenons au découplage. Soit deux réalités évoluant de concert. Elles sont « couplées ». Vraisemblablement, l’une dépend de l’autre. Si les deux réalités divergent, on dit qu’elles se « découplent ».

Prenons un exemple. Tiens, la croissance. La divinité devant laquelle s’inclinent présidents, ministres, entrepreneurs, économistes, journalistes... « Croissance, ô croissance, monte, ô monte, sauve-nous, ô croissance ! » Un torrent de larmes, d’encre et de salive, jour après jour, implore, ausculte, vénère le fétiche : 1,6 %, tout va mal ; 2,4 %, on est sauvés.

Une secte irresponsable se gausse de cet unanimisme bêlant. On les appelle les « écologistes ». « Plus votre économie croît, disent-ils, plus vous abîmez la biosphère, ruinant peu à peu les bases d’une économie saine et durable. » Il arrive que des économistes se laissent prendre à leurs objections, au lieu de garder l’oeil rivé sur l’horizon sacré de la croissance. Tiens, Tim Jackson, dont je vous ai naguère recommandé Prospérité sans croissance (De Boeck, 248 p., 17 euros).

Jackson ne parle pas de décroissance, il demande simplement si une économie croissante peut diminuer son impact sur l’environnement. Si oui, va pour la croissance. Sinon, il faut changer de modèle économique. Pour que la croissance soit acceptable, rappelle-t-il, il faut que s’opère un « découplage » entre l’évolution du PIB et celle de l’impact de l’économie sur l’environnement. Comment évaluer cet impact ? Par divers indicateurs, tels que les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie, ou la consommation de matières. Or, sur aucun de ces indices, ni l’humanité ni même les pays de l’OCDE n’ont réussi à opérer un découplage : depuis 1990, leur PIB a crû continûment, tout comme leur consommation d’énergie et de matières, et leurs émissions de gaz à effet de serre. Parfois, sur certaines périodes, le PIB a crû plus vite que les consommations, mais celles-ci n’ont jamais diminué, ce qui serait nécessaire pour réduire l’impact sur l’environnement. Et, alors que nous nous dirigeons vers 9 milliards d’habitants, la poursuite de la croissance mondiale ne peut qu’aggraver la dégradation de la biosphère, en l’absence de découplage.

Il serait bien que présidents, ministres, économistes et tous les autres s’intéressent au découplage, non ?

Brice Lalonde, serviteur du faux Fabrice Nicolino Reporterre 2010/09/02 Fabrice Nicolino (2 septembre 2010) Brice Lalonde, serviteur du faux. Reporterre. Tribune — fr

Brice Lalonde, serviteur du faux

Ce qui suit est une reprise d’un article publié dans Charlie-Hebdo. J’écris dans ce journal, oui. Entre autres. Et ce n’est pas de la pub, car cela dure depuis une année environ, et vous êtes assez grands pour savoir ce que vous voulez. Si je publie de nouveau ce texte, c’est qu’il annonce, je l’espère du moins, une mobilisation exceptionnelle contre le Sommet de la terre prévu en 2012 à Rio, vingt ans après celui de 1992. Ce qui se prépare, ce qui se jouera, c’est la parole publique légitime autour de la crise écologique. Il y a ceux comme Brice Lalonde, d’ores et déjà couchés devant le capitalisme vert, qui nous assure de nouveaux désastres. Et les autres, dont je suis. Puis-je vous demander de parler de tout cela autour de vous ? Je crois que se prépare un grand combat, une bagarre que nous ne pouvons pas perdre. Peut-on parler d’une priorité ? Il faut en faire LA priorité des prochains mois. Beaucoup ici se demandent quand et comment se lever ensemble. Voilà une occasion unique.

L’affaire semble crétine en diable, mais elle est si passionnante en vérité que l’on ne tardera pas à en reparler. Brice Lalonde, ci-devant écolo, sarkozyste de choc, vient d’être discrètement désigné par les Nations Unies pour organiser le Sommet de la terre 2012 de Rio, vingt ans après le premier. Et notre bon maître à tous n’est pas étranger à la combinazione.

Mais d’abord, un rappel rapide de la carrière d’un si gentil garçon. Écolo dans l’après-68, tendance PSU, Lalonde passe ensuite quinze ans à freiner l’émergence des Verts puis à tenter de les casser. Un beau travail d’expert. Ainsi, en 1984, il présente une liste aux Européennes contre les Verts, qui viennent de naître, en compagnie d’un ancien ministre de droite, le sublime Olivier Stirn. Comme il est élu de Normandie, ce dernier est également appelé « L’andouille de Vire ». Serait-ce une allusion ?

En 1989, Mitterrand appelle Lalonde au gouvernement pour faire semblant de s’occuper d’écologie, mais surtout pour concurrencer les Verts, qui viennent d’obtenir 10,59 % des voix aux Européennes. Commence une époque épique pour Lalonde, qui monte avec Jean-Louis Borloo – lui-même – une grande opération de diversion connue sous le nom de « Génération Écologie » ou GE. Aux régionales de 1992, GE fait à peu près jeu égal avec les Verts, ce qui arrache des sanglots de joie au vieux Mitterrand, qui déteste l’écologie.

Lalonde est déjà reparti ailleurs. La gauche ne plaît plus au monsieur, qui appelle à voter Chirac en 1995, puis s’acoquine dans la foulée avec l’ultralibéral Alain Madelin. Madelin, c’est du lourd. Le 13 mai 1986, 15 jours après Tchernobyl, il déclare, alors qu’il est ministre de l’Industrie : « Dans cette affaire du nucléaire, il faut jouer la transparence. Il n’y a eu aucun maillon faible dans la sécurité des Français ». Presque aussi beau que le coup du nuage arrêté à la frontière.

En 1995, à peine ministre des Finances, il réclame une réforme des retraites plus radicale que celle de Sarko aujourd’hui. En 1998, ayant conquis le Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale, il refuse de condamner Million et Blanc, qui se sont allié à Le Pen pour gagner les régionales à Lyon et Montpellier. Bien entendu, il soutient avec vigueur Bush et son intervention en Irak. Un sans faute.

Et notre Lalonde ? Il ne jure plus que par l’industrie, très grosse de préférence, et se désintéresse peu à peu de la politique. Il laisse tomber Génération Écologie, petite entreprise en difficulté, et disparaît de la scène. Jusqu’à l’été 2007, quand commence la belle mise en scène du « Grenelle de l’Environnement ». Coup de fil de son vieux copain Borloo, devenu chef cuistot à l’Élysée. Le ministre de l’Écologie lui propose un poste taillé sur mesure, celui d’« ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique ». Lalonde remonte en selle et parcourt le monde en avion pour préparer le sommet climatique de Copenhague, en décembre 2009, dont Sarkozy attend beaucoup.

Mais cela foire, et en grand. Les petits bras blancs du président n’ayant pas suffi à sauver le monde, Lalonde se retrouve à la tête d’un poste inutile. Fini ? Mais non, les amis ! Les réseaux élyséens s’agitent en coulisses pour une nouvelle manœuvre auprès des Nations Unies, qui vient de réussir : Lalonde va donc préparer officiellement le grand Sommet de la terre de dans deux ans, qui occupera une bonne part de l’espace médiatique au printemps 2012.

Tout cela relève-t-il d’un heureux hasard ? Euh, non : Sarkozy entend utiliser Lalonde pour montrer au moment des présidentielles, épaulé par un Borloo aux anges, que la droite est non seulement écologiste, mais aussi planétaire. Le coup marchera-t-il ? Pour l’instant, on s’en fout. Mais il faut ajouter deux ou trois bricoles sur l’arrière-plan des festivités de Rio. L’édition 2012 devrait consacrer pour un bon bout de temps le triomphe du « capitalisme vert ».

Le gouvernement menace les associations citoyennes Yann Fiévet Reporterre 2010/09/02 Yann Fiévet (2 septembre 2010) Le gouvernement menace les associations citoyennes. Reporterre. fr

Le gouvernement menace les associations citoyennes

Une circulaire de janvier 2010 pose de nouvelles contraintes aux associations en voulant les assimiler à des acteurs de marché. Un collectif se rebiffe.

Une circulaire du Premier Ministre, signée le 18 janvier 2010, prétend « clarifier et sécuriser le cadre juridique des relations financières entre pouvoirs publics et associations ». Elle réaffirme la liberté d’association comme un droit fondamental inscrit dans la déclaration des Droits de l’Homme. Mais elle impose aussi aux associations et aux collectivités des conditions si restrictives que, dans la pratique, elle remet en cause ce droit fondamental.

De nouvelles formes de mobilisation sont aujourd’hui nécessaires

La négociation qui a conduit à la circulaire du 18 janvier 2010 a été menée par les instances représentatives des associations. Nous regrettons qu’elles n’aient pas été entendues malgré plusieurs mois de négociations. D’autres formes de mobilisation et d’action sont aujourd’hui nécessaires face à un texte inacceptable et inapplicable, qui soumet l’ensemble des associations au bon vouloir du prince.

C’est pourquoi les citoyens, les associations et les collectivités signataires appellent tous ceux et celles qui sont attachés à une action associative au service du bien commun (citoyenneté, coopération, lien social, pratiques culturelles, éducation des jeunes,…) à refuser ce texte inacceptable, à en faire largement connaître les risques pour les libertés associatives, à agir ensemble pour construire des propositions, les faire valoir au sein des instances représentatives des associations, des Pouvoirs publics et de l’Union européenne.

Ils appellent en particulier les collectivités à refuser l’application de cette politique et à mettre en place des politiques de soutien à l’engagement bénévole et aux projets associatifs porteurs de solidarité, de coopération, et de participation citoyenne, à se déclarer « hors Directive Services ».

Une atteinte grave à la liberté d’association

Le principe de la liberté d’association est inscrit dans la déclaration des Droits de l’Homme et repris par toutes nos Constitutions successives. Il donne liberté aux citoyens pour s’associer librement et prendre des initiatives. Au-delà de modalités inapplicables, cette circulaire pose un problème de principe : elle revient sur une liberté fondamentale en inversant la charge de la preuve. « Les associations peuvent être aidées (…) dans le cadre d’une délégation de service public, d’une convention et d’un calcul au plus juste du montant de l’aide en termes de distorsions de concurrence ». Cela est inacceptable au regard de la libre administration des collectivités et de l’apport essentiel des associations. Des associations qui, partout en France, cherchent à promouvoir la citoyenneté, la coopération, le lien social, à développer les pratiques culturelles, à contribuer à l’éducation des jeunes, etc.

Une circulaire inacceptable et déconnectée des réalités

1 Toute action associative est assimilée à une activité économique.

L’objectif principal de cette circulaire est de redéfinir les modalités de financement des associations au regard de la réglementation européenne relative aux aides de l’État. En clair, il s’agit de transposer le droit européen dans le droit français, avec un syllogisme imparable : La réglementation dite des « aides d’État » s’applique à toute « entreprise » recevant un financement public dès lors qu’elles exercent une activité « économique » d’intérêt général. « Dans la pratique, la grande majorité des activités exercées par des associations peuvent être considérée comme des activités économiques ». Dès lors qu’on accepte ce syllogisme, les associations deviennent toutes des entreprises relevant de la concurrence libre et non faussée. Par exemple, de nombreuses associations travaillent au soutien scolaire. Dès lors qu’une entreprise privée se crée pour vendre du soutien scolaire, celui-ci devient un marché et les subventions au soutien scolaire deviennent impossibles.

2 L’Union européenne n’oblige en rien le gouvernement français à classer l’ensemble des activités associatives comme des services économiques d’intérêt général.

Le choix gouvernemental est idéologique. Il repose sur un a priori : tout doit devenir marché, tout doit être marchandise. Il traduit l’absence de toute considération pour l’action des citoyens. Cette politique méconnaît le travail des centaines de milliers d’associations qui oeuvrent pour le bien commun en s’appuyant principalement sur le travail bénévole. Elle méconnaît aussi le travail accompli depuis des décennies par d’autres associations qui certes ont une activité économique, mais dont les recettes servent à financer des actions porteuses d’éducation citoyenne, de solidarité, et plus récemment de transformation des modes de vie et de consommation. Cette politique n’est pas au service des usagers ni des citoyens. Elle vise à dégager de nouveaux champs de profit. Elle répond à la pression des opérateurs privés pour qui ces activités sont un marché important. C’est toute l’économie sociale et solidaire, dont se réclame le mouvement associatif, qui est contestée.

3 A partir de 66 000 euros par an, les subventions aux associations ne sont autorisées que dans le cadre de la "compensation d’obligations de service public".

« Les concours financiers versés sous forme de subventions à une association exerçant une activité économique d’intérêt général ne sont pas qualifiés d’aides d’État et ne sont soumis à aucune exigence particulière dès lors qu’il demeure inférieur à 200 000 euros sur 3 ans ». Ce seuil est apprécié toutes aides publiques confondues, en intégrant les facilités accordées à titre gratuit par les collectivités publiques (mise à disposition de locaux, de personnel et de matériel). Au-delà, ils ne sont acceptables que s’ils sont regardés comme la compensation d’obligations de service public. Pour cela, il faut que l’association soit « explicitement chargée, par un mandat d’intérêt général d’exécuter des obligations de service public clairement définies dans leur consistance, leur durée et leur étendue. La compensation financière, calculée sur une base préalablement établie, est strictement proportionnée au coût occasionné par l’exécution des obligations de service public assuré. Elle est périodiquement contrôlée et évaluée pour éviter la surcompensation ».

Le principe de la subvention n’est pas formellement remis en cause, mais celle-ci est tellement encadrée qu’elle devient exceptionnelle. Et surtout on observe un glissement sémantique de « subvention » à « compensation ». Ce texte traduit une tutelle de plus en plus pesante de l’Union européenne et de l’État sur les associations et sur la libre administration des collectivités territoriales, comme avec la réforme des Collectivités.

4 Des conditions de réalisation des actions très restrictives et irréalisables

« Le budget prévisionnel de l’action peut être modifié à la hausse et à la baisse dans la limite d’un pourcentage, à condition que cela n’affecte pas la réalisation du programme de l’action. L’association doit notifier ces modifications par écrit dès lors qu’elle peut les évaluer et avant le 1er juillet d’année en cours. Les retards dans l’exécution de la convention, pour une raison quelconque, doivent être signifié à l’administration par lettre recommandée avec accusé de réception. L’association doit fournir trois mois avant le terme de la convention un bilan d’ensemble qualitatif et quantitatif de la mise en oeuvre du programme d’action. L’administration procède conjointement avec l’association à l’évaluation des conditions de réalisation du programme. »

Autant de conditions restrictives et irréalistes ! L’administration et les collectivités ne décident que très tard dans l’année du montant de leurs subventions. Compte tenu de la réduction des effectifs des services de l’administration, celle-ci n’a plus les moyens aujourd’hui de procéder à un examen au cas par cas les conditions de réalisation de chacune des actions subventionnées. Ainsi, la circulaire fixe aux associations des obligations impossibles à satisfaire par celles-ci, mais aussi par les pouvoirs publics eux-mêmes. Elle met par définition les associations « à la faute ».

Opposition au projet de Total sur les sables bitumineux Les Amis de la Terre Reporterre 2010/09/03 Les Amis de la Terre (3 septembre 2010) Opposition au projet de Total sur les sables bitumineux. Reporterre. fr

Opposition au projet de Total sur les sables bitumineux

L’extraction des sables bitumineux est une source de pollution majeure au Canada. Total y participe activement. Une coalition d’ONG s’y oppose.

Plus de 30 associations du Canada, des États-Unis et de France ont fait part de leurs objections à la mine “Joslyn North”, un nouveau projet d’extraction de sables bitumineux situé dans le nord du l’Alberta et proposé par le géant pétrolier Total auprès de la commission d’examen conjointe Canada-Alberta. Cette Commission, qui a achevé la consultation publique sur le projet le 24 août dernier, a été mise en place par les gouvernements du Canada et de l’Alberta afin de conduire l’évaluation environnementale du projet.

“La France prétend jouer un rôle moteur dans la lutte contre les changements climatiques mais l’une de ses plus grosses entreprises remet en cause ce discours par ses activités au Canada”, selon Aloys Ligault, chargé de campagne sur la responsabilité des entreprises aux Amis de la Terre France.

Selon les propres chiffres de Total, ce projet contribuera aux dérèglements climatiques, détruira les terres et produira des déchets toxiques, parmi d’autres impacts environnementaux.

- Le projet générera 1,5 million de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit l’équivalent de 270 000 voitures en circulation. - Il détruira 7 000 hectares de terres, soit l’équivalent de presque six fois la taille des jardins du Château de Versailles, sans espoir réaliste de ramener ces zones à leur état initial. - Il produira 12,5 milliards de litres de résidus toxiques chaque année. Au niveau de l’ensemble de la durée de vie du projet, cela représente un volume assez important pour remplir plus de 100 stades, sans qu’aucun plan attesté n’existe pour empêcher ces résidus de pénétrer les terres et les eaux de la région. - Il émettra chaque année 2 740 tonnes de substances polluantes, responsables de pluies acides. - Il provoquera chaque année le prélèvement et la pollution de 22 milliards de litres d’eau douce provenant de la rivière Athabasca.

Les gouvernements du Canada et de l’Alberta n’ont placé dans les faits aucune limitation aux émissions globales de gaz à effet de serre, à la pollution de l’air, de l’eau, à l’utilisation de l’eau douce et à la destruction des terres dues à l’exploitation des sables bitumineux.

Les Amis de la Terre France, Environmental Defence Canada, Equiterre, Greenpeace, le Natural Resources Defense Council et l’Echêché anglican de Nouvelle-Ecosse et de l’Ile du Prince Edouard s’opposent à ce projet. Les Amis de la Terre France demandent l’abandon de ce projet contraire à l’intérêt public, et le redéploiement des investissements vers des économies d’énergie et le développement des énergies propres, renouvelables et équitables.

Plaidoyer pour les vautours Jean-François Terrasse Reporterre 2010/09/03 Jean-François Terrasse (3 septembre 2010) Plaidoyer pour les vautours. Reporterre. Tribune — Animaux fr

Plaidoyer pour les vautours

Non, les vautours ne sont pas des prédateurs d’animaux vivants...

L’Europe méridionale abritait quatre espèces de vautours tout autour de la Méditerranée : le vautour fauve, le vautour moine, le vautour percnoptère et le gypaète barbu. De ces importantes populations, il ne subsiste que des reliques. La France et surtout l’Espagne jouent un rôle capital dans la conservation de ces oiseaux en Europe, persécutés jusqu’à l’anéantissement dans de nombreux pays, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe.

En France où ces grands oiseaux ont failli disparaître, des actions de conservation pionnières ont permis tout d’abord de sauver les derniers survivants dans les années 70 – 80, puis de renforcer et de réintroduire les espèces disparues, gypaète barbu dans les Alpes, vautour fauve et vautour moine dans les Causses et le sud des Alpes. Ces projets pilotes initiés en France ont servi de modèles dans d’autres pays européens. Les protecteurs de la nature français peuvent s’enorgueillir d’être à la pointe du savoir-faire pour ces techniques de biologie de la conservation.

Les vautours sont parmi les plus grands oiseaux du monde approchant 3 mètres d’envergure. Ce sont des ailes volantes, explorant en planant, sans dépenser d’énergie, d’immenses surfaces à la recherche visuelle des cadavres de mammifères sauvages ou domestiques dont ils se nourrissent. Contrairement à une idée reçue, l’odorat ne joue aucun rôle dans cette prospection. C’est en observant le comportement d’autres oiseaux opportunistes, corvidés et milans, qu’ils découvrent un animal mort. Tel un réseau d’observateurs invisibles dans le ciel, s’observant mutuellement, ils accourent de toute part dès qu’un festin est signalé.20 ou 30 vautours fauves font disparaître les chairs putréfiées d’une brebis ou d’un cervidé en moins d’une heure. Là où les quatre espèces de vautours sont présentes, les restes .coriaces et les os sont éliminés. La place reste nette, sans plus de ressources pour les mouches et les bactéries. Le tube digestif des vautours élimine les germes et on a pu dire qu’ils sont un " cul de sac épidémiologique ». Leur rôle est donc d’éliminer dans la nature les gros animaux morts, bloquant ainsi la propagation des germes pathogènes.

En Europe, depuis des siècles, les vautours sont des commensaux du pastoralisme, suivant les troupeaux transhumants et éliminant les cadavres. Ce service rendu aux éleveurs était tellement reconnu qu’en Espagne existait près de chaque village un endroit baptisé « muladar » où l’on déposait les cadavres des animaux de trait et du bétail.

A la fin du XXe siècle et jusqu’à nos jours, plusieurs changements économiques majeurs sont venus perturber cet équilibre éleveur-vautours. D’abord la mécanisation de l’agriculture, les tracteurs contrairement aux animaux de trait n’étant pas recyclables par les vautours ; puis la quasi disparition des grandes transhumances à pied ; enfin le remplacement de l’élevage extensif par un élevage industriel concentrationnaire, produisant des tonnes de déchets animaux transformés ensuite en farines de viandes et d’os ; couronnant le tout, la crise de la vache folle (ESB) avec l’avènement d’une obligation stricte d’équarrissage industriel et payant pour tous les particuliers (190 à 300€ selon les départements pour un cheval...). C’est particulièrement en Espagne que cette révolution dans les pratiques d’élevage a provoqué d’abord une augmentation importante des populations de vautours fauves (20 000 couples) venant se nourrir aux portes des porcheries industrielles. Et dès les années 2003-2004, l’équarrissage généralisé privait les vautours de ressources et créait une famine totale dans ces grandes colonies de vautours du versant sud des Pyrénées situées en Aragon et en Navarre.

On a pu voir alors au piémont des Pyrénées françaises des réunions de vautours affamés s’approchant des fermes pour se repaître d’animaux morts, ce qui était devenu totalement inhabituel. On peut comprendre que des éleveurs français se soient inquiétés, surtout en présence de vautours dévorant un veau mort né ou la mère en difficulté de vêlage non assistée et déjà condamnée. Très vite, la rumeur colportée par les médias a fait état d’attaques délibérées sur des animaux sains, affirmant que les vautours avaient changé de comportement et étaient devenus des prédateurs !

Aucune expertise sérieuse n’est venue confirmer cette attestation gratuite, même si les constats des vétérinaires les disculpent globalement. Dans le pire des cas, des vautours affamés ont aggravé des situations où un animal en difficulté et sans assistance était déjà condamné. Aussitôt, à partir de quelques cas isolés, la polémique a fait du vautour fauve le bouc émissaire à la fois des difficultés de l’élevage et des frustrations des opposants d’une politique de conservation de la biodiversité incluant pêle-mêle, l’ours, le loup, la chasse du grand tétras et le Parc National des Pyrénées. Des faux témoignages grossiers diffusés sur la toile continuent d’alimenter et d’aggraver cette polémique stérile.

En réalité, dans les Pyrénées françaises où l’élevage est important, la petite population de vautours fauves (525 couples en 2007) est bien intégrée au pastoralisme. Tout le monde peut y observer des dizaines de vautours survolant les alpages où abondent brebis (621 000), vaches (157 000), chevaux (12 000), chèvres (14 000) pour 5 300 exploitations pastorales (1) sans aucun problème. Les vautours éliminent sans frais pour l’éleveur et la collectivité des milliers de cadavres, économisant ainsi une énorme quantité de CO2 généré par l’équarrissage (transport, incinération) d’ailleurs souvent impraticable dans des montagnes peu accessibles. Ces oiseaux, véritables alliés sanitaires, sont donc parfaitement intégrés dans une politique de développement durable.

En annonçant à Toulouse le 26 juillet 2010 des mesures discréditant l’utilité des vautours fauves, la Secrétaire d’Etat à l’écologie, Madame Chantal JOUANO se situe à l’opposé d’une politique de gestion intelligente de la faune sauvage. Mais sans doute voulait-elle faire plaisir à une frange d’électeurs, éleveurs-chasseurs de subvention, et adversaires déclarés de toute forme d’acceptation de la nature « sauvage ».

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Note :

(1) Chiffres pour l’année 2004, Courrier de l’environnement, INRA, N° 57, 07/2009.

Le wifi à l’école, un danger pour les enfants Robin des Toits Reporterre 2010/09/06 Robin des Toits (6 septembre 2010) Le wifi à l’école, un danger pour les enfants. Reporterre. fr

Le wifi à l’école, un danger pour les enfants

Le principe de précaution s’impose avec une force particulière s’agissant d’enfants dont le cerveau est en développement.

L’association nationale Robin des Toits met aujourd’hui en ligne un formulaire de refus d’exposition au Wi-Fi pendant le temps scolaire, destiné aux parents d’enfants scolarisés. http://www.robindestoits.org/_a1128.html

Ce formulaire est accompagné d’une lettre aux parents qui rappelle que les effets des ondes Wi-Fi n’ont fait l’objet d’aucune étude d’impact sanitaire préalablement à la mise sur le marché de cette technologie qui envahit massivement notre environnement alors que certains travaux scientifiques soulignent les risques que l’exposition au Wi-Fi pourrait présenter pour la santé humaine, en particulier celle des enfants.

Il est incompréhensible, eu égard au Principe de Précaution, et alors même qu’existent des solutions alternatives plus sûres et plus performantes (câblage), que la solution Wi-Fi soit retenue dans les écoles. Le principe de précaution s’impose avec une force particulière s’agissant d’enfants dont le cerveau est en développement. Il n’est pas question de s’opposer à l’usage de l’informatique ou d’Internet à l’école, mais simplement d’exiger que cet usage passe par des techniques sans danger pour la santé.

Robin des Toits recommande aux parents de remettre le formulaire à la direction de l’école (du collège, du lycée) et d’en envoyer copie au Ministère de l’Education Nationale ainsi qu’à la Mairie de la commune de l’école.

La jeunesse est l’avenir de l’homme Bernard Stiegler Reporterre 2010/09/06 Bernard Stiegler (6 septembre 2010) La jeunesse est l’avenir de l’homme. Reporterre. Tribune — fr

La jeunesse est l’avenir de l’homme

Le consumérisme qui semble dominer notre époque - je dis qu’il semble dominer, parce que chacun sent bien qu’il n’est plus viable, qu’il est devenu toxique, que tout cela ne pourra pas durer et que quelque chose d’autre se cherche - frappe violemment une grande partie de la jeunesse, dont on a parfois l’impression (à tort, j’essaierai de dire pourquoi plus tard) qu’elle ne connaît aucune autre réalité que la marchandise jetable, c’est à dire en fin de compte sans réelle valeur. Et on l’a l’impression que la jeunesse se sent elle-même être sans valeur, et vivre dans un monde dévalué.

Le consumérisme cependant, n’est pas un phénomène nouveau. Ce que nous vivons en ce moment constitue le terme d’un processus. Que quelque chose se termine, c’est ce dont l’effondrement de General Motors a été l’indice planétaire en 2008.

2008 a signé la fin d’un processus qui a démarré au début du 20e siècle de manière embryonnaire, et qui ne s’est véritablement imposé, en particulier en Europe occidentale, qu’après la seconde guerre mondiale, surtout à partir des années 60.

Au cours de cette décennie, la jeunesse a été visée, « ciblée » et systématiquement harponnée par les médias de masse, en particulier, en France, à travers ce que l’on appelait alors les « radios périphériques », c’est à dire non autorisées à émettre sur le territoire national, parce que privées et financées par la publicité : Europe n°1 et RTL.

C’est à cette époque qu’est née l’émission Salut les copains, qui est aussi devenue un hebdomadaire, et qui a fabriqué la période dite « yéyé ».

Il s’agissait alors de « segmenter » les marchés, comme dit le marketing. Et pour cela, de modifier les rapports intergénérationnels, de façonner une « culture jeune », etc.

Ce fut aussi, et au plan mondial, l’avènement - après le rock’n roll dans l’Amérique des années 50 - de la pop music, non sans rapport avec le pop’art.

Le phénomène sera très complexe, puisqu’il se combinera avec la lutte de la jeunesse américaine puis internationale contre la guerre du Vietnam.

Ceci conduira aussi à 1968.

Pourtant, et en apparente contradiction avec cette issue historique (qui reste encore très mal analysée), en lien étroit avec tout cela que l’on a appelé la contre-culture, la jeunesse deviendra alors et d’abord un marché, et avec elle, l’anti-conformisme deviendra un argument de vente, sinon le principal argument de vente.

C’est un véritable marketing de la jeunesse qui s’impose ainsi, qui tend à se substituer aux acteurs éducatifs, parents et enseignants, aux institutions scolaire et familiale, et qui devient le principal segment de marché au service de la résolution d’un problème endémique du capitalisme industriel : l’excédent de production.

Les agences de publicité qui fleurissent alors en Europe, inspirées par la recherche des motivations née en Amérique après la seconde guerre mondiale, elle même inspirée des méthodes mises au point par Edward Bernays dans les années 20, commencent dès lors à cultiver un « style jeune » et valorisent systématiquement la nouveauté en l’opposant à tout ce qui est hérité et transmis.

C’est ainsi qu’aux USA, en 1955, une agence de publicité anticipant ce qui allait devenir, à la fin du siècle, le mode de vie de la planète entière, peut écrire que ce qui fait la grandeur de ce pays [l’Amérique du Nord], c’est la création de besoins et de désirs, la création du dégoût pour tout ce qui est vieux et démodé.

La jeunesse et même souvent l’enfance sont évidemment ici les « cibles » prioritaires parce qu’elles sont beaucoup plus réceptives que les générations adultes.

Il faut insister sur le fait que le capitalisme surproduit de manière structurelle, qu’il se trouve toujours confronté au risque de la crise économique, et que pour pouvoir faire tourner ses machines et amortir ses investissements, il entretient un processus de développement permanent (d’innovation) auquel toute la société participe : les capitalistes eux-mêmes, mais aussi les syndicats et les travailleurs.

Lorsque l’on produit un bien nouveau, tout le monde veut qu’il se vende parce que tout le monde veut du travail et du « pouvoir d’achat ».

Cette machine consumériste, en particulier avec l’avènement du transistor, et pour pouvoir pénétrer la société plus rapidement, va viser en priorité la jeunesse parce qu’elle est beaucoup plus plastique que les générations adultes.

C’est ainsi que va apparaître cette génération dont une partie, se sentant instrumentalisée, va cependant et par contre-coup devenir contestataire, et dénoncer la « société de consommation » en se référant à Guy Debord, à Herbert Marcuse et à Jean Baudrillard, en mai 1968, et en France, mais aussi à San Francisco, à Tokyo - et même à Prague (mais c’est là un autre élément de contexte qu’il faudrait analyser pour lui-même en revenant sur l’expérience conduite alors par Alexandre Dubcek).

Pendant très longtemps, on ne va pas bien comprendre ce qui se joue là. Or il s’agit du début d’un processus qui conduit à la destruction des relations intergénérationnelles.

Les relations intergénérationnelles sont fondamentales : je ne peux devenir adulte qu’à la condition d’avoir été enfant, c’est à dire d’avoir reçu ce que seuls un père et une mère peuvent me léguer (y compris bien sûr comme parents adoptifs). Ces relations me disent et m’enseignent qu’il y a des choses qui me dépassent, que je reconnais, et devant lesquelles je m’incline - sans nécessairement m’y soumettre, mais en en reconnaissant l’autorité.

C’est parce que je reconnais l’expérience de mes parents, c’est à dire ce qu’ils m’ont transmis, à travers leur langage, leurs amis, leur culture et leurs passions, y compris leur propre reconnaissance vis à vis de leurs aînés, toutes choses reçues d’eux et sur quoi je me suis construit, que je tiens à la vie, et que je sais que, comme dit le pédiatre Donald Winnicott, « la vie vaut le coup d’être vécue ». Et que du coup je vaux quelque chose moi-même. Je développe ces questions dans un livre à paraître, Ce qui fait que la vie vaut le coup d’être vécue (1).

Or, comment ne pas être inquiet à cet égard, comment ne pas avoir l’impression que bien souvent, dans la jeunesse actuelle, ce sentiment de ce qui fait que la vie vaut le coup d’être vécue semble s’affaiblir, sinon disparaître ? Et que les jeunes gens ont perdu le sentiment de leur propre valeur, et de ce que vaut la jeunesse ?

Le sentiment de ce qui vaut, et qui du coup vaut le coup d’être vécu, c’est ce qui, chez les humains, est transmis à travers une longue chaîne intergénérationnelle, qui constitue aussi la base d’une confiance en soi et dans les autres sans laquelle une société est impossible. Or, je crois que cette confiance intergénérationnelle a malheureusement été ruinée par la façon dont le rapport entre les générations a été progressivement détruit et court-circuité par les médias audiovisuels en particulier.

C’est ce que j’ai tenté de montrer dans « Prendre soin. De la jeunesse et de générations » (2) , où j’analyse une campagne au cours de laquelle la chaine de télévision Canal J explique pourquoi elle est beaucoup plus intéressante pour les enfants et les jeunes que leurs parents ou leurs grands-parents - et je trouve scandaleux que les pouvoirs publics n’aient pas interdit cette publicité et condamné la chaîne qui l’avait commanditée.

Au lieu de cela, ces pouvoirs publics ont préféré faire des enfants - notamment de ceux qui sombrent dans la délinquance faute de ce soin élémentaire que constitue la relation intergénérationnelle porteuse de reconnaissance et de confiance - des boucs-émissaires, en supprimant l’excuse de minorité (c’est à dire les tribunaux d’assises soumis à une juridiction réservée aux mineurs), et plus généralement, et plus récemment, en pénalisant les familles fragilisées par cet état de fait, directement issu du consumérisme, qui ruine l’autorité des parents, et en supprimant les allocations familiales dans les familles dont des enfants sont absents de l’école.

La filiation - qui est la condition de constitution d’un appareil psychique capable de devenir adulte, et qui se prolonge et s’enrichit avec l’éducation prise en charge par les établissements d’enseignement - : voilà ce que le consumérisme détruit. Et les conséquences de cet état de fait sont calamiteuses. Le marketing mène cette politique de manière systématique et raisonnée. Je ne dis pas qu’il le fait de manière délibérée : le consumérisme ne voulait probablement pas détruire les liens parents-enfants ; mais les spécialistes du marketing ont empiriquement constaté qu’il était plus facile de faire pression sur les enfants pour faire consommer les parents - en France, 43% des actes d’achat sont réalisés sous la pression des enfants - et ils en ont tiré les conséquences commerciales, tout en se moquant des conséquences sociales.

Quant à la puissance publique, elle est devenue l’impuissance publique, totalement soumise à ce modèle toxique, et elle a mis en oeuvre une véritable incurie politique et sociale, face à cette incurie économique qu’est le consumérisme. Tout cela a conduit à la pénalisation et à la criminalisation de la jeunesse et des familles face à des entreprises, des médias et des publicistes qui ont tous les droits. Je ne parle même pas du projet de ficher les enfants de trois ans supposés manifester des troubles du comportement.

Or, les conséquences sociales - dont on fait porter la responsabilité aux parents et aux enfants, ce qui est littéralement une honte - sont devenues extrêmes et terribles. Dans une société où l’acte d’achat est le plus important, où l’argent est érigé en valeur absolue, cela veut simplement dire qu’il n’y a plus de parents, plus d’adultes, plus d’autorité et donc plus d’enfants non plus.

Dans cette vaste entreprise de détournement de l’attention des enfants vers les marchandises, les parents sont expulsés, décrédibilisés - « ringardisés », comme on disait il y a quelques années. - mais aussi mis en position d’accusés. Quant aux enfants, ils sont abandonnés à une condition orpheline provoquée par cette incurie.

En détruisant l’autorité des parents sur les enfants, on détruit du même coup le pouvoir symbolique de la Loi (c’est à dire de ce qui stabilise sous la forme d’un contrat social une compréhension historique et partagée de l’intérêt général) au profit d’un « surmoi automatique » (c’est une expression de Marcuse) qui ne fonctionne que par la répression, et non plus par l’intériorisation - intériorisation à laquelle la puissance publique et symbolique a définitivement renoncé : le citoyen est lui-même et en tant que tel devenu un consommateur auquel on inculque des réflexes conditionnés et que l’on contrôle par la peur du radar automatique et la caméra de video-surveillance.

Mais on ne compte plus sur l’esprit civique parce qu’on n’en a plus soi-même.

Et en renonçant à l’intériorisation symbolique, on a aussi renoncé à la confiance - c’est à dire, au fond, à la paix civile.

De mode limite du fonctionnement social, la répression tend ainsi à devenir son mode ordinaire.

Pour autant, il ne s’agit pas simplement d’un nouvel épisode de la « lutte des classes ». L’anéantissement de la relation intergénérationnelle n’a pas seulement lieu dans les populations pauvres : les déterminismes sociaux « classiques » sont ici en partie dépassés. Les enfants des classes populaires sont bien entendu plus fragiles et plus menacés que ceux du patron de M6 - qui avait un jour déclaré qu’il ne souhaitait pas que ses propres enfants regardent M6 - , mais d’une manière générale, les anticorps sociaux fonctionnent de moins en moins bien quelles que soient les catégories de populations. C’est entre les générations que cela se joue, et non entre les classes sociales - même si les deux polarités se combinent évidemment.

Or, c’est aussi cela qui est intéressant, car cela a pour conséquence que la lutte sociale et politique passe aujourd’hui par l’intérêt général. Autrement dit pour que les grands banquiers et les grands industriels se disent qu’il n’est plus possible de continuer comme ça, il faut que leurs propres enfants soient menacés par cette pollution mentale, comme leur propre oxygène commence à leur manquer.

Il y a un discours nouveau à tenir sur l’intérêt général pour sortir de l’ultra court-termisme du capitalisme et de la jetabilité généralisée qu’il induit (jetabilité des produits que l’on consomme, des ouvriers qui les produisent, et des entreprises elles-mêmes, que les LBO démantèlent puis revendent « par appartements » en Chine ou en Inde).

Ici et pour finir je voudrais insister sur le fait que ce discours de l’intérêt général passe essentiellement par la jeunesse non seulement comme objet de préoccupation des parents et des adultes en général, mais aussi comme sujet de cette préoccupation.

Et ici, il faut bien reconnaître que ce n’est pas seulement le marketing qui induit toutes ces ruptures : l’accélération de l’innovation joue évidemment aussi et de son seul fait un rôle majeur.

Or, si la jeunesse est très réceptive à cette innovation, en particulier au numérique, c’est aussi parce que cette technologie est porteuse de possibilités économique, culturelles et politiques alternatives. C’est ce que j’appelle, avec l’association Ars Industrialis, l’économie de la contribution (3).

Les jeunes générations sont souvent très engagées dans les modèles et les pratiques qui représentent pour nous les embryons de ces pratiques sociales, culturelles et économiques nouvelles. De ce point de vue là, une question fondamentale pour l’avenir est de parvenir à faire travailler ensemble les générations à partir des savoirs qui sont les leurs, et qu’il faut faire se rapprocher et se féconder.

Une partie importante de la jeunesse trouve dans les médias numériques des modèles non-consuméristes, c’est à dire ne reposant plus sur l’opposition production/consommation.

L’économie de la contribution s’est concrétisée dans les logiciels libres, l’encyclopédie Wikipedia, et de nombreuses autres formes de pratiques collaboratives moins connues. Ces modèles ne concernent pas que le numérique, ils se retrouvent dans beaucoup d’autres domaines, comme la production énergétique décentralisée : avec les réseaux de distribution d’électricité intelligents, les « smart grids », le consommateur est également producteur d’électricité.

Ce qui est en jeu dans cette nouvelle révolution industrielle, c’est aussi la réarticulation du lien intergénérationnel, c’est à dire le réagencement des savoirs, et la mobilisation de la jeunesse dans de grands projets d’avenir pour lesquels elle est motivée.

La jeunesse vaut beaucoup plus qu’elle ne le croit et que nous ne le lui disons. Il nous faut à présent l’admettre, lui faire confiance, et l’en convaincre. Elle a des savoirs qui lui sont propres en effet, et qui sont issus du devenir technologique qu’elle s’approprie comme génération des « digital natives ». Et ceci doit devenir un projet économique et politique intergénérationnel, et la base d’un nouveau projet social.

Pour cela, il faut que la puissance publique mette en oeuvre des dispositifs de financement de ce que l’on appelle les externalités positives. Celles-ci désignent des valeurs économiques et sociales indispensables au fonctionnement de la société, mais qui ne sont pas « monétarisées » par des marchés. On parle en ce sens de pollinisation, par référence à l’activité des abeilles qui fécondent leurs végétaux tout en butinant pour faire leur miel.

Je travaille actuellement avec mes amis d’Ars Industrialis, mais aussi avec des collectivités territoriales, à des modèles économiques où, plutôt que de distribuer des aides sociales, la puissance publique allouerait des fonds sur des projets contributifs - et en particulier pour les jeunes générations. Il s’agit de passer de l’aide sociale à l’investissement social, et cela concerne la jeunesse en tout premier lieu.

J’ai aussi plaidé (4) pour que la puissance publique se renouvelle en profondeur en recrutant massivement des jeunes gens en contrats temporaires, et afin de se moderniser - non pas en réduisant ses moyens et en renonçant à ses missions, incurie qui conduit à nombre des maux que j’ai décrits ici, mais au contraire en mettant en oeuvre de nouvelles missions inscrites dans le cadre d’un immense changement de modèle dont nous savons tous qu’il est indispensable si nous vouons que l’humanité perdure et que les générations futures puissent vivre dignement.

Ce dont la jeunesse a besoin, c’est une véritable perspective. Pour cela, il faut lui faire confiance, compter sur elle, faire appel aux compétences qu’elle acquiert aussi dans ces situations si difficiles.

Aujourd’hui, 25% des jeunes sont au chômage, selon les estimations officielles. Faute d’un sursaut qui renverse la situation du tout au tout, nous allons inévitablement au devant d’un conflit intergénérationnel majeur. »

..................................................... Notes :

(1) Flammarion, sortie en librairie le 6 octobre 2010

(2) Flammarion, 2008

(3) Cf : http://www.arsindustrialis.org

(4) dans La télécratie contre le démocratie. Lettre ouverte à nos représentants politiques, Flammarion, 2007.

Retraites : un autre regard Bizi Reporterre 2010/09/07 Bizi (7 septembre 2010) Retraites : un autre regard. Reporterre. Tribune — fr

Retraites : un autre regard

Le débat actuel sur l’avenir du système des retraites se base entièrement sur les scénarios établis par le Conseil d’Orientation des Retraites (COR). Ces scénarios sont ils eux mêmes basés sur des hypothèses crédibles, sur des modèles durables ?

Ils reposent sur des projections à 40 ans basées sur la poursuite du même type de croissance, le même modèle de production et de consommation, les mêmes concepts de PIB que dans les 40 années qui nous ont précédées.

Mais nous savons aujourd’hui que ces modèles nous mènent droit au mur. Crise de la biodiversité, emballement climatique, fin des énergies fossiles, crise alimentaire, explosion des inégalités…

L’explosion programmée à court terme du prix du pétrole et l’atteinte des limites de la planète rendra en outre impossible la poursuite de ces modèles.

Dés lors, les scénarios envisagés par le COR perdent toute crédibilité et tout intérêt.

De même, le remède proposé par le gouvernement et le MEDEF, à savoir travailler plus, plus longtemps et plus vieux, ne peut qu’empirer la situation. Est il réaliste de proposer de travailler plus, ce qui veut dire dans notre cas de figure produire plus, alors que nous dépassons déja les limites actuelles de la planète sur laquelle nous vivons ? Le gouvernement et le MEDEF veulent nous faire croire que l’on dispose d’une planète B !

Il est urgent de jeter à la poubelle la feuille de route actuelle du gouvernement, et de commencer à envisager les choses de manière sérieuse et responsable.

Nos solutions se veulent cohérentes, réalistes et ambitieuses, que ce soit pour limiter au maximum la crise écologique, pour combattre les inégalités sociales ou pour répondre au problème des retraites.

Elles passent par l’augmentation de la durabilité des productions et non leur croissance quantitative, le partage radical des richesses, le développement des services non marchands (santé, culture et sport, transports collectifs, soins pour tous…) et celui des richesses non économiques (liens sociaux, participation citoyenne, culture populaire…).

Mieux partager le gâteau et en changer la recette :

Comme le dit l’économiste Jean Gadrey « Dans une économie d’abondance, lorsque les ingrédients du gâteau vont manquer à force de vouloir le faire grossir, lorsque son contenu devient toxique, et alors que l’obésité consumériste se répand, il nous faut des gâteaux sains, bons et mieux partagés. Sans parler des gâteaux non monétaires : extension de la gratuité et de la réciprocité des échanges, de la convivialité et de bien d’autres ingrédients du bien vivre qui concernent tout particulièrement les retraités. »

« La retraite à 60 ans reste un outil majeur à la fois de partage du temps de travail (quand il y a quatre à cinq millions de personnes au chômage ou en sous-emploi) et de relativisation de l’emprise excessive du travail et de l’économie sur la vie et la nature. »

A nous de la défendre sans aucune concession, en participant tous et toutes à la journée d’action contre cette réforme des retraites !

.............................

Signataires :

Maixan Arbelbide, retraitée ; Marie Arthuys, artisanne ; Ramuntxo Clausell, jardinier ; Iban Grossier, ingénieur BTP ; Claude Guignabert, retraité ; Mattin Ihidope, animateur ; Daniel Junquas, retraité ; Adrien Kempf, technicien agricole ; Camille Ogouz, secrétaire ; militant(e)s de Bizi !

Pourquoi le revenu maximal admissible (RMA) et comment le mettre en place ? Patrick Viveret Reporterre 2010/09/07 Patrick Viveret (7 septembre 2010) Pourquoi le revenu maximal admissible (RMA) et comment le mettre en place ?. Reporterre. Entretien — Économie fr

Pourquoi le revenu maximal admissible (RMA) et comment le mettre en place ?

Ecouter en cliquant ici

Cet entretien dure dix-huit minutes.

Des peuples indiens de Colombie menacés d’extinction Survival International Reporterre 2010/09/07 Survival International (7 septembre 2010) Des peuples indiens de Colombie menacés d’extinction. Reporterre. fr

Des peuples indiens de Colombie menacés d’extinction

Un rapport publié par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés avertit qu’au moins trente-quatre groupes indiens de Colombie sont menacés de disparition en raison de la violence qu’ils subissent.

Un rapport publié par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés avertit qu’au moins trente-quatre groupes indiens de Colombie sont menacés de disparition en raison de la violence incontrôlée qui sévit en permanence sur leurs terres.

Le rapport précise ’qu’en dépit des nouveaux efforts de la part de l’Etat... le risque d’extinction culturelle ou physique demeure, et dans certains cas s’est intensifié’.

Selon certaines sources, la recrudescence de meurtres et de menaces de mort ainsi que l’enrôlement forcé des jeunes Indiens dans les groupes armés ne seraient qu’une partie des dangers auxquels les Indiens sont confrontés. Le déplacement interne est également cité comme un problème majeur qui affecte tout particulièrement les peuples indigènes de Colombie. Sur les 4 millions de réfugiés internes du pays, les Indiens en représentent 15 % alors qu’ils ne constituent que 2 % de la population nationale.

A peine deux semaines avant la publication du rapport, Luis Socarrás Pimienta, leader wayúu, était abattu devant son domicile, dans la province de la Guajira au nord du pays, vraisemblablement par un paramilitaire. Selon le rapport, les assassinats d’Indiens de Colombie ont augmenté de 63 % entre 2008 et 2009 et trente trois Indiens awá ont été tués en 2009.

Les Awá sont mentionnés, tout comme les Nukak- l’un des derniers peuples nomades d’Amazonie - comme nécessitant une ’attention particulière’. Plus de la moitié des Nukak ont disparu depuis l’arrivée des colons cultivateurs de coca sur leur terre, ils sont pris dans un piège cruel qui ne leur laisse pour seule alternative que de survivre dans des abris extrêmement précaires à la périphérie des villes ou dans la forêt dévastée par la violence.

Un précédent rapport des Nations-Unies dénonçait un programme soupçonné de ’nettoyage ethnique’ dans le pays pour faire place à des cultures illicites ou ’pour établir des entreprises agroalimentaires, notamment des plantations de palmiers à huile et des élevages de bovins de boucherie’.

’Nous pouvons de moins en moins circuler, même pour chasser ou cueillir notre nourriture’ a déclaré un représentant du peuple wounaan, récemment déplacé, qui dénonce la présence de groupes armés et l’augmentation de la violence depuis l’afflux de cultivateurs de coca sur son territoire.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd’hui : ’L’ancien président colombien revendique le succès de son action contre la violence, mais ce rapport illustre une nouvelle fois le bilan catastrophique du pays en matière de violations des droits de l’homme à l’encontre de la population autochtone. Le nouveau gouvernement de Juan Manuel Santos doit agir une fois pour toutes afin de protéger ses citoyens les plus vulnérables et leur éviter l’extinction avant qu’il ne soit trop tard’.

Retraites : pourquoi les jeunes s’en foutent Titou Lecoq Reporterre 2010/09/07 Titou Lecoq (7 septembre 2010) Retraites : pourquoi les jeunes s’en foutent. Reporterre. Tribune — fr

Retraites : pourquoi les jeunes s’en foutent

Quand on a du mal à trouver un stage non payé, on a du mal à croire à l’idée d’aligner vingt-années de salaire continu.

La réforme des retraites se profile comme thème d’actualité n°1. Dans les reportages télé, on trouvera toujours des jeunes pour affirmer d’un air concerné face caméra que « oui, le problème des retraites me préoccupe vraiment », les syndicats étudiants vont s’inviter dans les négociations. Pourtant, dans le fond, la plupart des jeunes (20 ans) et des moyens jeunes (28 ans), n’en ont, disons-le tout net, rien à foutre. Ça peut sembler dommage mais c’est comme ça. La retraite... Alors comment dire... Comment expliquer que plus ou moins consciemment on est persuadé que nous, on en aura pas de retraite ?

Mais il y a pire. Ça ne nous choque pas plus que ça. Pas parce que jeunesse folle et insouciante. En fait, cette indifférence révèle un changement en profondeur des mentalités.

Stagiaire dans l’âme

Ce que dit cette indifférence, c’est que les jeunes ont un rapport complètement différent au travail, au salariat et à l’Etat. Rien que ça. Du coup, dans le panier, on peut rajouter les droits, les revendications et le syndicalisme. Voire le code du travail, une expression qui rappelle de vagues réminiscences de cours d’histoire. On ne demande pas ou peu d’augmentation de salaire. On ne serait pas loin de s’étonner d’avoir droit à des congés payés. Des congés payés ?... Genre, tu travailles pas et t’es quand même payé ? Incongru aux yeux d’une génération de free-lance et de stagiaires ou, version luxe, de CDD.

Si on entend régulièrement louer le système des stages — et en partie à raison — il faut tout de même voir que ça inaugure une nouvelle mentalité. Parce qu’après deux ans de stage, votre esprit sera très longtemps marqué par la logique du stagiaire, un peu à la manière d’un faux pli. Il vous restera toujours quelque chose de ce statut. Quand on commence sa vie active en étant corvéable à merci et en général pas payé (c’est toute la délicate différence entre rémunéré et indemnisé), et qu’en prime on est même plutôt heureux d’en dégotter un de stage alors, forcément, on trouve normal d’arriver tôt et de rester tard.

De toute façon, pour être stagiaire, il vaut mieux oublier toute notion de code du travail, à moins de sombrer dans l’amertume et la dépression. Vous me direz, ça ne dure qu’un temps, ça s’arrange après. Pas tout à fait. Après un stage, vous passez en général en CDD, ce qui est une sorte de prolongement du stage mais cette fois rémunéré. Pour autant, vous êtes toujours dans une position instable. Si par miracle, vous décrochez un CDI, on vous dira que c’est la crise et qu’un CDI à notre époque, c’est déjà une chance. Le patron qui vous embauche en CDI vous fait un cadeau, sachez-le. Une fleur. Vous êtes donc plutôt enclin à vous confondre en expressions de reconnaissance plutôt que d’essayer de négocier votre contrat.

Pas de bras, pas de chocolat

L’autre cas, c’est le free-lance — de plus en plus nombreux, à tel point qu’on peut se demander si, à terme, le monde du travail ne fonctionnera plus que comme ça. Or quand vous êtes free-lance, vous vivez dans un monde beaucoup plus simple que celui des autres gens, les employés. Un monde régit par une règle : tu ne travailles pas, tu n’es pas payé. Mais attention, l’inverse n’est pas vrai. Tu travailles, tu as peut-être des chances de réussir à te faire payer au bout de quelques mois si tu sais te montrer suffisamment persuasif. Oui, le free-lance doit réussir à convaincre ses employeurs de le payer. Alors autant dire que pour lui, la retraite, c’est juste un terme militaire qui désigne le fait de se replier.

Cette idée d’être rémunéré en fonction de la quantité de travail est en train de s’inscrire dans la mentalité des jeunes. On peut me répondre que ce n’est valable que pour une portion de la population. Mais même dans les jobs proches du nouveau prolétariat, tels que les call-centers ou instituts de sondages en tout genre, vous êtes payés en fonction du nombre de formulaires remplis, du nombre d’appels passés. A l’Education nationale, un prof gagne plus s’il accepte des missions supplémentaires (comme être professeur principal).

C’est le cas depuis longtemps mais les réformes les plus récentes tendent à généraliser ce principe et à glisser de « ceux qui travaillent plus gagnent plus » à « il y en a qui travaillent moins, ils n’ont qu’à gagner moins ». C’est donc un rapport au salariat totalement nouveau qui se fait jour. D’autant plus pervers que finalement, il a quelque chose de logique : être payé en fonction du travail effectué et pas en fonction des termes d’un contrat signé des mois auparavant. Se mettre au chômage plutôt que de prendre des congés payés

Quand on en a marre, qu’on veut faire un break, on démissionne. Ou on attend la fin de son CDD. Ou on accepte pas de nouvelles missions. Et les allocations chômage sont alors perçues comme un substitut aux congés payés. Avant, quand vous n’aviez pas vu quelqu’un depuis plusieurs mois, vous lui demandiez « ça se passe toujours bien ton travail chez Xentreprise ? » Maintenant, on se demande « Et tu fais quoi en ce moment ? T’es toujours chez Xentreprise ? » en sachant qu’il y a de fortes chances pour que la réponse soit négative. Ces changements de boulots pourraient faire penser à une génération zapping. Mais le zapping a une connotation de flânerie, de glande, de superficialité. En réalité, il s’agit davantage d’une génération d’auto-entrepreneurs. Sans forcément être officiellement déclaré en tant que tel, on a tendance à envisager sa carrière comme une entreprise qu’on gère. Même en CDI, un employeur est une sorte de client pour lequel on travaille un temps avant de trouver un autre client.

Une multiplicité simultanée

Non seulement on change plusieurs fois de boulot, de secteur d’activité, de façon diachronique donc, mais même de façon synchronique, on multiplie les activités différentes en même temps. Evidemment, il y a des raisons financières. On cumule plusieurs jobs parce que mis bout à bout, ils permettent de payer le loyer. (Et finalement, là encore, l’extrême de cette logique c’est le free-lance qui a besoin de plusieurs clients pour vivre.)

Mais on professionnalise aussi ce qu’on appelait avant le hobby. Tout se mêle, on jongle d’une activité à une autre. On n’est pas prof. On est prof et guitariste dans un groupe de rock et blogueur. On blogue d’ailleurs souvent depuis son lieu de travail. C’est aussi cette pratique d’activités simultanées qui encourage à changer souvent de travail parce qu’elle multiplie le nombre d’opportunités. On pense utile comme tout débrouillard qui se respecte.

Donc dès qu’on trouve une activité sympa, on se demande si on ne pourrait pas en tirer un peu d’argent ou de reconnaissance. Si on caricature, avant on faisait de la confiture le dimanche pour la famille. Maintenant, le lundi matin quand on arrive au bureau, on ouvre un site internet pour vendre nos pots de confiture.

On réseaute

Les dichotomies traditionnelles s’effacent, travail/loisir mais également collègues/amis. Facebook permet de rester en contact avec ses amis certes mais aussi de se créer un réseau dans lequel se mêlent sphère professionnelle et amicale. C’est là où le terme de « réseau » ne reflète pas la réalité parce qu’il renvoie à une notion ancienne. Le réseau était auparavant réservé à un certain milieu, des gens qui avaient fréquenté les mêmes écoles, qui étaient « entre eux ». C’était un peu la version boulot des rallyes.

Sur Internet, on peut intégrer un réseau qui n’est pas originellement le nôtre, du moment où l’on parvient à en assimiler les codes. Mais surtout ce réseau fonctionne pour tout. Draguer, trouver un job (ou un stage), récupérer une machine à laver. Quand quelqu’un quitte un appart pas cher, il prévient son réseau via Facebook pour que quelqu’un d’autre le récupère. On se refile les bons plans. Là où l’Etat ou la famille remplissait les rôles d’aide, d’entraide, c’est désormais le réseau qui prend le relais, d’où son importance. Ce n’est pas vraiment un idéal de solidarité qui est en jeu. C’est juste une logique de récupération parce que le recyclage, c’est un des piliers de la démerde.

Tous faussaires et pirates

Ces changements se sont faits insidieusement. Ils n’ont pas pris la forme d’une révolution. On n’a pas manifesté pour une autre société. Le résultat, c’est que ces nouveaux modes de vie ne sont pas du tout en accord avec le reste de la société. Pour autant, loin des jeunes l’idée de gueuler. Le vrai débrouillard ne va pas se plaindre, il va se démerder. Il fait avec, au mieux il râle un peu mais surtout, il trouve des solutions. Par exemple, pour avoir un appart, il est impossible de présenter les fiches de paie des différents petits boulots qu’on fait parce que 1/ on arrive rarement à trois fois le loyer, 2/ aux yeux des propriétaires qui gardent en tête l’ancien système un emploi = un salaire, ça ne fait pas sérieux comme mode de vie. Du coup, on fait des fausses fiches de paie. Pour avoir une convention de stage, on fait une fausse inscription à la fac. (Ce qui revient à payer pour avoir sa convention puisqu’il faut quand même s’acquitter des frais d’inscription.)

En résumé, on fraude.

Et dans le domaine culturel, c’est pareil. L’arsenal législatif anti-pirates ne tient pas du tout compte de la réalité du « système ». Si on nous interdit de télécharger, on se rabat sur le streaming et ce n’est évidemment pas pour le plaisir de piller les artistes. C’est toute une économie qui est en jeu. Si on travaille pour pas beaucoup d’argent, on est dans un système économique fragile qui nécessite que certaines choses (dont l’accès à la culture) soient gratuites. En tant que consommateurs, les jeunes téléchargent. Et toujours selon le brouillage des frontières de cette génération D, ils sont aussi critiques et chargés de com’. Si la musique d’un groupe leur plaît, ils s’investiront et feront sa promotion, relayeront les concerts, l’actu du groupe. Ils peuvent à la fois être de vilains pirates et faire le succès d’un artiste. Et évidemment, ils sont eux-mêmes producteurs. De musique, de vidéo, de textes.

Une fois brossé ce tableau, on comprend que la question de savoir si on va calculer le taux plein des retraites sur les 25 meilleures années de salaire est très loin de la réalité vécue par de plus en plus de jeunes.

Le gouvernement stimule les agrocarburants au détriment de l’environnement Réseau Action Climat, Greenpeace, Les Amis de la Terre, Peuples Solidaires Reporterre 2010/09/08 Réseau Action Climat, Greenpeace, Les Amis de la Terre, Peuples Solidaires (8 septembre 2010) Le gouvernement stimule les agrocarburants au détriment de l’environnement. Reporterre. fr

Le gouvernement stimule les agrocarburants au détriment de l’environnement

Le gouvernement renforce le soutien aux agrocarburants, alors que leur effet délétère est attesté.

La France a publié le 24 août son Plan d’action national (PAN) visant à mettre en œuvre la directive européenne sur les énergies renouvelables de 2008 qui lui demande d’atteindre 23% d’énergie renouvelable dans son mix énergétique en 2020, dont 10% dans le secteur des transports. La quasi-totalité de cet objectif sera atteint via des agrocarburants.

Même si la Directive recommandait d’associer toutes les parties prenantes à la réflexion de ce plan, la France a préféré ne recevoir que les avis des pétroliers et des industriels des filières d’agrocarburants. Le Réseau Action Climat (RAC), qui travaille pourtant sur le sujet depuis plusieurs années, n’a pu que prendre connaissance de la proposition du ministère de l’écologie avant l’arbitrage interministériel.

Alors que ce dernier proposait de plafonner le taux d’incorporation à 7% d’agrocarburants en 2020 en attendant que la 2e génération soit disponible, le plan propose finalement d’aller jusqu’à 10% avec une 2e génération d’agrocarburants très peu développée à partir de 2012. Les intérêts agricoles et industriels ont donc, une fois de plus, eu le dernier mot !

Le gouvernement reste donc très prudent sur les agrocarburants de 2e génération (ligno-cellulosiques) et l’objectif des 10% sera atteint presque exclusivement via des agrocarburants de 1e génération, faisant fi des risques environnementaux, sociaux et alimentaires déjà bien connus.

Pour Antoine Bouhey de Peuples Solidaire : qu’il s’agisse du risque d’accaparement des terres dans les pays du Sud et des surfaces à mobiliser en Europe, de la perte de biodiversité (retournement de jachère et prairie ou déforestation) ou de la volatilité des prix de certaines denrées alimentaires, les études récentes montrent que les agrocarburants ont un impact largement négatif.

Prendre en compte le changement d’affectation des sols indirect (CASI)

Les agrocarburants aggravent la déforestation dans les pays en développement via le phénomène du CASI en produisant dans ces pays des matières premières qui seront soit directement transformées en carburant en Europe, soit destinées à compenser le déficit en huile alimentaire provoqué par l’utilisation massive de l’huile à des fins énergétiques.

Les données du PAN montrent que la quasi-totalité de la production française de colza servira à satisfaire les besoins en biodiesel en 2020. Réduire à la marge la dépendance au pétrole du transport routier coûte à la France son approvisionnement national en huile végétale alimentaire ! Cela entrainera des importations de pays tiers pour satisfaire la demande alimentaire, avec le risque d’augmenter la déforestation et les émissions de CO2, explique Diane Vandaele du Réseau Action Climat.

Pourtant, le PAN français reste muet sur le CASI alors même que l’étude ADEME de cette année montre que la prise en compte de ce facteur double les émissions de gaz à effet de serre des agrocarburants français vis-à-vis du gasoil ou de l’essence remplacés.

La méthodologie qui sera arrêtée par la Commission européenne à la fin de l’année pour prendre en compte le changement d’affectation des sols indirect doit être ambitieuse et permettre la mise en place d’actions réellement efficaces pour lutter contre la déforestation, réclame Jérôme Frignet, chargé de campagne forêt chez Greenpeace. Et cela devra nécessairement se traduire par une révision à la baisse de l’objectif agrocarburant français.

Retraites vertes Hervé Kempf Reporterre 2010/09/08 Hervé Kempf (8 septembre 2010) Retraites vertes. Reporterre. Tribune — fr

Retraites vertes

Oui, bien sûr, il faut refuser le projet de réforme des retraites proposé par le gouvernement. Certes, le système de solidarité collective mis en place à l’orée des « trente glorieuses » appelle une remise à plat. Cependant, un gouvernement si ostensiblement proche de l’oligarchie est mal placé pour l’entreprendre. Ce qui est prioritaire, c’est une refonte de la fiscalité qui, en France, comme dans les autres pays occidentaux, a favorisé depuis trente ans les revenus du capital au détriment de ceux du travail.

Le phénomène est bien attesté par de nombreuses études d’organismes officiels : dans les pays occidentaux, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a fortement reculé au profit des revenus du capital. La base de données économiques Ameco de la Commission européenne précise le phénomène (2) : en France, par exemple, la part des salaires dans le PIB est passée d’une moyenne de 63 % dans les années 1960 et 1970 à 57 % dans les années 2000, soit une chute de 6 points. Sachant que le PIB de la France est de 2 000 milliards d’euros, ces 6 points représentent 120 milliards d’euros par an. Un chiffre à comparer au déficit de la branche vieillesse de la Sécurité sociale, qui devrait être de 11 milliards d’euros en 2010. Discuter de la résorption de ce déficit sans poser la question du partage des richesses n’a évidemment pas de sens.

Mais si la récupération du butin amassé par les capitalistes est un préalable, elle ne saurait suffire à résoudre les problèmes : dans un monde où la crise écologique s’affirme toujours plus, la poursuite de l’enrichissement matériel collectif doit être contestée. Le renouveau de la solidarité collective doit être prolongé par une nouvelle conception de l’économie.

« Travailler une heure par jour », un livret au titre provocant de l’association Bizi, basée à Bayonne, peut nous y aider (3). Il rappelle que le travail est focalisé sur l’augmentation de la production, dont les dégâts écologiques sont toujours plus lourds, alors même qu’un nombre croissant de personnes sont exclues de l’emploi. Il explique comment une meilleure répartition des revenus facilitera la baisse nécessaire de la production, celle-ci étant permise par la réduction des gaspillages - tels que les emballages, ou les investissements inutiles, comme la ligne TGV Bordeaux-Hendaye -, l’amélioration de la durabilité des produits, la lutte contre la publicité, le partage du temps de travail. Utopique ? L’utopie, c’est de croire que le système actuel pourra durer longtemps.

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Notes :

(1) Lire lire « Part des salaires : et pourtant elle baisse », de Michel Husson, sur le site www.france.attac.org: http://www.france.attac.org/spip.ph...

(2) http://ec.europa.eu/economy_finance..., cliquer sur 7-Gross domestic product, puis cliquer sur 7.6-Adjusted wage share.

(3) voir sur le site http://www.bizimugi.eu.

SNIT : le faux train cache les vraies autoroutes CGT Reporterre 2010/09/09 CGT (9 septembre 2010) SNIT : le faux train cache les vraies autoroutes. Reporterre. Transports fr

SNIT : le faux train cache les vraies autoroutes

Le SNIT (Schéma national des infrastructures de transport) a été proposé le 8 septembre aux associations et aux syndicats. Il contient des promesses creuses sur le chemin de fer.

La CGT a toujours revendiqué un Schéma National multimodal d’Infrastructures de Transports cohérent avec les schémas régionaux de service de transports marchandises et voyageurs.

A l’examen de l’avant-projet présenté par le Gouvernement, le compte n’y est pas ! il ne permet pas d’affirmer que ce schéma pose les rails d’un report modal en faveur des modes de transports vertueux. Il ne traduit pas la mise en œuvre effective d’une politique multimodale, maîtrisée par la collectivité pour une finalité d’abaissement conséquent des émissions de Gaz à Effet de Serre de notre société.

Les projets routiers, pour la plupart, sont exclus de ce schéma mais conduits séparément. Ce fait rend illisible et incohérent le schéma et relativise sérieusement l’argument des 90% en faveur des modes alternatifs dont 52% sur le ferroviaire. C’est une manipulation pour afficher ce % spectaculaire et séduire.

Dans ces conditions, il semble assez évident que tous les projets routiers vont se réaliser, ceux ferroviaires et fluviaux continueront à faire rêver.

En réalité :

- les financements sont purement virtuels. Cette question reste entière depuis l’opération Grenelle. Une politique d’affichage ne fait pas une politique des transports. Les chiffres avancés ne sont que des évaluations de coûts, ils n’ont valeur ni d’engagement, ni de financement.

- La priorité à la régénération et à la modernisation du réseau existant ne marque pas le projet proposé à hauteur des engagements pris. L’avant projet se paie le luxe de délaisser la 3e radiale Nord-Sud (POLT), n’y prêtant aucun intérêt pour le fret. Le même sort est réservé au quart Nord/Ouest du pays et aux axes transversaux. Entre le Gouvernement et la SNCF, la connivence est donc parfaite !

- La dimension sociale est loin d’être à la hauteur, les défauts d’aménagement du territoire, enjeu dont l’Etat a la responsabilité, au regard de l’égalité de traitement, du droit à la mobilité, du désenclavement de territoires apparaissent criants.

- Aucun élément démonstratif, dans cet avant-projet, ne permet de vérifier si les choix avancés, projet par projet, sont éligibles aux 5 critères de l’article 17 de la loi Grenelle 1 et à la grille d’indicateurs sociaux, écologiques et économiques, élaborée à la suite du Grenelle.

Cet avant-projet doit sérieusement bouger en contenu et gagner en lisibilité et crédibilité.

En conséquence, à ce stade, la CGT émet de sérieuses réserves. Pour la CGT, l’approche multimodale ne peut se réduire à de simples mots. Concrétiser, c’est mettre dans ce même schéma : route-rail-fleuve et aérien, exemptés du moindre dogme et soumis aux grilles d’indicateurs et critères adoptés en amont.

L’écologie radicale selon le Parti de Gauche Corinne Morel Darleux Reporterre 2010/09/09 Corinne Morel Darleux (9 septembre 2010) L’écologie radicale selon le Parti de Gauche. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie radicale selon le Parti de Gauche

Chers amis, chers camarades des Verts et d’Europe Ecologie,

Merci de m’avoir invitée à débattre avec vous. Sur notre vision de l’écologie, notre rapport au productivisme ou à l’Europe... Et sans langue de bois.

L’été a été dense pour l’écologie. On a eu de bonnes nouvelles, comme dans le Vaucluse, où le projet de golf de Pierre Cardin sur des terres agricoles a été repoussé, ou à Bonn, où les recommandations de la Bolivie pour le climat semblent enfin avoir été entendues. En Équateur, c’est le fonds de financement international du projet Yasuni qui a enfin été créé avec le PNUD début aout. C’est un projet qui nous tient à coeur au PG. Grâce à lui, c’est 410 millions de tonnes de CO2 qui vont être économisées, et 850 millions de barils de pétrole qui vont rester sous terre...

Le hic, c’est que pendant ce temps là, de l’autre côté du Golfe du Mexique, la fuite de BP, elle, faisait couler le pétrole à flots ! Mais les États Unis n’ont pas le monopole des aberrations écologiques. A Notre Dame Des Landes, cet été, le projet d’aéroport, un projet inutile, coûteux et nuisible, a fait l’objet d’un obscur accord de financement, pour en plus finir dans les mains du groupe Vinci ! Toujours du côté obscur, la menace que fait planer le maïs T25 sur le moratoire des OGM en France... Et le rapport Roussely en a remis une couche sur le nucléaire. Enfin, sa synthèse, puisque le rapport est toujours classé top secret. Hausse des tarifs, prolongation de la durée de vie des centrales, mépris pour les travailleurs et la sécurité. C’est inadmissible, et le PG (Parti de gauche) ne s’est pas privé de le dire.

On voit bien que pour le pouvoir en place, l’écologie, ça va bien tant qu’on ne touche pas aux intérêts des industriels. Et c’est encore mieux si ça peut enrichir ceux qui s’en mettent déjà plein les poches. En fait, c’est pratique : ce sont les mêmes qui polluent... et qui dépolluent. Ce qui permet à Laurence Parisot, la patronne du Medef, de dire que « un peu de croissance pollue, beaucoup dépollue »... C’est comme ça qu’on est passé du « green washing » à un véritable capitalisme vert où les multinationales mettent la main sur le marché juteux de l’environnement. Celui qui voit la pollution comme une source de profits, qui fait du CO2 un nouveau marché financier, qui s’accapare les terres des paysans pour produire de l’agrocarburant, ou lorgne sur le lithium de Bolivie et désormais d’Afghanistan pour les batteries des voitures électriques...

Alors quand certains disent que l’écologie est compatible avec le capitalisme... Au PG, nous pensons que non ! Et le laisser croire est illusoire, et dangereux, car c’est ouvrir un boulevard à la droite et aux libéraux. D’ailleurs, certains voudraient aussi nous faire croire que l’écologie est au-delà du clivage gauche-droite, une écologie hors sol en quelque sorte, voire même que ce clivage serait dépassé. Pardon ? En pleine crise économique, d’augmentation du chômage, de casse des retraites, des hôpitaux, de la justice et de l’éducation, en pleine attaque sécuritaire et xénophobe du gouvernement et de l’UMP contre les Roms, les immigrés, les jeunes, les vieux et les pauvres, la gauche et la droite ce serait pareil ? Désolée, mais pour nous c’est non, et ça le restera. On ne nous fera pas le coup de l’Italie où il n’y a plus de gauche digne de ce nom depuis sa brillante idée de s’allier avec les démocrates. Il est au contraire grand temps de se souvenir que la gauche et la droite, ce sont deux projets de société différents. Ça pourrait même ramener des électeurs aux urnes...

Il est de notre responsabilité à tou-te-s, en tant que militant-e-s écologistes, de faire en sorte que la prise de conscience, à laquelle les Verts ont tant contribué depuis 84, ne soit pas récupérée par les libéraux, les écotartuffes et les partisans du capitalisme vert !

Le Parti de Gauche défend au contraire une écologie radicale, sociale. De gauche. Radicale, d’abord, au sens d’aller à la racine des choses. L’écologie politique part de la critique du système. Elle ne se contente pas de réparer les dégâts sur l’environnement sans en supprimer les causes. Sinon on n’est pas prêts d’en sortir.

Sociale, ensuite, parce que la répartition des richesses est au coeur du sujet. Comment demander aux plus pauvres de faire des efforts quand une oligarchie de riches s’expose dans les magazines sur leurs yachts et leurs jets privés ? Même la classe politique s’y met ! L’écologie politique, c’est aussi aller chercher l’argent là où il est.

C’est le revenu maximum autorisé, la progressivité de l’impôt et les droits sociaux, l’extension de la gratuité et les services publics. André Gorz disait en 74 : « Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. » Écoutons-le ! Notre mode de vie peut-il être universalisé ? Évidemment que non. Avec une croissance mondiale de 3% par an, il faudrait plus de 8 planètes Terre en 2100. Toujours plus de croissance, de travail et de consommation, ça veut dire la double exploitation de la nature et des travailleurs ; la création de besoins artificiels à grands coups de publicité ; l’obsolescence programmée de produits qui ne se réparent plus et qu’on jette au bout de quelques semaines. Et ce, alors que les ressources naturelles s’épuisent, que la biodiversité s’éteint, que les sols, l’air et l’eau sont de plus en plus pollués.

Alors posons les vraies questions : Que consommons-nous ? Que produisons-nous ? Et comment le produisons-nous ? Il ne suffit pas de verdir l’économie. Aujourd’hui, plus de 50% du matériel pour l’éolien et le solaire est fabriqué en Chine, dans des conditions déplorables. Où est le progrès ? Force est de constater que le dumping social et environnemental se met lui aussi au vert. Et il y est encouragé par le mythe de la concurrence libre et non faussée qu’alimentent le FMI, l’OMC et l’Union Européenne. Allons au bout du raisonnement... Pendant la campagne des régionales, on me demandait souvent : mais qu’est ce qui vous différencie d’Europe Écologie en matière d’environnement ? Et c’est vrai qu’on avait beaucoup de propositions en commun : sur l’agriculture paysanne, les OGM, la conditionnalité des aides... Et tant mieux ! Mais que disons-nous du chemin pour y arriver ? Par exemple, nous voulons, vous et nous, relocaliser l’économie. Mais comment fait on ? Parce que le problème, c’est que les traités européens organisent la circulation des marchandises selon la seule loi du marché. Ils interdisent toute restriction ou barrière douanière. Dans ce cadre, comment on met en place un mécanisme qui permette à la fois de réduire les transports lointains et polluants, de favoriser la relocalisation, de restaurer la souveraineté alimentaire des pays du Sud, et de tirer vers le haut les droits sociaux et les normes environnementales ?

« L’écologie à l’épreuve du pouvoir », c’est aussi avoir le courage et la cohérence politiques de dire aux citoyens comment nous allons mettre en oeuvre nos propositions quand nous y serons, au pouvoir. Et que concrètement, sur la relocalisation, mais aussi sur la directive services ou le contrôle des capitaux et la lutte contre les paradis fiscaux, nos propositions sont interdites par le traité de fonctionnement de l’UE. Que ferons-nous une fois au pouvoir en 2012 ? Au PG, nous le disons clairement : un gouvernement de gauche devra refuser les directives qui sont contraires à l’intérêt général et détruisent le bien commun. Il y a des situations où la désobéissance devient un devoir. Nous pouvons, nous devrons résister, exercer notre droit de retrait et construire du droit national respectueux de la souveraineté populaire et légitime, lui. Car faut-il rappeler que le peuple français, en 2005, n’a pas voté pour cette Europe là ? Et nous ne serons pas isolés dans ce combat ! Les mouvements sociaux résistent déjà, eux, un peu partout en Europe, et l’exemple de la France pourrait bien ouvrir la voie vers un Traité qui permette enfin de construire l’Europe écologique et sociale que nous voulons.

Il faut avoir le courage, aussi, de dire ce que font l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale, qui imposent aux pays de démanteler leurs services publics, de réduire le nombre de fonctionnaires et de privilégier les monocultures destinés à l’export... Et quand les migrants ruinés arrivent chez nous, l’Europe forteresse se charge de les renvoyer chez eux. Elle est où, la mondialisation heureuse ? Et l’Europe qui protège ?

Autre point de débat : les services publics. L’UE n’est pas franchement pour, il n’y a qu’à voir les directives successives sur la libéralisation de la poste, de l’énergie, ou du rail. Mais que quelqu’un m’explique comment mettre en place une véritable transition énergétique si on doit la confier au privé ? La sortie du nucléaire, le scénario Negawatt et le facteur 4, ça nécessite des politiques publiques avec des moyens forts, avec un pôle public de l’énergie. Ça nécessite d’agir sur le long terme, avec le souci de l’intérêt général et non de faire des profits. Nous ne disons pas autre chose, au PG, lorsque nous parlons de planification écologique. Je sais que ce mot en hérisse certains, et pourtant. Face à l’ampleur de la tache, on a bien besoin d’un échelon national qui recense les initiatives locales, fixe un cadre démocratique, impulse le débat, planifie, pilote et suit la mise en oeuvre des actions. Soyons clairs, le rôle de l’État n’est pas de décider de ce qui est bien pour tous, mais de garantir les valeurs de l’égalité républicaine et de donner à chacun la possibilité d’avoir le choix. Voilà pour un rapide tour d’horizon de nos combats communs et de nos divergences, comme j’y étais invitée. J’ai peu parlé, au fond, de stratégie pour 2012. Mais notre stratégie est claire, elle l’a toujours été et n’a pas varié depuis la création du Parti de Gauche. Nous voulons changer la donne à gauche, battre la droite et changer radicalement de société.

Il ne vous a pas échappé que nous avons, avec nos camarades du Parti Communiste et de la Gauche Unitaire, construit le Front de Gauche, qui s’est élargi à d’autres mouvements aux régionales dans une stratégie d’autonomie au premier tour, et de rassemblement de la gauche au second pour couper la route à la droite. En ce qui concerne la participation aux exécutifs, nous avons fait des choix différents. Si nous n’y sommes pas allés, au PG, comme en Ile de France ou en Rhône Alpes, ce n’est pas par idéologie sectaire ou butée, mais parce que nous avons estimé que les conditions politiques n’étaient pas réunies pour mettre en oeuvre nos propositions, comme nous nous y étions engagés devant les électeurs. Quant à nos listes du Front de Gauche, elles ont toujours été ouvertes à des candidats syndicalistes, associatifs, citoyens engagés. Avec peut être moins de visibilité que celles d’Europe Écologie. Mais avec sincérité et conviction.

Nous sommes prêts, pour ce qui nous concerne, à travailler à un programme de gouvernement avec toutes celles et ceux qui veulent porter un véritable projet de transformation écologique et sociale, et sont prêts à l’assumer jusqu’au bout. Ce qui implique, car les mots ont un sens, que nous portions une écologie de transformation, et non d’accompagnement dont on voit aujourd’hui avec le Grenelle où elle nous mène. Notre objectif n’est ni de culpabiliser individuellement les gens, ni d’attendre le grand soir de la transformation. Mais s’il est juste que chacun doit modifier ses comportements, il faut aussi un changement de système. Les changements individuels ne suffiront pas face au défi écologique. Nous sommes donc prêts à travailler avec toutes celles et ceux qui pensent sincèrement qu’il faut décoloniser notre imaginaire et que l’horizon indépassable du capitalisme est une fable destinée à endormir les esprits.

Mais soyons clairs, pour toutes ces raisons, nous ne participerons pas à une alliance avec le centre. Nous ne participerons pas aux primaires du PS ; Nous ne croyons pas à la volonté, ni à la capacité, des socio-libéraux à combattre le capitalisme et à changer radicalement la société. Et nous ne ferons pas un programme de gouvernement avec D Strauss Kahn, qui orchestre aujourd’hui les politiques d’austérité du FMI. Nous ne voulons pas d’une alliance de façade. Nous voulons gagner ET avoir raison. Nous pouvons construire une majorité dans ce pays, surtout dans le contexte d’effondrement actuel, sans en rabattre sur nos convictions politiques. Et puisqu’on débat de 2012... Je n’étais pas bien vieille à l’époque, je l’admets, mais en 1974, René Dumont déclarait entre les deux tours des présidentielles : "Nous avons affirmé une position politique résolument anticapitaliste (...) Nous sommes en train de politiser le mouvement écologiste en lui donnant une orientation politique définie ; cette orientation, elle se situe à gauche." (1)

Une dernière chose. Dans le texte de présentation de ce débat, il est écrit alternance. C’est une alternative qu’il nous faut viser. Le choix des militant-e-s des Verts et d’Europe Écologie sera déterminant. Pour la gauche, pour le peuple, et pour l’écologie.

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Note : (1) http://www.ina.fr/politique/elections/video/CAF92006389/rene-dumont.fr.html

Pendant les retraites, l’hystérie sécuritaire continue Europe Ecologie - Les Verts Reporterre 2010/09/10 Europe Ecologie - Les Verts (10 septembre 2010) Pendant les retraites, l’hystérie sécuritaire continue. Reporterre. fr

Pendant les retraites, l’hystérie sécuritaire continue

Le Sénat examine le projet de loi Loppsi 2, qui fait encore reculer les libertés publiques.

La loi Loppsi 2 est en cours d’examen par les sénateurs, alors que l’actualité est dominée par les mobilisations contre la réforme des retraites.

Véritable florilège de l’hystérie sécuritaire sarkozienne, cette loi est un fourre-tout dans lequel s’enchevêtrent mesures promises au gré des emballements médiatiques, modifications législatives inutilement répressives et dispositions liberticides. Au point que la commission des lois du Sénat vient de rejeter les amendements du gouvernement sur les peines planchers et les mineurs notamment. Un partie de la droite elle-même refuse de participer au délire élyséen.

Elargissement de l’usage des fichiers, couvre-feu pour les moins de 13 ans, contrat de responsabilité parentale... près d’une décennie après le retour de la droite aux affaires, le gouvernement parvient une nouvelle fois à rogner les libertés des citoyens au motif fallacieux de mieux les protéger.

Une nouvelle fois, le gouvernement continue, petite touche par petite touche, de corrompre notre société en laissant une place toujours plus grande à l’arbitraire de la technocratie d’Etat. Un exemple parmi les amendements proposés par le gouvernement : la mise en place d’une procédure expéditive et arbitraire diligentée par le Préfet pour expulser les squatters de logements, de locaux et de terrains. Le Préfet pourrait expulser sans intervention du juge, contre l’avis du propriétaire ou à sa place, et sans obligation de relogement ni même d’hébergement. La loi DALO, déjà pas appliquée, serait foulée au pied.

Pire encore, alors même que les finances publiques sont dans le rouge, le gouvernement se paye le luxe de lancer un vaste et coûteux programme de vidéosurveillance. Pourtant, l’inefficacité de telles méthodes pour prévenir les délits n’est plus à démontrer. Le fiasco du système de vidéosurveillance outre-Manche devrait servir de leçon. Mais certaines sociétés privées possédées par des proches du pouvoir vont bientôt pouvoir sabrer le champagne.

Cette loi est examinée dans un contexte de casse du système éducatif et de destruction des réseaux de travailleurs sociaux de terrain. La prison reste le seul outil de gestion du désespoir social engendré par les inégalités du système économique injuste mis en place par la droite. A la prévention et l’éducation, seuls moyens de pacification de notre société à long terme, la droite préfère promouvoir la prison. Preuve en est une nouvelle fois que, sous Sarkozy, mieux vaut punir que prévenir.

Casse sociale d’un côté et renforcement de l’arsenal sécuritaire contre les précaires de l’autre sont plus que jamais les deux piliers de la politique inégalitaire du gouvernement.

Grève, retraites : scénario ficelé pour figurants impuissants SuperNo Reporterre 2010/09/10 SuperNo (10 septembre 2010) Grève, retraites : scénario ficelé pour figurants impuissants. Reporterre. Tribune — fr

Grève, retraites : scénario ficelé pour figurants impuissants

« La colère populaire n’existe plus que quand on perd au foot »

Je suis tellement en colère que je vais avoir du mal à exprimer de manière polie et ordonnée tout ce qui se bouscule dans ma pauvre tête…

En remettant dans l’ordre les quelques images que je retiens des derniers jours, j’ai de plus en plus l’impression d’un mauvais scénario bien ficelé dans lequel nous ne serions que des figurants impuissants. C’était couru d’avance. Sarkozy ne cédera pas. C’était la dernière mission que le patronat lui avait confiée, il devait la mener jusqu’au bout. Coûte que coûte. Avant la quille.

Dimanche, mon voisin de barbecue me disait « Bah, de toute façon, tous les autres pays l’ont fait, il faut bien qu’on le fasse aussi ». Hier soir à la télé, Jean-François Roubaud, qui dirige la CGPME (le MEDEF des PME), employait à peu près les mêmes mots, et les arguments massue (démographie, espérance de vie, 2 chômeurs pour un actif…). Les mêmes aussi qu’a bien appris l’armée de perroquets d’élevage bien entraînés à déverser leur propagande par mégatonnes dans toute la presse. Propagande complaisamment reprise par les éditorialistes des journaux qui appartiennent aux multinationales.

Nos « opposants », que ce soient DSK, Aubry ou Hollande, ont déjà dans le passé fait savoir qu’ils étaient d’accord avec les modalités générales de cette réforme. Et même si Aubry est revenue aujourd’hui en arrière pour de viles raisons électorales (et a même poussé la tartuferie jusqu’à claquer la bise à Thibault en tête de manif), le sentiment que cette réforme était inéluctable s’est installé.

Les grèves ne sont plus ce qu’elles étaient. Trop compliquées, trop risquées, trop chères. Et puis il y a le service minimum qui fait que les trains et les métros roulent quand même un peu. De la belle ouvrage. Hier, plus de deux millions de personnes dans les rues, à l’appel des syndicats, qui sont les seuls à décider quand on va dans la rue et quand on n’y va pas. Par exemple, hier, il fallait y aller. Affoler les compteurs. Mais aujourd’hui, non, surtout pas, malheureux ! Retournez bosser ! Ces journées uniques, sans lendemain, reproduites plusieurs fois par an, tiennent de plus en plus de la cérémonie folklorique. Ça fait partie du scénario.

L’affaire Woerth faisait-elle partie du scénario ? Même s’il n’est plus aujourd’hui qu’un pantin désarticulé, confondu par ses mensonges (même si les plus gros ne seront probablement pas révélés et encore moins jugés), même si cette affaire a mis en pleine lumière ce qu’on subodorait, à savoir que cette clique de rupins étaient copains comme cochons et que l’essentiel de la politique était orientée vers la satisfaction des envies de ce microcosme de nuisibles, elle a aussi permis d’éluder tout débat sur les retraites.

Sarkozy se marre. À croire qu’il avait écrit le script et réglé la mise en scène avec Chérèque et Thibault. Thèse d’autant plus crédible qu’il avait fuité, le scénario, puisque les quelques radios qui n’étaient pas en grève hier matin (Europe 1 par exemple) l’ont révélé sans complexe : aujourd’hui, il y a manif, demain Sarkozy fait des concessions mineures (les carrières longues, les polypensionnés, blablabla), les syndicats ronchonnent mollement, cependant que les députés godillots de la chambre d’enregistrement se dépêchent de boucler l’affaire et hop ! C’est plié. Sarko, Parisot, Roubaud, toute la finance et le CAC 40 sablent le champagne au Fouquet’s, Chérèque et Thibault touchent leur enveloppe kraft, et la presse sera déjà passée à autre chose (prédiction au hasard : la castration physique des violeurs récidivistes, leur déchéance éventuelle de la nationalité française, la comparaison des résultats de Laurent Blanc avec ceux de Domenech…).

Ces grèves sont trop policées, pas assez spontanées. Elles ne reflètent pas la spontanéité d’une colère populaire, qui n’existe d’ailleurs plus que lorsqu’on perd au foot. Et pourtant… Force est de constater qu’on s’est fait enculer ! À sec, avec une poignée de gravier. Et qu’en plus, c’est nous qui payons le gravier, au prix fort ! En un mot comme en cent, le déficit des caisses de retraites est uniquement dû, comme son cousin de la sécu, d’ailleurs, à l’affaiblissement organisé de ses recettes, sacrifiées sur l’autel de l’idéologique « baisse des charges », et du transfert sournois mais monstrueux des richesses des salaires vers les dividendes. Toutes choses simples à comprendre quand c’est bien expliqué, comme le font Bernard Friot (http://www.la-bas.org/article.php3?... il suffit d’écouter le premier quart d’heure, très didactique, après ça part un peu en vrille) ou Gérard Filoche. Attention toutefois, une partie de leurs arguments reposent sur une “croissance” économique continue jusqu’en 2050, hypothèse parfaitement farfelue.

Europe 1 nous apprenait aussi ce matin que Sarkozy va désormais consacrer toute son énergie à se débarrasser de son image d‘« ami des riches ». Allez, c’est parti ! Imaginez : Sarkozy réunit au “Rendez-vous des amis” sa femme Carla (caissière à temps partiel à monoprix, qui l’a initié au camping), ses potes Bettencourt (Rmiste), Bolloré (et sa barcasse de pêcheur), Proglio (qui vient de se faire couper l’électricité parce qu’il n’a plus les moyens de payer ses factures en hausse constante) Pérol (ruiné pour s’être fait fourguer des actions Natixis par le con-seiller de la Caisse d’Epargne en qui il avait toute confiance), Courbit (ruiné par excès de jeux en ligne), Fillon (un sacré déconneur), Hortefeux (sérieux et tolérant), Alliot-Marie (sympa mais timide et manquant d’autorité), Besson (socialiste), Kouchner (modeste et fuyant les caméras), Woerth (honnête et irréprochable), Estrosi (intelligent), Lagarde (syndicaliste décroissante), Wauquiez (chômeur de longue durée), Bertrand (digne de confiance), Morano (discrète et distinguée), Bachelot (qui ne dit jamais de conneries), Lefèbvre (toujours mesuré dans ses propos)… etc.

…et j’imagine qu’au bout de ce nouveau scénario, Sarko, nouvel ami des prolos, est triomphalement réélu…

Dix ans de lutte contre la publicité, un bilan Yvan Gradis Reporterre 2010/09/11 Yvan Gradis (11 septembre 2010) Dix ans de lutte contre la publicité, un bilan. Reporterre. Tribune — fr

Dix ans de lutte contre la publicité, un bilan

Bilan de dix années de désobéissance civile antipublicitaire (1)

À Olivier Géron, qui nous a jugés et relaxés.

I - L’utopie serait-elle devenue réalité ? Dix ans exactement (été 2000-été 2010) après le manifeste Vers la légitime réponse (2) (dédié « à ceux qui nous jugeront »), la France paraît certes toujours aussi laide – le constat de la vérole paysagère n’est plus à faire, les photographies témoigneront pour les générations futures. Mais la publicitose, maladie de l’espace et de l’esprit, a reculé : le tabou est tombé, partout l’on touche aux panneaux publicitaires ; et la relaxe de huit « barbouilleurs », à Paris, le 2 avril 2010, n’est que le premier fruit donné par l’arbre désobéissance civile dans le champ de l’antipublicité – cette relaxe avantgardiste, dût-elle être annulée en appel, n’en constitue pas moins, sur le plan symbolique et historique, un acquis définitif.

II - Bien sûr, l’activisme antipublicitaire, illustré par des saboteurs de tout poil, n’a pas attendu le siècle. Mais c’est le 20 janvier 2001 – six mois après le manifeste et dans son sillage – qu’a eu lieu, à Paris, le premier acte de désobéissance civile antipublicitaire : un « barbouillage » collectif assumé au grand jour, devant le public et la presse (pas encore la police…).

III - Bilan d’une décennie de lutte contre les « incendies de paysage » : 150 barbouillages, 300 panneaux touchés3, 70 conduites au poste, 4 gardes à vue d’une quinzaine d’heures, 14 procès, 13 condamnations (de 600 euros (4) à la dispense de peine) et une relaxe (5). Qu’il est long et tortueux, le chemin des pompiers-barbouilleurs vers la Légion d’honneur et la statufication ! Mais un chemin parcouru en bonne compagnie : peu ou prou – seuls resteront les bons souvenirs !… –, les désobéisseurs ont bénéficié, ces dix années, du soutien de fait, sinon de l’opinion publique endormie (par la télévision ?), du moins de la presse (1 000 mentions (6)), de la police (félicitations discrètes et poignées de main sincères entre deux menottages), des élites, de la justice, et même du gouvernement (invitation officielle, en 2009, à contribuer à la réforme de la loi sur la publicité).

IV - Les élites ? Hubert Reeves, astrophysicien : « Dans notre lutte pour neutraliser les graves menaces qui pèsent sur l’avenir de la planète, le rôle de la publicité est généralement négatif. On sait ce qu’il faudrait faire, et la publicité enseigne exactement le contraire. » (France Culture, 29 janvier 2005.) Edgar Morin, philosophe : « L’action [des barbouilleurs] est courageuse, héroïque même puisqu’ils prennent des risques. Je vous demande de tenir compte surtout du caractère profondément civique de leur action. Ils méritent non l’opprobre, mais des félicitations, non la condamnation mais un sourire amical. Une application mécanique de la loi risquerait de brouiller le sens esthétique du “barbouillage”. » (Courriel à l’auteur, 8 mars 2010.) Claude Got, professeur en médecine : « Ils sont l’honneur de la société. » (Témoignage du 12 mars 2010 au Palais de justice de Paris.)

V- La justice ? Elle a fini par reconnaître – quasi explicitement – ce mélange de légitime défense et de droit de réponse qu’est la « légitime réponse », définie par le manifeste de 2000 : « Droit du citoyen de répondre aux affiches qui s’adressent à lui, quand toute voie institutionnelle semble barrée. » Extraits des attendus de la relaxe du 2 avril 2010 : « Cette contestation légitime au regard de la préservation de l’environnement (…) Comme tout message, la publicité peut provoquer une réponse. (…) Les prévenus n’ont pas commis de dégradations mais n’ont fait qu’exercer leur liberté d’expression et de communication. »

VI - On le voit, si la foule dort, la société, jusque dans ses institutions, est mûre pour affronter le « système publicitaire », le paysage unique, la pollution visuelle, toutes ces déjections (« détrônons les étrons (7) ! ») qui nuisent à la qualité de la vue, donc de la vie. Contre l’obligation de réception (l’homme est devenu chair à panneau), il est temps d’instaurer la liberté de réception (8).

VII - Un combat primordial – peut-être le combat préalable à tous les autres –, tant la publicité, non dans son principe, mais dans son effet d’encrassement des consciences, message après message, affiche après affiche, compromet la prise en compte par le citoyen des grands fléaux du temps, qu’ils relèvent de la pollution, de l’injustice ou de la barbarie. La France, laboratoire universellement reconnu des révolutions depuis les Lumières, ne trouverait-elle pas dans la lutte contre l’occupant publicitaire et la manipulation totalitaire un combat à sa hauteur ? À quand la « Déclaration des droits de l’oeil et du cerveau » ?

VIII - Mais un combat gagné d’avance : l’affichage, pourtant artillerie lourde dans l’arsenal de l’oppression des esprits, est le défaut de la cuirasse. Face aux panneaux directement atteignables, est-il une arme plus rudimentaire qu’une bombe de peinture ?

IX - Comment donc, depuis dix ans, les barbouilleurs n’ont-ils jamais réussi à s’entourer de plus de quelques dizaines de spectateurs, auxquels il n’est pourtant demandé aucun héroïsme sinon de prêter leur corps une heure par mois, sans même un poing levé ni slogans éructés ? Imaginons l’impact d’un surcroît de mobilisation sur la presse et le parlement : ne serait-ce que cent personnes assistant régulièrement, dignes et muettes, à des barbouillages symboliques… Car la presse compte le bétail – question rituelle du journaliste : « Combien serez-vous ? » Quant au législateur – qui vient de montrer de quoi il est (in)capable (9) –, si l’une de ses oreilles résonne de la susurration des groupes de pression, l’autre ne pourraitelle retentir de la rumeur grossissante du peuple jetant à bas les idoles de la société de consommation ? On a la civilisation qu’on mérite, et seul est coupable celui qui n’agit pas.

X - D’où l’alternative : pichenette citoyenne contre les panneaux publicitaires ou suffocation lente sous les gravats du paysage.

......................................

Notes :

(1) Il s’agit essentiellement de l’opération « Au grand jour » (2001-2003), des actions « Stopub » (2003-2004), de l’hôpital Saint- Louis (2005) et du Collectif des déboulonneurs (2005-2010…).

(2) Disponible auprès de l’auteur (67, rue Saint-Jacques, 75005 Paris) ou dans Le Publiphobe n° 53 du 1er-7-2000.

(3) Hormis les centaines d’affiches dégradées lors des actions massives dans le métro de Paris pendant l’hiver 2003-2004.

(4) Hormis les 17 000 euros infligés en 2004 au 62 barbouilleurs du métro.

(5) L’auteur, un des relaxés, a assisté à 77 barbouillages, participé à 59 d’entre eux, été conduit au poste 44 fois, été condamné 2 fois (à 1 euro).

(6) Dossiers et revues de presse disponibles moyennant finance.

(7) Graffiti qui valut à l’auteur sa première condamnation.

(8) Notion inventée par Philippe Breton.

(9) Sénat, automne 2009, Assemblée nationale, printemps 2010 (voir sites du Collectif des déboulonneurs, et des associations RAP et Paysages de France).

Ne pas manquer ! Le salon des véhicules à propulsion humaine Jean-Luc Saladin Reporterre 2010/09/13 Jean-Luc Saladin (13 septembre 2010) Ne pas manquer ! Le salon des véhicules à propulsion humaine. Reporterre. fr

Ne pas manquer ! Le salon des véhicules à propulsion humaine

Les 25 et 26 septembre prochains aura lieu près du Havre un salon et un colloque sur les véhicules à propulsion humaine et les vélomobiles.

Le premier salon du genre avait eu lieu à Etainhus, en 2007. Cette fois la communauté de communes de Saint Romain de Cobolsc participe, avec l’association Ecochoix. Outre le salon classique d’écologie (habitat, alimentation, nature), dénommé Eco’akt, une partie importante du salon sera consacrée aux déplacements écologiques, et tout particulièrement aux véhicules à propulsion humaine à haut rendement, tels que les vélos couchés, les vélos carénés, les vélomobiles, les vélos utilitaires (tricycles et autres) et les vélos à assistance électrique : une bonne quinzaine de constructeurs seront présents et vous feront essayer leur matériel en vraie grandeur.

Il y aura également des draisiennes que vous pourrez essayer et qui vous feront comprendre tout l’intérêt de ce moyen de transport très subsidiaire.

Le dimanche matin, colloque sur les vélomobiles, les véhicules à propulsion humaine en général, et leur usage :

- Le Dr Jean-Luc Saladin présentera l’impact sur la santé publique, l’environnement et l’économie de la transformation des temps de transport en temps d’activité physique.

Les orateurs suivants montreront de manière concrète comment cela est déjà le cas pour certains et certains pays, et comment cela peut devenir très rapidement notre cas avec très peu de moyens.

- Ymte Sijbrandij , constructeur du Quest, du Strada et du Mango, champion du monde à l’exceptionnel palmarès et utilisateur au quotidien de ces véhicules http://www.velomobiel.nl, nous narrera son expérience de petit industriel innovant et de père d’une famille dont le plus clair des déplacements sont assurés par le vélomobile.

- Barbara Buatois, vit et travaille à Paris, elle est la femme la plus rapide du monde sur terre à la force du mollet avec 121 kilomètres heure sur 200 mètres, et 84 kilomètres parcourus en une heure, toujours à la simple force du mollet. La base de son entraînement repose simplement sur le fait d’aller travailler en vélomobile tous les jours, c’est ce qu’elle nous exoliquera. Elle est par ailleurs championne du monde de véhicules à propulsion humaine et première française à avoir fini la RAAM (traversée des Etats-Unis sans étapes) en 11 jours. http://www.barbarabuatois.net

- Le Dr Yves Bertin de Paris, médecin généraliste, lui aussi utilisateur de vélomobile au quotidien, présentera son expérience de l’usage de ce véhicule.

- Isabelle Lesens et Hans Kremers experts de ces sujets, présenteront, après les avoir visitées les véloroutes à grande vitesse (autoroutes à vélo) des Pays-bas, qui, couplées à ces véhicules du futur pourraient nous permettre de résoudre, en grande partie, les épineux problèmes générés par les transports du fait de l’étalement urbain, ainsi que ceux de l’usage des énergies fossiles par les transports dans les déplacements urbains et périurbains, tout en faisant s’envoler nombre de problèmes de santé publique.

Y aller : Saint-Romain de Colbosc est à 4 kilomètres de la sortie 6 de l’autoroute A 29 et à 20 kilomètres du Havre

Saint-Romain de Colbosc se trouve à 6 km de la gare d’ Etainhus, ou à 20 km de celle de Bréauté-Beuzeville .

Tous les trains acceptent gratuitement les vélos.

Quand un Vert discute avec le NPA Alain Lipietz Reporterre 2010/09/13 Alain Lipietz (13 septembre 2010) Quand un Vert discute avec le NPA. Reporterre. Tribune — fr

Quand un Vert discute avec le NPA

Un choc de cultures. Camarades du Nouveau parti anticapitaliste, encore un effort pour être écologistes !

9 septembre 2010 Après l’immense succès des manifs décentralisées sur le retraites, le 7 , le débat tactique devient très difficile. Je me garderais bien de conseiller les syndicats. Il faut trouver quelque chose entre la grève générale reconductible (qui ne se décrète pas) et les manif espacées où la mobilisation s’effiloche... Mais ce débat tactique en recouvre un autre : se bat-on pour dénoncer ou pour avancer ? Un débat que j’avais un peu oublié mais que m’a rappelé l’invitation aux journées d’été du Nouveau Parti Anticapitaliste

Hyper-sympa, ces journées ! Les militants du NPA ressemblent à ceux de EE, en nettement plus jeunes. Mais quand on discute, on se demande si l’on parle de la même planète…

Je commence par un atelier sur « quelle politique écologiste alternative ». La camarade du NPA introduit par une charge contre les écotaxes, les quotas, la « politique de la brosse à dent » (l’austérité volontaire dans notre jargon), bref touts ces trucs réformistes qui ne mettent pas à bas le système, car « le capitalisme est incompatible avec l’écologie ». Alors ? J’attends avec impatience la politique écologiste alternative du NPA. Mais « elle n’a pas le temps de développer » et propose : Nationalisation des banques et service public démocratique de l’énergie. Bien.

A la tribune, une palette assez large d’organisations de la gauche de la gauche et de décroissants. J’introduis, pour Les Verts, par un rappel de nos analyses habituelles : les régimes d’accumulation capitalistes de l’Après-guerre (fordisme puis libéral-productivisme) ont conduit à la crise écologique. La crise actuelle du social-libéralisme combine à celle-ci un aspect de crise de surproduction à la 1930 , dont on ne peut pas cependant sortir par une simple politique de relance keynésienne qui ne s’accompagnerait pas d’une conversion verte de nos modes de produire et de consommer, que je détaille brièvement (alimentation, bâtiment, transport), en soulignant qu’il s’agit plus de produire des biens communs que d’élargir la norme de consommation individuelle.

Le débat porte très largement sur mon réformisme et celui de la camarade du PCF. Nous passons un sale quart d’heure… de plus d’une heure. À croire que c’est de notre faute si les Nouveaux Anti-Capitalistes n’ont obtenu que de si médiocres résultats aux européennes et aux régionales. Selon tous les intervenants de la salle, le capitalisme ne peut tolérer aucune politique écologiste, et il est déjà scandaleux, de ma part, d’avoir laissé entendre que le capitalisme fordiste, de 1945 à 1975, était socialement plus progressiste que celui qui allait suivre. D’ailleurs qu’avons-nous obtenu (nous, les Verts) avec Jospin, etc… Bref, ou la révolution , ou rien.

Je réponds qu’il ne faut pas confondre : « sortie du capitalisme » , « sortie d’un modèle particulier de capitalisme », et « alliance avec le PS » . Sous le gouvernement Jospin nous avons fait des choses (35 heures, parité, PACS, arrêt de Superphoenix et du canal Rhin-Rhone). On peut critiquer, mais la LCR elle a fait quoi ? Ensuite, il est clair que le capitalisme passera, comme tous les modes de production antérieurs. Mais nous, écologistes, n’attendrons pas ces heureux jours pour tenter de sauver la planète. Pour éviter une dérive incontrôlable de l’effet de serre, il nous faut d’ici 2020 un autre modèle de capitalisme, et ça c’est jouable.

D’ailleurs, quand le NPA dénonce « le recul de la part du salaire dans le PNB, par rapport aux années 70, et la destruction des services publics et de la sécurité sociale », ne reconnaît-il pas que le capitalisme fonctionnait différemment avant les années 80, et que par certains aspects c’était mieux ? En tout cas, à cette époque les banques étaient nationalisées et il y avait un grand service public de l’énergie, Electricité et Gaz de France. Ce qui n’a pas empêché la dégradation de l’environnement et l’expansion du nucléaire, car la majorité des citoyens n’était pas mobilisés sur ces thèmes…

Je pose la question sans obtenir de réponse : « Quand vous demandez une réforme des retraites avec retour aux 60 ans et 37,5 ans de cotisations et 1700 euros minimum , c’est une réforme que vous considérez compatible ou incompatible avec le capitalisme ? »

On me fait remarquer que le NPA n’attend plus « le grand soir » mais je n’obtiens aucune précision sur la stratégie de changement social que le NPA a en tête. Un parti anti-réformiste qui ne croit plus en la Révolution, qu’est-ce donc d’autre qu’un haut-parleur des luttes ? Tiens ben d’ailleurs c’est leur logo.

Mais le plus étrange, c’est qu’ils s’identifient eux-mêmes à une organisation écologiste, mais pas « une écologie d’adaptation » (contrairement aux Verts et à Europe Ecologie, naturellement). Ma foi, si le NPA se veut écologiste, tant mieux, tant mieux ! Je savais qu’il y avait des écolos sincères et compétents au NPA, surtout sur le nucléaire et les OGM, mais je n’avais pas capté que le NPA se désignait désormais comme tel.

Le soir, grand meeting sur la plage, beaucoup plus consensuel, de mobilisation pour les retraites, sur les modèles habituels du Collectif National « Exigences citoyennes sur les retraites ». Olivier Besancenot conclut par un grand discours de politique générale. Il parle de la crise, l’analyse comme une crise de suraccumulation, mais oublie totalement de parler de crise écologique !!! Il n’en parlera d’ailleurs pas du tout, ni d’écologie ni d’environnement. Dommage, dommage, pour le nouveau parti de l’écologie radicale…

Borloo continue d’artificialiser le territoire Stephen Kerckhove et Olivier Louchard Reporterre 2010/09/14 Stephen Kerckhove et Olivier Louchard (14 septembre 2010) Borloo continue d’artificialiser le territoire. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Borloo continue d’artificialiser le territoire

En promouvant la construction de nouvelles autoroutes, le ministre de l’Ecologie accélère l’artificialisation du territoire, qui dévore 236 hectares par jour.

A quelques semaines de la date anniversaire du Grenelle, quelques esprits chagrins dont nous sommes s’émeuvent de l’empilement de décisions « contre-nature », notamment en matière d’infrastructures routières et autoroutières.

A mille lieues du fameux « esprit du Grenelle » qui était censé influencer toutes les décisions gouvernementales dans un sens plus écologique, nous constatons avec colère que la petite phrase du chef de l’Etat, « L’environnement, ça commence à bien faire ! », a eu pour effet de refermer précipitamment le « petit livre vert du Grenelle ».

L’écriture diplomatique du Grenelle annonçant un « changement de paradigme » en matière d’infrastructures de transport était conditionnée à une série d’exceptions et périphrases alambiquées qui autorisent aujourd’hui le ministre de l’Ecologie à s’afficher comme le chantre de l’écologie tout en ayant les pieds dans le bitume. Nous sommes ainsi fondés à nous inquiéter ouvertement des coups de canif qui se sont multipliées en trois ans.

Abandon de la Contribution Climat-Energie, report de la Taxe Poids Lourds, publication d’un décret autorisant la circulation des camions de 44 tonnes sur les routes françaises, abandon programmé du fret ferroviaire de proximité, non opposabilité de la trame verte et bleue... cet amoncellement de décisions irresponsables ne peut que justifier notre légitime courroux.

A la veille d’une nouvelle réunion de « concertation » précédant l’adoption d’un Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) qui fait la part belle à une relance massive du programme routier et autoroutier français, notre désarroi et notre colère sont à la hauteur des nuisances environnementales occasionnées.

Au cœur de l’été, le ministre de l’Ecologie a en effet présenté un avant-projet de SNIT (soumis à une concertation cosmétique) incluant pas moins de dix-neuf projets routiers/autoroutiers, représentant 879 km de voies nouvelles auxquels il faut ajouter 287 km des projets déclarés d’utilité publique, soit une extension très nette du réseau existant.

Bien que le ministère de l’Ecologie ait eu l’habilité de noyer ces 19 projets dans un flot d’autres projets notamment ferroviaires ou maritimes, afin que l’enveloppe dédiée aux nouvelles autoroutes ne représente plus « que » 4,5% (soit quand même 7,4 milliards d’euros) du total des investissements dédiés aux nouvelles infrastructures de transport, ce tour de prestidigitateur ne peut durablement nous induire en erreur. En effet, nombres de projets ferroviaires comme la traversée centrale des Pyrénées ne sont référencés dans ce SNIT que pour gonfler artificiellement l’enveloppe globale et réduire la part bien réelle des investissements dédiés à la route…

Mais il y a pire. En proposant une relance massive du programme routier hexagonal, le ministre de l’Ecologie s’affranchit ouvertement des contraintes climatiques et énergétiques et de son impact sur la fragmentation et l’artificialisation des milieux écologiques ! Pourtant, une étude menée pour le compte du ministère de l’Agriculture indique qu’entre 2006 et 2009, les espaces artificialisés ont progressé de 1,9 % par an, pour représenter 9 % du territoire en 2009 (1). « L’avancée des sols artificialisés semble s’accélérer sur les dernières années », souligne l’étude, alors que « les autres espaces, agricoles et naturels, perdent 236 hectares par jour ». Chaque autoroute crée une coupure écologique, empêchant le brassage des espèces et nuit ainsi à cette biodiversité d’une richesse inestimable.

En favorisant un déplacement exclusivement motorisé dépendant des ressources pétrolières, l’Etat proroge ainsi un modèle de développement insoutenable pour notre avenir, notre planète et les générations futures. En accroissant le réseau routier de 1166 km, l’Etat favorise une concurrence « non libre et faussée » au bénéfice du fret routier et des automobilistes ! Incidemment, il permet aux sociétés d’autoroutes d’augmenter encore leur marge net qui s’établit pour certaines d’entre-elles à plus de 18% pour le premier semestre 2010 ! Par delà les propos grandiloquents qui rythment la plupart des discours ministériels, il est à noter que la part modale du fret ferroviaire et fluviomaritime, qui devait passer de 14% en 2006 à 17,5% d’ici à 2012 est actuellement de… 12% ! Itinéraire d’un échec annoncé ! La décision d’autoriser la circulation de camions de 44 tonnes dans le secteur agricole et celui de l’agro-alimentaire va ainsi encore accroître la rentabilité du fret routier de plus de 10% tout en entraînant par ailleurs une dégradation des routes que certains experts évaluent à plus de 500 millions d’euros par an, charge très certainement supportés par les départements !

« Gouverner, c’est prévoir », affirmait déjà Emile de Girardin au milieu du 19è siècle. Or, les limites écologiques nous imposent à toutes et tous d’anticiper le renchérissement du coût des matières premières. Les récentes crises économiques qui ont touché notre pays ont eu un effet direct sur l’état du trafic routier particulièrement sensible au prix des carburants. En 2009, par exemple, le trafic routier a pour la première fois baissé. En externalisant ses coûts sociaux et environnementaux, la route devient « rentable » à court terme... en attendant que d’autres finissent par payer la facture écologique !

La disparition inéluctable du pétrole à bas coût doit nous inciter à repenser profondément notre système de transport et cette mobilité si caractéristique de ce début de millénaire qui confine parfois au « bougisme ». En multipliant les infrastructures routières et autoroutières, le gouvernement entend rester sourd au « changement de paradigme » qu’il annonçait pourtant lyriquement durant le Grenelle de l’environnement. Il est plus que temps de mettre un terme au hiatus existant entre le dire et le faire. Il est urgent de tourner la page de l’écologie hors-sol, où les grands discours n’auraient vocation qu’à cacher la faiblesse des actes. Le déterminisme environnemental impose sa loi, quelque soit les illusions productivistes, quelque soit l’incurie de nos décideurs politiques. L’heure est venue d’oser vraiment le changement. Non pas en parole mais en actes !

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Note :

(1) Agreste Primeur, n° 246, juillet-août 2010, "L’utilisation du territoire entre 2006 et 2009". Voir : http://www.agreste.agriculture.gouv...

Les voisins de Dominique Strauss-Kahn en procès le 16 septembre Jeudi Noir Reporterre 2010/09/14 Jeudi Noir (14 septembre 2010) Les voisins de Dominique Strauss-Kahn en procès le 16 septembre. Reporterre. fr

Les voisins de Dominique Strauss-Kahn en procès le 16 septembre

Les squatteurs de Jeudi Noir occupent l’immeuble de La Marquise, donnant sur la place des Vosges, depuis octobre 2009. D’autres résidents de la place des Vosges : Dominique Strauss-Kahn, Christine Lagarde, Jack Lang. Les squatteurs sont convoqués par la justice jeudi 16 septembre.

Souvenez-vous... Il y a presque un an nous inaugurions notre nouveau QG : un hôtel particulier de 2300m² situé Place des Vosges.

Mais si depuis octobre 2009 nous occupons ce bâtiment classé, ce n’est pas pour le plaisir d’admirer la place des Vosges ou d’avoir Dominique Strauss-Kahn comme voisin. C’est bien parce que nous sommes dans l’incapacité de nous loger tant dans le parc privé aux prix prohibitifs que dans des logements sociaux ou chambres CROUS qui nous ont été refusés.

Avant notre arrivée le bâtiment était inhabité depuis plus de 43 ans.

Cette occupation nous a conduits devant le tribunal du 5e arrondissement en janvier dernier. En pleine crise du logement, le procès d’une trentaine de jeunes précaires qui occupent et entretiennent un bâtiment vide depuis des dizaines d’années se conclura sur un verdict sévère :

- Condamnation à l’expulsion et 25 000 euros d’indemnités à payer à la propriétaire par mois d’occupation !

Malgré cette décision qui visait à faire peur, l’occupation continue. Nous vivons depuis 8 mois avec le risque de voir venir les hommes en bleus nous déloger chaque matin. Des saisies sur les comptes de jeunes insolvables ont été ordonnées.

Nous avons fait appel de ce jugement, l’audience en appel aura lieu le 16 septembre à 14h.

Concernant le bâtiment, aucune preuve d’imminence d’un projet sérieux de réhabilitation n’a été fournie. Il est pourtant souhaitable que ce bâtiment classé ne retombe pas dans l’abandon et que nous ne nous retrouvions pas à la rue.

Place des Vosges, comme lors de nos précédentes occupations, nous, le collectif Jeudi noir, avons montré notre sérieux en entretenant le bâtiment. Nous montrons aussi notre engagement en encourageant la réalisation de travaux le plus rapidement possible afin de rendre une utilité sociale aux lieux que nous réquisitionnons.

Il est légalement possible, humainement et même économiquement souhaitable de trouver un accord avec la propriétaire.

Il y a un an, nous étions en train de signer un protocole avec le propriétaire de notre précédente réquisition au Passage de la Bonne Graine. D’un commun accord, des travaux ont débuté alors que nous nous trouvions encore dans le bâtiment et nous avons finalement rendu les clefs pour ne pas empêcher la construction de logements.

Rendez-vous Jeudi 16 Septembre à 13h30 devant la cour d’appel de Paris (métro Cité) Pour continuer à soutenir les Marquisards.

OGM et changement climatique : le bluff Inf’OGM Reporterre 2010/09/15 Inf’OGM (15 septembre 2010) OGM et changement climatique : le bluff. Reporterre. fr

OGM et changement climatique : le bluff

Une nouvelle brochure d’Inf’OGM démonte la prétention des cultures transgéniques à s’adapter au changement clmatique.

La crise climatique alimente quotidiennement les journaux et l’agriculture est régulièrement montrée du doigt comme une importante source d’émission de gaz à effet de serre. Tout le monde propose sa solution, et les entreprises de biotechnologies ne sont pas les dernières à vanter les mérites de leurs innovations brevetées pour sortir de cette crise qui menace à plus ou moins court terme les équilibres naturels et sociaux.

Après la faim dans le monde, Inf’OGM se penche sur une nouvelle promesse des promoteurs des OGM et démontre, point par point, l’incapacité structurelle des OGM à apporter des solutions durables. Au contraire, cette technologie s’inscrit dans une continuité philosophique avec la révolution industrielle du XIXe siècle qui, poussée à l’extrême, est responsable de la crise climatique. L’agriculture transgénique reste une agriculture dépendante de la pétro-chimie, basée sur la monoculture et des échanges de matières agricoles à travers la planète.

De façon plus factuelle, les OGM servent principalement à nourrir le bétail. Mais l’augmentation de la consommation de viande, consommation considérée comme un symbole de l’amélioration du confort individuel, par une population elle-même en croissance, n’est pas sans poser de question... Ne pourra-t-on pas envisager une relocalisation de l’agriculture et une modification des régimes alimentaires délibérément trop carnés ?

Nos amis les vautours Hervé Kempf Reporterre 2010/09/15 Hervé Kempf (15 septembre 2010) Nos amis les vautours. Reporterre. Tribune — fr

Nos amis les vautours

C’était il y a quelques années. Sur la route de Yako, au Burkina Faso, nous nous arrêtons pour boire un verre dans une bourgade. Et là, surprise : parmi les clients installés sous la tôle ondulée, des vautours passent entre les tables avec la plus parfaite nonchalance. « Ce sont... des vautours ? », m’enquiers-je, un brin inquiet. « Oui, bien sûr », répond mon compagnon, pas plus impressionné qu’un Parisien observant un moineau.

La situation a peut-être changé depuis. Je téléphone à un ami demeurant à Gourcy, au Burkina. « Maurice, il y a des vautours, chez toi ? - A Ouagadougou, on n’en voit plus depuis quelques mois, on ne sait pas pourquoi, mais ici, oui. Il y en a dans ma cour, et on les croise souvent au marché. »

Nous l’avons oublié, mais ces oiseaux, qui sont parmi les plus grands du monde, atteignant parfois trois mètres d’envergure, vivent en bonne intelligence avec les hommes : indépendants, mais voisins intéressés. En purs charognards, les vautours débarrassent leurs commensaux des carcasses putrides et infectes que l’élevage génère inéluctablement. Pas d’animal plus pacifique que ce grand rapace. Et pourtant, il en est peu qui soient aussi décriés.

On en comptait, jusqu’à récemment, des millions en Asie, notamment en Inde. Mais leur nombre s’est effondré en une ou deux décennies. Peut-être le diclofenac (ou Voltaren), un anti-inflammatoire utilisé par les éleveurs indiens pour leurs vaches, a-t-il empoisonné les rapaces. Le point est débattu. En Europe du Sud, le vautour ne se porte pas trop mal : près de 20 000 individus - des vautours fauves - étaient recensés jusqu’à récemment en Espagne. Mais, en 2006, le pays a appliqué, avec retard, une réglementation européenne sur les résidus d’élevage. Fin de la prospérité pour les nécrophages ailés. Beaucoup ont disparu, plusieurs sont venus en France. On en compterait environ 2 000 au nord des Pyrénées.

Des éleveurs s’indignent : « Les vautours attaquent nos bêtes ! Débarrassez-nous de ce fléau ! » Certains affirment que - par un miracle de l’évolution - de charognards, les rapaces seraient devenus prédateurs. Les attaques ne sont pas attestées, les scientifiques discutent. Mais pendant l’été, la secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, a recommandé « d’expérimenter des tirs d’effarouchement ».

Pauvres vautours ! Dans les Causses, ceux des gorges de la Jonte sont protégés. Je téléphone à une amie qui y élève des brebis. « Pas de problème, ici, on a des placettes sur lesquelles on dépose les animaux morts, les vautours viennent les manger. C’est bien, ça évite d’attendre l’équarrisseur. » Vérité dans les Causses, erreur dans les Pyrénées ?

Manif à vélo le 22 septembre Masse critique Reporterre 2010/09/15 Masse critique (15 septembre 2010) Manif à vélo le 22 septembre. Reporterre. fr

Manif à vélo le 22 septembre

Depuis qu’on a dilué le 22 septembre dans une « Semaine de la mobilité et de la sécurité routière » sans saveur, plus personne n’entend parler en septembre d’amélioration de la qualité de vie, protection de la santé, diminution du stress.

Rassemblement spontané contre l’immobilité écologique et pour le triomphe des cyclistes urbains à la fin de la « Semaine de la mobilité et de la sécurité routière » (!), le 22 septembre 2010, ex-journée-sans-voitures, et jour de la masse critique parisienne.

Il y a des impératifs pour mieux vivre en ville : réduire drastiquement les émissions de particules, les gaz à effet de serre, le bruit, la vitesse. Il y a des symboles comme le 22 septembre, journée mondiale sans voiture. Et il y a les lobbies et la (non) volonté politique...

Depuis que la France avec l’Europe a dilué le 22 septembre dans une « Semaine de la mobilité et de la sécurité routière » (!) inodore et sans saveur, plus personne n’entend parler en septembre d’amélioration de la qualité de vie, protection de la santé, diminution du stress. Tout est durable : la bagnole, la pollution. Le site web officiel de l’événement est indigent http://www.bougezautrement.gouv.fr. Et pieds, bus, vélo, voitures, tout y est équivalent.

Vélorution veut une journée sans voitures ! (et deux, et trois, ...)

Le 22 septembre 2010, rendez-vous à 18h30 très précises pour tourner place de l’Étoile, s’insérer dans le trafic et recycler de l’espace public au sol. Les cyclistes montreront par l’absurde que, contre la pollution, tourner en rond n’est pas la solution. Restructurons nos villes, relocalisons nos activités, réduisons nos besoins de transport. La véritable sécurité routière passe par la réduction drastique des véhicules motorisés individuels. Une seule solution : la Vélorution !

L’armée allemande s’inquiète des conséquences du pic pétrolier Reporterre 2010/09/16 (16 septembre 2010) L’armée allemande s’inquiète des conséquences du pic pétrolier. Reporterre. Énergie fr

L’armée allemande s’inquiète des conséquences du pic pétrolier

Un rapport révélé par l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » révèle que l’armée germanique prend au sérieux la perspective du pic pétrolier. Celui-ci aurait des conséquences géopolitiques et économiques majeures pour l’Europe. Voici la traduction de cet article.

Les marchés qui se cassent la figure, les démocraties qui vacillent, l’Allemagne qui perd de sa puissance globale : une étude d’un Think Tank de l’armée allemande analyse comment la baisse de la production pétrolière influerait sur l’économie mondiale. Ce document à usage interne révèle pour la première fois comment une crise énergétique imminente préoccupe les militaires.

Hambourg. Les experts en énergie désignent sous le nom de Peak Oil le moment à partir duquel les réserves globales de pétrole vont progressivement diminuer et la production atteindre son maximum. Une crise durable d’approvisionnement menace, et cette seule crainte peut provoquer des turbulences sur le marché des matières premières et sur les bourses. Le sujet est politiquement si explosif qu’il est remarquable qu’une institution comme l’armée allemande utilise simplement le terme de « Peak Oil ». Mais une étude de l’armée allemande, qui est apparue sur différents blogs, va encore beaucoup plus loin.

Le « Service d’analyse du futur », un think tank qui fait partie du « centre de transformation de l’armée allemande » a pour la première fois analysé l’aspect politique de sécurité du problème du Peak Oil. Les auteurs, sous la direction du Lieutenant Colonel Thomas Will, décrivent en des termes dramatiques les conséquences d’un épuisement irréversible des matières premières.

Ils mettent en garde contre une modification de l’équilibre global du pouvoir, contre de nouvelles relations de dépendance, contre une perte d’influence des nations industrielles européennes, contre l’effondrement total des marchés, contre de graves crises politiques et économiques.

L’étude, dont l’authenticité a été confirmée au Spiegel Online par des sources proches du gouvernement, n’était pas destinée à être publiée. Il ne s’agirait que d’un brouillon, un point de vue purement scientifique, qui n’a pas encore été revu par le ministère de la Défense ou d’autres organes gouvernementaux.

L’auteur principal, Will, a refusé de répondre aux questions sur cette étude. Il est cependant peu probable que l’armée allemande ou le gouvernement aient eu l’intention de publier ce document tel quel. Mais cette étude démontre a quel point le gouvernement allemand est déjà préoccupé par le problème du Peak Oil.

Cet incident présente des similitudes avec un autre qui a eu lieu en Grande Bretagne. Pas plus tard que la semaine précédente, le Guardian avait rapporté que des documents secrets du ministère britannique de l’énergie et du changement climatique (DECC) semblent montrer que le gouvernement britannique est plus préoccupé qu’il ne veut bien l’admettre par une future crise de l’approvisionnement. En conséquence, le DECC, la Banque d’Angleterre, le ministère de la Défense britannique et des représentants de l’industrie étudieraient un plan de crise qui traite des conséquences d’une possible pénurie d’approvisionnement.

Le Spiegel Online a eu accès aux questions posées lors de groupes de travail sur le fameux Peak Oil à des experts en énergie. Un porte-parole du DECC s’est efforcé de calmer le jeu. L’enquête serait de la routine, a-t-il déclaré au Guardian. Elles n’auraient aucune implication politique. L’étude de l’armée allemande pourrait également ne pas avoir de conséquence politique immédiate. Mais elle montre que le gouvernement craint que la pénurie puisse se produire rapidement.

C’est ce qu’écrit l’étude, il y a « une certaine probabilité que le Peak Oil se situe vers l’année 2010 et ses implications pour la sécurité sont attendus avec un décalage de 15 à 30 ans. La prédiction de l’armée allemande est compatible avec les prédictions de scientifiques bien connus qui estiment que la production mondiale de pétrole a déjà atteint son maximum ou l’atteindra cette année. »

DÉFAILLANCE DU MARCHÉ ET RÉACTION EN CHAÎNE GLOBALE

Les impacts politiques et économiques du Peak Oil en Allemagne ont donc été pour la première fois étudiés en détail. L’expert en pétrole Steffen Bukold a analysé et résumé les résultats de l’étude de l’armée allemande. Voici un résumé des points principaux.

Le pétrole déterminera la puissance : le Centre de Transformation de l’armée allemande écrit que le pétrole deviendra un facteur décisif dans le dessin du paysage des relations internationales : « L’importance relative des pays producteurs de pétrole dans le système international va grandissant. Ces pays utilisent les avantages qui en découlent pour accroître l’étendue de leurs politiques nationale et internationale, et s’établir en tant que puissances régionales nouvelles ou en plein renouveau, et même dans certains cas en tant que puissance globale de premier plan. »

Importance croissante des exportateurs de pétrole : pour les importateurs de pétrole, plus de concurrence pour la possession des ressources entraînera une augmentation du nombre des pays qui se battront pour obtenir les faveurs des pays producteurs. Pour ces derniers, cela ouvre des d’opportunités qu’ils peuvent utiliser pour atteindre des buts politiques, économiques ou idéologiques. Cette opportunité ayant une durée limitée, « il pourrait en résulter une affirmation forte des intérêts nationaux de la part des pays producteurs de pétrole ».

Politique en place sur les marchés : le centre de transformation de l’armée allemande s’attend à ce qu’une crise de l’approvisionnement provoque un recul de la libéralisation du marché de l’énergie. « La proportion de pétrole négociée sur le marché global et librement accessible va diminuer puisque davantage de pétrole sera négocié à travers de contrats entre deux pays », conclut l’étude. Et poursuit en disant qu’à long terme, le marché global du pétrole ne pourra plus suivre les lois du marché libre que d’une manière restreinte. « Accords bilatéraux de fournitures sous conditions et partenariats privilégiés, comme ceux qu’on a pu observer avant les crises pétrolières des années 1970, reviendront au premier plan. »

Défaillance des marchés : les auteurs dépeignent un sombre tableau des conséquences d’une pénurie de pétrole. Comme le transport de marchandises dépend du pétrole brut, le commerce international pourrait être l’objet de hausses de taxes colossales. « Des interruptions dans l’approvisionnement de denrées vitales pourraient se produire », en conséquence, par exemple, dans les denrées alimentaires. Le pétrole est utilisé directement ou indirectement dans la production de 95% de tous les biens industriels. Des hausses brutales de prix pourraient donc être observées dans la plupart des industries et à toutes les étapes de la chaîne de l’approvisionnement industriel. « À moyen terme, le système économique global et toutes les économies nationales de marché s’écrouleraient ».

Retour à l’économie planifiée : puisque la quasi totalité des secteurs de l’économie dépendent fortement du pétrole, le Peak Oil pourrait conduire à une « défaillance partielle ou totale des marchés », dit l’étude. « Une alternative concevable serait un rationnement gouvernemental, une allocation de denrées importantes ainsi que la mise en place de plans de production et autres mesures coercitives de court terme pour remplacer les mécanismes de base des marchés en temps de crise. »

Réaction en chaîne globale : « Une restructuration de la fourniture du pétrole ne sera pas possible équitablement dans toutes les régions du monde avant le début du Peak Oil », dit l’étude. Il est probable qu’un grand nombre de pays ne soit pas en mesure de faire à temps les investissements nécessaires, ou avec « une ampleur suffisante ». S’il y avait des effondrements économiques dans certaines régions du monde, l’Allemagne pourrait être affectée. L’Allemagne n’échapperait pas à la crise des autres pays, tant elle est liée à l’économie globale.

Crise de légitimité politique. L’étude de l’armée allemande relève aussi l’inquiétude pour la survie de la démocratie elle-même. Une partie de la population pourrait percevoir le bouleversement déclenché par le Peak Oil comme une « crise systémique généralisée ». Ceci créerait un espace pour des alternatives idéologiques ou extrémistes aux formes existantes de gouvernement. Une fragmentation des populations affectées est probable, et « pourrait dans des cas extrêmes conduire à des conflits ouverts ».

Les scénarios soulignés par le Centre pour la transformation de l’armée allemande sont drastiques. Encore plus explosif politiquement, il y a les recommandations au gouvernement que des experts en énergie ont mises en avant sur la base de ces scénarios. Ils affirment que les « États dépendants des importations de pétrole » seront obligés de « faire preuve de plus de pragmatisme à l’égard des pays producteurs de pétrole dans leurs politiques étrangères ». Les priorités politiques devront être d’une certaine manière subordonnées, disent-ils, « à la question prioritaire de la sécurisation de l’approvisionnement en énergie ».

Exemple : l’Allemagne devra être plus flexible vis à vis des objectifs de politique de la Russie. Elle devra également avoir plus de retenue dans sa politique à l’égard d’Israël, afin d’éviter de s’aliéner les pays producteurs arabes. Le soutien inconditionnel à Israël et son droit à l’existence est actuellement une pierre angulaire de la politique étrangère de l’Allemagne.

Les relations avec la Russie, en particulier, sont d’une importance fondamentale pour l’accès de l’Allemagne au pétrole et au gaz, dit l’étude. Pour l’Allemagne, cela implique de louvoyer entre des relations stables et privilégiées avec la Russie et la sensibilité de ses voisins de l’Est. Autrement dit, l’Allemagne, si elle veut garantir sa propre sécurité énergétique, devrait s’accommoder des objectifs de politique étrangère de Moscou, même si cela revient à dégrader ses relations avec la Pologne et les autres pays d’Europe de l’Est.

Le Peak Oil aurait aussi de profondes conséquences sur l’attitude de Berlin à l’égard du Moyen Orient, selon l’étude. « Un réajustement de la politique allemande au Moyen Orient… au profit de relations plus intensives avec les pays producteurs tels que l’Iran ou l’Arabie Saoudite qui détiennent les plus importantes réserves de pétrole conventionnel de la région, pourrait provoquer des tensions dans les relations germano-israéliennes, en fonction de l’ampleur du changement de politique », écrivent les auteurs.

Le ministre de la Défense n’a pas souhaité répondre aux questions du Spiegel Online à propos de cette étude ».

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Le leader de Lutte ouvrière est mort dans le secret MarieLys Lubarno / Marianne Reporterre 2010/09/16 MarieLys Lubarno / Marianne (16 septembre 2010) Le leader de Lutte ouvrière est mort dans le secret. Reporterre. fr

Le leader de Lutte ouvrière est mort dans le secret

Bon, on est d’accord, cette nouvelle paraît lointaine des intérêts habituels de Reporterre. Mais elle en dit beaucoup sur la politique, au meilleur sens du terme, et mérite réflexion.

Dirigeant historique de LO, Robert Barcia, alias Hardy, est mort. Avec lui disparaît l’une des figures de la politique française : il était le fondateur de la première organisation trotskyste du pays. Mais il n’est pas mort hier ; en réalité, il est décédé il y a plus d’un an. Et depuis, les quelques mille militants de Lutte ouvrière gardent farouchement le secret sur sa disparition… Enquête sur une dérive humaine et politique

2 janvier 2010. Daniel Bensaid, philosophe et théoricien marxiste, cofondateur et dirigeant de la LCR puis du NPA, s’éteint à Paris. En quelques heures, à peine, la nouvelle fait le tour de la capitale et du microcosme politique, déclenchant des centaines de réactions et de communiqués. Quelques jours plus tard, 4000 personnes se pressent dans la grande salle de la Mutualité, à Paris, pour lui rendre hommage sous les projecteurs et les caméras. 12 juillet 2009. Six mois, jour pour jour, avant la mort de Bensaid, un autre dirigeant révolutionnaire s’en allait. Robert Barcia, alias Hardy, fondateur de Lutte ouvrière né à Paris le 22 juillet 1928, décédait à Créteil. Sans tambours, ni trompettes. Il mourait en secret. Au point qu’aujourd’hui encore, aucun militant de LO n’accepte de parler de la mort de Barcia, pas même pour la confirmer à d’anciens camarades. Comment une organisation de 1 000 personnes a-t-elle pu garder ce secret aussi longtemps sans que jamais rien ne filtre ? Et surtout, pourquoi ?

LA MORT D’UN « GOUROU » CACHÉE PAR LA « SECTE » ?

Les mauvaises langues ont pour habitude de dire que LO est une secte, et qu’Hardy en était le « gourou ». Il serait facile de conclure qu’ils ont raison. L’étrange silence de la direction semble vouloir faire croire que le leader est encore en vie. « Il se pourrait même qu’Hardy ait été momifié ou congelé en attendant des jours meilleurs », plaisante-t-on à l’extrême gauche. Pourtant, l’homme ne faisait pas l’objet d’un culte de la personnalité et n’était pas aux responsabilités dans son parti. « C’était un homme de l’ombre, ni grand théoricien, ni intellectuel », explique un militant de la Fraction (groupe exclu de LO en 2008), « plutôt une bête politique, qui a construit un parti sur des bases solides et en donnait la ligne ».

Barcia était un dirigeant à la poigne de fer, imposant à ses militants une discipline que ne renierait pas un régiment de paras. Par lui transitaient tous les rapports d’activité, jusqu’au moindre compte-rendu remonté du fin fond d’une ville de province. Lui encore décidait de l’exclusion des militants, comme en 1997. De lui dépendaient les alliances électorales. Lui, enfin, édictait les règles de conduite. Non pas parce qu’il était le « dictateur » de LO, mais parce qu’il en était le père fondateur, à qui les militants se référaient dans une période trouble où la clarté politique n’avait pas le vent en poupe. C’est d’ailleurs ce qui a conduit LO à se resserrer, voire se replier sur elle-même, et à taire tout ce qui concerne de près ou de loin les militants et l’organisation.

PAPA PC, MAMAN URSS ET LA CLANDESTINITÉ

Ce serait en effet méconnaître l’Histoire que de simplement traiter de fous les membres de LO. Pour comprendre ce culte du secret et cette discipline de fer, il faut remonter des années en arrière, à la création du parti. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les organisations trotskystes qui se structurent en France optent pour la clandestinité. Tant à cause du pouvoir en place, que du tout-puissant Parti communiste, qui à l’époque soutenait Staline. Critiquer l’URSS était délicat, voire douloureux. Si douloureux que quelques militants trostkystes en sont morts (à commencer par Mathieu Bucholz, jeune résistant et ami de Robert Barcia assassiné à la Libération). « A une époque, la seule chose qu’on demandait à un militant qui voulait entrer à LO c’était de vendre le journal de l’organisation dans la rue », raconte un militant de la Fraction. « Parce que c’était l’assurance de se faire tomber dessus par des staliniens et qu’il fallait donc être prêts à se faire casser la gueule pour ses idées. »

C’est pourtant l’affaiblissement du PCF puis la disparition de l’URSS en 1991 qui ont provoqué le repli de LO sur elle-même. La direction considérait alors que le monde entrait dans une période de néolibéralisme écrasant, dont il ne sortirait pas indemne. Les luttes sociales reculeraient, les idées d’extrême-droite gagneraient du terrain, bref rien ne pouvait plus être gagné. Pire, on risquait de perdre beaucoup, à commencer par soi-même. Le parti a donc décidé de se refermer, un peu par défaitisme mais surtout pour conserver intact son corpus idéologique afin de le transmettre aux générations futures. Il est donc devenu de plus en plus dur d’intégrer le parti - certains mettant plus de 10 ans pour y arriver- car il fallait préserver le nid des bolcheviques... Immédiatement, ce repli a entrainé une série d’attaques contre LO. Sans cesse accusés, caricaturés, les militants se sont aussi repliés humainement, fonctionnant en vase clos, se protégeant les uns les autres. Ne parlant même pas de l’organisation avec leurs compagnes ou leurs compagnons. Ils ont beau être révolutionnaires et se forger une cuirasse, ils souffrent de se voir marginalisés, stigmatisés, humiliés. Alors ils se taisent et se tiennent à l’écart. Si l’état civil n’avait pas donné confirmation de son décès, personne ne saurait que Robert Barcia s’en est allé. Et avec lui, un petit morceau d’Histoire.

Au nord du Niger, Areva contamine l’environnement Greenpeace Reporterre 2010/09/17 Greenpeace (17 septembre 2010) Au nord du Niger, Areva contamine l’environnement. Reporterre. fr

Au nord du Niger, Areva contamine l’environnement

Selon une étude menée par Greenpeace et publiée en mai 2010, la contamination radioactive dans les villes minières d’Akoka et Arlit, au Niger, est importante.

Une équipe de Greenpeace s’est rendue au Niger, pour mesurer la radioactivité du sol, de l’eau et de l’air de ces zones habitées. Le rapport de Greenpeace sort début mai (1) : la contamination est partout, exposant chaque jour les 80 000 nigériens vivant dans la région à un risque sanitaire réel.

Les analyses des échantillons de sol et d’eau, effectuées par la CRIIRAD (2), laboratoire indépendant, ainsi que les mesures effectuées dans l’air autour des villes minières d’Akokan et d’Arlit sont alarmantes. Elles révèlent une contamination réelle et durable, contrairement à ce que clame Areva :

- Dans l’eau : Sur quatre des cinq échantillons d’eau potable prélevés dans la région d’Arlit, la concentration en uranium était supérieure à la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé

- Dans l’air : les mesures dans l’air ont révélé une concentration de gaz radon, un gaz radioactif, trois à sept fois supérieures au niveau naturel

- Dans le sol : L’un des échantillons de sol présentait une concentration en uranium et autres matériaux radioactifs 100 fois supérieure aux niveaux normalement mesurés dans la région, dépassant les limites internationales. Sur le sol des rues d’Akokan, Greenpeace a relevé des taux de radiation jusqu’à 500 fois supérieurs à la normale. Un Nigérien passant moins d’une heure par jour à cet endroit est exposé à une radiation supérieure à la dose annuelle maximale admissible.

Areva transforme tout ce qu’elle touche en déchet

L’extraction d’uranium génère deux types de déchets : les stériles miniers, roches issues du processus d’extraction du minerai d’uranium et des résidus du procédé de purification et de concentration de l’uranium, qui se présentent sous forme de boues et sont aujourd’hui stockées à l’air libre. Ces deux formes de déchets sont radioactifs. Par ailleurs, en manipulant l’uranium, l’industrie nucléaire favorise la dispersion de poussières radioactives contaminant durablement tout élément en contact avec elles (eau, air sol, outils, etc…). Greenpeace a notamment retrouvé des ferrailles contaminées sur le marché local d’Arlit. Les Nigériens se servent de ces matériaux pour construire leurs habitations. Pourtant, Areva prétend qu’aucun matériau contaminé ne sort des mines.

« Après le scandale des déchets nucléaires dont Areva ne sait que faire et qu’elle exporte en Russie, Greenpeace fait la lumière sur cette autre forme de contamination radioactive due à l’extraction du minerai d’uranium », souligne Sophia Majnoni d’Intignano, chargée de campagne nucléaire à Greenpeace France.

Greenpeace demande des comptes à Areva

Depuis 5 ans, Greenpeace demande une étude indépendante autour des villes d’Arlit et Akokan suivie d’un nettoyage et d’une décontamination complète. Areva doit respecter partout dans le monde les standards sanitaires et environnementaux appliqués sur le territoire français.

« Greenpeace a adressé un courrier à l’autorité de sûreté nucléaire française (ASN) pour demander si elle autoriserait Areva à exploiter l’uranium du Limousin dans les mêmes conditions qu’elle le fait au Niger » précise Sophia Majnoni d’Intignano. « Nous attendons le positionnement de l’ASN. »

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Notes :

(1) http://www.greenpeace.org/raw/conte...

(2) Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité

L’enlèvement de Français au Niger révèle les limites de notre « indépendance » énergétique Greenpeace Reporterre 2010/09/20 Greenpeace (20 septembre 2010) L’enlèvement de Français au Niger révèle les limites de notre « indépendance » énergétique. Reporterre. fr

L’enlèvement de Français au Niger révèle les limites de notre « indépendance » énergétique

Suite à l’enlèvement de sept personnes, dont cinq Français travaillant pour Areva et Satom (groupe Vinci), survenu le 16 septembre au Niger, Greenpeace met en lumière la dépendance énergétique de la France liée aux importations d’uranium.

Le nucléaire met en danger la sécurité et l’indépendance énergétique française

Le gouvernement français et l’industrie nucléaire vante l’indépendance et la sécurité énergétique que l’atome est supposé apporter à la France, qui afficherait un taux d’indépendance énergétique de 50 %.

« Ce chiffre ne correspond à aucune réalité puisqu’il ne prend pas en compte les importations d’uranium, affirme Sophia Majnoni, en charge de la campagne Énergie/Nucléaire de Greenpeace France. Le gouvernement utilise ce chiffre comme si l’uranium était produit sur le sol français ! Et pourtant la dernière mine française a fermé en 2001. En 2007, plus d’un tiers de l’uranium acheté par Areva provenait du Niger, pays très instable et dangereux, comme le montre le terrible enlèvement de sept personnes survenu aujourd’hui. »

Depuis plus de quarante ans, au Niger, Areva exploite l’uranium sur deux gisements situés dans la région d’Arlit et d’Akokan (Nord). Ces deux mines produisent chaque année 3 000 tonnes d’uranium. D’ici à 2012, Areva devrait ouvrir une troisième mine au Niger, qui produira 5 000 tonnes de minerai par an.

« À cette date, Areva compte donc tirer l’essentiel de sa production d’uranium de ses mines nigériennes, estime Sophia Majnoni. Aujourd’hui, l’uranium nigérien permet de fabriquer le combustible nécessaire pour faire carburer une vingtaine de nos 58 réacteurs nucléaires. Un chiffre qui devra donc être revu à la hausse, augmentant considérablement la dépendance de la France vis-à-vis de ce pays très instable qu’est le Niger. »

Niger ou Kazakhstan : l’approvisionnement en uranium très incertain…

Déjà en 2007, un conflit avait opposé Areva et le gouvernement nigérien sur l’exploitation des mines d’uranium, conflit qui avait finalement abouti sur un accord qui avait multiplié par deux le prix de la livre d’oxyde d’uranium.

Le second gros fournisseur de la France en uranium est le Kazakhstan (objectif de production de 4 000 tonnes par an), au régime présidentiel « autoritaire » qu’on peut difficilement considéré comme un modèle de démocratie.

Une exploitation au mépris des populations et de l’environnement

Malgré la richesse de son sous-sol minier, le Niger se classe au dernier rang de l’indice de développement humain. Plus de 40 % des enfants nigériens présentent une insuffisance pondérale, le pays souffre de pénuries d’eau et près des trois-quarts de la population sont analphabètes. L’exploitation des mines d’uranium ne rapporte rien à la population.

En novembre 2009, Greenpeace s’est rendue au Niger pour effectuer des prélèvements des sols, de l’air, de l’eau dans les villes minières d’Arlit et d’Akokan, qui abritent 80 000 Nigériens. Dans son rapport « Abandonnés dans la poussière » (résumé disponible sur www.greenpeace.org/france/campagnes/nucleaire/documents) paru en mai dernier, Greenpeace a révélé des concentrations anormales d’uranium dans le sol et de radon, un gaz naturel radioactif, dans l’air, ou encore la présence sur un marché d’objets radioactifs recyclés, provenant des mines. Par exemple, quatre échantillons d’eau recueillis dans la région d’Arlit sur cinq présentaient une concentration d’uranium supérieure à la limite recommandée par l’Organisation mondiale de la santé pour l’eau potable…

Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite Serge Portelli Reporterre 2010/09/20 Serge Portelli (20 septembre 2010) Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite. Reporterre. Tribune — fr

Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite

« Au fond de cette idéologie, il y a le fantasme archaïque d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité. Avec d’un côté, les bons, de l’autre, les mauvais. »

Qu’il est réconfortant ce premier tollé contre les derniers projets du pouvoir ! Premier, puisqu’il faudra nécessairement que nos voix se fassent entendre plus fortement encore pour défendre les valeurs de la République. Mais quelle naïveté chez ceux qui y voient un “dérapage”, une “outrance”, une pure opération électoraliste, une manoeuvre de diversion destinée à conquérir des voix du Front National. À croire qu’ils n’ont jamais vraiment lu ni écouté les discours dont nous sommes pourtant abreuvés depuis quelques années. Aucune des mesures qui nous font frémir ou nous soulèvent le coeur n’est le fait des circonstances. Il n’y a ni exagération ni infléchissement, ni même durcissement d’une ligne politique. Nous sommes dans le droit fil de l’idéologie sarkozyste dont beaucoup s’obstinent encore à nier l’existence et dont l’actuel président de la République n’est jamais que le principal, mais provisoire porte-parole.

Nous assistons à l’une de ses dernières et inévitables évolutions : la confusion, dans une France qui glisse lentement vers la droite, entre cette droite-extrême qu’est le sarkozysme et l’extrême-droite classique. Dans le dernier programme en vente à ce jour (car le catalogue varie de jour en jour) nous trouvons donc - la déchéance de leur nationalité française de certains Français “d’origine étrangère” qui auraient volontairement porté atteinte à la vie d’un membre des forces de l’ordre (première version présidentielle) ou (seconde version ministérielle) contre les coupables de polygamie, d’excision, d’appel au travail illégal , voire d’actes de délinquance grave (sic) - la fin de l’acquisition automatique de la nationalité française au moment de la majorité pour des mineurs étrangers s’ils ont commis des actes de délinquance - la dénonciation explicite de l’immigration comme facteur de délinquance - des mesures censées mettre fin au “comportement” de “certains parmi les gens du voyage et les Roms”, dont “la reconduite quasi immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public ou à des fraudes en direction de la Roumanie et de la Bulgarie” et des expulsions des campements illégaux. - des peines de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de défaillance caractérisée (deux ans d’après l’honorable parlementaire, Eric Ciotti, qui dit mieux ?) - l’extension du système des peines planchers en cas de violence - une peine de 30 ans de réclusion pour les auteurs de crime contre un représentant des forces de l’ordre...

Ce déluge de réformes n’a que l’apparence d’une énumération à la Prévert. Il faut être aveugle pour ne pas voir, derrière chacune de ces mesures ou de ces déclarations, une conception très précise et singulière de l’homme, de la société et des libertés, un dessein parfaitement réfléchi, extrêmement cohérent et inlassablement répété. Bref, une “idéologie”, terme que le sarkozysme réfute toujours pour en affubler ses adversaires puisque, pour lui, l’idéologie c’est toujours l’autre.

Au fond de cette idéologie, il y a le fantasme archaïque d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité. Avec d’un côté les bons, de l’autre les mauvais. D’un côté, ceux qui respectent des valeurs fondamentales que le candidat à l’élection présidentielle énumérait dans un de ses discours de campagne, à Marseille, le 19 avril 2007 : “la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale”. De l’autre, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre ne les respectent pas et qui, selon l’une des expressions favorites du régime, ramassée sur le zinc d’un comptoir et à nouveau ressassée ces derniers jours, “empoisonnent la vie des honnêtes gens”. À partir de cette vision manichéenne du monde, se bâtit l’autre fantasme, plus récent, d’une société sans risque, aseptisée, obsédée par une sécurité absolue, dans laquelle les principes de précaution puis d’exclusion s’appliquent à tout ce qui peut représenter un danger. Le ressort idéologique secondaire est donc la peur. Peur, minutieusement entretenue, de tous les fauteurs de trouble de ce nouvel ordre moral et sécuritaire. Dans cette société violente, on préférera stigmatiser, déchoir, humilier, expulser, enfermer que d’affronter les vrais problèmes. Contrairement au credo affiché, il ne s’agit pas d’être efficace, mais de frapper fort, devant les médias, et d’impressionner l’opinion publique.

Rejoignant les thèmes fondamentaux de l’extrême droite, le sarkozysme met au premier rang de ces peurs l’étranger ou l’immigré qu’il assimile constamment au délinquant, fustigeant les “cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée” (y compris donc de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007...), martelant que “la question des étrangers est un problème majeur dans notre pays” (Frédéric Lefebvre, le 5 août dernier). Si le mot xénophobie a un sens, il faut donc admettre, après tant d’années de démonstration acharnée, que le sarkozysme est xénophobe. Qui a oublié les propos de Nicolas Sarkozy, le 22 avril 2006 : “Si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter”, calqués sur le slogan de Philippe de Villiers, rallié depuis lors : “La France, aime-là ou quitte-là”, et directement inspirés de la vulgate lepéniste. Qui ne voit pas la politique inhumaine et féroce de reconduite à la frontière qui brise chaque jour des familles et des vies ? Tout ceci sous la houlette d’un calamiteux ministère de “l’identité nationale”. Qui a oublié voici à peine deux mois, la condamnation en première instance à 750 euros de notre jovial ministre de l’intérieur pour injures raciales pour avoir dit, à propos des personnes d’origine arabe : “Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes” ? Nous sommes face à une xénophobie populiste qui s’inscrit dans le nationalisme le plus obscur, le plus rétrograde qui soit.

Le projet actuel concernant la déchéance de nationalité s’inscrit dans le droit fil de cette idéologie. Il s’appuie sur des notions héritées de notre histoire la plus sombre. L’expression de “Français d’origine étrangère” estampille définitivement le projet. La stigmatisation des Roms et de leur “comportement” est très exactement de la même veine. D’autant qu’il confond intentionnellement dans la même opprobre ces citoyens de l’Union Européenne (Bulgares et Roumains) avec les “gens du voyage”, dont l’immense majorité est française. Tout ceci devient insupportable. Nous sommes aux antipodes d’une société républicaine où l’égalité, la liberté, le respect de l’autre, la tolérance, la solidarité, le partage sont à la base de la paix civile et du progrès social. Les Français sont tous égaux devant la loi. Pourquoi ce principe fondamental est-il inscrit à l’article premier de la Constitution ? Parce que la France ne veut plus revivre les abominations d’une politique raciste et xénophobe. Parce que les fondateurs de notre République ont voulu interdire à tous les gouvernants de distinguer selon l’origine. Parce qu’ils ont voulu faire de notre pays une terre d’accueil, de solidarité et d’asile. Oui, ces projets sont anticonstitutionnels. Pire, ils sont indignes.

Les autres mesures sur la délinquance et les mineurs tentent, eux, de nous persuader que nous sommes dans un monde en guerre. Cette énième déclaration des hostilités attire heureusement autant de sourires que les hardiesses d’un général boum-boum dans une opérette d’Offenbach. Selon la recette usée jusqu’à la corde du sarkozysme triomphant, il s’agit de faire voter une nouvelle loi qui, cette fois-ci, on vous le jure, anéantira l’ennemi. Dans cette conception affligeante de la loi, il suffit d’aggraver une peine pour stopper la criminalité. On imagine les délinquants, attentifs, eux, aux éditions de septembre du journal officiel, tourner fébrilement les pages de la rubrique “textes législatifs” et déposer subitement les armes en voyant l’imparable sévérité de ce gouvernement. Arrêtons de plaisanter et de se moquer du peuple. Les peines plancher sont un effroyable échec malgré les statistiques joyeuses du ministère de la justice. On croyait que la récidive avait épuisé jusqu’aux ultimes ressources de la démagogie. Le président de la République a relevé le défi. Lui qui avait promis de régler définitivement le problème de la récidive avant la fin de l’été. 2007. La dernière loi sur le sujet date du mois de mars dernier. Les parents des mineurs récidivistes seraient donc sanctionnés pénalement. Si jamais ce projet lumineux était adopté peut-être se trouvera-t-il un juge - constitutionnel par exemple - pour rappeler que, dans une démocratie, toute responsabilité pénale est individuelle. Personne ne peut être puni pour une infraction commise par un autre, même son frère, même ses parents, même ses enfants. Il fut un temps, fort lointain, bien bien avant la Révolution française, où la responsabilité était familiale. C’était le temps des huttes, des peaux de bêtes, des clans et des vendettas. Le progrès, la civilisation sont passés par là. Le droit aussi. Mais la “performance de la sécurité intérieure”, on peut le comprendre, a ses exigences. Supérieures aux avancées de l’humanité. Il nous fallait, jusque présent, pour tenter de raisonner ce gouvernement, nous arc-bouter sur les principes de la convention européenne des droits de l’homme. Il a fallu se replier sur le programme du conseil national de la résistance. Puis s’arimer aux acquis de la Révolution. Nous voici rejetés, avec ce projet fou, aux premiers temps de l’humanité.

Certains parlent de Vichy, d’autres même de nazisme. Il faut garder raison. Nous quittons la démocratie - le constat est déjà assez rude - pour nous engager dans un Etat-limite où le mot d’ordre est à la répression, aux expulsions, aux enfermements, à la surveillance. Ce qu’il reste de la police est jeté, en pure perte, aux avant-postes d’une bataille purement idéologique. On assiste parallèlement à une mainmise de la police (d’une certaine police en tout cas) sur les institutions de la République. Pas simplement par la nomination de super-policiers comme préfets. Le Figaro nous apprend ainsi que “ce plan de bataille [a été ]soigneusement mis au point par l’Elysée, à coup de réunions secrètes avec la haute hiérarchie policière, sous la houlette sur secrétaire général de l’l’Elysée, Claude Guéant”. On ose à peine rappeler que ce dernier fut nommé directeur général de la police nationale par Charles Pasqua en 1994. Quel bonheur de voir ainsi la police, aux plus hautes marches de l’Etat, veiller au bon fonctionnement de nos institutions ! Quelle chance pour nos libertés, surveillées avec autant de sollicitude par la maréchaussée !

Toute cette agitation, à moins de deux ans des élections présidentielles, précipite une évolution ancienne et lourde de dangers pour la société française : le renforcement et la banalisation des idées du Front National. Elle traduit la confusion tragique de deux discours : celui du sarkozysme et celui de l’extrême-droite. Il est encore trop tôt pour savoir qui, dans les urnes, profitera de cette gémellisation des extrêmes si ce n’est que le Front National a l’avantage de l’ancienneté et que l’électorat, sur toute l’étendue de l’échiquier politique, a toujours préféré l’original à la copie. Le sarkozysme s’était jusqu’à présent préservé de ce danger en usant et abusant du discours paradoxal, en citant parfois Jaurès ou Blum, en grappillant quelques idées de l’opposition ou en séduisant quelques figures usées de la gauche. Ce temps est passé. Il n’y a plus aucun lien possible entre la gauche et le sarkozysme. Comment ne pas éprouver une sincère compassion pour Jean-Marie Bockel, toujours secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Justice - et des Libertés ! - qui vient de se voir confier une mission de réflexion et de proposition sur la prévention de la délinquance des jeunes ? Un autre rapport aurait été bienvenu sur la future triple peine qu’instaure le projet de déchéance de la nationalité.

Il va donc falloir s’habituer à ce discours commun, à ces propositions croisées, à cette surenchère permanente du sarkozysme et de l’extrême droite. Nous n’en sommes qu’aux prémisses. Le pire est à venir car cet électorat va vouloir des actes : c’est précisément là que nos compères seront départagés. Attendons-nous à la démagogie la plus épaisse. À d’autres mesures vengeresses. Tous les préjugés, toutes les peurs vont être exploités jusqu’à la lie. Il n’est pas étonnant que, dans un premier temps, ces mesures, habilement présentées, recueillent l’assentiment d’une majorité de la population. Elles sont minutieusement étudiées pour, dans un premier temps, flatter ce qu’il y a de plus bas, de plus vil, de plus vulgaire en nous tous. Mais il suffit d’un peu de réflexion, d’un peu de temps pour que la raison reprenne ses droits.

Il appartient à tous les démocrates, où qu’ils soient, qui refusent ces extrêmes, de se mobiliser. De choisir, comme d’habitude, la voie difficile, longue, risquée de la réflexion, de la mesure, de la responsabilité pour rappeler quelles sont les vraies valeurs de la République.

Une heure de silence contre la publicité Individu(e)s, Choc et Man Reporterre 2010/09/21 Individu(e)s, Choc et Man (21 septembre 2010) Une heure de silence contre la publicité. Reporterre. fr

Une heure de silence contre la publicité

Organisée par des individuEs, soutenue par le ChOC et le MAN, au Havre, s’est tenue samedi 18 septembre 2010, la huitième heure de silence, “Télé, pas de pub destinée aux enfants de moins de 12 ans”.

Lors de la dernière heure de silence du 26 juin dernier, nous étions plus de trente participants et pour cette HDS de rentrée, nous étions une petite dizaine, preuve que la question "anti pub" rassemble. Tous les signes d’encouragements et d’accords que nous donnent les passants sont aussi une preuve d’une conscience générale sur la nocivité des publicités.

Un certain nombre de sénateurs et de députés, toutes tendances politiques confondues, se sont saisis de cette question et un groupe de travail s’est constitué au sein du Sénat il y a maintenant plusieurs mois. Ce groupe parlementaire a mené en juin dernier des auditions d’experts et de professionnels (nutritionnistes, publicitaires…) et s’apprête à déposer sa proposition de projet de loi.

C’est pour cette raison que la campagne organisée par le MAN “Télé, pas de pub destinée aux enfants de moins de 12 ans” va s’arrêter car l’objectif qui a été fixé est atteint. Mais cela ne veut pas dire que nous allons arrêter de manifester contre la publicité.

Nous avons conclu cette manifestation sur la terrasse d’une brasserie pour donner une suite à ce mouvement. Nous avons envisagé 2 possibilités d’actions : - Le bâchage des publicités exemple : http://youtu.be/wvaZrS8RxVA ; - Interrogations des citoyens avec des questions du genre "Que pensez-vous de la pub ?" puis affichage des réponses sur les panneaux publicitaires.

Nous n’avons pas retenu d’actions illégales car pour l’instant personne n’a la force, ni l’envie d’un procès. Eh oui, il faut beaucoup d’énergie et de courage pour ce genre d’action que nous n’avons pas pour l’instant.

Envie de participer ?

Fais-le savoir en utilisant les contacts ci-dessous. Il est évident que plus nous serons nombreux, plus l’action sera joyeuse.

Nous vous attendons encore plus nombreux pour certainement la dernière heure de silence du MAN et surtout dans la foulée de l’action "ARRET TOTAL" (voir la section : "on soutient les copains)

le samedi 16 octobre à 11H à l’hôtel de ville du HAVRE

Pour changer le monde, soyez psychologue Séverine Millet Reporterre 2010/09/21 Séverine Millet (21 septembre 2010) Pour changer le monde, soyez psychologue. Reporterre. Tribune — fr

Pour changer le monde, soyez psychologue

Alda ! a interviewé, Séverine Millet, qui est conseillère en communication responsable. Elle est expert à ce titre auprès de l’ADEME. Elle fait aussi de l’accompagnement du changement où elle aide à lever les freins à l’action et à trouver les moteurs pérennes. Militante écologiste et des droits humains depuis ses 14 ans, elle est avocate de formation et spécialisée dans les énergies renouvelables qu’elle traite en considérant le volet (ou les barrières) psychologique/s.

Alda - Comment êtes-vous arrivée à étudier la psychologie de la militance ?

Séverine Millet - Quand on est militant, on ne l’est pas par hasard. Les moteurs à l’action (soit dans l’humanitaire ou l’écologique) sont les mêmes : des moteurs émotionnels intéressants pour démarrer ou passer à l’action mais insuffisants pour que l’action soit pérenne, efficace et performante au final. A l’époque, j’étais à l’Alliance pour la Planète (réseau d’associations (Greenpeace, WWF, France Nature Environnement, etc.) qui se constituait et qui a été à l’origine du Grenelle de l’environnement). On s’était rendu compte que la part qui n’était jamais prise en compte sur le terrain était la part humaine. Depuis, j’aime représenter la crise écologique comme un iceberg. La partie en surface, émergée, est représentée par nos modes de production de consommation, nos choix de société, nos modes de transport, notre psychologie sociale, … En dessous, c’est la partie immergée de l’iceberg, qui regroupe tout ce qui fait que l’homme moderne occidental a fait des choix de sociétés qui actuellement ne sont pas viables... et qu’on ne travaille pas ! C’est tout ce qui concerne la psychologie, sociologie, anthropologie, culture, etc. En effet, quand on intervient en tant que conseil, ou directeur de développement durable ou en tant que militant dans des associations, on s’intéresse surtout à agir sur la partie émergée qui est fine… On ne cherche pas à travailler et à connaître les mécanismes qui font qu’on en est arrivé là ! On met des rustines sur des roues crevées !

Pourquoi, alors que l’on est si informé, nous est-il si difficile de changer nos comportements et nos modes de vie ?

Les sociologues de l’environnement mentionnent comme première cause la « Dissonance cognitive ». Cela arrive quand une personne est coincée entre le « il faut agir : gérer la crise écologique, sauver le monde, etc. » et une demande d’action irréalisable (dans son esprit). La situation où l’information semble ingérable au niveau humain, sauf à un niveau intellectuel. Quand une personne se trouve coincée « il faut tout changer car rien ne va, et, on va dans le mur… mais je ne peux pas changer à mon petit niveau humain »… elle est dans une dissonance cognitive qui crée une tension intérieure à la limite du supportable (sentiment d’impuissance, profonde culpabilité, etc.) et empêchant l’action ! Pour gérer cette dissonance, les personnes mettent en place des « stratégies d’évitement » pour « aller là où on sait le mieux faire pour échapper à cette tension » en disant « c’est trop cher, je n’ai pas les moyens, je n’ai pas assez d’information, ce n’est pas de ma responsabilité mais de ceux qui ont les moyens : le gouvernement, etc. »… Il faut savoir écouter ces phrases et voir ce qui a derrière : une demande d’information alors qu’on est sur-informé aujourd’hui… il faut la traiter avec des pincettes ! La personne étant coincée, elle essaie juste d’échapper à cette tension !

Certains se mettent dans une telle tension qu’ils en arrivent au déni. Même si l’écologie apparaît comme une priorité dans les sondages, en réalité la nature est trop loin de nous ! Les priorités dans les valeurs sociales qui sont les nôtres sont autres : sécurité affective et financière, santé, enfants, etc. Tant que ces couches ne sont pas complètement compensées, on ne peut pas s’occuper de l’écologie.

D’autre part, le changement nécessite un processus d’appropriation : Cela passe par la « pré-contemplation » qui touche des gens qui n’ont pas décidé de changer car ce n’est pas dans leur problématique actuelle. Etre en contact avec l’information de plus en plus présente va les aider… Mais ça peut mettre 2 ans avant que ces personnes se disent « peut-être pourrais-je faire quelque chose ? ». Puis il faut le temps nécessaire pour stabiliser le changement ou le nouveau comportement, le rendre pérenne ou automatique. Celui qui décide de laisser la voiture pour prendre le bus et passe à la pratique à l’automne peut se retrouver avec l’abribus détruit et donc sans protection contre les averses… C’est un cas de figure où le retour à la voiture (au calme, chaud, à sa propre musique, sans pluie, etc.) sera majoritaire… La clé est de trouver des actions adaptées à la personne. Pourquoi commencer par une AMAP alors que son besoin personnel est satisfait avec un simple panier bio (qui n’inclut pas le besoin d’engagement que demande l’AMAP et qui pour certaines personnes est trop élevé pour un premier changement). Il est primordial de faire l’apprentissage de l’écoute de l’autre : voir où il en est, quelle est sa demande, etc. pour pouvoir l’accompagner avec succès !

Comment dépasser le sentiment d’impuissance face à la crise écologique, quels sont les moteurs pérennes et motivants pour agir ?

Imaginons un carré. En haut nous avons les objectifs de la personne et en bas ses moyens. L’impuissance vient du fait que le haut est plus large que la base… Les objectifs sont plus grands que la perception qu’on a de ses moyens. La personne est coincée par la situation « Je dois sauver la planète… mais je suis une toute petite personne qui ne peut pas faire grand chose… ». Sortir du sentiment d’impuissance, c’est réduire les objectifs et élargir la base. Il faut aider la personne à se réapproprier sa capacité d’action. Il faut la recentrer sur ses capacités réelles et l’aider à percevoir des capacités auxquelles elle n’avait pas accès jusqu’à présent. Cela passe par l’éducation, la compréhension et surtout en ayant clair qu’une personne ne peut pas sauver la planète, que personne ne lui demande cela. Chacun doit agir à son niveau, comme dans la parabole du colibri qui essaie d’éteindre l’incendie de la savane en transportant de l’eau dans son bec et finit par son action à sensibiliser/ mobiliser les éléphants qui étaient pourtant les premiers fuyards... Tant qu’on pense qu’on va pouvoir tout changer, qu’on a cet espoir, on n’est pas capable d’agir, car ce “vouloir” prend une énergie phénoménale et nous empêche de travailler sur la partie immergée de l’iceberg (où il y a 90 % des leviers)... D’autre part, l’élan de vie (le fait d’aller vers une vie qui nous plaît) est très important. Enfin, nous constatons que les individus s’impliquent plus facilement dans une démarche de développement durable mené par un collectif (entreprise ou autre) quand leurs priorités plus intimes (valeurs les plus fondamentales (sécurité, enfants, santé bien être) sont comprises et apparaissent dans la démarche.

Que devraient prendre en compte les militants pour mieux comprendre ces "barrières" psychologiques afin de préparer leurs campagnes en conséquence pour être plus efficaces ?

Il faut mettre en place un accompagnement des pratiques où les militants s’interrogent sur leurs motivations, leur fonctionnement (résister à son élan, son énervement)… en regardant leurs propres limites, leur sentiment d’impuissance, etc. D’autre part, il ne faut pas oublier que plus on est tendu vers un objectif plus la personne en face est dans le refus… L’apprentissage de l’écoute de la demande est primordiale. Enfin, il faut avoir l’humilité de reconnaître qu’on n’a pas la solution pour tout le monde, il faut se mettre à la place des gens. Quand je reçois des témoins de Jéhovah, je ne suis pas très accueillante car je ne partage pas cette vision du monde… Et bien, il faut s’imaginer qu’on est un témoin de Jéhovah pour les autres : ça demande de l’humilité ! Enfin, on peut dire qu’en tout militant associatif sommeille un dictateur pour une raison simple : on a aime tous que les choses tournent comme on veut sans prendre en compte les autres et les dynamiques différentes… alors que le monde ne tourne pas comme on veut ! C’est pour cela que quand certains disent « Moi je suis porteur de la paix ! » avec une telle violence... ça fait rigoler ! Dans la même veine tout militant devrait réfléchir à ne pas être amené à fonctionner en pilote automatique car cela amène souvent aux formules : « Comment faire pour qu’il n’y ait plus de violence dans le monde ? »... « Il faudrait tous les tuer ! » .

Le démantèlement du Grenelle se poursuit Parti Socialiste Reporterre 2010/09/22 Parti Socialiste (22 septembre 2010) Le démantèlement du Grenelle se poursuit. Reporterre. fr

Le démantèlement du Grenelle se poursuit

Le seuil du bonus/malus automobile est abaissé par le gouvernement.

Lorsque le président de la République, au Salon de l’Agriculture, a sonné la charge contre ce qu’il avait nommé « ces histoires d’environnement », il a bel et bien annoncé la liquidation systématique de tous les engagements du Grenelle.

Après les reculs de la loi Grenelle II, le rabotage des dispositifs fiscaux en faveur de l’efficacité énergétique, la paralysie des filières industrielles vertes - en particulier des énergies renouvelables -, et les coupes sombres qui se profilent dans le budget du ministère de l’Ecologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, c’est désormais le dispositif bonus/malus qui est dans le viseur du gouvernement.

Victime de son succès ? On aurait envie d’entendre la même critique quand a été annoncé le montant d’impôts restitués au titre du bouclier fiscal !

La restriction du bonus/malus est un très mauvais coup porté au secteur automobile qui n’est toujours pas sorti de la crise, et avait déjà souffert de la fin de la prime à la casse.

C’est surtout une mauvaise nouvelle pour la poursuite de la transformation du parc automobile du pays et la transition écologique de nos modes de déplacements moins polluants.

Une économie budgétaire qui se paiera d’une lourde facture en CO2 !

Signé : Laurence Rossignol, Secrétaire nationale à l’Environnement et au Développement Durable, et Guillaume Bachelay, Secrétaire national à l’Industrie, aux Entreprises et aux NTIC.

Prêche dans le désert Hervé Kempf Reporterre 2010/09/22 Hervé Kempf (22 septembre 2010) Prêche dans le désert. Reporterre. Tribune — fr

Prêche dans le désert

Cinq Français, un Malgache et un Togolais ont donc été enlevés au nord du Niger, à Arlit, par des inconnus. On ne peut que redouter le danger qu’ils courent, et s’associer à l’angoisse de leurs proches. Tout en pensant aussi aux 70 000 habitants de cette cité minière perdue dans la poussière. A la majorité d’entre eux, qui vivent misérablement dans les « boukakis », les bidonvilles qui entourent la ville bâtie. Aux Touaregs, voyageurs du sable et du soleil, devenus importuns sur le territoire de leurs ancêtres. A la radioactivité issue de quarante ans d’exploitation de l’uranium, et qui se dégage des stocks à l’air libre des résidus miniers. A la malédiction du Niger, pauvre de sa richesse en uranium, qui ne lui a pas apporté le développement, mais le mirage d’une prospérité toujours repoussée sous la tutelle peu discrète de l’ex-colonisateur.

Sept otages, et un mythe qui s’effondre : celui de l’indépendance énergétique. Selon les statistiques officielles, le taux d’indépendance énergétique de la France est de 46 %. Ce chiffre recouvre la production d’électricité nucléaire. Celle-ci requiert de l’uranium. La dernière mine française d’uranium a fermé en 2001. Ainsi, le nucléaire « français » dépend de l’uranium du Niger (pour 40 % de son approvisionnement), du Canada et du Kazakhstan, autant de pays qui n’ont pas jusqu’à présent demandé leur rattachement à la République française, et peuvent être sujets à diverses turbulences.

L’examen des statistiques met à mal un autre mythe, selon lequel le nucléaire aurait libéré la France de la dépendance pétrolière. Non seulement nous importons toujours du pétrole (86 millions de tonnes par an), mais nous en consommons autant par habitant que ces Allemands qui s’obstinent à vouloir sortir du nucléaire : 1,4 tonne par an. En fait, toute l’Europe est dépendante : de l’uranium nigérien, du gaz russe, du pétrole du Proche-Orient, voire demain du soleil saharien. Le mieux, pour limiter les tracas inévitables de cette situation, serait de maîtriser la consommation d’énergie.

C’est ce qu’indique un rapport, « Energy savings 2020 » (Economies d’énergie 2020), publié par l’European Climate Foundation, une fondation basée aux Pays-Bas (1). Ce qu’il dit ? Que l’Europe n’atteindra pas ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre sans une importante politique d’économie d’énergie. Que cette politique économiserait près de 400 millions de tonnes d’importation de pétrole par an. Qu’elle créerait plus d’emplois que le secteur des énergies nouvelles. On prêche dans le désert. On a des chances d’être entendu, ces temps-ci.

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Note :

(1) http://roadmap2050.eu/attachments/f...

REPORTAGE- La malédiction d’Arlit Hervé Kempf Reporterre 2010/09/22 Hervé Kempf (22 septembre 2010) REPORTAGE- La malédiction d’Arlit. Reporterre. fr

REPORTAGE- La malédiction d’Arlit

Le nord du Niger abrite depuis quarante ans de grandes mines d’uranium. Dans cette région très pauvre, les risques liés à la radioactivité pèsent sur la population. Reportage en 2005.

Arlit

Envoyé spécial

AU fond de la mine à ciel ouvert, un homme casqué et masqué, vêtu d’une combinaison bleue, s’affaire à côté d’une pelleteuse. Un compteur Geiger en main, il examine les roches, évalue leur radioactivité et indique au chauffeur de l’engin celles qu’il convient de prendre. Une fois le bloc désigné, la pelleteuse s’avance, l’arrache, le charge dans un camion. Cet « aide-prospecteur », habitué à travailler dans une chaleur accablante, est chercheur d’uranium, un des emplois les plus respectés à Arlit, ville nigérienne posée dans le désert entre Agadez et Tamanrasset (Algérie).

Depuis 1968, et l’ouverture de la première mine, l’uranium est ici au coeur de tout. Mais s’il a longtemps fait la prospérité de la région, l’image qu’en ont les habitants a évolué. Et l’admiration qu’ils vouaient naguère aux sociétés minières - Somaïr et Cominak, filiales d’Areva, le grand groupe nucléaire français - a cédé la place à une angoisse diffuse, liée à la radioactivité.

A en croire la population, les maladies se multiplieraient. « Il y a beaucoup plus de conjonctivites qu’avant », affirme un notable, Mohammed Aoutchiki. « Toute la population est irradiée », insiste Ibrahim Maiga, dans le quartier où des dizaines d’ateliers fabriquent des marmites et des bidons avec les ferrailles récupérées des mines. Quant à l’imam de la grande mosquée, Mohammed Malam Salah, il confie ne plus boire l’eau de la ville car elle ferait gonfler son ventre et sa peau. Il préfère ramener des bidons d’Agadez, à 250 km, ou acheter des bouteilles. « Il y a beaucoup de problèmes de santé ici, parce qu’on est près de l’usine d’uranium », assure-t-il.

En fait, il serait étonnant que la morbidité soit pire à Arlit que dans le reste du Niger, un des pays les plus pauvres du monde, où un système de santé dénué de moyens peine à répondre aux besoins d’une population misérable (12,7 millions d’habitants). Même si les sociétés minières ont installé deux hôpitaux, bien entretenus et équipés, qui attirent les patients d’Agadez, voire de Tahoua, la ville est gagnée par le doute.

Tout a commencé grâce ou à cause d’un homme de 48 ans. Calme et précis, Almoustapha Alhacen est né dans un village touareg, dans le massif montagneux de l’Aïr, au sud d’Arlit. Il a connu le lent cheminement des caravanes à travers le désert, avant d’entrer à la Cominak, en 1978. Seize ans plus tard, à la suite d’une tuberculose, il est affecté au service de radioprotection de la Somaïr, afin de ne plus être exposé à la poussière. Là, Almoustapha Alhacen commence à s’intéresser à la radioactivité. Il soupçonne les maladies, dont il entend parler, d’être liées à ce phénomène. En 2000, il décide de créer une association destinée à sensibiliser la population : Aghir In’Man, « bouclier de l’âme » en langue touarègue.

Un jour, M. Alhacen tombe sur l’adresse de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), une association de contre-expertise basée en France. Les échanges durent plusieurs mois et aboutissent à la venue au Niger, en 2003, de deux experts de la Criirad. Une représentante de Sherpa, une association d’aide juridique internationale, les accompagne. Leur prérapport (Le Monde du 23 décembre 2003) soulève bien des interrogations sur la santé des populations ou encore la gestion des poussières et des résidus radioactifs. Des questions qui renvoient à l’histoire d’Arlit, et de sa dépendance vis-à-vis de l’uranium. Pour en prendre la mesure, il faut remonter aux années 1960, à l’époque où il n’y avait ici qu’un marché temporaire fréquenté par les nomades touaregs.

Un jour, des géologues découvrent de l’uranium. La Somaïr est créée en 1968 afin d’exploiter le métal à ciel ouvert. Des jeunes, recrutés dans tout le Niger, affluent vers ce bout du monde. « Quand je suis venu, à 19 ans, je pleurais, raconte Moulaye Alkassoum, un employé de la Somaïr. Ils nous ont fait faire des tests au collège, le directeur de la banque a dit à mon père : « Il faut que ton fils y aille, il y a de l’avenir, là-bas. Mon père a fait pression sur moi, j’ai obéi, j’ai dû quitter mon collège, mon milieu familial, mes amis. » Mais, très vite, les larmes sèchent. On touche des salaires inespérés, les soins médicaux sont gratuits, comme l’électricité, l’eau, le gaz. Et puis la ville nouvelle est l’image même du progrès. Boukari Soni, 49 ans : « On disait alors que c’était un « deuxième Paris ; il y avait l’eau, l’électricité, la climatisation. » Toute la région profite de cet essor. L’exploitation d’une mine souterraine entraîne la création, en 1974, de la Cominak et de la ville d’Akokan.

« Jusqu’en 1983, il y a eu le boom de l’uranium, dit Issouf Maha, un entrepreneur d’Agadez. Tous les gens faisaient la fête, il y avait des mariages sans arrêt. » Las ! L’énergie nucléaire ne rencontre pas le succès espéré et les prix de l’uranium chutent. Les effectifs se réduisent, passant de 3 400 employés en 1983 à 1 700 en 2004.

Arlit et Akokan comptent aujourd’hui près de 70 000 habitants, mais la prospérité est un lointain souvenir. Dans les larges rues de sable, il y a peu de voitures, beaucoup d’enfants, des chèvres errant parmi les déchets. Des camions surchargés passent parfois, et aussi des caravanes de dromadaires apportant l’afaso dont on fera des nattes. Dans les boukokis, quartiers misérables aux portes des villes, vivent les anciens nomades, installés là depuis que la grande sécheresse de 1984 a laminé les troupeaux.

L’existence se poursuit dans le dénuement ; on vit de l’élevage de chèvres, d’artisanat, de travaux au jour le jour. Les autres activités économiques ne vont pas mieux que l’exploitation minière. La crise en Côte d’Ivoire a réduit la demande des oignons cultivés dans la région. On importe en fraude des pâtes et de l’essence d’Algérie, mais les bénéfices sont médiocres. Même le trafic de sans-papiers vers Tamanrasset décline : les autorités sont plus sévères. Dans ce contexte, le malaise des Touaregs ressurgit avec vigueur.

Entre 1990 et 1995, ceux-ci s’étaient rebellés contre le pouvoir de Niamey. Cette révolte est encore dans toutes les mémoires. Les populations nomades ont l’impression d’avoir été exclues des bénéfices de l’uranium. De fait, elles ne comptent que pour environ 12 % des employés, alors qu’elles sont majoritaires dans la région. « On sait conduire, pourtant les sociétés prennent des chauffeurs à Niamey ou à Zinder », déplorent des hommes rencontrés à une fête de naissance. « Quand l’uranium allait bien, on ne disait rien, se rappelle Issouf Maha, mais quand ça a mal tourné, les gens ont regardé et ont vu que l’argent partait ailleurs. »

Une lecture seulement ethnique et sociale du malaise actuel serait toutefois réductrice. Des questions de santé publique liées à la radioactivité se posent aussi. Trois points sont particulièrement préoccupants. D’abord, les ferrailles sorties de l’usine, recyclées en ville : elles pourraient être porteuses de particules radioactives. Autre problème : les poussières des « verses » (terrils de minerais radioactifs peu concentrés), dispersées par le vent. Troisième point : la nappe phréatique, qui ne cesse de s’appauvrir, pourrait être contaminée par des infiltrations.

Pour ce qui est des ferrailles, Ibrahim Courmo, directeur des exploitations de la Somaïr, explique qu’une « procédure de contrôle de la radioactivité de ce qui sort -de l’usine- a été mise en place à partir de 1999 ». « Avant, poursuit-il, il est bien possible que des choses soient sorties malgré les contrôles. »

A propos des poussières, Sylvain Bernhard, du laboratoire Algade, qui contrôle la radioprotection des sites (et filiale d’Areva jusqu’en 2001), indique qu’ « il y a toujours eu la volonté d’un même niveau d’exigence ici qu’en France ». Les normes internationales imposent une exposition de 1 milliSievert (mSv) par an en moyenne pour la population. « On arrive à 0,3-0,4 mSv par an », explique M. Bernhard. Pour le personnel, l’objectif - tenu - d’Areva est d’exposer les travailleurs à moins de 18 mSv par an (la norme est de 50 mSv). Enfin, en ce qui concerne l’eau, Algade assure qu’elle se situe bien en dessous des normes. Bruno Chareyron, de la Criirad, note cependant que « si la norme est respectée pour plusieurs critères, elle est dépassée pour l’un d’entre eux ».

Mais le problème le plus préoccupant concerne sans doute le passé : la Somaïr et la Cominak ont-elles toujours été aussi rigoureuses qu’elles assurent l’être aujourd’hui ? Témoignage d’Alfa Soumaïla, chef du service sécurité de la Somaïr : « Dans les années 1970, c’était la loi de la jungle, les résultats étaient très mauvais. » La situation a commencé à s’améliorer à partir d’une loi nigérienne de 1979, puis « une deuxième amélioration s’est produite pendant les années 1990 », et enfin après 1999 et un « système de management environnemental ».

Pendant au moins une quinzaine d’années, la protection des travailleurs fut donc assez laxiste. Les ouvriers étaient mal avertis de la radioactivité. « Quand je suis arrivé, on ne nous a pas fait de formation à la radioactivité », se souvient Moulaye Alkassoum (Somaïr). Les méthodes de mesure étaient sommaires : la dosimétrie ne se faisait au début que sur le rayonnement gamma, pas sur les poussières ni sur le radon. Les films n’avaient un seuil de détection qu’à 30 microSievert, contre 0,01 aujourd’hui. « Au début, on ne changeait pas de vêtements, et on n’avait ni masques ni gants, se souvient Almoustapha Alhacen, le fondateur de l’association Aghir In’Man. Ils n’ont mis des vestiaires qu’en 1986. »

Pendant longtemps, la dosimétrie n’était pas individuelle - une mesure sur chaque travailleur -, mais par équipe. Il a fallu attendre 1996 pour que chaque secteur dispose d’un responsable de sécurité. Le rabattage des poussières ambiantes par aspersion d’eau est pratiqué au concassage - un des postes les plus exposés - depuis 1998 seulement. Dans l’usine, jusqu’à il y a trois ans, le changement des filtres à manche n’était pas fréquent. Il a fallu attendre 1999 pour que le poste d’enfûtage de la poudre d’uranium soit ventilé et confiné.

Dans ces conditions, l’inquiétude est grande parmi les anciens travailleurs. Ainsi, Ahmed Taharo, un ex-boutefeu de 54 ans, est persuadé que ses douleurs à la vessie sont dues à l’uranium. « Je connais trois personnes qui sont mortes après avoir quitté la société, de la maladie des radiations », explique-t-il. Gjiko Zaki, 61 ans, qui travaillait au service des expatriés, souffre pour sa part d’hypertension et d’une hémiplégie. « Tous ceux qui ont travaillé à la Somaïr sont malades », dit-il. Même des expatriés s’inquiètent. C’est le cas de Sabine Tesche, qui vit aujourd’hui dans le Var, et dont le père est mort à 59 ans en 2004 d’un cancer foudroyant. La famille a vécu à Akokan en 1981-1982. « On arrosait les jardins avec l’eau de la mine, on se baignait dans des bassins qu’elle remplissait », se rappelle Sabine Tesche.

Aghir In’Man commence à établir des listes d’agents morts après leur retraite. Une autre association, l’Organisation des incités au départ (OIDV), a entrepris une démarche similaire. « Voici une liste de dix-sept personnes qui sont mortes, et seulement parmi ceux venus du département de Maradi », indique Alka Amidou, de l’OIDV, en montrant le document en question.

La réponse aux angoisses actuelles est là, dans les informations relatives aux anciens travailleurs. « Beaucoup de ceux qui quittent l’entreprise tombent malades dans les trois ans », résume Almoustapha Alhacen. Ibrahim Courmo, directeur des exploitations de la Somaïr, réplique : « Il faut être factuel, on ne peut affirmer des choses sans être en mesure de les prouver. » « Je suis d’accord, admet M. Alhacen, je n’ai pas de chiffres pour prouver. Nous demandons qu’on laisse les gens qui ont la connaissance venir nous aider. » Une solution serait en effet d’autoriser une contre-expertise indépendante et de se donner les moyens de plonger dans le passé. L’enjeu n’est pas le nucléaire, mais la vérité due aux travailleurs.

Le combat pour les retraites doit ouvrir le débat sur une autre vision de la vie Parti pour la décroissance Reporterre 2010/09/23 Parti pour la décroissance (23 septembre 2010) Le combat pour les retraites doit ouvrir le débat sur une autre vision de la vie. Reporterre. Tribune — fr

Le combat pour les retraites doit ouvrir le débat sur une autre vision de la vie

Les objecteurs de croissance soutiennent le combat contre la réforme des retraites. Mais selon eux, il faut aller plus loin et remettre en cause le système productiviste.

Une grande partie des français s’oppose à la réforme des retraites entreprise par le gouvernement de M. Fillon. Les importantes manifestations du 7 septembre 2010 en attestent. Tout comme elles prouvent l’exaspération à l’égard de la politique dictée par le Président de la République qui n’en finit pas de remettre en question le partage des richesses en France.

Le Parti Pour La Décroissance soutient et participe à ce mouvement de contestation et s’oppose à cet énième recul social.

La défensive puis le pas de côté !

Le système de retraite par répartition a été, à l’époque de sa mise en œuvre, une formidable avancée, constituant un acquis social majeur. Toutefois, cet acquis s’inscrivait dans une vision productiviste de la société. Nous sommes conscients que la réforme en cours aggrave les inégalités, mais pour nous, ce combat n’est pas suffisant pour sortir de l’impasse anthropologique dans laquelle nous amène toujours plus vite la société de croissance.

C’est pourquoi, une fois le retrait de ce projet de loi obtenu, nous souhaitons aller plus loin et ouvrir le débat sur notre organisation sociale, la place du travail dans la société, les relations intergénérationnelles et le sens à donner à nos vies. Devons-nous attendre la retraite pour pouvoir enfin "vivre notre vie", ou pire, nous retirer de la vie sociale organisée autour du travail ? Devons-nous ignorer ces personnes âgées en retraite qui, pour beaucoup, peinent à vivre dans notre société, trop souvent ignorées, seules, fatiguées par les exigences de la vie productiviste qui les a usées autant physiquement que psychiquement ? Devons-nous ignorer l’injustice de ce système de retraite laissant notamment de côté les femmes ?

Le financement des retraites : un faux problème !

La question du financement des retraites, répétée sans cesse par les médias, les économistes et les politiques dominants, est considérée comme un obstacle incontournable par beaucoup de nos concitoyens dont les imaginaires sont colonisés par la religion de l’économie. De même que pour la question des dettes privées et publiques, il faut rappeler le faux problème que constitue le financement des retraites et l’imposture de la création monétaire (L’argent-dette (1)). De fait, il est illusoire de croire que l’on trouvera le financement nécessaire pour ces retraites, tout comme le remboursement des dettes accumulées, grâce à la sacro-sainte Croissance, et encore moins en restant dans le système économique actuel. Au contraire, seule une sortie de l’économie productiviste, génératrice d’inégalités, pourra permettre une réappropriation de nos choix de vie et par là même, la transition vers des modes de vie soutenables et souhaitables.

Une proposition : la DIA ?

Nous proposons d’ouvrir le débat de la mise en place d’une « dotation » inconditionnelle d’autonomie, accordée à tous les âges de la vie pour que vivre décemment et dignement ne soit pas lié à une activité rémunérée passée ou présente.

L’octroi d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), à condition que celle-ci ne soit pas versée uniquement en euros mais aussi en droits de tirage et d’accès ainsi qu’en monnaies locales fondantes, peut être un outil formidable pour soustraire du capitalisme ce que démocratiquement nous considérons comme relevant de droits humains tels que l’accès à un logement, à l’eau, à la nourriture, à la santé ou encore à la culture et à l’éducation. De même, cette dotation peut permettre de relocaliser un certain nombre d’activités soutenables et socialement souhaitables à travers des alternatives concrètes et la mise en place de monnaies locales. Enfin, elle peut être un levier efficace d’émancipation en nous libérant de l’asservissement à la centralité de la valeur travail et en libérant du temps de cerveaux disponible pour redonner du sens à nos vies.

Vers une Décroissance soutenable, sereine et conviviale

La question n’est donc pas seulement l’âge de la retraite ni celle de son financement mais plutôt une remise en question de toute l’organisation sociale de nos sociétés capitalistes, productivistes et consuméristes. Il s’agit de se demander qu’est-ce que l‘on produit, comment on le produit et pour quel usage ?

Redonner du sens, redéfinir une échelle des valeurs qui ne soit pas monétaire, déterminer nos besoins, maîtriser l’impact de nos modes de vies sur les autres et l’environnement, repenser nos relations sociales quels que soient nos âges. Tels sont les défis de la Décroissance. Une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie ne serait-elle pas une des solutions à explorer ?

Vivre dignement est plus qu’un droit pour le citoyen, c’est un devoir pour notre société.

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Note :

(1) Voir le film "L’argent-dette", de Paul Grignon : http://www.dailymotion.com/video/x7...

Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois Aghir In Man Reporterre 2010/09/23 Aghir In Man (23 septembre 2010) Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois. Reporterre. fr

Niger : à Arlit, l’insécurité grandissait depuis plusieurs mois

EXCLUSIF : Une lettre d’Almoustapha Alhacen, président d’Aghir In Man, décrit l’atmosphère tendue qui régnait à Arlit depuis quelques temps. En mai, un agent d’Areva avait été tué par balles.

Lettre à :

Le Directeur général d’AREVA NC- Niger

Objet : La sécurité dans les zones d’exploitation minière d’Arlit.

Monsieur le Directeur Général,

Le jeudi 16 septembre 2010, cinq employés d’Areva et sous-traitants ont été kidnappé à leur domicile dans la cité Somaïr. Cet acte criminel perpétré sur des ressortissants étrangers sur le sol nigérien, est ressenti par l’ensemble de la population comme un poignard dans le dos de la nation. Nous exprimons à cette triste et malheureuse occasion, notre compassion et solidarité aux familles des victimes, nos vœux de bon rétablissement à tous ceux qui ont été brutalisés et tous les encouragements aux forces de défenses et de sécurité nigériennes qui sont à la poursuite des malfrats.

Monsieur le Directeur général, les questions de sécurité ne sont généralement pas dans nos habitudes d’intervention, mais notre ressentiment comme nous l’avons dit plus haut, nous oblige à nous exprimer après avoir consulté et écouté les organisations de la société civile nigériennes. Comme vous le savez, le 11 mai 2010, un agent d’Areva a été tué par balles sur son lieu de travail pendant que d’autres sous traitants et agents de sécurité ont été blessés. Cette agression mortelle s’est aussi soldée par un vol de véhicule. Depuis donc, la zone d’exploitation est sujette à des vols, des rançonnage des passagers et autres actes à l’intérieur de la cité minière.

Il ya environ trois mois, à l’initiative du Préfet s’est tenu un forum sur la paix et la sécurité dans le département d’Arlit, nous devons constater hélas aussi que le résultat de cette initiative noble, a été laissé dans les bras de son promoteur parce que sa mise en œuvre nécessite un changement de mentalité et moins de cupidité.

Aussi comme tous les acteurs de la vie d’Arlit, nous avons été destinataires d’une lettre du Préfet d’Arlit daté du 1er septembre 2010, informant qu’une colonne de véhicules avec des hommes armés rodait dans les environs, attirant l’attention des uns et des autres sur la possibilité d’actes crapuleux dans la zone, nommant implicitement les fondamentalistes. Hélas la mauvaise foi intellectuelle a prévalu partout et surtout chez ceux qui ont les moyens et aucune disposition n’a été envisagée.

Nous sommes scandalisés de voir que durant toute cette période, le système de sécurité s’est limité à sortir des notes de procédure pour circuler avec les véhicules d’Areva et à designer quelques chefs habilités à signer des laissez-passer pour véhicule, comme si le malfaiteur connaissait la signature des chefs.

Nous avons aussi constaté que vos services de sécurité ont désigné une zone dite sécurisée qui comprend notamment les cités minières, excluant une partie de la ville d’Arlit et ignorant totalement les zones extérieures de la ville. On a aussi noté que les actes de vol et brigandage sont plus fréquents dans les cités minières dite zone sécurisée durant cette période.

Avec le rapt crapuleux du jeudi 16 septembre 2010, l’évacuation des ressortissants étrangers d’Arlit, nous nous interrogeons sur la sécurité des autres travailleurs et estimons qu’un changement de mentalité et des stratégies de sécurité est nécessaire et qu’il n’y a pas de prix pour la sécurité. Désormais nous devons considérer que le moindre acte de braquage de route, ou de dépouillement des passagers quelque soit la distance où il a lieu dans cette zone nous concerne et devons agir conséquemment pour retrouver et punir les auteurs. C’est dire que la sécurité des cités minières dépend de la sécurité dans le département d’Arlit sinon de la région d’Agadez.

C’est pourquoi nous estimons que les mesures suivantes doivent être prises sans tergiversation : - augmentation du nombre des vigiles dans les cités minières avec pour obligation des sociétés des vigiles de répondre par rapport à chaque acte suspect de vol, brigandage. - Se mettre en rapport avec les forces de défense et de sécurité nigériennes en vue de dégager les moyens humains, matériels et financiers à la hauteur de la lutte qui doit être menée contre un ennemi motivé par l’endoctrinement qui nous a délocalisé cette guerre. - Nous engager résolument dans des actions des développement durable comme alternative d’accompagnement pour faire face à cet ennemi. - Organiser les actions de contrôle des travailleurs à la montée et descente du travail en évitant les tracasseries inutiles qui sapent de leur moral tout en les sensibilisant sur la prise en charge collective de la sécurité dans ce domaine.

Monsieur le Directeur général, outre ces mesures, toutes les sociétés sous-traitantes d’Areva, doivent impérativement reprendre leurs activités notamment la SATOM, car dans cette affaire, des milliers des Nigériens sont en proie au chômage, fléau dont peut se nourrir l’insécurité et le terrorisme, aucun découragement ne doit être accepté car c’est dans le moment difficile que l’on reconnait les vrais amis, diront les Nigériens.

Dans l’espoir d’avoir apporté notre contribution à travers nos avis et suggestions pour surmonter cette épreuve, veuillez recevoir l’expression de nos salutations distinguées.

Signé : Le Président de la coordination, Almoustapha Alhacen

Plus on est riche, plus on pollue Centre canadien de politiques alternatives Reporterre 2010/09/24 Centre canadien de politiques alternatives (24 septembre 2010) Plus on est riche, plus on pollue. Reporterre. fr

Plus on est riche, plus on pollue

Les 10 % de ménages canadiens les plus riches ont une empreinte écologique deux fois et demie plus que les 10 % les plus pauvres.

Les 10 % de Canadiens et de Canadiennes les plus riches créent une plus grande empreinte écologique – dans une proportion considérable de 66 % – que le ménage moyen au Canada, révèle une nouvelle étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).

Sous le titre Size Matters : Canada’s Ecological Footprint, By Income, le document est la première étude canadienne à faire le lien entre les tendances nationales en matière de revenu et de consommation, d’une part, et le phénomène du réchauffement planétaire, d’autre part.

« Si nous regardons d’où viennent les répercussions de l’activité humaine sur l’environnement, nous constatons que la taille a une véritable importance », dit Hugh Mackenzie, associé en recherche du CCPA. « Les Canadiens et les Canadiennes jouissant d’un revenu plus élevé créent une plus grande empreinte écologique que le reste de la population. »

Voici des conclusions de cette étude :

* Les 10 % de ménages canadiens les plus riches créent une empreinte écologique de 12,4 hectares par habitant ; c’est près de deux fois et demie plus que les 10 % les plus pauvres.

* Si l’étendue de l’empreinte écologique d’une personne s’accroît à mesure que s’élève le revenu du ménage, le bond réel de cet indicateur s’observe chez les 10 % les plus riches dans la population. Sur le plan des répercussions sur l’environnement, il y a réellement les riches et le reste d’entre nous.

* L’empreinte des 60 % de ménages canadiens les moins riches est inférieure à la moyenne nationale, mais même les Canadiens et les Canadiennes ayant le revenu le plus bas créent une empreinte qui l’emporte plusieurs fois sur la moyenne correspondante dans des pays moins prospères que le nôtre.

« Les Canadiens et les Canadiennes partagent tous la responsabilité du réchauffement planétaire », indique le coauteur Rick Smith, directeur général d’Environmental Defence. « La population plus riche laisse néanmoins une empreinte par trop étendue, et on devrait s’attendre à ce qu’elle apporte une contribution disproportionnée à l’atténuation des répercussions sur l’environnement. »

Mackenzie signale que l’étude livre des leçons aux décideurs : « Il est sûr que l’incidence écologique a étroitement à voir avec le revenu. Les politiques régissant les émissions de gaz à effet de serre devraient tenir compte de cette réalité, sinon elles risquent d’être moins efficaces et inéquitables pour les Canadiens et les Canadiennes des basses et moyennes couches de la société. »

Le projet Yasuni cache-t-il une exploitation pétrolière accrue ? Paroles de nature Reporterre 2010/09/24 Paroles de nature (24 septembre 2010) Le projet Yasuni cache-t-il une exploitation pétrolière accrue ?. Reporterre. Tribune — fr

Le projet Yasuni cache-t-il une exploitation pétrolière accrue ?

En Amazonie, l’extraction pétrolière génère des désastres écologiques et humains, provoque la pauvreté des populations autochtones, paysannes et métisses.

Le risque d’ouverture de 8 nouveaux blocs pétroliers en Equateur est bien réel ; c’est plus de 1 600 000 hectares de forêt Amazonienne qui sont menacés, dont le territoire du peuple Kichwa de Sarayaku.

L’initiative Yasuni propose un modèle positif. Il s’agit de laisser sous terre 846 millions de barils de pétrole ce qui limitera l’émission de CO2. En échange, l’Etat équatorien demande aux pays les plus polluants de verser la moitié des 3500 millions de dollars, valeur du pétrole laissé sous terre. Les fonds participeront au développement d’énergies renouvelables et à la protection de réserves naturelles.

Cependant la politique gouvernementale de Yasuni ne manque pas de contradictions et d’ambiguïtés : - le bloc ITT ne représente que 200.000 hectares, au cœur du Yasuni qui couvre une superficie de 980.000 hectares ; - le bloc pétrolier 31, pourtant situé dans le parc, est prêt à être exploité ; - la Loi des Mines et Hydrocarbures a été votée sans respecter la consultation préalable des peuples indigènes, comme le prévoit la Constitution. L’Etat équatorien se prépare à ouvrir de nouvelles frontières pétrolières vers les territoires collectifs des peuples amazoniens ; - face aux critiques, le gouvernement équatorien persécute les dirigeants du mouvement indigène d’Équateur en les criminalisant.

Au total, le gouvernement équatorien cherche surtout des solutions économiques à ses besoins. Il est clair que si les fonds étrangers n’arrivent pas, Yasuni sera exploité.

La communauté internationale doit s’engager à « yasuniser » tous les territoires indigènes. La lutte contre la pauvreté ne peut être menée en violant les droits des peuples indigènes, en polluant les écosystèmes et en détruisant la nature.

Plus de 100 artistes se solidarisent avec le Peuple Kichwa de Sarayaku et vous invitent à soutenir la "Frontière de Vie", projet de lutte pacifique du Peuple Kichwa de Sarayaku pour la défense de la forêt amazonienne et des peuples indiens qui y vivent. A travers la beauté et la force de toutes les formes d’art, les artistes proposent ainsi un acte de résistance pacifique, poétique et concrète face à la destruction de la nature.

Le PS ne s’intéresse toujours pas à l’écologie Géraud Guibert - Rue 89 Reporterre 2010/09/27 Géraud Guibert - Rue 89 (27 septembre 2010) Le PS ne s’intéresse toujours pas à l’écologie. Reporterre. Tribune — fr

Le PS ne s’intéresse toujours pas à l’écologie

Le responsable du Pôle Ecologique du Parti socialiste, Géraud Guibert, exhorte son parti à ne pas laisser l’écologie aux Verts.

« Mon message est un cri d’alerte. » Dans son livre qui vient de paraître, Tous écolos… et alors (éd. Lignes de repères), le socialiste Géraud Guibert décrypte « les enjeux de la nouvelle scène écologiste » et explique pourquoi l’écologie politique tarde à s’imposer, notamment au Parti socialiste où il bataille au sein du Pôle écologique.

« La sous-traitance, par le PS, des questions écologiques aux Verts » lui paraît le principal fléau à combattre, tant pour les socialistes que pour les Verts, bientôt fondus au sein d’Europe écologie. Afin de faire avancer son combat, il a proposé à Martine Aubry de créer « un forum permanent sur le développement durable ». En attendant une réponse de la première secrétaire du PS, Rue89 l’a interrogé.

Rue89 : Dans votre livre, vous expliquez que l’écologie est dans une impasse au Parti socialiste. Quelle est cette impasse ?

Géraud Guibert : A gauche, nous vivons encore trop selon la logique de sous-traitance, la sous-traitance des questions écologiques aux Verts de la part du Parti socialiste. Cette logique est ancienne. […] En témoigne, le fait qu’il n’y ait eu qu’une seule ministre socialiste de l’Environnement depuis 1981 et pendant un an : Ségolène Royal.

Cette logique de sous-traitance est confortable pour les deux partenaires. Elle est confortable pour le Parti socialiste, parce que ça permet que son modèle de référence ne soit pas trop interpellé par les questions écologiques.

Et elle est confortable pour les Verts, parce que ce sont des questions sur lesquelles ils peuvent considérer qu’ils ont une voix prédominante.

Cette impasse est en effet déjà ancienne. Pourquoi la dénoncer aujourd’hui et comment enfin y remédier ?

Cette attitude de sous-traitance n’est plus possible, au moins pour deux raisons. La première, c’est que les questions écologiques sont devenues des questions majeures et qu’on ne peut bien les traiter qu’en les intégrant avec les questions économiques et les questions sociales. […] On ne peut bien traiter, par exemple, l’isolation des logements, que si on prend en compte la situation différente des ménages.

La deuxième raison, c’est que la droite aujourd’hui a compris l’importance des sujets écologiques. Même si ce qu’elle fait est très décevant en matière d’application du Grenelle de l’environnement, elle peut continuer à se repeindre en vert et montrer qu’elle a elle-même une pensée écologique. […] Ce n’est plus simplement un problème de premier tour, mais un problème de deuxième tour.

N’est-ce pas ce que le PS vient de faire en adoptant un texte sur « le nouveau modèle économique, social et écologique », le 27 avril 2010 ?

Il est vrai que ce texte est un progrès. Je m’en félicite et j’y ai d’ailleurs moi-même participé, ainsi que toute une série de responsables du Pôle écologique. Mais entre un texte général et son application concrète, il y a évidemment encore beaucoup de travail à faire. Surtout que la pesanteur de la sous-traitance est encore très grande.

Donc mon message est un message de cri d’alerte : nous ne devons pas retomber dans cette logique de sous-traitance qui nous a tant fait de mal dans le passé et qui explique assez largement, parmi d’autres facteurs, l’échec dramatique de 2002.

Qu’est-ce qui vous fait penser que le PS pourrait retomber dans cette logique de sous-traitance ?

Il y a toute une série d’indices. Ne serait-ce que de voir les communes gérées par la gauche, les départements, les régions, où l’immense majorité des sujets ayant trait au développement durable sont encore traités par des responsables écologiques, et qui ne traitent que ça.

En plus, cette évolution est indispensable parce que les écologistes de Cécile Duflot et de Daniel Cohn-Bendit ont compris, eux aussi, qu’il fallait qu’ils sortent de cette logique pour traiter d’autres sujets et avoir une vision plus large de la société.

Pourquoi ne pas partir à Europe écologie, comme votre ex-camarade du Pôle écologique, Eric Loiselet ?

L’écologie n’est pas une idéologie unifiante : il y a une écologie réactionnaire, bien montrée dans le régime de Vichy ; il y a une écologie conservatrice, où il s’agit simplement de conserver l’existant ; il y a une écologie radicale, où la seule question est de sauver la nature sans s’intéresser aux hommes ; et puis il y a l’écologie progressiste, la nôtre à gauche, qui essaye de concilier l’écologie, l’économie et le social.

La vraie efficacité pour porter les thèmes écologiques est de faire en sorte que l’écologie soit la principale porte d’entrée de la rénovation de la social-démocratie, qui en a bien besoin.

On essaye, nous, de faire travailler tout le monde ensemble, donc ça passe par une bonne formule qui permette de rassembler la gauche. Je ne pose pas la question en termes de rivalités entre le Parti socialiste et Europe écologie.

Sauvons Chirac de la délinquance politique Sauvons les riches Reporterre 2010/09/27 Sauvons les riches (27 septembre 2010) Sauvons Chirac de la délinquance politique. Reporterre. fr

Sauvons Chirac de la délinquance politique

Paris ne doit pas être un paradis judiciaire pour Jacques Chirac. Rendez-vous lundi 27 septembre devant l’hôtel de ville pour protester contre une justice à deux vitesses.

La justice n’est pas à vendre : contre le protocole Delanoë-Chirac, Sauvons les riches lance une pétition et passe à l’action !

Rendez-vous à l’Hôtel de ville de Paris au paradis judiciaire de Paris lundi 27 septembre 10h devant l’Hôtel de ville sur le parvis à l’occasion du conseil de Paris

Musique des années 80, ambiance justice et cocotiers, les groupes de musique Justice et Didier Wampas sous réserve…

Le Collectif Sauvons les riches, qui a passé un bon moment à compter les points dans les affaires Woerth-Bettencourt-Banier-Wildenstein-Sarkozy repart à l’assaut.

Sur un cas tout aussi désespéré pour la médecine, mais pas pour Sauvons les riches : Jacques Chirac.

Lundi, le Conseil de Paris se verra proposer un protocole d’accord entre l’UMP et la Ville. En échange d’un remboursement de 2,2 millions d’euros, dont 1,65 million seraient acquittés par l’UMP et le reste par le justiciable Jacques C, la ville de Paris retirerait sa constitution de partie civile. Ainsi l’ancien président se retrouverait sans adversaire au tribunal, fin 2010 ou début 2011, le parquet demandant la relaxe.

Pour Sauvons les riches, l’association Anticor, et le collectif « L’appel et la pioche », l’argument de la réparation civile pèse trop peu face au risque de « justice à deux vitesses ». La Mairie de Paris doit maintenir sa plainte. Nous ne réclamons ni vengeance ni acharnement, mais simplement le fonctionnement normal et équitable de la justice. A l’heure où la justice française est si dure avec les faibles, elle ne doit pas se révéler, une fois de plus, si douce avec les puissants.

Ceux qui édictent les lois doivent être les premiers à les respecter.

Sauvons les riches sera là pour le rappeler aux membres du Conseil de Paris lundi.

Alors rendez-vous lundi !

Sauvons les riches, Anticor et l’Appel et la pioche vous proposent cette pétition à signer

Lettre ouverte aux conseillers de Paris : défendez notre droit à la justice

Le procès des emplois fictifs de la ville de Paris devrait avoir lieu dans quelques semaines. Les faits reprochés sont très graves : des responsables politiques sont accusés d’avoir détourné de l’argent public à des fins personnelles ou politiciennes.

Or, suite à un arrangement financier avec l’UMP et Jacques Chirac, le maire de Paris Bertrand Delanoë envisage de retirer la constitution de partie civile de la Ville, au risque de vider le procès de sa substance. Les prévenus pourraient en effet s’y défendre sans aucune contradiction, puisque le Parquet, dépendant du gouvernement, a d’ores et déjà annoncé qu’il demanderait la relaxe pure et simple. L’ancien président Jacques Chirac sortirait sans doute blanchi de cette procédure que la mairie de Paris avait déclenchée en 2001. Une fois de plus, l’impunité des puissants en sortirait renforcée et la classe politique finirait décrédibilisée.

Aussi nous demandons aux conseillers de Paris de voter contre le retrait de partie civile de la Ville. L’argument de la bonne gestion et de la réparation civile pèse malheureusement trop peu face au risque de « justice à deux vitesses ». Nous ne réclamons ni vengeance ni acharnement, mais simplement le fonctionnement normal et équitable de la justice. A l’heure où la justice française est si dure avec les faibles, elle ne doit pas se révéler, une fois de plus, si douce avec les puissants.

Ceux qui édictent les lois doivent être les premiers à les respecter. Est-ce trop demander dans la France de 2010 ?

Nous comptons sur vous, mesdames et messieurs les conseillers de Paris, pour montrer, par votre vote, que la justice n’est pas à vendre

Résistons à la croissance de l’austérité Mouvement politique des objecteurs de croissance (Belgique) Reporterre 2010/09/28 Mouvement politique des objecteurs de croissance (Belgique) (28 septembre 2010) Résistons à la croissance de l’austérité. Reporterre. Tribune — fr

Résistons à la croissance de l’austérité

Nombre d’objecteurs de croissance soutiennent l’euro-manifestation du 29 septembre 2010. Mais ils demandent aux syndicats de rompre avec le productivisme.

Un front européen d’organisations d’objecteurs de croissance interpelle les syndicats à l’occasion de l’euro-manifestation du 29 septembre 2010. Les objecteurs de croissance demandent aux forces syndicales de réaliser une rupture antiproductiviste sans laquelle ils ne pourront sortir du rôle d’accompagnateurs actifs de la logique destructrice qui est aujourd’hui celle de l’économie. Les objecteurs de croissance proposent de viser le « bien vivre » plutôt que le « toujours plus », de réduire fortement le temps de travail et de défendre un revenu garanti suffisant pour tous.

La Confédération européenne des syndicats organise une Journée d’action européenne le 29 septembre prochain à Bruxelles. Le mot d’ordre de l’Euro-manifestation est : « Non à l’austérité. Priorité à l’emploi et à la croissance ! »

Les organisations d’objecteurs de croissance et personnalités signataires de ce communiqué soutiennent la lutte des syndicats contre la volonté du capital de faire porter le poids de la crise par le monde du travail mais regrettent l’appel à la croissance qui n’est pas une piste de sortie de crise et met la CES dans une posture intenable.

Les objecteurs de croissance signataires du présent communiqué :

1. Dénoncent la logique du productivisme et de la croissance. La logique du « toujours plus » matériel est une impasse car il n’est ni possible ni souhaitable de produire et consommer toujours plus.

2. Estiment que l’austérité pour le plus grand nombre est la conséquence logique de la croissance économique et du productivisme. Par conséquent, refuser l’austérité en réclamant plus des causes qui en sont à l’origine n’est pas une solution.

3. Appellent les forces syndicales à ouvrir les yeux sur le caractère suicidaire du dogme de la croissance économique et du productivisme et à opérer une rupture antiproductiviste.

4. Proposent une autre voie plus réaliste qui vise le « bien vivre » et non le « toujours plus » : déconstruire les mythes économistes et changer d’objectifs, réduire le temps de travail, garantir un revenu suffisant à tous.

* *

1. Dénoncent la logique du productivisme et de la croissance. La logique du « toujours plus » matériel est une impasse insensée car il n’est ni possible ni souhaitable de produire et consommer toujours plus.

Garantir la croissance suppose de pouvoir augmenter continuellement et de manière infinie la production de biens et services marchandisés. La production de ces biens et services nécessitant l’exploitation de ressources naturelles et de travail humain, la croissance infinie suppose nécessairement l’exploitation infinie de la Terre et des Hommes. Aujourd’hui, cette course folle arrive à son terme et montre l’ampleur catastrophique des innombrables dégâts qu’elle génère : la planète Terre qui est la condition de toute activité sociale et humaine est à l’agonie, sa dévastation provoque les effets les plus violents d’abord chez les peuples et les personnes les plus vulnérables. Les personnes sont chaque jour davantage ravalées au rang de consommateurs/producteurs pour faire tourner une machine qui produit de plus en plus de mal-être, cela au détriment du bien-être individuel et collectif. Le lien social est rongé par la marchandisation et la folle concurrence, qui agressent simultanément les rapports entre les personnes, les peuples et les générations. Les inégalités sociales augmentent partout dans le monde, la misère ne cesse de se propager de façon d’autant plus violente que les dérèglements environnementaux liés aux excès de production, engendrés à la base par l’Occident en deviennent une cause première. Il est désormais clair que l’universalisation du mode de vie des pays matériellement riches n’est pas possible. Quoiqu’en pensent les économistes les plus orthodoxes, il est par exemple impossible que l’ensemble des habitants de l’Inde et de la Chine disposent d’une voiture, d’un poste de télévision et d’un réfrigérateur comme nous en disposons en Occident. La planète n’y survivrait tout simplement pas et les Hommes non plus par conséquent.

Face à ce constat d’échec aussi bien économique qu’humain et écologique, la poursuite de la croissance économique ne peut pas être une solution : pour se maintenir, cette logique implique nécessairement de surconsommer toujours plus de ressources et d’exploiter les travailleurs avant de s’en débarrasser une fois devenus inutiles ou trop chers aux yeux des actionnaires, avec comme corollaire une dégradation incessante de la planète Terre et des relations humaines.

2. Estiment que l’austérité est la conséquence logique de la croissance économique et du productivisme. Par conséquent, refuser l’austérité en réclamant plus des causes qui en sont à l’origine n’est pas une solution.

La vague d’austérité qui s’abat sur les peuples d’Europe est imposée par les institutions financières avec l’assistance active des Etats socio-démocrates. Ce qui est aujourd’hui appelé « austérité » est une nouvelle étape de cette dégradation nécessaire pour produire de « la croissance » , : les spéculateurs cherchant à maximiser toujours plus leurs profits et le culte de la croissance à tout prix imposant la compétition entre les travailleurs du monde entier, le peuple est prié de trimer et de se serrer la ceinture pour faire tourner la machine. Toute croissance économique supplémentaire à venir ne pourra être réalisée qu’au prix de la répétition toujours plus violente de cette logique de dévastation. La croissance garantit l’austérité aux pays riches alors qu’elle plonge déjà des millions de personnes de par le monde dans la misère la plus noire.

3. Appellent les forces syndicales à ouvrir les yeux sur le caractère suicidaire du dogme de la croissance économique et du productivisme et à opérer une rupture antiproductiviste.

Les forces syndicales ont réalisé un compromis historique avec le capital quand les fruits de la croissance et du productivisme ont pu profiter à tous grâce aux améliorations substantielles des conditions de travail obtenues par de dures négociations, singulièrement au sortir de la seconde guerre mondiale. Mais depuis la fin des années 1970, la logique de croissance du capital a mené celui-ci à rompre l’équilibre. Depuis lors le bien-être matériel des populations de nos pays riches décline malgré l’augmentation presque continue du PIB, alors que les personnes les plus pauvres le restent, et que l’écart se creuse entre riches et pauvres, au sein de nos régions comme dans le monde entier.

Pris au piège de la logique close de la croissance infinie, les syndicats se trouvent désormais réduits à négocier la limitation de la vitesse à laquelle les conditions de travail et de solidarité sont détériorées. Ainsi, l’appel pour des emplois de qualité lors de l’euro-manifestation du 29 septembre s’oppose aux objectifs de rentabilité et de croissance que la CES semble appeler de ses vœux dans le même slogan.

Pour préserver la force des systèmes de solidarité conquis de haute lutte et mis en place au sortir de la seconde guerre mondiale, il est désormais indispensable de sortir de la logique de l’accumulation sans fin.

Nous appelons les membres syndiqués des différentes composantes nationales et régionales de la CES à revendiquer haut et fort, au sein de leurs organisations, un changement de cap radical qui prenne une orientation antiproductiviste en faveur du « bien vivre » et de la solidarité et non du « toujours plus » et de la compétition généralisée.

Il est temps que les syndicats ouvrent les yeux sur le caractère suicidaire du dogme de la croissance économique et du productivisme et qu’ils initient sans tarder un profond changement de cap pour s’opposer frontalement à ces deux logiques socialement, humainement et écologiquement dévastatrices.

4. Proposent une autre voie plus réaliste qui vise le « bien vivre » et non le « toujours plus » : dénoncer les mythes économistes et changer d’objectifs, réduire le temps de travail, garantir un revenu suffisant à tous.

Selon nous, pour que la nécessaire transition vers une société soutenable soit socialement possible et juste, trois objectifs doivent être visés simultanément : - Une réévaluation profonde des croyances qui soutiennent les politiques actuelles et un changement d’objectifs : dénoncer le mythe économique de la croissance infinie ; substituer la coopération et le bien vivre à la compétition et au toujours plus. - Sortir du travaillisme pour partager le travail et retrouver du temps et du sens : organiser une réduction forte du temps de travail rémunéré, - Garantir un revenu d’existence suffisant pour tout être humain (et instaurer symétriquement un revenu maximal), notamment en garantissant des droits d’accès aux biens communs et publics gérés collectivement (sécurité sociale, éducation, accès à l’énergie, l’eau, etc.).

Nos pays n’ont jamais été aussi riches mais notre mode d’organisation est inéquitable et destructeur. Un changement de cap est urgemment nécessaire. Les moyens sont disponibles, il nous faut organiser la force collective qui sera capable de s’opposer aux puissances installées et mettre en œuvre les alternatives. Les syndicats doivent reprendre le rôle émancipateur qui fut le leur au cours de l’histoire en rompant clairement avec la logique destructrice du productivisme et de la croissance. Cet appel est également une invitation au dialogue fraternel avec les forces syndicales.

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Ce texte a été écrit par un groupe de travail du Mouvement Politique des Objecteurs de Croissance (Belgique - www.objecteursdecroissance.be) et est donc un texte collectif. Nous aurions bien sûr préféré proposer un texte martyr à retravailler avec les signataires, mais cela n’est malheureusement pas possible faute de temps : nous ne serions pas en mesure de coordonner l’évolution de ce texte avec plus d’auteurs avant la publication espérée le 22 septembre. Le texte que nous n’avons pu écrire plus tôt est donc soumis à votre attention tel quel et ne peut plus être modifié. Quoiqu’il nous semble être suffisamment fort et clair, ce communiqué reste néanmoins imparfait par certains aspects, de formulation notamment. Nous espérons que cela ne vous empêchera pas de le soutenir, de sorte que l’existence d’une dynamique OC en Europe apparaisse plus clairement et de manière à interpeller la CES plus fortement que ne pourraient le faire isolément différents acteurs.

La pomme française va mal Hexaconso Reporterre 2010/09/28 Hexaconso (28 septembre 2010) La pomme française va mal. Reporterre. fr

La pomme française va mal

La pomme est le fruit préféré des Français. Oui mais voilà, les variétés qu’ils préfèrent sont aussi les plus exotiques : Gala, Granny-Smith et Pink Lady. Et les supermarchés, toujours prêts à satisfaire nos exigences, sont obligés d’en importer du Brésil, du Chili, d’Argentine et de Nouvelle-Zélande. D’abord parce que nous en produisons très peu en France, mais également parce que les consommateurs veulent en manger toute l’année, même lorsque ce n’est plus la saison. La France en importera ainsi cette année 150 000 tonnes, soit près de dix fois plus qu’il y a dix ans… Et pourtant, coût du transport oblige, ces variétés sont vendues plus cher que nos bonnes vieilles pommes du terroir.

Mais nos pommes « françaises » n’ont plus vraiment la cote. Et même la fameuse Golden, qui représente près de 40 % de la production française, ne fait plus recette. Les producteurs devraient donc lancer cette automne une offensive en direction des consommateurs. Ils souhaitent ainsi « donner envie » d’acheter « des pommes cueillies à la main, cultivées en France » et surtout que l’on peut manger sans avoir à les éplucher.

Mais surtout, ils espèrent pouvoir vendre leur production plus cher que leur prix de revient, ce qui n’a pas été le cas l’année dernière. Un comble : être obligé de vendre sa production moins cher que ce qu’elle leur a coûté ! Ils devraient être aidés en 2010 par une baisse de 10 % de la production européenne, et notamment en Pologne qui est aujourd’hui le premier producteur en Europe. Cette baisse de la production devrait faire un peu monter les prix, et donner une petite bouffée d’oxygène à ce secteur d’activité. Pour le consommateur, les prix devraient donc augmenter en 2010 d’une trentaine de centimes le kilo, les pommes atteignant ainsi un prix moyen au détail de 1,80 à 1,90 euro le kg.

Le but de l’opération de charme des producteurs auprès des consommateurs est aussi et surtout « de maintenir les vergers et les emplois qui vont avec », soit 40 000 salariés temps plein, a souligné de son côté le député UMP Jacques Remiller, président du groupe d’études sur les fruits et légumes à l’Assemblée nationale.

Au cours de l’hiver 2009, la France a perdu 1 500 ha de vergers, soit 4% de la totalité de la surface en raison des difficultés des agriculteurs. Selon Daniel Sauvaître, président de l’association nationale pommes-poires (ANPP), cette tendance devrait se poursuivre dans les mois à venir en dépit d’une amélioration des prix.

Avec quelque 2,2 millions de tonnes, les Français étaient les premiers producteurs européens en 2000. Mais en 10 ans, la France a perdu 25% de ses vergers de pommes et se retrouve désormais en troisième position derrière la Pologne (1e) et l’Italie (2e).

La France a également été le premier exportateur mondial de pommes, place que lui a désormais ravie la Chine. A elle seule, celle-ci assure près de la moitié de la production mondiale.

Alors, manger des pommes, oui, mais pas n’importe lesquelles ! Arrêtons de manger des fruits et légumes qui ont été cueillis verts, qui ont été boostés aux engrais les plus improbables, et qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour arriver dans nos assiettes ! Commençons par soutenir nos filières locales ! Et mangeons des fruits de saison !

Le sable de Cancun Hervé Kempf Reporterre 2010/09/29 Hervé Kempf (29 septembre 2010) Le sable de Cancun. Reporterre. Tribune — fr

Le sable de Cancun

Il paraît que Cancun est une station balnéaire. Ça tombe bien : pendant les pauses, les négociateurs qui doivent s’y retrouver, en décembre, pourront aller faire des pâtés de sable, bâtir des châteaux qu’emporteront les marées, dessiner des plans magnifiques qu’effaceront les vagues.

De quoi vont-ils discuter, au fait ? Du climat. On l’oubliait, celui-là, dans le tohu-bohu de l’actualité. C’est que le processus de discussion est durablement enlisé : la porte ouverte, en 1992, lors du Sommet de la Terre, avec l’adoption de la Convention sur le changement climatique, élargie en 1997 avec le protocole de Kyoto, s’est brutalement refermée, fin 2008, avec l’échec de Copenhague. Depuis, Barack Obama a échoué à faire adopter une loi sur le climat, et les Etats-Unis sont aux abonnés absents. Les Européens sont moins mobilisés que jamais, anxieux du chômage et de la compétitivité. Les Chinois développent à toute vapeur leur industrie des énergies renouvelables sans prévoir de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre avant une vingtaine d’années. Et le chroniqueur écologie d’outre-Manche, George Monbiot, de se désoler : « Le processus est mort » (1), la négociation climatique est perdue dans les limbes, à l’image de celle sur le commerce international.

Fin du film ? Non. Les négociations sur le commerce et sur le climat diffèrent fondamentalement : celle-ci a échoué à cause des gouvernants, incapables de s’entendre, tandis que celle-là a été bloquée par un mouvement populaire, l’altermondialisme. Or s’il est utile de stopper la libéralisation des échanges, les peuples n’ont aucun intérêt à abandonner l’exigence climatique. Car le changement climatique se poursuit inexorablement et, plus on tardera à établir une coordination internationale pour l’enrayer, plus les conséquences en seront dommageables.

Aux Etats-Unis, Greenpeace, le Réseau pour l’action sur les forêts tropicales et l’écologiste Bill McKibben ont lancé un appel à « l’action directe de masse » non-violente (2). « Nous sommes face aux industries les plus puissantes et les plus profitables du monde, écrivent-ils, nous ne les vaincrons pas en étant gentils. »

Se référant aux mouvements civiques passés, ils affirment qu’« un moyen de communiquer efficacement au public et aux décideurs l’importance de la crise est de s’impliquer physiquement ». On avait observé à Copenhague l’émergence d’un mouvement citoyen pour la justice climatique. Lui seul peut maintenant faire pencher la balance dans le bon sens. En France, contre les OGM, les faucheurs volontaires ont naguère montré l’exemple d’une lutte efficace. Les citoyens du climat pourraient s’en inspirer.

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Notes :

(1) http://www.monbiot.com/archives/201...

(2) Traduction par Hélène Crié : http://www.rue89.com/american-ecolo.... Texte original : http://www.grist.org/article/2010-0...

Un chercheur refuse la prime du ministère Sylvestre Huet Reporterre 2010/09/29 Sylvestre Huet (29 septembre 2010) Un chercheur refuse la prime du ministère. Reporterre. fr

Un chercheur refuse la prime du ministère

Le biologiste Alain Trautman est un des meilleurs chercheurs français. Et un homme libre. Il a refusé la prime que voulait lui accorder le ministère de la recherche, afin de dénoncer le système d’individualisation des rémunérations.

Cet été le biologiste Alain Trautmann a été récompensé par la médaille d’argent du CNRS 2010 (Centre national de la recherche scientifique). Une distinction qui honore un chercheur « pour l’originalité, la qualité et l’importance de ses travaux, reconnus sur le plan national et international ». En théorie, cette médaille ne s’accompagne d’aucune prime financière. Mais la ministre Valérie Pécresse a ordonné aux directions des organismes de recherche d’accorder de manière automatique aux bénéficiaires une "prime d’excellence scientifique", qui peut aller jusqu’à 15 000 euros par an durant trois ans, dans le cadre de sa politique de rémunération plus individualisée des chercheurs.

Cette décision et cette politique ont soulevé des protestations au CNRS, avec une pétition, mais qui ont parfois pris la forme assez originale du refus individuel de ces primes. Ce refus peut être de principe, comme cette liste de chercheurs, ou cette lettre de Didier Chatenay. Mais elle prend tout son sens lorsque des chercheurs décorés refusent la prime qui va avec la médaille. Alain Trautmann, tout juste élu au Conseil Scientifique du Cnrs - et qui vient d’accorder une interview à Sciences2 sur le fonctionnement de l’Agence nationale de la recherche dont il dénonce l’opacité - a donc mis ses actes en accord avec ses principes. Voici la lettre qu’il a envoyé à monsieur Alain Fuchs, le Président du CNRS :

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« Monsieur le Président du CNRS,

J’ai bien reçu votre courrier en date du 9 juillet, dans lequel vous me félicitez pour la médaille d’Argent du CNRS qui vient de m’être décernée. Je vous remercie pour ce courrier, et suis évidemment heureux de cette distinction, attribuée par la direction du CNRS sur proposition de mes collègues. Le fait que j’ai refusé de demander la prime associée à cette médaille, pour une question de principe, ne diminue en rien ma fierté de faire partie du CNRS, qui m’a donné la possibilité de travailler dans de bonnes conditions, en particulier de liberté scientifique. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à mes salutations très cordiales et respectueuses. »

Alain Trautmann

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Voici la lettre envoyée au président du CNRS et à ses collègues de la section du Cnrs dont il dépend.

« Monsieur le Président du CNRS, Monsieur le Président de la section 24, Mesdames et Messieurs les membres de la section 24 du Comité National,

J’ai pris connaissance de la décision de la direction du CNRS d’attribuer en 2010 une "prime d’excellence scientifique" à 660 chercheurs et des modalités de mise en œuvre de cette attribution, en particulier pour les chercheurs qui n’en bénéficient pas automatiquement.

Je vous fais part de mon désaccord complet avec cette décision qui dénature totalement l’objectif de revalorisation des traitements et des carrières de tous les chercheurs CNRS. L’attribution d’une prime à une proportion infime des 11.600 chercheurs travaillant au CNRS constitue une insulte envers l’immense majorité de leurs collègues qui sont régulièrement évalués positivement par le comité national.

Depuis un an, les différentes composantes du comité national, le conseil scientifique, les CSI et les sections du comité national se sont prononcées sans ambiguïté contre la mise en place de la PES. Les motions des sections énoncent de très nombreuses propositions pour une réelle revalorisation des carrières de la grande majorité des chercheurs et appellent à une large concertation sur les moyens d’un tel objectif. La Conférence des présidents de sections du Comité national (CPCN) a adopté le 20 avril 2010 deux motions annexées à mon courrier.

Malgré tous ces avis, la direction a décidé de n’entendre aucune de ces propositions, d’imposer une procédure qui ne dispose d’aucune légitimité et qui ne répond en rien aux besoins clairement identifiés. Avec la création de commissions ad hoc, elle affiche son mépris pour le comité national qui a le soutien de la communauté des chercheurs et dont le travail sur la durée est l’un des facteurs essentiels des succès du CNRS. En nous demandant de remplir un dossier de PES sans nous informer d’aucune des modalités du fonctionnement de la sélection, elle nous demande de céder à l’arbitraire et à l’opacité.

C’est pourquoi j’ai décidé de refuser de déposer une demande de PES.

J’appelle tous mes collègues à refuser de s’engager dans un tel processus d’individualisation des rémunérations dont on ne peut que prévoir qu’il génère des effets délétères sur l’organisation collective de la recherche et des laboratoires. J’appelle les membres de la section du comité national dont je dépend à :

- refuser en toutes circonstances de participer aux comités ad hoc que veut imposer la direction,

- dénoncer la procédure de candidature spécifique qui constitue une négation du travail d’évaluation constant réalisé par les sections,

- exiger à nouveau pour 2010 l’attribution systématique d’une prime à tous les nouveaux entrants et à eux seuls.

En espérant que vous pourrez prendre en considération ma position au sujet de la prime d’excellence scientifique, je vous prie d’agréer, chers collègues, l’expression de ma sincère considération. »

Alain Trautmann

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Par ailleurs, un chimiste, Didier Dubois, a refusé la légion d’honneur accordée sur le quotas du ministère de la recherche lors de la promotion du 14 juillet. Il veut ainsi protester contre la politique de Valérie Pécresse.

Soutien au projet Yasuni Utopia Reporterre 2010/10/01 Utopia (1er octobre 2010 à 11h51,) Soutien au projet Yasuni. Reporterre. fr

Soutien au projet Yasuni

Ne pas exploiter le pétrole du parc Yasuni : c’est le projet de l’Equateur. Dont le président, Raphaël Corréa, vient d’échapper à un coup d’Etat le 30 septembre au soir.

Depuis 2007 l’Equateur montre une volonté ferme à préserver les droits de la nature et les biens communs environnementaux, notamment en inscrivant la reconnaissance de ces droits dans la constitution équatorienne ratifiée par référendum en 2008.

En 2007, le président équatorien Rafael Correa annonçait l’intention de son pays de renoncer définitivement à l’exploitation de 20% de ses réserves nationales de pétrole (soit près de 850 millions de barils), situés en plein coeur du Parc National Yasuni (1). En contrepartie, il a proposé que les pays industrialisés contribuent - par l’intermédiaire d’un fonds fiduciaire, à hauteur de 50%, à compenser les pertes de revenus du pays. La contribution de l’équateur restera malgré tout très importante pour un pays dont les principaux revenus d’exportation en 2008 provenaient du pétrole.

L’Equateur propose que les contributions versées soient utilisées, pour la préservation et l’étude de la biodiversité équatorienne et la protection de l’habitat des peuples indigènes qui ont choisi de vivre dans le parc Yasuni. Par ailleurs, l’Equateur s’engage à la mise en place d’un modèle durable et équitable, d’une économie de l’après pétrole, par le développement des énergies renouvelables, la préservation de la nature et le développement social.

Une telle proposition représente une initiative majeure vers la reconnaissance de la biodiversité comme un bien commun universel et sa préservation comme une problématique environnementale globale. C’est par ailleurs un appel à la reconnaissance de la dette écologique historique des pays industrialisés. Le projet Yasuni ITT par ce double objectif est une action concrète pour amorcer, en Equateur et au dehors, une transition vers un modèle alternatif au modèle de développement capitaliste.

Le mouvement Utopia, promoteur d’un alterdévelopement (2), soutient totalement cette démarche. Le Mouvement Utopia soutient l’Equateur dans ce projet et l’encourage à poursuivre l’initiative d’appel à contribution. Par ailleurs, nous appelons l’ensemble des pays de l’Union Européenne à contribuer financièrement à la réalisation du projet Yasuni ; à promouvoir ce projet hors de l’union et enfin, à envisager la multiplication de ce genre d’initiative collective.

Le Mouvement Utopia s’engage à se mobiliser pour soutenir l’Initiative Yasuni-ITT et invite les mouvements sociaux, les mouvements écologistes, les mouvements altermondialistes et plus largement les citoyens à le soutenir.

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Notes :

(1) http://yasuni-itt.gob.ec

(2) Manifeste Utopia, 2008, Edition Parangon. Disponible sur : http://www.mouvementutopia.org/blog...

La gauche perd parce qu’elle ressemble à la droite Laurent Pinsolle Reporterre 2010/10/01 Laurent Pinsolle (1er octobre 2010 à 11h10,) La gauche perd parce qu’elle ressemble à la droite. Reporterre. Tribune — fr

La gauche perd parce qu’elle ressemble à la droite

La gauche recule en Europe, malgré la crise. Un paradoxe explicable.

La grande crise de 2008 aurait du être du pain béni pour la gauche européenne. Pourtant, c’est elle qui est en crise aujourd’hui et la droite qui triomphe, jusqu’en Suède. Les dernières réactions en Allemagne et en Grande-Bretagne illustrent ce malaise.

La défaite du SPD lors des élections législatives allemandes de 2009 puis celle des Travaillistes en Grande-Bretagne ce printemps ont provoqué un changement logique de dirigeants. Dans les deux cas, les partis ont choisi un nouveau chef davantage marqué à gauche. Le cas du Parti travailliste était assez original, puisque c’est le frère cadet Milliband, Ed, 40 ans, qui l’a emporté d’un cheveu sur son frère David alors que ce dernier pouvait sembler plus à même de mener son parti à la victoire.

Mais le nouveau chef des Travaillistes, soutenu par la gauche du parti, et notamment les syndicats, une fois la victoire acquise, s’est empressé de dire que cela ne provoquerait pas un virage à gauche, opérant un recentrage immédiat. La tentation centriste a toutes les chances de rester forte dans la mesure où elle a permis au parti de remporter trois élections consécutives. En Allemagne, le SPD se dirige timidement vers l’instauration d’un salaire minimum.

Les mauvaises leçons de la crise

En fait, le manque d’attrait de la gauche est parfaitement compréhensible. Les citoyens ne parviennent pas à voir de différences notables avec la droite. Les deux camps ont accompagné la politique de déréglementation et la droite dénonce aujourd’hui aussi vigoureusement que la gauche les excès du capitalisme. Et du coup, les peuples ont du mal à saisir la différence d’interprétation de la crise ou à voir des différences dans les solutions préconisées.

Car ce qui est frappant en Grande-Bretagne et en Allemagne (comme en France), c’est l’absence d’explication systémique à la crise et de solutions structurelles de la part de la gauche. La social-démocratie croit dur comme fer au libre-échange (le protectionnisme étant souvent vu comme un produit du nationalisme), à l’indépendance des banques centrales ou au fait de confier aux banquiers le soin de mettre en place leur réglementation…

Le malaise de la social-démocratie n’est pas prêt de cesser devant son incapacité à tirer les leçons de la crise. Pour revenir au pouvoir, elle ne pourra compter que sur la médiocrité des dirigeants de la droite, ce qui lui laisse une chance en Italie ou en France…

Equateur : le coup d’Etat déjoué CADTM Reporterre 2010/10/02 CADTM (2 octobre 2010) Equateur : le coup d’Etat déjoué. Reporterre. fr

Equateur : le coup d’Etat déjoué

Le président d’Equateur Rafael Correa, régulièrement élu et réélu, a subi une tentative de coup d’Etat le 30 septembre. Après le coup d’Etat - réussi - au Honduras en 2009 et les menaces au Paraguay, cet événement rappelle le poids des forces conservatrices en Amérique latine.

Jeudi 30 septembre 2010, une tentative de coup d’Etat a échoué en Equateur. Un secteur important de la police nationale a séquestré le chef de l’Etat Rafael Correa après que celui-ci a tenté de convaincre les policiers d’accepter la loi sur les services publics qui avait été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le mercredi 29 septembre 2010. Cette loi vise à mettre fin à certains privilèges financiers des policiers et des militaires.

Un secteur des forces armées, en particulier dans l’armée de l’air, de même que des policiers ont pris le contrôle des principaux aéroports également pendant une douzaine d’heures. L’ancien président, Lucio Guttierez, qui a dû démissionner en 2005 suite à des protestations populaires, a appuyé, depuis Brasilia où il se trouve, la tentative de coup en déclarant qu’il s’agissait de mettre fin au mandat de Rafael Correa. Un groupe d’opposants à Rafael Correa parmi lesquels des policiers en civil et Pablo Guerrero, avocat de Lucio Guttierez et membre actif de son parti, a forcé les portes de la télévision et la radio publiques dans l’après-midi du 30 septembre. La situation était pour le moins confuse du côté de l’état-major de la police. Rafael Correa a été séquestré pendant une douzaine d’heures dans l’hôpital de la police.

De son côté, l’état-major des forces armées a assuré le président de son soutien mais a tardé à donner l’ordre de rétablir l’ordre constitutionnel par la libération de Rafael Correa. Il est probable qu’elle a conditionné son soutien au président à l’octroi de concessions à des demandes des militaires. La CONAIE, principale organisation des peuples indigènes de l’Equateur, a dénoncé le coup d’Etat tout en maintenant ses critiques à l’égard de la politique du gouvernement de Rafael Correa. Finalement vers 21h, le 30 septembre, l’armée a libéré le président en affrontant les policiers mutinés. Il semble que l’on ait ainsi évité un dénouement tragique de la mutinerie des policiers qui aurait pu dégénérer en un véritable coup d’Etat. Néanmoins, la situation est instable et la vigilance est de mise. Après la victoire du coup d’Etat militaire au Honduras en 2009 qui a bénéficié du soutien de Washington et de ses alliés dans la région, il y a un risque certain de voir se produire d’autres tentatives de coup d’Etat dans la région. La droite au Paraguay l’envisage publiquement.

Le CADTM rappelle que le président Rafael Correa est un président démocratique. Il a été élu à deux reprises (en 2006 et en 2010) dans le cadre d’élections démocratiques. Depuis le début de son mandat, son gouvernement a mis en œuvre une série de mesures positives : un processus de réforme politique démocratique qui a doté le pays d’une nouvelle constitution en 2008 qui constitue une source d’inspiration sur plusieurs aspects ; une réaffirmation de l’indépendance du pays en mettant fin à la présence de l’armée des Etats-Unis sur la base de Manta ; un audit de la dette publique (auquel le CADTM a collaboré activement) qui a abouti à une suspension de remboursement qui à son tour a permis de réduire de manière importante le volume de la dette ; une augmentation des dépenses sociales ; la promotion d’une intégration latino-américaine ; une initiative visant à protéger l’environnement en renonçant à exploiter le pétrole qui se trouve dans le sous-sol de l’Amazonie équatorienne dans la réserve du Yasuni ; la création d’une télévision et d’une radio de service public dans un pays où les médias étaient jusque là totalement contrôlés par de grandes entreprises privées, plus particulièrement les banques privées du pays. Ces avancées ont été possibles grâce à de fortes mobilisations populaires au cours des 15 dernières années. Quoique modestes et pour tout dire insuffisantes, les différentes transformations démocratiques réalisées depuis l’élection de Rafael Correa fin 2006 ont provoqué une très forte opposition de la part des secteurs conservateurs habitués à utiliser le gouvernement comme une courroie de transmission pour défendre leurs intérêts.

Face à la tentative de coup d’Etat, de plus en plus de citoyens et d’organisations se sont mobilisés au cours de la journée du 30 septembre en Equateur pour exiger la libération du président Rafael Correa. Une fois libéré, celui-ci a pu prendre la parole devant une partie de ses partisans sur la place publique face au palais présidentiel.

Le CADTM, qui n’a jamais hésité à exprimer des critiques à l’égard du gouvernement de Rafael Correa quand il considérait que celui-ci adoptait des mesures qui ne permettaient pas de faire avancer le processus d’émancipation en cours, dénonce avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’Etat qui a débuté le 30 septembre. L’ordre constitutionnel doit être respecté, la démocratie doit être réaffirmée. Le CADTM appelle à la solidarité internationale à l’égard de la mobilisation populaire en défense de la démocratie. Afin de consolider le processus de démocratisation en cours en Equateur, il s’agit d’obtenir de profondes réformes économiques et sociales.

La Russie s’apprête à utiliser une centrale nucléaire flottante Pascal Farcy Reporterre 2010/10/04 Pascal Farcy (4 octobre 2010) La Russie s’apprête à utiliser une centrale nucléaire flottante. Reporterre. fr

La Russie s’apprête à utiliser une centrale nucléaire flottante

Fin juin, la première centrale nucléaire flottante du monde a pris la mer depuis St-Pétersbourg, en Russie. Dénommée « Akadmik Lomonosov », l’unité mise à l’eau devrait entrer en service d’ici avril 2012, selon les prévisions de Rosatom, l’agence fédérale de l’énergie atomique russe. Destinée à être installée dans la péninsule du Kamtchatka dans l’océan Pacifique, au large de la ville de Vilyuchinsk, cette centrale nucléaire flottante doit faire une halte préliminaire à Mourmansk pour « faire le plein » d’uranium.

Actuellement, on compte une soixantaine de centrales flottantes de production d’électricité, à l’échelle planétaire, mais aucune nucléaire.

Grâce à ses deux réacteurs, cette centrale devrait délivrer une puissance électrique de 70 MW (à comparer aux 1 600 MW de l’EPR français, non flottant). Si cette puissance et l’aptitude à dessaler l’eau de mer n’ont pas changé par rapport au projet présenté début 2008, les dimensions de la barge accueillant les installations nucléaires ont apparemment été revues à la baisse, avec une longueur de 144 m pour une largeur de 30 m.

D’une durée de vie estimée à 38 ans, la centrale devrait connaître trois cycles de fonctionnement de 12 ans entrecoupés de deux phases de maintenance/rechargement en uranium. Durant les périodes de production, le combustible nucléaire usagé sera stocké sur l’Akadmik Lomonosov, dans des conteneurs spécifiques pour éviter tout risque de contamination.

Alors qu’un minimum de huit centrales nucléaires de ce type devrait voir le jour, la dissémination de telles installations sur la planète n’est pas sans soulever de questions. En effet, si pour Moscou, « Il s’agit d’un moyen sûr et sans risque de prolifération de répondre aux besoins énergétiques des zones les plus isolées, ou à l’énorme appétit des économies en pleine croissance », ces centrales sont autant de matériels nucléaires qu’il faudra à terme théoriquement démanteler. Or, en la matière, la Russie n’est pas le meilleur élève du groupe de pays recourant à l’énergie atomique, la gestion des déchets radioactifs de ses brise-glace et autres sous-marins nucléaires nationaux restant non résolue de même que leur démantèlement en fin de vie. Par ailleurs, correspondant aux modèles utilisés sur certains brise-glace et sous-marins à propulsion nucléaire de l’ex URSS, de par leur conception ces petits réacteurs sont considérés par plusieurs experts comme beaucoup plus difficiles à contrôler qu’un réacteur commercial classique, notamment en cas d’emballement de la réaction en chaîne.

Pour le moment, les sept autres centrales nucléaires flottantes programmées sont à vocation russe, mais plusieurs pays ont déjà déclaré être intéressés par ces dispositifs, d’autant qu’un modèle plus petit, en cours d’élaboration, promet d’accéder à l’intérieur des terres via le réseau fluvial.

« Moins de biens, plus de liens » : pour une autre consommation étudiante Réseau Grappe Reporterre 2010/10/04 Réseau Grappe (4 octobre 2010) « Moins de biens, plus de liens » : pour une autre consommation étudiante. Reporterre. Pédagogie Éducation fr

« Moins de biens, plus de liens » : pour une autre consommation étudiante

Le Groupement d’associations porteuses de projet en environnment publie un nouveau numéro de sa revue « Moins de biens, plus de liens ». Le thème : la consommation étudiante. A télécharger ici : http://public.reseaugrappe.org/revu...

TF1 participe à « l’appauvrissement de l’imaginaire collectif des Français » Arnaud Montebourg Reporterre 2010/10/04 Arnaud Montebourg (4 octobre 2010) TF1 participe à « l’appauvrissement de l’imaginaire collectif des Français ». Reporterre. Tribune — fr

TF1 participe à « l’appauvrissement de l’imaginaire collectif des Français »

Le député socialiste Arnaud Montebourg a mis les pieds dans le plat en critiquant vertement la chaîne de télévision TF1. Il écrit au directeur de celle-ci, qui lui reprochait ses propos : "Les valeurs dominantes que vous diffusez et transmettez dans la société française ne seraient-elles pas celles de l’argent et de la cupidité, de la compétition acharnée et du conflit, de la violence et du règlement de comptes ?“

Paris, le 30 septembre 2010

Lettre à : Monsieur Nonce Paolini

Président Directeur Général

TELEVISION FRANCAISE

11, quai du Point du Jour, 92656 BOULOGNE cedex

Monsieur le Président Directeur Général,

J’accuse volontiers réception de votre lettre reçue au Conseil général de Saône-et-Loire, le 20 septembre dernier, dans laquelle vous qualifiez “d’inadmissibles” les propos que j’ai pu tenir devant la caméra de Monsieur Pierre Carles, dans son film intitulé Fin de concession.

Comme vous le savez, la chaîne que vous dirigez utilise à des fins commerciales le domaine public hertzien, propriété publique appartenant à la Nation toute entière, et dont la chaîne TF1 et ses actionnaires ne sont, aux termes de la loi, que les utilisateurs à titre précaire et les dépositaires fragiles et éphémères. Le regard libre et sans concession d’un représentant de la Nation sur le comportement d’une chaîne qui fait un usage contestable de ce bien public national, relève de ses devoirs politiques et moraux élémentaires.

La chaîne TF1 n’a donc pas d’autre choix que d’accepter, quoi qu’il lui en coûte, toute critique publique de ses agissements, puisque la télévision reste un bien collectif appartenant à tous les Français même si celle-ci s’exerce dans la forme de l’entreprise privée que vous présidez.

Est-il nécessaire de rappeler que l’actionnaire majoritaire et opérateur de la chaîne TF1, la Société Anonyme Bouygues, exploite une activité quasi-exclusive de construction de bâtiments et de travaux publics, à travers des marchés publics, dans lesquels le pouvoir d’Etat et la diplomatie nationale disposent d’une influence avérée.

Les rapports de proximité politique entre les orientations éditoriales de TF1 et le pouvoir actuel posent le problème dans une démocratie comme la nôtre, du respect du pluralisme et de la séparation des intérêts publics et privés, et les échanges de services et de bons procédés entre eux.

TF1 dispose à ce sujet, en quelque sorte d’un long casier judiciaire, constitué de rappels à l’ordre et d’amendes pour violation des règles du pluralisme politique. Dernièrement, vous avez cru devoir donner la parole pendant plus de 2 heures au Président de la République, chef du parti majoritaire, à une heure de grande écoute, tout en ne permettant à la principale dirigeante de l’opposition de ne répliquer que pendant 4 minutes. Dernièrement encore, selon le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, au premier trimestre 2010, en cumulant TF1 et LCI, votre chaîne d’information, vous avez offert 32 heures de temps de parole au Président de la République, au Gouvernement et à l’UMP, contre 8 heures à des membres de l’opposition. Il y a quelques temps déjà, Monsieur François Bayrou, lui-même, avait dénoncé au mois de janvier 2007, votre arrogance et votre mépris du pluralisme en ces termes : “Vous n’êtes pas les patrons de la France. Nous ne cèderons pas à votre matraquage.”

La grossièreté des violations, la lourdeur des sanctions et la répétition des infractions depuis 15 ans, m’amènent à considérer que le comportement de la chaîne TF1 que vous présidez relève du piétinement systématique de nos lois et règlements. A mes yeux, j’ajouterai que les journalistes de TF1, dont le professionnalisme est connu et louable, n’ont pas la responsabilité qui est la vôtre dans cet état de fait condamnable.

Malgré ces comportements blâmables, TF1 a néanmoins obtenu des gouvernements et des majorités parlementaires qui se sont succédés, de nombreux privilèges et avantages indus : assouplissement du dispositif anticoncentration, renouvellement automatique de la concession sans mise en concurrence, droit à une deuxième coupure publicitaire dans les oeuvres de fiction, introduction forcée sur la Télévision Numérique Terrestre qui a provoqué des réactions extrêmement vives de vos concurrents, et allègement substantiel et régulier des obligations contenues dans votre cahier des charges. Au point qu’il me paraît possible de faire observer que sur un bien pourtant public, TF1 exerce désormais un monopole privé, profitable et incontrôlable avec la complicité de l’Etat.

Puisque vous employez dans votre lettre le vocable “inadmissible” au sujet d’une phrase de ma part qui, semble-t-il, vous aurait froissé, ne pensez-vous pas que ce mot devrait plutôt s’adresser au comportement de l’entreprise que vous dirigez ?

Mais le plus grave n’est pas là. Sur le plan culturel, il faut rappeler les dégâts considérables que votre chaîne a provoqués sur la vision que les Français ont d’eux-mêmes et de notre société contemporaine. Je m’autoriserai à dire, comme il est légitime qu’un représentant de la Nation puisse le faire, que vous avez participé avec méthode et constance à l’appauvrissement de l’imaginaire collectif des Français.

Dans la semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, vous avez choisi de consacrer 41 heures 30 à des émissions liées à l’argent, soit des émissions de vente (télé shopping) ou à des jeux dont l’appât du gain est le moteur (“Une famille en or”, “Les douze coups de minuit”, “Koh Lanta”, “Secret Story”). Les relations entre les hommes ne relèvent pas que de l’argent et une société ne pourra jamais se résumer à celui-ci. Pourtant, sur TF1, l’argent est malheureusement partout.

Les émissions où vous mettez en scène de façon artificielle la compétition acharnée et destructrice de la dignité, entre des êtres humains - jusqu’à leur faire manger des vers de terre-, occupent cette semaine plus de 23 heures d’antenne (“Master Chief”, “Koh Lanta”). Pourtant, les relations entre les humains peuvent être coopératives et non pas forcément conflictuelles, comme vous en conviendrez.

Enfin, je suis surpris par la contribution malheureusement décisive que TF1 a apportée à l’élévation du niveau de violence dans les oeuvres de fiction diffusées. Le nombre de meurtres, de viols, et de violences physiques a acquis en 15 ans une importance démesurée dans les programmes de votre chaîne.

En somme, les valeurs dominantes que vous diffusez et transmettez dans la société française ne seraient-elles pas celles de l’argent et de la cupidité, de la compétition acharnée et du conflit, de la violence et du règlement de comptes ?

En 1987, la société Bouygues avait obtenu le droit de racheter TF1 en faisant valoir un prétendu “mieux disant culturel”. Votre illustre prédécesseur, Monsieur Patrick Le Lay, déclara presque 20 ans plus tard, “ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible”. Je me souviens que quelques jours après cette déclaration en forme d’aveu, la Société des Compositeurs et Auteurs déclarait : “Les propos tenus par le président de TF1 témoignent du niveau de dégradation que peut atteindre la télévision, le signe du cynisme, du mépris et de l’arrogance”.

Je brise là une énumération éprouvante, pour tous ceux qui ont une meilleure idée de ce que mérite la France. Mais vous conviendrez qu’il n’est pas illégitime de penser que votre chaîne porte une responsabilité considérable dans la dégradation à la fois du niveau du débat démocratique français, mais également de la représentation que les Français peuvent avoir d’eux-mêmes.

Puisque vous vous hasardiez dans votre lettre à évoquer la question des excuses, je me permets de vous dire avec une sincérité dont je ne voudrais pas abuser, que s’il est des excuses à présenter, je crois que c’est plutôt TF1 qui devrait les présenter à la France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président Directeur Général, en l’assurance de ma considération distinguée.

Arnaud Montebourg

Déferlement des techniques et radicalisation du fétichisme Michel Tibon-Cornillot Reporterre 2010/10/05 Michel Tibon-Cornillot (5 octobre 2010) Déferlement des techniques et radicalisation du fétichisme. Reporterre. Science et citoyens fr

Déferlement des techniques et radicalisation du fétichisme

Les sources philosophiques du déferlement des techniques contemporaines : l’incarnation de l’infini

Le séminaire de cette année approfondira le concept de "déferlement des techniques" mis en place depuis plusieurs années et devenu un analyseur anthropologique apprécié. Il s’agit de rechercher en amont de la notion de déferlement, les traces, les principes, les impulsions qui seraient à l’origine de son apparition et surtout de son développement extraordinaire et complètement imprévu.

Pour mener à bien cette recherche, nous reprendrons quelques conclusions extraites du travail développé l’année dernière autour de la notion de « sécularisation ». Nous retiendrons essentiellement les analyses menées par Hegel autour du concept de « mondanisation » (Verwelt-lichung).

Cette notion indique le chemin reliant des sources chrétiennes explicitement religieuses avec des aspects très profonds de la modernité. La mondanisation indique le travail de déplacement, de mutation dialectique grâce auxquels les temps modernes doivent être considérés comme le « christianisme réalisé » ( aufgehoben ). Ce concept transversal, encore très abstrait, joue pourtant un rôle majeur dans la compréhension de la conception hégélienne des techniques et des machines.

Selon cet auteur, le christianisme est la première religion qui a présenté à travers la vie, la mort et la résurrection du Christ historique, le mouvement même de la totalité du "réel". Ces trois termes, vie, mort et résurrection, ne sont cependant pas au même niveau, car la mort réalise le mouvement infini du négatif qui est l’essence la plus profonde du mouvement du "réel". Parce qu’il est le Logos incarné, l’homme est animé par une « négativité infinie » qui le dresse contre la nature matérielle et partant, contre sa propre naturalité.

Ce face-à-face doit être dépassé car il fige les positions et interdit de saisir le "réel". La conscience s’engage alors dans une activité transformatrice par laquelle, non seulement elle se donne cette extériorité comme contenu, mais elle la transforme aussi par le travail afin de la rendre "spirituelle".

Le travail est dirigé contre la matière morte, car c’est par le travail que la conscience pratique peut supprimer "la forme existante qui lui est opposée comme une forme étrangère". L’apparition des outils est un moment essentiel de cette dialectique, car ils forment un nouveau milieu qui instaure la domination de façon autonome. En ce sens, si le travail est anéantissement de la matière, l’outil est l’acte autonomisé de cette mise à mort.

L’outil reste cependant passif, car il dépend de la mise en œuvre technique de l’artisan. La machine, elle, inaugure un ordre de réalité différent car elle s’émancipe des bornes physiques et mentales de l’homme : elle est l’outil autonomisé, un redoublement de l’autonomisation de l’acte travailleur.

Les dernières séances présenteront alors les résultats de notre démarche qui relie le concept du déferlement des techniques à une relecture philosophique des machines et automates qui doivent être conçus comme autant de concrétions, d’extériorisation de l’essence négative infini du sujet pratique qui acquiert une existence objective autonome. Cette existence autonome de l’infini du négatif, cette hypostase du travail d’anéantissement de la matière, ouvrent la possibilité d’un destin irrécupérable.

Nous proposerons alors aux étudiants de lire dans ces interprétations l’une des sources philosophique du concept de "déferlement des techniques" et de son corollaire, la "radicalisation du fétichisme".

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La radicalisation du fétichisme : autonomisation et déferlement des machines, des cyborgs et des flux financiers

Les premières séances introduiront l’interrogation centrale du séminaire qui porte sur l’autonomisation et le déferlement des objets et des systèmes techniques contemporains. Ces deux versants des techniques révèlent en effet l’ambiguïté de ces productions et l’obscurité de leur statut « ontologique ». Les productions techniques ne peuvent entrer si facilement dans le club des objets inertes et artificiels qui s’opposeraient au grand ensemble des entités vivantes : leurs caractéristiques principales, autonomisation et déferlement, tendent à les rapprocher des comportements propres aux organismes vivants.

Les séances suivantes présenteront le concept de déferlement des systèmes techniques dont la puissance démesurée ne peut plus être abordée en termes de régulation-dérégulation-réparation. La mise en place de cette notion permet de repérer la violence de leur impact sur des systèmes finis, repérage dont on donnera quelques résultats obtenus dans le cadre des écosystèmes, des bouleversements socio-économiques et des distorsions démographiques qui ont accompagné les expansions coloniales et post-coloniales.

Reconnaissant dans ce déferlement la présence de symptômes « étranges » (unheimlich) perturbant les rouages des sociétés industrielles, on exposera quelques-unes des dynamiques responsables des déformations à l’œuvre dans les processus apparemment rationnels de fabrication technique. On montrera que ces perturbations concernent l’animation autonome de structures inanimées.

On abordera alors l’autre dimension des performances techniques, celle qui concerne le concept et les analyses portant sur l’autonomisation des artefacts contemporains (machines, circulations monétaires, chimères), autrement dit, la présence d’objets réels-imaginaires capables d’une existence autonome. Ces analyses débuteront par un commentaire de la phrase du « jeune Hegel » datant de 1803, dans laquelle il affirme que les machines et l’argent « sont animés d’une vie qui se meut en soi-même - autonome – d’une réalité morte ». On montrera que ces objets réels-imaginaires ne se réduisent pas au statut de simulacres mais relèvent de créations culturelles modernes par lesquelles viennent à l’existence des sortes d’hypostases matérielles de productions imaginaires. Comment faut-il développer cette curieuse orientation épistémologique ?

On présentera dans les dernières séances le concept de "radicalisation du fétichisme" qui se propose de rendre compte du processus d’autonomisation des productions humaines. On montrera que ce fétichisme radical exprime l’une des racines symboliques essentielles des sociétés occidentales dans leur version moderne.

Nous refusons l’écologisme benêt d’Arthus-Bertrand Paul Ariès, Aurélien Bernier, Yann Fiévet et Corinne Morel-Darleux Reporterre 2010/10/05 Paul Ariès, Aurélien Bernier, Yann Fiévet et Corinne Morel-Darleux (5 octobre 2010) Nous refusons l’écologisme benêt d’Arthus-Bertrand. Reporterre. Tribune — fr

Nous refusons l’écologisme benêt d’Arthus-Bertrand

« La lutte contre le productivisme et l’économie capitaliste, pour la répartition des richesses et la relocalisation n’ont pas la moindre place dans son raisonnement. »

Quand l’écologie émergea dans le débat public au cours des années 1960 et 1970, elle fut d’emblée fortement politisée. L’économie productiviste, la répartition des richesses, les rapports Nord/Sud, la lutte pour la démocratie, la dénonciation des multinationales faisaient partie intégrante du discours des principaux mouvements. Aux Etats-Unis, le militantisme de Rachel Carson ou Barry Commoner eut des effets concrets sur la législation américaine, aboutissant à l’interdiction de produits chimiques ou à la création de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA). Les Nations Unies ne purent éviter de lier la question environnementale à la question sociale, et la notion d’écodéveloppement portait des revendications pour protéger la planète, mais également pour mieux répartir les richesses et partager le travail.

Puis vint le tournant de la mondialisation. Le capitalisme se fit néolibéral en se réorganisant à l’échelle planétaire, afin de bénéficier des coûts de production les plus faibles et de mettre en concurrence les salariés des économies industrialisées avec les salariés des pays émergents. Repris en main par les gouvernements, le discours sur l’état de la planète changea profondément de nature. Les chocs pétroliers furent l’occasion de réclamer aux citoyens des gestes responsables pour réduire leurs consommations, moins pour des raisons écologiques que pour limiter les déficits commerciaux. Le basculement dans l’écologie individuelle était amorcé. Après l’énergie, ce fut le tri des déchets afin de permettre le recyclage, avec là aussi des motivations liées au commerce extérieur. Puis, afin de lutter contre le changement climatique, le citoyen fut mis à contribution pour réduire ses gaz à effet de serre.

Le développement durable se substitua à l’écodéveloppement pour gommer toute revendication radicale et pour faire de chaque citoyen le responsable de la dégradation de la planète. Dans cette construction idéologique, le pollueur n’est plus l’industriel qui met sur le marché de futurs déchets, mais l’acheteur qui remplit sa poubelle. Ce n’est plus le fabricant d’un produit bon marché mais polluant, c’est le ménage à faible revenu qui ne prend pas la peine d’acheter « vert ». Ce ne sont plus les multinationales responsables des délocalisations dans les pays où l’on peut polluer gratuitement, mais les salariés obligés de prendre leur voiture pour aller chercher un travail de plus en plus rare et donc de plus en plus éloigné de leur lieu d’habitation.

Bien sûr, les comportements individuels doivent évoluer vers un plus grand respect de l’environnement. Il n’est pas question de le nier ni de sous-estimer l’évolution positive des mentalités. Mais l’objectif du discours dominant sur l’écologie vise tout autre chose : un véritable transfert des responsabilités.

Yann Arthus-Bertrand est-il naïf lorsqu’il porte l’image d’une écologie totalement dépolitisée, fondée sur le « tous coupables » et qu’il prétend dépasser les clivages gauche-droite avec les financements du groupe Pinault-Printemps-La Redoute ? Peut-être. En tout cas, la démarche est dangereuse. Sa dernière initiative, « 10:10 », fait songer à l’école des fans : tout le monde fait un geste et tout le monde gagne, avec une pensée émue pour les générations futures. La lutte contre le productivisme et l’économie capitaliste, pour la répartition des richesses et la relocalisation n’ont pas la moindre place dans son raisonnement.

Pourtant, le bilan écologique du capitalisme néolibéral est sous nos yeux. Entre 1997 et aujourd’hui, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont progressé d’environ 25 %. La principale raison n’est pas le développement du marché intérieur des pays émergents, mais bien l’augmentation continue du commerce international, la surconsommation des pays riches et le renforcement des délocalisations. La dictature de la finance empêche quant à elle l’émergence d’activités réellement durables, basées sur des raisonnements de long terme. Et, lorsqu’il s’agit de lutter contre le changement climatique, la communauté internationale décide justement de confier aux fonds d’investissements un juteux marché des « droits à polluer », qui, de produits dérivés en manoeuvres spéculatives, nous emmène doucement mais sûrement vers un prochain krach boursier.

Loin des discours de Daniel Cohn-Bendit ou de Yann Arthus-Bertrand, l’écologie politique ne trouvera un avenir que dans une rupture franche et concrète avec le capitalisme néolibéral. Nous devons aborder les sujets qui fâchent. La répartition des richesses, avec par exemple un revenu maximum et une fiscalité de justice sociale. Le commerce international et la relocalisation de l’activité industrielle et agricole, avec des taxes écologiques et sociales sur les importations. L’asphyxie des marchés financiers, en commençant par la fermeture de la Bourse des droits à polluer. Autant de mesures qui vont à l’encontre des règles de l’Union européenne, de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international, qu’il faut impérativement dénoncer. Nous laissons donc à Yann Arthus-Bertrand et ses financeurs du CAC 40 la grande cause des lumières éteintes et des robinets fermés. Notre objectif se situe à l’opposé. Il s’agit de mettre de l’écologie dans la politique et, surtout, de mettre de la politique dans l’écologie.

La gauche caviar n’aime pas Hugo Chavez Gaël Brustier Reporterre 2010/10/05 Gaël Brustier (5 octobre 2010) La gauche caviar n’aime pas Hugo Chavez. Reporterre. Tribune — fr

La gauche caviar n’aime pas Hugo Chavez

Sur France Culture, Caroline Fourest met dans le même sac un dictateur vieillissant (Castro), les FARC et un président sud américain en exercice (Chavez), avec des approximations ahurissantes. Gaël Brustier s’étonne qu’autant d’approximations puissent être assénés sur une radio publique

Dans une étonnante chronique consacrée aux « guérilléros », Caroline Fourest a multiplié les clichés, les imprécisions et les contrevérités. Si on écoute attentivement la chroniqueuse des lundis matins de France Culture, on peine à comprendre de quoi il est question mais Chavez, Castro et de mystérieux amis des FARC semblent visés... Quatre jours après une tentative de putsch contre le Président socialiste Rafaël Correa (accusé sur les mêmes ondes par Alexandre Adler de collusion avec les FARC), il est étonnant de voir une chroniqueuse « de gauche » mener pareille offensive radiophonique avec autant d’accumulations d’imprécisions.

Derrière son micro, Caroline Fourest dénonce les groupes qui, en France, font preuve de mansuétude à l’égard des FARC au nom du « romantisme révolutionnaire ». On a beau suivre l’actualité latino-américaine, on est en peine de trouver des soutiens aux FARC en Europe. On comprend mal comment Marulanda et ses bottes en caoutchouc serait parvenu à créer une connivence « romantique » et comment le fiasco historique colombien, cette guerre civile sans fin, de l’extermination des militants de gauche par les paramilitaires à la dérive totale des groupes épars des guérillas, pourrait susciter un quelconque rêve...

Caroline Fourest dénonce l’asile donné par Chavez aux FARC. Une fois de plus, elle manifeste là son ignorance de l’histoire du Venezuela, de sa géographie, comme de celle de la Colombie. Dans tous les gouvernements vénézueliens (de Carlos Andrés Pérez, Rafaël Caldera puis Hugo Chavez), il y a eu un « Ministre de la Frontière » pour une bonne et simple raison : compte tenu de la guerre civile colombienne et de la nature inextricable de la frontière (forêt dense etc...), il est nécessaire pour la Casa Amarilla (le Quai d’Orsay de Caracas) de dialoguer à la fois avec le gouvernement et les factions « révolutionnaires » présentes (FARC et ELN). Mais Caroline Fourest n’a pas imaginé que la continuité de la politique vénézuelienne en la matière puisse être plus importante qu’elle ne le pensait. Cette ignorance est d’ailleurs partagée par Alexandre Adler qui affirme qu’il « ne pleut pas beaucoup au Vénézuela » (sic). S’ils entendent y passer leurs vacances, que l’un et l’autre s’attendent donc à y trouver autre chose qu’un climat sec et tempéré... Chroniquer depuis le XVIe arrondissement devrait avoir une contrepartie : s’intéresser à l’avance à ses sujets, vérifier, confronter... La méconnaissance de la géographie de ce pays n’a d’égale que celle qui est la leur de l’histoire de l’Amérique latine...

Chavez révulse Fourest. Chacun a des bêtes noires. Chavez est né dans l’Etat de Barinas au Vénézuela, il est métis, dans une société longtemps marquée par la ségrégation. Ses adversaires des beaux quartiers l’appellent le « singe » parce qu’il est « zambo », métis d’Indiens et d’esclaves noirs... Chavez a une vision du monde qu’on peut juger contestable. Victime d’un putsch en 2002, fomenté à la télévision en direct, par le patronat ou le clergé proche de l’Opus Dei (Caroline Fourest pourra, si elle souhaite, passer ses vacances tropicales à rencontrer Monseigneur Baltazar Porras, proche des ultraconservateurs du Vatican), Chavez a quelque peu de mal à émanciper sa lecture géopolitique du monde d’une vision ami-ennemi qui lui fait préférer la fréquentation de quelques spécimens douteux (comme Loukachenko par exemple). On mettra de coté l’Iran avec lequel le Vénézuela a, de tout temps (OPEP oblige) eu des échanges... A propos de Chavez, rappelons à Caroline Fourest une autre vérité indéniable. C’est Hugo Chavez qui a promu une réforme de la « Constitution bolivarienne du Venezuela » incluant la possibilité d’unions pour des couples du même sexe. Ce que Caroline Fourest ignore par la même occasion, c’est l’utilisation par Primero Justicia et ses alliés « sociaux-démocrates » ou « démocrates-chrétiens » de l’article de la réforme pour mener une campagne sur la prétendue homosexualité du Président et lancer une lancinante campagne homophobe aussi subtile que celle qui visait à faire croire au peuple vénézuelien que les Cubains allaient enlever leurs enfants. On connaît l’histoire : Chavez a perdu le référendum et reconnu sa défaite. Les réformes sociétales chères à Caroline Fourest attendront !

Chavez, accusé d’abriter le « trafic de drogue » est coupable de « soutien aux FARC », fait aussi oublier à Caroline Fourest que l’ancien Maire de Medellín (Alvaro Uribe, ex-Président colombien), ancien directeur de l’aviation civile, détient le record de délivrance de licences de pilotage (mais à quoi donc peut-il servir à tant de colombiens de savoir piloter ?). Le même soutien est imputé à Cuba. Or la vérité historique est que seule l’ELN s’est directement inspirée ou a été inspirée par Guevara... Je succombe sans doute là moins au « parfum d’attraction ambigu qui flotte parfois autour du guérilléro latino-américain » qu’à la connaissance (certes relative) de ces pays qui m’inspire surtout le souhait d’affiner sans cesse l’analyse et de prendre en compte une complexité que le goût des hommes politiques locaux pour le ton définitif et les envolées lyriques camoufle trop souvent...

Ce qui est gênant dans la chronique de Caroline Fourest ce n’est pas le fait qu’elle critique les FARC. Qui peut soutenir avec sérieux qu’après quarante ans de guerre civile les FARC, l’Armée colombienne, l’ELN et a fortiori les paramilitaires d’extrême droite (qui eux n’enlèvent pas puisqu’ils découpent leurs victimes à la tronçonneuse) ont les mains propres ? Qui soutiendra qu’un gosse (ou un adulte) armé d’un fusil est incapable, quelque soit l’idéologie qu’on lui inculque, de violer ou tuer... On ne peut reprocher à Caroline Fourest ses élans humanitaires... Qu’Ingrid Betancourt apparaisse antipathique ne justifie nullement ses six années de calvaire même infligées par une guérilléra d’origine marxiste. On peut reprocher en revanche deux choses à Caroline Fourest. D’une part, reproche peut lui être fait d’ignorer l’histoire et l’actualité des pays dont elle parle : ses erreurs manifestes ne sont pas à l’honneur de quelqu’un qui s’exprime sur France Culture. D’autre part, on ne saurait passer sous silence sa vision « systémiste » qui inquiète (et rappelle le livre de Victor Farias consacré aux pseudo-connivences de Salvador Allende avec... l’eugénisme et le national-socialisme). Elle inquiète parce qu’elle marque une fracture dans le camp laïque dont Caroline Fourest prétend devenir l’égérie sinon l’incarnation. Ceux qui font preuve, comme elle, d’un universalisme abstrait semblent irrésistiblement attirés par le néoconservatisme, c’est à dire par une vision du monde qui fonctionne exactement comme ceux qu’elle dénonce : selon un mode ami-ennemi exclusif. Face à cette dérive il restera aux autres militants laïques à éviter l’européocentrisme tout en refusant le différentialisme et la complaisance envers l’islamisme. Il s’agira de nouer un dialogue avec le Sud qui tienne compte de quelques réalités : les contingences nationales de chaque pays et une temporalité qui, hélas, n’est pas calquée sur Saint Germain des Prés...

Autoxicomanes Hervé Kempf Reporterre 2010/10/06 Hervé Kempf (6 octobre 2010) Autoxicomanes. Reporterre. Tribune — fr

Autoxicomanes

Il semble que, à l’occasion du Mondial de l’automobile, les médias aient laissé leur sens critique au garage. Pour ce que l’on a vu et entendu, ils se sont transformés en démarcheurs publicitaires, vantant la reprise du marché automobile, l’exploit de l’industrie chinoise et l’arrivée miraculeuse de l’auto électrique.

Les émissions de gaz à effet de serre ? La marée noire du golfe du Mexique ? L’étalement urbain ? La pollution atmosphérique ? La généralisation des embouteillages ? Le pic pétrolier ? Ces phénomènes n’ont apparemment rien à voir avec l’automobile. Quant à l’idée qu’on pourrait faire un bilan écologique de l’auto électrique, elle ne semble pas avoir traversé l’esprit des automobilophiles, ravis de placer l’adjectif « écolo » derrière le vocable « auto ». Personne pour rappeler que l’électricité ne tombe pas du ciel, mais provient du charbon, du gaz ou du nucléaire. Et que le bilan en émissions de gaz à effet de serre de l’auto électrique n’est pas fameux, si l’on tient compte des émissions générées par la fabrication, comme l’indiquait une note de juillet 2009 de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) (1). On n’a pas non plus entendu raconter comment Renault a manqué le tournant de la voiture hybride, alors qu’elle avait développé en 1995 le prototype d’un tel véhicule, appelé Next. On a aussi omis de rappeler que la même firme Renault a déjà lancé une Kangoo électrique en 2002, et qu’elle coûtait moins cher qu’aujourd’hui, comme nous l’apprend l’excellent site Carfree.free.fr (2). On n’a pas davantage lu que l’industrie automobile a perdu en France plus de la moitié de ses effectifs, passant de 321 000 travailleurs en 1980 à 149 000 en 2009, selon les chiffres du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) (3).

Comme on ne peut pas penser que la publicité puisse avoir un quelconque effet sur le sens critique des médias, il faut croire que ceux-ci sont, comme une bonne partie de la société, « autoxicomanes », drogués à l’auto : et, comme tout toxicomane, ils s’obstinent à ne pas voir les méfaits évidents de leur vice.

Imaginons le monde à la façon des autoxicomanes. Pour eux, notre situation saturée de véhicules à moteur est normale, voire désirable. Dès lors, tous les habitants de la planète posséderont autant de voitures que les Européens, soit environ 600 autos pour 1 000 habitants (4). Il y aurait alors 3,9 milliards de voitures sur Terre, contre 1,2 milliard aujourd’hui. J’appelle le CCFA et j’expose ce chiffre. « Imaginez-vous les conséquences écologiques que cela aurait ? » « C’est monstrueux ! », me répond la voix. Monstrueux, on ne saurait mieux dire.

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(1) Ademe, Stratégie et études, n°21, « Les transports électriques en France : un développement nécessaire sous contraintes ». http://www2.ademe.fr/servlet/getBin.... Lire aussi : Le vrai bilan de l’auto électrique http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) Renault sauve la planète http://carfree.free.fr/index.php/20...

(3) CCFA, L’industrie automobile française, Analyses et statistiques, 2009, p. 72 : http://www.ccfa.fr/IMG/pdf/CCFA_COM.... Pour le chiffre de 2009 (149.000 emplois), communication orale avec le CCFA.

(4) CCFA, « Europe, motorisation et densité » : http://www.ccfa.fr/documents/TDB22/...

Catastrophe écologique en Hongrie : un incroyable cocktail toxique Robin des Bois Reporterre 2010/10/06 Robin des Bois (6 octobre 2010) Catastrophe écologique en Hongrie : un incroyable cocktail toxique. Reporterre. Monde fr

Catastrophe écologique en Hongrie : un incroyable cocktail toxique

Le déversement d’un réservoir de boues toxiques à Akja, en Hongrie, cause un désastre humain et écologique. On peut craindre des mortalités massives de poissons et d’oiseaux.

Les boues rouges sont les résidus de l’extraction d’alumine à partir du traitement de la bauxite. Elles contiennent de la soude caustique, du fer, de l’alumine, du silicium, du sodium, du calcium, du titane, du manganèse, du vanadium, du chrome hexavalent, du plomb et du cadmium. Le cumul de tous ces métaux et minéraux fait des boues rouges un déchet toxique pour la faune aquatique, les animaux domestiques et d’élevage. Des animaux ont été intoxiqués en Australie suite à l’épandage de 20 tonnes de boues rouges par hectare contenant 1,8 kg d’alumine, 24 kg de chlorure, 6 kg de chrome.

En eau douce, l’alumine est mortelle pour les truites à partir de 1,5 mg/litre, et 3 mg de fer par litre suffisent à empêcher la reproduction et à ralentir la croissance de nombreuses espèces de poissons. Ces chiffres sont à rapporter au million de m3 qui se sont déversés [en Hongrie] hors de l’enceinte de confinement. Par ailleurs, les boues rouges provenant du traitement de la bauxite sont très légèrement radioactives. La radioactivité naturelle renforcée des boues rouges par du radium 226 et du thorium 232 est reconnue par l’Union Européenne et par la France. Les boues rouges sont trois fois plus radioactives que la bauxite.

Les boues rouges en Hongrie

L’accident survenu près d’Ajka provient de la rupture d’une digue de retenue de boues rouges. Ce type d’événement a plusieurs causes possibles : des séquences de fortes pluies qui augmentent considérablement le niveau d’eau, le sous-dimensionnement des digues, leur rehaussement mal calculé ou leur maintenance défectueuse. Un autre site en Hongrie près de Tata au Nord-Ouest du pays témoigne d’une très mauvaise gestion des déchets dangereux. Les décharges de boues rouges couvrant plusieurs dizaines d’hectares sont situées directement au bord du Danube, sont soumises aux inondations et les villages voisins aux envols de poussières. Pour réduire ces envols, les autorités hongroises et le producteur des boues rouges n’ont pas trouvé d’autre solution que de les recouvrir avec des cendres d’incinérateur mélangées à des plastiques et à des mâchefers.

Conséquences de l’accident d’Ajka

Le volume de déchets liquides déversés est l’équivalent de 5 Amoco Cadiz ou d’environ 70 Erika. Si comme les autorités hongroises le planifient, les boues répandues dans le bâti et la voirie sont nettoyées au kärcher, elles vont être mélangées à l’eau de décapage puis rejoindre les cours d’eau, et se jeter à terme 110 km plus loin dans le Danube après avoir impacté de nombreuses zones humides. Les mortalités de poissons, d’oiseaux aquatiques, de biodiversité ordinaire vont être massives, autant par les effets du colmatage que par ceux de la toxicité.

Les effets sanitaires immédiats pour les habitants sont des brûlures externes ou internes par contact ou ingestion d’eau contenant de la soude caustique. Les mêmes effets sont prévisibles pour les animaux domestiques et les animaux d’élevage. Les effets sanitaires différés relèvent des risques de contamination des chaînes alimentaires, des produits agricoles, et de la contamination de l’eau par les métaux lourds. Un autre vecteur de transfert et de contamination pour les usagers des territoires pollués sera la transformation rapide des boues en poussières inhalables.

Les boues rouges en France

Elles sont principalement rejetées dans la fosse de Cassidaigne près de Cassis en Méditerranée. Le cumul actuel est d’environ 20 millions de tonnes. Une canalisation souvent sujette à des fuites à cause de la causticité de l’effluent relie l’usine de production d’alumine de Gardanne à l’exutoire en mer. Ces fuites sont assez rapidement repérées et ont pollué des rivières locales.

Le contexte juridique européen

Après les catastrophes analogues quoique mettant en jeu des effluents toxiques différents, de Aznalcollar en Espagne (Andalousie) en 1998 et de Baia Mare (Roumanie) en 2000, l’Union Européenne a établi une directive sur la gestion des déchets de l’industrie extractive exigeant des Etats-membres un inventaire des sites de stockage de résidus de minerais, un renforcement des mesures de sécurité et de stabilité, et la mise en œuvre de bonnes pratiques garantissant la sécurité du public et de l’environnement. Cet inventaire est en cours en France. D’autre part, menaçant d’autres pays riverains du Danube comme la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Moldavie, l’Ukraine et la Roumanie, la catastrophe doit être considérée comme transfrontalière et faire l’objet de procédures d’information et de suivi dans le cadre de la Commission Internationale pour la Protection du Danube qui dispose d’un système d’alerte d’urgence en cas d’accident.

L’Europe négocie un traité en secret Europe Ecologie Reporterre 2010/10/06 Europe Ecologie (6 octobre 2010) L’Europe négocie un traité en secret. Reporterre. fr

L’Europe négocie un traité en secret

L’accord sur les contrefaçons, dit Acta, est négocié par la Commission européenne depuis plusieurs mois. Mais les textes en discussion ne sont pas disponibles pour consultation aux citoyens, ni même aux représentants du peuple. En jeu : l’accès aux savoirs, aux médicaments génériques, la brevetabilité du vivant...

John Clancy, porte-parole de Karel de Gucht, Commissaire européen au commerce extérieur, a annoncé, samedi 2 octobre, qu’un accord avait été finalisé à l’issue du 11e round des négociations sur le traité Anti-contrefaçon ACTA.

Négocié depuis plus de deux ans dans la plus totale opacité par 37 Etats dont les Etats-Unis, l’Union Européenne (Commission et Conseil), la Corée du Sud et le Japon, ACTA pourrait, s’il est ratifié dans les prochains mois, avoir une incidence dramatique sur l’accès aux savoirs et aux médicaments génériques, le respect des libertés publiques et numériques, la présomption d’innocence ou encore la brevetabilité du vivant. Autant de sujets discutés en dehors de tout débat public et parlementaire et dont la dernière version, bien qu’officiellement actée à Tokyo, reste à ce jour entre les seules mains des négociateurs.

Pour Sandrine Bélier, eurodéputée Verts/ALE membre de l’Internet Core Group et de la Commission Affaires constitutionnelles : « Le mode même de négociation est inacceptable. Il augure d’une nouvelle forme de gouvernance qui fait fi des règles de transparence et d’exercice démocratique imposées par le traité de Lisbonne lui-même. Court-circuiter les élus européens et nationaux revient à donner les pleins pouvoirs législatifs à quelques hauts fonctionnaires et lobbies privés, et leur permettre de se partager le monde en toute impunité, tel un petit Yalta. Dans l’article 6.4 de l’accord de Washington (dernière version disponible à ce jour), l’accord dispose en outre qu’après ratification d’ACTA, tout pays signataire pourra déposer un amendement au traité pour en modifier un passage, court-circuitant ainsi tout processus législatif et démocratique établi. En tant qu’élus européens, garants de l’intérêt public, nous ne pouvons accepter cela ! N’en déplaise à la Commission et au Conseil, l’exercice démocratique n’est pas synonyme de petits arrangements entre amis réalisés dans le dos de nos concitoyens et de leurs représentants élus au suffrage universe l ! ».

Pour Yannick Jadot, eurodéputé Verts/ALE, et Vice président de la commission Commerce international : « Jusqu’au bout, les négociateurs auront travaillé sans aucun contrôle démocratique, refusant de publier les textes, (on attend toujours la version finale issue de Tokyo), alimentant les soupçons et les craintes de ce que le texte recélait. Les seuls exemplaires du texte qui circulaient au sein de la commission Commerce international l’étaient sous le sceau du secret et de la haute confidentialité. Pourtant, les eurodéputés ont marqué depuis le début des négociations leur inquiétude face à l’absence de dialogue et de transparence, avec par exemple une déclaration écrite signée par une majorité de députés européens, et une résolution (le 10 mars dernier). Inquiétude qui semble ne pas impacter outre mesure les décisions des négociateurs, puisqu’il est envisagé aujourd’hui d’augmenter le nombre de participants au traité ACTA à la Chine, au reste de l’Asie et au Moyen Orient... sans faire pour autant davantage de promesses sur la transparence ni s’interroger sur les réels impacts de cet accord. »

Et les deux eurodéputés de conclure : « Comme l’a déjà rappelé le Parlement européen à de multiples reprises, l’heure est grave. Elus, associations, citoyens, médias, démocrates de tous bords doivent se mobiliser au plus vite, au-delà des clivages partisans, pour faire échec à ce contournement de la démocratie et faire pression sur leurs gouvernements et élus pour qu’ils ne ratifient pas ce texte. A défaut, plus qu’un arsenal contre la contrefaçon, c’est bien plus une contrefaçon de démocratie et des heures sombres pour nos concitoyens que nous promet ACTA ! ».

Sortir de la dépendance au pétrole Cécile Duflot Reporterre 2010/10/10 Cécile Duflot (10 octobre 2010) Sortir de la dépendance au pétrole. Reporterre. Tribune — fr

Sortir de la dépendance au pétrole

Les écologistes n’ont pas attendu qu’une marée noire vienne souiller le littoral de Louisiane pour relever les deux défis, indissolublement liées, auxquels l’humanité doit s’attaquer en ce début de XXIe siècle, le changement climatique et le pic pétrolier.

Le problème de la dépendance à cette énergie des siècles passés demeure sous évalué. Outre que le l’ère du pétrole bon marché tire à sa fin, l’espérance de vie du pétrole se situe tout au plus à quelques dizaines d’années. Annonçant l’ère du déclin des ressources en énergie fossile, le pic pétrolier est un défi pour la stabilité économique et sociale. Il est essentiel de le relever si nous voulons atténuer les menaces que le changement climatique fait peser sur nous. Penser dès aujourd’hui l’alternative énergétique relève d’une stratégie de résilience fondée sur l’anticipation du choc pétrolier, la capacité de l’encaisser er de rebondir à l’issue d’une période de transition énergétique.

Sortir de la dépendance au pétrole, c’est d’abord abandonner notre modèle de développement basé sur le gaspillage et la surconsommation. C’est construire une transition entre deux mondes, l’ancien, marqué par la dépendance aux énergies fossiles, le nouveau qui sera forcément le produit d’un mixte énergétique, produit à partir d’énergies vertes 100 % 100 renouvelables, empruntant la voie suivie en Allemagne. C’est aussi une rupture avec une énergie globale qui nous a conduit à des guerres pour le contrôle des ressources pétrolières ou gazeuses. Du Moyen Orient à l’Asie Centrale, de l’Angola à la Birmanie, de grandes entreprises comme Total ont participé directement ou indirectement à l’exploitation des peuples.

Sortir de la « pensée unique énergétique » suppose de faire preuve d’anticipation, d’inventivité et de volonté politique. Le nucléaire qui ne représente que 2% de la consommation d’énergie dans le monde ne résoudra rien. Allons nous construire plusieurs milliers de réacteurs nucléaires, immédiatement et sur l’ensemble de la planète – y compris dans des territoires en guerre ou dans des régions sismiques ? « Ce n’est pas sérieux alors même que l’accumulation de déchets ingérables n’est pas résolue, que les risques de prolifération sont encouragés par le gouvernement français et les accidents type Tchernobyl restent une menace permanente »

Une autre politique énergétique basée sur le concept de « Néga watt » est possible. Il est toujours plus simple et plus efficace d’économiser et de diminuer notre consommation d’énergie que de s’efforcer à produire toujours plus.

Loin des chantiers pharaoniques, coûteux et parfois délirants, l’efficacité et la sobriété énergétiques impliquent de gérer différemment notre mobilité en adaptant nos modes de transport, de relocaliser nos activités économiques et de produire autrement. La rénovation des logements, l’aménagement équilibré des territoires, le renforcement des réglementations existantes de réduction des consommations des appareils et des véhicules sont des politiques gagnantes – gagnantes : économies d’énergies, réduction de la pauvreté énergétique et création d’emplois.

Les énergies renouvelables sont la solution d’avenir. Un bouquet énergétique judicieux et une production décentralisée, également répartie sur les territoires, permettront d’assurer une production énergétique de proximité garante d’un approvisionnement non tributaire des aléas commerciaux, politiques et géologiques.

La France, dominée par les lobbys du tout pétrole et du tout nucléaire, ne consacre qu’une part infime de ses crédits de recherche publics à l’efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables. La fin de notre accoutumance à l’or noir sera soit imposée brutalement par la réalité du pic pétrolier et organisée de manière autoritaire par en haut, soit assumée par en bas, par une société mobilisée. Les écologistes choisissent cette solution douce et durable, celle de l’engagement déterminée pour une stratégie de transition énergétique.

Etre solidaire de la grève générale sans faire grève Adrien Kempf Reporterre 2010/10/10 Adrien Kempf (10 octobre 2010) Etre solidaire de la grève générale sans faire grève. Reporterre. Tribune — fr

Etre solidaire de la grève générale sans faire grève

Tout le monde ne peut pas faire grève ou se trouve dans des emplois où cela ne dérange pas les pouvoirs. On peut quand même être solidaire des grévistes : voici comment.

Aujourd’hui l’idée d’une grève générale s’étend : pour atteindre le gouvernement il faut bloquer la seule chose qui les préoccupe vraiment : l’argent. Il faut paralyser l’économie.

Les cheminots, les raffineries et d’autres se lancent dans des grèves reconductibles. Mais pour être efficace encore faut-il pouvoir tenir. La grève coûte cher aux grévistes. De l’autre côté, beaucoup de gens ont un travail dont l’arrêt ne gênerait personne, si ce n’est le citoyen.

Pour faire durer les grèves et garantir un financement juste des retraites, nous pourrions donc imaginer une solidarité de tous dans ce même objectif. Les salariés des secteurs « clés » de l’économie, ceux de l’énergie, des transports de marchandises, des transports internationaux, des banques, des industries etc. se mettraient en grève illimitée. En même temps, des salariés « solidaires », comme les artisans et les petits commerçants, les salariés des services sociaux, d’associations, des médias, la plupart des employés de bureau, etc. continueraient de travailler tout en reversant l’équivalent de une à plusieurs journées de salaire à un fonds qui compenserait la perte de revenus des grévistes.

Ainsi l’effort de grève serait partagé et les grévistes des secteurs clefs, ceux qui menacent vraiment le gouvernement, pourraient ainsi tenir plus longtemps. Le gouvernement ne pourra qu’abdiquer et la solidarité aura eu raison de l’argent roi.

Le fonds de solidarité pourrait être géré par un comité rassemblant tous les syndicats de salariés, les mouvements sociaux etc., fonctionnant en toute transparence : publication de tous les dons et affectation des fonds sur internet. Pour éviter tout malentendu il faut que ce fonds ne soit lié à aucun syndicat en particulier et soit créé très rapidement, beaucoup de grèves reconductibles ayant déjà démarrées.

Nous sommes déjà plusieurs motivés, en attente d’autres constitutions de collectifs !

Salariés « solidaires », regroupez-vous ! Discutez-en et faites-vous connaître !

Syndicats et collectifs, organisez-vous ! Emparez-vous de cet appel, faites le vivre !

Un million de signatures contre les OGM Greenpeace et Avaz Reporterre 2010/10/10 Greenpeace et Avaz (10 octobre 2010) Un million de signatures contre les OGM. Reporterre. fr

Un million de signatures contre les OGM

Le cap d’un million de signatures demandant un moratoire sur les OGM en Europe vient d’être franchi. Selon le Traité de Lisbonne, la Commission va devoir organiser un référendum sur les cultures transgéniques.

Il y a moins de sept mois, Avaaz et Greenpeace ont lancé une grande pétition européenne demandant à la Commission européenne de suspendre toute nouvelle autorisation d’OGM en Europe tant que les procédures d’évaluation de ces OGM n’auront pas été revues. L’ambition de cette pétition était de dépasser le chiffre symbolique d’un million de signatures. C’est chose faite : le 28 septembre, cette pétition a atteint puis dépassé le million de signataires. Et les signatures continuent d’affluer sur http://greenpeace.fr/ogmjenveuxpas/...

« Cette pétition est une grande première et ce million de signatures recueillies à travers toute l’Europe montre que l’opposition aux OGM est forte et partagée, affirme Arnaud Apoteker, chargé de campagne OGM pour Greenpeace France. La Commission doit en prendre acte et stopper sa politique pro-OGM. »

États et citoyens européens font front face à la Commission

En décembre 2008, le Conseil européen des ministres de l’Environnement avait exigé de la Commission qu’elle renforce les procédures d’évaluation avant toute nouvelle autorisation d’OGM, afin de mieux prendre en compte les impacts environnementaux et sociaux. Cette demande est restée lettre morte : en mars dernier, la Commission a ainsi donné son feu vert à la pomme de terre transgénique Amflora de BASF.

Cette autorisation a généré des réactions de protestation de nombreux pays européens : les gouvernements luxembourgeois et polonais se sont ralliés au recours déposé par la Hongrie et l’Autriche auprès de la Cour de Justice européenne. Jean-Louis Borloo affirme que la France a fait de même (lire http://bit.ly/ayeBXM).

Par ailleurs, le 26 septembre, les ministres européens de l’Agriculture ont rejeté avec force une proposition de la Commission visant à donner à chaque État membre la possibilité de décider seul d’autoriser les OGM sur son territoire.

« En tentant de "nationaliser" les décisions sur les OGM, la Commission a voulu tenter de leur faciliter l’accès au marché européen via les pays réputés "pro OGM". Les ministres de l’Agriculture et un million de citoyens européens viennent de lui signifier qu’elle doit revoir sa copie », déclare Arnaud Apoteker.

OGM : des scandales en série…

Enfin, la pétition exige notamment un « organisme éthique et indépendant » pour évaluer l’impact des OGM. Or justement, le 29 septembre, Libération publiait un article remettant en cause l’indépendance de l’EFSA (Agence européenne de sécurité alimentaire, en charge de l’évaluation des impacts des OGM). Depuis son arrivée au sein de cette agence, en 2006, la présidente du conseil d’administration de l’EFSA, Diana Bànàti, a caché qu’elle faisait partie des dirigeants de l’ILSI (International Life Science Institute) une organisation de lobbying regroupant 400 entreprises parmi lesquelles Monsanto, BASF, Bayer, etc.

« Les liens incestueux entre autorités en charge d’évaluer les OGM et lobbies pro-OGM sont ici encore flagrants, conclut Arnaud Apoteker. Un moratoire sur toutes les autorisations d’OGM est nécessaire tant que les procédures n’auront pas été revues. Les coups de force pro-OGM de la Commission doivent cesser ! »

Vers la première « initiative citoyenne européenne » ?

Cette pétition Avaaz-Greenpeace a été lancée dans le cadre de l’initiative citoyenne européenne. Défini dans le traité de Lisbonne de décembre 2009, ce dispositif permet à un million de citoyens européens de saisir la Commission européenne. Dans les semaines qui viennent, Greenpeace et Avaaz remettront en mains propres cette pétition au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Du 10 au 17 octobre, semaine internationale d’actions pour la justice climatique Maxime Combes Reporterre 2010/10/11 Maxime Combes (11 octobre 2010) Du 10 au 17 octobre, semaine internationale d’actions pour la justice climatique. Reporterre. fr

Du 10 au 17 octobre, semaine internationale d’actions pour la justice climatique

Après les nombreux camps climat de l’été, les initiatives militantes et citoyennes visant à démontrer que la justice climatique et sociale ne peuvent se contenter de mots, vont se multiplier dans les jours à venir. Pour partie à l’appel du collectif Climate Justice Action mais aussi du Forum Social Européen de juin dernier, ces initiatives ont un fil conducteur commun : devant l’inaction des gouvernements, notamment du Nord, et alors que les conséquences des dérèglements climatiques sont déjà là (sécheresses ou inondations de l’été, etc.), il est fondamental d’imposer nos propositions pour sortir d’un modèle consumériste et productiviste qui broie les populations et détruit la planète. Imposer ces solutions nécessite de nombreux ingrédients complémentaires : sensibilisation et information, démonstration et expérimentation d’initiatives concrètes, reprise du pouvoir sur nos vies et construction d’un rapport de force avec les puissants de ce monde afin d’imposer des solutions allant à l’encontre de leurs intérêts.

Cette semaine d’actions débutera le 10 Octobre par les centaines d’initiatives réclamant 10 % de réduction de gaz à effet de serre dès 2010. Citons par exemple le village Alternatiba qu’organisera Bizi ! à Bayonne, « Un village de transition vers le monde de demain ». A la fois fête populaire et salon des alternatives à la crise écologique et sociale, nous vous invitons à plonger dans son très riche programmes d’alternatives concrètes qui seront expérimentées et exposées « composant une société post-carbone, heureuse et conviviale » . Ou encore cette initiative similaire à Bordeaux, organisée par le collectif Climat Gironde qui vise à « s’engager pour réduire nos émissions de CO2 (- 10% dès 2010) et exiger un accord ambitieux, contraignant et juste au sommet de Cancun ». Au final plus de 6500 initiatives seront organisées dans le monde ce jour-là.

De nombreuses actions de désobéissance civile auront lieu tout au long de la semaine. En France, ARRET TOTAL est un appel issu du Camp climat du Havre de cet été pour bloquer des actions directes le samedi 16 octobre avec pour objectif « d’enlever les pubs, de semer des graines, de visiter un supermarché comme vous ne l’avez jamais fait, de porter plainte contre Total, de donner la priorité aux gens sur les voitures… » . A Paris, en écho à cet appel et celui de la semaine internationale d’action directe pour la justice climatique, une action de désobéissance civile non-violente pour « bloquer une station d’essence » devrait être organisée le 15 octobre.

Cette semaine se clôturera par les actions « pour dénoncer le rôle des entreprises de l’agrobusiness telles que Monsanto dans la destruction et l’accaparement de la biodiversité et du vivant » à l’appel de la Via Campesina (voir la liste des actions en France http://www.combat-monsanto.org/spip...). Cet appel s’intègre naturellement à cette semaine d’actions pour une justice climatique et sociale, tant les conséquences de l’agro-business sont dévastatrices aussi bien sur le plan humain et social (disparition des petites exploitations vivrières et paysans jetés dans la pauvreté et la misère) que sur le plan climatique et environnemental (pollutions, perte de biodiversité, érosion des sols etc…). A Paris, sont programmés une manifestation et un débat.

Dans le cadre de cette semaine de mobilisation, le collectif contre l’irradiation des aliments qui regroupe une vingtaine d’organisations invite à une conférence le jeudi 14 octobre (programme et communiqué de presse : http://www.irradiation-aliments.org...) pour alerter l’opinion publique sur le risque de voir l’Union Européenne d’autoriser et promouvoir l’irradiation de tous types d’aliments. En plus de comporter de nombreux risques sanitaires, cette irradiation généralisée des aliments ne pourrait que favoriser l’extension des productions délocalisées et les transports de denrées alimentaires d’un bout à l’autre de la planète.

Dans le même temps, la coalition Climate Justice Now ! vient de rédiger une lettre adressée à l’ensemble des gouvernements de la planète (ici en français http://climatjustice.files.wordpres... et en anglais), et notamment ceux du Nord, afin de rappeler les exigences fondamentales des mouvements pour la justice sociale et la justice climatique, s’appuyant sur les revendications issues de l’accord des peuples de Cochabamba. Alors qu’une dernière réunion intermédiaire de préparation a eu lieu à Tianjin avant le sommet de Cancun (28 nov – 10 déc), il est plus qu’important d’augmenter la pression sur nos gouvernements pour qu’enfin de paroles et fausses solutions, nous passions à la mise en place de politiques réellement alternatives. A ce titre, le projet Yasuni-ITT proposé par le gouvernement équatorien, visant à ne pas exploiter du pétrole contre un financement des pays du Nord de leur dette environnementale, est une opportunité pour réduire la dépendance au pétrole de nos modèles de production et de consommation au Nord (un débat est organisé le 20 octobre à Paris). Ce n’est bien-entendu pas envisageable sans une mise au pas des activités prédatrices et inhumaines de nombre de multinationales (voir cette pétition « Des droits pour tous, des règles pour les multinationales » http://www.des-regles-pour-les-mult...).

Pour une dotation universelle d’autonomie pour tous Parti pour la décroissance Reporterre 2010/10/12 Parti pour la décroissance (12 octobre 2010) Pour une dotation universelle d’autonomie pour tous. Reporterre. fr

Pour une dotation universelle d’autonomie pour tous

« L’homme ne désire pas par nature gagner de plus en plus d’argent, mais il désire tout simplement vivre selon son habitude et gagner autant d’argent qu’il lui en faut pour cela ». Max Weber

Une proposition centrale des objecteurs de Croissance est l’instauration d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), versée à tous et de manière égale de la naissance à la mort, afin de garantir un niveau de vie décent déconnecté de l’occupation d’un emploi [1]. Cette dotation serait individuelle, inaliénable et cumulable à tout autre revenu.

Un droit à la vie contre un droit au travail

La DIA est avant tout l’outil permettant la réalisation des droits fondamentaux de chaque individu en se débarrassant de la centralité du travail. Cette dotation s’inscrit dans une réflexion qui ne fonde pas l’émancipation des hommes et des femmes que sur le travail. L’élévation du travail au rang de valeur fondamentale résulte d’une idéologie productiviste et consumériste qui est incompatible avec un quelconque épanouissement de l’individu.

La DIA permettrait de faire en sorte que les droits fondamentaux soient réellement des droits et non une constante recherche impliquant stress et aliénation par la société capitaliste.

Outil pour décoloniser notre imaginaire social, la DIA vise à ne plus faire du travail notre seule référence, le seul fondement du lien social et le seul moyen pour essayer de vivre dignement.

Avec cette dotation, nous cesserons de dépendre pour notre intégration économique et sociale du statut lié au travail salarié. C’est permettre à d’autres moyens d’expressions individuels ou collectifs de se libérer, c’est aller vers une société du travail choisi et librement négocié plutôt que du travail subi tout en favorisant l’émergence d’un « tiers secteur » (activités associatives, familiales, politiques, culturelles c’est-à-dire des activités dites « hors-marchandes »).

La DIA aura des répercussions sur les rémunérations et permettra de mieux évaluer le salaire pour chaque emploi dans le but d’en faire une activité volontaire, en ré-estimant, par exemple, les travaux pénibles.

Une dotation pour lutter contre les inégalités

Par sa mise ne place, la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie permettrait à tout individu de bénéficier de conditions de vie décentes et dignes en favorisant l’autonomie tout en faisant cesser la dépendance, l’exclusion quand ce n’est pas l’humiliation des personnes. La DIA renforce le système de protection sociale dans son ensemble car elle assure un socle de biens et de services essentiels. Elle sécurise la vie humaine pour devenir une pièce maîtresse d’un nouveau modèle social car ni un emploi, ni les aides sociales classiques ne peuvent prétendre garantir un droit à l’existence digne. La DIA créerait ce lien de solidarité indispensable entre tous les membres de la société.

En outre, cette dotation s’accompagnerait obligatoirement de l’instauration d’un Revenu Maximal Autorisée (RMA) dont le montant devra être discuté démocratiquement dans l’optique de lutter contre les écarts de revenus parce que la Décroissance en politique vise bien la Décroissance des inégalités. Ainsi, en étant reçu par tous sans plafond de ressources mais imposable et donc récupérable entièrement par la fiscalité, la DIA permettrait bien de réduire les inégalités. Ce RMA contribuerait à étendre la sphère de gratuité et à ne pas autoriser que le mésusage soit permis aux plus riches.

Une dotation au service de la démocratie

La DIA permet également de doter chaque citoyen de l’usage entier de la démocratie car il rend à l’individu son autonomie et sa réflexion pour agir dans la société, celles-ci n’étant plus monopolisées par le travail. Elle recentre l’individu dans la société, non plus en fonction du travail mais en l’ouvrant vers des perspectives personnelles permettant une émancipation individuelle et collective favorable à l’usage d’une démocratie ouverte et non plus dépendante des facteurs de production et de la recherche de la Croissance.

Une dotation, pilier d’une politique de Décroissance pour étendre la sphère de la gratuité

La DIA est un biais afin de sortir de la société croissanciste, productiviste et consumériste qui guide nos vies, nos besoins et nos espérances. C’est une condition obligatoire pour amorcer une société de Décroissance. Cependant, la DIA ne sera efficace si et seulement si cette dotation ouvre la possibilité d’un autre de choix de société qui n’est pas celui de vivre pour consommer. Proposer la DIA, c’est remettre en cause fondamentalement la logique capitaliste et chercher un autre mode d’organisation sociale qui va plus loin que de secourir les plus démunis ou corriger le système mais bien le renverser car il est dans une impasse.

A cette fin, cette dotation doit s’inscrire dans l’extension de la sphère de la gratuité car tout ce qui est gratuit, dont la propriété est collective et dont nous partageons l’usage, s’intègre de facto à la DIA pour se libérer des forces du marché. Cette gratuité se justifie pour le bon usage mais se complète par le renchérissement du mésusage. Cela nécessitera de débattre collectivement des besoins et des champs d’intervention des services publics, sensés fournir ces biens et services essentiels, du rôle et de la place de l’économie mais aussi des limites à s’imposer. C’est une gratuité socialement et démocratiquement organisée et assumée.

La DIA n’est donc pas un revenu numéraire en €, équivalent gonflé de l’actuel RMI ou RSA à hauteur de 1 200 €. Elle bouscule l’imaginaire croissanciste et se recentre sur les besoins fondamentaux et essentiels pour permettre un épanouissement individuel et collectif fondé sur d’autres valeurs que celles portées par le capitalisme.

Le financement de la DIA, un faux problème

Le financement de la DIA est fréquemment évoqué pour signifier son impossibilité et classer cette mesure dans le champ du rêve. Or, la réalité est tout autre. Plusieurs études[2] ont démontré que la mise en place de la DIA était réalisable. C’est un choix politique à assumer ; et surtout un changement de paradigme à imaginer. Ce choix de société, pour s’imposer, ne passera pas que par les urnes mais bien par la société qui, en grande majorité, sera prête dans son imaginaire à changer de vie, à ne plus travailler pour consommer mais être autonome pour vivre et vivre ensemble.

Par contre, la DIA sous-entend de repenser notre système de redistribution et de solidarité en supprimant les prestations et allocations sociales, devenues obsolètes. Elle nécessitera une profonde réforme fiscale avec, par exemple, la réhabilitation de l’impôt progressif sur le revenu afin de taxer à 100 % au-dessus d’un certain niveau à définir qui serait le Revenu Maximum Autorisé (RMA) ou l’instauration d’une réelle taxe à la Consommation visant à pénaliser les productions non locales ou non respectueuses de l’environnement. Encore une fois, rien d’impossible, tout reste à inventer car l’instauration de la DIA est envisageable et possible d’un point de vue budgétaire.

La DIA ne sera pas que monétaire mais devra également être la mise à disposition de services et de matériels pour bien vivre. Cela suppose que les collectivités récupèrent certains services publics comme l’eau, le gaz, l’électricité ou les transports afin d’étendre la sphère de gratuité.

Outil de justice social, de lutte contre l’aliénation du travail tout en permettant à tous le respect des besoins fondamentaux, la DIA est indispensable pour engager la société dans le chemin de la Décroissance.

Nous allons énumérer de façon sommaire des pistes, des propositions qui sont à retravailler, à mettre en perspective, à préciser mais aussi à compléter et à inventer pour rechercher ce que serait concrètement une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie.

Uto-pistes sur la DIA

- Une partie de la DIA sera versée en monnaie mais en monnaie locale fondante. Ainsi, la DIA permettrait de s’affranchir de la monnaie traditionnelle en la privant de sa fonction de thésaurisation et de spéculation pour la ramener à ses seules fonctions d’évaluation et d’échange. La DIA, ainsi composée contribuerait à sortir du système financier et monétaire actuel.

- Droits de tirage sur l’eau, le gaz et l’électricité fondés sur la gratuité du bon usage et le renchérissement du mésusage. Ainsi, les premiers Kwh ou m3 consommés seraient gratuits puis le tarif deviendrait progressif jusqu’à pénaliser les consommations jugées trop importantes. Il n’est plus possible de tolérer que l’eau d’une piscine soit payée le même prix que celle permettant de laver ses légumes. Un système identique est applicable pour les communications (téléphonie fixe, internet) ou la distribution, selon les possibilités, d’un « panier-AMAP ».

- Au niveau des transports, les collectivités devront envisager la gratuité des transports collectifs de proximité et mettre à disposition les moyens d’utiliser les transports doux, par exemple en proposant gratuitement des vélos ou en offrant à chaque individu une bicyclette et un forfait entretien. On peut également imaginer un système de forfait kilométrique gratuit de transports en commun dont tout dépassement serait à la charge de l’usager.

Cette dernière option permettrait notamment de relocaliser l’activité. Ainsi, la gratuité du transport domicile-travail ou domicile-activité sera limitée et ne pas être uniquement à la charge de la collectivité ou de l’employeur car l’employé n’aurait pas forcement intérêt à relocaliser sa vie. La proximité a ses limites et, à nous, de ménager le territoire afin que tout individu puisse réduire ses parcours et relocaliser sa vie. Dans ce cas, si un citoyen désire habiter loin de son lieu de travail, à lui d’assumer ce choix.

- Le logement est également un droit fondamental à prendre en compte dans la DIA. La question foncière est épineuse mais chaque personne doit pouvoir vivre dans un logement décent et énergétiquement sobre. Chacun pourrait, par exemple, disposer d’un nombre de m² minimum et payer le surplus au prix du marché (d’un marché fonctionnant démocratiquement avec des instances de contrôle et de régulation). On peut imaginer que chaque personne ait le droit de bénéficier de 18 m², 2 personnes de 40 m³, 3 personnes de 60 m² …

- Le système de Santé reste une composante de la DIA tant il paraît évident que l’accès aux soins est un droit essentiel pour tout individu. Cela nécessitera une refonte de l’organisation médicale (de l’organisation géographique … au système des mutuelles). Par contre, tout abus ou médication de confort ne devra pas être gratuite mais bien à la charge du patient.

- L’éducation fait également partie intégrante de la DIA. Le système éducatif devra être réellement gratuit et ne pas générer des dépenses excessives pour les familles (fournitures scolaires, matériels pédagogiques divers, sorties et voyages, demi-pension …). La gratuité doit être totale afin que ce pan essentiel de la vie de nos enfants – mais il en est de même pour la formation continue – reste un espace où l’argent n’a pas sa place et, surtout, n’est pas discriminant comme le domaine de la Santé. Une politique de formation à l’autonomie, c’est-à-dire une formation tout au long de la vie non pas pour trouver un emploi rémunérateur mais s’épanouir individuellement et collectivement selon ses désirs et ses attentes, devra également être envisagée.

- La culture , ainsi qu’un droit à une information indépendante, sont également des éléments de la DIA. L’accès aux lieux culturels ne doit pas être freiné par un critère financier mais, au contraire, encouragé par la gratuité.

L’électricité va coûter cher Der Spiegel Reporterre 2010/10/13 Der Spiegel (13 octobre 2010) L’électricité va coûter cher. Reporterre. fr

L’électricité va coûter cher

Un regard allemand sur les énergies nouvelles : on ne sortira pas à bas coût du fossile et du nucléaire.

Dans la petite ville de Morbach, nichée dans des collines boisées dans le sud-ouest de la région du Hunsrück, le rêve allemand d’une révolution énergétique est déjà réalité. Morbach abrite fièrement 14 éoliennes, 4 000 mètres carrés de panneaux solaires et une usine de biogaz, le tout sur le site d’une ancienne base militaire qui s’étend sur une hauteur au-dessus de la ville. Ensemble, ces installations produisent trois fois plus d’électricité que ce dont a besoin cette commune de 11 000 âmes.

Des politiciens et des chefs d’entreprise du monde entier sont venus visiter le site. Morbach a déjà réalisé ce que Merkel veut désormais appliquer à toute l’Allemagne.

Elle espère que la République fédérale atteindra le niveau de Morbach en tout juste quarante ans, ce qui permettrait alors à la plus puissante économie d’Europe de satisfaire l’essentiel de ses besoins en énergie à l’aide du soleil, du vent, de la biomasse et de l’eau. Le recours aux réserves d’énergie infinies sur terre et sur mer contribuerait à la lutte contre le réchauffement climatique. Cela mettrait également un terme à la dépendance vis-à-vis du pétrole arabe, au spectre d’accidents nucléaires et aux sautes d’humeurs des fournisseurs de gaz russe.

C’est au début du mois que le gouvernement allemand a dépeint cette vision audacieuse d’un avenir écologique dans son projet de plan énergétique. Les autorités veulent faire passer la part des énergies renouvelables de 16 % aujourd’hui à 80 % en 2050.

Silence sur le coût énorme du plan énergétique

Ce sera la fin d’un système énergétique qui s’est presque exclusivement fondé sur les carburants fossiles — le charbon, le pétrole et le gaz — au cours des deux derniers siècles. C’est pourquoi Merkel ne cesse de mettre l’accent sur l’étendue de la révolution qui attend l’Allemagne. En revanche, elle ne dit rien du coût énorme de l’affaire.

Pour commencer, il faut installer de nouveaux réseaux pour transporter les quantités croissantes d’énergie éolienne venue du nord de l’Europe et d’énergie solaire venue du sud. Le secteur calcule que la mise en place de ces autoroutes énergétiques — les câbles, les commutateurs et les transformateurs — représentera environ 40 milliards d’euros dans les dix prochaines années.

Dans une étude interne, les stratèges de RWE, la plus grande compagnie d’électricité allemande, estiment qu’il faudra que l’Europe investisse la somme faramineuse de 3 000 milliards d’euros uniquement pour adapter son système de production aux énergies vertes. Cela n’englobe pas les frais nécessaires aux réseaux et au stockage. Le prix de la production électrique augmenterait rapidement en un quart de siècle, jusqu’à 23,5 centimes par kilowatt/heure dans le pire des cas, si l’Allemagne parvenait à l’autosuffisance complète, par rapport à 6,5 centimes aujourd’hui.

Il est impossible de se livrer avec précision à des prévisions quant au coût de la révolution verte au fil des quarante prochaines années. Par ailleurs, la plupart des scénarios ne prennent pas en compte les problèmes qui pourraient se faire jour au moment de l’approbation en termes de litiges procéduriers, de chicanes juridiques et de contestation publique. On peut cependant identifier six facteurs clés susceptibles d’aider à établir si un système d’énergie renouvelable peut fonctionner de façon fiable et à quel prix.

1. Subventions à l’énergie solaire

Cette jeune industrie est le théâtre d’un incroyable boom, mais dont le coût est élevé. Les opérateurs de panneaux solaires perçoivent un tarif fixe pour chaque kilowatt/heure qu’ils produisent. Ce tarif est bien supérieur aux prix du marché de l’électricité, garanti depuis plus de 20 ans. Au cours des dix dernières années, les subventions ont représenté un total de 60 à 80 milliards d’euros, pour un rendement modeste en comparaison. L’énergie solaire ne couvre qu’1,1 % des besoins de l’Allemagne en électricité.

2. Soixante-quinze milliards d’euros pour des éoliennes en haute mer

L’expansion de l’énergie éolienne est incontestable, mais elle a atteint ses limites. On ne peut plus agrandir les zones les plus favorables sur terre. Il devient complexe d’obtenir des permis de construire pour les nouvelles éoliennes qui, bien souvent, sont deux fois plus hautes que les anciens modèles.

Par conséquent, les entreprises se tournent vers des sites off-shore où le vent est plus constant, mais où les coûts de construction sont exorbitants. Le plan du gouvernement estime que le développement des éoliennes au large atteindra 75 milliards d’euros d’ici 2030, mais ajoute que les risques en termes d’investissements sont “difficiles à calculer”.

3. Des autoroutes de l’électricité sur tout le continent

La construction d’éoliennes ne suffit pas. Il faut également des lignes à haute tension pour convoyer l’énergie du vent de la mer du Nord vers le sud. L’extension du réseau, le troisième facteur de coût, jouera un rôle majeur dans le futur système énergétique. La Commission Européenne estime que les investissements dans le réseau dépasseront les 500 milliards d’euros.

Il faudra poser environ 6 000 kilomètres de câbles électriques sous-marins, dans le cadre d’un projet baptisé Seatec qui coûterait 30 milliards d’euros. Quelque 50 milliards supplémentaires devraient être investis dans le sud du continent pour raccorder l’Europe au projet de centrale solaire Desertec. Le plan prévoit que l’Europe soit couverte par un réseau intelligent capable de procéder à une distribution équilibrée de l’électricité.

4. La Norvège peut-elle devenir la pile verte de l’Europe ?

Les compagnies d’électricité peinent déjà à réguler la production des centrales thermiques et nucléaires, ce qui peut engendrer des problèmes de surcharge, de plus en plus fréquents selon les ingénieurs. En raison de leur excellent rendement, de l’ordre de 80 %, les stations de transfert d’énergie par pompage sont considérées comme la meilleure solution. Le principe est simple. En cas de surplus d’électricité, l’eau est pompée dans des réservoirs qui sont situés à plusieurs centaines de mètres plus haut. Et quand on a besoin d’électricité, l’eau reflue par des tubes pour faire redémarrer les turbines.

Du fait de sa topographie et de sa densité de population, l’Allemagne n’a pas assez d’espace pour augmenter sa capacité de stockage. Tous les regards sont donc tournés vers l’Europe du Nord et la Norvège en particulier. Le problème c’est qu’il n’y a pas de réseau électrique pour acheminer cette électricité vers l’Europe centrale pour l’instant. Il faudra donc investir des milliards si l’on veut transformer la Norvège en pile verte de l’Europe.

5. Le boom de la biomasse fait flamber les prix

Les besoins des consommateurs en blé et en maïs pour l’alimentation et les biocarburants font que 2 des 12 millions d’hectares de terres arables en Allemagne sont déjà consacrés aux énergies vertes — le maïs pour le biogaz, le seigle et le colza pour les biocarburants. Le gouvernement envisage de multiplier par 13 à 17 l’utilisation de la biomasse d’ici à 2050.

Avec les technologies actuelles, les agriculteurs devront alors convertir des millions d’hectares à la production d’écocarburants. La monoculture du mais ou du colza deviendrait la norme. La biomasse devrait être également importée d’Asie et d’Amérique Latine, où l’huile de palme est souvent cultivée sur des terres de forêt vierge déboisées et bradées à vil prix. Il ne s’agit plus vraiment de développement durable.

6. Le prix à payer

Si les Allemands souhaitent vraiment renoncer aux énergies fossiles et au nucléaire, il leur faudra accepter d’en payer le prix. Et ils devront vaincre la résistance des grandes compagnies d’énergie qui essayent discrètement d’enrayer ce processus. Les entreprises industrielles, notamment les plus gourmandes en énergie, dans le secteur de l’industrie lourde comme l’acier, le ciment et l’aluminium, ne partagent pas cette volonté. L’industrie consomme un quart des besoins du pays en électricité et en gaz.

L’industrie lourde allemande emploie 875 000 personnes, c’est donc un lobby puissant. Le PDG du groupe chimique BASF, Jürgen Hambrecht, s’est déjà alarmé d’une “désindustrialisation rampante en Allemagne”. Et les entreprises menacent de faire construire leurs usines à l’étranger où l’énergie est moins chère et où les normes environnementales sont plus souples.

Une révolution essentielle

Qui peut dire qu’il est insensé de sacrifier l’industrie lourde traditionnelle au profit d’un nouveau secteur plus moderne ? Chaque euro dépensé dans l’énergie solaire, éolienne ou dans la biomasse est un investissement qui ne profitera pas seulement aux grandes entreprises comme Siemens mais également aux petites.

Au niveau local, les pouvoirs publics cherchent à s’affranchir de la tutelle des grandes compagnies d’énergie et elles investissent donc dans les énergies renouvelables et les petites centrales thermiques qui fournissent de l’électricité et du chauffage aux consommateurs les plus proches - comme par exemple les écoles. Les entreprises régionales sont discrètement en train de faire la révolution verte sur le terrain.

Cette révolution ne doit pas se confiner à des lignes d’électricité transcontinentales, des stations de transfert d’énergie dans les montagnes et des parcs à éoliennes sur les côtes. Le gouvernement n’a pas suffisamment pris en compte cette donnée dans son plan pour l’énergie.

Nul ne peut nier que les coûts de la révolution verte seront monstrueux. Mais c’est au gouvernement de s’assurer qu’ils ne deviennent pas incontrôlables. Renoncer aux investissements nécessaires pourrait s’avérer bien plus onéreux, en augmentant la dépendance de l’Allemagne envers les importations de matières premières et en accélérant les effets délétères sur le climat.

Le plan d’Angela Merkel risque de ne jamais voir le jour sous sa forme actuelle, d’autant plus que la politique énergétique se décide désormais en grande partie à Bruxelles. Le Commissaire européen à l’Energie Günther Oettinger envisage de présenter un nouveau plan en février pour montrer comment les marchés de l’énergie en Europe peuvent se développer ensemble. Ce plan comportera des propositions concernant l’installation de lignes de transport d’électricité et l’harmonisation des subventions affectées à l’énergie verte, très variables selon les pays. Le plan de Berlin pour l’énergie risque de ne pas être le dernier, sauf peut-être pour Angela Merkel.

Signataires : Kim Bode, Frank Dohmen, Alexander Jung, Kirsten Krumrey et Christian Schwägerl

Croissancistes atterrés Hervé Kempf Reporterre 2010/10/13 Hervé Kempf (13 octobre 2010) Croissancistes atterrés. Reporterre. Tribune — fr

Croissancistes atterrés

La bataille des retraites porte sur la répartition des richesses. Il s’agit de savoir quelle part de la population portera le poids de la crise économique. Le « Manifeste d’économistes atterrés » (1) a expliqué combien le discours néolibéral qui proclame la nécessité de « l’austérité » au nom de la dette est biaisé.

En effet, la fiscalité sur les hauts revenus et sur les entreprises a été systématiquement réduite depuis une trentaine d’années. Ainsi, expliquent les économistes atterrés, « avec l’argent économisé sur leurs impôts, les riches ont pu acquérir les titres de la dette publique émise pour financer les déficits publics provoqués par les réductions d’impôts »... Et il faudrait maintenant payer aux riches les intérêts de la dette !

Le coeur du rééquilibrage de la politique économique est donc la refonte de la fiscalité et, plus largement, la reprise de contrôle public du système financier. Mais cela ne répond pas complètement à la question, qui porte sur la projection dans l’avenir de l’équilibre des comptes ; un avenir qui doit être jaugé en fonction du paramètre toujours occulté de la fin écologiquement nécessaire de l’expansion matérielle.

Une autre source du refus populaire de la réforme des retraites provient de la contradiction que représente la volonté d’allonger la période de travail des plus âgés quand le chômage des jeunes est important. La retraite à 60 ans apparaît comme un moyen de partager le travail, alors que les perspectives de croissance pérenne sont incertaines, en raison de la crise écologique et de la saturation matérielle des sociétés occidentales. Mais l’analyse économique ne s’est pas encore adaptée au fait que la croissance est devenue un astre mort.

Le « Manifeste d’économistes atterrés » illustre parfaitement ce constat : il décrit avec sagacité l’illusion idéologique de l’efficience des marchés et l’emprise démesurée des intérêts financiers sur la politique économique. Mais il reste bloqué sur l’idée de l’impératif croissanciste. La faute du capitalisme actuel serait de « brider la croissance ».

Ce manifeste n’est cependant qu’une étape sur la voie de la redéfinition d’une politique adaptée à notre époque. Presque en même temps paraissent plusieurs ouvrages d’économistes tout aussi critiques du dogme néolibéral, mais raisonnant, eux, en fonction de la nouvelle donne écologique. Geneviève Azam (2), Jean Gadrey (3), Tim Jackson (4) et Serge Latouche (5) explorent ainsi les voies d’une société libérée de l’obsession productiviste et visant au plein-emploi dans le respect de l’écologie. Il est urgent que ces « post-croissancistes » discutent avec les « économistes atterrés ».

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Notes :

(1) Le Manifeste : http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) Geneviève Azam, Le temps du monde fini, éd. Les liens qui libèrent.

(3) Jean Gadrey, Adieu à la croissance, éd. Les Petits Matins. http://www.alternatives-economiques...

(4) Tim Jackson, Prospérité sans croissance, éd. de Boecke. http://superieur.deboeck.com/titres...

(5) Serge Latouche, Sortir de la société de consommation, éd. Les Liens qui libèrent. http://www.editionslesliensquiliber...

La revanche des collabos Fakir Reporterre 2010/10/14 Fakir (14 octobre 2010) La revanche des collabos. Reporterre. Tribune — fr

La revanche des collabos

« Ce à quoi nous assistons, c’est au retour des forces de l’Argent, discréditées à la Libération »

Fakir fait sa rentrée en fanfare. Après le triomphe, ce printemps, du "hold-up tranquille" (diffusé dans plus de cent villes, à près de 100 000 exemplaires), Fakir revient avec un nouveau document en couleurs sur "la revanche des collabos". Celui-ci sera tracté dans les manifs à Marseille, Nancy, Amiens, Paris, Nantes, etc. En voici un extrait ; la totalité du document est disponible sur : http://www.fakirpresse.info/article...

La revanche des collabos !

« Mon seul adversaire, celui de la France, n’a jamais cessé d’être l’argent. » Général de Gaulle. Le nôtre aussi...

Sécurité sociale, retraites, service public… C’est dans une France en ruines que, à la Libération, nos papys (et mamies) qui faisaient de la résistance ont bâti tout ça. Aujourd’hui, la France est la cinquième puissance économique mondiale – et nous n’aurions plus les moyens de cette « solidarité nationale » ?

On les nomme « héros ». Mais de quoi les traiterait-on, aujourd’hui ? En 1944, « les destructions couvrent tout notre sol, rappelle le Général de Gaulle dans ses Mémoires. Il manque des logements pour six millions de Français. Et que dire des gares écroulées, des voies coupées, des ponts sautés, des canaux obstrués, des ports bouleversés ? Quant aux terres, un million d’hectares sont hors d’état de produire, retournés par les explosions, truffés de mines, creusés de retranchements. Partout, on manque d’outils, d’engrais, de plants, de bonnes semences. Le cheptel est réduit de moitié. Nos finances sont écrasées d’une dette publique colossale, nos budgets condamnés pour longtemps à supporter les dépenses énormes de la reconstruction. » Et c’est sur ce champ de ruines qu’ils instaurent la Sécurité sociale ! Et les retraites ! Et le service public ! A ces fous à lier, on enverrait la camisole ! Vite, une piqûre !

C’est qu’en plein cauchemar, ils avaient fait un rêve.

Au cœur de la nuit nazie, dans les prisons, dans les maquis, dans l’exil, les résistants imaginent « Les Jours heureux », songent éveillés à l’« éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », à « un plan complet de sécurité sociale », à « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours », bref, à « une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction ». Des cocos aux cathos, syndicalistes, socialistes, droite patriote, à l’unanimité, tous signent au printemps 1944 ce Programme du Conseil National de la Résistance.

La Libération obtenue, leur rêve deviendra largement réalité : « En l’espace d’une année, relate avec fierté le Général de Gaulle, les ordonnances et les lois promulguées sous ma responsabilité apporteront à la structure de l’économie française et à la condition des travailleurs des changements d’une portée immense. » Et d’ajouter « les privilégiés » ne bronchent pas : « Sur le moment, tous, mesurant la force du courant, s’y résignent aussitôt et d’autant plus volontiers qu’ils avaient redouté le pire. »

C’est que règne la peur chez les possédants. Les maquis viennent de se soulever. Les armes sont aux mains des gueux. Avec le Parti Communiste, première formation du pays, les ouvriers sont organisés. Bref, les choses pourraient très mal tourner. Alors, mieux vaut ne pas les énerver. Endurer. Patienter. Bien vite, le souffle de révolte va retomber. Et les banquiers, industriels, patrons de presse vont se ressaisir, défendre leurs intérêts, répéter que « les réformes vont trop loin ». On connaît la chanson.

Et maintenant ?

La France est la cinquième puissance économique mondiale. Son territoire n’est menacé d’aucune invasion. Ses firmes accumulent les milliards de bénéfices, même par temps de « crise ». Ses grands magasins sont bourrés de produits, la plupart inutiles. Malgré cette prospérité, ils – les mêmes, les banquiers, les industriels, les patrons de presse – nous l’affirment : « Ce n’est plus possible. Regardez les déficits. Regardez la courbe démographique. » Au-delà de tous ces arguments, techniques, financiers, Denis Kessler, ex-numéro 2 du MEDEF, dévoile le vrai motif : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » Derrière toutes les statistiques, évaluations, projections, derrière tous les rideaux de fumée, c’est à ce mouvement historique que nous assistons. Au retour, sur l’avant-scène publique, des forces d’Argent, discréditées à la Libération. A la revanche des collabos – dont les héritiers spirituels viennent récupérer le butin.

Malheureusement, Nicolas Sarkozy et sa bande du Fouquet’s n’ont pas entamé cette liquidation. Ils viennent y mettre un point final, essayer du moins, mais le gros du boulot était abattu avant eux. Depuis le milieu des années 80. Depuis que les socialistes se sont convertis au « réalisme », et les gaullistes au libéralisme, de « réformes inéluctables » en « adaptations nécessaires », toutes les conquêtes de la Libération sont lentement rongées, grignotées, par les gouvernements successifs – y compris de gauche... A notre tour, alors, certes, de défendre le rêve des résistants contre Nicolas Sarkozy et sa bande du Fouquet’s - les éternels banquiers, industriels, patrons de presse. Mais il s’agit surtout, au plus vite, de refermer la parenthèse, ouverte au milieu des années 80. De lutter pour que la gauche d’abord, le pays ensuite, sorte de cette ornière libérale.

Si, à votre tour, vous voulez défendre ce que nos papys (et mamies) résistants ont construit, et que les forces d’argent grignotent lentement, si vous voulez informer vos copains, cousins, collègues, club de boules, sur cette bataille en cours, vous pouvez commander des exemplaires en adressant un courriel à : laurent@fakirpresse.info ou envoyez vos chèques à : Fakir – 21, rue Eloi Morel 80 000 Amiens. Sinon n’hésitez pas à nous appeler au : 03.60.10.60.15

Parce que : Sans vous, on n’est rien. Avec vous, on peut tout. Et c’est pour ça qu’à la fin c’est nous qu’on va gagner !

La biodiversité planétaire en déclin prononcé WWF Reporterre 2010/10/14 WWF (14 octobre 2010) La biodiversité planétaire en déclin prononcé. Reporterre. fr

La biodiversité planétaire en déclin prononcé

Le Rapport Planète Vivante, publié par le WWF, montre que l’empreinte écologique de l’humanité continue à augementer et que la biocapacité de la planète diminue.

La sortie le 13 octobre 2010 du Rapport Planète Vivante (Living Planet Report – LPR) du WWF version 2010 amène des conclusions pessimistes.

Le LPR est le bilan de santé le plus complet de notre planète. Dans son dossier, deux points principaux : la biodiversité et l’empreinte écologique.

La biodiversité est toujours en déclin, en particulier dans les zones tropicales et les habitats d’eau douce, soit une baisse générale de 30% depuis 1970.

L’empreinte écologique la plus élevée se trouve dans les pays à haut revenus, elle est en moyenne 5 fois supérieure à celle des pays à faibles revenus.

Selon Jim Leape, Directeur Général du WWF International, « Le rythme de perte de la biodiversité est le plus alarmant dans les pays à bas revenus et souvent situés en zone tropicale alors que les pays développés vivent dans un paradis factice, alimenté par une consommation excessive et des émissions de carbones élevées. » Ainsi, les dix pays à la plus forte Empreinte Ecologique par individu sont : les Emirats Arabes Unis, le Quatar, le Danemark, la Belgique, les Etats-Unis, l’Estonie, le Canada, l’Australie, le Koweit et l’Irlande. Triste injustice, l’impact de la dégradation environnementale s’abat sur les peuples les plus pauvres.

Sur la base des données de 2007 analysées dans le rapport 2010, l’Empreinte Ecologique de la Terre a dépassé sa biocapacité de 50%, dérèglement causé, entre autres, par la surpêche et la sur-pollution qui entraîne le changement climatique.

Eau et développement

Le LPR annonce aussi que 71 pays font actuellement face à une situation de stress hydrique sur les ressources en eau dite « bleue ». En 2025, on estime qu’environ les deux-tiers de la population mondiale, 5,5 milliards de personnes, vivront dans des régions soumises à des stress hydriques modérés à sévère. Par conséquent, sans cet accès indispensable à l’eau potable, à la terre, à la nourriture adéquate, à l’énergie et aux matériaux, les individus les plus vulnérables ne pourront sortir du piège de la pauvreté et prospérer.

Pour faire face aux défis les plus urgents, le WWF demande à ce que les actions suivantes soient mises en oeuvre : - Augmenter la proportion d’Aires Protégées à 15 % de l’ensemble des régions écologiques ; - Aider à la gestion durable des forêts ; - Arrêter la sur-consommation d’eau et la fragmentation des écosystèmes d’eau douce ; - Eliminer la sur-pêche et les pratiques de pêche destructives ; - Investir dans la biocapacité ; - Valoriser la biodiversité et les services rendus par les écosystèmes ; - Résoudre les dilemmes entre l’alimentation et l’énergie, créés notamment par les agrocarburants ; - Prêter attention aux problèmes soulevés par l’allocation des terres et la planification de l’usage de terres ; - Partager les ressources naturelles limitées.

Le Rapport, qui a été produit en collaboration avec la Société Zoologique de Londres et le Réseau Empreinte Ecologique Globale (Global Footprint), relie l’Indice Planète Vivante à l’Empreinte écologique et à l’Empreinte Eau.

M. Borloo sabre les parcs nationaux Syndicat national de l’environnement Reporterre 2010/10/15 Syndicat national de l’environnement (15 octobre 2010) M. Borloo sabre les parcs nationaux. Reporterre. fr

M. Borloo sabre les parcs nationaux

Derrière les discours, la réalité : le gouvernement coupe les crédits aux parcs nationaux, qui sont un outil essentiel de protection de la nature en France.

- Dans la suite « logique » du Grenelle de l’Environnement et des engagements pris par le ministre d’Etat, - en pleine année 2010 décrétée « année de la biodiversité » par l’ONU et relayée par le ministère, - alors que les parcs nationaux travaillent d’arrache-pied à la mise en place de leur première charte… - alors même que le ministre d’Etat, Jean-Louis Borloo, annonce devant les journalistes la mise en place du 10e parc national, celui des Calanques, en guise de « cadeau de Noël » pour fin 2010...

Le ministère de l’ « écologie » diminue drastiquement le budget des parcs nationaux pour 2011 (- 8%) ! Un parc de plus (Parc national des Calanques) mais des moyens financiers et humains en moins !!!

Le ministre Jean-Louis Borloo annonce devant les médias la création du 10e parc national pour la fin de l’année 2010, comme « cadeau de noël » : c’est une excellente nouvelle. Dans le même temps, loin des médias, Jean-Louis Borloo réduit le budget des parcs nationaux de 6 millions d’euros (soit le budget d’un parc national).

Ainsi, en 2011, les 10 parcs nationaux auxquels s’ajoutent deux nouvelles missions de création (parc forestier et parc zones humides) devront fonctionner avec les moyens de 8 parcs. Pour l’ensemble des parcs nationaux (850 postes actuellement), le ministère prévoit également la suppression de 19 postes en 2011 et d’une cinquantaine (soit près de 6%) dans les trois ans à venir. Cette réduction des effectifs est supérieure aux 1,5 % annuels affichés pour les opérateurs de l’État.

En imposant une diminution des effectifs et des moyens dans une période critique pour les parcs nationaux, le ministère confirme, de fait, une rupture sans précédent dans sa politique de protection de la nature et de la biodiversité.

Jean-Pierre Giran, président de Parc nationaux de France, écrit dans Le Monde daté du 1er octobre 2010 : « Neuf parcs nationaux répartis sur l’ensemble de l’hexagone et l’outre-mer sont désormais l’avant-garde de la politique française en matière de biodiversité. Labellisés par l’Union mondiale de la nature, ils font partie de la conscience nationale et constituent des repères de notre identité au même titre que quelques écrivains ou hommes d’Etat. »

Aujourd’hui, la France porte atteinte à ses propres symboles, à sa vitrine en matière de protection de la biodiversité, aux niveaux national et international.

Une situation ironique qui prouve l’existence de Dieu Pierre-Emmanuel Neurohr Reporterre 2010/10/15 Pierre-Emmanuel Neurohr (15 octobre 2010) Une situation ironique qui prouve l’existence de Dieu. Reporterre. Tribune — fr

Une situation ironique qui prouve l’existence de Dieu

Le changement climatique, l’avion, Dieu : une inattendue chaîne logique...

Personnellement, je suis athée, chacun son truc.

Mais la dimension psychologique de la destruction de la planète prend un tour tellement irréel que j’en viens à douter... pour le plaisir de développer un argument.

Autour de moi, famille, amis et ex-collègues écologistes savent ce que je pense en ce qui concerne la responsabilité individuelle des citoyens des pays riches. Néanmoins, ils semblent saisis d’un besoin frénétique de prendre l’avion qui, rappelons-le, d’un point de vue rationnel, est la machine la plus efficace pour détruire le climat, et donc détruire des dizaines de millions d’êtres humains dans les années qui viennent. En effet, quand un champ est sous un mètre d’eau, ou grillé par le soleil, les gens qui ne peuvent pas se nourrir meurent, il n’y a pas besoin d’être Einstein pour comprendre ça.

Le plus étonnant est qu’un nombre important parmi mes proches est d’accord avec l’analyse selon laquelle la destruction du climat de la planète n’est pas d’abord un problème de petits oiseaux (ça l’est aussi), mais qu’il s’agit d’un génocide. Et ils font coexister cette connaissance de la conséquence de leur acte avec l’acte lui-même - en l’occurrence financer le brûlage de pétrole dans la stratosphère, ce qui permet un forçage radiatif maximum, et une destruction maximum. Bonjour Orwell.

C’est là que je me dis - encore une fois le temps d’une petite séance de « thought experiment » - que, finalement, une situation aussi bourrée d’ironie prouve l’existence de Dieu. Cela ne peut être le résultat du hasard.

Oui, Dieu existe, et il a voulu tester ses créatures. Il savait qu’à un moment donné de leur histoire, la force mécanique leur permettrait de détruire la nature. Il a donc décidé que parmi les différentes destructions, celle du climat qui rend la vie possible sur la planète serait la pire. Mais, ironie suprême, il décida de faire en sorte que cette forme de destruction soit évaluable relativement facilement. Autant il est difficile de savoir à quel point l’on est responsable, individuellement, des coups portés à la biodiversité, de la pollution toxique des océans, etc., autant il est assez facile de mesurer la destruction dont on se rend responsable par rapport au climat. Cela s’évalue en kg de CO2, ou de CO2 équivalent si l’on prend en compte les autres gaz à effet de serre.

Dernier élément du jeu cruel mis en place par Dieu, la machine appelée « avion ». Elle n’est pas nécessaire à la vie, contrairement à la nourriture, le logis ou la musique. C’est en quelque sorte la chaise à porteur du XXIe siècle, si vous êtes dedans, vous êtes important. Et c’est une machine qui, au-delà de son aspect symbolique, fait exploser le bilan carbone d’une personne. Si vous êtes nihiliste et souhaitez la catastrophe climatique, pour envoyer plus d’une tonne de CO2 dans l’atmosphère en quelques heures, il n’y a rien de « mieux ». A part mettre le feu à une forêt, mais le risque de se faire pincer n’est pas nul. Alors que, en 2010, prendre l’avion est encore licite, même si cela fait participer à la préparation scientifique d’un génocide.

Dernier élément de la pièce de théâtre qui va s’ouvrir sous vos yeux, Dieu savait qu’il y aurait parmi ses créatures certaines d’entre elles qui se présenteraient comme étant particulièrement « sensibles » à la préservation de la nature.

Maintenant, la pièce peut commencer. Le test machiavélique imaginé par Dieu est prêt. Est-ce que les ceusses et celles qui prétendent se soucier de la planète vont... décider d’utiliser la machine dont ils n’ont pas besoin et qui est la plus efficace à détruire ladite planète ? Pour ce qui concerne mon entourage proche, la réponse est presque unanime : oui.

Retraites : le mouvement social enfle Parti communiste Reporterre 2010/10/16 Parti communiste (16 octobre 2010) Retraites : le mouvement social enfle. Reporterre. Tribune — fr

Retraites : le mouvement social enfle

"Dans les 6 premiers mois de l’année, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 41,6 milliards d’euros de profits, en hausse de 86% sur 2009, presque le triple du « déficit » fabriqué de la Sécurité sociale."

TOUS EN GREVE MARDI 19 OCTOBRE UNION des salariés, jeunes, retraités,

Retrait de la loi Woerth : plusieurs jours pour préparer l’action décisive

Encore plus nombreux, encore plus déterminés, encore plus forts. Loin de s’essouffler, la lutte contre le projet de loi Woerth a franchi une nouvelle étape le 12 octobre 2010.

3,5 millions : les manifestations ont été encore plus puissantes aussi bien que celles du samedi 2 octobre que celles du jeudi 23 septembre. Les banderoles étaient plus nombreuses, témoignant de l’extension de la mobilisation à de nouvelles entreprises, notamment du secteur privé où la grève et les débrayages se sont multipliés.

Les mots d’ordre se font de plus en plus clairs : faire lâcher le pouvoir, gagner le retrait du projet de loi, défendre la retraite à 60 ans, gagner une véritable prise en compte de la pénibilité, souvent aussi revenir aux 37,5 annuités…

Les jeunes ont fait irruption en masse dans le mouvement, faisant logiquement le lien entre les questions immédiates d’emploi et de formation et le droit à la retraite. Hôpitaux, éducation, industrie, transports… : la convergence des luttes se produit autour d’une bataille qui concerne tout le monde du travail. La lutte commune, la victoire rejailliront sur toutes les luttes locales ou sectorielles.

Cette mobilisation, inédite depuis 1995 voire 1968, peut et doit permettre de gagner. Le gouvernement joue l’intransigeance. Il continue à vouloir passer en force. Pour lui, c’est une nécessité. S’il retire son projet sur les retraites, la mise à mort de l’acquis historique de la retraite à 60 ans, il devra reculer sur tout le reste de son programme de casse sociale, de privatisations.

Quant à Laurence Parisot, elle semble avoir perdu sa langue. A l’exception du patronat marseillais qui n’a pu s’empêcher d’éructer contre les dockers et les ouvriers des raffineries, le MEDEF prend garde de jeter de l’huile sur le feu. Le commanditaire et profiteur de la contre-réforme des retraites veut faire oublier que dans les 6 premiers mois de l’année, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 41,6 milliards d’euros de profits, en hausse de 86% sur 2009, presque le triple du « déficit » fabriqué de la Sécurité sociale.

C’est là qu’il faut frapper ! Au cœur du système : les patrons et les capitalistes. C’est la condition de la victoire pour nos retraites. Ils ne comprennent que le langage de la lutte des classes, en particulier la grève.

7 septembre, 23 septembre,2 et 12 octobre : tout le monde sent qu’il faut encore passer à une étape supérieure.

Plusieurs initiatives depuis le 12 octobre, souvent fortement symboliques, assurent la permanence du mouvement. Après le succès des manifestations du samedi 2 octobre, les manifestations prévues le samedi 16 octobre doivent à nouveau permettre de gagner d’autres catégories à l’action.

Les ouvriers des raffineries (10 sites sur 12 en grève totale), les cheminots (40 à 50%) et d’autres ont déjà engagé courageusement la grève reconductible.

La lutte monte en puissance.

Les assemblées générales d’étudiants sont de plus en plus nombreuses. Dans les grands services publics, dans les usines, les assemblées de salariés mettent en discussion et préparent la grève reconductible. La grève générale illimitée ne se décrète pas.

Il ne s’agit pas d’y appeler pour se retrouver à quelques éléments « radicalisés », entre soi. Il s’agit de la construire, de gagner à l’action décisive tous ceux, des millions, une majorité de nos collègues, de nos voisins, qui soutiennent le mouvement.

Il est de la responsabilité des confédérations syndicales, de chacune d’entre elles, d’aider nationalement à l’entrée en action, en grève de ceux pour qui c’est encore plus difficile ou plus inhabituel.

La nouvelle journée nationale interprofessionnelle de grève et de manifestation, entre le 19 et le 21 octobre, peut et doit être le point de départ de la bataille décisive pour faire plier le gouvernement.

Communistes, nous plaçons toutes nos analyses, nos propositions, nos actions dans cette perspective.

Nous écartons toutes les tentations de diversion vers 2012, vers les élections cantonales (!), ou vers un illusoire vote référendaire.

Nous savons que le PS et une partie de la gauche partagent largement l’analyse du gouvernement et acceptent, par exemple, l’allongement de la durée de cotisation, dans le cadre des orientations de l’UE. Ce n’est pas non plus au Sénat, où les dés sont jetés, malgré l’opposition des sénateurs PCF, qu’un espoir est permis.

Non, l’alternative politique se trouve dans les luttes.

Elle est vitale pour tous ceux, une majorité, qui n’en peuvent plus d’être pressurés de tous les côtés : chômage et précarité, bas salaires, vie chère, hauts loyers, hausses des tarifs publics…

Ensemble, gagnons sur les retraites contre le gouvernement et le MEDEF ! Gagnons le retrait du projet de loi Woerth, le maintien du droit à la retraite à 60 ans, la reconquête du droit effectif à la retraite à 60 ans pour tous (37,5 annuités), la prise en compte de la pénibilité… L’argent pour les financer existe : c’est celui des cotisations sociales détournées par le patronat, des profits.

La semaine du 18 octobre sera décisive. Notre lutte, tous ensemble, sera décisive !

Ils veulent stopper Total Camp Action Climat Reporterre 2010/10/16 Camp Action Climat (16 octobre 2010) Ils veulent stopper Total. Reporterre. fr

Ils veulent stopper Total

Le 16 octobre, action près du Havre contre Total et le pétrole.

Le 16 octobre, au Havre, nous allons stopper la plus grande raffinerie du pays, la raffinerie de Normandie, dirigée par le groupe aux mains sales, Total. Nous devons dès aujourd’hui entamer cette transition sociétale. Sortons du pétrole, reprenons le pouvoir, Arrêt Total !!!!

Comment va t-on s’y prendre ?

Le 16 octobre, vous ne viendrez pas au Havre par hasard mais pour y pratiquer, au gré de vos envies et des risques que vous souhaitez prendre – en suivant ou non les groupes qui quitteront momentanément le cortège – les actions suivantes :

- Anti-pub : parce que dans les espaces publics, seules les vitrines des magasins et les affiches d’abribus nous parlent, certains ont décidé de récupérer tous ces beaux emplacements pour remplacer les publicités commerciales par des publicités politiques, par exemple pour y mettre des slogans interrogeant notre société de consommation. Affutez vos marqueurs, préparez vos affiches.

- Guérilla jardinière : la nature en ville, c’est tellement propre que souvent on n’a pas le droit de marcher dessus. Et si on y plantait des légumes plutôt que des crottes de chiens, on est nombreux à penser que ce serait plus joli en plus d’être plus utile. Et pis si on plantait du blé et de l’oseille dans les stations-service, peut-être Total foutrait la paix à l’Afrique. Faudrait essayer. Avec des bêches, des pelles, des plants, des graines, vous voici transformer en dangereux activiste. Si si. On vous le dit.

- Vélorution : ça c’est encore plus fort, ça consiste à rouler à vélo sur la route. Sauf que tout seul c’est dangereux, on se fait insulter et klaxonner, il suffit d’essayer pour le croire. Mais à plusieurs dizaines et en occupant toute la route, l’assurance des cyclistes change. A plusieurs centaines, on peut envisager de bloquer une autoroute, un centre-ville, une usine… Partout en France, des collectifs vélorutionnaires militent pour que les villes ne soient plus construites pour les voitures mais pour les gens. V’là le message terroriste. Venez donc avec un vélo. On tente de se rapprocher des assos cyclistes havraises.

- Visite de supermarché : On rentre 2 par 2 dans un supermarché. On a 20mn pour choisir 3 produits : la pire arnaque du magasin, le produit le plus inutile et le packaging le plus débile. Tout le monde a rendez-vous ensuite au rayon fruits et légumes (le seul où les rayons sont bas et où il y a un peu de place). On se met en cercle et on commence les élections de produits : pour chaque catégorie, chaque binôme présente son produit, l’élection se fait à l’applaudimètre. Ca rameute les clients mais aussi la direction qui est bien embêtée : que dire pour que ces gens arrêtent de se parler ? Que leur reprocher au juste ? Les 3 produits élus sont achetés pour le musée des horreurs de la consommation, le reste est rangé à sa place. Mais que leur reprocher ?

- Transport gratuit : Dans plusieurs villes de France, cette idée est réalisée. Dans beaucoup d’autres, ça sonne comme un voeu pieu. Alors on colle des autocollants dans les abribus appelant à effectuer ce qui devrait devenir un geste de civilité élémentaire : je descends, je donne mon ticket ! Nombreux sont les fauchés ou les exclus à qui ça rendrait de fiers services. Et puis de la dignité. Et de la solidarité. Téléchargez l’autocollant, imprimez-en.

- Dépôt de plainte contre Total : On va se pointer devant le commissariat central et leur dire qu’on est, heu… quelques centaines de milliers à vouloir déposer plainte contre Total. Peut-être qu’ils vont nous expliquer que tous les crimes de Total sont légaux. Normalement ils vont refuser, enfin on verra. Sinon on continuera notre liste de reproches devant le commissariat. On appelle d’ailleurs des salariés de Total à nous rejoindre, histoire de diversifier les chefs d’inculpation. Comme si on allait en manquer…

- Monument à la mémoire du pétrole : on voudrait que chacun ait un petit geste à accomplir, même ceux que les actions du dessus ferait peur, on voudrait que les journalistes aient une belle image à montrer. On voudrait faire une création collective. Alors on s’est dit qu’on avait tous des bouteilles plastiques que ça ne nous dérangerait pas de donner pour la cause. Nous, on prévoit la colle qui va bien. On pensait faire un derrick ou bien un radeau pour attaquer la raffinerie. Peut-être on laissera le choix aux clowns. Ou bien au peuple présent sur place. Bref, encore un truc qui va faire frémir dans les chaumières.

L’après-midi, le cortège partira à l’assaut de la raffinerie Total.

L’action de masse du blocage de la raffinerie vise à rassembler un maximum de gens aux cultures d’action diverses pour parvenir à notre objectif. Cette action de masse sera constitués de différents groupes – appelés Blocs dans les pays anglo-saxons. Ces groupes se constituent et s’organisent plutôt secrètement – vous en comprenez sans doute les raisons – et appelleront le jour même ceux qui ne sont dans aucun groupe à les rejoindre – ou non. On pense par exemple, mais ce n’est pas exhaustif, à :

- un groupe rose, pour une manif tranquillou où on pourra venir en famille avec grand-mère et son vieil oncle célibataire - un groupe bleu, qui constituera une flotte pirate sur l’estuaire de la Seine - un groupe vert, pour un assaut terrestre - un « bike bloc », ou groupe à vélo, qui constituera notre brigade mobile plein de groupes autonomes qui définiront leur stratégie en petits groupes

La Commission européenne, dure pour les gouvernements de gauche, douce pour ceux de droite Jean-Marc Salmon Reporterre 2010/10/17 Jean-Marc Salmon (17 octobre 2010) La Commission européenne, dure pour les gouvernements de gauche, douce pour ceux de droite. Reporterre. Tribune — fr

La Commission européenne, dure pour les gouvernements de gauche, douce pour ceux de droite

La Commission accable la Grèce, est douce pour l’Irlande. Les deux pays sont pourtant dans la même situation économique. Mais la Grèce est gouvernée par des socialistes, l’Irlande par la droite.

Quinze jours de cela, le 30 septembre, une nouvelle ahurissante s’imprime sur les écrans. Le ministre des finances irlandais, Brian Lenihan, avoue que le déficit public de son pays atteindrait les 32 % du PIB en 2012. Admirez la précision de l’anticipation : 32 % et non pas 33 % ! Nous ne saurions donc sans grossir le trait dire tout simplement le tiers du PIB irlandais. Ou encore 10 fois la limite censée régir les budgets de chacun des Etats de la zone Euro !

Gardons à l’esprit que le même ministre affichait, sept mois de cela, un déficit public, rapporté au PIB, inférieur à celui de la Grèce. C’était avant que les envoyés de la commission européenne aient fini de vérifier les statistiques des deux pays. Au printemps 2010, M. Lenihan dut admettre que, proportionnellement, le déficit irlandais dépassait quelque peu le grec. Il se montait, disait ses services, en 2009, à 14,30 % du PIB, à comparer aux 13,6 % de la Grèce.

D’un ministre qui s’arrange si facilement avec les statistiques, on aurait pu attendre de la Commission Barroso qu’elle lui fasse « une conduite à la grecque », quand il annonce cinq mois plus tard un quadruplement du déficit prévisionnel 2011, qui passerait de 8,6 % à 32 % !

Que nenni. De la même façon que la rectification de la comptabilité nationale de l’Irlande, au printemps dernier, ne provoqua aucun émoi, l’envolée stratosphérique du déficit irlandais n’en provoque pas plus ! M. Olli Rehn, qui demande à être mieux connu, est le commissaire européen en charge des affaires économiques et financières. Il attend posément que « le gouvernement irlandais présente rapidement un programme budgétaire pluriannuel pour les quatre prochaines années, afin de consolider les dépenses publiques » (Le Monde du 30 septembre 2010).

Comment l’Irlande peut-elle diviser par 10 son déficit public d’ici 2014 (l’objectif européen, de 3% du PIB dans chaque pays, a été réitéré par M. Rihn en tant d’occasions qu’on évitera de les recenser ici) ? Voilà qui n’inquiète pas le placide monsieur Rihn. On l’avait connu plus sanguin, il y a neuf mois de cela, à chacune de ses visites à Athènes, durant l’hiver 2010. Les sacrifices arrachés au gouvernement Papandréou n’étaient jamais suffisants.

Cette figure de l’Internationale libérale, qui rassemble une centaine de partis et d’organisations à travers le monde, M. Rehn arguait que le précédent gouvernement conservateur de la Grèce, avait arrangé, avec le concours de Goldman & Sachs, d’un point ou deux le ratio Déficit public/PIB.

Après les élections d’octobre 2009, le nouveau gouvernement du PASOK se livra à une opération vérité-statistique. Alors, brutalement, la Commission qui incline toujours plus vers le libéralisme et le rôle de cheftaine des centres-droits et des libéraux européen n’eut plus de mots assez durs pour les Hellènes. La presse tabloïd, en février et mars 2010, devint encore plus directe : des « tricheurs », des « fraudeurs », des « fainéants ».

Le Financial Times du 12 octobre nous offre une explication moins naïve de ces colères feintes. Quand la droite était au pouvoir, Bruxelles avait compris que les comptes étaient truqués. Mais le conseil des chefs de gouvernements, dirigé par les droites européennes, n’avait pas l’intention d’embarrasser le gouvernement de droite d’Athènes. Du Berlin de Merkel à la Rome de Berlusconi et du Paris de Sarkozy au Dublin de Brian Cowen, chacun savait et détournait les yeux. Tel que.

"Début juillet 2009, Joaquin Almunia, le socialiste espagnol qui était alors le commissaire européen chargé des affaires monétaires, transmit aux ministres européens des finances un mémorandum exprimant de forts doutes sur la fiabilité des données que le gouvernement conservateur grec fournissait à Bruxelles. Le mémorandum prévoyait même que le déficit budgétaire dépasserait sans doute 10 % du produit intérieur brut - une prévision que les socialistes de M. Papandréou confirmèrent peu après leur arrivée au pouvoir. Cependant, les gouvernements européens ne réagirent pas avant octobre, peut-être parce qu’ils jugeaient inapproprié d’embarrasser un gouvernement ami au moment où il affrontait une difficile campagne électorale." (1)

A ce point, devinez-vous que l’Irlande est dirigée par une coalition de centristes du Fianna Fàil, de libéraux des ex Progressive Democrats et... accessoirement de quelques députés du Green Party.

Une deuxième explication est sans doute à rechercher dans les causes du bond stratosphérique du déficit de l’état irlandais. Après l’éclatement de la bulle immobilière du « tigre irlandais » et la crise financière de 2008, le gouvernement de Dublin s’est porté caution des dettes de toutes les banques. A l’encontre du credo libéral, il alla jusqu’à nationaliser la moribonde Anglo Irish Bank. Tout à coup, l’été dernier, l’ardoise monta jusqu’à près de 30 milliards d’Euros (ce qui va coûter cher aux 4,4 millions d’habitants de la verte Erin). On devine que, lorsqu’il faut sauver, de la banqueroute, les banquiers et leurs actionnaires, Bruxelles, Luxembourg et Francfort ferment les yeux sur l’ampleur du déficit de l’état irlandais.

Mais, lorsque le déficit de l’Etat grec est proportionnellement 3 fois plus bas et qu’il s’agit de sauver les retraites des Hellènes, alors pas de quartiers. Retardez leur de deux ans le droit de partir en retraite exigeait monsieur Rihn, bientôt suivi des envoyés du FMI et de la BCE.

Reste, en dernière instance, à comprendre « les sanctions des marchés ». Leurs craintes envers les dettes souveraines, celles des Etats, se mesurent en spreads. Vous le devinez ? En ce début d’octobre, les taux des obligations d’Etat à dix ans coûtent toujours plus chers aux Hellenes - ils sont à 8 % contre 6 % pour l’Irlande ou pour le Portugal… Un argument de plus pour ceux qui reprochent aux marchés financiers d’agir sur la base de perceptions extrêmement partielles et peu documentées ? Voire de quelques préjugés ?

Alors, si vous connaissez un trader, merci de lui faire parvenir ce bref texte. Et, racontez-nous la suite, SVP.

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Note :

(1) "In early July (2009, jms) , last year, Joaquin Almunia, the Spanish socialist who was then the EU’s monetary affairs commissioner, circulated a memorandum to European finance ministers expressing strong doubts about the reliability of the data that the conservative Greek government was supplying to Brussels. The document even predicted the the budget deficit was likely to soar above 10 per cent of gross domestic product- a forecast Mr Papandreou’s socialists confirmed soon after they came to power. Yet EU governements took no action before october, perhaps because, in time-honoured fashion, they deemed it inappropriate to embarass a fellow governement- especially one facing a harsh re-election campaign."

Défendons les discriminations ! Macaq Reporterre 2010/10/17 Macaq (17 octobre 2010) Défendons les discriminations !. Reporterre. fr

Défendons les discriminations !

Manifestation contre les HLM et pour les discriminations, dimanche 17 octobre à 15 h.

L’association MACAQ et ses partenaires de la campagne stop discriminations (Jeudi Noir, Génération-Précaire, RAIDH), vous convient à une

MANIFESTATION DE DROITE contre les HLM et pour les discriminations dimanche 17 octobre à 15h métro Porte Dauphine

Le maire de Paris et son équipe de bolchéviques veulent construire des logements sociaux dans le 16e arrondissement, mais nous ne nous laisserons pas faire. http://www.leparisien.fr/paris-75/l...

Parce que les logements sociaux dans le seizième arrondissement de Paris, ce n’est vraiment pas une très bonne idée. Parce que nous aimons nos privilèges et que nous les défendrons bec et ongles. Parce que malgré le bouclier fiscal, nous payons encore un peu d’impôts, pas question qu’elles bénéficient à la Halde.

Tous tous seuls, défendons les discriminations quelles qu’elles soient ! Car sans discrimination, pas de domination possible, pas de privilèges, bref : pas de noblesse possible.

Nous vous donnons rendez-vous à 15 heures (précises ! la ponctualité est la politesse des rois) près de l’entrée de métropolitain de la porte Dauphine. Les personnes qui ne seront pas habillées suffisamment de droite seront revêtues par nos équipes BCBG. Nos stocks des fripes de droite seront sur place (nous comptons sur votre sens de la propriété privée pour restituer lesdites fripes à l’issue de la manifestation).

Cette déambulation s’inscrit dans une résistance globale contre la tenue le 23 octobre du festival L’Egal : http://legalfestival.wordpress.com/...

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La manifestation du samedi 16 octobre sur les retraites Par Julien villalard Reporterre 2010/10/17 Par Julien villalard (17 octobre 2010) La manifestation du samedi 16 octobre sur les retraites. Reporterre. fr

La manifestation du samedi 16 octobre sur les retraites

Le Théâtre du Soleil était venu, avec l’image de la justice. Un souffle nouveau passait, ici, comme dans toute la manifestation parisienne, peuplée de familles, de vieux, d’enfants, de jeunes, de travaileurs, de citoyens, de curieux. Nous sommes venus dire à l’oligarchie : « Votre monde n’est pas le monde, votre monde est mort, notre monde est vivant, y règnent la joie, la dignité, et la justice ».

La conférence sur la biodiversité vampirisée par la finance Agnès Bertrand et Françoise Degert Reporterre 2010/10/18 Agnès Bertrand et Françoise Degert (18 octobre 2010) La conférence sur la biodiversité vampirisée par la finance. Reporterre. fr

La conférence sur la biodiversité vampirisée par la finance

La conférence des Nations Unies sur la biodiversité s’ouvre lundi 18 octobre à Nagoya, au Japon. On y discutera des moyens de marchandiser la nature.

« Le problème de cette nature, c’est qu’elle est gratuite », Hélène Leriche, citée dans le publi-reportage Spécial Biodiversité, Libération 29 juin 2010

La biodiversité est sous les feux de la rampe. Se basant sur les atteintes irréversibles portées au monde du vivant, l’Organisation des nations unies (ONU) a déclaré 2010 « année de la biodiversité ». Le battage médiatique est à son comble. Point d’orgue : la Convention sur la biodiversité, issue du Sommet de la terre de Rio en 1992, réunira en octobre prochain, à Nagoya (Japon) les 193 États signataires du traité. Cette 10e conférence des Parties (COP 10) [1] se déroulera au siège du Keidaren, le puissant syndicat patronal japonais. Pour cet événement qu’ils ont largement sponsorisé, une présence massive des lobbies d’affaires est attendue. Sur la table des négociations à Nagoya, les enjeux seront aussi pharamineux qu’ils sont occultés. Sous prétexte de préservation de la biodiversité, se prépare un recadrage complet de la structure et des finalités de la convention. Petite histoire d’une formidable imposture.

La notion de biodiversité ne se limite plus aujourd’hui à « la diversité des êtres vivants et de leurs caractères génétiques ». Dans un parallélisme parfait avec les services environnementaux de l’OMC (organisation mondiale du commerce), établis dans l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) [2] elle s’étend à « tout le matériel » susceptible d’être mis en valeur. Elle inclut non seulement les plantes, les animaux, les gènes, mais également les paysages, les forêts, le captage et la filtration de l’eau, les savoirs faire traditionnels, les cultures, la « sensibilisation » du public, etc.

Dans les coulisses de la Convention, de nombreux organismes publics et privés, des États s’affairent depuis près d’une décennie : l’ONU et ses organismes satellites, l’Union européenne, en particulier la France et l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, etc. S’appuyant sur les penseurs néo-libéraux, ils décrètent, avec Pavan Sukhdev, que la seule solution est d’offrir « une argumentation économique exhaustive et irréfutable pour la conservation des écosystèmes et de la biodiversité ». Ce responsable des marchés internationaux de la Deustche Bank à Bombay est également fondateur d’un programme de « comptabilité environnementale » en Inde. La finance se pose en sauveur de la planète.

Mais le problème est de donner une valeur marchande à des millions d’espèces et de molécules différentes. Pour contourner la difficulté, l’évaluation de la biodiversité ne porte plus sur les espèces mais sur tous « les services économiques », depuis la pollinisation à la filtration de l’eau, rendus à l’homme par la totalité des écosystèmes (forêts, zones humides, prairies, récif corallien...). Des services estimés par le professeur américain Robert Costanza [3] à 33 000 milliards $ en 1997, soit le double de la valeur mondiale brute produite cette année là.

Boîte à outils planétaire

Pour donner une valeur aux écosystèmes, de 2001 à 2005, l’ONU a élaboré le Millenium Ecosystem Assessment (MEA) [4]. Il doit être décliné à l’échelle de la France avant la fin de l’année. Ce document identifie 31 services rendus, classés en 4 catégories. Ces catégories ont été recoupées avec la cartographie complète fournie les bases de données géographiques transmises par les satellites [5]. L’ensemble permet de connaître l’état des sols, des sous-sols, les gisements de ressources naturelles, les ressources marines, etc. Au prétexte d’établir des zones de protection de la biodiversité, les fameuses trames vertes et bleues, le globe terrestre est ainsi scruté et transformé en parts de marché.

Mais le zèle économétrique ne s’arrête pas là. Depuis 2007, c’est le TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity) qui élabore, toujours sous la direction du banquier Pavan Sukhdev, un système complexe pour calculer la valeur monétaire de chaque « service écosystémique » (sic !). Discrétion oblige, les conclusions de ces constructions mathématico-financières ne seront présentées qu’en octobre 2010 à Nagoya.

Sans attendre la conférence de Nagoya toutefois, un premier symposium destiné au monde des affaires, intitulé le « business of biodiversity », s’est tenu à Londres le 13 juillet. Julia Marton-Lefèvre, directrice de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), a présenté l’étude « TEEB for business » pour faire un appel du pied aux transnationales. Le rapport promet aux entreprises près de 1 100 milliards $ de profits supplémentaires en 2050, grâce aux services écosystèmiques [6]. Parmi les contributions au symposium, notons celles de William Evison, de PricewaterhouseCoopers, Mikkel Kallesoe, du World business Council for sustainable development, qui regroupe des multinationales aussi notoirement écologiques que Dow chemical.

Pouvoir offshore, élus hors-sol

Il reste à mettre en place le système qui va organiser et contrôler ce marché. En mai 2010, à Nairobi, « un groupe de travail spécial à composition non limitée » de la CDB propose la création d’une plate-forme science-politique pour appliquer un plan stratégique, tout en déclarant « qu’il était prématuré d’en discuter ». En juin 2010, en Corée, les représentants de 90 États adoptent cette proposition : l’Intergovernmental science-policy platform on biodiversity and ecosystem services (IPBES) [7] est lancée. En écho, le G8 réuni le 25 juin au Canada, applaudit sa création. Elle devait être entérinée en septembre 2010, à New York, lors de la 65e Assemblée générale de l’ONU. L’IPBES réunira des représentants des États, mais également des experts, des firmes et des financiers. Cette plate-forme sera chargée de fournir l’expertise scientifique en matière de biodiversité. Mais contrairement au GIEC [8], dont elle prétend être la réplique pour la biodiversité, elle aura également un mandat politique. Forte de l’aval de l’ONU, l’IPBES sera, à Nagoya, investie d’un pouvoir supranational. Elle contrôlera l’application d’une convention sur la diversité biologique (CDB) complètement détournée de ses objectifs d’origine. Le plan stratégique, qui sera adopté à Nagoya, couvre une période jusqu’à 2020. Quant aux instruments pour y parvenir, le monde des affaires aura carte blanche. « L’intérêt et les capacités du secteur privé (…) dans la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité et des services des écosystèmes comme source de futures opérations commerciales, et comme condition à de nouvelles possibilités commerciales et de débouchés (…) » est salué ad nauseum par un groupe de travail préparatoire à la 10e conférence de la CDB [9].

Les banques dans les starting blocks

La véritable question qui intéresse les banquiers et les fonds d’investissement, c’est à l’évidence de transformer la biodiversité en fonds monétaire. Des systèmes de compensation, comme le « Paiement et compensation des services environnementaux » (PSE) sont déjà en vigueur. Pratiqué depuis quelques décennies, ce système se résume à cette idée : les écosystèmes fournissent des services essentiels au bien-être humain, pourquoi ne pas les faire payer ? Pour les pays du Sud, la FAO a proposé une convention-type de PSE. Elle incite, par exemple, les agriculteurs à cesser la culture sur brûlis ou à pratiquer l’écobuage... « Toutefois, le PSE ne s’applique pas aux multinationales, en particulier celles qui détruisent les forêts pour planter des palmiers à huile. Il ne contraint que les petits paysans qui mettent fin à leurs droits d’usages », reconnaît Alain Karsenty, du CIRAD [10]. En échange d’une compensation arbitraire, les petits paysans du Sud n’auront plus qu’à acheter les engrais et les pesticides…

Il existe également les « réserves d’actifs naturels » (RAN), que la filiale biodiversité de la Caisse des dépôts (CDD) commence à créer en achetant des terrains qu’elle remet à l’état de « nature », comme elle l’a déjà fait dans la plaine de la Crau. Par ailleurs, la filiale gère des espaces de compensation pendant 30 à 50 ans pour le compte d’un aménageur (exemple de l’autoroute A 65).

Pour gérer ces contrats, les banques de compensation entrent en jeu. « Elles existent déjà aux Etats-Unis pour les zones humides », a expliqué Capucine Chamoux, de l’ambassade américaine à Paris, lors de la conférence de l’ICREI, réuni à Aix-en-Provence en juin dernier. Une société privée finance, via un crédit bancaire, la restauration d’une zone humide : « celui qui offre la meilleure prestation au plus bas prix emporte le marché de gestion ».

Le trou noir de la finance

Chacun sait que les banques de compensation, telles Clearstream, ne sont absolument pas régulées. Leurs activités sont fondées sur les contrats à terme qu’elles transfèrent ensuite aux chambres de compensation chargées de vérifier les transactions. Leur fonctionnement est si opaque qu’en 2008, elles ont été qualifiées de « trou noir de la finance ». Comment peut-on prétendre qu’elles vont protéger la biodiversité et les écosystèmes ?

Selon Sarah Hernandez, économiste environnementale, la compensation financière a toutes les chances de devenir « une licence de destruction » de la nature [11] . Le seul intérêt serait donc celui des banques. Elles seront habilitées à transformer les territoires en actifs financiers et ceci n’est pas une vue de l’esprit. L’Allemagne n’a-t-elle pas suggéré, en mars dernier, que la Grèce « offre ses îles » pour compenser sa dette [12] ? Grâce aux réserves d’actifs naturels, les banques auront davantage d’occasion de spéculer.

Cette préséance accordée aux fonds spéculatifs dans le management global des écosystèmes de la planète, aussi scandaleuse qu’elle soit, n’est pas tout à fait surprenante. La richesse et le pouvoir ont changé de mains aux Etats-Unis en 2007. Devançant pour la première fois les patrons d’entreprises industrielles ou technologiques, les responsables des fonds spéculatifs et privés sont arrivés en tête du classement des fortunes publié dans Forbes Magazine. Et ils comptent bien conserver la première place. Le cœur du capitalisme financier s’apprête à franchir un nouveau pas : se garantir sur nos réserves d’actifs naturels. Après avoir coulé le système économique par des investissements véreux, il ne manque plus aux banques que de couler la terre.

Dépossession généralisée

Au nom de la biodiversité, cette nouvelle gouvernance affectera le statut et le sort de toutes les ressources naturelles pour des décennies. L’OMC ne s’y est pas trompé. Son rapport sur le commerce mondial 2010, publié fin juillet, s’intitule « Commerce des ressources naturelles ». Son directeur, Pascal Lamy se félicitait dans un communiqué du 27 juillet 2010 que « les choses » allaient bouger en octobre. Bouger pour qui et dans quel sens ? Cette financiarisation de la nature va soustraire aux communautés locales et aux souverainetés nationales l’usage de leurs ressources et territoires. « On ne peut pas protéger la biodiversité sans toucher au droit de propriété », affirmait Patrick Hubert, ex-conseiller d’État qui a dirigé plusieurs cabinets ministériels, dont celui de Dominique Perben.

Cette nouvelle gestion implique la transformation du droit de propriété, propriété individuelle, bien sûr, mais aussi propriétés de l’État et des communes, propriétés collectives en Afrique et dans l’hémisphère Sud en général. Certes, l’érosion génétique, la dégradation des écosystèmes et l’épuisement des ressources prennent des proportions alarmantes. Mais les solutions proposées par les technocrates et les financiers à Nagoya, vont à contre-sens de la préservation de la nature. Vont-ils y parvenir à les imposer ? L’alerte sur le détournement de Nagoya est lancée et commence à se répercuter à travers la planète [13].

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Notes :

[1] www.cbd.int/cop10

[2] L’Accord général sur le commerce des services constitue l’annexe 1B de l’Accord de Marrakech. Voir : http://www.marianne2.fr/Le-complot-... et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accord..., ainsi que : http://fr.wikipedia.org/wiki/Omc

[3] Robert Costanza : « The value of the world’s ecosystem services and natural capital », Nature, n°387, 1997, pp. 253-260. http://www.nature.com/nature/journa.... Professeur en économie environnementale, Robert Costanza a longtemps enseigné à l’université de Vermont (USA) avant de rejoindre l’université d’État de Portland.

[4] Évaluation des écosystèmes pour le millénairehttp://www.millenniumassessment.org

[5] La base de données Corine Land Cover couvre déjà trente-huit pays européens : http://fr.wikipedia.org/wiki/Corine...

[6] Site général du « TEEB » : http://www.ecosystemmarketplace.com - Rapport du « TEEB for business » : http://www.teebweb.org/LinkClick.as...

[7] Plate-forme intergouvernementale sur la science et la politique de la biodiversité et des services écosystémiques : http://ipbes.net

[8] Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat : http://fr.wikipedia.org/wiki/GIEC

[9] Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique. Dixième réunion Nagoya, Japon, 18-29 octobre 2010. Point 10 de l’ordre du jour. Rapport du « groupe de travail spécial à composition non limitée » de l’application de la convention sur les travaux de sa troisième réunion. http://www.cbd.int/

[10] Alain Karsenty, chercheur au CIRAD, consultant dans plusieurs organisations internationales, dont la Banque mondiale. Il est intervenu lors de la 8e conférence internationale de l’ICREI, qui s’est tenue à Aix-en-Provence du 17 au 19 juillet 2010. L’International center for research on environmental issues (ICREI), ou Centre international de recherche sur l’environnement, fondé par Alain Madelin, est actuellement présidé par Max Falque. http://www.icrei.org

[11] 5e colloque sur « la réparation des atteintes à l’environnement » organisé à la Cour de Cassation, le 24 mai 2007 : http://www.courdecassation.fr/collo...

[12] L’Expansion.com et AFP du 4 mars 2010 : http://www.lexpansion.com/.../pour-...

[13] « Big Bodies vs the Biosphere. Confronting the global corporate hijack of Nagoya’s COP10 » : http://www.truth-out.org/big-bodies...

Business & destruction Hervé Kempf Reporterre 2010/10/19 Hervé Kempf (19 octobre 2010) Business & destruction. Reporterre. Tribune — fr

Business & destruction

Le Muséum d’histoire naturelle est un lieu cher à tout écologiste : c’est de cette mémoire vivante de la biosphère qu’ont été lancés, en France, maints cris d’alarme sur l’environnement, à commencer par le livre pionnier de Jean Dorst (Avant que nature meure, Delachaux et Niestlé, 1965). Près de quarante ans plus tard, alors que l’érosion de la biodiversité se poursuit à un rythme effrayant, le Muséum accueille, le 19 octobre, un symposium international « Business & biodiversity » (1). Total, EDF, Lafarge, BASF, Areva, Veolia et autres compagnies sponsorisent l’événement dont le message subliminal est : « Laissez les entreprises s’en occuper ».

Au même moment s’est ouverte à Nagoya, au Japon, la conférence des Nations unies sur la biodiversité, dont le principal point de friction est le partage des bénéfices tirés des richesses naturelles. Alors que le désastre s’étend, les hommes continuent à se disputer. On songe au tableau de Goya - évoqué par Michel Serres dans Le Contrat naturel - où deux hommes se battent à coups de gourdin dans des sables mouvants qui les aspirent vers le néant.

C’est du système financier que viendrait maintenant « LA solution » : il faudrait donner un prix à la nature pour qu’on la respecte. L’idée a été lancée voici vingt ans par l’économiste David Pearce (Blueprint for a Green Economy, 1989 (2)). Elle a cheminé et a trouvé une consécration officielle dans le rapport de Pavan Sukhdev (3), un banquier indien travaillant pour la Deutsche Bank et qui a fait une partie de sa carrière sur le marché boursier de Bombay. Il exprime le nouveau dogme : « Les ressources naturelles forment un capital qui offre tout le potentiel d’un bon investissement. » (4)

Cette approche, en vedette à Nagoya, est censée inciter les gouvernements et les agents économiques à comparer le coût d’un investissement à celui des « services » qu’il fait perdre. Elle prépare la généralisation de systèmes de compensation où une destruction, ici, serait balancée par une restauration ailleurs. Mais il n’y a là que l’aveu de l’impuissance du pouvoir politique - normalement porteur de l’intérêt général - face au pouvoir financier. Seul le calcul économique serait légitime pour décider des choix collectifs. Et l’on fournit, en réalité, un alibi au maintien du système : la compensation est un permis de détruire.

En fait, la résistance citoyenne est le meilleur moyen d’empêcher la destruction de l’environnement. En Aquitaine, l’autoroute Pau-Langon se construit faute d’opposition assez forte. En Inde, le projet minier Vedanta est rejeté grâce à la lutte des paysans et des indigènes (5). La destruction de la nature n’est pas un problème économique, mais politique.

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Notes :

(1) http://www.epe-asso.org/index.php?p.... Le programme - très instructif - du symposium n’est malheureusement pas en ligne.

(2) http://books.google.fr/books?id=jMT...

(3) http://ec.europa.eu/environment/nat.... Voir aussi le site : http://www.teebweb.org/

(4) Cité par : http://www.novethic.fr/novethic/pla...

(5) http://www.survivalfrance.org/actu/6404

Le gouvernement encourage la délation Parti de Gauche Reporterre 2010/10/19 Parti de Gauche (19 octobre 2010) Le gouvernement encourage la délation. Reporterre. fr

Le gouvernement encourage la délation

Le système « Voisins vigilants » invite tout le monde à surveiller tout le monde.

Les « voisins vigilants » : le début d’un système de délation généralisé

Le climat délétère instauré par le gouvernement vient d’accoucher d’une nouvelle aberration.

Plusieurs dizaines de villes en France viennent de mettre en place le système de « Voisins Vigilants » sur le modèle anglais « neighbourhood watch ». Des voisins zélés s’inscrivent auprès de la gendarmerie pour devenir « référents » et noter ce qui leur semble anormal : numéro d’immatriculation de voitures « suspectes », code vestimentaire et descriptions de visiteurs, etc. Les « voisins vigilants », structurés en réseau de façon hiérarchisée, ont pour mission de rapporter chaque détail « anormal » à la gendarmerie.

En clair, nous assistons à la mise en place progressive et sournoise d’un réseau de délation généralisé où tout le monde surveille tout le monde, où le soupçon l’emporte d’emblée sur la bienveillance. Comble du mauvais goût, les villes et quartiers qui mettent en place ce dispositif le revendiquent en l’indiquant par un panneau de signalisation représentant « un œil vigilant ».

La mise en place de milices de quartiers n’est pas loin…

Précisons que ce dispositif est d’autant plus inquiétant qu’il n’a pas de fondement légal et n’offre donc pas de voie de recours aux citoyens.

Alain Bocquet a déposé en janvier dernier une demande d’enquête parlementaire (proposition de résolution 2210) sur le concept « voisins vigilants » afin de vérifier sa conformité à la loi et à la Constitution.

Aucun examen n’est envisagé.

Le Parti de Gauche demande que cette enquête soit enfin mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et alerte les citoyens pour que chacun se mobilise contre cette opération qui fait honte à notre République.

Le mardi 19 octobre... Par Julien villalard Reporterre 2010/10/20 Par Julien villalard (20 octobre 2010) Le mardi 19 octobre.... Reporterre. fr

Le mardi 19 octobre...

« Quand l’ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice », Romain Rolland

« Quand l’ordre est injustice, le désordre est déjà un commencement de justice », Romain Rolland

Une des citations portées par le Théâtre du Soleil, à Paris, le 19 octobre.

Et PUIS :

Autant de manifestants que le 12 octobre, selon CGT et CFDT ; le ministère de l’intérieur parle de 1.100.000 personnes

Le ministère de l’intérieur avait donné le chiffre de 1.230.000 manifestants le 12 octobre.

La manif la plus importante s’est déroulée à Paris, où la CGT a fait état de 330.000 manifestants, soit autant que le mardi précédent. Dans plusieurs villes de France, comme Toulouse, les syndicats ont annoncé des participations record.

Les manifestations dans le pays A Paris, la préfecture a fait état de 67.000 manifestants contre 65.000Royal et Aubry ensemble dans la manif parisienne (19 octobre 2010) mardi dernier. La CGT a fait état de 330.000 personnes vers 16h00. La police parlait de 50.000 personnes samedi dernier et de 89.000 mardi dernier.

Marseille : Environ 240.000 personnes, soit 10.000 de plus que mardi dernier, ont défilé dans les rues de Marseille selon les syndicats. La police a annoncé 23.000 manifestants. « De mémoire de syndicaliste, j’ai rarement eu autant de mal à me frayer un chemin pour rejoindre la tête du cortège », a dit à Reuters la secrétaire générale CGT pour les Bouches-du-Rhône, Mireille Chessa.

Toulouse : La manifestation a réuni 155.000 personnes selon les organisateurs et 35.000 selon la police. Cette participation constitue un record puisque les chiffres du 12 octobre fluctuaient de 30.000 à 145.000 manifestants.

Lyon : Entre 18.000 personnes dont 4.000 lycéens selon la police et 45.000 selon les syndicats ont défilé a la mi-journée dans les rues de Lyon. Des incidents se sont multipliés en marge du cortège. La préfecture a indiqué que « 5 à 6 magasins » avaient été « pillés » par des casseurs mardi à la mi-journée dans le centre.

Bordeaux : Entre 34.000, selon la police, et 140.000 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté en fin de matinée. Les chiffres sont stables par rapport à mardi dernier, lorsque la police avait annoncé 35.000 manifestants et les organisateurs 130.000.

Rennes : Environ 26.000 personnes selon la police, 50.000 selon la CFDT, ont manifesté mardi.

Aux cortèges dans les grandes villes, il faut ajouter les nombreux défilés enregistrés : En Normandie, Rouen, 22.500 personnes ont manifesté mardi selon la police et 60.000 selon les organisateurs, contre 23.500 et 75.000. Au Havre, 11.000 (police) à 60.000 (organisateurs) personnes ont défilé (11.000 à 55.000 la semaine dernière). Ils étaient entre 22.000 et 60.000 à Caen contre 26.000 à 55.000 la semaine dernière.

Dans le Nord-Pas-de-Calais : La préfecture de police a annoncé 7000 manifestants dont 1000 lycéens à Valenciennes, 3000 dont 500 lycéens à Douai et 1.300 manifestants dont 300 lycéens à Maubeuge.

Dans le Poitou-Charentes : Entre 12.000 personnes selon la police, 28.000 selon les syndicats, ont défilé à Angoulême (Charente) où des ronds-points d’accès à deux zones industrielles ont été bloqués en début de matinée. A Cognac, entre 300 à 400 personnes dont une centaine de lycéens bloquent depuis le début de matinée un rond-point stratégique d’accès au centre-ville.

En Aquitaine : en Dordogne, entre 6000 et 9000 manifestants, selon la police et les syndicats, ont battu le pavé à Périgueux. A Pau (Pyrénées-Atlantiques), ils étaient de 15.000 à 25.000 selon les sources, tandis qu’à Bayonne la police a compté 8.200 personnes et les syndicats 19.000. A Agen (Lot-et-Garonne) les manifestants étaient entre 4.200 à 8.500.

12,76% de fonctionnaires en grève mardi 12,76% des fonctionnaires d’Etat étaient en grève mardi, en baisse par rapport au 12 octobre (21,22%), le taux étant aussi en repli pour les agents territoriaux (11,4% contre 16,12%) et hospitaliers (11,67% contre 15,16%), selon le ministère de la Fonction publique.

14% d’enseignants grévistes Le taux de grévistes est de 14,14% dans le premier degré contre, 28,73% le 12 octobre, et de 13,79% dans le second degré contre 19,58%. Le SNUipp-FSU, syndicat des enseignants du premier degré, annonce un taux de grévistes de 31% contre 47,9% la semaine dernière.

RATP et SNCF : hausse du taux de grévistes RATP : la direction a recensé 9% de grévistes mardi, un chiffre en hausse sur les derniers jours, mais plus faible que celui de la dernière journée d’action du 12 octobre (17% de grévistes). SNCF : mardi à la mi-journée, la direction a compté 30,4% de grévistes dans l’entreprise, la CGT 42,68%, soit une forte hausse par rapport à lundi, de respectivement près de 18 et 14 points.

Mobilisation record des lycéens Plus de 1.200 lycées étaient mobilisés mardi et 850 bloqués selon la Fidl, 379 selon le gouvernement.

Enseignement supérieur Entre six et dix des 83 universités du pays étaient bloquées mardi matin, ainsi que certaines fermées administrativement, a-t-on appris auprès du ministère de l’Enseignement supérieur et de l’Unef, première organisation étudiante. Le ministère faisait état dans la matinée de quatre universités entièrement bloquées et de deux partiellement.

De son côté, l’Unef assurait que dix universités étaient bloquées, six entièrement et quatre partiellement. L’Unef évoque au total « 20 universités mobilisées », c’est-à-dire où la grève a été votée en assemblée générale étudiante, total dans lequel sont comptées les dix universités bloquées et les trois fermées.

Poste et Télécoms Poste : le taux de grévistes s’est élevé à 11,37%, selon la direction, contre 18,13% le mardi 12 octobre. Sud PTT a annoncé un taux de grévistes de près de 25%, contre plus de 30% il y a une semaine. France Telecom : 17,86% des 100.000 salariés français étaient en grève mardi à 18H00 contre la réforme des retraites, selon la direction, un chiffre en baisse par rapport au 12 octobre (25,46%), les syndicats donnant un taux de 25 à 30% (contre 35 à 40% le 12).

EDF La direction d’EDF a relevé mardi à la mi-journée 15,3% de grévistes dans le cadre du mouvement contre la réforme gouvernementale des retraites, contre 17,9% lors de la précédente journée d’action, le 12 octobre.

Début de pénurie d’essence Le gouvernement a dû activer lundi le centre interministériel de crise pour assurer « la pérennité du ravitaillement en carburant », du fait du blocage des raffineries.

Selon un sondage paru lundi, 71% des Français expriment leur soutien ou de la sympathie pour la journée de mardi organisée par l’intersyndicale, la 6e depuis la rentrée.

Français, regardez l’Argentine ! Baptiste Bloch Reporterre 2010/10/21 Baptiste Bloch (21 octobre 2010) Français, regardez l’Argentine !. Reporterre. Tribune — fr

Français, regardez l’Argentine !

Avec dix années d’écart, l’Argentine et la France connaissent un scénario économique similaire. Si l’on souhaite une sortie de crise favorable aux travailleurs, il serait utile de tirer les enseignements des expériences argentines.

1 . Crise financière et récession économique

Déjà née des excès de la finance dérégulée dans le cadre de la mondialisation néolibérale, la crise de 1998 a confronté l’Argentine à une crise de liquidité sans précédent, plongeant le pays dans une récession de 4% de son PIB dès 1999. Pendant trois ans, les Argentins assistent à une cascade de fermetures d’usines et de licenciements, plongeant une grande partie de la population dans le chômage ou l’économie informelle. En France avec une intensité moindre, la crise dite des subprimes de 2008 a déstabilisé l’ensemble du système bancaire, puis rapidement contaminé l’économie réelle. Elle se traduit par une hausse constante du taux de chômage sous l’effet de « restructurations » consécutives.

2. Crise de la dette publique et stratégie de choc

A la fin des années 1990, l’Argentine sort d’une décennie de politiques néolibérales sous l’égide du président Carlos Menem. La première réponse à la crise, insufflée par le FMI, a consisté à imposer des réductions de dépenses publiques drastiques, le pays étant accusé de « vivre au-dessus de ses moyens ». C’est ce que Naomi Klein a qualifié de « stratégie de choc », qui se voit aujourd’hui transposée dans les pays du Nord – l’exemple grec en étant la parfaite illustration. Ainsi la France fait-elle aujourd’hui l’objet d’une « cure d’austérité » (réforme générale des politiques publiques, réforme des retraites…), menée dans le but de « rassurer les marchés financiers ».

3. Quelles résistances ?

L’Argentine a prouvé qu’une résistance était possible face à une telle agression, et que la détermination d’un peuple pouvait faire reculer la volonté des spéculateurs. Les 19 et 20 décembre 2001, le pays connaît une explosion sociale majeure qui conduira au départ forcé du ministre de l’économie d’alors, Domingo Cavallo, et empêchera l’ascension de trois présidents consécutifs. En février 2002, le rapport de forces s’inverse et l’Argentine déclare son insolvabilité face aux titulaires de sa dette souveraine. Dans tout le pays, des collectifs de travailleurs s’organisent pour reprendre le contrôle de leur économie. Alors que de nombreux chefs d’entreprise ont fait cessation de paiement ou ont simplement fui le pays, les collectifs choisissent de relancer la production sous contrôle ouvrier. Leur slogan : « occuper, résister, produire ». Ces expériences autogestionnaires se multiplient au cours des années suivantes. Aujourd’hui, en 2010, le pays compte plus de 200 entreprises récupérées rassemblant près de 10.000 travailleurs. Au cours de l’année passée, l’actualité française a été marquée par de nombreuses luttes contre les « plans sociaux » et délocalisations. Mais rares sont celles qui ont débouché sur la sauvegarde des emplois. Les travailleurs de l’usine Philips de Dreux ont ouvert la perspective de la reprise ouvrière (1). Mais le manque de soutien et de combativité des syndicats et partis politiques a joué en leur défaveur.

L’Argentine n’est pas sortie du capitalisme. Elle a toutefois montré que des alternatives sont possibles face au chômage et aux délocalisations. Il est temps d’en étudier les forces et les faiblesses pour au plus vite engager la riposte.

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Note :

(1) A Dreux, les travailleurs de Philips voudraient produire eux-mêmes http://www.reporterre.net/spip.php?...

En Rhône-Alpes, les TGV nuisent aux trains régionaux Les Verts-Europe Ecologie Reporterre 2010/10/21 Les Verts-Europe Ecologie (21 octobre 2010) En Rhône-Alpes, les TGV nuisent aux trains régionaux. Reporterre. fr

En Rhône-Alpes, les TGV nuisent aux trains régionaux

En voulant améliorer la liaison internationale vers Genève, la SNCF et RFF dégradent la desserte régionale, la plus utilisée par les habitants.

Les élus écologistes à la Région ne voteront pas la grille horaire des TER

Le 19 mars dernier, la déclaration commune des listes du PS et d’Europe Ecologie-Les Verts promettait, entre autres, des trains plus réguliers, plus ponctuels et plus confortables. Aujourd’hui, la Région doit mettre en oeuvre cette politique dans un contexte de plus en plus contraint. D’une main, l’Etat a privé les régions de ressources financières comme la taxe professionnelle. De l’autre main, ses sociétés SNCF et Réseau Ferré de France peinent à exploiter le réseau ferroviaire rhônalpin à la hauteur des attentes.

Le sillon alpin, la Savoie et la Haute-Savoie perturbés

L’Etat français et la Confédération Helvétique ont souhaité améliorer l’infrastructure ferroviaire du Haut Bugey, afin que les TGV Genève–Paris, qui l’empruntent puissent circuler plus rapidement. L’objectif était de réduire le temps de parcours entre Genève et Paris à moins de 3 heures. RFF (Réseau Ferré de France) a terminé les travaux et c’est un échec : la plupart des TGV (trains à grande vitesse) mettront 3h15 à 3h20. Les Suisses ont d’ailleurs annoncé qu’ils réduiraient leur participation. La transformation des circulations des TGV sur cette ligne a des conséquences sur les TER (trains express régionaux) qui l’empruntent.

Depuis les correspondances à Bellegarde, les dégradations se répercutent sur l’ensemble des trains de l’étoile d’Annemasse, puis sur l’ensemble des TER du sillon alpin : Valence–Grenoble–Chambéry–Genève. Ce domino-cascade touche jusqu’aux liaisons entre Lyon et Annecy, Lyon et Chambéry et celles de la vallée de la Tarentaise. Fin 2009, le directeur régional de RFF annonçait 40 % de TER impactés pour un surcoût de 6 millions d’euros.

Depuis un an, les services de la Région ont fait un énorme travail, avec RFF et la SNCF, afin de réduire les dégradations de service et la facture. Cependant, après plusieurs mois de discussions et des réductions de services choisies par la Région, la facture reste de 2,9 millions d’euros. Le résultat de ce travail a abouti à un rapport de commission permanente que le Conseil régional devra voter ce mercredi 20 octobre. Les élus Europe Écologie / Les Verts refuseront d’entériner un service dégradé avec une facture augmentée. Ils ne voteront donc pas cette proposition. « Il est inadmissible que les usagers et les contribuables de Rhône-Alpes supportent les conséquences de la mise en place d’une liaison internationale imposée par l’Etat, estime Jean-Charles Kohlhaas président de la commission transports au Conseil régional. Nous partageons l’ambition de la vice-présidente aux transports pour un travail sur la qualité des transports. Si nous ne validons pas les propositions de la SNCF et de RFF, c’est pour remettre ceux-ci devant leurs responsabilités. »

Le service TER ligne par ligne

La proposition de service 2011, c’est-à-dire les grilles horaires des TER qui sont proposées pour être mises en place le 12 décembre pour un an, affecte les lignes de la manière suivante : - Seul point réellement positif : les circulations entre Lyon et Annecy sont nettement améliorées. - Pour l’Etoile d’Annemasse, l’ensemble des horaires sont décalés de 30 mn, certaines liaisons sont transformées en car et le nombre de services est diminué le week-end. - Pour le sillon alpin, les temps de parcours sont globalement allongés entre Annecy et Chambéry (+ 10 mn), entre Chambéry et St. Marcellin (+ 15 mn avec 19 mn d’arrêt à Grenoble) ; des trains sont décalés ; le nombre de circulations entre Aix et Chambéry diminue ; certains trains sont remplacés par des cars. Seule compensation : trois TGV Annecy-Chambéry supplémentaires seront accessibles aux abonnés du TER. - Lyon – Chambéry : 4 trains sont remplacés par des cars. - Tarentaise : des trains remplacés par des cars en basse saison. - Maurienne : quelques décalages, pas de grosses dégradations.

« Tous ces petits détails concourent à faire en sorte que dans de plus en plus de cas de figure, il devient beaucoup moins pertinent de prendre le train que la voiture, estime Jean-Charles Kohlhaas. Nous allons à rebours de nos engagements. »

Des panels plutôt que des comités

La concertation entre la SNCF, RFF, la Région et les usagers se dégrade. Chaque année, la Région vote les horaires des TER proposés par la SNCF et RFF pour l’année suivante. Jusqu’à présent, ces horaires étaient présentés au sein des comités de ligne mis en place par la Région en 2004. Lieux d’échanges et de débats, ces comités réunissent les parties prenantes de chaque ligne : associations d’usagers, opérateurs ferroviaires, syndicats et élus locaux. Alors que ces comités n’ont pas été réunis depuis près d’un an, la SNCF envisage la création de panels d’usagers, choisis par l’institut d’études IFOP. « C’est une autre vision de la démocratie participative : une logique de sondages davantage qu’une logique de concertation, regrette Jean-Charles Kohlhaas. On aura fatalement des gens moins pointus qui pourront parler pour leur cas personnel, mais sans forcément comprendre la logique d’ensemble. Au final, les gens qui décident sont souvent ceux qui ne prennent pas le train. » Cette année donc, les comités de ligne n’ont été réunis que samedi dernier pour discuter tous ensemble, outre de leur avenir, des horaires de l’année prochaine. Au sein même du Conseil régional, la commission transports composée d’élus représentatifs de tous les groupes politiques, n’a pu prendre connaissance des documents de travail qu’avec deux trimestres de retard… Tout cela en vue d’un vote le 20 octobre prochain. Aujourd’hui encore, les élus manquent d’informations nécessaires pour juger de la pertinence des modifications envisagées aux TER rhônalpins.

La solidarité financière avec les grévistes prend de l’ampleur Par Julien villalard Reporterre 2010/10/22 Par Julien villalard (22 octobre 2010) La solidarité financière avec les grévistes prend de l’ampleur. Reporterre. fr

La solidarité financière avec les grévistes prend de l’ampleur

On ne peut pas faire grève ou ce n’est pas utile ? Alors, on peut soutenir les grévistes en les aidant à supporter la perte de salaire.

APPEL A LA SOLIDARITÉ AVEC LES GRÉVISTES

La mobilisation sociale contre la réforme des retraites prend de l’ampleur. Les manifestations, si massives et unitaires soient-elles, ne suffiront pas à faire reculer le pouvoir. Aussi les grévistes et les citoyens recherchent-ils d’autres modes d’action pour se faire entendre. L’adoption de la réforme par l’Assemblée et le Sénat n’y changera rien. Le vote par les parlementaires d’une réforme injuste et illégitime, contre la volonté populaire, est un inacceptable déni de démocratie.

Des salariés et des citoyens chaque jour plus nombreux entrent en résistance, dans l’Education nationale, les lycées et universités, la SNCF et les aéroports, les raffineries et les ports, le transport routier, dans d’innombrables grandes, moyennes et petites villes de France. Le blocage de l’économie devient possible.

Or, l’argent est le nerf de la guerre. Il faut aider les grévistes à tenir, pour gagner contre cette réforme injuste et scélérate. Ceux qui ne peuvent faire grève peuvent soutenir financièrement ceux qui la font, même modestement. Les initiatives, déjà nombreuses, doivent se multiplier.

Nous appelons chacun à envoyer sans attendre des dons aux syndicats qui mènent ces luttes.

Le site internet « Solidaires pour une grève efficace » (http://www.bizimugi.eu/grevesolidaire recense déjà certaines de ces initiatives, et vous pouvez lui signaler celles que vous connaissez. Nous incitons également les citoyens opposés à cette réforme à contacter les syndicats de branche ou les unions locales qui leur sont proches.

Déjà, la Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC-CGT, case 429, 263 rue de Paris, 93514-Montreuil), SUD-Chimie (6 rue Louis Blanc, 76000-Rouen), les syndicats de Total (Coordination CGT Total, Christine Kipfer, A0102, 24 cours Michelet, La Défense 10, 92069 Paris La Défense Cedex), (SUD-Rail (17 bd de la Libération, 93200-Saint-Denis), la CGT-Cheminots (263 rue de Paris, 93514-Montreuil), la CFDT Route (FGTE-CFDT-UFR, 47-49 avenue Simon Bolivar, 75019-Paris), font appel à cette solidarité citoyenne.

Tous ensemble, nous pouvons mettre en échec l’arrogance et le mépris de ce gouvernement.

Le 21 octobre 2010.

Signataires : Des militants de diverses organisations syndicales, associatives et politiques de gauche, dont : Clémentine Autain (FASE), Jean-Jacques Boislaroussie (Alternatifs), Benoît Borrits (Alternatifs), Pierre Concialdi (ATTAC), Marie Cosnay, Thomas Coutrot (ATTAC), Leïla Chaibi (l’Appel et la Pioche), Michel Husson (ATTAC), Jean-Vincent Jehanno (Conseiller Régional Rhône-Alpes PG), Adrien Kempf (« Grève solidaire »), Christine Kipfer (Coordination CGT Total), Frédéric Lordon (ATTAC), Abdel Mabrouki (Stop Précarité), Xavier Marchand (FASE), André Martin (co-animateur du site http://www.retraites-enjeux-debats.org), Evelyne Perrin (AC !, FASE)…

Les squatteurs de la Marquise expulsés par la police Julien Martin - Rue 89 Reporterre 2010/10/23 Julien Martin - Rue 89 (23 octobre 2010) Les squatteurs de la Marquise expulsés par la police. Reporterre. fr

Les squatteurs de la Marquise expulsés par la police

« Y’a les CRS qui veulent un logement ! » L’humour n’efface pas la douleur, mais les squatteurs de l’hôtel particulier de la « Marquise », au cœur du Marais à Paris, n’en ont pas pour autant perdu l’usage, après que les CRS les ont expulsés ce samedi à l’aube.

A 7 heures, la trentaine d’occupants ont été remis à la rue par la force, sans même avoir le temps de réunir leurs affaires. Ne leur restait qu’à occuper la proche rue Saint-Antoine pour se faire entendre et attirer l’attention. Une ultime tentative de revenir dans les lieux n’y changera rien et se finira sous les gaz lacrymogènes.

Les membres du collectif des mal-logés Jeudi Noir avaient investi en octobre 2009 la bâtisse du XVIIe siècle, inoccupée depuis 1965. S’en est suivie une année rythmée par la bataille judiciaire qui les a opposés à la propriétaire, Béatrice Cottin, âgée de 88 ans.

Une bataille qui a pris fin vendredi, avec la décision de la cour d’appel de Paris d’ordonner leur expulsion sans délai, assortie du versement d’indemnités d’environ 80 000 euros. Et ce à une semaine de la trêve hivernale, qui ne s’applique cependant pas aux « occupants sans droit ni titre », comme c’est leur cas.

« En matière de logement, c’est la honte »

Jeudi Noir et les autres collectifs de mal-logés, tels le DAL ou Macaq, réclament depuis de longues années l’application de la loi de réquisition des logements vides datant de 1945. Il y a 1,8 million de logements vacants en France, dont 330 000 en Ile-de-France et 122 000 à Paris, selon les chiffres 2009 de l’Insee.

D’où la volonté concertée de nombreux étudiants et travailleurs précaires de les investir. C’est la lutte de l’illégalité : violation du droit propriété contre non-application de la loi de réquisition. « Rien n’est fait » pour sortir de cette situation, déplore Julien Bayou, membre de Jeudi Noir et conseiller régional Europe Ecologie : « On peut dépenser trois milliards d’euros pour baisser la TVA, on peut rendre 35 millions d’euros à Bettencourt qui a artificiellement baissé ses revenus, mais en matière de logement, c’est la honte. »

Les squatteurs, qui auraient aimé aussi recevoir ce samedi matin la visite des dirigeants socialistes de Paris et de la région, Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon, ont été autorisés à récupérer leurs affaires à 15 heures. Mais pour les mettre où ?

L’écologie, c’est l’emploi Hervé Kempf Reporterre 2010/10/24 Hervé Kempf (24 octobre 2010) L’écologie, c’est l’emploi. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie, c’est l’emploi

Dans le numéro marquant le trentième anniversaire d’Alternatives économiques, le deuxième magazine économique français, son fondateur, Denis Clerc, fait part d’un regret : « Il y a un point sur lequel je m’interroge : l’ambiguïté entretenue sur la question de la croissance depuis le début du journal » (1). Certes attentif aux questions d’environnement, Alternatives économiques juge pourtant trop souvent le bien-fondé d’une mesure ou d’une donnée à son effet sur la croissance du produit intérieur brut (PIB). « Il nous faut cesser d’être chauves-souris, mammifères à certains moments, mais animaux volants quand ça nous arrange. Le dernier livre de Jean Gadrey m’a convaincu qu’il faudra finir par trancher. On ne peut plus être favorable à la croissance à court terme et réservé ou critique dans le long terme. »

Il faut saluer l’honnêteté de Denis Clerc, et y voir un tournant : la doxa de la croissance est enfin remise en cause par la fraction la plus éclairée des économistes. Et il faut lire le livre de Jean Gadrey, pour comprendre la pertinence de ce tournant (2).

Jean Gadrey est professeur honoraire d’économie à l’université de Lille. C’est un expert des comptes de la richesse, et il a participé au travail de la commission Stiglitz sur la mesure du PIB.

Son livre commence par un exposé clair des imperfections de cet indice qui fascine politiques et économistes. Jean Gadrey rappelle que le PIB ne mesure ni le bien-être, ni la soutenabilité écologique et sociale. Et que, en revanche, sa croissance est clairement associée avec les dommages à l’environnement. Le livre démontre qu’on ne peut attendre du progrès technologique qu’il résolve le problème écologique dans une société qui voudrait maintenir un taux de croissance de 2 % par an.

Mais Jean Gadrey va plus loin : organisant sa réflexion autour de la nécessité de parer à l’aggravation de la crise écologique, il va chercher à démontrer qu’« une société post-croissance est non seulement une nécessité, mais, moyennant une redéfinition des priorités, correspond à une perspective désirable et crédible de progrès social et de développement humain ».

Une condition en est la remise en question de l’augmentation de la productivité du travail, habituellement considérée par les économistes comme un bien en soi. En réalité, elle est destructrice : produire plus avec autant de travail serait une bonne chose, sauf que, rappelle Jean Gadrey, « il faut en général plus de matériaux, d’eau et d’énergie, que les uns et les autres sont disponibles en quantités limitées, et que certaines ressources naturelles sont proprement vitales ».

Voie féconde

L’abandon de la recherche de gain de productivité est la clé de la nouvelle économie écologique : la plupart des modes de production écologiques demandent plus de travail que les productions polluantes. Une politique environnementale est donc créatrice d’emplois.

Jean Gadrey dresse une prospective pour les principaux secteurs d’activité des créations et des destructions d’emplois entraînées par une politique écologique. Le bilan est sommaire, mais ouvre une voie féconde. Le niveau de vie matériel diminuera. Cela sera compensé par de meilleurs services (transports, logements sociaux, etc.), une meilleure alimentation, plus de temps libre, des biens plus durables, plus de lien social, etc.

Deux conditions, pour parvenir à cette situation : abandonner le PIB comme boussole de l’économie et opérer une redistribution drastique des revenus.

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Notes :

(1) http://www.alternatives-economiques...

(2) Jean Gadrey, Adieu à la croissance, éd. Les Petits Matins, 192 p., 15 €.

Le jeu trouble de Total avec ses raffineries Laurence Dequay - Marianne Reporterre 2010/10/24 Laurence Dequay - Marianne (24 octobre 2010) Le jeu trouble de Total avec ses raffineries. Reporterre. fr

Le jeu trouble de Total avec ses raffineries

Malgré les départs en vacances, les grévistes raffineurs conservent le soutien de l’opinion publique. En réalité, la décision de Total de fermer des raffineries pour des raisons de sécurité a beaucoup contribué à la pénurie d’essence.

Le gouvernement a beau multiplier les imprécations contre les jusqu’au boutistes du pétrole engagé dans des grèves reconductibles : une large majorité des Français,-63 % selon le dernier sondage de l’IFOP-, soutiennent toujours le mouvement social. Et 46% d’entre-eux, selon BVA, le blocage des raffineries.

Propulsé nouvelle icône médiatique, bonnet rouge vissé sur le crâne et corpulence de docker, Charles Foulard le teigneux délégué central Total, convainc encore lorsqu’il martèle que « l’objectif de ses camarades n’a jamais été de bloquer le pays mais de contraindre le gouvernement à revoir sa copie sur les retraites. »

De fait cette semaine au Havre, pétroliers, cheminots et fonctionnaires militants à la FSU qui avaient dressé de multiples barrages, ont été plus applaudis que klaxonnés. Et bien que les sites de Donges (Loire Atlantique) et de Feyzin près de Lyon, aient d’ores et déjà reconduits leur mouvement de grève jusqu’au 29 octobre, de tout l’hexagone, des chèques de soutien affluent vers les raffineries.

Dès lors dans ce combat frontal dans les coulisses de l’or noir, n’en déplaise à Jean-Louis Borloo, c’est plutôt l’exécutif qui, de réunion de crise en réunion de crise, semble accumuler mensonges et non dit. Primo, après avoir annoncé en fanfare un retour à la normale des approvisionnements des stations service dès ce weekend-end, le ministre de l’environnement et des transports a dû concéder qu’un quart d’entre elles n’étaient toujours pas approvisionnées. Ce que les Français, avaient déjà constaté par eux même en patientant dans de longues files d’attente...

Secundo, ce premier ministrable dont on vante la fibre sociale s’est bien gardé de reprocher publiquement quoi que ce soit au groupe Total. Or si aujourd’hui 6 des 12 raffineries installées sur le territoire sont à l’arrêt c’est d’abord parce que la première entreprise du CAC 40, arguant de contraintes de sécurité, a préféré fermer temporairement ces sites classés Seveso plutôt que de réduire leur débit. Accessoirement cette chute de production va ramener ses stocks de carburants très importants à des niveaux moyens en lui permettant de réaliser une belle plus value. Une aubaine pour un pétrolier plombé par ses surcapacités en Europe et dont la marge de raffinage a plongé au troisième trimestre de 47%...

Dans ce contexte économique, il est donc d’autant plus choquant que les préfets procèdent comme en Seine et Marne pour le site de Grand Puits, à des réquisitions de l’ensemble des personnels des dépôts au mépris du droit syndical de grève, comme l’a jugé le Tribunal de Melun. Quand dans les raffineries, les personnels qui n’auraient pas souhaité faire grève, se retrouvent, eux, au chômage technique.

En réponse à ces grandes manœuvres, la solidarité à la base s’est déjà organisée. Jusqu’à ce week-end, les grévistes les plus pénalisés recevaient une part du salaire de leurs collègues réquisitionnés, ainsi que des chèques de soutien collectés auprès de la population.

Dans le Nord comme en Normandie ou dans le Midi, ce soutien est d’autant plus vif que le combat des salariés du raffinage menacés par des délocalisations de production au Moyen Orient et de fermetures - celles de la raffinerie des Flandres à Dunkerque et celle de Reichstett près de Strasbourg viennent d’être confirmées - n’est pas perçu comme une bataille corporatiste ni même une grève par délégation. Mais comme une mobilisation décisive pour obtenir dans un univers qui croule sous les bénéfices - 7 milliards d’euros en 2009 pour Total - une nouvelle répartition des richesses entre amont, aval et sous-traitants, entre salariés et actionnaires. Tout en arrachant un maintien des emplois dans l’hexagone. « Nous sommes bien placés pour savoir qu’avec les gains de productivité que nous avons réalisés, l’argent est là à profusion et que d’autres solutions sont possibles pour défendre nos systèmes sociaux à commencer par la sécurité sociale », martèle Daniel Bachelet représentant CGT du site de Total de Gonfreville qui s’interroge sur l’affiliation de son groupe à la mutuelle Malakoff Médéric, dirigée par Guillaume Sarkozy, frère du président de la République.

En Hongrie, la pollution menace toujours Corentin Léotard / Hulala Reporterre 2010/10/25 Corentin Léotard / Hulala (25 octobre 2010) En Hongrie, la pollution menace toujours. Reporterre. fr

En Hongrie, la pollution menace toujours

L’agitation médiatique est retombée, mais sur place, les habitants de Devecser et Kolontar, touchée par la pire catastrophe industrielle qu’ait connue la Hongrie, en craignent les conséquences durables.

Devecser

En « territoire zéro », les opérations de nettoyage suivent leur cours. La qualité de l’air est bonne et les personnes évacuées ont pu retourner chez elles. Même le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, en déplacement à Pécs mardi 12 octobre, a salué la gestion de la crise par le gouvernement de Viktor Orban. Sur le papier, la situation est sous contrôle et tout semble aller mieux. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

Mais le temps des médias n’est pas celui des victimes et sur le terrain, le son de cloche est différent. Les personnes dont les biens ont été endommagés voire détruits par le torrent de boue qui s’est déversé du réservoir de l’usine MAL seront indemnisées. Mais il y a aussi celles, beaucoup plus nombreuses, dont l’habitation n’a pas été directement touchée mais qui subissent et subiront les effets sanitaires de la pollution occasionnée. Beaucoup parmi elles ne souhaitent plus revenir vivre dans la zone de contamination. Mais leur maison ne vaut plus un Forint, elles ne pourront donc jamais la revendre.

Pour ces centaines de familles, rien n’est prévu. Si ce ne sont les promesses, auxquelles elles ne croient pas, qu’après le nettoyage de la zone, tout danger sanitaire sera écarté et que tout sera fait pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise jamais. C’est pour cette raison qu’une association de victimes est en train de se constituer, pour faire pression sur le gouvernement afin que les personnes qui le souhaitent puissent être relogées ailleurs de façon définitive.

"Les gens ne voulaient pas rentrer chez eux"

Bonne nouvelle samedi 16 octobre, soit 11 jours après la catastrophe. Les autorités ayant écarté le risque d’une nouvelle coulée de boue au prix d’une course contre la montre haletante, les habitants évacués de Kolontar qui le souhaitaient pouvaient commencer à retrouver leurs foyers ! Et c’est ce que tous ceux qui ont été accueillis dans le gymnase d’Ajka firent, sous les yeux des journalistes du monde entier. Kinga, une jeune volontaire présente sur place apporte des précisions très significatives : "Les journalistes n’avaient pas accès à l’intérieur du gymnase. J’y étais. La majorité des gens ne voulaient pas rentrer chez eux, ils avaient peur, mais n’avaient nulle part où aller et, contrairement à ce que les autorités ont communiqué, ils étaient forcés de quitter les lieux. Une heure après leur départ, l’armée avait achevé de débarrasser le gymnase de ses lits de camp et fermé la structure d’accueil."

Ce fut le tournant médiatique de l’affaire. Les choses commençaient à rentrer dans l’ordre, donc l’intérêt des grands médias pour cette boue à la couleur rouge si télégénique – le « Tchernobyl rouge » - pouvait retomber. Pour les journalistes, près de trois semaines après l’accident, il est beaucoup plus difficile que dans les jours qui l’ont suivi de pénétrer dans la zone touchée. Pour la volontaire précédemment citée, l’explication est simple : "Le gouvernement ne veut pas qu’on entende ce que les gens qui ont été contraints de rentrer chez eux ont à dire".

Peur d’une nouvelle rupture de digue, peur des métaux lourds

En début de semaine précédente, le Parlement a voté le maintien de l’état d’alerte jusqu’à la fin de l’année afin de surveiller l’évolution de la pollution dans les trois départements de Veszprém, Györ et Vas et pour contrôler les digues des réservoirs de l’usine d’aluminium qui inspirent encore de l’inquiétude. Concrètement il s’agit, pour les riverains des réservoirs de déchets, d’un système d’alarme qui se déclenchera en cas de nouvelle rupture d’une digue - un peu comme avant un bombardement pendant une guerre - invitant les habitants à se regrouper à un point prédéfini du village hors de portée d’éventuelle coulée de déchets toxiques. De ce point surélevé, ce sont des bus de la compagnie Volan qui se déplaceront pour les évacuer. C’est un peu léger pour rassurer des personnes traumatisées par l’accident et qui ne font pas confiance à leurs autorités.

Plomb, mercure, chrome, arsenic, cyanure, etc., ce sont désormais les ennemis de la population locale. La boue qui a recouvert son environnement est effectivement très concentrée en métaux lourds, dont personne n’est capable aujourd’hui d’évaluer les conséquences sanitaires à long terme, mais qui vont immanquablement pénétrer dans les organismes vivant, contaminer leur sang et pourraient favoriser à moyen ou long terme, l’apparition de tumeurs malignes.

Si certains locaux semblent indifférents au danger - des enfants excités par l’agitation qui règne s’amusent dans les rues encore boueuses, sans aucune forme de protection -, la plupart ont peur des conséquences sanitaires. Ils se plaignent d’irritations à la gorge. (Quelques minutes suffisent sur place pour ressentir une gêne respiratoire). Les sauveteurs et les volontaires sur place savent à quel point la boue est abrasive. Ils en témoignent volontiers, preuves à l’appui. Le caoutchouc de leurs bottes et le cuir de leurs chaussures tombent en lambeau en quelques heures…

Les retraites : soutenir le mouvement, et après ? Un objecteur de croissance Reporterre 2010/10/25 Un objecteur de croissance (25 octobre 2010) Les retraites : soutenir le mouvement, et après ?. Reporterre. Tribune — fr

Les retraites : soutenir le mouvement, et après ?

L’enjeu n’est pas dans l’âge de la retraite mais « dans le questionnement sur la centralité du travail, sur le sens de nos vies et de ce que l’on produit et comment, non dans le fait de se demander combien d’années il est acceptable de se livrer à une activité absurde et aliénante. »

Une dizaine de jours après le lancement d’une grève reconductible, toujours plus suivie et toujours plus soutenue par l’opinion publique, j’ai un sentiment amer.

A quoi rime tout cela ?

Hier (mardi 19 octobre), je suis allé manifester. C’est devenu une habitude, renforcée par de longues discussions avec mes collègues et mes amis. Je suis effaré par l’absence de réflexion, de débat de fond, de questionnement. Aux manif’, lorsque l’on écoute les slogans, que l’on lit les tracts, je suis désolé mais je trouve cela dramatique.

Ça l’est encore davantage en écoutant les Duflot, Aubry, Besancenot et Mélenchon… Tous sont en train de se positionner pour récupérer le mouvement mais, surtout, pour ne pas remettre en question notre modèle de société. Tous sont dans une posture électoraliste et opportuniste, pour défendre des acquis sociaux qui ne font pas grand sens si l’on ouvre les yeux sur l’absurdité de cette société de croissance !Il faut comprendre que, même si une retraite à 60 ans, ou à un âge plus précoce encore, était possible, cela resterait absurde puisque l’enjeu est ailleurs. Il est dans le questionnement sur la centralité du travail, sur le sens de nos vies et de ce que l’on produit et comment, non dans le fait de se demander combien d’années il est acceptable de se livrer à une activité absurde et aliénante.

L’appel aux lycéens est encore plus tragique : quel sens, à 16 ans (et j’ai fait la même chose en mon temps), y a-t-il à descendre dans la rue, non pas pour une vie meilleure ou pour une réappropriation de nos choix de vie, maintenant, mais pour s’ennuyer en retraite à regarder Drucker à la TV, à tondre la pelouse de son petit pavillon de banlieue ou encore à laver sa belle bagnole dans 44 ans plutôt que 46 !

Je suis désolé mais j’ai un sentiment d’amertume et de malaise par rapport à tout ça…

Et puis après, on fera quoi ? Comme pour le référendum sur le TCE, comme pour le mouvement social contre le CPE, il va y avoir retrait de la réforme mais de toute manière elle reviendra, sous une autre forme, dans 2-3 ans par le Parti Socialiste ou par d’autres, donc à quoi bon ?

Tout le monde va rentrer, en ayant la certitude d’avoir gagné une bataille, sans se poser plus de questions, bien au chaud chez soi et s’installer sur son canapé devant la télévision en mangeant des plats préparés achetés au supermarché du coin, en bagnole, après une dure semaine de labeur dans une entreprise de merde à produire ou à essayer de vendre des conneries !

A quoi rime tout cela ?

Lorsque l’on écoute la radio, que l’on lit les journaux, il n’y a rien : pas débat de fond, pas de réflexion ! Juste des faits sur, ici un abribus cassé, là Bussereau (Secrétaire d’Etat aux transports) qui raconte n’importe quoi sur l’approvisionnement de gazole, de manoeuvre de culpabilisation du citoyen à la sauce Borloo ou Lagarde, ou bien encore ici la queue dans les stations service, les trains qui soi-disant roulent normalement, etc. Ou pire, des arguments démagogiques et malhonnêtes tels que : « il ne s’agit pas d’un choix idéologique », « la société vieillit il faut allonger le temps de travail« … , en plus avec le soutien d’Angela (une bien pensante allemande) et de David (le sauveur du PIB anglais).

Et bien sûr, en parallèle, la stratégie de guerre civile mise en place par Sarko continue : le problème des banlieues, de l’insécurité puis des roms, les éternels casseurs et les grévistes fainéants maintenant. Que va-t-il se passer dans une semaine si blocage il y a ? Quelle issue à cette affaire ?

Le début d’une vraie prise ou crise de conscience ?

Je reste toutefois solidaire avec les camarades grévistes, qui vont y laisser des plumes, mais j’ai bien peur que tout cela ne se finisse mal (tensions entre grévistes et non grévistes, radicalisation du mouvement, provocations de la police, blocage et déblocage dans la violence, lycéens, étudiants, vrais faux casseurs, etc.) et pour pas grand-chose.

On est très loin du pas de côté. Pourtant, j’essaie de rester optimiste car à chaque manif’, il se passe des rencontres, des discussions, un enrichissement mais aussi de la convivialité autour des idées de la Décroissance. Alors, comme les collègues messins qui ont écrits : « N’attendons pas la retraite pour vivre la Décroissance ». N’attendons pas non plus demain pour vivre dignement le présent.

Quand la police de M. Sarkozy utilise les méthodes des dictatures 5 étudiants parqués comme des bêtes Reporterre 2010/10/25 5 étudiants parqués comme des bêtes (25 octobre 2010) Quand la police de M. Sarkozy utilise les méthodes des dictatures. Reporterre. fr

Quand la police de M. Sarkozy utilise les méthodes des dictatures

A Lyon, le 21 octobre, la police a expérimenté des méthodes en usage dans les dictatures : enfermer les manifestants dans un lieu clos pour les contrôler, éventuellement, les matraquer et les gazer, avant de les ficher.

Ce qui c’est passé place Bellecour à Lyon, le 21 octobre 2010, ne peut pas être la simple décision d’un préfet. Le gouvernement est aux abois, et comme tout monstre à l’agonie, il peut être très dangereux. Ces gens qui nous gouvernent sont des malades, sans grande culture et pas très intelligents, mais ils ont un réflexe de survie et un pouvoir de malfaisance aigus. Le gouvernement a donc choisi que la grande leçon soit donnée à Lyon, place Bellecour le 21 octobre 2010. Alors, apprenons cette leçon, découvrons ce gouvernement dit d’ouverture qui enferme les jeunes tout un après-midi, pour les gazer, les matraquer, les affoler.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, puisque nous devions nous retrouver, avec quelques collègues, dans un restaurant de la place Bellecour. À 20 heures, calme et désertée, la place était encore bloquée. Après avoir parlementé avec des robocops qui interdisaient l’accès, et ne semblaient pas comprendre grand-chose : oui, non, faites le tour, c’est aussi bloqué, l’un d’eux nous a accompagnés, un collègue et moi, jusqu’au restaurant, devant lequel était garée une fourgonnette d’autres robocops. Des collègues étaient déjà là. Nous avons trinqué, et de l’autre côté de la vitre, un robocops qui ôtait son harnachement, a symboliquement trinqué avec nous, brandissant une bouteille de vin presque vide, heureux.

jmw

Retour sur l’action des forces de l’ordre place Bellecour 21/10/10

Le témoignage de 5 étudiants parqués comme des bêtes

En ce 21 octobre, nous avons vécu ce que l’on pourrait appeler une garde à vue à ciel ouvert Place Bellecour à Lyon.

Tout commence en début d’après-midi, nous savons qu’un rassemblement pacifque est organisé place Antonin Poncet par l’UNL et la CGT (dans son petit break blanc). En tant que citoyens et concernés par l’amalgame jeune = casseur, il nous semble important d’aller manifester dans le calme avec les jeunes et les syndicalistes.

Le dispositif policier déployé est impressionnant et dès la rue Victor Hugo on assiste à des barrages fltrants. Les CRS nous laissent passer sans aucun contrôle à notre grand étonnement. Nous sommes donc sur la place Bellecour.

Un grand nombre de personnes tentent d’accéder à la place Antonin Poncet, nous avons le cortège en visu. Cependant, le GIPN est présent et lourdement armé. Une ligne de CRS bloque de tous les côtés l’accès à la place d’où doit débuter la manifestation. Nous pensons qu’il s’agit juste d’une mesure temporaire.

Nous tentons de regagner la place en passant par la rue de la Barre. C’est alors que nous découvrons deux blindés anti-émeutes armés de canon à eau placés respectivement à l’entrée de la rue du Président Édouard Herriot et à la rue Gasparin. Ça commence à chauffer là où les CRS bloquent l’accès à la manifestation : premiers tirs de gaz lacrymo sur les personnes agglomérées dans la place Antonin Poncet et celles de l’autre côté de la ligne de démarcation.

Nous demandons alors aux CRS disposés en ligne rue de la Barre si nous pouvons sortir de cette place. « On ne veut pas se prendre des cailloux, ni des gaz nous voulons juste manifester pacifquement de l’autre côté de la rue ». Réponse sèche nous disant que de toute façon le secteur est bouclé et que les ordres sont clairs. Personne ne sort. On nous dit alors d’aller nous mettre au fond de la place (côté Saône) pour éviter les gaz et que « peut-être » là bas nous pourrions sortir.

La situation est inédite, nous faisons le tour de la place, toutes les rues adjacentes sont bloquées, à chaque barrage où nous demandons de sortir on nous répond toujours que c’est impossible. Et pourtant nous voyons des personnes qui arrivent à passer sans problème les barrages de CRS. Les personnes de plus de 25-30 ans sortent sans problème de cette place. Il est clair que le mot d’ordre est de laisser entrer les « jeunes » dans la place et de ne pas les laisser sortir pour une durée indéterminée.

Nos inquiétudes sont confrmées par un CRS qui nous dit que de toute façon « vous les jeunes vous ne sortirez pas avant 20h et même 21h si cela est nécessaire ».

Cela fait déjà 1h30 que nous attendons. Pas de mouvement, on croirait que le temps s’est arrêté. Il semble que le commandement central soit muet, les CRS au milieu de la place en petits groupes sont plus que détendus, enlèvent leurs casques, fument et parlent même avec les jeunes. L’hélicoptère de la gendarmerie ne cesse de tourner au-dessus de nous, équipé d’une caméra, il passe et repasse au dessus des jeunes. Le climat est presque détendu. Mais il ne le restera pas longtemps : des groupes de CRS font des rondes, passent et traversent la place Bellecour pour « réveiller » les jeunes, peut-être trop calmes ? Deux policiers de la BAC tournent sur une moto depuis une bonne demi-heure dans la place.

Nous attendons, encore, toujours. C’est au bout de 3 heures que le harcèlement policier commence à porter ses fruits. Les jeunes au début très dispersés et calmes commencent à se rassembler et demandent à sortir.

Les jeunes sont pris dans un mouvement de foule, la police toujours en bloquant les sorties de la place, tire des grenades lacrymogènes sur le groupe nouvellement formé.

Des jeunes après s’être fait gazer se font matraquer. Il est impossible de sortir.

Les forces de l’ordre délivrent alors un message hallucinant depuis les fourgons blindés anti-émeutes : « Attention. Si vous ne vous dispersez par maintenant, nous allons devoir faire usage de la force ». Mais comment vont se disperser les jeunes alors que tout est bloqué ?

Au même moment, nous étions bloqués à un barrage en tentant de sortir pour la « 10e » fois. Les forces de l’ordre donnent l’assaut et balancent la sauce sur des jeunes non armés, totalement encerclés et sans aucune protection : canon à eau, gaz lacrymo sous toutes ses formes, matraquages, fumigènes, bangs, ...

Après cet assaut insensé il nous est ordonné de nous présenter à une sortie (enfn ouverte !) direction quai de Saône. L’humiliation continue : contrôle d’identité avec des agents recensant toutes les infos sur chaque personne présente, fouilles corporelles et photographies. De plus la presse est là pour flmer la prise du jour. Tutoiement et petites blagues racistes de rigueur. On fait passer tous les « beurs » chez le photographe des RG. Ceux qui n’ont pas de pièce d’identité seront systématiquement mis en garde à vue et « stockés » dans les cars que nous voyons au loin sur le pont Bonaparte.

Voici comment l’État français traite sa jeunesse et ne résout en rien les problèmes d’insécurité. Il faut noter que seulement FR3 Rhône-Alpes et TLM ont fait état de ce qu’il s’était passé (à demi-mot cependant). FR2, chaîne de service public, à quand même réussi à dire que la place Bellecour était prise « toute l’après-midi par des casseurs ».

J’hallucine, les casseurs il n’y en avait que très peu, le reste est resté bloqué sous l’œil des caméras qui ont pu tourner des images et contribuer à la désinformation gouvernementale.

Ce sont des méthodes dignes d’un régime fasciste :

Humiliation Violence gratuite Atteinte au droit fondamental d’aller et venir Un seul mot me vient à l’esprit : RÉSISTANCE.

Sources et informations complémentaires :

De nombreux témoignages dans Rebellyon.info Lyon info : Quelque 200 jeunes encerclés à Bellecour Audioblog ARTE : Les yeux fermés L’express : Manifestation à Lyon : « On était comme des rats dans une cage » Rue 89 : Lyon : gardé à vue cinq heures en plein air près de la manif Rue 89 : Comment la police empêche les journalistes de travailler en manif.

GDF-Suez et Lafarge financent les climato-sceptiques Réseau Action Climat Reporterre 2010/10/25 Réseau Action Climat (25 octobre 2010) GDF-Suez et Lafarge financent les climato-sceptiques. Reporterre. Climat fr

GDF-Suez et Lafarge financent les climato-sceptiques

Des entreprises européennes, dont GDF-Suez et Lafarge, versent de l’argent aux sénateurs américains déniant le changement climatique.

Le Climate Action Network Europe (CAN-Europe) publie lundi 25 octobre un rapport choc [1] qui pointe du doigt les entreprises européennes qui financent les membres du Sénat américain climato-sceptiques et/ou opposés à toute législation climatique aux Etats-Unis. Ce document, basé sur les informations du site internet opensecrets.org [2] montre que les plus gros pollueurs européens financent les opposants aux politiques de lutte contre les changements climatiques aux Etats-Unis. Parmi eux, les firmes françaises GDF-Suez et Lafarge.

Des centaines de milliers d’euros pour les opposants aux politiques climatiques aux Etats-Unis

Ce sont plus de 306 000 euros qui ont été distribués en 2010 par les principaux pollueurs européens aux climato-sceptiques et autres opposants à la loi de lutte contre les changements climatiques, élus au Sénat américain. Ce montant représente près de 80% du total des financements engagés par ces entreprises pour subventionner des candidats durant leur campagne pour les élections de mi-mandat 2010. Près de 35 000 euros de Lafarge, et plus de 20 000 euros de GDF-Suez ont ainsi rempli les poches de sénateurs climato-sceptiques ou opposés à toute loi sur le climat aux Etats-Unis.

Des manœuvres dans l’ombre contre toute progression en faveur du climat

Alors que de plus en plus de voix s’élèvent à Bruxelles et dans toute l’Europe en faveur d’un passage inconditionné à un objectif de -30% de réduction des émissions d’ici à 2020, les Ministres européens de l’Environnement se sont montrés une nouvelle fois incapables de faire progresser les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre lors du Conseil européen du 14 octobre. Le Conseil s’est contenté de réitérer la nécessité d’engagements préalables comparables des autres pays industrialisés.

Or c’est précisément la position défendue par les industries intensives en carbone ou productrices d’énergies carbonées, telles que Lafarge ou GDF-Suez. Ce rapport révèle que ces entreprises ne se contentent pas de manœuvrer pour bloquer les tentatives d’engagement plus ambitieux de l’Europe vers la sobriété carbone. Elles bloquent aussi les ambitions des Etats-Unis.

Il est choquant de voir que les même entreprises appelant l’UE au gel des objectifs de réduction, soit disant pour des raisons de concurrence, notamment vis-à-vis des Etats-Unis, financent les votes contre la législation sur le climat au Sénat américain ! Cela montre clairement l’hypocrisie de ces industriels opposés à tout virage progressiste en Europe sur le climat.

Ce double jeu des industriels s’explique en partie par les profits extraordinaires que ces derniers réalisent, profitant du laxisme du marché européen de quotas d’émissions. L’ONG Sandbag a ainsi évalué[3] que, grâce au surplus de quotas qui leur ont été distribués de manière gratuite, les industriels européens vont réaliser des gains de l’ordre de 18 milliards d’euros entre 2008 et 2012, dont 330 millions d’euros pour le cimentier Lafarge.

Le CAN Europe et son relais français (RAC-France) appellent donc GDF-Suez et Lafarge à s’engager publiquement à ne plus financer des opposants aux politiques climatiques, en Europe comme aux Etats-Unis. Il appelle aussi les représentants de l’Etat français à demander des comptes sur ces pratiques inacceptables des groupes, aux Etats-Unis comme en Europe.

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Notes :

[1] http://www.rac-f.org/IMG/pdf/EU_bus...

[2] Site qui récapitule et actualise les informations sur les financements de campagnes de la Federal Election Commission - http://www.fec.gov

[3] http://www.sandbag.org.uk/site_medi...

Côte d’Ivoire : les victimes du trafic de déchets toxiques attendent toujours réparation Amnesty International Reporterre 2010/10/26 Amnesty International (26 octobre 2010) Côte d’Ivoire : les victimes du trafic de déchets toxiques attendent toujours réparation. Reporterre. fr

Côte d’Ivoire : les victimes du trafic de déchets toxiques attendent toujours réparation

Plus d’un an après un accord à l’amiable avec Trafigura au sujet du déversement de produits toxiques en Côte d’Ivoire, des milliers de victimes de ce désastre écologique attendent toujours d’être indemnisées.

La distribution des sommes d’indemnisation à environ 30 000 demandeurs a connu des retards à répétition. À la fin de l’année 2009, un groupe se qualifiant de Coordination nationale des victimes de déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT-CI) a déclaré représenter les 30 000 personnes étant parvenues à un accord à l’amiable avec Trafigura au Royaume-Uni. Celles-ci étaient en réalité toutes représentées par le cabinet d’avocats britannique Leigh Day & Co, et, aux termes de l’accord britannique avalisé par la Haute Cour du Royaume-Uni, seul ce cabinet était habilité à distribuer les 45 millions de dollars d’indemnités à ces demandeurs.

En dépit de cela, en février 2010, un accord a été conclu entre Leigh Day & Co et la CNVDT-CI au sujet de la distribution de cette somme. Amnesty International a exprimé à maintes reprises sa vive préoccupation au sujet du rôle de la CNVDT-CI, qui a prétendu manifestement à tort représenter les 30 000 victimes concernées par l’accord. Un grand nombre des demandeurs ont indiqué que la CNVDT-CI ne les représentait pas.

En juillet 2010, environ 23 000 personnes avaient reçu leurs indemnités mais, peu après, le processus de distribution a été interrompu sans que l’on sache réellement pourquoi. En septembre 2010, la CNVDT-CI a entamé un nouveau processus de distribution. Cependant, des informations récentes suggèrent que la distribution a de nouveau été interrompue et des milliers de demandeurs légitimes attendent toujours leur argent. On ignore ce que va devenir ce qui reste du fonds de compensation, et Amnesty International craint que les interruptions et le manque de transparence du processus ne favorisent un détournement de ces fonds.

Amnesty International demande au gouvernement de la Côte d’Ivoire d’intervenir et de veiller à ce que toutes les personnes devant être indemnisées reçoivent l’argent qui leur est dû, dans le cadre d’une procédure juste et transparente.

Complément d’information

En août 2006, des déchets toxiques ont été acheminés jusqu’à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à bord du Probo Koala, navire affrété par l’entreprise de courtage pétrolier Trafigura. Ces déchets ont ensuite été rejetés en divers lieux de l’agglomération d’Abidjan, provoquant une tragédie en termes de droits humains.

À la suite de cette opération, plus de 100 000 personnes avaient dû consulter les services médicaux pour différents problèmes de santé. Une quinzaine de décès avaient été signalés.

Le 23 septembre 2009, la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles a approuvé un accord de règlement de 45 millions de dollars entre la société Trafigura et près de 30 000 victimes du déversement de déchets toxiques.

Bilan de Borloo Hervé Kempf Reporterre 2010/10/26 Hervé Kempf (26 octobre 2010) Bilan de Borloo. Reporterre. Tribune — fr

Bilan de Borloo

Quelle est la conséquence du mouvement social qui prive une partie des automobilistes de leur essence ? Une baisse des émissions de gaz à effet de serre, bien sûr ! Or plutôt que de saluer les travailleurs qui sacrifient leur salaire pour bloquer les dépôts d’essence, plutôt que de féliciter les Français de supporter ce désagrément avec assez bonne humeur, plutôt que de montrer l’exemple en roulant à vélo, que fait le ministre de l’écologie ? Il s’obstine, nuit et jour, à faire venir des carburants de l’étranger. Ce garçon n’a pas son bon sens.

Tenez, le 25 octobre marquait le troisième anniversaire du discours solennel de M. Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement mis en musique par M. Borloo. Nous a-t-on bassinés, avec ce Grenelle, des « révolutions » par-ci, des « changements de paradigme » par-là, des « new deals écologiques » en veux-tu en voilà... Eh bien pour l’anniversaire, motus et bouche cousue. Parce que ce fameux « esprit de Grenelle », si utile pour donner, en 2007, une image verte à un gouvernement qui menait en parallèle une politique outrageusement néolibérale (j’écris « néolibérale » parce qu’il paraît que « capitaliste » n’est pas poli), l’esprit de Grenelle s’est évanoui. Pendant ce temps, les riches vont bien, merci.

Que reste-t-il du Grenelle ? Taxe carbone : aux oubliettes. Transports : relance d’un programme autoroutier de 900 km, soutien à la construction de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, lancement de TGV écologiquement discutables pendant que le réseau ferroviaire classique se dégrade, pas de soutien au vélo. Energie : soutien systématique au nucléaire, molle politique d’économie d’énergie, pas de vraie politique de rénovation du bâtiment existant - ah, un point positif : une bonne réglementation thermique pour les bâtiments neufs, c’est toujours ça. Agriculture : maintien pour l’essentiel de la traditionnelle politique productiviste, défiscalisation maintenue d’agrocarburants au bilan écologique négatif. Lutte contre l’étalement urbain : vide sidéral. Révision de l’indicateur du PIB : au placard.

Bien sûr, il y a des points positifs dans cette politique - tel le bonus-malus automobile ou le moratoire sur la culture d’OGM -, cependant minoritaires par rapport au mouvement général. Rien n’est plus intéressant que de se faire raconter par les députés UMP sincèrement soucieux d’environnement (si, ça existe !) leur difficulté à faire avancer quelques pions face à une majorité conservatrice.

On me dit que M. Borloo pourrait être premier ministre. Grand bien lui fasse. Les écologistes ne garderont pas un fort souvenir d’un homme qui sait mieux faire briller les mots que changer les choses.

La corruption se développe en France Transparence International France Reporterre 2010/10/26 Transparence International France (26 octobre 2010) La corruption se développe en France. Reporterre. fr

La corruption se développe en France

« L’affaire Woerth-Bettencourt qui a éclaté durant l’été 2010, a jeté un peu plus le doute sur les pratiques de la classe politique française »

Transparency International publie aujourd’hui son Indice de perception de la Corruption (IPC) 2010, un classement évaluant 178 pays en fonction de la perception du niveau de corruption affectant leur administration publique et classe politique.

Dans cette édition 2010, près des trois quarts des pays évalués ont un score inférieur à 5, sur une échelle allant de 0 (haut niveau de corruption perçu) à 10 (haut niveau d’intégrité perçu).

La France, avec une note de 6,8, recule encore d’une place et passe au 25e rang du classement. Elle demeure ainsi derrière de nombreux Etats européens tels que la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni. En France et ailleurs, les dommages causés par la corruption doivent être pris plus au sérieux.

Principaux résultats

Dans l’IPC 2010, le Danemark, la Nouvelle-Zélande et Singapour se retrouvent en haut du classement avec un score de 9,3. Les gouvernements instables, souffrant encore souvent des conséquences de conflits passés, continuent à dominer le bas du tableau. L’Afghanistan et le Myanmar se partagent l’avant-dernière place avec un score de 1,4. La Somalie arrive dernière avec 1,1.

De réels changements de perception peuvent être constatés pour certains pays. On note une amélioration des scores entre les éditions 2009 et 2010 pour le Bhoutan, le Chili, l’Équateur, la Macédoine (ARYM), la Gambie, la Jamaïque, le Koweït et le Qatar. Parallèlement, on observe un déclin des scores sur la même période pour la République Tchèque, la Grèce, la Hongrie, l’Italie, Madagascar, le Niger et les États-Unis.

La France recule encore

La France, avec une note de 6,8, recule encore d’une place et passe au 25e rang du classement. Plusieurs raisons expliquent que les entreprises et experts internationaux interrogés continuent à avoir une image relativement dégradée de la classe politique française. Entre janvier 2009 et septembre 2010, l’actualité française a été marquée par plusieurs affaires dont l’audience a largement dépassé nos frontières.

Au premier rang de celles-ci, on peut citer le rebondissement, en juin 2009, de l’enquête sur l’attentat de Karachi qui, selon les familles des victimes, privilégie désormais la piste de l’arrêt du versement de commissions occultes pour expliquer l’attentat et aurait par ailleurs établi l’existence de retro-commissions. Outre cette affaire également marquée par un énième usage abusif du secret défense dans une affaire de corruption, le projet de suppression du juge d’instruction et la nomination contestée d’un certain nombre de procureurs conduisent les observateurs internationaux à s’interroger sur l’indépendance et les moyens d’action de la justice française pour mener à bien des enquêtes dans des dossiers politico-financiers sensibles.

Par ailleurs, dix ans après la ratification par la France de la Convention OCDE, la justice française n’a conduit à son terme presque aucune des procédures engagées pour corruption d’agent public étranger, ni prononcé de condamnation, à l’exception d’un dossier de faible importance. « La volonté de la France de mettre en œuvre les engagements pris au titre de la Convention OCDE, du Conseil de l’Europe et de la Convention des Nations Unies contre la corruption est de plus en plus mise en doute par la communauté internationale », souligne Daniel Lebègue, président de TI France.

Plus récemment, la controverse sur les conflits d’intérêts suscitée par l’affaire Woerth-Bettencourt qui a éclaté durant l’été 2010, a jeté un peu plus le doute sur les pratiques de la classe politique française. Celles-ci doivent évoluer vers plus de transparence et mieux garantir la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. C’est une condition indispensable pour que la classe politique française retrouve la confiance des observateurs internationaux mais, aussi et surtout, celle de nos concitoyens.

Pétrole : aller plus loin Camp Action Climat Reporterre 2010/10/26 Camp Action Climat (26 octobre 2010) Pétrole : aller plus loin. Reporterre. Tribune — fr

Pétrole : aller plus loin

Des grèves dans les raffineries à la transition post-pétrole

Depuis le Camp Action Climat (CAC) qui a eu lieu entre le 22 juillet et le 1er août, de nombreux contacts ont été pris avec les travailleurs de la zone industrielle et leurs syndicats. Aujourd’hui, alors que le mouvement social contre la réforme des retraites s’amplifie, le lien entre crise sociale et crise climatique nous apparaît plus clairement encore.

Les crises sociale et écologique actuelles sont toutes deux le symptôme de l’impasse capitaliste. Pour maintenir la croissance économique, il faut utiliser toujours plus de ressources naturelles. Leur exploitation ne crée pas plus de bien-être (il n’y a jamais eu autant de personne affamées dans le monde et la population des bidonvilles représente plus du tiers de la population urbaine), mais elle produit toujours plus de marchandises inutiles à destination des consommateurs solvables (qui, d’ailleurs, ne gagnent pas en bonheur en consommant plus). Le problème, c’est que les ressources comme le pétrole se font de plus en plus rares et chères à extraire. Face à la récession annoncée, le seul moyen pour les entreprises de continuer à augmenter leurs profits est donc de réduire les salaires et toutes les charges sociales. Les pauvres devront payer !

Face à ces crises, nos gouvernements imposent de prétendues « solutions » qui n’ont en fait pour but que de faciliter la vie aux grandes entreprises. La crise environnementale est instrumentalisée pour leur permettre de s’approprier des ressources supplémentaires et de surfer sur de nouveaux marchés. Les agrocarburants, les semences OGM adaptées au changement climatique, le nucléaire ou le marché du carbone sont autant de fausses solutions qui ne répondent en rien à l’urgence climatique, mais ouvrent de nouvelles perspectives de profits. De la même façon, la prétendue nécessité de réformer le système des retraites vise avant tout à faire payer plus les salariés et moins les détenteurs de capitaux.

Face à ces deux problèmes, nous avons la solution : il faut partager les richesses. Il est possible pour nous toutes et nous tous sur terre d’avoir une vie décente tout en préservant les sols, les eaux, le climat et la biodiversité si les richesses sont justement réparties et utilisées pour répondre aux besoins fondamentaux (alimentation, logement, chauffage, etc). C’est pourquoi nous parlons de « justice sociale et climatique ».

Nous sommes solidaires du mouvement social autours des retraites, mais nous appelons à élargir le champ de vision de la solidarité. Ici, c’est sur les retraites que l’on rogne, là-bas, en Colombie, en Indonésie, au Congo ou en Ukraine, ce sont les terres, les eaux et les semences des populations qui sont pillées par les multinationales pour produire des marchandises revendues au Nord. Le mouvement pour la justice climatique vise à reprendre le contrôle sur les ressources localement, par les populations elles-mêmes. La relocalisation de l’économie et la décentralisation du pouvoir sont nécessaires non seulement pour gaspiller moins de ressources, mais aussi et surtout pour que les besoins de toutes les populations soient satisfaits.

Les travailleurs du secteur pétrochimique montrent dans le mouvement social des retraites qu’ils sont détenteurs d’un pouvoir énorme. Nous les soutenons et les encourageons à aller jusqu’au bout pour faire reculer le gouvernement au sujet des retraites. Mais pourquoi s’arrêter là ? Ils sont aussi capables, s’ils le souhaitent et s’ils parviennent à dépasser les intérêts particuliers, de faire basculer le système capitaliste qui repose sur le pétrole. Ils sont capables, s’ils le souhaitent, d’amener à cette transition dont nous avons besoin pour sortir de l’impasse.

Pour un dialogue entre Europe Ecologie et Parti de Gauche Gilles Kujawski Reporterre 2010/10/28 Gilles Kujawski (28 octobre 2010) Pour un dialogue entre Europe Ecologie et Parti de Gauche. Reporterre. Tribune — fr

Pour un dialogue entre Europe Ecologie et Parti de Gauche

« Le Front de Gauche et Europe Ecologie partagent plus d’idées-force qu’ils le savent eux-même »

Deux formations se réclament ouvertement de l’écologie politique en France : Europe Ecologie et le Parti de Gauche. Aucune percée à ce jour pourtant, électorale ou dans la réalité politique, ne permet de la créditer d’une avancée significative : le score d’Europe Ecologie aux élections régionales de 2010, inférieur à celui des Verts et de Génération Ecologie il y a douze ans, n’a pas vérifié le triomphe annoncé, celui du Front de Gauche n’a pas créé de dynamique ; le Parti de Gauche campe sur un effectif militant et un poids réel insuffisants pour réellement décoller dans la société, malgré l’impact médiatique fort de son Président.

En dépit de leur affinité de fond, les deux structures ont évité tout rapprochement depuis leur émergence, hormis des discussions occasionnelles et des actions militantes ponctuelles ; une coïncidence malheureuse, sans doute, avec le taux d’abstention record reconduit aux élections régionales puis à Rambouillet, l’abandon de l’essentiel du « Grenelle de l’environnement » et une défaite cinglante et collective dans le dossier de l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Par ailleurs la crédibilité des deux piliers écologistes est minée politiquement : Europe Ecologie, lancée un peu hâtivement comme antidote à tous les maux politiques, à gauche en particulier, a joué l’air du grand soir écolo, avant extinction des lampions dès la fin des régionales pour cause de dissensions lourdes entre Verts et « néo-écolos » ; et tous de traîner un boulet à retardement, le Traité de Lisbonne, que nombre d’entre eux ont combattu sous sa forme "TCE" en 2005, et qu’Europe-Ecologie a, ipso-facto, avalisé. Un corset économique redoutable et une hypothèque lourde sur la crédibilité sociale d’EE - quelques mauvaises langues y décelant la patte personnelle du « Lider Minimo » d’Europe Ecologie, et son rêve d’une gauche libérale-écologiste-hall de gare ouverte aux non-extrêmes de tous bords.

Bientôt deux ans d’existence du Parti de Gauche : une imposante production théorique, intellectuelle et politique, faiblement diffusée dans la société, un travail militant remarquable, un dévouement de chaque instant, un Président-fondateur de très haute volée mais seul représentant visible dans les médias, un effectif qui plafonnerait à 7 000 adhérents, peu d’élus et de moyens financiers, une participation cohérente et de raison au Front de Gauche sans circulation d’idées, en particulier sur l’écologie (si l’on excepte la candidature-surprise d’André Chassaigne aux présidentielles) ni aucun bénéfice politique significatif : la pérennité de cette entreprise politique ambitieuse et méritante mériterait une réflexion quant à sa stratégie.

Il y a un impératif de centrer le débat politique sur un socle prioritaire, l’écologie. Sur fond de démonstration quotidienne du saccage de la planète et des dangers de la gestion à court terme sur l’équilibre de la vie, le PG, toujours solidement ancré dans le Front de Gauche, et Europe Ecologie, qui balance entre écologie sociale et sociale-libérale, doivent prendre langue. Non pour des discussions d’états-majors ni des accords au sommet imposés à la base, non pour éloigner les uns du Front de Gauche quand les autres renonceraient à être eux-mêmes ; une dialectique d’intelligences est à instaurer, indissociable d’un dialogue dans le temps long, volontaire, résolu, amenant Europe Ecologie à s’affranchir de son carcan libéral et le Parti de Gauche à mettre en débat le fameux thème de la « forme-parti ».

Un socle d’idées communes aux deux formations leur confèrerait ensuite une puissance de feu sans commune mesure avec celle d’aujourd’hui. Il attirerait toute l’autre gauche vers un projet écologiste, encore trop soupçonné d’être un cheval de Troie libéral ; d’un autre côté, une partie des sympathisants écologistes surmonterait des réticences parfois adolescentes face à cette autre gauche soupçonnée de quelques gros maux – centralisme, rigidité idéologique, sans trop savoir ce qu’il en est vraiment.

L’autre vertu d’une dynamique écologiste commune débarrassée des oripeaux d’antan, serait de faire la lumière sur une réalité que la tournure politique actuelle, électorale et « court-termiste », occulte dramatiquement : le Front de Gauche et Europe Ecologie partagent l’idée-force de l’alternative au productivisme. On ne pourra plus penser production sans lui accoler sa finalité économique, sociale et écologique ; aucune délocalisation n’est justifiable en l’état par un prétendu développement économique et social des pays de relocalisation ; des travailleurs menacés par des fermetures d’entreprises ont droit au soutien sans réserve de toute la gauche, qui doit autant faire la lumière sur les combinaisons actionnariales ou manageriales ayant conduit aux menaces de fermeture, qu’imaginer avec les salarié(e)s les solutions de redémarrage, de reclassements ou d’alternatives industrielles s’il y a lieu.

Une dynamique socialiste (au sens non-partidaire) et écologiste est déjà inscrite dans les idées et les têtes de toute la « gauche de la gauche ». La poursuite, pendant les assises d’Europe Ecologie, puis avec la rentrée sociale, du cloisonnement opaque entre Europe Ecologie et le PG diffère tout projet écologiste et social. Chacun continue de faire tourner son cerceau, autre mot pour « la roue tourne », mais avec cette particularité qu’elle tourne dans le vide.

Qu’il en aille autrement, que s’ouvre enfin un débat, conflictuel au besoin mais éclairant sur les engagements de chacune des formations, serait pour beaucoup le signal d’une certaine ré-incarnation de la gauche, attendue depuis vingt-cinq ans dans la désillusion et la démission politique générale. Une nouvelle qui, enfin, surprendrait agréablement.

Policiers infiltrés parmi les manifestants : une « tradition » selon le préfet du Rhône lemonde.fr Reporterre 2010/10/28 lemonde.fr (28 octobre 2010) Policiers infiltrés parmi les manifestants : une « tradition » selon le préfet du Rhône. Reporterre. fr

Policiers infiltrés parmi les manifestants : une « tradition » selon le préfet du Rhône

Les autorités reconnaissent avoir infiltré des policiers en civil parmi les manifestants. Et une video le démontre

Sur cette image prise par un militant du Front de gauche à Chambéry en marge d’une manifestation, on distingue des policiers, portant un brassard, mais aussi des vêtements civils destinés à leur permettre d’infiltrer les cortèges.

Sur cette image prise par un militant du Front de gauche à Chambéry en marge d’une manifestation, on distingue des policiers, portant un brassard, mais aussi des vêtements civils destinés à leur permettre d’infiltrer les cortèges.

Mercredi matin, dans le journal Libération, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, dénonçait « la présence de policiers en exercice camouflés sous des badges syndicaux » et l’action de « manipulateurs » qui « poussent au crime » dans les manifestations contre la réforme des retraites. Il rejoignait ainsi les accusations du président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui avait dénoncé dimanche la « présence dans les cortèges de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police » et se faisait ainsi l’écho des nombreuses interrogations qui animent le Web, à ce sujet depuis quelques jours, vidéos à l’appui.

Cette présence, « à Lyon et à Paris, ne fait aucun doute », pour le leader syndical, qui assure qu’« on a vu des policiers avec des badges CGT repérés par les nôtres, qui se réfugient dans un hall d’immeuble, et finissent par se faire exfiltrer par des CRS ». Bernard Thibault faisait notamment directement référence à cette vidéo, tournée à Lyon.

OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE DE LA DGPN

Mercredi, lors d’une conférence de presse, le préfet du Rhône a répondu à Bernard Thibault et officiellement reconnu que des policiers s’étaient bien fait passer pour des manifestants, munis de badge CGT, évoquant même une « tradition » : « Il y a une tradition dans la police d’infiltrer la population, ils le font couramment », a dit Jacques Gérault.

Il a toutefois ajouté avoir demandé l’ouverture d’une enquête par les instances de la Direction générale de la police nationale (DGPN) « pour vérifier que c’était conforme à la déontologie ».« Quand j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai appelé le délégué départemental de la CGT pour l’en informer, mais il connaissait déjà la situation », a poursuivi Jacques Gérault.

Refusant d’indiquer le corps d’origine de ces fonctionnaires de police, le préfet a simplement précisé qu’ils ne faisaient pas partie de la Brigade anti-criminalité (BAC). « Deux de ces policiers ont sauvé des personnes à l’occasion de prises d’otages et ils ont fait l’objet plusieurs fois d’une médaille pour acte de courage et de dévouement », a-t-il souligné.

Le magazine Lyon Capitale rappelle pourtant que lorsque le soir même des faits, ses journalistes avaient interrogé Albert Doutre, le directeur départemental de la sécurité publique, patron de la police lyonnaise, « celui-ci avait nié en bloc, parlant de ’mythomanie’ », malgré plusieurs témoignages concordants. Dimanche, le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, avait, lui, jugé « inadmissibles » les propos de Jean-Luc Mélenchon.

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Voir par ailleurs la vidéo qui montre des manifestants reconnaissant des policiers en civil : http://www.dailymotion.com/video/xf...

Le train le plus radioactif de tous les temps va traverser la France le 5 novembre Réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace Reporterre 2010/10/28 Réseau Sortir du nucléaire et Greenpeace (28 octobre 2010) Le train le plus radioactif de tous les temps va traverser la France le 5 novembre. Reporterre. fr

Le train le plus radioactif de tous les temps va traverser la France le 5 novembre

Un convoi de déchets radioactifs plus important que jamais va traverser la France, de La Hague à Gorleben, en Allemagne, les 5 et 6 novembre.

Les 5 et 6 novembre 2010, onze conteneurs de déchets très hautement radioactifs, issus du retraitement par Areva des combustibles usés allemands, vont quitter La Hague (Manche) pour retourner en Allemagne. Ils seront stockés temporairement dans un hangar sur le site de Gorleben en Basse-Saxe, en attente d’une « solution ».

Ni à la Hague ni à Gorleben : aucune solution satisfaisante n’existe aujourd’hui pour la gestion des déchets radioactifs

Si la Hague n’est pas un lieu de stockage satisfaisant, Gorleben ne l’est pas plus. Ces déchets doivent retourner sur leur lieu de production, car le nucléaire est un choix dont chacun doit assumer les conséquences morales, politiques, financières et environnementales.

Ces déchets doivent donc logiquement retourner à l’envoyeur. En l’occurrence, les centrales nucléaires appartenant aux quatre grands producteurs d’électricité allemands.

Le transport le plus radioactif du monde : aucun transport cumulant en une seule fois autant de radioactivité n’aura jamais été réalisé.

Les rayonnements radioactifs émis par les onze conteneurs CASTOR entraînent un risque d’irradiation des cheminots et des populations riveraines des voies où le convoi passera. Le retraitement des déchets nucléaires est directement responsable de la concentration phénoménale de radioactivité de ce convoi.

En France, en Allemagne et ailleurs, le nucléaire est une impasse !

Ce transport-record est l’occasion de rappeler quelques vérités sur les milliers de transports nucléaires qui circulent chaque année dans l’Hexagone, et sur la réalité du retraitement des déchets nucléaires.

Tout transport de matières hautement radioactives comporte des risques réels. Pourtant les populations locales ne sont pas informées du passage des convois, pas plus que des risques associés.

Sous couvert de « tri sélectif » et « recyclage », Areva, dans son usine de la Hague, fait augmenter le volume de déchets radioactifs produits (pour une tonne retraitée, environ 65 m3 de déchets sont produits), la contamination environnementale (rejets gazeux et liquides) mais aussi les risques de prolifération (extraction du plutonium).

Mobilisons nous contre les fausses solutions de l’industrie nucléaire

Les associations environnementales – dont Greenpeace et le Réseau « Sortir du nucléaire » – ont obtenu l’arrêt du retraitement des déchets allemands. Ainsi, si l’Allemagne n’envoie plus ses combustibles usés en France, il reste encore des centaines de tonnes de déchets allemands entreposés dans l’attente d’une solution à la Hague, ou encore dans les centres de stockage de la Manche ou de l’Aube. Le stockage de déchets nucléaires, présenté comme sûr il y a 40 ans, tourne au désastre dans l’ancienne mine d’Asse II en Allemagne. Chaque jour, depuis des années, plus de 12 m3 d’eau entrent dans la mine.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » et Greenpeace appellent à une mobilisation la plus large possible les vendredi 5 et samedi 6 novembre sur le trajet du transport (Manche, Calvados, Eure, Seine Maritime, Somme, Pas de Calais, Nord, Aisne , Ardennes, Meuse, Moselle, Meurthe et Moselle, Bas Rhin) et tout particulièrement dans les villes de Caen, Rouen, Amiens, Arras, Nancy, Strasbourg).

Notre objectif n’est pas d’interférer avec ce convoi mais de faire toute la lumière sur les fausses solutions de l’industrie nucléaire pour gérer ces déchets, que ce soit à Gorleben, à la Hague (Manche) ou encore à Bure (Meuse).

Pour agir près de chez vous, nous mettons du matériel à votre disposition (banderole, affiche, tract, tee-shirts…).

Les déchets nucléaires resteront radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années. Arrêtons d’en produire et sortons du nucléaire !

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Greenpeace publie le parcours de ce train sur un nouvel outil : une carte de France qui regroupe tous les sites contenant des matières nucléaires et radioactives, ainsi que les transports induits par cette technologie.Le train sera composé de onze CASTOR (conteneurs de déchets de très haute activité). C’est un record : jamais, au cours de l’histoire, un transport n’a concentré une telle quantité de matière radioactive. Voir : http://www.greenpeace.fr/france-nuc...

Ce transport fait déjà scandale en Allemagne . Le centre d’entreposage de Gorleben n’est en effet pas adapté pour recevoir ce type de déchets nucléaires et les populations allemandes sont farouchement opposées à l’arrivée de ce train.

Le Point de Bascule, à Marseille, a besoin d’aide Le Point de Bascule Reporterre 2010/11/01 Le Point de Bascule (1er novembre 2010 à 08h24,) Le Point de Bascule, à Marseille, a besoin d’aide. Reporterre. fr

Le Point de Bascule, à Marseille, a besoin d’aide

A Marseille, le Point de Bascule est un lieu vivant où se croisent culture, politique, alternatives, et amitié. Il traverse une passe difficile, il a besoin d’un coup de main pour rebondir.

Sauver le Point de Bascule ? …pas si compliqué que ça !

Nos derniers mails vous le laissaient présager : la Bascule à atteint son point de rupture financier.

Le bilan est pourtant là et nous en sommes plutôt fiers : 4 ans d’activités sans aucune subvention, avec le bénévolat total d’une équipe, plus de 150 résidences d’artistes accueillies sur le principe de gratuité (soit plus de 600 artistes pluridisciplinaires), et une foultitude d’actions citoyennes avec rencontres, débats, projections, soirées de soutien. Plus de 300 soirées (15 000 personnes !) avec ce plaisir de vous accueillir dans la simplicité et vous proposer l’insolite, l’inattendu, parfois le nécessaire.

Pour continuer l’aventure, nous avons tenté de passer par la case « subvention » auprès des collectivités territoriales, mais cette tentative peine à aboutir, confirmant qu’il est difficile de faire reconnaître le principe d’un lieu alternatif multidisciplinaire où l’on s’occupe autant de culture que de citoyenneté.

C’est au pied du mur que l’évidence parfois se pose

Le Point de bascule a choisi ce modèle économique instable pour être totalement indépendant, et réunir créativité et engagement dans un espace de liberté maximal.

A l’évidence, un tel lieu ne peut expérimenter de nouvelles pistes qu’avec le soutien volontaire de tous ceux qui y travaillent et de tout ceux qui le font vivre en le fréquentant.

Le Point de bascule ne saurait avoir de « clients » passifs, il a besoin de tous ceux qui pensent qu’un tel lieu est nécessaire dans une ville comme Marseille.

Profiter de l’urgence de la situation pour poser des bases saines

Il est l’heure d’asseoir le fonctionnement de la bascule sur un mode de financement moins fragile et en cohérence avec son anticonformiste.

S’ajoutant à nos ressources propres (bar, adhésion) le principe d’une souscription annuelle lancée auprès des adhérents s’impose.

Outre l’équilibrage qui en résultera, elle nous permettra de mesurer votre attachement à notre approche ainsi que votre perception de l’ « utilité » du Point de Bascule.

Lancement d’une souscription annuelle

3 formules annuelles sont proposées

- Soutien bienveillant : 15 € - Soutien engagé : 30 € - Bienfaiteur : 50 € et au-delà

Les chèques sont a libeller à l’ordre de « Vivement maintenant » à l’adresse suivante : "Vivement maintenant » 11/37, rue du bon Dr François Morucci 13006 Marseille

en mentionnant impérativement les noms et prénoms du donateur et l’adresse mail !

ou par paypal en se connectant au site : http://www.lepointdebascule.fr

L’avenir de votre Point de Bascule est entre vos mains.

Vivement le Point de Bascule maintenant !

Et tout de suite après maintenant, des projets à la pelle :

Parallèlement à nos activités « traditionnelles »,

- monter à Marseille un pôle « Habiter autrement » (éco-habitat, habitat groupé)

- pousser plus loin notre démarche Amap en créant une coopérative d’achats groupés

- et aussi et peut-être surtout, servir de base au projet 2013 « les Arailleurs », une idée très basculante qui fait son chemin en proposant le « OFF » dont Marseille, Capitale européenne de la culture, a besoin.

La nature n’a pas de prix, mais une immense valeur Sylvain Angerand et Fabrice Nicolino Reporterre 2010/11/01 Sylvain Angerand et Fabrice Nicolino (1er novembre 2010 à 17h42,) La nature n’a pas de prix, mais une immense valeur. Reporterre. Tribune — fr

La nature n’a pas de prix, mais une immense valeur

Alors que le sommet de Nagoya sur la biodiversité vient de s’achever, la marchandisation de la nature se poursuit au nom de sa « protection ».

Du 18 au 29 octobre, à Nagoya (Japon), a eu lieu un énième sommet sur la biodiversité. Préparé par un « machin » de plus, au nom totalement incompréhensible : la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP-10). Le mois suivant, du 29 novembre au 10 décembre, ceux qui ont tragiquement échoué à parler de la crise climatique en décembre 2009, à Copenhague, remettent le couvert. Ce sera à Cancun, où les plages sont belles. Derrière ces rideaux de fumée, les transnationales avancent leurs pions.

Attention, ce qui suit n’est pas une fiction. L’économie, plus aveugle que jamais, entend transformer les ressources naturelles en de quelconques objets financiers. Notamment grâce à des mécanismes dits de compensation qui permettront de continuer à détruire sous les applaudissements d’une opinion bernée.

Ruée vers le carbone

Si les négociations sur le climat sont aujourd’hui dans l’impasse, c’est essentiellement parce que les pays riches refusent de réduire fortement leurs émissions de gaz à effet de serre et tentent de saboter les (rares) acquis du protocole de Kyoto (comme le principe de responsabilité commune mais différenciée). Pour autant, face à une opinion publique de plus en plus mobilisée, les gouvernements ne peuvent plus se permettre de rendre encore une copie blanche et proposent un recours massif à des mécanismes de flexibilité. Une des formes de cette dérive est l’intégration progressive des forêts et de l’agriculture dans le marché du carbone.

Generals Motors, une entreprise fabriquant les véhicules les plus polluants du monde, les fameux Hummer, a ainsi passé un accord avec l’État du Parana au Brésil pour compenser ses émissions de carbone en finançant la protection de plusieurs forêts. Conséquence : une « police verte » a été recrutée et plusieurs villageois ont été emprisonnés pour avoir coupé des arbres stockant le carbone de la multinationale états-unienne [1].

En Indonésie, Shell finance la préparation du projet de Rimba Raya, sur l’île de Bornéo, qui pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars de crédits carbone forestiers. Au Nigeria, l’activité de l’entreprise est combattue depuis plusieurs années par les communautés comme l’explique Nnimmo Bassey, directeur d’Environmental Rights Action et président des Amis de la Terre International : « Ici, Shell nous fait souffrir des marées noires et du torchage illégal du gaz, et est à l’origine de graves conflits avec les communautés Ogoni vivant dans le delta du Niger et cette société voudrait se racheter une bonne conduite en Indonésie ? C’est scandaleux ». Teguh Surya, directeur des campagnes de Walhi – les Amis de la Terre Indonésie – confirme : « Shell ne doit pas utiliser les forêts indonésiennes pour verdir ses crimes environnementaux et la violation des droits humains qu’elle commet au Nigeria ou ailleurs ».

L’agriculture n’est pas épargnée par les marchés du carbone. Au contraire, l’argument climatique est le nouveau cheval de Troie de Monsanto pour imposer ses OGM. La multinationale est devenue l’ambassadrice de l’agriculture de conservation et de la technique de « semis direct ». En effet grâce à l’utilisation massive de Roundup et de soja génétiquement modifié pour être tolérant à cet herbicide, plus besoin de labourer pour désherber. Non labourés, les sols stockeraient plus de carbone ce qui permettraient d’obtenir de précieux crédits carbone, en plus des bénéfices énormes provenant de la vente de l’herbicide maison et des semences qui vont avec.

La généralisation des mécanismes de compensation

La plupart des ces projets sont volontaires et ne sont pas (encore) reconnus officiellement par les Nations-Unies mais ils influencent de façon forte les négociations. Le poids économique de certaines entreprises leur donne un poids politique et une capacité d’influence très forte. Depuis une dizaine d’années, elles ont compris l’intérêt d’assister aux conférences internationales pour présenter leur projet-pilote et orienter les négociations dans leur intérêt.

Pour de nombreuses entreprises, l’objectif de la prochaine conférence sur la biodiversité à Nagoya, est d’obtenir une généralisation des mécanismes de compensation pour la biodiversité et éviter ainsi de remettre en cause leur stratégie de développement économique. L’enjeu n’est donc pas tant de protéger la planète, que de sauver le capitalisme en le ripolinant en vert. La première étape est de chiffrer la valeur des services environnementaux pour ensuite créer des actifs financiers et les échanger sur un marché de la biodiversité. Une entreprise pourrait alors compenser les impacts environnementaux d’un projet en achetant un « crédit biodiversité ».

En France, la Caisse des Dépôts et Consignations s’est déjà positionnée sur le sujet avec la création d’une filiale spécifique « CDC biodiversité ». L’une des premières missions de cette filiale a été d’étouffer la polémique autour de l’autoroute A65 Pau-Langon en proposant pour le compte du concessionnaire Aliénor près de 1400 hectares de compensation, gérés pendant 55 ans.

Contrairement à la présentation qui en est faite, la généralisation de ces mécanismes de compensation constitue davantage des freins à une transition vers des sociétés plus durables qu’une avancée. Ils permettent de légitimer de nombreux projets et politiques controversés et d’isoler ceux qui s’y opposent.

L’un des exemples les plus polémiques est celui de la compensation eau. L’entreprise Coca-Cola a été régulièrement pointée du doigt ces dernières années pour des conflits autour de l’eau avec les communautés riveraines de ses usines, notamment en Inde. Dans le village de Mehdiganj (Uttar Pradesh), l’embouteillement de la célèbre boisson nécessite 500.000 mètres cubes d’eau par jour ce qui inévitablement a conduit à un abaissement du niveau de la nappe phréatique et à un assèchement des puits. Face aux manifestations et aux menaces de fermeture de l’usine, la multinationale s’est lancée dans une grande campagne de promotion du concept de « neutralité en eau », grâce à un partenariat avec le WWF International : pour chaque litre d’eau utilisé en Inde, Coca-Cola reverse une somme d’argent permettant au WWF de restaurer une rivière ou une zone humide ailleurs dans le monde. Un programme scandaleux qui va à l’encontre du droit fondamental et universel d’accès à l’eau pour tous.

Faut-il mettre un prix à la nature pour la protéger ?

La convergence de ces initiatives s’inscrit dans une logique commune : le seul moyen pour protéger la nature serait de lui mettre un prix et de la faire entrer dans un marché. C’est toute l’ambiguïté des récentes études, comme celle de Pavan Sukhdev - qui veut chiffrer économiquement les services que proposent aujourd’hui gratuitement la nature - car elle peine à trancher le débat récurrent entre « valeur » et « prix ». Or la nature a une valeur inestimable, en particulier car la plupart des populations les plus pauvres de la planète dépendent de ses services gratuits pour vivre (alimentation, médecine traditionnelle, matériaux de construction, eau...).

Non à l’idée de mettre un prix à la nature car, mécaniquement, cela exclut ceux qui ne peuvent payer et conduit à une mise en concurrence déséquilibrée des populations locales avec des entreprises ayant une assise financière puissante.

Au-delà du risque d’accroître la main mise des multinationales sur les ressources naturelles, de nombreuses banques privées voient aujourd’hui dans la généralisation des mécanismes de compensation et la monétarisation de la nature un nouveau levier de croissance. La spéculation sur la crise écologique et le cours des denrées alimentaires constituent aujourd’hui sans doute les placements parmi les plus rentables et sécurisés. Aussi l’intérêt croissant de la sphère financière pour les nouveaux marchés des services environnementaux risque d’accélérer la privatisation de la nature et de marginaliser politiquement encore davantage les communautés locales et les peuples autochtones.

Nous appelons donc à une réorientation radicale des négociations sur le climat et la biodiversité. Toute solution passe par un renforcement du droit des communautés locales et des peuples autochtones à gérer par eux-mêmes leurs ressources naturelles et nous réaffirmons notre opposition à une privatisation et à une financiarisation de la nature.

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Note :

[1] Voir le reportage de Mark Shapiro, 2009 : Brazil : The Money Tree.

La décroissance ? Et autres questions Serge Latouche Reporterre 2010/11/01 Serge Latouche (1er novembre 2010 à 08h36,) La décroissance ? Et autres questions. Reporterre. fr

La décroissance ? Et autres questions

NB : cet entretien dure 12 minutes.

Au Pérou, le chocolat bio remplace la cocaïne Michèle Bernard-Royer Reporterre 2010/11/02 Michèle Bernard-Royer (2 novembre 2010) Au Pérou, le chocolat bio remplace la cocaïne. Reporterre. fr

Au Pérou, le chocolat bio remplace la cocaïne

Le Pérou est le premier exportateur de chocolat bio : cette culture s’est développée sur d’anciens champs de coca. Mais les petits producteurs n’en tirent tous les bénéfices promis.

(Santa Rosa, Pérou) Reportage

Au Salon du chocolat, qui s’est achevé à Paris le 1 novembre, la filière péruvienne de cacao bio et équitable est mise en avant, sous l’égide d’AlterEco, qui a été parmi les premières marques du commerce équitable à entrer dans les supermarchés français. Elle s’approvisionne en particulier auprès de la coopérative Acopagro de la région de San Martin, mentionnée sur la tablette de chocolat « Noir Eclats d’amandes » disponible par exemple chez Franprix. Sur l’emballage, le caractère bio et équitable du cacao (labellisé Max Havelaar), plus l’objectif « zéro carbone » sont stipulés. « Objectif zéro carbone » parce que les producteurs de cacao membres d’Acopagro (basée à Juanjuin) ou d’Oro Verde (à Lamas), entre Tarapoto et la vallée du Hallaga encore réputée pour la cocaïne, adhèrent en outre, s’ils le désirent, à un programme de reforestation, Pur Projet, lancé par Tristan Lecomte, fondateur d’AlterEco.

A Santa Rosa, établi au bord d’un affluent tumultueux de l’Amazone, l’un des comités de producteurs de la coopérative Acopagro cultive, fait fermenter puis sécher au soleil la « fève sacrée » commercée depuis les Conquistadors. Elle fournit à AlterEco environ 300 à 400 tonnes de cacao sur les 1 500 t qu’elle exporte, et fédère 1 600 exploitants. Ils arborent ce slogan « Se puedes » qui sonne un peu comme le « Yes we can » de la campagne présidentielle d’Obama.

De fait, la naissance en 1997 d’Acopagro, comme nombre de programmes agricoles Amazoniens de cette région, sont soutenus par l’USAID (Agence américaine pour le développement international) au nom de la reconversion des champs de coca en parcelles de cacao et de café, notamment.

Près de Santa Rosa, Dos de Mayo fut un haut lieu des cartels de la drogue jusqu’en 1992 ; les pistes d’avion demeurées dans ce lieu retiré en témoignent. Délivrés manu militari des narco-trafiquants colombiens, les résidents péruviens se sont vus soudain privés de revenus, de vivres et d’eau, polluée par l’éradication de la coca à coup de défoliants chimiques, largués comme des bombes. Ils se souviennent avoir souffert de faim, de soif et d’un sentiment d’abandon.

Dans cette région de San Martin, il y a moins de 10 ans les champs de coca prédominaient encore. Sur de modestes parcelles, de "petits exploitants" péruviens produisent actuellement du cacao bio, dans une optique agro-forestière combinant cultures de subsistance et cultures pour l’exportation. L’initiative Pur Projet encourage leur développement : la demande mondiale de cacao est appelée à croître (la Chine avec laquelle le Pérou a signé un accord de libre échange commercial en 2010 élargit le cercle des amateurs de chocolat), et la reforestation est utile contre l’effet de serre et le déclin de la biodiversité.

Au Pérou, la forêt subit l’industrie extractive (pétrole, or, argent, cuivre, etc. ) qui la mine et les razzias d’indiens nomades, chassés de leurs montagnes. Sans ressources et dénués de sens agricole, ils grignotent l’Amazonie. La reforestation proposée par Pur Projet consiste à donner - via les coopératives parce que les parcelles sont très morcelées et difficiles d’accès - des plants de la pépinière Reforesta Peru (financée par Pur Projet) aux cultivateurs volontaires. Rémunérés et assistés au nom de la protection du climat (les arbres stockant du carbone) et de l’eau (l’ombre des arbres plantés au sein des parcelles de cacaoyers limitent l’irrigation tout en augmentant leur rendement), ils illustrent l’un des mécanismes de financement discutés en ce moment à Nagoya (Conférence sur la convention Biodiversité), appelé REDD [1] .

En contre-partie, les producteurs acceptent le contrôle et les conseils des agronomes de la coopérative qui les forment et géo-référencent leurs parcelles. Les essences ont une haute valeur commerciale, à maturité, pourvu que l’arbre soit in fine sain et droit.

Première surprise, ce n’est pas parce que l’on sait vivre de cueillette depuis des siècles que le savoir agro-forestier de génération en génération s’est transmis pour autant. « Les pouvoirs publics m’ont donné cinq graines pour la reforestation. Mais je ne sais pas quoi en faire… Vos plants d’arbres à mettre en terre directement m’intéressent bien plus », témoigne un cultivateur indépendant, des environs de Dos de Mayo. Les atouts de cette reforestation sont pluriels : un rendement des cacaoyers de 700 kg/ha/an en moyenne devant atteindre 1,5 t contre une moyenne mondiale d’environ 300 à 400 kg (les agronomes d’Acopagro ont d’ailleurs identifié trois stratégies de dissémination au sein des parcelles, en fonction de l’ensoleillement et du relief) ; les essences plantées représentent une sorte de plan-épargne retraite, « une source de revenu pour mes vieux jours » selon un producteur de Santa Rosa (Acopagro) ; le carbone stocké peut être mis au crédit de la lutte contre le dérèglement climatique. Vittel finance d’ailleurs par l’intermédiaire de Pur Projet en Amérique latine la plantation et l’entretien de quelque 350 000 arbres courant 2010 pour séquestrer l’équivalent de 115 000 tonnes de CO2 durant leur vie. Le cabinet SGS authentifie actuellement une partie des crédits carbone ainsi générés, conformément au Protocole de Kyoto ; ils pourraient compenser les émissions carbone du producteur d’eau minérale.

La culture du cacao dans ces conditions vaut bien un label. Mais avant d’arriver à nos palais, transformé en chocolat, que d’étapes ! Toutes écologiques et « équitables » ? Cela mériterait aussi un coup de projecteur. Du côté des producteurs locaux, la volonté de transformer sur place s’affirme, « pour rapatrier la valeur ajoutée associée, qui nous fait défaut », estime Sandro Aquino d’Oro Verde, à Lamas de San Martin. Il ajoute : « Nous ne voulons pas d’aide, ouvrez plutôt vos marchés à nos produits finis ! » Les barrières existent, nonobstant la mission de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce censée les abolir) « de la part des pays importateurs qui imposent des critères de qualité représentants pour nous un coût souvent lourd en termes de certification, notamment, ce qui constitue de puissants barrages à l’entrée ». Mais aussi, précise-t-il, « à cause de notre réglementation nationale : il est plus cher pour nous d’exporter des produits transformés que des matières premières –question de taxes ». A Tarapoto, une fabrique de chocolat bio et équitable, Orchidea, exporte par exemple ces jours-ci 3 000 tablettes de 100 g de chocolat fin destinées au WallMart de Washington (12 livraisons en 2 ans) : l’épouse du directeur, péruvienne, en raffole. Anecdotique ?

Les « petits » producteurs péruviens de cacao (et de café) « bio et équitable » sont encore inaudibles dans les « rounds » de l’OMC - faute de moyens de représentation assidue pour faire valoir leur point de vue -, et sous-représentés au sein du conseil d’administration du label équitable où la voix des commerciaux couvre la leur, estiment-ils. « Si les critères de progrès du Commerce Equitable incluent l’utilisation de savoir-faire et d’ingrédients locaux, rien n’oblige à faire transformer ses produits dans leur pays d’origine. Par conséquent, même dans le cas du Commerce Equitable, la part du prix de vente qui retourne aux producteurs est souvent faible voire marginale », reconnaît Alter Eco sur son site internet [2].

A l’heure où même le fondateur du label équitable Max Havelaar vient à Paris de déclarer que « Le commerce équitable est dépassé ; il doit aller plus loin » [3], ne faudrait-il pas en profiter pour revoir la clé de répartition de la valeur ajoutée, sur toute la chaîne de valeur car elle profite aux maillons finaux (logistique, distribution...) plus qu’aux "petits producteurs" initiaux ?

..........................

Notes :

[1] REDD : Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation, mécanisme de financement international de la reforestation, sous l’égide de l’ONU.

[2] Source : site d’Alter Eco, rubrique « Notre vision, notre différence » http://www.altereco.com/fr/commerce...

[3] Francisco Van der Hoff, Manifeste des pauvres, éd. Encre d’Orient, 2010.

Le pétrole et la planète Hervé Kempf Reporterre 2010/11/02 Hervé Kempf (2 novembre 2010) Le pétrole et la planète. Reporterre. Tribune — fr

Le pétrole et la planète

Un article écrit en septembre 2000. Relecture intéressante, semble-t-il.

Les Occidentaux sont des gens fort heureux : non seulement ils vivent dans un état d’opulence historiquement unique, mais ils ont la chance de pouvoir vivre dans deux mondes à la fois. Dans le monde réel no 1, la combustion du pétrole produit du gaz carbonique capable de provoquer un changement climatique qu’ils jugent très inquiétant. Dans le monde réel no 2, la hausse du prix du pétrole, qui pourrait obliger à en limiter la consommation, leur semble un scandale insupportable. Dans le monde no 1, le naufrage de l’ Erika soulève l’indignation des foules et suscite des manifestations. Dans le monde no 2, la vente record d’automobiles en 1999 est saluée comme une performance remarquable. Dans le monde no 1, le premier ministre s’apprête à prononcer un discours soulignant l’engagement de la France dans la lutte contre le changement climatique. Dans le monde no 2, le ministre des finances supprime la vignette auto, encourageant l’usage du premier facteur de l’accroissement de l’effet de serre.

Il n’est pas besoin d’être persan ou martien pour moquer cette dualité. Et pour rappeler que les mondes no 1 et no 2, celui de la bonne conscience écologique et celui du confort à tout prix, sont, malgré tous nos efforts de dissociation mentale, les deux facettes d’un seul et même monde. Dans celui-ci, on ne peut à la fois éviter le changement climatique et maintenir une croissance continue de la consommation d’énergie. Et dans ce monde opprimé par de si gênantes contraintes, la hausse actuelle du prix du pétrole n’est pas le résultat du comportement irresponsable de producteurs en position de monopole, mais l’effet d’une évolution structurelle de l’économie mondiale. On s’étonne que l’idéologie dominante, si furieusement libérale, oublie les données de base du marché, à savoir que, quand un produit se raréfie, il renchérit.

Il convient donc de rappeler quelques faits. D’abord, le prix du pétrole n’est pas très élevé : exprimé non pas en monnaie courante, mais en monnaie constante - c’est-à-dire corrigée de la dépréciation due à l’inflation -, le prix de 30 dollars le baril de pétrole brut est inférieur aux niveaux atteints entre 1974 et 1985, ainsi que l’indique, parmi d’autres, le rapport International Energy Outlook 2000 du département américain de l’énergie (http://www.eia.doe.gov). Ensuite, et surtout, la tendance à la hausse du prix du pétrole s’inscrit dans un contexte de raréfaction progressive des réserves.

Comme l’indique la Statistical Review of World Energy, publiée par BP Amoco en juin dernier, le rapport entre les réserves mondiales prouvées et la production annuelle, après avoir crû continûment entre 1979 et 1989, diminue depuis lors régulièrement (de quarante-quatre ans à quarante et un ans). Les experts pétroliers sont de plus en plus nombreux à penser que l’ère des « grandes découvertes » est achevée. « Parmi les nouveaux gisements trouvés récemment, seuls ceux de la mer Caspienne, ceux en offshore profond du golfe du Mexique, du Brésil et du golfe de Guinée atteignent quelques dizaines de milliards de barils », écrit l’expert Jean-Marie Bourdaire dans une communication à la conférence Energex/ Globex 2000.

Le rythme de découverte de nouvelles réserves ralentit : selon le géologue Colin Campbell, « nous observons un déficit croissant. Les découvertes ont atteint un sommet dans les années 60, avec un surplus [des découvertes sur la production] de 60 milliards de barils. Depuis, nous sommes passés à un déficit de 20 milliards de barils : nous trouvons un baril quand nous en consommons quatre http://www.oilcrisis.com/campbell/c.... » Par ailleurs, les réserves de pétrole sont très majoritairement concentrées au Moyen-Orient, tandis que les réserves de gaz le sont en Russie : laisser s’accroître la dépendance à l’égard de ces deux régions est un moyen très sûr de créer des crises politiques futures.

Devant cette situation, qui n’est pas nouvelle, la logique voudrait que les plus gros consommateurs (Amérique du Nord et Europe ont consommé, en 1999, 52 % du pétrole utilisé dans le monde) limitent leur consommation. Que nenni : nonobstant le risque de plus en plus clair d’épuisement des ressources, indifférents au problème de l’émission dans l’atmosphère du gaz carbonique, les deux compères ont gaillardement accru leur consommation de pétrole de 11 % entre 1990 et 1999.

Le résultat de cette boulimie est assez simple : croissance de 11 % des émissions de gaz carbonique par les Etats-Unis, stabilité, et non décroissance de ces émissions par l’Union européenne, multiplication des marées noires (outre l ’Erika dans l’Atlantique, l’année 2000 a vu d’importantes marées noires se produire au large de l’Afrique du Sud - menaçant la colonie d’une espèce endémique de manchots -, et, par quatre fois cette année, au Brésil), tentative d’ouvrir à l’exploitation des zones écologiques sensibles, par exemple en Colombie, au mépris des droits des Indiens U’wa, ou dans une réserve naturelle d’Alaska.

LE MONDE No2 DOIT CHANGER

Au regard de ces faits assez bien connus, rien ne serait plus dangereux que d’entretenir l’opinion dans l’idée que la hausse du prix du pétrole est néfaste. On peut défendre, tout au contraire, qu’elle peut être souhaitable et prometteuse : en incitant aux économies d’énergie, elle permet de desserrer les contraintes énergétiques de l’avenir, qui sont la raréfaction des énergies conventionnelles et l’accélération de l’effet de serre. De surcroît, des prix relativement élevés du pétrole - et du gaz - ont deux effets positifs : ils facilitent la maturation des énergies renouvelables (solaire, éolien, vagues, etc.) et stimulent l’amélioration de l’efficacité énergétique des équipements existants ; ils allègent la compétition économique imposée au nucléaire, qui augmente les risques d’accidents sur des réacteurs vieillissants : faut-il rappeler que les réacteurs nucléaires sont des machines extrêmement dangereuses ?

Ce n’est pas le chemin pris par les responsables politiques : en supprimant la vignette auto et en détaxant le gazole, ils n’ont pas voulu dire aux automobilistes et aux transporteurs routiers que leur monde - le monde no 2 - devait changer si l’on voulait éviter le pire. A court terme, il s’agit d’éviter l’emballement des prix du pétrole dans une situation conjoncturelle très tendue. « La seule chose qui peut faire baisser les prix, résume Jean Laherrère, un expert indépendant, c’est d’économiser l’énergie. » A moyen terme, il s’agit de s’orienter vers une économie sobre en énergie et en matières premières, faute de quoi le grand totem de la croissance sera un souvenir du passé. Comme les trois petits singes africains, les politiques peuvent vouloir ne rien entendre, les économistes ne rien voir, les écologistes ne rien dire - cela n’empêchera pas la coïncidence des deux mondes du pétrole et de la planète.

Ils vivent sans télévision - et s’en portent bien Bertrand Bergier - Lexpansion.com Reporterre 2010/11/03 Bertrand Bergier - Lexpansion.com (3 novembre 2010) Ils vivent sans télévision - et s’en portent bien. Reporterre. fr

Ils vivent sans télévision - et s’en portent bien

De plus en plus de gens vivent sans télévision. Un sociologue, Bertrand Bergier, a enquêté. Sans télévision, mais pas sans écran : Internet remplace la petite lucarne.

Ils font partie des 2% de Français qui ne regardent pas la télévision, pour la bonne raison qu’ils n’en ont pas. Bertrand Bergier, sociologue, professeur à l’université catholique de l’Ouest et professeur associé à l’université de Sherbrooke, directeur de recherche à l’université de Nantes, a rencontré durant trois ans 566 ménages « sans télé ». Il a tiré de cette enquête un livre, Pas très cathodique (Editions Eres), dans lequel il évoque notamment une catégorie de population, les « natifs du numérique », pour laquelle internet a remplacé l’écran de télévision. Il nous éclaire sur cette nouvelle tendance, annonciatrice pour lui d’un mouvement de fond.

Quelle part de la population rencontrée lors de votre enquête ne possède pas de téléviseur parce qu’elle se reporte sur internet ?

Environ 25%. Sur le total des personnes que j’ai interrogées, 13% a reçu l’absence de téléviseur en héritage, leurs parents n’avaient pas la télé. Ce sont surtout des gens nés avant 1955. 17% vont tantôt l’avoir, tantôt s’en débarrasser. Ce sont des gens nés généralement entre 1955 et 1975. Enfin, 70% sont dans un comportement de rupture. C’est parmi ces derniers que l’on trouve les 25% de « natifs du numérique ».

Qu’est-ce qui les caractérise ?

Ils ont entre 25 et 35 ans. Loin d’être coupés du monde, ils sont surconsommateurs de loisirs et de culture et ont un agenda plutôt saturé. La mise à l’écart de la télévision ne signifie pas un rejet de la culture de l’écran. Je me rappelle que dans un foyer, il y avait Télérama sur la table du salon. Ils s’en servaient pour les offres culturelles mais aussi pour regarder les programmes TV ! Cela donnait de bonnes raisons au père de ne pas avoir la télé, et permettait aux enfants de se tenir au courant de ce qui s’y passait pour en parler à l’école. Je n’ai pas observé chez eux de discours idéologique anti-télé. Pour eux, la télévision est simplement tombée en désuétude. Ils ne voient pas ni quand ni pourquoi la regarder. Ce sont des précurseurs.

Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit d’une avant-garde ?

Mon travail de recherche converge avec les résultats de l’enquête Donnat sur les pratiques culturelles des Français, réalisée tous les dix ans. Pour la première fois depuis l’arrivée de la télévision dans les foyers, le temps que les Français lui consacrent a cessé d’augmenter, il a même diminué chez les jeunes. La durée moyenne d’utilisation des nouveaux écrans est de 21 heures chez les 15-24 ans contre 16 heures consacrées à la télévision. Sous sa forme radicale, celle de l’abandon, cette tendance annonce un mouvement de fond générationnel, qui voit les natifs du numérique investir massivement les nouveaux écrans au détriment du temps passé devant le téléviseur.

Nouveaux écrans, mais pas forcément nouveaux contenus, car les programmes de la télévision peuvent être regardés sur internet...

Ils ne se mettent pas devant la télé en se disant « je vais regarder ce qu’il y a ». Ils ne consomment pas les programmes sous forme de flux, mais peuvent consommer quand même des programmes que l’on trouve à la télévision. De toute façon, aujourd’hui la convergence est telle que tout se recoupe.

S’ils regardent les mêmes contenus, ne pas avoir la télévision n’a rien de valorisant socialement ?

Avant, dire que l’on n’avait pas la télé était un signe distinctif qui procurait des bénéfices. Eux n’en tirent effectivement pas de bénéfices. Ils sont juste dans une génération où l’écran d’internet a pris toute la place. Il faut nuancer pour les enfants de ces ménages. Un quart des adolescents vivant dans des foyers sans télé le vivent négativement, comme une absence de marquage social. Les 75% restant s’y retrouvent et même le mettent en avant. Plus les enfants sont jeunes, plus ils le vivent mal. C’est le cas pour 77% des enfants scolarisés en primaire. Pour eux, la compensation par internet ne fonctionne pas.

Sans télé, pas non plus de home cinema, de très grand écran... Ce sont des gens que cela n’intéresse pas ?

Comme je l’ai dit, ils cumulent les loisirs. Ils vont plus souvent au cinéma que la moyenne.

En même temps tous ces équipements coûtent cher. Quelle est la part de l’argent dans la décision de ne pas avoir de téléviseur ?

Parmi cette population de réfractaires, il n’y a pas que des bobos, des enseignants et des cadres supérieurs. 15% sont ouvriers ou employés. Certains d’entre eux sont entrés dans la vie active avec l’idée d’avoir la télévision, mais ils ont fait passer des dépenses plus utiles en priorité. Ils m’ont expliqué comment ils avaient fait l’apprentissage d’un quotidien sans télé. Finalement, ils choisissent moins de ne pas l’avoir que de prolonger son absence.

Propos recueillis par Raphaële Karayan

Les prix de l’électricité augmentent pour absorber les ratés du nucléaire SH Reporterre 2010/11/03 SH (3 novembre 2010) Les prix de l’électricité augmentent pour absorber les ratés du nucléaire. Reporterre. Tribune — fr

Les prix de l’électricité augmentent pour absorber les ratés du nucléaire

Officiellement, les prix de l’électricité vont encore augmenter en raison du coût de l’électricité solaire. En réalité, ce sont les erreurs d’EDF, le surcoût de l’EPR et les investissements hasardeux aux Etats-Unis que le consommateur doit payer.

Jusqu’où iront-ils ? Alors que de plus en plus de Français n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois, le ministre du Budget l’a confirmé : l’électricité augmentera à nouveau de 3 à 4% en janvier 2011.

Si l’on tient compte de l’augmentation moyenne de 3,4% déjà intervenue le 15 août (et qui était, pour les ménages, la plus élevée depuis juillet 2003), ce nouveau coup de massue portera la hausse à plus de 6% sur six mois — l’une des plus fortes depuis 30 ans —, alors même que l’inflation est supposée ne pas dépasser 1,5%.

Selon l’UFC-Que Choisir, dans un contexte de dégradation économique et sociale lourde, cette hausse se traduira par une surfacturation minimum de 15 € par an, jusqu’à 50 € pour les ménages qui se chauffent à l’énergie électrique. L’association de consommateurs dénonce des faits inédits : alors qu’EDF est censé appliquer une augmentation annuelle limitée au niveau de l’inflation, voilà que le rythme s’accélère (deux par an) et dépasse toute mesure (le plafond de l’inflation, on s’en tape !), avec la bénédiction du gouvernement.

Surtout, l’envolée des tarifs d’EDF succède à celle du gaz : en juillet dernier, la facture avait pris 5% de plus, et cette augmentation survenait quatre mois à peine après un premier relèvement de 10%. Pour les ménages, cette série noire a provoqué une flambée des factures comprise entre 12 et 85 € par an selon l’utilisation faite de cette énergie : cuisine ou chauffage.

Avec la crise, plus de 3,4 millions de familles sont victimes de la précarité énergétique : les impayés et les coupures explosent. La satisfaction des besoins élémentaires (se nourrir, se loger, se soigner…) coûte de plus en plus cher : les gens sont étranglés.

Le solaire a bon dos

Cette décision malvenue, pour ne pas dire malfaisante, résulte d’un amendement au budget 2011 soutenu par le gouvernement, qui prévoit de relever la contribution au service public de l’électricité (CSPE), taxe forfaitaire payée par chaque consommateur afin de couvrir — entre autres — les charges liées au rachat, au-dessus des prix du marché, de l’énergie photovoltaïque produite par les particuliers. En tous cas, c’est le motif invoqué par François Baroin qui a rappelé que le soutien aux énergies vertes, encore peu compétitives, « est une déclinaison du Grenelle de l’environnement, qui lui-même est une déclinaison de la plateforme de Nicolas Hulot ».

Or, il est vrai qu’EDF doit racheter l’électricité produite par les énergies renouvelables jusqu’à 58 centimes le KWh, alors qu’elle le revend autour de 10 centimes. Du fait de la multiplication par dix de la puissance du parc de panneaux solaires en France, passé de 81 mégawatts fin 2008 à 880 MWh fin 2010 (ce qui, entre nous, ne représente que 0,01% de la production électrique française), l’entreprise affirme n’être plus couverte par la CSPE à hauteur de 1,6 milliards d’euros alors qu’elle réalise, par ailleurs, des profits importants. La solution est donc toute trouvée : piocher une fois de plus dans la poche des usagers avec la bénédiction de l’Etat actionnaire. Le nouvel article 13 bis du projet de loi de Finances pour 2011 prévoit que la CSPE passera de 4,50 à 7,50 € par MWh, ce qui induira une hausse de 4% de nos factures. Selon le scénario envisagé par le gouvernement, la CSPE augmentera de 67% et devrait tripler d’ici trois ans.

A quoi sert la CSPE ?

La contribution au service public de l’électricité sert à compenser les surcoûts engendrés par la péréquation tarifaire (c’est-à-dire le fait que les

usagers des DOM-TOM bénéficient d’un tarif identique à celui des métropolitains malgré un coût de production plus important), le rachat des énergies renouvelables, le financement de la production d’électricité à partir de la cogénération gaz et, enfin, celui de la tarification sociale (TPN et TSS). Or, pour 2010, la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) a estimé que le financement des énergies renouvelables ne pèse que pour 24% de la taxe, alors que la cogénération gaz en pèse 32% et la péréquation tarifaire 41%. Historiquement, ce sont bien la péréquation tarifaire et la cogénération gaz qui captent la plus grande partie de la charge de service public de l’électricité. Quant aux tarifs sociaux, on voit bien qu’ils comptent pour du beurre (3%).

Il est donc évident que les énergies renouvelables, si elles bénéficient d’un soutien financier à travers la CSPE, ne représentent pas aujourd’hui, à elles seules, une charge qui justifie l’augmentation de 3 à 4% de la facture électrique. François Baroin nous enfume, et cherche à discréditer l’écologie.

Les écolos estiment que ce qui pèse le plus sur les factures des consommateurs est l’augmentation du tarif de transport et distribution, alors même qu’ERDF a chroniquement sous-investi dans ses réseaux et qu’une part toujours plus grande de ses bénéfices remonte à la maison-mère au lieu d’être investis. Imputer cette nouvelle hausse au soutien aux énergies renouvelables est, selon eux, malhonnête. Ce sont les choix stratégiques d’EDF que vont supporter les ménages : l’entêtement dans le nucléaire, les surcoûts du chantier de l’EPR à Flamanville, le prolongement de centrales vétustes, mais aussi les investissements hasardeux dans le nucléaire à l’étranger.

Petit tour dans les comptes de la société EDF => Lire http://www.saintpierre-express.fr/a... c’est très instructif !

Alors, de qui se moque-t-on ? Quand le cauchemar va-t-il finir ? Hélas, il ne fait que commencer : la loi NOME, imposée par Bruxelles afin d’accélérer et renforcer la libéralisation du marché de l’électricité en France, entrera aussi en application le 1er janvier prochain. La mise à mort du service public se poursuit, et pour financer sa privatisation, on n’a pas fini d’être saignés. Vive le libéralisme économique !

Train ivre dans la nuit Hervé Kempf Reporterre 2010/11/04 Hervé Kempf (4 novembre 2010) Train ivre dans la nuit. Reporterre. Tribune — fr

Train ivre dans la nuit

Je lis le dossier n° 69 de la revue Pour la science consacré à l’énergie. On y trouvera une utile présentation des problèmes concernant le charbon, le pétrole, le nucléaire, le solaire, le vent, la fusion thermonucléaire, etc. (1) L’ensemble est orienté par l’idée que nous allons vers « la transition énergétique ». Une perplexité saisit cependant le lecteur : des énergies, mais... à consommation constante ? La question de la réduction de la consommation ne sera-t-elle pas abordée ? En fait, si, à la fin, par deux pauvres pages d’entretien avec un chercheur belge spécialiste de psychologie sociale. Manifestement, les concepteurs de ce numéro ont été les premières victimes de l’aveuglement collectif qui nous pousse à ignorer l’hypothèse de la décroissance de la consommation d’énergie. Or, si l’on considère aussi bien la tension sur les ressources que la menace du changement climatique, l’objectif de réduction de la consommation d’énergie dans les pays riches mérite autant d’attention que celui du développement des énergies renouvelables.

Mais s’agit-il d’un aveuglement collectif ou d’un aveuglement des classes dirigeantes ? Voici un autre exemple de déni d’une réalité dérangeante par ce qui nous tient lieu d’élite. A la fin de cette semaine, un train chargé de containers enfermant une quantité énorme de radioactivité va traverser la France à destination de l’Allemagne (2). Nous n’en saurions à vrai dire rien si Greenpeace et le Réseau Sortir du nucléaire ne nous en avaient informés ; du côté du gouvernement, c’est le silence. Ces déchets vont d’un endroit où on ne sait quoi faire de ceux qui s’y trouvent, la Hague, vers un endroit où on les stocke en surface, Gorleben, sans savoir qu’en faire. Il était prévu de les enfouir, mais cela se révèle impossible, pour des raisons aussi bien géologiques que politiques - le refus déterminé d’une majorité des citoyens allemands. Cette impasse n’est propre ni à la France ni à l’Allemagne : aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne, on ne sait quoi faire des déchets nucléaires, dont la radioactivité durera des milliers d’années. Pourtant, presque tous les gouvernements encouragent la « renaissance du nucléaire », en repoussant aux petits-enfants le soin de se débrouiller avec ce tas de déchets.

Refus d’envisager les économies d’énergie, refus de reconnaître qu’il n’y a pas aujourd’hui de réponse à la question des déchets nucléaires : nous filons tel un train ivre dans la nuit épaisse, en feignant de croire qu’il n’y a pas de terminus et que le voyage ne s’arrêtera jamais. Mais les passagers sont-ils bien d’accord avec les chauffeurs de la locomotive ?

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Notes :

’(1) http://www.dossierpourlascience.fr/...

(2) http://www.reporterre.net/spip.php?...

Bruxelles veut ouvrir l’Europe à des OGM non-autorisés Les Amis de la Terre Reporterre 2010/11/04 Les Amis de la Terre (4 novembre 2010) Bruxelles veut ouvrir l’Europe à des OGM non-autorisés. Reporterre. OGM fr

Bruxelles veut ouvrir l’Europe à des OGM non-autorisés

Des documents confidentiels de la Commission européenne révèlent son intention de permettre l’importation d’aliments modifiés génétiquement (GM).

Les Amis de la Terre Europe se sont procuré des documents de la Commission européenne dévoilant son intention d’ouvrir les portes de l’Europe à l’importation d’aliments modifiés génétiquement (GM) et non-autorisés pour l’alimentation animale et humaine. Cette proposition de changement de la politique de l’Union européenne répond directement aux pressions des industriels pour affaiblir les règlements sur la sécurité des OGM en Europe (1).

Les documents révèlent que la Commission a présenté aux Etats-membres une nouvelle proposition dans le but de changer la législation sur les produits transgéniques destinés à l’alimentation animale et humaine. Cette proposition qui doit être discutée lors d’une réunion des Etats-membres le 15 novembre 2010, sape la politique de tolérance zéro (2) puisqu’elle autoriserait la présence de traces de plantes GM non-autorisées dans les importations à destination de l’Europe (avec un seuil de 0,1 %) (3). En acceptant cette proposition, l’Union européenne ouvrirait dans les faits, ses portes à des plantes GM qui ont été ni autorisées, ni testées pour leur innocuité dans aucun pays au monde.

Pour Mute Schimpf, de la campagne Alimentation des Amis de la Terre Europe, « La Commission européenne cède aux tactiques d’intimidation de l’industrie des biotechnologies et s’apprête à ouvrir le marché européen à des produits GM pour l’alimentation humaine et animale, non-autorisés. La réglementation européenne sur les aliments GM a pour but de protéger l’environnement ainsi que les citoyens européens. Le droit des citoyens de refuser ces produits GM doit être respecté. Les Etats-membres devraient rejeter cette proposition de la Commission et maintenir la règle de la tolérance zéro. »

Pour Christian Berdot référent des campagnes OGM et Agrocarburants des Amis de la Terre France : « Au lieu de suivre la proposition de la Commission, les Etats-membres devraient se poser la question suivante : "Qui sera tenu responsable d’avoir approuvé la présence d’OGM non-autorisés et non testés, si des problèmes de contamination se présentent ?" En voulant faire plaisir aux industriels, la Commission entraîne les Etats-membres dans une voie juridiquement très risquée. »

Contrastant avec les manœuvres de la Commission, la Chine vient de rejeter un chargement contenant du maïs GM illégal (4).

Les industriels des biotechnologies prétendent que la règle de la tolérance zéro pourrait entraîner une crise dans le secteur de l’alimentation animale obligeant les agriculteurs à abattre leurs animaux pour ne pas les laisser mourir de faim. Le commerce international serait gravement perturbé lorsque des cargaisons contenant des OGM non autorisés sont refusées. C’est un argument fallacieux : en 2010 aucune cargaison provenant des pays exportateurs (Etats-Unis, Brésil, Argentine) n’a été refusée dans un port européen.

D’autre part, les Amis de la Terre Europe font campagne pour que l’Union européenne devienne moins dépendante des importations d’aliments pour animaux cultivés hors de l’UE. En effet, la culture du soja pour fournir nos usines d’élevage en Europe est une des causes majeures de la déforestation, des conflits sociaux et de l’augmentation de l’agriculture industrielle. De plus, la majorité de ce soja est GM.

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Notes :

(1) http://www.foeeurope.org/GMOs/downl...

(2) Les industriels des biotechnologies et de l’alimentation animale font pression sur l’Union européenne pour qu’elle autorise la contamination de l’alimentation animale et humaine par des plantes génétiquement modifiées (GM), non-autorisées dans l’Union européenne. L’Union européenne n’accepte en effet, l’importation d’aliments GM à destination humaine ou animale que lorsqu’ils ont été autorisés et refuse toute importation qui est contaminée par des OGM non-autorisés - c’est ce qu’on appelle la politique de « tolérance zéro ».

(3) La seule précondition est que les industries des biotechnologies fournissent aux autorités européennes un kit de test pour l’OGM en question.

(4) http://www.bloomberg.com/news/2010-...

Le PS ne veut pas entendre parler du train nucléaire Eric Loiselet - Europe Ecologie Reporterre 2010/11/05 Eric Loiselet - Europe Ecologie (5 novembre 2010) Le PS ne veut pas entendre parler du train nucléaire. Reporterre. fr

Le PS ne veut pas entendre parler du train nucléaire

« La question nucléaire hante la gauche française, de longue date. Une fois de plus, la vieille alliance productiviste entre socialistes et communistes se reconstitue ».

Les 5 et 6 novembre prochain un train transportant des déchets radioactifs de très haute activité en provenance de l’usine Areva de La Hague voyage à destination du centre d’entreposage intérimaire de Gorleben en Allemagne.

Ce train sera composé de onze CASTOR (wagons conteneurs de déchets radioactifs de très haute activité). C’est un record : jamais, au cours de l’histoire, un transport n’a concentré une telle quantité de matière radioactive.

Ce train traversera la Région Champagne Ardenne : il y entrera en provenance de Picardie à proximité de Hannapes et le quittera vers la Lorraine à proximité de La Ferté sur Chiers. Le train traversera notamment Charleville Mézières et Sedan.

La plus complète information de nos concitoyens sur ce train, son contenu et les risques éventuels qu’il représente, apparaît, pour nous, écologistes, comme une évidente nécessité.

Evidente nécessité ? Pas pour le groupe socialiste à l Région Champagne Ardenne. Celui-ci a en effet refusé qu’un vœu (voir ci-dessous) proposé par le groupe Europe Ecologie soit présenté en Commission Permanente puis en Assemblée Plénière ce lundi 25 octobre.

Motif invoqué : ce vœu est arrivé trop tard (nous l’avons transmis jeudi 21 octobre en fin de journée), quand un vœu déposé par les communistes et autrement plus complexe et discutable (proposant rien que moins que la création d’un versement transport de la part des entreprises de la Région, à l’image de ce qui se fait en Région Ile de France, et ceci sans simulation économique), parvenu le même jour (quelques heures plus tôt) était, lui, considéré comme parfaitement recevable.

La question nucléaire hante la gauche française, de longue date. Une fois de plus, la vieille alliance productiviste entre socialistes et communistes se reconstitue avec un effet direct : priver nos concitoyens d’un accès à l’information utile sur un transport exceptionnel de matières radioactives. Une fois de plus l’alliance productiviste entre socialistes et communistes conduit à laisser la filière électro-nucléaire décider de ce que nos concitoyens peuvent savoir.

Invité des écologistes lors de nos journées d’été à Nantes en aout dernier, Pierre Moscovici, ancien ministre socialiste du gouvernement Jospin, proche de Dominique Strauss Kahn, déclarait : « En vue des échéances de 2012, il va bien falloir que nous mettions sur la table la question du nucléaire, toute la question du nucléaire ».

Comme nous n’imaginons pas un instant que Pierre Moscovici ait cédé à une pulsion écologique, sous la pression d’une audience chaleureuse, nous devons nous rendre à l’idée que son message n’est pas encore parvenu aux oreilles des socialistes champardennais. Sans doute un problème de communication !

Quoiqu’il en soit cet incident interne à la majorité révèle qu’au-delà des déclarations d’affection mutuelle, il y a bel et bien deux lignes en confrontation : la ligne de la gauche classique, qui reste indéfectiblement productiviste et celle des écologistes, qui, au-delà de la défense du droit à l’information pleine et entière de nos concitoyens, proposent un nouveau modèle économique, un nouveau modèle énergétique. L’avenir dira si ces lignes peuvent ou non converger. Aujourd’hui, force est de constater que les socialistes ont mis un coup d’arrêt à la convergence.

Puisque le Conseil Régional ne diffusera pas d’information sur le tracé du train « Castor », le groupe Europe Ecologie rappelle que pour voir la carte en détail, il suffit de se rendre ici : http://www.greenpeace.fr/france-nuc... et, sur la gauche de la carte, de cocher la case "déchets vitrifiés allemands", le tracé du trajet du train apparaîtra et vous pourrez alors zoomer sur la carte pour en obtenir le détail.

Eric Loiselet Président du groupe Europe Ecologie

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Voici le texte du vœu refusé par les socialistes :

"Train CASTOR : le Conseil Régional demande la plus complète information des champardennais"

Exposé des motifs :

Le 5 novembre prochain, un train transportant des déchets radioactifs de très haute activité en provenance de l’usine Areva de La Hague quittera la gare de Valognes (Manche) à destination du centre d’entreposage intérimaire de Gorleben en Allemagne qu’il atteindra le 6 novembre. Ce train sera composé de onze CASTOR (wagons conteneurs de déchets radioactifs de très haute activité).

C’est un record : jamais, au cours de l’histoire, un transport n’a concentré une telle quantité de matière radioactive. Ces déchets seront stockés temporairement dans un hangar sur le site de Gorleben en Basse-Saxe, en attente d’une « solution », puisque, ni à la Hague ni à Gorleben n’existe aujourd’hui de solution satisfaisante pour le stockage et la gestion des déchets radioactifs. Le train de déchets traversera le territoire de la Région Champagne Ardenne : il y entrera en provenance de Picardie à proximité de Hannapes et le quittera vers la Lorraine à proximité de La Ferté sur Chiers. Le train traversera notamment Charleville Mézières et Sedan.

La plus complète information de nos concitoyens sur ce train, son contenu et les risques éventuels qu’il représente, apparaît comme une évidente nécessité.

Voeu

Vu la Constitution, et notamment sa Charte de l’Environnement, qui garantit à tous le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé et met en œuvre le principe de précaution ;

Vu le Code Général des Collectivités territoriales et plus particulièrement l’article L.4221-1 relatif aux compétences du Conseil Régional ;

Considérant que la Charte de l’environnement a valeur constitutionnelle, et notamment son article 7 « Toute personne a le droit, dans les conditions et limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement » ;

Considérant l’article L 125-2 du Code de l’Environnement : « Les citoyens ont droit à une information sur les risques majeurs auxquels ils sont soumis dans certaines zones du territoire et sur les mesures de sauvegarde qui les concernent. Ce droit s’applique aux risques technologiques et aux risques naturels prévisibles » ;

Considérant que les éventuels rayonnements radioactifs émis par les onze conteneurs « CASTOR » sont susceptibles d’entraîner un risque d’irradiation des cheminots et des populations riveraines des voies où le convoi passera.

LE CONSEIL REGIONAL DE CHAMPAGNE ARDENNE, réuni en assemblée plénière, le 25 octobre 2010 :

Emet le vœu que les citoyens champardennais soient informés du passage du train de déchets nucléaires qui transitera sur le territoire de la Région les 5 et 6 novembre prochains et soient à l’avenir informés des passges des trains de déchets nucléaires qui transiteraient sur le territoire de la région, et demande que ces informations soient transmises par l’Autorité de Sûreté Nucléaire et la SNCF par le canal des médias grand public ;

Contribuera à cette action nécessaire d’information en publiant sur son site web la carte du parcours du train de déchets nucléaires qui transitera sur le territoire de la Région les 5 ou 6 novembre prochains ;

S’associe aux actions de sensibilisation qui pourront être organisées sur le territoire régional, et tout le long du tracé du convoi, sans volonté d’interférer dans celui-ci, mais dans l’objectif de faire émerger un débat de fond sur la gestion des déchets du nucléaire.

Décroissance et retraites : pour un pas de côté Parti pour la décroissance Reporterre 2010/11/06 Parti pour la décroissance (6 novembre 2010) Décroissance et retraites : pour un pas de côté. Reporterre. fr

Décroissance et retraites : pour un pas de côté

Le week-end du 23 octobre, nous avons publié sur nos sites web et envoyé à nos listes de diffusion un communiqué volontairement provocateur, s’inscrivant dans notre rôle de poil à gratter idéologique, intitulé « Les retraites : soutenir le mouvement, et après ? » (1). Ce dernier, et nous nous en félicitons, a, semble t-il, suscité du débat, puisque que plusieurs dizaines de personnes nous ont envoyé leurs réactions. Merci à toutes celles et ceux qui se sont manifesté-e-s.

Une grande partie des correspondant-e-s ont témoigné s’être reconnu-e-s dans ce texte, et avoir ressenti sa publication comme « une bouffée d’oxygène ». Néanmoins, certain-e-s ont regretté la dimension désabusée et pessimiste de ce billet d’humeur (avis aussi partagé par plusieurs d’entre nous), d’autres y ont même vu du mépris… Ce texte a ainsi parfois été qualifié de « démobilisateur ».

Dans tous les cas, il apparaît que, bien qu’il soit nécessaire de s’inscrire dans un projet à long terme cohérent et global mais surtout souhaitable, il est vraiment indispensable de répondre à l’urgence par les moyens disponibles actuellement. Nous sommes donc ravi-e-s de voir tant de monde se lever contre une réforme inique qui nous éloignerait encore un peu plus de la société de Décroissance que nous souhaitons voir naître. Toutefois, il serait temps que cela soit également l’occasion d’ouvrir des débats sur le sens de ce mouvement et de commencer à réfléchir ensemble pour proposer des pistes de sortie de la société de Croissance.

Cela n’est malheureusement pas le cas, l’Objection de Croissance n’étant pas encore connue de tou-te-s nos concitoyen-ne-s. Nous ne pouvons pas le leur reprocher. Par contre, nous pouvons faire notre autocritique et nous dire que, en tant que porteurs du projet politique qu’est la Décroissance, il nous incombe, à chacun-e, de nous appliquer à répandre nos idées au sein de la société : dans le débat politique, dans les manifestations, dans nos syndicats, dans nos partis, dans nos associations, dans nos familles, etc.

Ainsi, le PPLD continue à revendiquer la nécessité de faire un « pas de coté » sur le fond et sur les méthodes, tout en reconnaissant ne pas toujours avoir les réponses aux questions qu’il pose.

Les idées de la « Décroissance » ont besoin de toutes et tous les Objecteurs de Croissance pour être colportées, en s’appuyant sur les 4 niveaux politique de la Décroissance (simplicité volontaire, alternatives concrètes, projet, et visibilité). Dans le cadre des mouvements sociaux (actuellement au sujet des retraites), la Décroissance doit être encore plus présente sur le terrain. Le PPLD appelle toutes et tous les Objecteurs de Croissance à s’investir localement, à aller à la rencontre des citoyen-ne-s, à les inviter à entrer dans une société relocalisée, d’autonomie, de gratuité, de partage, etc., et à sortir de la société marchande, centrée sur le travail, le productivisme, le consumérisme et autres piliers du capitalisme.

Critiquons et combattons cette réforme et allons bien plus loin en nous attaquant à la société de Croissance dans son ensemble !

Combattons la centralité du travail, questionnons le sens de nos emplois, de nos vie, bref, décolonisons nos imaginaires !

Pour cela, à chacun-e de s’approprier les outils proposés et à inventer des tracts et des banderoles. N’hésitez pas à rendre compte de votre créativité, en nous envoyant des photos, des documents, etc. De même, nous serions enchantés de relayer toutes les initiatives prises ici et là.

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Notes :

(1) http://www.reporterre.net//spip.php...

Combien cotiserons-nous pour la retraite des déchets radioactifs ? Michèle Rivasi Reporterre 2010/11/06 Michèle Rivasi (6 novembre 2010) Combien cotiserons-nous pour la retraite des déchets radioactifs ?. Reporterre. Tribune — fr

Combien cotiserons-nous pour la retraite des déchets radioactifs ?

Combien de temps, ça, on le sait déjà : les déchets les plus dangereux sont radioactifs pour des centaines de milliers d’années. Combien coûte le stockage des déchets radioactifs ? Personne n’est à même de l’estimer, ni n’est prêt à le faire car cela réduirait la compétitivité économique présumée de l’énergie nucléaire.

La jeunesse s’est mobilisée en France contre le projet de réforme des retraites, c’est tout à son honneur. Mais les générations actuelles - et les 6.000 à venir- devraient aussi battre le pavé pour leur avenir, hypothéqué par l’industrie nucléaire, dont les centrales ne cessent d’allonger leur durée de vie.

Des dizaines de milliers de personnes devraient manifester en France et en Allemagne ces jours-ci le long du trajet ferroviaire des onze Castor -containers pour le stockage et le transport de matériaux radioactifs- ramenant en Allemagne des déchets hautement radioactifs traités à La Hague. Une vidéo réalisée par le réseau Sortir du nucléaire explique le contenu de ces Castor (1). (Voir la vidéo)

Le présent convoi contient deux fois la radioactivité émise lors du seul incident de Tchernobyl, ce qui veut dire qu’à 300 mètres du convoi, les compteurs Geiger s’affolent déjà. Ce risque n’est pas fantasmé puisque les policiers allemands en charge de la sécurité des convois ont obtenu, il y a plusieurs années, un droit d’alternance régulière pour ne pas être exposés trop longuement.

Comme l’a démontré Eric Guéret dans son documentaire « Déchets : le cauchemar du nucléaire », le plus grand problème du nucléaire civil, ce sont ces déchets que l’on tente de nous cacher.

Le trajet des déchets radioactifs n’est pas rendu public

Le transport des déchets radioactifs est un danger qui ne risque pas de disparaître avant longtemps. Bien que chaque pays soit tenu de gérer les déchets générés sur son territoire, ils peuvent et doivent (re)traiter leurs déchets avant le stockage final.

La France est en pointe sur cette technologie, retraitant à La Hague depuis les années 70 les déchets de nombreux pays (Allemagne, Pays-Bas, Japon, Belgique, Suisse…). Cette politique de retraitement des déchets étrangers est largement réglementée depuis la loi Bataille de 1991.

Sous couvert de risque terroriste, les trajets des transports de déchets radioactifs ne sont pas rendus publics, malgré des notifications obligatoires auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) - mais peu respectées. Si Greenpeace arrive à simuler les trajets, on peut se demander pourquoi les terroristes n’arriveraient-ils pas à faire de même ?

Quelle politique européenne pour les déchets radioactifs ?

Aujourd’hui, quinze pays de l’Union européenne (UE) sur 27 sont dotés de centrales nucléaires mais il n’existe que quelques projets de centres de stockage définitif pour les catégories les plus dangereuses de déchets radioactifs.

Le 3 novembre, le commissaire européen à l’Energie a rendu publique la future directive européenne visant à mettre en place de nouvelles normes communautaires en matière de déchets radioactifs.

Après lecture, il s’avère que celle-ci n’est qu’un simple plaidoyer en faveur de la renaissance du nucléaire, visant à donner l’illusion que l’UE s’occupe enfin des déchets radioactifs et que ceux-ci ont bel et bien une « fin de vie » sécurisée.

Finalement les Etats membres auront une grande latitude concernant l’interprétation de ce qu’est un déchet radioactif et de ce qui ne l’est pas, et une grande majorité des déchets (issus de l’extraction des mines d’uranium, des activités militaires, etc.) ne tomberaient donc pas sous le coup de cette directive.

Parmi les loupés de ce projet de directive, on remarque aussi l’absence éloquente de la question de la participation publique au débat sur la gestion des déchets radioactifs. Pire, le mystère entourant la responsabilité financière n’est pas élucidé alors que certains pays ne savent toujours pas comment régler l’ardoise des déchets nucléaires.

Aucun consensus technique

La directive en négociation ne répond en rien aux inquiétudes des citoyens, comme le montre l’eurobaromètre sur la sécurité nucléaire.

Cette directive considère l’enfouissement en profondeur comme la meilleure option pour ces déchets radioactifs, alors qu’aucun consensus technique n’existe à l’heure actuelle.

Rappelons qu’en Allemagne, le site de stockage d’Asse a connu des infiltrations d’eau risquant la contamination de la nappe phréatique et rendant donc sa pérennité impossible. Ce sont 126 000 barils emmagasinés depuis trente ans qui vont devoir trouver un nouveau lieu de stockage pour un coût exorbitant… aux frais du contribuable.

Pendant ce temps, en France, l’Etat a encore repoussé la date de stockage des déchets de haute et moyenne activité à vie longue, et le site de stockage expérimental de Bure peine à se transformer en site permanent face à l’opposition de la population.

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Note :

(1) http://videos.sortirdunucleaire.org...

Comment le gouvernement détourne légalement la justice Gilles Sainati Reporterre 2010/11/08 Gilles Sainati (8 novembre 2010) Comment le gouvernement détourne légalement la justice. Reporterre. Tribune — fr

Comment le gouvernement détourne légalement la justice

Ou des mille façons d’embrouiller les saisines judiciaires pour enliser l’affaire Woerth.

La truffa processuale est une très ancienne notion de droit romain, il s’agit soit de rendre volontairement un acte nul (ou de le commettre nul) dans une procédure pour que celle ci soit annulée, soit d’utiliser une procédure inadaptée, soit encore un peu des deux. Par exemple, oublier sciemment de signer un Procès Verbal, faire sciemment une perquisition nulle, utiliser une procédure totalement inadaptée comme par exemple utiliser pendant de longues semaines une procédure préliminaire alors qu’il s’agit d’une procédure de flagrance et que l’on doit ouvrir une information etc.

En ce domaine, j’ai découvert ces stratagèmes dans leurs perspectives historiques quand j’étais sur les bancs de la fac avec mon professeur de droit romain, un certain Georges Frêche...

Une notion inusitée en France

Le droit italien contemporain reprend cette notion en sanctionnant « les artifices et astuces qui sont mis en place par une partie à la procédure devant l’autorité judiciaire et sont destinés à tromper le juge » sous le terme générique de fraude à la procédure. En France, pour lutter contre ces détournements de procédures et manoeuvres, la Cour de Cassation a forgé la notion d’escroquerie au jugement basée sur l’analyse extensive de la notion d’escroquerie, il s’agit du fait de tromper sciemment un juge pour en obtenir une décision favorable à ses prétentions, soit par la production de faux documents, soit à l’aide de faux témoignages.

Cette infraction réprime ces pratiques quand elles sont découvertes dans un contentieux civil : affaires familiales, droit des contrats, usage de faux à l’occasion d’une affaire de tutelle, etc. Mais la notion de détournement de procédure pénale n’existe pas, car un principe préexiste en France : la loyauté du policier ou du magistrat conforme à la recherche de la vérité, la loyauté dans la recherche des preuves et le respect des procédures qui peut être sanctionnée par des nullités de procédure.

Le fait de manipuler une procédure en y créant volontairement une nullité pour contrecarrer la recherche de la vérité n’est pas sanctionnée en soit pénalement. Il existe certes l’incrimination pour un juge de se prononcer sur une affaire dans laquelle ses intérêts propres sont engagés et qui se nomme forfaiture. Mais la définition donnée par l’article 173 du code pénal ne colle pas vraiment avec l’actualité judiciaire de ce moment : « Tout juge, administrateur, fonctionnaire ou officier public qui aura détruit, supprimé, soustrait ou détourné les actes et titres dont il était dépositaire en cette qualité, ou qui lui auront été remis ou communiqués à raison de ses fonctions, sera puni de la réclusion criminelle à temps de dix à vingt ans. » Il s’agit d’une procédure criminelle, donc difficile a mettre en oeuvre et d’un comportement heureusement jamais rencontré dans les prétoires et les tribunaux.

Stratagèmes procéduraux

Alors quoi, est-il possible en France de freiner la manifestation de la vérité par des stratagèmes judiciaires ? Et bien... oui, le code de procédure pénale en ouvre d’ailleurs l’exercice plein et entier : - Ce sera le cas d’un parquet qui classe une affaire sensible, soit dans la plus grande confidentialité donc sans motivation, soit en abusant de manière extensive de critères légaux ou de classement, comme par exemple celle de l’immunité du Chef de l’Etat, c’est l’opportunité des poursuites ; - cela peut être encore le cas d’un juge ou d’un parquet qui « oublie » de mettre en examen (ou de requérir cette mise en examen) de telle ou telle personne, ou qui « oublie » de renvoyer devant le tribunal correctionnel telle personne, c’est le choix et l’appréciation du magistrat ; - Il s’est rencontré des pratiques judiciaires qui abusaient des réquisitions à expert ou expertises pour finalement conclure que devant « autant d’avis divergents », il convenait d’ordonner un non lieu, la plupart du temps par manque de courage. On appelle cela en jargon « satelliser les procédures » . - Il se trouve encore des parquetiers ou service de police qui attendent de faire une procédure ou quelques jours pour saisir « le bon » juge, celui qui habituellement répond a leurs voeux, ceci au mépris de la notion de juge naturel (naturellement compétent en raison d’un critère territorial ou d’organisation judiciaire), cela se nomme l’organisation judiciaire et ses méandres. - A l’inverse, cela peut être la volonté de ne pas saisir un juge d’instruction alors même que l’on a dépassé de très loin le délai raisonnable pour investiguer en enquête préliminaire.

La palette est large, ceci d’autant plus que si une nullité doit être soulevée, elle pourra l’être beaucoup plus tard, soit devant la juridiction de jugement soit devant la chambre de l’instruction, en appel. Rappelons-nous des destins d’affaires comme l’affaire Elf, ou d’autres en cours comme celle du juge Borrel, ou plus localement en Languedoc Roussillon celle de la « bulle de Fleury » pour faire dans le provincialisme et le mitterandisme ( un aperçu : http://www.ladepeche.fr/article/200...).

Contrôles internes

Cette situation quand elle devient caricaturale appelle effectivement la mise en oeuvre de contrôles internes, soit pour sanctionner une faute disciplinaire, soit pour prévenir la reproduction de ces agissements. En France, le ministère de la justice s’est dotée d’une inspection générale, tout comme les grands corps de l’Etat, sorte de « boeufs carottes » de la justice. Il est souvent mis à contribution mais toujours sur demande du Garde des Sceaux. Cela peut aboutir à une sanction disciplinaire décidée par le Conseil Supérieur de la Magistrature : avertissement, déplacement d’office, radiation du corps judiciaire, etc. Ce rôle de contrôle interne peut aussi être instrumentalisé, bien sûr, par le pouvoir exécutif qui utilise alors son pouvoir de saisine de l’inspection pour destabiliser un magistrat trop curieux. Le syndicat de la magistrature a expérimenté ce type de détournement.

Bref, pourquoi dire tout cela ?

Parce qu’ un regard introspectif de ce qui se passe à Nanterre laisse perplexe sur l’état de la Justice en France. Tout le petit monde mediatico-politique s’extasie devant la saisine d’un juge d’instruction sur ordre du Procureur Général pour mieux ensuite dessaisir ce juge d’instruction pour « dépayser » la procédure, et finalement renvoyer à encore plus loin les investigations, faisant dépérir les preuves ne serait ce que par l’usure du temps....

Au passage le juge du siège indépendant agissant sur complément d’information du tribunal correctionnel sera lui aussi dessaisi, après que le Président de ce même tribunal soit intervenu publiquement pour le désavouer. L’on assiste à un enchevêtrement de procédures qui ne pourront mécaniquement que multiplier les nullités diverses au détriment de la sécurité juridique et de la recherche de la vérité.

Par ailleurs la crédibilité de l’institution justice disparaît totalement : l’on assiste à des investigations par le parquet concernant la vie privée d’un juge saisi d’un complément d’information ( fadettes de portable). Tout cela devant les cameras du vingt heures, et en pourchassant les journalistes d’investigation, aux dires du Canard enchaîné.

N’y a t-il pas nature à inspection judiciaire ? Aurait-on toléré ce comportement de magistrats moins proches du pouvoir agissant pour une autre écurie présidentielle ? Il est vrai qu’ils n’exerceraient pas dans les Hauts-de-Seine de tels postes de responsabilité - un département qui est une sorte de chasse privée présidentielle.

Décadence sécuritaire était l’un de mes derniers livres, il stigmatisait la décadence de l’Etat de droit et de la démocratie par l’abus d’une pénalisation excessive. Après avoir rongé le coeur de la démocratie citoyenne, ce mal ronge les institutions, cela est peut-être logique. Mais, à ce rythme, que restera-t-il de la République dans quelques années ?

Blocage du train de déchets nucléaires : une répression démesurée Ganva (Groupe d’actions non violentes antinucléaires) Reporterre 2010/11/08 Ganva (Groupe d’actions non violentes antinucléaires) (8 novembre 2010) Blocage du train de déchets nucléaires : une répression démesurée. Reporterre. fr

Blocage du train de déchets nucléaires : une répression démesurée

« Les forces de l’ordre ont blessé volontairement 3 personnes en coupant les tubes »

Après avoir stoppé le train nucléaire, faisons dérailler la machine répressive !

Le train de déchets nucléaires à destination de Gorleben en Allemagne est encore bloqué grâce à une mobilisation internationale toujours plus massive et déterminée. Les militants du GANVA (Groupe d’Actions Non-Violentes Antinucléaires) s’en réjouissent même s’ils affrontent pour leur part une répression disproportionnée :

Six militants ont été maintenus en garde à vue pendant 24h et font l’objet d’un contrôle judiciaire supposant le règlement d’une caution de 15000€ à payer avant le 15 Novembre. A défaut elles se retrouveraient incarcérées jusqu’au procès, le 8 décembre à 14h. On peut constater que la volonté du gouvernement de réprimer sévèrement les militants anti-nucléaires a été exécutée à la lettre par le procureur de la république de Caen.

Trois militants ont été blessés, deux ayant des brûlures graves aux mains qui ont nécessité une prise en charge par les services hospitalliers. Le troisième a été aussi grièvement touchée, il a du subir une intervention chirurgicale sur deux tendons sectionnés à la main gauche. A sa sortie de l’hôpital, il a été directement conduit en garde à vue sous escorte policière.

La volonté du gouvernement et du lobby nucléaire de faire passer ce convoi coute que coute aurait elle conditionnée l’expression d’une telle brutalité de la part des forces de police ? Était-ce cela qu’elles avaient à cacher derrière les bâches tendues autour de la désincarcération ?

Le 8 Décembre, les inculpés seront jugés au tribunal de grande instance de Caen, soyons nombreux pour venir les soutenir et affirmer notre opposition au nucléaire et à la répression qui l’entoure !

Unser Widerstand kennt keine Staatsgrenzen

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Communiqué du 6 novembre - L’action qui a eu lieu vendredi 5 novembre à Caen a occasionné l’arrêt du convoi pendant 3h30. Le dispositif utilisé pour provoquer l’arrêt du train a permis l’installation du blocage en toute sécurité. De ce point de vue, cette action est une réussite.

La philosophie de l’action, comme toutes les autres, était de ne pas avoir à se confronter physiquement avec les forces de l’ordre. Le blocage effectif du train reposait sur des entraves matérielles (tubes métalliques passés sous les rails) sur lesquelles les 5 militants étaient cadenassés.

Il était de la responsabilité des gendarmes et policiers de les « désincarcérer » en toute sécurité.

Or les forces de l’ordre ont blessé volontairement 3 personnes en coupant les tubes. L’une d’elles a eu 2 tendons de la main sectionnés et a du subir une opération. Elle se trouve toujours à l’hôpital. Les 2 autres soignées pour brûlures sont sorties hier soir et ont été placées directement en garde à vue.

Il est inadmissible que dans le cadre d’une action non-violente les forces de l’ordre utilisent la violence et occasionnent volontairement des blessures à des militants. C’est pour cette raison que nous allons porter plainte.

Grève générale de la consommation le samedi 13 novembre Coordination pour une Nouvelle Education Populaire Reporterre 2010/11/08 Coordination pour une Nouvelle Education Populaire (8 novembre 2010) Grève générale de la consommation le samedi 13 novembre. Reporterre. fr

Grève générale de la consommation le samedi 13 novembre

Les grèves et manifestations contre la réforme des retraites ont initié un mouvement de fond.

Nous relevons cependant que ce mouvement tend à pénaliser ceux qui y participent, plutôt que ceux-là même qu’il veut atteindre : le pouvoir financier qui continue de croître à un rythme effréné (la France est désormais le 3e pays du monde en nombre de millionnaires) et dicte à nos gouvernants les lois garantissant, plus que jamais, le maintien de leurs privilèges.

Regardons la réalité en face : nous ne sommes plus dans un Etat de droit commun, mais dans un Etat où se fabrique du droit particulier au profit des intérêts privés de quelques uns.

Alors que le gâteau croît, nous sommes de plus en plus nombreux à n’en récolter que des miettes. Il est temps que soit restaurée la justice sociale, que chacun puisse contribuer à créer, et récolter, sa juste part -ni plus ni moins.

Or, si quelques uns s’octroient aussi impunément le gros du gâteau, c’est que s’est développée en France, comme dans le reste du monde, une collusion entre pouvoir financier, économique et politique. Les détenteurs du capital dictent leur loi aux opérateurs économiques, qui intiment au politique le passage de règlementations à leur avantage. C’est ce que nous tendons à appeler le « système ».

Ce « système », pour puissant qu’il est, n’est cependant pas aussi invincible qu’il y paraît. Comme Achille, il a un point faible, et c’est là qu’il nous faut décocher notre flèche si nous voulons restaurer une société de droit commun, élaboré au profit de l’intérêt général, et où chacun puisse (re)devenir maître de son destin, prendre goût à contribuer, et jouir de son existence.

Ce « système » repose en effet sur le fait que nous l’alimentons en permanence par notre consommation. Il n’existe pas en dehors d’elle. Chaque produit que nous achetons génère un profit qui ne rétribue plus le travail de celui qui a oeuvré à sa réalisation mais nourrit les dividendes d’un actionnaire au loin.

En cessant d’acheter des produits transformés, nous touchons le talon d’Achille du système. Nous lui indiquons sa faiblesse -et notre force. Nous refondons les conditions d’un dialogue social plus équitable, où notre voix et nos propositions peuvent se faire jour.

A cet effet, nous vous proposons de vous associer à une grève générale de la consommation, avec une première journée d’ (in)action le samedi 13 novembre 2010.

Ce jour-là, nous proposons : - de faire la grasse matinée - de partager nos réserves de nourriture avec nos amis et voisins autour d’une fête du partage - de collecter des herbes et fruits dans la nature - c’est gratuit et ça nous rappelle combien la nature est généreuse à notre endroit. - de chanter, danser, rire -ça ne coûte rien, et ça fait du bien - de faire l’amour, d’embrasser nos parents, enfants, proches et amis.

Si nous avons vraiment besoin de produits de première nécessité, de nous rendre au marché local et de n’acheter que des produits locaux directement aux producteurs.

Cette première journée sera suivie d’autres journées, voir de semaines sans consommation, selon l’écho que recevront nos propositions. Car nous avons des propositions. Quelles sont-elles ?

Plutôt qu’une réforme du système des retraites, qui même plus équitable dans ses modalités, tendra toujours à répercuter dans le dernier âge de la vie les inégalités subies dans sa période active, nous demandons la mise en place d’un revenu minimum d’existence, se substituant à tous les revenus sociaux et de réversion (pensions, retraites, allocations etc), et offrant, sans conditions, un revenu de base digne pour tout adulte et enfant, de l’ordre de 1000 euros par adulte et 250 euros par enfant.

Ce revenu minimum sera couplé à une économie de la contribution, où chacun pourra contribuer à l’économie générale en se consacrant aux activités selon son goût, de préférence dans le cadre de structures coopératives afin qu’il ou elle en conserve la maîtrise.

En effet, afin que chacun puisse (re)devenir maître de son destin, et cesser de dépendre d’une poignée d’actionnaires ou de propriétaires -pour que s’accomplisse enfin l’émancipation individuelle et collective qui est, bien plus que la « richesse » nationale, le vrai indicateur d’une démocratie accomplie, nous demandons la généralisation des structures coopératives et autogérées (d’habitat, de travail, d’éducation, de formation, etc).

Enfin nous demandons, avec des économistes éclairés, la fermeture de la Bourse, qui est devenue une nuisance pour l’économie, dans le mesure où elle ponctionne les profits des entreprises qui auraient dû être réintégrés dans leur activité, impose une gestion à court terme dangereuse pour sa survie et celle de la planète toute entière, et exige des gains de rentabilité sur le dos de l’emploi. D’autres moyens, plus simples, plus efficaces, plus sûrs, de financer l’économie existent déjà ou sont à développer. La forme coopérative est l’un d’entre eux.

Le 13 novembre prochain, associons-nous à une grève générale de la consommation. Redécouvrons le plaisir gratuit d’être ensemble. Oeuvrons à ce que nos propositions soient entendues et donnent lieu à un débat national.

Lundi, le convoi nucléaire toujours bloqué en Allemagne Greenpeace Reporterre 2010/11/08 Greenpeace (8 novembre 2010) Lundi, le convoi nucléaire toujours bloqué en Allemagne. Reporterre. fr

Lundi, le convoi nucléaire toujours bloqué en Allemagne

Dannenberg, Allemagne, le 8 novembre – Alors que le train de déchets nucléaires hautement radioactifs vient d’arriver au terminal ferroviaire de Dannenberg, avec deux jours de retard dus à la mobilisation citoyenne sans précédent, Greenpeace fait le point sur la mobilisation qui ne faiblit pas et sur l’impossible stockage des déchets radioactifs.

L’histoire n’est pas finie : la route pour Gorleben est totalement bloquée

Entre le terminal ferroviaire de Dannenberg, où stationnent les déchets vitrifiés qui devraient être chargés sur des camions, et le site d’entreposage de Gorleben, la route d’une vingtaine de kilomètres est totalement bloquée. Plus de six cents tracteurs sont parqués en travers du passage, et des centaines de personnes sont allongées sur la dernière ligne droite menant à Gorleben, certaines depuis déjà deux jours !

Une mobilisation massive et totalement non-violente

« Je n’ai jamais vu ça : la situation est à la fois quasi insurrectionnelle et totalement non-violente, dit Yannick Rousselet, responsable de la campagne Nucléaire pour Greenpeace France, qui est sur place, à Dannenberg. Depuis plus de deux jours, 5 000 personnes se sont mobilisées, de tous âges et de toutes conditions sociales. Elles se sont interposées physiquement pour empêcher le passage du train, elles ont occupé les voies ferrées toute la nuit, malgré un froid intense, jusqu’à ce que la police vienne les déloger ce matin, une à une. Les citoyens allemands dénoncent le nucléaire, son opacité, ses risques, avec une grande détermination et de façon pacifiste. Ils nous donnent là une sacrée leçon ! »

Forces de l’ordre, non information : le nucléaire est anti-démocratique

La France et l’Allemagne ont organisé un déploiement impressionnant des forces de l’ordre tout le long du passage du train, pour empêcher les citoyens de dénoncer et de stopper ce transport scandaleux. Ni les habitants, ni les élus n’ont été informés du passage du train et de la radioactivité des déchets qu’il transporte.

« Les gens de la région, dont de nombreux agriculteurs, sont farouchement opposés à ce que ces déchets hautement radioactifs soient stockés sur le site de Gorleben, reprend Yannick Rousselet. Il n’existe aucune solution viable pour les déchets nucléaires. Personne n’en veut et personne ne sait quoi en faire. L’option la moins catastrophique serait de les stocker sur les centrales, là où ils ont été produits. »

L’impossible stockage à Gorleben… et ailleurs

Depuis 1995, le site de Gorleben accueille des déchets vitrifiés hautement radioactifs qui sont stockés dans des containers posés verticalement dans un immense hangar ventilé pour qu’ils refroidissent. Ce stockage temporaire dure depuis quinze ans !

Aucune solution de stockage définitif des déchets nucléaires n’existe pour l’instant. Le gouvernement étudie la possibilité de les stocker en couche géologique profonde, dans du sel. Or les premières études ont déjà montré que le dôme de sel de Gorleben n’est pas étanche.

Par ailleurs, le stockage dans du sel a déjà fait la preuve de son inefficacité en Allemagne. La mine de sel de Asse (Basse-Saxe) accueille 126 000 fûts de déchets de faible et moyenne activité qui y sont stockés de « manière définitive » depuis les années 1960. Or, on a appris récemment que cette mine subit d’importantes infiltrations d’eau depuis 1988 et que le site connaît des fuites radioactives. Le sel n’est pas étanche. Début 2010, le gouvernement allemand a décidé de rouvrir la mine et de reprendre tous les déchets. ....................................

À lire : le rapport « The deadly legacy of radioactive waste » sur http://bit.ly/b9q7PO

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La décroissance par la démocratie Parti pour la décroissance Reporterre 2010/11/09 Parti pour la décroissance (9 novembre 2010) La décroissance par la démocratie. Reporterre. Tribune — fr

La décroissance par la démocratie

Une décroissance autoritaire ne serait plus la Décroissance telle que nous la concevons. Plus qu’une mise en garde sur l’aberration du « toujours plus », la Décroissance doit avant tout nous permettre de nous réapproprier nos choix de vie. En cela, elle ne peut être que choisie, collective, participative et démocratique.

Un regard objectif sur les faits, notamment les questions énergétiques, conduit à une vision d’avenir très pessimiste, voire catastrophiste. On ne peut exclure une récession autoritaire, l’émergence d’une « dictature verte » dont l’action s’effectuerait par coercition, ou un contrôle dogmatique des usages de la société civile. L’histoire a montré que les crises engendrent souvent replis identitaires, recherche de boucs émissaires, emballements guerriers et reculs démocratiques. Dans ce sens, on peut penser que Serge Latouche, à travers sa pédagogie des catastrophes, ou encore les peakistes, à travers leur catastrophisme éclairé, ont raison.

Toutefois, pour qui a envie de vivre et de construire, dès maintenant, une société soutenable et désirable, il est important de croire en l’idéal d’une Décroissance fondée sur la démocratie. Quand bien même les ressources seraient illimitées, la société de croissance accumulerait encore dramatiquement ces crises : sociale, économique, culturelle et politique. La décroissance n’est donc pas une fin en soi, c’est d’abord un cheminement vers un autre paradigme.

C’est cette forme de Décroissance qui favorisera une sortie choisie de la société de croissance, notamment en définissant démocratiquement les notions de bon usage et de mésusage. Les changements ne pourront s’effectuer qu’à travers une forte participation et adhésion à nos idées, ce que nous avions appelé la stratégie de masse critique lors de la création de l’Association d’Objecteurs de Croissance [1].

Aujourd’hui, nous nous retrouvons face à une forte contradiction : nous n’avons qu’une quinzaine d’années pour mener à bien des changements culturels et sociétaux qui ne peuvent se réaliser que sur plusieurs générations. Dans une société où l’individualisme et le désengagement politique sont de plus en plus fréquents, l’enjeu est de trouver des leviers pour « repolitiser la société et resocialiser la politique ». C’est pourquoi il parait nécessaire de participer à la construction d’un mouvement Politique [2] susceptible de contribuer à la mise en place démocratique d’une transition vers ce projet.

Ainsi, plusieurs d’entre nous se sont engagés, depuis 2008, dans plusieurs campagnes électorales avec la même ambition : faire de la politique autrement afin de diffuser les idées de la Décroissance. Notre symbole est l’escargot [3], et nous nous appuyons sur les quatre niveaux Politiques de la Décroissance : - individuel, à travers la simplicité volontaire et la décolonisation de l’imaginaire ; - collectif, à travers les alternatives concrètes ; - celui de la visibilité, à travers la participation aux élections, les passages dans les médias, l’organisation de rencontres-débats ; - celui du projet : projet de transition et aussi projet de ce que peuvent être des sociétés de Décroissance. Il y a autant d’objecteurs de croissance que de chemins qui mènent à la Décroissance. Nous devons ouvrir tous les chemins possibles, aux quatre niveaux politiques différents, dans le respect de leur diversité et en mettant en avant leur complémentarité.

La Décroissance perdrait tout son sens si elle ne devait s’inscrire que dans une approche réaliste et cynique du monde et, ainsi, sombrer dans l’autoritarisme, ou l’éco-fascisme. Quelles que soient les crises à venir, leurs échéances, leur gravité, toute graine qui aura été semée, tout ce qui aura été réfléchi, expérimenté, construit ici et là, sera un espoir de résistance contre toute forme de barbaries, autoritarisme compris !

La Décroissance sera démocratique ou ne sera pas. Tel est notre défi !

Feu la consommation Hervé Kempf Reporterre 2010/11/09 Hervé Kempf (9 novembre 2010) Feu la consommation. Reporterre. Tribune — fr

Feu la consommation

Selon le journal La Décroissance de novembre, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, a déclaré : « Consommer moins, si vous tenez ce langage aujourd’hui, cela va tout de suite entraîner un phénomène de rejet. » Ce lieu commun mérite discussion.

Premier point : l’ampleur de la crise écologique appelle une transformation de nos sociétés à la mesure du danger. Et, puisque la consommation matérielle démesurée est l’agent de cette crise, il faut réduire la consommation matérielle. Même si la vérité n’est pas bonne à dire, elle est la vérité, et c’est mépriser les citoyens que de la leur cacher.

Deuxième point : Mme Jouanno n’a manifestement pas l’habitude de dire en public qu’il faut réduire la consommation matérielle. Car si elle l’avait - comme le chroniqueur qui a l’occasion d’en discuter régulièrement en public -, elle découvrirait que, loin de susciter le rejet, cela suscite au minimum l’attention des auditeurs. Et d’autant plus si l’on explique qu’aller vers moins de consommation matérielle et énergétique ne signifie pas avoir moins de tout, mais vivre autrement. Donc développer les domaines créateurs d’emploi, très utiles et à moindre impact écologique : agriculture écologique, éducation, santé, culture, rénovation thermique, autre politique de l’énergie, autre politique des transports... Il s’agit de ce qu’on pourrait appeler les biens communs.

Chacun comprend très bien qu’il vaut mieux avoir une bonne école publique pour ses enfants qu’un nouvel écran plat, de bons soins dentaires plutôt qu’un énième iPad, des bons aliments à prix accessible plutôt qu’un nouveau gadget automobile.

Troisième point : cette baisse de la consommation matérielle pour un surcroît de biens collectifs suppose une forte réduction des inégalités, un thème sur lequel on n’entend jamais Mme Jouanno ni les autres pseudo-écologistes officiels. Car les quelque 30 % de gens qui, dans les sociétés riches, sont pauvres ou précaires ont, eux, un droit légitime à un surcroît de consommation matérielle.

Il est d’ailleurs significatif que, pendant que le gouvernement auquel participe Mme Jouanno continue à vouloir faire croire que davantage de consommation matérielle est souhaitable, il détruit les structures de solidarité collective, en refusant de toucher à la répartition des richesses et en opérant plus ou moins discrètement la privatisation des services collectifs (retraite, santé, éducation). C’est précisément cette politique qui suscite « le rejet », comme le montre le mouvement contre la réforme des retraites.

Ah, au fait, samedi 13 novembre, on nous annonce une « grève générale de la consommation », pour une « première journée d’(in)action ». Un début.

L ’Europe accroit la déforestation en utilisant des agrocarburants Réseau action climat Reporterre 2010/11/09 Réseau action climat (9 novembre 2010) L ’Europe accroit la déforestation en utilisant des agrocarburants. Reporterre. fr

L ’Europe accroit la déforestation en utilisant des agrocarburants

L’Europe vise 10 % de l’énergie dans les transports provenant des agrocarburants. Cela entraînerait une conversion de surfaces agricoles et forestières en plantations dédiées, un phénomène néfaste écologiquement et socialement.

L’objectif européen de 10 % d’agrocarburants dans les transports pourrait mobiliser près de 70 000 km2 de terres supplémentaires à la surface du globe dans les dix prochaines années, selon une étude publiée ce jour [1]. Une superficie équivalente à deux fois la Belgique devra être convertie en terres agricoles et plantations d’ici à 2020, menaçant forêts et écosystèmes naturels, avec des conséquences désastreuses en matière de changements climatiques et de sécurité alimentaire.

L’étude, commanditée par une coalition d’organisations environnementales et de développement [2], est la première qui met en perspective les objectifs des Plans d’action en faveur des énergies renouvelables des Etats membres [3] et les études européennes sur le changement d’affectation des sols indirect (CASI). En comptabilisant le CASI, on apprend qu’en 2020 les agrocarburants :

· engendreront l’émission de 27 et 56 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit l’équivalent de la mise en circulation de 12 à 26 millions de voitures supplémentaires sur les routes européennes.

· émettront 81 à 167 % de gaz à effet de serre (GES) en plus par rapport aux carburants fossiles qu’ils remplacent alors que la directive européenne demande à ce qu’ils les diminuent de 35 à 50 %.

La France est classée 5e plus gros émetteur de GES issus des agrocarburants en 2020, car elle pourrait émettre jusqu’à 3,9 millions de tonnes de CO2 par an. En 2008, une étude française [4] montrait déjà que le CASI pouvait avoir des effets dévastateurs, en particulier dans le cas d’une conversion de forêt tropicale vers des terres cultivées.

Il encore temps de réagir…

Avant le 31 décembre 2010, la Commission européenne doit se prononcer sur l’intérêt de prendre en compte l’impact du CASI et, si cela est jugé nécessaire, de l’intégrer dans le calcul des émissions de GES des agrocarburants. Sur ce point, les ONG sont catégoriques : aucune étude européenne ne conclue aujourd’hui à un impact nul du CASI. La Directive sur les énergies renouvelables impose donc légalement aux Etats de prendre en compte ce phénomène.

En prenant en compte le CASI, l’impact des agrocarburants sur le climat est potentiellement plus important que celui des combustibles fossiles qu’ils remplacent, explique Diane Vandaele du Réseau Action Climat-France. L’Europe doit assurer d‘urgence leur durabilité en ajoutant un facteur « changement d’affectation des sols indirect » aux calculs d’émissions de gaz à effet de serre des agrocarburants. La France, qui lance une étude nationale sur cette question, ne peut que soutenir cette proposition.

La prise en compte du CASI dans le calcul du bilan GES des différentes filières d’agrocarburants est indispensable si l’on veut s’assurer que leur développement n’entraîne pas une destruction massive des forêts et écosystèmes naturelles dans les pays tropicaux, précise Jérôme Frignet de Greenpeace.

Pour Bruno Genty, Président de France Nature Environnement : Continuer de s’appuyer autant sur les agrocarburants et les voir comme le seul produit de substitution au pétrole, c’est inciter indirectement à la déforestation. Raser toutes les forêts de la planète n’y suffirait pas. Ce qu’il faut, c’est que la demande de carburant, quel qu’il soit, diminue. Ce qui passe forcément par des changements de comportements.

Les agrocarburants destinés au marché européen posent aussi des problèmes sociaux en monopolisant les terres agricoles dans les pays du Sud au détriment des cultures alimentaires.

Comme le note Christian Berdot des Amis de la Terre, les agrocarburants ne diminueront pas la dépendance énergétique de l’Europe, ni ses émissions de gaz à effet de serre. Par contre, ils pénaliseront les populations pauvres du Sud, à la fois en s’accaparant leurs terres et leur nourriture, et en détruisant de nombreux écosystèmes vitaux, afin d’y faire de nouvelles cultures énergétiques.

Pour Antoine Bouhey de Peuples Solidaires en association avec ActionAid : En encourageant la production d’agrocarburants, l’UE a délivré aux agro-industriels un vaste permis de construire sur les terres du Sud, les poussant de fait à accaparer les terres des plus pauvres pour produire des agrocarburants. Si elle ne prend pas en compte le CASI tel que nous le préconisons, elle signera un nouveau chèque en blanc pour les industriels, qui accapareront jusqu’à 2 fois la taille de la Belgique !

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Notes :

[1] Institute for European Environmental Policy (IEEP). Octobre 2010. Anticipated Indirect Land Use Change Associated with Expanded Use of Biofuels in the EU : An Analysis of Member State Performance. Rapport en anglais téléchargeable sur ->http://www.rac-f.org/Conduite-a-risque-les-impacts-de.html]

Le G20 reste imperturbablement favorable aux marchés financiers Attac Reporterre 2010/11/13 Attac (13 novembre 2010) Le G20 reste imperturbablement favorable aux marchés financiers. Reporterre. fr

Le G20 reste imperturbablement favorable aux marchés financiers

Le G20 de Séoul s’est achevé sans entreprendre la moindre réforme du système financier. Les banques et les marchés continuent à contrôler la politique économique.

G20 de Séoul : vive le marché libre !

La guerre des monnaies fait rage et menace de dégénérer en crise financière et géopolitique. La Chine protège ses gigantesques excédents commerciaux en conservant une monnaie sous-évaluée. Les États-Unis créent 600 milliards de dollars pour faire baisser leur devise. L’Allemagne étouffe la zone euro par sa politique d’exportation agressive basée sur le dumping social. Que propose le G20 pour dissiper les nuages noirs qui s’amoncellent à l’horizon ?

Des mots creux sur « la croissance retrouvée » et « l’économie d’après-crise ». Un « processus d’évaluation mutuelle » pour définir des « indicateurs » qui permettraient « d’identifier les déséquilibres » commerciaux et financiers - sans aucun mécanisme prévu pour corriger ces déséquilibres. Le G20 n’engage pas la moindre action contre l’hégémonie de la finance : aucun élément sur la taxe sur les transactions financières qui aurait un effet direct sur la spéculation, aucun effort pour entraver l’évasion fiscale, aucune proposition pour séparer les activités bancaires de dépôt de celles uniquement dévolues à la spéculation, ce qui serait la meilleure solution aux banques « too big too fail ».

Mais on retiendra surtout la consternante détermination du G20 d’aller vers « un système monétaire international où les taux de change sont davantage déterminés par le marché ».

Alors qu’aucune mesure n’a été prise pour limiter la spéculation sur le marché des changes, qui représente 3 000 milliards de dollars par jour ; alors que cette spéculation provoque d’incessants mouvements de yo-yo entre les devises, sans aucun rapport avec les fondamentaux des économies nationales ; alors que la Grèce, le Portugal, aujourd’hui l’Irlande, sont la proie d’une spéculation déchaînée qui menace à terme l’existence même de l’euro, cette réaffirmation du fondamentalisme de marché confirme l’incapacité du G20 à tirer les leçons de l’effondrement financier de 2008, et rend probable une nouvelle crise à court ou moyen terme.

La réforme du système monétaire international est plus que jamais indispensable. Mais elle ne peut consister à livrer sans cesse davantage les monnaies aux caprices de la finance. Au contraire, il faut dans l’immédiat taxer et réglementer drastiquement la spéculation sur les devises, mais aussi sur les matières premières, les dettes souveraines... À terme il faut viser le remplacement du dollar par une monnaie commune mondiale, instrument de résorption coordonnée des déséquilibres commerciaux : les pays excédentaires devront réévaluer leur devise par rapport à la monnaie mondiale, et les pays déficitaires dévaluer la leur.

La conclusion de Séoul, que Nicolas Sarkozy a endossée sans piper mot, réduit d’ores et déjà à néant ses rodomontades sur la réforme du système monétaire international. Il s’agissait pourtant, d’après lui, de l’ambition majeure de sa présidence du G20, qui s’ouvre aujourd’hui.

Les mouvements sociaux de France, aux côtés des mouvements sociaux du monde entier, prennent le relais de la résistance au G20. Ils n’auront de cesse de porter la réponse populaire à l’illégitimité et l’inefficacité de ce G20, totalement incapable de contester la dictature de la finance.

Un bilan de la bataille des retraites André Martin Reporterre 2010/11/13 André Martin (13 novembre 2010) Un bilan de la bataille des retraites. Reporterre. Tribune — fr

Un bilan de la bataille des retraites

« Le problème c’est que depuis 2002 les organisations syndicales gagnent toutes les batailles de l’opinion, mais n’ont réussi à empêcher aucune régression sociale, hormis le CPE. »

Sarkozy vient de promulguer sa contre-réforme des retraites qui va permettre à ses amis des grands groupes financiers d’acquérir une part croissante du « marché » des retraites, au prix d’une aggravation du chômage des jeunes et des seniors.

Certains estiment que Sarkozy a peut-être remporté une victoire à la Pyrrhus

Après cette bataille sociale, on peut effectivement espérer qu’en 2011 puis en 2012 les salariés ne se tromperont pas de bulletin de vote et seront moins nombreux à s’abstenir. Mais rien n’est acquis. Sarkozy-Medef-UMP disposent en effet de moyens financiers quasi sans limites et ont toujours été plus habiles que leurs adversaires. Après la bataille victorieuse de 2006 contre le CPE, on a vu le résultat à la présidentielle un an après.

Trois quarts des Français se sont opposés à cette réforme des retraites, mais les 5 principales confédérations n’ont pas été capables de s’entendre sur des modes d’action appropriés, de nature à empêcher cette régression sociale. Des dizaines de milliers de militants éprouvent un sentiment d’échec et de gâchis. Certes la bataille de l’opinion a été gagnée. Le problème c’est que depuis 2002 les organisations syndicales gagnent toutes les batailles de l’opinion, mais n’ont réussi à empêcher aucune régression sociale, hormis le CPE. C’est comme si à chaque grand match depuis 8 ans, l’OL et l’OM avaient systématiquement gagné la bataille du beau jeu, mais perdu tous leurs matchs sauf un. Que penseraient les supporters des dirigeants et entraîneurs de leur club ?

Tous ceux qui ont pris une part active dans cette bataille sociale ont le droit, et même le devoir, de visionner la « vidéo » pour essayer de comprendre quand et pourquoi le match a été perdu. Afin d’en tirer les enseignements pour les batailles sociales à venir. Ci-après quelques constats sur les faits, les gestes et les paroles des principaux acteurs.

L’unité syndicale

Beaucoup ont découvert fin octobre/début novembre qu’il s’agissait d’une unité syndicale de façade. Avec un petit avantage : le gouvernement n’a pas pu dire que les syndicats étaient divisés. Mais Sarkozy et ses conseillers le savaient depuis longtemps. Il leur a suffi d’attendre que cette unité syndicale de façade conduise le mouvement vers l’épuisement, par la dilapidation des énergies militantes dans 8 grandes journées de manifestations.

A quoi sert une intersyndicale incapable de définir deux ou trois objectifs clairs et mobilisateurs ? A quoi sert une intersyndicale dont les leaders n’osent pas aller soutenir les grévistes sur le terrain, ni organiser la solidarité financière ? A quoi sert une intersyndicale qui se refuse à nommer les secteurs économiques où la grève peut s’avérer efficace et ceux où une grève prolongée devient très vite impopulaire (collectes des ordures, transports de proximité …) ?

La CFDT

En 2008, François Chérèque au nom de la CFDT était opposé au passage de 40 à 41 annuités, au motif qu’une telle augmentation était aberrante dans une situation de chômage massif. Dix-huit mois plus tard, avec 1 100 000 chômeurs supplémentaires, la direction de la CFDT ouvre la porte à une augmentation des 41 annuités. En faisant adopter, lors de son congrès de juin 2010, le paragraphe alambiqué suivant : « L’augmentation de la durée de cotisation n’est acceptable pour la CFDT qu’à la condition d’un partage des gains d’espérance de vie et d’une possibilité de choix renforcée. Les gains d’espérance de vie doivent faire l’objet d’un partage équilibré entre durée de cotisation supplémentaire ouvrant droit à une retraite à taux plein et temps de retraite complémentaire. »

En mars 2008, la direction de la CFDT détaillait ses objectifs en matière de retraite. Dans le dossier presse daté du 25 mars 2008, on peut lire au chapitre « Généraliser l’épargne retraite collective et solidaire » : « … Aller au-delà d’une stabilisation du taux de remplacement à son niveau actuel semble difficile … Il faut donc acter que la répartition n’est capable d’assurer qu’un certain niveau de remplacement… L’épargne retraite devient inévitablement un complément indispensable au régime par répartition pour assurer un taux de remplacement correct comme l’ont fait, avant nous, la plupart des autres pays européens. » (1)

Les dirigeants de la CFDT, qu’il faut distinguer de la grande majorité des militants CFDT, sont donc ouverts à l’augmentation du nombre d’annuités et revendiquent la généralisation de compléments de retraites par capitalisation. Voilà des faits précis, pour ceux qui douteraient encore que l’unité syndicale de l’automne 2010 reposait sur des sables mouvants.

Rappelons enfin la proposition de François Chérèque, en direct au JT de 20 heures, d’ouvrir rapidement une négociation sur l’emploi des jeunes et des seniors, comme porte de sortie du conflit. Le Canard Enchaîné du 27 octobre résumait ainsi cet épisode burlesque : « A trois jours de la prochaine démonstration de force syndicale, Laurence Parisot et François Chérèque ont livré un spectacle digne des vestiaires de catch, lorsque, avant de s’empoigner sur le ring, les lutteurs s’arrangent sur l’issue du match ».

L’économiste Jacques Sapir écrivait le 2 novembre dans « Retraites : Sarko n’a pas gagné, Aubry non plus » : « En dépit des discours des dirigeants syndicaux, il était évident qu’il y avait différentes stratégies à l’œuvre dans le mouvement. De ce point de vue, la CFDT apparaît bien comme le ’maillon faible’ du front syndical, comme cela fut constaté depuis 1995. »

La CGT

Grande efficacité de la CGT pour mobiliser 20 fois plus de manifestants que n’importe quel autre syndicat. Grandes qualités de Bernard Thibault pour expliquer clairement les enjeux dans les grands médias. Mais la CGT ne représente plus une force suffisante dans aucune grande entreprise du secteur privé (automobile, métallurgie, construction électrique, électronique, télécoms…), à quelques exceptions près telles que les raffineries et les ports. Cet état de fait constitue un handicap majeur lors de grands conflits sociaux.

Dans un entretien à L’Humanité publié le 6 novembre, Bernard Thibault annonçait : « La CGT continuera à se mobiliser contre la réforme des retraites, y compris si l’unité syndicale se fissure ». Mais il reste quand même des choses peu compréhensibles.

La recherche de l’unité syndicale était certes nécessaire. Mais les dirigeants de la CGT savaient que l’unité syndicale à tout prix conduisait à un grand flou sur les objectifs : retrait/pas retrait, quels points non négociables, quels points négociables… Ils savaient que les grandes journées nationales de mobilisation à une semaine d’intervalle avaient très peu de chances de faire reculer le gouvernement. Enfin, pourquoi n’avoir pas lancé début octobre un appel à la solidarité financière avec les salariés en grève reconductible ?

Des journaux bien informés ont rapporté des propos de MM. Soubie et Fillon selon lesquels « la situation est sous contrôle, car les directions des principaux syndicats sont responsables ». Le résultat final de ces 6 mois d’intense mobilisation tendrait à confirmer que la situation était effectivement sous contrôle !

FO, Solidaires et FSU

L’issue de la bataille confirme leur analyse depuis le début du conflit, à savoir que la multiplication de grandes journées nationales de mobilisation ne suffirait pas à empêcher le vote de la loi. Jean-Claude Mailly (FO) dénonce "un certain gâchis dans la conduite du mouvement". Beaucoup de militants partagent ce constat, à commencer parmi les salariés qui étaient partis en grève reconductible.

Le PS

Début octobre, un article du Nouvel Observateur titrait « Martine Aubry, à la godille – un coup à gauche, un coup à droite ». Et rappelait ses propos du 17 janvier sur RTL : « on doit aller, on va aller très certainement vers 61 ou 62 ans ». Au début de l’automne, nouvelle embardée de la première secrétaire du PS qui déclare sur France 2 : « Nous acceptons parfaitement l’augmentation de la durée de cotisation ». Rappelons que Martine Aubry ne fait pas partie de l’aile droite du PS (Manuel Valls, Gérard Collomb, DSK…). Pour comprendre l’aberration de l’augmentation de la durée de cotisation , lire « Il faut répéter encore et partout que la retraite à 60 ans n’a jamais existé » (2)

La direction du PS a appelé ses militants à participer à toutes les manifestations, mais des déclarations aussi incohérentes n’en sont pas moins lourdement contre-productives dans la bataille de l’opinion. La direction du PS propose des remèdes pour agir sur les symptômes d’une maladie dont elle s’est toujours refusée à nommer les causes profondes. Refus d’expliquer aux citoyens comment les grands groupes financiers et leurs fidèles relais dans les partis de droite organisent le chômage de masse, l’endettement de l’Etat, ainsi que le bradage aux intérêts privés, de l’école, de la santé et des retraites. Refus d’admettre et d’expliquer que le principal remède au chômage de masse est une répartition plus équitable du temps de travail, puisque le retour d’un taux de croissance de nature à faire baisser significativement le chômage est une illusion depuis 20 ans déjà. Et que cela a peu de chances de changer dans les décennies à venir. Avec un adversaire principal aussi inconséquent, la droite garde toutes ses chances pour 2012 et les Français n’en ont pas fini avec les régressions sociales.

Les vrais gagnants

D’une part les grévistes des raffineries, ceux qui ont bloqués les ports (Marseille, Le Havre, Dunkerque…) et tous les salariés qui ont eu le courage de partir en grève reconductible pour défendre l’intérêt général et celui de leurs enfants et petits-enfants. Nous leur devons une grande reconnaissance. C’est pourquoi la solidarité financière devrait être poursuivie jusqu’à ce que soient compensées au minimum 80% de leurs pertes de salaire.

D’autre part, tous ceux qui par leurs initiatives militantes (réunions publiques, tractages, sites, blogs, actions de blocage …) ont contribué à faire comprendre aux Français les enjeux de cette bataille sociale.

Sur la grève par procuration

Quand 70% des Français approuvent les grèves, cela signifie que la « grève par procuration » n’est pas une idée à disqualifier d’un revers de main. Le problème majeur est que les secteurs en capacité de démarrer des grèves efficaces « au nom de tous et de l’intérêt général » sont souvent ceux qui sont le moins percutés immédiatement par la contre-réforme, aujourd’hui celle des retraites. Ce qui au passage permet de comprendre pourquoi les gouvernements ont intérêt à maintenir, tout en les réduisant régulièrement, quelques avantages sociaux significatifs aux salariés de certains secteurs stratégiques (SNCF, RATP, routiers, ports, raffineries, aiguilleurs du ciel ..).

Sur le rôle des médias

La plupart des grands médias ont répété, en boucle ou mezzo-voce, la ritournelle UMP-Medef selon laquelle il n’y aurait pas d’autre solution que de travailler plus longtemps. Alors même que 70% des Français pensaient le contraire. Un slogan brandi dans la manifestation lyonnaise résumait cela parfaitement : « MEDIAS partout, INFO nulle part ! ». Beaucoup d’articles pertinents ont montré de quel côté se sont positionnés les grands médias écrits et audio-visuels. Coluche, il y a longtemps déjà, avait trouvé une formule assez juste : « Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent, c’est pire ! »

Comment être mieux préparés et plus efficaces dans les batailles sociales à venir ?

Vaste question à laquelle chacun pourra apporter des éléments de réponse. Il faudrait que ce débat ait lieu dans chacune des organisations syndicales et politiques, puisqu’on a pu constater leurs limites en matière de cohérence et d’efficacité. Pour notre part, nous considérons qu’il est sain et utile que des initiatives citoyennes locales, unitaires, transversales, déjà existantes ou à créer, viennent ajouter leurs capacités d’analyse, de souplesse et d’imagination aux forces des organisations syndicales et politiques traditionnelles.

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Notes :

(1) Ce dossier de presse CFDT est consultable à l’adresse http://www.cfdt.fr/content/medias/m...

(2) http://www.retraites-enjeux-debats....

L’abécédaire des promesses de M. Sarkozy en 2007 Par Julien villalard Reporterre 2010/11/14 Par Julien villalard (14 novembre 2010) L’abécédaire des promesses de M. Sarkozy en 2007. Reporterre. fr

L’abécédaire des promesses de M. Sarkozy en 2007

Pour mémoire...

L’abécédaire des propositions de Nicolas Sarkozy

35 heures Je veux d’abord vous convaincre que partager le travail n’a jamais été une solution contre le chômage. Les 35 heures ont-elles permis de créer des emplois ? Nullement. Avec elles, vous avez plus de temps pour vous, mais vos salaires sont gelés. Vous avez moins de pouvoir d’achat, vous consommez moins. C’est toute l’économie qui s’est artificiellement réduite. Depuis 2002, les 35 heures ont été assouplies deux fois. Pour ma part, je crois qu’il nous faut vraiment en sortir. Cela ne signifie pas qu’il faille revenir à 39 ou 40 heures pour tous. Ce serait faire la même erreur que le Parti socialiste, dont la candidate persévère puisqu’elle défend la "généralisation des 35 heures". Notre réponse à la RTT, c’est la liberté de gagner plus, en travaillant plus. Que certains salariés soient heureux à 35 heures et souhaitent y demeurer est parfaitement respectable. D’autres veulent pouvoir gagner plus en travaillant plus longtemps. Au nom de quoi devrait-on le leur interdire ? Pour sortir des 35 heures, nous voulons une solution gagnant-gagnant : pour le salarié et pour l’entreprise. Nous proposons tout d’abord d’assouplir fortement le recours aux heures supplémentaires, tout en conservant les majorations de 25 et 50%. Surtout, nous proposons d’exonérer les heures supplémentaires de charges sociales et d’impôts, pour le patron comme pour le salarié. Concrètement, cela signifie une baisse de 25% du coût salarial horaire, ce qui incitera les entreprises à multiplier les heures supplémentaires. Pour le salarié au SMIC qui effectue 4 heures de plus par semaine, cela signifie un gain de 17% sur sa feuille de paye. J’ajoute que le même mécanisme doit s’appliquer au rachat de journées de RTT. Source(s) : Mon Projet, Interview dans le Monde de l’Industrie (janvier 2007)

35 heures à l’hôpital Je crois qu’il est possible de revoir les 35 heures à l’hôpital, mais je suis certain que la réforme est souhaitée et attendue par les personnels hospitaliers. Ils ont eu à souffrir de la désorganisation et de la surcharge de travail que les 35 heures ont créées dans les services. Je propose que les personnels volontaires aient la liberté de travailler plus pour gagner plus. Source(s) : Interview Panorama du médecin (mars 2007)

Accès à la propriété Depuis des années, on vous dit qu’on ne peut rien contre la crise du logement, et on laisse s’aggraver une pénurie qui a rendu la propriété impossible pour beaucoup d’entre vous et la location de plus en plus difficile. Cette situation ne peut pas durer. Je veux permettre à chaque ménage d’être propriétaire, parce que la propriété est le rêve de chacun d’entre nous. Je vous permettrai notamment de déduire de votre impôt sur le revenu les intérêts de votre emprunt immobilier. Ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu recevront une aide de l’État pour emprunter. Source(s) : Mon projet

Administration Je veux que nos grandes administrations deviennent de véritables partenaires de la réussite des entreprises. Il faut mettre un terme à la logique de défiance qui existe à l’égard des PME. Je le dis franchement : il est injuste que l’Administration traite à la même enseigne la grande majorité des entreprises de bonne foi et l’infime minorité de celles qui trichent sciemment. L’Administration ne peut plus se cantonner dans un pur rôle de contrôle et de sanction vis à vis d’entreprises toutes supposées fraudeuses. Pour opérer ce bouleversement dans nos habitudes, il est nécessaire que ces administrations, et leurs agents, soient demain évalués sur leur capacité à rendre à tous un service de qualité, sur la rapidité des réponses données aux entreprises, et non plus sur le seul montant des redressements opérés ou sur les procès-verbaux dressés. Source(s) : Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007)

Adoption Pour faciliter l’adoption des enfants à l’étranger, il faut structurer davantage nos liens de coopération avec les pays d’origine, à l’image de ce que font les autres pays. Nous devons aussi améliorer les règles des adoptions « intérieures », c’est-à-dire d’enfants nés en France et devenus pupilles de l’Etat. La France est devenue plus exigeante que d’autres pays avant de considérer qu’un enfant a été réellement abandonné par ses parents et est adoptable. Des solutions existent pour améliorer les choses. Je suis avec attention les travaux du Conseil Supérieur de l’adoption sur ce sujet. Ma conviction est que toute réforme doit être mûrement réfléchie et se faire dans l’intérêt de l’enfant. Je veux que le mariage protège la filiation et le cadre naturel de la famille. Pour cette raison, je n’ouvrirai pas le mariage, ni l’adoption aux couples de même sexe. Source(s) : Interview à la revue Cotémômes Discours Nantes (15/03/07)

Afrique Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus, en mettant en place une Union méditerranéenne avec les pays du Sud, en donnant la priorité à l’Afrique. Je m’intéresse à l’Afrique et je la respecte. C’est pour cette raison que, par exemple, je prône l’exonération totale d’impôts sur le revenu pour tous les migrants africains résidant en France, lorsque leur argent est investi dans des micro-projets de développement sur place. Ce flux émanant de la diaspora permettra de décupler l’aide au développement, de pallier l’insuffisance du réseau bancaire et de contourner la corruption. Plus généralement, on ne fera pas bouger les choses par le seul tutoiement entre le chef de l’Etat français et ses homologues du continent, mais par la conscience collective d’un intérêt commun. L’Afrique compte huit cent millions d’habitants dont la moitié a moins de dix-sept ans. L’avenir de ces jeunes est donc une obsession pour tous ceux qui, comme moi, s’intéressent au développement. Parmi ces jeunes, il y a les étudiants et je pense qu’ils doivent être plus nombreux à venir se former en France. Mais à une condition : une fois leur formation achevée, on doit leur demander de mettre leurs compétences acquises en France – donc leur première expérience professionnelle – au service de leur pays d’origine. Afin de ne pas se retrouver par exemple dans la situation caricaturale du Bénin, dont les médecins sont plus nombreux à exercer en France que chez eux. Source(s) : Mon Projet ; Interview Jeune Afrique (5/11/06)

Agriculteurs L’agriculture française est un atout économique majeur. Si nous voulons qu’elle demeure forte et attractive, alors il n’est pas possible de ravaler les agriculteurs au rang de « jardiniers de la nature », ni d’accepter des baisses de revenus effarantes qui non seulement paupérisent les exploitants, mais les privent largement des moyens de s’adapter aux évolutions des marchés et de la consommation. Il faut permettre aux agriculteurs de vivre davantage du fruit de leur travail. Aucun producteur, en effet, ne peut préférer vivre d’aides directes plutôt que du marché. Le niveau des aides dépendra donc du niveau des prix. Avec des prix plus hauts et plus rémunérateurs, les aides seront moins indispensables. (…) Je suis favorable au maintien des outils d’aide à l’installation. Ces outils ont fait leur preuve, ils sont efficaces. Mais il ne faut pas vivre dans l’illusion : on n’installera pas un agriculteur pour un départ. L’objectif doit être de veiller au renouvellement des générations et de ne pas détourner les jeunes de ce métier. Il faut également veiller à appuyer les démarches des jeunes qui viennent d’autres milieux. (…) L’aide à l’installation est primordiale, de même que les prêts bonifiés. Un effort pourrait sans doute être fait en direction du stage d’installation, afin de le rapprocher des besoins réels des futurs exploitants. Source(s) : Interview Midi Libre (octobre 2006) ; Interview Le Mag Cultures (février 2007).

Agriculture Je soutiendrai l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Elles sont indispensables à notre indépendance alimentaire et désormais énergétique, et sont une force économique de premier plan. La compétitivité de l’agriculture française est une réalité. La France reste l’un des principaux pays producteurs dans le monde. Il n’y a aucune raison de céder notre place sur les marchés, ni d’ailleurs de craindre notre mise à l’écart. Maintenir cette productivité dépend d’abord de notre capacité à renouveler les générations. J’entends poursuivre et amplifier les efforts en matière d’installation. Améliorer la productivité de notre agriculture passe également par le développement d’approches économes en matière d’intrants agricoles. C’est aussi faciliter la mise en commun du matériel d’exploitation : on peut aller beaucoup plus loin et apporter des réponses précises aux préoccupations des exploitants. C’est enfin se tourner résolument vers les nouveaux débouchés et mettre fin à une certaine forme de gaspillage. Je ne peux me résoudre à voir des terres mises en jachère alors même qu’il y a des possibilités de cultiver, sur ces terres, des produits pour le marché des biocarburants ou de la chimie verte. Tout ceci est possible si l’on se donne la peine d’accompagner les exploitants. Il faut simplifier les structures d’appui aux exploitants et confier aux chambres d’agriculture, qui réalisent déjà un formidable travail, une véritable mission d’accompagnement des exploitants sur le terrain. (…) L’arrivée de nouveaux États membres, dotés de secteurs agricoles puissants, ne doit pas susciter de craintes en France. Ces pays sont nos alliés et nous avons beaucoup à partager avec eux. La France s’est engagée très tôt dans des partenariats pour l’adhésion de ces pays, et elle n’a pas à le regretter. C’est ensemble que nous écrirons l’évolution de la Pac et de nos agricultures. De plus n’oublions pas une chose : avec la croissance de la population mondiale, les marchés vont s’élargir. (…) Quand on est agriculteur, on travaille tous les jours à la préservation de l’environnement. Les efforts déjà réalisés ne doivent pas être oubliés, ni sous-estimés. Il faut toutefois aller plus loin. Même si beaucoup de chemin a été fait, il n’en reste pas moins vrai qu’il nous faut aller vers une meilleure prise en compte des ressources dans l’acte de production. Il nous faut développer une agriculture diversifiée, favoriser les modes de production naturels (l’herbe) et améliorer la gestion de l’eau (vis-à-vis de l’irrigation). Source(s) : Mon Projet ; Interview Le Mag Cultures (février 2007).

Aide au développement Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus, en mettant en place une Union méditerranéenne avec les pays du Sud, en donnant la priorité à l’Afrique. La fraternité, c’est la solidarité avec les pays pauvres et l’engagement dans les grandes causes humanitaires, dans la lutte contre la faim, la misère, la maladie, dans le codéveloppement qu’il va bien falloir réussir si l’on ne veut pas que l’exode massif du Sud vers le Nord ne tourne au désastre. Je veux que la France inscrive sa politique d’aide au développement dans le cadre de partenariats exigeants et responsables. Le principe de conditionnalité s’appliquera avec rigueur en prenant mieux en compte le respect de l’Etat de droit et de bonne gouvernance. Source(s) Mon Projet Discours Zénith (18/03/07) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007)

Aides agricoles La suppression des subventions est inenvisageable. Celles-ci sont nécessaires pour permettre une agriculture de qualité et la préservation de la vitalité de nos zones rurales. Mais la réalité à laquelle nous sommes confrontés, c’est que les aides à l’agriculture sont aujourd’hui équivalentes au revenu des exploitations. Elles sont même parfois supérieures à ce revenu d’exploitation. Le premier chantier à engager, c’est celui de la simplification des régimes d’aide en place. Le second, c’est de permettre aux agriculteurs de vivre davantage du fruit de leur travail. Aucun producteur, en effet, ne peut préférer vivre d’aides directes plutôt que du marché. Le niveau des aides dépendra donc du niveau des prix. Avec des prix plus hauts et plus rémunérateurs, les aides seront moins indispensables. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007)

Airbus Des changements profonds sont nécessaires. Airbus et EADS ne peuvent plus fonctionner dans la gouvernance actuelle qui donne aux intérêts nationaux un pouvoir de blocage contraire à la bonne marche de l’entreprise. Il faut revoir la composition actuelle du capital et renégocier le pacte d’actionnaires pour que la direction d’Airbus soit mobilisée sur les intérêts industriels et eux seuls. L’entreprise a besoin d’investisseurs nouveaux et prêts à s’engager dans son développement, notamment pour financer le lancement de l’A350 et du successeur de l’A320. Pour Nicolas Sarkozy, il est logique, et c’est même là son devoir, que l’État se joigne s’il le faut à cette recapitalisation pour marquer sa confiance dans l’entreprise et l’aider à passer ce cap difficile. L’Etat et les collectivités intéressées doivent également accompagner les sous-traitants et les territoires affectés par le plan Power8 pour consolider et développer leur activité. En particulier, la progression vers les technologies composites sur le site de Méaulte, gage de sa pérennité, doit faire l’objet de mesures de soutien de la part des pouvoirs publics et d’un engagement clair d’Airbus, voire d’autres acteurs industriels éventuels, sur l’avenir des activités et des emplois concernés. Si les Français me font confiance, je ferai de l’avenir de EADS et d’Airbus des priorités de la politique industrielle volontariste qu’il s’emploiera développer en France et en Europe. Source(s) Communiqué (03/04/07)

Allocation adulte handicapée Les personnes handicapées doivent pouvoir vivre décemment, ce qui est actuellement impossible avec une allocation adulte handicapé (AAH) de 621 euros. Il n’est pas acceptable que le montant de l’AAH n’atteigne même pas le seuil de pauvreté de 788 euros. Plus de 700 000 personnes sont concernées. Afin de remédier à cette situation, je propose de revaloriser l’AAH de 25%. Source(s) Le Parisien (23/03/07)

Allocations chômage Comme souvent en France, en matière de chômage ou en matière de minima sociaux, on indemnise chichement, mais longtemps. Alors qu’il faudrait indemniser fortement, mais brièvement pour que chacun soit incité à reprendre rapidement un emploi. Je propose que l’allocation chômage ne puisse pas être inférieure au salaire minimum, mais que nul ne puisse refuser plus de trois offres d’emploi correspondant à ses compétences Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Discours Charleville-Mézières (18/12/06)

Allocations familiales J’aiderai les familles qui ont des difficultés à assumer leur mission éducative et responsabiliserai celles qui y renoncent par la mise sous tutelle des allocations familiales. J’aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j’allouerai des allocations familiales dès le premier enfant. Le regroupement familial ne sera possible que si la personne a un logement et un travail lui permettant de faire vivre sa famille sans prise en compte des allocations familiales. Source(s) Mon Projet

Alstom Tout le monde disait qu’il n’y avait rien à faire, qu’il fallait laisser tomber, qu’il fallait vendre à SIEMENS. (…) Je me suis battu, au nom de l’État. Nous avons même racheté 20 % d’ALSTOM, 800 millions d’euros. Deux ans plus tard, Thierry BRETON revendait 2 milliards 100 millions. ALSTOM est aujourd’hui une des entreprises les plus profitables de la bourse française. Alors les spécialistes qui disaient que c’était foutu, que c’était fichu, ils sont où aujourd’hui ? Les 25 000 emplois, on les a sauvés. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07)

Aménagement du territoire Rétablir la confiance est plus que jamais nécessaire pour ceux de nos concitoyens qui sont issus du monde rural. Depuis des décennies, certains de nos territoires ruraux les plus fragiles sont gagnés peu à peu par la désertification. Or je veux affirmer, une fois encore, qu’il n’y a pas de fatalité au dépeuplement ni à l’exode rural, pour peu que l’Etat poursuive et amplifie ce qui fut toujours une grande politique, une politique originale dans notre pays, celle de l’aménagement du territoire. Elle n’est d’ailleurs pas pour rien dans la qualité de vie et des services publics que nous reconnaissent les étrangers qui visitent et apprécient notre pays. Aménager le territoire, c’est refuser que l’Etat ne renforce encore les tendances, là, à la concentration, ailleurs, au dépeuplement, plutôt que de rechercher un équilibre dans le développement de nos territoires. Aménager le territoire, c’est finalement garantir une véritable égalité des chances pour chaque Français, en tout point du territoire. L’accès au haut et très haut débit doit être reconnu comme une obligation de service public sur tout le territoire. La politique de couverture en haut débit d’ores et déjà engagée doit se poursuivre pour couvrir réellement la totalité du territoire, ce qui n’est pas le cas à ce jour. Un cadre réglementaire favorable aux investissements en très haut débit par les opérateurs sera mis en place. Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007)

Amérique latine L’Amérique latine quant à elle a connu des progrès démocratiques majeurs, au travers d’élections qui se sont bien déroulées dans une quinzaine de pays ces derniers mois. Pour autant la démocratie reste fragile, car beaucoup lui attribuent les difficultés sociales persistantes de certains de ces pays. Nous devrons donc être attentifs aux dérives autoritaires et populistes, qu’elles viennent de dirigeants de gauche ou de droite. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) ANPE L’ANPE, l’Unedic, les Maisons de l’emploi seront réunies en un seul service public de l’emploi, qui interviendra immédiatement et de manière personnalisée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver ou retrouver un emploi beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Source(s) Mon Projet

Appartement de fonction La procédure actuelle est excessive, tous les ministres n’ont pas besoin d’un appartement de fonction. Qui est-ce qui a besoin d’un appartement de fonction ? Les ministres qui peuvent être appelés de jour et de nuit parce qu’il se passe toujours quelque chose. (…) Si je suis élu président de la République, je laisserais un appartement de fonction uniquement pour les ministres qui en ont besoin, pour dire les choses comme elles sont, je ne voudrais pas être vexant à l’égard de qui que ce soit, mais je ne suis pas persuadé que le ministre d’un domaine, par exemple celui de la communication, ait essentiellement besoin d’être présent à son ministère en pleine nuit. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07)

Art contemporain Il faut d’abord faire aimer et populariser l’art contemporain, et cela dès le plus jeune âge. C’est la mission principale de nos musées spécialisés et des fonds régionaux d’art contemporain. On doit ensuite aider les artistes. Il me semble que beaucoup se joue au niveau de la formation : notre dispositif d’enseignement de l’art manque sans doute de moyens pour se situer au meilleur niveau international. Il y a, je le crois, des cloisons à abattre entre les différentes disciplines (art industriel, design, nouvelles technologies) pour favoriser la polyvalence des artistes. Source(s) Interview Arts Magazine (avril 2007)

ASSEDIC L’ANPE, l’Unedic, les Maisons de l’emploi seront réunies en un seul service public de l’emploi, qui interviendra immédiatement et de manière personnalisée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver ou retrouver un emploi beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Source(s) Mon Projet

Associations Je donnerai des avantages concrets à ceux qui donnent de leur temps à la société dans les associations. Je veux transmettre la valeur de l’engagement et pour cela valoriser le bénévolat, un bénévolat régulier, qui n’est pas synonyme d’incompétence ou d’amateurisme. Je propose qu’une année de bénévolat dans une association ou dans un club donne droit à un stage de formation gratuit ; que 20 heures de bénévolat effectuées régulièrement chaque mois donne droit à 10% de points en plus aux examens ; que 10 ans de bénévolat donne droit à une année de cotisations de retraite. Je veux que la société valorise ceux qui se dévouent pour elle et sanctionne ceux qui ne respectent ni la loi, ni les autres, ni eux-même. Le bénévolat est une vraie richesse pour nos quartiers. Je veux le valoriser en créant un livret d’épargne civique qui donnera aux bénévoles des avantages concrets : stages de formation gratuits, points supplémentaires aux examens, cotisation pour la retraite. Mais le recours au bénévolat ne remplace pas la présence de professionnels : on ne s’improvise pas éducateur ou aide-maternelle. Je propose, dans chaque quartier, un responsable de la politique de la ville qui aura à orienter les crédits vers les associations qui ont le plus besoin de salariés qualifiés. Source(s) Mon Projet Discours Nantes (15/03/07) Le Parisien version électronique (23/03/07)

Assurance maladie Nous allons dépenser plus en matière de santé en raison de l’allongement de la durée de la vie, du progrès thérapeutique, des exigences croissantes et légitimes de nos concitoyens. Aussi faut-il dépenser mieux et créer les recettes nécessaires au financement des dépenses. Il faut d’abord s’attaquer aux abus, aux fraudes et aux gaspillages. Evalués entre 7 et 15 milliards d’euros, ils représentent plus que le déficit de l’assurance maladie. J’engagerai ensuite une plus forte politique de prévention, car elle est porteuse d’économies sur le long terme. Je souhaite créer une franchise raisonnable et juste afin de responsabiliser les patients. Je pense en outre que cela restaurera une conception moins consumériste de la santé. S’agissant des recettes, fondamentalement, la solution est évidemment le plein emploi. C’est parce que nous n’avons pas le plein emploi que nous avons des déficits sociaux. Source(s) Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007)

Audiovisuel La démocratisation de la culture passe par une télévision de qualité, parce que c’est le média que chacun regarde, qui pénètre dans tous les foyers. Trois à quatre heures par jour ! Près de 100 000 heures dans une vie ! L’enjeu est considérable, en termes de lien social, de transmission partagée, et bien sûr d’emploi culturel. Il faut être ambitieux pour notre télévision, et notamment pour les chaînes publiques. C’est un fait, l’audiovisuel public est actuellement sous financé. Nous devrons trouver des solutions, sans tabous, car un financement convenable est indispensable si nous voulons mettre la barre de la création et de l’imagination audiovisuelles à la hauteur qui devrait être les leurs. Les chaînes publiques doivent exprimer leur singularité, en diffusant à des heures d’écoute convenables des programmes de qualité. Il s’agit aussi et surtout d’inventer une nouvelle culture audiovisuelle, avec des téléfilms, des fictions de qualité - et la diffusion récente de la série des Maupassant en est un très bon exemple -, des documentaires, des émissions de plateau ou s’échangent idées et contenus. Nous avons tout en main pour relever ce défi : des professionnels remarquables. Des maisons de production excellentes. Des spécialistes de fiction et de documentaires internationalement reconnus. Là encore, les perspectives en matière d’emploi sont considérables. Sait-on que le doublement des fictions sur nos chaînes représenterait 400 000 journées de travail en plus pour les intermittents qui en vivent ? La télévision est vraiment partie prenante d’une économie de l’immatériel extrêmement prometteuse et encore trop balbutiante. Source(s) : Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07)

Autonomie des établissements scolaires Je donnerai plus d’autonomie aux établissements pour leur permettre de développer leur projet pédagogique spécifique. Elle est une nécessité pour que chaque établissement s’adapte au contexte dans lequel il se trouve et pour que chacun se mobilise autour d’un projet dont il sera partie prenante. C’est la responsabilité. C’est l’incitation à faire le mieux possible. C’est la condition pour que le libre choix des parents devienne possible, pour que la carte scolaire un jour soit abolie et pour que la ségrégation urbaine et la ségrégation scolaire cessent de se nourrir l’une de l’autre. Source(s) Mon Projet Discours Maisons-Alfort (02/02/07)

Autorité Je ne crois pas à la République sans un minimum d’ordre, l’ordre républicain, je ne crois pas qu’on peut tout faire, je crois à la justice, mais je crois aussi à la fermeté. Je crois aux droits, mais je crois aussi aux devoirs. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07)

Autorité Parentale Il faut bien sûr aider les parents qui n’arrivent pas à assumer leur mission éducative, mais aussi les responsabiliser. Je souhaite que les allocations familiales et l’allocation de rentrée scolaire soient placées sous tutelle lorsque les parents faillissent à leur mission : la société doit avoir la garantie que l’aide qu’elle accorde est bien utilisée dans l’intérêt de l’enfant. Source(s) Interview à la revue Cotémômes

Banlieues Il faut d’abord rétablir la loi républicaine et mettre fin à la loi des bandes. Ce travail demande de la maîtrise de soi, mais aussi de la résolution et du courage. C’est facile de revendiquer le calme dans les banlieues, mais cela dissimule souvent une loi du silence, de la peur, des trafics, de l’extrémisme. Il faut ensuite maîtriser l’immigration. Il faut enfin rétablir de l’activité. Les parents doivent avoir un emploi, les enfants doivent suivre une formation. Les quartiers ne demandent pas une situation à part. Ils demandent à devenir des quartiers comme les autres. Les vrais drames de la banlieue sont ceux du quotidien. L’école qui devient un ghetto, le chômage dont on ne sort pas, les jeunes filles qui ne peuvent vivre librement, les incivilités qui empoisonnent la vie, la drogue qui devient source de l’économie. Je veux que la République se réapproprie les quartiers. Je poursuivrai le démantèlement des bandes organisées. Je conduirai un plan d’urgence pour l’éducation qui divisera par deux le nombre d’élèves des établissements les plus en difficulté. Services publics, transports en commun, commerces de proximité seront réinstallés dans les quartiers. Je permettrai aux habitants du parc HLM de racheter leur logement afin de se réapproprier la vie de leur quartier. Si je suis élu je mettrai en oeuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu’aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. Depuis vingt-cinq ans, on a dépensé des milliards dans les quartiers difficiles, mais la situation n’a cessé de s’aggraver. Il faut changer de politique, changer de méthodes. Il faut d’abord rétablir la loi républicaine et mettre fin à la loi des bandes. Ce travail demande de la maîtrise de soi, mais aussi de la résolution et du courage. C’est facile de revendiquer le calme dans les banlieues, mais cela dissimule souvent une loi du silence, de la peur, des trafics, de l’extrémisme. Il faut ensuite maîtriser l’immigration. Il faut enfin rétablir de l’activité. Les parents doivent avoir un emploi, les enfants doivent suivre une formation. Les quartiers ne demandent pas une situation à part. Ils demandent à devenir des quartiers comme les autres. Je consacrerai beaucoup d’argent aux banlieues, dans l’éducation, la formation, la rénovation urbaine, les services publics, les transports, l’activité économique. Je n’accepte pas qu’on se soit résigné à laisser se développer tant de ghettos scolaires et urbains. Je n’accepte pas que toute une partie de nos enfants soit discriminée à cause de la couleur de leur peau ou de leur origine sociale. Ceux qui font des efforts recevront les meilleures conditions de travail et d’éducation. Nous susciterons des vocations pour le service public, qui sera un levier de promotion sociale pour les jeunes issus des quartiers. Mais je ne laisserai aucun jeune dans l’oisiveté. Chacun devra avoir un emploi ou suivre une formation qualifiante. Ce que Jean Vilar voulait faire avec le TNP et ce que Malraux voulait faire avec les maisons de la culture, je voudrais que nous le fassions dans les banlieues. Je voudrais que dans les quartiers comme dans les collèges, les lycées comme dans les universités, il y ait des lieux de rencontre avec les artistes, de pratique artistique, de création. Je voudrais que toutes les institutions culturelles soient impliquées dans cette démarche. Je souhaite que cette démarche soit soutenue et encouragée par l’Etat, et contractualisées avec les villes, les départements et les régions. Source(s) Mon Projet Le Parisien (23/03/07) Discours Zénith (18/03/07) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07)

Beau-parent Je veux reconnaître la réalité des liens affectifs qui peuvent se créer entre un enfant et le conjoint de son parent biologique, par la création d’un statut du beau-parent. Ce statut permettra de reconnaître des droits et des devoirs aux adultes qui élèvent dans le désintéressement, la générosité, la tendresse, des enfants qui ne sont pas les leurs. (…) Ce statut sera applicable aux couples de même sexe, mais aussi aux familles recomposées. Source(s) Discours Nantes (15/03/07)

Bénévolat Je veux transmettre la valeur de l’engagement et pour cela valoriser le bénévolat, un bénévolat régulier, qui n’est pas synonyme d’incompétence ou d’amateurisme. Je propose qu’une année de bénévolat dans une association ou dans un club donne droit à un stage de formation gratuit ; que 20 heures de bénévolat effectuées régulièrement chaque mois donne droit à 10% de points en plus aux examens ; que 10 ans de bénévolat donne droit à une année de cotisations de retraite. Je veux que la société valorise ceux qui se dévouent pour elle et sanctionne ceux qui ne respectent ni la loi, ni les autres, ni eux-même. Source(s) Discours Nantes (15/03/07)

Biocarburants Il faut résolument se tourner vers les bioénergies. L’agriculture a une carte à jouer, car les biocarburants sont de nouveaux marchés solvables. Il ne faut pas non plus oublier la forêt, pour son rôle dans la production de chaleur ou d’électricité, et la lutte contre l’effet de serre. Les bioénergies, ce n’est pas une découverte pour les agriculteurs français. Cela fait longtemps qu’ils s’intéressent à cette question et qu’ils montent des projets. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est une volonté politique forte pour que l’usage des bioénergies se répande vite dans notre pays et pour que des filières innovantes et compétitives puissent se développer. Je propose notamment que la fiscalité sur les produits et comportements écologiques soit systématiquement moins élevée. Les bioénergies sont un moyen pour les agriculteurs de pouvoir retrouver de la valeur ajoutée. Mais ils ne le pourront que s’ils s’investissent dans l’aval des filières et qu’ils obtiennent une juste répartition de la richesse produite. Mon objectif, c’est que l’adoption de comportements respectueux de l’environnement ne coûte jamais plus cher aux ménages et aux entreprises, mais au contraire qu’elle leur coûte moins cher. C’est pour cette raison que je propose la mise en place d’un crédit d’impôt environnement, allant bien au-delà des dispositifs existants, au profit des ménages, des entreprises et de tous les autres organismes qui investissent dans la recherche, dans la formation et dans des équipements permettant de réduire la consommation énergétique et de favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables. C’est pour cette raison également que je souhaite détaxer les biocarburants, mais aussi donner des avantages spécifiques aux propriétaires de véhicules propres, par exemple la gratuité du stationnement en ville. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007) Réponses CGPME

Biodiversité Enfin, nous devons agir au niveau international pour que les grands pays s’engagent dans la réduction des gaz à effet de serre et la protection de la biodiversité. Source(s) : Mon Projet

Bioéthique Le clonage thérapeutique reste pour le moment une théorie. Ne créons pas de faux espoirs à partir de prouesses scientifiques non réalisées à ce jour. La loi de 2004 permet concrètement la recherche sur les cellules souches embryonnaires à partir d’embryons surnuméraires. Il n’y a pas d’urgence – à ce jour – à modifier cette loi avant l’échéance de 2009. La recherche sur les cellules souches adultes doit par ailleurs être fortement encouragée. Elle est prometteuse et constitue une vraie alternative au clonage thérapeutique et à l’utilisation d’embryons surnuméraires, car elle ne soulève pas les mêmes questions éthiques. Source(s) Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007) Biotechnologies Il faut favoriser le développement des jeunes entreprises innovantes en biotechnologies, en dynamisant l’environnement fiscal et financier dans lequel elles évoluent. Source(s) Interview Pharmaceutiques (mars 2007)

Bouclier antimissile américain Je trouve quand même préoccupant de ne pas discuter ensemble, avec nos partenaires européens, du système de défense antimissile que les Etats-Unis sont en train de mettre en place. Je ne vois pas comment on peut dire que c’est simplement le problème de la République tchèque ou de la Pologne et que ce n’est pas du tout celui de l’Europe, sauf à renoncer à toute ambition d’une politique européenne de la défense. Source(s) Le Monde (16/04/07)

Bouclier fiscal Pour redonner confiance aux investisseurs, (…) il faut d’abord réconcilier la France avec la réussite. Or, au-delà de notre culture collective, nous savons que l’une des difficultés concrètes est fiscale. C’est pour cela que j’ai toujours défendu l’idée d’un bouclier fiscal qui limite à un pourcentage donné les prélèvements qui peuvent s’accumuler, une année donnée, sur le revenu d’un même contribuable. Je crois à un bouclier fiscal à 50 % intégrant la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Autrement dit, nul ne paiera au fisc plus que la moitié de ce qu’il a gagné. Source(s) : Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007

Brevets Le respect de la propriété intellectuelle est indispensable pour inciter les entreprises à innover, à améliorer leur compétitivité et accroître leurs parts de marché. Or le dépôt d’un brevet auprès de l’office européen des brevets est aujourd’hui trop coûteux, beaucoup plus que ne l’est le dépôt d’un brevet au Japon ou aux Etats-Unis, la différence tenant en partie aux obligations de traduction. Depuis 2000, un protocole a été conclu à Londres entre les principaux pays européens. Il conduit à alléger les obligations linguistiques, tout en confortant le français qui est l’une des trois langues officielles de l’office des brevets. Cet accord préserve, en outre, le droit de toute entreprise d’obtenir une traduction en français en cas de litige. Ce protocole devrait donc être à mes yeux ratifié dans les meilleurs délais par le Parlement français. Source(s) Réponses CGPME

Cannabis Sur la drogue, guerre totale parce que nous sommes de tous les pays d’Europe celui où les jeunes fument le plus de cannabis. L’idéologie héritée de 68 qui a consisté à supprimer l’interdit social sur la drogue est une catastrophe. La notion même de drogue douce est une absurdité, si c’est une drogue, elle n’est pas douce. (..) Partout où la drogue a été légalisée, demandez donc aux Pays-Bas et en Espagne, ce fut une catastrophe. En tout cas que les choses soient claires, si je suis élu président de la République, je ne légaliserai pas la drogue, je la combattrai. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07)

Capitalisme Je crois dans la force créatrice du capitalisme mais je suis convaincu que le capitalisme ne peut pas survivre sans une éthique, sans le respect d’un certain nombre de valeurs spirituelles, de valeurs morales, sans l’humanisme, sans la culture. (…) Il faut remettre le capitalisme au service d’une certaine idée de l’homme. Je crois dans l’éthique du capitalisme. Je n’accepte pas, et des milliers d’entrepreneurs avec moi, que le travail salarié et l’esprit d’entreprise soient bafoués par les rémunérations et les privilèges excessifs que s’octroie une toute petite minorité de patrons. Je n’accepte pas qu’au niveau mondial, pour des raisons de pur profit, on joue avec les salariés et avec les usines comme on déplace des pions sur un jeu de société. Je proposerai à nos partenaires de l’Union européenne d’édicter des règles pour que ceux qui veulent investir en Europe soient les bienvenus, mais qu’ils se comportent humainement, en respectant les hommes et les femmes, en respectant le travail, conformément à notre culture qui place l’être humain au sommet de toute chose. Je renforcerai le capitalisme familial. Source(s) : Discours Besançon (13/03/07) Mon Projet

Capitalisme financier L’Europe doit protéger et pour cela elle doit contribuer à la moralisation du capitalisme financier. Si je suis élu, je proposerai que la moralisation du capitalisme financier soit l’un des principaux objectifs de la zone euro. Le capitalisme c’est la création de richesse pas la spéculation. Source(s) : Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07)

Carte judiciaire Je m’engage à augmenter les moyens de la justice, mais si nous ne changeons pas nos méthodes, nous n’aurons pas de meilleurs résultats. Je propose d’abord une réforme de la carte judiciaire permettant d’avoir des tribunaux plus gros, mieux organisés, et des magistrats moins isolés, pouvant discuter entre eux des dossiers. Source(s) Interview Marie-Claire (avril 2007)

Carte scolaire Je remplacerai la carte scolaire par une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire des effectifs, qui pèsera sur les établissements. Nous ne pouvons nous résoudre à obliger des enfants méritants, qui n’ont ni les moyens, ni les relations pour s’affranchir de la carte scolaire, à fréquenter des établissements médiocres pour afficher un semblant de mixité sociale et scolaire. Je propose que chaque famille ait le choix de l’établissement scolaire de son enfant. C’est la conséquence logique de l’autonomie et de la diversification des établissements. La carte scolaire a été créée en 1963. Estil si inconvenant en 2007 de vouloir s’en affranchir, alors que plus aucun pays en Europe ne la pratique ? Je propose que chaque établissement ait progressivement la liberté de recruter des enfants en dehors de son secteur. Mais qu’il ait aussi le devoir de veiller à respecter une diversité sociale et géographique dans ses effectifs. Source(s) Mon Projet Discours Angers (01/12/07)

Caution Je faciliterai la location en supprimant l’obligation de caution et de dépôt de garantie. En contrepartie, les propriétaires seront protégés contre les risques d’impayés de loyers. Je réformerai l’hébergement d’urgence, pour qu’il soit digne et permette la réinsertion. L’Etat doit mettre sa signature au service de celui qui n’a pas de caution – je suis pour un service public de caution. Mon Projet ; Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Chercheurs 05_chercheurs Recherche Je réformerai notre appareil de recherche pour créer les conditions de travail et de rémunération permettant d’attirer et de garder les meilleurs enseignants et chercheurs. Nous ne pouvons plus nous résigner à perdre chaque année 15 à 20% de nos jeunes chercheurs, qui préfèrent partir à l’étranger. Je veux que les carrières des chercheurs soient plus attractives afin d’attirer ou de retenir les meilleurs ; que leurs rémunérations soient plus élevées, mais aussi fondées, comme la promotion, sur le mérite ; que des moyens plus importants leur soient donnés pour travailler. Pour éviter cette fuite, je mettrai également fin à la situation indigne de nos post-doctorants et jeunes chercheurs, dont le montant des bourses et des salaires sera revalorisé, avec de vrais contrats de recherche, d’une durée minimale de cinq ans. Source(s) Mon Projet Le Parisien (23/03/07)

Chambres d’agriculture Les chambres d’agriculture doivent être des structures d’accompagnement de l’évolution des exploitations. Elles doivent, pour ce faire, se tourner davantage vers les actions de terrain. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007)

Changement Les Français ne redoutent pas le changement, ils l’attendent. Les Français savent que notre pays est sur la ligne de crête, entre un décrochage possible qui pourrait être irréversible, et un avenir plein de promesses qu’il ne tient qu’à nous d’embrasser. (…) Dans ce monde qui change à toute vitesse, la France doit changer de rythme. Cela ne signifie pas qu’elle doit balayer ses traditions, ses valeurs d’un revers de main, s’aligner sur le modèle le plus répandu, sur les prédictions du dernier penseur à la mode. Cela ne signifie pas qu’elle doit renoncer à être elle-même, bien au contraire. Mais elle n’en doit pas moins changer profondément. Justement pour rester fidèle à elle-même. « La France a besoin de changement profond. La France peut faire aussi bien que les autres. (…) Je veux porter ce changement. Je m’y suis préparé ». Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07)

Charges sociales Je conditionnerai les allègements de charges aux entreprises à la politique salariale de ces mêmes entreprises (…).Je ne donnerai pas les mêmes allègements de charges aux entreprises qui augmentent les salaires et à celles qui ne les augmentent pas. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Charte du dialogue social Je souhaite que les cinq prochaines années soient celles d’une revitalisation profonde du dialogue social, parce que je suis convaincu que le temps de la démocratie sociale n’est pas un temps perdu, mais peut être du temps gagné si tout le monde joue le jeu. Je souhaite pour cette raison qu’une Charte du dialogue social, inscrite dans une loi organique, prévoit qu’avant toute réforme intervenant en matière de droit du travail, droit syndical, retraites, assurance-chômage, accidents du travail et formation professionnelle, le gouvernement laisse obligatoirement sa chance à la négociation entre les partenaires sociaux. Source(s) Réponses CGPME Charte européenne des langues régionales Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la Charte européenne des langues régionales. Je ne veux pas que demain un juge européen ayant une expérience historique du problème des minorités différente de la nôtre, décide qu’une langue régionale doit être considérée comme langue de la République au même titre que le Français. Car au-delà de la lettre des textes il y a la dynamique des interprétations et des jurisprudences qui peut aller très loin. J’ai la conviction qu’en France, terre de liberté, aucune minorité n’est opprimée et qu’il n’est donc pas nécessaire de donner à des juges européens le droit de se prononcer sur un sujet qui est consubstantiel à notre identité nationale et n’a absolument rien à voir avec la construction de l’Europe. Source(s) Discours Besançon (13/03/07)

Chasse Il n’est pas question de réformer une nouvelle fois l’organisation française de la chasse. (…) Je suis naturellement favorable à ce que la redevance pour les premiers permis soit diminuée et que nous encouragions la chasse accompagnée. (…) Quelle politique de contrôle de la chasse pouvons-nous définir lorsque tant d’acteurs interviennent ? Toutes les polices, toutes les structures de contrôle seront regroupées au sein d’un seul et même ministère de la Sécurité. Sur le terrain, le préfet sera là pour veiller au respect de la loi et de la police de la chasse. (…) Je sais que la chasse et surtout les chasseurs souffrent des lourdeurs administratives et des incertitudes. Je peux m’engager à ce que l’Union européenne ne soit pas une source de complications. L’Europe a vocation à protéger. Elle a vocation à définir des règles pour les oiseaux migrateurs qui traversent ses frontières. Mais il appartient aux seuls Etats de déterminer les conditions de chasse sur leur territoire. Et, c’est d’abord au niveau départemental, c’est-à-dire au plus près du terrain, que la chasse doit être gérée. Source(s) Intervention de la Fédération nationale des Chasseurs (20/02/07) Chercheurs Nous ne pouvons plus nous résigner à perdre chaque année 15 à 20% de nos jeunes chercheurs, qui préfèrent partir à l’étranger. Je veux que les carrières des chercheurs soient plus attractives afin d’attirer ou de retenir les meilleurs ; que leurs rémunérations soient plus élevées, mais aussi fondées, comme la promotion, sur le mérite ; que des moyens plus importants leur soient donnés pour travailler. Pour éviter cette fuite, je mettrai également fin à la situation indigne de nos postdoctorants et jeunes chercheurs, dont le montant des bourses et des salaires sera revalorisé, avec de vrais contrats de recherche, d’une durée minimale de cinq ans. Source(s) Le Parisien (23/03/07) Choc des civilisations Je refuse l’idée d’un “choc des civilisations” conçu comme quelque chose d’inéluctable, ainsi que l’ont dépeint certains universitaires aux Etats-Unis ou ailleurs. Pour autant, je n’ignore pas que le risque est bien réel de voir les lignes de fractures culturelles et religieuses se creuser à travers le monde. Mais ce danger a beaucoup moins à voir avec les cultures elles-mêmes, qu’avec l’instrumentalisation qui en est faite. Prenez l’exemple de cette grande religion qu’est l’Islam. Qui ne voit que, contrairement à ce que l’on entend parfois, la rupture n’est pas entre l’Occident et l’Islam, mais bien plutôt au sein même de l’Islam : entre un islam moderne et modéré et cet islam fondamentaliste et obscurantiste, dans lequel si peu de musulmans se reconnaissent. Pour faire face à la menace du choc des cultures, je ne connais pas de meilleure arme que le dialogue des civilisations, si cher à Jacques Chirac qui a, d’ailleurs, tant fait pour le promouvoir. Cette action, je veux la poursuivre, car je crois comme lui que c’est dans le dialogue et dans l’échange que se construisent le respect et la compréhension mutuelle. Source(s) La Revue du Liban (7-14/04/07) Chômage J’ai voulu vous parler en premier de l’État et de nos institutions parce que sans un État fort, dans lequel vous avez pleinement confiance, nous ne pourrons rien faire. Mais je sais que le chômage et, plus largement, la précarité du travail, sont votre principale préoccupation. Depuis vingt-cinq ans, on vous dit que le pleinemploi est impossible et que le chômage est une fatalité. Rien n’est plus faux. Je veux d’abord vous convaincre que partager le travail n’a jamais été une solution contre le chômage. Les 35 heures ont-elles permis de créer des emplois ? Nullement. Avec elles, vous avez plus de temps pour vous, mais vos salaires sont gelés. Vous avez moins de pouvoir d’achat, vous consommez moins. C’est toute l’économie qui s’est artificiellement réduite. Plutôt que de consacrer tant d’argent à payer les Français pour qu’ils travaillent moins,nous devons tout faire pour être plus nombreux à travailler, car l’activité des uns crée le travail des autres. C’est pourquoi, si je suis élu, l’étudiant qui travaille ne paiera pas d’impôt,le retraité qui veut travailler et toucher sa retraite pourra le faire, notre pays aidera les entreprises à donner du travail aux seniors au lieu de les encourager à s’en séparer. L’ANPE, l’Unedic, les Maisons de l’emploi seront réunies en un seul service public de l’emploi, qui interviendra immédiatement et de manière personnalisée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver ou retrouver un emploi beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Je veux que les femmes, notamment les mères isolées, soient spécialement aidées à retrouver des emplois stables à temps complet. Mais, contre le chômage, il faut aussi que nous changions de politique économique. J’ose même dire : il faut que nous ayons une politique économique qui agit, et non qui subit. J’investirai massivement dans la formation, dans la recherche et l’innovation, dans le développement du commerce, de l’artisanat et des PME. Tout doit être fait pour permettre à nos PME de grandir et pour que notre pays crée les centaines de milliers d’emplois qui peuvent l’être dans les nouveaux segments de l’économie. Je rapprocherai la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne car il est évident que personne ne viendra créer des emplois chez nous si notre fiscalité continue à être la plus dissuasive d’Europe. Je ferai tout pour réduire la fiscalité qui pèse sur le travail. Contre les délocalisations, je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. L’exemple d’Alstom montre qu’il est possible et utile de nous battre pour notre industrie. Je soutiendrai aussi l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Elles sont indispensables à notre indépendance alimentaire et désormais énergétique, et sont une force économique de premier plan. Enfin, je ferai en sorte que l’euro devienne un outil de croissance, d’emploi et de puissance économique. Si nous avons fait l’euro, c’est pour nous en servir. Grâce à ces mesures, en cinq ans, nous pouvons atteindre le plein-emploi, c’est-à-dire un chômage inférieur à 5 % et un emploi stable à temps complet pour tous. C’est de cette manière que nous pourrons vraiment réduire la pauvreté, l’exclusion et la précarité. Notre seul objectif est de le ramener sous la barre des 5%, vers le plein emploi. C’est possible si l’on rompt avec la politique de partage du travail. Au lieu de payer les Français à moins travailler (préretraites, dispense de recherche d’emploi, 35 heures), il faut les inciter à travailler plus. L’activité des uns crée le travail des autres. Comme souvent en France, en matière de chômage ou en matière de minima sociaux, on indemnise chichement, mais longtemps. Alors qu’il faudrait indemniser fortement, mais brièvement pour que chacun soit incité à reprendre rapidement un emploi. Je propose que l’allocation chômage ne puisse pas être inférieure au salaire minimum, mais que nul ne puisse refuser plus de trois offres d’emploi correspondant à ses compétences. Source(s) Mon Projet Le Parisien (23/03/07) Discours Nantes (15/03/07) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Cinéma Dans le domaine du cinéma, décisifs sont les dispositifs qui ont été mis en place, via les contributions des chaînes de télévision, les taxes sur les tickets d’entrée en salles, l’avance sur recette, les SOFICAS. Ils ont permis à notre cinéma de résister brillamment à la concurrence américaine. De s’affirmer par rapport aux autres cinémas européens, trop souvent marginaux sur leur propre marché, alors que notre production nationale a représenté en 2006 45 % du marché français, avec plus de 84 millions d’entrées. Je me réjouis que ces dispositifs, portés par le Centre National de la Cinématographie, aient été validés par la Commission européenne, ce qui consolide un système d’aide à la création unique, et envié dans le monde entier. Je suis fier, aussi, d’avoir oeuvré pour que soient adoptés les crédits d’impôts pour l’industrie cinématographique audiovisuelle, avec l’objectif de relocaliser en France les tournages, et donc de développer l’emploi, et d’avoir conforté les SOFICAS, indispensables au financement des films indépendants. Des problèmes demeurent. Celui de l’écriture des films, qui doit être aidée davantage. Celui de la distribution, si l’on songe que fréquemment, un très petit nombre de productions occupe l’immense majorité des écrans, ce qui impose de mieux soutenir les salles qui portent la diversité cinématographique, et aussi, de trouver le moyen, via les contrats de distribution des oeuvres, d’assurer à tous les films une durée d’exposition équitable. C’est possible, puisque cela existe ailleurs ! Problème, aussi, du formatage de beaucoup de films, conçus et financés pour être des produits télévisuels, ce qui pose la question de ce que l’on peut attendre de l’audiovisuel, notamment public. Problème, enfin, des nouvelles technologies et de tout ce qu’elles permettent, en matière de téléchargement sauvage. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Cinquième République La Ve République a été créée à un moment où la France traversait l’une des plus graves crises de son Histoire. Ce n’est pas en la démolissant, en inventant une nouvelle République sur laquelle on ne sait rien, que l’on répondra aux difficultés qui sont les nôtres aujourd’hui. C’est pourquoi je défendrai la Ve République, tout en changeant la pratique, les comportements, les mentalités. Source(s) Mon projet Class action Il y a des progrès à faire en matière de respect des droits des consommateurs à l’égard de certains services. J’entends bien y concourir. Il nous faut encore du temps de concertation pour y aboutir. Mais il faudra que nous parvenions à instaurer une formule d’actions de groupe. Source(s) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Classes Dans les quartiers où s’accumulent tous les problèmes de l’exclusion et du chômage, je propose de créer des classes de quinze élèves dans les collèges et les lycées. Source(s) Discours Agen (22/06/06) Clônage thérapeutique Le clonage thérapeutique reste pour le moment une théorie. Ne créons pas de faux espoirs à partir de prouesses scientifiques non réalisées à ce jour. La loi de 2004 permet concrètement la recherche sur les cellules souches embryonnaires à partir d’embryons surnuméraires. Il n’y a pas d’urgence – à ce jour – à modifier cette loi avant l’échéance de 2009. La recherche sur les cellules souches adultes doit par ailleurs être fortement encouragée. Elle est prometteuse et constitue une vraie alternative au clonage thérapeutique et à l’utilisation d’embryons surnuméraires, car elle ne soulève pas les mêmes questions éthiques. Source(s) Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007) CNIL Sans protection des libertés, il n’y a pas de liberté. L’univers du numérique ne doit pas perdre en atteintes aux libertés ce qu’il gagne en intelligence, en innovation, en accès de tous au savoir. Le problème de la régulation numérique ne sera pas réglé en quelques années tant il doit désormais se penser à l’échelle mondiale, mais encore faut-il que la France soit en bonne place dans ces réflexions. Je ferai de la participation française aux débats européens et internationaux un enjeu déterminant et je moderniserai la CNIL qui est en première ligne de défense des libertés. Ses membres seront auditionnés publiquement par le Parlement avant d’être désignés, et celui-ci pourra mettre son veto à leur nomination. La Représentation nationale pourra ainsi s’assurer de la compétence et de la hauteur de vue des personnes désignées. Je garantirai l’indépendance de la CNIL en la dotant d’un financement plus important et autonome, voté par le Parlement. J’ouvrirai le débat de l’extension de ses missions et de ses pouvoirs afin de mieux garantir les libertés numériques et la protection des données personnelles. Source(s) Tribune Journal du net (20/04/07) Co-développement Pour se développer, l’Afrique (…) a d’abord besoin de se nourrir. Elle a d’abord besoin de l’autosuffisance alimentaire. Elle a besoin d’une agriculture vivrière davantage que d’une agriculture spéculative. Elle a besoin d’éducation, de santé, d’administration, de droit, de sécurité et d’infrastructures essentielles. Le co-développement, c’est le développement solidaire. C’est la reconnaissance d’un intérêt commun. C’est le partage de la technologie, de la connaissance, des compétences, des médicaments. C’est le libre échange négocié et régulé. C’est une immigration choisie, c’est-à-dire concertée, décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble. C’est la compréhension, le respect, la coopération. Il suppose que le monde accepte de se préoccuper du sort des générations futures et pas seulement de la rentabilité à court terme. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Collectivités locales Je proposerai aux collectivités locales un contrat de stabilité interne afin qu’elles participent à l’objectif de maîtrise des finances publiques. En échange, elles seront plus libres dans la mise en oeuvre des compétences qui leur sont confiées. Source(s) Conférence de presse (02/04/07) Communautarisme Si je suis président de la République je combattrai le communautarisme parce que c’est la négation de la République. Je le combattrai en défendant la promotion d’une culture commune : celle de la France avec son identité, ses valeurs, ses convictions. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Compte individuel d’épargne de formation Pour garantir l’égalité des chances et permettre à chacun de s’adapter aux évolutions de l’économie, nous créerons un compte individuel d’épargne de formation, afin que chacun puisse, à tout moment de sa carrière, suivre une formation vraiment qualifiante lui permettant de changer de métier, de secteur ou d’atteindre une qualification supérieure. Source(s) Mon projet Conflit israélo-palestinien Nous devons, impérativement, trouver une issue au conflit israélo-palestinien qui a déjà causé trop de souffrances. Le rôle de la France c’est de permettre l’émergence d’une solution mutuellement acceptable, d’une paix juste fondée sur l’établissement de deux Etats viables, démocratiques, indépendants, vivant côte à côte dans la sécurité et dans des frontières sûres et reconnues. La France et l’Europe doivent aider les Palestiniens à se doter d’un Etat, parce qu’il y ont droit. Mais en aucun cas nous ne devons transiger avec nos valeurs et céder devant la violence et la haine. C’est pourquoi, je considère que la communauté internationale est parfaitement fondée à exiger du gouvernement palestinien qu’il respecte les trois conditions posées par le Quartette : la reconnaissance d’Israël, le renoncement à la violence et le respect des engagements passés. Mais je crois qu’il est important d’en finir avec ce mythe qui consiste à croire qu’en réglant le conflit israélo-palestinien, on aura réglé tous les problèmes de la région. Autant il est nécessaire et urgent de trouver une issue à ce conflit, autant ce serait une grave erreur de sous-estimer les dangers que recèlent les autres crises dans la région, à commencer par le Liban. Le règlement du conflit israélopalestinien (…) passera par une solution négociée, mutuellement acceptable. Personne ne saurait perdre de vue cette réalité fondamentale : un peuple occupé ne renoncera jamais, quoi qu’il endure. C’est pourquoi, il importe d’adopter une position équilibrée envers les deux parties. Jamais je n’accepterai le terrorisme, que rien ne peut justifier et jamais je ne transigerai avec la sécurité de l’Etat d’Israël. En même temps, je veux dire à nos amis israéliens que la politique de fait accompli sur le terrain hypothèque lourdement les chances de paix. Source(s) La Revue du Liban (7-14/04/07) Conseil supérieur de la magistrature Je veillerai rigoureusement à l’indépendance de la justice, notamment en lui donnant les moyens nécessaires à sa mission. Mais la justice ne peut pas être un pouvoir à côté des autres, sans aucun contrôle, ni contre-pouvoir. Rendue en votre nom, elle doit vous rendre des comptes. C’est pourquoi je veux que le Conseil supérieur de la magistrature soit composé majoritairement de non-magistrats, que vous puissiez le saisir si vous vous estimez victimes de la négligence ou de la faute d’un magistrat et que vous participiez aux jugements des affaires délictuelles les plus graves. Je demande, pour éviter toute confusion des pouvoirs, que le chef de l’Etat cesse de présider le CSM et que son président soit choisi parmi ses membres. Les pouvoirs doivent être clairement séparés, la justice pleinement indépendante, et il ne peut y avoir de pouvoirs sans responsabilité effective. Source(s) Mon projet Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Contenus en ligne J’engagerai une politique volontariste de soutien à la création, la production et la diffusion de contenus en ligne. Je mettrai en oeuvre les moyens nécessaires pour accompagner la mutation des métiers de la création, de la production et de l’information, et pour garantir le respect de leurs droits. Je ferai de l’interopérabilité une priorité industrielle européenne tant elle détermine la liberté d’usage de chacun, quelle que soit sa condition. Enfin, les contenus culturels ou éducatifs du domaine public seront gratuitement mis en ligne et je soutiendrai les sites d’intelligence collective et ceux qui y contribuent. Source(s) Tribune Journal du net (20/04/07) Continuité territoriale Le développement économique ne peut se concevoir, dans le monde ouvert qui est le nôtre, sans que ne soit garantie la mobilité des personnes et des biens. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé que la continuité territoriale entre l’outre-mer et la métropole est une priorité majeure. Dire que l’outre-mer, c’est la France, ne doit pas rester « une parole en bouche ». Concrètement, pour moi, la baisse des tarifs est une nécessité absolue. Mais, de grâce, arrêtons les clichés sur l’économie administrée ! Si l’on veut que les prix baissent, il ne suffit pas de se contenter de dire que l’on va obliger les compagnies aériennes, qui sont des sociétés de droit privé, à le faire. Ce n’est juridiquement pas possible. Aujourd’hui, les prix trop élevés résultent, en partie, de la régulation du marché aérien. C’est la raison pour laquelle je viens de faire modifier les règles restreignant la concurrence. Dorénavant, les compagnies charters pourront vendre des vols « charters secs » sur l’Outre-mer, ce qui leur était interdit jusqu’à présent. C’est une première étape, même si d’autres mesures devront être prises un jour, telle que l’assouplissement des modalités de prise de congés bonifiés afin d’éviter l’engorgement des périodes de pointe. Source(s) Discours Guadeloupe (23/03/07) Contrat de Transition Professionnelle L’idée que l’on a eue avec Jean-Louis Borloo [ …], c’est que toute personne qui a subi un licenciement économique ne passe pas par la case chômage mais signe un contrat avec le service public de l’emploi [ …] qui [ …] lui permet de garder le même salaire. [ …] La proposition que j’ai faite est qu’on généralise le Contrat de Transition Professionnelle. Source(s) Table ronde à l’usine Bridor (Servon-sur-Vilaine – département de l’Ille et Vilaine – 2/04/07) Contrat de travail Pour les futures embauches, nous créerons un contrat de travail unique, plus souple pour les entreprises pour qu’elles soient incitées à embaucher, plus sécurisant pour les salariés car il sera à durée indéterminée pour tous. Source(s) Mon projet Contrat de travail unique Pour les futures embauches, nous créerons un contrat de travail unique, plus souple pour les entreprises pour qu’elles soient incitées à embaucher, plus sécurisant pour les salariés car il sera à durée indéterminée pour tous. Source(s) Mon projet Couple de même sexe Je suis le ministre des Finances qui a garanti par le PACS l’égalité fiscale entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels. (…) « L’amour homosexuel est aussi sincère que l’amour hétérosexuel et il n’y en a pas un qui est plus important que l’autre, naturellement. Mais la famille, c’est fait pour protéger et pour élever des enfants et si je suis élu président de la République, je veux que les choses soient très claires de ce côté-là, c’est cette idée de la famille que je défendrais en reconnaissant aux homosexuels de notre pays, les mêmes droits fiscaux, sociaux et patrimoniaux ». (…) J’ai proposé un contrat d’union civile, avec une cérémonie monsieur en mairie, ce qui est quand même autre chose que le PACS au greffe sinistre du Tribunal d’Instance, puisque comme vous le savez, peut-être êtes-vous pacsé, le PACS est un papier qu’on signe pas du tout en mairie, au greffe du Tribunal d’Instance. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Créateurs Nous ne préserverons notre identité, nous ne regagnerons notre prospérité, notre influence dans le monde qu’à proportion de notre force créatrice. Notre avenir est entre les mains des créateurs. C’est l’investissement d’aujourd’hui dans la création et dans l’innovation qui fera la prospérité de demain. Je veux donner à chaque Français les moyens de réaliser ses projets et tout particulièrement à la jeunesse parce qu’elle porte en elle le monde de demain. Je vous une propose de construire une société de créateurs et d’entrepreneurs. Je vous propose que chaque université soit dotée d’un dispositif d’aide à la création. Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient autant soutenus que les projets à buts lucratifs. Je propose que des écoles de projets soient créées. Je propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets. Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir. Je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Création Je stimulerai la création et je rendrai la culture accessible au plus grand nombre parce que c’est une source de liberté, d’épanouissement et de paix sociale. Une grande ambition de la politique culturelle, c’est le soutien à la création d’aujourd’hui. Bien sûr, l’innovation, le talent, la capacité à faire bouger les lignes, ou simplement à divertir -car ce n’est pas honteux- avec exigence et qualité, ne se décrètent pas dans les bureaux. Mais la création a besoin d’aide si l’on ne veut pas que la loi du profit à court terme décide de tout. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Crédit d’impôt environnement Mon objectif, c’est que l’adoption de comportements respectueux de l’environnement ne coûte jamais plus cher aux ménages et aux entreprises, mais au contraire qu’elle leur coûte moins cher. C’est pour cette raison que je propose la mise en place d’un crédit d’impôt environnement, allant bien au-delà des dispositifs existants, au profit des ménages, des entreprises et de tous les autres organismes qui investissent dans la recherche, dans la formation et dans des équipements permettant de réduire la consommation énergétique et de favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables. Source(s) Réponses CGPME Crédit hypothécaire Les ménages français sont aujourd’hui les moins endet¬tés d’Europe. Or, une économie qui ne s’endette pas suf¬fisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C’est pour cette raison que je souhaite développer le cré¬dit hypothécaire pour les ménages et que l’Étal inter¬vienne pour garantir l’accès au crédit des personnes malades. Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement. Il faut réformer le crédit hypothécaire. Si le recours à l’hypothèque était plus facile, les banques se focaliseraient moins sur la capacité personnelle de remboursement de l’emprunteur et plus sur la valeur du bien hypothéqué. Ceci profiterait alors directement à tous ceux dont les revenus fluctuent, comme les intérimaires et de nombreux indépendants. Source(s) Interview Revue Banque (avril 2007) Interview à la revue Cotémômes Interview dans la revue La Vie Immobilière (octobre 2006) Crédit d’impôt La fiscalité doit être adaptée pour encourager l’accession à la propriété. Cela passe par la création d’un crédit d’impôt sur les intérêts des prêts immobiliers pour l’achat de la résidence principale. Source(s) interview dans la revue La Vie Immobilière (octobre 2006) Croissance Ma stratégie économique, c’est de libérer les forces de travail en France pour créer ce point de croissance qui nous permettra de résoudre les questions de déficit. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) CSM (Conseil supérieur de la Magistrature) Je demande, pour éviter toute confusion des pouvoirs, que le chef de l’Etat cesse de présider le CSM et que son président soit choisi parmi ses membres. Les pouvoirs doivent être clairement séparés, la justice pleinement indépendante, et il ne peut y avoir de pouvoirs sans responsabilité effective. Pour garantir aux Français une protection absolue de leurs droits et de leurs libertés, je demande aussi qu’ils puissent directement saisir l’instance disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et que leur requête soit examinée par une majorité de non-magistrats. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Culture Je veux que la culture soit faite pour le peuple. Je stimulerai la création et je rendrai la culture accessible au plus grand nombre parce que c’est une source de liberté, d’épanouissement et de paix sociale. Si je suis élu, j’assignerai pour les 5 ans à venir, cinq priorités à la politique culturelle. La première priorité, ce sera de défendre la diversité culturelle non seulement en soutenant et en encourageant la francophonie et la création française mais aussi en agissant au sein de l’Union européenne pour que les activités culturelles se voient reconnaître un statut dérogatoire par rapport aux droits de la concurrence. Je demanderai à nos partenaires que la spécificité des activités culturelles soit consacrée dans les traités de sorte que les aides publiques à la culture ne puissent plus faire l’objet d’aucune contestation. La deuxième priorité ce sera la valorisation du patrimoine. Je veux que le patrimoine soit entretenu. Je veux qu’il soit accessible à tous, ouvert à tous, et non refermé sur lui-même. Je veux qu’il soit remis au coeur de la vie sociale, que des liens soient tissés entre les sites, les monuments, et les établissements scolaires. Je veux que les citoyens se réapproprient le patrimoine et qu’à travers lui ils retrouvent leur identité et leur héritage commun et qu’il puisse les faire vivre. La troisième priorité, ce sera l’enseignement artistique. Car c’est avec les enfants que tout se joue. Si on ne leur donne pas le goût de la lecture, si on ne les rend pas curieux de ce qui est beau, si on ne les met pas en contact avec les grandes oeuvres de la sensibilité et de l’esprit humain, si on ne leur transmet pas une culture commune, alors non seulement on les privera d’un trésor inestimable, mais on préparera le retour d’une forme de barbarie à travers la disparition d’une certaine idée de la grandeur de l’homme et de son universalité. Mais qu’on me comprenne bien : je crois, comme Malraux, qu’il ne suffit pas d’expliquer les oeuvres d’art et d’apprendre leur histoire. Il faut aussi apprendre à les aimer. Ce qui signifie que la transmission de la culture et l’apprentissage du beau n’est pas seulement l’affaire des pédagogues, mais aussi celle des artistes et que l’école doit s’ouvrir à eux comme les grandes institutions culturelles doivent s’ouvrir sur l’école. La quatrième priorité, ce sera de faire entrer la culture et l’art dans les quartiers. Ce que Jean Vilar voulait faire avec le TNP et ce que Malraux voulait faire avec les maisons de la culture, je voudrais que nous le fassions dans les banlieues. Je voudrais que dans les quartiers comme dans les collèges, les lycées comme dans les universités, il y ait des lieux de rencontre avec les artistes, de pratique artistique, de création. Je voudrais que toutes les institutions culturelles soient impliquées dans cette démarche. Je souhaite que cette démarche soit soutenue et encouragée par l’Etat, et contractualisées avec les villes, les départements et les régions. La cinquième priorité, ce sera de faire se rencontrer le monde de la culture et de l’art avec celui des technologies de l’information. Ce sera de faire du monde virtuel qui émerge avec la révolution numérique un nouveau champ de création et de diffusion des oeuvres. Je souhaite que la politique culturelle investisse la société de l’information et qu’elle la tire vers le haut, qu’elle lui donne une âme, un contenu, fidèle à un idéal de civilisation que nous avons hérité des Lumières. Je souhaite qu’elle fasse émerger un nouveau modèle économique, viable, qui respecte le droit des auteurs, des créateurs, des artistes, et qui en même temps réponde à l’exigence de permettre que les oeuvres soient accessibles à tous, qu’elles soient le plus largement diffusées. Encore cette accessibilité n’a-telle de sens que si le besoin d’art et de culture est dans les esprits, que si le goût de ce qui est beau et ce qui est grand a été transmis. Source(s) Mon Projet Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Cybercriminalité La cybercriminalité peut être financière, mais elle concerne aussi la pédophilie ou l’incitation des mineurs à la violence… La première ligne de défense, c’est l’utilisateur. D’où l’importance d’un très large effort de formation à l’usage d’Internet. Dans le projet de loi relatif à la prévention de la délinquance que j’ai présenté au Parlement, il est prévu également la création de « cyber-patrouilles » pour enquêter sur de tels délits. Les moyens existent, mais leur organisation actuelle souffre de dispersion et d’absence de coordination. Cette coordination doit avoir lieu, tant au niveau national qu’international. Je protégerai aussi les biens et les personnes car internet ne doit pas devenir un espace de non-droit. Je renforcerai les moyens de défense face aux agressions numériques, je ferai de la sécurité des systèmes d’information un sujet prioritaire des politiques publiques, j’ouvrirai le débat de l’indépendance technologique européenne et je protégerai le respect de la vie privée. Source(s) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Tribune journal du net (20/04/07) Darfour Je n’accepte pas que la mauvaise volonté du gouvernement soudanais à appliquer la résolution 1 706 et sa complaisance à l’égard des milices djandjawids nous transforment en témoins impuissants de l’horreur. Si je suis élu, je n’hésiterai pas à militer pour un durcissement décisif des sanctions contre tous les responsables de la prolongation du conflit. Des mesures immédiates s’imposent, comme le gel des avoirs ou le refus de délivrer des visas pour les individus impliqués dans les massacres. La France appliquera au besoin ces mesures avec ses partenaires européens ou à titre national. Source(s) Le Monde (16/04/07) Déchets nucléaires Si le stockage des déchets nucléaires ultimes est contraignant, c’est grâce à l’énergie nucléaire que la France émet par habitant 21% de gaz à effet de serre de moins que la moyenne mondiale. Pour cette raison, nous devons maintenir et renouveler notre parc nucléaire. C’est tout l’enjeu de la nouvelle génération de centrales EPR (dits de 3e génération) qui devront être développées et implantées dans notre pays. Cet engagement est capital pour nous, mais il ne nous empêche pas d’être très exigeants quant au droit à l’information des Français sur les risques nucléaires et sur les politiques destinées à les prévenir. Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Déclaration de patrimoine Je pense que l’équilibre actuel ( ndrl : qui oblige un certain nombre d’élus à déclarer leur patrimoine au début et à la fin de l’exercice de leur mandat) est le bon. Je suis pour la transparence, pas pour la surveillance et la suspicion. Etendre la transparence aux revenus et aux avantages en nature liés à la fonction, comme le propose Transparence Internationale, me paraît en revanche souhaitable. Source(s) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007) Défense Notre fierté repose sur la vocation particulière de la France dans le monde. Je ne transigerai pas avec les valeurs de notre pays, son indépendance et ses alliances. Je souhaite que la France pèse sur la scène mondiale et assume sa responsabilité dans la gestion des conflits mondiaux. Pour cela, je maintiendrai notre effort de défense au moins à son niveau actuel tout en adaptant notre stratégie à l’évolution des risques mondiaux. Il serait imprudent de relâcher notre effort de défense. Si je suis élu Président de la République, je m’engage à maintenir notre effort au moins à son niveau actuel, afin de disposer de forces armées bien entraînées, bien équipées et aptes à assurer la protection de notre territoire, la sécurité des Français et la défense de nos intérêts dans des configurations très variées et s’il le faut loin de nos frontières. Le budget de la Défense ne constituera pas la variable d’ajustement des finances publiques. Consacrer de l’ordre de 2% du PIB à la Défense est à mes yeux un minimum dans un contexte aussi mouvant et imprévisible. Notre politique de défense ne saurait se limiter à la seule question des moyens. Nous devons nous interroger plus régulièrement sur ses finalités, son adéquation avec nos besoins de sécurité et l’efficacité de sa mise en oeuvre. J’entends renforcer les pouvoirs du Parlement en matière de contrôle des services de renseignement ; d’approbation de la présence et des modalités d’intervention de nos forces armées à l’étranger, au bout d’un certain délai à discuter ; de lancement des grands programmes d’armement ou encore de ratification des accords de défense. Je souhaite que le président de la République puisse venir devant la représentation nationale pour présenter et expliquer ses grandes orientations de défense. Dans une démocratie moderne, il ne peut pas y avoir de domaines dont nous ne puissions pas parler. Je souhaite la création, auprès du président de la République, d’un Conseil de sécurité nationale qui deviendra l’instance centrale d’analyse, de débat et de réflexion en matière de sécurité et de défense, en période normale comme en période de crise. Source(s) Mon Projet Conférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Journée UMP Défense (7/03/07) Défense civile Je propose la création d’une agence de défense civile chargée d’animer l’esprit de défense et de coordonner l’action des diverses composantes de notre société ainsi que des pouvoirs publics. Cette agence pourrait être rattachée au ministre de l’Intérieur, voire au Premier ministre, et s’appuyer sur le service civique pour étoffer les moyens d’intervention mobilisables en cas de besoin. Source(s) Journée UMP Défense (7/03/07) Délocalisations Contre les délocalisations, je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. L’exemple d’Alstom montre qu’il est possible et utile de nous battre pour notre industrie. L’Europe ne doit pas se résigner aux délocalisations, mais au contraire tout faire pour que l’activité se localise en Europe. Source(s) Mon projet Dépendance e souhaite ensuite mettre en oeuvre une grande politique de la fin de vie. Je veux que, dans la manière dont notre société prend en charge les personnes très âgées et lutte contre leur solitude, nous soyons un exemple de civilisation. Je lancerai un plan de prévention et de recherche sur les maladies de la vieillesse, notamment la maladie d’Alzheimer. Je créerai une cinquième branche de la protection sociale pour consacrer suffisamment de moyens à la perte d’autonomie et garantir à tous les Français qu’ils pourront rester à domicile s’ils le souhaitent. Je veux enfin que chacun puisse prendre un congé rémunéré pour pouvoir s’occuper d’un proche en fin de vie. Je veux que la France soit un modèle dans la prise en charge des personnes âgées et dépendantes. L’honneur d’une civilisation, c’est la manière dont elle s’occupe des plus fragiles d’entre nous : la petite enfance, les personnes handicapées, les malades, les personnes âgées. Je veux créer une cinquième branche de la protection sociale pour prendre en charge la dépendance. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que nous devons créer, dans notre organisation administrative et sociale, un organisme dont le but sera de préparer notre pays au défi de la dépendance, et de veiller à ce que, sur tout le territoire, de manière égale, il existe les structures suffisantes pour prendre en charge les personnes en perte d’autonomie. Cet organisme aura des ressources spécialement affectées. C’est la seule manière de garantir que nous consacrons assez d’argent à cet enjeu. Je veux que nous ayons deux objectifs. D’abord le droit absolu au maintien à domicile pour tous ceux qui le souhaitent. Rester chez soi, mourir dans le lieu qu’on a aimé, où l’on a vécu, c’est une liberté fondamentale. Cela suppose de développer les aides ménagères ainsi que les aides médicales et paramédicales à domicile. Ensuite, je veux que nous luttions contre la solitude des personnes âgées. Ne pas être seul, c’est encore plus important que d’être bien logé ou bien nourri. Je veux que nous « aidions les aidants à aider », c’està- dire à être présents auprès de leurs proches très âgés. Le rôle de la solidarité, c’est la prise en charge matérielle des personnes dépendantes. Le rôle des familles, c’est leur prise en charge affective. Nous créerons en particulier un congé rémunéré qui permettra à chacun d’entre nous de cesser temporairement son travail pour s’occuper d’un proche en fin de vie. Et puis quand j’entends certains se demander ce qu’on va faire faire aux jeunes pour le service civique obligatoire, je me dis qu’il y a des gens qui n’ont pas beaucoup d’imagination. Eviter la solitude des personnes âgées, voilà une mission pour le service civique obligatoire, notamment en milieu rural. Si l’on arrivait à créer cette chaîne de solidarité entre les jeunes et les plus âgés, pour que les uns ne soient jamais seuls et pour que les autres élargissent les dimensions de leur coeur, eh bien je pense que nous aurions fait quelque chose de grand pour notre pays. Source(s) Mon Projet Rencontre « Femmes et égalité des chances » (06/04/07) Dépense publique La France doit réduire ses dépenses publiques mais elle n’a pas besoin d’une cure d’austérité de plus, elle a d’abord besoin d’une politique de réformes et de croissance. Trouver des économies est possible à condition de traiter de l’emploi dans la fonction publique. Avec les retraites des fonctionnaires, il représente 45 % du budget. Je fais mien l’objectif de ne pas remplacer le départ à la retraite d’un fonctionnaire sur deux. La moitié de la productivité ainsi gagnée doit servir à réduire les déficits, l’autre à augmenter le pouvoir d’achat des fonctionnaires. Il faudra aussi supprimer tous les organismes inutiles, comme le Conseil monétaire de la banque de France, et faire une révision systématique de tous les programmes. Nous ne voulons pas consacrer 5 milliards d’euro aux préretraites : nous voulons utiliser l’argent public pour créer de l’activité, pas pour empêcher les gens de travailler. Les 23 milliards de la formation professionnelle constituent un gisement de productivité considérable. Et il ne faut plus de minima sociaux sans contrepartie d’activité. Dans notre société les devoirs doivent être la contrepartie des droits. Source(s) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Dépression A côté de la misère, de la pauvreté, je veux parler de la maladie, de la dépression, de ce qui atteint la personne au plus profond de son être, du regard que la société porte sur ces fléaux, sur cette souffrance qui n’est pas matérielle mais qui est humaine, qui est physique, qui est morale. La vie est devenue si lourde pour certains de nos compatriotes. Je veux engager puissamment la recherche médicale française vers le soulagement de ce mal dont on parle si peu mais qui est si présent pour les jeunes comme les moins jeunes et qui n’est rien d’autre que le mal de vivre. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Désindustrialisation Je ne peux accepter le gâchis de la désindustrialisation. Je ne peux accepter que tant d’hommes soient broyés par une logique économique à courte vue ou laissés pour compte parce qu’ils ne correspondent plus aux critères de performance à la mode. Je ne peux l’accepter parce que c’est un effroyable gaspillage humain et parce que la cohésion sociale est aussi un facteur de compétitivité. Je ne peux pas accepter l’idée d’abandonner à leur malheur des territoires et des hommes frappés par le sort alors que très souvent il suffirait de si peu pour les remettre en selle. Je propose que l’Etat se donne les moyens d’investir dans les bassins industriels en difficulté pour les réindustrialiser en y développant des activités nouvelles. Source(s) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Désintensification de l’agriculture Je ne crois pas à la désintensification. Je crois beaucoup plus à des démarches de progrès permettant un plus grand respect des ressources mobilisées, comme la terre ou l’eau. Le vrai défi de l’agriculture européenne, c’est de poursuivre dans la voie du développement en s’appuyant sur les résultats de la recherche. La France a la chance de disposer d’un grand réseau d’excellence scientifique : Inra, Cemagref, instituts techniques. Mobilisons ce potentiel pour que l’agriculture française et européenne relève le défi du développement durable et réponde à une demande mondiale croissante. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007) Détention Je souhaite que notre pays progresse sur la voie des libertés. Plus aucun citoyen ne devra craindre d’être placé sans défense en prison comme cela s’est passé dans la terrible affaire d’Outreau. Je créerai une procédure d’habeas corpus, qui garantira que personne n’est envoyé, ni main maintenu en prison sans qu’une juridiction collégiale statuant en audience publique ne se soit prononcée. Je veux également réformer en profondeur nos prisons pour qu’elles soient un lieu de préparation de la réinsertion, pas un lieu d’aggravation de la relégation. Source(s) Mon projet Dette La maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier. Les jeunes générations ne peuvent accepter que les générations actuelles vivent à leur crédit. Mais je veux aussi vous dire que la dette est la conséquence de l’échec de nos politiques antérieures. C’est pourquoi mon projet concilie trois objectifs : engager les réformes dont notre pays a besoin, baisser les impôts, réduire la dette et le déficit. Il est intégralement financé par des économies sur les dépenses existantes. Je ferai en sorte qu’à l’avenir il soit interdit de financer les dépenses de tous les jours par de la dette. Je m’engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d’ici 2012, et à créer les conditions qui nous permettent d’inscrire une « règle d’or » dans la Constitution : aucun déficit budgétaire autorisé si ce n’est pour des dépenses d’investissement. Cela ne peut se faire du jour au lendemain, car cela suppose des réformes et le rattrapage de notre retard, en particulier dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation. La France doit réduire ses dépenses publiques mais elle n’a pas besoin d’une cure d’austérité de plus. Elle a d’abord besoin d’une politique de réformes et de croissance. Ma stratégie économique, c’est de libérer les forces de travail en France pour créer ce point de croissance qui nous permettra de résoudre les questions de déficit. Source(s) Mon Projet Le Parisien (23/03/07) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Développement durable Le plus grand enjeu de civilisation en ce début de XXIe siècle c’est de réussir à mettre l’économie, la science et la technique au service d’un développement durable. Je propose de faire du développement durable le critère de toutes nos politiques publiques en changeant nos modes de décision, de production, de transport. En mettant des objectifs environnementaux dans la commande publique. En investissant massivement dans la recherche et le développement des énergies renouvelables et des énergies nouvelles. En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz à effet de serre. Le développement durable doit devenir une dimension essentielle de toute l’action publique. Ce n’est pas un choix, c’est une urgence, une nécessité. Mais ce que nous pouvons choisir, c’est d’en faire une chance pour la croissance et nos emplois. Je créerai un grand ministère du Développement durable, pour que l’environnement ait les moyens de ses ambitions. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Mon Projet Dialogue social Je m’appuierai fortement sur le dialogue social, qui est un des grands manques de notre pays. Cela suppose de le moderniser profondément. Il faut que vous vous sentiez réellement représentés par vos syndicats et que vous puissiez, par votre vote, approuver ou sanctionner les décisions qu’ils prennent en votre nom. J’instituerai donc la liberté de présentation au premier tour des élections professionnelles et seuls les résultats des élections permettront de dire quels sont les syndicats représentatifs. Après huit jours de grève, un vote à bulletin secret sera obligatoire. Chacun pourra continuer à faire grève même en cas de vote négatif, mais une minorité ne pourra plus faire croire qu’elle représente l’avis de la majorité. (…) Dès l’été, une loi créera un service minimum garanti en cas de grève. En échange des efforts que je leur demanderai, nos fonctionnaires seront plus considérés, mieux payés et leurs carrières seront plus valorisantes. Je souhaite que les cinq prochaines années soient celles d’une revitalisation profonde du dialogue social, parce que je suis convaincu que le temps de la démocratie sociale n’est pas un temps perdu, mais peut être du temps gagné si tout le monde joue le jeu. Je souhaite pour cette raison qu’une Charte du dialogue social, inscrite dans une loi organique, prévoit qu’avant toute réforme intervenant en matière de droit du travail, droit syndical, retraites, assurance-chômage, accidents du travail et formation professionnelle, le gouvernement laisse obligatoirement sa chance à la négociation entre les partenaires sociaux. Source(s) Mon projet Réponses CGPME Discrimination Quand on a un nom pas comme les autres, quand on a une couleur pas comme les autres ou quand on a une pratique sexuelle minoritaire ou vécue comme telle, quand on a un handicap. Cette discrimination, j’en suis tellement conscient que j’ai été le premier à défendre l’idée de la discrimination positive, pour compenser la discrimination négative. Pourquoi ? Parce que je pense que sur la ligne de départ de la vie, on ne part pas tous du même point, il y en a qui partent de plus loin. Et qui n’y sont pour rien et ceux qui partent de plus loin, on doit les aider, alors les propriétaires ou les employeurs qui seraient responsables de discriminations sur le plan sexuel, sur le plan raciste, sur tous les plans tels qu’ils soient…condamnés. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Discrimination positive Si je suis élu je mettrai en oeuvre une politique de discrimination positive à la française, fondée non pas sur des critères ethniques qui nourriraient le communautarisme, mais sur des critères économiques et sociaux, parce que l’égalité républicaine ce n’est pas traiter également des situations inégales mais de donner plus à ceux qui ont moins, de compenser les handicaps. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Dissuasion La dissuasion reste un impératif absolu. C’est l’assurance-vie de la Nation, la garantie qu’un autre Etat devra réfléchir avant de s’en prendre à la France sauf à s’exposer à une sanction immédiate et hors de proportion avec les avantages recherchés. Cette garantie pourra bénéficier à nos voisins européens, dans des conditions qui, s’ils le souhaitent, pourraient être définies avec eux. Il ne s’agit en aucun cas d’imposer quoi que ce soit. Il s’agit simplement de réfléchir au fait que les intérêts vitaux de la France ne se réduisent pas à la seule dimension de l’hexagone. C’est un sujet important, nous en débattrons et nous verrons. Mais je crois qu’il faut être capable d’ouvrir les bras et de dire que la France, puissance nucléaire, qui fait un tel effort pour sa défense, est également le coeur de la défense européenne. Source(s) Journée UMP Défense (7/03/07) Données personnelles Le développement des fichiers, d’Internet, et des multiples applications numériques dans la vie quotidienne, je pense au dossier médical personnel par exemple, rend le rôle de la CNIL de plus en plus important. Elle doit disposer des moyens nécessaires à ses missions, ce qui n’est pas le cas pour le moment. Mais elle doit aussi veiller à ce que ses décisions soient strictement inspirées par la recherche de l’intérêt général et non par quelques positions particulières ou dogmatiques. Je ne pense pas que la vie privée soit correctement protégée sur Internet. Nous sommes devant des questions nouvelles, dans un univers technologique qui évolue très vite. La réflexion qui est actuellement en cours à l’échelle européenne sur ce point devra donc être poursuivie et, même si c’est un sujet complexe, des mesures conciliant la liberté de l’Internet et la protection de la vie privée devront être prises. Source(s) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Dopage J’ajoute un point très douloureux, celui du dopage. Imaginez les progrès que nous ferons dans la lutte contre le dopage, c’est-à-dire contre les tricheurs, si nous mettons santé et sport dans un même pôle, c’est-à-dire que pour la première fois le ministre des Sports aura les manettes pour appuyer sur le ministère de la Santé pour obtenir des contrôles, une équité, une droiture. Alors, à ce moment-là, on change tout et l’on « deghettoïse » le sport. Source(s) Rencontre avec les sportifs (15/04/07) Droit à l’image Le droit à l’image est un droit fondamental. Pour autant, je suis prêt à reconnaître que le régime actuel n’est pas pleinement satisfaisant, notamment parce que l’utilisateur d’une image, qu’il en soit ou non l’auteur, doit s’assurer que les personnes ou les propriétaires des biens représentés ont bien approuvé expressément l’utilisation en cause, et que cette autorisation peut être difficile à obtenir. Je pense que l’on peut trouver un meilleur équilibre entre le droit à l’image et la liberté d’information en prévoyant que l’action en justice pour revendiquer le droit l’image soit subordonnée à la preuve d’un agissement fautif et d’un réel préjudice. Je reste toutefois fortement attaché à la préservation de la dignité des personnes Source(s) Réponses à Reporters sans frontières (avril 2007) Droit à la formation Pour garantir l’égalité des chances et permettre à chacun de s’adapter aux évolutions de l’économie, nous créerons un compte individuel d’épargne de formation, afin que chacun puisse, à tout moment de sa carrière, suivre une formation vraiment qualifiante lui permettant de changer de métier, de secteur ou d’atteindre une qualification supérieure. Je mettrai en oeuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu’aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. Je souhaite proposer aux femmes qui veulent travailler, une fois que les enfants sont grands, d’accéder à une formation qualifiante d’un an, rémunérée. Source(s) Extrait mon projet Discours Zénith (18/03/07) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Mon Projet Droit d’auteur La loi affirme que le droit d’auteur et les droits voisins doivent être respectés dans le monde numérique. C’est le socle essentiel à toute création et je reste opposé à une licence dite « globale » qui revient à spolier les créateurs à l’heure où l’essentiel de la distribution des oeuvres bascule sur l’Internet. Grâce à cette affirmation, des offres légales apparaissent aujourd’hui sous de multiples formes, y compris le P2P autorisé par les ayant-droits et c’est la véritable solution au problème du téléchargement illégal. En matière de sanctions, j’ai toujours plaidé pour un régime proportionné : le bilan de son application, prévu par la loi, sera réalisé fin 2007, et il faudra agir en fonction de ses conclusions. L’interopérabilité est un objectif essentiel car elle détermine les usages autorisés des oeuvres acquises. Je souhaite qu’elle devienne une priorité stratégique industrielle européenne. Source(s) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Droits d’auteur J’ai pris position avec force pour le respect du droit d’auteur dans tous les domaines, musique, films, livres. Je veux redire ici que je continuerai à me battre pour le respect de ce droit, car la rémunération du travail des auteurs, des artistes, des producteurs est aussi juste que nécessaire. Nous pourrons faire, fin 2007, un état des lieux de la loi relative aux droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information, loi que je salue, et en particulier évaluer les conséquences de la suppression par le Conseil Constitutionnel du dispositif de riposte graduée qui divisait votre communauté. Et je me réjouis que la loi du 5 mars dernier ait organisé la contribution des fournisseurs d’accès à Internet et des opérateurs de téléphonie mobile à l’aide à la création, musique et cinéma, car il me semble normal que les nouveaux supports de diffusion participent également au financement des comptes de soutien. La loi affirme que le droit d’auteur et les droits voisins doivent être respectés dans le monde numérique. C’est le socle essentiel à toute création et je reste opposé à une licence dite « globale » qui revient à spolier les créateurs à l’heure où l’essentiel de la distribution des oeuvres bascule sur l’Internet. Grâce à cette affirmation, des offres légales apparaissent aujourd’hui sous de multiples formes, y compris le P2P autorisé par les ayant-droits et c’est la véritable solution au problème du téléchargement illégal. En matière de sanctions, j’ai toujours plaidé pour un régime proportionné : le bilan de son application, prévu par la loi, sera réalisé fin 2007, et il faudra agir en fonction de ses conclusions. L’interopérabilité est un objectif essentiel car elle détermine les usages autorisés des oeuvres acquises. Je souhaite qu’elle devienne une priorité stratégique industrielle européenne. Je souhaite que l’Europe développe sa propre industrie des dispositifs de protection des oeuvres. Il faut que, parallèlement, les industries culturelles affectées par Internet soient aidées pour réussir leur évolution. Ce qui signifie, pour le disque, qu’il faut aider à la numérisation des oeuvres et développer toutes les formes de diffusion légale. Réfléchir à des aides sociales pour soutenir l’emploi dans la filière musicale. Examiner l’ensemble des règles fiscales applicables à ce secteur, afin de les adapter dans ce contexte de complète mutation. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Droits de douane Je propose un système d’exonération des droits de douanes pour les matières premières et les produits semi-ouvrés afin de favoriser les activités de transformation et donc d’intégration de valeur ajoutée localement. Enfin, je pense qu’il serait judicieux de mettre en place un mécanisme de crédit d’impôt majoré à l’exportation. Source(s) Discours Guadeloupe (23/03/07) Droits de l’homme Les droits de l’homme sont, pour toutes les démocraties du monde, à la fois un point de départ et un horizon qui se déploie toujours devant eux. La France ne fait pas exception, et il appartiendra au prochain président de lui faire franchir de nouvelles étapes dans la préservation et la conquête des libertés. Je veux être le Président d’une France qui se sente solidaire de tous les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures et par les fanatismes. Le Darfour est un scandale inacceptable, la Tchétchénie une horreur, les infirmières bulgares en Lybie, une barbarie, Ingrid Bettancourt dans la jungle colombienne une tragédie. Président de la République, je ne me taierai pas devant ces insultes aux droits de l’homme. Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Discours Zénith (18/03/07) Mon Projet Droits de mutation La fiscalité doit être adaptée pour encourager l’accession à la propriété. (…) Cela passe par la suppression des droits de mutation, dès lors que les transactions sont liées à une mobilité imposée, telle que la perte d’emploi, le déménagement professionnel, etc. Je propose que pour ces commerces dit de bouches, qui disparaîssent, quand ils vendent les droits de mutation soient supprimés lorsqu’ils vendent à un commerce de la même catégorie. Source(s) Interview dans la revue La Vie Immobilière (octobre 2006) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Droits de succession Quand on a travaillé dur toute sa vie, qu’est-ce qui donne du sens à la vie ? C’est de faire que ses enfants commencent un peu plus haut que soi-même on a commencé. Eh bien je ne vois pas pourquoi on devrait payer des impôts sur les successions ou sur les donations. Dès le mois de juillet, je supprimerai les droits de succession et de donation. Cette mesure concerne 95% des foyers. Je m’y engage. L’injustice des droits de succession entre époux, alors qu’une femme est solidaire de la dette fiscale de son mari. Je supprimerai les droits de succession entre époux. Et je supprimerai la solidarité fiscale qui pèse sur tant de femmes doublement victimes des indélicatesses de leur mari à l’égard du fisc et de leur infidélité conjugale. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (06/04/07) Droits des femmes Dans l’élan de la pensée des Lumières, la France a fait des droits de l’homme une valeur universelle. Je vous propose qu’elle s’engage aujourd’hui dans le combat pour les droits des femmes. Dans le monde entier, la parole de la France est celle de la liberté, de l’humanisme, du respect des droits de l’homme. C’est une parole espérée par ceux qui attendent la démocratie et crainte par ceux qui ne l’aiment pas. Eh bien, je veux dire ce soir que nous serons à la hauteur de notre réputation. Nous ferons du prestige de la France le levier d’un combat en faveur des femmes. Parce que quand la France se tait, c’est l’injustice et la haine qui en profitent. Alors que quand la France parle, le monde entier devient meilleur. Mes chers amis, je veux que la France s’investisse dans le combat pour le droit des femmes. Je veux aussi qu’elle s’inspire de leurs valeurs. Les valeurs des femmes, c’est la générosité, le don de soi, le travail, l’engagement, la famille, la paix, la vie. Ces valeurs, je veux les mettre au coeur de la société. Source(s) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (6/04/07) Dumping social L’Europe doit protéger et pour cela je proposerai à nos partenaires d’instaurer une préférence communautaire qui permette de faire face à la concurrence déloyale et de s’opposer aux dumpings. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Ecole Je veux ensuite que l’école soit un lieu de travail, d’autorité et de respect. Je suis pour que les élèves se lèvent quand les professeurs entrent dans les classes. Je souhaite que l’école devienne un lieu sans violence, sans portable, sans casquette, sans cigarette. Même si elle a de vraies qualités, la situation générale de notre école n’est plus acceptable.20 % de nos jeunes quittent l’école sans qualification, c’est-à-dire sans aucune perspective professionnelle et un avenir personnel très limité. Je ne peux m’y résoudre. Qui peut croire que ce qui était possible hier, apprendre à tous les enfants à lire, écrire, compter, et leur donner un bagage culturel leur permettant de vivre en hommes libres et en citoyens éclairés, ne l’est plus aujourd’hui ? Quant au sort fait à nos enseignants, il est inadmissible : leurs rémunérations sont trop basses, les plus jeunes et les moins expérimentés sont envoyés devant les classes les plus difficiles, le respect qui leur est dû n’est pas assuré,ni parfois même leur sécurité. Il est possible de changer l’école. Il faut d’abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. Ils sont la clé de la réussite de tous les élèves. Je souhaite que leur autorité et leur liberté pédagogique soient respectées, que leur formation initiale et continue soit assurée, et qu’ils aient la possibilité de travailler plus pour gagner plus. Il faut ensuite que nous nous fixions le seul objectif acceptable : que tous les enfants sortent de l’école avec le bagage nécessaire pour réussir leur vie adulte. Dès qu’un enfant décroche, il devra recevoir un soutien individualisé. Je créerai des études dirigées dans tous les établissements pour que les enfants dont les parents le souhaitent puissent faire leurs devoirs à l’école avec l’aide d’une personne compétente. Je ferai en sorte que l’école consacre plus de temps au sport et à la culture parce que je les crois essentiels à l’épanouissement des enfants et à la force de la société. L’école d’une grande nation doit faire lire de grands textes. Enfin, tout en conservant le caractère national des programmes et des diplômes, je veux mettre plus de diversité dans l’école pour que l’intelligence de chaque enfant soit reconnue. Je donnerai plus d’autonomie aux établissements pour leur permettre de développer leur projet pédagogique spécifique et je donnerai aux familles la possibilité de choisir l’école de leurs enfants. Je remplacerai la carte scolaire par une obligation de mixité sociale, géographique et scolaire des effectifs, qui pèsera sur les établissements. Source(s) Mon Projet Ecole des parents Mais, soyons clairs, les familles ont aussi un rôle fondamental à jouer et je ne serai pas celui qui tiendra un discours déresponsabilisant à leur égard. Les parents sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Ils doivent, par conséquent, pouvoir être plus impliqués dans l’organisation de la vie scolaire. Ils doivent aussi, lorsqu’ils éprouvent des difficultés passagères, être aidés dans leur rôle. C’est pour cela que je suis favorable aux expérimentations d’ « école des parents ». Source(s) Discours Guadeloupe (23/03/07) Edition du livre Le prix unique du livre a été essentiel pour l’édition et a sauvé nombre de libraires (…). Bien sûr, il faut des enseignes puissantes, qui sont des acteurs culturels majeurs. Bien sûr, il est normal et souhaitable que des livres soient vendus dans les grandes surfaces. Mais ne rêvons pas. La littérature de fond, la littérature à risque, celle par exemple des premiers romans, a besoin de ce réseau des passionnés que sont les libraires, qu’il faut soutenir, avec les collectivités locales, notamment contre la spéculation immobilière. Il faut les aider au développement d’une offre numérique, c’est à dire à mettre en ligne leur catalogue, leurs disponibilités, afin que les acheteurs, sûrs de ce qu’ils vont trouver, se rendent dans ces lieux de convivialité. De même qu’il faut aider les éditeurs à prendre le tournant des nouvelles technologies. Dans cet esprit, je souhaite que le Centre National du Livre voie ses missions et ses moyens renforcés. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Education physique et sportive Nous devons reconstruire une école où le sport soit considéré comme une discipline fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement de soi et le respect des autres. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) Egalitarisme Accepter la logique de l’égalitarisme c’est du socialisme. Et je ne suis pas socialiste. Il faut sortir de cette logique absurde du nivellement qui tire toute la société vers le bas en l’amputant de tous ses talents, en la privant de ses jeunes les mieux formés, les plus entreprenants, les plus imaginatifs, les plus audacieux. Il faut sortir de cette politique qui consiste à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il faut sortir de cette double impasse de la politique qui punit la réussite et de la politique du chacun pour soi. Source(s) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Egalité d’accès aux soins L’égalité d’accès aux soins est menacée par le manque de couverture complémentaire, l’inégale répartition des professionnels et des équipements sur le territoire, les inégalités entre établissements hospitaliers. Je propose de renforcer l’aide à l’acquisition d’une complémentaire et d’améliorer les remboursements des soins dentaires et optiques. Nous devrons faire le bilan des incitations qui ont été créées pour favoriser l’installation des professionnels de santé dans les zones déficitaires et sans doute les renforcer. Je souhaite surtout permettre aux professionnels de santé d’améliorer leurs conditions de travail en favorisant la constitution de cabinets de groupe et en permettant à ceux qui le souhaitent de salarier un confrère. La question principale est de rompre avec l’isolement et l’épuisement des professionnels. Pour l’hôpital, nous ne devons pas renoncer à la réforme de la carte hospitalière. La sécurité des patients est une priorité absolue. Mais la mise en réseau des hôpitaux locaux et des hôpitaux plus vastes permet de concilier la sécurité des patients, l’emploi local et l’égalité d’accès aux soins. Pour une totale sécurité dans la prise en charge, il faut concentrer les gestes techniques et dangereux sur les gros centres hospitaliers. Les hôpitaux locaux devront rester en activité et se consacrer aux soins de suite, à la médecine gériatrique, à la permanence des soins ou au long séjour. Source(s) Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007) Egalité des chances Je prends l’engagement si je suis élu de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements et de développer dans toutes les disciplines des cursus qui permettent d’accéder à l’enseignement supérieur sans le bac, comme c’est déjà le cas avec la capacité en droit ou avec le Conservatoire National des Arts et Métiers. Je veux que toute personne qui n’a pas pu faire les études de son choix puisse les entreprendre plus tard. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07), Discours Nantes (15/03/07) Egalité professionnelle Depuis qu’en 1944, le général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je leur dis là encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l’égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à part entière dans notre République. Je veux un État exemplaire en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte. Je veux que dans les conseils d’administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu’il s’applique à la politique s’applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises. Source(s) Discours Périgueux (12/10/06) Egalité salariale Un homme gagne 15% de plus qu’une femme. C’est scandaleux. Pour régler le problème, je veux organiser, dès l’été 2007, une conférence sociale réunissant le patronat et les syndicats de salariés. Je veux faire un diagnostic des inégalités, branche par branche. Les entreprises où il y a des inégalités auront deux ans pour régulariser la situation. Celles qui n’aligneront pas les salaires auront affaire à l’inspection du travail. Elles seront donc sanctionnées financièrement et pénalement si nécessaire. Le principe de l’égalité est un principe sacré. Dès le mois de juin, je réunirai une conférence avec les partenaires sociaux afin que l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes soit totale d’ici 2010. Les femmes subissent plus que les hommes les salaires trop bas, le travail précaire, le sous-emploi, l’absence de formation. Source(s) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Mon Projet Egalité salariale et professionnelle Je veux faire de l’égalité salariale et professionnelle entre les hommes et les femmes un axe majeur de mon quinquennat. Je veux que nous visions le même niveau d’égalité et de modernité que celui des pays scandinaves. Je veux qu’à l’école, on apprenne aux filles que leur désir de faire des études et de réussir n’est pas moins légitime que celui des hommes. Je veux que lorsqu’elles en ont les capacités, on les oriente vers les filières les plus exigeantes, notamment les filières scientifiques. Je donnerai deux ans aux entreprises pour aligner les salaires des femmes sur ceux des hommes. Une entreprise comme Axa l’a fait. Il n’y a pas de raisons que les autres n’y arrivent pas. Et je le ferai sous peine de sanctions car cela fait cinquante ans que, sans sanction, on n’y arrive pas. Et je veux que l’Etat soit exemplaire pour la promotion professionnelle des femmes. Pour chaque nomination, j’exigerai que l’on examine autant de candidatures féminines que de candidatures masculines. Je suis pour une démocratie irréprochable. Et une démocratie irréprochable, c’est une démocratie qui donne la même chance aux hommes et aux femmes. Source(s) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (6/04/07) Electorat de gauche Je me dois être à l’écoute de l’électorat de gauche quand il est à ce point trahi et abandonné dans ses valeurs par les actuels dirigeants socialistes. Source(s) Interview Le Monde (23/01/07) Emploi Depuis vingt-cinq ans, on vous dit que le plein-emploi est impossible et que le chômage est une fatalité. Rien n’est plus faux. Je veux d’abord vous convaincre que partager le travail n’a jamais été une solution contre le chômage. Les 35 heures ont-elles permis de créer des emplois ? Nullement. Avec elles, vous avez plus de temps pour vous, mais vos salaires sont gelés. Vous avez moins de pouvoir d’achat, vous consommez moins. C’est toute l’économie qui s’est artificiellement réduite. Plutôt que de consacrer tant d’argent à payer les Français pour qu’ils travaillent moins, nous devons tout faire pour être plus nombreux à travailler, car l’activité des uns crée le travail des autres. C’est pourquoi, si je suis élu, l’étudiant qui travaille ne paiera pas d’impôt,le retraité qui veut travailler et toucher sa retraite pourra le faire, notre pays aidera les entreprises à donner du travail aux seniors au lieu de les encourager à s’en séparer. L’ANPE, l’Unedic, les Maisons de l’emploi seront réunies en un seul service public de l’emploi, qui interviendra immédiatement et de manière personnalisée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver ou retrouver un emploi beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Je veux que les femmes, notamment les mères isolées, soient spécialement aidées à retrouver des emplois stables à temps complet. Mais, contre le chômage, il faut aussi que nous changions de politique économique. J’ose même dire : il faut que nous ayons une politique économique qui agit, et non qui subit. J’investirai massivement dans la formation, dans la recherche et l’innovation, dans le développement du commerce, de l’artisanat et des PME. Tout doit être fait pour permettre à nos PME de grandir et pour que notre pays crée les centaines de milliers d’emplois qui peuvent l’être dans les nouveaux segments de l’économie. Je rapprocherai la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne car il est évident que personne ne viendra créer des emplois chez nous si notre fiscalité continue à être la plus dissuasive d’Europe. Je ferai tout pour réduire la fiscalité qui pèse sur le travail. Contre les délocalisations, je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. L’exemple d’Alstom montre qu’il est possible et utile de nous battre pour notre industrie. Je soutiendrai aussi l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Elles sont indispensables à notre indépendance alimentaire et désormais énergétique, et sont une force économique de premier plan. Enfin, je ferai en sorte que l’euro devienne un outil de croissance, d’emploi et de puissance économique. Si nous avons fait l’euro, c’est pour nous en servir. Grâce à ces mesures, en cinq ans, nous pouvons atteindre le plein-emploi, c’est-à-dire un chômage inférieur à 5 % et un emploi stable à temps complet pour tous. C’est de cette manière que nous pourrons vraiment réduire la pauvreté, l’exclusion et la précarité. Avec un potentiel d’au moins un demi-point de croissance supplémentaire, l’économie numérique est l’un des moyens que je veux utiliser pour vaincre le chômage. C’est une économie de talents, la France en est très largement dotée, elle ne sait simplement ni les utiliser, ni les retenir. Elle les bride. Je veux les libérer. Il n’y a pas d’économie sans travail. Mes engagements pour vaincre le chômage et réhabiliter le travail sont au coeur des besoins de l’économie numérique. Elle gagnera en compétitivité grâce à l’exonération des heures supplémentaires de charges sociales et fiscales, au contrat de travail unique, à la réforme de l’imposition qui pèse sur le travail et les entreprises. Mais le numérique, ce sont aussi des emplois plus qualifiés, mieux payés. Je veux que l’accès y soit facilité. Pour cela je réformerai les nomenclatures des formations et des métiers pour qu’elles correspondent mieux aux réalités des professions de l’internet et du numérique et prennent en compte les multiples spécialités qu’elles recouvrent, et je ferai du doublement du nombre de télétravailleurs un objectif prioritaire tant celuici représente une opportunité d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail. Source(s) Mon projet Tribune journal du net (20/04/07) Empreintes digitales ou génétiques Les technologies numériques ont conduit à un développement sans précédent des systèmes automatisés de traitement de l’information et des fichiers informatiques. Je n’ai aucun regret, au contraire, d’avoir encouragé le développement des fichiers d’empreintes digitales ou génétiques. Ces fichiers ont aidé à identifier des coupables, à disculper des innocents et à sauver des vies. Je n’en reste pas moins persuadé qu’il faut en améliorer le contrôle et le suivi, veiller à leur confidentialité absolue et s’interdire toute forme d’interconnexion excessive. Je souhaite par exemple que la consultation de fichiers sensibles (STIC, Judex) à des fins administratives présente les mêmes garanties pour les citoyens que celles prévues pour le fonctionnement du casier judiciaire. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Energie Notre politique énergétique conciliera l’indépendance et le développement durable. Nous augmenterons la part des énergies renouvelables, isolerons les bâtiments anciens, mais nous renouvellerons aussi le parc nucléaire. Grâce à la clairvoyance de nos prédécesseurs, nous avons la chance de maîtriser cette énergie déterminante pour le futur car elle ne perturbe pas le climat et garantit en partie notre autonomie énergétique. Ceux qui vous disent qu’ils vont renoncer au nucléaire vous font, au mieux, de fausses promesses, au pire mettent gravement en danger notre indépendance. Source(s) Mon Projet Energie nucléaire L’énergie nucléaire confère un véritable avantage comparatif incontestable à notre pays. C’est tout d’abord une filière industrielle d’excellence qui emploie des dizaines de milliers de salariés français. De plus, depuis des décennies, le parc nucléaire français nous garantit une très grande sécurité dans nos approvisionnements énergétiques. Alors que l’énergie devient rare, il s’agit d’un atout majeur pour la France et ses partenaires européens. Enfin, même si le stockage des déchets nucléaires ultimes est contraignant, c’est grâce à l’énergie nucléaire que la France émet par habitant 21% de gaz à effet de serre de moins que la moyenne mondiale. Pour toutes ces raisons, nous devons maintenir et renouveler notre parc nucléaire. C’est tout l’enjeu de la nouvelle génération de centrales EPR (dits de 3e génération) qui devront être développées et implantées dans notre pays. Cet engagement est capital pour nous, mais il ne nous empêche pas d’être très exigeants quant au droit à l’information des Français sur les risques nucléaires et sur les politiques destinées à les prévenir. Confiante dans la place incontournable que tient l’énergie nucléaire dans notre production électrique, la France entend s’engager fortement, dès à présent, dans la recherche sur les réacteurs nucléaires de 4e génération, avec pour objectif de toujours mieux concilier demain cette énergie avec les exigences du développement durable. Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Enseignants Quant au sort fait à nos enseignants, il est inadmissible : leurs rémunérations sont trop basses, les plus jeunes et les moins expérimentés sont envoyés devant les classes les plus difficiles, le respect qui leur est dû n’est pas assuré,ni parfois même leur sécurité. Il est possible de changer l’école. Il faut d’abord que nos enseignants exercent leur métier dans de bonnes conditions. Ils sont la clé de la réussite de tous les élèves. Je souhaite que leur autorité et leur liberté pédagogique soient respectées, que leur formation initiale et continue soit assurée, et qu’ils aient la possibilité de travailler plus pour gagner plus. Je m’engage si je suis élu à leur rendre la considération qui leur est due, à revaloriser leur carrière si dévalorisée depuis un quart de siècle. Je m’engage à multiplier les passerelles avec les autres administrations publiques de sorte que leurs perspectives de carrière soient élargies. Je m’engage à ce que ceux qui voudront travailler davantage puissent gagner plus. Je m’engage à ce que les gains de productivité qui pourraient être réalisés leur soient redistribués pour moitié. Je m’engage à ce qu’ils soient mieux formés, mieux accompagnés, mieux soutenus et par conséquent moins isolés. Je m’engage à instaurer un système comparable à celui des IPES, qui jadis permettait aux bons élèves qui se destinaient à l’enseignement de financer leurs études. Je veux qu’ils sachent que la révolution de l’école que je souhaite sera d’abord la leur. Elle sera fondée sur sept grands principes : la liberté pédagogique, l’autonomie, l’évaluation, la modulation des moyens en fonction des handicaps des élèves, l’orientation, la deuxième chance et la formation tout au long de la vie. Dès l’été 2007, j’engagerai les négociations nécessaires pour revaloriser la condition enseignante. On ne peut pas prétendre faire de l’éducation une priorité, si l’on n’est pas capable de donner aux enseignants un statut social convenable. Je le ferai sans démagogie. Les enseignants ont compris que la logique permanente des moyens supplémentaires allait contre leur pouvoir d’achat. Source(s) Mon Projet Discours Nantes (15/03/07) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) Enseignement artistique C’est avec les enfants que tout se joue. Si on ne leur donne pas le goût de la lecture, si on ne les rend pas curieux de ce qui est beau, si on ne les met pas en contact avec les grandes oeuvres de la sensibilité et de l’esprit humain, si on ne leur transmet pas une culture commune, alors non seulement on les privera d’un trésor inestimable, mais on préparera le retour d’une forme de barbarie à travers la disparition d’une certaine idée de la grandeur de l’homme et de son universalité. Mais qu’on me comprenne bien : je crois, comme Malraux, qu’il ne suffit pas d’expliquer les oeuvres d’art et d’apprendre leur histoire. Il faut aussi apprendre à les aimer. Ce qui signifie que la transmission de la culture et l’apprentissage du beau n’est pas seulement l’affaire des pédagogues, mais aussi celle des artistes et que l’école doit s’ouvrir à eux comme les grandes institutions culturelles doivent s’ouvrir sur l’école. La question de la culture aujourd’hui c’est celle de l’enseignement artistique, (…) non plus comme le parent pauvre de l’enseignement général, mais comme le pilier d’une culture générale qui naturellement englobe aussi la culture technique, la culture scientifique, l’histoire, la géographie et la philosophie. Je veux faire de l’enseignement culturel et artistique la clé de la démocratisation de la culture (…) Mais je suis pour la liberté pédagogique. Et dans un pays où il y a un million d’enseignants, je ne veux plus qu’on dise : l’éducation artistique, ce sera comme cela et pas autrement ! Si un enseignant est un passionné de musique, très bien, ça passera par la musique, et par la littérature pour un autre si c’est son domaine de passion. (…) La démocratisation de la culture c’est d’abord qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes quitte l’école avec les moyens intellectuels et les qualifications qui leur permettent de trouver leur place dans la société. C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes s’engagent dans la vie avec dans la tête quelques leçons de science et d’humanité qui leur permettent de se comprendre et de comprendre le monde. C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils éprouvent. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Interview Télérama (14/02/07) Discours Besançon (13/03/07) Enseignement primaire et secondaire Je veux que souffle sur lui un vent de liberté et d’évaluation. Liberté pédagogique des enseignants, car rien ne remplace l’expérience de 20 ans d’enseignement. Mais évaluation des enseignants selon les résultats des élèves. Liberté des établissements pour mettre en oeuvre des projets spécifiques. Mais évaluation indépendante et publique de chaque établissement. Liberté de choix des parents de l’école de leur enfant par la suppression progressive de la carte scolaire, mais obligation pour chaque établissement de respecter une mixité sociale et géographique. Je crois dans la mixité scolaire, mais je veux qu’elle pèse sur les établissements, pas sur les familles. Dès la rentrée de 2007, les établissements pourront recruter 20% de leurs effectifs en dehors du secteur et consacrer 25% de leur budget à leur projet pédagogique. 25% d’un emploi de temps, cela ne remet pas en cause le caractère national des diplômes et des programmes, mais cela permet pour les uns de faire plus de langues, pour les autres plus de sport, pour les troisièmes encore plus de soutien individualisé, en fonction des besoins locaux. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Enseignement privé Si je suis élu, je n’opposerai pas l’enseignement privé et l’enseignement public. La guerre scolaire est une guerre vaine, qui ne doit jamais se rouvrir. Chacun, dans le respect des principes de la République, a son rôle à jouer. Je veux que soit reconnue l’utilité sociale de l’enseignement privé. Source(s) Discours Maison-Alfort (02/02/07) Enseignement religieux Je suis favorable à l’enseignement de l’histoire des grandes religions. À la différence de Régis Debray, je ne suis pas pour la lecture et le commentaire des textes sacrés à l’école. Le commentaire est subjectif, on entrerait dans une nouvelle guerre de religion. En revanche, j’estime qu’il est plus important de connaître les grandes dates des grandes religions monothéistes que de connaître les divinités grecques ! Source(s) Interview La Croix (04/04/07) Enseignement supérieur Cela fait quarante ans que nous avons renoncé à conduire une réforme de l’enseignement supérieur. À l’heure de la bataille mondiale de l’intelligence, nous en payons un prix élevé, tandis que nos jeunes sont envoyés par milliers dans des filières sans débouchés. L’enseignement supérieur et la recherche seront pour moi une priorité absolue. Leurs moyens seront portés au même niveau que dans les pays les plus en pointe sur le sujet, mais cela s’accompagnera de réformes de fond. Je donnerai aux universités volontaires une autonomie réelle. Je réformerai notre appareil de recherche pour créer les conditions de travail et de rémunération permettant d’attirer et de garder les meilleurs enseignants et chercheurs. Notre pays a besoin de conduire plus de jeunes vers les études supérieures, mais des études dans lesquelles ils ont une chance de réussir et qui conduisent à l’emploi. Chaque bachelier aura une place à l’université, mais le nombre d’étudiants dans les différentes filières dépendra des réalités du marché du travail. Un service public de l’orientation permettra aux élèves de choisir la voie qui leur correspond le mieux. Enfin, je veux transformer la condition étudiante, en faisant tout pour que l’argent ne soit jamais un obstacle à la poursuite des études, en permettant à nos jeunes d’être autonomes et en créant des campus universitaires de réputation mondiale et européenne. Source(s) Mon Projet Enseignement technique Nous devons reconstruire une école où la culture technique soit partie intégrante de la culture générale et où chacun puisse choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement à travers la sélection par l’échec. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) Entrepreneur L’entreprise et les entrepreneurs n’ont pas aujourd’hui la place qu’ils méritent dans notre pays. Entreprendre, c’est toujours prendre un risque et l’échec fait partie de l’aventure entrepreneuriale. Il est vital que notre société valorise mieux cette prise de risques. A mes yeux, c’est l’image tout entière du chef d’entreprise qui est ici en question et qu’il convient de réhabiliter. Nous vivons certes dans une société qui a toujours valorisé l’engagement en faveur de l’intérêt général, le service du public et de la collectivité. Mais, à tous les jeunes de France, je veux dire avec force que l’on sert aussi son pays, en créant son entreprise et en la faisant gagner. On est utile aux autres, en créant des richesses dans son pays. On a droit à l’estime de la Nation quand on participe à sa prospérité. Or, malgré les risques pris, malgré les emplois créés, malgré les recettes fiscales versées, l’entreprise demeure trop souvent un objet de défiance en France. Il est temps de dépasser les oppositions de classe, de réconcilier les Français avec leurs entreprises et de réconcilier, dans le même mouvement, les entrepreneurs avec l’Etat. Les règles complexes, multiples, instables – vous venez hélas d’en faire l’expérience sur le temps de travail – qu’applique l’Administration française à nos entreprises, constituent aujourd’hui un véritable « impôt réglementaire ». Cet impôt - comble de l’injustice - est d’autant plus lourd que l’entreprise est petite. Je souhaite donc que s’engage une vaste politique de simplification des normes applicables aux PME. Dans ce but, il nous faudra nous fixer dorénavant des objectifs extrêmement concrets : la limitation très stricte du temps nécessaire au renseignement des formulaires, la simplification effective de la feuille de paye des salariés français, et la réorganisation de l’ensemble des relations entre l’Etat et les entreprises dans une logique de « guichet unique ». Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Entreprise Je rapprocherai la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne car il est évident que personne ne viendra créer des emplois chez nous si notre fiscalité continue à être la plus dissuasive d’Europe. Je ferai tout pour réduire la fiscalité qui pèse sur le travail. L’entreprise et les entrepreneurs n’ont pas aujourd’hui la place qu’ils méritent dans notre pays. Entreprendre, c’est toujours prendre un risque et l’échec fait partie de l’aventure entrepreneuriale. Il est vital que notre société valorise mieux cette prise de risques. A mes yeux, c’est l’image tout entière du chef d’entreprise qui est ici en question et qu’il convient de réhabiliter. Nous vivons certes dans une société qui a toujours valorisé l’engagement en faveur de l’intérêt général, le service du public et de la collectivité. Mais, à tous les jeunes de France, je veux dire avec force que l’on sert aussi son pays, en créant son entreprise et en la faisant gagner. On est utile aux autres, en créant des richesses dans son pays. On a droit à l’estime de la Nation quand on participe à sa prospérité. Or, malgré les risques pris, malgré les emplois créés, malgré les recettes fiscales versées, l’entreprise demeure trop souvent un objet de défiance en France. Il est temps de dépasser les oppositions de classe, de réconcilier les Français avec leurs entreprises et de réconcilier, dans le même mouvement, les entrepreneurs avec l’Etat. Les règles complexes, multiples, instables – vous venez hélas d’en faire l’expérience sur le temps de travail – qu’applique l’Administration française à nos entreprises, constituent aujourd’hui un véritable « impôt réglementaire ». Cet impôt - comble de l’injustice - est d’autant plus lourd que l’entreprise est petite. Je souhaite donc que s’engage une vaste politique de simplification des normes applicables aux PME. Dans ce but, il nous faudra nous fixer dorénavant des objectifs extrêmement concrets : la limitation très stricte du temps nécessaire au renseignement des formulaires, la simplification effective de la feuille de paye des salariés français, et la réorganisation de l’ensemble des relations entre l’Etat et les entreprises dans une logique de « guichet unique ». Internet est une chance pour réhabiliter l’effort, le goût du risque, et augmenter le pouvoir d’achat. Sur internet, chacun peut créer son activité et en vivre. Nous le voyons tous les jours. Au lieu de l’étouffer, je ferai en sorte que l’Etat facilite, incite et soutienne ce foisonnement de microinitiatives. Pour faire le pendant avec l’exonération de charges fiscales et sociales sur les heures supplémentaires, les revenus tirés d’une activité numérique personnelle seront exonérés de charges sociales et fiscales dans une limite à définir. Au-delà, un statut simplifié de micro-entreprise numérique permettra à ces activités de croître et de se développer. Source(s) Mon Projet Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Tribune journal du net (20/04/07) Entreprise patrimoniale Je suis un très grand partisan de l’entreprise patrimoniale, celle où le chef d’entreprise, le dirigeant, est aussi l’actionnaire principal. Ces entreprises là portent les valeurs de travail, de réussite, de responsabilité auxquelles je suis très attaché. Elles sont aujourd’hui les plus dynamiques en termes de création d’emplois. Les mesures que je propose, notamment la réforme du bouclier fiscal, la déduction de l’ISF de l’investissement dans une PME, la baisse de l’impôt sur les sociétés, mais également l’exonération des droits de succession pour 95 % des Français, permettront de récompenser tous ceux qui, à la tête d’entreprises patrimoniales, ont pris des risques. Source(s) Réponses CGPME Environnement Le développement durable doit devenir une dimension essentielle de toute l’action publique. Ce n’est pas un choix, c’est une urgence, une nécessité. Mais ce que nous pouvons choisir, c’est d’en faire une chance pour la croissance et nos emplois. Je créerai un grand ministère du Développement durable, pour que l’environnement ait les moyens de ses ambitions. Notre politique énergétique conciliera l’indépendance et le développement durable. Nous augmenterons la part des énergies renouvelables, isolerons les bâtiments anciens, mais nous renouvellerons aussi le parc nucléaire. Grâce à la clairvoyance de nos prédécesseurs, nous avons la chance de maîtriser cette énergie déterminante pour le futur car elle ne perturbe pas le climat et garantit en partie notre autonomie énergétique. Ceux qui vous disent qu’ils vont renoncer au nucléaire vous font, au mieux, de fausses promesses, au pire mettent gravement en danger notre indépendance. Je souhaite que la responsabilité de ceux qui polluent puisse être mise en cause de manière illimitée. Je créerai une fiscalité écologique pour inciter les Français à adopter des comportements vertueux, notamment une TVA à taux réduit sur les produits propres. Nous investirons dans la recherche sur les technologies propres. Nous développerons les transports en commun et les transports alternatifs à la route, tout en aidant les transporteurs routiers à acquérir des véhicules propres. Enfin, nous devons agir au niveau international pour que les grands pays s’engagent dans la réduction des gaz à effet de serre et la protection de la biodiversité. Une organisation mondiale de l’environnement doit voir le jour et je proposerai que les produits venant de pays qui ne respectent aucun engagement en matière écologique soient pénalisés. Source(s) Mon Projet Etat Le premier rôle de la politique, c’est de faire fonctionner l’État. La mondialisation ne disqualifie nullement le rôle des États. Au contraire. Dans la mondialisation, les pays qui échouent sont ceux dont l’État est inefficace, entrave, empêche ; ceux qui réussissent sont ceux dans lesquels l’État facilite, incite, soutient. Rien ne se fera donc avec un État qui continue à fonctionner comme aujourd’hui. Je crois dans un État ouvert, équilibré, soucieux de faire agir tout le monde ensemble. Mais je crois aussi dans un État fort, qui fait des choix, mène des politiques et, plus que tout, poursuit l’intérêt général, l’intérêt de notre nation. Source(s) Mon projet Etat actionnaire Je propose que l’Etat actionnaire joue son rôle, pas seulement en préparant des privatisations pour desserrer l’étau de la dette mais en n’oubliant pas qu’il doit aussi être un Etat stratège, garant de la préservation de nos intérêts industriels et technologiques fondamentaux. C’est ce que font les Américains avec l’intelligence économique et avec les dépenses du Pentagone. C’est ce que les Japonais font avec le MITI. C’est ce que les Chinois font avec leur gestion politique de transfert de technologies. C’est ce que la France et avec elle l’Europe ne font plus ou plus suffisamment. C’est ce que nous avons commencé à faire avec les pôles de compétitivité, avec l’agence nationale de la recherche, avec l’agence nationale de l’innovation industrielle. Il faut aller beaucoup plus loin. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Etudes surveillées L’école ne peut se décharger de toute responsabilité quand la classe est finie. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’elle prenne en charge les orphelins de 16h ou de 17h dont les parents travaillent , qu’elle organise des études surveillées où les enfants au lieu d’être livrés à eux-mêmes soient encadrés pour faire leurs devoirs. Je souhaite que les enseignants volontaires pour diriger ces études, comme ceux qui seront volontaires pour faire du soutien scolaire, reçoivent un surcroît de rémunération ». « Je propose que les enseignants sur la base du volontariat puissent encadrer des études dirigées et être payés davantage ». Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Etudiant Enfin, je veux transformer la condition étudiante, en faisant tout pour que l’argent ne soit jamais un obstacle à la poursuite des études, en permettant à nos jeunes d’être autonomes et en créant des campus universitaires de réputation mondiale et européenne. Si je suis élu, l’étudiant qui travaille ne paiera pas d’impôt. Source(s) Mon Projet euro Je ferai en sorte que l’euro devienne un outil de croissance, d’emploi et de puissance économique. Si nous avons fait l’euro, c’est pour nous en servir. Je n’accepte plus la façon dont est géré l’euro dans notre pays. Et je veux le poser avec gravité. J’ai voté pour l’euro. Je suis pour l’euro. L’euro est une réussite, mais on n’a pas fait la deuxième monnaie du monde pour ne pas s’en servir. (…) Je demande pourquoi les Américains se servent du dollar comme d’une arme au service de la croissance et de l’emploi ? Les Japonais du yen. Les Chinois du yuan, et les Anglais de la livre sterling. (…) Je veux un gouvernement économique pour l’Europe. C’est-à-dire des ministres des Finances qui gèrent la zone euro pour en faire la première zone de croissance du monde. L’euro doit être au service de la croissance et de l’emploi, et pas simplement de la lutte contre une inflation qui n’existe plus, pour une raison simple, c’est que la concurrence est telle, la mondialisation est telle, que la lutte contre l’inflation doit être moins grande, pour la raison simple que la concurrence fait baisser les prix. Nous devons avoir une politique monétaire. Si nous avons fait l’euro, c’est pour nous en servir. J’agirai au sein de l’Eurogroupe pour nous doter d’un gouvernement économique et éviter d’avoir des chocs asymétriques de conjoncture, sortir du flou juridique s’agissant de la politique de change, organiser une vraie concertation entre l’Eurogroupe et la BCE. Modifier le traité serait sans doute très difficile. Un accord me paraît en revanche envisageable. Source(s) Mon Projet Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Conférence de presse (02/04/07) Europe Je suis un Européen convaincu. Je sais jusque dans ma propre histoire ce qu’il en a coûté à l’Europe d’être divisée. Mais je n’ai pas dit oui à la construction européenne tout au long de ces années pour avoir l’Europe que nous avons aujourd’hui. L’Europe ne doit pas être le cheval de Troie d’une mondialisation réduite à la circulation des capitaux et des marchandises, mais doit au contraire protéger ses peuples dans la mondialisation. L’Europe est d’abord une grande culture. Elle doit agir dans le monde pour que les valeurs de la civilisation ne cèdent pas sous la pression des seuls intérêts commerciaux et financiers. Elle doit défendre les droits de l’homme, la démocratie, la protection des plus faibles, la solidarité, la protection de la nature. L’Europe doit ensuite préserver les intérêts de ses peuples. Je réhabiliterai la préférence communautaire, c’est-à-dire le droit pour l’Europe, lorsque c’est son intérêt, notamment à l’OMC, de préférer et donc de protéger ses produits, ses entreprises, ses marchés. L’Europe ne doit pas se résigner aux délocalisations, mais au contraire tout faire pour que l’activité se localise en Europe. C’est ce que nous ont dit ceux qui ont voté non au référendum sur le projet de Constitution. C’est un fait politique. Je veux leur dire que je les ai entendus. Enfin, l’Europe doit nous permettre de faire à plusieurs ce que seuls nous faisons moins bien : notamment la politique migratoire et le développement, la politique industrielle et la recherche, le développement durable. Je soutiendrai la PAC car elle est la condition de l’indépendance alimentaire de toute l’Europe. Nous avons fait l’Europe pour agir, pas pour subir. Nous avons fait l’Europe pour exprimer une volonté commune, pas pour organiser notre renoncement collectif. Pour toutes ces raisons, je veux que l’Europe ait des frontières et je m’opposerai à l’entrée de la Turquie. J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles que nul n’a contestées pendant la campagne référendaire,afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de fonctionner efficacement à 27 États membres. La question de la réécriture d’un texte plus global, scellant la dimension fondamentalement politique de l’Europe, se posera dans un second temps. Source(s) Mon Projet Euthanasie / Fin de vie Je suis pour le respect de la vie, dans la mesure où la souffrance ne rend pas la vie impossible. Il y a des limites à la souffrance humaine. Mais, je ne pense pas que cette question se règle par une loi. Comment voulez-vous qu’un texte recense tous les cas de fin de vie ? Cela ne se quantifie pas. Un texte ne peut pas donner une liste exhaustive de situations où les cas de fin de vie peuvent s’appliquer. Je veux que l’on fasse confiance au dialogue. C’est au patient, à sa famille et au corps médical de trouver la solution la plus adaptée. Je pense qu’il faut donc laisser une zone de liberté. Un tiers seulement des personnes qui y auraient droit bénéficient de soins palliatifs. Il faut donc urgemment les développer. Source(s) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Interview Panorama du médecin (mars 2007) Evaluation C’est le corollaire de la liberté pédagogique et de l’autonomie. Refuser l’évaluation de l’école ou du maître c’est mépriser les enseignants, c’est leur dénier leur capacité à être efficaces, à être performants. C’est leur refuser le droit d’être jugés sur leur résultat. Pour moi la culture du résultat est nécessaire à l’école comme ailleurs. Mais l’évaluation ne peut pas se fonder sur des critères purement quantitatifs. Ils doivent être aussi et avant tout qualitatifs, ce qui renvoie à la question de savoir quelle mission on assigne à l’éducation. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) Excellence Contre l’héritage de mai 68, contre le refus de toute autorité, contre le relativisme culturel et moral, contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation des diplômes, contre l’inculture, il n’y a pas d’autre choix que l’excellence. Source(s) Discours Besançon (13/03/07 Exode rural Rétablir la confiance est plus que jamais nécessaire pour ceux de nos concitoyens qui sont issus du monde rural. Depuis des décennies, certains de nos territoires ruraux les plus fragiles sont gagnés peu à peu par la désertification. Or je veux affirmer, une fois encore, qu’il n’y a pas de fatalité au dépeuplement ni à l’exode rural, pour peu que l’Etat poursuive et amplifie ce qui fut toujours une grande politique, une politique originale dans notre pays, celle de l’aménagement du territoire. Elle n’est d’ailleurs pas pour rien dans la qualité de vie et des services publics que nous reconnaissent les étrangers qui visitent et apprécient notre pays. Aménager le territoire, c’est refuser que l’Etat ne renforce encore les tendances, là, à la concentration, ailleurs, au dépeuplement, plutôt que de rechercher un équilibre dans le développement de nos territoires. Aménager le territoire, c’est finalement garantir une véritable égalité des chances pour chaque Français, en tout point du territoire. Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Exploitation agricole Je suis favorable au maintien des outils d’aide à l’installation. Ces outils ont fait leur preuve, ils sont efficaces. Mais il ne faut pas vivre dans l’illusion : on n’installera pas un agriculteur pour un départ. L’objectif doit être de veiller au renouvellement des générations et de ne pas détourner les jeunes de ce métier. Il faut également veiller à appuyer les démarches des jeunes qui viennent d’autres milieux. (…) L’aide à l’installation est primordiale, de même que les prêts bonifiés. Un effort pourrait sans doute être fait en direction du stage d’installation, afin de le rapprocher des besoins réels des futurs exploitants. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007) Famille On a pris l’habitude de dire que l’autorité, le respect, le mérite n’étaient pas des valeurs importantes. Je considère que ce sont des valeurs fondamentales sans lesquelles il n’y a pas de société possible. Nous devons tout faire pour que les familles, l’école, la société dans son ensemble soient de nouveau des lieux de transmission de ces repères. Si je suis élu, je soutiendrai fortement toutes les familles, sans a priori, car elles sont le premier lieu d’éducation et de solidarité. J’aiderai celles qui ont des difficultés à assumer leur mission éducative et responsabiliserai celles qui y renoncent par la mise sous tutelle des allocations familiales. Je ne crois pas qu’il soit du rôle de la loi d’affirmer qu’une famille, cela peut être un père et une mère, mais aussi deux mères ou deux pères. Je veux, en revanche, reconnaître la sincérité de l’amour homosexuel, en créant une union civile donnant les mêmes droits aux couples de même sexe qu’aux couples mariés, à l’exception de la filiation et de l’adoption, ainsi qu’un statut de beaux-parents, valable pour les familles recomposées et homoparentales. J’aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j’allouerai des allocations familiales dès le premier enfant. La garde des enfants ne sera plus un obstacle au travail des femmes. J’allouerai des droits sociaux et des droits à la retraite à ceux qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants ou qui s’occupent d’une personne handicapée. Je supprimerai les droits de donation et de succession pour que les familles, à l’exception des plus riches, puissent transmettre librement le fruit du travail de toute leur vie à leurs enfants. Source(s) Mon Projet Fédérations sportives Le sport est devenu une véritable industrie par les enjeux économiques et sociaux internationaux. Il faut sortir de la logique où l’on considère que, pour pouvoir diriger une fédération, il faut soit avoir des moyens personnels considérables et être dégagé de toute obligation professionnelle, soit être à un âge où l’on a le choix entre une retraite paisible ou une activité bénévole. (…) Le sport ne peut pas avoir de tels enjeux et ne pas être professionnalisé dans sa gestion et dans son approche. Ce n’est pas parce que c’est du sport amateur que la question tourne autour du seul bénévolat. Ceux qui se dévouent pour le sport méritent d’en être récompensés. Comment ? Je souhaite d’abord que les dirigeants des fédérations puissent être rémunérés pour le travail qu’ils font. Porter, diriger une fédération est un travail à temps complet qui mérite d’être rémunéré et pas par de petits arrangements. (…) Je veux que chaque fédération, dans chaque sport, puisse se donner les meilleurs pour les diriger. Et qui peut me dire que nous pouvons avoir les meilleurs pour incarner son sport si nous ne les payons pas ? Quelle drôle d’idée que de voir l’argent rentrer dans le sport et considérer que les dirigeants, qui animent un sport, le portent, défendent son image et l’organisent, eux, n’ont pas vocation à être rémunérés. Que la rémunération d’un dirigeant ferait en sorte que l’enthousiasme de ce dirigeant ne serait pas aussi noble. C’est faux ! À la tête de nos fédérations, nous avons besoin de dirigeants professionnels, engagés et de qualité. Et que soit faite une place spécifique aux anciens champions au sein des conseils d’administration de nos fédérations. Que celui qui a tout reçu de son sport, qui lui a tout donné, ne puisse pas s’investir dans le sport qui a été sa vie est un désastre. (…) Il ne faut pas avoir peur de rémunérer les gens pour le travail qu’ils font. Source(s) Rencontre avec les sportifs (15/04/07) Femmes Depuis qu’en 1944, le général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. (…) Malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l’égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à part entière dans notre République. Je veux un État exemplaire en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte. Je veux que dans les conseils d’administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu’il s’applique à la politique s’applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises. Je veux que le temps passé à l’éducation des enfants soit pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient continué de travailler en les élevant aient cessé de travailler pour les élever. Je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour élever leurs enfants et qui se séparent de leur mari soient davantage aidées pour retrouver un emploi. Je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent. Je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées. Je veux répéter qu’aucune coutume, aucune culture d’origine, aucune pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à proclamer l’infériorité intrinsèque de la femme. Je veux que partout en France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre comme elles l’entendent, libre de se marier à leur guise. Je veux que les femmes, notamment les mères isolées, soient spécialement aidées à retrouver des emplois stables à temps complet. Source(s) Discours Périgueux (12/10/06) Mon projet Filière bois La France a un rôle fort à jouer dans la promotion de la filière bois. Le développement de la maison en bois pourrait être le signal de celle ambition. À cette fin, je crois que nous devons nous doter d’un plan d’ensemble, élaboré dans le cadre d’une grande concertation, qui permettra de valoriser la filière bois dans la création d’un puits de carbone et de soutenir cette activité. Source(s) Interview Architecture Bois (avril 2007) Finances publiques La maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier. Les jeunes générations ne peuvent accepter que les générations actuelles vivent à leur crédit. Mais je veux aussi vous dire que la dette est la conséquence de l’échec de nos politiques antérieures. C’est pourquoi mon projet concilie trois objectifs : engager les réformes dont notre pays a besoin, baisser les impôts, réduire la dette et le déficit. Il est intégralement financé par des économies sur les dépenses existantes. Je ferai en sorte qu’à l’avenir il soit interdit de financer les dépenses de tous les jours par de la dette. Source(s) Mon projet Fiscalité Tout doit être fait pour permettre à nos PME de grandir et pour que notre pays crée les centaines de milliers d’emplois qui peuvent l’être dans les nouveaux segments de l’économie. Je rapprocherai la fiscalité des entreprises de la moyenne européenne car il est évident que personne ne viendra créer des emplois chez nous si notre fiscalité continue à être la plus dissuasive d’Europe. Je ferai tout pour réduire la fiscalité qui pèse sur le travail. Nous devons avoir une politique fiscale. Le grand problème fiscal de la France, c’est le poids de la fiscalité qui pèse sur le travail et sur les fruits du travail. Je veux taxer la pollution et expérimenter la TVA sociale. Je veux réduire ou changer les prélèvements qui frappent le fruit du travail (succession, ISF, bouclier fiscal à 50% comprenant la CSG et la CRDS). Je veux enfin rapprocher la fiscalité qui pèse sur les entreprises de la moyenne européenne. Source(s) Mon Projet Conférence de presse (02/04/07) Fiscalité écologique Je souhaite que la responsabilité de ceux qui polluent puisse être mise en cause de manière illimitée. Je créerai une fiscalité écologique pour inciter les Français à adopter des comportements vertueux, notamment une TVA à taux réduit sur les produits propres. Source(s) Mon Projet Fonction publique Je veux que nos grandes administrations deviennent de véritables partenaires de la réussite des entreprises. Il faut mettre un terme à la logique de défiance qui existe à l’égard des PME. Je le dis franchement : il est injuste que l’Administration traite à la même enseigne la grande majorité des entreprises de bonne foi et l’infime minorité de celles qui trichent sciemment. L’Administration ne peut plus se cantonner dans un pur rôle de contrôle et de sanction vis à vis d’entreprises toutes supposées fraudeuses. Pour opérer ce bouleversement dans nos habitudes, il est nécessaire que ces administrations, et leurs agents, soient demain évalués sur leur capacité à rendre à tous un service de qualité, sur la rapidité des réponses données aux entreprises, et non plus sur le seul montant des redressements opérés ou sur les procès-verbaux dressés. Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Fonctionnaires En échange des efforts que je leur demanderai, nos fonctionnaires seront plus considérés, mieux payés etleurs carrières seront plus valorisantes. Je veux signer un contrat de progrès avec les fonctionnaires : des fonctionnaires moins nombreux, mieux payés, plus considérés, plus autonomes, aux carrières plus variées grâce à une organisation en métiers, en contrepartie de services publics plus efficaces qui s’adaptent aux besoins et aux attentes des usagers. On ne refera pas l’Etat sans les fonctionnaires. A fortiori contre eux. Je veux le redire : je n’aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays. Chercher à faire des fonctionnaires les boucs émissaires de la faillite des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne. Les fonctionnaires sont comme tout le monde, ils veulent être reconnus et ils veulent être respectés. Ils sont prêts au changement mais ils veulent y être associés. Au fonctionnaire qui subit depuis des années l’érosion de son pouvoir d’achat, je dis ma volonté qu’il y ait moins de fonctionnaires mais qu’ils soient mieux payés et mieux considérés. Au fonctionnaire qui se sent démotivé parce que ses efforts ne sont jamais récompensés je dis que mon objectif est que le mérite soit reconnu et les gains de productivité partagés. Je lui dis que je ne veux pas que la seule voie de réussite soit celle des concours et des examens mais que l’expérience et le mérite, cela doit compter aussi. Au fonctionnaire qui souffre de la désorganisation créée par les 35 heures, en particulier à l’hôpital, je dis que mon objectif est la remise à plat complète des 35 heures dans le secteur public de sorte que ceux qui veulent travailler davantage pour gagner davantage aient le droit de le faire. Au fonctionnaire de police, au professeur, à l’agent hospitalier, au chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter, agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes est inacceptable, parce qu’ils ont droit à leur dignité et parce qu’à travers eux c’est à l’autorité de l’Etat qu’on porte atteinte, c’est la République qu’on offense. Un système gagnant-gagnant « Je suis le seul candidat à avoir dit : il y a 450 000 fonctionnaires qui partent à la retraite d’ici à 2012, il faut qu’on en remplace un sur deux. On ne licencie personne. On en remplace un sur deux. (…) ».. « on ne peut pas continuer à embaucher sans cesse plus alors qu’entre temps il y a eu l’Europe, la décentralisation, l’informatique, l’Internet, les nouvelles techniques de communication. « Depuis 1980 on a créé 1 million de postes de fonctionnaires dans notre pays. (…) Comme il y a beaucoup de fonctionnaires, ils sont mal payés, mal considérés, mal respectés. Je veux donc qu’on économise en remplaçant un fonctionnaire sur deux et que la moitié des gains de productivité on les rende aux fonctionnaires sous forme d’augmentation de leur pouvoir d’achat ». Source(s) Mon Projet Conférence de presse (02/04/07) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Formation Pour garantir l’égalité des chances et permettre à chacun de s’adapter aux évolutions de l’économie, nous créerons un compte individuel d’épargne de formation, afin que chacun puisse, à tout moment de sa carrière, suivre une formation vraiment qualifiante lui permettant de changer de métier, de secteur ou d’atteindre une qualification supérieure. Je mettrai en oeuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu’aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. Je veux lever les tabous de notre système de formation professionnelle : trop de dépenses de gestion, trop de gaspillages, trop d’opacité, trop d’argent pour former ceux qui sont déjà qualifiés, pas assez pour ceux qui ne le sont pas. La création d’un compte individuel de formation professionnelle permettant à chacun, lorsqu’il en a besoin, de bénéficier d’une formation suffisamment longue pour être qualifiante, entraînera une profonde modernisation de nos structures de formation professionnelle. Je souhaite proposer aux femmes qui veulent travailler, une fois que les enfants sont grands, d’accéder à une formation qualifiante d’un an, rémunérée. L’ordinateur n’est pas un minitel évolué, c’est une porte ouverte sur le monde, avec ses richesses, mais aussi ses risques. Je ferai de la formation numérique une priorité. Je réviserai profondément les programmes et référentiels, trop centrés sur la pratique à l’heure où c’est par la connaissance de la technique qu’on s’affranchit de ses contraintes. J’engagerai aussi une politique adaptée aux besoins de ceux qui ont du mal à franchir le pas du numérique, je pense notamment aux seniors, souvent déroutés face à ces nouvelles technologies, aux foyers ou aux étudiants à faibles revenus et aux TPE et PME qui les négligent faute de temps alors que c’est une condition du maintien et du développement de leur activité. Source(s) Mon Projet Discours Zénith (18/03/07) Conférence de presse (02/04/07) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Tribune journal du net (20/04/07) Fracture numérique L’accès au haut et très haut débit doit être reconnu comme une obligation de service public sur tout le territoire. La politique de couverture en haut débit d’ores et déjà engagée doit se poursuivre pour couvrir réellement la totalité du territoire, ce qui n’est pas le cas à ce jour. Un cadre réglementaire favorable aux investissements en très haut débit par les opérateurs sera mis en place. Tous les Français n’ont pas les moyens d’acquérir un ordinateur, ni le temps d’acquérir les connaissances nécessaires à sa bonne utilisation. Je ne veux pas de « laissés pour compte » du numérique, qu’ils soient seniors, sans emploi, étudiants, personnes isolées, ou autres. C’est pourquoi je souhaite renforcer considérablement l’usage d’Internet dans l’éducation ; mais aussi créer un véritable réseau de formation de proximité à l’Internet, appuyé par exemple sur le réseau des points d’accès publics à l’Internet. Lutter contre les inégalités numériques est un impératif. Tous les Français, quel que soit le lieu où ils vivent ou travaillent, doivent avoir accès au haut débit à 1 mégabit minimum, demain au très haut débit. Mais l’accès ne sert à rien sans équipement et la France accuse un retard urgent à combler. Je m’assigne le triple objectif de 100% des écoles connectées en haut débit et 100% des universités en WiFi, de doubler le nombre de foyers équipés et de créer un point d’accès public à internet dans au moins un tiers de nos communes. Parmi les moyens pour l’atteindre, je favoriserai les offres matérielles premier-prix, pour lesquelles les logiciels libres sont un véritable atout. Je sais qu’il est aujourd’hui possible d’avoir sur le marché des offres à moins de 500 euros, voire beaucoup moins au travers de solutions telles que le recyclage informatique par exemple. Source(s) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Interview dans le magazine Internautes Micro (mars 2007) Tribune journal du net (20/04/07) Français Etre Français c’est aimer la France, c’est vouloir la République, c’est respecter l’Etat. Etre Français c’est prendre en partage l’histoire de la France et les valeurs de la France. Etre Français c’est penser qu’au-delà de la droite et de la gauche, au-delà des partis, au-delà des croyances, il y a quelque chose de plus grand qui s’appelle la France. Je veux dire à tous les Français que la France est plus forte quand elle est unie, que la désunion des Français a toujours causé l’affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible c’est chacun d’entre nous qui se trouve affaibli. Etre Français c’est se sentir l’héritier d’une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d’être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation. Si je suis élu, je ne cesserai d’affirmer notre fierté d’être français. Notre fierté repose ensuite sur notre langue et notre culture, immense. Je défendrai la langue française dont j’ose affirmer qu’elle est un bien pour l’humanité, ainsi que le rayonnement de notre culture dans le monde. Source(s) Discours de Caen (09/03/07) Mon Projet France J’aime cette France de toutes les couleurs et de toutes les religions où s’entremêlent tant d’histoires, de souvenirs et de cultures. J’aime cette France de la diversité, des différences et des mélanges. Et parce que je l’aime, parce que je la respecte, je ne veux pas la laisser caricaturer par une minorité qui ne lui ressemble pas, qui ne cherche qu’à attiser la violence et la haine. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Franchise Santé La logique de ma proposition est la responsabilisation de tous sur l’ensemble des soins. Aujourd’hui, les seules personnes responsabilisées sur leur consommation de soins sont les 10% de Français qui n’ont pas de couverture complémentaire parce qu’ils sont souvent juste au-dessus des seuils d’attribution de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire. Avec la franchise que je propose, qui n’est pas une franchise à l’acte mais une franchise annuelle, chacun sera amené à contribuer personnellement, mais de façon modeste, à sa propre consommation. Cela me paraît être la moindre des choses pour un bien aussi essentiel que la santé. Cette franchise ne sera remboursée ni par les régimes obligatoires, ni par les organismes complémentaires. Elle sera en revanche plafonnée annuellement et un nombre limité de personnes, par exemple les enfants et les titulaires du minimum vieillesse, pourront en être exonérées. Cette franchise se substituera au 1€ forfaitaire et aux augmentations régulières de ticket modérateur. Source(s) Interview Panorama du médecin (mars 2007) Francophonie Si je suis élu, je mettrai la francophonie au rang des priorités diplomatiques de la France. Je renforcerai tout à la fois le dispositif de l’action culturelle de la France à l’étranger et l’aide à la création, parce que c’est par la création que le Français rayonne. Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire français la langue de travail soit le Français dès lors qu’il n’y a aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s’exprimer dans une autre langue. Je me battrai pour que, dans les instances européennes et à l’ONU, le Français continue d’être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans des organisations internationales. Je veux qu’on enrichisse les programmes scolaires d’un volet francophone significatif et que, dans les villes, on crée des maisons de la francophonie, lieux vivants d’arts et de culture, où les jeunes pourront « toucher du doigt » l’originalité des cultures francophones. Il est également important de leur permettre de découvrir la richesse des cultures du Sud avec un service civique assorti d’un volet francophone. Dans l’enseignement supérieur, il est urgent de commencer à réfléchir à la création de chaires francophones, quasi inexistantes en France, afin de retenir des talents littéraires comme Maryse Condé, Alain Mabanckou ou Achille Mbembe, qui ont fini par s’exiler aux Etats-Unis Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Tribune dans Le Figaro (22/03/07) Fraternité Dans les valeurs de la République, la fraternité n’est pas une valeur moins importante que les autres. C’est la plus importante de toutes. (…) Je veux remettre la fraternité au coeur de la politique. Ce n’est pas démodé. Ce n’est pas l’affaire de la société civile. Ce n’est pas seulement la préoccupation du monde associatif. Ce doit être le combat d’un Président de la République : la Fraternité ! La fraternité pour moi c’est que les accidentés de la vie soient secourus. C’est que les malades puissent avoir une vie sociale normale, qu’ils puissent se loger, travailler, emprunter aux mêmes conditions que les autres avec s’il le faut une caution publique. C’est que le plein emploi soit atteint pour que tout le monde puisse travailler, puisse nourrir sa famille, élever ses enfants. C’est que celui qui travaille dur puisse se loger décemment. Je rêve que le peuple français tout entier se lève pour que la fraternité ne soit plus seulement un mot gravé sur le fronton des mairies mais devienne une réalité entre les hommes et les femmes de notre pays. Je rêve qu’un jour tous les enfants dont les familles sont françaises depuis des générations, tous les enfants de rapatriés et de harkis, tous les enfants d’immigrés, tous les petits-enfants d’Italiens, de Polonais et de Républicains espagnols, tous les enfants catholiques, protestants, juifs ou musulmans puissent s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je rêve que vous viviez dans une France où personne ne soit jugé sur la couleur de sa peau ou sur sa religion ou sur l’adresse de son quartier, mais sur la nature de son caractère. Je rêve que tous les enfants de tous les quartiers, de toutes les couleurs, de toutes les religions qui habitent ce pays qui est le leur puissent partager la même fierté d’être Français, les mêmes rêves et les mêmes ambitions, qu’ils aient le sentiment de vivre dans le même pays avec les mêmes chances et les mêmes droits. Je rêve d’une France où chacun trouve sa place, où les professeurs n’aient plus peur de leurs élèves, où les adultes n’aient plus peur des jeunes, où les jeunes n’aient plus peur de devenir adultes, où les parents n’aient plus peur que leurs enfants vivent moins bien qu’eux, où l’ouvrier ne vive plus dans la hantise des délocalisations, où la différence ne soit plus vécue comme un danger mais comme une richesse, où l’avenir ne soit plus une menace mais une promesse. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Frontières de l’Europe Je veux une Europe qui ait une existence politique, et qui ait une identité, et par conséquent une Europe qui ait des frontières. Je veux une Europe où tous les pays du monde, fussent-ils démocratiques, n’aient pas vocation à entrer. La Turquie, qui n’est pas un pays européen, n’a pas sa place à l’intérieur de l’Union Européenne. L’Europe sans frontière c’est la mort de la grande idée de l’Europe politique. L’Europe sans frontière c’est le risque de la voir condamnée à devenir une sousrégion de l’ONU. Je ne l’accepte pas. Source(s) Discours Strasbourg (21/02/07) Frontières de l’Europe Je veux une Europe qui ait une existence politique, et qui ait une identité, et par conséquent une Europe qui ait des frontières. Je veux une Europe où tous les pays du monde, fussent-ils démocratiques, n’aient pas vocation à entrer. La Turquie, qui n’est pas un pays européen, n’a pas sa place à l’intérieur de l’Union Européenne. L’Europe sans frontière c’est la mort de la grande idée de l’Europe politique. L’Europe sans frontière c’est le risque de la voir condamnée à devenir une sousrégion de l’ONU. Je ne l’accepte pas. Source(s) Discours Strasbourg (21/02/07) Garde d’enfants À la femme qui a du mal à concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle, je propose un investissement massif dans le développement et la diversification des modes de garde. Il faut régler une fois pour toutes le problème de la garde des enfants de moins de trois ans. Je rendrai opposable devant les tribunaux le droit à une solution de garde pour tout enfant de moins de trois ans. Pour ces enfants, chaque famille recevra une allocation qu’elle pourra utiliser pour payer une place en crèche ou recourir à une assistante maternelle. Je veux que l’argent que l’Etat consacre aux crèches vous soit directement donné. C’est vous qui déciderez qu’à tel endroit on ouvre une crèche, et non pas l’Etat ou les communes. Il n’est pas normal qu’il soit si difficile d’ouvrir des crèches d’entreprise, des crèches associatives ou des crèches municipales alors que le besoin est si grand. Source(s) Discours Agen (22/06/06) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (06/04/07) Gaz de France GAZ DE FRANCE c’est une entreprise qui achète du gaz, mais qui n’en produit pas. Est-ce qu’il faut adosser cette entreprise qui achète sur un autre acheteur ? Pourquoi pas, on peut en discuter. Ou est-ce qu’il faut réfléchir à un producteur ? La question mérite d’être posée. (…) GAZ DE FRANCE achète du gaz. SUEZ achète du gaz, de l’électricité. Si on les fusionne tous les deux, la taille est plus importante, donc on peut espérer qu’ils aient des prix moins chers. Si j’étais président de la République je pourrais aussi réfléchir, voir si GAZ DE FRANCE SUEZ ou GAZ DE FRANCE n’aurait pas intérêt à se tourner du côté de producteurs de gaz pour faire une grande entreprise qui produirait du gaz et le commercialiserait. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Golden parachute Je veux dire au grand patron dont la gestion est un échec, et qui négocie une prime d’éviction en forme de parachute en or, qu’il est légitime que la réussite paye, mais qu’il est scandaleux que l’échec enrichisse (…). La moindre des choses, c’est que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent, la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil d’administration, mais publiquement approuvée pour chacun d’entre eux par l’assemblée générale des actionnaires et, bien sûr, publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose qu’il en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau. Source(s) Discours Agen (22/06/06) Golden Parachutes Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l’été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes, parce que c’est contraire aux valeurs qui sont les miennes. Source(s) Réunion publique Marseille (19/04/07) Gouvernement Si je suis élu, mon gouvernement sera limité à 15 ministres pour être plus efficace. Je demanderai aux ministres de s’engager sur des objectifs et j’évaluerai régulièrement leur travail. Il y aura moins de lois, mais elles seront appliquées. Je gouvernerai avec un gouvernement resserré, de 15 ministres, selon une architecture ministérielle totalement renouvelée. Je demanderai aux ministres de s’engager sur un contrat de mission à durée déterminée, c’est-à-dire sur des résultats que j’évaluerai chaque année. Je supprimerai massivement les organismes inutiles qui empêchent en réalité les ministres d’agir et ralentissent l’action publique. Je proposerai aux meilleurs du secteur privé de nous aider à reconstruire l’Etat par la création de contrats hors catégories de rémunération. Source(s) Mon Projet Conférence de presse (02/04/07) Gratuité des musées Il faut répondre aux attentes de nos compatriotes par des chèques culture, des passeports culturels offrant un panel de spectacles et d’activités, des exonérations ciblées capables d’attirer les publics éloignés des pratiques culturelles comme, par exemple, la gratuité dans les musées. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Guichet unique L’impôt réglementaire que constituent les contraintes et les normes de toute nature pese sur nos entreprises. Cette charge pénalise toutes nos entreprises, mais touche plus durement encore les plus petites d’entre elles. Je suis convaincu que le chantier de la simplification administrative doit réellement changer de dimension. Il nous faut nous fixer dorénavant des objectifs extrêmement concrets. Cela passe par la limitation très stricte du temps nécessaire au renseignement des formulaires, par la simplification effective de la feuille de paye des salariés français, et par la réorganisation de l’ensemble des relations entre l’Etat et les entreprises dans une logique de « guichet unique ». Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Handicap Je veux que nous ayons l’argent nécessaire pour mener de grandes politiques de solidarité. Je veux en citer trois plus particulièrement. La première concerne les personnes handicapées. Elles nous apprennent le courage et c’est pourquoi je veux absolument que nos enfants soient scolarisés dans les mêmes écoles que les enfants handicapés. Elles nous rappellent ce qui est vraiment important dans l’existence. Je veux rendre opposables devant les tribunaux un certain nombre de droits qui les concernent, notamment l’accès aux transports et aux bâtiments publics. Leur insertion dans le monde du travail sera pour moi une priorité et je leur ouvrirai les portes de l’enseignement supérieur. J’ai la conviction profonde que le handicap enrichit celui qui le côtoie. C’est pourquoi j’ai toujours pensé que la société avait le devoir de garantir aux personnes handicapées les mêmes conditions d’existence qu’aux personnes valides, et à ces dernières, la chance de pouvoir apprécier le courage et la volonté des personnes handicapées. A l’école, au travail, dans les loisirs : la place des personnes handicapées est au milieu des personnes valides, ni plus, ni moins. Je considère, d’abord, que l’Allocation Adulte Handicapé ne permet pas de vivre décemment, elle n’atteint même pas le seuil de pauvreté, et, au nom de la solidarité la plus élémentaire, je propose d’en revaloriser le montant de 25%. Je veux ensuite encourager et reconnaître le mérite des personnes handicapées qui décident de reprendre un emploi, en mettant en place un revenu de solidarité active, c’est-à-dire une allocation qui permette de toujours garantir un vrai supplément de revenu entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. Je suis choqué lorsque des entreprises préfèrent payer une amende plutôt que d’embaucher au moins 6% de personnes handicapées, et scandalisé que les administrations ne respectent pas le quota de 6%. J’ai moi-même quadruplé, en trois ans, le nombre de personnes handicapées employées par le Conseil général des Hauts-de-Seine. Je ferai tout pour que le seuil de 6% soit atteint. Pour les services de l’Etat, ce sera pour moi un impératif. J’entends bien convaincre aussi les collectivités locales et les entreprises. Je veux favoriser l’accès des personnes handicapées aux établissements d’enseignement supérieur où elles sont beaucoup trop peu présentes. Cette égalité de droits, je veux d’ailleurs l’étendre à tous les domaines de la vie quotidienne. C’est pourquoi je veux rendre opposables devant les tribunaux les principes d’accessibilité des bâtiments publics et de scolarisation des enfants handicapés dans les établissements ordinaires. Chaque collectivité doit assumer sa part de responsabilité et financer les éventuelles mises en conformité des bâtiments ou des moyens de transport relevant de ses compétences. S’agissant de la dépendance liée au handicap et au vieillissement, dont les coûts sont immenses et croissants, je propose la création d’une cinquième branche de la protection sociale : elle permettra d’assurer une prise en charge des situations de perte d’autonomie. C’est pour la République un honneur et un devoir que d’accueillir et de soigner les étrangers dans les meilleures conditions possibles, en particulier les enfants et les adolescents. Je me suis toujours montré très attentif à ce que les personnes en situation de handicap nécessitant des soins, obtiennent un droit de séjour en France lorsqu’elles ne pouvaient pas bénéficier du traitement approprié dans leur pays d’origine. Je considère toutefois que ce séjour ne fait pas naître un droit à demeurer en France : sur ce sujet, je crois qu’il faut savoir faire preuve d’humanité, mais aussi de responsabilité. Source(s) Mon Projet Interview Yanous Focus (avril 2007) Harkis Vous avez été victimes d’une double discrimination : discriminés parce que la France vous a mobilisés et vous a abandonnés ; discriminés parce que vivre dans un camp n’offre pas les mêmes chances au départ de la vie. (…) Si je suis élu, je m’engage à faire pour vous une discrimination positive, doublement positive, la discrimination positive « plus, plus ». Vous êtes, vous les enfants de harkis, les premières personnes vers qui nous devons engager une politique de discrimination positive (…) par la mise en place de politiques individualisées en matière de formation, d’accès à l’emploi ou au logement, ainsi que des concours spécifiques d’accès à l’emploi public ou une politique particulière d’accès aux fonctions et postes politiques. Les harkis ayant été en captivité pourront bénéficier du titre de « prisonniers de guerre ». Ils seront tous « considérés comme des anciens combattant ». La création rapide d’une Fondation pour la mémoire sur la guerre d’Algérie, dans laquelle les harkis (auront) toute leur place, avec les autres rapatriés. (…) Il faudra bien un jour rendre hommage aux victimes de cette « guerre sans nom » sur les deux rives, des victimes auxquelles on doit enfin donner des visages. Source(s) Rencontre avec les associations de Harkis (31/03/07) Heures supplémentaires Les heures supplémentaires seront toutes payées au moins 25 % de plus que les heures normales, et elles seront exonérées de toute charge sociale et de tout impôt. En travaillant quatre heures de plus par semaine, un salarié rémunéré au Smic gagnera immédiatement 165 euros net de plus par mois. Source(s) Mon Projet Hôpital Je libérerai l’hôpital de la contrainte des 35 heures en permettant à tous ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage de le faire. L’hôpital est en pleine transformation : nouvelle gouvernance, T2A. Nous devrons prendre le temps de l’évaluation de ces réformes. Je veux poser par avance plusieurs principes. D’une part, l’autonomie de l’hôpital et sa souplesse d’organisation. C’est le meilleur moyen pour que l’organisation sanitaire la plus adaptée aux populations desservies soit mise en place. D’autre part, la garantie du service public. Il faut s’assurer que la mise en place des réformes respecte les missions propres de l’hôpital public que sont la recherche, la formation, les urgences et l’égalité d’accès aux soins sur le territoire. C’est dans ces conditions que nous pourrons aller vers une tarification commune entre public et privé. Je veux lancer rapidement un grand débat sur les missions de l’hôpital. Il faut ramener l’hôpital à sa mission première, soigner les patients qui souffrent de pathologies médicales. Cela suppose de développer les services de long et moyen séjour pour les personnes en fin de vie, les personnes dépendantes. Le personnel qui le souhaite pourra faire des heures supplémentaires exonérées de charges. C’est comme cela que nous supprimerons les 35 heures à l’hôpital. Il faut également revoir la carte hospitalière. On ne pourra pas conserver en l’état tous les hôpitaux de France. Certains sont trop petits pour assurer des soins techniques dans des conditions de sécurité satisfaisantes, mais devront remplir d’autres missions. Quant aux infirmières, je fais mienne la question de la revalorisation de leur diplôme. Je veux offrir au personnel médical de meilleures possibilités de promotion sociale, notamment pour les infirmières qui veulent devenir médecins. Je souhaite revoir la gouvernance des hôpitaux, en leur permettant, dans la ligne des réformes en cours, de se consacrer davantage à la politique médicale, de bénéficier d’une plus grande souplesse et d’une plus grande autonomie de gestion, et en même temps d’être évalués sur des résultats. La création d’un conseil de surveillance et d’un directoire, deux organes distincts, permettrait de séparer les fonctions opérationnelles des fonctions de contrôle. Le directoire serait dépositaire de l’unité de commandement et de décision et mettrait en oeuvre la politique hospitalière approuvée par le conseil de surveillance. Source(s) Mon Projet Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007) Interview Panorama du médecin (mars 2007) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Hôpital prison La présence de malades dans les prisons » est « un problème essentiel. (...)Il faut de toute urgence développer l’Hôpital prison ». Des structures comme l’hôpital prison permettraient de placer « dans des établissements d’un nouveau type des hommes et des femmes qui ont besoin d’être soignés et qui peuvent présenter un danger à la fois pour la société et leurs co-détenus. Source(s) Visite au centre pénitencier pour femmes de Rennes (22/01/07) ICANN La gestion actuelle par l’ICANN n’est pas une « menace » pour les autres pays. La véritable menace serait de voir ces questions du ressort de pays peu respectueux de la liberté d’expression. La création, à la suite du dernier Sommet mondial sur la société de l’information de Tunis, d’une plateforme de dialogue permanent, le Forum sur la Gouvernance d’Internet, est un premier pas vers une gestion plus équilibrée de l’Internet à l’échelle internationale. Il faut aller plus loin. Je souhaite que la France participe plus activement à ces discussions qui structurent l’avenir d’Internet dans le monde, et la prochaine réunion du forum, en novembre 2007 à Rio, en donnera l’occasion. Source(s) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Identité nationale Je défends une identité française fondée sur un certain nombre de valeurs sur lesquelles je ne transigerai pas : la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité pour tous les territoires, la promotion sociale, la valorisation du mérite. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Immigration Pendant des années, on n’a pas pu parler d’immigration dans notre pays. Ceux qui n’acceptaient pas l’ouverture totale des frontières étaient immédiatement taxés d’extrémisme ou de racisme. Je veux souligner qu’en matière d’immigration les problèmes sont plus devant nous que derrière nous et qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une politique responsable, qui concilie immigration maîtrisée et codéveloppement. Si je suis élu, je conforterai la politique d’immigration choisie que j’ai engagée en tant que ministre de l’Intérieur. J’instaurerai des plafonds annuels d’immigration. La laïcité, l’égalité entre la femme et l’homme, la liberté de conscience sont des principes avec lesquels je ne transigerai jamais. Je demanderai à ceux qui veulent venir s’installer en France de faire l’effort d’apprendre le français avant, parce que c’est une condition essentielle d’une intégration réussie et parce que cela sera un signe de leur volonté de respecter notre culture. Le regroupement familial ne sera possible que si la personne a un logement et un travail lui permettant de faire vivre sa famille sans prise en compte des allocations familiales. Enfin, j’ai proposé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, car l’intégration passe par le partage de notre culture autant que par son enrichissement. Un seul ministère doit traiter l’ensemble des questions relatives à l’immigration, à l’intégration et au codéveloppement. Source(s) Mon Projet Immigration choisie Entre l’immigration zéro, qui nous appauvrirait et serait contraire à nos intérêts comme à nos traditions, et l’ouverture totale des frontières, qui est une folie irresponsable alors que de grandes migrations s’annoncent, il existe une position de bon sens, qui est celle de l’immigration régulée, concertée avec les pays d’origine. La France doit continuer d’accueillir des migrants. C’est son intérêt et sa responsabilité, notamment pour la formation des élites des pays que nous aidons. Mais elle ne doit le faire qu’à certaines conditions. La première condition, c’est de se doter de plafonds d’immigration, comme le fait par exemple le Canada, un pays démocratique somme toute. Nous ne pouvons accueillir que dans la mesure où nous pouvons fournir un logement, un emploi, une école pour les enfants. Sinon c’est la crise de l’intégration et des banlieues, comme nous la connaissons aujourd’hui. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Immigration clandestine Il faut lutter contre l’immigration clandestine qui fait la fortune des marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n’hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse. Je souhaite que celui qui a été reconduit dans son pays ne puisse pas obtenir un titre de séjour en France pendant les 5 ans qui suivent. Je souhaite que les étrangers en situation irrégulière soient exclus du droit au logement opposable. Source(s) Discours de Caen (09/03/07) Impôts Je n’augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser. Je ne vois pas quelle gloire on peut tirer du fait que nos impôts sont quatre points plus élevés que la moyenne de l’Union européenne à 15. Revalorisation des retraites Pouvoir d’achat/Retraites/Injustices Je comprends la forte inquiétude des personnes âgées qui, depuis dix ans, subissent une véritable érosion de leur pouvoir d’achat sous l’effet de la pression fiscale. C’est pour cela que je suis autant soucieux de réduire les impôts. J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. Source(s) Mon Projet Impôts sur les bénéfices Je demande un impôt sur les bénéfices des sociétés modulé. Plus cher pour ceux qui suppriment de l’emploi, moins élevé pour ceux qui gardent de l’emploi. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Indépendance et pluralisme de la presse l est tout à tait légitime de poser la question du pluralisme des médias au regard de son importance pour le débat démocratique. Je constate qu’il existe des règles et des instances de contrôle qui s’assurent de ce pluralisme. Notre industrie des médias est menacée pour sa part par la révolution numérique et la mondialisation de la culture et de la communication Elle a donc besoin d’avoir des groupes solides qui la structurent. Par suite, la situation actuelle me semble satisfaisante dans ses grandes lignes, même si elle n’exclut pas des adaptations. Un rapport a été remis à ce sujet par Alain Lancelot en 2005. Il a ouvert des pistes. Je suis prêt à en reprendre certaines et ferai en sorte que la réflexion se poursuive. Je veux ajouter que je suis préoccupé par les difficultés actuelles de la presse écrite, alors que la qualité, la diversité et l’indépendance de celle-ci constituent des protections absolument déterminantes pour la liberté d’expression et la démocratie. J’entends donc soutenir, par tous les moyens possibles, le secteur de la presse écrite dans les efforts qu’il doit entreprendre pour sortir de la crise qu’il traverse. Source(s) Réponses à Reporters sans frontières (avril 2007) Indice des prix Je propose de revoir l’indice des prix. Chacun s’en rend compte en faisant ses courses ou en payant ses factures, il ne reflète pas la réalité. Pour que cet indicateur soit utile, il faut qu’il corresponde véritablement aux dépenses. Je prévois donc de le modifier. Source(s) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Industrie Contre les délocalisations, je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. L’exemple d’Alstom montre qu’il est possible et utile de nous battre pour notre industrie. Accepter la fin de l’industrie comme une fatalité est une erreur stratégique. La nouvelle économie transforme l’ancienne, elle ne la fait pas disparaître. La nouvelle économie n’a fait disparaître ni la sidérurgie, ni la mécanique, ni le textile. Les services ne feront pas disparaître l’industrie. Je propose que soit mise en oeuvre une politique de filières qui permette à la France d’exploiter ses atouts et de tirer le meilleur parti de ses avances technologiques et de son image de marque dans le nucléaire, le ferroviaire, l’espace, l’automobile, la santé, l’agro-alimentaire, le tourisme ou le luxe, ou encore dans les technologies propres où la France est en mesure, si elle s’en donne les moyens, de prendre un avantage décisif. Je propose que l’Etat se donne les moyens d’investir dans les bassins industriels en difficulté pour les réindustrialiser en y développant des activités nouvelles. Source(s) Mon Projet Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Industrie du jeu vidéo Il y a tout d’abord les efforts engagés par la France pour le crédit d’impôt production en faveur du jeu vidéo. C’est une mesure forte dont je soutiens le principe et que les députés viennent d’inscrire dans le projet de loi de modernisation de la diffusion audiovisuelle et de la télévision du futur. Des négociations restent à conduire auprès de la Commission européenne, notamment en ce qui concerne le périmètre des jeux pouvant bénéficier de cette mesure, et j’entends être vigilant sur les critères retenus, afin de ne pas pénaliser l’économie nationale du jeu vidéo. Au-delà, le jeu vidéo est une industrie encore jeune, et tout reste à construire pour que notre pays lui offre des conditions optimales de développement. Je pense par exemple à la formation aux métiers du jeu vidéo, mais aussi au développement de pôles de compétitivité consacrés à cette activité, à l’instar du pôle Image Multimédia et Vie Numérique d’Ile-de-France, ou encore du projet de pôle « jeu vidéo » initié par Capital Games et Lyon Game. De façon générale, le ministère de la Culture et de la Communication a déjà engagé de nombreux efforts dans le sens de la reconnaissance du caractère culturel du jeu vidéo, et la mise en oeuvre des outils nécessaires pour que cette industrie dispose des moyens nécessaires dans un univers mondial fortement concurrentiel. C’est une direction que j’entends poursuivre et intensifier. Source(s) Interview PlayStation (04/07) Industrie du logiciel Je souhaite conforter l’excellence de notre industrie du logiciel et en particulier dans le domaine des jeux vidéos où nos talents fort nombreux ont tendance à s’expatrier de plus en plus souvent. L’industrie du logiciel, qu’il soit libre ou propriétaire, est capitale pour l’avenir. La France excelle dans cette discipline et je souhaite favoriser la pleine expansion de l’édition logicielle dans la diversité de ses modèles économiques, sous ces deux aspects, qui sont d’ailleurs de plus en plus complémentaires. Un pôle de compétitivité est en voie de création autour du logiciel libre. J’en soutiens le principe. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Industrie du médicament Le secteur du médicament est une priorité à mes yeux. Il faut en finir avec la pression fiscale croissante qui pèse sur cette industrie depuis tant d’années. Ma conviction est que nous allons dépenser de plus en plus pour la santé. C’est bon pour les patients, pour l’emploi, pour l’économie. Il faudra donc que nous ayons les recettes nécessaires pour financer ces dépenses, sans handicaper les générations futures. En revanche, je suis hostile à une régulation comptable de l’assurancemaladie ayant pour seul but de contracter les dépenses. Source(s) Interview Pharmaceutiques (mars 2007) Infirmières/Infirmiers Malgré les grands services qu’elles rendent à la société, aux patients et à leur famille, les infirmières et infirmiers restent en ville comme à l’hôpital les oubliés de nos politiques de santé : leurs qualifications ne bénéficient pas d’une reconnaissance à la hauteur de la durée des études et du niveau d’exigence de leurs responsabilités professionnelles ; l’amélioration de leurs perspectives en termes de rémunération et de carrière a pris un retard incontestable. Leur effort et leur mérite doivent être davantage valorisés, leur rôle indispensable dans notre système de soins conforté. C’est autant une question de justice qu’un enjeu d’efficacité et de qualité des soins, qu’il s’agisse de faire face à la problématique du vieillissement de la population et de la prise en charge de la dépendance, de privilégier le maintien à domicile de préférence à l’hospitalisation, de relever le défi de la prévention ou d’améliorer le fonctionnement de nos hôpitaux. Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy redit son souhait que leur diplôme soit reconnu au niveau licence et que la tarification des actes des infirmières et infirmiers exerçant en libéral soit réévaluée. Dans un souci d’équité avec les autres professionnels de santé, j souhaite également que leurs indemnités kilométriques soient progressivement revalorisées. La revalorisation de la condition infirmière fait clairement partie de son projet pour la santé. A cet effet, il s’engage à ce que son gouvernement définisse avec la profession un plan de revalorisation prévoyant notamment que leur soient transférés certains actes diagnostics et thérapeutiques dans le cadre d’une délégation de tâches concertée avec le corps médical, que soient reconnues au niveau Bac+4 voire Bac+5 (niveau Master 1 et 2) certaines spécialités infirmières, que soient remises à plat les conditions d’application des 35 heures à l’hôpital pour permettre aux personnels qui le désirent de gagner plus en travaillant davantage, que soient mises en place des incitations financières pour encourager l’activité des infirmières et infirmiers dans les zones déficitaires, ou encore que soit facilité juridiquement et financièrement les développement des cabinets libéraux de groupe. Source(s) Communiqué sur une lettre adressée aux infirmières et infirmiers (17/04/07 Innovation industrielle Sur le terrain de l’innovation industrielle, c’est aussi la démarche d’un financement par projets qui prévaut déjà dans les pôles de compétitivité que j’ai mis en place à travers l’ensemble de notre pays. Dans ces pôles, il s’agit, je le rappelle, de rapprocher les industriels et les chercheurs, afin de favoriser une R&D gagnante. Cela commence à marcher et si le succès se confirme, la France prendra là un tournant décisif pour son avenir industriel. Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Institutions européennes Débloquer l’Europe institutionnellement, telle est à mes yeux la priorité absolue si nous ne voulons pas que très vite l’Union ne se transforme en une simple zone de libre-échange où viendront s’affronter les spéculateurs et les prédateurs du monde entier. Débloquer l’Europe institutionnellement, ce sera le sens de ma première initiative européenne si je suis élu. Dans ce but je proposerai à nos partenaires de nous mettre d’accord sur un traité simplifié qui reprendra les dispositions du projet de traité constitutionnel nécessaires pour que l’Europe puisse se remettre en marche qui n’ont pas suscité de désaccord majeur durant la campagne référendaire. Source(s) Discours Strasbourg (21/02/07) Instruction civique Une des missions essentielles de l’école républicaine est d’assurer la formation de citoyens libres et éclairés. Je pense que l’école doit dispenser des connaissances, mais aussi des valeurs, parmi lesquelles figurent le respect de l’autorité, la responsabilité, l’intégrité morale. C’est pourquoi je suis favorable à ce que l’instruction civique soit davantage intégrée aux enseignements dispensés par l’école. Source(s) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007) Intégration Je demanderai à ceux qui veulent venir s’installer en France de faire l’effort d’apprendre le français avant, parce que c’est une condition essentielle d’une intégration réussie et parce que cela sera un signe de leur volonté de respecter notre culture. (…) J’ai proposé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, car l’intégration passe par le partage de notre culture autant que par son enrichissement. Un seul ministère doit traiter l’ensemble des questions relatives à l’immigration, à l’intégration et au codéveloppement. La France est un pays qui s’est construit par l’ouverture ; je veux que la France reste ouverte, accueillante et généreuse. Je veux que tous ceux qui aiment la France et respectent la France soit accueillis chez nous parce que nous avons besoin d’eux. Et je dis une chose : nous avons un socle de valeurs : la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel, l’égalité entre la femme et l’homme qu’on ne bradera pas. Si vous n’expliquez pas à ceux qui vont nous rejoindre, les immigrés, qu’il y a des valeurs que nous ne négocierons pas, qui s’appelle l’identité de la France, comment voulez-vous qu’ils s’intègrent. La politique de l’immigration, c’est l’identité de la France dans 30 ans. Ceux qui nous rejoignent doivent la respecter, tout en apportant ce qu’ils sont. Nous ne voulons pas brader les valeurs de cette identité française. Un pays se construit par vagues successives d’immigration. Il est cohérent de vouloir rénover l’intégration à la française en rappelant que la France n’est pas seulement une démocratie où seule compte la loi de la majorité, c’est aussi une République avec des principes et des valeurs. Ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l’excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs soeurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s’habille comme elle le souhaite ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française. Source(s) Mon Projet Journal de 20 heures (TF1 – 14/03/07) Interview au Journal du Dimanche (11/03/07) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Intermittents du spectacle Je mesure pleinement le rôle joué par les intermittents du spectacle, sans lesquels il n’y aurait pas de spectacle vivant, pas de créations cinématographiques, ou audiovisuelles. Il est normal qu’ils bénéficient d’un régime d’indemnisation du chômage particulier, qui est d’ailleurs unique dans le monde. Je suis favorable à une indemnisation généreuse qui permette à ceux qui décident de travailler pour la culture de vivre convenablement quitte à leur demander en contrepartie de contribuer au développement de l’enseignement artistique et à la découverte par les jeunes des métiers de la culture. Pour l’instant, un nouvel accord vient d’être signé. Je pense qu’il faut le laisser vivre et en faire le bilan dans quelques mois. Mais la vérité, c’est qu’un accord sera toujours insuffisant tant qu’il se fera dans un contexte de pénurie. Or, je suis convaincu que l’emploi culturel est plein de promesses, et qu’il compte parmi les secteurs les plus créateurs, potentiellement, de richesses et de croissance, en particulier du côté du cinéma et de l’audiovisuel. Je ferai tout pour le développement de l’emploi culturel. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Internats d’excellence Protéger l’enfant c’est faire en sorte que les bons élèves issus de familles modestes et qui ne peuvent pas étudier chez eux dans de bonnes conditions puissent être accueillis dans des internats d’excellence. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Investissement Depuis trop longtemps la France cherche à rétablir ses équilibres en diminuant ses dépenses d’investissement au lieu de diminuer ses dépenses courantes. Depuis trop longtemps la France sacrifie ses dépenses d’avenir parce que personne n’a le courage de toucher aux dépenses du passé. Je propose de tailler dans la dépense improductive et de donner la priorité à l’investissement. Je propose d’investir massivement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche après avoir donné à nos universités une plus grande autonomie. Je propose de donner aux Français la possibilité de s’endetter davantage pour investir. Il faut donner à tous ceux qui ont des projets les moyens de les financer grâce à du capital risque public, à des prêts à taux zéro, à un système de cautionnement public qui mutualise les risques et qui permette à ceux qui ne peuvent pas apporter de garanties d’accéder au crédit. Je propose que le crédit d’impôt recherche soit porté à 100% pour stimuler l’effort de recherche des entreprises. Source(s) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Irak Les Français savent aussi qu’ils doivent à la lucidité de Jacques Chirac de ne pas les avoir entraînés dans une entreprise incertaine, celle d’une guerre en Irak qui était une erreur historique et qu’ils ne souhaitaient pas. (…) En Irak, ma conviction est que la solution ne peut être que politique. Il faut réinventer un "pacte" entre Irakiens qui assurerait à chaque communauté, à chaque segment de la société irakienne, à chaque Irakien un accès équitable aux institutions et aux ressources du pays. Et qui isolerait les terroristes. En ce qui concerne la question du retrait des troupes étrangères, la France n’a pas de troupes sur le terrain et n’est donc pas la mieux placée pour dire quelle serait la bonne date pour ce retrait. Il y a me semble-t-il deux écueils à éviter : un retrait précipité, qui entraînerait le chaos, ou l’absence de toute perspective de retrait, à laquelle les Irakiens réagiraient par plus de violence et qui ferait le jeu des terroristes. La voie adaptée consiste à fixer un "horizon" pour le retrait, qu’il appartient aux autorités irakiennes de définir en fonction de la situation et en liaison avec les pays qui ont des troupes sur le terrain. Je crois qu’ainsi les Irakiens seront assurés que l’objectif est bien de leur rendre la plénitude de leur souveraineté. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Iran Je suis convaincu qu’une solution diplomatique est possible si la communauté internationale reste ferme sur ses principes et dans ses demandes. Un nouveau conflit aurait des conséquences très graves pour la région. L’accès de l’Iran à l’arme nucléaire est inacceptable, mais le règlement de la crise avec l’Iran doit être recherché par la négociation et dans un cadre multilatéral. La France doit agir pour que la communauté internationale reste unie, comme elle l’a été en adoptant à l’unanimité les résolutions 1 737 et 1 747. Si l’Iran continue à ne pas respecter les résolutions du Conseil de sécurité, il faudra aller plus loin dans les sanctions pour faire comprendre au régime que nous n’acceptons pas le fait accompli d’un Iran nucléaire. Dans ce cas, nous rechercherons en priorité l’unité du Conseil de sécurité sur de nouvelles mesures. Rien n’est exclu, a priori, ce qui compte, c’est l’efficacité. S’agissant de sanctions en dehors du Conseil de sécurité, ce n’est pas un problème de principe. Mais il est, bien sûr, préférable d’avoir une résolution de l’ONU. C’est à l’Iran de choisir entre sanctions et isolement croissant ou coopération. En contrepartie, la Communauté internationale doit garantir qu’elle tiendra ses engagements, notamment en termes d’accès au nucléaire civil, si Téhéran respecte ses obligations. Source(s) Le Monde (16/04/07) Interview Arabies (04/07) ISF Il n’y aura pas de suppression de l’ISF si je suis président de la République. Il est normal que ceux qui ont les plus gros patrimoines paient davantage. En revanche, je crois à un bouclier fiscal à 50 % intégrant la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Autrement dit, nul ne paiera au fisc plus que la moitié de ce qu’il a gagné. Il faut faire revenir les patrimoines et créer une nouvelle génération de capitalistes familiaux, qui investissent dans les PME et au service de l’emploi. J’entends donc donner à ceux qui paient l’ISF la possibilité de déduire de cet impôt, par exemple jusqu’à 50 000 euros, à condition de l’investir dans les PME. Je veux que tous ceux qui ont des projets puissent les financer et pas seulement dans la high tech ou dans Internet. Source(s) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Islam Je pense qu’il n’y a pas eu un ministre de l’Intérieur qui ait fait davantage pour les musulmans de France que moi, en créant le CFCM, en indiquant qu’il n’y avait aucun amalgame à faire entre l’Islam et les extrémistes, en demandant pour les Musulmans le droit de prier non pas dans des caves et des garages, mais dans des mosquées, et en indiquant que l’Islam de France que je souhaite à la différence de l’Islam en France, que je ne souhaite pas. La place de l’islam doit être celle de toute religion dans une société laïque, qui garantit la liberté de conscience, de religion, de culte. La France doit rester le pays de la liberté de pensée et d’expression. Je garantirai le droit des musulmans à pratiquer leur culte de manière digne, mais aussi le respect de nos principes fondateurs : laïcité, liberté de conscience, égalité hommes/femmes. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Interview Arabie (04/07) Islam de France Je veux également couper l’islam de France des influences étrangères, qu’il s’agisse du financement des lieux de culte ou de la formation des imams. Je pense qu’il n’y a pas eu un ministre de l’Intérieur qui ait fait davantage pour les musulmans de France que moi, en créant le CFCM, en indiquant qu’il n’y avait aucun amalgame à faire entre l’Islam et les extrémistes, en demandant pour les Musulmans le droit de prier non pas dans des caves et des garages, mais dans des mosquées, et en indiquant que l’Islam de France que je souhaite à la différence de l’Islam en France, que je ne souhaite pas. Source(s) Interview La Croix (04/04/07) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Israël S’agissant plus spécifiquement du conflit israélo-palestinien, ma conviction est que, si nous voulons trouver une solution, chacun des protagonistes doit accepter de reconnaître le droit de l’autre. Personne ne saurait perdre de vue deux réalités fondamentales : d’un côté, le terrorisme dont est victime la population israélienne, qui est inacceptable, de l’autre, un peuple occupé, qui ne renoncera jamais, quoi qu’il endure. Dans ce conflit, la France doit adopter une position équilibrée et un discours de franchise. A nos amis palestiniens, je veux dire que l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël ne sont pas négociables et que rien ne peut justifier la violence. Les terroristes qui prétendent agir en leur nom et pour leur bien sont en fait les véritables ennemis des Palestiniens car ils les privent d’une paix à laquelle ils aspirent et ont droit. C’est la raison pour laquelle la France, avec l’ensemble de la communauté internationale, a posé comme condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement palestinien que ce dernier respecte les trois conditions posées par le Quartet : la reconnaissance d’Israël, le renoncement à la violence et le respect des accords antérieurs. Et à nos amis israéliens, je veux dire qu’ Israël doit se tenir prêt à faire les concessions nécessaires pour permettre aux Palestiniens d’établir un Etat viable. Vous l’avez compris, je défendrai avec la même énergie et avec la même force le droit d’Israël à vivre en sécurité et le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat. Sur cette base, je suis convaincu qu’une solution pourra être trouvée, car l’immense majorité des deux peuples ne veut que la paix et la réconciliation. Source(s) Interview Actualité Juive (04/07) Jeu vidéo Il n’est plus nécessaire de faire la preuve de l’engouement des Français pour le jeu vidéo : avec 15 millions de joueurs français et plus d’un milliard d’euros de ventes, nous sommes face à une révolution culturelle au sens où l’usage du jeu vidéo devient un loisir extrêmement prisé. A mes yeux, cela signifie clairement que le jeu répond à une attente forte, mais aussi que les talents français en matière de création de jeux doivent savoir trouver dans notre pays tes conditions pour se développer sans devoir s’expatrier, et que la distribution des jeux doit respecter toutes les sensibilités. (…) Le jeu vidéo ne se résume pas aux seuls jeux ultra-violents, bien au contraire. C’est devenu un véritable phénomène de société qui nous réserve des évolutions passionnantes et permet aux joueurs de vivre différentes situations, des plus anodines aux plus extrêmes, sans me parler des mondes, virtuels qui commencent à apparaître. Ce que j’espère, c’est que ce phénomène saura continuer à se développer en harmonie avec les règles de notre société. Les efforts de signalisation des éditeurs comme les politiques de sensibilisation des parents aux risques de certains jeux sont une bonne voie, même si de vraies améliorations restent nécessaires. (…) C’est un sujet que je suis avec une très grande attention : on ne peut transiger ni avec la protection des mineurs, ni avec la liberté des adultes, ni avec la responsabilité des professionnel. Source(s) Interview PlayStation (04/07) Jeunes Je veux permettre à chaque jeune de conquérir l’autonomie financière qui lui permette de financer ses études, sa formation, de ne plus vivre chez ses parents, de vivre sa vie, de vivre avec qui il veut, d’aimer qui il veut, comme il veut. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Juge L’affaire Outreau a mis en lumière, de manière dramatique, les graves dysfonctionnements de notre justice pénale. Je propose une refonte complète de la procédure pour sortir le juge d’instruction et le juge des libertés et de la détention (JLD) de leur solitude. Le JLD sera supprimé et l’instruction sera conduite par des juges expérimentés travaillant davantage en équipe. La détention provisoire sera prononcée au terme d’une procédure d’habeas corpus, en audience publique et contradictoire, devant une juridiction collégiale dont le juge d’instruction ne fera pas partie. Qu’il s’agisse autrefois du juge d’instruction, aujourd’hui du juge des libertés et de la détention, une évidence s’impose : un juge seul n’offre pas assez de garanties pour prendre une décision aussi lourde que celle d’incarcérer une personne présumée innocente. Je souhaite donc la création de juridictions collégiales, ne comprenant pas le juge d’instruction et statuant en audience publique sur la mise en détention provisoire. Elles devraient aussi se faire présenter régulièrement chaque mis en cause pour vérifier la justification du maintien en détention préventive et l’état d’avancement des investigations. Une mise en examen ne devrait d’ailleurs pas durer plus de cinq ans. Un Etat qui protège c’est un Etat qui garantit l’indépendance de la justice et lui donne les moyens nécessaires à son fonctionnement. C’est un Etat où les juges sont responsables de leurs actes quand ils commettent des fautes comme n’importe quel citoyen. Source(s) Le Parisien version électronique (23/03/07) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Justice Je veillerai rigoureusement à l’indépendance de la justice, notamment en lui donnant les moyens nécessaires à sa mission. Mais la justice ne peut pas être un pouvoir à côté des autres, sans aucun contrôle, ni contre-pouvoir. Rendue en votre nom, elle doit vous rendre des comptes. C’est pourquoi je veux que le Conseil supérieur de la magistrature soit composé majoritairement de non-magistrats, que vous puissiez le saisir si vous vous estimez victimes de la négligence ou de la faute d’un magistrat et que vous participiez aux jugements des affaires délictuelles les plus graves. Enfin, je souhaite que notre pays progresse sur la voie des libertés. Plus aucun citoyen ne devra craindre d’être placé sans défense en prison comme cela s’est passé dans la terrible affaire d’Outreau. Je créerai une procédure d’habeas corpus, qui garantira que personne n’est envoyé, ni main maintenu en prison sans qu’une juridiction collégiale statuant en audience publique ne se soit prononcée. Je veux également réformer en profondeur nos prisons pour qu’elles soient un lieu de préparation de la réinsertion, pas un lieu d’aggravation de la relégation. Source(s) Mon projet Laïcité Pour promouvoir la laïcité, nous pourrions diffuser largement une "charte de la laïcité et de la citoyenneté", dans les écoles, lors des retraits de cartes d’électeur ou des journées d’appel de préparation à la défense… Elle devrait également être remise aux étrangers dans le cadre du contrat d’accueil et d’intégration que j’ai fait adopter dans la loi sur l’immigration choisie. Source(s) Tribune La Croix (21/09/06) Langue Française Nous avons le devoir pour nos enfants, pour l’avenir de la civilisation mondiale, pour la défense d’une certaine idée de l’homme, de promouvoir la langue française. Si je suis élu, je mettrai la francophonie au rang des priorités diplomatiques de la France. Je renforcerai tout à la fois le dispositif de l’action culturelle de la France à l’étranger et l’aide à la création, parce que c’est par la création que le Français rayonne. Je veillerai à ce que dans les entreprises installées sur le territoire français la langue de travail soit le Français dès lors qu’il n’y a aucune nécessité économique ou commerciale qui oblige à s’exprimer dans une autre langue. Je me battrai pour que, dans les instances européennes et à l’ONU, le Français continue d’être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans des organisations internationales. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Langues étrangères Je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l’enseignement de deux langues étrangères parce que c’est la seule façon efficace pour que l’hégémonie de l’anglais soit battue en brèche. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Langues régionales Je souhaite que leur enseignement soit correctement pris en charge par l’éducation nationale. Je souhaite que l’on soutienne leur pratique et leur diffusion. Mais je ne veux pas de cette logique de confrontation avec le Français que cherchent à faire prévaloir certains indépendantistes qui veulent en finir avec l’unité française que nous avons mis si longtemps à construire et qui reste le bien le plus précieux mais aussi le plus fragile que nous ayons à léguer à nos enfants. Si je suis élu, je ne serai pas favorable à la Charte européenne des langues régionales. Je ne veux pas que demain un juge européen ayant une expérience historique du problème des minorités différente de la nôtre, décide qu’une langue régionale doit être considérée comme langue de la République au même titre que le Français. Car au-delà de la lettre des textes il y a la dynamique des interprétations et des jurisprudences qui peut aller très loin. J’ai la conviction qu’en France, terre de liberté, aucune minorité n’est opprimée et qu’il n’est donc pas nécessaire de donner à des juges européens le droit de se prononcer sur un sujet qui est consubstantiel à notre identité nationale et n’a absolument rien à voir avec la construction de l’Europe. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Liban Le Liban est un des rares pays dans la région où des hommes et des femmes de différentes confessions sont capables de vivre ensemble. Ce que j’ai voulu dire lorsque j’ai parlé du “miracle libanais”, c’est que nous ne pouvions laisser mourir une telle merveille. Parce que l’amitié qui nous lie à nos frères libanais est unique et indéfectible, la place de la France sera toujours aux côtés du peuple libanais quand il souffre. J’ai été, comme tous les Français, profondément touché par le drame qu’ont enduré les Libanais l’été dernier et j’ai tenu à plusieurs reprises à leur exprimer toute ma solidarité. Si la France doit choisir un camp au Liban, c’est celui de la paix et du respect de la souveraineté libanaise. J’ai toujours conçu l’amitié franco-libanaise comme une relation entre deux peuples, entre deux Nations et non comme celle de la France avec telle ou telle communauté. Croire que notre relation avec les uns ne peut grandir qu’au détriment des autres, est une grave erreur. Mais parce que nous sommes les amis des Libanais, nous leur devons la franchise. Et être franc aujourd’hui, c’est trouver le courage de leur dire que les groupes armés qui prétendent agir pour le bien du peuple libanais sont, en fait, ceux qui le privent d’une paix à laquelle il aspire tant. Il faut que les Libanais le sachent : les ennemis du Liban et de sa souveraineté, ce sont d’abord les groupes armés. Source(s) La Revue du Liban (7-14/04/07) Liberté pédagogique Qui mieux que l’instituteur peut choisir la bonne méthode pour apprendre à lire à l’enfant qui est en face de lui et qu’il apprend tous les jours à connaître ? Certainement pas en tout cas un bureaucrate parisien enfermé dans son bureau qui ne voit pas un enfant de la journée. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) Libertés Pour garantir aux Français une protection absolue de leurs droits et de leurs libertés, je demande aussi qu’ils puissent directement saisir l’instance disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et que leur requête soit examinée par une majorité de non-magistrats. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Livret d’épargne civique Le bénévolat est une vraie richesse pour nos quartiers. Je veux le valoriser en créant un livret d’épargne civique qui donnera aux bénévoles des avantages concrets : stages de formation gratuits, points supplémentaires aux examens, cotisation pour la retraite. Source(s) Le Parisien version électronique (23/03/07) Logement Depuis des années, on vous dit qu’on ne peut rien contre la crise du logement, et on laisse s’aggraver une pénurie qui a rendu la propriété impossible pour beaucoup d’entre vous et la location de plus en plus difficile. Cette situation ne peut pas durer. Il faut d’abord inciter à la construction de logements pour faire baisser les prix. Je veux que le droit au logement soit opposable devant les tribunaux, afin que les pouvoirs publics soient obligés d’agir pour assurer la construction d’assez de logements dans toute la gamme des besoins. Je veux permettre à chaque ménage d’être propriétaire, parce que la propriété est le rêve de chacun d’entre nous. Je vous permettrai notamment de déduire de votre impôt sur le revenu les intérêts de votre emprunt immobilier. Ceux qui ne paient pas l’impôt sur le revenu recevront une aide de l’État pour emprunter. Je faciliterai la location en supprimant l’obligation de caution et de dépôt de garantie. En contrepartie, les propriétaires seront protégés contre les risques d’impayés de loyers. Je réformerai l’hébergement d’urgence, pour qu’il soit digne et permette la réinsertion. Source(s) Mon Projet Logiciel libre L’industrie du logiciel, qu’il soit libre ou propriétaire, est capitale pour l’avenir. La France excelle dans cette discipline et je souhaite favoriser la pleine expansion de l’édition logicielle dans la diversité de ses modèles économiques, sous ces deux aspects, qui sont d’ailleurs de plus en plus complémentaires. Un pôle de compétitivité est en voie de création autour du logiciel libre. J’en soutiens le principe. Source(s) Interview dans le magazine L’Ordinateur individuel (mars 2007) Loi 1905 Je n’avancerai pas sur ce sujet tant qu’il n’y aura pas de consensus en la matière. (…)Je poursuivrai la discussion avec l’ensemble des religions. C’est un sujet sur lequel on ne peut avancer sans consensus. (…) Au fond, je veux m’en tenir à quelques objectifs. Je souhaite que la République soit une République des droits réels et pas virtuels. À quoi cela sert-il de dire à nos compatriotes musulmans qu’ils ont les mêmes droits que les autres, s’ils sont obligés de prier dans des caves ou des garages ? Les problèmes de terrorisme, on les a dans les caves et les garages. Pas à la Grande Mosquée de Lyon ou de Paris ! Je veux également couper l’islam de France des influences étrangères, qu’il s’agisse du financement des lieux de culte ou de la formation des imams. Enfin, je veux aider les élus locaux à pouvoir répondre aux demandes des communautés présentes dans leurs villes. (…) La loi de 1905 est un monument. Avant d’y toucher, il faut faire très attention. Le code des communes, en revanche, pourrait permettre un certain nombre d’aménagements. Source(s) Interview La Croix (04/04/07) Loi mémorielle Je ne suis pas favorable (…) à la multiplication des lois mémorielles, car je pense qu’il n’appartient pas aux responsables politiques de se substituer aux historiens, et je ne veux pas d’une repentance généralisée qui soit la porte ouverte à la concurrence des mémoires ou qui dresse les Français les uns contre les autres en fonction de leurs origines La priorité est de nous unir autour de la fierté d’être français. Source(s) Réponses à Reporters sans frontières (avril 2007) Lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme La France doit continuer à être au premier rang de l’action internationale en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Sa législation est particulièrement stricte. Lorsque j’étais ministre de l’Economie et des finances, j’ai d’ailleurs étendu le champ d’application de la déclaration de soupçon de blanchiment, par la loi du 9 août 2004. La transparence de la place financière d’Andorre doit continuée à être promue. Il en va de même à Monaco, dans la continuité des efforts déjà réalisés, en lien avec la France, sur l’application aux activités bancaires du code monétaire et financier français et sur le respect de toutes les normes internationales de lutte contre le blanchiment. Je souhaite que cette collaboration se poursuive pour que des normes sur les flux financiers, équivalentes aux normes françaises, soient adoptées. Notre réglementation, en France et en Europe, doit continuer à être à l’avant-garde des meilleurs standards internationaux en la matière. Je promouvrai cette action vigilante, auprès du G 7 et de l’OCDE, car les initiatives menées au cours des dernières années, souvent à l’initiative de la France, comme la liste noire du GAFI, ont montré leur efficacité. Je le ferai également auprès de nos partenaires en Europe, pour que chacun puisse à son tour agir en ce sens. Le blanchiment et l’utilisation du système financier par les réseaux criminels représentent une menace directe pour nos sociétés démocratiques et la stabilité économique. J’ai la volonté, en partenariat avec les autres Etats européens, d’engager une véritable action concertée en matière de rapprochement des législations et de coopération renforcée entre les autorités judiciaires et les services enquêteurs. il convient en particulier de s’engager sur la transparence des mouvements de capitaux et prévoir des sanctions à l’égard des pays non coopératifs. Source(s) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007) Lutte contre l’homophobie Comme peut-on faire pour lutter contre l’homophobie ? De deux façons. Par des sanctions immédiates et très sévères : la meilleure des préventions, c’est la certitude de la sanction. La dérision, le mépris à l’égard de l’homosexualité, c’est intolérable, de la même façon que les violences dites « culturelles » envers les femmes sont intolérables. Ma politique est simple : on ne peut rien tolérer en la matière. Rien. Ni une familiarité, ni une injure, ni une attitude. Je ne parle même pas des agressions. Deuxièmement, tout ce qui peut être fait à l’école pour expliquer que la différence est une richesse et pas un risque, je le favoriserai. Source(s) Interview Têtu (04/07) Lutte contre la corruption Il est indispensable d’assurer le bon fonctionnement des administrations et des services judiciaires chargés de lutter contre la corruption. Il convient, en particulier, de renforcer la capacité des services enquêteurs. La formation spécialisée des magistrats, des enquêteurs et des experts doit constituer une autre priorité. Des moyens matériels suffisants doivent, en outre, être mis à leur disposition. C’est d’ailleurs pourquoi je veux renforcer la spécialisation des tribunaux et des magistrats. Enfin, au-delà de la répression, il faut renforcer la prévention en direction des opérateurs publics et privés qui peuvent être exposés aux risques de la corruption. Source(s) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007) Lutte contre le Sida La prévention est la clé. Tout doit être fait pour expliquer, convaincre, rendre accessibles les préservatifs, notamment dans les lycées. Il ne faut pas relâcher la garde. L’effort d’explication des jeunes doit être développé, l’effort sur la recherche dans la lutte contre le sida doit être maintenu, le soutien aux malades doit être une priorité de santé publique. (…) Ce qu’on fait Jacques Chirac et Philippe Douste-Blazy avec UNITAID est une très bonne chose. La pandémie qui s’étend en Afrique est un problème pour l’Europe et pour la France. On ne pas considérer que le problème du Sida s’arrête aux frontières de l’Hexagone. L’accès aux médicaments n’est pas seulement une obligation morale de solidarité, c’est une obligation pour nous. Comment arrêtera-t-on l’épidémie en Europe si dans les autres pays du monde l’épidémie continue d’avancer ? Source(s) Interview Têtu (04/07) Lutte contre les grandes pandémies Elle peut être l’occasion d’oeuvrer à l’édification d’une mondialisation équitable, à travers l’initiative UNITAID, lancée par la France et présidée par Philippe Douste-Blazy, grâce à laquelle les malades du SIDA, de la tuberculose et du paludisme dans les pays pauvres auront accès à des médicaments performants pour se soigner. 500 millions de dollars seront disponibles dès 2008 sur la base de financements-citoyen. 30 pays ont déjà adhéré à cette initiative, qui bénéficiera à 100 000 enfants en 2007 et 200 000 en 2008. L’effort devra être poursuivi résolument. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Magreb Nos relations sont riches et denses. La coopération bilatérale continue de s’enrichir, en particulier dans l’enseignement supérieur et la santé, mais aussi la formation professionnelle, l’éducation, et tant d’autres domaines au coeur des réformes menées au Maghreb pour moderniser les économies et les institutions, ce que la France entend appuyer par sa coopération bilatérale. Premier partenaire commercial des pays du Maghreb, la France doit poursuivre ses efforts. Les jeunes entrepreneurs du Maghreb doivent pouvoir contribuer à faire émerger des filières industrielles intégrées, à cheval sur les deux rives de la Méditerranée. Je souhaite par ailleurs que le Maghreb joue un rôle moteur dans l’Union méditerranéenne que j’appelle de mes voeux et qui aurait vocation à travailler avec l’UE sur des sujets d’intérêt commun : sécurité collective, immigration, écologie et codéveloppement. Source(s) Interview Arabies (04/07) Maison des adolescents Je souhaite que cette expérience se poursuive et se généralise. Toutefois les troubles de l’adolescence ne sont que la suite logique de la non prise en compte des difficultés de l’enfant, et particulièrement des maltraitances dont il est l’objet. Il serait dramatique que ces « maisons de l’adolescence » ne soient que la conséquence de la faillite de la prévention et des soins. Source(s) Interview Marie-Claire (avril 2007) Maisons des créateurs Je propose de créer partout des Maisons des créateurs où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer, à créer, à entreprendre dans tous les domaines, où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations, des aides, mais aussi où ils échangeront, où ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs projets, où ils formeront des projets communs, où ils inventeront ensemble l’avenir. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Mandat électoral Je suis pour une limitation du mandat présidentiel à deux quinquennats, car dix années sont un temps suffisamment long pour une fonction aussi éminente. Faut-il étendre cette limitation de deux mandats à l’ensemble des autres élus, maires ou députés ? Personnellement, je ne le pense pas. Je ne crois pas que la limitation des mandats ait un effet direct sur la lutte contre la corruption, que je soutiens comme vous. Surtout, je pense que, dans un régime démocratique, c’est aux électeurs de choisir leurs élus. Si un élu est formidable, intègre, dévoué, je ne vois pas ce qui s’oppose à ce qu’il soit régulièrement réélu. Source(s) Questionnaire Organisation –Transparence-Internatonal France (TI France – mars 2007) Marché de l’art Son dynamisme s’inscrit plutôt dans une revitalisation globale de notre économie. Très simplement, si les acheteurs potentiels reviennent en France, la place de Paris sera confortée. Mais là encore, on peut agir. Via les commandes publiques. Les collections que constituent en régions les FRAC, le FNAC dans la capitale, et qui portent des ambitions, des cohérences. En rendant la France plus attractive pour les artistes étrangers, avec la création, sur l’ensemble du territoire, de maisons ou de cités pour les accueillir en résidence. En nous battant, à Bruxelles, et je suis décidé à le faire, pour que la TVA à l’importation soit réduite, notamment pour les arts décoratifs, les meubles, les manuscrits, ce qui est une nécessité si l’on veut concurrencer le Royaume-Uni où la TVA n’est que de 5%, et qui occupe une place majeure sur la marché de l’art. Il est évident qu’en favorisant la création de richesses, en faisant en sorte que les entrepreneurs aient envie de rester en France, on garde sur notre sol les acheteurs, les collectionneurs potentiels. Les pouvoirs publics doivent renvoyer aux collectionneurs d’art, notamment d’art contemporain, une image positive de leur passion. Elle contribue à la vitalité de la création, au rayonnement de la culture française, et même, bien souvent, par le biais des donations ou de la dation, à l’enrichissement du patrimoine national. Ensuite, il faut certainement aller plus loin en matière de fiscalité : pour développer le mécénat, notamment le mécénat d’entreprise qui a déjà été dopé par la loi de 2003, et pour faciliter la création et l’activité des fondations. Enfin, il faut soutenir vraiment nos artistes français à l’étranger. Il faut mettre en place une politique et des structures de promotion efficaces de la création française sur la scène internationale, qui évitent les écueils de la dispersion des moyens et de la promotion officielle de nos artistes. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Interview Arts Magazine (avril 2007) Mariage homosexuel Je veux que le mariage protège la filiation et le cadre naturel de la famille. Pour cette raison, je n’ouvrirai pas le mariage, ni l’adoption aux couples de même sexe. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Médecine libérale La médecine libérale est un fondement du système de santé français. Nos compatriotes y sont très attachés. Il faut le préserver et répondre à ses attentes et à ses préoccupations. J’en vois principalement trois. Le rôle du généraliste, d’abord. Celui-ci est en première ligne dans le parcours de soins et la loi de 2004 l’a expressément consacré. Je le dis clairement, je suis favorable à l’alignement du tarif de la consultation des généralistes sur celui des spécialistes. Deuxièmement : l’épuisement, la surcharge de travail, l’isolement, en ville et à la campagne. Je souhaite favoriser la constitution de cabinets de groupe, le regroupement de médecins généralistes, spécialistes et autres professionnels de santé, et permettre à ceux qui le souhaitent de pouvoir salarier un confrère ou utiliser des modes nouveaux d’association comme le contrat de collaboration. Je souhaite également que notre confiance dans les médecins libéraux se traduise par la création d’espaces de liberté tarifaire (en contrepartie d’obligations d’évaluation et de formation continue). Troisièmement : la pénurie de médecins et autres professionnels de santé sur certaines parties du territoire. Les incitations actuelles à l’installation dans certaines zones devront être évaluées et sans doute renforcées. Je pense que la constitution de cabinets de groupe est une réponse au phénomène de l’isolement. Source(s) Interview Pharmaceutiques (mars 2007) Méditerranée Je favoriserai le développement des pays pauvres, en cessant d’aider les gouvernements corrompus, en mettant en place une Union méditerranéenne avec les pays du Sud C’est à la France, européenne et méditerranéenne à la fois, de prendre l’initiative avec ses partenaires du Sud de l’Europe, d’une Union Méditerranéenne comme elle prit jadis l’initiative de construire l’Union européenne. Cette Union Méditerranéenne devra prendre en charge les questions de lutte contre le terrorisme, la gestion concertée des migrations, le développement économique et commercial et la promotion de l’Etat de droit dans la région. Elle aura vocation à travailler étroitement avec l’Union Européenne, et un jour à avoir avec elle des institutions communes. Je souhaite que la France se voit de nouveau comme une puissance méditerranéenne majeure. Je souhaite par ailleurs que le Maghreb joue un rôle moteur dans l’Union méditerranéenne que j’appelle de mes voeux et qui aurait vocation à travailler avec l’UE sur des sujets d’intérêt commun : sécurité collective, immigration, écologie et codéveloppement. Source(s) Mon Projet onférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Interview Arabies (04/07) Mère au foyer Je ne suis pas favorable au salaire de mère au foyer. L’Etat n’a pas les moyens. Et puis il faut être cohérent. Je ne peux pas demander aux gens de travailler plus et verser un salaire à des femmes qui souhaitent élever leurs enfants. En revanche, on peut améliorer leur situation. Je propose que ces femmes aient droit à une protection sociale autonome et que les années passées à éduquer leurs enfants leur ouvrent droit à une pension de retraite. Cela existe déjà, mais pas pour toutes et à des niveaux nettement insuffisants. Ces droits, acquis personnellement et indépendamment de la pension de leur conjoint, leur assureraient une certaine autonomie financière. En cas de séparation ou de veuvage, elles pourraient donc disposer de droits propres. Et puis, je souhaite proposer à celles qui veulent travailler, une fois que les enfants sont grands, d’accéder à une formation qualifiante d’un an, rémunérée. La liberté de chacun, et des femmes en particulier, est ma priorité. Source(s) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Mi-temps sportif Si les épreuves sportives continuent à avoir les plus petits coefficients, il ne fait pas s’étonner que les familles regardent le sport comme une anecdote. Il y a eu un grand débat sur le mi-temps sportif. On passait d’une situation où l’on ne fait jamais de sport, à une situation où l’on en ferait à mitemps. À l’arrivée, rien n’a été changé du tout. Je veux qu’on laisse le choix, à toutes les familles de France, de l’école de son enfant. Choisir une école où l’on fera du sport, en doublant le nombre d’heures. Ou choisir une école où l’on fera un mi-temps sportif, même si son enfant n’a pas vocation à devenir professionnel. Je conteste violemment l’idée que pour faire un mi-temps sportif il faut avoir l’espérance de devenir champion olympique ou professionnel. Il existe quantité de jeunes, dans des tas de familles, qui peuvent avoir envie de faire du sport autant que des autres matières, sans pour autant avoir l’espérance d’être un jour champion olympique ou d’être sélectionné en équipe de France. Je veux que ce choix existe. À partir de ce moment-là, je veux que les établissements de mi-temps sportifs ne soient pas des fabriques à champions. Tant mieux si nous en avons, je n’ai jamais opposé sport d’élite et sport de masse, car l’élite est absolument nécessaire pour tirer l’ensemble du peuple vers un objectif et un rêve. Mais je veux que le gosse qui n’a aucun talent pour le sport mais qui l’aime passionnément puisse en faire à mi-temps. Source(s) Rencontre avec les sportifs (15/04/07) Micro-crédit Je propose de développer le micro crédit pour financer les micros projets. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Mineurs Je poursuivrai la politique de sécurité que j’ai engagée depuis 2002. Des peines planchers seront instaurées pour les multirécidivistes et le droit pénal des mineurs sera réformé. Je demande qu’on change l’ordonnance de 45 sur les mineurs, ça ne peut plus continuer comme ça. Un mineur de 17 ans, n’a rien à voir avec un mineur de 17 ans en 1945 et d’ailleurs quand vous êtes frappé par un mineur ça vous fait la même souffrance que quand vous êtes frappé par un majeur. Le mineur multirécidiviste de 16 à 18 ans sera puni comme un majeur. Source(s) Mon Projet J’ai une question à vous poser (5/02/07) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Minima sociaux Je ne veux pas réduire les minima sociaux car personne ne vit dignement avec le RMI tel qu’il existe aujourd’hui. Il ne faut plus de minima sociaux sans contrepartie d’activité. Dans notre société les devoirs doivent être la contrepartie des droits. Je veux que ceux qui ont des minima sociaux (…) et qui reprennent un emploi, puissent pendant les deux premières années cumuler le minima social et cet emploi. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Minimum vieillesse J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse. Source(s) Mon Projet Ministère de l’immigration et de l’identité nationale J’ai proposé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, car l’intégration passe par le partage de notre culture autant que par son enrichissement. Un seul ministère doit traiter l’ensemble des questions relatives à l’immigration, à l’intégration et au codéveloppement. Je veux un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, (…) aujourd’hui le dossier de l’immigration est explosé en trois ministères différents. Je continuerai à parler de l’immigration en posant le problème de l’identité nationale. Ce que nous avons de plus précieux à offrir à tous ceux qui veulent vivre en France c’est la fierté d’être Français qui est bien davantage qu’un statut juridique. Le partage de cette identité qui est la nôtre, avec la culture, la langue, les valeurs qui la fondent est la condition de leur intégration réussie. Comment réussir l’intégration de ceux que nous accueillons si nous ne prenons pas la peine de leur parler du pays où ils veulent vivre ? La France est un pays qui s’est construit par l’ouverture ; je veux que la France reste ouverte, accueillante et généreuse. Je veux que tous ceux qui aiment la France et respectent la France soit accueillis chez nous parce que nous avons besoin d’eux. Et je dis une chose : nous avons un socle de valeurs : la laïcité, la séparation du temporel et du spirituel, l’égalité entre la femme et l’homme qu’on ne bradera pas. Si vous n’expliquez pas à ceux qui vont nous rejoindre, les immigrés, qu’il y a des valeurs que nous ne négocierons pas, qui s’appelle l’identité de la France, comment voulez-vous qu’ils s’intègrent. Source(s) Mon Projet Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Discours Besançon (13/03/07) Journal de 20 heures (TF1 – 14/03/07) Ministère de la Culture Le poids politique du Ministère de la Culture doit être élargi, pour que les arbitrages en matière d’éducation ne soient pas rendus au détriment de la culture. Je veux faire de l’enseignement culturel et artistique la clé de la démocratisation de la culture (…) A côté des politiques culturelles des collectivités locales auxquelles la décentralisation adonné un souffle nouveau, le grand problème à résoudre est celui d’une coopération plus étroite entre les institutions culturelles et l’Education Nationale. Un certain nombre d’expériences réussies doivent nous inciter à aller beaucoup plus loin sur une beaucoup plus grande échelle. (…) Source(s) Interview Télérama (14/02/07) Discours Besançon (13/03/07) Ministère des Affaires financières Je souhaite changer radicalement la procédure budgétaire. Je ne veux plus que les administrations et les ministres aillent quémander chaque année le détail de leur budget à Bercy. Je veux qu’on leur donne une enveloppe et qu’on leur demande de s’y tenir. A côté du ministère de l’emploi, de la croissance et de la stratégie économique, je créerai un ministère des affaires financières chargé des comptes. Ce ministre sera le seul à débattre du projet de loi de finances, les ministres débattant de leur gestion au moment des lois de finances d’exécution. Source(s) Conférence de presse (02/04/07) Ministre Je crois qu’un pays de 64 millions d’habitants doit avoir un nombre limité de ministères (limité à 15), mais des ministères rebâtis. Je veux moins de ministres qui soient davantage responsables, qui aient davantage de poids face à l’administration. Je veux que ce soient les ministres qui gouvernent et non les cabinets Je ne veux plus que ce soient les bureaucrates qui gouvernent. Je veux remplacer l’irresponsabilité technocratique par la responsabilité politique. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Discours Villebon-sur-Yvette Mise en examen Une mise en examen ne devrait pas durer plus de cinq ans. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Mixité sociale Pour chaque établissement, je veux connaître les résultats, les progrès des élèves, le taux de réussite au brevet et au bac, afin de pouvoir juger de l’efficacité des mesures et du projet mis en oeuvre. Surtout, je veux imposer aux établissements une obligation de mixité sociale dans la composition de leurs effectifs. Cette évaluation et cette obligation de mixité permettront de s’assurer qu’il n’y a pas de discrimination selon le niveau scolaire ou social des élèves dans le recrutement et que la mixité est bien mise en oeuvre, partout en France. En contrepartie, les parents seraient libres de choisir l’école de leurs enfants. Enfin, je veux que chaque établissement présente un pourcentage minimal d’élèves aux classes préparatoires. Aujourd’hui, la moitié des établissements ne le fait pas. Il faut aussi faire confiance aux enseignants, et ne pas les juger à la simple application d’une circulaire ! Les professeurs, mieux que quiconque, savent comment enseigner. Source(s) Interview Femme Actuelle (26/03/07) Mondialisation La mondialisation est un fait. Il serait aussi vain de la nier ou de s’y opposer que de prétendre remettre en cause la loi de la gravité ou arrêter la course des nuages. La question n’est donc pas de savoir si la mondialisation est bonne ou mauvaise. Elle est de savoir si nous y sommes préparés. Le choix existe, car si la mondialisation est un fait, la subir n’est pas une fatalité. Les Français veulent des faits, des actes, des décisions. Je veux être celui qui les propose, qui les imagine et surtout qui les mette en oeuvre. (…) L’Etat doit protéger sans être protectionniste. Le mot protection ne me fait pas peur. Je l’assume. (…) La mondialisation exige un Etat fort, une cohésion sociale et territoriale forte, une identité collective forte. Si nous voulons être forts dans la mondialisation, nous ne devons renoncer à rien de cela. (…) Pour gagner dans la mondialisation, il faut investir plus que les autres et avant les autres. Nous aurons besoin de l’Europe pour remporter ce combat, mais d’une Europe qui tienne aussi ses promesses de prospérité collective et de protection. Il serait illusoire d’imaginer que nos efforts porteront leurs fruits si nous continuons à nous battre dans un monde où les blocs économiques ne jouent pas avec les mêmes règles. Je refuse le protectionnisme mais je ne veux pas être naïf et j’attends un minimum de réciprocité dans l’application de règles sociales ou environnementales. J’entends que l’Europe soit demain un véritable espace commun de développement économique. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Monnaie Je veux que la monnaie soit au service de l’emploi et de la croissance. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Moteur franco-allemand Si le moteur franco-allemand reste essentiel et même incontournable en Europe, il ne peut plus suffire dans une Union qui compte désormais vingt-sept membres. L’amitié franco-allemande a toujours été au coeur du projet européen. Souvent, par le passé, nos deux pays ont permis à la construction européenne d’avancer quand celle-ci semblait en panne. Aujourd’hui encore, alors que l’Europe traverse une crise profonde après les échecs des référendums français et néerlandais, cette amitié doit être mise au service de l’idéal européen. Pour autant, dans une Europe à vingt-sept, nous avons besoin de toutes les énergies et de toutes les volontés. Les Etats qui souhaitent prendre leurs responsabilités doivent pouvoir le faire et se constituer en « groupes moteurs ». Ces groupes ad hoc permettront aux Etats membres qui le souhaitent d’aller ensemble, plus vite et plus loin, dans tel ou tel domaine dans lequel ils partagent un intérêt particulier et une volonté commune. Source(s) Interview La Razon (avril 2007) Multilatéralisme Le conforter : plus que jamais, les grandes décisions internationales doivent faire l’objet d’une concertation des grands pays. Nous avons besoin de l’Organisation des Nations Unies parce qu’elle est universelle et qu’elle a donc seule la légitimité et l’efficacité pour traiter certains problèmes. C’est vrai pour traiter les crises les plus complexes. On le voit dans les crises africaines, où les opérations de maintien de la paix ne se limitent pas à un volet militaire mais appuient aussi les processus politiques de transition, l’organisation des élections, la restructuration des forces de sécurité, la reconstruction de l’appareil judiciaire. Qui d’autre aurait aujourd’hui, 45 ans après les indépendances, la légitimité et la capacité pour le faire ? Partout où il s’agit d’affirmer une légitimité internationale face à des Etats, d’élaborer des normes universelles, de promouvoir de nouveaux principes, de réguler un monde global, les Nations Unies sont irremplaçables. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Musique Le secteur de la musique traverse actuellement une crise incontestable. (…) Sous l’influence d’Internet, la musique va devoir s’inventer un autre modèle économique, comme elle a déjà largement commencé de le faire d’ailleurs. (…) Le rôle des pouvoirs publics est d’accompagner en douceur ces changements et de veiller à ce que la création indépendante, originale, facteur de nouveauté et de subversion puisse continuer à émerger et à vivre. C’est d’autant plus important qu’Internet peut tout autant permettre la diversification de l’offre qu’accentuer le marketing à outrance de quelques titres privilégiés. Sur ce point aussi, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, notamment par l’aide à la numérisation des catalogues et l’incitation à l’octroi des droits. C’est dans ce contexte de complet bouleversement que le soutien public aux industries musicales et la politique de diversité musicale devront être repensés pour être confortés. Du côté des consommateurs, les avantages de la diversité de l’offre, de son exhaustivité, de sa sécurité tout comme l’interopérabilité des supports et des matériels, dont je souhaite qu’elle soit portée au rang de priorité stratégique industrielle de l’Europe, l’emporteront, je le crois, sur les inconvénients du téléchargement illégal. A cela s’ajoute, l’augmentation considérable des canaux de promotion et de diffusion des oeuvres, sur le web, à la télévision, par les mobiles ou encore par la radio, dont je m’engage à réorganiser le spectre pour que tous les Français aient accès aux grandes radios nationales et aux radios thématiques. Source(s) Tribune Musique Info Hebdo (19/01/07) Nations Unies Pour préserver l’efficacité des Nations Unies, l’autorité du conseil de sécurité doit être incontestable. Il doit pour cela renforcer sa représentativité parce que le monde a changé. Cet élargissement du conseil doit concerner toutes les régions du monde et notamment les pays du Sud. Des grands pays comme l’Allemagne, l’Inde, le Japon ou le Brésil doivent y jouer un rôle permanent, et l’Afrique comme l’Amérique latine doivent également y être représentées. J’ai conscience qu’il est difficile de réunir un consensus sur cette question entre les 192 Etats du monde. Je propose d’explorer des formules transitoires, pour avancer progressivement. Il nous faudra combiner le maintien du statut des cinq membres permanents, une augmentation globale limitée du nombre de sièges au Conseil, pour lui conserver son efficacité, avec la création de nouveaux sièges permanents sans droit de veto. Sans doute sera-t-il nécessaire de renvoyer à plus tard le choix définitif de certains nouveaux membres permanents. Pourquoi ne pas imaginer de créer des sièges à statut privilégié, éligibles pour trois ans par exemple ? Pourquoi ne pas imaginer que si un de ces Etats « privilégiés » était réélu à ce siège trois fois, il pourrait devenir permanent ? Quel que soit la formule retenue, la vocation de certains pays à devenir des membres permanents doit être fondée sur des critères clairs : la population sans doute, mais aussi la contribution financière à l’Organisation, et surtout la contribution en troupes aux opérations de maintien de la paix. Source(s) Conférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Nominations Je veux que les nominations aux fonctions les plus importantes de l’État se fassent sur des critères de compétences et de hauteur de vue, et non pas sur des critères de proximité avec le pouvoir politique en place. Les candidats à ces nominations seront auditionnés publiquement par le Parlement et celui-ci pourra mettre son veto à leur nomination. Je veux que l’Etat soit exemplaire pour la promotion professionnelle des femmes. Pour chaque nomination, j’exigerai que l’on examine autant de candidatures féminines que de candidatures masculines. Je suis pour une démocratie irréprochable. Et une démocratie irréprochable, c’est une démocratie qui donne la même chance aux hommes et aux femmes. Source(s) Mon Projet Rencontre « Femmes et égalité des chances » (6/04/07) Nucléaire civil L’énergie du futur n’a pas vocation à être la possession exclusive des pays les plus développés dès lors qu’un système de garanties peut fonctionner efficacement. J’ai proposé pour cela la création, sous l’égide de l’ONU et de l’Agence Internationale pour l’énergie atomique, d’une véritable banque mondiale du combustible nucléaire civil qui garantirait aux pays émergents l’accès aux bienfaits de l’énergie atomique sans risque de détournement militaire. Cette institution aurait donc l’avantage d’ôter tout avantage économique et politique aux programmes nationaux d’enrichissement de l’uranium et de retraitement des combustibles irradiés. Sur le nucléaire, une coopération est possible avec nos partenaires du Sud. Je souhaite par exemple proposer à l’Algérie, avant d’autres Etats, de l’aider à développer une capacité nucléaire civile en échange d’un partenariat sur l’exploitation des champs gaziers. Dire ceci, c’est aussi pour moi une façon de dire à l’Iran qu’une coopération est possible et que nous ne sommes pas condamnés à la confrontation. Au travers de l’exemple algérien, grand pays d’Afrique, c’est aussi dire que pour moi, le développement du Sud passe par l’accès à l’énergie et donc au nucléaire. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Numérique Ce que nous avons fait pour l’aéronautique, l’espace et le nucléaire nous pouvons le faire aussi pour le numérique qui annonce un bouleversement du savoir, l’émergence d’une nouvelle forme d’intelligence collective qui nous obligera tôt ou tard à tout repenser : nos institutions, notre système d’enseignement, nos politiques publiques, notre système juridique. Nous ne devons pas attendre. Fixons-nous comme objectif que la prospective sur la société numérique devienne une priorité nationale et débouche sur une stratégie collective. Le numérique est l’un des plus grands défis pour la nation aujourd’hui. Ses enjeux sont multiples : croissance, avec à la clef des centaines de milliers d’emplois, liberté, connaissance, diversité culturelle, qualité de vie, pouvoir d’achat ... Il n’est pas un secteur de notre société qui ne soit touché par l’apparition d’internet et les bouleversements qui en résultent. C’est une révolution qui se déroule sous nos yeux, la révolution numérique. Les cinq années à venir seront déterminantes. Les réseaux à haut débit arriveront à maturité. Les réseaux à très haut débit d’une part, l’internet mobile d’autre part, commenceront à apporter leur lot de bouleversements nouveaux. Les métiers de la culture, en particulier la musique, seront plus que jamais au coeur de ce nouvel environnement et accompagner leur mutation en protégeant leurs spécificités est un enjeu majeur. Le pouvoir des citoyens se renforcera. La sécurité informatique deviendra une préoccupation essentielle. Il faudra veiller à ce que personne, quel que soit son âge ou sa situation sociale, ne soit laissé pour compte de ces évolutions. Dans ce domaine aussi, je veux donc réformer en profondeur notre pays pour qu’il puisse se saisir de ces multiples opportunités, lui donner les moyens de franchir ces étapes sans renier nos valeurs, notre culture, notre identité et en les portant au niveau international. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Tribune journal du net (20/04/07) Numerus clausus Face à la baisse de la démographie médicale, le desserrement du numerus clausus est un impératif et je m’engage à en tirer toutes les conséquences, y compris financières, pour les facultés et les hôpitaux. Source(s) Interview Panorama du médecin (mars 2007) OGM Je suis pour le moment sceptique sur les vrais avantages des OGM. Mais je n’écarte pas l’hypothèse que les OGM s’avèrent un jour vraiment utiles à la société, aux agriculteurs et aux consommateurs. C’est pourquoi je considère que la France doit se réserver la possibilité, plus tard, lorsque les conditions de sécurité seront pleinement remplies, de s’engager dans leur culture. Poursuivre la recherche est donc, de ce point de vue, indispensable. Si les OGM peuvent permettre de ne pas utiliser des produits phytosanitaires ou d’en réduire significativement l’utilisation, c’est un progrès. Si les OGM peuvent permettre de mettre au point des variétés qui apportent des avantages très significatifs pour la santé humaine ou pour le développement durable, c’est un progrès. Il faudra être en mesure d’en profiter. L’expérimentation en plein champ doit en revanche s’accompagner d’un encadrement strict et transparent. Je pense qu’il faut renforcer la surveillance, en développant un véritable suivi biologique de toutes les cultures sur le territoire. Il faut s’appuyer sur les compétences des uns et des autres (scientifiques, milieux associatifs, services de l’État), et ce, en toute transparence. La biovigilance est une nécessité ; elle doit fédérer toutes les énergies. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007) OMC Je veux que l’on change les règles de l’OMC. (…) Il ne faut pas sortir (de l’Organisation mondiale du commerce) mais négocier de manière différente. (…) Ce n’est pas aux commissaires européens d’aller négocier à l’OMC. C’est au président (de la commission) de négocier et à personne d’autre ». (…) A l’OMC, « je veux la réciprocité et je ne veux pas qu’on m’explique que ce que font les Américains, nous, on n’aurait pas le droit de le faire ». La mondialisation telle que la France la souhaite passe par la réforme du fonctionnement de l’ONU et de l’ensemble des institutions internationales. Les grands pays émergents doivent être mieux représentés dans les organes de décision. Cela passe par la création à côté de l’organisation mondiale du commerce d’une organisation distincte dédiée à l’environnement et dotée des mêmes pouvoirs juridictionnels. Cela passe par la reconnaissance du statut spécifique de l’agriculture dans les règles qui gouvernent les relations commerciales internationales. Source(s) Visite au salon de l’Agriculture (09/03/07) Discours St Etienne (09/11/06) Ordonnance de 1945 Je demande qu’on change l’ordonnance de 45 sur les mineurs, ça ne peut plus continuer comme ça. Un mineur de 17 ans, n’a rien à voir avec un mineur de 17 ans en 1945 et d’ailleurs quand vous êtes frappé par un mineur ça vous fait la même souffrance que quand vous êtes frappé par un majeur. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Organisation Mondiale de l’Environnement Il nous créer une « Organisation mondiale de l’environnement » (OME) dont le rôle sera de rationaliser les principes et les normes dans le domaine environnemental et de mutualiser les moyens aujourd’hui éparpillés entres les pays et les structures internationales. Lieu d’expertise et de négociation internationale, cette OME serait alors un interlocuteur crédible pour les autres organisations multilatérales. Elle pourra notamment faire contrepoids à l’OMC qui a tendance à négliger les problèmes environnementaux. Source(s) Conférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Orientation C’est l’autre condition de l’égalité des chances. Sans elle, ceux qui viennent des milieux les plus modestes sont incapables de choisir en toute connaissance de cause la formation qui correspond le mieux à leurs aspirations et à leurs aptitudes. Ils s’autocensurent face aux études longues ou ils s’engagent dans des voies sans issue. L’orientation doit devenir une pièce centrale et non plus secondaire de notre système éducatif pour que chacun puisse trouver la voie qui lui convient en ayant une claire conscience des débouchés qui s’offrent à lui. C’est un élément central de la modernisation de notre pays, que la France ne peut plus continuer à laisser des milliers d’étudiants s’engouffrer chaque année dans des filières sans débouchés ou dans lesquelles ils n’ont aucune chance. La responsabilité publique exige d’avoir le courage de mettre fin à ce gâchis, à l’hypocrisie de cette sélection opaque, aux frustrations multiples ressenties par tant de jeunes qui passent quatre ou cinq ans dans l’enseignement supérieur, mais ne sont pas en mesure de décrocher à la fin un emploi qualifié. L’argent public doit financer autant de places d’enseignement supérieur qu’il y a de bacheliers qui sortent du système scolaire, car notre objectif, c’est qu’un maximum de jeunes rejoignent l’enseignement supérieur. Mais cet argent ne doit financer que des filières qui conduisent à l’emploi, et à proportion des débouchés envisageables. C’est évidemment au niveau des universités que peut s’apprécier le mieux cette adéquation entre filières et besoins du marché du travail et ce sera donc aux universités de faire la preuve que leurs filières de formation mènent à l’emploi. Chaque étudiant de terminale recevra une information détaillée sur les filières qu’il envisage et devra être aidé à choisir une filière dans laquelle il a des chances de réussir et des chances de trouver un emploi. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Discours Maisons-Alfort (02/02/07) OTAN Ce serait une erreur d’opposer la politique européenne de défense à l’Alliance Atlantique, alors même que l’Union européenne et l’OTAN sont deux organisations plus complémentaires que concurrentes. En revanche, nous devons veiller avec nos partenaires européens à ce que l’OTAN n’évolue pas, comme sembleraient le souhaiter les Etats-Unis, vers une organisation mondiale effectuant des missions aux confins de l’humanitaire, du militaire et des activités de police internationale. L’OTAN n’a pas vocation à se substituer à l’ONU. Elle doit conserver un ancrage géopolitique clair en Europe et une vocation strictement militaire. Et, dans le prolongement des Accords dits de Berlin Plus, l’Union européenne doit pouvoir, en tant que de besoin, s’appuyer sur les moyens, notamment de commandement et de planification, que l’Alliance met en oeuvre. Ce sont à mes yeux trois conditions du maintien à son niveau actuel de la contribution importante de notre pays à l’OTAN. Source(s) Journée UMP Défense (7/03/07) Outre-Mer Depuis que j’ai lancé cette idée, en mars 2006, les acteurs économiques des quatre DOM ont répondu à mon appel et m’ont fait part de leurs attentes en la matière. Il ressort de nos échanges, durant ces derniers mois, un consensus sur l’idée de créer des zones franches globales au plan géographique mais ciblées sur certains secteurs d’activités. Il ne s’agit donc pas d’un privilège accordé à telle ou telle partie du territoire : la zone franche globale concerne la Guadeloupe tout entière ! (…) Ces zones franches viendraient en complément de l’actuelle défiscalisation qu’il faut conserver. Il faut la conserver car la défiscalisation agit sur les coûts d’investissement, là où les zones franches agiront sur les coûts de fonctionnement. Il faut la conserver car la défiscalisation n’est pas un « ensemble de niches fiscales », c’est un outil de développement économique nécessaire à la croissance de territoires spontanément sous capitalisés. Le développement économique ne peut se concevoir, dans le monde ouvert qui Le développement économique ne peut se concevoir, dans le monde ouvert qui est le nôtre, sans que ne soit garantie la mobilité des personnes et des biens. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours pensé que la continuité territoriale entre l’outre-mer et la métropole est une priorité majeure. Dire que l’outre-mer, c’est la France, ne doit pas rester « une parole en bouche ». Concrètement, pour moi, la baisse des tarifs est une nécessité absolue. Mais, de grâce, arrêtons les clichés sur l’économie administrée ! Si l’on veut que les prix baissent, il ne suffit pas de se contenter de dire que l’on va obliger les compagnies aériennes, qui sont des sociétés de droit privé, à le faire. Ce n’est juridiquement pas possible. Aujourd’hui, les prix trop élevés résultent, en partie, de la régulation du marché aérien. C’est la raison pour laquelle je viens de faire modifier les règles restreignant la concurrence. Dorénavant, les compagnies charters pourront vendre des vols « charters secs » sur l’Outre-mer, ce qui leur était interdit jusqu’à présent. C’est une première étape, même si d’autres mesures devront être prises un jour, telle que l’assouplissement des modalités de prise de congés bonifiés afin d’éviter l’engorgement des périodes de pointe. Je propose un système d’exonération des droits de douanes pour les matières premières et les produits semi-ouvrés afin de favoriser les activités de transformation et donc d’intégration de valeur ajoutée localement. Enfin, je pense qu’il serait judicieux de mettre en place un mécanisme de crédit d’impôt majoré à l’exportation. Source(s) Discours Guadeloupe (23/03/07) Ouverture Je ne suis pas l’homme d’un clan, je ne suis pas l’homme d’une famille politique, je veux m’adresser à tous les Français, sans exception et je pratiquerai l’ouverture, je ne veux pas mégoter, je ne veux pas compromis avant, mais je pratiquerai l’ouverture après. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Ouverture des magasins le dimanche Je suis pour la liberté. Si des gens veulent travailler le dimanche ou aller faire leurs courses le dimanche où on peut les faire en famille, pourquoi le leur interdire. Regardez ce qu’on fait les Espagnols, c’est assez intéressant et ça ne marche pas trop mal, ils ont testé la libéralisation de l’ouverture du dimanche pour les seuls petits commerces. C’est-à-dire pour ceux, je crois, de mémoire, qui font moins de 150 ou de 200 mètres de surfaces de vente. (…) Je voudrais que région par région, on ait la liberté de faire les choses. Je veux que les maires puissent autoriser l’ouverture des commerces le dimanche. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (06/04/07) Ouvriers J’ai visité beaucoup d’usines, rencontré beaucoup d’ouvriers. Dans les usines on parle peu. Il y a beaucoup de pudeur chez les ouvriers. Il y a une culture ouvrière, une façon d’être des ouvriers, un rapport particulier des ouvriers à la vie et au travail. Je ne veux pas que cette culture ouvrière se perde. Je ne veux pas d’une France sans usine. Si les usines partaient, le reste partirait aussi. Les services aux entreprises partiraient. Le marketing, la finance, la recherche appliquée partiraient . Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) PAC Je soutiendrai la PAC car elle est la condition de l’indépendance alimentaire de toute l’Europe. Nous avons fait l’Europe pour agir, pas pour subir. Nous avons fait l’Europe pour exprimer une volonté commune, pas pour organiser notre renoncement collectif. Si je suis élu je proposerai à nos partenaires de rouvrir le dossier de la politique agricole commune avec l’objectif de garantir l’indépendance alimentaire de l’Europe, mais aussi la sécurité sanitaire, le respect de l’environnement et un revenu décent pour les agriculteurs qui passe par des prix qui respectent le savoir faire des agriculteurs. Repenser la politique agricole est une nécessité. La supprimer serait une catastrophe pour l’indépendance de l’Europe. Elle mettrait le sort de l’agriculture entre les mains de la spéculation. Source(s) Mon Projet Discours Strasbourg (21/02/07) PACS Nous sommes passés à côté du PACS. Je l’ai dit dès 1999 dans un discours, à Lyon. Je ne fais pas un « coming-out » pour cause d’élection présidentielle, je dis cela depuis huit ans. Je suis le ministre des Finances qui a garanti par le PACS l’égalité fiscale entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels. Source(s) Interview Têtu (04/07) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Palestine S’agissant plus spécifiquement du conflit israélo-palestinien, ma conviction est que, si nous voulons trouver une solution, chacun des protagonistes doit accepter de reconnaître le droit de l’autre. Personne ne saurait perdre de vue deux réalités fondamentales : d’un côté, le terrorisme dont est victime la population israélienne, qui est inacceptable, de l’autre, un peuple occupé, qui ne renoncera jamais, quoi qu’il endure. Dans ce conflit, la France doit adopter une position équilibrée et un discours de franchise. A nos amis palestiniens, je veux dire que l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël ne sont pas négociables et que rien ne peut justifier la violence. Les terroristes qui prétendent agir en leur nom et pour leur bien sont en fait les véritables ennemis des Palestiniens car ils les privent d’une paix à laquelle ils aspirent et ont droit. C’est la raison pour laquelle la France, avec l’ensemble de la communauté internationale, a posé comme condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement palestinien que ce dernier respecte les trois conditions posées par le Quartet : la reconnaissance d’Israël, le renoncement à la violence et le respect des accords antérieurs. Et à nos amis israéliens, je veux dire qu’ Israël doit se tenir prêt à faire les concessions nécessaires pour permettre aux Palestiniens d’établir un Etat viable. Vous l’avez compris, je défendrai avec la même énergie et avec la même force le droit d’Israël à vivre en sécurité et le droit des Palestiniens à disposer d’un Etat. Sur cette base, je suis convaincu qu’une solution pourra être trouvée, car l’immense majorité des deux peuples ne veut que la paix et la réconciliation. Source(s) Interview Actualité Juive (04/07) Parent au foyer Il ne faut pas culpabiliser les parents qui font le choix de se consacrer exclusivement à élever leurs enfants. C’est un choix qui peut être douloureux, lorsqu’elles deviennent veuves, lorsqu’il y a un problème avec le mari. Je propose deux choses : leur reconnaître un droit à la protection sociale, et que ces années consacrées à élever ses enfants, et donc par parenthèse à ne pas consommer de service public, je pense par exemple aux crèches, comptent dans le calcul de la retraite. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Parité Depuis qu’en 1944, le général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je leur dis là encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l’égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à part entière dans notre République. Je veux un État exemplaire en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte. Je veux que dans les conseils d’administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu’il s’applique à la politique s’applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises. Source(s) Discours Périgueux (12/10/06) Parlement Nous devons accorder davantage d’autonomie au Parlement dans la conduite de son activité législative et de contrôle de l’action du gouvernement. Je propose de donner aux parlementaires une plus grande maîtrise de leur ordre du jour, tout en confortant leurs pouvoirs de contrôle. Cela ne pourra se faire qu’en renforçant les capacités d’expertise et d’audit du Parlement et en donnant à l’opposition un véritable statut, comme c’est le cas au Royaume-Uni. Je pense à la possibilité pour l’opposition de créer une commission d’enquête et de présider certaines commissions permanentes. Et je crois que dans certains domaines importants de la vie de la nation, c’est-à-dire ceux qui engagent l’histoire et le destin de la France, comme les affaires internationales et européennes, par exemple, ou la défense, majorité et opposition doivent pouvoir travailler et décider ensemble. Dans une démocratie moderne, il ne peut y avoir de domaine réservé et de pouvoirs solitaires. J’entends renforcer les pouvoirs du Parlement en matière de contrôle des services de renseignement ; d’approbation de la présence et des modalités d’intervention de nos forces armées à l’étranger, au bout d’un certain délai à discuter ; de lancement des grands programmes d’armement ou encore de ratification des accords de défense. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Journée UMP Défense (7/03/07) Partage du travail Les 35 heures ont freiné les salaires et le pouvoir d’achat. Je propose de passer d’une logique du partage à une logique de création. Je propose que celui qui veut travailler plus pour gagner davantage ait le droit de le faire parce qu’il ne sert à rien d’avoir plus de temps libre quand on n’arrive plus à boucler ses fins de mois. Source(s) Discours Charleville-Mézières (18/12/06) Patrimoine Je veux que le patrimoine soit entretenu. Je veux qu’il soit accessible à tous, ouvert à tous, et non refermé sur lui-même. Je veux qu’il soit remis au coeur de la vie sociale, que des liens soient tissés entre les sites, les monuments, et les établissements scolaires. Je veux que les citoyens se réapproprient le patrimoine et qu’à travers lui ils retrouvent leur identité et leur héritage commun et qu’il puisse les faire vivre. La conservation et la valorisation du patrimoine, sa transmission aux générations futures sont à mes yeux les premiers devoirs de l’Etat. Avec 4 milliards d’euros, en dix ans, on pourrait rendre sa splendeur à l’ensemble de notre patrimoine monumental dont 490 monuments majeurs en France. C’est un défi qui vaut la peine. (…) Ces monuments génèrent un flux de touristes considérable. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Discours Besançon (13/03/07) Interview Télérama (14/02/07) Patriotisme Je veux rendre à chaque jeune Français la fierté d’être Français. Cette fierté, je veux que nous l’offrions en partage à tous ceux qui veulent devenir Français, au lieu de les accueillir dans une France qui croierait si peu dans ses valeurs qu’elle ne se donnerait même plus la peine de les défendre. A la jeunesse française qui ne mesure pas toujours combien elle aurait à souffrir du déclin de la France je veux rappeler que la France est plus forte quand elle est unie, que la désunion des Français a toujours causé l’affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible c’est chacun d’entre nous qui se trouve affaibli. Aimer la France c’est rassembler les Français. Pour rassembler il faut aimer. Il faut ouvrir les bras. Il faut donner. On peut le faire si dans le même temps on ne renonce pas à ce que l’on est. Source(s) Discours Zénith (18/03/07) Patrons voyous J’ai employé le premier l’expression « patrons voyous », qui ne respectent ni les règles du marché, ni les droits des salariés. Je n’aurai aucune bienveillance à leur égard car je ne fais pas de différence entre la délinquance de la rue et celle au sein de l’entreprise. Je crois même que c’est pire, car, quand on est patron, on a, à l’égard de la société, une responsabilité particulière. C’est pourquoi j’ai parlé de tolérance « double zéro » pour celui qui déménage son usine la nuit, ou qui vide la caisse pour n’avoir à payer ni les salaires, ni les indemnités de licenciement. Le Parisien (23/03/07) Source(s) Le Parisien version électronique (23/03/07) Pauvreté Depuis 1984, la pauvreté ne baisse plus dans notre pays. Et si l’on déplace le critère de la pauvreté en retenant le seuil de 60 % du revenu médian plutôt que 50 %, cela fait passer des millions de Français sous le seuil de pauvreté, dont un million d’enfants. Pourtant, notre pays n’a jamais autant dépensé en matière sociale. Lorsque j’ai dénoncé l’échec du modèle social français, c’est cela que je visais : des dépenses sociales qui n’ont jamais été aussi élevées, une politique qui n’a jamais été aussi inefficace. Je fais quatre propositions. La première, c’est que la lutte contre la pauvreté, en particulier celle des enfants, soit une priorité du prochain quinquennat. Ma deuxième priorité sera de faire du travail la principale voie de sortie de la pauvreté. Le plein-emploi pour chacun, avec des emplois à temps complet correctement rémunérés, est possible dans notre pays, si nous acceptons l’idée que c’est en travaillant davantage que chacun pourra avoir une activité. S’agissant des personnes pauvres, je mettrai en place la réforme proposée par Martin Hirsch, président d’Emmaüs France : la création d’un revenu de solidarité active au profit de ceux qui reprennent un emploi. Ma troisième priorité est l’éducation. L’école est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. Elle doit donner le meilleur aux enfants les plus défavorisés : je propose de diviser par deux le nombre d’élèves dans les ZEP et de créer des internats de réussite éducative dans toutes les villes afin de permettre aux enfants défavorisés de bénéficier des meilleures conditions de travail pour réussir. Enfin, je souhaite mettre en place concrètement le droit au logement opposable. Une personne qui travaille doit pouvoir se loger autrement que dans sa voiture ou dans un camping. Source(s) Interview dans La Croix (13/03/07) Peer to peer La loi affirme que le droit d’auteur et les droits voisins doivent être respectés dans le monde numérique. C’est le socle essentiel à toute création et je reste opposé à une licence dite « globale » qui revient à spolier les créateurs à l’heure où l’essentiel de la distribution des oeuvres bascule sur l’Internet. Grâce à cette affirmation, des offres légales apparaissent aujourd’hui sous de multiples formes, y compris le P2P autorisé par les ayant-droits et c’est la véritable solution au problème du téléchargement illégal. En matière de sanctions, j’ai toujours plaidé pour un régime proportionné : le bilan de son application, prévu par la loi, sera réalisé fin 2007, et il faudra agir en fonction de ses conclusions. L’interopérabilité est un objectif essentiel car elle détermine les usages autorisés des oeuvres acquises. Je souhaite qu’elle devienne une priorité stratégique industrielle européenne. Source(s) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Peine de mort Je suis opposé à la peine de mort. C’est pour moi une question de principe. Je crois que le monde doit continuer à cheminer vers son abolition totale. Source(s) Tribune dans Le Monde (03/01/07) Peines planchers Des peines planchers seront instaurées pour les multirécidivistes et le droit pénal des mineurs sera réformé. Je souhaite qu’on créé des peines plancher pour les multirécidivistes, parce que 50 % des délits, c’est 5 % des délinquants. Et celui qui ne comprend pas qu’on ne doit pas revenir 25 fois devant le même tribunal pour la même chose, je souhaite qu’il soit puni sévèrement avec la certitude de la sanction. Source(s) Mon Projet J’ai une question à vous poser (5/02/07) Pensée unique Je veux en finir avec le politiquement correct et avec la pensée unique, qui est le point de rencontre de tous les renoncements, de tous les sectarismes, de toutes les arrogances. Je veux en finir avec la pensée unique qui nous a mis dans la situation où nous sommes, qui s’est trompée sur tout, qui a échoué sur tout, qui a creusé les déficits, qui a augmenté le chômage, qui a fait exploser la pauvreté, l’exclusion, la précarité, qui a raté l’intégration, qui a laissé se développer les discriminations, qui a installé le communautarisme, qui a abaissé l’autorité de l’Etat, qui a affaibli l’identité nationale, qui a fabriqué l’échec de l’école, qui a dévalorisé les diplômes et le travail, qui a favorisé l’assistanat. Je veux en finir avec la pensée unique qui dit que la politique ne peut rien faire pour changer quoi que ce soit et qu’elle ne peut rien dire sur rien. Parce qu’à force de ne rien faire, à force de ne rien dire, à force de ne rien penser, on finit par laisser le champ libre à tous les extrémismes. Source(s) Discours Villebon-sur-Yvette (20/03/07) Pensions de réversion L’injustice faite aux veuves, dont les pensions de réversion, si ce n’était l’intervention du minimum vieillesse, sont inférieures à 300 euros en moyenne. Quand un homme a travaillé toute sa vie, il doit pouvoir mourir dans la certitude que sa femme aura un minimum décent pour vivre. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce n’est pas une juste récompense du travail. J’augmenterai le taux des pensions de réversion. Quand un homme et une femme vivent ensemble, les cotisations retraites de l’un ne sont pas les siennes, mais celles du couple. Source(s) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (6/04/07) Plein emploi Le plein-emploi pour chacun, avec des emplois à temps complet correctement rémunérés, est possible dans notre pays, si nous acceptons l’idée que c’est en travaillant davantage que chacun pourra avoir une activité. Notre seul objectif est de le ramener sous la barre des 5%, vers le plein emploi. C’est possible si l’on rompt avec la politique de partage du travail. Au lieu de payer les Français à moins travailler (préretraites, dispense de recherche d’emploi, 35 heures), il faut les inciter à travailler plus. L’activité des uns crée le travail des autres. Source(s) Interview dans La Croix (13/03/07) Le Parisien (23/03/07) PME Le développement des PME françaises passe d’abord à mon avis par une simplification de leur environnement juridique et fiscal. En complément des effets bénéfiques pour leur croissance qu’aura le contrat de travail unique, je souhaite que l’on suspende pendant deux ans tous les seuils réglementaires qui les empêchent d’embaucher et que l’on mette fin à la prolifération de textes législatifs et réglementaires qui les contraint à passer un temps considérable à régler des problèmes de droit. En matière fiscal, je souhaite supprimer l’imposition forfaitaire annuelle, réformer la taxe professionnelle et rapprocher progressivement le taux de l’impôt sur les sociétés de la moyenne de l’Union européenne à 15. Il est par ailleurs indispensable d’améliorer les conditions de financement des PME, parce que le manque de capitaux est l’une des principales explications à leur trop faible développement. Je souhaite multiplier les investisseurs providentiels, grâce à la mise en place du bouclier fiscal à 50 %, CSG et CRDS comprises, et à l’autorisation de déduire de l’ISF l’investissement direct dans le capital d’une PME jusqu’à 50 000 euros. Le développement des PME exige enfin qu’elles innovent plus qu’aujourd’hui et qu’on les aide à le faire. Je propose notamment de réformer le crédit impôt recherche, en ayant une conception moins stricte de l’innovation et en augmentant les moyens publics qui lui sont consacrés. Je propose que les PME bénéficient d’un accès privilégié à la commande publique et qu’une part des marchés attribués leur soit explicitement réservée. Source(s) Réponses CGPME Discours St Etienne (09/11/06) PME / PMI L’impôt réglementaire que constituent les contraintes et les normes de toute nature pesant sur nos entreprises. Cette charge pénalise effectivement toutes nos entreprises, mais touche plus durement encore les plus petites d’entre elles. Je suis convaincu que le chantier de la simplification administrative doit réellement changer de dimension. Il nous faut nous fixer dorénavant des objectifs extrêmement concrets. Cela passe par la limitation très stricte du temps nécessaire au renseignement des formulaires, par la simplification effective de la feuille de paye des salariés français, et par la réorganisation de l’ensemble des relations entre l’Etat et les entreprises dans une logique de « guichet unique. Aujourd’hui, le cadre économique général qui est offert aux PME/PMI françaises ne leur permet pas de connaître un développement optimal. La profitabilité de ces petites entreprises françaises est 30% inférieure à celle de leurs concurrentes allemandes, anglaises ou américaines. J’y vois, pour ma part, la double conséquence de l’« impôt réglementaire » et des prélèvements obligatoires très élevés qui pèsent en France, sur le travail et sur la production. Mais, au-delà de la rentabilité, les relations économiques actuelles entre entreprises font peser un poids très lourd sur la trésorerie des PME. Cela passe principalement au travers de délais de paiement excessifs, en comparaison de ce qui se pratique à l’étranger. De mon point de vue, la solution est moins d’amener les banques à accompagner l’explosion des besoins en fonds de roulement que de revenir à la raison sur les délais de règlement. Dans cette perspective, il appartient, d’une part, au secteur public de montrer l’exemple en réduisant fortement ses propres délais et, d’autre part, de faire respecter, par des contrôles adaptés de la DGCCRF, les dispositions légales existantes qui prévoient l’application d’intérêts de retard. Je propose que l’Etat conduise une véritable politique de la commande publique au profit des PME comme le font les Américains. Je ne vois pas pourquoi ce qui est acceptable pour l’Organisation Mondiale du Commerce en Amérique ne le serait pas en Europe Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Police de proximité La police de proximité mise en oeuvre par M. Jospin a abouti à ce que, pour la première fois dans l’histoire de France, on a dépassé les 4 millions de crimes et délits. Avec nous la délinquance a baissé de 9,5 %. J’ai changé de stratégie, ce n’est pas pour y revenir. Source(s) Interview au Journal du Dimanche (11/03/07) Politique arabe Je pense qu’il faudrait plutôt parler de politiques de le France au Maghreb, au Proche-Orient et dans le Golfe : formule plus neutre, qui tient compte de la variété de la zone qui inclut Israël et l’Iran. L’expression - politique arabe » a été forgée sous De Gaulle dans des circonstances historiques précises. Il s’agissait alors, pour la France, de se refaire une virginité dons la zone après la crise de Suez (l956) et la guerre d’Algérie (1954-1962). En pleine guerre froide. De Gaulle avait imaginé une « 3e voie » entre les États-Unis et l’URSS. Un tel positionnement répondait alors aux voeux de nombreux pays arabes qui se sentaient prisonniers du duel américano-soviétique. Le contexte actuel est différent. Il serait d’ailleurs utopique d’imaginer que la France peut agir seule dans la région, sans l’appui des États-Unis et de l’UE. Elle peut apporter un concours précieux, on l’a vu lors de la crise libanaise, mais en aucun cas agir seule. La France doit avoir une politique globale dans cette zone vitale aux intérêts nationaux. Une politique cohérente s’impose, d’autant que la région est en pleine phase de recomposition. Il me semble que deux séries d’objectifs, doivent guider la politique française. Tout d’abord, la modernité démocratique. La stabilité sans démocratie est une fausse stabilité. Je ne suis pas un militant de la « démocratie aéroportée » pas plus que du statu quo. Il s’agit plutôt d’accompagner les évolutions des États et des sociétés. Je me réjouis que la plupart des pays arabes aient enregistré des progrès remarquables et qu’un processus de transition démocratique y soit engagé de manière irréversible. Et, deuxième objectif, la défense et la promotion de nos intérêts. La France a de nombreux et anciens intérêts commerciaux, qu’elle doit protéger et renforcer. Les exportations représentent 6 * de notre commerce extérieur (3 % Maghreb. 2 % Golfe, 1 % Proche-Orient). La défense de la langue française, à travers la formation d’une élite francophone et francophile : le français est répandu dans le Maghreb et au Liban, et c’est une langue non négligeable au Proche-Orient et dans le Golfe, où les écoles françaises sont très cotées auprès des élites. Plus de 200 000 Français y sont installés (donc deux tiers sont binationaux). De nombreuses communautés liées à la région résident également en France. On estime à 3 millions le nombre de Français d’origine maghrébine. Source(s) Interview Arabie (04/07) Porte-Avions La réalisation d’un second porte-avions, (…) c’est une question de cohérence. Soit nous ne construisons pas de porte-avions, et c’est un choix, soit nous en faisons deux. Parce qu’il est curieux de faire un porte-avions, sans se poser la question de la permanence à la mer de notre groupe aéronaval, compte tenu des impératifs sur notre premier porte-avions. Source(s) Journée UMP Défense (7/03/07) Pouvoir d’achat Depuis des années, on vous dit que votre pouvoir d’achat augmente. C’est faux. Avec l’euro qui a fait augmenter les prix, les 35 heures qui ont gelé les salaires, le coût du logement qui a explosé et nos impôts qui sont parmi les plus élevés au monde, le pouvoir d’achat baisse en France. Mais ceux qui vous promettent que nous aurons plus de pouvoir d’achat en travaillant moins, et en ne changeant rien, ne vous disent pas la vérité non plus. Je veux être le Président du pouvoir d’achat. Pour cela, je permettrai d’abord à ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus de le faire, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Les heures supplémentaires seront toutes payées au moins 25 % de plus que les heures normales, et elles seront exonérées de toute charge sociale et de tout impôt. En travaillant quatre heures de plus par semaine, un salarié rémunéré au Smic gagnera immédiatement 165 euros net de plus par mois. Les salaires sont trop bas dans notre pays. Je demanderai aux entreprises de faire un effort sur les salaires car l’État fait lui-même un effort sur les allégements de charges. Dès le mois de juin, je réunirai une conférence avec les partenaires sociaux afin que l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes soit totale d’ici 2010. Les femmes subissent plus que les hommes les salaires trop bas, le travail précaire, le sous-emploi, l’absence de formation. Je n’augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser. Je ne vois pas quelle gloire on peut tirer du fait que nos impôts sont quatre points plus élevés que la moyenne de l’Union européenne à 15. Je comprends la forte inquiétude des personnes âgées qui, depuis dix ans, subissent une véritable érosion de leur pouvoir d’achat sous l’effet de la pression fiscale. C’est pour cela que je suis autant soucieux de réduire les impôts. J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. Je veux mener des politiques sociales ambitieuses, lutter contre la pauvreté, notamment celle des enfants, investir dans les équipements et les services publics. Mais tout cela ne sera possible que si, d’abord, nous créons plus de richesses marchandes. Voilà pourquoi je veux vous dire la vérité : nous devons collectivement enrichir notre économie et travailler davantage. Source(s) Mon Projet

Pré-retraites On ne peut pas dire aux Français : vous allez devoir cotiser plus longtemps pour payer vos retraites, parce qu’on va vivre plus longtemps, et en même temps continuer à mettre à la retraite des gens de 55 ans qui ont besoin de travailler ». « (…) Quand on met quelqu’un à la retraite de 55 ou de 56 ans, on ne créé pas un emploi pour un jeune. C’est un mensonge, on brise socialement quelqu’un qui veut travailler. Et je mets d’ailleurs les entreprises devant leurs responsabilités. On doit garder les quinquagénaires dans les entreprises. (…) À 55 ans on est encore jeune, alors à 52, on est un gamin. (…) je n’accepte pas le sacrifice qui est fait des quinquagénaires. Je changerai ça, je ne crois pas au système des préretraites. Je précise : quand on a commencé à bosser à 16 ans, comme les dames de l’entreprise LEGRAND près de Limoges, et qu’on embauche à 4h15 du matin, je comprends parfaitement bien qu’on veuille partir tôt. Ça je n’en discute pas, ça s’appelle la pénibilité. Mais pour l’essentiel, n’obligeons pas à partir à la retraite des gens qui ne le veulent pas. (…)Je vais même plus loin. Je souhaite qu’on puisse rester au travail, si l’employeur et le salarié sont d’accord, au-delà de l’âge de la retraite, si on veut améliorer sa retraite, ou si tout simplement on a des grands enfants qui font des études et qu’il faut continuer à payer. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Préférence communautaire Ce qui n’est plus possible, c’est que la préférence européenne soit devenue "un gros mot" quand je vois chaque jour les signes d’une préférence américaine, d’une préférence canadienne, d’une préférence chinoise ou d’une préférence indienne. La réciprocité doit redevenir la règle dans les rapports entre l’Union européenne et les autres régions du monde. Je ne vois pas d’objection à ce que la SNCF attribue des marchés à des entreprises canadiennes dès lors que les entreprises françaises peuvent avoir accès aux mêmes marchés dans les métropoles canadiennes. Aujourd’hui, je constate que ce n’est pas le cas. En l’absence de réciprocité, je souhaite que l’Union européenne réactive l’idée fondamentale de la préférence communautaire, qui était à la base du marché commun. Je propose qu’aussi longtemps que nous n’obtiendrons pas des conditions loyales pour la concurrence internationale, les achats publics européens soient réservés en priorité aux producteurs européens. L’Europe doit protéger et pour cela je proposerai à nos partenaires d’instaurer une préférence communautaire qui permette de faire face à la concurrence déloyale et de s’opposer aux dumpings. Je réhabiliterai la préférence communautaire, c’est-à-dire le droit pour l’Europe, lorsque c’est son intérêt, notamment à l’OMC, de préférer et donc de protéger ses produits, ses entreprises, ses marchés. L’Europe ne doit pas se résigner aux délocalisations, mais au contraire tout faire pour que l’activité se localise en Europe. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) (06/03/07) : Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Mon Projet Prélèvements obligatoires La baisse des prélèvements obligatoires, c’est une priorité pour moi. On ne peut pas se dire Européen et se satisfaire de prélèvements obligatoires qui représentent 45,3 % du PIB, soit quatre points de plus que la moyenne de l’Union européenne à 15. (…) Si on réduit de 4 points nos prélèvements obligatoires, on rend 68 milliards d’euros aux Français : 2000 euros rendus aux Français par foyer et par an, y compris les retraités, et 4900 euros par foyer si on s’en tient à la France qui travaille. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Interview Le Monde (23/01/07) Premier enfant Je souhaite qu’une allocation familiale soit versée dès le premier enfant parce que le premier enfant représente une charge très lourde pour les jeunes couples qui sont au début de leur carrière professionnelle, qui souvent enchaînent les petits boulots et sont confrontés à la précarité. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Président Pour redonner vraiment aux Français confiance dans la politique et leurs représentants, il faut fixer des objectifs clairs, s’engager sur des résultats et rendre régulièrement compte aux Français de leur réalisation. Le président de la République devra demain gouverner. Je proposerai pour le président de la République deux mandats, pas un de plus. Parce que j’estime que l’énergie que l’on met à durer, on ne la met pas à faire. Je souhaite que le président de la République puisse venir devant la représentation nationale pour présenter et expliquer ses grandes orientations de défense. Dans une démocratie moderne, il ne peut pas y avoir de domaines dont nous ne puissions pas parler. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Journée UMP de la Défense (07/03/07) Président de la République Je limiterai à deux le nombre de mandats du président de la République. Je rendrai compte régulièrement de mon action devant les Français et devant le Parlement. Je renforcerai les pouvoirs de celui-ci, notamment de l’opposition, parce que je ne veux pas gouverner seul et que je pense qu’une démocratie se protège des risques de dérive lorsqu’elle est capable d’organiser et d’accepter ses propres contre-pouvoirs. Source(s) Mon projet Presse écrite La presse, elle aussi, a été durement touchée, même si ses difficultés ont bien d’autres causes. L’arrivée d’Internet a été pour elle un facteur aggravant. Il faut donc soutenir la presse, garantir la pérennité de l’actuel système d’aides, notamment l’aide aux fonds propres. Enfin, nous devons être à ses côtés dans ses efforts pour s’adapter aux réalités nouvelles. Cela passera sans doute après concertation avec l’ensemble des partenaires concernés, à une réforme d’ensemble, et notamment, dans le secteur de la distribution, par une réforme de la loi Bichet, qui, par les contraintes qu’elle impose, provoque, indirectement, la fermeture de nombreux points de vente. L’Etat doit jouer pleinement son rôle, parce qu’il n’y a pas de pluralisme de l’information, et donc de démocratie véritable, sans des entreprises de presse rentables et économiquement viables. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Prêt à taux zéro Dans certains endroits, le prix des terrains s’est envolé. Je propose donc la création d’un nouveau prêt à taux zéro foncier : le ménage qui achète est propriétaire de tout, tout de suite, mais les échéances de ce prêt à taux zéro avec lequel il a acheté le terrain, ne commencent à courir qu’une fois le bâti remboursé. Je propose des prêts aux jeunes créateurs à taux zéro, parce que l’intérêt c’est le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est un acte de foi dans l’avenir. Source(s) Interview dans la revue La Vie Immobilière (octobre 2006) Discours Besançon (13/03/07) Prêt foncier Dans certains endroits, le prix des terrains s’est envolé. Je propose donc la création d’un nouveau prêt à taux zéro foncier : le ménage qui achète est propriétaire de tout, tout de suite, mais les échéances de ce prêt à taux zéro avec lequel il a acheté le terrain, ne commencent à courir qu’une fois le bâti remboursé. Source(s) Interview dans la revue La Vie Immobilière (octobre 2006) Prévention Je souhaite que nous engagions un grand programme de prévention et de recherche sur les maladies qui touchent spécifiquement les femmes. Une femme meurt toutes les heures d’un cancer du sein. C’est considérable alors que c’est, bien souvent, évitable. C’est une immense injustice. Je protégerai la spécialité de gynécologie médicale qu’on a voulu supprimer par le passé. Et je renforcerai les fonds publics consacrés à la recherche sur les maladies de la femme, les cancers, l’ostéoporose, les maladies de la vieillesse et notamment la maladie Alzheimer qui touchent particulièrement les femmes parce qu’elles vivent plus longtemps. Une femme qui souffre de la maladie d’Alzheimer, c’est une femme doublement fragile. Fragile parce que c’est une femme, fragile parce qu’elle est malade. Vous le craignez pour vos mères, vous le craignez pour vous-mêmes. Les années que nous gagnons en espérance de vie doivent être des années en bonne santé. Je ferai des maladies de la vieillesse une priorité de santé publique. Prévenir et guérir ces maladies, ce serait un immense progrès pour toute l’humanité. Source(s) Rencontre « Femmes et égalité des chances » (6/04/07) Prime pour l’emploi On donne une prime pour l’emploi à 8 millions de personnes. Autant dire qu’on ne la donne à personne. Je veux qu’on la donne à moins de monde, (…) mais qu’elle soit plus importante. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Prisons La prison est une autre zone d’ombre de notre République. Je ne veux pas parler de honte parce que ce terme ne rend pas compte du travail remarquable de l’administration pénitentiaire. Beaucoup d’améliorations ne doivent pas moins être apportées à notre régime carcéral. Citons les fouilles au corps, trop fréquentes et humiliantes, la surpopulation, la prise en charge insuffisante des souffrances psychiques, les conditions de visite pour les familles et les proches. Je propose la mise en place d’un contrôle général indépendant des prisons, qui pourrait intervenir à tout moment pour mettre un terme à des situations incompatibles avec les exigences du droit et de la dignité humaine. Je suis également partisan d’une grande loi pénitentiaire permettant à notre démocratie de définir ce qu’elle attend de ses prisons et de se donner les moyens de sa politique dans ce domaine. La poursuite de la construction des établissements pénitentiaires dont nous avons besoin ; la réduction du nombre de personnes en détention provisoire, en réservant cette hypothèse aux cas d’atteintes ou de tentatives d’atteinte à l’intégrité physique des personnes, et le placement dans d’autres structures, mieux adaptées, d’un grand nombre de personnes qui n’ont rien à faire en prison, je pense en particulier aux personnes qui souffrent de troubles psychiatriques ; enfin, l’élaboration d’une loi pénitentiaire exigeante et la création d’un contrôle général indépendant des prisons, feront qu’il ne sera plus possible, en France, d’obliger un détenu à partager sa cellule. Je souhaite que notre pays progresse sur la voie des libertés. Plus aucun citoyen ne devra craindre d’être placé sans défense en prison comme cela s’est passé dans la terrible affaire d’Outreau. Je créerai une procédure d’habeas corpus, qui garantira que personne n’est envoyé, ni main maintenu en prison sans qu’une juridiction collégiale statuant en audience publique ne se soit prononcée. Je veux également réformer en profondeur nos prisons pour qu’elles soient un lieu de préparation de la réinsertion, pas un lieu d’aggravation de la relégation. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Interview Lyon Capitale (05/04/07) Mon Projet Proche-orient Une autre priorité reste de relancer un processus de paix au Proche Orient, dont l’objectif est la création d’un Etat palestinien indépendant et viable et le renforcement de la sécurité d’Israël, sans lequel celui-ci ne fera pas de gestes politiques majeurs. Mais dans cette région, ma conviction est que la paix passera par le développement économique. L’Europe en cela a des arguments qu’elle doit faire jouer. Ma position se veut équilibrée. Je souhaite maintenir un engagement sans faille en faveur de la souveraineté, et de l’indépendance du Liban dont je suis l’ami. Je suis aussi un ami d’Israël, dont le droit à la sécurité ne se négocie pas. Cette amitié ne dispense d’ailleurs pas des critiques. Dans la tragédie libanaise de l’été passé, j’ai jugé excessive et inadaptée là réaction du gouvernement israélien et je ne me sens pas moins ami d’Israël en disant cela. Concernant le conflit israélo-palestinien, la seule solution durable passe par une paix juste, donc négociée, avec l’établissement de deux États viables, démocratiques, vivant dans des frontières sûres et reconnues. La France, avec ses partenaires, notamment au sein du Quartet, doit tout faire pour aboutir à une solution. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Interview Arabies (04/07) Produits Bio Je souhaite mettre en place une politique consistant à rendre, grâce à une fiscalité adaptée, tous les produits écologiquement bons moins chers que les autres produits. Source(s) Interview Agra Press Hebdo (22/01/07) Produits du terroir La force de notre agriculture, c’est sa diversité. Elle nous permet de concilier autosuffisance alimentaire, sécurité sanitaire, fortes exportations, qualité des produits, maintien des traditions culinaires et oenologiques. Il faut que notre politique agricole et celle de l’Union Européenne tiennent compte de cette diversité, sachant que les agriculteurs doivent pouvoir vivre majoritairement du prix de leurs productions. Les produits de terroir doivent gagner en rémunération par des circuits de distribution plus courts et un meilleur partage de la valeur ajoutée entre production et distribution. Source(s) Le Parisien (23/03/07) Produits phytosanitaires Il faut tendre vers des utilisations qui soient de plus en plus mesurées. Il faut recourir à ces produits quand c’est nécessaire et seulement quand c’est nécessaire. Les agriculteurs en sont convaincus. Je sais leur envie de mieux faire. Cette détermination est bien la preuve que les tentatives d’opposer agriculture et environnement sont vides de sens. Les producteurs ne sont pas les seuls concernés par les meilleurs usages des produits phytosanitaires. Ces produits servent aussi à l’entretien des voiries communales, des axes routiers ou des jardins. Là aussi, il faut faire des efforts. Source(s) Interview Le Mag Cultures (février 2007) Professionnels de Santé La priorité doit être de restaurer la confiance de chacun dans le système de santé, en particulier des professionnels. A l’hôpital, ils ont été trop longtemps soumis aux conséquences désastreuses des 35 heures. En libéral et dans les officines, ils ont eu l’impression d’être la seule variable d’ajustement du système. Dans l’industrie pharmaceutique, ils sont confrontés à la concurrence internationale et aux défis de l’innovation. Source(s) Interview Hôpitaux MAGazine (avril 2007) Promotion sociale Je souhaite que l’effort individuel, le courage, l’initiative personnelle, le mérite républicain soient les seuls critères de la promotion sociale, mais je sais aussi que certains ont tant d’obstacles à surmonter qu’ils n’ont aucune chance d’y arriver si on ne leur donne pas un coup de main supplémentaire. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Proportionnelle Je veux m’adresser aussi à tous ceux qui après le premier tour ne se sentent pas représentés, ont l’impression d’être exclus, d’être condamnés à ne pas avoir leur mot à dire dans la République. A tous ceux-là je veux dire que je les comprends et que je les respecte. Je veux leur dire que la proportionnelle n’est pas un bon système parce qu’elle donne le pouvoir aux partis, parce qu’elle rend difficile la constitution de majorités stables. Nous avons déjà connu dans notre histoire les conséquences dramatiques de l’instabilité gouvernementale. Nous ne pouvons pas y revenir. Mais nous devons réfléchir tous ensemble au moyen de permettre une représentation plus large des opinions et des sensibilités. Je m’engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée Nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse. Je veux m’adresser aussi à tous ceux qui après le premier tour ne se sentent pas représentés, ont l’impression d’être exclus, d’être condamnés à ne pas avoir leur mot à dire dans la République. A tous ceux-là je veux dire que je les comprends et que je les respecte. Je veux leur dire que la proportionnelle n’est pas un bon système parce qu’elle donne le pouvoir aux partis, parce qu’elle rend difficile la constitution de majorités stables. Nous avons déjà connu dans notre histoire les conséquences dramatiques de l’instabilité gouvernementale. Nous ne pouvons pas y revenir. Mais nous devons réfléchir tous ensemble au moyen de permettre une représentation plus large des opinions et des sensibilités. Je m’engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d’introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l’Assemblée Nationale sans créer le risque d’une instabilité qui serait désastreuse. Source(s) Discours Bercy (29/04/07) Protection de l’enfance Il faut profondément réformer le système de protection de l’enfance. Je souhaite expérimenter la séparation entre les juges chargés des mineurs délinquants et les juges chargés de la protection de l’enfance en danger. Pas seulement pour mieux prévenir et répondre à la délinquance des mineurs, mais aussi et surtout pour que nous soyons plus rapides et plus efficaces dans la protection des enfants victimes et vulnérables, avec des juges qui leur seront consacrés. Il faut appliquer les dispositions législatives (loi de 1998 rendant obligatoire l’audition filmée des enfants victimes d’abus sexuels) et les étendre à toutes les maltraitances. J’ai proposé que la médecine scolaire s’implique dans la détection précoce des enfants présentant des troubles du comportement. Il ne s’agit pas de repérer dès le plus jeune âge de futurs délinquants mais de ne pas rester les bras ballants devant ceux, qui même très jeunes, se conduisent de façon violente. Le rôle de l’école est de comprendre leur souffrance, afin de mettre en place les mesures utiles. Source(s) Interview Marie-Claire (avril 2007) Protection des sources journalistiques La protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse. Or, le principe du secret des sources n’est actuellement mentionné que de manière indirecte dans notre droit, notamment par l’article 109 du code de procédure pénale. Je suis prêt à inscrire le droit de tous les journalistes à la protection de leurs sources dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et à étendre à leur domicile les garanties prévues pour les locaux d’une entreprise de presse. Source(s) Réponses à Reporters sans frontières (avril 2007) Protection sociale Je créerai une cinquième branche de la protection sociale pour consacrer suffisamment de moyens à la perte d’autonomie et garantir à tous les Français qu’ils pourront rester à domicile s’ils le souhaitent. Je veux enfin que chacun puisse prendre un congé rémunéré pour pouvoir s’occuper d’un proche en fin de vie. Pour donner réellement la priorité à l’emploi, il faut arrêter de le taxer toujours plus et de faire peser sur lui les dépenses, santé, retraite, dépendance, qui vont croître plus vite que l’économie au cours des années qui viennent. Je crois qu’il faut explorer d’autres pistes de financement. La fiscalité écologique ne représente aujourd’hui que 2,9% du PIB, je propose d’élever ce niveau à 5% en 5 ans. Je souhaite que l’on réfléchisse à la manière dont les importations pourraient être mises à contribution pour financer notre protection sociale et alléger les charges pesant sur le travail. Il faut que nous en parlions avec nos partenaires de l’Union européenne. Source(s) Mon Projet Interview Panorama du médecin (mars 2007) Discours St Etienne (09/11/06) Protocole de Kyoto Le protocole de Kyoto a été un grand progrès même si ses ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont insuffisantes au regard des données scientifiques. Il nous faut aller plus loin avec les vingt pays industrialisés qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Je pense tout particulièrement aux Etats-Unis, dont je souhaite qu’ils assument leur part de responsabilité dans le réchauffement climatique. L’Europe pourrait leur proposer une coopération dans la recherche sur les énergies du futur, en mutualisant nos moyens respectifs. Mais à mon sens la Chine, comme le Brésil, l’Inde et la Russie devront prendre toute leur part dans la lutte pour le respect de l’environnement. Je crois aussi qu’il faut concilier les échanges avec le respect de l’environnement. L’OMC doit intégrer cette question dans la négociation des accords internationaux. Nous devrons veiller à ce que des mesures incitatives ou fiscales, comme une taxe carbone, soient mises en place pour lutter contre le dumping environnemental, en particulier s’agissant de la lutte contre le réchauffement climatique. Source(s) Conférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Quinquennat Je limiterai à deux le nombre de mandats du président de la République. Je rendrai compte régulièrement de mon action devant les Français et devant le Parlement. Je renforcerai les pouvoirs de celui-ci, notamment de l’opposition, parce que je ne veux pas gouverner seul et que je pense qu’une démocratie se protège des risques de dérive lorsqu’elle est capable d’organiser et d’accepter ses propres contre-pouvoirs. Source(s) Mon projet Radars L’installation des radars, c’est moi qui l’ait eu, l’idée. Le président de la République nous avait fixé comme une obligation d’avoir des résultats en matière de sécurité routière, et la demande d’installation des radars, je l’assume. Regardez les résultats, 10 000 tués en moins, c’est 10 000 familles à qui on ne vient pas un matin glauque expliquer que le fils ou la fille est mort. 50 % des tués sur la route n’ont commis qu’un seul crime, croiser un assassin de la route. Ils n’y sont pour rien, ils sont avec leur famille au volant de leur voiture, ils ne demandaient rien à personne, et ils croisent un dingue. Source(s) J’ai une question à vous poser (TF1 – 5/02/07) Rayonnement culturel Mon rêve, aujourd’hui, c’est que la France compte hors de l’hexagone. Que ses créateurs, écrivains, artistes soient connus et reconnus, que notre création soit vivante dans les universités étrangères, les colloques, les grandes collections, les musées phares, les grands projets architecturaux, au sein du marché de l’art comme de celui du cinéma. Non pas que nous soyons absents. Mais nous ne sommes pas assez présents, assez influents. On le sent bien, c’est un élan, une volonté, une confiance que nous devons retrouver pour peser vraiment. Je souhaite que nous nous dotions des relais les plus performants pour porter cet esprit de conquête. Je souhaite que le réseau de nos centres culturels à l’étranger, soit plus présent et plus actif au coeur des nouvelles puissances, des pays émergents, notamment du côté de l’Asie. De même, il est urgent de mieux fédérer notre paysage audiovisuel extérieur, qui, là encore, est éclaté en de multiples chaînes, au lieu de rassembler ses moyens et ses talents pour porter de façon moderne et crédible la voix de la France. Et puis, il faut que nos grandes expositions circulent davantage. Que nos galeries, nos artistes soient plus présents dans les grandes foires internationales, ce qui est l’une des conditions pour que la place de Paris redevienne l’une des plaques tournantes du marché de l’art. Tout est lié. Il faut, enfin, exporter partout dans le monde notre savoir-faire, notre ingénierie culturelle et faire connaître nos chefs d’oeuvre en tous lieux. Pour accroître notre rayonnement, pour renforcer nos positions, nous devons aussi jouer avec force la carte européenne. Il y a un système d’éducation européen à inventer, dont ERASMUS ne contient que les prémices, avec des parcours universitaires effectués dans différents pays, et cela dans toutes les disciplines. Avec des écoles européennes. Par exemple, une école européenne du patrimoine. Par exemple, une école européenne du cinéma, parce que cela a du sens. Et il y a, bien sûr, une culture européenne à faire vivre, avec le développement des coproductions cinématographiques et audiovisuelles, avec la circulation des oeuvres et des artistes, des aides massives à la traduction, des grandes manifestations et expositions itinérantes et la multiplication d’institutions comme la Villa Médicis ou la Casa Vélasquez dans les grandes nations d’Europe. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Recherche Je ferai des sciences du vivant une priorité de notre recherche. (…) J’investirai massivement dans la formation, dans la recherche (…) Nous investirons dans la recherche sur les technologies propres. (…)L’enseignement supérieur et la recherche seront pour moi une priorité absolue. Leurs moyens seront portés au même niveau que dans les pays les plus en pointe sur le sujet, mais cela s’accompagnera de réformes de fond. Je donnerai aux universités volontaires une autonomie réelle. Je réformerai notre appareil de recherche pour créer les conditions de travail et de rémunération permettant d’attirer et de garder les meilleurs enseignants et chercheurs. La recherche française, parce qu’elle n’a pas su faire évoluer son organisation depuis 60 ans, est en situation de décrochage. La loi de programme du 18 avril 2006 a constitué un premier sursaut, en introduisant deux éléments indispensables à un renouveau de notre système de recherche : une évaluation indépendante (par le biais de L’AERES) et un financement selon une logique de projet (grâce à l’ANR). J’entends poursuivre cet effort et même aller plus loin durant les cinq prochaines années, avec la généralisation du financement par projet (l’ANR ne concerne que 6 % des crédits publics de la recherche] et la mise en place d’une évaluation systématique dans l’ensemble du système. Nous n’avons pas aujourd’hui les moyens financiers de relever le défi de la bataille mondiale de l’intelligence. Pendant les cinq prochaines années, je ferai donc de l’augmentation des dépenses consacrées à l’enseignement supérieur [5 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2012) et à [a recherche (15 milliards d’euros supplémentaires, pour atteindre l’objectif de 3 % du PIB en 2012) une priorité. Avec ces nouveaux financements, accompagnés des réformes structurelles indispensables, j’entends notamment revaloriser les carrières des enseignants et des chercheurs, grâce à des rémunérations plus élevées et davantage modulées selon le mérite, des responsabilités supplémentaires pour les chercheurs, même jeunes, qui ont fait leurs preuves, et des moyens plus importants pour travailler (laboratoires bien équipés]. Le secteur privé ne représente que la moitié des dépenses nationales de recherche. Mon objectif est qu’il en atteigne les deux tiers d’ici 2012. J’encouragerai notamment l’innovation dans les PME, dont l’effort de recherche est proportionnellement le plus faible, en renforçant le crédit impôt-recherche, en leur réservant une partie des crédits publics de recherche et en ratifiant le protocole de Londres sur le brevet européen. Dans La continuité de La politique des pôles de compétitivité, je favoriserai les liens entre le secteur privé et les autres acteurs de l’innovation afin d accroître la circulation du savoir et de multiplier les créations d’entreprises issues du monde de la recherche (en considérant par exemple comme zone franche fiscale les incubateurs d’entreprise dans les universités). L’évotution de notre société exige plus de transparence, plus de participation et plus de responsabilité dans la définition et la conduite des politiques publiques, y compris ce Iles relatives à l’enseignement supérieur et à la recherche. Je veux renforcer le rôle du Parlement, notamment pour le contrôle de la mise en oeuvre des politiques gouvernementales. J’entends consulter, avant toute réforme importante, les citoyens et les personnes intéressées par la réforme. Cela vaudra notamment pour la réforme de l’enseignement supérieur et de La recherche. Je souhaite la création d’un comité erwironnemental d’éthique, ayant la même crédibilité, la même notoriété, la même indépendance, que le Comité national d’éthique afin que Les citoyens puissent être éclairés sur les grandes questions posées par la recherche scientifique en matière environ-nementale. C’est ainsi que nous pourrons concilier le principe de précaution et l’idéal de progrès. À l’université, [es scientifiques auront également un rôle central une fois la réforme de la gouveerrance achevée : les chercheurs et les enseignants-chercheurs auront une place beaucoup plus importante dans les conseils d’administration. Nous persistons dans le financement récurrent des structures de recherche, alors que les pays les plus dynamiques fonctionnent selon une logique de projets. Nous persistons à laisser nos universités à la périphérie de l’effort de recherche, alors que nos partenaires placent les leurs au centre. Nous continuons à enfermer nos universités dans un carcan centralisé pendant que les universités de tous nos concurrents fonctionnent de manière autonome et libre. Face au risque de décrochage scientifique et technologique, les réformes sont une priorité. Je transformerai donc nos grands organismes de recherche en agences de moyens, chargées de sélectionner et financer des équipes de recherche pour des projets à durée déterminée. Je renforcerai la gouvernance des universités et je donnerai à celles qui le souhaitent un statut d’autonomie réelle afin qu’elles disposent de tous les moyens nécessaires pour se développer et réussir. Le défi, c’est de mettre notre pays en situation de tirer le meilleur parti des multiples nouveaux services et usages que le très haut débit et l’internet mobile rendront possibles. Il est majeur. La recherche et l’innovation en sont le coeur. En augmentant le budget de l’enseignement supérieur de 50% en cinq ans et l’effort de recherche de 40%, j’ai l’ambition de leur en donner les moyens. Je ferai d’internet l’une des quatre ou cinq priorités de la recherche nationale et je favoriserai la création d’incubateurs d’entreprises dans les universités, qui seront alors considérées comme des zones franches. Source(s) Mon Projet VRS (02-03/07) tribune journal du net (20/04/07) Recherche médicale Dans le cadre de l’augmentation générale de l’effort de recherche, je souhaite doubler les moyens de la recherche médicale au cours des cinq prochaines années. Il me paraît nécessaire de construire, à partir de l’INSERM, une agence unique de la recherche médicale qui procédera à des appels d’offres et des financements sur projet ainsi qu’à l’évaluation des résultats. Il faut favoriser le développement des jeunes entreprises innovantes en biotechnologies, en dynamisant l’environnement fiscal et financier dans lequel elles évoluent. Il faut enfin tout faire pour garder nos meilleurs chercheurs en France et attirer leurs homologues étrangers. Source(s) Interview Pharmaceutiques (mars 2007) Récidive Je souhaite qu’on créé des peines planchers pour les multirécidivistes, parce que 50 % des délits, c’est 5 % des délinquants. Et celui qui ne comprend pas qu’on ne doit pas revenir 25 fois devant le même tribunal pour la même chose, je souhaite qu’il soit puni sévèrement avec la certitude de la sanction. Je veux des peines doublées pour les multirécidivistes. Je veux résoudre enfin le problème des mineurs. Le mineur multirécidiviste de 16 à 18 ans sera puni comme un majeur. Source(s) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Redevance télé Je ne suis pas pour l’augmentation de la redevance télé. Source(s) Interview Télérama (14/02/07) Réduction des émissions de gaz à effet de serre Le changement climatique constitue un défi majeur de notre siècle. Si nous ne prenons pas rapidement les décisions qui s’imposent pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, c’est notre propre survie qui est menacée. Or, le secteur du bâtiment absorbe à lui seul près de 40% de la consommation française d’énergie, loin devant les transports et l’industrie. L’utilisation des matériaux écologiques constitue, par conséquent, l’un des moyens les plus sûrs pour réduire notre consommation et maîtriser nos émissions de gaz à effet de serre. Source(s) Interview Architecture Bois (avril 2007) Réformes Je vous associerai au choix des réformes. Je crois que l’on prend de meilleures décisions si l’on prend le temps d’écouter ceux qui sont concernés sur le terrain, et que les réformes sont mieux appliquées si chacun a pu au préalable les comprendre et les accepter. 10% du corps électoral pourront demander au Parlement de se prononcer sur un texte de loi. Source(s) Mon projet Régimes spéciaux J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. Je ferai la réforme des régimes spéciaux de retraite. Je n’accepte pas cette idée que tous les Français du public et du privé doivent cotiser 40 ans et que dans les régimes spéciaux, je ne leur reproche pas, on doit cotiser 37 années et demi. Source(s) Mon Projet Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Regroupement familial Le regroupement familial ne sera possible que si la personne a un logement et un travail lui permettant de faire vivre sa famille sans prise en compte des allocations familiales. Il y aura trois conditions à poser pour qu’un étranger en France puisse faire venir sa famille : qu’il ait un logement pour la loger, pour qu’il n’y ait plus de squats ; qu’il ait les revenus de son travail pour la faire vivre, (..) ; et troisièmement qu’on apprenne le français, en tout cas des rudiments de français, avant de venir en France, parce que si on ne le fait pas, on ne peut pas s’intégrer. Source(s) Mon Projet Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Régularisation En régularisant tous les sans-papiers on incite une masse croissante de malheureux à immigrer clandestinement dans l’espoir d’être régularisés un jour et l’on fait monter le ressentiment chez ceux qu’on accueille si mal et chez ceux qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays. Si je suis élu président de la République, il n’y aura pas de régularisation globale. Source(s) Discours de Caen (09/03/07) Réinsertion Je veux augmenter les revenus du travail et faire du travail la voie de la réinsertion. Source(s) Discours Nantes (15/03/07) Relations entre les Etats Nous devrons rendre les relations entre les Etats plus transparentes. Il nous faut les débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes. Nous ne devons pas non plus nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d’Etat, mais d’un dialogue franc et objectif, d’une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d’une communauté d’intérêts à long terme. Source(s) Conférence de presse sur la politique internationale (28/02/07) Religion La religion est évidemment d’abord une affaire privée. Nul ne doit être contraint ni de croire, ni de révéler sa croyance ou son incroyance. Chacun doit être libre de transmettre ou non sa foi. Nous vivons dans un pays qui, depuis plus d’une centaine d’années, a fait le choix de laisser la religion dans le registre de la vie privée. C’est notre tradition, et désormais une condition absolue de notre équilibre social. Je l’estime essentielle et je ferai tout pour la respecter et la conforter. Pour lutter contre l’intégrisme et le communautarisme, il faut que toutes celles et tous ceux qui ont la foi, puissent la vivre et la pratiquer en toute égalité. Oui, il n’y a que des Français, égaux devant la loi, également respectables, également dignes de croire ou de ne pas croire, de pratiquer leur foi s’ils le souhaitent, à la seule condition de respecter l’ordre public. La première question est celle du financement de la construction des lieux de culte. Je suis d’accord sur le constat. Il n’est pas juste que les fidèles des confessions en expansion récente sur notre territoire, l’islam sunnite et le christianisme évangélique, rencontrent des difficultés pour pratiquer leur culte. La loi de 1905 a organisé, en réalité, le financement public de l’immobilier affecté aux cultes qui étaient présents en France à l’époque du vote de la loi - et c’est très bien ainsi. Mais les cultes les plus récemment installés en France ne bénéficient pas, eux, d’un tel effort national. Et ils sont contraints, trop souvent, de recourir à des montages juridiques hasardeux et à un financement venant de l’étranger. Cela n’est satisfaisant ni pour les cultes, ni pour l’ordre public. Source(s) Interview La Vie (5/04/07) Tribune La Croix (21/09/06) Repentance La mode de la repentance est une mode exécrable. Je n’accepte pas que l’on demande aux fils d’expier les fautes des pères, surtout quand ils ne les ont pas commises. Je n’accepte pas que l’on juge toujours le passé avec les préjugés du présent. Je n’accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l’histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation. Je n’accepte pas ce changement systématique de la nation qui est la forme ultime de la détestation de soi. Car pour un français, haïr la France c’est se haïr lui-même. Je n’accepte pas que l’on veuille vivre en France en professant la haine de la France. Je veux que le racisme et l’antisémitisme soient poursuivis et condamnés avec la plus grande sévérité. Mais je ne veux pas que l’on dise que tous les Français sont racistes ou antisémites, parce que c’est faux. Je ne veux pas que l’on dise que la France est le pays le plus raciste et le plus antisémite au monde, parce que ce n’est pas vrai, parce que la France c’est exactement le contraire, c’est le pays des droits de l’homme, c’est le pays qui récuse le plus le communautarisme qui renvoie chacun à ses origines ethniques et religieuses, c’est le pays de la République, qui s’est toujours battu depuis deux cents ans pour la liberté, l’égalité et la fraternité de tous les hommes . Source(s) Discours de Caen (09/03/07) République Je souhaite une République en tout point exemplaire : exemplaire au niveau de l’organisation de ses pouvoirs constitutionnels, exemplaire au regard du juste équilibre qui doit nécessairement exister entre eux, exemplaire du point de vue de la protection des libertés. Je ne crois pas à la République sans un minimum d’ordre, l’ordre républicain, je ne crois pas qu’on peut tout faire, je crois à la justice voyez-vous, mais je crois aussi à la fermeté. Je crois aux droits, mais je crois aussi aux devoirs. Source(s) Tribune « Une démocratie irréprochable » (Le Monde – 9/03/07) Emission A vous de Juger sur France 2 (08/03/07) Réquisition Je suis contre la réquisition pour une raison assez simple, c’est que la réquisition, ça conduira à ce que les propriétaires ne loueront plus leurs appartements. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Respect Au fonctionnaire de police, au professeur, à l’agent hospitalier, au chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter, agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes est inacceptable, parce qu’ils ont droit à leur dignité et parce qu’à travers eux c’est à l’autorité de l’Etat qu’on porte atteinte, c’est la République qu’on offense. Source(s) Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Responsabilité des entrepreneurs Je sais que les chefs d’entreprise ressentent aujourd’hui une pression croissante en faveur de la mise en cause de leur responsabilité, notamment sur le terrain pénal. La facilité avec laquelle ils peuvent être mis en cause et condamnés est vécue par beaucoup, à juste titre, comme une très profonde injustice. Si je suis élu, je souhaite qu’une commission composée de juristes, d’économistes, de représentants des salariés et de chefs d’entreprise réexamine le régime complet de responsabilité des dirigeants d’entreprise, dans tous les domaines de la gestion, et à identifier les changements nécessaires. Source(s) Réponses CGPME Restauration Je n’ai jamais compris que la fixation des taux de TVA pour des prestations locales doive relever d’une directive négociée à l’unanimité des Etats membres de l’UE. Autant je suis attaché aux progrès de l’harmonisation fiscale européenne pour l’impôt sur les sociétés ou pour les droits sur les alcools, l’essence, les cigarettes, qui manifestement impactent les échanges au sein de l’Union, autant je souhaite que la TVA sur les prestations locales, telles que la restauration ou la rénovation de logements, revienne entièrement dans le champ de notre compétence nationale, aussi tôt que possible. J’entreprendrai ce combat si je suis élu, j’en prends l’engagement. Cette modification permettra alors à la France d’harmoniser à la baisse ses taux de TVA en matière de restauration, dans le cadre d’un accord global qui est à définir. Mais pour moi, l’objectif sera très clair : que la réduction de la pression fiscale ait un impact global, sur les prix pratiqués, sur le nombre d’emplois dans le secteur – nous savons qu’il constitue un gisement potentiel considérable – et sur le niveau des rémunérations pratiquées dans l’hôtellerie. A mes yeux, si l’Etat accepte de se priver d’une recette fiscale importante, c’est à la condition d’un accord gagnant-gagnant avec la profession, les salariés et les consommateurs. Nous avons déjà négocié ensemble un tel accord. Nous pouvons aller plus loin. Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06)

Retraites Le retraité qui veut travailler et toucher sa retraite pourra le faire, J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. J’allouerai des droits sociaux et des droits à la retraite à ceux qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants ou qui s’occupent d’une personne handicapée. Les droits des femmes sont fragiles et incomplets au moment de la retraite. Je veux parler de la pauvreté des femmes âgées. Parce que derrière la pudeur et la réticence à en parler, se cachent d’immenses injustices. L’injustice faite à celles qui ont travaillé toute leur vie aux côtés de leur mari et dont on a accepté pendant des années qu’elles n’acquièrent aucun droit propre à la retraite. L’injustice faite à celles qui subissent, dans le montant de leur retraite, les conséquences de carrières entrecoupées par les grossesses et l’éducation des enfants. Si nous devons réformer les régimes spéciaux de retraite, c’est pour pouvoir revaloriser ces petites retraites. L’injustice faite aux veuves, dont les pensions de réversion, si ce n’était l’intervention du minimum vieillesse, sont inférieures à 300 euros en moyenne. Quand un homme a travaillé toute sa vie, il doit pouvoir mourir dans la certitude que sa femme aura un minimum décent pour vivre. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce n’est pas une juste récompense du travail. J’augmenterai le taux des pensions de réversion. Quand un homme et une femme vivent ensemble, les cotisations retraites de l’un ne sont pas les siennes, mais celles du couple. L’injustice faites aux femmes qui se consacrent exclusivement à l’éducation de leurs enfants, qui n’ont pas recours aux crèches et aux services d’accueil de l’enfance, mais qui n’ont droit ni à une pension de retraite, ni même à une sécurité sociale indépendante de leur mari. Je donnerai des droits sociaux et des droits à la retraite aux mères de famille qui se consacrent exclusivement à l’éducation de leurs enfants. Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d’être la durée hebdomadaire légale du travail. Que ce soit un minimum, cela me va très bien. Ce que je n’accepte pas est que cela soit aussi un maximum. Quelle drôle d’idée que d’interdire aux Français de travailler plus pour gagner plus. (...) La retraite, ce n’est pas un problème d’épargne mais de travail. Si cela vous intéresse de travailler jusqu’à 70 ans et de partir ensuite en vacances plutôt qu’acheter un appartement pour vos petits-enfants, c’est votre droit. Mais en travaillant davantage, vous contribuez à résoudre le problème de l’équilibre des retraites. Source(s) : Mon Projet Rencontre « Femmes et égalité des chances » (06/04/07) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007

Revalorisation du travail annuel Le travail manuel et l’« intelligence de la main » sont encore trop dévalorisés. Il en résulte une désaffection des jeunes, alors que plusieurs de ces secteurs sont des gisements importants d’emplois stables, durables et profondément utiles à la collectivité. Je souhaite engager une vaste démarche de revalorisation des métiers manuels et techniques. L’orientation des élèves sera renforcée à tous les niveaux du cursus scolaire, par la création d’un véritable service public de l’orientation. Il devra contribuer notamment à valoriser l’entreprise et les métiers auprès des élèves, afin de poursuivre le développement de l’enseignement professionnel et technique, mais aussi des cursus fondés sur l’alternance. Parallèlement, je souhaite créer des universités des métiers, c’est-à-dire des établissements d’excellence dans des secteurs plus manuels ou plus techniques, mais qui jouent aussi un rôle déterminant dans notre économie : par exemple, le jeu vidéo, les métiers d’art ou la gastronomie. S’agissant du pouvoir d’achat, comme pour tous les emplois, les emplois plus manuels bénéficieront de l’exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires. Ils pourront travailler plus pour gagner plus. Dans le même temps, l’introduction d’une contrepartie à la perception de revenus minimaux achèvera de revaloriser le travail, y compris manuel. Source(s) Réponses CGPME Revenu de solidarité active S’agissant des personnes pauvres, je mettrai en place la réforme proposée par Martin Hirsch, président d’Emmaüs France : la création d’un revenu de solidarité active au profit de ceux qui reprennent un emploi. Source(s) Interview dans La Croix (13/03/07) RMI L’assistanat est, pour moi, la plus insidieuse des aliénations. Parfois, j’entends que l’on prétend que je voudrais supprimer le RMI ! Non, il n’en a jamais été question ! En revanche, je n’accepte pas que l’on bénéficie de la solidarité nationale sans obligation réciproque, sans effort. Les minima sociaux attribués à des personnes en âge de travailler sont là pour les aider à franchir une étape difficile. Cela peut arriver à chacun mais cela ne peut pas et ne doit pas devenir un moyen de subsistance à vie. C’est aussi une question de dignité ! Je veux que tout bénéficiaire d’un minimum social en âge de travailler ait une activité adaptée à sa situation, qu’il s’agisse de formation ou de travail d’intérêt général. Le but de cette activité doit être de retrouver un emploi car c’est en travaillant que les hommes et les femmes peuvent concevoir des projets et donner le meilleur à leurs enfants. C’est en travaillant que l’on peut vivre debout ! Source(s) Discours Guadeloupe (23/03/07) Ruralité Il faut restaurer l’égalité des chances entre les territoires et garantir la qualité de vie des campagnes. Je n’ignore pas les problèmes de logement, d’accès aux soins, de prise en charge des jeunes enfants et des personnes âgées, de transport, de présence des services publics et des services au public dans les territoires ruraux. Ces problèmes doivent recevoir des réponses. Rétablir la confiance est plus que jamais nécessaire pour ceux de nos concitoyens qui sont issus du monde rural. Depuis des décennies, certains de nos territoires ruraux les plus fragiles sont gagnés peu à peu par la désertification. Or je veux affirmer, une fois encore, qu’il n’y a pas de fatalité au dépeuplement ni à l’exode rural, pour peu que l’Etat poursuive et amplifie ce qui fut toujours une grande politique, une politique originale dans notre pays, celle de l’aménagement du territoire. Elle n’est d’ailleurs pas pour rien dans la qualité de vie et des services publics que nous reconnaissent les étrangers qui visitent et apprécient notre pays. Aménager le territoire, c’est refuser que l’Etat ne renforce encore les tendances, là, à la concentration, ailleurs, au dépeuplement, plutôt que de rechercher un équilibre dans le développement de nos territoires. Aménager le territoire, c’est finalement garantir une véritable égalité des chances pour chaque Français, en tout point du territoire. Je n’accepte pas les fermetures de services publics en milieu rural, sans concertation et sans préavis. Comprenons-nous bien, je suis absolument convaincu que les services publics doivent évoluer, en fonction notamment des besoins exprimés par les habitants et les élus. Mais fermer purement et simplement un service public dans une zone rurale déjà fragilisée, m’a toujours semblé être le degré zéro de la réforme. Je veux prendre un engagement clair : que toute évolution des services publics ne puisse intervenir que pour garantir à tous un service d’une qualité encore supérieure. C’est le principe des « Points Poste » qui sont confiés à des commerces de proximité, ce qui permet d’assurer les mêmes services avec des horaires d’ouverture plus longs. Pour permettre au monde rural français de rebondir, pour garantir la permanence des grands services régaliens, nous avons le devoir d’imaginer, d’utiliser les nouvelles technologies, de jouer sur la polyvalence des agents et de mutualiser, partout où cela est possible, les moyens des acteurs publics ou privés. La nouvelle politique de développement rural européenne, telle qu’appliquée en France, va se traduire par un certain degré de régionalisation. Certains pays choisissent d’aller plus loin. Ce sont des pays avec des traditions décentralisées fortes. Je ne suis pas hostile à ce que la France renforce le rôle de l’échelon régional. Je pense cependant que l’urgence réside dans la clarification des objectifs des aides du second pilier. Nous devons fixer quelques objectifs clairs, dotés de moyens importants, pour éviter le saupoudrage. Le développement rural est un enjeu majeur, qui mérite des moyens à la hauteur et un haut degré d’efficience des politiques publiques, communautaire comme française. Source(s) Interview L’Echo Républicain (10/04/07) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Interview Le Mag Cultures (février 2007) Salaires Je veux être le Président du pouvoir d’achat. Pour cela, je permettrai d’abord à ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus de le faire, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Les heures supplémentaires seront toutes payées au moins 25 % de plus que les heures normales, et elles seront exonérées de toute charge sociale et de tout impôt. En travaillant quatre heures de plus par semaine, un salarié rémunéré au Smic gagnera immédiatement 165 euros net de plus par mois. Les salaires sont trop bas dans notre pays. Je demanderai aux entreprises de faire un effort sur les salaires car l’État fait lui-même un effort sur les allégements de charges. Dès le mois de juin, je réunirai une conférence avec les partenaires sociaux afin que l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes soit totale d’ici 2010. Les femmes subissent plus que les hommes les salaires trop bas, le travail précaire, le sous-emploi, l’absence de formation. Le problème, c’est non seulement que les salaires sont trop bas, mais encore que la grille des salaires est écrasée avec beaucoup de Français dont les salaires ont été rattrapés par le Smic. C’est pourquoi ma politique sera une politique d’augmentation de tous les salaires, le Smic bien sûr, mais aussi les autres, pour sortir de cet égalitarisme qui dévalorise l’effort et le travail. Et c’est pourquoi aussi je suis opposé au Smic à 1 500 euros brut n’importe quand et dans n’importe quelles conditions. Pour permettre l’augmentation de tous les salaires, je prendrai trois mesures : la rémunération au moins 25 % de plus des heures supplémentaires et leur exonération fiscale et sociale. Cela représentera 165 euros net de plus par mois pour un salarié rémunéré au Smic qui travaillera cinquante minutes de plus par jour ; l’obligation pour les branches d’augmenter la grille des salaires, faute de quoi elles perdront les allégements de charges ; l’investissement dans l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation pour que nos emplois soient plus qualifiés et donc mieux rémunérés. Source(s) Mon Projet Libération (10/04/07) Santé J’engagerai la politique de santé publique et de prévention qui nous fait défaut depuis tant d’années. J’améliorerai les conditions de travail des professionnels de la santé, leur ferai bien davantage confiance, reconnaîtrai leur mérite par de plus grandes facilités de promotion professionnelle, et libérerai l’hôpital de la contrainte des 35 heures en permettant à tous ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage de le faire. Je souhaite garantir l’égalité et l’équité de l’accès aux soins pour tous sur tout le territoire. Mais je veux également que chacun se sente responsable du financement de notre système de santé. Je ne pense pas qu’il y ait matière à beaucoup d’économies dans la santé. Compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, du progrès médical et de l’aspiration bien naturelle de nos concitoyens à vivre en bonne santé, l’investissement dans la santé sera forcément majeur. Je veux que nous préservions l’excellence de notre système de santé, qui est l’un des meilleurs du monde. Au lieu de lutter contre ses gaspillages, nous avons organisé son rationnement, essoufflant nos professionnels sous le poids de la bureaucratie, de l’isolement, des inégalités, sans parler des 35 heures. Pour moi, la santé n’est pas un coût, c’est un investissement, une richesse, des emplois, de la croissance, et surtout un bien-être qui n’a aucun prix. C’est pourquoi tout euro dépensé dans la santé doit être un euro utile, qui serve à guérir ou à soulager la souffrance. Je ferai des sciences du vivant une priorité de notre recherche. Les remboursements pour les lunettes et les prothèses, les Français ont un remboursement qui ne doit pas être supérieur à 30 %, alors que le problème d’hygiène dentaire, c’est un problème de santé publique, on ne peut pas dire que c’est du confort, on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque, et pareil pour les lunettes, ce n’est pas une question de mode, c’est une question de nécessité. J’ai proposé qu’on porte les remboursements jusqu’à 50 %, mais je veux qu’à l’inverse, on pose le problème des fraudes, des médicaments de confort et des excès en tout genre. Source(s) Mon Projet Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Scolarité S’agissant de la scolarisation des enfants de deux à trois ans, toutes les études montrent que, telle est pratiquée aujourd’hui, c’est-à-dire dans des classes trop nombreuses, avec du personnel insuffisamment formé et des institutrices qui sont seules à s’occuper d’une trentaine d’enfants, elle n’est pas adaptée à des enfants aussi jeunes. Par conséquent, je ne veux pas développer la scolarisation des enfants de deux à trois ans. Lorsque l’environnement familial des enfants ne leur permet pas d’acquérir le vocabulaire qui leur sera nécessaire pour réussir l’apprentissage de la lecture, de petites structures de prise en charge, avec des personnels qualifiés, devront toutefois être créées. Source(s) Interview à la revue Cotémômes

SDF S’agissant des sans domicile fixe, je suis pour des centres d’hébergement de petite taille, qui gardent les gens plus qu’une nuit, deux nuits ou une semaine pour les réinsérer. Source(s) : J’ai une question à vous poser (5/02/07)

Seconde chance Je prends l’engagement si je suis élu de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements et de développer dans toutes les disciplines des cursus qui permettent d’accéder à l’enseignement supérieur sans le bac, comme c’est déjà le cas avec la capacité en droit ou avec le Conservatoire National des Arts et Métiers. Je veux que toute personne qui n’a pas pu faire les études de son choix puisse les entreprendre plus tard. Source(s) Discours Maisons-Alfort (02/02/07), Discours Nantes (15/03/07) Sécurité Je poursuivrai la politique de sécurité que j’ai engagée depuis 2002. Des peines planchers seront instaurées pour les multirécidivistes et le droit pénal des mineurs sera réformé. Source(s) Mon Projet Sécurité sociale professionnelle Ceux qui font l’effort de travailler doivent bénéficier d’une vraie protection contre le chômage et contre les aléas de l’économie. Avec les partenaires sociaux, je créerai la sécurité sociale professionnelle. Elle ne supprimera pas le chômage, pas plus que la Sécurité sociale n’a supprimé la maladie. Mais elle permettra à chacun de surmonter au mieux et au plus vite cette difficulté. Une personne licenciée pour des raisons économiques ne perdra pas son contrat de travail : celui-ci sera transféré au service public de l’emploi qui lui garantira 90% de sa rémunération antérieure aussi longtemps que nécessaire, pour suivre une formation qualifiante, trouver un nouvel emploi, essayer un nouveau métier. En revanche, il ne sera plus possible de refuser plus de deux emplois sans justification. Source(s) Mon projet Seniors Notre pays aidera les entreprises à donner du travail aux seniors au lieu de les encourager à s’en séparer. Il nous faudra aussi cesser de mettre de côté les seniors qui pourraient et voudraient poursuivre leur activité. Il est inouï que nous continuions à dépenser plus de 5 milliards et demi d’euros chaque année pour retirer du marché du travail des personnes qui sont encore dans la force de l’âge. Si, là encore, cela devait permettre aux jeunes de travailler, nous n’aurions pas hélas l’un des taux de chômage des jeunes les plus élevés du monde. Source(s) Mon Projet Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Service civique Je donnerai des avantages concrets à ceux qui donnent de leur temps à la société dans les associations, et créerai un service civique obligatoire de six mois. Si je suis élu, je mettrai en place le service civique de 6 mois. Parce qu’il faut une fois au moins que l’on demande quelque chose à la jeunesse en contrepartie de ce qu’elle reçoit. Elle y trouvera la possibilité de servir de grandes causes, d’élargir son horizon, de rencontrer d’autres gens que ceux qu’elle a l’habitude de voir. (…) Dans son volet militaire et de sécurité, le service civique pourrait utilement contribuer au renforcement de nos capacités de réaction, via notamment une réserve opérationnelle plus consistante, à même de soulager nos armées déjà fortement sollicitées sur les théâtres extérieurs. Source(s) Mon Projet Discours Zénith (18/03/07) Interview Revue Défense & Sécurité internationale (Mars 2007) Service minimum Dès l’été, une loi créera un service minimum garanti en cas de grève. En échange des efforts que je leur demanderai, nos fonctionnaires seront plus considérés, mieux payés et leurs carrières seront plus valorisantes. Source(s) Mon Projet Service public de l’emploi L’ANPE, l’Unedic, les Maisons de l’emploi seront réunies en un seul service public de l’emploi, qui interviendra immédiatement et de manière personnalisée pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de trouver ou retrouver un emploi beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui. Source(s) Mon projet Services publics Je crois résolument dans le service public, à son rôle pour l’égalité des chances. C’est pourquoi il est essentiel d’assurer sa présence dans les quartiers en difficulté, en milieu rural, outre-mer. Mais je veux que le service public soit au service du public. Je souhaite que son fonctionnement et ses horaires d’ouverture répondent mieux à vos attentes. Source(s) Mon projet Services publics en milieu rural Je n’accepte pas les fermetures de services publics en milieu rural, sans concertation et sans préavis. Comprenons-nous bien, je suis absolument convaincu que les services publics doivent évoluer, en fonction notamment des besoins exprimés par les habitants et les élus. Mais fermer purement et simplement un service public dans une zone rurale déjà fragilisée, m’a toujours semblé être le degré zéro de la réforme. Je veux prendre un engagement clair : que toute évolution des services publics ne puisse intervenir que pour garantir à tous un service d’une qualité encore supérieure. C’est le principe des « Points Poste » qui sont confiés à des commerces de proximité, ce qui permet d’assurer les mêmes services avec des horaires d’ouverture plus longs. Pour permettre au monde rural français de rebondir, pour garantir la permanence des grands services régaliens, nous avons le devoir d’imaginer, d’utiliser les nouvelles technologies, de jouer sur la polyvalence des agents et de mutualiser, partout où cela est possible, les moyens des acteurs publics ou privés. Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) SMIC Le problème de la France, c’est que la SMIC, qui devrait n’être qu’un point de départ, est de plus en plus un point d’arrivée. De plus en plus de Français sont rémunérés au SMIC : 17% contre 1,4% des salariés britanniques, alors même que le SMIC britannique est supérieur de 100 euros au SMIC français. Voilà la triste réalité de notre pays. Les 35 heures ont artificiellement atrophié notre économie et gelé les salaires. Il faut faire repartir la machine économique, et permettre l’augmentation de tous les salaires. Le SMIC, mais aussi les autres. Porter le Smic à 1500 euros, comme le proposent certains socialistes, ce serait un tout petit effort sur la durée de la législature. En réalité, tout en conservant le SMIC, il faut s’attaquer à l’écrasement des grilles salariales et faire un effort sur l’ensemble des salaires. Eux veulent l’augmentation du seul SMIC ; je préfère l’augmentation de tous les salaires grâce à l’augmentation de la quantité de travail. La hausse du seul SMIC est un risque parce qu’elle tasserait la grille des salaires. Elle donnerait le sentiment à la classe moyenne que travailler dur ne sert à rien puisqu’on ne gagne pas plus, à l’arrivée, que celui qui est dans l’assistanat ou en bas de l’échelle. Je suis attaché à la justice. Je veux me préoccuper du pouvoir d’achat de tous les Français en « libérant » les 35 heures, donc en leur permettant de faire des heures supplémentaires sur lesquelles il n’y aura ni cotisations ni impôts sur le revenu. Source(s) Le Parisien (23/03/07) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Interview Le Parisien (21/02/07) Société de l’Information La révolution numérique nous oblige à être imaginatifs autant que pragmatiques, et à cerner les priorités. Les nouvelles technologies offrent, évidemment, une augmentation sans limites des possibilités de diffusion. Elles permettent aux nouveaux talents de se faire connaître sans intermédiaires. Elles sont un lieu privilégié pour le dialogue des cultures. Elles sont une réalité qui nous oblige. La France doit améliorer toujours davantage son positionnement et jouer de tous ses atouts. C’est capital en termes économiques, car des milliers et des milliers d’emplois en dépendent. C’est capital en termes politiques et culturels, car, d’une dépendance technologique, peut découler une dépendance culturelle, comme le montre, par exemple, la domination d’un moteur de recherche comme Google. C’est pourquoi, je souhaite que soit menée une politique de soutien efficace de nos entreprises innovantes dans ce secteur. Dans cet esprit, les universités doivent devenir des zones franches fiscales pour les étudiants, les enseignants, les chercheurs qui déposeraient des brevets et créeraient des entreprises. Je souhaite conforter l’excellence de notre industrie du logiciel et en particulier dans le domaine des jeux vidéos où nos talents fort nombreux ont tendance à s’expatrier de plus en plus souvent. Je souhaite que l’Europe développe sa propre industrie des dispositifs de protection des oeuvres. Il faut que, parallèlement, les industries culturelles affectées par Internet soient aidées pour réussir leur évolution. Ce qui signifie, pour le disque, qu’il faut aider à la numérisation des oeuvres et développer toutes les formes de diffusion légale. Réfléchir à des aides sociales pour soutenir l’emploi dans la filière musicale. Examiner l’ensemble des règles fiscales applicables à ce secteur, afin de les adapter dans ce contexte de complète mutation. (…) Je souhaite que la politique culturelle investisse la société de l’information et qu’elle la tire vers le haut, qu’elle lui donne une âme, un contenu, fidèle à un idéal de civilisation que nous avons hérité des Lumières. Je souhaite qu’elle fasse émerger un nouveau modèle économique, viable, qui respecte le droit des auteurs, des créateurs, des artistes, et qui en même temps réponde à l’exigence de permettre que les oeuvres soient accessibles à tous, qu’elles soient le plus largement diffusées. (…) Internet est un extraordinaire instrument de démocratisation culturelle, qui doit être pleinement utilisé. Je pense, par exemple, à la création de sites publics mettant gratuitement à disposition les oeuvres du patrimoine français tombées dans le domaine public, ou financées par fonds publics. Je pense à la création de sites éducatifs et interactifs mettant les jeunes en contact direct avec les créations contemporaines. Il y a là un gisement infini, qui doit être exploité au profit de tous. (…) La littérature de fond, la littérature à risque, celle par exemple des premiers romans, a besoin de ce réseau des passionnés que sont les libraires, qu’il faut soutenir, avec les collectivités locales, notamment contre la spéculation immobilière. Il faut les aider au développement d’une offre numérique, c’est à dire à mettre en ligne leur catalogue, leurs disponibilités, afin que les acheteurs, sûrs de ce qu’ils vont trouver, se rendent dans ces lieux de convivialité. De même qu’il faut aider les éditeurs à prendre le tournant des nouvelles technologies. Dans cet esprit, je souhaite que le Centre National du Livre voie ses missions et ses moyens renforcés. (…) Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Soins optiques et dentaires Je propose un meilleur remboursement par l’assurance-maladie des soins optiques et dentaires. Ces soins, indispensables à une vie digne et de qualité, sont aujourd’hui très mal remboursés. Source(s) Interview Panorama du médecin (mars 2007) Solidarité Nos politiques de solidarité méritent mieux que l’avarice et le rationnement. C’est pourtant ce que nous leur faisons subir depuis des années parce que nous ne commençons pas par le commencement : créer des richesses marchandes. Dans la cinquième puissance du monde, le minimum vieillesse et l’allocation pour adulte handicapé ne sont même pas au niveau du seuil de pauvreté. Pouvons-nous l’accepter ? Je veux que nous ayons l’argent nécessaire pour mener de grandes politiques de solidarité. Je veux en citer trois plus particulièrement. La première concerne les personnes handicapées. Elles nous apprennent le courage et c’est pourquoi je veux absolument que nos enfants soient scolarisés dans les mêmes écoles que les enfants handicapés. Elles nous rappellent ce qui est vraiment important dans l’existence. Je veux rendre opposables devant les tribunaux un certain nombre de droits qui les concernent, notamment l’accès aux transports et aux bâtiments publics. Leur insertion dans le monde du travail sera pour moi une priorité et je leur ouvrirai les portes de l’enseignement supérieur. Je souhaite ensuite mettre en oeuvre une grande politique de la fin de vie. Je veux que, dans la manière dont notre société prend en charge les personnes très âgées et lutte contre leur solitude, nous soyons un exemple de civilisation. Je lancerai un plan de prévention et de recherche sur les maladies de la vieillesse, notamment la maladie d’Alzheimer. Je créerai une cinquième branche de la protection sociale pour consacrer suffisamment de moyens à la perte d’autonomie et garantir à tous les Français qu’ils pourront rester à domicile s’ils le souhaitent. Je veux enfin que chacun puisse prendre un congé rémunéré pour pouvoir s’occuper d’un proche en fin de vie. Enfin, je veux que nous préservions l’excellence de notre système de santé, qui est l’un des meilleurs du monde. Au lieu de lutter contre ses gaspillages, nous avons organisé son rationnement, essoufflant nos professionnels sous le poids de la bureaucratie, de l’isolement, des inégalités, sans parler des 35 heures. Pour moi, la santé n’est pas un coût, c’est un investissement, une richesse, des emplois, de la croissance, et surtout un bien-être qui n’a aucun prix. C’est pourquoi tout euro dépensé dans la santé doit être un euro utile, qui serve à guérir ou à soulager la souffrance. Je ferai des sciences du vivant une priorité de notre recherche. J’engagerai la politique de santé publique et de prévention qui nous fait défaut depuis tant d’années. J’améliorerai les conditions de travail des professionnels de la santé, leur ferai bien davantage confiance, reconnaîtrai leur mérite par de plus grandes facilités de promotion professionnelle, et libérerai l’hôpital de la contrainte des 35 heures en permettant à tous ceux qui veulent travailler plus pour gagner davantage de le faire .Je souhaite garantir l’égalité et l’équité de l’accès aux soins pour tous sur tout le territoire. Mais je veux également que chacun se sente responsable du financement de notre système de santé. Source(s) Mon Projet Sport Je ferai en sorte que l’école consacre plus de temps au sport. Je veux rendre au sport la place qu’il mérite. Je ne veux que l’on se passionne simplement pour le sport quand il y a une Coupe du monde, qu’elle soit de football ou de rugby, quand il y a un Championnat du monde d’athlétisme ou quand un boxeur fait des exploits. Je veux rendre sa place au sport dans notre société du 1er janvier au 31 décembre. Comment faire, comment y arriver ? Je pense que tout passe par l’école. (…) Donc on change la logique de l’école, en doublant le nombre d’heures, en augmentant les coefficients, en permettant aux familles de choisir un mi-temps sportif et en démontrant qu’avec un mi-temps sportif on peut quand même faire de grandes études, que non seulement ce n’est pas un handicap, mais que ça peut être une chance. On donne les moyens aux fédérations de professionnaliser leur gestion. On récompense les bénévoles dans tous les clubs amateurs si importants pour notre pays en leur donnant des points de retraite. Le bénévolat, ce n’est pas simplement une question d’argent, mais de considération. Pour que celui qui a consacré 20 ans à son club de sa région ne se dise à la fin de sa vie qu’en plus on ne lui a pas dit merci. Mais cela vaut aussi pour les jeunes lors de leurs examens de passage. J’aimerais vous dire un mot à propos d’un sujet qui vous préoccupe : le ministère des Sports. Je veux prendre mes responsabilités et j’ai beaucoup réfléchi à cette question. Naturellement, le mouvement sportif est attaché à un ministère des sports. D’ailleurs, c’est un grand classique français, chacun considère qu’il y a trop de ministres, mais chacun veut le sien… Le rôle de la politique n’étant pas de nier les contradictions, mais de les surmonter. Il y aura donc un ministère des sports, dédié aux sportifs, mais je veux inscrire ce ministère dans un pôle de compétences où j’y mettrai également la santé. Car je conteste l’idée que le sport soit associé à la jeunesse. Le sport, ce n’est pas que la jeunesse, c’est toute la France. Lier jeunesse et sports, c’est nier la pratique sportive. Je veux que celui qui porte le sport puisse également débattre et porter d’autres enjeux comme celui de la santé. Quelle est la signification de mettre le titulaire de la santé d’un côté et celui du sport dans un autre ? À quoi sert le sport, s’il ne sert pas à améliorer, à porter, à développer la santé des Français et pas simplement des jeunes français ? Source(s) Mon Projet Rencontre avec les sportifs (15/04/07) Statut de pré-majorité Je propose de créer, pour les jeunes de 16 à 18 ans, un statut de pré-majorité, leur permettant, par exemple, de prendre des responsabilités dans la vie associative, dans des entreprises ou dans la vie civique. Source(s) Interview Marie-Claire (avril 2007) Stock Options Je n’aime pas l’idée de stock options réservées à un petit groupe de cadres dirigeants. Je suis très tenté par l’idée de plans de stock options pour tous ou pour personne. Source(s) Interview au journal Le Monde du 23 janvier 2007 Suicide Si je suis élu président de la République, je veux donner des moyens à la recherche, je veux spécialiser les services sur ces questions-là et ceux qui sont malades de dépression ou de stress ou de mal-être ou mal-vivre, n’ont pas à être culpabilisés. Ils portent, quand on a une maladie organique, quand on a une fracture, on va chez le médecin pour se faire soigner, quand on est dépressif, parce que la vie est dure, parce qu’il y a de la pression, parce que c’est lourd à porter tout ça. Il faut faire un grand plan national pour aider ces millions de gens à vivre c’est une question d’humanité. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07) Tabac Il y a 150 000 personnes qui meurent chaque année du cancer. Toutes les familles sont touchées par ce fléau abominable, ce crabe de l’intérieur, qui génère tant de souffrances et tant de drames. On n’attrape pas le cancer que par la cigarette, mais on l’attrape par la cigarette et pire, non seulement le fumeur l’attrape, le risque d’avoir un cancer est multiplié par dix quand on fume, mais de plus, celui qui ne fume pas, mais qui est à côté d’un fumeur peut l’attraper, ça ce n’est pas la liberté. Moi, je suis pour que vous ayez plus de libertés, mais pas la liberté de vous tuer et pas la liberté de tuer les autres, donc c’est parfaitement clair. D’ailleurs regardez quand on prend l’avion, il y a quelques années tout le monde fumait dans l’avion, maintenant c’est interdit, qui penserait à revenir sur cette interdiction ? Alors si je veux être tout à fait honnête et le plus précis possible, je m’interroge, je ne suis pas sûr, mais je m’interroge si dans les départements ruraux, où il reste un café tabac, un lieu de convivialité, est-ce qu’on peut appliquer strictement la même règle ? Cela n’enlève rien au fait que je suis pour l’interdiction. Source(s) J’ai une question à poser (5/02/07) Tarifs bancaires L’activité bancaire doit reposer sur une relation de confiance avec les particuliers, mais une relation de confiance qui fonctionne dans les deux sens. Or, il est clair qu’aujourd’hui, les Français ont le sentiment que certaines politiques de tarification sont encore excessivement coûteuses et que leurs marges de choix sont trop limitées. La transparence des banques sur leurs prix et sur leurs produits est, à ce titre, un enjeu majeur. Source(s) Interview Revue Banque (avril 2007) Taxe professionnelle Je propose de supprimer la taxe professionnelle qui pénalise jusqu’à la caricature les investissements les plus productifs et les plus innovants. Je propose de la remplacer par une contribution dont l’assiette serait moins stigmatisante pour l’effort d’investissement et selon des modalités permettant de garder un lien avec le territoire d’implantation. Source(s) Discours St Etienne (09/11/06) Taxe carbone Si nous ne parvenions pas à amener les Etats-Unis et les grandes puissances émergentes à participer à la lutte contre l’effet de serre, je souhaite la mise en place d’une taxe sur le carbone importé applicable aux produits issus de pays ne respectant pas le protocole de Kyoto. Source(s) Réponses CGPME Téléchargement J’ai pris position avec force pour le respect du droit d’auteur dans tous les domaines, musique, films, livres. Je veux redire ici que je continuerai à me battre pour le respect de ce droit, car la rémunération du travail des auteurs, des artistes, des producteurs est aussi juste que nécessaire. Nous pourrons faire, fin 2007, un état des lieux de la loi relative aux droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information, loi que je salue, et en particulier évaluer les conséquences de la suppression par le Conseil Constitutionnel du dispositif de riposte graduée qui divisait votre communauté. Et je me réjouis que la loi du 5 mars dernier ait organisé la contribution des fournisseurs d’accès à Internet et des opérateurs de téléphonie mobile à l’aide à la création, musique et cinéma, car il me semble normal que les nouveaux supports de diffusion participent également au financement des comptes de soutien. La loi affirme que le droit d’auteur et les droits voisins doivent être respectés dans le monde numérique. C’est le socle essentiel à toute création et je reste opposé à une licence dite « globale » qui revient à spolier les créateurs à l’heure où l’essentiel de la distribution des oeuvres bascule sur l’Internet. Grâce à cette affirmation, des offres légales apparaissent aujourd’hui sous de multiples formes, y compris le P2P autorisé par les ayant-droits et c’est la véritable solution au problème du téléchargement illégal. En matière de sanctions, j’ai toujours plaidé pour un régime proportionné : le bilan de son application, prévu par la loi, sera réalisé fin 2007, et il faudra agir en fonction de ses conclusions. L’interopérabilité est un objectif essentiel car elle détermine les usages autorisés des oeuvres acquises. Je souhaite qu’elle devienne une priorité stratégique industrielle européenne. Je souhaite que l’Europe développe sa propre industrie des dispositifs de protection des oeuvres. Il faut que, parallèlement, les industries culturelles affectées par Internet soient aidées pour réussir leur évolution. Ce qui signifie, pour le disque, qu’il faut aider à la numérisation des oeuvres et développer toutes les formes de diffusion légale. Réfléchir à des aides sociales pour soutenir l’emploi dans la filière musicale. Examiner l’ensemble des règles fiscales applicables à ce secteur, afin de les adapter dans ce contexte de complète mutation. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Interview au magazine Internautes Micro (mars 2007) Télévision On a jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l’écran. (…) Pour moi, le service public, y compris France 2, doit viser à une politique éducative de l’excellence. Ne pas hésiter à faire de la contre programmation, des grandes émissions de débat, présenter des spectacles, des films qui ne sont pas sur les autres chaînes (…) Mais je ne suis pas pour l’augmentation de la redevance. Le problème de la politique culturelle dans notre pays, et pas seulement dans l’audiovisuel, c’est la question des financements. Je suis favorable à des financements hybrides, avec des partenariats, du mécénat. Source(s) Interview Télérama (14/02/07) Théâtre privé Très importants sont le fond de soutien pour le théâtre privé, et les différents systèmes d’aides au spectacle vivant. Elles sont nécessaires, pour que vivent ces troupes, qui participent du maillage culturel de notre pays. Il faut notamment leur permettre de mieux diffuser leur travail, car, par exemple, il n’est pas normal que beaucoup de pièces de théâtre soient représentées moins de dix fois. On peut réfléchir à la meilleure manière d’attribuer ces aides, en associant davantage les professionnels au processus de décision. Mais le principe du soutien public au spectacle vivant est intangible à mes yeux. Source(s) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Traité franco-algérien J’ai toujours pensé que l’amitié n’avait pas besoin d’être gravée dans le marbre d’un traité. L’amitié se vit, se prouve chaque jour, cela ne se décrète pas. Le Traité d’amitié a son calendrier. Au-delà du Traité, qui viendra en son temps, nous souhaitons progresser avec les Algériens sur les divers aspects de notre relation bilatérale. Je sais que les questions de mémoire, liées au passé, restent centrales. Personne ne peut plus défendre le système colonial : nous en savons la profonde injustice. Mais nous savons aussi qu’il ne faut pas confondre ce système politique, condamnable, et l’action des personnes qui coexistaient de manière pacifique, dont le souvenir mérite le respect. Quant aux souffrances subies par tous, « indigènes » Européens, nul ne peut les ignorer. Tous en ont été les victimes. Le travail de mémoire est douloureux, il ne faut pas le brusquer, il appelle à des efforts réciproques, II faudra encore du temps pour parvenir peu à peu, dans le respect de l’histoire qu’elle a été, à des mémoires moins contrastées. Source(s) Interview Arabies (04/07) Traité simplifié J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles que nul n’a contestées pendant la campagne référendaire,afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de fonctionner efficacement à 27 États membres. La question de la réécriture d’un texte plus global, scellant la dimension fondamentalement politique de l’Europe, se posera dans un second temps. Les dispositions à faire figurer en priorité dans le traité simplifié : 1/ la mise en place d’une Présidence stable du Conseil européen pour donner à l’Europe un visage et une voix et favoriser des actions de plus long terme, avec un meilleur suivi ; 2/ la création d’un Ministre européen des Affaires étrangères ; ainsi, sur la convocation du Président du Conseil européen, ou du Ministre des Affaires étrangères de l’Union, lors de chaque crise internationale, les Européens se parleront entre Européens avant de parler à d’autres. Ils se prononceront sur un projet de position européenne avant de prendre parti sur les suggestions des autres. (…) Le Ministre des Affaires étrangères européen, placé sous le contrôle politique des gouvernements, pourra de même coordonner de manière efficace nos moyens diplomatiques, budgétaires et, le cas échéant, militaires. 3/ l’extension du domaine de la majorité qualifiée, notamment en matière judiciaire et pénale et d’immigration, 4/ l’extension du domaine de la codécision qui augmente le rôle du Parlement européen dont l’accord devient indispensable pour le vote des « lois européennes » ; 5/ les règles relatives aux modalités de la majorité qualifiée, principalement la règle de la double majorité (55% des Etats membres représentant au moins 65% de la population de l’UE) ; 6/ la clause passerelle qui permet aux Etats membres de décider à l’unanimité de faire passer une matière soumise à la règle de l’unanimité sous le régime de la majorité qualifiée ; 7/ le mécanisme d’alerte précoce, qui permet aux parlements nationaux de s’assurer que l’Union n’excède pas son champ de compétences ; 8/ le droit d’initiative citoyenne, qui donne la possibilité à un million de citoyens de demander à la Commission de faire des propositions dans tel ou tel domaine. Source(s) Mon Projet Conférence de presse sur les relations internationales (28/02/07) Transports Nous développerons les transports en commun et les transports alternatifs à la route, tout en aidant les transporteurs routiers à acquérir des véhicules propres. Source(s) Mon Projet Travail Depuis vingt-cinq ans, on vous dit que le plein-emploi est impossible et que le chômage est une fatalité. Rien n’est plus faux. Je veux d’abord vous convaincre que partager le travail n’a jamais été une solution contre le chômage. Les 35 heures ont-elles permis de créer des emplois ? Nullement. Avec elles, vous avez plus de temps pour vous, mais vos salaires sont gelés. Vous avez moins de pouvoir d’achat, vous consommez moins. C’est toute l’économie qui s’est artificiellement réduite. Plutôt que de consacrer tant d’argent à payer les Français pour qu’ils travaillent moins, nous devons tout faire pour être plus nombreux à travailler, car l’activité des uns crée le travail des autres. C’est pourquoi, si je suis élu, l’étudiant qui travaille ne paiera pas d’impôt,le retraité qui veut travailler et toucher sa retraite pourra le faire, notre pays aidera les entreprises à donner du travail aux seniors au lieu de les encourager à s’en séparer. Je veux réhabiliter le travail et, au-delà, le mérite, l’effort, le goût du risque. Je ferai en sorte que les revenus du travail soient toujours supérieurs aux aides socialeset que les titulaires d’un minimum social aient une activité d’intérêt général, afin d’inciter chacun à prendre un emploi plutôt qu’à vivre de l’assistanat. Réhabiliter le travail, c’est aussi ne plus accepter la pénibilité de certains emplois, le stress de certaines situations professionnelles. Source(s) Mon projet Turquie Je veux une Europe qui ait une existence politique, et qui ait une identité, et par conséquent une Europe qui ait des frontières. Je veux une Europe où tous les pays du monde, fussent-ils démocratiques, n’aient pas vocation à entrer. La Turquie, qui n’est pas un pays européen, n’a pas sa place à l’intérieur de l’Union Européenne. L’Europe sans frontière c’est la mort de la grande idée de l’Europe politique. L’Europe sans frontière c’est le risque de la voir condamnée à devenir une sousrégion de l’ONU. Je ne l’accepte pas. Source(s) Discours Strasbourg (21/02/07) TVA sociale Après y avoir beaucoup réfléchi et avoir étudié l’expérience du Danemark et celle plus récente de l’Allemagne, je suis convaincu qu’il faut expérimenter le transfert d’une partie des cotisations sociales sur la TVA, parce que ce système permet d’exonérer les exportations du financement de la protection sociale et de taxer les importations. C’est le contraire du système actuel de financement de la protection sociale qui, en taxant le travail, obère la compétitivité des exportations, augmente le prix des produits français par rapport au prix des produits importés, déprécie la rémunération du travail et contribue à faire de l’emploi une variable d’ajustement de l’économie. Le temps de l’expérimentation est venu. Il n’a que trop tardé. Le financement de la protection sociale par l’impôt sur les ventes, que l’on appelle parfois un peu bizarrement la « TVA sociale », présente beaucoup d’avantages dans le contexte de l’économie globale. C’est un moyen pour lutter contre les délocalisations, pour créer de l’emploi, pour faire augmenter le pouvoir d’achat. En renchérissant le prix des produits importés, il diminue l’incitation du consommateur à acheter les produits bon marchés des pays à bas salaires plutôt que les produits fabriqués en France avec un coût du travail plus élevé. Le consommateur, qui recherche d’autant plus le meilleur marché que son pouvoir d’achat est faible, est ainsi incité à participer à la destruction de son emploi et de sa protection sociale. En taxant les importations et en exonérant les exportations, le basculement d’une partie des cotisations sociales sur la TVA a le même effet qu’une dévaluation, ce qui permet d’atténuer la surévaluation de l’euro et de doper la compétitivité. En allégeant la charge fixe qui pèse sur le travail, il permet d’amortir les fluctuations de l’emploi quand la conjoncture se dégrade. En diminuant le coût du travail, il favorise les entreprises qui emploient relativement plus de main d’oeuvre, sans pénaliser pour autant la compétitivité des entreprises à forte valeur ajoutée par rapport à leurs concurrents étrangers. L’assiette de la TVA étant plus large que celle des cotisations sociales, environ un tiers de la baisse des cotisations pourrait être réalloué à l’augmentation du pouvoir d’achat. Ce qui contribuerait à la revalorisation des salaires. Cela fera-t-il augmenter les prix ? C’est une question que je n’évoque pas à la légère car nos prix sont déjà trop élevés et c’est pour cela que l’expérimentation est utile. Il y aura une augmentation des prix s’agissant des produits importés, ce qui est l’un des buts recherchés, mais c’est peu probable pour les autres puisque la baisse des cotisations compensera dans le prix de revient la hausse de la TVA. En moyenne les prix des produits fabriqués en France devraient rester stables, compte tenu de la pression de la concurrence. L’expérience allemande est, de ce point de vue, encourageante. Mais je comprends que le risque d’une hausse des prix qui rognerait le pouvoir d’achat inquiète les salariés et les retraités, tellement habitués à être trompés et à servir de variables d’ajustement. Pour éviter toute crainte de ce genre, je vous propose qu’avec l’accord des partenaires sociaux, toute avancée dans le sens de la TVA sociale s’accompagne d’un grand rendez-vous social à la fin de chacune des deux années suivantes. Ce rendez-vous prendrait la forme d’une conférence salariale qui aurait pour mission d’examiner du pouvoir d’achat des salaires et des retraites et de compenser l’éventuelle perte qui pourrait être imputée à la TVA sociale. […] Si l’expérimentation se révèle concluante, le report de charges sur la TVA devra s’effectuer progressivement, par le biais des franchises de charges sur tous les salaires. Je souhaite proposer à nos partenaires européens de s’engager dans la voie de cette expérimentation où l’Allemagne vient de nous précéder. Ce serait un bon moyen, avec la taxation écologique des importations à l’échelle européenne, d’esquisser une forme préférence communautaire. Cela permettrait de consolider le modèle social européen sans céder à la tentation du protectionnisme. La France a inventé jadis la TVA qui a été peu à peu adoptée par l’ensemble des pays européens. Mon objectif est qu’il en soit de même un jour pour la TVA sociale. Celle-ci nous amènera forcément à réfléchir à l’organisation de notre protection sociale. Elle nous obligera à progresser vers le décloisonnement de la protection sociale, à mettre tous les Français à égalité devant l’assurance- maladie et la retraite, à prendre aussi mieux en compte, à l’intérieur d’un système de protection qui couvre tous les Français, la mobilité, la pluriactivité et l’alternance de périodes de travail, de chômage, de formation. La réforme de nos régimes spéciaux de retraite que je souhaite engager s’inscrit bien pour moi dans cette perspective, tout comme la remise en plat – qu’elle permettra de financer – des critères de pénibilité et la remise à niveau des retraites des agriculteurs, des commerçants, des artisans et des pensions de réversion. La TVA sociale, ce ne serait pas seulement un nouveau mode de financement de la protection sociale, ce serait aussi un levier du changement, une incitation à modifier nos comportements économiques et notre organisation sociale pour relever le défi de la mondialisation. C’est pourquoi je veux l’expérimenter. Au-delà du cas particulier de la TVA sociale, ce qui compte c’est de taxer le moins possible l’homme au travail et la production. Il faut taxer la richesse produite et non la production de richesse. Lorsque l’on décourage la création de richesse, on a moins à redistribuer. Source(s) Extrait "Ensemble" TVA sur la restauration Je n’ai jamais compris que la fixation des taux de TVA pour des prestations locales doive relever d’une directive négociée à l’unanimité des Etats membres de l’UE. Autant je suis attaché aux progrès de l’harmonisation fiscale européenne pour l’impôt sur les sociétés ou pour les droits sur les alcools, l’essence, les cigarettes, qui manifestement impactent les échanges au sein de l’Union, autant je souhaite que la TVA sur les prestations locales, telles que la restauration ou la rénovation de logements, revienne entièrement dans le champ de notre compétence nationale, aussi tôt que possible. J’entreprendrai ce combat si je suis élu, j’en prends l’engagement. Cette modification permettra alors à la France d’harmoniser à la baisse ses taux de TVA en matière de restauration, dans le cadre d’un accord global qui est à définir. Mais pour moi, l’objectif sera très clair : que la réduction de la pression fiscale ait un impact global, sur les prix pratiqués, sur le nombre d’emplois dans le secteur – nous savons qu’il constitue un gisement potentiel considérable – et sur le niveau des rémunérations pratiquées dans l’hôtellerie. A mes yeux, si l’Etat accepte de se priver d’une recette fiscale importante, c’est à la condition d’un accord gagnant-gagnant avec la profession, les salariés et les consommateurs. Nous avons déjà négocié ensemble un tel accord. Nous pouvons aller plus loin. Source(s) Discours Congrès de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (01/12/06) Union civile Je veux reconnaître la sincérité de l’amour homosexuel, en créant une union civile donnant les mêmes droits aux couples de même sexe qu’aux couples mariés, à l’exception de la filiation et de l’adoption, ainsi qu’un statut de beaux-parents, valable pour les familles recomposées et homoparentales. Je suis pour une union civile homosexuelle qui ne passe pas par le greffe du tribunal d’instance, mais par la mairie. (…) Elle entraînera une égalité fiscale, sociale, patriomoniale totale avec les couples mariées qui ira, par exemple, jusqu’au droit de à la pension de reconversion pour le conjoint homosexuel. (…) Cette union civile emportera les mêmes droits que le mariage dans les rapports entre les étrangers et Français, avec les mêmes limites. (…) A mes yeux, l’union civile a vocation à remplacer le PACS. Mais il faudra être très prudent pour ceux qui ont voulu s’organiser avec le PACS et qui voudraient le garder. Il faudra leur laisser cette possibilité. Mon ambition est toutefois claire : elle a vocation à englober l’ensemble des situations. Source(s) Mon Projet Interview Têtu (04/07) Universités des métiers Nous créerons des universités des métiers, c’est-à-dire des établissements d’excellence dans des secteurs plus manuels ou plus techniques, mais qui jouent aussi un rôle déterminant dans notre économie : par exemple, le jeu vidéo, les métiers d’art, la gastronomie, la construction navale, le film d’animation et beaucoup d’autres domaines encore. Parce qu’il n’y a pas de raison que certaines filières professionnelles ou technologiques n’aient pas, elles aussi, des « grandes écoles » dans leur domaine. Source(s) Interview Le Monde de l’Industrie (janvier 2007) Universités L’enseignement supérieur et la recherche seront pour moi une priorité absolue. Leurs moyens seront portés au même niveau que dans les pays les plus en pointe sur le sujet, mais cela s’accompagnera de réformes de fond. Je donnerai aux universités volontaires une autonomie réelle. La cinquième puissance industrielle du monde ne peut pas rester avec des universités aussi peu soutenues, aussi ingouvernables, aussi peu autonomes. S’il doit y avoir un chantier présidentiel, c’est celui de l’enseignement supérieur, c’est celui de la création de campus de niveau européen dans chaque région française et de quelques campus nationaux de retentissement mondial. Avant la fin de cette année, nous aurons proposé aux universités volontaires un statut d’autonomie leur permettant d’organiser librement leurs filières d’enseignement, de recruter leurs élèves et de recruter leurs enseignants, de les payer comme elles l’entendent, d’utiliser leur patrimoine, de signer des partenariats. Je veux que nos universités puissent se battre avec les mêmes armes que leurs concurrentes étrangères pour figurer dans le peloton de tête des établissements d’enseignements supérieurs. Dans les nouveaux campus que j’appelle de mes voeux et que nous devons créer, tout doit être fait pour favoriser l’existence d’orchestres, de troupes de théâtre, d’ateliers film ou écriture, parce que ce sont d’extraordinaires pépinières de talents. Cessons de porter un regard condescendant sur les pratiques amateurs. C’est souvent par elles que la création peut s’installer dans les vies ! Source(s) Mon Projet Discours Nantes (15/03/07) Discours devant les acteurs de la Culture (04/04/07) Usines Contre les délocalisations, je mettrai en oeuvre une politique industrielle, en choisissant les secteurs stratégiques sur lesquels concentrer nos efforts. Notre pays doit garder des usines. J’ai visité beaucoup d’usines, rencontré beaucoup d’ouvriers. Dans les usines on parle peu. Il y a beaucoup de pudeur chez les ouvriers. Il y a une culture ouvrière, une façon d’être des ouvriers, un rapport particulier des ouvriers à la vie et au travail. Je ne veux pas que cette culture ouvrière se perde. Je ne veux pas d’une France sans usine. Si les usines partaient, le reste partirait aussi. Les services aux entreprises partiraient. Le marketing, la finance, la recherche appliquée partiraient. Source(s) Mon Projet Discours Cormeilles-en-Parisis (06/03/07) Vente d’armes à la Chine La levée de l’embargo est une décision collective, qui doit être prise par l’ensemble des partenaires européens. La Chine est un partenaire de première importance pour la France et l’Europe. Nos relations se sont beaucoup développées au cours des dernières années, et c’est une très bonne chose. Mais l’embargo sur les armes a une signification bien particulière, liée notamment à la situation des droits de l’homme dans ce pays. Dans ce domaine, la Chine peut encore faire des progrès. C’est à l’aune de cette question que nous devons continuer de discuter avec nos partenaires chinois. Source(s) Le Monde (16/04/07) Vieux Métiers Il ne faut pas se contenter de perpétuer les vieux métiers en les soutenant à bout de bras. Il faut aider les vieux métiers à se transformer en nouveaux métiers. Source(s) Discours Besançon (13/03/07) Vin Les producteurs de vin pourront faire de la publicité pour le vin. Le vin n’est pas une drogue. Source(s) Visite au salon de l’Agriculture (09/03/07) Violation du secret de l’instruction Je suis attaché à la liberté de l’information, mais aussi au respect de la présomption d’innocence. Je constate que l’équilibre actuel entre ces deux principes fondamentaux n’est pas satisfaisant. Il faut très certainement éviter que des poursuites abusives soient engagées contre des journalistes, mais également protéger la dignité des personnes. S’appuyer sur, renforcer ou compléter les diverses chartes déontologiques existantes me paraît une bonne voie pour aller en ce sens. Source(s) Réponses à Reporters sans frontières (avril 2007) Viticulture Il faut que vous, les viticulteurs vous, vous organisiez et vous, vous rassembliez plus fortement, parce que la création de valeur elle est trop prise par la grande distribution par rapport aux viticulteurs. Deuxièmement, je veux qu’on arrête avec des importations de vins qui ne correspondent pas aux critères de qualité qu’on vous oblige à respecter. Et troisièmement, je veux qu’il y ait une vraie campagne sur le vin qui est un produit du terroir et qu’on ne doit pas culpabiliser. Je ne peux pas vous imposer une règle qu’on n’impose à aucun autre en Europe. Source(s) J’ai une question à vous poser (5/02/07)

ZEP Je propose de diviser par deux le nombre d’élèves dans les ZEP et de créer des internats de réussite éducative dans toutes les villes afin de permettre aux enfants défavorisés de bénéficier des meilleures conditions de travail pour réussir. Source(s) : Interview dans La Croix (13/03/07).

Zones franches Depuis que j’ai lancé cette idée, en mars 2006, les acteurs économiques des quatre DOM ont répondu à mon appel et m’ont fait part de leurs attentes en la matière. Il ressort de nos échanges, durant ces derniers mois, un consensus sur l’idée de créer des zones franches globales au plan géographique mais ciblées sur certains secteurs d’activités. Il ne s’agit donc pas d’un privilège accordé à telle ou telle partie du territoire : la zone franche globale concerne la Guadeloupe tout entière ! (…) Ces zones franches viendraient en complément de l’actuelle défiscalisation qu’il faut conserver. Il faut la conserver car la défiscalisation agit sur les coûts d’investissement, là où les zones franches agiront sur les coûts de fonctionnement. Il faut la conserver car la défiscalisation n’est pas un « ensemble de niches fiscales », c’est un outil de développement économique nécessaire à la croissance de territoires spontanément sous capitalisés. Source(s)

Le revenu maximum, un levier pour le changement Hervé Kempf Reporterre 2010/11/14 Hervé Kempf (14 novembre 2010) Le revenu maximum, un levier pour le changement. Reporterre. Tribune — fr

Le revenu maximum, un levier pour le changement

En une trentaine d’années, les écarts de rémunération ont explosé. Alors qu’un grand dirigeant d’entreprise, pendant les Trente glorieuses, gagnait environ 35 fois le salaire moyen de ses employés, le rapport peut aujourd’hui aller de 1 à 300. Face à un tel constat, l’idée d’un revenu maximum fait son chemin dans le débat public. Elle apparaît aussi comme un instrument essentiel d’une politique écologique.

L’idée s’en impose peu à peu, lentement, trop lentement, sans doute, mais sûrement, au rythme du réveil de la conscience collective : un revenu maximum acceptable (RMA) est une nécessité pour retisser le lien social et engager des politiques écologiques et sociales. Faut-il l’appeler « autorisé », « admissible », « acceptable » ? Peu importe. Le principe est clair : une trop grande inégalité n’est pas acceptable. Gagner dix ou trente fois plus que les autres est peut-être admissible, gagner trois cent ou mille fois plus n’a simplement pas de sens. Et depuis que Patrick Viveret et son groupe de recherche sur la richesse a relancé l’idée du RMA au début des années 2000, il est en voie de devenir un objectif essentiel des politiques de changement.

Il nous faut d’abord montrer pourquoi le RMA est nécessaire du point de vue écologique. On le sait, l’augmentation des inégalités depuis une trentaine d’années constitue un caractère central de l’évolution du capitalisme. De nombreuses études documentent cette poussée des inégalités. L’une d’entre elles, conduite par deux économistes de Harvard et du Federal Reserve Board, est des plus parlantes (1). Carola Frydman et Raven E. Saks ont comparé le rapport entre le salaire gagné par les trois premiers dirigeants des cinq cents plus grandes entreprises américaines et le salaire moyen de leurs employés. Cet indicateur de l’évolution des inégalités reste stable des années 1940, moment où commence l’observation, jusqu’aux années 1970 : les patrons des entreprises considérées gagnaient environ trente-cinq fois le salaire moyen de leurs employés. Puis se produit un décrochement à partir des années 1980, et le rapport monte de façon régulière jusqu’à atteindre plus de 300 dans les années 2000.

Ainsi, le capitalisme a connu un tournant majeur : durant ce que l’on a appelé les « Trente Glorieuses », l’enrichissement collectif permis par la hausse continue de la productivité était assez équitablement distribué entre capital et travail, si bien que les rapports d’inégalité demeuraient stables. A partir des années 1980, un ensemble de circonstances, qu’il n’est pas lieu d’analyser ici, a conduit à un décrochage de plus en plus prononcé entre les détenteurs du capital et la masse des citoyens (2) . Dans les pays occidentaux, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a fortement reculé au profit des revenus du capital. La base de données économiques Ameco de la Commission européenne précise le phénomène : en France, par exemple, la part des salaires dans le PIB est passée d’une moyenne de 63 % dans les années 1960 et 1970 à 57 % dans les années 2000, soit une chute de 6 points (3).

L’oligarchie accumule revenus et patrimoine à un degré jamais vu depuis un siècle. Elle dépense sa richesse dans une consommation effrénée de yachts, d’avions privés, de résidences immenses, de bijoux, de montres, de voyages exotiques, d’un fatras clinquant de dilapidation somptuaire.

Pourquoi ce comportement est-il un moteur puissant de la crise écologique ? Pour le comprendre, il nous faut nous tourner vers le grand économiste Thorstein Veblen (4). Que disait Veblen ? Que la tendance à rivaliser est inhérente à la nature humaine. Nous avons tous une propension à nous comparer les uns aux autres, et cherchons à manifester par tel ou tel trait extérieur une petite supériorité, une différence symbolique par rapport aux personnes avec lesquelles nous vivons.

Veblen constatait ensuite qu’existent le plus souvent plusieurs classes au sein de la société. Chacune d’entre elles est régie par le principe de la rivalité ostentatoire. Et dans chacune, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche sociale supérieure, dont le comportement lui indique ce qu’il est bien, chic, de faire. La couche sociale imitée prend elle-même exemple sur celle qui est située au-dessus d’elle dans l’échelle de la fortune, et ainsi de suite de bas en haut, si bien que la classe située au sommet définit le modèle culturel général de ce qui est prestigieux, de ce qui en impose aux autres.

Que se passe-t-il dans une société très inégalitaire ? Elle génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie – elle-même en proie à la compétition ostentatoire – sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. Médias, publicité, films, feuilletons, magazines « people », sont les outils de diffusion du modèle culturel dominant.

Consommer moins pour répartir mieux

Comment alors l’oligarchie bloque-t-elle les évolutions nécessaires pour prévenir l’aggravation de la crise écologique ? Directement, bien sûr, par les puissants leviers – politiques, économiques et médiatiques - dont elle dispose et dont elle use afin de maintenir ses privilèges. Indirectement, et c’est aussi important, par ce modèle culturel de consommation qui imprègne toute la société et en définit la normalité.

Or, prévenir l’aggravation de la crise écologique, et même commencer à restaurer l’environnement, est dans le principe assez simple : il faut que l’humanité réduise son impact sur la biosphère. Y parvenir est également dans le principe assez simple : cela signifie réduire nos prélèvements de minerais, de bois, d’eau, d’or, de pétrole, etc., et réduire nos rejets de gaz à effet de serre, de déchets chimiques, de matières radioactives, d’emballages, etc. Autrement dit, réduire la consommation matérielle globale de nos sociétés.

Qui va réduire sa consommation matérielle ? Les 20 à 30 % de la population mondiale qui consomment près de 70 % des ressources tirées chaque année de la biosphère. C’est donc de ces 20 à 30 % que le changement doit venir, c’est-à-dire pour l’essentiel, des peuples d’Amérique du nord, d’Europe et du Japon, ainsi que des classes riches des pays émergents. Au sein des sociétés surdéveloppées, ce n’est pas aux pauvres, aux salariés modestes que l’on va proposer de réduire la consommation matérielle. Mais ce ne sont pas non les seuls hyper-riches qui doivent opérer cette réduction : ils ne sont pas assez nombreux pour que cela change suffisamment l’impact écologique collectif. C’est en fait à l’ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la consommation matérielle.

On voit ici que la question de l’inégalité est centrale : les classes moyennes n’accepteront pas d’aller dans la direction d’une moindre consommation matérielle si le changement nécessaire n’est pas équitablement adopté. Recréer le sentiment de solidarité essentiel pour parvenir à cette réorientation radicale de notre culture suppose que soit entrepris un resserrement rigoureux des inégalités – ce qui, par ailleurs, transformerait le modèle culturel existant.

La proposition de baisse de la consommation matérielle est provocante au regard de l’idéologie dominante. Mais aujourd’hui, l’augmentation de la consommation matérielle globale n’améliore pas le bien-être collectif – au contraire, elle le dégrade. Une civilisation choisissant la réduction de la consommation matérielle verra par ailleurs s’ouvrir la porte d’autres politiques. Outillée par le transfert de richesses que permettra la réduction des inégalités, elle pourra stimuler les activités humaines socialement utiles et à faible impact écologique. Agriculture, éducation, culture, santé, transports, énergie, sont autant de domaines où les besoins sociaux sont grands et les possibilités de création d’emploi importantes. Il s’agit de renouveler l’économie par l’idée de l’utilité humaine plutôt que par l’obsession de la production matérielle, de favoriser le lien social plutôt que la satisfaction individuelle. Face à la crise écologique, il nous faut consommer moins pour répartir mieux, mieux vivre ensemble plutôt que de consommer seuls.

Résumons : en quoi la réduction forte de l’inégalité par le RMA est-elle socialement et écologiquement indispensable ? - Pour changer le modèle culturel dominant de nos sociétés ; - Pour que les classes moyennes puissent accepter une réduction de la consommation matérielle et énergétique ; - Pour récupérer la part de la richesse collective pillée par l’oligarchie afin d’une part d’améliorer le sort des plus pauvres, et d’autre part de financer la reconversion d’une part de l’économie vers des activités créatrices d’emplois et fournissant des biens sociaux utiles et à faible impact écologique.

Combien, comment ?

La bonne nouvelle est que la nécessité du RMA commence à convaincre des cercles de plus en plus larges et pénètre enfin dans l’arène politique. Le RMA est inscrit au programme d’Europe Ecologie depuis 2009, il a aussi été endossé par le Parti de Gauche, qui a déposé une proposition de loi le 16 octobre 2009 visant au « rétablissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu permettant de plafonner un revenu maximum ». Le Parti socialiste a de son côté accepté une version atténuée du RMA, en déposant en octobre 2009 une proposition de loi sur le salaire maximum en octobre 2009. Le Pôle écologique du Parti socialiste va plus loin et est clairement partisan du RMA, mais sans avoir encore convaincu ce parti.

A quel niveau fixer le revenu maximum ? Le mouvement Utopia envisage une fourchette de un à dix entre revenu maximum et revenu minimum, le Parti de Gauche va de un à vingt, le collectif Sauvons les riches de un à trente, la députée d’Europe Ecologie Karima Delli a inscrit un écart de un à quarante dans sa proposition au Parlement européen. Il n’y a pas de chiffre magique : c’est la délibération démocratique qui devrait en décider.

Sachant que le salaire moyen pour une personne en France est de l’ordre de 1 500 euros par mois, on voit qu’une échelle de un à dix écrêterait les revenus supérieurs à 14 000 euros, qu’une échelle de un à quarante affecterait les revenus dépassant 56 000 euros par mois. Ce chiffre est très proche du seuil de revenu – 57 000 euros - à partir duquel on fait partie en France des 0,1 % des personnes les plus riches en France, selon l’INSEE (5). Il va de soi que le RMA ne doit pas concerner le seul salaire, mais l’ensemble des revenus - primes, stock-options, retraites dorées – et revenus du capital.

Comment procéder ? Par l’impôt. Comme le rappelle Jean Gadrey, la limitation des revenus a été instauré aux Etats-Unis à partir de 1942 par l’imposition d’un très fort taux de prélèvement sur la tranche de revenus dépassant un certain seuil : « Roosevelt a mis en place une fiscalité sur le revenu avec un taux d’imposition de 88 % pour la tranche la plus élevée, puis 94 % en 1944-45. De 1951 à 1964, la tranche supérieure à 400 000 dollars actuels a été imposée à 91 %, puis autour de 70-75 % jusque 1981. »(6). Ce type d’imposition s’est pratiqué dans tous les pays occidentaux jusque dans les années 1980. Il ne s’agit en somme que de revenir à une situation antérieure plus équilibrée.

Cependant, deux points importants sont à souligner. D’une part, cette démarche doit être menée internationalement, l’échelon européen paraissant essentiel. Si aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, dans d’autres pays, l’idée du RMA progresse comme en France, il faut pousser dans chaque pays comme au niveau du Parlement européen pour parvenir à une forme de norme continentale qui, d’ailleurs, serait exemplaire au niveau mondial.

D’autre part, le RMA n’est pas une arme magique : elle doit bien s’inscrire dans une logique de refonte de la fiscalité, incluant notamment une lutte déterminée contre les paradis fiscaux et une maîtrise publique des circuits financiers. Mais le RMA, facilement compris par tout le monde et d’une évidente justice, pourrait être l’étendard le plus visible de cette indispensable réforme fiscale .

Un imaginaire positif

Une dimension moins technique ne saurait être oubliée. En octobre 2009, j’avais été frappé que, alors que le Parti de gauche et le Parti socialiste publiaient leur proposition de RMA ou de salaire maximum, cette information était quasiment ignorée par la presse. Certes, on pouvait expliquer cette censure par le fait que les médias sont très largement sous le contrôle de l’oligarchie, qui ne veut évidemment pas que ce sujet vienne sur la place publique. Mais il fallait reconnaître aussi que les politiques eux-mêmes ne poussent pas très fort sur le sujet : s’ils le mettent dans un coin de leur programme, peu le considèrent comme un enjeu véritable.

Pour comprendre cette situation, j’ai parlé avec Patrick Viveret, un de ceux qui ont lancé l’idée du RMA, pour mieux comprendre. « Les politiques mettent le revenu maximum en évidence, c’est nouveau, mais ils y vont à reculons, dit-il. Dans une société où le seul imaginaire est l’imaginaire de l’avoir, le RMA est perçu comme une restriction de la liberté. Pour convaincre de son utilité, il faut une vraie campagne : d’abord montrer que le revenu est déjà plafonné pour l’immense majorité de la population. Et surtout, travailler l’imaginaire positif, tel que celui de la sobriété heureuse, du bien-vivre. Cela va à l’encontre de tout l’économisme dominant : il propose une compensation au mal-être par la consommation, il apporte la consolation par la publicité. »

« Mais, poursuit Patrick Viveret, ce registre est bouché : la consommation devient écologiquement insupportable. Alors, les logiques dominantes remplacent peu à peu le registre compensateur-consolateur par un registre autoritaire. Si la voie compensatrice-consolatrice n’est plus possible et qu’on refuse la voie autoritaire, il faut travailler sur la démocratie et sur la sobriété heureuse. »

Etre plus heureux en ayant moins, certes. Mais surtout en rêvant autrement. Comme toute mesure politique, le RMA n’a de sens que s’il s’inscrit dans une autre culture du bien-être et du bonheur collectif.

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Notes :

(1) Carola Frydman & Raven E. Saks, « Executive Compensation : A New View from a Long-Run Perspective, 1936-2005 », Finance and Economics Discussion Series 2007-35, Washington, Board of Governors of the Federal Reserve System, 2007.

(2) Voir : Kempf, Hervé, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (Seuil, 2009).

(3) http://ec.europa.eu/economy_finance..., cliquer sur “7-Gross domestic product”, puis cliquer sur “7.6-Adjusted wage share”. Lire aussi : « Part des salaires : et pourtant elle baisse », de Michel Husson, sur le site http://www.france.attac.org

(4) Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir, collection Tel, Gallimard, Paris, 1970.

(5) INSEE, Dossier de presse, « Les revenus et le patrimoine des ménages », avril 2010.

(6) Gadrey, Jean, « Les Etats-Unis instaurent un revenu maximum pour sortir de la crise », http://www.reporterre.net//spip.php...

Article 11 devient un vrai journal papier Article 11 Reporterre 2010/11/14 Article 11 (14 novembre 2010) Article 11 devient un vrai journal papier. Reporterre. fr

Article 11 devient un vrai journal papier

C’est un joli site, le voilà aussi sur papier, dans tous les bons kiosques. Bienvenue !

Well, nous y voilà : le numéro 1 d’Article11 a été imprimé le 8 novembre. 15 000 exemplaires éjectés d’une rotative géante - monstre de rapidité - sous nos yeux ébahis et... un peu inquiets. C’est peu de dire qu’on appréhendait le moment autant qu’on l’attendait. Déblatérer sans fin autour d’un projet est une chose. Le voir se matérialiser en est une autre. Notre absolue inexpérience dans ce domaine nous faisait craindre le pire : et si le canard sortait en rose fluo ? Si les choix graphiques se révélaient séduisants sur écran mais inopérants en version imprimée ? Et si nos camarades graphistes, ceux de Formes Vives et Thibaud Meltz, se révélaient des saboteurs, des infiltrés des RG ? La parano galopait. « Horreur à la mesure de nerfs de géants », écrivait Malcolm Lowry dans Au-Dessous du volcan. On ne saurait mieux dire...

Et puis, une fois les premiers exemplaires recrachés par le monstre rotatif, on a repris notre souffle. Voire, on a franchement souri : notre bébé n’avait ni malformations ni couleur suspecte, il se portait comme un charme. Du coup, on en a profité pour courir dans toute l’imprimerie en prenant joyeusement des photos du processus en cours. Un peu comme le papa gâteau qui filme l’accouchement du petit dernier. Les yeux ronds. Après quelques heures, on est repartis avec les 1 200 exemplaires destinés à la vente directe et aux abonnements dans le coffre, le reste filant vers les Messageries pour une distribution en kiosques. Et on a pris la route de la Belgique (distante de quelques kilomètres, notre imprimeur ayant ses quartiers dans l’Avesnois - 59) pour se constituer un petit stock de bières ; on ne se refait pas...

Alors, évidemment, maintenant que tout est imprimé, on a (un peu) peur de votre jugement. On sait que le canard nous plaît, qu’on se retrouve dedans et que ce qu’il peut avoir d’atypique (format, graphisme, style) nous botte bien. Si quelques coquilles nous ont fait rugir après coup (bordel ! Comment ont-elles pu passer entre les mailles du filet ?), l’ensemble nous paraît tenir la route. Mais vous ? À voir les abonnements affluer - déjà plus d’une centaine - et les mots d’encouragement se multiplier à nous faire rougir de plaisir, on craint un tantinet de vous décevoir, c’est naturel. Car désormais, il s’agit que vous soyez satisfaits du canard. Pas le "satisfait" de « Satisfait ou remboursé » ; plutôt celui disant que nous sommes toujours sur la même longueur d’onde et que vous ne regrettez pas votre confiance. Pour nous, c’est important. Très.

Pour ceusses qui voudraient franchir le rubicon A.11 : l’abonnement se passe ICI. . Pour ceusses qui sont parisiens : on organise une (petite) soirée de lancement, le vendredi 19 novembre. Ça se passe au Bon Accueil, bar sis au 64 de la rue Alexandre Dumas (Métro Alexandre Dumas itou), lieu aux affinités libertaires et aux prix doux. On vous y attend à compter de 19 h.

Et enfin, pour ceusses qui voudraient gagner un an d’abonnement gratuit, on a même pensé au super-jeu-concours de la mort-qui-tue : l’ami Ubifaciunt ayant concocté, dans le canard, un (très costaud) "Mots croisés d’ultra-gauche", le gros lot reviendra à celui ou celle (ou à ceux et celles) qui nous le renverra dûment rempli et complété. Voilà.

Nouveau gouvernement : les associations écolos dépitées FNE-LPO-CFDT/Greenpeace / Arnaud Gossement / Amis de la Terre Reporterre 2010/11/15 FNE-LPO-CFDT/Greenpeace / Arnaud Gossement / Amis de la Terre (15 novembre 2010) Nouveau gouvernement : les associations écolos dépitées. Reporterre. fr

Nouveau gouvernement : les associations écolos dépitées

Remaniement du gouvernement le 14 novembre, départ de Borloo, arrivée de Nathalie Kosciusko-Morizet. Commentaires.

..................................Le texte commun de FNE, LPO et CFDT :

Le ministère, jusqu’alors chargé de l’énergie et des négociations sur le climat, se voit dépossédé du portefeuille de l’énergie, hypothéquant potentiellement notre objectif de division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre. Qui représentera l’Etat français à Cancún dans moins d’un mois ? Pour y défendre quoi ? Pourquoi l’énergie doit-elle maintenant dépendre de l’industrie ? Le précédent gouvernement avait affirmé que l’environnement devait être au cœur de toutes les politiques publiques. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pour la CFDT et FNE, il indispensable que le ministère de l’industrie ne cantonne pas l’énergie à des problématiques industrielles. L’énergie est le problème de toute la société et les solutions résident dans un meilleur équilibre entre productions locales et moyens centralisés et surtout dans la promotion des renouvelables et de l’efficience énergétique.

De même, la Mer a disparu de l’intitulé du nouveau ministère. Les grands engagements pris lors du Grenelle de la Mer pourraient-ils être balayés par la vague du changement de ministère ?

Pour la CFDT, les questions de l’emploi et de l’environnement pour une croissance durable doivent être articulées et prises en compte dans le cadre du dialogue social.

Bruno Genty, président de FNE : « Je souhaite bonne chance à la nouvelle ministre, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, dont les compétences environnementales sont certaines. Je lui souhaite aussi beaucoup de courage et d’énergie pour faire face à ses nouvelles responsabilités. L’énergie est un enjeu important du Grenelle de l’environnement. FNE attend de la ministre de l’écologie qu’elle veille à l’application de tous les engagements du Grenelle concernant cette thématique même si celle-ci ne fai t plus partie de son ministère ».

La CFDT et FNE seront vigilantes quant à l’application stricte des engagements pris lors des « Grenelles », et en particulier ceux concernant l’énergie et la mer pour lesquelles les inquiétudes sont plus grandes que jamais. Nos organisations rencontreront dès que possible les nouveaux ministres de tutelle afin de leur faire part de leurs préoccupations. Le développement durable, ce n’est pas la cerise sur le gâteau, c’est le gâteau !

...................................Le texte de Greenpeace :

Depuis l’organisation du Grenelle de l’environnement, fin 2007, le tandem Sarkozy/Fillon n’a eu de cesse de revenir sur les promesses et les engagements en matière d’environnement. Et tout porte à croire que « Sarkozy/Fillon saison 3 » sera encore moins écolo que le précédent gouvernement.

« Tout cela ressemble aux séries télé : on est excité et plein d’espoir pendant la saison 1. Durant la saison 2, déception, il ne se passe plus grand chose. Alors la saison 3, on n’y croit plus, déclare Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. Nicolas Sarkozy s’est un temps servi de l’écologie en s’appuyant sur Jean-Louis Borloo. Puis, la même équipe s’est employée à complètement détricoter le Grenelle. Aujourd’hui, Jean-Louis Borloo part, Nathalie Kosciusko-Morizet revient, mais on ne voit pas bien pourquoi les choses s’arrangeraient. C’est comme si tout était à refaire. Et d’ailleurs, la seule chose qui nous retienne de proposer au "nouveau" gouvernement d’organiser… un Grenelle de l’environnement, c’est que l’expérience a déjà été tentée, avec, au bout du compte, très peu de résultats ! »

Le démantèlement du « grand » ministère

Plus que les personnes, c’est d’abord le périmètre diminué du ministère de l’Écologie qui inquiète. Disparu, le grand ministère dessiné par le candidat Sarkozy et mis en place en 2007. Exit la Mer et surtout l’Énergie, qui se trouve placée au sein du ministère de l’Industrie, et donc sous la coupe de Bercy, où elle va redevenir une variable d’ajustement de politiques productivistes.

« On sait à quel point Christine Lagarde, ministre de l’Économie pour la deuxième fois, a toujours été extrêmement hostile à la dynamique du Grenelle de l’environnement et aux décisions qui ont été prises dans la foulée, déclare Pascal Husting. Que l’Énergie échappe à l’Écologie pour rejoindre le giron de Bercy est très inquiétant concernant la capacité de la France à tenir ses objectifs de réductions de ses émissions de gaz à effet de serre et de développement des renouvelables. »

Le retour de NKM…

« Nathalie Kosciusko-Morizet hérite d’un ministère diminué et rétrogradé dans la hiérarchie gouvernementale, estime Pascal Husting. La nomination d’une telle personnalité ne saurait faire oublier ce périmètre rétréci. On ne peut qu’être sceptique sur la marge de manœuvre dont disposera Nathalie Kosciusko-Morizet, là où Jean-Louis Borloo a eu les coudées franches. »

… et des anti-écolos !

En matière d’environnement, le seul maintien de François Fillon suffit à donner… le ton. Le Premier ministre a entre autres œuvré pour délaver les engagements du Grenelle et pour faire capoter la taxe climat-énergie. Tout récemment, c’est lui encore qui a tranché concernant le thon rouge. En amont de la réunion de l’Iccat, l’organisme international censé gérer cette pêcherie (prévue à Paris du 17au 27 novembre), François Fillon a arbitré en faveur d’un quota de pêche de 13 500 tonnes de thon rouge pour l’année prochaine. Un chiffre qui, d’après les scientifiques, ne laisse que 30 % de chance de survie d’ici à 2020 à cette espèce menacée.

D’autres personnalités violemment anti-écolos rejoignent le gouvernement, comme Patrick Ollier, connu pour ses sorties anti-éoliennes et sa ferveur pro-nucléaire. Bruno Le Maire est maintenu à l’Agriculture, ce dont se félicitent déjà la FNSEA et les pêcheurs industriels de thon rouge. Quant à Thierry Mariani aux Transports ou Éric Besson à l’Énergie/Industrie, difficile d’en attendre beaucoup d’initiative en matière d’écologie, tant ces hommes se sont jusqu’à présent illustrés comme étant tout dévoués à Nicolas Sarkozy.

...................................Le texte d’Arnaud Gossement :

On se rappelle que Nicolas Sarkozy, en 2007, avant d’être élu à la Présidence de la République, avait signé le Pacte écologique de Nicolas Hulot, lequel prévoyait la création d’un poste de Vice Premier ministre à l’écologie. Nicolas Hulot a eu mille fois raisons de militer, ces jours derniers, pour la préservation du superministère et la désignation à sa tête d’un « poids lourd » politique, capable d’imposer des arbitrages favorables à l’écologie. Toutefois, force est de constater que l’animateur d’Ushuaia, reçu tous les 4 matins à l’Elysée lors du Grenelle, n’a plus autant l’oreille de Sarkozy.

Et sa présence à Lyon, aux assises d’Europe Ecologie/Les Verts prend une signification tout à fait intéressante dans ce contexte. Il n’est pas impossible que Nicolas Hulot doute désormais de la possibilité d’influer sur le cours de l’action gouvernementale et prenne donc moins de précautions pour afficher sa sympathie pour les amis de Cécile Duflot. Une page du Grenelle se tourne donc, même si l’on comprend bien que Nicolas Sarkozy lutte contre cette idée en nommant celle là-même qui lui souffla l’idée de l’organiser.

Le Superministère décapité

On imagine déjà l’ambiance lors de la cérémonie de passation des pouvoirs entre Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet… Certes, Nathalie Kosciusko-Morizet bénéficie d’une compétence et d’une expertise incontestables mais sa promotion spectaculaire ne peut occulter le fait qu’elle est nommée à la tête d’un ministère qui vient de perdre de sa superbe. NKM n’est pas Ministre d’Etat, numéro 2 du Gouvernement, mais Ministre numéro 4 d’un Gouvernement dont le numéro 2 n’est plus le ministre de l’écologie mais celui de la Défense, tout un symbole… Surtout, surtout, surtout, le ministère de l’écologie perd l’administration de l’énergie, laquelle quitte l’Hôtel de Roquelaure pour rejoindre Bercy où elle sera pilotée par Eric Besson dont on a du mal à penser qu’il s’opposera au tropisme pro-nucléaire du Président de la République et du Premier ministre. Ce détachement de la Direction générale de l’énergie et du climat est la plus mauvaise nouvelle de ce remaniement et contrevient complètement à la logique du Grenelle qui avait au contraire permis ce rapprochement entre énergie et environnement.

Cette fracture est catastrophique alors que nombre de textes d’application de la loi « Grenelle 2 » du 12 juillet 2010 doivent être préparés par ces deux administrations d’ici à l’été prochain. Last but not least, NKM est flanquée de deux secrétaires d’Etat : Benoit Apparu qui reste au Logement et Thierry Mariani aux Transports qui s’est surtout illustré par ses prises de position sur le dossier de l’immigration. Mais la pêche, l’alimentation et l’aménagement du territoire restent ou partent chez Bruno Lemaire, Ministre de l’Agriculture. Autre grand ami du développement durable : Patrick Ollier. Ce grand pourfendeur des éoliennes, entre au gouvernement comme ministre en charge des relations avec le Parlement. Les énergies renouvelables ont du souci à se faire mais… n’en jetez plus, la coupe est pleine…

Mais le meilleur est pour la fin : tous les responsables politiques et administratifs qui souffraient de voir Borloo obtenir des arbitrages pro-Grenelle au dessus de la tête de Fillon et des responsables de Bercy vont pouvoir prendre leur revanche. La confirmation de François Fillon et le départ de Jean-Louis Borloo vont sans doute renforcer l’autorité du Premier ministre au sein de l’exécutif. Pas certain que les écologistes pourraient encore obtenir l’abandon d’un projet comme celui d’un circuit de formule 1 à Flins.

Borloo outragé mais Borloo libéré

Jean-Louis Borloo a clairement reçu plusieurs gifles qui, au-delà de sa personne, sont de nature à braquer les centristes. Le Chef de l’Etat l’a encouragé à concourir pour Matignon pour finalement, y confirmer le locataire actuel. De plus, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui succède à Jean-Louis Borloo. Celui-là même qu’elle avait accusé de « lâcheté » en 2008. On comprend dans ces conditions que l’ancien maire de Valenciennes ait souhaité annoncer lui-même son départ sans attendre la proclamation du nouveau gouvernement par le Secrétaire général de l’Elysée. Reste à savoir ce que fera Borloo de cette liberté.

...................................Le texte des Amis de la Terre :

Alors que la composition du nouveau gouvernement vient d’être annoncée, les Amis de la Terre sont inquiets du nouveau champ de compétences, plus réduit, du ministère de l’écologie. L’énergie disparaît du nom de ce ministère et est reprise à Bercy. Par ailleurs, la mer n’est plus citée alors que les menaces sur les ressources halieutiques n’ont jamais été aussi fortes.

Nathalie Kosciusko-Morizet, dont les compétences et le courage politique avaient été remarqués notamment lors du débat parlementaire sur les OGM, héritera t’elle d’un ministère réduit ? Le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer change une nouvelle fois de nom pour devenir le ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement. Si les Amis de la Terre se félicitent du maintien des transports et du logement confirmé par la nomination de deux secrétaires d’état, ils s’inquiètent de voir l’énergie passer à Bercy, dans le giron d’Eric Besson, chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique.

Pour Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre, « Alors que l’énergie est au cœur des changements de sociétés auxquels nous sommes confrontés et alors que la réduction de la consommation d’énergie devrait être une priorité pour des raisons sociales, économiques et écologiques, la reprise en main de ce secteur par Bercy laisse présager une relance décomplexée de la production avec davantage de nucléaire et davantage d’énergies fossiles, satisfaisant ainsi de grands lobbies aux dépends de l’intérêt des citoyens ».

La protection de la mer et du littoral pourrait, d’après le nouveau nom du ministère de l’écologie, avoir également été amputée de ses compétences. Si ceci était confirmé, ce serait un très mauvais signe alors que les quotas de pêche restent un sujet de tension avec le ministère de l’agriculture. Il pourrait s’agir d’une confirmation de ce qu’avait annoncé Nicolas Sarkozy lors du salon de l’agriculture : L’environnement, ça commence à bien faire !

Pour Anne Bringault : « Les tensions entre le ministère de l’écologie et celui de l’agriculture ont toujours été fortes, que ce soit au sujet des OGM, de la pêche ou de l’avenir de la PAC. Si la disparition probable de la mer des compétences du ministère de l’écologie était la marque d’une volonté affirmée de donner dorénavant la priorité au ministère de l’agriculture dans les arbitrages concernant les questions agricoles et marines, ce serait la victoire des lobbies contre la préservation de la biodiversité et la lutte contre les pollutions. »

Les trafics mafieux de biens environnementaux se développent AFP Reporterre 2010/11/16 AFP (16 novembre 2010) Les trafics mafieux de biens environnementaux se développent. Reporterre. fr

Les trafics mafieux de biens environnementaux se développent

Interpol s’inquiète des trafics liés à l’environnement.

Elles ont trouvé dans l’environnement un secteur fructueux, mal surveillé, relativement peu risqué, pour lesquels les rendements rivalisent avec ceux de leurs activités traditionnelles. Derrière les braconniers d’ivoire, les pollutions sauvages, les pêcheurs illégaux ou les escroqueries aux quotas-carbone, il y a souvent de puissantes mafias internationales, assurent policiers et experts.

Elles ont trouvé dans l’environnement un secteur fructueux, mal surveillé, relativement peu risqué, pour lesquels les rendements rivalisent avec ceux de leurs activités traditionnelles.

« Les criminels dans ce secteur sont très organisés », explique à l’AFP à Doha, en marge de la 79e Assemblée générale d’Interpol, David Higgins, du Programme « Crimes environnementaux » de l’organisation policière internationale.« Leurs crimes, que ce soit contre l’environnement, les espèces sauvages ou la pollution, les font franchir sans arrêt des frontières internationales », ajoute-t-il.

A sa grande satisfaction, Interpol a adopté le 8 novembre une résolution soutenant la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées (CITES). Elle demande aux policiers du monde de se mobiliser contre les « atteintes à l’environnement ».« Cela veut dire que ces crimes doivent désormais être pris au sérieux », ajoute-t-il. « Les chefs des polices ont admis que cela était lié à la criminalité organisée ».

Cela fait plus de quinze ans que John Sellar, ancien policier écossais qui dirige la lutte contre la criminalité verte à la CITES attendait ce moment. « Les gens imaginent mal les sommes en jeu, uniquement dans les trafics d’espèces sauvages », dit-il. « Ils croient encore trop souvent que ce sont des braconniers locaux qui vont en forêt et tirent sur ce qu’ils trouvent, alors qu’il s’agit de réseaux de criminels professionnels, qui tuent ou capturent des animaux à grande échelle ».

Au printemps Samuel Wasser, de l’Université de Washington à Seattle, estimait le seul trafic d’espèces sauvages à plus de 20 milliards de dollars par an, avec des saisies d’ivoire pouvant atteindre en valeur vingt millions de dollars par prise.

Face à des enjeux pareils, mafias, triades, cartels et syndicats du crime investissent des fortunes, sachant que les retours seront dignes du trafic de drogue et les peines encourues bien moindres en cas d’échec.

« Vous avez des groupes qui louent des hélicoptères pour traquer éléphants et rhinocéros en Afrique australe », assure David Higgins. « En 2005, un bateau de pêche européen a été arraisonné par la marine australienne en train de pêcher des légines australes, une espèce protégée qui rapporte des fortunes sur le marché noir. Ils étaient prêts à aller de l’autre côté de la terre pour ça ».

Selon lui, « les méchants s’intéressent à l’environnement parce qu’ils savent que ce n’est pas très surveillé (...) Si vous passez une frontière avec de la drogue, vous avez une bonne chance d’être pris. Mais si c’est avec un couple de pangolins (petits mammifères protégés) en Asie, la plupart des policiers ne bronchent pas ». Dans une « note d’alerte » qu’il vient de présenter à l’Institut de criminologie de Paris II, Noël Pons, spécialiste de la criminalité en col blanc, dénonce la « prédation criminelle de l’écologie ».

« Ayant conçu un business-modèle criminel neuf grâce à leur grande capacité d’adaptation, mafieux et bandits noyautent un système encore quasiment sans défense, puis y organisent de méga-détournements de fonds, de subventions ou de taxes », explique-t-il.

Au traitement des ordures et déchets, dans lesquels les mafias sont impliquées depuis des décennies, se sont ajoutées les appropriations frauduleuses d’aides publiques notamment dans le secteur de l’éolien, grâce à des dossiers falsifiés, qui rapportent des millions.

Et des « carrousels », fraudes à la TVA classiques mais difficiles à contrer, ont été montés par des mafieux autour des quotas-carbone, ces « droits à polluer » récemment créés : « elles dépasseraient en Europe les cinq milliards d’euros », estime Noël Pons.

L’Europe doit se préparer au choc pétrolier Sauvons le climat Reporterre 2010/11/16 Sauvons le climat (16 novembre 2010) L’Europe doit se préparer au choc pétrolier. Reporterre. Tribune — fr

L’Europe doit se préparer au choc pétrolier

La très forte augmentation du prix du pétrole fin 2008 et la récente grève des raffineries viennent de nous rappeler brutalement notre extrême dépendance au pétrole, et tout particulièrement aux carburants pétroliers.

Or la quantité de pétrole qui pourra être sortie du sous-sol de la planète va bientôt diminuer sans espoir de retour, et cela quels que soient les progrès technologiques et les investissements réalisés. C’est déjà le cas de la seule province pétrolière et gazière importante d’Europe, la Mer du Nord : sa production de pétrole, y compris les hydrocarbures liquides extraits de ses gisements de gaz naturel, a plafonné à environ 6 millions de barils par jour (300 millions de tonnes par an) de 1999 à 2001. Elle a maintenant diminué de 40%, malgré d’immenses progrès dans les techniques d’exploration, d’exploitation et de récupération. Car les véritables causes de ce déclin ne sont pas technico-économiques, mais géologiques : voilà en effet bien longtemps que l’on ne découvre plus assez de gisements en Mer du Nord pour remplacer les gisements qui sont en voie d’épuisement !

Pour les mêmes raisons, les productions de nombreux pays pétroliers sont déjà sur la pente descendante, et parfois depuis longtemps. C’est le cas des Etats-Unis, en son temps premier producteur mondial, dont la production a connu un maximum en 1971, puis diminué de presque moitié malgré les développements de l’Alaska et du Golfe du Mexique.

La production mondiale elle-même chutera fortement dès que la production de l’Arabie Saoudite aura atteint son maximum possible ! Mais l’on observe déjà que depuis 2004, malgré la formidable augmentation des prix du pétrole qui aurait dû la stimuler, malgré également le renfort croissant des pétroles non-conventionnels (1) tels que les hydrocarbures liquides extraits du gaz naturel, les bitumes des sables bitumineux du Canada et les huiles extralourdes du Venezuela, et de celui des « pétroles artificiels » que sont les biocarburants (biomass-to-liquids, BTL) et les carburants fabriqués à partir du gaz (gas-to-liquids, GTL) ou du charbon (coal-to-liquids, CTL), la production mondiale de pétrole fluctue autour de 85 millions de barils par jour (4,25 milliards de tonnes par an) toutes catégories confondues ! La population mondiale ayant continué d’augmenter, la quantité de pétrole disponible par habitant de la planète a en fait déjà commencé à décliner !

Plus inquiétant encore, les quantités disponibles sur le marché international pour les grands pays consommateurs sans ressources pétrolières notables que sont la France et la très grande majorité des pays européens vont décroître plus vite que la production mondiale, du fait de la concurrence effrénée des grands pays émergents et de l’utilisation croissante par les grands pays producteurs de leur pétrole pour leur propre développement. Ces pays producteurs voudront aussi de plus en plus garder du pétrole en terre en prévision de l’avenir. Les quantités disponibles sur le marché pourraient ainsi diminuer d’un tiers au cours des quinze à vingt ans à venir (2), avec pour conséquence une envolée des prix !

Il est donc d’un intérêt stratégique pour la France et plus généralement pour les pays européens, de diminuer très rapidement leur consommation pétrolière, tout particulièrement dans le domaine des transports. En effet 70 % des produits pétroliers issus des raffineries sont en Europe des carburants, et les transports en dépendent à 98 % !

Les propositions pour cela sont légion : carburants d’origine non pétrolière : biocarburants (BTL), carburants produits à partir du gaz naturel (GTL), du charbon (CTL) ou des schistes bitumineux (STL) – voitures électriques ou hybrides rechargeables – voitures utilisant l’hydrogène comme carburant - transports en commun et ferroutage, etc.

Mais les méthodes proposées seront très coûteuses et surtout, le temps nécessaire à leur mise en place à une échelle significative sera trop important face à la rapidité du déclin annoncé des quantités de pétrole disponibles sur le marché international. Même avec un programme d’urgence (« crash program », comme disent les Américains (3)) on n’y arrivera pas. D’autant plus qu’il faut écarter résolument les méthodes qui amplifieraient la consommation des combustibles fossiles autres que le pétrole, telles qu’en particulier la fabrication à partir de ceux-ci de GTL, de CTL, de STL et d’hydrogène-carburant. En effet non seulement les émissions de gaz à effet de serre et leurs menaces sur le climat en seraient accrues, mais aussi la raréfaction de ces combustibles fossiles4 en serait accélérée.

Or il est possible de faire baisser considérablement et rapidement la consommation de carburants pétroliers des véhicules à moteur thermique par des moyens déjà à notre disposition. Cela peut se faire :

- Par un « effort citoyen » : diminuer sa vitesse moyenne de 10 % sur ses trajets habituels, pratiquer l’éco conduite, et n’utiliser la climatisation que lorsqu’elle est vraiment nécessaire permettent de diminuer d’environ 30 % la consommation d’un véhicule. Une diminution de 5 à 10 % est encore possible en réduisant l’usage de la voiture. Ce ne sont que des efforts sur nous-mêmes, sans investissement ni technologie nouvelle. Et chacun gagnerait, en particulier financièrement, à ce que cet effort soit effectivement citoyen plutôt qu’imposé par des augmentations astronomiques de prix des carburants provo quées par une pénurie, ou par des limitations autoritaires de vitesse.

- Par une amplification de l’effort technologique en cours : allègement des véhicules, arrêt du moteur lors des attentes (stop-start), améliorations de rendement des moteurs (downsizing, combustion homogène…) permettent déjà de diminuer de 20 % environ la consommation moyenne des véhicules ainsi conçus.

- Par le renforcement des politiques de bonus/malus en faveur des véhicules économes.

Cela devrait permettre d’abaisser la consommation de carburants pétroliers en Europe dans des proportions suffisantes pour faire face au déclin annoncé de leur disponibilité sur le marché international au cours des vingt ans à venir. Cela donnerait aussi le temps qui autrement manquerait cruellement à l’aboutissement d’actions à plus long terme, en particulier le plein développement d’un transport électrique (véhicules légers et transports en commun) utilisant une électricité décarbonée, et une politique de la ville et des déplacements vigoureusement orientée vers un usage plus limité des transports.

Un tel activisme citoyen et une telle politique iraient dans le sens d’un renforcement économique de l’Europe et de la politique européenne de réduction des gaz à effet de serre.

Prenons garde : les envolées de prix du pétrole ont été suivies de récessions sévères dans les grands pays industrialisés, dès que la facture pétrolière a dépassé 4 ou 5 % du PIB (5) ! Trop d’attentisme dans ce domaine risque d’empêcher pour longtemps la croissance matérielle en Europe.

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Notes :

(1) On classe dans les pétroles non-conventionnels :1- les hydrocarbures liquides qui sont dissous dans les gisements de gaz naturel. Ils représentent actuellement 10 % de la production pétrolière mondiale. 2-Les pétroles dits extralourds, de très forte viscosité, le plus souvent parce que les gisements les contenant ont été portés par le jeu des mouvements tectoniques et de l’érosion à proximité de la surface, et que le pétrole qu’ils contenaient a alors été fortement altérés par l’oxygène dissous dans les eaux de surface et par des bactéries. Ils sont beaucoup plus dif ficiles à extraire que les pétroles conventionnels qui sont beaucoup moins visqueux. Leur production représente actuellement 3 % de la production mondiale. 1. La production des pétroles artificiels représente actuellement 2 % de l’ensemble précédent.

(2) Voir par exemple Brown et al. 2010 sur le site http://www.aspousa.org/presentation...

(3) Voir Hirsch 2010 sur le site http://www.aspousa.org/presentation...

(4) A partir des prévisions d’évolution de la consommation mondiale sur les bases actuelles, on estime que la production de gaz naturel devrait commencer à décliner d’ici vingt ans, et celle de charbon d’ici quarante ans. La fabrication à partir d’eux de carburants ou d’hydrogène pour faire rouler les voitures réduirait très sensiblement ces délais.

(5) Voir par exemple Skrebowski 2010 sur le site http://www.aspousa.org/presentation...

Gilles-Eric Séralini en procès contre le dénigrement Fondation Sciences Citoyennes Reporterre 2010/11/17 Fondation Sciences Citoyennes (17 novembre 2010) Gilles-Eric Séralini en procès contre le dénigrement. Reporterre. fr

Gilles-Eric Séralini en procès contre le dénigrement

Le chercheur Gilles-Eric Séralini mène depuis plusieurs années un travail scientifique d’analyse des données sanitaires relatives aux OGM. Au lieu d’être étudié sereinement par la communauté scientifique, M. Séralini est souvent dénigré par des membres de l’establishment. Il se pourvoit en diffamation : l’audience aura lieu le 23 novembre à Paris, le soutien public sera bienvenu.

La controverse entre chercheurs, organisée au sein de la communauté scientifique, est un des moteurs essentiels de la construction des savoirs. Pour être reconnu, un résultat doit avoir résisté à toutes les tentatives d’invalidation par les collègues. Plus encore, lorsque des travaux scientifiques ont des conséquences sociales, économiques et politiques importantes, la possibilité de développer ces postures critiques et de garantir les conditions d’une expertise pluraliste, devient le garant d’un bon fonctionnement démocratique.

Comment prendre les bonnes décisions lorsque certaines voies de recherche sont systématiquement écartées, avant même d’avoir été sereinement explorées ?

En matière d’étude de l’effet des plantes génétiquement modifiées sur la santé, ce respect de la controverse scientifique n’est pourtant pas de mise. La grande majorité des chercheurs qui publient des résultats suggérant des effets d’organismes génétiquement modifiés (OGM) sur la santé ou l’environnement, jusqu’alors insoupçonnés est la cible de campagnes de dénigrement provenant de membres influents de la communauté scientifique.

La France n’est pas en reste comme en témoigne la situation actuelle de Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen et co-directeur du Pôle pluridisciplinaire « Risques », spécialisé dans l’étude des effets des pesticides et OGM sur la santé. G-E Séralini et ses collègues ont mené des contre-expertises de données fournies par Monsanto pour justifier de la commercialisation de 3 de ses maïs OGM (MON 863, MON 810, NK 603). Ces contre-expertises remettent en question la capacité pour ces données de démontrer formellement l’innocuité des trois maïs (suivi des rats trop court, puissance de l’analyse statistique insuffisante). Contrairement aux analyses réalisées par la firme, les travaux de G-É Séralini et de ses collègues ont été soumis au processus d’évaluation critique par les pairs avant d’être publiés en 2007 et en 2009.

Ces résultats interrogeant le bien fondé des autorisations octroyées par la Commission Européenne sur avis de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) pour la consommation animale et humaine de ces trois maïs, il n’est pas étonnant qu’ils aient suscité de vives réactions de Monsanto, de l’EFSA ainsi que d’autres organismes de contrôle des aliments et d’évaluation des OGM à travers le monde.

Mais depuis quelques semaines, Gilles-Eric Séralini est également la cible d’attaques et de pressions morales émanant d’une partie de la communauté scientifique, et en particulier de l’Association Française des Biotechnologies Végétales, parrainée par des chercheurs bien connus comme Claude Allègre et Axel Kahn, et présidée par Marc Fellous, professeur de génétique et ancien président de la Commission du Génie Biomoléculaire (chargée d’évaluer les OGM avant le Grenelle de l’Environnement).

Face à ces attaques extrêmement violentes allant jusqu’à remettre en question les conditions mêmes de ses travaux de recherche (position académique, financements), G-É Séralini a décidé d’intenter un procès en diffamation à Marc Fellous. Ce procès aura lieu le 23 novembre à 13 H 30 au Tribunal de Grande Instance de Paris.

PROGRAMME DE LA JOURNÉE

Journée de soutien à Gilles-Eric Séralini le 23 novenbre 2010

- 11 H : Conférence de Presse avec Gilles-Éric Séralini, Christian Vélot et Pierre Méneton à l’école Nationale de la Magistrature (Ile de la Cité, Quai aux Fleurs)

- 12 H : Rassemblement devant le Tribunal de Grande Instance, Ile de la Cité, rue de Lutèce

- 13 H 30 : Début du procès

- 14 H 30 : Réunion publique « Expertise scientifique et décisions politiques » (Péniche Alternat, Quai de la Tournelle, entre le pont de l’Archevéché et le pont de la Tournelle) : Interventions de scientifiques et élus, Interventions des témoins de G- é Séralini à leur sortie du tribunal, Interventions de G- é Séralini à l’issue du procès.

Dilettante écologiste Hervé Kempf Reporterre 2010/11/17 Hervé Kempf (17 novembre 2010) Dilettante écologiste. Reporterre. Tribune — fr

Dilettante écologiste

Dans son ouvrage au titre d’une élégance consommée, Tu viens ? (Gallimard, 2009), Nathalie Kosciusko-Morizet annonce avoir « conçu un projet »collaboratif’’ de réflexion politique et de prospective sur Internet, que chacun peut rejoindre à l’adresse www.tuviens.fr" (1). Mais si l’on visite le site indiqué, on constate que le projet, interrompu en février, a fait long feu.

L’anecdote est révélatrice du dilettantisme qui caractérise le régime sarkozyste : on annonce de grands desseins que l’on oublie sitôt que l’opportunité, le calcul ou la communication indiquent qu’un nouveau gadget pourra séduire une opinion supposée inconstante. La seule loi qui semble réellement inspirer ces personnages est celle de la lutte pour le pouvoir.

Le remaniement ministériel officialise l’abandon de la prétendue « révolution écologiste » qu’annonçait M. Sarkozy, en octobre 2007 : « C’est bien à une révolution que nous invite ce Grenelle de l’environnement, paradait-il, une révolution dans nos façons de penser, dans nos façons de décider, une révolution dans nos comportements, dans nos politiques, dans nos objectifs et dans nos critères. » (2). On a dit ici, il y a peu, ce qu’il restait du Grenelle et du bilan du ministre Jean-Louis Borloo (3). Le remaniement, en dépouillant le « grand ministère » de la branche essentielle qu’est la politique de l’énergie pour la faire rentrer dans le giron du ministère de l’économie, confirme que l’écologie est redevenue marginale dans l’esprit de ce gouvernement.

Mais après tout, ce recul n’éclaircit-il pas les termes du débat qui va s’ouvrir d’ici à l’échéance de 2012, en confirmant l’inaptitude structurelle de la droite à mener une vraie politique environnementale ? On voudrait le croire, dès lors que l’on pense qu’une telle politique ne peut se dissocier d’une volonté de justice sociale absente de l’esprit d’un régime obsédé par le maintien des privilèges des riches.

Mais la gauche est-elle prête à remplir le vide ainsi manifesté ? A définir une politique qui concevrait le tournant écologiste comme le moteur de la transformation sociale et économique, en prenant acte du fait que la crise financière ouverte en 2007 oblige à changer toutes les règles du jeu ? On reste sceptique.

Certes, Europe Ecologie s’affirme, certes, le Parti de gauche intègre l’écologie dans sa démarche (au fait, pourquoi ne parlent-ils pas ensemble, ces deux partis ?), mais le Parti socialiste hésite, tergiverse, renâcle à abandonner le dogme productiviste. La faiblesse écologiste du gouvernement pourrait ouvrir un boulevard à la gauche. Ou favoriser une compétition de la passivité derrière les grands mots.

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Notes :

(1) http://www.tuviens.fr

(2) Discours du 25 octobre 2007 : http://www.elysee.fr/president/les-...

(3) http://www.reporterre.net//spip.php...

A Notre Dame des Landes, la police contrôle l’enquête publique Acipa Reporterre 2010/11/18 Acipa (18 novembre 2010) A Notre Dame des Landes, la police contrôle l’enquête publique. Reporterre. fr

A Notre Dame des Landes, la police contrôle l’enquête publique

Mercredi 17 novembre 2010, les opposants au projet de nouvel aéroport se sont rassemblés comme annoncé, près du bungalow B à Notre Dame des Landes, pour la permanence de la commission chargée des enquêtes publiques concernant l’aménagement foncier lié au projet d’aéroport.

Ils ont rappelé que cette enquête publique ne correspond pas à ce qui a été accepté par la profession agricole, à savoir un aménagement foncier pour améliorer l’outil agricole qui soit pensé sur la totalité des surfaces sans en exclure aucune (projet d’aéroport et barreau routier).

Cette enquête est bel et bien liée au projet d’aéroport que la population refuse.

Les opposants souhaitaient cependant pouvoir écrire leurs remarques sur les registres mais ils ont eu beau attendre leur tour dans le calme, après avoir laissé quelques personnes entrer - encadrées par des gendarmes mobiles - cet accès même a été refusé ! Les forces de l’ordre, en surnombre, filtraient l’accès et sélectionnaient les « bons citoyens » autorisés à pénétrer dans le bungalow ! Les personnes présentes ont même dû subir un jet de gaz lacrymogène sans sommation.

Aujourd’hui encore, les commissaires enquêteurs sont repartis sous haute protection policière et sous les huées des manifestants.

L’ACIPA dénonce l’emploi de forces de l’ordre totalement disproportionnées pour encadrer cette enquête et demande au préfet de l’invalider puisque les simples citoyens n’y ont pas accès !

L’ACIPA renouvelle son appel à rassemblement pour le lundi 22 novembre, 3e jour de présence des commissaires enquêteurs, même lieu, mêmes heures et assure que la mobilisation ne fera qu’augmenter contre ce projet inqualifiable !

Sans richesse, depuis un an Jean-François Noubel Reporterre 2010/11/18 Jean-François Noubel (18 novembre 2010) Sans richesse, depuis un an. Reporterre. Tribune — fr

Sans richesse, depuis un an

Il y a un an, Jean-François Noubel a fait le voeu de vivre sans monnaie officielle pour aller vers les monnaies libres. Voici son bilan d’étape.

Plus d’un an a passé depuis le 7 septembre 2009, jour où le vœu de richesse est entré dans ma vie. Autant ce vœu s’est manifesté comme une évidence, autant il m’était difficile à l’époque d’avoir une idée du chemin qui me mènerait à son application pratique, en particulier le fait de migrer de l’argent conventionnel vers les monnaies libres.

Je reprécise ici que le vœu de richesse est une expérience spirituelle, un engagement envers l’infinie richesse qui nous entoure en tant que manifestation inhérente de l’Univers. Le fait de quitter la monnaie conventionnelle — l’argent, les euros, et tout ce qui va avec — est une application circonstancielle de ce vœu. Elle est liée à mon époque et à ce que j’ai choisi d’y faire via ma propre expression. Quelqu’un d’autre peut parfaitement prononcer ce même vœu et choisir une manière différente de le manifester. Le vœu de richesse n’oblige pas à quitter la monnaie conventionnelle, quand bien même il questionne profondément notre rapport à l’argent.

Où en suis-je un an après ?

Je suis au milieu du gué, c’est-à-dire déjà bien éloigné de l’argent conventionnel, sans pour autant avoir construit une existence dans les monnaies libres. Le milieu du gué est le passage le plus délicat. Les courants y sont forts, on peut chanceler et se retrouver entraîné dans de dangereux tourbillons. On est au plus loin des deux berges, le doute s’installe facilement, surtout quand il est aidé par les autres qui, sur la rive, ne se privent pas de manifester leur scepticisme. Il faut à tout prix rester en équilibre, car c’est sur cet équilibre et cette volonté intérieure que tout se joue.

Les faits maintenant…

J’ai quitté ma maison en mai dernier. Donc plus de loyer en euros.

Je suis nomade. Pour l’instant je loge chez les amis qui m’offrent l’hospitalité, qui comprennent et soutiennent ma démarche. C’est une situation transitoire, inconfortable, mais qui rapproche. J’essaie de faire que mon séjour apporte quelque chose, dans l’invisible comme dans le matériel. Ce n’est pas toujours évident car ma présence n’est jamais neutre, vu les engagements que je porte en moi. Ces derniers interpellent, même si je ne fais aucun prosélytisme et si je me montre aussi discret que possible. Etre dans le service au temps présent, et rester focalisé sur l’énorme travail de développement des monnaies libres demande un fin réglage, une vigilance permanente. J’apprends beaucoup dans ces équilibres délicats.

Mon corps est devenu ma vraie maison. Une évolution que j’apprécie d’autant que le corps a toujours été pour moi l’espace dans lequel s’incarne la connaissance. Les potentialités, les idées, les concepts qui ne sont pas encore descendus dans le corps n’ont pas encore opéré leur incarnation dans la matière. Le corps est un espace de transmutation alchimique dirigé par la conscience.

La plus grande difficulté dans ce nomadisme réside dans ce que cela impose à mon petit bonhomme Estéban. Il n’a plus sa petite chambre à lui, ses jouets sont dans un container. Il doit, lui aussi, s’adapter et franchir le gué avec moi. Heureusement, il a une base et sa chambre à lui avec sa maman Stéphanie. Pour Estéban un équilibre dans les extrêmes s’est révélé : sa maman lui donne les racines, son papa lui donne les ailes. J’ai beaucoup de gratitude pour Stéphanie pour son soutien dans toute cette aventure de vie.

J’ai quitté la banque. Plus de compte en banque, plus de carte de crédit, plus de jeu de cache cache (c’est le cas de le dire) avec les + et les -. C’est un pas symbolique important pour moi.

Je rends ma voiture également, c’est l’association TheTransitioner qui en devient propriétaire. Je ne m’en sers plus que marginalement sur le plan personnel, ce sont surtout les déplacements professionnels qui en justifient l’utilisation. Donc plus de voiture perso non plus.

Les seules dépenses qui demeurent aujourd’hui sur le plan personnel sont :

1. nourriture et hygiène (dentifrice, shampooing, etc) 2. quelques objets de temps (des vêtements par exemple) 3. et surtout le nécessaire pour l’éducation et le bien-être de mon petit garçon, en particulier les frais de scolarité

Mes besoins personnels sont devenus modestes. Je vis aujourd’hui avec une valise, et je m’en porte très bien. Je ne ressens aucun besoin particulier, tout ce qui m’importe est de servir et d’accompagner mon petit garçon dans son chemin de vie.

Je continue aujourd’hui de fonctionner avec des espèces pour les postes 1 et 2. Pour les dépenses scolaires d’Estéban (3), plus conséquentes, j’espère cette année pouvoir aider l’école d’Estéban à évoluer vers les monnaies libres. Cette dernière, embourbée dans une incertaine survie liée à l’argent rare, aurait tout à gagner avec les monnaies libres. Cela me permettra également d’y développer une relation conforme au vœu de richesse.

Les prochains pas ? Ils consistent bien entendu à me séparer de l’argent rare que j’utilise encore, afin de construire une existence riche dans les monnaies libres. C’est la phase la plus délicate. Elle nécessite que la plate-forme “flowplace” ainsi que les protocoles MetaCurrency aient suffisamment évolué pour être utilisables par des cercles économiques. Cette transition doit être organique.

C’est en réussissant ce pari que nous pourrons démontrer qu’il est possible ! “Nous” ? Eh oui. Ma bien-aimée Fernanda, elle aussi, opère cette même transition, à sa manière au Mexique, dans son contexte. Elle pourra peut-être en témoigner dans son blog.

Et tout ceci n’est possible, bien sûr, que grâce aux actions de celles et ceux qui nous accompagnent. Même si le chemin peut parfois sembler solitaire, c’est avant tout une aventure collective !

Les décroissants partent en campagne Parti de la décroissance Reporterre 2010/11/19 Parti de la décroissance (19 novembre 2010) Les décroissants partent en campagne. Reporterre. fr

Les décroissants partent en campagne

Samedi 13 novembre 2010, le « Parti des Objecteurs de Croissance », le « Parti Pour La Décroissance » et des membres de « l’Association d’Objecteurs de Croissance » se sont réunis à Paris. Cette rencontre a permis de faire un point sur les convergences existantes en vue des prochaines échéances électorales. Ces partisans de l’objection de croissance proposent aujourd’hui de se retrouver autour de projets communs.

Ils concordent dans une volonté commune de construire un nouveau projet de société écologiquement, économiquement et humainement souhaitable. Leur but est de rompre avec les modèles capitalistes, productivistes et développementistes mais, aussi, de dénoncer les méfaits du système croissanciste et médiatique qui éludent les bonnes questions, tout en apportant les mauvaises réponses.

Les élections sont une opportunité pour ouvrir un débat national sur la Décroissance. C’est pourquoi nous pensons qu’il est souhaitable d’y participer de manière décalée. Aussi, nous convions toutes celles et ceux qui adhèrent à ce projet à nous accompagner dans ce « pas de côté ».

Nous proposons de nous appuyer sur la dynamique des élections pour atteindre plusieurs objectifs :

1) Être présent sur la scène médiatique pour ouvrir un débat et colporter les idées de la Décroissance.

2) Mobiliser des sympathisants afin de créer des collectifs locaux.

3) Proposer un maximum de candidats pour exister dans le paysage politique.

Nous proposons de participer à ces élections sous l’emblème de l’escargot en mettant en avant nos thèmes centraux que sont la relocalisation, le ralentissement, moins de biens plus de liens et la décroissance des inégalités. Une charte précisera les modalités de participation aux élections.

Nous invitons toutes celles et ceux qui souhaitent contribuer à cette dynamique à nous rejoindre.

Lettre ouverte au président de la BNP, aux dirigeants et actionnaires Jean Bachelerie Reporterre 2010/11/19 Jean Bachelerie (19 novembre 2010) Lettre ouverte au président de la BNP, aux dirigeants et actionnaires. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte au président de la BNP, aux dirigeants et actionnaires

Monsieur le Président Michel Pébereau, vous avez transformé notre banque depuis votre arrivée en 1993. Vous avez apporté vos méthodes et votre philosophie. Vous êtes un dirigeant connu du monde bancaire. La banque n’a jamais fait autant de profits. C’est une grande banque européenne et mondiale. A quel prix ? Votre gouvernance, le modèle BNP a un grave défaut : son coût humain.

Vous ne pouvez pas ignorer la politique mise en place en matière de personnel et la souffrance qu’elle a créée dans notre banque. Les hommes qui ont mis en place ces méthodes de management ont été choisis par vous, Monsieur le Président. Ce n’est pas un hasard si la direction des relations humaines est devenue la direction des ressources humaines. Les salariés ne sont plus des êtres humains, mais des ressources. Quelle régression !

Le management moderne privilégie les chiffres, les techniques, ne veut connaître du salarié que sa « ressource travail », la « ressource humaine », qu’il peut jeter lorsqu’il le souhaite. Quand après restructuration, reengineering, réorganisation, vient le temps d’alléger les effectifs.

Ces fameuses « ressources humaines » rejetées sont soit recyclées, soit marginalisées, et lentement broyées par les méthodes « modernes » de management de la DRH qui les use, les pousse à la démission. Certains résistent mais finissent par tomber malades, déprimer. Poussés à bout, ils s’en vont. Parfois ils assignent l’entreprise aux prud’hommes, d’autrefois au pénal parce que ce sont des êtres vivants qui veulent faire cesser la souffrance en dénonçant ces méthodes inhumaines. D’autres mettent fin à leur vie. Monsieur le Président Michel Pébereau, souhaitez-vous voir votre nom associé à cette souffrance devenue ordinaire, un outil de gestion ?

Monsieur Baudouin Prot, vous dirigez (Administrateur Directeur Général) notre banque depuis de nombreuses années, vous avez été informé régulièrement depuis douze ans des méthodes mises en place dans notre maison et de leurs conséquences : harcèlement, discrimination, souffrance au travail, maladies professionnelles, invalidités partielles, démission forcées, procès de plus en plus nombreux aux prud’hommes,condamnation au pénal en mai dernier pour discrimination sexuelle, procès à venir pour discrimination syndicale, suicides de plus en plus nombreux.

Pourquoi ne mettez vous pas fin à ces méthodes inhumaines, indignes d’une grande banque multinationale comme BNP Paribas, ancrée profondément dans la vie de notre pays, et acteur incontournable de son économie depuis près de deux siècles ?

Souhaitez-vous être le dirigeant d’une banque reconnue pour ses performances financières, mais aussi pour la souffrance infligée aux salariés ? Etre le directeur général d’une banque baptisée« BNP Paribas, la banque d’un monde où des salariés souffrent et meurent » ? Monsieur Frédéric Lavenir, vous êtes Directeur des Ressources Humaines depuis 2007. Votre nomination avait suscité l’espoir d’un renouveau. Votre parcours professionnel et votre engagement au service de l’intérêt général laissaient augurer un retour aux valeurs humanistes, qui étaient celles de notre banque jusqu’ à la fin de la décennie 80.

Non seulement les bonnes vieilles méthodes de violence ordinaire, d’intimidation, de harcèlement, de discrimination, de management par le stress et par la peur se perpétuent, mais elles s’intensifient comme le souligne l’accroissement du nombre de suicides. Les médias se sont fait l’écho de plusieurs suicides dont celui de janvier 2008, d’un salarié élu du personnel CFTC, père de famille, ayant une vie associative dans le monde du sport, apprécié de ses clients comme de la population, responsable commercial dans une agence du sud ouest. Malgré les articles à ce sujet et les procédures engagées, rien n’a changé. Fin octobre 2010, la responsable (mère de famille de 44 ans, deux enfants) d’un domaine délicat, la déontologie, de notre filiale BNP Pere (Epargne retraite) a mis fin à ses jours, deux autres collègues du sud est de la France ont tenté de se suicider dont l’un au bureau en se défenestrant.

Monsieur le Président, Messieurs : Vous n’ignorez pas, en tant que dirigeants, que vous êtes pénalement responsable de la santé des salarié(e)s de notre maison. Combien de suicides faudra-t-il avant que vous ne réagissiez ? Combien de condamnations au pénal ? Quand allez-vous faire appel à une commission d’enquête indépendante comprenant des élus du personnel, du CHSCT, la médecine du travail, et des spécialistes de pathologie professionnelle, dirigée par une personnalité indépendante et connue pour son humanité ?

Le nouveau président du Syndicat des énergies renouvelables enfreint la déontologie Sauvons le climat Reporterre 2010/11/22 Sauvons le climat (22 novembre 2010) Le nouveau président du Syndicat des énergies renouvelables enfreint la déontologie. Reporterre. fr

Le nouveau président du Syndicat des énergies renouvelables enfreint la déontologie

Quel que soit le sujet, la morale professionnelle doit s’appliquer. La nomination à la tête du Syndicat des énergies renouvelables d’un responsable de l’Ademe auparavant chargé de ce secteur pose un problème de déontologie.

A l’issue de son Assemblée Générale du 16 novembre, le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) a élu son nouveau Président, Jean-Louis Bal. L’actuel directeur des Energies Renouvelables à l’ADEME succèdera le 1er mars 2011 à André Antolini qui, depuis 13 ans, a dirigé et développé le SER, lequel compte aujourd’hui 550 entreprises. Ingénieur de formation, Jean-Louis Bal a travaillé dans le domaine de l’énergie solaire, dans le secteur privé, durant 17 ans avant de rejoindre l’ADEME en 1992. Il est l’un des grands promoteurs des énergies renouvelables en France, et a été l’un des principaux rapporteurs du Grenelle de l’environnement.

André Antolini restera dans l’équipe dirigeante du syndicat, puisqu’il est nommé Président d’honneur et aura une mission de « conseiller spécial » du nouveau Président. Au cours de ses 13 ans de règne, André Antolini s’est montré un lobbyiste hors pair, passé de l’immobilier (plusieurs fois élu à la tête de la Fédération Nationale des Promoteurs et Constructeurs) au renouvelable, pour diriger la « Société Internationale d’Investissements Financiers », alors basée à … Luxembourg .

Le pantouflage d’un haut responsable d’un organisme public vers ce qu’il faut bien appeler un groupe de pression (un lobby en anglais) privé, et ce, précisément, dans le secteur dont il avait la charge, ne pose-t-il pas un sérieux problème d’éthique et de déontologie ? Personne ne semble véritablement s’en soucier.

On peut tout de même s’interroger, en l’occurrence, sur l’applicabilité de l’article 432-13 du Code Pénal qui « punit de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire public ou agent ou préposé d’une administration publique, à raison même de sa fonction, soit d’assurer la surveillance ou le contrôle d’une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée, soit d’exprimer son avis sur les opérations effectuées par une entreprise privée, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l’une de ces entreprises avant l’expiration d’un délai de cinq ans suivant la cessation de cette fonction ». Forçant le trait, trouverait-on normal qu’un(e) Ministre de l’Economie et des Finances quitte son poste pour prendre la tête du MEDEF ?

Cet échange de bons procédés et de responsables entre l’ADEME et le SER nous paraît révélatrice du fonctionnement d’un lobby qui, sous prétexte de sa mission (l’environnement, y compris sous l’angle climatique, et la maîtrise de l’énergie) n’a, depuis sa création, eu de cesse que de combattre le nucléaire civil tout en favorisant l’affairisme le plus échevelé, en poussant à la construction d’installations éoliennes et solaires, aussi dispendieuses qu’inefficaces sur tous les plans.

Nous voulons croire, peut être naïvement, que les nouveaux ministres, Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson, prendront la pleine mesure d’une consanguinité préjudiciable à la politique énergétique de la France et feront le nécessaire pour que ce ne soit pas « le SER qui mène le bal ».

Mélenchon, un « chefaillon d’opérette » ? Fabrice Nicolino Reporterre 2010/11/22 Fabrice Nicolino (22 novembre 2010) Mélenchon, un « chefaillon d’opérette » ?. Reporterre. Tribune — fr

Mélenchon, un « chefaillon d’opérette » ?

Mélenchon a une conception verticaliste de la politique quand il faudrait une « transformation horizontale du monde ».

Vous vous en foutez ? Moi aussi. Mais grave, vous n’imaginez pas. Si je parle aujourd’hui du cas Mélenchon, c’est parce qu’il réunit son Parti de Gauche en congrès. Au Mans. Mais surtout pour la raison que certains écologistes, que j’ai toutes raisons de croire sincères, pensent avoir trouvé leur Sauveur. Et que nul ne vienne me chercher sur une question de vocabulaire ! Je maintiens : de Sauveur. La figure que ce pauvre Mélenchon tente d’imposer est celle du grand capitaine. Celle de Chávez et de Castro, celle de tous les caudillos de la planète. Soit, Mélenchon est un caudillo de banlieue, un cheffaillon d’opérette. Mais il est là.

Ce qui me frappe avec angoisse, c’est que personne ou presque ne semble capable de voir ce que dissimule cette conception verticaliste de la politique. Cette version autoritaire d’un rhéteur - de seconde zone, à mon sens, mais telle n’est pas la question - distribuant la belle parole à ceux qui la boivent au bas des tribunes. Mais quelle connerie ! Mais quel contresens historique ! La crise écologique commande, sur le mode de l’impératif catégorique, une transformation horizontale du monde, une organisation qui mime la nature et sa complexité, les rhizomes et les mycorhizes, ces symbioses exaltantes entre champignons et racines des plantes. Au lieu de quoi, Mélenchon l’ignare nous rejoue une scène dix mille fois vue.

Savez-vous ? Cet homme, dont le passé politique est détestable, DÉTESTABLE, est resté 31 ans au parti socialiste, dont il était encore ministre en 2002. Sans moufter. Jospin eût-il été élu cette année-là président, il est fort probable que Mélenchon aurait continué à rouler en bagnole à cocarde tricolore. Mais chut, n’est-ce pas ? Ses modèles revendiqués, et imités sur le mode grotesque, sont Marchais et Mitterrand. Jeunes qui lisez ces lignes, désolé de rappeler de si vieux et si pénibles souvenirs. Je le dois.

Marchais est allé travailler dans l’Allemagne nazie en 1942, pour le compte de l’usine d’armement Messerschmitt. Volontairement ? La preuve n’en a pas été administrée, mais le soupçon demeure. Ce qui n’empêchera pas ce chef du parti stalinien de vomir « l’anarchiste allemand » Cohn-Bendit dans un éditorial immonde du torchon appelé L’Humanité le 3 mai 1968, sous le titre : « De faux révolutionnaires à démasquer ». Marchais a dirigé le parti stalinien, autrement appelé communiste, dans des conditions permanentes de mensonge, de manipulation, de violence physique contre qui dérangeait la digestion des bureaucrates. Je n’ai pas même le goût de poursuivre. Marchais est l’antithèse de tout projet humain. Et Mélenchon entend être son digne successeur.

Quant à Mitterrand, chacun sait désormais comment cet opportuniste fondamental a pu passer de son protofascisme des années Trente à la « Résistance », non sans recevoir des mains de cette canaille de Pétain la grande médaille du régime de Vichy, la Francisque. Mitterrand, qui a été toute sa vie un homme de droite, jusqu’à l’ultime seconde, aura été, de manière plus brillante que Marchais, mais sans doute pas plus efficace, un roi de la dissimulation et de l’imposture. Mélenchon fait de cet orfèvre de la tromperie un maître : je le lui laisse volontiers.

Un dernier mot sur la Chine, avec laquelle Mélenchon, penseur stratosphérique, souhaite un accord stratégique. Oubliant la surexploitation des ses ouvriers et paysans, oubliant la dévastation écologique radicale de ses territoires, oubliant les 200 millions de mingong - des migrants exclus des campagnes, des chemineaux, des vagabonds - qui errent de ville en ville et de chantier en chantier. Mélenchon. Comment cela est-il seulement possible ?

Appel de Cancon pour le 4 décembre Par Julien villalard Reporterre 2010/11/23 Par Julien villalard (23 novembre 2010) Appel de Cancon pour le 4 décembre. Reporterre. Tribune — fr

Appel de Cancon pour le 4 décembre

De Cancon à Cancun : appel pour une transition écologique et sociale, samedi 4 décembre

À Cancun, l’ONU tentera de donner un nouveau souffle aux négociations sur le changement climatique, après l’échec du sommet de Copenhague, dont « l’accord » final, au contenu très limité, n’avait été signé que par 138 pays – un échec sur le plan des négociations, mais un succès du point de vue des mobilisations : un mouvement international pour la justice climatique et environnementale est né à Copenhague, autour d’un contre-forum qui a réuni 50 000 personnes, et de manifestations de rue.

L’appel bolivien pour un sommet des peuples qui a rassemblé plus de 30 000 participants à Cochabamba en avril 2010, a abouti à un texte qui formule les exigences indispensables à un accord international sur le climat juste, ambitieux et véritablement contraignant. Cette initiative porte des alternatives crédibles au sein du débat onusien, dans la mesure où les propositions de Cochabamba font désormais partie de la négociation. Ce sommet des peuples montre l’importance et l’urgence de poursuivre la construction d’un mouvement citoyen international, appuyé sur les initiatives locales, qui puisse peser sur les négociations en cours. Dans cette perspective, Via Campesina a lancé un appel pour « Mille Cancun » dans le monde.

Dans ce cadre-là, Attac, la Confédération paysanne, les Amis de la Terre, BIZI ! ont pris l’initiative d’un rassemblement à Cancon dans le Lot et Garonne le samedi 4 décembre.

Ses objectifs : - rendre visibles les luttes et expériences, qui, au niveau local, répondent à la crise écologique et climatique dans les domaines des transports, de l’énergie, de la construction, de l’agriculture, de l’industrie, de la finance, du travail, de la consommation et de l’aménagement du territoire ; - construire le mouvement pour la justice écologique en l’ancrant dans des pratiques concrètes ; - mobiliser les mouvements sociaux et citoyens dans la perspective des échéances prochaines, Johannesburg en 2011 et au sommet de la Terre (RIO+20, printemps 2012), en passant par le G20, prévu en France en novembre 2011 ; - rappeler que les « fausses solutions » (nucléaire, agrocarburants, etc.) posent de nombreux problèmes environnementaux sans contribuer à la baisse des émissions.

Les premiers signataires : Action Consommation, AITEC, ATTAC France, BIZI !, Combat Monsanto, Confédération Paysanne, Fédération Sud Étudiant, Union Syndicale Solidaires, Urgence Climatique Justice Sociale.

En soutien : Europe Écologie, FASE, Gauche Unitaire, Les Alternatifs, Les Jeunes Verts, Mouvement des Objecteurs de Croissance, NPA, Parti de Gauche.

La pression sur les terres dans le monde augmente à un rythme sans précédent Nations Unies Reporterre 2010/11/23 Nations Unies (23 novembre 2010) La pression sur les terres dans le monde augmente à un rythme sans précédent. Reporterre. fr

La pression sur les terres dans le monde augmente à un rythme sans précédent

Les grandes exploitations agro-industrielles concurrencent de plus en plus les petits paysans.

Chaque année, jusqu’à 30 millions d’hectares de terres agricoles sont perdus du fait de leur dégradation environnementale, de l’urbanisation ou de leur conversion industrielle. Exacerbée par l’expansion des cultures d’agrocarburants et par la spéculation sur les terres arables, cette tendance a des conséquences dramatiques pour des centaines de millions d’agriculteurs, de pêcheurs et pour les populations autochtones. Un nouveau rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme.

« Si 500 millions de petits agriculteurs souffrent de la faim, c’est en partie parce que leur droit à la terre est de plus en plus menacé », a déclaré Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, auteur du rapport présenté le 21 octobre 2010 devant l’Assemblée générale des Nations Unies. « Du fait de la croissance démographique dans les campagnes et de la concurrence de plus en plus marquée avec les grandes exploitations industrielles, la taille des parcelles cultivées par les petits exploitants se réduit d’année en année. Les agriculteurs sont souvent relégués sur des terrains arides, des collines ou dans des zones dépourvues d’irrigation. Cette situation menace directement le droit à l’alimentation des populations rurales. »

En Inde, note le rapport, la taille des exploitations moyennes est ainsi passée de 2,6 hectares en 1960 à 1,4 hectares en 2000, et continue de décliner. En Afrique de l’est et australe, la superficie des terres cultivées par habitant a diminué de moitié au cours de la dernière génération.

Un « cocktail explosif »

Le rapport montre que la dégradation de l’environnement, l’urbanisation et les acquisitions de terres à grande échelle par des investisseurs étrangers forment un cocktail explosif, rendant la pression sur les terres propices à l’agriculture plus élevée que jamais.

« Au niveau mondial, 5 à 10 millions d’hectares de terres agricoles sont perdus chaque année en raison de la dégradation environnementale, et 19,5 millions supplémentaires le sont du fait de l’urbanisation et des conversions industrielles », affirme De Schutter. « Mais la pression sur les terres s’est accrue ces dernières années du fait des politiques favorisant l’installation de grandes plantations agricoles. Chaque année, plus de 40 millions d’hectares de terres agricoles font l’objet de demandes d’acquisition par des investisseurs, souvent pour produire des agrocarburants – l’une des principales raisons expliquant la récente vague d’acquisitions de terres à grande échelle. Selon la Banque mondiale, plus d’un tiers de ces acquisitions de terres à grande échelle visent à produire des agrocarburants. »

Paradoxalement, indique le rapport, les mesures adoptées en vue d’atténuer le changement climatique et de protéger l’environnement ont également augmenté la pression sur les terres agricoles. Le fait de planter des forêts afin de bénéficier du « mécanisme de développement propre » a parfois conduit à des expulsions contre lesquelles les populations locales concernées ne sont pas suffisamment protégées.

Pour une nouvelle réforme agraire

« Toutes ces évolutions ont un impact énorme sur les petits exploitants, les peuples autochtones, les éleveurs et les pêcheurs qui dépendent de l’accès à la terre et à l’eau pour leur subsistance », dénonce De Schutter. « Les Etats devraient donc renforcer la sécurité juridique de ceux qui dépendent des terres, qu’il s’agisse d’individus ou de ménages, ou de communautés. Toutefois, on sait aujourd’hui que l’octroi de titres de propriété individuels et la création d’un marché des droits fonciers ne sont peut être pas le moyen le plus approprié pour assurer cette protection. »

Selon le Rapporteur spécial de l’ONU, le processus de délivrance de titres de propriété peut en effet confirmer la répartition inégale des terres, menant dans les faits à une ‘contre-réforme agraire’. En outre, les marchés des droits liés à la terre ont tendance à favoriser ceux qui ont accès au capital pour acheter la terre, et non nécessairement ceux qui feraient de la terre l’usage le plus productif.

« Au lieu de renforcer les droits des propriétaires fonciers, les États devraient d’abord encourager les systèmes de propriété collective, renforcer les régimes fonciers coutumiers et les lois prévoyant un statut pour les tenanciers s’ils veulent mieux protéger les utilisateurs des terres", affirme De Schutter. « Toutefois, vu la répartition parfois très inégale des terres dans les zones rurales, sécuriser l’occupation des terres peut être insuffisant, et la redistribution des terres est dans ce cas nécessaire. »

Le rapport démontre qu’une répartition plus équitable des terres est souhaitable tant pour des raisons d’efficacité que d’équité : une telle répartition a en effet des bénéfiques pour la croissance économique, l’autonomisation des femmes et la réduction de la pauvreté rurale.

« Malheureusement, le sentiment d’urgence concernant la redistribution des terres a régressé car de nombreux responsables politiques sont convaincus qu’améliorer la productivité par la technologie constitue une alternative à la réforme agraire », déplore De Schutter. « C’est là une erreur tragique : étant donné les menaces posées aujourd’hui par les acquisitions de terres à grande échelle, la meilleure façon de garantir le droit à la terre et le droit à l’alimentation est justement de démocratiser et de sécuriser l’accès à la terre au profit des petits exploitants. Aujourd’hui, beaucoup se demandent comment les acquisitions de terres à grande échelle peuvent être ‘disciplinés’. Ce rapport pose la question de savoir comment la réforme agraire peut être promue comme une alternative aux pressions foncières actuelles. L’accès à la terre doit être reconnu comme un droit de l’homme. »

Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 ! Hervé Kempf Reporterre 2010/11/24 Hervé Kempf (24 novembre 2010) Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 !. Reporterre. Tribune — Énergie fr

Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 !

Le pic pétrolier s’est produit en 2006, indique l’Agence internationale de l’énergie. En bonne logique, cette phrase aurait dû faire la Une de la presse mondiale, les Bourses auraient chuté, et l’on aurait enfin répondu à la question : « Sachant que ce système est totalement vermoulu, à quel moment en change-t-on ? » La réponse aurait été : « Maintenant ! »

Reprenons les faits. Le pic pétrolier est le moment où la production de pétrole commence à décroître. Depuis une quinzaine d’années, nombre de géologues avertissent de l’imminence de ce moment capital : il signifie en effet que le régime énergétique du monde, fondé sur l’or noir depuis près d’un siècle, va devoir changer radicalement. On ne va pas manquer de carburant du jour au lendemain, mais il va falloir diminuer sa consommation. La théorie du pic pétrolier s’est imposée. Et la question est devenue : quand aura-t-il lieu ?

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de répondre dans son rapport annuel, intitulé World Energy Outlook 2010, publié à la mi-novembre. Elle énonce ainsi sa prévision : « La production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j (millions de barils par jour) à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006 » (p. 7 du document). Autrement dit, le pic s’est produit en 2006.

Depuis 2006, justement, il y a eu une forte hausse des prix du pétrole (en partie spéculative), puis une crise économique. Cette augmentation des prix a rentabilisé l’exploitation de pétroles « non conventionnels », tels que les sables bitumineux, qui compensent en partie le déclin du pétrole.

L’AIE prévoit une augmentation mondiale de la consommation d’ici à 2035. Comment la satisfaire ? En pompant davantage les réserves de l’Arabie saoudite, et en développant sables bitumineux, pétrole de l’Arctique et pétrole sous-marin très profond. Problème : ces exploitations sont encore plus polluantes que la production de pétrole classique, et l’on peut douter des capacités de l’Arabie saoudite. Conclusion mezza voce : la crise pétrolière approche à grands pas.

Comment y échapper ? Le moins mauvais des scénarios de l’AIE est dit « 450 » : on limite les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas dépasser un réchauffement de 2°C. Il suppose de réduire rapidement la demande de pétrole : outre le gain pour le climat, cela permettrait d’éviter la pollution due aux pétroles non conventionnels, et réduirait les investissements nécessaires à leur développement, ce qui est bon pour l’économie. Mais cela impliquerait de... changer de politique... maintenant. Ah, horreur !

Les oligarques du Siècle chahutés par le peuple Hervé Kempf Reporterre 2010/11/24 Hervé Kempf (24 novembre 2010) Les oligarques du Siècle chahutés par le peuple. Reporterre. fr

Les oligarques du Siècle chahutés par le peuple

Le 24 novembre au soir, les oligarques se retrouvaient pour leur dîner mensuel, place de la Concorde, à Paris. Des manifestants sont venus troubler leurs agapes.

Le Siècle est un club très fermé, qui réunit quelque 600 membres triés sur le volet : patrons (Claude Bébéar, Michel Pébereau), ministres (Nathalie Kosciusko-Morizet), hiérarques des partis (Alain Juppé, Martine Aubry), journalistes de cour (Jean-Pierre Elkabbach, David Pujadas, Arlette Chabot).

En savoir plus

On peut y voir un de ces lieux où la classe oligarchique se reconnait, discute, et définit des consensus qui deviennent les lignes de conduite des politiques imposées ensuite à la société. Tous les 4e mercredi du mois, ils se retrouvent au restaurant de l’Automobile Club de France, place de la Concorde. Comme ce soir, le 24 novembre.

Mais une foule a décidé de les accueillir. J’ai été prévenu par un groupe sur Facebook, d’autres par Demosphère, ou par le bouche à oreille, ou par d’autres sites. C’est le collectif « Fini les concessions-Branche armée de patience » qui organise la réception.

La fois précédente, me dit le président de l’Automobile Club, habillé d’un manteau en poil de chameau, « ils étaient 50. Maintenant, ils sont près de 300 ». La foule est face au bâtiment dont l’entrée déroule un tapis rouge jusqu’à une porte de verre. Un cordon de policiers s’est placé sur la chaussée, et l’accès du trottoir est progressivement interdit.

Les manifestants crient dans la bonne humeur. Il y a deux drapeaux rouges, un drapeau du Parti de Gauche, quelques mégaphones, des tambours et des cymbales.

http://www.reporterre.net/sons/Cris1.mp3

Peu à peu, les membres du Siècle arrivent, soit débouchant du métro, soit en berlines qui les déposent - normalement devant le Club, mais là, sur la place, ils sont un peu perdus.

C’est la nuit, la Grande roue illumine le bout du jardin des Tuileries, la Tour Eiffel scintille de mille feux, les lumières des voitures se réverbèrent sur le pavé mouillé. Cris et chants continuent. D’un haut-parleur, quelqu’un dit : « Pour leur bien, il faut les faire manger. On va leur faire parvenir par la voie aérienne de la nourriture, des assiettes, des oeufs qui vont circuler. Il ne faut pas s’énerver, faites-leur des bisous, que tout se passe bien, et qu’on s’amuse. » En fait, chaque fois qu’un membre supposé arrive, les oeufs jaillissent par voie aérienne.

Sortant du métro, voilà qu’arrive Nicole Notat. Ancienne secrétaire générale du syndicat CFDT, Mme Notat est passé du côté des patrons - pardon, des chefs d’entreprise -, elle s’occupe de « responsabilité sociale » ou quelque chose comme ça. Elle est membre du Siècle, et en sera même la nouvelle présidente, en janvier prochain.

Je l’intercepte, et l’interroge sous son parapluie :

http://www.reporterre.net/sons/Notat.mp3

Elle file vers l’entrée. La tension monte un peu, le trottoir est jonché d’oeufs écrasés. Des gens sortent précipitamment du Club, peut-être à la fin de leur journée de travail. Des riches arrivent à pied, effarés, au milieu des huées et des sifflets. Difficile de les intercepter. Un policier me lâche, « Commence à me faire chier, journaliste ou pas journaliste ! ». Je repasse du côté des... voyons, si ici, ce sont les oligarques, en face, c’est... le peuple.

Des limousines lâchent leur contenant derrière... le peuple. Ils traversent la foule, qui reste bon enfant, et le filet de policiers, qui les reconnaissent de suite, à leur beau costume et à leur cravate. Les manifestants se moquent d’eux.

http://www.reporterre.net/sons/Un r...

Voici Mico, un des participants de la soirée. Mégaphone à la main, il explique pourquoi on est là : écouter ici : http://www.reporterre.net/spip.php?...

Il n’y a plus beaucoup d’oeufs. Des cris, des « ouh », quelques pétards, des tams-tams, des slogans : « Elysée au Karcher », « Les racailles en col blanc, allez vous faire foutre », « Police nationale, police du capital », « On a faim de justice », etc. Ca discute à droite à gauche. Les policiers se sont casqués, et ont sorti le bouclier. Un jeune cause à un agent, dont le visage est caché par un mouchoir sous le casque, on ne voit que ses yeux :

http://www.reporterre.net/sons/Au p...

Voilà, la soirée des riches a été gâchée. Il est bien de situer et de montrer les lieux de pouvoir. Et de répandre, sans doute, un soupçon d’inquiétude dans l’oligarchie.

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Dans la soirée, la police interpelle une trentaine de personnes présentes - dehors, pas ceux qui étaient dedans : encore une erreur judiciaire ! Lire : http://www.google.com/hostednews/af...

Quand le contribuable paye les vols de Ryanair Advocnar Reporterre 2010/11/24 Advocnar (24 novembre 2010) Quand le contribuable paye les vols de Ryanair. Reporterre. fr

Quand le contribuable paye les vols de Ryanair

L’aéroport de Vatry commence à être utilisé par la compagnie Ryanair. Mais le coût apparemment bas des vols proposés par cette compagnie sont permis grâce aux subventions cachées dont bénéficie le transport aérien.

A l’heure où notre pays connait de sérieuses difficultés économiques, il était temps que l’aéroport de Vatry cesse d’être un aéroport fantôme sans trafic et retrouve une activité. Cet aéroport idéalement situé par rapport aux infrastructures ferroviaires et routières, implanté loin des zones à forte densité de population, (le Plan d’Exposition au Bruit ne comporte que 7 habitants au km2) se meurt depuis plusieurs années alors que ses infrastructures offrent toutes possibilités aux compagnies souhaitant s’y installer : les gros porteurs peuvent atterrir, de nombreux hangars sont à disposition, les compagnies gagnent du temps sur les rotations, etc.

Les pouvoirs publics n’ont rien fait pour le promouvoir, préférant concentrer le trafic et en particulier le fret sur l’aéroport de Roissy CDG qui se trouve dans la région la plus saturée en termes de trafic routier et aérien, et dont la densité de population est 10 fois plus forte que la moyenne des autres régions.

L’association ADVOCNAR pense que le développement du trafic aérien à l’écart des zones très urbanisées est une décision de bon sens économique et environnemental : limiter les nuisances pour le plus grand nombre et créer de nouveaux emplois dans les départements qui en ont le plus besoin.

Cependant, l’association ADVOCNAR s’insurge contre les offres « low-cost » de la compagnie RAYANAIR qui propose, par exemple, des vols pour Oslo ou Stockholm à 12 € aller-retour alors que le transfert final par navette Vatry Paris coutera 80€ A.R !

Qui paie le véritable coût de ce vol ? Ne cherchez pas, c’est le contribuable grâce aux subventions publiques versées généreusement, à la non taxation du kérosène, seul carburant fossile exempt de taxe et à la quasi absence de TVA.

Les contribuables qui ne prennent pas l’avion paient pour ceux qui le prennent.

Halte aux écrans espions de la publicité RATP Danger Ecran Pub Reporterre 2010/11/25 Danger Ecran Pub (25 novembre 2010) Halte aux écrans espions de la publicité RATP. Reporterre. Tribune — fr

Halte aux écrans espions de la publicité RATP

La RATP installe à Paris de nouveaux écrans publicitaires, animés et dotés de caméras pour observer les réactions des passants. Une action a été menée mercredi 24 novembre pour dénoncer cette nouvelle atteinte au « cerveau disponible » - qui gaspille beaucoup d’énergie.

Ah ! le métro parisien et son espace public privatisé... Ah ! la RATP et sa régie publicitaire Métrobus... Mmh, les belles cibles captives que sont les voyageurs !!! Mmmmh, les 80 000 affiches publicitaires ! Toujours plus, jamais assez !

Ce matraquage qui coûte « les yeux de la tête » vaut-il le coup !? Non ! Il ne rapporte pas plus de 0,5% des ressources de la RATP ! Quelle est la dernière trouvaille de Métrobus ?

400 PANNEAUX ACL-ESPIONS ont été installés cet automne. Espions ? Oui ! 2 caméras sont intégrées, bien que non signalées. Elles sont conçues pour nous analyser (à notre insu), identifier notre profil, suivre notre regard. Une blague ? Non ! Connaissez vous les activités des sociétés Majority Report et Quividi, les fonctionnalités de Navigo ?

RENSEIGNEZ-VOUS ! Les panneaux ACL espions peuvent NUIRE À LA SANTÉ par une forte pollution électromagnétique. En effet le CPL et Bluetooth (qui est prévu pour l’envoi de pub sur les téléphones) sont pointées du doigt par des autorités sanitaires internationales. Oh, les antipubs, ils exagèrent !

Elle est bonne ma planète, elle est bonne mon électricité ! Consommez, consommez, consommez ! Ces écrans ACL (LCD en anglais) de 160cmx90cm, d’une très grande luminosité, sont destinés à capter l’attention des passants pour leur imposer des publicités diffusées en boucle 24h sur 24. Pour cela, chaque panneau consomme autant que 3 foyers de 4 personnes.

C’est beau le développement durable à la RATP !! 80% des français rejettent la publicité. Et vous ? Que faire pour que cela cesse ? Suffit-il de fermer les yeux ? Comme la majorité des élus ? D’être inerte et d’attendre ? Comme la CNIL ? De nous asseoir sur nos droits ? En bafouant encore une fois la liberté de réception ? www.danger-ecranpub.tk est un site qui propose de l’information et des moyens de résistance. Ensemble, il est possible de neutraliser cette horreur technologique en voie de prolifération. Et de libérer l’espace public de la publicité !

La loi sécuritaire Loppsi 2 repoussée à décembre Emilien Ercolani Reporterre 2010/11/26 Emilien Ercolani (26 novembre 2010) La loi sécuritaire Loppsi 2 repoussée à décembre. Reporterre. fr

La loi sécuritaire Loppsi 2 repoussée à décembre

Plusieurs fois reporté, et notamment en mai dernier, l’examen en deuxième lecture du projet de loi LOPPSI 2 (loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure) est encore repoussé au 14 décembre prochain.

Outre les nouvelles mesures sécuritaires souhaitées par le président de la République, la loi LOPPSI 2 comporte tout un volet concernant le numérique. Et pas des moindres. En vrac, il concerne l’autorisation d’installer des mouchards informatiques par les forces de police, il met en évidence le délit d’usurpation d’identité sur le web (jusqu’à 15 000 euros d’amende), renforcer les peines pour certaines infractions en ligne (justement parce qu’elles sont commises online), blocage des sites « manifestement pédopornographique » sans intervention d’un juge, revente de certains biens (comme des places de concert) en ligne à des prix trop élevés, blocage à distance des mobiles volés, etc.

C’est notamment sur le blocage des sites web que de nombreux regards se portent. En effet, de nombreux observateurs s’inquiètent qu’avec ce type de mesure, le blocage des sites soit étendu bien au-delà des sites à caractère sexuel… Concernant les écoutes et les mouchards informatiques, soulignons qu’ils sont « réservés à certains types de crimes et délits, parmi lesquels figurent le "délit de solidarité" ou la "non-justification de ressources correspondant au train de vie" ».

Début septembre, au début de l’examen de la loi, la Gauche française pointait du doigt « Un texte fourre-tout », ou une « Boîte à outils sécuritaire » par exemple. Nous écrivions alors que le texte divise jusqu’à dans les rangs de la majorité. Le président du Sénat Gérard Larcher expliquait que : « L’exécutif est dans son rôle quand il assure la sécurité des Français (...) mais il faut regarder avec attention et raison les mesures et les méthodes envisagées ».

Regarder la télévision est mauvais pour l’environnement Laure Noualhat Reporterre 2010/11/26 Laure Noualhat (26 novembre 2010) Regarder la télévision est mauvais pour l’environnement. Reporterre. Tribune — fr

Regarder la télévision est mauvais pour l’environnement

TF1 vante son « engagement » pour l’environnement, avec le concours de Jean-Marc Jancovici. Où l’on apprend que regarder la télévision produit du gaz carbonique - eh oui, comment croyez-vous que le poste arrive dans votre salon ? - et que surtout, surtout, il ne faut pas être « anxiogène ».

Pour ré-émerger des limbes de l’oubli, je n’ai rien trouvé de plus glorieux à me mettre sous la dent qu’une modeste conférence de presse à TF1 consacrée ce matin à l’indicateur CO2 de la chaîne. Chaque mois depuis un an, cela vous aura probablement échappé, Laurence Ferrari reçoit Jean-Marc Jancovici dans son 20 heures.

Jancovici, c’est l’expert du CO2 en France, le papa du Bilan Carbone, le consultant impérieux mais efficace, qui répète à l’envi que le problème qui nous fait face, c’est celui du carbone, qu’il faut diviser par 4 nos émissions si on veut continuer à vivre relativement confortablement dans une démocratie. Le métier de Jancovici consiste à prodiguer des pistes de solutions à un bon nombre de grands groupes. Dont TF1.

Chaque mois, les télespectateurs de TF1 apprennent donc quelles ont été les émissions de CO2 des Français dans le mois écoulé. En septembre, c’était 842 kilos (+0,6% par rapport à 2009) et Jancovici d’expliquer les raisons du pourquoi de la hausse, de la baisse, des résultats obtenus, etc.

Sur le site consacré à l’indicateur, certains commentaires tristement savoureux donnent une belle idée des télespectateurs que mérite cette chaîne, mais c’est un autre sujet... Ce que l’on dit moins à l’occasion de ce rendez-vous, c’est le nombre de kilos de CO2 que l’on émet quand on regarde TF1. Sans dévoiler le bilan exact de la chaîne, on retiendra que 80% des émissions proviennent de la fabrication des millions de téléviseurs allumés sur la Une. Soit plus de 190000 tonnes de CO2. En général le poste ordinateur + télévision représente 20% des émissions moyennes d’un Français.

Au cours de cette conférence de presse, j’ai appris que « l’environnement était une tradition chez TF1 », que l’agence de notation Média Tenor avait couronné deux fois la chaîne pour la place de l’environnement dans ses JT. « Nous sommes même la première chaîne qui cause d’environnement », a précisé Gilles Maugars, le directeur général adjoint de TF1, en charge du développement durable. « Avec les 4 à 5 millions de télespectateurs qui regardent Ushuaïa, nous représentons 90% des audiences de toutes les émissions environnementales. » En gros, le reste du monde n’existe pas, les documentaires d’Arte ou même la quotidienne de la même chaîne, Global Mag, 26 minutes entièrement consacrées à ces sujets, les docs de France 5, ..., tout ça compte pour du beurre. « Le documentaire d’environnement, c’est la compréhension du monde, des choses, ce n’est pas une cible de grande audience, ce n’est pas notre grille. »

Et Jancovici de voler au secours du DG de TF1 : « L’environnement est un sujet grave, anxiogène, et vous [sous-entendu, les médias], vous savez mieux que quiconque qu’on a du mal à traiter les sujets qui font fuir. Jusqu’où doit-on accepter de faire descendre l’audience ? Comment rendre le sujet attractif ? Les ventes chutent quand les journaux font leur une sur l’environnement... A un moment, tout le monde doit résoudre cette quadrature du cercle. »

Courage, fuyons, ne parlons pas de sujets anxiogènes. C’est vrai que la vie ne l’est pas, anxiogène, et qu’en regardant TF1, on n’angoisse jamais.

Rivière morte en Bretagne Agnès Rousseaux Reporterre 2010/11/26 Agnès Rousseaux (26 novembre 2010) Rivière morte en Bretagne. Reporterre. Pesticides fr

Rivière morte en Bretagne

La vie aquatique éliminée sur 12 kilomètres d’une rivière bretonne : c’était le 23 octobre, les pesticides ont frappé - en l’occurrence, le Trimaton Extra.

Cela pourrait entrer dans le livre des records : 130 tonnes de truites décimées en un petit quart d’heure, dans une pisciculture bretonne. L’hécatombe a permis de détecter une nouvelle catastrophe écologique, le 23 octobre dernier. Le cours d’eau Le Guillec, dans le Finistère, près de Roscoff, a été pollué sur plus de 12 kilomètres. Tous les poissons d’eau douce sont morts, jusqu’à l’estuaire. En cause : le traitement d’une parcelle agricole, où poussent des salades, par un produit chimique, le Trimaton Extra (il porte bien son nom...), à proximité de cette rivière du Haut-Léon.

Que s’est-il passé ? A priori pas de surdosage dans l’utilisation du pesticide par l’agriculteur. Mais les fortes pluies qui ont suivi l’épandage du produit phytosanitaire semblent avoir aggravé la situation. L’association Eau & Rivières de Bretagne et trois communes voisines ont décidé de porter plainte pour éviter que cette affaire ne soit classée sans suite.

« Cette pollution n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de pratiques imprudentes dans l’utilisation de produits chimiques extrêmement dangereux pour l’eau, pour les sols, et pour tous les organismes vivants », s’indigne Eau et rivières. « Au-delà de la négligence de l’agriculteur qui n’a pas pris garde à la météo, ce n’est pas possible qu’on puisse homologuer un produit, si la moindre pluie provoque ce genre de situation », ajoute Arnaud Clugery, délégué départemental de l’association. L’utilisation du pesticide demande d’inonder auparavant le terrain sur une profondeur de 10 cm, avec un système de drains qui a, dans ce cas, été installé dans le sens de la pente. « On ajoute un facteur de danger : le sol est en condition d’érosion maximum avant l’épandage du pesticide. »

Un pesticide reconnu comme cancérigène

Le collectif « Les amis du Guillec et de la baie de Sieck » a lancé une pétition : « Au delà de la pollution du Guillec, arrêtons la stérilisation des sols !!! ». Objectif : relancer le débat sur l’interdiction des pesticides. Pour le collectif, les finalités du traitement de cette parcelle agricole sont inquiétantes, puisqu’il s’agit de stériliser totalement le sol sur une épaisseur de quelques dizaines de centimètres, « afin qu’il n’y ait plus aucune mauvaise herbe, plus aucun insecte, plus aucun champignon, plus aucun ver de terre qui vienne nuire à la production ». Et cela avant semer de la mâche. Le collectif s’insurge contre ce type de méthode, de plus en plus utilisée, où l’on détruit toute vie du sol, « ce dernier ne servant plus que de substrat inerte ».

Le Trimaton extra est commercialisé par la société CEREXAGRI, vendue en 2007 par Arkema - ancienne filiale de Total - à l’entreprise indienne United Phosphorus Limited (UPL), un des plus gros producteurs indiens de produits phytosanitaires. Fongicides, insecticides, herbicides sont notamment produits sur quatre sites français [1]. Le Trimaton extra contient du dimethyl dithiocarbamate de sodium (ou Metam sodium). C’est l’un des pesticides les plus utilisés aux États-Unis (25.000 tonnes par an). Pourtant la substance active fait partie de la liste des cancérigènes « probables » recensés par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) états-unienne.

Un produit néfaste pour l’environnement aquatique

L’État de Californie va plus loin et considère le metam sodium comme toxique d’un point de vue du développement. Le produit est également inscrit sur la liste des cancérigènes avérés, « California Prop 65 Known Carcinogens », et sur celle des « perturbateurs de la reproduction ». L’inscription sur cette liste par l’Agence de protection environnementale de Californie est « basée sur une identification formelle par les autorités publiques que la substance chimique entraîne une toxicité reproductive ».

Côté français, les choses sont moins claires : le site Agritox de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) fait état d’un « effet cancérigène suspecté » et de « preuves insuffisantes chez l’homme ». Le produit est cependant considéré comme « dangereux pour l’environnement », « très toxique pour les organismes aquatiques », et pouvant « entrainer des effets néfastes à long terme pour l’environnement aquatique »…

Des cancers au bout d’un mois d’exposition

Les études de toxicité sont inquiétantes. Sur le développement des lapins par exemple : à forte dose, la substance chimique provoque des malformations congénitales - méningocèle (malformation congénitale avec absence de fermeture de la colonne vertébrale) et anophtalmie (absence d’un ou des deux yeux à la naissance) - et une ossification incomplète. De quoi décourager toute envie de pêcher des poissons à proximité des zones d’épandage du pesticide ou de manger les productions végétales qui ont subi ce traitement.

L’agence de protection de l’environnement états-unienne précise qu’en raison de la volatilité du metam sodium dans l’air, « aucun résidu n’est attendu dans l’alimentation » ou dans l’eau. Dans les usages agricoles, le metam sodium devient un gaz volatile (le methyl isothycyanate, ou MITC) peu après son application. Ce gaz est considéré par l’EPA comme « extrêmement toxique pour les mammifères, les oiseaux, les invertébrés aquatiques et les poissons ». Un rapport du Bureau du programme des pesticides de l’EPA décrit le gaz MITC comme pouvant « migrer des champs vers des lieux où le public vit, travaille, joue ». Or une « métaplasie des tissus de l’appareil respiratoire, une lésion souvent associée au cancer, a été observée après seulement 28 jours d’exposition de rats au MITC ».

Des pesticides dans l’eau de pluie

D’après l’Institut français de l’environnement (IFEN), 96% des eaux de surface (rivières, étangs...) et 61% des eaux souterraines analysées en France contiennent des résidus de pesticides. Même les eaux de pluie sont touchées : des stations de mesure installées par l’INRA de Rennes ont révélé que presque tous les échantillons contenaient des pesticides. 60% d’entre eux dépassent même les 0,1µg/l, la Concentration maximale admissible (CMA) pour l’eau de distribution.

Ces mesures montrent une dispersion importante des pesticides dans les milieux aquatiques. Le désastre écologique du 23 octobre sur les bords du Guillec a permis de mesurer l’ampleur de la toxicité du pesticide concerné. Combien d’accidents de ce type ont lieu chaque année en France ? Et combien de pollutions invisibles mais tout aussi dangereuses sont provoquées par les pesticides ?

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Note :

(1) Bassens (Gironde), Le Canet (Bouches-du-Rhône), Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) et Vaas (Sarthe)

La résistance européenne aux LGV s’organise Par Julien villalard Reporterre 2010/11/27 Par Julien villalard (27 novembre 2010) La résistance européenne aux LGV s’organise. Reporterre. fr

La résistance européenne aux LGV s’organise

Les Lignes à grande vitesse (LGV) font partie des « grands projets inutiles ». Dans divers pays, la résistance s’organise, demandant plutôt la rénovation du système ferroviaire existant. Journée d’action le 11 décembre.

Nous, citoyens et citoyennes, associations et mouvements signataires de la Charte d’Hendaye - Déclaration commune du 23 janvier 2010, appelons d’un commun accord à faire du 11 décembre 2010 une journée de résistance coordonnée dans différentes régions d’Europe autour du thème du transport ferroviaire.

Depuis quelque temps nous lançons des alertes pour signaler les conséquences négatives et irréversibles de la construction de nouvelles lignes ferroviaires dédiées aux trains à grande vitesse et à l’autoroute ferroviaire, de la privatisation de la gestion et de l’augmentation de la dette publique par des projets pharaoniques.

Nous croyons que l’union de notre lutte à celles d’autres résistances citoyennes autour du thème des Grands Projets Inutiles, que comprend bien évidemment les LGV, est inévitable et bienvenue.

Pour cette raison nous invitons les citoyennes et le citoyens, les associations et les mouvements qui luttent contre des projets démesurés et inutiles dans toute l’Europe à nous rejoindre le 11 décembre.

OUI à la modernisation du réseau ferroviaire existant

NON au gaspillage dans les LGV

Cancun : pas de progrès possible sans justice climatique Attac Reporterre 2010/11/29 Attac (29 novembre 2010) Cancun : pas de progrès possible sans justice climatique. Reporterre. Tribune — fr

Cancun : pas de progrès possible sans justice climatique

La conférence des Nations unies sur le climat s’ouvre à Cancun, au Mexique, le 29 novembre.

Un an après l’échec retentissant de la Conférence de Copenhague, au cours de laquelle les grandes puissances avaient refusé de s’engager sur la voie d’une seconde période d’engagement pour Kyoto, c’est la crédibilité du processus multilatéral de négociations sur la lutte contre le changement climatique qui est en jeu à Cancún.

Un nouvel échec renverrait la responsabilité de répondre aux défis de l’urgence climatique au seul bon vouloir des États, et donnerait un blanc seing à des structures telles que le G8 ou le G20, voire à des accords bilatéraux.

Pour autant, la négociation sur des secteurs particuliers (REDD, financements à court terme...) à Cancún ne pourra aboutir qu’en tenant compte de l’objectif maintenu d’un traité contraignant, fondé sur des responsabilités partagées mais différenciées, sur la reconnaissance de la dette écologique des pays industriels et des engagements conduisant à une véritable transition écologique et sociale.

Si des accords se dessinent sur des questions comme les mécanismes de financement pour « l’adaptation et l’atténuation » et la lutte contre la déforestation, cela pourrait permettre de préserver le cadre de négociation et d’aller vers la COP 17 de Johannesburg, mais cela se ferait au prix de l’introduction de mécanismes de marchés comparables aux marchés carbone, qui n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, et sans prendre en compte les droits des populations indigènes.

Mais depuis 2007, les mouvements citoyens ont investi les négociations. Outre la COP16, Attac participera à toutes les initiatives prises par les mouvements sociaux et citoyens du monde entier qui se dérouleront au cours de ces deux semaines dans les environs de Cancún, et en particulier :

- un espace « Diá logo climá tico »,construit autour des mouvements sociaux de l’Alliance sociale continentale et des groupes opposés aux traités de libre-échange dans la région et des organisations environnementales,

- un espace autour de La Via Campesina, où convergeront des caravanes de paysans et mouvements indigènes les 4 et 5 décembre venues de différentes régions d’Amérique latine.

La mobilisation des mouvements sociaux mexicains et d’Amérique latine a commencé en mai dernier à l’occasion de la tenue d’un Forum social mondial thématique dans la ville de Mexico et se poursuivra par la tenue de plusieurs caravanes qui sillonneront le Mexique, se retrouveront dans la capitale le mardi 1er décembre et rejoindront Cancún le 4 décembre. Une autre caravane rejoindra Cancún à partir de l’Amérique du Sud, avec des étapes en Bolivie, Equateur et Vénézuéla, et de nombreuses délégations nord-américaines sont attendues, une coalition « Climate Justice USA » s’étant créée à Détroit, en juin dernier, à l’occasion du Forum social des États-Unis.

Des manifestations sont enfin prévues à Cancún les 4 et 7 décembre et une assemblée de tous les mouvements sociaux et citoyens est programmée le 11 décembre pour faire le bilan politique de la COP 16 et tracer les perspectives de mobilisation pour l’ensemble du mouvement pour la « justice climatique ».

À Cancún Attac entend se joindre aux mouvements citoyens pour exiger la conclusion d’un accord global de réduction des émissions de GES, contraignant pour les pays riches, et pour porter la résistance des peuples à la marchandisation de la planète et pour la justice climatique.

Attac appelle également au rassemblement de Cancon le 4 décembre,

En Suisse, un cultivateur de chanvre en grève de la faim depuis 94 jours Campagne Bernard Rappaz Reporterre 2010/11/29 Campagne Bernard Rappaz (29 novembre 2010) En Suisse, un cultivateur de chanvre en grève de la faim depuis 94 jours. Reporterre. fr

En Suisse, un cultivateur de chanvre en grève de la faim depuis 94 jours

En Suisse, le chanvrier Bernard Rappaz a dépassé le 93e jour de grève de la faim ! Il y a urgence !

Le 18 novembre, par une majorité de 113 voix contre 14, le Grand conseil du Valais refusait sa grâce. Le gréviste de la faim a simultanément perdu sa ferme, vendue aux enchères.

En France, lorsqu’est tombée la décision des parlementaires valaisans de laisser mourir Bernard Rappaz, l’éditeur Michel Sitbon s’est à son tour mis en grève de la faim, depuis dix jours maintenant. Il explique pourquoi :

« Les politiciens démagogues, qui ont voté le refus de la grâce alors que Bernard était déjà au-delà du 80e jour de grève de la faim, revendiquent de le laisser mourir ! “Sans complexes”, ils s’inspirent de leurs voisins transalpins, Sarkozy et Le Pen en France, Berlusconi et Bossi en Italie, pour promouvoir une conception de la loi inconsciente de ses effets – et, pire ici, consciente ! lorsqu’ils revendiquent le crime, en votant la mise à mort d’un prisonnier qui proteste contre une condamnation injuste. »

Précisons que les médecins de l’hôpital de Genève ont refusé par déontologie d’imposer une alimentation forcée au gréviste de la faim.

Cultivateur de chanvre, Bernard Rappaz est surtout un militant politique très engagé pour la réforme des lois dans son pays. Victime du revirement réactionnaire de ces dernières années, il est sur le point de mourir, et ne demande désormais qu’une suspension de peine de six mois pour cesser son jeûne.

Les autorités judiciaires suisses font la sourde oreille, et assument de laisser un prisonnier mourir en prison, comme sous la plus barbare des dictatures.

Lundi 29 novembre doit intervenir une décision de madame Esther Waeber-Kalbermatten, la responsable judiciaire dont la libération de Bernard dépend. Son adresse : esther.waeber@bluewin.ch.

Il faut harceler l’ambassade Suisse, par téléphone au 01 49 55 67 00 Fax : +33 1 49 55 67 67

Et e-mail : à l’ambassadeur de Suisse en France, M. Ulrich Lehne :

par.vertretung@eda.admin.ch

Thon rouge : l’accord international dangereux pour l’espèce Greenpeace Reporterre 2010/11/29 Greenpeace (29 novembre 2010) Thon rouge : l’accord international dangereux pour l’espèce. Reporterre. Nature fr

Thon rouge : l’accord international dangereux pour l’espèce

La réunion de l’ICCAT sur le thon rouge s’est achevée le 27 novembre en adoptant des quotas de pêche trop élevés pour la survie de l’espèce.

La réunion de l’Iccat à Paris vient de se terminer le 27 novembre et le quota de pêche au thon rouge pour l’année prochaine est de 12 900 tonnes. Un résultat déplorable dans la mesure où ce chiffre ne laisse qu’environ 30 % de chance au stock de se reconstituer d’ici à 2020, alors que la communauté internationale s’est engagée à ce que tous les stocks de poissons soient exploités de façon durable à cette date, lors de la Convention internationale sur la biodiversité de Nagoya.

« C’est un signal extrêmement négatif que l’Iccat vient d’envoyer : pour les beaux discours, tout le monde est là. Mais concrètement, personne ne veut rien faire. Une nouvelle fois, les délégations ne se sont pas préoccupées d’assurer la sauvegarde d’une espèce emblématique et menacée, explique François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace. En adoptant un quota de pêche pour 2011 pratiquement égal à celui de cette année, l’Iccat démontre que seul prime l’intérêt économique à court terme de la pêche industrielle. Ce cas très concret du thon rouge montre que les engagements internationaux, tels celui de Nagoya ou la directive européenne sur la stratégie marine, ne sont pas appliqués. »

Camouflet pour Bruno Le Maire et les pêcheurs français

Depuis le début des négociations, la France, par la voix de son ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, a défendu une position maximaliste sur le quota global de pêche au thon rouge. Elle a entraîné avec elle toute l’Union européenne. La France espérait ainsi se voir accorder un délai pour le paiement de sa dette : 1 500 tonnes de poisson à retirer de son quota en 2011 et 2012. Ce remboursement fait suite au dépassement de quota de plus de 100 % dont se sont rendus coupables les thoniers français en 2007.

Cette demande française a été rejetée. Cela signifie que sur les 2 500 tonnes de quota français pour 2011, les thoniers ne seront autorisés à pêcher « qu’environ » 1 000 tonnes de poisson. Greenpeace estime que ces 1 000 tonnes devraient être allouées en priorité aux pêcheurs artisanaux, et non aux thoniers senneurs, la pêche industrielle étant seule responsable des dépassements de quotas en 2007.

« À cause de cette stratégie perdante dans laquelle s’est enfermé Bruno Le Maire, non seulement la France trahit l’engagement pris à Nagoya, et ne laisse ainsi qu’une très faible probabilité au stock de se reconstituer d’ici à 2020. Mais en plus les pêcheurs ne sont pas satisfaits !, explique François Chartier. Si la France avait dès le départ défendue une baisse du quota et une fermeture de la pêche à la senne, tous les pays pêcheurs aurait été dans la même situation, la ressource aurait été préservée et un conflit avec la Commission européenne évité. Aujourd’hui les pêcheurs français sont les seuls à rester à quai et l’espèce est toujours en mauvaise posture. »

Des négociations où l’espèce n’a jamais été prise en compte

Les négociations sur la pêche au thon rouge se sont réduites à des discussions de marchands de tapis autour de chiffres et de calculs de probabilité. Il n’a jamais été question de protection d’une espèce. Pire encore : cette réunion a montré que cette pêcherie est toujours hors contrôle, des milliers de tonnes de poissons restants invendues… Le Japon qui s’était engagé à prendre en main la situation, n’a pas tenu ses engagements à la suite de la Cites.

« La France et l’Union européenne, qui détient la majorité du quota de pêche mondial, toutes deux en faveur du statu quo, sont les principaux responsables de cette décision sur un quota élevé, ajoute François Chartier. Durant les neuf jours de négociations, jamais il n’a été question de la sauvegarde d’une espèce emblématique et menacée. L’Iccat continue de jouer à la roulette russe avec le thon rouge. »

Lettre ouverte aux grands Etats pollueurs Anthony Giddens Reporterre 2010/11/30 Anthony Giddens (30 novembre 2010) Lettre ouverte aux grands Etats pollueurs. Reporterre. Tribune — fr

Lettre ouverte aux grands Etats pollueurs

Nous adressons cette lettre aux dirigeants politiques et économiques ainsi qu’au grand public. Cette année, nous avons assisté à des manifestations climatiques extrêmes dans de nombreuses régions du monde. Personne ne peut dire avec certitude que les inondations au Pakistan, les incidents sans précédent aux Etats-Unis, la vague de chaleur et la sécheresse en Russie, ou encore les inondations et les glissements de terrain au nord de la Chine ont été causés par le changement climatique. Ils constituent pourtant un sévère avertissement. Les manifestations extrêmes du climat seront toujours plus fréquentes et intenses dans ce contexte de réchauffement global.

Aucun accord contraignant n’a été décroché au Sommet de Copenhague en décembre dernier. La divulgation de courriels de scientifiques de l’Université d’East Anglia, que les sceptiques ont brandi comme la preuve de manipulations des données, ainsi que les erreurs trouvées dans la somme publiée par le GIEC ont eu un écho considérable. Beaucoup de journaux, surtout de droite, ont fait leurs gros titres sur l’arrêt du réchauffement global ou écrit qu’il ne constituait plus un problème.

Pourtant, les découvertes scientifiques à ce sujet restent intactes. Le fait le plus pertinent à relever provient de mesures incontestables : la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est plus élevée qu’elle ne l’a jamais été pendant au moins un demi-million d’années. Elle a augmenté de 30% depuis le début de l’ère industrielle, du fait surtout de la combustion d’énergies fossiles. Si le monde continue à dépendre de ce type d’énergie dans les proportions actuelles, le niveau de CO2 atteindra le double du niveau préindustriel d’ici 50 ans. Cette accumulation provoque un effet de réchauffement climatique à long terme, les causes physiques en sont bien connues et peuvent être démontrées en laboratoire.

Des données de l’agence maritime américaine NOAA montre que 2010 est en lice pour être l’année la plus chaude globalement depuis le début de ses recensions en 1880. Le mois de juin 2010 a été le 304e mois consécutif avec une température au sol et dans l’océan au-dessus de la moyenne du XXe siècle. Un rapport de la NOAA de 2009 a analysé les résultats de quelque 50 groupes de recherche indépendants à l’affût des changements de température, selon 10 indicateurs distincts. Ces 10 indicateurs ont montré une tendance nette au réchauffement au cours des 25 dernières années.

Il est indispensable de prendre un nouvel élan pour réveiller le monde de sa torpeur. Les catastrophes citées plus haut devraient avoir l’effet d’un coup de fouet. Les inondations au Pakistan ont laissé près de 20 millions de sans-abris. On ne peut laisser ce pays sombrer, pas plus que d’autres pays pauvres exposés aux catastrophes climatiques. Les chefs d’Etats devraient faciliter et accélérer les discussions en cours pour fournir un financement à large échelle afin que les pays pauvres puissent développer une infrastructure leur permettant de se prémunir contre les prochains chocs climatiques.

Les Etats-Unis et la Chine sont de loin les pays les plus pollueurs du monde, libérant bien au-delà de 40% des émissions totales. L’Union européenne poursuit sa politique de restriction progressive des émissions de ses pays membres. Mais quoi que fassent l’Europe et les autres pays, si la Chine et les Etats-Unis ne modifient pas leur politique actuelle, il y a peu, voire aucun espoir de freiner le changement climatique. Les Etats-Unis forment 4% de la population mondiale mais produisent 25% des émissions de carbone dans le monde. Avec ou sans législation fédérale, les Etats-Unis doivent assumer un rôle prépondérant pour endiguer le changement climatique. Le président Obama devrait faire de cette lutte la plus haute priorité de son administration. Les populations locales, les organisations du secteur tertiaire, les villes et les Etats lancent des initiatives positives. Il faut que ces groupes exercent une pression à plusieurs niveaux pour encourager la réduction des émissions.

Les dirigeants chinois prennent de plus en plus conscience de la vulnérabilité de leur pays face au changement climatique. Ils sont en train d’investir dans les énergies renouvelables et la puissance nucléaire sur une échelle substantielle. Malgré cela, les émissions de la Chine continuent d’augmenter de façon régulière. La Chine a le droit et la nécessité de se développer, mais il lui faut un programme bien plus clair afin de montrer son intention de reculer sur la voie du carbone. Les hauts dirigeants chinois doivent formuler ce programme, le rendre public et l’ouvrir à un examen international minutieux.

L’accent actuel mis sur l’amélioration de l’efficacité énergétique est important, mais encore faut-il sérieusement tracer la voie à suivre. La Russie est le troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre après les Etats-Unis et la Chine. Le président Medvedev a proposé des objectifs pour son pays, mais ils restent pour l’heure sans effet.

Il est surtout nécessaire de renouveler l’impulsion collaborative au niveau international. La conférence de l’ONU à Cancún en décembre ne promet pas, à l’heure actuelle, de faire démarrer des mesures à large échelle. Les Etats-Unis, la Chine, l’UE et d’autres grands Etats tels que le Brésil et l’Inde, tout en prenant garde aux intérêts des plus petits pays, devraient travailler de concert et tenter d’induire un plus grand sens de l’urgence dans le processus.

Car enfin, la limitation des émissions de carbone ne sera pas qu’une affaire de régulation et d’objectifs. L’innovation, tant sociale, économique que technologique, sera centrale. Les responsables économiques éclairés devraient s’efforcer de tendre vers ces fins-là. Les récompenses, après tout, sont gigantesques. Les actions à mener contre la menace du réchauffement, c’est-à-dire effectuer la transition vers un mode de vie qui dépende d’une énergie propre et efficace, créeront de nombreuses perspectives.

Traduit de l’anglais par Emmanuel Gehrig

Des investisseurs saoudiens prêts à contrôler la production de riz au Sénégal et au Mali Grain Reporterre 2010/11/30 Grain (30 novembre 2010) Des investisseurs saoudiens prêts à contrôler la production de riz au Sénégal et au Mali. Reporterre. fr

Des investisseurs saoudiens prêts à contrôler la production de riz au Sénégal et au Mali

De grandes firmes d’Arabie Saoudite achètent ou louent des terres en Afrique de l’ouest. Avec l’accord des gouvernements, mais au détriment des paysans.

La stratégie saoudienne visant à délocaliser la production alimentaire sera au cœur des discussions quand plusieurs chefs d’État et des délégations de hauts responsables des pays africains arriveront à Riyad pour une conférence d’investissement le 4 décembre 2010.

Dans certains de ces pays, des investisseurs saoudiens acquièrent déjà des terres agricoles et commencent à mettre oeuvre la politique du Royaume. Les terres rizicoles d’Afrique de l’Ouest sont l’une de leurs cibles principales. De nouvelles informations obtenues par GRAIN révèlent que les hommes d’affaires les plus puissants du Royaume sont en train de négocier des transactions, au Sénégal, au Mali et dans d’autres pays ; ces transactions leur assureraient le contrôle de plusieurs centaines de milliers d’hectares des terres à riz les plus fertiles de la région et la production serait exportée en Arabie Saoudite. Ces transactions ne peuvent que saper dangereusement la sécurité alimentaire de millions de paysans et d’éleveurs et détruire leurs moyens de subsistance. Tout ceci se concocte à huis clos avec les gouvernements africains, sans que les populations concernées ou le grand public soient mis au courant.

En août 2009, on a commencé à entendre parler d’un énorme projet saoudien dont l’objectif était d’acquérir des terres agricoles pour produire du riz en Afrique. Le projet, mené par la Foras International Investment Company, se targuait de pouvoir dans les sept ans à venir produire 7 millions de tonnes de riz sur 700 000 hectares de terres irriguées, principalement au Sénégal et au Mali, peut-être aussi la Mauritanie, l’Ouganda, le Soudan et le Niger. Les chiffres expliquent le nom : “Projet 7 x 7”.

Puis les rumeurs se sont calmées, donnant l’impression que les promoteurs n’étaient pas si intéressés que ça. Les agriculteurs sénégalais ont pensé qu’il s’agissait probablement de bluff, car ils ont eux-mêmes bien du mal à obtenir suffisamment de terres pour leur production alimentaire. Cependant des informations récentes confirment que le projet avance effectivement : il s’appelle désormais AgroGlobe, et Foras et ses soutiens financiers restent bien décidés à s’emparer de vastes parcelles de terre dans les grandes zones de production rizicole au Sénégal et au Mali. Les choses progressent également au Soudan et au Nigeria. Entre temps, d’autres investisseurs saoudiens conspirent avec des hommes d’affaires locaux pour mettre en place des projets d’accaparement de terres tout aussi ambitieux afin de produire du riz en Afrique de l’Ouest.

Ces projets illustrent la façon dont les gouvernements africains complotent en secret avec de puissants investisseurs étrangers pour déplacer les agriculteurs et les éleveurs et pour liquider de vastes surfaces de terres agricoles dont l’Afrique a pourtant grand besoin.

Cancon, pas Cancun Hervé Kempf Reporterre 2010/12/01 Hervé Kempf (1er décembre 2010 à 09h03,) Cancon, pas Cancun. Reporterre. Tribune — fr

Cancon, pas Cancun

Les cancan bobo sur Cancun ont tout du concon : « Il faut sauver le processus, les Etats doivent prendre des mesures, encore un an de perdu, que c’est grave, la planète, ouin ouin… ». Toujours en pleine forme, l’écologie bisounours enveloppe la conférence sur le climat d’un tissu gluant de mièvrerie.

La diplomatie n’est jamais autonome : elle forme l’écho des forces sous-jacentes qui meuvent l’histoire. Celles-ci franchissent parfois des points de rupture. Eclate alors en pleine lumière le nouvel ordonnancement des puissances. Les traités sont, parmi d’autres événements, ces jours de lumière.

Dans le cas du climat, le système de forces est double. D’une part, un jeu géostratégique classique de puissances – Chine, Etats-Unis, Europe, Russie, Inde, etc. – illustrant une tension nord-sud. D’autre part, du fait de l’originalité historique de la crise écologique, un jeu planétaire, se déclinant dans chaque société, d’opposition entre deux modes de développement économique et de répartition des richesses.

La négociation climatique est engluée dans la tension géostratégique du dipôle Etats-Unis et Chine, l’Europe ayant de facto abandonné son ambition en ne séparant pas son destin de celui des Etats-Unis. Il reste l’autre opposition, toujours tue par l’écologie bisounours : celle confrontant une croissance économique assise sur une profonde inégalité sociale, à une économie écologique dont la sobriété suppose la justice sociale. Ceci constitue l’autre blocage de la négociation : presque tous les Etats importants sont engagés dans un modèle de croissance matérielle – éventuellement rebaptisée « verte » - visant à conserver l’ordre social inégal. Et le développement écologique et juste est en fait défendu par ce qu’on appelle la « société civile ». Son expression est bornée par l’oligarchie et par les médias qu’elle contrôle. Mais c’est en fait de la force, de l’énergie, et de la capacité de persuasion de ces forces populaires que dépend l’évolution des choses.

La conférence de Copenhague a été un tournant parce que pour la première fois dans l’arène du climat y a émergé la société civile, sous le slogan unificateur de « justice climatique ». Si un traité sur le climat est évidemment nécessaire, il ne pourra s’écrire que sous la pression populaire. C’est pourquoi, plutôt qu’à Cancun, où les diplomates ne feront que sauver les apparences, c’est dans les mouvements de protestation et de proposition qu’il faut chercher l’énergie de l’avenir. En France, c’est à Cancon (Lot-et-Garonne) qu’il faudra être, le 4 décembre. Sur le net, voir http://blog.cancon2010.org. S’y feront entendre ceux qui veulent « changer le système, pas le climat ».

Climat : pour une distribution planétaire des droits au CO2 Jean Sireyjol Reporterre 2010/12/02 Jean Sireyjol (2 décembre 2010) Climat : pour une distribution planétaire des droits au CO2. Reporterre. Tribune — fr

Climat : pour une distribution planétaire des droits au CO2

Une contribution de 8 centimes par litre d’essence pour sauver le Climat !

2010 nous confirme l’ampleur des dégâts que va provoquer le réchauffement climatique : inondations monstrueuses au Pakistan, canicule en Russie avec feux de forêts et effondrement de la récolte en blé. En France, à une moindre échelle, nous avons eu la tempête Xynthia (dont les dommages ne sont pas encore réglés) et les inondations de Draguignan. En 2010, il suffit de regarder pour comprendre : le Climat est fragile et le réchauffement climatique nous fragilise.

2010, année zéro de l’accord mondial

Apres l’échec de Copenhague (Flopenhague) les gouvernements n’essaient même plus de rechercher cet accord qui leur parait impossible et la négociation de Cancun ne vise que des objectifs très limités.

Devant ce renoncement, nous vous proposons une approche nouvelle. Et si on raisonnait comme si chaque être humain avait les mêmes devoirs et les mêmes droits vis à vis de notre bien commun le Climat ? - Même devoir : pollueur-payeur : Le principe pollueur payeur est l’outil indispensable (certes pas suffisant, mais absolument nécessaire) pour réduire les pollutions en les rendant plus couteuses. Le carbone est une pollution, il faut mettre un prix sur le carbone, et la justice et la simplicité c’est que ce prix soit le même pour tout le monde. - Même droit : redistribution équitable : Cet argent collecté avec le principe pollueur payeur représente l’utilisation d’une ressource commune, l’atmosphère. Chaque humain sur Terre a droit à exactement la même part de ce bien commun, que constituent l’atmosphère et notre Climat. Le principe juste c’est donc de redistribuer ces revenus également entre chaque citoyen du monde.

Que donnerait au niveau mondial l’application de ces 2 principes ? A partir des données mondiales de consommation de carburants fossiles (charbon, gaz, pétrole) publiées par l’Agence internationale de l’énergie pour 2007, et en appliquant le prix de 32€ par tonne de CO2 (soit 8 centimes par litre d’essence) proposé par les experts de la commission Rocard, nous obtenons les chiffres annuels suivants : - Redistribution annuelle individuelle : 140€ (soit la dépense carbone moyenne par individu) ; - Dépense carbone moyenne par individu selon les pays suivants : Américain du nord : 600€ (et reçoit 140€), Européen de l’Ouest : 300€ (et reçoit 140€), Chinois : 100€ (et reçoit 140€), Indien : 40€ (et reçoit 140€), Sénégalais : 11€ (et reçoit 140€), Ce sont des chiffres moyens, chaque individu payant en fait exactement selon sa quantité consommée de carbone, tandis que la redistribution, elle, est la même pour tout le monde.

Que disent ces chiffres ? Une contribution de l’ordre de 8 centimes d’euro par litre de carburant entrainerait annuellement une dépense carbone moyenne par être humain de 140€. Ces chiffres montrent l’extrême disparité de notre impact sur le climat. Les pauvres sont ceux qui polluent le moins et il est normal et juste qu’ils soient récompensés financièrement par ceux qui polluent beaucoup. Cette redistribution individuelle est indispensable pour que les plus pauvres ne soient pas pénalisés par cette augmentation volontaire du cout des carburants fossiles.

Ces chiffres moyens par individu, se traduisent aussi en transfert financier (les fonds récoltés moins les fonds redistribués localement) des pays pollueurs vers les pays moins pollueurs. Ainsi l’Amérique du Nord et l’Europe devraient transférer chaque année vers ce fonds Climat un peu plus de 200 milliards € . On est bien au-delà des 100 milliards $ évalués à Copenhague pour aider chaque année les pays pauvres à se défendre contre le réchauffement climatique.

La modestie de l’effort par rapport à l’ampleur de l’enjeu peut faire douter. Mais les chiffres sont là, à la disposition de tous. C’est à nous citoyens de dire à nos gouvernements qu’il faut proposer à Cancun ce principe de Contribution Climat Universelle, une proposition concrète pour changer le système, pas le climat. Parlons ensemble au contre sommet de Cancon (Lot et Garonne) le samedi 4 décembre 2010.

La neige bloque un train de déchets nucléaires Paris Normandie Reporterre 2010/12/02 Paris Normandie (2 décembre 2010) La neige bloque un train de déchets nucléaires. Reporterre. fr

La neige bloque un train de déchets nucléaires

Le deuxième transport de déchets nucléaires compactés en provenance de la France vers Dessel, en Belgique, a été ajourné en raison d’une épaisse couche de neige en Normandie qui perturbe les transports. C’est le site belge Belga qui a obtenu cette information mercredi de la part du chargé de mission pour la campagne anti-nucléaire de Greenpeace Belgique.

Le transport de déchets nucléaires devait avoir lieu ce jeudi et l’organisation environnementale Greenpeace avait prévu d’organiser des actions de protestation à l’arrivée du convoi à Dessel afin d’informer la population.

Le convoi était censé partir ce mercredi de la gare de Valognes dans le Calvados, près de l’usine de retraitement de La Hague, et arriver à Mol jeudi soir. Mais la neige qui a fait son apparition depuis mardi en Normandie et qui retomber de plus belle dans la nuit de mercredi à jeudi a incité les commanditaires de cette expédition à hauts risques à la reporter.

Les caravanes pour la justice climatique sont arrivées à Cancun le 3 décembre Alter-Echos Reporterre 2010/12/03 Alter-Echos (3 décembre 2010) Les caravanes pour la justice climatique sont arrivées à Cancun le 3 décembre. Reporterre. fr

Les caravanes pour la justice climatique sont arrivées à Cancun le 3 décembre

Après s’être retrouvées à Mexico pour une manifestation « pour la vie, la justice sociale et climatique », les trois caravanes parties de San Louis Potosi, Guadalajara et Acapulco le 28 novembre, ont poursuivi leur route vers Cancun où elles arrivent ce vendredi 3 décembre.

Participant à la caravane partie de Guadalajara, nous avons pu noter que les populations victimes des principaux désastres environnementaux au Mexique sont sans illusion sur les résultats de Cancun.

Morceaux choisis :

« Nous allons à Cancun pour dire vraiment ce que sont nos gouvernements, pour montrer les ravages de leurs politiques et dire que nous ne sommes pas convaincus par leurs mesures d’adaptation », selon Machuy Zamouripa de la communauté Magdalena Contreras qui se bat contre un projet d’autoroute détruisant leur village et la forêt avoisinante.

« Nous pratiquons l’environnementalisme des pauvres, un environnementalisme par obligation, une lutte de survie pour la vie de nos enfants », dit Enrique Encizo Riviera d’El Salto victime de la pollution de la rivière Santiago par des multinationales profitant de l’absence de régulations environnementales en raison de l’Accord de Libre-Echange Nord-Américain.

Pour Graciella Gonzales de l’Assemblée Nationale des Affectés Environnementaux, Cancun est « une opportunité pour mettre en lumière la duplicité des gouvernements, et montrer qu’on ne pourra pas préserver l’environnement sans changer de système ».

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Pour en savoir plus :

- cette vidéo : http://vimeo.com/17406147

- ce reportage intitulé "Cancun ? Des caravanes dénonçant la duplicité des gouvernements" : http://www.mediapart.fr/club/editio...

Climat : comment éviter le scénario du pire Bizi Reporterre 2010/12/03 Bizi (3 décembre 2010) Climat : comment éviter le scénario du pire. Reporterre. Tribune — fr

Climat : comment éviter le scénario du pire

La température habituelle du corps humain tourne autour de 37°C. Un degré de plus et c’est la fièvre, les premiers symptômes d’un dérèglement qui menace notre équilibre vital. A trois degrés de plus on va très mal et à 5 on est mort.

Ce ne sont pas les mêmes degrés mais ils ont la même importance en ce qui concerne la température moyenne de surface de la terre. Elle est actuellement d’environ 15 degrés celsius. Elle a déjà augmenté de 0,7°C depuis la période pré-industrielle et cette toute petite augmentation a déjà des effets constatables sur le climat, la montée des océans, la fonte de la banquise ou la dislocation des calottes glaciaires. On parle de 300 000 morts annuels déjà causés par le dérèglement climatique... et on n’en est qu’à + 0,7 °C !

Se résigner au pire ?

Au dessus de 2°C, selon les climatologues, le système climatique pourrait s’emballer de façon irréversible. A + 2,5°C, l’effet « runaway climate change » [emballement du changement climatique] fait que le réchauffement s’auto-alimente selon un effet boule de neige incontrôlable.

A +3,25°C selon les projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les inondations côtières feraient entre 100 et 150 millions de victimes d’ici 2050, les famines jusqu’à 600 millions et la malaria 300 millions, tandis que la pénurie d’eau pourrait frapper jusqu’à 3,5 milliards de personnes supplémentaires.

Et pourtant... L’accord de « Flopenhague » ne se fixait comme objectif que de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2100. Les pays d’Afrique et d’Amérique Latine qui ont refusé de le signer demandent quand à eux que l’objectif soit de limiter cette hausse à 1°C.

Les engagements de réduction de gaz à effet de serre tels qu’ils ont été affichés par les différents pays au début de cette année 2010 - engagements non soumis à évaluation, et encore moins à contrainte ou sanction - conduiraient (dans le cas inimaginable où ils seraient intégralement tenus) à un réchauffement de 3,5° (voir 4,8° selon certaines estimations). Les négociations et déclarations autour du sommet de Cancun montrent que les différentes délégations occidentales se sont d’ailleurs fait à l’idée du +3,5°C.

Si le climat était une banque, il y a longtemps qu’on l’aurait sauvé :

Il n’y a AUCUN signe d’une volonté quelconque de changer de direction avant 2015 comme l’exigent les scénarios du GIEC. On n’envisage même pas de donner à Cancun une suite au protocole de Kyoto qui expire fin 2012. Non, à Cancun, les élites mondiales essaient de trouver de nouvelles manières de spéculer sur les crédits carbone, sur les mécanismes de déforestation, sur les agrocarburants, etc. Plutôt que de s’attaquer aux racines du mal, on veut continuer la fuite en avant en inventant tout un tas de fausses solutions qui non seulement ne permettent pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais en outre aggravent les dégâts sociaux, les injustices, la misère et la marchandisation du monde.

Tous et toutes à Cancon !

Notre société est pleine de batailles d’importance. Certaines peuvent se perdre aujourd’hui et se regagner demain. Mais celle du climat ne se jouera qu’une fois. Si on la perd aujourd’hui (dans les années actuelles), le dérèglement climatique causé sera irréversible. Comment pourrons nous expliquer aux générations de 2050 que nous n’avons rien fait, rien tenté pour éviter le pire ?

Alors l’heure est à la mobilisation et la mise en place des vraies solutions : samedi 4 décembre, tous et toutes au contre-sommet de Cancon, dans le Lot-et-Garonne, pour exiger une transition sociale et écologique !

Changeons le système pas le climat !

La section intellectuelle de l’oligarchie festoie avec Bernard-Henri Lévy Alexis Lacroix / Marianne Reporterre 2010/12/03 Alexis Lacroix / Marianne (3 décembre 2010) La section intellectuelle de l’oligarchie festoie avec Bernard-Henri Lévy. Reporterre. fr

La section intellectuelle de l’oligarchie festoie avec Bernard-Henri Lévy

Le millionnaire et parrain de l’intelligentsia française a réuni ses obligés au Flore, à Saint Germain des Prés.

Pour les vingt ans de la revue La Règle du Jeu, le 30 novembre, son directeur et fondateur, Bernard-Henri Lévy, a carrément loué… Le Flore, au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Surmonté pour l’occasion d’un immense portrait de l’Iranienne Sakineh Mohammadi Ashtiani condamnée à la lapidation par le régime de Mahmoud Ahmadinejad, le QG de Sartre et de Simone de Beauvoir a accueilli une bonne partie de ceux qui comptent dans le Paris littéraire, artistique, médiatique, politique et financier : de Pierre Bergé à Maurice Lévy, de Dany Cohn-Bendit à Simone Veil, accompagnée tout au long de sa présence par son hôte, d’Atiq Rahimi à Etienne Mougeotte, de Xavier Beauvois à Roman Polanski, d’Umberto Eco à Jorge Semprun et à Christine Angot, les petites tables de bois ciré ont vu défiler maints représentants de l’ « élite ».

Lors de son allocution de bienvenue, BHL l’a martelé : la revue qu’il a fondée, en 1990 avec une poignée d’amis et plusieurs écrivains comme Amos Oz, Mario Vargas Llosa, Adam Michnik ou Salman Rushdie, est née du saisissement de la chute du Mur de Berlin. Vingt ans après, si son rôle ne s’est pas démenti, c’est justement parce que, dans l’Europe actuelle, d’autres cloisons se sont renforcées, tous les murs qui logent dans les cervelles. En jouant le décloisonnement des talents et des idées, en mêlant générations et sphères de pouvoir, BHL et ses équipes, guidées par la rédactrice en chef de la revue, Maria de França, épaulée par l’écrivain Yann Moix, estiment déroger aux lois non écrites d’une société française – et, plus largement européenne - de plus en plus fragmentée en micro-réseaux fermés.

Le philosophe dit aimer les rencontres improbables. Tandis que son vieux complice l’avocat Thierry Lévy devisait avec une jeune Russe à peine remise de la rédaction de ses mémoires, et qu’Arielle Dombasle encourageait Roman Polanski, François Bayrou, détendu et souriant, cherchait à convaincre la romancière Fred Vargas de l’accompagner dimanche prochain chez Michel Drucker, sur le plateau de l’émission « Vivement dimanche »… Au même moment, le jeune patron de Rentabiliweb, Jean-Baptiste Descroix- Vernier, qui se dépeint volontiers comme un « forgeron » d’Internet, cherchait à persuader les journalistes Nicolas Demorand, d’Europe 1, et Sylvain Bourmeau, de France Culture, que ses relations d’affaires avec les grands patrons sont souvent « très sympathiques ».

Cet as de la Toile décrit la RDJ comme « la revue qui invente actuellement la jonction de l’écrit et de l’écran ». Mais le pari sur cette jonction-là est aussi, et d’abord, prélude à des retrouvailles, ou à des réconciliations. BHL aime afficher sa fidélité envers ses amis de l’Imprévu (un éphémère quotidien lancé dans les années 1970), Bourgeois et Alexis Liebaert, tout en évoquant avec trois intimes, Jean-Paul Enthoven, Gilles Hertzog et son complice de Normale Sup, Olivier Cohen, le démarrage de la Revue, en 1990. Avant l’arrivée de ses hôtes, il avait eu droit à la visite-surprise d’Emir Kusturica qu’il n’avait plus revu depuis leur brouille au sujet d’Underground, fresque engagée sur l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. La vie littéraire française est parfois rude pour les amitiés les plus solides, et Claude Lanzmann comme Philippe Sollers en savent quelque chose : la parution, en 2009, dans la collection « L’Infini » chez Gallimard, d’un exercice d’admiration de Yannick Haenel consacré au « Juste » polonais Jan Karski, les a déchirés. Le réalisateur de Shoah, notamment dans Marianne, s’était dit indigné par la légèreté de Haenel. Mais l’auteur du « Lièvre de Patagonie » et celui de « Fête à Venise » se sont, ce soir-là, tombés dans les bras…

En France, les rassemblements mondains, depuis Saint-Simon, sont un théâtre impitoyable où chaque figurant vérifie sa place sur le grand échiquier de l’influence. Preuve par l’ex-ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, arrivé peu après 20 heures et qui, en raison de la cohue, fut contraint de rebrousser chemin Quelques minutes après, Bruno Le Maire, dont la candidature au poste de Premier ministre avait reçu le soutien d’Alain Minc, a eu droit à une escorte crépitante de flashs dans l’étroit vestibule du café. Pendant ce temps, plusieurs patrons de médias, emmitouflés dans leurs manteaux, conversaient devant l’entrée de la brasserie : Jean-Pierre Elkabbach, le président de Public Sénat, Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point, Luc Hees, le président de Radio France, accompagné de Philippe Val, le directeur de France Inter, aux côtés d’Olivier Poivre d’Arvor, le nouveau patron de France Culture.

Au 1er étage, tandis qu’un DJ mixait des morceaux de sa création, deux journalistes devisaient sur Dominique Strauss-Kahn et son épouse, Anne Sinclair, retenus à Washington, et qui avaient envoyé un message d’excuses. Qu’importe : l’ombre du directeur du FMI planait sur toute l’assistance, bruissant à son sujet de rumeurs et de conjectures. Une ombre d’autant plus remarquée qu’une autre proche du philosophe, que tous attendaient, a fait défection : Ségolène Royal. L’absence de la présidente de la région Poitou-Charentes a été d’autant plus saillante que trois « éléphants » connus pour leur faible enthousiasme à son égard ont été reçus avec éclat : Laurent Fabius, intime de BHL, suivi de Bertrand Delanoë, et de Lionel Jospin accompagné de son épouse, la philosophe Sylviane Agacinski. Une certitude provisoire : en 2007, BHL a créé la surprise en parrainant et en « coachant » la dame du Poitou ; même s’il s’en défend en partie en continuant de lui prodiguer officiellement son soutien en vue des primaires, il semblerait sur le point de rééditer une opération du même type en faveur de DSK – son « joker » face au sarkozysme ?

La coupe du monde de football au Qatar sera un grand gaspillage énergétique Laurence Rossignol Reporterre 2010/12/04 Laurence Rossignol (4 décembre 2010) La coupe du monde de football au Qatar sera un grand gaspillage énergétique. Reporterre. fr

La coupe du monde de football au Qatar sera un grand gaspillage énergétique

Le Qatar veut climatiser les stades qui sont censés accueillir la coupe du monde en 2022.

2022 : qui veut gagner la coupe du monde du Réchauffement climatique ?

La décision du 2 décembre de la FIFA de faire du Qatar le pays hôte de la coupe du monde de football en 2022 est irresponsable !

Choisir d’organiser un événement sportif de cette ampleur dans un pays où, en été, les températures peuvent dépasser les 60°, est un pied de nez au Conférence des Nations Unies sur le Climat qui se déroule en ce moment même à Cancun : les implications en terme de bilan carbone s’annoncent catastrophiques !

Déjà, les Qatari ont annoncé la climatisation de tous leurs stades, sites d’entrainement et même fan zones. Et l’alibi des « stades écologiques » fonctionnant aux énergies renouvelables et utilisant des matériaux « adaptés », dans un pays de l’OPEP laisse perplexe.

Le Qatar, avec des moyens financiers quasiment illimités a su convaincre la FIFA., dont la décision témoigne, a minima, d’une totale indifférence aux menaces climatiques et de l’incompréhension de ce que devrait être le monde en 2020.

Après le foot climatisé, pourquoi ne pas tenter aussi les JO d’hiver avec des canons à neige écologiques ?

Dominique Bourg attaque la souveraineté populaire Jean Briselet - Etienne Dubuis Reporterre 2010/12/04 Jean Briselet - Etienne Dubuis (4 décembre 2010) Dominique Bourg attaque la souveraineté populaire. Reporterre. Tribune — fr

Dominique Bourg attaque la souveraineté populaire

« La pseudo démocratie écologique de Dominique Bourg et Kerry Whiteside est formatée pour ignorer le peuple et ses aspirations »

Démocratie écologique ou dictature écologique ?

Dans Le Monde du 31 octobre 2010 est paru un entretien avec Dominique Bourg, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL (Université de Lausanne) sur le thème de la nécessaire réforme de la démocratie si l’on veut faire face aux problèmes environnementaux.

Après avoir dressé un tableau désormais classique de disparition des espèces (sixième extinction) et de raréfaction des ressources, Dominique Bourg affirme tout crûment que la démocratie actuelle est incapable d’affronter ces problèmes et doit donc être réformée.

Elle en est incapable parce que :

- les élus sont régulièrement soumis au jugement des individus selon le principe de la démocratie représentative. Or, les individus ne sont capables que d’un jugement spontané n’ayant rien à voir avec la durée dans le temps des problèmes environnementaux. De plus, les élus sont enclins à satisfaire les intérêts immédiats et particuliers de leurs mandants et non les intérêts globaux.

- les individus sont formatés depuis le début de l’ère de la consommation par l’enrichissement matériel, clef du bien-être. Egoïstes, ils ne sont pas disposés à changer en faveur de moins de production et moins de consommation.

- enfin, notre vie démocratique accorde une prime au court-terme et a bien du mal à prendre en compte les intérêts du futur.

Face à une analyse aussi sinistre, aussi négative et aussi pessimiste de notre vie démocratique, l’auteur propose une modification de notre constitution et une modification de nos institutions.

En ce qui concerne la constitution, il conviendrait d’ajouter deux nouveaux objectifs à l’état : celui de “veiller à la sauvegarde du bien commun qu’est la biosphère” et celui de “soumettre les ressources naturelles à une gestion internationale concertée“. Mais comme l’auteur est bien incapable de faire confiance, ni à l’Etat, ni aux futures instances internationales chargées de gérer ces deux dossiers, il envisage de modifier nos institutions.

En créant une “Académie du futur”, composée de chercheurs de tous pays qui auraient pour mission d’exercer une veille sur l’état de la planète et de faire des propositions aux “politiques”.

Au coté de cet aréopage distingué, un nouveau SENAT, en amont de l’Assemblée, élaborerait les mécanismes législatifs permettant de répondre aux nouveaux objectifs introduits dans la Constitution.

Ce SENAT serait constitué de deux tiers de “personnalités qualifiées” proposées par les ONG et d’un tiers de “citoyens”. Avec l’aval de “conférences de citoyens” (?), il aurait le pouvoir d’opposer son veto aux propositions de loi jugées contraires aux objectifs.

Voilà pour ces propositions ahurissantes qui rejoignent d’autres comportements tout aussi totalitaires. La populace est incapable de comprendre, la démocratie est trop lente, remplaçons-les par des experts et des représentants “éclairés” du peuple !! Toutes les dictatures (toutes !) ont tenu ce langage liminaire. Dans cet exemple, il est inquiétant de constater que Dominique Bourg fait partie de la Fondation Nicolas Hulot, que cet entretien publié dans Le Monde l’a été également sur le blog de la Fondation Nicolas Hulot et qu’il n’y a fait l’objet d’aucun commentaire (1).

Le Temps, quotidien suisse, a publié dans son édition du samedi 13 novembre 2010 un article consacré au livre que Dominique Bourg et Kerry Whiteside ont consacré à ce thème de l’inadaptation de notre démocratie : Vers une démocratie écologique : le citoyen, le savant et le politique (2).

Vers une dictature écologique

Cet article d’Etienne Dubuis, intitulé “Vers une dictature écologique”, rejoint tout particulièrement mes critiques. Le voici in extenso :

L’environnement figure parmi les enjeux cruciaux de notre temps. L’homme a étendu à tel point son empire qu’il risque d’épuiser un certain nombre de ressources naturelles non seulement au niveau local mais aussi à l’échelle globale. Il se doit, par conséquent, de se préoccuper de son impact sur la planète et d’adapter son comportement à ce nouveau défi. Il reste à savoir comment. Un livre récemment paru répond à ce souci : Vers une démocratie écologique, de Dominique Bourg et Kerry Whiteside, respectivement professeur à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne et professeur de sciences politiques au Franklin & Marshall College en Pennsylvanie.

Pour les deux auteurs, l’heure est dramatique. « Les dégradations que l’humanité inflige aujourd’hui à la biosphère sont sans précédent, assure d’emblée leur ouvrage. Elles menacent notre bien-être collectif, l’équilibre économique et politique du monde, l’avenir des générations futures. » Or, selon Dominique Bourg et Kerry Whiteside, cette évolution a pour responsable la « démocratie représentative », qui serait incapable de s’élever au-dessus de ­l’égoïsme et de l’aveuglement des électeurs.

Vers une démocratie écologique propose de changer en conséquence les institutions. Il suggère de donner à la défense de la Nature une place prépondérante dans le jeu politique et de limiter le pouvoir des citoyens ordinaires. La pièce centrale de ce nouveau régime serait une Chambre haute du Parlement, le « Sénat », qui aurait le pouvoir d’« opposer son veto à toute proposition législative allant à l’encontre des objectifs constitutionnels ». Objectifs parmi lesquels figureraient le « principe général de finitude » (des ressources) et, son corollaire, le « principe de précaution ».

Comment seraient choisis les sénateurs ? Ils seraient tirés au sort sur une liste de candidats constituée par des organisations non gouvernementales spécialisées dans la défense de l’environnement. A titre de variante, Dominique Bourg et Kerry Whiteside proposent qu’un tiers d’entre eux puisse être issu de la population « ordinaire », et ce, par tirage au sort pour éviter toute intrusion d’intérêts particuliers. « Des attachés parlementaires dotés d’une bonne culture scientifique devraient également permettre de faciliter le travail d’acculturation de ces nouveaux sénateurs », est-il précisé.

Dans la même veine, une « Académie du futur » formée de spécialistes de l’environnement et de philosophes serait chargée « de conférer un sens précis, scientifiquement informé » aux objectifs constitutionnels. Bref, d’indiquer sans appel la marche à suivre.

L’ouvrage ne manquera pas de séduire quelques écologistes radicaux. Mais il pèche de nombreuses façons et d’abord par ce qu’il tait.

Ce qu’il tait ? Que le régime proposé n’est pas une démocratie, comme prétendu, mais une dictature. Le peuple n’est plus souverain lorsqu’une institution non issue de lui a le pouvoir de décider des lois. Or c’est bien ce qui est prévu. Les sénateurs sont choisis par une minuscule minorité de militants écologistes, qui ne peuvent en rien prétendre représenter l’ensemble des citoyens. Et, avec leur droit de veto, ils ont la capacité de trancher sur toutes les questions environnementales. Ce qui signifie qu’ils décident de tout, puisque l’environnement concerne de près ou de loin les domaines de l’existence les plus variés, de l’alimentation à la morale, en passant par les transports, la santé, l’éducation, etc.

Le projet est vieux comme la ­civilisation occidentale. Depuis l’Antiquité grecque, il s’est toujours trouvé des hommes pour estimer que les savants sont mieux placés que le commun des mortels pour gouverner. Vers une démocratie écologique reprend le thème sous une forme vaguement modernisée par la préoccupation environnementale. Il traduit une fascination pour le Savoir et ses détenteurs officiels, qui n’a d’égale qu’un mépris total pour l’homme ordinaire, décrété incapable de prendre la mesure des problèmes environnementaux parce qu’il ne les a pas sous les yeux.

La réalité, évidemment, est tout autre. Le Savoir n’existe pas. Il n’existe qu’une infinité de savoirs, d’ailleurs souvent approximatifs, sur des domaines extrêmement limités. Un physicien des hautes énergies possède un formidable bagage pour pénétrer les secrets de la matière. Mais il ne peut prétendre en dehors de sa spécialité posséder des connaissances susceptibles de le placer au-dessus du lot. Or la politique ne s’occupe pas d’un seul sujet, fut-il aussi large que l’environnement, elle empoigne tous les sujets. Et son objet n’est pas la connaissance mais l’action, qui suppose un type très différent, beaucoup plus complexe, de relation au monde.

Quant à l’opposition du savant transcendé par la connaissance et du pauvre pékin conduit par ses bas instincts, elle a paru sans doute nécessaire à la démonstration, mais elle ne tient pas. Comme si les esprits les plus instruits n’étaient pas mus également par leurs propres intérêts ! Et comme si le peuple n’était pas capable d’écouter les experts ! La différence entre la « démocratie représentative » et la soi-disant « démocratie écologique » prônée par Bourg et Whiteside n’est pas que la première ignore les avis éclairés. C’est que la seconde est formatée pour ignorer le peuple et ses aspirations.

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Note :

(1) http://www.fondation-nicolas-hulot....

(2) http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8e2...

De la ploutocratie en Amérique Michael C. Behrent Reporterre 2010/12/06 Michael C. Behrent (6 décembre 2010) De la ploutocratie en Amérique. Reporterre. Tribune — fr

De la ploutocratie en Amérique

C’est l’Etat, et non le marché, qui crée les inégalités, par la fiscalité. Une classe de super-riches s’en est emparé, et le pilote à sa convenance. - A propos du livre de Hacker et Pierson, Winner-take-all-politics.

Pourquoi, après avoir bénéficié d’un élan « populiste » lors des dernières élections de mi-mandat, le principal objectif législatif du parti républicain est-il aujourd’hui une réduction fiscale qui profite prioritairement aux plus gros salaires ? Selon les auteurs d’un des plus importants livres sur la politique américaine de l’année, ce paradoxe n’a rien de surprenant.

Dans Winner-Take-All-Politics : How Washington Made the Rich Richer - And Turned Its Back on the Middle Class, deux politologues, Jacob S. Hacker (Yale) et Paul Pierson (Berkeley) soutiennent que le seul schéma qui explique le fonctionnement actuel du gouvernement américain est celui de la ploutocratie.

Naturellement, les hommes politiques mènent campagne, les citoyens votent, les élus délibèrent. Mais, selon Hacker et Pierson, ces choses ont relativement peu d’influence sur la façon dont le pays est gouverné. L’État américain est avant tout à l’écoute des citoyens les plus richissimes ; pire, il est même un facteur décisif dans l’essor de leurs fortunes (et donc de l’approfondissement des inégalités). Une thèse qui sans être surprenante n’en est pas moins troublante à force d’être rigoureusement documentée et méticuleusement argumentée.

Un Etat au service des riches

Le point de départ de Hacker et Pierson est un constat : l’écart entre les revenus des Américains s’est profondément creusé depuis les années 1970. Entre 1979 et 2008, 36% des gains dans les revenus des ménages vont dans les mains du 1% le plus riche de la population. Plus étonnant encore, 20% des gains sont accaparés par le premier 0,1% de la population : en d’autres termes, les gains de quelque 300 000 individus sont supérieures de 50 % à ceux de 180 millions de personnes (les 60% les moins riches) (p.3).

Ces chiffres, bien qu’étourdissants, sont connus. Souvent, ils sont considérés comme une conséquence de la mondialisation, qui crée des « gagnants » comme des « perdants ». Moins communément acceptée est l’explication - en forme de défi - que proposent nos auteurs : l’émergence d’une classe des « super-riches » est, selon eux, la conséquence de décisions politiques. C’est l’État, et non le marché, qui fait les fortunes - et donc les inégalités.

De quelle manière ? Tout d’abord en réduisant la fiscalité. En 1970, le taux d’imposition moyen s’appliquant au 0,01% le plus riche fut aux alentours de 75% ; en 2004, il ne s’élève qu’à un peu plus de 30% (p.48). Hacker et Pierson notent que ce changement dramatique passe souvent inaperçu, car il ne concerne qu’une tranche extrêmement fine de la population : seules quelques centaines voire dizaines de milliers de personnes en sont les principales bénéficiaires, et non (par exemple) les 10% le plus aisés. A part les réductions des taux, les « super-riches » tirent profit des « loopholes » - des clauses échappatoires - de la législation fiscale : des dirigeant de hedge funds, par exemple, peuvent considérer la plupart de leurs revenus comme des « gains en capital », qui ne sont soumis qu’à un taux de 15% - soit nettement moins que les taux auxquels sont soumis les classes moyennes.

Ce n’est pas seulement « après-coup » - en les imposant moins - que l’État fait l’affaire des plus riches. Il crée aussi en amont les conditions même dans lesquelles ceux-ci gagnent leurs sommes énormes. De plusieurs manières. D’abord, à travers l’affaiblissement du pouvoir syndical. Autour de 1945, un tiers des travailleurs du secteur privé étaient syndiqués ; aujourd’hui, ils ne sont plus que 7% (au Canada, par comparaison, un tel déclin n’a pratiquement pas eu lieu). L’État appuie cette évolution par ce que Hacker et Pierson dénomment le « drift » - la « dérive », soit une politique de l’autruche ou de coupable non-assistance (encouragée par les intérêts financiers). Le National Labor Relations Board, la principale instance (créée lors du New Deal) de régulation des conflits sociaux, commence, dès les années 1970, à ne plus sanctionner qu’irrégulièrement les violations patronales du droit de travail.

D’autre part, succombant aux pressions des lobbies, le Parlement a réjeté les réformes demandées par les syndicats pour enrayer leur déclin. Leur obstacle majeur fut le Taft-Hartley Act, voté en 1947 (par une majorité annulant le véto du président Truman), qui donne aux États le droit de se désister du système de la « union shop » (en vertu duquel tous les employés d’une entreprise deviennent membres du syndicat maison), sapant ainsi la puissance syndicale (surtout dans les État du sud qui, à cause de leurs lois antisyndicales, sont les grands bénéficiaires des délocalisations intérieures). En 1978, une tentative de réforme, poussée par les organisations des travailleurs, est battue par une mobilisation des employeurs. En même temps, la dérégulation de la finance et des entreprises offre un autre moyen d’accroître ses profits. Plutôt que de « main invisible du marché », Hacker et Pierson préfèrent insister sur ce le rôle de ce qu’ils appellent la « main visible du gouvernement » dans le bond en avant des Américains les plus fortunés (p. 71).

La revanche des patrons

Mais comment en est-on arrivé là ? La thèse des deux politologues implique une nouvelle lecture de notre histoire contemporaine. Comme en France, on tend à considérer que la grande fracture dans l’histoire américaine de l’après-guerre se situe dans les années soixante : le mouvement des droits civiques, la contre-culture, la guerre du Vietnam. Mais ces divisions-là ne sont, selon Hacker et Pierson, que superficielles et en tout cas nettement moins décisives que celles de la décennie suivante. C’est au cours des « seventies » que l’Amérique bascule. Auparavant, le modèle social américain divergeait relativement peu de la norme européenne et les innovations décisives de Franklin Roosevelt furent considérées comme des acquis. Des présidents républicains comme Eisenhower et Nixon soignaient leurs relations avec les grands dirigeants syndicaux, protégeaient la Sécurité sociale, et étendirent la régulation des entreprises.

Mais à partir de 1977 et 1978, sous la présidence du démocrate Jimmy Carter, « quelque chose de radicalement nouveau » commence à émerger (p. 99). Cette ère nouvelle est une réaction à la précédente. Entre 1945 et 1975, les inégalités s’étaient réduites, les riches avaient été fortement imposés et ne s’étaient pas montré particulièrement influents sur le plan politique, et les régulations de l’État s’étendirent un peu plus chaque année. Comme toujours, une révolution commence par une prise de conscience. En 1971, la communauté des affaires conclut qu’elle est profondément menacée par le développement de l’État - surtout par l’alourdissement de la régulation liée à l’environnement, les affaires sociales, et la protection des consommateurs. C’est à ce moment, selon Hacker et Pierson, que les milliardaires ont de fait déclaré : « Hommes d’affaires du monde entier, unissez vous ! » (p. 118). Ils décident de s’organiser pour peser directement sur la politique.

Ils forment des organisations pour défendre leurs intérêts, tels le Business Roundtable, fondé en 1972. Ils organisent des « PACs » - political action committees - ou comités d’actions politiques, qui regroupent des contributions financières pour des candidats politiques. Au début des années 1970, les syndicats contribuèrent davantage aux PACs que les employeurs. A l’inverse, entre le début des années 1970 et le début des années 1980, les contributions de ces derniers ont quintuplé (p. 121). Enfin, ils décident qu’il leur est impératif d’être sur place dans la capitale fédérale pour influencer directement la confection des lois et des régulations. En 1968, seules une centaine d’entreprises ont des bureaux d’affaires publiques à Washington ; en 1978, ils sont 500. En 1971, 175 entreprises affectent des lobbyistes à la capitale ; en 1982, ils en sont 2 500 (p. 118).

Comme dans le schéma marxiste, la puissance politique suit la conscience de classe. Ces nouvelles organisations politiques d’origine patronale testent leur force pour la première fois en 1977, lorsqu’elles réussissent à empêcher la création d’une nouvelle agence pour la protection des consommateurs proposée devant la Congrès (en dépit du fait que le président et la majorité dans chaque chambre était démocrate). La réforme du droit du travail (et surtout du Taft-Hartley Act, qui depuis 1947 freine à l’organisation des travailleurs) subit en échec pour les mêmes raisons l’année suivante. Selon Hacker et Pierson, à partir de 1982, ces mêmes organisations commencent à jouer un rôle déterminant dans les élections.

Des démocrates sous influence

Un nouveau continent politique voit le jour. Si Ronald Reagan lui-même est, pour nos politologues, un homme de transition (à mi-chemin entre le « social-démocrate » Nixon et George W. Bush), c’est à partir de 1994, moment où les républicains sous la direction de Newt Gingrich conquièrent pour la première fois depuis des décennies la Chambre des représentants, que le parti républicain devient pleinement et uniquement (hormis ses dettes envers la droite chrétienne) le parti des milliardaires. Commence alors la « dissymétrie » fondamentale de la politique américaine : certains démocrates, désorientés par cette puissance nouvelle des républicains, lorgnent leur programme (histoire de se rendre intéressant auprès de leurs bailleurs de fonds), alors que les républicains qui prennent au sérieux le programme (traditionnel) des démocrates sont quasiment non-existants. En 1985, certains démocrates cherchent le salut dans un groupe de pression, le Democratic Leadership Council, qui souhaite un recentrage du parti. En 1992, il trouve son candidat idéal : Bill Clinton. Les démocrates retrouveront le pouvoir, en se montrant eux aussi de fidèles exécutants de la volonté des intérêts financiers. Quelques années après, un président démocrate déclare la « fin du welfare (assistance sociale) comme nous l’avons connu… ».

Le portrait que dressent Hacker et Pierson de l’Amérique contemporaine n’est guère réjouissant. En dépit de leur soutien assumé à Obama (ainsi qu’aux dirigeants démocrates au Congrès depuis 2006), leur analyse les contraint de conclure que les données fondamentales - et surtout le pouvoir prépondérant d’une poignée d’Américains extrêmement riches - n’ont pas changé. Une de leurs plaintes, d’ailleurs, est que l’excessive attention des médias sur les élections et l’affrontement des candidats sous-estime la continuité fondamentale dans la manière dont le pays est gouverné depuis une trentaine d’années. Ils jugent ainsi que l’adoption au printemps dernier de la réforme de la Santé, aussi impressionnant soit-elle, n’est que l’exception qui confirme la règle : elle a seulement pu voir le jour une fois que les soucis des intérêts qu’elle menaçait (des assureurs privés notamment) furent ménagés.

Que faire ? Deux leçons découlent de cette analyse. D’abord, si Hacker et Pierson ont raison, cette évolution n’était pas inévitable. Elle fut la conséquence d’un acte de volonté politique, pas d’une mutation incontournable. Un nouvel acte de volonté, pourvu qu’il soit à la mesure, pourrait changer la donne.

Ensuite, les choses n’ont pas toujours été comme aujourd’hui : entre 1945 et 1975, une société plus égalitaire et une démocratie à l’écoute des citoyens existait. Pour y retourner, un jour, ils identifient trois conditions : la réduction de la capacité des intérêts financiers à bloquer toute réforme ; une participation politique élargie à ceux qui en sont actuellement exclus ; et des organisations (comme les syndicats d’autrefois) capables de mobiliser et de protéger les intérêts de la classe moyenne (p. 303). Qu’est-ce qui pourrait inciter un mouvement fondé sur de tels principes ? A en croire nos auteurs, l’État est allé « trop loin » au début des années 1970. Les républicains pourraient être tentés de faire la même chose - naturellement, dans la direction opposée - dans les années à venir…

Cancun, le point du 5 décembre sur les négociations Geneviève Azam Reporterre 2010/12/06 Geneviève Azam (6 décembre 2010) Cancun, le point du 5 décembre sur les négociations. Reporterre. fr

Cancun, le point du 5 décembre sur les négociations

A force d’adopter une attitude « pragmatique », les négociateurs du climat dérivent vers l’abandon de toute exigence véritable.

Au moment où ce papier est écrit, un premier texte de la présidence mexicaine est présenté comme ébauche de résultat final, dix minutes avant l’assemblée plénière de la conférence des parties, dans laquelle plusieurs délégations se sont inquiétées du manque de transparence de la négociation.

Les objectifs de réduction des émissions réelles ne semblent plus être le sujet central des discussions. Ils sont abandonnés par tous ceux qui ne les atteindront pas et qui savent que leurs propositions cumulées, celles qu’ils ont déclarées sans engagement après « l’accord » de Copenhague, signifieraient un réchauffement global de la planète de de 3°C à 5°C. Mais ils sont aussi abandonnés, au nom du « pragmatisme » : ne pas parler des choses qui fâchent pour avancer sur des sujets précis, la lutte contre la déforestation et la création d’un fonds vert. Soit, mais de la même façon que le néolibéralisme a retourné le mot réforme, en faisant des causes des crises les solutions pour les résoudre, le « pragmatisme » conduit souvent à des solutions qui ne font que poursuivre la dégradation de la planète et de l’atmosphère : la planète réelle mène la vie dure aux bonnes intentions. Agrocarburants, séquestration du carbone, marchés du carbone, attestent les échecs successifs des fausses solutions. Le projet de texte, qui laisse ouvertes plusieurs options pour la négociation, est encore plus imprécis en matière de réduction que celui de Copenhague ; il ne fixe même plus de date pour atteindre l’objectif d’un réchauffement maximum de 2°C ! Le Venezuela et la Bolivie, applaudis par une part de l’assemblée, ont vivement dénoncé ce nouveau recul, relayés par les États insulaires et le représentant du G77 plus la Chine. L’ambassadeur de la Bolivie aux nations unies, Pablo Solon, a souligné qu’aucune négociation officielle n’avait porté sur les chiffres de réduction dans cette première semaine de négociations.

Des marchés du carbone sans le protocole de Kyoto ?

Paradoxalement, le Japon, suivi par d’autres pays de manière plus ou moins explicite, en annonçant clairement sa volonté d’en finir avec le protocole de Kyoto et de renoncer à toute idée de traité contraignant pour les pays industriels, a relancé la discussion. Les pays latino-américains regroupés dans l’ALBA, ont réagi vivement, en signifiant à la fois leur volonté d’avancer dans le processus de négociation et l’impossibilité de le faire sans un cadre qui délimite les responsabilités et les engagements et permette une nouvelle phase d’engagements pour les pays industriels après 2012. L’Union européenne manie toujours le double discours : une volonté affichée de s’engager dans une deuxième phase du protocole, d’« examiner » la poursuite du processus tout en demandant un accord contraignant engageant les « plus grandes économies du monde ». Autant dire, un renoncement au contenu du protocole, dans sa partie la plus politique : la reconnaissance de fait d’une dette écologique des pays industriels. La préoccupation européenne est ailleurs : sauver du protocole les mécanismes de flexibilité et le marché du carbone dont l’inefficacité écologique est pourtant attestée par de nombreux rapports.

Le fonds vert en panne

La bulle atteint précisément son comble en matière de financement de la lutte contre le changement climatique. La crise financière aidant, les négociations se poursuivent sans qu’un centime réel soit posé sur la table et sans rien ajouter de plus que ce qui était conclu à Copenhague. On parle donc de sommes virtuelles, qui en l’absence d’engagements des États, ne pourraient venir que de la réorientation d’aides déjà existantes ou du secteur privé, via les marchés du carbone notamment. Les pays du Sud demandent un engagement financier obligatoire et additionnel des États de l’ordre de 1,5% du produit national brut. Mais pour cela, des ressources nouvelles doivent être levées ; c’est pourquoi une taxe sur les transactions financières, qui ne fait pas partie des discussions du Moon Palace, permettrait à la fois la lutte contre la spéculation et la possibilité pour les États de retrouver des marges de manœuvre pour le financement de l’adaptation au changement climatique et de la réduction des émissions.

La Banque mondiale aux avant-postes

Et ce qu’on appelle le pragmatisme est soumis à rude épreuve face à l’intransigeance de la finance internationale, qui par des canaux divers, refuse de voir la création d’un fonds vert mondial sous la responsabilité des Nations unies : la Banque mondiale pourrait être définitivement promue comme administratrice de ce fonds. Autant dire que cette position est inacceptable pour plusieurs raisons : cette banque ne finance que des projets de grande taille financière, excluant donc les milliers de projets locaux sans lesquels la transition ne sera pas possible, elle est engagée dans des projets désastreux sur un plan écologique et social et constitue plutôt le problème que la solution ; enfin cette institution n’est qu’un canal financier qui pratique des prêts au lieu des dons pourtant essentiels pour tous les pays, déjà souvent très endettés et qui doivent de surcroît se battre contre les catastrophes climatiques, dont ils ne portent pas la responsabilité.

À moins d’attendre l’éclatement de la bulle avec des catastrophes majeures, le retour du réel et celui d’un véritable pragmatisme ne pourront se réaliser que par la pression des sociétés et des mouvements sociaux, présents ici loin des négociations. Une présence paradoxale dans cette ville véritable enclave ou plutôt verrue transnationale.

Cancun, affluence décevante, mais on ne baisse pas les bras Bizi ! Reporterre 2010/12/06 Bizi ! (6 décembre 2010) Cancun, affluence décevante, mais on ne baisse pas les bras. Reporterre. fr

Cancun, affluence décevante, mais on ne baisse pas les bras

Entre 1000 et 1500 militant(e)s altermondialistes se sont retrouvés à Cancon, malgré la neige et le verglas, ce samedi 4 décembre, pour une transition écologique et sociale comme moyen de combattre le dérèglement climatique.

Des stands très nombreux et 9 tables rondes différentes ont permis de montrer les résistances et alternatives qui sont autant de solutions bien concrètes et réalisables aux causes du réchauffement climatique : dans les domaines de l’énergie ; des transports ; du type d’ agriculture ; de la relocalisation de l’économie, de l’éco-construction, de la finance etc...

Ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté politique d’appliquer ces solutions à grande échelle pour éviter le pire des scénarios, celui actuellement en cours : la fuite en avant vers les 3,5 degrés celsius en plus (voir + 5 ° selon d’autres estimations) à l’horizon 2100 alors qu’on sait que le seuil d’emballement climatique incontrôlable et irréversibble se situe aux alentours des + 2°C !!!

Changer le système pas le climat !

Il ne s’agit pas de construire des voitures électriques ou des camions roulant aux agrocarburants mais de diminuer massivement leur nombre grâce au développement radical des transports collectifs, du fret SNCF ou maritime financé par l’argent qui doit être aujourd’hui gaspillé dans des fuites en avant suicidaires du type LGV, aéroport Notre Dame des Landes.... ainsi que par une taxe carbone redistributive.

Il ne s’agit pas d’acheter des forêts et de privatiser des millions d’hectares de terres dans les pays du sud pour bénéficier de crédits carbones permettant de continuer à polluer toujours plus dans les pays du Nord.

Il faut changer de logiciel, il faut en finir le plus rapidement possible avec ce système dont la logique fondamentale est de produire non pas pour répondre aux besoins existants mais pour vendre toujours plus. Cette logique a une conséquence incontournable : on crée des besoins là où ils n’existent pas, on limite volontairement la durée de vie des objets produits, et du coup, on produit tellement qu’on “consomme“ déjà aujourd’hui une planète et demi par an alors qu’une seule chose est évidente pour tous et pour toutes : nous n’avons pas de planète B !

C’est pour cela qu’était organisé ce contre-sommet de Cancon. Il a permis d’affirmer haut et fort à l’occasion du sommet de Cancun : il faut changer le système pas le climat !

Une bataille pas comme les autres

La bataille climatique est différente des autres batailles, toutes aussi importantes dans notre quotidien tellement maltraité par le néo-libéralisme dominant et le capitalisme destructeur : c’est une bataille qui se joue, se gagne ou se perd dans les années à venir, mais qu’on ne pourra plus rejouer par la suite si par malheur on la perdait. La bataille pour les retraites peut-être perdue à tel moment et menée à nouveau à tel autre. Mais si nous perdons celle pour le climat, ce le sera de manière définitive. L’emballement climatique sera irréversible et changera en profondeur la donne de toutes les autres batailles.

Enfin, le combat pour la justice climatique a une autre spécifité : celle d’unir dans le même bataille mondiale et cruciale les peuples du nord et du sud, avec un calendrier et une stratégie également partagés. Le duplex entre Cancon et Cancun fut un beau symbole de cette réalité et un fort moment d’émotion dans une salle encore pleine de plus de 600 personnes, 8 heures après l’inauguration du contre-sommet de Cancon.

La présence à Cancon de Cécile Duflot, Catherine Grèze et José Bové (d’Europe Ecologie-Les Verts), Martine Billlard et Gérard Boulanger (du Parti de Gauche), Philippe Martin, secrétaire national adjoint du PS chargé de l’environnement, montre que les enjeux d’urgence et de justice climatique sont pris au sérieux par certains courants de la gauche française.

Continuer plus que jamais

Nous devons poursuivre notre travail pour élargir cette prise de conscience et pour avancer de manière décisive dans le rapport de forces mondial en faveur d’un accord ambitieux, contraignant, efficace et juste contre le réchauffement climatique, écartant dans le même temps toutes les fausses solutions du type agro-carburant, nucléaire, MDP, privatisations de terres favorisées par les crédits carbone etc.

Le mouvement international pour la justice climatique qui se construit et s’affirme chaque jour avec davantage de force sera en priorité la résultante de l’engagement déterminé des plus pauvres, des plus démunis de cette planète et de nos sociétés, qui sont et seront les premières victimes des conséquences du changement climatique, et les moins à mêmes de s’y adapter.

Cancun, le point du 6 décembre sur les négociations Attac Reporterre 2010/12/07 Attac (7 décembre 2010) Cancun, le point du 6 décembre sur les négociations. Reporterre. fr

Cancun, le point du 6 décembre sur les négociations

Les pays riches refusent des engagements forts, mais poussent la solution du marché du carbone pour gérer la forêt.

Cancun à mi-parcours

À l’issue de la première semaine de négociations, les perspectives de « compromis positifs » semblent éloignées. Les accords sectoriels espérés pour permettre la poursuite du processus - accord sur la déforestation (REDD+) et accord sur le fonds vert de financement annoncé à Copenhague - entendaient se passer du renouvellement des engagements des pays industriels à des réductions d’émissions et des financements significatifs.

Ces questions, passées sous la table au départ des négociations, reviennent en discussion avec le refus des pays du Sud que soit abandonnée l’idée d’un traité contraignant. Le Japon, suivi de la Russie et du Canada, a exprimé clairement ce qui se tramait en coulisses : le front du refus des pays riches à s’engager dans une seconde période « post-Kyoto » s’élargit.

La réaction des pays de l’ALBA lors d’une conférence de presse a été sans appel : les responsables des délégations de la Bolivie, du Venezuela et de l’Equateur entre autres ont clairement rappelé que les accords sectoriels ne pouvaient être seulement des accords techniques, mais qu’ils étaient eux-mêmes conditionnés par des engagements clairs en vue d’un traité contraignant pour l’après 2012.

Mais « l’échec » de Copenhague amplifie les discours de tous ceux qui voudraient réduire ces négociations à des discussions techniques et qui sont prompts à accuser toute expression politique de tentative de sabotage.

Les grandes puissances ont repris de l’assurance et tentent de faire tomber les jalons restants.

Le paquet dit « LULUCF » est en passe d’être agréé (Land use, land-use change and forestry, usage de la terre, transformation de l’usage de la terre et des forêts) : il s’agit de compenser les émissions par le développement des capacités de la terre et des forêts à capter et séquestrer le carbone (puits de carbone). C’est l’Union européenne qui pilote la négociation. En effet le LULUCF permettrait d’amoindrir les obligations de réductions d’émissions de GES en comptabilisant les gains de réduction offerts par le développement des bioénergies (biomasse, biochar) et des techniques de stockage de carbone dans les sols ou les plantations (puits de carbone). L’Union européenne y voit non seulement un instrument idéal d’ajustement de ses engagements mais aussi un dopant inespéré pour son économie. La terre serait ainsi mobilisée pour délivrer des millions de crédits carbone !

L’accord sur la déforestation dit REDD+ serait déjà conclu si les pays de l’ALBA, menés par la Bolivie, ne s’opposaient pas au financement privé des projets par les mécanismes de la finance carbone, fondés sur l’idée de compensation et réduisant ainsi les obligations des pays riches à réduire réellement les émissions sur leur territoire. Les pays de l’ALBA et les mouvements sociaux, en particulier la plupart des communautés indigènes, exigent que la préservation des forêts soit financée par des fonds publics et dans le respect des droits des populations locales.

Les montants des financements ne sont plus discutés, alors que les sommes avancées dans le texte de Copenhague ne sont pas suffisantes. Seule leur structure est en jeu. Une proposition mexicaine, qui semble en fait être celle des USA, a pris de court les négociateurs : les pays développés (qui refusent tout engagement contraignant) demandent aux pays en développement de s’engager sur des chiffres et des actions d’atténuation avant de trancher sur les modalités et les montants des financements. Quant au Fonds vert, il serait administré par la Banque mondiale. En l’absence de financements publics, ce fonds serait alimenté de fonds privés, via les marchés du carbone notamment, alors que la proposition du G77+Chine consiste à abonder un fonds onusien par le versement obligatoire de 1,5% de leur PIB par les pays développés.

Le déséquilibre entre l’importance des délégations des pays industrialisés et la faiblesse de celles des pays en développement est criant. Et les rumeurs de restriction de l’accès des ONG à l’espace de négociations dans la phase finale de discussion (à partir de mercredi) s’amplifient. C’est dans ce contexte que les mouvements paysans, les associations des peuples indigènes, les mouvements sociaux présents à Cancun manifesteront pour faire entendre la voix des peuples, celle qui s’était manifestée à Cochabamba et dont l’esprit semble bien loin des négociations officielles.

Pourquoi j’abandonne Jean-Paul Besset Reporterre 2010/12/07 Jean-Paul Besset (7 décembre 2010) Pourquoi j’abandonne. Reporterre. fr

Pourquoi j’abandonne

Proche de Nicolas Hulot, Jean-Paul Besset a été un artisan de l’élargissement des Verts à d’autres courants écologistes. Usé par les luttes de pouvoir, il jette l’éponge. Voici le texte de sa lettre d’explication.

Pourquoi j’abandonne

J’ai décidé de renoncer à toute responsabilité au sein d’Europe Ecologie-Les Verts. Cette décision est mûrement réfléchie. Elle n’est le fruit ni d’un coup de tête ni d’un coup de blues. Elle révèle l’impuissance que je ressens de plus en plus douloureusement face à une situation de conflit interne qui m’apparaît, en l’état, dominante, indépassable, broyeuse d’énergie et d’espérance. Elle vise aussi à dissiper l’illusion fédératrice que ma présence entretient dans la direction du mouvement, entre marteau et enclume.

Autrement dit, j’avoue l’échec, personnel et collectif : je ne souhaite plus m’épuiser à construire des passerelles alors que l’essentiel des préoccupations consiste à entretenir les suspicions ou à rêver d’en découdre pour affaiblir tel courant, détruire tel individu ou conquérir tel pouvoir. Je n’assumerai pas plus longtemps la fiction et l’imposture d’un rôle revenant à concilier l’inconciliable.

Si ma mise à l’écart volontaire, dont je pèse amèrement le sens négatif aux yeux des militants sincères, peut servir à quelque chose, c’est de dissiper le rideau de fumée et chasser l’hypocrisie : que les masques tombent ! Que les couteaux sortent s’ils doivent sortir ou que les convictions l’emportent enfin sur les ambitions, mais qu’au moins il se passe quelque chose, qu’Europe Ecologie-Les Verts échappe à ce climat délétère de guerre froide et de paix armée !

I have a dream... Oui, j’avais fait le rêve que les Assises de Lyon, le 13 novembre, seraient une date « constituante », consacrant l’aboutissement d’une démarche de dépassement collectif pour construire une force alternative, responsable et désirable, indispensable aux enjeux de l’époque. Cette journée devait marquer les esprits au point de les transformer grâce à un sentiment d’appartenance commune, emportés par une dynamique qui submergerait les inévitables aigreurs, les petits calculs, les préjugés stupides, les médiocrités recuites. J’ai cru que la force de l’essentiel l’emporterait sur les turpitudes usuelles. Qu’il y aurait donc un avant et un après Lyon...

Je me suis trompé. Lourdement. Il est impossible de parvenir à faire la paix entre ceux qui aspirent à la guerre.

Il y a bien un après Lyon... mais, à l’image du nom retenu (Europe Ecologie-Les Verts), il reproduit ce que nous avions eu tant de mal à contenir dans l’avant Lyon : le scénario des crispations et des jeux claniques, la comédie du pouvoir, le monopoly des territoires. Règlements de compte, délices du déchirement, obsessions purificatrices et procès en sorcellerie saturent à nouveau l’espace, au point de rendre l’air interne irrespirable et le travail politique secondaire.

La fusion-dépassement n’a pas eu lieu. Le fossé des défiances reste plus béant que jamais entre ceux supposés vouloir rester en famille et ceux suspectés de chercher le divorce pour la recomposer, rendant impossible toute entreprise commune. D’un côté, le parti où nombre de Verts verrouillent une reproduction à l’identique, avec les mêmes têtes, les mêmes statuts, les mêmes pratiques, les mêmes courants, la même communication pseudo radicale, la même orientation servile vis à vis de la gauche ; de l’autre côté, la Coopérative que certains veulent instrumentaliser en machine de guerre contre le parti. Dans ces conditions, aucune discussion sereine, aucun désaccord rationnel ne peut exister. Chaque choix est hypothéqué, chaque initiative s’avère lourde de conflits.

Par bonheur, la dramaturgie de nos luttes fratricides en reste aux simulacres. Elle ne tue pas vraiment mais elle use, elle ronge, elle épuise, elle désespère. Certains bâtisseurs, comme mon vieux complice Pascal Durand, ont déjà pris leurs distances. A mon tour de déclarer forfait et de refuser d’assumer plus longtemps un rôle d’équilibre alors qu’on me somme chaque instant de choisir un camp, de dénoncer machin ou de sacrifier truc, de justifier le moindre acte des « autres », de prendre parti dans le choc des ego, de participer au grand concours des détestations, bref de faire tout ce que je déteste.

J’ai contribué à construire un mouvement que je juge désormais métastasé et auquel, pas plus que quiconque, je ne sais apporter de remèdes. Je n’entretiens aucun ressentiment, j’apprécie les qualités individuelles des un(e)s et des autres, je ne regrette rien du chemin. Mais, sous l’impact de trop fortes pesanteurs internes engendrées par les coutumes du vieux monde politique dont toutes – je dis bien toutes ! - les sensibilités d’EELV portent les stigmates, la mayonnaise collective a tourné et déprécie maintenant les énergies.

C’est humainement insoutenable. C’est en tout cas à mille lieux du projet qui m’habitait. Je renonce donc sans rien sacrifier de mon espérance dans l’écologie politique comme horizon de survie et d’émancipation. Sous réserve, peut être, d’un sursaut durable et d’un ressaisissement collectif que mon retrait pourrait favoriser.

Jean-Paul Besset, le 6 décembre 2010.

Destruction durable Herve Kempf Reporterre 2010/12/07 Herve Kempf (7 décembre 2010) Destruction durable. Reporterre. Tribune — fr

Destruction durable

Voici quelques histoires d’environnement. Elles constituent des pièces essentielles de la grande histoire qui raconte comment, dans la plus parfaite bonne conscience, nous appauvrissons la biosphère. Ici, pas de conférence internationale, peu d’articles scientifiques, quelques rapports négligés, le désintérêt des médias : on détruit silencieusement.

Tiens, par exemple, c’est en Isère, dans le massif forestier des Chambarans, que l’entreprise Pierre & Vacances veut construire un village de loisirs - il faudra défricher et artificialiser quelques dizaines d’hectares. Ici, c’est dans le Jura que la petite commune de Damblans veut étendre une zone d’activités économiques sur 12 hectares de bonnes terres agricoles - il y a deux ou trois de ces zones aux alentours, mais allez... Voici dans l’Allier, près de Moulins, le projet de Logiparc : on rêve de transformer 184 hectares de champs en une base logistique « au coeur de l’Europe ».

Là-bas, à Clermont-l’Hérault, dans l’Hérault, un entrepôt géant de la grande distribution remplacerait 70 hectares de vignes et de vergers. En Seine-et-Marne, près de Disney, Pierre & Vacances - encore ! - voudrait édifier des « villages nature » sur 570 ha de l’excellente terre de Brie - bon, on commencera avec 175... Près de Nantes, le projet de Notre-Dame-des-Landes - qui accède peu à peu à la visibilité, grâce à l’énergie de ceux qui s’y opposent - transformerait plus de 1 300 ha de bocages en un aéroport de plus.

La liste n’est, hélas !, pas exhaustive. Dans chaque cas, quelques points communs. Le projet est vendu grâce à de mirifiques promesses d’emplois qui font oublier le dégât environnemental. L’examen des dossiers tempère beaucoup la force des promesses. Mais, deuxième point, les arguments des opposants se heurtent presque toujours à une alliance UMP-PS, qui forme un mur presque infranchissable : si, au niveau national, ces partis paraissent s’opposer, quand il s’agit de transformer la terre agricole en surface bétonnée, la bonne entente est de règle. Enfin, le projet s’habille toujours de « développement durable » : Pierre & Vacances opérera un « tourisme durable », Logiparc se « crée dans un concept de développement durable », et Nantes Métropole, qui promeut avec ardeur la création de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, se vante d’être plus verte que Vert. Son vice-président, Ronan Dantec, est à Cancun, au Mexique, afin de chercher dans les mécanismes des traités sur le climat « la possibilité de nouveaux financements de l’action des villes et des collectivités territoriales ». Ô développement durable, que de crimes on commet en ton nom !

Chamboulons l’hémicycle SuperNo Reporterre 2010/12/08 SuperNo (8 décembre 2010) Chamboulons l’hémicycle. Reporterre. Tribune — fr

Chamboulons l’hémicycle

Nos élus ne sont pas comme nous. Et si on les tirait au sort ?

La démocratie est malade, la démocratie est en train de crever. Je n’ai pas l’intention de vous faire un billet de 20 km de long qui expliquerait en détail tous les organes atteints.

Tout le monde sait que l’exemple vient d’en haut (enfin, en l’occurrence d’en bas), et qu’en premier lieu notre Président de la République est une telle caricature de dévoiement de la démocratie… Tout le monde sait aussi que la presse ne fait pas son travail, mais se contente ultramajoritairement de servir au quotidien une soupe libérale et croissanciste, en persuadant les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs que c’est la normalité, les conditionnant à tel point qu’ils vont à leur tour répandre les mêmes billevesées, et même vilipender les moins atteints qui tentent de leur faire croire qu’il y aurait une alternative…

C’est ainsi qu’on voit des ouvriers râler contre les fonctionnaires en grève, psalmodiant l’antienne TF1nesque de “prise en otage”, et s’en aller voter Sarkozy, en quête du bonheur de travailler plus pour (surtout) gagner plus. Bon, pour Sarkozy, on ne les y reprendra sans doute plus, mais ils suivront néanmoins le prochain blaireau qui leur servira les mêmes sornettes.

Aujourd’hui je voulais surtout parler de ces étranges personnages que sont les députés, qui viennent de s’illustrer en décidant sans états d’âme de nous faire bosser deux ans de plus, dans le seul but de ne pas ponctionner les dividendes des actionnaires. Je ne parlerai même pas des sénateurs, super-notables élus par des notables. Cette institution n’ayant pas la moindre utilité, surtout comparée à son coût de fonctionnement, il faudrait purement et simplement la supprimer.

Vous êtes vous demandé comme moi comment des gens qui sont censés nous représenter pouvaient au contraire se mettre à défendre d’autres intérêts, parfois totalement opposés aux nôtres ? Ce sont tout simplement des usurpateurs.

Pourtant, quand on regarde la théorie, nous sommes en démocratie. Il y a 3 pouvoirs, étanchément séparés : l’exécutif (le Président de la République et son gouvernement), le législatif (les députés et sénateurs) et le judiciaire (les juges). Séparés, sinon c’est pas une démocratie. Ce n’est pas dans une démocratie qu’on verrait l’exécutif menacer de virer des membres du législatif s’ils ne votent pas les lois qu’ils proposent, ou intervenir dans des procédures judiciaires. C’est l’apanage des républiques bananières.

D’ailleurs les élections sont libres ! Le jour des législatives, nous allons librement au bureau de vote, il n’y a pas (pas encore) le GIPN armé jusqu’aux dents qui nous intime l’ordre de prendre tel ou tel bulletin, et on met celui que l’ont veut dans l’enveloppe. On suppose que les comptages ne sont pas plus truqués qu’il n’est décent (tant que ce n’est pas Martine Aubry qui préside le scrutin) et le candidat élu est celui qui a réuni le plus de suffrages. Il gagne ainsi le privilège de nous représenter. Et c’est là que ça part en sucette. Croyez-vous qu’il garde une reconnaissance éperdue pour ses électeurs ? Macache wallou, oui ! En général, à peine élu, il commence à voter pour un traité européen scélérat, pour des privatisations, pour le bouclier fiscal, pour la loi HADOPI, pour les OGM, ou pour le recul de l’âge de la retraite. Et se laisse influencer par tous les lobbies qui le sollicitent en permanence, y compris jusque dans l’Assemblée.

Mieux, le député se conduit souvent comme un nabab, il se déplace dans une grosse voiture avec un chauffeur, il fait l’important, quand il daigne vous parler c’est avec l’air condescendant du gros plouc endimanché qui est devenu quelqu’un, qui connaît du monde, et qui t’emmerde. Ou alors, fier comme Artaban derrière un pupitre dressé dans la salle des fêtes du village, où il fait un discours populiste devant le club du troisième âge. Qu’il trahira sans remords dès que ses chefs lui ordonneront de voter une loi scélérate. Bien souvent, il n’en branle pas une, il pratique l’absentéisme avec assiduité… Il faut dire qu’il a souvent une autre activité politique, ou un autre boulot bien lucratif. Comme si député n’était pas un boulot à plein temps.

Il y a donc un moment où ça merde, où la démocratie s’enraye. Essayons de comprendre pourquoi.

En amont il y a les médias. Qui choisissent à votre place. Et qui décident généralement que ce sera un match entre un notable de l’UMP et un notable du P”S”. Du coup les dés sont pipés, et vous qui êtes un rebelle, vous pourrez toujours voter pour Lutte Ouvrière ou pour un décroissant, vos votes ne serviront à rien, puisque la majorité des électeurs, auto-suggestionnés, auront choisi ceux qu’on leur a suggéré de choisir. C’est ainsi que dans ma circonscription, c’est un certain Denis Jacquat qui a été élu. Dès le premier tour. Une caricature de vieux notable UMP. Médecin. Cumulard. Quatrième mandat. Mis en examen pour une sombre affaire d’emplois fictifs. Comble de l’ironie, c’est lui le rapporteur de l’infâme réforme des retraites !

Une chose est sûre, le député ne nous ressemble pas !

Tout d’abord, il a en moyenne environ 58 ans. C’est largement plus que la moyenne de la population. Ensuite, il est très masculin. Dans la vie normale, la nature a bien fait les choses pour qu’il y ait à peu près autant de femmes que d’hommes. 50/50. Àl’Assemblée Nationale, il y a 111 femmes élues pour 466 hommes. 19/81 ! Et encore, il paraît qu’on progresse, puisqu’en 2002 c’était 71 pour 506, soit 12/88…

Il ne fait pas non plus le même boulot que nous : 82 cadres du privé, 37 avocats, 37 médecins, 8 chirurgiens, 8 pharmaciens, 7 dentistes, 18 chefs d’entreprises industrielles, 36 fonctionnaires des Grands Corps de l’État… Mais seulement 7 employés, 1 ouvrier (!)…

Juste pour rire, sur mettons 40 millions d’électeurs, il y a en France 200 000 médecins et 50 000 avocats. Respectivement 0,5 et 0,125 %. Pour que l’assemblée reflète l’électorat, il devrait donc y avoir environ 3 médecins et moins d’un avocat. Les médecins sont donc 13 fois plus représentés que la moyenne, les avocats 51 fois !

Il serait également amusant d’avoir des statistiques sur le nombre d’assujettis à l’ISF. Sachant qu’en France un foyer sur 60 environ y est soumis, on ne devrait en trouver que 10. Je prends le pari qu’il y en a au moins 10 fois plus !

Les statistiques ethniques sont interdites. Mais il n’y a pas besoin de statistiques pour s’apercevoir qu’hormis quelques représentants de l’Outre-Mer, cette assemblée “représentative” est quasi-exclusivement blanche et ne reflète aucunement la population réelle…

Pire, le député appartient ultra-majoritairement à un parti politique. UMP, P”S”. Vous n’allez pas me faire croire que les électeurs français se décomposent en deux tiers d’UMP, un tiers de P”S” et quelques électrons libres ! Mais c’est un fait : si on veut devenir député, il faut appartenir à une de ces grosses écuries : débile !

Dans ces conditions, comment s’étonner que deux tiers des députés votent une "réforme" des retraites à laquelle 70% des français se déclarent opposés. Ou qu’en 2005, plus de 80% des députés, de droite comme de "gauche", étaient favorables à un traité européen ultralibéral, finalement rejeté par 55% des électeurs. Quelle meilleure preuve du dévoiement de la démocratie ?

Alors que faire, me demanderez-vous ? Réfléchissons un peu…

D’abord interdire strictement le cumul des mandats : député, c’est un travail à plein temps ! Il est complètement idiot de vouloir le cumuler avec un autre boulot, même à temps partiel, dans la politique ou ailleurs.

Limiter le nombre de mandats de députés à 2. Au delà, c’est le risque d’installer des notables, des pontifes de la politique, complètement déconnectés de "la vraie vie".

Enfin, et surtout : encourager les candidatures. Pour la suite, je vire au conditionnel. Le débat est ouvert. Il y a plein de gens qui souhaiteraient devenir candidats, mais qui ne le peuvent pas, parce qu’ils ne sont pas les pontes hautains d’un parti politique libéral et fortuné. Il pourrait y en avoir des milliers. La démarche serait gratuite. On pourrait élaborer un bulletin de candidature standardisé, sur lequel le candidat répondrait à un petit paquet de questions révélatrices, qui permettraient de le situer plus sûrement que sa simple appartenance à un parti, ainsi qu’un espace pour un texte personnel. Il y aurait aussi des questions d’état-civil, sexe, âge, profession, adresse, revenus, patrimoine, indispensable au traitement statistique…

Car ensuite, ce serait un ordinateur qui choisirait, selon un algorithme similaire à celui qu’utilisent les sondeurs pour déterminer un groupe de "Français représentatifs", un ensemble de personnes, classées par département, 3 fois plus nombreuses que les postes à pourvoir. Ce serait une image assez fidèle de la population. Et c’est normal, puisqu’il s’agit de la représenter.

Bien sûr, la plupart des candidats seraient des inconnus. Plus de risque de campagnes de stars. Pas de financement par les entreprises ou les lobbies. Les frais de campagne seraient plafonnés et avancés par l’État.

L’électeur n’aurait ensuite qu’à choisir dans cette liste autant de noms que de députés dans son département. Par exemple en Moselle, 10 noms à choisir sur une liste de 30. Seraient élus les 10 qui auraient le plus de suffrages.

Ce système amènerait mathématiquement beaucoup plus de femmes à l’assemblée. Et je suis persuadé que plus il y aura de femmes en politique, plus la démocratie progressera. Surtout que ce système devrait limiter le nombre des caricatures que l’on voit tant actuellement, qui sont choisies car elles sont comme des hommes, pires que des hommes (Lagarde, Alliot-Marie…) ou alors des potiches (Dati, Yade…)

L’assemblée refléterait bien mieux la poulation réelle que l’oligarchie actuelle : elle se parerait donc mathématiquement des couleurs de la vie réelle.

Il y aurait aussi bien plus d’ouvriers, d’infirmières, bien moins de médecins, d’avocats ou autres assujettis à l’ISF. Et des ouvriers à l’assemblée ne défendraient pas les lois ou les traités qui encouragent les délocalisations, et ils savent bien que travailler trop longtemps est néfaste…

Vous m’objecterez peut-être que des ouvriers seraient moins compétents que les avocats ou les hauts fonctionnaires actuels : foutaises ! Si Estrosi, Hortefeux ou Bachelot peuvent être ministres, tout le monde peut être député. Ensuite, la première compétence d’un député est de savoir ce qui est bon pour ceux qu’ils représentent. Vous sentiriez-vous mieux représentés par un Xavier Mathieu (qui n’est pas élu) ou par les Dassault père et fils (dont l’un est sénateur et l’autre député) ? Poser la question, c’est y répondre.

Terminés les simulacres de démocratie à l’assemblée, les votes biaisés effectués à la hâte en prenant le maximum de libertés avec la procédure, parce qu’un camp, toujours le même, impose toutes ses vues, même les plus scandaleuses et veut les faire passer à tout prix en abrégeant les discussions ! Finis les votes de godillots, où systématiquement toute la droite vote pour et tous les "socialistes" contre (ou l’inverse) : chaque député disposerait de son libre arbitre, et comme il n’appartiendrait majoritairement à aucun parti politique, aucun risque de représailles de la part de sa hiérarchie !

Je délire, là ? Je n’en ai pas l’impression. Ceux qui délirent, ce sont ceux qui ne voient qu’une coïncidence aux vols simultanés des ordinateurs de journalistes qui enquêtaient sur l’affaire Bettencourt. De toute façon, vu l’explosion en vol de la démocratie et l’avènement au grand jour d’une ripoublique bananière insolente et violente, il y a urgence.

Pourquoi Copenhague est-il la fin du début ? Laurence Tubiana Reporterre 2010/12/08 Laurence Tubiana (8 décembre 2010) Pourquoi Copenhague est-il la fin du début ?. Reporterre. Climat : de COP en COP fr

Pourquoi Copenhague est-il la fin du début ?

Ecouter ici

Premiere mise en ligne sur Reporterre le 14 janvier 2010.

Laurence Tubiana est la fondatrice de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales).

Infos : http://www.iddri.org/

Cancun, le symbole du désastre écologique Claude-Marie Vadrot Reporterre 2010/12/08 Claude-Marie Vadrot (8 décembre 2010) Cancun, le symbole du désastre écologique. Reporterre. fr

Cancun, le symbole du désastre écologique

« Cancun apparaît donc comme la caricature du monde déboussolé qui mène la planète à sa perte »

Les technocrates et politiques du Climat qui ont choisi Cancun comme lieu de conférences sont soit des ignorants, soit des cyniques, soit, tout est possible, des « militants » de l’écologie redoutablement intelligents. Chacun choisira sa version...

Car autant à Copenhague l’année dernière, avec les champs d’éoliennes au loin, les boutiques bio, le tramway et les nuées de cyclistes danois parcourant les rues malgré la pluie ou la neige, il était possible d’imaginer ce que peut être une ville ou un pays s’efforçant d’écologiser la vie quotidienne de ces citoyens, autant Cancun ressemble à un cauchemar d’écolo.

Cancun, la petite bourgade d’origine, est réduite à la portion congrue alors que le tourisme a ravagé 21 kilomètres de littoral y compris, ce qui compte double, la mince bande de terre de 600 mètres qui sépare la mer des Caraïbes d’une lagune dont les anciens pêcheurs et habitants expliquent qu’elle fut belle et poissonneuse avec des mangroves d’une rare richesse. C’était seulement il y a 30 ans, la grande vague de construction datant d’une quinzaine d’années, quand dans la région on pêchait encore des crevettes...

La vie naturelle, la vie des habitants, le paysage, la végétation, la lagune qui prolonge la ville, ont été engloutis sous 120 hôtels qui se livrent avec acharnement à un concours de laideur et de gigantisme, tous alignés au plus prés de l’eau, dévorant avec efficacité les rares plages qui ont résisté. Ils offrent, presque tout au long de l’année, à des touristes dont 70 % déferlent des Etats-Unis et du Canada et 30 % d’Europe, au moins 40 000 chambres dont les occupants sont les seuls à apercevoir la mer...quand ils sont du bon côté.

Dans les rares espaces libres se sont incrustés des magasins qui sont si laids et écologiquement désastreux qu’ils seraient même retoqués à la construction dans une banlieue française alignant ses « But », ses « Monsieur Meuble » et ses « Leclerc ». Un décor évidemment idéal pour discourir sur la biodiversité, le climat et le gaspillage d’énergie.

Sans doute pour ne pas être en reste, la conférence sur le climat s’est installée à 35 kilomètres de la ville, dans le Moon Palace, un énorme gâteau en marbre et en béton qui squatte des dizaines d’hectares au sud de ce qu’il est convenu de nommer ici la « zone hôtelière » tant les Mexicains qui en vivent, ont honte de cet espace concentrant tous les défauts dont les participants à la conférence égrènent consciencieusement chaque heure les effets pernicieux sur la planète.

Tous les jours que dieu fait des centaines de milliers de climatiseurs dévorent ici des milliers de kilowatts alors qu’il ne fait jamais plus de 30°. Et dans le gigantesque parc qui entoure le Moon Palace, des tondeuses passent et repassent pour que l’herbe ait bien l’air d’une moquette malgré l’arrosage. Mais que les protecteurs de la nature se rassurent : sur les routes qui parcourent ce Disney Land du tourisme... et de la lutte climatique, des panneaux recommandent en anglais et en espagnol, de ralentir pour ne pas écraser les iguanes... Et dans ce grand hôtel qui ressemble à une ville, les experts en communications des Nations Unies ont disposé des rangées de cinq poubelles qui paraissent tellement incongrues dans le décor de marbre, que personne ne les utilise.

Cancun apparaît donc comme la caricature du monde déboussolé qui mène la planète à sa perte ou tout au moins à son réchauffement. Une sorte de rêve américain et néo-libéral dans lequel les investisseurs des Etats Unis, de Grande-Bretagne et d’Europe se bousculent pour attirer puis pressurer des touristes volontaires pour venir « apercevoir la mer ». Lorsqu’ils découvrent (je parle de certains européens, pas des Américains qui ne redemandent) dans quel enfer ils se sont fourrés, il est trop tard pour repartir.

Les onusiens et leur complices experts n’auraient pas pu choisir un univers plus fou pour que soit démontré à quel point nous marchons sur la tête tout en expliquant sur le comptoir de nos zincs et aux tribunes onusienne à quel point le dérèglement climatique est inquiétant. Et, sans doute pour que la démonstration soit plus parfaite, le gouvernement mexicain, à la demande des Nations Unies, a dépêché sur place des milliers de policiers et de militaires. Ces derniers campent aux carrefours et devant les différents lieux de la conférence avec des blindés dont les mitrailleuses sont en permanence braquées sur les rues. De peur sans doute que les caravanes de militants et de paysans qui convergent vers Cancun ne s’approchent trop des gens sérieux.

Une répétition peut-être, de ce que feront beaucoup de pays pour, un jour, repousser les réfugiés climatiques....

Explication de dette Jean Gadrey Reporterre 2010/12/10 Jean Gadrey (10 décembre 2010) Explication de dette. Reporterre. Tribune — fr

Explication de dette

Sachant que la dette s’est accrue du fait de la baisse de la fiscalité sur les hauts revenus, que faut-il faire pour réduire la dette ? Eh oui, augmenter la fiscalité sur les hauts revenus. L’économie n’est pas si compliquée qu’on veut vous le faire croire.

J’ai terminé une conférence récente sur la crise par de brèves considérations sur la crise des dettes publiques. Je les reproduis ici. Cela n’apprendra rien aux spécialistes de cette question vu que je m’inspire de leurs travaux. Mais ceci n’est pas un blog de spécialistes…

La dette devient un mécanisme potentiellement destructeur d’économie et de société lorsqu’elle passe par les marchés financiers, ce qui s’est produit depuis les années 1980.

D’abord, les marchés financiers, qu’est-ce que c’est ? On nous les présente comme des entités abstraites fétichisées ou comme des phénomènes climatiques auxquels il faudrait s’adapter (Alain Minc). Plus prosaïquement, ces marchés sont faits, du côté des prêteurs, d’acteurs bien précis, à savoir principalement des grandes banques, des sociétés d’assurance, des fonds de pension et des fonds de placements spéculatifs, les « hedge funds ». Ils peuvent être nationaux ou étrangers. Pour la France comme pour la zone euro, ils sont aux deux tiers étrangers.

En France comme presque partout ailleurs, la dette prend son essor dans les années 1980, à l’époque des débuts de la libéralisation financière. Elle passe de 20 % du PIB en 1980 à 35 % en 1990, avant que sa croissance ne s’accélère à partir de 1991 jusqu’à atteindre 60 % sous le gouvernement Juppé en 1997 et 64 % en 2007 avant la crise. On devrait atteindre 83 % en 2010, soit la moyenne de la zone euro.

Le mécanisme infernal de la dette, tel qu’il fonctionne depuis les années 1980, peut se résumer très simplement selon une séquence en quatre temps :

1) les gouvernements renoncent délibérément à lever des impôts pour financer les dépenses. C’est la vague néo-conservatrice du « moins d’impôts », portée par les plus riches et leurs alliés politiques. Ces réductions d’impôts bénéficient pour l’essentiel aux 10 % les plus riches (elles sont faites pour cela) et aux entreprises, surtout les plus grandes dont on sait qu’elles paient nettement moins d’impôts que les PME.

2) Ces mêmes gouvernements, qui ont privatisé et dérégulé la finance, empruntent alors aux marchés financiers, C’EST-A-DIRE EN GROS A CEUX QU’ILS ONT RENONCE A TAXER, les plus riches, les investisseurs privés. Les idéologues du MEDEF adorent stigmatiser les « risquophobes », mais leurs amis des marchés financiers en font partie : ils prêtent à des taux subprime aux États les plus endettés, jusqu’à 8 % voire 10 % par an pour les prêts à dix ans, soit à peu près les mêmes taux usuraires que ceux qu’ont subis les ménages américains pauvres à l’apogée de la crise du financement immobilier.

3) Le « service » des intérêts opère ensuite un transfert de richesse au bénéfice des détenteurs des titres de la dette, LES MEMES QUE PRECEDEMMENT, et renforce ainsi une seconde fois leur pouvoir économique et politique et leur richesse. La dette politiquement organisée et passant par les marchés financiers est donc un mécanisme de double dividende en faveur des plus riches et des grands actionnaires et investisseurs de tous pays.

4) Et pour couronner le tout, ces marchés et investisseurs de plus en plus puissants, parce qu’on leur a offert le pouvoir sur un plateau, imposent aux États endettés de nouvelles coupes budgétaires, des réformes des retraites et des mesures de gels de salaires. En deux mots : l’austérité, pour éviter, dans la logique de ces marchés, des notes dégradées, des taux d’intérêt en forte hausse, et finalement la quasi-impossibilité de rembourser la dette, comme pour les pays pauvres du Sud de la planète.

C’est donc le choix politique 1) de ne pas couvrir suffisamment les dépenses par des recettes pour favoriser les hauts revenus et 2) de mettre l’État sous la coupe de la finance privée internationale et de la logique des actionnaires et des spéculateurs qui a créé de toutes pièces la dette accumulée, qui devient aujourd’hui un instrument de coercition contre les peuples.

Voilà pourquoi, pour réduire le pouvoir de ces marchés, il faut associer aux mesures de contrôle et de « socialisation de la finance », que j’ai évoquées au cours de cette conférence et qui sont prioritaires, LA HAUSSE DES RECETTES PUBLIQUES selon un principe simple : faire contribuer d’abord ceux que le double dividende de la dette a enrichis au-delà de toute mesure depuis 25 ans.

Il suffirait en France d’annuler les baisses d’impôts et les niches créées depuis 2000 pour retrouver des niveaux de dettes sans risque et des moyens d’action additionnels, sans même parler de l’effet positif qu’aurait la suppression mondiale des paradis fiscaux dont on estime qu’ils coûtent entre 30 et 40 milliards d’euros par an aux finances publiques françaises.

Un rapport parlementaire de juin 2010, présenté par Gilles Carrez, député UMP, estime que les réductions ou « niches » ou exonérations d’impôts et de cotisations sociales accordées depuis 2000, au bénéfice pour l’essentiel des plus riches et des entreprises, représentent pour le budget de l’État un manque à gagner annuel compris entre 100 et 120 milliards d’euros, soit 5 à 6 % du PIB. Il y a là largement de quoi organiser une relance « durable », une réduction des inégalités et le retour à des déficits publics raisonnables.

C’est également le cas d’autres pays européens endettés, qui disposent tous des moyens de s’en sortir. Surtout si par ailleurs on desserre l’étau des marchés financiers et si l’on parvient à ce que la BCE se comporte comme une institution sous contrôle public capable d’aider vraiment les pays européens en difficulté (du fait de l’irresponsabilité de leurs banques mais aussi des politiques de classe qui y ont été menées). Sans imposer à leurs peuples une cure d’austérité punitive qui risque fort de les plonger dans des difficultés plus graves encore.

La Bolivie radicalise la négociation climatique Hervé Kempf Reporterre 2010/12/10 Hervé Kempf (10 décembre 2010) La Bolivie radicalise la négociation climatique. Reporterre. fr

La Bolivie radicalise la négociation climatique

Evo Morales : « Soit le capitalisme meurt, soit la planète trépasse »

(Depuis Cancun, au Mexique)

La Bolivie joue-t-elle les trouble-fêtes ? Vu du « Moon Palace », hôtel de luxe où se tient la conférence sur le climat des Nations unies à Cancun jusqu’à samedi 11 décembre, sans doute : la délégation bolivienne s’est retirée vendredi des groupes de discussion mis en place par la présidence mexicaine afin de faire progresser la négociation. Et sa vive contestation d’un possible abandon du Protocole de Kyoto pourrait menacer la conclusion de l’accord qui se dessine depuis quelques jours.

Mais vu du centre sportif Jacinto Canek, au centre ville de Cancun, loin des hôtels où s’agglomèrent les touristes américains, il en va tout autrement : étaient ici réunis, jeudi 9 décembre, plus de mille paysans et indigènes mexicains et d’autres pays d’Amérique latine, ainsi que nombre de délégations de la société civile d’Europe et d’Amérique. Et au milieu des chants, du mouvement des drapeaux, des slogans repris avec force et de bon cœur, la Bolivie apparaît comme un Etat qui porte les aspirations et la colère populaires. Quand le président Evo Morales arrive, d’ailleurs, il doit d’abord écouter sagement, pendant plus d’une heure, les interventions de délégués de nombreux Etats et associations. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut expliquer sa position : « Les pays capitalistes veulent marchandiser la nature pour générer plus de ressources économiques. Mais ce n’est pas avec l’argent que nous allons abaisser la température de la planète ! »

La ruade bolivienne n’est cependant pas improvisée. Depuis qu’Evo Morales, un leader paysan et indigène, est devenu président de la République d’un des Etats les plus pauvres d’Amérique latine, il a développé une politique extérieure largement axée sur des positions environnementales originales.

Il défend « les droits de la Terre-Mère », ou Pachamama, le terme employé dans les cultures andines, et demande aux Nations unies de les reconnaître, au même titre que les droits de l’homme. Il dénonce avec constance le capitalisme comme la cause du changement climatique. Il a organisé en avril 2010 un "sommet des peuples" à Cochamba, dans son pays. Et avec les autres pays de l’Alba (une association d’Etats unissant notamment la Bolivie, le Venezuela, l’Equateur et Cuba), il a empêché que l’accord de Copenhague soit pleinement reconnu, en décembre 2009. Cela surprend l’univers policé de la négociation climatique, mais Evo Morales pose le problème sous une forme radicale : « Il n’y a que deux solutions, a-t-il expliqué en conférence de presse jeudi : soit le capitalisme meurt, soit la Terre mère trépasse. »

Petit Etat, la Bolivie n’en a pas moins une voix à la table de la communauté internationale. Elle est en passe de devenir le porte-parole d’un mouvement environnemental qui se réorganise sous l’étendard de la « justice climatique », alliant la question écologique à la question sociale. Mais il est peu probable qu’elle bloque vraiment l’accord qui se dessinait jeudi à Cancun. Ses amis, les autres Etats de l’Alba, participent activement aux négociations, et accepteront le compromis sur la question clé, celle de la prolongation du protocole de Kyoto, si l’on trouve une formulation acceptable : « Morales a lancé un appel à la conciliation et au compromis lors de son discours en plénière », relève Claudia Salerna, qui dirige la délégation venezuelienne, très proche des Boliviens. Et chez les grandes ONG environnementales, on juge que la Bolivie joue un rôle positif : « La Bolivie insiste depuis deux ans avec constance pour que les plus pauvres et les plus faibles aient une voix au chapitre », note Yolanda Kakabadse, directrice du WWF International. En fait, juge Karine Gavand, de Greenpeace, « la Bolivie est isolée dans son attitude de refus des discussions par petits groupes, et il est peu probable qu’elle bloque tout le processus. Nous sommes plus inquiets de l’attitude de la Russie ou du Japon, qui refusent pour l’instant tout accommodement sur le protocole de Kyoto. »

En effet, la Russie a annoncé jeudi qu’elle ne signerait pas une nouvelle période d’engagement du protocole de Kyoto, suivant la position du Japon, exprimée au début de la conférence. C’est autour de cette question que va se jouer la conférence de Cancun : et ici, la Bolivie ne sera pas seule pour dénoncer le refus des Etats anciennement industrialisés de prolonger le protocole de Kyoto. Non seulement les pays de l’Alba mais une large partie du groupe des pays en développement, le G77, dénoncent l’attitude du Japon et de la Russie.

Vous aussi, devenez oligarque Choucroute de Marseille Reporterre 2010/12/10 Choucroute de Marseille (10 décembre 2010) Vous aussi, devenez oligarque. Reporterre. fr

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Tout ceci est à votre portée en adhérant à l’association « Le Siècle ».

La procédure est simple :

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Le Siècle est une association loi de 1901 ayant son siège au 13 avenue de l’Opéra, dans le 1er arrondissement de Paris.

Conseil d’administration

Se réunissant une fois par mois, le conseil d’administration du Siècle décide du recrutement, et examine le dossier de chaque postulant avec un soin extrême. Nul ne peut faire acte de candidature spontanée. Le postulant est en réalité sélectionné par deux membres du Siècle, dont, obligatoirement, un membre du conseil d’administration. L’admission est soumise à un vote : chaque membre du conseil d’administration dispose d’une boule noire (refus) et d’une boule blanche (acceptation). Chaque boule noire vaut deux blanches. Il faut donc avoir 66 % de boules blanches pour l’emporter. Le candidat ne devient pas membre à ce moment, il est simplement « invité », situation qui peut durer plusieurs années. Le statut de l’invité est à nouveau examiné : il peut alors être coopté comme membre ou remercié.

Dîner mensuel

Chaque dernier mercredi du mois les membres du Siècle se réunissent à l’Automobile Club de France se situant au célèbre et luxueux hôtel Crillon, place de la Concorde, dans le 8e arrondissement de Paris. La soirée se déroule traditionnellement en deux phases : • de 20 h 30 à 21 h : un apéritif ; • de 21 h à 22 h 45 : un dîner, par groupes de 8, autour d’un chef de table qui organise le débat.

Quelques membres ou anciens membres du Siècle

• Nicole Notat (présidente de Vigeo et ancienne dirigeante de la CFDT) présidente du Siècle depuis novembre 2010, ayant succédé à Denis Kessler. • Jean-Paul Agon (directeur général de L’Oréal) • Hélène Ahrweiler (docteur honoris causa des Universités de Londres, Harvard, New York, etc) • Fadela Amara (présidente de « Ni putes ni soumises ») • Jacques Attali (qu’on ne présente plus) • Martine Aubry (première secrétaire du PS) • Robert Badinter (démissionnaire) • Michel Barnier (ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes) • Jacques Barrot (ancien ministre du Travail, des Aff sociales, de l’Emploi) • François Bayrou (ancien ministre de l’Éducation nationale) • Claude Bébéar (ancien PDG d’AXA) • Antoine Bernheim (ancien PDG de Générali) • Éric Besson (ministre de l’industrie, de l’énerdie et de l’économie numérique) • Pierre Bilger (démissionnaire, ancien PDG d’Alstom) • Michel Bon (ancien président de Carrefour, de France Telecom) • Bernard Boulito (Heinz et Asics) • Daniel Bouton (ancien directeur du Budget, ancien président de la Société générale) • Thierry Breton (ancien ministre des Finances et grand patron) • Arlette Chabot (ancienne directrice de la rédaction de France 2) • Emmanuel Chain (journaliste, producteur pour la télévision) • Françoise Chandernagor (romancière et conseillère d’Etat) • Hervé de Charette (ancien ministre des Affaires étrangères) • Jean-Pierre Chevènement (sénateur, ancien ministre) • Bertrand Collomb (ancien président de Lafarge) • Jean-Marie Colombani (journaliste, ancien président du Monde) • Jean-François Copé (ancien ministre du Budget) • Michèle Cotta (journaliste, ancienne directrice de France 2), première femme acceptée en 1983 • Anne-Marie Couderc (Hachette Filipacchi Médias) • Stéphane Courbit (homme d’affaire) • Teresa Cremisi (Flammarion) • Rachida Dati (maire du 7e arrondiss de Paris et députée européenne) • Étienne Davignon (lobbyiste) • Renaud Denoix de Saint Marc (ancien vice-président du Conseil d’État, membre du Conseil constitutionnel) • Richard Descoings (directeur de l’Institut d’études politiques de Paris) • Olivier Duhamel (Politologue, chroniqueur à Europe 1) • Bertrand Eveno (ancien président de l’AFP) • Jean Pierre Elkabach (Europe 1) • Laurent Fabius (ancien premier ministre) • Luc Ferry (philosophe hypermédiatique) • Michel Field (journaliste sur Europe 1) • François Fillon (premier ministre) • Louis Gallois (PDG d’EADS) • Franz-Olivier Giesbert (journaliste) • Antoine Guichard (ancien PDG du Groupe Casino) • Élisabeth Guigou (ancienne ministre, membre du PS) • Jean-Yves Haberer (ancien PDG du Crédit lyonnais) • François Hollande (ancien premier secrétaire du PS) • Anne-Marie Idrac (ancienne présidente de la SNCF et de la RATP) • Claude Imbert (journaliste au Point) • Odile Jacob (éditrice) • Denis Jeambar (ancien directeur des éditions du Seuil) • Laurent Joffrin (journaliste et directeur de publication Libération) • Lionel Jospin (ancien premier ministre) • Serge July (ancien PDG de Libération) • Alain Juppé (ancien premier ministre) • Denis Kessler (président de Scor) • Bernard Kouchner (ancien ministre) • Julien Kouchner (directeur général de l’Agence CAPA) • Étienne Lacour (secrétaire général du Siècle) • Alain Lamassoure (ancien ministre du Budget) • Pascal Lamy (DG de l’OMC, membre du PS) • Jean-Christophe Le Duigou (ancien secrétaire national de la CGT) • Noëlle Lenoir (ancienne ministre déléguée aux affaires européennes) • Corinne Lepage (avocate, ancienne ministre de l’Environnement) • Maurice Lévy (PDG de Publicis) • André Lévy-Lang (administrateur d’AGF, Schlumberger et Scor) • Henri Loyrette (résident du Louvre) • Lisette Mayret () • Jean-Marie Messier (écarté après le scandale Vivendi) • Charles Millon (ancien ministre de la Défense)[13] • Alain Minc (président d’AM Conseil) • François Nourissier (ancien président de l’académie Goncourt) • Christian Noyer (ancien directeur du Trésor, Gouverneur de la Banque de France) • Michel Pébereau (président de la BNP Paribas) • Jean Peyrelevade (ancien président du Crédit Lyonnais) • Sylvie Pierre-Brossolette (rédactrice en chef du Point) • Bernard Pivot (critique littéraire) • Patrick Poivre d’Arvor (journaliste et ancien présentateur télévisé à TF1) • Alain de Pouzilhac (ex-PDG d’Havas) • David Pujadas (journaliste et présentateur télévisé, France 2) • Jean-Pierre Raffarin (ancien premier ministre) • Jacques Rigaud (homme politique, membre du PS) • Édouard de Rothschild (banquier et homme d’affaires) • Simone Rozès (ancienne présidente de cour de cassation) • Alain-Gérard Slama (journaliste au Figaro et à France Culture) • Nicolas Sarkozy (président de la République, ancien ministre et président de l’UMP) • Olivier Schrameck (conseiller d’Etat) • Louis Schweitzer (ancien président de Renault, ancien président de la HALDE) • Ernest-Antoine Seillière (président de BusinessEurope, Medef européen) • Anne Sinclair (journaliste) • Dominique Strauss-Kahn (directeur général du FMI) • Marc Tessier (ancien président de France Télévisions) • Jacques Toubon (ancien garde des Sceaux) • Jean-Claude Trichet (président de la Banque Centrale Européenne) • Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères) • Gérard Worms (ancien président de Suez)

Accord sur le climat à Cancun Par Julien villalard Reporterre 2010/12/11 Par Julien villalard (11 décembre 2010) Accord sur le climat à Cancun. Reporterre. fr

Accord sur le climat à Cancun

Echec à Copenhague, surprise à Cancun : la conférence des Nations unies sur le climat a adopté une décision ouvrant la voie à un traité sur le climat en 2011

AFP - Copenhague s’était achevé dans la tristesse et les invectives, Cancun s’est achevé samedi 11 décembre dans les rires et des applaudissements : les grand-messe internationale sur le réchauffement climatique se suivent et ne se ressemblent pas.

Vendredi fin d’après-midi dans l’hôtel Moon Palace de la gigantesque station balnéaire : la ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, qui vient de présenter un texte de compromis, reçoit une ébouriffante ovation debout. A l’issue d’une brève interruption de séance, la plénière reprend sous les mêmes applaudissements nourris.

Des larmes aux yeux, épuisée mais rayonnante, la ministre reste de longues minutes debout, les mains croisées sur le coeur, remerciant les délégués. Contraste saisissant avec l’ultime séance plénière dans la capitale danoise, un an plus tôt : impuissant, les yeux rougis de fatigue, le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen qui présidait les débats en est réduit, de sa tribune, à passer le micro pour une litanie d’invectives.

A Cancun, prenant la parole un à un pour appuyer le texte, les délégués saluent l’honnêteté, la finesse, l’esprit d’ouverture et de transparence de la présidente mexicaine de la conférence. Plusieurs délégués concluent leurs interventions d’un "Gracias Patricia".

Le texte n’est pas parfait, bien sûr, reconnaît un autre délégué. "Mais s’il l’était, nous ne serions pas humains et vivrions probablement en un lieu céleste à le changement climatique n’existe pas". Rires dans l’assistance. "Merci de nous avoir redonné le moral et nous avoir fait sortir de la dépression de Copenhague", lance la délégué zambienne.

Lorsque le négociateur Pablo Solon, seul à s’opposer au texte, reprend la parole, un murmure de mécontentement parcours l’assistance comme si elle redoutait de voir cet accord au goût de "renaissance" lui échapper.

Prenant le micro à son tour, le ministre indien de l’Environnement Jairam Ramesh, figure charismatique des négociations, se lance, avec un plaisir évident, dans une évocation historique. "Le grand révolutionnaire mexicain Porfirio Diaz a dit que le grand défi du Mexique est qu’il est très proche de son voisin du Nord mais très loin de Dieu", raconte-t-il. "Mais ce soir, Dieu était très proche du Mexique. Et, si je puis me permettre, puisque je viens d’un pays qui compte plus de déesses que de dieux, non seulement Dieu était présent, mais une déesse était aussi parmi nous", en regardant la ministre mexicaine. Et Ramesh d’appeler la présidente de la conférence à se laisser emporter par l’enthousiasme et à prononcer l’adoption du texte sur le champ.

"Jamais dans ma vie je n’avais vu deux ovations debout avant même que le spectacle n’ait commencé (...) Il y a des occasions dans la vie où l’humeur des lieux doit l’emporter sur la procédure...".

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Les points essentiels de la décision de Cancun :

- Le texte indique qu’il faut limiter la hausse de la température globale à 2° par rapport aux niveaux pré-industriels. C’est la première fois que cette valeur de limitation du réchauffement planétaire à 2°C par rapport à l’époque pré-industrielle est inscrit dans une décision de conférence de l’ONU.

- Pour atteindre les objectifs préconisés par la science, les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de 25 à 40% d’ici à 2020, par rapport à 1990.

- Le texte prévoit de revoir « périodiquement » les objectifs à long terme (limite de 2°C) en fonction : des connaissances scientifiques, notamment des rapports du Groupe intergouvernemental d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat (Giec) ; de l’observation des impacts du changement climatique et de la possibilité de renforcer cet objectif à 1,5°C. La première révision démarrera en 2013 et devra être achevée en 2015

- Protocole de Kyoto : Les travaux doivent se poursuivre pour « s’assurer qu’il n’y aura pas de délai entre la première période d’engagement » qui s’achève fin 2012, et la deuxième. Le texte ne dit néanmoins pas clairement qu’il y aura une prolongation après 2012.

- Les pays en développement, « en fonction de leurs capacités », soumettront des rapports tous les deux ans avec leurs inventaires de gaz à effet de serre, et des informations sur les actions entreprises pour les réduire. Ces rapports seront soumis à une analyse par des experts indépendants, de façon « non intrusive, non punitive, et dans le respect de la souveraineté nationale ». Pas majeur : les grands émergents acceptent d’entrer dans un processus mutuel de contrôle des actions de réduction de chacun.

- Création d’un Fonds vert climat pour « soutenir des projets, programmes, politiques des pays en développement ». Les pays développés ont promis à Copenhague (1) de mobiliser 100 milliards de dollars par an de 2012 à 2020, mais l’origine de ces fonds n’a pas encore été identifiée. Le Conseil d’administration du Fonds comptera 24 membres, douze désignés par les pays développés, douze par les pays en développement.

- Création d’un Centre de technologie pour le climat (ensemble d’experts chargés de faire des propositions) et d’un réseau (qui sera au plus près des projets sur le terrain) pour développer le savoir-faire sur les nouvelles technologies vertes dans les pays du Sud afin de réduire les émissions de GES et s’adapter aux impacts inévitables du changement climatique.

- Déforestation : Le texte pose l’objectif de « ralentir, arrêter et inverser la perte du couvert forestier », à l’origine d’environ de 15% à 20% des émissions globales de GES. Il prévoit « la participation » des parties impliquées dans la gestion de la forêt, dont les populations autochtones, mais les mécanismes de contrôle sont plutôt faibles. La possibilité d’utiliser le marché du carbone pour financer ce coûteux mécanisme n’apparaît pas dans le texte - une concession obtenue par la Bolivie.

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Note :

(1) Texte de l’accord de Copenhague : page 4 et suivantes de ce document : http://unfccc.int/resource/docs/200...

Pour fêter l’accord sur le climat, une inauguration d’autoroute Stop Autoroutes Reporterre 2010/12/13 Stop Autoroutes (13 décembre 2010) Pour fêter l’accord sur le climat, une inauguration d’autoroute. Reporterre. fr

Pour fêter l’accord sur le climat, une inauguration d’autoroute

Mardi 14 décembre, l’Etat français et de nombreux élus locaux inaugureront l’autoroute A 65, qui relie Pau à Langon : un nouveau pas dans la lutte contre le changement climatique...

Lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy

L’inauguration de l’A65 en guise de clôture du sommet de Cancun ?

Monsieur le président,

La presse s’est récemment faite l’écho de votre intention d’inaugurer officiellement l’autoroute Pau-Langon dite également A65, mardi 14 décembre 2010. C’est finalement le secrétaire d’Etat au Transport qui représentera l’Etat français à l’occasion de l’inauguration de l’A65.

Le sommet de Cancun sur le climat s’est clos le 10 décembre. Comment la France peut-elle prétendre accéder à une certaine crédibilité internationale en affirmant vouloir baisser significativement ses émissions de gaz à effet de serre tout en multipliant des infrastructures qui auront un impact notable et durable sur nos émissions de CO2 ? Les postures internationales adoptées par notre pays et l’action politique au quotidien doivent être cohérentes, au risque de sombrer dans un double discours inaudible et irrespectueux des acteurs associatifs et des citoyens impliqués.

Cette inauguration officielle serait un symbole d’autant plus fort que l’A65 est l’arbre abattu qui cache une forêt landaise sacrifiée sur l’autel du tout-bitume. En effet, un schéma national des infrastructures de transport (SNIT) est actuellement préparé par la ministre de l’Ecologie et son secrétaire d’Etat au Transport. Or, ce SNIT fait une fois encore une large place à une relance massive du programme autoroutier, avec plus de 1091 kms programmés.

Malgré les discours qui ont rythmé le Grenelle de l’environnement, la réalité politique est moins verte que prévue. Sous un vernis faussement écologique, l’A65 est présentée comme une « éco-autoroute » alors que cette autoroute est au contraire « grenello-destructrice », tant du point de vue des milieux naturels que du climat.

Ce crime contre l’environnement, perpétré avec une petite dose de bonne conscience, ne peut que nous scandaliser au regard des enjeux climatiques et énergétiques. En effet, comment expliquer qu’un opérateur privé puisse dévaster des milieux écologiques exceptionnels en justifiant cet infrastructure à partir d’évaluations de trafic routier totalement farfelues, prévoyant, rien de moins, qu’un doublement du trafic d’ici à 10 ans ?

La protection de l’environnement ne peut être conduite les seules années paires ou impaires. Elle ne peut non plus se réduire à une vague communication superfétatoire justifiant, à rebours, l’inauguration d’infrastructures écocides.

Modestement mais avec l’ambition d’être entendus, nous demandons à l’Etat français de ne pas être présent à l’occasion de cette inauguration, et ce afin de ne pas justifier et soutenir l’une des pires réalisations de votre quinquennat.

Vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez au présent courrier, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de nos salutations les plus respectueuses.

Cancun laisse le Protocole de Kyoto en coma artificiel Les Amis de la Terre Reporterre 2010/12/13 Les Amis de la Terre (13 décembre 2010) Cancun laisse le Protocole de Kyoto en coma artificiel. Reporterre. Tribune — fr

Cancun laisse le Protocole de Kyoto en coma artificiel

L’accord adopté à la Conférence des Nations unies sur le climat à Cancun a échoué à faire des progrès sur le point le plus essentiel : des réductions fortes et contraignantes pour les pays développés. Les Amis de la Terre International mettent en garde contre cet accord qui fournit une plateforme pour l’abandon du protocole de Kyoto, le remplaçant par un faible système de promesses et de révision hérité de l’Accord de Copenhague, qui conduirait à un réchauffement climatique dévastateur de 5 degrés celsius.

Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International, a affirmé : « L’accord atteint ici est complètement inadapté et pourrait conduire à un changement climatique catastrophique. Il faut attribuer l’absence de l’ambition plus grande dont nous avions besoin aux pays riches qui sont les premiers responsables du changement climatique, conduits par les Etats-Unis, la Russie et le Japon. C’est une claque dans la figure de ceux qui souffrent déjà du changement climatique. Mais au final nous serons tous affectés par le manque d’ambition et de volonté politique d’un petit groupe de pays ».

Pour empêcher un réchauffement climatique catastrophique, nous avons besoin d’un accord qui soit basé sur la science, regroupe les objectifs pour les pays développés sous le Protocole de Kyoto, qui prévoit que les pays riches réduisent leurs émissions d’au moins 40 % sans accorder de rôle aux marchés carbone, aux systèmes de compensation, aux exemptions. Les marchés carbone ne sont pas la solution au changement climatique mais juste un moyen pour les pays riches de poursuivre le « business as usual ».

En dépit de l’absence d’avancées sur les questions-clés, des progrès ont été faits dans d’autres champs. L’établissement d’un Fonds mondial Climat est un pas en avant sur lequel construire. Les 100 milliards de dollars mis sur la table pour ce fonds, cependant, ne sont pas à la mesure des besoins et du principe d’équité. Les pays riches doivent être à la hauteur de leurs obligations et fournir suffisamment de fonds publics aux pays en développement afin qu’ils puissent se développer proprement et s’adapter aux impacts du changement climatique dont ils souffrent déjà.

On note un progrès sur la question de l’adaptation pour aider les pays pauvres à s’adapter à ces impacts, mais le rôle de la Banque mondiale dans le financement de la lutte contre le changement climatique n’est pas acceptable.

Pour Lucia Ortiz, des Amis de la Terre Brésil : « Les mécanismes pour stopper la déforestation ne sont pas supposés permettre aux pays riches de continuer à émettre du carbone. Les forêts ne sont pas seulement des stocks de carbone, et ne devraient pas être marchandisées. L’argent pour protéger les forêts doit venir des pays développés. »

Pour Nnimmo Bassey, « les Nations unies restent indispensables pour construire la réponse collective de l’humanité à la crise, et nous constatons que le processus multilatéral avance. Cependant les Nations unies ont la force des pays qui les composent, et nous n’avons pas pu réussir les progrès nécessaires à Cancun parce que les pays riches qui sont les premiers responsables de la pollution climatique l’ont empêché. Les pays riches ont tenté d’assassiner le protocole de Kyoto et il est maintenant en coma artificiel, nous allons devoir redoubler d’efforts pour le sauver dans l’année qui vient. »

D’après Lucia Ortiz, « nous applaudissons la position courageuse de la Bolivie, fondée sur des principes, et qui a constamment appelé et travaillé à des actes ambitieux. La Bolivie est venue ici avec un mandat de l’Accord de Cochabamba et a écouté les milliers de personnes rassemblées à Cancun. A travers le monde des gens manifestent et demandent de vraies solutions à la crise climatique. Le mouvement prend de l’ampleur, comme nous l’avons vu ici à Cancun, et les Amis de la Terre International continueront à faire pression sur les gouvernements pour atteindre l’année prochaine à Durban un accord global dont le monde a besoin ».

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Cancun officialise Copenhague Attac Reporterre 2010/12/13 Attac (13 décembre 2010) Cancun officialise Copenhague. Reporterre. Tribune — fr

Cancun officialise Copenhague

Selon Attac, la décision de Cancun n’est qu’une officialisation de l’accord de Copenhague dans le processus des Nations Unies.

L’accord de Cancún entérine l’ « accord » de Copenhague, qui n’était légalement qu’un texte parmi d’autres même s’il avait été proposé par les États-Unis et la Chine et soutenu par les grands pays. Il est désormais un texte des Nations-Unies et un pas de plus vers la fin du protocole de Kyoto. Si, comme le prévoit le protocole, une seconde période d’engagements contraignants pour des réductions d’émissions de gaz à effet de serre est notée, aucune date n’est retenue. Les pays seraient libres de choisir l’année de référence pour les calculs de leurs engagements et, pour tous ceux qui ne choisiraient pas l’année 1990 fixée à Kyoto, ils ne seraient pas soumis au cadre contraignant du protocole. En ce sens, l’accord de Cancún est le prolongement juridique du texte de Copenhague qui avait déjà ouvert cette possibilité.

Le texte adopté est même en deçà : même si les travaux du GIEC sont évoqués, aucun objectif chiffré en matière de réduction des émissions n’y figure. La demande de nombre de pays africains, des états des petites îles, de nombreux pays du Sud, en accord avec les travaux scientifiques récents, de fixer l’objectif à 1,5°C n’a pas été retenue. Le fonds vert est certes créé, mais sans aucune garantie que les financements soient apportés et avec la Banque mondiale comme acteur essentiel. Quels financements pour l’adaptation, mise en avant par les pays les plus pauvres, alors que les capitaux s’orientent prioritairement vers les activités lucratives de l’économie verte ? Aucun financement public nouveau n’étant retenu, ni par le biais de la taxation du transport maritime, ni par le biais du transport aérien, ni bien sûr par le biais de taxes globales. Seuls 15% des financements seraient publics, le reste étant fourni par les marchés du carbone et la contribution propre des pays du Sud. En revanche, le texte ouvre la porte à l’extension des marchés du carbone : c’est la carbonisation de la terre, des forêts, un « CO2lonialisme », selon l’expression des mouvements sociaux, le carbone devenant une sorte de monnaie d’échange universelle, gérée par la banque mondiale. Tout y est !

Autant dire que cette « victoire » est un recul par rapport à la conférence de Bali, qui, en 2007, avait fixé une feuille de route devant conduire à une nouvelle phase d’engagements contraignants ! Et on ne pourra pas ici invoquer l’attitude de la Chine, qui a clairement annoncé qu’elle était prête, comme pays émergent, à accepter des engagements contraignants.

Nous apportons notre soutien à la position exprimée par la délégation bolivienne, qui s’est battue jusqu’au bout pour faire valoir les droits des humains et des peuples et les propositions des mouvements sociaux ; elle a donné à cette conférence une tenue politique contre l’affairement des lobbies et la démission des États. La Bolivie a rappelé son refus sans appel du contenu de l’accord, qu’elle a souhaité voir notifier. Elle a montré son attachement au processus onusien et affirmé que le multilatéralisme, tant vanté par les puissants, ne saurait signifier alignement, chantage et soumission.

D’ici la prochaine étape à Durban, en Afrique du Sud, nous avons à construire, avec des coalitions comme CJN ! (Climate Justice Now !) à laquelle appartient ATTAC avec le fédération internationale des Amis de la Terre et l’internationale paysanne Via Campesina, les mobilisations et le rapport de force nécessaires pour sortir de l’impasse un processus qui, en l’état, ne répond pas aux défis de la crise climatique et de ses conséquences, sociales, écologiques, politiques.

Non, Mélenchon n’est pas un « cheffaillon d’opérette » Laurent Ayrault Reporterre 2010/12/14 Laurent Ayrault (14 décembre 2010) Non, Mélenchon n’est pas un « cheffaillon d’opérette ». Reporterre. Tribune — fr

Non, Mélenchon n’est pas un « cheffaillon d’opérette »

En réponse à l’article de Fabrice Nicolino, un lecteur de Reporterre et militant du Parti de gauche prend la défense de Jean-Luc Mélenchon.

En tant que « écologiste » « sincère » militant au Parti de Gauche (après avoir quitté Les Verts), je souhaite réagir au billet de Fabrice Nicolino (a) sur trois points : passé, héritage et horizontalité. Et cela par une discussion argumentée (comme on aime au PG) et non par un jet d’aigreur...

Passé.

A en croire Fabrice Nicolino, le passé de Jean-Luc Mélenchon le disqualifierait d’emblée, notamment sa trentaine d’années passées au PS. Je trouve cet argument particulièrement faible, ce qui m’intéresse, ce sont plutôt les trajectoires politiques et donc les évolutions de tel ou tel, et le fait qu’elles aillent ou non dans le bon sens. Comme disait Jean-Paul Sartre, « L’important n’est pas ce qu’on a fait de moi, mais ce que je fais moi-même de ce qu’on a fait de moi ». A ce titre, le fait que Jean-Luc Mélenchon ait eu le courage de quitter le PS en novembre 2008 pour fonder un nouveau parti intégrant l’écologie m’a semblé particulièrement intéressant, et le moins que je puisse dire est que je ne suis pas déçu... La trajectoire de Fabrice Nicolino n’est pas tout à fait la même : collaborateur de l’hebdomadaire Politis pendant une quinzaine d’années, il en claque la porte en juin 2003, en désaccord avec le mouvement social contre la précédente réforme des retraites, mouvement qu’il qualifiait de « festival de criailleries corporatistes » [1]. Intéressant, n’est-ce-pas ?

Héritage.

A en croire Fabrice Nicolino, le fait que Jean-Luc Mélenchon évoque parfois en positif François Mitterrand ou soit décrit par certains journalistes comme un nouveau Georges Marchais le disqualifierait d’emblée. A nouveau, je trouve faible ce raisonnement, et pas particulièrement courageux de dresser des portraits outrageusement à charge de personnalités mortes qui ne peuvent par conséquent pas se défendre. Doit-on juger Fabrice Nicolino, qui collabore aujourd’hui à Charlie Hebdo, à l’aune de l’héritage laissé par Philippe Val ? Ainsi, Bernard Maris fustigeait en mai 2003 la réforme des retraites d’alors, notamment les retraites par capitalisation et l’argument selon lequel puisqu’on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps [2]. En septembre 2010, le même Bernard Maris, sur France Inter, affirmait que le report de l’âge légal de date en retraite de 60 à 62 ans était inévitable [3]. Entre temps, Bernard Maris, en tant qu’un des actionnaires principaux de l’hebdomadaire pseudo-satirique auquel il collabore toujours, a gagné beaucoup d’argent suite aux ventes records du numéro publiant des caricatures de Mahomet issues d’un journal danois d’extrême-droite... Plus généralement, l’évolution de Charlie Hebdo, notamment durant la dernière décennie, a été analysée par l’historien Stéphane Mazurier en 2008 [4]. Doit-on associer à la personne de Fabrice Nicolino cet encombrant héritage ?

Horizontalité.

A en croire Fabrice Nicolino, Jean-Luc Mélenchon aurait une « conception verticaliste de la politique », et sa proposition d’accord stratégique avec la Chine ne serait même pas discutable. Sur ce dernier point, je précise que cette proposition n’a jamais été validée par le Parti de Gauche et relève du droit à l’expression personnelle dont chaque militant du PG peut user [5]. Cependant, les prémisses qui conduisent à son raisonnement sont largement partagées au sein du parti. Par exemple, nous défendons les droits de l’Homme mais refusons l’instrumentalisation impérialiste de ceux-ci, en particulier par les Etats-Unis. Ainsi, nous ne nous reconnaissons pas dans le droit d’ingérence prôné par Bernard Kouchner ou encore dans la « contre-idéologie du développement économique [...] comme en témoigne la création en 1985 par MSF de la fondation Liberté sans Frontières, un bras armé de l’anti-tiers-mondisme mis au point par des agronomes et des géographes pour faire savoir que »la dignité humaine peut se conjuguer à l’efficacité économique« (Fondation Liberté sans Frontières, brochure de présentation, septembre 1985) » [6].

Au contraire, nous prônons la reconnaissance de la dette climatique et soutenons la proposition d’un tribunal international de justice climatique (et l’empreinte écologique d’un Chinois est encore 8 fois inférieure à celle d’un Etatsunien). D’une manière générale, nous prônons plus d’horizontalité au niveau international. Et c’est cette horizontalité, chère au PG et à Jean-Luc Mélenchon, qui déclenche les hurlements de la meute. Par souci d’horizontalité, nous nous prononçons pour la sortie du traité de Lisbonne et la refondation républicaine de notre pays par la souveraineté et l’implication populaire, et cela déplaît à une certaine oligarchie.

Par souci d’horizontalité, nous nous prononçons pour un nouveau et radical partage des richesses (avec par exemple un revenu maximal autorisé intégré dans un nouveau barême de l’impôt sur le revenu), et cela déplaît à une certaine oligarchie. Par souci d’horizontalité, nous nous prononçons pour un pôle public de l’énergie avec des productions décentralisées, et cela déplaît à certaines sociétés privées.

En conclusion, un débat existe entre les partisans d’un environnementalisme dépolitisé (voire antisocial) et les partisans d’une écologie politique radicale. Fabrice Nicolino et Jean-Luc Mélenchon n’ont pas fait le même choix. Dont acte.

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Notes :

(a) Fabrice Nicolino, Jean-Luc Mélenchon, un cheffaillon d’opérette ? http://www.reporterre.net//spip.php?article1417]

[1] Politis n°755 du 12 juin 2003.

[2] « Dernière sortie avant Thatcher » et « Volem rien foutre al païs » (Charlie Hebdo, 14 mai 2003).

[3] http://blog.exigences-citoyennes-re...

[4] http://www.telerama.fr/idees/l-honn...

[5] Les propositions programmatiques du PG pour défendre la paix au niveau international sont consultables ici : http://programme.lepartidegauche.fr...

[6] François Cusset « La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980 » (La Découverte, 2006, pages 32 à 34).

LOPPSI 2 : les dictateurs en ont rêvé, l’UMP l’a fait ! Le Lot en action Reporterre 2010/12/14 Le Lot en action (14 décembre 2010) LOPPSI 2 : les dictateurs en ont rêvé, l’UMP l’a fait !. Reporterre. fr

LOPPSI 2 : les dictateurs en ont rêvé, l’UMP l’a fait !

Présentation des principaux articles de la LOi de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure, qui vient en discussion au Parlement. Commentaire : « La dérive sécuritaire devient clairement une dérive fascisante. »

Avez-vous déjà entendu parler de la loi dite LOPPSI 2 ? Le vulgum pecus, entendez les ignorants, la masse, le commun des mortels comme se plaisent à nous qualifier les occupants des salons feutrés de l’Élysée et du Medef, ignore de quoi il s’agit. Cet acronyme signifie LOi de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure. Maintes fois annoncée depuis trois ans, cette loi était devenue l’Arlésienne. Le virage sécuritaire, xénophobe et liberticide de la politique sarkozienne, marqué par le discours du chef de l’Etat à Grenoble le 30 juillet dernier, prend une forme beaucoup plus concrète, puisque cette loi a été votée par le parlement (février 2010), puis encore « durcie » avec de nombreux amendements stupéfiants (à chaque fait divers, un amendement), votée par les sénateurs en pleine réforme sur les retraites (1), et s’apprête à revenir au Parlement en deuxième lecture, du 14 au 21 décembre prochain, pour être définitivement adoptée.

Alors regardons d’un peu plus près ce que contient cette loi « fourre-tout », complexe, qui commence à soulever l’indignation de nombreuses associations, du DAL (Droit Au Logement) à la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) en passant par le Syndicat de la Magistrature ! Que trouve-t-on dans la Loppsi 2 ?

A peu près tout : des pouvoirs élargis pour les policiers municipaux, dont les directeurs auront désormais le statut d’agent de police judiciaire, la possibilité de créer des milices policières baptisées « réserves civiles », l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, le durcissement des peines pour toute une série de délits (cambriolages, violences contre des personnes âgées), la généralisation de la vidéosurveillance, l’alourdissement des peines pour usurpation d’identité sur internet, le blocage de sites web illicites sans intervention d’un juge (un véritable outil de censure), le renforcement du fichage policier et l’interconnexion de ces fichiers (recoupement), etc.

Le texte comprend également de nouvelles dispositions liées directement aux événements de cet été. Comment accélérer le traitement des dossiers des étrangers en situation irrégulière ? En ayant recours à la "vidéoconférence en centre de rétention. Il s’agit de décharger les policiers des escortes vers le tribunal. Le sort des étrangers en rétention sera donc réglé hors la présence physique d’un magistrat », indique Le Monde.

Mais en y regardant de près, cette mesure s’appliquera potentiellement à tous les prévenus en audience correctionnelle… Cet amendement a donc été justifié par le xénophobe Brice Hortefeux (qui, rappelons le, a été condamné par la justice pour « injure raciale ») en expliquant qu’il fallait absolument pouvoir raccourcir les procédures.

Mais cette volonté de « raccourcir les procédures » n’est pas nouvelle. Déjà en 2004, lors de l’adoption de la loi pour la confiance dans l’économie numérique, plusieurs députés avaient évoqué l’idée d’utiliser la vidéoconférence pour « alléger » les tribunaux. Pour ceux qui en doutaient encore, les choses sont maintenant extrêmement claires : l’indépendance de la justice est visée. On taille dans les budgets, on orchestre machiavéliquement le mauvais fonctionnement de la justice pour avoir les coudées franches, liquider les juges d’instruction et rendre les Procureurs maîtres des procédures. Un procureur est aux ordres, un juges est beaucoup plus difficilement contrôlable…

Comment mieux protéger les forces de l’ordre après le décès d’une policière municipale en mai 2010 (Hortefeux avait ressorti son « taser » pour l’occasion) et les événements de Grenoble du mois de juillet ? En incluant dans le texte « la déchéance de nationalité et le renforcement des peines prévues pour les auteurs de crimes contre les dépositaires de l’autorité publique », dixit Lexpress.fr. Là encore la même méthode est appliquée : on utilise un fait divers pour justifier l’inqualifiable.

Le très distingué Brice utilise encore l’exemple de délinquants « étrangers » pour apporter sournoisement un amendement à la loi, qui durcit considérablement les peines encourues pour tous les citoyens qui oseront se rebeller contre un « dépositaire de l’autorité publique ». Je vous invite à lire avec attention l’analyse des principales dispositions de la Loppsi 2. Au même titre que les futurs « miliciens », les policiers municipaux vont devenir, aux yeux de la loi, des dépositaires de l’autorité publique. Ils pourront retenir votre permis de conduire, voire même vous emmener de force dans un hôpital pour que vous soyez soumis à des examens médicaux, sans que vous ayez la possibilité de vous y opposer.

L’article 23 permettra d’installer des « mouchards » au sein même des ordinateurs. La mesure prévoit que ces « écoutes » informatiques seront rigoureusement encadrées par les juges d’instruction, mais ces précautions ne rassurent pas les sceptiques et pour cause, puisque le gouvernement prévoit justement la suppression du juge d’instruction, ce qui donnera au Procureur de la République seul, le pouvoir d’encadrer ces dispositifs ! Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’informatique, en clair, grâce à Loppsi 2, un flic pourra bientôt fouiller toutes les données présentes sur votre PC. Toutes. Il pourra lire vos frappes clavier, activer le micro et la webcam pour pouvoir vous écouter et vous regarder, tout cela sans qu’aucun juge n’ait été informé…

Un autre article commence également à faire réagir beaucoup de monde sur internet : l’article 32 ter A de la LOPPSI 2, qui sous prétexte de lutter contre les campement irréguliers de roms et autres exclus du logement, bafoue les principes de la protection par le juge du domicile, des biens, de la vie familiale et privée, et donne un pouvoir arbitraire et disproportionné au Préfet : en effet, la procédure d’expulsion en vigueur actuellement sur les logements de fortune, nécessite une décision du juge, elle protège d’une expulsion en hiver, elle permet d’être pris en compte dans des dispositifs de relogement voire d’hébergement, elle doit respecter des délais et des actes de procédure délivrés par un huissier, elle prévoit la protection des biens des personnes expulsées....

C’est une mesure arbitraire, car elle est justifiée par « un risque grave d’atteinte à la salubrité, à la sécurité, à la tranquillité publiques », notions extensibles et floues, qui laissent la place à toutes les interprétations. Elle vise toute personne qui aura décidé en réunion (2 personnes et plus), de s’installer sur un terrain quel que soit le propriétaire, et quelle que soit la nature de la relation entre le propriétaire du terrain et les habitants. Même si un des habitants est le propriétaire du terrain, ou si l’utilisation du terrain est contractualisée avec les occupants, ou si simplement le propriétaire n’est pas opposé à cette installation, le Préfet peut employer cette procédure d’exception dans un délai de 48h.

L’article prévoit une sanction financière pour ceux qui ne s’exécuteraient pas assez vite, ainsi que la destruction de l’habitation et des biens qu’elle renferme, sur procédure accélérée. La destruction au bulldozer et le vol des biens d’autrui seront ainsi légalisés. Cette disposition ouvre la voie à une atteinte au droit de propriété. Cette loi, viendrait faciliter la destruction autoritaire des constructions dite « illicites », et la réalisation de la « lutte anti-cabanisation » lancée notamment par le Préfet des Pyrénées Orientales depuis 2007.

Cette disposition vise et accable les personnes les plus gravement touchées par la crise du logement. A l’opposé des politiques conduites il y a 50 ans, elle répond à la recrudescence des bidonvilles et des formes les plus aigües de mal-logement par la répression et par une procédure d’expulsion expéditive. Alors que le Gouvernement prétend mettre en œuvre le droit au logement, il n’est prévu ni relogement ni hébergement pour les expulsés. Ils doivent quitter les lieux et se rendre « invisibles ».

Alors que peut-on faire ? Pas grand-chose ! L’assemblée est très majoritairement UMP et ce texte sera voté. Contacter nos députés lotois ne servira pas à grand-chose, ils voteront contre. Le seul moyen d’agir qu’il nous reste réside dans la diffusion de l’information. Vous trouverez ci-après l’appel du Syndicat de la Magistrature, au nom du Collectif Liberté Egalité Justice. Informez les gens autour de vous, le plus possible, y compris les gens qui votent régulièrement pour l’UMP et ne sont pas pour autant des fascistes. Vous trouverez sur le site du Lot en Action tous les liens qui vous permettront de relayer ces informations par mail. Achetez le journal, version papier ou en pdf, et faites tourner l’info. Des manifestations sont prévues, notamment à Toulouse, le samedi 18 décembre (13h30 à St Cyprien) mais concernent uniquement, pour le moment, le fameux article 32ter, démontrant que l’information n’est pas encore passée.

Nous publions également à nouveau, ci-après, le texte de la « Dictature constitutionnelle en douze étapes ». Malheureusement nous franchissons inexorablement les étapes. Jamais la France n’a connu un tel recul de la démocratie. En plus du rouleau compresseur libéral, qui lamine véritablement les citoyens les plus démunis (et maintenant la classe moyenne), la dérive sécuritaire devient clairement une dérive fascisante. Cette loi va permettre à ce gouvernement de taper très fort et d’avoir les moyens de mettre en place une véritable dictature, puisque chaque citoyen sera à la merci du moindre « dépositaire de l’autorité de l’Etat ». Bientôt il ne fera pas bon regarder un policier municipal trop fixement dans les yeux. Bientôt il sera bien difficile de se sortir de l’engrenage infernal de la justice si vous avez maille à partir avec un milicien, simple quidam, qui vous en voudra pour une histoire de voisinage, de voiture mal garée ou encore parce que sa femme (ou son mari) vous trouve « sympa ». Bientôt il sera trop facile de réduire au silence tel site internet, tel journal d’opinion ou tel journaliste trop indépendant…

Nous allons rapidement entendre les ténors de l’UMP monter au créneau devant l’inquiétude grandissante des citoyens. Ils vont tenter de justifier ces dérives inqualifiables en parlant de sécurité, en jetant l’opprobre sur les étrangers, sur les mineurs délinquants, sur les récidivistes de crimes sexuels. Ils vont fustiger les femmes et les hommes politiques, qui ne vont pas tarder protester haut et fort pour surfer sur la colère du peuple (pourquoi ne l’ont-ils pas fait avec plus de force depuis le mois de février, date du premier vote de la Loppsi à l’assemblée ?), les accusant d’être des démagos gauchisants. Ils vont tenter de rassurer en mettant en avant leur bonne foi, leur volonté de trouver des solutions pour remédier aux peurs qu’ils distillent eux-mêmes (avec l’aide des Pujadas, Claire Chazal et de tous ces larbins devenus des lécheurs de bottes) auprès des personnes âgées et des plus fragiles. Mais la loi sera votée. La loi sera mise en application. Et je ne suis pas si sûr qu’une alternance en 2012, si tant est qu’elle ait lieu, change grand-chose à la situation.

Avec la Loppsi 2 deux nous franchissons donc une étape vers l’épreuve de force. Et à moins de vouloir en découdre en prônant l’insurrection, ce qui serait totalement irréaliste, criminel et probablement inefficace, il ne nous reste plus qu’une seule solution : les faire plier en menaçant directement l’économie libérale. L’opération du 7 décembre dernier, « Sus aux banques », en est une, à condition qu’elle se reproduise de façon plus soutenue et coordonnée. Changer nos comportements de consommation en est une autre. Si nous réduisons notre consommation massivement, en limitant nos achats au strict minimum, en désertant les grandes-surfaces et en achetant « local », c’est l’économie mondiale qui se trouverait bouleversée.

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Note :

(1) La majorité sénatoriale s’est rebiffée, d’abord par des déclarations de ses leaders, dont le président du Sénat Gérard Larcher demandant de « faire attention » ou le président centriste de la commission des Finances, Jean Arthuis, s’alarmant d’une « surenchère sécuritaire ». Puis, par un rejet retentissant en commission des Lois des amendements du gouvernement les plus emblématiques. Une pression terrible a alors été exercée par l’UMP sur les sénateurs, qui ont fini par voter le texte (certains amendements ayant été a peine « édulcorés ») à une large majorité par 177 voix contre 153. Le résultat de ce vote est révélateur car c’est certainement un des résultats les plus larges obtenu depuis le début du quinquennat...

Un tournant historique Hervé Kempf Reporterre 2010/12/15 Hervé Kempf (15 décembre 2010) Un tournant historique. Reporterre. Tribune — Santé fr

Un tournant historique

Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, l’espérance de vie a reculé aux Etats-Unis.

C’est une nouvelle importante que vient de publier le service statistique de santé des Etats-Unis : pour la première fois depuis vingt-cinq ans, l’espérance de vie a baissé dans le pays qui reste le phare de la modernité. Selon le rapport publié le 9 décembre par le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), « Deaths : Preliminary Data for 2008 » (1), l’espérance de vie aux Etats-Unis a décliné d’un mois entre 2007 et 2008, passant de 77,9 ans à 77,8 ans. Cette inflexion de tendance n’est pas imputable à la mortalité infantile, qui a au contraire reculé pour atteindre un minimum historique : c’est bien une dégradation de l’état de santé général qui est ici en cause.

L’étude a été menée par l’analyse de 99 % des certificats de décès enregistrés. Les trois premières causes de mort sont les maladies cardiaques, le cancer, et les maladies respiratoires.

A vrai dire, l’information n’est pas tout à fait une surprise. Depuis plusieurs années, divers spécialistes avertissent que les conditions de vie et d’alimentation dans les pays industrialisés conduisent au plafonnement, voire au déclin de l’espérance de vie - le meilleur marqueur quantifiable du progrès des sociétés. Dans Espérance de vie, la fin des illusions (Terre vivante, 2006), l’agronome Claude Aubert annonçait que nous vivrions moins longtemps que nos parents, en raison d’une alimentation beaucoup plus chimique et grasse, et d’une activité physique moindre, à quoi s’ajoute une pollution (pesticides, notamment) omniprésente. Des démographes portaient, de façon plus nuancée, le même diagnostic : par exemple, le chercheur Jay Olhansky, dans une étude publiée par le New England Journal of Medicine de 2005 (2).

La dégradation américaine est-elle un signal précurseur ? Au téléphone, Claude Aubert indique qu’« il est normal que cela arrive là-bas plus tôt que chez nous, ils ont commencé à très mal manger très tôt ». De son côté, le démographe Gilles Pison relève que la divergence entre les Etats-Unis et les pays européens est observée depuis plusieurs années : « Les Etats-Unis ont décroché en matière d’espérance de vie. Par exemple, il y a un écart d’un an et demi entre les femmes européennes et américaines, alors qu’il y a trente ans, c’était l’inverse. » Principales causes : le taux d’obésité, plus élevé outre-Atlantique, mais aussi un système de santé déficient pour les 20 % les plus pauvres de la population.

Pour rester une société en bonne santé, il faut moins de pesticides, moins de pollution, plus de mouvement physique, une bonne couverture sociale. L’inverse de ce que propose l’American Way of Life. Le progrès a fui l’Amérique.

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Notes :

(1) Communiqué de presse : http://www.cdc.gov/media/pressrel/2.... Rapport : http://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/n...

(2) Olshanshky, Jay, « A potential decline in life expectancy in the United States in the 21st century », The New England Journal of Medicine, 352, n°11, 2005, p. 1138 : http://www.nejm.org/doi/full/10.105...

Le gouvernement réduit l’aide à l’agriculture biologique. Confédération paysanne, FNAB, Nature et Progrès Reporterre 2010/12/15 Confédération paysanne, FNAB, Nature et Progrès (15 décembre 2010) Le gouvernement réduit l’aide à l’agriculture biologique.. Reporterre. fr

Le gouvernement réduit l’aide à l’agriculture biologique.

Le projet de loi de finances 2011, qui vient d’être adopté par le Sénat, réduit de 4 000 à 2 000 € le montant du crédit d’impôt sur le revenu dont bénéficient les agriculteurs convertis à l’agriculture biologique.

Afin de faire des « économies », le gouvernement fait flèche de tout bois, s’attaquant aujourd’hui au crédit d’impôt pour l’agriculture biologique en le divisant par deux.

Le projet de loi de finances 2011, qui vient d’être adopté par le Sénat, réduit de 4 000 à 2 000 € le montant du crédit d’impôt sur le revenu dont bénéficient les agriculteurs convertis à l’agriculture biologique. Une mesure drastique à l’échelle des fermes, sous couvert d’économie d’argent public, mais une économie globale somme toute dérisoire comparée aux autres pôles de financement prévu par le projet de loi.

Ce crédit d’impôt avait comme principal mérite de remettre un peu de justice dans l’attribution des aides, notamment parce qu’il ciblait surtout les petites structures qui n’en percevaient pas ou très peu. L’annonce du doublement de celui-ci avait été faite en fanfare à la suite du Grenelle de l’environnement. Elle n’aura pas été effective bien longtemps…

L’agriculture biologique est aujourd’hui la plus à même de préserver concrètement et durablement les ressources naturelles, la biodiversité et la richesse des sols. Cette mesure financière est un message très négatif adressé à la Bio et une trahison complète des objectifs affichés par le Grenelle de l’environnement. Cela n’empêche pas la France de clamer son soutien au développement du mode de production biologique afin de réduire l’usage des pesticides. Lancé en 2007, : le plan « Agriculture biologique : horizon 2012 » visait à tripler les surfaces cultivées en bio pour les porter à 6 % de la surface agricole française en 2012. On est encore bien loin de cet objectif puisque les surfaces cultivées en bio s’élevaient fin 2009 à 670 000 hectares… soit seulement 2,6 % de la surface agricole utilisée. Cette coupe franche dans les crédits ne va sûrement pas aider !

Alors que la demande française de produits bio va croissant, que les taux de surface en conversion n’y suffisent pas et que la relocalisation fait des émules, que restera t-il au marché Bio français pour s’approvisionner ? L’importation ? Est-ce vraiment une solution souhaitable et pérenne ? En aucun cas !

Ne serait-il pas plus cohérent d’encourager la production biologique locale ?

Nature & Progrès, la Confédération Paysanne et la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) demandent vivement à ce que le Ministère de l’économie revoit sa copie, en accord avec les annonces du Grenelle.

Les exemples ne manquent pas pour affirmer que les économies de bouts de chandelle d’aujourd’hui se paieront au prix fort demain.

Il est impossible de prévenir le changement climatique si la croissance économique continue Michel Husson Reporterre 2010/12/16 Michel Husson (16 décembre 2010) Il est impossible de prévenir le changement climatique si la croissance économique continue. Reporterre. Tribune — fr

Il est impossible de prévenir le changement climatique si la croissance économique continue

Les objectifs de réduction nécessaire pour limiter le réchauffement de la température moyenne du globe de 2°C sont incompatibles avec la poursuite de la croissance. Une conclusion fondée sur l’observation des tendances économiques des soixante dernières années.

(…)

Tous calculs faits, il ne semble pas possible d’atteindre les objectifs de réduction d’émissions sans freiner drastiquement la croissance. Sur longue période, les émissions de CO2 [gaz carbonique] augmentent exponentiellement, en phase avec le PIB mondial. Elles se cumulent et font augmenter la concentration dans l’atmosphère.

Cependant, la progression des émissions de CO2 n’est pas exactement proportionnelle à celle du PIB, comme le montre l’évolution du volume d’émission de CO2 par unité de PIB [ce rapport émissions de CO2 sur unité de PIB s’appelle intensité-CO2].

Cette intensité- CO2 atteint son maximum à la veille de la première guerre mondiale. Elle descend ensuite puis remonte après la crise des années 1930 et se stabilise à un niveau élevé au cours des « Trente glorieuses ». A partir du choc pétrolier de 1973, l’intensité- CO2 se met à baisser pour retrouver aujourd’hui le niveau enregistré en 1880. Depuis 40 ans, les émissions de CO2 augmentent donc moins vite que le PIB mondial.

Entre 1970 et 2007, ce dernier a progressé au rythme annuel de 3,5 %, alors que les émissions de CO2 n’ont augmenté « que » de 2 % par an. L’intensité- CO2 a donc baissé de 1,5 % par an.

La relation de base est donc simple : émissions de CO2 = PIB * intensité- CO2. Elle permet de calibrer les évolutions du PIB et de l’intensité- CO2 compatibles avec l’objectif de réduction d’émissions.

Rappelons les objectifs que propose le GIEC. L’objectif minimal est une réduction de 50 % des émissions entre 2000 et 2050. Il correspond à une stabilisation de la concentration de CO2 à 490 ppm et un réchauffement de 2,4 degrés. L’objectif ambitieux (et généralement considéré comme réaliste) est une réduction de 85 % des émissions qui vise à stabiliser la concentration à 450 ppm et à réduire à 2 degrés le réchauffement. Pour atteindre ces objectifs, les émissions de CO2 [et l’intensité- CO2] devraient donc baisser jusqu’en 2050 à un rythme annuel de 2,1 % et 4,8 % respectivement, alors qu’elles n’ont jamais cessé d’augmenter jusqu’ici (en tout cas avant la crise).

L’évolution de l’intensité- CO2 est évidemment décisive. On compare ici deux scénarios : - une hypothèse « basse » de réduction au même rythme que celui des 40 dernières années, soit 1,5 % par an, - et une hypothèse « haute » d’une réduction deux fois plus rapide (3 % par an).

On peut considérer que même la première hypothèse est optimiste en ce sens qu’elle postule l’absence de « rendements décroissants » de la réduction de l’intensité énergétique. Il est possible au contraire de soutenir que cette réduction sera de plus en plus difficile et que les premières tonnes de CO2 sont les plus faciles à économiser.

Dans l’hypothèse « haute » (réduction de 3 % par an), l’intensité-CO2 retrouverait en 2050 son niveau du début de la révolution industrielle.

Malgré son caractère rustique, cette simulation donne des ordres de grandeur significatifs. L’idée générale qui en ressort est que la réalisation des objectifs du GIEC est incompatible à des degrés divers avec la poursuite de la croissance.

Dans le scénario le plus exigeant en matière de réduction d’émissions (- 85 %) et sans accélération de la tendance à la baisse de l’intensité de CO2, il faudrait que le PIB mondial baisse de 3,3 % par an, soit de 77 % entre 2007 et 2050 ! Seul le scénario de réduction de 50 % avec baisse accélérée de l’intensité de CO2 est compatible avec une croissance positive du PIB mondial de 0,9 %, mais celle-ci devrait de toute manière être largement inférieure à la tendance observée sur les dernières décennies.

Les objectifs de réduction de CO2 fixés par le GIEC semblent donc hors d’atteinte, à moins d’une inflexion monumentale du rythme de croissance, voire d’une inversion. La crise sociale et écologique appelle donc un renversement de perspective : plutôt que de chercher les moyens de relancer la croissance pour créer des emplois, il faut remettre les choses à l’endroit. Autrement dit, partir des besoins sociaux démocratiquement définis et réfléchir à leur satisfaction optimale, tout en intégrant les contraintes énergétiques et environnementales.

Il ne peut exister de projet alternatif sans une double remise en cause : d’abord de la répartition des revenus actuelle, qui fait dépendre le bien-être de la majorité - et notamment l’emploi - du rendement des actions ; ensuite de la propriété privée, parce que celle-ci dépossède la société du choix de ses priorités, et fait obstacle à la nécessaire mise en place d’une planification écologique.

Mais qui sont les « marchés » ? Les « marchés », ce sont... Jean Guisnel Reporterre 2010/12/16 Jean Guisnel (16 décembre 2010) Mais qui sont les « marchés » ? Les « marchés », ce sont.... Reporterre. Tribune — fr

Mais qui sont les « marchés » ? Les « marchés », ce sont...

« Les ’marchés’ qui déstabilisent la zone euro sont, pour l’essentiel, nos propres banques qui ont pourtant été sauvées par l’endettement des États. »

Après avoir fait tomber la Grèce et l’Irlande, les « marchés » s’attaquent à l’Espagne et au Portugal, deux autres pays de la périphérie de la zone euro en grandes difficultés budgétaires. Les taux d’intérêt des obligations d’État de ces deux pays se sont, en effet, envolés depuis que l’Union européenne a décidé, dimanche 28 novembre, de voler au secours de Dublin, signe que les investisseurs doutent de plus en plus de leur capacité à pouvoir rembourser un jour leur dette en dépit de l’intervention du Fonds européen de stabilisation financière qu’elles ont pourtant réclamé... Le scénario cauchemar de la contagion de la crise de la dette souveraine semble être en passe de se réaliser, ce qui fragilise dangereusement la zone euro. Les « marchés », sans que l’on sache très bien s’ils anticipent ou précipitent l’éclatement de la monnaie unique, vendent à tour de bras de l’euro, le faisant chuter à 1,32 dollar hier contre 1,45 il y a trois semaines…

Mais qui sont ces mystérieux « marchés », manifestement dotés d’une volonté propre, qui s’inquiètent, qui paniquent et qui obligent ainsi les États à adopter des plans de rigueur de plus en plus durs afin de les rassurer sur leur détermination à purger leurs finances publiques ? En vain, au demeurant, puisqu’il y a toujours un motif d’inquiétude. Pour dire les choses crument, la zone euro est attaquée, pour l’essentiel, non de l’extérieur par de mystérieux fonds spéculatifs américains ou chinois, mais de l’intérieur, par ses propres banques, assurances, fonds de pension, gérants de patrimoine, établissements financiers divers qui gèrent l’épargne des particuliers (votre assurance-vie, par exemple, ou votre livret A), des entreprises et leurs propres fonds. Ce sont eux qui, en effet, possèdent la très grande majorité de la dette européenne et ce sont donc eux qui font grimper les taux d’intérêt, acculant certains pays de la zone à la faillite.

Prenons le cas irlandais : fin 2009, selon des statistiques de la Banque centrale européenne (1), sa dette publique était de 64 % du PIB (elle est maintenant de 98 %), soit 104 milliards d’euros. Sur cette somme, 75 milliards étaient possédés par des non-résidents. Mais là où cela devient intéressant, c’est que sur ces 75 milliards, 15 milliards seulement appartiennent à des établissements qui ne sont pas dans la zone euro (pour l’essentiel, des banques britanniques). En clair, l’Irlande a été déstabilisée par les établissements de la zone euro et par personne d’autre.

La Grèce, ce n’est pas un hasard, est dans la même situation : 78 % de sa dette souveraine est possédée par des non-résidents, ces non-résidents étant à 85 % domiciliés dans la zone euro. Au Portugal, manifestement le prochain domino, la proportion est respectivement de 78 % et de 80 %... L’Espagne, elle, est moins exposée, ce qui fait douter d’une contagion : seulement 55 % de sa dette est possédée par des non-résidents, dont 65 % sont des résidents de la zone euro.

On ne peut manquer de remarquer que ce sont les pays qui ont le plus internationalisé leur dette, même au sein de la zone euro, qui sont les plus fragiles : en vendant leur dette hors de leurs frontières, les États ont renoncé à exercer un quelconque contrôle. Est-ce un hasard si l’Italie, dont la dette était pourtant, fin 2009, de 115 % du PIB, reste à l’abri des turbulences ? De fait, seule 34 % de sa dette est possédée par des non-résidents. De même, la dette britannique, qui explose pourtant, n’est internationalisée qu’à hauteur de 28 %, et, hors UE, l’américaine à 50 % et la japonaise (plus de 200 % du PIB) à moins de 5 %... Et la France ? Sa dette n’est détenue qu’à 55 % par des non-résidents, mais elle possède la dette la plus internationalisée, puisque 45 % de celle-ci appartient à des établissements hors zone euro.

Autrement dit, les « marchés » qui déstabilisent la zone euro, ce sont, pour l’essentiel, nos propres banques qui ont pourtant été sauvées par l’endettement des États qu’elles leur reproche désormais. Ce sont elles qui mettent en péril, au nom de la défense de l’épargne qu’elles collectent, l’économie de ces pays, voire la survie de la monnaie unique. Une vision à très court terme, puisque si les économies européennes plongent dans la dépression et si l’euro implose, il ne restera pas grand-chose de l’épargne qu’elles sont censées protéger.

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Note :

(1) Les chiffres doivent être pris avec précaution. Par exemple, ceux fournis par Eurostat varient quelque peu, même si les tendances sont les mêmes. En effet, une fois émise, la dette peut être revendue sur le marché secondaire, c’est-à-dire changer de mains. Donc un acquéreur national peut revendre une obligation d’Etat à une banque chinoise par exemple.

Un petit complément à mon article précédent sur le jeu des banques et autres institutions financières de la zone euro.

Il faut bien voir qu’une partie d’entre elles n’a pas d’autre choix que de vendre les obligations de certains pays et qu’il ne s’agit aucunement de spéculation. En effet, les règles prudentielles les obligent à avoir en portefeuille, en fonds propres, des emprunts d’État très bien notés afin qu’elles disposent d’un matelas solide. Le problème est que, lorsque les agences de notation (les trois principales sont anglo-saxonnes et deux d’entre elles sont possédées par des fonds d’investissement américains qui sont aussi actionnaires de banques d’affaires comme Goldman Sachs) dégradent la note souveraine d’un pays, ces institutions sont obligées de vendre, ce qui n’a strictement aucun sens dès lors qu’il s’agit des obligations des pays de la zone euro.

En clair, on donne un pouvoir disproportionné, la possibilité de pousser à la faillite des États, à des agences dont la neutralité est tout sauf certaine (comme l’ont montré les subprimes notées triple A, la note maximale, ce qui était dans l’intérêt des actionnaires desdites agences). La Banque centrale européenne l’a fort bien compris et, au plus fort de la crise grecque, elle a décidé d’accepter en garantie toutes les obligations de la zone euro même dégradées.

Donc ce qui peut apparaître comme de la spéculation contre la dette souveraine de la part des établissements financiers européens n’est que la résultante d’une réglementation inadaptée, mais qui fait le jeu des vrais spéculateurs. Ceux-ci, comme Goldman Sachs et consorts, n’ont d’ailleurs même pas besoin de posséder ou de vendre réellement de la dette souveraine des États membres de la zone euro. D’ailleurs, comme les mouvements actuels sur ce marché sont quasiment inexistants, on peut légitimement penser que la spéculation qui vise à faire baisser les prix des obligations se fait uniquement par le biais des ventes à découvert à nue.

En clair, les spéculateurs parient à la baisse sans détenir le moindre titre (cela s’appelle être short). Et si leur pari se réalise, ce qui est sans risque en ce moment, ils décrochent la timbale, et ce, sans jamais avoir besoin d’acheter effectivement les titres avec lesquels ils ont joué… C’est pour cela que l’Allemagne, au printemps dernier, a interdit les ventes à découvert à nue sur son territoire.

Autrement dit, les instruments de la spéculation sont connus. La BCE dans un cas, l’Allemagne dans l’autre, ont tenté de les brider. On se demande dès lors pourquoi l’Union dans son ensemble ne décide de mettre une poignée de sable dans les rouages pour au moins la brider.

Nicolas Hulot se voit de nouveau candidat à l’élection présidentielle Claire Snegaroff - AFP Reporterre 2010/12/16 Claire Snegaroff - AFP (16 décembre 2010) Nicolas Hulot se voit de nouveau candidat à l’élection présidentielle. Reporterre. fr

Nicolas Hulot se voit de nouveau candidat à l’élection présidentielle

Nicolas Hulot a fait une entrée fracassante dans le tableau de bord des personnalités politiques Ifop pour Paris Match de décembre, occupant d’emblée la première place.

Après avoir longtemps hésité puis finalement renoncé en 2007, l’écologiste Nicolas Hulot, dont la popularité est au zénith, réfléchit à nouveau à une candidature à la prochaine présidentielle. Tout aussi partagé, il prendra sa décision « avant l’été ».

Comment être « utile » ? Comment susciter un vrai débat sur « la mutation » nécessaire de nos sociétés vers un « nouveau modèle économique » ? La question le « taraude », a-t-il assuré jeudi à l’AFP, en marge d’un colloque sur les 20 ans de sa Fondation.

Une candidature en 2012 ? « On n’évacue pas d’un non ou d’un oui une question comme celle-là », reconnaît l’animateur de télévision, en soulignant que l’idée initiale ne vient pas de lui. « On regarde si cela peut avoir une petite chance d’amener le débat public sur des questions essentielles ».

En 2007, Nicolas Hulot s’était déjà posé LA question.

Le suspense avait duré de longs mois. Des sondages le créditaient même d’environ 15% d’intentions de vote début décembre 2006. Mais en janvier, soit trois mois avant le premier tour, il renonçait à se présenter. Il avait néanmoins déjà obtenu quelque chose : les principaux candidats, dont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, s’étaient engagés à adopter, au moins en partie, son « pacte écologique » : dix propositions et cinq engagements concrets, fiscaux et institutionnels notamment. Et fin janvier, exercice inédit, Hulot leur faisait passer un grand oral pour détailler leur profession de foi.

Pour 2012, la feuille de route est encore floue.

« Au niveau de la Fondation, on n’interviendra pas de la même manière. On alimentera le débat mais il n’y aura pas de reproduction, me semble-t-il, d’un pacte écologique », dit-il. Quant à une possible candidature, la décision sera prise « avant l’été », assure-t-il.

« Si jamais, je devais prendre une initiative, il faut que je clarifie ma relation avec la Fondation parce qu’il ne faut pas qu’il y ait de confusion des genres, et la loi nous oblige, un an avant l’élection présidentielle, à clarifier les choses », explique-t-il.

Il y réfléchit donc, mais, dans le même souffle, lâche qu’il n’est pas « programmé culturellement pour ça ».

Pour Hulot, il est nécessaire de mettre un certain nombre de questions à « l’agenda politique », la première étant l’invention d’un « modèle économique compatible avec la réalité physique du monde » et ses ressources finies.

Nos sociétés font face à un « dilemme », souligne-t-il, faisant allusion aux théories de l’économiste anglais Tim Jackson, auteur du livre Prospérité sans croissance, et présent lors du colloque anniversaire de la Fondation.

« Il y a la croissance qui sape les conditions de la prospérité de demain, et la décroissance qui peut être une tragédie sociale. Ce dilemme, pour l’instant, on ne l’a pas résolu. Et notre rôle, c’est de rendre cette question incontournable », assure Hulot.

S’il devait se lancer, l’écologiste assure qu’il fera tout pour ne pas « handicaper » le parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Pour le secrétaire national aux relations extérieures du parti, Jean-Vincent Placé, la candidate, « c’est Eva Joly ». Mais Hulot « serait un très bon candidat », ajoute-t-il, tout en s’interrogeant : « Est-ce qu’il compte s’inscrire dans la démarche des primaires ? »

Nicolas Hulot a fait une entrée fracassante dans le tableau de bord des personnalités politiques Ifop pour Paris Match de décembre, occupant d’emblée la première place. « Je ne sais pas si je dois m’en effrayer ou m’en réjouir », dit-il en souriant. « Il y a une très jolie formule qui dit : plus vous savez, avoir l’air intelligent, c’est une promesse dure à tenir », enchaîne-t-il, un sourire encore plus large.

La Bolivie va attaquer la décision de Cancun en justice AFP Reporterre 2010/12/16 AFP (16 décembre 2010) La Bolivie va attaquer la décision de Cancun en justice. Reporterre. fr

La Bolivie va attaquer la décision de Cancun en justice

Le recours sera déposé devant la Cour internationale de justice de La Haye.

Le président bolivien Evo Morales a confirmé que son pays allait déposer un recours devant la Cour internationale de justice de La Haye contre l’accord de la conférence sur le climat de Cancun, faisant valoir que son approbation sans consensus est contraire aux règles internationales.

« Ce sera une autre bataille à caractère international et nous demandons seulement aux peuples du monde d’accompagner ce combat, un combat pour la justice dans le changement climatique », a déclaré lundi 13 décembre le premier président amérindien de l’histoire de la Bolivie, au cours d’une conférence de de presse.

M. Morales a rappelé que les règles de la Convention cadre des Nations unies sur le climat (CCNUCC) établissait que toutes les décisions devaient être prises par consensus des 194 pays membres.

Une écrasante majorité des pays rassemblés à Cancun (Mexique) ont adopté samedi une série de mécanismes pour lutter contre le changement climatique, un accord accueilli par une ovation qui tourne la page de l’immense déception de Copenhague, il y a un an.

La Bolivie a été la seule voix discordante.

Le pays andin considère que l’accord ne va pas assez loin et regrette que les conclusions de la « conférence des peuples sur le climat » organisée sur son sol en avril avec des intellectuels et des représentants de la société civile, n’aient pas été prises en compte.

M. Morales estime que les propositions de sa délégation ont été ignorées à Cancun, notamment celles concernant la création d’un tribunal international pour sanctionner les infractions aux accords climatiques.

Les représentants de la Bolivie avaient annoncé samedi que leur pays avait l’intention d’introduire un recours contre l’accord de Cancun.

La région Poitou-Charentes ne veut pas financer les LGV LGV Signal d’alarme Reporterre 2010/12/18 LGV Signal d’alarme (18 décembre 2010) La région Poitou-Charentes ne veut pas financer les LGV. Reporterre. fr

La région Poitou-Charentes ne veut pas financer les LGV

A la sortie de la réunion plénière du Conseil Régional de Poitou charentes le lundi 13 Décembre 2010, sa présidente Ségolène Royal affirme que la Région ne participera pas au financement la LGV Tours Bordeaux, et pour Poitiers Limoges demande l’étude de l’alternative sur les lignes existantes. Il s’agit pour elle d’une question de répartition des charges, les collectivités territoriales ayant à charge le financement des TER. Il s’agit d’une question de répartition des charges, les collectivités territoriales ayant à charge le financement des TER.

Energie et démocratie Didier Lenoir Reporterre 2010/12/18 Didier Lenoir (18 décembre 2010) Energie et démocratie. Reporterre. Tribune — fr

Energie et démocratie

Pendant qu’une grande région allemande reprend le contrôle de sa compagnie d’électricité, la France s’obstine à poser des embûches aux énergies renouvelables et à soutenir un nucléaire dispendieux.

Une nouvelle surprenante, tombée le 7 décembre, n’a suscité que peu de commentaires : à la demande du land du Bade-Wurtemberg, EDF lui cède sa participation de 45% dans l’entreprise EnBW, troisième électricien allemand. Il s’agissait pourtant d’un investissement stratégique majeur dans la recherche d’une position dominante en Europe.

Il importe que les Français comprennent les aspects politiques d’une telle opération. Cette acquisition effectuée en 2000 semblait très prometteuse. Le Bade-Wurtemberg, limitrophe de la France et favorable au nucléaire, offrait une intéressante tête de pont, politiquement proche et peu sensible à l’influence des Verts. Les contacts avec la Bavière voisine ont également laissé croire longtemps à une expansion possible du nucléaire dans ce secteur.

Aujourd’hui, le Bade-Wurtemberg revient sur sa politique libérale antérieure et souhaite contrôler de nouveau le puissant outil de développement que constitue EnBw. Ce revirement n’est pas sans arrières pensées car les Chrétiens-Démocrates au pouvoir dans le land pourraient perdre la majorité au parlement en mars 2011. Dans ces conditions, ils considèrent EnBw comme un atout important dans la phase de transition vers le tout renouvelable cher aux Verts. Comme l’estime Claudia Kempert, experte en énergies de l’institut DIW à Berlin, citée par Les Echos du 7 décembre 2010, « il sera plus facile pour le Bade-Wurtemberg de tourner le dos au nucléaire sans avoir au capital d’EnBw un groupe comme EDF qui mise beaucoup sur l’atome ».

Cet épisode met en évidence plusieurs questions importantes pour notre avenir.A l’ère de la mondialisation triomphante, voici un land de 36 000 km2 qui tient tête au premier électricien mondial et l’écarte afin d’avoir les mains libres pour le développement durable de son territoire.

Serait-il possible qu’une région française fasse preuve d’une telle détermination ? Aurait-elle les moyens d’imposer sa propre politique contre les intérêts d’une multinationale de l’énergie ? A l’évidence, la réponse est non ! N’est-ce pas l’une des faiblesses structurelles de notre pays ?

Au moment où se développe une campagne diffuse visant à mettre en doute les perspectives ouvertes par le Grenelle de l’environnement, considérées comme irréalistes et ses orientations jugées ruineuses, l’un des Länder les plus riches d’Allemagne fait des choix encore plus radicaux en faveur des énergie locales, gages de développement de son territoire. Qui pourrait croire qu’il s’agirait d’une stratégie suicidaire ?

Pendant ce temps, la ponction financière du groupe EDF sur les réseaux de distribution d’électricité se poursuit avec toutes ses conséquences locales (baisse de qualité du courant, coupures dues aux évènements climatiques,…), résultats d’investissements insuffisants depuis des décennies, chiffrés à plus de 10 milliards d’euros par la Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et des Régies. Il est probable qu’une large partie des capitaux investis par EDF dans EnBW ait fait défaut aux réseaux locaux.

Aucune collectivité française n’a le pouvoir décider que les 4,7 milliards d’euros que va recevoir EDF pour ses parts d’EnBW doivent être investis pour rattraper le retard des réseaux locaux. Est-ce un gage de développement durable que d’être à la merci d’un système de décision centralisé, opaque et hostile à toute justification de ses choix locaux (plusieurs syndicats de communes refusent depuis des années d’approuver les comptes de leurs réseaux présentés par leur concessionnaire obligatoire, EDF-ERDF) ?

Parallèlement, la France fait pression à Bruxelles pour capter 90% du budget de la recherche sur l’énergie au profit du programme ITER sur la fusion nucléaire - dont on sait qu’il n’aura pas produit un seul kWh d’ici 2100 alors que l’urgence énergétique et climatique porte sur les prochaines années-, au détriment des projets territoriaux de lutte immédiate contre le changement climatique de type "Smart Cities".

On voit bien le contraste saisissant entre le pragmatisme allemand et l’entêtement français. Le déficit de la France ne serait-il pas avant tout un déficit de démocratie ?

La loi Loppsi 2 entérine un nouveau recul des libertés publiques Hervé Kempf Reporterre 2010/12/20 Hervé Kempf (20 décembre 2010) La loi Loppsi 2 entérine un nouveau recul des libertés publiques. Reporterre. fr

La loi Loppsi 2 entérine un nouveau recul des libertés publiques

REPORTAGE - La dernière séance de discussion de la loi « sur la sécurité intérieure », dite Loppsi 2, se déroule le mardi 21 décembre à l’Assemblée nationale. Améliorant la sécurité, selon le gouvernement et l’UMP, elle se traduit par de nouvelles mesures répressives à l’encontre des mal-logés ainsi que par de nouveaux développements sur les fichiers d’empreintes génétiques et sur la vidéosurveillance.

Mardi 21 décembre, l’Assemblée nationale achève la discussion du projet de loi Loppsi 2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure).

Cette loi prévoit un grand nombre de dispositions hétéroclites. Plusieurs peuvent être considérées comme faisant reculer les libertés publiques, notamment celles contenues dans les articles 4 (accès à Internet), 5 (empreintes génétiques), 10 (fichiers de police judiciaire), 17 et 18 (videosurveillance, dite « videoprotection »), 32-ter (expulsion des habitations précaires).

Plusieurs manifestations de protestation ont lieu à travers la France mardi 21.

La semaine précédente, le 16 décembre, un premier rassemblement s’était tenu sur l’esplanade des Invalides, à Paris, non loin de l’Assemblée nationale où se discutait déjà la loi. (Il y a aussi eu des manifestations en d’autres endroits, notamment à Toulouse).

C’était l’occasion de passer voir de quoi il retournait, en allant aussi interroger quelques députés.

Mais au fait, c’est quoi cette loi ? Eric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes est le rapporteur du projet. Il sort de séance pour venir répondre aux questions dans la « salle des quatre colonnes » du Palais-Bourbon, où siège l’Assemblée nationale : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

La députée socialiste Delphine Batho, proche de Ségolène Royal, a une analyse radicalement différente : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Désolé, cette ITV est tronquée, suite à un problème de montage. On peut écouter Mme Batho in extenso ici

Dehors, les manifestants crient et chantent : « Solidarité avec les mal-logés... Y en a marre, y en a marre ».

http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Il y a des policiers aux alentours, bien sûr.

Un groupe passe, solidement harnaché.

http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Le principal motif de protestation de ceux qui sont ici portent sur la question de la facilitation des expulsions. C’est ce qu’explique Anna, comédienne :

http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Cette question des expulsions explique que ce sont les mal-logés qui sont les plus mobilisés.

Jean-Baptiste Eyraud : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Selon Eric Ciotti, la loi ne vise qu’« à faire respecter le droit de propriété » : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Les dispositions sur les expulsions sont contenues dans l’article 32-ter du projet de loi.

Ce texte est cependant un fourre-tout, dans lequel la question des mal-logés n’est qu’une pièce parmi d’autres du puzzle. Pour ses défenseurs, il vise avant tout à améliorer la lutte contre la délinquance, notamment, selon Eric Ciotti, en renforçant les moyens de la « police technique et scientifique » et les fichiers : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Ce que les opposants voient d’une tout autre manière :

Jean-Baptiste Eyraud : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

Et pour Delphine Batho, le développement de la videosurveillance est d’autant plus problématique qu’elle va donner aux sociétés privées des prérogatives anormales. Ceci devrait conduire à un recours auprès du Conseil constitutionnel : http://www.reporterre.net/sons/Lopp...

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Compléments d’information :

On n’a abordé ici que quelques-uns des sujets de la loi. Pour aller plus loin, voyez l’état de la procédure parlementaire de discussion de la Loppsi 2 : un peu touffu, mais précis et plein d’informations.

Voir aussi le site dédié

ainsi que la fiche sur wikipedia, très complète.

Et à propos des personnes interviewées ici :

Le Blog d’Eric Ciotti

Le blog de Delphine Batho

Le site de Droit au logement

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Salamane : le tribunal donne raison aux opposants Collectif Salamane Reporterre 2010/12/20 Collectif Salamane (20 décembre 2010) Salamane : le tribunal donne raison aux opposants. Reporterre. fr

Salamane : le tribunal donne raison aux opposants

A Clermont-L’Hérault, un projet d’entrepôt logistique menace des dizaines d’hectares de vignes et de vergers. Un recours a été déposé par les opposants, dont le tribunal administratif de Montpellier vient de reconnaître le bien-fondé.

Par jugement du 17 décembre 2010, le Tribunal Administratif de Montpellier vient d’annuler la décision du Président de la Communauté de Communes de signer le protocole d’accord avec Système U pour l’implantation d’une base logistique sur la plaine agricole de la Salamane.

Le tribunal motive principalement sa décision sur le fait que ce contrat signé avec Système U méconnaît un principe fondamental : L’égalité des citoyens devant l’impôt. En effet, le Président de la Communauté de Communes avait accepté, entre autres, d’exonérer Système U de toute hausse d’impôts locaux voir de lui restituer sous forme d’ indemnité toute hausse d’impôts locaux.

Il faut constater que le projet phare du Président de la Communauté de Communes est nuisible non seulement au développement économique équilibré du Clermontais mais aussi aux contribuables de la communauté de communes dont les intérêts sont totalement bafoués par la politique du Maire de Clermont l’Hérault .

Après les avis défavorables déjà exprimés par le Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine (Ministère de la Culture), la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (ex Directions de l’Equipement et de l’Agriculture) et celui de la Chambre d’Agriculture, ce projet de ZAC et son montage négocié au détriment des habitants de la Communauté de Communes, le Tribunal Administratif de Montpellier met en relief la collusion entre la communauté de communes et le groupe de grande distribution Système U. La plaine de la Salamane mérite mieux que ce projet aberrant qui aboutira à vider le centre-ville de Clermont de ses activités et commerces de proximité et détruire les rares terres agricoles qui nous restent.

Il est urgent de restaurer de la démocratie au niveau local Il est temps d’avoir un projet de développement cohérent pour notre territoire, construit collectivement, en y associant la population.

Châteaux et autoroutes en Espagne Simon Charbonneau Reporterre 2010/12/20 Simon Charbonneau (20 décembre 2010) Châteaux et autoroutes en Espagne. Reporterre. Tribune — Autoroutes fr

Châteaux et autoroutes en Espagne

On n’arrête pas la construction d’autoroutes pour des raisons écologiques, mais en raison de la crise. La cécité des décideurs reste patente.

J’ai connu une époque, dans l’Espagne des années 50/60, où les touristes français empruntaient un réseau routier archaïque et mal entretenu contrairement au nôtre. Ces touristes se gaussaient alors de voir une armée d’ouvriers équipés de paniers remplir de cailloux les nombreux nids de poules peuplant la chaussée. Sur ces routes espagnoles circulaient des ânes, des motoculteurs attelés à de petites remorques, des motos et de temps à autre une voiture américaine conduite par des bourgeois ainsi que les premières SEAT 850. Les espaces littoraux magnifiques étaient encore intacts dont profitaient quelques touristes aventureux. Tel était, au sortir de la guerre civile le visage d’une Espagne, pauvre mais pittoresque et savoureuse, dont l’empreinte écologique était minimale.

Puis vînt le décollage économique de ce pays qui a précédé la mort de Franco, boosté quelques années plus tard par l’apport des fonds structurels européens. Obsédés, comme aujourd’hui les chinois face aux Etats-Unis, par le désir de rattraper leur retard économique par rapport aux autres pays européens, les Espagnols ont commencés à mettre les bouchés doubles sans aucun respect pour leur patrimoine naturel. C’est ainsi que la colonne vertébrale économique de l’Espagne a commencé à reposer sur l’industrie du bâtiment et des travaux publics.

Le bétonnage de la « costa del sol » sur la méditerranée a été entamé au début modestement pour ensuite se déchaîner dans les années 70/90, accompagnés de divers scandales immobiliers et aboutir aujourd’hui, avec la déconfiture économique du secteur, à des immeubles vides et inachevés. En même temps se mettait en place une politique des grands travaux d’infrastructures autoroutières à un rythme qui rendait jaloux nos aménageurs nationaux parfois entravés, en vallée d’Aspe et ailleurs, par les actions des associations écologistes pratiquant la guérilla contentieuse devant les tribunaux.

Certes l’Espagne avait alors besoin d’une modernisation de son réseau routier dans un état lamentable et surtout celle de son réseau ferroviaire qui n’a toujours pas été vraiment entamée, car sacrifié aux lignes de « alta velocidad ». Mais au lieu d’emprunter cette voie moins consommatrice de fonds publics et d’espaces naturels, elle s’est lancée dans de multiples chantiers pharaoniques, non seulement catastrophiques sur le plan environnemental, mais également au plan économique. Par delà les Pyrénées, l’ivresse de l’expansion économique a alors saisi nos aménageurs qui se sont engagés dans une course à l’endettement pour financer de nouveaux projets, persuadés que les courbes de croissance pouvaient monter jusqu’au ciel.

C’est ainsi que, par exemple, en Aragon après avoir réalisé dans les années 90 une importante infrastructure routière empruntant divers tunnels depuis Huesca vers Canfranc en passant par le col de Montrepos jusqu’à la frontière française pour desservir les stations de ski de Candanchu et de Formigal, cette région autonome s’est lancée dans un énorme chantier autoroutier achevant d’éventrer ce massif prépyrénéen pour permettre aux Barcelonais les plus aisés d’accéder le week-end à ces stations.

Il faut emprunter aujourd’hui la voie rapide existante, largement suffisante pour le trafic actuel, pour réaliser le côté complètement destructeur et économiquement irrationnel de ce chantier qui est aujourd’hui arrêté faute de crédits publics et privés. Et ce n’est pas le seul chantier stoppé car le ministère espagnol de l’équipement en a arrêté beaucoup d’autres qui ne répondaient à aucune besoin particulier de trafic. L’échec du projet privé visant à créer dans la zone désertique des Monegros rien moins que l’équivalent de Las Vegas s’inscrit dans la même logique économique et écologique de l’absurde.

Or, ce qui est instructif dans cette affaire, c’est que l’arrêt de ce chantier autoroutier aragonais n’a bien entendu aucun motif d’ordre environnemental, mais illustre la cécité de ses promoteurs persuadés qu’il n’existe aucune limite économique et financière à la croissance. Cela devrait servir aussi de leçon à nos élus d’Aquitaine dans le domaine des transports ! En tous les cas, cette histoire, comme toutes celles engendrées par l’effondrement de l’économie depuis 2008, devrait faire réfléchir les grands esprits qui nous gouvernent quand à la manière d’envisager l’avenir, alors qu’ils continuent aujourd’hui à raisonner avec l’œil fixé dans le rétroviseur des trente glorieuses.

Lavage de cerveau Hervé Kempf Reporterre 2010/12/21 Hervé Kempf (21 décembre 2010) Lavage de cerveau. Reporterre. Tribune — fr

Lavage de cerveau

L’écologie, c’est très compliqué. Un brin de pédagogie est parfois nécessaire. Voici. Une automobile est un véhicule à moteur animé par la combustion de pétrole. La combustion de pétrole se traduit par l’émission de gaz carbonique. Le gaz carbonique est un gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans l’atmosphère entraîne le changement climatique. Il serait souhaitable de limiter le changement climatique, donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc d’utiliser moins d’automobiles. Les automobiles roulent sur des routes. Certaines routes, spécialement aménagées, sont appelées autoroutes. Sur les autoroutes, les automobiles roulent plus vite, donc émettent plus de gaz carbonique. De surcroît, l’expérience montre que les autoroutes suscitent un trafic automobile supérieur aux routes auxquelles elles s’ajoutent. Afin de limiter le changement climatique, il est donc souhaitable d’arrêter de construire des autoroutes.

Le 14 décembre, juste après la fin de la conférence de Cancun sur le changement climatique, la France inaugurait l’autoroute A 65, qui relie Pau à Langon, en Aquitaine : élus locaux, entreprises et représentants de l’Etat se sont congratulés (1). Deux hypothèses : soit ces personnages sont ignorants du lien entre automobile, pétrole, autoroute et changement climatique, soit ils sont irresponsables.

Lors de la campagne de communication accompagnant cette inauguration, les gaz à effet de serre n’ont jamais été évoqués. Par un procédé que nos amis anglo-saxons qualifient de greenwashing, et que l’on peut traduire simplement par « lavage de cerveau écologique », les promoteurs de l’autoroute ont mis en avant que les milieux naturels détruits par la nouvelle voie seraient « compensés » : d’autres terrains verront leur biodiversité préservée ou restaurée. Pour l’instant, seuls 160 hectares sont en cours de « compensation », alors que l’autoroute a détruit près de 2 000 hectares de réserves naturelles, de forêts et de prairies. Et, d’autre part, les terrains recherchés pour la compensation ne sont pas créés ex nihilo, mais sont eux-mêmes des prairies, des milieux humides ou des boisements déjà existants : le gain net de biodiversité est nul.

Tout cela vise à dissimuler la réalité : on continue la destruction au nom d’un schéma économique dépassé. Et, dans le même temps, on affaiblit les moyens concrets de faire vivre la biodiversité : le projet de loi de finances 2011 qui vient d’être adopté par le Sénat réduit de 4 000 à 2 000 euros le montant du crédit d’impôt alloué aux agriculteurs reconvertis en agriculture biologique (2). Autoroutes d’un côté, paralysie de l’agriculture biologique de l’autre : vive le développement durable !

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Notes :

(1) http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) http://www.reporterre.net/spip.php?...

L’écologie, c’est bon pour le moral Marie-Paule Nougaret Reporterre 2010/12/21 Marie-Paule Nougaret (21 décembre 2010) L’écologie, c’est bon pour le moral. Reporterre. Tribune — fr

L’écologie, c’est bon pour le moral

« C’est un vaisseau bien avitaillé qui nous emporte dans l’espace. Quand le boeuf et le pain deviennent rares sur le pont, il n’est que d’ouvrir une trappe d’écoutille pour trouver des provisions qu’on n’avait pas rêvées. Et grand pouvoir sur le service des autres obtient celui qui reçoit le droit de déclarer à l’ouverture : ceci m’appartient ! »

Henry Georges, Progress and poverty, 1879.

… « à partir d’ici c’est le succès pour tous ou pour aucun ; car la physique expérimentale démontre que « l’unité est plurielle, au moins double » : le proton et le neutron, non pas reflets opposés l’un de l’autre mais complémentaires. Vous et moi, foncièrement différents et complémentaires. Notre moyenne égale zéro, autrement dit l’éternité.

Parvenus à ce degré cosmique de conceptualisation en orbite, nous prenons les commandes des rétrofusées pour négocier la réentrée dans l’atmosphère du Vaisseau Spatial Terre et rejoindre ce présent qui se grise de tout. »

R. Buckminster Fuller, Operating manual for spaceship Earth, 1963 (traduction M.-P. N.).

Spaceship Earth, le Vaisseau Spatial Terre, ainsi la nommait Richard Buckminster Fuller (1895-1984) architecte de génie, concepteur du dôme géodésique, antiraciste, héros de l’écologie. L’un des premiers à réfléchir sur l’intrication de nos destins ; de ce fait optimiste, persuadé que l’humanité pouvait agir en synergie, par lui définie comme « le comportement de systèmes entiers imprévisible par l’observation du comportement séparé d’aucune partie du système ni d’aucun sous-assemblage des parties ». En 1879, Henry Georges pouvait s’imaginer des richesses illimitées. Certainement pas Fuller en 1963 : « Dorénavant c’est le succès pour tous ou pour aucun. »

Au cours des années 70 la revue Coevolution de San Francisco, forge le concept de Global Commons, les Biens Publics Mondiaux, qu’on ne peut détruire chez l’autre sans y perdre soi-même, comme l’air et l’eau. Ou comme l’intégrité du génome humain face aux polluants mutagènes qui tapent sur l’ADN et frappent à la deuxième génération. Bruce Ames, chercheur à Berkeley, a découvert un apprêt ignifugé mutagène sur des pyjamas d’enfants. Il expose dans la revue un test de son invention (1) : des bactéries manipulées pour muter très vite et de façon spectaculaire. 90% des cancérigènes se révèlent mutagènes (2) au test d’Ames, aujourd’hui outil de base des labos. Lui-même en expédierait 2000 gratuitement. Bien entendu sans prendre de brevet.

L’enthousiasme d’après 1968 croyait aux pouvoirs de la prise de conscience : la connaissance ou la musique changeraient le monde par contagion. La démocratie s’inspirerait des formes anciennes comme la charte du XIe siècle qui protège la forêt de Cortina d’Ampezzo, dans les Dolomites en Italie : chaque année, depuis neuf cent ans, les habitants se réunissent et décident de ne pas couper d’arbre, répartissent les cueillettes de bois mort et de champignons. Ou du mode de décision des Sioux : si on est d’accord, on tire sur la pipe, sinon on fait passer ; on arrête quand tout le monde fume le calumet de la paix.

Il souffle encore cet esprit dans le bon million d’associations qui dans le monde, selon Paul Hawken (3), travaillent à améliorer la loi ou l’environnement ; et dans la Traditional Knowledege Digital Library, TKDL, bibliothèque numérique des savoirs traditionnels : l’Inde y a mis en ligne 200 000 recettes médicinales parfois vieilles de 4000 ans et poursuit quiconque oserait les breveter. Rien d’efficace comme l’action collective : synergie (4).

La science a découvert que les idées, les émotions, le psychisme influençaient le système immunitaire. « Les joyeux guérissent toujours », disait François Rabelais (1494-1553). Notre temps a voulu le prouver. Par des expériences quelquefois abominables : soient trois groupes de rats en laboratoire ; deux soumis à des chocs électriques, et parmi ces deux-là, un groupe qui dispose d’une pédale pour arrêter ces chocs. A tous on greffe une tumeur (pardon, mais j’aimerais qu’on l’interdise). Le dernier groupe, celui qui peut actionner la pédale, vit plus longtemps. Davantage que les rats qu’on a laissés tranquilles, sans leur donner de choc. Comme si agir sur l’environnement procurait de nouvelles forces, sans raison d’être auparavant. (5)

Autre découverte peu connue, pourtant vieille de trente ans. Le cynisme tue. Le cynisme non pas au sens philosophique ancien, mais le cynisme au sens actuel, qui « sait le prix de chaque chose et la valeur de rien » selon Oscar Wilde (1836-1900), le désabusement, avec pour devise : « chacun triche, moi aussi », détecté par un test chez des étudiants en médecine de 1960, donnait le meilleur profil statistique pour l’infarctus en 1982 (6). Une expérience souvent menée avec succès, répète Redford Williams, de Duke University, avec pour exception un groupe d’avocats peut-être moins atteints que leurs clients. L’hostilité au monde, écrit Williams, durcit les artères. Il voudrait le prouver par les neuromédiateurs et la biologie moléculaire. Mais le mystère subsiste, comme résistent à la compréhension la régulation du climat, le pilotage, toujours plus illusoire, du vaisseau Terre : trop de complexités pour le cerveau, pas assez de puissance de conception. Cependant des sociétés proposent de s’en charger pour nous…

……………………..

Notes :

(1) Steward Brandt, « Genetic Toxicity, Human harm to human DNA », The Coevolultion quarterly, printemps 1979.

(2) Les pesticides chlorés échappent au test.

(3) Paul Hawken, « What do these people want ? », The Ecologist, juillet-août 2007.

(4) Traditonal Knowledge Digital Library : http://www.tkdl.res.in/tkdl/langdef...

(5) Visintainer, Madelon A., Volpicelli, Joseph R., Seligman, Martin E. P., « Tumor Rejection in Rats after Inescapable or Escapable Shoc », Science, vol. 216, n° 4544.

(6) Redford, B. Williams, « Neurobiology, Cellular and Molecular Biology and Psychosomatic Medicine », Psychosomatic Medicine, n°56, 1994.

Quand un syndicat agricole conseillait aux Etats-Unis de boycotter l’agriculture française Greenpeace / Wikileaks Reporterre 2010/12/21 Greenpeace / Wikileaks (21 décembre 2010) Quand un syndicat agricole conseillait aux Etats-Unis de boycotter l’agriculture française. Reporterre. fr

Quand un syndicat agricole conseillait aux Etats-Unis de boycotter l’agriculture française

Les Etats-Unis suivent avec attention la lutte anti-OGM en Europe. On apprend que certains au sein du syndicat agricole - « within the farm union » - leur recommandaient en 2007 de boycotter les produits français pour faire accepter les OGM, et que l’Espagne leur recommandait en 2009 de faire pression sur Bruxelles.

Le télégramme 07PARIS4723 date du 14 décembre 2007, mais il n’a rien perdu de sa fraîcheur et de son intérêt. Dans cet opus, Craig Stapleton, ambassadeur américain à Paris, aborde le savoureux sujet de la France, de l’OMC et des « biotech », déplorant de voir l’Europe « reculer » sur le dossier des OGM et la France jouer un rôle majeur dans ce mouvement…

Des agriculteurs français prêts à jouer contre leur camp pour ouvrir la porte aux OGM ?

L’ambassadeur américain à Paris conclut ainsi le résumé de ce télégramme : selon les « pro-biotechs » français, et notamment dans le syndicat agricole, des mesures de « rétorsion » envers la France seraient le seul moyen de faire bouger le pays.

Un syndicat agricole français conseillant aux États-Unis de prendre des sanctions à l’égard de la France pour l’obliger à accepter les OGM ? Un comble ! Voilà qui reviendrait à jouer contre son camp, alors que certains produits français sont régulièrement la cible de boycotts aux États-Unis. Par exemple, début 2009, le Roquefort, quasi emblème national, a vu ses droits de douane tripler en réponse à l’interdiction du bœuf américain aux hormones sur le marché européen. Autre coup dur encaissé par des producteurs français : dès 2003, suite à la position française contre la guerre en Irak, ce sont les vins qui ont été victimes d’une intense campagne médiatique anti-française…

Qui pourrait ainsi suggérer aux États-Unis de ressortir l’arme du boycott pour forcer l’UE et la France à accepter les OGM ? Quel syndicat agricole français serait assez pro-OGM pour aller jusque-là ? La question est à poser à Xavier Beulin, fraîchement élu président de la FNSEA et qui ne fait pas mystère de ses positions extrêmement favorables aux cultures transgéniques. Il le clamait déjà en 2007, année d’écriture du télégramme mis en ligne par Wikileaks, « la FNSEA a une position d’ouverture sur la question des OGM. (…) S’il y avait des risques avérés, l’État aurait déjà pris certaines mesures. »

L’industrie pro-OGM verse dans la paranoïa

Dans un autre télégramme 09MADRID482, envoyé depuis l’ambassade américaine de Madrid, datant de mai 2009 cette fois, on apprend que les représentants de Monsanto sont persuadés que l’adoption par la France d’une clause de sauvegarde interdisant dans l’Hexagone la culture du maïs MON 810, est le fruit d’un marchandage entre écologistes et Nicolas Sarkozy, sur le thème : « je vous donne gain de cause sur les OGM et vous fermez les yeux sur ma politique nucléaire ».

Hilarant d’imaginer un tel deal ! Les pro-OGM, aveuglés par leur idéologie et paranoïaques, sont apparemment incapables de croire que les dirigeants d’un pays comme la France, dont l’opinion publique est opposée aux OGM de façon durable et massive, n’agissent pas en fonction des graves incertitudes des scientifiques sur les impacts des OGM et de la volonté des citoyens, mais pactisent avec quelques écolos…

Et comment imaginer que Greenpeace puisse consentir à un tel marché ! Pour mémoire, à la veille du Grenelle de l‘environnement, des militants Greenpeace pénétraient sur la centrale nucléaire de Dampierre pour réclamer l’arrêt du programme EPR et dénoncer le nucléaire comme une option dangereuse, inutile et beaucoup trop onéreuse.

Depuis, la campagne anti-nucléaire de Greenpeace n’a pas faibli, au contraire. Rien que cette année, Greenpeace a contraint Areva, le géant français du nucléaire, à interrompre ses scandaleuses exportations de déchets nucléaires français en Russie et dénoncé les financements radioactifs de la BNP au Brésil et en Inde.

L’Espagne appelle les États-Unis à la rescousse

Retour aux OGM… La stratégie conjointe pro OGM des gouvernements espagnol et américain a été mise à jour dimanche 19 décembre par le quotidien espagnol El Pais.

L’Espagne apparaît comme le principal allié des États-Unis dans leur lutte en faveur des OGM en Europe. Selon l’un des câbles publiés par Wikileaks, le secrétaire d’État espagnol à l’Environnement, Josep Puxeu, a demandé à l’ambassade américaine de « maintenir la pression » sur Bruxelles pour que les OGM soient favorisés, illustration pour le moins étonnante de la solidarité censée régner au sein de l’Union européenne ! L’affaire fait actuellement un véritable scandale en Espagne.

Il faut dire que même en Espagne, l’opinion publique bascule : selon l’eurobarometre, étude menée par la Commission en février 2010, 53% des Espagnols sont opposés aux aliments OGM, 70% d’entre aux les considérant comme « anti naturels » et 59% comme un risque pour la santé. Or, comme le soulignent apparemment les industriels supporters des biotechnologies agricoles eux mêmes : « si l’Espagne tombe, le reste de l’Europe suivra ! ».

(...)

Etats-Unis : la part du nucléaire dans la production d’électricité devrait baisser AFP Reporterre 2010/12/23 AFP (23 décembre 2010) Etats-Unis : la part du nucléaire dans la production d’électricité devrait baisser. Reporterre. fr

Etats-Unis : la part du nucléaire dans la production d’électricité devrait baisser

La part du nucléaire dans la production d’électricité aux Etats-Unis devrait baisser de 20% à 17% dans les 25 prochaines années, au profit notamment du gaz naturel et des énergies renouvelables, a estimé jeudi l’Agence américaine de l’Energie (EIA).

Dans son rapport annuel 2011, cette agence gouvernementale estime que la production d’électricité à partir de l’énergie nucléaire devrait augmenter de 10% entre 2009 et 2035, année où elle atteindra 879 milliards de kilowatts-heures.

Mais la part du nucléaire dans la production électrique du pays ne sera alors plus que de 17%, contre 20% actuellement, selon les projections de l’administration américaine.

« La hausse des coûts de construction des centrales nucléaires (prévue par ce rapport), ainsi que la révision en baisse des prix du gaz naturel, rendent les nouvelles capacités nucléaires un peu moins attractives que prévu » dans le rapport 2010, justifie l’EIA.

L’agence prévoit la construction de cinq nouvelles centrales nucléaires dans les 25 ans à venir.

La part du gaz naturel devrait passer de 23% en 2009 à 25% en 2035 et celle des énergies renouvelables de 10% à 14%. En revanche, celle du charbon devrait passer de 45% à 43%.

Le gaz naturel devrait profiter de coûts de construction plus faibles que le nucléaire ou les énergies renouvelables. Cette source d’électricité devrait par ailleurs rester prisée en raison d’un bas coût, une situation qui selon l’EIA va perdurer, vu l’abondance de l’offre.

Le développement spectaculaire ces dernières années des techniques d’extraction dites « non-conventionnelles », qui permettent de libérer le gaz piégé dans la roche, a poussé l’agence à doubler son estimation de réserves de gaz aux Etats-Unis par rapport à l’année dernière. Elle évalue les réserves de « gaz de schiste » techniquement récupérable à 23.000 milliards de mètres cubes.

L’attrait actuel du gaz pourrait également toucher les énergies renouvelables : les experts de l’EIA sont moins optimistes que l’an dernier pour cette source d’énergie, qui devrait malgré tout représenter près d’un quart de la croissance de production d’électricité entre 2009 et 2035. Le secteur du vent va pâtir, selon le document, d’une hausse du coût de construction des éoliennes.

Concernant le charbon, s’il devrait rester la première source d’énergie du pays, son importance devrait décliner et l’EIA ne prévoit la construction d’aucune nouvelle centrale « au-delà de celles déjà en construction ou soutenues par des incitations au charbon propre ».

L’agence estime que les émissions de C02 des Etats-Unis, qui ont chuté en 2008 et 2009 avec la crise, devraient retrouver en 2027 leur pic de 2005. « Sans nouvelle mesure de réduction des gaz à effet de serre, les émissions de CO2 vont ensuite augmenter de 5% entre 2027 et 2035 », prévient-elle.

L’oligarchie a choisi Strauss-Kahn. Et nous ? Jean-Pierre Lefebvre Reporterre 2010/12/23 Jean-Pierre Lefebvre (23 décembre 2010) L’oligarchie a choisi Strauss-Kahn. Et nous ?. Reporterre. Tribune — fr

L’oligarchie a choisi Strauss-Kahn. Et nous ?

"Comment la gauche pourrait-elle soutenir l’incarnation même de la crise capitaliste, chargé par ses patrons des marchés mondiaux de la faire payer aux salariés ?"

En 2012 au deuxième tour, la gauche peut être appelée à voter pour le candidat socialiste pour faire barrage à Sarkozy. Quelles que soient nos réserves sur les « primaires » organisées par le parti socialiste, qui visent aussi à affaiblir l’impact d’un candidat anticapitaliste clair, nous pouvons sans doute être placés devant un choix impossible si Dominique Strauss-Kahn (DSK) est désigné. Comme jadis entre Poher et Pompidou, ce serait encore une fois Bonnet blanc et Blanc bonnet !

C’est en effet Sarkozy qui, après Kouchner, Besson, Rocard, etc., est allé débaucher du PS Strauss Kahn pour le faire élire à la direction du FMI (Fonds monétaire international) avec la bénédiction des USA. DSK est SON directeur du FMI.

Pour Henri Emmanuelli, dirigeant du PS, le FMI n’a lancé aucune alerte sérieuse sur l’explosion inconsidérée des liquidités et les risques de dérégulation financière : quand 700 000 milliards d’Euros, douze fois le PIB mondial sont en circulation comme outils financiers incontrôlés, masse financière hors de proportion avec l’économie réelle. Il s’interroge : les acteurs financiers sont-ils les mieux placés pour rétablir plus de justice et la confiance dans l’avenir ? Faut-il demander à ceux qui n’ont rien vu venir d’être les sauveurs ?

Pour Arnaud Montebourg, il faut réguler les marchés, imposer les transactions financières, stopper la désindustrialisation de la France (deux millions d’emplois industriels perdus en vingt ans) en usant d’un protectionnisme souple à l’égard du dumping unilatéral chinois. DSK est pour le libre échange à la mode américaine, donc pour la poursuite des délocalisations !

Le peuple grec est matraqué par le FMI de l’exquis DSK qui diminue les retraites, les salaires, les avantages sociaux en imposant une politique de rigueur sordide sous la pression des marchés quand ce sont eux qui, par leur spéculation, ont conduit à la crise. Les spéculateurs font s’envoler les taux d’intérêts que la Grèce, condamnée à la pire austérité, n’aura aucun moyen de rembourser. Les Grecs manifestent contre DSK, huant son effigie sur leurs pancartes. Comment la gauche pourrait-elle soutenir l’incarnation même de la crise capitaliste, chargé par ses patrons des marchés mondiaux de la faire payer aux salariés ?

En 2007, l’opération Ségolène avait imposé par médias et sondeurs au peuple de gauche une candidate médiocre qui louchait déjà à droite, faisant ainsi gagner Sarkozy au second tour.

Les mêmes veulent rééditer leur mauvais coup visant à fausser le jeu démocratique. DSK est placé artificiellement en tête des sondages car il est absent de la bataille politique sur le terrain, telle l’Arlésienne.

Ce sont en fait les électeurs de droite qui le placent en tête des candidats de gauche, ce qui est un record dans la manipulation politicienne !

Pourtant le sondage de Libération du 16 décembre ne peut empêcher qu’un peu de vérité transparaisse : les mots qui reviennent le plus souvent sur DSK, dit le journal, sont finance, argent, rigueur, par contre, ils ne sont seulement que 9 % des sondés à lui faire correspondre le terme gauche, 6 % celui de France, 4 % celui de catégories populaires… !

DSK a été le mauvais génie de Jospin, privatisant à outrance les nationalisations et lui conseillant de désengager l’Etat lors des menaces de licenciements chez Michelin, ce qui a conduit à la défaite de 2002 et au succès de Le Pen au premier tour.

DSK vient au FMI de se déclarer hostile aux 35 heures, réforme vitale de la gauche contre le chômage ! Il vient de se prononcer contre la retraite à 60 ans en pleine bataille contre Sarkozy ! Est-il partisan de l’augmentation des minima sociaux ? Que pense-t-il de l’apartheid israélien qui aggrave le fossé avec les Arabes, entretenant une dangereuse tension, foyer possible d’un conflit mondial ?

Avec ses déficits, la France est inscrite sous le regard des marchés spéculatifs qui, après la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, rêvent de lui vendre des emprunts ruineux dont nous devrons payer l’addition en conduisant la France à la ruine et les agioteurs à l’enrichissement sans cause.

Laisser accéder DSK à l’Elysée, c’est faire entrer un autre loup dans la bergerie et s’orienter demain vers une austérité drastique, diminuer les salaires, augmenter le chômage, rogner sur les retraites et les avantages sociaux, afin de permettre à ses amis milliardaires, Bettencourt et consorts, de rafler quelques yachts ou îles paradisiaques de plus ! C’est reculer pour cinq ans encore la perspective de changements anticapitalistes profonds, seule issue à la crise générale !

Le peuple français ne peut se laisser berner par les manipulations des actionnaires du CAC 40 visant à préserver leurs scandaleux privilèges. Se laisser imposer leur homme lige plutôt qu’un candidat clairement hostile aux bourses et aux banques serait faire le jeu des racistes et populistes d’extrême droite en risquant de retrouver une autre Le Pen au second tour.

Malgré Loppsi, la liberté... Yurtao, la voie de la yourte Reporterre 2010/12/27 Yurtao, la voie de la yourte (27 décembre 2010) Malgré Loppsi, la liberté.... Reporterre. Tribune — fr

Malgré Loppsi, la liberté...

"...afin que chaque jour qui se lève trouve encore en nous les traces de ce véritable être humain que célèbrent les Indiens."

Vous avez signé des pétitions, très bien. Ça vous a pris deux minutes, un peu plus si vous cafouillez sur l’ordi, et après ça, vous avez la conscience tranquille. Vous avez fait votre part, on peut pas être partout, sur tous les fronts, on peut pas tout signer, on est noyés et on peut pas passer son temps devant l’écran. Alors là, on fait son petit effort pour les pauvres, on fait sa BA du jour.

Vous ne savez pas où vont ces signatures, moi non plus, personne ne le sait, et tout le monde s’en fout, l’important, c’est que ça fasse marcher les sites de pétition qui se font un business pas possible et que ça vous soulage vite fait bien fait, que vous puissiez continuer à surfer sur la vague de votre vie sans trop vous prendre de gamelles personnelles. Mais les pétitions, ça sert à rien.

Vous alertez les médias, et les journalistes qui sentent le sujet porteur vont finir par accourir, ils vous tendent le micro, vous bafouillez votre vérité, votre colère, ils tronquent les neuf dixième de votre parole et ne gardent que le petit bout qui vous a échappé et correspond à ce que leur direction attend d’eux, et vous restez là avec votre ego tout boursoufflé d’avoir été remarqué, mais quand même, avec le vague sentiment de vous être fait berné, utilisé, manipulé.

Mais si, par chance, parce que votre élocution est photogénique, ils mettent votre nom et votre photo avec, alors vous savez que vous y retournerez et que cette fois, avec un peu de décérébralisation opportune, vous ne vous ferez plus avoir....

Au moins, vous aurez dans la poche le numéro du journaliste qui viendra peut-être, si votre yourte est pas trop loin de Paris, couvrir votre expulsion. Ce qui aura l’avantage de faire encore plus peur aux braves gens et à vos frères de cabanisation, et de renforcer la politique du pilori et de guerre civile que vous dénoncez.

Alors tout compte fait, ça ne sert peut-être pas à rien. Vous allez aux manifs, encore mieux. Avec vos locks, vos chiens, vos timballes, vos tracts, super, ça fait du monde, ça fait du bruit, et donc, les badauds bourgeois du centre ville, ils se rendent compte que des marginaux, comme le clament tous les jours les fachos de la télé, yen a vraiment beaucoup, qu’ils ont l’air vraiment sales. Peuvent pas s’habiller comme tout le monde, non ? Heureusement qu’on a Hortefeux pour nettoyer tout ça, il a raison, le bougre, de tout raser. Après le karsher des banlieues, évidement, le karscher des campagnes, logique. Et après ?

Après, ça sera toi qui te crois à l’abri. On s’agite, on gueule, on piétine devant les préfectures, on pose même des tentes, parce qu’on est épouvantés, parce qu’ils ont réussi à nous faire vraiment peur.

Mais regardez sur la 3 les députés à qui vous avez écrit en vous fendant d’une lettre de seize pages, avec la liste de toutes les violations du droit induites par leur loi scélérate, regardez comme ils rigolent entre eux, voyez comme ils sont au chaud dans leur microcosme à bulles au parlement, avec leurs petites histoires de copinages, de rivalités et de fayotages ! Vous croyez quand même pas que quelques gueux qui crient devant la porte, ça va faire autre chose que les ennuyer, gêner leur sieste à 6000 Euros, tous frais payés !

Vous croyez quand même pas que ceux qui ont pondu cette loi infâme vont tout à coup se rétracter parce que vous vous plantez dans le froid sous leurs fenêtres ? Ils attendent juste qu’on crève, point barre. Je dis pas que les manifs, ça sert à rien, je dis que ça changera pas le vote, comme ça n’a pas changé la réforme des retraites, passée en force.. Des millions de personnes dans la rue pendant trois semaines, baladés en troupeau par les syndicats, ils n’en ont rien eu à cirer. On avait pourtant de l’organisation, des moyens, de beaux drapeaux, des camions avec de la sono, des super grandes banderoles.... Souvenez vous de la Picharlerie, au cœur des Cévennes, il y a trois ans, habitée pacifiquement par des jeunes qui retapaient nos vieux foyers abandonnés, rasée sans état d’âme sur ordre d’un préfet et d’un pasteur, pierres sur pierres au bulldozer, pour que personne ne puisse plus jamais s’y installer !

Bon, vous êtes en train de construire votre yourte, ou en train d’imaginer votre future yourte pour caler votre petite famille dans un coin encore à peu près potable, un lopin que vous voulez amender, cultiver, embellir, et voilà, avec tout ça, vous êtes en suspens, vous paniquez. J’ai le droit, pas le droit, va falloir que j’achète un terrain constructible pour être enfin tranquille, que je passe par leurs normes, mais c’est trop cher, qu’est ce que je fais ??? Et vous laissez tomber vos outils, vous remettez en question votre projet, et certains déjà démontent leur yourte....préventivement..... Aïe Aïe Aïe ! NON ! NON et NON ! Ne leur laissons pas le pouvoir de matraquer notre vie et de nous remplir de ce sentiment malfaisant capable de faire vaciller le meilleur des auto-constructeurs de yourte, la peur.

Continuons à agir selon notre conscience, continuons à poser des yourtes là où nous vivons, continuons à faire pousser des fleurs là où ils veulent le désert ! Nous, habitants des yourtes, sommes en train de construire un monde nouveau à l’écart du foutoir. Notre seule force, c’est notre dignité, notre respect, notre non-violence, notre cohérence, notre réflexion, notre engagement, notre vérité, notre incorruptibilité. Si nous devons disparaître comme les ethnies et les espèces qu’ils ont déjà exterminé, alors il ne nous reste que la beauté, que le chant du cygne. Créons nos réseaux de paix, malgré nos conditionnements à nous jalouser, nous concurrencer, nous soupçonner, continuons à cultiver l’amour dans nos cœurs là où ils veulent la guerre ! Cessons de courir partout comme des biches poursuivies par la meute. Ils nous feront passer pour des loups, des chacals, des prédateurs plus féroces qu’eux, toujours prêts à dévorer leurs petits.

Faisons face, assis calmement devant nos cabanes, nos yourtes si frêles sous la neige, afin que chaque jour qui se lève trouve encore en nous les traces de ce véritable être humain que célèbrent les Indiens.

Soyons fermes et inébranlables dans notre vérité et nos choix, poursuivons nos travaux dans l’attention à ce qui vaut la peine. Ne dévions pas de notre chemin intérieur, et si nous ne pouvons le préserver de la violence, ne sombrons pas nous-même dans la concession, l’accusation, la trahison, ne sombrons pas dans la brutalité... Ne nous soumettons qu’à notre liberté, qu’à notre courage, afin que quand ils viendront nous chercher, nous soyons doux comme des colombes et imprenables comme des aigles.

Car si nous ne savons pas l’heure et le jour où ils viendront, nous avons le pouvoir de céder la place en bon état, et de partir en ayant accompli ce pour quoi nous sommes apparus.

Total ne paye pas d’impôt en France... Challenges Reporterre 2010/12/27 Challenges (27 décembre 2010) Total ne paye pas d’impôt en France.... Reporterre. fr

Total ne paye pas d’impôt en France...

... comme beaucoup de grandes entreprises du CAC 40.

En France, l’impôt sur les sociétés (IS) est fixé à 33,3%, et 15% pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 7,6 millions d’euros (sur ses 38.120 premiers euros de bénéfice). En théorie. Car dans la pratique, ces taux sont largement contournés. Une enquête du Journal du dimanche publiée dimanche 19 décembre conclut qu’« une entreprise du CAC 40 sur quatre n’a pas payé d’impôt sur les sociétés l’an dernier ». En 2009, malgré un bénéfice de plus de 8 milliards d’euros, Total n’a pas payé un centime d’IS en France. Idem pour Danone, Suez, Essilor, Saint-Gobain et Schneider. Ces sociétés ont toutes payé cet impôt à l’étranger : près de 8 milliards pour Total, 433 millions pour Schneider, 424 millions pour Danone...

« Un impôt de chagrin »

Les causes diffèrent selon les sociétés. Pour Total, c’est parce que ses activités françaises, les raffineries, sont en perte. De son côté, « Danone déduit la facture de ses emprunts contractés pour acquérir Numico en 2007 », selon le JDD, profitant de ce que l’on appelle dans le code des impôts de la « déductibilité des intérêts ».

Il n’y a dans cet état de fait rien d’illégal. Si la crise a diminué les bénéfices, donc l’IS, les grandes entreprises françaises profitent surtout des diverses dispositions fiscales qui permettent de multiples exonérations : le report illimité des pertes, le régime fille-mère, le crédit impôt-recherche, la « niche Copé »... L’impôt sur les sociétés est devenu « un impôt de chagrin » selon le ministre du Budget François Baroin, cité par le journal.

Le CAC imposé à 8% en moyenne

Un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires publié en octobre indique que les entreprises du CAC 40 sont imposées en moyenne, au titre de l’IS, à 8%, tandis que les PME le sont à 22%, ces dernières n’ayant pas les moyens des grands groupes en matière d’optimisation fiscale. Ce rapport précise que les économies réalisées par les entreprises grâce aux dérogations fiscales représentaient 66,3 milliards d’euros en 2009, contre seulement 18,5 milliards en 2005.

Dans un contre-rapport publié le 30 novembre, le Medef expliquait que ces niches fiscales, qui se multiplient depuis huit ans, étaient la compensation nécessaire pour les entreprises à une imposition parmi les plus élevées d’Europe.

Pas plus de 3 mandats sociaux pour un même individu

Par ailleurs, 120 députés UMP et Nouveau Centre ont déposé une proposition de loi dont l’objectif est de limiter à trois le nombre de mandats d’administrateurs dans les sociétés cotées en Bourse. Le maximum est aujourd’hui fixé à cinq.

« Siéger dans cinq conseils d’administration ou de surveillance de sociétés du CAC 40 ne permet pas l’exercice d’une action de contrôle optimale de chaque entreprise, notamment dans le cadre de conglomérats à activités multiples, sans compter les problématiques posées par les rémunérations excessives, l’absentéisme et la cooptation », justifie dans un communiqué le député UMP Jacques Domergue, à l’origine du texte.

Retour sur Cancun Jean Sireyjol Reporterre 2010/12/28 Jean Sireyjol (28 décembre 2010) Retour sur Cancun. Reporterre. Tribune — fr

Retour sur Cancun

On peut se réjouir du résultat des négociations de Cancun redonnant l’espoir que l’ensemble des pays s’entendent pour résoudre la crise climatique qui nous menace tous. C’est probablement un sursaut dans la bonne direction, mais il reste beaucoup d’obstacles à surmonter jusqu’à l’accord qui nous permettrait de rester en dessous des 2°C d’augmentation de température.

Certainement les évènements climatiques de 2010 ont-ils joué un rôle dans ce nouvel état d’esprit des négociateurs. 2010, qui pour la NASA va inscrire le nouveau record de température sur l’ensemble de l’année, a été marquée par de multiples événements climatiques exceptionnels (sécheresse en Russie, inondations au Pakistan, et plus prés de nous à une bien moindre échelle, la tempête Xynthia et l’inondation de Draguignan). En décembre, c’est Israël, qui a dû lutter, avec l’aide de ses voisins, contre les feux de forets les plus importants de son histoire, ce qui a amené, lors de l’enterrement d’un jeune pompier, Shimon Peres à la vision suivante : « Sur cette terre, les Juifs, les Arabes et les Druzes partagent le même destin ».

Pour revenir à Cancun, la déclaration finale se propose de continuer à faire vivre le protocole de Kyoto qui normalement doit se terminer en 2012. Ce protocole, le premier de ce genre, a le mérite d’exister (depuis 2005) et de concerner en priorité les pays riches, de très loin les principaux émetteurs de carbone par habitant.

Cependant ce protocole est fondamentalement vicié par la façon de comptabiliser les émissions de carbone. On a retenu la simplicité de la comptabilisation des émissions attribuées au producteur alors que la comptabilisation juste est celle des émissions attribuées au consommateur, comme le montre l’exemple suivant : Quand dans les années 80 la famille Dupont achète un ensemble de mobilier de jardin en plastique, les émissions de carbone sont comptabilisées en France car c’est l’entreprise Franceplast qui a fabriqué ces produits. Quand dans les années 2000 le couple Dupont offre un mobilier de jardin à sa fille, les émissions de carbone ne sont plus comptabilisées en France, mais en Chine, producteur mondial de ces articles. A votre avis, pour les gaz à effet de serre qui nous réchauffent le climat, quelle différence que ces mobiliers soient produits en France ou en Chine ? (Réponse : aucune !)

Avec cette façon de comptabiliser « à la Kyoto », les délocalisations massives depuis 1990, qui sont une très mauvaise nouvelle pour l’emploi en France, deviennent une excellente nouvelle pour la tenue de nos engagements de Kyoto. Notre gouvernement, comme les autres en Europe, ne se prive pas du plaisir de présenter la France (et l’Europe) comme le bon élève en matière de climat. Facile pour la France de se vanter d’avoir baissé de 2% ses émissions de carbone par rapport à 1990, alors qu’on oublie les 33% d’émissions de carbone délocalisées mais dont on est pourtant parfaitement responsable (1) ! Si nous voulons vraiment rester sous les 2°C d’augmentation de température, nous devons réduire nos émissions de carbone, pas les délocaliser.

On ne peut pas négocier avec le climat, ces réductions d’émissions nous sont imposées par les lois de la physique qui régissent notre planète. Les objectifs à atteindre sont gigantesques, pour nous en France ce n’est pas l’affaire de quelques %, c’est diviser par 4 (soit 75% de réduction) ! Tant qu’il n’y aura pas un prix, régulièrement croissant, sur le carbone, comment peut on espérer y arriver ? Alors oui, il faut mettre une taxe sur le carbone, appelons-la contribution climat si le mot taxe fait peur, et cette contribution doit être redistribuée égalitairement entre chacun pour protéger financièrement les plus modestes contre ce surcoût carbone qui ne doit pas pénaliser ceux qui émettent peu de carbone.

Aller au-delà de Kyoto, c’est explorer les solutions nouvelles. Nous avons un destin commun. Quand le prenons-nous en main ?

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Note :

(1) Etude du Commissariat général au développement durable, août 2010, CO2 et activités économiques de la France - Tendances 1990-2007 et facteurs d’évolution

Les Pénans de Bornéo menacés par l’huile de palme Survival International Reporterre 2010/12/28 Survival International (28 décembre 2010) Les Pénans de Bornéo menacés par l’huile de palme. Reporterre. fr

Les Pénans de Bornéo menacés par l’huile de palme

Les chasseurs-cueilleurs penan et d’autres tribus de Bornéo sont menacés par de nouveaux projets d’expansion de plantations de palmiers à huile à grande échelle dans l’Etat malaisien du Sarawak.

Le gouvernement du Sarawak a annoncé son intention de doubler la superficie des plantations de palmiers à huile d’ici 2020 en exploitant les terres indigènes qui, prétend-il, sont ‘en majorité sous-utilisées et sans titres de propriété’.

Les compagnies d’exploitation forestière ont déjà détruit une grande partie de la forêt dont les Penan dépendent pour leur survie. Comme les tribus voisines, ils assistent à la liquidation de leurs terres au profit des plantations de palmiers à huile. Ils ont porté plus d’une centaine de recours devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits territoriaux.

Une femme penan a confié à un représentant de Survival International : ‘La forêt est mon toit et mon abri, c’est elle qui m’apporte tout ce dont j’ai besoin pour me nourrir. Mais avec les palmiers à huile, tout ceci disparaîtra’.

Matu, un chef penan dont la terre a déjà été couverte de plantations de palmiers à huile a dénoncé : ‘Nous avons été dépossédés par la force de notre terre et de nos forêts. Nos arbres fruitiers ont disparu, nos zones de chasse ont été considérablement réduites et nos rivières sont polluées, les poissons meurent. Auparavant, il y avait plein de sangliers par ici. Aujourd’hui, nous en chassons à peine un tous les deux ou trois mois’.

L’objectif du gouvernement est de planter d’ici 2020 deux millions d’hectares de palmiers à huile. Le ministre du Développement territorial, James Masing, a indiqué au quotidien malaisien The Star que l’huile de palme était devenue la troisième source de devises étrangères du pays après le pétrole et le gaz naturel liquéfié. Il a déclaré que son ministère s’efforçait d’éviter la bureaucratie et qu’il se dirigeait vers un ‘développement plus agressif’ des territoires indigènes.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré le 20 décembre : ‘Le gouvernement du Sarawak place, comme à son habitude, le profit avant les gens et affiche un mépris flagrant pour les droits des peuples indigènes. Le développement des plantations de palmiers à huile provoquera un désastre irréparable et les Penan n’en veulent pas’.

L’huile de palme est utilisée pour fabriquer des agrocarburants et est un composant alimentaire et cosmétique.

Transition optimiste Hervé Kempf Reporterre 2010/12/29 Hervé Kempf (29 décembre 2010) Transition optimiste. Reporterre. Tribune — Culture et idées fr

Transition optimiste

A suivre le courant des affaires du monde, on pourrait croire que, finalement, tout ne va pas si mal. Oui, c’est la crise, il y a des guerres, des chômeurs, des tensions - mais cela a toujours eu lieu, non ? Et tout pourrait continuer de ce pas, grosso modo. Le discours des écologistes est radicalement différent. Ils affirment que, derrière le déroulement usuel des événements, s’approfondissent les fissures qui, transformées en fractures, peuvent mener à la débâcle de la civilisation. Qu’avec le pic pétrolier, notre société fondée sur l’abondance énergétique va rapidement découvrir la restriction, tandis que le changement climatique, par la transformation rapide de la biosphère qu’il prépare, va déstabiliser le système économique.

On comprend que ce catastrophisme assumé soit refoulé par l’idéologie dominante, puisqu’il en dresse le constat d’échec. Mais une autre raison du refoulement est qu’une prévision présentée sous le mode de la fatalité est paralysante. Les écologistes ne parviennent pas encore à proposer une vision positive. Certes, on observe énormément de propositions, d’initiatives et de démarches préparant une façon de vivre collectivement qui permettrait d’éviter la catastrophe - ou de s’y adapter. Mais elles sont disséminées, parcellaires, et donc presque invisibles. Il faut une vision commune et, sans doute, une méthode.

C’est à ce manque que pallie en partie le Manuel de transition, écrit par Rob Hopkins (coédition Silence et Ecosociété, 216 p., 20 €), et qui suscite un intérêt justifié dans le landerneau écologiste. Hopkins a lancé, en 2006, à Totnes, en Angleterre, le réseau des « villes en transition ». Il s’agit de s’organiser en communauté pour mettre en oeuvre la transition vers une économie sobre. La transition comporte un « plan de descente énergétique », la baisse de la consommation d’énergie étant la priorité pour s’adapter aux conditions nouvelles. Le moyen, outre la sobriété matérielle, en est de relocaliser au maximum les activités : il ne s’agit pas d’être totalement autonome, mais de limiter la dépendance aux importations lointaines.

Plusieurs idées rendent attractive la démarche de la transition. Elle ne rejette pas la crise écologique vers les générations futures, mais affirme qu’elle est déjà là, et qu’on n’échappera pas à plusieurs de ses conséquences, même s’il est vital de la limiter. Catastrophiste dans l’analyse, elle est positive dans l’action, force de proposition et de réalisation. Elle ne s’en remet pas à l’individu isolé et impuissant ni à l’Etat lointain et souvent démuni, mais à la communauté agissant collectivement, sur son terrain. Elle est... optimiste !

En Islande, les citoyens écrivent la nouvelle Constitution Jean Tosti Reporterre 2010/12/29 Jean Tosti (29 décembre 2010) En Islande, les citoyens écrivent la nouvelle Constitution. Reporterre. fr

En Islande, les citoyens écrivent la nouvelle Constitution

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois. Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93 %, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.

C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée : lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”. C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants.

Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France : songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État.

Eva Joly ne laissera pas la place à Nicolas Hulot Dominique de Montvalon (France Soir) Reporterre 2010/12/30 Dominique de Montvalon (France Soir) (30 décembre 2010) Eva Joly ne laissera pas la place à Nicolas Hulot. Reporterre. fr

Eva Joly ne laissera pas la place à Nicolas Hulot

Née à Oslo il y a 67 ans, l’ex-magistrate Eva Joly – qui a la double nationalité française et norvégienne – est pressentie pour porter en 2012 les couleurs d’Europe Ecologie-Les Verts.

Son coach ? Daniel Cohn-Bendit en personne, convaincu que la députée européenne peut demain marier l’écologie, la finance et… la morale, et faire franchir un palier de plus au mouvement des Verts, qui aspire à prendre un jour la relève de socialistes épuisés.

Seulement voilà : comme Eva Joly est une fraîche convertie et qu’elle a fait jusqu’ici des débuts médiatiques tâtonnants, les écolos, qui sont des gens cruels, en sont déjà à se demander comment « débarquer Eva », et qui mettre à sa place. Là, au portillon, on se bouscule.

Ces jours-ci, la star, c’est Nicolas Hulot, qui vient de faire une entrée en boulet de canon dans le baromètre mensuel Ifop-Paris-Match en s’installant d’emblée à la première place de ce « hit » de la popularité. Alors, pourquoi pas Hulot ?

Beau raisonnement, belle erreur. Eva Joly, mine de rien, s’est prise au jeu, et il n’est pas né celui qui va prendre la place de cette fausse naïve, puncheuse, revancharde et rouée.

Elle est décidée à être candidate et, si elle a dîné samedi soir avec Nicolas Hulot, ce n’est pas pour lui dire : « Passez donc, camarade, je m’efface. » Mais bien le contraire. « En Norvège, dit-elle à l’intention de ceux qui lui demandent de présenter ses brevets verts, l’écologie fait partie, à la naissance, de notre culture. Désolée, j’étais écolo avant l’heure… »

Le personnage est étonnant autant que détonnant. Eva Joly admet qu’elle n’a croisé jusqu’ici les dirigeants PS que « fortuitement », et les décrit comme ayant plutôt « continué le système » que changé la vie.

Elle « se réjouit » que Jacques Chirac ait bientôt des comptes à rendre devant la justice, même s’il sera bien de tenir compte de son « grand âge ». Elle assure qu’on peut parfaitement « vivre sans le nucléaire ». Nucléaire dont elle voudrait d’ailleurs connaître le « coût réel » : il faudra « l’exiger ».

Elle souhaite l’instauration d’un « revenu maximal » (qui pourrait être de l’ordre de 500.000 € par an). Elle pourfend Brice Hortefeux qui, dit-elle, n’hésite pas à défendre des policiers qui ont fabriqué de fausses preuves pour faire condamner « des innocents » alors qu’ils risquaient, en réalité, la cour d’assises. Elle s’étonne qu’on puisse prétendre, y compris à gauche, que la croissance va « fabriquer des emplois » : « Nous, nous allons soutenir la décroissance des choses néfastes… »

Elle assure qu’elle souhaite la victoire de « la gauche » en 2012, mais juge que le clivage gauche/droite est, à bien des égards, caduc. Elle estime que le non-respect des « règles démocratiques » est, en France, « paroxystique ».

Dans son élan, citant « Dany », elle s’interroge à haute voix : « Comment réconcilier ceux qui ont peur des fins de mois et ceux qui ont peur de la fin du monde ? »

En attendant de trouver la réponse, elle admet que sa précampagne n’a pas été jusqu’ici « très professionnelle », et affirme qu’en janvier cela va changer. Avec, notamment, un site Web que va diriger un Ivoirien, ancien collaborateur d’Obama et époux d’une… Norvégienne. Puis, remettant son manteau, Eva Joly s’agace : « Ce matin, je me suis trompée de lunettes. Je voulais les vertes. Ces rouges ne vont pas avec ma robe… »

Puis elle se retourne, et sourit : « La période où j’avançais tranquille, la bouche en cœur, croyez-moi, c’est fini ! » Voilà Hulot prévenu.

Les LGV servent les riches, pas la société Julien Milanesi Reporterre 2010/12/30 Julien Milanesi (30 décembre 2010) Les LGV servent les riches, pas la société. Reporterre. Tribune — fr

Les LGV servent les riches, pas la société

Les nouvelles lignes à grande vitesse sont promues comme un gage de modernité écologique. Mais le prix du TGV le réserve aux plus aisés, et les sommes investies dans leur construction serait plus utile dans d’autres domaines.

En ce moment, dans la presse et sur les murs du grand Sud-Ouest, des affiches vantent les mérites du projet de nouvelles lignes à grande vitesse (LGV) GPSO (Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest). Quelques images accompagnées d’un mot : une jeune femme est assise dans l’herbe, un train chargé de voitures passe derrière elle (« Responsable ») ; un homme en cravate somnole en souriant dans un fauteuil de TGV (« Utile ») ; une autre jeune femme se détend allongée prés de l’eau (« Rapide ») ; un enfant embrasse un vieux monsieur qui sourit (« Proche »).

Si nous laissons de côté le message à teneur écologique (« Responsable ») qui s’adresse clairement à l’intérêt général, ces affiches s’adressent aux individus : « Avec les LGV vous pourrez aller travailler plus facilement, partir en week-end au bord de la mer et voir votre famille plus souvent ». Mais ces perspectives réjouissantes s’adressent-elles pour autant à tous, voire à la majorité d’entre nous ?

Non, indéniablement, et c’est là tout le problème de justice que pose le financement public de ces nouvelles infrastructures. Nous sommes en effet peu nombreux à avoir besoin de faire un aller-retour dans la journée à Paris pour des raisons professionnelles et peu nombreux à pouvoir se payer régulièrement, au prix actuel du TGV, un week-end au bord de la mer ou en famille. L’utilité de ces infrastructures est donc limitée aux plus mobiles et aux plus aisés d’entre nous.

Pour les autres, de loin les plus nombreux, la priorité en terme de transport est le développement de transports collectifs de proximité bon marché permettant de faciliter les déplacements quotidiens domicile-travail. Ce sont ces équipements qui permettront par ailleurs de diminuer significativement l’usage de l’automobile et les émissions de CO2 afférentes.

Alors, faisons tout, me direz vous : les LGV et les transports de proximité ! Le problème est que l’on ne pourra pas, l’argent public est rare et le coût des LGV est astronomique. Un kilomètre de ligne LGV coûte en effet 20 millions d’euros. Le projet GPSO coûterait ainsi environ 20 milliards d’euros, dont au moins les deux tiers seraient versés par la collectivité (pour réaliser cet ouvrage concédé à une exploitation privée durant 50 ans).

Les nombreuses collectivités locales qui s’apprêtent à s’engager dans ce financement verraient ainsi leur budget d’investissement considérablement amputé pour de longues années, au détriment des services publics de proximité dont elles ont la charge. Pour donner un ordre de comparaison, un collège coûte autant que 2 kilomètres de nouvelle ligne à grande vitesse.La construction de ces lignes se traduirait ainsi par une subvention au mode de vie des plus aisés au détriment du quotidien des plus pauvres d’entre nous.

On objectera à cet argument que ces LGV s’inscrivent dans une logique de compétitivité des territoires, qu’elles sont indispensables pour ne pas perdre la guerre économique, que nos élites doivent bouger et que nos territoires doivent attirer les urbains fortunés pour ne pas se retrouver au ban de l’économie mondiale, ce qui nuirait au final à tous.

C’est vrai, en partie, mais cela ne clôt pas le débat pour autant, au contraire. La compétitivité est tout d’abord une notion relative (on est plus ou moins compétitif que quelqu’un) et ce qu’il y a derrière ces projets de LGV, c’est une question de concurrence territoriale. Ces équipements ne créent pas, en effet, d’activité, mais la déplacent vers les grands centres urbains. Les articles récents dans la presse locale sur la concurrence entre Bordeaux et Toulouse en sont l’illustration parfaite. La question est dès lors de savoir si ce mode de développement misant sur la concentration dans les grandes agglomérations d’activités à forte valeur ajoutée, tournées pour la plupart vers l’exportation, est soutenable socialement (et écologiquement).

Organiser le territoire et orienter l’action publique (et ses financements) à la seule faveur de ces grands pôles de compétitivité aggrave les fractures déjà existantes dans notre société : celle entre travailleurs qualifiés et mobiles et les autres, celle entre urbains et ruraux (ou péri-urbains), celle entre gagnants et perdants de la mondialisation, celle entre ceux pouvant faire Paris-Biarritz en trois heures pour passer le week-end et ceux ayant des difficultés à remplir le réservoir de leur automobile pour se rendre tous les jours sur leur lieu de travail (ou ceux utilisant au quotidien des transports ferroviaires de proximité dont la fiabilité se dégrade).

Un modèle de développement différent, qui serait notamment plus centré sur l’économie locale, est indispensable pour réduire ces fractures. Mais la transition vers ce type d’organisation économique sera coûteuse en argent public et il est d’autant plus urgent de ne pas le dépenser dans des infrastructures comme les LGV qui aggravent les difficultés. Un compromis est possible, c’est celui de l’amélioration des voies existantes pour que puissent y circuler plus rapidement les TGV sans pour autant atteindre les vitesses de 300 ou 350 km/h. Ce serait bien moins coûteux que les LGV (de l’ordre de 1 à 5) et ce que nous perdrions en vitesse, nous le gagnerions en justice sociale !

Action des déboulonneurs à Paris le 31 décembre Collectif des Déboulonneurs de Paris Reporterre 2010/12/30 Collectif des Déboulonneurs de Paris (30 décembre 2010) Action des déboulonneurs à Paris le 31 décembre. Reporterre. fr

Action des déboulonneurs à Paris le 31 décembre

Les fêtes de fin d’année devraient être « une période dédiée à la solidarité, au partage, à l’introspection et la remise en cause de nos comportements pulsionnels, tout cela bien sûr dans la joie de vivre, l’amour et l’amitié... »

DÉSOBÉISSANCE CIVILE CONTRE LE SYSTÈME PUBLICITAIRE

49e ACTION parisienne Vendredi 31 décembre 2010 Rendez-vous à 19h à la sortie du métro Hôtel de Ville, ligne 1 (sur le parvis de l’Hôtel de Ville).

Le Collectif des déboulonneurs poursuit son action d’envergure nationale contre le système publicitaire. Il fêtera cette nouvelle année en montrant sa détermination à la commencer sans affichage publicitaire tant à l’extérieur que dans les enceintes et lieux publics liés aux transports en commun : Métro et gares SNCF. Le collectif de Paris, dont la dernière action s’est déroulée non loin du métro “Étoile”, se soldant par 5 arrestations et 3 panneaux barbouillés, effectuera sa quarante-neuvième action le vendredi 31 décembre 2010.

Cette action se déroulera à l’occasion des fêtes de fin d’année qui sont traditionnellement une période de débauche publicitaire et marchande alors que cela devrait être avant tout une période dédiée à la solidarité, au partage, à l’introspection et la remise en cause de nos comportements pulsionnels, tout cela bien sûr dans la joie de vivre, l’amour et l’amitié…

Nos meilleurs vœux à toutes et tous pour une année placée sous le signe de la décontamination publicitaire

N’attendons rien du Grenelle, attendons tout d’une mobilisation citoyenne

Chacun/e à le droit et même le devoir de résister par les moyens de la désobéissance civile à la déferlante publicitaire qui est un système totalitaire en perpétuelle expansion.

Objectif du collectif des déboulonneurs :

Une taille maximale d’affichage de 50 × 70 cm, un nombre d’affiches limité, fonction du nombre d’habitants, et la suppression des panneaux lumineux et animés.

Actualité du collectif :

- 12 janvier 2011 : Délibéré du procès (appel) pour refus de prélèvement ADN à Rouen. Le Compte Rendu du procès est ici.

Création de l’Observatoire international du bonheur EFACS Reporterre 2010/12/30 EFACS (30 décembre 2010) Création de l’Observatoire international du bonheur. Reporterre. fr

Création de l’Observatoire international du bonheur

« Le Conseil d’administration de l’EFACS a retenu le thème du bonheur, sujet d’actualité. »

Présentation

L’EFACS (Ecole de Formation des Avocats Centre Sud) est une école créée par la loi du 31 décembre 1971 (l’article 13 et 13-1) et déclarée d’utilité publique. L’école a en charge la formation initiale, aussi bien que la formation continue, des avocats.

Historique

En mai 2009, lors de discussions informelles au Conseil national des barreaux il a été suggéré que les Ecoles des Avocats mettent en œuvre un laboratoire d’excellence, afin de compléter son positionnement en Grande Ecole et de participer à la stratégie internationale de recherche et d’innovation.

L’EFACS s’est proposé de lancer le premier projet « pilote ». Le projet choisi se devait d’être international, pluridisciplinaire et innovant.

Lors de sa réunion du 13 juin 2009, le Conseil d’administration de l’EFACS a retenu le thème du bonheur, sujet d’actualité.

Contexte

L’idée de mener une étude sur le bonheur est issue du constat que les sociétés occidentales commencent à intégrer la notion de bonheur à leurs processus décisionnaire.

En effet, le monde de l’économie, et dans son sillon celui de la politique, s’intéresse à la notion de bonheur, impactant de manière innovante les sciences humaines et sociales.

Une étude spéciale sur les indicateurs de performance économique et de progrès social, confiée par le gouvernement français à une commission internationale présidée par le Professeur Joseph E. Stiglitz, ouvre de nouvelles pistes de réflexion.

La crise économique internationale souligne l’urgence d’encourager les interactions des sciences humaines et sociales entre elles et avec les autres sciences.

Un tel changement de stratégie sociopolitique exige une compréhension profonde de nombreux domaines de connaissance et leurs implications légales doivent être mises en exergue.

Le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche français, dans son rapport sur la stratégie nationale de recherche et d’innovation, définit comme « axe prioritaire numéro 1 : la santé, le bien-être, l’alimentation et les biotechnologies ». Il relève que « si les avancées scientifiques répondent souvent aux demandes de la société, elles soulèvent des questionnements d’ordre juridique, éthique, anthropologique et philosophique ».

Objectif

Placer les valeurs fondamentales d’humanité, qui fondent le socle du droit, au centre de la réflexion sur le bonheur.

L’Observatoire international du bonheur a vocation à devenir un institut de recherche au sein duquel travailleront en synergie, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens.

L’OIB a pour objectif de mettre en œuvre des projets de recherche innovants, ayant une dimension nationale, communautaire et internationale.

Parrainage

Le soutien moral de personnes hautement respectées sera sollicité pour aider à l’épanouissement de notre projet.

En raison de l’intérêt de longue date que le Royaume du Bhoutan porte au bonheur, Etat qui a été le premier pays à l’utiliser comme indicateur socio-économique, l’EFACS a estimé que le parrainage du Roi de Bhoutan, en tant que premier membre d’honneur, serait le plus auspicieux et lui a adressé une requête en ce sens.

Le conte des ânes Par Julien villalard Reporterre 2010/12/31 Par Julien villalard (31 décembre 2010) Le conte des ânes. Reporterre. Tribune — fr

Le conte des ânes

« Comme nous ne comprenions plus grand’chose à la crise bancaire rabâchée chaque jour dans les médias, nous avons demandé à un expert financier de nos amis de nous l’expliquer de façon simple. Il a choisi de nous conter ceci : »

Comme nous ne comprenions plus grand’chose à la crise bancaire rabâchée chaque jour dans les médias, nous avons demandé à un expert financier de nos amis de nous l’expliquer de façon simple. Il a choisi de nous conter ceci :

Conte des ânes

Il était une fois un homme d’affaires qui, arrivant dans un village, proposa aux habitants d’acheter des ânes. 1000 euros/l’un. C’était avant le pétrole et les ânes comptaient beaucoup. 1000 euros, c’était un bon prix et une partie de la population vendit ses animaux. Le lendemain, l’homme revint. Il offrait 1500 euros pour chaque âne que l’on voulut bien lui vendre. Les affaires marchaient, l’homme payait rubis sur l’ongle.

Les jours suivants, il revint encore et le prix monta jusqu’à 3000. Même les plus prudents vendirent. L’homme eut bientôt acheté tous les ânes du canton.

Voyant qu’il n’y avait plus d’âne à acheter, il fit savoir qu’il reviendrait dans une semaine et paierait 5000 euros pour chaque âne sain. Avant cette échéance, l’homme d’affaires envoie son mandataire au village. Celui-ci arrive avec de nombreux ânes -parmi lesquels on peut reconnaître les anciens ânes du village. Il les met en vente à 3500 euros. Rapidement les ânes sont achetés ; les derniers autour de 4000. Les villageois se réjouissent à l’avance de l’argent qu’ils vont facilement gagner dans quelques jours, sans avoir eu à travailler ! Beaucoup de ceux qui n’ont pas la somme nécessaire pour faire affaire, l’empruntent à de plus riches, prêteurs du village ou de l’extérieur.

La semaine passe, mais on ne revoit pas l’homme d’affaires... Ni lui, ni son associé. Le village se retrouve avec plus d’ânes que nécessaire - ânes qu’il faut bien sûr nourrir - et avec une bonne part des villageois, endettés.

Bientôt, beaucoup de ceux qui avaient emprunté ne peuvent honorer leurs échéances. Ceux qui avaient prêté, vont se plaindre auprès du conseil municipal : “Si nous ne sommes pas remboursés rapidement, nous serons vite ruinés. Nous ne pourrons continuer de prêter et le peuple sombrera dans la misère.”

Afin d’éviter la catastrophe, le maire décide d’intervenir. Il vide la caisse communale et emprunte ce qu’il faut à une banque. Mais, au lieu de réfléchir collectivement à la manière d’utiliser cet argent et d’en donner aux villageois pour qu’ils puissent rembourser leurs dettes, il le donne aux prêteurs.

Remis à flot, ceux-ci décident de ne pas annuler les dettes de leurs débiteurs. "C’eût été injuste à l’égard ceux qui avaient honoré leur dette", disaient-ils ! Ils continuèrent donc de poursuivre le recouvrement de leurs créances avec intérêts. Certains villageois durent revendre leur âne,voire deux. Souvent à l’extérieur du village, mais toujours à perte. Leurs capacités de cultiver et de produire se trouvaient amputées.

Quand il n’y avait plus d’argent, les prêteurs saisissaient les biens des familles ; dont des ânes qui furent bradés. Il n’était pas rare que la liquidation de la totalité des biens ne couvre pas la totalité des sommes dûes ! Aussi des prêteurs continuèrent-ils longtemps à percevoir remboursements et intérêts. Du moins des villageois qui survécurent aux chocs et n’avaient pas quitté le village à la cloche de bois.

Le maire avait d’un coup dilapidé le trésor municipal, sans succès. Pire il avait endetté son pays. Il demanda alors l’aide des communes voisines. Mais soit elles étaient également endettées, soit elles refusèrent d’aider, considérant que le montant des dettes était tel qu’il n’offrait plus de garantie suffisante.

La population du village se retrouva démoralisée, avec pénurie d’ânes, des personnes endettées à vie, la commune ruinée et la haine contre une poignée de riches prêteurs -du pays ou d’ailleurs- détestés. Des Jeunes se droguèrent, d’autres se mirent à voler ou passèrent à la violence, au vandalisme. Contre d’autres ou contre eux-mêmes. La musique devint fausse, le chant rare et la danse solitaire.

Trois fins à choisir :

a) L’homme d’affaires confus, réapparaît. Il envoie un nouvel assistant qui offre son aide au conseil municipal afin de redresser la situation du village et des villageois. Il fixe des conditions draconiennes pour prêter de l’argent. Que la commune réduise ses dépenses et lui verse des intérêts conséquents. Le maire augmenta les impôts, rogna les services publics et baissa les salaires des fonctionnaires locaux. Le village maigrit encore. Le peuple s’appauvrit plus et resta endetté, pour certains sur plusieurs générations.

b) Alors que se multipliaient les suicides d’habitants surendettés et les agressions contre les prêteurs, un nouveau maire fraîchement élu décida courageusement d’annuler dettes et créances dans le village. Plusieurs prêteurs locaux approuvèrent car ils purent à nouveau vivre en paix dans leur village. Mais des prêteurs extérieurs grondèrent dans les journaux. Des compagnies dites "de sécurité" débarquèrent. La menace était claire et la population commença à se diviser entre partisans de l’ordre et ceux de la révolution.

c) Le nouveau maire avec son conseil décida d’affirmer un pouvoir local. Il fit imprimer une monnaie destinée à être valable sur l’ensemble de sa juridiction. Comme il était honnête, les gens eurent confiance. Avec les nouveaux bons d’achat, il paya fonctionnaires et employés municipaux, embaucha des chômeurs pour mettre en chantier les projets utiles qui attendaient et distribua le dernier tiers à toutes les citoyennes et citoyens de la commune. Les affaires reprirent. Une réflexion s’engagea puis on négocia. Bientôt l’exemple commença d’être suivi aux environs. Des prêteurs étrangers à la commune acceptèrent la nouvelle monnaie qui ainsi eut cours au change. On dansa ferme.

La maison du poète est en danger Yann Morel Reporterre 2010/12/31 Yann Morel (31 décembre 2010) La maison du poète est en danger. Reporterre. fr

La maison du poète est en danger

La maison natale de Paul Verlaine, à Metz, est mise en vente. Les amis du poète s’inquiètent.

Bonjour à tous !

La maison natale de Verlaine est en danger de mort. Après notre environnement dilapidé, bétonné, privatisé, on s’attaque désormais à la mémoire de la culture à notre héritage littéraire et poétique

SVP , transmettez cette information autour de vous, au nom de la défense de la poésie si bâillonnée par les temps présents.

..." Rimbaud interpellait les écluses Les canaux et les fleuves Verlaine pleurait comme une veuve Dans un bistrot de Lorraine Seigneur me voici c’est moi De Bretagne suis..."

Extrait du poème « Solo », de Xavier Grall

INFORMATIONS D’HIVER LES AMIS DE VERLAINE

Appel solennel à défendre la maison où est né Paul Verlaine, à Metz.

Nous apprenons que la maison où est né Paul Verlaine a été mise en vente. Nous sommes interpellés au plus haut point car c’est le premier étage, là où est né Paul Verlaine que nous souhaitons défendre et pourquoi pas... lui redonner vie afin de consacrer ce lieu unique au monde au poète !

Il s’agit d’un bel appartement style 18° siècle : paysage de bocage et de rossignols peint pour le plafond du salon principal, en deux parties, coupé par une porte décor rocaille avec moulure et dorure, 4 pièces communicantes offrant un grand couloir... cheminée et grands miroirs.

Il est de notre devoir de défendre ce lieu où demeure l’âme de Verlaine. C’est aussi une action à mener pour défendre la poésie et faire reconnaitre notre état de poète dans une société si conditionnée et mécanique !

Des démarches sont en cours pour en savoir plus sur cette vente à un promoteur qui souhaite faire de l’habitation.

Nous devons nous mobiliser et être prêts à nous unir dans cette démarche ambitieuse. Nous pouvons faire une comparaison avec le Musée de l’Auberge du Lion d’Or, à Juniville dans les Ardennes en 2005, ou avec la maison de Londres fréquentée par Rimbaud et Verlaine qui était menacée de destruction. Ces lieux ont été sauvés grâce à la ténacité des poètes et des Amis, mais aussi en persuadant les institutions et des décideurs sensibles à la défense de la culture !

Dors et déjà vous pouvez nous manifester votre soutien par l’envoi de messages via internet ou voie postale et relayer de façon utile et ciblée l ’information autour de vous.

Toute expérience ou compétence en la matière sont les bienvenues.

Nous vous tiendrons informés au fur et à mesure de la suite de l’affaire.

Au seuil de la nouvelle année, je vous souhaite d’excellentes fêtes et vous présente tous mes meilleurs vœux pour l’an 2011.

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Voici venu le temps des frimas, du verglas. Noël élève au ciel sa plus belle homélie, La grande horloge sonne et tinte comme un glas, Chaque Homme, alors, s’incline et se réconcilie.

L’espoir déborde encor des coupes d’ici-bas, Mon cœur las se dénude, Ô la grande euphorie ! L’espoir, comme toujours, se porte à bout de bras, Comme toujours, la fête a un air de folie.

Voici venu le temps de saluer Christmas, De chasser de notre âme amour et perfidie En respirant la paix comme un brin de lilas, Comme un parfum d’ivresse, une belle endormie.

Ce cœur là de poète, illumine un repas En rimant et rêvant : la terre épanouie. Portons cette ferveur et même à petits-pas, Sur la tombe des jours où survit l’harmonie !

Poème de Bérangère Thomas

Tchernobyl : près d’un million de morts, selon de nouvelles études Philippe Bach - Le Courrier Reporterre 2010/12/31 Philippe Bach - Le Courrier (31 décembre 2010) Tchernobyl : près d’un million de morts, selon de nouvelles études. Reporterre. Catastrophes nucléaires fr

Tchernobyl : près d’un million de morts, selon de nouvelles études

L’Académie des sciences de l’Etat de New-York a publié, fin 2009, des études de chercheurs russes, biélorusses et ukrainiens. Selon ces recherches, qui n’avaient jamais été traduites en anglais, le nombre de décès causés par les retombées de l’accident de Tchernobyl se situerait entre 600 000 et 900 000.

Combien de morts la catastrophe de Tchernobyl, survenue en 1986 a-t-elle causé ? Derrière cette interrogation, c’est toute la dangerosité de la filière électronucléaire qui est posée. Elle n’est donc pas anodine, en ces années de retour en grâce de l’atome et de lobbying intense des milieux nucléocrates.

La question semble élémentaire ; mais lui apporter une réponse se révèle ardu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont on serait en droit d’attendre qu’elle serve de lieu d’expertise à ce sujet, est en effet liée de manière contractuelle depuis 1959 à l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). Résultat : elle a toujours fait le black out à ce sujet.

Un lien incestueux qui est dénoncé par un collectif antinucléaire – Independent-WHO (pour une OMS indépendante) (1). C’est ce groupe qui organise depuis 2007 un piquet de protestation quotidien devant le siège de l’organisation onusienne.

En septembre 2005, un colloque de l’OMS avait abouti à un chiffre extravagant démontrant la mainmise du lobby nucléaire : il n’y aurait eu que 4000 morts liés à la catastrophe de Tchernobyl. Une position qui avait été dénoncée comme « négationniste » par les associations de défense de l’environnement. Vu le tollé, l’OMS avait ensuite quadruplé ces estimations, sans fournir d’explication à ce sujet. Le chiffre « officiel » est donc aujourd’hui de 16 000 décès.

Bien loin des chiffres réels, les travaux sur le terrain menés en Ukraine – lieu de la catastrophe–, en Biélorussie et en Russie – pays qui ont subi de plein fouet le retombées radioactives – donnent des chiffres beaucoup plus élevés : entre 600 000 et 900 000 vies perdues.

Recherches précieuses

Si l’on considère uniquement les liquidateurs, cette « chair à neutrons » utilisée pour déblayer les décombres de la centrale, on compte d’ores et déjà près des 125 000 morts (sur les 830 000 personnes mobilisées).

Jusqu’à présent, ces travaux, notamment ceux du professeur Youri Bandajevski et du professeur Vassili Nesterenko (décédé en 2008) ont été disqualifiés par les experts occidentaux prompts à mettre en doute toute recherche n’émanant pas du cénacle des grandes universités.

Cela sera un peu plus difficile à l’avenir : l’Académie des sciences de New York a consacré au début de l’année 2010 un volume de ses annales (2) à cette problématique. Une validation ou, du moins, une entrée dans le champ scientifique occidental de ces années de recherches. « On peut bien sûr beaucoup critiquer les ex-républiques soviétiques, mais s’il y a un domaine où elles étaient avancées, ce sont bien sur les disciplines techniques et scientifiques où leurs chercheurs étaient de haut niveau », relève Alison Katz, coordinatrice de l’association Independant WHO, qui diffuse cette étude dans les milieux critiques face à l’atome.

Les effets sanitaires observés sur le terrain sont encore mal connus. L’ouvrage met en évidence toute une série de pathologies liées à la radioactivité et guère documenté dans la littérature officielle.

Traduction précieuse

L’ouvrage est volumineux et très technique. Ce sont près de 5000 articles et recherches qui ont été condensés et, surtout, traduits en anglais, langue de communication scientifique par excellence. Le matériau est fort riche. Les auteurs ont notamment eu accès à des données encore classifiées il y a quelques années. Introduites dans certains modèles épidémiologiques reconnus, ces chiffres obligent à reconsidérer l’ampleur de la catastrophe.

Ils mettent en évidence l’ampleur des retombées radioactives : 10 milliards de curies (soit 200 fois plus qu’initialement prévu et 100 fois plus que les retombées générées par les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki). Entre 1986 et 2004, ce sont ainsi près d’un million de personnes qui ont perdu la vie de par le monde.

Pollution durable

Un chiffre plus élevés que certaines extrapolations menées au début des années nonante [1990]. Certaines études – celles qui avançaient des hypothèses pessimistes – tablaient alors sur un chiffre équivalent, mais sur une quarantaine d’années. Il semble donc avoir été atteint en la moitié moins de temps.

Dans la région fortement irradiée – Biélorussie, Ukraine et Russie –, le taux de certains cancers a progressé de 40 %. Mais l’ouvrage évoque aussi les retombées mesurées en Europe du Nord, en Amérique du Nord ou en Afrique : la radioactivité de Tchernobyl peut être mesurée dans les sédiments du Nil. Et elle est là pour des durées d’ordre géologique (de 20 000 à 200 000 ans).

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Note :

(1) http://www.independentwho.info/index.htm

(2) Alexey V. Yablokov, Vassily B. Nesterenko et Alexey V. Nesterenko, consulting editor Janette D. Sherman-Nevinger, « Chernobyl. Consequences of the catastrophe for people and the environnement », Annals of the New York Academy Of science, Volume 1181. Prix : 96 euros.